Decision ID: f91480f5-fca5-4b82-bf90-0b4fbd9b175b
Year: 2014
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_010
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: 

En fait :
A.
a)
Par décision du 13 novembre 2013 (cause AJ13.049122-132335), le Juge de paix du district de la Riviera – Pays-d’Enhaut (ci-après : le Juge de paix) a rejeté la demande d’assistance judiciaire de A.G._ et B.G._ du 8 novembre 2013 dans la cause en mesures provisionnelles les divisant d’avec P._SA. Le juge a retenu que les intéressés n’avaient produit aucune pièce à l’appui de leur requête et que ni l’assistance d’un mandataire professionnel dans le cadre d’une procédure simple, notamment en ce qui concernait l’administration de preuves, ni la fixation d’un délai pour la production des pièces nécessaires ne se justifiaient.
A.G._ et B.G._ ont recouru contre cette décision par acte du 18 novembre 2013.
b)
Par décision du 13 novembre 2013 (cause MP13.041019-132334), le Juge de paix a rejeté la requête de A.G._ et B.G._ du 8 novembre 2013 tendant à la production des « relevés des prétendus passages » du personnel de l’entreprise P._SA, au motif que cette dernière n’alléguait pas que des représentants se seraient présentés au domicile des requérants.
A.G._ et B.G._ ont recouru contre cette décision par acte du 18 novembre 2013.
c)
Par décision du 25 novembre 2013 (cause MP13.041019-132439), le Juge de paix a déclaré que la cause opposant A.G._ et B.G._ à P._SA n’avait plus d’objet et a rayé la cause du rôle, dès lors que les intimés s’étaient acquittés de leurs factures. Il a compensé l’avance de frais de 60 fr. effectuée par la requérante et mis les frais à la charge de A.G._ et B.G._ dans la mesure où ils avaient provoqué l’ouverture de la procédure provisionnelle. Il s’ensuivait que les intimés devaient rembourser la somme de 60 fr. à la requérante.
Par acte du 28 novembre 2013, posté le 3 décembre 2013, A.G._ et B.G._ ont recouru contre cette décision.
B.
La Chambre des recours civile retient les faits suivants :
1.
Par requête de mesures provisionnelles du 20 septembre 2013 dirigée contre A.G._ et B.G._, la société P._SA a pris les conclusions suivantes :
« 1. La demanderesse requiert la prompte et immédiate accessibilité et restitution de son compteur électrique n
o
[...].
2. Faute de ce faire dans un délai convenable que fixera la Justice, il pourra être procédé à l’encontre de la partie intimée par la voie de l’exécution forcée, ce sur réquisition expresse de la partie requérante.
3. En vertu des dispositions des arts (sic) 236 et 337 CPC, le prononcé sera immédiatement exécutoire et vaudra exécution forcée au sens (sic). L’huissier de paix étant d’ores et déjà chargé de son exécution, le cas échéant avec le concours de tierces personnes.
4. Injonction est faite aux agents de la force publique de concourir à l’exécution s’ils en sont requis et qu’il pourra au besoin être procédé à l’ouverture forcée des locaux destinés.
5. Les dépens constitués du coupon de justice, ainsi que des frais de vacation de la requérante sont portés à charge de l’intimé. »
A l’appui de sa requête, l’entreprise exposait que les intimés demeuraient ses débiteurs de deux factures impayées, qu’elle n’avait pas pu accéder au compteur des intimés afin de relever les « index » de consommation ou interrompre la fourniture d’électricité et que ceux-ci avaient rendu leurs locaux inaccessibles.
2.
Le 4 novembre 2013, les parties ont été citées à comparaître le 20 novembre 2013. Sur requête de P._SA, l’audience a été reportée au 22 novembre 2013.
3.
Dans leur réponse du 8 novembre 2013, A.G._ et B.G._ ont exposé qu’aucun employé de P._SA n’était jamais venu à leur domicile pour relever leur compteur ou couper le courant. Ils ont demandé la production par la requérante, avant l’audience de mesures provisionnelles, « des relevés des prétendus passages de son personnel ».
4.
Le 14 novembre 2013, A.G._ et B.G._ ont informé le Juge de paix qu’ils allaient payer les deux factures litigieuses, mais ont demandé à ce que P._SA prouve en quoi ils auraient rendu leurs locaux inaccessibles.
Par lettre du 20 novembre 2013, A.G._ et B.G._ ont produit deux récépissés prouvant le versement de deux sommes d’argent en faveur de la requérante, considérant ainsi que la requête de mesures provisionnelles de P._SA devenait « sans effet et inutile ». Les intéressés signalaient toutefois que des recours étaient déposés auprès du Tribunal cantonal contre le refus du Juge de paix « d’ordonner la production de pièces ».
Le 21 novembre 2013, P._SA a considéré que la procédure était devenue sans objet et a retiré sa requête du 20 septembre 2013.

En droit :
1.
Pour simplifier le procès, les procédures AJ13.049122-132335, MP13.041019-132334 et MP13.041019-132439 sont jointes (art. 125 let. c CPC [Code de procédure civile du 19 décembre 2010 ; RS 272]).
2.
Cause AJ13.049122-132335
a)
L'art. 121 CPC dispose que les décisions refusant ou retirant totalement ou partiellement l'assistance judiciaire peuvent faire l'objet d'un recours, par quoi il faut également entendre les décisions refusant d'accorder l'assistance judiciaire avec effet rétroactif. Le recours de l'art. 319 let. b ch. 1 CPC est ainsi ouvert par renvoi de l'art. 121 CPC. En l'espèce, le recours a été déposé en temps utile (art. 119 al. 3 et 321 al. 2 CPC) par des parties qui ont un intérêt digne de protection (art. 59 al. 2 let. a CPC).
b)
Les recourants soutiennent qu’ils ont produit toutes les pièces utiles à l’examen de leur demande d’assistance judiciaire, mais que si le premier juge considérait que tel n’avait pas été le cas, un délai supplémentaire aurait dû leur être accordé pour remédier à cette erreur. Il ressort effectivement des pièces du dossier que les recourants n’ont pas produit les documents nécessaires. Cela est toutefois sans importance dès lors que le premier juge n’a pas fondé sa décision sur le défaut de production de pièces et que le litige est devenu sans objet suite au paiement des factures litigieuses par les recourants. Le recours tendant à l’octroi d’un délai supplémentaire pour fournir les pièces utiles à la demande d’assistance judiciaire doit par conséquent être déclaré irrecevable.
3.
Cause MP13.041019-132334
a)
Selon l’art. 319 let. b CPC, le recours est ouvert contre les ordonnances d’instruction de première instance et les décisions autres que finales, incidentes ou provisionnelles de première instance, dans les cas prévus par la loi (ch. 1) ou lorsqu’elles peuvent causer un préjudice difficilement réparable (ch. 2). Le recours contre un refus d’administration de preuves n’est donc recevable que dans la mesure où celui-ci peut causer au recourant un préjudice difficilement réparable ; cette notion est plus large que celle de « dommage irréparable » au sens de l’art. 93 al. 1 let. a LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral ; RS 173.110), puisqu’elle vise non seulement un inconvénient de nature juridique, mais aussi les désavantages de fait qui peuvent être de nature financière ou temporelle, pourvu qu’ils soient difficilement réparables, la notion devant être toutefois interprétée de manière exigeante voire restrictive, sous peine d'ouvrir le recours à toute décision ou ordonnance d'instruction, ce que le législateur a clairement exclu (JT 2011 III 86 c. 3 ; Jeandin, CPC commenté, Bâle 2011, n. 22 ad art. 319 CPC, p. 1274 ; Hohl, Procédure civile, tome II, 2
e
éd., 2010, n
o
2485, p. 449). En l'espèce, le recours a été déposé en temps utile (art. 321 al. 2 CPC) par des parties qui ont un intérêt digne de protection (art. 59 al. 2 let. a CPC).
b)
Les recourants concluent à l’annulation de la décision du Juge de paix et à ce qu’ordre soit donné à P._SA de produire « la date et l’heure de leur(s) passage(s) ou toutes autres preuves les prouvant ». Dès lors que le litige est devenu sans objet suite au paiement des factures litigieuses par les recourants, ces derniers ne peuvent plus faire valoir un préjudice difficilement réparable. Dans le sens où il tend à la production de pièces, le recours doit être déclaré irrecevable, faute d’intérêt des recourants à leur demande d’instruction.
4.
Cause MP13.041019-132439
a)
La procédure sommaire s’appliquant aux mesures provisionnelles (art. 248 let. d CPC), le recours contre la décision du Juge de paix déclarant la requête de mesures provisionnelles sans objet et radiant la cause du rôle est intervenu en temps utile (art. 321 al. 2 CPC).
b)
Les recourants concluent à l’annulation de la décision et à ce qu’ordre soit donné à P._SA de produire « les dates et heures, les rapports de travail de la ou des personnes qui sont intervenues à notre domicile pour tenter d’accéder aux compteurs électriques ». Dans la mesure où les recourants se limitent à réitérer la requête de production de pièces déjà formulée le 8 novembre 2013, dite requête doit être déclarée irrecevable, faute d’intérêt à la production de ces pièces puisque le litige est devenu sans objet suite au paiement des factures litigieuses par les recourants. Pour le surplus, les recourants ne contestent pas la répartition des frais opérée par le premier juge.
5.
Il résulte de ce qui précède que les recours doivent être rejetés dans la mesure où ils sont recevables en application de l’art. 322 al. 1 CPC et les décisions entreprises confirmées.
Les frais judiciaires de deuxième instance sont arrêtés à 100 fr. (art. 69 al. 1 TFJC [tarif des frais judiciaires civils du 28 septembre 2010; RSV 270.11.5]) et mis à la charge des recourants, solidairement entre eux (art. 106 al. 1 CPC).
N'ayant pas été invitée à se déterminer, l'intimée n’a pas droit à des dépens.