Decision ID: 47255ae4-e225-429d-9b60-e19a47ff966f
Year: 2021
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
Ressortissant polonais né le 29 janvier 1966, A._, qui y avait déjà effectué différents séjours entre 2005 et 2008, est entré en Suisse le 1
er
mars 2011 en compagnie de son fils, également ressortissant polonais, alors mineurs. Il a été mis au bénéfice d'une autorisation de séjour (permis B), dont la validité a été régulièrement prolongée jusqu'au 14 janvier 2021.
B.
Par demande du 27 avril 2018, A._ a sollicité la transformation, à titre anticipé, de son autorisation de séjour en autorisation d'établissement (permis C). A l'appui de sa requête, il a indiqué en substance vivre depuis des années en Suisse et ne plus avoir de véritables attaches dans son pays d'origine, la stabilité qu'il peut offrir à son fils, handicapé de naissance et pris en charge dans un institution spécialisée, et son désir, de pouvoir s'investir plus professionnellement. Il a produit une série de pièces, dont son contrat de travail, des fiches de salaire, et un extrait du registre des poursuites.
Le 27 juin 2018, le Service de la population du canton de Vaud (ci-après: SPOP) a imparti un délai à l'intéressé pour qu'il lui communique des résultats d'examens effectués auprès d'une école reconnue attestant de son degré de connaissances (orale et écrite) de la langue française.
N'ayant pas obtenu de réponse, le SPOP a, par lettre du 23 août 2018, informé A._ de son intention de refuser sa demande anticipée d'autorisation d'établissement, en constatant qu'il n'avait pas présenté de certificat d'étude de la langue française ou un certificat équivalent d'un organe reconnu prouvant le degré minimal de référence requis, à savoir le niveau A2 du Portfolio européen des langues, et qu'il avait en outre bénéficié du revenu d'insertion entre le mois de juin 2013 et le mois de janvier 2014 pour un montant total de 3'196 fr. 05 selon un décompte établi le 28 juin 2018 par le Centre social régional du Jura-Nord. Le SPOP lui a ainsi imparti un délai pour se déterminer par écrit.
Par décision du 11 décembre 2018, le SPOP a refusé l'octroi anticipé de l'autorisation d'établissement en faveur de A._. En substance, l'autorité a considéré que l'intégration du prénommé était insuffisante au sens de la loi, en constatant qu'il n'avait pas présenté le certificat d'étude de la langue française ou un certificat équivalent requis et qu'il avait été mis au bénéfice du revenu d'insertion entre le mois de juin 2013 et le mois de janvier 2014 pour un montant total de 3'196 fr. 05. Le SPOP a indiqué par ailleurs que l'intéressé pourrait solliciter l'octroi d'une autorisation d'établissement à titre ordinaire dès le 1
er
juin 2021.
C.
Le 12 mars 2021, à l'occasion de la demande de prolongation de son permis B, A._ a, à nouveau, requis l'octroi anticipé d'une autorisation d'établissement. Une attestation du suivi d'un cours intensif de français (débutant niveau A1) datée du 30 mai 2014 était jointe à cette demande.
Par décision du 24 mars 2021, le SPOP a déclaré la demande du 12 mars 2021 irrecevable. Après avoir rappelé que par décision du 18 décembre 2018, le service avait refusé l'octroi d'une telle autorisation et rappelé la teneur de l'art. 64 al 1 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV 173.36), le SPOP a considéré que les conditions d'un réexamen de sa décision n'étaient pas réunies et que les motifs invoqués, à savoir une période d'assistance publique entre 2013 et 2014 et l'absence de présentation d'un certificat de langue française FIDE, DELF ou d'un autre certificat reconnu par le Secrétariat d'Etat aux migrations attestant de connaissances orales équivalant au moins au niveau B1 du cadre de référence européen et des compétences écrites du niveau A1 au minimum, demeuraient opposables à l'intéressé. Le SPOP a encore rappelé que ce dernier conservait possibilité de solliciter l'octroi d'une autorisation d'établissement en application de l'article 34 al 2 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers et l’intégration (LEI; RS 142.20) dès le 1
er
juin 2021. Cette décision était munie des voies de droit auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (ci-après: CDAP)
Par lettre du 27 mars 2021 adressée au SPOP, A._ a souhaité donner "quelques informations complémentaires" en indiquant notamment avoir beaucoup amélioré son français écrit et parlé.
Le 5 avril 2021, le SPOP a accusé réception de ce courrier en invitant l'intéressé à indiquer si sa lettre devait être interprétée comme un recours contre la décision du 24 mars 2021, auquel cas elle serait transmise à la CDAP comme objet de sa compétence.
Le 8 avril 2021, A._ (ci-après: le recourant) a répondu au SPOP qu'il souhaitait faire recours contre la décision du 24 mars 2021. Il a informé qu'il entendait passer de nouveaux tests de langue, mais qu'il n'y avait pas de disponibilité avant fin mai 2021.
Par lettre du 9 avril 2021, le SPOP a transmis la lettre du 24 mars 2021 à la CDAP comme objet de sa compétence
A l'invitation du juge instructeur, le SPOP a déposé sa réponse au recours le 19 avril 2021, maintenant sa décision, constatant que le recourant n'avait toujours pas produit de certificat de langue françaises idoine et rappelant qu'il pourra dès le 1
er
juin 2021, requérir l'octroi ordinaire d'une autorisation d'établissement.
D.
La Cour a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:
1.
Selon l'art. 6 al. 1 LPA-VD, l'autorité examine d'office si elle est compétente. Aux termes de l’art. 92 LPA-VD, la CDAP connaît des recours contre les décisions ou décisions sur recours rendues par les autorités administratives qui ne sont pas susceptibles de recours devant une autre autorité.
2.
a) Selon l'art. 34a de la loi du 18 décembre 2007 d'application dans le Canton de Vaud de la loi fédérale sur les étrangers et l'intégration (LVLEI; BLV 142.11), entré en vigueur le 1
er
janvier 2021, les décisions rendues par le SPOP en matière de refus d'autorisations d'établissement peuvent faire l'objet d'une opposition auprès du service (art. 3 al. 1 ch. 2 LVLEI). Les parties ne peuvent recourir avant d’avoir épuisé la voie de la réclamation (art. 66 al. 2 LPA-VD).
b) En l’occurrence, la décision attaquée déclare la demande du recourant irrecevable en la considérant comme une demande de réexamen de la décision du 11 décembre 2018. La décision attaquée a donc bien pour objet le refus de l'octroi anticipé d'une autorisation d'établissement en faveur de A._ au sens de l'art. 3 al. 1 ch. 2 LVLEI. Peu importe qu’il s’agisse d’une demande de réexamen. Il n’est au surplus pas décisif que la décision attaquée mentionne par erreur les voies de droit devant la CDAP plutôt que celles de la réclamation (pour une problématique similaire,
cf.
arrêt CDAP CR.2021.0003 du 24 février 2021), l'autorité intimée étant toutefois invitée à indiquer la voie de droit de la réclamation dans ses futures décisions.
L’introduction d’une procédure d’opposition devant le SPOP vise notamment à permettre à l’autorité intimée de rendre une décision sur la base d’un état de fait complet après que l’étranger a eu l’occasion de compléter son dossier. Ces arguments valent également dans le cadre d’une procédure de réexamen, notamment lorsque, comme en l’espèce, la CDAP ne s’est jamais prononcé sur le dossier. En outre, en l’espèce, comme le SPOP l’a d’ailleurs constaté dans sa décision initiale, la demande du recourant tendant à l’octroi d’une autorisation d’établissement devra dès le 1
er
juin 2021 être examinée aux conditions moins restrictives de l’art. 34 al. 2 LEI et non pas seulement à celles de l’art. 34 al. 4 LEI.
c) La décision du 24 mars 2021 étant susceptible d’une réclamation préalable devant le SPOP, le recours est irrecevable. La cause doit être transmise au SPOP qui devra traiter le recours de l'intéressé comme une réclamation contre sa décision du 24 mars 2021.
3.
Au vu des circonstances, l’arrêt sera rendu sans frais. Il n’y a pas lieu d’allouer des dépens (art. 55 LPA-VD).