Decision ID: 3df372ac-9b0b-5362-bf2f-a4f060b21644
Year: 2008
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. Par ordonnance du 4 septembre 2006, le Tribunal de première instance a, sur requête de N_ SA, ordonné le séquestre de tous avoirs et biens de la République de G_, sous son nom propre ou auprès de toutes entités, organes, services ou offices, tel R_ SA mais appartenant en réalité à la République de G_, en mains d'I_ SA, à concurrence de 2'009'055 fr. 34, plus intérêts et frais.![endif]>![if>
Le séquestre a été exécuté le jour même en mains de I_ SA et fait l'objet de la référence n° 06 xxxx27 B.
I_ SA a informé le 5 septembre 2006 l'Office des poursuites (ci-après : l'Office) comme quoi le séquestre avait porté sur une somme de US$ 703'070,33, tout en ajoutant qu'à sa connaissance, cette somme n'appartenait pas à la République de G_.
Le 22 septembre 2006, R_ SA a formé opposition au séquestre, prétendant être propriétaire des biens séquestrés ; après une longue procédure, la Cour de justice, dans un arrêt
ACJC/1518/07
du 13 décembre 2007, a admis la validité du séquestre et rejeté l'opposition de R_ SA, ce séquestre est en cours de validation.
Le 27 février 2008, N_ SA a requis du Tribunal de première instance un second séquestre sur les redevances échues depuis le premier séquestre collectées par I_ SA en faveur de R_ SA pour le compte de la République de G_ ainsi que les redevances qui viendraient à échoir postérieurement ; ce séquestre a été exécuté le même jour par l'Office et porte la référence n° 08 xxxx42 P.
I_ SA a écrit à l'Office le 11 mars 2008 pour l'informer qu'il lui est impossible de communiquer les montants qui pourraient appartenir en réalité à la République de G_, sachant que R_ SA agit pour le compte de deux autres États, soit S_ et L_.
Le 1
er
avril 2008, N_ SA a requis de l'Office qu'il mette en demeure I_ SA de révéler la portée exacte du séquestre, sous menace de l'art. 324 ch. 5 CP.
Par décision de l'Office du 4 avril 2008, il a refusé de donner suite à cette requête de mise en demeure, se fondant en cela sur un arrêt du Tribunal fédéral (7B 220/2005) prévoyant que l'obligation de renseigner du tiers ne naît qu'à la fin de la procédure d'opposition.
Le 10 avril 2008, R_ SA a formé opposition au séquestre n° 08 xxxx42 P devant le Tribunal de première instance ; cette procédure est toujours pendante à ce jour.
Le 18 avril 2008, N_ SA a déposé une plainte auprès de la Commission de céans contre la décision de l'Office du 4 avril 2008, aux fins d'inviter l'Office à ordonner à I_ SA de révéler la portée du séquestre, sous les menaces de l'art. 324 ch. 5 LP. Cette plainte a été rejetée par décision
DCSO/287/2008
du 4 juillet 2008.
Il faut noter que de son côté R_ SA a porté également plainte par acte du 10 avril 2008 devant la Commission de céans contre l'ordonnance de séquestre n
o
08 xxxx42 P ; cette plainte a également été rejetée par décision
DCSO/289/2008
du 4 juillet 2008 et a fait l'objet d'un recours auprès du Haut Tribunal fédéral, qui vient d'être rejeté mais dont les considérants ne sont pas encore connus.
B. Le 23 mai 2008, l'Office a notifié aux parties le procès-verbal de saisie n° 06 xxxx34 E dans lequel il impartit à la République de G_ et à N_ SA un délai de 20 jours pour ouvrir action en contestation de la revendication de R_ SA.![endif]>![if>
C. Le 9 juin 2008, N_ SA a déposé une plainte devant la Commission de céans contre le procès-verbal de saisie du 23 mai 2008 qu'elle indique avoir reçu le 28 du même mois, assortie d'une demande d'effet suspensif, au motif que l'Office aurait dû faire application en l'espèce de l'art. 107 LP, plutôt que 108 LP. En effet, la plaignante relève que la question de la propriété et de la possession des redevances aériennes a été débattue lors de la procédure d'opposition au séquestre et que ni le Tribunal de première instance, ni la Cour de justice et ni le Tribunal fédéral n'ont retenu un droit de propriété de R_ SA sur les biens séquestrés. Au vu de ces précédentes décisions, la plaignante estime que l'Office aurait ainsi dû fixer au tiers revendiquant, en l'occurrence, R_ SA, un délai de 20 jours pour ouvrir action en constatation de son droit, conformément à l'art. 107 al. 5 LP.![endif]>![if>
D. Par ordonnance du 11 juin 2008, la Commission de céans a admis la demande d'effet suspensif.![endif]>![if>
E. Les parties ont été invitées par la Commission de céans à faire part de leurs observations.![endif]>![if>
R_ SA s'est déterminée par courrier du 4 juillet 2008 et a conclu au rejet de la plainte au motif que les avoirs séquestrés étant en mains d'I_ SA pour le compte de R_ SA, soit en possession ou copossession de tiers, c'est à juste titre que l'Office s'est fondé sur l'art. 108 al. 1 LP pour inviter le créancier ou le débiteur à ouvrir action contre le tiers en contestation de sa prétention.
Pour leurs parts, I_ SA a écrit à la Commission de céans pour indiquer qu'elle n'entend pas déposer d'observations dans le cadre de cette procédure, vu sa qualité de tiers séquestrée, et la République de G_ n'a donné aucune suite à l'invitation qui lui a été faite de déposer des observations.
F. Dans son rapport du 4 juillet 2008, l'Office a conclu au rejet de la plainte estimant que dans le cas particulier, soit avec un quatrième intervenant détenant les biens séquestrés, il doit déterminer pour qui ce quart détenteur détient l'actif séquestré, entraînant que s'il détient le bien pour le débiteur lui-même, l'article 107 LP trouvera application. Pour le cas où l'objet serait détenu pour le tiers revendiquant, soit comme en par l'espèce R_ SA si l'on se réfère à un courrier du 15 septembre 2006 et au contrat du 16 avril 1991 entre I_ SA et le tiers revendiquant, il faut appliquer l'art. 108 LP. L'Office termine en relevant que les dispositifs des différentes décisions rendues jusqu'à présent par le Tribunal de première instance, la Cour de justice ou le Tribunal fédéral dans le cadre de l'opposition au séquestre ne sont pas déterminantes pour trancher le problème de la revendication, puisque dans le cadre d'une procédure d'opposition au séquestre, seul est tranché le fait de savoir si le créancier a rendu suffisamment vraisemblable que les biens saisis sont la propriété du débiteur, la décision définitive sur ce point relevant exclusivement de la procédure de revendication.![endif]>![if>

EN DROIT
1. La présente plainte a été formée en temps utile et dans les formes prévues par la loi auprès de l’autorité compétente. L'ouverture d'une procédure de revendication au sens des art. 106 et ss. LP est une mesure sujette à plainte et le créancier poursuivant est une personne ayant qualité pour agir par cette voie (art. 17 LP ; art. 10 al. 1 et 13 LaLP).
Elle est donc recevable.
2.a. En vertu de l'art. 275 LP, les art. 91 à 109 relatifs à la saisie s'appliquent par analogie à l'exécution du séquestre.
2.b. Le but de la procédure de revendication est de départager le patrimoine du débiteur et celui du tiers, sans conférer pour autant à l'Office la compétence de trancher des questions de droit matériel. L'Office définit le rôle procédural des parties, à savoir la qualité de demandeur ou de défendeur à l'action. En ce qui concerne le fardeau de la preuve, la répartition du rôle des parties dans les procédures judiciaires en constatation du droit revendiqué (art. 107 LP) ou en contestation de ce droit (art. 108 LP) n'exerce aucune influence ; que le tiers revendiquant soit demandeur ou défendeur, c'est à lui qu'il incombe de prouver le droit qu'il prétend conformément au principe général de l'art. 8 CC (SJ
2003 I 447
consid. 2.3 ; SJ 1971 42 ss).
L'Office assigne au débiteur et au créancier un délai de dix jours pour contester la prétention du tiers lorsque celle-ci a, notamment, pour objet une créance ou un autre droit et que la prétention du débiteur paraît mieux fondée que celle du tiers (art. 107 al. 1 ch. 2 et al. 2 LP). Si la prétention n'est pas contestée, elle est réputée admise dans la poursuite en question (art. 107 al. 4 LP), alors que si elle est contestée, l'Office impartit un délai de vingt jours respectivement au tiers pour ouvrir action en constatation de son droit contre celui qui le conteste (art. 107 al. 5 phr. 1 LP) ou au créancier et au débiteur pour ouvrir action contre le tiers en contestation de sa revendication (art. 108 al. et 2 LP ; cf. ATF non publiés
7B.281/2001
du 29 janvier 2002 consid. 2a et
7B.105/2006
du 13 octobre 2006 consid. 2.1).
2.c. D'après leurs notes marginales, les art. 107 ss LP répartissent les rôles respectifs de demandeur et de défendeur dans le procès en revendication selon que les biens saisis sont en possession exclusive du débiteur ou en possession ou copossession du tiers. Ces notions de possession ou de copossession s'entendent davantage dans le sens de la puissance exercée sur les biens considérés que dans le sens civil de ces termes (
DCSO/613/2004
du 23 décembre 2004, consid. 2.b. citant
DCSO/458/03
du 27 octobre 2003, consid. 3.c.). Pour des créances, ces dispositions font référence à la notion de prétention paraissant la mieux fondée (art. 107 al. 2 ch. 2 et art. 108 al. 1 ch. 2 LP).
L'Office ou, sur plainte, l'autorité de surveillance doit examiner,
prima facie
, sur la base des pièces produites,
et à titre préjudiciel, les rapports juridiques entre le tiers opposant et le poursuivi pour répartir le rôle des parties dans la phase judiciaire. Il leur faut en principe se fier aux déclarations du débiteur ou du tiers revendiquant, l'Office et la Commission de céans n'ayant pas à vérifier le bien-fondé de la revendication (ATF non publié
7B.105/2006
du 13 octobre 2006 consid. 2.2 ; ATF
123 III 367
consid. 3b ; ATF
120 III 83
consid. 3b). L'Office et, sur plainte, la Commission de céans doivent rechercher lequel est vraisemblablement le plus légitimé à faire valoir le droit patrimonial saisi (Pierre-Robert
Gilliéron
, Commentaire, ad art. 108 n° 36 ss).
Lorsque la prétention concerne une créance, c'est l'apparence du bien-fondé de la prétention qui est déterminante, au regard de tous les éléments susceptibles d'étayer cette apparence (Walter A.
Stoffel
, Voies d’exécution, § 5 n° 79 ss, not. 107 ; Kurt
Amonn
/ Fridolin
Walther
, Grundriss, 7ème éd. 2003, § 24 n° 1 ss, not. 37 ; Pierre-Robert
Gilliéron
, op.cit., ad art. 108 n° 30 ss ; Daniel
Staehelin
, in SchKG II, ad art. 107 n° 12 s. et ad art. 108 n° 4).
Plus spécifiquement, l'Office doit déterminer qui, du poursuivi ou du tiers revendiquant, pouvait disposer en fait de la créance selon la plus grande vraisemblance, au moment de la saisie ou du séquestre (ATF
120 III 83
consid. 3a). Il s'agit d'examiner qui est vraisemblablement en mesure d'administrer, d'exercer le droit incorporel mis sous main de justice et, en particulier, d'en percevoir les intérêts ou les revenus, voire d'introduire une poursuite (Pierre-Robert
Gilliéron
, op.cit., ad art. 107 n° 29). Lorsque le débiteur et le tiers revendiquant paraissent avoir la même maîtrise du bien saisi, ou, s'agissant de créances non incorporées dans des papiers-valeur, lorsque leur prétention ont toutes deux la même apparence de bien-fondé, c'est la procédure prévue par l'art. 108 LP, évoquant le cas de la copossession, qui doit trouver application, au bénéfice du tiers revendiquant (Adrian
Staehelin
, in SchKG II, ad art. 107 n° 15 et la jurisprudence citée).
2.d. Si les biens revendiqués ne se trouvent en la possession ni du tiers revendiquant, ni du poursuivi, mais en celle d'une quatrième personne, le quart détenteur, le rôle des parties au procès dépend de la question de savoir pour le compte de qui le détenteur possède : si c'est pour le compte exclusif du débiteur, il appartient au tiers revendiquant d'ouvrir action ; si le quart détenteur possède pour son propre compte, ou conjointement avec le débiteur, ou encore pour le compte du tiers revendiquant et du débiteur, il incombe au créancier d'agir (Jean-Luc
Tschumy
, Commentaire romand, ad art. 107 n° 1 ss ; ATF non publié du 13 octobre 2006
7B.105/2006
consid. 2.1 ; ATF
123 III 367
consid. 3.b, JdT
1999 II 82
, SJ 1998 103 ; ATF
123 III 123
, JdT
1997 II 153
; ATF
121 III 85
consid. 2.a ; ATF
120 III 83
).
3.a. En l'espèce, il est constant que les fonds saisis ne sont détenus ni par la débitrice ni par le tiers revendiquant, mais par une quatrième personne - quart détenteur - en l'occurrence I_ SA, laquelle ne possède pas pour son propre compte ou conjointement avec le débiteur. La question est donc de déterminer pour le compte de qui, de la débitrice exclusivement ou de celui-ci et du tiers revendiquant, le quart détenteur détient ces fonds.
La débitrice ne s'est pas manifestée.
L'Office a en sa possession un courrier du 15 septembre 2006 qu'I_ SA lui a adressé et duquel il ressort que cette entité est en relation contractuelle avec R_ SA sur la base d'un contrat du 16 avril 1991, ayant pour objet la facturation et le recouvrement des redevances de survol pour les services de contrôle aériens qu'elle fournit, qu'elle ne détient à sa connaissance aucun avoir pour la République de G_.
Il n'est contesté par aucune des parties que les avoirs séquestrés sont en mains d'I_ SA et que les redevances aériennes sont collectées par R_ SA qui les revendique (ad. 10 de la plainte).
L'Office ne peut faire totale abstraction des décisions du juge du séquestre pour se contenter de la déclaration du quart détenteur lorsque celui-ci déclare détenir des fonds pour le compte de la tierce revendiquante et non pour celui de la débitrice. Même si le quart détenteur et la tierce revendiquante sont défendus par des Conseils appartenant à la même Étude et que la plaignante en déduit qu'il y aurait collusion entre ces deux parties (ad 33 de la plainte), la seule conclusion à laquelle il y a lieu d'arriver est l'absence de conflit d'intérêt entre elles.
Cela étant, à la lecture de l'arrêt de la Cour de justice
ACJC/1518/2007
du 13 décembre 2007, la Cour a relevé
"La recourante
(R_ SA)
n'apporte ainsi nullement, au stade de l'opposition au séquestre, la preuve de la propriété des avoirs qu'elle revendique et dont la requérante
(N_ SA)
a rendu vraisemblable qu'une quote-part revenait à la débitrice. A cet égard, la prise de position d'I_ SA du 15 septembre 2006 ne contredit pas cette appréciation. I_ SA indique seulement ne détenir aucune somme pour le compte de la République de G_, mais sans pouvoir se prononcer sur le fait que ces fonds déposés en ses livres pourraient appartenir "en réalité" à la République de G_"
(point 3 des considérants, page 9), rejetant ainsi l'opposition au séquestre.
Ainsi, la Commission de céans constate à la lecture de cet arrêt, que certes N_ SA a rendu vraisemblable le fait que I_ SA, quart détenteur, détient une somme en faveur de la débitrice, soit la République de G_, mais par contre, à titre non exclusif, puisqu'une partie des redevances séquestrées revient également au L_ et S_.
Ainsi, il y a lieu d'admettre en conséquence, dans un tel cas, que la répartition des rôles opérée par l'Office l'a été à bon droit au vu de la jurisprudence en la matière qui impose au créancier d'ouvrir action dans les 20 jours sur la base de l'art. 108 LP (consid. 2.d.).
3.b. La plainte sera ainsi rejetée.
* * * * *