Decision ID: ad72792b-e14e-4b24-bcd3-e520e6f4f7d0
Year: 2008
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. C._ SA était propriétaire de la parcelle *** de 2._. Elle a loué un garage et des locaux d'établissement public situés sur cette parcelle à D._ SA. Celle-ci a sous-loué lesdits locaux aux époux A. et E.W._, qui ont exploité un établissement public à l'enseigne Pub B._.
La faillite de C._ SA a été prononcée. Le bail de D._ SA a été résilié. L'immeuble de C._ SA a été acquis aux enchères publiques par Y._. Celui-ci a loué le garage à Z._ SA. Les époux W._ ont intenté une double action possessoire devant le Président du Tribunal de l'arrondissement de Lausanne contre Y._ et devant le Tribunal des baux contre Z._ SA. Ensuite de déclinatoire, les causes sont jointes devant le Tribunal des baux.
La Police cantonale du commerce a annulé à compter du 8 avril 2006 la licence de café-restaurant précédemment délivrée aux époux W._.
Par ordonnance du 30 août 2006, confirmée sur appel le 2 novembre suivant, la Présidente du Tribunal des baux a ordonné à Y._ et Z._ SA de restituer aux époux W._ les locaux de leur établissement.
B. Compte tenu de cette ordonnance, la Police cantonale du commerce (PCC) a délivré le 5 octobre 2007 aux époux W._ une autorisation provisoire d'exploiter l'établissement B._, valant pour la période du 8 octobre 2007 au 31 mars 2008.
L'exécution forcée de l'ordonnance susmentionnée a eu lieu le 7 novembre 2007, l'accès aux locaux de l'établissement public étant restitué aux époux W._.
Auparavant, Z._ SA avait sous-loué ces mêmes locaux à X._ à compter du 1er juillet 2007.
C. Y._, Z._ SA et X._ ont recouru au Tribunal administratif contre la décision de la PCC du 5 octobre 2007 en concluant à son annulation.
Dans ses déterminations du 28 novembre 2007, A.W._ a conclu au rejet du recours, tout comme la PCC dans sa réponse au recours du 23 novembre 2007.

Considérant en droit
1. Le propriétaire de l'immeuble litigieux, le locataire et le sous-locataire recourent contre l'octroi à un précédent sous-locataire d'une autorisation d'exploiter un établissement public. On peut se demander si chacun des recourants a la qualité pour recourir, puisqu'en elle-même l'autorisation de police en cause ne paraît pas modifier la situation juridique ou de fait. La question peut toutefois demeurer indécise pour les motifs qui suivent.
2. Les recourants invoquent l'art. 4 al. 3 de la loi sur les auberges et les débits de boissons (LADB; RSV 935.31), selon lequel l'autorisation d'exploiter un établissement "est délivrée au propriétaire du fond de commerce". Selon eux, cette qualité de propriétaire ne pourrait pas être reconnue à A.W._, notamment parce que les locaux litigieux comprendraient du matériel propriété de la société Z._ SA.
En réalité, par ordonnance de mesures provisionnelles du 30 août 2006, confirmée sur appel le 2 novembre 2007, la Présidente du Tribunal des Baux a ordonné que les clés de l'établissement litigieux soient restituées aux époux W._ et que ces locaux soient remis en l'état où ils étaient avant le 8 avril 2006, à savoir lorsque ceux-ci était exploitants. Dès lors qu'un litige est précisément pendant devant le juge civil au sujet de la titularité du fond de commerce, la décision provisoire susmentionnée a pour effet d'attribuer l'exploitation à l'un des plaideurs pour la durée du procès. Il s'ensuit que l'autorité intimée était fondée à tenir A.W._ pour un propriétaire du fond de commerce au sens de la disposition susmentionnée, cela à tout le moins pour la durée de l'autorisation qu'elle lui a délivrée. Ce premier moyen des recourants doit dès lors être écarté.
3. Les recourants tirent encore argument de ce que A.W._, qui n'est pas lui-même propriétaire de l'immeuble litigieux, n'est pas en mesure de satisfaire à l'exigence de l'art. 40 LADB, qui lui prescrit de produire une autorisation du propriétaire. Il est vrai que le recourant Y._, propriétaire de l'immeuble, déclare expressément qu'il n'entend pas délivrer une telle autorisation et s'oppose à une exploitation par A.W._. Ce conflit de droit civil a trouvé cependant une issue provisoire dans l'ordonnance susmentionnée, qui habilite A.W._à exploiter et contraint notamment Y._ à collaborer à cette fin. Au refus du propriétaire concerné s'est donc substituée une décision du juge civil qui, certes provisoire, tient lieu d'autorisation au sens de l'art. 40 LADB.
4. Les motifs qui précèdent conduisent au rejet du recours. Un émolument de justice sera mis à la charge des recourants. Obtenant gain de cause avec le concours d'un avocat, A.W._ se verra allouer des dépens, dont il convient de fixer le montant à 1'500 francs.