Decision ID: f30a6be1-596d-569c-9a27-6c5a2484e0ab
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte déposé au greffe de la Chambre de céans le 8 novembre 2018, [l'association] A_ recourt
contre l'ordonnance du 26 octobre 2018, notifiée le 29 suivant, par laquelle le Ministère public a refusé d'entrer en matière sur sa plainte du 5 septembre 2017.
La recourante conclut, sous suite de frais et dépens, à l'annulation de l'ordonnance querellée et au renvoi de la cause au Ministère public pour instruction.
b.
La recourante a versé les sûretés en CHF 1'500.- qui lui étaient réclamées par la Direction de la procédure.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.a.
Le 5 septembre 2017, B_ a déposé plainte pénale contre C_ pour diffamation (art. 173 CP), voire calomnie (art. 174 CP), injures (art. 177 CP), atteinte à la liberté de croyance et de culte (art. 216 CP) et discrimination raciale (art. 261bis CP) au nom et pour le compte de A_, association de droit malaisien enregistrée en qualité de société, fondée en _ par D_.
A_ représentait un foyer spirituel abritant en son sein une lignée de moines E_. Cette association exploitait un centre
F_
où les disciples pouvaient être initiés aux enseignements E_ et améliorer leur compréhension et
leur expérience des doctrines
E_
grâce à l'étude, la pratique et l'observation de la discipline morale de cette religion. Le succès des centres
F_
reposait essentiellement sur l'estime et la crédibilité de leur maître spirituel et fondateur, dont la réputation était étroitement liée à celle du centre. De nombreuses personnes y étaient employées et en dépendaient financièrement.
G_
, déité du culte E_ [en] H_ [région du pays I_] dont la tradition remontait à _, était établie dans les doctrines et la pratique de l'enseignement de l'école des
J_
, dont D_ faisait partie. Le
_
[fonction]
actuel, K_, autorité spirituelle H_ et ancien _ [fonction], avait publiquement désapprouvé l'exercice de ce culte, l'Administration centrale H_ déclarant qu'il était préjudiciable à la vie [de K_] et était la raison principale pour laquelle les [ressortissants] H_ en exil ne pouvaient retourner dans leur patrie d'origine. Ses pratiquants étaient en outre pour la plupart des agents I_. Les raisons à l'origine des hostilités à l'encontre de ce culte étaient donc tant religieuses que politiques, en raison des graves accusations d'opposition à la cause H_ et de traîtrise formulées à l'encontre des pratiquants.
Dans ce contexte, A_ et son fondateur avaient fait l'objet, à tout le moins depuis novembre 2016, de nombreux propos diffamatoires publiés sur la plateforme
AB_
par le biais des comptes
@L_, @[ressortissants de] H_, @M_, @N_
et
@O_
(autrefois
@[O_]
). Une clé USB contenant l'intégralité des
"_"
, [messages sur AB_] estimés à une dizaine de milliers, était fournie à l'appui de la plainte. Ces propos affectaient la réputation de A_ et en menaçaient par conséquent son existence, celle-ci reposant sur le sponsoring et les donations de ses membres.
a.b.
A_ a sollicité l'audition de C_ ainsi que la perquisition de son domicile et lieu de travail, priant le Ministère public de séquestrer et confisquer ses documents, enregistrements et supports informatiques ainsi que ceux auxquels il aurait accès, comme par exemple appartenant à sa femme ou toute autre personne faisant ménage commun avec lui.
a.c.
À l'appui de sa plainte, A_ a également produit un rapport du 29 août 2017, intitulé "
_
", rédigé par le docteur P_, enquêteur auprès de l'entreprise [suisse] Q_ Sàrl, dont l'activité principale était l'analyse numérique légale. Cette société avait été mandatée afin de déterminer si les rumeurs "
en ligne"
, désignant C_ comme étant le propriétaire du compte
@L_
et par conséquent l'auteur des propos diffamatoires, étaient fondées.
P_ a souligné que A_ semblait être l'une des organisations les plus actives propageant la pratique de
G_
au moyen des instruments de communication en ligne, ce qui pouvait l'exposer à l'attention des activistes impliqués dans l'aspect politique de la controverse de
G_.
Un
"troll de AB_"
était une personne qui semait la discorde sur la plateforme en diffusant des messages inflammatoires, scandaleux, faux ou diffamatoires
.
Il s'agissait d'un instrument standard des activistes ou des groupes politiques effectuant des campagnes d'information afin de mettre l'opinion publique de leur côté et/ou d'endommager gravement la réputation d'un adversaire
. "En utilisant AB_ en tant que plateforme de trolling, on parv
[enait]
à atteindre un large public, à avoir un positionnement optimal dans la page des résultats de Google, à conserver un anonymat presque parfait et à exploiter la politique très libérale de AB_.com concernant la suppression d'un contenu inapproprié"
. Ces campagnes engendraient souvent la réaction des
"anti-trolls",
visant à briser cette domination d'information, lesquels utilisaient généralement des techniques de camouflage en imitant les noms des utilisateurs et les comportements des adversaires, dans le but de créer une confusion et d'occuper les adversaires à corriger leurs messages trompeurs.
Les comptes
@[ressortissants de] H_, @M_
et
@R_
avaient été supprimés ou repris de sorte qu'il ne disposait pas de suffisamment d'informations pour en effectuer une analyse adéquate.
Il excluait avec une forte probabilité que les comptes
@N_
et
@O_
,
d'une part, et
@L_
, d'autre part, soient administrés par la même personne. Les utilisateurs des premiers comptes cités étaient potentiellement originaires respective-ment d'Italie et de Grèce, étant précisé que le premier n'avait diffusé aucun propos démontrant d'une intention diffamatoire contre A_ ou de son fondateur et que le second ne pouvait être qualifié de compte
"influenceur"
.
Cependant, il avait observé une forte corrélation de
"_"
[re-messages sur AB_] entre les comptes inactifs et les comptes actifs précités,
"formant un ensemble d'aide coordonnée au sein de leur campagne d'information"
.
Le rapport mentionne que l'utilisateur
@L_
, dont le pseudonyme était
"S_"
, avait rejoint la plateforme le 19 novembre 2009 et publié 58'300
_
[messages sur AB_], avec une moyenne de 10.64 publications par jour. Il disposait de 11'477 abonnés, lesquels n'étaient vraisemblablement pas des robots, et pouvait donc être qualifié de compte
"influenceur"
, selon les principes des réseaux sociaux.
Selon son analyse, ce compte tendait à
"troller"
contre l'utilisateur
@T_,
soit le compte
AB_
de D_,
leader
de A_.
Ses abonnements suggéraient une inclination pour l'antimondialisation et les groupes militants anarchistes sur
AB_
et il avait fait l'éloge de publications dans lesquelles C_ était impliqué, concernant par exemple la glorification des actes d'auto-immolation des moines E_ au H_. Ce compte avait également salué l'engagement activiste du mis en cause sur
AB_
. Enfin, le lien vers le site Web
U_.net
figurait sur le profil du compte
@L_
. Ce site, enregistré par C_, incarnait l'organisation militante U_, laquelle était consacrée à l'idée de l'indépendance [de la région] H_ et dont il était le vice-président. L'utilisateur du compte avait également cité U_ d'une manière substantielle dans ses publications. En décembre 2016, soit au moment où l'utilisateur de
@L_
avait dû faire face aux rumeurs le reliant à C_, ce lien avait disparu.
Au vu de ces éléments, P_ concluait que C_ était très probablement le propriétaire du compte
AB_ @L_.
b.
Selon le rapport du 1
er
février 2018 de la Brigade de criminalité informatique (ci-après: BCI), l'analyse du compte
@L_
avait permis de déterminer que le site [du journal] V_ figurait dans les sites les plus
"liés"
à ce compte et que l'application utilisée pour publier les
_
[messages sur AB_] était
"W_"
.
La police n'avait obtenu aucune information complémentaire s'agissant des comptes
@N_, @O_, @[ressortissants de] H_ et @M_
. Elle ne disposait pas d'élément permettant d'affirmer que le compte
@C_
appartenait au mis en cause. Le compte
@R_
s'érigeait en
"backup account"
du compte
@L_
et plusieurs publications de décembre 2016 désignaient C_ comme étant le propriétaire des comptes @
L_, @M_, @N_, @[O_] et @R_
et donc l'auteur des
_
[messages sur AB_]
incriminés.
La police n'avait cependant pas pu déterminer l'implication de C_ dans les comptes
AB_
concernés; seule une commission rogatoire internationale adressée à
AB_
permettrait d'obtenir plus de détails sur les comptes (adresses mails utilisées pour créer les comptes et adresses IP).
c.
Entendu le 7 juin 2018 à la police en qualité de personne appelée à donner des renseignements, C_ a contesté les faits qui lui étaient reprochés.
En 1989, il avait été expulsé [de la région] H_ par les autorités I_
pour avoir documenté une manifestation indépendantiste, précisant avoir soutenu activement cette cause dès le début. Les questions religieuses ne l'intéressaient guère et il ne s'était jamais impliqué publiquement dans ce débat, son intérêt pour le H_ étant purement humain et politique. Il avait écrit quelques articles en anglais dont tous comportaient des critiques vis-à-vis du gouvernement H_ en exil mais non de cette fameuse [observance religieuse] G_. Son implication publique pour soutenir l'indépendance lui avait d'ailleurs créé quelques ennemis sur Internet qui l'avaient catalogué dans le groupe des "
pro-G_
". Il avait fait l'objet de
"trolls"
en 2017, le dépeignant comme un opposant [à K_] et un défenseur de [l'observance] bannie. Au contraire, les
_
[messages sur AB_] relatifs à la plainte pénale de A_, association qu'il ne connaissait pas, tendaient à le dépeindre comme un ennemi juré de [l'observance]. Ainsi, il était également l'objet de diffamations répétées, tantôt comme suppôt d'une [observance] bannie, tantôt comme son ennemi juré.
Concernant les réseaux sociaux, il s'y était mis à l'origine exclusivement pour promouvoir des actions en faveur de l'indépendance [de la région] H_ et avait créé deux comptes
AB_
@U_
et
@X_ H_
[renvoyant à la pratique E_ en H_]. En février 2017, ayant été alerté par des attaques à son encontre sur
AB_
, il avait également créé un compte à son nom H_
@Y_
. Il n'était pas à l'origine du compte
@C_,
dont il avait découvert l'existence seulement quelques jours avant son audition à la police. Concernant le compte
@L_
, il n'en était ni le créateur ni l'utilisateur. Le style graphique et le nom des comptes utilisés tant contre A_ que lui-même étaient similaires, parfois à un caractère près, ce qui le laissait penser qu'il pourrait s'agir des mêmes personnes. Il ne connaissait pas les autres comptes visés dans la plainte pénale. Les applications utilisées pour publier les
_
[messages sur AB_], citées par la police dans son rapport du 1
er
février 2018, ne lui disaient rien.
À l'issue de son audition, C_ a remis à la police plusieurs pièces relatives aux attaques dont il avait fait l'objet sur les réseaux sociaux.
d.
Selon le rapport de police du 27 juin 2018, C_ ne vivait plus en Suisse depuis environ quatre ans.
Les informations utilisées dans les comptes incriminés mettant en avant l'identité du mis en cause et les photographies de ce dernier figurant sur les montages étaient toutes disponibles en libre accès sur internet. Ainsi, l'implication de C_ dans la campagne diffamatoire perpétrée sur
AB_
au préjudice de A_ était exclue.
e.
A_ a adressé plusieurs missives au Ministère public durant la procédure, soit les 19 septembre, 22 décembre 2017, 2 et 28 mars, 25 avril, 3 et 16 mai, 25 juin,
16 et 30 août 2018, afin de l'informer qu'elle subissait toujours diverses attaques, toutes imputables selon elle à C_.
Dans ce cadre, A_ a réitéré sa demande de procéder aux actes d'instruction mentionnés dans sa plainte. Elle a également proposé au Ministère public que P_ collabore avec la police afin que l'instruction progresse et a sollicité de cette autorité qu'elle investigue davantage s'agissant du lien entre le compte
@L_
et le site [du journal] V_ ainsi que sur les logiciels utilisés pour la publication des
_
[messages sur AB_]. Enfin, le Ministère public devait prendre
"tout autre mesure"
visant à interrompre les activités délictueuses.
A_ a également informé le Ministère public que le compte
@Z_
avait été créé à la suite de la suspension du compte
@L_
, utilisant le même mode opératoire, tenant les mêmes propos et publiant à un rythme similaire. Puis, le compte
@Z_
ayant été suspendu à son tour, le compte
@AA_
avait été créé. Enfin, le compte
@L_
avait été réactivé et publiait à nouveau des propos infamants depuis le 15 août 2018.
f.
Le 9 août 2018, une demande d'entraide judiciaire internationale en matière pénale a été adressée à l'Office fédéral de la Justice (ci-après: OFJ) pour transmission à l'Office of International Affairs, Department of Justice aux États-Unis.
À réception de la demande d'entraide judiciaire internationale susmentionnée, l'OFJ a adressé un courriel au Ministère public, l'informant que sa demande n'avait
"quasiment aucune chance d'être exécutée"
par les États-Unis, compte tenu des éléments du dossier, de l'infraction potentiellement commise, et de la conception très large de la liberté d'expression dans ce pays.
Après un nouvel examen de la procédure, le Ministère public a retiré sa demande.
C.
Dans l'ordonnance querellée, le Ministère public retient que la BCI n'avait pas pu déterminer l'implication du mis en cause vis-à-vis des comptes
AB_
visés dans la plainte pénale, qu'il avait contesté les faits qui lui étaient reprochés et nié une quelconque implication dans la campagne diffamatoire dont A_ faisait l'objet, précisant faire lui-même l'objet d'attaques qui pouvaient être organisées par le ou les mêmes individus au vu des pièces produites.
En outre, le
modus operandi
de la plupart des comptes
AB_
concernés dans la procédure s'apparentaient à celui du mouvement hacktiviste
S_
,
vu le pseudonyme utilisé par le compte
@L_
, les slogans et les photos de profil du masque représentant la figure emblématique du mouvement, celui-ci ayant effectivement milité dans le conflit H_.
Enfin, la plainte se fondait sur des échanges internet qui ne permettaient en rien d'attester de l'identité de l'interlocuteur et encore moins de vérifier son lieu actuel de séjour, le rapport de Q_ Sàrl n'y changeant rien. Seul l'envoi d'une commission rogatoire internationale aux États-Unis aurait pu permettre de faire avancer les investigations et de découvrir, tout au plus, les détenteurs des adresses IP utilisées, étant précisé qu'elles pourraient être localisées dans d'autres contrées ou ne plus exister actuellement. Or, vu les intérêts en jeu et le peu de chance d'exécution par les États-Unis d'une commission rogatoire, compte tenu de la conception très large de la liberté d'expression et des éléments du dossier, un tel acte serait disproportionné.
D.
a.
Dans son recours, A_ se plaint tout d'abord d'une constatation inexacte des faits. Le Ministère public n'avait pas pris en compte sa plainte pour injure
(art. 177 CP) et le dommage était d'autant plus grave que de nombreuses personnes dépendaient financièrement de l'association et que les attaques touchaient un large public. De plus, il n'était fait nullement mention des comptes
@Z_
et
@AA_
et les propos publiés n'avaient pas été expressément retranscrits. Enfin, le Ministère public n'avait pas précisé que l'existence de l'association était menacée par les attaques contre D_, car l'enseignement E_ jouait un rôle essentiel et donnait sa légitimité au centre, qui était intégralement financé par les donations et cotisations.
Dans un deuxième grief, la recourante reproche au Ministère public une violation de l'art. 310 al. 1 let. a CPP. Ayant procédé à un acte d'instruction en adressant une demande d'entraide à l'OFJ, le Ministère public aurait dû classer la procédure après avoir adressé un avis de prochaine clôture aux parties. De plus, en rendant une ordonnance de non-entrée en matière plus d'un an après le dépôt de plainte, il n'avait pas respecté l'immédiateté voulue par le droit suisse. Enfin, il avait violé le principe
in dubio pro duriore
, en ignorant les soupçons concrets à l'égard de C_. En effet, en sus des éléments retenus par P_ dans son rapport désignant le mis en cause comme étant probablement l'utilisateur du compte
@L_
, ce dernier était un activiste H_, ayant des liens étroits avec ce pays et notamment U_. Il avait agi activement pour la cause, mis ses compétences professionnelles au service de celle-ci et participé à des opérations
"coup de poing"
. Une simple navigation sur internet permettait de s'apercevoir qu'il existait des liens entre les publications de
@L_
et les comptes dont C_ avait reconnu être propriétaire, les sites administrés par ce dernier et les cartes qu'il avait dessinées. Enfin, le propriétaire de
@L_
était vraisemblablement francophone et sa première publication datait du 9 octobre 2011, soit de la période durant laquelle le mise en cause avait participé à des actions X_ H_ devant le Palais de Justice de Genève.
De plus, le Ministère public avait violé son pouvoir d'appréciation, négligeant de traiter l'infraction d'injure. En outre, bien que l'empêchement de procéder retenu par le Ministère public ne soit nullement étayé dans l'ordonnance querellée, la recourante concluait à la compétence des juridictions genevoises, le mis en cause passant ses journées entières à Genève pour son travail, lieu depuis lequel il lui était loisible de publier des attaques à son encontre, étant précisé qu'il disposait d'un numéro de téléphone portable suisse, était de nationalité suisse, et y était encore domicilié
"il y a quelques temps"
.
Enfin, le Ministère public ne pouvait se fonder ni sur le rapport lacunaire de la BCI, ni sur les déclarations incohérentes et imprécises de C_ et ne pouvait retenir une potentielle implication du mouvement
S_
, en l'absence de tout fondement. L'autorité n'avait pas compris que les comptes
AB_
que le mis en cause citait pour se disculper étaient en réalité des
"anti-trolls"
créés précisément pour répondre aux attaques proférées par ce dernier. Il existait par conséquent des doutes et le Ministère public ne pouvait d'emblée considérer que C_ n'était pas punissable. Il avait retenu à tort qu'aucun acte d'instruction raisonnable n'était susceptible de faire avancer l'enquête et devait notamment procéder à l'audition contradictoire du mis en cause.
b.
À réception des sûretés, la cause a été gardée à juger.

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner de la partie plaignante qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. b CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).
2.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP). Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.
3.
La recourante affirme que les infractions dénoncées ont un lien suffisant avec la Suisse, soit parce que les faits y ont été commis soit parce que le résultat s'y est produit. Le Ministère public n'a pas abordé cette question dans son ordonnance querellée mais semble avoir admis sa compétence.
La question du for doit toutefois être examinée d'emblée et d'office par l'autorité de recours.
En l'occurrence, si la notion de lieu du résultat des délits commis sur Internet est controversée en doctrine, force est de constater qu'en l'état, le Tribunal fédéral considère que le for des délits formels de lésion et de mise en danger abstraite - dont font partie les art. 173 ss CP et 261bis CP - est au lieu où a agi l'auteur (M. DUPUIS / B. GELLER / G. MONNIER / L. MOREILLON / C. PIGUET (éds),
Code pénal I : partie générale - art. 1 - 110 DPMIN
, Bâle 2008, N. 12 ad art. 8 CP ; J. MÜLLER,
For et droit pénal applicable au cloud computing
, in forumpoenale 5/2013 p. 306ss, p. 308, et références citées ; L. MOREILLON,
Nouveaux délits informatiques sur Internet
, Medialex 2001 p. 21ss, p. 25, et références citées).
Selon la recourante, les attaques proviendraient de Suisse puisque le mise en cause y travaille, dispose d'un numéro de téléphone portable suisse, a la nationalité suisse, ou y était encore domicilié
"il y a quelques temps"
. De plus, les publications incriminées étaient accessibles depuis la Suisse.
Il ressort toutefois du dossier que le mis en cause serait domicilié en France depuis
"plus de quatre ans"
, de sorte qu'il pourrait exister un doute quant au lieu de commission des infractions dénoncées.
Cette question peut toutefois demeurer indécise, compte tenu de ce qui suit.
4.
La recourante reproche au Ministère public de n'avoir ni ouvert d'instruction ni poursuivi les actes d'enquêtes.
4.1.
À teneur de l'art. 310 al. 1 CPP, le ministère public rend immédiatement
une ordonnance de non-entrée en matière s'il ressort de la dénonciation ou du rapport de police que les éléments constitutifs de l'infraction ou les conditions à l'ouverture de l'action pénale ne sont manifestement pas réunis (let. a) ou s'il existe des empêchements de procéder (let. b).
Le principe "
in dubio pro duriore
" découle du principe de la légalité (art. 5 al. 1 Cst. et 2 al. 2 CPP en relation avec les art. 19 al. 1 et 324 CPP). Il signifie qu'en principe, un classement ou une non-entrée en matière, ne peuvent être prononcés par le ministère public que lorsqu'il apparaît clairement que les faits ne sont pas punissables ou que les conditions à la poursuite pénale ne sont pas remplies. Le ministère
public et l'autorité de recours disposent, dans ce cadre, d'un certain pouvoir d'appréciation. La procédure doit se poursuivre lorsqu'une condamnation apparaît plus vraisemblable qu'un acquittement ou lorsque les probabilités d'acquittement et de condamnation apparaissent équivalentes, en particulier, en présence d'infraction grave (ATF
138 IV 86
consid. 4.1.2 ;
137 IV 285
consid. 2.5 ; arrêt du Tribunal fédéral
1B_112/2012
du 6 décembre 2012).
Selon la jurisprudence, une non-entrée en matière peut également se justifier lorsque les charges sont manifestement insuffisantes, et si aucun acte d'enquête ne paraît pouvoir amener des éléments utiles à la poursuite. Tel est le cas lorsque l'identité de l'auteur de l'infraction ne peut vraisemblablement pas être découverte et qu'aucun acte d'enquête raisonnable ne serait à même de permettre la découverte des auteurs de l'infraction. Il en va ainsi, par exemple, si les investigations possibles doivent se dérouler, sur commissions rogatoires, dans un pays étranger pour tenter de découvrir les détenteurs d'adresses IP. Ces dernières pourraient vraisemblablement être localisées dans d'autres contrées, voire ne plus exister actuellement. Il sied dans un tel cadre de mettre en balance les intérêts en jeu (arrêt du Tribunal fédéral
1B_67/2012
du 29 mai 2012 consid. 3.2).
4.2.
Le terme "
immédiatement
" signifie essentiellement, dans ce contexte, que le Ministère public doit veiller au principe de célérité. Il ne l'empêche pas de procéder à de premières investigations, notamment lorsque les éléments qui lui ont été communiqués n'établissent pas clairement les soupçons retenus et qu'il a besoin de quelques renseignements complémentaires pour se faire une idée plus claire de l'affaire et être à même de statuer en connaissance de cause. Il s'agit de le mettre en situation d'apprécier s'il dispose d'éléments suffisants pour ouvrir l'instruction, ce qu'il ne pourra décider qu'une fois éclairé par le rapport complémentaire attendu (N. SCHMID,
Schweizerische Strafprozessordnung: Praxiskommentar
, Zurich 2009, n. 8 ad art. 309).
La question de savoir si une instruction a été ouverte s'examine à la lumière des actes entrepris dans le cadre de la procédure pénale, la majorité de la doctrine estimant que l'ordonnance d'ouverture d'instruction prévue par l'art. 309 al. 3 CPP n'a qu'une portée déclarative (A. CHERPILLOD,
Arrêt de la procédure pénale par le ministère public sans condamnation, ni instruction: l'ordonnance de non-entrée en matière, in
RPS 133 (2015) p. 195).
Ainsi, le procureur peut, sans ouvrir d'instruction, demander à la police de compléter un rapport ou une dénonciation qui n'établit pas clairement les soupçons retenus (art. 309 al. 2 CPP). Le Tribunal fédéral admet également que le ministère public puisse, avant de rendre une ordonnance de non-entrée en matière, consulter les fichiers, dossiers et renseignements disponibles et demander à la personne mise en cause une simple prise de position (arrêt du Tribunal fédéral
1B_526/2012
du 24 juin 2013 consid. 2.2).
Le ministère public n'a pas à informer les parties avant de rendre une ordonnance de non-entrée en matière et n'a pas à leur donner la possibilité d'exercer leur droit d'être entendu, lequel sera assuré, le cas échéant, dans le cadre de la procédure de recours (arrêt du Tribunal fédéral
6B_43/2013
du 11 avril 2013 consid. 2.1).
En revanche, si une instruction est ouverte au sens de l'art. 309 CPP, elle doit être clôturée formellement (art. 318 al. 1 CPP), de sorte qu'une ordonnance de non-entrée en matière ne peut plus être rendue (arrêt du Tribunal fédéral
1B_67/2012
du 29 mai 2012 consid. 2.1).
Quoi qu'il en soit, le classement et la non-entrée en matière sont soumis aux mêmes principes de procédure. Lorsque la partie plaignante ne souffre d'aucun désavantage à voir la procédure close par une non-entrée en matière plutôt que par un classement, l'erreur formelle commise ne justifie pas, à elle seule, d'annuler la décision entreprise, même si certains actes exécutés par le ministère public sont de ceux qui doivent être exécutés après l'ouverture d'une instruction (arrêts du Tribunal fédéral
6B_875/2018
du 15 novembre 2018 consid. 2.2.2,
1B_731/2012
du 8 février 2013 consid. 2 et
6B_962/2013
du 1er mai 2014).
4.3.
À teneur de l'art. 173 ch. 1 CP, se rend coupable de diffamation, celui qui, en s'adressant à un tiers, aura accusé une personne ou jeté sur elle le soupçon de tenir une conduite contraire à l'honneur, ou de tout autre fait propre à porter atteinte à sa considération, et celui qui aura propagé une telle accusation ou un tel soupçon. L'infraction est punissable sur plainte.
La calomnie (art. 174 CP) ne se distingue de la diffamation (art. 173 CP) que par la présence d'un élément subjectif supplémentaire, à savoir que l'auteur sait que le fait qu'il allègue est faux. Cette infraction est également punissable sur plainte.
Se rend coupable d'injure celui qui aura, par la parole, l'écriture, l'image, le geste ou par des voies de fait, attaqué autrui dans son honneur (art. 177 al. 1 CP).
4.4.
Enfin, l'art. 261 CP punit l'auteur d'atteinte à la liberté de croyance et de culte et l'art. 261bis CP celui coupable de discrimination raciale.
4.5.
En l'espèce, force est tout d'abord de constater que la procédure n'a pas dépassé le stade des premières investigations, la demande d'entraide adressée à l'OFJ par le Ministère public ne constituant pas un acte de contrainte et, partant, un obstacle au prononcé d'une ordonnance de non-entrée en matière.
Ce grief doit donc être rejeté.
4.6.
La recourante prétend qu'il existe des soupçons concrets contre C_ permettant de retenir qu'il est à l'origine des publications incriminées. Elle fonde son affirmation sur son profil, le rapport de P_ et les liens existant entre le compte
@L_
et les différents comptes et sites internet dont il est l'utilisateur et/ou l'administrateur. Ces éléments n'apparaissent toutefois pas suffisants pour orienter les soupçons sur lui. En effet, l'enquête de police n'a pas été en mesure de déterminer le rôle du mis en cause vis-à-vis des comptes dénoncés
et son implication dans cette affaire. Tout au plus peut-on affirmer que C_ était probablement l'utilisateur du compte
@L_
, ce qui n'est pas encore suffisant pour en déduire qu'il serait l'auteur des propos diffamatoires dénoncés. La recourante est en effet une organisation très active dans la propagande en faveur de la pratique de
G_
dans les médias, laquelle divise un nombre extrêmement important de personnes, de sorte que l'auteur pourrait être quiconque.
Quant à l'envoi d'une commission rogatoire internationale à
AB_
, ainsi que l'a souligné l'OFJ, les États-Unis, respectivement
AB_,
ont une conception très large et libérale de la liberté d'expression, et les éléments figurant au dossier ne seraient, selon lui, pas suffisamment clairs pour fonder une requête. De plus, la découverte d'une adresse IP ou des adresses mail utilisées pour créer des comptes sur les réseaux sociaux ne permettrait pas encore de connaître l'identité de la personne qui l'utilise, les auteurs prenant généralement soin de dissimuler leurs traces en se connectant
via
un réseau public ou en ne fournissant pas des coordonnées réelles ou conformes à la réalité. Compte tenu de l'aspect aléatoire du résultat escompté, il s'ensuit que les chances de découvrir les auteurs des infractions dénoncées sont extrêmement restreintes, pour ne pas dire inexistantes, ce qu'a au demeurant confirmé l'OFJ. Partant, c'est à bon droit que le Ministère public a estimé ne pas devoir lancer des investigations disproportionnées à l'étranger.
Enfin, la question de la qualification des propos tenus dans les publications, qui relèveraient également de l'injure selon la recourante, peut être laissée indécise dans la mesure où l'approche de l'autorité précédente quant à la pertinence de procéder aux actes d'instruction précités pour identifier le ou les mis en cause ne prête pas le flanc à la critique et est conforme à la jurisprudence du Tribunal fédéral.
4.7.
Les réquisitions de preuve formulées par la recourante ne sont pas propres à modifier ces constatations. Le mis en cause a été interrogé et on ne voit pas quel élément probant supplémentaire résulterait de sa réaudition contradictoire. S'agissant des diverses perquisitions et confiscations des documents et matériels informatiques de C_ et de toute personne faisant ménage commun avec lui, elles s'apparentent enfin à une recherche indéterminée de preuves ("
fishing expedition
"), prohibée.
5.
Justifiée,
l'ordonnance
querellée sera donc confirmée.
6.
La recourante, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui seront fixés en totalité à CHF 1'500.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
), y compris un émolument de décision.
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