Decision ID: 41b126d0-f01e-5ce7-a6c9-01ee50efe716
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par jugement
JTPI/7102/2020
du 10 juin 2020, reçu par A_ le lendemain, le Tribunal de première instance, statuant par voie de procédure sommaire, a débouté le précité de ses conclusions en mainlevée provisoire de l'opposition (ch. 1 du dispositif), a arrêté les frais judiciaires à 300 fr., compensés avec l'avance fournie (ch. 2), les a laissés à la charge de A_ (ch. 3) et a dit qu'il n'y avait pas lieu à l'allocation de dépens (ch. 4).
En substance, le Tribunal a retenu qu'aucune des pièces produites ne comportait de signature des représentants de B_ SA, de sorte qu'elles ne valaient pas reconnaissance de dette.
B. a.
Par acte expédié le 15 juin 2020 au greffe de la Cour de justice, A_ a formé recours contre ce jugement, sollicitant implicitement l'annulation de celui-ci. Il a conclu au réexamen de sa requête, à ce que l'opposition soit déclarée non fondée et au prononcé de la mainlevée provisoire.
Il a produit de nouvelles pièces (n. 3 à 6).
b.
Dans sa réponse du 13 juillet 2020, B_ SA a conclu au déboutement de A_ de ses conclusions, sous suite de frais et dépens.
c.
A_ n'ayant pas fait usage de son droit de réplique, les parties ont été avisées par plis du greffe du 13 août 2020 de ce que la cause était gardée à juger.
C.
Les faits pertinents suivants résultent de la procédure de première instance :
a.
A la requête de A_, l'Office cantonal des poursuites a notifié le 1
er
mars 2019 à B_ SA un commandement de payer, poursuite
n° 1_, pour les sommes de 8'625 fr. avec intérêts à 5% dès le 1
er
décembre 2017 (poste 1) et 1'053 fr., avec intérêts à 5% dès le 1
er
décembre 2017 (poste 2).
Dans la rubrique Titre et date de la créance ou cause de l'obligation figurent "Note Honoraires du 31 octobre 2017" pour le poste 1 et "Note Honoraires du 31 octobre 2017" pour le poste 2.
B_ SA a formé opposition à la poursuite.
b.
Par requête déposée le 19 février 2020 au Tribunal, A_ a requis le prononcé de la mainlevée provisoire de l'opposition formée au commandement de payer précité.
Il a versé à la procédure, outre la copie de la réquisition de poursuite, une page de garde de la comptabilité établie pour la société B_ SA en 2016 ainsi que le détail de la déclaration fiscale pour la même année, un relevé de compte ICC 2016, deux factures établies par ses soins le 31 octobre 2017 et deux rappels de paiement du 13 décembre 2018.
c.
Le Tribunal a rendu son jugement sans transmettre à B_ SA la requête, considérant que celle-ci était manifestement infondée.

EN DROIT
1. 1.1
En matière de mainlevée d'opposition, seule la voie du recours est ouverte (art. 309 let. b ch. 3 et 319 lit. a CPC). La procédure sommaire s'applique (art. 251 let. a CPC).
En l'espèce, le recours, écrit et motivé (art. 130, 131, 321 al. 1 CPC), adressé à la Cour de justice dans un délai de dix jours dès la notification de la décision entreprise (art. 142 al. 1 et 3, 251 let. a, 321 al. 2 CPC), est recevable.
1.2
Dans le cadre d'un recours, le pouvoir d'examen de la Cour est limité à la violation du droit et à la constatation manifestement inexacte des faits
(art. 320 CPC). L'autorité de recours a un plein pouvoir d'examen en droit, mais un pouvoir limité à l'arbitraire en fait, n'examinant par ailleurs que les griefs formulés et motivés par le recourant (Hohl, Procédure civile, tome II, 2ème éd., n. 2307).
1.3
Le recours étant instruit en procédure sommaire, la preuve des faits allégués doit être apportée par titres (art. 254 CPC). Les maximes des débats et de disposition s'appliquent (art. 55 al. 1, 255 let. a
a contrario
et art. 58 al. 1 CPC).
1.4
Le contentieux de la mainlevée de l'opposition (art. 80 ss LP) est un "Urkundenprozess " (art. 254 al. 1 CPC), dont le but n'est pas de constater la réalité d'une créance, mais l'existence d'un titre exécutoire; le juge de la mainlevée examine uniquement la force probante du titre produit par le créancier poursuivant, sa nature formelle, et non pas la validité de la prétention déduite en poursuite (ATF
132 III 140
consid. 4.1.1 et les références). Le prononcé de mainlevée ne sortit que des effets de droit des poursuites (ATF
100 III 48
consid. 3) et ne fonde pas l'exception de chose jugée (res iudicata) quant à l'existence de la créance (ATF
136 III 583
consid. 2.3). La décision du juge de la mainlevée ne prive donc pas les parties du droit de soumettre à nouveau la question litigieuse au juge ordinaire (art. 79 et 83 al. 2 LP; ATF
136 III 528
consid. 3.2; arrêt du Tribunal fédéral
5A_577/2013
du 7 octobre 2013 consid. 4.1).
1.5
Les conclusions, allégations de fait et preuves nouvelles sont irrecevables dans le cadre d'un recours (art. 326 CPC).
Dès lors, les pièces nouvellement versées par le recourant sont irrecevables, ainsi que les allégués de fait s'y rapportant.
2.
Le recourant reproche au Tribunal de ne pas avoir prononcé la mainlevée provisoire de l'opposition.
2.1
Le créancier dont la poursuite se fonde sur une reconnaissance de dette constatée par acte authentique ou sous seing privé peut requérir la mainlevée provisoire (art. 82 al. 1 LP).
Le juge de la mainlevée provisoire doit vérifier d'office notamment l'existence matérielle d'une reconnaissance de dette (ATF
139 III 444
consid. 4.1.1, et les références; arrêt du Tribunal fédéral
5A_40/2013
du 29 octobre 2013 consid. 2.2), l'identité entre le poursuivant et le créancier désigné dans ce titre, l'identité entre le poursuivi et le débiteur désigné et l'identité entre la prétention déduite en poursuite et la dette reconnue (ATF
139 III 444
précité consid. 4.1.1 et les références; GILLIERON, Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, 1999, n. 73ss ad art. 82 LP).
Par reconnaissance de dette au sens de l'art. 82 al. 1 LP, il faut entendre notamment l'acte sous seing privé, signé par le poursuivi, d'où ressort sa volonté de payer au poursuivant, sans réserve ni condition, une somme d'argent déterminée, ou aisément déterminable, et exigible (ATF
139 III 297
consid. 2.3.1;
136 III 624
consid. 4.2.2;
136 III 627
consid. 2).
Une reconnaissance de dette peut aussi résulter d'un ensemble de pièces dans la mesure où il en ressort les éléments nécessaires. Cela signifie que le document signé doit clairement et directement faire référence, respectivement renvoyer, aux documents qui mentionnent le montant de la dette ou permettent de le chiffrer (parmi plusieurs : ATF
139 III 297
consid. 2.3.1;
136 III 627
consid. 2 et 3.3;
132 III 480
consid. 4.1 et les références citées). Une référence ne peut cependant être concrète que si le contenu des documents auxquels il est renvoyé est connu du déclarant et visé par la manifestation de volonté signée (ATF
139 III 297
consid. 2.3.1;
136 III 627
consid. 3.3;
132 III 480
consid. 4.3). En d'autres termes, cela signifie que le montant de la dette doit être fixé ou aisément déterminable dans les pièces auxquelles renvoie le document signé, et ce au moment de la signature de ce dernier (Stücheli, Die Rechtsöffnung, 2000, p. 191; Staehelin, in Basler Kommentar, Bundesgesetz über Schuldbetreibung und Konkurs, vol. I, 2e éd. 2010, n. 26 ad art. 82 LP).
Pour justifier la mainlevée de l'opposition, la créance doit être exigible au plus tard au moment de l'introduction de la poursuite, c'est-à-dire lors de la notification du commandement de payer (Veuillet, La mainlevée de l'opposition, 2017, n. 95 ad art. 82 LP).
Des factures ne valent pas reconnaissance de dette et ce, même si elles ne sont pas contestées (arrêt du Tribunal fédéral
5P.290/2006
du 12 octobre 2006 consid. 3.2).
2.2
En l'espèce, le recourant a produit, en guise de titre de mainlevée, la première page d'un bilan, deux factures et deux rappels de paiement. Il n'a en revanche versé aucun contrat qui le lierait à l'intimée. Comme l'a retenu à bon droit le Tribunal, les titres sont dépourvus de signature de l'intimée, de sorte qu'ils ne valent pas reconnaissance de dette, pas plus, au demeurant, que les pièces produites, fussent-elles rapprochées les unes des autres. Dès lors, le recourant ne dispose d'aucune reconnaissance de dette.
Le recours sera, dès lors, rejeté.
3.
Les frais judiciaires du recours seront arrêtés à 450 fr. (art. 48 et 61 OELP). Ils seront mis à la charge du recourant, qui succombe (art. 106 al. 1 CPC) et compensés avec l'avance effectuée, laquelle demeure acquise à l'Etat de Genève (art. 111 al. 1 CPC).
Il ne sera pas alloué de dépens à l'intimée, les démarches effectuées ne le justifiant pas, au vu de la réponse d'une page (art. 95 al. 3 let. c CPC
a contrario
).
* * * * *