Decision ID: 9984fb45-94f9-5aa1-a387-30fdd5ee257f
Year: 2009
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. Le 14 août 2009, l'Office des poursuites (ci-après : l'Office) a enregistré une réquisition de poursuite dirigée par la Ville de Lausanne contre Mlle K_, xx, rue S_ à Genève , en paiement de 70 fr. et de 25 fr., sous déduction de 40 fr., au titre, respectivement, d'une sentence municipale et de frais de procédure.
A teneur de l'exemplaire pour le débiteur, un commandement de payer, poursuite n° 09 xxxx23 P, a été notifié le 21 septembre 2009 à "
Mlle K_ (elle-même)
".
B. Par acte posté le 28 septembre 2009, Mlle K_ a formé plainte contre cet acte de poursuite. Elle conclut à son annulation, à ce que les frais de poursuite soient mis à la charge de la poursuivante et à ce que toute inscription dans le registre des poursuites de l'Office relative à cette poursuite soit radiée. Mlle K_ invoque une violation des règles en matière de for de la poursuite. Elle expose qu'elle n'est plus domiciliée dans le canton de Genève depuis le 15 janvier 2009, date à laquelle elle s'est installée au xx, rue R_ à Lausanne , que l'adresse figurant sur le commandement de payer est celle de ses parents, chez qui elle était précédemment domiciliée, et que, contrairement à ce qui est indiqué sur cet acte, celui-ci ne lui pas été remis. Mlle K_ produit un extrait des données de l'Office cantonal genevois de la population dont il ressort qu'elle était domiciliée au xx, rue S_ du 24 décembre 1981 (date à laquelle elle est née) au 5 décembre 2008, date à laquelle elle a annoncé son départ pour Lausanne, ainsi qu'un certificat d'inscription du Contrôle des habitants de cette ville à teneur duquel elle est régulièrement inscrite, en résidence principale, depuis le 15 janvier 2009, à l'adresse xx, rue R_.
Dans son rapport, l'Office déclare que Mlle K_ n'étant plus domiciliée à Genève lorsque la Ville de Lausanne a déposé sa réquisition de poursuite, il était incompétent
ratione
loci
pour notifier un commandement de payer. Se référant à l'art. 8a al. 3 LP, il relève qu'une simple opposition à cet acte n'aurait pas suffi à sauvegarder les intérêts légitimes de la plaignante, dans la mesure où cette dernière conclut notamment à ce que toute inscription relative à cette poursuite soit radiée. L'Office conclut en conséquence à ce que la plainte soit admise.
Invitée à se déterminer, la Ville de Lausanne a informé la Commission de céans qu'elle avait décidé de revenir sur la sentence municipale et que la poursuite avait été radiée.
C. Il ressort de l'édition de la poursuite n° 09 xxxx23 P, que la réquisition de poursuite a été retirée le 9 octobre 2009.
Selon les données de l'Office cantonal genevois de la population, Mlle K_ est la fille de M. et Mme K_, lesquels sont domiciliés au xx, rue S_.

EN DROIT
1. La présente plainte a été formée en temps utile auprès de l’autorité compétente contre un commandement de payer, soit une mesure sujette à plainte, et la poursuivie a qualité pour agir par cette voie (art. 17 LP ; art. 10 al. 1 et 13 LaLP ; art. 56R al. 3 LOJ).
Elle est donc recevable.
2.a. Les dispositions sur le for (art. 46 ss LP) sont de droit public et de droit impératif, étant rappelé que si le commandement de payer notifié par un office territorialement incompétent est simplement annulable dans le délai de plainte de dix jours (art. 17 al. 2 LP), la continuation de la poursuite à un for incompétent doit, en revanche, être sanctionnée par la nullité absolue des actes accomplis par l’office, en particulier, l’avis de saisie et la commination de faillite (ATF
88 III 8
consid. 3, JdT
1962 II 34
; ATF
96 III 31
consid. 2, JdT
1973 II 27
et la jurisprudence citée ;
DCSO/622/2006
du 2 novembre 2006 consid. 1b. ; RVJ 2008 305).
En d’autres termes, l’inobservation des règles sur le for est sanctionnée différemment selon l’acte de poursuite en cause.
En présence d’actes d’intervention, tels l’avis de saisie ou la commination de faillite, la violation des règles sur le for entraînera leur nullité, dans la mesure où il s’agit d’actes qui modifient la situation du débiteur. Cette nullité doit être constatée d’office en tout temps et indépendamment d’une plainte (art. 22 LP ; Pierre-Robert
Gilliéron
, Commentaire, Remarques introductives ad art. 46-55, n° 33). En revanche, les actes qui ne modifient pas irréversiblement la situation du débiteur ne sont qu’annulables. Il en va ainsi du commandement de payer qui, s’il a été valablement notifié au destinataire, n’est pas nul. Si le débiteur ne le fait pas annuler dans le délai de plainte, le poursuivant pourra requérir la continuation de la poursuite de l'office compétent
ratione
loci
si le commandement de payer n'a pas été frappé d'opposition ou si l'opposition a été annulée. (Walter A.
Stoffel
, Voies d’exécution, § 3, n° 94 s., p. 77 et la jurisprudence citée ; cf. ég. Pierre-Robert
Gilliéron
, Commentaire, Remarques introductives ad art. 46-55, n° 32 ss et la jurisprudence citée ; Henri-Robert
Schüpbach
, in CR-LP, Introduction ad art. 46-55, n° 21 et la jurisprudence citée ; ATF
82 III 63
consid. 4, JdT
1956 II 99
). C’est ainsi que le débiteur qui n’a pas porté plainte dans les dix jours de la notification du commandement de payer devra attaquer devant l’autorité de surveillance les actes de poursuites ultérieurs accomplis par l’office des poursuites incompétent
ratione
loci
, lesquels sont nuls (Pierre-Robert
Gilliéron
, Commentaire, Remarques introductives ad art. 46-55, n° 33 ; BlSchK 1994 54 ; BlSchK 1984 176).
2.b. Le for ordinaire de la poursuite est au domicile du débiteur (art. 46 al. 1 LP).
En l'espèce, au vu des données de l'Office cantonal genevois de la population et du Contrôle des habitants de la Ville de Lausanne, il doit être admis que la plaignante n'est plus domiciliée chez ses parents, à Genève, depuis le 15 janvier 2009, au plus tard, date à laquelle elle s'est installée à Lausanne.
Il s'ensuit qu'au moment de l'enregistrement de la réquisition de poursuite n° 09 xxxx23 P, le 14 août 2009, il n'y avait pas de for de la poursuite dans le canton de Genève et que l'Office n'était donc pas compétent pour traiter cette poursuite.
Le commandement de payer, poursuite n° 09 xxxx23 P, devrait en conséquence être annulé.
Cela étant, la poursuivante ayant retiré sa poursuite, la Commission de céans constatera que la plainte est devenue sans objet sur ce point.
3.a. A teneur de l'art. 8a al. 3 LP, les offices ne doivent pas porter à la connaissance de tiers les poursuites nulles ainsi que celles qui ont été annulées sur plainte ou à la suite d'un jugement (let. a), de même que les poursuites retirées par le créancier (let. c).
L'exclusion de la consultation de ces poursuites constitue un équivalent à la radiation (cf. Message du Conseil fédéral concernant la révision de la LP du 8 mai 1991, p. 39 ss), le droit fédéral - à part les art. 149a al. 3 et 265 al. 2 LP qui prévoient une véritable radiation, limitée toutefois au registre des actes de défaut de biens que les cantons peuvent tenir - ne ménageant, en effet, aucune possibilité de radier l'inscription d'une poursuite dans les livres avant l'échéance prévue à l'art. 2 al. 2 OCDoc, lequel énonce que "les livres des poursuites, avec les registres des personnes qu'ils concernent, seront conservés pendant trente ans dès leur clôture". (ATF non publié du 19 septembre 2006
7B.88/2006
et les références citées).
3.b. Des considérants qui précèdent, il s'ensuit que la poursuite considérée, qui a du reste été retirée par la poursuivante, ne peut être radiée des registres de l'Office. Les données y relatives ne devront cependant pas figurer sur les extraits du registre des poursuites que toute personne, pour autant qu'elle rende son intérêt vraisemblable, peut se faire délivrer (art. 8a al. 1 LP) (ATF
126 II 476
, JdT
2000 II 80
).
4. Enfin, s'agissant des frais de la poursuite, la Commission de céans rappellera qu'à l'égard de l'Office, la poursuivante en répond et doit en faire l'avance (art. 68 al. 1 LP ; art. 4 Oform).
* * * * *