Decision ID: e2ea3dad-e5b9-4427-8911-a593087c2285
Year: 2022
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

La Cour des plaintes vu:
 La demande d’entraide judiciaire du 25 janvier 2021 et son complément du
10 mars 2021 adressés par la France à la Suisse et aux termes desquels
l’autorité étrangère requérait l’exécution, notamment, d’une perquisition dans
les locaux du bureau de change B. à Z. « en vue de la saisie de tous
éléments de preuve se rapportant au trafic de montres de luxe non déclarées
en douane, stockées pour le compte de A. et la société C. [...] » (act. 1.2 et
1.3),
 les décisions d’entrée en matière des 22 février et 15 mars 2021 (act. 1.4 et
1.5),
 l’ordonnance d’exécution du 15 mars 2021, par laquelle le Ministère public
de la République et canton de Genève (ci-après: MP-GE), alors désigné
comme canton directeur le 3 février 2021 par l’Office fédéral de la justice
(v. act. 1.4), a ordonné l’exécution de la perquisition requise et la saisie
probatoire et conservatoire des éléments recueillis (act. 1.6),
 la perquisition effectuée en date du 24 mars 2021 en présence notamment
de D., exploitant du bureau de change B. (act. 1, p. 5 et 1.7),
 l’inventaire des pièces et les procès-verbaux de séquestres de gage
douanier, respectivement, d’objets et autres valeurs patrimoniales dressés
le 24 mars 2021 et faisant état de la saisie, notamment, de vingt-trois
montres de luxe, de deux bracelets de montre, de valeurs patrimoniales et
de divers documents (act. 1.7 à 1.9),
 le courrier électronique du 22 décembre 2021, par lequel le conseil de A. a
requis la restitution des deux bracelets et vingt-trois montres de luxe précités,
dès lors que le séquestre de gage douanier a été levé en date du
21 décembre 2021 par l’Administration fédérale des douanes (act. 1.18 et
1.19),
 la correspondance du MP-GE datée du 22 décembre 2021, par laquelle cette
dernière autorité informe A. que le séquestre sur les objets en cause perdure
en raison de l’enquête française qui est en cours et de l’absence de
directives de la part de l’autorité requérante quant auxdits objets (act. 1.1),
 l’écriture du 3 janvier 2022 transmise à la Cour des plaintes du Tribunal pénal
fédéral (ci-après: la Cour) aux termes de laquelle A. conclut, préalablement,
à pouvoir consulter l’entier de la procédure et, à titre principal et sous suite
de frais et dépens, à l’annulation de la décision rendue le 22 décembre 2021
par le MP-GE ainsi qu’à la restitution des bracelets et montres de luxe visés
par le séquestre. Subsidiairement, il requiert, en substance, la levée dudit
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séquestre (act. 1),

et considérant que:
 en vertu de l'art. 37 al. 2 let. a de la loi fédérale du 19 mars 2010 sur
l'organisation des autorités pénales de la Confédération (LOAP; RS 173.71),
mis en relation avec les art. 25 al. 1 et 80e de la loi fédérale du 20 mars 1981
sur l'entraide internationale en matière pénale (EIMP; RS 351.1), la Cour de
céans est compétente pour connaître des recours dirigés contre les
décisions rendues par l'autorité fédérale ou cantonale d'exécution relatives
à la clôture de la procédure d'entraide et, conjointement, les décisions
incidentes, ainsi que contre les décisions incidentes antérieures à la décision
de clôture, rendues par les mêmes autorités, si elles causent un préjudice
immédiat et irréparable en raison, notamment, de la saisie d'objets ou de
valeurs;
 aux termes de l'art. 80h let. b EIMP, a qualité pour recourir en matière
d'entraide quiconque est personnellement et directement touché par une
mesure d'entraide et a un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée
ou modifiée;
 en vertu de l'art. 9a let. b de l’ordonnance du 24 février 1982 sur l’entraide
internationale en matière pénale (OEIMP; RS 351.11), la personne
– physique ou morale – qui doit se soumettre personnellement à une
perquisition ou à un séquestre d'objets ou de valeurs a la qualité pour
recourir. Cette disposition se rattache ainsi à la possession immédiate
(pouvoir de disposition de fait), respectivement au fait d'être directement
touché par les mesures de contrainte; il peut notamment s'agir du
propriétaire ou du locataire des locaux perquisitionnés; la jurisprudence
constante a par exemple admis sous cet angle la qualité pour agir d’un
commissaire-expéditeur qui, servant d’intermédiaire, avait été chargé de
l’entreposage provisoire de la marchandise séquestrée; la qualité pour agir
a en revanche été déniée au dépositaire, respectivement, au propriétaire au
sens du droit civil, indirectement touchés par le séquestre (arrêt du Tribunal
fédéral 1A.154/1995 du 27 septembre 1995 consid. 2b; TPF 2014 113
consid. 3.2.2, 3.4.2 et 3.5; ZIMMERMANN, La coopération judiciaire
internationale en matière pénale, 5e éd. 2019, n. 526, p. 558); ladite qualité
pour agir a également été déniée à la personne concernée par des
documents saisis en mains tierces, quand bien même ces documents
contiennent des informations à son sujet (arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2009.229 du 16 décembre 2009 consid. 2 et les réf. citées;
BOMIO/GLASSEY, La qualité pour recourir dans le domaine de l'entraide
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judiciaire internationale en matière pénale, in Jusletter du 13 décembre 2010,
n. 36); le critère déterminant au sens de l'art. 9a let. b OEIMP est en effet
celui de la maîtrise effective au moment de la perquisition ou de la saisie;
seul sera ainsi légitimé à agir celui dont la possession sera directement
troublée durant la mise en œuvre de la perquisition ou de la saisie, à
l'exclusion de toute autre personne indirectement touchée (arrêt du Tribunal
pénal fédéral RR.2019.135 du 24 octobre 2019 consid. 1.5.1 et les arrêts
cités; BOMIO/GLASSEY, op. cit., n. 40);
 en l’occurrence la perquisition susmentionnée visant les bracelets et montres
de luxe en cause a été exécutée dans le bureau de change B. en présence
de son exploitant, D., de sorte que la qualité pour agir du recourant, qui au
demeurant ne démontre pas avoir été le détenteur des objets en question au
moment de l’exécution de la mesure de contrainte et déclare en outre ne pas
être le propriétaire de ceux-ci (v. act. 1.16, courrier du 15 juin 2021 de Me E.
à l’attention du MP-GE), doit être niée et le recours déclaré irrecevable;
 même à vouloir, par impossible, admettre la qualité pour agir du recourant,
l’irrecevabilité du recours se doit également d’être prononcée pour les motifs
qui suivent;
 la décision par laquelle l'autorité d'exécution en matière d'entraide
internationale ordonne le séquestre est une décision incidente au sens de
l'art. 80e al. 2 EIMP; il en va, en principe, de même du prononcé par lequel
l'autorité d'exécution confirme le séquestre ou rejette une requête tendant à
sa levée (v. TPF 2007 124 consid. 2.2; arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2021.240 du 4 janvier 2022), ce à moins que la décision en cause soit
considérée comme une décision de clôture sui generis en raison de la durée
jugée disproportionnée du séquestre (TPF 2007 124 consid. 2.3);
 quand bien même on veuille considérer le courrier du MP-GE daté du
22 décembre 2021 comme une décision de refus de lever le séquestre
litigieux d’objets et autres valeurs patrimoniales (act. 1.1 et 1.9), cette
dernière ne met pas un terme à la procédure de saisie, de sorte qu’elle est
assimilée à une décision incidente (v. TPF 2007 124 consid. 2);
 le séquestre entrepris a été prononcé fin mars 2021 (v. supra); il n’est dès
lors pas possible de parler d’une mesure qui dure dans le temps, de sorte
qu’il convient d’admettre qu’elle est proportionnée dans la durée
(v. TPF 2007 124; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2020.329-330 du
11 mai 2021 consid. 3.2 s. et les réf. citées);
 il s’ensuit que la décision tendant au refus de lever le séquestre ne peut être
assimilée à une décision de clôture sui generis, mais bien à une décision
incidente antérieure à la décision de clôture;
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 le délai de recours contre une décision incidente est de dix jours dès la
communication écrite de celle-ci (art. 80k EIMP); déposé dans les délais, le
recours l'a été en temps utile;
 à teneur de l'art. 80e al. 2 EIMP, les décisions incidentes antérieures à la
décision de clôture ne sont attaquables séparément qu'en cas de préjudice
immédiat et irréparable découlant de la saisie d'objets ou de valeurs (let. a);
 la notion de préjudice immédiat et irréparable au sens de la disposition
précitée doit être interprétée de manière restrictive (arrêts du Tribunal pénal
fédéral RR.2021.219-221+RR.2021.230-232 du 3 novembre 2021;
RR.2018.90-92 du 29 mars 2018; RR.2007.131 du 27 novembre 2007
consid. 2.1 et la jurisprudence citée);
 le prononcé d'un séquestre ne crée pas ipso facto un dommage immédiat et
irréparable ouvrant la voie du recours; pour que la condition de l'art. 80e al. 2
EIMP soit remplie, il faut que la personne touchée rende vraisemblable que
la mesure qu'elle critique lui cause un tel dommage et en quoi celui-ci
pourrait être évité par l'annulation de la décision attaquée (ATF 128 II 211
consid. 2.1; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2021.219-221+RR.2021.230-
232 du 3 novembre 2021); la preuve du dommage implique de produire des
documents à l’appui de ses conclusions, des allégations générales ne
suffisent pas à cet égard (arrêt du Tribunal fédéral 1A.130/2006 du 28 juillet
2006 consid. 1.2 et 1.3; ZIMMERMANN, op. cit., n. 512, p. 545);
 la Cour de céans a déjà eu l'occasion de préciser qu'il incombe en particulier
au plaideur d'indiquer, dans l'acte de recours, en quoi consiste le préjudice
prétendument subi et pourquoi ce préjudice ne serait pas totalement prévenu
par un arrêt annulant, le cas échéant, la décision de clôture qui interviendra
ultérieurement (arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2021.219-
221+RR.2021.230-232 précité; RR.2015.319 du 7 janvier 2016); un tel
préjudice doit être immédiat c'est-à-dire imparable (ZIMMERMANN, op. cit.,
n. 512, p. 544) et consiste par exemple dans l'impossibilité de satisfaire à
des obligations échues (paiement de salaires, intérêts, impôts, prétentions
exigibles, etc.), dans le fait d'être exposé à des actes de poursuite ou de
faillite ou encore à la révocation d'une autorisation administrative, ou dans
l'impossibilité de conclure des affaires sur le point d'aboutir; cependant, la
seule nécessité de faire face à des dépenses administratives courantes ne
suffit pas, en règle générale, à rendre vraisemblable un préjudice immédiat
et irréparable (ATF 130 II 329 consid. 2; 128 II 353 consid. 3); de même, le
recourant doit rendre vraisemblable qu'il ne dispose pas d'autres ressources
financières en suffisance pour faire face à ses obligations (v. arrêt du
Tribunal fédéral 1A.130/2006 précité consid. 1.3; arrêts du Tribunal pénal
fédéral RR.2015.319 précité; RR.2009.155 du 7 mai 2009, consid. 2.5.1);
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 en l'occurrence, le recourant soutient en substance que la mesure de
séquestre visant les bracelets et montres de luxe en cause engendrerait une
atteinte économique importante puisque leur valeur, extrêmement volatile en
raison de l’effet de mode, risquerait de chuter (act. 1, p. 11 s.);
 ce faisant, il ne spécifie pourtant pas en quoi consiste concrètement le
préjudice immédiat et irréparable auquel il se trouve confronté et n’apporte
aucune pièce à l’appui de ses allégations, ni même de ses droits;
 sur la base de la jurisprudence précitée, ces éléments sont partant
insuffisants pour admettre l'existence d'un tel préjudice au sens de l'art. 80e
al. 2 EIMP, de sorte qu’il convient de prononcer l’irrecevabilité du recours sur
ce point également;
 Il s’ensuit que le maintien du séquestre prononcé dans le cadre de la
décision litigieuse, est conforme au droit; la Cour de céans rappelle en outre
qu'aux termes de l'art. 33a OEIMP, les objets et valeurs dont la remise à
l'Etat requérant est subordonnée à une décision définitive et exécutoire de
ce dernier (art. 74a al. 1 et 3 en lien avec l’art. 80d EIMP) demeurent saisis
dans leur ensemble jusqu'à réception de ladite décision ou jusqu'à ce que
l'Etat requérant ait fait savoir à l'autorité d'exécution compétente qu'une telle
décision ne pouvait plus être rendue selon son propre droit, notamment en
raison de la prescription;
 il résulte du présent prononcé d’irrecevabilité que la requête formulée à titre
subsidiaire par le recourant et tendant à avoir accès à l’entier de la procédure
est devenue sans objet;
 vu l'issue du litige, la Cour de céans a renoncé à procéder à un échange
d'écritures (art. 57 al. 1 a contrario de la loi du 20 décembre 1968 sur la
procédure administrative [PA; RS 172.021] applicable par renvoi de l'art. 39
al. 2 let. b LOAP, ainsi que de l'art. 12 al. 1 EIMP]);
 en règle générale, les frais de procédure comprenant l'émolument d'arrêt,
les émoluments de chancellerie et les débours sont mis à la charge de la
partie qui succombe (art. 63 PA, applicable par renvoi de l'art. 39 LOAP);
 en tant que partie qui succombe, le recourant supportera les frais du présent
arrêt ascendant à CHF 2'000.-- (v. art. 8 al. 3 du règlement du 31 août 2012
du Tribunal pénal fédéral sur les frais, émoluments, dépens, et indemnités
de la procédure pénale fédérale [RFPPF; RS 173.713.162] et art. 63 al. 4bis
let. b PA), lesquels sont entièrement couverts par l'avance de frais déjà
acquittée; la caisse du Tribunal pénal fédéral restituera au recourant le solde
par CHF 3'000.--.
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