Decision ID: a86dfb61-58d7-5291-af95-c0925ccf0a75
Year: 2013
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_014
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: social_law

Attendu en fait que Monsieur G_, né en 1965, exerçant la profession de maçon, a été victime d’un accident dans le cadre de son travail le 24 octobre 2011 ; qu’il a chuté dans la boue sur le flanc droit en descendant d’un talus ; que le médecin consulté le jour-même, le Docteur L_, a constaté une contusion post traumatique du bassin et de la hanche droite ;
Que le cas a été pris en charge par la CAISSE NATIONALE SUISSE D'ASSURANCE EN CAS D'ACCIDENTS (ci-après: la SUVA) ;
Que la SUVA, ayant des doutes quant à sa responsabilité concernant les troubles de la hanche, a suspendu ses prestations dès le 1
er
avril 2012 ;
Que la ZURICH COMPAGNIE D’ASSURANCES SA (ci-après l’assureur), soit l’assurance perte de gain maladie, a alors versé les indemnités journalières du 3 avril 2012 au 23 mars 2013, date à compter de laquelle elle a estimé, sur la base des conclusions de l’expertise réalisée à sa demande par le Dr M_, rhumatologue, que l’assuré était apte à travailler à plein temps ;
Que le 6 août 2013, l’assuré, représenté par le SYNDICAT UNIA, a déposé auprès de la Cour de céans une demande dirigée contre l’assureur, et visant au paiement de la somme de 106'963 fr. 20 (148 fr. 56 x 720), sous déduction des montants déjà versés soit par la SUVA, soit par l’assureur, à titre des indemnités journalières dues suite à son incapacité de travail à 100%, dès le 24 octobre 2011, ce pour une durée indéterminée ;
Que le 11 septembre 2013, l’assuré a requis, au vu de sa situation financière des plus précaires, la prise en charge provisoire par l’assureur des prestations, selon ses obligations légales découlant de l’art. 70 al. 1 et 2 let. a LPGA, ce jusqu’à la décision au fond ;
Que le 1
er
octobre 2013, l’assureur, représenté par Me Pierre GABUS, a conclu à l’irrecevabilité de la demande, considérant que la Cour de céans n’était pas compétente pour en traiter ; qu’à titre subsidiaire et si la demande devait être déclarée recevable, il a proposé la suspension de la présente procédure jusqu’à l’issue de celle enregistrée sous le numéro A/2511/2013 opposant l’assuré à la SUVA, voire la jonction des deux ; que si la Cour de céans devait se déclarer compétente et refuser la suspension ou la jonction, il a d’ores et déjà sollicité un délai complémentaire, afin de se prononcer sur les arguments au fond de l’assuré ;
Qu’invité à se déterminer, celui-ci, le 15 octobre 2013, considérant que la Cour de céans était bel et bien compétente pour trancher le cas d’espèce, a persisté dans ses conclusions du 6 août 2013 ; qu’il demande également la jonction des causes A/2511/2013 et A/2513/2013 ; qu’il s’oppose toutefois à ce qu’un délai supplémentaire pour se déterminer sur le fond soit accordé à l’assureur, au motif que celui-ci aurait déjà pu se déterminer au stade de son mémoire, la compétence de la Cour de céans étant soulevée d’office par celle-ci ;
Que ce courrier a été transmis à l’assureur et la cause gardée à juger sur la question de la compétence, et le cas échéant, sur les mesures provisionnelles requises par l’assuré, puis sur la demande de suspension, voire de jonction ;

Considérant en droit
que conformément à l'art. 134 al. 1 let. a ch. 4 et let. c de la loi sur l'organisation judiciaire, du 26 septembre 2010 (LOJ; RS
E 2 05
) en vigueur dès le 1
er
janvier 2011, la Chambre des assurances sociales de la Cour de justice connaît en instance unique tant des contestations prévues à l’art. 56 de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales, du 6 octobre 2000 (LPGA;
RS 830.1
) relatives à la loi fédérale sur l'assurance-maladie, du 18 mars 1994 (LAMal;
RS 832.10
) que des contestations relatives aux assurances complémentaires à l’assurance-maladie sociale prévue par la LAMal, relevant de la loi fédérale sur la contrat d'assurance, du 2 avril 1908 (loi sur le contrat d’assurance, LCA;
RS 221.229.1
) ;
Qu’aux termes de l’art. 7 CPC,
« Les cantons peuvent instituer un tribunal qui statue en tant qu'instance cantonale unique sur les litiges portant sur les assurances complémentaires à l'assurance-maladie sociale selon la loi fédérale du 18 mars 1994 sur l'assurance-maladie
»
;
Que l’assureur, considérant que l’assurance-maladie perte de gain qu’il propose à ses assurés, soit une assurance privée soumise au droit privé contractuel, relève exclusivement de la LCA, et non de la LAMal, a conclu à l’irrecevabilité de la demande, au motif que la Cour de céans saisie par l’assuré, ne peut connaître du présent litige ; qu’il considère en effet que les assurances complémentaires pour lesquelles la Cour de céans est compétente en vertu de l’art. 134 al. 1 let. c LOJ, ne peuvent être que celles qui sont réglementées par la LAMal, soit des assurances collectives d’indemnités journalières relevant d’une assurance conclue auprès d’un assureur-maladie au sens des art. 11 et 68 LAMal ; qu’il rappelle à cet égard qu’il n’est à l’évidence pas un assureur-maladie au sens des art. 11 et 68 LAMal ;
Que tel n’est pas l’avis de la Cour de céans ; qu’en effet, elle connaît également des contestations relatives aux assurances complémentaires relevant de la LCA, ce conformément à l’art. 134 LOJ ; que sa compétence n’est ainsi pas limitée aux assurances complémentaires qui seraient elles-mêmes prévues par la LAMal, mais recouvre également les assurances relevant de la LCA, qui viennent compléter l’assurance-maladie prévue par la LAMal ;
Que la compétence de la Cour de céans pour juger du cas d’espèce ne peut dès lors qu’être admise ; que celle-ci a du reste déjà eu l’occasion de rendre de très nombreux arrêts en la matière ;
Que la LCA est applicable à la présente assurance ; que la loi fédérale sur la surveillance des entreprises d’assurance du 17 décembre 2004 (LSA;
RS 961.01
) ne contient pas de règles spécifiques concernant les délais relatifs aux contestations de droit privé qui s’élèvent entre les entreprises d’assurance et les assurés ; que la cause n'est pas soumise à une tentative obligatoire de conciliation (
ATAS/577/2011
; ATF
138 III 558
consid. 4.5 et 4.6) ; qu’il y a dès lors lieu de constater que la demande en paiement a été déposée dans la forme requise ; qu’elle est partant recevable ;
Que le litige a pour objet le droit du demandeur à des indemnités journalières au-delà du 23 mars 2013 ;
Que la Cour de céans doit préalablement se prononcer sur la requête de mesures provisionnelles urgentes visant à ce que l'assureur continue le versement des indemnités journalières ;
Qu’aux termes de l'art. 261 CPC,
"
1
Le tribunal ordonne les mesures provisionnelles nécessaires lorsque le requérant rend vraisemblable qu’une prétention dont il est titulaire remplit les conditions suivantes:
a. elle est l’objet d’une atteinte ou risque de l’être;
b. cette atteinte risque de lui causer un préjudice difficilement réparable.
2
Le tribunal peut renoncer à ordonner des mesures provisionnelles lorsque la partie adverse fournit des sûretés appropriées" ;
Que selon l'art. 262 CPC,
"Le tribunal peut ordonner toute mesure provisionnelle propre à prévenir ou à faire cesser le préjudice, notamment les mesures suivantes:
a. interdiction;
b. ordre de cessation d’un état de fait illicite;
c. ordre donné à une autorité qui tient un registre ou à un tiers;
d. fourniture d’une prestation en nature;
e. versement d’une prestation en argent, lorsque la loi le prévoit" ;
Que de telles mesures ne sont légitimes, aux termes de la loi, que si elles s'avèrent nécessaires au maintien de l'état de fait ou à la sauvegarde des intérêts compromis (voir par ex. Fabienne HOHL, Procédure civile, tome II, Berne 2002, p. 228, ch. 2776) ; qu’en revanche, elles ne sauraient anticiper sur le jugement définitif, ni équivaloir à une condamnation provisoire sur le fond ni non plus aboutir abusivement à rendre d'emblée illusoire le procès au fond (Franz SCHLAURI, Die vorsorgliche Einstellung von Dauerleistungen der Sozialversicherung, in : Die Revision von Dauerleistungen in der Sozialversicherung, Saint-Gall 1999, p. 199 s.; Fritz GYGI, L'effet suspensif et les mesures provisionnelles en procédure administrative, RDAF 1976 p. 228; cf. arrêt R. du 7 janvier 2005, B 97/04) ;
Qu’en l'occurrence, l'assuré conclut à ce que l'assureur continue à lui verser l'indemnité journalière ; que force est de constater que cette requête se confond avec la demande au fond dont l'objet porte précisément sur le droit à des indemnités journalières au-delà du 23 mars 2013, de sorte qu'elle anticipe à l'évidence sur le jugement définitif ; qu’elle doit dès lors être rejetée ;
Qu’enfin l’assureur sollicite la suspension de la présente procédure jusqu’à l’issue de celle opposant l’assuré à la SUVA, voire la jonction des deux ;
Qu'aux termes de l’art. 14 de la loi sur la procédure administrative, du 12 septembre 1985 (LPA ; RS
E 5 10
), la procédure peut être suspendue lorsque son sort dépend de la solution d’une question de nature civile, pénale ou administrative pendante devant une autre autorité, jusqu’à droit connu sur ces questions ;
Qu’il y a lieu de rappeler qu’il s’agit en l’espèce de déterminer si l’assuré a droit à des indemnités journalières au-delà du 23 mars 2013, alors que la procédure l’opposant à la SUVA (cause A/2511/2013) porte sur la suppression des prestations LAA à compter du 1
er
avril 2012 ; que le sort de la présente procédure ne dépend ainsi pas de la solution qui sera apportée à la procédure LAA ; que seul le début du droit de l’assuré aux indemnités journalières versées par l’assureur sera le cas échéant reporté ; que la suspension de la présente cause jusqu'à droit jugé dans celle-là ne se justifie dès lors pas ;
Qu’aux termes de l’art. 70 al. 1er LPA, l’autorité peut, d’office ou sur requête, joindre en une même procédure des affaires qui se rapportent à une situation identique ou à une cause juridique commune ;
Qu’en l'espèce, il est vrai que les deux causes portent en partie sur le même objet, à savoir le droit de l’assuré à des prestations en raison de son incapacité de travail ; que néanmoins, elles ne sont pas régies par les mêmes règles de procédure, l'une étant soumise à la procédure relative aux assurances sociales et l'autre à la procédure relative aux assurances complémentaires ; que cette différence implique en particulier que la LPGA n'est pas applicable à la présente cause, contrairement à la cause A/2511/2013 ;
Qu’au vu de ce qui précède, il n'y a pas lieu de joindre les deux procédures ;