Decision ID: 027c12c0-af26-4918-9514-d39d5157794f
Year: 2020
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
A._ (le recourant), né en 1988, est titulaire d'un Certificat fédéral de capacité (CFC) d'employé de commerce, d'une maturité professionnelle et d'une maturité fédérale.
En 2012, il a entrepris des études de médecine à l'Université de Lausanne (UNIL), études qu'il a interrompues en 2014.
B.
En septembre 2015, il a débuté une nouvelle formation à temps plein à l'UNIL en vue d'obtenir un Bachelor ès Science en biologie.
Pour ses deux premières années de formation (2015/2016 et 2016/2017), le recourant a obtenu une bourse d'étude.
C.
Le 5 mai 2017, le recourant a sollicité l'octroi d'une bourse pour l'année de formation 2017/2018.
Les 27 et 30 juin 2017, le recourant a fait part à l'Office cantonal des bourses d'études et d'apprentissage (l'OCBEA ou l'autorité intimée) de problèmes en particulier financiers et du fait qu'il devait "
rattraper
[s]
es examens
"; il hésitait à le faire en été 2017 ou lors des sessions de janvier et juin 2018. Dans la seconde hypothèse, il allait renoncer à demander une bourse pour l'année 2017/2018 et travailler afin d'économiser le "
maximum pour alléger les années suivantes
"; il voulait savoir si en renonçant ainsi pendant une année à la bourse d'études, il pourrait encore demander une bourse pour l'année académique suivante (2018/2019), ce que l'OCBEA lui a confirmé.
Par décision du 7 juillet 2017, l'OCBEA a octroyé au recourant une bourse d'un montant de 21'490 fr. portant sur la période de septembre 2017 à juin 2018, dont le paiement devait être effectué comme il suit:
-
14'330 fr. à verser dans un délai de 15 jours après le début effectif du premier semestre;
-
7'160 fr. à verser dans un délai de 15 jours après le début effectif du deuxième semestre.
Le 16 août 2017, le recourant a informé l'OCBEA qu'il redoublait sa deuxième année et qu'il était à la recherche d'un emploi parce que la bourse d'études ne lui suffisait pas. L'OCBEA lui a alors demandé de l'informer lorsqu'il trouverait un travail et de fournir une estimation du revenu qu'il allait réaliser.
Le 19 septembre 2017, les cours de l'année académique 2017-2018 ont débuté.
Le recourant ne s'est pas inscrit aux cours.
Le 7 octobre 2017, le recourant a reçu le premier versement de l'OCBEA.
D.
Par décision du 17 octobre 2017, le Service des immatriculations et inscriptions de l'UNIL a informé le recourant qu'il avait été exmatriculé de l'UNIL au motif qu'il ne s'était pas acquitté des taxes et droits d'inscription pour le semestre d'automne 2017/2018. La décision précisait ce qui suit:
"Si vous désirez la levée de l'exmatriculation pour ce semestre, nous vous invitons à vous acquitter des taxes et de la surtaxe pour inscription tardive dans les 15 jours (CHF 200.-)."
Le 7 novembre 2017, le recourant a procédé au paiement des taxes et droits d'inscription pour le semestre en cause (pièce 6 du recourant).
Selon le recourant, il aurait ensuite reçu un appel de la Faculté de biologie de l'UNIL l'informant qu'il ne s'était pas présenté à un examen de physique et lui confirmant dès lors son exmatriculation.
Par courrier du 9 novembre 2017, le Service des immatriculations et inscriptions de l'UNIL a requis du recourant qu'il transmette ses coordonnées bancaires, afin de procéder au remboursement des taxes "
perçues en trop
".
A sa demande, le recourant s'est entretenu avec la vice-directrice de la Faculté de biologie de l'UNIL le 27 novembre 2017.
Par courrier électronique adressé le 13 décembre 2017 à l'OCBEA, le recourant a indiqué en particulier ce qui suit:
"Suite à un problème administratif et de compréhension avec la faculté de biologie de l'université de Lausanne, elle m'a informé, courant novembre, qu'elle refusait mon inscription pour l'année 2017-2018.
J'ai eu des contacts et rendez-vous, notamment avec la doyenne de la faculté,
[...]
, afin de trouver une solution et me permettre de continuer mon année académique mais sans succès.
Je ne suis donc, actuellement et à contre cœur, plus inscrit à l'UNIL et doit me réinscrire pour continuer mes études à partir de septembre 2018, chose que je vais faire.
Le problème est que j'ai reçu une partie de ma bourse d'étude en octobre et que j'ai eu, bien évidemment, des frais. J'ai donc dû utiliser une partie de cette somme jusqu'à présent et jusqu'à ce que je trouve un travail.
J'aimerais trouver, avec vous, un arrangement sur les modalités de remboursement de cette bourse de manière simple, juste et rapide".
Par courrier électronique du même jour, l'OCBEA a demandé au recourant de lui faire parvenir son attestation d'exmatriculation de l'UNIL afin de pouvoir procéder à un nouvel examen du dossier. L'OCBEA a encore informé le recourant qu'une fois la décision de remboursement rendue, il pourrait prendre contact avec son service de contentieux pour trouver un arrangement de paiement.
N'ayant alors toujours rien reçu, l'OCBEA est intervenu le 13 décembre 2018 auprès du recourant. Par courrier électronique du 17 décembre 2018, ce dernier lui a transmis notamment les courriers précités de l'UNIL des 17 octobre et 9 novembre 2017 ainsi qu'une attestation de l'UNIL du 17 décembre 2018 dont il ressort qu'il avait suivi des semestres auprès de cette université entre l'automne 2012 et le printemps 2017 et qu'il avait été exmatriculé le 30 septembre 2017. Dans son message accompagnant lesdits documents, le recourant a expliqué notamment ce qui suit:
"Comme déjà expliqué, je devais repasser quelques examens durant la session d'hiver et j'ai omis l'inscription aux cours. Pensant bien faire puisque je ne comptais pas me présenter aux cours mais préparer de mon côté les examens pour augmenter mes chances de réussite. J'ai, suite à cela, pris contact avec la vice-doyenne de la faculté de biologie,
[...]
, afin de tenter de trouver une solution. Elle m'a confirmé mon ex-matriculation fin novembre 2017 pour des raisons d'équité face aux autres étudiants.
[...]
J'étais dans une période très compliquée (dépression sévère) suite notamment à de gros problèmes familiaux. Sans remettre la faute sur cette institution, j'étais déconnecté pendant quelques semaines ce qui peut expliquer, en partie, ma non inscription aux cours (j'aurais dû mieux me renseigner)."
Lors d'un entretien téléphonique du 7 janvier 2019, l'OCBEA a annoncé au recourant qu'au vu de l'attestation de l'UNIL du 17 décembre 2018, il allait rendre une décision de refus après octroi.
E.
Le 11 janvier 2019, l'OCBEA a rendu une nouvelle décision par laquelle il a refusé l'octroi d'une bourse d'étude après avoir procédé à un nouvel examen de la demande. Se fondant sur l'attestation précitée de l'UNIL du 17 décembre 2018, cet office a retenu que le recourant n'était plus étudiant durant l'année académique 2017-2018. Il a dès lors demandé le remboursement du montant de 14'330 fr. versé le 7 octobre 2017.
F.
Par courrier électronique daté du 8 janvier 2019, le recourant a demandé à la vice-directrice de la Faculté de biologie de l'UNIL de bien vouloir attester qu'elle lui avait confirmé son "
exmatriculation (fin novembre 2017) lors de
[leur]
rendez-vous
". Dans ce courrier électronique, le recourant a expliqué notamment ce qui suit:
"En effet, j'étais étudiant en 2
ème
de faculté de biologie à l'UNIL et devais rattraper des examens de 2
ème
année que je n'avais pas réussi. Etant dans une situation complexe, autant académique, financière que familiale, je me suis retrouvé dans une situation de détresse (dépression notamment).
Par conséquent, j'avais manqué de discernement au moment de m'inscrire pour l'année académique 2017/2018. J'avais naïvement pensé qu'en devant uniquement rattraper des examens, je n'étais pas obligé de m'inscrire au cours. Chose que j'ai amèrement regretté puisque cela m'a valu mon exmatriculation. Pour information, puisque je n'étais pas inscrit aux cours, je n'ai pas reçu les dates de l'examen blanc de physique qui se déroulait au mois d'octobre 2017 et ne m'y étais, par conséquent, pas présenté. Ce n'est que le lendemain que votre collègue de la faculté de biologie me l'a signalé par téléphone, raison pour laquelle je vous ai contacté.
J'avais tenté de résoudre le problème en vous exposant ma situation et vous m'aviez fait part de votre impossibilité de déroger au règlement par soucis d'équité. Votre positionnement, fin novembre 2017 par oral (dans votre bureau), quant à ma situation avait fait office de confirmation concernant mon exmatriculation.
[...]
Etant donné que mon exmatriculation est intervenue en septembre 2017 et votre confirmation fin novembre 2017, le canton qui m'allouait une bourse d'étude pour l'année 2017/2018 ne reconnaît pas mon statut d'étudiant pour cette période. Or, aucun élément écrit ne mentionne notre entretien ni même prouve que j'ai continué mes révisions entre septembre et novembre 2017, ce qui était le cas. En somme, j'étais en situation d'étudiant mais rien ne le prouve aux yeux du canton."
Par courriers électroniques des 14 et 17 janvier 2019, la vice-directrice de la Faculté de biologie a confirmé que la date d'exmatriculation de la décision du Service des immatriculations et inscriptions faisait foi. Dès lors que les professeurs ne tenaient pas de liste de présence, il était par ailleurs impossible d'attester du suivi des cours ou du travail personnel fourni par l'étudiant jusqu'au mois de novembre 2017. Se référant à une disposition légale citée par le recourant dans son courrier électronique du 8 janvier 2019, la vice-directrice l'a encore rendu attentif au fait que s'il disposait d'un document attestant de sa situation de détresse, tel un certificat médical, il pourrait éventuellement fait valoir devant l'OCBEA des "
raisons impérieuses
" pour l'abandon de sa formation. Elle lui a enfin confirmé que leur entretien avait eu lieu le 27 novembre 2017.
G.
Le 24 janvier 2019, le recourant a formé réclamation contre la décision de l'OCBEA du 11 janvier 2019 en exposant sa situation.
Par décision du 24 mai 2019, l'OCBEA a rejeté la réclamation et confirmé sa décision de refus d'octroi du 11 janvier 2019.
H.
Par acte du 24 juin 2019, le recourant s'est pourvu, par le biais de son avocat, contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP), en prenant les conclusions suivantes:
"
[...]
Principalement
4. Réformer la Décision rendue le 24 mai 2019 (Réf.: 804988) par l'Office cantonal des bourses d'études et d'apprentissage à l'encontre de M. A._ en ce sens qu'il est:
a. constaté que M. A._ était immatriculé à l'Université de Lausanne durant le semestre d'automne 2017/2018;
b. constaté que le cursus universitaire de M. A._ a été interrompu le 27 novembre 2017;
c. dit que le montant que M. A._ doit restituer à l'Office cantonal des bourses d'études et d'apprentissage est, au maximum, de CHF 7'363.00.
Subsidiairement
5. Annuler la Décision rendue le 24 mai 2019 (Réf.: 804988) par l'Office cantonal des bourses d'études et d'apprentissage.
6. Renvoyer la cause à l'Office cantonal des bourses d'études et d'apprentissage pour nouvelle décision dans le sens des considérants."
A l'appui de son recours, le recourant a notamment invoqué la violation de son droit d'être entendu ainsi que la constatation inexacte et incomplète des faits pertinents.
I.
Dans le délai prolongé à sa requête au 20 septembre 2019, l'autorité intimée a rendu une nouvelle décision, annulant et remplaçant celle du "
11 janvier 2019
", admettant que le recourant était en formation jusqu'au mois de septembre 2017 et réduisant le montant de la bourse à restituer à 12'190 fr. en lieu et place des 14'330 fr. réclamés selon la décision du 11 janvier 2019. Le même jour, elle a transmis sa réponse au recours, concluant au rejet du recours et à la confirmation de sa nouvelle décision.
Le 25 septembre 2019, le recourant s'est spontanément déterminé sur cette nouvelle décision. Il a indiqué qu'il maintenait son recours, dans la mesure où la décision ne faisait pas entièrement droit à ses conclusions.
A la suite des ordonnances du juge instructeur des 25 et 26 septembre 2019, le recourant a indiqué le 18 octobre 2019 qu'il n'entendait pas déposer de nouvelles observations.
J.
Le Tribunal a statué par voie de circulation.
Les arguments des parties seront repris ci-dessous dans la mesure utile.

Considérant en droit:
1.
a) Déposé dans le délai légal de trente jours suivant la notification de la décision entreprise (art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative - LPA-VD; BLV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l'art. 79 LPA-VD (applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD), de sorte qu'il se justifie d'entrer en matière sur le fond.
b) En cours de procédure judiciaire, l'OCBEA a rendu, en date du 20 septembre 2019, une nouvelle décision en déclarant "
annuler et remplacer
" la décision du 11 janvier 2019 et en réduisant le montant qu'il réclame de la part du recourant. Pour être précis et vu le principe de l'effet dévolutif (cf. ATF 136 II 539 consid. 1.2), l'OCBEA n'a, avec sa décision du 20 septembre 2019, pas seulement annulé et remplacé sa décision du 11 janvier 2019, mais bien plutôt et avant tout sa décision sur réclamation du 24 mai 2019. Un tel procédé de l'autorité intimée est licite en vertu de l'art. 83 al. 1 LPA-VD, selon lequel l'autorité intimée peut rendre, en lieu et place de ses déterminations, une nouvelle décision partiellement ou totalement à l'avantage du recourant.
Le recourant est toutefois d'avis que la nouvelle décision du 20 septembre 2019 ne fait pas droit à ses prétentions de sorte que son recours n'est pas devenu sans objet.
En effet, le recourant a conclu dans son recours qu'il devait rembourser au maximum 7'363 fr. à l'OCBEA, soit un montant inférieur à celui de 12'190 fr. que cet office lui réclame encore par décision du 20 septembre 2019. Le recours n'étant en conséquence pas sans objet, l'instruction s'est poursuivie conformément à l'art. 83 al. 2 LPA-VD.
2.
Le recourant soutient que l'autorité intimée a violé son droit d'être entendu en ne présentant pas un état de fait complet et en n'exposant pas les motifs sur lesquels elle a fondé sa décision.
a) Les art. 33 ss LPA-VD concrétisent dans la loi les garanties consacrées aux art. 29 al. 2 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst.; RS 101) et 27 al. 2 de la Constitution du Canton de Vaud du 14 avril 2003 (Cst-VD; BLV 101.01). D’après l’art. 42 al. 1 LPA-VD, la décision contient notamment l'indication des faits, des règles juridiques et des motifs sur lesquels elle s'appuie (let. c).
Le droit d’être entendu implique en particulier pour l'autorité l'obligation de motiver sa décision, afin que l'intéressé puisse la comprendre et l'attaquer utilement s'il y a lieu et que l'autorité de recours puisse exercer son contrôle. L'autorité doit mentionner, au moins brièvement, les motifs qui l'ont guidée et sur lesquels elle a fondé sa décision, de manière à ce que l'intéressé puisse se rendre compte de la portée de celle-ci et l'attaquer en connaissance de cause. Elle n'a toutefois pas l'obligation d'exposer et de discuter tous les faits, moyens de preuve et griefs invoqués par les parties, mais peut au contraire se limiter à l'examen des questions décisives pour l'issue du litige (ATF 142 I 135 consid. 2.1; 141 V 557 consid. 3.2.1; 138 I 232 consid. 5.1; 137 II 266 consid. 3.2). La motivation peut être implicite et résulter des différents considérants de la décision (ATF 141 V 557 consid. 3.2.1; Tribunal fédéral [TF] 2C_1132/2018 du 21 janvier 2019 consid. 3.1).
b) En l'espèce, même s'il aurait été préférable que la décision initialement attaquée (du 24 mai 2019) mentionne expressément les documents auxquels elle se réfère, la référence générale par l'autorité intimée aux "
informations en
[sa]
possession
", dont il ressortait que le recourant avait "
été exmatriculé en date du 30.09.2017
", a permis à ce dernier de comprendre la portée de la décision et de l'attaquer en connaissance de cause. De surcroît, la décision du 11 janvier 2019 contre laquelle le recourant a auparavant formé réclamation indiquait qu'elle se fondait sur l'attestation de l'UNIL du 17 décembre 2018, qui mentionne que le recourant a été immatriculé à l'UNIL du mois d'août 2012 au mois de septembre 2017 et exmatriculé le 30 septembre 2017 (cf. let. D
supra
). Pour le surplus, la décision attaquée expose les bases légales applicables et répond aux arguments principaux formulés dans la réclamation, de sorte qu'elle respecte le droit d'être entendu du recourant. L'autorité intimée ayant par ailleurs demandé uniquement le remboursement de la bourse déjà versée pour l'année d'étude 2017/2018 au motif que le recourant ne remplissait plus toutes les conditions pour son octroi, il ne saurait pas davantage être question de retenir qu'elle ne se serait pas suffisamment prononcée sur "
la quotité de la sanction infligée
"; cette autorité n'a en effet pas prononcé de sanction.
3.
Sur le fond, est litigieuse la nouvelle décision rendue le 20 septembre 2019 par l'autorité intimée, qui annule et remplace celle du 11 janvier 2019 respectivement la décision sur réclamation du 24 mai 2019 (cf. ég. consid. 1b
supra
).
a) Dans le cadre de la procédure judiciaire, le recourant conteste la date de son exmatriculation retenue par l'autorité intimée, à savoir le 30 septembre 2017, et se plaint notamment d'une constatation inexacte et incomplète des faits. Il soutient que la décision d'exmatriculation rendue le 17 octobre 2017 serait caduque dès lors qu'il se serait acquitté des "
taxes et droits d'inscription
" dans les 15 jours suivant la notification de cette décision. Ainsi, il était fondé à penser que la décision d'exmatriculation du 17 octobre 2017 avait été levée et qu'il était valablement inscrit au semestre 2017/2018. L'UNIL n'aurait par la suite rendu aucune autre décision d'exmatriculation à son encontre et le courrier de l'UNIL du 9 novembre 2017 l'aurait surpris. Il aurait du reste été régulièrement en cours et préparait ses examens pour la session de janvier 2018. Ce n'est qu'à la suite de l'entretien du 27 novembre 2017 avec la vice-directrice de la Faculté de biologie qu'il avait pris la décision d'interrompre, volontairement, son cursus universitaire. L'autorité intimée aurait dès lors dû reconnaître son statut d'étudiant au moins jusqu'au 27 novembre 2017; elle ne pouvait pas demander le remboursement pour la période pendant laquelle il avait poursuivi sa formation. Ainsi, le montant à rembourser devrait porter tout au plus sur la période allant du 27 novembre 2017 au 28 février 2018, date qui correspond au terme de la période couverte par le premier versement de la bourse. Le recourant reproche en outre à l'autorité intimée de s'être fondée sur l'attestation du Service des immatriculations et inscriptions de l'UNIL du 17 décembre 2018, qui ne constitue, selon lui, pas une décision d'exmatriculation.
b) L'art. 2 de la loi vaudoise du 1
er
juillet 2014 sur l'aide aux études et à la formation professionnelle (LAEF; BLV 416.11) prévoit que, par son aide financière, l’Etat assure aux personnes en formation des conditions minimales d’existence et promeut l’égalité des chances en visant à supprimer tout obstacle financier à la poursuite des études et à la formation professionnelle (al. 1). Toute personne remplissant les conditions fixées par la présente loi a droit au soutien de l’Etat (al. 2). Cette aide est subsidiaire à celle de la famille, de toute autre personne tenue légalement de pourvoir à l’entretien de la personne en formation, ainsi qu’aux prestations de tiers (al. 3).
L'art. 8 LAEF régit les conditions d'octroi de l'aide. Son alinéa 3 prévoit que l'aide n'est accordée, en principe, qu'aux élèves et étudiants régulièrement inscrits et aux apprentis au bénéfice d'un contrat d'apprentissage ou de formation approuvé par l'autorité compétente.
Selon l'art. 4 al. 1 du règlement d'application de la LAEF, du 11 novembre 2015 (RLAEF; BLV 416.11.1), intitulé "
Elèves et étudiants régulièrement inscrits et apprentis au bénéfice d’un contrat d’apprentissage ou de formation (art. 8 de la loi)
", est considéré comme régulièrement inscrit celui qui est admis par l'établissement de formation concerné et qui est effectivement en formation.
L’aide financière de l’Etat cesse dès le moment où le bénéficiaire ne remplit plus l’une des conditions prévues par la loi (art. 32 LAEF). Sous le libellé "
restitution de la bourse
", l'art. 33 LAEF prévoit ce qui suit:
1
En cas d'interruption de la formation en cours d'année, le bénéficiaire doit restituer les frais de formation ainsi que les montants visant à couvrir ses charges normales, pour la période de formation non suivie.
2
L'aide financière perçue pour la période de formation non suivie doit être restituée dans les 30 jours suivant la notification de la décision de restitution.
3
En cas d'abandon des études au sens de l'article 20, alinéa 1, le bénéficiaire doit de surcroît rembourser les frais de formation perçus pour la période de formation suivie de la dernière année, achevée ou interrompue. Cette obligation de restitution n'est pas applicable à l'abandon de formation pour raisons impérieuses.
4
Le remboursement des frais de formation pour la période de formation suivie doit être effectué aux mêmes conditions que celles prévues à l'article 34, alinéas 1 et 4."
L'art. 20 al. 1 LAEF, auquel il est fait référence à l'art. 33 al. 3 LAEF, définit l'abandon des études comme il suit:
"Il y a abandon de formation lorsque le requérant quitte la formation suivie sans avoir obtenu le titre visé et sans reprendre de formation dans un délai de deux ans à compter de l'interruption."
L'Exposé des motifs et projet de loi (EMPL) sur l’aide aux études et à la formation professionnelle (octobre 2013, tiré à part n° 108, p. 39
ad.
art. 33 LAEF) indique qu'en cas d’interruption de la formation, la partie de la bourse déjà versée pour la période postérieure à l’interruption, soit la période durant laquelle la personne n’est plus réputée être en formation, doit être restituée dans le délai de 30 jours. Il s’agit en effet d’une prestation assimilable à une prestation indue, ce qui justifie un remboursement immédiat. Le motif de l’interruption n’est pas déterminant. Selon la jurisprudence rendue déjà sous l'angle de l'ancienne LAEF du 11 septembre 1973 (aLAEF) et confirmée sous l'empire de la loi actuelle, le soutien de l'Etat n'est octroyé que lorsqu'il est nécessaire aux étudiants et élèves fréquentant une école.
A contrario
, le bénéficiaire qui ne suit plus les cours ou la formation pour lesquels il a reçu une bourse doit la restituer pour cette période: la prestation ayant perdu sa cause, elle est désormais indue, même si l'arrêt des études a une cause extérieure au boursier et ne peut lui être reproché (en application de l'aLAEF, cf. CDAP BO.2012.0021 du 12 novembre 2012 consid. 2b, BO 2011.0023 du 5 octobre 2011 consid. 3a; en application de la LAEF, cf. CDAP BO.2018.0033 du 1
er
juillet 2019 consid. 3a, BO.2017.0032 du 6 juin 2018).
Sous le titre marginal "
Aides perçues indûment ou détournées
", l'art. 35 LAEF prévoit ce qui suit:
"
1
L'allocation perçue doit être entièrement restituée par le bénéficiaire qui:
a. a obtenu indûment cette aide de l'Etat sur la base d'informations inexactes ou incomplètes;
b. a détourné l'aide à d'autres fins que celles auxquelles la présente loi les destine.
2
Toute nouvelle demande d'aide financière peut être rejetée temporairement ou définitivement.
3
Si le réexamen de la situation du requérant, notamment dans le cas visé à l'article 41, alinéa 2, conduit à constater que tout ou partie de l'aide a été versée à tort, celle-ci doit être restituée.
4
Les allocations doivent être restituées dans les 30 jours suivant la notification de la décision de restitution."
L'art. 41 LAEF, mentionné à l'art. 35 al. 3 LAEF et intitulé "
Obligation d'informer
", est formulé comme il suit:
"
1
Le requérant est tenu de communiquer toutes les indications nécessaires à la détermination du droit aux prestations. Ces indications doivent être complètes et conformes à la vérité.
2
Au cours de la période pour laquelle l'allocation a été octroyée, le bénéficiaire ou son représentant légal doit annoncer, sans délai, tout changement sensible dans sa situation personnelle ou financière, de nature à entraîner la modification des prestations qui lui sont accordées. Dans un tel cas, le service est fondé à procéder au réexamen de sa décision."
c) En l'occurrence, on relèvera que l'art. 8 al. 3 LAEF prévoit que pour bénéficier d'une bourse, l'étudiant doit être régulièrement inscrit, c'est-à-dire, d'une part, admis par l'établissement de formation concerné et, d'autre part, effectivement en formation (cf. art. 4 al. 1 RLAEF).
Or, par décision du 17 octobre 2017, le recourant s'est vu exmatriculé de l'UNIL au motif qu'il ne s'était pas acquitté des taxes et frais d'inscription dans le délai. Le recourant reconnaît lui-même avoir pensé, à tort, qu'il n'était pas nécessaire de s'inscrire aux cours du semestre d'automne 2017/2018 pour uniquement repasser ses examens précédemment échoués (cf. son courrier électronique du 17 décembre 2018 et sa réclamation du 24 janvier 2019). Le fait qu'il ait finalement versé les montants réclamés, le 7 novembre 2017, soit en dehors de l'ultime délai de 15 jours imparti dans la décision d'exmatriculation (alors qu'il avait déjà reçu le premier versement de la bourse le 7 octobre 2017), n'a pas eu pour effet de rendre cette décision caduque. Au contraire, le Service des immatriculations et inscriptions a, par courrier du 9 novembre 2017, demandé au recourant de transmettre ses coordonnées bancaires afin de lui rembourser le montant versé, démontrant par là qu'il n'acceptait pas ce paiement tardif. La vice-directrice de la Faculté de biologie a en outre confirmé, par courrier électronique du 14 janvier 2019, que la date de la décision d'exmatriculation faisait foi. Ainsi, après le 30 septembre 2017, une des conditions pour que le recourant puisse être considéré comme "
étudiant régulièrement inscrit
" au sens de l'art. 8 al. 3 LAEF n'était plus remplie. Enfin, le recourant a confirmé dans sa réclamation adressée le 24 janvier 2019 à l'autorité intimée que pour rester immatriculé à l'UNIL, il fallait non seulement verser les taxes et droits d'inscription, mais aussi s'inscrire aux cours et se présenter par exemple à "
l'examen blanc physique
"; il ne s'était pas inscrit aux cours et ne s'était pas non plus présenté à l'examen en question.
Indépendamment de la question de savoir si le recourant était régulièrement inscrit, il doit aussi être conclu qu'il n'a pas suivi de cours au-delà du mois de septembre 2017. Certes, le recourant fait valoir au chiffre III / 10 de son acte de recours (p. 4) qu'il "
allait régulièrement en cours
". Sous chiffre IV A / 2 (p. 7), il déclare toutefois que "
de facto
[il]
a, dans tous les cas, suivi la formation durant tout le mois de septembre 2017
"; il n'y est plus question des mois suivants. Par ailleurs, il avait exposé auparavant, notamment dans ses courriers électroniques du 17 décembre 2018 adressé à l'autorité intimée et du 8 janvier 2019 adressé à la vice-directrice de la Faculté de biologie (cf. let. D
in fine
et F
supra
), qu'il ne s'était pas inscrit aux cours et ne comptait pas se présenter à ceux-ci, voulant se concentrer sur la préparation des examens de rattrapage. Dans sa réclamation du 24 janvier 2019, le recourant a encore exposé qu'il avait certes "
suivi quelques cours en début de semestre
", mais qu'il voulait principalement se présenter aux examens et ne pas s'inscrire aux cours; il ne s'était dès lors pas inscrit aux cours, n'avait ainsi pas reçu le planning des cours et par conséquent pas non plus la date et l'heure de l'examen blanc précité qu'il avait manqué. Afin de pouvoir suivre régulièrement les cours, le recourant aurait eu besoin du planning de ceux-ci. De plus, en suivant régulièrement les cours, il n'aurait pas non plus manqué la date de l'examen blanc en question.
On doit donc déduire de ce qui précède que le recourant n'a pas suivi les cours au-delà du mois de septembre 2017. Si le recourant prétend s'être concentré sur ses examens de rattrapage de la deuxième année d'études qu'il entendait effectuer pendant la troisième année d'études, au lieu de suivre les cours respectivement de s'être présenté encore en été 2017 aux séances d'examen de rattrapage (cf. ég. les contacts du recourant avec l'autorité intimée des 27 et 30 juin 2017 évoqués sous let. C
supra
), cela ne suffit pas pour admettre qu'il a poursuivi sa formation et les cours au sens de la jurisprudence précitée. S'il ne peut pas encore être question d'un abandon des études au sens des art. 20 al. 1 et 33 al. 3 LAEF, on est tout de même en présence d'une
interruption de la formation en cours d'année au sens de l'art. 33 al. 1 LAEF. Cela justifie la demande en restitution en application des art. 33 al. 1 et 35 al. 3 LAEF. L'autorité intimée est en particulier en droit de demander la restitution complète également pour les mois d'octobre et novembre 2017, de sorte que le montant de 12'190 fr. demandé en restitution n'est pas critiquable.
4.
Dès lors, le recours est mal fondé et doit être rejeté, la nouvelle décision de l'autorité intimée du 20 septembre 2019 qui annule et remplace celle du 24 mai 2019 devant être confirmée. Il découle des considérants qui précèdent qu'il n'est pas nécessaire de procéder à une instruction complémentaire s'agissant des circonstances exactes de l'exmatriculation du recourant.
Vu le sort de la cause, les frais judiciaires, arrêtés à 100 fr., sont mis à la charge du recourant, qui succombe dans une large mesure (art. 49 al. 1, 91 et 99 LPA-VD; art. 4 al. 1 du tarif des frais judiciaires et des dépens en matière administrative, du 28 avril 2015 - TFJDA; BLV 173.36.5.1). Il n'est pas alloué de dépens (art. 55 al. 1, 91 et 99 LPA-VD).