Decision ID: 4566e2ee-5456-5a81-905b-7267fb70e514
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. a)
B_, né le _ 1939, est veuf depuis février 2013. Ses deux filles, A_ et D_, s'opposent dans un important conflit familial, notamment en lien avec la succession de leur mère.
b)
Le 30 avril 2013
,
le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a, à la requête de A_, instauré une curatelle de portée générale en faveur de B_ et désigné C_, avocat, en qualité de curateur.
Dans le cadre de cette procédure, C_ avait en outre été désigné comme curateur d'office chargé de la représentation de B_ dans la procédure de protection à compter du 5 avril 2013.
c)
A diverses reprises,A_ a sollicité la révocation de ce curateur et demandé que la curatelle de portée générale en faveur de son père lui soit confiée.
d)
Le 3 mars 2015, le Tribunal de protection a relevé C_ de son mandat et réservé l'approbation de ses rapport et comptes finaux, puis a désigné E_, avocat, et A_ comme co-curateurs, le premier étant chargé des aspects administratifs, juridiques et financiers, la seconde des aspects sociaux, d'assistance à la personne et médicaux de la mesure.
Cette décision a été confirmée par l'Autorité de surveillance le 26 août 2015 sur recours de A_.
e)
Le 15 août 2016, C_ a remis au Tribunal de protection son rapport et ses comptes finaux pour la période allant du 13 avril 2013 au 25 septembre 2015.
Son rapport comprend un compte rendu sur les plans social et financier, ainsi qu'un état de frais.
e.a)
Dans son rapport social, le curateur a notamment indiqué que l'aide à domicile était régulière et bonne, mais trop coûteuse, vu l'isolement dans lequel se trouvait le pupille (rapport p. 2, rubrique "réseaux et encadrement"), que son état de santé ne permettait pas des vacances à l'étranger (rapport p. 2, rubrique "loisirs et vacances"), en invitant le Tribunal de protection à s'adresser au nouveau curateur s'agissant des projets d'avenir.
Le curateur n'a en revanche fait état d'aucune activité déployée pour le compte de son protégé dans le cadre d'une quelconque procédure pénale.
e.b)
Sur le plan financier, les comptes finaux remis par C_ contiennent une liste des dépenses et des recettes pour la période du 30 avril 2013 au 25 septembre 2015, ainsi qu'un état des actifs et passifs des biens de B_ au 25 septembre 2015. Le curateur y a joint des explications.
La liste des dépenses fait mention d'un montant de 69'344 fr. au titre de frais médicaux pour les années 2014 et 2015; elle ne fait état d'aucune charge fiscale ni hypothécaire. Selon les explications fournies par le curateur, les frais d'assurance maladie pour l'année 2013 doivent être réduits de la part découlant de l'hospitalisation de l'épouse défunte, qui constituent la part largement prépondérante.
La liste des recettes fait état des montants de 31'260 fr. à titre de rente AVS/AI, de 109'920 fr. à titre de pension, de 10'863 fr. à titre de rente complémentaire de la SUVA et de 42'538 fr. à titre de remboursement des frais médicaux. Les pièces produites par le curateur à l'appui de ses comptes finaux attestent d'une rente AVS/AI de 1'042 fr. par mois et d'une rente de la SUVA de 362 fr. 10 par mois; elles ne justifient en revanche pas du montant de la rente mensuelle versée par le Fonds de pension. Dans les notes explicatives, le curateur a indiqué avoir tenu compte des montants perçus durant 30 mois.
L'état des biens fait mention des avoirs bancaires en Suisse et du bien immobilier sis à F_ (Genève), ainsi que, pour mémoire et sans indication de la valeur, des biens mobiliers et immobiliers situés en Egypte.
e.c)
L'état de frais soumis par le curateur fait état de 25 heures et 10 minutes (1'510 minutes) d'activité de gestion, et de 52 heures (2'265 minutes et 855 minutes, soit au total 3'120 minutes) d'activité juridique.
Les 52 heures d'activité juridique comprennent 445 minutes d'activité déployée dans une procédure pénale entre le 14 avril 2014 et le 10 juin 2014, soit en détail "consultation dossier au MP : 60 min.; déterminations au MP : 180 min.; bordereau pour déterminations MP : 45 min.; consultation dossier au MP : 60 min.; déterminations au MP : 100 min.".
B. a)
Par décision
CTAE/890/2018
rendue le 23 mars 2018, le Tribunal de protection a approuvé les rapport et comptes finaux couvrant la période du 13 avril 2013 au 25 septembre 2015 et arrêté les honoraires de C_ à 31'016 fr. 70, correspondant à 75 heures et 10 minutes de gestion courante au tarif de 200 fr. de l'heure et à 45 heures et 40 minutes d'activité juridique au tarif de 350 fr. de l'heure.
La décision a été communiquée à C_, à B_ et à son actuel curateur chargé des aspects administratifs, juridiques et financiers.
A_ en a eu connaissance par la notification effectuée à son père, qui l'a reçue le 28 mars 2018.
b)
Les 4 avril et 17 avril 2018, A_ a demandé à pouvoir consulter l'intégralité du dossier C/3432/2013 concernant son père.
Le Tribunal de protection a refusé sa requête le 19 avril 2018 en se référant à l'art. 451 al. 1 CC.
C. a)
Par acte expédié à la Chambre de surveillance le 26 avril 2018, A_ a recouru contre cette décision. Elle demande à titre préalable à être autorisée à consulter l'intégralité du dossier de la procédure C/3432/2013 puis à compléter son recours. Elle conclut principalement à ce que la décision querellée ainsi que de toute autre décision relative à des honoraires en faveur de E_ qui n'aurait été notifiée ni à son père comme personne concernée, ni à elle-même soient annulées, à ce qu'elle-même soit autorisée à avoir un accès complet à la procédure C/3432/2013, à ce que la cause soit renvoyée au Tribunal de protection avec injonction à ce dernier de lui mettre le dossier C/3432/2013 à disposition, à ce que le rapport de C_ soit refusé et à ce que ce dernier soit débouté de toute prétention en rémunération à l'égard de B_, subsidiairement à ce que les honoraires de C_ soient réduits à 1'800 fr. et mis à la charge de l'Etat.
Elle critique l'activité déployée par C_, reprenant les griefs invoqués dans ses diverses requêtes en révocation de ce dernier, notamment en regard de la gestion de la rente de veuf, des frais médicaux, du règlement des impôts et autres factures restées impayées.
b)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité revoir sa décision.
c)
E_, actuel curateur chargé de représenter B_ dans les domaines administratifs, juridiques et financiers, s'en est rapporté à justice.
d)
C_ a conclu à la confirmation de la décision entreprise.
e)
A_ et C_ ont répliqué, persistant dans leurs conclusions.
f)
Par ordonnance du 6 juin 2019, la Chambre de surveillance a invité A_ à consulter le dossier de la procédure de recours, contenant les actes du dossier du Tribunal de protection relatifs à la procédure d'approbation des rapport et comptes finaux remis le 15 août 2016 par C_, précédent curateur de portée générale de B_, pour la période allant du 13 avril 2013 au 25 septembre 2015, et à faire toutes observations utiles.
g)
Dans ses observations déposées le 28 juin 2019 après consultation du dossier autorisée le 6 juin 2019, A_ a persisté dans son recours.
h)
Le 4 décembre 2019, l'actuel curateur de B_ a indiqué n'avoir pas d'observations à formuler.
i)
Le 13 janvier 2020, C_ a persisté dans ses conclusions.
j)
Dans le cadre de son recours, A_ a sollicité que les juges ayant déjà statué dans la présente cause soient écartés. Sa requête a été soumise à la Délégation des Juges de la Cour de justice en matière de récusation, qui l'a déclarée irrecevable par décision du 31 août 2018.
Deux autres requêtes en récusation des trois magistrats de la Chambre de surveillance ont été déposées par A_ les 9 janvier et 18 juin 2019. Elles ont été rejetées par la Délégation des Juges de la Cour de justice en matière de récusation par décisions des 6 mai et 30 octobre 2019.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours (art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de leur notification (art. 450b al. 1 CC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC).
Ont qualité pour recourir les personnes parties à la procédure (art. 450 al. 2 ch. 1), les proches de la personne concernée (ch. 2) et les personnes qui ont un intérêt juridique à l'annulation ou à la modification de la décision attaquée (ch. 3).
Le proche est une personne qui connaît bien la personne concernée et qui, grâce à ses qualités et, le plus souvent, grâce à ses rapports réguliers avec celle-ci, paraît apte à en défendre les intérêts (arrêts du Tribunal fédéral
5A_746/2016
du 5 avril 2017 consid. 2.3.2,
5A_683/2013
du 11 décembre 2013 consid. 1.2; Steck, in CommFam, Protection de l'adulte, 2013, n° 24 ad art. 450 CC).
Le curateur a qualité de partie à la procédure lorsque celle-ci a pour objet ses actes ou ses omissions (art. 450 al. 2 ch. 1 CC; steck, op. cit., n. 21 ad art. 450).