Decision ID: 0a6a67c4-cf6d-56e9-b234-5bca5665a1e0
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
A_, né le _ 1949, originaire de Schmitten (Fribourg) est célibataire, sans enfants. Ses deux parents sont décédés. Il a cinq frères et cinq sœurs, avec lesquels il ne semble pas entretenir de relations. Il était au bénéfice d'une rente entière de l'assurance-invalidité et a désormais atteint l'âge de la retraite.![endif]>![if>
b)
Par ordonnance du 30 juin 2000, le Tribunal tutélaire (désormais, Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant, ci-après : le Tribunal de protection) a prononcé l'interdiction de A_, retenant, sur la base d'un rapport d'expertise, qu'il souffrait d'une maladie mentale sous forme d'un trouble délirant persistant, susceptible de l'amener à menacer sérieusement la sécurité d'autrui et notamment celle de jeunes adolescents influençables, étant rappelé qu'il avait été condamné en septembre 1995 par la Cour correctionnelle à quatre ans de réclusion pour, notamment, des actes d'ordre sexuel sur des enfants.
L'ordonnance du Tribunal tutélaire a été confirmée par la Cour de justice et le recours interjeté par A_ auprès du Tribunal fédéral a été rejeté, cette dernière instance ayant retenu l'incapacité de la personne concernée de gérer ses affaires.
c)
Dans le cadre d'une demande de levée de la mesure d'interdiction dont il faisait l'objet, A_ a été soumis à une nouvelle expertise psychiatrique en 2008. L'expert a conclu à l'existence d'un trouble mixte de la personnalité, avec des traits paranoïaques et dyssociaux. Depuis sa mises sous tutelle, il n'avait ni réussi, ni voulu, en raison de ses troubles, établir un contact régulier avec son tuteur. Selon l'expert, A_ était toujours incapable de gérer ses affaires, mais pouvait se passer de soins et de secours permanents. Son fonctionnement psychique n'entraînait pas de menaces directes pour lui-même ou pour autrui. L'expert a toutefois relevé que A_ avait été inculpé d'actes d'ordre sexuel avec une personne incapable de discernement pour des faits qui s'étaient produits le 5 décembre 2007 et pour avoir fait des inscriptions à la peinture sans autorisation dans différents lieux publics, en soutien d'un candidat dans le cadre d'une campagne électorale.
Par ordonnance du 18 mars 2009, le Tribunal tutélaire a levé la mesure d'interdiction instaurée le 30 juin 2000 en faveur de A_, considérant que ce dernier n'avait pas besoin de soins et de secours permanents et ne menaçait pas la sécurité d'autrui; quant à l'incapacité de gérer ses affaires, elle n'était pas démontrée.
B.
a)
Par courrier du 24 septembre 2014, le Service des affaires sociales de la Ville de Carouge a signalé au Tribunal de protection le cas de A_, qui avait été reçu dans un état de confusion. Il avait déclaré vivre depuis plusieurs années dans une petite chambre vétuste de l'Hôtel _, dont il ne payait plus les loyers depuis quelques temps. Il avait par ailleurs reçu plusieurs courriers du Service des prestations complémentaires, le dernier l'informant du fait qu'il allait supprimer le versement de ses prestations; il n'y avait donné aucune suite. Ayant atteint l'âge de 65 ans, il ne percevait plus sa rente invalidité et n'avait pas effectué les démarches nécessaires afin d'obtenir sa rente vieillesse, de sorte qu'il était sans aucun revenu; il avait par ailleurs été taxé d'office. Le Service des affaires sociales de la Ville de Carouge avait demandé à A_ de lui apporter un certain nombre de documents, mais il ne s'était pas présenté au rendez-vous qui lui avait été fixé. ![endif]>![if>
b)
Par ordonnance du 9 octobre 2014 rendue sur mesures provisionnelles, le Tribunal de protection a institué une curatelle de représentation et de gestion du patrimoine au profit de A_, a désigné deux intervenants en protection de l'adulte aux fonctions de co-curateurs et a fixé un délai à l'intéressé pour qu'il se détermine au fond, délai auquel il n'a pas donné suite.
c)
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 3 décembre 2014. A_ a expliqué vivre à l'Hôtel _ depuis le mois de juillet 2007, dans une chambre insalubre et humide; il a déclaré souhaiter trouver un autre logement. Ses documents administratifs se trouvant dans un garde-meuble auquel il ne pouvait accéder, il n'avait pas pu effectuer les démarches nécessaires pour obtenir sa rente AVS.
Le représentant du Service de protection de l'adulte a expliqué avoir rencontré la gérante de l'hôtel _, laquelle lui avait indiqué rencontrer des problèmes avec A_, ne plus vouloir avoir de contacts avec lui et avoir entrepris une procédure judiciaire, en raison d'un important arriéré de loyer.
Il ressort du procès-verbal de l'audience que A_ s'est violemment emporté lors de celle-ci, déclarant ne plus avoir confiance dans le Service de protection de l'adulte, préférant se débrouiller seul et envisageant de quitter Genève pour s'installer dans le canton de Fribourg. Il a ajouté que le Tribunal de protection le poussait au suicide et ne s'est calmé que lorsqu'il a compris qu'il n'était plus obligé de rester; il a quitté l'audience avant son terme.
C.
a)
Par ordonnance
DTAE/6243/2014
du 3 décembre 2014, notifiée par plis du 26 janvier 2015, le Tribunal de protection a institué une curatelle de représentation et de gestion du patrimoine au profit de A_ (ch. 1 du dispositif), confirmé les deux intervenants en protection de l'adulte désignés sur mesures provisionnelles dans leurs fonctions de co-curateurs, lesquels peuvent se substituer l'un à l'autre (ch. 2 et 3), confié aux curateurs les tâches suivantes : représenter A_ dans ses rapports juridiques avec les tiers, en particulier en matière de logement, affaires sociales, administratives et juridiques; veiller à son état de santé et mettre en place les soins médicaux nécessaires et le représenter pour tous les actes nécessaires dans ce cadre; veiller à son bien-être social et le représenter pour tous les actes nécessaires dans ce cadre; veiller à la gestion de ses revenus et de sa fortune, administrer ses biens et accomplir les actes juridiques liés à la gestion (ch. 4), limité l'exercice des droits civils de l'intéressé en conséquence, à l'exception du domaine médical (ch. 5), autorisé les curateurs à prendre connaissance de la correspondance de l'intéressé et au besoin à pénétrer dans son logement (ch. 6), autorisé les curateurs à représenter l'intéressé dans le cadre de toute éventuelle procédure judiciaire en évacuation et en paiement en lien avec la location de la chambre située à l'Hôtel _ (ch. 7), invité les curateurs à informer le Tribunal de protection de tout fait nouveau justifiant la modification ou la levée de la curatelle (ch. 8) et laissé les frais à la charge de l'Etat (ch. 9).![endif]>![if>
Le Tribunal de protection, qui comprenait un médecin psychiatre dans sa composition, a notamment retenu qu'il ressortait de l'expertise psychiatrique de 2008 que A_ souffre d'un trouble psychiatrique, sous forme de troubles mixtes de la personnalité paranoïaque et dyssociale. Il était apparu qu'il délaissait complètement la gestion de ses affaires administratives courantes, ne donnait aucune suite aux demandes faites par les divers services et institutions, ce qui l'avait notamment conduit à la perte des prestations complémentaires que lui accordait le Service compétent, à ne pas recevoir la rente AVS à laquelle il avait droit, à s'endetter de manière importante et à risquer d'être évacué de son logement. Dans ce contexte, l'aide apportée par le Service des affaires sociales de la Ville de Carouge s'avérait insuffisante, l'intéressé ayant besoin, dans le cadre d'une mesure de curatelle, d'une large représentation dans ses rapports juridiques avec les tiers, ainsi qu'en matière de gestion de son patrimoine, de son lieu de vie et de sa santé. Compte tenu de l'absence totale de collaboration de A_, il se justifiait de le priver de l'exercice de ses droits civils, afin de permettre aux curateurs d'exercer leur mandat avec toute l'efficacité voulue. Le Tribunal de protection a également relevé que A_ avait notamment fait l'objet de deux jugements de mainlevée définitive en novembre 2013 et juin 2014 à la demande respective du Pouvoir judiciaire et de l'Administration fiscale et d'un jugement d'évacuation pour défaut de paiement de loyer, prononcé en janvier 2014.
b)
Le 16 février 2015, A_ a formé recours contre l'ordonnance du 3 décembre 2014. Il a demandé à être entendu une nouvelle fois, dans un délai lui permettant de "préparer un dossier solide" et a conclu à la levée immédiate de la mesure contestée.
En substance, le recourant a expliqué s'être trouvé "provisoirement décontenancé" suite à plusieurs courriers qu'il avait reçus du Service des prestations cantonales lui annonçant la suppression des prestations qu'il recevait, étant précisé qu'il avait omis de retourner audit service certains documents administratifs dont il n'avait pas saisi l'importance; il en était allé de même s'agissant de sa rente vieillesse. Il a par ailleurs indiqué qu'il vivait dans des conditions insalubres, presque inhumaines, à l'hôtel _, qu'il ne se sentait pas écouté, qu'il subissait une pression morale et qu'il avait vécu une sorte de fuite en avant qu'il regrettait. Il a également fait valoir le fait que l'expertise psychiatrique de 2008 était trop ancienne pour fonder la décision du Tribunal de protection. Il a contesté que le Tribunal des baux et loyers ait rendu un jugement d'évacuation à son encontre, la cause ayant été gardée à juger. Pour le surplus, le Service des affaires sociales de la Ville de Carouge avait effectué les démarches nécessaires afin de lui permettre de percevoir sa rente AVS et il s'était personnellement procuré les documents qui devraient lui permettre de recevoir à nouveau les prestations complémentaires. Le recourant, qui a indiqué ne pas être à l'aise avec le français écrit et avoir de la peine à s'exprimer en public, a affirmé dans son recours que l'aide d'une assistante sociale serait suffisante.
c)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité faire usage des prérogatives offertes par l'art. 450d CC.
d)
Le Service de protection de l'adulte pour sa part a indiqué que le recourant avait refusé toute collaboration et n'avait répondu à aucune de ses invitations à rencontrer l'un de ses collaborateurs. Il s'était également opposé à ce que quiconque accède à sa chambre au sein de l'Hôtel _, ce qui rendait impossible tout nettoyage ou remise en état de celle-ci. Le comportement adopté par le recourant ne faisait que confirmer son besoin de protection.
e)
La cause a été mise en délibération le 19 mai 2015.

EN DROIT
1.
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours (art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de leur notification (art. 450b al. 1 CC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC).![endif]>![if>