Decision ID: c0430dac-ec97-581e-8304-2fa778f5fc77
Year: 2017
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
Par ordonnance
DTAE/914/2017
du 22 février 2017, communiquée pour notification le 2 mars 2017 aux parties, relative à la mineure E_ , née en 2014, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant a accordé l'autorité parentale conjointe à A_, née en 1997, et B_, né en 1995, sur leur enfant E_ (ch. 1 du dispositif), accordé à B_ un droit de visite sur sa fille, s'exerçant selon diverses modalités progressives prévues par l'ordonnance (ch. 2), maintenu la curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles (ch. 3), ordonné la mise en place d'un suivi de guidance parentale en faveur de l'enfant et de ses père et mère, ainsi que d'un suivi de l'enfant par le Service éducatif itinérant et invité les curatrices à veiller à la mise en place rapide et effective de ces suivis (ch. 4 et 5), invité en outre les curatrices à interpeller le Tribunal de protection en cas de nécessité d'autres mesures (ch. 6), fait instruction à A_ et B_ d'effectuer une thérapie de séparation et donné acte à B_ de ce qu'il entreprenait un suivi thérapeutique individuel (ch. 7 et 8), invité A_ à mettre en place un suivi thérapeutique individuel sur elle-même (ch. 9), attribué à A_ la totalité de la bonification pour tâches éducatives (ch. 10) et arrêté les frais judiciaires à 11'800 fr. mis à la charge des parties par moitié chacune, les frais à la charge de B_ étant laissés provisoirement à la charge de l'Etat vu l'assistance judiciaire, l'ordonnance étant déclarée exécutoire immédiatement nonobstant recours, les parties étant déboutées de toutes autres conclusions (ch. 11 à 13).
B.
Par acte expédié le 3 avril 2017 à l'attention de la Chambre de surveillance de la Cour de justice, A_ a conclu à l'annulation de l'ordonnance en question, à l'exception des chiffres 3 et 10 du dispositif, à ce qu'il soit ordonné le maintien de l'autorité parentale exclusive en sa faveur sur l'enfant, à ce qu'il soit octroyé un droit de visite sur celui-ci en faveur de B_ à raison de deux heures toutes les trois semaines au Point rencontre uniquement, à ce que soit ordonnée une réévaluation de la situation après un an, à ce qu'il soit "reconnu que A_ plaidait au bénéfice de l'assistance juridique lors de la première instance et que partant, les frais judiciaires seront pris en charge par le canton", sous suite de frais et dépens à la charge de l'adverse partie, les parties devant être déboutées de toutes autres ou contraires conclusions.
Elle fait grief au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) d'avoir violé l'art. 298d al. 1 CC, commandant selon elle que l'autorité parentale exclusive soit maintenue en sa faveur. Elle fait en outre grief au Tribunal de protection d'avoir violé l'art. 273 al. 1 CC et l'art. 3 al. 1 de la "Convention relative aux droits de l'enfant" en ayant octroyé au père de l'enfant un droit de visite dont les modalités sont éloignées de ce que le Service de protection des mineurs avait prescrit et ce, sans motivation. Enfin, elle fait grief au Tribunal de protection d'avoir mis à sa charge les frais judiciaires de première instance, alors qu'elle plaidait au bénéfice de l'assistance judiciaire.
Elle a requis enfin la restitution de l'effet suspensif au recours, demande rejetée par décision du 12 avril 2017 de la Chambre de surveillance (
DAS/67/2017
).
Par observations sur la demande de restitution d'effet suspensif du 7 avril 2017, le Service de protection des mineurs avait préavisé l'exécution immédiate de l'ordonnance dans l'intérêt de l'enfant.
Par prise de position à l'adresse de la Chambre de céans du 25 avril 2017, le Tribunal de protection n'a pas souhaité revoir sa décision.
Par courrier du 26 avril 2017, le Service de protection des mineurs s'est référé à son préavis du 7 avril 2017, aucun élément nouveau n'étant survenu depuis lors,
Par réponse du 19 mai 2017 reçue le 22 mai 2017 au greffe de la Cour de justice, B_ a conclu au rejet du recours.
Il considère qu'il n'existe aucun motif de le priver de l'autorité parentale conjointe sur l'enfant, de même qu'il n'existe aucun motif que les relations personnelles entre lui et sa fille ne puissent être élargies progressivement conformément à ce que prévoit l'ordonnance. Il a produit, en date du 24 mai 2017, une ordonnance de classement de la plainte pénale dirigée contre lui par A_, pour contraintes sexuelles.
Par réplique du 30 mai 2017, A_ a persisté dans ses conclusions, B_ persistant dans les siennes par duplique du 12 juin 2017.
C.
Pour le surplus, ressortent de la procédure les faits pertinents suivants :
a)
La mineure E_ , est née en 2014 de la relation hors mariage de A_, alors mineure et B_, de nationalité française, domicilié en France.
Les parents ont conclu une convention en date du 17 juillet 2015 tendant à la fixation d'un droit de visite en faveur de B_ d'un à deux jours toutes les cinq semaines en présence de la mère et au domicile de cette dernière.
b)
Par demande du 13 juillet 2015, B_ a requis du Tribunal de protection l'instauration de l'autorité parentale conjointe sur l'enfant. Il exposait qu'en mars 2015 le couple s'était séparé, lui-même étant rentré dans son pays dès avril 2015. A_ s'est opposée à la requête soutenant que le comportement "inquiétant" du père de l'enfant était susceptible de compromettre le bien-être de celle-ci. Elle a en outre exposé que l'enfant n'avait pas été voulue, mais qu'elle avait subi les assauts de B_. Pour le surplus, elle avait quitté ce dernier, constatant qu'il était incapable de s'occuper de l'enfant et se complaisait dans l'oisiveté. Elle a exposé, d'autre part, qu'elle n'avait pas été en mesure de comprendre la convention du 17 juillet 2015 qu'elle avait signée.
c)
Par rapport du 26 novembre 2015, le Service de protection des mineurs a préavisé l'institution de l'autorité parentale conjointe sur l'enfant, constatant cependant l'opposition "massive à toute collaboration avec B_" de A_, celle-ci ayant exposé avoir déposé plainte pénale contre le père de l'enfant.
Le Service de protection des mineurs relevait également que, du fait de la minorité de la mère, le Tribunal de protection avait ordonné que l'enfant soit pourvue d'un tuteur avec lequel les deux parents avaient régulièrement collaboré; ils s'étaient montrés cohérents dans la prise en charge de leur fille et attentifs aux conseils prodigués. Le Service de protection des mineurs s'était déclaré surpris par la perte de confiance de A_ à l'égard de B_, les deux parents s'étant toujours montrés d'accord dans leurs prises de décisions communes par le passé.
En date du 8 février 2016, le Service de protection des mineurs a préconisé en outre l'instauration d'un droit de visite progressif, à raison d'un week-end sur trois, sans les nuits pendant trois mois, puis, après évaluation par un curateur, avec introduction des nuits, les passages de l'enfant devant avoir lieu au Point rencontre. Il a recommandé en outre l'instauration d'une curatelle d'organisation et de surveillance du droit de visite.
La représentante dudit service a en outre confirmé, lors d'une audience tenue par-devant le Tribunal de protection, que des périodes de quatre à cinq jours consécutifs durant les vacances, respectivement quatorze jours consécutifs au maximum en été, pouvaient être réservés au père à titre de droit visite.
d)
Par ordonnance
DTAE/893/2016
du 10 février 2016, confirmée par décision
DAS/103/2016
rendue le 21 avril 2016 par la Chambre de surveillance de la Cour de justice, le Tribunal de protection a, sur mesures provisionnelles, accordé à B_ un droit de visite sur sa fille mineure, s'exerçant au Point rencontre à raison de deux heures toutes les trois semaines et prononcé une curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles et un suivi de guidance parentale en faveur de la mineure. En outre, une expertise familiale a été ordonnée le 26 février 2016 par le Tribunal de protection.
e)
L'expertise a été rendue le 10 octobre 2016, décrivant A_ comme souffrant d'un trouble de la personnalité mixte avec traits paranoïaques et immatures, associé à un trouble anxieux et une phobie spécifique, ainsi qu'à des douleurs chroniques dans lesquelles interviennent des facteurs somatiques et psychiques. Les angoisses présentées par la mère étaient en lien avec la demande du père d'une relation plus régulière avec la mineure, de même qu'avec l'angoisse de perdre celle-ci, s'inscrivant dans un fonctionnement prédominé par une problématique de séparation, à savoir des angoisses de perte avec idéation morbide. Elle n'avait qu'une conscience limitée de ses troubles. Elle n'était pas capable d'accompagner et de soutenir la mineure dans sa relation avec son père, substituant un rapport de filiation symbolique avec son compagnon actuel.
Quant à B_, il présentait un trouble mixte de la personnalité avec des traits de personnalité anxieuse et dépendante, associé à un trouble de l'adaptation. Il avait une conscience partielle de ces troubles, il se sentait une responsabilité de transmission et de soins à l'égard de l'enfant. Il paraissait apte à favoriser la relation de l'enfant avec sa mère. Ses compétences parentales étaient limitées par une dépression. En outre, en raison de la longue période passée sans voir sa fille, ses compétences de jeu et d'accompagnement nécessitaient un apprentissage, sa collaboration avec les professionnels s'étant avérée satisfaisante.
La mineure présentait quant à elle une angoisse de séparation de l'enfant centrée sur la mère et un trouble de l'acquisition du langage nécessitant une prise en charge en guidance parentale notamment.
Quant à la relation parentale, les experts relevaient qu'aucune coopération entre les parties n'existait, A_ accusant B_ de viol et s'opposant à la relation père-fille, attitude qui suscitait l'incompréhension de B_. Cette dynamique relationnelle portait préjudice à la mineure qui avait été brutalement séparée de son père. A terme, de tels rapports entre les parents risquaient de se traduire par d'importants conflits de loyauté chez l'enfant, ainsi que par des angoisses de perte.
En conclusion, le rapport d'expertise recommandait l'instauration de l'autorité parentale conjointe, la garde devant être maintenue chez la mère, le tout couplé à l'instauration de curatelles ad hoc et de mesures d'accompagnement. Une mesure de retrait de garde et de placement de l'enfant était même envisagée par les experts en cas d'absence d'évolution de la relation entre les parents dans un délai d'une année. Quant au droit de visite sur l'enfant, le rapport d'expertise préconisait en faveur du père une mise sur pied d'un droit de visite progressif à raison de deux heures toutes les deux semaines au Point rencontre jusqu'à un élargissement à deux journées toutes les deux semaines, ainsi que la poursuite d'un suivi de guidance parentale, l'instauration d'une curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles, de surveillance des soins, ainsi que de la représentation de la mineure et une prise en charge psychiatrique individuelle des parents.
f)
Par rapport du 17 novembre 2016, le Service de protection des mineurs a préavisé la fixation d'un droit de visite en faveur du père, s'exerçant dans un premier temps à raison de deux heures toutes les trois semaines au Point rencontre puis, après six mois, à raison d'une journée toutes les trois semaines, libre, des vacances ne pouvant être envisagées qu'après coup. Pour le surplus, le préavis est, dans les grandes lignes, similaire aux conclusions de l'expertise psychiatrique.
g)
L'expert a confirmé son rapport lors de l'audience du 30 novembre 2016 du Tribunal de protection, ajoutant ne pas avoir de crainte par rapport à la manière dont B_ protègerait son enfant lorsqu'il en assurerait la prise en charge. Les affects dépressifs, voire la dépression dont il souffrait ne justifiaient pas la prise de précautions particulières le concernant, si ce n'est l'intervention du Point rencontre de manière à l'assister dans sa relation avec sa fille et de rassurer la mère.
h)
Par observations du 23 janvier 2017, A_ a conclu au maintien de l'autorité parentale exclusive en sa faveur et à la fixation d'un droit de visite progressif au père de deux heures toutes les trois semaines au Point rencontre avec réévaluation des conditions après un an au minimum, considérant que le conflit important, durablement installé entre les parents, ne permettait pas une autorité parentale conjointe conforme au bien de l'enfant.
Quant au père, par observations du 23 janvier 2017, il a persisté dans sa volonté de voir instaurer une autorité parentale conjointe sur son enfant et a conclu à la fixation d'un droit de visite progressif en sa faveur, selon des modalités qu'il détaille.
Suite à quoi l'ordonnance querellée a été prononcée.
i)
Il ressort enfin de la procédure que par décision du 14 janvier 2016, le vice-président du Tribunal civil avait admis A_ au bénéfice de l'assistance judiciaire avec effet au 18 décembre 2015 dans le cadre de la défense à une demande d'autorité parentale, de garde et de droit de visite de B_ sur l'enfant E_ dans la cause C/9636/2014, complétée par une décision du vice-président du Tribunal civil du 22 mars 2016, la mettant au bénéfice de l'assistance judiciaire également pour la défense et la réponse à un recours interjeté contre une ordonnance sur mesures provisionnelles
DTAE/893/2016
du 10 février 2016 dans la cause C/9636/2014. En outre, par décision du 27 mars 2017 de la vice-présidente du Tribunal civil, A_ a été mise au bénéfice de l'assistance judiciaire s'agissant du recours contre l'ordonnance
DTAE/914/2017
du 22 février 2017 dans la cause en question, faisant l'objet du présent recours.

EN DROIT
1.
1.1
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie aux mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 CC et 53