Decision ID: 97a072b3-85bb-504a-a379-cfe025ac5588
Year: 2012
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1. Le 6 juillet 2011, l’office cantonal de la population (ci-après : OCP) a refusé de renouveler l’autorisation de séjour de Monsieur B_, de nationalité turque.
2. Par acte déposé à la poste le 7 septembre 2011, M. B_ a recouru auprès du Tribunal administratif de première instance (ci-après : TAPI) contre cette décision, concluant au renouvellement de son autorisation de séjour.
3. Le 12 septembre 2011, le TAPI a demandé à M. B_ de verser, avant le mercredi 12 octobre 2011, une avance de frais de CHF 500.-, sous peine d’irrecevabilité.
4. Par courrier recommandé et télécopie du 12 octobre 2011, M. B_, agissant par la plume de son conseil, a demandé à ce que le délai de paiement de l’avance de frais soit prolongé de vingt jours, le paiement n’ayant pas encore pu être effectué.
5. Le 20 octobre 2011, le TAPI a déclaré le recours irrecevable pour non-paiement de l’avance de frais. Le recourant n’avait pas prouvé ni allégué qu’il avait été victime d’un empêchement non fautif lui ayant interdit de s’aquitter de l’avance de frais en temps utile. Le fait de solliciter une prolongation du délai le dernier jour de celui-ci, en se limitant à indiquer que le paiement n’avait pas encore pu être effectué, était manifestement insuffisant à cet égard, de sorte qu’il n’y avait pas lieu de donner suite à cette demande.
6. Le 23 novembre 2011, M. B_ a recouru auprès de la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : chambre administrative) contre le jugement précité.
L’art. 16 al. 2 de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 (LPA -
E 5 10
) prévoyait qu’un délai fixé par l’autorité pouvait être prolongé si la demande était faite avant l’expiration du délai et que le motif invoqué était fondé.
Ces exigences étaient différentes de celles nécessaires à la restitution d’un délai. La demande de prolongation avait été formée le dernier jour du délai, soit dans le délai en question.
Le jugement entrepris était constitutif de formalisme excessif.
7. Le recours a été transmis pour information à l’OCP.
8. Le 25 novembre 2011, le TAPI a transmis son dossier sans formuler d’observation.

EN DROIT
1. Interjeté en temps utile devant la juridiction compétente, le recours est recevable (art. 132 de la loi sur l'organisation judiciaire - LOJ -
E 2 05
; art. 62 al. 1 let. a LPA).
2. Selon l’art. 86 LPA, la juridiction invite le recourant à faire une avance destinée à couvrir les frais de procédure et des émoluments présumables. Elle fixe à cet effet un délai suffisant. Si l’avance n’est pas faite dans le délai imparti, la juridiction déclare le recours irrecevable.
3. En application de cette disposition, le TAPI a déclaré le recours irrecevable, l’avance de frais réclamée n’ayant pas été payée dans le délai fixé.
4. Les délais impartis par le juge peuvent être prolongés pour des motifs fondés si la partie en fait la demande avant son expiration (art. 16 al. 2 LPA).
5. La jurisprudence a tiré de l’art. 29 al. 1 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst. -
RS 101
) et de l’obligation d’agir de bonne foi à l’égard des justiciables (art. 5 et 9 Cst.) le principe de l’interdiction du déni de justice formel, qui comprend la prohibition de tout formalisme excessif. Un tel formalisme existe lorsque la stricte application des règles de procédure ne se justifie par aucun intérêt digne de protection, devient une fin en soi, complique sans raison objective la réalisation du droit matériel ou entrave de manière inadmissible l’accès aux tribunaux (Arrêts du Tribunal fédéral
2A.507/2002
du 31 mars 2004, consid. 5.2 et réf. cit. ;
1P.109/2004
du 10 mars 2004, consid. 2.1 et réf. cit.). C’est en particulier le cas lorsque la violation d’une règle de forme de peu d’importance entraîne une sanction grave et disproportionnée, telle par exemple une décision d’irrecevabilité (ATF
134 II 244
; Arrêt du Tribunal fédéral
2C_86/2010
du 4 octobre 2010 ;
ATA/768/2010
du 9 novembre 2010 ;
ATA/356/2009
du 28 juillet 2009 et jurisprudence citée ; P. MOOR, Droit administratif, vol. II, 2002, p. 230 ss).
6. En l’espèce, la requête du recourant tendant à ce qu’une prolongation de délai lui soit accordée pour payer l’avance de frais a été présentée avant l’expiration du délai fixé par le TAPI. Il ressortait de ce pli que le versement n’avait pu être effectué dans le délai, ce qui peut en soi déjà constituer un motif fondé, au sens de l’art. 16 al. 2 LPA. Dans la mesure où le TAPI s’estimait insuffisamment informé, il lui appartenait de demander au recourant de préciser les raisons avant de statuer (
ATA/860/2010
du 7 décembre 2010). Enfin, rien n’empêchait cette autorité de prolonger le délai pour verser l’avance de frais, afin d’éviter de tomber dans un formalisme excessif.
7. En conséquence, le recours sera admis et la décision attaquée annulée. La cause sera renvoyée au TAPI pour qu’il traite le recours. Vu l'issue de celui-ci, il ne sera pas perçu d'émolument (art. 87 LPA). Une indemnité de procédure de CHF 1'000.- sera allouée au recourant, à la charge de l’Etat de Genève.
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