Decision ID: 6d3d252f-6b74-42e8-8a47-8906307cf44c
Year: 2015
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Par jugement du 18 mars 2010, le Tribunal criminel d'arrondissement de
Lausanne (ci-après: le tribunal criminel) a condamné A. à une peine
privative de liberté à vie pour meurtre et assassinat (act. 5.1).
B. Le prénommé a déféré ce jugement devant la Cour de cassation pénale (ci-
après: la cour de cassation) du Tribunal cantonal du canton de Vaud (ci-
après: le tribunal cantonal), qui l'a débouté par jugement du 4 octobre 2010
(act. 5.2).
C. Le 27 octobre 2014, A. a adressé à la Direction du tribunal cantonal une
demande de révision de ce jugement, qu'il a complétée le surlendemain. Il
a invoqué l'existence d'une relation sentimentale entre un des juges ayant
rendu ledit acte et un de ceux ayant siégé dans la composition du tribunal
criminel qui l'a condamné. Il a notamment conclu à ce que la cause soit
jugée par une autorité judicaire "extra-cantonale" et demandé l'audition de
"tous les juges de la Cour d'appel du [tribunal cantonal], si [les juges qui
auraient entretenu ladite relation sentimentale] ne devaient pas admettre
que leur liaison intime ou les prémices de celle-ci date d'avant le 4 octobre
2010" (act. 1.3 et 3.7).
D. Par avis du 31 octobre 2014, la Cour d'appel pénale du tribunal cantonal
(ci-après: la cour d'appel) a indiqué à A. lesquels de ses membres
statueraient sur la demande de révision (dossier de la cour d'appel,
chemise orange, act. 1007).
E. Faisant suite à un courrier de A. du 24 novembre 2014, la cour d'appel lui a
indiqué le 28 novembre 2014 qu'aucun recours n'était ouvert contre l'avis
du 31 octobre précédent (dossier de la cour d'appel, chemise orange, act.
1010 et 1011).
F. Par courrier du 22 décembre 2014, A. s'est plaint auprès de la cour d'appel
de ne pas pouvoir contester la composition annoncée dans ledit avis
(dossier de la cour d'appel, chemise orange, act. 1013).
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G. Par lettre du 8 janvier 2015, la cour d'appel lui a répondu qu'elle
considérerait cette missive, sauf avis contraire de sa part jusqu'au
19 janvier suivant, comme une demande de récusation et qu'elle saisirait le
Tribunal pénal fédéral de celle-ci (act. 3.3).
H. Par courrier du 12 janvier 2015, A. a maintenu la position qu'il avait
défendue dans son courrier du 22 décembre 2014 et remis en question
l'impartialité des juges du tribunal cantonal (dossier de la cour d'appel,
chemise orange, act. 1015).
I. Le 16 janvier 2015, la cour d'appel a transmis la cause au Tribunal pénal
fédéral comme objet de sa compétence (dossier de la cour d'appel,
chemise orange, act. 1014 et 1017).
J. Par écriture spontanée adressée au Tribunal pénal fédéral le 23 janvier
2015, A. estime que la cour d'appel n'était pas habilitée à agir de la sorte,
considérant qu'il appartenait à cette dernière autorité de statuer sur la
demande de récusation (act. 3).
K. Dans une prise de position du 28 janvier 2015, la cour d'appel conclut au
rejet de la demande de récusation (act. 5).
L. Par écriture spontanée du 3 février 2015, A. persiste dans ses conclusions
(act. 7).
M. Par courrier du 3 février 2015, le Ministère public du canton de Vaud
sollicite du Tribunal pénal fédéral la possibilité de se prononcer sur la
demande de récusation (act. 8).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris
si nécessaire dans les considérants en droit.
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La Cour considère en droit:
1.
1.1 A teneur de l'art. 59 al. 1 CPP, lorsqu'un motif de récusation au sens de
l'art. 56 let. a ou f CPP est invoqué, le litige est tranché définitivement par le
Tribunal pénal fédéral – plus précisément par la Cour des plaintes, en vertu
de l'art. 37 al. 1 de la loi fédérale sur l'organisation des autorités pénales de
la Confédération (LOAP; RS 173.71) – lorsque l'ensemble de la juridiction
d'appel est concerné (art. 59 al. 1 let. d CPP).
1.2 En l'espèce, le requérant, qui fonde sa demande sur l'art. 56 let. f CPP
(act. 7, p. 2), entend récuser l'ensemble du tribunal cantonal (let. C. et H).
Dans un tel cas, la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral est
compétente en vertu de l'art. 59 al. 1 CPP (v. arrêt du Tribunal pénal
fédéral 2014.46 du 26 mars 2014).
1.3 La Cour de céans n'est en revanche pas compétente pour examiner les
motifs de récusation spécifiques que le requérant invoque (act. 7, p. 1) à
l'égard des trois juges désignés le 31 octobre 2014 par la cour d'appel
(let. D.). La compétence de la Cour de céans, qui découle de l'art. 59 al. 1
let. d CPP, est limitée à la récusation contre l'ensemble du tribunal d'appel
respectivement tous ses membres (BOOG, in: Commentaire bâlois
Strafprozessordnung, Bâle 2014, n° 7 ad art. 59), tandis que la récusation
de membres déterminés est réglée par l'art. 59 al. 1 let. c CPP.
Ainsi, la demande est recevable au sens de ce qui précède.
2. Cela étant, avant d'examiner les griefs soulevés par le requérant, il sied de
se pencher sur la requête formée par le Ministère public du canton de Vaud
dans son courrier du 3 février 2015.
2.1 Ladite autorité y conclut à être invitée à s'exprimer sur la demande de
récusation; elle invoque son droit d'être entendue en tant que partie dans la
procédure au fond, se référant à l'arrêt du Tribunal fédéral 1B_460/2012 du
25 septembre 2012.
2.2 Selon l'art. 58 CPP, lorsqu'une partie demande la récusation d'une
personne qui exerce une fonction au sein d'une autorité pénale, celle-ci
prend position sur la demande. En revanche, aucune des dispositions que
ledit code consacre à la récusation (soit les art. 56 à 60) ne traite de la
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possibilité pour les autres parties – telles le Ministère public – de se
prononcer.
2.3 Le Tribunal fédéral a jugé que les demandes de récusation font partie des
incidents de procédure qui doivent, conformément au principe de célérité,
être tranchées sans retard. Ainsi, l'art. 59 al. 1 CPP prévoit que le litige est
tranché "sans administration supplémentaire de preuves" lorsque les motifs
prévus à l'art. 56 let. a ou f CPP sont invoqués (par le magistrat) ou lorsque
la demande de récusation d'une partie est fondée sur l'art. 56 let. b à e
CPP. Dans ces cas en effet, les motifs de récusation ressortent de la
demande formée par le magistrat lui-même, ou peuvent être facilement
établis par la partie qui demande la récusation (notamment les liens
résultant du mariage ou de la parenté). La procédure est écrite et le seul
acte d'instruction semble ainsi être la détermination de la personne
concernée par la demande de récusation, sous réserve du droit de réplique
(ATF 133 I 100). Lorsqu'en revanche une partie demande la récusation
d'un magistrat en se fondant sur l'art. 56 let. a ou f CPP, la loi n'empêche
pas une instruction plus complète, sous réserve néanmoins des exigences
de célérité qui prévalent en procédure pénale (arrêt du Tribunal fédéral
1B_131/2011 du 2 mai 2011 consid. 2.2).
Dans l'arrêt invoqué par le Ministère public du canton de Vaud, qui
concerne une affaire comparable à celle de la présente espèce, le Tribunal
fédéral a interpellé le Ministère public cantonal concerné pour prise de
position, ainsi que cela ressort de la partie "Faits" de cet acte. Dans ses
considérants en droit, il n'a toutefois aucunement évoqué cette question.
On ignore donc ce qui a poussé la Haute cour à agir de la sorte dans ce
cas précis mais force est de constater que celle-ci n'a dégagé aucun
principe juridique qui contredirait ou préciserait la jurisprudence rendue
dans l'arrêt 1B_131/2011 précité.
2.4 La doctrine relative à l'art. 58 CPP considère majoritairement que toutes les
parties à la procédure qui n'ont pas formé la demande de récusation ont le
droit de se prononcer sur celle-ci, invoquant la garantie du juge ordinaire
(art. 30 Cst.). A cet égard, elle se réfère principalement aux commentateurs
de la loi fédérale du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF; RS 173.110),
et de l'ancienne loi fédérale du 16 décembre 1943 d’organisation judiciaire
(OJ), abrogée le 1er janvier 2007 (v. par exemple BOOG, op. cit., n° 11 ad
art. 58). Parmi ceux-ci, seul POUDRET (Commentaire de la loi fédérale
d'organisation judiciaire, Berne 1990, n° 2 ad art. 26) fournit des précisions
s'agissant du droit constitutionnel en question, exposant qu'il y a une
tension entre celui-ci et la récusation, en ce sens que l'admission d'une
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demande de récusation infondée porte atteinte à la garantie du juge
ordinaire et qu'il doit en conséquence être loisible à chacune des parties de
s'y opposer.
Le risque d'admission d'une demande de récusation infondée est toutefois
écarté lorsque la demande apparaît à la juridiction qui en est saisie comme
d'emblée dénuée de chances de succès. Aussi, n'y a-t-il pas lieu en pareille
hypothèse d'inviter les autres parties à prendre position (en ce sens VOCK,
Bundesgerichtsgesetz, Praxiskommentar, 2e éd., Zurich/St-Gall 2013, n° 3
ad art. 37 LTF).
2.5 Il s'ensuit que les dispositions topiques du CPP ne traitent pas du droit des
autres parties à la procédure de prendre position sur une demande de
récusation, que la jurisprudence n'oblige pas le tribunal saisi d'une telle
demande, lorsque celle-ci est fondée comme en l'espèce sur l'art. 56 let. f
CPP, à interpeller les intéressées et proscrit même une telle démarche si
les exigences de célérité s'y opposent; pour la doctrine majoritaire, il sied
d'inviter les autres parties à prendre position sur la demande de récusation
mais l'argumentation développée à ce sujet est inopérante lorsque ladite
demande est dénuée de chances de succès.
2.6 En l'espèce, cette dernière hypothèse est réalisée, comme on le verra (cf.
infra consid. 3). Dans ces conditions, il y a lieu en vertu du principe de
célérité de statuer sans inviter cette autorité à prendre position, étant
rappelé que le jugement dont le requérant a demandé la révision a été
rendu en 2010 déjà et précisé qu'il existe un intérêt indiscutable,
singulièrement pour l'intéressé, qui purge la peine privative de liberté alors
prononcée contre lui, à ce que ladite procédure se poursuive rapidement.
2.7 Sur le vu de ce qui précède, la demande par laquelle le Ministère public du
canton de Vaud sollicite le droit à prendre position sur la demande de
récusation est mal fondée.
3.
3.1 A l'appui de sa demande de récusation de l'ensemble du tribunal cantonal,
le requérant soutient – sans fournir la moindre précision – que la garantie
d'impartialité des membres de celui-ci est remise en cause par la
"solidarité" qui existerait entre les intéressés et par le fait que ces derniers
seront entendus en qualité de témoins dans le cadre de la procédure de
révision.
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3.2 La question de savoir si ce grief concerne le tribunal cantonal "en bloc"
(auquel cas il ne serait pas recevable [arrêt du Tribunal pénal fédéral
BB.2011.135 et 136 du 14 décembre 2012, consid. 2.1]) ou chacun de ses
membres peut rester indécise en l'occurrence, étant donné que les
arguments avancés par le requérant sont dénués de toute pertinence. En
effet, les liens de collégialité qu'entretiennent les membres d'un tribunal ne
sont pas considérés comme susceptibles de remettre en question
l'impartialité de ceux-ci (ATF 133 I 1 consid. 6.6; ATF 105 Ib 301
consid. 1c; BOOG, op. cit., n° 40 ad art. 56 et les références citées) et
l'argument tiré de l'audition de l'ensemble des membres du tribunal
cantonal repose sur une pure spéculation, dans la mesure où la cour
d'appel ne s'est pas encore prononcée sur la demande formulée en ce
sens par le requérant, ainsi qu'elle le lui a indiqué le 8 janvier 2015 et que
par ailleurs ladite demande ne semble pas nécessaire à éclaircir les faits.
3.3 Vu ce qui précède, la demande de récusation est manifestement mal
fondée dans la mesure où elle est recevable.
4. Compte tenu du sort de la cause, le requérant supportera les frais de la
procédure (art. 59 al. 4 CPP). Ceux-ci prendront en l’espèce la forme d’un
émolument qui, en application des art. 5 et 8 du règlement du Tribunal
pénal fédéral du 31 août 2010 sur les frais, émoluments, dépens et
indemnités de la procédure pénale fédérale (RS 173.713.162), sera fixé à
CHF 1'500.--.
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