Decision ID: cfe216be-14ce-456a-b30b-f805ae855765
Year: 2007
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
A._, ressortissante péruvienne née le 21 mai 1984, a effectué plusieurs séjours touristiques en Suisse en 2001 et en 2002. Elle y est revenue le 1
er
octobre 2006, sans être au bénéfice d'un visa ou d'une autorisation de séjour, la validité de son passeport étant même échue depuis le 21 décembre 2005; elle a obtenu le renouvellement de son passeport pour cinq ans le 17 octobre 2006. Le 30 octobre 2006, elle a présenté une demande auprès du Contrôle des habitants de 1******** afin de pouvoir suivre les cours de l'Ecole de français langue étrangère (EFLE) de l'Université de Lausanne, auxquels elle s'était inscrite. A sa demande étaient notamment annexés un curriculum vitae, une formule "Attestation de prise en charge financière" signée par sa cousine B._, établie à 1********, et une lettre de soutien de cette dernière. Le 11 décembre 2006, elle a produit un plan d'études détaillé, indiquant que la durée prévue était de deux ans (2006-2008) et qu'elle visait l'obtention d'un diplôme de français langue étrangère (langue et culture). Elle avait ensuite l'intention de présenter sa candidature à une
"université francophone visant la faculté de Sciences Politiques"
.
B.
Par décision du 21 décembre 2006, notifiée le 15 janvier 2007, le Service de la population (SPOP) a refusé de délivrer à A._ une autorisation de séjour pour études. Il lui a imparti un délai d'un mois dès la notification de la décision pour quitter le territoire. Elle a en outre été rendue attentive au fait que l'Office fédéral des migrations (ODM) prononcerait vraisemblablement une interdiction d'entrée en Suisse à son endroit. Il a notamment retenu que l'intéressée était entrée en Suisse le 1
er
octobre 2006 sans visa des autorités compétentes, commettant ainsi des infractions en matière de police des étrangers. Il apparaissait en outre qu'elle ne disposait pas des connaissances linguistiques nécessaires à son projet d'études auprès de la Faculté des sciences politiques, puisqu'elle ne possédait pas les connaissances linguistiques requises. En outre, étant donné la présence d'un membre de sa famille en Suisse, sa sortie du pays au terme des études n'était pas suffisamment assurée. L'intéressée n'avait au surplus pas démontré la nécessité d'effectuer la formation envisagée en Suisse.
C.
A._ a déféré la décision du SPOP du 21 décembre 2006 au Tribunal administratif par lettre du 1
er
février 2007. Elle reconnaissait n'avoir pas demandé de permis de séjour avant de venir en Suisse, mais disait avoir agi par ignorance, demandant l'indulgence des autorités. Pour ce qui est de la connaissance de la langue française, elle expliquait en avoir une bonne maîtrise, mais préférait l'approfondir, pour assurer ses chances de succès en sciences politiques. Elle contestait ne pas vouloir retourner chez elle, puisque toute sa famille y vivait, que seule une cousine habitait la Suisse et qu'elle avait l'assurance d'un engagement auprès d'une étude d'avocats dans son pays, à son retour. Elle a requis l'effet suspensif. Parmi les pièces produites figure une lettre de C._, directrice de l'EFLE, qui explique que le projet de formation de la recourante, en deux temps, est logique et crédible.
Dans ses déterminations du 27 février 2007, le SPOP a conclu au rejet du recours. Il a notamment relevé que l'intéressée ne pouvait se prévaloir de son ignorance quant à l'obligation du visa et des formalités nécessitées par son projet d'études. Enfin, elle ne remplissait pas les conditions d'immatriculation pour être admise en sciences politiques à l'Université de Lausanne, son titre de fin d'études secondaires péruvien n'étant pas reconnu par l'Université de Lausanne.
La recourante a déposé un mémoire complémentaire le 2 avril 2007. Elle expliquait avoir cru de bonne foi qu'elle pouvait passer d'abord l'examen d'entrée à l'Université et solliciter ensuite, une fois l'examen réussi, une autorisation de séjour pour études. Elle a produit une deuxième lettre de la directrice de l'EFLE, datée du 26 mars 2007, qui précise le cursus envisagé. Elle a réitéré son intention de retourner dans son pays au terme des études et travailler auprès d'une étude d'avocats.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1.
Aux termes de l'art. 4 al. 1 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA; RSV 173.36), le Tribunal administratif connaît en dernière instance cantonale de tous les recours contre les décisions administratives cantonales ou communales lorsqu'aucune autre autorité n'est expressément désignée par la loi pour en connaître. Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du SPOP et du Service de l'emploi.
2.
En dehors des cas où une disposition légale prévoit expressément le contrôle de l'opportunité d'une décision, le Tribunal administratif n'exerce qu'un contrôle en légalité, c'est-à-dire examine si la décision entreprise est contraire à une disposition légale ou réglementaire expresse, ou relève d'un excès ou d'un abus du pouvoir d'appréciation (art. 36 litt. a et c LJPA). La loi fédérale du 26 mars 1931 sur le séjour et l'établissement des étrangers (LSEE; RS 142.20) ne prévoyant aucune disposition étendant le pouvoir de contrôle de l'autorité de recours à l'inopportunité, ce grief ne saurait donc être examiné par le tribunal de céans.
3.
Conformément à la jurisprudence, il y a abus du pouvoir d'appréciation lorsqu'une autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues par la loi, se laisse guider par des considérations non pertinentes ou étrangères au but des dispositions applicables, ou encore lorsqu'elle statue en violation des principes généraux du droit administratif que sont l'interdiction de l'arbitraire, l'égalité de traitement, la bonne foi et la proportionnalité (cf. sur tous ces points, ATF 110 V 365 consid. 3b in fine; ATF 108 Ib 205 consid. 4a).
Aux termes de l'art. 1a LSEE, tout étranger a le droit de résider sur le territoire suisse s'il est au bénéfice d'une autorisation de séjour ou d'établissement. En l'espèce, la recourante ne dispose d'aucun droit à la délivrance d'une autorisation de séjour à quelque titre que ce soit. Selon l'art. 4 LSEE, l'autorité statue librement, dans le cadre des prescriptions légales et des traités avec l'étranger, sur l'octroi de l'autorisation de séjour. Pour les autorisations, les autorités doivent tenir compte des intérêts moraux et économiques du pays, ainsi que du degré de surpopulation étrangère (art. 16 al. 1 LSEE). Ainsi, les ressortissants étrangers ne bénéficient en règle générale d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail.
4.
La recourante est entrée en Suisse sans autorisation, alors qu'elle avait l'obligation, en tant que ressortissante péruvienne, d'être en possession d'un visa ou d'une autorisation de séjour. Il est dès lors établi qu'en séjournant en Suisse sans autorisation, tout d'abord avec un passeport périmé, elle a commis une infraction aux règles de police des étrangers. Elle sollicite une autorisation de séjour pour entreprendre des études universitaires de français.
a) L'art. 32 de l'Ordonnance du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (OLE; RS 823.21) prévoit que des autorisations de séjour peuvent être accordées à des étudiants étrangers lorsque :
" - a) le requérant vient seul en suisse;
- b) il veut fréquenter une université ou un autre institut d'enseignement supérieur;
- c) le programme des études est fixé;
- d) la direction de l'établissement atteste par écrit que le requérant est apte à fréquenter l'école et qu'il dispose de connaissances linguistiques suffisantes pour suivre l'enseignement;
- e) le requérant prouve qu'il dispose des moyens financiers nécessaires et
- f) la sortie de Suisse à la fin du séjour d'études paraît assurée."
Ces conditions sont cumulatives; en vertu de l'art. 4 LSEE, le fait d'en réunir la totalité ne justifie pas encore le droit à l'octroi d'une autorisation (ATF 106 Ib 127).
b) Conformément à l'art. 11 al. 3 de l'Ordonnance concernant l'entrée et la déclaration d'arrivée des étrangers du 14 janvier 1998 (OEArr; RS 142.211),
"l'étranger est lié par les indications qui figurent dans son visa concernant le but de son voyage et de son séjour"
(cf. dans un sens analogue art. 10 al. 3 du règlement d'exécution de la LSEE, aux termes duquel
"les obligations assumées par l'étranger au cours de la procédure d'autorisation et ses déclarations, en particulier sur les motifs de son séjour, le lient à l'égal des conditions imposées par l'autorité"
; cf. également art. 2 al. 2 de l'ancienne ordonnance du 10 avril 1946 concernant l'entrée et la déclaration d'arrivée des étrangers, selon lequel le visa ne donne droit que de passer la frontière, l'étranger étant lié, jusqu'à ce que ses conditions de résidence aient été réglées, par les indications figurant dans son visa concernant les motifs de son voyage; cf. également dans le même sens arrêts TA PE.1997.0002 du 5 février 1998; PE.1996.0856 du 20 février 1997; PE.1997.0065 du 11 juin 1997 et PE.1998.0104 du 28 août 1998). Les Directives et commentaires de l'Office fédéral des migrations (anciennement IMES) sur l'entrée, le séjour et le marché du travail (Directives LSEE, 3
e
version remaniée et adaptée, mai 2006) prévoient au chiffre 221 que le visa ne dispense pas son titulaire de déclarer son arrivée aux autorités compétentes en matière d'étrangers si, conformément à la législation en la matière, son séjour est soumis à autorisation (art. 2, al. 2, RSEE). S'il a l'intention de demeurer en Suisse au-delà du séjour inscrit dans son visa, il doit en tout cas s'annoncer avant cette échéance.
Le Tribunal administratif a rappelé à plusieurs reprises que l'étranger est lié par les termes de son visa et qu'il ne peut prétendre à l'octroi d'une autorisation de séjour pour études, s'il est entré en Suisse avec un visa touristique ou de visite, avant d'être retourné dans son pays d'origine et y avoir déposé la demande correspondante auprès de la représentation suisse (v. notamment arrêts PE.2006.0444 du 18 août 2006, PE.2005.0537 du 23 mars 2006 et PE.2005.0184 du 20 septembre 2005).
5.
En l'espèce, il est rappelé que la recourante est non seulement entrée en Suisse sans papiers d'identité valables, mais encore qu'elle n'était titulaire ni d'un visa, ni d'une autorisation de séjour. Elle ne peut donc solliciter une autorisation de séjour pour études, démarche qui devait en tous les cas être effectuée dans son pays d'origine, même si l'intéressée avait été au bénéfice d'un visa de visite. Peu importe à cet égard qu'elle ait cru pouvoir procéder différemment. Ses explications ne sont d'ailleurs guère convaincantes. Il serait en effet pour le moins surprenant que l'autorité consulaire péruvienne qui a procédé au renouvellement de son passeport, à Genève, le 17 octobre 2006, ne l'ait pas rendue attentive aux formalités requises. Pour cette raison déjà, l'autorité intimée était par conséquent en droit de refuser l'octroi de l'autorisation sollicitée.
Par surabondance de droit, le tribunal constate que la recourante ne remplit pas les conditions prévues à l'art. 32 lit. d et f OLE. Son titre de fin d'études secondaires obtenu dans son pays d'origine ne lui donne en effet pas accès à la Faculté des lettres de l'Université de Lausanne, où elle souhaite suivre des cours de sciences politique, comme l'a précisé la directrice de l'EFLE dans sa lettre du 26 mars 2007, document produit en annexe au recours. A cet égard, le cursus envisagé, soit des cours de français à l'Université démontre bien cette lacune. Quant à la sortie de Suisse, elle n'est effectivement pas garantie, d'une part en raison des séjours que la recourante a déjà effectués dans le pays, certains sans visa, d'autre part à cause de la présence de sa cousine chez qui elle loge et qui a signé une attestation de prise en charge financière. L'attestation produite, selon laquelle l'intéressée serait réengagée au terme de ses études supérieures par une étude d'avocats dans son pays d'origine, ne suffit pas à lever le doute quant à la garantie de sa sortie de Suisse.
6.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours aux frais de la recourante qui succombe. Le SPOP est chargé de fixer un nouveau délai de départ à la recourante et de veiller à l’exécution de sa décision.