Decision ID: 5dcca759-3e57-4cc7-9e7c-d533aa023076
Year: 2014
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Mandat d'arrêt en vue d'extradition (art. 48 al. 2 EIMP)
B u n d e s s t r a f g e r i c h t
T r i b u n a l p é n a l f é d é r a l
T r i b u n a l e p e n a l e f e d e r a l e
T r i b u n a l p e n a l f e d e r a l
Numéro de dossier: RH.2014.6
(Procédure secondaire: RP.2014.51)
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Faits:
A. Par mandat d'arrêt du 12 mars 1994 diffusé par signalement SIS du
21 août 2008, le Tribunal de district de Z., Allemagne, a requis l'extradition
de A. Ce dernier est recherché pour avoir, le 8 mars 1994, à Z., menacé
une victime au moyen d'une arme à feu et lui avoir volé DEM 2'836.-- (soit
environ EUR 1'450.--) en étant masqué (act. 1.3).
B. Le 6 mai 2014, A. a été interpellé au passage de frontière de Meyrin
(Genève). Lors de son audition intervenue le lendemain, une ordonnance
provisoire d'arrestation lui a été notifiée (act. 1.4). Par ailleurs, il s'est
opposé à son extradition (act. 3.5).
C. Le 8 mai 2014, un mandat d'arrêt aux fins d'extradition a été transmis par
l'OFJ au Ministère public du canton de Genève en sa qualité d'autorité
d'exécution. A. a refusé de signer ledit mandat lorsque celui-ci lui a été
notifié (act. 3.7).
D. Par télécopie du 12 mai 2014 adressée à l'OFJ, A. a, par l'intermédiaire de
son conseil, sollicité sa mise en liberté immédiate (act. 1.5).
E. Par télécopie du même jour, l'OFJ a refusé d'entrer en matière sur ladite
requête et a transmis au conseil de A. une copie du mandat d'arrêt en vue
d'extradition (act. 1.1).
F. Par acte du 14 mai 2014, A. a recouru contre le mandat d'arrêt et a conclu
à son annulation. De plus, il a sollicité sa mise en libération immédiate et
demandé à ce que l'illégalité de sa détention soit constatée. Finalement, il a
demandé à être mis au bénéfice de l'assistance judiciaire (act. 1).
G. Par télécopie du 15 mai 2014 et par le biais du canal SIRENE le
19 mai 2014, l'OFJ a interpellé les autorités allemandes au sujet de la
prescription de l'infraction pour laquelle A. est recherché (act. 3.12 et 3.13).
Le Staatsanwaltschaft Oldenburg a transmis sa réponse par téléfax du
20 mai 2014 (act. 3.14).
H. Par courrier du 20 mai 2014, le Niedersächsisches Justizministerium
allemand a transmis à l'OFJ une demande formelle d'extradition à
l'encontre de A. (act. 3.15).
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I. Invité à répondre, l'OFJ a conclu au rejet du recours dans la mesure de sa
recevabilité, sous suite de frais, par écriture du 21 mai 2014 (act. 3).
J. Appelé à répliquer, le recourant a persisté dans ses conclusions le
26 mai 2014 (act. 4).
Les arguments et moyens de preuve des parties seront repris, si
nécessaire, dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1.
1.1 Les procédures d'extradition entre la Suisse et l'Allemagne sont
prioritairement régies par la Convention européenne d’extradition du
13 décembre 1957 (CEExtr; RS 0.353.1), entrée en vigueur pour la Suisse
le 20 mars 1967 et pour l'Allemagne le 1 er janvier 1977, et par le Deuxième
protocole additionnel à la CEExtr (RS 0.353.12), entré en vigueur pour la
Suisse le 9 juin 1985 et pour l'Allemagne le 6 juin 1991. De plus, l'Accord
complémentaire du 13 novembre 1969 entre la Confédération suisse et la
République fédérale d'Allemagne en vue de compléter la CEExtr et de
faciliter son application (RS 0.353.913.61; ci-après: l'Accord
complémentaire) trouve application.
Pour le surplus, la loi fédérale sur l’entraide internationale en matière
pénale (EIMP; RS 351.1) et son ordonnance d'exécution (OEIMP;
RS 351.11) règlent les questions qui ne sont pas régies, explicitement ou
implicitement, par les traités (ATF 130 II 337 consid. 1; 128 II 355 consid. 1
et la jurisprudence citée). Le droit interne s'applique en outre lorsqu'il est
plus favorable à l'octroi de l’extradition que les traités (ATF 137 IV 33
consid. 2.2.2; 136 IV 82 consid. 3.1; 129 II 462 consid. 1.1; 122 II 140
consid. 2). L'application de la norme la plus favorable (principe dit "de
faveur") doit avoir lieu dans le respect des droits fondamentaux (ATF 135
IV 212 consid. 2.3).
1.2 La Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral est compétente pour
connaître des recours dirigés contre les mandats d’arrêt à titre
extraditionnel (art. 37 al. 2 let. a ch. 1 de la loi fédérale sur l’organisation
des autorités pénales de la Confédération [LOAP; RS 173.71], mis en
relation avec l’art. 48 al. 2 EIMP. Adressé par la personne visée dans les
dix jours à compter de la notification du mandat d’arrêt (art. 48 al. 2 EIMP),
le recours est formellement recevable.
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2. Le recourant argue du fait que la prescription en droit allemand est acquise
pour les faits qui lui sont reprochés, rendant son extradition manifestement
inadmissible.
2.1 Selon l'art. 16 ch. 1 de la CEExtr, disposition qui régit l'arrestation
provisoire aux fins d'extradition, les autorités compétentes de l'Etat
requérant peuvent, en cas d'urgence, demander l'arrestation provisoire de
l'individu recherché; les autorités compétentes de l'Etat requis statuent sur
cette demande conformément à la loi de l'Etat requis. Saisie d’un recours
fondé sur l’art. 48 al. 2 EIMP, la Cour des plaintes n’a pas, à ce stade de la
procédure, à se prononcer sur le bien-fondé de la demande d’extradition
(ATF 130 II 306 consid. 2.3). Elle se borne à examiner la légalité de
l’arrestation et si la détention aux fins d’extradition se justifie (ATF 111 IV
108 consid. 3; MOREILLON [éd.], Commentaire romand EIMP, Bâle/
Genève/Munich 2004, n° 19 ad art. 47). Les griefs relatifs au bien-fondé de
la demande d’extradition doivent en principe être soulevés dans le cadre de
la procédure d’extradition proprement dite pour laquelle sont compétents,
en première instance, l'OFJ et, sur recours, le Tribunal pénal fédéral et le
Tribunal fédéral en dernière instance, aux conditions prévues à l’art. 84
LTF (ATF 133 IV 125, 129, 131, 132, 134). Selon la jurisprudence
constante, la détention extraditionnelle est la règle, tandis que la mise en
liberté demeure l’exception (ATF 130 II 306 consid. 2.2), la mise en liberté
provisoire étant au demeurant soumise à des exigences plus strictes en
matière de détention extraditionnelle que de détention préventive (ATF 130
II 306 consid. 2.2; 111 IV 108 consid. 2; 109 Ib 223 consid. 2c; arrêt du
Tribunal fédéral 1A.148/2004 du 21 juin 2004, consid. 2.2). Aux termes des
art. 47 ss EIMP, il peut notamment être renoncé à la détention s’il apparaît
que la personne poursuivie ne se soustraira pas à l’extradition et
n’entravera pas l’instruction (art. 47 al. 1 let. a), si elle a un alibi (art. 47
al. 1 let. b), si elle ne peut pas subir l’incarcération (art. 47 al. 2), si la
demande d’extradition et ses annexes ne sont pas fournies à temps (art. 50
al. 1 EIMP) ou encore si l’extradition est manifestement inadmissible
(art. 51 al. 1 EIMP; ATF 117 IV 359 consid. 2). La question de savoir si les
conditions qui justifient l’annulation du mandat d’arrêt aux fins d’extradition
sont remplies dans le cas concret doit être examinée selon des critères
rigoureux, de manière à ne pas rendre illusoire l’engagement pris par la
Suisse de remettre la personne poursuivie, en cas d’admission de la
demande d’extradition, à l’Etat qui en a fait la demande (art. 1 CEExtr).
A teneur de l'art. IV de l'Accord complémentaire, l'extradition ne peut être
refusée au motif que l'action pénale ou la peine est prescrite selon les
dispositions légales de l'Etat requis. En d'autres termes, seule la
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prescription d'après le droit de la partie requérante doit être prise en
compte.
En l'espèce, il est reproché à A. d'avoir, le 8 mars 1994, à Z., menacé une
victime au moyen d'une arme à feu et lui avoir volé DEM 2'836.-- (soit
environ EUR 1'450.--) alors qu'il était masqué. Cette infraction, qualifiée,
comme l'indiquent les autorités allemandes, de "schwerer Raub" au sens
de l'art. 250 al. 2 ch. 1 du Code pénal allemand (art. 250 al. 1 ch. 1 du
Code pénal allemand dans son ancienne teneur; act. 1.3), est passible
d'une peine menace de 15 ans de privation de liberté (art. 38 al. 2 du Code
pénal allemand). En application de l'art. 78 al. 3 ch. 2 du Code pénal
allemand, la prescription devrait alors être de 20 ans, arrivant à échéance
le 8 mars 2014. Néanmoins, sur demande de l'OFJ, les autorités
allemandes ont indiqué que divers actes de procédure sont intervenus
depuis la commission de l'infraction, interrompant ainsi la prescription qui
ne sera pas acquise avant le 16 octobre 2032.
2.2 En tout état de cause, en tant qu'il a trait au bien-fondé de la demande
d'extradition, le grief tiré de la prescription (art. 10 CEExtr) doit être soulevé
dans le cadre de la procédure d'extradition proprement dite. Le fait que ce
grief soit soulevé à l'appui d’un recours contre le mandat d’arrêt
extraditionnel ne saurait avoir pour effet de contraindre la Cour de céans à
procéder de manière anticipée à un examen approfondi du grief tiré de la
prescription (cf. arrêt du Tribunal fédéral RR.2007.185 du 7 janvier 2008,
consid. 4.2; ATF 109 Ib 223 consid. 3b). En l’espèce, on se limitera donc à
constater que la résolution de la question exige un examen détaillé du droit
étranger, de sorte qu’à ce stade, l’extradition n’est pas manifestement
inadmissible au sens de la jurisprudence citée plus haut (supra
consid. 2.1).
2.3 Le grief unique invoqué par le recourant ne saurait être admis.
3. Au regard de ce qui précède, le recours doit être rejeté.
4. Le recourant sollicite l’octroi de l’assistance judiciaire et la nomination de
Me Corinne Arpin en qualité de mandataire d’office.
4.1 La personne poursuivie peut se faire assister d’un mandataire; si elle ne
peut ou ne veut y pourvoir et que la sauvegarde de ses intérêts l’exige, un
mandataire d’office lui est désigné (art. 21 al. 1 EIMP). L’autorité de
recours, son président ou le juge instructeur attribue en outre un avocat au
recourant si la sauvegarde de ses droits le requiert (art. 65 al. 2 PA). Après
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le dépôt du recours, la partie qui ne dispose pas de ressources suffisantes
et dont les conclusions ne paraissent pas d’emblée vouées à l’échec est, à
sa demande, dispensée par l’autorité de recours, son président ou le juge
instructeur de payer les frais de procédure (art. 65 al. 1 PA). S'agissant des
conclusions, on rappellera qu’elles doivent être considérées comme
vouées à l’échec lorsque les risques de perdre l’emportent nettement sur
les chances de gagner, alors même qu’elles ne seraient pas manifestement
mal fondées ou abusives (arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2007.176 du
11 décembre 2007, consid. 3; RR.2007.31 du 21 mars 2007, consid. 3).
En l'espèce, à l'appui de sa demande, le recourant a fourni à la Cour le
formulaire pertinent rempli par ses soins. Il y fait figurer une dette de
CHF 80'000.-- ("créancier: Banque") ainsi que des dépenses mensuelles
de CHF 2'200.-- (CHF 1'000.-- au poste "pension alimentaire" et
CHF 1'200.-- au poste "Autres dépenses: vie courante"). De plus, il indique
percevoir un revenu de CHF 2'000.-- ("Salaire"). Néanmoins, il ne fournit
aucune pièce pouvant attester de ces montants et, partant, de sa situation
financière prétendument difficile et ce malgré le rappel allant expressément
dans ce sens qui lui a été adressé par la Cour par courrier du 15 mai 2014
(cause RP.2014.51, act. 2). Par ailleurs, aucun élément pouvant appuyer
les chiffres indiqués par le recourant ne ressort du dossier à disposition de
la Cour. Partant, la demande d'assistance judiciaire doit être rejetée.
4.2 Il s’ensuit que les frais de procédure comprenant l'émolument d'arrêté, les
émoluments de chancellerie et les débours seront mis à la charge du
recourant qui succombe (art. 63 al. 1 PA, applicable par renvoi de l'art. 39
al. 2 let. b LOAP). Le montant de l'émolument est calculé en fonction de
l'ampleur et de la difficulté de la cause, de la façon de procéder des parties,
de leur situation financière et des frais de chancellerie (art. 73 al. 2 LOAP,
5 et 8 al. 3 du règlement du Tribunal pénal fédéral sur les frais,
émoluments, dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale du
31 août 2010 [RFPPF; RS 173.713.162] et art. 63 al. 5 PA). Le recourant
supportera ainsi les frais du présent arrêt qui seront fixés à CHF 500.--.
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