Decision ID: 29100d14-8675-496a-98ff-99f51efe05d8
Year: 2022
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Vu:
A. Sur autorisation du Chef du Département fédéral des finances du
22 octobre 2020, l’Administration fédérale des contributions (ci-après: AFC)
mène, depuis le 30 novembre 2020, une enquête pénale fiscale contre B.
SA, C. et A. des chefs de graves infractions fiscales au sens des art. 190 ss
de la loi fédérale sur l’impôt fédéral direct du 14 décembre 1990 (LIFD; RS
642.11), en relation avec l’art. 176 LIFD et de participation à ces infractions
(art. 177 LIFD), ainsi que d’usage de faux (art. 186 LIFD), commises entre
2011 et 2019. L’AFC mène en parallèle une procédure pénale administrative
à l’encontre des deux derniers nommés, des chefs d’escroqueries en matière
de contributions, au sens de l’art. 14 al. 2 de la loi fédérale sur le droit pénal
administratif du 22 mars 1974 (DPA; RS 313.0) et de soustraction d’impôt au
sens de l’art. 61 let. a de la loi fédérale sur l’impôt anticipé du 13 octobre
1965 (LIA ; RS 642.21), commises dans la gestion de la société B. SA de
2014 à 2019 (act. 1, 1.1 à 1.5).
B. Sur la base du mandat de perquisition du directeur de l’AFC du 31 août 2021,
les enquêteurs de la Division affaires pénales et enquêtes de l’AFC ont
procédé, le 23 septembre 2021, à la perquisition de la résidence suisse de
A., à Z. Ce dernier, par l’intermédiaire de sa fille présente sur les lieux le
23 septembre 2021, s’est opposé à la perquisition visant les documents
papier et électroniques, lesquels ont été placés sous scellés (répertoriés
sous cotes YAC 001 à 005). En date du 15 novembre 2021, A. (ci-après:
l’opposant) a maintenu son opposition sur l’ensemble des documents (act.
1, 1.6 à 1.9).
C. Le 29 novembre 2021, l’AFC a adressé une requête de levée de scellés à la
Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral (ci-après: la Cour de céans),
portant sur les pièces répertoriées YAC 001 à 004, à l’exclusion de la pièce
005 (act. 1).
D. En date du 30 novembre 2021, la Cour de céans a invité l’opposant à
déposer des observations (act. 2).
E. Dans sa réponse du 20 janvier 2022, l’opposant conclut, en substance,
principalement, à l’octroi d’un accès complet à l’ensemble de la
documentation physique et informatique placée sous scellés par l’AFC à la
suite de la perquisition du 23 septembre 2021, à ce qu’un nouveau délai pour
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déposer ses observations complémentaires sur le fond lui soit imparti et à la
destruction des photographies sous cotes YAC 005; subsidiairement, au
rejet de la demande de levée de scellés et à la restitution des pièces
(act. 6.1). La société B. SA demande à participer à la procédure de levée de
scellés (act. 6).
F. Invitée à ce faire, l’AFC a répliqué en date du 7 février 2022 (act. 10); la
duplique spontanée du 18 février 2022 a été transmise à l’AFC le 21 février
2022 (act. 13 et 14).
G. A la requête de la Cour de céans du 3 mars 2022, l’AFC a transmis les pièces
sous scellés, en dates des 15 et 24 mars 2022 (act. 15, 18 et 21).
H. L’opposant a fait parvenir des observations spontanées en date du 17 mars
2022, l’AFC en date du 25 mars 2022 (act. 19 et 22). Copies ont été
transmises aux parties respectives les 21 et 29 mars 2022 (act. 20 et 23).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1.
1.1 Lorsque la poursuite d’infractions est confiée à une autorité administrative
fédérale, le droit pénal administratif est applicable (art. 1 DPA). Dans la
mesure où la DPA ne règle pas exhaustivement certaines questions, les
dispositions du Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007 (CPP;
RS 312.0) sont, en principe, applicables par analogie (ATF 139 IV 246
consid. 1.2; arrêt du Tribunal fédéral 1B_71/2019 du 3 juillet 2019 consid. 2.1
et références citées [non publié in ATF 145 IV 273]; décision du Tribunal
pénal fédéral BV.2019.46-47+BE.2019.16 du 14 novembre 2019 consid. 2.2
et références citées). Les principes généraux de la procédure pénale et du
droit constitutionnel doivent en tout état de cause être également pris en
compte dans la procédure pénale administrative (ATF 139 IV 246 consid. 1.2
et 3.2; v. TPF 2016 55 consid. 2.3).
1.2 À teneur des art. 25 al. 1, 50 al. 3 DPA et de l’art. 37 al. 2 let. b de la loi
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fédérale sur l’organisation des autorités pénales de la Confédération du
19 mars 2010 (LOAP; RS 173.71), la Cour des plaintes du Tribunal pénal
fédéral est compétente pour statuer sur la présente requête de levée des
scellés. L’AFC est, par ailleurs, indiscutablement légitimée à soumettre une
telle requête à la Cour de céans.
1.3 En l’espèce, la demande de levée de scellés porte sur des pièces,
répertoriées sous cote YAC 001 à YAC 004. Une autre pièce, enregistrée
sous cote YAC 005 figure également au nombre des actes placés sous
scellés. L’AFC ne demande pas la levée des scellés y apposés, expliquant
que c’est par erreur qu’ils l’auraient été. La pièce sous cote YAC 005 est une
carte-mémoire sur laquelle se trouvent des photographies des locaux et des
affaires personnelles de l’opposant, prises au cours de la perquisition de sa
résidence le 23 septembre 2021, soit des constats directs effectués par les
enquêteurs présents sur les lieux. Aucun papier ou support de données
électronique ne figure sur ces photographies. Ces photographies ne peuvent
pas être assimilées à des papiers ou données électroniques préexistant
avant la perquisition domiciliaire susceptibles de faire l’objet d’une opposition
à la perquisition des papiers et d’être objet de la procédure de levée des
scellés (act. 1, p. 2).
1.4 Les opposants estiment que c’est à juste titre que les scellés ont été apposés
sur cette pièce. Elle contient des photographies des affaires personnelles de
A., lesquelles constituent de moyens de preuve, aux dires de l’autorité, de la
présence sur les lieux de celui-ci. Les scellés peuvent être apposés sur les
moyens de preuve. Les photographies se substituant auxdites affaires
personnelles, des scellés peuvent être apposés sur les photographies (act.
6.1, p. 20 et s.).
1.5 En l’espèce, quand bien même la levée des scellés apposés sur la pièce
YAC 005 n’a pas été formellement requise, au vu du fait que des scellés sont
apposés et de l’erreur invoquée quant à leur pose, la Cour de céans est
compétente pour statuer sur la question. La qualité des opposants pour agir
peut demeurer ouverte.
1.6 À teneur de l’art. 50 al. 1 et 3 DPA, la perquisition visant des papiers doit être
opérée avec les plus grands égards pour les secrets privés; en particulier,
les papiers ne seront examinés que s'ils contiennent apparemment des écrits
importants pour l'enquête (al. 1). Avant la perquisition, le détenteur des
papiers est, chaque fois que cela est possible, mis en mesure d’en indiquer
le contenu. S’il s’oppose à la perquisition, les papiers sont mis sous scellés
et déposés en lieu sûr; la Cour de céans statue sur l’admissibilité de la
perquisition (al. 3).
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1.7 Les photographies contenues sur la carte placée sous scellés sont celles
des locaux et des affaires personnelles de l’opposant, à l’exception de papier
ou support de données électronique, ce que les opposants ne contestent
pas. Même à considérer, comme le soutiennent les opposants, que le sujet
des photographies puisse être assimilé à la photographie elle-même et,
partant, que les scellés, qui auraient pu être apposés sur le sujet, puissent
l’être sur la photographie, in casu, il n’en va pas de photographies de papiers,
au sens de l’art. 50 DPA. C’est ainsi effectivement par erreur que des scellés
ont été apposés sur cette pièce.
1.8 Partant, les scellés apposés sur la pièce enregistrée sous cote YAC 005 sont
levés et la pièce restituée à l’AFC.
2. Dans ces conditions, la requête tendant à l’accès aux pièces sous cote
YAC 005, ainsi qu’à l’octroi d’un délai pour se déterminer est sans objet
(v. supra Faits, let. E).
3. La demande de levée de scellés portant sur les autres pièces fera l’objet
d’une décision distincte.
4. Les frais de la cause sont joints au fond.
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