Decision ID: d473ceaa-c34f-5faa-8db2-8e0884d58a82
Year: 2016
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_004
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: civil_law

considérant en fait
Aa. A._ et D._ ont divorcé en novembre 2005. La convention complète passée alors par les époux a été ratifiée par le Président du Tribunal civil de l’arrondissement de Lausanne ; elle prévoyait notamment que l’autorité parentale et la garde sur les deux enfants, soit B._ né en 2000 et C._ né en 2002, étaient confiées à la mère, le père bénéficiant d’un droit de visite s’exerçant un week-end sur deux et durant diverses périodes de vacances.
D._ s’est remariée avec E._. Ils ont une fille née en 2007.
Ab. Depuis la séparation du couple de A._ et D._ en 2002, les conflits n’ont fait que se succéder, le père reprochant notamment à la mère d’avoir « kidnappé » les enfants lors de la séparation.
Le dossier de la Justice de paix de l’arrondissement de la Sarine (ci-après la Justice de paix) ouvert en mai 2011 (4 dossiers contenant près de 1'200 pages) fait ainsi état d’une multitude d’interventions du père envers la mère, le nouveau mari de celle-ci et les autorités, interventions dans lesquelles A._, presque systématiquement, s’est plaint de manœuvres de son ancienne épouse visant à couper le lien paternel, a remis en cause les compétences de la mère et l’a dénigrée, de même que son nouvel époux, en des termes souvent injurieux (ainsi : lettre du 31 mai 2011 DO 84 : « Mme D._ ou M. E._ qui sont à mon avis parmi les représentants les plus répugnants de la race humaine »; lettre du 8 juin 2011 DO 117 : « ce « monstre », cette mère indigne et psychologiquement instable » ). Ce comportement a amené le juge civil a prononcé des interdictions de contacts (décisions des 24 juin 2011 DO 208 et 6 mars 2012 DO 526).
Ac. La Justice de paix, estimant que le bien-être des enfants semblait en danger du fait des agissements et propos du père lors de l’exercice du droit de visite, a suspendu celui-ci le 30 juin 2011 (DO 219). Un droit de visite surveillé au Point Rencontre a été ultérieurement instauré (décision du 4 novembre 2011 DO 398), mais suspendu presqu’aussitôt pour une durée indéterminée (décision du 1er décembre 2011 DO 471), les contacts du recourant avec ses fils se limitant à des entretiens téléphoniques bihebdomadaires ; un soutien pédopsychiatrique en faveur de C._ et B._ a été mis en place, un travail sur leur relation avec leur père devant également être effectué (décision du 19 décembre 2011 DO 501). Le psychiatre en charge de ce mandat a toutefois expliqué, le 28 janvier 2013, que la situation était si bloquée que l’organisation de rencontres père-enfants n’était pas possible (DO 623). Auditionnés le 14 juin 2013, B._ et C._ ont confirmé ne pas vouloir de plus amples contacts avec leur père (DO 669). Ultérieurement, ils ont déclaré ne plus vouloir poursuivre les entretiens téléphoniques, lesquels se résumaient à des reproches de leur père sur leur éducation car ils ne l’appelaient pas « papa » mais « A._», reproches suivis d’insultes (audition du 11 décembre 2014 DO 918).
Ad. A._, là encore à de multiples reprises, s’est plaint de l’absence de contacts avec ses enfants, soutenant notamment que B._ et C._ souffrent d’un syndrome d’aliénation parentale (ainsi lettre du 7 décembre 2011 DO 488). Le 4 juillet 2013, il a sollicité une expertise pédopsychiatrique, une médiation familiale et l’instauration d’un droit de visite surveillé (DO 691). Il a également consulté plusieurs médecins afin d’attester sa bonne santé psychique (DO 862).
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Le Dr F._ et la psychologue G._, laquelle suit les enfants depuis des années, ont déposé un rapport le 30 novembre 2014 (DO 926). Les enfants ont été entendus peu après (DO 918) et les parties le 28 janvier 2015 (DO 961).
Ae. Le 28 janvier 2015, la Justice de paix a rendu une décision (DO 984) par laquelle elle a maintenu pour une durée indéterminée la suspension du droit de visite, a suspendu pour une durée d’un an les contacts téléphoniques, a rejeté la requête d’expertise psychiatrique de même que celle de médiation familiale, et a maintenu la curatelle de surveillance des relations personnelles. L’autorité intimée a notamment considéré comme établi que les contacts téléphoniques entre le recourant et ses fils se passaient mal, que les enfants ne retiraient plus rien de positif de ces contacts et qu’il convenait par conséquent de les suspendre. En outre, un droit de visite même surveillé serait en l’état voué à l’échec. Quant à l’expertise psychiatrique, elle a été jugée superflue et perturbante pour les enfants, le dossier contenant au demeurant suffisamment d’éléments permettant d’apprécier la situation. S’agissant de la médiation, la Justice de paix a estimé qu’elle n’avait aucune chance d’aboutir.
En outre, comme argument principal et plusieurs fois répété, la Justice de paix a considéré que l’avis de B._ et C._, alors âgés de 14 et 12 ans, devait être respecté.
Cette décision n’a pas été formellement contestée.
Le père s’est cependant plaint à plusieurs reprises auprès de la Justice de paix de la grave injustice dont il s’estime victime et du calvaire qu’il dit vivre du fait qu’il ne voit plus ses enfants (notamment DO 1036 et 1048). Le 15 février 2016, il a sollicité que des mesures urgentes soient mises sur pied pour rétablir des contacts avec ses enfants, a exigé que ceux-ci l’appellent « papa » et non « A._ », et a requis de pouvoir leur téléphoner et que des visites au Point Rencontre soient organisées. Il a sollicité une expertise psychiatrique et une médiation familiale, ainsi que la levée de la curatelle (DO 1050).
B. Par décision du 25 février 2016, la Justice de paix a rejeté les requêtes d’expertise et de médiation et a maintenu la curatelle (DO 1067).
Elle a en revanche décidé d’instruire la requête du recourant tendant à une reprise des contacts avec ses enfants. Elle a abordé à ce propos la curatrice le 23 mars 2016 (DO 1075), qui lui a répondu le 2 mai 2016 (DO 1102).
C. Après avoir vainement tenté d’obtenir une prolongation du délai de recours, A._ a déposé un recours le 20 avril 2016 contre la décision du 25 février 2016.
La Justice de paix a renoncé à se déterminer le 12 mai 2016.
Les enfants et leur mère ont répondu le 13 juin 2016, concluant au rejet du recours dans la mesure de sa recevabilité.
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en droit
1. a) Les dispositions de la procédure devant l’autorité de protection de l’adulte sont applicables par analogie (art. 314 al. 1 CC). La procédure devant l’instance de recours est ainsi régie par les art. 450 à 450e CC (MEIER/STETTLER, Droit de la filiation, 5ème éd., 2014, n. 589 p. 399).
b) aa) Selon l’art. 450 CC, les décisions rendues par l’autorité de protection de l’adulte, soit la Justice de paix (art. 58 al. 1 de la loi sur la justice [LJ; RSF 130.1]; art. 2 al. 1 de la loi du 15 juin 2010 concernant la protection de l'enfant et de l'adulte [LPEA, RSF 212.5.1]), peuvent faire l’objet d’un recours devant le juge compétent, soit la Cour de protection de l'enfant et de l'adulte du Tribunal cantonal (art. 14 al. 1 let. c du Règlement du Tribunal cantonal du 22 novembre 2012 précisant son organisation et son fonctionnement [RTC ; RSF 131.11]).
Toutefois, d’après la jurisprudence, cette voie de droit ne s’applique qu’aux décisions finales et provisionnelles (arrêts TF 5A_171/2015 du 20 avril 2015 consid. 6.1 et 5D_100/2014 du 19 septembre 2014 consid. 1.1 ; également arrêt TC FR 106 2015 101, 102 et 109 du 18 novembre 2015 consid. 1a). Pour autant que le droit cantonal ne prévoie pas une autre réglementation (art. 450f CC), on doit admettre une possibilité de recourir contre les décisions préjudicielles (par exemple relatives à la récusation, à la suspension ou à l’obligation de collaborer), respectivement les décisions d’instruction (par exemple décision sur preuve), par une application analogique de l’art. 319 let. b CPC. Le recours est ainsi ouvert dans les cas prévus par la loi (art. 319 let. b ch. 1 CPC) ou, dans les autres cas, lorsque la décision peut causer un préjudice difficilement réparable (art. 319 let. b ch. 2 CPC) et le délai de recours est réduit à dix jours (STECK, CommFam, Protection de l’adulte, 2013, n. 17 ad art. 450 CC, p. 914 ; MEIER/LUKIC, Introduction au nouveau droit de la protection de l’adulte, 2011, n. 128, p. 58 ; ROSCH/BÜCHLER/JAKOB, Das neue Erwachsenenschutzrecht, n. 8 ad art. 450 CC, p. 263).
bb) En l’espèce, la décision du 25 février 2016, en tant qu’elle rejette la levée de la curatelle, est manifestement finale. Il en va de même du refus d’ordonner la médiation, qui constitue une mesure de protection de l’enfant au sens de l’art. 307 al. 2 CC (arrêt TF 5A_852/2011 du 20 février 2012 consid. 6). En revanche, le refus d’ordonner une expertise psychiatrique est une décision d’instruction, qui ne peut être attaquée par le biais du recours que si elle cause à A._ un préjudice difficilement réparable ; or si l’ordre de se soumettre à une expertise psychiatrique porte une atteinte irrévocable au droit fondamental à la liberté personnelle (art. 10 al. 2 Cst.) et menace dès lors d’un dommage irréparable, de nature juridique (arrêt TF 5A_655/2013 du 29 octobre 2013 consid. 2.1 et 2.3), tel n’est prima facie pas le cas du refus d’ordonner un tel moyen de preuve. Pour tout le moins, le recourant ne démontre pas en quoi ce refus lui cause un tel préjudice. C’est dès lors cas échéant dans le cadre du recours contre un éventuel refus de rétablir ses relations avec ses enfants, requête toujours au stade de l’instruction, que le recourant pourra se plaindre du rejet de sa requête d’expertise. Son 3ème chef de conclusions est irrecevable.
cc) Le 6ème chef de conclusions de A._ tendant à la destitution des juges H._ et I._ est manifestement irrecevable. Le Tribunal cantonal n’est pas l’autorité de surveillance de la Justice de paix et ne peut prendre des mesures disciplinaires à l’encontre de magistrats (art. 7 LPEA).
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dd) S’agissant du 1er chef de conclusions (reprise des contacts par le biais de téléphone, du Point Rencontre ou du courrier postal), il est également irrecevable, la Justice de paix n’ayant pas tranché ces points, qui sont toujours à l’instruction (cf. décision querellée p. 4). Le recours est partant prématuré.