Decision ID: ab720594-07ee-5b4c-9251-1dd6f3fa0b7d
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
C_, née D_ le _ 1930, est la veuve de feu E_, né le _ 1929, décédé le _ 2003; elle est domiciliée à _ (Genève).![endif]>![if>
Elle est la mère de B_, née le _ 1950, domiciliée à Genève et de A_, né le _ 1961, domicilié au Brésil.
b)
Par courrier du 8 août 2014, B_ s'est adressée au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant
(ci-après : le Tribunal de protection), afin de signaler qu'A_ est atteinte de la maladie d'Alzheimer et a besoin de protection en relation avec la gestion financière de son patrimoine. B_ a exposé que son frère A_ se faisait mensuellement verser 2'100 fr. par sa mère, sans compter d'autres virements ponctuels conséquents et projetait d'emmener C_ au Brésil, contrairement à l'avis donné par les médecins.
c)
Par courrier du 4 septembre 2014, le Dr F_ a indiqué au Tribunal de protection que C_ est totalement empêchée d'assurer elle-même la sauvegarde de ses intérêts en raison d'une maladie neuro-dégénérative de type Alzheimer, cette affection impliquant une incapacité durable de discernement et la rendant incapable de désigner un mandataire. Le Dr F_ a toutefois précisé que les affaires d'ordre privé de C_ étaient gérées par Me G_.
Le Dr F_ a joint à son courrier un rapport établi le 6 mai 2014 par le Dr H_, médecin adjoint au sein de l'Unité de neuropsychologie et de neurologie comportementale des I_. Le Dr H_ a retenu une progression nette depuis 2009 d'une démence vraisemblablement dégénérative, sur probable maladie d'Alzheimer. Le Dr H_ a relevé des troubles du langage, praxiques et exécutifs, du jugement et du comportement avec idée de méfiance. L'impact de la maladie est important, puisqu'il touche toutes les activités instrumentales de la vie quotidienne, même si les activités de base sont conservées. C_ est totalement anosognosique concernant l'intensité de ses troubles, sa maladie et son retentissement.
d)
Par décision
DTAE/4131/2014
du 8 septembre 2014, le Tribunal de protection a nommé Me J_ en qualité de curatrice d'office de C_, le mandat étant limité à la représentation de cette dernière dans la procédure civile pendante devant le Tribunal de protection.
e)
Lors d'une audience devant le Tribunal de protection du 25 septembre 2014, B_ a expliqué que A_ avait mandaté Me G_, afin qu'il s'occupe des affaires administratives et financières de leur mère, laquelle vit dans un appartement dont elle est propriétaire. Pour le surplus, B_ a ajouté être en conflit avec son frère, étant précisé que la succession de feu leur père est en cours de liquidation.
B.
a)
Par ordonnance
DTAE/4978/2014
du 25 septembre 2014, le Tribunal de protection a instauré une curatelle de portée générale en faveur de C_ (ch. 1 du dispositif), rappelé que C_ est de plein droit privée de l'exercice de ses droits civils (ch. 2), désigné Me K_, avocate, aux fonctions de curatrice de C_ (ch. 3), autorisé la curatrice à prendre connaissance de la correspondance de C_ et à pénétrer si nécessaire dans son lieu de vie (ch. 4), suspendu l'exercice des droits politiques de C_ (ch. 5), dit que l'ordonnance est immédiatement exécutoire (ch. 6) et mis un émolument de décision de 400 fr. à la charge de C_ (ch. 7).
En substance, le Tribunal de protection a retenu que C_ est atteinte d'une maladie dégénérative de type Alzheimer à un stade particulièrement invalidant, puisque les fonctions du langage, du jugement et du comportement sont altérées, avec une anosognosie de son état. Elle souffre donc de troubles psychiques au sens de la loi. Lesdits troubles la rendent incapable de gérer ses affaires et de sauvegarder ses intérêts et elle nécessite aide et assistance pour tous les aspects de sa vie quotidienne, aide qui lui est fournie par les services de soins à domicile et le voisinage, ce système ayant toutefois atteint ses limites. Il se justifie dès lors d'instaurer une mesure de protection en sa faveur. Compte tenu de la gravité des troubles présentés par cette dernière, une curatelle de portée générale est la mesure la plus appropriée.
Cette décision a été communiquée par plis du 31 octobre 2014 à C_, B_, ainsi qu'à Me J_ et à Me K_.
b)
Le 13 novembre 2014, Me K_ a indiqué au Tribunal de protection ne pas être en mesure d'assumer le mandat de curatelle qui lui a été confié, faute de disponibilité.
c)
Par ordonnance
DTAE/5266/2014
du 17 novembre 2014, le Tribunal de protection a relevé Me K_ de son mandat de curatrice de portée générale de C_ (ch. 1 du dispositif), l'a dispensée de rendre des rapport et comptes (ch. 2), désigné Me L_ aux fonctions de curateur de portée générale de C_ (ch. 3), autorisé le curateur à prendre connaissance de la correspondance de cette dernière et en cas de besoin à pénétrer dans son logement(ch. 4), dit que l'ordonnance est immédiatement exécutoire nonobstant recours et mis un émolument de procédure de 400 fr. à la charge de C_ (ch. 5 et 6).
C.
a)
Le 6 novembre 2014, A_ a transmis au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant copie du mandat pour cause d'inaptitude rédigé le 25 juin 2013 par C_, désignant Me G_, avocat, en qualité de mandataire. Ledit mandat mentionnait en outre le fait que le mandataire devrait se concerter avec A_ avant de prendre toute décision importante concernant C_. Cette dernière manifestait en outre la volonté que son mandataire organise son transfert au Brésil pour pouvoir vivre auprès de son fils, si le maintien de son domicile genevois devait poser le moindre problème, notamment financier.![endif]>![if>
b)
Le Tribunal de protection a requis auprès de Me G_ l'original de ce document, qui lui a été adressé par pli du 17 novembre 2014 et a sollicité des Drs F_ et H_ qu'ils se prononcent sur la capacité de discernement de C_ durant le premier semestre de l'année 2013.
c)
Il ressort d'un certificat médical établi le 21 juin 2013 par le Dr F_, transmis au Tribunal de protection par Me G_, que C_ présentait à l'époque toute sa capacité de discernement, laquelle lui permettait de désigner un mandataire afin de s'occuper de ses affaires d'ordre financier.
Le Dr F_, dans un courrier adressé au Tribunal de protection le 27 novembre 2014, a précisé que certes, l'état de santé mentale et la capacité de discernement de C_ étaient altérés durant le premier semestre 2013, mais étaient néanmoins suffisants pour qu'elle décide de désigner un mandataire chargé de s'occuper de ses affaires. En mai 2012, il avait adressé un e-mail à A_ en raison de l'aggravation de l'état confusionnel de sa mère. A_ lui avait alors fait part de son accord d'entreprendre des démarches visant une mesure privée de protection. Dans un courrier précédent adressé au Tribunal de protection, le Dr F_ avait par ailleurs précisé que l'incapacité de discernement actuelle de C_ était une contre-indication formelle pour un voyage au Brésil.
d)
Par courrier du 27 novembre 2014, le Dr H_ a indiqué au Tribunal de protection assurer le suivi ambulatoire de C_ depuis 2009, mais ne l'avoir pas examinée durant le premier trimestre 2013. Toutefois, compte tenu de la consultation de 2012 et eu égard à l'examen effectué en 2014, il était vraisemblable que l'état de santé mentale de C_ ait déjà été altéré au cours du premier semestre de l'année 2013, au point de toucher son jugement. Toujours selon le Dr H_, à cette période déjà, C_ n'était pas capable de discernement s'agissant de la signature d'un acte tel qu'un mandat pour cause d'inaptitude.
D.
a)
Le 24 novembre 2014, A_ a déclaré "faire appel" contre l'ordonnance
DTAE/4978/2014
du 25 septembre 2014 et s'opposer formellement à la nomination d'un curateur, toutes les dispositions nécessaires visant à assurer la protection de C_ ayant été prises par l'intéressée elle-même dix-huit mois auparavant, puisqu'elle avait rédigé un mandat pour cause d'inaptitude. De ce fait, Me G_ fonctionnait depuis lors comme curateur sur la base d'un mandat privé.
Dans un pli ultérieur du 2 janvier 2015, il a transmis à la Chambre de surveillance un rapport médical établi le 26 décembre 2014 par le Dr M_, médecin interne au sein de l'Unité de gériatrie communautaire des I_. Selon ce médecin, C_ présente des troubles cognitifs modérés, dans le contexte d'une probable maladie d'Alzheimer, qui la rendent dépendante pour la plupart des activités instrumentales de la vie quotidienne. Il n'existait selon lui pas de contre-indication absolue à effectuer un voyage au Brésil.
b)
Par courrier du 11 décembre 2014, le Tribunal de protection a déclaré ne pas souhaiter faire usage des dispositions de l'art. 450d al. 2 CC et persister dans les termes de la décision querellée. Le Tribunal de protection a en outre relevé que son ordonnance devait déployer ses effets tant et aussi longtemps que la validité et l'application du mandat pour cause d'inaptitude du 25 juin 2013 n'auraient pas été formellement constatées.
c)
B_ pour sa part a considéré dans ses observations du 22 janvier 2015 que le recours de A_ devait être déclaré sans objet, dans la mesure où il était dirigé contre l'ordonnance du 25 septembre 2014, celle du 17 novembre 2014, qui confirmait la curatelle et désignait Me L_ aux fonctions de curateur n'ayant pas été contestée. Pour le surplus, B_ a conclu au rejet du recours, tout en relevant que son frère avait perçu de leur mère, de 2007 à 2013 et selon les relevés bancaires, un montant de 192'057 fr. La déclaration fiscale de C_ faisait en outre état d'un prêt en faveur de A_ de 150'000 fr. et ce dernier avait signé, en mars 2007, une reconnaissance de dette en faveur de sa mère, portant sur 4'200 fr.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet, dans les trente jours, d'un recours écrit et motivé, devant le juge compétent, à savoir la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et 3 et 450b CC; art. 53 al. 1 et 2 LaCC).![endif]>![if>