Decision ID: 8b519cba-40b4-4c0a-b950-756b7355211b
Year: 2010
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. A. X._, ressortissant du Kosovo (ex-Serbie-et-Monténégro) né le 10 janvier 1965, marié et père de quatre enfants vivant avec leur mère au Kosovo, a sollicité en mars 2008 la délivrance d'une autorisation de séjour et de travail sur la base de l'art. 13 let. f de l'ordonnance du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (OLE) en vigueur jusqu'au 31 décembre 2007, indiquant à cette occasion qu'il était entré en Suisse en mars 1988.
Par décision du 23 mars 2009, le Service de la population (SPOP) a refusé de délivrer une autorisation de séjour sous quelque forme que ce soit à A. X._ et lui a imparti un délai de deux mois pour quitter la Suisse. Cette décision a été notifiée par avis paru dans la Feuille des avis officiels du 27 mars 2009 parce qu'un précédent courrier, du 6 mars 2009, expédié à l'adresse indiquée par le prénommé, était revenu avec la mention que le destinataire était introuvable, "parti sans adresse".
Convoqué par le SPOP, l'intéressé s'est vu remettre le 4 septembre 2009 une carte de sortie en vue de faire la preuve de sa sortie effective de Suisse.
Par acte du 12 septembre 2009, A. X._ a saisi la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) d'un recours dirigé contre la décision du SPOP du 23 mars 2009, d'une part, et la carte de sortie du 4 septembre 2009, d'autre part. Son recours, enregistré sous la référence PE.2009.0504, a été déclaré irrecevable par décision rendue le 27 octobre 2009 par la juge instructrice, l'avance de frais n'ayant pas été versée.
Par acte du 27 octobre 2009, A. X._ a saisi la CDAP d'un recours dirigé contre une carte de sortie du 21 octobre 2009, qui lui avait été remise à la suite de son interpellation sur un chantier. Son recours, enregistré sous la référence PE.2009.0586, a été derechef déclaré irrecevable, faute d'avance de frais versée à temps, par décision rendue le 6 janvier 2010 par la juge instructrice.
B. Le 19 février 2010, le SPOP a imparti à A. X._ un délai au 18 mars 2010 pour quitter la Suisse. Invité à cette occasion à contrôler le départ du prénommé, le Bureau des étrangers de 1******** a répondu au SPOP que A. X._ n'était pas inscrit dans la commune.
A la requête du SPOP, la gendarmerie a notifié le 17 mars 2010 à A. X._ une lettre lui impartissant un délai de départ au 6 avril 2010.
C. Le 6 avril 2010, A. X._ a derechef sollicité auprès du SPOP la délivrance d'un permis annuel de séjour de type B; dans sa demande, il expose qu'il vit en Suisse depuis 1988 et rappelle son parcours, notamment professionnel, depuis cette date.
Par décision du 15 avril 2010, notifiée le 10 mai 2010, le SPOP a déclaré sa demande de reconsidération du 6 avril 2010 irrecevable et lui a imparti un délai de départ immédiat pour quitter la Suisse.
Par acte du 31 mai 2010, A. X._ a saisi la CDAP d'un recours dirigé contre la décision du SPOP précitée, concluant à l'annulation de celle-ci et à ce qu'il soit entré en matière sur ses demandes des 2 février 2008 et 6 avril 2010 et qu'elles soient transmises "à Berne au sens de l'art. 13 let. f OLE".
L'effet suspensif au recours a été levé à titre préprovisionnel.
A réception du dossier de l'autorité intimée, il a été décidé de renoncer à l'échange des écritures et le tribunal a statué immédiatement, conformément à ce que prévoit l'art. 82 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36).

Considérant en droit
1. a) L'art. 64 LPA-VD régit la procédure de réexamen devant l'autorité de première instance ainsi qu'il suit:
"Art. 64 Principes
1 Une partie peut demander à l'autorité de réexaminer sa décision.
2 L'autorité entre en matière sur la demande:
a. si l'état de fait à la base de la décision s'est modifié dans une mesure notable depuis lors, ou
b. si le requérant invoque des faits ou des moyens de preuve importants qu'il ne pouvait pas connaître lors de la première décision ou dont il ne pouvait pas ou n'avait pas de raison de se prévaloir à cette époque, ou
c. si la première décision a été influencée par un crime ou un délit."
b) Le recourant allègue qu'il a déposé le 2 février 2008 une demande de permis humanitaire à laquelle il n'aurait été donné aucune suite. Il argue qu'aucune autorité, que ce soit le SPOP ou l'autorité de céans, n'aurait examiné sa demande sur le fond si bien que l'on ne saurait parler de la reconsidération d'une décision qui n'a jamais été tranchée sur le fond.
Une telle argumentation ne résiste pas un instant à l'examen. En effet, il résulte du dossier que le SPOP a examiné et tranché le fond de la demande du recourant du 2 février 2008 dans une décision motivée du 23 mars 2009, au terme de laquelle l'existence d'une situation de détresse personnelle susceptible de constituer un cas de rigueur a été écartée. Cette décision est entrée en force à la suite de la décision de la juge instructrice du 27 novembre 2009 déclarant le recours de l'intéressé irrecevable. Il en résulte que la demande du recourant du 2 février 2008 a bien été examinée au fond par l'autorité de première instance. Si l'autorité de céans n'a pas procédé au contrôle judiciaire de la décision du SPOP du 23 mars 2009, cette circonstance est entièrement imputable au recourant qui, en ne versant pas l'avance de frais requise, n'a pas satisfait aux conditions de recevabilité du recours dirigé contre cette décision.
c) La présente procédure, qui constitue une voie de droit extraordinaire, nécessite une modification des éléments à la base de la décision dont le réexamen est demandé. Or, le recourant n'allègue en l'espèce aucune circonstance nouvelle, ni n'invoque des faits ou des moyens de preuve inconnus de lui au moment de la première décision du SPOP. En effet, il revient exclusivement sur sa situation personnelle, déjà invoquée précédemment, et qui ne s'est modifiée en aucune manière dans l'intervalle. Sa demande de réexamen est clairement irrecevable. Elle ne doit pas permettre de remettre continuellement en cause la décision du SPOP du 23 mars 2009 entrée en force (ATF 120 Ib 42). Le présent recours est dilatoire et confine à la témérité. L'attention du recourant est formellement attirée sur la teneur de l'art. 39 LPA-VD qui permet d'infliger une amende de 1'000 fr. au plus à quiconque engage une procédure téméraire, use de procédés abusifs ou perturbe l'avancement d'une procédure.
La décision attaquée, qui ne viole pas le droit fédéral, ni ne procède d'un abus du pouvoir d'appréciation du SPOP, est confirmée.
2. A toutes fins utiles, l'attention du recourant est de surcroît attirée, parmi d'autres jugements allant dans le même sens, sur l'arrêt du Tribunal administratif fédéral ATAF C-306/2006 du 18 décembre 2007 (consid. 5) confirmant le refus d'une autorisation de séjour pour cas de rigueur au sens de l'art. 13 let. f aOLE à un ressortissant du Kosovo, vivant en Suisse depuis 23 ans, pour l'essentiel à titre illégal, intégré socio-professionnellement, mais ayant passé au Kosovo sa jeunesse, son adolescence et une partie de sa vie de jeune adulte (il avait quitté ce pays à l'âge de 21 ans), où il avait de surcroît fondé une famille.
3. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours aux frais du recourant, selon la procédure sommaire de l'art. 82 LPA-VD.