Decision ID: 1d76e679-5947-5617-85ed-9c2a40d23c88
Year: 2018
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_004
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: civil_law

considérant en fait
A. B._, né en 1974, et A._, née en 1978, sont les parents divorcés de C._, né en 2006.
En janvier 2008, un dossier de protection de l’enfant a été ouvert auprès de la Justice de paix de l’arrondissement de la Sarine (ci-après la Justice de paix), soit depuis l’instauration d’une curatelle éducative en faveur de C._ dans le cadre de mesures protectrices de l’union conjugale (DO 300 2008 1, dossiers I à IV, p. 1 à 1129).
B._ et A._ ont divorcé par jugement du Tribunal civil de l’arrondissement du Lac du 14 mars 2012 (ci-après le Tribunal). L’autorité parentale et la garde de l’enfant ont alors été confiées à la mère et le droit de visite du père a été réglé. La curatelle éducative précédemment instaurée a quant à elle été maintenue (DO 159 ss).
S’en sont suivies nombre de procédures et interventions concernant l’enfant C._ (DO ).
Par décision du 3 juillet 2017, le Tribunal a partiellement admis une demande en modification du jugement de divorce que B._ avait introduite le 14 mars 2012. Il a notamment attribué l’autorité parentale conjointe aux parents dès le 1er juillet 2017 et instauré une garde alternée à raison d’une semaine sur deux du dimanche 18.00 heures au dimanche 18.00 heures. Il a retenu que A._ essaie par tous les moyens de tenir B._ à l’écart des informations concernant son fils, utilise à son avantage le fait que celui-là ne dispose pas de l’autorité parentale, et adopte un comportement inadapté envers la nouvelle école de son fils dont elle conteste la nécessité. Il a ainsi estimé que le père ne pouvait pas continuer à être privé de son autorité parentale, se demandant même si cette dernière ne devait pas être retirée à la mère. Ensuite, le Tribunal a jugé que, dans les faits, les parties exerçaient déjà quasiment une garde alternée, l’enfant dormant chez son père plusieurs nuits par semaine, sans que le conflit persistant entre les parents ne pose problème sur ce point. Soulignant en outre les capacités éducatives équivalentes des parents, la plus grande disponibilité du père et le souhait de C._, le Tribunal a décidé que celui-ci vivrait une semaine chez chaque parent (DO 659 ss). Le 21 septembre 2017, A._ a déposé un appel contre cette décision. Cette procédure est suspendue depuis le 3 avril 2018 en raison de ce qui suit (DO 101 2017 308).
B. Le 27 mars 2018, le Service de l’enfance et de la jeunesse (ci-après le SEJ), agissant par E._, chef de secteur, et F._, intervenante en protection de l’enfant, a relevé que le conflit parental est toujours présent et que depuis plusieurs mois, l’inquiétude concernant C._ a augmenté. Lors d’une récente rencontre entre la curatrice et C._, ce dernier a eu un discours très inquiétant. En résumé, il est très en colère contre son père qui ferait tout faux et les gens s’acharneraient sans raison sur sa mère. Il a notamment abordé la question de son orientation à G._. Il se demande « des fois pourquoi il est né, a envie de mourir des fois et préfère des fois mourir que vivre ». La curatrice a souhaité rencontrer les parents. Si B._ a pu faire part de ses inquiétudes quant à la situation, A._ n’a pas donné suite aux demandes de rencontre. Les intervenants ont constaté que C._ est dans un grave confit de loyauté et en détresse. Il est primordial de le protéger et d’avoir une évaluation complète sur la situation familiale afin de trouver la meilleure solution pour son avenir. Les auteurs du courrier ont notamment proposé une évaluation de trois mois à D._. Ils ont également relevé le risque de fuite du pays de A._ avec son fils (DO 762 ss).
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Par mesures superprovisionnelles du 29 mars 2018, la Juge de paix de l’arrondissement de la Sarine (ci-après la Juge de paix) a décidé de placer C._ dès que possible pour une observation d’une durée de trois mois à D._ et a retiré en conséquence le droit de déterminer le lieu de résidence et la garde de fait de A._ sur son fils pour la durée du placement au sens de l’art. 310 al. 1 CC. Interdiction lui a été faite de quitter le territoire suisse avec son fils et ordre lui a été donné de remettre sans délai tous les documents d’identité de ce dernier à la Justice de paix pour qu’ils y soient conservés (DO 773 s.).
Le 1er mai 2018, A._ s’est déterminée sur la décision de mesures superprovisionnelles rendue le 29 mars 2018, concluant en substance à la révocation de ces mesures (DO 824 ss).
Par décision du 14 mai 2018, la Justice de paix a institué une curatelle de représentation, au sens de l’art. 314abis CC, en faveur de C._. Me Jérôme Magnin, avocat, a été désigné curateur de représentation avec charge de représenter et défendre les intérêts de l’enfant dans la procédure ouverte par-devant l’autorité de protection de l’enfant, y compris en déposant les recours nécessaires. La Justice de paix a retiré l’effet suspensif à un éventuel recours contre sa décision. Un délai a été imparti à Me Magnin pour se déterminer sur la décision de mesures superprovisionnelles rendue le 29 mars 2018 (DO 852 ss). Par arrêt du 6 août 2018, la Cour de protection de l’enfant et de l’adulte du Tribunal cantonal a rejeté, dans la mesure de sa recevabilité, le recours déposé par A._ contre cette décision (DO 106 2018 49-50).
S’en sont suivies plusieurs interventions des parents et des curateurs. Le curateur de représentation de l’enfant a en particulier informé la Juge de paix qu’il n’avait pas encore pu rencontrer C._ qui se refuserait à tout contact avec lui, respectivement A._ n’ayant pas pris contact avec son secrétariat pour convenir d’un rendez-vous pour son fils (DO 857-949, not. 883 s.). En parallèle, A._ a déposé une plainte pénale contre la Juge de paix pour abus d’autorité, le Ministère public ayant toutefois décidé de ne pas entrer en matière sur cette plainte (DO 891, 930 s.)
C._ a pu être admis à D._ le 27 juillet 2018, aucune place n’ayant été disponible avant cette date (DO 950).
Le placement a provoqué nombre de téléphones et interventions le 27 juillet 2018, A._ s’opposant à ce que son fils soit placé, de sorte que la police, l’ambulance et les médecins de l’HFR ont dû intervenir. Au vu de l’état psychique de A._ et de son comportement oppositionnel, la curatrice a estimé nécessaire de demander une suspension en urgence du droit de visite entre mère et fils. Elle a précisé que pendant les évènements, l’enfant était resté dans sa chambre et n’avait rien vu (DO 951 s.).
Par décision de mesures superprovisionnelles du 27 juillet 2018, la Juge de paix a suspendu le droit aux relations personnelles de A._ sur son fils pour une durée indéterminée. Elle lui a également fait interdiction de prendre contact avec l’enfant d’une quelconque manière, sous la commination de la peine d’amende de l’article 292 du Code pénal suisse (DO 955 s.).
Egalement le 27 juillet 2018, la Dresse H._ a prononcé une décision urgente de placement à des fins d’assistance à l’encontre de A._. Les raisons en étaient que la patiente, connue pour des troubles de la personnalité, présentait au moment de l’examen un risque auto-agressif avec une capacité de discernement questionnée concernant son fils qu’elle menaçait d’enlever du foyer (DO 965). Elle a pu être libérée le 2 août 2018 (DO 1004).
Par courriel du 31 juillet 2018, F._ a informé la Juge de paix qu’elle s’était rendue le 30 juillet 2018 à D._ pour rencontrer C._, voir comment il allait et l’informer de la
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décision de mesures superprovisionnelles rendue le 27 juillet 2018. L’enfant avait passé un très bon week-end au sein de l’institution. L’éducatrice de référence lui avait également fait un retour positif, C._ semblant être à l’aise et se confiant progressivement. Il semblait être content d’être au foyer (DO 977).
Par décision de mesures provisionnelles du 31 juillet 2018, la Juge de paix a confirmé le placement de C._ pour une observation d’une durée de trois mois, frais à la charge des parents, le retrait du droit de déterminer le lieu de résidence et la garde de fait de la mère pour la durée du placement, la suspension pour une durée indéterminée des relations personnelles de la mère avec son fils, interdiction étant faite à la mère de prendre contact et de quitter le territoire suisse avec lui, les documents d’identité de l’enfant restant conservés par la Justice de paix. Elle a imparti un délai aux parties pour se déterminer sur le droit aux relations personnelles de la mère sur son fils (DO 983 ss).
C. Par mémoire daté du 13 août 2018, mais portant le sceau postal du 14 août 2018, A._, agissant par son mandataire, a interjeté recours contre cette décision. Elle a pris les conclusions suivantes:
I. A titre préjudiciel, l'effet suspensif est restitué au présent recours.
II. Au fond, le recours est admis.
III. Partant, les mesures superprovisionnelles ordonnées par décisions des 29 mars et 27 juillet 2018 sont révoquées.
IV. Le placement de C._ auprès de D._ est révoqué et A._ conserve le droit de déterminer le lieu de résidence et la garde de son fils C._.
V. L'interdiction signifiée à A._ de quitter le territoire Suisse avec son fils C._ est levée.
VI. Ordre est donné à la Police cantonale fribourgeoise de lever immédiatement les inscriptions de A._ des bases de données RIPOL et SIS.
VII. Les documents d'identité de C._ sont remis immédiatement à A._.
VIII. Le droit aux relations personnelles de A._ sur son fils C._ est rétabli.
IX. L'interdiction de A._ de prendre contact d'une quelconque manière est levée.
X. Une équitable indemnité de partie à charge de l'Etat de Fribourg est allouée à A._, respectivement à son mandataire, Sébastien Bossel.
XI. Les frais de justice sont mis à la charge de l’Etat.
Par fax et courrier du 14 août 2018, le mandataire de A._ a informé la Cour de céans que le recours avait été déposé le 13 août 2018, à 23.50 heures, à la boîte postale sise à la rue de Tivoli 3, à Fribourg. A l’appui de ses allégués, il a produit des photographies géolocalisées, une capture d’écran ainsi qu’une vidéo.
Le 23 août 2018, la Justice de paix a produit les dossiers de la cause et s’est déterminée sur le recours. Elle a en outre relevé qu’un droit de visite restreint a été accordé à la mère par courrier du 21 août 2018. Le 27 août 2018, elle a encore informé la Cour qu’un premier droit de visite avait pu être fixé.
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Le 31 août 2018, A._, agissant par son mandataire, a complété son recours, alléguant plusieurs faits nouveaux et produisant des pièces. Elle a en outre requis d’être mise au bénéfice de l’assistance judiciaire pour la procédure de recours (DO 106 2018 88).
Le 10 septembre 2018, B._, agissant également par son mandataire, s’est déterminé sur le recours et sur son complément, concluant au rejet, les frais et dépens étant mis à la charge de A._. Il a également requis le bénéfice de l’assistance judiciaire pour la procédure de recours (DO 106 2018 91).
Le curateur de représentation de l’enfant a déposé sa détermination le 10 septembre 2018. Il conclut, sous suite de frais, au rejet du recours, dans la mesure de sa recevabilité.
Par arrêt du 12 septembre 2018 et sans préjuger de la recevabilité du recours, la Présidente de la Cour a rejeté la requête de restitution de l’effet suspensif, dans la mesure où elle n’était pas devenue sans objet (DO 106 2018 78).
Le 4 octobre 2018, A._ a déposé une détermination spontanée, maintenant les conclusions formulées dans son recours.

en droit
1.
1.1. Selon l'art. 8 de la loi du 15 juin 2012 concernant la protection de l'enfant et de l'adulte (LPEA), le Tribunal cantonal connaît des recours contre les décisions rendues par l'autorité de protection, soit la Justice de paix (art. 2 al. 1 LPEA). La Cour de protection de l'enfant et de l'adulte (art. 14 al. 1 let. c du Règlement du Tribunal cantonal du 22 novembre 2012 précisant son organisation et son fonctionnement [RTC]) est compétente pour statuer.
1.2. Les dispositions de la procédure devant l’autorité de protection de l’adulte sont applicables par analogie (art. 314 al. 1 CC) de sorte que la procédure de recours est ainsi régie par les art. 450 à 450e CC.