Decision ID: fa161b2e-6cb4-5c85-9b43-0f1773828da6
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
A_, né le _ 1972 à Genève, originaire de _ et de _ (VD), est marié depuis le _ 2009 à B_, née le _ 1974 à _, Pérou, de nationalité péruvienne. Les époux ont une fille commune C_, née le _ 2008 à Genève.
En date du _ 2000 est né B_, de nationalité française, dont la mère est B_ et le père D_, de nationalité chilienne, lesquels étaient mariés ensemble jusqu'au prononcé de leur divorce par le Tribunal de première instance par jugement du 7 février 2008, lequel attribuait l'autorité parentale et la garde de l'enfant à B_, sans prévoir "en l'état" la fixation d'un droit de visite de D_sur B_.
B.
Par demande datée du 26 octobre 2014 et reçue au greffe de la Cour de justice le 11 novembre 2014, A_ a souhaité adopter l'enfant de sa conjointe, B_. Etait jointe à la requête une déclaration signée de B_ confirmant sa volonté d'être adopté par celui qu'il considère comme son père. Etait jointe également une lettre signée de la mère de l'enfant appuyant la requête. De même était jointe à la requête un courrier de l'enfant C_ laquelle disait souhaiter que son frère puisse porter le même nom qu'elle "car elle l'aime beaucoup".
C.
Par ordonnance du 24 février 2015 le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant a désigné un curateur à l'enfant aux fins de le représenter dans la procédure d'adoption et afin d'effectuer l'enquête ordinaire d'évaluation.
Par rapport du 22 décembre 2015, le curateur désigné a conclu au prononcé de l'adoption, exposant que toutes les conditions étaient réalisées, l'enfant B_ ayant vécu avec sa mère et A_ depuis que ceux-ci cohabitaient. L'enfant était entièrement pris en charge financièrement par sa mère et par A_, au même titre que C_.
S'agissant du consentement du père biologique, le rapport relève que la mère de l'enfant n'a jamais perçu de contribution d'entretien pour B_ de la part du père biologique; l'enfant n'a rencontré celui-ci que trois fois après la séparation des parents, en 2004, soit en 2004, en 2006 et en 2011 et ne garde que peu de souvenirs de ces rencontres; lors de la dernière rencontre de 2011, le père biologique a signé un document dans lequel il explique vouloir "abandonner tous ses droits sur son fils", moyennant le paiement d'une somme de 20'000 (fr.). L'enfant n'a plus jamais eu de contact avec celui-ci depuis lors.
Enfin il ressort du rapport que B_, qui a vécu avec A_ depuis 2005 alors qu'il avait cinq ans, l'a toujours considéré comme son père et réciproquement.

EN DROIT
1.
Le dossier présente un élément d'extranéité du fait de la nationalité française de l'enfant. Selon l'art. 75 al. 1 LDIP, sont compétentes pour prononcer l'adoption les autorités judiciaires ou administratives suisses du domicile de l'adoptant. Elles appliquent le droit suisse (art. 77 LDIP).
Au vu du domicile dans le Canton de Genève du requérant, la Cour de justice est compétente pour prononcer l'adoption (art. 120 al. 1 let. c LOJ).
2. 2.1
Selon l'art. 264 CC, un enfant peut être adopté si les futurs parents adoptifs lui ont fourni des soins et ont pourvu à son éducation pendant au moins un an et si toutes les circonstances permettent de prévoir que l'établissement d'un lien de filiation servira au bien de l'enfant sans porter une atteinte inéquitable à la situation d'autres enfants des parents adoptifs. Selon l'art. 264a al. 3 CC, un époux peut adopter l'enfant de son conjoint s'il est marié avec ce dernier depuis cinq ans. Aux termes de l'art. 265 al. 1 CC l'enfant doit être d'au moins seize ans plus jeune que les parents adoptifs. L'adoption ne peut avoir lieu que du consentement de l'enfant si ce dernier est capable de discernement (al. 2).
2.2
En l'espèce toutes ces conditions sont réalisées puisque l'enfant vit avec son père adoptif depuis une dizaine d'années, que sa mère est mariée avec le requérant depuis 2009, soit plus de cinq ans, qu'une différence d'âge de plus de seize ans existe entre B_ et A_, que B_ lui-même s'est déclaré favorable à la requête de A_, celle-ci ne portant pas une atteinte inéquitable à la situation de l'enfant commun des époux, C_.
3. 3.1
Reste la question du consentement du père biologique.
Selon l'art. 265a al. 1 CC l'adoption requiert le consentement du père et de la mère de l'enfant. Aux termes de l'art. 265c CC il peut être fait abstraction du consentement d'un des parents, notamment lorsqu'il ne s'est pas soucié sérieusement de l'enfant. Le père ou la mère ne se soucie pas sérieusement de l'enfant lorsqu'il en laisse tout le soin à d'autres sans s'informer à son sujet ni se préoccuper de sa santé (FF
1971 I 1250
). Le Tribunal fédéral a admis que le refus du parent naturel de donner son consentement doit passer après l'intérêt de l'enfant lorsque celui-ci est capable de discernement, qu'il a passé l'essentiel de son enfance auprès de parents nourriciers, qu'il entretient avec eux un bon rapport qui se concrétise par une volonté réciproque de mener le projet d'adoption à bien et que la relation avec le parent naturel est en revanche mauvaise, fortement perturbée ou n'existe plus (notamment TF
5C.4/2001
du 26 avril 2001 consid. 2c; TF 5C 251/2001 du 19 avril 2002 consid. 2b).
3.2
Dans le cas d'espèce, il ressort du dossier que par un document daté de 2011 le père biologique de B_ s'est déclaré "d'accord d'abandonner tous ses droits sur l'enfant, en échange de 20'000 (fr.)". Il ressort de ce document que le père biologique de l'enfant était prêt à donner son consentement à l'adoption et à "abandonner tous ses droits sur l'enfant" moyennant une somme d'argent. Indépendamment de la validité de ce consentement, il devrait quoiqu'il en soit en être fait abstraction dans la mesure où il est établi par le dossier que le père biologique ne s'est pas sérieusement soucié de l'enfant au sens de l'art. 265c CC précité. En effet, indépendamment du fait qu'il a tenté de monnayer son consentement à la renonciation de ses droits parentaux, il est établi que l'enfant n'a vu son père biologique qu'à trois reprises en 2004, 2006 et 2011 et n'a tissé aucun lien avec lui et que celui-ci n'a jamais payé de contribution d'entretien et ne s'est jamais soucié du développement et de l'éducation de l'enfant.
4.
Par conséquent, toutes les conditions au prononcé de l'adoption étant réalisées, celle-ci sera prononcée.
S'agissant de l'adoption de l'enfant du conjoint, le lien de filiation avec la mère subsiste (art. 267 al. 2 CC).
5.
Les frais de la procédure, arrêtés à 1'000 fr., sont mis à la charge du requérant. Ils sont entièrement compensés avec l'avance de ce montant fournie par celui-ci qui reste acquise à l'Etat (art. 98, 101, 111 CPC; art. 19 al. 1 et 3 let. a LaCC; 26 RTFMC).
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