Decision ID: 69342b25-0ab5-5dd2-b622-f0b02a8d383c
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1) Feu Monsieur A_, architecte, s’est vu infliger le 28 septembre 2012 par l’office de l’urbanisme une amende administrative de
CHF 150'000.- ; il lui était reproché de ne pas avoir respecté une autorisation de construire.![endif]>![if>
2) Saisi d’un recours, le Tribunal administratif de première instance (ci-après : TAPI) a, par jugement du 19 mars 2013, confirmé la sanction infligée à l’intéressé et mis à sa charge un émolument de CHF 700.-.![endif]>![if>
3) Feu M. A_ avait alors saisi la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative) d’un recours, le 13 mai 2013, concluant à l’annulation tant du jugement du TAPI que de la décision initiale.![endif]>![if>
a. La chambre administrative a prononcé un premier arrêt, le 11 novembre 2014, annulé par le Tribunal fédéral le 23 avril 2015 (
ATA/884/2014
; arrêt du Tribunal fédéral
1C_10/2015
)
.
b.
Suite à cela, la chambre administrative a rendu un deuxième arrêt le 22 septembre 2015, lui aussi annulé par le Tribunal fédéral le 13 octobre 2016 (
ATA/978/2015
; arrêt du Tribunal fédéral 1C_577 2015).
c. M. A_ étant décédé le _ 2017, la chambre administrative a alors rendu le 22 août 2017 (
ATA/1188/2017
) un arrêt dont le dispositif était le suivant :
« constate que la décision du département de l’aménagement, du logement et de l’énergie du 28 septembre 2012 prise à l’encontre de feu A_ n’a plus d’objet ;
dit que le recours est devenu sans objet ;
raye la cause du rôle ;
dit qu’il n’est pas perçu d’émolument ;
alloue une indemnité de procédure de CHF 2'500.- à l’hoirie de feu
M. A_, mise à la charge de l’État de Genève.
... »
Cet arrêt a été reçu par l’hoirie de feu M. A_ le 28 août 2017, à son domicile élu.
4) Le 13 novembre 2017, l’hoirie de feu M. A_ a saisi la chambre administrative d’une demande d’interprétation.![endif]>![if>
Malgré la demande qui lui avait été faite, le TAPI avait refusé de rembourser l’avance de frais de CHF 700.-. Ce refus ne reposait sur aucune base, dès lors que le jugement de cette autorité avait fait l’objet d’un recours par-devant la chambre administrative, lequel avait un effet dévolutif complet.
Seule la chambre administrative avait en conséquence la compétence pour statuer sur les frais de la cause et avait indiqué qu’aucun émolument n’était dû.
C’est à tort que le TAPI considérait que son jugement justifiait le versement de l’émolument : il n’était jamais entré en force et n’avait jamais déployé d’effet.
5) Le TAPI a transmis son dossier le 15 novembre 2017, sans émettre d’observation.![endif]>![if>
6) Sur quoi, la cause a été gardée à juger, ce dont les parties ont été informées.![endif]>![if>

EN DROIT
1) À la demande d’une partie, la juridiction qui a statué interprète sa décision, lorsqu’elle contient des obscurités ou des contradictions dans le dispositif ou entre le dispositif et les considérants (art. 84 al. 1 de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 - LPA -
E 5 10
). Le délai pour déposer une demande en interprétation est de trente jours dès réception de l’arrêt dont l’interprétation est requise (art. 84 al. 2 et 63 al. 1 let. a LPA).![endif]>![if>
En l’espèce, la demande, déposée plus de trente jours après la réception de l’arrêt, est déjà irrecevable pour ce motif.
2) a. De plus, l'interprétation est une voie de recours extraordinaire dont le résultat ne constitue pas une modification, une révision ou un réexamen du jugement dont l'interprétation est demandée. Elle ne conduit qu'à préciser un point du dispositif, voire à comprendre un dispositif peu explicite (
ATA/432/2010
du 22 juin 2010 consid. 2 ; Blaise KNAPP, Précis de droit administratif, 4
ème
édition, 1991, p. 253 n. 1146 ss et p. 428 n. 2069 ss).![endif]>![if>
b. Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, l'interprétation tend à remédier à une formulation peu claire, incomplète, équivoque ou en elle-même contradictoire du dispositif de la décision rendue. Elle peut, en outre, se rapporter à des contradictions existant entre les motifs de la décision et le dispositif. Les considérants ne peuvent faire l'objet d'une interprétation que si et dans la mesure où il n'est possible de déterminer le sens du dispositif de la décision qu'en ayant recours aux motifs (ATF
130 V 320
consid. 3.1 ;
110 V 222
consid. 1 et les références citées ; arrêts du Tribunal fédéral
4G.3/2007
du 22 novembre 2007 consid. 3 ;
4G.1/2007
du 13 septembre 2007 consid. 2 ;
ATA/391/2011
du 21 juin 2011 consid. 4).
Ne sont pas admises, en revanche, les demandes d'interprétation qui visent à la modification du contenu de la décision. L'interprétation a en effet uniquement pour objet de reformuler clairement et complètement une décision qui ne l'a pas été alors même qu'elle a été clairement et pleinement pensée et voulue (ATF
110 V 222
consid. 1 et les références ; arrêt du Tribunal fédéral
4G.1/2007
précité consid. 2 ;
ATA/391/2011
précité consid. 4). Il n'est pas davantage admissible de provoquer, par la voie de la demande d'interprétation, une discussion d'ensemble sur la décision entrée en force – relative, par exemple, à la conformité au droit ou à la pertinence de celle-ci – ayant pour objet tous les propos de la juridiction, en particulier les notions juridiques et les mots utilisés. Seul est accessible à l'interprétation ce qui, du contenu de l'arrêt, présente le caractère d'une prescription. Tel n'est pas le cas, notamment, des questions que la juridiction n'avait pas à examiner et qu'elle ne devait donc pas trancher (arrêts du Tribunal fédéral
4G.1/2007
précité consid. 2 et
2P.63/2001
du 10 juillet 2002 consid. 1.2).
c. En l’espèce, la chambre administrative, dans son arrêt du 22 août 2017, a exposé que l’amende infligée à feu M. A_ n’avait pas acquis l’autorité de la chose décidée avant le décès de l’intéressé. La sanction en question, du fait de son caractère strictement personnel, ne pouvait plus devenir définitive et exécutoire.
En conséquence, la procédure avait perdu tout objet. Ce fait, expressément constaté pour la décision initiale et pour le recours devant la chambre administrative, concerne à l’évidence aussi le jugement de l’autorité de première instance et l’émolument mis à la charge de l’intéressé par ce dernier.
On ne voit pas pourquoi, dans le cas d’espèce, cet émolument serait dû alors que l’amende confirmée par le jugement en question ne l’est pas.
L’arrêt ne comportant pas de formulation peu claire, incomplète, équivoque ou en elle-même contradictoire du dispositif de la décision rendue, la demande est aussi irrecevable pour ce motif.
3) Au vu des spécificités du litige, et malgré son issue, aucun émolument ne sera perçu (art. 87 al. 1 LPA) et aucune indemnité de procédure ne sera allouée (art. 87 al. 2 LPA).
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