Decision ID: 7983da9c-fef4-51af-8521-512de9fde886
Year: 2018
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_004
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: civil_law

considérant en fait
A. Par décision du 3 mai 2013, la Justice de paix du district du Jura-Nord vaudois a institué en faveur de A._, né en 1995, une curatelle de représentation avec gestion du patrimoine avec pour objet de le représenter dans ses rapports avec les tiers, en particulier en matière de logement, affaires sociales, administration et affaires juridiques, dans le cadre de la gestion de ses revenus et de sa fortune et, si nécessaire, pour ses besoins ordinaires. A._ faisait auparavant l’objet d’une mesure de tutelle instituée ensuite du retrait de l’autorité parentale de ses parents, laquelle nécessitait toutefois d’être adaptée en raison de son passage à la majorité.
Statuant sur la requête de levée de curatelle de A._, la Justice de paix du district du  vaudois a, par décision du 7 avril 2015, maintenu cette mesure, dès lors qu’il n’était pas à même de gérer ses affaires administratives et financières, et a étendu les tâches du curateur aux aspects de santé compte tenu de ses problèmes dans ce domaine. En substance, elle a relevé que la situation de l’intéressé s’était dégradée depuis janvier 2015, qu’il semblait être dépassé par la situation et risquait de se mettre en danger, qu’il ne s’alimentait que très peu et peinait à prendre soin de lui, personne dans son entourage n’étant en outre susceptible de l’aider.
Par décision 27 juillet 2015, la Justice de paix de l’arrondissement de la Glâne (ci-après: la Justice de paix) a accepté en son for le transfert de la curatelle de A._ et lui a nommé une curatrice en la personne de B._, curatrice auprès du Service officiel des curatelles de la Glâne.
B. Par courrier du 17 octobre 2016, le Service social de C._ a signalé à la Justice de paix la situation de A._, qui est bénéficiaire de l’aide sociale, dont le comportement et l’état de santé psychique l’inquiètent. Il a relevé que l’intéressé a une hygiène corporelle négligée, ne prend pas soin de lui, ni de son lieu de vie qui est délabré, sale et en désordre. Le Service social a ajouté qu’il soupçonne que A._ consomme de l’alcool et de la drogue. Il a en outre un discours décousu et mensonger en tous points. Il ne reconnaît pas ses difficultés et affirme pouvoir travailler. Or, le Service social soutient qu’il n’est pas capable de travailler sur un marché du travail libre et qu’il a besoin d’un encadrement soutenu, par exemple un travail dans un atelier protégé et un appartement protégé. Afin que la situation de A._ puisse évoluer favorablement, le Service social a préconisé qu’une expertise psychiatrique de l’intéressé soit mise en œuvre et s’interroge sur l’opportunité de prononcer une curatelle de portée générale en sa faveur.
Sur mandat de la Justice de paix, les Drs D._ et E._, respectivement médecin chef de clinique adjoint et médecin adjoint au Centre de psychiatrie forensique du Réseau fribourgeois de santé mentale ont livré, en date du 12 avril 2017, un rapport d’expertise concernant A._. Ils ont noté chez l’expertisé des traits paranoïaques de la personnalité et ont diagnostiqué des troubles envahissants du développement, soit des troubles au niveau de l’interaction sociale et de sa capacité à intégrer et gérer l’information extérieure, ce qui constitue une atteinte au niveau de sa santé mentale et qui s’inscrit dans le spectre des troubles autistiques, ainsi qu’un fonctionnement intellectuel limité voire un retard mental léger. Si les experts ont relevé des difficultés au niveau de la gestion administrative et des finances, ils n’ont pas diagnostiqué chez l’expertisé d’incapacité de discernement, si ce n’est concernant son parcours de vie, à propos duquel il tient un discours ne correspondant pas aux informations recueillies. Ils ont noté qu’il n’avait pas un besoin d’assistance personnelle et patrimoniale général mais limité à des domaines précis, soit la gestion des finances et des tâches au quotidien ainsi que dans ses démarches
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administratives pour lesquelles la substitution par un tiers semble nécessaire. La prise en charge médicale paraît toutefois être adaptée selon les experts et gérée de manière autonome. Les experts ont également indiqué que A._ pourrait adopter une attitude oppositionnelle, voire caractérielle vis-à-vis de certains intervenants, ce qui pourrait le desservir, mais ils n’ont pas relevé de risque que l’intéressé agisse contre son intérêt ou soit exposé à être exploité par des tiers. S’agissant de l’assistance personnelle et médicale nécessaire à A._, les médecins ont indiqué qu’elle pouvait lui être apportée de manière ambulatoire.
Lors de la séance de la Justice de paix du 3 juillet 2017, à laquelle A._ n’a pas comparu, sa curatrice a expliqué les difficultés qu’elle rencontre dans la gestion du mandat. Elle a rapporté que le suivi psychiatrique de l’intéressé avait été interrompu sans qu’elle en ait été informée. Selon elle, A._ n’est pas capable de s’organiser et de gérer les démarches du quotidien. Il invente des histoires. Elle n’arrive pas à avoir de contacts avec lui et considère que la mesure n’est pas adaptée à sa situation et qu’il faudrait restreindre l’exercice de ses droits civils. Selon elle, il y aurait lieu de prononcer son placement pour pouvoir stabiliser sa santé du point de vue psychique et lui offrir un cadre.
Ensuite de l’absence de réponse de A._ aux deux courriers de la Justice de paix l’invitant à démontrer qu’il avait repris son suivi psychiatrique, et informé par la police, le 15 novembre 2017, qu’il allait être placé en détention pendant 6 jours en raison du non-paiement d’une amende, le Juge de paix de l’arrondissement de la Glâne (ci-après: le Juge de paix) a décidé d’entendre l’intéressé le jour même. En substance, A._ a indiqué que plusieurs courriers ont disparu et qu’il est en train d’entreprendre des démarches pour quitter le canton, raison pour laquelle il n’a pas donné suite aux courriers de la Justice de paix. Il a relevé qu’il se porte mieux depuis qu’il a stoppé son suivi psychiatrique. Selon lui, les experts ont été manipulés par sa curatrice. Il a indiqué qu’il fait des travaux dans une villa à F._ en tant que paysagiste. Il a également relevé qu’il a des problèmes de santé en ce sens qu’il vomit de la bile et du sang régulièrement et qu’il a des insomnies. Il a en outre fait quatre ou cinq malaises récemment et prétend que ses problèmes de santé proviennent de la mesure de curatelle. Il soutient qu’il a tenté de joindre sa curatrice mais qu’elle est toujours absente. Il a également indiqué qu’il ne fume plus de joints depuis 2014 et n’a plus bu d’alcool depuis sa dernière audition. Il s’est opposé à un placement dans un établissement psychiatrique.
Par décision du 20 novembre 2017, la Justice de paix a placé A._ à des fins d’assistance à l’HFR, site de Riaz, pour un bilan de santé complet, avant de le transférer au Centre de soins hospitaliers du Réseau fribourgeois de santé mentale de Marsens (ci-après: CSH Marsens), considérant que son état de santé psychique s’est dégradé et qu’il refuse de se soigner, de sorte que son hospitalisation est nécessaire pour stabiliser son état psychique et afin qu’il dispose d’un lieu de vie adapté.
En date du 11 décembre 2017, A._ et le Dr G._, médecin assistant au CSH Marsens, ont été entendus par la Justice de paix. A cette occasion, le Dr G._ a indiqué que son patient n’a pas besoin de médication, qu’il n’a pas de dépression, ni de symptôme psychotique, mais qu’il nie certains éléments extérieurs. Il a en outre relevé des difficultés entre A._ et sa curatrice et ce dernier a indiqué qu’il souhaite changer de curatrice. Le médecin a souligné que A._ est capable de vivre en colocation pour autant que sa mesure de curatelle soit élargie avec un maximum de compétences, en particulier la prise en charge des aspects sociaux, ce qui lui permettra de s’inscrire plus facilement dans un projet. Il a proposé d’instituer une curatelle de portée générale et d’imposer un suivi psychiatrique. Sous réserve de ces conditions, un placement en institution peut être exclu. Le Dr G._ a en outre souligné
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que A._ a beaucoup de ressources, même s’il y a un décalage. Ses propos sont structurés concernant ses emplois. Il n’y a en outre selon lui pas de risque auto ou hétéro agressif.
C. Par décision du 18 décembre 2017, la Justice de paix a institué une curatelle de portée générale en faveur de A._, a déchargé B._ de son mandat, avec effet au 31 décembre 2017, et a nommé H._, curateur privé, en tant que curateur de l’intéressé.
Le 27 décembre 2017, les Dr D._, E._ et G._ ont demandé à la Justice de paix la levée du placement si celle-ci n’avait pas encore été ordonnée. Ils ont souligné qu’ils n’ont pas noté de trouble du comportement chez A._ et qu’il a accepté le suivi psychiatrique ambulatoire à sa sortie. Ils ont relevé qu’il n’y a pas lieu de mettre en place une médication. Ils ont toutefois noté une rigidité dans son fonctionnement psychique et ont indiqué qu’il est figé dans un discours argumenté de manière illogique. Après sa sortie, A._ bénéficiera d’un suivi ambulatoire psychiatrique avec le Dr E._, puis avec le Dr I._, à C._. Par décision du 29 janvier 2018, le placement de A._ a été levé par la Justice de paix.
D. Par courrier du 8 février 2018, A._ a interjeté recours contre la décision de la Justice de paix du 18 décembre 2017, concluant à son annulation et au maintien de la mesure préexistante. Il a en outre requis qu’une nouvelle expertise soit ordonnée et qu’il puisse choisir son curateur.
En date du 22 février 2018, la Justice de paix a indiqué qu’elle renonçait à se déterminer sur le recours et s’est référée au contenu de sa décision.

en droit
1.
1.1 Selon l'art. 8 de la loi du 15 juin 2010 concernant la protection de l'enfant et de l'adulte (LPEA), le Tribunal cantonal connaît des recours contre les décisions rendues par l'autorité de protection - soit la Justice de paix (art. 2 al. 1 LPEA) - ou par son président ou sa présidente. La Cour de protection de l'enfant et de l'adulte (art. 14 al. 1 let. c du Règlement du Tribunal cantonal du 22 novembre 2012 précisant son organisation et son fonctionnement [RTC]) est compétente pour statuer.
1.2 En l'absence de dispositions cantonales contraires, les dispositions de la procédure civile s'appliquent par analogie (art. 450f CC).