Decision ID: e80ae873-b126-4276-84d8-4ab0bed740e5
Year: 2017
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
Du 23 juillet au 21 août 2016, la Municipalité d’Yverdon-les-Bains (ci-après: la municipalité) a fait mettre à l’enquête le projet de démolition des anciens arsenaux de la ville et, en lieu et place, de construction d'un nouveau collège secondaire et l'extension d'une caserne du Service de défense incendie et secours (SDIS). Le projet n’a rencontré aucune opposition et les permis de construire ont été délivrés le 1
er
novembre 2016.
B.
Le 23 septembre précédent, la municipalité avait fait publier un appel d’offres pour la démolition de l'ancien arsenal, avec un délai de clôture pour le dépôt des offres au 3 novembre 2016, la date d'ouverture des offres étant le jour suivant.
Il ressort notamment ce qui suit du dossier d’appel d’offres (DAO):
"[...]
1.4 Planning pour l'exécution du marché
Pour garantir les délais de réalisation des constructions devant permettre l'ouverture du collège à la rentrée 2019, les travaux de démolition des bâtiments existants et la mise à disposition du terrain à nu, doivent être terminés dans les délais suivants:
Le soumissionnaire s'engage à respecter cet objectif et fournira un planning des phases nécessaires et comportant les détails des mesures envisagées pour atteindre les objectifs et permettant de vérifier que le délai proposé par le soumissionnaire sera respecté.
2016
2017
Adjudication des travaux
16 novembre
Validation du contrat
28 novembre
Feu vert début travaux par le MO
30 novembre
Début des travaux de désamiantage
5 décembre
Fin des travaux de démolition
24 mars 2017
[...]
3.16 Variante d'offre de la part du soumissionnaire
Les variantes d'offre ne sont pas admises et ne seront donc pas prises en considération pour l'évaluation multicritères et lors de la décision d'adjudication.
[...]"
A teneur du chiffre 4 du dossier d’appel d’offres ("
Exigences administratives de la procédure
"):
"[...]
4.6 Ouverture des offres
L'adjudicateur ne procédera pas à une ouverture publique des offres. L'ouverture des offres est un acte formel de réception qui est sujet à une vérification plus approfondie par la suite.
Le soumissionnaire peut demander au secrétariat de la procédure, par courrier accompagné d'une enveloppe affranchie munie de ses coordonnées exactes, un exemplaire du procès-verbal d'ouverture officielle des offres. Il ne sera distribué qu'une fois le travail de vérification et de clarification des offres effectué.
4.7 Audition des soumissionnaires
Aucune audition n'est envisagée. Toutefois, l'adjudicateur se réserve le droit de poser des questions à un soumissionnaire dont le dossier possède des informations douteuses ou imprécises. Le cas échéant, le soumissionnaire ne pourra pas apporter d'éléments nouveaux ou modifier son offre, au risque de se voir exclu de la procédure. De même, l'audition ne doit pas conduire à une modification de l'offre déposée.
Toujours le cas échéant, l'audition fera l'objet d'un procès-verbal dans lequel seront énumérées les informations essentielles qui ont été échangées au cours de l'audition. Le procès-verbal mentionnera également le lieu, la date, la durée et les noms des personnes présentes. Le procès-verbal ne sera pas transmis aux autres soumissionnaires.
4.8 Critères d'adjudication
Les critères d'adjudication sont, dans l'ordre d'importance décroissant, les suivants :
CRITERES & ELEMENTS D'APPRECIATION
PONDERATION
1.
Prix
Montant de l'offre financière – 1
ère
page du dossier d'appel d'offre
50 %
2.
Références et caractéristiques
Qualité des références similaires à l'appel d'offres (Q8)
20 %
3.
Organisation pour l'exécution du marché
3.1.- Disponibilité des moyens et ressources pour l'exécution du marché (R6) et planning proposé
3.2.- Qualification et capacité des personnes-clés désignées pour l'exécution du marché (Q4)
20 %
4.
Qualités techniques de l'offre
4.1.- Qualité des documents et renseignements fournis 4.2.- qualification des sous-traitants (R15)
10 %
Total :
100 %
L'adjudicateur se réserve le droit de fixer autant d'éléments d'appréciation qu'il est nécessaire pour départager les soumissionnaires, ceci en respectant l'égalité de traitement et le principe de la transparence. Les éléments d'appréciation sont en relation directe avec un des critères principaux.
4.9 Evaluation des offres
L'évaluation des offres se basera exclusivement sur l'offre, ainsi que sur les indications fournies par les soumissionnaires et sur les informations demandées par l'adjudicateur.
[...]
4.13 Modifications de l'offre
Une offre déposée ne peut pas être modifiée ou complétée après le délai de dépôt fixé par l'adjudicateur sauf sur demande de ce dernier auprès de tous les soumissionnaires. A l'échéance dudit délai, un soumissionnaire ne peut donc plus corriger ou faire corriger son offre, des documents ou des informations qu'il aura transmises à l'adjudicateur.
4.14 Modification du cahier des charges par l'adjudicateur
L'adjudicateur peut modifier le contenu du cahier des charges pour autant que cela ne remette pas fondamentalement en question la nature du marché et que cela ne porte que sur des questions de détail ou d'aspects secondaires.
[...]
4.15 Interdiction des négociations
[...]
Jusqu'à et y compris la décision d'adjudication, l'adjudicateur ne procèdera à aucune négociation de l'offre, tant sur les prestations offertes que sur les conditions financières offertes ou sur les prix offerts.
Si nécessaire, il peut inviter chaque soumissionnaire concerné à fournir des clarifications relatives à son aptitude ou à son offre, par écrit ou au travers d'une audition.
4.16 Contrôle et explications de l'offre
L'adjudicateur procède à un contrôle technique et arithmétique de l'offre. Seules les erreurs évidentes de calcul peuvent être corrigées.
[...]
"
Il était précisé, au ch. 4.10 DAO, que le barème des notes était de 0 à 5 (0 étant attribué à la plus mauvaise note et 5 à la meilleure note), la note pouvant être précise jusqu'au centième, en particulier pour le prix. En outre, il était indiqué que l’adjudicateur n'avait pas l'obligation de noter les sous-critères et que, le cas échéant, il donnerait des appréciations qui permettraient de noter le critère générique. La notation du prix se référait à la méthode T3 du Guide romand, à savoir: montant de l'offre la moins disante à la puissance 3, multiplié par la note maximale possible (note 5), le tout divisé par le montant de l'offre concernée à la puissance 3.
L’appel d’offres était en outre accompagné d’un cahier des charges technique, dont le ch. 300.50, à remplir par les soumissionnaires, était rédigé de la façon suivante:
"[...]
300.50 Décapage et traitements des peintures, enduits, joints, divers
:
Selon mémoires du 14.03.16/rapport ULS16-000995-1 Gl. CHF_
[...]"
Ce mémoire technique du 14 mars 2016, du bureau de géotechnique de ********, indiquait notamment sous ch. 6, intitulé "
Synthèse
", deux variantes de traitement et d'élimination: la première étant le "
décapage de la peinture et le traitement des déchets par une société spécialisée en traitement de déchets spéciaux, recyclage du béton"
, et la deuxième variante étant la "
démolition en vrac et évacuation en décharge de type B
".
Aucun recours n’a été déposé contre l’appel d’offres ou les documents accompagnant celui-ci.
C.
Durant le délai ouvert à cet effet, A._ s’est enquise auprès du mandataire de la municipalité de la quantité de surface de peintures à décaper au
ch. 300.50 du cahier des charges technique. La réponse suivante a été publiée sur www.simap.ch:
"
Les enrobés bitumineux et les joints bitumineux peuvent être acheminés en décharge B (ancienne DCMI) ou valorisés conformément aux dispositions de l'OLED
- Les peintures des murs (béton et maçonnerie) n'entravent pas leur évacuation en décharge B. Par contre, si l'entreprise veut recycler les bétons, ceux-ci doivent au préalable être décapés et les peintures être traitées comme déchets spéciaux.
- De même, les plaques en fibrociment des portes extérieures peuvent être évacuées en décharge B, qui est leur destination habituelle.
- Enfin, les portes en bois et leur huisserie peinte devront être incinérées.
Ainsi, les évacuations de matériaux sont tout-à-fait standard pour un chantier de démolition, pour autant que les bétons ne soient pas recyclé.
"
D.
Entre-temps, la municipalité a soumis au Conseil communal d'Yverdon-les-Bains un rapport (de 48 pages) daté du 11 octobre 2016 concernant une demande de crédit d'investissement de 62 millions de francs. Selon ce rapport, "
il est impératif que le bâtiment soit à disposition pour permettre la rentrée des classes le 26 août 2019. Tout a été mis en oeuvre et toutes les solutions d'optimisation et de travail en parallèle ont été mises en place afin de respecter ce délai
". Il ressort du rapport sous rubrique "
Planning général"
, que les travaux de démolition des anciens arsenaux devaient débuter au mois de janvier 2017.
E.
Il ressort du procès-verbal d’ouverture des offres, du 4 novembre 2016 à 8h30, que les offres suivantes ont été déposées dans le délai imparti:
Soumissionnaire:
Montant de l’offre de base:
C._
581'922 fr.35
D._
470'429 fr.30
B._
520'001 fr.85
A._
349'908 fr.80
E._
609'891 fr.80
F._
807'431 fr.70
Selon la municipalité, l'appel d'offres n'avait pas indiqué de quantités ou de métrés des peintures, dès lors que ces dernières n'avaient pas nécessairement à être assainies. En effet, la municipalité avait décidé de laisser ouverte l'option, d'une part, entre le décapage et le traitement des peintures et la récupération des matériaux, et, d'autre part, la démolition en vrac et l'évacuation en décharge de type B (cf. p. 3, ch. 9 et 10, du mémoire de la municipalité du 17 janvier 2017 dans la cause MPU.2016.0044). La municipalité s'étant finalement résolue, après l'ouverture des offres, à quantifier les surfaces de peinture faisant l’objet du poste 300.50, son mandataire a interpellé les soumissionnaires sur ce poste, en attirant leur attention sur la réponse à la question publiée sur www.simap.ch. S’en est suivi un dialogue entre ce mandataire et le représentant de A._, par échange de courriers électroniques, le 8 novembre 2016:
"
1) Page 14, article 300.20, vous avez rajouté: « mesures VDI non comprises ».
Ces mesures sont-elles nécessaires pour un travail complet et dans les règles de l'art et, si oui, quel est le montant à comprendre pour obtenir un prix complet ?
Oui, ces mesures sont nécessaires.
Il faut compter 2 mesures VDI à fr. 1200.- = fr .2400.-
2) Page 14, article 300.50, vous avez indiqué:
« surface inconnue, malgré question posée le 29.09.16, admis 50m
2
à CHF 3'000.- » (donc CHF. 50.-/m
2
).
En 1
er
lieu, avez-vous pris connaissance de la réponse publiée sur le site SIMAP et reproduite ci-après:
[...]
Oui nous avons pris connaissance des réponses aux questions que nous avions posées.
En 2
ème
lieu, compte tenu de cette réponse et sachant que le montant total, conformément au point 5 du cahier des charges, doit pouvoir être considéré comme: ... ferme et non révisable,... l'entreprise ne peut se prévaloir d'inexactitudes ou d'omissions... nous vous prions de nous communiquer quelle est votre position définitive: suppression, adaptation ou maintien du chiffre et, dans ces 2 derniers cas en global à forfait?
Nous maintenons notre prix de fr 60.-/m
2
pour une surface considérée de 50 m
2
. Ce n'est pas un global ou un forfait. Cette prestation sera métrée au m
2
selon prix unitaire. C'est pour ça que nous avons posé la question de connaitre les m
2
à traiter et que nous n'avons malheureusement pas obtenu la réponse.
Selon notre expérience et suite à la séance du 21.10.2016 avec M.G._ (voir PV de la séance en pièce jointe) nous émettons une réserve quant à la méthodologie prévue à savoir déconstruction des murs sans traitement préalable.
En 3
ème
lieu, votre choix définitif sur cet article a-t-il une incidence sur d'autres positions de la série de prix, chapitre 400 notamment, et si oui, lesquels et de combien?
Non, il n'y a pas d'incidence sur d'autres positions.
3) Page 15, article 400.20, vous avez biffé: 3 citernes et corrigé par: 1 citerne et rempli par CHF. 3'000.-
Nous recorrigeons par souci d'équité entre tous les soumissionnaires en 3 citernes : doit-on corriger en:
a) 3 x 1'000.- Total CHF. 3'000.- ?
ou
b) 3 x 3'000.- Total CHF. 9'000.- ?
Il faut corriger en 3 X 3000.- = fr.9000.-
Tout en restant à votre entière disposition pour discuter de la méthodologie de traitement des peintures, je vous prie d'agréer mes meilleures salutations."
On reproduit ci-dessous un extrait du dialogue entre ce même mandataire et le représentant de B._, intervenu par échange de courriers électroniques le 9 novembre 2016:
"1) Page 14, article 300.40 : vous avez indiqué: 75 m
2
à 50.- = 370.-.
Nous avons corrigé par 75 m
2
à 50.- = 3750.-? est-ce en ordre ainsi?
Nous vous confirmons que le montant est bien de 3'750.-. C'est en ordre
2) Page 14, articles 300: «mesures VDI non comprises».
Les mesures VDI sont-elles nécessaires pour un travail complet et dans les règles de l'art et, si oui, en avez-vous bien compris le montant pour un prix complet.
Les mesures VDI sont nécessaires pour les colles du carrelage. Nous avons bien compris le montant dans le prix.
3) Page 14, article 300.52 vous avez indiqué: « global à CHF 1'000.- ».
En 1
er
lieu, avez-vous pris connaissance de la réponse publiée sur le site SIMAP et reproduite ci-après:
[...]
En 2
ème
lieu, compte tenu de cette réponse et sachant que le montant total, conformément au point 5 du cahier des charges, doit pouvoir être considéré comme : ... ferme et non révisable,... l'entreprise ne peut se prévaloir d'inexactitudes ou d'omissions... nous vous prions de nous confirmer votre position définitive : maintien du chiffre déposé
en global à forfait
?
Nous avons bien pris connaissance de la réponse publiée sur SIMAP, et nous maintenons le chiffre déposé en global à forfait."
F.
Les offres en concurrence ont ensuite été évaluées de la façon suivante, au regard des quatre critères d’adjudication:
Critère n°1
Critère n°2
Critère n°3
Critère n°4
Candidat
Prix
note
Pd
pts
note
pd
Pts
note
pd
pts
note
pd
pts
total
rg
A._
476'134,00
4,37
50
218.30
4.00
20
80,00
4,80
20
96,00
4,60
10
46.00
440,30
1
D._
542'931,00
2,94
50
147,24
4.50
20
90,00
4,50
20
90,00
4,80
10
48,00
375,24
3
B._
523'526,00
3,28
50
164,22
4.70
20
94,00
4.50
20
90,00
4,70
10
47,00
395,22
2
C._
581'922,00
2,39
50
119,58
4.60
20
92,00
4,40
20
88,00
4,80
10
48,00
347,58
4
E._
609'891,00
2,08
50
103,87
4.80
20
98,00
4,70
20
94,00
4,80
10
48,00
341,87
5
F._
819'628,00
0,86
50
42,80
4,80
20
98,00
4,50
20
90,00
4,50
10
45,00
273,80
6
Par envoi recommandé du jeudi 15 décembre 2016, la municipalité a informé les soumissionnaires de ce que le marché avait été adjugé à A._. Elle n'a pas indiqué les voies de droit dans le courrier adressé à B._. En date du 20 décembre 2016, elle a signé un contrat d’entreprise portant sur les travaux faisant l’objet du présent marché, pour un montant total de 476'134 fr., TVA incluse, et l'a transmis par courrier du jour suivant à A._ pour signature.
G.
Par acte du jeudi 29 décembre 2016, B._ a recouru contre la décision d’adjudication des travaux auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP); ses conclusions sont les suivantes:
"A.
A titre superprovisionnel
1. Le présent recours déploie effet suspensif.
B.
A titre provisionnel
2. L'effet suspensif donné au présent recours est confirmé.
C.
A titre de mesure d'instruction
3. Le dossier de la cause, en particulier l'offre de l'adjudicataire et les échanges ayant eu lieu entre celui-ci et l'adjudicateur, est produit.
D.
A titre principal
4. La décision d'adjudication des travaux de démolition de l'ancien arsenal à l'entreprise A._ est annulée.
5. Lesdits travaux de démolition sont adjugés à la recourante, pour le montant CHF 523'526.-
6. Sous suite de frais et dépens."
Le recours a été enregistré par la CDAP le 30 décembre 2016 sous la référence MPU.2016.0044. Par avis du même jour, envoyé préalablement aux parties par télécopie le jour même avant midi, le juge instructeur de cette cause a prononcé l’effet suspensif à titre provisoire et fait provisoirement interdiction à la municipalité de conclure tout contrat portant sur le marché litigieux. Il a notamment fixé des délais de réponse à A._ ainsi qu'à la municipalité et requis de cette dernière la production de son dossier original et complet.
Par écriture du 17 janvier 2017, la municipalité a requis la levée avec effet immédiat de l’effet suspensif, par voie de mesures provisionnelles et superprovisionnelles (I.), ainsi que l’astreinte de la recourante à fournir des sûretés d’un montant de 30'000 fr. (II.). Au fond, elle a proposé le rejet du recours, dans la mesure où il était recevable (III.).
Par écriture du 19 janvier 2017, B._ a requis le maintien de l’effet suspensif provisoirement accordé au recours et le rejet de la demande de sûretés. Par la même occasion, elle a déclaré donner son consentement à la consultation de son offre et d'autres pièces essentielles par A._, sous réserve de réciprocité.
Par écriture du même jour, A._ a requis la levée de l'effet suspensif. Elle a également accepté que B._ puisse consulter son offre, sous réserve de réciprocité.
Le 24 janvier 2015, la municipalité a maintenu sa réquisition tendant à la levée immédiate de l’effet suspensif provisoirement accordé. Elle a fait valoir l’urgence pour elle à commencer l’exécution des travaux de démolition et a joint, à l’appui de cette allégation, une note du Chef du Service jeunesse et cohésion sociale de la Ville d’Yverdon-les-Bains.
Le 25 janvier 2015, la municipalité a requis du magistrat instructeur qu’une décision soit rendue sur l’effet suspensif.
Le même jour, A._ s’est déterminée à son tour; elle a considéré le litige comme étant vidé de son sens, faisant valoir que rien n’empêcherait l’exécution du contrat qui aurait été conclu le 20 décembre 2016.
Le 26 janvier 2017, B._ s’est déterminée; elle a maintenu sa réquisition tendant à ce que l’effet suspensif provisoirement accordé soit confirmé.
Le même jour, le juge instructeur de la cause MPU.2016.0044 a convoqué les parties à une audience pour le 1
er
mars 2017.
Le 30 janvier 2017, la municipalité a requis du juge instructeur qu’il déclare la requête d’effet suspensif sans objet, subsidiairement la rejette.
Le même jour, A._ s’est déterminée sur le fond; elle a conclu au rejet du recours.
B._ et A._ avaient déclaré consentir à ce que leur offre respective soit consultée par leur concurrent (cf. écritures du 19 janvier 2017). L’autorité intimée a maintenu la confidentialité sur le contenu du contrat d’entreprise.
H.
Le 6 février 2017, le juge instructeur de la cause MPU.2016.0044 a rendu une décision incidente dont le dispositif est le suivant:
"I. L’effet suspensif accordé provisoirement le 30 décembre 2016 est maintenu.
II. Interdiction est faite, à titre provisionnel, à la Municipalité d’Yverdon-les-Bains et à A._ d’exécuter le contrat d’entreprise conclu le 20 décembre 2016, en tant que celui-ci a trait aux travaux faisant l’objet du présent marché.
III. La demande tendant à ce que la recourante soit astreinte à fournir des sûretés d’un montant de 30'000 francs est rejetée.
IV. Le sort des frais et dépens est réservé."
I.
Par acte du 8 février 2017, la Municipalité d’Yverdon-les-Bains a recouru à l'encontre de la décision incidente du 6 février 2017 auprès de la CDAP. A l'appui de son recours, elle a notamment produit un calcul, non daté, du bureau d'architecture H._ des "
surfaces verticales intérieures
" relatives aux peintures contaminées "
conformément à
[ses]
instructions du 16 novembre
".
La cause a été enregistrée par la CDAP sous la référence RE.2017.0001. Par ordonnance du 9 février 2017, le juge instructeur de cette dernière cause a rejeté la demande de la municipalité tendant à la levée à titre superprovisionnel de l'effet suspensif et de l'interdiction provisionnelle d'exécuter le contrat d'entreprise. Un délai a été imparti au 16 février 2017 à A._ et à B._ pour se déterminer.
J.
Dans l'intervalle, le 7 février 2017, A._ a requis du juge instructeur de la cause MPU.2016.0044 la reconsidération de l'interdiction d'exécuter les travaux, contenue dans la décision incidente du 6 février 2017, faisant valoir
"que les travaux de démolition de l'ancien arsenal
[avaient]
été entrepris il y a plusieurs jours et
[que]
l'interdiction de les poursuivre pos
[ait]
aujourd'hui de graves problèmes de sécurité et de responsabilité
".
Le juge instructeur de la cause MPU.2016.0044 a convoqué les parties le 8 février 2017 à une audience d’instruction qui a eu lieu le lendemain après-midi sur la parcelle des anciennes casernes à Yverdon-les-Bains en présence de l’assesseur Beuchat et des représentants des parties.
Le 10 février 2017, la municipalité a déclaré adhérer à la requête de reconsidération de A._.
Le 13 février 2017, B._ a conclu à ce que la requête de reconsidération soit déclarée irrecevable, subsidiairement rejetée en ce sens que le chiffre II du dispositif de la décision incidente du 6 février 2017 soit maintenu; elle a en outre demandé que l'interdiction de poursuivre les travaux soit assortie de la menace de la peine prévue à l'art. 292 du code pénal.
Le 14 février 2017, le juge instructeur de la cause MPU.2016.0044 a rendu une décision incidente dont le dispositif est le suivant:
"I. Le chiffre II de la décision incidente du 6 février 2017 est modifié en ce sens que A._ est autorisée à mener à terme, là où ils sont en cours, les travaux de désamiantage et cela en principe jusqu'au 17 février 2017. L'interdiction faite à titre provisionnel à la Municipalité d'Yverdon-les-Bains et à A._ d'exécuter le contrat d'entreprise portant sur le marché litigieux est maintenue pour le surplus.
II. Sous réserve de ce qui précède, le chiffre I de la décision incidente du 6 février 2017 est maintenu.
III. Le chiffre III de la décision incidente du 6 février 2017 est maintenu.
IV. Le sort des frais et dépens est réservé."
K.
Le 16 février 2017, B._ a conclu, dans la cause RE.2017.0001, au rejet du recours de la municipalité contre la décision du juge instructeur du 6 février 2017.
Le même jour, la municipalité a maintenu ses conclusions au sujet de la décision incidente du 6 février 2017, et a en outre demandé l'annulation de la décision incidente du 14 février 2017. Elle a réitéré ses requêtes de levée immédiate, à titre superprovisionnel et provisionnel, de l'effet suspensif et de l'interdiction susmentionnée.
L.
Egalement le 16 février 2017, A._ a déposé un recours auprès de la CDAP contre les décisions incidentes du juge instructeur de la cause MPU.2016.0044 des 6 et 14 février 2017. La cause a été enregistrée par la CDAP sous la référence RE.2017.0002.
M.
Par ordonnances du 17 février 2017, le juge instructeur des causes RE.2017.0001 et RE.2017.0002 a rejeté les demandes de la municipalité et de A._ tendant à la levée à titre superprovisionnel de l'effet suspensif et de l'interdiction provisionnelle de continuer à exécuter le contrat d'entreprise portant sur le marché litigieux. Il a été annoncé qu'il serait en principe statué à très court terme sur les recours déposés contre les décisions incidentes des 6 et 14 février 2017.
N.
Dans les causes RE.2017.0001 et RE.2017.0002, la municipalité s'est prononcée par écriture du 22 février 2017. Elle a notamment renvoyé à une pièce dont il ressort que A._ lui avait retourné par courrier du 4 janvier 2017 le contrat de démolition de l'ancien arsenal qu'elle avait signé; ce document contient un tampon avec la date du 5 janvier 2017, cette date étant celle de la réception de ce courrier. Ce document avait déjà été produit par la municipalité avec son bordereau de pièces du 17 janvier 2017 sous le n° 108 avec la mention "
Confidentiel
".
O.
Dans la cause MPU.2016.0044, B._ s'est encore prononcée le 23 février 2017. Elle a en substance maintenu sa position et ses conclusions.
P.
Par ordonnance du 24 février 2017, le juge instructeur des causes RE.2017.0001 et RE.2017.0002 a joint celles-ci.
La Cour a statué, à huis clos, par voie de circulation.

Considérant en droit
1.
a) Les décisions sur mesures provisionnelles du magistrat instructeur de la CDAP de même que celles relatives à l'effet suspensif peuvent faire l'objet d'un recours incident au tribunal dans les dix jours dès leur notification (art. 94 al. 2, 2
ème
phrase, de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative - LPA-VD; RSV 173.36). Le délai précité est en l'espèce respecté, autant pour le recours de la municipalité que pour celui de A._ contre les décisions incidentes des 6 et 14 février 2017.
b) Aux termes de l'art. 75 LPA-VD, applicable par analogie par renvoi de
l'art. 99 LPA-VD, a qualité pour former recours toute personne physique ou morale ayant pris part à la procédure devant l'autorité précédente ou ayant été privée de la possibilité de le faire, qui est atteinte par la décision attaquée et qui dispose d'un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée ou modifiée. Cet intérêt peut être juridique ou de fait. Le recourant doit être touché plus que quiconque ou la généralité des administrés dans un intérêt important, résultant de sa situation par rapport à l'objet litigieux. Un intérêt digne de protection existe lorsque la situation de fait ou de droit du recourant peut être influencée par le sort de la cause; l'admission du recours doit procurer au recourant un avantage de nature économique, matérielle ou autre (ATF 135 II 145 consid. 6.1; 133 II 400 consid. 2.4.2; 133 V 239 consid. 6.2; 131 V 298 consid. 3). L'intérêt doit être direct et concret; en particulier, la personne doit se trouver dans un rapport suffisamment étroit avec la décision; tel n'est pas le cas de celui qui n'est atteint que de manière indirecte et médiate (ATF 130 V 196 consid. 3; 130 V 514 consid. 3.1).
S'agissant de la municipalité, il ne fait aucun doute qu'elle a un intérêt digne de protection. En ce qui concerne A._, cette dernière expose que l'arrêt du chantier imposé par les décisions incidentes attaquées implique pour elle l'immobilisation des ressources en personnel et en matériel qui ont été engagées dans la démolition; une douzaine de personnes seront ainsi privées d'activité; les décisions feraient peser sur elle des coûts non négligeables. Dès lors, il semble qu'un intérêt digne de protection pour recourir contre les décisions du 6 et 14 février 2017 peut également être reconnu à A._.
c) Par la décision incidente du 14 février 2017 du juge intimé, celui-ci n'a que partiellement rendu une décision en faveur des recourants dans les présentes causes. Modifiée par la décision du 14 février 2017, celle du 6 février 2017 n'est pas devenue sans objet, de sorte que la cause RE.2017.0001 doit être poursuivie et jugée (cf. art. 83 al. 2 LPA-VD).
2.
Selon les art. 80 et 99 LPA-VD, le recours administratif ainsi que le recours de droit administratif au tribunal ont effet suspensif. Cet effet peut être levé si un intérêt public prépondérant le commande (art. 80 al. 2 LPA-VD). Sauf disposition contraire expresse, l'effet suspensif retiré par la loi ne peut pas être restitué (art. 80 al. 3 LPA-VD).
La réglementation sur les marchés publics traite de manière spéciale la question de l’effet suspensif en raison des caractéristiques de ce contentieux. En droit fédéral, l’art. 28 de la loi fédérale du 16 décembre 1994 sur les marchés publics (LMP; RS 172.056.1) précise que le recours n’a pas effet suspensif (al. 1), mais que, sur demande, l’effet suspensif peut être accordé (al. 2). En matière de marchés publics, les conditions d’octroi de l’effet suspensif doivent être définies de manière conforme au but assigné aux mesures provisoires par l’art. XX §§ 2 et 7 de l’accord de Marrakech du 15 avril 1994 sur les marchés publics (AMP; RS 0.632.231.422); il s’agit de garantir une protection juridique effective et de préserver les possibilités commerciales du recourant. L’octroi de l’effet suspensif a ainsi un rôle déterminant pour assurer une protection juridictionnelle effective du concurrent (Etienne Poltier, Droit des marchés publics, 2014, n. 380, 421 et 424; Evelyne Clerc, L’ouverture des marchés publics: effectivité et protection juridique, 1997,
p. 542).
Au niveau cantonal, l'art. 14 al. 1 de l'accord intercantonal du 25 novembre 1994 sur les marchés publics (A-IMP; RSV 726.91) prévoit que le marché ne peut être conclu avec l'adjudicataire qu'après l'écoulement du délai de recours et, en cas de recours, que si l'autorité juridictionnelle cantonale n'a pas accordé au recours l'effet suspensif (clause de "
standstill
", reprise dans des termes identiques à l'art. 9 al. 1 de la loi cantonale du 24 juin 1996 sur les marchés publics - LMP-VD; RSV 726.01 -; cf. aussi Poltier,
op. cit.
, n. 382, 422 et 427). Le recours n'a pas d'effet suspensif, mais ce dernier peut être accordé à certaines conditions (cf. art. 17 A-IMP et 12 LMP-VD; ci-après consid. 2c).
b) La décision sur effet suspensif résulte d’une pesée des intérêts; elle doit tenir compte d’une part des divers intérêts privés opposés en jeu (intérêts du recourant et de l’adjudicataire), et d’autre part de l’intérêt public invoqué par le pouvoir adjudicateur et des autres intérêts publics en cause liés à la réalisation des travaux.
Dans le cadre de cette appréciation, la jurisprudence de l’ancienne Commission fédérale de recours en matière de marchés publics procédait à un examen
prima facie
du bien-fondé du recours; le rôle de cet examen a toutefois une portée limitée et permet seulement de refuser l’effet suspensif aux recours qui paraissaient d’emblée, et sans aucun doute possible, dépourvus de chances de succès (décision de la Commission fédérale de recours en matière de marchés publics du 26 mars 1997,
consid. 3c et les références citées, publiée
in
RDAF 1998 I p. 34; cf. aussi Clerc
,
op. cit.
, p. 546). Enfin, l’octroi de mesures provisoires joue un rôle central lorsque la décision attaquée concerne le rejet de candidatures dans la première phase d’une procédure sélective (RDAF 1998 I p. 34 précité, consid. 3b; cf. aussi décision incidente du Tribunal fédéral administratif [TAF] du 6 décembre 2007 rendue en la cause B-5838/2007).
Le Tribunal administratif fédéral (TAF) procède aujourd'hui comme suit dans le cadre de l'examen de la requête d'effet suspensif (cf. par exemple décisions incidentes du TAF du 24 août 2016 consid. 3.1 et 3.2 dans la cause B-3234/2016 [destinée à la publication dans ATAF] et du 11 avril 2016 consid. 3.1 et 3.2 dans la cause B-1680/2016): il est effectué un examen
prima facie
de l'apparence du bien-fondé du recours. Si, au regard des seules pièces au dossier, le recours apparaît manifestement irrecevable ou mal fondé, l'effet suspensif n'est pas octroyé; en revanche, si le recours - qui ne semble pas d'emblée irrecevable - ne paraît pas dénué de chances de succès ou qu'il existe des doutes à ce propos, il y a lieu de procéder à une pondération des intérêts en présence. Selon cette jurisprudence, il convient, dans la pondération des intérêts, de tenir compte de celui du recourant au maintien de la possibilité d'obtenir l'adjudication, lequel présente également un intérêt public à garantir une véritable voie de droit. A ces intérêts s'opposent les intérêts publics que le pouvoir adjudicateur doit prendre en considération, notamment celui à une exécution aussi rapide que possible de la décision (cf. aussi Tribunal fédéral [TF] 2P.103/2006 du 29 mai 2006 consid. 4.2.1 et les références citées; dans le même sens, ATAF 2008/7 consid. 3.3).
c) L’art. 17 al. 2 A-IMP de même que l'art. 12 al. 2 LMP-VD prévoient que l’autorité de recours peut d’office ou sur requête accorder l’effet suspensif si le recours apparaît suffisamment bien fondé et si aucun intérêt public ou privé ne s’y oppose. La condition du recours suffisamment bien fondé est comparable à celle de l’apparence du bon droit posée par la Cour de justice européenne et ne devrait être niée que si le recours apparaît d’emblée clairement mal fondé (cf. Clerc,
op. cit.
, p. 552; CDAP RE.2008.0003 du 13 août 2008 consid. 2c), respectivement démuni de toutes chances de succès
(cf. ATF 134 II 192 consid. 2.4). Ce n'est que de cette manière qu'une protection effective, comme prévu par l'art. XX AMP, peut être garantie (cf. aussi Poltier,
op. cit.
, n. 424 et 428; décision incidente du TAF du 24 août 2016 consid. 3.2
in fine
dans la cause B-3234/2016). La portée de la réglementation cantonale est ainsi comparable aux solutions retenues par la jurisprudence fédérale en ce sens qu’elle implique, en dehors du cas du recours manifestement mal fondé, une pesée de l’ensemble des intérêts en présence (CDAP RE.2008.0003 du 13 août 2008 consid. 2c; ancien Tribunal administratif du canton de Vaud [TA] RE.2004.0032 consid. 2c; cf. aussi Jean-Baptiste Zufferey, Le "combat" entre l'effet suspensif et le contrat en droit des marchés publics,
in
: Mélanges Thomas Fleiner, 2003, p. 689 ss).
Dans la pesée des intérêts, il faut non seulement comparer l’intérêt du recourant à obtenir l’effet suspensif aux intérêts qui lui sont opposés, notamment l’urgence invoquée par le pouvoir adjudicateur; comme exposé ci-dessus (consid. 2a et 2b), il y a aussi lieu de prendre en compte, en faveur de l'octroi de l'effet suspensif, l'intérêt public à garantir une véritable voie de droit. A cela s'ajoutent les intérêts publics à ce que le marché soit en définitive attribué à l'offre qui est effectivement la plus avantageuse et à éviter que l'adjudicateur soit obligé de verser, en cas d'exécution du marché moins favorable, une indemnisation au soumissionnaire qui avait, à tort, été évincé. Par ailleurs, plus l’examen
prima facie
du recours tend à démontrer que le recours a des chances de succès, plus l’intérêt public du pouvoir adjudicateur (l’urgence) à conclure le marché doit être important pour permettre de refuser l'effet suspensif (CDAP RE.2008.0003 du 13 août 2008 consid. 2c; TA RE.2004.0032 consid. 2c; Vincent Carron/Jacques Fournier, La protection juridique dans la passation des marchés publics, 2002, p. 100). Lors de l'examen des intérêts en présence, le juge instructeur dispose, pour octroyer ou refuser l'effet suspensif requis, d'une marge d'appréciation considérable; il n'est pas tenu de fonder sa décision sur de longues explications, mais doit arrêter celle-ci principalement sur la base des éléments du dossier (cf. TF 2P.103/2006 du 29 mai 2006 consid. 4.2).
d) Enfin, il sera encore retenu que le pouvoir d'examen de la section du tribunal qui doit statuer sur le recours incident est limité à un contrôle en légalité, comprenant l’abus ou l’excès du pouvoir d’appréciation (cf. art. 98 al. 1 let. a LPA-VD), de la décision du juge intimé. Elle ne peut donc substituer sa propre appréciation à celle du magistrat instructeur et doit seulement vérifier si ce dernier a tenu compte de tous les intérêts importants à prendre en considération (CDAP RE.2015.0012 du 15 décembre 2015 consid. 1c; RE.2012.0014 du 13 novembre 2012 consid. 3a; RE.2008.0003 du 13 août 2008 consid. 2c et les références citées).
3.
a) En l'espèce, le juge intimé a retenu correctement les principes relatifs au pouvoir d'examen en matière de marchés publics. Il a aussi retenu, à juste titre, que les conséquences juridiques d'un contrat conclu en violation des règles sur les marchés publics sont encore incertaines (cf. consid. 2c et 2d de la décision du 6 février 2017).
Le juge intimé a ensuite évoqué le principe de l'intangibilité de l'offre (cf. à ce sujet aussi ci-dessus let. B avec les ch. 4.9, 4.13, 4.14, 4.15 et 4.16 du dossier d'appel d'offres qui représentent des précisions de ce principe), comprenant également les principes d'égalité de traitement et de transparence. B._ considère que le principe de l'intangibilité de l'offre a été violé. Le juge intimé a constaté que le prix offert par A._ avait au final été corrigé à hauteur de 114'825 fr. 20. Dans ses écritures, la municipalité aurait simplement indiqué qu'elle s'était bornée à appliquer le prix unitaire offert par A._ au ch. 300.50 à l'ensemble des surfaces de peinture à traiter, sans toutefois le démontrer. Faute de pouvoir connaître ces quantités, ce point était en l'état impossible à vérifier. A cela s'ajoutait que selon l'art. 32 al. 1, 2
ème
tiret, let. b du règlement cantonal du 7 juillet 2004 d'application de la LMP-VD (RLMP-VD; RSV 726.01.1), une offre comportant des prix anormalement bas non justifiés pouvait également être exclue. Le juge instructeur a constaté que la différence de l'offre de la "
recourante
" (
recte
: A._) était de 35% par rapport à la moyenne des prix offerts par les concurrents arrivés de la 2
ème
à la 5
ème
place avec des montants relativement proches (cf. consid. 3 de la décision du 6 février 2017). Le juge intimé en a conclu que le recours de B._ n'apparaissait pas d'emblée dénué de chances de succès.
En substance, A._ se contente d'invoquer l'urgence du projet de construction et sa propre situation (cf. ci-dessus consid. 1b) comme intérêts prépondérants. Pour le reste, elle renvoie expressément aux arguments de la municipalité. Cette dernière fait valoir, comme premier argument, que le contrat a déjà été conclu et que, dans cette mesure, l'effet suspensif n'a plus d'objet.
Si le contrat a effectivement déjà été conclu - on retiendra toutefois que la municipalité a jusqu'à présent refusé que ce contrat soit porté à la connaissance de B._ -, il doit néanmoins être relevé que les décisions du juge intimé contiennent aussi une partie interdisant d'exécuter le contrat, respectivement de continuer les travaux en question. Quant aux conséquences de la conclusion d'un contrat avant l'échéance du délai de recours, contrairement aux dispositions légales claires (art. 14 al. 1 A-IMP et 9 al. 1 LMP-VD précités), il a déjà été évoqué que celles-ci sont encore incertaines. L'effet suspensif est en tout cas nécessaire pour éviter qu'un nouveau contrat soit signé après l'échéance du délai de recours, respectivement pendant la procédure judiciaire. Par ailleurs, le courrier d'accompagnement du 4 janvier 2017, produit par la municipalité avec son mémoire du 22 février 2017, ne démontre pas clairement que le contrat avait été conclu avant l'échéance du délai de recours, voire avant l'ordonnance du juge intimé du 30 décembre 2016, même si à côté des signatures apposées par A._ la date du 22 décembre 2016 a été indiquée; on peut se demander pourquoi le contrat signé n'a alors été renvoyé que le 4 janvier 2017.
La municipalité fait encore valoir que les travaux ont commencé et que la décision du 6 février 2017 est ainsi inopportune. Il sera retenu que la municipalité n'avait pas annoncé dans sa réponse du 17 janvier 2017 qu'elle allait, malgré l'effet suspensif ordonné par le juge intimé le 30 décembre 2016, faire débuter les travaux. En outre, le juge intimé s'est rendu le 9 février 2017 sur place, accompagné d'un assesseur qui est architecte. Après avoir délibéré avec les parties, ils ont estimé que les travaux pouvaient être interrompus comme évoqué dans la décision du juge intimé du 14 février 2017. Il n'y a pas lieu de revenir sur cette appréciation. Le seul argument que la municipalité fait valoir à ce titre est que l'interruption des travaux empêche le démarrage des travaux de construction courant mars 2017 selon son planning.
Avec son recours du 8 février 2017, la municipalité a produit un relevé des surfaces "
concernées par la rubrique du chiffre 300.50
" (pièce 3: "
ANCIEN ARSENAL YVERDON – RELEVE PEINTURES AU PLOMB
"). Selon elle, rien ne permettait au juge intimé de mettre en doute la calculation "
purement arithmétique
" qui en résultait
(1'858,33 m
2
x 60 fr. = 111'499 fr. 80 !). Quoi qu'il en soit de la date de la première production de ce document - B._ constate que ce document n'avait pas été produit auparavant -, il reste des doutes notamment au sujet de la possibilité de modifier les prix dans l'offre de A._ ainsi que sur le traitement des variantes préconisées dans le document du bureau de ******** du 14 mars 2016. Par ailleurs, le relevé des surfaces précité n'est pas si clair: on se demande pourquoi le secteur 6 ne doit pas être pris en considération. Le document ne se rapporte de plus qu'aux surfaces verticales. Qu'en est-il des plafonds? A cela s'ajoute encore que la manière de procéder de la municipalité n'est pas irréprochable: on peut notamment se demander si son appel d'offres était suffisamment précis et si elle n'aurait pas dû procéder à un nouvel appel d'offres lorsqu'elle a constaté qu'elle avait oublié d'indiquer les surfaces, respectivement les métrés des surfaces à décaper. B._ remarque enfin que les métrés, respectivement calculs des surfaces de peinture ne lui avaient jamais été communiqués avant la procédure dans la présente cause (RE.2017.0001).
Vu ce qui précède, il n'est pas critiquable que le juge intimé ait conclu que le recours de B._ n'apparaissait pas d'emblée dénué de chances de succès.
b) En ce qui concerne la pesée des intérêts, le juge intimé a relevé l'urgence que la municipalité fait valoir afin de pouvoir terminer les travaux de démolition, selon le planning le 24 mars 2017 avec un début des travaux de construction des nouveaux bâtiments dès juillet 2017, des travaux spéciaux devant être entrepris dans l'intervalle, afin que le nouveau collège puisse être mis en service pour la rentrée académique 2019. Il a retenu l'argument invoqué par la municipalité de l'augmentation constante du nombre d'élèves dans l'enseignement obligatoire et des conditions problématiques des rentrées scolaires 2016, 2017 et 2018. Il a toutefois considéré que B._ n'avait pas à pâtir de la hâte, même justifiée, de la municipalité, vu que cette dernière s'était affranchie dans son calendrier de prendre en compte l'éventualité de recours contre ses décisions, à chaque stade où cela était possible. Par ailleurs, avec l'aide des parties, le juge intimé et sa section s'efforcera de statuer dans les meilleurs délais, une audience au 1
er
mars 2017 étant d'ores et déjà fixée, se réservant pour le reste la possibilité de prendre des nouvelles mesures provisionnelles si, pour une raison ou une autre, cet objectif deviendrait inatteignable.
Il est constaté que le juge intimé ne s'est pas écarté d'une appréciation raisonnable résultant de la pesée de l'ensemble des intérêts en présence. A cet égard, on ne comprend pas le grief de la municipalité qui déclare infondé et insoutenable le reproche à son encontre de ne pas avoir tenu compte d'éventuelle procédure de recours; ce reproche n'aurait fait l'objet d'aucune instruction. La municipalité n'a pas démontré que son planning contenait des marges pour d'éventuels recours et elle insiste, notamment dans la présente procédure, mais aussi pour justifier la signature du contrat avant que la loi le permette, sur l'urgence pour respecter le terme d'août 2019.
Comme l'a déjà laissé en partie entendre le tribunal dans ses ordonnances des 9 et 17 février 2017, on relèvera encore que la municipalité n'a pas seulement omis de prendre en compte l'éventualité d'un recours; elle n'a en outre pas non plus indiqué dans son appel d'offres les métrés nécessaires, ni ensuite répondu à ce sujet dans les délais à la question de A._, de sorte qu'elle a pris un mois de retard avec l'adjudication qui avait à l'origine été prévue pour le 16 novembre 2016. Par ailleurs, l'évolution des chiffres des (futurs) élèves est connue de longue date et pas que depuis 2016. Il n'est au demeurant pas exclu que le retard pris pour la démolition puisse par la suite être compensé sur une période de plus de deux ans. On relèvera encore que la municipalité n'a pas communiqué si les appels d'offres et les contrats pour la suite des travaux ont déjà été réalisés, voire conclus. Enfin, il est relevé que la municipalité ne facilite pas l'aboutissement de la procédure, notamment en refusant que la partie adverse puisse avoir accès à tous les documents, alors que B._ et A._ ont donné leur accord à la consultation de leurs offres.
4.
Il résulte de ce qui précède que les recours contre les décisions incidentes du 6 et 14 février 2017 doivent être rejetés, ces dernières étant confirmées.
Des frais judiciaires, arrêtés à 1'000 fr., sont mis à parts égales à la charge de A._ et de la municipalité, respectivement de la commune d'Yverdon-les-Bains. B._ a droit à des dépens, fixés à 700 fr., mis à la charge de la municipalité, respectivement de la commune d'Yverdon-les-Bains, et de A._, solidairement entre eux (cf. art. 49, 51, 55 et 57 LPA-VD, art. 4, 10 et 11 du Tarif cantonal des frais judiciaires et des dépens en matière administrative - TFJDA; RSV 173.36.5.1).