Decision ID: da6ae743-40d6-4f5a-814d-1103edc67dff
Year: 2016
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. Le 27 août 2015, A._ a obtenu l'adjudication aux enchères publiques des parcelles ********, ******** et ******** de la Commune de Yens d'une surface totale de 48'842 m2 toutes en nature de pré-champs, sous la responsabilité de l'Office des poursuites du district de Morges (ci-après : l'office des poursuites). Absent lors des enchères, il était représenté par un tiers, au bénéfice d'une procuration spécifique et littérale.
B. Les documents relatifs à l'établissement du procès-verbal de vente, en l'occurrence la copie du livret de famille de l'acquéreur, sont parvenues à l'office des poursuites le 10 septembre 2015.
C. Par lettre du 10 septembre 2015, l'office des poursuites a remis à l'acquéreur le procès-verbal d'enchères pour signature et l'a invité à lui faire parvenir l'autorisation d'acquérir ces parcelles, à obtenir auprès de la Commission foncière rurale Section I (ci-après : la commission), suivant la condition qui figurait au chiffre 23 des conditions de vente.
D. Le 17 septembre 2015, A._ a adressé une demande d'autorisation d'acquérir les parcelles n° ********, ******** et ******** de la Commune de Yens à la commission.
E. Par décision du 29 septembre 2015, la commission a rejeté la requête au motif qu'elle était tardive au regard du délai fixé par l'art. 67 al. 1 de la loi fédérale sur le droit foncier rural du 4 octobre 1991 (LDFR; RS 211.412.11). La décision a été envoyée le 19 octobre 2015 à son destinataire.
F. Le 21 octobre 2015, le Département de l'économie et du sport, représenté par le Service de l'agriculture, a indiqué à la commission qu'il ne ferait pas usage de son droit de recours contre cette décision.
G. Par acte du 19 novembre 2015, A._ a recouru en temps utile contre la décision du 29 septembre 2015 concluant en substance à sa réforme, en ce sens qu'il est autorisé à acquérir les parcelles précitées. La commission a transmis ce recours qui lui était adressé à la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (ci-après la CDAP) comme objet de sa compétence.
Le 11 janvier 2016, l'autorité intimée et l'office des poursuites se sont déterminés.
H. Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1. L'acquisition d'un immeuble agricole est soumise à autorisation (art. 61 al. 1 LDFR). En cas de réalisation forcée, l'adjudicataire doit produire l'autorisation ou consigner le prix de nouvelles enchères et requérir l'autorisation d'acquérir dans les dix jours qui suivent l'adjudication (art. 67 al. 1 LDFR). Si l'adjudicataire ne requiert pas l'autorisation ou si l'autorisation est refusée, l'office révoque l'adjudication et ordonne de nouvelles enchères (al. 2). Le premier adjudicataire répond des frais des nouvelles enchères (al. 3).
L'autorisation d'acquérir des immeubles soumis à la LDFR est une condition d'inscription du transfert de propriété au registre foncier (art. 81 al. 2 LDFR). Elle n'est pas accordée d'office mais sur demande (art. 67 al. 1 et 80 al. 1 LDFR). L'art. 67 précise la procédure. D'abord, il prévoit que la demande doit être faite par l'adjudicataire. S'agissant du moment de cette demande, l'art. 67 al. 1 LDFR laisse à l'adjudicataire un choix entre deux possibilités. L'adjudicataire peut en premier lieu requérir l'autorisation avant la mise aux enchères et produire l'autorisation à cette occasion afin de parfaire le transfert de la propriété. L'adjudicataire peut aussi renoncer à demander préalablement l'autorisation, mais alors l'art. 67 al. 1 LDFR lui donne un délai de 10 jours pour requérir cette autorisation tout en l'obligeant à consigner le prix de nouvelles enchères. L'art. 67 al. 2 LDFR prévoit que si l'acquéreur ne requiert pas l'autorisation dans le délai ou si l'autorisation lui est refusée, l'office révoque l'adjudication et ordonne de nouvelles enchères aux frais du premier adjudicataire.
En l'espèce, le recourant a obtenu l'adjudication aux enchères publiques des parcelles agricoles litigieuses le 27 août 2015. Le 17 septembre 2015, il a déposé une demande d'autorisation devant l'autorité intimée qui a considéré qu'elle était tardive puisque déposée plus de dix jours après l'adjudication, qui a eu lieu le 27 août 2015. Le recourant fait valoir en substance que l'autorité intimée n'était pas compétente pour examiner le respect du délai, mais aurait dû se pencher sur le fond. Constatant l'absence de motif de refus, elle aurait dû délivrer l'autorisation requise. Quant à l'office des poursuites, il est d'avis que le délai de dix jours ne partait que dès l'instant où le procès-verbal avait été établi et adressé à l'acquéreur pour signature, le 10 septembre 2015. Il s'ensuit que la demande d'autorisation aurait été déposée en temps utile.
Dans un arrêt FO.2008.0007 du 30 juin 2008, la CDAP a jugé qu'une demande d'autorisation d'acquérir des parcelles agricoles déposée plus de deux mois après des enchères publiques était tardive et que la commission intimée aurait par conséquent dû la déclarer irrecevable. Ce faisant, le tribunal a méconnu le fait qu'à teneur du texte de l'art. 67 al. 2 LDFR, la sanction de l'inobservation du délai n'est pas l'irrecevabilité ni le rejet de la demande d'autorisation d'acquérir, mais seulement la révocation de l'adjudication, suivie de nouvelles enchères.
Quoiqu'il se trouve dans la LDFR, l'art. 67 LDFR n'est pas une règle de droit foncier rural mais une règle du droit de l'exécution forcée. Il prévoit un cas spécifique de demeure de l'adjudicataire, semblable à ceux que prévoient l'art. 143 de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite du 11 avril 1889 (LP; RS 281.1) en cas de retard dans le paiement du prix et l'art. 19 de la loi fédérale sur l'acquisition d'immeubles par des personnes à l'étranger du 16 décembre 1983 (LFAIE; RS 211.412.41) lorsque l'adjudicataire n'accomplit pas dans le délai imparti les obligations que la loi lui impose. En particulier, la sanction juridique consistant dans l'annulation de l'adjudication, suivie de nouvelles enchères (art. 143 al. 1 LP et 19 al. 3 LFAIE), est la même. Il appartient donc exclusivement à l'office des poursuites d'apprécier si le délai de 10 jours prévu à l'art. 67 al. 1 LDFR est observé ou non et, dans la négative, d'en tirer les conséquences qui s'imposent. Par ailleurs, on ne peut pas d'emblée exclure que l'art. 63 al. 1 de l'ordonnance du Tribunal fédéral sur la réalisation forcée des immeubles (ORFI; RS 281.42), qui est une règle d'exécution de l'art. 143 LP et qui prévoit que, moyennant l'accord de tous les intéressés (débiteur, créanciers gagistes impayés, créanciers poursuivants), l'office des poursuites peut accorder une prolongation du délai de paiement, soit aussi applicable, par analogie, au délai de l'art. 67 LDFR.
Rien ne justifie en conclusion que la commission s'immisce dans le processus de la réalisation forcée, contrairement à ce que retient l'arrêt FO.2008.0007. En particulier, même si le requérant a présenté sa demande hors délai et qu'il ne peut pas obtenir de prolongation, il conserve un intérêt à obtenir une autorisation d'acquérir dans la perspective des nouvelles enchères à ordonner par l'office des poursuites. Partant, le recours doit être admis et la décision attaquée annulée, le dossier étant renvoyé à l'autorité intimée pour nouvelle décision. Si l'autorité intimée délivre l'autorisation d'acquérir, il appartiendra ensuite à l'office des poursuites d'examiner si le délai de 10 jours de l'art. 67 LDFR est observé ou non.
2. Les frais du présent arrêt restent à la charge de l'Etat. Il n'y a pas matière à allocation de dépens puisque le recourant n'a pas agi avec l'aide d'un mandataire professionnel.