Decision ID: 684455d9-90c2-53ac-9fb6-754e10a1498b
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
a.
A_ exploitait sous l'enseigne "C_" un magasin de tabac avec alimentation dans le quartier D_ à Genève, jusqu'en décembre 2013.
b.
En 2011, A_ a conclu deux polices d'assurance de type protection juridique auprès de la compagnie B_, sise à E_.
Le premier contrat, police 1_ entrée en vigueur le _ 2011, offre une protection juridique pour entreprises et indépendants qui couvre le preneur d'assurance dans l'exercice de son activité professionnelle. Les conditions générales d'assurance "B" de 2009 (ci-après : CGA B 2009) sont applicables.
Le deuxième contrat, police 2_ entrée en vigueur le _ 2011, a pour objet une protection juridique privée, variante "TOP", qui assure le preneur d'assurance en sa qualité de personne privée. Les conditions générales d'assurance "P" de 2010 (ci-après: CGA P 2010) sont applicables.
Les deux polices susmentionnées prévoient notamment la prise en charge des frais liés à la participation active à la procédure pénale en cas de réclamation de dommages et intérêts extracontractuels envers le tiers responsable d'un dommage ainsi que du préjudice patrimonial qui en découle directement, ainsi qu'en cas de réclamation des indemnités dues selon la loi suisse sur l'aide aux victimes d'infraction (art. 2 ch. 1 et 2 CGA B 2009 et 2 ch. 1 et 2 CGA P 2010). La couverture d'assurance s'étend également à la prise en charge des frais de défense dans une procédure pénale devant des tribunaux ou des autorités administratives, lorsque l'assuré est accusé d'avoir commis un délit par négligence. S'il s'agit d'un délit intentionnel, les prestations assurées sont remboursées au terme de la procédure à condition que, par décision définitive, l'existence d'une situation de légitime défense ou d'un état de nécessité ait été reconnue (a), l'assuré ait été acquitté (b) ou un non-lieu ait été prononcé (c) (art. 2 ch. 3 CGA B 2009 et 2 ch. 3 CGA P 2010).
Les prestations sont assurées pour un montant maximum de 300'000 fr. par sinistre, comprenant notamment les frais d'avocat selon l'usage local, les émoluments de justice, les frais de procédure, ainsi que les dépens alloués à la partie adverse (art. 9 CGA B 2009 et 9 CGA P 2010). Les participations aux frais accordées à l'assuré par voie judiciaire ou transactionnelle sont acquises à l'assurance, jusqu'à concurrence de ses prestations (art. 9 ch. 7 CGA B 2009 et 9 ch. 6 CGA P 2010).
c.
Le 2 mars 2012,
A_ a été arrêté dans son commerce et mis en prévention par le Ministère public pour tentative d'assassinat, puis, à titre complémentaire, pour tentative d'instigation à lésions corporelles graves, blanchiment d'argent et emploi d'étrangers sans autorisation. Cette procédure a été enregistrée sous la référence 3_.
Par ordonnance du 17 décembre 2012, le Ministère public a partiellement classé la procédure 3_ en tant qu'elle portait sur l'infraction de blanchiment d'argent. Après avoir été reconnu coupable en première instance de tentative d'instigation à lésions corporelles graves et d'infraction à la loi fédérale sur les étrangers (ci-après : LEtr), A_ a été acquitté de l'ensemble des chefs d'accusation dirigés à son encontre, sous réserve de la violation à la LEtr, par arrêt de la Chambre pénale d'appel et de révision de la Cour de justice du 24 septembre 2013.
d.
En date des 25 mai, 2 août et 27 novembre 2012,
A_ a déposé plaintes pénales à l'encontre de plusieurs agents de police pour des faits commis dans le cadre de son interpellation et de l'instruction de la procédure dirigée à son encontre. Dites plaintes ont donné lieu aux procédures 4_, 5_et 6_.
Toutes ces procédures sont actuellement en cours d'instruction par le Ministère public.
e.
Dans son arrêt du 24 septembre 2013, la Chambre pénale d'appel et de révision de la Cour de justice a alloué à A_ une indemnité de 100'000 fr. pour ses frais de défense, de 55'000 fr. pour perte de gain et de 40'000 fr. pour tort moral. Par arrêt _ du 10 juin 2014, le Tribunal fédéral a partiellement admis le recours interjeté par A_ contre cet arrêt, renvoyé la cause à l'instance cantonale pour nouvelle décision sur le montant de l'indemnité relative à ses frais de défense et a condamné ce dernier à payer 800 fr. de frais de justice. Statuant sur renvoi par arrêt AARP/_ du 19 janvier 2015, la Cour de justice a confirmé le montant de 100'000 fr. au titre des frais de défense de A_ dans la procédure 3_. Selon les pièces du dossier, cette décision n'a fait l'objet d'aucun recours.
f.
A_ avait également déposé une demande d'indemnisation distincte à la suite de l'ordonnance de classement partiel du 17 décembre 2012 concernant l'infraction de blanchiment d'argent pour ses frais de défense relatifs à ce chef d'accusation. Le Ministère public ayant rejeté la demande, celle-ci a été portée devant la Cour de justice, puis au Tribunal fédéral qui, par arrêt _ du 10 juin 2014, a admis le recours et renvoyé la cause en instance cantonale pour nouvelle décision, à charge pour celle-ci de déterminer si les prétentions émises par A_ étaient partiellement ou entièrement les mêmes que celles émises en relation avec les autres chefs d'accusation ayant fait l'objet de la procédure 3_ et de l'indemnisation accordée dans ce cadre. La cause est actuellement pendante auprès du Ministère public.
B. a.
Par acte du 12 septembre 2014, A_ a saisi le Tribunal de première instance (ci-après : le Tribunal) d'une demande en paiement dirigée contre B_ concernant la prise en charge de ses frais de justice relatifs aux procédures pénales susmentionnées, faisant valoir ses polices d'assurance 1_ et 2_.
Il a conclu, avec suite de frais et dépens, à ce que B_ soit condamnée à lui verser, sous réserve d'amplification, au titre d'indemnité pour ses frais encourus au 30 juin 2014, la somme de 211'133 fr. 50, déduction faite de 107'500 fr. déjà reçus à ce titre, et à ce qu'il soit constaté que sa partie adverse demeure responsable du paiement de ses frais de représentation dans les procédures engagées à la suite de ses plaintes dirigées contre plusieurs agents de police, en particulier les causes 4_, 5_et 6_.
La somme réclamée comprenait 281'064 fr. correspondant aux frais de défense en lien avec la procédure 3_, 36'768 fr. correspondant aux frais encourus pour le dépôt et l'instruction de ses plaintes pénales et 800 fr. de frais judiciaires mis à sa charge par l'arrêt du Tribunal fédéral du 10 juin 2014. Après déduction du montant déjà perçu, le solde s'élevait donc à 211'133 fr. 50.
b.
Dans sa réponse du 30 janvier 2015, B_ a conclu au déboutement de
A_ de toutes ses conclusions, avec suite de frais et dépens. A titre subsidiaire, elle a sollicité la suspension de la procédure dans l'attente de l'issue des procédures 3_, 4_, 5_et 6_, au motif que les procédures d'indemnisation liées à la procédure 3_ devaient être résolues au préalable pour pouvoir déterminer les prétentions de A_. Selon B_, il convenait également d'attendre l'issue des trois procédures ouvertes à la suite des plaintes pénales déposées par son assuré, puisque seule leur issue permettrait de déterminer si une prise en charge des honoraires
a posteriori
s'imposerait.
c.
Lors de l'audience de débats et de premières plaidoiries du 26 mars 2015, A_ a déclaré avoir produit tous les documents relatifs à la procédure en indemnisation relative au classement portant sur le blanchiment d'argent, précisant que la cause était en cours devant le Ministère public depuis plus d'une année, après le renvoi du Tribunal fédéral.
La question de l'indemnisation relative à l'acquittement du 24 septembre 2013 était, quant à elle, définitivement réglée par l'arrêt de la Cour de justice du
19 janvier 2015.
B_ a dès lors modifié sa conclusion subsidiaire en ce sens qu'elle a requis la suspension de la procédure dans l'attente de la seule décision du Ministère public concernant l'indemnisation relative à la procédure en blanchiment d'argent. Pour sa part, A_ s'est opposé à toute décision de suspension, alléguant que sa partie adverse lui serait en tous les cas subrogée en cas de décision d'indemnisation.
Par ailleurs, A_ a modifié ses conclusions, augmentant celles-ci de 30'000 fr. correspondant aux frais d'avocat liés au dépôt de ses plaintes pénales pour la période du 1
er
juillet 2014 au 26 mars 2015. B_ s'est opposée à cette nouvelle prétention.
d.
Par ordonnance
ORTPI/269/2015
du 22 avril 2015, notifiée aux parties le
28 avril 2015, le Tribunal a ordonné la suspension de la procédure jusqu'à droit jugé dans les causes 4_, 5_et 6_, actuellement pendantes devant le Ministère public.
Le premier juge a retenu que la demande de A_ portait sur la prise en charge des honoraires de son conseil, notamment de ceux relatifs aux procédures engagées suite aux plaintes pénales qu'il avait déposées. Il avait d'ailleurs requis l'amplification de ses conclusions lors de l'audience du 26 mars 2015 afin de tenir compte des honoraires engagés postérieurement au dépôt de sa demande. Dans la mesure où il avait réservé des amplifications ultérieures en lien avec les frais et honoraires qu'il pourrait encore encourir de ce fait, le premier juge a considéré que lesdites procédures pénales auraient un impact sur le litige dont il était saisi, en particulier sur la détermination de la valeur litigieuse, de sorte que la suspension était justifiée.
C. a.
Par acte déposé au greffe de la Cour de justice le 7 mai 2015, A_ recourt contre cette ordonnance, dont il sollicite l'annulation. Cela fait, il conclut au renvoi de la cause au Tribunal de première instance pour reprise immédiate de l'instruction, avec suite de frais et dépens.
Il fait valoir que ses prétentions rattachées aux procédures auxquelles il participe en sa qualité de partie plaignante et de partie civile, soit les procédures 4_, 5_et 6_, ne représentent qu'une part mineure du litige et sont de surcroît définitivement chiffrées et figées. Selon lui, l'issue de ces procédures pénales n'a absolument aucune incidence sur son droit à être indemnisé.
b.
Dans son mémoire de réponse du 4 juin 2015, B_ s'en rapporte à justice quant au sort du recours introduit par A_, avec suite de frais et dépens.
Elle explique avoir requis la suspension uniquement à titre subsidiaire dans le cadre de la détermination de l'indemnité à verser à l'assuré, dans l'hypothèse où le Tribunal décidait d'entrer en matière sur la demande de A_. A ce stade, B_ estime que le Tribunal est à même de poursuivre son instruction, afin de trancher les questions préalables qu'il est tenu d'examiner pour savoir si la demande d'indemnisation est fondée.
c.
Par réplique et duplique, les parties ont persisté dans leurs conclusions.
d.
Elles ont été informées de ce que la cause était gardée à juger par avis du greffe de la Cour du 29 juillet 2015.

EN DROIT
1.
1.1
La décision ordonnant la suspension de la cause est une mesure d'instruction qui peut, conformément à l'art. 126 al. 2 CPC, faire l'objet du recours de l'art. 319 let. b ch. 1 CPC (Gschwend/Bornatico, Basler Kommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung, 2ème éd., 2013, n. 17a ad art. 126 CPC; Jeandin, Code de procédure civil commenté, 2011, n. 18 ad art. 126 CPC).
Contrairement à une décision de refus de suspension, son admission peut faire l'objet d'un recours, sans que la condition d'un préjudice difficilement réparable au sens de l'art. 319 let. b ch. 2 CPC n'ait à être réalisée (Jeandin, op. cit., n. 18 ad art. 319 CPC; Haldy, Code de procédure civile commenté, 2011, n. 9 ad art. 126 CPC; Hohl, Procédure civile, Tome II, 2ème éd., 2010, n. 2483; Staehelin, Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung (ZPO), 2ème éd., 2013., n. 8 ad art. 126 CPC; Frei, in Berner Kommentar Schweizerische Zivilprozessordnung, 2012, n. 22 ad art. 126 CPC; Gschwend/Bornatico,
op. cit., n. 17a ad art. 126 CPC).