Decision ID: 8724cd78-a312-4f37-b074-c73a4a2e6ca5
Year: 2020
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. A._, ressortissant turc, né en 1959 (marié et père de famille) a déposé, le 3 avril 2014, une demande d’autorisation de séjour, avec activité lucrative en Suisse. Il ressort de sa demande qu’il a été engagé par la société C._, à ********, en qualité de directeur. Le salaire annoncé s’élevait à 12'000 fr. par mois brut, versé 13 fois par an.
La société C._ est inscrite au registre du commerce depuis le 4 octobre 2013. Elle a pour but la recherche et le développement de toutes énergies, notamment dans le domaine de la géothermie. Ses administrateurs sont D._, à ********, et E._, à ********.
A l’appui de la demande d’autorisation de travail de A._, C._ a expliqué que son actionnaire unique était la société B._, active également dans le domaine de l’énergie solaire. Cette société était inscrite depuis le 12 février 1979 au registre du commerce et ses administrateurs étaient D._ et E._. C._ souhaitait développer des projets de systèmes de production d’énergies (éolienne, solaire, hydraulique et géothermique) et créer des joint-ventures (filiale commune entre deux ou plusieurs entreprises dans le cadre d'une coopération économique internationale), plus particulièrement avec des entreprises du marché turc. Elle avait besoin d’une personne hautement qualifiée dans ce domaine d’activité qui maîtrisait parfaitement le turc. A._ disposait, selon elle, du savoir-faire, des connaissances et d’un vaste réseau mondial dans le domaine des énergies hydraulique, éolienne, solaire et géothermique. Il avait séjourné en Suisse de novembre 1978 à juin 1986 pour y effectuer ses études et il avait obtenu en 1986 une licence ès sciences économiques et sociales à l’Université de Fribourg. Il parlait couramment le turc, le français, l’anglais et l’allemand. La société prévoyait de construire un nouveau bâtiment pour ses activités à ******** et de créer une cinquantaine d’emplois en Suisse. Ses projections en matière de chiffre d’affaires s’élevaient à 1.5 millions de francs en 2015, 5.5 millions de francs en 2016 et 10 millions de francs en 2017. Il était prévu que A._ devienne actionnaire (pour un tiers du capital-actions) de la société.
Le 19 septembre 2014, le Service de l'emploi (Contrôle du marché du travail et protection des travailleurs) a délivré l’autorisation de travail requise, sous réserve de l’approbation de l’Office fédéral des migrations (ODM), ainsi que de l’octroi d’une autorisation de séjour par le Service de la population (SPOP). Il a soumis l’autorisation aux conditions suivantes:
"Il est initialement octroyé une autorisation à l’année de durée limitée de 12 mois. Une prolongation pourra être accordée sur présentation d’un rapport d’activité complet et d’informations relative à la réalisation des objectifs de la nouvelle société."
L’ODM a délivré l’approbation requise le 6 octobre 2014 en relevant ceci:
"En considération des motifs particuliers invoqués et compte tenu de l’intérêt économique de ce projet, la présente demande est approuvée. Une prolongation pourra être accordée sur présentation d’un rapport d’activité complet indiquant notamment que les objectifs prévus (chiffre d’affaires, bénéfice, création d’emploi, ainsi que la réalisation de l’investissement immobilier prévu) ont été atteints".
Le SPOP a délivré une autorisation de séjour, valable pour une année, à A._ et à sa famille.
B. Le 8 octobre 2015, A._ a déposé une demande de renouvellement de son autorisation de travail pour la société C._. Il n’avait pu débuter son activité professionnelle qu’en janvier 2015. Il expliquait que cette société, ainsi que trois autres sociétés, à savoir B._, F._ et G._, qui étaient liées entre elles par capital, allaient être intégrées dans une société holding dénommée "H._". Il avait été engagé également pour coordonner et développer les activités de ces sociétés. L'activité de C._ avait débuté mais elle avait été fortement retardée car le bâtiment destiné à accueillir ses activités n’avait pas pu être construit. Ce bâtiment était prévu dans la zone d’activités du ******** sur le territoire de la commune de ********, et les autorisations requises n’avaient pas été délivrées.
A._ a notamment produit une lettre de la Municipalité de ******** du 29 octobre 2015 qui expliquait en substance que le bâtiment projeté était prévu dans le périmètre d’extension du PPA le ********, dont la procédure de planification était bloquée pour cause de procédure judiciaire. Il a également produit des fiches de salaire pour les mois de janvier à octobre 2015 dont il ressort qu’il a perçu durant cette période un salaire mensuel brut de 8'000 fr.
Par décision du 12 janvier 2016, le Service de l'emploi (SDE) a renouvelé l'autorisation de travail de A._ pour une année.
Son autorisation de séjour et celles de sa famille ont également été renouvelées par le SPOP.
C. Le 13 octobre 2016, A._ a déposé une demande de renouvellement de son autorisation de séjour pour activité lucrative.
Il a ensuite écrit au SPOP le 9 mai 2017, depuis ********, en exposant qu’il avait déposé en octobre 2016 la demande de renouvellement de son autorisation de séjour mais que, n’ayant pas reçu de décision et étant à l’étranger jusqu’au 2 décembre 2016, il était retourné en Turquie. Il avait ensuite effectué quelques voyages d’affaires à l’étranger. Il ajoutait que la société C._ n’avait toujours pas obtenu l’autorisation de construire son bâtiment d’activités. Il voyageait la plupart du temps à l’étranger dans le but de maintenir les contacts avec les milieux de l’énergie et se tenir informé des nouvelles technologies dans ce domaine. Selon ses dires, il ne passait toutefois pas plus de six mois par an en dehors de la Suisse.
Dans le cadre de l’instruction du dossier, le SDE a requis de C._ la production d’un compte-rendu détaillé sur la réalisation des objectifs annoncés, en particulier sur le développement des activités de la société, l’engagement de personnel sur le marché indigène, ainsi que la remise des comptes des exercices 2014 et 2015 (voir les demandes du SDE des 2 décembre 2016 et 31 janvier 2017).
Le 30 avril 2017, C._ a transmis au SDE les comptes des exercices 2015 et 2016 dont il résulte que la société a enregistré des pertes de 1'731 fr. pour l’exercice 2015 et de 107'024 fr. pour l’exercice 2016. Elle expliquait que A._ travaillait activement au développement des projets de la société et que les retards étaient dus exclusivement au blocage de son projet immobilier.
La Municipalité de ******** a également écrit au SDE le 6 avril 2017 en indiquant que la commune souhaitait conserver et développer, dans la zone d’activités du ********, un pôle technologique consacré aux énergies renouvelables. Dans ce contexte, les sociétés B._ et C._ jouaient un rôle central et elles travaillaient en synergie. L’apport de A._ était essentiel dans le développement de la société C._, car il disposait de compétences dans les domaines des énergies éolienne, hydraulique, solaire et de la géothermie. Il conduisait plusieurs projets d’envergure qui mettaient en œuvre ces technologies. Pour ces motifs, il était important, selon elle, qu’il soit autorisé à poursuivre ses activités pour ces deux sociétés.
Le 26 juillet 2017, le SDE a rendu un préavis négatif relatif au renouvellement de l’autorisation de travail de A._. Il relevait que la société C._ n’avait pas développé d’activités depuis 2014, faute de disposer des conditions-cadre nécessaires pour se développer. Les objectifs fixés initialement par cette société n’avaient pas été atteints et les perspectives de développement ne permettaient pas d’attester un effet éminemment positif pour l’économie du canton de Vaud.
Le 3 août 2017, A._ a adressé au SPOP une demande de renouvellement de son autorisation de séjour. Il indiquait que l’autorisation relative à la construction du bâtiment sur le site du ******** devait être délivrée prochainement, ce qui devait permettre de développer ses activités.
Le SPOP s’est déterminé le 31 octobre 2017 de la manière suivante:
"Le 25 juillet 2017, le SDE a formulé un préavis négatif relativement au renouvellement des titres de séjour de l’intéressé et de sa famille.
Dites autorisations ayant été initialement délivrées afin que la société C._ puisse développer ses activités et participer positivement à l’économie du canton de Vaud et les conditions susmentionnées n’étant manifestement plus remplies, nous avons l’intention de refuser la demande de renouvellement des autorisations de séjour de la famille [de] A._, de prononcer le renvoi de Suisse des intéressés et de leur impartir un délai pour quitter le territoire [...]."
Le 8 janvier 2018, A._ a informé le SDE et le SPOP que la société C._ était toujours dans l'attente de l’autorisation de construire son bâtiment et qu’elle allait prochainement engager deux collaborateurs afin de développer ses activités.
Le 3 avril 2018, A._ a transmis deux contrats de travail du 1er mars 2018 conclus avec I._ et J._ pour des postes d’employés de recherche. Il a également transmis un business plan concernant C._ dont il ressort que le chiffre d’affaires escompté par la société pour les années 2018 à 2021 serait nul. Il serait de 1.5 millions de francs pour 2022.
D. Le 15 février 2019, A._, par l’intermédiaire de son avocat, a déposé une demande d’autorisation pour travailler auprès de la société B._. Il exposait notamment ceci:
"Vous avez demandé un préavis au DEV [Développement économique du canton de Vaud; il s’agit d’un organisme privé de soutien et d’accompagnement aux entreprises implantées dans le canton de Vaud], préavis qui va vous parvenir incessamment.
M. A._ et les administrateurs de C._, de B._ et de la H._ ont été reçus par le DEV [...]. Le DEV nous a indiqué qu’au vu des retards accumulés pour les autorisations de C._, il leur semblait que M. A._ devrait être intégré [...] dans l’entreprise B._ en attendant que C._ puisse reprendre cette activité. Leur préavis est donc négatif en l’état pour l’autorisation demandée par C._, mais positif pour une demande de permis de séjour en faveur de M. A._ pour autant qu’il exerce son activité dans la société B._, autre société du groupe.
Ainsi, M. A._ ainsi que le secteur énergétique du groupe sont désormais intégrés à B._.
Je vous remets une demande de permis de séjour avec le contrat de travail. L’activité envisagée est la même que celle qui doit être développée au sein de C._. Je requiers donc que les deux dossiers soients joints [...]. La demande de permis de séjour est désormais faite au nom de B._ et non plus de C._.
Je rappelle que l’activité envisagée en matière d’énergie renouvelable n’est possible que grâce au savoir faire et à l’expérience de Monsieur A._.
L’enjeu est l’emploi d’une quarantaine de personnes dans le secteur des énergies renouvelables [...]."
Un contrat de travail conclu entre B._ et A._ était joint à la demande mentionnant une prise d’activité le 1er janvier 2019, pour un poste de directeur, avec un salaire de 7'000 fr. brut par mois (sans 13e salaire).
Le 17 mai 2019, B._ a indiqué au SDE que pour l’heure, l’activité de A._ consistait essentiellement dans des activités de recherche et de développement (40%), ainsi que des déplacements à l’étranger afin de trouver de nouveaux clients et marchés (essentiellement aux USA, en Chine, en Europe et en Russie) pour environ 20% de son activité. Cette activité était essentielle pour le développement de la société dans le secteur de l’énergie solaire. Le reste de l’activité de A._ (environ 40%) se déroulait dans les locaux de la société en Suisse et elle consistait essentiellement aux opérations suivantes: améliorer le système électromécanique du suivi de la trajectoire du soleil des panneaux solaires; développer les techniques de découpe de silicium (composant essentiel à la fabrication des cellules photovoltaïques); optimiser les outils de coupe de silicium; définir les dimensions des plaques de silicium; mettre en place les normes ISO 9001 et SSQA; contrôler la qualité; suivre les affaires courantes.
E. Le 18 juin 2019, le SDE a rendu une décision refusant de délivrer une autorisation de travail à A._. La décision est ainsi motivée:
"Suite à l’examen approfondi de la requête, les éléments portés à notre connaissance ne font état d’aucune activité concrète pour la société demanderesse [B._] mais pour une autre entreprise [C._] qui ne pourra se développer qu’à certaines conditions et pas avant deux ans.
En conséquence, la condition relative aux « intérêts économiques » n’est pas remplie, les perspectives de développement de la société que l’intéressé est amené à développer étant formulées de façon trop générale pour en apprécier la solidité."
Il ressort des pièces au dossier que A._ a quitté la Suisse le 30 juin 2019 à destination de la Turquie.
F. Par acte du 19 juillet 2019, B._ et A._ recourent contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal en concluant à l’octroi de l’autorisation requise. Ils se plaignent d’une constatation inexacte des faits et d’un abus du pouvoir d’appréciation du SDE, dans la mesure où celui-ci a retenu que A._ ne travaillait pas pour la société B._ mais pour une autre société – C._. Ils exposent que ces deux sociétés font partie du même groupe de sociétés (H._) et que l’activité de A._, soit le développement de la production d’appareils pour la captation d’énergies renouvelables, est exercée dans l'intérêt du groupe. Selon eux, le DEV leur aurait conseillé de déposer une demande d’autorisation de travail en faveur de B._ et non de C._. Ils estiment que la décision refusant le renouvellement de l’autorisation de séjour requise est disproportionnée et qu'il n'y a pas d’intérêt public justifiant d'empêcher A._ de travailler en Suisse et d’y développer l’activité pour laquelle il a été engagé.
Le SDE a répondu le 4 septembre 2019 en concluant au rejet du recours. Il maintient son appréciation selon laquelle le recourant A._ ne travaille pas pour B._ mais pour C._. Il relève que le développement des activités de cette société n’est pas prévu dans un avenir immédiat et que dans la mesure où il s'agit d’entités distinctes sur le plan juridique, il pouvait retenir que l'activité exercée par le recourant A._ l'était pour C._ et non pour B._. Il relève au surplus que dans son préavis du 14 février 2019, le ******** avait recommandé que le recourant soit engagé par F._ et non par B._.
Le 8 août 2019, le SPOP a indiqué qu’il renonçait à se déterminer sur le recours.
Les recourants ont répliqué le 22 novembre 2019. Ils exposent que le DEV leur avait conseillé de déposer la demande de travail de A._ en faveur de la société B._ et non de la société F._ mais que la demande aurait pu être déposée pour cette autre société qui fait partie du groupe H._. Ils précisent qu’ils ont obtenu les autorisations de construire et que les travaux de construction du bâtiment de C._ devraient débuter prochainement. La société pourrait commencer ses activités en 2021 mais il importe, selon eux, que le recourant puisse développer la conception du produit dès à présent. Ils font valoir que ce projet présente un intérêt public évident dans la mesure où il pourrait améliorer l’efficacité des panneaux solaires. Les recourants ont requis la production du préavis du DEV.
Une copie du préavis du DEV du 14 février 2019, qui figure au dossier produit par le SDE, a été transmise aux recourants, le 25 novembre 2019. Il a la teneur suivante:
"Au vu du développement des affaires et des retombées économiques actuelles de la société C._, nous avons le regret de vous faire parvenir un préavis défavorable concernant la demande de Monsieur A._ en tant que Directeur auprès de la société C._.
Comme mentionné lors de notre entretien téléphonique du 13 février 2019, en termes de développement économique et de création d’emplois, le projet C._ n’atteint pas les objectifs annoncés dans leur business plan. En effet, le volume d’activités de la société est quasi nul et enregistre des pertes depuis 2015. Elle est en grande partie financée par la holding H._ qui détient la société. Au niveau de l’emploi, C._ a engagé deux personnes à plein temps, tous deux au bénéfice d’un permis de travail respectivement B et C.
Pour rappel, l’objectif de C._ est d’être actif sur le marché international de l’énergie renouvelable notamment le développement et la production d’un système de poursuite solaire permettant ainsi aux panneaux solaires de se positionner face au soleil en vue d’une réception optimale de l’énergie. Le système sera connecté à un logiciel qui puise les informations relatives à la position du soleil par rapport à sa géolocalisation.
La création de C._ était par ailleurs couplée à un projet de construction d’un nouveau lieu de production moderne et adapté. Toutefois, suite à des impératifs découlant de la loi sur l’aménagement du territoire ayant mené à une procédure judiciaire, ladite construction n’a pas pu être réalisée à ce jour, c’est pourquoi les activités de C._ n’ont pas pu se développer comme projeté.
Toutefois, les obstacles juridiques ont pu être levés en septembre 2018. De ce fait les travaux en vue de la construction de ce nouveau lieu vont pouvoir prochainement être entrepris après la réalisation du projet par un bureau d’architecte, l’acquisition du terrain et sa mise à l’enquête auprès des autorités.
Bien que la société ne se développe pas selon les objectifs annoncés, les projets de C._ dépendent grandement du savoir-faire et du réseau de Monsieur A._. En effet, son expertise de l’énergie hydraulique, éolienne, solaire et géothermique est indispensable pour le développement futur de ce projet.
Nous avons conseillé à la société d’engager Monsieur A._ auprès de la structure F._ qui appartient au même groupe que C._ et qui dégage actuellement un chiffre d’affaires de CHF 3 Mio pour 38 employés engagés. Ceci dans le but de démarrer les activités relatives au développement du système de poursuite solaire.
Le projet dépendant de Monsieur A._, la société devrait vous faire parvenir ultérieurement une nouvelle demande de permis B en faveur de ce dernier auprès de la société F._."
L’avocat des recourants s’est déterminé le 10 décembre 2019 en indiquant que lors de l’entretien avec le DEV, auquel il avait participé, les représentants de cet organisme leur avaient conseillé de déposer la demande d’autorisation de travail de A._ en faveur de B._ et non de F._.
Le SDE a produit le 7 février 2020 une prise de position du DEV, datée du même jour, dans laquelle le DEV confirme en substance son préavis du 14 février 2019. Il précise que lors de la rencontre avec les recourants et leur avocat le 11 février 2019, il avait suggéré de déposer une demande d’autorisation de travail pour le compte de F._ qui est l’entité la plus économiquement pérenne du groupe (38 employés et 3 millions de francs de chiffre d’affaires) "afin de remplir au mieux les conditions définies dans la LEI et l’OASA. Il s’agissait d’une recommandation bienveillante et elle ne changeait en aucun cas le préavis négatif pour l’octroi d’un permis de travail en faveur de C._". Il était joint à la prise de position du DEV un document établi par C._ dont il ressort que B._ a atteint un chiffre d’affaire de 25 millions de francs en 2011 mais que son chiffre d’affaires pour 2017 s’est élevé à 970'000 fr. Elle employait 56 personnes en 2011 alors qu'en 2018 le nombre d'employés s'élevait à 9.
Les recourants se sont encore déterminés le 11 juin 2020. Ils ont requis l’audition des collaborateurs du DEV avec lesquels ils s’étaient entretenus le 11 février 2019.

Considérant en droit:
1. Déposé dans le délai de trente jours fixé par l'art. 95 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Les recourants, destinataires de la décision attaquée, ont la qualité pour recourir (art. 75 let. a LPA-VD, applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD). Le recours respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l'art. 79 LPA-VD (applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD), si bien qu'il y a lieu d'entrer en matière.
2. Les recourants contestent le refus de l’autorité intimée de délivrer une autorisation de travail à A._ au motif d’une part qu’il n’exerce pas d’activités pour la société pour laquelle la demande du 15 février 2020 a été déposée (B._) et que d’autre part le développement des activités de la société en faveur de laquelle une autorisation de travail avait précédemment été délivrée (C._) n'est pas prévu à court terme
a) Aux termes de l’art. 18 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers et l'intégration (LEI; RS 142.20), un étranger peut être admis en vue de l’exercice d’une activité lucrative salariée aux conditions suivantes: son admission sert les intérêts économiques du pays (let. a); son employeur a déposé une demande (let. b); les conditions fixées aux art. 20 à 25 sont remplies (let. c).
Parmi les conditions mentionnées à l'art. 18 let. c LEI, l'art. 21 al. 1 LEI institue un ordre de priorité: un étranger ne peut être admis en vue de l’exercice d’une activité lucrative que s’il est démontré qu’aucun travailleur en Suisse ni aucun ressortissant d’un Etat avec lequel a été conclu un accord sur la libre circulation des personnes correspondant au profil requis n’a pu être trouvé.
A teneur de l’art. 23 al. 1 LEI, seuls les cadres, les spécialistes ou autres travailleurs qualifiés peuvent obtenir une autorisation de courte durée ou de séjour. En cas d’octroi d’une autorisation de séjour, la qualification professionnelle de l’étranger, sa capacité d’adaptation professionnelle et sociale, ses connaissances linguistiques et son âge doivent en outre laisser supposer qu’il s’intégrera durablement à l’environnement professionnel et social (23 al. 2 LEI).
Selon l’art. 23 al. 3 LEI, peuvent être admis, en dérogation aux al. 1 et 2:
"a. les investisseurs et les chefs d’entreprise qui créeront ou qui maintiendront des emplois;
b. les personnalités reconnues des domaines scientifique, culturel ou sportif;
c. les personnes possédant des connaissances ou des capacités professionnelles particulières, si leur admission répond de manière avérée à un besoin;
d. les cadres transférés par des entreprises actives au plan international;
e. les personnes actives dans le cadre de relations d’affaires internationales de grande portée économique et dont l’activité est indispensable en Suisse."
La notion d'intérêts économiques du pays figurant à l'art. 18 let. a LEI concerne au premier chef le domaine du marché du travail et dépend en particulier de la situation effective du marché du travail. Il s'agit, d'une part, des intérêts de l'économie et de ceux des entreprises. D'autre part, la politique d'admission doit favoriser une immigration qui n'entraîne pas de problèmes de politique sociale, qui améliore la structure du marché du travail et qui vise à plus long terme l'équilibre de ce dernier. Lors de l'appréciation du cas, il convient donc de tenir compte en particulier de la situation sur le marché du travail, de l'évolution économique durable et de la capacité de l'étranger concerné de s'intégrer. En particulier, les intérêts économiques de la Suisse seront servis lorsque, dans un certain domaine d'activité, il existe une demande durable à laquelle la main-d'œuvre étrangère en cause est susceptible de répondre sur le long terme (ATAF C-5184/2014 du 31 mars 2016 consid. 5.2.1 et les références).
Quant aux qualifications professionnelles mentionnées à l'art. 23 al. 1 LEI, elles peuvent avoir été obtenues, selon la profession ou la spécialisation, à différents niveaux: diplôme universitaire ou d'une haute école spécialisée; formation professionnelle spéciale assortie de plusieurs années d’expérience; diplôme professionnel complété d'une formation supplémentaire; connaissances linguistiques exceptionnelles et indispensables dans des domaines spécifiques. Lors de l'examen sous l'angle du marché du travail, l'existence des qualifications personnelles requises peut souvent être déduite de la fonction du travailleur étranger, par exemple lorsqu'il s'agit de personnes appelées à créer ou à diriger des entreprises importantes pour le marché du travail (cf. ch. 4.3.5 des Directives et commentaires, I. Domaine des étrangers, état au 1er avril 2020, du SEM; ci-après: les directives LEI; Marc Spescha, Migrationsrecht Kommentar, 5e éd., Zurich 2019, n° 1 ad art. 23, p. 131; PE.2019.0196 du 4 mai 2020 consid. 3a et les références).
La catégorie de travailleurs étrangers mentionnée à l'art. 23 al. 3 let. c LEI concerne les travailleurs moins qualifiés, mais qui disposent de connaissances et de capacités spécialisées indispensables à l'accomplissement de certaines activités, par exemple le travail du cirque, le nettoyage et l'entretien d'installations spéciales ou la construction de tunnels. Il doit toutefois s'agir d'activités ne pouvant pas, ou alors de manière insuffisante, être exécutées par un travailleur indigène ou un ressortissant d'un Etat membre de l'UE ou de l'AELE (ATAF C-5184/2014 du 31 mars 2016 consid. 5.4.2).
Les qualifications personnelles constituent une notion juridique indéterminée, pour l'interprétation de laquelle l'autorité dispose d'une latitude de jugement (cf. ATAF C-5420/2012 du 15 janvier 2014 consid. 8.4; C-8717/2010 consid. 7.4).
c) En l'espèce, le recourant a initialement obtenu en septembre 2014 une autorisation pour travailler auprès de la société C._ délivrée par le SDE. Cette autorisation a été approuvée par l'ODM en octobre 2014, compte tenu de l’intérêt économique du projet de C._, à savoir le développement et la production de panneaux solaires capables de se positionner face au soleil en vue d’une réception optimale de l’énergie. Le recourant a été engagé comme directeur de cette société afin de développer ses activités. Ni le SDE ni l'ODM n'ont remis en question le fait que le recourant disposait des qualifications professionnelles et personnelles requises selon l'art. 23 LEI et qu'aucun travailleur en Suisse n'avait le profil requis pour le poste concerné (art. 21 al. 1 LEI). Il ressort des explications de C._ et B._ que le recourant dispose de compétences particulières et d'un réseau international dans le domaine des énergies renouvelables, en particulier sur le marché turc sur lequel ces sociétés souhaitent s'implanter. Il est en outre titulaire d'un diplôme délivré par une université suisse et parle bien le français, selon les informations figurant au dossier du SPOP. Les conditions requises en vertu de l'art. 23 LEI, en ce qui concerne les capacités professionnelles et d'intégration du recourant, paraissent remplies, ce qui n'est pas contesté ici. Cela étant, la première autorisation de travail délivrée au recourant a été limitée à une période d'un an. Sa prolongation (renouvellement) a été soumise à la condition que les objectifs fixés par la société en termes de création d'emplois en Suisse et de chiffre d'affaires soient atteints (cf. supra, let. A). Lors de sa demande de renouvellement, déposée en 2015, le recourant a expliqué que le développement des activités de la société C._ avait été retardé du fait que le bâtiment qu'elle projetait de construire pour y accueillir ses activités n'avait pas obtenu les autorisations requises. Vu ces explications, le SDE a accepté de renouveler l'autorisation de travail délivrée au recourant en janvier 2016 pour une année. Il ressort des pièces produites par le recourant dans le cadre de la deuxième demande de renouvellement d'autorisation de travail qui a été déposée en octobre 2016 que la société C._ n’avait toujours pas développé ses activités (depuis 2014), faute de disposer des conditions-cadre nécessaires. Ainsi, les objectifs fixés initialement par cette société, qui conditionnaient le renouvellement de l'autorisation de travail du recourant, n’avaient pas été atteints. Pour ce motif, le SDE a informé le recourant au mois de juillet 2017 qu'il ne comptait pas renouveler son autorisation de travail pour le poste occupé au sein de la société C._, les perspectives de développement de la société ne permettant pas d’attester un effet éminemment positif pour l’économie du canton de Vaud.
Suite à ce préavis négatif, les recourants ont déposé en février 2019 une nouvelle demande d’autorisation en faveur de B._. Cette société fait partie du même groupe (H._) que C._, ainsi que F._ et G._. Dans sa demande, le recourant a indiqué qu'il renonçait à demander le renouvellement de son autorisation de travail pour la société C._ suite aux conseils qu'il avait reçus de la part du DEV. Dans sa décision attaquée, le SDE a retenu d'une part que le recourant ne travaillait pas pour B._ et d'autre part qu'une autorisation de travail en faveur de C._ ne pouvait pas être délivrée car cette société ne pourrait pas se développer dans un avenir proche (2 ans).
L'appréciation du SDE n'est pas critiquable. En ce qui concerne, C._, il ressort en effet des documents produits par les recourants que depuis sa création, en 2014, la société ne génère aucun chiffre d'affaires; elle est même déficitaire. Les objectifs qui ont été présentés par C._, à la base de la première demande d'autorisation de travail, à savoir la création d'une cinquantaine d'emplois et la réalisation d'un chiffre d'affaires de plusieurs millions de francs n’ont pas été atteints. Or, le renouvellement de l'autorisation de travail du recourant était conditionné à la réalisation des objectifs de la société. Le SDE a accepté de renouveler une première fois l'autorisation du recourant, malgré que les conditions précitées n'étaient pas remplies et compte tenu des explications transmises par le recourant, soit les problèmes juridiques rencontrés pour la construction du bâtiment abritant les futures activités de C._. Toutefois, le bâtiment n'est toujours pas construit à ce jour et les recourants indiquent dans leurs écritures que les activités de C._ ne pourront pas débuter avant 2021. Dans ces conditions, l’appréciation du SDE qui estime que l’autorisation de travail requise ne peut pas être délivrée en faveur de C._ au motif que les perspectives de développement de cette société ne sont pas suffisamment concrètes et que l'autorisation requise ne sert pas les intérêts économiques du canton de Vaud, n'est pas critiquable. Les conditions fixées aux art. 18 ss LEI, en particulier à l'art. 18 let. a LEI ne sont pas remplies.
d) La décision attaquée retient ensuite que le recourant n’exerce pas d'activités pour la société B._ pour laquelle la demande d'autorisation de travail a été déposée en février 2019. Dans leur réplique, les recourants ont indiqué que l’unique raison pour laquelle ils avaient déposé une demande de travail en faveur de B._ était que cette recommandation leur avait été faite par le DEV (p. 2 de la réplique). Le SDE a produit le préavis du 19 février 2019, ainsi qu’une détermination du 7 février 2020 dans laquelle le DEV explique qu’il a été sollicité par le SDE en juillet 2018 afin d’émettre un préavis sur la demande d’autorisation de travail (renouvellement) de A._ pour le poste de directeur auprès de la société C._. Dans ce cadre, le DEV avait rencontré le recourant A._ et les administrateurs de B._ à deux reprises. Après une analyse des documents produits par les recourants, le DEV avait émis un préavis défavorable en faveur de la société C._. Dans la mesure toutefois où A._ avait indiqué qu’il exerçait épisodiquement une activité pour les sociétés B._ et F._, le DEV avait conseillé aux recourants de déposer une demande d’autorisation de travail en faveur de F._. Selon l’analyse du DEV, il s’agissait de la société du groupe la plus pérenne sur le plan économique (38 employés en 2018 et 3 millions de francs de chiffre d’affaire en 2017). Dans sa détermination du 7 février 2020, le DEV précise qu’il s’agissait uniquement d’une recommandation "bienveillante" et non d’un préavis et que cela ne modifiait pas le préavis défavorable émis en faveur de C._. Les recourants le contestent. Ils maintiennent que la recommandation était faite en faveur de B._. Il n’est pas déterminant ici de savoir si la recommandation émise par le DEV s’appliquait à B._ ou à F._. En effet, le DEV avait été sollicité par le SDE dans le cadre de la demande (renouvellement) d’autorisation de travail de A._ pour le poste de directeur auprès de C._ et son préavis, qui se basait sur la situation économique de cette société uniquement, était défavorable. La recommandation émise par le DEV pour le dépôt d’une nouvelle demande en faveur d’une autre société du groupe (quelle qu’elle soit) sort donc du cadre du préavis pour lequel le DEV avait été sollicité par le SDE. Cette recommandation, émise à bien plaire, n’était pas déterminante pour l’autorité cantonale lorsqu’elle s’est prononcée sur la demande déposée en faveur de B._. Il n’est donc pas nécessaire d'entendre les collaborateurs du DEV afin d’établir le contenu de la recommandation qui avait été formulée aux recourants lors des rencontres avec le DEV. La requête d'audition de témoins doit par conséquent être rejetée. Dans leur réplique, les recourants confirment que la production de panneaux solaires montés sur rotules doit être faite à terme par C._. Ils estiment toutefois qu’il serait nécessaire que le recourant puisse obtenir une autorisation de travail dès à présent pour pouvoir développer le concept de fabrication de ces capteurs et que dans ce but, il pourrait être engagé indifféremment par l'une ou l'autre des sociétés du groupe H._. Ils précisent que l'engagement du recourant par F._ ne pose pas de problème et qu'une demande d'autorisation de travail pourrait être déposée en faveur de cette société. Selon les documents transmis au DEV par les recourants, F._ est la société la plus rentable du groupe. Elle emploie une trentaine de collaborateurs et elle a réalisé un chiffre d'affaires de plus de 3 millions de francs en 2017, alors que B._ a vu son chiffre d'affaires passer de 25 millions en 2011 à moins d'un million en 2017; elle employait 9 personnes en 2018 contre 56 en 2011. Il apparaît donc que sous l'angle de l'intérêt économique (art. 18 let. a LEI), F._ est la société la plus rentable du groupe H._ et c'est donc la société qui remplit au mieux l'exigence de l'intérêt économique posée à l'art. 18 let. a LEI. Il s'ensuit que la décision du SDE qui refuse de délivrer l'autorisation de travail sollicitée en faveur de B._ doit être confirmée. Les conditions du droit fédéral pour l'octroi d'une autorisation de travail en faveur de cette dernière société, en particulier la condition de l'intérêt économique pour la Suisse, ne sont en effet pas remplies (cf. art. 18 let a LEI).
Puisque le recourant indique que son engagement par F._ pour développer les activités du groupe H._ est possible, il lui incombe de déposer une demande d’autorisation de travail en faveur de F._ auprès du SDE, étant relevé que selon les informations figurant au dossier, le recourant exerçait déjà une activité épisodique pour cette société (cf. prise de position du DEV du 7 février 2020). L’autorité cantonale pourrait, dans le cadre de l’instruction de cette demande, solliciter un nouveau préavis du DEV.
3. Au vu des considérants qui précèdent, le recours doit être rejeté et la décision attaquée doit être confirmée. Les frais de justice sont mis à la charge des recourants, qui succombent (art. 49 al. 1 LPA-VD). Vu l'issue de la cause, les recourants, assistés d’un avocat, n’ont pas droit à des dépens (cf. art. 55 LPA-VD).