Decision ID: 30ed244d-b1f5-5147-9bbe-2d29d3292911
Year: 2009
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. La faillite de J_ SA a été prononcée par jugement du Tribunal de première instance du 3 octobre 2001. Sa liquidation a été confiée à une administration spéciale, dotée d'une commission des créanciers.
Le principal actif de J_ SA en liquidation est constitué des parts de PPE n
os
X, X, X, X, X et XX, représentant 5XX millièmes de l'immeuble inscrit en la Commune de G_, section E_, parcelle n° 7XX, sis avenue Y_, correspondant au rez-de-chaussée, 1
er
et 2
ème
étages, ainsi que des caves (ci-après : l'immeuble). Ce bien est grevé de quatre cédules hypothécaires au porteur d'une valeur de 4'000'000 fr. qui sont en mains de B_ SA en garantie de deux contrats de prêts conclus avec des sociétés tierces.
D'importants contentieux ont divisé J_ SA et B_ SA tant au sujet de la qualité de créancier-gagiste de cette banque, litige définitivement tranché à ce jour, qu'en ce qui concerne le montant de la créance produite.
Plusieurs procédures ont opposé B_ SA à J_ SA, outre la procédure pénale ouverte contre les anciens organes de la faillie.
Ainsi, par décision de la Commission de céans
DCSO/615/2004
du 23 décembre 2004, la Commission de céans a autorisé B_ SA à consulter le dossier de la faillite.
Par décisions
DCSO/195/2006
du 24 mars 2006 et
DCSO/575/2006
du 28 septembre 2006, la Commission de céans a décidé de refuser la réalisation de l'immeuble susmentionné, B_ SA s'étant à chaque fois opposée à la requête de l'administration spéciale.
J_ SA a ouvert action en constatation de nullité, revendication et révocation des cédules hypothécaires en mains de B_ SA, pour garantir son prêt sur le bien immobilier susmentionné. Par arrêt du 7 février 2008, le Tribunal fédéral a définitivement rejeté la demande de J_ SA.
B_ SA a déposé le 15 novembre 2006 devant le Tribunal de première instance une action révocatoire au sens de l'art. 285 LP contre J_ SA, portant sur les parts d'étages restituées à J_ SA en exécution d'un jugement d'accord du 9 mars 2004. Cette action a été définitivement admise par arrêt du Tribunal fédéral du 15 juillet 2008.
Le 8 janvier 2009, B_ SA a formé une action en contestation de l'état de collocation devant le Tribunal de première instance. Cette action est encore pendante à l'heure actuelle.
Le 13 novembre 2008, B_ SA a écrit à J_ SA et a demandé la désignation d'une agence immobilière afin que lui soit confiée la gestion des parts de propriété par étage. Dans ce même courrier, B_ SA a invité J_ SA à verser à la Caisse de l'Etat le revenu locatif généré par ce bien immobilier ainsi que la consignation de ses avoirs auprès de la Caisse de l'Etat.
Le 2 février 2009, J_ SA a rendu une décision refusant tant de confier la gérance de l'immeuble à un tiers que de consigner les fonds auprès de la Caisse de l'Etat. S'agissant de la problématique de la gérance légale, J_ SA indique que cette notion est inconnue en matière de faillite, la gestion d'un immeuble incombant en l'occurrence à l'administration spéciale. De plus, il n'y aurait aucun avantage à confier cette gestion à des tiers, ce qui générerait des coûts inutiles tant pour la masse que les créanciers. Quant à consigner les avoirs auprès de la Caisse de l'Etat, J_ SA estime cette mesure inutile et compliquée puisque le compte ouvert par ses soins auprès de la Banque Migros est soumis au contrôle de la Commission de céans qui en connaît l'existence. De surcroît, elle estime qu'une consignation auprès de la Caisse de l'Etat compliquerait les mouvements de fonds au profit des créanciers ou de la masse. S'agissant d'une distribution provisoire, J_ SA estime que vu le dépôt d'une action en contestation de l'état de collocation, une distribution provisoire n'est pas envisageable en l'état. J_ SA remet en annexe le relevé des produits et charges encaissées en relation avec ces lots de PPE.
Par acte du 11 février 2009, B_ SA a porté plainte auprès de la Commission de céans contre la décision du J_ SA du 2 février 2009, dont elle conclut à l'annulation. Elle requiert qu'une mesure de gérance légale soit instaurée sur l'immeuble sis avenue Y_, estimant que "
l'Administration de la faillite persiste à vouloir liquider la faillite en favorisant les créanciers ordinaires de J_ SA EN LIQUIDATION, au détriment des intérêts du créancier-gagiste
", notamment en ne colloquant pas correctement sa créance. Elle note également que l'administration n'a pas souhaité renouveler le bail de N_ SA, dans la perspective d'une prochaine vente de l'immeuble alors que cette vente peut ne jamais avoir lieu suivant le résultat de l'action révocatoire, ce qui laissera l'immeuble inoccupé pendant un certain nombre d'années. Vu ce qu'elle qualifie de manœuvres d'obstruction systématique, la plaignante conclut à ce qu'une gérance légale soit ordonnée et confiée à un tiers impartial, notant qu'"
une telle mesure est d'autant plus nécessaire que l'essentiel, si ce n'est la totalité du produit de réalisation des parts de PPE sera consacrée au désintéressement de B_ SA
". La plaignante sollicite le versement des produits de location à titre de répartition provisoire (art. 266 LP). De même, elle veut que soit fait application de l'art. 9 LP et que J_ SA soit invitée à consigner ses avoirs auprès de la Caisse de consignation de l'Etat, come l'y oblige la loi.
Dans ses observations du 6 mars 2009, J_ SA conclut au rejet de la plainte, renvoyant pour l'essentiel la Commission de céans à sa motivation figurant dans la décision querellée. Elle relève n'avoir aucun parti pris contre B_ SA, cette dernière "
ayant une certaine propension à faire feu de tout bois
". Elle note que les procédures initiées l'ont toutes été par celle-ci. Elle relève que la décision de ne pas continuer la location de locaux à N_ SA résulte d'une décision concertée avec la Commission de surveillance des créanciers.

EN DROIT
1.a. La présente plainte a été formée en temps utile auprès de l’autorité compétente contre une mesure sujette à plainte par une personne ayant qualité pour agir par cette voie (art. 17 LP ; art. 10 al. 1 et 13 LaLP).
1.b. La qualité pour porter plainte, qui permet de délimiter le cercle des personnes habilitées à agir, suppose un intérêt digne de protection, conférant la légitimation active à celui qui est titulaire du droit invoqué, soit l’intérêt à la plainte, qui est une condition de recevabilité devant être examinée d’office (Pierre-Robert
Gilliéron
, Commentaire, ad art. 17 nos 95ss et 140).
Un intérêt n’est digne de protection que s’il est direct, c’est-à-dire directement lié à l’objet de la contestation. Pour que cette relation existe, il faut qu’il y ait effectivement un préjudice porté de manière immédiate à la situation personnelle du plaignant. Un intérêt théorique à la solution d’une question ne suffit pas, pas plus qu’un intérêt général. Au contraire, l’intérêt digne de protection réside dans l’utilité pratique que l’admission de la plainte apporterait au plaignant ou, en d'autres termes, dans le fait d’éviter un préjudice de nature économique, idéale, matérielle ou autre que la décision ou la mesure attaquée lui occasionnerait (Pierre-Robert
Gilliéron
, op.cit., ad art. 17 nos 141, 155 et 156 et les arrêts cités).
De pratique constante, la plainte n'est recevable que si elle permet d'atteindre un but concret sur le plan de l'exécution forcée, mais non si la mesure critiquée est irrévocable, lors même qu'une cause de nullité est alléguée (ATF
7B.25/2004
du 19 avril 2004 ; ATF
7B.20/2005
du 14 septembre 2005 consid. 1.1 non publié
in
ATF
131 III 652
; ATF
120 III 107
consid. 2 p. 108/109 ;
99 III 58
consid. 2 p. 60/61).
1.c. La Commission de céans rappelle que la motivation de la plaignante à requérir une gérance légale est qu'"
une telle mesure est d'autant plus nécessaire que l'essentiel, si ce n'est la totalité du produit de réalisation des parts de PPE sera consacré au désintéressement de B_ SA
".
Dès lors que l'instauration d'une gérance légale, pour autant qu'elle soit possible en l'occurrence, question qui restera ouverte car non pertinente dans le présent litige vu son issue, n'aura aucune incidence sur la situation de B_ SA dont la créance hypothécaire est totalement garantie sur le bien immobilier en question comme elle le relève elle-même.
Ainsi, la Commission de céans considère que sur ce point, la plaignante ne poursuit aucun intérêt personnel par cette requête tendant à l'instauration d'une mesure de gérance légale, n'expliquant pas en quoi une telle mesure viendrait à améliorer sa situation personnelle, et partant, n'a aucun intérêt personnel à porter plainte.
Cette conclusion sera donc déclarée irrecevable.
S'agissant d'une répartition provisoire du produit de location, cette compétence relève non pas de l'administration de la faillite mais de la Commission de surveillance des créanciers (art. 237 al. 3 ch. 5) à qui l'administration a soumis la problématique et s'est déterminée, si l'on se réfère à la décision querellée.
Certes, une répartition provisoire ne peut intervenir au plus tôt qu'à l'expiration du délai pour contester l'état de collocation (art. 266 LP), même lorsque l'état de collocation s'avère contesté comme en l'état (art. 250 al. 1 ; Pierre-Robert
Gilliéron
, Commentaire ad art. 266, n° 12), puisque les acomptes afférents aux prétentions litigieuses ne sont pas distribués (art. 82 al. 2 OAOF).
Néanmoins, une distribution provisoire ne saurait intervenir en l'espèce avant que ne soient clarifiées toutes les questions portant notamment sur le montant des créances de la plaignante, même si sa qualité de créancière-gagiste, est aujourd'hui reconnue. En effet, une répartition provisoire ne pourrait être effectuée si elle risque de compromettre la répartition finale (art. 266 LP ; art. 82 OAOF ; Pierre-Robert
Gilliéron
, Poursuite pour dettes, faillite et concordat, 4
ème
éd. 2005, n° 2070 ; Nicolas
Jeandin
, in CR-LP, ad art. 266 n° 4 et 5).
A la lecture de la pièce quatre de la plaignante, soit son action en contestation de l'état de collocation déposée le 8 janvier 2009 devant le Tribunal de première instance, la plaignante note que l'enjeu de cette procédure est "considérable" pour reprendre ses propres termes, la différence en jeu étant de 1'806'795 fr. 75 (page 15), soit d'un montant loin d'être négligeable.
Fort de ces constats, et vu son pouvoir d'examen restreint en l'espèce, la Commission de céans considère que le refus de J_ SA de procéder à une répartition provisoire, même s'il est très sommairement motivé, n'est pas contraire aux principes susmentionnés.
La plaignante porte plainte également contre le refus de J_ SA de se soumettre à l'art. 9 LP, soit de consigner ses avoirs auprès de la Caisse de consignation de l'Etat, comme elle en a l'obligation de par la loi.
De par l'art. 241 LP, l'administration spéciale d'une faillite est également soumise à l'obligation de consigner ses avoirs.
Néanmoins, bien que fondée, cette conclusion est devenue sans objet, vu que lors de son plénum du 26 mars 2009, la Commission de céans a décidé d'ordonner à toutes les administrations spéciales dont elle est chargée de la surveillance, de consigner leurs liquidités auprès de la Caisse de consignation de l'Etat, suite à la mise en place d'un nouveau système de consignation par l'Etat.
J_ SA faisant partie des administrations spéciales visées par cette mesure, celle-ci a été invitée par courrier du 31 mars 2009 de la Commission de céans à consigner ses liquidités auprès de la Caisse de l'Etat, d'ici au 31 mai 2009.
Cette conclusion est donc devenue sans objet en cours de procédure.
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