Decision ID: 4419b774-4462-53e9-b80c-62ea4885882a
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_004
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par jugement
JTBL/815/2021
du 30 septembre 2021, notifié à A_ le 7 octobre 2021, le Tribunal des baux et loyers a autorisé la FONDATION HBM B_ à faire exécuter par la force publique le jugement
JTBL/326/2020
rendu le 13 mai 2020 à compter du 1
er
janvier 2022 (ch. 1 du dispositif), débouté les autres parties de toutes autres conclusions (ch. 2) et dit que la procédure était gratuite (ch. 3).![endif]>![if>
B.
a.
Par acte
déposé au greffe de la Cour de justice le 18 octobre 2021, A_ a formé recours contre ce jugement, concluant à ce que la Cour de justice restitue préalablement l'effet suspensif à son recours et, principalement, annule le chiffre 1 du dispositif du jugement et autorise son évacuation dès le 1
er
avril 2022.
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b.
Le 22 octobre 2021, la FONDATION HBM B_ a conclu à ce que la Cour refuse préalablement d'octroyer l'effet suspensif au recours interjeté par A_ le 18 octobre 2021 et, principalement, confirme le jugement querellé.
c.
Par arrêt du 25 octobre 2021, la Cour a rejeté la requête d'effet suspensif de A_.
d.
Les parties ont été informées le 22 novembre 2021 de ce que la cause était gardée à juger.
C.
Les faits pertinents suivants résultent du dossier.
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a.
La FONDATION HBM B_, en qualité de bailleresse, et A_, en tant que locataire, étaient liées par un contrat de bail portant sur la location d'un appartement de 2,5 pièces situé au 3
ème
étage de l'immeuble sis 1_ à Genève, ainsi que sur la cave qui en dépend.
Le loyer s'élevait à 375 fr. par mois, charges comprises.
b.
A_ occupe le logement depuis le 15 juillet 2009.
c.
Par pli recommandé du 21 avril 2017, la bailleresse a résilié le contrat de bail précité au sens de l'art. 257f CO pour le 30 juin suivant. Elle précisait dans son courrier d'accompagnement avoir reçu de nouvelles plaintes de plusieurs locataires à propos de nuisances provenant de l'appartement susmentionné et ce, à toutes heures de la journée et de la nuit. Les voisins relevaient également la présence de personnes douteuses chez la locataire.
d.
Par requête déposée en vue de conciliation le 22 mai 2017, puis introduite en temps utile devant le Tribunal, la locataire a contesté le congé.
La bailleresse a conclu à ce que le Tribunal valide la résiliation et, à titre reconventionnel, à ce qu'il prononce l'évacuation de la locataire, avec mesures d'exécution directe.
e.
Par jugement
JTBL/326/2020
du 13 mai 2020, le Tribunal a déclaré le congé efficace, condamné la locataire à évacuer l'appartement litigieux et transmis la cause à la 7
ème
chambre du Tribunal pour statuer sur les mesures d'exécution sollicitées.
Ce jugement a été confirmé par arrêt de la Cour de justice
ACJC/463/2021
du 19 avril 2021, lequel est définitif et exécutoire.
f.
Lors de l'audience du Tribunal du 30 septembre 2021, la bailleresse a persisté dans ses conclusions en évacuation avec exécution directe, en précisant que la locataire était à jour dans le paiement de ses loyers.
Le conseil de la locataire a indiqué que sa mandante souhaitait partir et avait entrepris les démarches nécessaires pour trouver un logement. Elle s'était notamment inscrite auprès du Secrétariat des Fondations Immobilières de droit public, de la Fondation de la Ville de Genève pour le logement social et de la Gérance Immobilière Municipale, respectivement les 18 septembre, 21 octobre et 22 décembre 2020. Ces recherches n'avaient cependant pas encore abouti.
La locataire a produit des certificats médicaux attestant de son état de santé, considéré comme fragile, et d'allergies à la poussière.
Le Tribunal a gardé la cause à juger à l'issue de l'audience.

EN DROIT
1.
1.1
Selon l'art. 309 let. a CPC, le recours est recevable contre les décisions du Tribunal de l'exécution.![endif]>![if>
1.2
En l'espèce, la recourante conclut à ce que la Cour n'autorise la FONDATION HBM B_ à requérir l'évacuation par la force publique que dès le 1
er
avril 2022.
De ce fait, la recourante conteste les mesures d'exécution prises par le Tribunal et a interjeté le recours en temps utile, le recours est ainsi recevable (art. 309 et art. 321 al. 2 CPC).
2.
Le Tribunal a ordonné l'exécution de l'évacuation de la recourante avec un sursis de 90 jours. La recourante fait valoir la trop courte durée du sursis accordé, en violation de l'art. 30 al. 4 LaCC.
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2.1
L'exécution forcée d'un jugement ordonnant l'exécution d'un locataire est régie par le droit fédéral (art. 355 ss CPC).
En autorisant l'exécution forcée d'une décision judiciaire, l'autorité doit tenir compte du principe de la proportionnalité. Dans le cas de l'évacuation d'une habitation, il s'agit d'éviter que des personnes concernées soient ainsi privées de tout abri. De ce fait, l'expulsion ne saurait être exécutée sans un ménagement particulier, notamment si des motifs humanitaires exigent un sursis, ou lorsque des indices sérieux et concrets font prévoir que l'occupant se soumettra spontanément au jugement d'évacuation dans un délai raisonnable. Dans tous les cas, le sursis doit être relativement bref et ne doit pas équivaloir à une prolongation de bail (ATF
117 Ia 336
consid. 2b p. 339; arrêt du Tribunal fédéral
4A_207/2014
du 19 mai 2014 consid. 3.1).
L'art. 30 al. 4 LaCC prévoit également que le Tribunal peut, pour des motifs humanitaires, surseoir à l'exécution du jugement d'évacuation dans la mesure nécessaire pour permettre le relogement du locataire.
S'agissant des motifs de sursis, différents de cas en cas, ils doivent être dictés par des "raisons élémentaires d'humanité". Sont notamment des motifs de ce genre la maladie grave ou le décès de l'expulsé ou d'un membre de sa famille, le grand âge ou la situation modeste de l'expulsé. En revanche, la pénurie de logements n'est pas un motif d'octroi d'un sursis (
ACJC/269/2019
du 25 février 2019 consid. 3.1;
ACJC/247/2017
du 6 mars 2017 consid. 2.1;
ACJC/422/2014
du 7 avril 2014 consid. 4.2; arrêt du Tribunal fédéral du 20 septembre 1990, in Droit du bail 3/1991 p. 30 et les références citées).
2.2
En l'espèce, le délai imparti par le Tribunal tient compte de manière adéquate de la situation personnelle de la recourante et des autres circonstances pertinentes ressortant du dossier.
Le bail a été résilié en avril 2017, avec effet au 30 juin suivant. L'évacuation dont l'exécution est querellée a été prononcée par le Tribunal le 13 mai 2020, puis confirmée le 19 avril de l'année suivante. Entre la résiliation du bail et le jugement de septembre 2021 autorisant l'exécution, plus de 4 ans se sont ainsi écoulés.
S'il est vrai que les démarches de relogement qu'a entreprises la recourante n'ont, selon ses dires, à ce jour pas abouti, elles n'ont débuté qu'en septembre 2020, date à laquelle le bail était résilié depuis déjà plus de 3 ans. Or, il était raisonnablement exigible d'attendre de sa part, au vu des enjeux de la procédure et du risque d'évacuation encouru, qu'elle débute ses recherches plus tôt.
Il n'est par ailleurs pas établi que les problèmes de santé de la recourante, à savoir notamment des allergies, feraient obstacle à un déménagement ou entraveraient ses recherches de logement.
Le fait que l'Hospice général règle, pour le compte de la recourante, régulièrement le loyer ne justifie pas l'octroi d'un sursis à l'évacuation plus long que celui accordé par le Tribunal, pas plus que le fait que l'intimée n'ait pas invoqué une urgence particulière pour récupérer son bien.
A cet égard, il y a lieu de souligner que la résiliation du bail a été motivée par le fait que la recourante causait d'importantes nuisances à ses voisins et il convient d'éviter de laisser perdurer cette situation.
Les jurisprudences cantonales mentionnées par la recourante ne permettent pas de parvenir à une conclusions différente, les états de faits concernés par ces décisions n'étant pas les mêmes que celui de la présente cause.
3.
Le recours dirigé comme jugement querellé sera rejeté.
Il n'est pas prélevé de frais ni alloué de dépens s'agissant d'une cause soumise à la juridiction des baux et loyers (art. 22 al. 1 LaCC).
* * * * *