Decision ID: 99ce1450-9131-4abb-b094-3eebdf840b49
Year: 2018
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
Ressortissant ******** né en 1978, A._ est entré en Suisse le ******** 2006 et a contracté mariage le même jour avecB._, elle-même Suissesse et déjà mère d’une fille prénoméeC._, née en 2003 d’une précédente relation. Le 2 octobre 2006, une autorisation de séjour, valable jusqu’au 31 août 2007, a été délivrée à A._, au titre du regroupement familial. Cette autorisation a été prolongée depuis lors. Le 17 janvier 2007, le Service de l’emploi (ci-après: SDE) l’a autorisé à prendre emploi chez ******** SA pour y effectuer une mission temporaire comme agent call center, à compter du 15 janvier 2007.
B.
Le 17 juin 2009, B._ a informé le Service de la population (ci-après: SPOP) que depuis leur mariage, A._ avait commis des violences domestiques à son encontre et qu’ils vivaient maintenant de façon séparée depuis un an. Le 19 juillet 2009, elle a porté plainte contre l’intéressé pour lésions corporelles simples et injures. Ecroué le 20 juillet 2009, A._ a été libéré le 7 septembre 2009; il a pris un domicile séparé. Le 9 décembre 2009, le SPOP lui a fait part de son intention de refuser la prolongation de son permis de séjour et de prononcer son renvoi de Suisse. A._ s’est déterminé et le 22 décembre 2009, le SPOP a prolongé son autorisation de séjour.
A compter du 21 juillet 2011, B._ et A._ ont repris la vie commune. Entre-temps, le ******** 2011, est né leur enfant commun,D._. Par la suite, ils ont cessé la vie commune et leur séparation a été prononcée par ordonnance de mesures superprovisionnelles de mesures protectrices de l’union conjugale, du 29 septembre 2011, confirmée par prononcé du 14 octobre 2011. Un droit de visite sur son fils D._ a été réservé en faveur de A._, à raison de deux fois par mois, pour une durée maximale de deux heures, par l’intermédiaire du Centre ********. Le 10 octobre 2011, A._ a conclu un contrat de travail avec ******** SA, à ********, en qualité d’informaticien Le 15 novembre 2011, l’autorisation de séjour de A._ a été prolongée jusqu’au 31 août 2012. Au cours d’une audience de mesures protectrices de l’union conjugale qui s’est tenue dans le courant du mois de décembre 2011 devant le Président du Tribunal civil de l’arrondissement de Lausanne, un assistant social du Service de protection de la jeunesse (ci-après: SPJ) a été entendu et a notamment déclaré:
« (...)
Madame s'est rendue à Malley-Prairie à trois reprises, la dernière fois en août. Je n'ai pas d'écho comme quoi les visites au Point rencontre ne se dérouleraient pas normalement. Je confirme avoir dit aux parties qu'elles devaient toutes deux suivre, un traitement, Madame à Malley-Prairie et Monsieur à Violence et familles. Je confirme avoir dit que si Madame ne se séparait pas de son mari, les enfants pourraient lui être enlevés. Manifestement, Madame a de la peine à se séparer de son mari, alors que le Tribunal a posé un cadre clair (...) Je pense qu'il y a une sorte (de) co-dépendance entre les parties et qu'elles n'arrivent pas à se séparer. D'après moi, il fallait absolument prendre des mesures de protection de l'enfant et cela imposait que Madame se sépare de son mari.
(...)»
Le 20 août 2012, B._ et A._ ont repris la vie commune. Le 16 octobre 2012, l’intéressé a conclu un nouveau contrat-cadre avec ******** SA, à ******** pour la location de ses services. Le 11 février 2013, il a signé un autre contrat-cadre similaire avec ******** AG, à ********. Dans le cadre de l’enquête diligentée par le SPOP, B._ a déclaré aux enquêteurs, lors de son audition le 13 juin 2013, que depuis leur séparation au mois de février 2009, les époux n’avaient jamais repris la vie commune, exception faite de la période du 21 juillet au 29 septembre 2011, et qu’elle envisageait de demander le divorce. Lors de son audition le 18 juin 2013, A._ a indiqué, pour sa part, qu’il vivait séparé d’B._ depuis le mois de novembre 2010, selon son souvenir. Le 26 juillet 2013, le SPOP a informé l’intéressé de son intention de refuser la prolongation de son permis de séjour et de prononcer son renvoi de Suisse.
Le 21 août 2013, B._ et A._ ont une nouvelle fois informé le SPOP de ce qu’ils avaient repris la vie commune. Le 22 août 2013, B._ a ajouté que A._ voyait tous les jours son fils et s’en occupait régulièrement. Le 7 novembre 2013, A._ a été mis au bénéfice d’une autorisation d’établissement.
Par jugement du 10 octobre 2015, la Présidente du Tribunal civil de l’arrondissement de Lausanne a prononcé le divorce d’B._ d’avec A._ ; la convention sur les effets accessoires du divorce conclue par ces derniers a été ratifiée dans la mesure suivante:
« (...)
I. L'autorité parentale sur l'enfant D._, né le ******** 2011, demeure conjointe aux deux parents, B._ et A._.
Il. Les parents exerceront la garde de fait de manière partagée, le plus équitablement possible. Ils s'engagent à faire le nécessaire pour se mettre d'accord sur le partage des jours de garde.
Pour le cas où ils seraient en désaccord, il est d'ores et déjà prévu que la garde s'exercera à raison d'une semaine chez l'un et d'une semaine chez l'autre.
Les vacances scolaires et les jours fériés seront partagés par moitié.
D._, né le ******** 2011, aura son domicile légal chez sa mère.
III. Les frais d'entretien ordinaire de l'enfant D._, né ******** 2011, seront pris en charge par le parent qui l'aura sous sa garde.
B._ prendra en charge l'éventuelle prime d'assurance maladie et les frais médicaux d'D._, né le ******** 2011, non pris en charge par l'assurance ainsi que les frais de matériel scolaire. En contrepartie, elle conservera l'allocation familiale qu'elle continuera à percevoir.
Les frais extraordinaires (camps scolaires, traitements orthodontiques, lunettes, etc.) seront supportés par moitié entre A._ et B._, sous réserve d'accord préalable sur le montant.
(...)»
C.
Les condamnations suivantes ont été prononcées à l’encontre de A._:
- 21 janvier 2011, Ministère public de l’arrondissement de Lausanne: violation simple des règles de la circulation routière et conduite d’un véhicule automobile malgré une interdiction de conduire, peine pécuniaire de quinze jours-amende, à 30 fr. le jour-amende, avec sursis pendant trois ans et amende de 300 francs;
- 21 mars 2011, Ministère public de l’arrondissement de Lausanne: violation simple des règles de la circulation routière, violation des devoirs en cas d’accident et conduite d’un véhicule automobile malgré une interdiction de conduire, peine pécuniaire de dix jours-amende, à 30 fr. le jour-amende, peine complémentaire à celle prononcée le 21 janvier 2011;
- 24 novembre 2011, Ministère public de l’arrondissement de Lausanne: violation simple des règles de la circulation routière, conduite en état d’ébriété qualifiée, conduite en état d’incapacité, tentative de dérobade aux mesures visant à déterminer l’incapacité de conduire, conduite d’un véhicule sans permis et contravention à la loi fédérale sur les stupéfiants (LStup), peine pécuniaire de soixante jours-amende, à 20 fr. le jour-amende, avec sursis pendant trois ans et amende de 200 francs; révocation du sursis octroyé le 21 janvier 2011 et exécution de la peine suspendue, ordonnée;
- 2 octobre 2014, Tribunal correctionnel de l’arrondissement de Lausanne: lésions corporelles simples qualifiées, voies de fait qualifiées, dommages à la propriété, injures, contrainte, violences ou menaces contre les autorités ou les fonctionnaires, empêchement d’accomplir un acte officiel, infraction à la loi fédérale sur la protection des animaux (LPA), violation grave des règles de la circulation, conduite en état d’ébriété, conduite en état d’incapacité, conduite sans autorisation, peine privative de liberté de dix-huit mois, sous déduction de cinq jours de détention avant jugement, sursis partiel portant sur dix mois avec délai d’épreuve de trois ans et amende de 200 francs; l’appel formé contre ce jugement a été rejeté par la Cour d’appel pénale du Tribunal cantonal (CAPE), le 24 mars 2016; par arrêt 8B_719/2015 du 4 mai 2016, le recours interjeté par A._ contre le jugement de la CAPE a été rejeté par le Tribunal fédéral;
- 4 octobre 2016, Ministère public de l’arrondissement du Nord vaudois: violation simple des règles de la circulation routière, conduite d’un véhicule automobile malgré le refus, le retrait ou l’interdiction de l’usage du permis, contravention à l’ordonnance fédérale réglant l’admission à la circulation routière (OAC), cent vingt jours-amende, à 30 fr. le jour-amende et 100 fr. d’amende.
D.
Le 10 mars 2017, le SPOP a fait part à A._ de son intention de proposer au Chef du Département de l’économie et du sport ([DECS] aujourd’hui Département de l’économie, de l’innovation et du sport [DEIS]) la révocation de son permis d’établissement et une injonction de quitter la Suisse. Renseignement pris auprès des services sociaux, il s’avère que A._ a contracté, au 31 mars 2017, une dette de 169'317 fr.05 à l’égard de l’assistance publique. L’intéressé s’est déterminé le 4 avril 2017; il a notamment rappelé qu’il détenait la garde partagée avec B._ sur leur fils D._ et qu’il accueillait ce dernier chez lui, une semaine sur deux. Outre une attestation de son ex-épouse en ce sens, il a produit une attestation du Centre de vie enfantine de ********, du 6 avril 2017, à teneur de laquelle:
«(...)
Par la présente, nous attestons que Monsieur A._ né le ********1978, papa d'D._ né le ********.2011, vient régulièrement chercher son fils au Centre de vie enfantine de ******** (********, route ********, ********) et ce depuis le 13.08.2012.
Le contrat établi avec la famille est respecté et la collaboration tant avec la Direction qu'avec l'ensemble du personnel est bonne. Les parents vivent séparément et viennent parfois ensemble chercher leur enfant. Monsieur A._ s'est toujours montré adéquat dans sa relation avec D._ et porte de l'attention aux besoins de son enfant. D._ est un enfant joyeux et équilibré qui profite bien de l'attention de ses deux parents, il est bien intégré dans le groupe des écoliers.
Nous apprécions tant la cordialité que la courtoisie des relations que nous avons avec ces parents.
(...)»
Par décision du 18 mai 2017, le Chef du DEIS a révoqué l’autorisation d’établissement de A._ et lui a enjoint de quitter immédiatement la Suisse.
E.
Par acte du 16 juin 2017, A._ a recouru auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) contre cette décision, dont il demande l’annulation. A titre de mesure d’instruction, il requiert la tenue d’une audience et l’audition d’B._ en qualité de témoin.
Par décision du 20 juin 2017, le Juge instructeur a accordé l’assistance judiciaire à A._.
B._ a spontanément écrit au Tribunal, le 19 juin 2017, pour faire part de son opposition au renvoi de son ex-époux, exposant notamment que ce serait un «traumatisme» pour son fils de ne plus voir son père.
Le DEIS propose le rejet du recours et la confirmation de la décision attaquée.
Le SPOP a produit son dossier, tout en renonçant à se déterminer.
F.
Le Tribunal a tenu une audience de jugement le 26 septembre 2017; il a recueilli les explications de A._ et des représentants du SPOP, Claudio Hayoz et Laeticia Nanifutazo. Il a en outre recueilli la déposition d’B._ en qualité de témoin, à teneur de laquelle:
«J’habite à ********, au chemin ********, dans un appartement de 3 pièces 1⁄2, que j’occupe avec ma fille, d’une précédente relation, et D._. Ce dernier est scolarisé à l’Ecole ********, à 5mn de mon domicile.
L’audience de divorce s’est passée assez vite ; je n’avais qu’une envie, celle de divorcer. Je n’ai pas prêté attention au fait que la convention prévoyait une garde partagée et je le regrette. En effet, avec la garde partagée, nous sommes censés avoir chacun D._ une semaine sur deux. La plupart du temps, D._ est chez moi. Depuis septembre 2016, nous sommes convenus de ce qu’D._ reste chez moi. D._ était en outre perturbé par ces changements d’habitat ; il était très mal. Son père le prend un week-end sur deux. C’est moi qui garde D._ pendant les vacances. Financièrement, c’est moi qui assume l’entretien d’D._. Mon ex-mari n’est pas en mesure de participer à l’entretien de son fils.
Actuellement, je travaille comme aide-soignante dans un EMS ********, à 80%. Je dépose D._ à la garderie et depuis lors, à l’APEMS. Son père vient le chercher le soir, le prend chez lui, où je vais chercher D._. Chaque fois que je travaille durant le week-end, une fois sur deux, mon ex-mari prend D._ chez lui.
Les relations que j’entretiens avec mon ex-mari sont bonnes, car on ne se voit pas trop. Comme on ne s’entend plus lui et moi, il est rare que nous ayons des relations.
Avant le divorce, soit je déposais D._ à la garderie, soit il passait un week-end sur deux avec son père. Il est arrivé que sur une période de six mois, nous nous trouvions ensemble au bord du lac trois fois; parfois cela se passe mal car nous ne nous entendons pas avec mon ex-mari. Nous passons Noël et les anniversaires séparément, chacun avec D._.
Je n’ai pas constaté de changement dans la fréquence des relations personnelles entre mon fils et mon ex-mari, du temps où celui-ci suivait une formation.
D._ aime son père mais il considère que son domicile est à ********. Ma fille entretenait de très mauvaises relations avec mon ex-mari. Elle a assisté à trop de scènes de violence et ne l’aime pas. Lorsque parfois, il sonne à la porte elle se réfugie dans sa chambre. Je peux dire qu’elle le déteste.
Si mon ex-mari doit quitter la Suisse, D._ pourra lui téléphoner. Pour ma part, je ne laisserai jamais D._ aller en Afrique, tant qu’il est mineur.
Me Gruber me fait remarquer que j’ai changé d’avis par rapport à ce que j’avais écrit, notamment au tribunal. Je confirme qu’D._ aura toujours son père. Ma fille est très heureuse sans père. Avec le temps, je me suis rendue compte que la lettre du 19 juin 2017 n’est plus actuelle. Je confirme que mon ex-mari allait chercher D._ à la garderie lorsque je travaillais ; je n’ai pas compté les fois où il l’a fait. Je confirme le contenu de la lettre du 6 avril 2017 de la garderie. Il peut arriver que mon ex-mari prenne D._ chez lui deux week-ends de suite. Je confirme que mon ex-mari prend D._ chez lui lorsque je ne suis pas disponible. Sur un mois, D._ passe entre huit et dix nuits chez son père. Il est arrivé que mon ex-mari participe à l’achat d’habits pour D._.
Sur questions de M. Hayoz, je confirme qu’à l’époque de la procédure pénale, ma fille entretenait déjà des mauvaises relations avec mon ex-mari. Je voulais divorcer et je ne me suis pas rendue compte que les relations personnelles entre D._ et son père ont passé d’un droit de visite surveillé à une garde partagée. Je n’étais pas assistée au moment du divorce. Après le divorce, lorsqu’D._ était tout le temps chez moi, j’ai voulu obtenir une modification du jugement de divorce avec une garde complète. J’ai renoncé mais j’envisage de le faire. Aujourd’hui, j’ai réussi à me détacher de mon passé durant lequel il nous est arrivé de nous séparer, puis de nous réconcilier.
A la question de Mme le juge Revey, si je pense aujourd’hui à D._ uniquement, je souhaite que son père puisse rester; en revanche, s’il s’agit de moi, son départ me procurerait un certain soulagement, ce qui explique mon revirement s’agissant de la lettre du 19 juin 2017.
S’agissant de l’expertise faite par le Ministère public dont un extrait figure au dossier, j’indique que c’est à la demande du procureur que cette expertise a été faite; celui-ci s’étonnait de mes fréquents changements d’avis; je n’ai pas eu le courage de lire cette expertise. J’ai subi cet examen en mars 2017, sauf erreur.
J’estime faire de mon mieux pour mes enfants et cela se passe bien; j’ai d’excellents rapports avec la pédiatre et elle ne m’a jamais fait aucune remarque sur mes tâches éducatives. Elle ne m’a pas conseillé de me tourner vers quelqu’un à cet effet. Le SPJ a rendu un rapport au moment de la séparation; il a préavisé pour un droit de visite par l’intermédiaire de Point rencontre.
Je confirme qu’une ou deux fois par semaine, il peut arriver que je termine mon travail à 21 h ; je vais chercher D._, qui est réveillé, chez son père. Il est rare qu’D._ dorme chez son père. Sur question de Me Gruber, j’affirme avoir eu peut-être quelques difficultés avec ma fille mais jamais de graves problèmes. Avant le divorce, j’ai accepté que mon ex-mari exerce son droit de visite de manière plus étendue. Lorsqu’D._ a eu quatre ans, nous avons fêté son anniversaire ensemble. Je ne me rappelle plus si nous l’avions fait cette année.
Il n’y aura jamais d’apaisement entre mon ex-mari et moi. Tant que nous vivons séparés, tout va bien.
Je n’ai rien d’autre à ajouter. »
A._ a notamment indiqué avoir été engagé par ******** pour travailler au ********, ajoutant avoir suivi une formation chez ********, pour valider ses acquis comme informaticien. Il a contesté le contenu de la déposition d’B._, assurant s’être constamment rendu disponible pour son fils, même lorsqu’il travaillait. A._ fait en substance valoir que son ex-épouse serait influencée négativement par son nouveau compagnon; à l’en croire, son ex-épouse se contredirait de manière récurrente et tiendrait un discours qui diffère selon l’interlocuteur. A._ a été requis de produire tous documents attestant de son engagement au ******** de la ********, ainsi que des conditions d’engagement, son curriculum vitae et les rapports délivrés par les experts mis en œuvre dans le cadre de la procédure pénale actuellement pendante devant le Ministère public et ouverte contre lui-même et B._.
Postérieurement à l’audience, le 28 septembre 2017, B._ a adressé une correspondance spontanée au Tribunal dans laquelle elle a nuancé sa déposition et exprimé le souhait que son fils D._ puisse garder son père auprès de lui, précisant qu’ils avaient besoin l’un de l’autre.
G.
Le DEIS ne s’est pas exprimé après l’audience. Dans ses dernières écritures, le SPOP a conclu au maintien de la décision attaquée.
A._ a, pour sa part, maintenu dans ses dernières écritures sa conclusion tendant à l’annulation de la décision attaquée. Selon ses explications, la révocation de son autorisation d’établissement serait disproportionnée, dès lors qu’elle aurait pour conséquence de priver l’enfant D._ de son père et de son droit d’être éduqué par ses deux parents. Il explique en outre avoir trouvé un emploi à compter du 1
er
décembre 2017. A._ a produit les messages issus d’une conversation téléphonique échangée avec B._ les 27 et 28 septembre 2017, sur lesquels il apparaît que cette dernière, le 27 septembre 2017, excédée par les colères de son fils D._, a indiqué qu’elle allait
«(...)demander son placement dans une famille d’accueil»
, dès lors qu’elle s’estimait elle-même
«pas capable vu (son) état de (s)’occuper de lui».
Elle a ajouté, à l’adresse de son ex-époux:
«Ou alors tu le prends avec toi si tu pars en Afrique ok?»
,
«Je veux plus de petit malade»
,
«Il a trop de sang ******** je ne l’aime pas»
. Le lendemain 28 septembre 2017, B._ est revenue par SMS sur ses propos tenus à l’audience de la manière suivante:
«Si tu savais comme je regrette»
,
«Cette nuit j’ai pleuré dans mon sommeil»
,
«J’hésite à écrire une lettre aux juges»
,
«Pour leur dire que j’ai parlé sous la colère»
.
Ainsi qu’il avait été invité à le faire par le juge instructeur, A._ a également produit deux rapports d’expertise produits, datant du 28 avril 2017, établis par le Département de psychiatrie du CHUV, pour les besoins de la nouvelle enquête pénale actuellement pendante contre lui, sur plainte d’B._ et contre cette dernière, suite à la plainte qu’il a lui-même déposée. Les experts ont posé comme diagnostic qu’B._ souffrait d’un trouble mixte de la personnalité (traits immatures, anxieux, dépendants et évitants). Ils ont mis en évidence les éléments suivants:
« (...)
Elle présente cependant un développement mental incomplet s'exprimant sous la forme d'un trouble de la personnalité constitué, au sens de la CIM-10. En effet, elle présente des perturbations de la constitution caractérologique et des tendances comportementales concernant plusieurs secteurs de la personnalité et s'accompagnant de difficultés personnelles et sociales importantes. Plus précisément, nous relevons chez elle une importante immaturité, une identité diffuse, peu construite, peu affirmée, comme en témoigne par exemple sa difficulté à faire des liens, à mettre les événements dans une continuité et en relation entre eux. Son rapport à l'autre paraît perturbé. Elle ne paraît pas dans l'indifférenciation par rapport à l'autre, mais dans un besoin de se calquer sur ce dernier, sur un mode infantile. L'immaturité présentée par Madame B._ participe notamment au développement d'une symptomatologie anxieuse, par moment importante, avec parfois l'apparition d'idées suicidaires scénarisées, A cela s'ajoutent également les aspects dépendants et évitants de la personnalité.
(...)
S'agissant d'un risque de récidive d'actes de même nature, nous relevons chez
Madame B._ une histoire de vie marquée par la violence principalement en tant que victime. Comme signalé précédemment, son rapport à l'autre paraît
perturbé. Dans un contexte relationnel, elle semble envahie par toutes sortes
d'éléments par rapport à la violence, dans un rapport très complexe. Dans le cas d'une relation très investie qui deviendrait problématique, on ne peut pas exclure un risque de récidive d'actes de même nature, dans des situations de stress relationnel
important.
(...)»
L’expertise de A._ n’a pas mis en évidence que ce dernier souffrirait d’une pathologie psychiatrique ou d’un trouble de l’humeur récurrent. Les experts ont simplement relevé chez lui la présence d’
«(...) éléments du registre paranoïque(...) mais pas de manière prédominante»
, et surtout
«(...) une fragilité psychique, une importante blessure narcissique»
, ainsi qu’une
« immaturité du développement psychoaffectif, en décalage avec certaines compétences intellectuelles qu’il présente»
. Le passage suivant de l’expertise de l’intéressé doit en outre être mis en évidence:
« (...)Il existe une dimension relationnelle, dans le cadre de la relation avec son ex-épouse, dans les comportements hétéro-agressifs de Monsieur A._ et leur répétition. La proximité a joué un rôle dans le cadre de cette relation en particulier. Dans les circonstances actuelles, le fait qu'ils n'habitent plus ensemble diminue probablement la résurgence de crises conjugales de type violence physique. Cependant, nous ne pouvons exclure un risque de récidive d'actes de même nature».
A._ a en outre produit une correspondance du Service d’accueil de jour de l’enfance de ********, du 16 octobre 2017, aux termes de laquelle:
« (...)
Selon téléphone avec la maman de votre enfant, en votre présence, le secteur APEMS atteste que vous amenez trois matins par semaine votre enfant à l’APEMS.
(...)»
Le SPOP s’est spontanément déterminé une ultime fois, pour relever qu’aucun document attestant de son engagement en qualité d’informaticien n’avait été produit par A._. Il a produit la copie d’un acte d’accusation du Ministère public de l’arrondissement de Lausanne, du 10 novembre 2017, aux termes duquel A._ est renvoyé devant le Tribunal criminel de l’arrondissement de Lausanne pour lésions corporelles simples, subsidiairement voies de fait, lésions corporelles simples qualifiées, subsidiairement voies de fait qualifiées, voies de fait qualifiées, mise en danger de la vie d’autrui, injure, menaces qualifiées, contrainte et viol, sur plainte d’B._. Pour sa part, cette dernière est accusée de lésions corporelles qualifiées, voies de faits qualifiées, injure et menaces qualifiées, sur plainte de A._. Les faits ont été commis entre novembre 2014 et janvier 2016.
A._ a spontanément produit d’ultimes pièces, dont une attestation écrite deE._, parrain d’D._, du 6 décembre 2017, ainsi qu’un contrat de travail conclu le 1
er
novembre 2017 avec ******** GmbH, à ********, pour une mission de technicien en informatique chez ********, du 2 novembre 2017 au 2 février 2018, pour un salaire horaire brut de 36 fr., vacances et 13
ème
salaire inclus.
H.
Le Tribunal a statué à huis clos, par voie de circulation.

Considérant en droit
1.
Formé en temps utile (art. 95 de loi cantonale du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; RSV 173.36]), auprès de l’autorité compétente, le recours, qui respecte les formes prévues par la loi (art. 79 al. 1 LPA-VD par renvoi de l’art. 99 LPA-VD), est recevable. Il y a lieu d’entrer en matière.
2.
La décision attaquée révoque l'autorisation d'établissement du recourant.
a) Ressortissant ********, le recourant est ressortissant d’un Etat avec lequel la Suisse n’est liée par aucune convention. Seule s’applique en conséquence la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20), de même que ses ordonnances d’application.
b) Aux termes de l'art. 63 al. 1 LEtr, l'autorisation d'établissement peut être révoquée si les conditions visées à l'art. 62 al. 1 let. a ou b LEtr sont remplies (let. a), si l'étranger attente de manière très grave à la sécurité et l'ordre publics en Suisse ou à l'étranger, les met en danger ou représente une menace pour la sécurité intérieure ou extérieure de la Suisse (let. b), ou si lui-même ou une personne dont il a la charge dépend durablement et dans une large mesure de l'aide sociale (let. c). Cette disposition classe les cas de révocation de l'autorisation d'établissement en trois catégories dont la première (al. 1 let. a) comprend les situations où les conditions visées à l'art. 62 al. 1 let. a et b LEtr sont réalisées.
Conformément à l'art. 62 al. 1 let. b LEtr, l'autorité compétente peut révoquer une autorisation notamment si l'étranger a été condamné à une peine privative de liberté de longue durée ou a fait l'objet d'une mesure pénale prévue aux art. 64 ou 61 du Code pénal suisse du 21 décembre 1937 (CP; RS 311.0). Selon la jurisprudence, constitue une peine privative de longue durée au sens de cette disposition toute peine dépassant un an d'emprisonnement, indépendamment du fait qu'elle soit ou non assortie (en tout ou partie) du sursis (ATF 139 I 145 consid. 2.1 p. 147), étant précisé qu'elle doit résulter d'un seul jugement pénal (ATF 135 II 377 consid. 4.2 p. 380 s.).
c) L’art. 63 al. 1 let. b LEtr permet la révocation de l’autorisation d’établissement lorsque l'étranger attente de manière très grave à la sécurité et l'ordre publics en Suisse ou à l'étranger, les met en danger ou représente une menace pour la sécurité intérieure ou extérieure de la Suisse. Aux termes de l’art. 80 al. 1 de l’ordonnance fédérale relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative, du 24 octobre 2007 (OASA; RS 142.201), il y a notamment atteinte à la sécurité et à l'ordre publics: en cas de violation de prescriptions légales ou de décisions d'autorités (let. a). L’al. 2 précise que la sécurité et l'ordre publics sont menacés lorsque des éléments concrets indiquent que le séjour en Suisse de la personne concernée conduit selon toute vraisemblance à une atteinte à la sécurité et à l'ordre publics. D'après la jurisprudence, attente de manière très grave à la sécurité et l'ordre publics l'étranger dont les actes lèsent ou compromettent des biens juridiques particulièrement importants, tels que l'intégrité physique, psychique ou sexuelle d'une personne (cf.
ATF 139 I 16 consid. 2.1;
137 II 297
consid. 3.3 p. 303 s.; arrêts 2C_242/2011 du 23 septembre 2011 consid. 3.3.3; 2C_722/2010 du 3 mai 2011 consid. 3.2). Le critère de la gravité qualifiée de l'atteinte peut également être réalisé par des actes contrevenant à des prescriptions légales ou à des décisions de l'autorité qui présentent un degré de gravité comparativement moins élevé, mais qui, par leur répétition malgré des avertissements et des condamnations successives, démontrent que l'étranger ne se laisse pas impressionner par les mesures de droit pénal et qu'il ne possède ni la volonté ni la capacité de respecter à l'avenir l'ordre juridique (cf.
ATF 137 II 297
consid. 3.3 p. 303 s.; arrêts 2C_881/2012 du 16 janvier 2013 consid. 4.3.1; 2C_242/2011 du 23 septembre 2011 consid. 3.3.3; FF 2002 3469, p. 3565 s.). En d'autres termes, des infractions qui, prises isolément, ne suffisent pas à justifier la révocation, peuvent, lorsqu'elles sont additionnées, satisfaire aux conditions de l'art. 63 al. 1 let. b LEtr (
ATF 139 I 16
consid. 2.1 p. 18; arrêts 2C_933/2014 du 29 janvier 2015 consid. 4.2.1; 2C_699/2014 du 1
er
décembre 2014 consid. 3.2; 2C_160/2013 du 15 novembre 2013 consid. 2.1.1).
La seule existence d'antécédents pénaux ne permet donc pas de conclure (automatiquement) que l'étranger constitue une menace suffisamment grave pour l'ordre et la sécurité publics. Il faut procéder à une appréciation spécifique du cas, portée sous l'angle des intérêts inhérents à la sauvegarde de l'ordre public, qui ne coïncide pas obligatoirement avec les appréciations à l'origine des condamnations pénales. Autrement dit, ces dernières ne sont déterminantes que si les circonstances les entourant laissent apparaître l'existence d'une menace actuelle et réelle, d'une certaine gravité pour l'ordre public (cf. ATF 139 II 121 consid. 5.3 p. 125 s. et les références citées). Il n'est pas nécessaire d'établir avec certitude que l'étranger commettra d'autres infractions à l'avenir pour prendre une mesure d'éloignement à son encontre; inversement, ce serait aller trop loin que d'exiger que le risque de récidive soit nul pour que l'on renonce à une telle mesure. En réalité, ce risque ne doit pas être admis trop facilement et il faut l'apprécier en fonction de l'ensemble des circonstances du cas, en particulier au regard de la nature et de l'importance du bien juridique menacé, ainsi que de la gravité de l'atteinte qui pourrait y être portée. L'évaluation de ce risque sera d'autant plus rigoureuse que le bien juridique menacé est important (ATF 139 II 121 consid. 5.3 p. 125 s. et les références citées). A cet égard, le Tribunal fédéral se montre particulièrement rigoureux en présence d'infractions à la législation fédérale sur les stupéfiants, d'actes de violence criminelle et d'infractions contre l'intégrité sexuelle (cf. ATF 139 II 121 consid. 5.3 p. 125 s.; 137 II 297 consid. 3.3 p. 303 s.; arrêt 2C_862/2012 du 12 mars 2013 consid. 3.1), étant précisé que la commission d'infractions qui sont en étroite relation avec la toxicomanie du délinquant peut, selon les circonstances, atténuer cette position de principe (ATF 139 II 121 consid. 5.3 p. 125s. et les références citées).
3.
a) En l’occurrence, l’autorité intimée justifie en premier lieu sa décision par le fait que le recourant a été condamné, le 2 octobre 2014, pour lésions corporelles simples qualifiées, voies de fait qualifiées, dommages à la propriété, injures, contrainte, violences ou menaces contre les autorités ou les fonctionnaires, empêchement d’accomplir un acte officiel, infraction à la LPA, violation grave des règles de la circulation, conduite en état d’ébriété, conduite en état d’incapacité, conduite sans autorisation, à une peine privative de liberté de dix-huit mois, sous déduction de cinq jours de détention avant jugement, assortie d’un sursis partiel de dix mois pendant trois ans. Or, il s’agit là d’une peine de longue durée au sens où l’entend l’art. 62 al. 1 let. b LEtr. A lui seul, ce motif constitue une cause de révocation du permis d’établissement, ainsi qu’on l’a vu ci-dessus, conformément à l’art. 63 al. 1 let. a LEtr. Partant, la révocation de l'autorisation d'établissement du recourant est fondée sur un motif conforme au droit et il n'est pas nécessaire de vérifier au surplus si les conditions d'application de l'art.
63 al. 1 let. b et c LEtr
sont également remplies (dans le même sens, arrêts 2C_182/2017 du 30 mai 2017 consid. 5.2; 2C_802/2015 du 11 janvier 2016 consid. 5; 2C_1189/2014 du 26 juin 2015 consid. 3.1). Sur ce dernier point, on relève que le recourant a longtemps vécu de l’aide sociale, puisqu’il avait contracté, au 31 mars 2017, une dette de 169'317 fr.05 à l’égard de l’assistance publique. Les éléments recueillis durant l’instruction ne permettent guère d’espérer une évolution favorable sur ce point. En effet, le recourant n’a pas démontré, en dépit de ses explications en audience, la conclusion d’un contrat de travail de durée indéterminée; en effet, le seul contrat qu’il a produit à cet effet a trait à une mission temporaire du 2 novembre 2017 au 2 février 2018.
b) Ceci étant, on rappelle qu’une personne attente "de manière très grave" à la sécurité et à l'ordre publics au sens où l’entend l’art. 63 al. 1 let. b LEtr, lorsque ses actes lèsent ou compromettent des biens juridiques particulièrement importants comme l'intégrité corporelle, physique ou sexuelle. Par analogie, des violations de moindre gravité peuvent, considérées dans leur ensemble, être qualifiées de "très graves" (
ATF 137 II 297
consid. 3 p. 302 ss; arrêt 2C_600/2011 du 12 janvier 2012 consid. 6). L’autorité intimée considère à cet égard que les agissements délictueux du recourant, par leur gravité, constituent une très grave atteinte à la sécurité et à l'ordre publics. A cet égard, on gardera à l’esprit que le recourant a été condamné le 2 octobre 2014, pour s’être rendu coupable d‘actes de violence domestique au préjudice de son ex-épouse, qu’il a saisie «violemment par les cheveux, tout en la faisant chuter au sol et la traînant, avant de lui donner des coups de poing et de pied sur l'ensemble du corps, dont un sur le ventre, alors qu'il savait qu'elle était enceinte». On relève en outre que le recourant a persuadé son ex-épouse de retirer sa plainte en lui indiquant qu’à défaut, elle priverait de père son enfant à naître, allant jusqu'à lui dicter les termes de la lettre de retrait. A cela s’ajoute qu’à deux autres reprises, le recourant n’a pas hésité à gifler violemment son ex-épouse. L’autorité intimée relève à juste titre qu’en sus de la condamnation précitée à une peine privative de liberté de dix-huit mois, le recourant a été condamné à quatre autres reprises pour des infractions graves à la circulation routière. Il n’a donc pas trouvé les ressources morales nécessaires pour éviter de récidiver après une première condamnation et a continué à mettre ainsi en danger les autres usagers de la route. En outre et surtout, le jugement du Tribunal correctionnel, versé au dossier, démontre que le recourant s’est comporté durant plusieurs années à l’encontre des siens en véritable tyran domestique. A cet égard, les juges ont retenu à son encontre ce qui suit:
«(...)
La culpabilité de A._ est littéralement écrasante. Se comportant en tyran domestique, il a exercé une emprise sans faille sur son épouse, alors même qu'une procédure pénale dirigée contre lui pour des faits rigoureusement similaires, peu de temps auparavant, avait été suspendue en application de l'article 55a CP, conduisant ainsi à une ordonnance de non-lieu. Non content de cet avertissement sans frais, A._ a continué à martyriser son épouse et à exercer sur elle des violences totalement inadmissibles. L'assassinat du lapin finit d'achever un tableau très sombre quant à la personnalité de ce prévenu. Les réitérations en cours d'enquête démontrent que ce prévenu ne prend pas conscience du caractère grave de ses actes et s'adonne à la violence pour un oui ou pour un non. La détention subie avant jugement n'a exercé aucune influence positive. Aux débats, A._ a révélé une introspection particulièrement faible, cherchant continuellement à reporter sa responsabilité sur les autres, en particulier son épouse. Ce prévenu doit comprendre que la violence domestique ne doit pas être banalisée. Il convient de répondre avec sévérité à la cruauté que A._ a mis en œuvre à l'égard de sa victime. Les infractions sont en concours. En ce qui concerne les infractions à la LCR, la récidive est spéciale, puisque ce prévenu a déjà été condamné à pas moins de trois reprises pour des infractions à cette loi. Les réitérations en cours d'enquête sont également spéciales. La responsabilité pénale est présumée entière.
(...)»
Ces dernières constatations font non seulement sérieusement douter des perspectives d’amendement du recourant mais elles font même craindre un risque très sérieux de récidive qui, en l’état actuel, ne peut être écarté. Devant les experts, le recourant ne reconnaît que partiellement les faits qui lui sont reprochés, dont il minimise au surplus la gravité. En outre, il semble éprouver des difficultés à réfréner son comportement violent. Or, si le recourant est aujourd’hui divorcé d’B._, on retire des explications des ex-époux dans la procédure qu’ils continuent à se voir plus ou moins régulièrement, notamment pour la prise en charge de leur fils. Du reste, on y reviendra, le recourant détient la garde partagée de son fils D._ et ses relations avec B._ semblent marquée du sceau de la complexité. Il n’en demeure pas moins que sa violence s’est manifestée principalement, sinon exclusivement, à l’endroit de son ex-épouse. En effet, le recourant n’a pas d’antécédents pénaux de comportements hétéro-agressifs commis en dehors de sa relation avec B._. Dans leur rapport du 28 avril 2017, p. 26, les experts du CHUV l’ont du reste relevé. Dès lors, on peut se demander si le recourant constitue véritablement, comme l’a également retenu l’autorité intimée, une grave et sérieuse menace pour la sécurité publique. Quoi qu’il en soit, au vu des considérations qui suivent, cette question souffre de demeurer indécise.
4.
Il reste en effet à savoir si, sur la base d'une pesée des intérêts prenant en considération toutes les circonstances du cas particulier, le motif de révocation retenu au ch. 3a ci-dessus doit concrètement conduire à un tel résultat (cf. art. 96 LEtr).
a) L'existence d'un motif de révocation de l'autorisation d'établissement ne justifie le retrait de celle-ci que si la pesée globale des intérêts à effectuer fait apparaître la mesure comme proportionnée (cf. art. 96 LEtr; ATF 139 II 121 consid. 6.5.1 p. 132). A cet égard, le recourant invoque expressément l'art. 8 par. 1 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH; RS 0.101); il convient de rappeler sur ce point que l'examen de la proportionnalité sous l'angle des articles 5 al. 2 Cst. et 96 LEtr se confond avec celui imposé par l'art. 8 par. 2 CEDH (arrêts 2C_1153/2014 du 11 mai 2015 consid. 5.3; 2C_419/2014 du 13 janvier 2015 consid. 4.3).
La question de la proportionnalité de la révocation d'une autorisation d'établissement doit être tranchée au regard de toutes les circonstances du cas d'espèce. Lors de cet examen, il y a lieu de prendre en considération la gravité de la faute commise, le degré d'intégration, la durée du séjour en Suisse, l'âge d'arrivée dans ce pays, ainsi que les conséquences d'un renvoi (ATF 135 II 377 consid. 4.3 p. 381; 2C_419/2014 du 13 janvier 2015 consid. 4.3.3). La peine infligée par le juge pénal est le premier critère servant à évaluer la gravité de la faute et à procéder à la pesée des intérêts (arrêts 2C_381/2014 du 4 décembre 2014 consid. 4.2.2 et 2C_121/2014 du 17 juillet 2014 consid. 5.1). L'autorisation d'établissement d'un étranger qui réside de longue date en Suisse ne peut être révoquée qu'avec retenue (ATF 139 I 31 consid. 2.3.1 p. 33 et les références citées).
b) Un étranger peut, selon les circonstances, se prévaloir de l'art. 8 par. 1 CEDH, qui garantit le respect de la vie privée et familiale. Encore faut-il, pour pouvoir invoquer cette disposition, que la relation entre l'étranger et une personne de sa famille dite "nucléaire" ayant le droit de résider durablement en Suisse (sur cette notion, cf.
ATF 135 I 143
consid. 1.3.1 p. 145 s.;
130 II 281
consid. 3.1 p. 285) soit étroite et effective (cf.
ATF 131 II 265
consid. 5 p. 269;
129 II 193
consid. 5.3.1 p. 211), ou bien que l’étranger ait des liens particulièrement étroits avec la Suisse en raison de sa très longue durée de séjour en Suisse (comme en ce qui concerne les étrangers dits "de seconde génération", cf. arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme
Emre
c. Suisse du 22 mai 2008, affaire n°42034/04). Le droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'art. 8 par. 1 CEDH n'est pas absolu. Une ingérence dans l'exercice de ce droit est possible, selon l'art. 8 par. 2 CEDH, à certaines conditions, notamment lorsqu'une telle mesure est nécessaire à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales. L'application de cette disposition implique aussi la pesée des intérêts en présence et l'examen de la proportionnalité de la mesure (cf.
ATF 135 I 153
consid. 2.1 et 2.2 p. 154 ss;
135 II 377
consid. 4.3 p. 381). Il est admis, de jurisprudence constante, que l'art. 8 par. 1 CEDH ne confère pas un droit à une autorisation (cf. ATF 140 I 145 consid. 3.1 p. 146). Un étranger peut, selon les circonstances, se prévaloir du droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'art. 8 par. 1 CEDH – à l'instar de l'art. 13 al. 1 Cst. – pour s'opposer à l'éventuelle séparation de sa famille; encore faut-il que la relation entre l'étranger et une personne de sa famille ayant le droit de résider durablement en Suisse soit étroite et effective (ATF 137 I 284 consid. 1.3; 135 I 143 consid. 1.3.1; 131 II 265 consid. 5; 130 II 281 consid. 3.1).
Dans la pesée des intérêts, il faut également tenir compte de l'intérêt de l'enfant à maintenir des contacts réguliers avec son père, ainsi que l'exige art. 3 de la Convention du 20 novembre 1989 relative aux droits de l'enfant (CDE; RS 0.107). Les dispositions de la convention ne font toutefois pas de l'intérêt de l'enfant un critère exclusif, mais un élément d'appréciation dont l'autorité doit tenir compte lorsqu'il s'agit de mettre en balance les différents intérêts en présence (cf. ATF 139 I 315 consid. 2.4 p. 321).
Selon la jurisprudence, le parent qui n'a pas l'autorité parentale ni la garde de l'enfant ne peut d'emblée entretenir une relation familiale avec celui-ci que de manière limitée, en exerçant le droit de visite dont il bénéficie. Or, il n'est en principe pas nécessaire que, dans l'optique de pouvoir exercer son droit de visite, le parent étranger soit habilité à résider durablement dans le même pays que son enfant. Sous l'angle du droit à une vie familiale (cf. art. 8 par. 1 CEDH et art. 13 al. 1 Cst.), il suffit en règle générale que le parent vivant à l'étranger exerce son droit de visite dans le cadre de séjours de courte durée, au besoin en aménageant ses modalités quant à la fréquence et à la durée. Le droit de visite d'un parent sur son enfant ne doit en effet pas nécessairement s'exercer à un rythme bimensuel et peut également être organisé de manière à être compatible avec des séjours dans des pays différents (cf. arrêt 2C_1031/2011 du 22 mars 2012 consid. 4.2.3). Selon la jurisprudence constante du Tribunal fédéral, un droit plus étendu ne peut le cas échéant exister qu'en présence de liens familiaux particulièrement forts d'un point de vue affectif et économique, lorsque cette relation ne pourrait pratiquement pas être maintenue en raison de la distance qui sépare le pays de résidence de l'enfant du pays d'origine de son parent, et que l'étranger a fait preuve en Suisse d'un comportement irréprochable (ATF 140 I 145 consid. 3.2 p. 147; 139 I 315 consid. 2.2 p. 319 et les arrêts cités).
Le fait que les parents détiennent l'autorité parentale conjointe, ce qui constitue la règle en vertu de l'art. 296 al. 2 CC dans sa nouvelle teneur en vigueur depuis le 1
er
janvier 2014 (cf. arrêt 5A_781/2015 du 14 mars 2016 consid. 3.2.3), ne change rien à ce qui précède (cf. par. précédent), pour autant qu'il n'y ait pas de garde alternée. Ainsi, lorsque la garde de fait appartient pour la plus grande partie à l'autre parent (demeurant en Suisse avec l'enfant), la relation familiale entre le parent tenu de quitter la Suisse et l'enfant peut, sous l'angle de l'art. 8 CEDH, être vécue depuis l'étranger, nonobstant l'autorité parentale conjointe. Pour déterminer le type de prise en charge de l'enfant, il y a lieu de se fonder sur les relations effectivement vécues au moment où l'autorité judiciaire cantonale statue sur l'octroi de l'autorisation (arrêt 2C_810/2016 du 21 mars 2017 consid. 5.3 avec renvoi à ATF 143 I 21 consid. 5.5 p. 30s.). Il en va éventuellement différemment – dans le sens d'un droit plus étendu –, lorsque, au-delà de l'autorité parentale, il existe effectivement des liens très étroits, c'est-à-dire lorsque le droit à des relations personnelles avec l'enfant est exercé de telle façon que cela correspond pratiquement à une garde alternée; il faut par ailleurs qu'il n'y ait pas d'intérêts publics importants qui fassent obstacle à la poursuite du séjour en Suisse du parent qui serait en principe tenu de quitter le pays (arrêt 2C_76/2017 du 1
er
mai 2017 consid. 4.1 avec renvoi à ATF 143 I 21 consid. 5.5 et 6).
c) La solution n'est pas différente du point de vue de la mise en œuvre de l'art. 8 CEDH qu'en ce qui concerne l'art. 96 al. 1 LEtr. Quand la révocation d'une autorisation se fonde sur la commission d’infractions, la pesée des intérêts part en premier lieu de la faute de la personne visée. L’infraction se reflète en effet dans la sanction prononcée par le juge pénal, de sorte que la durée de la peine infligée est le premier critère à prendre en considération pour évaluer la gravité de la faute (cf. ATF 129 II 215 consid. 3.1 p. 216, traduit et résumé
in
: RDAF
2004
I, p. 798; 120 Ib 6 consid. 4c p. 15; arrêts 2C_121/2014 du 17 juillet 2014 consid. 5.1; 2C_265/2011 du 27 septembre 2011 consid. 6.1.1). Le Tribunal fédéral a précisé à de nombreuses reprises qu’une condamnation à une peine privative de liberté de deux ans justifiait généralement une expulsion administrative, même si l’étranger était marié avec un ressortissant suisse (ATF 125 II 521, traduit et résumé in RDAF
2000
I, p. 809; 122 II 433; v. également ATF 139 I 145 consid. 3.4 pp. 152/153). Cette limite vaut à tout le moins lorsqu’il s'agit d'une première demande d'autorisation ou d'une requête de prolongation d'autorisation déposée après un séjour de courte durée. Elle ne constitue cependant pas une limite absolue et a été fixée à titre indicatif (cf. ATF 139 I 145 consid. 2.3 p. 148 s.). Dans son message relatif à la LEtr, le Conseil fédéral s’est référé à cette jurisprudence et à la mesure des "deux ans ou plus" pour définir la longue peine privative de liberté (FF 2002 3469, p. 3565). Comme exposé, cette règle des deux ans, sans égard au type de délit commis, n'est toutefois pas absolue; ce qui compte avant tout, c'est l'appréciation globale de chaque cas particulier, qui doit être effectuée selon l'ensemble des critères déterminants (ATF 139 I 145 consid. 3.4/3.9 pp. 153 et ss).
La durée de présence en Suisse d'un étranger constitue un autre critère très important à prendre en considération dans la révocation d’un permis d’établissement. Plus cette durée est longue, plus les conditions pour prononcer l'expulsion administrative doivent être appréciées restrictivement (ATF 135 II 377 consid. 4.4 et 4.5 p. 382 s.; arrêts 2C_789/2014 du 20 février 2015 consid. 5.3; 2C_816/2012 du 6 mars 2013 consid. 5.1; 2C_881/2012 du 16 janvier 2013 consid. 5.1). La révocation de l'autorisation d'établissement d'un étranger qui séjourne depuis longtemps en Suisse doit donc se faire avec une retenue particulière. Cela étant, le renvoi d'étrangers ayant séjourné très longtemps en Suisse, voire de ceux qui y sont nés et y ont passé toute leur existence n'est pas exclu par la CEDH (ATF 130 II 176 consid. 4.4 p. 189 s. et les références). Toutefois, les exigences concernant la gravité de la faute pénale doivent être d’autant plus strictes que l’étranger vit depuis longtemps en Suisse. Il faut également prendre en considération l’âge auquel l’étranger s’est installé dans notre pays. On tiendra alors particulièrement compte de l'intensité des liens de l'étranger avec la Suisse et des difficultés de réintégration dans son pays d'origine (
ATF 139 I 31
consid. 2.3 p. 33 ss;
130 II 176
consid. 4.4.2 p. 190;
125 II 521
consid. 2b p. 523). Cependant, même si celui-ci y est né et y a vécu jusqu’à présent, il n’est pas exclu que l’autorisation soit révoquée s’il a commis des actes de violence, des infractions d’ordre sexuel ou des délits liés aux stupéfiants ou s’il est multirécidiviste (ATF 139 I 31 consid. 2.3.1 p. 33; 134 II 10 consid. 4.3 p. 23 s.; 130 II 176 consid. 4.4.2 p. 190, traduit et résum.
in
: RDAF 2005 I 641; arrêts 2C_28/2012 du 18 juillet 2012 consid. 3.2; 2C_562/2011 du 21 novembre 2011 consid. 3.3; 2C_265/2011 du 27 septembre 2011 consid. 6.1.3 et les références citées; 2C_722/2010 du 3 mai 2011 consid. 3.2; voir aussi Alain Wurzburger, La jurisprudence récente du Tribunal fédéral en matière de police des étrangers,
in
: RDAF 1997 I 267, spéc. p. 307 ss et les nombreuses références citées). En cas d'actes pénaux graves et de récidive, respectivement en cas de délinquance persistante, il existe en général un intérêt public important à mettre un terme à la présence de l'étranger en Suisse dans la mesure où ce type de comportement porte atteinte à la sécurité et à l'ordre publics (ATF 130 II 176 consid. 4.4.2 p. 190; arrêts 2C_801/2012 du 23 février 2013 consid. 5.1; 2C_839/2011 du 28 février 2012 consid. 2.3; 2C_903/2010 du 6 juin 2011 consid. 3.1, non publié sur ce point in ATF 137 II 233).
d) Dans l'examen de la situation de l'étranger ne faisant plus ménage commun avec son conjoint suisse mais ayant encore l'autorité parentale sur leur enfant mineur de nationalité suisse sans en avoir la garde, le Tribunal fédéral a cependant jugé que la contrariété à l'ordre public ne constitue pas une condition indépendante rédhibitoire de refus de prolongation de l'autorisation de séjour. Il s'agit d'un élément parmi d'autres à prendre en compte dans la pesée globale des intérêts, sans toutefois lui accorder une importance moindre comme tel est le cas lors d'un regroupement familial inversé qui concerne un enfant de nationalité suisse (ATF 140 I 145 consid. 4.3 p. 150/151). En effet, lorsque l'enfant a la nationalité suisse, la jurisprudence en matière de regroupement familial inversé n'exige plus du parent qui entend se prévaloir de l'
art. 8 CEDH
un comportement irréprochable; seule une atteinte d'une certaine gravité à l'ordre et à la sécurité publics peut l'emporter sur le droit de l'enfant suisse à pouvoir grandir en Suisse. Cette jurisprudence, antérieure à la modification de l'art. 296 al. 2 CC, trouve en tout cas application lorsque le parent qui sollicite l'autorisation de séjour a la garde exclusive et l'autorité parentale sur son enfant. En pareille situation, le départ du parent qui a la garde de l'enfant entraîne de facto l'obligation pour ce dernier de quitter la Suisse. Le renvoi du parent entre ainsi en conflit avec les droits que l'enfant peut tirer de sa nationalité suisse, comme la liberté d'établissement, l'interdiction du refoulement ou le droit de revenir ultérieurement en Suisse (ATF 136 I 285 consid. 5.2 p. 287; 135 I 153 consid. 2.2.3 p. 157 s., 135 I 143 consid. 4.4 p. 152 s.).
A ce jour, le Tribunal fédéral, qui a réservé cette question s’agissant de la garde alternée (cf. ATF 143 I 21 consid. 5.5 p. 29s. et 6 p. 32s.), ne l’a cependant pas encore tranchée. On relèvera à cet égard que dans l’ATF 139 I 145, déjà cité, le Tribunal fédéral a admis le recours d’un étranger vivant en Suisse depuis douze ans, condamné à une peine privative de liberté de deux ans avec sursis pour infraction grave à la LStup contre son renvoi. Il a considéré que la relation de l’intéressé avec son fils de cinq ans l’emportait sur l’intérêt public à son éloignement, dans la mesure où, dans ce dernier cas, la mère aurait dû élever seule l’enfant, ce qui n’était pas favorable au développement de celui-ci (consid. 3.7 p. 153/154).
5.
En l’occurrence, il importe par conséquent de procéder à la pesée des intérêts en présence pour déterminer si la mesure d’expulsion administrative apparaît comme étant proportionnée, au sens de la jurisprudence précitée.
a) L’instruction a démontré que le comportement du recourant était loin d’être irréprochable, comme on l’a vu au considérant précédent. Le recourant vit en Suisse depuis onze ans et son intégration sur le plan économique est loin d’être exceptionnelle puisqu’il a alterné les périodes de chômage et les missions temporaires irrégulières. Il a du reste contracté une dette importante à l’égard de l’assistance publique. Surtout, l’on doit admettre qu'au vu des cinq condamnations prononcées à son encontre, dont l’une pour des actes graves de violence domestique notamment, le recourant n'a pas fait preuve d'un comportement irréprochable; c’est le moins que l’on puisse constater. Le recourant s’est en effet comporté à l’encontre de son ex-épouse en véritable tyran domestique, faisant preuve de violence à son encontre à la moindre contrariété et n’hésitant pas à user de pressions psychologiques pour l’amener à retirer ses plaintes. A cela s’ajoute qu’à la différence de l’intéressé dans l’ATF 140 précité, le recourant a, dans le cas d’espèce, porté atteinte à l'ordre public en commettant des actes graves, qui plus est à l’encontre de la mère de l’enfant, ce qui est de nature à compliquer la prise en charge de ce dernier par le recourant. Cela peut expliquer, dans une certaine mesure, le comportement empreint de certaines contradictions dont B._ a fait preuve à l’égard du recourant durant la procédure. Il ressort même de l’audition du représentant du SPJ devant le juge civil que le placement d’D._ et de sa demi-sœur C._ était envisagé à l’époque, pour le cas où B._ ne mettait pas un terme à la vie commune avec le recourant. Du reste, les juges du Tribunal correctionnel ont relevé sa culpabilité «écrasante» et la faiblesse de son introspection. En outre, le recourant, comme on l’a dit plus haut, s’est avéré incapable de tirer toutes les leçons des premières condamnations prononcées à son encontre pour infractions à la circulation routière, puisque depuis lors, il a récidivé et a été condamné à quatre reprises. Force est ainsi de constater l’importance particulière de l’intérêt public à éloigner le recourant.
b) Initialement, dès la première séparation du couple intervenue en 2011, B._ détenait seule la garde de son fils D._. Le recourant ne disposait que d’un droit de visite surveillé sur son fils D._, à raison de deux fois par mois pour une durée maximale de deux heures. Ce régime n’a pas été modifié avant que les époux ne reprennent la vie commune et se séparent définitivement jusqu’à leur divorce, prononcé en 2015. Depuis lors, par convention, la garde de l’enfant D._, de nationalité suisse faut-il le rappeler, est confiée alternativement à sa mère et à son père. Il en résulte que le renvoi du recourant n'impliquerait pas de facto le déplacement de l'enfant, qui pourra continuer à vivre auprès de sa mère en Suisse.
Il reste cependant à vérifier si les circonstances particulières du cas d'espèce s’apparentent à celles à l’origine de l'ATF 140 I 145, déjà cité. Cette affaire concernait un étranger qui, sans faire ménage commun avec la mère de son enfant, de nationalité suisse, partageait l'autorité parentale avec celle-ci et assumait ses obligations parentales de manière irréprochable, tant sous l'angle affectif qu'économique, dépassant de loin les standards usuels en la matière, en particulier les exigences qui ont été posées par la jurisprudence relative à la situation du parent étranger qui n'a pas l'autorité parentale ni la garde de l'enfant (cf. consid. 4.2). En l’epèce, le jugement de divorce prévoit (cf. dispositif, ch. III) que les frais d'entretien ordinaire de l'enfant soient pris en charge par le parent qui l'aura sous sa garde. Cette garde étant présumée alternée, à savoir partagée par moitié, l'on peut également présumer que le père assume la moitié des frais générés par l'éducation de l'enfant. Sans doute, B._ a déclaré à cet égard que le recourant ne contribuait pas à l’entretien de son fils, lequel serait entièrement assumé par elle; au vu des nombreuses contradictions dont cette déposition est empreinte, il y a lieu de l’accuellir avec une certaine circonspection.
Il y a lieu de présumer en l’occurrence, au vu de la convention ratifiée par le juge civil, que la garde sur l’enfant D._ est, dans le cas d’espèce, effectivement partagée entre sa mère et le recourant. Les éléments recueillis dans le cas d’espèce ne permettent pas de retenir que les ex-époux se seraient écartés de ce régime, au point de constater que le recourant n’exercerait pas, sous l’angle affectif, toutes les obligations inhérentes à son statut de co-détenteur de l'autorité parentale et de la garde. Le moins que l’on puisse dire à cet égard est qu’B._ a varié dans sa déposition, en indiquant successivement que, la plupart du temps D._ vivait chez elle et ne se rendait que rarement chez son père, tout en ajoutant plus loin que sur un mois, D._ passait entre huit et dix nuits chez son père. Cette contradiction doit conduire le Tribunal à apprécier le contenu de cette déposition avec une certaine prudence. Du reste, B._ est spontanément revenue, dans sa correspondance du 28 septembre 2017 au Tribunal, sur sa déposition dont elle a nuancé la portée; on y reviendra. Or, le recourant a produit deux attestations émanant d’autorités scolaires, datant des 6 avril 2017 et 16 octobre 2017, dont il ressort qu’il conduit son fils à raison de trois matins par semaine à l’accueil des enfants et vient régulièrement le chercher en fin de journée à la garderie. En outre, on retire de la correspondance de E._, du 5 décembre 2017, qu’D._ passerait trois à quatre nuits par semaine chez son père, voire plus selon les occasions.
c) On rappelle à cet égard qu’il s’agit de choisir en l’occurrence entre l’intérêt du recourant à maintenir sa relation avec son fils D._ en évitant une éventuelle séparation de sa famille, ainsi que – et ceci est primordial – l’intérêt de ce dernier à conserver les avantages de cette relation, d’une part, et la protection de l'ordre public suisse, d’autre part.
A s'en tenir à la jurisprudence du Tribunal fédéral développée dans l’ATF 140 I 145, déjà cité, la contrariété à l'ordre public ne constitue en pareille hypothèse plus une condition indépendante rédhibitoire de refus de permis de séjour, mais un élément parmi d'autres à prendre en compte dans la pesée des intérêts (cf. arrêt 2C_606/2013 du 4 avril 2014 consid. 6.3). Or, les avantages d'une relation qu'un parent entretient de manière étroite et effective avec son enfant revêtent une importance considérable dans l'appréciation du bien-être de ce dernier. Dans de telles circonstances, la CDE impose d'accorder un poids particulier au maintien du lien parental par rapport à la protection de l'ordre public suisse (ATF 143 I 21 consid. 5.5.4 p. 31). En la présente espèce sans doute, l’enfant D._ est de nationalité suisse et peut demeurer en Suisse avec sa mère. Les éléments versés au dossier et notamment l’expertise effectuée sur l’état mental d’B._ font cependant apparaître que cette dernière est immature et souffre d’un développement mental incomplet s’exprimant sous la forme d’un trouble de la personnalité. Du reste, le Tribunal a pu lui-même se rendre compte, au vu des nombreuses contradictions dont sa déposition est empreinte et de ses revirements constants dans son comportement, qu’B._ éprouve maintes difficultés à exercer seule son rôle de mère. Le contenu des messages téléphonique échangés avec le recourant dans les jours qui ont suivi l’audience montrent que cette dernière paraît parfois démunie face au comportement et à l'état de santé de son fils. Il n’est à cet égard pas exclu qu’à l’image de l’enfant dont il était question dans l’ATF 139 I 145, déjà cité, le fait qu’B._ devrait désormais élever seule son fils ne soit pas favorable au développement de celui-ci. En effet, la situation semble spécifique en ce sens qu'il n'est pas certain que cette dernière puisse disposer pleinement des compétences normalement attendues d'une mère, au vu non seulement de ses contradictions, mais également des SMS ténorisant des propos très inquiétants sur son enfant (cf. let. G de la partie En fait). Dans de telles circonstances, il n'est pas exclu que le bon développement de l'enfant exige, plus qu'ailleurs, la présence d'un père possiblement apte à jouer un rôle de contrepoids.
B._ a déclaré, lors de son audition, qu’elle n’entendait pas que son fils puisse se rendre en Afrique, tant et aussi longtemps qu’il est mineur. On en retire que, s’il était renvoyé, la relation que le recourant entretient à l’heure actuelle avec son fils ne pourrait pratiquement pas être maintenue en raison de la distance entre son pays d’origine et la Suisse. Or, D._ semble très attaché à son père, qui a toujours maintenu un contact avec lui. Du reste, dans sa correspondance du 28 septembre 2017, B._, après avoir rappelé les activités notamment sportives auxquelles se livre le recourant avec son fils, dit espérer qu’D._ pourra garder son père, proche de lui, ajoutant qu’ils avaient besoin l’un de l’autre. Cette correspondance rejoint celle qu’B._ a spontanément adressée au Tribunal, le 19 juin 2017, pour indiquer que la séparation d’D._ d’avec son père serait vue comme un traumatisme par cet enfant. Au vu de ce qui précède, on se trouve dans une situation particulière où, à l’issue de la pesée des intérêts en présence, celui de l’enfant pourrait s’opposer à l’éloignement de son père. Dans la mesure où l’autorité intimée n’a pas suffisamment tenu compte du poids que revêt cet intérêt au moment de prendre sa décision, celle-ci ne peut être maintenue.
d) Au terme de son instruction, le Tribunal ne dispose cependant pas de tous les éléments lui permettant de retenir que l’intérêt public à l’éloignement du recourant doit en l’occurrence céder le pas devant l’intérêt d’D._ à pouvoir continuer à entretenir des relations avec lui. Il subsiste, comme on l’a vu, une incertitude quant aux conséquences de l’éloignement du recourant sur le développement d’D._.
On relève sur ce point qu’à l’apparition des premières difficultés relationnelles entre B._ et le recourant, le SPJ a été mis en œuvre pour veiller à la protection d’D._ et de sa demi-sœur, C._. On rappelle que ce service est, à teneur de l’art. 6 al. 1 de la loi cantonale du 4 mai 2004 sur la protection des mineurs (LProMin; RSV 850.41), l'autorité compétente en matière de prévention des facteurs de mise en danger, de protection des mineurs et de réhabilitation des compétences éducatives des parents, dans le domaine socio-éducatif. Il apparaît dès lors que les décisions du juge civil statuant sur la garde d’D._, y compris la garde partagée dont B._ et le recourant sont convenus, ont nécessairement été prises après une enquête préalable du SPJ. Il ne ressort toutefois pas du dossier que le SPJ serait intervenu postérieurement au jugement prononçant le divorce du recourant et d’B._. Dans la mesure où le développement de l’enfant pourrait concrètement être mis en péril par la décision d’éloigner son père de Suisse, l’autorité intimée devra se tourner vers le SPJ, afin que ce service puisse, conformément à l’art. 19 al. 1 LProMin, mettre en œuvre une action socio-éducative, d'entente avec les parents de l’enfant concerné et ceci, préalablement à toute décision quant à la révocation ou non de l’autorisation d’établissement du recourant.
Il appartiendra ensuite à l’autorité intimée de déterminer, dans sa nouvelle décision, sur ce point dans quelle mesure B._ est en mesure d’élever seule son fils, le cas échéant avec l’appui d’une mesure de curatelle au sens de l’art. 308 CC. De même, l’autorité intimée devra apprécier les conséquences éventuelles pour le développement de l’enfant D._ du fait qu’il serait durablement privé de tout contact direct avec son père. Le dossier de la cause lui sera renvoyé à cette fin.
6.
a) Les considérants qui précèdent conduisent le Tribunal à admettre le recours et à annuler la décision attaquée. La cause est renvoyée à l’autorité intimée, afin qu’elle complète l’instruction dans le sens du considérant qui précède et prononce une nouvelle décision au terme de ce complément d’instruction.
b) Le présent arrêt sera rendu sans frais (art. 49 al. 1, 50, 91 et 99 LPA-VD). Au vu de l’admission du recours, des dépens seront alloués au recourant (art. 55 al. 1, 91 et 99 LPA-VD).
c) Compte tenu de ses ressources, le recourant a été mis au bénéfice de l'assistance judiciaire par décision du 20 juin 2017. L’art. 4 al. 1 du règlement vaudois du 7 décembre 2010 sur l'assistance judiciaire en matière civile [RAJ; RSV 211.02.3], applicable par renvoi de l'art. 18 al. 5 LPA-VD, prévoit que lorsque la partie au bénéfice de l'assistance judiciaire a obtenu l'allocation de dépens, le conseil juridique commis d'office n'a droit au paiement de l'indemnité que s'il rend vraisemblable que les dépens alloués ne peuvent pas être obtenus de la partie adverse et ne pourront pas l'être ([art. 122 al. 2 CPC] 1
ère
phrase). Une telle vraisemblance sera notamment admise lorsque le débiteur des dépens est notoirement insolvable ou lorsqu'il est sans domicile connu (2
ème
phrase). Le recourant, auquel de pleins dépens sont alloués,
ne court pas le risque que ceux-ci ne puissent être recouvrés. Il n’est dès lors pas nécessaire d'arrêter, à titre subsidiaire, l'indemnité qui aurait dû être versée au conseil d'office.