Decision ID: 8fef0da2-9576-554b-9003-cee010ea69bf
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. a.
A_ fait l'objet de diverses poursuites qui participent à la même saisie, série n° 1_.
b.
Le 14 juillet 2021, l'Office cantonal des poursuites (ci-après: l'Office) a établi un procès-verbal de saisie, série n° 1_.
Il y est indiqué que la créance du poursuivi envers l'Office, en 405'455 fr. 23, correspondant au produit de la saisie dans la poursuite n° 2_, était saisie. Le procès-verbal précise que l'intégralité de la créance saisie fait l'objet d'un séquestre pénal dans la procédure P/3_/2016.
B. a.
Par acte posté le 26 juillet 2021, complété le 4 août 2021 par la production de la décision attaquée, A_ a formé auprès de la Chambre de surveillance une plainte au sens de l'art. 17 LP contre le procès-verbal de saisie précité, reçu le 16 juillet 2021.
Il expose que le "montant arrêté" dans le procès-verbal de saisie fait également l'objet d'une procédure civile (C/4_/2018) et d'un séquestre pénal (P/3_/2016). Aussi, la décision attaquée préjugerait de l'issue de ces deux procédures.
b.
Par décision du 9 août 2021, la Chambre de céans a rejeté la requête d'effet suspensif formée par A_.
c.
Dans son rapport, l'Office a relevé que la saisie opérée ne préjugeait en rien le sort des autres procédures déjà pendantes. L'Office avait agi afin d'éviter que le plaignant récupère la libre disposition de la créance, dans l'hypothèse notamment où les autorités pénales décideraient de lever le séquestre pénal ou de renoncer à la confiscation.
d.
Le SCARPA a conclu au maintien de la saisie sur la créance et s'en est rapporté à justice pour le surplus.
e.
Sur ce, la cause a été gardée à juger.

EN DROIT
1.
La plainte est recevable pour avoir été déposée auprès de l'autorité compétente (art. 6 al.1 et 3 LaLP, art. 17 al. 1 LP), par une partie lésée dans ses intérêts (ATF
138 III 219
consid. 2.3;
129 III 595
consid. 3;
120 III 42
consid. 3), dans le délai utile de dix jours (art. 17 al. 2 LP) et selon la forme prescrite par la loi (art. 9 al. 1 et 2 LaLP, art. 65 al. 1 et 2 LPA, applicables par renvoi de l'art. 9 al. 4 LaLP), à l'encontre d'une mesure de l'Office sujette à plainte.
2.
2.1.1
La saisie porte en premier lieu sur les biens meubles, y compris les créances et les biens relativement saisissables (art. 95 al. 1 LP). Sont saisis en dernier lieu les biens frappés de séquestre, ceux que le débiteur désigne comme appartenant à des tiers et ceux que des tiers revendiquent (art. 95 al. 3 LP).
2.1.2
Lorsque la saisie porte sur une créance, le préposé prévient le tiers débiteur que désormais il ne pourra plus s'acquitter qu'en mains de l'Office (art. 99 LP).
2.1.3
Selon les termes de l'art. 44 LP, la réalisation d'objets confisqués en vertu des lois fédérales ou cantonales en matière pénale ou fiscale s'opère en conformité avec ces lois. A teneur de la jurisprudence (ATF
115 III 1
consid. 3a), cette disposition s'applique également à la mise sous mains de justice, soit au séquestre, y compris ses conditions, son exécution et ses effets, sans qu'il importe à cet égard que cette mesure porte sur des actifs qui ont été antérieurement saisis. Les conditions et les effets de la "confiscation" au sens de l'art. 44 LP doivent être jugés uniquement par les juridictions pénales ou fiscales compétentes selon les dispositions des lois pénales ou fiscales.
En matière pénale, l'art. 44 LP s'applique à la confiscation des valeurs patrimoniales qui sont le résultat d'une infraction ou qui étaient destinées à décider ou à récompenser l'auteur d'une infraction, si elles ne doivent pas être restituées au lésé en rétablissement de ses droits (art. 70 al. 1 CP). Les éléments patrimoniaux confisqués - ou mis sous mains de justice en vue de leur confiscation future
(art. 263 al. 1 let. d CPP) - échappent ainsi aux prescriptions de la LP, l'art. 44 LP conférant à l'Etat ou au lésé un droit de distraction par rapport aux autres créanciers (ATF
142 III 174
consid. 3.1.1).
L'art. 44 LP ne s'applique en revanche pas à la créance compensatrice que peut prononcer le juge pénal lorsque les valeurs patrimoniales à confisquer ne sont plus disponibles (art. 71 al. 1 1ère phrase CP; Krüsi, in Kommentar zum SchKG, 2017, Kren Kostkiewicz/Vock [éd.], N 4 ad art. 44 LP). Le séquestre pénal ordonné aux fins de garantir le paiement d'une telle créance compensatrice ne crée ainsi pas de droit de préférence en faveur de l'Etat ou de l'attributaire de la créance compensatrice (art. 71 al. 3 CP), de telle sorte que ces derniers devront faire valoir cette dernière selon les règles de la LP sans jouir d'aucun privilège par rapport aux autres créanciers, sous réserve d'une participation de plein droit à la saisie en application analogique de l'art. 281 LP (ATF
142 III 174
consid. 3.1.2 et 3.4).
2.2
Pour la Chambre de céans, le séquestre pénal ne fait pas obstacle à la saisie LP. En effet, le séquestre pénal est une mesure conservatoire, qui peut être levée à tout moment, de sorte qu'il est dans l'intérêt des créanciers poursuivants d'obtenir la saisie LP des mêmes valeurs patrimoniales.
En revanche, tant que le séquestre pénal n’a pas été levé, le créancier poursuivant ne saurait obtenir la réalisation des biens saisis (art. 116 LP). Si, par la suite, les actifs frappés par le séquestre pénal sont confisqués, la saisie LP tombe. A l'inverse, si le séquestre pénal venait à être levé, le créancier poursuivant pourra requérir la réalisation des valeurs saisies. Il n'y a ainsi aucun risque de décisions contradictoires, de sorte que le grief du plaignant est infondé, étant observé que le procès-verbal de saisie attaqué mentionne expressément l'existence du séquestre pénal.
La plainte doit donc être rejetée.
3.
La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP et art. 61 al. 2 let. a OELP) et il ne peut être alloué aucun dépens (art. 62 al. 2 OELP).
* * * * *