Decision ID: 62c32332-400d-582c-bea5-09f3c6a3c88d
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
L’Office des poursuites (ci-après : l’Office) a expédié le 11 mars 2015 à A_ AG (ci-après : la créancière) un procès-verbal de saisie, série n° 14 xxxx07 G, établi à l’encontre de B_ le 6 janvier 2015 avec un délai de participation au 5 février 2015. ![endif]>![if>
b.
Par courrier du 26 février 2016 faisant suite à l’échéance du délai de validité annuelle de cette saisie au 5 février 2016, puis par courriers ultérieurs des
29 mars, 2 mai et 17 juin 2016, la créancière a réclamé à l’Office le versement des montants saisis lui revenant dans le cadre de la poursuite n° 14 xxxx23 U ou, à défaut, de l’acte de défaut de biens correspondant.
c.
Par courriel adressé à l’Office le 23 août 2016, la créancière a réitéré sa requête susmentionnée.
L’Office lui a répondu, également par courriel, le 25 août 2016, que "...
depuis mars 2016, nous avons un nouveau système informatique, à ce jour il ne nous est pas possible de délivrer un acte de défaut de biens après saisie
... "
B. a.
Par acte expédié le 25 août 2016 à la présente Chambre de surveillance des Offices des poursuites et des faillites (ci-après : la Chambre de surveillance), la créancière a formé une plainte pour retard injustifié au motif qu’il n’était "...
pas supportable pour une créancière qu’un acte de défaut de biens ne
[puisse]
pas être délivré pendant plusieurs mois en raison de l’insuffisance du système informatique
... ".
b.
Dans ses observations du 26 septembre 2016, l'Office a admis avoir fait preuve d’un retard injustifié dans l’expédition de cet acte de défaut de biens à la créancière plaignante, cela à la suite de problèmes liés à son nouveau système informatique OPUS.
Il a ajouté qu’il avait toutefois pu trouver une solution pour délivrer à ladite créancière, le 23 septembre 2016, l’acte de défaut de biens qu’elle réclamait dans le cadre de la poursuite n° 14 xxxx23 U.

EN DROIT
1.
La Chambre de surveillance est compétente pour statuer sur les plaintes formées en application de la LP (art. 13 LP; art. 125 et 126 LOJ; art. 6 al. 1 et 3 et 7 al. 1 LaLP) contre des mesures non attaquables par la voie judiciaire ou, comme en l’espèce, pour retard injustifié (art. 17 al. 1 et 2 LP).
Une plainte pour déni de justice ou retard injustifié peut être formée en tout temps (art. 17 al. 3 LP).
En tant que créancière saisissante, la plaignante a qualité pour se plaindre d’un retard injustifié dans l’envoi de l’acte de défaut de biens consécutif à sa réquisition de continuer la poursuite par la voie de la saisie à l’encontre de la débitrice.
Sa plainte satisfait en outre aux exigences de forme et de contenu prescrites par la loi (art. 9 al. 1 et 2 LaLP).
Elle est donc recevable.
2
.
2.1
Il y a déni de justice, au sens de l'art. 17 al. 3 LP, lorsque l'Office refuse de rendre une décision ou de procéder à une opération alors qu'il en a été dûment requis ou qu'il doit le faire d'office. On ne saurait en conséquence parler de déni de justice lorsque l'Office prend une décision ou une mesure, fût-elle erronée. Il y a par ailleurs retard injustifié lorsque la décision ou la mesure que doit prendre l'Office, parce qu'il en a été dûment requis ou qu'il doit agir d'office, n'intervient pas dans un délai raisonnable ou prévu par une disposition légale. La différence entre déni de justice et retard injustifié dépend ainsi essentiellement de la volonté de l'Office : si celui-ci n'entend pas statuer, il y a déni de justice alors que, s'il entend agir mais ne le fait pas dans un délai raisonnable, il y a retard à statuer (Erard, in CR LP, n° 52 à 58 ad art. 17 LP).
2.2
Selon l'art. 89 LP, lorsque le débiteur est sujet à la poursuite par voie de saisie, l'Office, après réception de la réquisition de continuer la poursuite, procède "
sans retard
" à la saisie. La saisie est l'acte de puissance publique par lequel l'Office fait interdiction au débiteur de disposer de biens patrimoniaux lui appartenant en vue du désintéressement des créanciers y participant (Gilliéron, Commentaire, n° 4 ad art. 89 LP; Winkler, in KUKO SchKG, 2
ème
édition, 2014, n° 2
ad art. 89 LP). Elle fait l'objet d'un procès-verbal énumérant les droits saisis
(art. 112 LP), qui doit être communiqué aux créanciers et au débiteur "
sans retard
" après l'expiration du délai de participation de 30 jours (art. 114 LP).
En cas d'insuffisance ou d'absence de biens saisissables, le procès-verbal de saisie vaut acte de défaut de biens provisoire (art. 115 al. 2 LP) ou définitif (art. 115
al. 1 LP).
Les délais fixés par les art. 89 et 114 LP ("
sans retard
") sont des délais d'ordre. Ils imposent néanmoins à l'Office de procéder avec promptitude et diligence, en tenant compte de toutes les circonstances (Foëx, in CR LP, n° 15
ad art. 89 LP).
2.3
Il résulte en l'espèce des observations de l'Office que celui-ci a admis avoir fait preuve d’un retard injustifié dans l’envoi à la créancière plaignante de l’acte de défaut de biens litigieux, cela à la suite de problèmes liés à son nouveau système informatique OPUS. Il avait pu toutefois finalement lui transmettre, le
23 septembre 2016, cet acte réclamé dans le cadre de la poursuite n° 14 xxxx23 U.
Cela étant, il y a lieu de constater que l'Office, qui ne le conteste pas, a tardé d’une manière totalement injustifiée à transmettre ledit acte de poursuite à la créancière plaignante dans un délai raisonnable, l'art. 89 LP lui imposant d’exécuter rapidement la saisie, puis de poursuivre sans désemparer, notamment jusqu’à la transmission à la créancière saisissante d’un acte de défaut de biens après saisie.
Or, le délai de validité de la saisie en cause est arrivé à échéance le 5 février 2016 et l’Office a envoyé, le 23 septembre 2016 seulement, à la créancière plaignante l’acte de défaut de biens correspondant.
Il a ainsi fait preuve d’un retard totalement injustifié et très conséquent, soit de plus de 7 mois après l’échéance de validité de la saisie concernée, pour envoyer cet acte de poursuite à ladite créancière.
Il n’a ainsi de loin pas traité cette saisie avec la diligence requise par la loi, qui ne laisse pas place à une surcharge de travail de l’Office, même réelle et indépendante de sa volonté car découlant de problèmes de type informatique dus à la mise en production de l’application OPUS.
La présente décision sera dès lors transmise en copie à son Préposé aux fins de l’informer des circonstances sus-évoquées et de l’inviter à y mettre un terme dans les délais les plus brefs.
3.
La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP et art. 61 al. 2 let. a OELP) et il ne peut être alloué aucun dépens dans cette procédure (art. 62
al. 2 OELP).
* * * * *