Decision ID: 9d62673d-59f5-4b66-bdca-8d7460b79c74
Year: 2003
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

vu les faits suivants :
A. Entre 1997 et 1998, X._ a effectué deux séjours touristiques en Suisse de trois mois.
B. Le 10 décembre 1998, au Sénégal, X._ a épousé la ressortissante suisse Y._, de 29 ans son aînée. Il est entré en Suisse le 25 décembre 1999, après avoir obtenu un visa à cet effet. Une autorisation de séjour valable jusqu'au 24 décembre 2000 lui a été délivrée, renouvelée par la suite.
C. Le 4 septembre 2001, il a été condamné à une amende de 60 fr. pour consommation de marijuana. Le 6 mars 2002, cette amende a été convertie en deux jours de détention.
Le 30 septembre 2001, il a été interpellé par la police en possession d'un sachet de cette drogue.
Le 25 avril 2002, l'intéressé a été condamné à une peine de dix jours d'emprisonnement avec sursis pendant deux ans et une amende de 400 fr. avec délai de radiation anticipée de même durée, pour violence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires, contravention à la loi sur les stupéfiants et contravention à la loi sur le transport public.
Par jugement rendu le 6 février 2003 par le Tribunal de police de Zurich, le recourant a été condamné à raison de faits survenus le 19 octobre 2001 pour violence et menace contre les autorités et les fonctionnaires au sens de l'art. 285 ch. 1 CP à une peine d'emprisonnement de 14 jours avec sursis pendant 3 ans. Ce jugement prolonge également d'une année le sursis de deux ans dont a été assorti la peine prononcé le 25 avril 2002 par le Juge d'instruction du Nord Vaudois.
D. Sur le plan professionnel, il a été autorisé à travailler en qualité de manoeuvre pour le compte d'Adecco à partir du 23 octobre 2000. Sur l'avis de fin de validité de son permis B du 4 octobre 2001, il est apparu que X._ était sans emploi et qu'une procédure de divorce était en cours.
X._ a travaillé comme auxiliaire chez 1.******** le 12 juillet 2002, et du 21 au 25 octobre 2002. Après avoir autorisé cette prise d'emploi le 18 février 2003, l'OCMP a refusé de l'autoriser le 18 mars 2003.
Dès le 22 octobre 2002, l'intéressé a travaillé en qualité d'auxiliaire auprès des 2.******** à Cheseaux. Il a toujours effectué à l'entière satisfaction de son employeur l'ensemble des tâches qui lui ont été confiées (voir certificat du 27 mars 2003, pièce no 8)). Il a réalisé un salaire de 2'461,65 francs au mois de décembre 2002 (pièce no 4).
E. Le Centre sportif et culturel 3.******** à Lausanne a certifié que l'intéressé joue au sein de l'équipe de football de 2002-2003 dans la Fédération de Football 4.********. Durant toute cette période, X._ a toujours oeuvré de manière irréprochable et a noué d'excellents rapports tant vis-à-vis de ses coéquipiers que de ses adversaires (voir pièce no 7).
Le 30 mars 2003, 5.******** à Fribourg a attesté ce qui suit :
"Par la présente, je confirme que M. X._ a travaillé plusieurs fois au sein de l'Ecole 5.********._ en tant que remplaçant du musicien soliste. Il s'est montré très engagé dans tous les cours pour adultes, enfants et le cours pour handicapés et non-handicapés. Durant une absence pour cause de maladie de ma part, M. X._ a animé seul les cours pour enfants, et ceci avec grand succès auprès de ces petits élèves.
C'est avec plaisir que je ferai à nouveau appel à ses prestations de musicien."
Le 1er mai 2003, 4.******** a complété l'attestation ci-dessus :
" Lors de ma collaboration avec M. X._ en février 2003, j'ai pu constaté avec plaisir que ce dernier paraissait beaucoup plus équilibré qu'auparavant quand j'ai eu l'occasion de le croiser lorsque je travaillais avec des membres de ma famille. M. X._ est censé de intervenir à nouveau en tant que musicien au sein de mon école du lundi 5 mai au samedi 21 juin 2003."
F. A la suite de leur séparation et à la demande du SPOP du 31 janvier 2002, les époux ont été entendus par la police sur leur situation matrimoniale. Ils ont fait les déclarations suivantes :
"(...)
Mme Y._ a été entendue au poste de police. Elle a fait les déclarations suivantes :
J'ai connu M. X._ à Mbour/Sénégal, en décembre 1996, alors que j'effectuais un stage de danse traditionnelle dans la famille de l'intéressé. En été 1997 et 1998, j'ai invité le prénommé à passer 3 mois de vacances à Yverdon-les-Bains/VD. En décembre 1998, je suis partie au Sénégal, toujours pour mon stage de danse et le 10 décembre 1998, je me suis mariée à la mairie, sous le régime de séparation de biens et de la monogamie, avec M. X._, à Mbour/Sénégal. Le 12 décembre 1998, je suis rentrée, seule, en notre ville, car les autorités suisses et sénégalaises devaient faire valider ce acte. En décembre 1999, je suis allée chercher mon mari dans son pays d'origine car il avait reçu un visa pour entrer en Suisse. Le 25 décembre 1999, nous sommes rentrés en notre cité. Le 7 février 2000, mon mari a reçu son permis "B". Dès cette date, il a acheté plusieurs téléphones mobiles, avec abonnements, dont il ne payait pas les factures. Il a reçu pour Frs 7000.-- de poursuites suite à ses appels et j'ai payé une facture de Frs 1000.--. Suite aux nombreux appels abusifs sur mon téléphone fixe, qui se trouve dans la chambre à coucher, j'ai dû fermer à clé la porte de cette pièce. En août 2000, au vu des nombreuses absences de mon mari, le fait que celui-ci ne cherche pas d'emploi et qu'il ne rentrait à la maison que pour me demander de l'argent, j'ai entamé une procédure de divorce. Mon mari a refusé cette alternative alors que celui-ci m'a poussé à plusieurs reprises à me séparer. J'ai ensuite abandonné cette démarche, pensant qu'il allait changer de comportement. En février 2001, il est parti 2 mois au Sénégal dans sa famille. J'ai payé le voyage et fourni l'argent de poche. Depuis son retour, il est rarement rentré à la maison et il a seulement travaillé le mois de septembre 2001 où il fut engagé par la société "Adecco". Dès le début octobre 2001, je ne l'ai plus vu car il voyageait entre Zurich/ZH et Lausanne/VD. Il dormait principalement chez ses amis. En novembre 2001, il fut informé, par le biais de mon avocat, qu'une procédure de divorce était en cours. Dès cette annonce, il passait à la maison pendant mon absence, car il possédait les clés de l'appartement. Le 20 février 2002, nous avons été convoqués au tribunal pour une séance de conciliation. Il refusa le divorce. Aucune pension alimentaire n'a été exigée de la part de mon mari ou de moi-même. Le 22 février 2002, il s'est offert 2 mois de vacances au Sénégal. Depuis son retour, je lui ai demandé de quitter l'appartement mais il vient à mon domicile pour chercher son courrier. Le 14 mai 2002, nous serons convoqués à une dernière séance au Tribunal d'Yverdon-les-Bains/VD. Selon des informations que j'ai reçues de plusieurs proches de la famille de mon mari, ce dernier s'est marié, durant ses vacances au Sénégal, religieusement à la mosquée, mariage qui est reconnu par les autorités sénégalaises, avec une certaine Mme Z._, âgée d'une cinquantaine d'années, laquelle est gérante du club "6.********", sis à Altsetten/ZH, Badenerstrasse 696. Mon mari ne m'a jamais annoncé cette nouvelle.
X._ a été entendu au poste de police, il déclara ce qui suit :
Quand vous êtes-vous marié ?
Je me suis marié, le 10 décembre 1998, à Mbour/Sénégal, avec Mlle Y._, qui se trouvait dans mon pays pour un stage de danse traditionnelle. Je précise que je connaissais mon épouse car en 1997 puis 1998, je suis venu en Suisse, comme touriste, pour une durée de 3 mois.
Rentrez-vous tous les jours auprès de votre épouse ?
Quand je ne joue pas de la musique à l'extérieur, je rentre tous les jours à mon domicile.
Date de la séparation ?
J'ai toujours mon adresse à 8.******** mais je n'habite plus avec mon épouse, depuis le 15 avril 2002, car cette dernière a demandé le divorce. Actuellement, je loge chez un ami à Lausanne/VD.
Des mesures protectrices de l'union conjugale ont-elles été prononcées ?
Le 20 février 2002, nous avons été convoqués au Tribunal pour une séance de conciliation. Lors de cet entretien, le Juge m'a annoncé que ma femme demandait le divorce, chose que j'ai refusée.
Motifs de la séparation ou du divorce ?
C'est le problème de ma femme et je ne sais pas pour quelles raisons elle a entamé une telle procédure. Je pense que mon épouse me reproche de sortir trop souvent et de voir mes amis.
Date éventuelle du divorce ?
Le 14 mai 2002, nous sommes convoqués au tribunal d'Yverdon-les-Bains/VD, pour une dernière séance avec le Juge.
Un des époux est-il contraint au versement d'une pension en faveur de son conjoint ?
Aucune pension n'a été exigée de la part de mon épouse ou de moi-même.
Des enfants sont-ils issus de cette union ?
Nous n'avons pas d'enfant.
Avez-vous une activité professionnelle ?
Je suis employé par la société de travail temporaire "Adecco", sise à 1400 Yverdon-les-Bains/VD, rue d'Orbe 5. J'ai travaillé pour l'entreprise de jardinage "7._", en votre ville, durant 1 mois, en octobre 2001. Actuellement, comme je suis musicien, je joue dans différents endroits, dont à Coire/GR.
Avez-vous des dettes ?
Je n'ai pas payé les factures de mon assurance maladie "l'Helsana" et de deux opérateurs de téléphonie mobile, respectivement "Swisscom et Orange".
Avez-vous de la famille en Suisse ?
J'ai le frère de mon père qui habite à Bienne/BE et six cousins qui sont domiciliés à Zurich/ZH et Coire/GR. Le reste de ma famille réside au Sénégal.
Avez-vous déjà eu affaire à la police ?
Je me suis battu une fois avec la police de Zurich/ZH.
Des renseignements que nous avons pu obtenir auprès de divers informateurs, il appert que M. X._ est connu auprès de l'Office des poursuites d'Yverdon - Orbe. Il a quatre actes de défaut de biens en cours, délivré du 6 juillet 2001 au 12 mars 2002, pour un montant total de Frs 7'413.80. Selon l'entreprise "Adecco", le prénommé a oeuvré principalement en septembre et octobre 2001. De plus, il ne s'est pas présenté à certaines places de travail qui lui avait été trouvée par cette société. L'intéressé fut auditionné, le 21 décembre 2000, pour du vol simple et interpellé, le 29 août 2001 et 30 septembre 2001, pour une infraction à la loi fédérale sur la détention et la consommation de produits stupéfiants. Selon la police cantonale de Zurich/ZH, M. X._ fut interpellé à deux reprises pour s'être battu avec des agents de la police ferroviaire car il n'était pas au bénéfice d'un titre de transport valable.
(...)".
(voir le rapport de renseignements de la police d'Yverdon-les-Bains du 2 juin 2002).
G. Le 17 mai 2002, le Tribunal d'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois a prononcé le divorce des époux X._-X._ par défaut du défendeur. Ce jugement est définitif et exécutoire depuis le 12 juin 2002.
H. Par décision du 6 février 2003, le SPOP a refusé le renouvellement de l'autorisation de séjour de X._ pour les motifs suivants :
"(...)
- Compte tenu que l'intéressé a obtenu une autorisation de séjour le 25 décembre 1999, date de son arrivée en Suisse, suite à son mariage célébré à l'étranger le 10 décembre 1998 avec une ressortissante suisse, - qu'il ressort des enquêtes de police qui ont été menées, que l'intéressé n'était présent que très rarement au domicile conjugal, - que le divorce a été prononcé le 12 juin 2002, - qu'aucun enfant n'est issu de cette union, - que l'intéressé n'a pas d'attaches particulières dans notre pays et pas de qualifications professionnelles stables, - n'est que peu intégré à la vie sociale de notre pays, - qu'il a fait l'objet de nombreuses plaintes et condamnations.
En conséquence, la poursuite de son séjour ne se justifie plus et ne peut plus être autorisé en application des articles 4,7,9 alinéa 2, lettre b, et 16 de la Loi fédérale sur le séjour et l'établissement des étrangers de 26 mars 1931.
(...)"
I. Recourant le 10 mars 2003 auprès du Tribunal administratif contre le refus du SPOP, X._ X._ conclut avec dépens à la réforme de la décision attaquée en ce sens qu'une autorisation de séjour et de travail lui est octroyée. Le recourant s'est acquitté d'une avance de frais de 500 francs.
L'effet suspensif a été accordé au recours par décision du 14 mars 2003. Dans ses déterminations du 28 mars 2003, l'autorité intimée conclut au rejet du recours. Le 11 avril 2003, le recourant a déposé des observations complémentaires, sollicitant la tenue d'une audience comportant l'audition de témoins. Le recourant a été invité par le juge instructeur à produire une déclaration écrite des témoins dont il requerrait l'audition, ce qu'il a fait le 30 avril et le 5 mai 2003. Il en résulte qu'il entretient une relation amoureuse avec A._ domiciliée à Fribourg (voir la lettre de celle-ci du 28 avril 2003 à laquelle on se réfère pour le surplus).
Le tribunal a ensuite statué par voie de circulation du dossier.

et considère en droit :
1. Selon l'art. 7 al. 1 LSEE, le conjoint étranger d'un ressortissant suisse a droit à l'octroi et à la prolongation de son autorisation de séjour. Après un séjour régulier et ininterrompu de cinq ans, il a droit à l'autorisation d'établissement. Ce droit s'éteint lorsqu'il existe un motif d'expulsion.
En l'espèce, le recourant a obtenu une autorisation de séjour par regroupement familial en raison de son mariage avec une suissesse. Dès lors que cette union a été dissoute par le divorce, il ne peut plus prétendre au renouvellement de ses conditions de séjour sur la base de l'art. 7 al. 1 LSEE.
Les directives et commentaires de l'Office fédéral de l'immigration, de l'intégration et de l'émigration (IMES; état février 2003, ch. 654, anciennement ch. 644) prévoient dans une telle hypothèse ce qui suit :
"Dans certains cas, notamment pour éviter des situations d'extrême rigueur, l'autorisation de séjour peut être renouvelée après le divorce (conjoint d'un citoyen suisse, chiffre 652) ou la dissolution de la communauté conjugale (conjoint étranger d'un étranger, chiffre 653). Les autorités statuent librement dans le cadre des prescriptions légales et des traités conclus avec l'étranger (art. 4 LSEE).
Les circonstances suivantes seront déterminantes : la durée du séjour, les liens personnels avec la Suisse (notamment les conséquences d'un refus pour les enfants), la situation professionnelle, la situation économique et sur le marché de l'emploi, le comportement et le degré d'intégration. Sont également à prendre en considération les circonstances qui ont conduit à la dissolution du lien matrimonial ou à la cessation de la vie commune. S'il est établi qu'on ne peut plus exiger du conjoint, admis dans le cadre du regroupement familial, de maintenir la relation conjugale, notamment parce qu'il a été maltraité, il importe d'en tenir compte dans la prise de décision et d'éviter des situations de rigueur (cf. aussi FF 2002 3512 et 3552).
Si le divorce ou la dissolution de la communauté conjugale a lieu après un séjour régulier et ininterrompu de cinq ans, la révocation ou le non-renouvellement de l'autorisation de séjour ou d'établissement ne sera prononcée que s'il a été établi que l'autorisation a été obtenue de manière abusive, qu'il existe un motif d'expulsion (art. 7, al. 1 LSEE) ou une violation de droit public (art. 17, al. 2, LSEE; chiffres 624.2 et 633).
Conformément à l'article 12 , al. 2, OLE, la prolongation de l'autorisation de séjour ne nécessite pas d'imputation sur le contingent. Ceci vaut également si l'étranger n'a auparavant jamais exercé d'activité lucrative."
2. A l'appui de ses conclusions, le recourant se prévaut notamment du fait qu'il a été victime en raison de son jeune âge de la cour assidue de sa future épouse, de 29 printemps son aînée, laquelle a réussi à le faire contracter le mariage, sans qu'il ne se rende compte qu'elle poursuivait un but bien précis. Il soutient qu'à son arrivée en Suisse, il a été fort désemparé, en raison des différences de culture, d'âge et de mentalité et par l'attitude de son épouse qui le traitait comme un "objet" destiné à un usage bien particulier. Il expose qu'il a ainsi connu du temps de son mariage des périodes de profond désemparement. Il explique qu'après son divorce obtenu par son épouse par défaut, il s'est toutefois redressé, trouvant du travail et subvenant à l'entretien des siens restés au Sénégal. Il soutient qu'il est bien intégré en Suisse et qu'il serait abusif de le renvoyer dans son pays d'origine au regard des circonstances.
3. En l'espèce, le recourant est arrivé en Suisse le 25 décembre 1999 pour vivre auprès de son épouse. Demeuré sans enfant, le couple a divorcé environ deux ans et demi après l'arrivée en Suisse du recourant. La durée de son séjour est loin d'atteindre la limite de cinq ans envisagée par les directives précitées. Celui-ci n'est pas au bénéfice de qualifications professionnelles reconnues. En outre, son comportement a donné lieu à plusieurs plaintes. La violence dont il a fait preuve à deux reprises est vraiment inquiétante. On ne voit aucune circonstance au dossier qui justifierait de ne pas renvoyer le recourant dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'en 1999 alors qu'il a troublé l'ordre public suisse et que le motif initial d'admission en Suisse a disparu. Sa nouvelle relation amoureuse n'est pas déterminante à cet égard et ne conduit pas à une autre appréciation. En l'état, la décision attaquée qui ne procède pas d'un abus du pouvoir d'appréciation du SPOP doit être confirmée.
4. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours aux frais du recourant qui succombe et qui, vu l'issue de son pourvoi, n'a pas droit à l'allocation de dépens (art. 55 al. 1 LJPA).