Decision ID: 966a2946-875c-52f8-b452-3934da5e543a
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. a.
La faillite personnelle de B_, procédure numéro 1_, prononcée le
2 novembre 2000, a été clôturée par jugement du 9 septembre 2002.
b.
Le 7 septembre 2001, un acte de défaut de biens après faillite a été remis à A_ pour une créance de 72'000 fr. admise en troisième classe à l'état de collocation et contestée par le failli.
c.
Le 3 mai 2019, A_, précédemment [A_], a demandé à l'Office cantonal des faillites (ci-après: l'Office) de pouvoir consulter le dossier de la faillite de B_ et, le cas échéant, de lever des copies. Elle expliquait que ces documents étaient susceptibles de l'aider à recouvrer sa créance.
d.
Par décision du 6 mai 2019, l'Office a rejeté la requête, au motif que le délai de cinq ans après la clôture de la procédure, prévu à l'art. 8a al. 4 LP, était échu depuis longue date.
B. a.
Par acte du 20 mai 2019, A_ a formé plainte contre la décision de l'Office du 6 mai 2019, reçue le 8 mai 2019.
Le délai de cinq ans de l'art. 8a al. 4 LP n'était opposable qu'aux tiers, et non pas aux parties. En tant que créancière du failli et partie à la procédure d'exécution forcée, elle avait le droit d'accéder au dossier de la faillite.
Son intérêt était d'ailleurs actuel. B_ étant revenu à meilleure fortune, elle lui avait fait notifier un commandement de payer, auquel l'intéressé avait formé opposition. Le dossier de la faillite lui était utile pour agir en mainlevée ou en reconnaissance de dette. Pour ce faire, elle avait d'ailleurs d'ores et déjà obtenu le bénéfice de l'assistance judiciaire (décision jointe à la plainte).
b.
Pour l'Office, s'il était vrai que le délai de cinq ans de l'art. 8a al. 4 LP ne s'appliquait pas aux parties à la procédure d'exécution forcée, la plaignante n'avait pas pour autant démontré l'existence d'un intérêt actuel et concret à pouvoir consulter un dossier clôturé 17 ans plus tôt. Preuve en était que l'acte de défaut de bien en sa possession ne valait pas reconnaissance de dette au sens de l'art. 82 LP, dans la mesure où le failli avait contesté la créance.
c.
Par courrier du 13 juin 2019, le rapport de l'Office a été communiqué à la plaignante avec l'indication que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1.
La Chambre de surveillance est compétente pour statuer sur les plaintes formées en application de la LP (art. 13 LP; art. 125 et 126 LOJ; art. 6 al. 1 et 3 et 7 al. 1 LaLP) contre des mesures prises par l'Office qui ne peuvent être attaquées par la voie judiciaire (art. 17 al. 1 LP), tel le refus du droit de consultation d'un dossier de faillite.
Formée dans le délai légal de dix jours, échéant le lundi 20 mai 2019 (art. 17 al. 2 et 31 LP; art. 142 al. 3 LPC) et répondant aux exigences de forme (art. 9 al. 1 LaLP et art. 65 al. 1 et 2 LPA applicable par renvoi de l'art. 9 al. 4 LaLP), la plainte est recevable.
2. 2.1.1.
Aux termes de l'art. 8a al. 1 LP, toute personne peut consulter les procès-verbaux et les registres des offices des poursuites et des offices des faillites et s'en faire délivrer des extraits à condition qu'elle rende son intérêt vraisemblable.
2.1.2.
Le droit aux renseignements en matière d'exécution forcée présuppose un intérêt particulier (personnel), digne de protection et actuel (ATF
115 III 81
consid. 2, JdT
1992 II 7
; TF,
5A_83/2010
du 11 mars 2010, consid. 6.3). Il n'est pas nécessaire que cet intérêt soit d'ordre pécuniaire, un intérêt juridique d'une autre nature étant suffisant (ATF
93 III 4
, JdT
1967 II 37
). Ont ainsi droit à la consultation, notamment, les parties à un procès civil (Muster, Les renseignements, art. 8a LP, in BlSchK 2014, p. 161 et ss, 163).
La question du droit à la consultation et son étendue doit être tranchée de cas en cas en se fondant sur la justification de l'intérêt à la consultation (ATF
135 III 503
consid. 3).
2.2.1.
Le droit de consultation des tiers s'éteint cinq ans après la clôture de la procédure (art. 8a al. 4 LP). Cette règle ne s'applique cependant pas aux parties à la procédure d'exécution forcée.
2.2.2.
Le délai de conservation des pièces des poursuites liquidées est de dix ans (art. 2 al. 1 OCDoc), tout comme celui des pièces de la faillite (art. 5 OCDoc
cum
14 OAOF).
Tant l'art. 2 OCDoc que l'art. 14 OAOF indiquent que les documents
peuvent
être détruits dix ans après le jour de la clôture et non pas qu'ils
doivent
l'être.
Le Tribunal fédéral a ainsi interprété l'art. 8a LP en ce sens que le droit du failli de consulter les pièces de la faillite liquidée, qui pouvaient être détruites mais ne l'avaient pas été, n'était pas limité par le délai de dix ans prévu pour la conservation officielle des pièces (ATF
130 III 42
consid. 3.2; confirmé récemment dans l'arrêt
5A_820/2018
du 17 janvier 2019 consid. 2.3.2).
2.3.1.
En l'espèce, la plaignante a participé à la procédure de faillite en tant que poursuivante et sa créance, bien que contestée par le failli (art. 244 LP), a été admise à l'état de collocation, ainsi que cela ressort de l'acte de défaut de biens qui lui a été remis à l'issue de la distribution des deniers.
La plaignante a par ailleurs entrepris d'agir au civil à l'encontre de B_, afin de recouvrer cette prétention et a obtenu l'assistance judiciaire à cet effet.
Il en résulte qu'elle a un intérêt personnel et actuel à pouvoir accéder au dossier de la faillite, afin de retrouver le cas échéant des pièces en lien avec la production de sa créance.
Quoi qu'en dise l'Office, l'intérêt de la plaignante à consulter le dossier de la faillite n'est pas mis à mal par le fait que l'acte de défaut de biens en sa possession ne vaut pas reconnaissance de dette (art. 265 al. 1 LP). C'est plutôt l'inverse qui est vrai.
Il s'ensuit que la plaignante a rendu vraisemblable son intérêt à pouvoir accéder au dossier de la faillite.
2.3.2.
L'Office reconnait qu'il s'est prévalu à tort, dans la décision entreprise, du délai de cinq ans de l'art. 8a al. 4 LP. Il ne soutient pas non plus qu'il aurait détruit le dossier de la faillite de B_.
La Chambre de céans ordonnera ainsi à l'Office de rechercher ledit dossier et, s'il n'a pas été détruit, de permettre à la plaignante de le consulter, l'autorisant le cas échéant à en lever des copies.
3.
La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP et art. 61 al. 2 let. a OELP) et il ne peut être alloué aucun dépens dans cette procédure (62 al. 2 OELP).
* * * * *