Decision ID: 0bca804a-caa7-43b1-8a98-cf19738a41dd
Year: 2021
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Le Comité d'enquête de la Fédération de Russie a adressé à la Suisse une
demande d’entraide pénale internationale datée du 31 janvier 2017 dans le
cadre d’une enquête pénale relative à des délits commis en relation avec la
faillite de la banque M. (act. 1A). En résumé, il ressort de cette demande que
A. fait l’objet d’une procédure pénale russe pour avoir détourné des fonds
via la banque précitée, entre octobre 2008 et décembre 2008. Une grande
partie des fonds détournés serait parvenue sur le compte en Suisse de la
société H. LTD, dont A. est l’ayant droit économique. L’argent aurait ensuite
été transféré sur d’autres comptes de sociétés contrôlées par A., soit N., O.
LTD et P. (pièces MP-GE, onglet A).
B. La demande d’entraide précitée est un complément d’une précédente
demande du 12 mars 2013 émanant des mêmes autorités concernant
notamment A. En tant qu’autorité d’exécution, le Ministère public de la
République et canton de Genève (ci-après: MP-GE) avait ordonné la
transmission à l’autorité requérante de la documentation bancaire topique
(décision de clôture du 15 décembre 2014; procédure référencée sous
no CP/232/2013). Cette décision avait été confirmée par notre Haute Cour
(arrêt du Tribunal fédéral 1C_505/2015 du 8 décembre 2015).
C. La demande d’entraide du 12 mars 2013 a eu pour conséquence l’ouverture
le 30 août 2013 d’une procédure pénale suisse pour blanchiment d’argent à
l’encontre de A. (référencée sous no P/13120/2013). Le MP-GE a clos cette
procédure en rendant le 16 mars 2017 une ordonnance de classement
(act. 1.1).
D. A réception de la nouvelle demande d’entraide, l'Office fédéral de la justice
(ci-après: OFJ) a délégué, le 19 mai 2017, son exécution au MP-GE (pièces
MP-GE, onglet OFJ). Le 4 août 2017, le MP-GE est entré en matière
(procédure no CP/271/2017) (pièces MP-GE, onglet B). En exécution de
cette demande, une saisie conservatoire a été ordonnée le même jour,
auprès de la banque Q. SA, sur les comptes bancaires identifiés par l’autorité
requérante ainsi qu’une saisie probatoire sur la documentation bancaire y
relative de la période courant du 1er janvier 2008 à ce jour (pièces MP-GE,
onglet C).
E. A la suite d’une demande des autorités suisses, le Comité d'enquête de la
Fédération de Russie a confirmé, par note diplomatique du 26 octobre 2018,
- 4 -
le caractère pénal de la demande de séquestre (pièces MP-GE, onglet OFJ,
note diplomatique du 26 octobre 2018 du Ministère public de la Fédération
de Russie).
F. Par décision de clôture du 23 août 2019 (act. 1D), le MP-GE a ordonné la
transmission à l’autorité requérante des avis de transferts de fonds
provenant des comptes sous-mentionnés et à destination d’autres comptes
que ceux-ci, pour un montant supérieur à l’équivalent de CHF 10'000.-- pour
la période allant du 1er janvier 2008 jusqu’au 30 septembre 2017:
no 1 ouvert au nom de B. SA
no 2 ouvert au nom de la société E. SA
no 3 ouvert au nom de E. SA
no 4 ouvert au nom de O. LTD
no 5 ouvert au nom de O. LTD
no 6 ouvert au nom de H. LTD
no 7 ouvert au nom de S. LLC
no 8 ouvert au nom de G. SA
no 9 ouvert au nom de J. LTD
no 10 ouvert au nom de T. CORP
no 11 ouvert au nom de C. Sàrl
no 12 ouvert au nom de C. Sàrl
no 13 ouvert au nom de C. Sàrl
no 14 ouvert au nom de C. Sàrl
no 15 ouvert au nom de K. SA
no 16 ouvert au nom de AA. SA
no 17 ouvert au nom de BB. SA
no 18 ouvert au nom de L. Sàrl
no 19 ouvert au nom de la société F.
no 20 ouvert au nom de I. SCI.
G. Le 23 septembre 2019, A. ainsi que les sociétés B. SA, C. Sàrl (en faillite),
D. LTD (EX-O. LTD), E. SA, F., G. SA, H. LTD, I. SCI, J. LTD, K. SA et L.
Sàrl (dénommée dans le mémoire de recours R. SA par erreur; v. procuration
de la société en question act. 8.11) interjettent recours contre la décision de
clôture susmentionnée auprès de la Cour des plaintes du Tribunal pénal
fédéral (act. 1). Les parties recourantes concluent en substance, sous suite
de frais et dépens, à ce que la demande d’entraide complémentaire du
31 janvier 2017 soit déclarée irrecevable, respectivement refusée, à
l’annulation de la décision de clôture du 23 août 2019 et toutes les décisions
incidentes – en particulier la décision d’entrée en matière du 4 août 2017
ainsi que la décision d’exécution du 4 août 2017 notamment en ce qu’elle
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ordonne la saisie conservatoire des avoirs déposés sur les comptes des
recourants tels qu’énumérés dans ladite ordonnance d’exécution – et à la
levée avec effet immédiat de l’ensemble desdites saisies conservatoires. A
titre subsidiaire, les recourants concluent au renvoi de la cause au MP-GE
pour nouvelle décision dans le sens des considérants de l’arrêt à rendre.
H. Dans le cadre de l’échange d’écritures, le MP-GE conclut au rejet du recours
(act. 13 et 18), de même que l’OFJ qui renonce à prendre position (act. 12
et 19). Quant aux parties recourantes, elles persistent intégralement dans
les conclusions prises dans leur recours (act. 16).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1.
1.1 La Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral est compétente pour
connaître des recours dirigés contre les décisions de clôture de la procédure
d'entraide rendues par les autorités cantonales ou fédérales d'exécution et,
conjointement, contre les décisions incidentes (art. 25 al. 1 et 80e al. 1 EIMP,
mis en relation avec l'art. 37 al. 2 let. a ch. 1 de la loi fédérale sur
l'organisation des autorités pénales de la Confédération [LOAP; RS 173.71]).
1.2 L'entraide judiciaire entre la Confédération suisse et la Russie est régie en
premier lieu par la Convention européenne d'entraide judiciaire en matière
pénale (CEEJ; 0.351.1). In casu, vu la matière, peut également s'appliquer
la Convention n° 141 du Conseil de l'Europe relative au blanchiment, au
dépistage, à la saisie et à la confiscation des produits du crime (CBl; RS
0.311.53), entrée en vigueur le 1er septembre 1993 pour la Suisse et le
1er décembre 2001 pour la Russie. Les dispositions de ces traités l'emportent
sur le droit interne régissant la matière, soit l'EIMP et son ordonnance
d'exécution (OEIMP; RS 351.11). Le droit interne reste toutefois applicable
aux questions non réglées, explicitement ou implicitement, par le traité et
lorsqu'il est plus favorable à l'entraide (ATF 145 IV 294 consid. 2.1; 142 IV
250 consid. 3; 140 IV 123 consid. 2; 137 IV 33 consid. 2.2.2; 136 IV 82
consid. 3.1; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2010.9 du 15 avril 2010
consid. 1.3). L'application de la norme la plus favorable doit avoir lieu dans
le respect des droits fondamentaux (ATF 135 IV 212 consid. 2.3; 123 II 595
- 6 -
consid. 7c).
2. La Cour de céans examine d’office la recevabilité des recours qui lui sont
adressés (cf. par exemple RR.2016.127 du 11 octobre 2016 consid. 3).
2.1 Le délai de recours contre la décision de clôture du 23 août 2019 est de
30 jours dès la communication écrite de celle-ci (v. art. 80k EIMP). Interjeté
le 23 septembre 2019, le recours l’a été en temps utile.
2.2
2.2.1 Aux termes de l'art. 80h let. b EIMP, a qualité pour recourir en matière
d'entraide quiconque est personnellement et directement touché par une
mesure d'entraide et a un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée
ou modifiée. Précisant cette disposition, l'art. 9a let. a OEIMP reconnaît au
titulaire d'un compte bancaire la qualité pour recourir contre la remise à l'Etat
requérant d'informations relatives à ce compte (cf. ATF 137 IV 134 consid. 5;
118 Ib 547 consid. 1d). Le simple ayant droit économique du compte
bancaire n’a pas la qualité pour agir (ATF 137 IV 134 consid. 5.2 p. 137 et
les arrêts cités; 130 II 162 consid. 1.1 p. 164; 122 II 130 consid. 2b
p. 132/133), même s'il s'agit de la personne visée par la procédure pénale
étrangère (art. 21 al. 3 EIMP). Lorsque le recours est interjeté contre la
décision de clôture visant la remise de documents bancaires et,
simultanément, contre la saisie en tant que décision incidente antérieure à
la clôture (cf. art. 80e al. 1 EIMP), le recourant ne doit pas faire valoir de
préjudice immédiat et irréparable (cf. art. 80e al. 1 EIMP; cf. arrêt du Tribunal
pénal fédéral RR.2012.173 du 8 février 2013 consid. 1.3.2).
2.2.2 En l’espèce, la qualité pour recourir des sociétés B. SA, C. Sàrl (en faillite),
D. LTD (EX-O. LTD), F., G. SA, H. LTD, I. SCI, J. LTD, K. SA et L. Sàrl
(mentionnée par erreur dans le mémoire de recours R. SA) ne prête pas à
discussion, chacune étant titulaire d'un compte visé par la décision
entreprise. Il sied de préciser que les sociétés S. LLC, T. CORP, AA. SA et
BB. SA, dont les relations bancaires sont visées par la décision litigieuse,
n’ont pas formé recours.
Quant à la société E. SA (en faillite), elle n’a pas produit dans le délai imparti
la documentation attestant de son existence et de sa capacité à ester en
justice. La Cour de céans a refusé de lui accorder une seconde prolongation
de délai pour ce faire (act. 10). Selon notre Haute Cour, la production tardive
des attestations d'existence peut, sans formalisme excessif, être
sanctionnée par l'irrecevabilité du recours (v. arrêt du Tribunal fédéral
1C_700/2020 du 8 février 2021 consid. 3.2). Quoiqu’il en soit, vu les
- 7 -
circonstances particulières du cas d’espèce, cette question peut demeurer
indécise, compte tenu du sort de la cause au fond.
Enfin, A. – n’étant pas titulaire des relations bancaires visées – n’a pas
qualité pour recourir contre la transmission à l'autorité requérante
d'informations relatives aux comptes bancaires listés dans la décision
litigieuse et contre la saisie frappant les avoirs y déposés. L’argumentation
laconique du recourant (act. 1 p. 16) ne permet pas de s’écarter de la
jurisprudence claire et constante. Partant, le recours interjeté par A. est
déclaré irrecevable.
3.
3.1 Dans un grief qu'il convient de traiter en premier lieu compte tenu de sa
nature formelle (ATF 137 I 195 consid. 2.2), les sociétés recourantes se
plaignent d'une violation de leur droit d'être entendues sous l’angle d’un
défaut de motivation. En particulier, elles considèrent comme insuffisante la
motivation de la décision attaquée relative au respect de l’art. 14 CEEJ, à
savoir les éléments minimaux que doit contenir la demande d’entraide. Elles
reprochent à l’autorité inférieure de s’être limitée à affirmer, sans le motiver,
que les faits avancés par les autorités russes sont rendus suffisamment
vraisemblables et permettent de retenir l’éventualité de la commission
d’infractions pénales. D’après elles, il appartenait au MP-GE de motiver
pourquoi il retenait des faits exactement contraires à ce qu’il avait retenu
dans une ordonnance de classement du 16 mars 2017 relatif au même
complexe de faits, à savoir que les faits n’étaient pas constitutifs d’une
infraction préalable, élément constitutif du blanchiment d’argent au sens de
l’art. 305bis CP. De plus, le grief relatif au caractère politique de la demande
aurait été écarté sans autre examen (act. 1 p. 16-20).
3.1.1 La jurisprudence a tiré du droit d'être entendu (art. 29 al. 2 Cst.) l'obligation
pour l'autorité de motiver ses décisions. La motivation a pour but de
permettre au justiciable de comprendre suffisamment la décision pour être
en mesure de faire valoir ses droits. L'autorité doit aussi mentionner au moins
brièvement les motifs qui l'ont guidée et sur lesquels elle a fondé sa décision
pour que le justiciable puisse se rendre compte de la portée de celle-ci et
l'attaquer en connaissance de cause (ATF 138 IV 82 consid. 2.2; 134 I 83
consid. 4.1 et références citées, arrêt du Tribunal fédéral 1A.58/2006 du
12 avril 2006 consid. 2.2). L'objet et la précision des indications à fournir
dépendent cependant de la nature de l'affaire ainsi que des circonstances
particulières du cas. L'autorité n'est pas tenue de discuter de manière
détaillée tous les faits, moyens de preuve et griefs soulevés par les parties
(ATF 134 I 83 consid. 4.1; 125 II 369 consid. 2c; 124 II 146 consid. 2a; 112
- 8 -
Ia 107 consid. 2b; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2017.42-43-44-45-46
du 22 août 2017 consid. 3.19). Elle peut se limiter à l'examen des questions
décisives pour l'issue du litige; il suffit que le justiciable puisse apprécier
correctement la portée de la décision et l'attaquer à bon escient (ATF 143 III
65 consid. 5.3; 141 IV 249 consid. 1.3.1; 139 IV 179 consid. 2.2; 134 I 83
consid. 4.1; 126 I 15 consid. 2a/aa; 124 V 180 consid. 1a et références
citées). Dès lors que l'on peut discerner les motifs qui ont guidé la décision
de l'autorité, le droit à une décision motivée est respecté même si la
motivation présentée est erronée (ATF 141 V 557 consid. 3.2.1).
3.1.2 Dans le cas présent, en premier lieu, en lien avec la motivation de l’art. 14
CEEJ, les sociétés recourantes ont pu amplement se rendre compte de la
portée de la décision et l’attaquer en connaissance de cause avec des griefs
précis et argumentés (v. infra consid. 4.2.1). Certes, la motivation des
autorités genevoises est très sommaire, mais s’avère suffisante. De plus,
elle résulte des autres éléments du dossier, notamment de la commission
rogatoire russe et de la décision d’entrée en matière du 4 août 2017. De
même, en second lieu, quant au grief relatif au caractère politique de la
demande, il ressort de la décision les motifs qui ont guidé le MP-GE,
permettant aux parties recourantes de déposer un recours circonstancié
(v. act. 1 p. 23 à 29). Partant, la motivation du MP-GE est conforme au droit
et à la jurisprudence fédérale.
3.1.3 Quoi qu'il en soit, même en voulant admettre l'hypothèse d'une violation du
droit d'être entendu – ce qui, en l'espèce est à écarter –, la possibilité pour
les sociétés recourantes de s'exprimer devant la Cour de céans permettrait
de réparer une telle violation. En effet, une violation du droit d'être entendu
commise par l'autorité d'exécution est en principe guérissable dans le cadre
de la procédure de recours auprès de la Cour de céans (arrêt du Tribunal
fédéral 1C_168/2016 du 22 avril 2016 consid. 1.3.2; TPF 2008 172
consid. 2.3). L’opportunité a été donnée in casu aux sociétés recourantes de
répliquer et de se déterminer sur la réponse et les arguments du MP-GE et
de l'OFJ, de sorte qu'une éventuelle violation aurait été guérie dans la
présente procédure de recours.
3.2 Il sied encore d’examiner, sous l’angle de la violation du droit d’être entendu,
un second grief des sociétés recourantes, selon lequel aucun tri préalable
avant transmission n’a été effectué (act. 1 p. 30-31). Contrairement à ce
qu’elles se sont prévalues, il sied de l’aborder ici et non en tant que violation
du principe de proportionnalité.
3.2.1 De jurisprudence constante, une fois les mesures d'exécution accomplies, et
le tri des pièces à remettre à l'autorité étrangère effectué (cf. arrêt du Tribunal
- 9 -
pénal fédéral RR.2008.310 du 17 mars 2009 consid. 4.1 et la jurisprudence
citée), l'autorité d'exécution adresse à l'ayant droit un avis de prochaine
clôture tout en lui impartissant un délai suffisant pour qu'il puisse, avant le
prononcé de la décision de clôture, exercer son droit d'être entendu en
procédant, d'une part, au tri des pièces et, d'autre part, en faisant valoir –
pièce par pièce – les arguments en raison desquels il s'oppose à la
transmission (arrêt du Tribunal fédéral 1A.228/2006 du 11 décembre 2006
consid. 3.2; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2016.218-229 du 24 mai 2017
consid. 3.3; LUDWICZAK GLASSEY, Entraide judiciaire internationale en
matière pénale, 2018, n° 394 et les références citées).
3.2.2 En l’occurrence, les sociétés recourantes ont déjà été invitées le 18 août
2017 à se déterminer sur la transmission de la documentation topique et, par
lettre du 15 avril 2019, le MP-GE leur a indiqué que la procédure de tri était
terminée, de sorte qu’une décision de clôture serait rendue. Il apparaît ainsi
qu’avant le prononcé de la décision du 23 août 2019, les sociétés
recourantes ont pu suffisamment prendre position quant aux diverses pièces
au dossier. Par conséquent, leur droit d’être entendues a été respecté et leur
grief doit être rejeté.
4. Les sociétés recourantes font valoir que, au regard de l’art. 14 CEEJ, les
faits décrits dans la demande d’entraide russe sont incompréhensibles,
lacunaires, voire manifestement erronés.
4.1
4.1.1 D’un point de vue formel, en vertu de l’art. 14 al. 1 CEEJ, les demandes
d’entraide devront contenir, notamment, l’objet et le motif de la demande
(let. b). Cela correspond également aux exigences de l’art. 28 al. 2 lit. b
EIMP, complété par l’art. 10 al. 2 OEIMP, ainsi que de l’art. 27 al. 1 lit. b CBl.
De plus, lorsque la commission rogatoire a pour objet la remise de
documents et la saisie de comptes bancaires comme en l’espèce, elle doit
mentionner l’inculpation et contenir un exposé sommaire des faits (art. 14 al.
2 CEEJ). Ces informations doivent permettre à l'autorité requise de vérifier
s'il existe une double incrimination (art. 5 al. 1 lit. a CEEJ), si les actes pour
lesquels l'entraide est demandée ne constituent pas une infraction politique
ou fiscale (art. 2 lit. a CEEJ) et si le principe de proportionnalité est respecté
(ATF 129 II 97 consid. 3.1; TPF 2011 194 consid. 2.1 p. 195 s.).
4.1.2 Cependant, selon la jurisprudence, on ne saurait être trop exigeant quant à
l’exposé joint à la demande. Il faut en effet tenir compte de ce que l’enquête
ouverte dans l’Etat requérant n’est pas terminée, puisque l’entraide est
demandée précisément pour éclaircir les faits. Les indications fournies à ce
- 10 -
titre doivent simplement suffire pour vérifier que la demande n’est pas
d’emblée inadmissible (ATF 116 lb 96 consid. 3a p. 101; 115 Ib 68 consid.
3b/aa p. 77). Lorsque la demande tend, comme en l’espèce, à la remise de
documents bancaires et au blocage de fonds, l’Etat requérant ne peut se
limiter à communiquer une liste des personnes recherchées et des sommes
qui auraient été détournées; il lui faut joindre à la demande des éléments
permettant de déterminer, de manière minimale, que les comptes en
question ont été utilisés dans le déroulement des opérations délictueuses
poursuivies dans l’Etat requérant (arrêt du Tribunal fédéral 1A.211/1 992 du
29 juin 1993 consid. 3a non publié de l’ATF 126 lI 258 et consid. 6a non
publié de I’ATF 125 Il 356; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2019.217 du
26 août 2020 consid. 6.1). Dans le cadre d'une demande d'entraide
judiciaire, il convient de garder à l'esprit que la démarche de l'autorité
étrangère vise à compléter, par les renseignements requis, les investigations
en cours (ZIMMERMANN, la coopération judiciaire internationale en matière
pénale, 5e éd. 2019, n° 293, p. 309), renseignements qui pourront, suite à
leur examen par le juge étranger – et non par celui de l'Etat requis – s'avérer
pertinents ou non et, le cas échéant, constituer des éléments à charge ou à
décharge.
4.2
4.2.1 D’après les sociétés recourantes, la demande ne contiendrait pas
d’éléments concrets tels que les comptes desquels l’argent aurait été
détourné, ni la date des transferts, les modalités d’instructions de paiements,
la somme des montants détournés, le mode opératoire ou encore des
éléments de preuve permettant d’établir les faits. Ayant démissionné en 2002
de ses fonctions de président du conseil des directeurs de la banque,
A. n’avait, de surcroît, plus de pouvoir décisionnel lui permettant de
commettre les actes évoqués. Enfin, elles se réfèrent à l’ordonnance de
classement rendue par le MP-GE le 16 mars 2017 dans le cadre d’une
procédure ouverte contre A. pour blanchiment d’argent. Il en ressortirait que,
contrairement à ce qui a été retenu dans la décision litigieuse, les faits
soulevés par les autorités russes sont inexacts, en particulier l’absence de
preuve de l’existence d’une infraction préalable en Russie (act. 1 p. 20 à 23).
4.2.2 Dans le cadre de sa réponse, le MP-GE a relevé que les éléments contenus
dans la commission rogatoire suffisent à établir l’état de fait sous enquête en
Russie, à déterminer le périmètre de l’entraide et à remplir les conditions de
l’art. 14 al. 2 CEEJ. De plus, il soutient que seul un jugement national
d’acquittement entré en force couvrant exactement les mêmes faits pourrait
éventuellement justifier le refus d’une entraide pénale, ce qui n’est
manifestement pas le cas en l’espèce (act. 13).
- 11 -
4.3
4.3.1 En l’espèce, la demande d’entraide russe a été présentée en lien avec une
enquête portant sur des soupçons d’appropriation et dilapidation au sens de
l’art. 160 du Code pénal russe et d’abus de pouvoir au sens de l’art. 201 du
même code. Les soupçons reposent sur les éléments suivants livrés par
l’autorité requérante de la commission rogatoire (act. 1A). A., en tant que
bénéficiaire de la banque M., aurait décidé de détourner des fonds confiés à
ladite banque, entre octobre 2008 et décembre 2008, avec le directeur
général de la banque M. et des employés de la banque CC. Trois faux
contrats de prêts passés avec la banque M., au plus tard en décembre 2008,
ont conduit à un retrait anticipé des fonds prêtés pour un montant total de
31'601'301'895.-- roubles. Ce montant a été crédité sur le compte de trois
sociétés (DD., EE. et FF.). Ces sociétés ont ensuite transféré les fonds en
faveur de la société H. LTD, sur son compte bancaire ouvert auprès de la
banque Q. à Genève, compte bancaire dont A. est ayant droit économique.
Le transfert sur le compte bancaire de H. LTD a été opéré via le compte
nostro de la banque M. pour une conversion des roubles en dollars pour un
montant total de USD 939'900'893.--. Transposés en droit suisse, ces faits
peuvent être qualifiés, notamment, d’abus de confiance (art. 138 CP),
gestion déloyale (art. 158 CP) et blanchiment d’argent (art. 305bis CP).
4.3.2 Au vu de ce qui précède, la requête de la Russie contient un exposé des
faits portant notamment sur le mode opératoire des sommes soupçonnées
d’avoir été détournées, leur montant ainsi que la période durant laquelle les
infractions auraient été commises. S’agissant des comptes visés par
l’entraide, ils seraient gérés par A. en tant qu’ayant droit économique; il
ressort de la demande d’entraide que celui-là aurait versé l’argent détourné
sur des comptes en Suisse. Cela suffit à justifier l’intérêt de l’autorité
étrangère. Il sied de rappeler qu’il n’est pas exigé de l’Etat requérant de
fournir une motivation spécifique pour chacun des comptes visés. Enfin, le
fait de savoir si A. avait un pouvoir décisionnel au sein de la banque M. n’est
pas un grief pertinent au regard de l’art. 14 CEEJ. Dans ces circonstances,
force est de constater que la demande de l'autorité requérante, en lien avec
les faits exposés au consid. 4.3.1, est suffisamment claire et cohérente pour
permettre à l'autorité requise de se déterminer quant à la réalisation des
conditions nécessaires à l'octroi de l'entraide.
4.3.3 Les sociétés recourantes ont encore fait valoir que la demande d’entraide
serait substantielle sur des prétendues annulations d’hypothèques en faveur
de tiers reprochées à A. (act. 1 p. 21). En matière de « petite entraide », il
n’est pas nécessaire d’examiner si toutes les séries d’éléments mentionnés
dans la demande d’entraide réalisent pour chacune d’elle les conditions de
l’art. 14 al. 1 CEEJ. Ainsi, l'argumentation des sociétés recourantes sur ce
- 12 -
point doit également être rejetée.
4.3.4 Il convient de rappeler que l’autorité russe a besoin de renseignements pour
les investigations qu’elle mène. Elle ne connaît pas – par définition – tous les
tenants et aboutissants de l’affaire. Son action est guidée par des indices,
des soupçons, un premier faisceau de preuves rassemblées, parfois des
supputations (cf. ZIMMERMANN, op.cit., n. 293). Ainsi, contrairement à ce que
prétendent les sociétés recourantes, le fait que la procédure ouverte par le
MP-GE ait abouti à une ordonnance de classement ne signifie pas encore
qu'il faille rejeter la demande d'entraide. Tout d'abord, les deux procédures
n'ont pas la même nature. La première est une procédure pénale et la
deuxième une procédure administrative. De surcroît, in casu, les faits
rapportés dans la première demande d’entraide de 2013 en lien avec le
même complexe de faits étaient, d’autant plus, suffisamment décrits, dès lors
qu’ils ont eu pour conséquence l’ouverture d’instruction pénale en Suisse la
même année. Cela étant, il sied également de relever que l'entraide judiciaire
internationale ne peut notamment être refusée qu'en cas d'un jugement
d'acquittement définitif rendu par les autorités suisses contre la même
personne que celle visée par la requête d'entraide et pour les mêmes faits.
In casu, tel n'est pas le cas. S'agissant en particulier du classement de la
procédure pour des motifs d'opportunité, celui-ci est de nature provisoire et
n'empêche pas une reprise de la poursuite pénale en cas de preuves ou de
faits nouveaux (TPF 2010 91 consid. 2.2 et 2.3; arrêts du Tribunal pénal
fédéral RR.2013.15-17 du 12 décembre 2013 consid. 9.3; RR.2012.286-289
du 6 mai 2013 consid. 4.4; ZIMMERMANN, op. cit., n. 663 et les références
citées). En effet, la décision rendue le 16 mars 2017 par le MP-GE est une
ordonnance de classement au sens de l'art. 319 al. 1 let. b CPP dans laquelle
celui-ci réserve la reprise de la procédure préliminaire en vertu de l'art. 323
al. 1 CPP. De plus, contrairement à ce qu’ont argumenté les sociétés
recourantes, cette ordonnance n’a pas retenu qu’aucune infraction préalable
au sens de l’art. 305bis CP n’était réalisée, mais qu’une telle conclusion
s’imposait seulement au vu des documents transmis par la Russie.
4.4 Il y a partant lieu de conclure, avec l'autorité d'exécution, que la requête
d'entraide en question remplit les exigences formelles des art. 14 CEEJ et
28 EIMP. Ce grief doit ainsi être rejeté.
5. Les sociétés recourantes soutiennent que la demande d’entraide est de
caractère politique au sens de l’art. 2 let. a et b CEEJ et viole la clause de
non-discrimination de l’art. 2 EIMP relevant de l’ordre public national (act. 1
p. 23 à 29). Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, seules les personnes
physiques sont habilitées à invoquer l’art. 2 EIMP (v. ATF 129 II 268
- 13 -
consid. 6 et les réf. citées). La Cour de céans a admis qu’une personne
morale peut toutefois exceptionnellement se fonder sur l’art. 2 EIMP à la
condition qu’elle soit elle-même prévenue dans la procédure étrangère (TPF
2016 138). Il ne ressort en l’espèce pas du dossier que les sociétés
recourantes rempliraient cette condition; elles ne l’allèguent d’ailleurs
aucunement. Il sied de rappeler que A., seule personne physique ayant
interjeté recours, n’est pas le titulaire des relations bancaires visées par la
demande d’entraide et n’a donc pas qualité pour recourir (cf. supra consid.
2.2.2).
6. Les parties recourantes relèvent que les prétentions de l’Etat requérant sont
de nature civile, ce qui empêche l’octroi de l’entraide pénale à la Russie.
6.1 La coopération judiciaire internationale en matière pénale ne peut être
accordée, par définition, que pour la poursuite d'infractions pénales dont la
répression relève de la compétence des autorités judiciaires de l'Etat
requérant (art. 1 al. 3 EIMP; ZIMMERMANN, op. cit., n. 559). Il faut, en d'autres
termes, qu'une action pénale soit ouverte dans l'Etat requérant (arrêt du
Tribunal fédéral 1A.32/2000 du 19 juin 2000 consid. 7 non publié à l'ATF 126
II 258). La formulation de l'art. 63 al. 1 EIMP et le caractère exemplatif de
l'art. 63 al. 3 EIMP font clairement ressortir que la notion de procédure « liée
à une cause pénale » doit être comprise dans un sens élargi (ATF 136 IV 82
consid. 3.3). La collaboration judiciaire de la Suisse a ainsi pu être accordée
pour des enquêtes menées par des autorités administratives, dans la mesure
où celles-ci constituaient le préalable à la saisine des autorités judiciaires
compétentes pour procéder à une mise en accusation (ATF 109 Ib 50
consid. 3 concernant la Securities and Exchange Commission) et pouvaient
aboutir au renvoi devant un juge pénal (ATF 121 II 153). L'entraide est aussi
accordée pour des procédures préliminaires, lorsque l'Etat requérant déclare
d'emblée et clairement qu'il a la volonté d'ouvrir une procédure pénale
(ATF 132 II 178 consid. 2.2; 113 Ib 257 consid. 5). Les renseignements
transmis par la Suisse peuvent également servir à des procédures connexes
à la procédure pénale, par exemple une procédure civile destinée à
indemniser la victime de l'infraction (ATF 122 II 134 consid. 7) ou à
confisquer civilement le produit de l'infraction (ATF 132 II 178), une enquête
menée par une commission parlementaire (ATF 126 II 316 consid. 4), voire
une procédure administrative destinée à résoudre une question préjudicielle
décisive pour le procès pénal (ATF 128 II 305). La question de savoir si la
procédure étrangère a un caractère pénal au sens des art. 1 al. 3 et 63 EIMP,
doit être résolue selon les conceptions du droit suisse. A cet égard, la
dénomination de la procédure étrangère n'est pas déterminante (ATF 132 II
178 consid. 3).
- 14 -
6.2
6.2.1 Les sociétés recourantes font valoir que, selon la demande d’entraide, la
totalité du dommage subi par la banque M. s’élève à quelques 92 milliards
de roubles. Or, la plus grande partie de cette somme soit quelques
75 milliards de roubles, serait la conséquence exclusive d’une condamnation
de A. par un tribunal d’arbitrage de Moscou. D’après elles, la note de
synthèse transmise par les autorités russes à la demande de la Suisse ne
démontre pas la nature pénale du dommage. En effet, l’autorité requérante
se limiterait à se référer à la seule existence d’une procédure pénale en
Russie, sans pour autant démontrer que le dommage afférant à une faillite
serait lui aussi de nature pénale (act. 1 p. 29 à 30).
6.2.2 Le MP-GE se prévaut d’avoir pris toutes les mesures nécessaires afin de
s’assurer que la demande de séquestre de l’autorité requérante repose sur
des normes pénales et non pas sur une demande de paiement en
dommages-intérêts en rapport avec une procédure civile (act. 13 p. 7).
6.3 En l’espèce, la requête d’entraide a été déposée à l’initiative de l’autorité
pénale en charge de la cause, soit le Comité d’enquête de la Fédération de
Russie à Moscou. En Russie, une procédure pénale est ouverte et
référencée sous n. 201/712005-11. L’instruction porte notamment sur les
faits décrits au consid. 4.3.1, dont le dommage est estimé à USD
939'900'893.--. En outre, il ressort de la requête d’entraide que, par une
décision du Tribunal d’arbitrage de Moscou du 30 mai 2015 dans le cadre
d’une affaire de faillite, A. a été tenu responsable du fait d’autrui pour un
montant de quelques 75 milliards roubles russes de la résiliation de plus de
220 contrats de crédit sur caution sans avoir assuré « une bonne quantité de
la caution », ce qui a causé des dommages à la banque M. du montant
susnommé. Les sociétés recourantes revendiquent que cette décision
fondant la demande d’entraide serait de nature civile. Néanmoins, il apparaît
que l’enquête pénale russe porte également sur la résiliation d’au moins 120
de ces contrats de crédit et du dommage y relatif estimé au minimum à
quelques 64 milliards de roubles russes. Ainsi il n’en demeure pas moins
que des faits susceptibles d’être répréhensibles pénalement seraient mêlés
à la faillite de la banque M. prononcée le 7 décembre 2010 (note de synthèse
relative à la note diplomatique du 26 octobre 2018 du Ministère public de la
Fédération de Russie, onglet OFJ; v. également courrier du MP-GE du
6 décembre 2018, onglet exécution, onglet A.). Il appert que la demande
d’entraide et les valeurs patrimoniales visées sont de nature pénale. De plus,
il sied de rappeler que la remise de moyens de preuve accordée par la
Suisse peut également servir à des procédures connexes à la procédure
pénale, telle qu’une procédure civile destinée à indemniser la victime de
- 15 -
l'infraction (v. supra consid. 6.1).
Par surabondance, sur demande du MP-GE et par l’intermédiaire de l’OFJ,
les autorités russes ont expressément fait savoir que les mesures de
séquestre des avoirs, dont A. est ayant droit économique, s’inscrivent dans
le cadre d’une procédure pénale (note de synthèse relative à la note
diplomatique du 26 octobre 2018 du Ministère public de la Fédération de
Russie, pièces MP-GE, onglet OFJ; v. également courrier du MP-GE du
6 décembre 2018, pièces MP-GE onglet C, sous-onglet A.).
6.4 Au vu de ce qui précède, à l’instar de l’autorité d’exécution, force est de
constater que la demande de séquestre ne se fonde pas sur la décision d’un
tribunal civil. Le grief des sociétés recourantes doit être rejeté.
7. Enfin, selon les sociétés recourantes, la décision entreprise consacre une
violation du principe de la proportionnalité au motif que l’identification des
flux de fonds devrait se limiter à la période antérieure à 2010, et non jusqu’à
ce jour (act. 1 p. 30-31).
7.1
7.1.1 Selon la jurisprudence relative au principe de la proportionnalité, lequel
découle de l'art. 63 al. 1 EIMP, la question de savoir si les renseignements
demandés sont nécessaires ou simplement utiles à la procédure pénale est
en principe laissée à l'appréciation des autorités de poursuite de l'Etat
requérant. Le principe de la proportionnalité interdit aussi à l'autorité suisse
d'aller au-delà des requêtes qui lui sont adressées et d'accorder à l'Etat
requérant plus qu'il n'a demandé. Cela n'empêche pas d'interpréter la
demande selon le sens que l'on peut raisonnablement lui donner. Le cas
échéant, une interprétation large est admissible s'il est établi que toutes les
conditions à l'octroi de l'entraide sont remplies; ce mode de procéder permet
aussi d'éviter d'éventuelles demandes complémentaires (ATF 121 II 241
consid. 3a; 118 Ib 111 consid. 6; arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2009.286-287 du 10 février 2010 consid. 4.1). Sur cette base, peuvent
aussi être transmis des renseignements et documents non mentionnés dans
la demande (TPF 2009 161 consid. 5.2; arrêts du Tribunal pénal fédéral
RR.2010.39 du 28 avril 2010 consid. 5.1; RR.2010.8 du 16 avril 2010
consid. 2.2). L'examen de l'autorité d'entraide est régi par le principe de
l' « utilité potentielle » qui joue un rôle crucial dans l'application du principe
de la proportionnalité en matière d'entraide pénale internationale (ATF 122
II 367 consid. 2c et les références citées). Sous l'angle de l'utilité potentielle,
il doit être possible pour l'autorité d'investiguer en amont et en aval du
complexe de faits décrits dans la demande et de remettre des documents
- 16 -
antérieurs ou postérieurs à l'époque des faits indiqués, lorsque les faits
s'étendent sur une longue durée ou sont particulièrement complexes (arrêt
du Tribunal fédéral 1A.212/2001 du 21 mars 2002 consid. 9.2.2; arrêt du
Tribunal pénal fédéral RR.2017.53-54 du 2 octobre 2017 consid. 8.2 in fine).
C'est en effet le propre de l'entraide de favoriser la découverte de faits,
d'informations et de moyens de preuve, y compris ceux dont l'autorité de
poursuite étrangère ne soupçonne pas l'existence. Il ne s'agit pas seulement
d'aider l'Etat requérant à prouver des faits révélés par l'enquête qu'il conduit,
mais d'en dévoiler d'autres, s'ils existent. Il en découle, pour l'autorité
d'exécution, un devoir d'exhaustivité, qui justifie de communiquer tous les
éléments qu'elle a réunis, propres à servir l'enquête étrangère, afin d'éclairer
dans tous ses aspects les rouages du mécanisme délictueux poursuivi dans
l'Etat requérant (arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2010.173 du 13 octobre
2010 consid. 4.2.4/a; RR.2009.320 du 2 février 2010 consid. 4.1;
ZIMMERMANN, op. cit., n° 723 s.).
7.1.2 S'agissant de demandes relatives à des informations bancaires, il convient
en principe de transmettre tous les documents qui peuvent faire référence
au soupçon exposé dans la demande d'entraide; il doit exister un lien de
connexité suffisant entre l'état de fait faisant l'objet de l'enquête pénale
menée par les autorités de l'Etat requérant et les documents visés par la
remise (ATF 129 II 461 consid. 5.3; arrêts du Tribunal fédéral 1A.189/2006
du 7 février 2007 consid. 3.1; 1A.72/2006 du 13 juillet 2006 consid. 3.1).
Lorsque la demande vise à éclaircir le cheminement de fonds d'origine
délictueuse, il convient en principe d'informer l'Etat requérant de toutes les
transactions opérées au nom des personnes et des sociétés et par le biais
des comptes impliqués dans l'affaire, même sur une période relativement
étendue (ATF 121 II 241 consid. 3c). L'utilité de la documentation bancaire
découle du fait que l'autorité requérante peut vouloir vérifier que les
agissements qu'elle connaît déjà n'ont pas été précédés ou suivis d'autres
actes du même genre (v. arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2018.88-89 du
9 mai 2018 consid. 4.2).
7.2 En l'espèce, comme évoqué plus haut, l'autorité requérante enquête sur des
actes qualifiés en droit suisse d’abus de confiance, gestion déloyale et
blanchiment d’argent (v. supra consid. 4.3.1). En effet, les autorités russes
ont constaté que A. aurait détourné en 2008 de l’argent, qu’il aurait transféré
sur des comptes de sociétés qu’il contrôle. Contrairement à ce que les
sociétés recourantes soutiennent, il n’apparaît pas disproportionné, mais au
contraire conforme au principe de l’utilité potentielle, de transmettre des
documents bancaires portant sur une période d’investigation élargie, ici de
janvier 2008 jusqu’au 30 septembre 2017. Cela peut permettre de déceler
d’autres agissements que ceux décrits dans la demande ou de déterminer
- 17 -
l’origine ou la destination des fonds suspects. On ne saurait voir ici, à l’instar
des sociétés recourantes, une recherche indéterminée de moyens de
preuve. Il se justifie donc que l'Etat requérant puisse prendre connaissance
de l’ensemble de la gestion des comptes même au-delà de 2010.
Enfin, dans l'éventualité où les fonds délictueux ne seraient pas passés par
ces comptes bancaires, cela ne constitue pas pour autant un motif pour
refuser l'entraide. L'autorité requérante disposant d'un intérêt à pouvoir le
vérifier elle-même, l'entraide visant non seulement à recueillir des preuves à
charge mais également à décharge (v. ATF 118 Ib 547 consid. 3a; arrêt du
Tribunal fédéral 1A.88/2006 du 22 juin 2006 consid. 5.3; arrêt du Tribunal
pénal fédéral RR.2008.287 du 9 avril 2009 consid. 2.2.4 et la jurisprudence
citée).
7.3 Il s'ensuit que le grief tiré du principe de la proportionnalité n'est pas fondé
et doit être rejeté.
8. Enfin, les sociétés recourantes contestent la saisie conservatoire des avoirs
bancaires dès lors que cette mesure violerait le principe de la
proportionnalité. La durée excessive de la procédure justifierait la levée de
la saisie (act. 1 p. 31).
8.1
8.1.1 Le séquestre querellé doit en principe être maintenu jusqu'au terme de la
procédure pénale étrangère, le cas échéant, jusqu'au moment où l'État
requérant présentera une demande de remise des avoirs saisis, en vue de
restitution ou de confiscation fondée sur une décision définitive et exécutoire
ou qu'il communiquera ne plus être en mesure de prononcer une telle
décision (art. 74a EIMP, mis en relation avec l'art. 33a OEIMP;
v. ég. ATF 126 II 462 consid. 5; TPF 2007 124 consid. 8.1).
8.1.2 La durée d'un séquestre ordonné en vue de remise ou de confiscation doit
cependant respecter le principe de la proportionnalité; il ne saurait, partant,
se prolonger de manière indéfinie (ZIMMERMANN, op. cit., p. 745 ss, n. 721).
L'écoulement du temps crée par ailleurs le risque d'une atteinte excessive à
la garantie de la propriété (art. 26 al. 1 Cst.) ou à l'obligation de célérité
ancrée à l'art. 29 al. 1 Cst. (ATF 126 II 462 consid. 5e). Pour de tels motifs,
passé un certain délai, la mesure de contrainte peut devoir être levée ou
l'entraide refusée (arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2014.179-181 du
25 novembre 2014 consid. 3; TPF 2007 124 consid. 8.1). Outre qu'il
commande de tenir compte de la durée des saisies litigieuses, le principe de
proportionnalité exige également la prise en considération du degré de
- 18 -
complexité de l'enquête. Ainsi, le Tribunal pénal fédéral a considéré dans
l'affaire Salinas qu'un séquestre de douze ans était proportionné (TPF 2007
124 consid. 8.2.3). S'agissant de l'entraide accordée aux Philippines dans le
cadre de l'affaire Ferdinand Marcos, le Tribunal fédéral a, quant à lui,
considéré que les principes susmentionnés n'étaient pas violés quand bien
même quinze ans s'étaient écoulés depuis le séquestre (ATF 126 II 462
consid. 5e) et a imparti, cinq ans plus tard, aux autorités de l'État requérant
un ultime délai pour produire une décision de première instance prononçant
la confiscation des valeurs saisies depuis plus de 20 ans (arrêt du Tribunal
fédéral 1A.335/2005 du 18 août 2006 consid. 6.2). Enfin, dans un arrêt relatif
à l'entraide à Taïwan ayant pour toile de fond les affaires dites « des
frégates » et « des mirages », le Tribunal fédéral a estimé qu'un séquestre
d'une durée de treize ans était proportionné (arrêt du Tribunal fédéral
1C_239/2014 du 18 août 2014 consid. 3.3.2).
8.2 En l’espèce, les fonds objets de la décision querellée ont été saisis par le
MP-GE le 4 août 2017 (v. supra Faits, let. D), soit depuis plus de trois ans,
et la décision de clôture est intervenue le 23 août 2019 (v. supra Faits, let. F).
A la lumière des principes évoqués au considérant qui précède et tenant
compte de la procédure actuellement ouverte en Russie, la durée de la
mesure de contrainte querellée est loin d’être disproportionnée.
Cela étant, il incombera toutefois à l'autorité d'exécution de suivre
attentivement l'évolution de la procédure pénale et de la procédure de
confiscation en Russie. Au besoin, elle interviendra auprès des autorités de
l'État requérant aux fins d'obtenir – dans un certain délai – des
renseignements notamment quant à l'avancement de la procédure étrangère
et, le cas échéant, quant à la date probable d'une décision statuant sur le
sort des avoirs séquestrés (v. TPF 2007 124 consid. 8.2.4). Les sociétés
titulaires des comptes bancaires visés conservent quant à elles la faculté
d'intervenir auprès de l'autorité d'exécution dans l'hypothèse où la mesure
de contrainte devait, au fil du temps, apparaître comme disproportionnée
(v. arrêt du Tribunal pénal fédéral du 22 novembre 2017 consid. 5.2 in fine).
8.3 Il s'ensuit que le grief tiré de l'atteinte à la garantie de la propriété et de la
violation du principe de la proportionnalité n'est pas fondé et doit être rejeté.
9. Compte tenu de ce qui précède, sont rejetés les recours formés par B. SA,
C. Sàrl (en faillite), D. LTD (EX-O. LTD), la société F., G. SA, H. LTD, I. SCI,
J. LTD, K. SA et L. Sàrl, dans la mesure de leur recevabilité. Le séquestre
conservatoire querellé sera maintenu. Le recours formé par A. est
irrecevable.
- 19 -
10. Vu l'issue du litige, les frais de procédure comprenant l'émolument d'arrêté,
les émoluments de chancellerie et les débours seront mis à la charge des
parties recourantes qui succombent (cf. art. 63 al. 1 PA, applicable par renvoi
de l'art. 39 al. 2 let. b LOAP). En application des art. 73 al. 2 LOAP ainsi que
8 al. 3 du règlement du Tribunal pénal fédéral sur les frais, émoluments,
dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale (RFPPF; RS
173.713.162) et compte tenu de l'ampleur et de la difficulté de la cause, de
la façon de procéder des parties, de leur situation financière et des frais de
chancellerie, les intéressés supporteront solidairement les frais du présent
arrêt, lesquels sont fixés dans l'ensemble à CHF 10'000.24. Ce montant est
intégralement couvert par l'avance de frais versée au Tribunal pénal fédéral
(cf. act. 3, 5, 6 et 7).
- 20 -