Decision ID: 8ee6fb61-8dcd-530d-934a-1ad9b69d27c2
Year: 2014
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
, le jugement du Tribunal de première instance
JTPI/14138/2014
du 6 novembre 2014, notifié le 12 novembre 2014, qui, statuant sur mesures protectrices de l'union conjugale, a, notamment, attribué la jouissance exclusive du domicile conjugal à D_ (ch. 2);
Vu l'appel formé le 24 novembre 2014 par A_, qui conteste uniquement le chiffre 2 du dispositif précité et conclut à l'attribution du domicile conjugal en sa faveur;
Vu la requête d'effet suspensif, l'appelant exposant qu'il risquerait de subir un préjudice difficilement réparable s'il était amené à devoir quitter le logement familial immédiatement, compte tenu de son âge et de ses troubles psychiques de type Alzheimer;
Que D_ s'oppose à l'octroi de l'effet suspensif, faisant valoir qu'une demande d'évacuation ne serait suivie d'effet que bien après le fin de la procédure d'appel, qu'elle-même serait actuellement réduite à dormir sur une natte au sol, son mari utilisant le seul lit, d'une place, de l'appartement et, enfin, que l'appel aurait peu de chances de succès, dès lors que l'appelant n'expose pas pour quelle raison, il conviendrait de lui attribuer le domicile conjugal plutôt qu'à l'épouse;
Considérant,

EN DROIT
, que la Cour est saisie d'un appel au sens de l'art. 308 CPC;
Que l'ordonnance querellée portant sur des mesures provisionnelles, l'appel n'a pas d'effet suspensif ex lege (art. 315 al. 4 let. b CPC);
Que la Présidente soussignée a compétence pour statuer sur la requête d'effet suspensif, vu la nature incidente et provisionnelle d'une telle décision et la délégation prévue à cet effet par l'art. 18 al. 2 LaCC, concrétisée par une décision de la Chambre civile siégeant en audience plénière et publiée sur le site Internet de la Cour;
Qu'à teneur de l'art. 315 al. 5 CPC, l'exécution de mesures provisionnelles peut exceptionnellement être suspendue si la partie concernée risque de subir un préjudice difficilement réparable, notion se distinguant de celle de "préjudice irréparable" au sens notamment de l'art. 93 al. 1 let. a LTF (sur cette dernière notion, cf. arrêt du Tribunal fédéral
4A_458/2010
du 18 novembre 2010 consid. 1.1), permettant de tenir compte également d'un préjudice de fait et s'examinant à l'aune de l'efficacité du jugement à rendre à l'issue de la procédure ordinaire, qui en serait compromise (arrêt du Tribunal fédéral
4P.5/2002
du 8 avril 2002 consid. 3a);
Que, saisie d'une demande d'effet suspensif au sens de l'art. 315 al. 5 CPC, l'autorité cantonale d'appel doit ainsi procéder à une nouvelle pesée des intérêts entre les deux préjudices difficilement réparables, celui du demandeur à l'action si la mesure n'était pas exécutée immédiatement et celui qu'entraînerait pour le défendeur l'exécution de cette mesure (ATF
138 III 378
consid. 6.3 et les références citées;
137 III 475
consid. 4.1; arrêt du Tribunal fédéral
5A_514/2012
du 4 septembre 2012 consid. 3.2.2);
Que l'exécution immédiate demeure la règle et la suspension du caractère exécutoire l'exception (ATF
107 Ia 269
; arrêts du Tribunal fédéral
4D_26/2011
du 6 mai 2011 consid. 2;
5P.104/2005
du 18 juillet 2005 consid. 1.2);
Qu'en l'espèce, l'appel porte uniquement sur la question de l'attribution du domicile conjugal;
Qu'il n'est pas d'emblée manifeste que l'appel serait dénué de chances de succès, dès lors que le juge dispose d'un large pouvoir d'appréciation dans l'attribution du domicile conjugal, d'une part, et que, d'autre part, l'appelant se plaint, en particulier, du fait que le Tribunal aurait statué ultra petita en ne retenant pas l'accord de l'intimée à céder la jouissance du domicile conjugal;
Que, par ailleurs, il est rendu vraisemblable que l'appelant est atteint dans ses facultés cognitives;
Qu'a priori, un changement de lieu de vie, qui en cas d'admission de l'appel ne serait que provisoire, risque d'atteindre l'appelant dans son équilibre mental, déjà fragilisé;
Qu'une tel risque s'apparente à celui d'un préjudice difficilement réparable;
Que l'inconvénient pour l'intimée lié à l'octroi de l'effet suspensif, à savoir qu'elle ne peut utiliser le seul lit à une place, dont, selon l'intimée, le couple disposerait, et qu'elle doit ainsi continuer à dormir sur une natte, est certes regrettable;
Qu'elle ne soutient toutefois pas que cet inconvénient serait de nature à lui causer un préjudice difficilement réparable;
Qu'au vu de ce qui précède et compte tenu des intérêts en présence, il y a lieu d'accorder l'effet suspensif à l'appel;
Qu'il sera statué sur les frais et dépens de l'incident avec la décision au fond (art. 104
al. 3 CPC);
Considérant enfin que la présente décision, de nature incidente, rendue dans le cadre d'une procédure dont la valeur litigeuse est supérieure à 30'000 fr., est susceptible d'un recours en matière civile au Tribunal fédéral, dans les limites de l'art. 93 LTF (ATF
137 III 475
consid. 1; arrêt du Tribunal fédéral
4D_26/2011
consid. 2 et 3) et que la décision relative à une requête d'effet suspensif étant une mesure provisionnelle au sens de
l'art. 98 LTF, seule peut être invoquée la violation des droits constitutionnels (art. 98 LTF; ATF
137 III 475
consid. 2; arrêt du Tribunal fédéral
2C_8/2011
du 3 mars 2011 consid. 3.1).
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