Decision ID: aba9ef62-a23a-438c-a5dd-a070f3227e81
Year: 2001
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. A._, née le 10 décembre 1974, a entrepris en août 1999 des études à l'Ecole suisse de tourisme, à Sierre. L'Office cantonal des bourses d'études et d'apprentissage (ci-après: office) lui a octroyé une bourse de 16'800 fr. pour sa première année d'études (1999/2000).
Faisant suite à la demande de A._, l'office lui a accordé une bourse de 5'600 fr. pour la période du 21 août 2000 au 22 décembre 2000 (troisième semestre), en précisant qu'il n'intervenait pas pour l'année de stage (quatrième et cinquième semestres).
B. C'est contre cette décision que A._ se pourvoit auprès du Tribunal administratif; elle fait valoir qu'après déduction de l'écolage (2'700 fr.) et de l'abonnement général CFF (304 fr. par mois), elle ne dispose plus que de 276 fr. par mois pour couvrir le reste de ses charges.
Dans sa réponse du 9 octobre 2000, l'office conclut au rejet du recours en relevant que la somme allouée correspond au tiers du montant maximum d'une bourse annuelle pour un requérant célibataire financièrement indépendant.
Faisant suite à une interpellation du juge instructeur, le directeur de l'office expose que les requérants financièrement indépendants doivent pouvoir mener à bien leur formation avec le montant forfaitaire maximum prévu par les directives du Conseil d'Etat, qui peut être complété par un salaire d'appoint sans influence sur le montant de la bourse. Il relève en outre que les frais d'études individuels ne sont pris en compte que pour les requérants financièrement dépendants (v. lettre du 6 février 2001).

Considérant en droit:
1. Déposé en temps utile, le recours satisfait aux conditions formelles énoncées à l'art. 31 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA). Il y a donc lieu d'entrer en matière sur le fond.
2. Toute personne remplissant les conditions fixées par la loi a droit au soutien financier de l'Etat pour la poursuite d'études ou d'une formation professionnelle. Pour l'essentiel, ces conditions sont de deux ordres : des conditions de nationalité et de domicile d'une part, des conditions financières d'autre part. Les conditions financières reposent sur l'un des principes cardinaux de la loi du 11 septembre 1973 sur l'aide aux études et à la formation professionnelle (LAE), exprimé à son article 2 : "Le soutien de l'Etat est destiné à compléter celui de la famille, au besoin à y suppléer". C'est dire que ce soutien a un caractère subsidiaire. Le législateur a voulu maintenir le principe de la responsabilité de la famille. La nécessité et la mesure de ce soutien dépendent des moyens financiers dont le requérant et ses père et mère disposent (art. 14 al. 1 LAE). Il n'est fait abstraction de la situation financière des parents que si, depuis dix-huit mois au moins, le requérant majeur est domicilié dans le canton de Vaud et s'y est rendu financièrement indépendant ou si d'autres personnes que ses parents subviennent à son entretien (art. 14 al. 2 et 12 ch. 1 et 2 LAE). Est réputé financièrement indépendant le requérant âgé de moins de vingt-cinq ans qui a exercé une activité lucrative continue, en principe pendant dix-huit mois immédiatement avant le début des études ou de la formation pour lesquelles il demande l'aide de l'Etat (art. 12 ch. 2, deuxième phrase, LAE).
3. En l'espèce, l'office a admis que A._ était financièrement indépendante au sens de la LAE. Il a fixé le montant de la bourse en se basant sur le document intitulé "Barème et directives pour l'attribution des bourses d'études et d'apprentissage", approuvé par le Conseil d'Etat en mars 1998 (ci-après: barème). Selon le barème, le montant maximum auquel peut prétendre un requérant célibataire, financièrement indépendant au sens de l'art. 12 ch. 2 LAE et sans enfant à charge est de 16'800 fr. par an, frais d'études compris. L'office a accordé le tiers de ce montant à A._, puisqu'il a considéré qu'aucune aide financière ne pouvait être octroyée pour la période de stage. Ce dernier point n'étant pas contesté par la recourante, le litige ne porte que sur la somme de 5'600 fr. allouée pour la période du 21 août au 22 décembre 2000.
4. Le principe selon lequel la capacité financière est évaluée en tenant compte notamment des dépenses d'entretien et de logement, ainsi que du revenu net admis par la commission d'impôt est posé par la loi (art. 16 LAE). Cette disposition s'applique aussi bien lorsqu'il s'agit d'examiner la capacité financière des parents d'un requérant dépendant que celle d'un requérant indépendant. Le législateur n'a en effet pas opéré de distinction entre ces deux catégories de boursiers, suivant en cela la volonté du Conseil d'Etat exprimée dans l'exposé des motifs relatif au projet de loi (BGC septembre 1973, p. 1239, ad art. 16: "Le revenu pris en considération pour établir la capacité financière des parents et, le cas échéant, celle du requérant lui-même (...)"). La simplification prévue par le barème, soit un montant forfaitaire pour les frais d'études et d'entretien, n'est donc pas conforme à l'art. 16 LAE. De plus elle va à l'encontre du but même de la LAE, clairement défini à l'art. 2 (le soutien de l'Etat "doit être suffisant pour supprimer tout obstacle financier à la poursuite des études et à la formation professionnelle"), dans la mesure où elle exclut l'éventualité d'une aide financière supérieure à ce montant forfaitaire. Cette méthode, qui a d'ailleurs déjà été critiquée par le Tribunal administratif (arrêt BO 98/0180, consid. 4, du 11 novembre 1999), doit dès lors être abandonnée au profit des règles ordinaires d'évaluation de la capacité financière.
Les explications de l'autorité intimée tendant à justifier l'application du barème ne sont pas convaincantes. Contrairement à ce que semble penser le directeur de l'office, une loi au sens formel prime un règlement d'application et, a fortiori, des directives qui ne sont pas publiées. On ne saurait dès lors appliquer des directives non conformes à la loi dans l'attente d'une révision de celle-ci. Il s'agit au contraire de les adapter aux normes légales actuellement en vigueur. En l'occurrence, le forfait maximum de 16'800 fr. ne peut être retenu dans la mesure où il contrevient notamment aux art. 16 (v. paragraphe précédent) et 19 LAE, selon lequel toutes les dépenses occasionnées par les études doivent être prises en considération. Cette disposition contraint en effet l'autorité à calculer le coût des études pour chaque requérant, qu'il soit financièrement dépendant ou indépendant. Allouer un montant forfaitaire revient à considérer que le coût des études est identique pour tous les étudiants ou apprentis, ce qui n'est évidemment pas le cas, ne serait-ce qu'au vu des variations considérables des frais d'écolage et de matériel que l'on peut constater d'une formation à l'autre. Ce procédé aboutit ainsi à un résultat choquant: deux étudiants fréquentant deux écoles différentes ne disposent pas, après déduction des frais d'études, de la même somme d'argent alors qu'ils doivent faire face à des charges d'entretien identiques.
5. a) La recourante est sans revenu ni fortune. Elle a donc droit à la prise en charge de l'ensemble de ses frais d'études. La période à subsidier s'étalant sur quatre mois (21 août au 22 décembre 2000), le coût des études s'établit comme suit :
- Ecolage et frais administratifs (matériel, séminaires, taxes d'examen): 2'700 fr.
- Déplacements (abonnement CFF): 1'520 fr. pour 5 mois, soit pour 4 mois: 1'216 fr.
- repas de midi (200 fr. par mois selon le barème) : 800 fr.
Total : 4'716 fr.
b) La recourante peut prétendre, en sus de ce montant, à une allocation complémentaire (art. 11a al. 2 RAE), qui doit être calculée en faisant abstraction du montant maximum (100 fr. par mois) fixé par le Conseil d'Etat sur la base de l'art. 11a al. 3 RAE; cette limite a en effet été jugée contraire à la loi (arrêt BO 00/0008, consid. 4b, du 11 mai 2000).
L'allocation complémentaire a pour fonction de couvrir les dépenses d'entretien et de logement que le requérant n'est pas en mesure d'assumer (v. arrêt BO 98/0172, consid. 5, du 11 octobre 1999). Il ne s'agit pas de permettre à ce dernier de vivre confortablement ou de réaliser des économies, mais bien de lui assurer la couverture de ses besoins vitaux. On peut donc se référer par analogie au régime applicable aux bénéficiaires de l'aide sociale. Le document intitulé "Recueil d'application de l'aide sociale vaudoise" contient un "Barème des normes ASV 2000", qui fixe à 1'110 fr. le forfait mensuel pour une personne seule, auquel il convient d'ajouter le loyer effectif jusqu'à concurrence de 650 francs. A noter que le forfait mensuel de 200 fr. compté pour les repas de midi n'est pas compris dans le forfait de 1'110 fr., car il correspond au surcoût occasionné par l'obligation, pour la recourante, de manger hors de son domicile en raison de ses études.
En l'espèce, la recourante partage avec un colocataire un appartement dont le loyer mensuel s'élève à 1'100 fr. charges comprises. En prenant en compte la moitié de ce montant, on obtient une allocation complémentaire de 1'660 fr. (1'100 : 2 + 1'110) par mois, soit 6'640 fr. pour quatre mois d'études.
c) Il résulte des calculs qui précèdent que la recourante a droit à une bourse de 11'356 fr. (4'716 + 6'640) pour la période du 21 août au 22 décembre 2000. Le recours doit dès lors être admis et la décision litigieuse réformée dans cette mesure.