Decision ID: 87a8f21d-8203-5be4-96cb-6a13c7f91491
Year: 2017
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
A_, née en _ 1983, ressortissante des Philippines, et B_, né en _ 1951, de nationalité suisse, sont les parents non mariés de C_, né le _ 2010 à Genève.
Ils se sont connus aux Philippines, puis se sont installés à Genève à la naissance de leur fils. Ils n'ont pas effectué les démarches administratives en vue de l'obtention d'une autorisation de séjour pour A_.
A_ a quitté le logement familial le 30 octobre 2016. Elle réside actuellement dans un foyer avec son fils C_.
b)
Le Service de protection des mineurs a été informé de la situation de la famille le 31 octobre 2016 par A_. B_ a contacté ce service le même jour, exprimant ses craintes que la mère de son fils quitte la Suisse pour s'installer aux Philippines avec son enfant.
c)
B_ a également fait part de ses craintes au Ministère public le 18 novembre 2016.
d)
Le 12 décembre 2016,
le Service de protection des mineurs a signalé à la police des faits nourrissant des suspicions d'abus sexuels sur l'enfant C_, qui présentait un comportement sexué inadéquat.
B. a)
Le 13 décembre 2016, B_ a saisi le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) d'une requête tendant à l'attribution en sa faveur de l'autorité parentale et de la garde sur son fils C_.
b)
Le Service de protection des mineurs a établi son rapport d'évaluation sociale le 22 mars 2017, après avoir rencontré les parents, une amie du père, et D_, intervenante en protection de l'enfant qui suit la famille dans le cadre d'un appui éducatif depuis janvier 2017. Le Service de protection des mineurs a également mené des entretiens téléphoniques avec l'enseignante actuelle de l'enfant, le médecin qui a effectué le bilan psychologique et avec la Dresse E_, pédiatre. Il a enfin obtenu des informations par courriel de l'enseignante de l'enfant à l'école _.
Le Service de protection des mineurs a relevé que les parents n'étaient pas en mesure de communiquer, se reprochant mutuellement des violences physiques. Il existait un important décalage d'âge, de langue, de milieu socio-culturel entre eux. Des accusations d'abus sexuels et de comportements inadéquats sur l'enfant avaient été formulées et une procédure pénale était en cours à ce sujet. A_ avait peur de faire l'objet de représailles de B_ et souhaitait que son actuel lieu de vie ne soit pas communiqué à ce dernier.
La mère s'est occupée seule de l'enfant depuis sa naissance, et souhaitait continuer à en assumer la garde.
B_ estimait qu'il convenait de placer l'enfant en pension, considérant que la mère n'était pas capable de le prendre en charge.
L'enfant avait fréquenté l'école _ jusqu'à fin octobre 2016. Son enseignante dans cet établissement avait indiqué qu'il n'était pas revenu dans sa classe après les vacances d'octobre. Elle avait été informée de ce que l'enfant avait changé d'école le 2 novembre 2016. Depuis début novembre 2016, l'enfant est scolarisé dans un établissement proche du foyer où il vit avec sa mère. L'enseignante actuelle de l'enfant a indiqué que C_ était dans sa classe depuis novembre 2016, et qu'il se montrait inhibé, sous-stimulé, et présentait un retard dans ses apprentissages scolaires et de langage.
Selon les éducateurs encadrant la mère et l'enfant au sein du foyer, leur relation évoluait de manière favorable.
L'intervenante en protection chargée de l'appui éducatif a relevé que le père tenait un discours très négatif à l'égard de la mère. Il ne l'avait jamais contactée ni ne lui avait demandé de voir l'enfant.
L'enfant n'avait pas revu son père depuis le mois d'octobre 2016, de sorte que la reprise des relations personnelles devait intervenir de manière progressive et médiatisée.
Le Service de protection des mineurs a
préconisé d'instaurer l'autorité parentale conjointe, de confier la garde de l'enfant à la mère, de réserver au père un droit de visite progressif, dans un premier temps à raison d'une séance par semaine au sein d'une structure spécialisée, puis élargi progressivement en fonction de l'évolution de la relation père-enfant, et d'instaurer une curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles.
c)
Invités à se déterminer, les parents n'ont pas formulé d'objection aux mesures proposées par le Service de protection des mineurs.
C. a)
Le 9 décembre 2016, A_ a déposé une demande en fixation d'une contribution du père à l'entretien de son fils devant le Tribunal de première instance.
b)
B_ a requis l'instauration de l'autorité parentale conjointe et le régime d'une garde alternée par acte du 4 avril 2017 adressé à ce même tribunal. Il a indiqué craindre que la mère décide de quitter la Suisse avec leur enfant pour s'installer aux Philippines, expliquant qu'il n'avait plus vu son fils depuis fin octobre 2016, et que selon l'enseignante de l'enfant, ce dernier ne s'était plus présenté à l'école depuis lors.
Le 11 avril 2017, le Tribunal de première instance a transmis la requête de B_ au Tribunal de protection, considérant que la situation de l'enfant nécessitait un suivi immédiat qui n'était pas de son ressort dès lors que l'action alimentaire n'avait pas été introduite en l'état.
D.
Par ordonnance
DTAE/2079/2017
rendue le 5 mai 2017, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant, statuant sur mesures provisionnelles, a fait interdiction à A_ de déplacer à l'étranger le lieu de résidence de son fils C_ sans l'accord du Tribunal de protection, respectivement du Tribunal de première instance (ch. 1 du dispositif) et a fait instruction à A_ d'effectuer les démarches requises afin de permettre à son enfant de reprendre l'école immédiatement (ch. 2).
Il a accordé à B_ un droit de visite sur son fils à raison d'une séance par semaine auprès d'une structure thérapeutique spécialisée (ch. 3), instauré une curatelle d'organisation et de surveillance de ce droit de visite (ch. 4) désigné D_, intervenante en protection, aux côtés de F_, chef de groupe, aux fonctions de curateurs de l'enfant (ch. 5), et invité ces derniers à veiller à la mise sur pied de ce suivi au sein d'un lieu de consultation approprié et à maintenir les contacts nécessaires avec le thérapeute concerné aux fins de s'assurer de la régularité dudit suivi et de la bonne évolution des relations personnelles père-enfant (ch. 6).
Le Tribunal de protection s'est déclaré incompétent pour le surplus, a dit que l'ordonnance était immédiatement exécutoire, a statué sur les frais et débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 7 à 10).
A_ et B_ ont reçu cette ordonnance le 9 mai 2017.
E. a)
Par acte déposé au greffe de la Cour de justice le 16 mai 2017, A_ a recouru contre cette ordonnance, concluant à l'annulation des chiffres 1 et 2 de son dispositif.
b)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité reconsidérer sa décision.
c)
Le Service de protection des mineurs a indiqué que la mère avait entamé les démarches auprès de l'Office cantonal de la population et des migrations et mis en place les suivis et soins nécessaires au bon développement de l'enfant. Il a précisé avoir eu des contacts avec l'enseignante de l'enfant, qui avait confirmé la présence régulière de l'enfant à l'école, ainsi que les progrès observés dans ses apprentissages.
Il a estimé que l'ordonnance correspondait à l'intérêt de l'enfant.
d)
B_ a conclu au rejet du recours formé par la mère de l'enfant, et à la confirmation des chiffres 1 et 2 du dispositif de l'ordonnance.
F. a)
B_ a également interjeté un recours contre cette ordonnance le 19 mai 2017. Il sollicite l'annulation du chiffre 5 de son dispositif en tant qu'il désigne D_ comme curatrice, et la désignation d'un autre intervenant du Service de protection des mineurs à cette fonction, arguant de ce que le lien de confiance entre lui-même et l'actuelle curatrice était rompu.
b)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité reconsidérer sa décision.
c)
Le Service de protection des mineurs a expliqué avoir rencontré les parents pour leur expliquer le cadre d'intervention du service. A_ avait par la suite sollicité ce dernier à diverses reprises, et plusieurs rencontres ont eu lieu avec cette dernière pour l'accompagner dans la mise en place d'un réseau autour de l'enfant. Le père n'avait en revanche jamais pris contact avec le service de protection des mineurs. Ce service a en outre précisé que le suivi thérapeutique de C_ avec son père serait mené par un thérapeute, non par la curatrice, dont la tâche serait de veiller à la mise en place et à l'organisation des relations personnelles entre l'enfant et son père.
d)
A_ a conclu au rejet de ce recours.
e)
Par avis du 6 juin 2017, les parties ont été informées de ce que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1.
1.1
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie pour les mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).![endif]>![if>
Les décisions de l'autorité de protection rendues sur mesures provisionnelles peuvent faire l'objet d'un recours dans les dix jours à compter de leur notification (art. 445 al. 3 CC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC).