Decision ID: 799c4773-cb83-4921-9aab-cc22e154e784
Year: 2002
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. A._ a déposé le 7 juillet 1999 une demande d'indemnités de chômage auprès de la Caisse de chômage de la FTMH. Il demande le paiement de l'indemnité journalière à partir du 1er août 1999. Il a produit au mois d'avril 2000 une attestation de gain intermédiaire pour l'activité qu'il a déployée du 17 au 28 mars 2000 auprès de la société X._ SA. La caisse de chômage s'est adressée à l'assuré le 22 mai 2000 pour lui demander si l'entreprise Y._ SA n'avait pas fait appel à ses services durant le mois de mars 2000. Cette demande a été renouvelée le 16 juin 2000.
A._ a produit le 26 juin 2000 une attestation de gain intermédiaire pour l'activité qu'il avait exercée du 1er au 10 mars 2000 auprès de la société Y._ SA. Il expliquait qu'il avait oublié d'adresser la feuille du gain intermédiaire du mois de mars pour l'activité déployée auprès de la société Y._ SA en raison du fait qu'il était sûr de l'avoir envoyée. L'accident de voiture qu'il a eu au mois de mars aurait perturbé l'organisation de ses affaires et il avait perdu la feuille du gain intermédiaire dont il a dû demander une copie auprès de l'employeur après de longues recherches.
Par deux décisions du 25 juillet 2000 la caisse de chômage a prononcé une suspension de 21 jours dans l'exercice du droit à l'indemnité de l'assuré et a exigé la restitution d'un montant de 1'453 fr. 65. Les deux décisions précisent qu'elles sont adressées à l'assuré sous pli recommandé posté le 2 août 2000.
B. A._ a recouru contre ces décisions auprès du Service de l'emploi par acte du 10 septembre 2000. En date du 23 octobre 2000, le Service de l'emploi demandait à l'assuré toutes explications nécessaires concernant le dépassement du délai de recours. Ce dernier a répondu le 25 octobre 2000 que l'accident de voiture du mois de mars avait perturbé son organisation notamment en ce qui concerne "les paperasseries, les rangements de lettres"; cet accident avait provoqué des retards et des perturbations notamment au niveau du respect des délais.
Par décision du 3 novembre 2000, le Service de l'emploi a déclaré le recours irrecevable. Il a considéré en substance que la décision datée du 25 juillet 2000 et notifiée par pli recommandé en date du 2 août 2000 aurait dû normalement lui parvenir le 4 août 2000, sans toutefois avoir procédé aux vérifications nécessaires. Comme le recours avait été déposé le 10 septembre 2000, le délai de trente jours aurait ainsi été dépassé.
C. A._ a recouru contre cette décision auprès du Tribunal administratif le 29 novembre 2000. Il confirme ses explications selon lesquelles le retard apporté à la production de divers papiers à la caisse de chômage était causé par l'accident de voiture qu'il avait subi le 6 mars 2000. Il n'avait toutefois pas été chez un médecin car son assurance-maladie présentait une forte franchise. Il avait en outre accepté de rembourser la somme de 1'453 fr. 65.
Le Service de l'emploi s'est déterminé sur le recours en estimant que les motifs invoqués à l'appui du recours ne permettaient pas une restitution du délai et concluait au rejet du recours.
Les recherches effectuées auprès de la poste ont permis de constater que les deux décisions du 25 juillet 2000 avaient été notifiées le 2 août 2000 pour être reçues le lendemain 3 août 2000 par l'assuré.

Considérant en droit:
1. Le recours a été déposé dans le délai de trente jours fixé par l'art. 103 al. 3 de la loi fédérale du 25 juin 1982 sur l'assurance-chômage obligatoire et l'indemnité en cas d'insolvabilité (ci-après : la loi ou LACI). Il respecte au demeurant les exigences de forme requises par l'art. 31 de la loi sur la juridiction et la procédure administratives du 18 décembre 1989 (LJPA).
2. L'autorité intimée a déclaré le recours irrecevable en estimant qu'il avait été déposé après le délai de recours de trente jours fixé par l'art. 103 al. 3 LACI.
a) Le droit fédéral de l'assurance-chômage fixe le délai de recours sans toutefois préciser le mode de computation des délais. Il convient donc de se référer sur ce point au droit cantonal; en particulier à l'art. 32 LJPA dont la teneur est la suivante :
"Sont réputés déposés en temps utile les actes remis à un bureau de poste suisse le dernier jour du délai au plus tard.
Le délai de recours ne peut pas être prolongé. Il peut cependant être restitué à celui qui établit avoir été sans sa faute dans l'impossibilité d'agir dans le délai.
Pour le surplus les règles du Code de procédure civile relatives à la computation des délais s'appliquent par analogie. Il n'y a pas de féries annuelles."
b) En l'espèce, l'acte de recours est daté du 10 septembre 2000 et il a été reçu par le Service de l'emploi le 12 septembre 2000. Bien que le Service de l'emploi n'ait pas conservé l'enveloppe ayant contenu le recours, le tribunal doit partir de l'idée que le recours a été effectivement posté le 10 septembre 2000, ce que le recourant ne conteste pas. Les deux décisions attaquées ont été adressées sous pli recommandé du 2 août 2000. Lorsqu'une décision est adressée par pli recommandé, la communication intervient dès la remise effective au destinataire, ou s'il est absent, à une personne habilitée à recevoir un tel envoi. Lorsque l'agent distributeur de la poste laisse un avis de retrait à l'intention de l'ayant-droit absent, le délai de recours commence à courir seulement lors du retrait effectif à la poste pour autant qu'il intervienne dans le délai de garde qui était de sept jours. Si l'envoi recommandé n'est pas retiré dans le délai de garde, la notification est censée avoir eu lieu le dernier jour du délai de garde (v. Jean-François Poudret, Commentaire de la loi fédérale d'organisation judiciaire, vol. 1, art. 32, p. 200 et 204). Lorsque la décision attaquée est adressée sous pli recommandé (ou lettre-signature), l'autorité intimée doit faire procéder aux recherches nécessaires en vue de déterminer la date de la notification et elle ne peut d'elle-même retenir de manière aléatoire une date probable de notification.
c) Il ressort des recherches effectuées par la poste à la demande du tribunal que les deux décisions de la caisse de chômage ont été reçues le 3 août 2000, de sorte que le recours déposé le 10 septembre est manifestement tardif.
3. a) Le recourant a précisé devant l'autorité de recours de première instance qu'il subissait toujours les séquelles de l'accident qui lui est survenu au mois de mars 2000, ce qui ne lui avait pas permis de déposer le recours dans le délai 30 jours. Il a été sujet à des retards et des perturbations après cet accident, provoqué par un conducteur qui lui a coupé la route à une vitesse entre 50 et 60 Km/heure. A la suite de cet accident, il avait oublié plusieurs rendez-vous encore jusqu'au mois d'octobre 2000. Il avait perdu l'attestation de gain intermédiaire destinée à la Caisse de chômage. Il avait eu l'intention de consulter un médecin, mais son assurance-maladie exige une forte franchise et il n'avait pas les moyens d'avancer les frais nécessaires.
b) L'art. 32 al. 2 LJPA prévoit que le délai de recours ne peut être prolongé, mais qu'il peut être restitué à celui qui établit avoir été sans sa faute dans l'impossibilité d'agir en temps utile. Par exemple, une incapacité passagère de discernement constitue un empêchement non fautif de même qu'un accident, une maladie subite et grave ou le service militaire. En revanche, une absence momentanée ou une maladie ne constitue pas un empêchement non fautif dans la mesure où ils ne sont pas empêchés de manière imprévisible d'agir jusqu'à l'échéance du délai de recours; il faut que le recourant ait été véritablement hors d'état de sauvegarder ses propres intérêts en agissant lui-même ou en chargeant un tiers de le faire à sa place (arrêt TA RE 95/0032 du 4 juillet 1995, voir aussi Jean-François Poudret, Commentaires de la loi fédérale d'organisation judiciaire, ad art. 35 no 2.7 p. 246).
c) En l'espèce, l'accident de voiture subi par le recourant s'est déroulé au mois de mars 2000 et les décisions attaquées ont été notifiées le 3 août 2000, plus de cinq mois après l'accident. Même si le recourant a subi un choc violent à la suite de cet accident qui a pu perturber l'organisation de la marche de ses affaires, provoquer des oublis et des retards, le tribunal conçoit mal que les effets de cet accident se perpétuent jusqu'au mois d'août 2000. En effet, le recourant a déjà pu adresser au début de mois d'avril 2000 l'attestation des gains intermédiaires réalisés auprès de l'entreprise X._ SA. Il paraît ainsi douteux que les conséquences de l'accident du mois de mars 2000 aient placé le recourant devant l'impossibilité de respecter un délai de recours pendant le mois d'août 2000.
Il est vrai que le recourant propose au tribunal d'ordonner une expertise permettant d'attester la nature, l'importance et les conséquences des séquelles de son accident du mois de mars 2000 sur la faculté de s'organiser et en particulier de respecter les délais et se souvenir des rendez-vous. Une telle expertise ne semble pas nécessaire. Au mois de juin déjà, le recourant expliquait qu’il avait été perturbé dans l’organisation de ses affaires administratives à la suite de l’accident et il savait donc du moins dès ce moment, qu’il devait prendre des dispositions nécessaires pour sauvegarder les délais qui lui étaient impartis pour recourir.
Il convient donc de rejeter le recours et de maintenir les deux décisions de la Caisse de chômage ainsi que la décision de la première instance de recours.