Decision ID: 72baf09e-a777-5474-8a9e-6c21720bcda1
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
, que par requête du 7 février 2020, A_ et C_ ont requis le séquestre des avoirs de D_ auprès de [la banque] E_ SA, à hauteur de 5'652'410 fr. avec intérêts à 5% l'an dès le 1
er
octobre 2015, se fondant sur l'art. 271 al. 1 ch. 4 LP;
Que, par ordonnance SQ/182/2020 du 11 février 2020, notifiée le 13 février 2020, le Tribunal de première instance a rejeté la requête et statué sur les frais;
Que, par acte expédié le 24 février 2020 à la Cour de justice, A_ et C_ ont formé recours contre cette ordonnance;
Qu'ils ont conclu, à titre superprovisionnel, puis provisionnel, à ce qu'il soit interdit à D_ et à E_ SA de disposer du compte bancaire n° 1_ ainsi que de tout autre compte, espèces, dépôt, titre, créances (fiduciaires et/ou non fiduciaires), coffre (
safe
), prêt, garantie, valeur ou tout autre avoir, dont D_ est titulaire ou ayant droit économique auprès de E_ SA, jusqu'à droit connu et définitivement jugé sur le recours;
Qu'ils fondent leurs conclusions sur les art. 325 al. 2 CPC et 261 CPC, faisant valoir que sans blocage de l'intégralité des avoirs de D_ auprès de E_ SA, ils subiraient un préjudice irréparable et que le recours serait vain;
Qu'au fond, ils soutiennent que leur créance, à laquelle le droit français est applicable, ne relève pas du droit des successions mais du droit des obligations (donation) et des droits réels (restitution découlant de la possession illégitime);
Considérant,

EN DROIT
, que le recours ne suspend pas la force de chose jugée et le caractère exécutoire de la décision attaquée. Que l'instance de recours peut suspendre le caractère exécutoire. Qu'elle ordonne au besoin des mesures conservatoires ou la fourniture de sûretés (art. 325 al. 1 et 2 CPC).
Que la possibilité pour l'autorité de recours d'ordonner "au besoin" des mesures conservatoires ou la fourniture de sûretés existe lorsqu'elle restitue l'effet suspensif (Jeandin, CR-CPC, 2019, n. 9 ad art. 325 CPC);
Qu'une décision négative ne déploie aucun effet susceptible d'être suspendu;
Que les règles spécifiques de la LP sur l'effet suspensif s'appliquent à certains recours en lieu et place de celles du CPC, au titre de
lex specialis
(Jeandin, op. cit., n. 6 ad art. 325 CPC);
Qu'ainsi, l'opposition et le recours n'empêchent pas le séquestre de produire ses effets (art. 278 al. 4 LP);
Qu'en l'espèce, la décision querellée refuse la mesure sollicitée, de sorte qu'il n'y a pas de place pour la restitution de l'effet suspensif, et, partant, pour l'octroi de mesures provisionnelles telles que prévues par l'art. 325 al. 2 CPC, lequel n'est au demeurant pas applicable, seul l'art. 278 al. 4 LP entrant en ligne de compte;
Que des mesures superprovisionnelles ne sauraient dès lors être ordonnées sur la base de l'art. 325 al. 2 CPC;
Que l'auteur cité par les recourants (Pahud, Le séquestre et la protection provisoire des créances pécuniaires, 2018, p. 266), qui semble soutenir que tel pourrait être le cas, n'est pas convaincant;
Que selon l'art. 261 al. 1 CPC, le Tribunal ordonne les mesures provisionnelles nécessaires lorsque le requérant rend vraisemblable qu'une prétention dont il est titulaire est l'objet d'une atteinte ou risque de l'être (let. a) et que cette atteinte risque de lui causer un préjudice difficilement réparable (let. b).
Qu'en cas d'urgence particulière, notamment s'il y a risque d'entrave à leur exécution, le tribunal peut ordonner des mesures provisionnelles immédiatement, sans entendre la partie adverse; que le tribunal cite en même temps les parties à une audience qui doit avoir lieu sans délai ou impartit à la partie adverse un délai pour se prononcer par écrit. Qu'après avoir entendu la partie adverse, le tribunal statue sur la requête sans délai (art. 265 al. 1 et 2 CPC);
Que l'art. 269 CPC réserve diverses dispositions d'autres lois en matière de mesures provisionnelles. Que la LP constitue l'exception principale;
Qu'ainsi, la garantie provisoire de dettes d'argent est réglée par les art. 271 ss LP relatifs au séquestre et il ne peut être prononcé de mesures provisionnelles pour protéger les créances pécuniaires à titre provisoire (ATF
86 II 291
consid. 2;
108 II 180
consid. 2; arrêts du Tribunal fédéral
5D_54/2008
du 23 juin 2008 consid. 2.3 et
5A_853/2013
du 23 mai 2014 consid. 2.2.3 et 3.3). Que le champ d'application des mesures provisionnelles conservatoires est donc en principe limité à la protection des droits réels ou personnels dont la nature n'est pas pécuniaire (arrêts du Tribunal fédéral
5A_853/2013
du 23 mai 2014 consid. 2.2.3 et 3.3 et
5A_852/2010
du 28 mars 2011 consid. 3.1; Hohl, Procédure civile, tome II, 2010, n. 1747 s.);
Qu'en l'espèce, la mesure sollicitée par les recourants vise la garantie provisoire d'une dette d'argent, et est donc réglée par la LP, à l'exclusion des mesures provisionnelles;
Qu'il ne peut ainsi pas être donné suite à la requête sur la base de l'art. 261 CPC non plus;
Qu'en tout état de cause, les recourants ne fournissent aucun élément permettant de retenir que D_ pourrait vouloir retirer des avoirs de son compte bancaire ouvert auprès de E_ SA;
Qu'au vu des considérations qui précèdent, la requête de, respectivement, mesures superprovisionnelles et provisionnelle sera déclarée irrecevable;
Qu'il n'y a pas lieu de transmettre la requête de mesures provisionnelles à D_, pour qu'il se détermine, la procédure de recours contre le refus de séquestre conservant un caractère unilatéral, car, pour assurer son efficacité, le séquestre doit être exécuté à l'improviste (ATF
107 III 29
consid. 2 et 3; arrêts du Tribunal fédéral
5A_344/2010
du 8 juin 2010 consid. 5, in RSPC 2010 p. 400, et
5A_279/2010
du 24 juin 2010 consid. 4);
Que les frais de la présente décision, arrêtés à 500 fr (art. 26 RTFMC), seront mis à la charge des recourants, qui succombent (art. 106 al. 1 CPC).
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