Decision ID: 6e761804-f53b-57d4-8cb9-74d27ee9e10b
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
X_ BANK IN ADMINISTRATION (ci-après : X_ BANK) est une banque ayant son siège au V_. Elle a été mise sous administration judiciaire en août 2009 et cette mesure a été reconnue en Suisse par décision de la FINMA, du xx août 2014, publiée dans la FOSC.![endif]>![if>
b.
S_ SA, inscrite au Registre du commerce de Genève, a été mise en faillite par jugement prononcé par le Tribunal de première instance le 21 janvier 2013.
X_ BANK n’a pas produit dans cette faillite, laquelle est administrée par l’Office des faillites (ci-après : l’Office).
c.
S_ LIMITED est une société ayant son siège aux Iles Caïmans. Elle a également été mise en liquidation judiciaire en 2009.
Sa faillite ancillaire à Genève a été prononcée par le Tribunal de première instance le 25 novembre 2010, par l’exequatur du jugement prononçant sa faillite principale dans les Iles Caïmans.
d.
Les trois sociétés précitées font partie du même groupe économique S_, X_ BANK et S_ SA ayant en outre le même actionnaire principal.
e.
Ces deux dernières sociétés ont conclu, en juin 2005, un contrat-cadre intitulé "Services agreement" et portant sur les services rémunérés à rendre par S_ SA à X_ BANK en matière de transactions financières, portant notamment sur des actions et des participations à des sociétés tierces.
Ce contrat prévoyait expressément que l’ensemble de la documentation relative aux acquisitions d'actifs financiers effectuées par S_ SA pour le compte de X_ BANK restait en mains de S_ SA et à la disposition de X_ BANK à première demande, cela pour une durée de 10 ans.
f.
Dans le cadre de l'exécution de ce contrat, S_ SA a aussi procédé à des acquisitions conjointes d'actifs financiers, à la fois pour le compte de X_ BANK et de S_ LIMITED, mais au seul nom de S_ LIMITED, qui a conservé ensuite la détention à titre fiduciaire de certains de ces actifs ainsi acquis pour le compte de X_ BANK.
X_ BANK a identifié plusieurs desdits actifs financiers, qui sont toujours détenus à l’étranger par S_ LIMITED, laquelle refuse de reconnaître les droits de X_ BANK, selon cette dernière, et, partant, de lui transmettre la possession de ces actifs.
g.
L’ensemble de ce qui précède est établi par les pièces du dossier produites par X_ BANK, soit en particulier :
- le contrat de services précité, ![endif]>![if>
- un organigramme des sociétés du groupe S_, ![endif]>![if>
- la copie de la publication dans la FOSC de la reconnaissance en Suisse de la faillite étrangère de X_ BANK, ![endif]>![if>
- des "
deeds of trust
" établissant la possession fiduciaire par S_ LIMITED d’actifs appartenant à X_ BANK, complétés par une liste à l’en-tête de X_ BANK, établie en juin 2009 et mentionnant cette possession fiduciaire de S_ LIMITED sur certains actifs de la précitée, ![endif]>![if>
- la déclaration faite sous serment à titre de témoin, le 10 août 2015, par Me E_, avocat anglais participant à l’administration judiciaire de X_ BANK, énumérant les actifs financiers détenus par S_ LIMITED à titre fiduciaire pour le compte de X_ BANK à la date de son entrée en liquidation et confirmant que S_ SA avait aussi procédé à des acquisitions pour le compte de S_ LIMITED, souvent conjointement pour le compte de X_ BANK SA. Ce témoin a aussi confirmé que ces acquisitions se faisaient intégralement sous le nom de S_ LIMITED seule, laquelle conservait ensuite à titre fiduciaire, la part de ces investissements appartenant à X_ BANK, ![endif]>![if>
- un tableau énumérant une vingtaine de ces actifs financiers détenus à titre fiduciaire par S_ LIMITED et réclamés par X_ BANK, leur propriétaire, à cette dernière (pièce 21 plainte),![endif]>![if>
- une facture d'honoraires d'US$ 2'000'000, adressée le 27 avril 2007 en télécopie par S_ SA à l'actionnaire de X_ BANK. Selon la communication de couverture de cette télécopie, il s'agissait de rémunérer les services que S_ LIMITED avait rendus en 2006 à X_ BANK, quand bien même la facture elle-même était émise par S_ SA elle-même. L'actionnaire de la banque a d'ailleurs donné son accord manuscrit, sur cette même communication, au paiement à S_ LIMITED, expressément mentionnée, des honoraires facturés.![endif]>![if>
B.
a.
Par courrier adressé à l’Office le 6 mai 2015, X_ BANK a demandé à l’Office l’autorisation de consulter le dossier de la masse en faillite de S_ SA.![endif]>![if>
Elle a expliqué avoir besoin d’informations pour légitimer ses droits sur des actifs détenus à titre fiduciaire pour son compte par S_ SA (S_ LIMITED) à l’étranger, les deux sociétés ayant procédé par le passé à de nombreuses opérations, appartenant de surcroît au même groupe et ayant le même actionnaire principal.
Par réponse du 13 mai 2015, reçue le 18 mai 2015 par le conseil de X_ BANK, l’Office a refusé d'accéder à cette requête au motif que l'actionnariat commun précité n’était pas suffisant pour autoriser à la société précitée l'accès aux dossiers de S_ SA, cela d’autant plus que X_ BANK n’avait pas produit de créance dans la faillite de cette dernière ni n’avait établi qu’elle serait la créancière d’un trust géré par la faillie.
b.
Par plainte déposée le
28 mai 2015 au greffe de la Chambre de surveillance des offices des poursuites et des faillites (ci-après : la Chambre de surveillance), X_ BANK a conclu à ce qu’elle soit, préalablement, admise à compléter sa plainte.
Principalement, elle a conclu à ce que ladite plainte soit admise et qu'il soit ordonné à l’Office d’autoriser X_ BANK à consulter le dossier de la masse en faillite de S_ SA et enfin, à ce qu’il lui soit donné acte de ce qu’elle se réservait le droit de solliciter ultérieurement la consultation de documents spécifiques détenus par cette masse.
X_ BANK a, en substance, fait valoir à l’appui de ses conclusions que, pour pouvoir récupérer des actifs détenus à titre fiduciaire pour son compte à l’étranger par S_ LIMITED, qui s’y refusait, elle avait besoin d’avoir accès aux documents détenus par S_ SA, qui avait organisé l’acquisition par S_ LIMITED de ces actifs pour le compte de X_ BANK.
Par complément de plainte du 25 juin 2015, X_ BANK a encore souligné qu’elle-même et S_ SA avait été lié par un contrat de services, qui lui donnait expressément le droit de consulter la documentation la concernant en possession de cette société et même d’en prendre copie, de sorte que le droit de consultation sollicité par le biais de la présente plainte n’était que le prolongement de ses droits contractuels envers S_ SA, quand bien même la faillite de cette dernière avait été prononcée.
c.
Dans ses observations du 17 juillet 2015, l'Office a conclu au rejet de cette plainte.
Il a fait valoir que le contrat ayant lié X_ BANK à S_ SA avait été liquidé, puisque la première n'avait pas produit dans la faillite de la seconde, de sorte que ce contrat ne suffisait pas, à lui seul, à rendre vraisemblable l’intérêt de la première à consulter sans limite l’intégralité des dossiers de la seconde, cette absence de limites n’étant pas admise dans le cadre de l’art. 8a LP.
À cet égard, l'Office a soutenu que la plaignante n’indiquait pas quels étaient les actifs dont elle serait la propriétaire et qui seraient détenus à titre fiduciaire par S_ LIMITED, comme elle n’identifiait pas non plus les parties du dossier de la faillite auquel elle aurait un intérêt à accéder.
Enfin, sa future revendication de propriété alléguée ne porterait pas sur des actifs inventoriés dans la masse en faillite de S_ LIMITED à Genève.
d.
Par réplique du 23 juillet 2015, X_ BANK a notamment souligné que la faillite à Genève de S_ LIMITED n’était qu’ancillaire, sa faillite principale ayant été prononcée aux Iles Caïmans, et les actifs dont X_ BANK était susceptible de demander la restitution se trouvaient précisément dans la masse en faillite principale de S_ LIMITED à l’étranger. Elle a en outre précisé, dans le tableau annexé à son complément de plainte du 25 juin 2015 (pce 21), quels étaient ces actifs.
Elle a répété avoir besoin des documents et justificatifs conservés dans les dossiers de la masse en faillite de S_ SA, qui avait géré les acquisitions de ces actifs par S_ LIMITED, pour pouvoir être en mesure d'établir ses droits de propriété sur lesdits actifs.
X_ BANK a en outre produit le 10 août 2015, avec l’accord de la présente Chambre de surveillance, un bordereau de pièces complémentaires.
e.
Par duplique du 24 août 2015, l’Office a déclaré avoir pris note des précisions de X_ BANK au sujet des actifs détenus par S_ LIMITED au sujet desquels elle pensait découvrir des informations dans les dossiers de la masse en faillite de S_ SA.
Il a toutefois relevé que certaines des participations listées dans le tableau précité (pce 21) ne faisaient pas l’objet d’un des "
deeds of trust
" produits par X_ BANK le 10 août 2015. Il en découlait que les actifs sur lesquels X_ BANK souhaitait faire porter ses recherches dans les dossiers de S_ SA n’étaient pas clairement identifiés.
Enfin, l’Office a souligné que la plaignante n'avait produit aucun contrat susceptible d'avoir lié S_ SA à S_ LIMITED.
Il a toutefois produit à l’appui de cette duplique, l’inventaire établi dans la faillite ancillaire de S_ LIMITED à Genève et dans lequel l'Office a lui-même admis, sous ch. Cxx (page 6), une prétention de cette faillite ancillaire de S_ LIMITED à l’encontre de S_ SA, fondée notamment sur la violation d’un contrat de service en relation avec des montants encaissés par S_ SA en 2009.
C.
L'argumentation des parties présentée devant la Chambre de surveillance sera pour le surplus reprise ci-après plus avant, dans la mesure utile le cas échéant.

EN DROIT
1.
1.1
La Chambre de surveillance est compétente pour statuer sur les plaintes formées en application de la LP (art. 13 LP; art. 126 al. 2 let. c LOJ; art. 6 al. 1 et 3 et 7 al. 1 LaLP) contre des mesures non attaquables par la voie judiciaire (art. 17 al. 1 LP).![endif]>![if>
Le refus d'autorisation de consulter les procès-verbaux et les registres de l'Office peut faire l'objet d'une plainte à l'autorité de surveillance au sens de l'art. 17 LP (Muster, La demande de renseignements selon l'art. 8a LP, in Séminaire de formation de la Conférence des préposés aux poursuites et faillites de Suisse du 14 mai 2013, p. 21 et les réf. citées).
La plainte doit être déposée dans les dix jours suivant celui où le plaignant a eu connaissance de la décision attaquée (art. 17 al. 2 LP).
1.2
En l'espèce, la décision de refus de lui laisser consulter le dossier de la faillite considérée, fondée sur l'art. 8a LP, a été signifiée au conseil de la plaignante le 18 mai 2015.
La présente plainte contre cette décision, déposée le 28 mai 2015, l'a été en temps utile.
Respectant pour le surplus les exigences de forme prescrites par la loi (art. 9 al. 1 LaLP), cette plainte est dès lors recevable.
2.
2.1
Selon l'art. 8a al. 1 LP, toute personne peut consulter les procès-verbaux et les registres des offices des poursuites et des offices des faillites et s'en faire délivrer des extraits à condition qu'elle rende son intérêt vraisemblable.![endif]>![if>
La question du droit à la consultation et son étendue doit être tranchée de cas en cas en se fondant sur la justification de l'intérêt à la consultation (ATF
135 III 503
consid. 3). D'une manière générale, le droit aux renseignements présuppose que le requérant a rendu vraisemblable qu'il a un intérêt digne de protection, suffisant, particulier et actuel à cette consultation. La notion de vraisemblance de cet intérêt laisse une large place à l'appréciation, qui doit cependant se fonder sur des indices pertinents. En d'autres termes, la consultation doit être autorisée lorsque de sérieux indices rendent vraisemblable l'intérêt du requérant. Cet intérêt n'est pas nécessairement de nature financière, un intérêt juridique étant suffisant (Dallèves in CR-LP, 2995, n. 3, 5 et 6 ad. art. 8a LP et jurisprudences citées; Peter, Edition annotée de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, 2010, ad art. 8a LP, p. 16, litt. B; Peter, BSK 2
ème
éd. 2010 n. 9 ad. art. 8 LaLP).
La loi n'exige pas impérativement que le requérant soit un créancier de la faillite considérée. Ainsi, en particulier, celui qui est ou a été en rapport d'affaires avec le failli, ou qui est en procès avec lui, a un intérêt digne de protection à consulter le dossier (ATF
93 III 4
, JdT
1967 II 38
et 40; ATF
105 III 38
, JdT
1981 II 6
, c. 1
p. 7;
DAS/167/2000
).
En définitive, le Tribunal fédéral a jugé que l'on ne peut refuser au requérant le droit de prendre connaissance de certaines pièces déterminées que s'il n'a aucun intérêt à les consulter et qu'il entend abuser de son droit (ATF
93 III 4
, JdT
1967 II 40
-41), si la demande est tracassière ou si elle se heurte à un impérieux devoir de discrétion, à savoir la préservation d'un secret d'affaires d'une partie ou d'un tiers (ATF
91 III 94
, JdT
1966 II 9
c. 1; SJ
2001 I 373
, consid. 2a et les arrêts cités).
Le droit de consultation ne se limite pas aux procès-verbaux des opérations effectuées par les offices, aux procès-verbaux des réquisitions et déclarations qu'ils reçoivent, ainsi qu'aux registres qu'ils tiennent. La jurisprudence l'a en effet étendu aux autres pièces que détient l'Office, à savoir les états de collocation, les états des charges, les tableaux de distribution, les procès-verbaux des assemblées des créanciers, les livres comptables, les pièces justificatives, les quittances, les procès-verbaux des organes d'une société déclarée en faillite, etc. (Gilliéron, Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, 1999, n. 6 et 10 ad art. 8a LP; Dallèves op. cit., n. 8 ad. art. 8a LP; cf. aussi not. ATF
91 III 94
, JdT
1966 II 9
c. 1;
93 III 4
, JdT
1967 II 37
).
Toutefois, si la loi ne fixe pas de limite à l'étendue de la consultation, une limitation relative au regard des intérêts concrets du requérant paraît justifiée (Dallèves op. cit., n. 9 ad. art. 8a LP).
2.2.1
En l'espèce, il est établi que la plaignante a été en rapports d'affaires avec la faillie durant de nombreuses années, dans le cadre d'un contrat de services sur la base duquel ladite faillie a procédé à de nombreuses acquisitions d'actifs financiers pour le compte de la plaignante. Il est en outre rendu vraisemblable, à teneur du dossier, que la faillie a, par ailleurs, procédé, et cela conjointement pour le compte d'une société sœur tierce et pour le compte de la plaignante, à des acquisitions similaires, également sur la base d'un autre contrat de service liant ladite faillie à cette société tierce soeur. Enfin, il est aussi très vraisemblable, toujours à teneur des pièces produites, que cette société sœur est apparue, lors de ces acquisitions conjointes, comme la seule acquéreuse des actifs concernés, pour ensuite détenir hors de Suisse, à titre fiduciaire seulement pour le compte de la plaignante, la part de ces actifs appartenant à la plaignante.
Ainsi, en raison de ses anciens rapports d'affaires, non contestés, avec la faillie et dans la mesure où les droits de la plaignante sur lesdits actifs paraissent contestés par cette société sœur tierce, ladite plaignante rend vraisemblable son droit ainsi que son intérêt digne de protection, suffisant, particulier et actuel à la consultation demandée. En effet, la consultation des dossiers de la faillie est susceptible de lui permettre de récupérer les pièces nécessaires à établir ses droits de propriété sur les actifs que cette faillie avait acquis conjointement pour son compte, en exécution du contrat de service les liant, et pour le compte de cette société sœur tierce sur la base d'un autre contrat de service.
Il doit dès lors être fait droit à la plainte sur le principe du droit de la plaignante à la consultation des dossiers de la faillie.
2.2.2
Reste à déterminer l'étendue concrète de ce droit de consultation.
La plaignante recherche des informations et des justificatifs relatifs aux actifs financiers acquis pour son compte par l'intermédiaire de la faillie et restés en possession fiduciaire d'une société tierce sœur.
A cet égard, la plaignante a versé au dossier un tableau (pièce 21) récapitulant clairement quels étaient les actifs faisaient l'objet de ses recherches, cela quand bien même elle n'a pas produit l'intégralité des "
deeds of trust
" les concernant.
Il en découle que la plaignante dispose d'un intérêt concret à consulter l'intégralité de la documentation relative aux actifs détaillés dans le tableau précité, qui pourrait se trouver dans l'ensemble des dossiers de la faillie, mais que cet intérêt concret ne va pas au-delà de ce qui précède.
3.
La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP et art. 61 al. 2 let. a OELP) et il ne peut être alloué aucun dépens dans cette procédure (62 al. 2 OELP). ![endif]>![if>
Conformément à ces dispositions, la présente décision est rendue sans frais ni dépens.
* * * * *