Decision ID: b16800bc-812b-5ffc-b047-3b9cd6177495
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
a.
A_, né le _ 1982, et B_, née le _ 1983, se sont mariés le _ 2019 au Mexique.
Ils ont constitué leur domicile conjugal en Valais.
b.
Le 6 novembre 2019, B_ a quitté le domicile conjugal.
c.
Le 28 novembre 2019, A_ a saisi le Tribunal valaisan du district de D_ d'une demande unilatérale en divorce.
Cette procédure a été enregistrée sous le n° de cause 1_.
B_ s'est opposée au principe du divorce, au motif que les conditions de l'art. 115 CC n'étaient pas réalisées.
d.
Le 20 décembre 2019, B_ a saisi le Tribunal de première instance d'une requête en mesures protectrices de l'union conjugale, par laquelle elle a notamment requis le versement, par mois et d'avance, d'une contribution d'entretien de 3'500 fr.
A_ a conclu à l'irrecevabilité de cette requête, le Tribunal du divorce étant seul compétent pour prononcer des mesures "
pour l'avenir
".
e.
Par ordonnance
ORTPI/280/2020
du 10 mars 2020, le Tribunal de première instance a ordonné la suspension de la procédure jusqu'à droit jugé sur la question de l'existence d'un motif de divorce dans la cause n° 1_.
B. a.
Par acte expédié au greffe de la Cour de justice le 23 mars 2020, A_ recourt contre cette ordonnance, reçue par lui le 13 mars 2020. Il conclut à l'annulation de celle-ci et à ce que la Cour déclare la requête en mesures protectrices de l'union conjugale du 20 décembre 2019 irrecevable, mette les frais à la charge de B_ et compense les dépens.
Il allègue des faits nouveaux et produit des pièces nouvelles.
b.
B_ conclut au rejet de ce recours, sous suite de frais et dépens.
c.
A_ a répliqué en persistant dans ses conclusions.
d.
B_ n'ayant pas fait usage de son droit de dupliquer, les parties ont été informées par avis du 30 juin 2020 de ce que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1.
1.1
La décision ordonnant la suspension de la cause est une mesure d'instruction qui peut, conformément à l'art. 126 al. 2 CPC, faire l'objet du recours de l'art. 319 let. b ch. 1 CPC (ATF
141 III 270
consid. 3; Gschwend/Bornatico, Basler Kommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung, 2013, n° 17a ad art. 126 CPC).
Le recours, écrit et motivé, doit être déposé auprès de l'instance de recours dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance d'instruction, à moins que la loi n'en dispose autrement (art. 321 al. 1 et 2 CPC; ATF
141 III 270
consid. 3.3;
138 III 705
consid. 2.1).
Interjeté en temps utile et dans la forme prescrite par la loi (art. 130 et 131 CPC), le recours est recevable.
1.2
Les conclusions, allégations de faits et preuves nouvelles sont irrecevables dans le cadre d'un recours (art. 326 al. 1 CPC).
2.
Le pouvoir d'examen de la Cour est limité à la violation du droit et à la constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC).
3.
Le recourant fait grief au premier juge d'avoir suspendu la procédure, alors que la requête en mesures protectrices de l'union conjugale du 20 décembre 2019 était irrecevable.
3.1.1
Aux termes de l'art. 59 al. 2 let. d CPC, le tribunal n'entre en matière que sur les demandes et requêtes qui satisfont aux conditions de recevabilité, notamment lorsque le litige ne fait pas l'objet d'une litispendance préexistante.
Il faut, mais il suffit, que les conditions de recevabilité soient réalisées au moment du jugement. Même s'il se révèle, au moment du jugement, que toutes les conditions de recevabilité n'étaient pas remplies au début de la litispendance, mais qu'elles se sont réalisées au cours du procès, le juge doit statuer au fond (ATF
133 III 539
consid. 4.3;
127 III 41
consid. 4c, in JdT
2000 II 98
;
116 II 9
consid. 5,
in JdT
1993 I 620
; arrêt du Tribunal fédéral
5A_15/2009
du 2 juin 2009
consid. 4.1).
3.1.2
Selon l'art. 126 al. 1 CPC, le tribunal peut ordonner la suspension de la procédure si des motifs d'opportunité le commandent. La procédure peut notamment être suspendue lorsque la décision dépend du sort d'un autre procès.
La suspension d'une procédure ne doit être admise qu'exceptionnellement (arrêt du Tribunal fédéral
5A_218/2013
du 17 avril 2013 consid. 3). De manière générale, la décision de suspension relève du pouvoir d'appréciation du juge saisi. Ce dernier procédera à la pesée des intérêts des parties; l'exigence de célérité
(art. 29 Cst.) l'emportant dans les cas limites (ATF
135 III 127
consid. 3.4,
JdT
2011 II 402
;
119 II 386
consid. 1b; arrêt du Tribunal fédéral
5A_218/2013
du 17 avril 2013 consid. 3).
La suspension devra être admise en particulier lorsqu'il se justifie d'attendre la décision d'une autre autorité, ce qui permettrait de trancher une question décisive ou de nature préjudicielle (ATF
119 II 386
consid. 1b; arrêt du Tribunal fédéral
5A_218/2013
du 17 avril 2013 consid. 3).
La suspension de la procédure dans l'attente du sort d'une autre procédure suppose que la seconde se trouve dans un lien de connexité avec la première, même s'il n'est pas nécessaire que l'objet du litige ou les parties soient les mêmes: il s'agit d'éviter des décisions contradictoires ou incohérentes (Gschwend/Bornatico, op. cit., n° 11 ad art. 126 CPC; Frei, Berner Kommentar Schweizerische Zivilprozessordnung, 2012, n° 3 ad art. 126 CPC). La seconde procédure, dont l'issue sera déterminante pour le sort de la procédure suspendue, doit par ailleurs être déjà bien avancée faute de quoi, en règle générale, la suspension ne sera pas compatible avec l'exigence de célérité (Frei, op. cit., n° 5 ad art. 126 CPC).
Le fait que l'affaire soit soumise à la procédure sommaire n'empêche pas l'application de l'art. 126 al. 1 CPC (ATF
138 III 252
consid. 2.1; arrêt du Tribunal fédéral
5A_246/2018
du 11 juillet 2018 consid. 2.2.2).
3.2
En l'espèce, le dépôt de la demande en divorce du 28 novembre 2019 par-devant le Tribunal valaisan ne rend pas d'emblée et définitivement irrecevable la requête en mesures protectrices de l'union conjugale du 20 décembre 2019.
En effet, la demande en divorce est fondée sur l'art. 115 CC, dont l'intimée a contesté la réalisation des conditions. Le Tribunal valaisan devra, par conséquent, instruire cette question, puis, admettre ou non le principe du divorce. Dans l'hypothèse où celui-ci ne devait pas être admis, la litispendance de l'action en divorce cesserait, sans qu'un jugement de divorce ne soit rendu. Le juge des mesures protectrices de l'union conjugale serait alors compétent pour régler la situation des parties, en particulier pour statuer sur la question d'une contribution d'entretien.
Il s'ensuit que la compétence du Tribunal de première instance à statuer sur mesures protectrices de l'union conjugale dépend du sort de la procédure en divorce. Comme indiqué
supra
, les conditions de recevabilité d'une requête ne doivent pas impérativement être réalisées lors du dépôt de celle-ci.
Il convient encore de relever que l'allégué du recourant selon lequel les parties ont requis le prononcé de mesures provisionnelles dans le cadre de la procédure de divorce est nouveau et, partant, irrecevable devant la Cour.
Afin de préserver les droits de l'intimée, la suspension litigieuse apparaît comme une mesure adéquate.
Le recours sera, par conséquent, rejeté.
4.
Les frais judiciaires de recours seront mis à la charge du recourant, qui succombe (art. 106 al. 1 CPC). Ils seront arrêtés à 800 fr. (art. 2 et 41 RTFMC) et entièrement compensés avec l'avance fournie du même montant, qui reste acquise à l'Etat de Genève (art. 111 al. 1 CPC).
Le recourant sera condamné à verser à l'intimée 400 fr. à titre de dépens de recours, débours et TVA inclus, compte tenu de la brièveté de sa réponse (art. 84, 85, 87 et 90 RTFMC; art. 25 et 26 LaCC).
* * * * *