Decision ID: bbf62584-2359-4354-a631-362bea4373eb
Year: 2004
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. En date du 24 juillet 1998, l'Administration cantonal des impôts a rendu la décision sur réclamation suivante:
"Décision sur réclamation
Réclamation formée le 12 août 1996, par M. X._ A., à Lausanne, représenté par FIBEXA SA, à Lausanne,
contre
la décision du 15 juillet 1996 prise par la Commission d'impôt de Lausanne- Ville (impôt sur les donations).
L'Administration cantonale des impôts constate en fait :
A. M. X._ A. est le fils du précédent mariage de l'épouse de M. B. Y._.
B. Les 9 et 16 novembre 1989, 16 mai 1990, 6 et 14 décembre 1993 a eu lieu des échanges de correspondance entre l' Administration cantonale des impôts ( ci -après: l' ACI) et FIBEXA SA qui sera repris, dans la partie droit ci-dessous, dans la mesure utile.
C. Le 15 février 1994, M. Y._ B. a donné à M. X._ A. 15'590 actions de C. Y._ SA au cours de fr. 270
D. Dans sa déclaration d'impôt 1995-1996, datée du 5 décembre 1995, M. X._ a mentionné dans l' état des titres la détention des dites 15' 590 actions pour un montant total de fr. 4'209'300.-- (15'590 x 270).
E. Le 15 juillet 1996, la Commission d'impôt de Lausanne- Ville a notifié au contribuable une décision de taxation pour l'impôt sur les donations sur la somme de fr. 4'209'000.-- au taux de 7,5 %, soit un montant total de l'impôt de fr. 631'350.-- (fr. 315'675.-- pour le Canton et fr. 315'675.-- pour la Commune).
F. En date du 12 août 1996, l'intéressé a fait une réclamation, par l'intermédiaire de sa représentante, contre la décision de l'autorité de taxation du 15 juillet 1996. L'argumentation sera reprise, dans la partie droit ci-dessous, dans la mesure utile.
G. Le 22 août 1996, la Commission d'impôt de Lausanne-Ville a communiqué au réclamant son obligation de payer l'impôt correspondant aux éléments déclarés, conformément à l'art. 51 LMSD (Loi du 27 février 1963 concernant le droit de mutation sur les transferts immobiliers et l'impôt sur les successions et donations, RSV 9.5), pour un montant total de fr. 185'500.-- (15'590 actions à fr. 170.--, au taux de 3,5 %), acquitté le 12 septembre 1996 (fr. 92'750.-- pour le Canton et fr. 92'750.-- pour la Commune).
H. Le 22 août 1996, l'autorité de taxation a également maintenu, par proposition de règlement, sa décision du 15 juillet 1996.
I. En date du 2 octobre 1996, le contribuable a maintenu sa réclamation.
J. Le 7 octobre 1996, la Commission d'impôt a transmis le dossier à l'ACI.
K. Par proposition de règlement du 9 octobre 1996, l'ACI a confirmé la décision de l'autorité de taxation.
L. Le 4 novembre 1996, la représentante de l'intéressé a été entendue par le chef de l'ACI.
M. Par courrier du 10 décembre 1997, l' ACI a fait un rappel de sa proposition de règlement, qui est resté à ce jour sans réponse du réclamant.

et considère en droit :
1. Le litige porte sur la base d'imposition et le taux applicable à la donation du 15 février 1994.
2. a) Concernant l'assiette de l'impôt le contribuable prétend que la valeur de fr. 170.-- doit être prise en compte pour chaque action de la société C. Y._ SA. La base d'imposition devant donc se chiffrer à fr. 2'650'300.-- (15'590 actions x fr. 170.--). Le réclamant se prévaut à cet égard d'une lettre de l'ACI du 16 mai 1990, confirmant que "lors de la donation de Monsieur B. Y._ à Monsieur A. X._; fils du précédent mariage de Madame Y._; l'impôt sera prélevé sur la valeur des actions calculée d'après l'estimation fiscale au 1er janvier 1990 de notre administration, soit fr. 170.- par action ".
b ) Il est évident qu'une telle valeur ne devait être appliquée qu' en cas de donation effectuée dans le courant de l'année 1990. En effet, selon l'art. 21, lit. b LMSD, pour le calcul de l'impôt sur les donations, les biens sont estimés à leur valeur vénale, lorsque la libéralité devient effective. En l'espèce, étant donné que la donation a été effectuée le 15 février 1994, c'est bien la valeur de l'action en 1994 qui devait être prise en compte, soit le montant de fr. 270.-- (cf. état des titres de la déclaration 1995-1996 du contribuable )
Dans son courrier du 2 octobre 1996, la mandataire a déclaré qu' "en ce qui concerne l'estimation de la valeur de la donation, celle-ci a été fixée par votre administration sans limite apparente dans le temps ".
Cette affirmation est insoutenable d'une part au regard de l'art. 21, lit. b LMSD précité, et d'autre part au regard des faits. En effet, le 16 novembre 1989, en réponse à un courrier de la représentante du contribuable du 9 novembre 1989, par laquelle elle demandait de connaître la position de l' ACI quant à l'estimation des actions, il a été précisé par notre Administration que "pour le calcul de l'impôt sur les donations, les biens sont estimés selon l'art. 21 LMSD à leur valeur vénale lorsque la libéralité devient effective". De plus, il a été déclaré qu' "en pratique, cette valeur vénale est présumée être l'estimation fiscale du titre la plus proche de la date de l'acte. En l'espèce, l'estimation de l'action au 1er janvier 1989 s'élève à fr. 220.-- ce qui voudrait dire que le donataire aura à s'acquitter d'un impôt sur les donations calculé sur: 14'025 actions x fr. 220.-- au taux de 7,5% (part cantonale) (..) au cas ou l'opération devait se réaliser dans le courant de cette année )". A la lumière de cette lettre le contribuable ne pouvait pas croire à une fixation du montant de l'action " sans limite apparente dans le temps ". De plus, étant donné que la libéralité n'a pas été effectuée en 1989, le courrier du 16 mai 1990 a précisé que désormais l'impôt serait prélevé sur la valeur des actions calculée d'après l'estimation fiscale de l'ACI au 1er janvier 1990. Compte tenu de la teneur des deux courriers de l' ACI des 16 novembre 1989 et 16 mai 1990, il était évident pour l'intéressé que seule l'estimation fiscale de l'action au jour de la donation était déterminante, conformément à la loi (art. 21, lit. b LMSD).
3. a) Concernant le taux d'imposition applicable, la mandataire prétend que lors d'un entretien du 13 décembre 1993, le chef de l'ACI de l'époque, M. Jean-Blaise PASCHOUD, aurait convenu de traiter la donation à M. X._ comme une succession en ligne directe descendante, avec par conséquent l'application du taux de 3,5 %, compte tenu des montants en cause.
b) Cet argument ne peut également pas être pris en considération par notre Administration.
Selon l'art. 34, al. 1 LMSD l'impôt sur les donations est perçu d'après les barèmes annexés à la loi. Parmi ceux-ci force est de constater que le seul applicable est celui dénommé " descendant d'un précédent mariage du conjoint survivant, père et mère, grands-parents, arrière-grands-parents". En effet, M. X._ A. est le fils du précédent mariage de Mme Y._. C'est donc à juste titre que l'autorité de taxation a retenu le taux de 7,5 % prévu dans ce barème, étant donné le montant imposable en cause.
Du reste, dans le courrier de la représentante du 9 novembre 1989, il a été déclaré que M. B. Y._ avait l'intention " de faire donation à M. A. X._; descendant du précédent mariage du conjoint survivant, conformément à la définition du barème B) LMSD ". Dans sa décision de taxation du 15 juillet 1996, force est de constater qu'en retenant le taux de 7,5 %, c ' est bien ledit barème qui a été appliqué par l'autorité de taxation.
De plus, aucune pièce du dossier ne permet de corroborer l'existence d'un prétendu accord avec le chef de l'ACI sur l'application du barème a) de la LMSD. Or, il est admis de tout temps, selon la doctrine et la jurisprudence, que le fardeau de la preuve incombe au seul contribuable. En d'autres termes, il appartient au contribuable qui prétend à l'existence d'un fait de nature à éteindre ou à diminuer sa dette fiscale d'en apporter la preuve et de supporter les conséquences de l'échec de cette preuve (par exemple: Tribunal administratif, arrêt FI 90/019 du 6 juin 1991, considérant 2.1 , et les références citées).
En l'occurrence, force est de constater que cette obligation n'a pas été remplie par l'intéressé. En effet, dans sa proposition de règlement du 22 août 1996, la Commission d'impôt a demandé au contribuable de fournir la preuve de ses allégations relatives au taux d'imposition, étant donné que le chef de l'ACI était en vacances à cette date. Or, cette preuve n'a jamais été apportée.
Il est à relever à cet égard également que l'entretien entre la représentante et le chef de l'ACI du 4 novembre 1996, n' a pas permis de confirmer l'existence du prétendu accord sur l'application du taux de la ligne directe descendante. De plus, les notes manuscrites prises par M. PASCHOUD précise que la mandataire allait entreprendre des recherches complémentaires et qu'elle tiendrait au courant l' Administration fiscale sur leur résultat. Aucune réponse n'est cependant parvenue à l' ACI à ce jour .
Pour terminer, il convient de relever que dans un courrier de la mandataire du 14 décembre 1993, adressé au chef de l' ACI, confirmant un entretien du jour précédent avec ce dernier, elle a déclaré qu'elle prenait bonne note de l'accord suivant:
"Monsieur B. Y._ cessera son activité principale Ie 1er janvier 1994 et recevra une indemnité pour longs rapports de travail. L'imposition s'effectuera de la manière suivante:
-Canton et commune
Selon les dispositions de l'article 29 LI; c'est-à-dire à 50 % des taux fiscaux ordinaires fixés à l'article 28 de ladite loi.
-Confédération
Selon l'article 37 LIFD, à savoir l'impôt se calcule sur les revenus aux taux de la rente".
Le chef de l' ACI a souscrit à ces conclusions en apposant le 22 décembre 1993 sa signature sur le double de cette lettre. Cependant, il apparaît clairement que cet accord ne concerne nullement les conséquences fiscales découlant de l'acte de donation objet de la réclamation.
4. En vertu de ce qui précède, l'ACI rejette la réclamation et confirme la décision de l'autorité de taxation du 15 juillet 1996. Le contribuable doit donc s'acquitter de l'impôt sur la donation du 15 février 1994, sur l'élément imposable de fr. 4'209'000.--, au taux de 7,5 %, soit sur un montant total d'impôt de fr. 631'350.-- (pour le Canton fr. 315'675.-- et pour la Commune fr. 315'675.--).