Decision ID: 0ced3231-d52e-4601-a768-ee48b87c4efa
Year: 2016
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Par courrier du 4 mars 2016, le Ministère de la justice italien a formellement
requis l’extradition de A. Cette demande puisait sa source dans le mandat
d’arrêt émis le 5 décembre 2014 par le Tribunal de Reggio Calabria
(« Ordinanza di custodia cautelare in carcere n. 458/11 R.G.N.R. e n.
4879/11 R.GIP », émanant du Tribunal de Reggio Calabria et arrêt
du Tribunal de Reggio Calabria n. 1663/2014 du 3 décembre 2014) (act. 4,
page 2).
B. Par courrier du 29 juillet 2016, l’Office fédéral de la justice (ci-après : OFJ) a
transmis au Ministère public du Valais la demande d’extradition du 4 mars
2016 et les compléments du 21 janvier 2016, ainsi qu’un mandat d’arrêt en
vue d’extradition du 29 juillet 2016, en lui demandant d’arrêter et
d’auditionner le recourant au sujet de la demande d’extradition (act. 4, page
2).
C. Le 3 août 2016, A. a été arrêté et incarcéré en vue d’extradition à la prison
des Iles à Sion (act. 4, page 2).
D. Le 10 août 2016, A. a recouru contre le mandat d’arrêt en vue d’extradition
du 29 juillet 2016, recours rejeté par arrêt du 20 septembre 2016 du Tribunal
pénal fédéral (act. 4, pages 2 et 3).
E. Le 7 octobre 2016, l’OFJ a ordonné le séquestre du compte n° 1 détenu par
le recourant auprès de B., en vue d’une remise des fonds à l’Etat requérant
ou d’une éventuelle affectation ultérieure de ceux-ci à la couverture des frais
engendrés par la détention extraditionnelle de A. en Suisse (act. 4.2).
F. Par courrier du 7 octobre 2016, B. a confirmé le blocage dudit compte dont
le solde est de CHF 1'902.40 (act. 4.2).
G. Moyennant décision du 11 octobre 2016, l’OFJ a accordé l’extradition du
recourant à l’Italie et octroyé à Me Gruber le montant de CHF 2'666.-- pour
l’activité déployée dans le cadre de la procédure d’extradition (act. 4.3).
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H. Le 20 octobre 2010, A. a formé recours contre la décision de séquestre
susmentionnée, concluant à la levée de la saisie frappant son compte auprès
de B., subsidiairement au renvoi du dossier à l’OFJ pour nouvelle décision.
Une demande de mise au bénéfice de l’assistance judiciaire était également
formulée (act. 1). Le 31 octobre 2016, A. a remis à la Cour de céans le
formulaire d’assistance judiciaire ad hoc complété (RP.2016.63; act. 3.1).
I. Dans la réponse du 2 novembre 2016, l’OFJ a confirmé sa décision de
séquestre (act. 4). Par réplique du 14 novembre 2016, A. a réitéré ses
conclusions (act. 5).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1.
1.1 Les procédures d’extradition entre la Suisse et l’Italie sont prioritairement
régies par la Convention européenne d’extradition du 13 décembre 1957
(CEExtr; RS 0.353.1), entrée en vigueur pour la Suisse le 20 mars 1967 et
pour l’Italie le 4 novembre 1963, et par le Deuxième protocole additionnel à
la CEExtr (PA Il CEExtr; RS 0.353.12), entré en vigueur pour la Suisse le 9
juin 1985 et pour l'Italie le 23 avril 1985, ainsi que, à compter du 12 décembre
2008, par les art. 59 ss de la Convention d'application de l'Accord Schengen
du 14 juin 1985 (CAAS; n° CELEX 42000A0922[02]; Journal officiel de
l'Union européenne L 239 du 22 septembre 2000, p. 19 à 62). Pour le
surplus, la loi sur l'entraide pénale internationale (EIMP; RS 351.1) et son
ordonnance d’exécution (OEIMP; RS 351.11) règlent les questions qui ne
sont pas régies, explicitement ou implicitement, par la CEExtr (ATF 130 lI
337 consid. I; 128 Il 355 consid. 1, et la jurisprudence citée). Le droit interne
s’applique en outre lorsqu’il est plus favorable à l’octroi de l’extradition que
le droit international (ATF 142 IV 250 consid. 3 ; 140 IV 123 consid. 2; 137
IV 33 consid. 2.2.2; 136 IV 82 consid. 3.1). Le respect des droits
fondamentaux est réservé (ATF 135 IV 212 consid. 2.3; 123 II 595
consid. 7c; TPF 2008 24, consid. 1.1).
1.2 La Confédération suisse et la République italienne sont toutes deux parties
à la Convention européenne d’entraide judiciaire en matière pénale du
20 avril 1959, entrée en vigueur le 20 mars 1967 pour la Suisse et le 12 juin
1962 pour l'Italie (CEEJ; RS 0.351.1) et ont passé un Accord en vue de la
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compléter et d’en faciliter l’application (RS 0.351.945.41, ci-après: Accord
italo-suisse). A compter du 12 décembre 2008, les art. 48 ss CAAS
s’appliquent également à l’entraide pénale entre ces deux Etats (arrêt du
Tribunal pénal fédéral RR.2013.293 du 21 février 2014, consid. 1.2; v. plus
en général arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2008.98-99 du 18 décembre
2008, consid. 1.3). Peut également s'appliquer en l'occurrence la Convention
du Conseil de l’Europe relative au blanchiment, au dépistage, à la saisie et
à la confiscation des produits du crime (CBl; RS 0.311.53), entrée en vigueur
pour la Suisse le 1 er septembre 1993 et pour l’Italie le 1er mai 1994. Les
dispositions de ces traités l’emportent sur le droit autonome qui régit la
matière, soit l’EIMP et l’OEIMP. Le droit interne reste toutefois applicable aux
questions non réglées, explicitement ou implicitement, par le traité et lorsqu’il
est plus favorable à l’entraide (ATF 140 IV 123 consid. 2; 137 IV 33
consid. 2.2.2; 136 IV 82 consid. 3.1; arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2013.301-302 du 22 mai 2014, consid. 1), ce qui est valable aussi dans
le rapport entre elles des normes internationales (v. art. 48 ch. 2 CAAS, 39
ch. 2 CBl et I ch. 2 de l’Accord italo-suisse). L’application de la norme la plus
favorable doit avoir lieu dans le respect des droits fondamentaux (ATF 135
IV 212 consid. 2.3; 123 II 595 consid. 7c).
1.3 Aux termes de l’art. 47 al 3. EIMP, l’OFJ décide en même temps qu’il décerne
le mandat d’arrêt aux fins d'extradition quels objets et valeurs restent saisis
ou doivent l'être. La jurisprudence a précisé qu’une telle décision peut
également intervenir postérieurement au mandat d’arrêt (cf. ATF 125 IV 30
consid. 2). L’art. 48 al. 2 EIMP prévoit que contre les décisions prises en
vertu de l'art. 47 EIMP, la personne poursuivie peut interjeter un recours
devant la cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral dans un délai de dix
jours à compter de la notification écrite du mandat d'arrêt.
En l’espèce, la personne visée par la décision d’extradition, titulaire du
compte frappé par la mesure, a déposé son recours dans le délai de dix jours
prévu à l’art. 48 al. 2 EIMP. Le recours est partant recevable.
2.
2.1 La décision entreprise a été rendue en application des art. 47 al. 3 et 62 al.
2 EIMP. Le recourant dénonce une violation de ces dispositions, ainsi que
de l’art. 59 de ladite loi. Il conclut, par conséquent, à la levée du séquestre
prononcé.
2.2 La saisie au sens de l’art. 47 al. 3 EIMP constitue une mesure de procédure
provisionnelle destinée à la conservation des preuves, respectivement à la
conservation du gain illicite réalisé au moyen de l’acte punissable, partant,
elle doit se limiter aux objets ou valeurs qui peuvent servir de preuves ou qui
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proviennent de l’acte punissable. La saisie au sens de l’art. 47 al. 3 EIMP ne
constitue pas une ingérence matérielle dans les droits patrimoniaux de la
personne touchée. Elle a uniquement un caractère conservatoire et
intervient sous réserve d’une décision ultérieure sur la remise des objets et
valeurs saisis selon l’art. 55 al. 1 EIMP. Aux termes de l’art. 62 al. 2 EIMP,
les biens de la personne poursuivie peuvent être affectés à la couverture des
frais, à moins qu’ils ne doivent être remis à l’Etat requérant (ATF 125 IV 30
consid. 1a). Par conséquent, une saisie n’est pas inadmissible si, parmi les
objets à saisir, se trouvent des objets qui ne paraissent pas devoir être remis
à l’Etat requérant mais qui peuvent servir à la couverture des frais de la
procédure d’extradition (ATF 125 IV 30 consid. 1b). A cette fin, l’OFJ peut,
mais ne doit pas, délivrer deux ordonnances de saisie séparées, en indiquant
quels objets sont à saisir et à quel titre. Dans le choix entre ces deux
possibilités, il possède un large pouvoir d’appréciation, justifié par la nature
de cette matière. Il est parfois difficile de déterminer à l’avance dans un cas
particulier ce qui peut être saisi et à quel titre ; il faut en particulier compter
avec un complément de la demande d’extradition. Si l’OFJ prononce une
saisie par une seule décision, nonobstant le fait que parmi les objets à saisir
se trouvent également des objets qui ne paraissent pas devoir être remis à
l’Etat requérant, cette décision repose uniquement sur l’art. 47 al. 3 EIMP,
raison pour laquelle elle ne peut donner lieu qu’à un recours en vertu de l’art.
48 al. 2 EIMP. Un recours devant la cour des plaintes du Tribunal pénal
fédéral selon l’art. 25 EIMP n’est possible que si la saisie d’objets ne vise
que le but de couvrir les frais prévus à l’art. 62 EIMP.
2.3 Dans le cas d’espèce, après avoir émis le mandat d’arrêt en vue d’extradition
le 29 juillet 2016, le 7 octobre 2016 l’OFJ a ordonné le séquestre du compte
n° 1 détenu par le recourant, « conformément aux articles 47, 59 et 62
EIMP » (act. 4.1). Plus précisément, l’OFJ a indiqué que la saisie du compte
a été décidée « en vue d’une remise des fonds à l’Etat requérant ou d’une
éventuelle affectation ultérieure de ceux-ci à la couverture des frais
engendrés par sa détention extraditionnelle en Suisse » (act. 4.1). Dans sa
réponse, l’OFJ précise que « La décision de séquestre du 7 octobre 2016
est une mesure provisoire qui tend uniquement au maintien d’une situation
donnée. Elle ne préjuge pas l’affectation de la somme séquestrée. Une telle
décision sera prise ultérieurement [...] ». Il est donc évident que l’OFJ a fait
usage de son large pouvoir d’appréciation et a prononcé, comme il pouvait
le faire, une saisie par une seule décision, nonobstant le fait que parmi les
objets à saisir se trouvent également des valeurs qui pourraient ne pas
devoir être remis à l’Etat requérant. Cette décision, on l’a vu, repose
uniquement sur l’art. 47 al. 3 EIMP et peut faire l’objet d’un recours
conformément à l’art. 48 al. 2 EIMP.
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S’agissant d’une mesure provisionnelle, la décision querellée ne se
prononce ni sur une remise des fonds à l’Italie ni sur une éventuelle
affectation des avoirs saisis au remboursement des frais de la détention
extraditionnelle. Dans ce sens, il n’y a pas encore d’ingérence matérielle sur
les droits de propriété du recourant. La loi offre, en effet, au recourant, dans
le cadre de l’application de l’art. 55 al. 1 EIMP ou de l’art. 62 al. 2 EIMP, la
possibilité de faire valoir ses droits lors d’une éventuelle remise des valeurs
à l’Italie ou d’une décision sur l’affectation de ses avoirs à la couverture des
frais. Dans ce sens, les griefs du recourant sont prématurés et, partant
doivent être rejetés dans la mesure de leur recevabilité.
3. Le recourant sollicite l'octroi de l'assistance judiciaire.
3.1 Après le dépôt du recours, la partie qui ne dispose pas de ressources
suffisantes et dont les conclusions ne paraissent pas d'emblée vouées à
l'échec est, à sa demande, dispensée par l'autorité de recours, son président
ou le juge instructeur de payer les frais de procédure (art. 65 al. 1 PA).
S'agissant des conclusions, on rappellera qu'elles doivent être considérées
comme vouées à l'échec lorsque les risques de perdre l'emportent nettement
sur les chances de gagner, alors même qu'elles ne seraient pas
manifestement mal fondées ou abusives (arrêts du Tribunal pénal fédéral
RR.2007.176 du 11 décembre 2007, consid. 3; RR.2007.31 du 21 mars 2007
consid. 3).
3.2 En l'espèce, les griefs soulevés par le recourant se sont avérés irrecevables
et très largement dénués de chances de succès. Partant, la demande
d'assistance judiciaire doit être rejetée.
4. Il s'ensuit que les frais de procédure comprenant l'émolument d'arrêté, les
émoluments de chancellerie et les débours seront mis à la charge du
recourant qui succombe (art. 63 al. 1 PA, applicable par renvoi de l'art. 39 al.
2 let. b LOAP). Le montant de l'émolument est calculé en fonction de
l'ampleur et de la difficulté de la cause, de la façon de procéder des parties,
de leur situation financière et des frais de chancellerie (art. 73 al. 2 LOAP, 5
et 8 al. 3 du règlement du Tribunal pénal fédéral sur les frais, émoluments,
dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale du 31 août 2010
[RFPPF; RS 173.713.162] et art. 63 al. 5 PA). Le recourant supportera ainsi
les frais du présent arrêt qui seront fixés à CHF 500.--.
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2007.176 http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2007.31
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