Decision ID: af390603-80cc-40af-9f7e-1bf257d4c7b4
Year: 2016
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

Faits
A. Le répartiteur intercommunal des eaux de A_ collecte, à 1627 m
d’altitude, les eaux de ruissellement du torrent B_, sur territoire de
C_, et celles du torrent D_, à E_. Ces eaux sont utilisées
par les communes précitées et celles de F_ et de G_ pour leurs
besoins en eau potable et en eau d’irrigation. Afin de valoriser leur potentiel
hydroélectrique, X_ SA entreprit de construire un aménagement
hydroélectrique entre le répartiteur de A_ et le lac de E_.
B. X_ SA a pour but statutaire de turbiner ces eaux, de produire, vendre et
distribuer toute forme d’énergie. Cette société est détenue par les communes de
E_ (53%), de C_ (21%), de F_ (8%) et de G_
(8%). H_ SA détient les 10 % de participation restante.
H_ SA appartient elle-même à plusieurs communes des districts de
I_ et de J_, dont les quatre collectivités publiques susmentionnées.
Cette société a son siège à I_ ; son adresse et ses bureaux se trouvent à la
rue K_. Elle a pour directeur général L_, qui siège également au
conseil d’administration de X_ SA. Huit autres personnes composent, avec le
prénommé, la direction de H_ SA, dont P_, qui dirige l’unité
d’affaires « Production », et Q_, qui assume la fonction de directeur
d’R_ SA, filiale de H_ SA. Ces derniers bénéficient d’un droit de
signature collective au sein de la société-mère.
La filiale R_ SA a pour but de mener toutes les activités liées à la réalisation
d'études et de travaux d'installations électriques, de télécommunication, de domotique,
d'informatique et d'éclairage public ainsi que le commerce d'appareils électriques et
électroniques. Inscrite le xxx au registre du commerce du S_, elle a
également son adresse à la rue K_. Le président de cette société-fille est
L_.
C. Dans le contexte du projet décrit sous lettre A, X_ SA procéda, le 3 avril
2015, à un appel d’offres en procédure ouverte pour la fourniture, le montage et la
mise en service des équipements hydro- et électromécaniques de la centrale de tur-
binage du lac de E_. Le chiffre 3 du dossier d’appel d’offres précisait que le
bureau d’ingénieurs T_ SA était responsable de la partie hydraulique et
- 3 -
génie civil du projet et que X_ SA en assumait le volet électromécanique, par
le biais de H_ SA, auprès de laquelle les offres devaient être déposées.
Le chiffre 6.2 du cahier des charges annonçait six critères d’adjudication et leur pondé-
ration : les deux premiers, qui comptaient chacun pour 40 % de la note, se rapportaient
au prix et aux aspects techniques. Les offres allaient également être évaluées par
rapport aux délais, aux références, à la qualité des documents de l’offre et à l’organisa-
tion/service après-vente, ces quatre critères valant chacun 5 %.
D. Trois offres furent ouvertes le 7 mai 2015. Celle de W_ SA s’élevait à
753 000 fr. TTC. L’offre déposée par le consortium formé par les entreprises
Y_ SA et Z_ SA (ci-après : Y_/Z_) se montait à
790 911 fr. TTC. La moins-disante était celle de U_ SA, à 683 219 fr. TTC.
L’organigramme figurant sous chiffre 7 de la soumission du consortium annonçait la
sous-traitance des installations électriques à « R_ SA + Installateur sur
site ».
Délibérant le 8 juin 2015 sans L_, qui s’était spontanément récusé, le conseil
d’administration de X_ SA adjugea le marché à Y_/Z_.
Avec une note de 4.70 sur 5, le groupement devançait de deux dixièmes W_
SA (4.50), dont le montant de l’offre avait été corrigé à 803 546 fr. TTC. Cette décision
fut communiquée 10 juin 2015 aux soumissionnaires.
E.a Le 22 juin suivant, W_ SA conclut céans à l’annulation de ce prononcé
et à l’octroi du marché en sa faveur, arguant d’une application arbitraire de certaines
dispositions de l’ordonnance cantonale sur les marchés publics du 11 juin 2003 (Omp ;
RS/VS 726.100) et d’une violation des principes d’égalité entre concurrents, d’impartia-
lité et de transparence garantis par l’accord intercantonal sur les marchés publics du
25 novembre 1994/15 mars 2001 (AIMP ; RS/VS 726.1).
Dans sa réponse du 10 juillet 2015, I’adjudicateur conclut au rejet du recours en dépo-
sant, sous pièce 14, un tableau détaillant les notes attribuées aux concurrents. Celles
de la recourante et de l’adjudicataire étaient les suivantes :
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Montan t de base TTC
Montan t
avec options
TTC
Critères Prix
(40%) Aspects techniques
(40%)
Délai s
(5%)
Référence s (5%)
Qualités des
document s de
l’offre (5%)
Organisatio n et sav
(5%) Note final
e
Ran g
Avec option
s
Partie hydrauliqu
e
Partie électriqu
e
Contrôl e - cmd
Calcul productio
n
Pondératio n
40% 15% 15% 5% 5%
5% 5% 5% 5%
W_ _ SA
753’00 0
803’54 6
note 4.25 5 4 4.5 5 5 5 4.75 4.75
4.50 2 4.56
Y_ _ SA
790’91 1
790’91 1
note 4.32 5 5 5 5 5 4.5 5 5
4.70 1
5.00
Y_/Z_ conclurent également au rejet du recours, le 13 juillet 2015,
en s’opposant à la consultation de leur offre par la recourante.
Le 27 juillet 2015, W_ SA réclama à l’adjudicateur le tableau détaillé de la
notation des offres, document qu’elle disait n’avoir pas trouvé au dossier consulté une
première fois le 23 juillet 2015. Cette pièce fut à nouveau déposée par X_
SA, le 12 août 2015.
Déférant le 31 août 2015 à une ordonnance du 24 août 2015 du juge délégué, l’adjudi-
cateur versa en cause un tableau récapitulatif explicitant les notes données pour
chacun des critères et sous-critères.
Cette pièce fut communiquée le lendemain à la recourante. Le 11 septembre 2015,
celle-ci maintint ses conclusions. De son point de vue, la décision querellée était déjà à
annuler en tant qu’elle indiquait Y_ SA comme adjudicataire alors que cette
société avait, de manière constante, déposé une offre commune avec Z_ SA.
Cette issue s’imposait également dans la mesure où l’adjudicateur n’avait jamais
annoncé les sous-critères et leur pondération qui, au demeurant, paraissaient avoir été
arrêtés après le dépôt des offres. A la forme toujours, la recourante se plaignit d’une
violation des règles en matière de récusation. Ce moyen tablait sur le fait que
H_ SA, « ou l’une de ses entreprises », qui avait établi et contrôlé la
soumission pour l’adjudicateur, était sous-traitante de l’adjudicataire dans le cadre du
marché. La recourante en inférait un risque de collusion propre à favoriser le
consortium, dont l’offre aurait dû être de ce fait exclue.
Y_/Z_ dupliquèrent le 5 octobre 2015 en contestant les allégations
vagues et imprécises émises par la recourante en matière de récusation, moyen dont
la recevabilité était douteuse attendu qu’il était articulé dans la réplique et non pas
- 5 -
dans le mémoire de recours. Le consortium expliqua néanmoins que, pour sa part de
prestation, Y_ SA faisait souvent appel à un installateur électricien externe.
En l’occurrence, l’installation de la machine avait été confiée à une entité indépendante
de l’adjudicateur. Aucun risque de collusion n’était dès lors établi.
Dans sa détermination du 6 octobre 2015, l’adjudicateur réfuta également toute viola-
tion des règles en matière de récusation. Il produisit un extrait de procès-verbal de la
séance du conseil d’administration de X_ SA du 8 juin 2015 indiquant que
L_ s’était récusé lors de la décision d’adjudication des travaux
électromécaniques.
Réagissant le 19 octobre 2015 aux déterminations de l’adjudicateur et du consortium
intimé, la recourante prétendit que la récusation de L_ démontrait que
H_ SA, ou l’une de ses entreprises, était bel et bien sous-traitante du
consortium. Elle mit en évidence le fait que, lors d’une séance de clarification du
17 juin 2015, P_ avait répondu à l’intégralité des questions posées et
témoigné, ce faisant, de sa parfaite connaissance du dossier et de son implication
personnelle dans celui-ci. Du moment que la soumission avait été établie et contrôlée
par H_ SA, il s’était effectivement produit une collusion ayant conduit à
favoriser l’offre du consortium.
Cette écriture fut communiquée le 20 octobre 2015, pour information, à l’adjudicateur
et au groupement que ce dernier avait retenu.
E.b Les 30 novembre 2015 et 2 décembre 2015, sur requête du juge délégué, l’adjudi-
cateur déposa le cahier des charges, respectivement la soumission de
Y_/Z_, laquelle n’avait pas encore été versée au dossier.
E.c Par ordonnance du 17 décembre 2015 à laquelle était joint l’organigramme de
l’offre du consortium indiquant la sous-traitance à R_ SA, le juge délégué
interpella les parties sur différents aspects litigieux, notamment sur la problématique
liée à cette sous-traitance.
Invitée à s’expliquer sur l’allégation du grief de violation des règles de récusation et
d’impartialité au stade de la réplique seulement, la recourante - qui n’avait pas eu
connaissance jusqu’ici de l’organigramme susvisé - indiqua, le 20 janvier 2016, n’avoir
eu la confirmation de la sous-traitance litigieuse que postérieurement au délai de
recours de 10 jours.
- 6 -
Le même jour, l’adjudicateur confirma que H_ SA, par son unité d’affaires
« Production », avait rédigé le cahier des charges, procédé à l’appel d’offres, effectué
l’ouverture des offres, évalué les offres et établi une grille d’évaluation à l’attention du
conseil d’administration de X_ SA. Les collaborateurs de H_ SA
impliqués dans le processus d’appel d’offres et d’évaluation étaient P_ et
V_, ingénieur auprès de l’unité dirigée par celui-là. R_ SA et ses
collaborateurs n’avaient été à aucun moment impliqués dans le projet. Lors de la
séance décisionnelle du 8 juin 2015, la présentation des résultats détaillés de
l’évaluation des offres avait été faite par V_, qui avait émis une
recommandation à l’attention du conseil d’administration de X_ SA.
L’adjudicateur expliqua encore que R_ SA était une filiale de H_
SA créée de manière à séparer les installations intérieures et l’éclairage public du reste
des activités de la société-mère, ce qui permettait d’éviter tout risque de collusion.
Enfin, à la question de savoir pourquoi L_ s’était récusé le 8 juin 2015,
X_ SA répondit que ce retrait tendait à prévenir tout conflit d’intérêts au
regard de la sous-traitance confiée à R_ SA.
Le 20 janvier 2016, le consortium intimé indiqua, en déposant les pièces correspon-
dantes qu’elle demanda à garder confidentielles, que Y_ SA avait choisi de
confier les travaux de raccordement de puissance entre l’alternateur et les bornes
basse-tension du transformateur de la machine à R_ SA. Par courriel du
15 avril 2015, elle avait invité cette société à lui transmettre une offre ; celle-ci lui avait
été remise le 24 avril 2015 ; l’offre ayant été acceptée, elle avait alors signalé cette
sous-traitance dans sa soumission. Interrogé par le juge délégué sur la rétribution
allouée de ce chef à R_ SA, l’adjudicataire indiqua qu’elle résultait d’une
calculation interne effectuée par Y_ SA. Cette rétribution ne se retrouvait pas
de manière détaillée dans l’offre du 24 avril 2015, mais était comprise dans le poste
alternateur de la série de prix. Le montant total relatif au poste « installation
électrique » était de 19 922 fr. ; celui correspondant aux travaux confiés à R_
SA était de 8652 fr., soit 1.09 % du montant total de la soumission. Le solde (11 270
fr.) allait être réalisé par l’installateur sur site de Y_ SA.
Ces trois écritures furent communiquées le 27 janvier 2016 aux intéressés pour déter-
mination éventuelle.
Dans ses remarques finales du 8 février 2016, X_ SA fit notamment valoir
que la recourante avait demandé à s’entretenir avec P_ et V_ de
manière à comprendre sa note. Or, le 17 juin 2015, il avait été clairement dit que la
- 7 -
société R_ SA était sous-traitante du consortium adjudicataire. W_
SA le savait donc au moment de recourir. L’adjudicateur informa par ailleurs le Tribunal
du fait qu’un sous-traitant de la recourante était intervenu par courriel du 29 mai 2015
auprès du président du conseil d’administration de X_ SA afin d’obtenir
l’adjudication. Dans ces conditions, W_ SA était malvenue de se plaindre
d’un éventuel risque de collusion. Pour le reste, la soumission de W_ SA
avait été évaluée de manière objective. Cependant, à l’analyse, l’offre devant être
retenue était celle de Y_/Z_. Sur cet arrière-plan, l’adjudicateur
requit le Tribunal de clore l’échange d’écritures et de statuer sur la base du dossier.
Le 11 février 2016, la recourante, qui ne demanda pas à consulter les pièces déposées
le 20 janvier 2016 par le consortium adjudicataire, fit remarquer que, sur l’organi-
gramme de H_ SA, les membres de la direction figuraient au même niveau
hiérarchique que ceux de R_ SA. Cette filiale y était intégrée comme toutes
les autres unités d’affaires. Par ailleurs, mère et fille partageaient le même site internet,
avaient les mêmes adresses de siège et commerciales et leurs locaux, dépôts et
secrétariats étaient communs. De plus, quatre membres du conseil d’administration de
R_ SA siégeaient également au sein du conseil d’administration de
H_ SA. Sur cet arrière-plan, l’adjudicateur ne pouvait valablement contester
l’existence d’un risque objectif de collusion. Sa détermination du 20 janvier 2016
l’admettait implicitement quand elle expliquait que L_ s’était récusé du
moment qu’il présidait la filiale à qui les sociétés adjudicataires avaient sous-traité une
partie des travaux.
Le 12 février 2016, Y_/Z_ déposèrent une brève détermination.
L’instruction s’est close le 17 février 2016 par la communication aux intéressés de ces
ultimes écritures.
Les autres faits important à l’arrêt seront repris ci-après dans la mesure utile.

Considérant en droit
1.1 Arrivée deuxième de l’évaluation, la recourante peut sérieusement entrevoir
l’obtention du marché si ses moyens, qui tendent notamment à exclure l’adjudicataire,
devaient être accueillis. Cette perspective la légitime à recourir (art. 80 al. 1 let. a et 44
- 8 -
al. 1 let. a de la loi du 6 octobre 1976 sur la procédure et la juridiction administratives –
LPJA ; RS/VS 172.6, en relation avec les art. 15 et 16 de la loi du 8 mai 2003 concer-
nant l’adhésion du canton du Valais à l’accord intercantonal sur les marchés publics –
Lmp ; RS/VS 726.1 ; voir p. ex. ATF 141 II 14 consid. 4.1 à 4.9 et ACDP A1 14 278 du
28 mai 2015 consid. 1.2).
1.2 Régulièrement formé, le recours est au surplus recevable (art. 16 al. 2 Lmp, 80
al. 1 let. b et c, 46 et 48 LPJA).
1.3 Dans ce contentieux, le Tribunal s'en tient aux griefs invoqués ; il n'examine que
ceux motivés conformément aux réquisits légaux et ne contrôle que la légalité de la
décision attaquée, non son opportunité (art. 80 al. 1 let. c et 48 al. 2 LPJA, 16 AIMP et
16 Lmp ; ACDP A1 13 30 du 17 avril 2013 cons. 1.3)
2. La recourante critique la désignation, tant dans la décision querellée que dans la
publication d’adjudication au Bulletin officiel, de Y_ SA comme adjudicataire
du marché, alors que l’offre retenue émanait d’un consortium. Elle ne prétend
cependant pas que cette erreur du pouvoir adjudicateur lui aurait porté préjudice ou
affecterait d’une quelconque manière la régularité matérielle du prononcé attaqué.
L’adjudication litigieuse n’est donc pas à invalider de ce chef, comme le demande la
recourante sans réaliser le caractère excessivement formaliste (art. 29 al. 1 de la
Constitution fédérale du 18 avril 1999 - Cst. ; RS 101) et disproportionné (art. 5 al. 2
Cst.) que représentait, dans les circonstances d’espèce, une telle issue.
3.1 Le pouvoir adjudicateur se voit reprocher de ne pas avoir annoncé les sous-cri-
tères relatifs au critère publié « aspects techniques » pondéré à 40 % et le poids res-
pectif de ces sous-critères (« partie hydraulique », 15 %, « partie électrique », 15 %,
« contrôle -CMD », 5 % et « calcul de production », 5 %). Ce prétendu manquement ne
contrevient pas au droit valaisan des marchés publics, qui n’instaure une obligation
d’information préalable qu’au regard des critères d’adjudication et de leur pondération
(art. 2 al. 1 let. j Omp ; ACDP A1 13 2 du 21 juin 2013 consid. 2.1). Pour le reste, la
recourante ne prétend pas que les sous-critères litigieux seraient exorbitants au critère
principal concerné ou d’un poids leur conférant un rôle équivalent à celui d'un critère
publié. Dans ces conditions, il ne saurait non plus y avoir violation du principe de trans-
parence (art. 1 al. 3 let. c AIMP). Celui-ci n’impose en effet pas la communication, par
avance, de sous-critères ou de catégories qui ne tendent qu’à concrétiser le critère
publié et auxquels l'adjudicateur n’accorde pas une importance prépondérante (arrêt
du Tribunal fédéral 2D_50/2009 du 25 février 2010 consid. 2.4 et les références ;
- 9 -
ACDP A1 15 163 du 8 janvier 2016 consid. 2 ; RVJ 2004 p. 56 consid. 3b.). Le grief est
ainsi à rejeter.
3.2 La recourante prétend que les soumissionnaires avaient été requis de transmettre
un calcul de production postérieurement au dépôt des offres et en infère que les sous-
critères techniques avaient été arrêtés après coup. Cette argumentation tombe à faux
du moment que ce calcul était expressément exigé sous chiffre 5.15 du cahier des
charges et qu'aux dires non contredits de l’adjudicateur, ce dernier avait simplement
invité la recourante de lui en donner le détail de manière à comprendre son calcul.
Pour le reste, le fait que X_ SA n’ait pas d’emblée versé en cause le tableau
détaillé de notation ne laisse nullement présager d’une fixation par après des sous-
critères, comme le soutient encore W_ SA.
4.1 Arguant d’une violation des règles en matière de récusation, la recourante
dénonce un risque de collusion et prétend que le consortium adjudicataire aurait
bénéficié d’un avantage concurrentiel au regard de la sous-traitance d’une partie des
travaux à la filiale de la société ayant préparé la soumission et évalué les offres pour le
compte de l’adjudicateur.
4.2 Le consortium intimé met en doute la recevabilité du grief, de son point de vue
tardif car invoqué pour la première fois dans la réplique. Cette objection amène le
Tribunal à rappeler que la partie qui a connaissance d’un motif de récusation doit
l’invoquer aussitôt, sous peine d’être déchue du droit de s’en prévaloir ultérieurement
(ATF 136 I 207 consid. 3.4). L’idée est d’empêcher qu’une partie ayant connaissance
d’un motif de récusation attende l’issue de la procédure et ne l’invoque que si celle-ci
lui est défavorable (ATF 139 III 120 consid. 3.2.1 ; F. Aubry Girardin in : Commentaire
de la LTF, 2 e éd. 2014, n° 11 ad art. 36 ; S. Breitenmoser/M. Spori Fedail in VwVG,
2009, n° 98 ad art. 10 ; cf. ég. T. Tanquerel, Manuel de droit administratif, 2011,
n° 1521 p. 507). En l’espèce, une telle attitude ne peut pas être reprochée à la
recourante. Personne ne soutient, en effet, que cette dernière aurait appris la sous-
traitance litigieuse antérieurement à la décision d’adjudication ou qu’elle aurait pu en
avoir connaissance en faisant preuve de l’attention commandée par les circonstances.
Il suit de là que le moyen de violation de règles en matière de récusation ne pouvait
pas être soulevé dans la procédure d’adjudication, mais uniquement en instance de
recours. Qu’il ait dès lors été articulé au stade de la réplique ne change rien au fil des
événements. Pour le reste, les articles 80 alinéa 1 lettre d, 56 et 23 alinéa 2 LPJA
astreignent le Tribunal à prendre en considération les allégations importantes qu’une
partie a avancées en temps utile et les allégations tardives qui paraissent décisives.
- 10 -
Or, les allégations relatives à une prétendue violation des normes de récusation revê-
tent précisément un caractère décisif (RVJ 1990 p. 62 consid. 2b). Dans ces condi-
tions, le point de savoir si, comme le prétend l’adjudicateur dans ses ultimes remar-
ques, P_ et V_ ont informé la recourante de la sous-traitance lors
de la séance 17 juin 2015, peut demeurer indécis. L’on ne saurait de toute manière
donner plus de crédit à cette version des faits, qui table sur une assertion non étayée,
qu’aux explications avancées le 20 janvier 2016 par la recourante, qui évoque un
malaise ressenti lors de cette discussion, déclare s’être concentrée, dans les cinq jours
qui lui restaient pour former recours, sur les faits du dossier plutôt que sur des
impressions non fondées à ce moment-là et qui assure n’avoir eu la confirmation d’un
risque de collusion qu’ultérieurement.
4.3.1 La recourante prétend que l’adjudicataire a pu obtenir des informations préala-
bles au sujet de l’interprétation souhaitée par H_ SA de certains articles de la
soumission, de sorte que son offre aurait dû être exclue. Elle n’explique cependant pas
sur quels aspects concrets l’adjudicataire aurait bénéficié d’un avantage
concurrentiel pas plus qu’elle ne propose de moyens de preuve à cette fin. L’intéressée
ne reproche pas davantage au consortium intimé d’avoir manqué, dans le contexte de
cette problématique, à son obligation de collaborer à l’établissement des faits
pertinents. Dans ces conditions, le moyen tiré d’une préimplication ne saurait être
accueilli. Selon la doctrine et la jurisprudence, il n'y a, en effet, pas lieu d'exclure le
soumissionnaire préimpliqué tant et aussi longtemps que la preuve de l'existence d'un
avantage concurrentiel résultant de sa participation à la configuration du marché n'est
pas rapportée (arrêt du Tribunal fédéral 2P.164/2004 du 25 janvier 2005 consid. 5.7.3
et les références ; arrêt du Tribunal cantonal vaudois MPU.2014.0003 du 4 août 2014
consid. 3a ; M. Beyeler, Ziele und Instrumente des Vergaberechts, 2008, p. 77 ; J.
Dubey, La pratique judiciaire depuis 2006 in : Marchés publics 2008, n° 18 p. 384).
4.3.2 Au demeurant, les éventuelles connaissances du marché que peut avoir un
sous-traitant n’ont pas à être de soi imputées au soumissionnaire. Cette imputation
nécessite que préexiste, entre les entreprises concernées, une relation caractérisée se
traduisant, par exemple, par un lien de dépendance ou par une collaboration particuliè-
rement intensive (C. Jäger, Die Vorbefassung des Anbieters im öffentlichen Beschaf-
fungsrecht, 2009, p. 163. s). Le consortium intimé a, ici, été spécialement interpellé sur
ces aspects lors de l’instruction du recours. Or, il ne ressort pas des explications
circonstanciées qu’il a fournies, le 20 janvier 2016, que l’on se trouverait dans une
situation où il se justifierait d’imputer à l’adjudicataire les éventuelles connaissances du
- 11 -
sous-traitant. Dans son écriture du 12 février 2016, la recourante s’est d’ailleurs bornée
à invoquer une confusion des sphères de la société-mère et de la filiale. Or, cette seule
circonstance ne permet toutefois pas de retenir que, dans le cadre des échanges com-
merciaux intervenus entre le consortium et R_ SA lors de l’élaboration de
l’offre, l’adjudicataire pût obtenir des informations de nature à fausser l’égalité des
chances : sa demande à R_ SA se limitait à de la fourniture de câbles,
accessoirement à quelques travaux de montage. En définitive, une annulation de
l’adjudication du chef d’une prétendue préimplication du consortium ou une exclusion
de ce dernier n’entrent pas en ligne de compte.
4.4.1 Il convient ensuite d’examiner les questions de récusation, thème qui, tout en
état voisin de la problématique de préimplication, ne se confond pas avec celle-ci
(cf. O. Diggelmann/M. Enz, Vorbefassung im Submissionsrecht : Was verlangt der
Gleichbehandlungsgrundsatz in : ZBl 100/2007 p. 583). Au nombre des principes géné-
raux à observer lors de la passation des marchés compte celui du respect des condi-
tions de récusation des personnes concernées (art. 11 let. e AIMP). Cette disposition
n’institue pas un régime spécial, mais se conçoit comme un renvoi aux règles de pro-
cédure pertinentes du droit cantonal (P. Galli/A. Moser/E. Lang/M. Steiner, Praxis des
öffentlichen Beschaffungsrechts, 3 e éd. 2013, n° 1077 p. 497), étant précisé que la
Constitution fédérale (art. 29) garantit un standard minimum qui s'impose aux cantons.
Aux termes de l’article 10 alinéa 1 LPJA, les personnes appelées à rendre ou à prépa-
rer une décision doivent se récuser, notamment si elles ont un intérêt personnel dans
l'affaire (let. a). Une obligation de récusation est également donnée s'il existe des
circonstances de nature à faire suspecter leur impartialité (let. e). La garantie d'impar-
tialité tend notamment à éviter que des circonstances extérieures à la cause ne puis-
sent influencer la décision en faveur ou au détriment d’une partie. A cet égard, si la
seule affirmation de partialité ou les sentiments subjectifs des parties à l’égard d’une
personne récusable ne suffisent pas, il n’est pas nécessaire que la personne soit
effectivement prévenue ; une apparence de prévention suffit, pour autant qu’elle
résulte de circonstances objectives. Celles-ci peuvent résider soit dans des éléments
d’ordre fonctionnel ou organique, soit dans le comportement même de la personne
concernée (cf. p. ex. ATF 131 I 24 consid. 1.1 et B. Bovay, Procédure administrative,
2 e éd., 2015, p. 156 s).
La participation d’auxiliaires ou d’experts au dépouillement des offres est assujettie aux
mêmes règles de récusation que celles qui s’appliquent aux membres de l’autorité
adjudicatrice proprement dite, faute de quoi le caractère équitable de la procédure
- 12 -
administrative ne serait pas garantie au sens de l’article 29 alinéa 1 Cst. féd.
(cf. J. Dubey, op. cit., n° 24 p. 385 ; M. Beyeler, Öffentliche Beschaffung, Vergaberecht
und Schadenersatz, 2004, n° 235 p. 166). Les aides du pouvoir adjudicateur ont, en
effet, souvent une influence décisive sur l’issue de la procédure, notamment lorsqu’ils
formulent une recommandation à son attention (C. Jäger, op. cit., p. 65 ; P. Hänni/
M. Scruzzi, Zur Ausstandpflicht im Rahmen von Subvmissionsverfarhen, Entscheid des
Verwaltungsgerichts Aargau vom 16. Juli 1998 in ZBl 1999 p. 387 ss, in BR 1999
p. 136).
4.4.2 Dans un arrêt 2P.139/2002 non publié du 18 mars 2003, le Tribunal fédéral a nié
une violation des règles en matière de récusation dans un cas où figurait, parmi les
membres de l’autorité de décision, un employé de la société sous-traitante de l’entre-
prise adjudicataire : il avait été alors considéré qu’une obligation de récusation n’entrait
en ligne de compte que si la personne concernée avait un intérêt direct à l’adjudication,
intérêt que le recourant n’avait en l’occurrence pas démontré. Ce précédent a été criti-
qué par la doctrine (cf. D. Eisseiva in, DC 2003 p. 149 s et D. Lutz, Ausstand und Vor-
befassung in : Sonderheft Vergaberecht 2004, p. 48), qui a notamment rappelé, à juste
titre, qu’un intérêt indirect suffit à entraîner une récusation, pour autant qu’il soit mar-
qué (cf. à ce propos R. Kiener/B. Rütsche/M. Kuhn, Öffentliches Verfahrensrecht,
2 e éd. 2015, n° 539 p. 135 ; S. Breitenmoser/M. Spori Fedail, op. cit., n° 43 ad art. 10).
Cet arrêt 2P.139/2002 réservait quoi qu’il en soit une obligation de récusation pour un
actionnaire majoritaire ou un haut cadre de l’entreprise sous-traitante (consid. 4.4). Le
fait qu’un organe de direction d’une société soumissionnaire participe à l’évaluation des
offres consacre une violation grave des règles en matière de récusation car, en raison
de son cumul de fonctions, la personne concernée peut, en effet, influer directement ou
indirectement sur l’évaluation de sa société ou des concurrents (P. Galli/A. Moser/
E. Lang/M. Steiner, op. cit., n° 1078 p. 497 ; J.-B. Zufferey/C. Maillard/N. Michel, Droit
des marchés publics, 2002, p. 263 ; P. Hänni/M. Scruzzi, op.cit., p. 136 ; cf. ég. arrêt
du Tribunal fédéral 2P.152/2002 du 12 décembre 2002 consid. 2.3).
4.4.3 Il est en l’occurrence constant que H_ SA, par son directeur de l’unité
d’affaires production, P_, et par V_, ingénieur qui lui est
subordonné, a établi le cahier des charges, évalué les offres et émis une
recommandation à l’attention du conseil d’administration de X_ SA.
L’adjudicateur conteste tout risque de collusion et écarte toute violation des règles en
matière de récusation en faisant valoir que L_ - à la fois directeur général de
la société-mère, président de la filiale et administrateur de X_ SA - n’a pas
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participé à la décision d’adjudication et en excipant du fait que H_ SA et
R_ SA sont des entités juridiques distinctes. Ces circonstances ne
permettent pas d’écarter une apparence de prévention de P_ et de
V_. Comme le relève avec raison la recourante, R_ SA est
intégrée à l’organigramme (pièce 1 annexée à la détermination du 12 février 2016 de la
recourante) de la société mère. Quatre membres du conseil d’administration de la
filiale (L_, AA_, BB_ et Q_) sont
simultanément membres du conseil d’administration de H_ SA, d’après les
informations disponibles sur l’index central des raisons de commerce - zefix. Ces
sociétés ont les mêmes adresses de siège et commerciales et le même site internet.
La filiale figure au même titre que les autres unités d’affaires de la société mère. L’unité
« Production » que dirige P_ en est une. Ce dernier dispose d’une
procuration collective et fait partie de la direction générale de H_ SA. A ce
titre, il siège, notamment, aux côtés du directeur de la filiale, Q_. Sur cet
arrière-plan, il s’impose d’admettre que les sphères de ces sociétés se confondent.
Cette situation s’avère propre à éveiller un soupçon de partialité de P_,
organe de la société-mère, ou de V_, dans l’évaluation des offres dont l’une
annonçait une sous-traitance à l’entreprise R_ SA. Certes, aucun élément ne
permet de retenir que ces personnes ont concrètement favorisé l’adjudication du
marché au consortium intimé. Il reste, cependant, qu’une apparence de prévention
suffit à entraîner une obligation de récusation. Le consortium intimé semble quant à lui
se prévaloir de l’ampleur négligeable de la sous-traitance. Selon ses explications du
20 janvier 2016 et les pièces déposées à cette occasion, les travaux de raccordement
confiés à R_ SA seront tout de même rémunérés à hauteur de 8 652 francs.
De plus, ce montant ne concerne pas la fourniture de matériel que Y_ SA a,
par courriel du 15 avril 2015, demandé à R_ SA et que celle-ci a listé dans
un devis du 24 avril 2015 de 24 800 francs. En tout état de cause, la récusation
spontanée de L_ démontre que l’éventualité d’un conflit d’intérêts ne
procédait pas que du seul sentiment subjectif de la recourante.
4.4.4 Les règles en matière de récusation sont de nature formelle. Il s’ensuit qu’une
décision prise en violation de ces règles doit être annulée indépendamment de sa
validité matérielle, ce d’autant que le Tribunal ne dispose pas du pouvoir d’appréciation
dont bénéficie, par contre, l’adjudicateur (P. Galli/A. Moser/E. Lang/M. Steiner, op. cit.,
n° 1087 p. 501). Le vice ne peut pas être réparé par la régularité de la procédure de
recours contre la décision finale ni par l’exactitude de celle-ci (B. Bovay, op. cit.,
p. 164 ; P. Moor/E. Poltier, Droit administratif, vol. II, 3 e éd. 2011, p. 274). Les opéra-
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tions (analyse, évaluation, recommandation,...) auxquelles P_ et
V_ ont participé devront être, le cas échéant, répétées par de nouveaux
membres qui ne pourront provenir de H_. Cela étant, il ne saurait être
question d’exclure le consortium de la procédure et encore moins d’attribuer le marché
à la recourante, comme le requiert cette dernière.
5.1 Le recours est donc à admettre partiellement, l’adjudication du 10 juin 2015 à
annuler et l’affaire à renvoyer à X_ SA pour nouvelle décision au sens du
considérant 4.4.4 (art. 18 al. 1 AIMP ; art. 80 al. 1 let. e et 60 al. 1 LPJA). L’arrêt rend
sans objet la demande d’effet suspensif.
5.2 Cette issue du litige s’impose au vu du dossier (art. 80 al. 1 let. d, 56 al. 1 et 17
al. 2 LPJA). Elle dispense le Tribunal d’examiner les autres griefs du recours.
5.3 Selon une conception courante, les dépens peuvent, même sans que la loi ne le
prévoie expressément, être compensés quand aucune des parties n'a entièrement gain
de cause (p. ex. B. Bovay, op. cit., p. 653 s ; ACDP A1 09 21 du 4 février 2011 consid.
8b). C’est le cas ici, la recourante n’obtenant pas le marché tandis que le consortium et
l’adjudicataire ont conclu au rejet pur et simple du recours et à la confirmation de la
décision attaquée, ce qu’ils n’obtiennent pas non plus.
5.4 Sur le vu des principes de la couverture des frais et de l’équivalence des presta-
tions et compte tenu des critères d'appréciation et des limites des articles 13 alinéa 1 et
25 de la loi du 11 février 2009 fixant le tarif des frais et dépens devant les autorités
judiciaires ou administratives (LTar ; RS/VS 173.8), l'émolument de justice est fixé à
2400 fr., débours compris (art. 11 LTar). Il sera réparti à parts égales (800 fr.) entre
l’adjudicateur, les deux sociétés formant le consortium intimé (solidairement entre
elles, cf. art. 88 al. 5 LPJA), et la recourante.