Decision ID: 8f1b0ca9-4265-4c0b-bdbf-6e86caa26fd8
Year: 2003
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants :
A. X._ est entrée en Suisse le 1er juillet 1997 et a bénéficié d'autorisations de séjour de courte durée pour travailler en qualité d'artiste de cabaret.
Le 16 février 1998, à Sion, elle s'est mariée avec Z._, ressortissant portugais titulaire d'un permis d'établissement. En raison de son mariage avec une personne établie, X._ a obtenu dans le canton de Vaud, puis du Valais, un permis de séjour annuel pour vivre auprès de son conjoint.
Par décision du 13 juin 2000, les autorités valaisannes ont refusé le renouvellement de l'autorisation de séjour de l'intéressée au motif de la séparation des époux et de la liaison de celle-ci avec un tiers, A._. Cette décision a été frappée d'un recours auprès du Conseil d'Etat de ce canton. X._ a également déposé une demande de réexamen dirigée contre le refus du 13 juin 2000.
De retour dans le canton de Vaud, X._ s'est vue refuser, par décision du 24 août 2000, la délivrance d'une autorisation de séjour sur sol vaudois par regroupement familial. Cette décision a été confirmée sur recours par l'autorité de céans dans son arrêt PE 2000/0516 du 13 mars 2001 en l'absence de vie commune des époux.
B. Le 24 avril 2001, agissant par l'intermédiaire de Me Elie Elkaim, X._ a sollicité le réexamen du refus du SPOP du 24 août 2000 au motif qu'elle était enceinte des oeuvres de son mari, en produisant un certificat médical et une déclaration de Z._ par laquelle celui-ci confirme vivre auprès de son épouse à Montreux.
Le 31 mai 2001, le Contrôle des habitants de Montreux a écrit au SPOP qu'il considérait que X._ et son mari n'étaient pas établis dans dite localité en raison de leur absence constatée par la police.
Le 28 juin 2001, la prénommée a été entendue par la police valaisanne dans le cadre d'une enquête pour vol suite à une dénonciation de A._. Lors de son audition, elle a déclaré qu'elle pensait que celui-ci était le père de son enfant à naître. Elle a précisé qu'elle revenait de vacances en Espagne où elle a de la famille et qu'elle logeait "chez quelqu'un" car elle était en guerre avec son mari
Par décision du 13 juillet 2001, le SPOP a considéré que la demande de réexamen était irrecevable faute de faits nouveaux. Cette décision qui est entrée en force retient ce qui suit :
"
(...)
En effet, votre requête est fondée sur une prétendue reprise de la vie commune et le fait que votre mandante attendrait un enfant de son époux.
Or, entendue le 28 juin 2001 par la police valaisanne pour une affaire de vol, Mme X._ a indiqué qu'elle pensait que son amant (M. C._) était le père de son enfant. D'autre part, elle a affirmé qu'elle était "logée chez quelqu'un car elle était en guerre avec son mari".
S'ajoute à cela que le 31 mai 2001, le contrôle des habitants de Montreux nous a confirmé qu'il refusait d'inscrire le couple en domicile principal, motif étant qu'il ne résidait pas régulièrement sur le territoire de la commune.
Notons enfin qu'une précédente procédure au Tribunal administratif a démontré de manière incontestable que les conjoints avaient menti quant à leur prétendue vie commune à Montreux.
(...).
"
C. Le 22 août 2001, agissant par l'intermédiaire de Me Bavaud, X._, faisant part notamment de l'incertitude régnant sur le père de son enfant à naître, a demandé au SPOP la révision de sa décision du 13 juillet 2001. Elle a expliqué qu'elle était toujours domiciliée à la 1.******** et a joint une copie de la présente à l'attention du contrôle des habitants de Montreux. Le dossier du SPOP contient une copie de la lettre du 26 juillet 2002 que le centre de planning familial et de grossesse de Vevey & Environs (Profa) a adressée à Me Charles Bavaud sur la situation personnelle de X._. Il convient d'en extraire le passage suivant :
"
Cher Monsieur,
Notre service a été amené à s'occuper de la situation de Mme X._ dans le cadre de nos consultations de grossesse. Sachant que Mme X._ s'est adressée à vous, je me permets de vous faire part des informations qui me semblent actuellement les plus importantes.
Mme X._ va accoucher en septembre et, en cette fin de grossesse, elle a besoin de retrouver un peu de sérénité et de pouvoir organiser la venue de son enfant dans les meilleurs conditions malgré les difficultés qui l'entourent. Son médecin atteste qu'elle ne peut plus voyager sans que cela représente un risque pour la grossesse.
La relation de Madame avec le père de l'enfant est une relation importante puisque le couple avait décidé ensemble de cette grossesse. Ce n'est que plus tard que leur relation s'est dégradée. M. Z._ a traversé une période globalement difficile qui a même nécessité son hospitalisation à l'Hôpital de Malevoz. Sa prise de distance, puis la rupture actuelle ont été particulièrement douloureuses pour Mme X._.
Actuellement le plus important est de permettre à Madame de rester en Suisse jusqu'à ce que la situation se soit clarifiée :
- la crise actuelle, dans laquelle la venue de l'enfant prend toute sa place, ne permet ni à Mme X._, ni à M. Z._ de prendre un peu de distance face à leur relation,
- le temps qui va suivre la naissance de l'enfant va être crucial pour que les deux parents et plus particulièrement, M. Z._, puissent trouver leur place respective, ensemble ou séparément,
- une procédure de désaveu va être nécessaire pour que la filiation réelle soit établie.
(...).
"
Le 24 août 2001, le contrôle des habitants de Montreux a répondu qu'il refusait de réinscrire X._ en résidence principale à Montreux pour le motif que plusieurs contrôles effectués par la police municipale avaient établi qu'elle ne se trouvait pas à cette adresse, que le Tribunal administratif avait aussi constaté son absence, et qu'elle admettait d'ailleurs dans son courrier qu'elle séjournait beaucoup plus souvent ailleurs.
Le même jour, le SPOP a écrit ce qui suit à l'intéressée :
"
(...)
Toutefois, nous devons d'emblée relever qu'une présente procédure devant le Tribunal administratif a permis d'établir de manière incontestable que votre mandante n'avait pas son domicile à Montreux.
Au demeurant, se fondant sur plusieurs rapports de police, le CH de Montreux a rayé Madame X._ de son contrôle, son prétendu domicile était purement fictif et uniquement destiné à lui permettre de requérir abusivement un permis de séjour sur notre territoire après que celui-ci lui ait été retiré par les autorités valaisannes.
Dès lors, il vous appartient d'adresser votre requête aux autorités du canton dans lequel habite réellement votre cliente, à savoir, très probablement, le canton du Valais où elle a d'ailleurs été écrouée il y a peu ( nous ignorons si elle a été libérée depuis lors).
(...).
"
D. X._ a donné naissance le 27 septembre 2001 à Aigle à Y._.
E. Le 23 octobre 2001, le Conseil d'Etat du canton du Valais a classé l'affaire portée par X._ devant lui, ensuite du retrait du recours de celle-ci dirigé contre le refus du 13 juin 2000. La demande de réexamen du 5 octobre 2000 a également été classée. Un délai au 15 janvier 2002 a été imparti à X._ pour quitter le Valais (v. lettre du Service cantonal de l'Etat civil et des étrangers du 5 décembre 2001).
Le 12 décembre 2001, l'Office fédéral des étrangers a étendu à tout le territoire de la Confédération la décision valaisanne de renvoi et imparti à X._ un délai au 31 janvier 2002 pour quitter la Suisse et le Liechtenstein.
F. Le 12 décembre 2001, Profa est intervenu auprès du contrôle des habitants de Montreux en vue que celui-ci confirme le domicile de X._ et de son fils dans cette localité et leur délivre une attestation de domicile. L'autorité communale a confirmé la présence régulière des intéressés au logement de Montreux, demandant au SPOP s'il acceptait qu'ils résident à Montreux et qu'ils soient inscrits au contrôle des habitants dans l'intervalle. Le 7 janvier 2002, le SPOP a répondu au contrôle des habitants que l'intéressée devait se conformer aux décisions rendues et quitter le canton de Vaud sans délai.
G. Le 25 janvier 2002, l'avocate Christine Sordet a sollicité auprès de l'Office fédéral des étrangers (OFE) la prolongation du délai de départ imparti.
Nommé depuis le 29 novembre 2001 curateur de l'enfant Y._ par la Justice de paix de Montreux, l'avocat Charles Bavaud est intervenu auprès du SPOP le 30 janvier 2002 en vue de permettre à X._ de résider dans le canton de Vaud et a sollicité le réexamen de sa dernière décision. Le mandataire précité a également saisi le Département fédéral de justice et police (DFJP) d'un recours dirigé contre la décision d'extension de la décision cantonale de renvoi.
Le 21 février 2002, le DFJP a autorisé la recourante à poursuivre son séjour en Suisse durant la procédure de recours fédérale.
Le 20 mars 2002, l'OFE a accepté de revenir sur sa décision du 12 décembre 2001 et annulé sa décision en vue de procéder à une nouvelle instruction en collaboration avec les autorités cantonales. La présence de l'intéressée et de son fils a été tolérée jusqu'à nouvelle décision. Le DFJP a le 26 mars 2002 rayé du rôle le recours de X._.
Reprenant l'instruction du dossier, le SPOP n'a pas pu obtenir de renseignements auprès de Me Bavaud, en dépit de ses réquisitions des 8 avril et 28 mai 2002. Le SPOP a alors formulé le 10 juillet 2002 à l'attention de l'OFE un préavis défavorable du dossier. L'OFE a notamment écrit le 19 juillet 2002 au SPOP qu'il était inconcevable de prononcer une décision d'extension uniquement contre la mère en ignorant la situation de l'enfant d'un ressortissant établi en Suisse. Le SPOP est ensuite intervenu le 26 juillet 2002 auprès de la justice de Paix de Montreux qui a désigné l'avocat Christophe Tafelmacher en remplacement de Me Bavaud.
Répondant le 20 septembre 2002 aux renseignements requis par le SPOP, Me Tafelmacher a exposé ce qui suit :
"1. La procédure en désaveu paternité n'a pas encore été entamée, cela pour des raisons qui tiennent uniquement au curateur précédent. Ceci a d'ailleurs justifié le relèvement de ses fonctions. Cette procédure est en préparation, contact ayant été pris avec l'époux de l'intéressée en vue de l'allégement des procédures.
2. La procédure en reconnaissance de paternité ne peut pas être entamée aussi longtemps que le désaveu n'a pas été prononcé judiciairement.
3. Il n'y a pas de contact entre l'époux et l'enfant, dans la mesure où il n'est pas le père biologique.
4. Les contacts avec le père biologique sont difficiles actuellement. Là aussi, des contacts ont été pris en vue d'alléger les procédures en constatation du lien de filiation. Par ailleurs, les démarches sont en cours en vue de la mise en place d'un droit de visite régulier.
5. Ma mandante ne reçoit actuellement aucune pension pour l'entretien de son enfant. Une contribution d'entretien sera demandée dans le cadre de la procédure en constatation de paternité. Elle perçoit par contre les allocations familiales par le biais de son employeur, soit un montant de Frs. 150.-, comme il en ressort de son contrat de travail.
6. Il n'y pas de contact entre les époux, pas plus que de projets en commun.
7. Une action en divorce est en préparation. Le Conseil précédent n'a pas non plus agi sur ce plan, pour des raisons qui lui sont propres. Des contacts ont été pris avec le mari afin de déterminer les possibilités d'une requête commune.
8. Les contacts actuels entre ma cliente et Monsieur A._ sont sporadiques. Ce dernier est marié et, jusqu'à présent, n'a pas manifesté l'intention de divorcer. Par contre, l'intéressée tient à ce que le père biologique puisse entretenir des relations personnelles harmonieuses et régulières avec son enfant.
9. Ma mandante travaille au restaurant "2.********" à Montreux. Cet emploi a débuté le 1er avril 2002. Une copie du contrat de travail est jointe en annexe. Le salaire net se monte à Frs. 3'210,60. Je dois encore recevoir les copies des fiches mensuelles de salaires."
H. Par décision du 1er octobre 2002, le SPOP a déclaré la demande de réexamen du 30 janvier 2002 recevable, mais l'a rejetée au fond, impartissant un délai de départ immédiat à l'intéressée et à son enfant. Il a considéré en bref que la curatelle instituée en faveur de l'enfant constituait un fait nouveau justifiant d'entrer en matière sur la demande de réexamen. Il a toutefois rejeté celle-ci au fond au motif que la délivrance d'une autorisation de séjour par regroupement familial n'entrait pas en ligne en l'absence de relations de l'enfant tant avec l'époux de sa mère qu'avec son supposé père biologique. Le SPOP a considéré que les procédures en désaveu, reconnaissance de paternité et divorce pouvaient être conduites par le mandataire de X._, sans que la présence de celle-ci et son enfant en Suisse soit nécessaire, l'incertitude planant sur le géniteur de l'enfant ayant pour le reste déjà été invoquée à l'appui de la précédente demande de réexamen rejetée le 13 juillet 2001. Enfin, le SPOP a constaté que la recourante avait enfreint les prescriptions en matière de police des étrangers en exerçant une activité lucrative en dehors de toute autorisation.
I. Recourant le 21 octobre 2002 auprès du Tribunal administratif, la recourante et son fils concluent avec dépens à l'octroi d'une autorisation de séjour jusqu'à droit connu sur le divorce, l'action en désaveu et la reconnaissance de paternité. Les recourants se sont acquittés d'une avance de frais de 500 francs. Ils ont été autorisés à poursuivre leur séjour et leur activité dans le canton de Vaud pendant la durée de la procédure cantonale de recours. Dans ses déterminations du 13 novembre 2002, l'autorité intimée a conclu au rejet du recours. Les recourants ont déposé le 7 février 2003 des observations complémentaires.
Pendant la présente procédure, l'audience préliminaire en constatation de filiation de Y._ contre ses parents a été fixée au 29 avril 2003. L'audience préliminaire de la demande unilatérale en divorce de X._ contre Z._ a été agendée au 28 mai 2003.
J. Le tribunal a tenu audience en date du 15 avril 2003 en présence des parties. Il a entendu en qualité de témoin C._, assistance sociale auprès de Profa. L'instruction menée à cette occasion a permis d'établir ce qui suit :
X._ vit à Montreux avec son enfant qu'elle confie à une maman de jour. Elle travaille à Vevey en qualité de serveuse cinq jours par semaine. Elle réalise un salaire de 3'300 fr. net par mois, ce qui lui permet de subvenir à ses besoins et à ceux de son fils. Son enfant n'entretient pas de relations avec A._. Elle attend l'issue de la procédure en désaveu. Elle n'est pas retournée au Maroc où elle s'était rendue en 1998 et 1999 accompagnée de A._. X._ a suivi une formation auprès d'une école hôtelière au Maroc qui n'est pas reconnue en Suisse et qui ne lui avait pas permis à l'époque de trouver du travail dans son pays d'origine. Sa famille, d'origine berbère, n'a encore jamais vu son enfant. Elle n'est du reste pas au courant des problèmes qu'elle rencontre depuis la naissance de son enfant. Ses parents ne sont pas en mesure de la soutenir.
C._ a confirmé qu'elle avait fait la connaissance de X._ alors que celle-ci avait 30 semaines de grossesse. A cette époque, celle-ci lui avait été envoyée par le planning familial du canton du Valais alors qu'elle se trouvait en rupture avec le père de l'enfant, A._, lequel venait d'être hospitalisé en section psychiatrique. Selon le témoin, cette période était vraiment difficile et un soutien thérapeutique a été mis en oeuvre. Elle a été suivie par une sage-femme indépendante, puis une puéricultrice s'est occupée de l'enfant. C._ a déclaré qu'elle avait écrit au Juge de paix afin que Me Bavaud, alors avocat de X._, soit désigné comme curateur de l'enfant. Elle a expliqué qu'il avait fallu réorganiser la vie de l'intéressée et entreprendre des démarches en raison du fait qu'elle n'avait plus de permis de séjour. Cette période difficile avait débouché sur une réhospitalisation de X._ et de son enfant. C._ a expliqué qu'elle avait pris contact avec A._ avant la naissance de l'enfant, sans avoir de réponse. Elle a dit qu'elle ignorait si la lettre qu'elle lui avait adressée lui était parvenue. Le témoin a dit qu'en revanche qu'elle avait eu de contacts de A._ par l'intermédiaire de son médecin de famille qui venait aux nouvelles. C._ a expliqué que l'attestation de domicile, finalement obtenue en mars 2002, avait permis à X._ de trouver du travail. Selon le témoin, il est important de régler la filiation de l'enfant et il est inimaginable que la recourante, d'origine berbère, rentre au Maroc avec un enfant illégitime.
Le tribunal a ensuite délibéré à huis clos.

et considère en droit :
1. a) Lorsqu'une telle obligation n'est ni prévue par la législation ni reconnue par une pratique administrative constante, comme c'est le cas en procédure administrative vaudoise (cf. ATF 116 Ia 433, cons. 5), l'autorité administrative n'est tenue d'entrer en matière sur une demande de réexamen que si le requérant invoque des faits ou des moyens de preuve importants qu'il ne connaissait pas lors de la première décision ou dont il ne pouvait se prévaloir ou n'avait pas de raison de se prévaloir à cette époque, ou si les circonstances se sont modifiées dans une mesure notable depuis la première décision (cf. notamment ATF du 14 avril 1998, ZBl 1999, p. 84 cons. 2d; 124 II 1, cons. 3a; 120 Ib 42, cons. 2b; 113 Ia 146, cons. 3a, JT 1989 I 209 et 109 Ib 246, cons. 4a). La seconde hypothèse permet en particulier de prendre en compte un changement de circonstances ou de droit et d'adapter en conséquence une décision administrative correcte à l'origine. La modification des circonstances rend, pour ainsi dire, la décision subséquemment viciée. L'autorité de chose décidée attachée à la décision administrative entrée en force se fondant uniquement sur la situation de fait et de droit au moment où elle a été rendue, il ne s'agit dans ce cas non pas tant d'une révision au sens procédural du terme que d'une adaptation aux circonstances nouvelles. Le requérant doit donc invoquer des faits qui se sont réalisés après le prononcé de la décision attaquée ("echte Noven"), plus précisément après l'ultime délai dans lequel, suivant la procédure applicable, ils pouvaient encore être invoqués (clôture de l'instruction; cf. P. Moor, Droit administratif, vol. II : Les actes administratifs et leur contrôle, Berne 1991, p. 230; A. Koelz/I. Haener, op. cit., n° 426, 429, 438 et 440; Rhinow/Koller/Kiss, op. cit., n° 1199). Cette hypothèse ne concerne naturellement que les décisions aux effets durables ("Dauerverfügung"; P. Moor, op. cit., p. 230; A. Koelz/I. Haener, op. cit., n° 444), ce qui est le cas, comme en l'espèce, d'une décision réglementant le statut d'une personne au regard des règles de police des étrangers (cf. arrêt TA bernois du 8 octobre 1992, JAB 1993, p. 244 cons. 2a et Merkli/Aeschlimann/Herzog, op. cit., n° 3 ad art. 56).
b) Dans les deux hypothèses qui viennent d'être mentionnées, les faits invoqués doivent être importants, c'est-à-dire de nature à entraîner une modification de l'état de fait à la base de la décision et, ainsi, une décision plus favorable au requérant; autrement dit, ils doivent être susceptibles d'influencer l'issue de la procédure. Il en va de même des moyens de preuve dans la première hypothèse, qui sont importants dans la mesure où l'on peut supposer qu'ils eussent amené à une décision différente s'ils avaient été connus à temps (s'agissant des art. 136 lit. d, 137 lit. b OJ, cf. ATF 122 II 17, cons. 3; 121 IV 317, cons. 2; s'agissant de l'art. 66 al. 2 lit. a PA, cf. ATF 110 V 138, cons. 2; 108 V 170, cons. 1; JAAC 60.38, cons. 5; P. Moor, op. cit., p. 230; A. Koelz/I. Haener, op. cit., n° 740 et 741; Rhinow/Koller/Kiss, op. cit., n° 1431). La jurisprudence souligne toutefois que les demandes de nouvel examen ne sauraient servir à remettre continuellement en question des décisions administratives, ni surtout à éluder les dispositions légales sur les délais de recours (ATF 109 précité, cons. 4a). Aussi faut-il admettre que les griefs tirés des pseudo-nova n'ouvrent la voie du réexamen que lorsque, en dépit d'une diligence raisonnable, le requérant n'a pas pu les invoquer - ou les produire s'agissant des moyens de preuve - dans la procédure précédant la décision attaquée ou dans la voie de recours ordinairement ouverte à son encontre, ce qu'il lui appartient de démontrer (cf. JAAC 60.37, cons. 1b; P. Moor, op. cit., p. 229; A. Koelz/I. Haener, op. cit., n° 434, application analogique de l'art. 66 al. 3 PA; Rhinow/Koller/Kiss, op. cit., n° 1431; cf. également, en matière de réexamen des décisions de taxation fiscale, ATF 111 Ib 209, cons. 1 et, en matière de révision des arrêts du TF, l'art. 137 litt. b in fine OJ et ATF 121 précité, cons. 2).
2. A l'appui de ses conclusions, la recourante fait valoir en bref qu'elle sollicite une autorisation de séjour de manière de lui permettre de mener à bien les procédures judiciaires nécessaires à la régularisation de sa situation personnelle. Elle soutient que cet objectif est manifestement légitime puisqu'il a reçu l'aval de la justice de Paix de Montreux qui a désigné un curateur à l'enfant Y._ et lui a confié le mandat d'ouvrir action en désaveu et en reconnaissance de paternité. Elle considère que la renvoyer dans les circonstances actuelles est prématuré. Cela reviendrait à mettre un terme immédiat à des procédures civiles qui n'auront donc aucune chance d'aboutir et qu'on voit mal quel en serait l'intérêt pour l'autorité. La recourante en conclut que le raisonnement de l'autorité intimée mène à une impasse.
L'autorité intimée étant entrée en matière sur la demande de réexamen, il faut examiner si le refus de délivrer une autorisation de séjour à la recourante se justifie au regard des conclusions de celle-ci tendant à l'octroi d'un permis B jusqu'à droit connu sur le divorce l'action en désaveu et la reconnaissance de paternité.
Il faut bien admettre avec l'autorité intimée que la situation de la recourante a notablement évolué depuis les refus du SPOP des 24 août 2000 et 13 juillet 2001. Elle conduit même à une appréciation totalement différente sur le fond. En effet, la recourante est désormais mère depuis le 27 septembre 2001, d'un enfant, Y._, dont la filiation doit être établie. A cette fin, une curatelle a été instituée en faveur de l'enfant. Il est par ailleurs établi que la recourante réside effectivement dans le canton de Vaud, à Montreux, et qu'il appartient donc aux autorités vaudoises de statuer sur ses conclusions. L'instruction menée par le tribunal a permis d'établir sur la base du témoignage de l'assistance sociale C._ que la recourante s'est retrouvée dans une situation particulièrement pénible. Enfin, elle a dû affronter la rupture avec le père de son enfant. En situation de détresse morale, elle a eu de la peine à obtenir une attestation de domicile lui permettant d'entreprendre les démarches administratives et judiciaires nécessitées par sa situation. A ces difficultés s'est ajouté le fait encore que le premier curateur de l'enfant, qui était aussi son conseil, ne s'est pas consacré à sa mission. La situation de la recourante, qui se retrouve seule à devoir élever un enfant, né en Suisse, nécessite une protection particulière. Cette considération s'impose dès lors que le géniteur de l'enfant, qu'il soit l'époux de la recourante ou A._, réside également dans notre pays. Celle-ci s'impose d'autant plus que la recourante n'a aucune perspective concrète dans son pays d'origine où il y a tout lieu de penser qu'elle ne sera vraisemblablement pas en mesure d'élever convenablement son enfant et où de surcroît elle sera, d'après ses affirmations, rejetée socialement.
Certes, il est vrai que le refus du SPOP se fonde principalement sur le fait que l'enfant et son géniteur supposé n'ont pas de relation pour l'instant et que la protection de l'art. 8 CEDH n'entre effectivement pas en ligne de compte. Cette objection est fondée mais on ne peut pas totalement exclure un changement de situation lorsque la filiation aurait été dûment établie. Le fait que la recourante puisse demeurer en Suisse dans l'intervalle a l'avantage de laisser ouverte cette possibilité. Mais ce point n'est pas déterminant pour les motifs exposés ci-après.
En effet, est décisif le fait que la recourante avait obtenu une autorisation de séjour par regroupement familial. Elle se trouve après la séparation d'avec son époux dans l'hypothèse où ses conditions de séjour doivent être réexaminées selon les directives de l'OFE, actuellement IMES, chiffre 654 (anciennement chiffre 644). D'après ces directives, les critères déterminants sont à cet égard la durée du séjour, les liens personnels avec la Suisse, la situation professionnelle, la situation économique et sur le marché de l'emploi, le comportement de l'étranger ainsi que son degré d'intégration. Les autorités décident en principe librement selon l'art. 4 LSEE.
En l'occurrence, à la lueur de l'évolution de la situation, il apparaît manifestement que les circonstances personnelles, familiales et économiques justifient de permettre aux recourants de résider en Suisse. En effet, si la recourante devait être renvoyée au Maroc, en particulier avant l'issue des procédures judiciaires en cours, elle serait déjà dans l'impossibilité économique de continuer à payer les services d'un mandataire en Suisse et de financer les frais d'avion entre le Maroc et la Suisse. Dans le cadre de la pesée des intérêts, et comme l'a d'ailleurs reconnu la justice de Paix, il existe un intérêt prépondérant de l'enfant à pouvoir connaître sa filiation, à obtenir le versement d'une pension alimentaire et à pouvoir bénéficier d'une éducation convenable qui ne lui n'est pas assurée au Maroc. Cela est d'autant plus vrai que la recourante est autonome financièrement et se comporte correctement. En définitive, la recourante, qui avait obtenu une autorisation de séjour par regroupement familial en 1998 et qui y réside depuis lors, se trouve après la séparation d'avec son époux dans un cas de rigueur au sens du chiffre 654 des directives IMES, ce qui justifie d'autoriser la prolongation de séjour. La décision attaquée doit être annulée et le dossier renvoyé au SPOP pour qu'il délivre une autorisation de séjour. Il apparaît que la recourante peut être autorisée à travailler sans difficulté puisqu'elle n'est pas soumise aux mesures de contingentement sur la base de l'art. 12 al. 2 deuxième phrase OLE.
3. Les considérants qui précèdent conduisent à l'admission du recours aux frais de l'Etat. La recourante, qui a consulté un avocat, à droit à l'allocation de dépens (art. 55 LJPA).