Decision ID: 333e7679-d594-5876-8257-ba4c63f85ff3
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1) Monsieur Alec ROBERT est propriétaire de la parcelle n° 4'879 d'une surface de 449 m
2
, sise au 7, chemin du 1
er
-Août, en zone 4B, dans la commune de Lancy. Cette parcelle abrite une maison d'habitation de 56 m
2
, d'un étage sur rez-de-chaussée, et un atelier de 21 m
2
.
2) Monsieur William HARWOOD est propriétaire de la parcelle n° 4'978 d'une surface de 355 m
2
, située au 16, avenue Eugène-Lance, en zone 4B, dans la même commune. Cette parcelle comporte une maison d'habitation de 97 m
2
.
3) Ces deux parcelles sont adjacentes par leur jardin. Les maisons d'habitation ne se jouxtent donc pas mais font partie d'un même ensemble de bâtiments contigus.
Ces parcelles se trouvent dans un périmètre compris entre l'avenue Eugène-Lance, le chemin du 1
er
-Août et l'avenue des Communes-Réunies. Ce périmètre est situé à environ 150 m au sud de la zone 4B protégée au lieu-dit « Village du Grand-Lancy », créée par la loi n° 10767 du 18 mars 2011 sur la base du plan n° 29'759-543 établi le 7 décembre 2009.
4) Le 12 février 2019, M. ROBERT a déposé auprès du département du territoire (ci-après : le département) deux demandes d'autorisation, l'une visant la démolition des deux bâtiments sis sur sa parcelle (M 8'339) et l'autre la construction d'un immeuble de trois étages sur rez-de-chaussée comportant sept appartements (DD 112'340).
a. Ces deux requêtes ont été publiées dans la Feuille d'avis officielle de la République et canton de Genève (ci-après : FAO) le 26 février 2019.
b. La demande d'autorisation de construire a été refusée le 3 octobre 2019, décision qui n'a pas été contestée.
5) Pendant son instruction, la demande de démolition a recueilli plusieurs préavis favorables, notamment celui de la commune en date du 23 mars 2019.
a. En revanche, après avoir procédé à une visite intérieure des lieux, le 27 mars 2019, requise en raison de la valeur élevée attribuée par le recensement en cours de la commune de Lancy, le service des monuments et des sites (ci-après : SMS) a émis, le 17 juin 2019, un préavis défavorable à ladite demande. En effet, elle concernait un bâtiment patrimonial situé dans un périmètre faisant l'objet d'une modification de zone destinée à créer une zone 4B protégée, sollicitée le 13 juin 2019 par un courrier évoqué ci-après du conseiller d'État en charge du département au maire de la commune.
b. L'association Patrimoine Suisse, Genève (ci-après : Patrimoine Suisse) s'est aussi opposée, le 26 mars 2019, à la demande de démolition au motif qu'elle portait sur une maison-atelier, certes de facture et de gabarit modestes, mais datant probablement de la fin du XIX
ème
siècle ou du début du XX
ème
siècle et s'inscrivant, avec sa dépendance, dans l'alignement d'un mas remontant en tout cas au début du XVIII
ème
siècle et dont le parcellaire n'avait été que peu modifié. Le caractère architectural simple de ce bâtiment avait sans doute contribué à l'absence de toute protection. Il n'était toutefois pas dénué d'intérêt et, au-delà de sa typologie, s'inscrivait pleinement dans le caractère villageois du périmètre, déjà grandement altéré par des démolitions/reconstructions successives. Le faire disparaître au profit d'une architecture moderne, même de qualité, ne pourrait qu'affaiblir un peu plus la forte valeur villageoise du site. Patrimoine Suisse souhaitait une alternative privilégiant la remise en état de la maison-atelier et la conservation du jardin attenant qui créait une respiration et témoignait du tissu villageois ancien. Il proposait aussi d'établir un plan de site comprenant des parcelles situées au passage et chemin du 1
er
-Août, parmi lesquelles celle de M. ROBERT.
6) Le 13 juin 2019, le conseiller d'État en charge du département a proposé au maire de la commune d'étendre la zone 4B protégée, créée par la loi n° 10'767 précitée en mars 2011, à la partie comprise entre la route du Grand-Lancy, l'avenue Eugène-Lance, l'avenue des Communes-Réunies et le chemin du
1
er
-Août.
Lors de l'élaboration de ladite loi, le secteur sud du village du Grand-Lancy avait été initialement inclus dans le plan d'aménagement, avant qu'il n'y soit renoncé essentiellement pour se concentrer sur la partie ouest de la route du Grand-Lancy où plusieurs projets de constructions mettaient potentiellement en péril la cohérence de cette partie du village. Les deux demandes de M. ROBERT avaient suscité de vives réactions de la part des associations de protection du patrimoine, dont deux avaient sollicité la création d'un plan de site. Après consultation de l'office du patrimoine et des sites (ci-après : OPS) et de l'office de l'urbanisme, la mesure la plus appropriée au tissu villageois était la création d'une zone 4B protégée.
7) Le 26 juin 2019, la commune a répondu favorablement à ladite proposition.
8) Par décision du 23 août 2019, le département a refusé la demande de démolition. Le projet n'était pas conforme à l'art. 4 de la loi sur la protection des monuments, de la nature et des sites du 4 juin 1976 (LPMNS -
L 4 05
) dont la let. b protégeait les immeubles et les sites dignes d'intérêt. Le bâtiment en cause avait reçu la valeur « intéressant » lors du recensement architectural de la commune de Lancy. Cette construction s'inscrivait pleinement dans le caractère villageois du périmètre qu'il convenait de préserver, ce qui était corroboré par la volonté du département d'étendre la zone 4B protégée au secteur sud du vieux village du Grand-Lancy comprenant la parcelle concernée par le projet de démolition. Or, celui-ci entraînerait la disparition d'un bâtiment jugé digne d'intérêt ainsi qu'une altération du caractère villageois du périmètre. Le département faisait ainsi sien le préavis défavorable du SMS.
9) Par jugement du 7 mai 2020, le Tribunal administratif de première instance (ci-après : TAPI) a admis la demande de M. HARWOOD du 17 octobre 2019 d'intervenir dans la procédure et rejeté le recours de M. ROBERT du 25 septembre 2019 contre le refus de démolir la maison et l'atelier sis sur sa parcelle.
Sur la base de l'art. 147 al. 2 de la loi sur les constructions et les installations diverses du 14 avril 1988 (LCI -
L 5 05
) et de la jurisprudence relative à la qualité pour recourir, le TAPI a considéré que, s'agissant d'un immeuble susceptible de présenter une valeur patrimoniale particulière, le voisin, dont la parcelle jouxtait celle de M. ROBERT, avait un intérêt économique clair à empêcher la démolition litigieuse, vu l'incidence de la protection patrimoniale sur la valeur vénale de son bien, que ce soit à la hausse (valorisation résultant de cette protection) ou à la baisse (perte dues aux contraintes imposées par cette protection).
Sur le fond, les bâtiments visés par le projet de démolition ne faisaient pas l'objet d'une mesure (en cours ou définitive) de protection prévue par la LPMNS, à savoir une mise à l'inventaire (art. 7 ss LPMNS), un classement (art. 10 ss LPMNS) ou un plan de site (art. 38 ss LPMNS). Le recensement architectural du canton de Genève (ci-après : RAC) n'était mentionné par aucune disposition de la LPMNS ; il s'agissait d'un outil de travail interne à l'administration, dépourvu d'effet concret contrairement aux mesures de protections précitées. La protection du patrimoine pouvait résulter indirectement de l'application d'autres lois, notamment de l'art. 106 al. 1 LCI applicable aux villages protégés ou de l'art. 15 LCI, disposition générale régissant l'esthétique des constructions et applicable à toute zone.
La question de l'intérêt patrimonial de l'immeuble en cause, attesté par le RAC et par une association spécialisée, devait être distinguée de celle de l'existence d'une base légale susceptible de restreindre la garantie de propriété de M. ROBERT. Il ne suffisait pas que l'objet présente un intérêt patrimonial, mais il fallait qu'une mesure de protection fondée sur la loi s'applique à cet objet. Or, tel n'était pas le cas de l'art. 4 LPMNS sur lequel s'appuyait la décision litigieuse. En effet, cette disposition se limitait à définir les catégories d'objets auxquels était susceptible de s'appliquer une mesure de protection au sens de la LPMNS, légitimant ainsi l'éventuelle ouverture d'une procédure en vue d'une mesure protectrice, mais n'instituait pas en elle-même une protection particulière à l'égard d'un objet précis. L'argument, soulevé par le département, relatif à l'art. 35 LMPNS et à l'
ATA/144/2004
du 10 février 2004 concernant un projet de démolition-reconstruction d'une ferme sise à Compesières était aussi écarté. Contrairement à ce cas, il n'existait in casu aucune connexion visuelle entre la parcelle du recourant et la zone 4B protégée située plus au nord, le long de la route du Grand-Lancy. L'art. 35 LPMNS était, pour les objets qu'il énumérait, le pendant de l'art. 4 LPMNS et ne pouvait servir, en l'espèce, de fondement à la décision litigieuse.
Appliquant le droit d'office et n'étant pas tenu par les motifs invoqués par les parties, le TAPI a examiné la question de savoir si la décision litigieuse pouvait être fondée sur une base légale autre, en particulier sur l'art. 13B de la loi d'application de la loi fédérale sur l'aménagement du territoire du 4 juin 1987 (LaLAT -
L 1 30
) soulevé par le recourant, et a estimé que les deux conditions de cette disposition étaient remplies de sorte qu'elle constituait une base légale permettant de refuser la démolition litigieuse. En effet, vu l'échange entre le conseiller d'État en charge du département et la commune de juin 2019, il existait une volonté des autorités compétentes pour adopter un plan d'affectation du sol incluant la parcelle visée par la démolition litigieuse, à savoir l'extension de la zone 4B protégée existante. Or, la démolition envisagée était de nature à compromettre l'objectif poursuivi par l'éventuelle création d'une telle zone, laquelle donnait au département, par le biais de l'art. 106 LCI, un large pouvoir d'appréciation lui permettant cas échéant de refuser un projet de démolition, à tout le moins s'il n'était pas accompagné d'un projet de construction satisfaisant les exigences de la zone, par le mécanisme prévu à l'art. 15 al. 1 et 3 LCI.
Il n'existait en l'espèce pas de projet de construction en état d'être évalué par les autorités compétentes. Autoriser la démolition d'un bâtiment présentant un intérêt patrimonial sans être en mesure d'apprécier celui qui le remplacerait compromettait les objectifs de protection patrimoniale qui s'étendraient à tout le périmètre. Le TAPI a ainsi confirmé la décision litigieuse par substitution de motifs.
10) M. ROBERT a recouru, le 10 juin 2020, auprès de la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative) contre ce jugement qui lui a été notifié le 15 mai 2020, en concluant à son annulation, à l'octroi de la demande d'autorisation de démolir et à l'irrecevabilité de la demande d'intervention de M. HARWOOD.
Ce dernier n'avait pas démontré une atteinte concrète qui résulterait de la démolition litigieuse et qui l'affecterait plus que quiconque. La seule allégation que les deux parcelles en cause, dites « villageoises », formeraient une « unité architecturale » n'était pas suffisante pour lui accorder la qualité pour agir.
Il n'était pas clair si la décision litigieuse reposait sur l'art. 4 LPMNS uniquement ou également sur l'art. 13B LaLAT, le préavis du SMS faisant exclusivement référence à la volonté politique de créer une zone 4B protégée. Le TAPI avait appliqué l'art. 13B LaLAT au présent cas, alors que le département l'avait explicitement exclu. Cette norme, de caractère potestatif, accordait au département la faculté d'intervenir avec un large pouvoir d'appréciation. Le TAPI n'avait pas à se substituer au département pour considérer que la démolition litigieuse était de nature à compromettre l'objectif poursuivi par la création de la zone 4B protégée.
Les conditions de l'art. 13B LaLAT n'étaient en tout état pas remplies et, dans le cas d'espèce, son application irait à l'encontre de la jurisprudence ainsi que de l'esprit et du but de cette disposition (
ATA/208/2016
du 8 mars 2016 consid. 5c). La requête d'autorisation de démolir, déposée le 11 février 2019, était antérieure à l'objectif d'urbanisme invoqué, à savoir l'extension de la zone 4B protégée existante au périmètre concerné, évoquée dans le courrier du 13 juin 2019 du conseiller d'État en charge du département. Le recourant n'avait pas, par le dépôt de sa requête, cherché « à prendre de vitesse » les autorités chargées de la planification du territoire et à contourner les objectifs du département. Par ailleurs, la démolition du bâtiment litigieux n'était pas de nature à compromettre la création de la zone 4B protégée. L'art. 106 LCI permettait au département de poser des exigences particulières à un projet de construction d'un nouveau bâtiment, raison pour laquelle il n'avait pas contesté le refus de l'autorisation de construire sollicitée. La création d'une telle zone n'était ainsi pas un obstacle à la démolition litigieuse. M. ROBERT envisageait de déposer un nouveau projet de construction, une fois l'autorisation de démolir en force. Si l'objectif des autorités avait été de conserver les bâtiments existants dans leur état actuel, il aurait fallu adopter un plan de site au sens des art. 38 ss LPMNS, ce qui était confirmé par la position initiale du département qui avait renoncé à invoquer l'art. 13B LaLAT.
11) Le département et M. HARWOOD ont conclu au rejet du recours. Le département défendait l'application de l'art. 13B LaLAT.
12) Le 19 août 2020, le département a transmis à la chambre de céans le projet de loi, dans sa version du 11 août 2020, modifiant les limites de zones sur le territoire de la commune de Lancy par la création d'une zone 4B protégée, située au sud de la route du Grand-Lancy, au lieu-dit « village du Grand-Lancy » ainsi que le projet de plan n° 30'200 y relatif établi le 1
er
juin 2020. Ce projet de modification de zones était soumis à l'enquête publique n° 1978 du 18 août au 17 septembre 2020, ce qui avait été annoncé dans la FAO du 18 août 2020.
13) Le recourant a répliqué et maintenu son recours.
14) Sur ce, les parties ont été informées que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1) Interjeté en temps utile devant la juridiction compétente, le recours est recevable (art. 132 de la loi sur l'organisation judiciaire du 26 septembre 2010 - LOJ -
E 2 05
; art. 62 al. 1 let. a de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 - LPA -
E 5 10
).
2) Le présent litige porte sur la conformité au droit du refus d'autoriser la démolition d'une maison d'habitation ancienne et de sa dépendance, refus motivé par la valeur patrimoniale de ces bâtiments liée à leur emplacement au sein d'un ensemble bâti de type villageois. La demande de démolition (M 8'339) a été déposée par le recourant en même temps qu'une requête en autorisation de construire visant la création d'un immeuble comportant sept logements (DD 112'340).
Or, ces deux demandes ont été refusées par le département par deux décisions distinctes, à savoir le 23 août 2019 pour la démolition et le 3 octobre 2019 pour la construction du nouveau bâtiment. Seul le refus de démolir les bâtiments existants est attaqué par le recourant. Il n'est pas contesté qu'il n'existe pas encore de demande visant un nouveau projet de construction, quand bien même le recourant indique envisager le dépôt d'une telle demande.
3) Le recourant conteste la demande d'intervention du propriétaire de la parcelle voisine, fondée sur l'art. 147 al. 2 LCI.
a. Le TAPI publie dans la FAO tous les recours dont il est saisi contre les autorisations délivrées par le département ou les refus (art. 147 al. 1 LCI). Selon l'art. 147 al. 2 LCI, l'avis publié par le TAPI mentionne que les tiers disposent d'un délai de trente jours pour intervenir dans la procédure et que, s'ils s'abstiennent de cette démarche, ils n'auront plus la possibilité de recourir contre la décision du TAPI, ni de participer aux procédures ultérieures.
b. L'ancien Tribunal administratif, dont la jurisprudence est reprise par la chambre de céans, a jugé que l'art. 147 al. 2 LCI n'avait pas été adopté pour permettre à des personnes dépourvues de la qualité pour recourir d'intervenir dans tout litige portant sur une autorisation de construire, mais afin d'éviter qu'un tiers puisse recourir contre une décision de la juridiction administrative de première instance en se prévalant du fait qu'il n'avait pas été informé de l'existence du premier recours. Cette disposition poursuivait un but patent d'économie de procédure (
ATA/424/2008
du 26 août 2008 consid. 3).
La chambre administrative a ensuite précisé que l'art. 147 al. 2 LCI autorisait tout tiers intéressé à l'issue d'un recours contre une décision d'autorisation délivrée par le département d'intervenir dans la procédure ouverte devant le TAPI dans un délai de trente jours suivant la publication de l'annonce de son dépôt, même si ledit tiers avait renoncé à recourir directement contre ladite décision. Toutefois, conformément à la jurisprudence cantonale précitée, la recevabilité de sa démarche était soumise à l'existence d'un intérêt digne de protection au sens de l'art. 60 al. 1 let. b LPA, afin d'éviter l'action populaire (
ATA/420/2014
du 12 juin 2014 consid. 7). L'exercice du droit d'intervention prévu à l'art. 147 al. 2 LCI ne plaçait pas l'administré dans une position similaire à celle du recourant ; il ne pouvait développer sa position qu'en fonction du cadre du recours principal et sa position de partie dépendrait du maintien de ce dernier. L'avantage de cette institution était de régler, dans le cadre d'une seule procédure de recours, toutes les contestations que pouvait susciter la décision litigieuse du département, quelle que fut l'issue du recours (
ATA/420/2014
précité consid. 6).
c. L'art. 60 al. 1 let. b LPA pose, en matière de qualité pour recourir, l'exigence d'être touché directement par l'acte attaqué concerné (ici une décision) et d'avoir un intérêt personnel digne de protection à ce que l'acte soit annulé ou modifié. Cette exigence correspond à celle prévue à l'art. 89 al. 1 LTF (arrêts du Tribunal fédéral
1C_554/2019
du 5 mai 2020 consid. 3.1, qui confirme l'
ATA/1337/2019
du 3 septembre 2019 consid. 3a ;
1C_27/2018
du 6 avril 2018 consid. 1.1 s'agissant de la qualité pour recourir du voisin).
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, pour satisfaire aux critères de l'art. 89 al. 1 LTF, le recourant doit se trouver dans une relation spéciale, étroite et digne d'être prise en considération avec l'objet de la contestation. Le voisin direct de la construction ou de l'installation litigieuse, s'il a en principe la qualité pour recourir, doit en outre retirer un avantage pratique de l'annulation ou de la modification de la décision contestée qui permette d'admettre qu'il est touché dans un intérêt personnel se distinguant nettement de l'intérêt général des autres habitants de la collectivité concernée de manière à exclure l'action populaire (ATF
139 II 499
consid. 2.2 ;
137 II 30
consid. 2.2.3 ; arrêt du Tribunal fédéral
1C_554/2019
du 5 mai 2020 consid. 3.1). Le voisin ne peut ainsi pas présenter n'importe quel grief ; il ne se prévaut d'un intérêt digne de protection, lorsqu'il invoque des dispositions édictées dans l'intérêt général ou dans l'intérêt de tiers, que si ces normes peuvent avoir une influence sur sa situation de fait ou de droit (ATF
139 II 499
consid. 2.2 ;
137 II 30
consid. 2.2.3 ;
133 II 249
consid. 1.3). Tel est souvent le cas lorsqu'il est certain ou très vraisemblable que l'installation ou la construction litigieuse sera à l'origine d'immissions - bruit, poussières, vibrations, lumière, fumée - atteignant spécialement les voisins. À défaut, il n'y a pas lieu d'entrer en matière sur le grief soulevé (arrêt du Tribunal fédéral
1C_27/2018
du 6 avril 2018 consid. 1.1 et les arrêts cités). Ainsi, la jurisprudence a considéré que des voisins, situés à environ 100 mètres de la construction projetée, ne sont pas particulièrement atteints par ce projet s'ils ne voient pas depuis leur propriété la toiture qu'ils critiquent (arrêt du Tribunal fédéral
1C_338/2011
du 30 janvier 2012 consid. 3, publié in SJ
2012 I 422
).
Lorsque des immissions de nature purement idéale ou immatérielle sont invoquées, les conditions de la qualité pour recourir doivent être remplies de manière plus stricte que pour les immissions matérielles (ATF
112 Ib 154
consid. 3 ; arrêt du Tribunal fédéral
1A.98/1994
du 28 mars 1995 consid. 2c). Les immissions ou les risques justifiant l'intervention d'un cercle élargi de personnes doivent présenter un certain degré d'évidence, sous peine d'admettre l'action populaire que la loi a précisément voulu exclure (ATF
121 II 176
consid. 3a ; arrêt du Tribunal fédéral
1C_343/2014
du 21 juillet 2014 consid. 2.5). Il incombe au recourant d'alléguer, sous peine d'irrecevabilité, les faits qu'il considère comme propres à fonder sa qualité pour recourir, lorsqu'ils ne ressortent pas de façon évidente de la décision attaquée ou du dossier (ATF
139 II 499
consid. 2.2 ; arrêt du Tribunal fédéral
1C_554/2019
du 5 mai 2020 consid. 3.1).
d. S'agissant de la qualité pour recourir de voisins contestant, sur le fond, une autorisation de démolir une villa et une piscine extérieure, le Tribunal fédéral a examiné la question de savoir s'ils seraient en mesure de retirer un avantage pratique de l'annulation ou de la modification d'une décision tranchant au fond le sort d'une telle autorisation. Selon notre Haute Cour, on distinguait mal quel avantage de fait ou de droit procurerait aux voisins le maintien de ces installations. Respectivement, on peinait à imaginer quel préjudice ils subiraient du fait de la disparition de ces constructions. Certes, les travaux de démolition entraîneraient éventuellement des nuisances en matière de bruit et de poussière, toutefois limitées dans le temps de sorte qu'elles ne sauraient à elles seules fonder un intérêt pratique à recourir. Les recourants ne faisaient en outre pas valoir une valeur patrimoniale particulière des installations destinées à être détruites, ni n'invoquaient de disposition légale tendant à les protéger. Enfin, la destruction des installations existantes ne conférait, en elle-même, aux propriétaires de la parcelle concernée aucun droit d'ériger une nouvelle construction. Cette question était soumise à une procédure séparée, qui avait donné lieu à une autorisation de construire, distincte de celle de démolir, et que les recourants avaient aussi contestée devant la juridiction compétente. À défaut de retirer un avantage pratique, le Tribunal fédéral a dénié la qualité pour recourir aux voisins (arrêt du Tribunal fédéral
1C_27/2018
du 6 avril 2018 consid. 1.2 et 1.3).
Dans une affaire plus récente concernant le recours de voisins directs contre l'autorisation de démolir une villa, une piscine et un garage, le Tribunal fédéral a confirmé cette jurisprudence ainsi que le refus de la chambre administrative d'accorder la qualité pour recourir aux voisins directs. Dans cette affaire, la villa n'avait pas de valeur patrimoniale particulière. Elle serait remplacée par un trou en raison du refus de l'autorisation de construire. Le refus de ladite autorisation n'était pas de nature à conférer un avantage pratique aux voisins. D'une part, l'autorisation de construire - objet d'une autre procédure de recours - était soumise à une procédure distincte de celle de l'autorisation de démolir. D'autre part, la destruction des constructions existantes ne conférait, en elle-même, aux propriétaires de la parcelle concernée aucun droit d'ériger une nouvelle construction. Les voisins n'avaient donc pas rendu vraisemblable l'existence d'une atteinte particulière susceptible de fonder leur qualité pour agir (arrêt du Tribunal fédéral
1C_554/2019
du 5 mai 2020 consid. 3.3).
e. En l'espèce, comme l'a clairement exposé le TAPI, ce qui n'est pas contesté, les bâtiments litigieux, propriétés du recourant, ne font l'objet d'aucune mesure de protection fondée sur la LPMNS. Toutefois, ils sont susceptibles d'obtenir une protection patrimoniale par le biais de l'application combinée de la zone 4B protégée, en cours d'adoption, et de l'art. 106 LCI applicable aux villages protégés constituant l'un des objets des zones protégées (art. 28 LaLAT). Si ladite protection patrimoniale est à ce stade potentielle, il n'en demeure pas moins que la procédure de modification de zones tendant à étendre la zone 4B protégée au périmètre en cause incluant tant la parcelle du recourant, que celle de son voisin, est en cours.
Dans ce contexte, la démolition litigieuse est susceptible de porter une atteinte concrète et directe à la valeur patrimoniale de l'ensemble bâti auxquelles appartiennent les maisons du recourant et de son voisin, qui est tirée du caractère villageois du secteur dont la protection est recherchée par la procédure de modification de zones en cours. En effet, la disparition des bâtiments litigieux, alignés au 7, chemin du 1
er