Decision ID: d9bcf910-34e3-43f2-be84-ad690d55ef4b
Year: 2002
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. X._, mariée et née le 4 février 1977, a rempli le 7 novembre 2001 une demande de bourse pour sa cinquième année d'études auprès de la Faculté des lettres de l'Université de Lausanne dans le cadre d'une formation qui devrait s'achever en octobre 2002 par l'obtention d'une licence en lettres. A cette occasion, elle a indiqué qu'elle n'avait pas exercé régulièrement une activité lucrative durant les dix-huit mois précédant immédiatement le début de ses études, que son mari était également étudiant de cinquième auprès de la Faculté des lettres de l'Université de Lausanne, que sa mère était remariée et qu'elle réalisait un revenu mensuel brut de 1'700 fr. auquel s'ajoutait jusqu'à fin février 2002, une rente mensuelle d'orphelin de 274 fr. La requérante a encore exposé, dans une lettre d'accompagnement du 7 novembre 2001 contresignée par son mari, qu'ils ne recevaient plus aucune aide de leurs parents depuis le 1er octobre 2001, qu'ils devaient donc subvenir entièrement à leurs besoins tout en achevant leurs études, que bien qu'exerçant tous deux un emploi à temps partiel, l'augmentation constante des dépenses, notamment le coût élevé des assurances, leur posait problème et qu'il leur était impossible d'augmenter leur taux d'activité s'ils souhaitaient mener à bien leurs études.
L'Office d'impôt de Lausanne-district a adressé à l'Office le 18 décembre 2001 une copie de la décision de taxation définitive 2001 de la mère et du beau-père de la requérante laissant apparaître un revenu net de 147'600 fr.
B. Par décision du 20 décembre 2001, l'Office a refusé d'intervenir en faveur de X._ du fait que la capacité financière de sa famille (père et mère) ainsi que ses salaire et rentes dépassaient les normes fixées par le barème.
C. L'intéressée a recouru contre cette décision par acte adressé au Tribunal administratif le 3 janvier 2002. Elle y fait valoir que son père était décédé depuis 24 ans, que sa mère avait subvenu à ses besoins durant plus de 24 ans, que, dans la mesure où elle aurait 25 ans le 4 février 2002, cette dernière serait déliée de toute obligation financière et qu'il était injuste de prendre en considération le salaire de son beau-père puisqu'il ne contribuait pas à son entretien. Elle expose encore qu'elle était obligée de travailler pour subvenir à ses besoins et qu'elle était sans emploi depuis le 21 décembre 2001, date à laquelle son contrat de travail de durée déterminée avait pris fin. Enfin, elle relève que sa rente d'orphelin représente un montant mensuel inférieur à 300 fr. et qu'elle s'éteindra à ses 25 ans.
D. L'Office a déposé sa réponse au recours le 21 janvier 2002. Il y confirme que la recourante ne peut pas être considérée comme financièrement indépendante et se livre donc à un calcul détaillé de la bourse prenant en considération les revenus de sa mère et de son beau-père et dégageant une participation de leur part supérieure aux frais d'études. Il précise aussi qu'il ne tient plus compte du salaire de la recourante ni de sa rente d'orphelin au regard des éléments mentionnés dans le recours concernant ces deux sources de revenus. Il conclut ainsi au rejet du recours.
E. La recourante n'a pas présenté de mémoire complémentaire dans le délai imparti à cet effet.
Le Tribunal administratif a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:
1. Déposé en temps utile, le recours satisfait aux conditions formelles énoncées à l'art. 31 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA). Il y a donc lieu d'entrer en matière sur le fond.
2. a) L'Etat encourage financièrement l'apprentissage et la poursuite des études après le terme de l'obligation scolaire (art. 1er de la loi du 11 septembre 1973 sur l'aide aux études et à la formation professionnelle [LAE]). Le soutien de l'Etat est destiné à compléter celui de la famille, au besoin à y suppléer. Il doit être suffisant pour supprimer tout obstacle financier à la poursuite des études et à la formation professionnelle (art. 2 LAE). La nécessité et la mesure du soutien à accorder dépendent des moyens financiers dont le requérant et ses père et mère disposent pour assumer les frais d'études, de formation et d'entretien du requérant (art. 14 al. 1 LAE).
Toutefois, lorsque le requérant est financièrement indépendant, au sens que donne à ce terme l'art. 12 ch. 2 LAE, sa propre capacité financière est seule prise en considération (art. 14 al. 2 LAE).
L'art. 12 ch. 2 LAE indique que le domicile des parents, condition à laquelle l'art. 11 LAE subordonne notamment l'octroi d'une aide aux études et à la formation professionnelle, n'est pas pris en considération si depuis 18 mois au moins, le requérant majeur est domicilié dans le canton de Vaud et s'y est rendu financièrement indépendant.
L'indépendance financière est définie à l'art. 12 ch. 2 al. 2 LAE qui prévoit qu'est réputé financièrement indépendant le requérant âgé de moins de 25 ans qui a exercé une activité lucrative continue, en principe pendant 18 mois immédiatement avant le début des études ou de la formation pour laquelle il demande l'aide de l'Etat.
Selon l'al. 3 de cette disposition, si le requérant est âgé de plus de 25 ans, il doit avoir exercé une activité lucrative pendant 12 mois en principe.
b) La recourante ne conteste pas vraiment ne pas pouvoir être considérée comme financièrement indépendante au sens de la LAE. Elle a en effet indiqué dans le formulaire de demande de bourse qu'elle n'avait pas exercé régulièrement une activité lucrative dans les dix-huit mois qui précédaient immédiatement la date du début de ses études. Le tribunal de céans relève simplement que, sur la base des éléments dont il dispose, soit les indications de la recourante, cette dernière ne pourrait de toute manière pas être reconnue comme financièrement indépendante puisque son revenu mensuel moyen aurait de toute manière été trop bas (dans le même sens arrêt TA BO 01/0071 du 22 décembre 2001 et les références citées). De plus, les revenus dont elle disposait lors du dépôt de la demande (1'700 fr. brut par mois + 274 fr. de rente mensuelle d'orphelin) n'ont pas été pris en considération par l'Office dans le calcul détaillé figurant dans sa réponse au recours du 21 janvier 2002 puisqu'ils ne sont actuellement plus perçus par la recourante.
3. X._ fait en réalité grief à l'autorité intimée de prendre en considération les revenus de sa mère et du mari de cette dernière pour déterminer son droit à l'aide de l'Etat.
a) Elle expose tout d'abord que sa mère serait absolument déliée de toute obligation d'entretien à compter du 4 février 2002, soit la date de son 25
ème
anniversaire.
La question de l'obligation d'entretien des père et mère est notamment réglée par les art. 276 et 277 du Code civil suisse (CC).
L'art. 276 CC dispose :
"1. Les père et mère doivent pourvoir à l'entretien de l'enfant et assumer, par conséquent, les frais de son éducation, de sa formation et des mesures prises pour le protéger.
2. L'entretien est assuré par les soins et l'éducation ou, lorsque l'enfant n'est pas sous la garde de ses père et mère, par des prestations pécuniaires.
3. Les père et mère sont déliés de leur obligation d'entretien dans la mesure où l'on peut attendre de l'enfant qu'il subvienne à son entretien par le produit de son travail ou par ses autres ressources".
L'art. 277 CC prévoit pour sa part à son alinéa premier que l'obligation d'entretien des père et mère dure jusqu'à la majorité de l'enfant.
D'après l'alinéa 2 de cette disposition, si, à sa majorité, l'enfant n'a pas encore de formation appropriée, les père et mère doivent, dans la mesure où les circonstances permettent de l'exiger d'eux, subvenir à son entretien jusqu'à ce qu'il ait acquis une telle formation, pour autant qu'elle soit achevée dans les délais normaux.
Conformément à la jurisprudence du Tribunal fédéral, s'agissant d'études universitaires, la formation est en principe achevée avec la licence (voir par exemple ATF 117 II 372, JT 1994 I 563).
Il ressort ainsi des dispositions légales et de la jurisprudence précitée, que, contrairement à une idée reçue, l'obligation d'entretien des parents envers leur enfant majeur poursuivant des études, ne prend pas fin de plein droit à l'âge de 25 ans révolus. L'obligation d'entretien de la mère de la recourante n'a donc pas cessé le 4 février dernier.
Il y a encore lieu de préciser que la notion d'indépendance financière est définie dans la LAE, loi de droit public cantonal, et ne se réfère pas à l'art. 277 al. 2 CC, disposition de droit privé fédéral. Il peut en résulter un certain hiatus, comme le tribunal de céans a déjà eu l'occasion de le préciser (arrêt TA BO 01/0071 du 22 novembre 2001 et les réf. cit.). Le tribunal de céans, dont le rôle consiste à vérifier la légalité des décisions de l'autorité intimée, ne saurait annuler une décision de l'Office ayant considéré à juste titre, en application de la LAE qu'un requérant ne peut pas être reconnu comme financièrement indépendant de ses parents.
b) La recourante conteste également le fait que l'Office ait pris en considération, dans son calcul, le revenu réalisé par le mari de sa mère, soit son beau-père, puisque ce dernier ne contribue pas à son entretien.
Conformément à l'art. 278 al. 2 CC, chaque époux est tenu d'assister son conjoint de façon appropriée dans l'accomplissement de son obligation d'entretien envers les enfants nés avant le mariage. Cette disposition concrétise le devoir général d'assistance entre époux (art. 159, al. 3 CC). Le droit à cette assistance appartient au parent de l'enfant et non à l'enfant lui-même. Il existe dans la mesure où, en raison des obligations résultant du mariage à l'égard de son conjoint, le parent n'est pas en mesure d'assumer l'entretien de son propre enfant (cf. C. Hegnauer,
Droit suisse de la filiation,
4e éd. refondue et complétée, 1998, p. 124, no 20.08). Ainsi, l'obligation du beau-père ou de la belle-mère reste subsidiaire, les parents par le sang devant répondre en priorité. Par ailleurs, au chapitre des effets généraux du mariage, mari et femme contribuent, chacun selon ses facultés, à l'entretien convenable de la famille. Ils conviennent de la façon dont chacun apporte sa contribution, notamment par des prestations en argent, son travail au foyer, les soins qu'il voue aux enfants ou l'aide qu'il prête à son conjoint dans sa profession ou son entreprise. Ce faisant, ils tiennent compte des besoins de l'union conjugale et de leur situation personnelle (art. 163 CC).
S'étant remariée, la mère de la recourante peut exiger de son mari une assistance appropriée dans son obligation à l'égard de sa fille. Il y a donc lieu de prendre en considération la nouvelle cellule familiale dans l'évaluation de la capacité financière de la mère de la recourante, et c'est à raison que l'office a tenu compte du revenu du beau-père de la recourante pour statuer sur l'octroi d'une bourse d'études (v. arrêt BO TA 00/0142 du 19 juin 2001 et les références citées).
4. Il ressort des considérants qui précèdent que la décision attaquée est fondée. Il n'est pas utile d'examiner ici le calcul de l'Office qui n'est pas contesté par la recourante. Le pourvoi doit donc être rejeté aux frais de la recourante (art. 38 et 55 LJPA).