Decision ID: 08455b45-b1d0-5268-9ec5-c4a7d5095991
Year: 2014
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
Par acte déposé au greffe de la Cour de justice le 30 juillet 2014, A._ recourt contre l'ordonnance
DTAE/3073/2014
du 7 mai 2014 relative à sa mère B._, née C._ le 12 avril 1917, aux termes de laquelle le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a dit qu'il n'y avait pas lieu de prononcer une mesure de protection en faveur de B._ (ch. 1), a arrêté les frais d'émolument à 1'000 fr. et les a mis à la charge de A._ (ch. 2).
A._ conclut à l'annulation de ladite décision et à l'ordonnance d'une mesure de curatelle de représentation ou de toute autre mesure adéquate en faveur de B._, ainsi qu'à la condamnation de celle-ci en tous les frais et dépens des deux instances. Subsidiairement, elle conclut au renvoi de la cause au Tribunal de protection pour nouvelle décision, également avec condamnation de B._ en tous les frais et dépens des deux instances. Encore plus subsidiairement, elle conclut au renvoi de la cause au Tribunal de protection pour exécution d'une expertise sur la capacité de discernement et de gestion de B._, ainsi qu'à la condamnation de celle-ci en tous les frais et dépens des deux instances.
b)
B._ conclut à la confirmation de la décision entreprise, au déboutement de A._ de toutes ses conclusions et à la condamnation de celle-ci aux frais et dépens du recours.
c)
Le Tribunal de protection se réfère à sa décision.
Les éléments suivants résultent du dossier.
B. a)
B._, actuellement âgée de plus de 97 ans et veuve depuis de nombreuses années, a créé au fil de sa vie d'artiste de nombreuses sculptures dont une centaine étaient encore en sa possession au début de l'année 2011. A la même époque, elle disposait d'un montant d'environ 1'000'000 fr. provenant de la vente d'un bien immobilier à l'étranger. Elle était aussi – et est toujours - propriétaire de deux parcelles contigües à D._ (GE) qui comportent plusieurs bâtiments et ont été estimées, dans leur ensemble, à 8'500'000 fr. en 2013, selon un expert privé, et à 5'500'00 fr. en 2014, selon un autre expert privé.
Les loyers provenant de plusieurs appartements loués dans sa propriété à D._ ainsi que sa rente AVS permettent à B._ de couvrir sans difficultés ses dépenses courantes, étant précisé qu'elle vit modestement dans l'un de ses appartements à D._, que sa fille unique A._ vit dans un autre appartement de cette propriété et qu'avant la présente procédure, A._ jouissait non seulement de la gratuité de son logement, mais également du produit de la location des autres appartements.
b)
Désireuse de lier la reconnaissance de ses qualités artistiques à celle de ses qualités philanthropiques, B._ a d'abord donné 500'300 fr. à la Fondation humanitaire E._, puis elle a créé sa propre fondation F._ qui poursuit le but de venir en aide aux enfants en détresse du monde entier, par la mise en valeur de l'œuvre artistique de B._. Celle-ci a doté sa fondation d'un montant de 100'000 fr. et, surtout, de 80 sculptures provenant de son œuvre et ayant été estimées, par une experte privée mandatée par A._, à une valeur - contestée par B._ - d'environ 20'000 fr. par sculpture. Par ailleurs, B._ a tenté d'établir des contacts avec des personnalités connues, pour promouvoir sa fondation.
En 2012, après avoir envisagé de donner sa propriété immobilière à D._ à A._, B._, qui est dotée d'un fort caractère, a finalement refusé de signer l'acte de donation devant le notaire qui avait préparé l'acte en question. Selon A._, sa mère aurait aussi déchiré devant elle un testament prévoyant au moins un usufruit sur ladite propriété en sa faveur (la nue-propriété des parcelles devant revenir aux deux fils de A._), ce que B._ conteste, admettant par ailleurs avoir convenu avec son époux défunt de transmettre ladite propriété immobilière à A._.
c)
Sur le plan physique, B._ rencontre notamment des difficultés de motricité et se fait aider, pour ses soins corporels, ses courses et la préparation de ses repas, par A._ qui, âgée elle-même de presque 70 ans, manifeste un certain épuisement à cet égard, notamment parce qu'elle ne peut, selon ses dires, jamais prendre des vacances. B._ a également recours à une femme de ménage, et depuis le début de la présente procédure, elle se fait aussi aider pour certaines courses par des employés de l'Etude de son avocat.
Le Docteur G._, médecin-généraliste, a attesté le 26 février 2014 qu'il suit B._ régulièrement, avec soins à domicile deux fois par semaine. Il a confirmé qu'A._ fournissait tous les jours des repas à sa patiente, et qu'elle veillait également à la prise de ses médicaments pour B._.
d)
Avant le début de la présente procédure, A._ s'occupait aussi, depuis de nombreuses années, de toute la gestion administrative des affaires de B._ qui n'y était pas habituée et ne souhaitait pas non plus y consacrer du temps et de l'énergie.
e)
Pendant la présente procédure, B._ a mandaté elle-même la Doctoresse H._, neurologue, et I._, neuropsychologue, d'exécuter une expertise privée portant sur sa capacité de discernement, sa capacité de prendre des décisions sensées liées à la gestion de son patrimoine et son aptitude à gérer sa fortune. L'examen neurologique et neuropsychologique a eu lieu le 13 février 2014.
Il résulte du rapport des deux expertes privées que d'un point de vue strictement neuropsychologique, B._, qui ne souffre d'aucune démence, dispose de sa capacité de discernement et qu'elle est capable de prendre des décisions sensées liées à la gestion de son patrimoine et de gérer sa fortune. Elle souffre seulement de quelques troubles cognitifs mineurs (p. ex. erreur dans le placement des aiguilles d'une montre) et, surtout, d'un important ralentissement psychomoteur qui conduit rapidement à son épuisement, raison pour laquelle elle n'a pas exécuté tous les examens proposés. En particulier, elle n'a pas procédé à la résolution de problèmes arithmétiques plus complexes. C'est pourquoi les deux expertes ont indiqué qu'il
"serait préférable que la patiente puisse bénéficier de conseils pour les décisions importantes liées à la gestion de son patrimoine et à sa fortune"
.
f)
Actuellement, la propriété immobilière à D._ est gérée par une régie immobilière. Pour le surplus, l'avocat chargé par B._ de la défense de ses intérêts dans la présente procédure s'occupe aussi, en qualité de mandataire privé, de la gestion administrative des affaires de sa cliente, dont notamment le paiement ponctuel de ses factures. A cet effet, B._ fait dévier son courrier postal directement à l'Etude de son avocat.
B._ fait désormais appel à cet homme de loi pour toute question administrative.
C. a)
Par requête du 22 mars 2013, A._ a fait part au Tribunal de protection de la situation de sa mère, mettant en doute la capacité de discernement de celle-ci et craignant une dilapidation de la fortune de l'intéressée, par des donations.
A._ a requis qu'une mesure de protection, en l'occurrence une curatelle de représentation avec mandat de gestion, soit prononcée en faveur de sa mère et que des mesures conservatoires soient ordonnées, à titre de mesures provisionnelles, compte tenu de la rapidité avec laquelle sa mère effectuait ses donations.
b)
B._ s'y est opposée, affirmant être en possession de tous ses moyens malgré son grand âge et attribuant les démarches de sa fille au fait d'avoir refusé de lui donner d'ores et déjà sa propriété immobilière à D._.
D. a)
Par ordonnance
DTAE/2779/2013
rendue le 5 juin 2013, le Tribunal de protection a, sur mesures provisionnelles, institué une curatelle de représentation et de gestion au profit de B._, désigné Me J._ aux fonctions de curateur et donné pour tâche à celui-ci de représenter B._ dans ses rapports juridiques avec les tiers et de veiller à la gestion de sa fortune. En outre, le Tribunal de protection a restreint, en conséquence, l'exercice des droits civils de B._ dans ses rapports juridiques avec les tiers.
b)
Par arrêt du 12 août 2013, la Chambre de céans a annulé ladite ordonnance, et par arrêt du 11 décembre 2013, le Tribunal fédéral a déclaré irrecevable le recours formé par A._ contre ladite décision.
c)
Entretemps, au cours de son mandat de curateur, Me J._ a procédé aux paiements de sa protégée et placé les immeubles sis à D._ en régie auprès de K._. A son entrée en fonction, il avait constaté que la situation financière de B._ était parfaitement saine et sous contrôle, les factures étant payées. Il s'est rapidement rendu compte que B._ comprenait les aspects inhérents à la gestion de ses affaires, raison pour laquelle il l'avait associée à ses décisions. B._ avait toutefois besoin d'aide sur le plan technique pour faire ses paiements.
d)
Le passage de la gestion de Me J._ à Me L._, mandataire privé mis en œuvre par B._, s'est fait en bonne intelligence.
e)
A l'issue de la procédure devant le Tribunal de protection, B._ et A._ ont persisté dans leurs conclusions initiales respectives, A._ sollicitant notamment une expertise judiciaire sur l'état de santé psychique et les capacités cognitives et décisionnelles de B._. En revanche, aucune des parties n'a sollicité la condamnation de l'autre partie aux dépens.
E.
En date du 7 mai 2014, le Tribunal de protection a rendue l'ordonnance querellée.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet dans les trente jours d'un recours écrit et motivé devant le juge compétent, à savoir à Genève la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et 3 et 450b CC; art. 53 al. 1 et 2 LaCC et art. 126 al. 3 LOJ).![endif]>![if>