Decision ID: e4060087-f691-5b50-9ddb-b1bab684a913
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
A_, née le _ 1923, est célibataire et n'a pas d'enfants; elle vit seule au _ à Genève.![endif]>![if>
b)
Par courrier du 29 août 2013, la Commission de conciliation en matière de baux et loyers a signalé le cas de A_ au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection). A_ avait initié une procédure à l'encontre de son bailleur, portant sur l'exécution de travaux dans son appartement. Lors de l'audience de conciliation, elle avait toutefois adopté une attitude de refus vis-à-vis des démarches que le bailleur était disposé à entreprendre, y compris lorsque celles-ci allaient dans le sens de sa demande. Il était en outre apparu que A_ avait accumulé des arriérés de loyer et son conseil paraissait impuissant à lui faire entendre raison.
A_ ayant produit un certificat médical du 10 septembre 2013 attestant du fait qu'elle était capable de discernement et apte à gérer "ses papiers", le Tribunal de protection a procédé au classement de la procédure.
c)
Dans un nouveau courrier du 29 janvier 2015 adressé au Tribunal de protection, le Tribunal des baux et loyers a indiqué que A_ faisait l'objet d'une demande en évacuation en raison d'arriérés de loyer. Le bailleur, qui était disposé à trouver un accord, ne parvenait toutefois pas à entrer en pourparlers avec elle; A_ n'avait par ailleurs pas été en mesure de se présenter à l'audience devant le Tribunal des baux pour raisons de santé.
Le 12 mars 2015, la Doctoresse D_, médecin traitant de A_, a indiqué que sa patiente ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'une mesure de curatelle. Elle parvenait en effet à gérer ses intérêts administratifs (elle arrivait à l'heure à ses rendez-vous, payait ses factures, était cohérente et orientée dans le temps et l'espace) et était capable de discernement. Elle apparaissait apte à désigner un mandataire et capable d'en contrôler l'activité de façon appropriée à la sauvegarde de ses intérêts.
La procédure a été classée.
d)
Le cas de A_ a été signalé une nouvelle fois au Tribunal de protection par un courrier du Tribunal des baux et loyers du 19 juin 2015. Le Tribunal des baux indiquait avoir convoqué A_ à une audience, laquelle avait toutefois dû être rapidement levée. En effet et bien qu'un stagiaire du Tribunal se soit assis à côté de A_ et lui ait répété à très haute voix tous les propos tenus lors de l'audience, A_ n'avait absolument rien entendu. Le Tribunal des baux sollicitait par conséquent le prononcé d'une curatelle limitée à la représentation de A_ dans les différentes procédures pendantes.
Le Tribunal de protection a entendu la Doctoresse D_ le 17 juillet 2015. Celle-ci a indiqué que A_ était "sourde comme un pot", mais refusait de porter un appareil. Elle avait par ailleurs du caractère, se montrait procédurière, mais avait sa capacité de discernement. Selon la Doctoresse D_, il était en revanche judicieux de lui désigner un curateur chargé de la représenter devant le Tribunal des baux et loyers.
A_ a expliqué que depuis de nombreuses années elle était en litige avec son bailleur, lequel voulait la chasser de son logement pour le vendre. Elle souhaitait pouvoir choisir son avocat. Elle en avait déjà mandaté deux par le passé, mais ils n'avaient pas été honnêtes. A_ a demandé au Tribunal de protection de lui trouver un avocat "honnête et compétent".
Par ordonnance du 17 juillet 2015, le Tribunal de protection a institué une curatelle de représentation au profit de A_ et a désigné Me C_ aux fonctions de curateur, sa mission consistant à la représenter et à défendre ses intérêts dans les procédures pendantes devant la juridiction des baux et loyers.
Le 22 septembre 2015, A_, représentée par son curateur et E_, bailleur, ont conclu devant le Tribunal des baux et loyers un procès-verbal d'accord global, visant à mettre un terme au contentieux les opposant. En substance, le bailleur s'engageait à effectuer, avant le 20 décembre 2015, des travaux de peinture sur le mur de la cuisine de A_, celle-ci prenant l'engagement de laisser les ouvriers pénétrer dans son appartement, de retirer sa requête du 5 avril 2012 tendant à la réduction de son loyer et de déconsigner les loyers. A_ acceptait en outre, avec effet au 1
er
janvier 2013, une hausse de loyer notifiée le 17 janvier 2012 et s'engageait à payer, au plus tard le 20 décembre 2015, la somme forfaitaire de 5'000 fr. au titre d'arriérés de loyer et de décomptes de chauffage, somme acceptée par le bailleur pour solde de tous comptes, le congé extraordinaire notifié pour le 31 décembre 2013 étant retiré. Le bailleur s'engageait en outre à ne pas modifier le montant du loyer aussi longtemps que l'appartement serait occupé par A_, le contrat de bail devant s'éteindre au décès de la locataire ou à son départ définitif.
Cet accord a été transmis par Me C_ au Tribunal de protection le 14 octobre 2015. Me C_ précisait qu'en dépit du fait qu'il s'agissait d'un accord entièrement satisfaisant, la hausse de loyer ayant notamment été négociée à la baisse, A_ apparaissait tantôt satisfaite et tantôt opposée audit accord, manifestant l'intention de l'annuler. Le 2 novembre 2015, Me C_ a confirmé au Tribunal de protection l'opposition de A_ à l'exécution de la convention et le fait qu'elle persistait à s'acquitter de l'ancien loyer.
Le Tribunal de protection a formellement approuvé l'accord conclu le 4 novembre 2015.
Lors de l'audience du 4 décembre 2015 devant le Tribunal de protection, Me C_ a exposé que A_ n'acceptait pas le fait que l'accord ait été trouvé hors sa présence devant le Tribunal des baux; elle paraissait par ailleurs ne pas comprendre les conséquences d'un non-respect de l'accord ou de la continuation de la procédure, qui risquait d'aboutir à son évacuation. A_ a expliqué que le problème provenait de l'état du mur séparant sa cuisine de l'appartement voisin. En raison de la présence d'un trou sous l'évier, des odeurs de cuisine et de tabac se répandaient dans son logement. Le bailleur avait fait poser des planches, mais celles-ci contenaient de l'amiante. Elle exigeait que cela soit réparé. Selon Me C_, les travaux exigés par A_ avaient été exécutés longtemps auparavant et seuls les travaux de peinture et de finitions mentionnés dans l'accord devaient encore être entrepris. A_ a précisé n'avoir pas confiance en Me C_, qui s'était "désisté en audience en faveur de l'avocat de la partie adverse". La Doctoresse D_, présente à l'audience, a précisé qu'à sa connaissance A_ ne procédait pas à des achats inconsidérés et ne prenait pas d'engagements inappropriés, bien au contraire.
B.
Par ordonnance
DTAE/5241/2015
du 4 décembre 2015 notifiée par pli du 8 décembre 2015, le Tribunal de protection a étendu la mesure de protection mise en place en faveur de A_ et institué une curatelle de représentation avec gestion du patrimoine (ch. 1 du dispositif). Me C_ a été confirmé aux fonctions de curateur (ch. 2), avec pour tâches de veiller à la gestion des revenus et de la fortune de A_, d'administrer ses biens et d'accomplir les actes juridiques liés à la gestion, de représenter A_ dans les rapports avec les tiers, en particulier en matière de logement, affaires sociales, administration, affaires juridiques, ainsi que de sauvegarder au mieux ses intérêts (ch. 3), le curateur étant autorisé à prendre connaissance de la correspondance de A_ et en cas de besoin de pénétrer dans son logement (ch. 4), les frais étant mis à la charge de A_ (ch. 5), la décision étant immédiatement exécutoire nonobstant recours (ch. 6).![endif]>![if>
En substance, le Tribunal de protection, composé, outre son président, d'un médecin psychiatre et d'une psychologue, a indiqué avoir constaté chez A_ la présence d'une persévération de la pensée, avec un discours très persécuté, focalisé sur une théorie du complot en lien avec la régie, allant bien au-delà d'une simple forte personnalité ou d'un caractère procédurier comme l'avait mentionné son médecin traitant. Ce trouble psychique amenait A_ à agir contre ses propres intérêts en multipliant et en prolongeant les procédures judiciaires et en refusant d'exécuter un accord manifestement favorable pour elle, sans comprendre que son attitude ne pourrait déboucher que sur la perte de son logement. A_ n'était par conséquent pas en mesure de sauvegarder ses intérêts et ne disposait dans son entourage d'aucune personne susceptible de lui apporter l'aide dont elle avait besoin. La mesure de curatelle de représentation instituée en sa faveur n'était pas suffisante, dès lors que A_ refusait d'exécuter l'accord trouvé devant le Tribunal des baux et loyers.
C.
a)
Le 7 janvier 2016, A_ a formé recours contre l'ordonnance du 4 décembre 2015, dont elle a conclu à l'annulation et à ce qu'il soit dit qu'il n'y avait pas lieu d'ordonner une mesure de protection en sa faveur. A titre subsidiaire, elle a conclu à ce que les tâches du curateur soient limitées à l'accomplissement des actes juridiques nécessaires à l'exécution de l'accord homologué par-devant le Tribunal des baux et loyers et à sa représentation dans ses rapports avec son bailleur, une personne neutre devant être désignée aux fonctions de curateur.![endif]>![if>
La recourante, qui a déclaré ne pas contester l'état de fait tel qu'il ressortait de l'ordonnance entreprise, a exposé être en litige avec son bailleur depuis plus de quinze ans, notamment en raison des défauts de la chose louée, ce qui avait conduit à l'introduction de procédures par-devant la juridiction des baux et loyers. La recourante s'était "focalisée" sur le fait qu'elle n'avait pas été convoquée lors de l'audience du 22 septembre 2015 et s'était opposée à l'accord homologué en audience, estimant qu'il avait été conclu derrière son dos par son curateur. Selon la recourante, c'était à tort que le Tribunal de protection avait retenu, sans rapport médical sur ce point, qu'elle présentait un trouble psychique justifiant l'extension de la mesure de curatelle. De surcroît, la limitation de l'autonomie de la recourante excédait très largement son besoin de protection, aucun élément du dossier ne faisant craindre qu'elle puisse signer des engagements contraires à ses intérêts. La seule poursuite dont elle faisait l'objet émanait par ailleurs de son bailleur. Dès lors, la seule difficulté restante résidait dans l'exécution de l'accord conclu devant le Tribunal des baux et loyers le 22 septembre 2015 (déconsignation des loyers, établissement d'un ordre permanent permettant le paiement du nouveau loyer mensuel et versement de la somme forfaitaire pour solder les arriérés de loyer). S'agissant de la personne du curateur, la recourante a reproché à Me C_ d'avoir "pactisé avec le bailleur"; elle a déclaré ne plus souhaiter avoir affaire à lui.
b)
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de sa décision.
c)
Me C_ a confirmé que la recourante était opposée à sa nomination. Elle refusait de lui parler et de le laisser pénétrer dans son appartement. Selon les renseignements qu'il était parvenu à obtenir, A_ disposait d'une fortune importante qui n'avait pas significativement évolué depuis 2012. Le curateur n'avait pas constaté de dépenses ou de mouvements bancaires particulièrement inquiétants. A_ semblait effectuer ses paiements courants à l'aide de retraits en espèces. Me C_ avait donné aux banques l'ordre de payer le montant prévu par l'accord, nécessaire à la mise à jour du loyer. Toutefois, la recourante persistait à vouloir acquitter l'ancien loyer; un ordre permanent pour le paiement du nouveau loyer était en cours d'instauration.
d)
La cause a été mise en délibération le 16 février 2016.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours (art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de leur notification (art. 450b al. 1 CC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC).![endif]>![if>