Decision ID: 01f19b0f-ece6-406a-9e59-e95f470cd431
Year: 2016
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Vu:
 l'ordonnance pénale rendue le 28 octobre 2016 par le Ministère public de la
Confédération (ci-après: MPC) à l'encontre de A., citoyen du pays Z., dans le cadre
d'une procédure diligentée du chef d'actes d'ordre sexuel avec des enfants, les
faits reprochés s'étant déroulés en date du 16 novembre 2014 à bord d'un aéronef
de la compagnie British Airways assurant la liaison Londres-Genève (dossier
MPC, p. 03-00-00-0001 s.);
 le dispositif de ladite ordonnance aux termes duquel A. est reconnu coupable
d'actes d'ordre sexuel avec des enfants au sens de l'art. 187 ch. 1 CP et condamné
à une peine pécuniaire de 30 jours-amende à CHF 400.--, assortie du sursis
pendant deux ans, ainsi qu'à une amende de CHF 2'400.-- (dossier MPC, ibidem);
 le courrier du 1er novembre 2016 de Me Catherine Hohl-Chirazi, conseil de A., dont
il ressort que ce dernier forme opposition contre l'ordonnance pénale
susmentionnée (dossier MPC, p. 03-00-00-0004);
 la transmission, le 8 novembre 2016, par le MPC à la Cour de céans, du dossier
de la cause en vue des débats, conformément à l'art. 355 al. 3 let. a et d en relation
avec l'art. 356 al. 1 CPP (dossier TPF, p. 2 100 001);
 l'information du 11 novembre 2016 donnée aux parties quant à la composition du
tribunal de première instance (dossier TPF, p. 2 160 001);

considérant:
 qu'en cas d’opposition à une ordonnance pénale, le ministère public transmet sans
retard le dossier au tribunal de première instance en vue des débats, le juge du
fond statuant sur la validité de l'ordonnance pénale et de l'opposition (art. 356 al.
1 et 2 CPP), et l'ordonnance pénale tenant lieu d'acte d'accusation (art. 356 al. 1,
2e phrase CPP);
 qu'en l'espèce, tant la validité – formelle – de l'ordonnance pénale que celle de
l'opposition ne prêtent pas à discussion;
 que la direction de la procédure examine si l’acte d’accusation et le dossier sont
établis régulièrement, si les conditions à l’ouverture de l’action publique sont
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réalisées et s’il existe des empêchements de procéder (art. 329 al. 1 CPP; ATF
140 IV 188);
 que s’il apparaît lors de cet examen ou plus tard durant la procédure qu’un
jugement au fond ne peut pas encore être rendu, le tribunal suspend la procédure
et, au besoin, renvoie l’accusation au ministère public pour qu’il la complète ou la
corrige (art. 329 al. 2 CPP);
 que, selon la systématique du CPP, c'est en premier lieu au ministère public qu'il
incombe d'administrer les preuves nécessaires (arrêt du Tribunal fédéral
6B_24/2015 du 2 décembre 2015, consid. 2.1);
 que, contrairement à ce qu'expose le MPC dans son courrier de "[t]ransmission
d'une ordonnance pénale au tribunal" du 8 novembre 2016, la présente procédure
n'est pas dénuée de toute complexité, en particulier s'agissant du caractère
applicable – ou non – du droit pénal suisse aux faits reprochés à l'accusé;
 qu'à cet égard, force est de constater que le dossier produit devant l'autorité de
céans ne permet pas de déterminer si la compétence répressive helvétique est
effectivement donnée en l'espèce;
 qu'en effet, la – seule – disposition sur laquelle le MPC a fondé sa compétence
pour diligenter l'instruction de la cause, soit l'art. 98 al. 1 (avec mention de l'al. 3)
de la loi fédérale sur l'aviation du 21 décembre 1948 (LA; RS 748.0), est impropre
à fonder la compétence répressive des autorités suisses, dès lors qu'elle répond
uniquement à la question de savoir si la poursuite et le jugement des infractions
soumises au droit suisse en lien avec la navigation aérienne relèvent des
juridictions cantonales ou fédérale;
 que si la poursuite et le jugement desdites infractions ressortissent certes à la
compétence fédérale, encore faut-il préalablement s'assurer que le droit pénal
suisse est applicable aux faits dénoncés;
 que cette question préalable se résout sur la base des art. 96 et 97 LA, lesquels
posent, sous réserve de l'application des art. 4 à 7 CP (4 à 6 aCP), le principe de
la territorialité, pour le premier, et le principe du pavillon suisse, pour le second;
 qu'en l'espèce, l'aéronef dans lequel les faits reprochés à l'accusé se seraient
déroulés appartient à la flotte de la compagnie British Airways (numéro de
matricule [...], enregistré auprès de la Civil Aviation Authority britannique;
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v. dossier MPC, p. 18-00-00-0007), si bien que la compétence suisse ne peut être
fondée sur le pavillon (art. 55 et 97 al. 1 LA a contrario);
 que s'agissant de l'application du principe de la territorialité, celle-ci suppose un
état de fait permettant de déterminer si les actes répréhensibles ont été commis
"sur" le territoire suisse, cette dernière notion incluant l'espace aérien helvétique
(art. 11 al. 1 LA; v. HARARI/LINIGER GROS, in Commentaire romand CP I, 2009, no 7
ad art. 3 et les références citées);
 que les éléments figurant au dossier soumis à la Cour ne permettent pas de
déterminer sur le territoire de quel Etat les faits litigieux se sont déroulés;
 qu'il incombera au MPC d'instruire plus avant cette question afin d'établir si la
compétence répressive suisse peut être fondée sur le principe de la territorialité
prévu à l'art. 96 LA;
 que, dans la négative, les démarches du MPC devront également porter sur tout
élément – notamment l'itinéraire exact emprunté par l'aéronef dans lequel se sont
déroulés les faits litigieux – susceptible de conduire à l'application des règles
générales de compétence du code pénal suisse réservées par l'art. 96 LA,
singulièrement l'art. 7 CP prévoyant entre autres le principe de la personnalité
passive;
 qu'il convient dès lors de renvoyer l'accusation au MPC, afin qu'il complète
l'instruction de la cause dans le sens des considérants qui précèdent;
 que la présente décision est rendue sans frais.
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