Decision ID: 1e9315a6-12c6-4c57-8813-4ead6bc2411d
Year: 2005
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. Ressortissant d’ex-Yougoslavie né le 22 avril 1967, A.X._ a résidé en Serbie jusqu’au 9 février 1987, date à laquelle il est entré dans le canton de Vaud. De 1987 à 1991, il a obtenu divers permis saisonniers. Depuis le 1er octobre 1998, il séjourne à 1._ avec son épouse, née le 21 juin 1969 et également originaire d’ex-Yougoslavie, et ses trois enfants, nés respectivement le 7 octobre 1995, le 26 mai 1998 et le 29 mars 2003. Depuis son arrivée dans le canton de Vaud, l’intéressé a exercé principalement l’activité de garçon de buffet et de sommelier dans divers établissements publics à Lausanne.
B. Le 17 septembre 2003, A.X._ a présenté une "demande de naturalisation suisse dans le canton de Vaud et la commune de 1._". Son épouse n'a pour sa part pas présenté une telle demande. Le recourant a motivé sa requête en exposant avoir toujours travaillé depuis le mois d’octobre 1998 et s’être très bien accoutumé aux us et coutumes de notre pays.
C. Dans le cadre de l’instruction de la demande précitée, un rapport a été établi le 13 mars 2005 par la police de la commune de 1._. Il en ressort notamment ce qui suit :
« (...)
7. Conditions de vie et situation financière
7.1 Comportement dans la vie personnelle et professionnelle et/ou familiale ; moralité :
Aucun problème particulier n’est à relever avec le voisinage. Notre service de police n’a également rien de négatif à leur sujet. De ce fait, et sous réserve d’éventuels éléments contenus dans les dossiers de la police cantonale, aucune remarque n’est à formuler de notre part. L’employeur de M. A.X._ nous dépeint son employé comme une personne sérieuse.
8. INTEGRATION ET ATTITUDE A L’EGARD DU SYSTEME DEMOCRATIQUE SUISSE
M. A.X._ ne peut se prononcer sur notre système démocratique, connaissant très peu son fonctionnement. Ils ne sont rattachés à aucun parti politique.
8.1 Connaissance de la langue française – intégration à la vie sociale – appartenance à des sociétés ou associations – comportement à l’égard du service militaire et de la protection civile :
M. A.X._ dit s’être adapté à la vie de notre pays, ce que nous ne pouvons affirmer étant donné que la langue principale est l’albanais au domicile, son épouse ne sachant pas le français. De temps à autre, les enfants regardent les chaînes TV de notre pays. M. A.X._ parle et comprend la langue de Molière, mais ne sait pas écrire. Quant aux enfants, ils parlent notre langue de par les connaissances scolaires.
Questionné au sujet de la protection civile, M. A.X._ est ouvert à ce sujet. »
D. Par courrier du 5 avril 2005, l’administration générale de la commune de 1._ a convoqué l’intéressé à une séance en présence d'une délégation de sa municipalité et des membres de la commission des naturalisations du Conseil communal. Elle a attiré son attention sur le fait que, lors de cette entrevue, il aurait à répondre à différentes questions ayant trait à la géographie, à l’histoire et à la vie politique communale, cantonale et fédérale et qu’il s’agirait également d’apprécier à cette occasion son degré intégration et ses connaissances de la langue française. A cet effet, le recourant a été invité à parfaire ses connaissances au moyen d'une brochure qui lui a été remise, en annexe, sur la Confédération suisse, le canton de Vaud et la commune de 1._.
L’audition du recourant a eu lieu le 24 mai 2005. Le procès-verbal de cette séance a le contenu suivant :
« (...)
Comportement général :
Lors de l’audition, cette personne était très retenue et avait de la peine à sortir ses mots.
Il lui est rappelé le contenu de la convocation pour son audition en date du 24 mai 2005, lui rappelant qu’il aura à répondre à différentes questions ayant trait à la géographie, à l’histoire et à la vie politique communale, cantonale et fédérale. Il s’agira également d’apprécier son intégration et ses connaissances de la langue française. Cette audition est une étape importante de la procédure.
Lors de cette audition, les commissaires ont posé les questions suivantes :
Civisme :
- Au niveau communal, qui détient le pouvoir législatif et combien sont-ils ? Qui détient le pouvoir exécutif et combien sont-ils ? A répondu juste une sur les quatre.
- Au niveau fédéral, qui détient le pouvoir législatif et combien sont-ils ? A répondu juste une sur les quatre.
- Comment fonctionne le système militaire suisse ? N’a pas su répondre.
Histoire :
- Durant quelle période les Bernois ont-ils occupé le pays de Vaud ? Qu’ont-ils apporté durant cette période ? N’a pas su répondre.
- A quand remonte la fondation de la Confédération ? A répondu juste le jour et le mois mais n’a pas su l’année.
- Quels cantons ou vallées ont signé le pacte ? N’a pas su répondre.
Géographie
- Quelles sont les villes qui sont traversées par les rivières : l’Aar ? La Limmat ? Le Rhône ? La Sarine ? A répondu juste deux sur quatre.
- Quels sont les différents quartiers de 1._ ? A répondu juste trois sur six.
- Quelles sont les communes qui touchent 1._ ? a répondu juste.
- Quelles sont les langues principales parlées en Suisse ? A répondu juste à trois sur quatre, n’a pas trouvé le Romanche.
- Quelles sont les principales infrastructures sportives à 1._ ? A répondu quatre sur six.
Economie
- Citez les domaines où les entreprises suisses jouent-elles un rôle important au niveau européen ou mondial ? A répondu juste cinq sur cinq, mais avec une aide importante de la part du commissaire.
- Quels sont les différents impôts que vous connaissez ? A répondu juste pour les impôts directs mais n’a pas trouvé la réponse pour les impôts indirects.
Lors des questions ci-dessus, le candidat n’a pas répondu spontanément à toutes les questions, chaque commissaire a dû aiguiller ou orienter le candidat sur la réponse. De plus, les commissaires ont sélectionné les questions les plus simples de façon à ne pas mettre en difficulté le candidat.
A la question, « quelles sont vos motivations ? », le candidat a répondu qu’il n’avait pas de motivation particulière mais qu’il entreprenait cette démarche pour ses enfants. Son épouse est arrivée en Suisse en 1998 et ne parle pas le français.
Conclusion de la commission de Naturalisation
Les commissaires pensent que le candidat a fait sa demande surtout pour ses enfants, il ne paraît personnellement pas vraiment motivé. De plus, des doutes sont émis quant à son intégration. La famille semble vivre en vase clos.
٭٭٭
Conclusion de la commission à la suite de son audition le 24 mai 2005
A.X._
Né le 22 avril 1967
Origine : Serbie et Monténégro
En Suisse depuis février 1987
Présentation : M. est venu en Suisse pour travailler, les possibilités d’emploi étant très mauvaises dans son pays d’origine où il a œuvré auprès de ses parents à la campagne.
Motivation : s’est habitué à vivre ici. Deux de ses trois enfants sont nés à Lausanne, la famille se sent bien dans notre pays.
Depuis mai 2001, M. est magasinier chez B._. Avant, il a occupé plusieurs postes de sommelier dans divers établissements.
Français : bon, accent d’origine assez prononcé.
Lors de l’audition, personne très retenue qui a de la peine à sortir ses mots. Bien qu’il ait l’air intimidé, les commissaires se demandent s’il a vraiment appris quelque chose et même ouvert la brochure. Ses connaissances sont mauvaises, surtout en civisme et histoire où elles sont nulles.
Les commissaires pensent que le candidat a fait sa demande surtout pour ses enfants, il ne paraît personnellement pas vraiment motivé. De plus, des doutes sont émis quant à son intégration. La famille semble vivre en vase clos.
Vote : 4 voix pour refus de naturalisation
3 voix pour le faire revenir. »
E. Dans sa séance du 30 mai 2005, la Municipalité de 1._ (ci-après : la municipalité) a décidé de refuser l’octroi de la bourgeoisie communale en faveur de l’intéressé au motif que celui-ci ne remplissait pas les conditions requises par la loi (intégration sociale, culturelle, connaissances civiques, historiques et géographiques). Cette décision a été communiquée au recourant sous pli signature daté du 1er juin 2005.
F. A.X._ a recouru contre cette décision le 8 juin 2005. Il conclut à l’octroi d’une "nouvelle chance pour une deuxième demande de naturalisation" et expose ne pas avoir réalisé qu’il devait maîtriser autant de connaissances en matière sociale, culturelle, historique et géographique notamment.
Le recourant s’est acquitté en temps utile de l’avance de frais requise.
G. L’autorité intimée s’est déterminée le 5 juillet 2005 en concluant au rejet du recours.
H. A.X._ a déposé un mémoire complémentaire le 18 juillet 2005. Il précise être d’une nature très timide et avoir ressenti un grand malaise lors de la séance du 24 mai 2005 en se trouvant face à autant de personnes pour l’interroger. Il affirme avoir alors perdu ses moyens et n’avoir pu répondre correctement aux questions posées ni exprimer clairement ses idées quant à sa motivation.
I. Le tribunal a tenu audience le 26 septembre 2005. A cette occasion, le recourant et les représentants de l’autorité intimée (MM. A. Gilliéron syndic, et M. Pellegrini, municipal et président de la commission des naturalisations) ont été entendus dans leurs explications. A.X._ a notamment reconnu ne pas avoir su répondre correctement aux questions qui lui avaient été posées lors de son audition du 24 mai 2005 en raison, d’une part, de sa préparation insuffisante et, d’autre part, de sa timidité excessive. S’agissant de sa motivation, il a confirmé avoir déposé sa demande essentiellement dans l’intérêt de ses enfants. Sur le plan professionnel, il a déclaré travailler à nouveau en qualité de sommelier au restaurant "C._" à 2._ depuis le mois de septembre 2004. Ses horaires de travail sont très lourds (de 10h à 14h30, parfois 16h; puis de 18h à 24h), ce qui explique qu’il n’ait pas le temps de se consacrer à des activités extraprofessionnelles, quelles qu’elles soient (sportives, culturelles, associatives, etc.). Il a encore déclaré parler français et albanais avec ses enfants, mais qu’albanais avec son épouse, dans la mesure où celle-ci comprend un peu le français mais ne le parle pratiquement pas. Si son épouse n’a pas demandé sa propre naturalisation, c’est en raison du fait qu’on lui aurait expliqué que sa méconnaissance du français l'empêchait de l’obtenir. De son côté, le syndic a précisé que l’absence de demande de naturalisation de la part de l’épouse démontrait que celui-ci n’était pas vraiment motivé. Quoiqu’il en soit, une demande conjointe des deux époux aurait de toute façon été refusée, l’absence de connaissance du français de Mme X._ attestant selon lui d’un manque flagrant d’intégration du couple. M. Pellegrini a confirmé pour sa part que le recourant avait donné une mauvaise impression lors de son audition devant la commission des naturalisations; il répondait mal aux questions et paraissait en réalité peu motivé.
J. Le tribunal a délibéré à huis clos.
K. Les arguments respectifs des parties seront repris ci-dessous dans la mesure utile.

Considérant en droit
1. Jusqu’au 30 avril 2005, la naturalisation des étrangers était régie dans le canton de Vaud par la loi sur le droit de cité vaudois du 29 novembre 1955. Cette loi a été révisée à cinq reprises entre 1988 et 1999 dans un souci de faciliter l’acquisition du droit de cité vaudois. Les révisions les plus importantes ont consisté à attribuer au Conseil d’Etat la compétence d’octroyer le droit de cité cantonal pour tous les cas ordinaires, le Grand Conseil ne restant compétent que dans les cas où le gouvernement n’agréait pas la demande (novelles de 1991 et 1998).
Depuis le 1er mai 2005, ces dispositions ont été remplacées par une nouvelle loi sur le droit de cité vaudois du 28 septembre 2004 (LDCV). Cette nouvelle loi a transféré à la municipalité et au Conseil d’Etat la compétence de statuer sur l’acquisition de la bourgeoisie et du droit de cité cantonal de manière à permettre l’élaboration d’une décision motivée (art. 2 al. 1 let. c et d, art. 4 LDCV). Un droit de recours au Tribunal administratif est instauré par l’art. 52 LDCV, qui stipule ce qui suit :
"1. Les décisions rendues en application de la présente loi par les autorités cantonales et communales sont susceptibles de recours auprès du Tribunal administratif.
2. En cas d’admission du recours, le Tribunal administratif annule la décision attaquée et renvoie l’affaire à l’autorité intimée pour nouvelle décision."
2. Selon l’art. 31 al. 1 LJPA, le recours s’exerce par écrit dans les 20 jours dès la communication de la décision attaquée. En l’espèce, le recours a été déposé en temps utile et satisfait aux conditions formelles énoncées à l’art. 31 al. 2 et 3 LJPA. En outre, le recourant, en tant que destinataire de la décision attaquée, a manifestement qualité pour recourir au sens de l’art. 37 al. 1 LJPA, de sorte qu’il y a lieu d’entrer en matière sur le fond.
3. Selon l'art. 36 LJPA, le pouvoir d'examen du Tribunal administratif s'étend à la violation du droit, y compris l'excès ou l'abus du pouvoir d'appréciation (let. a), à la constatation inexacte ou incomplète de faits pertinents (let. b), ainsi qu'à l'opportunité si la loi spéciale le prévoit (let. c). Cette dernière hypothèse n'est toutefois pas réalisée en l'espèce.
Commet un excès de son pouvoir d'appréciation l'autorité qui sort du cadre de sa liberté d'appréciation en usant d'une faculté qui ne lui appartient pas, par exemple en optant pour une solution différente de celles qui s'offrent à elle; on peut également ajouter l'hypothèse d'un excès de pouvoir négatif visant le cas de l'autorité qui, au lieu d'utiliser sa liberté d'appréciation, se considère comme liée (voir notamment A. Grisel, Traité de droit administratif, 1984, vol. I, p. 333). L'abus de pouvoir, en droit suisse, vise deux cas : l'expression est tout d'abord synonyme de détournement de pouvoir (on désigne ainsi l'acte accompli par l'autorité dans les limites de ses attributions, mais pour des motifs étrangers à ceux dont elle doit s'inspirer); mais elle peut également être comprise plus largement, soit dans le sens d'un comportement arbitraire ou recouvrant une violation manifeste de certains droits ou principes constitutionnels (voir notamment arrêts TA AC 99/0199 du 26 mai 2000, AC 99/0047 du 29 août 2000, AC 99/0172 du 16 novembre 2000 et AC 01/0086 du 15 octobre 2001).
4. a) Aux termes de l’art. 8 LDCV, pour demander la naturalisation vaudoise, l’étranger doit:
« 1. remplir les conditions d’acquisition de la nationalité suisse fixées par le droit fédéral
2. avoir résidé trois ans dans le canton, dont l’année précédant la demande, et être domicilié ou résider en Suisse durant la procédure ;
3. être prêt à remplir ses obligations publiques.
4. n’avoir pas subi de condamnation pour délit grave et intentionnel, être d’une probité avérée et jouir d’une bonne réputation ;
5. s'être intégré à la communauté vaudoise, notamment par sa connaissance de la langue française, et manifester par son comportement son attachement à la Suisse et à ses institutions. »
Dans le cas présent, le seul point litigieux est celui de l’intégration du recourant à la communauté vaudoise au sens de l'art. 8 ch. 5 LDCV, la réalisation des autres conditions de la disposition précitée n’étant pas contestée par l'intimée. S'agissant tout d'abord de la motivation du recourant, jugée insuffisante par la municipalité, il est vrai qu'elle n'a nullement été développée par l'intéressé lors de l'audience du 26 septembre 2005, A.X._ se limitant à confirmer avoir déposé sa demande essentiellement dans l’intérêt de ses enfants. Un tel motif, certes compréhensible, paraît néanmoins très léger. Quoi qu'il en soit, le tribunal peut se dispenser d’examiner si la motivation de A.X._ devrait quand même être tenue pour adéquate, le recours devant de toute façon être rejeté pour les motifs qui vont suivre.
b) La notion d'intégration à la communauté vaudoise définie à l'art. 8 ch. 5 LDCV figurait déjà dans l'ancienne LDCV. Même si sa formulation a évolué au cours des diverses modifications légales successives, elle traduit néanmoins toujours le même concept, soit celui de l'assimilation tel qu'il est ressenti dans le canton de Vaud (voir à ce sujet, Dominique Fasel, La naturalisation des étrangers, thèse Lausanne 1989, spéc. p. 194 et p. 239 et ss). Cette notion d'assimilation comprend un aspect purement objectif, soit celui de la connaissance de la langue française, qui est relativement aisé à vérifier, et un aspect subjectif, soit la manifestation par le requérant de son attachement à la Suisse et à ses institutions. Ce critère doit être apprécié de cas en cas et ne doit pas seulement se fonder sur les connaissances scolaires d'un candidat, ou sur la durée de sa présence dans notre pays (cf. Dominique Fasel, op. cit. p. 240-241).
En l'espèce, la municipalité a fondé sa décision sur un défaut d’intégration de A.X._, tant sociale que culturelle, en raison d’un important manque de connaissances civiques, historiques et géographiques constatées lors de son audition. A l'audience devant le Tribunal administratif, ses connaissances de la langue française se sont avérées satisfaisantes; à tout le moins l'intéressé a-t-il compris et répondu sans problème majeur aux questions qui lui étaient posées. Quant au grief relatif au défaut des connaissances susmentionnées, il est admis par le recourant. Ce dernier reconnaît en effet ne pas avoir été suffisamment préparé pour la séance du 24 mai 2005 car il n’avait pas pensé devoir maîtriser autant de connaissances dans les domaines précités (cf. recours et déclarations à l'audience devant le tribunal de céans). Or, il avait été clairement informé des exigences requises le 5 avril 2005 de sorte que ses explications ne résistent pas à l'examen. S'agissant ensuite de son intégration sociale, force est de constater qu'elle n'est pas réalisée. Le recourant, qui le reconnaît d'ailleurs expressément, ne participe à aucune manifestation, que ce soit au niveau culturel, sportif, associatif, ou autre. Il n'a aucun ami et ne paraît fréquenter personne en dehors du strict cadre familial et professionnel. A tout le moins n'a-t-il ni allégué ni établi le contraire. Certes, ses horaires de travail sont très lourds et lui laissent vraisemblablement peu de temps libre. Il n'en reste pas moins que son activité professionnelle (sommelier dans un établissement public depuis près d'un an) aurait dû lui permettre de se créer un minimum de relations sociales, voire amicales (avec ses collègues et/ou les clients de l'établissement), qui auraient pu le sortir du quasi isolement social dans lequel il semble vivre. Par ailleurs, il est notoire que l'intégration des ressortissants étrangers se fait souvent – dans un premier temps à tout le moins - par l'intermédiaire de leurs enfants, qui se font plus rapidement des relations avec des enfants suisses ou établis, essentiellement dans le cadre scolaire, ce qui favorise par la suite les relations entre les parents. Or, cette voie s'avère en l'espèce particulièrement difficile puisque l'épouse du recourant ne parle pratiquement pas le français. Quand bien même elle n'a pas demandé sa naturalisation et qu'il ne peut dès lors lui être reproché de ne pas maîtriser notre langue, on relèvera néanmoins que l'intégration du recourant par ce biais là paraît être, en l'état du moins, sérieusement compromise.
5. En résumé, l'appréciation de la municipalité s'avère justifiée, l'intéressé n'étant manifestement pas intégré à la communauté vaudoise (même s'il parle correctement le français), ses seules attaches avec cette dernière étant de nature strictement professionnelle. Le recours ne peut donc qu'être rejeté et la décision entreprise maintenue. A toutes fins utiles, on signalera à l'intention du recourant qu'en vertu de l'art. 15 LDCV, il lui est loisible de présenter, s'il le souhaite, une nouvelle demande dans l'année qui suit la décision négative du 1er juin 2005. Dans cette hypothèse, il n'aura pas besoin de remplir une nouvelle formule officielle.
Vu l'issue du pourvoi, les frais du présent arrêt seront mis à la charge du recourant, qui n'a pas droit à des dépens (art. 55 al. 1 LJPA).