Decision ID: 077e755a-49ba-4630-a508-3be0d9e870dc
Year: 2014
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Depuis le 6 décembre 2012, le Ministère public de la Confédération (ci-
après: MPC) conduit une enquête pénale contre inconnu au chef de
blanchiment d'argent au sens de l'art. 305 bis
CP. Il ressort des
investigations que C. serait un promoteur immobilier en Espagne,
représentant, unique actionnaire et administrateur collectif de 67
entreprises liées à l'immobilier. Il apparaît que C. serait un proche de D.,
homme politique espagnol ayant fait l'objet de plusieurs investigations et
dénonciations pour des motifs de corruption, réception de pots-de-vin,
fraude fiscale et espionnage politique, notamment par le biais de
transactions immobilières douteuses effectuées à partir de 2003. Les
mouvements financiers semblent mettre en évidence des liens entre C. et
D.
Dans le cadre de cette enquête, le MPC a procédé au séquestre pénal des
avoirs présents sur deux comptes dont C. est l'ayant droit économique, l'un
ouvert au nom de A. SA, auprès de la banque E. à Genève le
6 décembre 2012, et l'autre ouvert au nom de B. SA auprès de la banque
F. à Genève le 20 juin 2013 (act. 1.6).
B. Par courrier du 11 septembre 2013, A. SA et B. SA ont sollicité la
consultation du dossier de la procédure ainsi que, alternativement, la levée
des séquestres (act. 1.4).
C. Par courrier du 24 mai 2013, le MPC a refusé la consultation du dossier de
la procédure à A. SA et B. SA et déclaré irrecevable la demande de levée
des séquestres (act. 1.3).
D. Le 23 octobre 2013, A. SA et B. SA ont interjeté recours contre l'acte du
24 mai 2013 (act. 1) et formulé leurs conclusions comme suit:
"En la forme:
Déclarer recevable le présent recours.
Préparatoirement:
Ordonner au MPC de produire le dossier de l'enquête n° SV.12.1848.
Autoriser les recourantes par le soussigné à consulter ce dossier.
Autoriser les recourantes après consultation du dossier à compléter, si
nécessaire, le présent acte de recours.
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Au fond:
Annuler la décision du MPC du 25 septembre 2013 en tant qu'elle déclare
irrecevable la demande de levée des séquestres pénaux des avoirs
bancaires détenus par A. SA auprès de la banque E. à Genève et par B.
SA auprès de la banque F. à Genève ordonnés les, respectivement,
6 décembre 2012 et 20 juin 2013.
Ordonner la levée de ces séquestres.
Allouer aux recourantes une indemnité à titre de dépens et mettre les frais
à charge de la Confédération."
E. Par réponse du 30 octobre 2013, le MPC a conclu au rejet du recours dans
la mesure où celui-ci est recevable (act. 7).
F. Par réplique du 25 novembre 2013, A. SA et B. SA ont formulé des
précisions quant à leur recours (act. 14).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1.
1.1 En tant qu’autorité de recours, la Cour des plaintes examine avec plein
pouvoir de cognition en fait et en droit les recours qui lui sont soumis
(Message relatif à l’unification du droit de la procédure pénale du
21 décembre 2005, FF 2006 1057, 1296 in fine; STEPHENSON/THIRIET,
Basler Kommentar, Schweizerische Strafprozessordnung [ci-après: Basler
Kommentar], n° 15 ad art. 393; KELLER, Kommentar zur Schweizerischen
Strafprozessordnung [ci-après: Kommentar StPO], Donatsch/
Hansjakob/Lieber [éd.], 2010, n° 39 ad art. 393; SCHMID, Handbuch des
schweizerischen Strafprozessrechts, Zurich/Saint-Gall 2 e éd. 2013,
n° 1512).
1.2 Les décisions du MPC peuvent faire l’objet d’un recours devant la Cour de
céans (art. 393 al. 1 let. a CPP et art. 37 al. 1 LOAP en lien avec l’art. 19
al. 1 du règlement sur l’organisation du Tribunal pénal fédéral [ROTPF;
RS 173.713.161]). Le recours contre les décisions notifiées par écrit ou
oralement est motivé et adressé par écrit, dans le délai de dix jours, à
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l’autorité de recours (art. 396 al. 1 CPP). Aux termes de l’art. 393 al. 2
CPP, le recours peut être formé pour violation du droit, y compris l’excès et
l’abus du pouvoir d’appréciation, le déni de justice et le retard injustifié
(let. a), la constatation incomplète ou erronée des faits (let. b) ou
l’inopportunité (let. c).
1.3 Dispose de la qualité pour recourir toute partie qui a un intérêt
juridiquement protégé à l'annulation ou à la modification d'une décision
(art. 382 al. 1 CPP). Le recourant doit avoir subi une lésion, soit un
préjudice causé par l'acte qu'il attaque et doit avoir un intérêt à l'élimination
de ce préjudice. Lorsque les tiers saisis sont directement touchés dans
leurs droits, la qualité de partie leur est reconnue dans la mesure
nécessaire à la sauvegarde de leurs intérêts (art. 105 al. 2 CPP).
En leur qualité de titulaires des comptes, les recourantes disposent d'un
intérêt juridiquement protégé à l'annulation de la mesure de séquestre
frappant lesdits comptes et au refus de levée de celui-ci (v. décision du
Tribunal pénal fédéral BB.2011.10-11 du 18 mai 2011, consid. 1.5 et les
références citées).
En leur qualité de tiers saisis s'étant vus refuser la consultation du dossier
de la procédure, A. SA et B. SA disposent de la qualité pour recourir contre
ce volet de la décision également.
1.4 Le recours est recevable, il y a lieu d'entrer en matière.
2. A l'appui de leur recours, A. SA et B. SA se prévalent d'une violation de
leur droit d'être entendues. D'après elles, "le maintien des séquestres
portant sur les avoirs bancaires des sociétés recourantes consacre la
violation du droit d'être entendues de ces dernières" (mémoire de recours,
act. 1, p. 8). En effet, d'une part, les sociétés recourantes n'auraient pas eu
accès au dossier de la procédure et en particulier aux pièces pertinentes
pour contester la mesure de séquestre. D'autre part, la décision déclarant
irrecevable la demande de levée des séquestres serait insuffisamment
motivée.
2.1 Tel qu'il est garanti par l'art. 29 al. 2 Cst., le droit d'être entendu comprend
notamment le droit de toute partie de s'exprimer sur les éléments pertinents
avant qu'une décision ne soit prise touchant sa situation juridique, le droit
d'avoir accès au dossier, de produire des preuves pertinentes, d'obtenir
qu'il soit donné suite à ses offres de preuves pertinentes, de participer à
l'administration des preuves essentielles ou à tout le moins de s'exprimer
sur leur résultat lorsque ceci est de nature à influer sur la décision à rendre
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(arrêts du Tribunal fédéral 2C_778/2012 du 19 novembre 2012, consid. 3.1;
6B_323/2012 du 11 octobre 2012, consid. 3.2; ATF 136 I 265 consid. 3.2;
ATF 135 II 286 consid. 5.1). Il comprend notamment le droit de consulter le
dossier (ATF 127 V 431 consid. 3a; 126 I 7 consid. 2b) qui s'étend à toutes
les pièces décisives (ATF 121 I 225 consid. 2a) et qui garantit que les
parties puissent prendre connaissance des éléments fondant la décision et
s'exprimer à leur sujet (arrêt du Tribunal fédéral 8C_509/2011 du
26 juin 2012, consid. 2.2; ATF 129 I 85 consid. 4.1 et les références citées).
S'agissant du tiers saisi, en vertu de l'art. 105 al. 2 CPP, le droit de
consulter le dossier prévu par l'art. 107 CPP lui est reconnu dans la mesure
nécessaire à la sauvegarde de ses intérêts.
Ce droit n'est toutefois pas absolu et peut être restreint ou supprimé
notamment lorsque l'intérêt de la poursuite pénale commande que
certaines pièces soient tenues secrètes (ATF 126 I 7 consid. 2b). Tel peut
être le cas jusqu’à la première audition du prévenu et l’administration des
preuves principales par le MPC (art. 101 al. 1 CPP). On entend par là les
preuves dont la mise en œuvre se révèle indispensable à la recherche de
la vérité matérielle. La jurisprudence et la doctrine admettent à ce titre
notamment les auditions des principaux témoins à charge (GRETER/GISLER,
Le moment de la consultation du dossier pénal et les restrictions
temporaires à son accès, in forumpoenale 5/2013 p. 301, 302).
Aux termes de l’art. 108 al. 4 CPP, une décision ne peut cependant se
fonder sur des pièces auxquelles une partie n’a pas eu accès que si elle a
été informée de leur contenu essentiel (ATF 115 Ia 293 consid. 5c; arrêt du
Tribunal fédéral 1P.405/1993 du 8 novembre 1993 publié in SJ 1994 p. 97).
Le droit d'être entendu comprend également une obligation pour
l'autorité d'indiquer les motifs qui la conduisent à sa décision. Une telle
obligation tend à donner à la personne touchée les moyens d'apprécier
la portée du prononcé et de le contester efficacement, s'il y a lieu,
devant une instance supérieure (ATF 134 I 83 consid. 4.1).
2.2
2.2.1 En l'espèce, l'enquête ouverte en Suisse en est à un stade initial. Comme
l'explique le MPC, cela est dû à son caractère international, à la longue
période concernée, au nombre de transactions à élucider mises en
évidence par les flux financiers, à la complexité des structures financières
mises en place et au nombre important de personnes physiques et morales
concernées. Les auditions tant du prévenu que des tiers saisis doivent
encore avoir lieu. Il ne faut pas perdre de vue que les intérêts des tiers
saisis se confondent, prima facie, à ceux de C., soit le prévenu poursuivi et
http://links.weblaw.ch/ATF-134-I-23
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ayant droit économique des structures off shore. Dans ces circonstances, il
existe un risque concret que, après avoir consulté le dossier et pris
connaissance des faits précis qu'il contient, les personnes impliquées
préparent une argumentation, contactent d'autres personnes, le cas
échéant celles encore à identifier, et fassent disparaître des moyens de
preuve.
Ainsi, dans la mesure où l'administration des preuves principales n'a pu
débuter et qu'aucune audition n'a pu être effectuée, il se justifie de
refuser l'accès au dossier de la procédure aux sociétés recourantes afin
de garantir un bon déroulement de l'enquête et permettre
l'établissement de la vérité.
Par conséquent, le droit d'être entendues des recourantes ne saurait
être violé sur ce point.
2.2.2 Quand bien même un refus d'accéder au dossier se justifie, la prise de
décision s'agissant de la demande de levée de séquestre ne peut avoir lieu
sans que A. SA et B. SA aient eu accès à tout le moins au contenu
essentiel des pièces qui fondent la décision. Tel a été le cas en l'espèce
dans les nombreuses correspondances échangées entre le MPC et les
conseils successifs de A. SA et B. SA. En particulier, l'état de fait dans
lequel s'inscrit la procédure menée par le MPC est décrit dans l'ordonnance
de séquestre du 20 juin 2013 visant le séquestre du compte ouvert au nom
de A. SA (at. 1.6). De plus, le MPC a indiqué que "les investigations en
cours visent à élucider l'origine des avoirs et l'arrière-plan économique et
juridique des transactions effectuées [...]. Le séquestre pénal conservatoire
ordonné dès le 6 décembre 2012 est justifié par des suspicions entourant
l'origine illicite des avoirs puisque plusieurs faits portés à la connaissance
des autorités de poursuite pénale suggèrent que les fonds pourraient être
issus d'actes de corruption commis dans le contexte d'affaires immobilières
favorisées par des personnes exposées politiquement" (courrier du MPC
du 24 mai 2013, dossier MPC). Le MPC a, à plusieurs reprises, invité A. SA
et B. SA à fournir des explications sur l'origine des avoirs et l'arrière-plan
économique des transactions réalisées sur leurs comptes. Néanmoins, les
recourantes se sont "limitées à adresser un tableau excel contenant des
informations largement lacunaires et dépourvues de la moindre valeur
probante" (décision attaquée, act. 1.3). L'origine des avoirs ainsi que
l'arrière-plan économique des transactions n'a pu, pour l'heure, être
éclairci. Au regard de ce qui précède, force est de constater que le MPC a
fourni aux recourantes les informations essentielles à la base du refus de
levée des séquestres prononcés sur leurs comptes.
- 7 -
Le grief relatif au droit d'être entendues des recourantes doit être rejeté sur
ce point également.
2.2.3 Finalement, s'agissant de la question de la motivation de la décision
entreprise, le MPC y indique que, "faute d'autres précisions, [la] requête
[tendant à la levée des séquestres] est irrecevable car insuffisamment
motivée" (décision du 25 septembre 2013, act. 1.3, p. 2). Cette
explication suffit à satisfaire les exigences posées par la jurisprudence
en matière de droit d'entendu, dans la mesure où elle a permis aux
recourantes de comprendre et, comme cela a été le cas en l'espèce,
d'attaquer la décision d'irrecevabilité.
Le droit d'être entendues des recourantes n'a pas été violé sur ce point.
2.3 Le grief lié à la violation du droit d'être entendu doit ainsi être rejeté dans
son intégralité.
3. Dans un second grief, les recourantes se prévalent de la violation des
art. 197 et 263 ss CPP. D'après elles, en déclarant irrecevable leur requête
de levée des séquestres sans entrer sur le fond, le MPC aurait violé les
dispositions applicables en matière de séquestre. Quant au fond, les
recourantes arguent du fait qu'il serait "peu vraisemblable que les avoirs
bancaires séquestrés soient en lien avec une infraction [...]" (mémoire de
recours, act. 1 p. 10).
3.1 A la différence des exigences posées par la loi pour la recevabilité d'un
recours devant la Cour de céans, celles relatives à une requête de levée de
séquestre adressée au MPC ne comprennent pas le devoir particulier de
motiver. Néanmoins, l'objet de la requête doit être clair.
3.2 Le mandataire des recourantes a formulé sa requête comme suit:
"Alternativement, devriez vous ne pas donner suite à cette demande [de
consultation du dossier], je sollicite formellement la levée des séquestres
frappant les avoirs des deux sociétés précitées" (courrier du
11 septembre 2013, act. 1.4, p. 2). L'objet de la requête étant clair, le MPC
aurait dû entrer en matière sur la requête de A. SA et B. SA.
3.3 Ainsi, le recours doit être admis sur ce point et la cause devra être
renvoyée au MPC pour nouvelle décision.
4.
4.1 Selon l’art. 428 al. 1 CPP, les frais de la procédure de recours sont mis à la
charge des parties dans la mesure où elles ont obtenu gain de cause ou
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succombé. Les recourantes qui succombent partiellement supporteront
ainsi une partie des frais de la présente décision, qui se limitent à un
émolument fixé en application de l’art. 8 du règlement du Tribunal pénal
fédéral du 31 août 2010 sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de
la procédure pénale fédérale (RFPPF; RS 173.713.162) à CHF 1'000.--.
4.2 La partie qui obtient gain de cause a droit à une indemnité pour les
dépenses occasionnées par l’exercice raisonnable de ses droits de
procédure (art. 436 al. 1 en lien avec l’art. 429 al. 1 let. a CPP). Selon
l’art. 12 RFPPF, les honoraires sont fixés en fonction du temps
effectivement consacré à la cause et nécessaire à la défense de la partie
représentée. Lorsque, comme en l'espèce, l’avocat ne fait pas parvenir un
décompte de ses prestations, la Cour fixe le montant des honoraires selon
sa propre appréciation (art. 12 al. 2 RFPPF). En l’espèce, une indemnité à
titre de dépens d'un montant de CHF 500.-- (TVA comprise) paraît
équitable, à charge du Ministère public de la Confédération.
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