Decision ID: 4eff20e7-d32e-53ea-ba39-61cb1bd30de9
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_004
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par ordonnance
JTBL/1098/2019
du 19 novembre 2019, reçue par A_ le 22 novembre 2019, le Tribunal des baux et loyers, statuant sur mesures provisionnelles, a ordonné à cette dernière de permettre l'accès de la bailleresse à l'appartement situé au 5
ème
étage de l'immeuble sis au 1_ avant le 17 décembre 2019 (ch. 1 du dispositif), dit qu'à défaut la bailleresse serait autorisée, dès le 18 décembre 2019, à accéder à l'appartement précité avec l'aide d'un huissier judiciaire, voire de la force publique (ch. 2), débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 3) et dit que la procédure était gratuite (ch. 4).
B. a.
Le 29 novembre 2019, A_ a formé recours contre cette ordonnance, concluant à son annulation et au déboutement de la FONDATION B_ de toutes ses conclusions.
b.
Le 4 décembre 2019, la FONDATION B_ a conclu à l'irrecevabilité du recours, subsidiairement à son rejet.
c.
Par arrêt du 9 décembre 2019, la Cour a rejeté la demande d'effet suspensif formée par A_.
d.
Les parties ont répliqué et dupliqué, persistant dans leurs conclusions.
e.
Elles ont été informées le 15 janvier 2020 de ce que la cause était gardée à juger.
C.
Les faits pertinents suivants résultent du dossier :
a.
La FONDATION B_, en tant que bailleresse, et A_, en tant que locataire, ont conclu le 16 juillet 2001 un contrat de bail à loyer portant sur un appartement situé au 5
ème
étage de l'immeuble sis au 1_.
b.
Le bail a été résilié par la bailleresse pour le 31 juillet 2017 par avis du 13 mai 2016.
c.
Le congé a été contesté par la locataire par requête déposée devant la Commission de conciliation en date du 26 octobre 2016, ayant donné lieu à la procédure C/2_/2016. Cette procédure est actuellement pendante par-devant le Tribunal.
d.

Il n'est pas contesté que la bailleresse est en droit de procéder à une visite de l'appartement occupé par A_ afin d'effectuer un contrôle des installations sanitaires de celui-ci, à la suite d'un dégât d'eau.
A_, tout en admettant la licéité de cette visite, s'y oppose depuis de nombreux mois, au motif qu'elle souffre de problèmes dentaires.
e.
Par ordonnance
JTBL/464/2019
du 16 mai 2019, rendue dans la présente cause, le Tribunal a ordonné à A_ de permettre à la bailleresse d'accéder à son appartement dans les 30 jours dès notification de la décision, sous la menace de la peine prévue à l'art. 292 CPS.
L'appel formé par A_ contre cette décision a été déclaré irrecevable par arrêt
ACJC/1141/2019
de la Cour de justice du 5 août 2019, lequel est définitif et exécutoire.
f.
Lors de l'audience du Tribunal du 19 novembre 2019, la bailleresse a indiqué que deux visites avaient été fixées d'entente avec la locataire les 13 août et 12 septembre 2019 mais qu'elle n'avait pas pu avoir accès à l'appartement. Elle sollicitait le prononcé par le Tribunal de mesures d'exécution complémentaires de son ordonnance du 16 mai 2019, à savoir l'autorisation de faire appel à un huissier judiciaire, voire à la force publique, pour effectuer la visite des lieux.
A_ a indiqué que cette demande était disproportionnée, que son traitement dentaire était plus compliqué que prévu et qu'il n'y avait aucun indice permettant de douter du bon état de l'appartement. Elle a confirmé qu'elle ne s'opposait pas au principe de la visite. Elle a déposé un certificat médical indiquant qu'elle suivait un traitement dentaire chirurgical lourd et compliqué qui durerait encore au moins un an et qui rendait sa vie quotidienne difficile.
A l'issue de l'audience du 19 novembre 2019, le Tribunal a gardé la cause à juger sur mesures provisionnelles.
EN DROIT
1.
L'ordonnance querellée porte sur des mesures d'exécution, de sorte que seule la voie du recours est ouverte en l'espèce (art. 309 let. a et art. 319 let. a CPC).
S'agissant d'une affaire soumise à la procédure sommaire (art. 339 al. 2 CPC), le recours doit être introduit dans les dix jours à compter de la notification de la décision motivée (art. 314 al. 1 CPC).
Le recours respecte les dispositions légales précitées et est par conséquent recevable.
2.
Le Tribunal a considéré que la recourante n'avait pas déféré à son injonction de laisser l'intimée inspecter son appartement, en dépit de la menace de la peine prévue par l'art. 292 CP. Il convenait par conséquent d'assortir la décision déjà rendue d'une mesure d'exécution plus incisive, à savoir le recours à un huissier judiciaire ou à la force publique.
La recourante fait valoir que ces mesures d'exécution sont disproportionnées car son traitement dentaire est très douloureux et la fatigue énormément. L'idée de l'intervention d'un huissier judiciaire ou de la police ne faisait qu'exacerber ses angoisses et risquait d'aggraver son état de santé. A cela s'ajoutait qu'il n'y avait aucune urgence à permettre l'intervention de l'intimée, son appartement étant en bon état.
2.1
Selon l'art. 343 al. 1 let. e CPC, lorsque la décision prescrit une obligation de faire, de s'abstenir ou de tolérer, le tribunal de l'exécution peut notamment ordonner l'exécution de la décision par un tiers.
2.2
En l'espèce, les mesures d'exécution ordonnées par le Tribunal respectent le principe de proportionnalité.
En effet, la menace de la peine prévue par l'art. 292 CP n'a pas été suffisante pour permettre l'exécution de l'ordonnance du Tribunal du 16 mai 2019 puisque la recourante refuse toujours obstinément de déférer aux injonctions du Tribunal.
Aucun élément du dossier ne permet de retenir qu'une inspection de l'appartement par l'intimée, exécutée avec le concours d'un huissier ou de la force publique, provoquerait une aggravation des problèmes dentaires de la recourante ou mettrait à mal sa santé psychologique.
L'intimée n'a par ailleurs pas à démontrer l'existence d'une urgence particulière à intervenir dans le cadre de la présente procédure. L'on relèvera au demeurant que cela fait des mois que l'intimée tente, en vain, d'obtenir que la recourante satisfasse à ses obligations légales.
Le recours sera par conséquent rejeté.
3.
Il n'est pas prélevé de frais ni alloué de dépens, s'agissant d'une cause soumise à la juridiction des baux et loyers (art. 22 al. 1 LaCC).
* * * * *