Decision ID: 94bb9f60-dd96-58e2-9b3a-328eb6202366
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_009
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par jugement du 2 novembre 2017, le Tribunal de police a acquitté A_ du chef de menaces (art. 180 al. 1 du Code pénal suisse du 21 décembre 1937 [CP -
RS 311.0
]), mais l'a reconnue coupable d’injure (art. 177 al. 1 CP), condamnée à une peine pécuniaire de 20 jours-amende, à CHF 30.- l'unité, avec sursis (délai d'épreuve : deux ans), ainsi qu'aux frais de la procédure.
b.
Le 21 août 2018, la Chambre pénale d'appel et de révision (CPAR) a acquitté A_ du chef d'injure. Elle a mis les frais de la procédure de première instance et d'appel à la charge de l'Etat et rejeté les conclusions en indemnisation de la prévenue.
c.
Par arrêt du 28 novembre 2018 (
6B_938/2018
), le Tribunal fédéral a admis le recours de A_, annulé l'arrêt attaqué et renvoyé la cause à l'autorité cantonale pour nouvelle décision s'agissant de l'indemnité requise par la prévenue en vertu de l'art. 429 CPP.
La CPAR avait considéré à tort que l'assistance d'un avocat ne procédait pas d'un exercice raisonnable des droits de procédure.
B.
a.
Invitée à se déterminer sur les suites du renvoi par le Tribunal fédéral, A_ a conclu, en date du 9 janvier 2019, à l'octroi d'une indemnité de CHF 12'509.65 fondée sur l'art. 429 CPP, correspondant aux honoraires de son conseil pour l'activité déployée en première instance et en appel, laquelle devait être complétée de dépens pour l'activité postérieure au renvoi par le Tribunal fédéral.
b
. Le Ministère public, auquel l'écriture de A_ a été communiquée, ne s'est pas déterminé dans le délai imparti et la cause a été derechef gardée à juger.
C.
A teneur du dossier, A_ n'était pas assistée d'un avocat au cours de la procédure préliminaire et d'instruction. Elle a formé seule opposition à l'ordonnance pénale du Ministère public. Elle a consulté un avocat le 1
er
novembre 2017, soit la veille de l'audience devant le Tribunal de police (cf. courrier de M
e
B_ du 1
er
novembre 2017 et procuration jointe). A_ était assistée de M
e
C_, qui excusait M
e
B_, à l'audience de première instance qui a duré une heure.
En appel, le défenseur a déposé une écriture motivée de 17 pages.
Selon les deux notes d'honoraires produites, l'activité de première instance a consisté en 7 heures et 15 minutes d'activité à CHF 450.-/heure, dont 1 heure 30 minutes pour l'audience et 45 minutes pour la consultation du dossier au Tribunal de police. Le montant facturé était ainsi de CHF 3'523.50, TVA compris.
En appel, une activité de 20 heures et 20 minutes au tarif de CHF 400.- voire de
CHF 450.- a été facturée, dont 17 heures pour l'étude du dossier et la rédaction des écritures, pour un total de CHF 8'337.50, hors TVA.

EN DROIT
:
1.
Un arrêt de renvoi du Tribunal fédéral lie l'autorité cantonale à laquelle la cause est renvoyée, laquelle voit sa cognition limitée par les motifs dudit arrêt, en ce sens qu'elle est liée par ce qui a déjà été définitivement tranché par le Tribunal fédéral (ATF
104 IV 276
consid. 3b et
103 IV 73
consid. 1) et par les constatations de fait qui n'ont pas été attaquées devant lui ou l'ont été sans succès (ATF
131 III 91
consid. 5.2). Il n'est pas possible de remettre en cause ce qui a été admis, même implicitement, par ce dernier. L'examen juridique se limite donc aux questions laissées ouvertes par l'arrêt de renvoi, ainsi qu'aux conséquences qui en découlent ou aux problèmes qui leur sont liés (ATF
135 III 334
consid. 2 ; arrêts du Tribunal fédéral
6B_588/2012
du 11 février 2013 consid. 3.1 et
6B_534/2011
du 5 janvier 2012 consid. 1.2).
La motivation de l'arrêt de renvoi détermine dans quelle mesure la cour cantonale est liée à la première décision, décision de renvoi qui fixe aussi bien le cadre du nouvel état de fait que celui de la nouvelle motivation juridique (ATF
135 III 334
consid. 2).
2.
2.1.
L'art. 429 al. 1 let. a CPP prévoit que si le prévenu est acquitté totalement ou en partie ou s'il bénéficie d'une ordonnance de classement, il a droit à une indemnité pour les dépenses occasionnées par l'exercice raisonnable de ses droits de procédure.
L'autorité pénale amenée à fixer une indemnité sur un tel fondement n'a pas à avaliser purement et simplement les notes d'honoraires d'avocats qui lui sont soumises : elle doit, au contraire, examiner, tout d'abord, si l'assistance d'un conseil était nécessaire, puis, dans l'affirmative, apprécier objectivement la pertinence et l'adéquation des activités facturées, par rapport à la complexité juridique et factuelle de l'affaire, et, enfin, dire si le montant des honoraires réclamés, même conformes au tarif pratiqué à Genève, est proportionné à la difficulté et à l'importance de la cause, c'est-à-dire raisonnable au sens de la loi (
ACPR/140/2013
du 12 avril 2013). Les honoraires d'avocat se calculent selon le tarif usuel du barreau applicable dans le canton où la procédure se déroule (arrêt du Tribunal fédéral
6B_392/2013
du 4 novembre 2013 consid. 2.3). La Cour de justice retient en principe un tarif horaire de CHF 350.- pour les collaborateurs (
AARP/65/2017
du 23 février 2017 ;
AARP/125/2012
du 30 avril 2012) et entre CHF 400.- et CHF 450.- pour un chef d'étude (arrêts du Tribunal fédéral
2C_725/2010
du 31 octobre 2011 consid. 3 et
2C_25/2008
du 18 juin 2008 consid. 3, en matière d'assistance juridique, faisant référence aux tarifs usuels d'un conseil de choix à Genève ;
AARP/125/2012
du 30 avril 2012 consid. 4.2 ;
ACPR/178/2015
du 23 mars 2015 consid. 2.1). En cas d'assujettissement, l'équivalent de la TVA est versé en sus. L'indemnité fondée sur l'art. 429 al. 1 let. a CPP pour les dépenses obligatoires occasionnées par la procédure ne produit pas d'intérêts (ATF
143 IV 495
consid. 2.2.4 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_1008/2017
du 5 avril 2018 consid. 2.3 in fine).
L'avocat devra se limiter à un minimum d'activité dans les cas juridiquement simples (L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND,
Petit commentaire CPP
, Bâle 2016, n° 11
ad
art. 429).
Le prévenu est seul titulaire de la créance en paiement de ses frais de défense envers l'État (arrêts du Tribunal fédéral
6B_111/2017
du 17 octobre 2017 consid. 3.3.1 ;
6B_1146/2016
du 14 juillet 2017 consid. 2 =SJ
2018 I 197
).
2.2.
En l'espèce, conformément à l'arrêt de renvoi du Tribunal fédéral, il est admis que l'assistance d'un avocat procède d'un exercice raisonnable des droits de procédure.
Les honoraires facturés en première instance sont adéquats et seront admis en totalité.
Pour la procédure d'appel, la CPAR considère que 10 heures d'activité étaient globalement suffisantes pour défendre la position de la prévenue. On rappellera à cet égard l'absence de complexité juridique de la cause en ce qui concerne le seul chef d'accusation encore litigieux en appel, à savoir l'infraction d'injure. Par ailleurs, le complexe de faits à l'origine de cette accusation, à savoir un échange de propos entre deux employés sur le lieu de travail à une seule reprise, était simple à appréhender et à analyser.
Partant, c'est une indemnité de CHF 3'523.50, TVA inclus, qui sera allouée pour la première instance et de CHF 4'860.- (CHF 4'500.- + CHF 360.- de TVA) pour la procédure d'appel, soit un total de CHF 8'383.50, laquelle comprend, en équité, également l'activité de rédaction du courrier à la CPAR postérieurement au renvoi par le Tribunal fédéral.
* * * * *