Decision ID: 22070971-74a6-40af-8eda-6a03ef579d61
Year: 2010
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
A. X._ Y._ Z._, ressortissante portugaise née le 26 février 1983, est arrivée en Suisse le 13 novembre 1995 et a été mise au bénéfice d'une autorisation d'établissement CE/AELE. Le 24 décembre 2003, elle a donné naissance à B. X._, lequel a également été mis au bénéfice d'une autorisation d'établissement CE/AELE.
Le 15 mai 2006, tous deux ont quitté la Suisse à destination de la France, où A. X._ Y._ Z._ a donné naissance à C. Y._ Z._ le 2 juin 2006.
Le 25 juillet 2006, l'intéressée a épousé E. F._ Z._, de nationalité portugaise et père de son deuxième enfant.
Le 13 septembre 2007, A. X._ Y._ Z._ est revenue en Suisse avec son époux et les enfants C. et B., et a indiqué dans le formulaire "
Annonce d'arrivée ressortissant(e) de l'UE ou de l'AELE
", sous la rubrique "But du séjour", qu'il s'agissait d’un retour en Suisse.
D'après le SPOP, l'époux de l'intéressée, E. F._ Z._, a été mis au bénéfice d'une autorisation de séjour le 6 novembre 2008.
Par correspondance du 9 décembre 2008, le Bureau des étrangers de la Commune de 1******** a notamment indiqué au Service de la population (ci-après: SPOP) que A. X._ Y._ Z._ n'avait pas été en mesure de lui fournir de pièce d'identité concernant l'enfant C. et que son époux aurait récemment quitté le domicile conjugal.
Le 15 mars 2009, A. X._ Y._ Z._ a donné naissance à D. Y._ Z._.
Par correspondance du 19 mars 2009, envoyée par pli simple, le SPOP a invité l'intéressée à lui communiquer les éléments complémentaires suivants, en indiquant qu'en l'absence de réponse de sa part, il pourrait considérer ne pas être en mesure de déterminer si les conditions pour l'octroi de l'autorisation sollicitée sont remplies, et par conséquent la refuser:
"
§
Attestation de vie commune avec votre mari, Monsieur E. F._ Z._ à signer par vous deux au bureau des étrangers de 1********.
§
Si votre époux n'est plus au domicile conjugal, prière d'indiquer la date de son départ exact et son lieu de destination.
§
Copie de l'acte de naissance de B. avec mention de la filiation.
§
Copie d'une pièce d'identité en cours de validité pour C. ou déclaration du consulat portugais de Genève attestant que la demande a été déposée.
§
Par ailleurs, nous constatons que votre autorisation d'établissement a pris fin à la suite d'un départ à l'étranger enregistré au 15.05.2006 par la Commune de 2********. Il est à relever également que C. est né en France voisine au mois de juin 2006 alors que vous aviez pris domicile à 3******** (Val-de-Marne). De plus, si vous annoncez votre retour en Suisse au 13 septembre 2007, votre mari a par la suite déclaré votre départ en France en octobre 2008. Vous voudrez bien nous fournir des explications écrites à ce propos (1
er
départ de Suisse, séjour en France et retour en Suisse) de même que nous remettre des attestations de domicile des autorités de 3******** et de la commune de 2********.
§
Si votre mari, a quitté la Suisse
, il y a également lieu de nous adresser un document officiel mentionnant l'attribution du droit de garde des enfants en votre faveur avec mention du droit de visite et une attestation du papa à l'étranger prenant note que ses fils vivent en Suisse auprès de vous,
avec signature légalisée par les autorités compétentes.
§
Justificatifs, preuve de vos moyens financiers (copie de vos trois dernières fiches de salaire)."
Par lettre du 6 mai 2009, également envoyée par pli simple, le SPOP a réitéré sa demande et a imparti à A. X._ Y._ Z._ un dernier délai au 8 juin 2009 pour lui faire parvenir les éléments sollicités, en précisant qu'à défaut, sa demande serait vraisemblablement refusée au motif qu'il ne serait pas en mesure de déterminer si les conditions pour les autorisations sollicitées seraient remplies.
B.
Par décision du 6 août 2009, le SPOP a refusé de délivrer les autorisations sollicitées, en impartissant un délai de départ au 6 septembre 2009. En substance, le SPOP a retenu que l'intéressée n'avait pas donné suite à ses demandes aux fins de compléter l'instruction de son dossier, et qu'il n'était par conséquent pas en mesure de déterminer si les conditions pour l'octroi des autorisations étaient remplies. Cette décision a été notifiée le 24 août 2009.
C.
Par acte du 23 septembre 2009, A. X._ Y._ Z._, agissant par l'intermédiaire de son conseil, en son propre nom ainsi qu'au nom de ses enfants mineurs B., C. et D., a recouru devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) contre cette décision, concluant à sa réforme en ce sens que ses enfants et elle-même soient mis au bénéfice des autorisations de séjour demandées.
Le 26 octobre 2009, l'autorité intimée s'est déterminée, concluant au rejet du recours.
Par correspondance du 28 décembre 2009, le conseil de la recourante a sollicité une copie des lettres adressées les 19 mars et 6 mai 2009 par le SPOP à sa mandante, lesquelles lui ont été transmises.
Le 15 janvier 2010, la recourante, pour elle-même et ses enfants, a renoncé à déposer un mémoire complémentaire.
Par correspondance du 15 février 2010, la recourante a informé le tribunal qu'elle faisait à nouveau ménage commun avec son époux et a indiqué qu'elle fournirait prochainement une attestation conjointe des époux confirmant ce fait. Elle n'a cependant pas concrétisé cette intention.
Par lettre du 22 février 2010, le SPOP a indiqué que les arguments invoqués n'étaient pas de nature à modifier sa décision, laquelle était par conséquent maintenue. Par ailleurs, le SPOP a rappelé que la demande de renseignements du 19 mars 2009 était restée sans réponse à ce jour, de sorte qu'il n'était toujours pas en mesure de se déterminer.
Le tribunal a statué par voie de circulation.
Les arguments des parties seront repris ci-après, dans la mesure utile.

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l'art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l'art. 79 LPA-VD.
2.
Le litige porte sur le refus d'octroi d'autorisations de séjour pour la recourante et ses trois enfants.
a) La nouvelle loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20), entrée en vigueur le 1
er
janvier 2008, remplace l'ancienne loi fédérale du 26 mars 1931 sur le séjour et l’établissement des étrangers (LSEE). Selon l'art. 126 al. 1 LEtr, les demandes déposées avant l’entrée en vigueur de la présente loi sont régies par l’ancien droit. En l'espèce, la demande litigieuse a été formulée avant le 1
er
janvier 2008, de sorte que le litige doit être examiné à l'aune de la LSEE.
b) L'art. 1 LSEE renvoie, pour les ressortissants communautaires, à l'accord du 21 juin 1999 entre la Confédération suisse d’une part, et la Communauté européenne et ses Etats membres, d’autre part, sur la libre circulation des personnes (avec annexes, protocole et acte final; ALCP; RS 0.142.112.681). La LSEE est toutefois applicable aux ressortissants communautaires si l'accord précité n'en dispose pas autrement.
3.
Comme l'a constaté l'autorité intimée, les autorisations d'établissement dont bénéficiaient la recourante et son fils B. ont pris fin suite à leur départ à destination de la France enregistré le 15 mai 2006, en application de l'art. 9 al. 3 let. c LSEE qui dispose que l'autorisation d'établissement prend fin lorsque l'étranger annonce son départ ou qu'il a séjourné effectivement pendant six mois à l'étranger. Reste ainsi à déterminer si c'est à bon droit que l'autorité intimée a refusé de délivrer des autorisations de séjour à la recourante et à ses enfants à leur retour en Suisse.
4.
Ressortissante portugaise, la recourante a indiqué dans le formulaire "
Annonce d'arrivée ressortissant(e) de l'UE ou de l'AELE
" que le but du séjour consistait en un retour en Suisse.
a) Selon l'art. 4 ALCP, le droit de séjour et d’accès à une activité économique est garanti sous réserve des dispositions de l’art. 10 et conformément aux dispositions de l’annexe I.
Quant aux personnes n’exerçant pas d’activité économique, le droit de séjour sur le territoire d’une partie contractante est garanti selon les dispositions de l’annexe I relatives aux non actifs (art. 6 ALCP).
b) L'art. 2 al. 1 et 2 de l'annexe I à l'ALCP prévoit notamment ce qui suit:
"
Art. 2 Séjour et activité économique
(
1) Sans préjudice des dispositions de la période transitoire arrêtée à l’art. 10 du présent accord et au chap. VII de la présente annexe, les ressortissants d’une partie contractante ont le droit de séjourner et d’exercer une activité économique sur le territoire de l’autre partie contractante selon les modalités prévues aux chap. II à IV. Ce droit est constaté par la délivrance d’un titre de séjour ou spécifique pour les frontaliers.
(...)
(2) Les ressortissants des parties contractantes n’exerçant pas d’activité économique dans l’Etat d’accueil et qui ne bénéficient pas d’un droit de séjour en vertu d’autres dispositions du présent accord ont, pour autant qu’ils remplissent les conditions préalables requises dans le chap. V, un droit de séjour. Ce droit est constaté par la délivrance d’un titre de séjour."
c) En application de l'art. 2 al. 2 de l'annexe I à l'ALCP, l'art. 24, situé au chapitre V de l'annexe I à l'ALCP, dispose:
"
Art. 24 Réglementation du séjour
(1) Une personne ressortissante d’une partie contractante n’exerçant pas d’activité économique dans l’Etat de résidence et qui ne bénéficie pas d’un droit de séjour en vertu d’autres dispositions du présent accord reçoit un titre de séjour d’une durée de cinq ans au moins, à condition qu’elle prouve aux autorités nationales compétentes qu’elle dispose pour elle-même et les membres de sa famille:
a) de moyens financiers suffisants pour ne devoir faire appel à l’aide sociale pendant leur séjour;
b) d’une assurance-maladie couvrant l’ensemble des risques.
(...)."
d) Selon l'art. 3 al. 1 de l'annexe I de l'ALCP, les membres de la famille d'une personne ressortissante d'une partie contractante ayant un droit de séjour ont le droit de s'installer avec elle. Sont notamment considérés comme membres de la famille, quelle que soit leur nationalité, le conjoint et leurs descendants de moins de 21 ans ou à charge.
e) Il découle de ce qui précède que la recourante, en tant que ressortissante communautaire d'une part, et d'épouse d'un ressortissant communautaire au bénéfice d'une autorisation de séjour en Suisse d'autre part, peut en principe prétendre à une autorisation de séjour pour elle-même et ses enfants aux conditions précitées. On ne sait toutefois ni si la recourante exerce une activité économique, ni si elle dispose de moyens financiers suffisants en l'absence d'une telle activité, ni si elle entend se prévaloir d'un regroupement familial auprès de son époux.
5.
L'art. 3 al. 2 LSEE dispose que
l'étranger, ainsi que son employeur, sont tenus de renseigner exactement l'autorité sur tout ce qui est de nature à déterminer sa décision
.
Cette obligation de collaborer a d'ailleurs été reprise à l'art. 90 LEtr.
En application de cette dernière disposition, le tribunal a récemment rejeté un recours contre une décision du SPOP refusant de délivrer une autorisation de séjour par regroupement familial, au motif que la recourante n'avait produit aucun des documents requis par le SPOP pour l'examen de sa demande malgré plusieurs rappels, y compris dans la procédure de recours (PE.2009.0646 du 11 juin 2010 consid. 3).
b) En l'espèce, l'autorité intimée a refusé de délivrer les autorisations de séjour litigieuses après avoir sollicité à deux reprises - en vain - auprès de la recourante les informations nécessaires à l'examen de son dossier, par correspondances des 19 mars et 6 mai 2009.
Pour sa part, la recourante soutient ne pas avoir eu connaissance des deux demandes précitées, ce qui expliquerait qu'elle n'y ait pas répondu. Cela étant, même s'il est vrai que l'autorité intimée n'est pas en mesure de démontrer que la recourante a bel et bien reçu les correspondances précitées envoyées par pli simple, celles-ci lui ont été transmises dans le cadre de la présente procédure. Or la recourante n'a pas produit les documents requis, alors qu'elle eût été en mesure de le faire en cours de procédure. Au demeurant, elle ne donne aucune explication sur l'absence de production desdits documents et informations. Faute de disposer des informations requises, l'autorité intimée n'était ainsi pas en mesure de statuer sur la demande de la recourante et était en conséquence fondée à refuser les autorisations requises.
En conclusion, le recours ne peut qu'être rejeté. La recourante aura la possibilité de présenter une nouvelle demande d'autorisation de séjour, pour elle-même et ses enfants, dès qu'elle sera à même de produire les pièces requises par l'autorité intimée.
6.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. La recourante, qui succombe, supportera les frais de justice et n'a pas droit à une allocation de dépens (art. 49 et 55 LPA-VD).