Decision ID: bea4a75e-e5e6-52bd-b0c9-e4f84d6dbefa
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
Par ordonnance
DTAE/5486/2015
du 15 décembre 2015, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a constaté que la curatelle de gestion des valeurs mobilières et fonds dont les ayants droit ne s'étaient pas encore manifestés, qui avaient été déposés auprès de D_ SA, instaurée le 19 décembre 2000 par le Tribunal tutélaire, ne pouvait pas être transformée en mesure relevant du nouveau droit de protection de l'adulte (ch. 1 du dispositif), constaté que ladite curatelle était caduque de plein droit le 1
er
janvier 2016 (ch. 2), donné instruction à B_ SA de transférer immédiatement à la A_ SA les objets et documents conservés en ses locaux dans sept petits cartons scellés lors de l'inventaire effectué le 15 décembre 2015 en présence de Me E_, huissier judiciaire, qui avaient été déposés dans les coffres de D_ SA mais dont les ayants droit n'avaient pas été retrouvés (ch. 3), constaté que ni B_ SA, ni C_ SA (ci-après : C_ SA) n'étaient les ayants droit économiques des valeurs mobilières et fonds visés au point 1 du présent dispositif et que ces avoirs étaient en déshérence au sens de la réglementation bancaire (ch. 4), constaté qu'il appartenait à A_ SA ainsi qu'à toute autre banque dans laquelle elles auraient ultérieurement été transférées, ainsi qu'aux associations et autorités bancaires compétentes, de gérer et, le cas échéant, de liquider les valeurs visées au point 1 du dispositif, ainsi que de rechercher leurs ayants droit, en application des art. 37
l
et 37
m
de la Loi fédérale sur les banques, des art. 45 ss de l'Ordonnance fédérale sur les banques et des directives de SWISSBANKING de 2014 relatives au traitement des avoirs sans contact et en déshérence auprès des banques suisses, sous la propre responsabilité de ces banques, ainsi qu'associations et autorités bancaires, sans le concours des autorités de protection de l'adulte (ch. 5), relevé en conséquence, avec effet au 1
er
janvier 2016, B_ SA, de ses fonctions de curatrice de gestion des valeurs citées au point 1 du dispositif (ch. 6), réservé l'approbation des rapports et comptes intermédiaires et finaux de B_ SA (ch. 7), arrêté à 5'000 fr. l'émolument de la décision et mis ce montant solidairement à la charge de l'ensemble des ayants droit inconnus des valeurs et des fonds qui avaient été déposés auprès de D_ SA, cet émolument étant prélevé sur les liquidités visées au point 1 du dispositif (ch. 8), et déclaré la décision immédiatement exécutoire nonobstant recours (ch. 9).
b)
Par acte déposé à la Chambre de surveillance le 21 janvier 2016, A_ SA recourt contre les chiffres 3 à 5 du dispositif de cette décision, qu'elle a reçue le 23 décembre 2015, concluant à ce qu'il soit constaté que le chiffre 3 ne lui fait pas obligation de prendre en dépôt les objets et documents visés dans l'inventaire réalisé le 15 décembre 2015 en présence de Me E_, huissier judiciaire, et constaté la nullité des chiffres 4 et 5 en tant qu'ils la concernent. Subsidiairement, elle demande que la nullité du chiffre 3 du dispositif soit constatée, voire que ce chiffre soit annulé en tant qu'il la concerne, qu'il soit dit que les valeurs patrimoniales du compte n° 1_détenu par C_ SA dans ses livres ne sont pas réputés en déshérence vis–à-vis de la banque et qu'en conséquence les chiffres 4 et 5 soient annulés en tant qu'ils la concernent. La banque conclut en outre à ce que les frais de la procédure soient laissés à la charge de l'Etat et qu'il lui soit alloué des dépens, comprenant une indemnité pour ses frais d'avocat.
Préalablement, la recourante demande qu'il soit ordonné à C_ SA ou, subsidiairement à elle-même, de produire la documentation d'ouverture du compte n° 2_ dans ses livres au nom de C_ SA, un relevé au 31 décembre 2015 dudit compte, le contrat-cadre signé par elle avec C_ SA et tout autre document issu de la relation d'affaires entre elle et C_ SA que la Chambre de céans estimerait utile pour l'issue de la procédure. Ces documents seraient destinés à établir que C_ SA est bien la titulaire du compte, et non B_ SA ou les ayants droit inconnus de D_ SA, que les avoirs sur le compte n° 2_ ne sont pas limités aux fonds des ayants droit inconnus de D_ SA et que la recourante n'a aucun moyen d'identifier et d'isoler, sur ce compte, les avoirs de ceux-ci.
c)
Par décision du 25 janvier 2016, la Chambre de céans a restitué l'effet suspensif au recours et réservé le sort des frais à la décision sur le fond.
d)
Le Tribunal de protection a indiqué persister dans les termes de sa décision.
e)
B_ SA s'en est rapportée à justice, dès lors que sa fonction de curatrice avait pris fin de plein droit au 1
er
janvier 2016 et que les conclusions du recours ne la concernaient pas.
f)
Lors de l'audience du 4 mai 2016, A_ SA et B_ SA ont persisté dans leurs conclusions respectives. C_ SA a déclaré s'en rapporter également à justice.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a)
D_ SA, sise dans le Canton de Genève, a été fermée par la Commission fédérale des banques, le _ 1983.
b)
Le _ 1984, un concordat par abandon d'actif a été homologué par la Cour de justice.
La raison sociale de la banque est devenue "
D_ SA
".
B_ SA (devenue B_ SA) a été nommée liquidatrice.
c)
Dans le cadre de la liquidation concordataire, la liquidatrice a restitué aux clients de la banque qui se sont manifestés les valeurs mobilières qui y étaient déposées et dont ils étaient les propriétaires (les avoirs "
hors masse
"), soit des titres et des contenus de coffres-fort, ainsi que les fonds crédités en leur faveur postérieurement à l'octroi du sursis.
La Cour de justice, autorité de surveillance concordataire, a instruit la liquidatrice de ne pas réaliser et de ne pas consigner, en application de l'art. 42 al. 2 aOCBC, le produit de titres et d'objets en coffre-fort non réclamés déposés à la banque et les fonds crédités en faveur des ayants droit de ces biens postérieurement à l'octroi du sursis concordataire, mais d'introduire une procédure en nomination d'un curateur sur la base de l'art. 393 aCC pour la gestion et la remise de ces biens aux ayants droit qui pourraient être retrouvés.
d)
La liquidatrice a publié dans la presse des pays de résidence supposés des ayants droit des avis pour les informer de ce que D_ SA tenait leurs biens à disposition, pour mettre fin aux relations bancaires avec eux : le _ 1998, dans la FEUILLE D'AVIS OFFICIELLE à Genève, dans la FEUILLE OFFICIELLE SUISSE DU COMMERCE en Suisse et dans le FINANCIAL TIMES en Angleterre; le _ 1998, dans le EL PAIS/EDICIÕN NACIONAL en Espagne ; et le _ 1998, dans THE JERUSALEM POST en Israël.
Le 21 septembre 2000, B_ SA a déposé au Tribunal tutélaire, devenu depuis le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection), une requête au nom de D_ SA en instauration d'une curatelle de gestion des valeurs mobilières et des fonds déposés auprès de D_ SA, dont les ayants droit ne s'étaient pas manifestés auprès de la liquidatrice et dont celle-ci était sans nouvelle.
La liquidatrice a précisé qu'elle était sans nouvelle, depuis 1983 au moins, année du prononcé du sursis concordataire, des ayants droit des valeurs qui restaient déposées auprès de cette banque. Les clients qui les avaient déposées étaient tous étrangers. Ces ayants droit n'avaient pas pu être atteints malgré les démarches entreprises par la liquidatrice. Celle-ci ne connaissait généralement pas leur lieu de résidence et n'avait,
a fortiori
, aucune instruction depuis la liquidation quant à la gestion des biens visés. La requérante a demandé à ce que le curateur soit autorisé à poursuivre les recherches actuellement en cours. En effet, la Cour de justice avait convenu avec la liquidatrice que le curateur devrait mettre tout en œuvre pour rechercher les titulaires des fonds hors masse restant et agir en coordination avec les procédures mises en place pour la recherche des avoirs en déshérence, tout en appliquant lui-même les futures directives de l'Association suisse des banquiers sur les fonds sans nouvelle parallèlement aux directives du Tribunal tutélaire relatives à la gestion des fonds pupillaires.
e)
Par ordonnance du 19 décembre 2000, le Tribunal tutélaire a institué une curatelle de gestion, au sens de l'art. 393 ch. 1 aCC, des valeurs mobilières et des fonds déposés auprès de D_ SA, dont les ayants droit ne s'étaient pas encore manifestés, et désigné B_ SA aux fonctions de curatrice.
f)
Le 16 décembre 2008, D_ SA a été radiée du registre du commerce.
g)
Sous réserve des objets et documents que la curatrice avait conservés dans ses propres locaux et dont le Tribunal de protection a requis le transfert dans un coffre-fort de A_ SA, les avoirs sous curatelle ont été transférés successivement de D_ SA, à E_ SA, à la banque F_ SA puis, après la liquidation de cette dernière banque, à la G_. Au début de l'année 2011, ces avoirs ont été déposés, sur ordre de la curatrice, à A_ SA, par l'intermédiaire de C_ SA qui dispose seulement de l'agrément de négociante en valeurs mobilières.
h)
Malgré ses recherches, la curatrice n'a pas pu restituer tous les avoirs sous curatelle, soit parce que les identités de certains ayants droit sont inconnues, soit parce qu'elle n'a pas pu localiser ces clients, ni leurs héritiers.
Il ressortait du relevé de portefeuille établi par la C_ SA, joint au rapport périodique de la curatrice pour les années 2013 et 2014, ainsi que de ce dernier rapport, que les valeurs sous gestion se composaient comme suit :
· des actions, des obligations, des fonds à court terme et des liquidités représentant une fortune nette totale de 2'265'424 fr. 95, sous le portefeuille n°3_ libellé "
CURATRICE DES AYANTS DROIT INCONNUS DE D_ SA (RADIEE)
" auprès de la C_ SA;![endif]>![if>
· d'un certain nombre d'objets et de documents dont les ayants droit n'avaient pas été retrouvés, qui étaient conservés dans un coffre de la curatrice et qui avaient été contenus, avant que la curatrice n'en prenne possession, dans les coffres de D_ SA au moment de sa liquidation.![endif]>![if>
Il ressortait, en outre, du même rapport, que les avoirs en banque restant à restituer se répartissaient entre seize clients dont les ayants droit n'avaient pas encore été retrouvés.
i)
Dans un courrier du 27 octobre 2015, le Tribunal de protection a instruit la curatrice de déposer dans un coffre-fort directement auprès de A_ SA les objets sous curatelle qu'elle avait conservés jusque-là dans ses propres locaux et, cela fait, de lui transmettre l'inventaire des objets transférés avec les indications éventuellement existantes permettant de les répartir entre les ayants droit ainsi que le rapport de ces opérations.
j)

Par lettre du 17 novembre 2015, dont copie était remise à la curatrice, le Tribunal de protection a informé A_ SA de ce que la curatelle de gestion prononcée sous l'ancien droit le 19 décembre 2000, portant sur les avoirs d'ayants droit disparus, déposés à l'origine à D_ SA, serait caduque le 1
er
janvier 2016, à l'issue du délai de droit transitoire, faute de pouvoir être convertie en curatelle de gestion au sens du nouveau droit, et qu'aucune autre institution de droit civil ne permettait de poursuivre la recherche des ayants droit et d'assurer la gestion, voire la dévolution de ces biens, vu d'importants obstacles de for, de procédure et de droit international privé. Le Tribunal de protection a expliqué à A_ SA avoir déjà donné instruction à la curatrice de transférer dans un coffre-fort de A_ SA les quelques objets sous curatelle qu'elle avait conservés jusqu'alors dans ses propres locaux, afin de les réunir avec les autres valeurs des ayants droit, en banque. Tous ces avoirs étant en déshérence au sens du droit bancaire, ils étaient directement soumis à la gestion de A_ SA et à celle de ses autorités bancaires, conformément aux dispositions de ce droit. En conséquence, A_ SA était invitée à s'adresser à la curatrice pour procéder aux éventuelles démarches qui resteraient nécessaires afin que cette banque reprenne la gestion des avoirs en déshérence concernés. Le Tribunal a indiqué, en outre, à A_ SA qu'il rendrait vers la mi-décembre 2015 une ordonnance prononçant la mainlevée de la curatelle de gestion.
Dans un courrier adressé à la curatrice le même jour, et dont copie a été envoyée à A_ SA, le Tribunal de protection a confirmé l'instruction d'ouvrir une coffre supplémentaire auprès de A_ SA pour y déposer les objets sous curatelle qui se trouvaient encore dans les locaux de la curatrice et l'a invitée à transmettre à A_ SA les listes et les documents originaux dont elle disposait permettant de répartir les avoirs entre les ayants droit et, si possible, d'identifier voire de localiser, même partiellement, ceux-ci. Il a précisé que ces documents devraient servir à A_ SA ou aux autorités bancaires pour poursuivre les recherches des ayants droit, vérifier les prétentions de ceux qui revendiquent leurs biens et les leur restituer, le cas échéant.
En outre, le Tribunal de protection a demandé à la curatrice des inventaires détaillés et un rapport sur ces opérations.
k)
Par lettre du 25 novembre 2015, A_ SA a répondu au Tribunal de protection qu'elle refusait de gérer conformément aux dispositions du droit bancaire sur les biens en déshérence, les avoirs en cause déposés chez elle, pour des raisons structurelles et parce que son seul client et interlocuteur dans cette affaire était C_ SA.
l)
Le 15 décembre 2015, les objets et les documents conservés dans les locaux de la curatrice, dont les ayants droit n'avaient pas été retrouvés, ont été inventoriés et placés dans sept petits cartons scellés par Me E_, huissier judiciaire, en présence d'un collaborateur du Tribunal de protection (Service du contrôle) et d'un représentant de la curatrice.
Actuellement, ces cartons sont toujours dans les coffres de B_ SA.
EN DROIT
1.
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours (art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de leur notification (art. 450b al. 1 CC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC).