Decision ID: cf4db13f-a782-4fb1-a7f1-70936a9ea791
Year: 2014
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

Faits (résumé)
A. Z., né en 1977, souffre d’un déficit mental et réside la semaine dans un home, et le week-end dans son appartement. Il est interdit depuis 1996, l’autorité parentale de son père ayant été prolongée. Au décès de ce dernier, Z. a été privé de l’exercice des droits civils et U., compagne du père de Z., lui a été désignée comme curatrice.
B. Le 1 er
avril 2014, l’autorité de protection compétente a confirmé la curatelle de portée générale en faveur de Z. et nommé trois , dont U., leur attribuant à chacun des tâches respectives.
C. Le 31 juillet 2014, l’autorité de protection a déclarée irrecevable l’opposition formée par Z. U. V. W. contre cette décision. Ces derniers ont, le 1er septembre 2014, interjeté recours au Tribunal cantonal, concluant à la limitation des tâches de U. et au dessaisissement des deux curateurs de la gestion administrative et financière.

Considérants (extraits)
4.1 En vertu de l'art. 450 al. 2 CC, ont qualité pour recourir les  parties à la procédure (ch. 1), les proches de la personne concernée (ch. 2) ainsi que les personnes qui ont un intérêt juridique à l'annulation ou à la modification de la décision attaquée (ch. 3).
Sous peine d'irrecevabilité du recours, il incombe au recourant d' les faits qu'il considère comme propres à fonder sa qualité pour recourir, lorsqu'ils ne ressortent pas à l'évidence de la décision  ou du dossier de la cause (cf. ATF 138 III 537 consid. 1.2; arrêt 5A_623/2013 du 31 octobre 2013 consid. 1.2).
4.1.1 Selon la doctrine, sont parties à la procédure (au sens de l'art. 450 al. 2 ch. 1 CC), en première ligne, les personnes directement touchées par une décision de l'autorité de protection, soit les  protégées ayant besoin d'aide. Est également partie le curateur lorsque ses actes ou ses omissions font l'objet d'une procédure devant l'autorité de protection (Steck, Commentaire du droit de la famille, Protection de l'adulte, 2013, n. 21 ad art. 450 CC; Meier/Lukic,
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Introduction au nouveau droit de la protection de l'adulte, 2011, p. 58, n
o 129; Schmid, Erwachsenenschutz, Kommentar, 2010, n. 21 ad
art. 450 CC). A l'encontre de l'avis de plusieurs commentateurs, le Tribunal fédéral a jugé que les autres personnes qui ont participé à la procédure devant l'autorité de protection ou auxquelles une décision de l'autorité de protection a au moins été notifiée ne sont pas des  au sens de l'art. 450 al. 2 ch. 1 CC, et qu'elles ne sont admises à recourir que si elles remplissent les conditions des chiffres 2 et 3 de cette disposition (arrêt 5A_979/2013 du 28 mars 2014 consid. 6).
4.1.2 S'agissant des proches de la personne concernée au sens de l'art. 450 al. 2 ch. 2 CC, le Message concernant la révision du code civil suisse (Protection de l’adulte, droit des personnes et droit de la filiation) du 28 juin 2006 (ci-après : le Message) contient les  suivantes (FF 2006 p. 6716) :
La notion de personne proche était déjà connue dans le droit antérieur (cf. art. 397d al. 1 aCC). Selon la doctrine et la jurisprudence, le proche est une personne qui connaît bien la personne concernée et qui, grâce à ses qualités et, le plus souvent, grâce à ses rapports réguliers avec celle-ci, paraît apte à en défendre les intérêts. L’ d’un rapport juridique entre les deux personnes n’est toutefois pas requise. C’est le lien de fait qui est déterminant. La légitimation du proche ne suppose pas nécessairement que des intérêts de la  concernée doivent être sauvegardés. Peuvent être des proches les parents, les enfants, d’autres personnes étroitement liées par parenté ou amitié à la personne concernée, le partenaire, mais  le curateur, le médecin, l’assistant social, le prêtre ou le pasteur, ou une autre personne qui a pris soin et s’est occupée de la personne concernée. La personne de confiance selon l’art. 432 CC peut être un proche. Il est envisageable que plusieurs proches soient parties à la procédure indépendamment l’une de l’autre.
Selon le Tribunal fédéral, il faut se référer à la notion de proche telle que l'a développée la jurisprudence en application de l'art. 397d aCC (arrêt 5A_663/2013 du 5 novembre 2013 consid. 3.2). Il s'agit de  connaît bien la personne en cause, en raison d'un lien de parenté ou d'amitié, de sa fonction ou de son activité professionnelle, et paraît donc apte à sauvegarder les intérêts de la personne  (ATF 137 III 67 consid. 3.4.1). La relation doit être consentie par celle-ci et marquée par une certaine responsabilité, endossée par le
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tiers, quant au bien de la personne en cause. Il appartient à la  qui prétend être un proche de rendre vraisemblance l'existence de telles circonstances (arrêt 5A_663 précité consid. 3.2).
Le terme de proche peut - mais ne doit pas - comprendre les parents, notamment les parents proches, ainsi que d'autres personnes de référence comme un médecin, un thérapeute, etc. (Häfeli,  du droit de la famille, Protection de l'adulte, 2013, n. 5 ad art. 419 CC). L'existence d'un rapport juridique entre les deux personnes n'est pas requise. C'est bien plus le rapport de fait qui est déterminant (arrêt 5A_979/2013 du 28 mars 2014 consid. 5).
S'agissant en particulier de grands-parents, d'oncles et de tantes, on exigera la preuve d'une relation de fait particulière, car le temps des grandes familles est révolu et une telle relation ne peut plus être présumée. Il en va de même des parrains et marraines, des amis proches et des ecclésiastiques (Meier, La position des tiers en droit de la tutelle - Une systématisation, in RDT 1996 p. 81 ss/89 sv.).
Il est essentiel de vérifier qu'il n'y a pas simulation d'intérêts, car,  les apparences, il n'est pas rare que les intérêts qui motivent le tiers recourant soient de nature avant tout égoïste (Meier, op. cit., p. 91).
4.1.3 Quant aux tiers au sens de l'art. 450 al. 2 ch. 3 CC, ils doivent avoir un intérêt juridique qui doit être sauvegardé par le droit de la protection de l'enfant et de l'adulte; un simple intérêt de fait ne suffit pas. C’est pourquoi un tiers n’est habilité à recourir que s’il fait valoir une violation de ses propres droits; il n’aura pas la qualité pour  s’il prétend défendre des intérêts de la personne concernée, alors qu’il n’est en réalité pas un proche de celle-ci (Message, p. 6716; arrêt 5A_979/2013 du 28 mars 2014 consid. 4.2; Steck, n. 27 ad art. 450 CC; Steinauer/Fountoulakis, Droit des personnes physiques et de la protection de l'adulte, 2014, n
o 1127; Hausheer/Geiser/Aebi-Müller,
Das neue Erwachsenenschutzrecht, 2014, p. 28, n o 1.91). Les seules
expectatives successorales ne suffisent pas (Guillod/Bohnet, Le  droit de la protection de l'adulte, 2012, p. 66, no 84; Message, p. 6692; Häfeli, n. 6 ad art. 419 CC; Schmid, Commentaire bâlois, 2012, n. 9 ad art. 419 CC). Il ne s'agit en effet précisément que d'espérances. Au demeurant, les mesures de protection de l'adulte ne sauraient avoir pour but de conserver le patrimoine à des fins hérédi-
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taires, en faisant obstacle au droit de la personne concernée de  librement de ses biens jusqu'à son décès (arrêt 5A_683/2013 du 11 décembre 2013 consid. 1.3.2).
4.2 Suivant l'art. 30 al. 3 LACC, la nomination du curateur peut être contestée par tout intéressé dans les dix jours à partir de celui où il en a eu connaissance si elle est jugée contraire aux exigences de la loi.
En tant que la formulation de cette disposition est quasiment identique à celle de l'ancien art. 388 al. 2 CC, il n'y a pas lieu de les interpréter différemment, notamment quant à la qualité reconnue pour faire , ouverte à "tout intéressé".
Il apparaît que la notion de "tout intéressé", qui était également , au demeurant, à l'art. 420 aCC, se référait au pupille, au tuteur désigné, ainsi qu'aux proches du pupille et aux tiers pouvant faire valoir un intérêt juridiquement protégé (RJJ 1997 p. 58; cf., ég., , Commentaire bâlois, 2010, n. 3 ad art. 388-391 aCC). Le cercle des personnes autorisées à faire opposition selon l'art. 30 al. 3 CC se révèle ainsi être le même que celui des personnes admises à recourir au sens de l'art. 450 al. 2 CC. On voit mal d'ailleurs qu'il puisse en aller autrement.
5.1 Les recourants n'ont pas été parties à la procédure qui a abouti à la décision du 1
er avril 2014. Le fait que l'APEA leur a adressé une
copie de ce prononcé ne leur confère pas cette qualité, eu égard en particulier à la jurisprudence du Tribunal fédéral rappelée plus haut (consid. 4.1.1). Leur qualité pour recourir ne saurait ainsi se fonder sur l'art. 450 al. 2 ch. 1 CC.
5.2 C'est à tort que les recourants soutiennent que leurs liens de parenté avec Z. leur confèrent de ce seul fait la qualité de proche au sens de l'art. 450 al. 1 ch. 2 CC, compte tenu des considérations posées supra (consid. 4.1.2). Dès lors qu'ils ne sont que tante, oncles et cousins de la personne concernée, une relation de proximité ne saurait être présumée. C'est dire qu'il leur appartenait de rendre  l'existence de liens particuliers avec l'intéressé. Il convient d'examiner s'ils y sont parvenus.
5.2.1 S'agissant de Y. et de sa famille, force est de constater qu'on ne sait rien, ou que très peu, des contacts qu'ils entretiennent avec leur neveu, respectivement leur cousin. Le seul élément dont on
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dispose provient des déclarations de dame Y., faites lors de la séance du 17 juillet 2014; elle y a expliqué qu'elle "rencontre parfois M. Z. lorsqu'il passe son week-end dans son appartement de A.". Dans ces circonstances, une relation de proximité suffisante au sens de l'art. 450 al. 2 ch. 2 CC n'est pas rendue vraisemblable.
5.2.2 Quant à X., il a été allégué en particulier qu'il a vu grandir son neveu, dont il est le parrain, qu'il a été son curateur et que, dans le testament du père de Z., celui-ci l'a institué comme tuteur en second de son fils.
Il est exact que, par décision du 9 août 1993, la justice de paix du cercle de Pully a nommé X. "curateur ad hoc à raison des dispositions de l'art. 392 ch. 2 CCS" de Z., "avec pour mission de représenter le pupille aux opérations de liquidation de la succession de sa mère pouvant donner lieu à conflit d'intérêts avec son père". L'intéressé a été relevé de ses fonctions le 25 janvier 1996. Il est vrai également que, dans un avenant du 2 septembre 1999 à son testament du 14 août 1996, le père de Z. a indiqué que sa volonté était que U. ou, à défaut, X., se voient confier son fils et, le cas échéant, que l'ou un l'autre soit nommé tuteur de celui-ci.
Nonobstant, il appert que, actuellement, et depuis longtemps, X. n'entretient aucune relation avec son neveu Z. En séance du 17 juillet 2014, il a déclaré qu'il n'a pas revu celui-ci depuis le décès de du père de Z., "car l'ancienne chambre pupillaire a décidé de nommer U. à la fonction de tutrice". Il a ajouté qu'il connaît très bien Z. et qu'il aurait aimé le revoir par exemple dans le cadre de réunions de famille, mais qu'il n'y avait plus eu de telles rencontres depuis 2005. Invité à  pourquoi il n'a pas pu le revoir, X. s'est prévalu de "raisons ", ajoutant qu'il y a un "barrage", alors que, du vivant de la mère de Z., il le voyait régulièrement. Il a déclaré connaître  son neveu et savoir comme il réagit, dès lors qu'il l'a vu grandir. Il a ajouté que ce sont les institutions qui lui ont permis de progresser, que, dans un tel cadre, il est suffisamment entouré et qu'il n'est pas nécessaire qu'il aille le voir. En revanche, a-t-il précisé, il aimerait lui rendre une fois visite à son appartement. Requis de dire si, "avant ce jour", il a demandé à pouvoir rencontrer son neveu, il a répondu que non, compte tenu des tensions présentes, ajoutant qu'il n'aime pas déranger les gens. Il a déclaré savoir que Z. est très heureux, et que U. le prend parfois le week-end. Il a relevé enfin ne jamais s'être
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rendu à l'institut de la Pommeraie mais s'être renseigné par le biais de tiers sur la qualité de l'institution, qui est excellente et qui fait un très bon travail.
De ses propres déclarations, on doit déduire que, actuellement, X. n'est pas un proche de Z., qu'il n'a pas revu depuis le décès du père de ce dernier, survenu en janvier 2005. Il apparaît même que les contacts réguliers qu'il entretenait avec son neveu ont cessé avec le décès de la mère de celui-ci, survenu le 16 juillet 1993.
Le fait que l'intéressé a adressé des courriers à la chambre pupillaire, respectivement à l'APEA, dans le but d'obtenir diverses informations sur la gestion du patrimoine de son neveu, voire de fournir son avis sur celle-ci, ne saurait changer cette appréciation. Outre que rien ne permet d'affirmer que, ce faisant, l'intéressé cherchait réellement à protéger les intérêts de son neveu et n'avait pas uniquement en vue la sauvegarde de ses expectatives successorales - celle-ci constituant un but avoué de l'ensemble des recourants -, il manque quoi qu'il en soit toute relation entre l'intéressé et Z. qui permettrait de reconnaître à celui-là la qualité de proche dans le sens exposé plus haut.
5.2.3 En définitive, aucun des recourants ne peut être considéré comme un proche de Z.
5.3 Il reste ainsi à examiner si les recourants peuvent se prévaloir d'un intérêt au sens de l'art. 450 al. 2 ch. 3 CC. Tel n'est toutefois pas le cas. En effet, comme on l'a vu, les expectatives successorales ne sont pas protégées par le droit de la protection de l'adulte. Aussi, l'argumentation des recourants selon laquelle, comme héritiers  de Z., leurs intérêts se confondent largement avec ceux de l'intéressé est vaine. On rappellera ici que celui qui prétend défendre des intérêts de la personne concernée n'a pas qualité pour recourir, à moins d'être un proche de celle-ci.
5.4 Il suit de ce qui précède que les recourants n'ont qualité ni pour former opposition au sens de l'art. 30 al. 3 LACC - si bien que la  du 22 juillet 2014 de l'APEA s'avère tout à fait fondée - ni pour interjeter un recours selon l'art. 450 al. 1 CC.