Decision ID: baf64313-3bf6-49b5-921b-cdd205d60faa
Year: 2020
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_008
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: 

En fait :
A.
Par décision du 11 décembre 2019, envoyée pour notification le 22 janvier 2020, la Justice de paix du district de Morges (ci-après : justice de paix ou premiers juges) a mis fin à l’enquête en modification de la curatelle ouverte en faveur de
Michèle Bovi (I) ; a modifié la curatelle de représentation au sens de l’art. 394 al. 1 CC (Code civil suisse du 10 décembre 1907 ; RS 210) et de gestion au sens de l’art. 395 al. 1 CC instituée le 2 mai 2018 en faveur de
Michèle Bovi, née le
16 novembre 1945, en une curatelle de représentation avec limitation de l’exercice des droits civils au sens de l’art. 394 al. 2 CC et de gestion avec restriction d’accès à certains biens au sens de l’art. 395 al. 3 CC (II) ; a retiré à
Michèle Bovi ses droits civils s’agissant de l’administration de ses revenus et de sa fortune (III) ; a privé
Michèle Bovi de sa faculté d’accéder et de disposer de l’ensemble de ses comptes bancaires et/ou postaux (IV) ; a maintenu
Aniessa Jotterand en qualité de curatrice (V) ; a dit que la curatrice aurait pour tâches, dans le cadre de la curatelle de représentation, de représenter
Michèle Bovi dans les rapports avec les tiers, en particulier en matière de logement, santé, affaires sociales, administration et affaires juridiques, et sauvegarder au mieux ses intérêts (art. 394 al. 2 CC) et, dans le cadre de la curatelle de gestion, de veiller à la gestion des revenus et de la fortune de
Michèle Bovi, d’administrer les biens avec diligence et d’accomplir les actes juridiques liés à la gestion (art. 395 al. 3 CC) ainsi que de représenter, si nécessaire,
Michèle Bovi pour ses besoins ordinaires (art. 408 al. 2 ch. 3 CC) (VI) ; a invité la curatrice à soumettre les comptes annuellement à l’approbation de l’autorité, avec un rapport sur son activité et sur l’évolution de la situation de
Michèle Bovi (VII) ; a autorisé la curatrice à prendre connaissance de la correspondance de
Michèle Bovi afin de pouvoir obtenir des informations sur sa situation financière et administrative et s’enquérir des conditions de vie de
Michèle Bovi et, au besoin, à pénétrer dans son logement si elle était sans nouvelles de l’intéressée depuis un certain temps (VIII) ; a privé d’effet suspensif tout recours éventuel contre cette décision (art. 450c CC) (IX) et a mis les frais, par 300 fr., à la charge de
Michèle Bovi (X).
Se fondant sur l’audition de la personne concernée et de la curatrice, les premiers juges ont considéré en substance qu’
Aniessa Jotterand craignait pour la fortune de
Michèle Bovi, qui prélevait trop d’argent sur son compte et le donnait à sa fille
Pascale Terfaïa, et requérait l’institution d’une curatelle de portée générale, qu’il était à craindre que, en raison de son âge et de son état de santé, la personne concernée ne puisse plus gérer ses affaires administratives et financières au mieux de ses intérêts et doive être protégée vis-à-vis de tiers qui pourraient abuser de sa situation et la pousser à se départir de son argent, qu’il y avait dès lors lieu de lui retirer ses droits civils s’agissant de l’administration de ses revenus et de sa fortune, le besoin de protection étant rendu suffisamment vraisemblable, que
Michèle Bovi ne pourrait dès lors plus s’obliger et/ou disposer dans les affaires en question et qu’il y avait également lieu de lui interdire l’accès à l’ensemble de ses comptes bancaires et/ou postaux.
B.
B.1
Par acte du 21 février 2020, accompagné d’un bordereau de pièces et comprenant une requête d’effet suspensif,
Pascale Terfaïa a recouru contre cette décision, concluant, sous suite de frais et dépens, principalement à son annulation et au renvoi de la cause à l’autorité de première instance pour instruction, nouvelle décision « allant dans le sens d’une mesure moins incisive » à l’égard de sa mère
Michèle Bovi et libération d’
Aniessa Jotterand de ses fonctions de curatrice, subsidiairement à sa réforme en ce sens qu’il soit renoncé à instituer une curatelle, plus subsidiairement à l’annulation des chiffres III et IV de la décision du 11 décembre 2019 et à la désignation du notaire
Alain Colombara en lieu et place d’
Aniessa Jotterand, encore plus subsidiairement à l’annulation des chiffres III et IV et à sa propre désignation en qualité de curatrice de
Michèle Bovi en lieu et place d’
Aniessa Jotterand.
Par décision du 24 février 2020, la Juge déléguée de la Chambre des curatelles (ci-après : juge déléguée) a rejeté la requête de restitution de l’effet suspensif au recours de
Pascale Terfaïa.
Par courrier du 21 avril 2020,
Michèle Bovi a renoncé à déposer une réponse au recours de
Pascale Terfaïa, se référant à ses propres mémoire et conclusions du 26 février 2020.
Par courrier du 22 avril 2020, la Juge de paix du district de Morges (ci-après : juge de paix) s’est intégralement référée à la décision de l’autorité de protection du 11 décembre 2019.
Aniessa Jotterand a renoncé à déposer une réponse.
B.2
Par acte du 26 février 2020, accompagné d’un bordereau de pièces et comprenant une requête d’effet suspensif,
Michèle Bovi a également recouru contre la décision rendue le 11 décembre 2019, concluant, sous suite de frais et dépens, principalement à son annulation et au renvoi de la cause en première instance pour nouvelle décision « allant dans le sens d’une mesure moins incisive » à son égard et à la libération d’
Aniessa Jotterand de ses fonctions de curatrice, subsidiairement à sa réforme en ce sens que les chiffres III et IV de la décision du 11 décembre 2019 soient abrogés, que la curatelle instituée le 23 mai 2018 soit confirmée et le notaire
Alain Colombara désigné curateur en lieu et place d’
Aniessa Jotterand, plus subsidiairement à sa réforme en ce sens que les chiffres III et IV soient « abrogés », que la curatelle instituée le 23 mai 2018 soit confirmée et
Pascale Terfaïa désignée curatrice en lieu et place d’
Aniessa Jotterand.
Par décision du 27 février 2020, la juge déléguée a rejeté la requête de restitution de l’effet suspensif au recours de
Michèle Bovi.
Par courrier du 22 avril 2020, la juge de paix s’est intégralement référée à la décision de l’autorité de protection du 11 décembre 2019.
Le 29 avril 2020,
Aniessa Jotterand a déposé une réponse ainsi qu’un lot de pièces.
Pascale Terfaïa a renoncé à se déterminer sur le recours de
Michèle Bovi.
C.
La Chambre retient les faits suivants :
1.
Michèle Lucie Bovi, née le
16 novembre 1945, est l’épouse de
Michel Alain Bovi et la mère de
Pascale Terfaïa, née
Bovi, et
d’Annie Bovi. Elle est domiciliée à
Morges,
rue des Trois-Suisses 3.
Pascale Terfaïa, née le
14 mai 1968, a travaillé de 1993 à 2002 en qualité d’accompagnante socio-éducative auprès de l’Institution de
Lavigny. Le 23 juin 2011, elle a obtenu un certificat d’auxiliaire de santé CRS (Croix-Rouge suisse). Les 16 novembre 2012 et 18 janvier 2013, elle a suivi le cours « Maladie d’Alzheimer et autres démences : quel accompagnement » dispensé par l’AVDEMS (Association vaudoise d’établissements médico-sociaux). Le 27 novembre 2015, elle a suivi une formation donnée à l’Hôpital de
Malévoz, à
Monthey, et intitulée « Attitudes vis-à-vis des patients atteints de démence ». Elle est employée depuis 2015 chez
Spitex (soins et assistance à domicile). Son époux
Adel Terfaïa, ancien brigadier-chef de la Gendarmerie nationale
à Marseille, a effectué, sur assignation de l’Office régional de placement de
Vevey, un pré-stage à la Fondation
Beau-Séjour à
Vevey du 1
er
au 12 avril 2019.
Michel Bovi est propriétaire de la parcelle
92 à Morges, sur laquelle est érigé un immeuble, rue
Louis-de-Savoie 84.
2.
Le 25 décembre 2016, la police de la région de
Morges est intervenue au domicile de
Michèle Bovi, qui aurait déclaré par téléphone à sa fille
Pascale Terfaïa qu’elle voulait mettre fin à ses jours et qu’elle avait consommé des médicaments et de l’alcool. Le même jour,
Michèle Bovi s’est présentée au poste de police. Elle paraissait stable et cohérente et n’a rien voulu dire concernant ses déclarations à sa fille.
Par courrier du 10 janvier 2017,
Pascale Terfaïa a signalé à la justice de paix la situation de sa mère, qui avait un « comportement inadéquat » en retirant notamment de manière compulsive de l’argent au distributeur de billets, requérant de l’autorité qu’elle institue une mesure de protection en faveur de
Michèle Bovi qui n’était pas en mesure de gérer ses affaires financières et administratives. Elle précisait que son père était hospitalisé et faisait également l’objet d’une demande de curatelle et qu’elle ne souhaitait pas plus que sa sœur prendre la responsabilité de gérer les affaires de la famille.
Après avoir entendu les époux
Bovi et leurs deux filles à l’audience du 1
er
mars 2017, la juge de paix a ouvert une enquête en institution d’une mesure de protection en faveur de
Michèle Bovi.
Dans leur rapport d’expertise du 26 février 2018, les Drs
Valérie Le Goff et
Sami Krakria, médecin adjointe et médecin assistant auprès du Département de psychiatrie, Institut de psychiatrie légale (IPL), ont posé le diagnostic de troubles mentaux et du comportement liés à l’utilisation de l’alcool, syndrome de dépendance, utilisation continue ; trouble cognitif léger ; personnalité émotionnellement labile, type impulsif. Selon les experts, cette affection progressive et dont
Michèle Bovi n’avait pas conscience compromettait sa capacité d’agir raisonnablement dans certains domaines, pouvait la rendre incapable de gérer ses affaires (par exemple administratives, financières, etc.) et d’aider son mari dans la gestion d’un important patrimoine. Au vu également de sa vulnérabilité, une mesure de protection pourrait lui être bénéfique.
Par courrier à
Michel Bovi du 23 avril 2018,
Alain Jaccard, chef du service des infrastructures et gestion urbaine de la ville de
Morges, a constaté que le bateau dont il était propriétaire était en mauvais état et nuisait à l’image du port et de ses abords. Il le priait de faire le nécessaire afin que l’embarcation ne semble pas être à l’abandon, faute de quoi le droit d’amarrage ne serait pas renouvelé.
A l’audience du 2 mai 2018,
Michèle Bovi a indiqué qu’elle ne se souvenait pas avoir rencontré de médecin psychiatre dans le cadre d’une expertise et a confirmé l’existence de conflits avec ses filles et son petit-fils, avec lesquels elle n’avait plus de contacts, son époux n’ayant du reste reçu de leur part qu’une visite lors de son hospitalisation. Après s’être fait expliquer par la juge de paix en quoi consistait la curatelle, les époux
Bovi ont accepté l’institution en leur faveur d’une curatelle de représentation et de gestion au sens des art. 394 al. 1 et 395 al. 1 CC, demandé que le curateur soit une personne extérieure à la famille et accepté que les rapports d’expertise les concernant soient transmis à leur médecin traitant, la Dre
Joëlle Cornut, à
Morges. Entendues le même jour, mais séparément de leurs parents à la demande de ces derniers,
Pascale Terfaïa et
Annie Bovi ont indiqué que leur mère les avait empêchées d’aller voir leur père à l’hôpital. La juge de paix les a informées que le CMS (Centre médico-social) intervenait tous les jours au domicile de leurs parents, qu’un réseau avait été mis en place et que le curateur désigné serait informé de leur souhait de renouer avec leur père.
Par décision rendue le 2 mai 2018 et envoyée pour notification aux parties le 23 mai 2018, la justice de paix, retenant que
Michèle Bovi présentait des troubles cognitifs aggravés par une dépendance à l’alcool et que sa capacité d’agir raisonnablement dans certains domaines pouvait être compromise par moments compte tenu de sa pathologie, a considéré que l’intéressée n’était pas en mesure d’assurer la sauvegarde de ses intérêts et avait besoin d’être représentée dans la gestion de ses affaires administratives et financières. Elle a en conséquence mis fin à l’enquête, institué en faveur de
Michèle Bovi une curatelle de représentation et de gestion au sens des art. 394 al. 1 et 395 al. 1 CC, désigné
Aniessa Jotterand en qualité de curatrice et dit qu’à l’issue d’une période de trois ans, la curatelle ferait l’objet d’un réexamen en vue de la levée ou de la modification de la mesure.
Par courrier du 30 mai 2018,
Alain Jaccard a informé
Michel Bovi que sans nouvelles de sa part, il résiliait son droit d’amarrage avec effet immédiat et le priait de libérer la place qu’il occupait. Le 12 juin 2018, il lui a écrit que le prix total de l’élimination était de 420 francs.
Selon l’inventaire d’entrée (art. 405 al. 2 CC) des actifs et passifs de la curatelle établi le 20 juillet 2018 par
Aniessa Jotterand, le total de l’actif (compte courant
UBS) était de 135'290 fr. 44. Quant au budget annuel prévisionnel pour l’année 2018, il mentionnait des revenus de 19'596 fr. (rente AVS et prestations complémentaires) et des dépenses de 16'666 fr., laissant un disponible de 2'930 francs.
3.
Par courrier à la justice de paix du 9 novembre 2018,
Aniessa Jotterand a fait état de relations difficiles entre
Michèle Bovi et ses filles.
Le 13 février 2019,
Michèle Bovi a autorisé
Aniessa Jotterand à jeter tout le matériel qui se trouvait dans les combles de l’immeuble sis rue
Louis-de-Savoie 84 à
Morges, excepté les outils d’ébénisterie.
Par SMS du 24 mars 2019,
Aniessa Jotterand a informé
Pascale Terfaïa que sa mère lui avait paru très heureuse de l’avoir retrouvée, ce dont elle se réjouissait et la fille de l’intéressée l’a remerciée pour tout ce qu’elle faisait.
Le 12 avril 2019,
Ô Santé Sàrl a adressé à
Aniessa Jotterand une offre pour des prestations d’accompagnement et de soins à domicile auprès des époux
Bovi, selon laquelle les soins infirmiers (2.17 heures par mois) et les soins de base, d’hygiène et de confort (32.5 heures par mois) était facturés à l’assurance maladie tandis que les prestations d’accompagnement et de ménage (35 heures par mois) étaient facturées à la famille au tarif horaire de 45 fr. pour un total de 1’775 francs.
Le 18 mai 2019,
Aniessa Jotterand et
Pascale Terfaïa se sont retrouvées rue
Louis-de-Savoie 84 à Morges afin de voir les meubles garnissant le grenier de l’immeuble. Par SMS du 12 juin 2019,
Pascale Terfaïa a rappelé à la curatrice qu’elle lui avait envoyé deux mails concernant une facture impayée depuis février 2018 de la Société
Chatenoud et une demande de devis.
Dans son rapport du 12 juillet 2019 pour la période du 11 juin au 31 décembre 2018, la curatrice a mentionné que la fortune de
Michèle Bovi au 31 décembre 2018 était de 137'827 fr. 49. Elle indiquait que les relations avec la prénommée s’étaient toujours bien passées, mais qu’elles s’étaient subitement détériorées depuis que
Michèle Bovi avait repris contact, quelque trois semaines auparavant, avec
Pascale Terfaïa, ne souhaitait plus la voir, affirmait qu’elle n’avait plus besoin d’elle et souhaitait que la curatelle soit transmise à sa fille, ce qui était selon
Aniessa Jotterand contraire à l’intérêt de la personne concernée.
Dans son rapport du 16 août 2019 pour l’année 2018, l’assesseur à la justice de paix a relevé la bonne gestion de la curatrice, qui s’était énormément investie au début de son mandat en accompagnant les époux
Bovi qu’elle rencontrait plusieurs fois par mois.
Par SMS du 6 septembre 2019,
Pascale Terfaïa a écrit à
Aniessa Jotterand qu’elle était auprès de
Michèle Bovi et qu’elle n’avait pas besoin de demander à sa fille de faire le ménage chez celle-ci, la priant de lui faire savoir à l’avenir lorsque sa mère avait besoin d’aide et de ne rien prendre de ce qu’elle lui donnait et qui lui appartenait.
Par courriel du 20 septembre 2019,
Pascale Terfaïa a informé la curatrice de son intention de déménager le plus rapidement possible afin de se rapprocher de son père, dont la santé se dégradait rapidement, ainsi que d’apporter à sa mère le soutien quotidien dont celle-ci avait besoin et qu’elle était à même de lui apporter en sa qualité d’aide-infirmière, en psychiatrie notamment. Dès lors que le bail de son appartement à
St-Légier se terminait le 31 décembre 2018 et qu’elle était fatiguée de parcourir entre 260 et 390 km par semaine pour prendre soin de ses parents en sus de son travail comme aide-infirmière en soins à domicile, elle requérait de la curatrice qu’elle l’informe de l’avancement des travaux effectués dans l’appartement de son père rue
Louis de Savoie 84 à
Morges.
Par SMS du 9 octobre 2019,
Pascale Terfaïa a informé la curatrice de l’envoi d’un courriel relatif à la prise en charge de sa mère et à ses prétentions salariales, dont
Aniessa Jotterand a accusé réception le même jour. S’en est suivi un échange nourri de messages (pas moins de onze le 19 octobre 2019) concernant notamment l’ouverture du coffre de la personne concernée par sa fille et de l’envoi par celle-ci de son curriculum vitae, à l’issue duquel la curatrice a prié
Pascale Terfaïa d’ « arrêter systématiquement d’agresser et me dire quand je dois faire qqchose ou pas. Ce n’est pas un travail à plein temps, mais du bénévolat. Et je fais tout ce je peux quand je peux », ajoutant qu’elle n’avait pas de disponibilité avant mi-novembre 2019.
Par courriel du 18 octobre 2019,
Pascale Terfaïa a affirmé qu’elle n’avait jamais ouvert le coffre-fort de ses parents, rappelant à la curatrice qu’elle avait requis en 2017 de l’autorité une mesure de protection en faveur de sa mère. Elle précisait qu’elle s’était arrangée avec son employeur afin de conduire sa mère voir son père chaque lundi, mercredi et samedi après-midi et la priait de payer deux contraventions en suspens depuis un mois.
Par courriel du 24 octobre 2019,
Aniessa Jotterand a écrit à
Pascale Terfaïa qu’elle se réjouissait que l’établissement où séjournait désormais son père lui convienne et l’a priée de lui faire savoir, dès lors qu’elle demandait à pouvoir s’occuper de sa mère, si en tant qu’indépendante, il était possible de demander le remboursement pour les soins infirmiers et les soins de base généralement pris en charge par l’assurance maladie.
Egalement le 24 octobre 2019,
Aniessa Jotterand a informé la justice de paix de ses difficultés dans le cadre de la gestion des curatelles des époux
Bovi, estimant qu’il serait plus judicieux d’instaurer en faveur de
Michèle Bovi une curatelle de portée générale. Elle exposait d’une part que
Michèle Bovi avait accepté plus facilement qu’elle ne l’espérait l’entrée de son époux en établissement médico-social (EMS), lequel résidait désormais au
Pacific à
Etoy, et que la présence de sa famille lui faisait le plus grand bien, mais que les sommes prélevées sur le compte de la personne concernée étaient beaucoup plus importantes que lorsque
Michel Bovi était à la maison,
Michèle Bovi lui ayant confié qu’elle dédommageait
Pascale Terfaïa, qui la conduisait en voiture deux à trois fois par semaine voir son mari à l’EMS, et qu’elle donnait de temps en temps à sa fille et à son beau-fils de l’argent pour le restaurant, l’essence, les amendes, etc. La curatrice notait qu’elle avait accepté de rembourser certains frais à
Pascale Terfaïa parce qu’elle s’occupait de sa mère, quand bien même certains justificatifs ne concernaient pas cette dernière. Elle relevait que la prénommée avait une grande influence sur
Michèle Bovi, lui interdisant par exemple d’aller chez le médecin sans elle, de lui montrer des documents sans sa consultation, de signer des documents sans sa présence, lui ordonnant de rien lui raconter, ce qui ne facilitait pas son travail, et se trouvant systématiquement présente lors de ses visites. Elle soumettait par ailleurs à la justice de paix la demande de
Pascale Terfaïa de loger dans un appartement de l’immeuble de ses parents et de s’occuper de sa mère à plein temps moyennant une compensation financière, mais estimait qu’une prise en charge aussi complète et onéreuse n’était pas nécessaire. Elle joignait à son courrier diverses pièces, dont une liste intitulée « 2019 Prise en charge Maman », dans laquelle
Pascale Terfaïa récapitulait les prestations qu’elle et son époux fournissaient et faisait état de prétentions salariales de 8'600 fr. net par mois pour un travail à 150%, comprenant 1'100 fr. de loyer sans garage, 5’000 fr. pour elle-même (100%) et 2'500 fr. pour celui-ci (50%).
Par courriels à la curatrice des 29 et 31 octobre 2019,
Pascale Terfaïa a précisé sa demande du 24 octobre 2019 en ce sens qu’elle ne souhaitait pas le remboursement rétroactif des soins dispensés à sa mère, mais uniquement celui des frais d’entretien de son véhicule, sachant que 3’994 km avaient été parcourus pour assister ses parents durant les mois de septembre à octobre. Elle précisait par ailleurs qu’elle et son mari avaient dû réduire, respectivement aménager leur temps de travail afin de se consacrer 4 jours par semaine à
Michèle Bovi, ce qui représentait 43 heures par semaine sans compter l’assistance téléphonique 7/7jours.
Par courrier à
Aniessa Jotterand du 31 octobre 2019, la juge de paix a pris note du placement de
Michel Bovi à l’EMS
Le Pacific et informé la curatrice qu’une audience allait être prochainement agendée pour discuter de la modification de la mesure en faveur de
Michel et
Michèle Bovi. Elle ajoutait qu’elle n’entendait pas entrer en matière sur la demande de
Pascale Terfaïa, estimant qu’il n’apparaissait pas favorable que celle-ci loge à bien plaire, soit gratuitement, dans un appartement dont les époux
Bovi étaient propriétaires et que l’indemnisation requise était indécente. Faute d’un certificat médical attestant que l’état de santé de
Michèle Bovi nécessitait une aide quotidienne 7/7j et 24/24h, elle ne pourrait consentir au dédommagement de
Pascale Terfaïa à un prix supérieur à celui indiqué par
Ô Santé Sàrl dans son devis du 12 avril 2019.
Par courriel du 4 novembre 2019,
Aniessa Jotterand a écrit à
Pascale Terfaïa que sa demande avait été soumise à la juge de paix et qu’une audience avait été fixée le 4 décembre 2019, au cours de laquelle les besoins de sa mère et sa demande d’indemnisation seraient discutés. Elle lui rappelait par ailleurs qu’elle avait proposé de conduire
Michèle Bovi à
Etoy chaque mercredi pour voir
Michel Bovi, dont elle était également la curatrice.
Par courriel du 9 novembre 2019,
Aniessa Jotterand a informé
Pascale Terfaïa qu’au regard des reproches et insinuations de la veille à son égard lors du réseau de
Michel Bovi à l’EMS
Le Pacific, elle la priait de s’adresser directement à la justice de paix pour ce qui concernait sa rémunération concernant le travail effectué auprès de sa mère et le remboursement de ses frais.
4.
Le 4 décembre 2019, la juge de paix a entendu
Michèle Bovi et sa curatrice, qu’elle a informées des raisons de l’audience qui faisait suite au courrier d’
Aniessa Jotterand du 24 octobre 2019.
Michèle Bovi a déclaré qu’elle avait repris contact avec sa fille
Pascale, qu’elle s’entendait bien avec son beau-fils et qu’elle allait parfois passer le week-end chez eux, qu’elle ne donnait pas d’argent à sa fille et qu’elle avait remis une fois 20 fr. à son beau-fils pour de l’essence.
Aniessa Jotterand a expliqué qu’une infirmière venait une fois par semaine au domicile de la personne concernée et que la fille de l’intéressée lui avait fait comprendre la nécessité de prendre ses médicaments, dont des antidépresseurs. Elle a confirmé qu’elle n’avait laissé qu’un certain montant à la libre disposition de
Michèle Bovi, craignant que celle-ci ne donne de l’argent à sa fille et considérant que
Pascale Terfaïa et son mari faisaient à cet égard du chantage affectif. Elle relevait que
Michèle Bovi l’avait embrassée une fois, ce qui n’avait pas du tout plu à sa fille.
A l’issue de l’audience, la juge de paix a informé les comparantes que les mesures instituées en faveur de
Michèle Bovi seraient modifiées afin de protéger les intérêts des époux
Bovi et qu’elles étaient « dispensées de comparution lors de la modification de la mesure »,
Michel Bovi ne s’étant du reste pas présenté à l’audience en raison de son impossibilité de se déplacer.
Dans une note du 5 décembre 2019, la curatrice a indiqué que 200 fr. par mois devaient être attribués à
Pascale Terfaïa pour ses trajets et 50 fr. par week-end quand
Michèle Bovi était chez sa fille. Par SMS du 13 décembre 2019, elle a informé
Pascale Terfaïa qu’elle lui verserait 200 fr. par mois pour les trajets avec sa mère.
Dans un rapport d’état du 10 décembre 2019,
r.l.j. ingénieurs conseils SA a conclu que le bâtiment de la rue de
Louis-de-Savoie 84 à
Morges n’était visiblement pas assez ou pas entretenu et que des travaux structurels d’assainissement urgents devaient être entrepris pouvant aller jusqu’à la démolition complète de l’intérieur du bâtiment, seule la façade visible pouvant être conservée.
Par SMS du 6 janvier 2020,
Aniessa Jotterand a informé
Pascale Terfaïa qu’elle devait rencontrer sa mère qui n’était pas chez elle.
Les 6 et 16 janvier 2020, le compte personnel de
Michèle Bovi a fait l’objet de retraits d’espèces de 500 fr. chacun, au guichet de l’
UBS Vevey.
Par SMS du 14 janvier 2020,
Aniessa Jotterand a requis de
Pascale Terfaïa qu’elle lui indique si sa mère, dont elle était sans nouvelles, était chez elle.
Par décision du 22 janvier 2020, la juge de paix a informé
Aniessa Jotterand que, dans sa séance du 11 décembre 2019, la justice de paix l’avait nommée curatrice à forme des art. 394 al. 2 et 395 al. 3 CC de
Michèle Bovi.
Par décision du 23 janvier 2020, la juge de paix a informé
Aniessa Jotterand que le compte 2018 de la curatelle avait été approuvé dans sa séance du 21 janvier 2020 et qu’elle était confirmée dans son mandat de curatrice.
Par courrier du 6 février 2020,
Polyanalytic SA a rappelé à
Michèle Bovi une facture impayée du 13 décembre 2019 de 110 fr. concernant des analyses.
Par courriel du 7 février 2020,
Adel Terfaïa a informé la curatrice que sa belle-mère était toujours en vacances à son domicile de
St-Légier avec ses oiseaux et ne souhaitait pas pour l’heure rentrer chez elle à
Morges, qu’elle passait le dimanche soir à son appartement pour arroser ses plantes après la visite à son mari à
Etoy, qu’elle avait des contacts téléphoniques ponctuels avec l’infirmière
Moussou qui allait prochainement lui rendre visite à
St-Légier, qu’elle faisait depuis peu de la physiothérapie à
Montreux et consultait, dans cette localité, le Dr
Abba Moussa, chef du service de psychiatrie. Il faisait valoir que son épouse et lui n’avaient reçu que 300 fr. pour leurs trajets en voiture du mois de décembre 2019, mais ne s’étaient toujours pas fait rembourser les frais de repas pour la période du 14 décembre 2019 au 31 janvier 2020 ni les trajets de
St-Légier à
Etoy comme indiqué dans la note du 5 décembre 2019.
Par SMS du 4 mars 2020,
Aniessa Jotterand a écrit au mari de
Pascale Terfaïa qu’elle était inquiète de n’avoir pas pu rencontrer depuis plus de deux mois
Michèle Bovi, qu’elle souhaitait voir seule le 11 mars suivant. Il lui a été répondu que pour toute demande de rendez-vous, il fallait s’adresser à Me
Anne-Louise Gilliéron, avocate de l’intéressée.
Le 11 mars 2020,
Annie Bovi a écrit à la juge de paix qu’elle remerciait
Aniessa Jotterand pour tout ce qu’elle faisait pour le bien-être de ses parents, espérait qu’elle demeurerait la curatrice de sa mère et souhaitait que cette dernière rejoigne son époux à l’EMS. Elle ajoutait qu’elle craignait de croiser sa sœur, dont elle redoutait les réactions violentes et qui avait, depuis son mariage, influencé ses parents contre elle. Elle lui reprochait par ailleurs d’avoir ouvert le coffre-fort de son père pour soustraire des papiers dont la curatrice aurait dû avoir connaissance.
Du 10 février au 26 mars 2020, 1'200 fr. ont été retirés du compte personnel de
Michèle Bovi au guichet de l’
UBS Vevey.

En droit :
1.
1.1
Les recours sont dirigés contre une décision de la justice de paix modifiant la curatelle de représentation sans limitation de l’exercice des droits civils au sens de l’art. 394 al. 1 CC et de gestion sans privation de la faculté d’accéder à certains biens au sens de l’art. 395 al. 1 CC instituée en faveur de
Michèle Bovi en une curatelle de représentation avec limitation de l’exercice des droits civils au sens de l’art. 394 al. 2 CC et de gestion avec restriction d’accès à certains biens au sens de l’art. 395 al. 3 CC.
1.2
Contre une telle décision, le recours de l'art. 450 CC est ouvert à la Chambre des curatelles (art. 8 LVPAE [Loi du 29 mai 2012 d'application du droit fédéral de la protection de l'adulte et de l'enfant ; BLV 211.255] et 76 al. 2 LOJV [Loi d'organisation judiciaire du 12 décembre 1979 ; BLV 173.01]) dans les trente jours dès la notification de la décision (art. 450b al. 1 CC). Les personnes parties à la procédure, les proches de la personne concernée et les personnes qui ont un intérêt juridique à l'annulation ou à la modification de la décision attaquée ont qualité pour recourir (art. 450 al. 2 CC).
Le recours doit être dûment motivé et interjeté par écrit (art. 450 al. 3 CC), les exigences de motivation ne devant cependant pas être trop élevées (Droese/Steck, Basler Kommentar, Zivilgesetzbuch I, Art. 1-456 ZGB, 6
e
éd., Bâle 2018, n. 42 ad art. 450 CC, p. 2825).
L’art. 446 al. 1 CC prévoit que l'autorité de protection établit les faits d'office. Compte tenu du renvoi de l’art. 450f CC aux règles du CPC (Code de procédure civile du 19 décembre 2008 ; RS 272), l’art. 229 al. 3 CPC est applicable devant cette autorité, de sorte que les faits et moyens de preuve nouveaux sont admis jusqu’aux délibérations. Cela vaut aussi en deuxième instance (Droese/Steck, Basler Kommentar, op. cit., n. 7 ad 450a CC, p. 2827, et les auteurs cités). En matière de protection de l'adulte et de l'enfant, la maxime inquisitoire illimitée est applicable, de sorte que les restrictions posées par l'art. 317 CPC pour l'introduction de faits ou moyens de preuve nouveaux sont inapplicables (cf. JdT 2011 III 43 ; CCUR 16 avril 2020/74).
La Chambre des curatelles doit procéder à un examen complet de la décision attaquée, en fait, en droit et en opportunité (art. 450a CC), conformément à la maxime d'office et à la maxime inquisitoire, puisque ces principes de la procédure de première instance s'appliquent aussi devant l'instance judiciaire de recours (Droit de la protection de l'enfant, Guide pratique COPMA, Zurich/St-Gall 2017 [ci-après : Guide pratique COPMA 2017], n. 5.77, p. 180). Elle peut confirmer ou modifier la décision attaquée devant elle. Dans des circonstances exceptionnelles, elle peut aussi l'annuler et renvoyer l'affaire à l'autorité de protection, par exemple pour compléter l'état de fait sur des points essentiels (art. 450f CC et 318 al. 1 let. c ch. 2 CPC). Selon les situations, le recours sera par conséquent de nature réformatoire ou cassatoire (Guide pratique COPMA 2017, n. 5.84, p. 182).
Conformément à l’art. 450d CC, la Chambre des curatelles donne à la justice de paix l’occasion de prendre position (al. 1), cette autorité pouvant, au lieu de prendre position, reconsidérer sa décision (al. 2).
1.3
En l’espèce, respectivement motivés et interjetés en temps utile par la personne concernée et la fille de celle-ci, les présents recours sont recevables. Il en va de même des pièces produites en deuxième instance, si tant est qu’elles ne figurent pas déjà au dossier.
1.4
Consultée conformément à l’art. 450d CC, l’autorité de protection s’est intégralement référée à la décision contestée.
2.
2.1
Invoquant une violation de son droit d’être entendue,
Michèle Bovi reproche à l’autorité de protection d’avoir rendu sa décision sur la seule base des allégations de la curatrice, sans l’entendre de manière approfondie à ce sujet et sur sa volonté qu’
Aniessa Jotterand soit maintenue comme curatrice ni procéder à l’audition de sa fille
Pascale Terfaïa, pourtant concernée. Elle affirme n’avoir pas osé s’exprimer librement par crainte de sa curatrice.
Invoquant également une violation de son droit d’être entendue ainsi qu’une constatation fausse et incomplète des faits,
Pascale Terfaïa reproche à l’autorité de protection de n’avoir pas vérifié les allégations de la curatrice alors que
Michèle Bovi les avait contredites, notamment en interrogeant cette dernière plus en détail, y compris sur sa volonté de conserver la même curatrice, ou en l’entendant personnellement. Elle expose sur huit pages sa version des évènements.
2.2
La Chambre des curatelles, qui n’est pas tenue par les moyens et les conclusions des parties, examine d’office si la décision n’est pas affectée de vices d’ordre formel. Elle ne doit annuler une décision que s’il ne lui est pas possible de faire autrement, soit parce qu’elle est en présence d’une procédure informe, soit parce qu’elle constate la violation d’une règle essentielle de la procédure à laquelle elle ne peut elle-même remédier et qui est de nature à exercer une influence sur la solution de l’affaire (Poudret/Haldy/Tappy, Procédure civile vaudoise, 3
e
éd., Lausanne 2002, nn. 3 et 4 ad art. 492 CPC-VD, p. 763, point de vue qui demeure valable sous l’empire du nouveau droit).
2.3
La procédure devant l’autorité de protection est régie par les art. 443 ss CC. La personne concernée doit être entendue personnellement, à moins que l’audition ne paraisse disproportionnée (art. 447 al. 1 CC). En principe, l’audition de la personne concernée est menée par l’autorité collégiale (art. 16 al. 1 LVPAE).
Le droit d’être entendu est une garantie constitutionnelle de caractère formel, dont la violation doit entraîner l’annulation de la décision, indépendamment des chances de succès du recours sur le fond (ATF 135 I 187 consid. I 187 consid. 2.2 ; TF 5A_741/2016 du 6 décembre 2016 consid. 3.1.2 ; TF 4A_453/2016 du 16 février 2017 consid. 4.2.2, RSPC 2017 p. 313). Ce moyen doit par conséquent être examiné en premier lieu et avec un plein pouvoir d’examen (TF 5A_540/2013 consid. 3.1, non publié in ATF 140 III 1 ; ATF 137 I 195 consid. 2.2, SJ 2011 I 345). Le droit d’être entendu garanti par l’art. 29 al. 2 Cst. (Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 ; RS 101) a pour but d’élucider les points obscurs de l’état de fait et garantit à la personne concernée le droit d’être personnellement active dans la procédure (ATF 135 II 286 consid. 5.1, JdT 2010 I 720 : ATF 122 I 53 consid. 4a, JdT 1997 I 304). Ce droit confère à toute personne le droit de s’expliquer avant qu’une décision ne soit prise à son détriment, d’avoir accès au dossier, d’offrir des preuves quant aux faits de nature à influer sur la décision et de participer à l’administration des preuves ou, à tout le moins, de s’exprimer sur son résultat lorsque cela est de nature à influer sur la décision à rendre (TF 5A_915/2019 du 18 mars 2020 consid. 5.2 ; TF 5A_680/2014 du 21 novembre 2014 consid. 4.1). Ce droit ne s’étend toutefois qu’aux éléments pertinents pour décider de l’issue du litige (ATF 130 II 425 consid. 2.1 ; ATF 129 II 497 consid. 2.2).
Conformément à la maxime inquisitoire, l’autorité de protection de l’adulte est tenue d’établir les faits d’office (art. 446 al. 1 CC). Elle procède à la recherche et à l’administration des preuves nécessaires. Elle peut charger une tierce personne ou un service d’effectuer une enquête. Si nécessaire, elle ordonne un rapport d’expertise (al. 2), en particulier pour déterminer l’existence d’un trouble psychique ou d’une déficience mentale (Meier, Droit de la protection de l’adulte, Genève/Zurich/Bâle 2016, n. 206, p. 103). La nécessité d’une expertise dépendra du type de mesure à prononcer (Meier, op. cit. n. 727, p. 368). Selon la jurisprudence, une curatelle de portée générale (art. 398 CC) doit reposer sur une expertise, à moins qu’un membre de l’autorité, interdisciplinaire, dispose des connaissances médicales nécessaires. Pour une curatelle de portée générale, mesure la plus lourde du nouveau droit de protection de l’adulte, une expertise est obligatoire (ATF 140 III 97 consid. 4). S'agissant des actes touchés par la restriction des droits civils, la mesure instituée peut être assimilée à une curatelle de portée générale (Meier, ibid., n. 33 ad art. 394 CC, p. 444).
L’expertise doit se prononcer sur l’état de santé, sur la capacité cognitive ou intellectuelle de la personne et sur sa capacité volitive ou caractérielle (en particulier sur sa capacité d’agir selon sa libre volonté et en résistant de manière raisonnable aux pressions extérieures), sur la prise en charge dont elle a besoin (en matière d’assistance personnelle, d’administration des affaires courantes, de gestion du patrimoine) et sur la capacité de la personne à comprendre sa maladie et à vouloir se soigner. L’art. 446 al. 2 CC s’applique également dans les procédures de mainlevée ou de modification de mesures (Meier, op. cit., n. 208, p. 104). Dans un arrêt plus récent, le Tribunal fédéral a rappelé que, s’il s’agissait de limiter l’exercice des droits civils, une expertise était indispensable, à moins qu’un spécialiste ne siège dans l’autorité de protection (TF 5A_617/2017 du 28 septembre 2017 consid. 4.3). Lorsque la curatelle envisagée n’a pas d’effet sur l’exercice des droits civils ou ne déploie que des effets limités (restriction très ponctuelle de la capacité civile active par rapport à certains actes déterminés, dans le cadre des art. 394, 395 et 396 CC), l’expertise psychiatrique n’est pas requise (Meier, op. cit., n. 209, p. 104).
2.4
En l’espèce,
Michèle Bovi a été entendue le 4 décembre 2019. L’autorité de protection n’avait pas de motif de douter que la personne concernée ne s’exprimait peut-être pas librement, par crainte de la curatrice, une telle crainte n’ayant jamais été formulée, d’autant moins que
Michèle Bovi a, de fait, contesté une allégation d’
Aniessa Jotterand en sa présence. La juge de paix n’avait pas davantage de motif d’interroger
Michèle Bovi sur la personne de la curatrice, l’intéressée n’ayant jamais émis le souhait qu’elle soit remplacée.
Pascale Terfaïa n’a présenté aucune requête à l’autorité de protection ni n’a été entendue par celle-ci et la personne concernée n’a pas sollicité son audition. Cela étant, la justice de paix aurait pu estimer utile de l’entendre pour vérifier les allégations de la curatrice relatives aux sommes d’argent remises par
Michèle Bovi à sa fille, aucun chiffre n’ayant été articulé. Les proches de la personne concernée sont généralement entendus lorsqu’une mesure est envisagée.
Pascale Terfaïa était en outre directement concernée puisque c’est son comportement qui a été considéré comme le danger justifiant la mesure. Une audition aurait peut-être suffi à la faire renoncer à ses velléités déraisonnables de rémunération ou dédommagement de frais, partant à rendre superflue l’extension de la curatelle.
Surtout, la mesure querellée, qui retire à
Michèle Bovi ses droits civils s’agissant de l’administration de ses revenus et de sa fortune et lui interdit l’accès à l’ensemble de ses comptes bancaires et/ou postaux n’a pas seulement une portée ponctuelle et a été prononcée sans expertise, ce qui est contraire à la jurisprudence. Certes une expertise établie en 2018 figure au dossier, mais sur cette base, l’autorité de protection n’avait pas jugé utile de priver la personne concernée de l’exercice de ses droits civils. Ainsi la justice de paix ne pouvait, sauf à prononcer des mesures provisionnelles, se contenter des allégations de la curatrice, non chiffrées et contestées par la personne concernée, pour considérer que le besoin d’une curatelle plus étendue était vraisemblable et d’autant moins qu’au vu des allégations de la curatrice, une limitation du droit d’accès aux comptes bancaires paraissait suffisante. Pour ce motif, la décision doit être annulée d’office. L’enquête en institution d’une curatelle ouverte en faveur de l’intéressée doit être poursuivie pour qu’une expertise actualisée soit réalisée sur le type de mesure de protection nécessaire (art. 446 al. 2
in fine
CC), en particulier en ce qui concerne le fait que la personne concernée puisse être victime d’abus de la part de tiers, qui pourraient la pousser à se départir de ses biens.
L’annulation, qui pourrait également se justifier par le fait que les intéressées ont été entendues par la juge de paix seule et non par la justice de paix in corpore, contrairement à ce que prévoit l’art. 16 al. 1 LVPAE, permettra également d’instruire les griefs formulés par les recourantes à l’encontre de la curatrice, exposés au chiffre suivant.
3.
3.1
Michèle Bovy demande que la curatrice soit relevée de ses fonctions, faisant valoir qu’elle n’a pas osé en parler devant la justice de paix. Elle invoque tout d’abord un message dans lequel la curatrice indiquait qu’elle avait peu de temps pour sa mission, qui n’était pas du travail à plein temps mais de bénévolat, et en déduit que la curatrice ne dispose pas du temps nécessaire au sens de l’art. 400 al. 1 CC. Ensuite, elle reproche à la curatrice de faire passer ses propres intérêts avant les siens : elle aurait débarrassé un dépôt de meubles anciens sans la consulter, lui aurait écrit qu’elle prendrait les meubles chez elle si la recourante ne souhaitait pas les prendre, aurait voulu mandater sa propre fille pour faire le ménage lors même que cela n’était pas nécessaire et que
Pascale Terfaïa s’en chargeait en sa qualité de proche aidant, refuserait de la renseigner au sujet d’un bateau qu’elle aurait laissé se dégrader par manque d’entretien, n’aurait pas donné suite à ses doléances concernant l’entretien de l’immeuble sis rue
Louis-de-Savoie 84 à Morges ni aux plaintes des locataires et ne payerait pas les factures, de sorte que la recourante recevait des rappels. Enfin, elle dit avoir perdu toute confiance en sa curatrice, dont elle aurait même peur, peur qui se traduirait par des cauchemars. Elle lui reproche d’affirmer que
Pascale Terfaïa en veut à la fortune de ses parents et exerce sur sa mère du chantage affectif. Ce serait la curatrice qui se rendrait coupable d’un tel chantage en coupant court à la communication lorsque la recourante lui faisait part de réclamations ou de désaccords. Elle fait valoir que
Pascale Terfaïa assume un rôle de proche aidant, qu’elle se sent redevable envers elle mais qu’elle n’ose plus la dédommager pour ses frais ni en parler à sa curatrice, alors qu’elle a toujours vécu dans l’aisance tandis que sa fille a des moyens limités. La curatrice aurait même fait le vide autour de la recourante en lui reprochant des sorties avec des amies de longue date.
De son côté,
Pascale Terfaïa soutient que la curatrice n’a clairement pas les aptitudes, le temps ni surtout la formation nécessaire pour s’occuper d’une personne âgée et alcoolique. Son manque de temps serait d’autant plus problématique avec une curatelle plus étendue et elle manquerait de psychologie, menaçant la personne concernée de mesures plus lourdes. La curatrice serait manipulatrice et malhonnête.
3.2
3.2.1
Selon l’art. 403 al. 1 CC, si le curateur est empêché d’agir ou si, dans une affaire, ses intérêts entrent en conflit avec ceux de la personne concernée, l’autorité de protection de l’adulte nomme un substitut ou règle l’affaire elle-même.
L’existence d’un conflit d’intérêts entraîne de plein droit la fin des pouvoirs du curateur de l’affaire en cause (art. 403 al. 2 CC).
Selon l’art. 400 al. 1 CC, l’autorité de protection de l’adulte nomme curateur une personne physique qui possède les aptitudes et les connaissances nécessaires à l’accomplissement des tâches qui lui seront confiées, qui dispose du temps nécessaire et qui les exécute en personne. Elle peut nommer plusieurs personnes si des circonstances particulières le justifient. Ainsi, le curateur doit posséder les aptitudes et connaissances nécessaires aux tâches prévues, c’est-à-dire les qualités personnelles et relationnelles ainsi que les compétences professionnelles pour les accomplir, l’autorité de protection étant tenue de vérifier d’office que cette condition est réalisée, devoir qui incombe également à l’autorité de recours (TF 5A_706/2017 du 12 février 2018 consid. 6.2 ; TF 5A_904/2014 du 17 mars 2015 consid. 2.1 et les réf. citées).
En vertu de l'art. 401 CC, lorsque la personne concernée propose une personne comme curateur, l'autorité de protection de l'adulte accède à son souhait pour autant que la personne proposée remplisse les conditions requises et accepte la curatelle (al. 1). L'autorité de protection de l'adulte prend autant que possible en considération les souhaits des membres de la famille ou d'autres proches (al. 2). Elle tient compte autant que possible des objections que la personne concernée soulève à la nomination d'une personne déterminée (al. 3).
Les « conditions requises » pour la désignation du curateur proposé par la personne concernée se réfèrent aux critères de l’art. 400 al. 1 CC. La personne pressentie pour exercer le mandat doit en particulier disposer d’aptitudes personnelles et professionnelles et avoir une disponibilité suffisante pour assumer sa tâche. Une attention particulière doit également être portée au risque de conflit d’intérêts entre la personne à protéger et celle qui est pressentie comme curateur (ATF 140 III 1 consid. 4.2 ; Reusser, Basler Kommentar, op. cit., n. 14 ad art. 401 CC, p. 2424 ; Häfeli, CommFam, n. 2 ad art. 401 CC, p. 519).
Indépendamment de la disponibilité du curateur (Reusser, op. cit., n. 27 ad art. 400 CC, p. 2412), le critère déterminant pour la nomination d’une personne est son aptitude à accomplir les tâches qui lui seront confiées (Message du 28 juin 2006 concernant la révision du Code civil suisse [Protection des personnes, droit des personnes et droit de la filiation], FF 2006 pp. 6635 ss, spéc. p. 6683). L’aptitude à occuper la fonction de curateur suppose en particulier que la personne choisie puisse être investie de cette charge, autrement dit que cette mission soit pour elle supportable physiquement et psychologiquement (Schnyder/Murer, Berner Kommentar, 1984, n. 59 ad art. 379 aCC, pp. 702 ss, point de vue qui demeure valable sous l’empire du nouveau droit). En d’autres termes, le curateur doit disposer de compétences professionnelles, soit être capable de saisir les multiples facettes des problèmes de la personne concernée, d’une compétence méthodologique, soit une capacité à trouver des solutions, d’une compétence sociale, soit de pouvoir travailler en réseau, et de compétences personnelles, soit d’être capable de s’investir pour la personne concernée (Häfeli, CommFam, nn. 12 à 16 ad art. 400 CC, pp. 510 et 511).
L’autorité de protection est tenue d’accéder aux souhaits de la personne concernée lorsque celle-ci propose une personne de confiance comme curateur. Cette règle découle du principe d’autodétermination et tient compte du fait qu’une relation de confiance entre la personne concernée et le curateur, indispensable au succès de la mesure, aura d’autant plus de chance de se créer que l’intéressé aura pu choisir lui-même son curateur. Cependant, la loi subordonne expressément la prise en compte de ces souhaits aux aptitudes de la personne choisie (TF 5A_228/2018 du 30 avril 2018 consid. 4.2.1 ; TF 5A_904/2014 du 17 mars 2015 consid. 2.2 ; Meier, Droit de la protection de l'adulte, op. cit., n. 959, p. 460 ; Guide pratique COPMA 2012, n. 6.21, p. 186).
Les souhaits de la famille ou d’autres proches de la personne concernée sont aussi pris en considération (art. 401 al. 2 CC), en particulier si l’intéressé n’est pas en mesure de se prononcer lui-même sur l’identité du curateur. Si l’autorité de protection tient compte autant que possible des objections de la personne concernée à la nomination d’une personne déterminée (art. 401 al. 3 CC), la faculté donnée à la personne concernée de contester la désignation opérée ne constitue pas un droit absolu. L’autorité de protection dispose d’un large pouvoir d’appréciation ; elle prendra en considération l’attitude de refus de la personne concernée à l’égard de la personne proposée comme curatrice que si le fait de passer outre à cette dernière objection ne remet pas en question le succès de sa prise en charge. En effet, le refus de la personne concernée ne saurait entraver la mise en œuvre de la mesure de protection (Meier, Droit de la protection de l'adulte, op. cit., n. 960, p. 461 et les réf. citées ; Häfeli, CommFam, nn. 4 et 5 ad art. 401 al. 3 CC, p. 686 ; De Luze et crts, Droit de la famille, Lausanne 2013, n. 3.1 ad art. 401 al. 3 CC, p. 686 ; Guide pratique COPMA 2012, n. 6.22, p. 187). Un mauvais contact avec le curateur n’est pas suffisant pour justifier la désignation d’un autre représentant (CCUR 5 septembre 2018/160 ; CCUR 30 juillet 2014/168).
Lorsque l’intéressé formule des objections à la nomination, l’autorité de protection doit examiner si celles-ci sont objectivement plausibles. Elle doit tenir compte notamment, d’une part, de l’acceptation ou non de la mesure par la personne concernée et, d’autre part, du fait que celle-ci n’aurait encore jamais formulé d’objection (ATF 140 III 1 consid. 4.3.2).
3.2.2
L'art. 40 LVPAE prévoit une distinction entre les mandats de protection pouvant être confiés à des curateurs ou tuteurs privés (al. 1, « cas simples » ou « cas légers ») et ceux pouvant être attribués à l'entité de curateurs et tuteurs professionnels (al. 4, « cas lourds »).
Selon l’art. 40 al. 1 LVPAE, sont en principe confiés à un tuteur/curateur privé les mandats de protection pour lesquels une personne respectant les conditions légales de nomination se propose volontairement ou accepte sa désignation sur demande du pupille (let. a) ; les mandats de protection pouvant être confiés à un notaire, un avocat, une fiduciaire ou tout autre intervenant privé ayant les compétences professionnelles requises pour gérer un patrimoine financier (let. b) ; les mandats de protection qui concernent les pupilles placés dans une institution qui assume une prise en charge continue (let. c) ; les mandats de protection qui, après leur ouverture et leur mise à jour complète, n’appellent qu’une gestion administrative et financière des biens du pupille (let. d) et tous les cas qui ne relèvent pas de l’alinéa 4 de cette disposition (let. e).
Aux termes de l’art. 40 al. 4 LVPAE, sont en principe confiés à l’entité de curateurs et tuteurs professionnels les mandats de protection présentant à l’évidence les caractéristiques suivantes : problèmes de dépendance liés aux drogues dures (let. a) ; tout autre problème de dépendance non stabilisé ou dont la médication ou la thérapie prescrite n’est pas suivie par la personne concernée (let. b) ; maladies psychiques graves non stabilisées (let. c) ; atteinte à la santé dont le traitement implique des réunions de divers intervenants sociaux ou médicaux (let. d) ; déviance comportementale (let. e) ; marginalisation (let. f) ; problèmes liés à un dessaisissement de fortune (let. g) ; tous les cas d’urgence au sens de l’art. 445 CC, sous réserve des cas visés par les lettres a) et b) de l’alinéa 1 de la présente disposition (let. h) et tout autre cas qui, en regard des lettres a) à h) du présent alinéa, peut être objectivement évalué comme trop lourd à gérer pour un tuteur/curateur privé (let. i). Cette liste n’est pas exhaustive (Exposé des motifs et projet de loi [EMPL] modifiant la loi du 30 novembre 1910 d’introduction dans le Canton de Vaud du Code civil suisse [LVCC] et le Code de procédure civile du 14 décembre 1966 [CPC-VD], décembre 2010, n. 361, ch. 5.1, commentaire introductif ad art. 97a al. 2 LVCC, p. 10, auquel renvoie I’EMPL de la loi vaudoise d’application du droit fédéral de la protection de l’adulte et de l’enfant, novembre 2011, n° 441, p. 109).
L’utilisation des termes « en principe » tant à l’alinéa 1 qu’à l’alinéa 4 de l’art. 40 LVPAE témoigne de la volonté du législateur de laisser une marge d’appréciation à l’autorité de protection quant à la distinction entre les cas simples et les cas lourds.
3.3
En l’occurrence,
Aniessa Jotterand a été désignée en qualité de curatrice de
Michèle Bovi par décision du 2 mai 2018 et la personne concernée n’a jamais requis de l’autorité de protection le changement de celle-ci. Dès lors en l’espèce que la décision querellée est annulée, la conclusion de la recourante tendant à ce que la curatrice soit relevée de ses fonctions sera instruite par l’autorité de protection dans le cadre de l’enquête qu’elle est amenée à poursuivre. On peut toutefois constater à ce stade que
Michèle Bovi semble être prise dans un conflit de loyauté entre sa curatrice et sa fille, qui entend désormais tout régenter et qui est en désaccord avec
Aniessa Jotterand. Quand bien même certaines critiques relatives à des factures impayées ou au projet de mandater la fille de la curatrice pour faire le ménage pourraient être fondées, les reproches semblent exagérés et liés au litige avec
Pascale Terfaïa, notamment sur le manque d’implication de la curatrice – qui n’a pas à être disponible à 100% – ou son inaptitude à s’occuper d’une personne âgée souffrant de troubles mentaux et de comportement liés à l’utilisation de l’alcool, les tâches lui incombant du fait de sa désignation étant limitées aux aspects financiers. Cela étant, c’est à juste titre que les premiers juges ont maintenu
Aniessa Jotterand en qualité de curatrice de
Michèle Bovi.
4.
4.1
En conclusion, les recours sont partiellement admis. La décision entreprise doit être annulée et la cause renvoyée à la Juge de paix du district de Morges pour complément d’instruction dans le sens des considérants et nouvelle décision.
4.2
Vu le sort de la cause, les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 300 fr. (art. 74a al. 4 TFJC [Tarif du 28 septembre 2010 des frais judiciaires civils ; BLV 270.11.5]), sont laissés à la charge de l’Etat, l’avance versée par la recourante
Pascale Terfaïa lui étant restituée.
4.3
N’ayant pas qualité de partie, mais d’autorité de première instance, la justice de paix ne saurait être condamnée à des dépens (Tappy, Commentaire romand, Code de procédure civile, Bâle 2019, 2
e
éd., n. 35 ad art. 107 CPC, p. 495 ; ATF 140 II 385 consid. 4.1 et 4.2).