Decision ID: a6b47e1b-82e7-5de3-8946-458099bed5e9
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte déposé au greffe de la Chambre de céans le 27 juin 2018, B_ et A_ recourent
contre l'ordonnance
du 22 juin 2018, notifiée par pli simple, par laquelle le Ministère public a prononcé contre le premier, avocat du second, l'interdiction de postuler dans la présente procédure.
Les recourants concluent, avec suite de frais et équitable indemnité de procédure, à l'annulation de l'ordonnance précitée.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Par suite d'une dénonciation du médecin cantonal, C_, ressortissant _ et _ titulaire d'un diplôme de médecin obtenu en _, est prévenu notamment d'escroquerie (art. 146 CP), subsidiairement obtention illicite de prestations d'une assurance sociale ou de l'aide sociale (art. 148a CP), et d'infractions à la Loi fédérale sur les professions médicales (LPMed), la Loi fédérale sur l'assurance maladie (LAMal), la Loi fédérale sur les produits thérapeutiques (LPTh) et la Loi fédérale sur les stupéfiants (LStup). Il lui est reproché d'avoir pratiqué, sans droit, depuis le _ 2011, en qualité de médecin, au sein du cabinet médical genevois exploité par la société D_, alors qu'il ne possédait pas de diplôme ni d'autorisation lui permettant de pratiquer la médecine en Suisse, et d'avoir facturé ses prestations aux assurances-maladies.
b.
A_, de nationalité française et médecin dûment autorisé à exercer en Suisse, était l'administrateur délégué de
D_.
c.
L'enquête ayant démontré que C_ utilisait les codes créanciers de A_ et d'un autre médecin, E_, ces derniers ont été soupçonnés d'escroquerie (art. 146 CP), subsidiairement obtention illicite de prestations d'une assurance sociale (art. 148a CP), infraction à l'art. 92 LAMal et art. 136 de la Loi genevoise sur la santé.
d.
Par ordonnance du 27 mars 2018, le Ministère public, constatant que E_, qui venait d'être interpellé, relevait du régime de la défense obligatoire et n'avait pas désigné d'avocat, a ordonné une défense d'office en sa faveur et nommé M
e
F_. Lors de l'audience devant le Ministère public, le 4 avril 2018, l'avocat précité était excusé par son associé, M
e
G_.
e.
A_ a quant à lui été interpellé et entendu par la police le 16 juin 2018. Il a souhaité que M
e
B_ l'assiste durant l'audition en qualité d'avocat de choix, mais, les inspecteurs l'ayant informé que le précité n'avait pu être contacté ou ne pouvait être présent, il a demandé qu'il soit fait appel à un avocat de permanence. Il a ainsi été assisté par M
e
H_.
f.
Par ordonnance du 17 juin 2018, le Ministère public, constatant que A_ relevait du régime de la défense obligatoire et "
n'avait pas désigné de défenseur privé
", a ordonné la défense d'office en sa faveur et nommé, à cette fin, M
e
H_.
g.
Par lettre du 20 juin 2018, B_ l'ayant informé être constitué pour A_, le Procureur a, par ordonnance du 21 juin 2018, révoqué la défense d'office et relevé M
e
H_ de sa mission.
h.
Les prévenus ont été convoqués, par le Ministère public, à une audience de confrontation le 22 juin 2018.
Au début de celle-ci, M
e
F_ a relevé l'existence d'un conflit d'intérêts, dans la mesure où B_ était son ancien associé. M
e
F_ a exposé avoir quitté l'étude de B_ le 28 février 2018. Son associé, M
e
G_, l'avait quant à lui quittée le 30 avril 2018. Il a fait valoir que le serveur informatique de l'étude de B_ contenait encore des documents concernant la présente procédure pénale.
B_ a acquiescé sur le principe d'un "
conflit d'intérêts potentiel
", tout en relevant que les documents sur le serveur avaient été séparés depuis le départ de ses anciens associés, le 28 février 2018, étant précisé que la présence de M
e
G_ avait été tolérée, par amitié, plus longtemps au sein de l'étude. B_ a précisé qu'il défendait la famille de A_ depuis douze ans de sorte que M
e
F_ n'aurait pas dû accepter le mandat.
L'audience a été reportée au 27 juin 2018. Entretemps, soit le 25 juin 2018, une audition a été déléguée par le Ministère public à la police.
C.
a.
Dans l'ordonnance querellée, le Ministère public a retenu que le respect du principe de célérité commandait que la direction de la procédure prenne rapidement, en vertu de l'art. 62 al. 1 CPP, des dispositions pour assurer le bon déroulement et la légalité de la procédure, de sorte qu'une décision pouvait être prise sans requérir les observations des parties. En l'espèce, l'existence d'un conflit d'intérêts était reconnue par les deux avocats concernés. M
e
F_ et M
e
G_, qui avait excusé le premier dans le cadre de la présente procédure, avaient assuré la défense de E_ alors que le second partageait encore les locaux de l'étude de B_. Compte tenu que l'audition contradictoire des prévenus devait avoir lieu incessamment, l'existence d'un conflit d'intérêts devait être admise, de sorte que l'interdiction de postuler était prononcée contre B_.
b.
Par ordonnance du même jour – qui n'a pas fait l'objet d'un recours – le Ministère public a ordonné à nouveau la défense d'office en faveur de A_ et nommé à cet effet M
e
H_.
D. a.
Dans leurs écritures de recours, A_ et B_ expliquent que le second intervient régulièrement, depuis 2008, en faveur du premier et sa famille, dans plusieurs affaires. Le 16 juin 2018, B_ avait été mandaté dans l'urgence pour A_, qui venait d'être arrêté. N'ayant toutefois pu être atteint à temps, il n'avait pas pu assister son client ni devant la police, ni devant le Procureur. Un avocat de la première heure avait alors été assigné. Immédiatement après ces premières audiences, A_, entretemps libéré, avait été reçu par B_ pour préparer l'audience contradictoire du 22 juin 2018, lors de laquelle la question du conflit d'intérêts avait été soulevée par M
e
F_.
À cet égard, les recourants relèvent que lors du départ de M
e
F_ de l'étude de B_, le 28 février 2018, ses accès au serveur informatique de l'étude avaient été coupés. L'autre associé, M
e
G_, avait, en revanche, eu accès audit serveur jusqu'au 30 avril 2018. Toutefois, le dossier de E_ n'avait jamais été enregistré sur le serveur par M
e
G_, ce que confirmait l'informaticien de l'étude, I_, et B_ n'y avait, donc, pas eu accès. Selon les recourants, aucun risque n'avait donc jamais existé qu'ils puissent matériellement prendre connaissance de quelque information que ce soit sur E_. En annexe au recours figure un courriel de I_, lequel confirme qu'après une recherche sur les sauvegardes du serveur, aucun dossier avec un nom se rapprochant de E_ n'avait jamais été créé sur le serveur, ce qu'il pourrait attester, en cas de besoin, en sa qualité d'informaticien ayant mis en place et maintenu le réseau informatique de l'étude depuis sa création.
Selon les recourants, un conflit d'intérêts potentiel existait néanmoins, mais en défaveur de A_ et son fils, car des renseignements concernant des procédures à caractère civil et pénal étaient détenus à l'étude sous format papier et informatique depuis 2008. Les données enregistrées sur le serveur de l'étude étaient à la disposition de tous les associés, par le biais de la synchronisation en temps réel sur chaque ordinateur personnel. M
e
F_ et M
e
G_ détenaient, par conséquent, sur leur ordinateur respectif, des documents confidentiels concernant la famille [de] A_ et des fichiers relatifs aux affaires les plus récentes. D'ailleurs, si les avocats précités avaient procédé au contrôle d'usage, sur la liste des clients, ils auraient constaté que A_ y figurait. Dès lors, si une situation de conflit d'intérêts devait être admise, c'était en défaveur de A_ et elle aurait dû empêcher M
e
F_ d'accepter sa nomination d'office, mais pas à B_ de poursuivre son mandat.
Partant, la décision querellée violait le droit. De plus, leur droit d'être entendus avait été violé, l'ordonnance querellée ayant été rendue sans qu'ils ne puissent s'exprimer préalablement.
b.
Le Ministère public conclut au rejet du recours. L'interdiction de postuler prononcée contre B_ et la nomination d'office parallèle de M
e
H_
avaient permis d'écarter rapidement le conflit d'intérêts, tout en permettant la tenue de l'audition du 25 juin 2018 à la police, ainsi que la confrontation entre A_ et C_, le 27 suivant. La situation de conflit d'intérêts subsistait à ce jour, tant pour B_ que pour M
e
F_, dans la mesure où ils avaient "
partagé les locaux et l'infrastructure commune pendant que M
e
F_ et M
e
G_ représentaient les intérêts de E_ et que M
e
B_ a par le passé représenté les intérêts de A_.
" Cette situation ne permettait pas à B_ d'assurer la défense de A_ dans la présente procédure.
c.
B_ et A_ n'ont pas répliqué.
E.
Le 29 juin 2018, le Ministère public a révoqué M
e
F_ en sa qualité de défenseur d'office de E_ et l'a relevé de sa mission.
Par lettre du 6 juillet 2018, E_ a informé Me F_, par l'intermédiaire de son nouveau conseil, qu'il ne souhaitait plus qu'il le représentât, compte tenu des différents problèmes rencontrés, en particulier en rapport avec l'ordonnance de révocation.
Le recours formé par M
e
F_ contre l'ordonnance du 29 juin 2018 a été déclaré irrecevable, par arrêt
ACPR/486/2018
du 30 août 2018 de la Chambre de céans, faute d'intérêt actuel et juridiquement protégé de l'avocat à recourir, puisqu'il n'avait pas l'intention – si son recours était admis – de reprendre le mandat litigieux, E_ ne souhaitant plus être représenté par lui.

EN DROIT
:
1.
Le recours formé contre l'ordonnance querellée a été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), faute de notification conforme à l'art. 85 al. 2 CPP.![endif]>![if>
Il concerne une ordonnance sujette à recours (art. 393 al. 1 let. a CPP), sur une question relevant de la compétence du Ministère public, en sa qualité d'autorité en charge de la procédure (art. 62 al. 1 CPP;
ACPR/586/2015
et les références citées, en particulier les ATF
141 IV 257
consid. 2.2 p. 261 et
138 II 162
consid. 2.5.1 p. 167).
Tant le prévenu (art. 104 al. 1 let. a CPP) que l'avocat visé par l'ordonnance querellée ont la qualité pour recourir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP), le Tribunal fédéral ayant précisé à cet égard que les dispositions en cause, en particulier l'art. 12 de la Loi fédérale sur la libre circulation des avocats (ci-après LLCA -
RS 935.61
) visaient à assurer l'exercice correct de la profession d'avocat, le mandataire étant, à ce titre, directement concerné par l'objet de la contestation (ATF
138 II 162
consid. 2.2 p. 165;
135 II 145
consid. 6.2 p. 152; arrêts du Tribunal fédéral
4D_58/2014
du 17 octobre 2014 consid. 1.3 et
1B_358/2014
du 12 décembre 2014 consid. 2).
Le recours est donc recevable.
2.
Les recourants se plaignent d'une violation de leur droit d'être entendus.
2.1.
Le droit d'être entendu, tel qu'il est garanti par l'art. 29 al. 2 Cst., comprend notamment pour le justiciable le droit de s'exprimer sur les éléments pertinents avant qu'une décision ne soit prise touchant sa situation juridique, d'obtenir l'administration des preuves pertinentes et valablement offertes, de participer à l'administration des preuves essentielles et de se déterminer sur son résultat lorsque cela est de nature à influer sur la décision à rendre (ATF
142 II 218
consid. 2.3 p. 222 s. ;
140 I 285
consid. 6.3.1 p. 299).
Sa violation peut cependant être réparée lorsque la partie lésée a la possibilité de s'exprimer devant une autorité de recours jouissant d'un plein pouvoir d'examen. Toutefois, une telle réparation doit rester l'exception et n'est admissible, en principe, que dans l'hypothèse d'une atteinte qui n'est pas particulièrement grave aux droits procéduraux de la partie lésée ; cela étant, une réparation de la violation du droit d'être entendu peut également se justifier, même en présence d'un vice grave, lorsque le renvoi constituerait une vaine formalité et aboutirait à un allongement inutile de la procédure, ce qui serait incompatible avec l'intérêt de la partie concernée à ce que sa cause soit tranchée dans un délai raisonnable (ATF
142 II 218
consid. 2.8.1 p. 226 s. et les références).
2.2.
En l'espèce, les recourants ont appris, lors de l'audience du 22 juin 2018, l'existence du conflit d'intérêts litigieux. Ils ont eu l'occasion de s'exprimer sur-le-champ sur cette problématique. En outre, ils ont pu faire valoir en détail leur position dans leur recours devant la Chambre de céans, qui dispose d'un plein pouvoir d'examen, en fait et en droit (art. 389 et 391 CPP).
Il s'ensuit que l'éventuelle atteinte aux droits procéduraux des recourants, si tant est qu'elle fût réalisée, n'aurait pas été particulièrement grave et aurait été réparée dans la procédure de recours. Le grief est dès lors infondé.
3.
Les recourants contestent l'existence d'un conflit d'intérêts justifiant une interdiction de postuler.![endif]>![if>
3.1.
La défense des prévenus étant réservée aux avocats (art. 127 al. 5 CPP), les règles à respecter en l'espèce sont celles qui ressortent de LLCA. Il s'agit en particulier du principe énoncé à l'art. 12 let. c LLCA, qui commande à l'avocat d'éviter tout conflit entre les intérêts de son client et ceux des personnes avec lesquelles il est en relation sur le plan professionnel ou privé. Cette règle est en lien avec la clause générale de l'art. 12 let. a LLCA, selon laquelle l'avocat exerce sa profession avec soin et diligence, de même qu'avec l'obligation d'indépendance rappelée à l'art. 12 let. b LLCA (ATF
134 II 108
consid. 3 p. 109 s.).
Les règles susmentionnées visent avant tout à protéger les intérêts des clients de l'avocat, en leur garantissant une défense exempte de conflit d'intérêts (arrêt du Tribunal fédéral
1B_420/2011
du 21 novembre 2011 consid. 1.2.2). Elles tendent également à garantir la bonne marche du procès, notamment en s'assurant qu'aucun avocat ne soit restreint dans sa capacité de défendre l'un de ses clients – notamment en cas de défense multiple –, respectivement en évitant qu'un mandataire puisse utiliser les connaissances d'une partie adverse acquises lors d'un mandat antérieur au détriment de celle-ci (arrêt du Tribunal fédéral
1B_376/2013
du 18 novembre 2013 consid. 3).
L'exigence du caractère concret du conflit d'intérêts implique l'examen du risque dans le cas d'espèce, par opposition à un raisonnement dans l'abstrait reposant sur des critères purement théoriques. Le simple fait que le nom d'une partie figure dans un dossier ne suffit pas à retenir un conflit d'intérêts. Il doit être démontré concrètement en quoi la situation aboutit à un tel conflit (ATF
135 II 145
consid. 9.1 et 9.2).
En présence d'éléments concrets qui révèlent un risque de conflit d'intérêts, il importe peu que ce risque se soit finalement matérialisé ou non. Comme le souligne expressément la jurisprudence, le fait qu'il y ait potentiellement un risque de conflit d'intérêts en raison des circonstances de l'espèce suffit (arrêts du Tribunal fédéral
2C_688/2009
du 25 mars 2010 consid. 3.1, in SJ 2010 I p. 433 ;
2C_427/2009
du 25 mars 2010 consid. 2.2 et 3.2; cf. aussi ATF
134 II 108
consid. 4 p. 111 ss).
3.2.
Celui qui, en violation des obligations énoncées à l'art. 12 LLCA, accepte ou poursuit la défense d'intérêts contradictoires doit se voir dénier par l'autorité la capacité de postuler (ATF
138 II 162
p. 167). L'autorité en charge de la procédure statue d'office et en tout temps sur la capacité de postuler d'un mandataire professionnel (ATF
141 IV 257
consid. 2.2 p. 261 ; arrêt du Tribunal fédéral
1B_149/2013
du 5 septembre 2013 consid. 2.4.2 in fine).
3.3.
En l'espèce, A_ et E_ sont tous deux prévenus dans la même procédure.
L'avocat recourant s'est constitué le 20 juin 2018 pour la défense des intérêts de A_. À cette date, il n'était plus, depuis le 28 février 2018, l'associé de M
e
F_, qui a été nommé d'office le 27 mars 2018 pour assurer la défense de E_. Quant à M
e
G_, qui a excusé M
e
F_ à l'audience du 4 avril 2018, il avait également quitté les locaux de l'étude depuis le 30 avril 2018.
On ne voit dès lors pas, compte tenu de cette chronologie, quel conflit d'intérêts il pouvait encore concrètement exister le 20 juin 2018, lorsque l'avocat recourant s'est constitué en faveur de A_.
En soulevant la problématique, le 22 juin 2018, M
e
F_ a soutenu que le serveur informatique de l'étude contenait encore des documents relatifs à la présente procédure pénale, ce que le Ministère public n'a toutefois pas repris dans l'ordonnance querellée. Au demeurant, les recourants ont à tout le moins rendu vraisemblable, par l'attestation de l'informaticien, qu'aucun dossier avec un nom se rapprochant de E_ n'avait jamais été créé sur le serveur, ce qui paraît plausible puisqu'à la date de la nomination d'office de M
e
F_, le 27 mars 2018, ce dernier avait quitté l'étude du recourant depuis un mois.
Le Ministère public a donc fondé sa décision – et a maintenu ce motif dans ses observations sur le recours – sur le fait que les deux avocats avaient partagé les locaux et l'infrastructure commune "
pendant que
" M
e
F_ et M
e
G_ représentaient les intérêts de E_ et que B_ avait par le passé représenté les intérêts de A_.
Or, la première affirmation ne correspond pas à la chronologie du dossier, puisque M
e
F_ et B_ ont été, respectivement, nommé d'office et constitué
après
la fin de leur association et
après
le départ de M
e
F_ des locaux de l'étude. Que M
e
G_ ait encore occupé ces locaux quelques semaines, jusqu'au 30 avril 2018, ne joue aucun rôle dès lors que B_ ne s'est constitué dans la présente cause que le 20 juin 2018. Les deux avocats n'ont donc pas partagé les locaux et les infrastructures alors qu'ils défendaient les intérêts de leurs clients respectifs dans la présente procédure.
S'agissant de la deuxième affirmation, B_ affirme, certes – sans au demeurant le prouver –, qu'il représente A_ et sa famille depuis une douzaine d'années. On ne voit toutefois pas en quoi l'existence de cet éventuel mandat préexistant aurait créé un conflit d'intérêts en défaveur de A_, le 20 juin 2018, alors que l'avocat de son co-prévenu avait quitté l'étude de son conseil depuis quatre mois. Il n'existait pas de risque que B_ puisse utiliser des connaissances de la partie adverse acquises alors qu'il était associé avec M
e
F_, puisque leur association avait pris fin avant que ce dernier ne soit nommé d'office dans la présente procédure.
Il résulte de ce qui précède que le Ministère public a prononcé à tort, contre B_, l'interdiction de postuler.
4.
Fondé, le recours doit être admis ; partant, l'ordonnance querellée sera annulée.![endif]>![if>
5.
L'admission du recours ne donne pas lieu à la perception de frais (art. 428 al. 1 CPP).![endif]>![if>
6.
Les recourants ont demandé l'octroi d'une équitable indemnité.![endif]>![if>
6.1.
En vertu de l'art. 436 al. 1 CPP, les prétentions en indemnité dans les procédures de recours sont régies par les art. 429 à 434 CPP.
Selon l'art. 429 al. 1 let. a CPP, le prévenu a droit à une indemnité pour les dépenses occasionnées par l'exercice raisonnable de ses droits de procédure, cette indemnisation visant les frais de la défense de choix (ATF
138 IV 205
consid. 1).
L'avocat recourant a également droit à une indemnité, par analogie avec la jurisprudence applicable au défenseur d'office qui conteste avec succès une décision d'indemnisation (ATF
125 II 518
consid. 5 p. 520; arrêt du Tribunal fédéral
6B_439/2012
du 2 octobre 2012 consid. 2).
6.2.
Dans tous les cas, l'indemnité n'est due qu'à concurrence des dépenses occasionnées par l'exercice raisonnable des droits de procédure du prévenu (Message relatif à l'unification du droit de la procédure pénale du 21 décembre 2005, FF 2006 1303, p. 1313 ; J. PITTELOUD,
Code de procédure pénale suisse - Commentaire à l'usage des praticiens
, Zurich/St-Gall 2012, n. 1349 p. 889). Le juge ne doit ainsi pas avaliser purement et simplement les notes d'honoraires qui lui sont le cas échéant soumises, mais, au contraire, examiner si l'assistance d'un conseil était nécessaire puis, dans l'affirmative, apprécier objectivement la pertinence et l'adéquation des activités facturées, par rapport à la complexité juridique et factuelle de l'affaire et, enfin, dire si le montant des honoraires réclamés, même conforme au tarif pratiqué, est proportionné à la difficulté et à l'importance de la cause, c'est-à-dire raisonnable au sens de la loi (cf.
ACPR/140/2013
du 12 avril 2013).
6.3.
En l'occurrence, les recourants ont déposé un seul acte de recours, qu'ils ont co-signé, de sorte qu'une indemnité unique sera versée et allouée au conseil juridique (M. NIGGLI /M. HEER /H. WIPRÄCHTIGER,
Schweizerische Strafprozessordnung /Schweizerische Jugendstrafprozessordnung, Basler Kommentar StPO/JStPO, Bâle 2014
, n. 21 ad art. 429).
Portant sur 14 pages, le recours contient 4 pages de discussion juridique. Au vu de l'absence de complexité juridique du litige, l'équitable indemnité sera fixée à CHF 1'200.- (TVA à 7.7% incluse).
* * * * *