Decision ID: 187db379-d652-4158-9b3f-83ef49cdea99
Year: 2007
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
En date du 29 novembre 2006, le Chef du Département de la Sécurité et de l'environnement a rendu la décision suivante:
LE CHEF DU DEPARTEMENT DE LA SECURITE ET DE L'ENVIRONNEMENT
statuant sur le recours interjeté le 16 mai 2006 par
M. X._,
Ch. de la 2._, à 3._, représenté par Me Pierre-Xavier LUCIANI, avocat, Rue du Petit-Chêne 18, Case postale 6681, à 1002 Lausanne
recourant
contre
la décision rendue le 25 avril 2006 par l'Office d'exécution des peines, lui refusant l'exécution de sa peine sous le bénéfice du régime de la semi-détention,
a vu en fait:
1. M. X._, né le 6 juin 1968, ressortissant du Maroc, a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales:
- Par prononcé préfectoral du 27 mai
2003;
la Préfecture de Lausanne a converti deux amendes infligées à X._ et totalisant Fr 140.-,(plus Fr 150.- de frais), en quatre jours d'arrêts;
- Par ordonnance de condamnation du 26 février 2004, le juge d'instruction de l'arrondissement de Lausanne l'a condamné pour vol et contravention à la loi sur les stupéfiants, à une peine de 3 mois d'emprisonnement, peine partiellement complémentaire à une peine que ce même juge avait prononcée le 3 décembre 2002.
2. M. X._ s'est finalement acquitté du paiement de l'amende du montant susmentionné de Fr 140.- et a été autorisé par le Service pénitentiaire, par décision du 25 janvier 2005, à exécuter sa peine de 3 mois d'emprisonnement sous la forme d'un travail d'intérêt général, déterminé par la Fondation Vaudoise de Probation (ci-après FVP) à 360 heures.
3. Le 21 mai 2005, M. X._ s'est absenté, de manière injustifiée, de son lieu d'exécution de peine et a, de ce fait, été sommé par la FVP de respecter son programme d'exécution de peine, à défaut de quoi une procédure d'interruption immédiate du régime du travail d'intérêt général serait entamée.
4. Après avoir effectué 171 heures de travail d'intérêt général entre le 12 février et le 19 juillet 2005, M. X._ ne s'est plus présenté sur le lieu d'exécution de sa peine. Suite à un courrier de la FVP du 31 août 2005, l'intéressé a invoqué un départ en vacances et s'est engagé à reprendre le solde de l'exécution de sa peine dès le 12 septembre. Compte tenu de ces éléments, un avertissement formel a été adressé par le Service pénitentiaire à M. X._ en date du 8 septembre 2005, le sommant d'adopter désormais un comportement irréprochable, de respecter le programme d'exécution et d'annoncer immédiatement à la FVP d'éventuelles modifications du programme établi. Ce même courrier l'informait que tout manquement ultérieur de sa part entraînerait l'interruption immédiate de cette modalité d'exécution de peine et que le solde de sa peine devrait être exécuté en régime ordinaire.
5. En dépit de cet avertissement formel et de l'engagement pris, M. X._ ne s'est pas présenté sur le lieu d'exécution de sa peine le 12 septembre. Dans un courrier du 20 septembre 2005, il invoque des ennuis de santé et demande à pouvoir terminer l'exécution de sa peine sous la forme de travail d'intérêt général. Relevant sa mauvaise volonté dans l'exécution de sa peine et l'absence de la collaboration requise, le Service pénitentiaire a répondu négativement à cette requête par décision du 30 décembre 2005.
6. Par recours daté du 16 janvier 2006, M. X._ a contesté cette décision, allégué qu'il avait informé la FVP de ses vacances de juillet et a produit un certificat médical relatif à sa non reprise du travail le 12 septembre. Par décision du 15 février 2006, la Cour de Cassation pénale, relevant que la FVP n'était manifestement pas au courant, contrairement aux allégations du recourant, de son absence durant l'été et ne l'avait, a fortiori, pas autorisée, et que d'autre part son état de santé au mois de septembre ne l'empêchait aucunement d'avertir la FVP de son absence, a également relevé une mauvaise volonté et un manque de collaboration de sa part, a ainsi rejeté le recours et confirme la décision du Service pénitentiaire.
7. Par courrier du 3 avril 2006, M. X._ a été convoqué à se présenter le lundi 24 avril 2006 à la prison de la Croisée pour effectuer le solde de sa peine, soit 48 jours, en régime ordinaire.
8. Par courrier du 10 avril, M. X._ a requis de pouvoir exécuter le solde de sa peine selon le régime de la semi-détention afin de ne pas mettre en péril le nouvel emploi qu'il venait de trouver.
9. En date du 25 avril 2006, !'Office d'exécution des peines, relevant sa mauvaise volonté et son absence de collaboration malgré un avertissement formel, a considéré que M. X._ n'était pas digne de la confiance inhérente au régime de la semi-détention. Il a relevé également qu'en vertu de l'article 22 du Règlement du 23 avril 1997 sur l'exécution des courtes peines par l'accomplissement d'un travail d'intérêt général, en cas d'interruption du TIG, le solde doit être subi en régime ordinaire. Il lui a dès lors notifié sa décision de refus du régime de la semi-détention.
10. Par recours du 16 mai 2006, M. X._ a, par l'intermédiaire de son mandataire, contesté la décision du 25 avril 2006. Il invoque à titre principal la nullité de la décision entreprise, prise par l'Office d'exécution des peines, alors que le règlement du 6 juin 1986 concernant l'exécution des courtes peines par journées séparées et sous la forme de la semi-détention mentionne à ce propos la compétence du chef du Service pénitentiaire. Ainsi prise par une autorité incompétente, la décision devrait être annulée et le dossier renvoyé au chef du Service pénitentiaire pour statuer.
Par ailleurs, tout en admettant que les 6 dernières années de sa vie ont été particulièrement chaotiques, il mentionne ne pas être indigne de confiance, s'être libéré de sa dépendance aux produits stupéfiants et avoir, après des années de chômage, retrouvé un travail fixe à 100% et que compromettre celui-ci par une incarcération constituerait un véritable gâchis. Il produit également des attestations de ses divers derniers employeurs, favorables à son égard, et relève par là qu'il déployait une activité à temps complet incompatible avec les travaux d'intérêt général qui lui avaient été demandés. Il signale d'autre part ses ennuis de santé au mois de septembre 2005, qui nécessitaient une incapacité de travail.
M. X._ en conclut que, sous réserve de la question de la nullité, qui doit conduire à l'admission de la conclusion prise à titre principal, il convient d'accueillir son recours et de l'autoriser à purger le solde de sa peine sous le régime de la semi-détention.
11. Dans le délai imparti à cet effet, le recourant a versé l'avance de frais requise.
12. Invité à se déterminer, l'Office d'exécution des peines se réfère, par courrier du 26 juillet 2006, à la décision du Conseil d'Etat du 28 août 1996 portant sur la création de cet Office et mentionne qu'une redistribution des compétences a eu lieu dans ce contexte entre le Chef du Service pénitentiaire et l'Office d'exécution des peines. Depuis lors, précise-t-il, toutes les décisions concernant le régime de la semi-détention ont été prises par l'Office d'exécution des peines, entité créée par le Conseil d'Etat spécifiquement dans le but d'assumer la responsabilité de la gestion des condamnations pénales.
Il relève également que «la Cour de Cassation pénale du Tribunal cantonal vaudois a toujours considéré, dans le cadre de recours contre des décisions rendues par l'Office d'exécution des peines, que lesdites décisions étaient prises par une autorité administrative, soit le Département de la sécurité et de l'environnement, par l'entremise du Service pénitentiaire.
Il en conclut que l'Office est une entité du Service pénitentiaire ayant le caractère d'engager la responsabilité du Département de la sécurité et de l'environnement et du Chef du Service pénitentiaire dans le domaine de l'exécution des peines, au sens de l'art. 5 al2 LEP.
Pour renforcer son point de vue, il cite enfin, la nouvelle loi sur l'exécution des condamnations pénales, dont l'entrée en vigueur est fixée au 1er janvier 2007, qui précise, en son article 19 litt. b, que l'Office d'exécution des peines est compétent pour octroyer le régime de la semi-détention et dont le commentaire mentionne que les compétences de l'office d'exécution des peines restent pour l'essentielles mêmes que celles qu'il détient aujourd'hui.
L'Office d'exécution des peines s'estime donc parfaitement compétent et conclut que le grief de nullité doit être rejeté.
Sur le fond, !'Office renvoie à l'argumentation développée dans sa décision du 25 avril 2006. Il rappelle également l'article 22 du règlement du 23 avril 1997 sur l'exécution des courtes peines par l'accomplissement d'un travail d'intérêt général ainsi que l'interruption fautive du travail d'intérêt général sanctionnée par décision du 30 décembre 2005 confirmée par la Cour de Cassation le 15 février 2006. Il en conclut que les moyens de réforme invoqués ne sont pas relevants, que le recours doit être rejeté et sa décision du 25 avril confirmée.

Considérant en droit:
I. Interjeté dans les formes et délais prévus à l'article 31 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA; RSV 173.36), applicable en vertu de l'article 3 du règlement du 22 octobre fixant la procédure de recours devant les autorités administratives inférieures (RPRA; RSV 172.53.1), le recours est recevable.
Le chef du Département de la sécurité et de !'environnement est compétent pour connaître de la cause, conformément à l'article 8, 26 alinéa, du règlement du 6 juin 1986 concernant l'exécution des peines par journées séparées et sous forme de semi-détention (RJsSd ; RSV 340.01.4).
II. a) L'article 4 de l'Ordonnance (1) du 13 novembre 1973 relative au Code pénal suisse (OCP 1 ; RS 311.01) offre aux cantons la faculté de prévoir un régime de semi-détention pour les courtes peines d'emprisonnement. L'article premier, 1er alinéa, de l'Ordonnance (3) du 16 décembre 1985 (RS 311.03) fixe en principe à six mois la durée maximale des peines qui peuvent être exécutées en semi-détention.
b) Le droit fédéral n'attribue pas de compétence pour la décision d'autoriser ou de refuser l'exécution sous forme de semi-détention ; la question relève dès lors du droit cantonal. Selon l'article 6 RJsSD, l'autorité compétente pour décider de l'exécution par journées séparées ou sous la forme de semi- détention est le Chef du Service pénitentiaire.
c) L'article 5 du RJsSd prévoit que
«L'exécution par journées séparées ou sous forme de semi-détention peut être accordée
à
la demande du condamné lorsque des motifs d'ordre personnel, familial ou professionnel justifient l'application d'un tel régime
et
que la personne concernée:
a)
n'a pas subi, dans les
5
ans qui ont précédé l'infraction, deux peines privatives de liberté;
b) ne paraît pas, de toute autre manière, indigne de confiance;
c)
exerce une activité jugée convenable par l'autorité compétente
».
III. En l'espèce, il s'agit, dans un premier temps, d'examiner si une décision signée par un collaborateur de l'Office d'exécution des peines est prise par l'autorité compétente.
Selon la doctrine et la jurisprudence, la compétence d'accomplir un acte de puissance publique doit faire l'objet de normes juridiques et non pas de simples règles internes. La règle de répartition des compétences telle qu'elle est fixée par une norme s'impose sauf si une disposition spéciale OU une norme générale prévoit la faculté d'y déroger. Les règles de compétences sont des normes juridiques au respect desquelles les administrés ont droit. La règle de répartition des compétences doit figurer dans une norme publiée, à défaut de quoi les administrés ne peuvent pas déterminer si l'autorité à laque11e ils s'adressent est. compétente (cf à ce sujet not P. Moor, Droit administratif, vol 111, Berne 1992, p 16ss ; Biaise Knapp, Précis de droit administratif, 4e édition, no 2545, p 530ss ; Benoît Bovay, procédure administrative, Berne 2000, p 87ss; arrêt GE.2002.0055 du 2 septembre 2002 du tribunal administratif, c. 5a; arrêt AC.2004.0054 du 28 juin 2004 du tribuna1 administratif; Arrêt AC.2005.0300 du 29 juin 2006 du tribunat administratif).
Il résulte clairement de l'article 6 RJsSD que la compétence pour statuer sur l'exécution sous forme de semi-détention appartient au Chef du Service pénitentiaire. La décision du Conseil d'Etat du 28 août 1996; non publiée, n'apporte aucune modification à cet égard dans la mesure où il s'agit d'une mesure d'organisation interne et que le Conseil d'Etat n'a pas modifié parallèlement le RJsSD.
Selon la doctrine, il n'y a toutefois pas à proprement parler délégation de compétence lorsqu'à l'intérieur d'une unité de l'administration, certaines tâches externes sont assumées par d'autres que le chef de cette unité (cf P. Moor, op. cit, p. 18-19). Pour des raisons d'organisation, il n'est parfois pas possible qu'un seul collaborateur signe toutes les décisions qu'une norme place dans la compétence de son unité. Moor relève que «les conditions auxquelles sont subordonnées ces délégations internes sont juridiquement incertaines » (op. cit, p.19). En droit fédéral, l'article 49 al. 3 LOGA règle expressément la question en prévoyant que «les directeurs de groupement et d'office règlent la délégation de signature dans leur domaine de compétence».
En l'espèce, la question est délicate. En effet, la norme attribue clairement la compétence au Chef du Service pénitentiaire. Or la décision émane de « l'Office d'exécution des peines» dont le rattachement au Service pénitentiaire n'apparaît hélas pas clairement (en bas de page de la lettre uniquement). En outre, la norme attribue bel et bien la compétence à une personne déterminée («le Chef du Service pénitentiaire») et non de manière générale au « Service pénitentiaire », ce qui plaide pour une exclusion de la délégation. Enfin, l'Office d'exécution des peines n'a pu produire aucune délégation interne.
Il résulte de ce qui précède que les décisions rendues par les collaborateurs de l'Office d'exécution des peines en matière d'exécution sous forme de semi-détention apparaissent viciées en la forme.
Il convient de déterminer quelles sont les conséquences de ce vice. Comme l'a souligné le Tribunal administratif dans un arrêt récent (AC.2005.0300 du 29 juin 2006, c. 2d), en présence d'une décision rendue par une autorité incompétente matériellement, la gravité du vice se juge différemment selon les situations. Ainsi, lorsque l'autorité incompétente est dans une relation d'infériorité hiérarchique, la sanction est en principe l'annulabilité: le vice n'est pas fondamentalement grave ni le plus souvent manifeste, et l'autorité supérieure pourrait de toute manière exercer son pouvoir de révocation (cf. réf. citées).
Il reste ainsi à savoir si l'autorité de céans doit annuler la décision et la retourner à l'autorité compétente pour nouvelle décision ou si elle peut statuer elle-même. En règle générale, une autorité de recours ne peut pas traiter un cas en lieu et place de l'autorité inférieure qui a statué et ne se substitue pas à elle. On peut toutefois admettre une exception en vertu du principe d'économie de la procédure lorsqu'il est prévisible que le renvoi de l'affaire à l'autorité compétente ne modifierait en rien la décision au fond (cf. Bovay, op. cil, p. 92). En l'espèce, il est probable que le renvoi au Chef du service pénitentiaire ne modifierait en rien le fond de la décision dans la mesure où celle-ci serait probablement préparée par le même collaborateur. Le recourant ne se trouve donc pas privé d'une possibilité de contrôle. Il convient ici de considérer que le pouvoir de révocation permet à l'autorité de céans, qui a les mêmes compétences que l'autorité Intimée, de statuer directement sur le fond sans annuler la décision attaquée.
IV. Quant au fond, la décision contestée considère que le recourant n'est pas digne de la confiance requise et conteste, de ce fait, qu'il remplisse la condition énoncée à l'article 5, lettre b RJsSd. Elle se fonde également sur l'article 22 du règlement du 23 avril 1997 sur l'exécution des courtes peines par l'accomplissement d'un travail d'intérêt général qui stipule qu'en cas d'Interruption fautive du travail d'intérêt général, le solde de la peine doit être subi en régime ordinaire.
V. Il y a tout d'abord lieu de relever qu'il n'existe pas un droit à bénéficier d'une exécution de peine sous une forme allégée, l'article 5 a) 1 RJsSd précisant bien que «L'exécution de la peine.sous la forme de la semi-détention
peut
être accordée». Bien évidemment, il y a lieu d'éviter à ce propos toute discrimination ou arbitraire.
VI. Les motifs allégués par le recourant dans la présente affaire, même appuyés par les attestations de divers employeurs, doivent être mis dans la balance avec l'évidente mauvaise volonté et le manque de collaboration du recourant dans le cadre de l'exécution de sa peine, tels que constatés par le Service pénitentiaire dans sa décision du 30 décembre 2005 et confirmés par la Cour de Cassation pénale du 15 février 2006. La chronologie des faits rappelés ci-dessus démontre l'inconstance du recourant, son peu de sérieux et l'impossibilité de lui faire confiance, condition indispensable à l'octroi du régime allégé de la semi-détention : les mises en garde sont restées sans résultat et les promesses faites par le recourant non tenues. Même si elle était réelle, une récente stabilité professionnelle ne serait pas suffisante pour renverser l'image que le recourant a donné de lui-même par son comportement inapproprié.
C'est ainsi sans arbitraire ni discrimination qu'il y a lieu de reconnaître le recourant indigne de la confiance exigée dans le contexte d'une exécution sous le régime de la semi-détention.
VII. Par ailleurs, l'article 22 du règlement du 23 avril 1997 sur l'exécution des courtes peines par l'accomplissement d'un travail d'intérêt général stipule qu'en cas d'interruption fautive du travail d'intérêt général, le solde de la peine doit être subi en régime ordinaire. Bien qu'informé de ce fait par une mention figurant en gras dans l'avertissement formel qui lui a été notifié le 8 septembre 2005, le recourant a encore interrompu fautivement son TIG en ne se présentant pas et ne prenant pas contact le 12 septembre lorsqu'il était attendu pour reprendre son TIG (cf aussi Arrêt de la Cour de Cassation pénale susmentionné). La condition de l'article 22 est remplie en l'occurrence et le solde de la peine doit être subi sous le régime ordinaire.
VIII. Il suit de ce qui précède que le recours est mal fondé et qu'il doit être rejeté.
Les frais d'instruction du recours ainsi qu'un émolument, pour un montant de Fr. 600 francs, sont mis a la charge du recourant qui succombe.