Decision ID: 25216f1c-e57b-5c1b-b262-e78d4735e2ec
Year: 2014
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
B_, né le _1943 et A_, née le _ 1952, sont les parents de E_, né le _ 1976 et de F_, né le _1980.![endif]>![if>
b)
E_ a entretenu une relation avec C_, née le _1984, dont est issue une fille, G_, née le _ 2009. Le couple s'est séparé au début de l'année 2012.
c)
F_ a pour sa part noué une relation avec H_, née le _1982, sœur de C_. Le couple a eu une fille, I_, née le _ 2009 et s'est séparé au début de l'année 2012.
d)
Depuis la séparation des deux couples, un conflit a opposé les familles A_ , B_ , E_ et F_ et C_ et H_.
e)
Le 28 janvier 2012, F_ a abattu, au moyen d'une arme à feu, le père de H_ et de C_ et ce en présence notamment de G_ et I_.
Par jugement du Tribunal criminel du 20 décembre 2013, F_ a été reconnu coupable de meurtre, de mise en danger de la vie d'autrui, d'exposition, d'escroquerie et d'infraction à la Loi fédérale sur les armes et a été condamné à une peine privative de liberté de 14 ans. Il a interjeté un recours contre cette condamnation, qui n'a pas été tranché à ce jour.
f)
G_ et I_ vivent avec leurs mères respectives au domicile de leur grand-mère maternelle. Les familles C_ et H_ et A_, B_, E_ et F_ n'entretiennent plus aucune relation depuis le drame du 28 janvier 2012.
g)
Par requêtes des 19 avril et 17 septembre 2013, B_ et A_ ont introduit une requête visant l'instauration d'un droit de visite en leur faveur sur G_ et I_. Ils ont allégué s'être beaucoup occupés des deux fillettes avant le mois de janvier 2012 et souhaiter maintenir un lien avec celles-ci.
h)
C_ et H_ se sont opposées à cette requête.
B.
a)
Par ordonnance
DTAE/3589/2014
du 24 juillet 2014, notifiée par plis du 31 juillet 2014, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a autorisé B_ et A_ à adresser, par l'intermédiaire du Service de protection des mineurs, quelques courriers par année à leur petite-fille G_, chargé les curateurs de l'enfant de s'assurer que les écrits de B_ et de A_ sont appropriés et, en particulier, ne contiennent aucune allusion aux procédures passées ou en cours, ni aucune mention de la famille C_ et H_ (ch. 1 du dispositif), dit qu'au surplus, la mineure G_ a la possibilité, si elle le souhaite, d'adresser des lettres et des dessins à ses grands-parents paternels (ch. 2), invité en outre C_ à adresser à B_ et à A_, une fois par année, une ou plusieurs photographies récentes de G_, ce par le biais du Service de protection des mineurs (ch. 3) et débouté pour le surplus B_ et A_ de leurs conclusions (ch. 4).
Le Tribunal de protection a rendu une décision similaire concernant I_.
En substance, le Tribunal de protection a retenu que la situation de G_ et de I_ est extrêmement complexe et que la relation entre leurs familles maternelle et paternelle est très tendue. L'instauration d'un droit de visite en faveur des grands-parents paternels aurait pour effet d'exposer les deux fillettes à des tensions et pourrait perturber l'équilibre créé dans leur nouvel environnement familial, ce qui ne serait pas dans leur intérêt. Il est en outre nécessaire que la priorité soit donnée au rétablissement des relations personnelles des deux enfants avec leurs pères respectifs. De surcroît, B_ et A_ doivent encore effectuer un cheminement personnel conséquent, leur discours étant toujours marqué par le déni des difficultés majeures que leurs deux fils ont connues. Le Tribunal de protection a également relevé que G_ et I_ n'avaient entretenu aucune relation avec leurs grands-parents paternels depuis près de deux ans et demi, de sorte qu'il n'était pas possible de parler de relation particulière entre eux. Toutefois, afin de permettre aux deux mineures de conserver des liens, même ténus, avec leurs grands-parents paternels et de faciliter, à terme, une reprise possible des contacts, il convenait d'autoriser l'envoi de quelques courriers par année aux deux enfants, lesquelles devaient avoir la possibilité, si elles le souhaitaient, d'adresser à leur tour des lettres et des dessins à leurs grands-parents paternels.
b)
Par acte du 3 septembre 2014, B_ et A_ ont recouru contre cette ordonnance et ont conclu à son annulation, au renvoi de la cause au Tribunal de première instance (sic) afin qu'il instruise le cas de l'enfant G_ et de sa relation avec ses grands-parents, au renvoi de la cause au Tribunal de protection afin que ce dernier ordonne une expertise, laquelle portera exclusivement sur les relations entre les grands-parents et les petites-filles et à la compensation des dépens. Subsidiairement, ils ont conclu à l'annulation de l'ordonnance querellée et à ce qu'un droit de visite sur G_ leur soit réservé, selon des modalités devant être fixées par le Tribunal de protection, dépens compensés.
Les recourants ont allégué, en substance, que la situation de G_ n'avait pas véritablement été instruite par le Tribunal de protection, lequel s'était contenté de l'assimiler, à tort, à celle de sa cousine I_.
B_ et A_ ont également formé un recours contre la décision du Tribunal de protection concernant I_, lequel fera l'objet d'une décision séparée.
c)
Le 22 septembre 2014, le Tribunal de protection a indiqué qu'il n'entendait pas faire usage des facultés prévues par l'art. 450d CC.
d)
C_, mère de G_, a conclu au rejet du recours, avec suite de frais et dépens.
C.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure concernant l'enfant G_.
a)
Postérieurement à la séparation de C_ et de E_, l'organisation des relations personnelles entre ce dernier et G_ ont été problématiques.
Par ordonnance du 18 octobre 2012, le Tribunal de protection, suivant les recommandations émises par le Service de protection des mineurs non contestées par les parties, a accordé à E_ un droit de visite sur G_ devant s'exercer à raison de deux heures par semaine dans un Point rencontre et a instauré une curatelle d'organisation et de surveillance du droit de visite. Cette décision était motivée par le fait que E_ connaissait des problèmes de toxicomanie.
Il ressort du dossier que les visites au Point rencontre ont débuté le 18 mai 2013. De cette date jusqu'au 19 avril 2014, trente-neuf visites avaient été prévues, dont vingt-trois avaient eu lieu et quinze avaient été annulées à la demande de E_(entre le 12 octobre 2013 et le 4 janvier 2014), en raison de son hospitalisation; une visite avait été annulée par la mère de l'enfant, en raison d'un rendez-vous scolaire.
Le Point rencontre avait mentionné, dans un rapport, les difficultés de G_ lors de ces visites, mais avait également constaté que tant la mère que le père avaient su mettre en application les conseils prodigués par les intervenants sociaux.
A une reprise, soit le 5 avril 2014, E_ s'était présenté au Point rencontre accompagné de sa mère, A_, laquelle avait pu voir sa petite-fille. Lors de l'exercice de son droit de visite, E_ avait également téléphoné quelques fois à ses parents, afin que G_ puisse leur parler. La fillette avait en outre fait parvenir des dessins à sa grand-mère paternelle.
b)
Le 9 avril 2014, E_ s'est adressé au Tribunal de protection afin de solliciter un élargissement de son droit de visite, hors du Point rencontre.
c)
Parallèlement, le Tribunal de protection a été saisi d'une requête présentée par F_, lequel souhaitait pouvoir rencontrer sa fille I_, alors qu'il était incarcéré à la suite des événements du 28 janvier 2012.
Le Tribunal de protection a, par ordonnance du 16 juillet 2013, sollicité une expertise familiale, afin de déterminer notamment s'il était conforme à l'intérêt de I_ qu'elle maintienne des relations personnelles avec son père.
L'expertise a été rendue le 30 janvier 2014. L'expert s'est notamment entretenu avec B_ et A_. Ceux-ci ont expliqué qu'avant le drame, ils s'entendaient très bien avec la famille C_ et H_. Depuis lors, ils craignent des représailles et vivent dans une angoisse constante. Ils ont exprimé une grande souffrance et ont pleuré durant tout l'entretien avec l'expert. Ils ont par ailleurs manifesté leur désir de voir G_ et I_ grandir et ont déclaré ne pas comprendre pour quels motifs leurs mères ne leur avaient plus donné de nouvelles. B_ et A_ ont décrit F_ comme un fils parfait et ont refusé de reconnaître ses torts, expliquant que H_ n'avait aucune raison de le quitter. Selon eux, si le couple ne s'était pas séparé, les deux familles auraient continué de vivre heureuses.
L'expert a été entendu par le Tribunal de protection le 19 juin 2014. Il a précisé avoir connu des problèmes d'ordre linguistique lors de son entretien avec B_ et A_, qui ne l'avaient toutefois pas empêché d'analyser leur état émotionnel. L'expert a indiqué que s'il lui apparaissait prématuré d'envisager la reprise des contacts entre I_ et ses grands-parents paternels, il lui était impossible de se prononcer sur la situation et les besoins de G_, qu'il n'avait pas rencontrée. L'expert ne pouvait pas davantage se prononcer sur les conséquences éventuelles, sur I_, d'une reprise des contacts entre G_ et le couple A_ et B_; ces conséquences pouvaient être positives ou négatives et devaient être évaluées.
d)
Postérieurement au prononcé de l'ordonnance dont est recours, le Tribunal de protection a ordonné une expertise portant sur la demande d'extension des relations personnelles formée par E_, les parties et le Service de protection des mineurs ayant été invités à soumettre leurs questions à l'expert.

EN DROIT
1.
1.1.
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie aux mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).![endif]>![if>