Decision ID: 001a7e6a-fed7-5d8c-8e0e-53c47e994f2f
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_014
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: social_law

EN FAIT
1. Monsieur A_ (ci-après : le bénéficiaire), né en 1949, célibataire, sans enfant, est domicilié à Bernex (canton de Genève) depuis 1979, selon l’extrait Calvin de l’office cantonal de la population (ci-après : l’OCP). Il est au bénéfice de prestations complémentaires depuis 1985.![endif]>![if>
2. Le 9 juin 2017, le service des prestations complémentaires (ci-après : le SPC) a procédé à la révision périodique du dossier du bénéficiaire. ![endif]>![if>
3. Selon un décompte intitulé « Rassemblement des prestations Soins », enregistré par le SPC le 6 juillet 2017, le bénéficiaire a reçu des soins médicaux :![endif]>![if>
- dans le canton de Genève le 6 février 2016 (cf. facture du service d’incendie et de secours de la Ville de Genève du 7 mars 2016 et facture des Hôpitaux universitaires du canton de Genève du 7 mars 2016) ;![endif]>![if>
- dans le canton de Fribourg le 6 mai 2016 (cf. factures du docteur
B_, spécialiste FMH en médecine générale des 10 mai et
14 juin 2016, facture de la pharmacie de C_ du 6 juin 2016, facture de D_ laboratoire médical SA du 31 mai 2016) ;![endif]>![if>
- dans le canton de Fribourg le 11 juillet 2016 (factures de l’Hôpital de Fribourg des 19 octobre et 28 novembre 2016, facture du service d’ambulance de la Sarine du 19 octobre 2016) ;![endif]>![if>
- dans le canton de Fribourg le 21 décembre 2016 (facture du Dr B_ du 27 décembre 2016).![endif]>![if>
4. Le 19 juillet 2017, le SPC a réceptionné l’extrait du compte privé 1_ du bénéficiaire auprès de PostFinance pour l’année 2016, document attestant des opérations suivantes :![endif]>![if>
- au mois de janvier, un versement payé à l’office de poste de Meyrin (le 5) et deux retraits à l’office de poste de Meyrin (CHF 1'000.- le 12 et CHF 500.-
le 22) ;![endif]>![if>
- au mois de février, deux retraits à l’office de poste de Meyrin (CHF 1'500.- le 5 et CHF 1'000.- le 23) et un retrait à l’office de Poste du Petit-Lancy
(CHF 1’000.- le 16) ;![endif]>![if>
- au mois de mars, un retrait à l’office de poste de Meyrin (CHF 1'400.- le 1
er
) et deux retraits à l’office de poste d’Avry-Centre (canton de Fribourg ;
CHF 1'000.- le 16 et CHF 900.- le 23) ;![endif]>![if>
- au mois d’avril, trois retraits à l’office de poste d’Avry-Centre (CHF 1'500.-
le 2, CHF 1'500.- le 13 et CHF 600.- le 21) ;![endif]>![if>
- au mois de mai, trois retraits à l’office de poste d’Avry-Centre (CHF 1'200.-
le 6, CHF 1'000.- le 13 et CHF 1'000.- le 24) ;![endif]>![if>
- au mois de juin, trois retraits à l’office de poste d’Avry-Centre (CHF 1'300.-
le 2, CHF 1'000.- le 14 et CHF 1'000.- le 21) ;![endif]>![if>
- au mois de juillet, trois retraits à l’office de poste d’Avry-Centre (CHF 1'600.- le 5, CHF 1'000.- le 13 et CHF 1'000.- le 26) ;![endif]>![if>
- au mois d’août, trois retraits à l’office de poste d’Avry-Centre (CHF 1'000.- le 5 et CHF 1'000.- le 19) ;![endif]>![if>
- au mois de septembre, un retrait à l’office de poste de Meyrin (CHF 1'000.-
le 7) et trois retraits à l’office de poste d’Avry-Centre (CHF 1'200.- le 1
er
,
CHF 1'000.- le 13 et CHF 343.10 le 20 [avec un versement payé à hauteur de CHF 556.90]) ;![endif]>![if>
- au mois d’octobre, trois retraits à l’office de poste d’Avry-Centre (CHF 1'200.- le 4, CHF 1'000.- le 12 et CHF 1'000.- le 25) ;![endif]>![if>
- au mois de novembre, trois retraits à l’office de poste d’Avry-Centre
(CHF 1'300.- le 8, CHF 1'000.- le 10 et CHF 1'000.- le 21) ;![endif]>![if>
- au mois de décembre, trois retraits à l’office de poste d’Avry-Centre
(CHF 1'200.- le 5, CHF 1'000.- le 16 et CHF 800.- le 21).![endif]>![if>
5. Par courrier du 21 juillet 2017, le SPC a demandé au bénéficiaire de lui communiquer l’adresse de son domicile à Fribourg et une copie détaillée de son compte privé 1_ dès le 1
er
janvier 2017.![endif]>![if>
6. Le 3 août 2017, le bénéficiaire a répondu au SPC que sa mère avait eu une ferme fribourgeoise, sise 85 route de E_, qu’elle avait vendue le 26 février 2016. Il avait conclu avec l’acquéreur un arrangement tacite lui permettant d’y séjourner de temps en temps, tant que les travaux de réhabilitation nécessaires n’avaient pas été entrepris. Il ne s’agissait en aucun cas d’un domicile, étant rappelé que le sien était à Bernex, dans le canton de Genève. ![endif]>![if>
Le bénéficiaire a annexé un relevé de son compte privé 12-80079-6 depuis le
1
er
janvier 2017, duquel ressortent les opérations suivantes :
- au mois de janvier, deux retraits à l’office de poste de Meyrin (CHF 1'200.-
le 3 et CHF 1'000.- le 11), ainsi qu’un retrait à l’office de poste du Petit-Lancy (CHF 1'000.- le 25) ;![endif]>![if>
- au mois de février, deux retraits à l’office de poste de Meyrin (CHF 1'000.-
le 1
er
et CHF 1'500.- le 16), et un retrait à l’office de poste du Petit-Lancy
(CHF 400 le 23) ;![endif]>![if>
- au mois de mars, un retrait à l’office de poste de Meyrin (CHF 1'000.- le 1
er
) et deux retraits à l’office de poste d’Avry-Centre (CHF 1'000.- le 17 et
CHF 1'000.- le 31) ;![endif]>![if>
- au mois d’avril, trois retraits à l’office de poste d’Avry-Centre (CHF 1'200.-
le 5, CHF 1'000.- le 11 et CHF 1'000.- le 18) ;![endif]>![if>
- au mois de mai, deux retraits à l’office de poste d’Avry-Centre (CHF 1'200.- le 6 et CHF 1'000.- le 16) ;![endif]>![if>
- au mois de juin, trois retraits à l’office de poste d’Avry-Centre (CHF 1'900.- le 1
er
, CHF 1'300 le 16 et CHF 1'000.- le 24) ;![endif]>![if>
- au mois de juillet, un retrait à l’office de poste du Petit-Lancy (CHF 1'000.-
le 13) et
deux retraits à l’office de poste d’Avry-Centre (CHF 1'400.- le 4 et CHF 1'000.- le 18).![endif]>![if>
7. Le 15 août 2017, le SPC a reçu un décompte de prestations du 29 juillet 2017 de l’assureur-maladie du bénéficiaire attestant d’une prise en charge par le service d’ambulance de la Sarine le 22 juin 2017.![endif]>![if>
8. Par courrier du 29 novembre 2017, le SPC a indiqué au bénéficiaire qu’il avait constaté que les retraits d’espèces étaient effectués en dehors du canton de Genève depuis le 1
er
avril 2016 et que les visites médicales et hospitalisations avaient également eu lieu hors du canton de Genève. Dès lors que le domicile du bénéficiaire n’était plus à Genève, le SPC avait recalculé le droit aux prestations depuis le 1
er
avril 2016, en tenant uniquement compte des prestations complémentaires fédérales. Le trop-perçu des prestations pour la période du
1
er
avril 2016 au 30 novembre 2017 s’élevait à CHF 17'040.-, montant qui devait être remboursé dans les 30 jours.![endif]>![if>
Le SPC a joint deux décisions datées du 14 novembre 2017 :
- dans la « décision de prestations complémentaires », le SPC a supprimé le droit aux prestations complémentaires cantonales du bénéficiaire pour la période courant du 1
er
avril 2016 au 30 novembre 2017 et lui a réclamé la restitution des sommes versées à tort, soit CHF 17'040.- ;![endif]>![if>
- dans une seconde « décision de prestations complémentaires », le SPC a interrompu le versement de toute prestation au 30 novembre 2017 et transféré le dossier du bénéficiaire à la caisse de compensation du Canton de Fribourg. ![endif]>![if>
Le SPC a également annexé les formulaires adressés à la caisse de compensation du canton de Fribourg annonçant le changement d’adresse du bénéficiaire et le fait que des prestations complémentaires fédérales lui avaient été versées du 1
er
janvier au 30 novembre 2017 à hauteur de CHF 1'047.- par mois.
9. Le 3 décembre 2017, le bénéficiaire a formé opposition à l’encontre des décisions précitées. Il a soutenu être domicilié depuis trente ans dans un petit appartement à Bernex. Durant son enfance, il avait eu la chance de profiter un peu de la campagne, ses parents possédant une fermette sans confort à Vuisternens-en-Ogoz dans le canton de Fribourg. Adulte, il avait continué à s’y rendre « aussi souvent que possible » pour entretenir le jardin potager et y rencontrer ses anciens copains. Il s’y occupait également de ses affaires administratives et y effectuait ses paiements puisque la postière le connaissait bien. Depuis que sa mère avait vendu la ferme pour un montant de CHF 58'000.-, ce qui était révélateur de l’état du bâtiment, il avait eu la chance de pouvoir continuer à y faire des séjours. Il avait consulté un médecin et avait été hospitalisé dans le canton de Fribourg car il y était tombé malade. Il admettait avoir davantage de relations personnelles dans le canton de Fribourg, où il rencontrait ses amis d’enfance, mais n’avait aucune intention d’y établir son domicile en raison de l’insalubrité des lieux. En hiver, il faisait en effet moins de 0° dans la chambre à coucher. Il payait son loyer pour son appartement de Bernex. Il vivait décemment avec le montant de ses prestations complémentaires, mais était dans l’impossibilité de rembourser, ne serait-ce qu’une partie, de la somme exorbitante réclamée. ![endif]>![if>
10. Par décision sur opposition du 28 mars 2018, le SPC a confirmé ses décisions du
14 novembre 2017. Il a rappelé avoir constaté, lors du contrôle périodique du dossier du bénéficiaire, que les séjours de ce dernier dans le canton de Fribourg excédaient le cadre de ce qui était habituel. En effet, selon les faits établis, le recourant avait fait du canton de Fribourg le centre de ses relations et de ses intérêts, le centre de gravité de son existence puisque les retraits bancaires avaient été réalisés majoritairement au centre commercial Avry-Centre, le médecin généraliste avait son cabinet à Farvagny, la pharmacie était celle du C_. En outre, le bénéficiaire pouvait séjourner régulièrement dans la résidence secondaire de feux ses parents et ses relations sociales et amicales étaient prépondérantes dans le canton de Fribourg. Ces faits étaient la manifestation objective et reconnaissable pour les tiers d’une volonté d’être établi dans le canton de Fribourg. Les explications fournies dans le cadre de la procédure ne permettaient pas de prouver, au degré de la vraisemblance prépondérante, que le bénéficiaire aurait maintenu le centre de ses relations et de ses intérêts dans le canton de Genève et ne démontraient pas que ses séjours dans le canton de Fribourg seraient occasionnels. Faute de domicile et de résidence habituelle sur le territoire genevois depuis à tout le moins le mois d’avril 2016, l’opposition était rejetée. ![endif]>![if>
11. Par acte du 8 mai 2018, le bénéficiaire, par l’intermédiaire d’un mandataire, a conclu, sous suite de dépens, à l’annulation de la décision du 28 mars 2018 et à ce qu’il soit ordonné à l’intimé de reprendre le versement de l’intégralité des prestations pour la période du 30 novembre 2017 au 30 avril 2018. Le recourant a fait grief à l’intimé d’avoir arbitrairement retenu une intention de demeurer dans un bâtiment insalubre, alors qu’il disposait à Genève et depuis trente ans d’un appartement. En outre, sa mère, née le 4 janvier 1928, seul membre de sa famille avec qui il entretenait des liens, résidait en foyer à Genève depuis le mois de
juin 2015. Elle avait reçu en héritage un bien immobilier, composé de deux parcelles avec une habitation sur un terrain d’une surface totale de 10'433 m
2
, situé à Vuisternens-en-Ogoz, qui avait été vendu pour CHF 58'000.- le 26 février 2016 afin de couvrir les frais du foyer. Afin qu’il puisse entretenir un potager comme il l’avait fait toute sa vie, un droit d’usufruit lui avait été cédé sur ladite parcelle. Le bâtiment, datant de 1860 et classé en zone rurale, n’avait plus été habité depuis environ 1967, époque du décès de sa grand-mère. Des travaux avaient été entrepris pour réhabiliter la maison. Ainsi, depuis la vente du bien, il avait passé progressivement plus de temps à faire l’aller-retour entre Genève et Vuisternens-en-Ogoz afin de superviser les travaux et s’occuper du potager. Las des reproches formulés par l’intimé et dans l’espoir que le bien soit décemment habitable d’ici l’hiver, il avait entrepris les démarches afin de changer de domicile au 1
er
mai 2018 et s’établir effectivement à Vuisternens-en-Ogoz. Il ne pouvait toutefois être décemment considéré qu’il s’y était établi durant la période litigieuse, compte tenu de l’état du bâtiment. Il avait en effet habité à Genève dans un appartement offrant le confort minimal dont le bâtiment de Vuisternens-en-Ogoz ne disposait pas. Il avait effectué toute sa vie des déplacements à la maison de sa mère et aurait pu depuis longtemps s’y établir, si ses attaches y étaient prépondérantes et si le bâtiment avait été habitable. Sur toute la période en cause, il avait effectué des retraits en espèce auprès de sa banque à Genève, en date des 7 septembre 2016,
3, 11 et 25 janvier, 1
er
, 16 et 23 février, 1
er
mars et 13 juillet 2017. Sa charge principale était son loyer à Genève de CHF 638.- par mois et le bon sens dictait que s’il avait pu effectivement résider à Vuisternens-en-Ogoz, il aurait pu s’épargner ledit loyer. Il avait été pris de malaise dans le canton de Fribourg et n’avait pas souhaité se rendre à Genève pour ces soins occasionnels. Il avait renoué récemment des amitiés d’enfance dans la région de Vuisternens-en-Ogoz et avait abandonné celles à Genève. Il n’était que peu sociabilisé, mais avait des attaches importantes à Genève après trente ans de vie. Enfin, il ne disposait pas d’économies lui permettant de s’affranchir de la somme de CHF 17'040.-. À ce jour, le canton de Fribourg n’avait pas statué sur sa demande de prise en charge déposée le 28 avril 2018. ![endif]>![if>
À l’appui de son écriture, le recourant a notamment produit :
- l’acte de vente daté du 28 janvier 2016 relatif à la propriété immobilière de la mère du recourant, sise route de E_ 95a sur la commune de C_, secteur Vuisternens-en-Ogoz, numéros d’immeuble _8 et _9, pour un prix total de CHF 8'000.- ; la surface de l’immeuble article _8 est de 7'796 m
2
et consiste en une station de pompage, située en zone agricole ; une demande d’autorisation d’acquérir auprès de l’autorité compétente est en cours ; l’immeuble _9, 0 m
2
, consiste en une servitude de droit d’eau ;![endif]>![if>
- l’acte de vente daté du 28 janvier 2016 (avec une correction manuscrite au
26 février 2016) relatif à la propriété immobilière de la mère du recourant, sise route de E_ 85 sur la communique de C_, secteur Vuisternens-en-Ogoz, numéro d’immeuble _6, pour un prix total de CHF 50'000.- ; l’immeuble article _6, « habitation, rural » sur une surface de 2'637 m
2
, est recensé en catégorie bâtiment de qualité moyenne, situé en zone agricole ; une demande de désajussettissement auprès de l’autorité compétente est en cours ;![endif]>![if>
- la constitution d’un droit d’usufruit total le 26 février 2016 en faveur du recourant sur les immeubles _6 et _8 du registre foncier de la commune de C_.![endif]>![if>
12. Dans sa réponse du 7 juin 2018, l’intimé a conclu au rejet du recours. Il a rappelé les motifs invoqués dans la décision litigieuse et souligné que le recourant était usufruitier de la résidence et des terrains situés dans le canton de Fribourg et ne bénéficiait pas d’une simple autorisation d’usage du nouveau propriétaire. ![endif]>![if>
13. Par décision du 20 juin 2018, le recourant a été mis au bénéfice de l’assistance juridique.![endif]>![if>
14. Le 3 juillet 2018, il a persisté dans les termes de son recours.![endif]>![if>

EN DROIT
1. Conformément à l'art. 134 al. 1 let. a ch. 3 de la loi sur l'organisation judiciaire, du 26 septembre 2010 (LOJ -
E 2 05
) en vigueur dès le 1
er
janvier 2011, la chambre des assurances sociales de la Cour de justice connaît en instance unique des contestations prévues à l’art. 56 de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales, du 6 octobre 2000 (LPGA -
RS 830.1
) relatives à la loi fédérale sur les prestations complémentaires à l’assurance-vieillesse, survivants et invalidité du 6 octobre 2006 (LPC -
RS 831.30
). Elle statue aussi, en application de l'art. 134 al. 3 let. a LOJ, sur les contestations prévues à l'art. 43 de la loi cantonale sur les prestations complémentaires cantonales du 25 octobre 1968 (LPCC -
J 4 25
).![endif]>![if>
Sa compétence pour juger du cas d’espèce est ainsi établie.
2. Les dispositions de la LPGA, en vigueur depuis le 1
er
janvier 2003, s’appliquent aux prestations complémentaires fédérales à moins que la LPC n’y déroge expressément (art. 1 al. 1 LPC). En matière de prestations complémentaires cantonales, la LPC et ses dispositions d’exécution fédérales et cantonales, ainsi que la LPGA et ses dispositions d’exécution, sont applicables par analogie en cas de silence de la législation cantonale (art. 1A LPCC).![endif]>![if>