Decision ID: 9a63644d-d0ae-581b-bcac-67eff4ff2712
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
Par courrier du 10 mai 2010, la Commission de conciliation en matière de baux et loyers a signalé au Tribunal tutélaire (désormais Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant, ci-après : le Tribunal de protection) la situation des époux D_ et C_, âgés respectivement de 86 et de 83 ans, lesquels faisaient l'objet d'une requête en évacuation pour défaut de paiement de loyer, l'arriéré s'élevant à plus de 50'000 fr. Les époux D_ et C_ avaient en outre expliqué avoir vendu leur maison en 1999 pour la somme de 1'400'000 fr. et être propriétaires d'actions, mais ignorer où elles se trouvaient. ![endif]>![if>
b)
Lors de l'audience devant le Tribunal tutélaire du 15 juin 2010, C_ a reconnu que son époux et elle-même avaient beaucoup de difficulté à gérer leurs affaires. Le couple percevait une rente AVS et avait pratiquement épuisé le montant de 1'400'000 fr. retiré de la vente de la maison lui appartenant. Une procuration avait été signée en faveur de leur fils E_, mais celui-ci vivant dans le Jura, il ne pouvait s'occuper de leurs affaires. C_ a déclaré être d'accord avec le prononcé d'une mesure de curatelle de gestion. D_ pour sa part s'en est rapporté à justice, tout en reconnaissant avoir besoin d'aide.
Dans deux courriers des 12 juin et 15 juillet 2010 adressés au Tribunal tutélaire, E_, médecin généraliste et fils de D_ et C_, a expliqué que son père s'était toujours occupé des affaires administratives du couple. Il souffrait toutefois désormais de troubles mnésiques croissants et C_ n'était pas en mesure de prendre le relai. Il était par conséquent nécessaire d'envisager une mesure de curatelle, soit en faveur de D_, soit en faveur du couple.
c)
Le 11 novembre 2014, le Dr F_ a émis deux certificats médicaux attestant du fait que D_ et C_, qui résidaient auprès de l'EMS B_ depuis le 26 mars 2014, étaient totalement empêchés d'assurer eux-mêmes la sauvegarde de leurs intérêts en raison de troubles psychiques et n'étaient pas aptes à désigner un mandataire; ils présentaient une incapacité durable de discernement. Dans des certificats complémentaires du 11 décembre 2014, le Dr F_ a précisé que les époux D_ et C_ ne pouvaient pas être entendus par le Tribunal de protection.
d)
Par courrier du 12 novembre 2014, la responsable du service accueil de la B_ a indiqué au Tribunal de protection que G_ avait entrepris des démarches afin que le couple D_ et C_ puisse obtenir le versement de prestations complémentaires. Ces démarches s'étaient toutefois heurtées à des difficultés, les documents bancaires n'étant pas accessibles. Le prix de la pension auprès de la B_ n'avait jamais été honoré et E_ n'était au bénéfice d'aucune procuration, son père ayant refusé de lui en donner une.
e)
Le Tribunal de protection a convoqué une audience le 29 janvier 2015, à laquelle seule la responsable du service accueil de la B_ était présente. Cette dernière a pris acte du fait que le Tribunal de protection n'entendait pas instaurer une mesure de protection en faveur des époux D_ et C_, mais envisageait, en application de l'art. 392 CC, d'accomplir lui-même les démarches auprès du Service des prestations complémentaires et des banques, ou de donner mandat à la B_ d'effectuer certaines démarches particulières. La responsable du service accueil de la B_ a proposé, dans cette hypothèse, de désigner A_, cheffe comptable auprès de l'EMS.
f)
D_ est décédé le 27 février 2015.
B.
Par ordonnance
DTAE/1074/2015
du 4 février 2015, notifiée par plis du 17 mars 2015, le Tribunal de protection a renoncé à instituer une mesure de curatelle en faveur de C_ (ch. 1 du dispositif), suspendu les droits politiques de C_ sur les plans cantonal et communal (ch. 2), mandaté A_, cheffe comptable auprès de la B_, dans le cadre des tâches suivantes : faire domicilier les rentes AVS de C_ auprès de la B_ et la représenter pour tous les actes nécessaires dans ce cadre, notamment vis-à-vis de l'Office cantonal des assurances sociales et de l'établissement bancaire dans lequel la personne concernée est titulaire du compte bancaire sur lequel sont versées les rentes; obtenir les relevés du compte bancaire n° 1_ de C_ auprès de la H_ rétroactivement à compter du 1
er
janvier 2014, l'éventuelle attestation de clôture de ce compte ainsi que le relevé mentionnant le capital et les intérêts au 31 décembre 2013; signer les déclarations respectives des biens immobiliers et des avoirs bancaires et postaux en Suisse et à l'étranger demandées par le Service des prestations complémentaires au nom et pour le compte de C_ (ch. 3), invité A_ à remettre au Tribunal de protection l'ensemble des documents obtenus en lien avec le mandat qui lui est attribué, ainsi que les documents visés sous chiffre 3 signés par ses soins (ch. 4), a décidé d'intervenir directement auprès du Service des prestations complémentaires afin de lui faire parvenir les justificatifs requis par lui dans le cadre de la demande de prestations de C_ (ch. 5), laissé les frais à la charge de l'Etat (ch. 6) et déclaré la décision immédiatement exécutoire nonobstant recours (ch. 7).
Le Tribunal de protection a retenu que C_ ne faisait l'objet d'aucune poursuite en force dans le canton de Genève. Des actes de défaut de biens avaient par contre été délivrés en faveur de la I_ et de J_. Le Service des prestations complémentaires réclamait, pour se prononcer, la déclaration des biens immobiliers dûment remplie et signée, la copie des justificatifs de la diminution des avoirs, sachant que, selon les avis de taxation 2009 et 2010, la fortune du couple s'élevait à 384'407 fr. au 31 décembre 2009 et à 29'403 fr. au 31 décembre 2010, ainsi que la déclaration des avoirs bancaires et postaux en Suisse et à l'étranger, signée et accompagnée des relevés mentionnant le capital et les intérêts au 31 décembre 2013. Il était en particulier demandé à C_ de transmettre la copie du relevé bancaire du compte H_ n° 1_ du 1
er
janvier 2014 à ce jour ou l'attestation de clôture si le compte n'existe plus, ainsi que le relevé mentionnant le capital et les intérêts au 31 décembre 2013 du compte précité. A l'égard de D_, le Service des prestations complémentaires requérait les copies des relevés détaillés du 1
er
janvier 2014 à ce jour ou l'attestation de clôture de ses comptes bancaires n° 2_ auprès de la K_, ainsi que n° 3_ et 4_ auprès de la H_ et les relevés mentionnant le capital et les intérêts au 31 décembre 2013 de ces comptes. Les justificatifs manquants pour D_ étaient la déclaration des biens immobiliers dûment remplie et signée et la copie des justificatifs de la diminution des avoirs. Le Tribunal de protection a également relevé que D_ avait fait l'objet d'une mesure de curatelle de gestion instaurée par décision du 22 juillet 2010 et levée le 21 septembre 2011, eu égard à l'absence de biens à gérer. Figurait également au dossier une décision rendue le 15 juillet 2011 par le Service des prestations complémentaires refusant à D_ le droit aux prestations compte tenu de "biens dessaisis à hauteur de 908'715 fr.". Selon le rapport final de la curatrice de l'époque, une grande partie de la fortune de D_ avait été perdue en bourse et une autre avait "disparu". Au 21 septembre 2011, la fortune de D_ n'était constituée que de deux comptes bancaires auprès de la H_, dont le solde s'élevait respectivement à 1'019 fr. 15 et à 2 fr. 61. Ses revenus n'étaient constitués que de sa rente AVS de 1'740 fr. 50 par mois et il avait des dettes à hauteur de 16'681 fr. 40.
Le Tribunal de protection a considéré que l'assistance personnelle dont C_ avait besoin lui était apportée par le personnel de la B_ et par son fils. La gestion de ses affaires administratives courantes, en particulier les frais médicaux et l'établissement de sa déclaration d'impôts étaient également pris en charge par l'institution et C_ n'avait aucune fortune. Il convenait toutefois de désigner un mandataire, soit en l'espèce la cheffe comptable de la B_, pour l'accomplissement d'un certain nombre de démarches notamment auprès d'établissements bancaires.
C.
a)
Le 15 avril 2015, A_ et la B_ ont formé recours contre l'ordonnance du 4 février 2015 et ont sollicité la restitution de l'effet suspensif. Au fond, les recourantes ont conclu à l'annulation des chiffres 3 et 4 de l'ordonnance querellée et à ce qu'un tiers n'ayant aucun lien avec la B_ soit désigné pour l'exécution des tâches figurant dans le dispositif de l'ordonnance attaquée.![endif]>![if>
Les recourantes ont exposé que A_, en sa qualité de cheffe comptable de la B_, établissement public autonome, revêt une position de cadre. Elle est par conséquent tenue par un devoir de fidélité à l'égard de son employeur et doit veiller à la sauvegarde de ses intérêts. Or, la désignation en qualité de mandataire de C_ impose à A_ de veiller également aux intérêts de cette dernière, de sorte qu'il existe un risque de conflit d'intérêts. Tel serait notamment le cas si A_ découvrait, dans le cadre de son mandat en faveur de C_, l'existence de biens immobiliers ou d'avoirs bancaires, alors que les factures de la B_ n'ont jamais été honorées.
b)
Par décision
DAS/62/2015
du 27 avril 2015, la Chambre de surveillance a rejeté la requête de restitution de l'effet suspensif, le sort des frais étant réservé et renvoyé à la décision au fond.
c)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité faire usage des prérogatives offertes par l'art. 450d CC.
d)
C_ ne s'est pas prononcée sur le recours.
e)
La cause a été mise en délibération le 3 juin 2015.

EN DROIT
1.
1.1.
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet, dans les trente jours, d'un recours écrit et motivé, devant le juge compétent, à savoir la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et al. 3 et 450b CC; art. 126 al. 3 LOJ; art. 53 al. 1 et 2 LaCC).