Decision ID: aafb829d-2ea2-52fc-b16d-22904a1d1ea5
Year: 2012
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_009
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par jugement du Tribunal d'application des peines et des mesures (ci-après : TAPEM) du 9 avril 2009, X_ a été condamné à une peine privative de liberté de 86 jours en substitution d'amendes prononcées à son encontre totalisant un montant de CHF 8'610.-.
b.
Par arrêt
ACJP/239/2010
du 22 novembre 2010, la Chambre pénale de la Cour de justice a annulé le jugement précité, réduit la peine privative de liberté à 84 jours et suspendu son exécution au profit d'un travail d'intérêt général de 336 heures.
Le 28 mars 2011 (arrêt
6B_1099/2010
), le Tribunal fédéral admettait le recours de X_ et annulait l'arrêt de la Cour de justice dès lors que les amendes devenues exécutoires avant le 22 novembre 2007 devaient être tenues pour prescrites.
Comme il n'était pas possible au vu du dossier de discerner les amendes concernées par la prescription, la cause a été renvoyée à la Cour de céans pour suite à donner.
c.
Par arrêt
AARP/158/2012
du 24 mai 2012, la Chambre pénale d'appel et de révision a annulé le jugement précité du TAPEM, réduit la peine privative de liberté à 77 jours et suspendu son exécution au profit d'un travail d'intérêt général de 308 heures.
Le Tribunal fédéral a admis le recours de X_ et annulé l'arrêt de la Cour de céans dans la mesure où celle-ci aurait dû se placer au moment où elle a statué, soit le 24 mai 2012, pour examiner quelles amendes n'étaient pas prescrites. Une seule amende devenue exécutoire le 29 mai 2009 rentrait dans cette catégorie (arrêt
6B_366/2012
du 17 octobre 2012, consid. 1.3).
La cause a été renvoyée à la Cour de céans pour qu'elle statue sur la question de la prescription relative à l'amende restante.
B.
Les faits encore pertinents à ce stade du débat et qui ressortent de la procédure sont les suivants :
X_ a fait l'objet de près de 150 contraventions pour dépassement de la durée de stationnement et paiement insuffisant de temps de stationnement. Ces contraventions sont devenues exécutoires à défaut de contestation ou de paiement des amendes.
Par trois requêtes du 20 janvier 2009, le Ministère public a conclu à la conversion de ces amendes en une peine privative de liberté de substitution.
C.
a.
Réagissant à l'arrêt du Tribunal fédéral du 17 octobre 2012, X_ a fait observer à la Cour de céans que l'ensemble des contraventions délivrées à son encontre étaient désormais prescrites.
Il y avait en conséquence lieu de rejeter la demande de conversion d'amendes et de mettre les frais de la procédure à la charge de l'Etat.
X_ sollicitait aussi une indemnisation pour les frais de défense engagés. Une note d'honoraires couvrant la période du 4 mai 2009 au 31 octobre 2012 était jointe au courrier.
b.
Par ordonnance du 14 novembre 2012, la Chambre pénale d'appel et de révision a ordonné une procédure écrite (
OARP/387/2012
). Se fondant sur sa jurisprudence découlant de celle du Tribunal fédéral, la Cour de céans a attiré l'attention de X_ sur l'application de l'ancien Code de procédure pénale genevois, du 29 septembre 1977 (aCPP-GE ;
E 4 20
), en matière de prétentions en indemnisation et l'a invité à prendre des conclusions chiffrées pour autant qu'elles soient différentes de celles déjà produites.
c.
X_ a adressé à la Cour de céans une nouvelle note d'honoraires limitée à la période postérieure au 1
er
janvier 2011 en CHF 3'240.-.

EN DROIT
:
1.
1.1
La recevabilité de l'appel a déjà été examinée, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y revenir.
1.2
Un arrêt de renvoi du Tribunal fédéral lie l'autorité cantonale à laquelle la cause est renvoyée, laquelle voit sa cognition limitée par les motifs de l'arrêt de renvoi, en ce sens qu'elle est liée par ce qui a été déjà jugé définitivement par le Tribunal fédéral. Il n'est pas possible de remettre en cause ce qui a été admis (même implicitement) par ce dernier. L'examen juridique se limite donc aux questions laissées ouvertes par l'arrêt de renvoi, ainsi qu'aux conséquences qui en découlent ou aux problèmes qui leur sont liés (ATF
135 III 334
consid. 2 ; ATF
133 III 201
consid. 4.2 ; ATF
131 III 91
consid. 5.2 et les arrêts cités ; arrêt
6B_643/2009
du Tribunal fédéral du 26 octobre 2009 consid. 2.1 ; arrêt
4A_158/2009
du Tribunal fédéral du 1
er
juillet 2009 consid. 3.3 et les références citées : B. CORBOZ in
Commentaire de la LTF
, 2009, no 27 ad art. 107 LTF).
2.
2.1
En matière de contravention, l'art. 109 du Code pénal suisse du 21 décembre 1937 (CP ;
RS 311.0
) prévoit que l'action pénale et la peine se prescrivent par trois ans. En outre, la prescription de la peine court du jour où la condamnation à l'amende devient exécutoire (art. 100 al. 1 CP applicable par renvoi de l'art. 104 CP), ce moment étant déterminé par le droit de procédure applicable (arrêt du Tribunal fédéral
1P_554/1996
du 20 février 1996 consid. 3).
2.
2
Selon l'art. 212 al. 3 let. a et e aCPP-GE, le délai de prescription commence à courir du jour où les amendes sont exécutoires, soit à l'expiration du délai de paiement ou de contestation de trente jours.
2.
3
En l'espèce, le Tribunal fédéral a estimé en dernier lieu que la date de référence était le 24 mai 2012, de sorte que ne subsistait plus qu'une contravention qui n'était pas concernée par la prescription. Mais la prescription a continué à courir, faute de prolongation du délai de prescription. La contravention du 29 mai 2012 n'était certes pas prescriteà la date du dernier arrêtde la Cour de céans mais elle l'est à ce jour.
Il faut considérer avec l'appelant que toutes les contraventions le concernant sont désormais prescrites. La demande de conversion d'amendes initiée par le Ministère public doit ainsi être rejetée.
3. 3.1
L'art. 429 al. 1 let. a CPP prévoit que si le prévenu est acquitté totalement ou en partie ou s'il bénéficie d'une ordonnance de classement, il a droit à une indemnité pour les dépenses occasionnées par l'exercice raisonnable de ses droits de procédure. Cette disposition s'applique aux voies de recours (y inclus l'appel) en vertu de l'art. 436 al. 1 CPP (arrêt du Tribunal fédéral
6B_65/2012
du 23 février 2012 consid. 2). L'indemnité selon les art. 429 al. 1 let. a et 436 al. 2 (recte 1) CPP concerne les dépenses du prévenu pour un avocat de choix (arrêts du Tribunal fédéral
6B_144/2012
cons. 1.2 et
6B_753/2011
cons. 1).
Le Message énonce que «
l'État doit réparer la totalité du dommage qui présente un lien de causalité avec la procédure pénale au sens du droit de la responsabilité civile
». Le législateur a cependant précisé que l'indemnité ne serait due qu'à concurrence des dépenses occasionnées par l'exercice «
raisonnable
» des droits de procédure du prévenu, ouvrant ainsi une brèche semblant autoriser la réduction de la note d'honoraires du défenseur. Le Conseil fédéral explique avoir transposé la jurisprudence par l'ajout du terme «
raisonnable
» et l'interprète en ce sens que «
l'État ne prend en charge ces frais que si l'assistance était nécessaire compte tenu de la complexité de l'affaire en fait ou en droit et que le volume de travail était ainsi justifié
» (Message relatif à l'unification du droit de la procédure pénale suisse (CPP) du 21 décembre 2005, FF 2006 1057 ss, spéc. 1313).
3.2
En l'espèce, l'affaire présentait une certaine complexité, notamment au regard des problèmes de prescription qui se sont posés au fil du temps. Par conséquent, l'assistance d'un avocat était nécessaire et le principe d'une indemnisation est acquis à l'appelant. La note d'honoraires produite est raisonnable et juridiquement correcte. Elle est adéquate au regard du tarif retenu qui est conforme à celui exercé par les avocats à Genève. Le montant alloué au conseil de l'appelant se chiffre en conséquence à CHF 3'240.-, TVA comprise (CHF 240.-), pour sa rémunération liée à l'exercice raisonnable des droits de défense, qui comprennent la phase d'appel.
4.
L'appel ayant été admis, il ne sera pas perçu de frais (art. 428 CPP
a contrario
).