Decision ID: 0386a157-5f6b-4eb1-9b61-0b349e5233db
Year: 2019
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_030
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
Le 5 mai 1992, le Conseil communal de Lausanne a adopté un règlement communal sur la circulation et le stationnement, entré en vigueur le 1
er
janvier 1993 (ci-après: RSL). Il a pour objet l'application, sur le territoire communal, des législations fédérale et cantonale sur la circulation routière particulièrement en ce qui concerne le stationnement (art. 1 al. 1). Il prévoit notamment qu'aux endroits où la demande de places de parc dépasse les possibilités de parcage, la municipalité peut réglementer la durée du stationnement pendant certaines heures ou en permanence (art. 9 al. 1). Elle peut également le soumettre à une taxe perçue au moyen d’un parcomètre ou d’un autre appareil de contrôle (art. 9 al. 2). L'art. 15 RSL a la teneur suivante:
"Les taxes perçues pour le stationnement limité sont fixées de telle manière que les sommes encaissées équilibrent le coût d'aménagement, d’entretien et de contrôle de cases de stationnement, ainsi que la location, par la Ville, des surfaces nécessaires à la création d’emplacements de parcage."
B.
Dans le courant de l'été 2017, la Municipalité de Lausanne (ci-après également: la municipalité) a adopté de nouvelles règles concernant les horaires de parking sur le territoire communal, le stationnement des véhicules étant désormais payant entre 12h30 et 13h30 au centre-ville, les heures de stationnement payant prolongées jusqu'à 20h, le stationnement à Bellerive et au Chalet-à-Gobet étant soumis à ces modifications, et le dimanche devenant payant à Bellerive.
C.
Reprochant à la municipalité d'avoir adopté ces nouveaux horaires sans aucune consultation des milieux concernés, Xavier de Haller, pour le groupe PLR, et Fabrice Moscheni, pour le groupe UDC, ont déposé le 19 septembre 2017 un projet de modification de l'art. 13 RSL par l'adjonction de deux nouveaux alinéas visant en particulier à maintenir la gratuité du stationnement sur le domaine public et les parkings de la Ville les jours ouvrables entre 12h30 et 13h30, et 19h et 8h00, ainsi que les dimanches et jours fériés de droit fédéral et cantonal.
D.
Dans son rapport-préavis n° 2018/16 du 26 avril 2018 relatif aux comptes de l'exercice 2017, la municipalité a invité le Conseil communal de Lausanne (ci-après: le conseil communal) à adapter l'art. 15 RSL de la manière suivante:
"Le produit des taxes perçues pour l’usage du domaine public à des fins de stationnement limité de véhicules sert à couvrir les charges de gestion du patrimoine administratif liées à la "mobilité" (construction, maintenance, exploitation et entretien des infrastructures routières, des équipements de gestion des circulations, des infrastructures de stationnement, des aménagements pour la mobilité douce et les transports publics, etc...). Ces taxes sont fixées de telle manière que le montant perçu soit en adéquation avec la contrepartie obtenue par l’utilisateur de l’usage."
Le rapport-préavis du 26 avril 2018 explique ce qui suit en lien avec la révision de l'art. 15 RSL:
"5.1 Introduction
L'article 15 du règlement sur la circulation et le stationnement stipule que: "Les taxes perçues pour le stationnement limité sont fixées de telle manière que les sommes encaissées équilibrent le coût d’aménagement, d’entretien et de contrôle de cases de stationnement, ainsi que la location, par la Ville, des surfaces nécessaires à la création d’emplacements de parcage."
Il est utile de rappeler que la notion d’équilibre doit être considérée sur la durée, tel que précisé lors de la séance du Conseil Communal du 5 mai 1992. En effet, dans le cadre de ce débat, le texte de l’article susmentionné, qui précisait initialement: "... les sommes encaissées annuellement ne dépassent pas..." a été au final adopté selon sa teneur actuelle pour prendre en considération un équilibre sur la période plutôt que sur chaque exercice.
5.2 Commentaires
S’agissant du suivi financier de cet équilibre, un premier point de situation a été réalisé en 2003 par l’intermédiaire du préavis N° 2004/32. Ce dernier présentait un déficit cumulé de CHF 24.8 millions sur la période de 1996 à 2003. Sur la période de 2004 à 2017, le déficit cumulé correspondant au périmètre fixé à l’article 15 du règlement, s’est réduit à CHF 6,2 millions (voir annexe Résultat stationnement 2004-2017). Le bilan financier lié au stationnement est déficitaire depuis 20 ans.
Appliquer un périmètre qui restreint l’utilisation des taxes perçues à l’entretien des infrastructures liées au stationnement, limite les possibilités offertes en termes d’aménagement de l’espace public et n’est plus en phase avec les enjeux actuels en termes de mobilité durable.
En parallèle, il y a lieu de rappeler que l’art. 15 du règlement sur la circulation et le stationnement est étroitement lié à l’alimentation du fonds du stationnement. Or, compte tenu du déficit présenté préalablement, le fonds n’a plus été alimenté depuis l’exercice 2012. Il affiche actuellement une fortune de CHF 2 millions.
5.3 Proposition
Compte tenu de ce qui précède, il semble essentiel '’adapter l'article 15 du règlement sur la circulation et le stationnement afin de le rendre plus cohérent avec les objectifs actuels et futurs liés à la mobilité urbaine, tout en permettant un développement harmonieux et de qualité pour les usagers de la manière suivante:
[...]
"
Le 12 juin 2018, le conseil communal a adopté la modification de l'art. 15 RSL (par 53 oui, 27 non et 3 abstentions). Le 28 juin 2018, la Cheffe du Département des institutions et de la sécurité a approuvé cette modification. L'approbation a été publiée dans la Feuille des avis officiels le 3 juillet 2018.
E.
Par acte du 23 juillet 2018, Xavier de Haller et vingt-et-un autres membres du Conseil communal de Lausanne ont saisi la Cour constitutionnelle du Tribunal cantonal d'une requête tendant principalement à l'annulation de la modification de l'art. 15 RSL, et subsidiairement au renvoi de la cause à l'autorité intimée. Les requérants se sont plaints du non-respect de la loi vaudoise du 5 décembre 1956 sur les impôts communaux (LICom; BLV 650.11), de l'insuffisance de base légale, d'une violation de l'art. 82 Cst., ainsi que d'une violation des principes de l'égalité de traitement et de la bonne foi. A titre de mesures d'instruction, ils ont requis la production de plusieurs documents en mains de la municipalité.
Dans sa réponse du 22 août 2018, le conseil communal a indiqué qu'il ne se prononcerait pas sur les points soulevés par les requérants, ceux-ci étant de la compétence de la municipalité. Dans ses déterminations du 29 août 2018, la Cheffe du Département des institutions et de la sécurité s'en est remise également à la position de l'autorité concernée. Dans ses observations du 30 août 2018, la municipalité a conclu principalement au rejet de la requête sous suite de frais, et subsidiairement, en cas d'admission de la requête, au refus d'octroi de dépens. Elle a pour l'essentiel fait valoir que l'art. 15 RSL n'était pas contraire au droit supérieur. Elle a notamment produit avec son écriture le résultat du stationnement pour les années 2004 à 2017, la communication au Conseil communal du 21 septembre 2012, un tableau comparatif des prix du stationnement pratiqués en zone L et hors zone L sur le domaine public et par des entreprises privées, ainsi que les éléments des comptes de l’exercice 2017 relatifs au Service des routes et de la mobilité.
Les requérants ont maintenu leur position dans leur réplique du 2 octobre 2018.
La cour a décidé, à l'unanimité, de statuer par voie de circulation.

Considérant en droit:
1.
a) Selon l'art. 136 al. 2 let. 1 de la Constitution du 14 avril 2003 du Canton de Vaud (Cst-VD; BLV 101.01), la Cour constitutionnelle contrôle, sur requête déposée dans les vingt jours dès leur publication, la conformité des normes cantonales au droit
supérieur. L'art. 3 de la loi vaudoise du 5 octobre 2004 sur la juridiction constitutionnelle (LJC;
BLV 173.32), qui concrétise cette disposition, précise que ce contrôle porte également sur tous les règlements, arrêtés ou tarifs communaux et
intercommunaux
, contenant des règles de droit (al. 3). La révision de l'art. 15 RSL peut donc faire l'objet d'un examen par la Cour constitutionnelle.
b) Déposée dans les vingt jours suivant la publication de l'acte contesté, la requête est intervenue en temps utile (art. 5 al. 1 LJC).
c) Selon l'art. 8 LJC, le requérant doit invoquer la violation d'une règle de droit de rang supérieur et préciser en quoi consiste cette violation. La cour de céans limite son examen aux griefs invoqués par le requérant, sauf s'il apparaît que l'acte attaqué est manifestement contraire au droit de rang supérieur (art. 13 LJC).
En l'espèce, les requérants se plaignent d'une violation de la LICom, de l'art. 82 Cst., ainsi que des principes de la légalité, de la couverture des coûts, de l'égalité de traitement et de la bonne foi. Ils exposent et développent de manière détaillée ces griefs. Les conditions de l'art. 8 LJC sont ainsi réunies.
d) A qualité pour agir contre une règle communale toute personne physique ou morale qui a un intérêt digne de protection à ce que l’acte attaqué soit annulé (art. 10 al. 1 LJC). Ont également qualité pour former une requête contre les actes communaux, selon l’art. 10 al. 2 LJC, un dixième des membres du conseil communal, un cinquième des membres du conseil général, ou un groupe politique (let. b).
Contrairement à ce qui prévaut pour les personnes physiques et morales, ainsi que pour les collectivités publiques agissant pour la défense de leurs intérêts particuliers à l'instar des personnes privées, les recourants désignés à l'art. 10 al. 2 LJC ne sont pas tenus de faire valoir un intérêt digne de protection pour justifier leur intervention (arrêt CCST.2011.0008 du 12 juin 2012 consid. 4b).
En l'espèce, les requérants, figurant au nombre de 23 sur la requête, laquelle ne porte toutefois que 22 signatures, sont tous membres du Conseil communal de la Commune de Lausanne. Celui-ci est composé de cent membres. Ainsi seuls dix membres dudit Conseil auraient pu former la requête en cause. Celle-ci ayant été signée par 22 conseillers communaux, il y a lieu d'entrer en matière.
2.
La cour de céans s'estime suffisamment renseignée pour pouvoir statuer en connaissance de cause, sans qu'il n'y ait lieu de donner suite aux réquisitions de production de pièces des requérants (p. 19 de la requête). L'autorité peut en effet renoncer à procéder à des mesures d'instruction lorsque les preuves administrées lui ont permis de former sa conviction et que, procédant d'une manière non arbitraire à une appréciation anticipée des preuves qui lui sont encore proposées, elle a la certitude que ces dernières ne pourraient l'amener à modifier son opinion (ATF 140 I 285 consid. 6.3.1 et les références citées).
3.
a) Parmi les contributions publiques, la jurisprudence et la doctrine distinguent traditionnellement les impôts et les contributions causales (ATF 143 I 220 consid. 4.1; 138 II 70 consid. 5.1; 135 I 130 consid. 2 et les références citées; Ernst Blumenstein/Peter Locher, System des schweizerischen Steuerrechts, 7
ème
éd., Zurich/Bâle/Genève 2016, p. 2; Xavier Oberson, Droit fiscal suisse, 4
ème
éd., Bâle 2012, p. 3; Walter Ryser/Bernard Rolli, Précis de droit fiscal suisse, 4ème éd., Berne 2002, p. 3).
Les impôts représentent la participation des citoyens aux charges de la collectivité; ils sont dus indépendamment de toute contre-prestation spécifique de la part de l'État. Les contributions causales, en revanche, constituent la contrepartie d'une prestation spéciale ou d'un avantage particulier appréciable économiquement accordé par l'État. Elles reposent ainsi sur une contre-prestation étatique qui en constitue la cause (ATF 143 I 220 consid. 4.2; 135 I 130 consid. 2 et les références citées).
Généralement, les contributions causales se subdivisent en trois sous-catégories: les émoluments, les charges de préférence et les taxes de remplacement (ATF 135 I 130 consid. 2 et réf.). L'émolument représente la contrepartie de la fourniture d'un service par l'Etat – émolument administratif – ou de l'utilisation d'une infrastructure publique – émolument d'utilisation. Il en existe d'autres sortes, telles que les taxes régaliennes (Blumenstein/Locher, op. cit., p. 4; Oberson, op. cit., p. 4 et 5). La charge de préférence, pour sa part, est une contribution causale destinée à financer des installations, institutions ou services que l'Etat fournit dans l'intérêt général, mais qui procurent des avantages économiques spécifiques à certaines catégories de contribuables (cf. ATF 131 I 313 consid. 3.3; TF 2C_466/2008 du 10 juillet 2009 consid. 4.2.2). La taxe de remplacement, quant à elle, est due par une personne dispensée d'un devoir public. L'exemple classique est celui de la taxe d'exemption de l'obligation du service militaire (TF 2C_88/2009 du 19 mars 2010 consid. 5.4; ég. Oberson, op. cit., p. 5).
Lorsque le montant de la taxe dépasse celui de l'avantage étatique qui en constitue la cause, la jurisprudence qualifie la contribution d'impôt mixte ("Gemengsteuer";
ATF 105 Ia 2
consid. 2;
103 Ia 85
consid. 5a; 101 Ia 184 consid. 1 concernant un impôt sur les bateaux; ég.
TF 2C_88/2009 du 19 mars 2010 consid. 5.4
). De telles contributions sont soumises au même régime que les impôts
stricto sensu
(Oberson, op. cit. p. 6).
b) Le principe de la légalité gouverne l'ensemble de l'activité de l'Etat (cf.
art. 5 al. 1 Cst.
). Il revêt une importance particulière en droit fiscal où il est érigé en droit constitutionnel indépendant à l'
art. 127 al. 1 Cst. Cette norme
– qui s'applique à toutes les contributions publiques, tant fédérales que cantonales ou communales – prévoit en effet que les principes généraux du régime fiscal, notamment la qualité de contribuable, l'objet de l'impôt et son mode de calcul ou sa quotité, doivent être définis par la loi au sens formel. Si cette dernière délègue à l'organe exécutif la compétence d'établir une contribution, la norme de délégation ne peut constituer un blanc-seing en faveur de cette autorité; elle doit indiquer, au moins dans les grandes lignes, le cercle des contribuables, l'objet et la base de calcul de la contribution. Sur ces points, la norme de délégation doit être suffisamment précise (exigence de la densité normative). Il importe en effet que l'autorité exécutive ne dispose pas d'une marge de manœuvre excessive et que les citoyens puissent discerner les contours de la contribution qui pourra être prélevée sur cette base (ATF 143 I 220 consid. 5.1; 136 I 142 consid. 3.1 et les références citées).
Ces exigences valent en principe pour les impôts (cf. art. 127 al. 1 et 164 al. 1 let. d Cst.) comme pour les contributions causales. La jurisprudence les a cependant assouplies en ce qui concerne la fixation de certaines de ces contributions. La compétence d'en fixer le montant peut être déléguée plus facilement à l'exécutif, lorsqu'il s'agit d'une contribution dont la quotité est limitée par des principes constitutionnels contrôlables, tels que ceux de la couverture des frais et de l'équivalence (ATF 143 I 220 consid. 5.1; 136 I 142 consid. 3.1; 135 I 130 consid. 7.2 et les références citées; ég. Daniela Wyss, Kausalabgaben: Begriff, Bemessung, Gesetzmässigkeit, thèse, Berne 2009, p. 169 ss).
c) Les principes constitutionnels permettant un contrôle de la légalité des taxes causales sont définis comme il suit par la jurisprudence.
Selon le principe de la couverture des frais, le produit global des contributions ne doit pas dépasser, ou seulement de très peu, l'ensemble des coûts engendrés par la branche ou subdivision concernée de l'administration, y compris, dans une mesure appropriée, les provisions, les amortissements et les réserves (
ATF 126 I 180
consid. 3a/aa et les références citées). De telles réserves financières violent le principe précité lorsqu'elles ne sont plus justifiées objectivement, c'est-à-dire lorsqu'elles excèdent les besoins futurs prévisibles estimés avec prudence (
ATF 118 Ia 320
consid. 4b). Ce qu'il faut entendre par branche administrative se détermine selon la fonction qui est dévolue à cette entité de façon à pouvoir désigner toutes les dépenses qui se rattachent objectivement aux tâches administratives effectuées par celle-ci (ATF 135 I 130 consid. 5.1).
Le principe d'équivalence – qui est l'expression du principe de la proportionnalité en matière de contributions publiques – implique pour sa part que le montant de la contribution soit en rapport avec la valeur objective de la prestation fournie et reste dans des limites raisonnables (
ATF 139 I 138
consid. 3.2 p. 141 et les références citées). Le principe d'équivalence n'exige pas que la contribution corresponde dans tous les cas exactement à la valeur de la prestation; le montant de la contribution peut en effet être calculé selon un certain schématisme tenant compte de la vraisemblance et de moyennes. La contribution doit cependant être établie selon des critères objectifs et s'abstenir de créer des différences qui ne seraient pas justifiées par des motifs pertinents (TF 2C_329/2008 du 15 octobre 2008 consid. 4.2; ég. Adrian Hungerbühler, Grundsätze des Kausalabgabenrechts, in ZBl 2003 p. 505 ss, p. 523).
Les principes précités ne s'appliquent qu'avec certaines réserves à la taxe causale d'utilisation du domaine public. Ainsi, l'émolument y relatif n'est pas soumis au principe de la couverture des frais, puisque la collectivité publique ne subit en principe pas ou que peu de coûts lors de la mise à disposition du domaine public. Il s'agit par conséquent d'une taxe causale "indépendante des coûts" (kostenunabhängige Kausalabgabe; cf. TF 2C_226/2012 du 10 juin 2013 consid. 4.2 et les références citées; Hungerbühler, op. cit., p. 512, 518 et 522). Une telle taxe peut donc procurer un excédent à la collectivité publique et se rapproche, sur ce point, de l'impôt (TF 2C_609/2010 du 18 juin 2011 consid. 3.2).
Il en va toutefois différemment lorsque la collectivité publique met à disposition de certains administrés des installations spécifiques, onéreuses, et qu'il est donc possible de déterminer quels coûts sont à couvrir (TF 2C_553/2016 du 5 décembre 2016 consid. 5.3 qui concernait le bien-fondé d'une taxe d'amarrage).
d) La LICom définit les contributions que les communes peuvent percevoir. Elle comprend notamment les dispositions suivantes:
Art. 1 – Divers impôts communaux
1
Avec l'autorisation du Conseil d'Etat et en se conformant aux dispositions de la présente loi, les
communes et fractions de communes dont les revenus ne suffisent pas à couvrir les dépenses peuvent percevoir les impôts et taxes suivants:
a.
un impôt sur le revenu et un impôt sur la fortune des personnes physiques;
b.
un impôt sur le bénéfice et un impôt sur le capital des personnes morales;
c.
un impôt minimum sur les recettes brutes et les capitaux investis des personnes morales qui exploitent une entreprise;
d.
un impôt spécial dû par les étrangers;
e.
un impôt foncier proportionnel sans défalcation des dettes;
f.
un impôt personnel fixe;
g.
des droits de mutation;
h.
un impôt complémentaire sur les immeubles appartenant aux sociétés et fondations;
i.
un impôt sur les loyers;
j.
un impôt sur les divertissements;
k.
un impôt sur les chiens;
l.
...
m.
des centimes additionnels aux autres impôts cantonaux prévus par la loi annuelle d'impôt, à l'exception du droit de timbre et de la taxe sur les véhicules automobiles.
Art. 3bis – Taxes communales
1
Les communes peuvent notamment percevoir:
a.
une taxe communale de séjour, lorsqu'elles affirment leur vocation touristique. Le produit de cette taxe doit être affecté à des dépenses profitant à l'ensemble des touristes;
b.
une taxe communale de promotion touristique, lorsqu'elles affirment leur vocation touristique;
c.
une taxe communale sur les résidences secondaires. Le produit de cette taxe doit être affecté à des dépenses profitant directement ou indirectement à ceux qui l'acquittent;
d.
une taxe communale pour la promotion et le développement d'activités économiques, lorsqu'elles affirment leur vocation économique et commerciale.
2
Ces taxes font l'objet d'un règlement adopté par le conseil général ou communal et soumis à l'approbation du chef de département concerné.
3
Ces règlements doivent notamment contenir des dispositions fixant les conditions d'assujettissement à la taxe concernée, le mode de calcul et le montant de celle-ci, la procédure de perception, ainsi que l'affectation des montants perçus.
4
Le produit de ces taxes doit être distinct des recettes générales de la commune.
Art. 4 – Taxes spéciales
1
Indépendamment des impôts énumérés à l'article premier et des taxes prévues par l'article 3bis, les communes peuvent percevoir des taxes spéciales en contrepartie de prestations ou avantages déterminés ou de dépenses particulières.
2
Ces taxes doivent faire l'objet de règlements soumis à l'approbation du chef de département concerné.
3
Elles ne peuvent être perçues que des personnes bénéficiant des prestations ou avantages ou ayant provoqué les dépenses dont elles constituent la contrepartie.
4
Leur montant doit être proportionné à ces prestations, avantages ou dépenses."
4.
Les requérants invoquent une violation de la LICom. Pour eux, la disposition litigieuse ne permet plus le respect du principe de la couverture des coûts, si bien que la taxe en cause s'apparente désormais à un impôt. Or si la nouvelle contribution est un impôt, elle doit être autorisée par la LICom. Dans la mesure où l'art. 1 de cette loi contient une énumération exhaustive des impôts communaux autorisés et que rien ne s'y trouve au sujet d'un impôt sur le stationnement, la modification de l'art. 15 RSL ne serait pas possible.
a) D'après la jurisprudence du Tribunal fédéral, il faut distinguer entre le stationnement de courte durée, qui correspond encore à l'usage commun du domaine public, et le stationnement de plus longue durée (à partir de trente minutes dans les zones urbaines), qui relève lui de l'usage commun accru (ATF 122 I 279 consid. 2b; ég. TF 2C_699/2017 du 12 octobre 2018 consid. 8.4 et 2C_770/2012 du 9 mai 2013 consid. 3.4).
Pour l'usage commun du domaine public, seul un émolument de contrôle peut être mis à la charge de l'utilisateur, en vertu de l'art. 82 al. 3 Cst. qui interdit la perception de taxes et de contre-prestation pour l'usage des routes. L'émolument de contrôle est admissible parce qu'il est perçu en contrepartie de l'installation, de l'entretien et du contrôle du parcomètre, ainsi que de la délimitation des surfaces de parcage et de la mise en place d'une signalisation (TF 2C_770/2012 du 9 mai 2013 consid. 3.4; ég. ATF 112 Ia 39 consid. 2c).
Au-delà de la courte durée du stationnement pour laquelle seul un émolument de contrôle peut être perçu, la jurisprudence fédérale admet que le stationnement de plus longue durée puisse donner lieu à la perception de taxes d'utilisation ou d'orientation (ATF 122 I 279 consid. 2b; ég. TF 2C_770/2012 du 9 mai 2013 consid. 3.4).
b) En l'espèce, la contribution litigieuse n'est pas définie par l'art. 15 RSL, qui ne traite que de son affectation, mais par l'art. 9 al. 2 RSL, qui prévoit que la municipalité peut soumettre le stationnement à une taxe perçue au moyen d'un parcomètre ou d'un autre appareil de contrôle. Conformément à la jurisprudence précitée, une telle contribution constitue en principe une taxe d'utilisation, voire un émolument de contrôle. Dans les deux cas, il s'agit de taxes causales prélevées en contrepartie de l'avantage octroyé.
L'art. 15 RSL modifié étend toutefois l'affectation du produit des taxes perçues à la couverture des charges de gestion du patrimoine administratif liées à la "mobilité" au sens large. Les coûts pris en considération ne se limiteraient plus à l'aménagement, à l'entretien et au contrôle des cases de stationnement. Pourraient également être couvertes des charges telles que les aménagements pour la mobilité douce et les transports publics, qui ne bénéficient pas aux automobilistes stationnant leur véhicule et qui sont traditionnellement financées par l'impôt. De tels investissements sont pourtant sans lien avec le service rendu. Dans un courrier qu'elle a adressé le 12 juillet 2018 aux conseillers communaux (pièce 5 de la requête), la municipalité n'a du reste pas caché que la révision de l'art. 15 RSL concrétisait sa volonté de mettre en place "une politique de mobilité durable privilégiant la multi-modalité". Au regard de ces éléments, il convient d'admettre avec les requérants que la modification attaquée change la nature de la "taxe" prévue par l'art. 9 al. 2 RSL, qui revêt partiellement le caractère d'un impôt.
Il faut ainsi concevoir la contribution litigieuse comme une contribution mixte. A ce titre, elle est soumise au même régime
que les impôts
strictu sensu
(cf.
supra
consid. 3a
in fine
). Elle doit par conséquent être autorisée par la LICom. Or, une contribution de ce type (sorte d'impôt sur le stationnement) n'entre ni dans la liste de l'art. 1 LICom relatif aux "divers impôts communaux", ni dans celle de l'art. 3bis LICom qui a trait aux "taxes communales" (qui malgré leur dénomination s'apparentent plutôt à des impôts). Elle ne peut pas non plus se fonder sur l'art. 4 LICom, qui, par "taxes spéciales", vise les taxes causales au sens strict.
La révision de l'art. 15 RSL, en modifiant la nature de la "taxe" prévue par l'art. 9 al. 2 RSL, contrevient par conséquent à la LICom. Elle doit dès lors être annulée, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres griefs soulevés par les requérants.
5.
Les considérants qui précèdent conduisent à l'admission de la requête et à l'annulation de la modification de l'art. 15 RSL.
Vu l'issue du litige, l'arrêt sera rendu sans frais.
S'agissant des dépens, les requérants n'y ont pas droit, Xavier de Haller, qui les représente, n'ayant pas agi en sa qualité d'avocat mais de membre du Conseil communal de la Commune de Lausanne.