Decision ID: 47a3c0c9-1b7e-4e99-92bb-f04544244b6b
Year: 2015
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

Vu
la requête du 2 juillet 2013 de X_ dont les conclusions sont ainsi libellées :
"1. La requête est admise.
2. Un inventaire est ordonné pour déterminer les biens de feu Madame D_ remis au
grevé, Monsieur Y_.
3. Il est ordonné à l'administration d'office de la succession de feu Madame D_.
4. Me E_, avocat et notaire à C_, est désigné en qualité d'administrateur de
l'hérédité, ce dernier ayant été désigné en qualité d'exécuteur des dernières volontés de
Monsieur Y_ et de Madame D_ (pacte successoral du 6 mai 2002, article
quatrième).
5. Les frais de l'inventaire et de l'administration d'office sont mis à la charge de Monsieur
Y_ et pris sur les actifs qui appartenaient à Madame D_.
6. Tous les frais de procédure et de décisions sont mis à la charge de Monsieur Y_.";
la décision du 21 octobre 2014 au terme de laquelle le juge de la commune de
C_ (ci-après : le juge de commune) a "considéré que la requête de
Mme X_ est irrecevable et que, par conséquent, elle est rejetée avec suite
de frais et dépens";
l'"appel/recours" interjeté le 20 novembre 2014 par X_ contre cette décision,
contenant les conclusions suivantes :
"1. L'appel/recours est admis.
2. Un inventaire complet des biens de feu Madame D_ au moment de son décès (biens
mobiliers et immobiliers) est confié à l'exécuteur testamentaire, Me E_.
3. L'administration d'office de la succession au sens de l'art. 490 al. 3 CCS est ordonnée et
confiée à une personne neutre, Me E_ s'étant impliqué dans le dossier jusqu'à
l'intervention de Me B_.
4. Tous les frais de procédures, de décision et de jugement sont mis à la charge de
Monsieur Y_.
5. Il est alloué à Madame X_ une juste indemnité pour ses dépens d'avocat pour les
procédures devant le Juge de Commune et le Tribunal de District.";
le dépôt de son dossier, le 11 décembre 2014, par le juge de commune;
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Considérant
que l'article 490 CC règle la question des sûretés en matière de substitutions
fidéicommissaires; que, selon cette disposition, l'autorité compétente fait dresser
inventaire de la succession échue au grevé (al. 1), que, sauf dispense expresse de la
part du disposant, la succession n'est délivrée au grevé que s'il fournit des sûretés,
celles-ci pouvant, lorsque celle-là comprend des immeubles, consister dans
l'annotation au registre foncier de la charge de restitution (al. 2), enfin qu'il y a lieu de
pourvoir à l'administration d'office de la succession lorsque le grevé ne peut fournir des
sûretés ou qu'il compromet les droits de l'appelé (al. 3);
que la requête introduite par X_ tend à ce que soit ordonnée une
administration d'office au sens de l'article 490 al. 3 CC, ainsi que, apparemment, à ce
qu'un inventaire au sens de l'article 490 al. 1 CC soit établi;
qu’il appartient au droit cantonal de déterminer l’autorité compétente pour procéder à
l’inventaire conformément à l’article 490 al. 1 CC (SCHÜRMANN, in Abt/Weibel [édit.],
Erbrecht, Praxiskommentar, 2011, n. 7 ad art. 490); que cette autorité est également
compétente en matière de sûretés au sens de l’alinéa 2 de cette disposition
(SCHÜRMANN, n. 15 ad art. 490 CC); que, s’agissant de l’autorité compétente pour
ordonner l’administration d’office au sens de l’article 490 al. 3 CC, il y a lieu de se
référer aux dispositions cantonales relatives à l’article 554 CC (SCHÜRMANN, n. 22 ad
art. 490 CC; BESSENICH, Commentaire bâlois, 2011, n. 5 ad art. 491 CC; HRUBESCH-
MILLAUER, in Handkommentar zum Schweizer Privatrecht, 2 ème
éd., 2012, n. 15 ad art.
490 CC), étant précisé que la mesure de l'article 490 al. 3 CC n'est qu'une des variétés
d'administration énumérées à l'article 554 CC (arrêt 5A_758/2007 du 3 juin 2008
consid. 1.2),
que l’article 90 al. 1 ch. 1 LACC confie au juge de commune la compétence de
procéder à l’inventaire au sens de l’article 490 al. 1 CC; que cette autorité est
également compétente en matière d’administration d’office de la succession au sens
de l’article 554 CC (art. 90 al. 1 ch. 5 LACC), si bien qu’elle l’est pour l’administration
d’office au sens de l’article 490 al. 3 CC;
que l'article 90 LACC figure au paragraphe 2 du chapitre 3 de la loi; que le titre dudit
paragraphe est le suivant : "Juridiction civile non contentieuse";
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qu'en vertu de son article premier, le code de procédure civile (CPC) règle la procédure
applicable devant les juridictions cantonales aux décisions judiciaires de la juridiction
gracieuse (let. b);
que le CPC n'est (directement) applicable en matière de juridiction gracieuse que
lorsque les décisions doivent, de par le droit fédéral, être rendues par une autorité
judiciaire; que, dans les hypothèses, comme celle d'espèce, où les cantons sont libres
de confier une tâche à une autorité administrative ou judiciaire (cf. art. 54 Titre final
CC), il leur incombe de déterminer la procédure applicable, même si l'autorité désignée
est judiciaire; qu'ils sont libres de déclarer applicable le CPC, en tant que droit cantonal
(ATF 139 III 225 consid. 2);
que le législateur valaisan a prévu que, à défaut de disposition de la présente loi
(LACC) réglant la procédure applicable par les autorités judiciaires, celles-ci appliquent
le CPC à titre de droit cantonal (art. 2 al. 3 LACC);
que la LACC ne contient que peu de règles procédurales dans le domaine de la
juridiction gracieuse; qu'en particulier, les articles 91-93 aLACC, notamment, ont été
abrogés au 31 décembre 2010;
que le juge de commune doit dès lors, en cette matière, appliquer le CPC;
que la procédure sommaire s'applique à la juridiction gracieuse (art. 248 let. e CPC);
que, à réception de la requête de X_, le juge de commune a adressé aux
parties, le 15 novembre 2013, une citation à comparaître; que, dans celle-ci, il a
exposé - à juste titre - que la requête serait traitée en procédure sommaire, et s'est
expressément référé à certaines dispositions du CPC;
que, dans son écriture d'"appel/recours" (p. 6), la requérante souligne que la procédure
sommaire prévue aux articles 248 ss CPC s'applique à la présente cause;
que la décision entreprise, expédiée le 21 octobre 2014, a été réceptionnée le
lendemain par l'avocat de X_;
que celle-ci, toujours par son conseil, a interjeté un "appel/recours" le 20 novembre
2014, en précisant que le "délai de trente jours est ainsi respecté", ne se référant, à cet
égard, à aucune disposition légale;
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qu'entre autres griefs, elle s'est plainte de ce que la décision attaquée ne contient pas
l'indication des voies de recours, y discernant une violation de l'article 238 CPC;
qu'en vertu de cette disposition, la décision doit notamment indiquer les voies de
recours si les parties n'ont pas renoncé à recourir (let. f); que cette disposition ne
précise pas les conséquences d'une absence d'avis des voies de droit;
que, selon la doctrine, la jurisprudence rendue au sujet de l'article 49 LTF peut être
transposée (TAPPY, in Code de procédure civile commenté, 2011, n. 12 ad art. 238
CPC; STECK, Commentaire bâlois, 2013, n. 34 ad art. 238 CPC; NAEGELI/MAYHALL, in
Schweizerische Zivilprozessordnung, 2014, n. 18 sv. ad art. 238 CPC); que cette
disposition est une émanation du droit à la protection de la bonne foi (FRÉSARD,
Commentaire de la LTF, 2014, n. 6 ad art. 49 LTF);
qu'on déduit du principe général de la bonne foi, consacré à l'article 5 al. 3 Cst. féd.,
que les parties ne doivent subir aucun préjudice en raison d'une indication inexacte des
voies de droit; que seul peut toutefois bénéficier de la protection de la bonne foi celui
qui ne pouvait pas constater l'inexactitude de la voie de droit indiquée, même avec la
diligence qu'on pouvait attendre de lui; que seule une négligence procédurale grossière
peut faire échec à la protection de la bonne foi; que celle-ci cesse uniquement si une
partie ou son avocat aurait pu se rendre compte de l'inexactitude de l'indication des
voies de droit en lisant simplement la législation applicable; qu'en revanche, il n'est pas
attendu d'eux que, outre les textes de loi, ils consultent encore la jurisprudence ou la
doctrine y relatives; que déterminer si la négligence commise est grossière s'apprécie
selon les circonstances concrètes et les connaissances juridiques de la personne en
cause; que les exigences envers les avocats sont naturellement plus élevées : on
attend dans tous les cas de ces derniers qu'ils procèdent à un contrôle sommaire
("Grobkontrolle") des indications sur la voie de droit; que l'avocat se doit de consulter la
législation applicable (arrêt 5A_104/2014 du 10 octobre 2014 consid. 3.3 et les réf.);
qu'en cas d'absence totale d'indication des voies de droit, on peut attendre du
justiciable qui entend attaquer la décision et n'a reçu aucune indication qu'il se
renseigne auprès d'un avocat ou de l'autorité qui a statué (FRÉSARD, n. 13 ad art. 49
LTF); qu'on peut exiger de lui qu'il forme recours dans le délai usuel
(AMSTUTZ/ARNOLD, Commentaire bâlois, 2011, n. 12 ad art. 49 LTF);
qu'en l'occurrence, la décision entreprise ne contient pas l'indication de voies de droit;
qu'il ne faisait aucun doute, pour autant, qu'il s'agissait d'une décision, susceptible
d'être attaquée;
- 6 -
qu'à raison, la requérante l'a entreprise devant le Tribunal cantonal, lequel est
compétent pour traiter des appels et recours dirigés contre les décisions du juge de
commune (art. 5 al. 1 let. b LACPC), étant précisé qu'un juge unique est compétent
pour en connaître (art. 5 al. 2 let. c LACPC);
qu'elle a intitulé son mémoire "appel/recours";
que, puisque la décision entreprise (statuant principalement sur une requête
d'administration d'office au sens de l'article 490 al. 3 CC) consiste en une décision
finale au sens du CPC (il s'agit en effet d'une décision finale selon la LTF [arrêt
5A_841/2013 du 18 février 2014 consid. 1.1], les deux notions devant s'interpréter de
façon concordante [arrêt 4A_137/2013 du 7 novembre 2013, consid. 7.2 et 7.3 non
publiés à l'ATF 139 III 478]), compte tenu en outre de ce que la cause est pécuniaire
(arrêt 5A_841/2013 précité), vu, en sus, que les exceptions de l'article 309 CPC ne
sont pas réalisées, la voie de l'appel est ouverte si la valeur litigieuse est supérieure à
10'000 fr. (art. 308 al. 2 CPC);
qu'en l'occurrence, cette valeur est sans doute atteinte; que c'est ainsi un appel qui
devait être interjeté;
que, quoi qu'il en soit de la voie de droit (recours ou appel), la requérante et son avocat
pouvaient, par la seule consultation de la loi, détecter que le délai de recours était de
dix jours (cf. art. 314 CPC [pour l'appel] et 321 al. 2 CPC [pour le recours]), dès lors
qu'ils n'ignoraient pas que la cause était soumise à la procédure sommaire du CPC,
comme leur mémoire d'appel/recours le met en évidence; qu'on précisera qu'une
simple consultation des dispositions topiques (art. 2 al. 3 LACC pour le renvoi au CPC,
art. 90 LACC inséré dans le paragraphe "Juridiction civile non contentieuse", art. 248
let. e CPC, cf. supra) permettaient, à tout le moins à un avocat, de distinguer que cette
procédure était applicable s'agissant des sûretés en matière de substitution
fidéicommissaire;
qu'il s'ensuit que, nonobstant l'absence d'indication de voie de droit, la requérante était
en mesure et devait ainsi déposer son mémoire dans les dix jours dès la notification de
la décision du 21 octobre 2014;
qu'interjeté le 20 novembre 2014, son "appel/recours" doit dès lors être déclaré
irrecevable, parce que tardif;
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que les frais, par 300 fr. (art. 18 et 19 LTar), sont mis à la charge de X_ qui
succombe (art. 106 al. 1 CPC); que le solde de l'avance fournie lui sera prochainement
restitué par le greffe du tribunal;
qu'il n'est pas alloué de dépens;