Decision ID: 0557217d-a2a1-401c-bcbd-2ea147891e64
Year: 2013
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Suite à une demande d’entraide judiciaire en matière pénale adressée à la
Suisse par les Etats-Unis, le Ministère public de la Confédération (ci-après:
MPC) a ouvert, en date du 5 octobre 2009, une enquête de police judiciaire
contre inconnus pour corruption active d’agents publics étrangers au sens
de l’art. 322septies CP (cause BB.2012.194, dossier MPC-01-00-0001;
procédure SV.09.0152). Dans le cadre de contrats de vente de minerai
passés entre le groupe américain B. et la société A. de l'Etat Z. détenue
majoritairement par ledit Etat, des sociétés off-shore contrôlées par C.
auraient joué un rôle d’intermédiaire, en achetant le minerai à la société B.
et le revendant à la société A. pour un prix supérieur à celui du marché,
sans effectuer de prestation particulière. Il ressort du dossier de la
procédure que, dans cette constellation, les sociétés contrôlées par C.
auraient opéré des versements notamment en faveur de D., ministre du
pétrole du pays Z. au moment des faits et membre du conseil
d’administration de la société A.
B. Faisant suite à une dénonciation du MROS, le MPC a rendu, en date du
19 mai 2010, une ordonnance d’ouverture d’enquête contre inconnus pour
blanchiment d’argent au sens de l’art. 305bis CP et de corruption active
d’agents publics étrangers au sens de l’art. 322septies CP (cause
BB.2012.194, dossier MPC-01-00-0002; procédure SV.10.0071).
Le 14 mars 2011, les deux procédures ont été jointes sous le numéro
SV.09.0152 (cause BB.2012.194, dossier MPC-01-00-0006) et l’instruction
a été étendue pour viser D. au chef de blanchiment d’argent (art. 305bis
CP), C. aux chefs de gestion déloyale (art. 158 CP), faux dans les titres
(art. 251 CP), blanchiment d’argent (art. 305bis CP) et corruption d’agents
publics étrangers (art. 322septies CP), ainsi que E. aux chefs de gestion
déloyale (art. 158 CP), faux dans les titres (art. 251 CP) et blanchiment
d’argent (art. 305bis CP) (cause BB.2012.194, dossier MPC-01-00-0008,
01-00-0010 et 01-00-0012).
C. Par ordonnance du 23 novembre 2012, le MPC a admis la société A. en
qualité de partie lésée et lui a octroyé un droit d’accès au dossier de la
procédure SV.09.0152. A ce titre, il a enjoint à la société A. de s’engager
par écrit à ne pas utiliser, directement ou indirectement, les documents et
informations tirés de la procédure pénale nationale dans d’autres
procédures de nature pénale, civile ou administrative, en Suisse ou à
l’étranger (cause BB.2012.194, act. 1.2).
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Par courrier du 3 décembre 2012, la société A. a formulé son engagement
au sens du chiffre 3 du dispositif de l’ordonnance du 23 novembre 2012
(cause BB.2012.194, act. 2.1).
Le 6 décembre 2012, C. a recouru contre ladite décision (act. 1.2).
D. Par décision du 2 juillet 2013, la Cour de céans admis la qualité de partie
plaignante de la société A. De plus, la Cour a limité l’accès au dossier de la
procédure ouverte contre C. au seul conseil de la société A. jusqu’à la
clôture des procédures d’entraide connexes. L’obligation expresse de
garder le secret à l'égard de quiconque – mandante et tiers lui a été
imposée, sous commination de la peine prévue à l'art. 292 CP. Cette
obligation s’étendait à toutes les informations – de quelque nature qu'elles
soient – auxquelles le conseil en question aurait accès dans le cadre de la
procédure SV-09.0152 et devait durer jusqu'à la clôture des procédures
d'entraide connexes (act. 1.3).
E. Suite à un cas dans lequel la Cour de céans a adopté une solution similaire
(décision du Tribunal pénal fédéral BB.2012.106 du 15 mai 2013), le
Tribunal fédéral a considéré que la commination au sens de l’art. 73 al. 2
CPP n’était pas compatible avec le devoir de fidélité de l’avocat face à sa
cliente, qui comprend une obligation d’information inhérente au contrat de
mandat. La solution retenue par la Cour de céans n’apparaissait donc pas
adéquate (arrêt du Tribunal fédéral 1C_547/2013 du 11 juillet 2013).
F. Par ordonnance du 31 juillet 2013, le MPC a refusé à la société A. la
consultation du dossier de la procédure SV-09.0152 et sa participation à
l’administration des preuves, cette mesure devant être levée au fur et à
mesure de l’exécution des procédures d’entraide en cours. La mesure a été
limitée à une durée de six mois, sous réserve de prolongation (act. 1.0).
G. Par mémoire daté du 12 août 2013, la société A. a recouru contre ladite
ordonnance et conclu à son annulation ainsi qu’à l’octroi d’un droit
d’accéder "sans conditions à l’intégralité du dossier de la procédure
SV-09.0152 et de consulter celui-ci sans restrictions, de même que de
participer aux actes de procédure et à l’administration des preuves" (act. 1).
H. Par réponse du 2 septembre 2013, le MPC a conclu au rejet du recours
interjeté par la société A. dans la mesure où il est recevable, sous suite de
frais (act. 6).
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I. Par réplique du 13 septembre 2013, la société A. a persisté intégralement
dans ses conclusions (act. 8).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1.
1.1 En tant qu’autorité de recours, la Cour des plaintes examine avec plein
pouvoir de cognition en fait et en droit les recours qui lui sont soumis
(Message relatif à l’unification du droit de la procédure pénale du
21 décembre 2005, FF 2006 1057, 1296 in fine; STEPHENSON/THIRIET,
Basler Kommentar, Schweizerische Strafprozessordnung [ci-après: Basler
Kommentar], n° 15 ad art. 393; KELLER, Kommentar zur Schweizerischen
Strafprozessordnung [ci-après: Kommentar StPO], Donatsch/
Hansjakob/Lieber [éd.], 2010, n° 39 ad art. 393; SCHMID, Handbuch des
schweizerischen Strafprozessrechts, Zurich/Saint-Gall 2009, n° 1512).
1.2 Les décisions du MPC peuvent faire l’objet d’un recours devant la Cour de
céans (art. 393 al. 1 let. a CPP et art. 37 al. 1 LOAP en lien avec l’art. 19
al. 1 du règlement sur l’organisation du Tribunal pénal fédéral [ROTPF; RS
173.713.161]). Le recours contre les décisions notifiées par écrit ou
oralement est motivé et adressé par écrit, dans le délai de dix jours, à
l’autorité de recours (art. 396 al. 1 CPP). Aux termes de l’art. 393 al. 2
CPP, le recours peut être formé pour violation du droit, y compris l’excès et
l’abus du pouvoir d’appréciation, le déni de justice et le retard injustifié
(let. a), la constatation incomplète ou erronée des faits (let. b) ou
l’inopportunité (let. c).
1.3 Dispose de la qualité pour recourir toute partie qui a un intérêt
juridiquement protégé à l'annulation ou à la modification d'une décision
(art. 382 al. 1 CPP). Le recourant doit avoir subi une lésion, soit un
préjudice causé par l'acte qu'il attaque et doit avoir un intérêt à l'élimination
de ce préjudice. La société A., qui s’est vue refuser le droit de consulter le
dossier de la procédure SV-09.0152, a ainsi la qualité pour recourir.
1.4 Ces conditions étant remplies, le recours est recevable.
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2. La recourante conclut à ce qu’un droit d’accès inconditionnel au dossier de
la procédure SV-09.0152 lui soit conféré. Dans son ordonnance du
31 juillet 2013, le MPC lui a refusé tout droit d’accès, se fondant sur l’arrêt
du Tribunal fédéral du 11 juillet 2013 dans la cause 1C_547/2013 qu’il
estime similaire au cas d’espèce.
2.1 Dans un arrêt de principe du 11 juillet 2013 (cause 1C_547/2013), le
Tribunal fédéral a eu l’occasion de se prononcer sur un cas dans lequel la
partie plaignante demandant un accès au dossier de la procédure nationale
était très étroitement liée à, et contrôlée par, l'Etat russe. Une procédure
d’entraide passive avec cet Etat était en cours parallèlement. Le Tribunal
fédéral a considéré que, dans la mesure où la partie plaignante ne saurait
être assimilée à l'Etat requérant, donc ne pourrait pas octroyer de garanties
telles que celles qui pourraient être exigées d’un Etat (v. arrêt du Tribunal
fédéral 1A.63/2004 du 17 mai 2004, consid. 2.2), le "risque de transmission
intempestive de renseignements ne pouvait être prévenu que par une
restriction du droit d'accès au dossier" (arrêt 1C_547/2013 précité,
consid. 2.4). Néanmoins, la solution retenue par la Cour de céans (décision
BB.2012.106 du 15 mai 2013, consid. 3.3.2), soit celle consistant à limiter
l’accès au dossier de la procédure aux seuls conseils de la partie
plaignante jusqu’à la clôture des procédures d’entraide connexes et
l’obligation expresse de garder le secret à l'égard de quiconque –
mandante et tiers – sous commination de la peine prévue à l'art. 292 CP a
été écartée par le Tribunal fédéral.
En effet, la Haute Cour a estimé que, "en dépit des engagements pris par
les avocats avec l'accord de leur cliente, ceux-ci demeurent tenus par leur
devoir de fidélité qui comprend une obligation d'information, de conseil et
de représentation inhérente au mandat d'avocat. Selon l'art. 398 al. 2 CO,
le mandataire est en effet responsable, envers le mandant, de la bonne et
fidèle exécution du mandat (cf. également art. 12 let. a LLCA). S'il ne
s'oblige pas à un résultat, il doit néanmoins, en vertu de son obligation de
diligence, entreprendre tout ce qui est propre à parvenir à ce résultat. La
consultation du dossier par les seuls avocats leur permet certes de
procéder à l'analyse de la situation. Toutefois, l'avocat s'oblige également à
conseiller son client, en lui indiquant les diverses options envisageables,
les démarches (judiciaires ou non, urgentes ou non) à accomplir et les
chances et risques liés à chaque option (BOHNET/MARTENEY, Droit de la
profession d'avocat, Berne 2009, p. 1086 ss). En l'espèce, dans la mesure
où la partie plaignante estime avoir subi divers détournements de fonds, le
mandat des avocats dans la procédure pénale s'étend nécessairement à la
recherche et à la récupération desdits fonds. En l'occurrence, la localisation
des comptes bancaires et de leurs titulaires et ayants droit constitue
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manifestement un élément de fait central pour la défense de la partie
plaignante. On ne voit dès lors pas comment les avocats pourraient
défendre efficacement les intérêts de cette dernière sans lui communiquer,
d'une manière ou d'une autre, des données que le dossier pénal peut
contenir à ce sujet. On ne saurait d'ailleurs écarter le risque que les
mandataires commettent involontairement des indiscrétions sur ce point.
Or, il s'agit précisément des renseignements que les autorités russes
désirent obtenir par voie d'entraide judiciaire. Dans de telles circonstances,
la solution adoptée dans la décision attaquée n'apparaît pas adéquate"
(arrêt 1C_547/2013 précité, consid. 2.5).
Le Tribunal fédéral a considéré qu’"[il] y a lieu par conséquent de s'en tenir
aux solutions consacrées par la jurisprudence Abacha (ATF 127 II 198): le
Ministère public pourra dans un premier temps sélectionner les pièces du
dossier qui peuvent être révélées à la plaignante sans compromettre le
résultat de la procédure d'entraide. Il pourra, le cas échéant, rendre des
décisions de clôture partielle et ouvrir l'accès au dossier au fur et à mesure
de ces transmissions" (arrêt 1C_547/2013 précité, consid. 2.6).
2.2 Dans la présente cause, la partie plaignante est une société contrôlée par
l’Etat Z. Plusieurs demandes d’entraide ont été présentées, non pas par ce
dernier Etat, mais par divers autres, et de nouvelles demandes d’entraide
ne sont pas à exclure. Ces demandes portent sur la transmission
d’informations bancaires au cœur de la procédure nationale SV-09.0152
qui font ainsi partie intégrante du dossier sur la consultation duquel porte le
présent litige. Le statut de la société A. dans les procédures étrangères
n’est pas connu à ce jour; il existe ainsi un risque de transmission
intempestive contournant les règles de l’entraide.
Le cas d’espèce doit être assimilé à celui sur lequel la Haute Cour a eu
l’occasion de se pencher. L’ordonnance du MPC ayant été rendue avant
que la consultation du dossier suite à l’entrée en force de la décision de la
Cour de céans du 2 juillet 2013 ne soit intervenue, il y a lieu de revenir sur
ladite décision, en contradiction avec la jurisprudence du Tribunal fédéral,
et appliquer la solution retenue par ce dernier. L’accès au dossier de la
société A. doit, partant, être refusé, à l’exception des pièces qui peuvent,
d’ores et déjà ou au fur et à mesure de l’évolution des différentes
procédures d’entraide, être révélées sans compromettre ces dernières.
3. Le recours doit, ainsi, être rejeté.
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4. Les frais de la procédure de recours sont mis à la charge des parties dans
la mesure où elles ont obtenu gain de cause ou succombé (art. 428 al. 1
CPP et 63 al. 1 de la loi fédérale sur la procédure administrative [PA; RS
172.021] applicable par renvoi de l’art. 12 al. 1 EIMP). Ainsi, en application
des art. 5 et 8 al. 1 du règlement du Tribunal pénal fédéral sur les frais,
émoluments, dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale
(RFPPF; RS 173.713.162), ils seront fixés à CHF 1'500.--, mis à la charge
de la recourante qui succombe et couverts par l’avance de frais déjà
versée.
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