Decision ID: 8fcca9ea-dd9c-536a-bdc5-7244529f1bf6
Year: 2005
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. Le 26 mai 2005, l’Office des poursuites (ci-après : l’Office) a enregistré, sous le n° 05 xxxx72 H, une réquisition de poursuite de M. Z_, domicilié à Peseux (NE), contre l’association M_ , pris en la personne de son président, M. C_, domicilié _, Rue _ à 1227 Carouge, pour un montant de 4'988 fr. avec intérêts à 5 % dès le 1
er
février 2003, prétention fondée sur un arrêt de la Cour d’appel de la juridiction des prud’hommes.
L’Office a établi le commandement de payer le 1
er
juillet 2005. La notification par La Poste ayant échoué, l’Office a remis le commandement de payer le 18 juillet 2005 d’abord à son notificateur s’occupant du secteur comprenant la rue _ à Carouge, lieu du domicile de M. C_, qui n’a pu cependant être rencontré par ledit notificateur lors des passages qu’il y a fait les 29 août et 7 octobre 2005, puis, le 10 octobre 2005, il a remis le commandement de payer à son service des notifications internes, qui a déposé une convocation dans la boîte aux lettres de M. C_, qui s’est alors présenté le 13 octobre 2005 au guichet de l’Office, où le commandement de payer lui a été notifié.
M. C_ a aussitôt formé opposition à ce commandement de payer, en demandant que « ce commandement aille au _, Rue _ 1208 Genève à l’association M_ », mots qu’il a lui-même écrits sur l’exemplaire débiteur du commandement de payer.
L’Office a envoyé l’exemplaire créancier du commandement de payer à M. Z_ le 17 octobre 2005.
B. Le 6 décembre 2005, agissant par son président M. C_, l’association M_ a formé plainte auprès de la Commission de céans, en concluant au constat de la nullité de la notification du commandement de payer pour le motif que son président avait été recherché, selon les indications de M. Z_, à son domicile privé (_, Rue _ à Carouge) alors que la poursuite est dirigée non contre lui personnellement mais contre l’association M_ et que cette dernière a son siège à la _, Rue _ à Genève. Il estime que cette notification est intervenue en violation des règles de for, qui sont impératives et d’intérêt public.
C. Le 13 décembre 2005, la Commission de céans a communiqué la plainte pour information à l’Office, qui, en réponse à une demande de renseignements sur des indications de l’édition de poursuite, lui a précisé le 15 décembre 2005 que le « notificateur 72 » est celui s’occupant du secteur de Carouge et que le « notificateur 01 » est le service des notifications internes de l’Office, où les poursuivis sont convoqués pour se faire notifier des actes de poursuite au guichet.

EN DROIT
1.a. La Commission de céans est compétente pour connaître des plaintes dirigées contre des mesures prises par des organes de l’exécution forcée qui ne sont pas attaquables par la voie judiciaire ou des plaintes fondées sur un prétendu déni de justice ou retard injustifié (art. 17 LP ; art. 10 al. 1 et art. 11 al. 2 LaLP ; art. 56R al. 3 LOJ). Il lui faut par ailleurs constater spontanément, indépendamment de toute plainte, la nullité de mesures contraires à des dispositions édictées dans l’intérêt public ou dans l’intérêt de personnes qui ne sont pas parties à la procédure (art. 22 al. 1 LP).
La notification d’un commandement de payer constitue une mesure sujette à plainte (art. 17 al. 1 LP), que le poursuivi a qualité pour attaquer par cette voie.
1.b. La présente plainte a été formée bien au-delà du délai de dix jours fixé par l’art. 17 al. 2 LP. Elle n’est donc recevable que si le vice allégué à l’encontre de la mesure attaquée est un motif de nullité (art. 22 al. 1 LP), étant précisé qu’au surplus l’écriture de l’association plaignante satisfait aux exigences de forme et de contenu prescrites par la loi (art. 13 al. 1 et 2 LaLP). A défaut, la Commission de céans n’en devrait pas moins entrer en matière sur la plainte, considérée alors comme une dénonciation.
2.a. Le for de la poursuite est au domicile du poursuivi s’il s’agit d’une personne physique et à son siège social s’il s’agit d’une personne morale ou société inscrite au registre du commerce et au siège principal de son administration s’il s’agit d’une personne morale non inscrite au registre du commerce (art. 46 al. 1 LP).
Les règles sur le for de la poursuite ont un caractère impératif (Pierre-Robert
Gilliéron
, Commentaire, ad Remarques introductives aux art. 46-55 n° 30 ; Ernst F.
Schmid
, in SchKG I, ad art. 46 n° 6 ss ; Kurt
Amonn
/ Fridolin
Walther
, Grundriss, 7
ème
éd., § 10 n° 1 ; Walter A.
Stoffel
, Voies d’exécution, § 3 n° 92).
La sanction de la violation des règles sur le for de la poursuite n’est pas unique. Du caractère impératif desdites règles ne s’ensuit pas que, nécessairement, leur violation est contraire à l’intérêt public ou lèse l’intérêt de personnes qui ne sont pas ou pas encore parties à la procédure. L’ajout nécessaire au caractère impératif de ces règles pour que la violation de ces dernières constitue un motif de nullité tient surtout à la gravité de la lésion, qui doit être admise lorsque la mesure viciée en raison d’un défaut de for de la poursuite modifie la situation du poursuivi de façon concrète et difficilement remédiable, ce qui est en principe le cas à l’égard d’actes d’intervention (ATF 105 III 60 ; Walter A.
Stoffel
, Voies d’exécution, § 3 n° 93 ss). Si ladite violation n’affecte que les intérêts des parties à la procédure d’exécution forcée, elle constitue un motif d’annulation de la mesure contestée ; en revanche, si elle lèse - aussi - l’intérêt public ou l’intérêt de personnes qui ne sont pas ou pas encore parties à la procédure, elle représente un motif de nullité de la mesure attaquée, voire de la poursuite elle-même (Kurt
Amonn
/ Fridolin
Walther
, Grundriss, 7
ème
éd., § 11 n° 44 ss.).
L’application de ce critère conduit, s’agissant du for ordinaire de la poursuite, à faire des distinctions articulées autour du type de la poursuite considérée et de l’étape à laquelle elle se trouve, voire du point de savoir si le domicile ou le siège du poursuivi situé le cas échéant hors de l’arrondissement se trouve à l’étranger ou dans un autre arrondissement de poursuite. Il est admis, très généralement, que dans une poursuite ordinaire par voie de saisie dirigée contre un poursuivi n’ayant pas de for ordinaire de la poursuite dans l’arrondissement de l’Office, un commandement de payer établi ou déjà notifié est simplement annulable de ce chef, avec la conséquence qu’à défaut de plainte le poursuivant peut ensuite se fonder sur ce commandement de payer pour requérir la continuation de la poursuite devant l’office des poursuites compétent
ratione loci
, mais qu’en revanche les actes ultérieurs sont nuls, en particulier déjà un avis de saisie,
a fortiori
une saisie ou une saisie complémentaire, et une commination de faillite (ATF 105 III 60 consid. 3 ; Walter A.
Stoffel
, Voies d’exécution, § 3 n° 94 s. ; Kurt
Amonn
/ Fridolin
Walther
, Grundriss, 7
ème
éd., § 11 n° 45 s. ; Pierre-Robert
Gilliéron
, Commentaire, ad Remarques introductives aux art. 46-55 n° 32 s. ; Ernst F.
Schmid
, in SchKG I, ad 46 n° 25 ss, qui, s’agissant de la commination de faillite, excepte le cas où ce vice n’exclut pas que l’ouverture de la faillite soit ordonnée au bon endroit (n° 29) ; Carl
Jaeger
/ Hans Ulrich
Walder
/ Thomas M.
Kull
/ Martin
Kottmann
, SchKG, 4
ème
éd. 1997, ad art. 46 n° 3 ss. ).