Decision ID: 2096b956-9023-5372-990d-2ee9c9f7c1eb
Year: 2017
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
F_, né à _ (J_) le _ 1943, pays où il était officiellement domicilié, de nationalité K_, est décédé à _ (K_) le _ 2009.
Selon un acte de notoriété dressé le 18 novembre 2009 en l'Etude de G_, notaire à _ (K_), le défunt a laissé comme héritiers sa veuve, A_ née _ le _ 1964, les enfants qu'il a eus avec celle-ci, soit C_, né le _ 1986, B_, née le _ 1986 et D_, né le _ 1991, ainsi qu'un enfant issu d'une précédente relation, soit E_, né le 28 août 1983. La paternité de F_ sur E_ a été constatée par un jugement rendu le 8 février 2005 par le Tribunal de Grande Instance de Paris (K_).
b)
Par requête du 29 octobre 2015 adressée à la Justice de paix du Canton de Genève, E_ a conclu à ce qu'il soit fait interdiction à H_ de disposer, de quelque manière que ce soit, de tout compte, actif, créance présente, future ou conditionnelle, exigible ou non, d'opération de crédit et/ou de lettre d'indemnité, avoirs, valeurs, titres, coffres ou autres actifs au nom de feu F_ ou de sa succession (soit les hoirs A_, B_, C_, D_ et E_), sous la menace de la peine de l'art. 292 CP et à ce qu'il soit ordonné à H_, sous la même menace, de produire la liste des comptes bancaires de toute nature ouverts au nom de feu F_, les relevés des comptes ouverts au nom de feu F_ du 1
er
janvier 2007 au 6 juin 2009, la liste et le montant des avoirs de feu F_ inscrits dans les livres de H_ au 6 juin 2009, les relevés bancaires attestant des opérations bancaires depuis le 6 juin 2009 et les éventuelles procurations consenties par feu F_.
A l'appui de sa requête, fondée sur l'art. 89 LDIP, E_ a exposé s'être renseigné auprès de G_, notaire, afin de connaître la consistance de la succession. Il apparaissait toutefois des renseignements qu'il avait obtenus que l'existence des biens situés hors de K_ (notamment au J_, L_, M_ et N_) avaient été passée sous silence. Des procédures judiciaires avaient opposé les héritiers de F_ devant les juridictions J_ et K_; un accord avait pu être trouvé entre les parties concernant les biens successoraux sis en K_ et à L_. Alors que les opérations de partage étaient en cours, E_ avait appris par des articles de presse publiés les 13 et 16 février 2015 dans _, que son père était cité dans l'affaire "_" comme l'un des riches de J_ possédant des comptes auprès de H_ en Suisse et ce pour plus de 35 millions d'euros. H_ avait opposé une fin de non-recevoir à sa demande d'informations, au motif que l'acte de notoriété français du 18 novembre 2009 ne valait que pour les biens immobiliers de la succession de F_ sis en K_.
c)
Par courrier du 17 février 2016, la Justice de paix a fixé un délai au 20 mai 2016 aux autres héritiers du défunt pour se prononcer sur la requête de mesures conservatoires.
d)
Le 25 février 2016, le conseil de E_ a sollicité le prononcé sans délai des mesures conservatoires requises, craignant que le fait que les autres héritiers de feu F_ soient désormais informés de sa démarche ne vide la requête du 29 octobre 2015 de sa substance.
e)
Le 18 mars 2016, la Justice de paix a informé le conseil de E_ de ce que sa requête du 29 octobre 2015 était en cours d'instruction et qu'il apparaissait que la Justice de paix était incompétente
ratione loci et materiae
. Par ailleurs, il n'avait pas encore fourni toutes les pièces qui lui avaient été demandées le 6 novembre 2015. Au demeurant, il n'avait fourni aucun élément concret qui rendait vraisemblable l'urgence dont il ne s'était prévalu que dans son courrier du 25 février 2016.
f)
Le 31 mai 2016, le conseil de E_ a fourni des pièces complémentaires à la Justice de paix, sollicitant qu'une décision soit rendue rapidement.
g)
Le 25 juillet 2016, la Justice de paix a sollicité de E_ le versement d'une avance de frais de 6'000 fr. pour la procédure visant à déterminer le droit applicable, l'Institut de droit comparé ayant été sollicité.
Plusieurs prolongations de délai ont été requises par E_ pour s'acquitter de ce montant.
h)
Le 3 août 2016, le conseil de la veuve et de B_, C_ et D_ a sollicité de la Justice de paix un nouveau délai pour prendre position sur la requête formée par E_, au motif que le courrier du 18 février 2016 ne leur avait été remis par la poste J_ que le 15 juillet 2016.
La Justice de paix a fait droit à cette requête en accordant un nouveau délai au 1
er
septembre 2016 pour répondre.
i)
Dans leurs écritures du 31 août 2016, A_, B_, C_ et D_ (ci-après : les consorts A_, B_, C_ et D_) ont conclu à l'irrecevabilité de la requête de blocage des fonds auprès de H_ et de la requête de reddition de comptes, subsidiairement au rejet des requêtes de E_.
En substance, les consorts A_, B_, C_ et D_ ont allégué que E_ avait laissé deux testaments datés des 26 février et 16 avril 2007 au contenu identique, par lesquels il déclarait léguer l'ensemble de ses biens mobiliers et immobiliers, à parts égales, à son épouse et à leurs trois enfants. Le 6 novembre 2009, forts du certificat d'hérédité délivré par les autorités J_ et des dispositions testamentaires du défunt, les consorts A_, B_, C_ et D_ avaient donné une instruction commune de partage à la Banque H_ et demandé le transfert des avoirs du défunt détenus par elle sur des comptes séparés ouverts au sein du même établissement. Lesdites instructions avaient été exécutées par la banque. Ils n'avaient appris que plus tard, soit au moment de l'ouverture de la succession en K_, pays dans lequel le défunt détenait également des biens, l'existence de E_. En application des règles du droit français, G_, notaire, avait instrumenté un acte de notoriété le 18 novembre 2009, reconnaissant à E_ la qualité d'héritier dans le cadre de la succession limitée ouverte en K_. E_ ayant revendiqué une part successorale dans la succession universelle ouverte tant au J_ qu'en K_, des procédures judiciaires avaient été initiées dans ces deux pays. Des procédures étaient toujours pendantes au J_, celles ouvertes en K_ s'étant soldées par un accord transactionnel.
Une procédure pénale avait été ouverte par le Ministère public de Genève à la suite d'une dénonciation initiée par H_ et les avoirs détenus en Suisse par les consorts A_, B_, C_ et D_, qui avaient été entendus, sans avoir eu accès au dossier, avaient été bloqués.
Selon les consorts A_, B_, C_ et D_, la Justice de paix était incompétente
ratione materiae
pour ordonner une mesure de blocage sur la base de l'art. 89 LDIP; subsidiairement, la requête était infondée. Le même sort devait être réservé aux conclusions qui portaient sur la reddition de comptes.
j)
Par courrier du 15 décembre 2016 adressé au Ministère public, E_ a déclaré se "constituer partie plaignante tant au pénal qu'au civil" dans le cadre de la procédure pénale pendante. Selon lui, les consorts A_, B_, C_ et D_, en s'appropriant des biens que le défunt détenait auprès de H_, s'étaient rendus coupables d'abus de confiance, de soustraction d'une chose mobilière, de gestion déloyale et/ou d'escroquerie.
k)
Dans une nouvelle écriture à l'adresse de la Justice de paix du 30 janvier 2017, E_ a persisté dans ses conclusions.
Les consorts A_, B_, C_ et D_ en ont fait de même le 31 mars 2017.
B.
Par décision
DJP/229/2017
du 12 mai 2017, la Justice de paix a suspendu jusqu'à droit connu au pénal la procédure en mesures conservatoires provisoires sur les avoirs placés chez H_, établissement bancaire dont le siège se situe à Genève et faisant partie de la succession de E_, de nationalité _ et _, en son vivant domicilié à _ (J_), décédé le _ 2009 à _ (K_) (ch. 1 du dispositif) et fixé un émolument de 250 fr., mis à la charge de la succession (ch. 2).
La Justice de paix a motivé sa décision de suspension par le fait qu'une procédure pénale 1_ avait été ouverte à Genève et qu'il semblait que ladite poursuite pénale portait sur "les mêmes actifs successoraux que ceux dont le requérant sollicite la protection dans sa demande du 29 octobre 2015 et oppose les mêmes parties"; le sort des avoirs successoraux litigieux dépendait de l'issue du procès pénal, "ce qui confirme le principe selon lequel le pénal tient le civil en l'état".
Cette décision mentionnait le fait qu'elle pouvait faire l'objet d'un appel dans le délai de dix jours dès sa notification.
C.
a)
Le 26 mai 2017, A_, B_, C_ et D_ ont saisi la Cour de justice de quatre appels distincts dirigés contre la décision rendue par la Justice de paix le 12 mai 2017, reçue par certains d'entre eux le 16 mai et par d'autres le 17 mai 2017.
Ils ont conclu, préalablement, à la jonction des quatre appels et principalement à l'annulation de la décision attaquée et à ce que la Cour constate l'incompétence de la Justice de paix pour statuer sur la requête en mesures conservatoires formulée par E_, celle
-
ci devant être déclarée irrecevable, subsidiairement rejetée. A titre subsidiaire, ils ont conclu à l'annulation de la décision querellée et au renvoi de la cause en première instance pour nouvelle décision.
Les appelants ont exposé avoir été mis en prévention des chefs d'escroquerie et de faux dans les titres pour avoir, entre novembre 2009 et février 2015, dissimulé à E_ les avoirs détenus par feu F_ auprès de H_. Le séquestre de leurs avoirs avait été ordonné. Les appelants ont soutenu que la Justice de paix n'étant pas compétente pour ordonner les mesures requises par E_, elle n'était pas davantage habilitée à suspendre la procédure. Au demeurant, l'examen de la compétence de la Justice de paix pour prononcer les mesures requises ne nécessitait pas d'attendre le résultat de la procédure pénale.
b)
Dans son mémoire réponse du 26 juin 2017, E_ a conclu au rejet des appels et à la confirmation de la décision attaquée, avec suite de frais et dépens. Il a notamment allégué le fait que les avoirs déposés chez H_ ne figuraient plus sur le compte bancaire du défunt, dès lors que les appelants avaient obtenu que lesdits fonds soient répartis en quatre parts égales, puis transférés sur des comptes nouvellement ouverts chez H_ à leurs noms, comptes qui avaient ensuite été clôturés, les avoirs ayant été transférés auprès de la Banque I_ à _. Le Ministère public genevois avait ordonné, le 30 mars 2015, le séquestre immédiat de toutes relations bancaires ouvertes auprès de cet établissement bancaire au nom des consorts A_, B_, C_ et D_, ce séquestre ayant été confirmé par la Chambre pénale de recours. Si le séquestre pénal devait par impossible être levé, il serait indispensable de prononcer le blocage des avoirs sur le plan civil, à titre provisionnel, afin d'éviter qu'ils ne soient dilapidés. Ainsi, des motifs d'opportunité commandaient "le maintien de la suspension de la procédure en mesure conservatoire sur les avoirs placés chez H_, jusqu'à l'issue de la procédure pénale à l'encontre des appelants".
c)
Par avis du 27 juin 2017, les parties ont été informées de ce que la cause était mise en délibération.

EN DROIT
1. 1.1.1
La décision ordonnant la suspension de la cause est une mesure d'instruction qui peut, conformément à l'art. 126 al. 2 CPC, faire l'objet du recours de l'art. 319 let. b ch. 1 CPC.