Decision ID: e4a510c2-955b-4069-a622-3b50787ca606
Year: 2002
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. A._ a déposé le 6 avril 2001 une demande d'indemnités de chômage à compter du 7 mars 2001. Il y a indiqué qu'il avait été employé du 23 juillet 1990 au 31 octobre 2000 par X._ AG et que son contrat de travail avait été résilié par son employeur pour des motifs économiques. La société précitée a complété le 27 mars 2001 le formulaire "attestation de l'employeur" et y a confirmé les indications fournies par l'intéressé en précisant qu'il avait été employé en qualité de gestionnaire de fortune. A._ a également produit un extrait du Registre du Commerce de Genève duquel il ressort qu'il était administrateur avec signature individuelle de la société X._ AG.
B. La Caisse publique cantonale vaudoise de chômage (la caisse) a refusé le 16 mai 2001 d'accorder des prestations de chômage à l'intéressé à partir du 7 mars 2001. Cette décision retenait en bref que A._ avait confirmé refuser de radier sa signature au Registre du Commerce, que l'art. 31 al. 3 de la loi fédérale sur l'assurance-chômage obligatoire et l'indemnité en cas d'insolvabilité du 25 juin 1982 (LACI) ne permettait pas de lui conférer un droit aux indemnités, qu'il avait fait appel à l'assurance-chômage uniquement en raison de difficultés passagères rencontrées dans son entreprise, qu'il était détenteur du capital-actions de 100'000 fr. de la société X._ AG et qu'il y avait effectivement un pouvoir décisionnel.
A._ a recouru contre cette décision le 12 juin 2001 auprès du Service de l'emploi, 1ère instance cantonale de recours en matière d'assurance-chômage (ci-après : Service de l'emploi). Il a notamment relevé qu'il n'avait pas demandé une indemnité pour réduction de l'horaire de travail (chômage technique) mais des indemnités de chômage pour cause de licenciement économique, son contrat ayant été résilié pour le 31 octobre 2000, que les quelques revenus qui lui avaient été versés par la société X._ AG avaient été déclarés et constituaient des gains intermédiaires, qu'il avait effectué un nombre très significatif de démarches pour trouver un travail, que sa société était techniquement en faillite, qu'il ne disposait donc pas du capital-actions de 100'000 fr., qu'une mise en faillite de cette société aurait des effets catastrophiques sur ses recherches d'emploi, qu'elle mettrait fin à ses gains intermédiaires et que, dès qu'il aurait trouvé un emploi, il pourrait liquider sa société sans encourir la faillite. L'intéressé a également fait part de son indignation sur la façon dont son dossier avait été traité et a produit des documents de nature à appuyer sa position.
La caisse a transmis son dossier et ses déterminations au Service de l'emploi le 26 juillet 2001. Elle y a précisé que les arguments de l'intéressé n'apportaient aucun élément nouveau susceptible d'entraîner une modification de la décision et que le recourant ne pouvait dès lors pas être considéré, sur la base de la jurisprudence du Tribunal fédéral des assurances (TFA), comme étant au chômage au sens de l'art. 10 LACI.
A._ a produit le 22 août 2001 un arrêt du TFA du 6 juillet 2001 (référence C 291/99 Tn) concernant une situation analogue à la sienne. Cette jurisprudence sera examinée dans les considérants qui suivent.
C. Par décision du 21 septembre 2001, le Service de l'emploi a rejeté le recours de l'intéressé et confirmé la décision de la caisse. Il y a rappelé la teneur de l'art. 31 LACI, les principes posés par le Secrétariat d'Etat à l'économie en matière de droit à la réduction de l'horaire de travail pour les personnes exerçant une influence prépondérante sur les décisions prises par l'employeur et la jurisprudence du TFA et du Tribunal administratif vaudois selon laquelle les personnes ayant une influence sur les décisions prises dans l'entreprise ne pouvaient pas prétendre à des indemnités pour réduction de l'horaire de travail. Il a également analysé la jurisprudence produite par l'intéressé le 22 août 2001 pour en déduire qu'elle ne s'appliquait pas à son cas puisqu'il continuait à avoir des relations avec la société qui l'avait licencié, société dans laquelle il avait gardé un pouvoir décisionnel.
D. C'est contre cette décision que A._ a recouru auprès du tribunal de céans le 2 novembre 2001, par l'intermédiaire de l'avocat Jacques-André Schneider. Il fait notamment valoir que, dans le courant du mois d'octobre 2000, il a été contraint de rechercher un nouveau débouché professionnel en raison de la baisse des affaires de la société X._ AG à la suite notamment du décès d'un important client à la fin de l'année 1998, que le compte de profits et pertes de cette société pour l'exercice 2000 dégageait une perte de 121'963 fr. 53, que le réviseur responsable lui a donc conseillé d'arrêter son activité et de chercher un nouvel emploi et qu'il s'était livré dès le mois de janvier 2001 à des recherches d'emploi qui n'avaient malheureusement pas abouti en raison de la situation économique défavorable dans le milieu bancaire. Il précise que la société précitée a été vendue le 19 septembre 2001 et se livre à une analyse détaillée des dispositions légales et de la jurisprudence applicables à sa situation, en insistant sur le fait que l'autorité intimée n'avait pas examiné son aptitude au placement et le droit à l'indemnité qui en découlait. Il conclut donc à ce que son droit aux indemnités de chômage soit reconnu dès le 7 mars 2001. Le détail de l'argumentation du recourant et le contenu des pièces produites à l'appui de son pourvoi seront repris dans la mesure utile dans les considérants ci-dessous.
E. Par avis du 7 novembre 2001, le juge instructeur du tribunal a interpellé les parties pour qu'elles se déterminent sur la date de notification de la décision litigieuse au recourant. Ce dernier a répondu le 13 novembre 2001 qu'il confirmait avoir reçu la décision litigieuse le 4 octobre 2001 et qu'il ne se souvenait pas qu'elle lui ait été notifiée par pli recommandé. A défaut de déterminations de l'autorité intimée sur la recevabilité formelle du recours, le juge instructeur du tribunal a constaté le 3 décembre 2001 que, la décision ayant été communiquée sous pli simple, il n'était pas impossible qu'elle ait été reçue par son destinataire le 4 octobre 2001 seulement, si bien qu'il y avait lieu d'admettre que le recours avait été interjeté en temps utile.
Le Service de l'emploi a transmis son dossier le 21 décembre 2001 tout en indiquant qu'il s'en remettait à justice.
A la suite d'une intervention du juge instructeur du tribunal, le recourant a confirmé le 11 janvier 2002 qu'il n'était pas en mesure de produire une copie de l'attestation de gains intermédiaires dont il avait annoncé la production à l'appui de son pourvoi, cette pièce n'ayant pas été retrouvée par la caisse ni par l'Office régional de placement de Nyon.
F. Le Tribunal administratif a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:
1. Déposé dans le délai de trente jours fixé à l'art. 103 al. 3 LACI, le recours, formé en temps utile, est au surplus recevable en la forme (art. 103 al. 6 LACI; 31 LJPA).
2. Le présent recours porte sur la question de savoir si A._ peut prétendre des indemnités de l'assurance-chômage à compter du 7 mars 2001, date à partir de laquelle il a fait contrôler son inactivité professionnelle. L'autorité intimée a confirmé une décision de la caisse refusant de donner suite à cette demande d'indemnisation pour le motif qu'en sa qualité d'administrateur unique de la société qui l'employait, soit X._ AG, le recourant était employeur et employé en même temps et que l'ouverture d'un délai-cadre d'indemnisation en sa faveur viderait de son sens l'art. 31 LACI délimitant le cercle des ayant-droits aux allocations versées en cas de réduction de l'horaire de travail.
a) L'art. 31 al. 3 let c LACI dispose que n'ont pas droit à l'indemnité en cas de réduction de l'horaire de travail les personnes qui fixent les décisions que prend l'employeur - ou peuvent les influencer considérablement - en qualité d'associé, de membre d'un organe dirigeant de l'entreprise ou encore de détenteur d'une participation financière à l'entreprise; il en va de même des conjoints de ces personnes, qui sont occupés dans l'entreprise.
D'après la jurisprudence, un travailleur qui jouit d'une situation professionnelle comparable à celle d'un employeur n'a pas droit à l'indemnité de chômage (art. 8 ss LACI) lorsque, bien que licencié formellement par une entreprise, il continue à fixer les décisions de l'employeur ou à influencer celles-ci de manière déterminante. Dans le cas contraire, en effet, on détournerait par le biais des dispositions sur l'indemnité de chômage la réglementation en matière d'indemnités en cas de réduction de l'horaire de travail, en particulier l'art. 31 al. 3 let c LACI (TFA arrêt du 6 juillet 2001, référence C 291/99 Tn; TFA arrêt du 28 mars 2001 publié in DTA 2001 no 25 p. 218 et les références citées). Ainsi et par exemple, l'administrateur qui est en même temps salarié d'une société anonyme et qui est titulaire de la signature collective à deux, doit être considéré comme appartenant au cercle des personnes visées par l'art. 31 al. 3 let c LACI, quelle que soit l'étendue de la délégation des tâches et le mode de gestion interne de la société et nonobstant le fait que le président du Conseil d'administration détienne 90% des actions et dispose quant à lui, de la signature individuelle (TFA, arrêt du 6 juillet 2001 précité). Notre Haute Cour considère ainsi qu'il existe un étroit parallélisme entre le droit à l'indemnité en cas de réduction de l'horaire de travail et le droit à l'indemnité de chômage. La situation est en revanche différente quand le salarié, se trouvant dans une position assimilable à celle de l'employeur, quitte définitivement l'entreprise en raison de la fermeture de celle-ci; en pareil cas, on ne saurait parler d'un comportement visant à éluder la loi. Il en va de même lorsqu'une entreprise continue d'exister mais que le salarié, par suite de résiliation de son contrat, rompt définitivement tous liens avec la société. Dans un cas comme dans l'autre, l'intéressé peut en principe prétendre des indemnités (TFA arrêt du 6 juillet 2001, référence C 291/99 Tn, DTA 2001, no 25 p. 18 et les références citées).
Il ressort des quelques explications qui précèdent que les critères déterminants permettant de refuser ou au contraire d'accorder des indemnités de chômage résident dans le départ définitif du salarié en raison de la fermeture de l'entreprise ou dans la rupture définitive de tous liens avec une société qui continue d'exister.
b) En l'espèce, le recourant ne conteste pas qu'après son licenciement de l'entreprise X._ AG, avec effet au 31 octobre 2000, il ait conservé sa qualité d'administrateur unique de cette société. Il est en outre constant qu'il a continué à avoir une activité au service de cette société puisqu'il qualifie les revenus obtenus de ce chef de gains intermédiaires. De plus, il a continué à assumer une fonction dirigeante au sein de cette société en la maintenant en vie dans le but d'entreprendre des mesures d'assainissement (mémoire de recours du 2 novembre 2001, ch. 32 p. 7).
Il apparaît donc, conformément à la jurisprudence citée sous considérant 2a ci-dessus, que le recourant, bien que licencié formellement, a continué à fixer les décisions de X._ AG et qu'il n'a pas rompu définitivement tous liens avec cette société depuis le 31 octobre 2000. Il ne peut donc pas être mis au bénéfice des indemnités de l'assurance-chômage à compter du 7 mars 2001. Il faut encore relever que les raisons pour lesquelles le recourant a poursuit son activité au sein de sa société ne sont pas déterminantes puisque c'est la poursuite même de l'activité qui doit être examinée pour décider si le droit à l'indemnité est ouvert (TFA, arrêt du 6 juillet 2001 déjà cité à plusieurs reprises).
3. On soulignera encore que le grief que le recourant fait à l'autorité intimée de n'avoir examiné son cas que sous l'angle des règles relatives à l'indemnité en cas de réduction de l'horaire de travail n'est pas fondé puisque les principes applicables en cette matière le sont également dans le domaine des indemnités de chômage au sens des art. 8 ss LACI. Pour la même raison, c'est en vain que le recourant reproche à l'autorité intimée de ne pas avoir examiné son aptitude au placement.
Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté et la décision attaquée confirmée. Conformément à l'art. 103 al. 4 LACI, les frais sont laissés à la charge de l'Etat. Il n'est pas alloué de dépens (art. 55 LJPA).