Decision ID: 10b2eaab-9319-48a7-8d87-89aa6b404c8d
Year: 2014
Language: fr
Court: CH_PATG
Chamber: CH_PATG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: civil_law

Décision
O2013_033 - 1 -
Décision du Tribunal fédéral des brevets du 30 janvier 2014
Dans la cause Richemont International S.A. contre De Grisogono S.A.
Regestes:
1. Art. 72 LBI; Conclusions qui visent l’interdiction d’un comportement violant un brevet.
Pour être recevables, les conclusions qui visent l’interdiction d’un comportement violant un
brevet doivent inclure une description précise du comportement en cause. La description doit
être suffisamment concrète pour qu’un examen purement factuel permette de constater si on
est en présence du comportement prohibé. Une description nécessitant une interprétation
juridique ou une interprétation de termes techniquement ambigus est insuffisante. Ainsi, cette
description ne peut se limiter à l’énoncé d’une revendication du brevet violé à moins que cet
énoncé ne remplisse en lui-même les exigences précitées (c. 17).
2. Art. 26 LBI; Art. 8 CC; Fardeau de l'allégation d'une partie qui invoque la nullité d'un brevet.
Une partie qui invoque un motif de nullité d’un brevet dont l’application est conditionnée par le
recours à l’homme du métier et à ses connaissances supporte le fardeau de l’allégation
correspondante, c’est-à-dire la détermination concrète de l’homme du métier (par sa formation
et/ou sa profession) et ses connaissances (en particulier l’étendue des enseignements
techniques en cause qu’il est censé maîtriser à la date pertinente). Le défaut d’une telle
allégation concrète conduit au rejet du motif de nullité invoqué (c. 19-20 et 31-32).
3. Art. 125 LBI; Art. 51 LBI; Interdiction de cumuler la protection.
L’inefficacité d’un brevet suisse en raison de l’existence d’un brevet européen avec la même
date effective pour la « même invention » au sens de l'art. 125 al. 1 LBI suppose que les deux
brevets en cause définissent dans leurs revendications les mêmes règles de comportement
technique (c. 37).
1. Art. 72 PatG; Auf Unterlassung einer Patentverletzung gerichtete Rechtsbegehren.
Damit auf ein auf Unterlassung einer Patentverletzung gerichtetes Rechtsbegehren eingetreten
werden kann, muss dieses eine genaue Beschreibung des angegriffenen Verhaltens
beinhalten. Diese Beschreibung muss genügend konkret sein, dass eine rein tatsächliche
Überprüfung genügt, um festzustellen, ob ein untersagtes Verhalten vorliegt. Eine
Beschreibung, die eine rechtliche Qualifikation oder eine Interpretation von mehrdeutigen
technischen Begriffen erfordert, ist ungenügend. Deshalb kann sich ein Rechtsbegehren nur
dann darauf beschränken, den Anspruchswortlaut wiederzugeben, wenn dieser
Anspruchswortlaut selbst schon diese Anforderungen erfüllt (E. 17).
2. Art. 26 PatG; Art. 8 ZGB; Behauptungslast einer Partei, die die Nichtigkeit eines Patents
geltend macht.
Macht eine Partei einen Nichtigkeitsgrund geltend, bei dessen Beurteilung auf den Fachmann
und seine Kenntnisse zurückgegriffen werden muss, so trägt sie die entsprechende
Behauptungslast, d.h. sie muss den Fachmann (definiert nach seiner Ausbildung und/oder
seinem Beruf) und seine Kenntnisse (insbesondere den Umfang der bei ihm als bekannt
vorauszusetzenden technischen Kenntnisse zum relevanten Zeitpunkt) konkret benennen. Wird
- 2 -
eine solche konkrete Behauptung nicht aufgestellt wird der Nichtigkeitsgrund verneint (E. 19-20
und 31-32).
3. Art. 125 PatG; Art. 51 PatG; Doppelschutzverbot.
Das Dahinfallen der Wirkung eines Schweizer Patents wegen der Existenz eines Europäischen
Patents für die "gleiche Erfindung" mit gleichem effektivem Datum im Sinne von Art. 125 Abs. 1
PatG setzt voraus, dass in beiden Patenten in den Patentansprüchen die gleiche Lehre zum
technischen Handeln geschützt wird (E. 37).
1. Art. 72 LBI; Conclusioni che mirano ad impedire un comportamento che viola un brevetto.
Per essere ricevibili, le conclusioni che mirano ad impedire un comportamento che viola un
brevetto devono includere una descrizione dettagliata del comportamento in questione. La
descrizione deve essere sufficientemente concreta perché un esame puramente fattuale
permetta di constatare se si è in presenza di un comportamento proibito. Una descrizione che
necessiti di una interpretazione giuridica o di una interpretazione di termini tecnicamente
ambigui è insufficiente. Pertanto, questa descrizione non può limitarsi all’enunciato di una
rivendicazione del brevetto violato a meno che questo enunciato non soddisfi lui stesso le
esigenze sopra citate (c. 17).
2. Art. 26 LBI; Art. 8 CC; Onere della asserzione se una parte invoca un motivo di nullità di un
brevetto.
Se una parte invoca un motivo di nullità di un brevetto la cui applicazione è condizionata al
ricorso al tecnico del ramo e alle sue conoscenze, su tale parte incombe l’onere della relativa
asserzione, vale a dire l’identificazione concreta del tecnico del ramo (sulla base della sua
formazione e/o professione) e le sue conoscenze (in particolare la portata degli insegnamenti
tecnici pertinenti che si ritiene egli possieda alla data di riferimento). La mancanza di una tale
asserzione concreta porta al rifiuto del motivo di nullità invocato (c. 19-20 e 31-32).
3. Art. 125 LBI; Art. 51 LBI; Divieto di cumulare la protezione.
L’inefficacia di un brevetto svizzero a causa dell’esistenza di un brevetto europeo avente la
stessa data effettiva per la «stessa invenzione» ai sensi dell’art. 125 comma 1 LBI presuppone
che i due brevetti in questione definiscano nelle loro rivendicazioni lo stesso insegnamento
tecnico (c. 37).
1. Art. 72 PatA; request for an order to cease and desist a patent infringement.
For a request for an order to cease and desist a patent infringement to be admissible it must
contain a detailed description of the incriminated act. This description must be sufficiently
specific such that a purely factual examination is sufficient to determine whether an act is
prohibited. A description which requires a legal qualification or the interpretation of ambiguous
technical expressions is insufficient. A request for an order can therefore be limited to the
wording of a patent claim only if the wording of the patent claim itself fulfils these requirements
(R. 17).
2. Art. 26 PatA; Art. 8 CC; Burden of allegation if a party raises a ground for nullity of a patent.
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If a party raises a ground for nullity the assessment of which involves the skilled person his
common general knowledge, this party bears the corresponding burden of allegation, i.e. it
must specifically name the skilled person (defined according to education and/or profession)
and his common general knowledge (in particular the extent of the pertinent technical
knowledge supposed to be known to him at the relevant date). If such a specific allegation is
not put forward the ground for nullity will be dismissed (R. 19-20 and 31-32).
3. Art. 125 PatA; Art. 51 PatA; Prohibition of double patenting.
The loss of effect of the Swiss patent due to the existence of a European patent for the "same
invention" with the same effective date according to art. 125(1) PatA is subject to the condition
that the same technical teaching is protected in the claims of both patents (R. 37).
Bundesp at ent ge r i ch t
Tr i buna l f éd ér a l d es b r ev et s
Tr i buna l e f e de r a l e de i b r ev et t i
T r i buna l f ed er a l d a pa t en t a s
Fede r a l P a t en t Cou r t
O2012_033
D é c i s i o n d u 3 0 j a n v i e r 2 0 1 4
Composition de la Cour
Dieter Brändle, Dr en droit, président
Tobias Bremi, Dr en sciences naturelles, juge instructeur
Frank Schnyder, lic. en droit, ing. dipl. EPFL, juge
Jakob Zellweger, lic. en droit, greffier
Parties à la procédure
Richemont International S.A., route des Biches 10,
1752 Villars-sur-Glâne,
représentée par Maître Michel Muhlstein, Junod, Guyet,
Muhlstein & Lévy, rue Toepffer 17, 1206 Genève,
demanderesse
contre
De Grisogono S.A., route de Saint-Julien 176, 1228 Plan-
les-Ouates,
représentée par Maître François Besse, BESSELEGAL,
Chemin d'Eysins 47, Case postale 2325, 1260 Nyon 2,
défenderesse
Objet
violation et nullité du brevet, concurrence déloyale
« couronne dentée »
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Le Tribunal fédéral des brevets considère:
En fait:
1.
Par demande du 15 juillet 2008, la demanderesse, Richemont Internatio-
nal S.A., a saisi la Cour de justice civile du Canton de Genève en qualité
d'instance cantonale unique en concluant à ce qu’iI plaise à la Cour de
justice:
Préalablement
Autoriser Richemont International S.A. à répliquer et De Grisogono S.A. à ,
Ordonner à De Grisogono S.A. de produire tout document, en particulier pièce comptable, notamment facture, permettant de déterminer le nombre total de montres « lnstrumento Grande » et « lnstrumento Grande Open Date » ainsi que de toute autre montre munie de son mouvement « Grande Date », plus  de tout mouvement ou module d’horlogerie contenant un mécanisme d’affichage d’un nombre avec deux chiffres séparés portés sur deux pièces  comportant:
a) un disque formant une couronne sur laquelle est apposée une première série de chiffres et ayant une denture périphérique interne pour son entraînement;
b) un mobile comportant une plaque sur laquelle est apposé une seconde série de chiffres et un organe dent de plusieurs dents, la plaque étant partiellement superposée à la couronne afin que, pour chaque position stable de la couronne et du mobile, un chiffre porté par la plaque soit située à côté d’un chiffre porté par la couronne ces deux chiffres apparaissant côte à côte dans un ou deux guichets d’un cadran;
c) ce mécanisme d’affichage étant caractérisé en ce que le mobile pivote en  de la couronne et en ce que la couronne comporte également une denture périphérique externe coopérant avec les dents de l’organe denté,
fabriqué et/ou mis dans le commerce par De Grisogono S.A.
Principalement
Ordonner à De Grisogono S.A. de cesser tout usage (notamment la fabrication, l’offre, la mise dans le commerce en Suisse, l’exportation de Suisse et l’utilisation à des fins publicitaires) de tout mouvement ou module d’horlogerie contenant un mécanisme d’affichage d’un nombre avec deux chiffres séparés portés sur deux pièces différentes comportant:
a) un disque formant une couronne sur laquelle est apposé une première série de chiffres et ayant une denture périphérique interne pour son entraînement;
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b) un mobile comportant une plaque sur laquelle est apposée une seconde série de chiffres et un organe denté de plusieurs dents, la plaque étant partiellement superpose la couronne afin que, pour chaque position stable de la couronne et du mobile, un chiffre porté par la plaque soit située à côté d’un chiffre porté par la couronne ces deux chiffres apparaissant côte à côte dans un ou deux guichets d’un cadran;
c) ce mécanisme d’affichage étant caractérisé en ce que le mobile pivote en  de la couronne et en ce que la couronne comporte également une denture périphérique externe coopérant avec les dents de l’organe denté,
ainsi de toute pièce horlogère comportant un tel mouvement ou module;
cela sous la menace des peines de l’article 292 CP, soit l’amende,
Condamner De Grisogono S.A. à payer à Richemont International S.A. la somme de CHF 1’656’000,- avec intérêt au taux de 5 % l’an dès la notification de la  à elle,
Ordonner que le dispositif de l’arrêt rendu dans la présente cause soit publié à trois reprises dans les journaux et magazines suivants, sur un quart de page:
• Le Temps;
• Neue Zürcher Zeitung;
• Cash;
• Europastar;
• Montres Passion;
• La revue des montres;
• Heure suisse;
• Heure internationale;
• Watch time;
• la Revue de la FH
et durant un an au moins sur les sites internet:
• Thepurists.com;
• timezone.ch;
• horlogerie-suisse.com,
cela aux frais de De Grisogono S.A.
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Débouter De Grisogono S.A. de toute autre conclusion et la condamner en tous les dépens qui comprendront une indemnité de procédure.
Subsidiairement
Autoriser Richemont International S.A. à apporter la preuve des faits énoncés dans le présent mémoire et contestés par De Grisogono S.A., ainsi que la preuve contraire des faits que De Grisogono S.A. pourrait être admise à prouver.
Plus subsidiairement encore
Commettre un expert aux fins de déterminer le montant du gain réalisé par De Grisogono S.A. consécutivement à la mise dans le commerce de montres « lnstrumento Grande » et « lnstrumento Grande Open Date » ainsi que de toute autre montre munie de son mouvement « Grande Date », plus généralement de tout mouvement ou module d’horlogerie contenant un mécanisme d’affichage d’un nombre avec deux chiffres séparés portés sur deux pièces différentes :
a) un disque formant une couronne sur laquelle est apposée une première série de chiffres et ayant une denture périphérique interne pour son entraînement;
b) un mobile comportant une plaque sur laquelle est apposée une seconde série de chiffres et un organe denté de plusieurs dents, la plaque étant partiellement superposée à la couronne afin que, pour chaque position stable de la couronne et du mobile, un chiffre porté par la plaque soit située à côté d’un chiffre porté par la couronne ces deux chiffres apparaissant côte à côte dans un ou deux guichets d’un cadran;
c) ce mécanisme d’affichage étant caractérisé en ce que le mobile pivote en  de la couronne et en ce que la couronne comporte également une denture périphérique externe coopérant avec les dents de l’organe denté,
ainsi que de toute pièce horlogère comportant un tel mouvement ou module.
La demanderesse a fondé sa demande sur le brevet d'invention CH 695
712 A5 concernant un mécanisme d'affichage d'un nombre avec deux
chiffres (ci-après: le brevet litigieux). La demande pour ce brevet avait été
déposée le 24 septembre 2001 auprès de l'Institut Fédéral de la Propriété
Intellectuelle (ci-après: IPI) par la société Manufacture Jaeger-Le Coultre
S.A. puis cédée le 1er avril 2002 à la demanderesse. Le brevet litigieux a
été délivré le 31 juillet 2006. La demanderesse en est aujourd'hui la seule
titulaire enregistrée. La demanderesse a fait valoir qu'elle était également
titulaire du brevet européen EP 0 529 191 B1 dont la demande avait été
déposée le 17 mars 1992 auprès de l'Office européen des brevets (ci-
après: OEB) par la société Manufacture Jaeger-Le Coultre S.A. Le brevet
correspondant avait été délivré le 18 septembre 1996 puis cédé le 1 er
avril 2002 à la demanderesse. Selon la demanderesse, le brevet EP 0
529 191 B1 constituait avec le brevet CH 689 601 A5 de Frédéric Piguet
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S.A. (Mécanisme de quantième pour mouvement d'horlogerie; ci-après:
Piguet) l'état antérieur de la technique par rapport au brevet litigieux. La
demanderesse a allégé une violation du brevet litigieux par les montres
de la défenderesse « Instrumento Grande » et « Instrumento Grande
Open Date »:
Instrumento Grande
Instrumento Grande Open Date
comportant un mécanisme tel que décrit dans la demande de brevet EP 1
612 628 de la défenderesse (voir Fig. 1 ci-dessous):
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2.
Le 4 novembre 2011, la défenderesse a formé avec sa réponse une de-
mande reconventionnelle en concluant:
Sur la demande principale
À la forme
- Donner acte à DE GRISOGONO SA de ce qu’elle se rapporte à Justice s’agissant de a recevabilité de la demande de RICHEMONT INTERNATIONAL SA.
Au fond
- Débouter RICHEMONT INTERNATIONAL SA de l’intégralité de ses .
- Condamner RICHEMONT INTERNATIONAL SA en tous les dépens, lesquels comprendront une équitable indemnité à titre de participation aux honoraires du Conseil soussigné.
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Subsidiairement
- Acheminer la défenderesse à prouver par toutes voies de droit les faits allégués dans les présentes écritures.
Sur demande reconventionnelle
- Dire et constater que le brevet CH 695 712 est nul et de nul effet.
- Ordonner la radiation avec effet immédiat du brevet CH 695 712 du Registre suisse des brevets.
- Dire et constater que RICHEMONT INTERNATIONAL SA a commis un acte de concurrence déloyale l’égard de DE GRISOGONO en se prévalant du brevet CH 695 712 à son encontre.
- Condamner RICHEMONT INTERNATIONAL SA à verser DE GRISOGONO SA le montant de CHF 1'000'000.- (un million de francs suisses) avec intérêt au taux de 5% l'an dès la notification de la réponse au titre de dommages et intérêts.
- Ordonner que le dispositif de l’arrêt rendu soit publié à trois reprises dans les journaux et magazines suivants, sur un quart de page:
- Le Temps
- La Tribune de Genève
- Neuer Zürcher Zeitung
- Cash
- Europ Astra
- Montres Passion
- La Revue des Montres
- Heure Suisse
- Heure International
- Watch Time
- La Revue de la FH
Durant un an au moins sur les Sites Internet de:
- thepurists.com
- timezone.ch
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- horlogerie-suisse.com
- worldtempus.com
ceci aux frais exclusifs de RICHEMONT INTERNATIONAL SA.
- Débouter RICHEMONT INTERNATIONAL SA de toute autre conclusion et la condamner en tous dépens qui comprendront une indemnité de procédure.
Subsidiairement
- Autoriser DE GRISOGONO SA à apporter la preuve des faits énoncés dans le présent mémoire et contestés par RICHEMONT INTERNATIONAL SA ainsi que la preuve contraire des faits que RICHEMONT INTERNATIONAL SA pourrait être amenée à prouver.
Plus subsidiairement encore
- Commettre un expert aux fins de déterminer le préjudice subi par DE  SA.
La défenderesse a contesté les prétentions de la demanderesse et a al-
légué que le brevet litigieux devait être considéré comme nul. Elle s'est
notamment basée sur le brevet CH 316 461 de la société Valjoux S.A. (ci-
après: Valjoux), délivré le 15 octobre 1956, pour un dispositif de quantiè-
me de montre et sur la demande de brevet européen EP 1 612 628 A1 de
la défenderesse (ci-après demande De Grisogono), publié le 4 janvier
2006 (date de dépôt: 28.06.2004), pour un dispositif pour un affichage
grande date. Selon ses allégations, l'invention de la demande De Griso-
gono a été intégrée dans son modèle de montre « INSTRUMENTO
GRANDE ». La défenderesse a invoqué la nullité du brevet litigieux selon
l'art. 26 al. 1 lit. c LBI, parce que la revendication 1 allait au-delà du
contenu des pièces initialement déposées.
Subsidiairement, la défenderesse a invoqué un défaut de nouveauté de la
revendication élargie du brevet litigieux par rapport au brevet Valjoux. Elle
a en outre contesté que l'invention impliquait une activité inventive en dé-
finissant l'homme du métier comme suit: « praticien d'un domaine techno-
logique normalement qualifié qui possède les connaissances générales
dans le domaine concerné et qui est censé avoir eu accès à tous les
éléments de l'état de la technique ». Elle a invoqué les brevets Valjoux et
Piguet au titre d'état de la technique le plus proche. Elle a contesté toute
violation du brevet litigieux au motif que ses modèles ne reproduisaient
pas les éléments « f. un pignon (10) de quatre dents » et « k. la couronne
(1) comporte une denture périphérique externe de quatre dents (14) coo-
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pérant avec les dents du pignon (10) », en faisant valoir, entre autre, que
la construction ne comportait que « une seule dent 3, et non une denture
périphérique ». La défenderesse a fait valoir par voie de demande re-
conventionnelle un acte de concurrence déloyale (art. 3 lit. b LCD) par la
demanderesse en raison de l’invocation du brevet CH 695 712 A5 à son
encontre.
3.
Par mémoire de réplique sur demande principale et de réponse sur de-
mande reconventionnelle en date du 30 janvier 2009, la demanderesse a
répété les conclusions contenues dans sa demande et a en outre conclu
à ce qu’il plaise la Cour de justice:
Sur la demande reconventionnelle
Débouter De Grisogono S.A. de toutes ses conclusions et la condamner en tous les dépens qui comprendront une indemnité de procédure.
Subsidiairement
Autoriser Richemont International S.A. à apporter la preuve des faits énoncés dans sa demande et dans le présent mémoire et contestés par De Grisogono S.A., ainsi que la preuve contraire des faits que De Grisogono S.A. pourrait être admise à prouver.
Commettre trois experts, dont un ingénieur-conseil en brevets ou un  scientifique de l’Institut fédéral de la propriété intellectuelle, aux fins de,  présentes ou dûment convoquées, et, après avoir pris connaissance des dossiers des parties, répondre par un rapport écrit aux questions (K).
La demanderesse a ainsi exposé une liste de questions destinées aux
experts portant sur la validité et la violation du brevet litigieux et sur
l’applicabilité de l'art. 36 LBI.
Concernant la validité du brevet litigieux, la demanderesse a contesté
que son objet allait au-delà du contenu des pièces initialement déposées.
Selon elle, la demande telle que déposée illustrait et décrivait en détail
une forme d'exécution d'invention tout en évoquant la possibilité de va-
riantes, notamment s’agissant du type d'affichage et donc des chiffres
portés par les deux disques ainsi que leur entraînement; l'invention in-
cluait un mécanisme d'affichage de quantième avec une couronne des
unités à 10 chiffres. Concernant la nouveauté de l'invention du brevet liti-
gieux, la demanderesse a soutenu que les caractéristiques innovantes de
l'invention comportaient une couronne des unités ayant une denture péri-
phérique interne pour son entraînement et une denture périphérique ex-
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terne coopérant avec un mobile des dizaines qui pivote en dehors de cet-
te couronne. Elle a justifié la non-évidence de l'invention du brevet liti-
gieux en soulignant surtout qu’aucune combinaison d’antériorités (surtout
brevets Piguet et Valjoux) ne divulguait ni ne suggérait les caractéristi-
ques innovantes de l'invention du brevet litigieux, soit une couronne ayant
une denture périphérique externe coopérant avec un mobile des dizaines
qui pivote en dehors de la couronne. La demanderesse a nié toute com-
mission d’un acte de concurrence déloyale en faisant valoir qu'un avertis-
sement ne saurait être déloyal du seul fait qu'il serait objectivement infon-
dé; dans le cas contraire, il faudrait considérer comme illicite toute de-
mande judiciaire aboutissant à un déboutement.
4.
Par mémoire de duplique sur demande principale et de réplique sur de-
mande reconventionnelle du 27 avril 2009, la défenderesse a confirmé
ses conclusions de la réponse et demande reconventionnelle et a présen-
té des questions à soumettre aux experts. Elle a soutenu que l'invention
qui faisait l'objet du brevet EP 1 612 628 de De Grisogono S.A. (ci-après:
De Grisogono) n'était pas dépendante du brevet en litige et que par
conséquence le dispositif appliquant l'enseignement du premier ne sau-
rait être considéré comme une contrefaçon ou une imitation illicite du se-
cond. Concernant l'extension de l'objet du brevet au-delà du contenu des
pièces initialement déposées, elle a soutenu que la généralisation desti-
née à couvrir d'autres mécanismes qu'un affichage de la date constitue-
rait une extension inadmissible de l'invention telle qu'elle ressort des piè-
ces initialement déposées. La défenderesse a répété le grief de défaut de
nouveauté de l'invention du brevet litigieux et a soutenu que l'enseigne-
ment du brevet découlait d'une manière évidente de l'état de la technique
en particulier des brevets Piguet (scénario 1) et Valjoux (scénario 2).
S’agissant de la question de contrefaçon, la défenderesse a fait valoir
que: « l’invention de la demanderesse divulgue une couronne comportant
une denture périphérique externe, soit par définition un organe doté de
plusieurs dents, alors que le mécanisme de la défenderesse ne comporte
qu’une seule dent. Cette différence est essentielle, dès lors que,
l’utilisation d’une seule dent en lieu et place de la denture revendiqué par
la demanderesse implique nécessairement une modification profonde du
mécanisme, telle qu’elle ne pourra en aucun cas intervenir dans le cadre
de la matière revendique par le brevet CH 695 712 RICHEMONT ».
Concernant ses prétentions fondées sur le droit de la concurrence dé-
loyale, la défenderesse s’est prévalu de l'arrêt du Tribunal fédéral du 24
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septembre 1996 dans la cause 4P.183/19951 dans lequel une mise en
garde renouvelée à plusieurs reprises fut considérée comme déloyale
dans la mesure où elle était clairement infondée ou émise malgré des ar-
guments contraires convaincants.
5.
Par mémoire de duplique sur demande reconventionnelle du 12 juin
2009, la demanderesse a confirmé ses conclusions de la réplique sur
demande principale et de réponse sur demande reconventionnelle.
6.
Les parties ont pris des conclusions concordantes pour mandater trois
experts et ont formulé les questions qui leur étaient adressées. Le 24 no-
vembre 2009, les avocats n'ont sollicité ni comparution personnelle des
parties, ni acte d'instruction particulier, hormis l'expertise. Les plaideurs
sont parvenus à un accord sur les personnes des experts.
7.
Les experts n'ont pu s'entendre sur les réponses à donner aux questions
posées. Ainsi, René Besson, ingénieur horloger SIA, et Ronald Noll, in-
génieur conseil en brevets, ont déposé un rapport d'expertise commun le
5 avril 2011 (ci-après: rapport Besson/Noll). René Addor, horloger et in-
génieur constructeur HES en horlogerie, a déposé son rapport d'expertise
le 13 avril 2011 suivi d’un complément le 13 juin 2011 (ci-après: rapport
Addor).
7.1 Les experts Besson/Noll ont défini l'étendue de la protection du brevet
litigieux et ont déterminé l'état de la technique. Ils ont notamment analysé
les brevets Valjoux et Piguet et ont conclu qu'aucun des documents et
enseignements de l'état de la technique ne portait préjudice à la nouveau-
té de l'objet de la revendication principale du brevet litigieux. Ils ont éva-
lué l’activité inventive de cette revendication en tenant compte notam-
ment des brevets Piguet et Valjoux. Ils sont parvenus à la conclusion que
la revendication principale du brevet litigieux implique une activité inventi-
ve par rapport aux documents de l'état de technique qui avaient été intro-
duits dans la procédure. Les deux experts ont constaté que la demande
de brevet litigieux telle que déposée contenait déjà une déclaration expli-
cite généralisant le domaine d'application du mécanisme d'affichage ex-
posé. Concernant l'utilisation du brevet litigieux les experts ont conclu que
le mécanisme de la défenderesse présente les mêmes caractéristiques
1 Bouclier thermique II; consid. 5c
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techniques que celles de l'invention faisant l'objet des revendications 1, 3
et 6 du brevet litigieux. En ce qui concerne la question de l'interprétation
du terme « denture périphérique », les deux experts ont retenu: « II
convient en tout état de cause d’adopter une interprétation du terme
«denture » qui soit cohérente avec l’exposé du brevet Richemont et
d’examiner l’état de la technique pertinent, notamment le brevet Valjoux,
d’une manière qui soit également cohérente avec l’interprétation du terme
« denture ». De I’avis des experts soussignés, comme exposé ci-dessus,
la seule interprétation du terme « denture » qui soit cohérente avec
l’exposé du brevet Richemont consiste à comprendre que ce terme signi-
fie, dans le contexte du brevet Richemont, une ou plusieurs dents per-
mettant d’assurer l’entraînement en rotation du mobile des dizaines. »
7.2 L'expert Addor s’est concentré sur les documents qu'il avait étudié et
a constaté que l'homme de métier avait connaissance à la date du dépôt
d’un disque plat (couronne) à double denture, interne et externe, et des
brevets Piguet et Valjoux. Considérant le dictionnaire horloger, il a consta-
té qu'une denture ne peut comporter qu’une seule dent. Il a conclu que le
type de quantième selon les revendications 1-3-6 du brevet litigieux n'est
pas brevetable car il s'agit d'un simple compteur, dont on trouve une des-
cription à la page 25 du livre « les montres calendrier modernes » de B.
Humbert, datant de 1953. Selon l'expert le disque/couronne du brevet liti-
gieux est antériorisé par le disque à double dentures du brevet Jaeger-Le
Coultre EP 0 529 191, du 17 mars 1992 et la solution 4 / 31 dents du bre-
vet litigieux « fait double emploi avec le brevet EP 1 296 204 A1 ». L'ex-
pert a décrit le disque/couronne de quantième de la défenderesse et a
conclu qu'elle n'a pas contrefait le brevet litigieux. En ce qui concerne la
question d'interprétation du terme « denture périphérique », l'expert cons-
tate qu'une denture peut être structurée comme suit:
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mais s’agissant du mécanisme De Grisogono, il a remarqué qu'il n'y a
pas de denture périphérique mais seulement un ergot:
Selon les conclusions de l'expert Addor, l'objet des revendications du bre-
vet litigieux ne s’étend pas au-delà du contenu des pièces techniques ini-
tialement déposées le 14 septembre 2001, en ajoutant que l’invention
n'est « pas brevetable avec 1 dent (état de l'art, voir doc. No 2) ».
8.
Par courrier du 23 mai 2011, la Cour de justice a communiqué aux parties
la lettre du Président du Tribunal fédéral des brevets du 12 mai 2011 sui-
vant laquelle le Tribunal reprenait le traitement des procédures qui, au 1er
janvier 2012, sont pendantes devant les tribunaux cantonaux, conformé-
ment à l'art. 41 LTFB, pour autant que les débats principaux n'avaient pas
eu lieu selon les indications du tribunal au transfert. Par lettre du 11 no-
vembre 2011, la Cour de justice a constaté que les parties n'avaient pas
réagi aux dépôts des rapports d'expertise et n'avaient en particulier pas
sollicité leur audition. Elle les a invitées à se déterminer quant à la trans-
mission au Tribunal fédéral des brevets.
Dans sa réponse du 21 novembre 2011, la demanderesse a considéré
que les débats principaux avaient eu lieu et que la procédure était pres-
que à son terme, de sorte que, pour des raisons d’économie de la procé-
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Page 14
dure, le transfert de la cause au Tribunal fédéral des brevets ne se justi-
fiait pas. Dans sa détermination du 5 janvier 2012, la défenderesse a
proposé la transmission du dossier au Tribunal fédéral des brevets. La
demanderesse a commenté ce courrier le 20 janvier 2012.
9.
Par arrêt du 26 janvier 2012, la Cour de justice a ordonné la transmission
du dossier au Tribunal fédéral des brevets. Elle a statué que la règle spé-
cifique de l'art. 41 LTFB impliquait un transfert automatique au Tribunal
fédéral des brevets de tous les procès qui n'avaient pas encore été plai-
dés sur le fond et que selon la procédure civile genevoise (cf. art. 404 al.
1 CPC), il appartenait au juge de décider s'il y avait lieu de procéder à
une instruction préalable ou s'il convenait d’ordonner préparatoirement
l'avis d'expert et qu’avant de plaider, il incombait aux parties de déposer
leurs conclusions.2 La Cour de justice a retenu que le procès n'avait pas
été plaidé sur le fond aussi bien au sens de la Loi de procédure civile ge-
nevoise qu’au sens du Code de procédure civile (CPC). Les parties
n'avaient pas, à ce stade de l'instruction de la cause, sollicité l'audition
des experts ou fait état d’une renonciation.
Les parties n'ont pas formé de recours en matière civile au Tribunal fédé-
ral contre l'arrêt du 26 janvier 2012. La décision de la Cour de justice est
alors entrée en force de chose jugée et est devenue exécutoire (cf. art.
336 al. 1 lit. a CPC).
10.
Par courrier du 23 octobre 2012, le Président du Tribunal fédéral des bre-
vets a invité, conformément à l'art. 37 LTFB, les parties à se prononcer
sur les rapports Besson/Noll et Addor. Le 14 janvier 2013, la défenderes-
se a pris position sur les deux expertises. Dans son mémoire du 14 jan-
vier 2013, la demanderesse a soulevé des doutes quant à la compétence
du Tribunal fédéral des brevets.
11.
Par courrier du 5 juillet 2013, les parties ont été convoquées en vue des
plaidoiries finales selon l'art. 232 CPC en les informant des juges qui y
participeraient. Le 13 août 2013, l'avocat de la défenderesse a transmis
au Tribunal des informations concernant des éventuels motifs de récusa-
tion en raison de son mandat de représentation d'une société sans lien
avec le présent litige mais opposée à certaines sociétés du groupe NES-
2 cf. art. 132 al. 1 Loi de procédure civil genevoise; aLPC GE
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Page 15
TLE qui emploie l’un des juges annoncés, soit le juge Frank Schnyder.
Par lettre du 21 août 2013, le président a communiqué aux parties que
l'exposé de faits présenté par la défenderesse ne relevait pas un motif de
récusation au sens de l'art. 47 al. 1 CPC et que par conséquent la com-
position de la Cour appelée à statuer ne serait pas modifiée. Les parties
n'ont finalement pas requis la récusation du juge Frank Schnyder.
12.
Lors des débats principaux du 5 novembre 2013, qui ont eu lieu « extra
muros » au Tribunal cantonal de Fribourg conformément à l’art. 7 LTFB,
les parties ont confirmé leurs conclusions déposées dans les écritures.
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Page 16
En droit:
Compétence du Tribunal:
13.
Le Tribunal fédéral des brevets a la compétence exclusive de statuer sur
les actions en validité ou en contrefaçon d’un brevet et sur les actions en
octroi d’une licence sur un brevet (art. 26 al. 1 lit. a LTFB). Lorsque le dé-
fendeur introduit une demande reconventionnelle en nullité ou en contre-
façon d’un brevet devant le tribunal cantonal, celui-ci transmet les deux
demandes à la juridiction fédérale (art. 26 al. 4 LTFB). En l'espèce, la
compétence à raison de la matière et de la fonction du Tribunal fédéral
des brevets n'est pas contestée.
14.
La demanderesse a saisi la Cour de justice civile genevoise de la présen-
te demande avant l’entrée en vigueur de la LTFB. Selon l'art. 41 LTFB, au
1er janvier 2012, le Tribunal fédéral des brevets reprend, dans son domai-
ne de compétence, le traitement des procédures qui sont pendantes de-
vant les tribunaux cantonaux, pour autant que les débats principaux
n'aient pas eu lieu (art. 41 LTFB). Cette règle spécifique implique un
transfert automatique au Tribunal fédéral des brevets de tous les procès
qui n'ont pas encore été plaidés sur le fond, quel que soit l’avancement
de l’instruction.3 La disposition transitoire de l'art. 41 LTFB laisse ouverte
plusieurs questions, notamment le sens à donner à la notion des débats
principaux ainsi que l’autorité compétente pour déterminer si les débats
principaux aient eu lieu au sens de l'art. 41 LTFB.4
Selon l'art. 10 des Directives procédurales le Tribunal fédéral des brevets
reprend le traitement des procédures, qui au moment de l'entrée en vi-
gueur de la LTFB sont pendantes devant les tribunaux cantonaux, dans la
mesure où la juridiction cantonale concernée justifie que les débats prin-
cipaux n'ont pas encore eu lieu. L’interprétation du droit cantonal revient
aux juridictions cantonales. Par conséquent, il appartient en première li-
gne aux tribunaux cantonaux de déterminer à quel moment il convient
3 Denis Tappy, Le droit transitoire applicable lors de l’introduction de la nouvelle
procédure civile unifiée, JdT 2010 III 11 ss, not. p. 27-28; Werner Stieger, Die Zuständigkeit der Schweizer Gerichte für Prozesse über und im Zusammenhang mit Patenten ab 2011, sic! 2010, p. 3 ss, not. p. 20/21; Florent Thouvenin, Bundespatentgericht: Verfahrensfragen am Übergang in eine neue Ära, sic! 2011, p. 479 ss, not. p. 480/481 et 491 4 Calame/Hess-Blumer/Stieger-Thouvenin, Patentgerichtsgesetz, Bâle 2013, art.
41 LTFB n. 2
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Page 17
d’admettre, selon leur propre procédure civile cantonale, que les débats
principaux sont réputés avoir eu lieu.5 Cette répartition des compétences
entre les tribunaux cantonaux et le Tribunal fédéral des brevets permet
d'éviter un conflit négatif de compétence par une application adéquate
des dispositions transitoires.6
15.
En l'espèce la procédure devant la Cour civile était régie par le code de
procédure civile genevoise.7 Selon l'arrêt de la Cour civile, si l'on se réfè-
re à la procédure civile genevoise, le procès en l’espèce n'a pas été plai-
dé sur le fond parce ce que les parties n'ont pas, à ce stade de l'instruc-
tion de la cause, sollicité l'audition des experts ou fait état d’une renoncia-
tion. Comme elles ne se sont pas davantage prononcées sur les rapports
d'expertise et sur la cause en générale, la Cour civile a conclu que les
débats principaux au sens de l'art. 41 LTFB n'avaient pas encore eu lieu
et que dans ces conditions, il y avait lieu d'ordonner la transmission du
dossier au Tribunal fédéral des brevets.
Comme il a été déjà constaté, l'arrêt de la Cour civile est entré en force
de chose jugée. Dans la mesure où la Cour civile a pris une décision sur
un point relevant de son droit cantonal, le Tribunal fédéral des brevets est
lié par l'autorité de la chose jugée et ne peut pas revenir sur cette ques-
tion (art. 59 al. 1 et al. 2 lit. e CPC).8 Dès lors, le Tribunal fédéral des bre-
vets est lié par l'arrêt de la Cour civile selon lequel les débats principaux,
tels que compris par la procédure civile genevoise, n'avaient pas encore
eu lieu.
16.
La procédure devant le Tribunal fédéral des brevets est régie par le Code
de procédure civile, à moins que la loi fédérale sur les brevets ou la loi
sur le Tribunal fédéral des brevets n’en dispose autrement (art. 27 LTFB).
Le tribunal examine d'office si les conditions de recevabilité sont remplies
(art. 60 CPC; cf. art. 98 aLPC GE). Selon l'art. 26 al. 1 lit. a LTFB, le Tri-
bunal fédéral des brevets a la compétence exclusive de statuer sur les
actions en validité ou en contrefaçon d'un brevet et les actions en octroi
d'une licence sur un brevet et selon l'art. 26 al. 4 LTFB, il est aussi com-
pétent, si le défendeur introduit une demande reconventionnelle en nullité
5 Calame/Hess-Blumer/Stieger-Thouvenin, art. 41 LTFB n. 3
6 Calame/Hess-Blumer/Stieger-Thouvenin, art. 41 LTFB n. 4
7 art. 404 al. 1 CPC; cf. Tappy, JdT 2010 III p. 12
8 cf. BGE 139 III 126 c. 3.1 p. 128 et les arrêts cités
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Page 18
ou en contrefaçon d'un brevet devant le tribunal cantonal. Comme il s'agit
en l'espèce d'une demande en contrefaçon d'un brevet de la demande-
resse et d'une demande reconventionnelle en nullité du brevet litigieux de
la demanderesse, le Tribunal fédéral des brevets est compétent à raison
de la matière et ainsi pour statuer sur la demande et la demande re-
conventionnelle de la cause.
Conclusions formulées par la demanderesse:
17.
Les conclusions, dans la mesure où elles répètent sans autre précision
les revendications du brevet litigieux, ne sont pas formulées d'une maniè-
re plus concrétisée que la revendication 1 elle-même dont la violation est
invoquée.
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, les actions en cessation de
trouble doivent viser l’interdiction d’un comportement précisément décrit.
La partie condamnée doit apprendre ce qu’elle n’est plus en droit de faire,
et les autorités d’exécution ou les autorités pénales doivent savoir quel
comportement elles doivent empêcher ou qu’elles peuvent assortir d’une
peine. Si l'on fait valoir auprès de ces autorités que le défendeur a répété
un acte prohibé malgré l’interdiction du juge civil, celles-ci doivent seule-
ment avoir à vérifier si les conditions factuelles invoquées sont remplies;
en revanche, elles ne doivent pas être amenées à qualifier sur le plan ju-
ridique le comportement en cause. Dans le cas particulier où il est conclu
à l’interdiction d’un comportement violant un brevet, il peut être nécessai-
re de mentionner l’essence des revendications dans les conclusions vi-
sant l’interdiction afin de clarifier l’objet contrefaisant. Toutefois, une telle
mention est aussi insuffisante pour l’identification du comportement à in-
terdire que la mention d’une référence d’un produit. Le mode de violation
(de brevet) ou mode d’exécution allégué doit au contraire être décrit de
sorte à ce qu’un examen purement factuel permette sans autre de cons-
tater si on est en présence d’une forme d’exécution prohibée. En effet, le
procès en violation de brevet vise la détermination, liant juridiquement les
parties, quant à la portée du brevet dans la confrontation entre le brevet
et le mode de violation ou mode d’exécution allégué. Ce but ne peut pas
être atteint si, lors d’une procédure d’exécution, il faut réexaminer la
question de l’utilisation de l’enseignement technique réservé au titulaire
du brevet. Il faut au contraire décrire la forme de violation comme un acte
technique réel à travers certaines caractéristiques qui ne nécessitent au-
cune interprétation juridique ou interprétation de termes techniques ambi-
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Page 19
gus. Pour admettre une violation, il est certes suffisant que les caractéris-
tiques décisives de la revendication du brevet soient réellement concréti-
sées. Il est également exact qu’il convient d’interpréter le dispositif d’une
décision à la lumière des considérants. La question de la réelle concréti-
sation des caractéristiques décisives de la revendication du brevet consti-
tue précisément l’objet du procès en violation de brevet. Qu’un brevet va-
lable ne peut pas être utilisé est une évidence, même sans procès, et ré-
sulte directement de l’art. 66 LBI. L’objet du procès en violation est consti-
tué par la question litigieuse quant à la mise en œuvre de l’enseignement
du brevet par le mode d’exécution litigieux en raison de ses caractéristi-
ques constructive concrètes. Le dispositif du jugement, éventuellement
interprété sur la base des considérants, doit dès lors exposer concrète-
ment quelles caractéristiques du mode d’exécution sont attaquées en tant
que mise en œuvre de l’enseignement technique. En ce sens, il ne suffit
pas de répéter les caractéristiques mentionnées dans le brevet. Cela né-
cessite une description du mode de violation. Ce n’est que lorsque les ca-
ractéristiques techniques du mode d’exécution utilisant le brevet litigieux
sont concrètement désignées qu’une éventuelle interdiction peut être
exécutée (ATF 131 III 70, c. 3.3 et 3.4).
Il découle de ce raisonnement que l’insuffisance d’une simple récitation
dans le dispositif du jugement (et ainsi dans les conclusions correspon-
dantes soumises par une partie) de l’énoncé de la revendication fondant
l’interdiction d’un mode d’exécution attaqué ne se présente que dans la
mesure où l’énoncé lui-même de la revendication ne se réduit pas à des
caractéristiques constructives concrètes. Lorsque l’énoncé de la revendi-
cation est spécifique au point qu’un examen purement factuel permet
sans autre de constater si on est en présence d’une forme d’exécution
prohibée et que cet énoncé ne nécessite aucune interprétation juridique
ou interprétation de termes techniques ambigus, la désignation concrète
des caractéristiques techniques concrètes du mode d’exécution peut se
confondre avec l’énoncé de la revendication qui fonde l’interdiction.
Il en va ainsi dans le cas présent où la Cour de céans ne peut identifier
une quelconque indétermination juridique ou de terminologie technique
ou un défaut de concrétisation dans l’énoncé de la revendication. Par
conséquent, dans le présent cas d’espèce, la simple restitution de la re-
vendication dans les conclusions de la demanderesse semble conforme
aux principes et buts précités.
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Page 20
De plus, on relèvera que cette question n'a pas été soulevée par la dé-
fenderesse. Par conséquent, rien ne s’oppose à considérer ces conclu-
sions comme étant suffisamment concrétisées pour être recevable.
Examen de la validité du brevet CH 695 712:
18.
La demanderesse fonde ses prétentions uniquement sur le brevet CH
695 712 A5, à l'exclusion du brevet européen parallèle EP 1 296 204 B1.
Extension lors de la procédure de délivrance (art. 58 al 2 aLBI):
19.
La défenderesse invoque la nullité du brevet litigieux sur la base de l'art.
26 al. 1 lit. c LBI qui prohibe l'extension de l’objet du brevet au-delà du
contenu des pièces initialement déposées. Dans ce contexte, il convient
de retenir les éléments suivants:
• Les parties discutent la jurisprudence des Chambres de recours
de l'OEB des brevets qui n'est pas directement pertinente, s'agis-
sant d'un brevet suisse. La base légale régissant les modifications
relève de l'art. 58 LBI.
• Le brevet a été déposé 2001 et délivré 2006. Il faut dès lors appli-
quer l'art. 58 al. 2 LBI dans sa version qui était en vigueur jus-
qu'au 30 juin 2008: « Est considéré comme date de dépôt le jour
où ont été déposées des pièces dans lesquelles l’invention reven-
diquée est exposée, lorsque l’objet de la demande modifiée va au-
delà du contenu des pièces initialement déposées; en pareil cas,
la date de dépôt initiale perd tout effet légal ». Ainsi, en cas
d’extension au-delà du contenu des pièces initialement déposées,
la conséquence n'est pas la nullité du brevet, mais un change-
ment de la date effective, la date de dépôt de la demande de bre-
vet étant substituée par la date de dépôt de la modification des
revendications (Art. 142 LBI et ATF 4A_109/2011 et 4A_111/2011
du 21 juillet 2011, c. 4.1).
• Est réputé constituer une extension allant au-delà du contenu des
pièces initialement déposées une modification qui n’est pas divul-
guée à la date pertinente (de dépôt ou d’un éventuel report au
sens de l’art. 58 aLBI) soit un enrichissement technique du conte-
nu de la demande et donc un apport d’information de nature tech-
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Page 21
nique qui ne se déduit pas - directement et sans ambiguïté - de
l’intégralité du contenu technique - explicite et implicite - soumis à
la date pertinente, une extension de cette nature pouvant prendre
la forme d’un ajout ou d’une suppression ou une correction
d’information dont l’éventualité ne se déduit pas dudit contenu à la
date pertinente ; la possibilité de déduire une information directe-
ment et sans ambiguïté dudit contenu s’apprécie en fonction de la
compréhension de ce contenu par l’homme du métier à l’aide de
ses connaissances à la date pertinente (de dépôt ou de report) ; il
en va ainsi en particulier lorsqu’une caractéristique d’une inven-
tion est supprimée ou généralisée ou lorsque une caractéristique
implicite est explicitée ou qu’une caractéristique erronée est corri-
gée.9
• La défenderesse, qui fait valoir ce motif, ne relève ce point que
par rapport à la revendication 1. La demanderesse soulève ce
point aussi en relation avec les revendications 3 et 6 dans ses
questions 8 et 9 aux experts.
Dans sa prise de position sur les rapports d’expertise la défende-
resse ne se prononce pas sur les revendications 3 et 6.
Comme la défenderesse ne fonde la nullité du brevet en litige
qu’en relation avec la revendication 1, il convient de limiter
l’examen de la validité à cette revendication.
Pour toutes les prétentions relevant du droit privé fédéral, l’art. 8 CC ré-
partit le fardeau de la preuve, auquel correspond, en principe, le fardeau
de l'allégation, et, partant, les conséquences de l'absence de preuve ou
d'allégation.10 La partie qui entend se prévaloir d’un motif de nullité d’un
brevet supporte le fardeau de la preuve à moins que la loi n’en dispose
autrement, conformément à l’art. 8 CC.11 Un état de fait qui n’a pas été al-
légué par la partie qui en supporte le fardeau ne peut pas être admis par
le juge et si en raison d’un défaut d’allégation un état de fait ne peut pas
être pris en considération ou demeure incertain, le juge doit se prononcer
9 ATF 4A_109/2011 et 4A_111/2011 du 21 juillet 2011, c. 4.3.1, et par analogie
les décisions de la Grande chambre de recours de l’OEB G 3/89 motif 2, G 11/91 motif 2, G 2/10 motif 4.3 ainsi que « La Jurisprudence des Chambres de recours de l’Office européen des brevets », 2013, 7
e éd, p. 410 s.
10 ATF 129 III 18, c. 2.6 et ATF 4A_417/2008 du 3 décembre 2008, c. 4.1
11 cf. ATF 4C_403/2005 du 28 février 2007, c. 4.3
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Page 22
en vertu de l’art. 8 CC en défaveur de la partie qui supporte le fardeau de
la preuve.12
Appliqué au motif de nullité découlant d’une extension illicite visé à l’art
26 al. 1 lit. c LBI, cela signifie que la partie qui souhaite s’en prévaloir
supporte le fardeau de la preuve de l’extension illicite et doit dès lors allé-
guer de façon détaillée d’une part la modification en cause et d’autre part
la détermination de l’homme du métier et l’étendue de ses connaissances
à la date pertinente (date de dépôt ou de report). Le même principe
d’allégation détaillée relative à l’homme du métier et à ses connaissances
s’applique au demeurant à la question de l’activité inventive (cf. ci-
dessous) et à la suffisance de description au sens des articles 26 al. 1 lit.
a (en relation avec l’art. 1 al. 2) et 26 al. 1 lit. b LBI.13
Il ne suffit dès lors pas de simplement alléguer qu’une modification parti-
culière ne serait pas explicitée dans le contenu des pièces initialement
déposées (à la date dépôt ou de report). Encore faut-il identifier l’homme
du métier (typiquement par sa profession et/ou sa formation) et ses
connaissances générales (typiquement les sujets techniques qu’il doit
maîtriser en sa qualité d’homme du métier déterminé) à la date pertinente
et expliquer pour quel motif une telle modification ne se déduirait pas du
contenu explicite des pièces initialement déposées à l’aide des connais-
sances de l’homme du métier.
20.
La défenderesse présente l’homme du métier de la façon suivante :
« praticien d'un domaine technologique normalement qualifié qui possède
les connaissances générales dans le domaine concerné et qui est censé
avoir eu accès à tous les éléments de l'état de la technique ». Une telle
présentation de l’homme du métier n’identifie pas directement l’homme
du métier et encore moins le contenu et l’étendue de ses connaissances
à la date pertinente. Il s’agit plus d’une invitation présentée au juge d’aller
chercher lui-même l’information factuelle nécessaire pour trancher la
question. Une telle démarche est contraire à la maxime de disposition et
ne remplit pas les exigences précitées et ne permet pas davantage à la
partie adverse d’exercer son droit de réfutation et encore moins de pro-
céder à une éventuelle administration des preuves en cas de contestation
12
Cour de cassation zurichoise décision AA050184 du 30 septembre 2006, c. 2.c 13
ATF 4C_10/2003 du 18 mars 2003, c. 3 et c. 4
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Page 23
sur les faits, notamment concernant la question des connaissances de
l’homme du métier à la date pertinente.
21.
Nonobstant le défaut d’allégation précité, il apparaît, sous réserve de
conclusions différentes auxquelles auraient pu conduire une détermina-
tion adéquate de l’homme du métier et de ses connaissances selon les
principes énoncés ci-dessus, que les griefs invoqués par la défenderesse
concernant une extension illicite du contenu semblent infondés pour les
motifs suivants.
La revendication 1 du brevet CH 695 712 au moment du dépôt était rédi-
gée en ces termes:
1. Mécanisme d’affichage d'un nombre avec deux digits séparés portés sur deux
pièces différentes pour permettre d’avoir des chiffres plus grands comportant un
disque des unités (1) entraîné à raison d'un pas par jour et un mobile des dizai-
nes (9, 10) entraîné à raison de quatre pas par mois, caractérisé par le fait que le
mobile des dizaines (9, 10) comporte une plaque (9) sur laquelle sont apposés
les chiffres des dizaines à afficher et un pignon (10) de quatre dents; par le fait
que le disque des unités forme une couronne (1) qui comporte une denture péri-
phérique externe de quatre dents (14) coopérant avec la dent du pignon (10) et
une denture périphérique interne de trente et une dents (3) pour son entraîne-
ment pas à pas; par le fait que le mobile des dizaines (9, 10) est pivoté en de-
hors de la couronne des unités (1), sa plaque (9) étant partiellement superposé
la couronne des unités (1); et par le fait que pour chaque position stable de la
couronne des unités (1) et du mobile des dizaines (9, 10) un chiffre porté par la
plaque (9) est situé à côté d’un chiffre porté par la couronne (1), ces deux chif-
fres apparaissant côte à côte dans un ou deux guichets (2, 13) d’un cadran.
À sa délivrance, la revendication 1 s’énonçait comme suit:
1. Mécanisme d'affichage d'un nombre avec deux chiffres séparés portés sur
deux pièces différentes comportant:
- un disque formant une couronne (1) sur laquelle est apposée une première sé-
rie de chiffres et ayant une denture périphérique interne pour son entraînement;
- un mobile (9,10) comportant une plaque (9) sur laquelle est apposée une se-
conde série de chiffres et un organe denté (10) de plusieurs dents, la plaque (9)
étant partiellement superposée à la couronne (1) afin que, pour chaque position
stable de la couronne (1) et du mobile (9,10), un chiffre porté par la plaque (9)
soit située à côté d'un chiffre porté par la couronne (1), ces deux chiffres appa-
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Page 24
raissant côte à côte dans un ou deux guichets (2,13) d'un cadran;
- ce mécanisme d'affichage étant caractérisé en ce que le mobile (9,10) est pivo-
té en dehors de la couronne (1) et en ce que la couronne (1) comporte égale-
ment une denture périphérique externe coopérant avec les dents de l'organe
denté (10).
22.
Les modifications apportées lors de la procédure de délivrance sont
considérables. Elles sont exposées ci-après.
Mécanisme d’affichage d'un nombre avec deux digits séparés portés sur deux
pièces différentes pour permettre d’avoir des chiffres plus grands comportant:
un disque une couronne des unités (1) sur laquelle est apposée une première
série de chiffres entraîné à raison d'un pas par jour et un mobile des dizaines (9,
10), caractérisé par le fait que le mobile (9, 10) comporte comportant une plaque
(9) sur laquelle sont apposés les une seconde série de chiffres des dizaines à af-
ficher et un pignon organe denté (10) de quatre plusieurs dents; par le fait que le
disque des unités forme une couronne (1) qui comporte une denture périphéri-
que externe de quatre dents (14) coopérant avec la dent les dents du pignon (10)
et une denture périphérique interne de trente et une dents (3) pour son entraî-
nement pas à pas; par le fait que le mobile des dizaines (9, 10) est pivoté en de-
hors de la couronne des unités (1), sa plaque (9) étant partiellement superposé
la couronne des unités (1); et par le fait que pour chaque position stable de la
couronne des unités (1) et du mobile des dizaines (9, 10) un chiffre porté par la
plaque (9) est situé à côté d’un chiffre porté par la couronne (1), ces deux chif-
fres apparaissant côte à côte dans un ou deux guichets (2, 13) d’un cadran.
Les caractéristiques suivantes ont fait l’objet d’une altération lors de la
procédure de délivrance :
a. « disque des unités entraîné à raison d'un pas par jour » a été changé en
« couronne entraînée »
b. « mobile des dizaines, entraîné à raison de quatre pas par mois comportant
une plaque (9) » a été changé en « mobile comportant une plaque (9) »
c. « chiffres d'unités sur disque, de dizaines sur mobile » a été changé en « chif-
fres »
d. « pignon » a été changé en « organe denté »
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e. « pignon de quatre dents » a été changé en « organe denté de plusieurs
dents »
f. « denture externe de quatre dents » a été changé en « denture externe »
g. « denture interne de 31 dents » a été changé en « denture interne »
h. « pour permettre d’avoir des chiffres plus grands » a été simplement supprimé.
Ces modifications trouvent leur support dans les passages suivants des
documents tel que déposés initialement:
Modifications a. – c.:
Ces modifications sont supportées par le paragraphe [0022] (demande
telle que déposée). La version de la revendication 1 telle que déposée
définissait une couronne comportant les unités et une plaque comportant
les dizaines. Le paragraphe [0022] divulgue un mécanisme qui peut être
utilisé pour n'importe quel affichage de chiffres, et c'est ce que reflète la
généralisation de la revendication 1 lors de la procédure de délivrance.
Modification d.:
La substitution d'un pignon par un organe denté ne change rien au conte-
nu technique, et les deux expertises sont unanimes sur ce point (Bes-
son/Noll).
Modifications e. – g.:
Ces modifications quant au nombre de doigts requis dépend du nombre
de chiffres à afficher. La généralisation consacrée au paragraphe [0022]
permet de ne pas spécifier le nombre de dents.
Modification h.:
Cette modification porte sur l’omission d'un but et n’entraîne pas une mo-
dification d’une caractéristique technique de l’invention. En effet, ce but
semble résulter directement de la mise en œuvre des caractéristiques
techniques de la revendication et son énoncé dans la revendication appa-
raît comme redondant et donc contraire au principe de concision. A sup-
poser que ce but ne soit pas nécessairement atteint par la mise en œuvre
des caractéristiques de la revendication 1 telle que délivrée et que sa
O2012_033
Page 26
suppression constitue une généralisation technique, celle-ci serait sup-
portée par les paragraphes [0022] et également [0001] et [0005] de la
demande telle qu’initialement déposée.
23.
Par conséquent, la Cour ne relève aucune extension illicite. Il convient
dès lors de se rallier aux conclusions correspondantes du rapport Bes-
son/Noll et d’écarter les conclusions divergentes du rapport Addor.
Nouveauté:
24.
Les parties n’adressent la nouveauté de la revendication 1 du brevet liti-
gieux que par rapport au document CH 316 461 (Valjoux). Avant
d’adresser la question de l’activité inventive, il convient également
d’identifier les différences entre la revendication 1 et le document CH 689
601 (Piguet) invoqué dans ce cadre.
25.
L'invention revendiquée est illustrée dans les figures (notamment la Fig.
1) montrant les éléments essentiels suivants:
O2012_033
Page 27
- un disque formant une couronne (1) sur laquelle est apposée une pre-
mière série de chiffres et ayant une denture périphérique interne (3)
pour son entraînement;
- un mobile (9,10) comportant une plaque (9) sur laquelle est apposée
une seconde série de chiffres et un organe denté (10) de plusieurs
dents,
la plaque (9) étant partiellement superposée à la couronne (1) afin que,
pour chaque position stable de la couronne (1) et du mobile (9,10), un
chiffre porté par la plaque (9) soit situé à côté d'un chiffre porté par la
couronne (1), ces deux chiffres apparaissant côte à côte dans un ou deux
guichets (2,13) d'un cadran;
- ce mécanisme d'affichage étant caractérisé en ce que le mobile (9,10)
est pivoté en dehors de la couronne (1) et en ce que la couronne (1)
comporte également une denture périphérique externe (14) coopérant
avec les dents de l'organe denté (10).
26.
Nouveauté par rapport au document CH 316 461 (Valjoux): Valjoux décrit
le mécanisme suivant:
Le disque des unités 11 de Valjoux est entraîné par la roue 4. A cette fin,
la goupille 8 interagit avec l'étoile 9 concentrique et solidaire du disque
des unités 11 pour l’entraîner. Le disque des unités 11 n'est pas en forme
O2012_033
Page 28
de couronne mais de disque dépourvu d’évidement central. A la périphé-
rie du disque des unités 11 est disposé un seul doigt 14. Le disque des
dizaines 16, superposé au disque des unités 11, est solidaire et concen-
trique d'une étoile 15.
Pour assurer l’entraînement du disque des dizaines 16, le doigt 14 péri-
phérique du disque des unités 11 interagit avec l’étoile 15 du disque des
dizaines 16.
Le deuxième mode de réalisation, illustré dans la Fig. 3, est sensiblement
identique.
La demanderesse fait valoir que trois des caractéristiques revendiquées
ne sont pas divulguées dans Valjoux:
1) le disque portant une première série de chiffres (typiquement le disque
des unités) est formé par une couronne;
2) cette couronne a une denture périphérique interne pour son entraîne-
ment;
3) cette couronne a une denture périphérique externe coopérant avec un
organe denté d’un mobile portant une seconde série de chiffres (typique-
ment le mobile des dizaines).
La défenderesse ne nie pas les différences 1) et 2), mais ignore que la
différence 3) inclut une couronne qui n'est pas divulguée dans Valjoux
(voir différence 1). Il convient donc d’admettre les trois différences sus-
mentionnées entre le document Valjoux et la revendication 1.
La défenderesse argumente que les caractéristiques 1) et 2) sont divul-
guées implicitement, ou sont connues de la littérature ou d’autres brevets
antérieurs.
Il n'y a, dans Valjoux, aucun enseignement visant à transformer l'une des
plaques 11 ou 16 ou les deux en couronne(s). Les deux disques 11 ou 16
de Valjoux étant montés chacun sur son propre axe central, une telle mo-
dification ne peut pas être divulguée implicitement.14
Valjoux ne comporte aucune référence spécifique à un autre document ou
brevet visant une telle transformation. En l'absence d'une telle référence
14
Voir la jurisprudence Européenne: Heusler, art. 54 CBE n. 56-63, Singer/Stauder, 6
ième édition
O2012_033
Page 29
spécifique, une combinaison avec d'autres documents n'est pas admissi-
ble dans le cadre de l'appréciation de la nouveauté.15
Il convient dès lors d’admettre la nouveauté de l’invention revendiquée
par rapport à Valjoux, en accord avec les expertises Besson/Noll et Ad-
dor.
27.
Nouveauté par rapport à CH 689 601 (Piguet). Piguet décrit le mécanis-
me suivant:
Piguet divulgue une couronne des unités 10 comprenant deux dentures
en périphérie interne. Une première denture interne 12 est agencée pour
le déplacement de la couronne des unités 10 par moyen d'un organe en-
traîneur 14 du mouvement de la montre. Une deuxième denture interne
16, agencée dans un plan situé au-dessus de celui de la première dentu-
re, interagit avec une étoile 18 solidaire et coaxiale avec plaque des di-
zaines 8. Cette-dernière est superposée à la couronne des unités et se
trouve dans l'évidement de la couronne des unités 10.
Piguet ne divulgue pas les caractéristiques de la partie caractérisante de
la revendication 1 du brevet litigieux:
- le mobile n'est pas pivoté en dehors de la couronne 10 et
15
Voir la jurisprudence Européenne: Heusler, art. 54 CBE n. 78-80, Singer/Stauder, 6
ième édition
O2012_033
Page 30
- la couronne 10 ne comporte pas de denture périphérique externe
coopérant avec les dents de l'organe denté 18.
Il s’agit des différences que la défenderesse admet elle-même dans sa
réponse. Par conséquent, il convient d’admettre la nouveauté de
l’invention revendiquée par rapport au document Piguet.
28.
En ce qui concerne les documents pertinents, on relèvera l’aspect sui-
vant:
L'expert Addor a d'une part basé ses conclusions quant au manque de
brevetabilité sur un document EP 529 191 (Jaeger-Le Coultre), qui n'était
pas mentionné dans les questions aux experts concernant la brevetabili-
té, mais apparaissait seulement dans le cadre d’une question C.2 de la
demanderesse concernant la problématique de l’ajout de matière (exten-
sion de l’objet).
La demanderesse aurait pu s'opposer à l'introduction de ce document à
cette fin. Elle n'a pas soulevé une telle objection et ne s'est pas opposée
au traitement de ce document dans le cadre de la discussion sur la ques-
tion de nouveauté qui relève, elle, de la brevetabilité.
En outre, l'expert Addor a, de lui-même et sans autorisation ou instruction
par le tribunal, procédé à une recherche d'art antérieur et a spontanément
produit un autre document JP 44-20619 (Aichi Tokai Denki), deux mois
après le dépôt des expertises (les expertises datent du 5 avril 2011 et du
13 avril 2011, tandis que la lettre de l'expert Addor accompagnant ce do-
cument date du 13 juin 2011). Cette démarche contrevient au principe de
la maxime des débats (art. 55 CPC).
La demanderesse aurait pu s'opposer à l'introduction de ce document
dans la procédure. Toutefois, elle n'a pas soulevé d’objection et ne s’est
pas opposée au traitement de ce document dans le cadre de la discus-
sion sur la nouveauté.
29.
Nouveauté par rapport au document EP 529 191 (Jaeger-Le Coultre). Le
document Jaeger-Le Coultre décrit le mécanisme suivant:
O2012_033
Page 31
Selon le document Jaeger-Le Coultre, une couronne des unités 1 com-
prend une seule denture 19 à la périphérie interne pour assurer le dépla-
cement de la couronne des unités 10 par un organe entraîneur 18 du
mouvement de la montre. Pour le déplacement de la plaque des dizaines
3, il y a une étoile 21 solidaire et coaxiale avec la plaque des dizaines 3.
La plaque des dizaines 3 est superposée à la couronne des unités 1 et se
trouve dans l'évidement de la couronne des unités 1, donc à l'intérieur de
cette-dernière.
La nouveauté de l’invention revendiquée par rapport au document Jae-
ger-Le Coultre résulte de l’absence de divulgation par ce-dernier des ca-
ractéristiques de la partie caractérisante de la revendication 1, c'est-à-
dire:
- le mobile n'est pas pivoté en dehors de la couronne 10 et
- la couronne 10 ne comporte pas de denture périphérique externe
coopérant avec les dents de l'organe denté 18.
O2012_033
Page 32
Ces différences sont d’ailleurs admises par la défenderesse dans sa ré-
ponse.
30.
Le document japonais JP 44-20619 (Aichi Tokai Denki) a été invoqué au
titre de la nouveauté. Le document Aichi Tokai Denki, c’est-à-dire ses
dessins et sa traduction, divulguent le mécanisme suivant:
Une plaque des unités 1 semble être divulguée dans le document Aichi
Tokai Denki. Même si la seconde figure semble au premier abord montrer
une couronne, la présence de chiffres illustrés à cheval sur cette-dernière
ainsi que la vue en coupe de la première figure amènent à penser que
cette plaque doit être pleine pour pouvoir servir de support pour ces chif-
fres. Cette plaque est montée sur un axe central et dispose d’une premiè-
re denture externe 3 pour coopérer avec petite la plaque des dizaines 2
par l’intermédiaire d’une étoile 4. Montée sur le même axe que celui de
cette plaque des unités, on distingue une roue dentée inférieure avec une
O2012_033
Page 33
denture externe (non décrite ou mentionnée dans la description de Aichi
Tokai Denki), indiquée à l'aide des flèches rouges (ajoutées) dans les
dessins ci-dessus. Seules deux sections de cette denture sont détaillées
sur la seconde figure, les jonctions (vraisemblablement dentée) entre ces
deux sections étant schématiquement illustrées par des arcs de cercle. Il
est logique d’admettre que ces arcs de cercle représentent
l’encombrement maximum de la pièce considérée et donc le sommet de
la denture (ce qui amène à penser que cette denture est agencée à la pé-
riphérie d’une roue) et non le fond de la denture qui n’offre à lui seul au-
cune indication sur l’encombrement de la pièce dentée ou même sur la
dimension de la denture (présentant ainsi peu d’utilité dans le but
d’illustrer l’intérieur d’une couronne).
Pour toutes ces raisons, considérant la forme des dents de cette denture
(voir flèche), il ne peut s’agir que d’une denture périphérique (vraisembla-
blement externe) d’une pièce superposée à la plaque des unités et ne
peut pas être une denture interne d'une couronne comportant le marqua-
ge des unités.
Dès lors, la divulgation du document Aichi Tokai Denki n’apporte aucun
enseignement pertinent pour l’invention revendiquée du brevet litigieux al-
lant au-delà de l’enseignement divulgué par le document Valjoux. Trois
caractéristiques revendiquées ne sont ainsi pas divulguées dans le do-
cument Aichi Tokai Denki:
1) le disque portant une première série de chiffres (typiquement le disque
des unités) a la forme d’une couronne
2) cette couronne a une denture périphérique interne pour son entraîne-
ment ;
3) cette couronne a une denture périphérique externe coopérant avec un
organe denté d’un mobile portant une seconde série de chiffres (typique-
ment le mobile des dizaines).
Il n'y a, dans le document Aichi Tokai Denki, aucune indication invitant à
transformer l'une des plaques 1 ou 2 ou les deux en couronne(s). Les
deux disques 1 ou 2 étant monté chacun sur son propre axe central, une
telle modification ne peut pas davantage être divulguée implicitement.16
Il faut dès lors admettre la nouveauté de l’invention revendiquée par rap-
port au document Aichi Tokai Denki.
16
Voir la jurisprudence Européenne: Singer/Stauder-Heusler, art. 54 CBE n. 
O2012_033
Page 34
Le document Aichi Tokai Denki divulguant un enseignement essentielle-
ment identique au document Valjoux s’agissant d’apprécier la question de
la brevetabilité de l’invention revendiquée, il convient de se limiter dans la
discussion de l'activité inventive au document Valjoux et d’appliquer par
analogie les conclusions qui en seront tirées au document Aichi Tokai
Denki.
Activité inventive:
L'homme du métier:
31.
Une invention est considérée comme impliquant une activité inventive si,
pour l'homme du métier, elle ne découle pas d'une manière évidente de
l'état de la technique. L'homme du métier joue ainsi un rôle décisif dans
l'appréciation de l'activité inventive.17
A l’instar de la question de l’extension illicite (cf. supra), l'appréciation de
l'activité inventive présuppose une allégation détaillée quant à la détermi-
nation de l’homme du métier et ses connaissances à la date pertinente
par la partie qui souhaite se prévaloir du motif de nullité correspondant au
sens de l’art 26 al. 1 lit. a (en relation avec l’art. 1 al. 2) LBI. Cette infor-
mation est nécessaire afin de déterminer si ses connaissances générales
auraient incité et permis à l’homme du métier de combler une lacune en-
tre une ou plusieurs antériorités déterminées (par exemples une ou plu-
sieurs publications et/ou usages publics antérieurs) et l’invention revendi-
quée. Une telle allégation détaillée et également nécessaire afin de dé-
terminer si ses connaissances générales auraient permis à l’homme de
métier de combiner les enseignements contenus dans des antériorités dif-
férentes afin de les réduire en un mode d’exécution combiné (réel) cou-
verte par l’invention revendiquée.
Le défaut d’une allégation détaillée en ce sens contraint en principe le ju-
ge à rejeter le motif de nullité invoqué.
32.
La demanderesse a présenté l'homme du métier comme un: « praticien
d'un domaine technologique normalement qualifié qui possède les
connaissances générales dans le domaine concerné et qui est censé
17
voir ATF 120 II 71, c. 2, ATF 123 III 485, c. 2, ATF 4C_10/2003 du 18 mars 2003, c. 3 quant à l’interprétation de l’art. 1 al. 2 LBI et par analogie l’art. 56 CBE
O2012_033
Page 35
avoir eu accès à tous les éléments de l'état de la technique ». Cette pré-
sentation, en elle-même, n’identifie ni l’homme du métier pertinent ni ses
connaissances à la date pertinente (cf. supra). Par conséquent cette pré-
sentation n’est pas conforme à l’exigence d’allégation détaillée nécessai-
re à l’appréciation de la question de l'activité inventive. Il convient dès lors
de rejeter le motif de nullité invoqué par la défenderesse.
33.
Nonobstant le défaut d’allégation précité, il apparaît à la Cour, sous ré-
serve de conclusions différentes auxquelles auraient pu conduire une dé-
termination adéquate de l’homme du métier et de ses connaissances se-
lon les principes énoncés ci-dessus, que les griefs invoqués par la défen-
deresse concernant l'absence d'activité inventive semblent infondés,
même si la défenderesse avait allégué que l’homme du métier est un hor-
loger disposant de connaissances particulières en mécanique (qui restent
à déterminer):
34.
Il n'est pas contesté que le document CH 316 461 (Valjoux) et le docu-
ment CH 689 601 (Piguet) peuvent représenter chacun l’état de la techni-
que le plus proche. Il convient dès lors d’analyser l’activité inventive, par
exemple selon l'approche « problème solution », en partant alternative-
ment de chacun des deux documents.
35.
En partant du document Valjoux, il convient de combler les différences
susmentionnées par rapport à l'invention revendiqué, soit:
1) le disque portant une première série de chiffres (typiquement le disque
des unités) est en forme de couronne
2) cette couronne a une denture périphérique interne pour son entraîne-
ment
3) cette couronne a une denture périphérique externe coopérant avec un
organe denté d’un mobile portant une seconde série de chiffres (typique-
ment le mobile des dizaines).
Il n'y a, dans le document Valjoux, aucune suggestion de transformer
l'une des plaques 11 ou 16 en couronne. Les deux disques 11 ou 16 étant
monté chacun sur son propre axe central, une telle modification ne serait
pas possible sans modification fondamentale du mécanisme. Partant, il
convient de retenir que l’invention revendiqué ne se déduit pas de façon
évidente du seul document Valjoux.
O2012_033
Page 36
Le problème mentionné dans le brevet lui-même se trouve aux alinéas
[0005]-[0006], et l'aspect principal concerne la simplification du mécanis-
me d'affichage et la réduction du nombre de pièces.
En partant du document Valjoux, une telle présentation semble corres-
pondre au problème objectif technique pertinent, en accord avec les ob-
servations du rapport Besson/Noll: « que le mécanisme [Valjoux] nécessi-
te deux pièces distinctes pour assurer, d’une part, l’entraînement en rota-
tion du mobile des unités (à savoir l’étoile 9) et, d‘autre part,
l’entraînement en rotation du mobile des dizaines (à savoir le disque des
unités 11 portant un doigt 14 sur sa périphérie) ».
Afin d’atteindre, à partir du document Valjoux, l’invention revendiquée du
brevet litigieux, l’homme du métier devrait
- remplacer la plaque pleine par une couronne;
- former une denture périphérique externe sur cette couronne pour
l’entraînement du mobile;
- former sur cette couronne, en complément de la denture périphérique
externe, une denture périphérique interne afin d’assurer l’entraînement de
la couronne.
Le document Piquet, du même domaine technique que le document Val-
joux, pourrait être pris en compte par l'homme du métier afin de résoudre
le problème susmentionné.
Pour arriver à l'objet revendiqué, l'homme du métier devrait passer par
les étapes suivantes:
- réaliser qu'on pourrait modifier non pas le disque 16 qui n'a pas de den-
ture externe, ou un autre élément du mécanisme du document Valjoux,
mais seulement le disque 11 avec denture externe;
- isoler la couronne 10 du document Piguet et utiliser cette couronne pour
remplacer que la plaque 11 de Valjoux;
- il ne suffit pas de remplacer la plaque par la couronne Piguet, il faut en
plus la modifier en transférant l’une des dentures internes de la couronne
à sa périphérie externe.
Le document Valjoux ne suggère pas à l'homme du métier qu'une telle
modification de la plaque 11 pourrait être avantageuse, ni même souhai-
table ou envisageable. Le document Piguet indique une possibilité
d’utiliser une couronne. Toutefois, il n’y incite pas. La superposition de
deux dentures internes ne présente pas un avantage technique évident
O2012_033
Page 37
mais entraîne une hauteur (et donc un encombrement) accru ce qui rend
la couronne telle que divulguée dans le document Piguet en elle-même
désavantageuse et donc tend plutôt intrinsèquement à dissuader son ex-
ploitation. En outre, la simple substitution de la plaque par une couronne
ne résulte pas dans l’invention brevetée puisqu’il faut encore procéder à
une étape supplémentaire, soit la déportation de la denture interne de la
couronne. Même si l’on admet que l’homme du métier serait technique-
ment en mesure de procéder à une telle modification à partir des docu-
ments précités et de ses connaissances générales, rien ne semble l’y in-
citer. Il est dès lors bien possible que l'homme du métier aurait pu faire
une telle modification, mais il n'est pas apparent qu'il y aurait été incité
et pas seulement qu’il aurait pu y être incité (could-would).
Constatant que ni le document Piguet ni le document Valjoux ne divulgue
ou ne suggère une couronne avec denture interne et une denture ex-
terne, force est d’admettre que l’invention revendiquée ne peut pas être
évidente selon cette approche.
36.
Le document Piguet se distingue de la partie caractérisante de la reven-
dication 1 du brevet litigieux par les caractéristiques suivantes:
- le mobile n'est pas pivoté en dehors de la couronne 10 et
- la couronne 10 ne comporte pas de denture périphérique externe
coopérant avec les dents de l'organe denté 18.
On relèvera préalablement, que la défenderesse a soutenu que
l’invention revendiquée était évidente pour l’homme du métier sur la base
de ce seul document. La défenderesse n’a pas allégué que les modifica-
tions à apporter à l’enseignement par l’homme du métier au document
Piguet pour arriver à l’invention revendiquée seraient évidentes pour
l’homme du métier, un point qui n’a dès lors pas à être examiné. La dé-
fenderesse a critiqué l’invention revendiquée au motif qu’elle ne résolvait
aucun problème technique par rapport au document Piguet, ce qui la pri-
verait de toute activité inventive. Comme il ressort des considérations ci-
dessous, cette critique (absence de résolution d’un problème technique)
paraît infondée.
En effet, l’enseignement du document Piguet comporte un problème de
complexité en raison de la double denture interne de la couronne. Il est
ainsi possible de formuler le même problème technique objectif pour le
document Piguet que pour le document Valjoux (voir consid. 31).
O2012_033
Page 38
En partant du document Piguet, la solution à ce problème technique par
l’invention de la revendication 1 du brevet litigieux implique :
- un déplacement du mobile en dehors de la couronne
- une modification de la couronne en y apportant une denture périphéri-
que externe pour l’entraînement du mobile.
Le document Valjoux, du même domaine technique que Piguet, serait pris
en compte par l'homme du métier.
Pour arriver à l'objet revendiqué l'homme du métier devrait passer par les
étapes suivantes:
- réaliser que l'on pourrait modifier non pas le disque 8, ou un autre élé-
ment du mécanisme Piguet, mais seulement la couronne 10;
- réaliser que l'on pourrait modifier cette couronne et déportant une seule
denture (et non les deux dentures) sur la périphérie externe de la couron-
ne;
- déporter le mobile de l’intérieur sur la périphérie externe (et réaménager
les parties positionnées relativement au mobile en correspondance).
Le document Piguet ne suggère pas à l'homme du métier qu'une telle
modification de la couronne 10 pourrait être avantageuse, souhaitable ou
même envisageable. Le document Valjoux ne comble pas davantage ce
défaut d’incitation. Dès lors, il est bien possible que l'homme aurait pu
faire une telle modification, mais il n'est pas apparent qu'il y aurait été
incité et pas seulement qu’il aurait pu y être incité (could-would).
En rappelant que ni le document Piguet ni le document Valjoux ne divul-
gue ou ne suggère une couronne avec denture interne et une denture
externe, force est d’admettre que l’invention revendiquée ne peut pas
être évidente selon cette approche.
Double protection:
37.
Selon l’art. 125 al. 1 LBI, dans la mesure où, pour la même invention, un
brevet suisse et un brevet européen ayant effet en Suisse ont été délivrés
au même inventeur ou à son ayant cause avec la même date de dépôt ou
de priorité, le brevet suisse ne porte plus effet dès la date à laquelle : le
délai pour former opposition au brevet européen est échu, ou la procédu-
re d’opposition a définitivement abouti au maintien en vigueur du brevet
O2012_033
Page 39
européen. Dans le contexte de la LBI, une invention se comprend comme
une règle de comportement technique portant sur l’utilisation des élé-
ments naturels ou des forces de la nature et aboutissant à un résultat dé-
terminé.18 L’invention est définie dans une ou plusieurs revendications du
brevet (art. 51 al. 1 LBI).
La revendication 1 du brevet Suisse Richemont CH 695 712 A5 ne définit
pas la même invention que celle de la revendication 1 du brevet Euro-
péen EP 1 296 204 B1. Par exemple, la règle de comportement technique
consacrée à la revendication 1 du brevet Européen EP 1 296 204 B1
comporte des guichets (2,13) de cadran. Ces guichets ne limitent pas la
règle consacrée à la revendication 1 du brevet Suisse Richemont CH 695
712 A5. Ainsi, dans cette mesure déjà, le brevet suisse définit une règle
différente de celle du brevet européen. Par conséquent, les deux brevets
ne protègent pas « la même invention » et ainsi les conditions
d’application de l'art. 125 LBI ne sont pas réalisées.
Contrefaçon:
38.
Dans le rapport Besson/Noll, il est constaté, après interprétation de la
portée de la revendication et confrontation des éléments du dispositif de
la défenderesse aux caractéristiques de la revendication 1 du brevet liti-
gieux, que le dispositif de la défenderesse incorpore toutes les caractéris-
tiques de cette revendication. Par conséquent les experts Besson/Noll
concluent à une utilisation de l’invention brevetée par la défenderesse.
Le rapport Addor inclut un document 6 comportant une figure (restituée
au chiffre 6.1) d’un dispositif également illustré en coupe (restituée au
chiffre 6.2.) qui montre un mécanisme décrit dans le brevet EP 1 612 628
B1 appartenant à De Grisogono et qui révèle les caractéristiques des dis-
positifs litigieux « Instrumento Grande » et « Instrumento Grande Open
Date ». Toutes les caractéristiques de la revendication 1 du brevet liti-
gieux sont représentées dans ces deux figures:
18
ATF 95 I 579, c. 3, ATF 98 Ib 396, c. 3 et 4, et « Rapport explicatif relatif à un arrêté fédéral concernant trois traités en matière de brevets et à la modification de la loi fédérale sur les brevets d’invention » du 29 octobre 2001, p. 16, voir https://www.ige.ch/fr/infos-juridiques/domaines-juridiques/brevets/convention--europeens.html?type=kxftok
O2012_033
Page 40
Le rapport Addor semble conclure à une absence de contrefaçon sur la
base des inconvénients du mécanisme de la défenderesse. Ce rapport ne
prétend pas que l’une ou l’autre des caractéristiques de la revendication 1
du brevet litigieux ne serait pas incorporée dans le dispositif de la défen-
deresse. Au contraire, les faits retenus dans le rapport Addor conduisent
à admettre une contrefaçon au sens de l’art. 66 lit. a première phrase LBI.
O2012_033
Page 41
En analysant les deux rapports d'expertise, la Cour de céans tire les mê-
mes conclusions que celles du rapport Besson/Noll aux pages 11-17, se-
lon lequel il est à constater que le mécanisme de la défenderesse consti-
tue une contrefaçon du brevet litigieux.
L'argument principal soutenu par la défenderesse pour nier la contrefaçon
consistait à alléguer que les mécanismes «Instrumento Grande» et «Ins-
trumento Grande Open Date» ne comportaient qu'une seule dent péri-
phérique et non pas une « denture » telle que définie dans la revendica-
tion 1 du brevet litigieux. La seule interprétation du terme «denture péri-
phérique externe » cohérente avec l’exposé du brevet Richemont consis-
te à comprendre que ce terme signifie, dans ce contexte particulier
d’engrenage denté ayant deux éléments dentés, une ou plusieurs dents
périphériques externes permettant d’assurer l’entraînement en rotation du
mobile des dizaines. En effet, l’entraînement ne dépend pas du nombre
de dents qui se font face entre les éléments dentés mais de l’existence
d’au moins une dent sur chacun des éléments dentés permettant
l’engrenage et partant l’entraînement d’un élément denté par l’autre élé-
ment denté. La saillie externe périphérique du mécanisme De Grisogono,
désignée «ergot» par l'expert Addor pour la distinguer d'une « denture »,
est désignée avec le numéro de référence 3 dans la demande EP 1 612
628 de De Grisogono, est prévu pour assurer l’entraînement en rotation
du mobile des dizaines et est désignée «dent » dans cette demande (voir
EP 1 612 628, paragraphe [0010]). Par conséquent la Cour de céans ne
peut que conclure que cette seule dent (ou « ergot » dans la terminologie
de l’expert Addor) doit être considérée une denture périphérique externe
selon le brevet litigieux.
Demande reconventionnelle:
39.
Comme le brevet en litige est valable et le dispositif de la défenderesse
est une contrefaçon du brevet en litige, il faut débouter toutes les conclu-
sions de la demande reconventionnelle.
Action en cessation:
40.
L'art. 72 al 1 LBI prévoit que celui qui est atteint ou menacé dans ces
droits par l'un des actes mentionnées à l'art. 66 LBI, notamment par la
contrefaçon ou par l’imitation une invention brevetée (art. 66 lit. a LBI),
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peut demander la cessation de cet acte. En l'espèce, la demanderesse a
prouvé que la défenderesse viole le brevet litigieux en mettant dans le
commerce notamment les montres « Instrumento Grande » et « Instru-
mento Grande Open Date ». Comme l'atteinte a déjà commencée et, se-
lon la correspondance échangée entre les parties respectives leurs
conseils et les contestations dans la présente procédure, qu’elle n'a pas
pris fin, il convient d’ordonner à la défenderesse – sous la menace des
peines de l'art. 292 CP, soit l'amende – de cesser tout usage en relation
avec des montres (notamment la fabrication, l'offre, la mise dans le com-
merce en Suisse, l'exportation de Suisse et l'utilisation à des fins publici-
taire) de tout mouvement ou module d'horlogerie contenant un mécanis-
me d'affichage d'un nombre avec deux chiffres séparés portés sur deux
pièces différentes comportant:
a) un disque formant une couronne sur laquelle est apposée une première série
de chiffres et ayant une denture périphérique interne pour son entraînement;
b) un mobile comportant une plaque sur laquelle est apposé une seconde série
de chiffres et un organe dent de plusieurs dents, la plaque étant partiellement
superposée à la couronne afin que, pour chaque position stable de la couronne
et du mobile, un chiffre porté par la plaque soit située à côté d’un chiffre porté par
la couronne ces deux chiffres apparaissant côte à côte dans un ou deux guichets
d’un cadran;
c) ce mécanisme d’affichage étant caractérisé en ce que le mobile pivote en de-
hors de la couronne et en ce que la couronne comporte également une denture
périphérique externe coopérant avec les dents de l’organe denté
Action en renseignement et en remise du gain illicitement réalisé:
41.
Quand il est impossible pour le demandeur de chiffrer ses prétentions,
lorsque l’ignorance résulte de faits qui sont entre les mains du défendeur
ou d'un tiers, il peut intenter une action dite échelonnée,19 dans laquelle
une conclusion en reddition de comptes est liée à une conclusion indé-
terminée en paiement de la somme due. La seconde est principale, la
19
Stufenklage; cf. ATF 123 III 140 c. 2b
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première est complémentaire.20 L'action en renseignement découle de
l'art. 66 lit. b LBI.21
En l'espèce il faut ordonner à la défenderesse de produire tout document,
en particulier pièce comptable, notamment facture, permettant de déter-
miner le nombre total de montres « lnstrumento Grande » et « lnstrumen-
to Grande Open Date » ainsi que de toute autre montre munie de son
mouvement « Grande Date », et plus généralement de tout mouvement
ou module d’horlogerie contenant un mécanisme d’affichage d’un nombre
avec deux chiffres séparés portés sur deux pièces différentes comportant:
a) un disque formant une couronne sur laquelle est apposée une première série
de chiffres et ayant une denture périphérique interne pour son entraînement;
b) un mobile comportant une plaque sur laquelle est apposé une seconde série
de chiffres et un organe dent de plusieurs dents, la plaque étant partiellement
superposée à la couronne afin que, pour chaque position stable de la couronne
et du mobile, un chiffre porté par la plaque soit située à côté d’un chiffre porté par
la couronne ces deux chiffres apparaissant côte à côte dans un ou deux guichets
d’un cadran;
c) ce mécanisme d’affichage étant caractérisé en ce que le mobile pivote en de-
hors de la couronne et en ce que la couronne comporte également une denture
périphérique externe coopérant avec les dents de l’organe denté,
fabriqué et/ou mis dans le commerce par la défenderesse.
Suite de frais et dépens:
42.
En l'espèce, il s'agit d'une décision finale partielle22 concernant le droit du
titulaire du brevet à l'information et à la reddition de compte (cf. art. 104
al. 1CPC). Dans cette situation, il semble approprié de statuer sur les
frais avec la décision finale.23
20
ATF 116 II 215 consid. 4a; cf. Bohnet et al., CPC commenté, Bâle 2011, art. 85 CPC n. 7 ss 21
cf. Heinrich, PatG/EPÜ, art. 66 LBI n. 6 ss; CR PI-Cherpillod, art. 66 LBI n. 14; arrêt du TFB du 13.02.2013 « Reiseadapter », sic! 2013, 770 ss c. 4.1 22
cf. Bohnet et al./Jeandin, art. 308 CPC n. 8 23
cf. sic! 2013, 770 ss dispositif ch. 3; arrêt du TFB du 13.02.2013 c. 6
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