Decision ID: 011b4509-ea73-4c4f-8a4d-49d73aac51d0
Year: 2016
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
A._, ressortissante argentine née en 1977, est arrivée en Suisse le 6 novembre 2015. Elle a été engagée par les époux B._ et C._, ressortissants français établis en Suisse depuis 1990 et âgés de respectivement 91 et 87 ans, en qualité d'aide à domicile.
B.
Le 24 décembre 2015, les époux B._ et C._ ont déposé auprès du Bureau des étrangers de leur commune de domicile une demande d'autorisation de travail et de séjour en faveur de A._. Ils ont exposé qu'ils avaient besoin en permanence d'une personne pour subvenir à leurs besoins de santé. Ils avaient fait la connaissance de A._ au Canada dans le cadre d'un séjour touristique de plusieurs mois. Celle-ci s'était occupée d'eux pendant cette période et s'était montrée tout-à-fait capable de la tâche attendue d'elle. Compte tenu de leur âge, il leur était difficile d'imaginer de se passer de l'intéressée et d'effectuer des recherches pour trouver une autre personne à introduire dans leur cercle proche. Les époux B._ et C._ ont joint à leur requête le formulaire de demande officiel, ainsi qu'une attestation de leur médecin traitant confirmant la nécessité de la présence d'une personne à même de s'occuper d'eux en permanence.
Cette demande a été transmise au Service de l'emploi (ci-après: le SDE) avec le préavis positif des autorités communales.
Par décision du 16 janvier 2016, le SDE a rejeté la demande de main d'œuvre des époux B._ et C._, au motif que les conditions légales n'étaient pas réalisées. Faute de recours, cette décision est entrée en force.
C.
Par décision du 4 avril 2016, le Service de la population (ci-après: le SPOP) a refusé de délivrer une autorisation de séjour à A._ et a prononcé son renvoi de Suisse. Il a relevé être lié par la décision négative du SDE.
D.
Par acte du 28 avril 2016, A._ a recouru devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) contre cette décision, en concluant à son annulation et à la délivrance d'une autorisation de séjour de nature permanente ou temporaire pour exercer une activité d'aide à domicile auprès des époux de Moustier-Henderson. La recourante reproche à l'autorité intimée de n'avoir pas tenu compte de la situation particulière de ses employeurs, qui sont âgés, souffrent de divers problèmes de santé et ont besoin en permanence d'une personne pour s'occuper d'eux.
Le SPOP et le SDE ont produit leurs dossiers respectifs dans le délai imparti.
La cour a statué sans autre mesure d'instruction.

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD.
2.
a) Les ressortissants étrangers ne bénéficient en principe d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail, sauf s'ils peuvent le déduire d'une norme particulière du droit fédéral ou d'un traité international (ATF 130 II 281 consid. 2.1 p. 284; 493 consid. 3.1. p. 497/498; 128 II 145 consid. 1.1.1 p. 148 et les arrêts cités). Ressortissante argentine, la recourante ne peut se prévaloir d'aucun traité qui lui conférerait un droit au séjour ou au travail en Suisse. Le recours s'examine dès lors uniquement au regard du droit interne, soit de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20) et de ses ordonnances d'application, en particulier l'ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative (OASA; RS 142.201).
b) Aux termes de l'art. 40 al. 2 LEtr, lorsqu’un étranger ne possède pas de droit à l’exercice d’une activité lucrative, une décision cantonale préalable concernant le marché du travail est nécessaire pour l’admettre en vue de l’exercice d’une activité lucrative. L'art. 83 al. 1 let. a OASA confirme qu'avant d'octroyer une première autorisation de séjour ou de courte durée en vue de l'exercice d'une activité lucrative, l'autorité cantonale compétente décide si les conditions sont remplies pour exercer une activité lucrative salariée ou indépendante au sens des art. 18 à 25 LEtr. Dans le canton de Vaud, cette décision relève de la compétence du SDE. L'autorisation de séjour relève de celle du SPOP.
Ainsi, si la demande d'autorisation de séjour de l'intéressée ne se fonde pas sur un autre motif que l'exercice d'une activité lucrative, le SPOP est lié par le refus du SDE, conformément à la pratique et à la jurisprudence constante (cf. notamment arrêts PE.2016.0098 du 14 avril 2016; PE.2015.0307 du 21 octobre 2015; PE.2014.0242 du 13 février 2015, ainsi que les arrêts cités).
c) En l'espèce, la décision attaquée se réfère à la décision du SDE du 16 janvier 2016, qui n’a pas été contestée. L'autorité intimée n’avait ainsi pas d'autre choix que de rejeter la demande d’autorisation de séjour de la recourante.
Certes, la recourante fait valoir désormais dans le cadre de son recours que sa demande d'autorisation de séjour se fonde également sur des motifs d'extrême gravité au sens des art. 30 al. 1 let. b LEtr et 31 OASA. Elle expose à cet égard que ses employeurs sont âgés, souffrent de divers problèmes de santé et ont besoin de l'aide permanente d'une personne de confiance qu'ils ont trouvée en elle. Ces motifs ne tiennent toutefois pas à la personne de la recourante elle-même, si bien qu'il est douteux qu'ils puissent justifier en tant que tels une dérogation aux conditions d'admission (la jurisprudence parle du reste de cas "
personnel
" d'extrême gravité; cf. notamment ATF 130 II 39 consid. 3). Quoi qu'il en soit, on ne saurait retenir que le renvoi de la recourante placera les époux B._ et C._dans une "
situation de détresse personnelle
" au sens de la jurisprudence. En se faisant aider, notamment par leur médecin traitant, ces derniers devraient en effet pouvoir trouver dans un délai raisonnable une nouvelle aide à domicile, sans que cela entraîne pour eux des inconvénients insurmontables.
La décision attaquée ne prête ainsi pas le flanc à la critique.
3.
Manifestement mal fondé, le recours doit être rejeté et la décision attaquée confirmée, selon la procédure simplifiée de l'art. 82 LPA-VD. La recourante, qui succombe, supportera les frais de justice (art. 49 al. 1 LPA-VD). Il n'y a pas lieu par ailleurs d'allouer de dépens (art. 55 al. 1
a contrario
et 56 al. 3 LPA-VD).