Decision ID: cdb6f9a5-b1ca-56b3-99fe-f5c0e230a152
Year: 2017
Language: fr
Court: BE_VB
Chamber: BE_VB_001
Canton: BE
Region: Espace_Mittelland
Law Area: public_law

I. Faits
1. Le 25 février 2016 un permis de construire a été octroyé aux recourants 1 et 2 par la
Préfecture du Jura bernois pour la construction sur la parcelle no E._ à La
Neuveville de deux villas mitoyennes avec deux entrées séparées et des garages. Cette
parcelle se trouve en zone d'habitation H2 et selon la carte des dangers naturels de la
Neuveville en zone rouge. D'après le permis de construire les villas doivent être protégées
par des filets pare-pierres qui nécessitent une demande de permis de construire
complémentaire. Cette condition se base surtout sur un rapport de l'Office des forêts
(OFOR), Division dangers naturels, et faisait partie intégrante du permis de la préfecture.
Par courrier du 10 mars 2016 la commune a demandé à la préfecture à quel moment cette
condition doit être remplie. L'OFOR, Division dangers naturels, a reçu une copie de ce
courrier. Par courriel du 29 mars 2016, ce service a précisé que les mesures de protection
n'étaient pas nécessaires pendant la phase de la construction, mais au plus tard elles
devaient être fonctionnelles à l'emménagement dans le nouveau bâtiment. En plus, il a
remarqué que les recourants 1 et 2 pouvaient s'associer à la Municipalité pour la
réalisation des mesures de protection pour une partie du quartier. Selon son expérience
ces travaux pourront durer "une voire deux années".1
Les recourants 1 et 2 ont parcellisé leur lot et vendu la nouvelle parcelle no F._
aux recourants 3 et 4 (inscription au registre foncier le 21 mars 2016). Entretemps, la
construction des villas a commencé. Par courrier du 22 septembre 2016, la commune a
confirmé ses explications orales selon lesquelles le bâtiment ne doit pas être utilisé avant
la mise en place des filets pare-pierres projetés. En plus, elle a informé les recourants 1 et
2 que la police de construction avait la possibilité de prononcer une interdiction d'utilisation
et leur a accordé le droit d'être entendu.2 Dans leur réponse du 20 octobre 2016, les
recourants 1 et 2 font valoir qu'ils étaient complètement dépendants de la Municipalité en
ce qui concerne la sécurisation de leur parcelle et que – vu les faibles risques réels à court
terme – ils voulaient aménager pour fin 2016, début 2017.3
1 Dossier communal p. 59 ss. 2 Dossier communal p. 65 s. 3 Dossier communal p. 69 s.
OJ no 120/2017/1 3
Le 14 décembre 2016 la commune a pris la décision suivante: 1. L'interdiction d'utilisation pour les bâtiments érigés sur les parcelles nos E._ et F._
est prononcée. Cette interdiction reste valable jusqu'à ce que la protection des parcelles nos
E._ et G._ par mise en place de filets pare-pierres soit fonctionnelle.
2. Cette décision est immédiatement exécutoire.
3. Compte tenu de la situation de danger de degré élevé dû aux chutes de pierres provenant de la
falaise rocheuse, un éventuel recours n'aura pas d'effet suspensif sur la présente décision.
2. Le 13 janvier 2017, les recourants 1 et 2 ont interjeté recours auprès de la TTE. Ils
concluent à l'annulation de la décision et au renvoi de la cause à la municipalité pour
nouvelle décision au sens des considérants. Le 13 janvier 2017, les recourants 3 et 4 ont
également interjeté recours auprès de la TTE et se rallient au contenu du recours des
recourants 1 et 2. Les recourants contestent qu'il y ait un danger de degré élevé à court
terme et font valoir que l'interdiction d'utilisation est disproportionnée et contre le principe
de la bonne foi. En plus, ils se réservent le droit d'entamer une procédure en dommages et
intérêts en tant que besoin.
3. L’Office juridique, qui conduit les procédures de recours pour la TTE, a requis le
dossier et dirigé l’échange des mémoires. En plus, l'Office juridique a demandé des prises
de positions à l'OFOR, Division forestière du Jura bernois, et à l'OFOR, Division dangers
naturels. Une copie de ces prises de positions a été remise aux participants de la
procédure. Les faits et arguments de la cause sont abordés, en tant que de besoin, dans
les considérants ci-après.
4. Par courrier du 28 mars 2017, les recourants 1 et 2 ont fait part de leur surprise de ne
pas avoir pu prendre position sur les différents rapports. Le 29 mars 2017, l'Office juridique
a fixé un délai pour d'éventuelles observations finales. Les participants à la procédure ne
se sont pas prononcés.
OJ no 120/2017/1 4

II. Considérants
1. Recevabilité
S'agissant d'une interdiction d'utilisation selon les arts. 45 et 46 LC4, la décision attaquée
de la commune peut faire l'objet d'un recours devant la Direction cantonale des travaux
publics, des transports et de l'énergie dans les 30 jours à compter de sa notification (art. 49
al. 1 LC). Les recourants, en tant que destinataires de la décision attaquée, ont la qualité
de recourir. Les autres conditions de forme sont également remplies. Il y a donc lieu
d'entrer en matière sur les recours.
2. Interdiction d'utilisation
a) En tant que police des constructions la commune doit prendre toutes les mesures
nécessaires à l'application de la loi sur les constructions ainsi que des dispositions fondées
sur elle. Il lui incombe en particulier de faire rétablir l'état conforme à la loi lorsque les
conditions sont violées ultérieurement (art. 45 al. 2 let. b LC). Si un maître d'ouvrage
exécute un projet de construction sans permis ou en outrepassant celui-ci ou s'il omet
d'observer des prescriptions en réalisant un projet autorisé, l'autorité compétente de la
police des constructions ordonne l'arrêt des travaux; elle peut prononcer une interdiction
d'utilisation lorsque les circonstances le commandent. Ces décisions sont immédiatement
exécutoires (art. 46 al. 1 LC).
Une interdiction d'utilisation suppose qu'il existe un état formellement illicite ce qui est le
cas si des dispositions annexes d'un permis de construire comme des conditions sont
violées.5 Une interdiction d'utilisation peut être prononcée si les circonstances le
commandent. En règle générale, elle doit être prononcée si la sécurité ou la santé des
êtres humains ou des animaux est menacée.6
4 Loi du 9 juin 1985 sur les constructions (LC, RSB 721.0) 5 Heidi Walther, Das Rechtsamt kommentiert aktuelle Entscheide, Das baupolizeiliche Benützungsverbot/Teil II, KPG-Bulletin 5/1992, p. 27 6 Cf. Zaugg/Ludwig, Kommentar zum bernischen BauG, 4. Aufl., Band I, Bern 2013, art. 46 n. 7
OJ no 120/2017/1 5
b) Dans leur demande de permis du 6 novembre 2015 les recourants 1 et 2 ont indiqué
que leur parcelle se trouve en zone rouge et que le bureau d'ingénieurs GEOTEST avait
examiné le projet. Ils ont joint à leur demande de permis l'étude de protection contre les
chutes de blocs et de pierres sur la parcelle no E._ du 12 avril 2012.7 Selon la
carte de danger de la commune de la Neuveville, l'ensemble de la parcelle no E._
(aujourd'hui nos E._ et F._) se trouve dans la zone rouge de chutes de
blocs et de pierres avec une classification SS8 qui correspond à une mise en danger par
les chutes de blocs et pierres d'une probabilité moyenne (scénario 100 ans) et d'intensité
forte.8 Le rapport technique de GEOTEST du 12 avril 2012 constate que la parcelle n'est
pas constructible et qu'une construction n'est possible qu'après la réalisation de mesures
de protection adéquates. En substance, il répète le contenu de l'art. 6 LC: Dans les zones
présentant un danger élevé (zones rouges), il est interdit de construire ou d'agrandir des
bâtiments ou des installations destinés à loger des hommes ou des animaux. Le
propriétaire a cependant la possibilité de fournir la preuve que la mise en danger est
diminuée à un niveau acceptable. Cette preuve est établie si la parcelle est protégée par
des mesures adéquates qui protègent l'ensemble de la parcelle et non pas uniquement un
bâtiment.9
c) Selon le permis de construire de la préfecture du Jura bernois du 25 février 2016, les
conditions et charges du rapport sur les dangers naturels, daté du 10 décembre 2015,
délivré par l'OFOR, Division dangers naturels, et celles du rapport officiel pour les
constructions et installations à proximité de la forêt, daté du 17 décembre 2015, délivré par
la Division forestière Jura bernois, font partie intégrante du permis et doivent être
observées.
Le rapport sur les dangers naturels de l'OFOR, Division dangers naturels, du 10 décembre
2015 contient une condition selon laquelle la villa doit être protégée par un filet pare-pierres
d'une hauteur de 4 m, d'une longueur minimale de 45 m et d'une absorption énergétique de
500 kJ. Selon ce rapport l'emplacement de la mesure de protection doit être réalisé avec
un spécialiste dangers naturels de GEOTEST.10 Selon le rapport officiel de l'OFOR,
Division forestière Jura bernois, pour les constructions et installations à proximité de la
7 Cf. dossier de la Préfecture du jura bernois 8 Rapport technique GEOTEST du 12 avril 2012 (annexe 2 du recours), p. 4 9 Rapport technique GEOTEST du 12 avril 2012 (annexe 2 du recours), p. 3 et 5 10 Dossier communal, p. 4 s.
OJ no 120/2017/1 6
forêt, le projet ne pourra être définitivement approuvé que lorsque la réalisation des filets
pare-pierres disposera d'une autorisation de construction ayant force de droit (obligation
préalable).11
Le permis de construire de la préfecture du Jura bernois du 25 février 2016 n'est donc
accordé que sous condition d'une sécurisation par un filet pare-pierres. Une telle condition
doit être remplie avant qu'un permis de construire puisse être mis à exécution.12 Vu l'art. 6
LC et le rapport officiel pour les constructions et installations à proximité de la forêt, on peut
même se demander si la préfecture n'aurait pas dû attendre la force de droit du permis de
construire pour les filets pare-pierres avant d'octroyer le permis de construire pour les
villas.13 De toute façon, il existe un état formellement illicite car le filet pare-pierres n'est
pas réalisé. A cela, même le courriel du 29 mars 2016 de l'OFOR, Division dangers
naturels, ne change rien, puisqu'il dit clairement que les filets pare-pierres doivent être
fonctionnels à l'emménagement dans le nouveau bâtiment.14
d) Dans la zone rouge les personnes sont en danger aussi bien à l’intérieur qu'à
l'extérieur des bâtiments: soit il faut compter avec la possibilité d'une soudaine destruction
du bâtiment, soit le risque couru est moins important, mais plus probable.15 La présente
classification SS8 correspond à une mise en danger par les chutes de blocs et pierres
d'une probabilité moyenne (scénario 100 ans) et d'intensité forte.16 Dans les zones rouges
la loi interdit des constructions destinées à loger des êtres humains ou animaux. Cette
interdiction n'est supprimée que si le propriétaire du fond apporte la preuve que les
dangers qui menacent le bien-fonds ou son accès ont été écartés par des mesures de
sécurité.17
Dans le cas présent, ces circonstances commandent une interdiction d'utilisation car un
évènement selon la présente classification SS8 peut se produire à n'importe quel moment
11 Dossier communal, p. 15 s. 12 Cf. Zaugg/Ludwig, Kommentar zum bernischen BauG, 4. Aufl., Band I, Bern 2013, art. 29 n. 1 13 Cf. aussi prise de position de L'OFOR, Division forestière Jura bernois, du 8 février 2017, p. 2 et dossier communal, p. 73 14 Dossier communal, p. 61 15 Guide "Prise en compte des dangers naturels dans l'aménagement local" de l'Office des affaires communales et de l'organisation du territoire, p. 2 16 Rapport technique GEOTEST du 12 avril 2012 (annexe 2 du recours), p. 4 17 Cf. Art. 6 al. 1 et 6 LC et Zaugg/Ludwig, Kommentar zum bernischen BauG, 4. Aufl., Band I, Bern 2013, art. 6 n. 9
OJ no 120/2017/1 7
et n'exclut pas un risque à court terme.18 La sécurité des êtres humains est donc en
danger. Puisque il n'y a pas de moyens qui portent moins gravement aux intérêts privés,
une interdiction d'utilisation est nécessaire.19 En plus, les recourants savaient depuis le
début qu'il fallait sécuriser les parcelles et que la réalisation de mesures protectrices
nécessitait un certain temps. Ils ont commencé la construction des villas à leurs risques.
D'ailleurs, les recourants ne font pas valoir que la commune ait promis la réalisation de
l'ouvrage de protection pour la fin de l'année 2016. Cette date leur semblait juste réaliste
sans imprévu ou condition défavorable.20 Même si la commune ou le maire avait fait des
promesses, cela ne changerait rien au danger existant. Par conséquent, la commune a
prononcé l'interdiction d'utilisation à bon droit. Jusqu'à ce que la protection des parcelles
par la mise en place de filets pare-pierres soit fonctionnelle, cette interdiction doit rester
valable.
3. Réalisation des filets pare-pierres
a) Les interdictions d'utilisation sont des mesures provisionnelles.21 L'ordonnance d'une
mesure provisionnelle présuppose qu'une procédure au fond est déjà introduite ou qu'elle
sera introduite dans les délais les plus courts.22 En règle générale, l'autorité de police de
constructions impartit au propriétaire du terrain ou au titulaire du droit de superficie un délai
approprié pour rétablir l'état conforme à la loi en même temps qu'elle prononce une
interdiction d'utilisation, sous réserve de l'application notamment du principe de la
proportionnalité et de la protection de la bonne foi.23 Au titre de mesure de rétablissement
de l'état conforme à la loi, l'autorité compétente peut aussi ordonner que l'état conforme à
la soit établi pour la première fois ou prononcer l'obligation de satisfaire à une condition ou
une charge ayant force de droit.24
18 Cf. rapport sur les dangers naturels du 31 janvier 2017, p. 3 19 Cf. aussi rapport sur les dangers naturels du 31 janvier 2017, p. 3 20 Cf. annexe 6 du recours 21 Cf. Art. 6 al. 1 et 6 LC et Zaugg/Ludwig, Kommentar zum bernischen BauG, 4. Aufl., Band I, Bern 2013, art. 46 n. 4 22 Heidi Walther, Das Rechtsamt kommentiert aktuelle Entscheide, Das baupolizeiliche Benützungsverbot/Teil II, KPG-Bulletin 4/1992, p. 18 23 Cf. Zaugg/Ludwig, Kommentar zum bernischen BauG, 4. Aufl., Band I, Bern 2013, art. 46 n. 3 24 Cf. Zaugg/Ludwig, Kommentar zum bernischen BauG, 4. Aufl., Band I, Bern 2013, art. 46 n. 8
OJ no 120/2017/1 8
b) Selon le permis de construire de la préfecture du Jura bernois du 25 février 2016, les
recourants sont obligés de protéger leurs villas par un filet pare-pierres d'une hauteur de
4 m, d'une longueur minimale 45 m et d'une absorption énergétique de 500 kJ.
L'emplacement de la mesure de protection doit être réalisé avec un spécialiste dangers
naturels de GEOTEST.25 Comme annexe 10 les recourants ont déposé le rapport
technique GEOTEST du 14 décembre 2016. Ce rapport propose une variante de protection
qui comprend la construction de deux filets pare-pierres d'une longueur totale de 100 m et
leur positionnement permet de réduire l'impact des ouvrages sur la nature et le paysage –
comme demandé par les autorités responsables. Ces filets pare-pierres protègeraient les
parcelles déjà construites nos H._ et I._ et les parcelles des recourants.
C'est la commune de la Neuveville qui est tenue de réaliser les mesures de protection pour
les parcelles déjà construites nos H._ et I._.26 Selon le rapport
GEOTEST, la commune est maître d'œuvre de ces filets pare-pierres et les recourants
devraient participer aux coûts totaux de 255'960 francs par un montant de 76'788 francs.
La réception des travaux est prévue pour fin juin 2017.27
c) Le projet commun selon le rapport GEOTEST du 14 décembre 2016 semble
raisonnable et adéquat. Vu les exigences de l'Office de la nature, ce projet commun serait
probablement plus facile à réaliser. Afin de pouvoir diminuer l'impact visuel des ouvrages,
les filets pare-pierres ont été déplacés plus en amont dans la forêt. Dans les études
antérieures, il était prévu de positionner les ouvrages de protection directement au bord de
la falaise où ils auraient été beaucoup plus visibles.28 Les parcelles où les filets pare-
pierres doivent être érigés appartiennent à des tiers. Cela signifie qu'en plus, un contrat de
servitude est nécessaire.29 A cause de ces circonstances, il n'y a pas de sens à ce stade
d'ordonner aux recourants de réaliser le filet pare-pierres selon le permis de construire
ayant force de droit. Une procédure de rétablissement de l'état conforme à la loi ne devrait
être introduite que si le permis de construire pour le projet commun n'était pas octroyé.
25 Dossier communal, p. 4 s. 26 Rapport technique GEOTEST du 14 décembre 2016 (annexe 10 du recours), p. 4 27 Rapport technique GEOTEST du 14 décembre 2016 (annexe 10 du recours), p. 21 s. 28 Cf. Dossier communal, p. 73; rapport technique GEOTEST du 14 décembre 2016 (annexe 10 du recours), p. 17 s. 29 Rapport technique GEOTEST du 14 décembre 2016 (annexe 10 du recours), p. 20
OJ no 120/2017/1 9
d) Au vu de ce qui précède, les recours du 13 janvier 2017 sont rejetés et la décision du
14 décembre 2016 est confirmée.
4. Frais et dépens
a) Les frais de la procédure de recours sont mis à la charge de la partie qui succombe,
à moins que le comportement d’une partie au cours de la procédure permette une
répartition différente ou qu’il soit justifié par des circonstances particulières de ne pas
percevoir de frais (art. 108 al. 1 LPJA30). Selon la pratique de la TTE, les frais de la
procédure sont fixés à 800 francs. Ils sont mis à la charge des recourants 1 et 2 à raison
de 400 francs et des recourants 3 et 4 à raison de 400 francs. Ils répondent solidairement
du montant total.
b) Il n'est pas alloué de dépens (art. 104 al. 4 LPJA).