Decision ID: 6b274001-cdbd-4abe-a107-efa231b7d085
Year: 2015
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Le 1er avril 2014, B., représenté par Me A., a demandé la révision d'un
jugement de la Cour de justice de la République et canton de Genève (ci-
après: la chambre pénale). Il a sollicité le bénéfice de l'assistance judiciaire
(dossier de la chambre pénale, act. 1).
B. Par jugement du 29 décembre 2014, la chambre pénale a rejeté la demande
et alloué à Me A. CHF 6'272.80 au titre d'indemnité du défenseur d'office
(act. 1.3).
C. Par mémoire du 23 janvier 2015, Me A. a formé un recours contre ce
jugement, dont il a demandé l'annulation en tant qu'il concerne le montant
de l'indemnité accordée. Il a conclu à l'octroi de CHF 12'543.30 (act. 1).
D. Dans sa réponse, du 5 février 2015, la chambre pénale conclut au rejet du
recours (act. 3).
E. Par réplique du 19 février 2015, le recourant persiste dans ses conclusions
(act. 5).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1. L'art. 135 al. 3 let. b CPP en lien avec les art. 37 al. 1 de la loi fédérale du
19 mars 2010 sur l'organisation des autorités pénales de la Confédération
(LOAP; RS 173.71) et 19 al. 1 du règlement sur l'organisation du Tribunal
pénal fédéral (ROTPF; RS 173.713.161) ouvre la voie de droit devant la Cour
de céans contre la décision de l'autorité de recours ou de la juridiction d'appel
du canton fixant l'indemnité du défenseur d'office.
2. Défenseur d'office au cours de l'instance précédent, le recourant a qualité
pour recourir contre le jugement entrepris en vertu de la disposition du CPP
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précitée.
3. Le délai pour déposer le recours n'étant pas précisé par l'art. 135 CPP, c'est
celui ordinaire de 10 jours dès la notification de la décision (art. 396 al. 1 et
384 CPP) qui s'applique (HARARI/ALIBERTI, Commentaire romand, n° 33 ad
art. 135 CPP). Déposé le 23 janvier 2015 contre un acte notifié au plus tôt le
13 janvier précédent (act. 13, p. 1), le recours a été formé en temps utile.
4.
4.1 Le recourant a présenté à la chambre pénale une note de frais faisant état
de 46 heures et 30 minutes au titre de l'activité déployée devant elle.
4.2 L'instance précédente a ramené ce chiffre à 21 heures et 30 minutes. Elle a
notamment réduit le temps relatif à la rédaction de différents actes (une
heure, à la place de trois heures et 30 minutes, s'agissant d'observations
déposées le 19 mai 2014 [dossier de la chambre pénale, act. 28]; dix heures,
au lieu de vingt, pour un mémoire du 19 septembre 2014 [dossier de la
chambre pénale, act. 53 bis]; une heure, plutôt qu'une heure et 30 minutes,
pour une réplique du 13 novembre 2014 [dossier de la chambre pénale,
act. 65]), ainsi qu'à des entretiens avec B. (une heure et trente minutes au
lieu de 9 heures).
4.3 Invoquant une violation de l'art. 135 CPP, le recourant conteste l'ensemble
de ces déductions.
5.
5.1 L'avocat d'office a droit au remboursement intégral de ses débours, ainsi
qu'à une indemnité s'apparentant aux honoraires perçus par le mandataire
plaidant aux frais de son client (ATF 121 I 1 consid. 3a et références citées).
Selon la jurisprudence constante du Tribunal fédéral, l'autorité, pour
déterminer la quotité de l'indemnité de l'avocat d'office, doit tenir compte de
la nature et de l'importance de la cause, des difficultés particulières que celle-
ci peut présenter en fait et en droit, du temps que l'avocat lui a consacré, de
la qualité de son travail, du nombre des conférences, audiences et instances
auxquelles il a pris part, du résultat obtenu et de la responsabilité qu'il a
assumée (arrêt du Tribunal fédéral 6B_810/2010 du 25 mai 2011, consid. 2;
ATF 121 I 1 consid. 3a et références citées).
5.2 Le critère décisif pour fixer la rémunération de l'avocat d'office est le nombre
d'heures nécessaires pour assurer la défense d'office de son client (arrêt du
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Tribunal fédéral 2C_509/2007 du 19 novembre 2007, consid. 4).
5.3 Le temps consacré à la procédure ne doit être pris en considération que dans
la mesure où il apparaît raisonnablement nécessaire à l’accomplissement de
son mandat par un avocat expérimenté. En outre, seules sont prises en
considération les opérations directement liées à la procédure pénale,
l'avocat devant ainsi veiller au respect du principe de la proportionnalité
(HAUSER/SCHWERI/HARTMANN, Schweizerisches Strafprozessrecht, 6e éd.,
Bâle 2005, n° 5 ad § 109). On exige de sa part qu’il soit expéditif et efficace
dans son travail et qu’il concentre son attention sur les points essentiels. Des
démarches superflues ou excessives n'ont pas à être indemnisées
(VALTICOS, Commentaire romand, Loi fédérale sur la libre circulation des
avocats, Bâle 2010, n° 257 ad art. 12). Dans le même temps, le défenseur
se doit d’examiner toute opération qui pourrait être utile à son client. Partant,
le reproche d’avoir entrepris des démarches superflues doit être fait avec
retenue. Aussi, l’avocat bénéficie-t-il d’une certaine marge d’appréciation
pour arrêter ses honoraires. Une intervention du juge ne se justifie que s’il
existe une disproportion entre la valeur des services rendus et la
rémunération (FELLMANN, Berner Kommentar, 1992, n° 426 ad art. 394 CO;
v. également la décision du Tribunal pénal fédéral BB.2013.70 du
10 septembre 2013, consid. 3).
6. L'autorité qui fixe l'indemnité du défenseur d'office pour la procédure menée
devant elle est la mieux à même d'évaluer l'adéquation entre les activités
déployées par l'avocat et celles qui sont justifiées par l'accomplissement de
sa tâche. Un large pouvoir d'appréciation doit ainsi lui être concédé, même
si la Cour de céans dispose d'un plein pouvoir de cognition (arrêt du Tribunal
fédéral 6B_108/2010 du 22 février 2011, consid. 9.1.3; décisions du Tribunal
pénal fédéral BB.2014.98 du 9 octobre 2014, consid. 3.1; BB.2012.184 +
BB.2012.187 du 15 mars 2013, consid. 4.4 et BK.2011.18 du 27 février 2012,
consid 2.2 et références citées; BOHNET/MARTENET, Droit de la profession
d’avocat, Berne 2009, n° 1756; sur le pouvoir d'examen de la Cour des
plaintes du Tribunal pénal fédéral, cf. décision du Tribunal pénal fédéral
BK.2011.24 du 18 janvier 2012, consid. 2 et les références citées). Même si
la Cour de céans dispose en l'espèce d'un plein pouvoir de cognition
(cf. art. 393 al. CPP) et examine donc librement la décision de l'instance
inférieure, elle ne le fait qu'avec retenue lorsque l'indemnité d'un avocat
d'office est litigieuse (décision du Tribunal pénal fédéral BB.2014.1 du
11 avril 2014, consid. 3.5). Dans les cas où le temps de travail facturé par
l'avocat est considéré comme exagéré et réduit en conséquence, la Cour
des plaintes n'intervient que lorsque n'ont pas été rétribués des services qui
font partie des obligations d'un avocat d'office ou quand l'indemnisation ne
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se trouve pas dans un rapport raisonnable avec les services fournis par
l'avocat (arrêt du Tribunal pénal fédéral BB.2013.131 du 21 juillet 2014,
consid. 2.3; voir déjà les arrêts 6B_120/2010 du 22 février 2011, consid. 3.3,
et 6B_136/2009 du 12 mai 2009, consid. 2.2, rendus par le Tribunal fédéral
dans le cadre de procédures fédérales menées en application de l'aPPF; le
Tribunal fédéral fait même preuve d'une plus grande retenue dans l'arrêt
6B_951/2013 du 27 mars 2014, consid. 4.2).
7.
7.1 On relèvera à titre préliminaire que les différentes écritures litigieuses sont
composées d'allégués comprenant pour l'écrasante majorité d'entre eux
deux à quatre lignes. Privilégier une telle présentation du texte – que
n'imposait pas la nature de l'affaire – par rapport à une mise en forme plus
compacte revient à en augmenter sensiblement le nombre de pages. Dans
ces conditions, la longueur des observations du 19 mai 2014 (six pages),
respectivement du mémoire du 19 septembre suivant (23 pages), ne saurait
quoi qu'en pense le recourant constituer en soi un critère pertinent pour
remettre en question les déductions retenues par les premiers juges.
Les observations du 19 mai 2014 sont composées d'une partie "en fait" ne
comportant en substance que trois points, traités de manière
particulièrement succincte, d'une brève partie "en droit", dépourvue de toute
référence jurisprudentielle ou doctrinale, ainsi que de conclusions – qui
occupent à elles seules quasiment la moitié du texte – inspirées dans une
large mesure par celles prises dans la demande de révision du 1er avril 2014.
Dès lors, il ne s'agit pas "d'un travail fouillé, consciencieux, méticuleux et en
tous points nouveau" (act. 1, p. 9), et on ne saurait reprocher à l'instance
précédente d'avoir retenu une heure au titre du temps nécessaire pour
rédiger ce document.
Au moment où le recourant a rédigé le mémoire du 19 septembre 2014 (qu'il
qualifie de "final" [act. 1, p. 10]), il disposait forcément d'une bonne
connaissance de la cause. Ainsi, le seul argument concret développé par
l'intéressé pour contester sur ce point le jugement entrepris, à savoir la
prétendue nécessité de procéder à une relecture du dossier "complète et
attentive" (ibidem), respectivement "complète et minutieuse" (ibidem) pour
établir cette écriture, tombe à faux. Par ailleurs, il n'était pas indispensable
de consacrer sept pages à ce que le recourant qualifie lui-même de "rappels"
(de "la procédure" et de "la motivation du verdict de culpabilité" [act. 1, p. 4
à 11]). Enfin, des extraits de pièces versées au dossier, respectivement
d'une disposition du CPP, constituent à eux seuls un cinquième environ du
texte de l'acte en question. Il n'apparaît donc pas qu'un avocat expérimenté,
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expéditif et efficace dans son travail, aurait dû consacrer plus de dix heures
à l'élaboration de celui-ci.
Dans la réplique du 13 novembre 2014 – qui en dépit de la mise en forme
décrite ci-dessus ne comporte que deux pages et demie –, le recourant s'est
contenté d'affirmer, en se référant laconiquement à quelques pièces du
dossier et à la chronologie de certains faits, que les propos tenus par la
victime des actes imputés à son client étaient dénués de toute crédibilité.
Les premiers juges n'ont donc pas dépassé leur large pouvoir d'appréciation
en limitant à une heure le temps devant être indemnisé pour la rédaction de
cet acte, même si ladite opération impliquait la lecture du mémoire de
réponse de la partie plaignante – étant précisé qu'un examen des 28 pièces
assortissant ce dernier document n'était pas indispensable, contrairement à
ce que semble penser le recourant.
7.2 L'argumentation développée par le recourant n'est pas mieux fondée en tant
qu'elle concerne le temps consacré à des entretiens avec B. L'intéressé
n'expose pas en quoi les éléments dont la découverte a motivé la demande
de révision, respectivement le déroulement de la procédure qui s'en est
suivie, auraient nécessité de longues discussions avec son client et on ne
voit pas que tel aurait été le cas. Le recourant – qui avait représenté B.
devant la justice genevoise, en première et en deuxième instance – pouvait
effectivement se faire une idée précise des divers éléments pertinents et il
devait, dans le cadre de son mandat de défenseur d'office, aborder avec son
client les seuls points sur lesquels subsistaient d'éventuelles zones d'ombre
que des conférences avec celui-ci étaient susceptibles d'éclairer. Dans ces
conditions, la réduction opérée par les premiers juges est appropriée, étant
précisé que l'avocat d'office ne saurait être rétribué pour des activités qui
consistent en un soutien moral (arrêt du Tribunal fédéral 5P.462/2002 du
30 janvier 2003, consid. 2.3 in fine et références citées).
8. Compte tenu de ce qui précède, le recours est mal fondé.
9. Selon l'art. 428 al. 1 CPP, les frais de la procédure de recours sont mis à la
charge des parties dans la mesure où elles obtiennent gain de cause ou
succombent. Le recourant supportera ainsi les frais de la présente décision
qui se limitent en l'espèce à un émolument fixé conformément à l'art. 8 du
règlement du Tribunal pénal fédéral sur les frais, émoluments, dépens et
indemnités de la procédure pénale fédérale (RFPPF; RS 173.713.612) à
CHF 1'500.--.
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