Decision ID: 5d051ffe-63d6-52a4-a6da-68527c559f7b
Year: 2014
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
, que A_, dont le but social englobe notamment l'organisation de manifestations en relation avec [le domaine] _, a sollicité dès 2010 de
la Ville de Genève l'autorisation d'organiser un salon _, appelé D_, à E_ [lieu];
Que, cet emplacement n'étant pas disponible en 2010 et l'autorisation ayant été refusée en 2011 en raison d'une pratique de la Ville de Genève, le premier D_ s'est tenu en septembre 2012 à F_;
Que B_ et C_ organisent depuis 2012 un salon _ concurrent, appelé G_;
Qu'ayant appris que G_ se déroulerait en 2014 à E_, en _, A_ s'est adressée à la Ville de Genève afin qu'elle définisse les conditions de la mise à disposition de cet emplacement pour un salon _ annuel de manière à respecter les principes de non-discrimination et de libre concurrence;
Qu'après discussion avec les intéressées, la Ville de Genève leur a adressé un courrier fixant les principes qu'elle entendait adopter dans le cadre de la mise à disposition de E_, une fois par année, pour un salon de _;
Que ces principes prévoient une alternance entre B_ et C_ d'une part et A_ d'autre part, pour autant que celles-ci respectent les autres conditions posées;
Que B_ et C_ organisant G_ en _ 2014, ce serait ainsi en principe à A_ d'organiser un salon _ à E_ en 2015, pour autant qu'elle respecte les autres conditions fixées;
Que parmi ces conditions figure celle de pouvoir justifier, à la date du 1
er
décembre de l'année précédente, d'un nombre d'inscriptions d'exposants minimum;
Que A_ a fait acte de candidature pour l'organisation d'un salon _, le D_, en _ 2015, et a effectué diverses démarches en vue de le préparer, prenant notamment contact avec des exposants potentiels;
Qu'elle rend vraisemblable avoir encouru, en vue de cette organisation, des frais s'élevant à ce jour à un montant minimum de 39'469 fr.;
Qu'en septembre 2014, B_ et C_ ont adressé à divers acteurs du secteur _ genevois une plaquette annonçant la tenue à E_, en _ 2015, du G_;
Que cette annonce figure également sur le site internet dédié au G_, où les exposants ont d'ores et déjà la possibilité de s'inscrire;
Que ni la plaquette ni le site internet ne mentionnent que B_ et C_ ne sont en l'état au bénéfice d'aucune autorisation de la Ville de Genève pour l'utilisation de [l'emplacement] E_ pour leur manifestation ni que, selon les principes adoptés par la Ville de Genève, cette autorisation devrait plutôt être octroyée à A_ pour autant qu'elle remplisse les conditions fixées;
Que l'annonce de la tenue du G_ a été relayée auprès de ses membres par la section genevoise de [l'association faîtière] H_;
Que A_ indique que, suite à cette annonce, certains exposants potentiels ont été induits en confusion alors que d'autres, après avoir fait part de leur intérêt à prendre part au D_, ne répondent plus à ses sollicitations;
Que A_ est intervenue en vain auprès de B_ et de C_ afin qu'ils ne présentent plus dans leur documentation relative au G_ sa tenue en _ 2015 à E_ comme un fait certain;
Que, par requête de mesures superprovisionnelles et provisionnelles adressée le
20 octobre 2014 à la Cour de justice, A_ conclut, sur mesures superprovisionnelles, à ce que la Cour constate que les démarches promotionnelles engagées par B_ et C_ sont déloyales au sens des art. 2 et 3 al. 1 lit. b LCD et ordonne à celles-ci et à leurs organes et employés de s'abstenir de toute démarche de promotion du G_ donnant à penser sans réserve que celui-ci se tiendrait en _ 2015 à E_, ainsi que d'insérer dans le matériel promotionnel qu'elles diffuseraient à l'avenir, et sur les sites internet qu'elles consacrent à la manifestation, une mention clairement lisible selon laquelle la Ville de Genève n'avait pas encore délivré l'autorisation d'utilisation de cet emplacement;
Qu'elle conclut par ailleurs à ce que les titres 24, 26, 27, 32, 38 et 40 de son bordereau, qu'elle considère comme confidentiels, ne soient pas portés à la connaissance de ses parties adverses en application de l'art. 156 CPC;
Que l'avance de frais requise a été acquittée le 22 octobre 2014;
Considérant,

EN DROIT
, que la Cour de céans est
prima facie
compétente à raison du lieu (art. 13 et 36 CPC), de la matière (art. 5 al. 1 lit. d et al. 2 CPC; art. 120 al. 1 lit. a LOJ) et de la valeur litigieuse (art. 5 al. 1 lit. d CPC) pour connaître des conclusions formulées à titre superprovisionnel par la requérante;
Que le juge ordonne les mesures provisionnelles nécessaires lorsque le requérant rend vraisemblable qu'une prétention dont il est titulaire est l'objet d'une atteinte ou risque de l'être, et que cette atteinte risque de lui causer un préjudice difficilement réparable
(art. 261 al. 1 CPC);
Qu'en cas d'urgence particulière, notamment s'il y a risque d'entrave à leur exécution, le juge peut ordonner des mesures provisionnelles immédiatement, sans entendre les parties (art. 265 al. 1 CPC);
Qu'il incombe à la partie requérante de rendre vraisemblables les faits qu'elle allègue, ainsi que le bien-fondé, sous l'angle d'un examen sommaire, de la prétention qu'elle invoque (ATF
131 III 473
consid. 2.3; Hohl, Procédure civile, tome II, deuxième édition, 2010, n° 1773 à 1776 et 1779);
Que le juge doit aussi procéder à la pesée des intérêts en présence, c'est-à-dire à l'appréciation des désavantages respectifs pour chacune des parties selon que la mesure requise est ou non ordonnée (Hohl, op. cit., n° 1780);
Que la mesure ordonnée doit être proportionnée au risque d'atteinte (arrêt du Tribunal fédéral
4A_611/2011
du 3 janvier 2012 consid. 4.1);
Qu'en l'espèce les faits allégués par la requérante, tels que résumés ci-dessus, sont rendus suffisamment vraisemblables, à ce stade encore non contradictoire de la procédure, par les titres produits;
Que le bien-fondé de la prétention invoquée sur le fond doit également être retenu à ce stade non contradictoire de la procédure, dès lors d'une part qu'il est rendu vraisemblable que les citées, dans les informations qu'elles fournissent aux tiers concernant le salon _ qu'elles entendent organiser en _ 2015, présentent comme certain le fait qu'il se déroulera à E_ alors qu'il n'existe en l'état aucune certitude sur ce point, et d'autre part qu'il n'est pas déraisonnable de penser que le caractère insuffisamment précis de cette présentation est de nature à influencer la décision d'exposants potentiels de contracter ou non avec la requérante;
Que l'existence d'une situation d'urgence doit par ailleurs être admise, la requérante disposant d'un délai au 1
er
décembre pour présenter à la Ville de Genève un dossier complet comprenant notamment un nombre minimum d'inscriptions d'exposants et les actes reprochés aux citées étant de nature à rendre plus difficile l'obtention de ces inscriptions;
Qu'enfin les mesures requises, qui n'entraînent qu'une faible limitation de la liberté des citées et ne les empêchent en particulier pas de poursuivre la promotion du salon _ qu'elles souhaitent organiser, respectent le principe de la proportionnalité;
Qu'il sera donc fait droit pour l'essentiel aux conclusions de la requête à cet égard, sous réserve de leur reformulation;
Qu'il n'y a en revanche aucune urgence à statuer sur la conclusion constatatoire prise par la requérante, laquelle sera donc rejetée sur mesures superprovisionnelles;
Que la suite de la procédure sera réservée;
Qu'en l'état les titres 24, 26, 27, 32, 38 et 40 du bordereau de la requérante ne seront pas communiqués aux citées, en application de l'art. 156 CPC, une décision contraire prise dans le cours de l'instruction de la cause étant réservée;
Que le sort des frais sera réservé (art. 104 al. 3 CPC).
* * * * *