Decision ID: 569d1a67-643e-59f9-98c7-b3811de4d728
Year: 2011
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
Le 9 septembre 2010, A_ SA a requis de continuer la poursuite n° 09 xxxx12 Z à l’encontre de M. B_. Cette réquisition mentionnait comme adresse M. B_, Route P_ xx, 12xx R_.
B.
Précédemment, par décision datée du 21 septembre 2010, l’Office des poursuites (ci-après : l’Office) avait rejeté la réquisition de continuer la poursuite précitée au motif que :
"
Il ressort du fichier central de l'Office cantonal de la population que le débiteur est inscrit comme résident à Genève à l'adresse suivante:
Rue M_ x - 12xx - c/o Mme D_.
La notion de domicile au sens de l'art. 46 LP correspond pour les personnes physiques à celle de l'art. 23 al. 1 CCS. Par domicile, on entend le lieu où la personne réside avec l'intention de s'établir durablement ou le lieu ou se situe le centre de ses intérêts.
Pour savoir quel est le domicile d'une personne physique, il faut tenir compte de l'ensemble de ses conditions de vie, le centre de son existence se trouvant à l'endroit, le lieu ou pays, où se focalisent un maximum d'éléments concernant sa vie personnelle, sociale ou professionnelle, de sorte que l'intensité des liens avec ce centre l'emporte sur les liens existants avec d'autres endroits.
Il est dès lors patent que le débiteur ne réside plus à Genève depuis plusieurs années. En effet, selon les indications et les justificatifs de loyer fournis, celui-ci ne réside plus à l'adresse susmentionnée, il ne s'agit que d'une boîte postale.
Sur le plan subjectif, il apparaît que le centre d'intérêts du débiteur se trouve en France à l'adresse suivante:
xx, rte G_, 74xxx Z_.
Dès lors que les conditions de l'art. 23 al. 1 CCS ne sont pas remplis, il n'y a pas de for de poursuite à Genève"
Par acte du 10 novembre 2010, A_ SA a porté plainte auprès de l'Autorité de céans contre le rejet de sa réquisition de continuer la poursuite de M. B_.
A_ SA explique d'abord que M. B_ est assuré auprès d'elle depuis 1979 et qu'il s'est, depuis son affiliation, régulièrement acquitté de ses primes à quelques exceptions près.
En mars 2009, M. B_ a demandé une modification de son contrat. Etait alors mentionnée comme adresse x, rue M_ à Genève.
N'ayant pas réglé ses primes du troisième trimestre 2009, les poursuites n
os
09 xxxx22 Z et 09 xxxx13 Y ont été engagées le 30 octobre 2009 selon des réquisitions indiquant, comme adresse du débiteur, x, rue M_ à Genève.
Le 8 décembre 2009, des commandements de payer n
os
09 xxxx12 Z et 09 xxxx13 Y ont été notifiés au x, rue M_ à Genève à M. B_ qui les a réceptionnés en personne selon l'exemplaire remis à A_ SA.
Par réquisitions du 1
er
février 2010, A_ SA a sollicité la continuation des poursuites n
os
09 xxxx12 Z et 09 xxxx13 Y en mentionnant, comme adresse du débiteur, x, rue M_ à Genève.
Le 15 mars 2010, l'Office a adressé à A_ SA un procès-verbal constatant le non-lieu de saisie n° 09 xxxx12 Z établi le 24 février 2010 selon un constat antérieur du 26 juin 2009.
Dans la même période, le 26 février 2010, l'Office a notifié à M. B_ - qui les a réceptionnés en personne - deux commandements de payer n
os
10 xxxx08 Z et 10 xxxx09 Y au x, rue M_ à Genève.
Se référant au procès-verbal de non-lieu de saisie du 24 février 2010, A_ SA a sollicité le Service de l'Assurance maladie pour connaître l'adresse de M. B_ qui lui a répondu, le 20 août 2010, se référant à l'OCP, que la dernière adresse connue de ce dernier était au xx, rte P_ à R_.
C'est sur la base de cette dernière indication qu'A_ SA a sollicité, le 9 septembre 2010, la continuation de la poursuite n° 09 xxxx12 Z et s'est vu communiquer le procès-verbal de non-lieu de saisie du 21 septembre 2010.
Par lettre du 1
er
novembre 2010, l'Office a notifié à A_ SA le rejet de sa réquisition de continuer la poursuite du 9 septembre 2010 en raison de son incompétence
ratione
loci
.
C.
Selon l'OCP consulté mi-mai 2011, M. B_ est toujours domicilié au x, rue M_ à Genève. Entre le 14 mai 2004 et le 15 août 2008, il a été domicilié à la rte P_ xx à R_.
D.
a)
Il ressort d'un procès-verbal de saisie du 2 décembre 2010 signé par l'intéressé les indications suivantes.
Sous la rubrique domicile figure l'indication suivante : rue M_ x - 12xx chez Mme D_ au 4
ème
étage.
Sous la rubrique la rubrique téléphone est mentionné le numéro 078 xxx.xxx4.
Figure aussi l'annotation suivante :"
vit s/France étant en concubinage avec Mme D_
".
Le procès-verbal indique également que M. B_ paie un loyer de 1'050 € et qu'il est assuré auprès d'A_ SA pour des primes mensuelles de 387 fr. 50
Toujours selon ce procès-verbal, M. B_ donne des cours d'escalade et perçoit notamment de l'Etat de Genève de l'ordre de 1'000 fr. par mois.
Ce procès-verbal indique encore que M. B_ est propriétaire d'une voiture immatriculée à Genève et titulaire d'un compte à l'UBS (solde : 2'658 fr.) et d'un CCP (solde 6'821 fr. 15).
Enfin, M. B_ est divorcé depuis mai 2004. Il est père de deux garçons qui vivent avec leur mère à Genève et pour l'entretien desquels il est condamné à verser une pension alimentaire mensuelle de 1'500 fr.
b) M. B_ a remis à l'Office copie d'un contrat de location entre Mme B_, bailleresse, d'une part et Mme D_ et lui-même, locataires d'autre part, conclut le 29 janvier 2005. Cette location porte sur un appartement T3 sis au xx, rte G_ à Z_ en France.
Dans ce contrat de location, Mme D_ figure comme demeurant au x, rue M_ à Genève et M. B_ au xx rte P_ à R_.
c) M. B_ a également remis à l'Office quelques relevés d'un compte bancaire en France duquel il ressort qu'il paie périodiquement un loyer à Mme B_.
E
Invité par la Commission de surveillance des Offices le 13 décembre 2010 à faire connaître ses éventuelles observations d'ici au 17 janvier 2011, M. B_ n'a pas répondu.
F.
Selon l'OCP consultée mi-mai 2011, Mme D_ habite au x, rue M_ à Genève depuis mai 2001.
G.
L'argumentation juridique des parties sera examinée ci-après, dans la mesure utile.

EN DROIT
1.
L'Autorité de surveillance est compétente pour statuer sur les plaintes formées en application de la LP (art. 13 LP ; art. 125 et 126 LOJ ; art. 6 al. 1 et 3 et 7 al. 1 LaLP) contre des mesures non attaquables par la voie judiciaire (art. 17 al. 1 LP).
1.1
Un avis de saisie est susceptible de faire l’objet d’une plainte au sens de l’art. 17 al. 1 LP. En sa qualité de poursuivante, la plaignante a qualité pour agir par cette voie.
2.
Se fondant sur les indications et les justificatifs de loyer fournis par M. B_, l'Office soutient qu'il est patent que ce dernier ne réside plus à Genève depuis plusieurs années au x, rue M_ qui ne serait qu'une boîte postale.
Toujours selon l'Office, il apparaîtrait, sur le plan subjectif que le centre d'intérêts de M. B_ débiteur se trouverait en France à l'adresse suivante
au xx, rte G_, 74xxx Z_
.
2.1
Le domicile est déterminé selon les critères prévus par l’art. 23 al. 1 CC et, le cas échéant, par l’art. 20 LDIP, qui contient la même notion de domicile. Une personne physique a ainsi son domicile au lieu ou dans l’Etat où elle réside avec l’intention de s’y établir, ce qui suppose qu’elle fasse du lieu en question le centre de ses intérêts personnels et professionnels. Pour savoir quel est le domicile d’une personne physique, il faut tenir compte de l’ensemble de ses conditions de vie, le centre de son existence se trouvant à l’endroit, lieu ou pays, où se focalisent un maximum d’éléments concernant sa vie personnelle, sociale et professionnelle, de sorte que l’intensité des liens avec ce centre l’emporte sur les liens existant avec d’autres endroits ; l’intention de la personne concernée doit cependant n’être pas intime seulement, mais se manifester de façon objective et reconnaissable pour les tiers (ATF
7B.241/2003
du 8 janvier 2004 consid. 4 ; ATF 125 III 100 consid. 3, JdT
1999 II 177
; ATF
120 III 7
consid. 2a, JdT
1996 II 73
; ATF
119 II 64
consid. 2b, JdT
1996 I 221
).
Il n’est pas indispensable qu’une personne ait l’intention de rester toujours ou pour un temps indéterminé dans un certain lieu, il suffit qu’elle se propose de faire de ce lieu le centre de son existence, de ses relations personnelles et professionnelles, de façon à donner à ce séjour une certaine stabilité, quand bien même elle aurait l’intention de transporter plus tard son domicile ailleurs au cas où les circonstances viendraient à se modifier (ATF
69 I 9
consid. 2, JdT
1943 I 409
; ATF
69 II 277
consid. 2, JdT
1944 I 172
).
Une personne qui séjourne à l’étranger peut avoir un domicile en Suisse lorsqu’elle a en Suisse le centre de son existence, de ses relations, de ses intérêts idéaux et matériels, et de sa vie domestique, l’établissement de la famille jouant à cet égard un rôle important (ATF
7B.241/2003
du 8 janvier 2004 consid. 4).
Le dépôt de papiers d’identité, des attestations de la police des étrangers, des autorités fiscales ou des assurances sociales, ou des indications ressortant de permis de circulation, de permis de conduire ou de publications officielles constituent des indices sérieux de l’existence du domicile au lieu que ces documents indiquent et fondent même à cet égard une présomption de fait, que des preuves contraires peuvent toutefois renverser (ATF
125 III 100
consid. 3 et les références citées). Ils ne sont toutefois pas déterminants à eux seuls, dans la mesure où il ne s’agit que d’indices (ATF
7B.241/2003
du 8 janvier 2004
consid. 4 ;
DCSO/163/05
du 22 mars 2005 consid. 4.a).
Lorsqu’une personne séjourne en deux endroits différents et qu’elle a des relations avec ces deux endroits, le domicile se trouve au lieu avec lequel elle a les relations les plus étroites, compte tenu de l’ensemble des circonstances (ATF
7B.241/2003
du 8 janvier 2004 consid. 4 et la jurisprudence citée). La durée du séjour n’est pas déterminante en soi, car il convient de se fonder sur l’ensemble des circonstances. Le Tribunal fédéral a, à cet égard, qualifié de secondaire la location d’un appartement à l’étranger, même associée à un dépôt de papiers, au vu de la poursuite de l’activité professionnelle de l’intéressé en Suisse, telle qu’elle ressortait du dossier (ATF
2A.118/1993
du 13 février 1995, publié in ASA 64 (1995), p. 401 consid. 3 p. 405 s.).
2.2
Le moment décisif pour juger de l’existence d’un for de la poursuite est celui de la notification du commandement de payer, et non celui du dépôt de la réquisition de poursuite, qui, contrairement à l’envoi d’un avis de saisie (art. 53 LP), ne fige pas la situation à cet égard (
DCSO/579/2005
consid. 3.c. du 13 octobre 2005).
La règle instituant le for du domicile civil personnel en matière de poursuite est applicable non seulement au commencement de la poursuite, plus précisément au moment de la notification du commandement de payer, mais aussi à la continuation de la poursuite (Pierre-Robert
Gilliéron
, Commentaire, ad Remarques introductives : art. 46-55 n° 15 et ad art. 46 n° 22). A cet égard, les autorités de surveillance doivent veiller, à chaque stade de la procédure, au respect des règles de compétence ; elles interviennent d’office si l’intérêt public ou les intérêts de tiers sont en jeu, sur plainte si seuls les intérêts des parties à la procédure sont touchés (ATF
120 III 110
consid. 1a), JdT
1997 II 78
).
3.
En l’espèce, la poursuivante a, tant au stade de la réquisition de poursuite, que, dans un premier temps, au stade de la réquisition de continuer la poursuite, mentionné le x, rue M_ à Genève comme adresse de M. B_. Dans un deuxième temps, consécutivement au procès-verbal de non lieu de saisie du 15 mars 2010, la poursuivante a, sur le fondement d'une indication du Service des assurances maladie, requis la continuation de la poursuite en mentionnant le xx, rte P_ à R_.
M. B_ a bien reçu les commandements de payer n
os
09 xxxx12 Z, 09 xxxx13 Y, 10 xxxx08 Z et 10 xxxx09 Y au x, rue M_ à Genève qu'il a tous réceptionnés en personne sans former opposition. Force est ainsi de constater que M. B_ a dûment et régulièrement été atteint à l’adresse x, rue M_ dans le cadre de la notification par l'Office des commandements de payer.
Certes, M. B_ a déclaré à l'Office le 2 décembre 2010 qu'il vivait en France et produit un contrat de location daté du 29 janvier 2005 où il figure comme colocataire avec sa compagne et des relevés bancaires laissant apparaître quelques paiements de loyer à la bailleresse.
Ces éléments ne suffisent toutefois pas pour conclure, comme le fait l'Office, qu'il est patent que M. B_ ne réside plus à Genève depuis plusieurs années au x, rue M_ qui ne serait qu'une boîte postale et que, sur le plan subjectif, le centre d'intérêts de celui-ci se trouverait en France.
Selon les données résultant des registres de l’Office cantonal de la population, M. B_ est officiellement domicilié au x, rue M_ à 1205 Genève, depuis le 15 août 2008. Il en va de même de sa compagne Mme D_.
M. B_ travaille, pour partie, à Genève, au service de l’Etat. Son véhicule est également immatriculé à Genève.
De plus, quatre ans après la conclusion du contrat de location de l'appartement en France au côté de sa compagne Mme D_, M. B_ a encore indiqué, dans un questionnaire rempli pour l'assurance complémentaire LCA de la plaignante le 5 mars 2009, que son domicile est au x, rue M_ à Genève (domicile de Mme D_).
Bien qu’invité, par l'Autorité de céans à se déterminer sur la plainte d'A_ SA, M. B_ n’a pas répondu et n'a ainsi fourni aucun élément propre à établir un déménagement en France.
Au vu des indices concordants susmentionnés, force est d’admettre que M. B_ est toujours domicilié à Genève, ainsi qu’en atteste les registres de l’Office cantonal de la population ; peu importe, qu'il loue également avec sa compagne une résidence en France voisine depuis 2005, cet élément ne suffisant pas à lui seul à créer une présomption en faveur d’un domicile en France. C’est le lieu de relever que, quand bien même l'Autorité de céans applique d’office les règles de for, les parties n’en disposent pas moins de la plainte et ont la charge de prouver leurs allégations (Henri-Robert
Schüpbach
, in CR-LP, ad art. 46 n° 12).
C’est donc à tort que l’Office a délivré un acte de non-lieu de saisie dans le cadre de la poursuite considérée. La plainte, bien fondée, doit ainsi être admise.
En conclusion, l'Office était bien compétent
ratione
loci
pour notifier l'avis de saisie incriminé.
* * * * *