Decision ID: 01a39f68-7a3e-5663-9cad-e0964c0560a9
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
a.
Le 18 avril 2019, B_ SA a signé une demande d'admission aux Caisses de compensation C_, par laquelle elle déclarait adhérer à la Caisse de compensation D_, à la Caisse des Allocations Familiales E_ (E_) et à la Caisse de compensation F_ AVS/AI/APG/G_ n° _.
b.
Le 15 février 2021, A_ a adressé à B_ SA une "sommation" par laquelle elle a déclaré agir pour son propre compte, pour celui de la caisse de compensation professionnelle de son métier et des fondations 2ème pilier H_ et I_ ainsi que pour le compte de la E_. Elle a constaté le non-paiement, pour le mois de décembre 2020, des cotisations "AF" (8'481 fr. 75), "AVS + AC+ ASS.MAT" (42'245 fr. 30) et "H_, I_, AM, CP" (887 fr. 45), soit
51'614 fr. 50 au total, précisant qu'en cas de non-paiement, des frais à hauteur de 275 fr. s'ajouteraient, comprenant 200 fr. de taxe de sommation AVS et une "amende d'ordre AF" de 75 fr.
c.
Par "décision" du 3 mars 2021, A_ a constaté l'absence de paiement des cotisations du mois de décembre 2020 réclamée par sommation du 15 février 2021 et B_ SA a été mise en demeure de payer la somme de 51'889 fr. 50. Il était précisé qu'étaient facturés les montants de 200 fr. à titre de "taxe de sommation AVS" et 75 fr. à titre de d' "amende d'ordre AF".
d.
Un commandement de payer, poursuite n° 1_, a été notifié à B_ SA le 20 avril 2021, à la requête de A_, pour les sommes de 8'481 fr. 75 avec intérêts à 5% dès le 1
er
janvier 2021, à titre de "cotisations allocations familiales – décembre 2020", et de 75 fr., à titre d' "amende d'ordre".
Opposition totale a été formée audit commandement de payer le jour même.
e.
Le 3 juin 2021, A_ a adressé au Tribunal de première instance une requête de mainlevée provisoire de l'opposition pour les montants de 8'481 fr. 75 plus intérêts à 5% dès le 1
er
janvier 2021 et 75 fr.
Elle a joint à sa requête la demande d'admission aux caisses de compensation de B_ SA, une déclaration de B_ SA de participation à la Convention collective de travail pour les métiers techniques du bâtiment dans le canton de Genève, un "bordereau de prestations et cotisations sociales", la sommation du 15 février 2021, la décision 3 mars 2021 et le commandement de payer notifié le 20 avril 2021,
f.
Lors de l'audience devant le Tribunal du 27 septembre 2021, A_ n'était ni présente ni représentée.
B_ SA s'est opposée à la requête.
Le Tribunal a gardé la cause à juger à l'issue de l'audience.
B.
Par jugement du 27 septembre 2021, le Tribunal a débouté A_ de ses conclusions en mainlevée provisoire (ch. 1 du dispositif), mis à sa charge les frais judiciaires, arrêtés à 300 fr. (ch. 2) et condamné celle-ci à verser 800 fr. à B_ SA à titre de dépens (ch. 4).
Le Tribunal a considéré que la demande d'admission aux caisses ne constituait pas un titre de mainlevée provisoire au motif que ce document ne contenait aucun montant chiffré ni aucune référence aux montants que B_ SA s'était engagée à payer. Il était en outre ardu de comprendre comment A_ en était arrivée à réclamer la somme de 8'481 fr. 75. Enfin, A_ agissait en son nom alors que selon les sommation et décision, elle agissait en son nom et pour le compte d'autres caisses.
C.
a.
Par acte expédié à la Cour de justice le 18 octobre 2021, A_ a formé recours contre ce jugement. Elle a produit des pièces nouvelles.
Elle a conclu à l'annulation du jugement attaqué et au prononcé de la mainlevée provisoire de l'opposition formée au commandement de payer, poursuite
n° 1_, avec suite de frais, subsidiairement au renvoi de la cause au Tribunal.
b.
B_ SA a conclu au rejet du recours et à la confirmation du jugement entrepris, avec suite de frais.
c.
En l'absence de réplique, les parties ont été informées le 29 novembre 2021 de ce que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1.
1.1
S'agissant d'une procédure de mainlevée, seule la voie du recours est ouverte (art. 319 let. a et 309 let. b ch. 3 CPC). La procédure sommaire s'applique (art. 251 let. a CPC).
1.2
Aux termes de l'art. 321 al. 1 et 2 CPC, le recours, écrit et motivé, doit être introduit auprès de l'instance de recours dans les dix jours à compter de la notification de la décision motivée (art. 142 al. 1 et 3 CPC), pour les décisions prises en procédure sommaire.
En l'espèce, le recours répond à ces exigences, de sorte qu'il est recevable.
1.3
La recourante, dont la requête ne comportait aucun allégué de fait, a allégué des faits nouveaux et produit des pièces nouvelles devant la Cour, lesquels sont irrecevables (art. 326 al. 1 CPC).
1.4
Dans le cadre d'un recours, le pouvoir d'examen de la Cour est limité à la violation du droit et à la constatation manifestement inexacte des faits
(art. 320 CPC). L'autorité de recours a un plein pouvoir d'examen en droit, mais un pouvoir limité à l'arbitraire en fait.
1.5
Les maximes des débats et de disposition s'appliquent (art. 55 al. 1, 255 lit. a
a contrario et 58 al. 1 CPC).
2.
La recourante soutient que l'intimée est affiliée à diverses caisses de compensation et qu'elle est soumise aux conventions collectives de travail. Les montants réclamés étaient ainsi déterminés ou déterminables. Les cotisations sociales réclamées résultaient des taux appliqués dans diverses lois, conventions et règlements auxquels l'intimée est soumise à la suite de son affiliation.
2.1
Le créancier dont la poursuite se fonde sur une reconnaissance de dette constatée par acte authentique ou sous seing privé peut requérir la mainlevée provisoire (art. 82 al. 1 LP).
Par reconnaissance de dette au sens de l'article 82 al. 1 LP, il faut entendre notamment l'acte sous seing privé, signé par le poursuivi, d'où ressort sa volonté de payer au poursuivant, sans réserve ni condition, une somme d'argent déterminée, ou aisément déterminable, et exigible (ATF
139 III 297
consid. 2.3.1;
136 III 624
consid. 4.2.2;
136 III 627
consid. 2).
Un contrat écrit justifie en principe la mainlevée provisoire de l'opposition pour la somme d'argent incombant au poursuivi si les conditions d'exigibilité de la dette sont établies (arrêt du Tribunal fédéral
5A_465/2014
du 20 août 2014 consid. 7.2.1.2). Des factures ne valent pas reconnaissance de dette et ce, même si elles ne sont pas contestées (arrêt du Tribunal fédéral
5P.290/2006
du 12 octobre 2006 consid. 3.2).
Une reconnaissance de dette peut aussi résulter d'un ensemble de pièces dans la mesure où il en ressort les éléments nécessaires. Cela signifie que le document signé doit clairement et directement faire référence, respectivement renvoyer, aux documents qui mentionnent le montant de la dette ou permettent de le chiffrer (parmi plusieurs: ATF
136 III 627
consid. 2 et 3.3;
132 III 480
consid. 4.1 et les références citées). Une référence ne peut cependant être concrète que si le contenu des documents auxquels il est renvoyé est connu du déclarant et visé par la manifestation de volonté signée (ATF
136 III 627
consid. 3.3;
132 III 480
consid. 4.3 p. 482). En d'autres termes, cela signifie que le montant de la dette doit être fixé ou aisément déterminable dans les pièces auxquelles renvoie le document signé, et ce au moment de la signature de ce dernier (ATF
139 III 297
consid. 2.3.1).
2.2
En l'espèce, la demande d'affiliation ne constitue pas un titre de mainlevée provisoire. En effet, les montants réclamés par voie de poursuite, à savoir diverses cotisations pour le mois de décembre 2020, ne sont pas déterminés dans les demandes d'admission ou d'affiliation signées par l'intimée, ni déterminables, même en mettant lesdites demandes en relation avec les autres titres produits. La simple affirmation de la recourante selon laquelle l'intimée pouvait aisément déduire des pièces produites le montant réclamé ne permet pas de considérer le contraire. De plus, l'allégation de la recourante selon laquelle les montants des cotisations sont déterminés ou déterminables est nouvelle et, partant, irrecevable; elle n'est en outre aucunement rendue vraisemblable.
Au vu de ce qui précède, en l'absence de titre signé par l'intimée fixant ou permettant de déterminer le montant réclamé par voie de poursuite, la recourante ne dispose d'aucun titre de mainlevée provisoire. Le recours n'est ainsi pas fondé et il sera rejeté.
3.
La recourante, qui succombe, sera condamnée aux frais judicaires de recours (art. 106 al. 1 CPC), arrêtés à 450 fr. (art. 48 et 61 OELP) et compensés avec l'avance fournie, qui reste acquise à l'Etat de Genève (art. 111 al. 1 CPC).
La recourante sera par ailleurs condamnée à verser à l'intimée une somme de 600 fr. à titre de dépens de recours.
* * * * *