Decision ID: 141cbb84-30f1-47e7-b513-9a05fae2b4a2
Year: 2009
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
A. X._, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 4 octobre 1981, est entré en Suisse le 18 janvier 2002 pour suivre le cours de mathématiques spéciales (CMS) auprès de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), cours qui avait débuté le 22 octobre 2001. Il a été exmatriculé le 4 octobre 2002.
En mars 2003, l'intéressé a entrepris une formation d'infirmier auprès de l'Ecole La Source, Haute Ecole Spécialisée Santé-Social de Suisse romande (ci-après: La Source) qui devait prendre fin le 9 mars 2007. Il a été exmatriculé le 13 mars 2006.
Le 19 septembre 2006, A. X._ a poursuivi sa formation d'infirmier auprès de l'Ecole Chantepierre, Haute école cantonale vaudoise de la santé (HECVSanté), en 1
ère
année Bachelor dans la filière "infirmières et infirmiers". Selon ses explications au SPOP, il avait arrêté sa formation à La Source car il avait été très affecté par la nouvelle du viol, dans son pays d'origine, en "mai", de sa "sœur" et de sa "cousine", ce qui avait affaibli ses capacités de concentration et d'exécution des travaux demandés. Après quelque temps cependant, rassuré sur le sort des victimes et se sentant mieux, il avait voulu reprendre ses études, à Chantepierre cette fois.
Une attestation de La Source datée du 2 avril 2007 indiquait que l'étudiant avait quitté la formation en mars 2006 sur un échec définitif, car il n'avait pas pu valider le 1
er
cycle en trois ans, n'obtenant que 88 crédits ECTS sur les 120 exigés.
Par décision du 16 mai 2007, le Service de la population (SPOP) a refusé de prolonger l'autorisation de séjour pour études de A. X._. Statuant sur le recours formé contre cette décision, le Tribunal administratif l'a rejeté et confirmé la décision de l'autorité intimée. Le recours formé par l'intéressé contre l'arrêt précité a été déclaré irrecevable par le Tribunal fédéral le 24 octobre 2007 (ATF 2D_107/2007).
B.
Entre-temps, soit le 26 septembre 2007, le SPOP a imparti à A. X._ un délai au 20 novembre suivant pour quitter le territoire, délai qu'il n'a pas respecté. Convoqué par le Contrôle des habitants de la Ville de Lausanne le 18 février 2008, le prénommé n'y avait toujours pas donné suite le 3 avril 2008.
C.
Le 22 avril 2008, A. X._ a expliqué qu SPOP qu'il n'avait pas pu réunir la somme nécessaire à l'achat d'un billet d'avion pour retourner dans son pays et qu'en outre son père travaillant en partenariat avec la Banque mondiale dans le cadre du programme national multisectoriel de la lutte contre le SIDA dans la province En Equateur, il n'aurait pendant environ trois ans plus d'endroit fixe où il pourrait être accueilli. Il a produit en annexe à son courrier une lettre de soutien datée du même jour, signée par la responsable de la formation de la HECVSanté qui sollicitait des autorités compétentes un délai supplémentaire permettant à A. X._ de terminer ses études en 2010, ou à tout le moins sa 2
ème
année de formation, en septembre 2008.
Le 5 mai 2008, le SPOP a invité l'intéressé à prendre contact avec le Bureau de Conseils en vue du retour (CVR), à Lausanne. Elle lui a rappelé qu'il était tenu de quitter le territoire et que s'il persistait à y séjourner illégalement, les services de police pourraient être mandatés pour procéder à son départ contrôlé.
Le 26 août 2008, A. X._ a demandé au SPOP de revoir son dossier, souhaitant pouvoir poursuivre ses études durant deux ans encore, cela d'autant plus que son père se trouvait toujours dans la province En Equateur pour trois ans environ et qu'il était par conséquent compliqué pour lui de retourner à Kinshasa. Etait annexée à son courrier une lettre de la HECVSanté du 26 août 2008 précisant notamment que l'étudiant avait réussi sa 1
ère
année Bachelor et était autorisé à poursuivre sa formation en 2
ème
année.
D.
Par décision du 25 septembre 2008, notifiée à A. X._ le 6 octobre 2008, le SPOP a considéré le courrier du 26 août 2008 comme une demande de réexamen, qu'il a déclarée irrecevable. Les différents éléments allégués (inscription à la HECVSanté, réussite des examens de 1
ère
année Bachelor) ne constituaient pas des faits nouveaux propres à justifier une entrée en matière. Au surplus, le choix d'un nouvel établissement, après un échec dans un premier, ne donnait pas droit à la prolongation de l'autorisation de séjour. Un délai immédiat a été imparti à l'intéressé pour quitter la Suisse.
E.
A. X._ a déféré le 23 octobre 2008 la décision du SPOP du 25 septembre 2008 auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP), concluant à la recevabilité de sa demande et implicitement à l'annulation de la décision querellée, respectivement à l'octroi de la prolongation de son autorisation de séjour. Il relevait en substance que le changement d'école était dû à des
"des événements qui sont connus tant par la juridiction fédérale que cantonale"
et non à un échec définitif de la formation entreprise auprès de La Source, comme le prouvait l'attestation de celle-ci datée du 10 octobre 2008, dont le contenu est le suivant:
"Nous certifions que Monsieur A. X._, né le 04.10.1981, a été étudiant régulier de notre Haute Ecole de la Santé du 10.03.2003 au 13.03.2006.
Il a décidé d'interrompre définitivement sa formation pour raisons personnelles.
Fait à Lausanne, à la demande de l'intéressé, le 10 octobre 2008."
En outre, toujours selon le recourant, les résultats obtenus lors du premier semestre, stage compris, ne constituaient certes pas un fait nouveau, pertinent et inconnu, mais laissaient entrevoir qu'il pouvait progresser lorsque les conditions favorables étaient réunies, soit les
"conditions où je dispose de toutes mes capacités intellectuelles et psychologiques"
.
Le 31 octobre 2008, la HECVSanté Chantepierre a apporté quelques éclaircissements sur la situation du recourant. Elle expliquait qu'il avait réussi sa 1
ère
année de formation HES à La Source et qu'il y avait commencé sa 2
ème
année HES. Toutefois, atterré par la nouvelle du viol de sa "cousine", impuissant à être d'un quelconque secours à distance, le recourant avait perdu pour un temps ses capacités à se concentrer sur ses études et n'avait pas terminé sa 2
ème
année HES à La Source, dans une école devenue, bien malgré elle, le lieu qui représentait l'horreur de ce qu'avait subi sa cousine. Sans être en échec définitif, il avait alors rejoint la HECVSanté Chantepierre en 1
ère
année Bachelor, correspondant à la 2
ème
année de formation HES. Il n'avait toutefois pas obtenu la validation de cette 1
ère
année Bachelor en été 2007. Il avait en effet rencontré des difficultés de concentration, des troubles du sommeil, en lien avec les événements arrivés au pays, le changement d'institution et des méthodes pédagogiques, et sa situation personnelle quelque peu précaire. L'école n'avait pas pu lui offrir la possibilité de remédier rapidement, pour des raisons organisationnelles, et il avait dû interrompre ses études durant un semestre pour suivre cours et stage du second semestre, à partir de février 2008. Il avait finalement validé sa 1
ère
année Bachelor en été 2008. Il était actuellement en très bonne voie pour achever sa formation dans les meilleures conditions. Il avait très nettement amélioré ses compétences en apprentissage et venait de terminer un stage avec la note A, ce qui était excellent. La HECVSanté relevait encore que l'étudiant possédait toutes les qualités et compétences pour devenir un très bon infirmier; les neuf compétences attendues des soignants étaient déjà bien présentes chez lui, à savoir en particulier la qualité des soins, la relation professionnelle, la collaboration et l'autoévaluation. Il était en outre précisé qu'il serait vraiment dommage que l'étudiant ne puisse pas terminer sa formation, pour laquelle il avait de réelles prédispositions. Il avait surmonté les obstacles et les difficultés inhérents au domaine de la santé et des soins, dans un pays autre que le sien. Il avait réussi le
"processus d'acculturation de manière magistrale"
, raison pour laquelle il serait vraiment regrettable de l'interrompre en si bon chemin, cela d'autant plus qu'il s'occupait depuis trois ans d'une personne handicapée avec une telle compétence que l'institution où cette personne avait été placée par la suite l'avait sollicité pour l'administration des soins. Le rapport de stage daté du 17 octobre 2008 était joint au courrier.
Au terme de ses déterminations du 17 novembre 2008, l'autorité intimée a conclu au rejet du recours.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1.
a) Sous certaines conditions, les autorités administratives peuvent réexaminer leurs décisions. Elles sont tenues de le faire si une disposition légale le prévoit - les règles sur la révision valant a fortiori pour le réexamen (ATF 113 Ia 146 consid. 3a p. 151) - ou selon une pratique administrative constante. De plus, la jurisprudence a déduit de l'art. 4 aCst. une obligation pour l'autorité administrative de se saisir d'une demande de réexamen dans deux cas: lorsque les circonstances se sont modifiées dans une mesure notable depuis que la décision en cause a été prise et lorsque le demandeur s'appuie sur des faits ou des moyens de preuve importants qu'il ne connaissait pas avant cette décision ou dont il n'avait pas alors la faculté - en droit ou de fait - ou un motif suffisant de se prévaloir (ATF 124 II 1 consid.
3a p. 6; 120 Ib 42 consid. 2b p. 46-47; 113 Ia 146 consid. 3a p. 151-152).
La nouvelle loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36) régit la procédure de réexamen devant l'autorité de première instance à son art. 64, qui reprend les principes évoqués ci-dessus ainsi qu'il suit:
Art. 64 Principes
1
Une partie peut demander à l'autorité de réexaminer sa décision.
2
L'autorité entre en matière sur la demande:
a. si l'état de fait à la base de la décision s'est modifié dans une mesure notable depuis lors, ou
b. si le requérant invoque des faits ou des moyens de preuve importants qu'il ne pouvait pas connaître lors de la première décision ou dont il ne pouvait pas ou n'avait pas de raison de se prévaloir à cette époque, ou
c. si la première décision a été influencée par un crime ou un délit.
b) Quant à la procédure, l'autorité administrative saisie d'une demande de réexamen doit dans un premier temps contrôler si les conditions requises pour l'obliger à statuer sont remplies (compétence, qualité pour agir, allégation d'un fait nouveau ou production d'un moyen de preuve important, etc.). Si elle déclare la requête recevable, elle doit, dans un second temps, entrer en matière et examiner la réalité du motif invoqué (Merkli/Aeschlimann/Herzog, Kommentar zum Gesetz vom 23.
Mai 1989 über die Verwaltungsrechtspflege des Kantons Bern, Berne 1997, n° 3 ad art. 57, p. 396).
2.
a) En l'espèce, la décision entrée en force dont le réexamen est requis est celle du SPOP du 16 mai 2007, confirmée par le Tribunal administratif le 20 septembre 2007 (PE.2007.0278 étant rappelé que le recours au Tribunal fédéral a été déclaré irrecevable). Dans l'arrêt précité, le Tribunal administratif avait notamment retenu ce qui suit (consid. 4c p. 7):
"Agé maintenant de 26 ans, le recourant est entré en Suisse il y a plus de cinq ans. Il a modifié son plan d'études à deux reprises, la première en abandonnant ses études à l'EPFL et la deuxième en renonçant à ses études d'infirmier auprès d'un établissement (La Source) et en les reprenant auprès d'un autre (HECVSanté). S'il est vrai qu'un premier changement peut être admis à certaines conditions, comme l'a d'ailleurs fait l'autorité intimée, un deuxième changement du cursus d'études ne saurait être autorisé, sauf cas exceptionnel.
En l'espèce, le recourant déclare avoir décidé d'abandonner sa formation auprès de La Source, formation dont la durée prévue était de quatre ans, soit jusqu'en mars 2007. Selon cette école toutefois, le recourant a essuyé un échec définitif en mars 2006, dès lors qu'il n'avait pas été en mesure de valider le premier cycle au bout de trois ans, ayant obtenu 88 crédits sur les 120 exigés (v. attestation de La Source du 2 avril 2007). A cet égard, on rappellera qu'une année d'études compte en principe 60 crédits, ce qui signifie que deux années suffisent normalement à récolter 120 crédits. L'intéressé expose certes avoir été profondément affecté par les viols qu'auraient subis sa soeur et sa cousine. Toutefois, on ignore l'année de ces événements allégués, le recourant s'étant borné à mentionner le mois de mai (v. lettre non datée intitulée "Motifs de changements de l'école"). De surcroît, le recourant n'a pas démontré leur vraisemblance: bien qu'invité expressément à produire toutes pièces propres à démontrer les affirmations de son mémoire de recours, il s'est borné à déposer un document attestant d'un seul de ses allégués, soit le statut professionnel de son père.
Quoi qu'il en soit, à supposer même que ces événements soient avérés et aient pu être la cause d'un important désarroi pour l'étudiant, ils ne sauraient à eux seuls justifier l'obtention de seulement 88 crédits en trois ans. Par ailleurs, le recourant n'indique pas qu'il aurait tenté, en faisant état du drame l'affectant, de requérir de la Source la faculté de prolonger ou de reprendre ses études, plutôt que de recommencer ab ovo dans une autre école.
Dans ces conditions, il y a lieu de craindre que la durée du nouveau cursus prévue en principe sur trois ans ne se prolonge au-delà, voire ne puisse être menée à terme. Or, même dans l'hypothèse la plus favorable, l'étudiant serait alors âgé de 29 ans, ce qui est relativement élevé pour une première formation, respectivement un premier cycle d'études.
(...)"
b) Le recourant invoque à titre d'éléments nouveaux d'une part une attestation de La Source du 10 octobre 2006 dont il ressort qu'il avait "
décidé d'interrompre définitivement sa formation pour raisons personnelles
" (et non pas à la suite d'un échec définitif), d'autre part, en substance, les résultats obtenus à Chantepierre.
c) Les éléments précités ne sauraient toutefois ouvrir la voie du réexamen pour les raisons suivantes.
L'attestation de La Source du 10 octobre 2008 ne constitue pas un fait nouveau important, même si son libellé (interruption de la formation
"pour raisons personnelles"
) a été modifié par rapport à l'attestation délivrée précédemment le 2 avril 2007 (échec définitif et obtention de 88 crédits ECTS seulement sur les 120 exigés). Que l'échec ait été définitif ou non, il n'en demeure pas moins que le recourant n'a pas réussi sa 2
ème
année de formation HES et a changé d'école une deuxième fois. A cela s'ajoute que les circonstances alléguées de ce changement avaient déjà été avancées dans la première procédure, de sorte qu'elles ne constituent pas un fait nouveau.
S'agissant des résultats obtenus par l'intéressé, soit la réussite de sa 1
ère
année Bachelor à la HECV-Santé de Chantepierre, il s'agit bien d'une modification de l'état de fait, puisqu'ils se sont produits après la décision de l'autorité intimée du 16 mai 2007 et même après la clôture de la procédure de recours devant le tribunal de céans et le Tribunal fédéral. Encore faut-il toutefois qu'il s'agisse d'une modification notable, susceptible d'influencer l'issue de la procédure. A cet égard, force est de relever que cette réussite n'est, une fois de plus, pas intervenue dans les temps attendus, soit après une année, ce qui confirme les craintes - qui constituaient un élément décisif de l'arrêt du Tribunal administratif du 20 septembre 2007 - que le nouveau cursus se prolonge au-delà des trois ans prévus, voire ne puisse être mené à terme en dépit du courrier élogieux de l'Ecole Chantepierre. De surcroît, les raisons de ce nouvel atermoiement (difficultés de concentration, troubles du sommeil, changement d'institution et situation personnelle), ne sont guère convaincantes. En particulier, les événements qui auraient atteint le recourant - dont il n'a toujours pas démontré la vraisemblance - sont survenus le cas échéant bien avant le début de sa formation à l'Ecole Chantepierre, partant ne suffisent pas à expliquer un nouvel échec.
Quant aux autres faits invoqués (absence du père de Kinshasa, impossibilité de réunir les fonds pour l'achat du billet d'avion), ils ne sont pas relevants pour obtenir la prolongation d'une autorisation de séjour pour études, a fortiori dans le cadre d'une demande de réexamen.
Il apparaît donc que le recourant n'a invoqué ni fait ou moyen de preuve importants, ni modification notable de l'état de fait à la base de la décision attaquée, susceptibles d'ouvrir la voie à une demande de réexamen. Le SPOP ayant refusé à bon droit l'entrée en matière, sa décision doit être confirmée.
3.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours aux frais du recourant.