Decision ID: e2b8c640-25b5-51a1-8b1f-ed5b52c35062
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
Le 1
er
mai 2017, des habitants de l'immeuble sis _ signalaient au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection), la situation préoccupante de la famille A/B_, composée d'une mère, A_, née le _ 1934 et de son fils, B_, né le _ 1963, lequel souffre d'un handicap mental; la première se montrait notamment très agressive envers ses voisins. ![endif]>![if>
Ce signalement faisait suite à de nombreuses plaintes et pétitions adressées à la Régie par plusieurs habitants de l'immeuble, lesquels se plaignaient de l'attitude adoptée à leur égard par A_.
b)
Le 9 juin 2017, le poste de police de _ [Genève] a établi un rapport destiné au Tribunal de protection. A_ contestait les faits qui lui étaient reprochés, affirmant que ses voisins s'étaient ligués contre elle. Elle expliquait s'occuper seule de la gestion de ses affaires administratives ainsi que de son fils. Son appartement était propre et bien rangé. Les agents avaient toutefois constaté qu'A_ tenait parfois des propos incohérents et étranges et qu'elle pouvait rapidement se mettre en colère.
Les agents ont également rencontré B_, lequel travaillait dans un atelier protégé au sein de la Fondation E_. Les éducateurs s'étaient un temps inquiétés de son régime alimentaire, sa mère ne lui donnant parfois qu'un yaourt le soir. A_ était par ailleurs opposée à ce que son fils consulte un médecin et la psychologue de l'atelier; des difficultés relationnelles entre elle et l'éducateur référent de son fils étaient survenues et avaient conduit au changement du référent. La relation entre mère et fils était décrite comme symbiotique, la première ayant beaucoup d'emprise sur le second. B_ avait exprimé l'envie de participer à des activités organisées par la Fondation E_, mais sa mère ne le souhaitait pas. Elle avait par ailleurs déclaré au Directeur de la Fondation que si son fils lui était retiré, un drame surviendrait.
La question de l'instauration de mesures de curatelles se posait, tant pour la mère que pour le fils.
c)
Par décision du 22 juin 2017, le Tribunal de protection a désigné F_, avocat, aux fonctions de curateur d'office de B_, afin de le représenter dans la procédure pendante devant lui.
d)
Par courrier du 28 juin 2017 adressé au Tribunal de protection, le Dr G_, médecin traitant de B_ depuis le mois d'avril 2013, a expliqué que celui-ci souffrait de trisomie 21; il présentait tous les critères d'une mise sous curatelle. Le Dr G_ a annexé à son courrier un jugement du Tribunal de première instance du 28 juin 1983 lequel prononçait l'interdiction de B_, ainsi qu'une décision de la Chambre des tutelles (actuel Tribunal de protection), laquelle attribuait aux époux A/B_ l'autorité parentale sur leur fils B_.
e)
Par courrier du 10 juillet 2017 adressé au Tribunal de protection, F_ relevait que le prononcé d'une mesure de curatelle de portée générale en faveur de B_ était évident. Les difficultés éventuelles d'A_ ne semblaient pas l'empêcher d'être une curatrice attentive aux intérêts de son fils, de sorte que la désignation d'un tiers ne paraissait pas nécessaire.
f)
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 11 septembre 2017. A_ a expliqué s'être toujours occupée de son fils et avoir fait le maximum pour lui; elle craignait qu'on ne les sépare. Elle a contesté s'opposer à ce que son fils voie la psychologue de l'atelier protégé et avoir été en conflit avec son éducateur référent; son fils participait régulièrement à des activités organisées par la Fondation, y compris à un groupe animé par la psychologue. A_ a déclaré ne pas être opposée à partager avec une tierce personne la curatelle qu'elle assumait en faveur de son fils.
Le Dr G_ a confirmé qu'A_ craignait de se voir enlever son fils, ce qui engendrait des réactions très émotionnelles et parfois exagérées. Il pensait qu'il serait adéquat qu'elle soit épaulée par un co-curateur.
A l'issue de l'audience la cause a été mise en délibération.
g)
Par courrier du 18 octobre 2017 adressé à F_, le Tribunal de protection a indiqué avoir renoncé, en l'état, à modifier le mandat de curatelle de portée générale qu'assumait A_ en faveur de son fils. Toutefois, F_ était chargé de l'assister dans les démarches qu'elle devait accomplir visant à inscrire son fils dans des institutions spécialisées, lesquelles pourraient prendre le relais si elle se trouvait dans l'incapacité de s'en occuper, ainsi que dans toutes autres démarches utiles à une prise en charge élargie de B_.
h)
Le 15 janvier 2018, F_ a informé le Tribunal de protection du fait qu'il avait tenté de remplir la mission qui lui avait été confiée. Toutefois, A_ n'avait entrepris aucune des démarches qui avaient été évoquées et semblait dans le déni. F_ prenait par conséquent l'initiative de contacter la Fondation E_ afin de tenter d'élargir les possibilités d'activités pour B_, de mettre en place un suivi psychologique régulier et de l'inscrire provisoirement dans un établissement adéquat, dans l'hypothèse d'une soudaine incapacité de sa mère à s'en occuper.
Dans un second courrier du 12 février 2018, F_ indiquait avoir participé à une réunion au sein de la Fondation E_, à laquelle A_ était également présente. Il en était notamment ressorti qu'aucune démarche n'avait été accomplie pour inscrire B_ dans un foyer, alors qu'une telle démarche était recommandée à sa mère par divers intervenants depuis plusieurs années déjà. B_ ne supportait plus les cours de tennis et souhaitait faire de la natation; sa mère était toutefois réticente à ce changement d'activité, mais s'était engagée à collaborer dans ce sens, de même que s'agissant de la participation de son fils à des loisirs organisés durant le week-end par H_. La psychologue était enfin parvenue à convaincre A_ de la nécessité pour son fils d'être suivi régulièrement sur le plan psychologique, à raison d'une séance tous les quinze jours. A_ devait enfin produire un rapport médical relatif à son fils, document nécessaire à son inscription provisoire dans un foyer.
i)
F_ a relancé A_ le 28 mai 2018, étant sans nouvelles de sa part et n'ayant pas reçu le rapport médical requis.
j)
Le 29 mai 2018, la psychologue des ateliers E_ informait F_ de ce qu'elle n'avait pu rencontrer B_ pour des entretiens individuels que de manière sporadique; il semblait être dans un conflit de loyauté à l'égard de sa mère. Celle-ci l'avait par ailleurs inscrit à la natation, mais B_ ne s'était jamais rendu aux cours; elle ne l'avait en revanche pas inscrit aux week-ends de H_. Enfin, le comportement de A_ lors de la dernière rencontre annuelle avec les parents des personnes fréquentant les ateliers E_ avait été inadéquat et agressif et elle présentait un aspect moins soigné qu'à l'accoutumée.
k)
Le Tribunal de protection a tenu une nouvelle audience le 3 juillet 2018.
Lors de celle
-
ci, A_ a admis ne pas avoir effectué toutes les démarches dont il avait été question lors de la précédente audience. Désormais son fils était toutefois inscrit à H_ et le nécessaire avait été fait relativement à son inscription dans divers foyers. Pour le surplus, elle a affirmé que parfois son fils ne souhaitait pas se rendre à la piscine, ni chez la psychologue, alors qu'elle n'y était personnellement pas opposée. Elle a déclaré accepter que la gestion des affaires administratives et financières de son fils, ainsi que les questions relevant de son assistance personnelle, soient confiées à un tiers, à condition qu'il continue de vivre avec elle et qu'elle puisse l'emmener en vacances.
La cause a été gardée à juger à l'issue de l'audience.
B.
Par ordonnance
DTAE/5280/2018
du 18 juillet 2018, le Tribunal de protection a rappelé que B_ est sous curatelle de portée générale (ch. 1 du dispositif), a libéré A_ de ses fonctions de curatrice de portée générale, à l'exception des tâches relevant de la représentation dans le domaine médical (ch. 2), a désigné deux intervenantes en protection de l'adulte aux fonctions de curatrices de portée générale de B_, à l'exception des tâches relevant de la représentation dans le domaine médical (ch. 3), a autorisé les curatrices à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée, dans les limites du mandat et, si nécessaire, à pénétrer dans son logement (ch. 4), les frais judiciaires étant laissés à la charge de l'Etat (ch. 5).![endif]>![if>
En substance, le Tribunal de protection a retenu que A_ n'était plus en mesure de s'acquitter de l'ensemble des tâches qui lui avaient été confiées en sa qualité de curatrice de portée générale de son fils, eu égard aux limitations induites par ses propres difficultés. La crainte de se voir enlever son fils entravait systématiquement toutes les démarches nécessaires à l'amélioration de la situation de B_, lequel, en raison de son handicap, était particulièrement dépendant et vulnérable. Il se justifiait par conséquent de confier la gestion des tâches administratives, financières et d'assistance personnelle à un curateur tiers, A_ pouvant en revanche continuer de représenter son fils en matière médicale.
C.
a)
Le 12 octobre 2018, A_ a recouru contre l'ordonnance du 18 juillet 2018, reçue le 12 septembre 2018, concluant à l'annulation des chiffres 2 et 3 de son dispositif et à sa confirmation dans l'intégralité de ses fonctions de curatrice de portée générale de son fils. Subsidiairement, elle a conclu à la nomination d'un co-curateur, lequel serait chargé des démarches administratives en lien avec l'inscription provisoire de son fils dans des foyers.![endif]>![if>
A_ a allégué que la procédure ayant abouti au prononcé de la décision contestée avait été initiée par ses voisins, avec lesquels elle était en conflit et qui l'avaient souvent menacée de lui enlever son fils. Or, même si elle avait eu du mal à inscrire son fils dans un foyer, elle avait toujours géré ses affaires administratives de manière consciencieuse, ce qui était illustré par le fait qu'il ne faisait pas l'objet de poursuites. Aucun des professionnels entourant son fils n'avait d'ailleurs jamais considéré qu'il était nécessaire de lui désigner un autre curateur.
b)
F_, dans sa réponse du 13 novembre 2018 au nom de B_, a conclu au rejet du recours. Il a relevé qu'il n'était pas question de placer B_ dans un foyer, sa mère ne voyant ses fonctions amputées que des éléments qu'elle ne maîtrisait pas ou plus assez.
c)
A_ a répliqué le 26 novembre 2018, relevant qu'aucun problème relatif à la gestion administrative courante et financière des intérêts de son fils ne s'était posé, de sorte que la décision attaquée était disproportionnée.
d)
La cause a été mise en délibération à l'échéance d'un délai de dix jours après la communication des dernières écritures au curateur de représentation de B_.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet, dans les trente jours, d'un recours écrit et motivé, devant le juge compétent, à savoir la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et al. 3 et 450b CC; art. 126 al. 3 LOJ; art. 53 al. 1 et 2 LaCC).