Decision ID: ed94fc99-24e2-43e5-9c88-2872148cc110
Year: 2004
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
Mme X._, née le 6 juillet 1966 au Pérou, a vécu en Suisse du 6 septembre 1992 au 1
er
décembre 1996. Elle y est revenue et s’est établie à Lausanne le 3 octobre 1997. En octobre 2000, elle s’est inscrite à l’Université de Genève afin d’obtenir un diplôme d’études supérieures spécialisées en droit des affaires (MBL). Le programme de cette formation postgrade comprend une année purement académique pendant laquelle des cours de base sont complétés par des séminaires bloc sur des thèmes spécifiques et interdisciplinaires. Il inclut en outre une deuxième année de stage de neuf à douze mois en tant que juriste dans une entreprise ou une administration publique à vocation économique. Il doit enfin être complété par la rédaction d’un mémoire.
A la fin de sa première année académique (13 juillet 2001, selon attestation de l'Université, 11 juillet, selon une autre), comme Mme X._ n’avait pas trouvé immédiatement un stage, elle a obtenu une autorisation de prolongation. Elle est donc restée inscrite à l’Université de Genève et dit avoir alors suivi des cours et des conférences en relation avec son diplôme MBL. De mars à juin 2002, elle a effectué un premier stage en entreprise auprès d'********, au Pérou, puis un second stage auprès du ********, au Pérou, du 19 novembre 2002 au 11 avril 2003. Ce dernier mois, elle a obtenu son diplôme et a été exmatriculée.
B.
Sans emploi, Mme X._ a présenté une demande d’indemnités de chômage dès le 9 mai 2003, faisant constater son inactivité auprès de l’Office régional de placement de Lausanne (ci-après : l’ORP).
Par décision du 9 septembre 2003, la Caisse Jeuncomm (ci-après : la caisse) a refusé d’octroyer des indemnités de chômage à Mme X._, au motif que cette dernière ne pouvait justifier aucune période de cotisation à l’ouverture du délai-cadre et que la durée de sa formation était insuffisante pour être considérée comme un motif de libération.
C. Le 7 octobre 2003, Mme X._ a recouru contre cette décision auprès du Service de l’emploi, 1
ère
instance cantonale de recours en matière d’assurance-chômage, concluant implicitement à son annulation. Elle a expliqué qu’entre mai 2001 et mai 2003, elle était restée inscrite à l’Université de Genève, bénéficiant d’une autorisation de prolongation jusqu’à ce qu’elle trouve un stage et qu'elle n’avait pas cessé, pendant cette période, de suivre des cours et des conférences en relation avec son diplôme MBL.
Le 4 mai 2004 le Service de l’emploi a rejeté le recours de Mme X._ et a confirmé la décision attaquée, considérant en substance que l’intéressée n’avait totalisé que 10,1 mois de cours et stages durant la période de cotisation et qu’elle n’avait pas été domiciliée en Suisse pendant dix ans au moins.
D. Le 3 juin 2004, Mme X._ a recouru contre cette décision, concluant à son annulation et à l’octroi d’indemnités de chômage. Elle fait valoir en substance qu’en tenant compte de son premier séjour en Suisse, elle a atteint les dix ans de résidence en Suisse au 1
er
août 2003. Elle précise en outre que le Service de l’emploi n’a pas tenu compte de la période de quatre mois entre ses deux stages, durant laquelle elle a rédigé son travail de mémoire pendant plus de trois mois, et que sa première année ne s’est pas achevée le 13 juillet 2001 comme retenu – correspondant à son dernier examen -, mais à la fin du semestre d’été, soit le 19 octobre 2001.
L’autorité intimée, la caisse et l’ORP ont produit leur dossier. La caisse a précisé que la durée de la formation se calcule sur la base des périodes d'études effectives et non sur la durée de l'immatriculation. Elle ajoute que si la condition de résidence était remplie au 1
er
août 2003, la période de cotisation déterminante s'étendrait du 1
er
août 2001 au 31 juillet 2003 et que la période effective d'études, même en tenant compte de la durée de rédaction du mémoire, ne totaliserait pas douze mois. Les observations de l’autorité intimée seront reprises plus loin, dans la mesure utile.

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de 30 jours fixé par l'art. 60 al. 1 de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales du 6 octobre 2000 (LPGA), le recours est intervenu en temps utile. Il est au surplus recevable en la forme.
2.
Aux termes de l'art. 14 al. 1 let. a de la loi fédérale sur l'assurance-chômage obligatoire et l'indemnité en cas d'insolvabilité (LACI), sont libérées des conditions relatives à la période de cotisation les personnes qui, dans les limites du délai-cadre (art. 9, al. 3) et pendant plus de douze mois au total, n’étaient pas parties à un rapport de travail et, partant, n’ont pu remplir les conditions relatives à la période de cotisation, notamment pour formation scolaire, reconversion ou perfectionnement professionnel, à la condition qu’elles aient été domiciliées en Suisse pendant dix ans au moins.
Le Secrétariat d'Etat à l'économie (ci-après: le seco), autorité de surveillance en matière d'assurance-chômage, a établi des directives, réunies sous la forme d'un document intitulé Circulaire relative à l'indemnité de chômage (IC). Selon leur chiffre B133, seules les personnes qui ont été domiciliées en Suisse pendant dix ans au total sont libérées des conditions relatives à la période de cotisation. Il n'est pas nécessaire que ces dix années aient précédé immédiatement la demande d'indemnité ni qu'elles aient été consécutives.
En l'espèce, la recourante a déjà vécu en Suisse du 6 septembre 1992 au 1
er
décembre 1996, soit pendant quatre ans, deux mois et vingt-six jours. De son retour en Suisse (3 octobre 1997) jusqu'au 9 mai 2003, il s'est écoulé cinq ans, sept mois et sept jours. A cette dernière date, elle totalisait ainsi neuf ans, dix mois et trois jours de résidence. Ainsi, au jour de sa demande, elle ne pouvait être libérée des conditions relatives à la période de cotisation.
Elle n'a en effet atteint le seuil des 10 ans de résidence en Suisse que le 4 juillet 2003. Ainsi, c'est à juste titre que sa demande d'indemnités de chômage du 9 mai 2003 a été refusée.
3.
Comme Mme X._ remplissait la condition de résidence à partir du 4 juillet 2003, il convient encore d'examiner si, à cette date, sa formation postgrade MBL atteignait douze mois de formation au sens de
l'art. 14 al. 1 let. a LACI.
a) Selon le seco, pour tous les motifs de libération énoncés à l'art. 14 al. 1 let. a LACI, il doit y avoir un lien de causalité entre absence de période de cotisation et empêchement d'exercer une activité salariée pendant plus de douze mois. Si l'assuré est empêché de cotiser pendant une période inférieure à douze mois, il lui reste suffisamment de temps pendant le délai-cadre de cotisation pour acquérir une période de cotisation suffisante (Circulaire IC 2003, B128). La caisse n'approuvera la libération des conditions relatives à la période de cotisation que si l'assuré, pour l'un des motifs précités, se trouvait dans l'impossibilité d'exercer une activité salariée, même à temps partiel, ou qu'il n'était pas raisonnable d'exiger qu'il en exerçât une. Pour contrôler s'il existe un lien de causalité entre l'absence de période de cotisation et l'empêchement d'exercer une activité soumise à cotisation, la caisse devra examiner au cas par cas si l'assuré était effectivement empêché de travailler et dans quelle mesure (Circulaire IC 2003, B129). Seul l'assuré qui suit une formation à plein temps peut en principe invoquer la libération des conditions relatives à la période de cotisation. L'assuré remettra à la caisse de chômage une attestation de l'établissement de formation mentionnant la durée de la formation (début et fin) et le temps de présence effectif (p. ex. l'horaire hebdomadaire).
Le motif invoqué pour la libération des conditions relatives à la période de cotisation doit être suffisamment contrôlable (DTA 1990 no2, p. 23 consid. 2b).
Dans cette perspective, il faudra notamment déterminer si et dans quelle mesure le programme d'études implique une participation régulière aux cours, séminaires ou laboratoires, auxquels pourront s'ajouter, le cas échéant, un temps de préparation à domicile (arrêt PS 1995/0410 du 17 décembre 1996 et les références citées).
b) En cas de demande d'indemnités au 4 juillet 2003, le délai-cadre de cotisation s'étendrait du 4 juillet 2001 au 3 juillet 2003. Durant ce laps de temps, Mme X._ a suivi les cours de la première année jusqu'au 13 juillet 2001, puis a effectué un premier stage de quatre mois (mars à juin 2002) et un second stage de presque 5 mois (19 novembre 2002 au 11 avril 2003). En ne tenant compte que de ces éléments, elle parvient à un peu plus de neuf mois de formation. La recourante argue toutefois qu'il faut aussi retenir la période pendant laquelle elle a rédigé son mémoire, ainsi que celle du 14 juillet au 19 octobre 2001, date qui marque la fin du semestre d'été.
aa) Contrairement à ce que prétend la recourante, la fin du semestre d'été 2001 ne peut raisonnablement pas être considérée comme une période pendant laquelle elle était dans
l'impossibilité d'exercer une activité salariée. En effet, elle a achevé avec succès ses examens de première année au 13 juillet. Quand bien même le semestre se terminait au 19 octobre, elle n'a pas eu besoin de refaire ses examens et n'a plus suivi de cours, ni de séminaire, puisqu'il s'agissait des vacances universitaires. L'attestation de l'Université de Genève que la recourante a produite mentionne expressément le 13 juillet comme fin de la première année. Durant cette période, son seul souci lié à sa formation postgrade était alors de trouver un stage, ce qui ne l'empêchait pas de travailler. Elle a d'ailleurs admis avoir pris des vacances avant d'effectuer de telles recherches. Il en va de même de la prolongation que la recourante a obtenue jusqu'à son premier stage. Celle-ci a indiqué avoir suivi des cours et des séminaires en relation avec sa formation dans l'intervalle. Elle n'en apporte toutefois aucune preuve. Et même si l'on admettait sa version – encore que cela soit discutable dans la mesure où ils ne font pas partie du programme –, elle ne démontre pas que ces cours étaient si intenses qu'ils l'empêchaient de travailler à côté.
bb) Reste à examiner le temps que Mme X._ prétend avoir consacré à la rédaction de son mémoire. Le règlement d'études du MBL prévoit que la deuxième année comporte un stage en entreprise d'une durée totale de neuf à douze mois et la rédaction d'un mémoire (art. 6 al. 1). Il précise que l'étudiant rédige un mémoire d'une quarantaine de pages dont le sujet, si possible en rapport avec l'activité exercée pendant le stage, est approuvé par un enseignant du programme (art. 6 al. 5). Dès lors que le mémoire est censé être rédigé pendant le stage, c'est-à-dire en parallèle pour les étudiants qui l'effectueraient sur une année, et qu'il ne se compose que d'une quarantaine de pages, il n'est pas vraisemblable que la recourante ait dû y consacrer plus de trois mois. Elle ne peut en effet avoir passé l'entier de son temps à cette tâche, alors que les autres étudiants le font tout en étant en stage. Force est d'admettre qu'il ne lui était pas impossible de travailler, même à temps partiel, durant les quatre mois qui séparaient ses deux stages. D'ailleurs, dans la copie d'un courrier électronique du 15 août 2002 produite par la recourante, il apparaît que cette dernière a obtenu une prolongation du délai pour déposer son mémoire, accompagnée du vœu que le plan et la bibliographie soient soumis au professeur concerné en début septembre. Si cette correspondance montre effectivement que le mémoire de la recourante a été réalisé entre ses deux stages, elle laisse aussi entendre que la recourante ne s'y était pas tellement consacré jusqu'à mi-août.
c) Vu ce qui précède, seules peuvent être prises en compte la fin de la première année et les périodes de stages de la recourante, qui sont insuffisantes pour atteindre les douze mois qui lui permettraient d'être libérée des conditions relatives à la période de cotisation. Le recours étant ainsi mal fondé, la décision attaquée doit être confirmée.