Decision ID: 0f678b01-7729-479f-b65c-5ee50bf97f73
Year: 2014
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

II. Statuant en faits
2. 2.1 Z_ SA est une société fondée le 16 juin 1971 par cinq personnes, dont C_, ressortissant E_, ayant souscrit, comme les autres fondateurs, dix actions d’une valeur nominale de 1000 francs. Le but de cette société est resté inchangé depuis lors ; il consiste en la représentation et la vente de matériaux de construction, notamment d’éléments préfabriqués pour la construction de chalets, ainsi que toutes opérations mobilières et immobilières en rapport avec son but. Son siège social, initialement fixé à F_, a été transféré en Valais en 1994, à G_ d’abord puis à H_ dès 2008.
La composition de son actionnariat a lui aussi fluctué. Equitablement réparties entre les cinq fondateurs de la société, les 50 actions de Z_ SA se sont retrouvées, au fil des ventes successives, concentrées entre les mains d’un seul actionnaire. Il ressort en effet de l’historique établi par la société le 14 février 2011 sur demande du juge de première instance que, de 1988 jusqu’au début 2008, le 92 % des actions était détenu par un certain I_. L’instruction de la cause n’a pas cherché à déterminer qui était cet actionnaire. En particulier, il n’est pas établi qu’il ait été lié d’une quelconque manière à C_, membre fondateur de la société, notamment en détenant ces actions à titre fiduciaire pour son compte. Entendu en procédure en sa qualité de représentant de Z_ SA, C_ n’a pas été appelé à clarifier cette question. Il n’a pas été invité à expliquer pour quelles raisons il n’apparaissait pas, dans l’historique précité, comme actionnaire de la société durant ces quelque 20 ans, alors même qu’il occupait la fonction de président de son conseil d’administration avec signature individuelle depuis 1994 en tout cas et devait donc, à ce titre, être actionnaire de la société en vertu des art. 17 et 19 des statuts versés en cause, conformes à l’art. 707 al. 1 aCO. L’intéressé s’est contenté de répondre aux questions qui lui étaient posées en déclarant qu’il n’avait jamais été l’unique actionnaire de Z_ SA, qu’il n’avait détenu que 20 % des actions lors de la fondation de la société, ce qui était toujours le cas en 2010, qu’il en avait été le gérant, avec signature individuelle, de 1982 à 2011 et qu’en sa qualité d’actionnaire, il avait touché son premier dividende en 2010.
Il n’y a pas lieu de discuter plus avant cette question. D’une part, la constatation du premier juge selon laquelle I_ détenait le 92 % des actions en 1988 n’est pas valablement contestée en appel. Dans leur écriture du 17 janvier 2013, les appelants se contentent d’alléguer que c’est C_ qui était le détenteur de cette concentration d’actions, mais ils ne s’attachent pas à démontrer le caractère erroné de la constatation contraire arrêtée dans la décision attaquée. En particulier, ils ne prétendent pas que le premier juge aurait dû s’écarter des mentions contenues dans l’historique de l’actionnariat établi par Z_ SA, pas plus qu’ils n’indiquent les raisons pour lesquelles il aurait fallu qu’il le fasse, pièces du dossier à l’appui. L’instance d’appel n’examinant que les faits qui sont contestés devant elle (cf. consid. 1.2 ci-dessus), la cour de céans n’a pas à revenir sur ce point, faute de critique
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recevable. En tout état de cause, la réelle titularité de ces 92 % du capital-actions durant cette période de 20 ans est indifférente sur le sort de la cause, comme on le verra ci-dessous (cf. consid. 5.2). Seule importe la composition de l’actionnariat de la société au moment où le présent procès a débuté en septembre 2008. Or, sur ce point, il n’est pas contesté qu’à cette époque, six personnes se partageaient le capital-actions de Z_ SA - qui était passé à 100 000 fr. dès le mois de mars 2008 -, dont C_, détenteur du 22 % des actions.
2.2 Ce dernier était propriétaire de la parcelle n° xxx1, plan xxx, au lieu-dit « J_ », pré de 1875 m
2 , sise sur commune de H_. En cette qualité,
il a déposé le 8 août 2005 une demande d’autorisation de construire deux chalets auprès des autorités communales.
Par acte notarié du 7 septembre 2006, cet immeuble a été divisé en quatre parcelles distinctes, toutes inscrites au nom de C_, le n° xxx1 nouvel état étant réduit à une surface de 917 m
2 . Sur cette dernière parcelle a été érigé un des deux chalets
pour lesquels l’autorisation de construire précitée a été requise. Selon le prospectus de vente établi à l’en-tête de la société K_ Sàrl, de siège social à B_, chargée de la vente de ce bien, il s’agissait d’un chalet de 6 1⁄2 pièces en cours de construction, avec jardin d’hiver, grande terrasse, 235 m
2 habitables, disponible en
septembre 2006, pour le prix de 620 000 francs. Figurait dans ce dossier, outre les plans, un descriptif de construction établi par Z_ SA en 2004 en qualité d’entrepreneur.
2.3 Au printemps 2006, X_ et Y_ se sont intéressés à l’achat de ce chalet par l’intermédiaire de L_, courtier auprès de la société immobilière K_ Sàrl. Le 12 mai 2006, alors qu’ils étaient domiciliés à B_, ils ont passé, sous seing privé, une promesse de vente et d’achat avec C_, portant sur l’acquisition de la parcelle n° xxx1 pour le prix de 545 000 fr., avec prise de possession au 1
er août 2006. Ce dernier, représenté par L_, apparaît sur ce
document en sa qualité de « propriétaire (promettant-vendeur) ». Il y est précisé que l’immeuble est construit conformément au descriptif contenu dans le dossier de vente et que le prix de vente convenu ne comprend ni le couvert à voitures, ni les volets, la cuisine, la cheminée, les carrelages, les sanitaires et meubles de bain, pas plus que les aménagements extérieurs.
2.4 Par contrat de prêt conclu le 25 août 2006, Z_ SA s’est engagée à prêter aux époux X_ et Y_ la somme de 80 000 fr. (ou 50 000 euros) pour financer l’achat de la parcelle n° xxx1. Ce prêt était accordé pour une durée déterminée arrivant à échéance le 31 juillet 2007, avec un intérêt de 3,6 % dès le 1
er octobre 2006. Le 9 novembre 2006, le montant du prêt a été augmenté à 93 000 fr.
(ou 58 000 euros). Selon C_, cette somme représentait les fonds propres nécessaires à l’obtention du financement bancaire de l’acquisition de leur bien immobilier, que les époux X_ et Y_ n’ont pas été en mesure de rassembler.
Le chiffre 1 de cette convention était libellé comme suit :
La famille X_ et Y_ achète de Z_ SA une maison sur parcelle xxx1 à
H_ 917 m2 selon promesse de 12.5.2006. Le prix de la parcelle est inclus dans le contrat
officiel, mais mentionné à part et payé à C_ de H_ comme propriétaire. Mons.
C_ est gérant de Z_ SA.
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2.5 Par acte notarié du 9 novembre 2006 intitulé « acte de vente », C_ a vendu aux époux X_ et Y_ la parcelle n° xxx1, comprenant « un chalet actuellement construit », pour le prix global de 665 000 fr., ventilé comme suit par les parties : 120 000 fr. pour la parcelle elle-même, à verser à son propriétaire C_, et 545 000 fr. pour le chalet « actuellement réalisé », à payer à Z_ SA. L’acte précisait que la prise de possession avait eu lieu le 1
er novembre précédent et qu’un procès-verbal de réception du chalet serait établi à la
fin des travaux, le 5 décembre 2006, quand la régulation du système de pompe à chaleur serait terminée ainsi que certains travaux de finition, tels la pose des radiateurs dans les chambres d’étages, les contrôles de fonctionnement des installations électrique, sanitaire et de chauffage, ainsi que le remplacement d’une vitre cassée au salon.
Pour contester les constatations contenues dans cet acte authentique relatives à l’achèvement des travaux de construction du chalet, les époux X_ et Y_ tentent de tirer argument de la déclaration faite en procédure par C_, pour qui seule la conception du chalet était réalisée lorsque le couple s’est intéressé à ce bien immobilier. Cette affirmation ne leur est pourtant d’aucun secours puisqu’elle se rapporte au printemps 2006, époque à laquelle ces derniers ont passé, sous seing privé, une promesse de vente et d’achat du chalet en construction. Or l’acte authentique a été conclu l’automne suivant et rien au dossier ne permet de dire que ces quelques mois n’ont pas permis d’achever l’édification de ce bâtiment. Il n’y a donc pas lieu de s’écarter des indications contenues dans l’acte notarié du 9 novembre 2006, au demeurant confirmées par la date de prise de possession du chalet au 1
er novembre précédent, qui elle n’est pas contestée. En effet, on voit mal
une famille emménager dans un chalet dont la construction n’est pas terminée dans une large mesure.
2.6 Le 9 décembre 2006, C_ a fait parvenir aux époux X_ et Y_ une liste des travaux encore à exécuter, répertoriés à la suite des séances de contrôle et de réception de leur chalet des 1
er , 5 et 6 décembre 2006. Il
ressort de ce document, établi par l’intéressé pour le compte de Z_ SA, que les travaux en question constituaient soit de menus travaux de finition, soit des retouches. Cette qualification, retenue par le premier juge, est contestée par les époux X_ et Y_, pour qui les travaux encore à exécuter étaient à l’évidence d’une certaine importance. Comme déjà relevé, il est douteux que ces derniers aient pris possession du chalet avant que le gros des travaux n’aient été terminés. Cette question n’a toutefois pas à être discutée plus avant, puisqu’elle n’a aucune incidence sur le sort de la cause (cf. consid. 5 ci-dessous).
Entre le 8 février 2007 et le 13 juin 2008, les époux X_ et Y_, puis leur mandataire, ont adressé à Z_ SA toute une série de lettres faisant état du non-achèvement des travaux, ainsi que de l’existence d’un certain nombre de défauts. Les réponses à ces doléances ont été faites par C_, sur papier à l’en-tête de la société Z_ SA, à G_, ou au nom de celle-ci.
2.7 Aux termes de son rapport du 6 septembre 2011, l’expert judiciaire a énuméré les travaux à exécuter pour une réalisation conforme de l’ouvrage litigieux et les a chiffrés au montant de 116 332 fr. 50. Dans son rapport complémentaire du 23 janvier 2012, l’expert a encore répertorié une moins-value de 2893 fr. pour des boiseries non vernies, un montant de 9500 fr. pour la pose d’une sous-couverture perméable à la vapeur sur la toiture qui n’a pas été exécutée, ainsi qu’un montant de 1600 fr. relatif aux travaux propres à prévenir le gel de l’arrivée d’eau au réservoir de chasse dans les toilettes visiteurs, sises au rez-de-chaussée supérieur, portant ainsi à 130 325 fr. 50 le prix total de réfection du chalet.
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2.8 Entendu en procédure en sa qualité de représentant de Z_ SA,
C_ a indiqué que cette dernière avait construit près de 350 maisons en
Valais. Les personnes qui ont acquis l’une de ces constructions et qui ont été
entendues en cours d’instruction ont toutes relevé avoir eu pour interlocuteurs tant
C_ que Z_ SA et n’avoir pas bien su faire la différence entre qui
faisait quoi. La confusion générée par cette situation est confirmée par le courtier
L_, qui a travaillé de nombreuses années avec eux, et qui a relevé avoir reçu
des fax de l’un ou de l’autre, ce qui rendait la distinction difficile.

III. Considérant en droit
3. Pas plus que devant le premier juge, les appelants ne contestent être liés à
l’appelée par un contrat de prêt au sens des art. 312 ss CO et lui devoir, à ce titre, le
montant de 93 000 fr. avec intérêt conventionnel au taux de 3,6 % du 1 er octobre 2006
au 31 juillet 2007 et avec intérêt moratoire au taux de 5 % dès le 1 er
août 2007, objet
de la poursuite n o xxx de l’Office des poursuites du district de B_. Il y a lieu
d’en prendre acte, sans discuter plus avant cette question.
4. Pour s’opposer au paiement de la dette qu’ils reconnaissent envers l’appelée, les
appelants allèguent qu’ils sont en droit d’élever en compensation, à due concurrence,
une créance en garantie pour les défauts du chalet construit sur la parcelle qu’ils ont
acquise par acte notarié du 9 novembre 2006, à hauteur de 130 000 fr., ainsi qu’une
créance en dommages-intérêts, à hauteur de 20 000 francs.
4.1 A teneur de l'art. 120 al. 1 CO, lorsque deux personnes sont débitrices l'une
envers l'autre de sommes d'argent ou d'autres prestations de même espèce, chacune
des parties peut compenser sa dette avec sa créance, si les deux dettes sont exigibles.
Pour qu'il y ait compensation, la loi exige ainsi un rapport de réciprocité entre deux
personnes, qui sont chacune titulaire d'une prétention contre l'autre. En d’autres
termes, il faut que chaque partie soit à la fois créancière et débitrice l’une de l’autre
(arrêt 4C.334/2001 du 15 janvier 2002 consid. 2a, et réf. cit.). La compensation éteint
alors les deux dettes qui sont opposées, à concurrence de celle qui est la plus faible en
valeur (ATF 134 III 643 consid. 5.5.1).
Pour que le mécanisme de la compensation entre en jeu, deux créances en rapport de
réciprocité doivent ainsi exister, dont sont titulaires l'auteur de la compensation pour
l'une, le destinataire de la déclaration de compensation pour l'autre (JEANDIN,
Commentaire romand, 2 e éd., 2012, n. 5 ad art. 120 CO; PETER, Commentaire bâlois,
4 e éd., 2012, n. 2 ad art. 120 CO). Du moment que l’appelée est, on l’a vu, titulaire
d'une créance contre les appelants, il sied de vérifier si ces derniers détiennent bien
une créance contre elle.
4.2 L’appelée conteste que tel soit le cas. Elle se défend d’être débitrice envers les
appelants des créances en garantie pour les défauts et en dommages-intérêts élevées
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en compensation, en se prévalant de son défaut de légitimation passive, faute d’avoir
été partie au contrat passé en la forme authentique le 9 novembre 2006.
4.2.1 Le premier juge a considéré que le fondement des créances invoquées par les
appelants découlait bien de ce contrat, intitulé « acte de vente ». Aux termes d’une
motivation juridique confuse dont il n’est pas aisé de cerner les contours, les
demandeurs ne semblent pas discuter cette analyse devant la cour de céans. En
particulier, ils ne prétendent pas avoir été liés directement à l’appelée par un contrat
d’entreprise au sens des art. 363 et ss CO, selon lequel cette dernière se serait
engagée à exécuter pour leur compte l’ouvrage prétendument défectueux. A bien les
comprendre toutefois, ils paraissent se prévaloir d’une éventuelle responsabilité
précontractuelle découlant d’une promesse de contracter un contrat d’entreprise. Outre
que l’on ne voit nullement au dossier une promesse de ce type - la seule promesse
conclue par les appelants le 12 mai 2006 portant sans équivoque possible sur un
contrat de vente et d’achat d’un bien immobilier - ces derniers n’allèguent ni ne
démontrent l’existence et l’ampleur de leur préjudice précontractuel (sur cette notion,
cf. KUONEN, La responsabilité précontractuelle, 2007, n. 1830 ss), en sorte que l’on ne
pourrait de toute façon retenir aucune créance susceptible d’être élevée en
compensation découlant d’une telle responsabilité.
Les appelants s’opposent, par contre, à la qualification juridique donnée par le juge de
district au contrat conclu le 9 novembre 2006. Selon eux, il ne s’agirait pas d’un simple
contrat de vente d’un bien immobilier, mais bien plutôt d’un contrat portant sur la
livraison d’une chose future. Cette problématique souffre toutefois de rester indécise, à
ce stade du raisonnement. En effet, la question juridique à résoudre porte sur la
titularité des créances élevées en compensation. A cet égard, il est sans importance de
qualifier ce contrat de pur contrat de vente, comme l’a fait le premier juge, plutôt que
de contrat mixte qui combine des éléments du contrat de vente et du contrat
d’entreprise, comme semblent le soutenir les appelants, qui prétendent que la
construction du chalet n’était pas terminée lorsqu’ils l’ont acquis. Cette délimitation
n’aurait, en effet, d’importance que si l’on devait définir à quel droit devrait être
soumise la garantie pour les défauts du bâtiment objet de l’acte précité (ATF 118 II 142
consid. 1a ; GAUCH, Le contrat d’entreprise, 1999, n. 349 p.110 ; TERCIER/FAVRE, Les
contrats spéciaux, 4 e éd., 2009, n. 4241 p. 636), ce qui n’aura pas à être examiné dans
la présente cause, comme on le verra ci-après. Partant, il n’y a pas lieu de trancher
cette question.
4.2.2 Il ressort des faits tels que retenus par le premier juge et non contestés en appel,
que l’acte authentique du 9 novembre 2006 désigne comme partie venderesse
C_. Cette désignation est on ne peut plus claire. Elle est, de plus,
parfaitement logique, puisqu’il résulte des actes de la cause que c’est lui qui était
propriétaire de la parcelle n° xxx1, fonds sur lequel a été érigé le chalet litigieux et,
partant, propriétaire de cette construction en vertu du principe de l'accession (cf. sur
cette notion, STEINAUER, Les droits réels, tome II, 4 e éd., 2012, n. 1622 et 1624). Il était
donc le seul à pouvoir valablement en disposer, à l’exclusion de l’appelée. C’est
d’ailleurs à son nom qu’a été établie la promesse de vente passée sous seing privé le
12 mai 2006, en sa qualité de propriétaire, promettant-vendeur. C’est également en
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cette qualité qu’il s’est vu allouer, dans l’acte de vente du 9 novembre 2006, un
montant de 120 000 fr. pour la parcelle n° xxx1, le solde du prix de vente, soit
545 000 fr. correspondant à la valeur du chalet, devant être payé à l’intimée. Aucun
élément du dossier ne permet de penser que la désignation de C_ comme
partie venderesse à l’acte litigieux ne correspondait pas à la volonté réelle des parties.
Les appelants ne l’ont d’ailleurs jamais prétendu. Ils ont certes invoqué la confusion
engendrée par la position particulière de C_, qui, en plus d’être le
propriétaire de la parcelle qu’ils ont acquise, était gérant de la société appelée,
chargée des travaux de construction du chalet litigieux, et utilisait le papier à lettres de
cette dernière pour correspondre avec eux. Avec le premier juge, il convient de leur en
donner acte, d’autant que le trouble provoqué par ce mélange des genres a été relevé
en procédure par d’autres personnes qui sont entrées en relation contractuelle avec
C_ et l’appelée. Il n’en demeure pas moins que cette ambiguïté a été levée
une première fois lors de la signature de la promesse de vente et définitivement lors de
l’instrumentation de l’acte authentique du 9 novembre 2006, au cours duquel
C_ a comparu en qualité de propriétaire de la parcelle n° xxx1 sur laquelle
était érigé le chalet litigieux, ce qui n’a pas pu échapper aux appelants.
La situation est donc parfaitement limpide : l’acte authentique instrumenté le
9 novembre 2006 l’a été exclusivement entre C_ et les appelants. L’intimée
n’ayant aucunement été partie à cet acte, les créances qui pourraient éventuellement
en découler ne sauraient être élevées en compensation à son encontre, faute de
rapport de réciprocité entre les parties à la présente procédure.
Certes, les parties à l’acte de vente sont convenues du paiement d’un montant de
545 000 fr. en faveur de Z_ SA. La clause y relative n’exprime cependant
qu’une stipulation pour autrui (art. 112 CO). Même si celle-ci devait être qualifiée de
parfaite, les appelants ne pourraient compenser la créance de l’appelée avec une
créance contre C_, à défaut de réciprocité des créances (TEVINI/DU
PASQUIER, Commentaire romand, 2 e éd., 2012, n. 19 ad art. 112 CO).
5. Pour tenter d’échapper à cette conclusion, les appelants se prévalent du principe de
la transparence et invoquent la levée du voile corporatif (Durchgriff).
5.1 Lorsqu’une personne fonde une société - telle une société anonyme ou une
société à responsabilité limitée -, il faut en principe considérer qu'il y a deux sujets de
droit distincts avec des patrimoines séparés : la personne physique d'une part et la
société d'autre part. Malgré l'identité entre la société et son actionnaire unique, on les
traite en principe comme des sujets de droit distincts (ATF 128 II 329 consid. 2.4, et
réf. cit.).
Selon la théorie de la transparence, on ne peut pas s'en tenir dans tous les cas à
l'existence formelle de deux personnes juridiquement distinctes lorsque tout l'actif ou la
quasi-totalité de l'actif d'une société appartient soit directement, soit par personnes
interposées, à une même personne, physique ou morale; malgré la dualité de
personnes à la forme, il n'existe en réalité pas deux entités indépendantes, du moment
que la société est un simple instrument dans la main de son auteur, lequel,
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économiquement, ne fait qu'un avec elle. On doit dès lors admettre, à certains égards,
conformément à la réalité économique, qu'il y a identité de personnes et que les
rapports de droit liant l'une lient également l'autre. Ce sera le cas chaque fois que le
fait d'invoquer la dualité des sujets constitue un abus de droit ou a pour effet une
atteinte manifeste à des intérêts légitimes (art. 2 al. 2 CC ; arrêt 1B_274/2012 du
11 juillet 2012 consid. 2.2, et réf. cit.). Ainsi, l'indépendance juridique entre l'actionnaire
unique et la société anonyme ne peut pas être invoquée dans un but qui ne mérite pas
la protection de la loi, comme par exemple pour éluder un contrat, une prohibition de
concurrence ou encore pour contourner une interdiction (arrêts 4A_58/2011 du 17 juin
2011 consid. 2.4.1; 4A_384/2008 du 9 décembre 2008 consid. 4.1, in SJ 2009 I p. 424;
cf. également : arrêts 5A_175/2010 du 25 mai 2010 consid. 3.3.4; 4C.15/2004 du
12 mai 2004 consid. 5.2).
L'application du principe de la transparence suppose donc, tout d'abord, qu'il y ait
identité des personnes, conformément à la réalité économique, ou, en tout cas, la
domination économique d'un sujet de droit sur l'autre. Il faut ensuite que la dualité soit
invoquée de manière abusive, c'est-à-dire pour en tirer un avantage injustifié (arrêt
1B_274/2012 du 11 juillet 2012 consid. 2.2, et réf. cit.).
La transparence peut aller soit dans le sens d’une prise en compte de l’actionnaire
unique en plus de la société (levée directe du voile corporatif), soit dans le sens d’une
prise en compte de la société en plus de l’actionnaire unique (levée inversée du voile
corporatif) (RUEDIN, Droit des sociétés, 2 e éd., 2007, n. 748 p. 142 et 143).
5.2 En l’occurrence, c’est la levée inversée du voile corporatif qui est invoquée par les
appelants, à savoir la prise en compte de la société appelée pour des créances
relatives à son actionnaire C_. La première condition pour l’application du
principe de la transparence n’est toutefois pas réalisée. Il ressort certes de l’historique
de l’actionnariat de l’appelée que, durant une période de vingt ans, le 92 % des actions
était entre les mains d’une seule personne, un certain I_, ce qui pourrait être
constitutif d’une mainmise économique d’une personne juridique sur la société
anonyme, préalable nécessaire à l’application du principe de la transparence (sur ce
point, cf. arrêts 5A_175/2010 du 25 mai 2010 consid. 3.3.4 et 4A_384/2008 du
9 décembre 2008 consid. 4.1). A supposer que tel soit le cas, cette domination
économique ne saurait pas, pour autant, être imputée à C_. Il n’est, en effet,
pas établi qu’il était le véritable ayant droit économique de ces actions, en vertu,
notamment, d’un contrat de fiducie le liant à I_. En tout état de cause, et
même si l’existence d’un tel contrat avait été démontrée, la solution ne serait pas
différente. Pour que le principe de la transparence puisse être invoqué, il ne suffit pas
de mettre en évidence la position dominante d’un actionnaire sur la société à un
moment donné de la vie de cette dernière. Encore faut-il apporter la preuve que cette
domination existait au moment de l’ouverture de l’action (HOVAGEMYAN, Transparence
et réalité économique des sociétés, 1994, n. 11b p. 26). Tel n’est à l’évidence pas le
cas en l’espèce. En septembre 2008, lorsque les appelants ont porté leur différend
devant le Tribunal de B_, le capital-actions de la société appelée, porté à
100 000 fr. dès le mois de mars 2008, était réparti entre six actionnaires différents.
Pour sa part, C_ ne détenait que le 22 % des actions de l’appelée, ce qui ne
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constitue de loin pas une position dominante économiquement parlant. Partant, il ne
saurait être question de faire abstraction de la dualité juridique existant entre l’appelée
et ce dernier, comme le souhaiteraient les appelants, l’une des deux conditions
cumulatives d’application de la levée directe du voile corporatif n’étant pas réalisée.
A cet égard, l’on relèvera, avec le premier juge, qu’il ressort clairement de l’acte
authentique du 9 novembre 2006 que celui-ci a été conclu par C_
personnellement, en sa qualité de propriétaire de la parcelle cédée, et qu’à cette
occasion, pas plus l’intéressé que l’appelée n’ont cherché à créer une confusion entre
eux pour tenter d’en tirer un profit illégitime. Il n’y a donc aucune trace d’abus de droit
de la part de l’appelée à se prévaloir de l’existence formelle de deux personnes
juridiquement distinctes pour s’opposer aux prétentions découlant de cet acte. La
véritable raison pour laquelle les appelants ont dirigé ces créances contre l’appelée par
le biais de la compensation, en lieu et place de C_ qui était leur seul
cocontractant, tient à leur désir d’éluder les obligations résultant du contrat de prêt
conclu avec la défenderesse. Un tel intérêt procédural ne suffit toutefois pas pour qu’il
soit fait abstraction de la dualité des sujets.
Aussi le premier juge est-il parvenu à juste titre à la conclusion que l’appelée n’est pas
la débitrice des créances élevées en compensation à concurrence du montant du prêt
octroyé aux appelants et que, faute de légitimation passive, elle ne saurait être
condamnée à payer le solde de ce montant réclamé à titre reconventionnel.
6. Il résulte de ce qui précède que l’appel, entièrement mal fondé, doit être rejeté, sans
qu’il soit nécessaire de statuer sur l’existence des défauts invoqués.
7.
7.1 Vu le sort de l’appel, il n’y a pas lieu de modifier le montant et la répartition des
frais et des dépens de première instance (art. 318 al. 3 CPC a contrario), non
spécifiquement contestés quant à leur montant. Dans ces circonstances, pour les
motifs exposés par la juridiction inférieure (cf. consid. 14 du jugement entrepris), les
frais de première instance, fixés conformément aux dispositions applicables (art. 13, 16
al. 1 LTar) à 18 300 fr., sont mis à la charge des appelants qui succombent,
solidairement entre eux. Ces derniers verseront en outre, solidairement entre eux, une
indemnité de 13 400 fr. à l’appelée à titre de dépens et lui rembourseront ses avances
de frais, à hauteur de 5550 francs.
7.2
7.2.1 En appel, l'émolument est calculé par référence au barème applicable en
première instance compte tenu d'un coefficient de réduction de 60 % (art. 16 et 19
LTar). En l’espèce, eu égard à la valeur litigieuse déterminante pour arrêter les frais,
fixée à 150 000 fr. en application de l’art. 94 al. 2 CPC (TAPPY, Code de procédure
civile commenté, 2011, n. 11 et n. 24 ss ad art. 95 CPC), au degré de difficulté
ordinaire de la cause, circonscrite à la question de la légitimation passive de l’appelée,
ainsi qu’aux principes de la couverture des frais et de l’équivalence des prestations
(art. 13 LTar), les frais judiciaires en instance d’appel, qui se limitent à l’émolument
forfaitaire de décision (art. 95 al. 2 let. b CPC), sont arrêtés à 1800 francs. Ils sont mis
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à la charge des appelants qui succombent, solidairement entre eux (art. 106 al. 1
CPC).
7.2.2 Les honoraires sont également calculés par référence au barème applicable en
première instance, compte tenu d'un coefficient de réduction de 60 % (art. 35 al. 1 let.
a LTar). Ils varient entre 4440 fr. et 6160 fr. (40 % de 11 100 fr., respectivement de
15 400 fr.; art. 32 al. 1 LTar). Lorsqu’il y a une disproportion évidente entre la
rémunération due selon le tarif et le travail effectif du conseil juridique, les honoraires
de ce dernier peuvent être ramenés au-dessous du minimum prévu (art. 29 al. 2 LTar).
L'activité du conseil de l’appelée a, pour l’essentiel, consisté à prendre connaissance
de la déclaration d'appel et à rédiger une réponse, circonscrite, elle aussi, à la question
de la légitimation passive de sa mandante. Eu égard au degré ordinaire de difficulté de
la cause, à la situation financière des parties et au travail effectif de M e Favre, il
convient de ramener ses honoraires en deçà du minimum prévu par le tarif et de les
arrêter à 2600 fr., débours compris. Ces derniers sont mis à la charge des appelants,
solidairement entre eux.