Decision ID: 1f6f006e-7ef3-44c6-8851-7d9d8dadce12
Year: 2016
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Le Ministère public de la Confédération (ci-après: le MPC) a ouvert le
4 décembre 2014 une instruction pénale à l'encontre de A. et B. pour
blanchiment d'argent aggravé (cf. act. 3, p. 2).
B. Le 2 février 2015, A. a sollicité la consultation du dossier. Le MPC lui a
accordé le 10 février suivant un accès partiel aux actes de la cause (act. 3.3).
Aucun recours n'a été formé contre cette décision.
C. A. a été entendu pour la première fois en qualité de prévenu le 26 février
2015 (cf. act. 3, p. 3).
D. Les 6 et 16 mars 2015, ainsi que le 16 avril suivant, il a sollicité du MPC la
remise de copies du procès-verbal établi à cette occasion. Ladite autorité a
rejeté ces demandes par décisions des 17 avril, 1er et 11 mai 2015, aux
motifs que la première audition du prévenu n'était pas terminée et qu'il
existait un risque de collusion. A. n'a pas recouru contre ces décisions (act
3.5).
E. Le prénommé a été de nouveau entendu par le MPC les 28 mai, 26 juin,
2 juillet, 28 septembre, 9 et 12 novembre 2015 (act. 3.6).
F. Le 13 octobre 2015, le MPC a transmis à l'intéressé copie des procès-
verbaux de ses auditions des 26 février, 28 mai, 26 juin et 2 juillet 2015, ainsi
que de ceux des auditions de B., qui se sont déroulées les 13 avril et 3 juillet
2015 (act. 3.7).
G. Le 24 novembre 2015, A. a formé une nouvelle demande de consultation de
l'intégralité du dossier. Le MPC l'a débouté par décision du 17 décembre
suivant, qui n'a pas été attaquée (act. 3.10).
H. Par mémoire du 13 janvier 2016, A. interjette un recours pour déni de justice
et retard injustifié. Il conclut à ce que le MPC soit condamné à lui donner
accès à l'intégralité du dossier dans un délai de dix jours à compter de la
décision du Tribunal pénal fédéral (act. 1).
- 3 -
I. Dans sa réponse, du 25 janvier 2016, le MPC conclut à l'irrecevabilité du
recours (act. 3).
J. Par réplique du 5 février 2016, le recourant maintient ses conclusions
(act. 5).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1. En tant qu'autorité de recours, la Cour des plaintes examine avec plein
pouvoir de cognition en fait et en droit les recours qui lui sont soumis
(Message relatif à l’unification du droit de la procédure pénale du
21 décembre 2005, FF 2006 1057, p. 1296 in fine; GUIDON, Commentaire
bâlois, Schweizerische Strafprozessordnung, 2e éd., Bâle 2014 [ci-après:
BSK StPO], n° 15 ad art. 393; KELLER, Donatsch/Hansjakob/Lieber [édit.],
Kommentar zur Schweizerischen Strafprozessordnung [StPO], 2e éd.,
Zurich/Bâle/Genève 2014, n° 39 ad art. 393; SCHMID, Handbuch des
schweizerischen Strafprozessrechts, 2e éd., Zurich 2013, n° 1512) –
notamment leur recevabilité.
2.
2.1 Le recourant conclut en substance – uniquement – à ce que le MPC soit
condamné à lui accorder le droit de consulter le dossier dans son intégralité
(let. H).
2.2 Aux termes de l'art. 101 al. 1 CPP, les parties peuvent consulter le dossier
d'une procédure pénale pendante, au plus tard après la première audition du
prévenu et l'administration des preuves principales par le ministère public.
L'art. 102 al. 1 CPP prévoit que la direction de la procédure – soit l'autorité
précitée, jusqu'à la décision de classement ou la mise en accusation
(art. 61 let. a CPP) – statue sur la consultation des dossiers. Selon
l'art. 20 al. 1 let. b CPP, l'autorité de recours statue sur les recours dirigés,
notamment, contre les actes de procédure et contre les décisions non
sujettes à appel rendues par le ministère public.
- 4 -
2.3 Il s'ensuit, compte tenu de la phase dans laquelle se trouve la procédure
pénale ouverte contre le recourant, que le Tribunal pénal fédéral pourrait à
l'heure actuelle connaître d'un litige portant sur la consultation du dossier
dans le cadre d'un recours dirigé contre une décision rendue à ce sujet par
le MPC. Or, tel n'est pas l'objet du recours du 13 janvier 2016, si bien que la
compétence de la Cour de céans pour statuer sur la conclusion du recourant
n'est pas donnée. C'est le lieu de rappeler que toutes les décisions par
lesquelles le MPC a rejeté les demandes de consultation successives de
l'intéressé n'ont pas été attaquées en temps utile par celui-ci (let. B., D. et
G.).
2.4 Certes, un recours auprès de la Cour de céans est aussi concevable dans la
constellation qui prévaut en l'espèce si le recourant se plaint, comme en
l'occurrence, d'un déni de justice ou d'un retard injustifié au sens de l'art. 393
CPP (lequel prévoit, à son alinéa 2, lettre a, que le recours est recevable
pour de tels motifs).
Toutefois, la personne qui soulève un tel grief ne peut en principe pas
solliciter de l'autorité de recours autre chose que la condamnation de
l'instance précédente à statuer dans un délai déterminé
(cf. art. 397 al. 2 CPP). Elle ne saurait en aucun cas demander, comme le
fait le recourant, à l'autorité de recours de statuer à la place de celle à qui le
déni de justice, respectivement le retard injustifié, est reproché. Admettre
une telle manière de procéder contreviendrait effectivement aux règles
topiques sur la compétence fonctionnelle, soit en l'espèce aux art. 61 let. a
et 102 al. 1 CPP, en vertu desquels la compétence pour se prononcer sur la
consultation du dossier revient comme on l'a vu (cf. supra consid. 2.2) au
MPC lorsque la procédure se déroule devant lui. Au surplus, celui qui
s'apprête à déposer un recours pour déni de justice ou retard à statuer à
l'encontre d'une autorité doit en avertir cette dernière, afin que celle-ci ait
l'occasion statuer rapidement (ATF 126 V 244 consid. 2d; 125 V 373 consid.
2b/aa). Or, il ne ressort pas des pièces figurant au dossier que cette exigence
aurait été respectée en l'occurrence et le recourant ne prétend pas que tel
serait le cas.
Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu d'entrer en matière sur le recours sous l'angle
d'un déni de justice ou d'un retard injustifié. A noter que ce grief est
manifestement mal fondé, dès lors que le MPC a statué dans un délai
conforme aux réquisits jurisprudentiels en la matière (cf. ATF 135 I 6 consid.
2.1; 134 I 229 consid. 2.3; 130 I 312 consid. 5.2) sur toutes les demandes de
consultation du dossier formées par le recourant.
- 5 -
3. Compte tenu de ce qui précède, le recours est irrecevable.
4. Vu l'issue de la procédure, le recourant supportera les frais de cette dernière,
conformément à l’art. 428 al. 1 CPP. Ceux-ci se limitent en l’espèce à un
émolument fixé, en application des art. 5 et 8 al. 1 du règlement du Tribunal
pénal fédéral du 31 août 2010 sur les frais, émoluments, dépens et
indemnités de la procédure pénale fédérale (RFPPF; RS 173.713.162), à
CHF 2'000.--.
- 6 -