Decision ID: 1c5d6671-8905-5c72-8087-f1084c99d2ca
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. a)
La situation de B_, né le _ 1997, a été signalée au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) le 25 mars 2015 par le Service de protection des mineurs (ci-après : le SPMi), chargé d'une curatelle d'assistance éducative mise en place lors du divorce de ses parents en septembre 2014.
Selon ce service, B_ présentait des troubles psychiques importants et un retard intellectuel nécessitant un appui pour l'aider dans son développement. Il était déscolarisé et ne suivait plus l'enseignement spécialisé mis en place. La mère était peu fiable dans les renseignements qu'elle donnait à propos de ses enfants. Il était à craindre que sans l'intervention d'un curateur ou d'une tierce personne en mesure de faire des propositions au sujet de son emploi du temps, notamment par le biais d'une insertion dans une structure appropriée, B_ ne cesse de régresser. En outre, le fait qu'il atteigne l'âge adulte allait engendrer des démarches et procédures administratives que sa mère ne serait pas en mesure d'entreprendre.
b)
Aux termes d'un rapport établi le 11 mai 2015, le Dr D_, spécialiste en psychiatrie-psychothérapie, a indiqué que B_ présentait une problématique psychologique sous forme d'un trouble envahissant du développement laissant apparaître de fortes angoisses face à l'inconnu et des retards intellectuels nécessitant un appui pour l'aider dans son développement, même s'il n'était pas incapable de discernement.
c)
Le 4 juin 2015, C_, avocat, a été désigné en qualité de curateur d'office de B_.
d)
Par courrier du 15 juin 2015 adressé au Tribunal de protection, A_, mère de B_, a indiqué être consciente du trouble mental de son fils, et a conclu à ce qu'elle soit désignée aux fonctions de curatrice dans le cadre d'une éventuelle mesure de protection prononcée en faveur de son fils. Elle a, à titre subsidiaire, indiqué que sa fille ainée E_ ne s'opposerait pas à assumer ce mandat.
e)
Lors de l'audience tenue le 22 juin 2015, l'intervenant auprès du SPMi a relevé qu'une curatelle d'assistance éducative avait été mise en place en faveur des enfants de A_, qui semblait être en difficulté pour faire face à l'éducation de ses trois enfants, même si elle était proche d'eux et à leur écoute. Il n'avait eu que peu de contacts avec cette famille, qui se montrait peu réceptive à l'intervention du service.
Le Dr D_ a confirmé son rapport du 11 mai 2015, précisant que B_ était sujet à des troubles de la personnalité avec angoisses. Il lui avait prescrit des neuroleptiques et des antidépresseurs pour traiter l'angoisse et les troubles psychiques, mais son patient avait, en accord avec sa mère et contre son avis médical, décidé d'arrêter ce traitement. Il voyait B_ moins régulièrement depuis que l'Office médico-pédagogique et l'établissement scolaire devaient entreprendre les démarches pour déterminer la suite de la scolarité de l'intéressé.
F_, enseignante de B_ depuis deux ans, a expliqué que ce dernier n'était venu à l'école que deux jours durant la dernière année, de sorte qu'il avait été impossible de mettre en place une formation ni d'envisager un projet pour l'avenir.
L'intervenant du SPMi a indiqué qu'à sa connaissance, B_ n'avait pas de projet pour la suite, et que la mère de ce dernier restait vague sur les occupations de son fils pour le futur.
A_ a confirmé que son fils était déscolarisé, expliquant qu'il se faisait malmener par d'autres élèves et qu'il allait mieux depuis qu'il ne se rendait plus à l'école. Elle a expliqué avoir trouvé différentes activités pour son fils l'année passée; il avait effectué des stages au sein d'une ferme pour travailler avec des chevaux, et auprès d'un maraîcher et d'un peintre en bâtiment. Il s'agissait d'activités sporadiques, dans la mesure où il représentait une charge pour les personnes qui l'accueillaient. Elle avait par ailleurs sollicité des prestations de l'assurance-invalidité pour son fils.
Le curateur d'office de B_ a indiqué avoir pu constater que ce dernier se sentait mieux en présence de sa mère que lorsqu'il se trouvait seul. Le curateur ne s'est pas opposé au prononcé d'une mesure de protection.
B.
Par ordonnance
DTAE/3114/2015
rendue le 22 juin 2015, le Tribunal de protection a institué une mesure de curatelle de représentation avec gestion en faveur de B_, né le _ 1997 (ch. 1 du dispositif), désigné G_, cheffe de secteur, et H_, intervenante en protection de l'adulte, Service de protection de l'adulte, aux fonctions de co-curatrices de B_ (ch. 2), chargé les co-curatrices de représenter ce dernier dans ses rapports avec les tiers, en particulier en matière administrative, juridique, sociale, financière et sauvegarder au mieux ses intérêts, ainsi que de veiller à la gestion de ses revenus et de sa fortune, d'administrer ses biens et d'accomplir tous les actes liés à cette gestion (ch. 3), dit que les co-curatrices pouvaient se substituer l'une l'autre dans l'exercice de leur mandat, chacune avec les pleins pouvoirs de représentation (ch. 4), autorisé les co-curatrices à prendre connaissance de la correspondance de B_ (ch. 5), invité les co-curatrices à informer sans délai l'autorité de protection de tous faits nouveaux justifiant la modification ou la levée de la curatelle (ch. 6), et dispensé exceptionnellement B_ du paiement d'un émolument de décision (ch. 7).
Dans le cadre de la décision entreprise, le Tribunal de protection a en substance considéré que les troubles psychiques dont souffrait B_ l'empêchaient en grande partie de gérer ses affaires, de sorte que la sauvegarde de ses intérêts justifiait d'instaurer une curatelle de représentation avec gestion du patrimoine. Il a estimé que la mère de ce dernier ne remplissait pas les conditions pour être nommée en qualité de curatrice, dès lors qu'elle faisait l'objet d'actes de défaut de biens, qu'elle se sentait démunie face à la situation, qu'elle avait permis à son fils de ne plus aller à l'école puisqu'il y était malmené par d'autres élèves, et qu'elle avait consenti à ce que son fils mette fin à sa médication.
C. a)
Par acte déposé au greffe de la Cour de justice le 27 août 2015, A_, mère de la personne concernée, a recouru contre cette décision, dont elle a eu connaissance le 28 juillet 2015 dans le cadre de la notification à l'adresse de son fils.
Elle conclut principalement à l'annulation de l'ordonnance querellée. Cela fait, elle demande à la Chambre de surveillance d'instituer une curatelle de représentation avec gestion en faveur de B_, de la désigner aux fonctions de curatrice, subsidiairement de désigner E_, sa fille aînée, à ces fonctions, et plus subsidiairement encore de renvoyer la cause à l'autorité de première instance pour nouvelle décision.
Elle prend, à titre préalable, des conclusions tendant à l'octroi de l'effet suspensif et à l'audition de E_.
Elle produit diverses pièces nouvelles à l'appui de son recours.
b)
Par courrier du 21 septembre 2015, le Tribunal de protection a informé la Chambre de surveillance de ce qu'il n'entendait pas faire usage des facultés prévues par l'art. 450d CC.
c)
Invité à se déterminer, le SPMi a, par pli du 1
er
octobre 2015, préconisé de maintenir les mesures prononcées dans la décision entreprise. Soulignant le rôle important tenu par la mère de B_, le point de référence et la véritable ressource qu'elle représentait pour son fils, ce service a néanmoins relevé que cette dernière devait être soutenue par un curateur externe à la famille, compte tenu de l'importance des atteintes psychiques dont souffrait son fils, des difficultés que son état allait poser, de la nécessité d'un encadrement professionnel de l'intéressé en sus de celui octroyé par la famille.
d)
Dans ses déterminations déposées le 15 octobre 2015, B_ a déclaré appuyer les conclusions prises par sa mère, concluant à la désignation de sa mère, subsidiairement de sa demi-soeur E_ aux fonctions de curatrice.
e)
Par avis du 20 octobre 2015, les parties ont été informées de ce que la cause a été mise en délibération.
D.
Les faits suivants résultent en outre du dossier soumis à la Chambre de surveillance :
a)
Depuis l'été 2015, B_ suit des cours particuliers de français, de lecture et de mathématiques à raison de deux heures par semaine.
Il effectue des stages auprès d'un agriculteur à raison de trois jours par semaine, pour des travaux d'entretien à la ferme et d'aide sur les marchés, ainsi qu'auprès d'une société I_.
b)
Le 3 juillet 2015, l'Office cantonal des assurances sociales a soumis à B_ un projet d'acceptation de rente, lui reconnaissant le droit à une rente entière sur la base d'un degré d'invalidité reconnu de 100%.
c)
Selon une attestation établie par l'office des poursuites le 29 juillet 2015, A_ ne fait l'objet d'aucune poursuite ni acte de défaut de biens.
Elle ne figure pas au casier judiciaire, et répond aux exigences d'honorabilité et de bonne réputation lui ayant permis d'obtenir un certificat de bonne vie et mœurs.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet, dans les trente jours, d'un recours écrit et motivé, devant le juge compétent, à savoir la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et al. 3 et 450b CC; art. 126 al. 3 LOJ; art. 53 al. 1 et 2 LaCC).![endif]>![if>