Decision ID: 350006cb-e984-4e3f-8661-2272415b4296
Year: 2018
Language: fr
Court: BE_VB
Chamber: BE_VB_002
Canton: BE
Region: Espace_Mittelland
Law Area: public_law

Etat de fait
1. A_ est étudiante en master à l’Université de Neuchâtel. Par décision du 12 février
2018, la Section des subsides de formation (SSF) de l’Office des services centralisés
(OSC) de la Direction de l’instruction publique (INS) rejette sa demande de subside
de formation pour l’année de formation 2017-2018.
2. Par courrier du 5 mars 2018, complété le 13 mars 2018, A_ forme un recours
auprès de la Direction de l’instruction publique et demande en substance que la dé-
cision pour l’année de formation 2017-2018 soit annulée et qu’un subside de forma-
tion lui soit accordé.
3. Le 22 mai 2018, la SSF fait parvenir sa prise de position ainsi que le dossier de la
cause au Service juridique. Elle demande le rejet du recours.
4. A_ ne fait pas usage, dans le délai imparti, de la possibilité qui lui a été donnée
par ordonnance de procédure du 24 mai 2018 d’adresser ses observations.
Examen juridique et motifs
1 Conditions de recevabilité du recours
1.1 Objet de contestation et compétence
La décision du 12 février 2018, par laquelle la SSF rejette la demande de subside de for-
mation de A_ pour l’année de formation 2017-2018, constitue l’objet de la contestation.
Selon l’article 39 de l’ordonnance du 5 avril 2006 sur l’octroi de subsides de formation
(OSF ; RSB 438.312), les collaborateurs et collaboratrices de la SSF rendent les décisions
concernant les subsides, quel qu’en soit leur montant. La SSF était donc compétente pour
rendre la décision attaquée.
Les décisions rendues par la SSF sont susceptibles de recours auprès de la Direction de
l’instruction publique (art. 21 de la loi du 18 novembre 2004 sur l’octroi de subsides de for-
mation [LSF ; RSB 438.31] en corrélation avec l’art. 62, al. 1, lit. a de la loi du 23 mai 1989
sur la procédure et la juridiction administratives [LPJA ; RSB 155.21]). La Direction de l’ins-
truction publique est donc compétente pour traiter le recours formé par A_.
1.2 Qualité pour recourir
A_ a pris part à la procédure devant l’autorité précédente, est particulièrement atteinte
par la décision administrative attaquée et a un intérêt digne de protection à ce que celle-ci
soit annulée ou modifiée (art. 65, al. 1 LPJA).
1.3 Forme, délai et pouvoir d’examen
Le recours respecte les conditions de forme et a été déposé dans le délai imparti
(art. 67 LPJA). Il y a donc lieu d’entrer en matière.
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Le pouvoir d’examen de la Direction de l’instruction publique est étendu et se fonde sur
l’article 66 LPJA.

2 Considérations sur le fond
Il convient d’examiner si c’est à juste titre que la SSF a refusé d’octroyer un subside de
formation à A_.
2.1 Droit aux subsides
2.1.1 Arguments de A_
Dans son recours, A_ fait valoir qu’elle réside dans le canton de Berne depuis son
arrivée en Suisse. Elle indique qu’elle habite depuis septembre 2012 à la ville X et bénéficie
d’un permis B assorti de la mention « séjour pour formation ». Elle pense faire partie du
cercle des personnes ayant droit aux subsides conformément à l’article 12, lettre c LSF et
à l’article 13, alinéa 5 LSF. Elle considère que sa demande est motivée et fondée dans la
mesure où, étant étudiante, le nombre d’heures pour travailler est limité et elle n’a pas
d’autre source de revenus que celle déclarée. Elle ajoute qu’elle ne bénéficie d’aucune aide
financière quelconque. Elle conclut que, étant donné sa situation financière actuelle et afin
de pouvoir couvrir tous ses besoins, une aide financière lui est nécessaire afin de suivre sa
formation.
2.1.2 Arguments de la SSF
Dans sa prise de position, la SSF explique que A_ possède un permis B assorti de la
mention « séjour de formation » et valide jusqu’au 18 février 2018. Conformément à la loi
sur l’octroi de subsides de formation, ont droit à des subsides, pour autant qu’ils aient leur
domicile légal en matière de subsides de formation dans le canton de Berne, les ressortis-
sants et les ressortissantes d’Etats qui ne sont membres ni de l’UE ni de l’AELE et sont en
possession d’une autorisation d’établissement (permis C) ou qui sont domiciliés en Suisse
depuis cinq ans et sont en possession d’une autorisation de séjour (permis B).
La SSF explique que les investigations qu’elle a menées auprès du Service des migrations
du canton de Berne ont montré que les personnes demandant une autorisation de séjour
(permis B) pour formation doivent soumettre des justificatifs écrits prouvant qu’elles dispo-
sent de moyens financiers suffisants leur permettant de subvenir à leurs besoins sans avoir
recours à l’aide financière du canton. Ces justificatifs peuvent prendre la forme d’une ga-
rantie d’entretien, d’extraits de compte bancaire ou d’autres attestations de revenus. Par
conséquent, l’apport de documents justifiant de moyens financiers suffisants est une con-
dition pour l’octroi d’une autorisation de séjour (permis B) pour formation.
La SSF avance que A_ possède une autorisation de séjour (permis B) assortie de la
mention « séjour pour formation ». La recourante a ainsi garanti, lors de sa demande
d’autorisation de séjour (permis B), qu’elle disposait de suffisamment de moyen financiers
pour subvenir à ses besoins et ne pas dépendre d’une aide financière. Dès lors, la SSF
estime que A_ n’a pas droit à un subside de formation et ne fait pas partie du cercle
des ayants droit au sens de l’article 12 LSF.
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2.1.3 Appréciation
2.1.3.1 Cercle des ayants droit selon l’article 12 LSF
Il convient tout d’abord de vérifier si A_ fait partie du cercle des ayants droit selon l’ar-
ticle 12 LSF.
Ont droit à des subsides pour autant qu’ils aient leur domicile légal en matière de subsides
de formation dans le canton de Berne (a) les citoyens et citoyennes suisses, (b) les ressor-
tissants et les ressortissantes des Etats membres de l’UE et de l’AELE qui sont domiciliés
en Suisse, (c) les ressortissants et les ressortissantes d’Etats qui ne sont membres ni de
l’UE ni de l’AELE et sont en possession d’une autorisation d’établissement (permis C) ou
qui sont domiciliés en Suisse depuis cinq ans et sont en possession d’une autorisation de
séjour (permis B), (d) les personnes auxquelles la Suisse reconnaît le statut de réfugié, de
réfugiée ou d’apatride (art. 12 LSF).
A_ est ressortissante du pays Y, donc d’un Etat qui n’est membre ni de l’UE, ni de
l’AELE. Elle dispose d’un permis B assorti de la mention « séjour pour formation » valable
jusqu’au 18 février 2018. A_ est arrivée en Suisse le 21 septembre 2012. Le 20 sep-
tembre 2017 a donc marqué cinq années de séjour en Suisse. Il convient de vérifier si
A_ remplit les exigences de l’article 12, lettre c LSF.
2.1.3.2 Cercle des ayants droit selon l’article 5 du concordat sur les bourses d’études
L’article 5, alinéa 1 de l’Accord intercantonal du 30 mars 2011 sur l’harmonisation des ré-
gimes de bourses d’études (concordat sur les bourses d’études ; RSB 439.182.8-1) dis-
pose ce qui suit :
Les personnes ayant droit à une allocation de formation sont les suivantes :
a les personnes de nationalité suisse et domiciliées en Suisse, sous réserve de la
lettre b ;
b les citoyens et citoyennes suisses dont les parents vivent à l’étranger ou qui vivent
à l’étranger sans leurs parents, pour des formations en Suisse, si ces personnes n’y
ont pas droit en leur lieu de domicile étranger par défaut de compétence ;
c les personnes de nationalité étrangère bénéficiaires d’un permis d’établissement ou
les personnes titulaires d’un permis de séjour si elles séjournent légalement en
Suisse depuis cinq ans ;
d les personnes domiciliées en Suisse et reconnues comme réfugiées ou apatrides
par la Suisse, et
e les ressortissants et ressortissantes des Etats membres de l’UE/AELE dans la me-
sure où, conformément à l’accord de libre circulation entre la Confédération suisse
et la Communauté européenne et ses Etats membres ou à la convention AELE, ils
sont traités à égalité avec les citoyens et citoyennes suisses en matière d’allocation
de formation, ainsi que les citoyens et citoyennes d’Etats avec lesquels la Suisse a
conclu des accords internationaux à ce sujet.
Pour qu’ils puissent prétendre à une bourse, le concordat sur les bourses d’études exige
des ressortissants et ressortissantes d’Etats non membres de l’UE ou de l’AELE qu’ils bé-
néficient d’un permis d’établissement ou, alternativement, d’un permis de séjour pour au-
tant qu’ils séjournent légalement en Suisse depuis au moins cinq ans (art. 5, lit. c du con-
cordat sur les bourses d’études).
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La Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP) a com-
menté le concordat sur les bourses d’études (ci-après : le commentaire ; disponible sous
www.cdip.ch → Domaines d’activités → Bourses d’études → Documentation > suite →
Documentation : Commentaire juridique du 18 juin 2009 ; dernière consultation le 24 sep-
tembre 2018) et a pris position comme suit sur l’article 5, alinéa 1, lettre c du concordat sur
les bourses d’études :
Pour bien tenir compte des discussions en cours sur l’intégration des personnes de
nationalité étrangère, il ne faut pas limiter le droit à une allocation de formation aux
seules personnes bénéficiant d’un permis d’établissement, mais il faut l’étendre à celles
bénéficiant d’un permis de séjour annuel (permis B) pour autant que, au moment où la
demande d'allocation est formulée, ces personnes aient séjourné en Suisse depuis cinq
ans en conformité avec les dispositions régissant le séjour des étrangers. Les séjours
précédents en qualité de requérant d'asile ou de personne admise à titre provisoire sont
également pris en compte dans le calcul de la durée, mais pas les séjours illégaux.
La règle prévue ici en matière de bourses d'études permet de traiter les personnes
appartenant à des Etats ne disposant pas d’un accord avec la Suisse (p. ex. ex-You-
goslavie, Turquie, pays africains) de la même manière que celles provenant d’Etats
signataires d'un accord prévoyant l'octroi d'un permis d’établissement après cinq ans
déjà (USA, Canada).
En se basant sur un séjour légal de cinq ans, le concordat sur les bourses d’études visait
ainsi à mettre sur un pied d’égalité les personnes provenant d’un Etat signataire d’un accord
et les personnes provenant d’un Etat ne disposant pas d’accord avec la Suisse.
2.1.3.3 Rapport entre l’article 5 du concordat sur les bourses d’études et l’article 12 LSF
Le concordat sur les bourses d’études est une convention intercantonale normative, soit un
concordat au sens de l’article 48 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du
18 avril 1999 (Cst. ; RS 101). Les cantons respectent le droit intercantonal (art. 48,
al. 5 Cst.). L’alinéa 5 pose le principe de la primauté du droit intercantonal sur le droit can-
tonal, conformément au principe juridique pacta sunt servanda. Les cantons ne peuvent
pas légiférer de plein droit en contradiction avec les concordats et ne peuvent pas invoquer
le droit cantonal pour se libérer d’obligations convenues. Le fait que le droit cantonal est
antérieur ou postérieur au droit intercantonal n’importe pas. La primauté du droit intercan-
tonal sur le droit cantonal vaut tant pour les rapports entre cantons qu’au niveau intracan-
tonal (Rainer J. Schweizer/Ursula Abderhalden, in : Die Schweizerische Bundesverfas-
sung, St. Galler Kommentar, 3e éd., Zurich/St-Gall 2014, n. 61 ad art. 48). Le concordat sur
les bourses d’études et son article 5, alinéa 1, lettre c priment ainsi le droit cantonal, donc
l’article 12 LSF, conformément à l’article 48, alinéa 5 Cst.
Les conventions intercantonales à caractère législatif visent à harmoniser le droit entre
deux cantons ou plus. Elles établissent des règles générales et abstraites qui doivent s’ap-
pliquer de manière égale pour tous les cantons concernés. Parmi les conventions intercan-
tonales, on distingue celles qui ont un caractère législatif direct et celles qui ont un caractère
législatif indirect. Les conventions intercantonales à caractère législatif direct engagent di-
rectement les citoyens et citoyennes ainsi que les autorités qui appliquent le droit. Elles
constituent une importante source du droit administratif. Les conventions intercantonales à
caractère législatif indirect obligent en revanche les cantons concernés à édicter des dis-
positions cantonales qui permettent aux conventions intercantonales d’être valables pour
les citoyens et citoyennes (Schweizer/Abderhalden, n. 29 ad art. 48).
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Le commentaire concernant le concordat sur les bourses d’études (p. 5) prend position
comme suit à propos de l’objectif dudit concordat :
L’accord doit assurer l’harmonisation formelle du domaine des bourses d’études et en-
courager à l’harmonisation matérielle. Voici comment atteindre ces objectifs :
Pour l’harmonisation formelle : définir de manière uniforme chaque notion du droit des
bourses d’études comme « première formation donnant accès à un métier », « forma-
tion initiale », « prestation propre », « prestation de tiers », etc., de même que les cri-
tères importants de nature formelle en vue d’obtenir une bourse, comme « le domicile
déterminant en matière d'allocations de formation », les « ayants droit », etc.
Pour l’harmonisation matérielle : fixer les standards minimaux de l’harmonisation ma-
térielle de manière à assurer l’accès aux études aux catégories de la population à faible
revenu et l’égalité de traitement de la population étrangère, et ceci indépendamment
de la région et du domicile.
Les cantons signataires ont l’obligation d’adapter leur législation cantonale à l’accord dans
les cinq ans suivant son entrée en vigueur ; les cantons qui adhèrent plus de deux ans
après son entrée en vigueur disposent de trois ans pour effectuer les adaptations (art. 25
du concordat sur les bourses d’études). Le concordat sur les bourses d’études est donc
une convention à caractère législatif indirect, qui oblige le canton de Berne à édicter des
dispositions qui permettent au concordat d’être valable pour les citoyens et citoyennes. Le
canton de Berne a adhéré au concordat sur les bourses d’études en 2011 (disponible sous
www.cdip.ch → Domaine d’activités → Bourses d’études → Documentation > suite → Etat
des procédures d’adhésion → Liste [cantons signataires avec date d’adhésion] ; dernière
consultation le 24 septembre 2018). Le 1er mars 2013, le concordat sur les bourses
d’études est entré en vigueur (disponible sous www.cdip.ch → Domaine d’activités →
Bourses d’études → Documentation > suite → Accord intercantonal du 18 juin 2009 sur
l’harmonisation des régimes de bourses d’études → Entrée en vigueur p. 11 ; dernière
consultation le 24 septembre 2018). L’article 12 LSF n’a plus été modifié depuis son entrée
en vigueur en 2006. On peut en déduire que le législateur du canton de Berne considérait
que la version existante de l’article 12 LSF remplissait et appliquait déjà les exigences du
concordat sur les bourses d’études.
Contrairement à l’article 12, lettre c LSF, le concordat sur les bourses d’études ne parle
pas d’un domicile en Suisse depuis cinq ans mais d’un séjour en Suisse depuis cinq ans.
L’article 13 LSF règle le domicile légal en matière de subside de formation. L’article 13,
alinéa 3 LSF présuppose le domicile légal comme critère supplémentaire pour les ressor-
tissants et les ressortissantes majeurs d’un Etat qui n’est membre ni de l’UE ni de l’AELE,
dont les parents vivent à l’étranger ou qui sont orphelins ou orphelines. La systématique
de la LSF suggère donc que, avec l’article 12, lettre c LSF, le législateur ne voulait pas
régler, en complément à l’article 13 LSF, le domicile légal en tant que condition pour l’octroi
d’une bourse mais voulait s’appuyer sur le principe du séjour légal de cinq années en
Suisse, conformément aux exigences du concordat sur les bourses d’études entré en vi-
gueur par la suite. On peut par ailleurs supposer que, après son adhésion au concordat sur
les bourses d’études, le canton de Berne aurait adapté sa législation sur l’octroi de subsides
de formation pour se conformer aux exigences du concordat si les dispositions cantonales
violaient ledit concordat ou si elles allaient à l’encontre des objectifs d’harmonisation de
celui-ci. Au vu de la systématique de la LSF et du commentaire de la CDIP relatif à l’ar-
ticle 5 du concordat sur les bourses d’études, il semble plausible que l’article 12,
lettre c LSF exige la possession d’un permis de séjour depuis cinq ans comme critère sup-
plémentaire pour les personnes de nationalité étrangère qui ne sont pas titulaires d’un per-
mis d’établissement, contrairement à sa teneur (« domicile »). Comme indiqué ci-dessous
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au chiffre 2.1.3.4, le fait que la personne est titulaire d’un permis d’établissement ou d’un
permis de séjour émis par la police des étrangers n’est pas déterminant pour l’existence
d’un domicile, à la différence de ce que prévoit l’article 12, lettre c LSF.
Dans une décision antérieure (décision de la Direction de l’instruction publique du 4 sep-
tembre 2015 en la cause K. R., consid. 2.3.5), la Direction de l’instruction publique a déjà
constaté que l’article 12, lettre c LSF présuppose l’existence d’un domicile en Suisse pen-
dant une période ininterrompue de cinq ans. Cette jurisprudence doit donc être précisée
de manière à ce que l’article 12, lettre c LSF exige un séjour ininterrompu durant cinq ans
en Suisse en combinaison avec l’autorisation de séjour correspondante.
A_ est entrée en Suisse le 21 septembre 2012 (cf. permis B dans le dossier). Rien
n’indique qu’elle a séjourné illégalement en Suisse depuis cette date, ce que la SSF ne fait
d’ailleurs pas valoir. Autrement, il serait du devoir de la SSF de procéder aux clarifications
nécessaires. Au vu des documents du dossier, on peut supposer que A_ se trouve
légalement en Suisse depuis le 21 septembre 2012. A_ est ressortissante d’un Etat qui
n’est membre ni de l’UE ni de l’AELE, est au bénéfice d’un permis B et est domiciliée en
Suisse depuis le 21 septembre 2012, c’est-à-dire qu’elle séjourne légalement en Suisse de
façon ininterrompue depuis cinq ans. A_ remplit ainsi depuis le 20 septembre 2017
toutes les conditions énoncées à l’article 12, lettre c LSF. L’autorisation de séjour contenue
dans le dossier est valable jusqu’au 18 février 2018. La SSF doit donc clarifier si A_ a
obtenu un nouveau titre de séjour à l’expiration de son permis B.
Il convient par ailleurs de vérifier si A_ a un domicile légal en matière de subsides de
formation au sens de l’article 13 LSF.
2.1.3.4 Domicile légal en matière de subsides de formation selon l’article 13, alinéa 3 LSF
Les ressortissants et les ressortissantes majeurs d’un Etat qui n’est membre ni de l’UE ni
de l’AELE, dont les parents vivent à l’étranger ou qui sont orphelins ou orphelines, ont leur
domicile en matière de subsides de formation dans le canton de Berne s’ils ont également
leur domicile légal dans ce canton (art. 13, al. 3 LSF). A_ est majeure, est ressortissante
d’un Etat qui n’est membre ni de l’UE ni de l’AELE et ses parents sont décédés. Il reste
donc à clarifier si elle a un domicile légal dans le canton de Berne.
Les personnes qui séjournent en Suisse à des fins exclusives de formation n’ont pas droit
à des allocations de formation (art. 5, al. 2 du concordat sur les bourses d’études). Dans le
commentaire sur l’article 5, alinéa 2 du concordat sur les bourses d’études, la CDIP a écrit :
L’al. 2 dispose que les personnes séjournant en Suisse à des fins exclusives de forma-
tion (al. 1, let. c) n’ont pas droit à des allocations de formation (art. 26 CC).
Cette référence signifie que l’exception sous l’angle de l’article 26 du Code civil suisse du
10 décembre 1907 (CC ; RS 210) s’applique. Le commentaire se réfère à l’ancien ar-
ticle 26 CC, qui était en vigueur en 2009, l’année où le concordat sur les bourses d’études
a été conclu. Cet ancien article 26 CC a été intégré à la deuxième moitié du nouvel ar-
ticle 23, alinéa 1 CC le 1er janvier 2013 :
Le domicile de toute personne est au lieu où elle réside avec l’intention de s’y établir ;
le séjour dans une institution de formation ou le placement dans un établissement
d’éducation, un home, un hôpital ou une maison de détention ne constitue en soi pas
le domicile.
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La nouvelle disposition de l’article 23, alinéa 1 CC précise, conformément à la pratique
actuelle, que le séjour à des fins spéciales ne constitue en soi pas le domicile. Cette for-
mulation met en évidence que la personne concernée peut toutefois, dans certains cas,
résider dans cette localité avec l’intention de s’y établir au sens de l’article 23, alinéa 1 CC,
et donc y constituer son domicile (Message du 28 juin 2006 concernant la révision du code
civil suisse [Protection de l’adulte, droit des personnes et droit de la filiation],
FF 2006 p. 6727 s.). Etant donné que le commentaire concernant l’article 5, alinéa 2 du
concordat sur les bourses d’études renvoie à l’ancien article 26 CC (actuel art. 23, al. 1,
2e partie de la phrase CC), il est clair que la question de savoir si une personne titulaire
d’un permis de séjour en Suisse peut prétendre à une bourse est associée au domicile.
Autrement dit, seule une personne titulaire d’un permis de séjour ayant élu domicile en
Suisse peut prétendre à une bourse.
Il semble évident que les personnes qui séjournent en Suisse à des fins de formation ne
doivent pas recevoir d’allocations de formation si elles n’ont pas élu domicile en Suisse.
A_ est en Suisse à des fins de formation et dispose pour cela d’un permis de séjour B.
Elle ne peut donc prétendre à des subsides de formation que si elle a élu domicile dans le
canton de Berne. Afin d’élire domicile dans le canton de Berne, elle ne peut pas séjourner
en Suisse uniquement à des fins de formation (art. 23, al. 1 CC).
Les articles 23 et suivants CC règlent le domicile civil pour les personnes physiques en
relation avec tous les aspects juridiques suisses ; dans les rapports internationaux, la défi-
nition spéciale du domicile selon l’article 20, alinéa 1, lettre a de la loi fédérale du 18 dé-
cembre 1987 sur le droit international privé (LDIP ; RS 291) est déterminante pour les tri-
bunaux et les autorités suisses (Sarah Guillod, in : Orell Füssli Kommentar, ZGB Kommen-
tar Schweizerisches Zivilgesetzbuch, 3e édition, 2016, n. 1 ad art. 23). La définition du
domicile à l’article 20, alinéa 1, lettre a LDIP est conforme à celle de l’article 23, alinéa 1
CC. L’interprétation de l’article 20 LDIP doit donc s’appuyer largement sur celle de l’ar-
ticle 23, alinéa 1 CC (Jolanta Kren Kostkiewicz, in : Orell Füssli Kommentar, IPRG/LugÜ
Kommentar Bundesgesetz über das Internationale Privatrecht, Lugano-Übereinkommen
und weitere Erlasse, 2015, n. 12 ad art. 20 LDIP).
Selon l’article 23, alinéa 1 CC, le fait que la personne bénéficie ou non d’une autorisation
d’établissement ou de séjour émise par la police des étrangers n’est pas déterminant pour
le domicile (ATF 129 V 77, consid. 5.2). D’après l’article 26 CC (actuel art. 23, al. 1 CC), le
séjour dans une localité pour y fréquenter les écoles ou l’hébergement dans un établisse-
ment d’éducation, un home, un hôpital ou une maison de détention ne constitue pas un
domicile. Cette disposition n’exclut cependant pas la prise de domicile dans la localité de
résidence ; elle constitue simplement la présomption, sauf preuve du contraire, que la per-
sonne n’a pas transféré son centre d’activité et d’intérêt dans la localité en question. En ce
qui concerne la question de savoir si la personne en formation a transféré le centre de son
existence, et donc son domicile, sur le lieu où elle suit sa formation, le fait que la personne
en formation retourne régulièrement chez ses parents ou non est très important. Pour les
personnes en formation qui retournent régulièrement chez leurs parents le week-end ou à
l’occasion des vacances semestrielles, le domicile des parents est déterminant. En re-
vanche, on présume que le domicile a été transféré sur le lieu de la formation lorsqu’il existe
une étroite relation avec celui-ci et que la relation avec le domicile précédant se relâche,
ce qui s’exprime notamment dans le fait que la personne en formation ne retourne que
rarement, et en particulier plus pendant les vacances semestrielles, chez ses parents, chez
lesquels elle habitait précédemment (arrêt du Tribunal fédéral H 267/03 du 21 janvier 2004,
consid. 3.3 avec renvois à la doctrine et à la jurisprudence).
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Sur la base de l’article 23, alinéa 1 CC, on suppose donc que, comme A_ séjourne en
Suisse à des fins de formation, elle n’a pas transféré son centre d’activité et d’intérêt en
Suisse et ne dispose donc pas de domicile civil ici. Il convient donc de vérifier si cette
présomption juridique est réfutée. Dans sa demande de subside de formation pour l’année
de formation 2017-2018 (dans le dossier de la cause), A_ a indiqué que ses parents
étaient décédés. Un retour chez ses parents au pays Y est donc exclu. Par ailleurs, étant
donné la distance, il est évident qu’elle ne rentre pas le week-end au pays Y. Indépendam-
ment du fait qu’elle ait souhaité ou non s’installer indéfiniment en Suisse au début de son
séjour, on peut supposer que, au plus tard au début de sa formation à l’automne 2012, elle
avait l’intention de rester en Suisse jusqu’à la fin de la formation, ce qui présuppose un
séjour de longue durée. Il ressort par ailleurs du certificat de salaire joint au dossier de la
cause que A_ a perçu un revenu net de 14 774 francs pour la période du 1er janvier
2016 au 31 décembre 2016 pour son travail chez l’entreprise Z. .Etant donné que A_
ne retourne pas régulièrement le week-end ou durant les vacances semestrielles au pays
Y, qu’elle a effectué un bachelor en Suisse et qu’elle y exerce une activité professionnelle
à temps partiel, on peut raisonnablement penser que A_, durant sa formation, ne sé-
journe pas en Suisse exclusivement à des fins de formation mais que la majorité des as-
pects de son existence – pas seulement en matière de formation mais aussi sur les plans
personnels et sociaux – sont concentrés en Suisse. Il existe donc un transfert du centre
d’activité et d’intérêt en Suisse, en l’occurrence dans le canton de Berne, ce qui réfute la
présomption de l’ancien article 26 CC (actuel art. 23, al. 1, 2e partie de la phrase CC) et
remplit la condition subjective fixée à l’article 23, alinéa 1 CC (intention de séjour durable
en relation avec le transfert du centre d’activité et d’intérêt). Il convient ainsi de répondre
par l’affirmative à la question de savoir si A_ dispose d’un domicile civil et aussi d’un
domicile légal en matière de subsides de formation selon l’article 13, alinéa 3 LSF (cf. arrêt
du Tribunal fédéral H 267/03 du 21 janvier 2004, consid. 4.2). Il n’existe pas d’exception au
sens de l’article 13, alinéa 5 LSF. Comme l’article 5, alinéa 2 du concordat sur les bourses
d’études se rattache au domicile civil, A_ n’est pas exclue du cercle des ayants droit
même selon cette exception.
En conclusion, A_ fait partie du cercle des personnes ayant droit aux subsides de for-
mation au sens de l’article 12 LSF et de l’article 5 du concordat sur les bourses d’études et
dispose d’un domicile civil, et donc d’un domicile légal en matière de subsides de formation,
dans le canton de Berne au sens de l’article 13 LSF.
2.2 Moyens financiers nécessaires
Les articles 27 à 29 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers
(LEtr ; RS 142.20) règlent l’admission des étrangers et étrangères pour un séjour en Suisse
sans activité lucrative. L’article 27, alinéa 1 LEtr dispose :
Un étranger peut être admis en vue d'une formation ou d'une formation continue aux
conditions suivantes :
a la direction de l’établissement confirme qu’il peut suivre la formation ou la formation
continue envisagées ;
b il dispose d’un logement approprié ;
c il dispose des moyens financiers nécessaires ;
d il a le niveau de formation et les qualifications personnelles requis pour suivre la
formation ou la formation continue prévues.
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L’article 23, alinéa 1, lettres a à c de l’ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l’admission,
au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative (OASA ; RS 142.201) règle les conditions
requises pour suivre une formation ou une formation continue :
L’étranger peut prouver qu’il dispose des moyens financiers nécessaires à une forma-
tion ou à une formation continue en présentant notamment :
a une déclaration d’engagement ainsi qu’une attestation de revenu ou de fortune d’une
personne solvable domiciliée en Suisse ; les étrangers doivent être titulaires d’une
autorisation de séjour ou d’établissement ;
b la confirmation d’une banque reconnue en Suisse permettant d’attester l’existence
de valeurs patrimoniales suffisantes ;
c une garantie ferme d’octroi de bourses ou de prêts de formation suffisants.
La SSF a constaté à juste titre que l’article 27, alinéa 1, lettre c LEtr n’autorisait l’admission
en Suisse pour une formation qu’aux étrangers et étrangères disposant des moyens finan-
ciers nécessaires. L’existence de ces derniers ne doit cependant pas forcément être justi-
fiée par les propres moyens dont dispose la personne en formation mais peut aussi être
prouvée par une déclaration d’engagement ainsi qu’une attestation de revenu ou de fortune
d’une personne solvable domiciliée en Suisse (art. 23, al. 1, lit. a OASA).
Le financement d’une formation incombe en premier lieu aux parents, aux tiers qui y sont
tenus légalement et aux personnes en formation elles-mêmes (art. 1, al. 2 LSF). La parti-
cipation qui peut être exigée est établie sur la base du revenu, de la fortune et des frais
d’entretien reconnus des personnes qui y sont tenues légalement (art. 17, al. 1 LSF).
La SSF refuse d’octroyer des subsides de formation à A_ au motif qu’elle est titulaire
d’un permis de séjour B à des fins de formation et qu’elle dispose apparemment de moyens
financiers suffisants car, dans le cas contraire, le permis B à des fins de formation ne lui
aurait pas été accordé. La question de savoir si une personne déposant une demande de
subsides dispose de moyens financiers suffisants et ne peut donc pas prétendre à des
subsides de formation n’est pas liée au fait que la personne en question fait partie ou non
du cercle des ayants droit au sens de l’article 12 LSF mais au fait que le calcul du budget
personnel présente un déficit ou non. L’article 12, alinéa 1, lettre c LSF se base uniquement
sur le fait que la personne déposant une demande de subsides est ressortissante d’un pays
qui n’est membre ni de l’UE ni de l’AELE, qu’elle séjourne ou est domiciliée en Suisse
depuis cinq ans et qu’elle dispose d’un permis de séjour B. A_ remplit ces conditions
ainsi que celle relative au domicile légal en matière de subsides de formation au sens de
l’article 13 LSF. La SSF aurait donc dû vérifier et calculer si A_ avait droit à des subsides
de formation.
2.3 Renvoi à l’instance précédente
La SSF ne doit pas seulement vérifier les conditions d’octroi de subside et définir si A_
a droit à l’octroi de subsides de formation. Elle doit aussi clarifier si une éventuelle décla-
ration d’engagement ainsi qu’une attestation de revenu ou de fortune d’une personne sol-
vable domiciliée en Suisse en faveur de A_ au sens de l’article 23, alinéa 1, lettre a
OASA ou la confirmation d’une banque reconnue en Suisse permettant d’attester l’exis-
tence de valeurs patrimoniales suffisantes de A_ au sens de l’article 23, alinéa 1, lettre
b OASA doit être prise en compte et, si oui, dans quelle mesure. L’énumération contenue
dans l’article 23 OASA n’est pas exhaustive. La preuve qu’elle dispose des moyens finan-
ciers nécessaires pour une formation ne doit pas obligatoirement être établi sur la base de
la fortune de la personne déposant la demande de subside mais peut être apportée de
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différentes façons (Martina Caroni/Lisa Ott, in : Martina Caroni/Thomas Gächter/Daniela
Turnherr [éd.], Stämpflis Handkommentar, Bundesgesetz über die Ausländerinnen und Au-
sländer [AuG], Berne 2010, n. 18 ad art. 27). Par ailleurs, la SSF doit clarifier si A_
dispose d’un titre de séjour valable depuis le 18 février 2018.
Il convient d’indiquer que l’existence des moyens financiers nécessaires au sens de l’ar-
ticle 23 OASA peut aussi être prouvée par une garantie ferme d’octroi de bourses ou de
prêts de formation suffisants (art. 23, al. 1, lit. c OASA). La teneur de cette disposition ne
précise pas qu’il ne peut pas s’agir de bourses ou de prêts de formation nationaux, en
l’occurrence bernois.
Si le recours est recevable, l’instance de recours statue sur l’affaire ou, exceptionnellement,
renvoie le dossier à l’instance précédente avec des instructions impératives (art. 72,
al. 1 LPJA). L’instance de recours ne doit cependant faire usage de cette possibilité de
renvoi qu’à titre exceptionnel. Des raisons particulières doivent plaider en faveur du renvoi,
faisant passer au second plan les considérations relatives à l’économie de procédure et
justifiant que l’instance précédente soit appelée une nouvelle fois pour statuer sur le rapport
de droit attaqué. Le fait qu’il est trop tôt pour statuer sur une affaire peut constituer une telle
raison, pour autant que l’instance de recours doive elle-même prendre des mesures trop
importantes d’administration des preuves. Le renvoi est par ailleurs justifié lorsque des con-
naissances techniques spécifiques sont nécessaires et que l’autorité précédente est à
même d’en disposer plus facilement que l’instance de recours (Thomas Merkli/Arthur
Aeschlimann/Ruth Herzog, Kommentar zum Gesetz über die Verwaltungsrechtspflege im
Kanton Bern, Berne 1997, n. 3 ad art. 72).
Dans le présent cas d’espèce, la SSF n’a procédé à aucun calcul du subside auquel aurait
droit A_. Par ailleurs, aucune information ne précise sous quelle forme A_ a pré-
senté la preuve de l’existence des moyens financiers nécessaires conformément à l’article
23 OASA et rien n’indique si elle bénéficie d’un titre de séjour valide depuis le 18 février
2018. Par conséquent, la SSF doit mettre en œuvre des mesures supplémentaires d’admi-
nistration des preuves et clarifier davantage la situation. De plus, A_ serait privée d’une
autorité de recours si le Service juridique de la Direction de l’instruction publique procédait
au calcul d’un éventuel subside de formation et rendait une décision à ce sujet. Le dossier
doit donc être renvoyé à la SSF.