Decision ID: e9a04183-6590-4480-ae2d-98309424b2f6
Year: 2003
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. Née en 1965, de nationalité arménienne, X._ a suivi des études de lettres dans son pays d'origine, puis un programme de développement personnel dans le domaine des affaires aux Etats-Unis; elle a ensuite travaillé au sein de plusieurs administrations ou associations internationales en qualité de consultante ou de conseillère économique, la dernière fois en qualité de cheffe de projet au service de l'Office régional de "********" sis à Lausanne, du 30 juillet 1996 au 31 mai 2001. Elle a bénéficié des prestations de l'assurance-chômage à compter du 1er juin 2001, notamment par le financement d'un cours de français dispensé d'août à octobre 2001. L'office régional de placement de Pully (ci-après: l'ORP) l'a invitée à prendre contact avec le Bureau des programmes d'occupation dans le courant du mois de mars 2001; diverses propositions d'emplois temporaires subventionnés (ci-après: ETS) au sein d'organisations internationales ont alors été faites à l'assurée, qui n'y donna pas suite au motif que les emplois ne s'étaient pas révélés qualifiants. Depuis le mois d'octobre 2001, elle a réduit son aptitude au placement à 80% afin de suivre le cours postgrade "Informatique et Organisation" dispensé par l'Université de Lausanne à raison d'un jour par semaine.
B. Par lettre du 19 septembre 2002, l'ORP a assigné l'assurée à un ETS d'une durée de six mois auprès de "Puissance L", à Lausanne, institution à but non lucratif s'occupant de programmes de réinsertion professionnelle. Dans le courrier du même jour adressé à l'organisateur de la mesure, l'ORP mentionna, comme objectif du placement, "Cheffe de projet ou autre emploi convenable", et comme objectifs de la mesure, "Evaluation de la disponibilité et acquisition de compétences". Le 24 septembre 2002, au terme de l'entretien qu'elle a eu avec l'organisateur de la mesure, l'assurée a refusé la proposition d'emploi au motif que celui-ci "ne lui servirait à rien"; l'ORP en fut avisé par lettre du 25 septembre suivant. L'intéressée a expliqué les raisons de ce refus à sa conseillère en placement par courriers des 24 septembre et 2 octobre 2002, rédigés en anglais. Elle fit en substance valoir que l'ETS n'aurait rien ajouté à ses connaissances et à son expérience professionnelles, ne l'aurait pas aidée à retrouver un travail et l'aurait même entravée dans ses recherches d'emploi en rendant celles-ci plus difficiles. Elle déposa simultanément une demande de prise en charge d'un cours de perfectionnement de français.
C. Par décision du 3 octobre 2002, l'ORP a suspendu l'assurée dans son droit à l'indemnité pour une durée de 16 jours à compter du 25 septembre pour avoir refusé un ETS convenable.
Dans le cadre d'un recours interjeté devant le Service de l'emploi contre cette décision, l'assurée invoqua le fait qu'il ne lui avait pas été possible de comprendre, lors de l'entretien du 24 septembre 2002, en quoi la mesure aurait pu améliorer son aptitude au placement dès lors que le travail proposé aurait notamment consisté à donner des cours d'anglais et à apprendre le français. Dans sa réponse, l'ORP fit quant à lui valoir que l'emploi assigné, qui devait être défini d'entente avec l'organisateur de la mesure, avait pour but de permettre à l'intéressée de redevenir active après un chômage de longue durée, de reprendre ainsi un rythme de vie professionnelle et de pouvoir pratiquer le français dans un environnement de travail lui permettant également de poursuivre ses recherches d'emploi; il aurait également permis de vérifier l'aptitude au placement de l'assurée.
Par décision du 19 février 2003, le Service de l'emploi a confirmé la mesure de suspension prononcée par la caisse, retenant en substance que l'assurée, en ne disposant d'aucune perspective concrète d'embauche, ne pouvait refuser d'entrée un emploi destiné à établir un projet professionnel "sur mesure", au niveau local, avec la possibilité de pratiquer le français tout en disposant de facilités lui permettant de poursuivre ses recherches d'emploi, au besoin au moyen de cours dispensés à cette fin.
D. Par acte du 11 mars 2003, X._ a recouru contre cette décision et conclu à son annulation. Elle fit en résumé valoir qu'elle ne pouvait être contrainte d'accepter une activité qui n'avait été clairement définie, ni par l'ORP, ni par l'organisateur, mais qui était manifestement sans rapport avec ses compétences professionnelles élevées, lesquelles commandaient plutôt que soit admise sa demande de suivre un cours intensif de français. Elle fit en outre valoir que, nonobstant son premier refus, l'ORP s'était obstiné à l'assigner au même ETS à deux autres reprises, en octobre puis en novembre 2002, et l'avait à nouveau sanctionnée pour son refus réitéré d'y donner suite.
L'autorité intimée a déposé sa réponse au recours le 3 avril 2003 et conclu au rejet du pourvoi. Les arguments des parties seront repris ci-après dans la mesure utile.

Considérant en droit:
1. a) Déposé dans le délai de trente jours fixé par l'article 103 al. 3 de la Loi fédérale du 25 juin 1982 sur l'assurance-chômage (ci-après: LACI) dans sa teneur au moment où la décision litigieuse a été rendue, le recours, intervenu en temps utile, répond au surplus aux conditions de forme prévues à l'art. 31 LJPA (art. 103 al. 6 LACI).
b) En l'espèce, est seul litigieux le refus manifesté par l'assurée le 24 septembre 2002 d'accepter l'ETS auquel elle avait été assignée par l'ORP.
2. a) Aux termes de l'art. 17 al. 1er LACI, l'assuré qui fait valoir des prestations d'assurance doit, avec l'assistance de l'office du travail compétent, entreprendre tout ce que l'on peut raisonnablement exiger de lui pour éviter le chômage ou l'abréger. Tel est précisément le but des mesures dites de marché du travail (MMT) prévues aux art. 59 à 75 LACI afin d'améliorer l'aptitude au placement des chômeurs dont le placement est impossible ou très difficile. Au nombre de ces mesures figurent les ETS, tel celui proposé en l'espèce au recourant sous forme d'un programme organisé par une institution à but non lucratif, au sens de l'art. 72 al. 1er LACI, programme destiné à procurer un emploi à l'assuré ou à faciliter sa réinsertion, ceci principalement au moyen d'une relation de travail la plus proche possible d'une activité lucrative aux conditions du marché du travail, d'activités professionnelles correspondant le mieux possible à leurs formation et capacités, ou encore de mesures de formation faisant partie intégrante de l'emploi temporaire (Circulaire de l'Ofiamt relative aux mesures de marché du travail (MMT), édition 1997, p. 89 ss).
b) Sous peine de sanction (art. 30 al. 1er lit. d LACI), la participation à de telles mesures s'impose à l'assuré, conformément à l'art. 17 al. 3 LACI, tout comme la prise d'un emploi convenable. A ce titre, l'art. 72a al. 2 LACI dispose que, par analogie, l'assignation d'un emploi temporaire tel que celui proposé en l'espèce (art. 72 al. 1er LACI) est régie par les critères définissant le travail convenable au sens de l'art. 16 al. 2 lit. c LACI, à teneur duquel n'est pas réputé convenable et, par conséquent, est exclu de l'obligation d'être accepté, le travail qui ne convient pas à l'âge, à la situation personnelle ou à l'état de santé de l'assuré. S'il s'était par contre agi pour la recourante d'un stage professionnel effectué en entreprise ou dans une administration au sens de l'art. 72 al. 2 LACI, l'autorité se devait également, compte tenu du renvoi de l'art. 72a al. 2 in fine LACI, de se soucier des critères de travail convenable posés à l'art. 16 al. 2 lit. e, f, g et h de la loi (Tribunal administratif, arrêts PS 2003/ 0031 du 30 juin 2003, PS 2002/0163 du 23 mai 2003, PS 1999/092 du 8 février 2000, et les références citées).
3. a) En l'espèce, la recourante déduit tout d'abord le caractère non convenable de l'emploi assigné du fait que les tâches qui lui auraient été confiées ne correspondaient, ni à son expérience professionnelle, ni à ses qualifications élevées, respectivement qu'un tel travail, selon elle disqualifiant, aurait compromis ses chances de retrouver un emploi dans le cadre de la profession qu'elle avait exercée auparavant.
Depuis le mois de juin 2001, aucune perspective concrète d'embauche ne s'était présentée à l'assurée dans le cadre de la profession qu'elle avait exercée jusqu'alors au sein d'organismes internationaux, institutionnels ou privés. Les offres d'emploi versées au dossier de l'ORP révèlent en outre que l'intéressée s'est bornée à rechercher un poste de "project manager", tel que celui qu'elle avait occupé avant son chômage. Ainsi confrontée à la difficulté avérée de placer l'assurée, l'autorité pouvait donc exiger d'elle qu'elle étende ses recherches à d'autres activités, respectivement qu'elle accepte une proposition de placement, fut-il seulement destiné à permettre de renouer avec le monde du travail sur un plan local.
Ceci étant, on constate que les moyens invoqués par la recourante sont en réalité déduits de l'art. 16 al. 2 lit. b et d LACI à teneur desquels "n'est pas réputé convenable et, par conséquent, est exclu de l'obligation d'être accepté, le travail qui ne tient pas raisonnablement compte des aptitudes de l'assuré ou de l'activité qu'il a précédemment exercée", respectivement "compromet dans une notable mesure le retour de l'assuré dans sa profession, pour autant qu'une telle perspective existe dans un délai raisonnable".
L'art. 72a al. 2 in fine LACI excluant précisément que l'assuré puisse tirer argument des moyens déduits de l'art. 16 al. 2 lit. b et d LACI, force est de constater que la recourante n'allègue ni ne démontre que l'activité en cause n'était pas convenable au sens du seul art. 16 al. 2 lit. c qu'elle était en droit d'invoquer, savoir eu égard à son âge, à son état de santé ou à sa situation personnelle. A ce dernier titre, l'on comprend en effet mal que la mesure ait pu être inadéquate (en tant qu'elle aurait consisté, pour une personne maîtrisant l'anglais, à enseigner cette langue, respectivement que le travail ait pu être qualifié de non convenable si, comme l'intéressée semble plutôt l'admettre) sachant que l'activité n'avait en réalité pas encore été définie, mais devait être discutée ou négociée avec l'organisateur. Ainsi, à tout le moins prématuré, le refus litigieux était-il infondé.
b) La recourante soutient également que le travail proposé ne lui aurait pas permis de poursuivre ses recherches d'emploi.
Le placement en ETS ne dispensant pas l'assuré de rechercher activement un emploi durant la mesure (Circulaire MMT, p. 120, lit. I/20), l'organisateur est effectivement tenu d'aménager le temps de travail de l'intéressé pour ce faire. Rien ne permet cependant à la recourante d'affirmer que tel n'aurait pas été le cas.
4. De ce qui précède, il ressort que la recourante ne pouvait refuser d'entrée l'emploi temporaire qui lui avait été proposé.
Justifiée dans son principe, la sanction préconisée s'avère adéquate dans sa quotité, correspondant au minimum de ce qui est prévu à l'art. 45 al. 2 OACI pour une faute de gravité moyenne.