Decision ID: 8163d11a-e0e4-5a1f-b260-5fe2a0c38048
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1) Monsieur A_ est détenu à la prison de Champ-Dollon depuis le 26 mai 2019. Sa détention prendra fin le 11 décembre 2019.
2) À la suite d'une alarme détenu ayant retenti le 27 juillet 2019 à 20h48, les agents de détentions s'étaient rendus dans la cellule en question et avaient constaté que M. A_ et son codétenu se battaient. Ce dernier présentant des hématomes sur le dos, les agents l'avaient conduit au service médical. Sur décision du gardien chef, M. A_ avait été placé, à 21h25, en cellule forte.
3) L'incident étant survenu après les horaires ordinaires d'activité de la prison, M. A_ a été entendu le lendemain à 8h50, à la suite de quoi, une sanction de trois jours de cellule forte a été prononcée à son encontre - comme à l'encontre de son codétenu - pour violence physique exercée sur un détenu et trouble à l'ordre de l'établissement.
4) Par acte expédié le 9 août 2019, mais reçu seulement le 15 août 2019 à la chambre administrative de la Cour de justice, M. A_ a recouru contre cette sanction. Il avait été « mis au cachot » sans sa faute. C'était son codétenu qui l'avait provoqué. Il regrettait beaucoup ce qui était arrivé. La sanction était disproportionnée.
5) La direction de la prison a conclu au rejet du recours.
6) Le recourant n'ayant pas exercé son droit à la réplique dans le délai imparti, les parties ont été informées que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1) Le recours a été interjeté en temps utile devant la juridiction compétente (art. 132 de la loi sur l'organisation judiciaire du 26 septembre 2010 - LOJ -
E 2 05
; art. 62 al. 1 let. a de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 - LPA -
E 5 10
).
Bien que la sanction de trois jours de cellule forte ait été exécutée, le recourant conserve un intérêt actuel à l'examen de la légalité de celle-ci, dès lors qu'il pourrait être tenu compte de la sanction contestée en cas de nouveau problème disciplinaire. Le recours conserve donc un intérêt actuel (
ATA/1246/2019
du 13 août 2019 consid. 1c ;
ATA/220/2019
du 5 mars 2019 consid. 2 ;
ATA/1104/2018
du 16 octobre 2018 consid. 2).
Le recours est ainsi recevable.
2) Le recourant ne conteste pas les faits qui lui sont reprochés, mais fait valoir que la sanction est trop sévère, ayant été provoqué par son codétenu.
a. Le statut des personnes incarcérées à la prison est régi par le règlement sur le régime intérieur de la prison et le statut des personnes incarcérées du 30 septembre 1985 (RRIP -
F 1 50.04
; art. 1 al. 3 de la loi sur l'organisation et le personnel de la prison du 21 juin 1984 - LOPP -
F 1 50
). Un détenu doit en toutes circonstances adopter une attitude correcte à l'égard du personnel de la prison, des autres personnes incarcérées et des tiers (art. 44 RRIP). Il lui est, notamment, interdit, d'une façon générale, de troubler l'ordre et la tranquillité de l'établissement (art. 45 let. h RRIP).
b. Si un détenu enfreint le RRIP, une sanction proportionnée à sa faute, ainsi qu'à la nature et à la gravité de l'infraction, lui est infligée (art. 47 al. 1 RRIP). Avant le prononcé de la sanction, le détenu doit être informé des faits qui lui sont reprochés et être entendu (art. 47 al. 2 RRIP). À teneur de l'art. 47 al. 3 RRIP, le directeur ou, en son absence, son suppléant sont compétents pour prononcer, notamment, le placement en cellule forte pour dix jours au plus (let. g). Le directeur peut déléguer ces compétences à un membre du personnel gradé, notamment le gardien chef et le gardien chef adjoint (
ATA/1631/2017
du 19 décembre 2017 consid. 3).
La jurisprudence de la chambre de céans admet qu'en cas d'incident nécessitant une sanction se produisant après les horaires ordinaires d'activité de la prison, soit après 18h00, l'exercice du droit d'être entendu puisse s'exercer de manière un peu différée, soit, comme en l'occurrence le lendemain matin à la première heure, ceci en raison des besoins du service, notamment dans les cas où l'autorité décisionnaire est le directeur ou un autre membre gradé du personnel, dont le nombre est restreint dès le soir (
ATA/500/2017
du 2 mai 2017 consid. 6a).
c. Le principe de la proportionnalité, garanti par l'art. 5 al. 2 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst. -
RS 101
), se compose des règles d'aptitude - qui exige que le moyen choisi soit propre à atteindre le but fixé -, de nécessité - qui impose qu'entre plusieurs moyens adaptés, l'on choisisse celui qui porte l'atteinte la moins grave aux intérêts privés - et de proportionnalité au sens étroit - qui met en balance les effets de la mesure choisie sur la situation de l'administré et le résultat escompté du point de vue de l'intérêt public
(ATF 125 I 474 consid. 3 ; arrêt du Tribunal fédéral 1P. 269/2001 du 7 juin 2001 consid. 2c).
d. En matière de sanctions disciplinaires, l'autorité dispose d'un large pouvoir d'appréciation ; le pouvoir d'examen de la chambre administrative se limite à l'excès ou l'abus du pouvoir d'appréciation (art. 61 al. 2 LPA ;
ATA/1451/2017
du 31 octobre 2017 consid. 4c ;
ATA/888/2015
du 19 septembre 2014 consid. 7b).
e. Dans sa jurisprudence, la chambre de céans a confirmé une sanction de trois jours de cellule forte d'un détenu à la suite de la découverte d'un rasoir modifié en arme lors de la fouille complète d'une cellule (
ATA/264/2017
du 7 mars 2017 consid. 5). Ont également été jugées proportionnées des sanctions de cinq jours de cellule forte pour la détention d'un téléphone portable pour un détenu qui avait des antécédents disciplinaires (
ATA/183/2013
du 19 mars 2013) et des sanctions d'arrêts de deux, voire trois jours de cellule forte pour des menaces d'intensité diverse (
ATA/136/2019
du 12 février 2019) et trouble à l'ordre de l'établissement, refus d'obtempérer et attitude incorrecte envers des tiers, dans un cas où le détenu avait dit « viens là si tu n'as pas peur, t'as qu'à venir » à un codétenu, l'invitant sans équivoque à une confrontation physique (
ATA/405/2019
du 9 avril 2019).
3) En l'espèce, les faits, non contestés, reprochés au recourant, à savoir de s'être battu avec un codétenu, justifient une sanction. En effet, il s'agit d'un comportement contraire au RRIP, à savoir qu'il a adopté une attitude incorrecte à l'égard d'une autre personne incarcérée (art. 44 RRIP) et a troublé l'ordre et la tranquillité de l'établissement (art. 45 let. h RRIP). La question de savoir si son codétenu l'avait « provoqué », comme il le soutient, n'est pas déterminante. En effet, quand bien même tel aurait été le cas, cela ne justifiait en aucun cas qu'il s'en prenne physiquement à lui. La sanction est donc fondée dans son principe.
Reste à examiner si la sanction consistant en trois jours de cellule forte est proportionnée. Le manquement est grave. Outre le fait qu'il contrevient à des règles élémentaires de comportement, il y a lieu de relever que le contexte d'une prison commande le strict respect du règlement, afin que l'ordre et la sécurité soient assurés au sein de l'établissement. Dans ces conditions et compte tenu du pouvoir d'appréciation limité de la chambre administrative, le gardien chef adjoint de la prison n'a ni abusé ni excédé son pouvoir d'appréciation en prononçant le placement du recourant en cellule forte pour trois jours. La sanction est apte à atteindre le but visé, nécessaire et proportionnée au sens étroit.
Mal fondé, le recours sera donc rejeté.
4) Au vu de la nature du litige et de son issue, il ne sera pas perçu d'émolument ni alloué d'indemnité de procédure (art. 87 LPA).
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