Decision ID: bbd51dcd-40fb-4f66-bc47-7af3549b84cc
Year: 2014
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

Vu
l'action en paiement introduite le 9 juin 2008 par X_ à l'encontre de l'Etat du
Valais, celle-ci alléguant que Y_ a commis des actes de harcèlement
psychologique, sexuel et moral à son encontre, dont le défendeur devait répondre en
vertu de l'art. 4 al. 1 LRCPA ;
la décision rendue le 7 avril 2011 par la juge IV du district de C_ admettant
l'intervention accessoire de Y_ au côté de l'Etat du Valais ;
le jugement rendu le 16 février 2012 par la juge IV du district de C_ dont le
dispositif est le suivant :
1. La demande déposée le 9 juin 2008 par X_ est rejetée.
2. Il n’est pas perçu de frais pour la présente décision.
3. X_ versera à l’Etat du Valais une indemnité de 50'000 fr. à titre de dépens.
l’appel formé contre ce jugement, le 19 mars 2012, par X_ qui a pris les
conclusions suivantes :
1. Le présent appel, déclaré recevable, est admis.
2. Le jugement rendu par le Tribunal de District de C_ le 16 février 2012 en la cause C1 08 109
opposant X_ à l’ETAT DU VALAIS est annulé.
3. L’Etat du Valais est condamné à verser à X_ le montant de CHF 2'984'905.- avec intérêts
moratoires à 5 % dès le 21 novembre 2011.
4. Les frais de procédure et de décision, y compris une juste et équitable indemnité pour les dépens, sont
mis à la charge exclusive de l’Etat du Valais.
la suspension de la cause prononcée le 22 novembre 2012, jusqu’à droit connu sur
l’affaire pénale, à la suite des appels interjetés à l’encontre du jugement du 25
septembre 2012 (P1 11 9) ;
l’avis donné aux parties, le 10 février 2014, que la présente affaire était appointée à
jugement au rang des causes des mois d’août et septembre 2014 ;
la "convention/transaction" (ci-après : la transaction) déposée le 24 juin 2014 par le
chef du service administratif et juridique de la formation et du sport du canton du
Valais, libellée comme suit :
- 3 -
Les parties principales à la procédure C1 12 63 ouverte par devant le Tribunal cantonal à la suite d’une
déclaration d’appel formée par X_ contre le jugement du Tribunal de district de C_,
entendent convenir des points qui suivent :
1. X_ déclare retirer purement et simplement la déclaration d’appel formée en la procédure C1
12 63 ouverte auprès de la Cour civile du Tribunal cantonal à l’encontre de l’Etat du Valais.
2. X_ reconnaît n’avoir plus aucun droit en relation avec la cause C1 12 63 (acte de
harcèlement commis par Y_ à son encontre).
3. L’Etat du Valais renonce, ce pour solde de tout compte, à encaisser l’indemnité de dépens fixée à Fr.
50'000.- par jugement du Tribunal de C_ du 16 février 2012.
4. L’Etat du Valais accepte de libérer la garantie fournie à titre de sûreté pour les dépens auprès du
Tribunal de district de C_, respectivement auprès du Tribunal cantonal. L’autorité judiciaire
compétente est autorisée à libérer définitivement cette sûreté fixée à titre de dépens.
5. Les parties conservent leur[s] propre[s] frais d’intervention.
6. La présente convention sera adressée par l’Etat du Valais à la Cour civile du Tribunal cantonal en la
cause C1 12 63 en trois exemplaires pour notification également à la partie intervenante accessoire,
Monsieur Y_, représenté par Me B_, avocat à C_.
Pour la partie appelante Pour la partie appelée
signature de X_ Etat du Valais
signature de Me A_ signature de D_ (chef du dé-
département de la formation et de la sécu-
rité du canton du Valais)
le courrier du 26 juin 2014 de X_ confirmant le retrait de sa déclaration
d’appel conformément à la transaction;
la détermination de Y_ du 4 juillet 2014, comportant les conclusions
suivantes :
1. Principalement :
Il n’est pas entré en matière sur la requête tenant à ce qu’une décision de classement soit rendue.
Les frais et les dépens sont mis à la charge de X_.
2. Subsidiairement :
S’il est entré en matière, le Tribunal cantonal rend une décision condamnant X_ aux frais de
la procédure d’appel et de première instance et à payer à Y_ une indemnité à titre de dépens
pour l’instance d’appel, avec suite de frais et dépens.
les déterminations de X_ des 15 juillet 2014 et 9 septembre 2014 et de
Y_ du 4 août 2014 ;
la détermination du chef du département de la formation et de la sécurité du canton du
Valais du 4 septembre 2014 à laquelle était annexée la décision par laquelle le Conseil
d'Etat a, le 18 juin 2014, accepté le projet de convention proposé par X_ le 2
avril 2014, et autorisé ledit chef de département à signer le projet de convention ;
les actes de la cause ;
- 4 -

considérant
que selon l'art. 405 du code de procédure civile (CPC) du 19 décembre 2008, entré en
vigueur le 1er janvier 2011, les recours sont régis par le droit en vigueur au moment de
la communication de la décision aux parties ;
qu’en l’espèce, si l’action a été introduite le 9 juin 2008 - soit sous l’empire du code de
procédure civile du canton du Valais du 24 mars 1998 (CPC/VS) - , le jugement motivé
a été expédié aux parties le 3 octobre 2012 ; que la présente cause est donc soumise
au nouveau droit de procédure.
que la compétence du Tribunal cantonal pour connaître de l’affaire se fonde sur l’art. 5
al. 1 let. b LACPC ;
qu’aux termes de l’art. 241 CPC, toute transaction, tout acquiescement et tout
désistement d’action consignés au procès-verbal par le tribunal doivent être signés par
les parties (al. 1) ; qu’une transaction, un acquiescement ou un désistement d’action a
les effets d’une décision entrée en force (al. 2) ; que le tribunal raye l’affaire du rôle (al.
3) ;
qu’en vertu de la maxime de disposition, le juge est lié par la transaction ; qu’il doit
vérifier si la convention est recevable, claire et - pour autant qu’il ne s’agisse pas d’une
transaction partielle - complète (Liebster, in Sutter-Somm et al. [Hrsg.], n. 19 ad art.
241 CPC Kommentar zur schweizerischen Zivilprozessordnung (ZPO); Kriech, in
Brunner et al. [Hrsg.], ZPO Schweizerische Zivilprozessordnung, 2011, n. 11 ad art.
241 CPC), qu’elle ne porte que sur des droits dont les parties peuvent librement
disposer (Tappy, in Bohnet et al. [éd.], Code de procédure civile commenté, n. 10 ad
art. 241 CPC) et qu’elle ne viole pas les principes de la bonne foi (art. 52 CPC) et de
l’économie du procès (cf. art. 124 al. 1 CPC) ;
que le Conseil d'Etat peut agir en justice au nom de l’Etat (art. 93 al. 3 LOCRP) ;
que conformément à l’art. 76 CPC, l'intervenant peut accomplir tous les actes de
procédure compatibles avec l'état du procès qui sont utiles à la partie principale dont il
soutient la cause; il peut notamment faire valoir tous les moyens d'attaque et de
défense ainsi qu'interjeter recours (al. 1), les actes de l'intervenant n’étant pas
considérés s'ils contredisent les déterminations de la partie principale ;
- 5 -
que l'intervenant accessoire - qui ne peut pas disposer de l'objet du litige (Graber/Frei,
Basler Kommentar, n. 9 ad art. 76 CPC) - n'a pas la position de partie (Parteistellung)
mais seulement celle d'auxiliaire (Gehilfe) de l'une des parties au procès (Graber/Frei,
op. cit., 2013, n. 1 ad art. 74 CPC) ; que les actes de l'intervenant doivent être
compatibles avec ceux de la partie qu'il soutient (art. 76 al. 2 CPC; ATF 138 III 537
consid. 2.2.2) ; qu'il ne peut ainsi rien faire qui contredise la volonté de cette partie
mais qu'en revanche, la partie bénéficiant de l'intervention peut transiger contre la
volonté de l'intervenant (Corboz, Les dispositions générales du CPC in Le Code de
procédure civile - Aspects choisis, 2011, p. 52) ;
qu’en l’espèce, D_ a signé la "convention/transaction" (ci-après : la
transaction) au nom de l'Etat du Valais, conformément à la décision du Conseil d'Etat
du 18 juin 2014, engageant ainsi l'Etat du Valais ;
que les parties principales X_ et l'Etat du Valais pouvaient disposer des
droits sur lesquels porte la transaction, étant observé que le point 5 de la convention
ne peut viser que les frais d'intervention des parties principales ; qu'en effet, assistées
par des juristes, celles-ci n'ont certainement pas ignoré qu'elles n'avaient aucun
pouvoir de décision sur le droit de l'intervenant à des dépens ;
que Y_ affirme qu'il n'a pas été tenu au courant des discussions
transactionnelles; qu'il n'accepte pas cet accord qui, selon lui, porte atteinte à ses
droits car il "reste exposé, ne serait-ce que pour des questions de frais, à une
éventuelle action récursoire de son ancien employeur" ; que, comme on l'a vu, la
volonté de l'intervenant ne saurait prévaloir sur celle de la partie qu'il soutient ; que,
partant, son opposition à la transaction n'entre pas en considération ; que c'est le lieu
de relever que, si la partie principale annihile l'effet d'un moyen invoqué par
l'intervenant, ce dernier pourra s'en prévaloir pour contrer le caractère opposable, à
son égard, du jugement (art. 77 let. a CPC; Haldy, in Bohnet et al. [éd.], Code de
procédure civile commenté, 2011, n. 5 ad art. 77 CPC; Graber/Frei, op. cit. n. 9 ad art.
76 CPC) ;
que, pour le surplus, la transaction ne semble pas contraire aux principes de la bonne
foi et de l’économie du procès ;
qu'en définitive, il y a lieu de prendre acte de la transaction, l’ordre de rayer du rôle la
cause TCV C1 12 63 se limitant à constater la fin du procès (Tappy in Bohnet et al.
[éd.], Code de procédure civile commenté, 2011., n. 5 ad art. 241 CPC) ;
- 6 -
que Y_ n’a pas motivé sa conclusion subsidiaire tendant à la condamnation
de X_ aux frais; qu’en tant qu’elle vise les frais de première instance, cette
conclusion paraît irrecevable, dès lors qu'à la suite du retrait de l'appel, le point 2 du
dispositif du jugement du 16 février 2012 est entré en force de chose jugée; qu’au
demeurant, X_ fondait ses prétentions sur l'art. 5 al. 5 LEg, qu’elle a subi des
actes qu’il faut qualifier de harcèlement sexuel au sens de l'art. 4 LEg pour les motifs
pertinents exposés au consid. 5.1 du jugement du 16 février 2012 que la Cour fait
siens, et qu’en conséquence, la procédure est gratuite sauf témérité (art. 13 al. 5 LEg) ;
qu’il n’y a dès lors pas lieu de percevoir des frais, tant en première instance qu'en
appel, étant relevé que X_ échappe au grief de témérité;
que Y_ réclame des dépens pour la procédure d'appel, à la charge de
X_ ;
que le CPC ne règlemente pas le point de savoir si l’intervenant peut prétendre à une
indemnité à titre de dépens ; qu'en application de la jurisprudence fédérale qui a
prévalu jusqu’ici (cf. ATF 130 III 571 consid. 6) - qui s’appuie sur le fait que
l’intervenant ne fait pas valoir d’intérêts qui se fondent sur une relation entre la partie
adverse et lui-même -, la doctrine préconise, en application de l’art. 107 CPC
("répartition en équité"), de ne pas lui allouer une indemnité à titre de dépens (Jenny in
Sutter-Somm et al. [Hrsg.], Kommentar zur schweizerischen Zivilprozessordnung, n. 19
ad art. 106 CPC ; cf. ég. Staehelin/Schweizer, in Sutter-Somm et al. [Hrsg.],
Kommentar zur schweizerischen Zivilprozessordnung, 2013, n. 35 ad art. 76 CPC) ;
Rüegg, Basler Kommentar, n. 9 ad art. 106 CPC; Oberhammer/Domej/Haas, ZPO
Kurzkommentar 2014, n. 10 ad art. 106 CPC; Urwyler, in ZPO Schweizerische
Zivilprozessordnung, 2011, n. 9 ad art. 106 CPC; Staehelin/Staehelin/Grolimund,
Zivilprozessrecht, 2013, n. 61 ad § 13 ; contra : Stechi, Berner Kommentar, n. 13 ad
art. 106 CPC)
qu'en l'occurrence, Y_ a justifié son intervention accessoire sur l'action
récursoire envisagée à son encontre par l'Etat du Valais pour le cas où les conclusions
en paiement de X_ seraient admises ; que X_ est étrangère à ce
rapport juridique dont découlent les intérêts défendus par Y_ en procédure ;
qu’en l’absence de motifs d’équité - que l’intéressé n’invoque d’ailleurs pas - qui
pourraient justifier de s’écarter du principe pertinemment posé par la doctrine
majoritaire, il n’y a pas lieu d'accorder à la partie intervenante un droit au paiement de
ses dépens par X_ ; qu’il s’ensuit le rejet de sa conclusion.
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