Decision ID: 210c9c27-b1e7-52d8-849a-6a9f25e44922
Year: 2012
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
a.
Par jugement du 12 janvier 2012, expédié pour notification aux parties le 18 du même mois, le Tribunal de première instance a ordonné l'exécution immédiate, au besoin par la force publique, du procès-verbal de conciliation du 28 février 2011, valant jugement d'évacuation de A_ et B_ de l'appartement qu'ils occupent, sans droit, au septième étage de l'immeuble sis _ à Genève et de ses dépendances, en particulier de la cave no 7 (ch. 1 du dispositif), a arrêté les frais judicaires à 500 fr., les a compensés avec l'avance versée et les a mis à charge de A_ et B_ (ch. 2) et a débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 3).
b.
Par acte expédié au greffe de la Cour de justice le 27 janvier 2012, A_ et B_ ont déclaré faire appel de ce jugement, selon "la voie indiquée sur le jugement". Ils concluent à l'annulation du jugement entrepris ordonnant leur évacuation. Ils font valoir que celle-ci est contraire aux droits humains, en particulier au droit à la vie et au logement et que l'évacuation ne doit pas être faite avant qu'ils aient retrouvé un nouveau logement.
c.
L'effet suspensif a été accordé par la Cour le 1
er
mars 2012.
d.
Dans sa réponse du 12 avril 2012, C_SA conclut, à la forme, à l'irrecevabilité du recours, et, au fond, au déboutement de A_ et B_ de toutes leurs conclusions et à la confirmation du jugement entrepris, avec suite de frais et dépens.
e.
Les parties ont été informées par la Cour de justice le 17 avril 2012 de la mise en délibération de la cause.
B.
Les faits pertinents de la cause peuvent être résumés comme suit :
a.
Le 1
er
décembre 2010, C_SA a saisi le Tribunal de première instance d'une action en revendication fondée sur l'art. 641 al. 2 CC à l'encontre de A_ et B_.
b.
A l'audience de conciliation du 28 février 2011, le Tribunal a entériné l'accord conclu entre les parties, homologué par le procès-verbal de conciliation et valant jugement exécutoire, aux termes duquel A_ et B_ étaient condamnés à évacuer de leur personne, de tous tiers et de tous biens l'appartement litigieux, ainsi que sa dépendance, C_SA s'engageant pour sa part à ne pas procéder à l'évacuation jusqu'au 31 août 2011, pour autant que A_ et B_ procèdent au paiement de l'indemnité pour occupation illicite chaque mois, au versement de 200 fr. mensuellement en sus de ladite indemnité et au règlement de la somme de 2'000 fr. au 31 mars 2011.
c.
A_ et B_ n'ont pas respecté les conditions fixées dans l'accord.
C_SA a saisi le 17 juin 2011 le Tribunal d'une demande d'exécution et sollicité l'exécution immédiate du procès-verbal de conciliation.
d.
A l'audience du 24 novembre 2011, C_SA a confirmé sa volonté d'obtenir la restitution de l'appartement. Elle a indiqué que les mensualités de 200 fr. n'avaient pas été entièrement réglées.
B_ a expliqué vivre dans le logement avec son mari et leur fille de 9 ans depuis 2006, en sous-location non autorisée. Elle a confirmé que le logement aurait dû être libéré au "31 octobre 2011". Ses recherches de solutions de relogement étaient restées vaines.

EN DROIT
1.
1.1
L'appel est irrecevable contre les décisions du tribunal de l'exécution (art. 309 let. a CPC).
Le recours est recevable contre les décisions finales, incidentes et provisionnelles de première instance qui ne peuvent faire l'objet d'un appel (art. 319 let. a CPC).
Le jugement du Tribunal de l'exécution constitue une décision finale, de sorte que la voie du recours est ouverte.
Par ailleurs, le tribunal a rendu sa décision en procédure sommaire (art. 339 al. 2 CPC).
Le délai de recours est de dix jours (art. 142 al. 3, 339 al. 2 et 321 al. 2 CPC).
Outre les éléments visés à l'art. 221 CPC, le recours doit contenir une motivation juridique, ce qui suppose que le recourant doit discuter les motifs de la décision attaquée (art. 321 al. 1 CPC; REETZ/THEILER, Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung, 2010, n. 36 ad art. 311 ZPO; JEANDIN, Code de procédure civile commenté, Bâle 2011, n. 3 ad art. 311 CPC).
Le jugement entrepris mentionne par erreur que la voie de l'appel est ouverte, alors que seul entre en considération un recours dans le cas d'espèce. Cette informalité n'entraîne toutefois aucune conséquence et l'acte déposé sera traité comme un recours.
Bien que la motivation du recours soit sommaire, les recourants sollicitent l'annulation du jugement exécutant leur évacuation, de sorte que leur acte est formellement recevable.
Le recours a été interjeté dans le délai et suivant la forme prescrite par la loi (art. 130, 131, 311 al. 1 CPC). Il est ainsi recevable.
1.2
Le recours est recevable pour violation du droit et/ou constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC).
2.
2.1
Aux termes de l'art. 338 CPC, si la décision ne peut être exécutée directement, une requête d'exécution est présentée au tribunal de l'exécution (al. 1); le requérant doit établir les conditions de l'exécution et fournir les documents nécessaires (al. 2).
Le tribunal de l'exécution examine le caractère exécutoire d'office. Il fixe à la partie succombante un bref délai pour se déterminer (art. 341 al. 1 et 2 CPC).
Sur le fond, la partie succombante peut uniquement alléguer que des faits s'opposant à l'exécution de la décision se sont produits après la notification de celle-ci, par exemple l'extinction, le sursis, la prescription ou la péremption de la prestation due. L'extinction et le sursis doivent être prouvés par titres (art. 341 al. 3 CPC).
Selon la doctrine, la preuve du sursis doit être rapportée par la production de pièces. Il est exclu d'envisager d'autres moyens de preuve en procédure sommaire, tels que l'audition de témoins (Code de procédure civile commenté, JEANDIN, Bâle, 2011, no 19 ad art. 341 CPC).
2.2
Il n'est pas contesté dans le cas présent que les conditions formelles d'une exécution indirecte au sens de l'art. 338 CPC sont remplies. Les recourants font valoir que leur évacuation est contraire aux droits humains et qu'elle ne doit pas être exécutée avant qu'ils aient trouvé un nouveau logement.
Ce faisant, les recourants ne se prévalent pas de faits nouveaux survenus depuis la conclusion de l'accord avec l'intimée qui s'opposeraient à l'exécution de la décision ordonnant leur évacuation.
La pénurie de logement à Genève et la difficulté, notoire, de trouver un appartement ne constituent également pas de tels faits.
A titre superfétatoire, les motifs humanitaires ne peuvent être pris en compte que dans le cadre de l'exécution des jugements prononcés par les juridictions des baux et loyers, comme cela ressort de l'art. 26 al. 1 et 4 LaCC. Par surabondance, même si le sursis, pour motifs humanitaires, à l'exécution du jugement du 28 février 2011 avait été possible, de tels motifs n'auraient en tout état de cause pas pu prévaloir dans le présent cas, étant donné que les recourants devaient se préparer à quitter l'appartement dès la conclusion de l'accord avec l'intimée, mais au plus tard le 31 août 2011.
2.3
Au vu de ce qui précède, le recours ne peut qu'être rejeté.
3.
Les frais sont mis à la charge de la partie succombante (art. 106 al. 1 CPC).
Les frais judiciaires sont arrêtés à 1'000 fr. (art. 2, 26 et 38 RTFMC) et mis à la charge des recourants. Dès lors qu'ils plaident au bénéfice de l'assistance juridique, les frais restent à charge du canton (art. 122 al. 1 let. b CPC).
Les dépens dus à titre de défraiement de l'avocat de l'intimée, seront fixés, conformément au tarif, à 500 fr., débours et TVA compris (art. 105 al. 1, 95 al. 3, 96 CPC; art. 86, 88 et 90 RTFMC; art. 20 et 21 LaCC), et mis à la charge des recourants, conjointement et solidairement.
* * * * *