Decision ID: c741be70-c3f9-4c51-9c76-85e32406dfa9
Year: 2022
Language: fr
Court: VS_BZG
Chamber: VS_BZG_999
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

Faits
A. X _, né le 2 juillet 1996, a subi différentes sanctions (les 23 janvier 2019
[Office des juges d’application des peines, Lausanne], 1er janvier 2020 [Tribunal de police
de Monthey], 1er janvier 2021 [Tribunal de police de Collombey] et 8 juin 2021 [Tribunal du
IIIème arrondissement pour le district de Monthey]). Ce dernier jugement l’a condamné à une
peine privative de liberté de 12 mois pour violation grave de la LStup.
X _ a été incarcéré dans un premier temps à la Prison de Sion, puis transféré,
dans un second temps, le 6 janvier 2022, à l’Etablissement pénitentiaire de Crêtelongue
(EPCL), à Granges, où il occupait la cellule n° 12.
Le 24 février 2022, peu avant midi, A _, également détenu dans le même bâtiment
cellulaire principal secteur A, a demandé aux agents de détention présents de consulter les
caméras de surveillance car il avait été agressé par X _. Le ton est alors monté
dans ce secteur et les agents de détention ont fait appel au Chef de secteur « sécurité » afin
de séparer les différents intervenants. Ce dernier s’est ensuite entretenu avec A _
et il s’est par la suite rendu, une fois la situation apaisée, à la centrale de l’établissement
pour voir les images tirées des caméras de surveillance situées dans le couloir menant aux
différentes cellules nos 9 à 18. Sur ces images, enregistrées sur une clé USB portant la
référence « EPCL/A1 22 58 24.02.2022 » figurant dans le dossier du Service de l’application
des peines, l’on y voit, pour la séquence prise entre 11h :34mn :28s et 11h :34mn :50s, une
légère altercation physique, s’apparentant à une bousculade réciproque, née suite à une
discussion animée, entre les détenus X _ et A _, avant que les
intéressés entrent dans la cellule de A _ (soit la n° 14), dont l’intérieur est, ce qui
est normal, hors du champ de vision d’une quelconque caméra.
Selon le rapport établi le 5 avril 2022 par la responsable de l’EPCL, les versions des deux
protagonistes divergeaient mais, sur la base des images vidéos (montrant les deux hommes
avoir une discussion animée, puis se bousculer tous deux en se poussant mutuellement sur
la poitrine et les épaules, sans échanges de coups) et de l’avis des agents B _ et
C _, tous deux ont été sanctionnés (par prononcé du 25 février 2022) d’une
amende de 100 fr. pour violation de l’article 54 al. 1 let. g de l’ordonnance sur les droits et
les devoirs de la personne détenue du 18 décembre 2013 (ODDD ; RS/VS 340.100). Il est
également ressorti de l’enquête menée par l’EPCL qu’un conflit existait entre eux avant cet
événement et que deux semaines plus tard, X _, qui n’a jamais avoué avoir
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bousculé A _, sera impliqué dans deux bagarres successives (soit les 7 et 28 mars
2022) avec un autre détenu.
Lors de son audition, le 24 février 2022, X _ a exposé que A _ « tapait
dans mon mur depuis une semaine et demie à partir de 22h sous prétexte que je fais trop
de bruit avec mes collègues ». Le 24 février vers 11h40, l’ayant croisé dans le couloir, il avait
donc tenté de s’expliquer avec lui. Il a ajouté : « On s’est énervés et il m’a proposé d’aller
dans sa cellule et on a seulement discuté. Je reconnais qu’on a un peu haussé le ton. Il n’y
a pas eu de coup donné d’un côté ou de l’autre ni dans le corridor ni dans la cellule ». Pour
sa part, A _ a notamment dit : « on s’est poussés » dans le couloir. D’après lui, ils
se seraient par la suite battus dans sa cellule.
B. Le 26 février 2022, X _ a formé auprès du Tribunal cantonal un recours de
droit administratif contre le prononcé du 25 février 2022, concluant implicitement à son
annulation. Il a, en substance, allégué que « nous avons simplement débattus verbalement
sans insultes, ni coup », estimant de surcroît que « la sanction est totalement démesurée ».
Il a précisé que des différends étaient nés entre eux depuis quelques semaines pour des
motifs liés au racisme (dont serait victime, selon lui, A _) et au bruit (à cause de la
télévision) le soir, leurs cellules étant côte à côte, et que seul A _ s’en plaignait
« sur les 18 autres détenus présents dans le secteur ».
Dans sa détermination du 6 avril 2022, le SAPEM a proposé le rejet du recours sous suite
de frais. Il a d’abord relevé que le visionnage des caméras vidéos avait clairement établi
qu’une altercation physique avait eu lieu entre X _ et A _, ces deux
personnes s’étant bousculées, altercation physique qui avait troublé l’ordre et la sécurité de
l’établissement. Le SAPEM a ensuite considéré que le montant de 100 fr. fixé pour
sanctionner la faute de X _ était proportionné.
Par ordonnance du 8 avril 2022, le juge de céans a fixé à X _ un délai pour
formuler d’éventuelles remarques complémentaires. Cette ordonnance est restée lettre
morte.

Considérant en droit
1.1. Sans - loin s’en faut - vouloir faire preuve de trop de formalisme, notamment quant
aux exigences à remplir en matière de motivation, le juge de céans admet la recevabilité
du recours du 26 juin 2022, déposé en temps utile (art. 72, 78 let. a, 80 al. 1 let. b-c, 46 et
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48 LPJA ; art. 26 al. 3 de la loi d’application du code pénal du 12 mai 2016 [LACP ;
RS/VS 311.1] et 58 al. 5 ODDD) sans l’aide d’un homme de loi, avec néanmoins la
réserve qui va suivre.
1.2. La question de savoir si le recourant dispose toujours d’un intérêt actuel (cf. art. 44
al. 1 LPJA) à recourir est fortement douteuse, car selon la fiche d’exécution figurant au
dossier, la date de sortie de prison prévue était le 22.07.2022 et que l’intéressé ne doit
pas exécuter d’autres peines. L’on ne se trouve donc pas dans l’hypothèse où l’arrêt à
rendre peut influencer d’éventuelles sanctions ultérieures dans le cadre d’autres
détentions déjà prévues (pour des exemples, voir ACDP A1 15 5 du 20 février 2015 p. 3
et A1 14 82 du 17 avril 2014 p. 3). Néanmoins, supposé recevable, le recours devrait
être rejeté pour les raisons qui vont suivre.
2. Dans un premier grief, le recourant invoque implicitement une violation de l’article
78 al. 1 let. a LPJA. Selon lui, aucun coup n’a été échangé et « nous avons simplement
débattus verbalement ».
Le recourant se méprend sur la portée de la décision/sanction du 25 février 2022 puisque
cette dernière n’a fait qu’énoncer « une altercation avec un co-détenu » sans jamais
mentionner l’existence de coups. Le rapport/prise de position du 5 avril 2022 répète
d’ailleurs qu’avait eu lieu un « contact physique », sans parler de coups. Ces faits sont
établis de manière irréfutable par le visionnage de la clé USB sur laquelle le juge de
céans a également pu voir, comme l’instance précédente, que le 24 février 2022 entre
11h 34mn 28s et 50s, le recourant et A _, très énervés et se sont
réciproquement bousculés, chacun d’eux poussant l’autre en apposant ses mains sur sa
poitrine et ses épaules.
Mal fondé, le grief est donc rejeté.
3. Le recourant semble ensuite invoquer une violation du droit. De son point de vue,
aucune sanction ne se justifiait puisque « Je n’ai absolument rien fait ».
Il faut d’emblée relever que cette assertion est fausse car, on l’a vu plus haut, il y a eu
altercation physique entre le recourant et A _. Il convient maintenant
d’analyser l’incidence de ces faits sous l’angle juridique.
3.1. L’article 52 ODDD prévoit que l’ordre et la discipline doivent être maintenus dans
l’intérêt de la sécurité, d’une vie communautaire bien organisée et des objectifs
poursuivis dans l’établissement.
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L’article 54 al. 1 let. g ODDD stipule que constituent une infraction disciplinaire les actes
de violence contre un codétenu ou le personnel et tout autre acte tombant sous le coup
de la loi pénale. Ce texte est intégralement repris à l’article 26 al. 1 du Règlement de
l’Etablissement pénitentiaire de Crêtelongue « Secteur Exécution », entré en vigueur le
1er janvier 2019 (ci-après : le Règlement Crêtelongue).
Selon la jurisprudence (cf. ACDP A1 15 5 précité p. 3), le fait d’avoir une altercation
verbale et physique est contraire au comportement qu’un établissement pénitentiaire est
en droit d’attendre de ses pensionnaires.
3.2. En l’occurrence, il ressort des faits établis que le recourant, énervé par une discussion
animée avec A _ dans le couloir conduisant aux cellules, l’a volontairement
bousculé en appuyant, d’une manière assez intense, avec ses mains sur sa poitrine et ses
épaules. Une telle altercation physique, certes relativement légère, est néanmoins déjà
constitutive d’un « acte de violence » au sens de l’article 54 al. 1 let. g ODDD. En effet, si
l’ODDD ne définit pas cette notion d’« acte de violence », on peut l’interpréter en s’inspirant
des définitions données par le droit pénal. Or, une forte bourrade avec les mains est une
voie de fait au sens de l’article 126 al. 1 du code pénal suisse du 21 décembre 1937 (CP;
RS 311.0) (arrêt du Tribunal fédéral 6B_386/2019 du 25 septembre 2019 consid. 2.1 ;
Dupuis/Moreillon/Piguet/Berger/Mazou/Rodigari, Code pénal, 2ème éd. 2017, n. 5 ad art. 126
CP), car elle une atteinte physique qui excède ce qui est socialement toléré et qui ne cause
ni lésion corporelle ni dommage à la santé, voire même aucune douleur physique (ATF 134
IV 189 consid. 1.2), et la violence est définie en droit pénal comme une action physique
d’une certaine intensité (Trechsel/Pierth [Hrsg.], Schweizerisches Strafgesetzbuch,
Praxiskommentar, 4ème éd. 2021, n. 3 ad art. 285 CP). Par conséquent, l’autorité de
première instance n’a pas violé le droit en considérant que le recourant avait violé les
articles 52, 54 al. 1 let. g ODDD et 26 du Règlement Crêtelongue.
Partant, mal fondé, le grief est rejeté.
4. Dans une dernière critique, le recourant juge la sanction infligée (100 fr. d’amende)
disproportionnée.
4.1. L’exercice du pouvoir disciplinaire, notamment pour ce qui est du choix des mesures
ou sanctions, est effectivement subordonné au respect de principe de proportionnalité
qui régit les modalités de la détention (Dominique Favre in Commentaire romand, Code
pénal I, 2ème éd. 2021, n. 5 ad 91 CP). Une amende disciplinaire (cf. art. 91 al. 1 let. c CP)
se justifie en particulier lorsqu’il s’agit de restaurer l’ordre dans un établissement
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(Dominique Favre, op. cit., n. 49 ad art. 91 CP). En Valais, la loi ne prévoit pas un seuil
minimal, mais par contre un seuil maximal de 1000 fr. (cf. art. 55 al. 1 let. c ODDD).
L’article 55 al. 4 ODDD prévoit que la sanction disciplinaire tient compte de la nature et de
la gravité de l’infraction, de la culpabilité de son auteur ainsi que de ses antécédents
disciplinaires et de sa situation personnelle.
4.2. En l’occurrence, une altercation physique a eu lieu entre le recourant et un autre
détenu. Lors de cette altercation, qui ne s’est pas limitée à des mots, contrairement à ce
que soutient le recourant, ce dernier a fortement appuyé, à plusieurs reprises, ses mains
sur la poitrine et les épaules de l’autre belligérant. Une telle attitude, qui ne saurait être
minimisée car elle était assimilable à un début de bagarre, a troublé l’ordre et la sécurité
de l’établissement pénitentiaire car elle a d’abord nécessité l’intervention de deux agents
de détention (MM. B _ et C _) et du Chef de secteur « sécurité »,
puis a nécessité l’intervention d’agents de détention au réfectoire pour contenir plusieurs
détenus, échaudés par l’altercation survenue auparavant entre le recourant et
A _, dont il faut relever qu’ils ne s’étaient pas contentés, dans le couloir, de se
provoquer et de se bousculer, mais qu’ils se sont apparemment ensuite, dans la cellule
de A _, battus. Il faut, de plus, relever que l’attitude procédurale du recourant
n’a de loin pas été exemplaire puisqu’il a toujours nié avoir bousculé A _ alors
que les images vidéos démontrent clairement le contraire. Sur le vu de ces différentes
considérations, la quotité (100 fr.) de l’amende était parfaitement adéquate pour
sanctionner le comportement du recourant.
Mal fondé, le grief est rejeté.
5. En définitive, le recours du 26 février 2022, supposé recevable, aurait dû être rejeté
(art. 80 al. 1 lit. e et 60 al. 1 LPJA) et la décision (sanction disciplinaire) du 25 février
2022 intégralement maintenue.
6. X _ paiera un émolument de justice fixé, pour tenir compte, en particulier,
des principes de la couverture des frais et de l’équivalence des prestations, à 300 fr.,
débours inclus (art. 89 al. 1 LPJA ; art. 3 al. 3, 11, 13 al. 1, 25 de la loi du 11 février 2009
fixant le tarif des frais et dépens devant les autorités judiciaires ou administratives –
LTar ; RS/VS 173.8).
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