Decision ID: 09ad78a7-3239-5104-87f1-b5d827017464
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
Par ordonnance
DTAE/1951/2016
du 7 avril 2016, notifiée à la recourante le 27 avril 2016, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après: le Tribunal de protection), statuant sur requête de A_, a refusé d'autoriser celle-ci à modifier le lieu de résidence habituelle des mineurs E_ et F_ hors du territoire genevois (ch. 1 du dispositif), dit que les contacts téléphoniques entre les enfants et leur père, B_, se dérouleraient, sauf entente contraire entre les parties et les mineurs, à raison de trois fois par semaine, d'une durée maximum de 15 minutes chacun (ch. 2), fixé un émolument de décision de 800 fr. en le mettant à la charge des parties par moitié chacune (ch. 3) et a débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 4).
B. a)
Par acte déposé le 27 mai 2016 au greffe de la Cour de justice, A_ recourt contre cette ordonnance, dont elle sollicite l’annulation du chiffre 1 de son dispositif.
Préalablement, elle sollicite son audition, celles de B_ et de leurs deux enfants, E_ et F_, ainsi que celle de C_ du Service de protection des mineurs (ci-après: le SPMi). Principalement, elle conclut à ce qu'elle soit autorisée à modifier le lieu de résidence habituelle des enfants de Genève à X_ (Italie) durant l'été 2016 et à ce que le droit de visite de B_ soit modifié en conséquence. Subsidiairement, elle sollicite le renvoi de la cause au Tribunal de protection pour nouvelle décision dans le sens des considérants de l'arrêt à rendre.
Elle produit à l’appui de son recours un chargé de pièces complémentaires.
b)
Par courrier du 9 juin 2016, le Tribunal de protection a informé la Cour de justice qu’il n’entendait pas modifier sa décision.
c)
Le 23 juin 2016, le SPMi a maintenu son préavis du 16 février 2016 concluant au rejet de la requête de A_.
d)
L'enfant E_ a écrit à la Chambre de surveillance pour lui faire part de son souhait de rester vivre à Genève, expliquant que s'il déménageait en Italie, il "
perdrai[t]
tout
(
[ses] amis, [son] père, l'école et plein d'autres choses
)".
e)
Dans sa réponse, B_ conclut au déboutement de A_ de toutes ses conclusions et, en tout état et pour le cas où elle devrait déménager à X_ sans les enfants, lui donner acte de son engagement à assumer leur garde.
Il produit également une série de pièces complémentaires.
f)
Par avis du greffe de la Cour du 14 juillet 2016, les parties ont été informées de ce que la cause était gardée à juger, A_ n'ayant pas fait usage de son droit à la réplique.
C.
Les faits pertinents suivants résultent de la procédure.
a)
A_, née le _ 1975, et B_, né le _ 1976, tous deux originaires de X_ (Italie), se sont mariés le _ 2001 à X_.
Peu de temps après leur mariage, en août 2001, les époux ont emménagé à Genève à la suite d'une affectation professionnelle de B_.
b)
Deux enfants sont issus de leur union, E_, né le _ 2001 et F_, né le _ 2007.
Ces derniers sont scolarisés à l'école privée _. En raison de difficultés scolaires qu'ils ont rencontrées, des heures de soutien scolaire ont été mises en place dès 2011 pour E_ qui a, en outre, été suivi par une logopédiste pour un problème de phonétique entre 2013 et 2015, ce suivi n'étant aujourd'hui plus nécessaire. Pour sa part, F_ rencontre des difficultés de lecture et d'écriture qui nécessitent également un soutien scolaire et un suivi en logopédie.
c)
Les époux se sont séparés en septembre 2012, date à laquelle B_ a quitté le domicile conjugal, et ont réglé d'entente entre eux les modalités de la séparation.
A_ est restée vivre avec les enfants dans l'appartement familial, dont les parties sont copropriétaires. B_ a continué à subvenir aux besoins de sa famille en assumant certains frais du ménage, dont les frais de scolarité des enfants ainsi que les charges liées à l'appartement familial, et en versant à son épouse divers montants pour l'entretien global de la famille.
A_, qui n'a pas exercé d'activité professionnelle durant la vie commune, s'étant consacrée aux soins et à l'éducation des enfants, a entamé une formation de prothésiste ongulaire et a commencé une petite activité d'indépendante à domicile.
d)
Le 11 novembre 2014, statuant sur requête commune, le Tribunal de première instance a prononcé le divorce des parties et, ratifiant les termes de leur accord, a attribué à A_ la jouissance du logement familial, a laissé l'autorité parentale conjointe en mains des deux parents, a attribué la garde des enfants à la mère et a réservé un droit de visite au père, s'exerçant un weekend sur deux, ainsi qu'un jour par semaine et la moitié des vacances scolaires. Il a, en outre, donné acte à B_ de son engagement à verser une contribution à l'entretien de ses enfants à hauteur de 2'000 fr. par mois et par enfant, et à prendre en charge leurs primes d'assurance-maladie et leurs frais d'écolage jusqu'à leur 26 ans au maximum. B_ s'est également engagé à payer les primes d'assurance-maladie de A_ ainsi que les montants destinés à l'amortissement de la dette hypothécaire grevant l'appartement familial et ses intérêts et à contribuer à l'entretien de son épouse à hauteur de 2'000 fr. par mois jusqu'au 31 décembre 2016.
e)
Début 2015, A_ a fait part à B_ de son souhait de déménager avec les enfants à X_ pour la rentrée scolaire 2015-2016, ce à quoi il s'est opposé.
D. a)
Le 20 octobre 2015, A_ a déposé une demande d'autorisation de modification du lieu de résidence des enfants E_ et F_.
Elle a exposé que cette décision avait été prise après mûre réflexion en tenant compte des intérêts des enfants, lesquels étaient tous deux originaires de cette région et y avaient leur famille paternelle et maternelle. Elle expliquait avoir déménagé à Genève en 2001 pour suivre B_ et n'avoir aucune attache particulière avec cette ville depuis leur séparation. Elle n'avait, par ailleurs, jamais travaillé pendant la durée du mariage et jusqu'à ce jour, assumant l'entier de la charge d'éducation des enfants. Or, la contribution d'entretien qui lui était due prendrait fin au 31 décembre 2016, de sorte qu'il était impératif qu'elle se réinsère professionnellement. Le déménagement lui permettrait de reprendre une activité professionnelle dans la mesure où elle était en contact avec un institut de beauté à X_ où elle pourrait exercer une activité de prothésiste ongulaire à temps partiel. Elle a ajouté qu'elle n'aurait aucun problème pour trouver un logement adéquat dans cette ville. Par ailleurs, les enfants n'étaient pas opposés au déménagement. Ils pourraient continuer leur scolarité et leurs activités extrascolaires en Italie et y poursuivre leur suivi logopédique. Enfin, le lieu de vie envisagé n'était éloigné que de 2h35 en train de Genève, ce qui n'allait pas entraver le droit de visite du père.
b)
Dans sa réponse, B_ s'est opposé à la modification du lieu de résidence des enfants.
Il a expliqué que A_ était bien intégrée à Genève où elle vivait depuis plus de treize ans. Contrairement à ce qu'elle affirmait, elle exerçait déjà une activité lucrative en tant que prothésiste ongulaire à son domicile. Dans la mesure où quasiment l'entier de l'entretien des enfants ainsi que la charge hypothécaire du logement était financés par lui-même, A_ pouvait tout à fait générer, à Genève, des revenus lui permettant de subvenir à son entretien. Concernant les enfants, ils avaient toujours vécu à Genève où ils avaient toutes leurs attaches ainsi que les activités extrascolaires et leurs suivis en logopédie. Ayant rencontré tous deux des problèmes dans leur scolarité à la suite du divorce de leurs parents, ils étaient très entourés par leur père, lequel était très impliqué dans leur éducation et leur vie scolaire, contrairement à leur mère qui n'assurait aucun suivi sur ce plan. Par ailleurs, ils venaient d'avoir une petite sœur, avec laquelle ils s'entendaient très bien.
Selon
B_, le projet de A_ avait pour but de la rapprocher de son compagnon et ne correspondait pas aux intérêts des enfants.
c)
Dans son rapport du 16 février 2016, le SPMi s'est prononcé en défaveur de la demande d'autorisation de modification du lieu de résidence des enfants et a recommandé une diminution des contacts téléphoniques avec leur père.
Après avoir entendu séparément les parents et les enfants, ainsi que les enseignantes de ces derniers, il a constaté que les enfants allaient bien et leur situation actuelle devrait être maintenue, en termes de lieu de vie et de liens réguliers avec leur père.
A l'appui de son préavis, il a indiqué que le projet de A_ était motivé principalement par son besoin de se rapprocher de sa famille, qui serait en mesure de la soutenir. Bien que légitimes, ces motivations correspondaient davantage à ses propres besoins qu'à ceux des enfants, lesquels étaient en constante évolution sur le plan scolaire. Le cadet, F_, avait rejoint l'école _, où son frère était scolarisé, depuis la rentrée 2015/2016. Si en début d'année, il avait quelques difficultés de compréhension et n'avait pas une grande confiance en lui, il avait cependant beaucoup progressé, prenant désormais plus d'initiatives et étant plus à l'aise dans les travaux demandés. Il rencontrait certaines difficultés de lecture et d'écriture, raison pour laquelle il était suivi par une logopédiste et soutenu par une répétitrice. Cela ne l'empêchait toutefois pas d'avoir globalement de bons résultats. Pour sa part, E_ évoluait bien, il avait de bonnes notes et était investi et motivé dans son travail. Selon les propos rapportés par leurs enseignantes, les deux enfants étaient bien intégrés dans leurs classes et étaient contents d'être à l'école _. Concernant le projet de déménagement de leur mère, si le cadet y semblait favorable, il idéalisait quelque peu la situation, pensant dans un premier temps qu'il pourrait passer une semaine chez son père et une chez sa mère. Etant plus malléable que son frère, il pourrait, à moyen terme, vivre ce déménagement positivement et s'adapter à une nouvelle école et une nouvelle culture. Des questions se poseraient toutefois en fin scolarité obligatoire, compte tenu du peu de possibilités présentes à X_. De plus, il semblait important, pour F_, de maintenir les suivis mis en place en sa faveur, à savoir la logopédie et le soutien scolaire. Concernant l'aîné, la situation était plus complexe. E_ était très attaché à son réseau d'amis, à Genève, et il imaginait difficilement de s'en éloigner. De plus, il avait des projets d'études à l'étranger qui nécessitaient une bonne préparation, celle-ci étant plus optimale à Genève qu'à X_. Leur attachement réciproque et leur bonne entente ne militait pas en faveur d'une séparation de la fratrie.
d)
Le Tribunal de protection a communiqué le rapport du SPMi aux parties en leur impartissant un délai au 16 mars 2016 pour déposer d'éventuelles déterminations, précisant qu'à défaut la cause serait gardée à juger.
e)
B_ n'a pas déposé d'observation dans le délai imparti.
Par courrier du 16 mars 2016, A_ s'est opposée aux propositions formulées par le SPMi. Elle a exposé que le bien des enfants n'était pas gravement mis en danger par le projet de déménagement, de sorte que sa demande de modification de leur lieu de vie devrait être acceptée par le Tribunal. Par ailleurs, contrairement à ce qu'a retenu le SPMi, les établissements scolaires qu'elle envisageait pour les enfants à X_ offraient une formation excellente, la qualité de la scolarité ne pouvant ainsi être remise en cause. De plus, le suivi en logopédie et le soutien scolaire pourraient être maintenus dans la région de X_. Ainsi, aucun élément ne faisait obstacle à la modification du lieu de résidence des enfants.
Enfin, elle a sollicité la tenue d'une audience de comparution personnelle des parties, ainsi que l'audition de C_, rédactrice du rapport d'évaluation du SPMi.
f)
Le 8 avril 2016, reçu le 12 suivant par le Tribunal de protection, B_ a déposé des déterminations spontanées par rapport à l'opposition motivée du 16 mars 2016 de son ex-épouse. Cette dernière a répliqué le 21 avril 2016. Le Tribunal a toutefois informé les parties que la cause avait été gardée à juger à l'échéance du délai octroyé au 16 mars 2016.
g)
Dans l'intervalle, soit le 7 avril 2016, le Tribunal de protection a rendu l'ordonnance querellée, rejetant la requête de A_. Il a considéré que les motifs à la base du projet de déménagement étaient certes légitimes, mais qu'un tel changement du lieu de résidence ne répondait pas à l'intérêt des enfants.

EN DROIT
1.
1.1
Les art. 443ss CC relatifs à la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie à celle devant l'autorité de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).