Decision ID: f5f7b151-8dea-51a9-be47-d8f6ac2faf16
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par jugement du 16 octobre 2015, le Tribunal de première instance a statué sur les mesures protectrices de l'union conjugale requises par B_ à l'égard de A_. Il a autorisé les époux à vivre séparés, attribué à B_ la jouissance exclusive du domicile conjugal ainsi que la garde sur l'enfant né le _ 2011 et réservé à A_ un droit de visite s'exerçant à raison d'un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, les lundis dès 16h00, sortie de l'école et jeudis dès 17h00, sortie de l'école, jusqu'à 19h00, à charge pour A_ d'assumer les activités parascolaires ou de logopédie de l'enfant, ainsi qu'un mercredi sur deux de 10h00 à 18h00 (ch. 1 à 4 du dispositif). Pour le surplus, il a donné acte à A_ de son engagement de payer une contribution à l'entretien de l'enfant à hauteur de 500 fr. par mois (ch. 5) et condamné A_ à verser à B_ à titre de contribution à son entretien par mois et d'avance la somme de 1'500 fr. (ch. 6). Il a pour le surplus statué sur les frais et les dépens (ch. 7 et 8).
B.
Par acte déposé au greffe de la Cour le 29 octobre 2015, A_ appelle de ce jugement exclusivement à l'égard du chiffre 6 de son dispositif le condamnant à verser une contribution d'entretien en faveur de son épouse. Il fait grief au premier juge d'avoir violé les dispositions légales sur l'obligation d'entretien entre époux, de ne pas avoir tenu compte du fait que l'intimée avait violé son devoir d'information entre époux, de ne pas avoir retenu de revenu hypothétique à l'égard de l'intimée et d'avoir rendu un jugement arbitraire, choquant et insoutenable, violant par là même son pouvoir d'appréciation.
En résumé, il soutient que son épouse a caché ses revenus actuels, le Tribunal ayant statué sur la base de faits lacunaires sans requérir de l'intimée les pièces nécessaires pour le faire. Il a préalablement requis la restitution de l'effet suspensif à l'appel, requête rejetée par la Présidente de la Chambre civile de la Cour le
27 novembre 2015.
Par mémoire de réponse du 27 novembre 2015, l'intimée a conclu au rejet de l'appel et à la confirmation du jugement de première instance.
Par avis du 15 janvier 2016 les parties ont été informées que la cause était gardée à juger.
C.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
B_, née le _ 1979, de nationalité _, et A_, né le _ 1984, de nationalité _, ont contracté mariage le _ 2010.
Un enfant est issu de leur union, C_, née le _ 2011.
Les époux se sont séparés le 30 août 2014. B_ est demeurée au domicile familial avec C_.
b.
Par acte expédié au greffe du Tribunal de première instance le 13 mai 2015, B_ a requis le prononcé de mesures protectrices de l'union conjugale. Elle a conclu, avec suite de frais et dépens, à ce que le Tribunal autorise les époux à vivre séparés, lui attribue la jouissance exclusive du domicile conjugal ainsi que la garde sur C_, réserve à A_ un droit de visite à raison d'un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires et condamne son époux à verser, avec effet au 30 août 2014, une contribution à son propre entretien de 3'482 fr. 90 par mois et une contribution à l'entretien de C_ de 890 fr. 05 par mois.
c.
La situation financière des parties, non contestée à l'exception des revenus de l'intimée, est la suivante :
B_ est employée en qualité de femme de ménage, quelques heures par mois, par D_. Elle perçoit à ce titre un revenu mensuel net qui s'est élevé en juin 2014 à 116 fr. 80. Elle indique par ailleurs travailler comme employée domestique pour un salaire mensuel net de 500 fr. B_ n'a pas produit de pièces relatives à ses revenus actuels.
B_ doit faire face à des charges mensuelles de 2'615 fr. 85 :
Les charges incompressibles de l'enfant C_ sont de 613 fr. 20;
Des allocations familiales en 300 fr. par mois sont versées pour l'enfant.
Quant à A_, il est employé en qualité de concierge par la société E_ et perçoit à ce titre un revenu mensuel net de 4'709 fr. 75. Il perçoit par ailleurs un revenu additionnel de l'ordre de 1'000 fr. par mois pour des remplacements occasionnels auprès de l'entreprise de nettoyage F_.
Les charges mensuelles incompressibles de A_ sont de 3'428 fr. 90.
A_ a exposé avoir contracté un prêt personnel, d'un montant de 10'000 fr. en février 2015, pour payer des frais médicaux non couverts de sa mère.
A_ a versé à son épouse, depuis la séparation, un montant de 614 fr. par mois pour l'entretien de l'enfant C_, à l'exception des mois d'avril et mai 2015 pour lesquels il a réduit la contribution à 300 fr. afin de compenser sa créance résultant de la part des impôts 2014 due par B_.

EN DROIT
1.
1.1
Les jugements sur mesures protectrices de l'union conjugale sont considérés comme des mesures provisionnelles, de sorte que l'appel est ouvert contre ceux-ci (art. 308 al. 1 let. b CPC), mais ne déploie pas d'effet suspensif (art. 315 al. 4 let. b CPC). L'appel doit en outre être introduit dans les dix jours, les procédures relatives aux mesures protectrices de l'union conjugale étant instruites en la procédure sommaire (art. 314 al. 1 cum 271 CPC).
1.2
Déposé dans les formes et délais prévus par la loi et par devant l'instance compétente (art. 120 al. 1 let. a LOJ) l'appel est recevable.
2.
L'appelant fait grief au Tribunal de s'être basé, pour le condamner au paiement d'une contribution d'entretien à son épouse, seul point litigieux par devant la Cour de céans, sur des documents anciens et lacunaires, le Tribunal ayant retenu que l'intimée n'avait pas collaboré à satisfaction pour établir sa situation financière mais n'en ayant tiré aucune conclusion.
2.1
Selon l'art. 272 CPC, le Tribunal, dans les causes relevant des mesures protectrices de l'union conjugale, établit les faits d'office. Tel est le cas également s'agissant de la contribution d'entretien du conjoint. L'art. 272 CPC ne prévoit que la maxime inquisitoire dite sociale ou limitée, qui au contraire de ce qui concerne le sort des enfants pour lequel la maxime inquisitoire illimitée est applicable, n'oblige pas exactement le Tribunal à rechercher les faits d'office mais en premier lieu lui impose de protéger une partie non assistée ou plus faible, ce qui en pratique se traduit notamment par un devoir d'investigation renforcé au cours des débats et le devoir d'inviter les parties à produire les preuves manquantes. La maxime inquisitoire sociale ne dispense pas les parties d'indiquer au Tribunal les éléments de fait nécessaires et de produire les preuves disponibles
(TF 5A_II/2013; ATF
125 III 231
) sur la base de leur obligation de collaborer découlant des art. 160 ss CPC.
D'autre part, lors de la fixation de la contribution à l'entretien, le juge doit en principe tenir compte des revenus effectifs. Il peut toutefois imputer à un époux un revenu hypothétique supérieur à celui obtenu effectivement, dans la mesure où celui-ci pourrait le réaliser en faisant preuve de bonne volonté et en accomplissant l'effort qui peut être raisonnablement exigé de lui. Pour ce faire, il doit examiner successivement les deux conditions suivantes : tout d'abord, il doit déterminer s'il peut être raisonnablement exigé de cette personne qu'elle exerce une activité lucrative ou augmente celle-ci, eu égard, notamment, à sa formation, à son âge et à son état de santé. Lorsqu'il tranche celle-ci, le juge ne peut pas se contenter de dire, de manière toute générale, que la personne en cause pourrait obtenir un revenu supérieur en travaillant; il doit préciser le type d'activité professionnelle que cette personne peut raisonnablement devoir accomplir. Ensuite, il doit examiner si la personne a la possibilité effective d'exercer l'activité ainsi déterminée et quel revenu elle peut obtenir, compte tenu des circonstances subjectives susmentionnées, ainsi que du marché du travail (ATF
137 III 118
consid. 3.2;
128 III 4
consid. 4c/bb;
126 III 10
consid. 2b; arrêt du Tribunal fédéral
5A_651/2014
du 27 janvier 2015 consid. 3.1).
Ces conditions doivent être remplies même lorsque l'époux concerné a auparavant diminué volontairement son revenu (ATF
138 III 118
consid. 2.3;
128 III 4
consid. 4;
126 III 10
consid. 2b; arrêt du Tribunal fédéral
5A_651/2014
du
27 janvier 2015 consid. 3.1;
5A_564/2014
du 1
er
octobre 2014 consid. 5.1;
5A_181/2014
du 3 juin 2014 consid. 4.3).
La jurisprudence admet que l'on ne peut en principe exiger de l'époux qui a la garde des enfants la prise ou reprise d'une activité lucrative à un taux de 50% avant que le plus jeune d'entre eux n'ait atteint l'âge de 10 ans révolus et de 100% avant qu'il n'ait atteint l'âge de 16 ans révolus (ATF
137 III 102
consid. 4.2.2.2;
115 II 6
consid. 3c). La règle n'est cependant pas absolue (arrêts du Tribunal fédéral
5C.42/2001
du 18 mai 2001 consid. 4;
5C.139/2005
du 28 juillet 2005 consid. 2.2).
La contribution d'entretien fixée sur mesures protectrices de l'union conjugale doit être déterminée selon les dispositions applicables à l'entretien de la famille
(art. 163 ss CC; ATF
130 III 537
consid. 3.2, SJ
2004 I 529
). Ainsi, tant que l'union conjugale n'est pas dissoute et lorsque le revenu total des deux conjoints dépasse leur minimum vital, l'excédent doit en principe être réparti entre eux, sans que cette répartition n'anticipe sur la liquidation du régime matrimonial (ATF
126 III 8
consid. 3c).
2.2
En l'espèce, il ressort de l'instruction menée par le Tribunal que l'appelant a déclaré lors de l'audience s'opposer au versement d'une contribution à l'entretien de son épouse, tout en proposant de verser une contribution mensuelle à l'entretien de l'enfant. Cela étant, il ne ressort pas du procès-verbal en question que le Tribunal aurait interrogé l'intimée sur sa situation financière. Celle-ci ne ressort toutefois que de manière très lacunaire de son écriture et des pièces produites par elle.
Comme rappelé plus haut, en matière de mesures protectrices de l'union conjugale, le principe issu de l'art. 272 CPC n'implique pas que les parties peuvent renoncer à produire les preuves disponibles et à indiquer au Tribunal les éléments pertinents.
Dans la mesure où l'intimée, dans la requête en mesures protectrices de l'union conjugale qu'elle a déposée par devant le Tribunal de première instance, réclamait une contribution d'entretien, elle était tenue de démontrer le besoin qu'elle avait d'une telle contribution, ainsi que son ampleur. En ne produisant que des pièces disparates et anciennes à l'appui de cette demande, elle ne s'est pas conformée à ces règles. Peu importe toutefois dans la mesure où l'on peut imputer à l'intimée un revenu hypothétique.
Il ressort en effet de la procédure que, d'une part l'intimée travaille en tous les cas depuis 2013 dans le domaine du nettoyage. Elle est jeune (1979) et n'indique pas souffrir d'une maladie invalidante ou d'empêchements de travailler. L'enfant commun est prise en charge tous les lundis toute la journée jusqu'à la sortie de l'école et tous les jeudis et vendredis toute la journée jusqu'à 17h, sortie du parascolaire, par l'institution dans laquelle elle est scolarisée, ainsi que de manière très large par l'appelant selon le droit de visite mis sur pied. Il en découle que les lundis, jeudis et vendredis toute la journée l'intimée est susceptible de travailler de sorte à se procurer un revenu. Par conséquent et au vu du domaine dans lequel elle exerce son activité, l'on doit pouvoir lui imputer un revenu hypothétique de l'ordre de 1'400 fr. par mois en prenant en compte un taux d'activité global de 50% à un taux horaire de 18 fr.
Il en découle qu'au vu des charges incontestées de l'intimée en 2'615 fr. 85 telles que retenues par le Tribunal, celle-ci subit un déficit de l'ordre de 1'200 fr. par mois. La couverture du déficit de l'intimée est compatible avec le disponible de l'appelant en 1'780 fr. Conformément à la jurisprudence en la matière, dans le cadre de mesures protectrices de l'union conjugale l'excédent du disponible est réparti entre les époux. Par conséquent, l'excédent étant de 580 fr., le montant de la contribution d'entretien arrêté par le premier juge sera confirmé.
3.
Les frais de la procédure seront arrêtés à 1'000 fr. et mis à la charge de l'appelant dans la mesure où il succombe (art. 106 al.1 CPC).
Chaque partie supportera ses dépens (art. 107 al. 1 let. c CPC).
* * * * *