Decision ID: 655e870b-aace-4119-b273-7ca11dc051d0
Year: 2007
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
A._, née le 2.********, est domiciliée à 1.********, dans une maison acquise en 1998 pour le prix de 270'000 fr. L'acquisition de ce bien immobilier, estimé fiscalement à 235'000 fr., a apparemment été financée en partie par un ami envers lequel l'intéressée avait, selon les chiffres qu'elle a fourni, une dette se montant à 208'921 fr. 42 au mois de mai 2007 (194'814 fr. selon la décision de taxation 2004 figurant au dossier).
B.
A._ a obtenu, au mois novembre 2000, apparemment en relation avec un projet d'activité indépendante, un crédit en compte-courant de la 10.******** avec une limite de 70'000 fr, augmentée à 170'000 fr au mois de janvier 2003. Ce crédit est garanti par une cédule hypothécaire au porteur de même montant grevant l'immeuble dont elle est propriétaire. En date du 9 mai 2007, sa dette envers la 10.******** se montait à 146'607 fr. 70.
C.
Par décision du 31 janvier 2005, le Centre social intercommunal de Vevey (ci après: le CSI) a refusé la demande d'aide sociale formulée par A._ au motif qu'elle était propriétaire de son logement et disposait d'un disponible de 45'893.70 sur le crédit en compte-courant de la 10.********
D.
Par décision du 7 novembre 2006, le CSI a refusé toute prestation au titre du revenu d'insertion (ci-après : RI) à A._. Cette décision était motivée par le refus de A._ de communiquer tous les éléments nécessaires à l'instruction de sa demande et par le fait que les informations disponibles laissaient apparaître que sa situation n'avait pas ou peu évolué depuis le refus d'aide sociale notifié le 31 janvier 2005.
E.
A._ a recouru contre cette décision auprès du Service de prévoyance et d'aide sociales (ci après: le SPAS) le 7 décembre 2006. Dans une décision du 23 janvier 2007, le SPAS a rejeté le recours et confirmé la décision du CSI du 7 novembre 2006. Cette décision relève que, selon le document "Déclaration de fortune" signé le 14 octobre 2006 par la recourante, celle-ci serait titulaire de deux comptes de chèques postaux et d'un compte épargne à la 11.******** au sujet desquels le CSI aurait requis des informations, apparemment sans succès. La décision mentionne en outre que, compte tenu de l'hypothèque grevant son immeuble, la recourante dispose d'une fortune supérieure aux normes, à laquelle il convient d'ajouter la limite de crédit dont elle dispose.
F.
A._ s'est pourvue contre cette décision auprès du Tribunal administratif le 22 février 2007 en produisant différentes pièce, comprenant notamment des extraits de ses comptes de chèques postaux et de son compte épargne différentes, ainsi que des pièces relatives à sa situation familiale, à ses problèmes de santé et à la procédure qu'elle a ouverte en vue d'obtenir une rente de l'assurance invalidité. Dans son recours, elle mentionnait notamment avoir bénéficié d'un soutien financier ponctuel après la décision de refus d'aide sociale du 31 janvier 2005 en indiquant que ce soutien ne pouvait pas durer indéfiniment. A titre de mesure provisionnelle, elle requérait implicitement le versement du revenu d'insertion durant la procédure de recours.
G.
Par décision incidente du 26 mars 2007, le juge instructeur a rejeté cette requête. Cette décision relève le manque de collaboration de la recourante pour établir sa situation financière, notamment en ce qui concerne la situation de son père et l'aide qu'il pourrait lui fournir, ainsi qu'en ce qui concerne l'avancement de sa demande de rente invalidité. Le juge instructeur relève en outre le refus de la recourante de faire inscrire un gage immobilier en faveur du SPAS sur le logement dont elle est propriétaire ainsi que, de manière générale, son refus de collaborer en vue de sa réintégration sociale.
H.
A._ a déposé un recours incident contre cette décision le 9 avril 2007 en produisant différentes pièces relatives à sa situation familiale, à ses problèmes de santé, à la procédure ouverte en vue d'obtenir une rente de l'assurance invalidité et à l'état de ses dettes. Dans des déterminations du 2 mai 2007, le SPAS s'en est remis à justice. Le juge intimé a renoncé à se déterminer sur le recours incident.

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai prévu à l'art. 51 al. 1 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA; RSV 173.36), le recours est au surplus recevable en la forme, de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2.
Aux termes de l'art. 46 LJPA, d'office ou à la demande d'une partie, le magistrat instructeur ordonne les mesures provisionnelles nécessaires au maintien de l'état de fait ou à la sauvegarde des intérêts litigieux. Les mesures provisionnelles ne doivent en principe pas tendre à créer une situation de fait ou de droit nouvelle, ni anticiper sur le jugement définitif en admettant ou en rejetant provisoirement les conclusions du recours au fond, sauf circonstances exceptionnelles, lorsque la protection des droits ne peut être réalisée autrement (arrêts TA RE.2004.0026 du 6 août 2004; RE.2004.0010 du 26 mai 2004; RE.1991.0020 du 28 février 1992). C'est dans le cadre d'une pesée des intérêts en présence, en tenant compte de l'ensemble des circonstances, qu'il convient de déterminer si le refus de la mesure provisionnelle est de nature à compromettre les droits de la partie qui la requiert et à lui causer ainsi un préjudice irréparable (arrêts RE.2005.0032 du 24 octobre 2005; RE.2001.0031 du 28 décembre 2001). Le sort de la requête dépendra avant tout de la vraisemblance et de l'importance du préjudice que les mesures provisionnelles sont destinées à éviter, ainsi que de la conformité de ces mesures au principe de la proportionnalité (dans ce sens, Isabelle Häner, Vorsorgliche Massnahmen Verwaltungsverfahren und im Verwaltungsprozess, RDS 1997, p. 322ss, spéc. ch. 92, p. 324).
Il résulte par ailleurs de la jurisprudence constante de la chambre des recours du Tribunal administratif que le pouvoir d'examen de cette dernière est limité à la légalité (cf. art. 36 let. a et c LJPA, cette dernière lettre a contrario), y compris l'excès ou l'abus du pouvoir d'appréciation (arrêt RE.2005.0003 du 24 mars 2005); elle ne statue pas en opportunité, faute de dispositions spéciales le prévoyant (cf. RE.1999.0028 du 27 septembre 1999).
3.
L'art. 12 de la Constitution fédérale (Cst), prévoit, sous la note marginale "
droit d'obtenir de l'aide dans des situations de détresse
" que "
quiconque est dans une situation de détresse et n'est pas en mesure de subvenir à son entretien a le droit d'être aidé et assisté et de recevoir les moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine."
Cette règle pose le principe du droit à des conditions minimales d'existence pour toute personne qui n'est pas en mesure de subvenir à ses besoins et fonde une prétention justiciable à des prestations positives de la part de l'Etat (ATF 122 II 193; Auer, Malinverni, Hottelier, Droit constitutionnel suisse, vol. 2 p. 685 ss). La Constitution fédérale ne garantit toutefois que le principe du droit à des conditions minimales d'existence; il appartient ainsi au législateur, qu'il soit fédéral, cantonal ou communal, d'adopter des règles en matière de sécurité sociale qui ne descendent pas en dessous du seuil minimum découlant de l'art. 12 Cst mais qui peuvent, cas échéant, aller au-delà.
Dans le canton de Vaud, l'art. 12 Cst est notamment mis en œuvre par les art. 27 et 34 de la loi du 2 décembre 2003 sur l'action sociale vaudoise (LASV; RSV 850.01) qui prévoient un revenu d'insertion (RI) comprenant une prestation financière accordée à toute personne qui se trouve dépourvue des moyens nécessaires pour satisfaire les besoins vitaux et d'autres besoins personnels spécifiques importants. Selon l'art. 3 LASV, cette aide financière est subsidiaire à l'entretien prodigué par la famille à ses membres, aux prestations des assurances sociales et aux autres prestations sociales, fédérales, cantonales, communales ou privées. Selon l'art. 38 al. 1 LASV, la personne qui sollicite une aide est tenue de fournir des renseignements complets sur sa situation personnelle et financière et d'autoriser l'autorité compétente à prendre des informations à son sujet.
4. En l'occurrence, le revenu d'insertion a été refusé à la recourante essentiellement au motif que cette dernière n'avait pas fourni les éléments nécessaires à l'instruction de sa demande (cf. décision du CSI du 7 novembre 2006). Dans sa décision sur recours du 23 janvier 2007, le SPAS relève que la recourante dispose, avec l'immeuble dont elle est propriétaire, d'une fortune supérieure à la limite de 4'000 fr. prévue pour une personne seule (art. 32 LASV ET 18 et 19 du règlement du 18 octobre 2005 d'application de la LASV - RLASV; RSV 850.01-) et qu'elle dispose également d'une ligne de crédit en compte-courant et n'est par conséquent pas sans ressources. Dans la décision dont est recours, le juge intimé a pour sa part considéré que le besoin d'une aide d'urgence n'était pas établi compte tenu du fait que la recourante pouvait a priori être aidée par son père. Il met également en exergue le fait qu'elle est propriétaire d'un logement et qu'elle a refusé de faire inscrire un gage immobilier sur ce dernier en faveur du SPAS. Le juge intimé relève par ailleurs le manque de collaboration de la recourante pour fournir des informations sur sa situation, notamment en ce qui concerne sa demande d'AI.
Avec son recours incident, la recourante a produit des pièces démontrant que sa demande d'AI n'a pas encore abouti (cf. courrier de l'Office AI du 20 novembre 2006 l'informant que son dossier allait être soumis au Service médical régional), ainsi que des documents dont il ressort qu'elle se trouve dans une situation conflictuelle avec son père (notamment le procès-verbal d'une séance devant le Juge de Paix des districts de Vevey, de Lavaux et d'Oron mentionnant qu'il ne fait aucun doute que le contexte familial est tendu). Dans ces circonstances, on constate que la recourante ne dispose actuellement d'aucun revenu et qu'elle ne semble pas être en mesure d'obtenir une aide de son père, en tous les cas à bref délai. Le CSI et le SPAS ne sauraient au surplus être suivis lorsqu'ils prétendent que le principe de subsidiarité de l'art. 3 LPAS implique qu'elle devrait continuer à emprunter sur la ligne de crédit octroyée par la 10.******** pour subvenir à ses besoins.
Il résulte de ce qui précède que, prima facie, la recourante, sauf à continuer à s'endetter, n'est pas actuellement en mesure de se procurer les ressources nécessaires pour mener une existence conforme à la dignité humaine au sens de l'art. 12 Cst. Le refus de lui verser la prestation financière liée au RI durant la procédure porte par conséquent atteinte au "noyau intangible" du droit garanti par l'art. 12 Cst, ce qui est susceptible de lui causer un préjudice irréparable. Le recours doit dès lors être admis, sans frais ni dépens puisque la recourante n'a pas agi par l'intermédiaire d'un mandataire professionnel.