Decision ID: a63e30b9-4af7-5c32-93d7-0b27605ac296
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
Par décision
DTAE/2260/2016
du 4 mai 2016, reçue le 17 du même mois, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a limité l'exercice des droits civils de A._ "en matière commerciale" (ch. 1 du dispositif) et confirmé en tant que de besoin les mesures en vigueur ordonnées le 15 janvier 2014 (ch. 2). Les frais de la procédure ont été laissés à la charge de l'Etat (ch. 3).
A._ recourt contre cette décision par acte du 16 juin 2016, concluant à l'annulation de celle-ci et à ce qu'il soit dit que la limitation de ses droits civils n'est pas nécessaire, les frais et dépens de l'instance devant être mis à la charge de tout opposant.
Le Tribunal de protection persiste dans sa décision.
C._ et D._, curatrices de la recourante, concluent au maintien de la mesure contestée et produisent des pièces nouvelles.
Il n'a pas été fait usage du droit de réplique.
La décision contestée s'inscrit dans le contexte suivant :
A.
Le 13 juillet 2000, le Tribunal tutélaire a instauré en faveur de A._, née le _ 1981, originaire de _, (SG), domiciliée à la _ à Genève, une mesure de curatelle volontaire (art. 394 aCC).
Le 11 novembre 2005, la curatelle volontaire a été transformée en interdiction volontaire (art. 372 aCC). Cette mesure a été instaurée sur la base d'un certificat médical émanant d'un psychiatre et attestant d'un développement mental incomplet ayant pour conséquence, pour l'intéressée, une incapacité de gérer convenablement ses intérêts et une grande angoisse l'empêchant, dans certaines circonstances, de réagir utilement. La curatelle volontaire était ainsi insuffisante pour garantir ses intérêts.
C'est le lieu de préciser que les rapports de curatelle établis entre 2000 et 2005 font état de diverses dettes contractées par la recourante et de diverses poursuites.
Le 13 mai 2008, l'interdiction volontaire a été remplacée par une curatelle volontaire, au vu des progrès de la représentée, constatés par sa tutrice et son psychiatre, et compte tenu de son désir de devenir davantage autonome.
B.
Par décision du 15 janvier 2014 du Tribunal de protection, la curatelle volontaire a été convertie en curatelle de représentation (art. 394 et 395 CC).
L'exécution de cette mesure a été confiée au Service de protection de l'adulte, les fonctionnaires de ce service actuellement en charge du dossier étant B._ et C._. Le mandat des curatrices consiste en la représentation de A._ dans ses rapports juridiques avec les tiers et en matière de gestion du patrimoine, en l'administration de ses affaires courantes et en une assistance personnelle limitée à la recherche d'un logement; le Tribunal de protection a autorisé les curatrices à prendre connaissance du courrier de la représentée, enfin a ordonné le blocage d'un compte bancaire ouvert au nom de celle-ci.
Le budget de la recourante est couvert par une rente AI ainsi que des prestations complémentaires et, en 2014, elle disposait de 17'900 fr. environ d'économies.
Sur le plan psycho-social, elle est suivie par le Centre ambulatoire de psychiatrie et de psychothérapie intégrées des HUG (CAPPI). Elle vivait dans un foyer, qu'elle a quitté en 2015 pour habiter dans un appartement dépendant d'une résidence, déménagement qui a eu pour conséquence une perte de ses repères et un stress important.
C.
Le 7 décembre 2015, le Service de protection de l'adulte a sollicité du Tribunal de protection une limitation de l'exercice des droits civils de A._, exposant que celle-ci, sans en référer à ses curatrices, avait en 2015 conclu divers contrats et effectué divers achats à crédit pour plusieurs milliers de francs (achat d'un iPad à 728 fr. 90, d'un HTC à 499 fr., d'un Samsung Galaxy avec une assurance à
667 fr. 80, d'un iPhone à 649 fr., de divers appareils électroniques à la Fnac pour plus de 1'000 fr.), ce qui excédait ses moyens financiers. Elle avait également acheté plusieurs téléphones, liés à des abonnements téléphoniques durables, qu'elle n'avait réussi ni à annuler, ni à transférer à des tiers. Ces dépenses excédaient largement l'argent de poche dont elle disposait.
Dans la suite de la procédure, il a été fait état de nouvelles dépenses effectuées notamment par internet et demeurées impayées, totalisant environ 2'000 fr.; deux nouveaux contrats de téléphonie mobile, ainsi qu'un contrat de téléphone et télévision avaient notamment été conclus, d'où une dépense mensuelle de 200 fr. environ. L'épargne dont disposait la représentée avait entièrement été absorbée par les dépenses effectuées et dont toutes n'avaient pas été soumises au préalable aux curatrices. En mars 2016, il restait pour environ 4'000 fr. de factures impayées, alors que la recourante ne disposait que de 400 fr. d'argent de poche chaque mois après couverture de ses charges mensuelles.
D.
A._ a été pourvue d'un curateur de représentation pour cette procédure. Elle a déclaré ne pas se faire de souci pour sa situation, compte tenu de son épargne et parce que ses créanciers "n'avaient pas le droit de (la) mettre aux poursuites".
E.
a)
Dans un certificat médical du 9 mars 2016, la Doctoresse E._ – médecin interniste du CAPPI (service qui suit la recourante depuis environ trois ans) – a rappelé que celle-ci souffrait d'un trouble de la personnalité de type borderline et d'un retard mental léger. En décembre 2015, elle avait déménagé du foyer où elle vivait jusqu'alors dans un studio protégé, bénéficiant ainsi d'un degré d'autonomie plus important, situation qui était stressante pour elle. Cependant, en l'absence de poursuites et vu une évolution récente favorable, la privation de droits civils sollicitée paraissait "légèrement prématurée", d'autres mesures telles que la limitation de l'argent de poche pouvant éventuellement être envisagées, avec réévalution de la situation après quelques mois.
b)
Entendue par le Tribunal de protection, la Doctoresse F._, remplaçante de la Doctoresse E._, a précisé avoir discuté de la teneur du certificat médical du 9 mars 2016 avec cette dernière. L'absence de dettes avait été un facteur d'évaluation important mais, clairement, tous les renseignements financiers n'étaient pas en leur possession. Au vu des éléments financiers dont elle avait maintenant connaissance, une extension de la mesure était appropriée.
c)
G._, infirmière au CAPPI, a été surprise par la demande d'extension de la curatelle. La recourante avait amélioré son autonomie après son déménagement et le problème des dépenses excessives n'avait pas été évoqué lors des réunions de réseau. Avant le mois de décembre 2015, il lui était arrivé de s'étonner en voyant que la recourante possédait un nouveau téléphone ou un nouvel abonnement; celle-ci était restée floue et évasive à ce sujet, expliquant que c'était "en ordre" avec sa curatrice ou que son frère ou des amis lui avaient offert un abonnement ou un téléphone. Elle n'avait pas de motif de s'inquiéter, puisque les aspects quotidiens de la prise en charge de la recourante étaient assumés par la résidence où elle habitait ou par le Service de protection de l'adulte. La requête des curatrices et le changement du lieu de vie étant concomitants, il lui était difficile de faire la part des choses entre le stress lié à l'un ou à l'autre de ces facteurs.
d)
Durant la procédure, la recourante a fait l'objet d'hospitalisations non-volontaires à la Cliniques psychiatrique de Belle-Idée en mars 2016, puis en mai 2016.
F.
Dans la décision querellée, le Tribunal de protection a relevé que la recourante avait, en à peine deux ans, conclu des contrats et procédé à des achats pour un montant supérieur à la totalité de son épargne; elle ne semblait pas se rendre compte de la péjoration de sa situation, s'estimant à tort protégée de toute poursuite pour dettes. Il était certes regrettable que le Service de protection de l'adulte n'ait pas réagi avant la disparition de l'intégralité de son épargne, alors que plusieurs intervenants médico-sociaux étaient susceptibles d'orienter leur action en faveur de la représentée sur ses capacités à gérer ses finances. La situation économique de la représentée était néanmoins préoccupante et ne pouvait s'aggraver davantage. Au surplus, son récent changement de lieu de vie augmentait sa vulnérabilité au stress et, par conséquent, le risque de dépenses supplémentaires inconsidérées. Ces circonstances justifiaient de prononcer une privation des droits civils "en matière commerciale".
G.
Les arguments développés au stade du recours seront repris ci-après dans la mesure utile.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours
(art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de leur notification (art. 450b
al. 1 CC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53
al. 1 LaCC).