Decision ID: 6c63acf7-314c-4d00-b9eb-468bb3951a67
Year: 2014
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. En date du 31 octobre 2012, les autorités du Bailliage de Guernesey ont
adressé une commission rogatoire à la Suisse, complétant ainsi une
demande d'entraide présentée antérieurement. La requête complémentaire
précitée s'inscrit dans le cadre d'une procédure ouverte à Guernesey à
l'encontre de B. pour sa participation dans les opérations faites par C. des
chefs de détention de recettes liées à une activité illicite, corruption et
blanchiment d'argent. L'autorité requérante soupçonne que, dans le cadre
de contrats de vente de minerai passés entre le groupe minier D., et la
société E., détenue majoritairement par l'Etat Z., C., par l'intermédiaire de
sociétés qu'il contrôlait, aurait été chargé de verser des pots-de-vin aux
représentants officiels de la société E. et du gouvernement du pays Z. Ces
transactions devaient permettre au groupe D. de vendre l'alumine à la
société E. à un prix plus élevé que celui du marché. La société A. Limited,
contrôlée par C., aurait joué un rôle clé dans ce mécanisme frauduleux.
L’autorité requérante a identifié de nombreux comptes impliqués dans le
schéma criminel susmentionné. La commission rogatoire a ainsi été
présentée dans le but notamment d’obtenir la documentation bancaire
relative aux comptes ouverts auprès de la banque F. et dont A. Limited est
titulaire, ainsi que l'autorisation de pouvoir consulter le dossier de l'enquête
suisse (SV.09.0152) dans le but d'identifier les documents pertinents.
L'autorité a, en outre, requis la présence de fonctionnaires étrangers lors
de l'administration des preuves ou lors de la consultation de pièces.
B. Chargé de l’exécution par l’Office fédéral de la justice (ci-après: OFJ), le
Ministère public de la Confédération (ci-après: MPC) est entré en matière
sur la demande d’entraide par décision du 8 janvier 2013. Par la même
décision, le MPC a autorisé les représentants étrangers à se rendre sur le
territoire helvétique pour la consultation des pièces de l'enquête suisse,
dont la documentation bancaire relative aux comptes n° 1 et n° 2 ouverts
au nom de A. Limited auprès de la banque F.
C. Par courrier du 10 octobre 2013, le MPC a sollicité une prise de position de
A. Limited quant à la transmission simplifiée de la documentation bancaire
relative aux comptes n° 1 et n° 2. En cas de refus, A. Limited a été invitée à
procéder à un tri des pièces. A. Limited s’est exécutée par courrier du
2 décembre 2013 en indiquant qu’elle s’opposait à la transmission
simplifiée.
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D. Le MPC a, par décision de clôture du 9 décembre 2013, ordonné la
transmission à l’autorité requérante de la documentation bancaire relative
aux comptes n° 1 et n° 2 ouverts au nom de A. Limited auprès de la
banque F., à savoir les documents d’ouverture, les relevés de compte et
les justificatifs, le tout sous réserve du principe de la spécialité (act. 1.2).
E. Par mémoire daté du 9 janvier 2014, A. Limited a formé recours contre
ladite décision de clôture et conclu à son annulation et au refus de
l’entraide (act. 1).
F. Par courrier du 14 janvier 2014, la Cour de céans a invité Mes Moreillon et
Mazou à indiquer l'identité de la personne ayant signé la procuration et
fournir tout justificatif officiel attestant des pouvoirs de représentation de
cette personne en faveur de la société recourante. De plus, les conseils de
la recourante ont été invités à fournir les extraits du registre du commerce
ou tous documents jugés équivalents attestant du statut juridique de A.
Limited à la date du recours (act. 3).
G. Par envoi du 6 février 2014, Mes Moreillon et Mazou ont indiqué agir pour
le compte de la société A. Limited et ont fourni à la Cour des documents
attestant que la personne ayant signé la procuration à l'appui du recours
est C. en sa qualité d'ayant droit économique de la société liquidée. De
plus, les conseils de la recourante ont précisé que A. Limited a été liquidée
et radiée avant le dépôt de la demande d'entraide, affirmation à l'appui de
laquelle des documents équivalents à un extrait du registre du commerce
ont été joints (act. 6).
H. Il a été renoncé à procéder à un échange d'écritures.
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1.
1.1 L'entraide judiciaire entre le Bailliage de Guernesey et la Confédération
suisse est prioritairement régie par la Convention européenne d’entraide
judiciaire en matière pénale (CEEJ; RS 0.351.1), entrée en vigueur pour la
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Suisse le 20 mars 1967 et pour le Bailliage de Guernesey le
20 janvier 2003. S’agissant d’une demande d’entraide présentée
notamment pour la répression du blanchiment d’argent, entre également en
considération la Convention relative au blanchiment, au dépistage, à la
saisie et à la confiscation des produits du crime (CBI; RS 0.311.53), entrée
en vigueur le 1 er septembre 1993 pour la Suisse et le 1
er janvier 2003 pour
le Bailliage de Guernesey. La loi fédérale sur l’entraide internationale en
matière pénale (EIMP; RS 351.1) et son ordonnance d’exécution (OEIMP;
RS 351.11) s’appliquent toutefois aux questions non réglées, explicitement
ou implicitement, par le traité et lorsqu’elles sont plus favorables à
l’entraide (ATF 137 IV 33 consid. 2.2.2; 136 IV 82 consid. 3.1; 124 II 180
consid. 1.3; 129 II 462 consid. 1.1; arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2010.9 du 15 avril 2010, consid. 1.3). L’application de la norme la plus
favorable doit avoir lieu dans le respect des droits fondamentaux (ATF 135
IV 212 consid. 2.3; 123 II 595 consid. 7c).
1.2 La Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral est compétente pour
connaître des recours dirigés contre les décisions de clôture de la
procédure d’entraide rendues par les autorités fédérales d’exécution et,
conjointement, contre les décisions incidentes (art. 25 al. 1 et 80e al. 1
EIMP, mis en relation avec l'art. 37 al. 2 let. a ch. 1 de la loi fédérale sur
l'organisation des autorités pénales de la Confédération [LOAP; RS 173.71]
et l'art. 19 du règlement sur l'organisation du Tribunal pénal fédéral
[ROTPF; RS 173.713.161]).
1.3 Le délai de recours contre la décision de clôture est de 30 jours dès la
communication écrite de celle-ci (art. 80k EIMP). Déposé à un bureau de
poste suisse le 9 janvier 2014, le recours contre la décision de clôture
notifiée le 10 décembre 2013 est intervenu en temps utile.
1.4
1.4.1 Aux termes de l’art. 80h let. b EIMP, a qualité pour recourir en matière
d’entraide quiconque est personnellement et directement touché par une
mesure d’entraide et a un intérêt digne de protection à ce qu’elle soit
annulée ou modifiée. Précisant cette disposition, l’art. 9a let. a OEIMP
reconnaît au titulaire d’un compte bancaire la qualité pour recourir contre la
remise à l’Etat requérant d’informations relatives à ce compte (v. ATF 137
IV 134 consid. 5 et 118 Ib 547 consid. 1d). En revanche, l’ayant droit
économique d’un compte bancaire n’a pas la qualité pour recourir contre la
transmission de pièces concernant ledit compte (ATF 122 II 130
consid. 2b).
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Exceptionnellement, la qualité pour agir est reconnue, depuis une
quinzaine d'années, à l'ayant droit d'une société titulaire de compte lorsque
celle-ci a été dissoute et liquidée, sous réserve de l'abus de droit (ATF 123
II 153 consid. 2c et dd p. 157/158). Il appartient dans ce cas à l'ayant droit
de former le recours en son nom propre et de prouver la liquidation,
documents officiels à l'appui (arrêts du Tribunal fédéral 1A.10/2000 du
18 mai 2000, consid. 1e; 1A.131/1999 du 26 août 1999, consid. 3;
1A.236/1998 du 25 janvier 1999, consid. 1b/bb; arrêt du Tribunal pénal
fédéral RR.2012.189 du 13 février 2013, consid. 2; MOREILLON/
DUPUIS/MAZOU, La pratique judiciaire du Tribunal pénal fédéral en 2012,
JdT 2013 IV 110 ss, p. 171). Il faut en outre que l'acte de dissolution
indique clairement l'ayant droit comme son bénéficiaire (arrêts du Tribunal
fédéral 1C_183/2012 du 12 avril 2012, consid. 1.4; 1A.216/2001 du
21 mars 2002, consid. 1.3; 1A.84/1999 du 31 mai 1999, consid. 2c). La
preuve peut également être apportée par le biais d'autres moyens (arrêt du
Tribunal fédéral 1C_370/2012 du 3 octobre 2012, consid. 2.7; arrêt du
Tribunal pénal fédéral RR.2012.252 du 7 juin 2013, consid. 2.2.1).
1.4.2 En l'espèce, les comptes bancaires n° 1 et n° 2 ont été ouverts auprès de
la banque F. au nom de la société A. Limited. L'instruction de la cause a
permis d'établir que ladite société a été dissoute et liquidée avant que le
présent recours ne soit formé.
Le recours a été formé par A. Limited, comme cela ressort tant de sa page
de garde que du corps du texte. A l'appui du recours, une procuration
signée par C. en faveur de A. Limited a été fournie. De plus, les conseils de
A. Limited ont indiqué, dans leur courrier du 6 février 2014, agir "pour le
compte de la société A. (sic) Ltd" et ont précisé que "[la] société a été
dissoute avant le dépôt des demandes d'entraide judiciaire, il apparaît que
seul l'ayant-droit économique a la qualité pour recourir [...]. [...] A l'appui du
recours du 9 janvier 2014, j'ai produit une procuration portant le nom et la
signature de C. Ces documents confirment que C. était en droit, à la date
du 9 janvier 2014, de donner toute procuration aux avocats qu'il a
constitués en Suisse" (act. 6). Il faut en déduire que le recours a été
interjeté par la société A. Limited et non pas par l'ayant droit économique
en son nom propre.
1.4.3 A défaut d'avoir été déposé par une personne légitimée à recourir, le
recours doit être déclaré irrecevable.
2. En règle générale, les frais de procédure comprenant l'émolument d'arrêté,
les émoluments de chancellerie et les débours sont mis à la charge de la
partie qui succombe (art. 63 al. 1 PA, applicable par renvoi de l'art. 39 al. 2
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let. b LOAP). Le montant de l'émolument est calculé en fonction de
l'ampleur et de la difficulté de la cause, de la façon de procéder des parties,
de leur situation financière et des frais de chancellerie (art. 73 al. 2 LOAP).
La recourante supportera ainsi les frais du présent arrêt, lesquels se
limitent à un émolument fixé à CHF 3'000.-- (art. 73 al. 2 LOAP et art. 8
al. 3 du règlement du Tribunal pénal fédéral sur les frais, émoluments,
dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale du 31 août 2010
[RFPPF; RS 173.713.162] et art. 63 al. 5 PA), couvert par l'avance de frais
déjà versée.
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