Decision ID: b19fed92-69dd-4fb5-b7cf-aa65c664bf19
Year: 2014
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
X._, né le ******** 1979 au Kosovo, vit en Suisse depuis 1998 et a déposé une demande d’asile le 16 novembre 1998. Il a obtenu un titre de séjour en 2003 après son mariage avec une ressortissant macédonienne au bénéfice d’une autorisation d’établissement avec laquelle il est séparé depuis 2010. De cette union est né un fils, Y._, né le ******** 2006. L'intéressé vit aujourd’hui avec Z._, ressortissante suisse, et le couple a un enfant né le ******** 2011, A._.
Le 9 août 2013, X._ a déposé auprès de la représentation suisse de Pristina une demande d'autorisation d’entrée et de séjour en faveur de son fils B._, né le ******** 2001 à titre de regroupement familial. Cet enfant est né d’une brève liaison entre X._ et C._. Le père a reconnu sa paternité le 12 avril 2008.
B.
Par courrier du 4 novembre 2013, le Service de la population, Division étrangers (ci-après: SPOP), a rendu un préavis négatif à la demande précitée arguant qu'elle était tardive et qu'il n'existait aucune raison personnelle majeure qui justifierait l'octroi de l'autorisation sollicitée. Un délai au 3 décembre 2013 a été imparti à l'intéressé pour faire part de ses remarques et objections.
Le 25 novembre 2013, X._ a en premier lieu exposé avoir entamé des démarches auprès de la représentation suisse au Kosovo dès le 14 novembre 2012. Il a notamment produit un courriel daté du 16 juillet 2013 et émanant du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) dont le contenu est le suivant :
" Votre fils s'est présenté le 14 novembre 2012 à 9h13 pour déposer sa demande de visa. Le procès-verbal de reconnaissance en paternité (original ou copie certifiée conforme) manquait alors pour le dépôt de sa demande de regroupement familial. Notre Ambassade l'a invité à compléter son dossier de demande et à se représenter avec tous les documents nécessaires (y compris le procès-verbal de reconnaissance en paternité manquant), ce qu'il n'a pas fait.
Le 12 juillet 2013, il se présente à nouveau auprès de notre Ambassade accompagné de sa mère sans toutefois pouvoir présenter l'original ou une copie certifiée conforme du procès-verbal de reconnaissance en paternité. Ce document reste absolument nécessaire pour sa demande de regroupement familial. Comme l'original de l'acte aurait été égaré (selon les informations fournies par la mère de votre fils), la mère a été rendue attentive au fait qu'elle pouvait se procurer une
copie certifiée conforme du procès-verbal de reconnaissance en paternité auprès des autorités judiciaires compétentes
, qu'en règle général, l'obtention d'un tel document prendrait quelques heures ( une simple photocopie du document n'est pas suffisante) et qu'elle pouvait ensuite se représenter avec le dossier complet de demande de B._ accompagné de tous les documents nécessaires (y compris, le procès-verbal de reconnaissance en paternité manquant).
Nous vous informons que les dossiers incomplets de demande de visa ne sont pas acceptés et qu'à ce jour, aucune demande de visa pour un regroupement familial n'a été déposée par votre fils auprès de notre Ambassade à Pristina. C'est pourquoi nous invitons votre fils à rapidement déposer sa demande de regroupement familial accompagné de tous les documents requis comme indiqués dans la feuille d'information annexée afin que notre Ambassade puisse transmettre le dossier complet à l'Office fédéral des migrations ODM, compétent pour la décision concernant les demandes d'entrée en Suisse en vue d'un regroupement familial."
Il fait ainsi valoir que la date utile pour apprécier l’éventuelle tardiveté de la demande était au plus tard le 14 novembre 2012, et que cette demande n’avait pu être traitée notamment en raison des renseignements parfois contradictoires donnés à son fils B._ et aux personnes qui l’accompagnaient dans ses démarches.
Il exposait également que son fils avait été abandonné par sa mère dès sa naissance et avait été pris en charge par ses grands-parents paternels qui n’étaient plus en mesure de s’en occuper en raison de l’âge et de la détérioration de leur santé.
Le 16 janvier 2014, le SPOP a décidé de refuser l'autorisation d’entrée, respectivement de séjour en faveur de B._ considérant que la demande était tardive et qu’au surplus les motifs avancés ne constituaient pas une raison personnelle majeure au sens de la loi.
C.
Par acte du 17 février 2014, X._ (ci-après: le recourant) a recouru à l'encontre de la décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal. Il conclut à l'annulation de la décision attaquée et à l'octroi de l'autorisation d’entrée et de séjour à titre de regroupement familial en faveur de son fils B._. A la requête de l’autorité intimée, il a produit divers documents et complété son écriture le 31 mars 2004.
D.
Le 11 avril 2014, le SPOP a conclu au rejet du recours, en exposant qu’il n’existait pas de raisons familiales majeures qui justifiaient l’octroi d’un titre de séjour. Le 24 avril 2014, le recourant a confirmé ses conclusions.
E.
Le tribunal a statué par voie de circulation

Considérant en droit
1.
a) Aux termes de l'art. 42 LEtr qui régit le regroupement familial des membres étrangers de la famille d’un ressortissant suisse, le conjoint de ce dernier ainsi que ses enfants célibataires étrangers de moins de 18 ans ont droit à l'octroi d'une autorisation de séjour et à la prolongation de sa durée de validité, à condition de vivre en ménage commun avec lui (al. 1). En vertu de l'art. 47 al. 1 LEtr, ce regroupement doit être demandé dans les cinq ans, mais ce délai est réduit à douze mois pour les enfants de plus de douze ans. Selon l'art. 47 al. 3 let. a LEtr, les délais commencent à courir, pour les membres de la famille des ressortissants suisses, au moment de leur entrée en Suisse ou de l'établissement du lien familial. Selon les dispositions transitoires de l'art. 126 al. 3 LEtr, les délais prévus à l'art. 47 al. 1 LEtr commencent à courir à l'entrée en vigueur de la loi sur les étrangers, soit le 1
er
janvier 2008, dans la mesure où l'entrée en Suisse ou l'établissement du lien familial sont antérieurs à cette date.
Selon la jurisprudence, le moment déterminant du point de vue de l'âge comme condition du droit au regroupement familial en faveur d'un enfant correspond à celui du dépôt de la demande (ATF 136 II 497 consid. 3.4 et 3.7; cf. également ch. 6.9.1 p. 244 des directives "Domaine des étrangers" édictées par l'Office fédéral des migrations, état au 25 octobre 2013).
b) L’enfant B._ étant né le ******** 2001, la date à laquelle le délai imparti pour demander un regroupement a échu le 1
er
janvier 2013. Il n’est pas contesté que la demande formelle a été déposée le 9 août 2013, soit tardivement.
Le recourant soutient néanmoins qu’il faut considérer que les premières démarches utiles ont été effectuées en novembre 2012. A cet égard, il ressort du dossier, et en particulier de la correspondance électronique du DFAE datée du16 juillet 2013 que l’enfant « s’est présenté le 14 novembre 2012 à 9h13 pour déposer sa demande de visa ». Il lui manquait alors en particulier le procès-verbal de reconnaissance de paternité.
Il est ainsi établi qu’un acte qui a été reconnu comme une demande de visa formelle a été effectuée par l’intéressé auprès de la représentation suisse compétente. Peu importe à cet égard que cette demande ait été incomplète, s’agissant d’apprécier uniquement le respect d’un délai de forclusion (cf. par exemple la situation de fait qui prévalait dans le cas tranché le 4 novembre 2011 par le Tribunal fédéral dans la cause 2C_553/2011, où la demande incomplète présentée par la requérante avait néanmoins été considérée comme respectant le délai de l’art. 47 LEtr).
Dès lors, l’autorité intimée ne pouvait, en se fondant uniquement sur la tardiveté de la requête ou l’absence de raisons familiales majeures, rejeter la demande de regroupement familial. Elle doit ainsi examiner la requête, déposée dans les délais légaux, à l’aune de l’art. 44 LEtr. Dans la mesure où il n’appartient pas à l’autorité de céans de procéder à un tel examen, le dossier sera renvoyé au SPOP afin qu’il complète l’instruction et rende une nouvelle décision.
2.
Il résulte de ce qui précède que le recours doit être admis partiellement et la décision attaquée annulée, la cause étant renvoyée à l’autorité intimée pour complément d’instruction et nouvelle instruction dans le sens des considérants. Compte tenu de l'issue du litige, le présent arrêt est rendu sans frais et le recourant qui obtient gain de cause a droit à l'allocation de dépens, dont le montant sera arrêté à 1'000 fr. à la charge de l'autorité intimée (art. 49, 52, 55, 91 et 99 LPA-VD).