Decision ID: 66d315d8-f4ad-435c-94d9-bbd18daed81e
Year: 2020
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
A._, ressortissant congolais né le ******** 1977, est arrivé en Suisse le 17 avril 2002. Requérant d’asile, il a été attribué au canton de Vaud. Le 25 juillet 2003, l’Office fédéral des réfugiés (ODR) a rejeté sa demande d’asile et ordonné son renvoi de Suisse. Il a recouru contre cette décision auprès de l'ancienne Commission suisse de recours en matière d’asile, qui l’a débouté le 18 septembre 2003. Le 23 septembre 2008, l’Office fédéral a admis la demande de reconsidération de la décision du 25 juillet 2003, en ce sens que le renvoi du requérant était devenu inexigible, cette mesure étant remplacée par une admission provisoire en Suisse. Depuis 2008, A._ est ainsi titulaire d’un permis F, réservé aux personnes admises provisoirement à résider en Suisse.
B.
A._ vit en concubinage avec B._, ressortissante angolaise née le ******** 1986, requérante d’asile, dont il a eu un fils, C._, né le ******** 2008.
C.
Le 3 décembre 2013, A._ a déposé auprès du Service de la population (ci-après: le SPOP) une demande d’autorisation de séjour (transformation de son permis F en permis B; cf. art. 84 al. 5 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers [LEtr] qui a été remplacée le 1
er
janvier 2019 par la loi fédérale sur les étrangers et l’intégration [LEI; RS 142.20]).
Par décision du 2 mai 2016, le SPOP a rejeté cette demander au motif que l'intégration d'A._ ne pouvait être considérée comme suffisante au sens de l'art. 31 de l'ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative (OASA; RS 142.201), nonobstant son insertion sur le marché du travail et son autonomie financière actuelle. Le SPOP a retenu que le comportement de l'intéressé n'avait pas été exemplaire, en relevant notamment qu'il avait été condamné par ordonnance pénale du Ministère public central du 9 mars 2016 pour escroquerie à 30 jours-amende avec sursis pendant deux ans, car il avait omis de déclarer ses revenus à l'assurance-chômage et avait ainsi perçu des indemnités de la caisse pour un montant de 4'251 francs. Le SPOP a ajouté que depuis son arrivée en Suisse, l'intéressé n'avait exercé des activités lucratives que par intermittence et qu'il n'avait été financièrement autonome que pendant six ans au cours des 13 années précédentes.
Saisie d'un recours déposé par l'intéressé contre cette décision, la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal l'a rejeté par arrêt du 3 octobre 2016 (PE.2016.0197). Le passage suivant est extrait de l'état de fait de cet arrêt:
" Depuis son arrivée en Suisse, A._ a émargé régulièrement à l’aide sociale et aux prestations de l’assurance-chômage dès 2002, puis du 1
er
décembre 2005 au 1
er
juillet 2009, périodes entrecoupées de prises d’emploi de courte durée. C’est ainsi qu’il a été employé de l’Hôtel ********, à ********, de juillet à septembre 2002; de ********, à ********, du 20 au 24 décembre 2002; du ******** à ********, du 1
er
juillet 2004 à juin 2005, puis du 8 décembre 2008 au 4 janvier 2009; de la société ********, du 1
er
mai 2009 au 31 octobre 2010; de l’hôtel ********, au ********, dès le 11 mars 2013. Il est arrivé à A._ de ne pas annoncer certains de ses emplois, dont il a cumulé les revenus avec ceux de l’aide sociale. Cela lui a coûté de devoir rembourser des prestations reçues indûment, à concurrence d’un montant de 12'995,35 fr. Le 11 juillet 2006, à raison de ces faits, le Préfet du district d’Aigle a condamné A._ à une amende de 1'000 fr. A._ a récidivé en 2013, pour un montant de 1’817,05 fr. ; à raison de ces faits, le Préfet du district d’Aigle l’a condamné, le 11 septembre 2013, à une amende de 200 fr. En 2011, A._ a mis à la disposition de tiers, contre rémunération, le logement qui lui avait été attribué à ******** par l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM). Le Ministère public a condamné A._, le 9 mars 2016, à une peine de 30 jours-amende avec sursis pour avoir caché des revenus à la caisse d’assurance-chômage, pour un montant de 4'251,80 fr. Le 23 avril 2003, le Juge d’instruction de l’arrondissement de l’Est vaudois a condamné A._ à la peine de six jours d’emprisonnement avec sursis pendant deux ans et une amende de 240 fr., pour obtention frauduleuse d’une prestation et faux dans les certificats.
[...]
.A._ est lié par un contrat de travail de durée indéterminée avec le D._, à ********, dès le 14 mars 2016, pour un salaire mensuel net de 2'797,85 fr.
La CDAP a considéré ce qui suit (consid. 1c):
"
Le recourant vit en Suisse depuis quatorze ans. Au cours de cette période, il a largement dépendu de l’aide sociale et travaillé épisodiquement. Le contrat de travail conclu le 14 mars 2016 est trop récent pour parler d’une autonomie financière suffisamment solide à long terme, compte tenu également du fait que la concubine du recourant est à la charge de l’EVAM (cf. également dans ce sens ATF 2C_763/2014 du 23 janvier 2015 consid. 5.1; arrêts PE.2015.0346, précité, PE.2015.0273 du 30 novembre 2015, et les références citées). Le recourant maîtrise le français, mais pour le surplus ne fait valoir aucun élément propre à démontrer son appartenance à la vie sociale et culturelle du pays. Quant à ses attaches avec sa concubine et son enfant, leur maintien ne dépend pas de l’octroi d’une autorisation de séjour. En l’état, la situation du recourant n’a pas changé: son renvoi au Congo n’est pas exigible; son admission provisoire en Suisse n’est pas remise en cause. Enfin, le comportement du recourant n’est pas exempt de tout reproche. Si les condamnations prononcées à son encontre ne sont pas lourdes, le recourant a plusieurs fois cherché à induire en erreur les autorités de l’aide sociale et de l’assurance sociale, en leur cachant des revenus réalisés. Une telle attitude n’est pas acceptable de la part d’une personne accueillie par la communauté des citoyens de ce pays.
[...]"
Cet arrêt est entré en force, n'ayant pas fait l'objet d'un recours au Tribunal fédéral.
D.
Le 21 juin 2019, A._, représenté par son avocat, a adressé au SPOP une demande de transformation de son permis F en permis B, ou autrement dit d'être mis au bénéfice d'une autorisation de séjour en lieu et place d'une admission provisoire. Il a produit différentes pièces à l'appui de sa demande, notamment ses fiches de salaire d'août 2018 à avril 2019, quatre certificats de travail, ainsi qu'un contrat de travail conclu avec E._ le 21 janvier 2019. Il ressort de ces documents que l'intéressé a exercé les activités professionnelles suivantes:
-
Du 18 mars 2016 au 31 décembre 2016, portier auprès de l'hôtel D._;
-
Du 30 juillet 2015 au 31 mars 2017, portier auxiliaire, puis du 1
er
avril 2017 au 31 octobre 2017, portier auprès du F._;
-
Du 9 novembre 2017 au 8 mai 2018, manutentionnaire- magasinier auprès de la G._;
-
Du 1
er
août 2018 au 13 octobre 2018, portier d'étage auprès du H._;
-
Du 27 novembre 2018 au 31 décembre 2018, portier sur appel auprès de E._;
-
Depuis le 1
er
janvier 2019, portier auprès de la Clinique précitée pour un salaire mensuel de 3'400 francs brut.
A._ a également produit un contrat de mandat conclu avec I._ le 7 février 2019 afin de le représenter dans le cadre de l'assainissement de ses dettes et une attestation établie par cette société le 7 février 2019 selon laquelle l'intéressé s'est engagé à verser 200 francs chaque mois pour rembourser ses dettes.
Le 26 juin 2019, le SPOP a informé A._ du fait qu'il avait bien reçu sa requête "sollicitant l'octroi d'un permis B" et qu'il avait demandé un rapport de situation à l'EVAM. Il a imparti à A._ un délai au 1
er
septembre 2019 pour lui transmettre différents documents.
Dans le délai imparti, A._ a produit un extrait du registre de l'Office des poursuites et faillites du district de la Riviera-Pays-d'Enhaut du 30 juillet 2019 duquel il ressort qu'il faisait l'objet à cette date de poursuites pour un montant de 28'552 francs et d'actes de défaut de biens pour un montant de 14'378 francs. Il a également transmis un certificat de travail intermédiaire établi le 2 juillet 2019 par E._ qui atteste que l'intéressé donne satisfaction à son employeur, sa fiche de salaire du mois de juin 2019 qui atteste qu'il a réalisé un revenu net de 2'736 francs et un extrait de compte individuel AVS.
Le 26 juin 2019, l'EVAM a attesté qu'A._ est financièrement autonome depuis le 1
er
juin 2013.
Selon un extrait du registre de l'Office des poursuites et faillites du district d'Aigle du 8 avril 2020, A._ fait l'objet à cette date de poursuites pour un montant de 46'328 francs et d'actes de défaut de biens pour un montant de 66'792 francs.
E.
Par décision du 20 mai 2020, le SPOP s'est prononcé sur la demande d’autorisation de séjour du 21 juin 2019 qu'il a traitée comme une demande de reconsidération de sa décision du 2 mai 2016; il a déclaré cette demande irrecevable et, subsidiairement, il l’a rejetée, en retenant que l'état de fait à la base de sa décision du 2 mai 2016 ne s'était pas modifié dans une mesure telle qu'il conviendrait de réexaminer ladite décision. Le SPOP a précisé que la situation financière de l'intéressé restait largement obérée, dans la mesure où, au 22 août 2019, il faisait l'objet de poursuites pour un montant de 60'174 francs et d'actes de défaut de biens pour un montant de 84'016 francs. Le SPOP a ajouté que la condamnation pénale d'A._ remontait à moins de cinq ans.
F.
Le 24 juin 2020, A._ a recouru contre cette décision devant la CDAP. Il conclut principalement à l'annulation de la décision attaquée et au renvoi de la cause au SPOP pour qu'il lui délivre une autorisation de séjour, subsidiairement à l'annulation de la décision attaquée et au renvoi de la cause à l'autorité intimée pour qu'elle lui délivre une autorisation de séjour assortie de conditions, et plus subsidiairement, à l'annulation de la décision attaquée et au renvoi de la cause au SPOP pour qu'il procède dans le sens des considérants. Le recourant invoque une violation de son droit d'être entendu et du principe de la bonne foi, dans la mesure où le SPOP a traité sa demande de transformation de permis F en permis B comme une demande de réexamen au lieu de la traiter comme une nouvelle demande sans le prévenir ni lui donner l'occasion de s'exprimer avant de rendre la décision attaquée. Le recourant fait également grief au SPOP de ne pas avoir motivé le rejet de sa demande. Il estime qu'au vu de son intégration particulièrement réussie, le SPOP devait lui délivrer une autorisation de séjour pour cas individuel d'extrême gravité. Selon lui, la décision attaquée viole le principe de la proportionnalité. Il relève que sa situation professionnelle s'est notablement améliorée et stabilisée depuis la décision du SPOP du 2 mai 2016, qu'il s'est acquitté de ses dettes pour un montant total de 20'000 francs en l'espace de quatre ans et que sa concubine n'émarge plus à l'aide sociale car elle et leur fils perçoivent une rente entière de l'assurance-invalidité depuis 2013, en raison de la maladie dont elle souffre. Il ajoute qu'il n'a plus fait l'objet d'aucune condamnation pénale ni poursuite pénale depuis le 9 mars 2016. Il produit notamment ses fiches de salaire pour les mois de janvier 2019 à avril 2020, desquelles il ressort qu'il a réalisé les salaires mensuels nets suivants: 4'038 francs (janvier 2019), 2'823 francs (février 2019), 2'920 francs (mars 2019), 2'952 francs (avril 2019), 3'156 francs (mai 2019), 2'736 francs (juin 2019), 2'960 francs (juillet, août, septembre, octobre et novembre 2019), 2'927 francs (décembre 2019), 2'051 francs (janvier 2020), 133 francs (mars 2020) et 1'992 franc (avril 2020), soit un salaire mensuel net moyen d'environ 2'701 francs. Il transmet également un extrait de l'Office des poursuites du district d'Aigle du 3 juin 2020 qui montre qu'il fait l'objet à cette date de poursuites pour un montant de 44'955 francs et d'actes de défaut de biens pour un montant de 66'792 francs, ainsi qu'un extrait de l'Office des poursuites du district de la Riviera-Pays-d'Enhaut du 2 juin 2020 qui montre qu'il fait l'objet à cette date de poursuites pour un montant de 25'018 francs et d'actes de défaut de biens pour un montant de 14'378 francs. Il produit aussi un certificat médical établi par un médecin généraliste le 27 février 2018 qui atteste qu'il traite B._ depuis mars 1998 et qu'elle a dû subir en 2016 une transplantation bipulmonaire pour une pneumopathie fibrosante, qu'elle a présenté de multiples complications médicales et que sa thérapie médicamenteuse est très lourde.
Dans sa réponse du 23 juillet 2020, le SPOP conclut au rejet du recours. Il relève que la décision du 2 mai 2016 ayant été confirmée par la CDAP le 3 octobre 2016, elle ne pouvait pas faire l'objet d'un réexamen, de sorte que la demande du recourant du 21 juin 2019 aurait dû être déclarée irrecevable pour ce motif. Il ajoute par ailleurs qu'aucun des motifs invoqués par le recourant n'était de nature à modifier, dans une mesure juridiquement pertinente, l'état de fait à la base de la décision négative du 2 mai 2016, de sorte que la demande devait également être considérée comme irrecevable. Il précise qu'une nouvelle pesée des intérêts n'aboutirait pas à un résultat différent, la situation financière du recourant restant largement obérée, le recourant ayant continué de contracter des dettes au cours de l'année 2019 et au premier semestre de l'année 2020, malgré sa prise d'emploi.
Dans sa réplique du 21 août 2020, le recourant insiste sur le fait que selon lui, le SPOP a violé le principe de la bonne foi en traitant sa demande d'autorisation de séjour comme une demande de réexamen et en invoquant pour la première fois dans sa réponse le fait que sa décision du 2 mai 2016 ne pouvait pas faire l'objet d'un réexamen. Le recourant précise également que les dettes relatives aux années 2019 et 2020 n'ont pas été nouvellement contractées, mais constituent des créances antérieures à 2019 qui ont été réactivées par le biais d'actes de défaut de biens.
Par décision du juge instructeur du 26 juin 2020, le recourant a été mis au bénéfice de l'assistance judiciaire avec la désignation d'un avocat d'office.

Considérant en droit:
1.
Interjeté dans le délai légal de trente jours suivant la notification de la décision attaquée (art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; BLV 173.36]), le recours a été déposé en temps utile. Il satisfait par ailleurs aux autre conditions formelles de recevabilité (
cf
. notamment art. 79 al. 1 LPA-VD, applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD), de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2.
Le recourant se plaint de ce que sa demande d'autorisation de séjour ait été traitée comme une demande de reconsidération de la précédente décision du SPOP du 2 mai 2016. Il se prévaut de son droit d'être entendu et du principe de la confiance, en reprochant à l'autorité intimée de ne pas l'avoir averti préalablement.
a) Une demande de reconsidération ou de réexamen est une requête adressée à l'autorité qui a rendu une décision en vue d'obtenir la modification ou l'annulation de celle-ci. Indépendamment du fait qu'elle soit intitulée "
nouvelle demande
" ou "
demande de réexamen
", cette requête a ainsi pour caractéristique d'avoir le même objet qu'une précédente procédure et de s'adresser à la même autorité que celle qui a rendu la décision dans cette précédente procédure. En droit cantonal vaudois, ces principes sont codifiés à l'art. 64 LPA-VD, qui a la teneur suivante:
"
1
Une partie peut demander à l'autorité de réexaminer sa décision.
2
L'autorité entre en matière sur la demande:
a.
si l'état de fait à la base de la décision s'est modifié dans une mesure notable depuis lors, ou
b.
si le requérant invoque des faits ou des moyens de preuve importants qu'il ne pouvait pas connaître lors de la première décision ou dont il ne pouvait pas ou n'avait pas de raison de se prévaloir à cette époque, ou
c.
si la première décision a été influencée par un crime ou un délit.
"
La situation juridique est particulière quand la première décision du SPOP a fait l'objet d'un recours au Tribunal cantonal, le refus du titre de séjour ayant été confirmé par l'autorité judiciaire. Conformément à la jurisprudence (CDAP PE.2020.0135 du 18 septembre 2020; PE.2020.0208 du 21 octobre 2020), une demande de réexamen visant une décision à laquelle s'est substituée une décision sur recours doit en principe être déclarée irrecevable, la décision sur recours – respectivement l'arrêt du Tribunal cantonal ou du Tribunal fédéral – ne pouvant être remise en cause que par la voie de la révision (art. 100 ss LPA-VD, respectivement art. 121 ss de la loi sur le Tribunal fédéral [LTF; RS 173.110). Toutefois, la voie de la révision n'a un caractère exclusif que pour autant que la demande de réexamen ou reconsidération vise à remettre en cause des éléments bénéficiant de l'autorité de la chose jugée, laquelle ne vaut que pour les mêmes parties, les mêmes faits et les mêmes bases juridiques. Lorsque le requérant invoque des faits nouveaux postérieurs ("
vrais nova
"; art. 64 al. 2 let. a LPA-VD), il doit donc adresser une demande de réexamen – que l'on peut également qualifier de nouvelle demande d'autorisation dès lors qu'elle porte sur des éléments qui n'ont pas déjà été tranchés par une autorité de recours – à l'autorité de première instance. La loi exclut d'ailleurs expressément que des faits postérieurs nouveaux puissent être invoqués à l'appui d'une demande de révision (art. 132 al. 2 let. a in fine LTF; art. 100 al. 2 LPA-VD). L'autorité administrative de première instance doit donc entrer en matière sur une demande de "réexamen" d'une décision, y compris lorsque celle-ci a été confirmée sur recours, lorsque l'état de fait à la base de la décision s'est modifié dans une mesure notable depuis l'entrée en force de celle-ci.
Ainsi, en principe, même après un refus ou une révocation d'une autorisation de séjour, il est possible de demander l'octroi d'une nouvelle autorisation, dans la mesure où, au moment du prononcé, l'étranger qui en fait la demande remplit les conditions posées à un tel octroi. Indépendamment du fait que cette demande s'intitule reconsidération ou nouvelle demande, elle ne saurait avoir pour conséquence de remettre continuellement en question des décisions entrées en force. L'autorité administrative n'est ainsi tenue d'entrer en matière sur une nouvelle demande que lorsque les circonstances ont subi des modifications notables. C'est à l'intéressé qu'il incombe d'alléguer les nouveaux éléments et d'établir qu'un réexamen de sa situation se justifie (TF 2C_883/2018 du 21 mars 2019 consid. 4.3). La jurisprudence a retenu qu'un nouvel examen peut généralement intervenir environ cinq ans après la précédente décision de refus, une entrée en matière avant la fin de ce délai n'étant toutefois pas exclue lorsque les circonstances se sont sensiblement modifiées auparavant. Toutefois, ce n'est pas parce qu'il existe un droit à un nouvel examen de la cause que l'étranger peut d'emblée prétendre à l'octroi d'une nouvelle autorisation. Les raisons qui ont conduit l'autorité à révoquer, à ne pas prolonger ou à ne pas octroyer d'autorisation lors d'une procédure précédente ne perdent pas leur pertinence. L'autorité doit toutefois procéder à une nouvelle pesée complète des intérêts en présence, dans laquelle elle prendra notamment en compte l'écoulement du temps. Pour l'autorité administrative, il ne s'agit cependant pas d'examiner librement les conditions posées à l'octroi d'une autorisation, comme cela serait le cas lors d'une première demande d'autorisation, mais de déterminer si les circonstances se sont modifiées dans une mesure juridiquement pertinente depuis la révocation de l'autorisation, respectivement depuis le refus de son octroi ou de sa prolongation (TF 2C_862/2018 du 15 janvier 2019 consid. 3.1 et les arrêts cités).
b) En l'espèce, le recourant a déjà sollicité une autorisation de séjour (transformation de son permis F en permis B) en décembre 2013 et sa demande a été rejetée par une décision de l'autorité intimée du 2 mai 2016, confirmée par un arrêt de la CDAP du 3 octobre 2016, entré en force sans avoir été attaqué. Cet arrêt n'a pas non plus fait l'objet d'une demande de révision. Dans cette situation, l'autorité intimée était tenue de traiter cette nouvelle
demande
d'autorisation de séjour comme une demande de réexamen ou de reconsidération de sa décision de refus du 2 mai 2016, et d'appliquer d'office les règles rappelées plus haut (cf. PE.2019.0321 du 21 juillet 2020 consid. 3). En d'autres termes, le recourant, au demeurant assisté par un avocat, devait s'attendre à ce que l'entrée en matière soit décidée sur la base des critères de l'art. 64 al. 1 let. a LPA-VD et, à l'évidence, son attention ne devait pas être spécialement attirée par l'autorité sur l'application de ces règles de procédure. Il est manifeste que son droit d'être entendu n'a pas été violé, étant du reste relevé que le SPOP lui a expressément donné la possibilité de démontrer une évolution de sa situation personnelle en requérant la production de diverses pièces. Le grief de violation du principe de la confiance, ou du droit à la protection de la bonne foi, à cause d'une "apparente assurance" donnée par l'autorité intimée qu'elle traiterait différemment la demande, est inconsistant et doit d'emblée être écarté.
c) Le dispositif de la décision du SPOP du 20 mai 2020 déclare la demande de reconsidération irrecevable. Il ressort de la motivation de cette décision que l'autorité intimée a considéré que la situation du recourant n'avait pas suffisamment évolué pour justifier un nouvel examen de son cas, dans la mesure notamment où sa situation financière restait largement obérée et que sa dernière condamnation pénale remontait à moins de cinq ans. Il s'agit ainsi en réalité d'un refus d'entrée en matière, sans examen au fond. En pareil cas, la CDAP se limite à déterminer si le refus d'entrer en matière sur la demande de réexamen du recourant est conforme aux règles topiques (PE.2020.0096 du 8 octobre 2020).
d) Bien que sommaire, la motivation de cette décision est suffisante pour permettre au recourant de l'apprécier correctement, de sorte qu'elle respecte les exigences posées par les art. 42 al.1 LPA-VD et 29 al. 2 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst.; RS 101). Au demeurant, même si cette motivation devait être considérée comme insuffisante, une éventuelle violation du droit d'être entendu serait réparée dans la procédure de recours dès lors que le Tribunal cantonal examine librement, avec le même pouvoir d'examen que le SPOP, si c'est à juste titre que la demande de réexamen a été déclarée irrecevable (PE.2020.0135 déjà cité consid.3).
e) Dans sa décision du 2 mai 2016, le SPOP a estimé que le recourant faisait preuve d’une intégration insuffisante pour l'obtention d'un permis de séjour (transformation de son permis F en permis B; cf. art. 84 al. 5 LEI dont la teneur n'a pas changé le 1
er
janvier 2019 et qui dispose que les demandes d’autorisation de séjour déposées par un étranger admis à titre provisoire et résidant en Suisse depuis plus de cinq ans sont examinées de manière approfondie en fonction de son niveau d’intégration, de sa situation familiale et de l’exigibilité d’un retour dans son pays de provenance). Le SPOP a en particulier retenu que depuis son arrivée en Suisse, l'intéressé n'avait exercé des activités lucratives que par intermittence et qu'il n'avait été financièrement autonome que pendant six ans au cours de ces 13 dernières années. Le SPOP a également relevé que le comportement de l'intéressé n'avait pas été exemplaire; il avait notamment été condamné par ordonnance pénale du Ministère public central du 9 mars 2016 pour escroquerie à 30 jours-amende avec sursis pendant deux ans.
Le recourant fait valoir que les circonstances se seraient modifiées dans une mesure notable après la première décision du SPOP et le premier arrêt de la CDAP, dans la mesure où sa situation professionnelle s'est améliorée et qu'il assainit ses dettes depuis quatre ans. Il ajoute que sa dernière condamnation pénale remonte à 2016 et que le délai d'épreuve de deux ans est échu.
La seule question que le Tribunal doit résoudre in casu est de savoir si c’est à juste titre ou non que l’autorité intimée a retenu que les conditions d’un réexamen n’étaient pas réunies.
En l'occurrence, s'il est vrai que le recourant a travaillé régulièrement depuis 2016 et qu'il est au bénéfice d'un contrat de travail de durée indéterminée depuis le 1
er
janvier 2019, ce qui lui permet d'assurer son indépendance financière, il n'en demeure pas moins que sa situation financière reste précaire, dans la mesure où il a conclu ce contrat de travail il y a moins de deux ans (PE.2018.0395 du 4 mars 2019 consid. 4b) et que son parcours professionnel montre que jusqu'à cet engagement, il n'a jamais gardé un emploi à long terme. A cela s'ajoute que même si le recourant a entrepris de rembourser ses dettes en versant 200 francs par mois depuis début 2019, il ressort des derniers extraits des registres des poursuites, de juin 2020, que le montant des actes de défaut de biens reste élevé (plusieurs dizaines de milliers de francs). Dans ces conditions, et malgré les efforts de la part du recourant pour assainir ses dettes, le SPOP pouvait retenir que sa situation financière n'avait pas évolué sensiblement, demeurant largement obérée (PE.2017.0131 du 28 novembre 2017 consid. 3b où il est rappelé qu'il est tenu compte de la situation financière de la personne qui demande une autorisation de séjour sur la base de l'art. 84 al. 5 LEI, notamment des poursuites et actes de défaut de biens, pour apprécier son intégration). Partant, l'appréciation de l'autorité intimée au sujet de cet élément pertinent n'est pas critiquable. Le recourant n'a non plus établi, ni devant le SPOP ni dans ses écritures adressées à la CDAP que sa situation personnelle ou familiale aurait sensiblement changé. L'état de santé de sa concubine avait déjà donné lieu, avant 2016, à la reconnaissance de son invalidité; s'il est fait état de problèmes aigus récents, il n'est pas expliqué en quoi cela constituerait un élément nouveau déterminant – étant relevé que le refus du réexamen n'implique pas, pour le recourant, une obligation de quitter le territoire suisse, ni
a fortiori
d'abandonner sa compagne. Enfin, la seule absence de condamnation pénale pendant quatre ans ne démontre pas une évolution notable de la situation d'intégration du recourant.
C’est par conséquent à juste titre que le SPOP a déclaré irrecevable la demande du recourant. Il n'est au demeurant pas nécessaire d'examiner la portée du rejet de la demande, prononcé à titre subsidiaire. Il importe en définitive peu que le SPOP, lorsqu'il refuse d'entrer en matière sur la base de l'art. 64 al. 2 let. a LPA-VD, déclare la demande de réexamen irrecevable ou qu'il la rejette, dès lors qu'il résulte clairement des motifs que la décision r.ulte d'une absence de modification notable des faits déterminants.
3.
Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté et la décision attaquée confirmée.
Le recourant ayant été mis au bénéfice de l'assistance judiciaire par décision du 26 juin 2020, les frais judiciaires seront laissés à la charge de l'Etat (art. 122 al. 1 let. b du Code de procédure civile du 19 décembre 2008 [CPC; RS 272], applicable par renvoi de l'art. 18 al. 5 LPA-VD).
L'avocat qui procède au bénéfice de l'assistance judiciaire peut prétendre à une rémunération au tarif horaire de 180 francs (art. 2 al. 1 let. a et b du règlement vaudois du 7 décembre 2010 sur l'assistance judiciaire en matière civile [RAJ; BLV 211.02.3], applicable par renvoi de l'art. 18 al. 5 LPA-VD). Les débours du conseil commis d'office sont fixés forfaitairement à 5% du défraiement hors taxe en première instance judiciaire (art. 3
bis
al. 1 RAJ). En l'occurrence, compte tenu de la liste des opérations produite le 19 novembre 2020, l’indemnité de Me Charles Fragnière est ainsi arrêtée à 2'142 francs (11.90 x 180 francs), montant auquel s'ajoutent 107 francs de débours (2'142 x 5%). Compte tenu de la TVA au taux de 7,7%, soit 173 francs, l’indemnité totale s'élève ainsi à 2'422 francs.
L'indemnité du conseil d'office est supportée provisoirement par le canton (cf. art. 122 al. 1 let. a CPC), le recourant étant rendu attentif au fait qu'il est tenu de rembourser le montant ainsi avancé dès qu'il est en mesure de le faire (art. 123 al. 1 CPC). Il incombe à la Direction générale des affaires institutionnelles et des communes (DGAIC) de fixer les modalités de ce remboursement (art. 5 RAJ), en tenant compte des montants payés à titre de contribution mensuelle depuis le début de la procédure.
Vu l'issue du litige, il n'y a pas lieu d'allouer des dépens (art. 55 al. 1 LPA-VD).