Decision ID: 8df1aadd-86da-573a-863d-3ddba25040ae
Year: 2017
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
A_, originaire de Genève et de _ (Fribourg), est né le _ 1931 à Genève.
Il a épousé le _ 2005, en secondes noces, B_, originaire du Sri Lanka, avec laquelle il demeure dans l’appartement conjugal sis _ à Genève. Il a deux filles nées d’une précédente union, C_, née le _ 1957 et D_, née le _ 1959.
b)
Par courrier du 8 juillet 2016 adressé au Service de protection de l’adulte, lequel l’a transmis au Tribunal de protection de l’adulte et de l’enfant (ci-après : le Tribunal de protection), la Doctoresse E_, neurologue, a procédé au signalement de A_. Elle a précisé que ce dernier lui avait été adressé par son médecin traitant, la Doctoresse F_, et qu’elle l’avait reçu en présence de son épouse. Elle a décelé chez A_ un trouble neurocognitif modéré avec une atteinte mnésique et exécutive ainsi qu’une anosognosie marquée et des difficultés dans la compréhension des phrases longues ou complexes. L’origine retenue était celle d’une atteinte vasculaire avec possible composante dégénérative. Cet état entrainait des répercussions dans la vie courante sur la prise de ses médicaments et sur son hygiène. De même, A_ ne gérait plus les aspects administratifs de manière adéquate, retirait de l’argent et ne savait plus ce qu’il en faisait. Il acceptait l’aide de son épouse pour la prise de ses médicaments et son hygiène, mais non pour les tâches administratives, la gestion et le contrôle de ses finances. Cette dernière ne savait pas ce qu’il advenait de l’argent qu’il retirait de son compte. Il était vulnérable, pouvant facilement être influençable. Sa capacité de discernement était partiellement altérée. Elle préconisait l’instauration d’une curatelle de représentation en faveur de A_. Elle l’avait expliqué au patient qui avait donné son accord mais n’était pas certaine de sa compréhension. Il semblait d’accord pour que son épouse devienne sa curatrice.
c)
Par courrier du 26 juillet 2016, la Doctoresse E_ a fait parvenir au Tribunal de protection un exemplaire du résumé de l’évaluation neuropsychologique, établie le 13 juin 2016 par G_, psychologue, spécialiste en neuropsychologie qui concluait à une atteinte cognitive modérée focalisée sur le plan mnésique et exécutif et estimait que des aides substantielles étaient nécessaires afin de gérer les aspects liés à la médication et la gestion des affaires administratives et financières de A_. La psychologue relevait que l’acceptation de ces différentes aides et décisions allait être compliquée, en raison de l’anosognosie du patient et de la banalisation de ses troubles et ce, dans un contexte de conflit de couple.
d)
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 25 octobre 2016. La Doctoresse E_, entendue comme témoin, a confirmé la teneur de son courrier du 8 juillet 2016 indiquant que A_ ne se rendait pas compte de ses difficultés, que son anosognosie était évidente, que ses troubles étaient d’origine mixte, vasculaire et neurodégénérative et qu’il présentait une certaine vulnérabilité. Elle n’a pas constaté de conflit au sein du couple.
La Doctoresse F_, médecin traitant de A_ depuis janvier 2015, a également été entendue. Elle a constaté une dégradation de son état cognitif depuis le début de l’année 2016 et un renforcement de son anosognosie. A_ souffre, par ailleurs, d’hypertension, d’hyper cholestérolémie et d’un diabète de type 2. Il présente des risques cardio-vasculaires nécessitant un traitement préventif qu’il ne suit pas. La tentative de préparation d’un semainier par la pharmacie a échoué. Son épouse a retrouvé un commandement de payer au retour de leurs vacances au Sri Lanka. Il n’avait pas payé la pension alimentaire de sa seconde ex-épouse et faisait l’objet d’une poursuite du SCARPA. C’est son épouse qui a payé cette somme. Elle serait tout-à-fait capable de représenter son époux mais manquait d’informations et n’avait pas de procuration et donc pas d’accès aux comptes de ce dernier.
B_ a fait part de son inquiétude quant à la gestion financière de son époux. Elle perçoit un revenu de 1'400 fr. par mois et s’acquitte de sa prime d’assurance-maladie, son époux prenant en charge l’intégralité des paiements du ménage ainsi que des impôts. La banque de son époux ne l’a pas renseignée sur sa situation financière, sauf à lui dire, en été 2016, que ce dernier avait effectué un retrait important occasionnant un découvert de 3'000 fr. Plusieurs factures n’ont pas été payées, dont la pension alimentaire de son ex-épouse. Son époux utilise sa Mastercard et a commandé des voitures miniatures qui ont été livrées à trois reprises au domicile conjugal. A sa connaissance, il a emprunté une somme d’argent à une amie pour aller au Sri Lanka. Il a retiré 4'000 fr. le 1
er
septembre 2016 pour effectuer les paiements et rembourser cette amie mais celle-ci était absente et elle ignore ce qu’il a fait de l’argent.
A_ a indiqué qu’il se pouvait qu’il ait un découvert sur son compte mais qu’il le remboursait toujours. Il n’avait jamais reçu de voitures miniatures, ne savait pas de quoi il s’agissait et certifiait ne dépenser l’argent que pour les besoins du couple. Il percevait 2'000 fr. d’AVS et 3'000 fr. de rente de H_. Il montrait toujours à son épouse l’argent qu’il retirait de son compte et n’avait rien à cacher. Cette dernière disposait d'une procuration sur son compte depuis longtemps.
Le curateur de représentation de A_ n’a pas pu apporter d’informations complémentaires. Il n’avait pas pu rencontrer son mandant avant l'audience, dès lors que ce dernier était en vacances. Il avait eu une conversation téléphonique avec lui, lors de laquelle ce dernier s’était montré surpris de la procédure. Il n’était pas venu au rendez-vous qu’il lui avait fixé ensuite. Il avait eu un long entretien téléphonique avec son épouse qui lui avait fait part de son inquiétude quant à l’état de santé de son époux et sa situation financière. Elle pensait qu’il avait retiré de l’argent, soit sous l’influence d’une voisine d’origine sri-lankaise, soit de membres de la communauté du voyage. Le curateur n’avait pas eu accès aux comptes de A_ et ignorait si des prélèvements particuliers avaient été effectués, ce dernier lui ayant assuré que tous les paiements avaient été faits. Il s’en est rapporté à justice quant à la mesure à mettre en place. Il n’avait pas les moyens de vérifier les dires de l’épouse de son mandant et constatait les inquiétudes de cette dernière et des médecins. Il suggérait, si une mesure devait être ordonnée, qu’elle le soit à titre provisionnel, le temps de vérifier la situation.
Le Tribunal de protection a gardé la cause à délibérer à l’issue de l’audience.
B.
Par ordonnance
DTAE/5322/2016
du 25 octobre 2016, communiquée pour notification aux parties le 9 novembre 2016, le Tribunal de protection a instauré une curatelle de représentation avec gestion en faveur de A_ (ch. 1 du dispositif), désigné _ et _, respectivement cheffe de secteur et intervenant en protection de l’adulte auprès du Service de protection de l’adulte, aux fonctions de curateurs (ch. 2), dit que les curateurs pouvaient se substituer l’un à l’autre dans l’exercice de leur mandat, chacun avec plein pouvoir de représentation (ch. 3), confié aux curateurs les tâches de représenter la personne concernée dans ses rapports avec les tiers, en particulier en matière d’affaires administratives et juridiques, gérer les revenus et biens de la personne concernée et administrer ses affaires courantes, veiller au bien-être social de la personne concernée et la représenter pour tous les actes nécessaires dans ce cadre (ch. 4), limité l’exercice des droits civils de la personne concernée en matière contractuelle (ch. 5), privé la personne concernée de l’accès à toute relation bancaire, en son nom ou dont elle est l’ayant-droit économique et révoquer toute procuration établie au bénéfice de tiers (ch. 6), autorisé les curateurs à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée, dans les limites du mandat (ch. 7), arrêté les frais judiciaires à 200 fr. et mis ces derniers à la charge de la personne concernée (ch. 8).
Il a considéré que l’instauration d’une mesure de curatelle de représentation et de gestion était la mesure la plus adéquate afin de préserver A_ qui était, en raison de ses problèmes de santé, dans l’incapacité de gérer ses affaires administratives et financières et présentait une certaine vulnérabilité. Il a estimé que la représentation légale par son épouse n’était pas appropriée, compte tenu des difficultés relationnelles du couple, de l’opposition de l’intéressé et du défaut d’informations et d’accès à la situation financière par l’épouse. Cette dernière devait par ailleurs être préservée dans le cadre d’une relation déjà conflictuelle et l’obstacle de la langue représentait une limitation dans la possibilité d’exercer un tel mandat, lequel devait être confié à des professionnels, soit à des représentants du Service de protection de l’adulte.
C. a)
Par acte expédié le 8 décembre 2016 à la Chambre de surveillance, A_, par le biais de son curateur d’office, a recouru contre l'ordonnance
DTAE/5322/2016
du 25 octobre 2016 qu'il a reçue le 10 novembre 2016. Le recourant a conclu préalablement à son audition ainsi qu'à celle de son épouse et principalement à l’annulation de l’ordonnance du 25 octobre 2016 et cela fait, à ce qu’il soit dit et constaté que B_ pouvait valablement représenter son conjoint au sens de l’art. 374 CC, que lui soit délivré un document attestant de ses compétences de représentation sur tous les actes juridiques habituellement nécessaires pour satisfaire les besoins de A_, sur l’administration ordinaire des revenus et autres biens de A_ ainsi que sur le droit de prendre connaissance de la correspondance de A_ et de la liquider, sous suite de frais et indemnités de représentation du curateur d’office.
Le recourant conteste être totalement incapable de discernement, les troubles dont il est victime étant essentiellement des troubles mnésiques ayant conduit au paiement en retard de certaines factures non prioritaires et précise être assisté depuis juin 2016 par son épouse qui s’assure du paiement régulier des factures. La mesure prononcée viole donc le principe de proportionnalité, en tant que son épouse est parfaitement capable de le représenter. Il produit des relevés partiels de son compte bancaire ouvert auprès de H_, soit pour les périodes du 17 mai au 16 juin 2016, du 17 juillet au 16 août 2016 et du 17 septembre au 16 octobre 2016. Il explique que l'examen de ces pièces démontre l’absence de retraits d’argent importants et inexplicables, le découvert de juin 2016 provenant du règlement d’une facture de 1'900 fr. d’achat d’un nouveau lave-vaisselle nécessaire au ménage et le prêt de 2'000 fr. contracté auprès d’une amie, de la nécessité de financer le voyage au Sri Lanka pour accompagner son épouse. Le recourant a par ailleurs retiré 3'000 fr. pour payer deux mois d’arriérés de contribution à son ex-épouse. Il a d'ailleurs introduit une demande en modification du jugement de divorce qui a été déclarée irrecevable, dès lors qu'il n'a pas fourni les pièces requises par le Tribunal, croyant que le simple dépôt d’une requête suffisait.
Le curateur de représentation déduit de ces faits que A_ est parfaitement capable de gérer ses affaires correctement, au besoin avec l’aide de son épouse. Il conteste également le côté vulnérable et influençable de A_, retenu par le Tribunal de protection, dès lors que ce constat reposait uniquement sur les soupçons de l'épouse de ce dernier, qui croyait, à tort, que le recourant entretenait une relation extra-conjugale avec une voisine d’origine sri-lankaise. Le curateur voit dans le refus de A_ de se présenter au rendez-vous qu’il lui a fixé, une saine méfiance à l’égard des tiers. Il considère que «priver le recourant de la faculté de disposer de son compte bancaire sur la base de soupçons de vulnérabilité, dans le seul but de prévenir une situation d’abus inexistante, est parfaitement disproportionné et viole la personnalité du recourant». Quant à l’achat des mini-voitures, il faut y voir une erreur du recourant, qui pourrait être imputable à tout un chacun, ce dernier pensant les recevoir gratuitement. B_ pensait son époux infidèle et a été immédiatement rassurée à lecture des relevés bancaires sur l’utilisation de l’argent du couple et les tensions se sont immédiatement apaisées. Dès lors, on ne peut suivre le raisonnement du Tribunal de protection sur l’incapacité de représentation de l’épouse, en raison des tensions au sein du couple. Le curateur indique que sa communication avec B_ a été excellente durant la procédure, cette dernière lui fournissant tous les documents utiles. Elle dispose d’une procuration sur le compte de son époux et a donc toutes les informations nécessaires pour gérer les affaires administratives et financières du couple, la langue n’étant pas une barrière puisque la gestion se limite au paiement des factures. Elle est la seule à pouvoir raisonner son époux qui ne collabore pas avec les curateurs étatiques. L’instauration d’une mesure de protection s’avère donc inutile et viole la personnalité du recourant. Le Tribunal de protection a retenu à tort que A_ accomplissait des actes préjudiciables à ses intérêts, nécessitant une mesure de protection et a ainsi violé le principe de proportionnalité et d’opportunité, B_ devant être confirmée dans ses pouvoirs de représentation.
b)
Le Tribunal de protection n’a pas souhaité reconsidérer sa décision.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours (art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de leur notification (art. 450b al. 1 CC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC).