Decision ID: 9e14d6a1-7ecb-517c-a35c-4a8c824aba5c
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
Par décision du 9 février 2016, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après: le Tribunal de protection) a arrêté la note de frais et honoraires de A_, avocat, pour l'activité déployée par ce dernier du 7 janvier 2009 au 11 août 2015, dans le cadre de la curatelle de représentation des mineures E_ et F_, dans la succession de leur père, G_, à la somme de 11'287 fr. 50, mise à la charge de B_.![endif]>![if>
b.
La succession de feu G_ est toujours ouverte.
c.
Dans le cadre de la poursuite n°16 xxxx13 G, intentée par A_ à l'encontre de B_, en recouvrement du montant arrêté par le Tribunal de protection, l'Office des poursuites (ci-après: l'Office) a procédé à l'audition de H_ le 10 février 2017, laquelle a déclaré être titulaire d'un compte auprès de la I_, 1_, dont le solde était égal à zéro.
Selon le relevé de ce compte versé à la procédure par la débitrice, y ont été créditées mensuellement entre le 1
er
janvier et le 13 septembre 2017 les rentes AVS et LPP ainsi que les allocations familiales, le solde étant de 220 fr. 81 à cette dernière date. Figure également au crédit de ce compte un versement trimestriel en 2'190 fr. 75 de "Stiftung Auffangeinrichtung".
L'Office a calculé le minimum vital de la débitrice (formulaire 6a) en prenant en compte des revenus de 3'357 fr. 25 (AVS: 2'627 fr. et LPP: 730 fr. 25), et des charges en 2'686 fr. 60 (minimum vital: 1'406 fr. 60 (1'350 fr. + la part non couverte du minimum vital de l'enfant F_ en 56 fr. 60); loyer: 1'165 fr.; frais de transport: 70 fr.). La quotité mensuelle saisissable a été arrêtée à 0 fr.
Le 24 avril 2017, l'Office a dressé un procès-verbal de saisie groupe
n° 81 16 xxxx05 V. Il y est mentionné que la débitrice ne possède aucun véhicule selon vérification auprès du Service des automobiles. Pour le surplus, la part de la débitrice dans la succession de feu son époux est saisie en mains de J_, notaire.
d.
Par acte expédié le 1
er
mai 2017, A_ a saisi la Chambre de surveillance des Offices de poursuite et faillite (ci-après: la Chambre de surveillance) d'une plainte à l'encontre de ce procès-verbal, reçu le 27 avril 2017, concluant à ce que l'Office soit enjoint de procéder aux recherches nécessaires pour déterminer si oui ou non la débitrice bénéfice d'avoirs bancaires saisissables.
e.
Dans son rapport du 12 juin 2017, l'Office a indiqué qu'il avait, suite à la plainte, effectué des demandes bancaires qui s'étaient toutes avérées négatives. Le compte auprès de la I_ était alimenté par deux rentes, ainsi que par les allocations familiales.
f.
Par courrier du 15 septembre 2017, B_ a exposé, pièces à l'appui, qu'elle avait eu un troisième enfant, né le 19 mai 2017, que son loyer était passé à 1'600 fr., qu'elle acquittait une prime d'assurance-maladie pour son dernier né de l'ordre de 120 fr., et qu'elle avait sa mère à charge.
g.
Le résultat des recherches bancaires a été versé à la procédure et transmis aux parties, tout comme le procès-verbal d'audition de la débitrice et le calcul du minimum vital (formulaire 6a).
h.
Par courriers des 23 août 2017 et 13 décembre 2017, A_ a notamment fait valoir que l'Office n'avait pas tenu compte du montant de 2'190 fr. 75 perçu trimestriellement par la débitrice dans le calcul de ses revenus, et que, compte tenu des charges retenues, la quotité saisissable était de 715 fr. 65. La saisie devait être reprise et détaillée.
i.
Les parties ont été informées par courrier du 6 février 2018 que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1.
La Chambre de surveillance est compétente pour statuer sur les plaintes formées en application de la LP (art. 13 LP; art. 125 et 126 LOJ; art. 6 al. 1 et 3 et 7 al. 1 LaLP) contre les mesures prises par l'Office qui ne peuvent être attaquées par la voie judiciaire (art. 17 al. 1 LP). ![endif]>![if>
Un procès-verbal de saisie est une mesure de l'Office sujette à plainte et la plaignante, en tant que créancière, a qualité pour agir par cette voie.
La plainte, déposée dans les dix jours suivants celui où le plaignant a eu connaissance de la décision attaquée (art. 17 al. 2 LP), répond pour le surplus aux exigences minimales de forme (art. 9 al. 1 et 2 LaLP; art. 65 al. 1 et 2 LPA, applicable par renvoi de l'art. 9 al. 4 LaLP), de sorte qu'elle est recevable.
2.
Le plaignant reproche à l'Office de n'avoir pas correctement instruit la situation financière de la débitrice et de s'être trompé dans le calcul du minimum vital, en ne retenant aucune quotité saisissable.
2.1.1
L'art. 89 LP prévoit que lorsque le débiteur est sujet à la poursuite par voie de saisie, l'office, après réception de la réquisition de continuer la poursuite, procède sans retard à la saisie ou y fait procéder par l'office du lieu où se trouvent les biens à saisir.
L'office des poursuites doit déterminer spontanément les faits pertinents pour l'exécution de la saisie (art. 89 LP; ATF
108 III 10
, JdT
1984 II 18
et les références citées). Quand bien même le poursuivi est tenu par l'art. 91 al. 1 LP d'indiquer tous les biens qui lui appartiennent, même ceux qui ne sont pas en sa possession, l'office doit adopter un comportement actif et une position critique dans l'exécution de la saisie. Afin de pourvoir au meilleur désintéressement possible des créanciers, l'office doit procéder avec diligence, autorité et souci de découvrir les droits patrimoniaux du poursuivi. Il est doté à cette fin de pouvoirs d'investigation et de coercition étendus, "à l'instar d'un juge chargé d'instruire une enquête pénale ou d'un officier de police judiciaire" (Gilliéron, Commentaire LP, n. 12 ad art. 91 LP). Il revient à l'Office d'interroger le poursuivi sur la composition de son patrimoine, d'inspecter sa demeure, principale ou secondaire, de même que, au besoin, les locaux où il exerce son activité professionnelle, voire les locaux qu'il loue à des tiers comme bailleur ou comme locataire, de façon proportionnée aux circonstances (Gilliéron, op. cit., n. 13 et 16 ad art. 91 LP). L'Office ne saurait se contenter des indications données par le poursuivi, ni se borner à enregistrer ses déclarations. Il doit les vérifier, en exigeant la production de toutes pièces utiles et au besoin en se rendant sur place. Il doit prêter attention aux indications que le poursuivant lui donnerait sur l'existence d'actifs saisissables (ATF
124 III 170
consid. 4a;
83 III 63
consid. 1; Gilliéron, op. cit., n. 19
ad art. 91; Winkler, KUKO SchKG, 2ème éd. 2014, n. 14 ad art. 91 LP).
2.1.2
Selon l’art. 92 al. 1 ch. 9a LP sont insaisissables les rentes au sens de l’art. 20 de la loi fédérale sur l’assurance-vieillesse et survivants, ou de l’art. 50 de la loi fédérale sur l’assurance invalidité, ainsi que les prestations au sens de l’art. 12 de la loi fédérale sur les prestations complémentaires à l’assurance-vieillesse, survivants et invalidité et les prestations des caisses de compensation pour allocations familiales.
Une fois l’âge de la retraite atteint, ou le décès ou l’invalidité survenus, les rentes servies par les institutions de prévoyance professionnelle sont relativement saisissables conformément à l’art. 93 al. 1 LP (ATF non publié
7B.253/2003
du 23 décembre 2003 consid. 3.1; ATF
7B.234/2003
du 17 novembre 2003 consid. 3; ATF
128 III 467
consid. 2.3 (non publié aux ATF), JdT
2003 II 29
; ATF
121 III 285
consid. 1b et 3, JdT
1998 II 15
; ATF
120 III 71
consid. 2 et 3, JdT
1997 II 18
; Ochsner in CR-LP, ad art. 93 n° 51).
Ainsi, à l’exception des rentes servies sur la base des dispositions légales précitées, toutes les prestations qui sont destinées à combler une perte de revenus, c’est-à-dire à couvrir un préjudice découlant d’une incapacité de travail, qu’elle soit passagère ou définitive, totale ou partielle, sont relativement saisissables au sens de l’art. 93 al. 1 LP (Ochsner, CR-LP, ad art. 92, n° 147 ss).
Selon l'art. 93 al. 1 LP, les revenus relativement saisissables, tels que les rentes qui ne sont pas insaisissables en vertu de l'art. 92 LP, ne peuvent être saisis que déduction faite de ce que le préposé estime indispensable au débiteur et à sa famille (minimum vital).
2.2
En l'espèce, l'Office a procédé, dans le cadre de l'instruction de la présente procédure, à des recherches bancaires, lesquelles se sont révélées infructueuses, sous réserve du compte annoncé par la débitrice lors de son audition. Il n'y a pas lieu de douter que les éléments recueillis soient complets, de sorte que les critiques formulées par le plaignant sont à cet égard sans fondement.
En revanche, il est manifeste que l'Office n'a pas tenu compte des revenus trimestriels de 2'190 fr. 75 perçus par la débitrice sur son compte auprès de I_, et cela sans aucune explication.
A cela s'ajoute que le montant nul de la quotité saisissable retenu n'est pas correct, un solde étant disponible sur les revenus relativement saisissables (rentes LPP) après déductions des charges admises.
Enfin, selon les explications fournies par la débitrice, sa situation s'est modifiée, notamment après la naissance de son 3
ème
enfant.
Au vu des considérations qui précèdent, la plainte doit être admise et le procès-verbal de saisie groupe n° 81 16 xxxx05 V, dressé dans le cadre de la poursuite n°16 xxxx13 G annulé, l'Office étant invité à déterminer la nature du montant de 2'190 fr. 75 reçu trimestriellement par la débitrice, puis à procéder à un calcul correct des revenus et charges, ainsi que de la quotité saisissable de celle-ci et à dresser un nouveau procès-verbal de saisie.
3.
La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP et art. 61 al. 2 let. a OELP).
* * * * *