Decision ID: de5b4c86-3c0f-5575-a19f-0de1cdab66c2
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 12 juillet 2018, A_ recourt contre l'ordonnance du 29 juin 2018, qu'il a reçue le 3 du mois suivant, aux termes de laquelle le Ministère public a, notamment, nié sa qualité de partie plaignante pour certains des actes dénoncés (tombant sous le coup des art. 305bis, 322septies, 163 et 164 CP; ch. 1 du dispositif attaqué), classé la procédure pour le surplus (ch. 3) et rejeté ses réquisitions de preuve (ch. 4).
Le recourant sollicite l'annulation de cette décision, le renvoi de la cause au Procureur afin de procéder à diverses auditions ainsi que le bénéfice de l'assistance judiciaire pour la procédure de recours.
b.
À réception, le recours a été gardé à juger sans demande d'observations, ni débats.
B.
La Chambre de céans fait sien l'état de fait établi par le Ministère public, lequel sera repris à la lettre
a
., dans la mesure utile :
a.
"
2) Entre les mois d'avril 2016 et décembre 2017, A_ en son nom propre et en sa qualité d'administrateur de B_ SA, a déposé plusieurs plaintes pénales à l'encontre de C_,
D_, E_ et
F_
[des chefs, notamment,]
d'escroquerie (art. 146 CP), abus de confiance (art. 138 CP), blanchiment d'argent (art. 305bis CP), banqueroute frauduleuse (art. 163 CP), diminution effective de l'actif au préjudice des créanciers (art. 164 CP), diffamation (art. 173 CP), calomnie (art. 174 CP), injure (art. 177 CP) et violation de domicile
[ainsi que pour corruption d'agents publics étrangers (art. 322septies CP) et menaces (art. 180 CP) également].
[À cet effet,]
A_ a
(...)
envoyé une dizaine de plis contenant des plaintes et divers éléments complémentaires, accompagnés de nombreuses pièces
(...).
Il en ressort en substance les faits pertinents suivants :
a) A_ est administrateur de la société B_ SA, anciennement G_ SA jusqu'à juin 2015, spécialisée dans le négoce de matières premières.
b) G_ Ltd
[a]
son siège aux Emirats arabes unis, à _.
c) C_ est administrateur de la société zougoise H_ SA, spécialisée dans les levées de fonds dans le domaine du pétrole et du gaz.
D_,
épouse du précité, est directrice financière de la société zougoise I_ SA.
E_, fils des
[prénommés]
,
a travaillé pour le compte de G_ SA et H_ SA.
De la plainte pénale de A_ à l'encontre de C_
d) En 2014, A_ était entré en relation avec C_, dans le but de créer un fonds d'investissement, nommé J_, permettant l'acquisition d'actifs pétroliers. Ce projet n'avait finalement jamais vu le jour.
(...)
e)
[À]
suivre
[le plaignant]
, C_ se livrait à des activités suspectes et avait mis en place un véritable système qui avait permis de détourner d'importantes sommes qu'il chiffrait à plusieurs millions de francs. F_
[ndlr : agent de C_ disposant de contacts au Nigéria]
était quant à lui la pièce maîtresse de ce système, qui agissait de manière opaque et qui percevait d'importantes rétrocessions injustifiées.
Ainsi, C_ créait de faux projets via sa société H_ SA dans le but de se voir confier des mandats et donc des avances sur commissions afin de s'enrichir illégitimement
(...).
f)
[À]
titre d'exemple, A_ a expliqué que la société G_ Ltd avait conclu un
advisory agreement
avec la société H_ SA. Il s'agissait d'un contrat de conseil en placements financiers, ciblé sur le marché nigérian.
[À]
titre d'avance d'honoraires pour ce mandat, G_ Ltd avait versé la somme de CHF 275'000.- sur le compte bancaire de I_ SA ouvert auprès de la banque K_ à Zoug, et non pas sur le compte de la société H_ SA. Au final, aucune activité n'avait été effectuée par H_ SA. A_ estimait que le contrat n'avait pas été respecté.
[À]
ce titre et à teneur de sa plainte, A_ a dans un premier temps déclaré qu'il avait versé la somme de CHF 275'000.-, puis a indiqué que G_ Ltd lui avait cédé sa créance envers H_ SA. Il estimait donc que
[le montant précité]
devait lui être personnellement remboursé.
(...)
i) D'autre part, en octobre 2014 et dans
[le]
contexte
[sus-évoqué]
,
B_ SA
avait sous-loué à H_ SA des locaux commerciaux. Les loyers n'avaient pas été régulièrement payés pour la période de mai 2015 à avril 2016.
(...)
k) Enfin,
[A_]
a produit un témoignage écrit, établi le 18 juillet 2016, par L_
[ndlr : employée de C_]
,
[dans]
lequel
[cette dernière]
attest
[ait]
avoir entendu
[le précité]
formuler des injures à l'encontre de A_ lorsqu'elle
[avait travaillé pour lui, soit]
entre
[le 2]
mai 2015 et
[le 2]
mai 2016. Sans préciser quand, C_ lui avait par ailleurs dit qu'il allait
"
envoyer du monde pour s'occuper de Monsieur A_
".
(...)
De la plainte pénale de A_ à l'encontre de D_
[et de E_]
l) En outre, A_ a déposé plainte à l'encontre de D_ ainsi
[que]
de E_. Il a en substance exposé avoir découvert en décembre 2015 que deux sociétés, exploitées par les précités, occupaient illicitement les locaux commerciaux sous-loués à H_ SA.
De la plainte pénale de A_ à l'encontre de F_
m) Par ailleurs,
[A_]
a également déposé plainte pénale à l'encontre de F_ pour diffamation et calomnie, produisant à ce titre un courrier rédigé
(...)
par ce dernier, à l'attention de C_.
En substance, F_ y affirm
[ait]
que A_ lui avait confié qu'il était énervé contre C_ et qu'il chercherait à détruire sa réputation.
(...)
5) Entendu en qualité de prévenu par la police
(...)
le 6 novembre 2017, C_ a
[notamment]
déclaré que depuis deux ans, A_ cherchait à le diffamer, confirmant que la situation était hostile.
(...)
8) Par avis de prochaine clôture de l'instruction du 29 janvier 2018, un délai
(...)
a été
[fixé]
aux parties pour présenter leurs éventuelles réquisitions de preuves
(...)
.
Par pli daté du 29 mars 2018 et reçu le 3 avril 2018 en mains du Ministère public, le plaignant a produit une quinzaine de documents dont
(...) [un]
jugement
[rendu par le Tribunal des prud'hommes le]
8 mars 2018
[à la suite d'une demande interjetée par A_ en octobre 2016].
Il ressort en particulier de ce jugement que le litige portait sur le paiement du salaire dû par C_ et D_
à A_ pour son travail effectué entre novembre 2014 et juin 2015
[ndlr : dans le cadre du projet J_]
.
[À]
teneur dudit jugement, les relations entre les parties s'étaient détériorées après l'abandon
[de ce]
projet
(...).
C_ et D_
ont été condamnés à payer à A_ la somme brute de CHF 112'500.-.
En outre, sous la plume de son conseil, A_ a requis l'audition de douze témoins, dont
[L_ et M_ (ndlr : ce dernier a exercé une activité en faveur de H_ SA entre octobre 2015 et mars 2016)] (...)
.
"
b.
Au surplus, il résulte de la procédure les éléments suivants:
b.a.
Pour étayer l'une de ses plaintes, soit celle du 2 juin 2016, A_ a produit, en cours de procédure, deux témoignages écrits rédigés en juillet 2016 par L_ (dont la teneur a été résumée à la lettre
B.a. 2) k
. ci-dessus) et M_.
Dans le second de ces documents, le dernier nommé attestait qu'entre octobre 2015 et janvier 2016, C_ n'avait eu de cesse de dénigrer et insulter A_ lorsqu'il lui parlait de celui-ci. De plus, le 20 avril 2016, F_ lui avait relaté que C_ était furieux contre A_, lequel avait dit à certains de ses clients que le fonds J_ était fictif; C_ avait alors demandé à F_ "
d'envoyer des gens pour arrêter Monsieur A_
".
b.b.
En cours de procédure devant le Ministère public, soit le 29 janvier 2018, la société B_ SA a été dissoute par suite de faillite; elle est, depuis lors, en liquidation (selon les données résultant du Registre du commerce).
b.c.
Le 29 juin 2018 – soit le même jour que celui où l'ordonnance déférée a été prononcée – le Procureur a refusé d'accorder l'assistance judiciaire à A_ –sollicitée par ce dernier après l'avis de prochaine clôture, soit le 29 mars 2018. Un recours a été interjeté par le précité contre cette ordonnance, lequel a été rejeté ce jour par la Chambre de céans (
ACPR/696/2018
).
C.
Dans sa décision querellée, le Ministère public a considéré que A_ ne saurait être considéré comme directement lésé par les infractions énumérées au chiffre 1 du dispositif attaqué.
Les infractions aux art. 138, 146 et 186 CP n'étaient pas réalisées; en particulier, A_ n'avait pas établi que la créance querellée de CHF 275'000.- lui aurait été cédée. S'agissant des atteintes contre l'honneur, aucun élément ne permettait de retenir que F_ aurait allégué un fait qu'il savait faux. Quant à C_, il n'était pas non plus possible d'admettre qu'il serait contrevenu aux art. 173 et ss CP, le témoignage écrit de L_ ne rapportant ni les dates précises, ni les termes exacts qu'aurait utilisés le précité à l'égard du plaignant. Enfin, la date à laquelle C_ aurait dit qu'il allait
"envoyer du monde pour s'occuper de Monsieur A_"
n'était pas établie, au regard de ce même témoignage. Partant, la procédure était classée sur ces points.
Les éléments objectifs des différentes infractions n'étant, pour l'essentiel des faits dénoncés, pas remplis, la requête du plaignant tendant à l'audition de douze témoins n'apparaissait pas pertinente, ni ne semblait susceptible d'apporter des indications inédites ou probantes; elle était donc rejetée.
D.
Dans son recours, rédigé par son conseil, A_, agissant en son seul nom, se prévaut d'une constatation incomplète et/ou erronée des faits. À cet égard, il renvoie, au vu du "
caractère complexe
[desdits faits]
ainsi que de leur multiplicité
", aux éléments détaillés figurant dans ses diverses plaintes – sans autre développement.
Quatre motifs militaient en faveur de l'annulation de l'ordonnance déférée. Premièrement, il revêtait, contrairement à ce qu'avait retenu le Procureur, le statut de lésé s'agissant "
notamment
" des infractions aux art. 138, 146, 156 et 180 CP. Deuxièmement, les conditions prévues par les art. 138, 146 et 186 CP étaient réunies. Troisièmement, il résultait du dossier qu'il avait été l'objet "
notamment de la part de C_
" d'atteintes à l'honneur et de menaces, agissements qui avaient été confirmés par les témoins L_ ainsi que M_, dont il avait sollicité l'audition le 29 mars 2018. Pour finir, le Ministère public avait violé son droit d'être entendu en refusant, à tort, ses diverses réquisitions de preuve.
Enfin, il était indigent au sens de l'art. 136 CPP – aucune autre explication n'est donnée sur ce point –, si bien qu'il devait être mis au bénéfice de l'assistance judiciaire pour la procédure de recours.

EN DROIT
:
1.
La Chambre de céans peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement irrecevables et/ou mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP). ![endif]>![if>
Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.
2.
2.1.
Le recours a été interjeté dans le délai prescrit (art. 396 al. 1 CPP) contre une ordonnance qui, d'une part, refuse la qualité de partie plaignante au recourant pour certains des actes dénoncés et, d'autre part, classe la procédure s'agissant des infractions restantes, décisions sujettes à recours devant la Chambre de céans (arrêt du Tribunal fédéral
1B_438/2016
du 14 mars 2017 consid. 2.2; art. 322 al. 2 et
393 al. 1 let. a CPP). ![endif]>![if>
2.2.
Il convient de déterminer si cet acte satisfait aux réquisits de forme prévus par les art. 396 et 385 CPP.
2.2.1.