Decision ID: 77367f24-31a4-5015-b688-29baec432f64
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
, le jugement du Tribunal de première instance
JTPI/1580/2015
du
3 février 2015, notifié le 5 février 2015, qui, statuant sur mesures protectrices de l'union conjugale, a, notamment, attribué à B_ la jouissance exclusive du domicile conjugal (ch. 2) et imparti un délai au 31 mars 2015 à A_ pour le quitter (ch. 3);
Vu l'appel formé le 16 février 2015 par A_, qui conclut à ce qu'un délai au 31 juillet 2015 lui soit accordé pour quitter le domicile conjugal;
Vu la requête d'effet suspensif, l'appelant exposant qu'il ne dispose ni d'une solution de relogement ni de moyens lui permettant de résider à l'hôtel, que son emploi pourrait être mis en péril s'il était sans domicile fixe et que la poursuite de la vie commune jusqu'à fin juillet 2015 ne serait pas de nature à causer à l'intimée un préjudice difficilement réparable;
Que l'intimée s'oppose à l'octroi de l'effet suspensif, faisant valoir que la vie commune est insupportable, que son mari s'est montré violent à son égard, a brisé le 5 janvier 2015, alors qu'il était sous l'emprise de l'alcool, la serrure et les vitres de la porte d'entrée de l'immeuble voisin de celui dans lequel les parties habitent, de sorte que l'intimée, qui est concierge de l'immeuble en question, a été interpellée par son employeur; son emploi et la poursuite du bail qui y est lié seraient ainsi en péril;
Considérant,

EN DROIT
, que la Cour est saisie d'un appel au sens de l'art. 308 CPC;
Que l'ordonnance querellée portant sur des mesures provisionnelles, l'appel n'a pas d'effet suspensif ex lege (art. 315 al. 4 let. b CPC);
Que la Présidente soussignée a compétence pour statuer sur la requête d'effet suspensif, vu la nature incidente et provisionnelle d'une telle décision et la délégation prévue à cet effet par l'art. 18 al. 2 LaCC, concrétisée par une décision de la Chambre civile siégeant en audience plénière et publiée sur le site Internet de la Cour;
Qu'à teneur de l'art. 315 al. 5 CPC, l'exécution de mesures provisionnelles peut exceptionnellement être suspendue si la partie concernée risque de subir un préjudice difficilement réparable, notion se distinguant de celle de "préjudice irréparable" au sens notamment de l'art. 93 al. 1 let. a LTF (sur cette dernière notion, cf. arrêt du Tribunal fédéral
4A_458/2010
du 18 novembre 2010 consid. 1.1), permettant de tenir compte également d'un préjudice de fait et s'examinant à l'aune de l'efficacité du jugement à rendre à l'issue de la procédure ordinaire, qui en serait compromise (arrêt du Tribunal fédéral
4P.5/2002
du 8 avril 2002 consid. 3a);
Que, saisie d'une demande d'effet suspensif au sens de l'art. 315 al. 5 CPC, l'autorité cantonale d'appel doit ainsi procéder à une nouvelle pesée des intérêts entre les deux préjudices difficilement réparables, celui du demandeur à l'action si la mesure n'était pas exécutée immédiatement et celui qu'entraînerait pour le défendeur l'exécution de cette mesure (ATF
138 III 378
consid. 6.3 et les références citées;
137 III 475
consid. 4.1; arrêt du Tribunal fédéral
5A_514/2012
du 4 septembre 2012 consid. 3.2.2);
Que l'exécution immédiate demeure la règle et la suspension du caractère exécutoire l'exception (ATF
107 Ia 269
; arrêts du Tribunal fédéral
4D_26/2011
du 6 mai 2011 consid. 2;
5P.104/2005
du 18 juillet 2005 consid. 1.2);
Qu'en l'espèce, il convient de procéder à la pesée des intérêts et notamment du préjudice difficilement réparable résultant pour chaque partie de l'octroi ou du refus de l'effet suspensif;
Que, compte tenu des importantes tensions régnant au sein du couple et de la violence dont a fait preuve l'appelant récemment, il convient d'assimiler la poursuite de la vie commune pendant la procédure d'appel à un préjudice difficilement réparable pour l'intimée;
Qu'à cet égard, le comportement violent de l'appelant peut inspirer à l'intimée des craintes
prima facie
fondées, y compris en ce qui concerne une éventuelle résiliation de ses rapports de travail, son employeur étant susceptible de considérer que l'atteinte portée par l'appelant aux égards dus aux autres locataires serait, si elle devait se répéter, de nature à justifier la résiliation tant du bail que du contrat de travail de l'intimée;
Que, par ailleurs, il peut être exigé de la part de l'appelant qu'il trouve une solution d'hébergement, même provisoire, pendant la durée de la procédure d'appel;
Que celui-ci n'a pas allégué qu'il aurait entrepris une quelconque recherche de logement, même provisoire, qui serait restée vaine;
Que, partant, dans la pesée des intérêts à laquelle il convient de procéder, l'intérêt de l'appelant à pouvoir demeurer pendant la procédure d'appel dans l'appartement conjugal ne l'emporte pas sur l'inconvénient qui en résulte pour l'intimée;
Qu'au vu de ce qui précède, la requête d'effet suspensif sera rejetée;
Que cette solution rend, certes, (à tout le moins) en partie sans objet la procédure d'appel, dans la mesure où celle-ci est circonscrite à la seule question de la prolongation du délai imparti au mari pour quitter le domicile conjugal;
Que cet élément n'est cependant pas de nature à justifier l'octroi de l'effet suspensif;
Qu'en effet, l'effet suspensif ne saurait être octroyé dans l'unique but de préserver l'objet du litige pendant la procédure d'appel;
Qu'au contraire, l'octroi (exceptionnel) de l'effet suspensif s'apprécie en fonction de l'ensemble des circonstances du cas d'espèce et, singulièrement, de la pesée des intérêts entre le préjudice difficilement réparable causé à chacune des parties par la décision d'octroi ou de refus de l'effet suspensif;
Qu'il sera statué sur les frais et dépens de l'incident avec la décision au fond (art. 104
al. 3 CPC);
Considérant enfin que la présente décision, de nature incidente, rendue dans le cadre d'une procédure dont la valeur litigeuse est supérieure à 30'000 fr., est susceptible d'un recours en matière civile au Tribunal fédéral, dans les limites de l'art. 93 LTF (ATF
137 III 475
consid. 1; arrêt du Tribunal fédéral
4D_26/2011
consid. 2 et 3) et que la décision relative à une requête d'effet suspensif étant une mesure provisionnelle au sens de
l'art. 98 LTF, seule peut être invoquée la violation des droits constitutionnels (art. 98 LTF; ATF
137 III 475
consid. 2; arrêt du Tribunal fédéral
2C_8/2011
du 3 mars 2011 consid. 3.1).
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