Decision ID: 303a0f6f-c282-4e7f-866d-fc593c3b9063
Year: 2008
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
X._, né le ********, est titulaire d'un permis de conduire, catégorie B, depuis le 21 décembre 1970.
Le mercredi 12 mars 2008, alors qu'il circulait, sur une chaussée mouillée par la pluie qui tombait, sur le territoire de la commune de Bretigny-Morrens en direction de Bottens, au volant de son véhicule immatriculé VD 1********, l'intéressé a été contrôlé par un appareil de mesure Multanova 6F, installé dans un véhicule de la gendarmerie stationné sur le bord de la chaussée, à une vitesse de 88 km/h, soit de 83 km/h, marge de sécurité déduite, sur une route où la vitesse maximale autorisée est de 60 km/h, ce qui constitue donc un dépassement de la vitesse prescrite de 23 km/h.
B.
Par courrier adressé le 7 avril 2008 à l'intéressé, le Service des automobiles et de la navigation (ci-après : SAN) l'a informé qu'il envisageait de prononcer un avertissement à son encontre et qu'il avait la faculté de présenter, par écrit uniquement, ses observations dans un délai de vingt jours. L'intéressé ne s'étant pas manifesté dans le délai imparti, le SAN lui a notifié, par décision du 19 mai 2008, un avertissement pour avoir commis une infraction légère et a mis les frais de procédure, par 120 fr., à sa charge.
Le 11 avril 2008, le Préfet du Gros-de-Vaud, constatant que X._ s'était rendu coupable d'infraction simple à la loi sur la circulation routière du 19 décembre 1958 (ci-après : LCR), l'a condamné à une amende de 450 fr., ainsi qu'au paiement des frais, par 50 fr.
C.
Par courrier daté du 20 mai 2008, X._ a saisi la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal d'un pourvoi dirigé contre la décision du SAN du 19 mai 2008, en faisant notamment valoir qu'il utilisait rarement la route sur laquelle l'infraction présumée avait été constatée et que le panneau indiquant la limitation de vitesse était d'installation récente, ajoutant qu'il avait le sentiment que le radar était placé là pour "piéger" les automobilistes qui ignoraient encore sa présence. Il a également mis en avant le fait que l'angle de prise de photographie du radar était incorrect, ce qui expliquait une erreur sur l'appréciation de la vitesse, ajoutant qu'il roulait tout au plus à 75 km/h à ce moment-là. Il a également ajouté que la décision du SAN, qui venait s'ajouter à celle du Préfet, constituait une double peine, incompatible avec le principe de la légalité. Enfin, il a expliqué qu'il portait plainte pour mise en danger de la circulation contre les personnes qui avaient installé ce radar dès lors qu'il avait été aveuglé pendant quelques secondes par le flash et que cela aurait pu avoir des conséquences dramatiques, malgré les lunettes récentes qu'il portait à ce moment-là.
D.
Invitée à se déterminer, l'autorité intimée a produit ses déterminations au dossier le 22 juillet 2008. Elle y a notamment fait valoir qu'en s'acquittant des frais du prononcé pénal, le recourant avait admis et reconnu les faits pour lesquels il avait été dénoncé et qu'il n'y avait dès lors plus lieu de revenir sur la quotité de l'excès de vitesse retenu. Elle a également ajouté qu'une sanction administrative, prononcée sur la base des mêmes faits que ceux à l'origine d'une condamnation pénale, ne violait pas le principe "ne bis in idem", précisant qu'elle s'était fondée sur la jurisprudence constante du Tribunal fédéral pour apprécier la gravité de la faute du recourant.
Les arguments des parties seront repris ci-dessous dans la mesure utile.

Considérant en droit
1.
Déposé en temps utile auprès de l'autorité compétente et satisfaisant en outre aux autres conditions formelles énoncées à l'art. 31 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (ci-après : LJPA), le recours est recevable en la forme, de telle sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2.
a) Le recourant invoque que le cumul de la mesure administrative, qu'il conteste, avec l'amende de 450 fr. prononcée contre lui par le Préfet du Gros-de-Vaud constitue une double peine, non-conforme "à la légalité".
b) A raison, l'autorité intimée y voit une invocation du principe "ne bis in idem". Consacré par l'art. 4 ch. 1 du Protocole additionnel n° 7 du 22 novembre 1984 à la Convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950, approuvée par l'Assemblée fédérale le 3 octobre 1974, le principe précité est codifié comme suit: "
nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement par les juridictions du même Etat en raison d¿une infraction pour laquelle il a déjà été acquitté ou condamné par un jugement définitif conformément à la loi et à la procédure pénale de cet Etat"
.
Dans un arrêt divisant les mêmes parties, également pour une affaire d'avertissement en matière de circulation routière, rendu le 10 avril 2001 (CR.2001.0052), la Cour de céans (à l'époque le Tribunal administratif) a déjà eu l'occasion d'expliquer au recourant, en ces termes, que le principe précité ne trouvait pas application: "
Ce principe suppose qu'il y ait identité de l'objet de la procédure, de la personne visée et des faits retenus. Tel n'est pas le cas en l'espèce, le recourant n'étant pas incriminé une seconde fois dans une procédure pénale. Même si la procédure administrative présente une certaine similitude avec la procédure pénale, il s'agit néanmoins de deux procédures différentes dont le Tribunal fédéral admet expressément la coexistence à raison d'une seule et même violation du code de la route (ATF 120 IV 11)
". Le recourant est donc invité à se référer à cet arrêt.
L'argument tiré d'une violation du principe
ne bis in idem
doit donc être rejeté.
3.
a) Les faits incriminés, postérieurs au 1
er
janvier 2005, tombent sous le coup des dispositions modifiées de la loi fédérale du 19 décembre 1958 sur la circulation routière (ci-après: LCR).
b) Le Tribunal fédéral a récapitulé les règles fixées par la jurisprudence dans le domaine des excès de vitesse dans un arrêt (ATF 124 II 475): ces règles distinguent la circulation sur les autoroutes, les autres routes (à savoir les routes hors des localités et les semi-autoroutes dont les chaussées dans les deux directions ne sont pas séparées) et la circulation à l'intérieur des localités. A cet égard, il faut relever que le Tribunal fédéral a précisé que le nouveau droit ne remet pas en cause l'ancienne pratique en matière de retrait d'admonestation en cas d'excès de vitesse (ATF 132 II 234; arrêt du Tribunal fédéral du 27 juillet 2006, 6A.49/2006). Il a été ainsi jugé que des dépassements de la vitesse maximale de 16 à 20 km/h à l'intérieur des localités, de 21 à 25 km/h hors des localités et de 26 à 30 km/h sur l'autoroute constituent des cas de peu de gravité, lorsque les conditions de circulation sont favorables et que le conducteur jouit d'une bonne réputation en tant qu'automobiliste (ATF 123 II 106; ATF 124 II 97; ATF 124 II 259).
c) En matière de circulation routière, la loi fait la distinction entre les cas de très peu de gravité, les cas de peu de gravité (infraction légère, art. 16a LCR), les cas de gravité moyenne (art. 16b LCR) et les cas graves (art. 16c LCR). Conformément au nouvel art. 16a al. 3 LCR, entré en vigueur le 1
er
janvier 2005, l¿auteur d¿une infraction légère fait l¿objet d¿un avertissement si, au cours des deux dernières années, son permis ne lui a pas été retiré et qu¿aucune mesure n¿a été prononcée.
d) En l¿espèce, le recourant s'est abstenu de contester le prononcé préfectoral par lequel il a déjà été sanctionné pour cette infraction, de telle sorte qu'il y a lieu de tenir pour exacte la mesure de l'appareil Multanova 6F. On retiendra donc que, marge de sécurité déduite, le recourant a dépassé de 23 km/h la vitesse maximale autorisée hors localité. Aussi l¿infraction doit-elle être qualifiée de légère, ce qui appelle une mesure limitée à un avertissement en l'absence d'antécédent commis durant les deux années précédentes (CR.2006.0495 du 5 avril 2007).
L'avertissement litigieux étant fondé, c'est à bon droit que le SAN a décidé de son inscription dans le registre fédéral des mesures administratives, en application de l'art. 7 lit. g de l'ordonnance sur le registre automatisé des mesures administratives du 18 octobre 2000.
4.
Le recourant déclare "porter plainte" pour mise en danger de la circulation contre les personnes qui ont installé le dispositif "flash" du radar car il prétend que le flash l'a aveuglé, sans apporter de preuve permettant d'étayer ses dires à ce sujet.
La CDAP n'est pas compétente pour recevoir les plaintes pénales, ni pour les traiter, le recourant étant dès lors invité, s'il le souhaite, à s'adresser au Juge d'instruction. Cela étant, un éventuel aveuglement du recourant est sans incidence sur l'excès de vitesse qui a été constaté. Cette argumentation paraît manifestement avoir été invoquée par le recourant pour les besoins de son pourvoi dès lors qu'elle n'est étayée par aucune preuve.
S'agissant de l'argument du recourant selon lequel le dispositif de contrôle de la vitesse était placé à cet endroit pour "piéger" les automobilistes qui n'avaient pas encore eu connaissance d'un panneau de limitation de vitesse, qu'il prétend récent, il y a lieu de rappeler qu'il incombe, en premier lieu, aux automobilistes de respecter les prescriptions en vigueur en matière de circulation routière et aux autorités d'en assurer le respect par des contrôles. On ne saurait donc voir dans la pose d'un dispositif de contrôle de la vitesse des véhicules dans un endroit précis une quelconque man¿uvre sournoise des agents de la force publique qui remplissent, ce faisant, une des tâches qui leur est dévolue.
Cet argument, au demeurant irelevant, doit donc également être rejeté.
5.
Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté et la décision maintenue.
Les frais de justice seront mis à la charge du recourant qui succombe.