Decision ID: 18e9b5b4-94fb-456f-aac4-2eb3cb9df1c3
Year: 2019
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
Le 30 juin 2013, les époux A._ et B._ ont déposé leur déclaration d'impôt pour la période fiscale 2012. Ils ont annoncé un revenu imposable de 144'600 fr. (143'900 fr. en matière d'impôt fédéral direct) au taux de 62'800 francs. Ils se sont fondés sur un quotient familial de 2.3, en tenant compte d'une part de 0.5 pour leur fils majeur C._, né en 1967. Ils ont revendiqué par ailleurs la déduction des primes d'assurance-maladie de ce dernier. Ils ont demandé de plus la déduction d'un montant de 9'025 fr. portant le libellé "Publica non-adaptation rente (et fisc donc aussi victime!)" à titre de don (code 720).
Par décision de taxation définitive du 27 février 2014, l'Office d'impôt des districts de Lausanne et Ouest lausannois (ci-après: l'office d'impôt) a arrêté le revenu imposable des époux A._ et B._ à 141'600 fr. au taux de 86'300 fr. (quotient 1.8) pour l'impôt cantonal et communal et à 160'700 fr. au taux de 160'700 fr. (barème mariés) pour l'impôt fédéral direct. Il a procédé aux modifications suivantes par rapport aux éléments déclarés:
"
500 Immeubles, terrains et forêts
La valeur locative de votre logement a été fixée conformément à la détermination qui vous est remise en annexe. Logement sans confort et environnement défavorable pas admis.
720 Dons à des institutions d'utilité publique
Le montant de Fr. 9'025.- sous le libellé "Publica" n'est pas un don et n'est déductible à aucun titre.
725 Déduction pour famille
La modification de votre revenu net (code 650) entraîne une adaptation de la déduction pour famille.
810 Parts résultant de la situation de famille
Le quotient familial relatif aux enfants majeurs n'est pas applicable aux personnes non étudiantes et capables d'exercer une activité lucrative. Par ailleurs, les conditions d'octroi n'étant pas réunies, aucune déduction pour votre enfant ne peut vous être accordée."
Le 31 mars 2014, les intéressés ont formé une réclamation contre cette décision. Ils ont contesté le refus de la déduction des primes d'assurance-maladie de leur fils et du "don" à la Caisse de prévoyance de la Confédération, Publica. Ils ont fourni les explications suivantes s'agissant de ce dernier point:
"Publica [...] bénéfice de l'argent qu'elle ne me verse pas, alors qu'elle devrait me le verser au titre de l'article 113 al. 2a de la Constitution fédérale. Je l'avais déjà signalé lors de mes précédentes déclarations pour que l'administration fiscale vaudoise intervienne auprès de Publica afin que celle-ci obéisse au dit article constitutionnel. Comme l'administration fiscale vaudoise n'est pas intervenue, à ma connaissance, auprès de Publica, pour que cet argent me soit versé, ainsi qu'aux autres ayant-droits, elle doit, me mettre au bénéfice de la déduction supplémentaire (Fr. 9025) permettant indirectement de compenser une partie de la perte de pouvoir d'achat qui doit m'être garanti par l'article constitutionnel sus-mentionné auquel tous les organes de l'Etat, aux trois niveaux fédéral, cantonal et communal, doivent obéir:"
Par courrier électronique du 8 mai 2014, B._ a signalé des erreurs dans les montants déclarés s'agissant de revenus de biens immobiliers.
Le 19 mai 2014, l'office d'impôt a adressé aux époux A._ et B._ une nouvelle détermination des éléments imposables. Il a maintenu sa position sur les points contestés. Il a corrigé en revanche les erreurs minimes indiquées dans le sens demandé.
Le 13 juin 2014, les contribuables ont déclaré maintenir leur réclamation.
B.
Dans l'intervalle, le 13 mai 2014, les époux A._ et B._ ont déposé leur déclaration d'impôt pour la période fiscale 2013. Ils ont annoncé un revenu imposable de 155'000 fr. (155'800 fr. en matière d'impôt fédéral direct) au taux de 86'100 francs. Ils se sont cette fois-ci fondés sur un quotient familial de 1.8 et n'ont pas tenu compte d'une part de 0.5 pour leur fils majeur C._. Ils ont en revanche revendiqué la déduction des primes d'assurance-maladie de ce dernier (code 300) et d'un montant de 3'200 fr. à titre de "déduction pour personne à charge". Ils ont demandé par ailleurs à nouveau la déduction d'un montant, en l'occurrence 10'000 fr., à titre de "don" à la Caisse de prévoyance de la Confédération Publica. Ils ont fait valoir encore une réduction de la valeur locative de l'immeuble dont ils sont propriétaires à ******** pour "environnement défavorable".
Par décision de taxation définitive du 18 septembre 2014, l'office d'impôt a arrêté le revenu imposable des époux A._ et B._ à 153'200 fr. au taux de 94'200 fr. (quotient 1.8) pour l'impôt cantonal et communal et à 173'200 fr. au taux de 173'200 fr. (barème mariés) pour l'impôt fédéral direct. Il a refusé la déduction pour personne à charge, la déduction des primes d'assurance-maladie du fils des intéressés et celle du "don" à Publica. Il a refusé également d'accorder la réduction de la valeur locative demandée pour environnement défavorable.
Le 14 octobre 2014, les intéressés ont formé une réclamation contre cette décision. Ils ont contesté le refus des déductions revendiquées pour les mêmes arguments que ceux soulevés dans le cadre de leur réclamation concernant la période fiscale 2012. Ils ont reproché par ailleurs à l'office d'impôt de n'avoir pas admis de réduction pour "environnement défavorable" pour leur immeuble à ********.
C.
Le 12 avril 2018, B._ a été entendu par des représentants de l'Administration cantonale des impôts (ACI), à qui le dossier des contribuables a été transmis comme objet de sa compétence. Il a maintenu ses réclamations, soutenant que les décisions de taxation litigieuses violaient les constitutions fédérale et vaudoise.
Par décision du 30 mai 2018, l'ACI a rejeté les réclamations des époux A._ et B._ et confirmé les éléments imposables tels que fixés dans la nouvelle détermination des éléments imposables du 19 mai 2014 pour la période fiscale 2012 et dans la décision de taxation définitive du 18 septembre 2014 pour la période fiscale 2013.
D.
Par acte du 29 juin 2018, les époux A._ et B._ ont recouru contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP). Dénonçant des violations des constitutions fédérale et vaudoise, ils concluent:
"1) Avant tout décision, organiser une audience [...], visant à un accord sur les différents points ligieux.
2) Puis selon après l'écoute exercée lors de cette audience, de rendre une décision ne contrevenant ni à la lettre, ni à l'esprit des constitutions évoquées."
Dans sa réponse du 3 septembre 2018, l'ACI a conclu au rejet du recours.
Les recourants ont déposé un mémoire complémentaire le 24 septembre 2018. Ils ont réitéré leur demande tendant à la mise en œuvre d'une audience.
La cour a statué par voie de circulation, sans autre mesure d'instruction.

Considérant en droit:
1.
Interjeté en temps utile (cf. art. 140 al. 1 de la loi fédérale du 14 décembre 1990 sur l'impôt fédéral direct – LIFD; RS 642.11 – et art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative – LPA-VD; BLV 173.36 –, applicable par renvoi de l'art. 199 de la loi vaudoise du 4 juillet 2000 sur les impôts directs cantonaux
– LI; BLV 642.11), le recours satisfait par ailleurs aux autres conditions formelles de recevabilité (cf. en particulier art. 140 al. 2 LIFD et 79 al. 1 LPA-VD, applicable par analogie par renvoi de l'art. 99 LPA-VD), de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2.
Les recourants requièrent la fixation d'une audience.
a) Le droit d'être entendu, tel qu'il est garanti par l'art. 29 al. 2 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst.; RS 101), comprend le droit pour l’intéressé de s’expliquer avant qu’une décision ne soit prise à son détriment, celui de fournir des preuves quant aux faits de nature à influer sur le sort de la décision, celui d’avoir accès au dossier, de participer à l’administration des preuves essentielles et de se déterminer sur son résultat lorsque cela est de nature à influer sur la décision à rendre (
ATF 135 II 286
consid. 5.1;
135 I 279
consid. 2.3; ATF 12* II 497 consid. 2.2). Le droit d'être entendu ne comprend en revanche pas le droit d’être entendu oralement, ni celui d’obtenir l’audition de témoins (
ATF 134 I 140
consid. 5.3;
130 II 425
consid. 2.1). L'autorité peut par ailleurs renoncer à procéder à des mesures d'instruction lorsque les preuves administrées lui ont permis de forger sa conviction et que, procédant d'une manière non arbitraire à une appréciation anticipée des preuves qui lui sont encore proposées, elle a la certitude que ces dernières ne pourraient l'amener à modifier son opinion (
ATF 140 I 285
consid. 6.3.1;
134 I 140
consid. 5.2;
130 II 425
consid. 2.1).
b) En l'espèce, la cour s'estime suffisamment renseignée sur la base des pièces du dossier pour statuer en toute connaissance de cause. Il ne sera dès lors pas donné suite à la requête des recourants.
3.
Les recourants contestent le refus des déductions qu'ils ont revendiquées en lien avec leur fils majeur, dont ils ont la charge.
a) Sur le plan cantonal et communal, une déduction de 2'900 fr. est accordée au contribuable qui pourvoit à l'entretien d'une personne incapable de subvenir seule à ses besoins (art. 40 LI). Sur le plan fédéral, jusqu'au 1
er
janvier 2014, une déduction sociale était également prévue pour chaque personne totalement ou partiellement incapable d'exercer une activité lucrative, à l'entretien de laquelle le contribuable pourvoyait, à condition que son aide atteignît au moins le montant de la déduction (art. 213 al. 1 let. b LIFD, aujourd'hui abrogé).
b) Pour les périodes fiscales 2012 et 2013, la déduction pour les primes d'assurance, notamment d'assurance-maladie, s'élevait pour les époux vivant en ménage commun à 4'000 fr. en matière d'impôt cantonal et communal (art. 37 al. 1 let. g LI dans sa teneur alors en vigueur) et 3'500 fr. en matière d'impôt fédéral direct (art. 212 al. 1 LIFD dans sa teneur alors en vigueur); elle était augmentée d'un montant de 1'300 fr. "pour chaque enfant ou personne nécessiteuse pour lesquels le contribuable a droit à une part de 0.5 ou à une déduction pour personne à charge" (art. 37 al. 1 let. g LI dans sa teneur alors en vigueur), respectivement de 700 fr. (art. 212 al. 1 LIFD dans sa teneur alors en vigueur).
c) Dans un arrêt FI.2009.0049 du 5 janvier 2010, la cour de céans s'est prononcée sur l'application des dispositions précitées à la situation des recourants. Elle a jugé que les intéressés ne pouvaient pas bénéficier des déductions revendiquées, dans la mesure où leur fils majeur ne pouvait pas être considéré comme "une personne à charge" (consid. 3 et 4). La situation n'a depuis lors pas évolué. Les recourants ne prétendent en particulier pas que leur fils serait désormais objectivement empêché d'exercer une activité lucrative et, partant, de subvenir à ses besoins, que ce soit pour des motifs ayant trait à sa santé physique ou psychique. C'est dès lors à juste titre que l'ACI a considéré que les conditions des art. 40 et 37 al. 1 let. g LI et des dispositions correspondantes de la LIFD n'étaient pas réalisées.
Les recourants ne semblent pas le contester. Ils affirment toutefois que les dispositions en question, qui porteraient atteinte à "la famille", seraient anticonstitutionnelles. Ils dénoncent une violation des art. 14 Cst. et 6 al. 1 let. d de la Constitution du Canton de Vaud du 14 avril 2003 (Cst-VD; BLV 101.01).
L'art. 14 Cst. garantit "le droit au mariage et à la famille". Contrairement à ce que les recourants pensent, cette disposition ne protège pas "la famille" au sens large. Par droit "à la famille", il faut en effet comprendre le droit "de fonder une famille", c'est-à-dire le droit, pour le couple, d'avoir des enfants et de les éduquer, ainsi que, en principe, d'en adopter (Jean-François Aubert/Pascal Mahon, Petit commentaire de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999, Zurich/Bâle/Genève 2003, p. 136). Les recourants ne peuvent dès lors tirer aucun argument de l'art. 14 Cst.
L'art. 6 Cst-VD énumère pour sa part les buts généraux de l'Etat ainsi que les principes qui sous-tendent son activité. Parmi ces principes figurent celui de reconnaître "les familles comme éléments de base de la société" (art. 6 al. 2 let. d Cst-VD). Dans l'arrêt FI.2009.0049 précité, la cour de céans a déjà rappelé que l'art. 6 Cst-VD n'était pas directement justiciable et que c'était dès lors en vain que les recourants se prévalaient de cette disposition (consid. 5a/bb et les références citées). On ne voit de toute manière pas en quoi le fait de limiter les déductions litigieuses à l'entretien de personnes qui ne sont objectivement pas ou plus à même de travailler et de subvenir seules à leurs besoins irait à l'encontre du principe énoncé à l'art. 6 al. 2 let. d Cst-VD.
Sur ce point, la décision attaquée ne prête dès lors pas le flanc à la critique et ne peut qu'être confirmée.
4.
Les recourants se plaignent également du refus des déductions qu'ils ont revendiquées pour des "dons" à la Caisse de prévoyance de la Confédération Publica.
a) Sur le plan cantonal et communal, l'art. 37 al. 1 let. i LI prévoit que sont déduits du revenu les dons en espèce et sous forme d'autres valeurs patrimoniales qui ont leur siège en Suisse et sont exonérés de l'impôt en raison de leur but de service public ou de pure utilité publique, jusqu'à concurrence de 20% du revenu net diminué des déductions prévues aux art. 37 al. 1 let. k, 39, 40 et 42 à condition que ces dons s'élèvent au moins à 100 francs par année fiscale; les dons en faveur de la Confédération, des cantons, des communes et de leurs établissements sont déductibles dans la même mesure. Sur le plan fédéral, l'art. 33a LIFD a une teneur identique.
b) En l'espèce, les recourants n'ont procédé à aucun versement en faveur de la Caisse de prévoyance de la Confédération Publica. Ils ne le contestent pas. Ils revendiquent néanmoins les déductions litigieuses pour compenser indirectement une partie de la perte d'achat dont ils se disent victimes en raison du fait que les rentes versées par cette caisse ne seraient, en contradiction avec l'art. 113 al. 2 let. a Cst., pas adaptées au renchérissement du coût de la vie. Comme l'ACI le relève à juste titre, la déduction des art. 37 al. 1 let. i LI et 33a LIFD (ni d'ailleurs aucune autre) n'est pas prévue pour ce cas de figure. Faute de "dons", elle ne peut être accordée.
Sur ce point également, la décision attaquée ne peut qu'être confirmée.
5.
Il est pris acte pour le surplus que les recourants ne contestent plus la valeur locative retenue pour l'immeuble dont ils sont propriétaires à ********.
6.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. Les recourants, qui succombent, supporteront les frais de justice (art. 49 al. 1 LPA-VD), solidairement entre eux (art. 51 al. 2 LPA-VD). Il n'y a pas lieu d'allouer de dépens (art. 55 al. 1
a contrario
LPA-VD).