Decision ID: 551d1964-75a5-4692-95f5-12687c2c5c71
Year: 2007
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. X._, active dans le domaine de la restauration, exploite en raison individuelle le 2.***************, à 1.***************, ainsi qu’un autre établissement public nommé « 3.*************** », par le truchement de la société 4.*************** SA dont elle est la directrice. Le 18 novembre 2005, elle a présenté une demande d’autorisation de séjour et de prise d’emploi en faveur d’Y._, ressortissante polonaise, née le 2 arvil 1973, qu’elle souhaitait engager en qualité de barmaid et serveuse dans le 2.*************** dès le 1er décembre 2005. Par décision du 29 novembre 2005, l’OCMP a refusé l’autorisation sollicitée en faisant valoir que le recrutement des travailleurs devait prioritairement s’effectuer parmi les ressortissants suisses et dans les pays membres de l’Union européenne (ci-après : UE) et de l’Association européenne de libre-échange (ci-après : AELE). Les intéressées n’ont pas formé recours contre cette décision.
B. Sous l’enseigne du 2.***************, X._ a fait publier une annonce dans le quotidien « 24 Heures » du 16 janvier 2006, indiquant qu’elle cherchait de suite une barmaid expérimentée, sérieuse et dynamique. Le 18 janvier 2006, elle s’est également adressée à l’Office régional de placement (ci-après : ORP) qui a inséré le poste à pourvoir dans sa base de données. Selon la description du poste faite à l’ORP, le candidat devait être de sexe féminin, maîtrisant le français parlé et écrit, expérimenté, courtois, souriant et dynamique, jeune et de bonne présentation. L’annonce de l’ORP précisait également que le candidat sélectionné commencerait par les extras les jeudi, vendredi et samedi de 17h00 à 2h00 et jusqu’à 3h00 le week-end et qu’il pourrait être engagé à plein temps ultérieurement si son travail donnait satisfaction.
Par courrier du 10 mars 2006, X._ a requis de l’OCMP l’octroi d’une autorisation de travail en faveur d’Y._ qu’elle souhaitait engager au plus vite, à plein temps, soit 42h30 par semaine, réparties sur cinq jours pour un salaire mensuel brut de fr. 3'451.40, selon contrat produit à l’appui de la demande. Selon les indications de X._, les deux personnes qui l’ont contactée ensuite de l’annonce insérée dans le système de l’ORP ne correspondaient pas au profil recherché. En effet, la première était une suissesse, âgée de 50 ans et la seconde un ressortissant marocain, alors que le candidat devait être de sexe féminin et jeune.
L’OCMP, selon décision du 30 mai 2006, a refusé de délivrer l’autorisation sollicitée au motif que les recherches entreprises par l’intéressée en vue de repourvoir le poste de barmaid étaient largement insuffisantes. Selon l’OCMP, de plus amples recherches auraient permis de trouver sur le marché de l’emploi indigène un travailleur correspondant au profil recherché, vu l’état du marché du travail et le nombre de chômeurs dans le secteur de l’hôtellerie.
C. Le 21 juin 2006, X._ et Y._ ont formé recours contre la décision précitée en concluant à son annulation et à la délivrance de l’autorisation sollicitée. Dans cette écriture, l’employeur a indiqué qu’en sus des deux personnes qui l’avaient contacté, l’ORP lui avait proposé deux candidats. Le premier d’entre eux était injoignable et le second lui a fait savoir qu’il avait déjà trouvé un emploi. Les recourantes ont fait valoir que le principe de la priorité du travailleur indigène était respecté car trois mois s’étaient écoulés entre la publication du poste vacant dans le système de l’ORP et la demande d’autorisation de travail. L’employeur a également produit une annonce qu’il a fait paraître dans le quotidien « 24 Heures » des 17 et 18 juin 2006 en indiquant que seul un candidat avait téléphoné, mais ne s’était pas présenté au rendez-vous qui lui avait été fixé. Par courrier du 24 juillet 2006, les recourantes ont encore transmis au tribunal administratif copie des annonces insérées dans le quotidien « 24 Heures » des 10 et 11 et 22 juin et 6 juillet 2006 et des curriculum vitae reçus, lesquels ne correspondaient pas au profil recherché, deux candidates étant âgées de plus de cinquante ans et la troisième, née en 1986, ne disposant d’aucune expérience professionnelle dans le domaine.
D. L’OCMP a déposé la réponse au recours le 15 août 2006, en reprenant et développant les motifs invoqués à l’appui de la décision litigieuse et a conclu au rejet du recours.
Les recourantes se sont déterminées le 19 septembre 2006, mettant l’accent sur les mois qui s’étaient écoulés entre l’annonce faite à l’ORP ainsi que la première annonce publiée dans le « 24 Heures » et le dépôt de la seconde demande d’autorisation de séjour et de prise d’emploi. L’employeur a requis du juge instructeur qu’il interpelle l’ORP afin de savoir si d’autres dossiers lui avaient été transmis et, en cas de réponse négative, pour quelles raisons.
L’ORP de la Riviera a répondu en indiquant que trois dossiers avaient été transmis à l’employeur jusqu’au 24 mars 2006, date à laquelle il avait appris que le poste avait été repourvu par l’employeur. L’ORP a ajouté que le profil du poste paraissait « assez particulier et contraignant », notamment en ce qui concerne les horaires de travail prévus pour un poste à temps partiel.
Interpellée par le juge instructeur au sujet de ce qui précède, l’employeur a indiqué qu’une des personnes dont l’ORP lui avait transmis le dossier ne s’était jamais présentée au rendez-vous, qu’une autre s’était présentée mais avait trouvé un autre emploi et, enfin, que la troisième personne était âgée de plus de cinquante ans. L’employeur a également affirmé n’avoir jamais téléphoné à l’ORP pour indiquer que le poste était repourvu.
Interrogé par le juge instructeur, l’ORP a indiqué que l’information selon laquelle le poste avait été repourvu lui avait été relayée par un candidat assigné qui avait téléphoné à l’employeur.
A l’issue de sa délibération du 5 janvier 2007, le tribunal de céans a requis de l’employeur des informations complémentaires au sujet de son employée. Par courrier du 14 février 2007, elle a expliqué qu’elle avait fait la connaissance d’Y._ durant l’été 2005, en France et que l'intéressée avait obtenu un certificat de vendeuse en 1991 et un certificat de fin d’études en 1995. De son curriculum vitae, il ressort qu’elle a travaillé dans le domaine de la restauration en qualité de serveuse et de barmaid dans divers établissement publics pendant presque trois ans. Y._ a indiqué qu’elle envisageait de s’installer durablement en Suisse une fois l’autorisation obtenue et qu’elle avait une fille âgée de 15 ans, encore aux études en Pologne. Elle a ajouté qu’elle n’avait pas d’attaches sentimentale ou familiale en Suisse.
Le Tribunal administratif a statué à huis clos.

Considérant en droit
1. a) Aux termes de l’art. 4 al. 1 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administrative (ci-après : LJPA), le Tribunal administratif connaît en dernière instance cantonale de tous les recours contre les décisions administratives cantonales ou communales lorsque aucune autre autorité n’est expressément désignée par la loi pour en connaître. Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du Service de la population.
Déposé en temps utile, selon les formes prescrites par la loi, le recours est formellement recevable, de sorte qu’il y a lieu d’entrer en matière sur le fond.
b) En dehors des cas où une disposition légale prévoit expressément le contrôle de l’opportunité d’une décision, le Tribunal administratif n’exerce qu’un contrôle en légalité, c’est-à-dire examine si la décision entreprise est contraire à une disposition légale ou réglementaire express, ou relève d’un excès ou d’un abus du pouvoir d’appréciation (art. 36 lit. a et c LJPA). La loi sur le séjour et l’établissement des étrangers du 26 mars 1931 (LSEE) ne prévoyant aucune disposition étendant le pouvoir de contrôle de l’autorité de recours à l’inopportunité, ce grief ne saurait donc être examiné par le Tribunal de céans.
Il y a abus du pouvoir d’appréciation lorsqu’une autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues par la loi, se laisse guider par des considérations non pertinentes ou étrangères au but des dispositions applicables, ou encore lorsqu’elle statue en violation des principes généraux du droit administratif que sont l’interdiction de l’arbitraire, l’égalité de traitement, la bonne foi et la proportionnalité.
2. Selon l’art. 1a LSEE, tout étranger a le droit de résider sur le territoire suisse s’il est au bénéfice d’une autorisation de séjour ou d’établissement ou si, selon la présente loi, il n’a pas besoin d’une telle autorisation. Selon l’art. 4 LSEE, l’autorité statue librement, dans le cadre des prescriptions légales et des traités avec l’étranger, sur l’octroi de l’autorisation de séjour. Pour les autorisations, les autorités doivent tenir compte des intérêts moraux et économiques du pays, ainsi que du degré de surpopulation étrangère (art. 16 LSEE). Ainsi, les ressortissants étrangers ne bénéficient d’aucun droit à l’obtention d’une autorisation de séjour, voire d’établissement, sous réserve des dispositions contraires résultant des traités internationaux et de la loi.
3. a) Le protocole de l'extension de l'Accord sur la libre circulation des personnes aux nouveaux Etats membres de l'Union européenne, dont la Pologne, est entré en vigueur le 1er avril 2006. Les délais transitoires définis à l'art. 2 de ce document prévoient que pendant une période courant jusqu'au 30 avril 2011, la Suisse peut maintenir les restrictions relatives au marché du travail, telles que la priorité de la main-d'œuvre résidente, le contrôle initial des conditions de travail et de salaire et les contingents progressifs. Cela signifie concrètement que, pendant la période transitoire, les autorités cantonales de police des étrangers peuvent opposer à une demande de main-d'œuvre en faveur d'un ressortissant polonais la disposition de l'art. 7 al. 1 de l'ordonnance du conseil fédéral du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (OLE) selon laquelle les autorisations pour l'exercice d'une première activité ne peuvent être accordées que si l'employeur ne trouve pas un travailleur indigène capable et désireux d'occuper le poste aux conditions de travail et de rémunération usuelles de la branche et du lieu. Il convient donc de déterminer si l'employeur a procédé aux démarches nécessaires pour recruter le collaborateur désiré sur le marché local de l'emploi.
b) En l’espèce, après avoir essuyé un premier refus de l’OCMP sur la demande qu’elle avait présentée le 18 novembre 2005 en faveur d’Y._, la recourante a rapidement entrepris des recherches sur le marché local de l’emploi en s’adressant à l’ORP et en passant une annonce dans la presse régionale afin de trouver une candidate correspondant au profil recherché. Y._ présente les compétences nécessaires pour occuper ce poste puisqu’elle dispose de plusieurs expériences professionnelles dans le domaine de la restauration dont une en qualité de barmaid. Parmi les candidates dont l’ORP lui a transmis les coordonnées, certaines étaient trop âgées, d’autres ne disposaient pas d’une expérience professionnelle en qualité de barmaid ou dans le domaine de la restauration et, enfin, l’un d’entre elles ne s’est pas présentée au rendez-vous d’entretien que l’employeur leur avait fixé. La démarche qu’a effectuée l’employeur dans la presse locale au mois de janvier n’a pas connu plus de succès, puisque, sur les deux candidats qui ont appelé, l’un était un homme et l’autre une femme âgée de plus de cinquante ans. En ce qui concerne la description du poste à pourvoir qui a été transmise à l’ORP, on relève, à l’instar de cet office, qu’elle n’est guère attrayante puisque ce n’est qu’à l’issue d’une période probatoire, dont la durée n’est pas précisée, que l’employée ayant donné satisfaction, pourra, le cas échéant, être engagée à plein temps. C’est aussi un point essentiel sur lequel le descriptif de l’offre communiqué à l’ORP et diffusé par les soins de cet office diffère du contrat proposé à Y._ puisque cette dernière bénéficie d’emblé d’un poste à plein temps. Les annonces que la recourante a fait passer dans la presse locale au cours des mois de juin et juillet 2006 ne sauraient être assimilées à des recherches suffisantes au sens de l’art. 7 al. 1 OLE dès lors qu’elles sont postérieures à la demande d’autorisation de travail du 10 mars 2006.
S’agissant des démarches antérieures à la seconde demande de prise d’emploi du 10 mars 2006, force est de constater qu’elles sont insuffisantes à elles seules pour satisfaire les exigences liées à la recherche active de collaborateurs indigènes (cf. notamment arrêt TA PE 00/0515 du 4 janvier 2001). En effet, on pouvait exiger de la recourante qu'elle multiplie ses efforts, notamment en renouvelant son annonce dans la presse, ou en contactant plusieurs ORP ou en s'adressant encore, par exemple, à une agence de placement de personnel car on est en droit d'attendre d'un employeur qu'il entreprenne toutes les démarches possibles en vue de trouver le collaborateur recherché sur le marché local du travail. Or, il faut constater que tel n'est pas le cas en l'occurrence puisque l’employeur n’a procédé qu’à deux démarches avant de jeter son dévolu sur Y._. L’absence de plus amples recherches et le dépôt d’une première demande sans aucune recherche préalable inclinent le tribunal à penser que c'est, sinon par convenance personnelle, du moins par opportunité que le choix de l'intéressée s'est porté sur Y._ - qu'elle a dit connaître depuis l’été 2005 et qu'elle n'aurait pas besoin de former - et non sur des demandeurs d'emploi locaux ou frontaliers présentant des qualifications comparables, étant rappelé que le poste à repourvoir ne nécessite manifestement pas de formation particulière, si ce n’est une certaine expérience préalable.
La rigueur dont il convient de faire preuve dans l'interprétation du principe de la priorité des demandeurs d'emploi indigènes à l'égard des recherches de l'employeur sur le marché local du travail ne permet donc pas de s'écarter de la décision négative de l'OCMP. La recourante n'a manifestement pas exploité tous les moyens à sa disposition pour recruter sur le marché local le personnel qualifié dont elle avait besoin. La décision attaquée apparaît de ce point de vue-là bien fondée. A cela s'ajoute également le fait que la recourante n'a pas dit non plus en quoi elle ne pouvait pas former ou faire former dans un délai raisonnable un travailleur disponible sur le marché indigène du travail.
4. Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté et la décision entreprise maintenue.
Succombant, les recourantes doivent supporter les frais judicaires.