Decision ID: 144adc7e-7b0b-43e4-963a-2e3f9be6a022
Year: 2014
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. Ressortissante roumaine née en 1978, X._ est entrée en Suisse en avril 2002. A la suite de son mariage avec Y._, ressortissant suisse, elle a obtenu, le 28 février 2003, une autorisation de séjour de la part des autorités neuchâteloises. Un enfant prénommé Z._, né le ******** 2009, est issu de cette union. Par jugements des 14 janvier et 28 mai 2003, le Tribunal de première instance du canton de Genève a prononcé le divorce des époux X._ et Y._. L’autorité parentale sur l'enfant Z._ a été attribuée à son père et le droit de garde, confié au Tribunal tutélaire, le placement de l’enfant étant ordonné auprès de sa grand-mère A._. Un droit de visite progressif a été accordé à X._ et cette dernière a été astreinte au versement d’une pension alimentaire de 350 fr. par mois jusqu'à l'âge de 6 ans révolus de Z._, puis de 400 fr. jusqu'à l'âge de 12 ans révolus. A l’heure actuelle, X._ voit son fils tous les lundis en fin de journée.
B. Le 10 juillet 2008, le Service des Migrations du canton de Neuchâtel a refusé de prolonger l'autorisation de séjour d'X._. Le recours interjeté au plan cantonal contre cette décision a été déclaré irrecevable et les recours ultérieurs déposés tant auprès du Tribunal administratif du canton de Neuchâtel qu'auprès du Tribunal fédéral ont été rejetés, par arrêts des 19 juin 2009 et 18 janvier 2010. Le 8 décembre 2009, la Cour d'assises du canton de Neuchâtel a condamné X._ à une peine privative de liberté de 30 mois, dont 6 mois ferme et 24 mois avec sursis pendant 4 ans, pour infractions graves et contraventions à la loi fédérale sur les stupéfiants (LStup). Elle a également ordonné une mesure de traitement psychiatrique ambulatoire en faveur de l'intéressée.
C. A sa libération, X._ a emménagé dans le canton de Vaud. Le 22 décembre 2011, le SPOP a refusé l'octroi d'une quelconque autorisation de séjour en sa faveur et a prononcé son renvoi de Suisse. Le recours formé par l’intéressée contre cette décision a été rejeté par le Tribunal cantonal, par arrêt du 9 novembre 2012, auquel il est renvoyé, tant en fait qu’en droit (PE.2012.0033). Dans le courant 2012, une procédure pénale a été ouverte contre X._, notamment pour blanchiment, infraction et contravention à la LStup. Cette procédure est toujours pendante devant le Ministère public de l’arrondissement de Lausanne.
D. En 2013, X._ et B._, ressortissant suisse, ont saisi l’Officier d’état civil de Lausanne d’une demande d’ouverture de la procédure de mariage. Le 9 octobre 2013, la Direction de l’état-civil auprès du SPOP leur a imparti un délai de soixante jours pour produire une copie du titre de séjour d’X._ en cours de validité ou toute autre pièce prouvant la légalité de son séjour en Suisse. Le 17 octobre 2013, X._ a requis du SPOP la reconsidération de la décision négative du 22 décembre 2011; elle a notamment fait valoir la procédure préparatoire à son mariage avec B._. Le 5 février 2014, le SPOP a déclaré irrecevable la demande et subsidiairement, l’a rejetée. L’avance de frais ayant été effectuée de façon tardive et les conditions de la restitution du délai n’étant pas réunies, le recours interjeté par X._ contre cette décision a été déclaré irrecevable par arrêt du 6 mai 2014, auquel il est également fait référence, tant en fait qu’en droit (PE.2014.0146). En février 2014, une nouvelle enquête pénale, pour faux dans les titres et infraction à la loi fédérale sur l'encouragement du sport et de l'activité physique (LESp), a été ouverte contre X._ par le Ministère public de l’arrondissement de Lausanne. Le 21 mai 2014, la mesure de traitement psychiatrique ambulatoire ordonnée en faveur de l'intéressée a été levée par les autorités neuchâteloises.
E. Le 23 juin 2014, le SPOP a imparti à X._ un délai au 23 juillet 2014 pour quitter la Suisse. Le 27 juin 2014, l’intéressée a rappelé au SPOP qu’une procédure préparatoire en vue de son mariage avec B._ avait été ouverte; elle a invité l’autorité précitée à lui délivrer une «tolérance» de six mois aux fins de mener cette procédure jusqu’à son terme. Le 2 juillet 2014, le SPOP a refusé de donner suite à cette demande.
F. X._ a recouru auprès du Tribunal cantonal le 30 juillet 2014 pour déni de justice. Elle a requis l’octroi de l’effet suspensif et des mesures provisionnelles urgentes. Ses conclusions au fond sont les suivantes:
« (...)
IV. La décision rendue par le Service de la population en date du 2 juillet 2014, reçue le 3 juillet 2014, est constitutive d’un déni de justice dès lors que ladite décision ne statue pas sur la délivrance d’une tolérance, ce qui constitue un obstacle indu contrevenant à la garantie du droit au mariage cristallisée par l’article 12 CEDH et l’article 14 de la Constitution fédérale.
V. Le service de la population est invité à délivrer en faveur de la recourante une tolérance de manière que la procédure préparatoire de mariage suive son cours jusqu’à son terme, la durée de la tolérance en question devant correspondre à la pratique usuelle, soit six mois.»
Le SPOP conclut à l’irrecevabilité du recours, subsidiairement à son rejet.
Invitée à se déterminer, X._ maintient ses conclusions.
G. Les arguments des parties seront repris ci-dessous dans la mesure utile.

Considérant en droit
1. La recourante se plaint d’un déni de justice. Selon ses explications, l’autorité intimée aurait refusé de statuer, nonobstant la demande de délivrance d’un titre de séjour en vue du mariage dont elle avait été saisie.
a) Toute personne a droit, dans une procédure judiciaire ou administrative, à ce que sa cause soit traitée équitablement et jugée dans un délai raisonnable (art. 29 al. 1 Cst.). L’autorité saisie d’une demande tendant au prononcé d’une décision vérifie d’abord si le demandeur dispose à cela d’un intérêt; à défaut, elle refuse d’entrer en matière. Si le demandeur a qualité de partie, l’autorité examine si les conditions matérielles que fixe la loi pour l’octroi de la décision réclamée sont remplies; selon la réponse à cette question, elle admettra la demande ou la rejettera; dans un cas comme dans l’autre, elle rendra une décision formelle, répondant aux exigences légales (cf. art. 42 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; RSV.173.36]; v. également ATF 130 II 521 consid. 2.5 p. 525/526; ATAF 2010/53 consid. 1.2.3; 2010/29 consid. 1.2.2; cf. en outre arrêt AC.2012.0344 du 22 mai 2013 consid. 2).
b) Le Tribunal cantonal connaît des recours contre les décisions rendues par les autorités administratives (art. 92 al. 1). Il peut aussi être saisi d’un recours contre l’absence de décision, lorsque l’autorité tarde ou refuse à statuer (art. 74 al. 2 LPA-VD, applicable par renvoi de l’art. 99 de la même loi). Pour que le Tribunal entre en matière sur un recours pour déni de justice, il faut que le recourant ait requis l’autorité inférieure d’agir, que celle-ci ait disposé de la compétence pour statuer, qu’il existe un droit au prononcé de la décision et que le recourant dispose de la qualité de partie dans la procédure (cf. ATF 130 II 521 consid. 2.5 p. 525/526; ATAF 2010/53 consid. 1.2.3; 2010/29 consid. 1.2). S’il est admis, le recours pour déni de justice conduit au prononcé d’une décision en constatation de droit par l’autorité de recours; celle-ci ne statue pas elle-même au fond (arrêts AC.2012.0344 du 22 mai 2013, consid. 3; CR.2013.0004, du 28 mars 2013, consid. 3 et les arrêts cités; cf. ATAF 2010/53 consid. 1.2.3; 2009/1 consid. 4.2).
c) En l’occurrence, le contenu de la correspondance de l’autorité intimée du 2 juillet 2014 que la recourante a déférée au Tribunal est dénué de toute ambiguïté. L’autorité intimée a rappelé à la recourante qu’elle avait été saisie, le 17 octobre 2013, d’une demande de reconsidération de la décision négative du 22 décembre 2011, la circonstance invoquée à cet égard étant l’ouverture d’une procédure préparatoire au mariage avec B._, ressortissant suisse. La recourante avait en effet requis l’autorité intimée de lui délivrer un titre de séjour en vue du mariage, afin que la procédure ouverte devant l’office d’état civil puisse être menée à son terme. Or, le 5 février 2014, l’autorité intimée a déclaré irrecevable cette demande et subsidiairement, l’a rejetée. Le recours formé contre cette décision ayant été déclaré irrecevable par arrêt du 6 mai 2014 (PE.2014.0146), celle-ci est devenue définitive et exécutoire. Dans sa correspondance du 2 juillet 2014, l’autorité intimée a simplement constaté ce qui précède, conformément à l’art. 3 al. 1 let. b LPA-VD, en rappelant à la recourante qu’elle avait déjà statué négativement sur sa demande. C’est dans ce sens qu’il importe d’interpréter cette correspondance. Il s’agit en effet d’une décision par laquelle l’autorité intimée a constaté l'inexistence d’un droit à une nouvelle décision. Quand bien même celle-ci est dépourvue d’indication de la voie et du délai de recours, contrairement à la prescription contenue à l’art. 42 let. f LPA-VD, sa validité n’en est pas affectée (v. arrêts AC.2013.0366 du 25 mars 2014, consid. 4a; CR.2012.0081 du 11 avril 2013, consid. 1a; GE.2012.0147 du 8 janvier 2013, consid. 1c). Par conséquent, la recourante se plaint à tort d’un déni de justice.
2. A supposer même qu’il faille traiter la demande de la recourante comme une demande de reconsidération de la décision du 5 février 2014, force serait d’admettre que les conditions ne seraient de toute façon pas réunies pour que l’autorité puisse entrer en matière.
a) On rappelle à cet égard qu’une partie peut demander à l'autorité de réexaminer sa décision (art. 64 al. 1 LPA-VD). L'autorité entre en matière sur la demande (art. 64 al. 2 LPA-VD): si l'état de fait à la base de la décision s'est modifié dans une mesure notable depuis lors (let. a), ou si le requérant invoque des faits ou des moyens de preuve importants qu'il ne pouvait pas connaître lors de la première décision ou dont il ne pouvait pas ou n'avait pas de raison de se prévaloir à cette époque (let. b), ou si la première décision a été influencée par un crime ou un délit (let. c).
La demande de réexamen (aussi appelée demande de nouvel examen ou de reconsidération) est adressée à une autorité administrative en vue d'obtenir l'annulation ou la modification d'une décision qu'elle a prise (v. ATAF 2010/5 du 5 février 2010, consid. 2.1.1, références citées). L’autorité est tenue de se saisir d’une demande de nouvel examen lorsque les circonstances se sont modifiées dans une mesure notable depuis la première décision ou lorsque le requérant invoque des faits et des moyens de preuve importants qu’il ne connaissait pas lors de la première décision, ou dont il ne pouvait pas se prévaloir ou n’avait pas de raison de se prévaloir à l’époque (ATF 136 II 177 consid. 2.1 p. 181; 129 V 200 consid. 1.1 p. 202; 120 Ib 42 consid. 2b p. 46/47 et les arrêts cités). Si elle estime que les conditions d’un réexamen de sa décision ne sont pas remplies, l’autorité peut refuser d’entrer en matière sur la requête de reconsidération. Cette décision ne faisant pas courir un nouveau délai de recours sur le fond, le requérant peut alors uniquement attaquer la nouvelle décision pour le motif que l’autorité aurait commis un déni de justice formel en considérant à tort que les conditions de recevabilité de la requête n’étaient pas remplies. Les demandes de réexamen ne sauraient en effet servir à remettre continuellement en discussion des décisions entrées en force (ATF 136 II 177 consid. 2.1 p. 181; 120 Ib 42 consid. 2b p. 46/47 et les arrêts cités). En revanche, lorsque l’autorité entre en matière et, après réexamen, rend une nouvelle décision au fond, ce prononcé peut faire l'objet d'un recours pour des motifs de fond, au même titre que la décision initiale (ATF 113 Ia 416 consid. 3c; ATAF 2010/5, déjà cité, consid. 2.1.1).
b) Dans sa demande du 27 juin 2014, la recourante n’évoque qu’un seul et unique motif, à savoir l’ouverture de la procédure préparatoire à son mariage avec B._. Il s’agissait déjà de la seule circonstance mise en avant à l’appui de la demande de reconsidération du 17 octobre 2013, laquelle a reçu un accueil négatif de l’autorité intimée. Les circonstances qui entouraient la décision négative du 5 février 2014 et sur la base desquelles l’autorité intimée a statué à l’époque ne se sont donc pas modifiées. Or, entre-temps, cette décision est entrée en force. Aucune raison impérieuse ne commandait par conséquent à l’autorité intimée d’entrer en matière sur une nouvelle demande, dont on voit qu’elle aurait de toute façon été vouée à l’irrecevabilité, et de statuer à nouveau. Ainsi, il y a d’autant moins lieu d’inviter celle-ci à délivrer à la recourante un titre de séjour en vue du mariage avec B._.
3. Les considérants qui précèdent conduisent par conséquent à rejeter le recours, dans la mesure où il est recevable, et à confirmer la décision du 2 juillet 2014.
Un émolument judiciaire sera mis à la charge de la recourante, qui succombe et n’a donc pas droit à des dépens (art. 49 al. 1, 55 al. 1, 91 et 99 LPA-VD).