Decision ID: 5ba399e5-5759-433a-a2d5-71f7724b0d16
Year: 2003
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. X._ a bénéficié des prestations de l'assurance-chômage à compter du 1er décembre 1997. Ayant accouché le 15 mars 1999, elle a retrouvé sa capacité de travailler à compter du 10 mai 1999.
Par décision du 13 juillet 1999, l'Office régional de placement de Lausanne (ci-après : ORP) lui a imposé une suspension d'une durée de trente et un jours dans l'exercice de son droit à l'indemnité dès le 1er juin 1999 au motif que, lors d'un entretien d'embauche, le 28 mai 1999, elle avait compromis son engagement en n'apparaissant pas disponible compte tenu de la présence de son enfant. Auparavant, par lettre du 16 juin 1999, l'intéressée avait exposé que, si elle s'était présentée à cet employeur en compagnie de son enfant, n'ayant pas trouvé pour cette occasion quelqu'un à qui le confier, elle avait précisé qu'elle prendrait ses dispositions en cas d'engagement pour le faire garder.
Par décision du 14 octobre 1999, apparemment sans avoir entendu l'intéressée, cette même autorité lui a imposé une nouvelle suspension de seize jours à compter du 30 septembre 1999 pour avoir déclaré à un organisateur d'emploi temporaire qu'elle n'était pas en mesure de débuter immédiatement une activité en raison de la présence de son enfant.
Par décision du 20 octobre 1999, l'ORP l'a déclarée inapte au placement au motif qu'elle n'était pas en mesure de faire garder son enfant de façon adéquate pour être disponible sur la marché du travail : l'effet de cette décision a été fixé rétroactivement au 10 mai 1999.
Aucune des trois décisions précitées n'a fait l'objet d'un recours.
B. Par décision du 10 février 2000, la Caisse de chômage de la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (ci-après : CVCI) a demandé à X._ la restitution d'un montant de 4'213 fr. 30 correspondant aux indemnités qu'elle avait reçues pour la période du 10 mai au 30 juin 1999, qui lui avaient été versées à la fin de chacun de ces deux mois.
X._ a recouru contre cette décision par acte du 16 février 2000 en faisant valoir en substance d'une part qu'elle n'avait pas été inapte au placement durant la période en cause, d'autre part qu'elle avait reçu de bonne foi le montant litigieux et que son remboursement entraînerait pour elle des rigueurs particulières.
Déboutée par prononcé du Service de l'emploi du 4 octobre 2000, qui a tenu pour déterminant le fait que la décision de l'ORP du 20 octobre 1999 était entrée en force, X._ a saisi le Tribunal administratif par acte du 4 novembre 2000, arguant en substance de sa bonne foi pour remettre en cause la décision d'inaptitude au placement dont elle avait fait l'objet.
C. Par arrêt du 31 août 2000, le Tribunal administratif a admis le recours de l'assurée et renvoyé la cause au Service de l'emploi pour connaître du recours de l'intéressée contre la décision d'inaptitude au placement rendue par l'ORP. Il a considéré en substance que la décision de l'ORP déclarant la recourante inapte au placement n'était pas entrée en force à défaut pour celle-ci d'avoir vu son attention attirée sur les conséquences d'un tel constat sur des prestations déjà versées : avant de permettre à la caisse de réclamer la restitution de ces dernières, il fallait trancher le recours dirigé par l'intéressée contre le prononcé de l'ORP.
D. Par arrêt du 4 septembre 2002 rendu sur recours du Service de l'emploi, le Tribunal fédéral des assurances (TFA) a annulé l'arrêt précité et renvoyé la cause au Tribunal de céans pour qu'il statue à nouveau sur le recours dont il avait été saisi, en limitant son examen aux conditions de la restitution des prestations indûment perçues, la décision d'inaptitude au placement rendue par l'ORP ayant selon lui acquis force de chose jugée.
E. Par arrêt du 4 mars 2003, le Tribunal administratif a rejeté le recours de l'assurée, confirmé la décision rendue le 4 octobre 2000 par le Service de l'emploi et renvoyé la cause à cette autorité pour statuer sur la demande de remise de l'obligation de restituer dont elle se trouvait déjà saisie.
F. X._ a recouru contre cet arrêt auprès du Tribunal fédéral des assurances, faisant en substance valoir qu'elle n'avait pas eu l'occasion de faire valoir son point de vue avant que sa cause soit jugée, respectivement qu'elle n'avait pas reçu la lettre qui lui avait été adressée à cette fin par le magistrat instructeur, sous pli simple.
Par arrêt du 2 juillet 1993, le Tribunal fédéral des assurances a admis le recours formé par l'assurée contre l'arrêt précité du 4 mars 2003 et renvoyé la cause au Tribunal administratif afin de permettre à l'intéressée d'exposer préalablement son point de vue.
G. Par courrier du 23 juillet 2003, le magistrat instructeur a invité chacune des parties à faire valoir leurs observations. Adressé à l'assurée par lettre-signature, ce courrier n'a pas été retiré par l'intéressée dans le délai de garde.

Considérant en droit:
1. Ayant fait valoir avec succès une violation de son droit d'être entendu, X._ a été dûment invitée à faire valoir son point de vue par lettre-signature du 23 juillet 2003, pli qui n'a cependant pas été retiré dans le délai de garde fixé par la poste au 31 juillet suivant.
Une tentative de notification est toutefois réputée valable si son destinataire devait s'attendre, avec une certaine probabilité, à recevoir une communication des autorités (ATF 127 I 31 consid. 2b; SJ 2001 p. 449 consid. II.2; SJ 2000 I p. 22 consid. 5; SJ 1999 I 145 consid. 2c; Poudret, Commentaire de la loi fédérale d'organisation judiciaire, vol. I, n° 1.3.6 ad art. 32). Tel était manifestement le cas de la recourante qui, au vu de l'arrêt du Tribunal fédéral du 2 juillet 2003, savait que le Tribunal de céans allait l'interpeller à nouveau et se devait dès lors de prendre les dispositions nécessaires pour prendre connaissance de son courrier, personnellement ou par personne interposée.
La recourante est ainsi réputée avoir renoncé à la faculté qui lui a été formellement donnée de se déterminer avant que la cause soit à nouveau jugée.
2. L'art. 95 LACI prévoit que la caisse est tenue d'exiger du bénéficiaire la restitution des prestations de l'assurance auxquelles il n'avait pas droit, l'autorité cantonale devant y renoncer si le bénéficiaire des prestations était de bonne foi en les acceptant et si la restitution devait entraîner pour lui des rigueurs particulières.
En l'espèce, la recourante conteste être tenue de restituer des prestations dont elle prétend qu'elles ne lui ont pas été versées à tort. Pour l'autorité intimée, le caractère indu de ses prestations ressort de la décision de l'ORP du 20 octobre 1999, selon laquelle l'intéressée était inapte au placement à compter du 10 mai précédent; selon elle, n'ayant pas été attaquée par un recours, cette décision est entrée en force et fonde la demande de restitution litigieuse.
3. Une prestation accordée sur la base d'une décision formellement passée en force et sur laquelle une autorité judiciaire ne s'est pas prononcée sous l'angle matériel ne peut être répétée que lorsque les conditions qui président à sa révocation, par son auteur, sont en l'occurrence réalisées (ATF 122 V 368, 110 V 179 et les références). A cet égard, la jurisprudence constante distingue la "révision" d'une décision entrée en force formelle, à laquelle l'administration est tenue de procéder lorsque sont découverts des faits nouveaux ou de nouveaux moyens de preuve susceptibles de conduire à une appréciation juridique différente du cas (ATF 122 V 21, 138, 173, 272; 121 V 4, et les références), d'avec la "reconsidération" d'une décision formellement passée en force de chose jugée et sur laquelle une autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée quant au fond, à laquelle l'administration peut procéder pour autant que la décision soit sans nul doute erronée et que sa rectification revête une importance notable (ATF 126 V 24 et les arrêts cités). Ces principes sont aussi applicables lorsque des prestations sont accordées sans avoir fait l'objet d'une décision formelle et que leur versement, néanmoins, a acquis force de chose décidée; tel est le cas lorsque l'assuré n'a pas, dans un délai d'examen et de réflexion convenable, manifesté son désaccord avec une certaine solution adoptée dans un acte administratif susceptible de recours (ATF 122 V 369). Ainsi, l'on admet que les décomptes relatifs aux indemnités de chômage ont acquis force de chose décidée du moment que l'assuré à qui elles ont été versées ne les a jamais contestés, comme c'est en l'occurrence le cas de la recourante.
4. a) On examinera tout d'abord si la décision d'octroi d'indemnité de la caisse peut faire l'objet d'une reconsidération. Une telle modification est soumise à la première condition que ladite décision ait été entachée d'une inexactitude manifeste. A cet égard, il ne suffit pas de se référer au fait que l'ORP, dans un prononcé entré en force, a nié l'aptitude au placement de la recourante, de sorte qu'il était ainsi constaté que celle-ci ne pouvait prétendre à l'indemnité : il n'a alors tranché que la question de savoir si l'intéressée remplissait l'une des conditions matérielles du droit à l'indemnité et non pas celle, compétant à la seule caisse, de savoir si la décision d'octroi qu'elle a prise était en elle-même sans aucun doute erronée (ATF 126 V 399, spéc. 401 et 402). Une telle erreur manifeste existerait si la décision en cause avait été rendue sur la base de dispositions légales inappropriées ou non topiques, respectivement si certaines dispositions avaient été omises ou appliquées de manière inexacte (DTA 1996/1997 n. 28, consid. 3c).
b) En l'espèce, comme le lui prescrit l'art. 81 al. 1er lettre a LACI, la caisse a déterminé le droit aux prestations de la recourante. Elle a notamment considéré que celle-ci remplissait l'une des conditions du droit à l'indemnité prévue à l'art. 8 al. 1er lettre f LACI, à savoir l'aptitude au placement de l'art. 15 LACI. Ce n'était que si elle avait eu des doutes au sujet de cette aptitude que, conformément à l'art. 81 al. 2 LACI, elle aurait soumis le cas de la recourante à l'ORP pour décision. C'est en réalité cette dernière autorité qui, spontanément, sur les rapports de deux employeurs auxquels l'intéressée avait offert ses services, a remis en cause la reconnaissance de l'aptitude au placement.
Invitée à s'expliquer au sujet du premier de ces rapports, la recourante a déclaré que, si elle s'était présentée auprès de l'employeur concerné en compagnie de son fils âgé de deux mois, elle avait annoncé clairement qu'elle prendrait des dispositions pour le faire garder si elle était engagée. Quant au second de ses rapports, il apparaît que la recourante n'a pas eu l'occasion de se déterminer à son sujet. Dans ces circonstances, on ne saurait considérer qu'en octroyant ses prestations avant le constat d'inaptitude de l'ORP, la caisse aurait commis une erreur manifeste : tant à fin mai qu'à fin juin, époque des paiements litigieux, rien ne permettait à la caisse de tenir la recourante pour inapte au placement. Nonobstant ce qu'en décidera l'ORP le 13 juillet 1999, il était même douteux qu'on puisse imputer à la recourante une faute dans le fait d'avoir un enfant et de ne pas le cacher à des employeurs potentiels. Si l'ORP en a décidé autrement et si la recourante n'a pas attaqué son prononcé, le cas échéant parce qu'elle n'en aurait pas saisi immédiatement la portée, il n'y a pas à en déduire que l'indemnisation de la caisse était évidemment injustifiée, comme si cette autorité avait elle-même commis une erreur. Partant, à défaut pour l'une des conditions d'une reconsidération d'être réalisée, cette indemnisation ne pouvait pas être remise en cause le 10 février 2000 et la décision de la caisse doit être annulée, tout comme la décision attaquée.