Decision ID: b7a3f398-5759-5677-8147-c172b5a1a8f3
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
Par acte daté du 21 septembre 2018 mais expédié le 27 septembre 2018 au Tribunal de police, transmis au greffe de la Chambre de céans le 1er octobre 2018, A_ recourt contre l'ordonnance du 20 septembre 2018, notifiée par voie postale le même jour, par laquelle le Tribunal de police a considéré que l'opposition formée par A_ le 1er août 2018 contre l'ordonnance pénale du 25 juillet 2018 du Ministère public n'était pas valable et que celle-ci devait, par conséquent, être assimilée à un jugement entré en force.
Le recourant conclut à ce que son innocence soit constatée.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Le directeur de la prison de _ (GE) a communiqué au Ministère public, le 15 mai 2018, des rapports d'incidents des 6 et 9 mai précédents dont il ressortait qu'A_, alors en détention, avait :
Le 6 mai 2018, fait usage de menaces et de violence à l'encontre d'agents de détention, empêchant ceux-ci d'accomplir les actes entrant dans leurs fonctions ou rendant ces actes plus difficiles, en particulier alors qu'il se trouvait dans le local de fouille de l'Unité carcérale des Hôpitaux universitaires de Genève, en refusant que les agents de détention qui l'escortaient procèdent à sa fouille, puis en les menaçant de les égorger, avant de bondir sur eux, les contraignant à utiliser la force pour le maîtriser et le menotter ;
Le 9 mai 2018, alors qu'il était conduit par le gardien B_ en cellule forte après une visite au service médical de la prison de _ (GE), fait usage de menaces à l'encontre d'un agent de détention, empêchant celui-ci d'accomplir les actes entrant dans ses fonctions ou rendant ces actes plus difficiles, mais sans y parvenir, en particulier en disant à B_ qu'à sa sortie de cellule forte, il allait casser la tête de ce gardien, sans mentionner son nom.
b.
Entendu par la police le 8 juin 2018, A_ a contesté ces faits, n'ayant jamais menacé personne ni bondi sur des gardiens lorsqu'il se trouvait à l'hôpital. Il n'avait pas non plus, le 9 mai 2018, menacé de gardien, mais c'était un gardien portugais qui l'avait insulté, lui-même s'abstenant de répliquer. A_ s'est exprimé en français et a renoncé au concours d'un interprète.
c.
Les auteurs des rapports en ont confirmé le contenu lorsqu'ils ont été entendus par la police en juin 2018.
d.
Par ordonnance pénale du 25 juillet 2018, le Ministère public a déclaré A_ coupable de violence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires (art. 285 ch. 1 al. 1 CP) et de tentative de violence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires (art. 22 al. 1 cum 285 ch. 1 al. 1 CP), et l'a condamné à une peine privative de liberté de 180 jours ainsi qu'aux frais de la procédure.
e.
Le prévenu est célibataire. Il est actuellement en détention, sans emploi ni revenu.
Selon l'extrait du casier judiciaire suisse, le prévenu a été condamné à neuf reprises depuis le 24 novembre 2009, la dernière fois le 17 octobre 2017 par le Ministère public du canton de Genève à une peine privative de liberté de 180 jours pour rupture de ban et vol.
f.
A_ a adressé aux autorités judiciaires des courriers rédigés en français à plusieurs reprises, notamment en septembre et octobre 2018.
C.
Dans son ordonnance querellée, le Tribunal de police a constaté qu'A_ avait rédigé le 1
er
août 2018 un courrier entièrement en arabe au sujet de la décision du Ministère public du 25 juillet 2018. Étant rédigé en langue étrangère, le Procureur avait accordé un délai à A_ pour procéder dans la langue de la procédure, le français, que le prévenu comprend (art. 385 al. 2 CPP applicable par analogie). Le recourant n'y avait pas donné suite. Dès lors, eu égard à l'art. 354 al. 1 CPP prévoyant que l'opposition devait être faite par écrit dans un délai de 10 jours suivant la notification et l'art. 67 CPP stipulant que les cantons déterminaient la langue de la procédure, soit à Genève, le français (art. 13 LaCP), l'opposition de A_ n'était pas valable et l'ordonnance pénale était assimilée à un jugement en force (l'art. 354 al. 3 CPP).
D. a.
Dans ses écritures de recours, rédigées en français, A_ ne s'en prend nullement aux motifs pour lesquels le Tribunal de police a considéré que son opposition n'était pas valable, mais conteste avoir commis les faits pour lesquels le Ministère public l'a condamné.
b.
Le Ministère public conclut, par courrier du 28 novembre 2018, au rejet du recours, relevant que la traduction du courrier de A_ était nécessaire car il était entièrement rédigé en arabe et que, nonobstant interpellation, celui-ci n'avait pas confirmé son opposition en français. Or, selon le Tribunal fédéral, un prévenu ne pouvait pas procéder dans la langue de son choix et l'autorité n'avait pas à traiter des documents déposés dans une langue étrangère (ATF
143 IV 17
consid. 2).
c.
Le Tribunal de police a fait savoir, à la même date, qu'il n'avait pas d'observations à formuler.
d.
A_ n'a pas répliqué.

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. b CPP) et émaner du prévenu qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. a CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).![endif]>![if>
2.
2.1.
À teneur de l'art. 354 CPP, le prévenu peut former opposition contre l'ordonnance pénale devant le Ministère public, par écrit et dans les 10 jours (al. 1 let. a). Si aucune opposition n'est valablement formée, l'ordonnance pénale est assimilée à un jugement entré en force (al. 3).![endif]>![if>
2.2.
Les cantons déterminent les langues dans lesquelles les autorités pénales conduisent les procédures (art. 67 al. 1 CPP) et le canton de Genève a fait application de cette disposition en édictant que la langue de la procédure est le français (art. 13 de la loi d’application du code pénal suisse et d’autres lois fédérales en matière pénale du 27 août 2009, LaCP ; RS
E 4 10
).
2.3.
Bien que dûment invité par le Ministère public à se conformer à cette règle, le recourant n'y a pas donné suite. Dès lors que le justiciable n’a en principe aucun droit de communiquer avec les autorités d’un canton dans une autre langue que la langue officielle de ce canton, fût-elle sa langue maternelle ou une autre langue nationale (arrêt du Tribunal fédéral
1B_17/2012
du 14 février 2012 = SJ
2012 I 343
), c'est à juste titre que le Tribunal de police a considéré que l'opposition formulée en arabe et non traduite dans le délai imparti n'était pas valable (art. 385 al. 2 CPP) et que l'ordonnance pénale était assimilée à un jugement entré en force.
Justifiée, la décision querellée sera confirmée.
3.
Le recourant, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui seront fixés en totalité à CHF 200.-, émolument de décision compris (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).
* * * * *