Decision ID: 8e68a736-0b0c-5bd5-b343-6ccaa4f1e0f4
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. a.
Le 22 juin 2020, A_ SA a adressé à l'Office cantonal des poursuites (ci-après : l'Office) deux réquisitions de poursuite dirigées contre B_ SA en vue d'obtenir le paiement des montants de 13'377 fr. 27 plus intérêts au taux de 5% l'an à compter du 13 janvier 2019, respectivement de 49'233 fr. 70 plus intérêts au taux de 5% l'an à compter du 27 décembre 2019, allégués être dus au titre de prétentions - cédées à la poursuivante - en dommages et intérêts du fait de l'endommagement de marchandises durant leur transport maritime.
b.
Le 23 juin 2020, l'Office a établi conformément aux indications figurant dans ces réquisitions de poursuite les commandements de payer, poursuites n° 1_ (pour la créance de 13'377 fr. 27 en capital) et 2_ (pour la créance de 49'233 fr. 70 en capital).
Ces commandements de payer ont été notifiés le 25 juin 2020 à B_ SA, par leur remise en mains propres à un employé de cette dernière, C_, désigné comme
"mandataire"
. C_ a immédiatement formé opposition aux deux poursuites.
c.
L'extrait du Registre du commerce relatif à B_ SA ne fait état d'aucun pouvoir en faveur de C_.
d.
Le 29 juin 2020, l'Office a constaté que les poursuites avaient été frappées d'opposition et a adressé au conseil de la poursuivante - qui les a reçus le 2 juillet 2020 - les exemplaires
"créancier"
des commandements de payer, munis de la mention qu'opposition avait été formée.
B.
a.
Par courriers adressés le 13 juillet 2020 à l'Office, A_ SA a invité ce dernier à constater la nullité des oppositions formées le 25 juin 2020 par C_, ce dernier ne disposant d'aucun pouvoir de représenter la débitrice. Dans l'hypothèse où l'Office n'entendrait pas donner suite à cette invitation, les courriers du 13 juillet 2020 devaient être considérés comme des plaintes et transmis à la Chambre de surveillance en vue de leur traitement.
Par courriers du 15 juillet 2020, l'Office a transmis lesdits courriers à la Chambre de céans comme relevant de sa compétence.
Les états de fait et argumentations juridiques figurant dans les courriers de la poursuivante étant identiques, une seule procédure de plainte a été ouverte.
b.
Dans ses observations du 21 juillet 2020, l'Office a conclu au rejet de la plainte, considérant que toute personne ayant qualité pour recevoir un acte de poursuite - ce qui était le cas en l'espèce de C_ - avait également qualité pour former opposition.
c.
Par détermination du 29 septembre 2020, B_ SA a elle aussi conclu, à tout le moins implicitement, au rejet de la plainte. Elle a expliqué que C_ disposait des pouvoirs lui permettant de former opposition à des actes de poursuite et produit à cet égard deux procurations, l'une, datée du 25 janvier 2019, conférée par son Président, disposant selon le Registre du commerce de la signature individuelle, à D_ et donnant pouvoir à ce dernier, notamment, d'autoriser des tiers à représenter B_ SA pour divers actes juridiques, en particulier en matière judiciaire, et la seconde, datée du 6 janvier 2020, conférée par D_ à C_ et lui donnant pouvoir de représenter B_ SA pour divers actes juridiques, notamment dans le domaine judiciaire. Elle a pour le surplus soutenu qu'en sa qualité d'employé de B_ SA C_ était en tout état de cause habilité à recevoir des actes de poursuite et à y former opposition.
d.
En l'absence de réplique spontanée de la part de la plaignante, la cause a été gardée à juger le 15 octobre 2020.

EN DROIT
1.
Déposée en temps utile (art. 17 al. 2 LP) et dans les formes prévues par la loi (art. 9 al. 1 et 2 LALP; art. 65 al. 1 et 2 LPA, applicables par renvoi de l'art. 9 al. 4 LALP), auprès de l'autorité compétente pour en connaître (art. 6 al. 1 et 3 LALP; art. 17 al. 1 LP), à l'encontre d'une mesure de l'Office pouvant être attaquée par cette voie (art. 17 al. 1 LP) et par une partie lésée dans ses intérêts (ATF
138 III 219
consid. 2.3;
129 III 595
consid. 3;
120 III 42
consid. 3), la plainte est recevable.
2. a.
Selon l'art. 74 al. 1 LP, le débiteur poursuivi qui entend former opposition peut en faire la déclaration immédiate à celui qui lui remet le commandement de payer.
La qualité pour former opposition à un commandement de payer appartient non seulement au débiteur mais également à ses représentants légaux ou contractuels. La personne en mains de laquelle le commandement de payer est remis peut également former opposition pour le compte du débiteur, même lorsqu'il ne dispose pas de pouvoirs de représentation, ce en qualité de gérant d'affaires sans mandat (ATF
112 II 81
cons. 2b) ou parce qu'il a qualité pour recevoir le commandement de payer en application des art. 64 al. 1 deuxième phrase et
65 al. 2 LP (ATF
97 III 113
). L'opposition ainsi formée est valable, sous réserve de sa ratification pour le poursuivi (ATF
97 III 113
). Même si une telle ratification peut en pratique être présumée, il incombera à l'office ou à l'autorité de surveillance, sur demande du créancier, d'en vérifier l'existence (ATF
97 III 113
; Bessenich, in BSK SchKG I, N 6 ad art. 74 LP; Ruedin, in CR LP, N 3 ad art. 74 LP).
b.
Il résulte en l'espèce des pièces produites par la poursuivie avec sa détermination que l'employé à qui le commandement de payer a été remis en application de l'art. 65 al. 2 LP disposait bien des pouvoirs pour y former opposition, de telle sorte que l'opposition était d'emblée valable.
Eût-elle nécessité une ratification que celle-ci devrait être considérée comme apportée par la détermination de la poursuivie dans la présente procédure de plainte.
C'est donc à juste titre que l'Office a constaté sur les commandements de payer litigieux que la poursuivie avait formé opposition, ce qui entraîne le rejet de la plainte.
3.
La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP; 61 al. 2 let. a OELP) et il ne peut être alloué aucuns dépens dans cette procédure (art. 62 al. 2 OELP).
* * * * *