Decision ID: 6c918ecb-358b-4f42-89c5-67c84608a3b7
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1) M. A_, né le _ 1957, a été engagé dès le _ 2002 par la Haute école spécialisée de Suisse occidentale - Genève (ci-après : HES-SO Genève) en qualité de professeur HES en matériaux à temps plein à l'École d'ingénieurs à Genève. ![endif]>![if>
2) Par arrêté du Conseil d'État du 23 janvier 2008, M. A_ a été nommé fonctionnaire à compter du 1
er
février 2008. ![endif]>![if>
3) Par courriel du 6 février 2017, M. A_ a demandé à Mme B_, assistante à la direction des ressources humaines (ci-après : DRH) de la HES-SO Genève, une estimation de sa rente-pont AVS. Il s'interrogeait également sur la possibilité d'achever l'année académique 2022-2023, soit de rester professionnellement actif jusqu'à 65 ans et onze mois. ![endif]>![if>
4) Le lendemain, Mme B_ a fourni à M. A_ une estimation de sa rente-pont AVS complète 2017 et lui a indiqué que la poursuite des rapports de travail durant l'année académique 2022-2023 était possible à la lumière du règlement en vigueur, soit un départ au plus tard le 31 août 2023. ![endif]>![if>
5) Le jour même, M. A_ a remercié Mme B_ de ces informations et a indiqué envisager sereinement « l'option longue ».![endif]>![if>
6) Par décision sur réclamation du 10 novembre 2017, M. A_ a été transféré dans la fonction de professeur HES associé, selon la nouvelle typologie de l'institution. ![endif]>![if>
7) Par courriel du 5 octobre 2018 qui faisait suite à une présentation effectuée par la DRH de la HES-SO Genève à propos de la rente-pont AVS, M. A_ a rappelé qu'il restait dans « l'option longue » évoquée dans son courriel du 7 février 2017. Il envisageait dès lors de repousser le versement de ladite rente et aurait plaisir à terminer l'année académique lorsque le moment serait venu. ![endif]>![if>
8) Le 26 janvier 2021, l'engagement de M. A_ au sein de la HES-SO Genève a été renouvelé, en tant que professeur HES associé.![endif]>![if>
Le renouvellement de son engagement était prévu du 1
er
septembre 2021 jusqu'à « [sa] retraite légale (art. 60, al. 1 du règlement) ».
9) Par courriel du 20 août 2021, lequel faisait suite à un entretien, M. A_ a écrit à Mme C_, directrice de la D_ (ci-après : D_). ![endif]>![if>
Il a reproduit les termes de l'art. 60 al. 1 du règlement interne sur le personnel de la HES-SO Genève du 6 février 2017 (ci-après : RIPers), lequel prévoyait que les membres du personnel prennent d’office leur retraite à la fin du mois au cours duquel ils atteignent leur 65
ème
année, exception faite des membres du corps enseignant qui peuvent rester en fonction jusqu’à la fin de l’année académique en cours.
En outre, le 2 octobre 2018, lors d'une séance d'information organisée par la DRH pour les futurs retraités, il lui avait été confirmé que « l'option longue », soit la poursuite de son activité jusqu'à la fin de l'année scolaire, était toujours la règle dans sa situation.
Il avait d'ailleurs pris soin de confirmer ce choix périodiquement à la DRH comme l'attestaient notamment ses courriels des 7 février 2017 et 5 octobre 2018.
Plusieurs de ses collègues avaient reçu, de sources différentes, la confirmation qu’ils termineraient l'année académique en cours lorsqu'ils atteignaient l'âge de la retraite.
En conséquence, vis-à-vis de « Innosuisse » ou d’un autre bailleur de fond, il pouvait s’engager pour une durée de projet intéressante. En outre, dans le cadre du Master of Science HES-SO in Engineering, il y avait des occasions nouvelles de remplir le volet pédagogique.
10) Le 17 septembre 2021, la commission du personnel a évoqué, lors d'une séance, l'art. 60 al. 1 RIPers.![endif]>![if>
Selon le procès-verbal, l'un des représentants du corps enseignant a interpellé la direction à propos des départs à la retraite des enseignants. La possibilité de terminer l'année académique en cours était prévue par le RIPers, toutefois il n'était pas clairement indiqué si cela relevait d'un choix de l'enseignant ou d'une décision de la direction.
La directrice des ressources humaines (ci-après : RH) de la HES-SO Genève avait répondu que par cette disposition (possibilité de poursuivre l'activité jusqu'à la fin de l'année académique), le législateur avait voulu éviter d'éventuels impacts négatifs sur l'organisation de l'année académique ou le cursus des étudiants. Dès lors, la poursuite de l'activité jusqu'à la fin de l'année académique devait être examinée à l'aune des besoins de l'école et non des souhaits de l'enseignant concerné.
11) Le 24 mars 2022, le directeur général de la HES-SO Genève a informé M. A_ que son activité prendrait fin le 30 septembre 2022 en application du RIPers.![endif]>![if>
En reconnaissance de son expérience au sein du service public, son dernier traitement serait doublé et il était remercié pour le travail accompli au sein de la D_.
Ce courrier ne comportait pas de voies de droit.
12) Le 25 avril 2022, M. A_ a formé réclamation contre ce courrier, concluant à son annulation et à la continuation de ses rapports de travail jusqu'à la fin de l'année académique 2022-2023. ![endif]>![if>
L'art. 60 al. 1 RIPers reprenait les dispositions règlementaires précédentes (art. 33 aRIPers) qui prévalaient lorsque la DRH de la HES-SO Genève avait confirmé par courriel du 7 février 2017 qu'il avait la possibilité de rester en fonction jusqu'à la fin de l'année académique en cours, soit un départ au plus tard le 31 août 2023 puisqu'il n'aurait pas 65 ans révolus au 31 août 2022.
Né le 6 septembre 1957, membre du corps enseignant en sa qualité de professeur associé et en application du RIPers, il pouvait rester en fonction jusqu'à la fin de l'année académique en cours, puisqu'au moment de sa retraite, soit le 30 septembre 2022, l'année académique aurait commencé.
En outre, le 2 octobre 2018, le corps enseignant avait eu une séance d'information organisée par la DRH de la HES-SO Genève pour les futurs retraités, au cours de laquelle il avait été confirmé que « l'option longue », soit terminer l'année scolaire, était toujours la règle lorsqu'un membre du corps enseignant atteignait l'âge de la retraite en cours d'année académique. Plusieurs de ses collègues avaient par ailleurs reçu confirmation, par des sources différentes, que cette pratique restait d'actualité.
Enfin, il avait toujours manifesté sa volonté de travailler jusqu'à la fin de l'année académique 2022-2023, notamment par courriels des 16 mars 2017 (recte : 7 février 2017) et 5 octobre 2018 ainsi que par téléphone. C'était également à cette fin qu'il avait échangé en août 2021, par courriel, avec la directrice de la D_.
Il contestait dès lors la fin de son activité au 30 septembre 2022 et sa mise à la retraite, laquelle constituait une résiliation injustifiée des rapports de travail.
13) Le 29 avril 2022, la HES-SO Genève a confirmé à M. A_ que son activité prendrait fin le 30 septembre 2022.![endif]>![if>
Le courrier du 24 mars 2022 ne constituait pas une décision, mais une simple annonce du fait que sa retraite allait débuter le 30 septembre 2022, conformément aux lois et règlements en vigueur.
Un départ à la retraite n'entraînait pas le prononcé d'une décision comme le nécessiterait une fin des rapports de travail décidée par l'employeur public. Il s'agissait d'une circonstance qui déployait ses effets automatiquement lorsque l'intéressé atteignait l'âge légal de la retraite. Aucune voie de réclamation ou de recours n'était dès lors ouverte pour celui qui refusait de quitter sa fonction. Cela serait contraire à cet automatisme légal.
Il était vrai que la formulation de l'art. 60 al. 1 RIPers pouvait laisser penser que les membres du corps enseignant de la HES-SO Genève pourraient rester en fonction jusqu'à la fin de l'année académique durant laquelle ils atteignaient l'âge de 65 ans. Toutefois, cette disposition devait être lue avec l'art. 20 al. 4 de la loi sur la HES-SO Genève du 29 août 2013 (LHES-SO-GE -
C 1 26
) qui prévoyait une poursuite de la fonction au-delà de l'âge de la retraite dans le seul intérêt de l'enseignement et de la recherche, à savoir dans l'intérêt de l'institution qui avait le devoir d'accomplir ses missions conformément à la loi qui la gouvernait. En revanche, une poursuite des activités jusqu'à la fin de l'année académique ne pouvait avoir lieu qu'avec l'accord exprès de l'intéressé qui ne pouvait en aucun cas être forcé à le faire.
M. A_ aurait 65 ans le _ 2022, soit avant même que l'année académique 2022-2023 ne débute à la mi-septembre, il serait donc contraire à l'esprit de la loi et choquant, de l'autoriser à poursuivre dans sa fonction encore pendant une année complète jusqu'au 31 août 2023.
Le but de la loi était en effet de faciliter l'organisation d'un semestre académique, de mettre en œuvre une politique de relève et de favoriser l'accès au marché du travail à de nouveaux talents. Ce but était conforme à la position actuelle du Conseil d'État qui n'entendait permettre la poursuite des activités après l'âge de la retraite que dans le cadre d'un besoin impérieux de l'institution. Le seul intérêt de l'intéressé ne pouvait pas être pris en considération, en l'absence d'un besoin de l'employeur public.
La HES-SO Genève regrettait que M. A_ se dise affecté par cette situation qu'il semblait considérer comme étant une résiliation injustifiée des rapports de travail. Du point de vue de la HES-SO Genève, il n'en était rien et elle déplorait qu'il perçoive son départ à la retraite de façon aussi négative, soit contraire à la réalité institutionnelle et à l'éthique la plus élémentaire.
Ce courrier ne comportait pas de voies de droit.
14) Par acte du 2 juin 2022, M. A_ a interjeté recours auprès de la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative) contre le courrier du 29 avril 2022, concluant, préalablement, à l'audition des parties, à l'audition de trois autres enseignants ainsi que celle d'un enseignant appartenant à l'école obligatoire. Principalement, il a conclu à la nullité des décisions de la HES-SO Genève des 24 mars et 29 avril 2022, respectivement à leur annulation, et au constat que son départ à la retraite se ferait le 31 août 2023 avec traitement jusqu'à cette date. Subsidiairement, la décision attaquée devait être annulée et il devait être constaté que la décision de résiliation des rapports de service était contraire au droit. Sa réintégration devait être proposée ou, subsidiairement, la HES-SO Genève devait être condamnée à l'indemniser à concurrence d'un montant équivalant à douze mois de son dernier traitement, soit CHF 177'355.10 actualisé pour l'année 2022. ![endif]>![if>
La mise à la retraite du personnel ne découlait pas d'un automatisme strict. Elle répondait à des règles et nécessitait l'exercice du pouvoir d'appréciation de l'employeur, notamment sur le principe et la durée d'un éventuel report du départ à la retraite. Le RIPers prévoyait l'envoi d'un courrier de « mise à la retraite ». Celui-ci avait pour effet d'acter la fin de la relation de travail qui, si elle était contestée, comme dans ce cas, avait les mêmes effets qu'une résiliation des rapports de travail, ou de constatation de la fin des rapports de travail, et qui devait dès lors être traitée comme telle, avec possibilité de former réclamation et recours, en application la LHES-SO-GE et du RIPers, ou s'agissant d'une décision constatatoire, de l'art. 49 al. 2 de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 (LPA -
E 5 10
) dont les conditions étaient satisfaites. Le principe fondamental d'accès à la justice impliquait nécessairement que le refus opposé à M. A_ de pouvoir bénéficier de la possibilité de repousser l'âge de la retraite puisse être portée en justice.
Le RIPers avait été approuvé par le Conseil d'État le 29 août 2013 et avait ainsi donné « un accord général et abstrait dans un cas de figure bien précis, et pour certains membres du personnel seulement, de repousser leur mise à la retraite ». Ainsi, seuls les membres du corps enseignant qui atteignaient l'âge de la retraite pendant une année académique pouvaient, de manière générale, rester en fonction jusqu'à la fin de ladite année académique. Le Conseil d'État avait procédé à une pesée des intérêts en présence qui permettait de respecter l'égalité de traitement entre les différents membres du corps enseignant et qui tenait compte de la plus-value pour l'enseignement de permettre aux enseignants de préparer l'année académique dans sa totalité. Les membres du corps enseignant avaient ainsi tous été considérés, de façon abstraite, comme suffisamment éminents et difficile à remplacer à brève échéance – une année académique, avec ses programmes de recherche, se préparait à l'avance – pour pouvoir rester jusqu'à la fin de l'année académique en cours. Dès lors, chaque membre du corps enseignant pouvait se prévaloir directement d'avoir reçu l'autorisation dérogatoire exceptionnelle de repousser le moment de sa mise à la retraite prévue par l'art. 20 al. 4 LHES-SO-GE dans la mesure de l'art. 60 al. 1 RIPers, soit jusqu'à la fin de l'année académique en cours.
En revanche, pour une prolongation de plus longue durée et pour le personnel non enseignant, un examen au cas par cas avait été réservé à l'art. 60 al. 3 RIPers. Cette pesée des intérêts, effectuée par voie réglementaire, était conforme au principe de l'égalité de traitement et de la proportionnalité ainsi qu'à l'esprit de la délégation législative de l'art. 20 LHES-SO-GE, si bien qu'elle ne prêtait pas le flanc à la critique.
Si la position actuelle du Conseil d'État avait changé, il lui appartenait de faire procéder à une modification du RIPers.
La HES-SO Genève faisait erreur en soutenant que l'un des buts de la LHES-SO-GE était de mettre un terme le plus rapidement possible aux relations de travail du personnel le plus âgé pour laisser la place aux plus jeunes. Les membres du corps enseignant avaient en effet le même droit à l'application du RIPers, qu'ils soient jeunes ou plus vieux et ce jusqu’au bout de leur carrière.
La pratique de la D_ durant des années de laisser les membres du corps enseignant terminer l'année en cours lorsqu'ils atteignaient l'âge de la retraite, en application de l'art. 60 al. 1 RIPers, n'avait rien de choquant. La pratique du département de l'instruction publique, de la formation et de la jeunesse (ci-après : DIP) était d'ailleurs également de laisser finir l'année en cours aux enseignants qui atteignaient l'âge de la retraite, sur la base de dispositions légales et de considérations comparables.
S'agissant de l'année académique considérée, si la plupart des cours commençaient, pour les étudiants, vers la mi-septembre, les fiches d'engagement du corps enseignant couraient du 1
er
septembre au 31 août de chaque année. Le calendrier de l'année académique montrait également que les programmes commençaient le 1
er
septembre. Enfin, il avait toujours été indiqué et admis, comme cela ressortait des séances d'information données par les services des RH du corps enseignant, que l'année académique, pour ce dernier, débutait le 1
er
septembre.
M. A_ était né le 6 septembre 1957, de sorte que, selon l'art. 60 RIPers, il devrait en principe prendre sa retraite au 30 septembre 2022. Étant toutefois membre du corps enseignant, en sa qualité de professeur, depuis plus de vingt ans et dans la mesure où l'année académique 2022-2023 aurait déjà commencé depuis un mois à cette date, il pouvait se prévaloir de l'accord du Conseil d'État et de la possibilité qui lui était offerte par l'art. 60 al. 1 RIPers et repousser sa retraite au 31 août 2023.
Enfin, sa volonté de poursuivre son activité jusqu'à cette échéance était connue de la HES-SO Genève. Celle-ci ne pouvait de toute façon pas décider, ou constater, la mise à la retraite sans l'interpeller sur son choix, de poursuivre son engagement jusqu'à la fin de l'année ou non.
15) Le 4 juillet 2022, la HES-SO Genève a conclu, principalement, à l'irrecevabilité du recours, subsidiairement, au rejet du recours.![endif]>![if>
Le courrier du 24 mars 2022, rappelant que les rapports de travail prendraient fin le 30 septembre 2022, concrétisait l'obligation de la HES-SO Genève de l'art. 60 al. 2 RIPers. Il ne s'agissait pas d'une décision susceptible de recours, mais d'une simple information qui ne créait, ne modifiait ou n'annulait pas de droits ou obligations. Le renouvellement de l'engagement de M. A_, daté du 26 janvier 2021, mentionnait explicitement la durée des rapports de travail, soit du 1
er
septembre 2021 jusqu'à l'âge de la retraite, ce qui correspondait à un contrat de durée maximale prévoyant un terme fixe.
M. A_ n'avait pas contesté la durée prévue dans cette lettre de renouvellement, étant précisé qu'en principe, les membres du corps enseignant, les responsables HES et les adjoints scientifiques ou artistiques HES étaient engagés pour une durée indéterminée, maximale de quatre ans, renouvelable à cette échéance.
Par la suite, l'intéressé avait obtenu la confirmation oralement, les 30 août et 4 décembre 2021, par la directrice de la D_, que les rapports de travail prendraient fin le 30 septembre 2022. Il n'avait pas contacté la HES-SO Genève à ce propos jusqu'à la réception du courrier du 24 mars 2022.
La correspondance de M. A_ du 25 avril 2022 ne pouvait pas être qualifiée de réclamation, faute de décision de la part de la HES-SO Genève. Il avait d'ailleurs été précisé, dans le courrier du 29 avril 2022, que l'information transmise le 24 mars 2022 n'était pas une décision.
Le départ à la retraite de M. A_ découlait d'un automatisme légal et règlementaire sur lequel la HES-SO Genève n'avait aucun pouvoir et non d'une décision de celle-ci.
En outre, la possibilité de prolonger les rapports de travail des enseignants au-delà de l'âge de la retraite n'était pas un droit qui leur était accordé mais ne pouvait intervenir que dans l'intérêt de l'employeur public, qui se devait de respecter notamment le principe d'égalité de traitement et d'utilisation parcimonieuse des deniers publics, en privilégiant la solution qui assurerait au mieux le bon déroulement de l'enseignement et l'accès à la relève.
Une réorganisation interne de la filière « Génie mécanique » ainsi que l'engagement d'un professeur HES associé pour l'année académique 2022-2023 s'étaient imposées à la D_, sans que l'on puisse reprocher à cette dernière, de même qu'à la HES-SO Genève, une quelconque violation du droit.
Enfin, dans la mesure où il n'était pas question d'une résiliation des rapports de travail mais uniquement d'un contrat de durée déterminée arrivé à son terme, les prétentions formulées par M. A_ ayant trait au paiement d'une indemnité, ou à sa réintégration au sein de la D_, étaient hors de propos.
16) Le 5 août 2022, M. A_ a répliqué, persistant dans ses conclusions.![endif]>![if>
L'échange de courriels intervenu en février 2017 avait fait suite à une question qu'il avait posée en séance publique sur son cas particulier. Le directeur des RH de la HES-SO Genève de l'époque lui avait répondu qu'il pourrait finir l'année académique en cours selon le règlement.
Lors des deux entretiens qu'il avait eus avec Mme C_, celle-ci s'était engagée à revenir vers lui avec des informations plus précises. La position de la HES-SO Genève ne paraissait dès lors pas définitivement arrêtée.
Son recours était bien recevable. Il s'étonnait que la HES-SO Genève veuille lui nier le droit de contester devant une instance judiciaire l'interruption de sa relation de travail qu'il considérait comme contraire au droit. Le courrier de mise à la retraite contesté matérialisait et formalisait l'interprétation qui était faite au cas concret par la HES-SO Genève des dispositions légales relatives à sa retraite. Interprétation qui emportait la suppression de son droit au traitement dès ce moment et modifiait donc le rapport de droit et d'obligations entre les parties. Il disposait enfin d'un intérêt juridique et matériel à pouvoir continuer d'exercer sa profession ou à être indemnisé si le temps de la procédure ne le permettait pas.
La pratique antérieure de la HES-SO Genève et les dispositions légales applicables contredisaient les développements et arguments de l'intimée pour motiver sa position. Il était en outre contesté que l'Université de Genève aurait une interprétation semblable d'un texte réglementaire similaire. Au contraire, ses professeurs étaient autorisés à finir l'année académique en cours lorsqu'ils atteignaient l'âge de la retraite.
Il a produit notamment un document intitulé « FAQ Typologie de fonctions selon le règlement interne sur le personnel de la HES-SO Genève ». À la question n° 12, « Comment cela se passe pour les personnes qui arrivent à la retraite en cours de mandat ? », il était indiqué que « Pour les personnes qui atteindront l'âge de 65 ans, au cours de cette période de 4 ans, la durée de leur engagement sera adaptée sur la fin de l'année académique pendant laquelle elles atteindront cet âge. En outre et au cours de ce mandat, les conditions de départ à une pré-retraite subsistent ».
17) Le 18 août 2022, la HES-SO Genève a dupliqué, persistant dans ses conclusions.![endif]>![if>
L'indication selon laquelle l'intéressé « pourrait finir l'année académique en cours » ne constituait pas une garantie ou l'expression d'un droit acquis, mais la confirmation que cette possibilité existait toujours à teneur du RIPers. Ainsi, aucune assurance ne lui avait été donnée par l'ancien directeur des RH de la HES-SO Genève, lequel ne disposait par ailleurs pas du pouvoir d'engager l'intimée quant à une potentielle prolongation du contrat au-delà de l'âge de la retraite, les compétences relatives à l'engagement du personnel et au renouvellement des mandats revenant exclusivement au directeur général de la HES-SO Genève.
Le document produit par M. A_ à l'appui de sa réplique datait du 29 mai 2017, de sorte qu'il convenait de relativiser sa portée. Ce document avait été édité lors de l'entrée en vigueur du RIPers et il ne revêtait plus la valeur « qualité », raison pour laquelle il apparaissait en blanc et pas en bleu lors de la recherche sur « Intranet », comme l'étaient les documents et règlements à jour.
Il était contesté que sa position, exprimée par Mme C_, n'avait pas été arrêtée lors des entretiens tenus avec M. A_ les 20 et 3 décembre 2021. Si des doutes subsistaient concernant l'intention de la HES-SO Genève, l'intéressé n'aurait pas indiqué à la directrice de la D_ avoir l'intention de consulter un avocat à l'issue de l'entretien du 3 décembre 2021.
18) Le 22 septembre 2022, M. A_ a indiqué que les tenants et aboutissants du « codage » en blanc ou bleu des documents publiés n'étaient pas décrits sur les pages consultées qui ne comprenaient aucune légende. Rien n'établissait que la prétendue valeur « qualité », qui serait manquante, impliquerait que les documents publiés ne seraient plus valides. Publier des documents obsolètes n'aurait d'ailleurs pas de sens. ![endif]>![if>
Trois possibilités avaient bien été envisagées par M. A_ avec Mme C_, soit l'engagement de l'intéressé jusqu'en août 2023, selon le RIPers, soit une solution intermédiaire de type temps partiel par accord des parties, soit un refus d'entrée en matière du directeur général de la HES-SO Genève. C'était uniquement dans cette dernière hypothèse que M. A_ avait indiqué qu'il solliciterait un avocat.
La directrice s'était engagée à revenir vers lui avec la position de la HES-SO Genève, ce qu'elle n'avait pas fait. La décision de l'intimée à ce sujet n'avait donc été connue par M. A_ qu'en date du 3 mai 2022.
19) Sur ce, la cause a été gardée à juger, ce dont les parties ont été informées par courrier du juge délégué du 23 septembre 2022.![endif]>![if>

EN DROIT
1) a. La chambre administrative est l’autorité supérieure ordinaire de recours en matière administrative (art. 132 al. 1 de la loi sur l’organisation judiciaire du 26 septembre 2010 - LOJ -
E 2 05
). Elle examine d'office et librement la recevabilité des recours qui lui sont soumis (art. 1 al. 2, art. 6 al. 1 let. c et art. 11 al. 2 LPA ;
ATA/909/2022
du 13 septembre 2022 consid. 1). ![endif]>![if>
b. L’autorité intimée considère que ses courriers des 24 mars et 29 avril 2022 ne constituent pas des décisions au sens de l'art. 4 LPA.
Pour déterminer la recevabilité du recours, il convient préalablement de se pencher sur la nature du courrier du 29 avril 2022 attaqué par le recourant.
2) a. Le recours à la chambre administrative est ouvert contre les décisions des autorités et juridictions administratives au sens des articles 4, 4A, 5, 6, al. 1 let. a et e, et 57 LPA. Sont réservées les exceptions prévues par la loi (art. 132 al. 2 LOJ).![endif]>![if>
b. Sont considérées comme des décisions au sens de l'art. 4 al. 1 LPA les mesures individuelles et concrètes prises par l'autorité dans les cas d'espèce fondées sur le droit public fédéral, cantonal ou communal et ayant pour objet de créer, de modifier ou d'annuler des droits et des obligations (let. a), de constater l'existence, l'inexistence ou l'étendue de droits, d'obligations ou de faits (let. b), de rejeter ou de déclarer irrecevables des demandes tendant à créer, modifier, annuler ou constater des droits ou des obligations (let. c). Lorsqu'une autorité mise en demeure refuse sans droit de statuer ou tarde à se prononcer, son silence est assimilé à une décision (art. 4 al. 4 LPA).
c. En droit genevois, la notion de décision est calquée sur le droit fédéral (
ATA/1656/2019
du 12 novembre 2019 consid. 2b ;
ATA/385/2018
du 24 avril 2018 consid. 4b et les références citées). Il ne suffit pas que l'acte querellé ait des effets juridiques, encore faut-il que celui-ci vise des effets juridiques. Sa caractéristique en tant qu'acte juridique unilatéral tend à modifier la situation juridique de l'administré par la volonté de l'autorité, mais sur la base de et conformément à la loi (
ATA/1656/2019
précité consid. 2c ;
ATA/385/2018
précité consid. 4c). La décision a pour objet de régler une situation juridique, c'est-à-dire de déterminer les droits et obligations de sujets de droit en tant que tels. Ce critère permet d'écarter un certain nombre d'actes qui ne constituent pas des décisions, comme les actes matériels, les renseignements, les recommandations ou les actes internes de l'administration (Benoît BOVAY, Procédure administrative, 2
ème
éd., 2015, p. 339 ss).
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, en droit public, la notion de « décision » au sens large vise habituellement toute résolution que prend une autorité et qui est destinée à produire un certain effet juridique ou à constater l'existence ou l'inexistence d'un droit ou d'une obligation ; au sens étroit, c'est un acte qui, tout en répondant à cette définition, intervient dans un cas individuel et concret (ATF
135 II 328
consid. 2.1 ;
106 Ia 65
consid. 3 ;
99 Ia 518
consid. 3a ; arrêt du Tribunal fédéral
2C_282/2017
du 4 décembre 2017 consid. 2.1). La notion de décision implique donc un rapport juridique obligatoire et contraignant entre l'autorité et l'administré. De simples déclarations, comme des opinions, des communications, des prises de position, des recommandations et des renseignements n'entrent pas dans la catégorie des décisions, faute de caractère juridique contraignant (arrêts du Tribunal fédéral
1C_593/2016
du 11 septembre 2017 consid. 2.2 ;
8C_220/2011
du 2 mars 2012 consid. 4.1.2).
Pour déterminer s'il y a ou non décision, il y a lieu de considérer les caractéristiques matérielles de l'acte. Un acte peut ainsi être qualifié de décision (matérielle), si, par son contenu, il en a le caractère, même s'il n'est pas intitulé comme tel et ne présente pas certains éléments formels typiques d'une décision, telle l'indication des voies de droit (arrêt du Tribunal fédéral
2C_282/2017
précité consid. 2.1 et les références citées).