Decision ID: 005d8731-19ac-55a7-9b73-1bb850e9e9c0
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte déposé au greffe de la Chambre de céans le 15 mars 2018, A_ recourt
contre l'ordonnance
du 1
er
mars 2018, notifiée le 5 suivant, par laquelle le Ministère public
a classé sa plainte.
Le recourant conclut à l'annulation du l'ordonnance querellée en ce qu'elle classe sa plainte pour l'agression subie la nuit du 13 novembre 2016 et au renvoi de la cause au Ministère public pour instruction, mise en prévention de B_ et C_ et renvoi du dossier en jugement.
b.
Le recourant a versé les sûretés en CHF 900.- qui lui étaient réclamées par la Direction de la procédure.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
À teneur du rapport de renseignements du 5 décembre 2016, une altercation avait eu lieu le 13 novembre 2016 vers 2h45 dans la région de la discothèque "D_". Cette altercation, qui avait opposé deux groupes de personnes, s'était déroulée en trois phases, la première à l'intérieur de l'établissement, la deuxième devant le D_ et sur la chaussée et la troisième à hauteur du _. ![endif]>![if>
b.
Les 14 et 15 novembre 2016, E_, F_, G_ et B_ ont déposé une plainte pénale, reprochant notamment à A_, H_ et I_ de les avoir agressés la nuit en question. Ils ont produit des certificats médicaux des lésions subies.![endif]>![if>
c.
À teneur du rapport d'arrestation du 7 décembre 2016, la police a examiné la vidéosurveillance de la place _ sur laquelle, à 3h55, est aperçu un groupe de 3 individus en train de s'en prendre à B_ lequel se fait violemment jeter au sol et rouer de coups. A_ y est reconnu en train de donner de violents coups de poings à la victime et J_ (mineur) ainsi que H_ lui donner de violents coups de pieds. A_ est également filmé en train de traîner la victime sur quelques mètres. La seconde vidéo, issue du journal "_", montre H_ au sol. ![endif]>![if>
d.
La police a entendu les personnes accompagnant A_, soit son beau-frère, J_ (C-37), son épouse, K_ (C-89), sa belle-sœur, I_ (C-51) et son ami H_ (C-71), dont aucune n'a fait état de coups reçu par A_ ni qu'il serait tombé au sol ni qu'il aurait subi des lésions. Seuls son frère, L_ (C-204), a déclaré avoir vu A_ se faire piétiner et H_ prendre des coups et la copine de son frère, M_ (C-210), avoir vu 8 garçons sauter sur A_, avant de rapidement s'en aller. J_ a déclaré qu'A_ et H_ s'étaient battus avec B_ à l'extérieur du D_.![endif]>![if>
e.
Le 12 décembre 2016, A_, entendu en qualité de prévenu par la police, a déclaré, s'agissant de la deuxième phase de l'altercation, que "
4-5 hommes sont arrivés et ont roué de coup H_ en le mettant au sol. En même temps, 3-4 hommes sont venus sur moi et ont essayé de me mettre au sol, en vain. Je me suis pris un coup de poing au visage et là, je suis tombé au sol
". Sur la vidéo prise par la caméra du carrefour _, il a déclaré ne reconnaître que sa femme, K_, avec sa veste blanche. Il n'était pas en mesure de dire qui était l'homme habillé tout en blanc. Il pensait que c'était lui qui était maintenu au sol.![endif]>![if>
f.
À la suite de son audition, A_ a déposé une plainte pénale contre inconnu déclarant avoir été agressé au D_ dans la nuit du 13 novembre 2016 et souffrir de douleurs au niveau de la mâchoire ainsi qu'à une dent. Le véhicule de son épouse avait subi des dégâts à la carrosserie (A-80). ![endif]>![if>
g.a.
L'ensemble des protagonistes impliqués dans les faits précités ont été entendus par le Ministère public.
g.b.
Les plaignants ont tous contesté avoir donné des coups à A_, respectivement avoir endommagé le véhicule qu'il conduisait.
g.c.
Lors de l'audience 7 mars 2017, en présence des protagonistes des deux groupes, les images de l'agression devant le D_ ont été visionnées. On y voit deux individus s'en prendre à un troisième, en lui assénant des coups alors qu'il est au sol, puis le traîner, tout en lui assénant des coups supplémentaires.
A_ a déclaré qu'il était la personne qui se faisait agresser sur les images, respectivement traîner sur le dos. B_ a déclaré qu'il était la victime, et non pas de A_, ajoutant que cela était démontré par les certificats médicaux constatant de multiples dermabrasions, notamment au niveau du dos.
A_ a déclaré que B_ lui avait donné un coup de poing par derrière alors qu'il essayait de sortir H_ "
de là
" (C-232). M_ a déclaré que c'était "
assez flou
" et avoir vu un groupe de garçon s'attaquer à A_ qui avait reçu plusieurs coups dans la tête et être partie directement (C-232), M_ avait vu huit à dix personnes agresser H_ et son frère; il avait quitté les lieux (C-232); J_ a déclaré ne pas avoir vu A_ prendre des coups (C-236).
h.
Par avis de prochaine clôture du 21 décembre 2017, le Ministère public a annoncé qu'il allait rédiger un acte d'accusation renvoyant en jugement A_, H_ et L_ notamment pour les agressions du 13 décembre 2016 au préjudice de E_, F_, G_, N_ et B_.![endif]>![if>
i.
Par avis de prochaine clôture du 2 février 2018, le Procureur a annoncé qu'une ordonnance de classement, s'agissant de la plainte pénale de A_, serait rendue et a imparti à ce dernier un délai pour présenter ses éventuelles réquisitions de preuve. Par courrier du 14 février 2018, le conseil de A_ n'a pas sollicité l'administration de nouvelles preuves.![endif]>![if>
C.
Dans sa décision querellée, le Ministère public retient que l'instruction n'avait pas permis d'établir, ou même de rendre vraisemblable, que les faits dénoncés par A_ se seraient déroulés. Aucun élément à la procédure ne démontrait que A_ avait reçu des coups dans la nuit du 13 novembre 2016, ni que le véhicule de son épouse avait subi des dommages. S'agissant de l'épisode devant le D_, il avait été établi que la personne se trouvant au sol était B_, dont les lésions au niveau du dos constatées par certificat médical étaient conformes au déroulement des faits. Cela était confirmé par les déclarations de J_ à la police, selon lesquelles A_ et H_ s'étaient battus avec B_, les images de vidéosurveillance sur lesquelles on voit deux personnes s'en prendre à un individu seul, J_ asséner un violent coup de pied à la personne se trouvant au sol et deux individus lui donner également des coups. Il paraissait peu probable que J_ ait frappé A_, son beau-frère, ce qui confirmait à nouveau que l'homme à terre était B_. A_, contrairement à B_, n'avait pas fait constater ses blessures suite aux faits; il avait déposé une plainte pénale mais uniquement à la suite à son audition en qualité de prévenu par la police, un mois après les faits.
D.
a.
À l'appui de son recours, A_ précise ne pas recourir contre le classement de sa plainte pour dommage à la propriété. Lors de son audition, il avait déclaré avoir été agressé par trois ou quatre hommes à la sortie du D_ lesquels avaient tenté de le mettre au sol et lui avait ensuite asséné un coup de poing au visage, ce qui l'avait fait tomber. Il était la personne au sol, et non B_ comme retenu par le Procureur, que l'on voyait sur la vidéo en train de se faire frapper par deux individus, B_ et C_
b.
Le Ministère public réplique.
c.
Le recourant persiste dans son recours.

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner du plaignant qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. b CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).![endif]>![if>
2.
Le recourant fait grief au Ministère public d'avoir classé sa plainte pour agression.![endif]>![if>
2.1.
À teneur de l'art. 319 CPP, le ministère public ordonne le classement de la procédure lorsqu'aucun soupçon justifiant une mise en accusation n'est établi (let. a), lorsque les éléments constitutifs d'une infraction ne sont pas réunis (let. b), respectivement lorsque des faits justificatifs empêchent de retenir une infraction contre le prévenu (let. c). Ces conditions doivent être interprétées à la lumière de la maxime "
in dubio pro duriore
" (ATF
138 IV 86
consid 4.1.1; arrêt du Tribunal fédéral
6B_744/2016
du 1er mars 2017 consid. 3.1), selon laquelle un classement ne peut généralement être prononcé que lorsqu'il apparaît clairement que les faits ne sont pas punissables. Le ministère public et l'autorité de recours disposent, dans ce cadre, d'un pouvoir d'appréciation. La procédure doit se poursuivre lorsqu'une condamnation apparaît plus vraisemblable qu'un acquittement ou lorsque les probabilités d'acquittement et de condamnation semblent équivalentes, en particulier en présence d'une infraction grave (ATF
138 IV 86
précité, consid. 4.1.2; arrêt du Tribunal fédéral
6B_744/2016
précité).![endif]>![if>
2.2.
L'art. 123 CP réprime le comportement de celui qui aura causé à un tiers des lésions corporelles simples. ![endif]>![if>
L'art. 134 CP punit d'une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d'une peine pécuniaire l'auteur qui aura participé à une agression dirigée contre une ou plusieurs personnes au cours de laquelle l'une d'entre elles ou un tiers aura trouvé la mort ou subi une lésion corporelle.
S'il peut être établi que l'un des agresseurs a causé des lésions corporelles, l'infraction de lésions visée par les art. 122 ss CP absorbe, en ce qui le concerne, l'agression au sens de l'art. 134 CP. En effet, l'infraction de lésions corporelles saisit et réprime déjà la mise en danger effective de la personne blessée lors de l'agression. Dès lors, un concours entre les art. 134 CP et 122 ss CP ne peut être envisagé que lorsque la mise en danger de la personne qui a subi des lésions corporelles simples lors de l'agression a dépassé en intensité le résultat intervenu (ATF
135 IV 152
consid. 2.1.2; arrêt du Tribunal fédéral
6B_373/2011
du 14 novembre 2011 consid. 3.3).
L'art. 123 CP réprime les lésions du corps humain ou de la santé qui ne peuvent être qualifiées de graves au sens de l'art. 122 CP. Cette disposition protège l'intégrité corporelle et la santé tant physique que psychique. Les lésions corporelles sont une infraction de résultat qui implique une atteinte importante aux biens juridiques ainsi protégés (ATF
134 IV 189
consid. 1.1 p. 191; ATF
135 IV 152
consid 2.1.1 p. 154). Relèvent de cette disposition les fractures sans complication guérissant complètement, des meurtrissures, des écorchures, des griffures provoquées par des coups, des heurts ou d'autres causes du même genre (ATF
119 IV 25
consid. 2 p. 26). L'art. 123 CP vise en particulier toutes les dégradations du corps humain, externes ou internes, à la suite d'un choc ou de l'emploi d'un objet, telles les fractures, les foulures, les coupures et les hématomes (arrêt du Tribunal fédéral 6B_/2015 du 28 avril 2015 consid. 2.1). Un coup de poing dans la figure ayant provoqué un hématome doit, déjà, être sanctionné en application de l'art. 123 CP, parce qu'un hématome est la conséquence de la rupture d'un vaisseau sanguin, dommage qui est une lésion du corps humain, même si celle-ci est superficielle et de peu d'importance (ATF
119 IV 25
).
3.
En l'espèce, la question qui se pose n'est pas de savoir si une bagarre a opposé diverses personnes dont le recourant et les deux autres personnes dont il demande le renvoi en jugement, mais si le premier cité a été victime de lésions corporelles.
![endif]>![if>
Or, le recourant, qui s'est plaint de douleur à la mâchoire et à une dent, n'a produit aucun certificat médical ni photographies attestant de lésions.
Aucun des protagonistes n'a déclaré avoir vu qu'il aurait reçu un coup de poing au visage ni constaté de lésions par la suite, pas même sa femme. Seuls son frère L_ et l'amie de celui-ci, M_, déclarent qu'il se serait fait piétiner ou aurait reçu des coups sur la tête. Ces déclarations doivent être prises avec circonspection, vu le lien entre les parties. En outre, elles ne correspondent pas aux déclarations du recourant en lien avec ses douleurs. Lui-même déclare au Procureur avoir reçu un coup derrière la tête et non plus de face.
Même à supposer qu'il ait reçu des coups, les lésions ne sont pas établies.
À défaut de cet élément constitutif, l'infraction d'agression, voire de lésions corporelles, n'est pas réalisée et c'est à raison que le Ministère public a ordonné le classement de la plainte du recourant.
4.
Justifiée, l'ordonnance querellée sera donc confirmée.![endif]>![if>
5.
Le recourant, qui succombe, supportera les frais envers l'État, fixés en totalité à CHF 900.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).![endif]>![if>