Decision ID: 51121294-298a-4ccd-9d0b-00f8911c4504
Year: 2019
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

pellé le Service Compliance à Z. en vue d’une recommandation et a, pour ce
faire, remis à C., Compliance Officer, un résumé de la situation fondé sur les
explications de F. au sujet de la provenance et de l’utilisation des fonds (MP/FR
3002 ss, 3006 s., 9056, 9210).
B.6 Le 13 mai 2011 au matin, C. a contacté par téléphone S., conseillère à la clientèle
suppléante, afin qu’elle obtienne des clarifications complémentaires auprès de
F., notamment la production de documents concernant ses activités écono-
miques (« KYC », know your customer) et le prêt personnel d’EUR 350'000.- dont
il a affirmé avoir bénéficié (MP/FR 9056).
B.7 L’après-midi du 13 mai 2011, F. a transmis à S. les documents requis. Il lui a
ainsi notamment remis un extrait du registre du commerce français concernant
la société E., une copie de la carte d’identité de K. et une attestation de prêt
signée par F., en tant qu’emprunteur, et par « Mr K. », en tant que prêteur. A
teneur de cette attestation, le prêt avait pour objet une somme de EUR 350'000.-
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Il a été conclu sans intérêt et l’échéance de remboursement devait être détermi-
née ultérieurement (MP/FR 3022). S. a également reçu de F. un tirage papier de
l’email du 13 mai 2011, qui a été adressé le même jour à 15h08 à G. par T.,
désigné comme étant le directeur administratif et financier de la société E. K. a
figuré parmi les destinataires en copie de cet email. La teneur de ce dernier est
la suivante: « Je soussigné, Monsieur K. Président de la E., atteste que les fonds
concernant le virement des 350'000 € proviennent bien de notre compte courant
bancaire de l’entreprise domiciliée au C/C AA. à ZZ. (05 49 04 14 84). Ces fonds
sont destinés à un dépôt sur enchères pour le compte de Monsieur F. Pour servir
et valoir ce que de droit, Fait à YY., le 13 mai 2011. T. » (DFF 010 0012 s.). Il
ressort du tirage papier que cet email a été transféré par la direction de « BB. »
à 15h16 au titulaire de l’adresse email « CC. », lequel l’a fait suivre à 15h36 à la
société N., avec pour indication « ci-joint ce qui ont communique a la banque.
bonne réception. DD. » (sic) (MP/FR 9006 s.).
B.8 Toujours durant l’après-midi du 13 mai 2011, Maître Nicolas Riedo, conseil de
F., a appelé S. – G. et C. étant absentes – pour l’informer qu’il avait été mandaté
par F. Maître Riedo a indiqué à S. qu’il ne voyait pas de motif pouvant justifier le
blocage du compte et a requis de la banque B. la libération de la relation, en
insistant sur l’urgence de l’affaire et en évoquant les conséquences pécuniaires
qui pourraient découler d’un refus de la banque B. Il a ajouté qu’une action en
dommages-intérêts serait introduite contre la banque si les ordres donnés par F.
n’étaient pas exécutés avec diligence (MP/FR 9057, 3008). Le même jour, Maître
Riedo a adressé à S. un courrier par lequel il lui a confirmé sa constitution, avec
procuration en annexe, et l’a informé qu’il lui transmettrait prochainement tout
document justifiant le transfert des fonds litigieux (MP/FR 9211 s.).
B.9 Le matin du 16 mai 2011, à 8h28, S. a transmis par email à C. les pièces reçues
le 13 mai 2011 par F., à savoir la copie du contrat de prêt avec la société E.,
l’extrait du registre du commerce français de E. et la copie de la pièce d’identité
de K. Elle a également joint le courrier de Maître Nicolas Riedo, accompagné de
la procuration, et a fait état de l’appel téléphonique reçu de ce dernier. Elle a
demandé à C. de lui fournir les conclusions de son analyse, en lui indiquant que
F. allait passer en fin de matinée à la banque (MP/FR 3007 s., 9057).
B.10 A la réception de l’email de S., C. s’est entretenue avec A., son supérieur hiérar-
chique au moment des faits. Elle lui a résumé la situation, sur la base des entre-
tiens qu’elle avait eus avec le Front et des emails et des documents qu’elle avait
reçus de ce dernier (MP/FR 9057; audition d’A., R.12, TPF 3.731.005 ; audition
de C., R.11 à 14, TPF 3.761.004). A l’époque des faits, A. était le chef de l’unité
Compliance à Z. pour toute la Suisse romande (MP/FR 3017 ; audition d’A., R.9,
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TPF 3.731.003). C. et A. ont regardé ensemble les documents qui ont été trans-
mis par S. En outre, C. a consulté la base de données COSIMA, qui réunit les
informations internes de la banque B. et les informations externes fournies par la
banque de données Factiva, ainsi qu’Internet (MP/FR 3009; audition d’A., R.14
à 16, TPF 3.731.005). Après discussion, A. et C. sont arrivés à la conclusion qu’il
n’existait aucun indice suffisant permettant de conclure à des soupçons de blan-
chiment d’argent (MP/FR 9142).
B.11 Toujours le 16 mai 2011, C. a transféré à S. à 12h18 les emails reçus de G. le
12 mai 2011 à 11h39 et 14h55 (MP/FR 9057). Elle lui a ensuite adressé un email
à 13h11, avec copie à A., dont la teneur est la suivante: « Je fais suite à notre
conversation de ce jour. Sur la base des informations en notre possession, je ne
m’oppose pas formellement à l’entrée en relation d’affaires avec Monsieur F. Les
explications bien que confuses sont plausibles. Les transactions semblent avoir
une réalité économique. A ce stade, je n’ai pas trouvé d’informations défavo-
rables sur le client même si son profil et son rôle ne sont pas clairement établis.
De plus, les autres intervenants existent. L’urgence de la demande du client et la
manière qu’il a eu d’interpeller la banque sont des éléments à prendre en compte
dans l’appréciation de ce cas mais ils ne sont pas déterminants. L’historique
client devrait être étoffé pour envisager la suite. Une discussion sur la qualité
d’ayant-droit économique du client s’impose également. Toute transaction cash
est formellement proscrite en l’état. A mon sens, même si l’historique client de-
vrait être complété de manière satisfaisante, la banque B. n’a aucun intérêt à
aller de l’avant avec ce client mais il s’agit là d’un aspect commercial que je laisse
à votre appréciation ainsi qu’à celle de votre ligne. Je reste à votre disposition
pour tout renseignement complémentaire que vous pourriez désirer et vous se-
rais reconnaissante de vouloir me tenir au courant de la suite que vous allez
donner à cette affaire » (MP/FR 9213).
B.12 L’après-midi du 16 mai 2011, F. s’est rendu à l’agence de la banque B. à Y. Il a
modifié ses instructions de virement et a requis que le compte n° 1 soit clôturé
(MP/FR 9057, 9197). Il a donné l’ordre de virer CHF 40'000.- en faveur d’O. (au-
près de la Banque EE.), CHF 60'000.- en faveur de N. (auprès de la Banque FF.),
CHF 270'000.- en faveur de GG. LTD (auprès de la banque B.) et le solde restant,
soit CHF 69'623.-, sur un compte à son nom auprès de M. (MP/FR 9197). En
présence de D., F. a signé un formulaire A, par lequel il a déclaré être l’ayant
droit économique des fonds versés sur le compte n° 1 (MP/FR 3012, 9057,
9197).
B.13 Les ordres de virement précités ont été exécutés entre le 16 mai 2011 et le 18
mai 2011. Le compte n° 1 a été clôturé le 18 mai 2011 (DFF 010 014; MP/FR
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9057 et 9058). Le Service Compliance n’a pas été informé de l’exécution de ces
virements et de la clôture du compte (DFF 020 0014; MP/FR 9058).
B.14 L’après-midi du 18 mai 2011, F. s’est rendu à la police pour dénoncer un cam-
briolage dont il aurait été victime à son domicile le même jour et au cours duquel
il se serait fait dérober la somme de CHF 75'000.- en espèces. Une procédure
pénale a été ouverte par le MP/FR sous la référence F 11 10112 contre inconnu
pour brigandage et contre F. pour induction de la justice en erreur et tentative
d’escroquerie (DFF 030 0084).
B.15 Par fax du 20 mai 2011, le MP/FR a informé le Service juridique de la banque B.
qu’il était en charge d’une procédure pénale ouverte pour brigandage qualifié. Il
a sollicité la production des documents d’ouverture du compte ouvert par F. au-
près de la banque B., sur lequel le versement de EUR 350'000.- a été opéré,
ainsi que les relevés du compte en question depuis le 1er janvier 2011, les docu-
ments relatifs aux prélèvements et virements opérés dès la réception du montant
de EUR 350'000.- et les documents relatifs à l’annonce faite aux autorités fédé-
rales (i.e. au MROS) et aux éventuelles décisions prises. En outre, le MP/FR a
ordonné le blocage de toutes les valeurs se trouvant encore sur le compte ouvert
par F. (TPF 3.22.1.058 à 059).
B.16 Le 23 mai 2011, C. s’est enquise auprès de l’agence d’Y. du suivi de la relation
de F., à la suite de son email du 16 mai 2011. Elle a alors appris que les transac-
tions avaient été exécutées et que la relation bancaire n° 1 avait clôturée (MP/FR
9058). Le même jour, C. a pris connaissance de l’ordonnance de séquestre et de
production de documents du 20 mai 2011 du MP/FR (audition de C., R.30, TPF
3.761.007). Afin d’obtenir des clarifications en lien avec cette ordonnance, qui
mentionne une dénonciation émanant de la banque B., C. a contacté téléphoni-
quement le greffier du MP/FR. Ce dernier lui a indiqué que F. avait prétendu que
la banque avait procédé à une dénonciation auprès des autorités fédérales
(MP/FR 9058 ; audition de C., R.30 ss, TPF 3.761.007 s.). A la suite de cet appel,
C. a enregistré F. en tant que client indésirable dans la base de données de la
banque B. (MP/FR 9058).
B.17 Le 23 mai 2011 à 16h59, K. a adressé l’email suivant au Customer Service Cen-
ter de la banque B., depuis l’adresse HH: « Mesdames, Messieurs, nous tenons
à vous informer que les coordonnées bancaires de l’un de vos clients F., banque
B. à Y., ont été transmises à notre société pour une opération entachée d’irrégu-
larité voire d’escroquerie. Notre banque J. AA. à ZZ., (05.49 04.74.84) a procédé,
sur notre ordre, à un virement de 350 [K] le 11/05/11, prévu dans le cadre d’un
financement engagé avec la SA II., XX., dont M. F. était censé consigné la
somme. Sans nouvelle depuis 48h00, nous vous prions de bien vouloir annuler
mailto:rambaud.bertrand@orange.fr
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le virement, avertir les autorités compétentes de tout mouvement suspect sur le
compte de votre client et informer le J. en retour du rapatriement. Vous en remer-
ciant » (MP/FR 9218 à 9219). Le courrier électronique a été transféré à l’agence
d’Y. à 17h06 (MP/FR 9021 s.).
B.18 Le 25 mai 2011, à 9h37, l’email de K. a été transféré à D., qui l’a transféré à 9h47
à C., avec copie à A., en indiquant que divers transferts de fonds avaient été
exécutés en faveur de comptes en Suisse, dont notamment un virement de
CHF 270'000.- en faveur d’un compte auprès de la banque B. Une partie impor-
tante de ce montant, soit CHF 218'000.-, avait déjà été retirée ou virée sur un
autre compte (MP/FR 9058, 9217 ss ; audition d’A., R.23, TPF 3.731.006). C. a
alors transmis l’email en question au Service juridique de la banque B. le 26 mai
2011 à 16h37 et en a informé D. le même jour à 16h45, avec copie à A. (MP/FR
9058, 9217 ss).
B.19 Le 27 mai 2011, le Service juridique de la banque B. a informé le MP/FR que la
relation au nom de F. avait été clôturée le 18 mai 2011 et il lui a remis les docu-
ments d’ouverture de la relation n° 1, ainsi que les relevés de compte. Il a en
outre indiqué que la banque B. n’avait procédé à aucune dénonciation du client
auprès des autorités fédérales, soit au MROS (TPF 3.262.1.062 ss).
B.20 Par courrier du 30 mai 2011, le Service juridique de la banque B. a répondu à K.
que la banque n’était pas en mesure de donner une suite favorable à sa requête
de restitution des fonds (MP/FR 9220).
B.21 Par fax du 1er juin 2011, le MP/FR a sollicité du Service juridique de la banque B.
qu’il lui fasse parvenir sans délai des informations détaillées sur les quatre ordres
de paiement exécutés entre les 16 et 18 mai 2011. Il a en particulier demandé
que lui soient communiquées les coordonnées précises des comptes bancaires
et postaux sur lesquels les virements ont été effectués (TPF 3.262.1.078 ss). A
la suite de cette requête, C., qui a été informée de cette demande par le Service
juridique, a fait bloquer à titre interne la relation récipiendaire ouverte au nom de
GG. LTD (MP/FR 9058). Le Service juridique de la banque B. a transmis la copie
des quatre ordres de paiement au débit du compte de F. au MP/FR par fax le
même jour (MP/FR 9058).
B.22 Par décision du 3 juin 2011, anticipée par fax, le MP/FR a ordonné le séquestre
du montant de CHF 270'000.- sur la relation ouverte au nom de GG. LTD auprès
de la banque B. ou du solde de ce montant, lequel provenait du compte détenu
par F. auprès de la banque. Le MP/FR a également requis de la banque B. qu’elle
lui communique tous les détails concernant d’éventuelles transactions dans l’hy-
pothèse où tout ou partie de cette somme aurait été transférée depuis lors sur un
autre compte (TPF 3.262.1.093 s.).
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B.23 Le 6 juin 2011, le Service juridique de la banque B. a bloqué le solde du compte
ouvert au nom de GG. LTD, qui s’élevait à CHF 2'188.07, et a transmis au
MP/FR, par fax, les copies des quittances de prélèvement et des ordres de boni-
fication (MP/FR 9058, TPF 3.262.1.096 ss).
B.24 Le 10 juin 2011, le MP/FR a levé le séquestre du compte ouvert au nom de
GG. LTD (TPF 3.262.1.105).
B.25 Le 31 janvier 2012, le MP/FR a étendu l’instruction ouverte contre F. aux chefs
d’infraction de blanchiment d’argent, d’escroquerie et de faux dans les titres
(DFF 030 0084). Le 29 février 2012, respectivement le 7 mai 2013, le MP/FR a
classé la procédure pénale ouverte contre F. pour induction de la justice en er-
reur, instigation à brigandage et tentative d’escroquerie (DFF 030 084).
B.26 Par jugement du 3 décembre 2013, le Tribunal pénal économique du canton de
Fribourg a reconnu F. coupable de blanchiment d’argent et de faux dans les titres
et l’a condamné à une peine privative de liberté de 36 mois, partiellement sus-
pendue à concurrence de 24 mois, avec un délai d’épreuve de deux ans. S’agis-
sant du chef d’accusation de blanchiment d’argent, le tribunal a retenu que F.
aurait dû présumer que la somme de EUR 350'000.- virée sur son compte auprès
de la banque B. par E. provenait d’un crime, étant donné le mode insolite de la
transaction financière (kickback ou commission disproportionnée), la mise à dis-
position de son compte auprès de la banque B., la clôture dudit compte, la ven-
tilation immédiate de l’argent et la nature des documents concernés (attestation
de prêt avec défaut d’en-tête, fautes d’orthographe, signature imitée grossière-
ment, confusion dans la personne du prêteur et conditions invraisemblables du
prêt, attestation de dépôt avec un but clairement contradictoire) (DFF 030 0119
ss). Par arrêt du 15 décembre 2014, la Cour d’appel du Tribunal cantonal du
canton de Fribourg a confirmé la condamnation de F. pour blanchiment d’argent
et faux dans les titres, en réduisant toutefois la peine qui lui a été infligée à douze
mois de peine privative de liberté, avec sursis pendant un délai d’épreuve de cinq
ans (DFF 030 0083 ss). Par arrêt du 3 mars 2016, le Tribunal fédéral a rejeté le
recours formé par le MP/FR contre le jugement cantonal du 15 décembre 2014
(arrêt du Tribunal fédéral 6B_111/2015 publié in ATF 142 IV 196, DFF 050 0005
ss).
Dans l’éventualité où d’autres précisions de faits sont nécessaires au jugement
de la cause, elles seront apportées dans les considérants qui suivent.
- 13 -

La Cour considère en droit:
1. Compétence
1.1 Selon l’art. 50 al. 1 de la loi du 22 juin 2007 sur l’Autorité fédérale de surveillance
des marchés financiers (LFINMA; RS 956.1), le Département fédéral des fi-
nances est l’autorité de poursuite et de jugement en ce qui concerne les infrac-
tions à la LFINMA et aux lois sur les marchés financiers au sens de l’art. 1 al. 1
LFINMA. Dans ces cas, la loi fédérale du 22 mars 1974 sur le droit pénal admi-
nistratif (DPA; RS 313.0) est applicable. En vertu de l’art. 62 al. 2 DPA, l’admi-
nistration peut décerner un mandat de répression susceptible d’opposition. En
cas d’opposition, l’administration procède à un nouvel examen et peut délivrer un
prononcé pénal (art. 69 al. 1 et 70 al. 1 DPA). Celui qui est touché par le prononcé
pénal peut demander à être jugé par un tribunal (art. 72 al. 1 DPA).
L’art. 50 al. 2 LFINMA prévoit que si le jugement par le tribunal a été demandé
ou si le Département fédéral des finances estime que les conditions requises
pour infliger une peine ou une mesure privative de liberté sont remplies, le juge-
ment relève de la juridiction fédérale. Dans ce cas, le Département fédéral des
finances dépose le dossier auprès de Ministère public de la Confédération, qui le
transmet au Tribunal pénal fédéral. Le renvoi pour jugement tient alors lieu d’acte
d’accusation et les art. 73 à 83 DPA sont applicables par analogie.
En application des art. 2 al. 2 let. a et 35 al. 1 de la loi fédérale du 19 mars 2010
sur l’organisation des autorités pénales fédérales de la Confédération (LOAP;
RS 173.71), la Cour des affaires pénales du Tribunal pénal fédéral est compé-
tente pour connaître des affaires relevant de la juridiction fédérale de première
instance.
1.2 En l’espèce, le mandat de répression du 6 février 2018 et le prononcé pénal du
5 avril 2018 délivré par le Chef du Service juridique du DFF à l’encontre d’A. ont
pour objet une violation de l’obligation de communiquer au sens de l’art. 37 de la
loi fédérale du 10 octobre 1997 concernant la lutte contre le blanchiment d’argent
et le financement du terrorisme (loi sur le blanchiment d’argent, LBA; RS 955.0).
Cette dernière loi constitue une loi sur les marchés financiers au sens de l’art. 1
al. 1 let. f LFINMA, de sorte que le jugement demandé par A. relève de la com-
pétence de la Cour des affaires pénales du Tribunal pénal fédéral, en qualité de
juridiction fédérale de première instance. Par conséquent, la compétence de la
Cour pour juger la présente cause est donnée.
- 14 -
2. Droit applicable
2.1 Conformément à la règle de la lex mitior ancrée à l’art. 2 al. 2 CP, laquelle s’ap-
plique en droit pénal administratif (art. 333 al. 1 CP et art. 2 DPA; ATF 123 IV 84
consid. 3a et 116 IV 258 consid. 3b), le nouveau droit est aussi applicable aux
crimes et aux délits commis avant la date de son entrée en vigueur, si l’auteur
n’est mis en jugement qu’après cette date et si le nouveau droit lui est plus favo-
rable que la loi en vigueur au moment de l’infraction. La détermination du droit le
plus favorable s’effectue par une comparaison concrète de la situation de l’ac-
cusé, suivant qu’il est jugé à l’aune de l’ancien ou du nouveau droit. Doivent en
principe être examinées en premier chef les conditions légales de l’infraction liti-
gieuse. Lorsque le comportement est punissable tant en vertu de l’ancien que du
nouveau droit, il y a lieu de procéder à une comparaison d’ensemble des sanc-
tions encourues. L’importance de la peine maximale joue un rôle décisif (ATF
135 IV 113 consid. 2.2.). L’ancien et le nouveau droit ne peuvent être combinés.
On ne saurait ainsi, à raison d’un seul et même état de fait, appliquer l’ancien
droit pour déterminer quelle infraction a été commise et le nouveau droit pour
décider si et comment l’auteur doit être puni. Si les deux droits conduisent au
même résultat, c’est l’ancien qui est applicable (arrêt du Tribunal fédéral
6B_442/2012 du 11 mars 2013 consid. 3.1). Seules les règles de droit matériel
sont concernées par la lex mitior, les règles procédurales étant, quant à elles,
soumises au principe tempus regis actum, qui les rend applicables sitôt qu’elles
sont entrées en vigueur (ATF 117 IV 369 consid. 4d).
2.2 En l’occurrence, le renvoi pour jugement du 22 juin 2018, qui tient lieu d’accusa-
tion (art. 73 al. 2 DPA), reproche à A. d’avoir commis une violation de l’obligation
de communiquer par négligence (art. 37 al. 2 LBA), entre le 16 mai 2011 et le 6
juin 2011. Plusieurs dispositions légales applicables à la présente cause ayant
subi des modifications depuis la survenance des faits reprochés, l’hypothèse
d’une mise en œuvre du principe de la lex mitior doit être envisagée.
2.3 Dans sa teneur en vigueur au moment des faits reprochés, et jusqu’au 31 dé-
cembre 2015, l’art. 37 LBA prévoyait une amende de CHF 500'000 au plus pour
celui qui enfreint intentionnellement l’obligation de communiquer prévue à l’art. 9
LBA (al. 1), une amende de CHF 150'000 au plus si l’auteur a agi par négligence
(al. 2) et une amende de CHF 10'000 au moins en cas de récidive dans les cinq
ans suivant une condamnation entrée en force (al. 3). Dans sa version actuelle,
seules les deux premières sanctions sont prévues par l’art. 37 LBA, la sanction
en cas de récidive ayant été abrogée à la suite de la modification législative in-
tervenue le 1er janvier 2016.
- 15 -
Dans le cas d’espèce, dans la mesure où l’affaire en cause ne concerne pas un
cas de récidive, la peine encourue par le prévenu est la même en application de
l’ancien ou du nouveau droit, de sorte que ce dernier n’apparaît pas plus favo-
rable que l’ancien.
2.4 L’art. 9 LBA définissant les règles dont dépend la punissabilité de l’art. 37 LBA,
la question de l’application du principe de la lex mitior entre également en consi-
dération pour cette disposition.
Dans sa teneur en vigueur jusqu’au 31 décembre 2015, l’art. 9 al. 1 let. a LBA
prévoyait que l’intermédiaire financier qui sait ou présume, sur la base de soup-
çons fondés, que les valeurs patrimoniales impliquées dans la relation d’affaires
ont un rapport avec une des infractions mentionnées aux art. 260ter, ch. 1 ou
305bis CP (ch. 1), qu’elles proviennent d’un crime (ch. 2), qu’elles sont soumises
au pouvoir de disposition d’une organisation criminelle (ch. 3) ou qu’elles servent
au financement du terrorisme (art. 260quinquies al. 1 CP) (ch. 4), doit en informer
sans délai le Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent au
sens de l’art. 23 LBA. Le 1er janvier 2016, l’art. 9 LBA a fait l’objet de plusieurs
modifications, à la suite de la mise en œuvre des recommandations du Groupe
d’Action Financière (GAFI), révisées en 2012. Désormais, l’art. 9 al. 1 let. a LBA
prévoit une obligation de communiquer également lorsque les valeurs patrimo-
niales impliquées dans la relation d’affaires proviennent d’un délit fiscal qualifié
au sens de l’art. 305bis ch. 1bis CP (let. a) ou lorsque l’intermédiaire financier sait
ou présume, sur la base des clarifications effectuées en vertu de l’art. 6 al. 2
let. d, que les données concernant une personne ou une organisation transmise
par la FINMA, par la Commission fédérale des maisons de jeu ou pas un orga-
nisme d’autorégulation concordent avec celles concernant un cocontractant, un
ayant droit économique ou un signataire autorisé d’une relation d’affaires ou
d’une transaction (let. c). L’obligation de communiquer a en outre été étendue
aux négociants (art. 9 al. 1bis LBA).
L’art. 9 LBA, tel que modifié le 1er janvier 2016, impose une obligation de com-
muniquer plus étendue aux intermédiaires financiers et aux négociants. Sa nou-
velle teneur n’apparaît donc pas plus favorable au prévenu que celle qui était en
vigueur jusqu’au 31 décembre 2015. De surcroît, ces modifications législatives
concernent des hypothèses qui ne s’appliquent pas à la présente cause.
2.5 L’art. 6 LBA relatif aux obligations de diligence particulières a aussi fait l’objet de
modifications le 1er janvier 2016, avec une extension des circonstances nécessi-
tant une clarification. En effet, l’art. 6 LBA dans sa version actuelle, prévoit un
devoir de clarification également lorsque des indices laissent supposer que des
valeurs patrimoniales proviennent d’un délit fiscal qualifié au sens de l’art. 305
- 16 -
bis ch. 1bis CP (art. 6 al. 2 let. b LBA), lorsque la transaction ou la relation d’af-
faires comportent un risque accru (art. 6 al. 2 let. c LBA) ou lorsque les données
concernant un cocontractant, un ayant droit économique ou un signataire auto-
risé d’une relation d’affaires ou d’une transaction concordent avec celles qui ont
été transmises à l’intermédiaire financier la FINMA en vertu de l’art. 22a al. 2, par
un organisme d’autorégulation en vertu de l’art. 22a al. 2 let. c ou par la CFMJ en
vertu de l’art. 22a al. 3, ou présentent de grandes similitudes (art. 6 al. 2 let. d
LBA). Ces extensions ne concernent pas les faits qui sont reprochés à A., de
sorte que, sous l’angle du principe de la lex mitior, la nouvelle teneur de l’art. 6
LBA n’apparaît pas plus favorable que celle en vigueur jusqu’au 31 décembre
2015.
2.6 En conclusion, sous l’angle du principe de la lex mitior, la nouvelle teneur des
art. 6, 9 et 37 LBA n’apparaît pas plus favorable que celle en vigueur jusqu’au 31
décembre 2015. Il convient dès lors d’apprécier les faits reprochés à A. à l’aune
du droit qui était en vigueur au moment où ils sont intervenus, soit celui en vigueur
jusqu’au 31 décembre 2015.
Dans la mesure où elle concrétise les dispositions de la LBA, il convient égale-
ment de se référer à l’ancienne ordonnance de l’Autorité fédérale de surveillance
des marchés financiers sur la prévention du blanchiment d’argent et du finance-
ment du 8 décembre 2010 (Ordonnance de la FINMA sur le blanchiment d’argent,
OBA-FINMA; RO 2010 6295), qui précise les obligations en matière de préven-
tion du blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. Il en va de même
de l’ordonnance sur le Bureau de communication en matière de blanchiment d’ar-
gent (OBCBA; RS 955.23), qui détaille notamment les informations qui doivent
être indiquées dans les communications. Il sera fait référence à ces deux ordon-
nances, dans leur version en vigueur au moment des faits.
3. Questions préjudicielles
Lors des débats, les parties ont soulevé plusieurs questions préjudicielles, qui
ont toutes été rejetées. Les questions préjudicielles soulevées sont reprises dans
l’ordre.
3.1 Violation du principe de célérité
3.1.1 A. a invoqué la violation du principe de célérité, dans la mesure où le DFF, saisi
d’une plainte en 2014, n’aurait ouvert une procédure pénale à son encontre qu’en
2017. Cette inaction serait contraire au principe de célérité.
- 17 -
3.1.2 Les art. 5 CPP, 29 al. 1 Cst. et 6 par. 1 CEDH garantissent à toute personne le
droit à ce que sa cause soit traitée dans un délai raisonnable. Ces dispositions
consacrent le principe de célérité et prohibent le retard injustifié à statuer. Le
principe de célérité impose aux autorités, dès le moment où le prévenu est in-
formé des soupçons qui pèsent sur lui, de mener la procédure pénale sans dé-
semparer, afin de ne pas le maintenir inutilement dans les angoisses qu’elle sus-
cite (ATF 124 I 139 consid. 2a). Pour apprécier le respect de ce principe, la pé-
riode déterminante à prendre en considération débute lorsque le prévenu ap-
prend, par n’importe quel moyen, que l’autorité pénale nourrit des soupçons à
son encontre, et se termine par la notification du jugement de dernière instance
(ATF 117 IV 124 consid. 3).
3.1.3 En l’occurrence, le DFF a ouvert le 21 avril 2017 une procédure de droit pénal
administratif contre la banque B. pour soupçons de violation de l’obligation de
communiquer, au sens de l’art. 37 LBA. Le 4 août 2017, le DFF a formellement
dirigé cette procédure contre A. Le prénommé a été informé le même jour par le
DFF qu’il faisait l’objet d’une procédure pour soupçon de violation de l’art. 37
LBA. Une éventuelle violation du principe de célérité ne peut donc s’apprécier,
en ce qui concerne A., qu’à compter de la notification de l’ordonnance d’ouverture
d’instruction du 4 août 2017. Il s’ensuit que le laps de temps s’étant écoulé entre
la dénonciation adressée au DFF par le MP/FR en 2014 et l’ouverture par le DFF
en 2017 de la procédure dirigée contre A. n’est pas déterminant. A cela s’ajoute
qu’aucune inaction depuis 2017 ne peut être reprochée au DFF, celui-ci ayant
mené la procédure sans discontinuer. Une éventuelle violation du principe de
célérité n’apparaît donc pas réalisée.
3.2 Prescription de l’action pénale et validité du prononcé pénal
A. s’est prévalu de la prescription de l’action pénale, au motif que le prononcé
pénal du 5 avril 2018 ne devrait pas être assimilé à un jugement de première
instance interrompant la prescription. Le prononcé pénal serait l’équivalent, en
procédure pénale administrative, de l’ordonnance pénale prévue par les art. 356
ss CPP, car un tel prononcé ne serait pas rendu par un juge indépendant et im-
partial au sens de l’art. 6 CEDH. Dans un autre moyen, A. a soulevé la question
de la nullité ou de l’irrégularité du prononcé pénal du 5 avril 2018, pour cause de
violation de l’art. 68 al. 3 DPA. En raison de sa nullité ou de son irrégularité, le
prononcé pénal du 5 avril 2018 n’aurait pas pu interrompre la prescription de
l’action pénale, de sorte que cette dernière serait acquise. Les deux moyens sou-
levés par A. étant connexes, ils sont traités conjointement.
3.2.1 Conformément à l’art. 67 al. 1 DPA, quiconque est touché par un mandat de
répression ou une ordonnance de confiscation peut faire opposition dans les
- 18 -
trente jours suivant la notification. L’art. 68 al. 1 DPA dispose que l’opposition doit
être adressée par écrit à l’administration qui a rendu le mandat ou l’ordonnance
attaqués. L’opposition doit énoncer des conclusions précises et les faits qui les
motivent; les moyens de preuve doivent être indiqués et, autant que possible,
joints au mémoire (al. 2). Si l’opposition ne satisfait pas aux conditions posées à
l’al. 2 ou si son objet ou ses motifs ne sont pas énoncés avec la clarté nécessaire
et que l’opposition n’apparaît pas d’emblée comme irrecevable, l’opposant se voit
impartir un bref délai supplémentaire pour régulariser son opposition (al. 3). L’op-
posant est averti que, s’il n’a pas fait le nécessaire à l’échéance du délai supplé-
mentaire, l’administration statuera sur le vu du dossier ou que, si les conclusions,
les motifs ou la signature font défaut, l’administration n’entrera pas en matière
(al. 4).
Les al. 3 et 4 de l’art. 68 DPA constituent le pendant, en droit pénal administratif,
de l’art. 52 al. 2 et 3 de la loi sur la procédure administrative du 20 décembre 1968
(PA; RS 172.021) (KURT HAURI, Verwaltungsstrafrecht, Bundesgesetz vom
22. März 1974 über das Verwaltungsstrafrecht, 1998, p. 148; RENATE SCHWOB,
Verwaltungsstrafrecht des Bundes V, in SJK Karten 1985, n° 1290, p. 22). Il res-
sort de la jurisprudence en lien avec l’art. 52 al. 2 PA, qui peut être transposée
au cas d’espèce, que cette disposition trouve son fondement dans la volonté
d’éviter tout formalisme excessif en permettant à l’intéressé de réparer une omis-
sion. Bien que la loi ne fasse pas de distinction à ce sujet entre l’omission volon-
taire et l’omission involontaire, il faut considérer que le législateur visait l’omission
involontaire. L’octroi d’un délai supplémentaire ne vise en effet pas à réparer le
vice d’un acte par définition imparfait. Sinon, on en arriverait à admettre une autre
irrégularité, à savoir le non-respect du délai (ATF 121 II 252 consid. 4b). Ainsi, si
le recourant dépose un acte dont il connaît l’irrégularité en comptant sur l’octroi
d’un délai pour en réparer le vice initial, son comportement, qui tend à l’obtention
d’une prolongation de délai pour corriger l’impossibilité de déposer en temps utile
son recours, s’apparente à un abus de droit et il ne se justifie pas de le protéger
(ATF 142 I 10 consid. 2.4.7; 121 II 252 consid. 4b; arrêt du Tribunal fédéral
6B_51/2015 du 28 octobre 2015 consid. 2.2).
3.2.2 En cas d’opposition, l’administration reconsidère le mandat ou l’ordonnance at-
taqués à l’égard de tous ceux qui sont touchés ; elle peut ordonner un débat oral
et compléter l’enquête (art. 69 al. 1 DPA). Après son nouvel examen, l’adminis-
tration suspend l’enquête ou rend un prononcé pénal ou un prononcé de confis-
cation (art. 70 al. 1, 1ère phrase, DPA). Le prononcé doit être motivé; au surplus,
les dispositions de l’art. 64 DPA sur le contenu et la notification du mandat de
répression sont applicables par analogie (art. 70 al. 2 DPA).
- 19 -
3.2.3 En vertu de l’art. 71 DPA, à la requête ou avec l’assentiment de l’opposant, l’ad-
ministration peut traiter l’opposition comme une demande de jugement par le tri-
bunal. Dans les cas où le prévenu est décidé à vouloir porter son cas devant un
tribunal – possibilité qui lui est offerte par l’art. 21 al. 2 DPA –, une procédure
d’opposition serait alors purement formelle et aurait pour effet de prolonger inuti-
lement la procédure. La norme de l’art. 71 DPA est ainsi justifiée eu égard au
principe de célérité. Dans tous les cas, la décision de traiter l’opposition comme
une demande de jugement par le tribunal est soumise à l’appréciation de l’admi-
nistration (cf. le verbe « peut » de l’art. 71 DPA). L’administration renoncera en
principe à déférer la cause directement au tribunal lorsque le risque existe que la
prescription puisse être acquise en raison du retard qu’engendre inévitablement
le renvoi d’une affaire à l’autorité judiciaire (ANDREAS EICKER/FRIEDRICH
FRANK/JONAS ACHERMANN, Verwaltungsstrafrecht und Verwaltungsstrafverfa-
hrrensrecht, 2012, p. 259).
3.2.4 Selon l’art. 98 CP, applicable aux contraventions par renvoi de l’art. 104 CP, la
prescription court dès le jour où l’auteur a exercé son activité coupable (let. a);
dès le jour du dernier acte si cette activité s’est exercée à plusieurs reprises (let.
b) ; dès le jour où les agissements coupables ont cessé s’ils ont eu une certaine
durée (let. c). La prescription ne court plus si, avant son échéance, un jugement
de première instance a été rendu (art. 97 al. 3 CP).
Selon la jurisprudence, il faut entendre par jugement de première instance, au-
delà duquel la prescription ne court plus, un jugement de condamnation ou d’ac-
quittement (ATF 142 IV 276 consid. 5.2; 139 IV 62 consid. 1.5). Dans le cas d’af-
faires pénales administratives, le prononcé pénal de l’administration (art. 70
DPA), qui succède au mandant de répression (art. 64 DPA), est assimilé à un
jugement de première instance au sens de l’art. 97 al. 3 CP et constitue la déci-
sion déterminante qui met fin à la prescription (ATF 142 IV 276 consid. 5.2; 139
IV 62 consid. 1.2; arrêts du Tribunal fédéral 6B_207/2017 du 11 septembre 2017
consid. 1.5 et 6B_1304/2017 du 25 juin 2018 consid. 2.3.3 et 2.4.2). En effet, en
procédure administrative, le prévenu jouit d’un large droit de participation. A la
suite d’un mandat de répression établi sommairement, l’administration doit ré-
examiner le dossier et rendre un prononcé pénal motivé en application de l’art. 70
DPA. De la même manière qu’un jugement de première instance, le prononcé
pénal doit reposer sur une base circonstanciée (umfassende Grundlage) et être
rendu dans une procédure contradictoire (ATF 133 IV 112 consid. 9.4.4; arrêts
du Tribunal fédéral 6B_1304/2017 du 25 juin 2018 consid. 2.4.2 et 6B_207/2017
du 11 septembre 2017 consid. 1.5). Cela signifie que l’opposition contre le man-
dat de répression, au sens de l’art. 68 al. 2 DPA, doit être motivée. La nature
contradictoire de la procédure réside également dans la possibilité offerte à l’ad-
ministration d’ordonner un débat oral à la suite d’une opposition (art. 69 al. 1
- 20 -
DPA) (arrêt du Tribunal fédéral 6B_1304/2017 du 25 juin 2018 consid. 2.4.2).
Contrairement au prononcé pénal, l’ordonnance pénale au sens du CPP ne cons-
titue pas un jugement de première instance, mais une simple proposition de ju-
gement soumise à l’acceptation du prévenu. Le Tribunal fédéral assimile l’ordon-
nance pénale au mandat de répression, compte tenu de la base sommaire sur
laquelle ces deux prononcés sont rendus (arrêts du Tribunal fédéral 1304/2017
du 25 juin 2018 consid. 2.3.3 et 6B_207/2017 du 11 septembre 2017 consid. 1.5).
3.2.5 Conformément à l’art. 52 LFINMA, la poursuite des contraventions à la LBA se
prescrit par sept ans. L’obligation de communiquer selon l’art. 9 al. 1 LBA naît
dès que l’intermédiaire financier sait ou présume, sur la base de soupçons fon-
dés, que les valeurs patrimoniales impliquées dans la relation d’affaires pour-
raient remplir l’un des cas de figure de cette disposition. Lorsque la relation d’af-
faire est durable, l’intermédiaire financier, qui sait ou présume que les valeurs
patrimoniales impliquées dans cette relation pourraient remplir les conditions de
l’art. 9 LBA et qui omet de procéder à la communication, agit en permanence de
manière illicite. Le défaut de communication prévu à l’art. 37 LBA prend dans ce
cas la forme d’un délit continu (ATF 142 IV 276 consid. 5.4.2).
3.2.6 En l’espèce, s’agissant du premier moyen soulevé par A., à savoir celui de la
prescription de l’action pénale, il y a lieu de relever que le Tribunal fédéral a ré-
cemment confirmé sa jurisprudence, bien que critiquée en doctrine, à teneur de
laquelle un prononcé pénal équivaut à un jugement de première instance sous
l’angle de la prescription (arrêt du Tribunal fédéral 6B_1304/2017 du 25 juin 2018
consid. 2.4.2). Dans le présent cas, les faits reprochés à A. au chapitre de l’art.
37 LBA sont survenus entre le 16 mai 2011 et le 6 juin 2011 et le prononcé pénal
a été rendu le 5 avril 2018, soit avant l’échéance du délai de prescription de sept
ans.
3.2.7 S’agissant du deuxième grief soulevé par A., à savoir celui relatif à la validité du
prononcé pénal, il convient de relever que le DFF a été saisi de la présente affaire
à la suite d’une dénonciation au MP/FR par le Tribunal pénal économique du
canton de Fribourg, lequel avait à juger d’une procédure pénale dirigée contre F.
pour blanchiment d’argent et faux dans les titres. Le MP/FR avait ouvert une pro-
cédure pénale contre la banque B., respectivement contre deux collaborateurs
de la banque, pour blanchiment d’argent par omission, et transmis au DFF, pour
raison de compétence, la dénonciation du Tribunal pénal économique du canton
de Fribourg concernant l’éventuelle violation de l’obligation de communiquer au
sens de l’art. 37 LBA. Le MP/FR a transmis au DFF le dossier pénal en sa pos-
session, constitué au terme d’une instruction complète, laquelle a compris no-
tamment plusieurs auditions d’employés de la banque B. C’est sur la base d’un
- 21 -
dossier complet établi par l’autorité cantonale que le DFF a pu rendre son pro-
noncé pénal le 5 avril 2018, conformément aux exigences imposées par la DPA.
En ce qui concerne le caractère contradictoire de la procédure administrative, il
faut relever que, le 7 février 2018, A. a, par l’intermédiaire de son conseil, déclaré
former opposition au mandat de répression du 6 février 2018. A la même occa-
sion, il a demandé à ce que son opposition soit traitée comme une demande de
jugement par le tribunal, conformément à l’art. 71 DPA. Il n’a toutefois présenté
aucune motivation à l’appui de son opposition, ni proposé d’offres de preuve. De
surcroît, il n’a formulé aucune conclusion sur le fond, contrairement à ce que
prévoit l’art. 68 al. 2 DPA. Dans ces circonstances, il apparaît que c’est intention-
nellement qu’A. a soumis au DFF une opposition qui ne remplissait pas les exi-
gences légales de l’art. 68 al. 2 DPA, au motif qu’il comptait réserver son argu-
mentation et ses réquisitions au tribunal (TPF 3.521.003). L’omission d’A. de mo-
tiver son opposition et de fournir des moyens de preuve ne pouvait donc pas être
interprétée comme une omission involontaire. Au contraire, assisté d’un avocat
expérimenté, A. devait savoir que sa demande de jugement par un tribunal était
soumise à l’appréciation de l’administration et que cette dernière avait le loisir de
la refuser. Il devait donc s’assurer que son opposition remplissait les conditions
légales, pour le cas où sa demande de jugement par un tribunal serait rejetée.
Alors que le prévenu, par l’intermédiaire de son conseil, avait formé une opposi-
tion qu’il savait incomplète, le DFF pouvait en déduire qu’il renonçait intention-
nellement à motiver son opposition et à fournir des moyens de preuve et, partant,
à faire usage de son droit d’être entendu. Dès lors, c’est à juste titre que le DFF
n’a pas imparti à A. un délai supplémentaire pour régulariser son opposition. De
même, le DFF pouvait, compte tenu du dossier cantonal complet en sa posses-
sion, renoncer à ordonner un débat oral ou à compléter l’enquête, et rendre son
prononcé pénal du 5 avril 2018 sans instruction complémentaire.
3.2.8 En conclusion, il résulte de la constellation très particulière du cas d’espèce que
le DFF n’a pas violé le droit d’être entendu d’A. Il s’ensuit que le prononcé pénal
du 5 avril 2018 apparaît valable et qu’il a interrompu la prescription de l’action
pénale avant son échéance.
3.3 Modification et compléments de l’accusation
3.3.1 Au chapitre des questions préjudicielles, le DFF a présenté au tribunal une re-
quête visant à modifier et compléter l’accusation. En application de l’art. 333 al. 1
et 2 CPP, le DFF a requis qu’il puisse modifier et compléter l’accusation et con-
clure à ce qu’A. soit condamné, principalement, pour violation intentionnelle de
l’obligation de communiquer, au sens de l’art. 37 LBA, et, subsidiairement, pour
violation par négligence de cette obligation. Le DFF a justifié sa requête au regard
de la réserve au sens de l’art. 344 CPP formulée par le tribunal.
- 22 -
3.3.2 En vertu de l’art. 82 DPA, sauf disposition contraires des art. 73 à 81 DPA, la
procédure devant les tribunaux cantonaux et la procédure devant le Tribunal pé-
nal fédéral sont régies par les dispositions pertinentes du CPP.
3.3.3 Selon l’art. 333 CPP, le tribunal donne au ministère public la possibilité de modi-
fier l’accusation lorsqu’il estime que les faits exposés dans l’acte d’accusation
pourraient réunir les éléments constitutifs d’une autre infraction, mais que l’acte
d’accusation ne répond pas aux exigences légales (al. 1). Lorsqu’il appert durant
les débats que le prévenu a encore commis d’autres infractions, le tribunal peut
autoriser le ministère public à compléter l’accusation (al. 2). L’accusation ne peut
pas être complétée lorsque cela aurait pour effet de compliquer indûment la pro-
cédure, de modifier la compétence du tribunal ou s’il se révèle qu’il y a eu com-
plicité ou participation à l’infraction. Dans ces cas, le ministère public ouvre une
procédure préliminaire (al. 3).
3.3.4 La requête du DFF aurait pour effet que l’accusation doive lui être renvoyée, afin
qu’il puisse la modifier et la compléter en mentionnant les faits qui permettraient
de retenir une violation intentionnelle de l’obligation de communiquer, au sens de
l’art. 37 al. 1 LBA. Un tel renvoi impliquerait cependant l’administration de nou-
velles preuves, ce qui constituerait une complication indue de la procédure pros-
crite par l’art. 333 al. 3 CPP (cf. JEREMY STEPHENSON/ROBERTO ZALUNARDO-WAL-
SER, in Basler Kommentar, Schweizerische Strafprozessordnung, 2e éd., 2014,
n° 9 ad art. 333 CPP). Quant à l’hypothèse de l’art. 333 al. 2 CPP, elle n’est pas
réalisée, car il n’est pas apparu, durant les débats, qu’A. aurait commis une autre
infraction que la violation de l’art. 37 LBA qui lui a été reprochée. Dans ces con-
ditions, la requête du DFF visant à pouvoir modifier et compléter l’accusation a
été rejetée.
4. Obligation de communiquer (art. 9 et 37 LBA)
4.1 En vertu de l’art. 37 al. 1 LBA, dans sa teneur en vigueur jusqu’au 31 décembre
2015, celui qui, intentionnellement, enfreint l’obligation de communiquer prévue
à l’art. 9 LBA est puni d’une amende de CHF 500'000.- au plus. Si l’auteur a agi
par négligence, l’amende est de CHF 150'000.- au plus (al. 2).
Dans sa teneur en vigueur jusqu’au 31 décembre 2015, l’art. 9 al. 1 let. a LBA
prévoyait que l’intermédiaire financier informe immédiatement le Bureau de com-
munication en matière de blanchiment d’argent s’il sait ou présume, sur la base
de soupçons fondés, que les valeurs patrimoniales impliquées dans la relation
d’affaires ont un rapport avec une des infractions mentionnées aux art. 260ter
- 23 -
ch. 1 ou 305bis CP (ch. 1), proviennent d’un crime (ch. 2), sont soumises au pou-
voir de disposition d’une organisation criminelle (ch. 3) ou servent au financement
du terrorisme (art. 260quinquies al. 1 CP) (ch. 4).
4.2 Le comportement punissable en vertu de l’art. 37 LBA est l’absence de commu-
nication, au sens de l’art. 9 LBA, malgré la connaissance d’un état de fait soumis
à cette obligation (WERNER DE CAPITANI, in Kommentar Einziehung, organisiertes
Verbrechen und Geldwäscherei, Vol. II, 2002, n° 17 ad art. 37 LBA ; DAVE ZOL-
LINGER, in Geldwäschereigesetz, Kommentar, 3e éd. 2019 [ci-après: GwG-Kom-
mentar], n° 7 ad art. 37 LBA). Pour que l’obligation de communiquer au sens de
l’art. 9 LBA, en lien avec l’art. 37 LBA, soit violée, les quatre conditions cumula-
tives suivantes doivent être remplies: l’auteur doit être un intermédiaire financier
(voir infra consid. 4.3); des valeurs patrimoniales doivent être impliquées dans
une relation d’affaires (voir infra consid. 4.4); l’intermédiaire financier doit savoir
ou présumer, sur la base de soupçons fondés, que ces valeurs patrimoniales ont
un rapport avec une infraction au sens des art. 260ter ou 305bis CP, qu’elles pro-
viennent d’un crime, qu’elles sont soumises au pouvoir de disposition d’une or-
ganisation criminelle ou servent de financement du terrorisme (voir infra consid.
4.5); la communication au MROS doit avoir été omise ou faite tardivement (voir
infra consid. 4.6). Ces conditions sont reprises dans l’ordre.
4.3
4.3.1 La contravention à l’art. 37 LBA est un délit propre pur. Elle ne peut être commise
que par une personne soumise à l’obligation de communiquer, au sens de
l’art. 9 LBA, à savoir un intermédiaire financier (WERNER DE CAPITANI, op. cit., n°9
ad art. 37 LBA). La notion d'intermédiaire financier est définie à l'art. 2 al. 2 LBA.
Selon cette disposition, sont notamment réputées intermédiaires financiers les
banques au sens de la loi fédérale du 8 novembre 1934 sur les banques et les
caisses d’épargnes (loi sur les banques, LB; RS 952.0).
4.3.2 En l’espèce, il n’est pas douteux que la banque B., en tant que société anonyme
dont le but consiste en l’exploitation d’une banque, entre dans la notion d’inter-
médiaire financier consacrée à l’art. 2 al. 2 LBA.
4.4
4.4.1 L’obligation de communiquer au sens de l’art. 9 LBA n’existe qu’en présence de
valeurs patrimoniales impliquées dans une relation d’affaires (WERNER DE CAPI-
TANI, op. cit., n° 46 ad art. 9 LBA). Dans le contexte de la lutte contre le blanchi-
ment d’argent, la notion de « valeur patrimoniale » recouvre tout objet ayant prin-
cipalement une valeur économique (arrêt du Tribunal fédéral 6B_313/2008 du 25
juin 2008 consid. 2.2). Cette notion doit se comprendre de manière large et elle
- 24 -
englobe notamment les transactions financières (WERNER DE CAPITANI, op. cit.,
n° 49 ad art. 9 LBA; DANIEL THELESKLAF, in GwG-Kommentar, n° 9 ad art. 9 LBA).
4.4.2 En l’occurrence, F. a ouvert, en date du 11 mai 2011, la relation n° 1 auprès de
la banque B. et une somme de EUR 350'000.- a transité sur ce compte. La con-
dition relative à l’existence d’une relation d’affaires et à la présence de valeurs
patrimoniales est dès lors remplie.
4.5
4.5.1 S’agissant de la troisième condition de l’art. 37 LBA, l’intermédiaire financier doit
savoir ou présumer, sur la base de soupçons fondés, que les valeurs patrimo-
niales ont un rapport avec une infraction au sens de l’art. 260ter ou 305bis CP,
qu’elles proviennent d’un crime, qu’elles sont soumises au pouvoir de disposition
d’une organisation criminelle ou qu’elles servent au financement du terrorisme
(art. 260quinquies al. 1 CP). Autrement dit, l’intermédiaire doit savoir ou présumer,
sur la base de soupçons fondés, que les valeurs patrimoniales sont liées à une
infraction. « Savoir » signifie que l’intermédiaire financier ne possède aucun
doute sur l’existence de ce lien (WERNER DE CAPITANI, op. cit., n° 34 à 38 ad art. 9
LBA; DANIEL THELESKLAF, in GwG-Kommentar, n° 10 ad art. 9 LBA). S’agissant
du soupçon, celui-ci n’a pas à atteindre un degré tel qu’il confine à la certitude. Il
n’appartient pas à l’intermédiaire financier de rechercher systématiquement, lors
de chaque transaction, un éventuel comportement délictueux. Il est cependant
tenu d’agir avec la vigilance requise par les circonstances (Message relatif à la
loi fédérale concernant la lutte contre le blanchissage d’argent dans le secteur
financier du 17 juin 1996 [ci-après: Message LBA], FF 1996 III 1057, p. 1086).
Un soupçon est fondé lorsqu’il repose sur des circonstances insolites qui ont été
recueillies avec soin par l’intermédiaire financier (arrêt du Tribunal fédéral
4A_313/2008 du 27 novembre 2008 consid. 4.2.2.3). Ces circonstances sont re-
cueillies au moyen des clarifications particulières effectuées par l’intermédiaire
financier sur la base de l’art. 6 LBA (cf. infra consid. 5.5.3). Il s’ensuit qu’un soup-
çon sera toujours fondé lorsque ces clarifications particulières n’ont pas permis
de renverser la présomption selon laquelle les valeurs patrimoniales sont liées à
une infraction (WERNER DE CAPITANI, op. cit., n° 10 ad art. 9 LBA; DANIEL THELES-
KLAF, in GwG-Kommentar, n° 10 ad art. 9 LBA). Les circonstances qui peuvent
être à l’origine de soupçons fondés sont multiples. A titre d’exemples, la doctrine
évoque l’urgence d’une transaction financière, l’impossibilité de contacter le
client, le refus de ce dernier de fournir les informations nécessaires pour la clari-
fication de l’arrière-plan économique de la transaction ou de la relation d’affaires,
ou l’évocation par les médias de l’ouverture d’une procédure pénale concernant
un crime contre le client ou l’ayant droit économique des valeurs patrimoniales
impliquées dans la relation d’affaires (WERNER DE CAPITANI, op. cit., n° 40 ad
- 25 -
art. 9 LBA; DANIEL THELESKLAF, in GWG-Kommentar, n° 10 ad art. 9 LBA). Des
soupçons sont aussi considérés comme fondés lorsqu’il existe des signes con-
crets ou des indices qui font par exemple craindre une origine criminelle des va-
leurs patrimoniales (WERNER DE CAPITANI, op. cit., n° 40 ad art. 9 LBA; Message
LBA, p. 1086). En cas de doute, l’intermédiaire financier doit procéder à la com-
munication au sens de l’art. 9 LBA. En effet, la jurisprudence a retenu que si
l’intermédiaire a un simple doute sur le fait que, par exemple, les valeurs patri-
moniales proviennent d’un acte criminel, il doit faire une communication au
MROS (arrêt du Tribunal fédéral 4A_313/2008 du 27 novembre 2008 consid.
4.2.2.3 et les références citées).
4.5.2 En l’occurrence, il s’agit de déterminer, dans une perspective ex ante, si les per-
sonnes responsables au sein de la banque B. avaient ou auraient dû avoir des
soupçons et si, le cas échéant, elles ont effectué les clarifications prévues à
l’art. 6 LBA permettant d’écarter les éventuels doutes créés par les circons-
tances. Le fait qu’a posteriori les valeurs patrimoniales pouvaient effectivement
provenir d’un crime n’est pas déterminant (arrêt du Tribunal fédéral 6B_503/2015
du 24 mai 2016 consid. 2.7 non publié in ATF 142 IV 276).
4.5.3 Dans sa teneur en vigueur jusqu’au 31 décembre 2015, l’art. 6 al. 2 LBA prévoyait
que l’intermédiaire financier doit clarifier l’arrière-plan économique et le but d’une
transaction ou d’une relation d’affaires lorsque la transaction ou la relation d’af-
faires paraissent inhabituelles, sauf si leur légalité est manifeste (let. a) ou lors-
que des indices laissent supposer que des valeurs patrimoniales proviennent
d’un crime ou qu’une organisation criminelle exerce un pouvoir de disposition sur
ces valeurs (art. 260ter ch. 1 CP) (let. b). Selon le message du Conseil fédéral,
lorsque l'intermédiaire financier dispose d'indices lui permettant de soupçonner
que la transaction qu'il doit effectuer pourrait servir au blanchiment d'argent, ses
obligations vont au-delà de la vérification de l'identité du cocontractant et de
l'identification de l'ayant droit économique. Dès l'instant où il nourrit des soup-
çons, il doit poursuivre ses investigations jusqu'à ce qu'il sache ce qu'il en est:
soit la transaction qui paraissait suspecte est régulière, soit ses soupçons étaient
fondés et il y a lieu d'en référer au Bureau de communication conformément à
l'art. 9 al. 1 LBA. Pour pouvoir trancher cette question, l'intermédiaire doit clarifier
l'arrière-plan économique et le but de la transaction (Message LBA, p. 1083).
L'art. 6 al. 2 let. a in fine LBA prévoit que la clarification de l'arrière-plan écono-
mique et du but d'une transaction ou d'une relation d'affaires n'est pas nécessaire
si leur légalité est manifeste. La doctrine est d'avis que cette condition ne doit
pas être interprétée de manière formelle et que la notion de "légalité" (Rechtmäs-
sigkeit) de l'art. 6 al. 2 let. a in fine LBA ne doit pas être comprise dans le sens
de "conformité à la loi" (Gesetzeskonformität). Pour la doctrine, l'exigence de la
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"légalité manifeste" est remplie lorsque la transaction ou relation d'affaires appa-
raît "normale et en ordre" aux yeux de l'intermédiaire financier. Une interprétation
formelle de cette exigence aurait sinon pour effet de contraindre ce dernier à
requérir un avis de droit pour chaque transaction ou relation d'affaires paraissant
inhabituelle, ce qui ne saurait être exigé de lui (WERNER DE CAPITANI, op. cit.,
n° 49 ad art. 6 LBA; MICHAËL REINLE, Die Meldepflicht im Geldwäschereigesetz,
thèse, Zurich/Saint-Gall 2007, n° 416, p. 131; RALPH WYSS, in GwG-Kommentar,
n° 7 ad art. 6 LBA).
4.5.4 Conformément à l’art. 13 al. 1 OBA-FINMA, dans sa version en vigueur jusqu’au
31 décembre 2015, l’intermédiaire financier fixe des critères de détection des
transactions présentant des risques accrus. En vertu de l’al. 2, entrent notam-
ment en considération, selon le domaine d’activité de l’intermédiaire financier,
l’importance des entrées et sorties de valeurs patrimoniales (let. a), l’existence
de divergences significatives par rapport à la nature, au volume ou à la fréquence
des transactions pratiquées habituellement dans le cadre de la relation d’affaires
(let. b) ou l’existence de divergences significatives par rapport à la nature, au
volume ou à la fréquence des transactions pratiquées habituellement dans le
cadre de relations d’affaires comparables (let. c). L’annexe à l’OBA-FINMA, dans
sa version en vigueur au moment des faits, énonce certaines situations dans
lesquelles les transactions présentent des risques particuliers de blanchiment,
soit notamment lorsque leur but économique n’est pas reconnaissable, voire
lorsqu’elles apparaissent absurdes d’un point de vue juridique (indice A3) ou lors-
que les valeurs patrimoniales sont retirées peu de temps après avoir été portées
en compte (compte de passage), pour autant que l’activité du client ne rende pas
plausible un tel retrait immédiat (indices A4 et A30). Selon l’art. 14 al. 1 OBA-
FINMA, dans sa version en vigueur jusqu’au 31 décembre 2015, en cas de rela-
tion d’affaires ou de transactions présentant des risques accrus, l’intermédiaire
financier entreprend, dans une mesure proportionnée aux circonstances, des cla-
rifications complémentaires. Selon les circonstances, il y a lieu d’établir notam-
ment si le cocontractant est l’ayant droit économique des valeurs patrimoniales
remises (let. a), quelle est l’origine des valeurs patrimoniales remises (let. b), à
quelle fin les valeurs patrimoniales prélevées sont utilisées (let. c), quel est l’ar-
rière-plan économique des versements entrants importants et si ceux-ci sont
plausibles (let. d), quelle est l’origine de la fortune du cocontractant et de l’ayant
droit économique (let. e), quelle activité professionnelle ou commerciale exercent
le cocontractant et l’ayant droit économique (let. f), si le cocontractant ou l’ayant
droit économique sont des personnes politiquement exposées (let. g) et, pour,
les personnes morales, par qui elles sont contrôlées (let. h).
4.5.5 A teneur du renvoi pour jugement du 22 juin 2018, il existait, au moment de l’en-
tretien entre C. et A. le 16 mai 2011, un soupçon fondé de l’origine criminelle des
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valeurs patrimoniales ayant transité sur le compte n° 1, respectivement d’un lien
de ces valeurs patrimoniales avec le blanchiment d’argent, qui imposait de com-
muniquer la situation au MROS. Selon le DFF, ce soupçon se fondait sur plu-
sieurs indices. S’agissant tout d’abord de l’attestation de prêt du 9 mai 2011, qui
a été remise par F., ce document ne comportait pas d’entête et ne permettrait
pas d’établir l’identité exacte du prêteur. Ce document renfermait également de
nombreuses fautes d’orthographe et la signature de K. ne correspondrait pas à
celle figurant sur sa pièce d’identité. Les conditions du prêt ne correspondraient
pas non plus à ce qui se pratique habituellement dans le monde des affaires, au
point que la transaction serait absurde d’un point de vue économique. S’agissant
ensuite du courrier électronique de T. du 13 mai 2011, le DFF a relevé que le but
du versement qui y était indiqué, soit un « dépôt sur enchères », serait en con-
tradiction avec l’attestation de prêt, de même qu’avec les ordres de virement qui
ont été donnés par le client. La chaîne des courriers électroniques figurant sur le
format papier de ce courrier électronique ne serait pas compréhensible et la qua-
lité du français employé dans le courrier électronique serait douteuse. De plus, il
serait étonnant que l’attestation ait été délivrée par K. (« Je soussigné, Monsieur
K.... »), alors que le courrier électronique a été signé et envoyé par T. Enfin, les
explications données par F. lors de l’ouverture du compte n° 1 sur l’arrière-plan
économique des transactions en cause serait confuses.
4.5.6 En lien avec les éléments précités, il faut relever, afin de bien sérier le débat, que
seule la responsabilité pénale d’A. est concernée par la présente procédure, et
non la responsabilité pénale de la banque B. dans son ensemble. Il s’ensuit que
seul le moment à partir duquel A. a été informé de la situation litigieuse et a eu,
ou aurait dû avoir, des soupçons est déterminant pour l’appréciation d’une éven-
tuelle violation de l’art. 37 LBA.
L’arrivée sur le compte n° 1 d’un montant de EUR 350'000.-, de même que le
souhait de F. de retirer CHF 100'000.- en espèces et de répartir la somme res-
tante sur divers comptes bancaires, constituent des opérations présentant objec-
tivement des risques accrus, dans la mesure où le client a souhaité transférer les
valeurs patrimoniales créditées immédiatement après les avoir reçues et retirer
un important montant en espèces. Il est établi qu’après avoir été sollicitée en vue
d’une recommandation, C., Compliance Officer à Z., a requis de S., conseillère
à la clientèle suppléante, qu’elle obtienne des informations complémentaires au-
près de F. Le 16 mai 2011, S. a transmis à C. trois documents remis par F., à
savoir une attestation de prêt, une copie de la carte d’identité de K. et une copie
de l’extrait du registre du commerce de la société E. C. a également été avisée
que Maître Nicolas Riedo, le conseil de F., avait insisté sur l’urgence de l’affaire,
tout en évoquant la possibilité d’une action en dommages-intérêts contre la
- 28 -
banque B. au cas où les ordres donnés par F. n’étaient pas exécutés avec dili-
gence. Le courrier rédigé par Maître Riedo, par lequel il a confirmé sa constitu-
tion, a également été transmis à C. En revanche, il n’est pas établi que C. a eu
connaissance, en sus des documents et des informations précitées, de l’email
de T. daté du 13 mai 2011. En effet, il ressort du résumé établi par la banque B.
(MP/FR 9057) et des déclarations de C. (MP/FR 3009; R.9 ss, TPF 3.761.003 s.)
qu’elle n’a pas eu connaissance de ce courrier électronique. A cet égard, bien
que Maître Dominique Dreyer, qui a assisté C. devant le MP/FR, ait mentionné,
dans la prise de position qu’il a adressée au MP/FR le 15 décembre 2014, que
S. avait communiqué le 16 mai 2011 à C. l’email du 13 mai 2011 de T., cette
affirmation n’est corroborée par aucun autre élément du dossier. L’écriture de
Maître Dreyer ne permet donc pas, en l’absence d’autres éléments, de retenir
avec une certitude suffisante que C. avait effectivement reçu et pris connais-
sance du courrier électronique de T. le 16 mai 2011. Par ailleurs, il n’est pas
complètement exclu que l’affirmation de Maître Dreyer soit le résultat d’une erreur
ou d’une confusion. Un doute sérieux subsistant en la matière, il est retenu que
C. n’a pas eu connaissance de l’email du 13 mai 2011 précité. Cet élément n’est
cependant pas déterminant pour la résolution du litige. En effet, les auditions de
C. et d’A. ont permis d’établir que ces derniers se sont entretenus dans la mati-
née du 16 mai 2011, sur la base des informations que C. avait reçues de S. et
des documents susmentionnés, qui lui ont été remis (MP/FR 9057; audition d’A.,
R.15 ss, TPF 3.731.005 ; audition de C., R.11 ss, TPF 3.761.004). C’est donc à
la lumière de ces éléments qu’il y a lieu de déterminer si, le 16 mai 2011, une
obligation de communiquer au MROS s’imposait à A.
4.5.7 Il résulte de l’attestation de prêt datée du 9 mai 2011 qu’aucun intérêt n’était dû
par F. pour le prêt qui lui a été consenti et que la date de remboursement devait
être définie par les parties ultérieurement. Bien que les conditions de ce prêt
puissent paraître inhabituelles, elles sont néanmoins valables. Ainsi, à teneur de
l’art. 313 al. 1 CO, un prêt de consommation peut être conclu sans intérêts. Un
terme de restitution n’est pas non plus obligatoire, compte tenu du délai légal de
six semaines après première réquisition prévu par l’art. 318 CO. Le droit français
connaît une règlementation similaire à celle des art. 313 et 318 CO (cf. art. 1900
et 1901 du code civil français). Dès lors, si le but économique du versement
d’EUR 350'000.- ne ressort pas clairement de l’attestation de prêt, il n’en de-
meure pas moins que les conditions de ce prêt apparaissent valables, ce qui
exclut qu’il puisse être qualifié d’absurde. Dans ces circonstances, les conditions
du contrat de prêt, quoique qu’inhabituelles, ne sont pas propres, à elles seules,
à fonder un soupçon d’origine criminelle des valeurs patrimoniales ou de blan-
chiment d’argent.
- 29 -
En ce qui concerne les fautes d’orthographe contenues dans l’attestation de prêt,
elles ne sont pas non plus déterminantes. S’il est vrai qu’il manque plusieurs
accents, il ne s’agit pas de fautes grossières propres à mettre en doute la véracité
du prêt. L’abréviation « Mr » en lieu et place de « M. », de même que les impré-
cisions syntaxiques et juridiques (notamment l’imprécision quant à l’identité du
prêteur), ne fondent pas non plus le soupçon d’une éventuelle origine criminelle
des fonds en question. Au contraire, C. et A. pouvaient raisonnablement consi-
dérer que le contrat de prêt avait été rédigé par une personne dépourvue de
formation juridique et avec des compétences orthographiques moyennes, sans
que cela ne constitue pour autant un indice d’une provenance criminelle des
avoirs ou de blanchiment d’argent. Lors de son audition par le MP/FR, D. a d’ail-
leurs indiqué que les clients commettaient souvent des fautes d’orthographe,
sans que cela ne soit un motif pour refuser la relation d’affaires (MP/FR 3013).
Pour sa part, C. a déclaré avoir effectivement relevé que l’attestation n’avait pas
été rédigée par une personne ayant des connaissances juridiques, mais que son
contenu restait crédible. Elle n’avait pour le reste « pas relevé plus de fautes que
ça » (MP/FR 3007). Aux débats, elle a ajouté que ce n’était pas la première fois
qu’elle voyait des fautes d’orthographe dans un document remis par un client et
que de telles fautes ne constituaient pas un indice de blanchiment dans la pra-
tique bancaire (R.51, TPF 3.761.011). Quant à H., directeur adjoint de la banque
B., il a affirmé à son tour aux débats qu’il constatait fréquemment des erreurs
dans les documents qui émanent de clients de la banque (R.29, TPF 3.762.010).
Il s’ensuit que les fautes d’orthographe contenues dans l’attestation de prêt ne
constituaient pas des indices suffisants pour supposer que la somme prêtée pro-
venait d’un crime ou qu’elle soit liée à du blanchiment. L’absence d’entête de la
société E. sur l’attestation de prêt n’est pas non plus incohérente, dans la mesure
où la déclaration a été rédigée au nom de K., et non de la société E.
S’agissant de la signature de K. figurant sur l’attestation de prêt, le DFF a retenu
qu’elle ne correspondrait pas à celle figurant sur la pièce d’identité de K. A cet
égard, il faut relever que la copie de la carte d’identité de K. figurant au dossier
est de très mauvaise qualité et qu’elle rend difficile, si ce n’est impossible, une
comparaison sérieuse entre les deux signatures. Il n’apparaît cependant pas que
la signature de K., telle que figurant sur l’attestation de prêt, aurait été imitée
grossièrement.
S’agissant de l’email de T. du 13 mai 2011, même s’il fallait retenir que C. en
avait effectivement eu connaissance, il ne permettrait pas non plus de retenir
l’existence de soupçons fondés d’une provenance criminelle des avoirs ou de
blanchiment d’argent. En effet, le terme de « dépôt sur enchères » utilisé lors de
ce message, bien que peu compréhensible, n’entre pas nécessairement en con-
tradiction avec la notion de prêt. En outre, le fait que cet email ait été rédigé au
- 30 -
nom de K., mais qu’il ait été signé par T., ne constitue pas un indice de blanchi-
ment, dans la mesure où il apparaît que T. était le directeur administratif et finan-
cier de la société E. La chaîne des courriers électroniques figurant sur le format
papier de cet email ne permet pas non plus de mettre en doute la validité de son
contenu. Quant à la qualité moyenne du français employé dans ce courrier élec-
tronique, il est renvoyé aux remarques formulées précédemment.
Enfin, les explications données par F. au moment de l’ouverture du compte n° 1
ne sont pas en contradiction avec les documents dont C. et A. ont disposé. F. a
mentionné que la somme d’EUR 350'000.- provenait d’un prêt et il a produit, pour
justifier ses déclarations, une attestation de prêt, une copie de la carte d’identité
du signataire de l’attestation et un extrait du registre du commerce français at-
testant de l’existence de la société prêteuse. Les déclarations du client ne per-
mettaient dès lors pas non plus d’éveiller des soupçons s’agissant d’une éven-
tuelle provenance criminelle des fonds litigieux.
En conclusion, il est retenu que le Service Compliance de la banque B. a satisfait
à ses obligations de clarifications, en vertu de l’art. 6 LBA, en date du 16 mai
2011. En effet, des informations complémentaires ont d’abord été requises au-
près de F., ce qui a permis à la banque d’obtenir une attestation de prêt. Le fait
que F. ait également été en mesure de fournir une copie de la carte d’identité de
K., signataire de l’attestation de prêt, renforçait la crédibilité de l’attestation de
prêt qu’il avait produite, puisqu’un tel document démontrait qu’il se trouvait, selon
toute vraisemblance, en relation d’affaires avec K. En outre, l’extrait du registre
du commerce français permettait de prouver l’existence de la société E. et le rôle
de président qu’occupait le prénommé. C. et A. ont pris connaissance de ces
informations et ils ont encore effectué des recherches dans la base de données
de la banque B. et sur Internet. Ces recherches leur ont permis de constater
qu’aucune information défavorable concernant F. n’était contenue de la banque
et de s’assurer de l’existence de la société E. L’intervention de Maître Nicolas
Riedo, conseil de F., était aussi de nature à renforcer la conviction de C. et d’A.,
selon laquelle il n’existait pas de soupçon fondé pouvant justifier une communi-
cation au MROS. On ne voit d’ailleurs pas quelles démarches supplémentaires
le Service Compliance aurait pu entreprendre. C. a affirmé devant le MP/FR qu’il
était incompatible avec la pratique et le secret bancaire de prendre contact avec
un donneur d’ordre (MP/FR 3008). Cette explication est parfaitement sensée et
une pareille démarche ne pouvait pas être exigée du Service Compliance. Même
si le Service Compliance avait effectivement contacté le donneur d’ordre, à savoir
K., celui-ci n’aurait pu que confirmer l’existence de la relation d’affaires avec F.,
laquelle existait bel et bien. En outre, le Service Compliance ignorait, en date du
16 mai 2011, que F. avait modifié ses instructions de virement et donné l’ordre
de clôturer le compte n° 1. Par conséquent, les éléments à la disposition de C.
- 31 -
et d’A. le 16 mai 2011 n’étaient pas suffisants pour fonder un soupçon d’origine
criminelle des fonds ou de blanchiment d’argent, qui aurait pu justifier une com-
munication au MROS.
Il s’agit encore d’examiner si un tel soupçon est né postérieurement au
16 mai 2011.
Le 20 mai 2011, le Service juridique de la banque B. a reçu un fax du MP/FR,
par lequel ce dernier l’a informé qu’il était en charge d’une procédure ouverte
pour brigandage qualifié. Le MP/FR a sollicité la production des documents d’ou-
verture du compte détenu par F. auprès de la banque B., sur lequel le versement
de EUR 350'000.- avait été opéré, des relevés du compte en question depuis le
1er janvier 2011, des documents relatifs aux prélèvements et virements opérés
dès la réception du montant de EUR 350'000.-, ainsi que des documents relatifs
à l’annonce faite aux autorités fédérales (i.e. MROS) et aux éventuelles décisions
prises. En outre, le MP/FR a ordonné le blocage des valeurs se trouvant sur le
compte n° 1. Lors de son interrogatoire durant les débats, C. a confirmé avoir
pris connaissance de cette ordonnance le 23 mai 2011, comme cela résulte du
résumé établi par la banque B. dans la procédure conduite par le MP/FR (MP/FR
9058; audition de C., R.30, TPF 3.761.007). S’agissant d’A., C. a déclaré aux
débats l’avoir vraisemblablement informé de la réception de cette ordonnance.
Elle n’a toutefois pas pu établir avec certitude à quel moment elle l’avait fait, pré-
cisant que, dans la mesure où ils travaillaient sur le même étage, à quelques
bureaux l’un de l’autre, elle l’en avait très certainement informé dans la journée
du 23 mai 2011 (R.33, TPF 3.761.008). Pour sa part, A. a expliqué qu’il se sou-
venait avoir été informé de cette ordonnance le 23 mai 2011 (audition d’A., R.33,
TPF 3.731.009). Le 23 mai 2011, C. et A. ont aussi été informés par la conseillère
à la clientèle que les transactions ordonnées par F. avaient été exécutées et que
la relation d’affaires avait été clôturée cinq jour plus tôt (MP/FR 9058; audition
d’A., R.35, TPF 3.731.009).
Il découle de ce qui précède qu’il faut déterminer concrètement si une obligation
de communiquer était née le 23 mai 2011 et si, le cas échéant, l’ordonnance du
20 mai 2011 du MP/FR n’a pas rendu inutile une pareille communication.
4.5.8 Conformément à la jurisprudence du Tribunal fédéral, le but de l’art. 9 LBA est la
poursuite pénale du blanchiment d’argent. Il s’ensuit que l’obligation de commu-
niquer dure aussi longtemps que les valeurs peuvent être découvertes et confis-
quées (ATF 144 IV 391 consid. 3.1).
Dans sa version en vigueur au moment des faits reprochés, soit jusqu’au 31 dé-
cembre 2015, l’art. 3 al. 1 OBCBA prévoyait que les communications et les dé-
nonciations doivent indiquer, au moins: l’intermédiaire financier communiquant,
- 32 -
l’autorité dénonçant l’affaire, ou la personne selon l’art. 305ter al. 2 CP, et pour
chacun d’eux la personne de contact (let. a); les autorités selon l’art. 12 LBA qui
exercent la surveillance sur l’intermédiaire financier (let. b); les données permet-
tant d’identifier le client de l’intermédiaire financier selon l’art. 3 LBA (let. c); les
données permettant d’identifier l’ayant droit économique des fonds selon l’art. 4
LBA (let. d); les données permettant d’identifier d’autres personnes habilitées à
signer ou à représenter le client (let. e); les valeurs patrimoniales impliquées dans
l’affaire au moment de la communication (let. f); une description aussi précise
que possible de la relation d’affaire (let. g); une description aussi précise que
possible des soupçons (let. h); les mesures adoptées (let. i). Les documents re-
latifs aux transactions financières et aux clarifications requises réalisées, de
même que les autres pièces justificatives, doivent être jointes à la communication
(al. 4).
Selon la pratique du MROS, valable depuis l’année 2007 (cf. La pratique du
MROS, Synthèse de la pratique du MROS publiée dans les rapports annuels
depuis 2004, Office fédéral de justice et police DFJP, mars 2016, ch. 8.5, p. 55
s.), une ordonnance de production de pièces ou une décision de séquestre im-
plique toujours l’obligation particulière de clarification prévue à l’art. 6 LBA. Toute
ordonnance de production de pièces ou décision de séquestre doit être formulée
de façon suffisamment concrète, de telle sorte que l’intermédiaire financier invité
à produire des pièces sache précisément ce qu’il doit fournir à l’autorité de pour-
suite pénale. En raison du devoir de diligence découlant de l’établissement de la
relation d’affaires, l’intermédiaire financier ne fournira rien d’autre que ce qui lui
est concrètement demandé par l’autorité de poursuite pénale. Si l’obligation de
clarification de l’intermédiaire financier ne permet d’apporter rien de plus que ce
que l’autorité de poursuite pénale réclame par l’ordonnance de production de
pièces, l’intermédiaire financier peut renoncer à adresser une communication
supplémentaire au MROS car, dans ce cas, une telle communication constitue-
rait un doublon inutile. En revanche, une communication de soupçons doit être
adressée au MROS, conformément à l’art. 9 LBA, lorsque l’obligation particulière
de clarification révèle la présence d’autres éléments qui donnent lieu à un soup-
çon fondé et qui dépassent le cadre des relations avec le client mentionnées
dans l’ordonnance de production de pièces ou dans la décision de séquestre.
4.5.9 En l’espèce, il est établi que le Service Compliance ne disposait pas, le 23 mai
2011, d’éléments nouveaux susceptibles de justifier une communication au
MROS. Les informations que C. avait reçues le 23 mai 2011 (v. supra consid.
B.16) résultaient directement de l’ordonnance de séquestre et de production de
documents que le MP/FR avait adressée au Service juridique de la banque B. le
20 mai 2011. En date du 23 mai 2011, une communication au MROS n’apparais-
- 33 -
sait donc pas nécessaire, car elle n’aurait pas permis d’apporter d’autres élé-
ments que ceux requis par l’autorité de poursuite pénale le 20 mai 2011. En
d’autres termes, une communication au MROS le 23 mai 2011 aurait constitué
un doublon inutile. Le même constat s’impose pour l’email du 23 mai 2011 de K.,
qui a été transmis le 25 mai 2011 par D. à C. et A., à teneur duquel le virement
de la somme d’EUR 350'000.- sur le compte de F. auprès de la banque B. était
entaché d’irrégularité, voire d’escroquerie. En effet, si le Service Compliance
avait avisé le MP/FR de cet email dès sa réception le 25 mai 2011, l’autorité de
poursuite pénale n’aurait pas sollicité la production d’autres documents que ceux
qu’elle avait requis le 20 mai 2011. Dans ces circonstances, une communication
au MROS n’était pas non plus requise le 25 mai 2011, car elle aurait aussi cons-
titué un doublon inutile. En outre, l’email d’accompagnement de D., qui a indiqué
que divers transferts de fonds avaient été exécutés depuis le compte de F. en
faveur de comptes en Suisse, ne devait pas être transmis au MROS, dans la
mesure où ce message ne faisait que résumer le contenu de la documentation
bancaire qui allait être remise au MP/FR, en exécution de sa demande du 20 mai
2011. En conclusion, le Service Compliance ne devait pas procéder à une com-
munication de soupçons supplémentaire au MROS dès le 23 mai 2011, compte
tenu des informations dont disposait déjà le MP/FR à cette date ou qu’il avait
requises à teneur de son ordonnance du 20 mai 2011. En revanche, dès la ré-
ception de cette ordonnance, la banque B. devait transmettre sans attendre au
MP/FR tous les documents requis par celui-ci, lesquels étaient nécessaires pour
découvrir et confisquer les valeurs patrimoniales impliquées dans la relation d’af-
faires nouée avec F. En effet, conformément à l’art. 3 al. 4 OBCBA, l’obligation
de communiquer au sens de l’art. 9 LBA ne se limite pas à la communication de
soupçons. Au contraire, cette obligation comprend également l’obligation de
transmettre toute la documentation concernant les transactions financières, afin
de permettre aux autorités de poursuite pénale de découvrir et de confisquer les
valeurs patrimoniales litigieuses. Il existait dès lors pour la banque B. un devoir
de transmettre sans attendre au MP/FR tous les documents concernant la rela-
tion bancaire ouverte par F., comme requis le 20 mai 2011 par l’autorité de pour-
suite pénale. Il s’ensuit que la troisième condition à l’art. 37 LBA était néanmoins
remplie à la réception par la banque de l’ordonnance de séquestre et de produc-
tion de documents du 20 mai 2011.
4.6 Il convient encore d’examiner la quatrième et dernière condition de l’art. 37 LBA,
à savoir si la communication a été omise ou faite tardivement.
4.6.1 Le 27 mai 2011, le Service juridique de la banque B. a informé le MP/FR que la
relation bancaire n° 1 avait été clôturée le 18 mai 2011 et il lui a transmis les
documents d’ouverture de la relation bancaire, ainsi que les relevés de compte
jusqu’à sa clôture. En revanche, à cette occasion, le Service juridique de la
- 34 -
banque B. n’a pas communiqué au MP/FR les documents relatifs aux prélève-
ments et aux virements opérés sur ordre de F. dès la réception de la somme
d’EUR 350'000.-, bien que ces documents étaient en possession de la banque et
que leur production avait été sollicitée par le MP/FR le 20 mai 2011. Sur la base
des documents qui lui ont été communiqués par la banque B. le 27 mai 2011, le
MP/FR ne pouvait pas découvrir et confisquer les valeurs patrimoniales liti-
gieuses, car il ne disposait d’aucune pièce détaillée concernant les transactions
suspectes. En particulier, il ne disposait d’aucune information sur les comptes de
destination desdites transactions. Par conséquent, le 27 mai 2011, la banque B.
n’a que partiellement respecté l’obligation de communiquer, au sens de l’art. 9
LBA. Preuve en est que, le 1er juin 2011, le MP/FR a requis de la banque que lui
soient transmises, sans délai, les informations détaillées sur les quatre ordres de
paiement exécutés entre les 16 et 18 mai 2011, notamment les coordonnées des
comptes sur lesquels les virements avaient été effectués. Le Service juridique de
la banque B. s’est exécuté le même jour. A la réception de ces documents com-
plémentaires, le MP/FR a pu constater qu’une grande partie de la somme d’EUR
350'000.-, soit CHF 270'000.-, avait été transférée sur le compte de GG. LTD
auprès de la banque B. Il a ordonné, le 3 juin 2011, le séquestre de ce montant
ou du solde figurant sur le compte en question, en sollicitant de la banque B.
qu’elle lui fasse parvenir toutes les informations relatives aux éventuels transferts
opérés. Le 6 juin 2011, le Service juridique de la banque B. a procédé au blocage
du solde du compte de GG. LTD et a transmis au MP/FR la copie des quittances
de prélèvement et des ordres de bonification concernant ce compte. Dans ces
circonstances, ce n’est que le 6 juin 2011 que le MP/FR a disposé de toutes les
informations nécessaires pour établir l’origine et le cheminement de la somme
d’EUR 350'000.- et procéder à la confiscation indiquée par les circonstances. A
cet égard, il n’est pas déterminant, au regard de l’art. 9 LBA, que le MP/FR n’ait
pas procédé immédiatement au séquestre dès la réception des documents pré-
cités le 6 juin 2011. Seule est déterminante, pour l’appréciation du respect de
l’obligation de communiquer au sens de l’art. 9 LBA, la date à laquelle toutes les
informations pertinentes ont été transmises par l’intermédiaire financier à l’auto-
rité de poursuite pénale, afin de permettre à celle-ci de découvrir et de confisquer
les valeurs patrimoniales litigieuses. En l’espèce, la banque B. n’a satisfait entiè-
rement à cette obligation que le 6 juin 2011.
4.6.2 En définitive, il apparaît que la banque B. a partiellement enfreint l’obligation de
communiquer, au sens de l’art. 9 LBA, entre le 27 mai 2011 et le 6 juin 2011.
4.7 Il convient encore de déterminer si cette violation peut être imputée personnelle-
ment à A., comme retenu par le DFF.
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4.7.1 En vertu de l’art. 6 DPA, lorsqu’une infraction est commise dans la gestion d’une
personne morale, d’une société en nom collectif ou en commandite, d’une entre-
prise individuelle ou d’une collectivité sans personnalité juridique ou de quelque
autre manière dans l’exercice d’une activité pour un tiers, les dispositions pénales
sont applicables aux personnes physiques qui ont commis l’acte (al. 1). Le chef
d'entreprise, l'employeur, le mandant ou le représenté qui, intentionnellement ou
par négligence et en violation d'une obligation juridique, omet de prévenir une
infraction commise par le subordonné, le mandataire ou le représentant ou d'en
supprimer les effets, tombe sous le coup des dispositions pénales applicables à
l'auteur ayant agi intentionnellement ou par négligence (al. 2).
4.7.2 La violation d'une obligation juridique au sens de l'art. 6 al. 2 DPA suppose une
position de garant, soit l'existence d'une obligation juridique spécifique d'empê-
cher le comportement en cause en exerçant une surveillance, en donnant des
instructions et en intervenant au besoin. Dans la mesure où, dans la règle, c'est
au chef d'entreprise que s'adressent les normes de droit administratif, il faut ad-
mettre qu'il est juridiquement tenu d'en garantir l'application, respectivement d'en
empêcher la violation (arrêt du Tribunal fédéral 6B_70/2016 du 2 juin 2016 con-
sid. 2.2.2). Par chef d’entreprise, il faut comprendre non seulement les organes
d’une personne morale, mais également toute personne à qui ces organes ont
délégué un pouvoir décisionnel (ANDREAS EICKER/FRIEDRICH FRANK/JONAS
ACHERMANN, op. cit., p. 52 s.; ANDREW M. GARBARSKI/ALAIN MACALUSO, La res-
ponsabilité de l’entreprise et de ses organes dirigeant à l’épreuve du droit pénal
administratif, in AJP/PJA 7/2008, p. 837). La position de garant du chef d’entre-
prise que suppose l’art. 6 al. 2 DPA doit être concrétisée dans chaque cas d’es-
pèce en fonction de l’infraction commise par le subordonné et des risques ty-
piques et spécifiques de l’activité de l’entreprise (FABIO BURGENER, La responsa-
bilité pénale du chef d’entreprise, in ZStrR, Tome 133, 2015, p. 387).
4.7.3 Il est établi que, selon la règlementation interne de la banque B., en cas de soup-
çons, le Compliance Officer doit remplir un Compliance Check et le soumettre à
son supérieur hiérarchique pour évaluation. En cas d’approbation, le Compliance
Check est adressé au Service Global Financial Intelligence Unit (ci-après: FIU),
à X., qui approuve ou non, in fine, une communication au MROS (TPF
3.721.070). La compétence pour procéder à la communication de soupçons au
MROS relève donc du Service Compliance, qui doit en référer au FIU, lequel
décide si une telle communication doit ou non avoir lieu.
4.7.4 L’ordonnance de séquestre et de production de documents du 20 mai 2011 du
MP/FR a été adressée au Service juridique de la banque B. Les témoins H. et I.
ont expliqué aux débats que c’était à juste titre que le MP/FR s’est adressé au
Service juridique, dans la mesure où il revenait à ce service, et non au Service
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Compliance, de traiter les demandes émanant des autorités judiciaires, pénales
ou civiles, adressées à la banque (H., R.16, TPF 3.762.006; I., R.1, TPF
3.763.002). H. a indiqué que le Service Compliance était informé des ordon-
nances qui étaient notifiées à la banque et, en fonction des cas, il ouvrait un
Compliance Check, qui aboutissait, le cas échéant, à des dénonciations d’autres
relations d’affaires (R.17, TPF 3.762.007). Pour sa part, I. a mentionné que, lors-
que le Service juridique répondait aux autorités, il s’enquérait auprès du Service
Compliance et du Front pour obtenir des informations sur la manière dont la re-
lation d’affaires s’était passée (R.14, TPF 3.763.005). Les deux témoins ont indi-
qué que le Service juridique et le Service Compliance étaient deux unités indé-
pendantes l’une de l’autre au sein de la banque B. (H., R.2, TPF 3.762.002; I.,
R.1 et 2, TPF 3.763.002). Aux débats, A. a confirmé qu’au moment où le dossier
était en mains du Service juridique, ce dernier le traitait de manière indépen-
dante. Il a ajouté que, s’il y avait un suivi ou une information qui était donnée,
cela se faisait entre le Service juridique et la personne en charge du dossier au
sein Service Compliance (R.36, TPF 3.731.009).
Il résulte de ces déclarations concordantes qu’au sein de la banque B., le Service
juridique est compétent pour exécuter une demande émanant d’une autorité de
poursuite pénale. Quant au Service Compliance, il est chargé de l’analyse interne
et d’une communication éventuelle de soupçons au MROS, après approbation
du FIU. Dès l’intervention d’une autorité judiciaire civile ou pénale auprès de la
banque, il appartient au Service juridique de répondre à cette autorité. Il apparaît
donc que c’est à titre informatif qu’A. a été informé de la réception par la banque,
le 20 mai 2011, de l’ordonnance de séquestre et de production de documents du
MP/FR. L’exécution de cette ordonnance n’était pas du ressort du Service Com-
pliance, mais du Service juridique. A. pouvait, de bonne foi, partir du principe que
le Service juridique allait transmettre sans attendre au MP/FR toute la documen-
tation bancaire nécessaire pour découvrir et confisquer les valeurs patrimoniales
litigieuses concernant la relation d’affaires nouée par la banque B. avec F.,
comme requis par l’autorité de poursuite pénale le 20 mai 2011. En outre, aucune
responsabilité personnelle ne peut être imputée à A., sur la base de l’art. 6 al. 2
LBA, pour la violation partielle de l’obligation de communiquer commise par la
banque entre le 27 mai 2011 et le 6 juin 2011. En effet, il est établi que le Service
juridique et le Service Compliance sont deux unités indépendantes au sein de la
banque B. Faute d’un rapport de subordination entre ces deux unités, A. n’avait
aucune obligation juridique, en sa qualité de responsable du Service Compliance,
de s’assurer et garantir que le Service juridique transmette sans attendre au
MP/FR tous les documents requis par cette autorité le 20 mai 2011. A défaut
d’une quelconque position de garant, A. ne peut pas être tenu pour responsable
du non-respect partiel par le Service juridique de la banque B., entre le 27 mai
2011 et le 6 juin 2011, des obligations découlant de l’art. 9 LBA. En l’absence
- 37 -
d’une base légale permettant d’imputer personnellement à A. les manquements
du Service juridique de la banque B., le prénommé doit être acquitté du chef
d’accusation de violation de l’obligation de communiquer par négligence (art. 37
al. 2 LBA).
5. Frais
5.1 A teneur de l’art. 94 DPA, les frais de la procédure administrative comprennent
les débours, y compris les frais de la détention préventive et ceux de la défense
d’office, un émolument de décision et les émoluments de chancellerie (al. 1). Le
montant des émoluments de décision et de chancellerie est fixé dans un tarif
établi par le Conseil fédéral (al. 2). Selon l’art. 7 al. 2 let. c de l’ordonnance du
25 novembre 1974 sur les frais et indemnités en procédure pénale administrative
(RS 313.32), l’émolument pour le prononcé pénal atteint un montant de
CHF 100.- à CHF 10'000.-. A cet émolument s’ajoute un émolument d’écriture de
CHF 10.- par page pour la confection du prononcé pénal original, conformément
à l’art. 12 al. 1 let. a de l’ordonnance précitée. En règle générale, les frais de la
procédure administrative sont mis à la charge du condamné (art. 95 al. 1 DPA).
Ces frais peuvent être fixés dans le jugement comme les frais de la procédure
judiciaire (art. 97 al. 2 DA).
5.2 Sous réserve de l’art. 78 al. 4 DPA, les frais de procédure judiciaire et la mise à
la charge de ceux-ci sont régis par les art. 417 à 428 CPP (art. 97 al. 1 DPA).
Les frais de procédure se composent des émoluments visant à couvrir les frais
et les débours effectivement supportés (art. 422 al. 1 CPP). Le prévenu supporte
les frais de procédure s’il est condamné (art. 426 al. 1 CPP). Les émoluments
sont dus pour les opérations accomplies ou ordonnées par la Cour des affaires
pénales du Tribunal pénal fédéral dans la procédure de première instance
(art. 1 al. 2 du Règlement du Tribunal pénal fédéral sur les frais, émoluments,
dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale du 31 août 2010 [RFPPF;
RS 173.713.162]). Le montant de l’émolument est calculé en fonction de l’am-
pleur et de la difficulté de la cause, de la façon de procédure des parties, de leur
situation financière et de la charge de travail de chancellerie (art. 5 RFPPF). Les
émoluments perçus dans la procédure de première instance sont chiffrés à l’art. 7
RFPPF. Quant aux débours, ils comprennent notamment les frais imputables à
la défense d’office et à l’assistance judiciaire gratuite, les frais de traduction, les
frais d’expertise, les frais de participation d’autres autorités, les frais de port et
de téléphone et d’autres frais analogues (art. 1 al. 3 RFPPF). Les débours sont
fixés au prix facturé à la Confédération ou payé par elle (art. 9 al. 1 RFPPF).
- 38 -
5.3 A teneur du renvoi pour jugement du 22 juin 2018 et des conclusions dépo-
sées aux débats, le DFF a chiffré les frais de la procédure administrative à
CHF 4'240.-. Ces frais se composent d’un émolument de CHF 4'000.- pour le
prononcé pénal et d’un émolument d’écriture de CHF 240.-, étant précisé que le
prononcé pénal du 5 avril 2018 comporte 24 pages. En outre, le DFF a fait valoir
CHF 1'077.20 de frais liés à la soutenance de l’accusation aux débats, frais qui
correspondent aux frais de transport, de logement et de repas pour deux per-
sonnes. Ces montants sont admis, dans la mesure où ils apparaissent conformes
aux dispositions applicables. Quant aux émoluments et débours de la procédure
devant la Cour de céans, ils sont fixés à CHF 2'740.- et à CHF 230.-. Le total des
frais de procédure s’élève ainsi à CHF 8'317.20.
5.4 A. a été acquitté du chef d’accusation de violation de l’obligation de communi-
quer. Dans la mesure où il n’apparaît pas qu’il aurait provoqué l’ouverture de la
procédure pénale par un autre comportement illicite ou fautif, les frais de la pro-
cédure sont intégralement mis à la charge de la Confédération (art. 423 al. 1
CPP).
6. Indemnité pour les frais de défense
6.1 Conformément à l’art. 99 al. 1 DPA, une indemnité pour la détention préventive
et les autres préjudices subis est allouée, s’il en fait la demande, à l’inculpé qui
est mis au bénéfice d’un non-lieu ou qui est seulement puni pour inobservation
de prescriptions d’ordre. Toutefois, cette indemnité peut être refusée en tout ou
en partie à l’inculpé qui a provoqué l’instruction par sa faute ou qui a, sans raison,
entravé ou prolongé la procédure. En vertu de l’art. 99 al. 3 DPA, l’indemnité est
à la charge de la Confédération.
6.2 L’indemnité pour les préjudices subis au sens de l’art. 99 al. 1 DPA comprend les
honoraires d’avocat pour les activités déployées dans le cadre de la procédure
concernée et ce, à condition que les frais faisant l’objet de la requête en indem-
nité soient nécessaires pour assurer la défense. Conformément à la jurispru-
dence du Tribunal fédéral, lesdits frais doivent être considérés comme néces-
saires lorsqu’ils sont provoqués par la procédure et qu’ils résultent d’opérations
imposées par une défense diligence des intérêts du prévenu ou qu’il fallait entre-
prendre de toute bonne foi (ATF 115 IV 156 consid. 2c). Les frais concernant les
honoraires d’avocat ne produisent pas d’intérêts compensatoires (ATF 143 IV
495 consid. 2.2.4).
6.3 Conformément à l’art. 10 RFPPF, les dispositions prévues pour la défense d’of-
fice s’appliquent au calcul de l’indemnité des prévenus acquittés totalement ou
- 39 -
partiellement, à la défense privée, ainsi qu’à la partie plaignante ayant obtenu
gain de cause, en tout ou en partie, ou à des tiers selon l’art. 434 CPP. Les frais
d’avocat comprennent les honoraires et les débours nécessaires, tels que les
frais de déplacement, de repas, de nuitée, et les frais de port et de communica-
tions téléphoniques (art. 11 RFPPF). Les honoraires sont fixés en fonction du
temps effectivement consacré à la cause et nécessaire à la défense de la partie
représentée. Le tarif horaire est de CHF 200.- au minimum et de CHF 300.- au
maximum (art. 12 al. 1 RFPPF). Seuls les frais effectifs sont remboursés (art. 13
al. 1 RFPPF). Le montant de la TVA s’ajoute (art. 14 RFPPF). Conformément à
la pratique constante de la Cour de céans, le tarif horaire d’un avocat de choix
est, pour les affaires de difficulté moyenne, fixé à CHF 230.- pour les heures de
travail et à CHF 200.- pour les heures de déplacement (cf. jugement de la Cour
des affaires pénales du Tribunal pénal fédéral SK.2017.38 du 23 novembre 2017
consid. 4.2 et les références citées).
6.4 Dans le cas d’espèce, la cause à juger n’ayant pas présenté de complexité par-
ticulière en fait ou en droit, il se justifie d’appliquer le tarif horaire usuel précité.
A. a requis le paiement d’une indemnité de CHF 48'210.- à titre d’honoraires
d’avocat et de CHF 2'220.- à titre de débours.
6.5 A la lecture de l’état de frais produit aux débats par le conseil du prévenu, il ap-
paraît que plusieurs avocats ont œuvré à la défense des intérêts d’A. L’ampleur
moyenne de la présente cause et l’absence de complexité particulière en fait ou
en droit ne justifiait cependant pas l’intervention de plusieurs avocats, de sorte
que seule l’activité utilement accomplie par Maître Alain Macaluso donne droit au
versement d’une indemnité, sous réserve des déductions qui vont être opérées
ci-dessous.
6.6 A teneur de l’état de frais, Maître Alain Macaluso a consacré 118h50 d’activité à
la défense des intérêts d’A., hors temps d’audience. Plusieurs erreurs ont été
constatées dans l’état de frais déposé par Maître Macaluso, qui doivent être rec-
tifiées d’office. Pour l’étude du dossier, le total des heures facturées s’élève à
7h45 et non à 7h15. Pour les observations adressées au DFF, l’activité déployée
par l’avocat représente 12h15 et non 15h15 d’activité. Pour l’opposition au man-
dat de répression, Maître Macaluso a consacré 1h20 et non 1h30. Pour la plainte
adressée au DFF, c’est un total de 6h20 qui doit être comptabilisé, et non 6h10.
S’agissant des correspondances, Maître Macaluso a consacré un total de 17h55,
et non de 18h10. Enfin, les heures d’entretiens téléphoniques s’élèvent en réalité
à 7h40 et non à 7h50. Il convient également d’ajouter 10 heures d’activité pour
les débats, étant précisé que la présence de Maître Laurine Rochat ne doit pas
être indemnisée (cf. ci-après). Compte tenu des rectifications précitées, le total
de l’activité déployée par Maître Macaluso entre le 22 août 2017 et le 15 mars
- 40 -
2019 correspond à 116h55 de temps de travail et à 9h00 de temps de déplace-
ment.
Il convient de retrancher du temps de travail facturé par Maître Macaluso les
heures consacrées à la rédaction de la plainte au DFF, soit 6h20, et celles con-
sacrées à la rédaction de la plainte et de la réplique adressées à la Cour des
plaintes du Tribunal pénal fédéral, soit respectivement 7h15 et 8h30. En effet,
selon la jurisprudence, en procédure de recours, les frais et indemnités sont éta-
blis de manière indépendante de la procédure de première instance (ATF 142 IV
163 consid. 3.2.2). Exceptées ces trois déductions, les heures facturées par
Maître Macaluso, pour un total de 94h50, sont admises. Le temps de déplace-
ment de Genève à Bellinzona, représentant 9h00, est également admis.
Au total, les heures admises concernant l’activité déployée par Maître Macaluso
se chiffrent à 28h40 de travail jusqu’au 31 décembre 2017, ce qui représente une
indemnité de CHF 7'120.80, TVA de 8% comprise. Quant aux heures de travail
admises dès le 1er janvier 2018, elles s’élèvent à 66h10, ce qui représente une
indemnité de CHF 16'390.15, TVA de 7,7% comprise. Concernant les heures de
déplacement, qui représentent 9h00, l’indemnité y relative se chiffre à CHF
1'938.60, TVA de 7,7% comprise.
6.7 Il résulte de ce qui précède qu’une indemnité de CHF 25'449.55 (TVA comprise)
est reconnue pour l’activité déployée par Maître Macaluso.
6.8 S’agissant des débours, dans la mesure où la présence aux débats de Maître
Laurine Rochat n’était pas nécessaire à la défense des intérêts d’A., ce dernier
étant déjà assisté par Maître Macaluso, il n’y a pas lieu d’indemniser les frais qui
la concernent. Il convient donc de retrancher CHF 116.- pour le billet de train,
CHF 296.- de frais d’hébergement et CHF 100.- de frais de repas, soit un total
de CHF 512.-.
Maître Macaluso a facturé CHF 800.- pour ses frais de transport en voiture pour
le trajet aller-retour de Genève à Bellinzona. En vertu de l’art. 13 al. 2 let. a
RFPPF, pour les déplacements en Suisse, le remboursement des frais ne peut
pas excéder le prix du billet de chemin de fer de première classe demi-tarif, sous
réserve de l’exception de l’al. 3, qui vise le cas où l’usage d’un véhicule permet-
trait un gain de temps considérable. Une telle exception n’apparaît pas réalisée
en l’espèce, de sorte que c’est un montant de CHF 203.-, correspondant au prix
d’un billet de train aller-retour de Genève à Bellinzona en première classe demi-
tarif, qui est retenu. Concernant les frais de transport d’A., un montant de CHF
116.- a été facturé, représentant le prix d’un billet de train aller-retour entre Ge-
nève et Bellinzona en deuxième classe demi-tarif. Cependant, le trajet qui peut
être indemnisé est celui entre le domicile du prévenu, soit WW., et Bellinzona. Le
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prix d’un billet de train aller-retour en deuxième classe demi-tarif pour ce trajet
est de CHF 108.- et seul ce montant est retenu.
Pour les frais de repas d’A. et de Maître Macaluso, un montant de CHF 276.- est
alloué, correspondant à quatre repas à CHF 27.50 et à deux déjeuners à CHF
14.- par personne (art. 13 al. 2 let. c RFPPF cum art. 43 al. 1 de l’ordonnance du
DFF concernant l’ordonnance sur le personnel de la Confédération [O-OPers;
RS 172.220.111.31] et art. 17 al. 1 let. b p. a. RFPPF cum art. 43 al. 1 O-OPers).
S’agissant des frais d’hébergement, un montant de CHF 148.- par nuitée et par
personne est reconnu, soit un total de CHF 592.- (art. 13 al. 2 let. d et 17 al. 2
let. d par analogie RFPPF).
Au total, les débours se chiffrent à CHF 1'179.-. Il convient de relever que seules
les prestations de l’avocat sont soumises à la TVA, les débours étant pris en
compte à leur coût effectif, c’est-à-dire sans TVA (ATF 141 IV 344 consid. 4.1).
6.9 En définitive, la Confédération versera une indemnité (montant arrondi) de CHF
26'630.- à A. pour ses frais de défense (art. 99 al. 1 et 3 et art. 101 al. 1 DPA).
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