Decision ID: de02f657-fed8-569d-8fe1-33fd26d9d7a7
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1) Le 19 novembre 2018, B_ a déposé une demande d'autorisation de construire en procédure accélérée (ci-après : APA) visant à la « reconstruction et à l'aménagement d'un bâtiment existant » sis sur la parcelle n
o
1_ de la commune de _, propriété de Monsieur A_. Le mandataire était C_. Monsieur D_ en était la personne de contact.
La demande a été enregistrée sous les références APA 2_.
2) Par décision du 9 juillet 2019, le département du territoire (ci-après : le DT ou le département) a refusé ladite autorisation.
La décision portait sur la construction d'un atelier, avec des murs en limite de propriété, ainsi que sur la modification de certains aménagements extérieurs, dont notamment des places de stationnement.
Les demandes de projet modifié de la direction des autorisations de construire (27 novembre 2018) et de l'office cantonal des transports (3 décembre 2018) ainsi que les demandes de complément de la police du feu (4 décembre 2018) et de l'office cantonal de l'eau (11 décembre 2018) n'avaient pas été suivies d'effets et cela, malgré le rappel qui avait été adressé au mandataire en date du 20 mars 2019.
3) Le 11 septembre 2019, B_ et M. A_ ont interjeté recours contre cette décision devant le Tribunal administratif de première instance (ci-après : TAPI) concluant principalement à son annulation. Préalablement, l'instruction devait être suspendue jusqu'à droit connu dans une nouvelle autorisation de construire à déposer.
La cause a été enregistrée sous les références A/3417/2019.
4) Par décision du 8 octobre 2019, le TAPI a rejeté la demande de suspension de l'instruction du recours. Aucune nouvelle demande d'autorisation de construire portant sur le même objet n'avait été déposée à ce jour. De surcroît, le dépôt d'une nouvelle demande ne serait pas de nature à influer l'issue de la procédure. Cas échéant, le TAPI pourrait instruire parallèlement les causes si une autorisation de construire portant sur le même objet devait être délivrée alors que la présente cause serait encore pendante.
5) Le 23 octobre 2019, C_ a déposé une demande d'APA pour une « mise en conformité d'un couvert poubelles et boîtes aux lettres ».
Elle a été enregistrée sous les références APA 3_.
6) Par acte du 24 octobre 2019, B_ et M. A_ ont interjeté recours auprès de la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative) contre la décision du TAPI du 8 octobre 2019. Ils ont conclu à son annulation. Cela fait, la procédure devait être suspendue jusqu'à droit jugé sur les nouvelles demandes d'autorisation (APA 2_ et 3_). Subsidiairement, la cause devait être renvoyée au TAPI pour nouvelle décision ordonnant la suspension de la procédure jusqu'à droit jugé sur les deux nouvelles demandes précitées. Préalablement, un délai devait être octroyé aux recourants pour produire le dossier « redéposé» relatif à l'APA 2_.
Le recours était recevable. La condition du « dommage irréparable » de l'art. 57 let. c LPA était remplie. En effet, dans la mesure où les demandes d'APA déposées ou redéposées visaient à obtenir des autorisations, lesquelles devraient rétablir la situation, la procédure A/3417/2019 deviendrait sans objet. Si celle-ci allait sa voie, les frais engendrés par les recourants dans le cadre de ladite procédure ne pourraient pas être réparés. De plus, le principe de l'économie de procédure commandait que la demande de suspension soit admise afin d'éviter à l'autorité de première instance de se pencher sur une question au fond, laquelle deviendrait caduque en cas d'acceptation des demandes APA susmentionnées. En conséquence, l'intérêt économique des recourants ainsi que l'intérêt tiré du principe de l'économie de procédure constituaient un préjudice irréparable. Le recours était recevable.
Au fond, les art. 14 de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 (LPA -
E 5 10
) et 9 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst. -
RS 101
) avaient été violés. Le sort de la procédure pendante devant le TAPI dépendait entièrement et exclusivement du sort des procédures réservées aux APA 2_ et 3_. L'objet de la procédure était le même. Ainsi, la continuation de l'instruction de la procédure de recours devant le TAPI en parallèle avec l'instruction des dossiers APA laisserait place à une situation incertaine quant à la sécurité du droit. L'autorité de première instance avait abusé de son pouvoir d'appréciation en refusant, sans motif apparent, la suspension de la procédure sollicitée par les recourants.
7) Par courrier du 28 octobre 2019, le DT a sollicité, pour la demande 3_, le dépôt d'une demande en procédure définitive (ci-après : DD). « La zone de fond (zone agricole) a[vait] été appliquée lors de la transformation de la gendarmerie en logements, ce qui avait permis au propriétaire de créer plus de surfaces de logements que ne le permettaient les rapports de surface de la zone 5. Une dérogation au sens de l'art. 24 ss de la loi fédérale sur l'aménagement du territoire du 22 juin 1979 (LAT -
RS 700
) était nécessaire ».
8) Le 31 octobre 2019 une demande d'APA pour la « construction d'un atelier /dépôt ; mur en limite ramené à 1 mètre » a été déposée.
Elle a été enregistrée sous les références APA 4_.
9) Le 11 novembre 2019, le département a conclu à l'irrecevabilité du recours.
Les constructions projetées dans le cadre des APA 2_ et 3_ n'avaient pas le même objet. La présente procédure n'était pas dépendante de la procédure d'autorisation de construire APA 3_, ni même ne le serait d'une autre procédure d'autorisation de construire ayant pour objet le même projet que l'APA 2_ qui serait initiée postérieurement au refus du 9 juillet 2019. En effet, toute nouvelle requête déposée pour la parcelle concernée ayant trait au même projet serait enregistrée sous un nouveau numéro et ferait l'objet d'une nouvelle instruction ainsi que d'une nouvelle décision du département. La présente procédure n'empêcherait ainsi pas l'instruction d'une nouvelle requête. Contrairement à ce que soutenaient les recourants, la suspension de la présente procédure consacrerait une violation du principe de célérité. Au fond, le recours devait être rejeté.
10) Par courrier du 18 novembre 2019, le DT a sollicité, pour la demande 4_, le dépôt d'une DD. Les motifs étaient identiques à ceux avancés le 28 octobre 2019.
11) Le 27 novembre 2019, les recourants ont contesté la nécessité d'une DD, tant pour l'APA 3_ que pour la 4_, et sollicité la reconsidération de la position du département, voire à défaut le prononcé d'une décision formelle.
12) Dans le cadre de leur réplique du 28 novembre 2019, les recourants ont persisté dans leurs conclusions.
13) Sur ce, les parties ont été informées que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1) Le recours a été interjeté en temps utile devant la juridiction compétente (art. 132 de la loi sur l'organisation judiciaire du 26 septembre 2010 - LOJ -
E 2 05
; art. 62 al. 1 let. b LPA).
2) a. Constitue une décision finale au sens de l'art. 90 de la loi fédérale sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005 (LTF -
RS 173.110
) et de l'art. 57 let. a LPA, celle qui met un point final à la procédure, qu'il s'agisse d'une décision sur le fond ou d'une décision qui clôt l'affaire en raison d'un motif tiré des règles de la procédure (Pierre MOOR/Étienne POLTIER, Droit administratif, vol. 2, 3
ème
éd., 2011, p. 256 n. 2.2.4.2) ; est en revanche une décision incidente (art. 4 al. 2 LPA) celle qui est prise pendant le cours de la procédure et ne représente qu'une étape vers la décision finale (
ATA/613/2017
du 30 mai 2017 et les arrêts cités) ; elle peut avoir pour objet une question formelle ou matérielle, jugée préalablement à la décision finale (ATF
139 V 42
consid. 2.3 ; arrêt du Tribunal fédéral
2C_567/2016
et
2C_568/2016
du 10 août 2017 consid. 1.3).
b. En l'espèce, la décision entreprise ne met pas fin à la procédure et doit par conséquent être qualifiée de décision incidente.
3) Sont susceptibles d'un recours les décisions incidentes, si elles peuvent causer un préjudice irréparable ou si l'admission du recours peut conduire immédiatement à une décision finale qui permet d'éviter une procédure probatoire longue et coûteuse (art. 57 let. c LPA).
4) L'art. 57 let. c LPA a la même teneur que l'art. 93 al. 1 let. a LTF (
ATA/12/2018
précité consid. 4).
Selon la jurisprudence constante du Tribunal fédéral, un préjudice est irréparable au sens de cette disposition lorsqu'il ne peut être ultérieurement réparé par une décision finale entièrement favorable au recourant (ATF
138 III 46
consid. 1.2 ;
134 III 188
consid. 2.1 et 2.2 ;
133 II 629
consid. 2.3.1). Un intérêt économique ou un intérêt tiré du principe de l'économie de procédure peut constituer un tel préjudice (ATF
135 II 30
;
134 II 137
;
127 II 132
consid. 2a ;
126 V 244
consid. 2c ;
125 II 613
consid. 2a). Le simple fait d'avoir à subir une procédure et les inconvénients qui y sont liés ne constitue toutefois pas, en soi, un préjudice irréparable (ATF
133 IV 139
consid. 4 ; arrêt du Tribunal fédéral
1C_149/2008
du 12 août 2008 consid. 2.1 ;
ATA/12/2018
précité consid. 4). Un dommage de pur fait, tel que la prolongation de la procédure ou un accroissement des frais de celle-ci, n'est notamment pas considéré comme un dommage irréparable de ce point de vue (ATF
133 II 629
consid. 2.3.1 ;
131 I 57
consid. 1 ;
129 III 107
consid. 1.2.1 ;
127 I 92
consid. 1c ;
126 I 97
consid. 1b). Un préjudice est irréparable lorsqu'il ne peut être ultérieurement réparé par une décision finale entièrement favorable au recourant (ATF
138 III 46
consid. 1.2 ;
134 III 188
consid. 2.1 s. ;
133 II 629
consid. 2.3.1).
La chambre administrative a précisé à plusieurs reprises que l'art. 57
let. c LPA devait être interprété à la lumière de ces principes (
ATA/231/2017
du
22 février 2017 ;
ATA/385/2016
du 3 mai 2016 ;
ATA/64/2014
du 4 février 2014).
Lorsqu'il n'est pas évident que le recourant soit exposé à un préjudice irréparable, il lui incombe d'expliquer dans son recours en quoi il serait exposé à un tel préjudice et de démontrer ainsi que les conditions de recevabilité de son recours sont réunies (ATF
136 IV 92
consid. 4).
5) a. En l'espèce, se pose la question de l'existence d'un préjudice irréparable, première hypothèse de l'art. 57 let. c LPA.
Les recourants allèguent que les frais engendrés par la présente procédure, si elle ne devait pas être suspendue et que les APA doivent par la suite être délivrées, « ne pourraient pas être réparés. »
Conformément à la jurisprudence précitée, la prolongation d'une procédure ou un accroissement des frais de celle-ci n'est pas considéré comme un dommage irréparable.
Par ailleurs, le refus de suspendre la procédure dans l'attente du traitement des autres requêtes APA déposées n'empêche pas une décision finale entièrement favorable au recourant.
b. Les recourants invoquent le principe de l'économie de procédure.
Il est relevé que, lors du prononcé de la décision du TAPI, aucune nouvelle requête n'avait été déposée. La décision était en conséquence fondée.
Deux requêtes ont été déposées après la décision querellée. Toutefois, les parties divergent sur l'objet précis de chacun des trois dossiers d'autorisation, sur la procédure applicable pour chacun d'entre eux et sur l'éventuelle identité de leur objet. Il n'est en conséquence pas établi que la suspension de la présente procédure A/3417/2019 dans l'attente de l'issue des nouvelles demandes d'autorisation déposées par les recourants permettrait qu'en cas d'aboutissement des APA, la présente procédure soit sans objet. L'économie de procédure alléguée n'est pas démontrée.
c. En l'absence de préjudice irréparable et dans la mesure où entrer en matière sur le recours, soit suspendre la présente procédure, ne serait pas susceptible de mettre plus rapidement un terme final à la procédure, tout au contraire, aucune des conditions de recevabilité de l'art. 57 let. c LPA n'est réalisée.
Le recours sera déclaré irrecevable.
6) Vu l'issue du recours, un émolument de CHF 1'000.- sera mis à la charge des recourants (art. 87 al. 1 LPA). Aucune indemnité de procédure ne sera allouée (art. 87 al. 2 LPA).
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