Decision ID: ad632f96-eeda-4373-9bab-a423a1843c5e
Year: 2007
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
Dès le 1
er
janvier 2003 et jusqu'au 30 août 2004, X._ (ci-après: l’assuré ou le recourant) a occupé un emploi à plein temps en qualité d’animateur au centre « Y._ ». Parallèlement, l’assuré a exercé une activité de veilleur de nuit à la Fondation Z._ (ci-après: la Z._).
A la suite de son licenciement en raison de la fermeture du centre « Y._ », l’assuré a sollicité l’allocation des indemnités de l’assurance-chômage dès le 1
er
septembre 2004. Un délai–cadre d’indemnisation lui a été ouvert à partir de cette date, pour une durée de deux ans.
Parallèlement, l'assuré a poursuivi son activité à la Z._, avec un taux d'activité de 35%.
B.
Par décision du 18 juillet 2006, la Caisse de chômage OCS du Valais (ci-après: la caisse de chômage) a demandé à l’assuré la restitution de la somme de 23'447 fr. 45 pour le motif suivant:
"...il s’avère que depuis l’ouverture du votre délai-cadre le 01.09.2004 vous ne nous avez jamais déclaré sur vos indications de la personne assurée que vous travailliez auprès de la Z._".
C.
Le 24 juillet 2006, l’assuré a déposé une demande de remise de l’obligation de restituer. Outre les difficultés financières qu’impliquerait un remboursement, il expose avoir précisé tant à la caisse de chômage qu’à l’Office régional de placement d’Aigle (ci-après: l’ORP) qu’il poursuivait son activité de veilleur de nuit à un taux de 35% auprès de la Z._ tout en recherchant un travail à plein temps.
D.
Par courrier du 7 août 2006, la caisse de chômage a transmis la demande de remise au Service de l’emploi. Lors de l’instruction du dossier, ce service a interpellé l’assuré le 8 décembre 2006, de la manière suivante:
"Lors de votre inscription au chômage en septembre 2004, la caisse de chômage a calculé votre gain assuré. Pour ce faire, elle s’est basée sur les revenus que vous avez obtenus chez Y._ et à la Z._ durant les 12 derniers mois qui précédaient votre inscription. Elle est parvenue à un gain assuré de fr. 4'061.20 brut et elle vous a en conséquence versé en moyenne fr 3'200.- d’indemnités de chômage par mois.
Si l’on rajoute à ces indemnités de chômage les fr. 1'700.- perçus par la Z._, c’est un salaire de fr. 4'900.-, brut par mois que vous avez perçu, soit bien plus qu’avant d’être au chômage.
(...) nous vous prions de bien vouloir nous expliquer comment cette « anomalie » ne vous a pas interpellé et pour quelle raison vous n’en avez pas fait part à votre caisse ou à votre ORP".
E.
Le 3 janvier 2007, l’assuré a répondu ce qui suit:
"En effet à un certain moment, j’ai constaté que j’avais plus d’argent qu’avant. Je me suis effectivement posé la question et je me suis dis que, étant donné qu’à Y._ j’étais nourri souvent, cette différence devait compenser cela et j’ai aussi cru qu’il y avait un minimum vital qui était donné et je n’ai pas réfléchi plus loin.
N’ayant été au chômage jusqu’à cette période, je n’avais sans doute pas de connaissance à ce sujet. J’ai été stupide de n’avoir pas fait part de mes interrogations concernant les paiements à mon assistante".
F.
Par décision du 9 janvier 2007, le Service de l’emploi a rejeté la demande de remise, au motif que la condition de la bonne foi n’était pas réalisée. Le 28 janvier 2007, l’assuré a formé opposition contre cette décision invoquant n’avoir jamais eu d’intention malicieuse ou de comportement dolosif. Il précise que personne ne l’a rendu attentif à la nécessité de mentionner les heures de travail effectuées à la Z._ sur le formulaire IPA. Enfin, il se propose de verser un montant de 8'000.- fr. pour solde de tout compte.
G.
Par décision du 28 juin 2007, le Service de l’emploi a rejeté l’opposition pour le motif déjà exposé dans le prononcé du 9 janvier 2007. De cette décision, on retient les passages suivants:
"Si l’on peut facilement admettre que l’assuré a informé la caisse et l’ORP de son emploi auprès de la Z._ en leur transmettant une copie de son contrat de travail, ainsi qu’une attestation de l’employeur établissant que les rapports de travail perduraient, on ne saurait retenir que l’assuré a fait preuve de toute la diligence qu’on était en droit d’attendre de lui en répondant plusieurs mois consécutifs par la négative à la question de savoir s’il avait travaillé auprès d’un employeur au cours du mois. La question étant basique et ne comportant pas de difficultés particulières, l’assuré ne pouvait valablement ignorer qu’il avait bel et bien travaillé durant la période litigieuse; s’il estimait que sa situation était particulière du fait qu’il avait perdu le principal de ses deux emplois et que le second ne devait pas être pris en considération, il aurait à tout le moins dû se renseigner auprès de la caisse pour savoir si ce fait justifiait de donner une réponse qui – dans son appréhension la plus simple – n’était pas conforme à la réalité.
Enfin, et surtout, on relèvera qu’en raison de l’erreur commise par la caisse, l’assuré a perçu un revenu nettement plus élevé que lors de la période précédent son chômage. Or, en prêtant à l’affaire le minimum d’attention qu’on était en droit d’attendre de lui, l’assuré devait se rendre compte que cela était anormal, dans la mesure où il est bien connu de chacun que l’assurance-chômage n’indemnise les assurés que partiellement, à raison de 70 à 80% de leur gain assuré. Cette règle est rappelée lors des séances d’information centralisées (SICORP) dispensées par les ORP et figure sur les documents remis à l’assuré lors de son inscription.
(...)
En ne réagissant pas à cette rémunération totale anormalement haute – alors qu’il dit lui-même en avoir été surpris – l’assuré a commis une faute, à tout moins une négligence dont la gravité empêche que la bonne foi lui soit reconnue".
H.
Le 29 juillet 2007, X._ a déposé un recours auprès du Tribunal administratif à l’encontre de la décision sur opposition du 28 juin 2007. Il conclut à sa réforme, en ce sens que la remise de l’obligation de restituer lui est partiellement accordée, proposant un versement de 8'000. fr pour solde de tout compte. De son recours, on extrait le passage suivant:
"j’ai effectivement fait une erreur en n’inscrivant pas les montants que je touchais à la Z._, (...). Personne ne m’avait dit de le faire suite à mes déclarations à l’ORP et l’OCS. Chaque instance savait que je travaillais à 35% à la Z._, mais aucune d’elle ne m’a dit, même au départ, que je devais noter cela en salaire intermédiaire".
I.
Le 3 septembre 2007, l’ORP a produit son dossier, observant que le recourant avait annoncé son activité professionnelle à la Z._ dès son inscription. Il déclare en revanche ignorer si l’assuré avait fait état de ce revenu à la caisse de chômage lors du dépôt de sa demande d’indemnité.
Il ressort du dossier produit par la caisse de chômage que tel a été le cas.
Dans ses déterminations du 3 septembre 2007, l’autorité intimée conclut au rejet du recours, se référant en substance aux arguments développés dans la décision querellée.
Le 19 septembre 2007, le recourant a précisé avoir "
réellement
" remarqué la différence de revenu à la réception du bordereau des impôts à payer pour l’année fiscale 2005.
J.
Les parties n’ayant pas requis la fixation d’une audience, le tribunal a statué à huis clos.

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 60 de la loi du 6 octobre 2000 sur la partie générale des assurances sociales (LPGA; RS 830.1), le recours est survenu en temps utile. Il est au surplus recevable en la forme.
2.
L’art. 95 al. 1 de la loi fédérale du 25 juin 1982 sur l’assurance-chômage (LACI; RS 837.0) prévoit que la demande de restitution des prestations versées par l’assurance-chômage est régie par l’art. 25 LPGA. Selon cette disposition, les prestations indûment perçues doivent être restituées; la restitution ne peut cependant pas être exigée lorsque l’intéressé était de bonne foi et qu’elle le mettrait dans une situation difficile.
L’obligation du recourant de restituer les prestations indûment versées n’étant pas en cause, le présent litige porte uniquement sur les conditions d’une remise de l’obligation de restituer au sens de l’art 25 al. 1 LPGA.
3.
La remise de l’obligation de restituer des prestations versées à tort est soumise à deux conditions cumulatives: la bonne foi et la situation difficile.
a) Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, l’ignorance, par le bénéficiaire, du fait qu’il n’avait pas droit aux prestations versées ne suffit pas pour admettre sa bonne foi. Il faut encore qu’il n’ait pas agi intentionnellement de manière malicieuse et qu’il n’ait pas commis de négligence grave (TFA, arrêt C 130/02 du 25 mai 2001, consid. 2.3). En revanche, l’intéressé peut invoquer sa bonne foi lorsque l’acte (ou l’omission) fautif ne constitue qu’une violation légère de l’obligation d’annoncer ou de renseigner (ATF 112 V 103 consid. 2c) ou lorsque le versement des prestations indues provient de la seule erreur d’un organe d’exécution de la LACI et que cette erreur n’est pas décelable. Il s’ensuit que la bonne foi, en tant que condition de la remise, est exclue d’emblée lorsque les faits qui conduisent à l’obligation de restituer sont imputables à un comportement dolosif ou à une négligence grave. Aussi, la bonne foi doit-elle être niée lorsqu’au moment de la clarification des faits ou de la demande d’indemnité, l’intéressé a, de façon intentionnelle, tu certains événements ou donné des informations inexactes, afin d’obtenir indûment des prestations. Plus généralement, l’assuré a l’obligation de fournir tous les renseignements propres à permettre à la caisse de chômage de l’indemniser correctement (art. 28, 31, 43 al. 3 LPGA). Dans ce contexte, il doit notamment lire les formulaires utiles avec un minimum d’attention, afin d’être en mesure de renseigner convenablement les organes d’exécution (PS.2004.0112 du 9 septembre 2004).
b) En l’espèce, le recourant a omis d’indiquer sur les formulaires IPA avoir travaillé à temps partiel à la Z._ et, partant, le revenu y afférent. Ce faisant, on peut reprocher au recourant de ne pas avoir voué le soin que l’on pouvait attendre de sa part dans de telles circonstances, en particulier qu’il lise les formulaires utiles avec un minimum d’attention, de sorte que l’on doit admettre l’existence d’une négligence grave excluant le droit à une remise.
Le recourant ne peut pas implicitement reprocher à sa conseillère ORP de l’avoir induit en erreur. On rappelle ici que les formulaires IPA doivent être remplis chaque mois par les assurés, chargés ensuite de les transmettre à la caisse de chômage, seule compétente pour procéder à l’indemnisation. Le recourant ne peut dès lors prétexter avoir cru de bonne foi, sur la base de ses entretiens avec sa conseillère ORP ou de ses propres déclarations lors du dépôt de sa demande d’indemnités, qu’il pouvait se dispenser à l’avenir de renseigner la caisse sur sa situation personnelle et professionnelle à la fin de chaque mois, et de rendre à cet effet des formulaires IPA incomplets. La situation annoncée lors de l'inscription au chômage aurait d'ailleurs pu se modifier et l'assuré perdre également son emploi accessoire. Au demeurant, le recourant aurait dû à tout le moins se renseigner. On ne saurait non plus reprocher à la caisse d’avoir omis d’effectuer les vérifications nécessaires avant d’indemniser le recourant, puisque ce faisant, elle s’est simplement fiée à ce qui était mentionné par le recourant sur les formulaires IPA. Enfin, le tribunal considère que l’assuré devait se douter que ses gains auraient dû figurer sur le formulaire IPA pour permettre à la caisse de calculer correctement son indemnité, cela d’autant plus que ses revenus globaux excédaient les rémunérations qu’il percevait avant sa mise au chômage (voir à cet égard un arrêt rendu par le TFA, publié in DTA 1996-1997 n°25). Comme la condition de la bonne foi se cumule avec celle qui concerne la situation financière de celui qui sollicite une remise, c’est à juste titre que la demande du recourant a été rejetée par l’autorité intimée.
4.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision querellée. Le présent arrêt est rendu sans frais (art. 61 let. a LPGA).