Decision ID: b5317c76-0b71-40e9-a270-e3692e72f494
Year: 2016
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
A.X_, ressortissant français né le ********1995, est arrivé en Suisse le 8 septembre 2009, pour suivre des cours dispensés par l'IY_à 2********. Il s'est vu délivrer une autorisation de séjour pour études valable jusqu'au 30 septembre 2010, qui a été renouvelée jusqu'au 30 septembre 2011. Il s'est ensuite vu octroyer une autorisation de séjour par regroupement familial pour vivre auprès de ses parents valable jusqu'au 21 juin 2015.
B.
Par ordonnance pénale du 30 juillet 2014, le Ministère public de l'arrondissement de la Côte a reconnu A.X_ coupable d'infraction et de contravention à la loi fédérale du 3 octobre 1951 sur les stupéfiants (LStup; RS 812.121) et l'a condamné à une peine pécuniaire de 45 jours-amende, un jour-amende valant 30 francs, avec sursis pendant deux ans, ainsi qu'à une amende de 450 francs, convertible en 15 jours de peine privative de liberté de substitution en cas de non paiement fautif. Il ressort de cette ordonnance qu'entre le 18 octobre 2013 (date de sa majorité) et le 3 juillet 2014 (date de son interpellation), A.X_ a consommé du cannabis occasionnellement, en dépensant environ 80 francs par mois pour assouvir son vice et que, lors de son interpellation, il était en possession d'un sachet contenant environ trois grammes de cannabis. A cela s'ajoute qu'à des dates indéterminées, il s'est rendu à deux reprises à 3******** pour obtenir du cannabis qu'il a revendu à des amis, et qu'à 4********, le 2 juillet 2014, il a remis 2,5 grammes de cannabis à deux amis qui lui avaient préalablement payé la marchandise.
Par ordonnance pénale du 19 janvier 2015, le président du Tribunal des mineurs a condamné A.X_ à une peine privative de liberté de trois mois, dont deux mois avec sursis pendant un an, pour infraction à la LStup, en retenant que l'intéressé s'était adonné au trafic de stupéfiants (marijuana) entre l'été 2012 et le 18 octobre 2013 (date de sa majorité).
C.
Le 22 juin 2015, A.X_ a demandé à se voir octroyer une autorisation d'établissement en remplacement de son autorisation de séjour qui était arrivée à échéance.
Par décision du 30 mars 2016, notifiée à A.X_ le 4 mai 2016, le SPOP a refusé de transformer l'autorisation de séjour de l'intéressé en autorisation d'établissement, en relevant que, conformément à l'Accord d'établissement signé le 1
er
août 1946 entre la France et la Suisse, l'autorisation d'établissement pouvait être accordée après cinq ans de séjour légal et ininterrompu, s'il n'existait pas de motifs de révocation au sens de l'art. 62 de loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20) et qu'en l'occurrence, A.X_ avait été condamné le 19 janvier 2015 par le Tribunal des mineurs pour infraction à la LStup, ce qui constituait un cas de récidive puisqu'il avait déjà été condamné pour infractions à la LStup par le Ministère public de l'arrondissement de la Côte le 30 juillet 2014. Le SPOP a par contre délivré une nouvelle autorisation de séjour à l'intéressé.
D.
Le 3 juin 2016, A.X_ a recouru contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal. Il conclut implicitement à l'annulation de la décision attaquée et à ce que son autorisation de séjour soit transformée en autorisation d'établissement. Il fait valoir que sa condamnation du 19 janvier 2015 a été prononcée pour des faits antérieurs à sa condamnation du 30 juillet 2014 et qu'il ne s'agit dès lors pas d'un cas de récidive. Selon lui, ses condamnations ne sauraient justifier la révocation de son autorisation de séjour au sens de l'art. 62 let.b LEtr. Il relève également qu'il est bien intégré en Suisse et qu'il poursuit des études universitaires à 3********. Il produit une attestation émise par Z_à 3******** selon laquelle il est inscrit dans cette école pour y suivre le programme de "Bachelor of Science in Business Finance" pour la période courant d'octobre 2015 à octobre 2018.
Le 7 juin 2016, le SPOP a transmis son dossier au tribunal. Il n'a pas été demandé de réponse à cette autorité.
Le 14 juin 2016, le recourant a spontanément produit un extrait de son casier judiciaire daté du 13 juin 2016.
E.
Le recourant a déposé une demande d'assistance judiciaire, en demandant d'être dispensé du paiement de l'avance de frais. Il n'a pas été en l'état statué sur cette requête. Aucune avance de frais n'a été requise.

Considérant en droit:
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile et respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD (par renvoi de l’art. 99 LPA-VD), de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2.
Le recourant conteste le refus de l'autorité intimée de lui délivrer une autorisation d'établissement au lieu d'une autorisation de séjour.
a) En vertu de l'art. 2 al. 2 de la LEtr, cette loi n'est applicable aux ressortissants des Etats membres de la Communauté européenne que dans la mesure où l'accord sur la libre circulation des personnes n'en dispose pas autrement ou lorsque cette loi prévoit des dispositions plus favorables. Ce principe est également posé à l'article 12 de l'accord conclu le 21 juin 1999 entre la Confédération suisse, d'une part, et la Communauté européenne et ses Etats membres, d'autre part, sur la libre circulation des personnes (ALCP; RS 0.142.112.681).
L'ALCP ne contient pas de dispositions relatives aux autorisations d'établissement. Selon l'art. 5 de l'ordonnance fédérale du 22 mai 2002 sur l'introduction de la libre circulation des personnes (OLCP; RS 142.203), les ressortissants de l'UE et de l'AELE ainsi que les membres de leur famille reçoivent une autorisation d'établissement UE/AELE de durée indéterminée sur la base de l'art. 34 LEtr et des art. 60 à 63 de l'ordonnance relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative du 24 octobre 2007 (OASA; RS 142.201), ainsi qu'en conformité avec les conventions d'établissement conclues par la Suisse.
Le recourant ne prétend pas que les conventions conclues avant l'ALCP entre la Suisse et la France lui conféreraient un droit à une autorisation d'établissement à d'autres conditions que celles des art. 34 LEtr et 60 et ss OASA. Selon la jurisprudence de la Cour de céans, ce sont bien ces dispositions qu'il y a lieu d'appliquer (cf. arrêt CDAP PE.2011.0419 du 24 avril 2012).
Dans ses directives "I
.Domaine des étrangers
", sous chiffre 3.4.3.2 et 3.4.3.3 (dans leur version au 1
er
juin 2016), le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) précise que les accords d'établissement, dont bénéficient notamment les ressortissants français, visent à raccourcir le délai requis pour obtenir l'autorisation d'établissement en le faisant passer de dix à cinq ans. L'existence d'un accord d'établissement n'implique toutefois pas qu'une personne obtient automatiquement l'autorisation d'établissement après cinq ans sans le moindre examen ni la moindre condition. En effet, la personne concernée doit avoir effectué un séjour régulier et ininterrompu relevant du droit des étrangers et il ne doit pas y avoir de motifs de révocation ou d’expiration (art. 61 et 62 LEtr ainsi que 60, 61 et 82 OASA et l'ATF 120 Ib 360 consid. 3 toujours déterminant).
L’art. 34 LEtr a la teneur suivante :
1 L'autorisation d'établissement est octroyée pour une durée indéterminée et sans conditions.
2 L'autorité compétente peut octroyer une autorisation d'établissement à un étranger aux conditions suivantes:
a. il a séjourné en Suisse au moins dix ans au titre d'une autorisation de courte durée ou de séjour, dont les cinq dernières années de manière ininterrompue au titre d'une autorisation de séjour;
b. il n'existe aucun motif de révocation au sens de l'art. 62
[LEtr]
.
3 L'autorisation d'établissement peut être octroyée au terme d'un séjour plus court si des raisons majeures le justifient.
4
Elle peut être octroyée au terme d'un séjour ininterrompu de cinq ans au titre d'une autorisation de séjour lorsque l'étranger s'est bien intégré en Suisse, en particulier lorsqu'il a de bonnes connaissances d'une langue nationale.
Les séjours temporaires ne sont pas pris en compte dans le séjour ininterrompu de cinq ans prévu aux al. 2, let. a, et 4. Les séjours effectués à des fins de formation ou de perfectionnement (art. 27) sont pris en compte lorsque, une fois ceux-ci achevés, l'étranger a été en possession d'une autorisation de séjour durable pendant deux ans sans interruption.
L'art. 34 LEtr a un caractère potestatif et ne confère à l'étranger aucun droit à l'obtention d'une autorisation d'établissement (arrêts TF 2C_705/2012 du 24 juillet 2012 consid. 3.1; 2C_382/2010 du 4 octobre 2010 consid. 5.3). Ainsi, l’autorité compétente en matière d’autorisation de séjour dispose-t-elle en la matière d'un libre pouvoir d'appréciation, dans l'exercice duquel elle doit néanmoins tenir compte des intérêts publics, de la situation personnelle de l'étranger, ainsi que de son degré d'intégration (cf. art. 54 al. 2 et 96 al. 1 LEtr; arrêt TF 2C_183/2012 du 17 décembre 2012 consid. 1.2; arrêt du Tribunal administratif fédéral [TAF] C-3578/2012 du 8 avril 2014 consid. 7.2.1). Avant d'octroyer une autorisation d'établissement, il convient en particulier d'examiner quel a été le comportement du requérant jusqu'ici et de vérifier si son degré d'intégration est suffisant (art. 60 OASA; voir notamment arrêt PE.2015.0283 du 10 décembre 2015).
b) A teneur de l'art. 62 al. 1 OASA, l'autorisation d'établissement peut être octroyée de manière anticipée au sens de l'art. 34 al. 4 LEtr en cas d'intégration réussie, notamment lorsque l'étranger respecte l'ordre juridique suisse et les valeurs de la Constitution fédérale (let. a), dispose de connaissances de la langue nationale parlée au lieu de domicile équivalant au moins au niveau A2 du Cadre européen commun de référence pour les langues publié par le Conseil de l'Europe; les connaissances d'une autre langue nationale peuvent également être prises en compte dans des cas dûment motivés (let. b), manifeste sa volonté de participer à la vie économique et de se former (let. c) (cf. aussi art. 4 de l'ordonnance du 24 octobre 2007 sur l'intégration des étrangers [OIE; RS 142.205], qui reprend ces conditions).
Selon la jurisprudence du Tribunal administratif fédéral, l'octroi d'une autorisation d'établissement à titre anticipé doit être vu comme une récompense, susceptible d'encourager les étrangers dans leurs efforts d'intégration. Statuant en vertu de son libre pouvoir d'appréciation, l'autorité compétente doit néanmoins accorder une attention particulière au degré d'intégration du recourant. En effet, plus le statut juridique sollicité confère des droits étendus au recourant, plus les exigences liées au niveau d'intégration sont élevées (arrêts TAF C-2652/2012 du 19 février 2014 consid. 6.4 et 6.5; C-4745/2009 du 3 mars 2010 consid. 7.2).
En tant qu'elle résulte du respect de l'ordre juridique suisse et des valeurs de la Constitution fédérale (art. 62 al. 1 let. a OASA), l'intégration du requérant peut être démontrée par la preuve d'une réputation irréprochable sur le plan pénal (attestée par la remise d'un extrait de casier judiciaire) et de rapports livrés par les services officiels ne révélant aucune activité susceptible de menacer l'ordre public (arrêt TAF C-2179/2013 du 20 août 2014 consid. 6.6; cf. aussi les directives du SEM chapitre IV "Intégration", annexe 1 ad ch. 2.2 et 2.3.4). Il résulte néanmoins de la jurisprudence du Tribunal administratif fédéral que l’existence d’une infraction légère sur le plan pénal ne conduit pas nécessairement à nier l’intégration du recourant en tant qu’elle résulte du respect de l'ordre juridique suisse et des valeurs de la Constitution fédérale (cf. arrêts TAF C-3160/2012 du 12 juin 2014 consid. 8.2.3; C-1603/2011 du 15 mai 2013 consid. 7.6, par exemple en cas d’infractions à la loi fédérale sur la circulation routière du 19 décembre 1958 [LCR; RS 741.01] pour conduite sans permis de conduire ou conduite de véhicules dépassant le poids autorisé).
Une condamnation pénale peut par contre justifier un refus – du moins temporaire – de l'octroi d'une autorisation d'établissement, même dans le cas où une révocation selon l'art. 62 LEtr ne serait pas possible ou apparaîtrait disproportionnée (PE.2015.0430 du 4 mars 2016).
c) En l’espèce, le recourant, né en octobre 1995, est arrivé en Suisse en septembre 2009. Agé aujourd'hui de 20 ans, il a déjà fait l'objet de deux condamnations pénales pour infraction et contravention à la LStup, domaine pour lequel le Tribunal fédéral se montre particulièrement rigoureux pour évaluer la menace que représente un étranger (
ATF 139 II 121
consid. 5.3), pour des faits commis entre l'été 2012 et juillet 2014. Les peines prononcées (trois mois de privation de liberté et 45 jours-amende) démontrent une certaine gravité du comportement délictueux. Même si le trafic auquel le recourant s'est adonné ne portait pas sur des drogues dures et qu'il a vraisemblablement servi à financer sa propre consommation, ce comportement démontre que le recourant ne s'est pas conformé à l'ordre juridique suisse pendant de nombreux mois. Peu importe que la deuxième condamnation du recourant lui ait été infligée pour des faits antérieurs à ceux réprimés par sa première condamnation, le juge des mineurs s'étant prononcé après celui des adultes. L’appréciation de l’autorité intimée selon laquelle l’octroi d’une autorisation d’établissement à titre anticipé en faveur du recourant ne se justifie pas au vu de ses condamnations pénales ne prête pas le flanc à la critique. Elle ne procède pas d’un excès ou d’un abus du pouvoir d’appréciation dont elle dispose dans ce domaine (art. 98 let. a LPA-VD).
3.
Manifestement mal fondé, le recours doit être rejeté et la décision attaquée, confirmée, sans qu'il soit nécessaire de procéder à un échange d'écritures (art. 82 al. 1 LPA-VD). Le sort du recours, dénué de chances de succès, était d'emblée prévisible, de sorte que la requête d'assistance judiciaire doit être rejetée (art. 18 al. 1 LPA-VD
a contrario
). Un émolument judiciaire doit être mis à la charge du recourant qui succombe (art. 49 LPA-VD). Il n'y a pas lieu d'allouer des dépens (art. 55 LPA-VD a contrario).