Decision ID: 5d2ca61b-f63b-4fc4-9f79-dcb2bb01d12b
Year: 2015
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. Thierry Buche et son épouse Martine Castex Buche sont propriétaires de la parcelle no 203 du cadastre communal de Lutry, sur laquelle est érigée une maison individuelle, sise au Chemin des Champs 26, à Lutry.
B. Du 9 novembre 2013 au 8 décembre 2013, la Commune de Lutry a soumis à l'enquête publique la mise en place de quatre îlots ralentisseurs de trafic au Chemin des Champs à Lutry. Le projet a soulevé, le 7 décembre 2013, l'opposition des époux Buche. La Centrale des autorisations (CAMAC) a transmis à la Municipalité de Lutry (ci-après la municipalité) la synthèse des différentes autorisations cantonales requises par le projet le 17 janvier 2014. Par décision du 4 février 2014, la municipalité a levé l'opposition des époux Castex Buche et délivré le permis de construire.
C. Le 10 mars 2014, les époux Buche ont, sous la plume de leur avocat, recouru contre la décision municipale auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (le tribunal ou CDAP). Ils ont pris les conclusions suivantes:
"I.- Admettre le présent recours.
II.- Principalement
Réformer la décision attaquée en ce sens que la Municipalité de Lutry est requise de mettre en place à bref délai une zone de rencontre au sens de l'art 22 b OSR le long du Ch. des Champs ou toutes autres mesures définies à dire de justice permettant d'atteindre le même résultat.
Subsidiairement
Annuler la décision attaquée.
III.- Ordonner à la Municipalité de Lutry le rétablissement (ou le maintien), dans le très bref délai qui lui sera fixé à cet effet, de l'autorisation de stationnement au Ch. des Champs telle qu'elle préexistait; et ce jusqu'à ce qu'une zone de rencontre au sens de l'art. 22 b OSR ou toutes autres mesures permettant d'atteindre le même résultat soient mises en place."
b) La Direction générale de la mobilité et des routes (DGMR) s'est déterminée les 21 mars 2014, 22 avril 2014 et 4 juin 2014 sur la requête de mesures provisionnelles des recourants, complétée par ces derniers le 24 avril 2014. La municipalité s'est déterminée sur la requête de mesures provisionnelles les 9 avril 2014 et 14 mai 2014. Les recourants ont communiqué leurs observations sur les déterminations précitées des autres parties le 4 juin 2014.
c) Le 8 décembre 2014, la CDAP a tenu une audience. Les parties ont eu la possibilité de se déterminer sur le procès-verbal d'audience. Le même jour, la municipalité a déposé en cause une copie du dossier de mise à l'enquête. Les recourants ont indiqué, le 20 janvier 2015, n'avoir aucune remarque à formuler. La municipalité a fait part de ses observations le 20 janvier 2015, de même que la DGMR.
A la demande des parties, le juge instructeur a suspendu la procédure du 8 décembre 2014 au 16 février 2015.
Le 20 février 2015, la municipalité a produit le résultat des comptages de véhicules, comme convenu lors de l'audience du 8 décembre 2014.
D. Le 21 avril 2015, les recourants ont informé le tribunal qu'ils ne maintenaient leur recours que sur un seul point, à savoir celui relatif à la mise en place, par la municipalité, d'une bouteroue destinée à sécuriser la sortie de leur propriété sur la voie publique. La municipalité a pris position le 1er mai 2015. La DGMR a indiqué, les 5 mai 2015 et 19 mai 2015, qu'elle renonçait à se déterminer tout en renvoyant à l'audience du mois de décembre 2014. Les recourants ont déposé de nouvelles observations le 12 juin 2015, de même que la municipalité le 25 juin 2015.

Considérant en droit
1. Les recourants entendent obtenir de la municipalité qu'elle sécurise le débouché de leur propriété sur la voie publique.
a) Il convient de rappeler que l’objet du litige est défini par trois éléments: la décision attaquée, les conclusions du recours et les motifs de celui-ci. Selon le principe de l’unité de la procédure, ne peuvent être examinés et jugés, en principe, que les rapports juridiques à propos desquels l’autorité administrative s’est prononcée préalablement, d’une manière qui la lie sous forme de décision. L’objet du litige peut être réduit devant l’autorité de recours, mais pas étendu, ni modifié (ATF 136 V 362 consid. 3.4.2 p. 365). Le juge administratif n’entre pas en matière sur des conclusions qui vont au-delà de l’objet du litige qui lui est soumis (ATF 134 V 418 consid. 5.2.1 p. 426; 125 V 413 consid. 1a p. 414 et les références citées).
b) Selon l’art. 89 LPA-VD, le tribunal n’est pas lié par les conclusions des parties. Toutefois, à l’échéance du délai de recours, la contestation est nouée de manière définitive, dans le cadre tracé par les parties elles-mêmes, par le biais des conclusions qu’elles ont prises en temps utile; les parties ont la faculté, ultérieurement, de réduire ces conclusions ou de les préciser, mais non pas de les augmenter ou de les modifier, ce qui reviendrait à étendre l’objet de la contestation (GE.2007.0111 du 29 avril 2009 consid. 2; AC.2004.0130 du 27 janvier 2005; AC.1998.0065 du 10 décembre 1998 consid. 1c/bb, qui se réfère à RDAF 1998 I p. 34).
c) En l’espèce, la décision contestée porte exclusivement sur la délivrance d'une autorisation tendant à la mise en place d'îlots ralentisseurs au Chemin des Champs. Cela étant, la conclusion des recourants relative à la mise en œuvre de mesures de sécurité destinées à sécuriser la sortie de leur propriété sur la voie publique, formulée au demeurant après l'échéance du délai de recours, soit tardivement, sort du cadre du litige. Elle s’écarte aussi de la conclusion du recours tendant à la création d’une zone de rencontre en demandant un aménagement spécifique à leur sortie sur la voie publique. Cette conclusion nouvelle et tardive est, partant, irrecevable.
2. Pour le surplus, le recours est devenu sans objet, compte tenu du retrait de toutes les autres conclusions prises par les recourants.
3. Il convient donc de déclarer le recours irrecevable dans la mesure où il n’est pas devenu sans objet et de statuer sur le sort des frais et dépens (art. 91 et 99 LPA-VD). Les frais sont mis à la charge des recourants, qui succombent (art. 49 al. 1 et 99 LPA-VD). L'autorité intimée, qui obtient gain de cause avec l'aide d'un mandataire professionnel, a droit aux dépens qu’elle a requis (art. 55 et 99 LPA-VD).