Decision ID: 1f6d2dcd-907f-52cc-85fa-9d9ffa63955a
Year: 2017
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_004
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: civil_law

considérant en fait
A. A._ et B._ se sont mariés en 2010. De leur union est né un enfant, C._, en 2010.
Le couple s’est séparé en septembre 2012. Le 4 décembre 2013, A._ a introduit une demande unilatérale de divorce auprès du Tribunal civil des Montagnes et du Val-de-Ruz (: le Tribunal civil). Selon accord des parties passé à titre de mesures provisionnelles, B._ a conservé la garde de fait de C._ durant la procédure de divorce. C._ a dès lors séjourné chez son père avec sa nouvelle compagne, D._, ainsi que deux des enfants de cette dernière nés d’une précédente union, dont E._, né en 2000.
En cours de procédure de divorce, il s’est avéré qu’à l’occasion de bains pris en commun au domicile de B._ entre août et octobre 2015, E._ a fait subir des actes d’ordre sexuel à C._. Il a ainsi simulé l’acte sexuel avec son sexe entre les cuisses de C._ et mis son sexe dans la bouche de celui-ci. Une instruction a formellement été ouverte à l’encontre de E._ en date du 6 novembre 2015.
Dès la connaissance de ces actes, un suivi psychologique a été mis en place en faveur des deux enfants auprès de F._. Le suivi de C._ a été assuré par Mme G._.
B. Par jugement de divorce du 2 juin 2016, l’autorité parentale conjointe a été maintenue et la garde de C._ a été attribuée à la mère. De manière à faire coïncider les droits de visite de B._ sur son fils avec ceux du père de E._, afin de limiter les occasions pour les deux enfants de se côtoyer, un droit de visite usuel, et non élargi, a été fixé: un week-end sur deux du vendredi 18h00 au dimanche 19h00, durant la moitié des vacances scolaires et alternativement avec la mère durant les fêtes. Une curatelle au sens de l’art. 308 al. 1 et 2 CC a par ailleurs été instaurée en faveur de C._ et est exercée par H._, intervenant en protection de l’enfant auprès du Service de l’enfance et de la jeunesse (ci-après: SEJ).
C. En date du 11 août 2016, A._ a déposé auprès du Juge civil des requêtes de mesures superprovisionnelles et provisionnelles. Elle a conclu, par voie de mesures superprovisionnelles, à ce que le droit de visite de B._ sur C._ s’exerce un samedi après-midi sur deux, de 14h00 à 18h00, dans un périmètre de 30 km autour du domicile de l’enfant, jusqu’à ce qu’une place se libère au Point Rencontre fribourgeois, et à l’interdiction de mettre C._ en contact avec E._ et d’exercer son droit de visite hors du périmètre précité, sous la commination de la peine d’amende de l’art. 292 CP. Par voie de mesures provisionnelles, A._ a conclu à l’exercice par B._ de son droit de visite au Point Rencontre fribourgeois, un week-end sur deux. En effet, E._ a avoué avoir commis de nouveaux abus sexuels sur C._ entre les mois d’avril et de juillet 2016, alors que les enfants étaient tous deux sous la responsabilité du père de C._ et de sa compagne. Il y aurait ainsi eu six nouveaux cas d’abus, où E._ aurait simulé l’acte sexuel entre les cuisses de C._ et aurait même tenté de le pénétrer. Ces actes se sont déroulés alors que les enfants étaient seuls en forêt ainsi que dans une cabine lors d’une sortie piscine où B._ et sa compagne ont laissé les deux enfants s’y rendre seuls.
D. Par décision du même jour, le Juge civil a, par mesures provisionnelles urgentes, donné droit à la requête de mesures superprovisionnelles déposée par A._.
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Une audience a eu lieu par devant le magistrat précité en date du 25 août 2016. Ce dernier a relevé qu’il ne s’estimait pas compétent pour prendre des mesures provisionnelles. Il a ainsi déclaré irrecevable la requête de mesures provisionnelles et a, en application de l’art. 63 CPC, fixé un délai de trente jours à A._ pour déposer une requête en modification du jugement de divorce limitée à la question du droit aux relations personnelles auprès de la Justice de paix. A titre superprovisionnel, le Juge a prolongé les effets de sa décision du 11 août 2016 durant ce délai.
Entre-temps, soit le 18 août 2016, E._ est entré à la Fondation I._ pour un placement d’une durée indéterminée, placement qui a ensuite été ordonné formellement, à titre de mesure provisionnelle dans l’attente d’un jugement, le 22 septembre 2016 par le Juge des mineurs du Tribunal régional des Montagnes et du Val-de-Ruz.
E. Le 26 septembre 2016, A._ a saisi la Justice de paix de la Broye (ci-après: la Justice de paix) d’une demande en modification du jugement de divorce, doublée d’une requête de mesures provisionnelles. Elle a sollicité au fond que le droit de visite s’exerce une semaine sur deux, le samedi de 09h00 à 18h00 et le dimanche de 09h00 à 18h00, et qu’il ne puisse plus être exercé dans l’un des lieux où les abus avaient été commis, tout contact entre C._ et E._ étant prohibé. A titre de mesures provisionnelles, elle a requis que le droit de visite s’exerce comme l’avait décidé le Juge du Tribunal civil par décision du 11 août 2016.
Par détermination du 19 octobre 2016, B._ s’est opposé à une limitation de son droit de visite, réclamant que le droit de visite usuel soit rétabli. Il a du reste indiqué que E._ avait été placé en établissement et a exposé qu’un planning avait été mis en place de manière à permettre à son fils C._ de revenir au domicile paternel sans que son agresseur ne soit présent.
En date du 24 octobre 2016, le curateur de l’enfant, H._, s’est déterminé sur la requête de A._. Il a relevé que l’enfant avait fait part de son souhait de retourner au domicile de son père et qu’il avait semblé rassuré lorsqu’il a été informé de l’absence de E._ si les visites reprenaient. Le curateur a également rappelé les positions des père et mère de C._. Il a en outre indiqué que la psychologue de C._, Mme G._, avait précisé que le lieu géographique où les cas d’abus se sont déroulés n’est pas forcément le seul cas de figure où l’enfant pourrait se sentir mal. Par exemple, la salle de bain d’un autre domicile ou une autre forêt pourrait lui rappeler ce qu’il a vécu. Ce qui paraît primordial pour la thérapeute est que l’enfant soit avant tout rassuré quant au fait que E._ ne serait pas présent s’il retournait chez son père. En conclusion, le curateur propose un retour de C._ en droit de visite au domicile de son père un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, à condition que E._ soit absent. Il propose ainsi de compléter le planning déjà existant pour garantir l’absence de ce dernier tous les deux week-ends.
F. Par détermination du 25 novembre 2016, A._ a conclu, par voie de mesures provisionnelles, à ce que la décision du 11 août 2016 soit confirmée et à ce qu’une expertise pédopsychiatrique soit ordonnée sur son fils C._, avant de rétablir, cas échéant, un droit de visite usuel, compte tenu de la gravité des faits qui se sont produits et de l’importance d’éviter au maximum tout risque d’atteinte supplémentaire au développement de C._.
G. Les parties ont été convoquées à une séance devant la Justice de paix le 1er décembre 2016. La convocation avait annoncé l’objet de ladite séance comme étant le suivant: « évaluation de la situation du mineur C._, confirmation, modification ou levée de la décision sur
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mesures superprovisionnelles du 11 août 2016 du Juge du Tribunal civil régional des Montagnes et du Val-de-Ruz et requête du 29 [recte 26] septembre 2016 de Mme A._ ».
H. Par décision du 1er décembre 2016, la Justice de paix a refusé d’ordonner une expertise pédopsychiatrique sur C._. Elle a rejeté la requête en modification du jugement de divorce et a prévu que le droit de visite s’exercerait au domicile du père un week-end sur deux du vendredi 18h00 au dimanche 19h00 ainsi que durant la moitié des vacances scolaires. Le curateur de l’enfant a été chargé de l’organisation du planning afin de veiller à ce que son pupille ne se trouve pas en présence de E._. En outre, il a été chargé de s’assurer du suivi thérapeutique de l’enfant. La Justice de paix a notamment rappelé que B._ demeure responsable de la sécurité de son fils.
Par décision du même jour et en raison de la décision précitée rendue au fond, la Justice de paix a déclaré sans objet la requête de mesures provisionnelles de A._ du 26 septembre 2016, tendant à la confirmation de la décision de mesures provisionnelles urgentes du 11 août 2016 pour la durée de la procédure.
I. Le 22 décembre 2016, une instruction pénale a formellement été ouverte à l’encontre de B._ et de sa compagne pour violation du devoir d’assistance ou d’éducation.
J. Par mémoire du 9 mars 2017, A._ recourt contre les décisions du 1er décembre 2016 susmentionnées. Avec suite de frais et dépens, elle conclut, à titre principal, à ce que les décisions du 1er décembre 2016 soient annulées et que la cause soit renvoyée pour complément d’instruction et nouvelles décisions à la Justice de paix. A titre subsidiaire, elle a pris les conclusions suivantes:
« II. Les décisions de mesures provisionnelles rendues par la Justice de Paix de l’arrondissement de la Broye le 1er décembre 2016, déclarant la requête de mesures provisionnelles de A._, née J._ du 26 septembre 2016 sans objet et rejetant la requête de mise en œuvre d’une expertise pédopsychiatrique du 25 novembre 2016, sont réformées en ce sens que:
« I. Les requêtes de mesures provisionnelles des 26 septembre 2016 et 25 novembre 2016 sont admises. II. La mise en œuvre d’une expertise pédopsychiatrique est ordonnée. III. Jusqu’au rendu du rapport d’expertise pédopsychiatrique, le droit de visite de B._ sur son fils C._, né en 2010, s’exercera une semaine sur deux, alternativement le samedi après-midi et le dimanche après midi, de 14h à 18h, dans un périmètre de 30 km autour du domicile de C._, à K._. IV. Interdiction est faite à B._ de laisser C._ se trouver en contact avec E._ et d’exercer son droit de visite hors du périmètre, sous la commination de la peine d’amende de l’article 292 du Code pénal selon lequel, celui qui ne se sera pas conformé à une décision à lui signifiée, sous la menace de la peine prévue au présent article, par une autorité ou un fonctionnaire compétents sera puni de l’amende. V. Dès rendu du rapport d’expertise pédopsychiatrique, le droit de visite provisionnel sera réexaminé en fonction des propositions de l’expert pédopsychiatre.
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VI. La procédure au fond est suspendue jusqu’à droit connu sur les procédures pénales pendantes dans le canton de Neuchâtel, parquet régional de la Chaux- et Tribunal des mineurs régional des Montagnes et du Val-de-Ruz, sous les références lll et mmm. »
III. La décision rendue sur le fond par la Justice de Paix de l’arrondissement de la Broye le 1er décembre 2016 est réformée en ce sens que:
« II. La demande de modification de jugement de divorce introduite par A._, née J._ le 26 septembre 2016 est admise. III. Le droit de visite de B._ sur son fils C._, né en 2010, s’exercera un week-end sur deux, du vendredi soir à 18h au dimanche soir à 18h et alternativement pour les fêtes de Noël – Nouvel an et de Pâques – Ascension. IV. Interdiction est faite à B._ de laisser C._ se trouver en contact avec E._, sous la commination de la peine d’amende de l’art. 292 du Code pénal selon lequel, celui qui ne se sera pas conformé à une décision à lui signifiée, sous la menace de la peine prévue au présent article, par une autorité ou un fonctionnaire compétents sera puni de l’amende. »
IV. La décision rendue sur le fond par la Justice de Paix de l’arrondissement de la Broye le 1er décembre 2016 est maintenue pour le surplus, soit en ses chiffres IV. à VIII. du dispositif, renumérotés de V. à IX...»
Dans sa réponse du 18 avril 2017, B._ a conclu au rejet du recours et sollicité le retrait de l’effet suspensif de celui-ci. Cette dernière requête a été rejetée par décision du 21 avril 2017 par le Juge délégué, au motif que l’admettre reviendrait à préjuger des arguments des parties (cause 106 2017 39).
Par décisions du 21 avril 2017 également, les parties se sont vues reconnaître l’assistance judiciaire pour la présente procédure (causes 106 2017 26 et 27).
K. En date du 26 avril 2017, A._ a versé au dossier un bordereau de pièces complémentaires, concernant les derniers développements de l’affaire pénale pendante à l’encontre de B._ et de sa compagne pour violation des devoirs d’assistance et d’éducation. On y apprend notamment que l’instruction est arrivée à son terme et que, sauf sollicitation de la part des deux intéressés de la délivrance d’ordonnances pénales, ils seront renvoyés devant le Tribunal de police.
L. Par missive du 28 avril 2017, B._ a réagi par rapport au courrier précité et a produit à son tour une nouvelle pièce, à savoir une copie du courrier adressé au Procureur dans le cadre de l’avis de clôture, faisant part de son étonnement quant au fait qu’il est envisagé de le renvoyer en jugement, estimant qu’aucune violation du devoir d’assistance ne peut lui être reprochée.
M. Il convient encore de préciser que depuis le début d’année 2017, le suivi thérapeutique de C._ est assuré par une nouvelle psychologue et non plus par Mme G._.

en droit
1. a) Selon l'art. 8 de la loi du 15 juin 2010 concernant la protection de l'enfant et de l'adulte (LPEA), le Tribunal cantonal connaît des recours contre les décisions rendues par l'autorité de
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protection, soit la Justice de paix (art. 2 al. 1 LPEA). La Cour de protection de l'enfant et de l'adulte (art. 14 al. 1 let. c du Règlement du Tribunal cantonal du 22 novembre 2012 précisant son organisation et son fonctionnement [RTC]) est compétente pour statuer.
b) Les dispositions de la procédure devant l’autorité de protection de l’adulte sont applicables par analogie (art. 314 al. 1 CC) de sorte que la procédure de recours est ainsi régie par les art. 450 à 450e CC (MEIER/STETTLER, Droit de la filiation, 5ème éd., 2014, n. 589 p. 399).