Decision ID: 0df230e3-0333-4a86-abfd-8c34371a4d5b
Year: 2017
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. A._ (ci-après "A._ "), né le ********, est titulaire d'un permis de conduire pour les véhicules, notamment des catégories, B, B1, BE, depuis le 20 janvier 1981.
Aucune mention le concernant ne figure au fichier fédéral des mesures administratives en matière de circulation routière (ADMAS).
B. Le 13 octobre 2014 à 0h10, A._ a été impliqué dans un accident de la route, alors qu'il circulait au volant de son véhicule automobile, au centre-ville ********. Les faits suivants ont été constatés par la police dans son rapport du 10 mars 2015:
"Venant de ********, M. B._, automobiliste, circulait sur l'avenue ******** en direction de la place ********. A la hauteur du numéro ******** de l'avenue ********, M. B._, qui roulait à une vitesse plus élevée que l'auto qui le précédait, n'a pas prêté attention au véhicule de M. A._ qui circulait sur la même voie. De ce fait, il a percuté avec l'avant droit de son auto, l'arrière gauche de la voiture de M. A._ qui venait de la rue de ********. Suite au heurt, M. B._ ne s'est pas arrêté et a continué sa route.
Au vu des faits, M. A._ a suivi le véhicule conduit par M. B._ et l'a bloqué, dans la voie de droite de l'avenue ********, juste avant la place ********. Pour ce faire, M. A._ a effectué un demi-tour sur route pour se retrouver en face de l'auto de M. B._.
Pour effectuer sa manœuvre, M. A._ s'est déporté sur la gauche pour dépasser l'auto conduite par Mme C._. Cette dernière circulait sur la gauche de l'auto de M. B._. Après l'avoir dépassée, M. A._ a brusquement obliqué à droite et est passé devant l'auto de Mme C._ pour se retrouver sur la voie de droite afin de bloquer M. B._. Là, surprise, Mme C._ a heurté avec l'avant gauche de son auto, le flanc droit de la voiture de M. A._."
Les déclarations de A._ et de C._ ne figurent pas dans le rapport de police. B._ a déclaré pour sa part qu'après avoir heurté le véhicule de A._, il s'était arrêté au carrefour, à la hauteur de la place ********, pour attendre la police.
Les mesures d'investigation menées par la police ont révélé que le conducteur B._ présentait, au moment de l'accident, un taux d'alcoolémie minimal de 1.98‰. Le test d'éthylométrie effectué sur A._ s'est révélé négatif. Quant à la conductrice C._, le test d'éthylométrie effectué sur place a révélé une valeur inférieure à la limite légale (0.5‰).
Le 24 avril 2015, A._ s'est adressé au Ministère public du canton de Genève. Il s'est expliqué sur les circonstances de l'accident. Il a indiqué qu'après avoir été heurté par le véhicule de B._, il avait suivi ce véhicule sur l'avenue ********. Alors que celui-ci s'était arrêté aux feux, sur la voie de présélection de droite, le recourant avait contourné par la gauche les véhicules présents entre son véhicule et le véhicule de B._. Il s'était ensuite rabattu pour tenter de stopper ce véhicule.
C. Par ordonnance pénale du Ministère public du canton de Genève du 18 février 2016, A._ a, en raison des faits survenus le 13 octobre 2014, été reconnu coupable d'une violation grave des règles de la circulation routière (art. 90 al. 2 de la loi fédérale sur la circulation routière du 19 décembre 1958 [LCR; RS 741.01]). Il est reproché à l'intéressé d'avoir, alors qu'il circulait au volant de son véhicule automobile sur l'avenue ********, adopté une conduite dangereuse afin de poursuivre le véhicule de B._, lequel venait de percuter l'arrière de son véhicule et prenait la fuite. L'intéressé s'était déporté sur la voie de gauche de ladite avenue afin de dépasser le véhicule qui prenait la fuite, avant de brusquement se rabattre à droite afin de se positionner devant ce véhicule, de sorte qu'un heurt s'était produit entre le véhicule de A._ et le véhicule de C._. L'intéressé avait ensuite effectué un demi-tour sur route afin de se retrouver en face du véhicule qu'il poursuivait et ainsi le stopper dans sa progression. Pour ces faits, A._ a été condamné à une peine pécuniaire de 50 jours-amende, avec sursis, assorti d'un délai d'épreuve de 3 ans et à une amende immédiate.
L'intéressé n'a pas formé opposition contre ladite ordonnance.
D. Le 20 mai 2016, le Service des automobiles et de la navigation (ci-après: le SAN) a informé A._ de son intention de prononcer un retrait de permis de conduire, en raison des faits survenus le 13 octobre 2014.
A._ s'est déterminé le 19 juillet 2016. Il contestait avoir adopté un comportement dangereux. Il exposait qu'il avait tenté d'arrêter le véhicule de B._ qui tentait de fuir après avoir heurté son véhicule. Il relevait par ailleurs que c'était la conductrice C._ qui avait heurté son véhicule et non l'inverse, ajoutant qu'elle semblait être prise de boisson. Il demandait au SAN de vérifier le taux réel d'alcool dans le sang de cette conductrice. Il indiquait encore être informaticien indépendant et avoir un besoin professionnel de son permis de conduire. Il a également produit un schéma manuscrit de l'accident.
E. Par décision du 22 juillet 2016, le SAN a ordonné le retrait du permis de conduire (toutes les catégories sauf G [véhicules agricoles] et M [cyclomoteurs]) de A._ pour une durée de trois mois, à exécuter au plus tard du 18 janvier au 17 avril 2017. Il a tenu pour établi les faits retenus par l'autorité pénale et a qualifié l'infraction commise de grave au sens de l'art. 16c al. 1 let. a LCR, vu la mise en danger créée et la faute commise. Il a relevé que le retrait prononcé correspondait au minimum légal.
F. A._, désormais représenté par un avocat, a formé une réclamation auprès du SAN contre la décision du 22 juillet 2016. Il contestait la qualification de l'infraction qui lui était reprochée. Il soutenait en outre qu'il n'avait pas pu faire valoir ses moyens dans la procédure pénale, au motif qu'il n'avait pas pu prendre connaissance du rapport de police du 10 mars 2015.
G. Par décision sur réclamation du 24 août 2016, le SAN a rejeté la réclamation et confirmé la décision du 22 juillet 2016.
H. Par acte du 23 septembre 2016, A._, représenté par son avocat, a recouru contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal, en concluant à l'annulation des décisions des [recte] 24 août et [recte] 22 juillet 2016. Il a par ailleurs demandé la suspension de la procédure, indiquant avoir déposé une demande de révision contre l'ordonnance pénale du 18 février 2016. Il a joint à cet effet une demande de révision datée du 22 septembre 2016, adressée à la Chambre pénale d'appel et de révision de la Cour de Justice du canton de Genève.
Le 17 novembre 2016, le SAN a produit son dossier. Il a conclu au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. Il indique qu'il ne s'oppose pas à la demande de suspension de la cause.
Par avis du 18 novembre 2016, la juge instructrice a rejeté la demande de suspension, en réservant l'appréciation contraire de la section de la Cour appelée à statuer. Elle a par ailleurs transmis la réponse du SAN au recourant en fixant aux parties un délai au 8 décembre 2016 pour présenter d'éventuelles réquisitions tendant à compléter l'instruction.
Les parties n'ont pas procédé dans le délai imparti.
I. Le Tribunal cantonal a ensuite statué par voie de circulation.
Les arguments des parties seront repris ci-dessous dans la mesure utile.

Considérant en droit
1. Le recourant conteste les faits retenus contre lui dans l'ordonnance pénale du 18 février 2016. Dans sa réclamation, il expose qu'il n'aurait pas pu faire valoir ses moyens dans la procédure pénale. Il requiert la suspension de la présente procédure, dans l'attente de l'issue de la demande de révision qu'il a déposée contre l'ordonnance pénale.
a) Conformément à l'art. 25 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), l'autorité peut, d'office ou sur requête, suspendre la procédure pour de justes motifs, notamment lorsque la décision à prendre dépend de l'issue d'une autre procédure ou pourrait s'en trouver influencée de manière déterminante.
b) En l'occurrence, le recourant n'a pas contesté l'ordonnance pénale du 18 février 2016 qui est aujourd'hui en force. Selon la jurisprudence (cf. notamment PE.2016.0370 du 21 octobre 2016), le réexamen de décisions entrées en force ne doit pas être admis trop facilement. Il convient en effet d'éviter que des procédures de réexamen ou de révision ne servent à remettre sans cesse en cause des décisions exécutoires. Dans le cadre de sa demande de révision du 22 septembre 2016, soit formée pratiquement simultanément au recours objet de la présente procédure, le recourant se limite à donner sa propre version des faits, sans invoquer des faits qui n'auraient pas été pris en considération par l'autorité pénale. Au vu de ce qui précède, il n'y a pas lieu de suspendre la présente procédure dans l'attente de l'issue de la procédure de révision entreprise par le recourant contre la décision pénale le concernant.
2. a) En matière de répression des infractions relatives à la circulation routière, le droit suisse connaît le système de la double procédure pénale et administrative : le juge pénal se prononce sur les sanctions pénales (amende, peine pécuniaire, travail d'intérêt général ou peine privative de liberté) prévues par les dispositions pénales de la LCR (art. 90 ss LCR) et par le Code pénal (art. 34 ss, 106 et 107 CP), tandis que les autorités administratives compétentes décident de mesures administratives (avertissement ou retrait de permis) prévues par les art. 16 ss LCR (ATF 137 I 363 consid. 2.3). Une certaine coordination s'impose entre ces deux procédures. La jurisprudence a ainsi établi que, en principe, l'autorité administrative statuant sur un retrait du permis de conduire ne peut pas s'écarter des constatations de fait d'un jugement pénal entré en force. La sécurité du droit commande en effet d'éviter que l'indépendance du juge pénal et du juge administratif ne conduise à des jugements opposés, rendus sur la base des mêmes faits (ATF 137 I 363 consid. 2.3.2 et les références.).
L'autorité administrative ne peut s'écarter du jugement pénal que si elle est en mesure de fonder sa décision sur des constatations de fait inconnues du juge pénal ou qui n'ont pas été prises en considération par celui-ci, s'il existe des preuves nouvelles dont l'appréciation conduit à un autre résultat, si l'appréciation à laquelle s'est livré le juge pénal se heurte clairement aux faits constatés, ou si le juge pénal n'a pas élucidé toutes les questions de droit, en particulier celles qui touchent à la violation des règles de la circulation (ATF 139 II 95 consid. 3.2 et les références). Cela vaut non seulement lorsque le jugement pénal a été rendu au terme d'une procédure publique ordinaire au cours de laquelle les parties ont été entendues et des témoins interrogés, mais également, à certaines conditions, lorsque la décision a été rendue à l'issue d'une procédure sommaire, même si la décision pénale se fonde uniquement sur le rapport de police. Il en va notamment ainsi lorsque la personne impliquée savait ou aurait dû prévoir, en raison de la gravité des faits qui lui sont reprochés, qu'il y aurait également une procédure de retrait de permis. Dans cette situation, la personne impliquée est tenue, en vertu des règles de la bonne foi, de faire valoir ses moyens dans le cadre de la procédure pénale, le cas échéant en épuisant les voies de recours à sa disposition. Elle ne peut pas attendre la procédure administrative pour exposer ses arguments (ATF 123 II 97 consid. 3c/aa; 121 II 214 consid. 3a; arrêt TF 1C_502/2011 du 6 mars 2012 consid. 2.1).
b) En l'occurrence, le recourant a exposé par écrit ses arguments dans la procédure pénale (cf. ses déterminations au Ministère public du 24 avril 2015) avant que le Ministère public ne rende l'ordonnance pénale du 18 février 2016. Certes, cette décision se fonde sur le rapport de police et le recourant expose qu'il n'avait pas pu prendre connaissance de ce rapport avant la notification de celle-ci. Le recourant ne pouvait toutefois pas ignorer qu'en raison de la gravité des faits retenus contre lui par l'autorité pénale – à savoir une infraction grave au sens de l'art. 90 al. 2 LCR -, il y aurait également une procédure de retrait de permis de conduire. Dans ces circonstances, et conformément à la jurisprudence précitée, le recourant était tenu, en vertu des règles de la bonne foi, de faire valoir ses moyens dans le cadre de la procédure pénale, en formant opposition contre l'ordonnance pénale, et le cas échéant en épuisant les voies de recours ordinaires à sa disposition, étant rappelé que la révision n'est pas une voie de recours ordinaire. On voit mal quels motifs objectifs l'auraient empêché d'agir, étant précisé que l'opposition n'avait pas besoin d'être motivée, ce qui est explicitement mentionné dans l'ordonnance pénale du 18 février 2016 (p. 4). Le Tribunal cantonal ne voit ainsi pas de raisons de s'écarter des faits établis dans l'ordonnance pénale du 18 février 2016, laquelle est en force.
3. Sur le fond, le recourant conteste avoir commis une infraction grave.
a) La loi fait la distinction entre les cas de peu de gravité (art. 16a LCR), les cas de gravité moyenne (art. 16b LCR) et les cas graves (art. 16c LCR).
Commet une infraction légère la personne qui, en violant les règles de la circulation routière, met légèrement en danger la sécurité d'autrui et à laquelle seule une faute bénigne peut être imputée (art. 16a al. 1 let. a LCR). L'auteur d'une infraction légère fait l'objet d'un avertissement, si au cours des deux années précédentes, le permis de conduire ne lui a pas été retiré et qu'aucune mesure administrative n'a été prononcée à son encontre; si tel n'est pas le cas, le permis de conduire lui est retiré pour un mois au moins (art. 16a al. 2 et 3 LCR). En cas d'infraction particulièrement légère, il est renoncé à toute mesure administrative (art. 16a al. 4 LCR).
Commet une infraction moyennement grave la personne qui, en violant les règles de la circulation, crée un danger pour la sécurité d'autrui ou en prend le risque (art. 16b al. 1 let. a LCR). Dans cette hypothèse, le permis de conduire est retiré pour un mois au minimum (art. 16b al. 2 let. a LCR).
Commet une infraction grave la personne qui, en violant gravement les règles de la circulation, met sérieusement en danger la sécurité d'autrui ou en prend le risque (art. 16c al. 1 let. a LCR). Conformément à l'art. 16c al. 2 let. a LCR, le permis de conduire est retiré pour trois mois au minimum après une infraction grave.
b) Depuis la révision partielle de la LCR du 14 décembre 2001, la réalisation d'une infraction légère, moyenne ou grave dépend toujours de la mise en danger du trafic induite et de la faute (Cédric Mizel, Les nouvelles dispositions légales sur le retrait du permis de conduire, in RDAF 2004 I 383). Le législateur conçoit l'art. 16b al. 1 let. a LCR comme l'élément dit de regroupement. Cette disposition n'est ainsi pas applicable aux infractions qui tombent sous le coup des art. 16a al. 1 let. a et 16c al. 1 let. a LCR. Dès lors, l'infraction est toujours considérée comme moyennement grave lorsque tous les éléments constitutifs qui permettent de la privilégier comme légère ou au contraire de la qualifier de grave ne sont pas réunis. Tel est par exemple le cas lorsque la faute est grave et la mise en danger bénigne ou, inversement, si la faute est légère et la mise en danger, grave (ATF 136 II 447 consid. 3.2; 135 II 138 consid. 2.2.2; arrêts TF 1C_766/2013 du 1er mai 2014 consid. 3.1; 6A.16/2006 du 6 avril 2006 consid. 2.1.1, in JT 2006 I 442).
c) L'infraction grave au sens de l'art. 16c al. 1 let. a LCR est ainsi subordonnée à la double gravité de la faute commise et de la mise en danger objective (Mizel, op. cit. p. 395).
D'un point de vue objectif, la violation grave d'une règle de circulation suppose que l'auteur a mis sérieusement en danger la sécurité du trafic. Il y a création d'un danger sérieux pour la sécurité d'autrui non seulement en cas de mise en danger concrète, mais déjà en cas de mise en danger abstraite accrue (ATF 142 IV 93 consid. 3.1.; 131 IV 133 consid. 3.2). Il y a mise en danger abstraite accrue lorsqu'une ou des personnes indéterminées auraient pu se trouver potentiellement exposées à un danger pour leur intégrité physique. Lorsque l'on peut objectivement exclure des circonstances la présence de tout tiers, y compris, le cas échéant, du passager du conducteur en infraction, l'imminence du danger peut être niée (arrêt TF 6B_117/2015 du 11 février 2016 consid. 13.2). Subjectivement, la violation grave d'une règle de circulation exige un comportement sans scrupules ou gravement contraire aux règles de la circulation, c'est-à-dire une faute grave et, en cas d'acte commis par négligence, à tout le moins une négligence grossière (ATF 142 IV 93 consid. 3.1). Celle-ci doit être admise lorsque le conducteur est conscient du caractère généralement dangereux de son comportement contraire aux règles de la circulation. Mais une négligence grossière peut également exister lorsque, contrairement à ses devoirs, l'auteur ne prend absolument pas en compte le fait qu'il met en danger les autres usagers, en d'autres termes s'il se rend coupable d'une négligence inconsciente. Dans de tels cas, une négligence grossière ne peut être admise que si l'absence de prise de conscience du danger créé pour autrui repose elle-même sur une absence de scrupules (ATF 131 IV 133 consid. 3.2). Plus la violation de la règle de la circulation apparaît objectivement grave, plus facilement sera admis, sauf circonstances particulières contraires, un comportement sans scrupule. L'absence de scrupules sera exceptionnellement niée lorsque les circonstances particulières du cas d'espèce font apparaître le comportement de l'auteur sous un jour plus favorable (ATF 142 IV 93 consid. 3.1 et les références; arrêts TF 6B_441/2015 du 3 février 2016 consid. 2.2.1; 6B_290/2015 du 23 novembre 2015 consid. 2.2.1 et les références).
Le Tribunal fédéral a par exemple admis une infraction grave s'agissant d'un conducteur qui avait entrepris un dépassement en franchissant la ligne de sécurité (arrêt TF 6b_329/2008 consid.1). Tel était également le cas d'un conducteur qui avait entrepris un dépassement de nuit, sur la chaussée mouillée d'une route relativement étroite, avait suivi une voiture qui dépassait, sans se demander s'il allait disposer de la place nécessaire pour se rabattre (ATF 121 IV 235 consid. 1c).
d) En l'occurrence, l'autorité pénale a retenu que les faits reprochés au recourants étaient constitutifs d'une infraction à l'art. 90 al. 2 LCR en raison de violations graves aux art. 26, 27, 34 et 35 LCR (cf. ordonnance pénale du 18 février 2016, p. 2).
L'art. 26 al.1 LCR pose comme règle générale que chacun doit se comporter, dans la circulation, de manière à ne pas gêner ni mettre en danger ceux qui utilisent la route conformément aux règles établies.
L'art. 27 al. 1 LCR dispose que chacun se conformera aux signaux et aux marques ainsi qu'aux ordres de la police. Les signaux et les marques priment les règles générales; les ordres de la police ont le pas sur les règles générales, les signaux et les marques.
L'art 34 LCR est libellé comme suit:
"1 Les véhicules tiendront leur droite et circuleront, si la route est large, sur la moitié droite de celle-ci. Ils longeront le plus possible le bord droit de la chaussée, en particulier s'ils roulent lentement ou circulent sur un tronçon dépourvu de visibilité.
2 Les véhicules circuleront toujours à droite des lignes de sécurité tracées sur la chaussée.
3 Le conducteur qui veut modifier sa direction de marche, par exemple pour obliquer, dépasser, se mettre en ordre de présélection ou passer d'une voie à l'autre, est tenu d'avoir égard aux usagers de la route qui viennent en sens inverse ainsi qu'aux véhicules qui le suivent.
4 Le conducteur observera une distance suffisante envers tous les usagers de la route, notamment pour croiser, dépasser et circuler de front ou lorsque des véhicules se suivent."
Quant à l'art. 35 LCR, il a la teneur suivante:
"1 Les croisements se font à droite, les dépassements à gauche.
2 Il n'est permis d'exécuter un dépassement ou de contourner un obstacle que si l'espace nécessaire est libre et bien visible et que si les usagers de la route venant en sens inverse ne sont pas gênés par la manœuvre. Dans la circulation à la file, seul peut effectuer un dépassement celui qui a la certitude de pouvoir reprendre place assez tôt dans la file des véhicules sans entraver leur circulation.
3 Celui qui dépasse doit avoir particulièrement égard aux autres usagers de la route, notamment à ceux qu'il veut dépasser.
4 Le dépassement est interdit au conducteur qui s'engage dans un tournant sans visibilité, qui franchit ou s'apprête à franchir un passage à niveau sans barrières ou qui s'approche du sommet d'une côte; aux intersections, le dépassement n'est autorisé que si la visibilité est bonne et s'il n'en résulte aucune atteinte au droit de priorité des autres usagers.
[...]".
e) Il ressort du rapport de police et des explications du recourant que les faits se sont produits dans la ville de ********, sur l'avenue ********, à la hauteur du carrefour de la place ********. A cet endroit, la route est munie de plusieurs présélections, séparées entre elles par des lignes de sécurité; un passage pour piétons se trouve en amont des voies. Le recourant allègue que le feu était rouge et que le véhicule de B._ se trouvait immobilisé sur la voie de présélection de droite. Le recourant expose qu'il a tenté de bloquer ledit véhicule avant qu'il ne redémarre. Pour ce faire, il s'est déporté sur la 3e voie de présélection, en partant de la droite, la deuxième voie étant occupée par le véhicule de C._. Il a devancé le véhicule de cette dernière, puis s'est rabattu sur la droite. Selon le rapport de police, la conductrice a été surprise par l'irruption soudaine devant elle du véhicule du recourant et l'a heurté au niveau du flanc droit. Il ne ressort pas du rapport de police ni de l'ordonnance pénale que la collision entre le véhicule du recourant et celui de la conductrice précitée se serait produit alors que les véhicules étaient à l'arrêt aux feux. Cette version soutenue par le recourant paraît peu crédible, dans la mesure où le véhicule de la conductrice a percuté celui du recourant. Quoi qu'il en soit, il y a lieu de s'en tenir aux faits retenus dans l'ordonnance pénale (cf. supra consid. 2). Le recourant soutient qu'il ne serait pas responsable de l'accident dans la mesure où c'est le véhicule de la conductrice qui l'a percuté et non l'inverse. Il semble également mettre en doute la capacité de conduire de ladite conductrice dans la mesure où la police a détecté chez elle la présence d'alcool. Cette appréciation ne saurait être suivie. Le heurt s'explique aisément par l'irruption soudaine du véhicule du recourant sur la voie de présélection sur laquelle circulait normalement la conductrice. La manœuvre du recourant, consistant à faire un demi-tour pour pouvoir se mettre en face du véhicule en fuite afin de le bloquer, en traversant la voie de présélection sur laquelle se trouvait le véhicule de la conductrice, était pour le moins insolite. Il est compréhensible que la conductrice ait été surprise par cette manœuvre et qu'elle n'ait pas réussi à éviter la collision avec le véhicule du recourant. Le taux d'alcool dans son sang était en outre inférieur au seuil légal et il n'y a pas de motif de penser que sa capacité de conduire était diminuée. Comme le souligne l'autorité pénale, le recourant a adopté une conduite dangereuse et son comportement procède d'un mépris grossier des règles de la circulation routière. Il a entrepris un dépassement et un changement de sa direction, contraire au sens de marche, sans égard aux autres véhicules et sans disposer de l'espace nécessaire pour se rabattre. Les infractions aux art. 26 al. 1, 27 al. 1, 34 al. 3, 35 al. 2 et 3 LCR sont réalisées. Le fait que le recourant tentait d'arrêter un véhicule qui l'avait percuté précédemment n'excuse en rien son comportement. Certes, le heurt entre le véhicule du recourant et celui de la conductrice n'a provoqué que des dégâts matériels. Toutefois, l'accident a eu lieu sur une route fréquentée, au centre-ville, devant un passage pour piétons, un jour de semaine. Même si à l'heure de l'accident (0h10), le trafic est moins dense qu'en journée, les conséquences auraient pu être plus graves, en cas de présence de piétons ou de motocyclistes. La faute commise par le recourant doit également être qualifiée de grave, le recourant ne pouvant pas ignorer qu'il mettait en danger la vie ou l'intégrité physique des autres usagers de la route par son comportement. Dans ces conditions, l'autorité intimée était fondée à retenir que le comportement du recourant était constitutif d'une violation grave des règles de la circulation au sens de l'art. 16c al. 1 let. a LCR.
f) Selon l'art. 16c al. 2 let. a LCR précité, après une infraction grave, le permis d'élève conducteur ou le permis de conduire est retiré pour trois mois au minimum. La durée minimale du retrait ne peut être réduite (art. 16 al. 3 LCR).
En l’occurrence, l'autorité intimée a prononcé à l’encontre du recourant un retrait de permis de conduire d'une durée correspondant au minimum légal prévu par le législateur, soit trois mois. L’utilité professionnelle et l'absence d'antécédents invoqués par le recourant n’ont dès lors pas à être examinés, puisqu'il n'est de toute façon pas possible de réduire la durée de la mesure prononcée à son encontre.
4. Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté et la décision attaquée confirmée. Le SAN est invité à fixer une nouvelle date d’exécution de la mesure. Le recourant, qui succombe, supportera les frais de justice (art. 49 al. 1 et 91 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; RSV 173.36]). Il ne sera pas alloué de dépens (art. 55 et 56 al. 3 LPA-VD).