Decision ID: 1f6ccf24-6fb5-4d9c-85ee-c4294a25e3c3
Year: 2020
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
A._, ressortissant d'Algérie né en 1976, est entré le 13 novembre 2005 en Suisse où il a séjourné illégalement jusqu'à l'obtention d'une autorisation de séjour UE/AELE par regroupement familial suite à son mariage le 5 avril 2013 avec une ressortissante française au bénéfice d'une autorisation d'établissement. Le 20 février 2013 est né leur fils B._.
B.
Le 11 novembre 2017, la Police lausannoise a établi un rapport suite à une plainte déposée contre A._ par son épouse pour violences domestiques. Lors de son audition, elle a évoqué les tensions accumulées dans son couple et les multiples conflits qui ont émaillé la vie conjugale. Par ordonnance pénale rendue par le Ministère public de l'arrondissement de Lausanne le 15 juin 2018, A._ a été condamné à une amende de 1'000 fr. pour voies de fait qualifiées contre son épouse.
Le 24 juin 2018, un rapport de police a été établi suite à une altercation survenue la vielle entre A._ et son épouse. Lors de son audition, celle-ci a invoqué les menaces proférées par son époux dans le contexte de la plainte déposée le 11 novembre 2017 pour violences conjugales.
Dans le cadre d'une audition par le Service de la population (ci-après: le SPOP), l'épouse de A._ a notamment déclaré qu'elle avait entrepris des démarches au mois de janvier 2017 en vue d'une séparation et qu'elle s'était séparée effectivement depuis le 20 avril 2017 lorsqu'elle s'était rendue au Foyer MalleyPrairie.
Les époux ont réglé, le 15 juin 2017, leur vie séparée par une convention précisant que A._ pourrait voir son fils tous les samedis, de 9 heures à 11 heures et qu'il devrait contribuer à l'entretien de son enfant par le versement d'une contribution d'entretien mensuelle de 600 fr. dès le 1
er
août 2017.
Par mesures protectrices de l'union conjugale prononcées le 20 octobre 2017, le Tribunal d'arrondissement de Lausanne a constaté que A._ ne satisfaisait pas à son devoir d'entretien et a ordonné le prélèvement automatique de la somme de 600 fr. sur son salaire.
Dans un rapport établi le 16 août 2018, le Service de protection de la jeunesse (SPJ) a proposé un élargissement progressif du droit de visite de A._.
A._ a commencé le 1
er
janvier 2019 une activité lucrative à temps complet auprès de l'entreprise C._.
C.
Par décision du 22 juillet 2019, le Service de la population (ci-après: le SPOP) a refusé de renouveler l'autorisation de séjour UE/AELE par regroupement familial de A._ et a refusé la transformation anticipée de son autorisation de séjour UE/AELE en autorisation d'établissement pour le motif qu'il n'avait pas été stable professionnellement et financièrement, qu'il ne s'était pas acquitté régulièrement de la pension en faveur de son fils, celle-ci ayant été versée par le Bureau de recouvrement et d'avances sur pensions alimentaires (ci-après: le BRAPA) pendant plusieurs mois, et que son comportement avait l'objet de l'intervention des autorités. Le SPOP se déclarait en revanche favorable à la poursuite de son séjour et à la délivrance d'une autorisation de séjour au sens de l'art. 50 al. 1 let. b de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers et l'intégration (LEI; RS 142.20), précisant que dès que la décision serait en force, il soumettrait le dossier au Secrétariat d'Etat aux migrations (ci-après: le SEM) pour approbation; l'autorisation de séjour ne serait valable que si le SEM accordait son approbation.
D.
Par acte du 17 septembre 2019, A._ a recouru devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) contre cette décision dont il demande principalement l'annulation, une autorisation d'établissement anticipée lui étant octroyée. Subsidiairement, il demande le renvoi de la cause à l'autorité inférieure pour nouvelle décision au sens des considérants.
Dans sa réponse du 8 octobre 2019, l'autorité intimée a conclu au rejet du recours, relevant en particulier que le recourant ne pouvait se prévaloir d'une situation professionnelle stable que depuis le 1
er
janvier 2019, qu'il devait encore au BRAPA des arriérés de dettes alimentaires à hauteur de 8'980 fr. et que trois enquêtes pénales le concernant étaient toujours en cours. Deux de ces enquêtes pénales portent sur des menaces (envers le conjoint durant le mariage ou dans l'année qui a suivi le divorce) et la troisième concerne des lésions corporelles simples (à l'égard d'une personne sans défense ou sur laquelle il avait le devoir de veiller).
Le recourant a répliqué le 31 octobre 2019, faisant valoir avoir conclu avec le BRAPA un plan de paiement afin de s'assurer du paiement intégral de sa dette, bénéficier certes d'un contrat fixe auprès de l'entreprise C._ depuis le 1
er
janvier 2019 mais avoir précédemment effectué plusieurs missions pour le compte de cette entreprise, et enfin que les enquêtes pénales dont il faisait l'objet étaient dues à des plaintes que son épouse avait portées de manière abusive à son encontre. Il a produit un nouvel extrait de son casier judiciaire, vierge de toute inscription, daté du 6 novembre 2019.
Par lettres du 4 et du 6 novembre 2019, l'autorité intimée a déclaré maintenir sa décision et a transmis au tribunal une copie des courriels échangés avec le BRAPA les 16 octobre et 4 novembre 2019, dont il ressort que le recourant a signé le 23 octobre 2019 une déclaration d'engagement portant sur le versement mensuel en faveur du BRAPA d'un montant minimal de 100 fr., ainsi qu'un extrait du 5 novembre 2019 du casier judiciaire du recourant sur lequel figurent toujours les trois enquêtes pénales précitées.
Par lettre du 14 novembre 2019, le recourant a fait valoir que conformément à l'extrait de son casier judiciaire, du 6 novembre 2019, qu'il produisait, il ne faisait plus l'objet d'aucune investigation pénale.
Le 25 novembre 2019, l'autorité intimée a produit une décision rendue le 15 novembre 2019 par le SEM, à qui le dossier du recourant avait été transmis par erreur, qui refuse la prolongation de l'autorisation de séjour du recourant, prononce son renvoi de Suisse et lui impartit un délai de départ au 15 février 2019. Dans ces circonstances, elle était d'avis qu'il convenait de suspendre la procédure devant le tribunal de céans jusqu'à droit connu sur la décision du SEM, dans la mesure où si celle-ci devait être confirmée, le refus d'octroi anticipé d'une autorisation d'établissement deviendrait sans objet. L'autorité intimée a également produit une copie du dernier courriel adressé par le BRAPA le 7 novembre 2019.
Par lettre du 6 mars 2019, le recourant a informé le tribunal qu'il avait déposé le 16 décembre 2019 un recours auprès du Tribunal administratif fédéral (TAF) contre la décision rendue le 15 novembre 2019 par le SEM et a requis la suspension de la cause jusqu'à droit connu sur le sort de la procédure devant le TAF.
Par avis du 9 mars 2019, le juge instructeur a suspendu la cause devant la CDAP jusqu'à droit connu sur le sort du recours déposé devant le TAF.
E.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:
1.
a) Aux termes de l'art. 75 let. a de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV 173.36), a qualité pour former un recours toute personne physique ou morale ayant pris part à la procédure devant l'autorité précédente ou ayant été privée de la possibilité de le faire, qui est atteinte par la décision attaquée et qui dispose d'un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée ou modifiée.
Constitue un intérêt digne de protection, au sens de cette disposition, tout intérêt pratique ou juridique à demander la modification ou l'annulation de la décision attaquée que peut faire valoir une personne atteinte par cette dernière. L'intérêt digne de protection consiste ainsi en l'utilité pratique que l'admission du recours apporterait au recourant en lui évitant de subir un préjudice de nature économique, idéale, matérielle ou autre que la décision attaquée lui occasionnerait (ATF 135 II 145 consid. 6.1; 133 II 400 consid. 2.2; 131 II 361 consid. 1.2 et les arrêts cités).
De plus, le droit de recours suppose que l'intérêt digne de protection à l'annulation ou à la modification de la décision entreprise soit actuel. Cet intérêt doit exister non seulement au moment où le recours est déposé, mais encore lors du prononcé de la décision sur recours (ATF 136 II 101 consid. 1.1; 131 II 361 consid. 1.2; 128 II 34 consid. 1b).
b) En tant que ressortissant algérien marié à une ressortissante française, le recourant peut se prévaloir des droits conférés par l'ALCP en ce qui concerne le regroupement familial et de la LEI s'agissant de ses autres dispositions.
c) La décision attaquée refuse le renouvellement de l'autorisation de séjour UE/AELE par regroupement familial en application de l'art. 3 annexe I ALCP, refuse la transformation anticipée de l'autorisation de séjour UE/AELE en autorisation d'établissement, mais se déclare favorable à la prolongation du séjour du recourant en application de l'art. 50 al. 1 let. b LEI.
d) Aux termes de l'art. 99 LEI, le Conseil fédéral détermine les cas dans lesquels les autorisations de courte durée, de séjour ou d'établissement, ainsi que les décisions préalables des autorités cantonales du marché du travail sont soumises à l'approbation du SEM. Celui-ci peut refuser son approbation ou limiter la portée de la décision cantonale. Selon l'art. 4 let. d de l'ordonnance du Département fédérale de justice et police (DFJP) du 13 août 2015 relative aux autorisations soumises à la procédure d'approbation et aux décisions préalables dans le domaine du droit des étrangers (RS 142.201.1), l’octroi d’une autorisation de séjour après la dissolution de l'union conjugale (art. 50 LEI) est soumis au SEM pour approbation.
e) Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral (TF 2C_800/2019 du 7 février 2020 consid. 3.4.2; 2C_1140/2015 du 7 juin 2016 consid. 2.2.1 et les références), l'objet du litige devant la dernière instance cantonale est l'autorisation de séjour en tant que telle. Les dispositions légales applicables ne sont que des éléments de la motivation et ne constituent pas l'objet du litige.
Le récent arrêt du Tribunal fédéral 2C_800/2019 du 7 février 2020 porte sur une affaire vaudoise où le SPOP avait refusé le renouvellement des autorisations de séjour UE/AELE des intéressées en application des art. 6 annexe I ALCP et 24 annexe I ALCP mais s'était déclaré favorable à octroyer – sous réserve de l'approbation du SEM – des autorisations de séjour UE/AELE en application de l'art. 20 OLCP, comme c'est le cas en l'espèce – ici en application de l'art. 50 al. 1 let. b LEI. La Haute cour a considéré que le SEM avait l'obligation d'examiner les conditions permettant à l'étranger de demeurer en Suisse, quelle que soit la base légale, et d'élucider l'ensemble des faits pertinents et que le Tribunal administratif fédéral (TAF) disposait d'un plein pouvoir d'examen en cas de recours (consid. 3.4.4). Par conséquent, il a estimé que le TAF ne pouvait refuser d'examiner si les intéressées pouvaient prétendre à une autorisation de séjour sur un autre fondement juridique que celui retenu par le SPOP dans sa décision (consid. 3.4.5).
Dans un arrêt rendu postérieurement à celui du Tribunal fédéral (arrêt F-1734/2019 du 23 mars 2020), le Tribunal administratif fédéral (TAF) a relevé que cette nouvelle jurisprudence lui imposait de revenir sur sa pratique antérieure selon laquelle les autorités fédérales ne pouvaient se prononcer sur l'octroi d'une autorisation de séjour en vertu d'une autre disposition que celle dont l'autorité cantonale avait fait application (cf. notamment arrêt TAF F-3493/2017 du 12 septembre 2019, consid. 4.4). En cas de recours contre une décision négative du SEM, le TAF considère désormais à l'aune de la nouvelle jurisprudence rendue par le TF qu'il doit également examiner d'office les autres bases légales pouvant justifier l'octroi ou la prolongation d'une autorisation de séjour en faveur du requérant.
Dans l'arrêt F-1734/2019 précité, qui traitait d'une affaire vaudoise, le TAF était saisi d'un recours contre une décision du SEM refusant d'approuver la prolongation d'une autorisation de séjour UE/AELE pour motifs importants (art. 20 OLCP) dont le SPOP avait proposé la délivrance en faveur du recourant. En application des principes qui précèdent, le TAF a toutefois examiné d'office si l'intéressé pouvait se voir délivrer une autorisation de séjour UE/AELE en vertu des art. 4 (droit de demeurer), 6 (qualité de travailleur) et 24 (personne n'exerçant pas une activité économique) annexe I ALCP, ce que le SPOP avait refusé.
Le TAF a toutefois renvoyé aux juridictions cantonales la question de savoir si les décisions où, comme en l'espèce, l'autorité cantonale refuse l'octroi ou la prolongation d'une autorisation de séjour en application d'une disposition déterminée tout en soumettant au SEM pour approbation l'octroi d'une autorisation de séjour sous l'angle d'une autre disposition, doivent être assimilées à des décisions entièrement positives et doivent encore être pourvues des voies de droit cantonales (arrêt F-1734/2019 précité, consid. 4.3.5).
f) En l'espèce, le recourant conclut principalement à l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle refuse l'octroi en sa faveur d'une autorisation d'établissement, une telle autorisation lui étant octroyée.
En revanche, en tant que l'autorité intimée s'était déclarée favorable à octroyer au recourant – sous réserve de l'approbation du SEM – une autorisation de séjour UE/AELE en application de l'art. 50al. 1 let. b LEI, la décision n'était pas contestée.
Or, en application de l'arrêt du TF 2C_800/2019 précité, dont le TAF a confirmé la portée pour la procédure fédérale, le recourant pourra dans un tel cas de figure faire valoir devant le SEM – puis, en cas de décision négative de cette autorité, devant le TAF – toutes les dispositions légales susceptibles de justifier la poursuite de son séjour en Suisse ainsi que l'ensemble des faits pertinents qui n'auraient pas été retenus ou allégués à ce stade. Ainsi, le recourant pourra le cas échéant faire valoir devant ces autorités – le SEM ayant entretemps rendu le 15 novembre 2019 une décision négative – que la poursuite de son séjour en Suisse se justifie à raison d'un autre fondement juridique – notamment par l'octroi anticipé d'une autorisation d'établissement.
Il s'ensuit que le recourant ne peut faire valoir devant la juridiction cantonale un intérêt digne de protection à modifier la décision du SPOP et n'a donc pas qualité pour recourir à l'encontre de celle-ci (art. 75 al. 1 let. a LPA-VD).
Dans ces conditions, le maintien de la suspension de la cause ne se justifie plus.
Pour le surplus, il appartiendra à l'autorité intimée d'adapter sa pratique à la nouvelle jurisprudence s'agissant de l'acte par lequel elle soumet au SEM l'approbation d'une autorisation de séjour (cf. arrêt TAF F-1734/2019 précité, consid. 5.5. et réf. citées).
2.
Il résulte de ce qui précède que le recours doit être déclaré irrecevable. Compte tenu des circonstances, il est renoncé à percevoir un émolument. Il n'est pas alloué de dépens (art. 50, 55, 91 et 99 LPA-VD).