Decision ID: 0d2511e7-7a1e-578d-92d2-fccc34c9a72b
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
Par ordonnance du 14 août 2009, le Tribunal tutélaire (désormais le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant, ci-après: le Tribunal de protection) a désigné C_ aux fonctions de curatrice de sa soeur, A_, née le _ 1935, originaire de _ (Saint-Gall), aux fins d'administrer ses biens, d'encaisser ses revenus et ses rentes, de pourvoir à leur gestion et de la représenter à l'égard de ses créanciers; C_ avait pris l'engagement d'exercer son mandat à titre gratuit, ce dont il lui a été donné acte. A_, qui souffrait d'un état dépressif assorti d'un syndrome de type Diogène, ne s'était pas opposée à cette mesure de protection.
b.
Par ordonnance du 2 septembre 2011, le Tribunal tutélaire a prononcé la mainlevée de la mesure de curatelle instituée en faveur de A_, à la demande de cette dernière, et a relevé la curatrice de ses fonctions.
c.
Par courrier du 17 décembre 2018, D_, avocat, a signalé au Tribunal de protection la situation de A_. Il a exposé que celle-ci avait sollicité son aide à plusieurs reprises alors qu'elle se trouvait dans une situation de détresse et de souffrance. C_, soeur de A_, gérait l'intégralité de ses affaires, les deux filles de l'intéressée étant domiciliées en Angleterre et faisant confiance à leur tante. A_ avait été installée dans un appartement à _ [GE], sombre et encombré, alors qu'elle occupait précédemment un logement appartenant à son frère, E_, dont le contrat de bail n'avait pas été résilié. E_ réclamait par conséquent plus de 5'000 fr. de loyer, montant auquel s'ajoutaient des arriérés pour plus de 5'000 fr. également. A_ avait en outre signé, le 9 août 2014, des attestations relatives à des remboursements de prêts que ses deux filles lui auraient octroyés respectivement en 83'198 fr. et en 34'242 fr., dont elle déclarait n'avoir aucun souvenir, tout en précisant que c'était en réalité elle qui aidait financièrement ses filles, afin qu'elles puissent acquérir un logement en Angleterre. A_ ignorait tout de sa fortune et de ses revenus, sa soeur lui remettant 100 fr. par semaine pour ses besoins courants. Elle avait rédigé un courrier remis à D_, dans lequel elle indiquait avoir besoin de quelqu'un d'extérieur à la famille pour gérer ses affaires, espérant ainsi retrouver une relation normale avec ses filles et déclarant que la situation actuelle avec son frère et sa soeur lui était insupportable. Elle était "presque en désespoir" et téléphonait souvent à [l'association] G_.
Dans un nouveau courrier du 4 janvier 2019 adressé au Tribunal de protection, D_ précisait que A_ affirmait être manipulée par sa famille, qui lui reprochait d'avoir approché un avocat, qu'elle n'avait au demeurant pas les moyens de mandater formellement.
La procédure contient par ailleurs deux photographies de l'appartement de A_, qui apparaît fortement encombré.
d.
Par décision
DTAE/176/2019
du 14 janvier 2019, le Tribunal de protection a désigné B_, avocate, aux fonctions de curatrice d'office de A_, son mandat étant limité à sa représentation dans la procédure civile pendante devant cette juridiction.
e.
Par courrier du 30 janvier 2019, B_ informait le Tribunal de protection de ce que A_ bénéficiait d'un suivi médical auprès de l'IMAD, cette institution assurant une aide pour le ménage, les repas et les soins personnels. L'intéressée s'était plainte de ne pas disposer de suffisamment d'argent et d'être dépassée par les questions financières et administratives. Elle ignorait le montant de sa fortune et de la rente perçue à la suite du décès de son époux. Selon B_, elle présentait quelques difficultés cognitives. Il existait enfin un doute sérieux concernant la nature des relations entretenues par l'intéressée et sa famille, notamment sa soeur, qui gérait ses affaires et son argent.
f.
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 5 février 2019, lors de laquelle A_, bien que son transport ait été organisé, n'était pas présente. B_ a indiqué s'être entretenue avec elle et avoir relevé qu'elle ne se plaignait pas de son lieu de vie, mais uniquement du montant de l'argent de poche qu'elle recevait de sa soeur.
A l'issue de l'audience, le Tribunal de protection a décidé d'interpeller le médecin traitant de l'intéressée ainsi que l'IMAD et d'entendre C_.
g.
Dans un courrier du 5 mars 2019, l'IMAD a confirmé l'aide apportée à A_. Celle-ci semblait être en conflit avec son frère.
h.
Dans un courrier du 13 mai 2019, le Dr F_, gériatre, a indiqué qu'en l'état et après en avoir discuté avec A_, celle-ci ne nécessitait pas l'instauration d'une nouvelle mesure de curatelle. L'intéressée avait renouvelé sa confiance à sa soeur, qui s'occupait chaque semaine de ses affaires et était opposée à une nouvelle procédure de mise sous curatelle, soutenue en cela par ses deux filles. A_ lui avait fait l'effet d'une personne sensée, possédant sa capacité de discernement, même si elle était ponctuellement affectée de troubles cognitifs.
i.
Le Tribunal de protection a tenu une nouvelle audience le 18 juin 2019.
A_ a expliqué avoir consulté D_, avocat, dont l'étude se trouvait dans son immeuble et lui avoir exposé différents problèmes qui la préoccupaient. Il y avait eu, selon elle, une "certaine confusion dans la perception de sa situation".
C_ a expliqué, pour sa part, que lorsque la mesure de curatelle avait été levée, elle avait néanmoins continué de soutenir sa soeur sur le plan administratif; elle était au bénéfice d'une procuration sur ses comptes et lui rendait visite tous les week-ends. Par le passé, A_ était redevable de loyers à l'égard de son frère E_, qui avaient toutefois été réglés. Elle a confirmé que les deux filles de A_ avaient prêté de l'argent à cette dernière, afin de lui permettre d'acquérir un bien immobilier dans la région genevoise, ce qu'elle n'avait finalement pas fait; les sommes empruntées avaient depuis lors été remboursées. C_ estimait pour sa part que les affaires de sa soeur étaient sous contrôle. Elle percevait des rentes à hauteur d'environ 4'500 fr. par mois et sa fortune était de l'ordre de 95'000 fr., à laquelle s'ajoutait une somme de 50'000 fr. que A_ avait prêtée en 2018 à l'une de ses filles.
A l'issue de l'audience, le Tribunal de protection a sollicité de C_ la production de pièces complémentaires concernant la situation financière et sociale de l'intéressée.
j.
Avant que la cause ne soit mise en délibération, la curatrice de A_ a formulé des observations par courrier du 20 janvier 2020. Elle a relevé que la situation financière de l'intéressée demeurait floue et incomplète. Celle-ci estimait nécessaire d'être aidée, en l'occurrence par sa soeur, pour toutes les questions financières, mais elle refusait catégoriquement une mesure de curatelle. Le gérant de l'immeuble dans lequel elle vivait lui demandait régulièrement de ranger les extérieurs, en raison de son comportement de type Diogène. Selon B_, une mesure de curatelle n'aurait sans doute pas eu pour effet d'apporter un meilleur soutien à A_.
k.
Par ordonnance non motivée du 18 février 2020, le Tribunal de protection a dit qu'il n'y avait pas lieu d'instituer une mesure de protection en faveur de A_ et a laissé les frais de la procédure à la charge de l'Etat.
B.
a.
Le 5 mai 2020, B_ a adressé son
time-sheet
au Tribunal de protection, faisant état d'un total de sept heures d'activité, sollicitant par ailleurs la relève de son mandat.
b.
Par décision
DTAE/2421/2020
du 11 mai 2020, le Tribunal de protection a relevé B_ de ses fonctions de curatrice d'office de A_ pour la période allant du 14 janvier 2019 au 28 février 2020 et arrêté ses honoraires à la somme de 1'400 fr. (7 heures d'activité à 200 fr./h) en vertu du tarif applicable selon le règlement fixant la rémunération des curateurs (RRC), l'a mise à la charge de A_ et a précisé que l'activité déployée en qualité de curateur n'était pas soumise à TVA (art. 7 RRC).
c.
Le 26 juin 2020, A_ a formé recours contre cette décision, reçue le 28 mai 2020, concluant à son annulation. Préalablement, elle a conclu à ce que la note d'honoraires de la curatrice lui soit transmise, les frais devant être laissés à la charge de l'Etat.
La recourante a allégué avoir été surprise par le nombre d'heures facturées par B_, dont elle ignorait le détail. Son droit d'être entendue avait été violé.
d.
Dans ses observations du 4 août 2020, B_ a déclaré s'en rapporter à justice s'agissant de la recevabilité du recours et a conclu à son rejet. Elle s'est pour le surplus référée à sa note d'honoraires détaillée du 5 mai 2020.
e.
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de la décision contestée.
f.
Par pli du 4 septembre 2020, le greffe de la Chambre de surveillance a adressé à la recourante une copie du
time-sheet
de B_ du 5 mai 202 et lui a imparti un délai de 20 jours pour formuler toutes observations utiles.
A la demande du conseil de la recourante et par avis du 25 septembre 2020, ledit délai a été prolongé au 5 octobre 2020.
g.
Le 6 octobre 2020, la recourante a adressé ses observations à la Chambre de surveillance, datées du 5 octobre 2020. Elle a déclaré admettre le
time-sheet
de B_. Elle avait toutefois constaté que la démarche entreprise par D_, avocat, qu'elle avait consulté "pour un tout autre sujet", avait entraîné des inconvénients et des frais importants. Les frais de la curatrice devaient par conséquent être mis à la charge de D_ ou à celle de l'Etat. Elle a en outre sollicité l'allocation de dépens.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet dans les trente jours d'un recours écrit et motivé devant le juge compétent, à savoir à Genève la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et 3 et 450b CC; 53 al. 1 et 2 LaCC).