Decision ID: 90223f88-b762-4aa5-8d1b-1257e0397fcf
Year: 2021
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
Le 5 avril 2019, A._ a déposé une demande d'autorisation de séjour avec activité lucrative en faveur de B._, ressortissante de Macédoine du Nord née en 1997, pour une activité à son service privé, la profession de l'intéressée étant "
couturière lingère
". La demande était accompagnée d'une lettre dans laquelle A._ exposait avoir besoin d'une couturière lingère à domicile et que B._ pouvait effectuer tous travaux de couture, en plus de parler un français "
plus que parfait
" et d'être au bénéfice d'un permis de conduire. Un contrat de travail était en outre annexé à la demande, établi entre les intéressées pour une durée indéterminée mais non encore signée par l'employée et portant sur une activité de "
couturière, lingère, technicienne de surface
" avec la précision que l'employée serait "
chargée suivant son planning du ménage de la Villa, des réparations de couture, du lavage et repassage du linge de maison
".
B.
Par décision du 26 avril 2019, le Service de l'emploi (ci-après: le SDE) a refusé la demande de permis de séjour avec activité lucrative pour le motif qu'une activité de couturière ne remplissait manifestement pas les critères de qualifications personnelles au sens de l'art. 23 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers et l'intégration (LEI; RS 142.20).
C.
Le 9 mars 2020, A._ a déposé une nouvelle demande de permis de séjour avec activité lucrative d'une durée d'une année en faveur de B._ pour une activité à son "
service privé
" sans autre précision. La demande était accompagnée d'une lettre dans laquelle A._ exposait notamment que B._ parlait le français, l'anglais, l'albanais et le macédonien et avait un "
CAP de coiffure et un CAP de couture
"; étant donné ses nombreux déplacements à l'étranger, elle souhaitait vivement que la prénommée puisse l'accompagner car elle avait pu constater ses qualités lors de son dernier séjour en Grèce où son efficacité et sa discrétion lui avaient donné toute satisfaction.
A la requête du SDE, A._ a produit le 27 mai 2020 un contrat de travail établi avec B._ le 14 mai 2020 pour une durée d'une année et portant sur une activité "
d'assistante en gestion et organisation d'événements de haut-standing
" dès le 1
er
juin 2020, avec la précision que l'employée serait chargée principalement des tâches suivantes: "
assistance pour l'organisation des événements de haut-standing
" et "
coiffeuse et couturière particulière pour les participantes aux événements haut-standing
". Elle a également produit une capture d'écran dont il ressort qu'une annonce pour une "
Assistante en gestion et organisation d'ev
" – la suite étant tronquée – a été publiée sur le site Internet jobup.ch du 19 au 25 mai 2020 et n'a fait l'objet d'aucune vue ni d'aucune candidature.
D.
Par décision du 18 septembre 2020, le SDE a rejeté la demande déposée par A._ pour le motif qu'une activité d'assistante en gestion et organisation d'événements de haut-standing/coiffeuse/couturière ne remplissait manifestement pas les critères de qualifications personnelles au sens de l'art. 23 LEI.
E.
Par acte du 13 octobre 2020, A._ a recouru devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) contre cette décision dont elle demande implicitement la réforme, l'autorisation sollicitée étant accordée. Elle a notamment exposé se trouver en fauteuil roulant et être tenue de bénéficier de services multiples à la maison (coiffeuse, maquilleuse et couturière); en sa qualité d'ambassadrice, elle recevait beaucoup; B._ était une assistante V.I.P. qui parlait plusieurs langues et était diplômée d'un certificat de maîtresse de maison de la ville de ******** (Macédoine du Nord) incluant service à table, coiffure et couture. A l'appui de son recours, la recourante a notamment produit l'intégralité de l'annonce publiée du 19 au 25 mai 2020 sur le site jobup.ch; intitulée "
Assistante en gestion et organisation d'evenements Haut-Standing
", elle comportait les précisions suivantes:
"Recherche personne qualifiée, célibataire, bien éduquée, bonne présentation
Parlant macédonien, italien, serbe et parfaitement l'anglais comme le français.
couturière diplômée, certificat de coiffure et manucure.
Capable de prendre des responsabilités et des décisions lors d'événements de très haut[e] qualité (organisation de soirées, de diners et bals pour plus de 300 personnes).
et capable de plus d'assister trois chiens.
Réponse rapide exigée."
Invité à se déterminer, le Service de la population a renoncé à se déterminer et a produit son dossier le 2 novembre 2020.
Dans sa réponse du 26 novembre 2020, l'autorité intimée a conclu au rejet du recours. Elle a notamment relevé, s'agissant des connaissances linguistiques, que les activités dont il est fait mention dans le mémoire de recours et qui seraient exercées "à la maison" telles que, notamment, la coiffure, le maquillage et la couture, ne nécessitaient pas de parler une langue étrangère, puisque la recourante parlait elle-même le français; s'agissant de l'argument que la recourante se déplaçait souvent à l'étranger et que le fait de pouvoir compter sur une personne parlant plusieurs langues lui était utile, si l'on pouvait considérer que l'albanais et le macédonien, langues que maîtrisait B._, pouvaient présenter un atout, elles n'étaient pas indispensables aux activités prévues: celles-ci pouvaient facilement être exercées en anglais lors des nombreux déplacements à l'étranger dont la recourante faisait état.
Par avis du 27 novembre 2020, le juge instructeur a donné à la recourante la possibilité de retirer son recours sans frais au vu des arguments de l'autorité intimée.
La recourante ne s'est pas déterminée.
F.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:
1.
Les ressortissants étrangers ne bénéficient en principe d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail, sauf s'ils peuvent le déduire d'une norme particulière du droit fédéral ou d'un traité international (ATF 130 II 281 consid. 2.1, 493 consid. 3.1, 128 II 145 consid. 1.1.1 et les arrêts cités). Le litige porte sur la question de savoir si c'est à bon droit que l'autorité intimée a refusé d'accorder une autorisation de séjour avec activité lucrative en faveur de B._. Celle-ci est ressortissante de Macédoine du Nord, soit un Etat avec lequel la Suisse n’est liée par aucune convention, de sorte que cette question doit être résolue au regard du droit interne exclusivement, soit la LEI et ses ordonnances d’application.
a) Aux termes de l’art. 40 al. 2 LEI, lorsqu'un étranger ne possède pas de droit à l'exercice d'une activité lucrative, une décision cantonale préalable concernant le marché du travail est nécessaire pour l'admettre en vue de l'exercice d'une telle activité. Selon l'art. 83 al. 1 let. a de l'ordonnance fédérale du 24 octobre 2007 relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative (OASA; RS 142.201), avant d’octroyer une première autorisation de séjour en vue de l’exercice d’une activité lucrative, l’autorité cantonale décide notamment si les conditions sont remplies pour exercer cette activité au sens des art. 18 à 25 LEI. Cette compétence est attribuée au SDE, vu l’art. 64 let. a de la loi cantonale du 5 juillet 2005 sur l'emploi (LEmp; BLV 822.11).
b) En vertu de l'art. 18 LEI, un étranger ne peut être admis en vue de l'exercice d'une activité lucrative salariée que si son admission sert les intérêts économiques du pays (let. a), si son employeur a déposé une demande (let. b) et si les conditions fixées aux art. 20 à 25 de la loi sont remplies (let. c). Ces conditions sont cumulatives (arrêts PE.2020.0196 du 4 mars 2021 consid. 3b; GE.2018.0063 du 12 mars 2019 consid. 3b et la référence citée).
Parmi les conditions fixées aux art. 20 à 25 LEI, l'art. 23 al. 1 LEI relatif aux "
qualifications personnelles
" de la personne étrangère prévoit que seuls les cadres, les spécialistes ou autres travailleurs qualifiés peuvent obtenir une autorisation de courte durée ou de séjour.
La référence aux "
autres travailleurs qualifiés
"
devrait permettre d'admettre des travailleurs étrangers en tenant davantage compte des exigences du marché de l'emploi que de la fonction exercée ou de la spécificité de la formation suivie, cela pour autant que les prestations offertes par le travailleur étranger concerné ne puissent être trouvées parmi la main-d'œuvre résidante au sens de l'art. 21 LEI (Marc Spescha,
in
: Spescha/Zünd/Bolzli/Hruschka/de Weck, Migrationsrecht Kommentar, 5
e
éd., Zurich 2019, p. 131, ch. 1
ad
art. 23 LEtr). Il n'en demeure pas moins que le statut de séjour de courte durée, comme celui du séjour durable, reste réservé à la main-d'œuvre très qualifiée et qu'il est nécessaire que le travailleur en question ait les connaissances spéciales et les qualifications requises (Message concernant la loi sur les étrangers [ci-après: Message LEtr], du 8 mars 2002, FF 2002 3469, p. 3540). C'est ainsi que l'admission sera, en principe, refusée pour des postes ne requérant aucune formation particulière (cf. TAF C-5184/2014 du 31 mars 2016 consid. 5.4.1).
c) Le ch. 4.3.5
des
Directives et commentaires, I. Domaine des étrangers (directives LEI), état au 1
er
janvier 2021, du Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) donne les précisions suivantes sur les qualifications personnelles requises par l'art. 23 LEI (cf. également arrêt PE.2019.0169 du 15 novembre 2019 consid. 3a et les références citées):
"Les qualifications personnelles peuvent avoir été obtenues, selon la profession ou la spécialisation, à différents niveaux: diplôme universitaire ou d'une haute école spécialisée; formation professionnelle spéciale assortie de plusieurs années d'expérience; diplôme professionnel complété d'une formation supplémentaire; connaissances linguistiques exceptionnelles et indispensables dans des domaines spécifiques. Lors de l'examen sous l'angle du marché du travail, l'existence des qualifications personnelles requises peut souvent être déduite de la fonction du travailleur étranger, par exemple lorsqu'il s'agit de personnes appelées à créer ou à diriger des entreprises importantes pour le marché du travail."
Quant à l'art. 23 al. 3 LEI, il prévoit, en dérogation aux deux premiers alinéas de l'art. 23 LEI, que peuvent être admises notamment les personnes possédant des connaissances ou des capacités professionnelles particulières, si leur admission répond de manière avérée à un besoin (let. c). Peuvent se réclamer de cette disposition des travailleurs moins qualifiés, mais qui disposent de connaissances et de capacités spécialisées indispensables à l'accomplissement de certaines activités, par exemple le travail du cirque, le nettoyage et l'entretien d'installations spéciales ou la construction de tunnels. Il doit toutefois s'agir d'activités ne pouvant pas, ou alors de manière insuffisante, être exécutées par un travailleur indigène ou ressortissant d'un Etat membre de l'UE ou de l'AELE (Message LEtr, p. 3541; TAF C-5184/2014 précité consid. 5.4.2).
Concernant spécifiquement le personnel de maison, les directives précitées prévoient ce qui suit (ch. 4.7.15.1, 4.7.15.2 et 4.7.15.5):
"
4.7.15.1 Généralités
Des exceptions telles que prévues à l'art. 23, al. 3, LEI, en faveur de personnel de maison, de gardes d'enfants ou de personnel soignant pour les personnes handicapées ou malades peuvent être admises dans certains cas, si les conditions présentées ci-après sont cumulativement remplies. L'admission de personnel de maison se fonde sur les conditions prévues dans la LEI ainsi que sur la convention concernant le travail décent pour les travailleuses et travailleurs domestiques de l'Organisation internationale du travail (OIT).
Dans un premier temps, le personnel de maison reçoit une autorisation de courte durée au sens de l'art. 19, al. 1, OASA. Dans des cas exceptionnels et dûment motivés, la transformation de l'autorisation de courte durée en autorisation de séjour au sens de l'art. 20, al. 1, OASA peut être prise en considération. Dans ce cas, l'autorisation est liée au contrat de travail. S'agissant d'une admission à titre exceptionnel, un changement de poste n'est pas autorisé (art. 33, al. 2, LEI). La pratique constante requiert une évolution de salaire positive.
Les demandeurs sont en général des familles de cadres qui ont été transférés en Suisse pour une période transitoire. Les obligations professionnelles et sociales de ces personnes et la garde fréquente d'enfants en bas âge nécessitent l'engagement de personnel de maison.
4.7.15.2 Conditions d'engagement pour le personnel de maison et/ou la garde d'enfants
Le personnel de maison qui effectue les tâches domestiques et/ou qui a la garde des enfants est considéré comme "qualifié" s'il a déjà été employé, sur la base d'un contrat de travail ordinaire
de deux ans au moins
, dans la famille (et requérante) qui compte séjourner en Suisse à titre temporaire ou définitif.
S'il s'agit d'un nouvel engagement, le travailleur doit apporter la preuve qu'il possède une expérience spécifique de cinq ans au moins (ménage et garde d'enfants)
et
qu'il est au bénéfice d'une autorisation de séjour et de travail depuis cinq ans au moins dans l'un des Etats membres de l'UE/AELE. Dans le calcul de ce délai, seule la période pendant laquelle le travailleur a été régulièrement admis sur le marché du travail d'un Etat membre de l'UE ou de l'AELE conformément au droit des étrangers de l'Etat concerné peut être prise en considération. Par voie de conséquence, les admissions et périodes de séjour antérieures qui se fondent sur les dispositions du droit d'asile de l'Etat de l'UE/AELE concerné ou sur la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques ne peuvent pas être prises en compte. La famille requérante doit en outre prouver qu'elle a déployé les efforts de recrutement requis en Suisse et dans les pays membres de l'UE/AELE.
[...]"
"
4.7.15.5 Conditions d'engagement pour le personnel de maison de personnes ayant besoin de soins, gravement malades ou handicapées
S'agissant de la prise en charge, à leur domicile, de personnes gravement handicapées, il est
possible
d'engager à titre exceptionnel du
personnel soignant
ressortissant de pays non-membres de l'UE/AELE, à condition qu'il satisfasse aux critères
cumulatifs
suivants:
-
certificat médical (p. ex. une attestation de Pro Infirmis ou de l'autorité cantonale de santé publique), attestant que la personne handicapée est tributaire d'une prise en charge et de soins permanents et qu'aucune autre solution (ponctuelle), telle que des soins à domicile (SPITEX), n'est envisageable;
-
prise en compte des dispositions contractuelles visées au ch. 4.7.15.3. Les dispositions relatives à l'hébergement doivent tout particulièrement être observées;
-
preuve que les efforts de recrutement requis ont été déployés sans succès en Suisse et dans les Etats membres de l'UE/AELE;
-
formation de deux ans au moins dans le domaine des soins;
-
attestation d'une expérience professionnelle de deux ans au moins (prise en charge et soins auprès de personnes handicapées, ou ayant besoin de soins et gravement malades);
-
preuve que le soignant réside depuis deux ans au moins de manière régulière dans l'un des pays membres de l'UE/AELE.
La fourniture de prestations de soins est soumise à autorisation.
Toute personne qui fournit également, outre ses activités dans le domaine de l'économique domestique, des prestations de soins à des personnes âgées ou à des malades au domicile de ces personnes doit être au bénéfice d'une formation professionnelle adéquate et posséder une autorisation de pratiquer, conformément aux différentes lois cantonales sur la santé. En règle générale, une autorisation des autorités sanitaires cantonales est nécessaire lorsqu'une personne fournit des soins sous sa propre responsabilité, à titre professionnel ou de manière ponctuelle, contre rémunération. Les prestations de soins recouvrent en général les activités visées par l'ordonnance sur les prestations de l'assurance de soins (OPAS). Les soins englobent également les soins de base, c'est-à-dire l'aide et l'accompagnement pour les soins corporels et buccaux, pour le lever et aller au lit (déplacements), s'habiller et se déshabiller, ainsi que pour manger et boire.
L'apport de soins est soumis à autorisation même lorsqu'il n'est pas prescrit par un médecin. L'octroi d'une autorisation requiert en général un diplôme reconnu dans le domaine des soins et une expérience pratique de deux ans sous surveillance professionnelle.
L'octroi d'une autorisation de pratiquer relève des autorités sanitaires cantonales. Vous trouverez au ch. 3 des informations sur le CTT économie domestique une liste des principaux liens vers les autorités sanitaires cantonales concernant l'obligation d'autorisation."
d) D'après la jurisprudence cantonale constante, il convient de se montrer strict quant à l’exigence des recherches faites sur le marché du travail de manière à donner la priorité aux demandeurs d’emploi indigènes ou "européens". Aussi la jurisprudence a-t-elle en principe consacré le rejet des recours lorsqu'il apparaît que c'est par pure convenance personnelle que le choix de l'employeur s'est porté sur un étranger et non sur des demandeurs d'emploi présentant des qualifications comparables (arrêts PE.2020.0105 du 18 septembre 2020 consid. 3d; PE.2014.0006 du 1
er
juillet 2014; PE.2006.0405 du 19 octobre 2006 et les arrêts cités).
Les efforts de recrutement ne peuvent par ailleurs être pris en considération que si les annonces parues correspondent au profil de l’employé étranger pressenti. En outre, les recherches requises doivent avoir été entreprises dans la presse et auprès de l’Office régional de placement pendant la période précédant immédiatement le dépôt de la demande de main-d’œuvre étrangère (cf. notamment arrêts PE.2015.0253 du 31 août 2015 consid. 1a; PE.2014.0230 du 24 avril 2015 consid. 2a; PE.2014.0483 du 14 avril 2015 consid. 2c).
2.
a) Dans le cas présent, l'employée serait engagée selon le contrat de travail établi le 14 mai 2020 en qualité "
d'assistante en gestion et organisation d'événements de haut-standing
", ses tâches portant également sur les activités de "
coiffeuse et couturière particulière pour les participantes aux événements haut-standing
". A l'appui de sa demande déposée auprès de l'autorité intimée le 9 mars 2020, la recourante a exposé qu'elle avait pu constater le sérieux et l'excellente éducation de B._, que celle-ci parlait français, anglais, albanais et macédonien, et était en possession du permis de conduire ainsi que d'un CAP [ndr: certificat d'aptitude professionnelle] de coiffure et d'un second CAP de couture; la recourante ajoutait qu'étant donné ses nombreux déplacements à l'étranger, elle souhaitait vivement que l'intéressée puisse l'accompagner car elle avait pu constater ses qualités lors de son dernier séjour en Grèce où son efficacité et sa discrétion lui avaient donné toute satisfaction. Dans son mémoire de recours, la recourante a exposé se trouver en fauteuil roulant et être tenue de bénéficier de services multiples à la maison, soit coiffeuse, maquilleuse et couturière; son employée serait une assistante VIP qui parle plusieurs langues et aurait obtenu à ******** – en Macédoine du Nord – un certificat de maîtresse de maison (service à table, coiffure et couture).
On relève une contradiction entre d'une part les déclarations de la recourante devant le tribunal de céans et à l'appui de sa demande de permis de séjour devant l'autorité intimée, dont il ressort que B._ serait occupée à son service particulier – plus spécifiquement pour la coiffure, le maquillage et la couture – pour des tâches relevant partiellement du service à la personne et partiellement du travail domestique, et d'autre part la teneur du contrat de travail qui ajoute à ces tâches celle d'assistante en gestion et organisation d'événements de haut-standing, figurant du reste également dans l'offre d'emploi publiée sur le site jobup.ch. Cette contradiction n'est du reste pas levée en étendant la comparaison à première demande d'autorisation – dont le refus ne fait toutefois pas l'objet du présent recours – déposée le 5 avril 2019 en faveur de la même employée et portant sur une activité au service privé de la recourante en qualité de "
couturière, lingère, technicienne de surface
" avec la précision que l'employée serait "
chargée suivant son planning du ménage de la Villa, des réparations de couture, du lavage et repassage du linge de maison
".
Cela étant et quoi qu'il en soit des tâches exactes pour lesquelles la recourante souhaite engager B._ – économie domestique uniquement ou également organisation d'événements –, celle-ci ne remplit pas les conditions ("qualifications personnelles") permettant sur la base de l'art. 23 LEI d'autoriser l'admission de la prénommée en vue de l'exercice d'une activité lucrative. En premier lieu, le dossier ne comporte aucun diplôme ou attestation à l'exception de deux certificats pour la réussite d'examens de français de niveau A1 et A2 selon le portfolio européen des langues (2017 et 2018) ainsi que deux "diplômes" attestant que la prénommée a suivi avec succès un cours d'anglais de niveau I ("préparatoire"; 2014) et de niveau II (2015). Quant à son
curriculum vitae
, il fait uniquement état de l'obtention d'un certificat d'employée de commerce, soit une activité sans lien avec les activités pour lesquelles la demande a été déposée, ainsi que de deux expériences professionnelles d'une durée d'un mois en lien avec cette formation et durant celle-ci, et d'une occupation d'une durée de trois mois auprès d'un salon de coiffure à ******** avec vraisemblablement obtention d'une attestation ou d'un diplôme, qui ne figure toutefois pas au dossier. En particulier, le dossier ne comporte aucune attestation de formation dans le domaine de l'organisation d'événements. Il découle de l'ensemble de ce qui précède que la personne que souhaite employer la recourante ne saurait être considérée comme une cadre, spécialiste ou autre travailleuse qualifiée visées par l'art. 23 al. 1 LEI: on ne saurait en effet lui reconnaître un statut de main d'œuvre très qualifiée, ayant des connaissances spéciales.
En outre, la personne que la recourante souhaite employer ne remplit pas les conditions énumérées dans les directives LEI permettant d'engager du personnel de maison sous l'angle de l'art. 23 al. 3 LEI (dérogation à l'exigence de qualifications personnelles; directives LEI ch. 4.7.15.2). En effet, s'agissant d'un nouvel engagement – il n'est pas allégué et il ne ressort pas du dossier que l'employée serait arrivée en Suisse avec la recourante et déjà employée par celle-ci –, la personne doit faire état d'une expérience spécifique de cinq ans au moins et être au bénéfice d'une autorisation de séjour et de travail depuis cinq ans au moins dans l'un des Etats membres de l'UE/AELE. Or, il ne ressort pas du dossier de l'intéressée que l'une ou l'autre de ces conditions cumulatives serait remplie.
Par ailleurs, la recourante a exposé dans son recours se trouver en fauteuil roulant et être tenue de bénéficier de services multiples à la maison, soit coiffeuse, maquilleuse et couturière. Il ne ressort toutefois pas du dossier que les conditions cumulatives permettant l'engagement de personnel de maison de personnes ayant besoin de soins seraient remplies (directives LEI, ch. 4.7.15.5). Ainsi, aucun certificat médical n'atteste que la recourante est tributaire d'une prise en charge et de soins permanents et qu'aucune autre solution (ponctuelle) n'est envisageable; l'employée pressentie ne bénéficie pas d'une formation de deux ans au moins dans le domaine des soins, ni d'une attestation d'une expérience professionnelle de deux ans au moins (prise en charge et soins auprès de personnes handicapées, ou ayant besoin de soins et gravement malades); enfin, aucune preuve n'est apportée que la soignante – soit la personne que la recourante souhaite engager – réside depuis deux ans au moins de manière régulière dans l'un des pays membres de l'UE/AELE. Enfin, celle-ci ne bénéficie pas d'une autorisation cantonale de pratiquer dans le domaine des soins.
La recourante fait enfin état des qualifications linguistiques de la personne qu'elle souhaite employer, relevant qu'elle parle le français, l'anglais, l'albanais – à noter que l'annonce parue fait état du serbe et non de l'albanais – et le macédonien, langues qui seraient très utiles en lien avec sa propre situation professionnelle d'ambassadrice. Or, force est de constater avec l'autorité intimée que si de telles connaissances sont certes utiles, elles n'apparaissent pas nécessaires à l'exercice de l'activité de l'employée pressentie, cette activité pouvant être effectuée en français ou en anglais, langues également parlées par l'intéressée.
Pour ces motifs déjà, l'autorisation sollicitée ne pouvait être délivrée.
b) En outre, c'est à juste titre que l'autorité intimée a considéré que l'ordre de priorité, deuxième condition cumulative à la délivrance d'un permis de travail, n'avait pas été respecté. En effet, le poste offert ne nécessitait pas de qualifications professionnelles particulières et des travailleurs suisses ou ressortissants de l'UE/AELE étaient en mesure de remplir les critères d'engagement. Or, il n'apparaît pas que la recourante ait effectué les démarches requises par la loi et la jurisprudence afin de trouver un employeur indigène ou ressortissant de l'UE/AELE.
Seule figure en effet au dossier une offre publiée sur une plateforme suisse d'emplois (www.jobup.ch) pour une "
Assistante en gestion et organisation d'evenements Haut-Standing
", publiée du 19 au 25 mai 2020, soit durant une semaine seulement et postérieurement à la conclusion du contrat le 14 mai 2020 et surtout à la demande d'autorisation de séjour déposée le 9 mars 2020, et qui n'a fait l'objet d'aucune vue ni d'aucune candidature. La recourante ne soutient pas avoir annoncé le poste à l'ORP ou mis des annonces dans les quotidiens et la presse spécialisée, ou encore avoir contacté une agence de placement. On ne saurait dès lors considérer qu'elle a fourni tous les efforts que l'on pouvait attendre d'elle afin de trouver un travailleur disponible sur le marché indigène ou ressortissant d'un Etat membre de l'UE/AELE, avec le profil requis, au besoin à l'issue d'un délai raisonnable de formation. Au contraire, on retire de l'ensemble des éléments précités que la décision d'engager l'intéressée avait déjà été prise au moment de publier l'annonce.
Dans ces conditions, la recourante paraît avoir eu la volonté d'engager B._ et elle seule plutôt qu'une autre personne, par pure convenance personnelle. Les conditions de l'art. 21 LEI ne sont donc pas réunies.
3.
Il résulte de ce qui précède que le recours doit être rejeté et la décision attaquée, confirmée. Succombant, la recourante supporte les frais de justice. Il n'est pas alloué de dépens (art. 49, 55, 91 et 99 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; BLV 173.36]).