Decision ID: 59e4498c-e2ae-41f0-a78c-61710df07866
Year: 2010
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. X._, ressortissante camerounaise née le ********, est entrée en Suisse le 21 novembre 2004 au bénéfice d'un visa afin d'entreprendre des études de lettres (français moderne, philosophie et espagnol) à l'Université de 1********. Elle a été mise le 6 janvier 2005 au bénéfice d'une première autorisation de séjour pour études, régulièrement renouvelée par la suite. La formation envisagée devait durer quatre ans.
B. Le 31 juillet 2008, X._ a sollicité la prolongation de son autorisation de séjour pour études pour poursuivre sa formation à l'Université de 1********.
Le 25 septembre 2008, le Service de la population (ci-après: le SPOP) a répondu à l'intéressée qu'elle devait normalement terminer ses études à fin septembre 2008. Elle lui a dès lors demandé des explications à ce sujet.
X._ s'est déterminée dans une lettre du 8 octobre 2008 en ces termes:
"La raison fondamentale est que je n’ai toujours pas eu mon diplôme de bachelor, je suis encore en quête de crédits pour que l’université puisse me délivrer le diplôme recherché. En effet je devais déjà obtenir celui-ci depuis l’année passée, mais les examens oraux de philosophie se sont mal passés. Je me suis donc retrouvée en échec définitif dans cette discipline. En revanche, d’après le règlement d’études de la faculté de lettres de l’université de Lausanne, qui stipule qu’après un échec définitif dans une discipline, l’étudiant a la possibilité de choisir une autre discipline en remplacement de celle à laquelle il a subi un échec définitif (cf. Art. 43, al. 1 du règlement d’études en faculté de lettres de l’université de Lausanne).J’ai donc pris le cinéma en remplacement de la philosophie, ce qui fait que j’ai recommencé depuis la première année avec le cinéma; par contre je suis en troisième année avec la linguistique générale et le français moderne."
Le 26 novembre 2008, le SPOP a accepté de prolonger l'autorisation de séjour pour études de l'intéressée jusqu'au 31 octobre 2009; il l'a toutefois rendue attentive au fait qu'il n'entrerait pas en matière sur une nouvelle demande de prolongation en cas de nouvel échec ou de changement d'orientation.
C. Le 18 février 2009, X._ a informé le SPOP qu'elle avait été exclue de la faculté des lettres de l'Université de 1******** et qu'elle souhaitait désormais entreprendre une formation dans le domaine des soins infirmiers. Elle avait à cet égard déposé un dossier de candidature auprès de la Haute école cantonale vaudoise de la santé (ci-après: la HECV-Santé) et était dans l'attente de son admission définitive. Elle a indiqué que la formation durait quatre ans (une année préparatoire et trois années de formation). Elle a mentionné enfin qu'elle avait fait une demande de pré-stage auprès du CHUV.
Le 6 mai 2009, X._ a remis au SPOP une attestation de la HECV-Santé datée du 1er mai 2009 certifiant qu'elle était inscrite dans la filière soins infirmiers de l'école. Le document mentionnait que l'admission définitive de l'intéressée devait toutefois encore être confirmée par la Commission d'admission.
Le 23 juin 2009, le SPOP a informé X._ qu'il envisageait de refuser de prolonger son autorisation de séjour. Il relevait que la nécessité d'entreprendre une nouvelle formation n'était pas justifiée; il émettait par ailleurs un certain nombre de doutes sur les capacités de l'intéressée; il estimait enfin que la sortie de la Suisse au terme des études n'était pas suffisamment garantie.
X._ s'est déterminée dans une lettre du 10 juillet 2009. Elle a exposé que ses connaissances du français acquises dans le cadre de ses cours à la faculté des lettres de l'UNIL étaient un atout dans le cadre de sa nouvelle orientation. Elle a ajouté que le manque de ressources financières l'avait obligée à travailler à côté de ses études et expliquait ainsi ses échecs, mais qu'elle avait désormais trouvé une personne disposée à garantir financièrement ses frais de séjour. Elle a souligné enfin qu'elle avait signé un engagement à quitter notre pays au terme de ses études.
Par décision du 4 août 2009, le SPOP a refusé de prolonger l'autorisation de séjour pour études d'X._ et lui a imparti un délai d'un mois pour quitter le territoire. Les motifs de cette décision sont les suivants:
"A l'examen du dossier, nous relevons:
• Que la nécessité d’entreprendre cette nouvelle formation n’est pas justifiée et n’est pas un complément indispensable au cursus de l’intéressée.
• Que la durée totale du séjour dépasse la durée habituelle d’un séjour pour études.
• Que l’intéressée n’a pas suffisamment apporté la preuve qu’elle disposait des moyens financiers nécessaires pour la durée des études en Suisse et ne remplit plus les conditions de l’article 27 LEtr let. c. En effet, l’intéressée nous a informés que son échec à l’université de Lausanne était lié en partie à des problèmes financiers.
• Que l’intéressée n’a pas obtenu de résultat probant depuis son entrée en Suisse.
• Que notre Service considère que le but du séjour est atteint.
• Que par surabondance, notre Service considère que la sortie de Suisse au terme des études n’est pas suffisamment assurée au vu des éléments figurant à notre dossier.
Au vu des éléments mentionnés ci-dessus, notre Service n'est pas disposé à prolonger l'autorisation de séjour sollicitée."
D. Le 24 septembre 2009 (date du cachet postal), X._ a recouru contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (ci-après: la CDAP), en concluant au renouvellement de son autorisation de séjour pour études. Elle a repris en substance les arguments développés dans sa lettre du 10 juillet 2009.
Dans sa réponse du 3 novembre 2009, l'autorité intimée a conclu au rejet du recours. Elle a souligné en particulier que la recourante n'avait pas établi qu'elle avait été définitivement admise à la HECV-Santé, puisque, selon l'attestation du 1er mai 2009 produite, son admission définitive devait encore être confirmée par la Commission d'admission.
La recourante a déposé un mémoire complémentaire le 27 novembre 2009. Elle a donné en particulier les précisions suivantes sur la nouvelle formation qu'elle envisageait:
"Pour ce qui est de la nouvelle formation que je souhaitais suivre -soins infirmiers- à la HECV-Santé, il m’avait été délivré une attestation certifiant mon inscription à cette école, mais que mon admission ferme/définitive allait être statuée par la commission d’admission en juin 2009 - attestation que j’ai d’ailleurs fourni au service de la population de la ville de 1********. Le 23 Juin 2009, j’ai reçu un coup de fil de la responsable des admissions en soins infirmiers de l’école Chantepierre, [...], m’informant que la commission a décidé que je fasse un complément de formation en santé dans un gymnase pour me mettre à niveau, du moment où c’est une option nouvelle et ça risque d’être difficile pour moi si j’entre directement dans le cursus bachelor à la HECV Santé.
J’ai donc contacté le gymnase de Chamblandes, notamment le responsable des cours du soir, [...]. Ce dernier m’a transmis un listing de pièces à fournir pour la constitution du dossier. Il m’a en outre proposé de suivre une formation en culture générale — option santé qui dure deux ans. J’ai été d’accord, mais je lui ai dit que j’attendais encore la décision du tribunal cantonal pour commencer les cours. De ce fait, au lieu de faire quatre ans comme il était question si la HECV- Santé m’acceptait dans leur école, je ne ferai que deux ans d’étude, puis j’irai continuer ma formation d’infirmière dans mon pays d’origine, le Cameroun. En effet j’aimerai avoir des bases solides. Et en matière de bases solides la Suisse est réputée être l’un des pays qui forme le mieux au monde."
L'autorité intimée s'est déterminée sur cette écriture le 9 décembre 2009.
Les arguments respectifs des parties seront repris ci-après dans la mesure utile.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1. Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD.
2. Le litige porte sur le refus d'une prolongation de séjour pour études.
3. a) L'art. 27 al. 1 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20) prévoit:
"Un étranger peut être admis en vue d’une formation ou d’un perfectionnement aux conditions suivantes :
a. la direction de l’établissement confirme qu’il peut suivre la formation ou le perfectionnement envisagés;
b. il dispose d’un logement approprié;
c. il dispose des moyens financiers nécessaires;
d. il paraît assuré qu’il quittera la Suisse."
Les art. 23 et 24 de l'ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative (OASA; RS 142.201) précisent:
Art. 23 Qualifications personnelles
(art. 27 LEtr)
1 L’étranger peut prouver qu’il dispose des moyens financiers nécessaires à une formation ou à un perfectionnement en présentant notamment:
a. une déclaration d’engagement ainsi qu’une attestation de revenu ou de fortune d’une personne solvable domiciliée en Suisse; les étrangers doivent être titulaires d’une autorisation de séjour ou d’établissement;
b. la confirmation d’une banque reconnue en Suisse permettant d’attester l’existence de valeurs patrimoniales suffisantes;
c. une garantie ferme d’octroi de bourses ou de prêts de formation suffisants.
2 Il paraît assuré que l’étranger quittera la Suisse notamment:
a. lorsqu’il dépose une déclaration d’engagement allant dans ce sens;
b. lorsqu’aucun séjour ou procédure de demande antérieur, ou aucun autre élément n’indique que la personne concernée entend demeurer durablement en Suisse;
c. lorsque le programme de formation est respecté.
3 Une seule formation ou un seul perfectionnement d’une durée maximale de huit ans est admis. Des dérogations ne sont possibles que dans des cas dûment motivés.
4 L’exercice d’une activité lucrative se fonde sur les art. 38 à 40."
Art. 24 Exigences envers les écoles
(art. 27 LEtr)
1 Les écoles qui proposent des cours de formation ou de perfectionnement à des étrangers doivent garantir une offre de cours adaptée et respecter le programme d’enseignement. Les autorités compétentes peuvent limiter aux seules écoles reconnues l’admission à des cours de formation ou de perfectionnement.
2 Le programme d’enseignement et la durée de la formation ou des cours de perfectionnement doivent être fixés.
3 La direction de l’école doit confirmer que le candidat possède le niveau de formation et les connaissances linguistiques requis pour suivre la formation envisagée.
4 Dans des cas dûment motivés, les autorités compétentes peuvent également demander qu’un test linguistique soit effectué."
b) Selon la jurisprudence (notamment un arrêt du Tribunal administratif fédéral C-2525/2009 du 19 octobre 2009), les conditions spécifiées à l'art. 27 LEtr étant cumulatives, une autorisation de séjour pour l'accomplissement d'une formation ne saurait être délivrée que si l'étudiant étranger satisfait à chacune d'elles. Cette disposition correspond dans une large mesure à la réglementation des art. 31 et 32 de l'ancienne ordonnance du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (cf. Message du Conseil fédéral concernant la loi sur les étrangers du 8 mars 2002, in FF 2002 3542, ad art. 27 du projet de loi). Par ailleurs, il convient de rappeler que, même dans l'hypothèse où toutes les conditions prévues à l'art. 27 LEtr (disposition rédigée en la forme potestative ou "Kann-Vorschrift") seraient réunies, l'étranger n'a pas un droit à la délivrance (respectivement à la prolongation) d'une autorisation de séjour, à moins qu'il ne puisse se prévaloir d'une disposition particulière du droit fédéral ou d'un traité lui conférant un tel droit (cf. ATF 133 I 185 consid. 2.3, 131 II 339 consid. 1 et la jurisprudence citée; voir également ATF 2D_28/2009 du 12 mai 2009 et le Message du Conseil fédéral précité, FF 2002 3485, ad ch. 1.2.3).
c) D'après les directives de l'office fédéral des migrations (l'ODM), "I. Domaine des étrangers" dans leur version au 1er juillet 2009 (ch. 5.1.2), l’étranger qui souhaite se former ou se perfectionner en Suisse doit présenter un plan d’étude personnel et préciser le but recherché (diplôme, maturité, master, licence, doctorat, etc.). Sa demande est comparée au programme officiel de l'établissement concerné. La direction de l'école doit confirmer que le requérant possède le niveau de formation requis et dispose de connaissances linguistiques suffisantes pour suivre l'enseignement visé.
Les dérogations à l'art. 23 al. 2 OASA précité, qui n'autorise en principe qu'une seule formation ou un seul perfectionnement d’une durée maximale de huit ans, doivent être soumises à l’ODM pour approbation. C’est par exemple le cas lorsqu’une formation présente une structure logique (p. ex. internat, gymnase, études menant à un diplôme, doctorat), qu’elle vise un but précis et n’est pas destinée à éluder des conditions d’admission plus strictes. Sous réserve de circonstances particulières, les personnes de plus de 30 ans ne peuvent en principe se voir attribuer une autorisation de séjour pour se former ou se perfectionner. Les exceptions doivent être suffisamment motivées (directives ODM, loc. cit., se référant à l'arrêt du TAF C-482/2006 du 27 février 2008).
Toujours selon les directives précitées (loc. cit.), seul l’étranger qui fréquente une école délivrant une formation à temps complet dont le programme comprend au moins 20 heures de cours par semaine peut se voir délivrer une autorisation de séjour en vue d’une formation ou d’un perfectionnement au titre de l’art. 27 LEtr. On entend par école délivrant une formation à temps complet tout établissement dont l’enseignement est dispensé chaque jour de la semaine et débouche sur un certificat de capacité professionnelle ou un diplôme. Les gymnases, les écoles techniques, les écoles de commerce ainsi que les écoles d’agriculture et d’autres écoles professionnelles tombent également dans cette catégorie. Les internats sont par ailleurs également considérés comme des écoles délivrant une formation à temps complet. Les exigences envers les écoles mentionnées à l’art. 24 OASA sont applicables (cf. annexe 5/1 relative à la circulaire sur le registre des écoles privées en Suisse). Les écoles dont le programme est limité ou celles qui ne proposent qu’un nombre de cours restreint, dont font notamment partie les écoles du soir, ne tombent par contre pas dans la catégorie des écoles délivrant une formation à temps complet.
Les offices cantonaux compétents en matière de migration doivent vérifier que les étrangers qui séjournent en Suisse en vue d’une formation ou d’un perfectionnement passent leurs examens intermédiaires et finaux en temps opportun. En cas de manquement à leurs obligations, le but de leur séjour est réputé atteint et leur autorisation de séjour n’est pas prolongée. Un changement d’orientation en cours de formation ou de perfectionnement ou une formation supplémentaire ne peuvent être autorisés que dans des cas d’exception suffisamment motivés (directives ODM, loc. cit.).
4. En l'espèce, la recourante est entrée en Suisse en novembre 2004 afin d'entreprendre des études de lettres à l'Université de Lausanne. La formation devait durer quatre ans. La recourante a toutefois subi un échec définitif en février 2009 et a été exclue de la faculté des lettres de l'Université de Lausanne. Elle a souhaité alors se réorienter et a sollicité du SPOP le renouvellement de son autorisation de séjour afin d'entreprendre une formation dans le domaine des soins infirmiers à la HECV-Santé. La formation devait durer quatre ans. Elle a remis au SPOP une attestation de cette école indiquant qu'elle était inscrite dans la filière soins infirmiers. Le document mentionnait que l'admission définitive de l'intéressée devait toutefois être confirmée par la Commission d'admission de l'école. Dans son mémoire complémentaire, la recourante a expliqué que la Commission d'admission avait exigé qu'elle fasse un complément de formation en santé dans un gymnase pour une mise à niveau de ses connaissances. Elle s'était dès lors renseignée auprès du responsable des cours du soir du gymnase de Chamblandes, à Pully. Celui-ci lui a donné des informations sur le complément de formation exigé par la Commission d'admission. Il lui a proposé en outre l'Ecole de culture générale du soir, option santé, qui lui permettrait d'obtenir en deux ans un certificat de culture générale, option santé. Prête à suivre cette proposition, la recourante sollicite désormais le renouvellement de son autorisation de séjour afin d'entreprendre cette formation, en s'en expliquant comme il suit: "..., au lieu de faire quatre ans comme il était question si la HECV-Santé m'acceptait dans leur école, je ne ferai que deux ans d'étude, puis j'irai continuer ma formation d'infirmière dans mon pays d'origine, le Cameroun". Ainsi exposés, les projets de la recourante ne sont pas tout à fait clairs. On ne sait si elle entend s’en tenir aux deux années préparatoires de culture générale option santé, dispensées au gymnase, ou encore, à l'issue des cours du soir, poursuivre une formation d'infirmière dans la filière soins infirmiers de la HECV-Santé, mais limitée aux deux premières années de bachelor. Toutefois, comme on l'a rappelé ci-dessus, seul l'étranger qui fréquente une école délivrant une formation à temps complet peut obtenir une autorisation de séjour en vue d'une formation ou d'un perfectionnement au titre de l'art. 27 LEtr. Or, les écoles du soir, comme l'Ecole de culture générale du soir envisagée par la recourante, ne tombent pas la catégorie des écoles délivrant une formation à temps complet (voir supra consid. 3c).
Il n'y a dès lors pas lieu d'accorder à la recourante la prolongation de son autorisation de séjour pour études. La décision attaquée, qui ne viole pas le droit fédéral, ni ne procède d'un abus du pouvoir d'appréciation de l'autorité intimée, doit être confirmée.
5. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. Vu l'issue du litige, la recourante supportera les frais de justice. Elle n'aura par ailleurs pas droit à l'allocation de dépens.