Decision ID: d07eacda-3d8f-4496-930e-831bf7121dba
Year: 2018
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. Ressortissant espagnol né en 1981 et célibataire, A._ vit en Suisse depuis 2001. Il est au bénéfice d’une autorisation d’établissement. Le 12 mai 2015, une curatelle de portée générale a été instituée en sa faveur.
B. A._ a perçu des prestations du Revenu d'insertion (RI) de février 2014 à mai 2014, puis de mars 2015 à décembre 2015. Il bénéficie de telles prestations depuis le mois d'avril 2017.
Par courrier du 8 mai 2014, le Centre social régional de l'Ouest lausannois (ci-après: le CSR) a indiqué à A._ que suite à l'entretien téléphonique du 5 mai 2014 au cours duquel il avait déclaré n'avoir pas dépensé son argent "au bistrot" mais l'avoir prêté à B._, lequel vivait avec lui, un délai au 18 mai 2014 lui était imparti afin de transmettre les documents suivants:
- reconnaissance de dette signée par lui-même et B._ avec le montant de la somme prêtée;
- les coordonnées de B._;
- les dates exactes de la présence de B._ dans son appartement.
Par courrier du 19 mai 2014 intitulé "AVERTISSEMENT documents manquants – vérification indigence", le CSR a constaté que A._ n'avait pas procédé dans le délai imparti. Un nouveau délai au 25 mai 2014 lui a été fixé afin de communiquer les renseignements et documents demandés par courrier du 8 mai 2014. Le CSR a précisé que faute de production de ceux-ci dans ce délai, une sanction pourrait être prononcée à son encontre et, à défaut de pouvoir vérifier son indigence, une décision de suppression serait rendue.
Par courrier du 27 mai 2014 intitulé "SANCTION devoir de renseigner – documents non fournis", le CSR a prononcé une sanction sous la forme d'une diminution du forfait RI de A._ de 15% jusqu'à la transmission des documents réclamés. Il lui a également imparti un ultime délai au 4 juin 2014 pour transmettre les informations requises et précisé que ce délai dépassé, une décision de suppression du RI pourrait être prononcée à son encontre.
C. Le 21 mai 2014, A._ a déposé une plainte pénale à l'encontre de B._ pour violation de domicile, menaces et voies de fait. Il a notamment exposé à la police cantonale vaudoise avoir accepté de loger un compatriote venu d'Espagne au début du mois de septembre 2013 pour une durée de trois mois, soit jusqu'à la fin de l'année. Il a également indiqué que depuis le mois de janvier 2014, il lui avait fait part de son mécontentement car il ne respectait pas leur accord et refusait de quitter son domicile. Il a encore précisé que B._ avait menacé de lui casser le pied s'il insistait et lui avait indiqué qu'il resterait autant que cela lui conviendrait. A._ a expliqué n'avoir jamais réclamé de l'argent à B._ et n'avoir signé aucun contrat de bail à loyer avec lui.
D. Le 8 juillet 2014, le CSR a rendu une décision de suppression du RI à l'encontre de A._ avec effet au 1er juin 2014. En substance, le CSR a retenu que le recourant n'avait pas fourni les relevés détaillés de ses comptes bancaires pour la période du 12 février 2014 à ce jour, ni les renseignements et documents sollicités par courriers des 8, 19 et 27 mai 2014. Le CSR a encore indiqué ne pas être en mesure de vérifier son indigence, raison pour laquelle son droit au RI était supprimé.
A._ a recouru contre les décisions des 27 mai (sanction) et 8 juillet 2014 (suppression). Le 14 janvier 2015, le Service de prévoyance et d'aide sociales (ci-après: le SPAS ou l'autorité intimée) a rendu une décision déclarant le recours contre la décision du 27 mai 2014 irrecevable et a confirmé la décision de suppression du 8 juillet 2014. Cette décision n'a pas fait l'objet d'un recours devant le Tribunal cantonal et est entrée en force.
E. Le 30 avril 2015, le CSR a rendu une décision de restitution de l'indu à l'encontre de A._ portant sur un montant de 6'531 fr. 95. Le CSR a exposé que lors d'un contrôle du dossier du prénommé, il avait constaté que celui-ci n'avait pas signalé la présence d'un ami dans son ménage. Il a également précisé que A._ avait déclaré avoir prêté de l'argent à cet ami alors que précédemment, il avait déclaré l'avoir dépensé "au bistrot". Il a encore indiqué n'avoir jamais reçu de documents permettant de clarifier sa situation alors que ceux-ci lui avaient été demandés à maintes reprises. Ne pouvant vérifier son indigence, le CSR a réclamé le remboursement de l'entier de l'aide versée durant la période allant de février à mai 2014, l'indu retenu correspondant au total des montants versés à titre de RI pour les mois précités.
Par acte du 1er juin 2015, A._ a interjeté, par le biais de son mandataire de l'époque, un recours contre la décision du CSR du 30 avril 2015, concluant à son annulation. Il a notamment exposé qu'il n'était pas contesté que B._ soit resté chez lui dès le mois de septembre 2013. Il a toutefois indiqué qu'aucune contrepartie financière ne lui avait été réclamée pour cet hébergement et que contrairement à ce qu'ils avaient convenu, B._ n'avait pas quitté les lieux le 31 décembre 2013.
Le 8 juillet 2015, le CSR s'est déterminé sur le recours et a conclu au maintien de sa décision. Il a notamment relevé qu'il apprenait, dans le cadre du recours, l'existence du dépôt de la plainte pénale et qu'il convenait d'attendre l'issue de cette procédure pénale afin de se déterminer. Il a néanmoins indiqué que la parole de A._ était sujette à caution, ce dernier modifiant souvent sa version des faits. Il s'est référé à la décision du SPAS du 14 janvier 2015, confirmant les décisions du CSR du 27 mai et du 8 juillet 2014, aujourd'hui entrées en force.
Par courrier du 24 octobre 2017, le SPAS a demandé au recourant de le renseigner sur l'issue de la plainte pénale déposée à l'encontre de B._ dans un délai au 10 novembre 2017. Sans nouvelle du recourant dans le délai imparti, un nouveau délai au 4 décembre 2017 lui a été octroyé pour procéder, le 23 novembre 2017. Le recourant n'a pas donné suite à ce nouveau délai.
Par décision du 21 décembre 2017, le SPAS a rejeté le recours interjeté devant lui et a confirmé la décision du CSR du 30 avril 2015. Il a retenu que l'autorité précédente avait notifié trois correspondances au recourant lui réclamant des pièces ou informations indispensables à l'examen de son indigence. Le recourant n'avait réagi à aucun des trois délais impartis, de sorte que son indigence n'avait pu être établie. Partant, il a considéré que le CSR était fondé à prononcer une décision de restitution des prestations.
F. Par acte du 22 janvier 2018, le recourant s'est pourvu devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) contre la décision du SPAS du 21 décembre 2017.
Par avis du 26 janvier 2018, le juge instructeur a constaté que l'écrit du recourant était incompréhensible et qu'il ne contenait ni conclusion ni motivation se rapportant à la décision qu'il contestait. Il a indiqué qu'il ressortait en outre du recours que le recourant faisait l'objet d'une curatelle de portée générale. Il importait dès lors d'interpeller son curateur afin qu'il se prononce sur la capacité civile (conditionnelle ou non) du recourant pour procéder devant la Cour de céans et sur la suite à donner à la présente procédure.
Le 1er février 2018, le recourant a, par le biais de son avocat mandaté par sa curatrice, déposé un mémoire complémentaire concluant à la réforme de la décision du SPAS du 21 décembre 2017 en ce sens que le recours interjeté contre la décision de restitution du CSR du 30 avril 2015 est admis et que cette décision est annulée. Il requiert l'assistance judiciaire comprenant la désignation de Me Marc-Antoine Aubert en qualité de conseil d'office. Sur le fond, il se réfère à l'argumentation que son premier conseil a développée dans son recours du 1er juin 2015. Il déplore en outre les brefs délais impartis par le SPAS pour produire des renseignements, deux ans après que le CSR se soit déterminé sur son recours. Ces délais, de même que les conséquences tirées du silence de l'administré, relèveraient du formalisme excessif.
Par avis du 2 février 2018, le juge instructeur a informé les parties que l'acte de recours avait été régularisé par le dépôt du mémoire complémentaire. Il n'était dès lors plus nécessaire que le curateur se prononce, de sorte que le délai imparti pour ce faire était annulé. Par décision du même jour, il a octroyé l'assistance judiciaire au recourant, incluant la désignation de Me Marc-Antoine Aubert comme conseil d'office. Il a astreint le recourant à payer un montant de 50 fr. à titre de franchise mensuelle.
Le 19 février 2018, le SPAS a conclu au rejet du recours, renvoyant aux considérants développés dans sa décision du 21 décembre 2017.
Le CSR ne s'est pas déterminé malgré le délai imparti pour procéder.
Le 20 février 2018, le recourant a requis d'être libéré de l'obligation de payer la franchise mensuelle de 50 fr. en remboursement de l'assistance judiciaire, invoquant, pièces à l'appui, son indigence.
Par décision du 28 février 2018 modifiant celle du 2 février 2018, le recourant a été exonéré du versement de la franchise mensuelle de 50 fr. dès et y compris le 27 février 2018.
Le 4 avril 2018, le recourant a répliqué et a produit diverses pièces tirées du dossier pénal ouvert suite à sa plainte déposée contre B._, soit notamment l'ordonnance de non-entrée en matière du 29 août 2014 rendue par le Ministère public de l'arrondissement de Lausanne. Il soutient que si la plainte n'a pas abouti, il n'en demeure pas moins qu'il a toujours déclaré, sans être démenti, avoir logé gratuitement un compatriote espagnol pour une durée de trois mois. Selon lui, ce qui importe n'est pas l'issue de la plainte pénale, mais que les autorités intimée et concernée ne pouvaient retenir implicitement, ou poser la présomption, qu'il a perçu un revenu de sa cohabitation avec B._. Ce faisant, les autorités auraient versé dans l'arbitraire. Le recourant demande en outre à être entendu oralement, à défaut de pouvoir faire citer comme témoin le prénommé, dont les coordonnées ne lui sont pas connues.
Par courrier du 9 avril 2018, le recourant s'est adressé directement au juge instructeur, sans passer par son avocat, pour requérir notamment des informations sur l'avancement de la procédure. Par avis du 11 avril 2018, le juge instructeur a invité le recourant à ne plus procéder par lui-même, dès lors que ses intérêts étaient défendus par un mandataire professionnel. Il a précisé qu'à l'avenir, il se réservait le droit de lui retourner les courriers qui lui seraient adressés directement, soit sans passer par son avocat.
Par courrier du 20 avril 2018, le SPAS a renoncé à déposer une duplique. Le CSR n'a pas procédé.
Conformément à l'avis du 11 avril 2018, le courrier spontané du 11 octobre 2018 adressé par le recourant au juge instructeur lui a été retourné.
G. La Cour a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:
1. Déposé dans le délai de 30 jours fixé par l'art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Ayant été régularisé dans le délai imparti par le juge instructeur à cet effet, il satisfait également aux conditions formelles énoncées par l'art. 79 LPA-VD.
Eu égard au fait qu'une curatelle de portée générale selon l'art. 398 du Code civil suisse du 10 décembre 1907 (CC; RS 210) a été instituée en faveur du recourant, ce dernier ne peut ester personnellement en justice (cf. art. 12, 17, 19, 398 al. 2 et 3 CC et 67 du Code de procédure civile du 19 décembre 2008 [CPC; RS 272]). Dès lors que sa curatrice a mandaté un avocat afin de représenter le recourant dans le cadre de cette procédure, et que cet avocat a régularisé l'écrit du recourant du 22 janvier 2018 dans le délai de recours, il y a lieu d'entrer en matière.
2. a) Selon l’art. 1er de la loi vaudoise du 2 décembre 2003 sur l'action sociale vaudoise (LASV; RSV 850.051), la loi a pour but de venir en aide aux personnes ayant des difficultés sociales ou dépourvues des moyens nécessaires à la satisfaction de leurs besoins indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine (al. 1). Elle règle l'action sociale cantonale, qui comprend la prévention, l'appui social et le revenu d'insertion (al. 2).
En vertu de l'art. 34 LASV, la prestation financière est accordée à toute personne qui se trouve dépourvue des moyens nécessaires pour satisfaire les besoins vitaux et d'autres besoins personnels spécifiques importants.
b) L'art. 38 LASV prévoit, à charge de la personne qui sollicite une aide financière, une obligation de renseigner. Cette disposition a la teneur suivante:
"1 La personne qui sollicite une prestation financière ou qui en bénéficie déjà fournit des renseignements complets sur sa situation personnelle et financière.
2 Elle autorise les personnes et instances qu'elle signale à l'autorité compétente, ainsi que les établissements bancaires ou postaux dans lesquels elle détient des avoirs, sous quelque forme que ce soit, les sociétés d'assurance avec lesquelles elle a contracté, et les organismes d'assurances sociales qui lui octroient des prestations, celles détenant des informations relatives à sa situation financière, à fournir les renseignements et documents nécessaires à établir son droit à la prestation financière.
3 En cas de doute sur la situation financière de la personne qui sollicite une aide ou qui en bénéficie déjà, l'autorité compétente peut exiger de cette dernière qu'elle autorise des personnes ou instances nommément désignées à fournir tout renseignement relatif à établir son droit à la prestation financière.
4 Elle signale sans retard tout changement de sa situation pouvant entraîner la réduction ou la suppression de ladite prestation.
[...]"
De plus, l’art. 40 LASV retient que la personne au bénéfice d’une aide doit collaborer avec l’autorité d’application.
Les art. 38 et 40 LASV posent clairement l'obligation pour le requérant de collaborer à l'établissement des faits propres à rendre au moins vraisemblable le besoin d'aide qu'il fait valoir. L’art. 38 LASV est complété par l’art. 29 du règlement d'application de la LASV du 26 octobre 2005 (RLASV; RSV 850.051.1). Il n'appartient pas à l'autorité d'application de l’aide sociale d'établir un tel besoin d'aide. Si la procédure administrative fait prévaloir la maxime inquisitoriale impliquant que l'autorité doit se fonder sur des faits réels qu'elle est tenue de rechercher d'office (cf. art. 28 al. 1 LPA-VD), ce principe n'est pas absolu. Ainsi, lorsqu'il adresse une demande à l'autorité dans son propre intérêt, l'administré, libre de la présenter ou d'y renoncer, doit la motiver; il doit également apporter les éléments établissant l'intensité de son besoin, ainsi que son concours à l'établissement de faits ayant trait à sa situation personnelle, qu'il est mieux à même de connaître. En effet, les parties sont tenues de collaborer à la constatation des faits notamment dans une procédure qu'elles introduisent elles-mêmes ou lorsqu'elles adressent une demande à l'autorité dans leur propre intérêt (cf. art. 30 al. 1 LPA-VD). Lorsque les preuves font défaut, ou si l'on ne peut raisonnablement exiger de l'autorité qu'elle les recueille, la règle de l'art. 8 CC est applicable par analogie. Pour les faits constitutifs d'un droit, le fardeau de la preuve incombe au requérant. Ces principes doivent être appliqués conformément aux règles de la bonne foi (ATF 112 Ib 65 consid. 3 p. 67 et les références citées).
La sanction d'un défaut de collaboration consiste en ce que l'autorité statue en l'état du dossier constitué (cf. art. 30 al. 2 LPA-VD), considérant que le fait en cause n'a pas été prouvé (v. Pierre Moor/Etienne Poltier, Droit administratif, Volume II, Les actes administratifs et leur contrôle, 3ème éd., Berne 2011, ch. 2.2.6.3, p. 294 s. et les références citées; cf. également CDAP PS.2015.0104 du 4 novembre 2016 consid. 2b; PS.2016.0027 du 24 juin 2016 consid. 2b; PS.2015.0112 du 13 mai 2016 consid. 4a et les références citées). L’autorité sera ainsi amenée cas échéant à considérer que l’intéressé n’a pas prouvé qu’il était dépourvu des moyens nécessaires pour satisfaire ses besoins vitaux et à prononcer une décision de suspension ou de suppression des prestations (CDAP PS.2012.0084 du 11 décembre 2012; PS.2010.0027 du 11 octobre 2010; PS.2008.0027 du 12 décembre 2008 et les références citées).
c) L'art. 45 LASV dispose que la violation par le bénéficiaire des obligations liées à l'octroi de prestations financières, intentionnelle ou par négligence, peut donner lieu à une réduction, voire à la suppression de l'aide. Cette disposition est précisée notamment par les art. 42 et 43 RLASV, dont la teneur en vigueur jusqu’au 31 décembre 2016, applicable en l’espèce, était la suivante:
Art. 42 – Conditions (Art. 45 LASV)
1 L'autorité d'application peut réduire, voire supprimer le RI lorsque le bénéficiaire dissimule l'exercice d'activités lucratives, ne signale pas des éléments de revenu ou de fortune qui dépassent les limites permettant de bénéficier du RI, ou qui modifient le montant des prestations allouées; elle peut également réduire le RI lorsque le bénéficiaire l'affecte à d'autres fins que celles prévues par la loi, notamment s'il ne s'acquitte pas du loyer avec le montant versé à cet effet ou s'il ne signale pas l'éventuel remboursement des charges locatives payées en trop par acompte.
2 Les sanctions pénales sont réservées.
Art. 43 – Obligation de renseigner (Art. 38 LASV)
Après un avertissement écrit et motivé, l'autorité d'application peut réduire, cas échéant supprimer le RI, lorsque le bénéficiaire omet, refuse de fournir ou tarde à remettre les renseignements ou documents demandés dans le délai imparti.
La directive du SPAS sur la délivrance de la prestation financière du revenu d'insertion, entrée en vigueur le 1er mars 2016, prévoit spécifiquement ce qui suit:
"5.2 Absence des pièces demandées
Si l'indigence doit être vérifiée et que les pièces demandées pour ce faire n'ont pas été fournies, un courrier fixant les attentes est adressé au bénéficiaire, avec indication du délai de production, et indiquant que le RI pourrait être supprimé à défaut de collaboration. A l'échéance, et en l'absence de pièces, une décision de suppression est rendue, avec voies de recours.
Si les conditions d'octroi du RI ne sont plus remplies, une décision de suppression est rendue, avec voies de recours."
d) Aux termes de l’art. 41 let. a LASV, la personne qui, dès la majorité, a obtenu des prestations du RI, y compris les frais particuliers ou aides exceptionnelles, est tenue au remboursement lorsqu'elle les a obtenues indûment; le bénéficiaire de bonne foi n'est tenu à restitution, totale ou partielle, que dans la mesure où il n'est pas mis de ce fait dans une situation difficile. Cette disposition fixe ainsi deux conditions cumulatives auxquelles il peut, dans un tel cas, être renoncé au remboursement: le bénéficiaire doit avoir perçu de bonne foi les prestations en cause, d’une part; le remboursement doit l'exposer à une situation difficile, d'autre part (sur ce point, voir CDAP PS.2016.0027 du 24 juin 2016 consid. 2d; PS.2014.0043 du 5 mars 2015 consid. 4a).
L'autorité compétente réclame, par voie de décision, le remboursement des prestations (art. 43 al. 1 LASV). La décision entrée en force est assimilée à un jugement exécutoire au sens de l'article 80 de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite (al. 2). L'autorité compétente peut compenser les montants indûment perçus avec les prestations futures en prélevant chaque mois un montant équivalent à 15% de la prestation financière allouée (art. 43a LASV; cf. aussi art. 31a al. 1, 1ère phrase, RLASV).
3. En l’occurrence, la décision attaquée repose sur le motif suivant: le recourant aurait manqué à son devoir de collaboration en ne produisant pas, malgré trois courriers du CSR l'y invitant, les pièces et informations relatives à sa cohabitation avec B._ de sorte que son indigence n'aurait pu être établie. Le recourant ne conteste pas, pour sa part, avoir omis de produire les informations sollicitées. Il nie cependant avoir tiré un quelconque revenu de cette cohabitation.
a) Il s’avère en premier lieu que le recourant avait l'obligation, dès lors qu'il bénéficiait du RI, d’informer complètement les services sociaux sur sa situation financière. Ayant appris que le recourant hébergeait temporairement un compatriote espagnol, le CSR a effectivement requis à trois reprises, les 8, 19 et 27 mai 2014, du recourant qu'il fournisse de plus amples détails sur le prêt consenti à B._, les coordonnées de ce dernier ainsi que les dates de sa présence dans l'appartement du recourant, dans le but de déterminer s'il avait perçu de l'argent pour cette colocation. Le silence du recourant a mis les services sociaux dans l’impossibilité de calculer au plus juste les prestations auxquelles il avait potentiellement droit.
Il convient cependant de garder à l'esprit que le recourant a été placé sous curatelle de portée générale par décision du 12 mai 2015. Ce type de curatelle, qui prive de plein droit la personne concernée de l'exercice des droits civils (cf. art. 398 al. 3 CC), est réservée aux cas où la personne a particulièrement besoin d'aide, en raison notamment d'une incapacité durable de discernement (cf. art. 398 al. 1 CC). On peut dès lors se demander si durant les mois précédant la décision instituant la curatelle, le recourant était réellement capable de se conformer à ses obligations vis-à-vis des autorités de l'aide sociale, au point qu'il se justifiait de sanctionner les violations de ses devoirs par une suppression de son droit au RI (cf. dans une situation comparable CDAP PS.2013.0028 du 23 septembre 2013 consid. 1c). Cette décision de suppression du 8 juillet 2014, confirmée le 14 janvier 2015, étant aujourd'hui entrée en force, il n'y a cependant pas lieu d'y revenir.
Il sied néanmoins de relever que le SPAS ne pouvait, par courriers du 24 octobre et du 23 novembre 2017 – soit plus de deux ans et demi après le dépôt du recours contre la décision du CSR – demander des renseignements directement au recourant, sans passer par son curateur, sur la suite de la procédure pénale intentée contre B._ dès lors que l'autorité savait qu'une curatelle de portée générale avait été instituée en faveur du recourant (cf. courrier de l'autorité intimée du 3 avril 2017 adressé à l'ancien conseil du recourant). Dans ces conditions, aucune conséquence ne saurait être tirée du silence du recourant.
b) En second lieu, la décision attaquée se fonde sur l’art. 41 let. a LASV. Dans ce cas, le remboursement des prestations suppose nécessairement que celles-ci aient été indûment perçues. Ce remboursement sous-entend en l’occurrence que le bénéficiaire n’ait pas été en mesure d’établir son indigence. En la présente espèce, l’autorité intimée se contente d’affirmer que le recourant n'a pas produit les documents et informations requis par le CSR. On peut se demander si cette motivation, extrêmement sommaire pour une autorité qui statue sur recours, respecte les garanties de l'art. 29 al. 2 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse (Cst.; RS 101). Quoi qu'il en soit, cette affirmation est, à elle seule, insuffisante pour retenir que l’entier des prestations versées durant la période allant de février à mai 2014 l’aurait été de manière indue. Sans le dire expressément, l'autorité intimée déduit du silence du recourant que celui-ci a dissimulé des revenus qu’il aurait réalisés par sa cohabitation avec B._. Pourtant, le dossier ne renferme aucun indice quelconque en ce sens. Il ressort au contraire du procès-verbal d'audition-plainte du 21 mai 2014 qu’entre le 1er septembre 2013 et jusqu'à fin mai 2014, le recourant a hébergé chez lui un compatriote venu d'Espagne, dont il connaissait le père, pour rendre service. Le recourant n'aurait jamais demandé d'argent à son ami de l'époque, ni signé de contrat de bail. Le recourant a expliqué avoir voulu faire partir B._ à la fin de l'année 2013, mais que celui-ci ne l'entendait pas ainsi. Le recourant aurait même annoncé son départ aux autorités communales à partir du 31 décembre 2013. Son refus de quitter les lieux a provoqué un conflit entre les protagonistes qui a abouti au dépôt d'une plainte pénale par le recourant. B._ est finalement reparti en Espagne, suite à l'intervention de la police pour une dispute à leur domicile, quelques jours après le dépôt de la plainte du recourant. Vu l'impossibilité de recueillir de témoignage sur les faits et le départ pour l'étranger du prévenu, le Ministère public a rendu une ordonnance de non-entrée en matière, le 29 août 2014.
Sans doute, le recourant a été invité à trois reprises, en vain, à informer les services sociaux de cette situation. Même si l’autorité pouvait, en pareil cas, statuer en l’état du dossier, il ne suffit pas de constater à cet égard que le recourant a violé son obligation de collaboration pour retenir qu’il aurait perçu des prestations de manière indue. Cela ne dispensait nullement l’autorité intimée de recueillir d’autres éléments tendant à démontrer effectivement l’absence d’indigence du recourant durant cette période, ce dont elle s’est abstenue (cf. CDAP PS.2015.0104 du 4 novembre 2016 consid. 3b).
Certes, en matière d’assurances sociales, le juge fonde sa décision, sauf disposition contraire de la loi, sur les faits qui, faute d'être établis de manière irréfutable, apparaissent comme étant les plus vraisemblables, c'est-à-dire qui présentent un degré de vraisemblance prépondérante; il n'existe pas en la matière, un principe selon lequel l'administration ou le juge devrait statuer, dans le doute, en faveur de l'assuré (cf. TF 8C_922/2011 du 19 juin 2012 consid. 5 et les références; v. en outre CDAP PS.2011.0046 du 10 octobre 2012 consid. 2c; PS.2011.0061 du 14 mars 2012 consid. 3a). Or, il faut bien admettre qu’il est peu commun d'accueillir une connaissance chez soi pendant plusieurs mois sans demander une quelconque contribution. On pourrait effectivement déduire de ce qui précède que des ressources du recourant auraient pu être dissimulées aux services sociaux; encore faut-il que des indices sérieux en ce sens aient préalablement été recueillis. Dans la décision attaquée, l’autorité intimée retient cependant que puisque l'indigence n'a pas pu être établie, c'est à juste titre que le CSR a prononcé une décision de restitution à son encontre. En d'autres termes, il appartenait au recourant de démontrer qu'il n'avait réalisé aucun revenu de cette cohabitation. Cela revenait en réalité à demander au recourant de prouver un fait négatif, ce qui est contraire aux règles relatives au fardeau de la preuve (v. dans ce sens en procédure administrative, TF 2C_63/2014 du 5 novembre 2014 consid. 3.3; 2A.105/2007 du 3 septembre 2007 consid. 5.1 ; cf. toutefois CDAP PS.2016.0027 du 24 juin 2016 consid. 4a). Dans un tel cas, il y a lieu d'assouplir les exigences de preuve nécessaires à établir une vraisemblance prépondérante (cf. sur ce point, ATF 130 III 321 consid. 3.2 et les références). Pour cette raison, il n’y a pas lieu, en dépit de ce qui précède, de mettre en doute l’indigence du recourant durant la période allant du 1er février au 31 mai 2014.
Demander la restitution de l'entier du RI versé durant ces quatre mois était en outre manifestement disproportionné. L'autorité intimée ne pouvait retenir que le montant hypothétiquement encaissé par le recourant pour le partage des frais de colocation de son studio, dont le loyer est de 670 fr. par mois, équivalait au montant perçu à titre de RI du 1er février au 31 mai 2014 (en moyenne 1633 fr. par mois).
Les conditions de restitution des prestations versées au recourant durant cette période ne sont par conséquent pas réunies.
c) Compte tenu des circonstances, du temps écoulé depuis les faits litigieux, ainsi que des versions des faits déjà exposées tant par l'autorité que par le recourant, il paraît improbable que des mesures d'instruction supplémentaires, en particulier la tenue d'une audience afin d'auditionner le recourant, fassent apparaître des éléments nouveaux et d'une force probante suffisante, aptes à influer sur l'issue du litige (cf. ATF 138 III 374 consid. 4.3.2 p. 376; 136 I 229 consid. 5.3 p. 236 s.; 131 I 153 consid. 3 p. 157). La requête du recourant formulée en ce sens doit dès lors être écartée, également au vu de l’issue du litige.
4. Les considérants qui précèdent conduisent à l'admission du recours et à la réforme de la décision attaquée en ce sens que le recours interjeté contre la décision du CSR du 30 avril 2015 est admis et que la décision du CSR est annulée.
Le présent arrêt est rendu sans frais (cf. art. 4 al. 3 du tarif des frais judiciaires et des dépens en matière administrative, du 28 avril 2015 [TFJDA; RSV 173.36.5.1]).
Le recourant, qui obtient gain de cause avec le concours d'un avocat, a droit à des dépens d'un montant de 1'500 fr. (art. 55 al. 1, 91 et 99 LPA-VD), mis à la charge de l'Etat de Vaud, par l'intermédiaire du service intimé (art. 55 al. 2 LPA-VD; art. 10 et 11 TFJDA). Comme il n'y a aucun risque que ces dépens ne puissent être recouvrés, il n'est pas nécessaire d'arrêter, à titre subsidiaire, l'indemnité qui aurait dû être versée au conseil d'office (art. 4 al. 1 du règlement vaudois du 7 décembre 2010 sur l'assistance judiciaire en matière civile – RAJ; RSV 211.02.3 – applicable par renvoi de l'art. 18 al. 5 LPA-VD).