Decision ID: bc14b6ca-fe56-416b-9f50-cd74b4c58e2f
Year: 2022
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Depuis le 13 juillet 2015, le Ministère public de la Confédération (ci-après:
MPC) mène une instruction pénale (SV.15.0831) à l’encontre, notamment,
de A. pour soupçons d’abus de confiance (art. 138 ch. 1 CP),
subsidiairement participation à abus de confiance (art. 25 ou 26 CP en lien
avec l’art. 138 ch. 1 CP), et blanchiment d’argent (art. 305bis CP; dossier
MPC, pièce 01.100-0004).
B. Dans le cadre de son instruction, le MPC a notamment rendu, en date du
22 février 2017, une ordonnance de séquestre visant les objets et valeurs
patrimoniales mis en sûreté à la suite de la perquisition exécutée le
8 novembre 2016 au domicile des époux A. et B. (dossier MPC, pièces
08.101-0189 ss et 08.101-0198 ss, en particulier 08.101-0199 et
08.101.201).
C. Par courrier du 31 mai 2022, A. a requis la levée du séquestre susmentionné
visant ses biens (dossier MPC, pièce 16.004-368 ss).
D. Par décision du 29 juin 2022, le MPC a refusé la levée de séquestre sollicitée
dès lors que, en substance, « les motifs ayant conduit aux séquestres des
biens de [A.] demeurent, l’instruction se poursuit et la probabilité d’une
confiscation subsiste » (act. 1.1).
E. Le 11 juillet 2022, A. a, sous la plume de son conseil, interjeté auprès de la
Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral (ci-après: la Cour) un recours à
l’encontre de la décision précitée de refus de levée de séquestre. Elle conclut
principalement, sous suite de frais et dépens, à l’annulation de la décision
entreprise et à la levée du séquestre ordonné le 22 février 2017 sur ses
biens. A titre subsidiaire, elle requiert « la levée des séquestres frappant les
biens suivants figurant aux pièces:
o 08.101-0128 à 08.101-0138 – pièce n° 01.02.0069, hormis:
▪ les boutons de manchette de la marque Hermès 08.101-0128;
▪ les boutons de manchette sans marque 08.101-029;
▪ les montres Hermès (2x N° 1367524 et N° 355074), Longines
(N° 38181507) et Quinting (N° 198) sur la 08.101-0131;
o 08.101-0146 à 08.101-0159 – pièces n° 01.06.0100-1 et 01.06.0100-2,
hormis:
- 3 -
▪ les valises figurant sur la 08.101-0149;
o 08.106-0019 et 08.106-0020 – saisie bijoux n° 04.01.0002 » (act. 1).
F. Par réponse du 22 juillet 2022, le MPC conclut au rejet du recours et à la
confirmation de la décision entreprise (act. 3).
G. Le 29 juillet 2022, A. a en substance persisté dans les termes des
conclusions prises en tête de son recours du 11 juillet 2022 (act. 6).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1.
1.1 Les décisions du MPC peuvent faire l'objet d'un recours devant la Cour de
céans (art. 393 al. 1 let. a CPP et 37 al. 1 de la loi fédérale du 19 mars 2010
sur l'organisation des autorités pénales de la Confédération [LOAP;
RS 173.71]). En vertu de l'art. 39 al. 1 LOAP, la présente procédure est régie
par le CPP et la LOAP, sous réserve d'exceptions prévues à l'al. 2, non
réalisées en l'espèce.
En tant qu'autorité de recours, la présente Cour examine avec plein pouvoir
de cognition en fait et en droit les recours qui lui sont soumis (Message du
21 décembre 2005 relatif à l'unification du droit de la procédure pénale,
FF 2006 1057, 1296; JdT 2012 IV 5, n. 199).
Saisie d'un recours interjeté contre une ordonnance de séquestre, l'examen
de la Cour de céans se limite à l'admissibilité de la mesure de contrainte en
tant que telle, de sorte qu'il ne lui revient pas de statuer sur le fond de la
procédure pénale (TPF 2010 154 consid. 2 et l'arrêt cité).
1.2 Déposés en temps utile (v. art. 384 et 396 al. 1 CPP) dans les formes
requises par la loi (art. 396 al. 1 CPP) par une personne ayant qualité pour
recourir (art. 382 al. 1 CPP), le recours est par conséquent recevable quant
à la forme et il y a lieu d'entrer en matière.
- 4 -
2. L'objet du recours vise la décision du 29 juin 2022, par laquelle le MPC a
refusé la levée de séquestre visant les biens de la recourante, aux motifs
que l’instruction n’est pas achevée et que les objets et valeurs patrimoniales
en cause sont susceptibles de faire l’objet d’une confiscation, voire de servir
à l’exécution d’une créance compensatrice (act. 1 et 1.1; dossier MPC,
pièces 08.101-0199 et 0201).
2.1
2.1.1 En tant que mesure propre à restreindre les droits fondamentaux que sont
les garanties de la propriété (art. 26 de la Constitution fédérale de la
Confédération suisse, du 18 avril 1999 [Cst.; RS 101]) et de la liberté
économique (art. 27 Cst.), le séquestre doit respecter les exigences de base
légale, d'intérêt public et de proportionnalité consacrées à l'art. 36 Cst.
(ATF 130 I 360 consid. 1.2; 126 I 219 consid. 2a et 2c), l'autorité disposant
à l'égard de ce dernier principe d'une grande marge d'appréciation (arrêt du
Tribunal pénal fédéral BB.2008.98 du 8 avril 2009 consid. 3).
Ces exigences sont concrétisées par l'art. 197 CPP (VIREDAZ/JOHNER,
Commentaire romand, 2e éd. 2019, n. 1 ad art. 197 CPP;
BOMMER/GOLDSCHMID, Commentaire bâlois, 2e éd. 2014, n. 11 ad
Remarques introductives aux art. 263 à 268 CPP et les réf. citées;
JEANNERET/KUHN, Précis de procédure pénale, 2e éd. 2018, n. 14066), qui
prévoit que les mesures de contrainte, telles que le séquestre, ne peuvent
être mises en œuvre notamment que s'il existe des soupçons suffisants
laissant présumer une infraction (let. b) et que le principe de la
proportionnalité soit respecté (let. c et d).
2.1.2 Le séquestre pénal constitue une mesure provisoire destinée à préserver les
objets ou valeurs patrimoniales appartenant au prévenu ou à des tiers qui
sont susceptibles d'être utilisés comme moyens de preuve, de devoir être
restitués au lésé ou confisqués ou encore de servir à l'exécution d'une
créance compensatrice (art. 263 al. 1 CPP et 71 al. 3 CP; v. ATF 141 IV 360
consid. 3.2; arrêt du Tribunal fédéral 1B_216/2019 et 1B_229/2019 du
24 octobre 2019 consid. 4.1.1).
Dans le cadre de l'examen d'un séquestre conservatoire, l'autorité statue
sous l'angle de la vraisemblance, examinant des prétentions encore
incertaines (ATF 141 IV 360 consid. 3.2; 140 IV 57 consid. 4.1.1). Sur ce vu
et compte tenu de la célérité avec laquelle l'autorité d'enquête doit agir, celle-
ci n'a pas à résoudre des questions juridiques complexes ni à attendre d'être
renseignée de manière exacte et complète sur les faits, puisque ce n'est que
dans le cadre du jugement au fond que le sort des avoirs séquestrés sera
définitivement fixé (ATF 141 IV 360 consid. 3.2; 140 IV 57 consid. 4.1.2; 139
- 5 -
IV 250 consid. 2.1; 116 Ib 96 consid. 3a; arrêt du Tribunal fédéral
1B_390/2013 du 10 janvier 2014 consid. 2.1).
2.2 Dans un premier moyen, la recourante soutient, sans autres explications,
que l’« existence du lien de causalité adéquat entre les valeurs saisies, dont
la levée du séquestre est requise, et les actes délictueux ne [pourrait] plus
être soutenu, et ne [serait] d’ailleurs jamais apparu hautement
vraisemblable ». L’intéressée ajoute en substance que « [d]epuis l’ouverture
de l’instruction à [son égard], les soupçons n’ont fait que s’amoindrir et
aucune nouvelle preuve ne vien[draient] soutenir les chefs d’accusation dont
elle fait l’objet ». Elle relève à ce propos que les actes d’instruction à venir
ne seraient pas de nature à renforcer un quelconque soupçon pensant à son
encontre (act. 1, p. 8 s.).
2.2.1 Pour constituer des soupçons suffisants, les indices de la commission d’une
infraction doivent être sérieux et concrets (ATF 141 IV 87 consid. 1.3.1 et
1.4.1). Selon la jurisprudence, il n'appartient cependant pas à l'autorité
appelée à statuer sur les mesures de contrainte de procéder à une pesée
minutieuse des éléments à charge et à décharge, ni à une évaluation
complète des différents moyens de preuve disponibles (arrêt du Tribunal
fédéral 1B_322/2013 du 20 décembre 2013 consid. 3.1). Il lui incombe
uniquement d'examiner si, sur la base des actes d'instruction disponibles, il
existe des indices suffisants et concrets de la commission d'une infraction
(arrêts du Tribunal fédéral 1B_336/2018 du 8 novembre 2018 consid. 4.2;
1B_98/2018 du 29 mai 2018 consid. 3.2; 1B_249/2015 du 30 mai 2016
consid. 5.5; 1B_322/2013 du 20 décembre 2013 consid. 3.1). Il n'est ainsi
pas nécessaire que les soupçons confinent à une certitude quant à la
culpabilité du prévenu, cette appréciation relevant de la compétence du juge
du fond et non de celle de l'autorité qui statue sur le prononcé d'une mesure
de contrainte, telle que le séquestre (ZIMMERLIN, Zürcher Kommentar, 3e éd.
2020, n. 5 ad art. 197 CPP).
En début d'enquête, les exigences quant au fondement des soupçons ne
sont pas élevées. Il suffit en effet que le caractère illicite des faits reprochés
soit vraisemblable. De tels soupçons doivent cependant se concrétiser et se
renforcer au fur et à mesure que l'instruction avance, de sorte que la
perspective d'une condamnation apparaisse de plus en plus plausible (arrêt
du Tribunal fédéral 1S.3/2005 du 7 février 2005 consid. 2.3; TPF 2010 154
consid. 2; décision du Tribunal pénal fédéral BB.2006.16 du 24 juillet 2006
consid. 2.1 et les réf. citées). Nonobstant ce qui précède, les exigences
relatives au renforcement du soupçon en cours de procédure ne doivent
toutefois pas être excessives (TPF 2010 154 consid. 2; TPF 2006 269
consid. 2.2).
- 6 -
2.2.2 En l’espèce, le séquestre litigieux a été ordonné dans le cadre d’une
procédure ouverte en juillet 2015 à l’encontre notamment de la recourante
pour abus de confiance (art. 138 ch. 1 CP), subsidiairement participation à
abus de confiance (art. 25 ou 26 CP en lien avec l’art. 138 ch. 1 CP), et
blanchiment d’argent (art. 305bis CP).
A teneur du dossier de la cause et sur la base des informations récoltées au
cours de l’enquête, il subsisterait au stade actuel de l’instruction des
soupçons suffisants selon lesquels la recourante et son époux, B., auraient
employés à leur profit ou au profit de tiers des valeurs patrimoniales qui leur
auraient été confiées par C., respectivement, par D. Ltd. Subsidiairement, la
recourante est également soupçonnée d’avoir intentionnellement prêté
assistance à son époux pour commettre l’abus de confiance reproché à ce
dernier et d’avoir commis des actes propres à entraver l’identification de
l’origine, la découverte ou la confiscation de valeurs patrimoniales qui
provenaient dudit abus de confiance, notamment par l’utilisation des
liquidités prélevées par les époux A. et B. sur le compte de E. SA auprès de
la banque F. Il apparaît en effet que de nombreux débits du compte
susmentionné détenu par E. SA ont été effectués en faveur des époux A. et
B., qui ont ordonné les transactions bancaires litigieuses, de leurs proches
ou de tiers, en particulier de sociétés étrangères telles que G. SA, dont le
siège est en République dominicaine et dont B. se trouve être le président
du conseil d’administration et actionnaire à hauteur d’environ 10%. D’autres
débits ont été effectués sous la forme de retraits en cash ascendant à un
montant de CHF 250'000.--, lesquelles ont été ordonnés entre 2013 et 2014
par la recourante, qui dispose d’un pouvoir de signature individuelle sur la
relation d’affaires de E. SA (dossier MPC, pièce 21.101-0006 à 21.101-
0008).
S’il est vrai, comme le relève la recourante, que le MPC a prononcé en date
du 22 mars 2022 une ordonnance de classement partielle en faveur de B.,
la Cour de céans constate que l’abandon de la procédure concernait les
seuls soupçons de blanchiment d’argent en lien avec l’origine des fonds alors
détenus par E. SA, lesquels proviendraient d’un crime commis à l’étranger,
et non ceux du second aspect du blanchiment d’argent reproché, qui s’inscrit
en lien avec l’abus de confiance susmentionné que B. et la recourante sont
soupçonnés d’avoir commis, de sorte que la procédure pénale ne s’est pas
close – et, donc, se poursuit – s’agissant de ces dernières infractions
(dossier MPC, pièce 03.001-0003 ss).
L’absence de renforcement des soupçons reprochés par la recourante ne
saurait être retenu pour justifier une levée du séquestre, dès lors qu’il
apparaît que les actes d’enquête à venir ont précisément pour but de
- 7 -
renforcer ou au contraire d’infirmer lesdits soupçons. En effet, l’analyse des
nombreux documents, en particulier électroniques, récemment descellés
suite à une procédure de mise sous scellés requise par la recourante en
2016 (dossier MPC, not. pièces 21.101-0008 s.; 21.101-215 ss), qui a, au
demeurant, incontestablement retardé l’instruction à l’égard de cette
dernière, permettrait de déterminer dans quelle mesure l’intéressée est
impliquée dans les faits qui lui sont reprochés (act. 3, p. 2 s.). Quant à
l’audition de témoin requise par la voie de l’entraide judiciaire internationale,
qui devrait avoir entre-temps eu lieu, n’en déplaise à la recourante, celle-ci
avait pour but d’apporter « des éléments de réponse complémentaire (à
charge ou à décharge) quant au rôle joué par [le témoin] dans [D. Ltd] ainsi
que sa relation avec les prévenus, notamment avec A.» (act. 3, p. 3).
Enfin, la présente Cour rappelle que dans le cadre d’un séquestre ordonné
en vue du prononcé d’une créance compensatrice, mesure qui ne saurait
être exclue en l’espèce (v. act. 1.1 et dossier MPC, pièces 08.101-0199 et
0201), un lien de connexité entre les objets et valeurs patrimoniales saisis et
les infractions reprochées n’est pas requis (ATF 140 IV 57 consid. 4.1.2). Ce
qui scelle le sort du grief formulé à ce sujet par la recourante dans son
mémoire de recours en guise de « Propos général » (act. 1, p. 8). Ce
nonobstant, la Cour de céans constate à la lecture du dossier de la cause
qu’il existe un doute quant au fait que les objets et valeurs patrimoniales
visées par le séquestre entrepris pourraient provenir de l’abus de confiance
et du blanchiment d’argent reprochés aux époux A. et B. (v. not. dossier
MPC, pièces 08.101-0198 ss, en particulier 08.101-0201).
2.2.3 Au vu de ce qui précède, il apparaît que le séquestre visant les objets et
valeurs patrimoniales de la recourante repose, à ce stade de l’instruction et
sous l’angle de la vraisemblance, sur des soupçons suffisants de la
commission des infractions reprochées en rapport notamment avec les
débits effectués sur ordre des époux A. et B.
Le présent grief se doit par conséquent d’être rejeté.
2.3 Dans un deuxième moyen, la recourante invoque une violation du principe
de la proportionnalité. A l’appui de son argumentation, elle soutient en
substance que la durée du séquestre, lequel a été ordonné il y a près de
6 ans, ne serait pas justifiée et traduirait un manque de célérité de la
procédure (act. 1, p. 9 s.).
2.3.1 Les art. 5 CPP, 29 al. 1 Cst. et 6 par. 1 de la Convention de sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés fondamentales, en vigueur pour la Suisse
depuis le 28 novembre 1974 (CEDH; RS 0.101), garantissent à toute
- 8 -
personne, entre autres, le droit à ce que leur cause soit traitée dans un délai
raisonnable. Ces dispositions consacrent le principe de la célérité et
prohibent le retard injustifié à statuer. L'autorité porte atteinte à cette garantie
lorsqu'elle ne rend pas une décision qu'il lui incombe de prendre dans le délai
prévu par la loi ou dans celui que la nature et les circonstances de l'affaire
font apparaître comme raisonnable. L'exigence de célérité oblige les
autorités à traiter les procédures pénales avec la célérité nécessaire, la
personne accusée ne devant pas être soumise aux charges de la procédure
pénale plus longtemps que nécessaire (ATF 143 IV 373 consid. 1.3.1; 124 I
139 consid. 2a).
La détermination du caractère raisonnable de la durée de la procédure
échappe à des règles rigides. Cette question doit être examinée dans
chaque cas concret, une fois prises en considération l'ensemble des
circonstances particulières (ATF 143 IV 373 consid. 1.3.1; 130 I 312
consid. 5 et réf. citées). Le prévenu a droit, en priorité, au respect du principe
de la célérité et, dans une mesure légèrement moindre, les autres
participants à la procédure (arrêts du Tribunal fédéral 6B_1014/2016 du
24 mars 2017 consid. 1.3.1; 1B_549/2012 du 12 novembre 2012 consid. 2.3
et réf. citées; décision du Tribunal pénal fédéral BB.2020.45 du 4 mai 2020
consid. 3.1). La durée du délai raisonnable n'est pas influencée par des
circonstances étrangères au problème à résoudre (arrêt du Tribunal fédéral
1P.107/2006 du 20 mars 2006 consid. 2 et réf. citées; arrêt du Tribunal pénal
fédéral BB.2010.88 du 27 janvier 2011 consid. 3.3). Il est nécessaire de se
fonder sur des éléments objectifs comme le degré de difficulté de la cause,
la complexité des questions factuelles et juridiques soulevées, l'enjeu que
revêt le litige pour l'intéressé ainsi que le comportement de ce dernier et celui
des autorités compétentes (ATF 135 I 265 consid. 4.4). Le comportement de
l'intéressé s'apprécie avec moins de rigueur en procédure pénale et
administrative qu'en procédure civile; celui-ci doit néanmoins entreprendre
ce qui est en son pouvoir pour que l'autorité fasse diligence notamment en
l'invitant à accélérer la procédure ou en recourant, le cas échéant, pour
retard injustifié (ATF 130 I 312 consid. 5.2; arrêts du Tribunal fédéral
1P.442/2006 du 14 novembre 2006 consid. 3.1; 1P.459/2006 du 13 octobre
2006 consid. 4). Quant à l'autorité, il ne saurait lui être reproché quelques
« temps morts », ceux-ci étant inévitables dans une procédure (ATF 124 I
139 consid. 2c). Lorsqu'aucun d'eux n'est d'une durée vraiment choquante,
c'est l'appréciation d'ensemble qui joue un rôle prépondérant; des périodes
d'activité intense peuvent donc compenser le fait que le dossier a été laissé
momentanément de côté en raison d'autres affaires (ATF 130 IV 54
consid. 3.3; arrêts du Tribunal fédéral 6B_1385/2019 du 27 février 2020
consid. 5, 6B_1000/2019 du 19 février 2020 consid. 4.1; 6B_640/2012 du
10 mai 2013 consid. 4.1; décision du Tribunal pénal fédéral BB.2020.45
- 9 -
précité ibidem; PERRIER DEPEURSINGE, Code de procédure pénale [CPP]
annoté, 2e éd. 2020, p. 23; MOREILLON/PAREIN-REYMOND, Petit commentaire,
2e éd. 2016, nos 4 et 5 ad art. 5 CPP).
2.3.2 Pour qu'une mesure de contrainte soit conforme au principe de la
proportionnalité, il faut qu'elle soit apte à atteindre le but visé, que ce dernier
ne puisse être atteint par une mesure moins incisive et qu'il existe un rapport
raisonnable entre les effets de la mesure sur la situation de la personne visée
et le résultat escompté du point de vue de l'intérêt public (ATF 146 I 157
consid. 5.4 et les arrêts cités).
S'agissant d'un séquestre pénal, la mesure doit être proportionnée dans son
montant, dans sa durée et au regard de la situation de l'intéressé (ATF 132
I 229 consid. 11.3).
Le rapport à la durée doit s’examiner au vu notamment du stade de
l’enquête, de la complexité de l’affaire, du nombre de parties, des éléments
d’extranéité et des mesures d’instruction en cours (arrêt du Tribunal fédéral
1B_401/2013 du 13 février 2014 consid. 3.4 in fine; LEMBO/NERUSHAY,
Commentaire romand, précité, n. 1c ad art. 267 CPP).
Le séquestre, comme mesure restreignant le droit de la propriété, est
proportionné lorsqu'il porte sur des avoirs dont on peut admettre qu'ils
pourront être vraisemblablement confisqués ou restitués en application du
droit pénal (ATF 141 IV 360 consid. 3.2; arrêt du Tribunal fédéral
1B_109/2015 du 3 juin 2015 consid. 2.1). Tant que l'instruction n'est pas
achevée et que subsiste une probabilité de confiscation, de créance
compensatrice ou d'une allocation au lésé, la mesure conservatoire doit être
maintenue (ATF 141 IV 360 consid. 3.2). En d'autres termes, l'intégralité des
fonds doit demeurer à disposition de la justice aussi longtemps qu'il existe
un doute sur la part de ceux-ci qui pourrait provenir d'une activité criminelle
(arrêt du Tribunal fédéral 1B_269/2018 du 26 septembre 2018 consid. 4.1 et
l'arrêt cité). Les probabilités d'une confiscation, respectivement du prononcé
d'une créance compensatrice, doivent cependant se renforcer au cours de
l'instruction (ATF 122 IV 91 consid. 4). Un séquestre peut en effet apparaître
disproportionné lorsque la procédure dans laquelle il s'inscrit s'éternise sans
motifs suffisants (ATF 132 I 229 consid. 11.6). En outre, pour respecter le
principe de la proportionnalité, l'étendue du séquestre doit rester en rapport
avec le produit de l'infraction poursuivie (ATF 130 II 329 consid. 6; arrêts du
Tribunal fédéral 1B_193/ 2019 du 23 septembre 2019 consid. 3.1;
1B_216/2019 et 1B_229/2019 du 24 octobre 2019 consid. 4.1.1).
La Cour de céans rappelle enfin que dans l'hypothèse où le séquestre tend
- 10 -
à garantir une éventuelle créance compensatrice, celui-ci peut porter sur
tous les biens, valeurs et/ou revenus de l'intéressé sans qu'un lien de
connexité avec l'infraction ne soit exigé (ATF 141 IV 360 consid. 3.2; 140 IV
57 consid. 4.1.2).
2.3.3 A teneur du dossier de la cause, il ne peut être reproché à l’autorité intimée
d’avoir porté atteinte au principe de célérité.
La Cour de céans constate en effet que la procédure pénale diligentée par
le MPC a fait et fait encore aujourd’hui l’objet d’un certains nombres d’actes
d’enquête (production de documents, perquisitions, auditions en Suisse et à
l’étranger, etc.), dont certains se sont vus ralentis, notamment, par des
procédures de scellés, en particulier par celle initiée sur requête de la
recourante (v. supra, consid. 2.2.2). Il convient de rappeler à ce propos que
la levée des scellés requise en 2016 s’agissant des données électroniques
contenues dans le matériel informatique classé dans la phase de deuxième
priorité et saisi lors de la perquisition des locaux professionnels de la
recourante a été accordée récemment, par ordonnance du 7 avril 2022 rendu
par le Tribunal des mesures de contrainte du canton de Berne, et que leur
analyse par le MPC est en cours (v. supra, ibidem; act. 3). La Cour de céans
souligne à ce propos que ladite analyse, laquelle nécessite un certain temps
au vu du volume important d’éléments à examiner, a pour but de déterminer
si et, cas échéant, dans quelle mesure la recourante est impliquée dans les
infractions d’abus de confiance et de blanchiment d’argent dont elle est
soupçonnée d’avoir commis.
La procédure pénale a en outre nécessité la collaboration d’administrations
de divers cantons, tels que Vaud et Genève, de même qu’une collaboration
internationale intense avec, notamment, les Etats-Unis, la République
dominicaine, les Bermudes ou encore les Îles Vierges britanniques. Le
dernier acte d’enquête nécessitant une telle collaboration internationale, en
l’occurrence des autorités des Bermudes, a abouti à l’audition les 23 et
24 août 2022 d’un témoin dont l’interrogatoire était destiné, rappelons-le, à
apporter des éléments complémentaires quant au rôle joué par ce dernier au
sein de la société D. Ltd ainsi qu’à sa relation avec la recourante (ibidem).
Force est ainsi de relever que le séquestre querellé s’inscrit dans un contexte
qui dépasse la procédure menée à l’encontre de la recourante, laquelle
s’insère dans une enquête de grande envergure avec des ramifications à
l’étranger.
L’on ne saurait, par ailleurs, attendre du MPC qu’il tranche le sort du
séquestre querellé en l’état du dossier, lequel dépend notamment des
- 11 -
éléments de faits recueillis lors de la perquisition, ou – en d’autres termes –
de l’analyse, des documents issus de la procédure de levée des scellés.
Jusqu’à ce qu’il soit possible de se déterminer à propos de ceux-ci et, le cas
échéant, d’ordonner une confiscation, il sied de maintenir le séquestre en
cause, ce d’autant plus que des doutes subsistent s’agissant des objets et
valeurs patrimoniales concernés, qui pourraient provenir des activités
criminelles reprochées (v. supra, consid. 2.2.2). Ce nonobstant, il convient
en tous les cas de confirmer la mesure de contrainte visant lesdits objets et
valeurs patrimoniales – par hypothèse de provenance licite –, dès lors que
leur confiscation demeure en l’espèce envisageable afin de garantir une
éventuelle créance compensatrice (art. 71 al. 3 CP; v. supra, consid. 2.3.2;
dossier MPC, pièces 08.101-0198 ss, en particulier 08.101-0199 et 08.101-
0201).
2.3.4 Il découle de l’ensemble des éléments susmentionnés que la mesure de
séquestre visant les objets et valeurs patrimoniales en cause respecte le
principe de la proportionnalité.
3. Au vu des considérations qui précèdent, la Cour de céans constate que la
levée du séquestre entrepris serait prématurée, de sorte qu’il se doit d’être
maintenu.
Cela étant, les éléments figurant à ce jour au dossier devront, dans la mesure
du possible et une fois l’analyse des documents issus de la procédure de
levée des scellés achevée, se préciser sans quoi le maintien du séquestre
entrepris pourrait ne plus se justifier.
4. Le recours se révèle mal fondé et doit, par conséquent, être rejeté.
5.
5.1 A teneur de l’art. 428 al. 1 CPP, les frais de procédure de recours sont mis
à la charge des parties dans la mesure où elles ont obtenu gain de cause ou
succombé. Le montant de l'émolument est calculé en fonction de l'ampleur
et de la difficulté de la cause, de la façon de procéder des parties, de leur
situation financière et des frais de chancellerie (art. 73 al. 2 LOAP).
5.2 En tant que partie qui succombe, la recourante supportera les frais de la
présente procédure de recours, lesquels se limitent en l'espèce à un
émolument ascendant à CHF 2'000.-- (v. art. 5 et 8 al. 1 du règlement du
Tribunal pénal fédéral du 31 août 2010 sur les frais, émoluments, dépens et
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indemnités de la procédure pénale fédérale [RFPPF ; RS 173.713.162]).
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