Decision ID: c4c7308d-3792-4743-b789-35848567d2eb
Year: 2005
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. B. X._, née en 1987, a entrepris en août 2003 un apprentissage d’horticultrice auprès de l’entreprise C._ SA, à 2******** ; elle devrait obtenir son CFC en 2006. Dans le cadre de cet apprentissage, elle suit les cours du Centre d’enseignement professionnel de Morges (CEPM).
B. Le 3 janvier 2005, B. X._ a déposé une demande en vue de l’octroi, par l’Office cantonal des bourses d’études et d’apprentissage (ci-après : OCBEA), d’une bourse pour sa deuxième année d’apprentissage, qu’elle a débutée le 2 août 2004. De sa demande, on retire qu’elle vit au domicile parental, à 1********, avec ses deux soeurs D. X._, née en 1985, et E. X._, née en 1992. Elle réalise un salaire d’apprentie de 644 fr.50, net, par mois, tandis que sa sœur aînée D. X._ retire, pour sa part, un revenu de 1'000 francs brut par mois de sa place d’apprentissage. On relève que, par décision du 15 octobre 2003, elle avait obtenu de l’OCBEA une bourse de 4'350 francs pour la première année d’apprentissage (2003-2004) ; cette décision était alors fondée sur un revenu familial de 33'340 francs et une fortune de 50'000 francs, montant auquel s’ajoutait 2'420 francs de gain annuel d’apprentissage.
B. X._ a joint à sa demande une copie de la décision de taxation définitive de ses parents, A. X._et F. X._-Y._, dont il ressort que, durant l’année 2003, le revenu imposable de ces derniers s’établit de la façon suivante :
Epoux Epouse Revenu de l’activité principale salariée 66'086.-- Revenu de l’activité accessoire salariée 5’029.-- Allocations non versées par l’employeur 8'650.-- Frais de transport - 2'452.-- Frais de repas ou séjour hors du domicile - 3'000.- Autres frais professionnels - 2'242.-- Frais pour activité accessoire salariée - 1'006.-- Total revenus de l’activité 67'042.-- 4'023.-- Déduction pour double activité des conjoints - 1'600.-- Primes d’assurance-maladie, accidents et s/la vie - 7'400.-- Cotisations à la prévoyance individuelle liée (3ème pilier A) - 5'797.-- Autres cotisations contractuelles des salariés - 921.-- Total contribuable seul 52'924.-- 2'423.-- Cumul 55'347.-- Valeur locative immeubles privés 16'304.-- Frais d’entretien immeubles privés - 3'261.-- Intérêts et dettes privées -13'500.-- Revenu net couple 54'890.--
En outre, les époux X._ ont déclaré une fortune imposable nette de 121'000 francs.
C. Par décision du 10 février 2005, l’OCBEA a octroyé une bourse de 500 francs à B. X._. A. X._ a déféré en temps utile cette décision au Tribunal administratif ; il nie en substance que le revenu familial ait augmenté depuis la dernière décision d’octroi en force et fait valoir que le montant alloué ne couvrirait pas les frais d’achat des fournitures de sa fille.
L’OCBEA conclut, pour sa part, au rejet du recours et au maintien de la décision attaquée.

Considérant en droit
1. a) Toute personne remplissant les conditions fixées par la loi a droit au soutien financier de l'Etat pour la poursuite d'études ou d'une formation professionnelle. Pour l'essentiel, ces conditions sont de deux ordres : des conditions de nationalité et de domicile d'une part, des conditions financières d'autre part. Les conditions financières reposent sur l'un des principes cardinaux de la LAE), exprimé à son article 2 : "Le soutien de l'Etat est destiné à compléter celui de la famille, au besoin à y suppléer". C'est dire que ce soutien a un caractère subsidiaire. Le législateur a voulu maintenir le principe de la responsabilité de la famille. La nécessité et la mesure du soutien à accorder dépendent donc des moyens financiers dont le requérant et ses père et mère (les parents) disposent pour assumer les frais d'études, de formation et d'entretien du requérant. Toutefois, la capacité financière des personnes autres que les parents qui subviennent à l'entretien du requérant et celle du requérant lui-même sont seules prises en considération dans les cas prévus à l'art. 12 ch. 1 et 2 (art. 14 al. 1 et 2 LAE), soit si d'autres personnes domiciliées dans le canton de Vaud subviennent à l'entretien du requérant (art. 12 ch. 1) ou si, depuis dix-huit mois au moins, le requérant majeur (douze mois si le requérant a 25 ans révolus) est domicilié dans le canton de Vaud et s'y est rendu financièrement indépendant (ch. 2).
b) En l'espèce, B. X._ n’avait pas accédé à la majorité au jour où la demande a été déposée; comme elle n'a pas exercé d'activité lucrative pendant dix-huit mois au moins avant le début de la formation pour laquelle elle demande l'aide de l'Etat, il y a lieu de considérer qu'elle ne s'est pas rendue financièrement indépendante au sens de l'art. 12 ch. 2 LAE. Dans ces circonstances, la nécessité et la mesure du soutien à lui accorder dépendent exclusivement des moyens financiers dont ses parents disposent pour assumer ses frais d'études, de formation et d'entretien, conformément à l'art. 14 al. 1 LAE.
2. a) Selon l'art. 16 LAE entrent en ligne de compte pour l'évaluation de la capacité financière les charges, à savoir les dépenses d'entretien et de logement (ch. 1), les ressources, soit le revenu net admis par la commission d'impôt (ch. 2 lit. a), la fortune, dans la mesure où elle dépasse le but d'une juste prévoyance et si par son mode d'investissement, le capital peut supporter en faveur du requérant des prélèvements qui ne portent pas un préjudice sensible à l'activité économique de la famille (ch. 2 lit. b), et l'aide financière accordée par toute institution publique ou privée (ch. 2 lit. c).
Aux termes de l'art. 18 LAE, « les charges sont calculées selon un barème des charges normales, compte tenu de la composition de la famille et du nombre et de l'âge des enfants. Ce barème, établi et périodiquement adapté par la Commission cantonale des bourses d'études, doit être approuvé par le Conseil d'Etat ». En fait, depuis la modification du règlement d'application de la LAE (RAE) le 10 juillet 1996, les charges normales sont fixées par l'art. 8 al. 2 RAE. Elles "(...)correspondent aux frais mensuels minimum d'une famille pour l'alimentation, le loyer, les services industriels, l'équipement, le ménage, l'habillement, les assurances, le dentiste, les impôts, les loisirs, les divers. Elles s'élèvent à :
Fr. 3'100.- pour deux parents Fr. 2'500.- pour un parent, auxquels s'ajoutent, par enfant à charge Fr. 700.- pour un enfant mineur Fr. 800.- pour un enfant majeur".
Ainsi, les charges retenues pour l'allocation d'une bourse sont préétablies; elles ne varient pas en fonction des dépenses effectives de la famille, ce qui garantit l'égalité de traitement des requérants.
Pour le calcul du coût des études, sont prises en considération toutes les dépenses qu'elles nécessitent, y compris celles qui résultent de la distance entre le domicile et le lieu des études (art. 19 LAE). Les éléments constituant le coût des études sont : (a) les écolages et les diverses taxes scolaires, (b) les fournitures (manuels, instruments, matériel) indispensables à la poursuite normale des études, (c) les vêtements de travail spéciaux, (d) les frais de déplacement du domicile au lieu de travail ou d'études et vice versa, calculés selon le tarif le plus économique ou, le cas échéant, les frais de logement hors de la famille, (e) les frais de repas si la distance entre le domicile et le lieu de travail ou d'études ou les exigences des horaires le justifient. Les frais mentionnés à la lettre (a) sont comptés dans le coût des études selon les tarifs des établissements de formation. Les frais mentionnés aux lettres (b) à (e) font l'objet d'un forfait selon le barème et les directives pour l'attribution des bourses d'études approuvées par le Conseil d'Etat le 4 mars 1998 (ci-après : barème). Ils sont comptés pour onze mois pour les apprentissages et dix mois pour les gymnases, écoles assimilées et autres écoles (art. 12 RAE).
Le soutien de l'Etat est accordé quand les charges, augmentées du coût des études du requérant, excèdent le revenu (art. 20 LAE).
Sans doute la loi présente-t-elle dans la définition des conditions financières donnant droit à la bourse un certain schématisme. Aussi regrettable qu'il puisse paraître du point de vue du droit désirable, ce schématisme a cependant été clairement voulu par le législateur; le tribunal de céans ne peut que s'y conformer.
b) En l'occurrence, le litige a, pour l'essentiel, trait ici au revenu annuel imposable de la famille X._.
aa) Le revenu familial déterminant (capacité financière) est constitué, en règle générale, du chiffre 20 (moyenne des revenus nets des deux années précédentes) de la dernière déclaration d'impôt admis par la commission d'impôt (art. 10 al. 1 RAE). Cette référence au revenu fiscal résultant de la dernière taxation offre à l'administration l'avantage de la simplicité : les commissions d'impôt renseignent directement l'office sur la taxation fiscale et les éléments constitutifs de la fortune nette (art. 10 al. 3 RAE), ce qui évite à ce dernier de devoir procéder à ses propres investigations. En contrepartie, ce système présente un certain schématisme, dans la mesure où les revenus pris en considération ne correspondent pas nécessairement aux ressources dont dispose effectivement la famille du requérant au moment où elle doit faire face aux frais d'études. C'est pourquoi l'art. 10b RAE prévoit que, lorsque la situation financière de la famille s'est modifiée depuis la dernière taxation fiscale, l'office procède à une évaluation du revenu déterminant.
bb) Dans le cas d'espèce, l'autorité intimée s'est fondée à juste titre sur la taxation 2003 postnumerando des époux X._. Cette décision cerne au plus près la situation de la famille, puisqu'elle a trait à l'année précédant celle durant laquelle l'octroi de l’aide est requis. Or, il appert en premier lieu que la situation de la famille X._ s’est, par rapport à la période de taxation précédente (2001-2002bis) améliorée, puisqu'il en ressort que son revenu annuel imposable net est passé de 33'340 à 54’890 francs. Sans s’en expliquer toutefois, l’autorité intimée a pris en considération un revenu de 63'950 francs ; elle a repris au demeurant du revenu net imposable les déductions ayant trait au 3ème pilier A (5'797 francs) et aux frais d’entretien d’immeubles privés (3'261 francs). Aucun élément ne permet toutefois de s'écarter du contenu de la déclaration 2003 et celle-ci doit permettre de déterminer le revenu familial à prendre en considération in casu (v. sur ce point, arrêt BO 2004.0028 du 1er juillet 2004).
On doit encore tenir compte de la part des salaires de D. X._ et B. X._ dépassant la franchise mensuelle de 500 francs, conformément aux directives adoptées par le Conseil d’Etat dans sa séance du 4 mars 1998, soit 12'202 francs. A cela s’ajoute, conformément à l’art. 10 al. 2 RAE « une part de la fortune des parents, déterminée par un barème du Conseil d'Etat ». Selon le barème actuellement en vigueur, il s’agit de la part de la fortune familiale dépassant le seuil de 80'000 francs pour les parents et 10'000 francs par enfant, soit en l’occurrence 11'000 francs, montant auquel un coefficient de pondération de 5% est applicable ; il y a donc lieu de prendre en considération un montant de 550 francs. La capacité financière de la famille X._ est donc évaluée à 67’640 francs, montant arrondi à 67'600 francs conformément aux directives précitées (chiffre D), soit 5’600 francs par mois.
cc) Ainsi, force est de constater que, contrairement à ce que retient la décision attaquée, le ménage X._ couvre tout juste ses charges mensuelles minimales, arrêtées conformément à l’art. 8 RAE à 5'400 francs par mois. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui alloue une bourse de 500 francs sur la base d’un calcul erroné, ne peut être maintenue. En effet, on voit que l’excédent de revenu dont dispose le ménage X._ est de 200 francs seulement.
La cause sera dès lors retournée à l’autorité intimée afin qu’elle détermine à nouveau la quotité de la bourse due à B. X._, étant précisé que ce montant devra couvrir les frais de formation de cette dernière, et rende une nouvelle décision à cet effet. Son calcul devra en outre tenir compte de l’art. 2 al. 4 RAE, à teneur duquel : « Les demandes déposées en cours de formation sont traitées dès la date du dépôt au prorata des mois d'études encore à effectuer », B. X._, dont la demande a été déposée en janvier 2005 seulement, n’étant pas fondée à invoquer l’effet rétroactif de celle-ci (v. arrêts BO 2003.0027 du 18 août 2003 ; BO 1997.0037 du 22 août 1997).
3. Les considérants qui précèdent conduisent par conséquent le tribunal à admettre le recours et à annuler la décision attaquée. Vu le sort réservé au recours, le présent arrêt sera rendu sans frais