Decision ID: c881437c-95ce-54af-8465-90d4d63e822d
Year: 2020
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_001
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: civil_law

considérant en fait
A. A._, née en 1972, et B._, né en 1974, se sont mariés en 2002. Deux enfants sont issues de cette union, soit C._, née en 2003, et D._, née en 2007.
Le 2 avril 2002, les époux ont conclu un contrat de séparation de biens par-devant notaire, avec effet rétroactif au jour de leur mariage.
Depuis le mois de janvier 2016, B._ a bénéficié d'un régime de semi-détention suite à une condamnation pénale à une peine privative de liberté de 30 mois, dont 12 mois fermes. De la  2016 à la mi-janvier 2017, il a exécuté une peine privative de liberté ferme consécutive à une condamnation pénale subséquente. A partir du 16 janvier 2017, l'époux a été soumis au régime de semi-détention. Une libération conditionnelle lui a été octroyé avec effet au 22 septembre 2017.
Depuis le mois de février 2016, les enfants font l'objet d'un suivi de la Justice de paix de la Gruyère (ci-après : la Justice de paix).
B. Le 22 février 2016, A._ a déposé une requête de mesures protectrices de l'union conjugale par-devant le Président du Tribunal civil de la Gruyère (ci-après : le Président du Tribunal), concluant notamment à l'attribution de la garde des filles, au versement de contributions d'entretien de CHF 900.- en faveur de C._, de CHF 800.- en faveur de D._ et de CHF 400.- en sa faveur. B._ a déposé sa réponse le 20 mai 2016, concluant au rejet des conclusions prises en relation avec les contributions d'entretien requises.
Par décision du 17 mai 2016, la Justice de paix a notamment attribué la garde des enfants à la mère, réglé le droit de visite du père (restreint à un samedi après-midi tous les 15 jours), institué une curatelle éducative et de surveillance du droit de visite, ordonné une enquête sociale, la poursuite du suivi pédo-psychiatrique des enfants et une expertise psychiatrique des deux parents.
Les époux ont été entendus par le Président du Tribunal les 1er juin 2016 et 27 septembre 2017. Lors de cette seconde audience, ils ont conclu une convention partielle réglant les effets de leur séparation, hormis la question de la prise en charge financière de la famille. Le Président du Tribunal a pris acte de cet accord par décision de mesures provisionnelles du 3 octobre 2017.
La procédure de mesures protectrices de l'union conjugale a été prolongée par les diverses mesures qui avaient été ordonnées par la Justice de paix. Le rapport d'enquête sociale a été établi le 18 août 2016, tandis que l'expertise pédo-psychiatrique a été déposée le 31 août 2018.
Lors de l'audience du 12 décembre 2018, les époux A._ et B._ ont partiellement modifié leur convention du 27 septembre 2017 pour tenir compte des conclusions de l'expertise relatives aux relations personnelles père-filles.
C. Le 6 janvier 2020, le Président du Tribunal a rendu sa décision de mesures protectrices de l'union conjugale. Il a notamment confirmé l'attribution de la garde des enfants à l'épouse et arrêté les contributions d'entretien pour C._ et D._ depuis le mois d'octobre 2017, pour plusieurs périodes. Il a également astreint B._ à contribuer à l'entretien de A._ par le versement d'une contribution d'entretien de CHF 230.- de mai à octobre 2018 et de CHF 190.- à partir de février 2021. Les frais judiciaires ont été mis à la charge de chaque partie à raison de la moitié, chacune d'entre elles supportant en outre ses propres dépens, sous réserve de l'assistance judiciaire.
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D. Par mémoire du 21 février 2020, A._ a interjeté appel à l'encontre de cette décision, concluant à ce que, dès le mois de janvier 2019, B._ soit astreint à contribuer à l'entretien de ses enfants par le versement d'une pension mensuelle de CHF 640.- pour chacune d'elles, allocations familiales et employeur en sus, et à ce qu'il contribue à son entretien par le versement d'une pension mensuelle de CHF 700.-, les frais d'appel étant mis à la charge de l'intimé. L'appelante a en outre requis d'être mise au bénéfice de l'assistance judiciaire, ce qui lui a été accordé par arrêt de la Juge déléguée du 10 mars 2020.
E. Dans sa réponse du 17 mars 2020, B._ a conclu au rejet de l'appel. L'intimé a également requis l'octroi de l'assistance judiciaire, qui lui a été accordé par arrêt de la Juge déléguée du 20 avril 2020.

en droit
1.
1.1. L'appel est recevable notamment contre les décisions finales de première instance, pour autant que, dans les affaires patrimoniales, la valeur litigieuse au dernier état des conclusions soit supérieure à CHF 10'000.- (art. 308 al. 1 let. a et al. 2 CPC). Le délai d'appel en procédure sommaire – qui régit notamment les mesures protectrices de l'union conjugale (art. 271 let. a CPC) – est de 10 jours (art. 314 al. 1 CPC).
En l'espèce, la décision attaquée a été notifiée à la mandataire de l'appelante le 11 février 2020. Déposé le 21 février 2020, l'appel a dès lors été interjeté en temps utile. Le mémoire d'appel est, de plus, dûment motivé et doté de conclusions. En outre, la valeur litigieuse est clairement supérieure à CHF 10'000.-, vu les contributions d'entretien mensuelle réclamées en première instance et contestées par le père. Il s'ensuit la recevabilité de l'appel.
1.2. La procédure sommaire (art. 252 ss CPC) s'applique aux causes de mesures protectrices de l'union conjugale (art. 271 let. a CPC), le tribunal établissant toutefois les faits d'office (maxime inquisitoire, art. 272 et 296 al. 1 et 3 CPC) et, s'agissant d'une question relative à un enfant mineur, n'étant pas lié par les conclusions des parties (maxime d'office, art. 296 al. 3 CPC). La question de la contribution d'entretien entre époux est, quant à elle, régie par le principe de disposition (art. 58 CPC).
1.3. Selon la jurisprudence la plus récente (ATF 144 III 349 consid. 4.2.1), lorsque, comme ici, le procès est soumis à la maxime inquisitoire illimitée (art. 296 al. 1 CPC), l'application stricte de l'art. 317 al. 1 CPC n'est pas justifiée; dès lors, les parties peuvent présenter des nova en appel même si les conditions de l'art. 317 al. 1 CPC ne sont pas réunies.
Les pièces nouvellement produites en appel sont dès lors recevables.
1.4. La cognition de la Cour d'appel est pleine et entière, en fait comme en droit (art. 310 CPC). La Cour applique le droit d'office (art. 57 CPC) mais, hormis les cas de vices manifestes, elle doit en principe se limiter à statuer sur les critiques formulées dans la motivation écrite (ATF 142 III 413 consid. 2.2.4).
1.5. Selon l'art. 316 al. 1 CPC, la Cour d'appel peut ordonner des débats ou statuer sur pièces. En l'espèce, vu l'audition des époux en première instance, comme le fait que toutes les pièces utiles
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au traitement de l'appel figurent au dossier, il n'est pas nécessaire d'assigner les parties à une audience.
1.6. Vu les montants contestés en appel, comme la durée en l'état indéterminée des mesures prononcées, la valeur litigieuse pour un recours au Tribunal fédéral paraît supérieure à CHF 30'000.- (art. 51 al. 1 let. a et al. 4 LTF).
2.
2.1. Dans un premier moyen, l'appelante critique le délai d'une année imparti par le Président du Tribunal à l'intimé pour percevoir un revenu hypothétique de CHF 4'500.- net par mois. Elle fait valoir que la procédure de mesures protectrices de l'union conjugale a été introduite le 22 février 2016, que l'intimé a bénéficié d'une libération conditionnelle depuis le mois de septembre 2017 et que, dans ces conditions ainsi que compte tenu de l'âge, de l'état de santé et de l'expérience professionnelle de son mari, il pouvait être exigé de lui qu'il travaille à 100% depuis le 1er janvier 2019.
De son côté, l'intimé fait nouvellement valoir en appel que son taux d'activité a été réduit à 50% dès le 1er mai 2019, suite à des changements intervenus au sein de l'entreprise qui l'emploie. Au surplus, il allègue qu'il va devenir père pour la troisième fois au mois de juillet 2020.
A l'appui de la décision attaquée, le Président du Tribunal a estimé qu'un délai d'un an dès notification de son jugement rendu le 6 janvier 2020 est suffisant pour atteindre le taux d'activité requis du père, à savoir 100% dès le mois de février 2021.
2.2. Si le juge entend exiger que le débirentier reprenne une activité lucrative, il doit lui accorder un délai d'adaptation approprié: il doit en effet avoir suffisamment de temps pour s'adapter à sa nouvelle situation, notamment lorsqu'il doit trouver un emploi. Ce délai doit par ailleurs être fixé en fonction des circonstances concrètes du cas particulier (ATF 129 III 417 consid. 2.2; arrêt TF 5A_59/2016 du 1er juin 2016 consid. 3.2). En principe, l'imputation d'un revenu hypothétique n'est pas admissible lorsqu'elle concernerait une période révolue (arrêts TF 5A_795/2008 du 2 mars 2010 consid. 4.5.3; 5A_341/2011 du 20 septembre 2011 consid. 2.3.2), sous réserve de l'hypothèse dans laquelle le débirentier diminue volontairement son revenu alors qu'il sait, ou doit savoir, qu'il doit assumer des obligations d'entretien (arrêt TF 5A_612/2011 du 27 février 2012 consid. 2.1).
2.3. En l'espèce, il ressort de la décision attaquée que l'intimé a subi une incarcération depuis la séparation des époux en début d'année 2016 jusqu'en septembre 2017. D'octobre 2017 à avril 2018, il a connu une période de chômage. Dès le mois de mai 2018, il a effectué un stage organisé dans ce cadre, auprès de la boutique "E._" à F._. Par lettre du 5 septembre 2018, cet employeur a mis un terme au contrat de travail pour le 31 octobre 2018, invoquant un manque de concentration lié aux problèmes familiaux (pièce 27 du bordereau du 14 janvier 2019). Après avoir été sans activité en novembre et décembre 2018, l'intimé a été réengagé auprès de la boutique "E._", dès le 1er janvier 2019, à un taux de 70%. Dans sa détermination du 11 mars 2019, l'appelante a relevé que l'employeure de l'intimé, G._, n'est autre que la nouvelle compagne de celui-ci. Le 5 avril 2019, B._ a effectivement produit son nouveau contrat de bail, valable depuis le 1er janvier 2019, duquel il ressort qu'il vit avec cette personne.
Les 11 et 17 juin 2019, les mandataires des parties ont confirmé au Président du Tribunal que la procédure probatoire pouvait être close et un jugement rendu. Vu le parcours professionnel qui vient d'être rappelé, la Cour considère que, jusqu'à la décision de première instance rendue le
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