Decision ID: e249ecdd-a97d-5415-ab94-67a09770723e
Year: 2007
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1. Monsieur J_, né en 1959, est domicilié à Genève. Il est titulaire d’un permis de conduire pour véhicules à moteur depuis le 11 janvier 1978.
2. Selon le dossier produit par le service des automobiles et de la navigation (ci-après : SAN), ce conducteur n’a aucun antécédent en matière de circulation routière.
3. Le 16 juin 2007, à 08h55, l’intéressé circulait en voiture sur l’autoroute A5 à Neuchâtel, en direction de Lausanne. Fatigué, il s’est assoupi peu après la bretelle d’entrée de Neuchâtel-Maladière, ce qui a provoqué une perte de maîtrise du véhicule avec embardée.
Son permis de conduire a été saisi sur-le-champ, avant de lui être restitué à titre provisoire le 21 juin 2007.
4. Invité par le SAN à présenter ses observations, M. J_ s’est déterminé le 26 juin 2007. Il a reconnu les faits qui lui étaient reprochés et a précisé les circonstances dans lesquelles l’accident s’était produit : Après avoir assisté un parent qui avait participé aux « 100 km de Bienne », une manifestation sportive se déroulant de nuit, il avait décidé de regagner Genève immédiatement et de s’arrêter au besoin pour se reposer dans la région d’Yverdon. Il n’avait pas imaginé qu’il serait gagné si rapidement par la fatigue. S’étant déjà assoupi un court instant avant d’atteindre Neuchâtel, il avait décidé de s’arrêter sans tarder. Cependant, il n’avait pas trouvé de sortie pour quitter l’autoroute et la perte de maîtrise s’était produite peu après, dans le tunnel de la Maladière. Il a insisté sur ses besoins professionnels d’indépendant, actif dans le domaine de l’électroménager, ainsi que sur son absence d’antécédents en plus de vingt ans de conduite et a sollicité la clémence de l’autorité à son endroit.
5. Considérant que M. J_ avait commis une infraction grave aux règles de la circulation routière au sens de l’article 16c alinéa 1 lettre a de la loi fédérale sur la circulation routière du 12 décembre 1958 (LCR -
RS 741.01
), le SAN lui a retiré son permis pendant trois mois par décision du 19 juillet 2007. Pour fixer la quotité de la mesure, le SAN a considéré que l’intéressé n’avait pas de besoins professionnels déterminants au sens de la jurisprudence, mais a tenu compte de son absence d’antécédent.
6. M. J_ a saisi le Tribunal administratif d’un recours le 16 août 2007, en concluant implicitement à l’annulation de la mesure prise à son encontre. Il a repris ses arguments, s’agissant notamment de ses besoins professionnels de travailleur indépendant exerçant seul sa profession dans le domaine de l’électroménager. Son revenu dépendait de sa capacité à pouvoir se déplacer chez des clients, où il allait installer ou réparer des machines. Sans permis, il ne pourrait tout simplement plus subvenir à ses besoins.
7. Les parties ont été entendues en comparution personnelle le 17 septembre 2007. Le recourant a persisté dans ses précédentes explications et conclusions.
Le SAN a maintenu sa décision, considérant qu’un assoupissement constituait une faute grave.
Sur quoi, la cause a été gardée à juger.

EN DROIT
1. Interjeté en temps utile devant la juridiction compétente, le recours est recevable (art. 56A de la loi sur l’organisation judiciaire du 22 novembre 1941 - LOJ -
E 2 05
; art. 63 al. 1 litt. a de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 - LPA -
E 5 10
).
2. Selon l’article 31 alinéa 1 LCR, le conducteur doit rester constamment maître de son véhicule, de façon à pouvoir se conformer au devoir de la prudence. Cette disposition légale est précisée par l’article 3 alinéa 1 de l’Ordonnance sur les règles de la circulation routière du 13 novembre 1962 (OCR -
RS 741.11
), selon lequel le conducteur doit vouer toute son attention à la route et à la circulation, de façon à être à tout moment en mesure de manœuvrer immédiatement et d’une manière appropriée aux circonstances.
L’article 31 alinéa 2 LCR précise que celui qui n’est pas en mesure de conduire, notamment pour surmenage, est tenu de s’abstenir de prendre le volant. Celui qui ressent les premiers symptômes d’assoupissement doit s’arrêter immédiatement (A. BUSSY/ B. RUSCONI, Code suisse de la circulation routière, commentaire 1996, p. 295 ad art. 31 LCR n° 2.2.4). Sur une autoroute, il pourra s’arrêter sur la bande d’arrêt d’urgence. Le Tribunal fédéral a même considéré que le fait de conduire dans un état de fatigue extrême était aussi dangereux pour la circulation que l’ivresse (
ATA/877/2005
du 20 décembre 2005 et les références citées).
De jurisprudence constante, la perte de maîtrise consécutive à un assoupissement fautif dû à la fatigue constitue une faute grave entraînant le retrait obligatoire du permis (
ATA/65/2007
du 6 février 2007 ;
ATA/385/2005
du 24 mai 2005 et les références citées).
3. En l’espèce, le Tribunal administratif retiendra que l’assoupissement du recourant résultant d’un état de fatigue était prévisible. M. J_ ne s’y était d’ailleurs pas trompé, puisqu’il avait prévu de s’arrêter en route, dans la région d’Yverdon, pour se reposer. En dépit des signes de fatigue qui, de son propre aveu, se sont manifestés plus tôt, il a continué sa route, à la recherche d’une sortie sur l’autoroute. Ce faisant, il a adopté un comportement fautif, en l’absence de tout autre circonstance de nature à provoquer une perte de maîtrise.
La faute commise par le recourant devant être qualifiée de grave au sens de l’article 16c alinéa 1 lettre a LCR, le retrait de permis est de trois mois au minimum. Par conséquent, la décision attaquée ne peut qu’être confirmée, malgré les bons antécédents du recourant et les besoins professionnels allégués.
4. Mal fondé, le recours sera rejeté.
Un émolument de CHF 400.- sera mis à la charge du recourant (art. 87 LPA).
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