Decision ID: 48517f6d-39c1-4305-b682-a583abc729dd
Year: 2015
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

Faits
A. La loi du 9 février 1996 sur le tourisme (LTour ; RS/VS 935.1) habilite les com-
munes à percevoir, en lieu et place de la taxe d’hébergement que fixent ses articles 23
à 26, une taxe de promotion touristique (TPT) respectant les principes de modicité des
taxes et de couverture des coûts, et affectée à une utilisation dans l’intérêt des assu-
jettis (art. 27 al. 1 et 3, 30 et 31 LTour). La perception implique qu’un règlement com-
munal définisse le cercle des assujettis, que l’article 29 LTour circonscrit aux per-
sonnes morales domiciliées en Valais dans la mesure où l’activité qu’elles exercent a
un lien avec le tourisme local (al. 1).
Le règlement sur la taxe de promotion touristique adopté en assemblée primaire de la
commune de N_ le 20 décembre 2000 et approuvé en Conseil d’Etat le
28 mars 2001 (RTPT), assujettit à la taxe annuelle de promotion les bénéficiaires du
tourisme, par quoi il entend notamment les personnes morales de toutes les branches
qui tirent, directement ou indirectement, profit du tourisme (art. 2 ch. 1) et tous les
bénéficiaires qui sont soumis sans restriction aux impôts communaux (ch. 3). Le mon-
tant de la taxe se décompose en une taxe de base forfaitaire arrêtée en fonction du
type de lien entre l’activité de l’assujetti et le tourisme (ce montant oscille, pour la majo-
rité des contribuables, entre 250 et 1000 fr. - art. 2 ch. 2.1) et un montant complémen-
taire moyen tenant compte de la valeur ajoutée brute et d’un facteur multiplicateur, du
nombre d’employés et d’un coefficient géographique de localisation touristique.
B. X_ SA est une société au capital minimum (100 000 fr.) constituée en
septembre 2008, de siège à N_ et contribuable de la commune de
N_ ; A_ est l’administratrice unique de cette corporation dont le but
est l’achat, la vente, le courtage et toutes opérations immobilières.
La formule communale ad hoc remplie pour cette société par B_ SA le
11 septembre 2009 rappelle le genre d’activité de celle-ci et déclare un seul collabo-
rateur à 30 %. Le service communal chargé du contrôle range cette société dans les
agences immobilières, l’affecte du coefficient de localisation 1 et lui compte un demi-
employé ; sa taxe annuelle se compose ainsi d’une taxe de base de 1000 fr. à laquelle
s’ajoute le montant complémentaire de 213 fr.
Le conseil communal de N_ a ainsi arrêté le 7 janvier 2014, la TPT due par
X_ SA pour la période de taxation 2009 à 1213 fr. et à 109 fr. 65 pour le
prorata de la période 2008, décisions notifiées le 15 janvier 2014.
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C. X_ SA a conclu à l’annulation de ces décisions le 14 février 2014 arguant
du caractère de ses activités limitées à des prises de participations, consacrées à de la
gestion de parts d’immeubles hors canton, sans aucune activité sur la commune ni
aucun lien avec le tourisme dont elle ne tire aucun profit. La réponse de l’autorité com-
munale du 17 mars 2014 n’a pas convaincu la recourante qui a maintenu ses moyens
le 15 mai 2014.
Le Conseil d’Etat a rejeté le recours, le 13 août 2014, en considérant que la débitrice
faisait partie d’un groupe identifié comme bénéficiant du produit de la contribution
réclamée ; il n’était ainsi pas nécessaire de démontrer que le tourisme local procurait
un avantage individuel à la contribuable, ni que cette dernière exerçait une activité indi-
rectement liée au tourisme, voire qu’elle pouvait exercer une pareille activité si elle ne
privilégiait plus les activités de participations financières.
D. Le 18 septembre 2014, X_ SA conclut céans à l’annulation, sous suite de
frais et de dépens, de cette décision notifiée le 19 août 2014. Elle contestait être active
dans le domaine du tourisme et pouvoir tirer un profit économique de ce secteur, que
ce soit au niveau global ou communal, ce qui l’exclurait du périmètre des contribuables
de la taxe.
Le Conseil d’Etat s’est référé à sa décision et a proposé de rejeter le recours le
8 octobre 2014. La commune de N_ en a fait de même et a requis des
dépens le 28 octobre 2014. Elle a argué de la théorie de l’impôt dépendant des coûts,
laquelle n’implique pas de lien avec le bénéfice individuel de retombées du tourisme et
a allégué que X_ SA a des activités susceptibles d’avoir un lien avec le
tourisme qui sont voisines de la catégorie retenue dans l’article 2 RTPT.
Dans ses remarques finales du 10 novembre 2014, la recourante a confirmé ses
conclusions en insistant sur une stricte application du règlement communal, laquelle
devrait l’emporter sur l’interprétation qu’en a donnée le Conseil d’Etat qui pourrait se
fonder sur les textes de communes bernoises ou grisonnes, mais pas sur celui de
N_. Au demeurant, la taxation pour la période 2007/2008 lui paraît prescrite
au vu de l’article 9 RTPT et il conviendrait de s’interroger sur le temps qui s’est écoulé
entre la déclaration du 11 septembre 2009 et la taxation du 15 janvier 2014.
L’instruction s’est close le 13 novembre 2014.
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Considérant en droit
1. X_ SA a un intérêt digne de protection à obtenir l’annulation des taxations
confirmées par la décision attaquée ; elle a au surplus procédé régulièrement de sorte
que son recours est recevable (art. 46 al. 2 LTour ; art. 78 let. a, 80 al. 1 let. a-c, 44
al. 1, 46 et 48 de la loi du 6 octobre 1976 sur la procédure et la juridiction
administratives - LPJA ; RS/VS 172.6).
Il peut être jugé au vu des pièces du dossier déposé par l’autorité dont la demande
d’édition formulée dans le recours est ainsi satisfaite.
2.1 La jurisprudence a posé que la taxe de promotion touristique est un impôt spécial
d’affectation (arrêt du Tribunal fédéral 2P.215/2000 du 12 mars 2001 cons. 4 avec
renvoi à l’ATF 124 I 289 cons. 3 b traduit au JdT 1999 I p. 803 cité in ACDP A1 01
2001 du 27 septembre 2001 cons. 2.1 ; X. Oberson, Droit fiscal suisse, 4 e éd. n° 25 p.
10). Une telle contribution ne frappe que les personnes retirant un profit particulier du
développement touristique ou en position d’en tirer un profit de ce genre. Elle ne
constitue pas pour autant la contrepartie d’avantages spécifiques : la loi qui l’institue
doit ainsi satisfaire aux mêmes exigences que celles valables pour un impôt. Une de
celles-ci est que la loi fixe le cercle des contribuables, lequel se limite dans ce type
d’impôt d’affectation, aux personnes auxquelles des motifs objectifs et raisonnables
commandent de faire supporter certaines dépenses de la collectivité publique, soit,
pour les taxes de promotion touristique, aux personnes morales ou physiques exerçant
une activité indépendante qui les met en position de retirer un profit économique du
tourisme. Dans la mesure où les contributions n’ont pour objet que les recettes liées au
tourisme, la capacité économique des personnes assujetties n’est pas déterminante et
le principe d’équivalence ne s’applique pas à cet impôt perçu sans contrepartie
(cons. 2c de l’arrêt du 27 septembre 2001 précité et cons. 3a de l’ACDP A1 08 89 du
9 janvier 2009).
2.2 La réglementation communale assujettit à la taxe les personnes morales,
soumises sans restrictions aux impôts communaux, de toutes les branches qui,
directement ou indirectement, tirent profit du tourisme (art. 2 ch. 1 et 3 RTPT) et
énumère, au titre de la taxe de base, la catégorie des agences immobilières ou les
points de vente bancaires (art. 5 ch. 2.1, 3 e subdivision). L’inscription de ces branches
d’activités dans les bénéficiaires du tourisme est en principe admissible (cf. cons. 7c de
l’ATF 2P.215/2000 précité).
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2.3 En l’espèce, c’est à bon droit que, sur la base du siège de X_ SA qui en
fait une société contribuable de la commune de N_, et du but de cette
personne morale vouée au secteur immobilier, notamment la gérance, le courtage et
toutes opérations immobilières (cf. extrait au 13 mars 2014 figurant au dossier de
l’instance précédente), le Conseil d’Etat a confirmé l’inclusion de la recourante dans le
groupe des bénéficiaires de l’aspect immobilier du tourisme, susceptibles de tirer un
profit direct ou indirect de la branche touristique exercée sur cette commune. Il s’est à
juste titre fondé sur la théorie de l’appartenance au groupe voulue lors de l’adoption de
la loi pour cet impôt attributif de coûts (cf. expertise C_ cité dans la décision
attaquée) et sur la pratique dégagée depuis lors dans l’application des réglementations
communales, en particulier dans celles du D_ (cf. DCE du 24 mars 2010
citée par la commune de N_ au point 2.10 de sa réponse du 17 mars 2014).
2.3.1 La recourante tente vainement d’opérer une distinction entre sa propre situation
et celle d’autres bénéficiaires du tourisme local : ce faisant, elle essaie d’introduire la
nécessité d’une relation de causalité concrète entre son activité et la plus-value
qu’apporte la promotion touristique sur le territoire de la commune de N_. Or,
une telle corrélation n’est pas nécessaire en matière de contributions d’affectations où
seule importe la participation au groupe qui profite des avantages spécifiques, branche
immobilière dont X_ SA ne nie pas faire partie en raison de son but statutaire
et dont elle ne conteste pas que cette branche économique bénéficie de l’activité
touristique locale. Ses objections sur le principe de la taxation ne peuvent être
accueillies et les décisions communales doivent ainsi être confirmées pour le surplus,
aucune critique n’étant adressée à l’endroit de la taxe de base et du montant
complémentaire fixé dans les bordereaux n os
xxx1 et xxx2 du 15 janvier 2014.
2.3.2 Tout en persistant à nier avoir des activités en lien avec le tourisme, la recou-
rante ne produit aucun élément de preuve céans à cet égard. Il n’est toutefois pas
nécessaire d’étendre l’instruction sur ce point car, sur la base du but décrit dans
l’extrait du RC et des pièces produites par la commune le 17 mars 2014, la Cour de
céans n’a pas de raison d’aboutir à un autre résultat que celui exposé par le Conseil
d’Etat pour ranger X_ SA, contribuable sur N_, dans la catégorie
des agences immobilières soumises à la taxe TPT sur cette commune, ce d’autant plus
que le RTPT permet, dans certaines circonstances, d’assujettir à cette contribution des
entreprises ayant leur siège en dehors de la commune (art. 2 ch. 3 2 e phrase RTPT).
3. Dans ses observations du 10 novembre 2014, la recourante excipe encore de la
prescription qui serait intervenue au 15 janvier 2014 pour la période allant du
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1 er
novembre 2007 au 31 octobre 2008, invoquant l’article 9 RTPT qui dit que la per-
ception de la taxe est prescrite à compter de 5 ans après la notification.
Il est douteux que X_ SA puisse tirer avantage d’un motif d’annulation non
invoqué dans le délai de recours. Quoiqu’il en soit de la recevabilité de ce moyen, force
est de relever que la règle de l’article 9 ne vise à proprement parler que l’encaissement
d’une taxe, en faisant courir le délai dès la notification de la décision qui en fixe la
quotité, et non pas le droit de statuer sur la créance elle-même. Partant, la contestation
relative à la créance étant toujours en cours, l’extinction de l’obligation fiscale
communale n’a pas encore commencé à courir en l’espèce. Le moyen est ainsi en tout
état de cause infondé, tout comme le sont les interrogations au sujet de la fixation, au
15 janvier 2014 seulement, de la créance pour la période de taxation novembre
2008/31 octobre 2009 dont la recourante ne cite aucune disposition à laquelle
contreviendrait un tel laps de temps.
4.1 Le recours est rejeté (art. 80 al. 1 let. e et 60 al. 1 LPJA).
4.2 Vu l'issue du litige, les frais de la cause sont mis à la charge de la recourante
(art. 89 al. 1 LPJA), à qui les dépens sont refusés (art. 91 al. 1 a contrario LPJA). La
commune n’a pas non plus droit aux dépens selon la règle générale de l’article 91 al. 3
LPJA que n’évoque pas la requête du 28 octobre 2014.
4.3 Compte tenu des critères d'appréciation et des limites des articles 13 al. 1 et 25 de
la loi du 11 février 2009 fixant le tarif des frais et dépens devant les autorités judiciaires
ou administratives (LTar ; RS/VS 173.8), l'émolument de justice est fixé à 1200 fr.,
débours compris (art. 11 LTar).
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