Decision ID: 2d8dc394-8439-5af7-9974-584ee82fd1c4
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
Par acte expédié par messagerie électronique sécurisée au greffe de la Chambre de céans le 10 août 2018, le Ministère public recourt
contre l'ordonnance du 8 août 2018, notifiée le lendemain, par laquelle le Tribunal de police a classé la procédure P/7948/2018 dirigée contre A_.
Le recourant conclut à l'annulation de l'ordonnance querellée et au rejet de l'opposition formée contre l'ordonnance pénale n° 1_ rendue le 5 mars 2018 par le Service des contraventions (ci-après: SdC) à l'encontre de A_.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Par ordonnance pénale n° 1_ du 5 mars 2018, notifiée le 7 mars 2018, le SdC a condamné A_ à une amende de CHF 40.-, plus les frais en CHF 40.-, pour avoir, le 11 juillet 2015, stationné son véhicule hors des cases ou en dehors d'un revêtement clairement indiqué [à] D_, Genève.
b.
Par pli expédié depuis la France le 21 avril 2018 et reçu le 25 avril 2018 par le SdC, un certain C_ s'est opposé à l'ordonnance pénale précitée.
c.
Le 2 mai 2018, le SdC a considéré que l'opposition formée par le prénommé à l'ordonnance pénale ne revêtait pas la forme requise (absence de signature et de pouvoir de représentation) et avait été signifiée après l'échéance du délai de dix jours. Il a transmis la procédure au Tribunal de police afin qu'il statue sur la validité de l'ordonnance pénale et de l'opposition.
d.
Interpellé par le Tribunal de police sur l'apparente irrecevabilité de son opposition à l'ordonnance pénale précitée, A_ ne s'est pas déterminé.
C.
Dans son ordonnance querellée, le Tribunal de police a considéré que les faits reprochés à A_ étaient prescrits, si bien qu'un jugement ne pouvait définitivement pas être rendu et que la procédure devait être classée sur la base de l'art. 329 al. 4 CPP.
D.
a.
À l'appui de son recours, le Ministère public fait grief au Tribunal de police d'avoir abordé le fond du dossier, alors qu'il devait se limiter à constater la tardiveté de l'opposition, puis lui renvoyer le dossier afin qu'il restitue, cas échéant, le délai d'opposition. Par ailleurs, dès lors qu'aucune opposition n'avait valablement été formée contre l'ordonnance pénale concernée, celle-ci était assimilée à un jugement de première instance en force, arrêtant ainsi le cours de la prescription. En constatant le contraire, le Tribunal de police avait violé les dispositions sur la prescription.
b.
Invité à se déterminer, le Tribunal de police n'a pas formulé d'observations.
c.
A_ n'a pas formulé d'observations, le courrier recommandé l'informant du recours du Ministère public n'ayant pas pu lui être distribué. Le SdC soutient pour sa part les conclusions du Ministère public.

EN DROIT
:
1.
1.1.
Le recours a été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 91 al. 3, 110 al. 2, 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP).
En tant qu'il est dirigé contre une ordonnance de classement rendue par le Tribunal de police sur la base de l'art. 329 al. 4 CPP - aucun jugement n'ayant ici été rendu au vu de l'empêchement absolu de procéder retenu (prescription de l'action pénale) -, il concerne une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. b CPP;
ACPR/278/2015
du 12 mai 2015 consid. 1.1; L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND,
Petit commentaire CPP
, Bâle 2016, n. 13 et 29a
ad.
art. 330 et 14
ad.
art. 393).
Il émane en outre du Ministère public, partie au procès (art. 104 al. 1 let. c CPP), qui a qualité pour recourir (art. 381 al. 3 CPP et 38 al. 2 LaCP).
Partant, le recours est recevable.
1.2.
Bien que le recours porte exclusivement sur une contravention, au sens de l'art. 395 let. a CPP, la Chambre de céans statuera dans sa composition habituelle, c'est-à-dire à trois magistrats (art. 127 LOJ).
2.
Le recourant reproche à l'autorité intimée d'avoir abordé le fond du dossier, nonobstant la tardivité de l'opposition à l'ordonnance pénale.
2.1.1.
À teneur de l'art. 354 CPP, le prévenu peut former opposition contre l'ordonnance pénale devant le Ministère public, par écrit et dans les 10 jours (al. 1
let. a). Si aucune opposition n'est valablement formée, l'ordonnance pénale est assimilée à un jugement entré en force (al. 3).
Les dispositions concernant l'opposition à l'ordonnance pénale (art. 354 ss CPP) sont applicables par analogie aux contraventions (art. 357 al. 2 CPP). Celle-ci doit être formée directement auprès de l'autorité qui a statué, laquelle a les attributions du ministère public (art. 357 al. 1 CPP; ATF
140 IV 192
consid. 1.3 p. 195).
2.1.2.
En cas d'opposition à l'ordonnance pénale, le ministère public administre les autres preuves nécessaires au jugement de l'opposition (art. 355 al. 1 CPP). Après l'administration des preuves, il peut notamment décider de maintenir l'ordonnance pénale. Tel est également le cas lorsque le ministère public considère que l'opposition n'est pas valable (arrêt du Tribunal fédéral
6B_271/2018
du 20 juin 2018 consid. 2.1 et la référence citée).
Aux termes de l'art. 356 CPP, lorsqu'il décide de maintenir l'ordonnance pénale, le ministère public transmet sans retard le dossier au tribunal de première instance en vue des débats. L'ordonnance pénale tient lieu d'acte d'accusation (al. 1). Le tribunal de première instance statue sur la validité de l'ordonnance pénale et de l'opposition (al. 2). Seul ce tribunal est compétent pour statuer sur la validité de l'opposition à l'ordonnance pénale (ATF
140 IV 192
consid. 1.3 p. 195). L'examen de la validité de l'opposition a lieu d'office (arrêts du Tribunal fédéral
6B_910/2017
du 29 décembre 2017 consid. 2.4;
6B_848/2013
du 3 avril 2014 consid. 1.3.2). Lorsque l'opposition n'est pas valable, notamment car elle est tardive (cf. ATF
142 IV 201
consid. 2.2
p. 204), le tribunal de première instance n'entre pas en matière (cf. Message du
21 décembre 2005 relatif à l'unification de la procédure pénale, FF 2006 1275
ad
art. 360 [CPP]).
Le contrôle imposé au tribunal de première instance par l'art. 356 al. 2 CPP a lieu à titre préjudiciel, dans le cadre des art. 329 al. 1 let. b, respectivement 339 al. 2 let. b CPP, la validité de l'opposition constituant une condition du procès (arrêts du Tribunal fédéral
6B_271/2018
précité consid. 2.1;
6B_910/2017
précité consid. 2.4;
6B_194/2015
du 11 janvier 2016 consid. 1;
6B_848/2013
précité consid. 1.3.2;
6B_368/2012
du 17 août 2012 consid. 2.1 et les références citées; cf. aussi
ATF
141 IV 39
consid. 1.5 p. 45 s.). En principe, le tribunal ne devrait entrer en matière sur le fond de la cause que lorsque tant l'ordonnance pénale - qui tient alors lieu d'acte d'accusation (cf. art. 356 al. 1 2
ème
phrase CPP) - que l'opposition sont valables (arrêt du Tribunal fédéral
6B_271/2018
précité et les références citées).
2.1.3.
Selon l'art. 109 CP, l'action pénale pour les contraventions se prescrit par trois ans. Selon l'art. 97 al. 3 CP - applicable aux contraventions par renvoi de l'art. 104 CP - la prescription ne court plus si, avant son échéance, un jugement de première instance a été rendu (ATF
142 IV 11
consid. 1.2.1 p. 12 = JdT
2016 IV 339
; cf. aussi ATF
135 IV 196
consid. 2 p. 196 ss = SJ
2009 I 474
).
Une ordonnance pénale contre laquelle est formée opposition n'est pas un jugement de première instance au sens de l'art. 97 al. 3 CP, après le prononcé duquel la prescription ne court plus (ATF
142 IV 11
consid. 1.2.2 p. 13).
Cependant, lorsqu'aucune opposition n'a valablement été formée, l'ordonnance pénale est assimilée à un jugement entré en force (art. 354 al. 3 CPP), lequel interrompt dès lors la prescription de l'action pénale (cf. le commentaire de l'ATF
142 IV 11
par A. MACALUSO / A. M. GARBARSKI
in
Forumpoenale 3/2016 132 ss, 134; cf. déjà le Message du Conseil fédéral du 21 septembre 1998 concernant la modification du Code pénal suisse, FF 1999 1941 ch. 216.11 et C. DENYS,
Prescription de l'action pénale: les nouveaux art. 70, 71, 109 et 333 al. 5 CP
, SJ
2003 II 49
ss, 57).
2.2.
En l'espèce, le SdC, considérant l'opposition à l'ordonnance pénale du 5 mars 2018 comme tardive, a saisi le Tribunal de première instance pour qu'il statue sur la question. Cette autorité, pourtant consciente de la problématique, puisqu'elle a interpellé l'intimé sur l'apparente tardiveté de son opposition, n'a toutefois pas examiné la validité de cette dernière.
Un tel examen - qui devait avoir lieu d'office - aurait permis de constater que l'opposition en question, expédiée depuis la France le 21 avril 2018, était effectivement tardive et que, partant, l'ordonnance pénale devait être assimilée à un jugement entré en force.
Dans la mesure où les faits remontent au 11 juillet 2015, la prescription pénale de trois ans n'était pas atteinte au jour du prononcé de ladite ordonnance pénale, le
5 mars 2018, et un classement de la procédure pour cette raison n'entrait pas en ligne de compte.
En s'abstenant d'examiner la validité de l'opposition à l'ordonnance pénale, puis en considérant que la poursuite de la contravention en cause était prescrite, le Tribunal de police a dès lors violé les art. 354 al. 1, 356 al. 2 CPP et 97 al. 3 CP.
3.
Fondé, le recours doit être admis et l'ordonnance querellée annulée.
Conformément à l'art. 397 al. 2 CPP, il sera statué à nouveau.
L'admission du recours ne donne pas lieu à la perception de frais (art. 428 al. 1 CPP).
* * * * *