Decision ID: 94e8c64d-680b-5002-a644-160d546783f9
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
a.
Par
requête datée du 16 août 2017 et reçue par le greffe du Tribunal de première instance (ci-après : le Tribunal) le 23 août suivant, B_ a sollicité le prononcé de la faillite sans poursuite préalable de A_ en application de l'art. 190 al. 1 ch. 1 LP.
b.
Par convocation datée du 5 octobre 2017, le Tribunal a notifié cette requête à A_ et cité les parties à comparaître à l'audience du 6 novembre 2017.
c.
Par pli déposé le 3 novembre 2017 au greffe, B_ a informé le Tribunal qu'elle se présenterait à l'audience du 6 novembre 2017 avec un témoin en mesure d'attester du bien-fondé de sa créance. Elle a en outre produit un chargé de pièces.
d.
Par courrier déposé le 6 novembre 2017 au greffe, B_ a retiré la requête de mise en faillite sans poursuite préalable formée à l'encontre d'A_ le 16 août 2017.
A_ n'ayant pas reçu de copie de ce courrier, elle a été informée dudit retrait lorsqu'elle s'est rendue à l'audience prévue le même jour et qui avait été annulée.
B.
Par jugement
JTPI/14413/2017
prononcé le 6 novembre 2017 et notifié à A_ le 14 novembre 2017, le Tribunal de première instance a donné acte à B_ du retrait de sa requête de faillite sans poursuite préalable formée le 16 août 2017 à l'encontre de A_ (chiffre 1 du dispositif), arrêté les frais à 300 fr. (ch. 2), condamné A_ à les rembourser à B_ qui en avait fait l'avance (ch. 3) et dit qu'il n'y avait pas lieu à l'allocation de dépens (ch. 4).
C. a.
Par acte expédié le 23 novembre 2017, A_ recourt contre ce jugement. Elle conclut principalement au prononcé d'une nouvelle décision constatant que le retrait de la requête de B_ constitue un désistement d'action et condamnant cette dernière au paiement des frais de justice de première instance d'un montant de 300 fr., avec suite de frais et dépens. A titre subsidiaire, elle requiert l'annulation du jugement entrepris et le renvoi de la cause à l'instance précédente.
b.
Dans sa réponse, B_ indique que la condamnation d'A_ à lui rembourser l'avance de frais qu'elle a effectuée constitue manifestement une erreur de plume du Tribunal dans la mesure où elle a elle-même requis le retrait de sa requête de faillite sans poursuite préalable, par courrier du 6 novembre 2017. Elle s'en remet par conséquent à la justice s'agissant du bien-fondé du recours formé par A_.
B_ s'oppose toutefois à ce que les frais et dépens de la procédure de recours soient mis à sa charge, ledit recours ayant été engendré par une erreur de plume du Tribunal.
c.
Par arrêt du 3 janvier 2018, la Cour de justice a admis la requête de A_ tendant à la suspension de l'effet exécutoire attaché au jugement entrepris.
d.
Les parties n'ont pas fait usage de leur droit à la réplique.
e.
Les arguments juridiques des parties seront examinés ci-après dans la mesure utile à la solution du litige.

EN DROIT
1.
1.1
Dès lors que la contestation ne porte que sur la répartition des frais opérée par le juge de première instance, seule la voie du recours est ouverte (art. 110 CPC).
1.2
Interjeté dans le délai de dix jours prévu par la loi (art. 321 al. 2 CPC) et selon la forme prescrite (art. 321 al. 1 CPC), le recours est recevable.
2.
La recourante requiert que la Cour constate que le retrait de sa requête par l'intimée constituait un désistement d'action et qu'elle condamne celle-ci au paiement des frais de justice de première instance, fixés à 300 fr.
2.1
L'art. 106 al. 1 CPC prévoit que les frais sont mis à la charge de la partie succombante. La partie succombante est le demandeur lorsque le tribunal n'entre pas en matière et en cas de désistement d'action; elle est le défendeur en cas d'acquiescement.
Le désistement est l'acte par lequel le demandeur abandonne les conclusions qu'il a prises au procès. Un retrait unilatéral de la demande équivaut dès lors en principe à un désistement d'action (Bohnet, in Code de procédure civile commenté [éd: Bohnet/Haldy/Jeandin/Schweizer/Tappy], 2011 (cité ci-après "CPC Commenté"), n
o
2 et 4 ad art. 65 CPC).
L'intérêt pratique à une constatation de droit fait normalement défaut pour le titulaire du droit lorsque celui-ci dispose d'une action en exécution, en interdiction ou d'une action formatrice, immédiatement ouverte, qui lui permettrait d'obtenir directement le respect de son droit ou l'exécution de l'obligation. Dans ce sens, l'action en constatation de droit est subsidiaire par rapport à une action condamnatoire ou une action formatrice. Seules des circonstances exceptionnelles peuvent conduire à admettre l'existence d'un intérêt à la constatation de droit bien qu'une voie d'exécution soit ouverte, ce qu'il appartient au demandeur de démontrer (ATF
135 III 378
consid. 2.2; ATF
114 II 253
consid. 2 = JdT
1989 I 333
; arrêt du Tribunal fédéral
4A_280/2015
du 20 octobre 2015 consid. 6.2.2 s.).
2.2
En l'espèce,
il résulte du dossier que l'intimée a retiré unilatéralement sa requête tendant à la mise en faillite de la recourante, sans solliciter préalablement l'accord de cette dernière à ce sujet, ce qu'elle ne conteste du reste pas. Conformément à l'art. 106 al. 1 CPC, il incombait dès lors à l'intimée, et non à la recourante, de supporter les frais judiciaires de première instance.
Les frais en question, dont le montant n'est pas critiqué par les parties, seront par conséquent mis à la charge de l'intimée et compensés avec l'avance fournie par celle-ci, qui reste acquise à l'Etat de Genève (art. 111 al. 1 CPC).
La recourante sera en revanche déboutée de sa conclusion tendant à ce qu'il soit constaté que le retrait de la requête de l'intimée constituait un désistement d'action. Dans la mesure où elle ne décrit pas en quoi elle aurait intérêt à cette constatation et qu'elle obtient gain de cause s'agissant de la répartition des frais judiciaires de première instance, force est en effet de retenir que l'intérêt nécessaire à un tel prononcé fait défaut.
3.
La recourante conclut à la condamnation de l'intimée aux frais et aux dépens de la procédure de recours. L'intimée s'y oppose au motif que le recours a été rendu nécessaire par une erreur de plume du Tribunal.
3.1
L'art. 107 CPC permet de déroger à la règle générale de l'art. 106 CPC attribuant les frais à la partie qui succombe au profit d'une répartition des frais et dépens selon la libre appréciation du juge dans différentes hypothèses où cette règle pourrait s'avérer inappropriée. L'alinéa 1 distingue, sous la lettre a à e, de manière exemplative et dispositive, cinq cas particuliers et, sous la lettre f, une clause générale dans l'hypothèse où des circonstances particulières rendraient une répartition en fonction du sort de la cause inéquitable (Message du Conseil fédéral relatif à l'adoption du CPC, FF 2006 p. 6908; Tappy, in CPC Commenté, n
o
1 ad art. 107 CPC).
L'art. 107 al. 1 CPC représentant une exception au principe de l'art. 106 al. 1 CPC, il doit être appliqué restrictivement (ATF
143 III 261
consid. 4.2.5).
L'art. 107 al. 2 CPC permet par ailleurs de mettre exceptionnellement les frais judiciaires à la charge du canton lorsqu'ils ne sont pas imputables aux parties ni aux tiers et que l'équité l'exige. Cette disposition s'applique notamment lorsqu'un recours a été nécessaire pour corriger une erreur du juge assimilable à une véritable "panne de la justice" dont on ne saurait tenir l'autre partie pour responsable (arrêts du Tribunal fédéral
4A_364/2013
,
4A_394/2013
et
4A_396/2013
du 5 mars 2014 consid. 15.4 s.; Tappy, op. cit., n
o
37 ad
art. 107 CPC).
La règlementation de l'art. 107 al. 2 CPC ne laisse en revanche pas de place à la condamnation du canton à verser des dépens à une partie en cas de décision de première instance viciée. Lorsque le recourant obtient gain de cause en raison d'une erreur de procédure du premier juge et que l'intimé ne s'associe pas à la décision attaquée, la juridiction de recours peut cependant, en vertu du large pouvoir d'appréciation que lui confère l'art. 107 al. 1 let. f CPC, libérer l'intimé des dépens et laisser le recourant ayant obtenu gain de cause supporter ses propres frais d'avocat (arrêt du Tribunal fédéral
5A_932/2016
du 24 juillet 2017 consid. 2.2.4, commenté par Bastons Bulletti, CPC Online, Newsletter du 5 octobre 2017).
3.2
En l'espèce,
le recours a été rendu nécessaire par l'erreur du Tribunal ayant consisté à imputer les frais judicaires de première instance à la recourante au lieu de les faire supporter à l'intimée conformément à l'art. 106 al. 1 CPC. Il se justifie dès lors de mettre les frais de la procédure de recours à la charge de l'Etat de Genève et de restituer à la recourante l'avance qu'elle a versée.
Il ne sera en revanche pas alloué de dépens à la recourante, l'équité empêchant que ceux-ci soient mis à la charge de l'intimée qui ne s'est pas opposée au recours.
* * * * *