Decision ID: 7da5ca44-81b6-4aff-96e3-8c40e03a5571
Year: 2016
Language: fr
Court: CH_BGer
Chamber: CH_BGer_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: public_law

Faits :
A.
Par jugement du 19 avril 2013, le Tribunal correctionnel du canton de Genève a condamné E._ pour escroquerie et blanchiment d'argent, pour deux fraudes au préjudice du groupe bancaire C._. Il avait obtenu, avec un comparse (domicilié en Israël), 25 millions d'USD de bonus pour l'engagement de A._ (domicilié à Londres) et de quatre personnes, alors que les trois prénommés agissaient de concert et s'étaient partagé la somme. Les trois mêmes comparses avaient amené la banque à acheter des bons argentins pour 210 millions d'USD, soit 150 millions de plus que le prix réel, et s'étaient à nouveau partagé le solde.
B.
Par décision du 2 mars 2015, le Ministère public genevois a ordonné la restitution aux parties plaignantes du solde de trois comptes détenus auprès de la F._ (rachetée entretemps par G._) par H._ Ltd, I._ Ltd et BB._. Se fondant sur la condamnation précitée et retraçant l'origine des fonds, le Ministère public est parvenu à la conclusion que ceux-ci étaient d'origine illicite.
C.
A._ (ayant droit de H._ Ltd), AB._ (épouse de celui-ci et ayant-droit de I._ Ltd) et BB._ ont déclaré recourir contre cette décision auprès de la Chambre pénale de recours de la Cour de justice du canton de Genève, faisant valoir que la remise des fonds préjugeait d'un jugement final et violait la présomption d'innocence.
Par arrêt du 27 janvier 2016, la Chambre pénale de recours a déclaré irrecevable le recours en tant qu'il était formé par A._ et AB._ au nom des sociétés titulaires des comptes, les procurations produites n'étant pas valables. En tant que prévenu dans la procédure pénale, A._ pouvait recourir en invoquant la présomption d'innocence. Le grief a toutefois été rejeté car la décision du Ministère public ne faisait que reprendre les constatations figurant dans le jugement du 19 avril 2013, sans prétendre que la culpabilité de A._ aurait été établie. Le recours formé par BB._ a en revanche été admis, l'origine illicite des fonds n'étant pas établie.
D.
Par acte du 24 février 2016, A._ et AB._ forment recours contre l'arrêt du 27 janvier 2016. Ils déclarent agir pour H._ Ltd et I._ Ltd, A._ agissant également en son nom propre.
Il n'a pas été demandé de réponse au recours.

Considérant en droit :
1.
Le Tribunal fédéral examine d'office sa compétence (art. 29 al. 1 LTF) et contrôle librement les conditions de recevabilité des recours qui lui sont soumis (ATF 141 IV 298 consid. 1.1 p. 299).
1.1. Le recours en matière pénale (art. 78 ss LTF) est ouvert contre une décision relative à un séquestre prise au cours d'une procédure pénale et confirmée en dernière instance cantonale (art. 80 LTF).
1.2. La décision relative à la restitution à l'ayant droit, prise avant la clôture de la procédure en application de l'art. 267 al. 2 CPP, constitue une décision incidente puisqu'elle ne met pas fin à la procédure pénale (ATF 128 I 129 consid. 1 p. 131 et les références). Le recours n'est dès lors recevable, selon l'art. 93 al. 1 let. a LTF, que si l'acte attaqué est susceptible de causer un préjudice irréparable. Tel peut être le cas en l'espèce, dans la mesure où, selon la décision du Ministère public, les fonds seront définitivement restitués à la banque.
1.3. En vertu de l'art. 42 al. 1 LTF, les mémoires de recours doivent être motivés. Conformément à l'art. 42 al. 2 LTF, les motifs doivent exposer succinctement en quoi l'acte attaqué viole le droit. Pour satisfaire à cette exigence, il appartient aux recourants de discuter au moins brièvement les considérants de la décision litigieuse (ATF 134 II 244 consid. 2.1 p. 245). En particulier, la motivation doit se rapporter à l'objet du litige tel qu'il est circonscrit par l'arrêt attaqué (ATF 133 IV 119 consid. 6.4 p. 121). Lorsque, comme en l'espèce, il s'agit essentiellement d'un arrêt d'irrecevabilité, les motifs développés dans le mémoire de recours doivent porter sur la question de la recevabilité traitée par l'instance précédente à l'exclusion du fond du différend (ATF 123 V 335 consid. 1b p. 336; 118 Ib 134 consid. 2 p. 135). Les chefs de conclusions étrangers à l'objet du litige ainsi délimité sont irrecevables (art. 99 al. 2 LTF).
1.3.1. En l'occurrence, le recours porte exclusivement sur le fond: les recourants se plaignent d'une violation de l'art. 267 al. 2 CPP et soutiennent que les conditions d'une restitution ne sont pas réalisées à ce stade. Les recourants ne contestent pas, en revanche, qu'ils n'avaient pas qualité pour agir en tant que simples ayants droit et que les procurations qui devaient leur permettre de recourir au nom des sociétés titulaires étaient l'une périmée (car vieille de plus de trois ans), l'autre trop générale (car ne comprenant pas le pouvoir d'agir en justice). Faute de toute motivation pertinente à ce sujet, le recours est irrecevable.
1.3.2. La cour cantonale est entrée en matière sur le recours formé personnellement par A._, dans la seule mesure où celui-ci invoquait la présomption d'innocence en faisant valoir que l'ordonnance du Ministère public le tenait par avance comme coupable. Le grief a toutefois été rejeté, car la décision du Ministère public ne faisait que reprendre les constatations figurant dans le jugement du 19 avril 2013, sans prétendre que la culpabilité de A._ aurait d'ores et déjà été établie. Le recours ne contient aucune argumentation à l'encontre de cet aspect de l'arrêt cantonal et apparaît, sur ce point également, insuffisamment motivé.
2.
Sur le vu de qui précède, le recours est irrecevable. Conformément à l'art. 66 al. 1 LTF, les frais judiciaires sont mis à la charge solidaire des recourants qui succombent. Il n'est pas alloué de dépens, les intimés n'ayant pas été invités à procéder. Le présent arrêt est rendu selon la procédure simplifiée prévue à l'art. 108 al. 1 let. a LTF.