Decision ID: 9ea81884-4fb2-5696-b9bf-621e04b3a595
Year: 2017
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_005
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
Par décision du 17 octobre 2016, le Vice-président du Tribunal civil a octroyé l'assistance juridique à A_ (ci-après : la recourante), avec effet au 14 octobre 2016, pour la défense à une procédure en validation de hausse de loyer (C/_). Ledit octroi n'a pas été subordonné au versement d'une participation mensuelle ni limité à la première instance.
Me Maxime CLIVAZ, avocat, a été désigné pour défendre les intérêts de la recourante.
B.
Par «
décision
»
AJC/2614/2017
du
29 mai 2017, notifiée le lendemain, le greffe de l'Assistance juridique a
«
dit
» que la dette de la recourante envers l'Etat de Genève s'élevait à 489 fr. 40 (ce qui correspondait au montant versé à son avocat à l'issue de la procédure pour l'activité déployée en sa faveur).
Dans les considérants de sa «décision», le greffe de l'Assistance juridique a évoqué l'obligation de remboursement de l'assistance judiciaire ancrée à l'art. 123 al. 1 CPC en cas d'amélioration de la situation financière du requérant, et rappelé que la créance de l'Etat se prescrivait par dix ans.
C. a.
Recours est formé contre cette «décision», par acte expédié le 31 mai 2017 à la Présidence de la Cour de justice.
b.
La Vice-présidente du Tribunal civil a renoncé à formuler des observations.

EN DROIT
1. 1.1.
La présidente de la Cour de justice est compétente pour connaître des recours dirigés contre les décisions rendues en matière d'assistance juridique (art. 21 al. 3 LaCC et 1 al. 3 RAJ).
L'assistance judiciaire en matière civile est prévue par les art. 117 à 123 CPC, dispositions qui sont elles-mêmes complétées par le Règlement sur l'assistance juridique et l'indemnisation des conseils juridiques et défenseurs d'office en matière civile, administrative et pénale (ci-après: RAJ; RSG
E 2 05.04
).
Le RAJ prévoit cinq types de décisions, à savoir, la décision d'octroi (art. 5 RAJ), la décision de refus (art. 14 al. 2 RAJ), la décision de retrait (art. 11 RAJ), la décision de taxation (art. 18 RAJ) et la décision de remboursement (art. 19 RAJ).
Toutes ces décisions sont de la compétence du président du Tribunal civil (art. 64
al. 2 LOJ, 21 al. 1 LaCC et 1 al. 1 RAJ) – qui peut déléguer cette tâche à un ou plusieurs vice-présidents (cf. art. 29 al. 5 LOJ et 6 al. 2 du Règlement du Tribunal civil [RSG
E 2 05.41
]) –, à l'exception de la décision de taxation qui émane du greffe de l'Assistance juridique (art. 1 al. 1
in fine
et 18 al. 1 RAJ).
1.2.
Selon la jurisprudence, de graves vices de procédure ainsi que l'incompétence qualifiée de l'autorité qui a rendu la décision sont des motifs de nullité absolue, pour autant que la constatation de la nullité ne mette pas sérieusement en danger la sécurité du droit (ATF
132 II 21
consid. 3.1, in JdT 2006 I p. 707;
130 III 430
consid. 3.3;
129 I 361
consid. 2.1, in JdT 2004 II p. 47).
La nullité d'une décision doit être relevée d'office, en tout temps et par toutes les autorités chargées d'appliquer le droit (ATF
129 I 361
consid. 2, in JdT 2004 II p. 47;
122 I 97
consid. 3a/aa).
1.3.
En l'espèce, la «décision» querellée n'entre dans aucune des catégories de décisions prévues par le RAJ.
Si elle semble se rapprocher de la décision de taxation (puisqu'elle émane du greffe de l'Assistance juridique et fait référence au montant des frais consentis par l'Etat pour la procédure couverte par l'assistance juridique) ainsi que de la décision de remboursement (puisqu'elle se réfère au devoir de rembourser l'assistance judiciaire en cas d'amélioration de la situation financière), elle s'en écarte sur plusieurs aspects. Ainsi, contrairement à la décision de taxation, elle ne contient aucune indication quant au nombre d'heures ni au barème retenus pour le calcul des frais versés au conseil juridique et ne comporte pas la dénomination «usuelle» des décisions d'indemnisation (à savoir «TAX/» suivi du numéro de procédure). Elle se distingue également de la décision de remboursement par le fait qu'elle n'émane pas du président du Tribunal civil (ou de son Vice-président, après délégation de compétence), n'indique pas dans quelle mesure la situation financière de la recourante s'est modifiée – si tant est qu'il faille considérer qu'une actualisation de sa situation ait eu lieu et qu'un réel changement ait été constaté – et ne condamne pas la recourante à s'acquitter des frais consentis par l'Etat, se limitant à chiffrer le montant de la dette.
La nullité de cette «décision»
sui generis
et purement déclaratoire sera dès lors constatée.
2.
Sauf exceptions non réalisées en l'espèce, il n'est pas perçu de frais judiciaires pour la procédure d'assistance juridique (art. 119 al. 6 CPC).
* * * * *