Decision ID: be08d6aa-0a7a-5f88-97db-534bed87cb03
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
a.
Par acte déposé le 30 novembre 2012 auprès du Tribunal de première instance (ci-après le Tribunal), A_ (ci-après également la demanderesse ou la recourante) a déposé une demande à l'encontre de E_SA (ci-après également la défenderesse ou l'intimée) concluant à ce qu'il soit donné ordre à la défenderesse de lever la mesure de blocage opérée sur le compte ouvert au nom de la demanderesse dans les livres de la défenderesse et d'exécuter des ordres de paiement donnés par la demanderesse.![endif]>![if>
b.
Après un premier échange d'écritures limité à la question de la
cautio judicatum solvi
, les parties ont déposé un mémoire de réponse le 2 décembre 2013, un mémoire de réplique le 15 avril 2014 et un mémoire de duplique le 20 juin 2014.
c.
La défenderesse a fait valoir en substance qu'elle aurait une prétention récursoire fondée sur le droit du mandat et du dépôt contre la demanderesse pour les dommages qu'elle pourrait subir suite aux revendications soulevées à son encontre pour les rachats effectués dans les fonds nourriciers F_ et G_ investis auprès de H_ LLC (ci-après également H_), sur instructions de la demanderesse.
La défenderesse a également fait valoir qu'elle pourrait alternativement invoquer l'existence d'un enrichissement illégitime, la demanderesse n'ayant plus droit aux remboursements effectués par les fonds F_ et G_ dans l'hypothèse où l'action révocatoire du liquidateur de la faillite de H_, I_, devait être accueillie favorablement.
Finalement la défenderesse a fait valoir qu'elle était au bénéfice d'un droit de gage fondé sur la documentation contractuelle qui l'autorisait à sécuriser ses prétentions récursoires futures à l'encontre de la demanderesse.
d.
La demanderesse a exposé en substance, de son côté, que la réception des ordres de paiements et le refus d'exécution par la défenderesse n'étaient pas contestés. Elle a en revanche soutenu que la défenderesse, massivement impliquée dans le schéma de Ponzi de H_, ne pouvait prouver qu'elle disposerait d'une action récursoire contre la demanderesse.
B.
a.
Durant l'audience de débat d'instruction du 29 septembre 2014, la demanderesse a sollicité l'établissement d'une expertise visant à déterminer la base légale de l'action intentée par le liquidateur de la faillite de H_ contre la défenderesse dans la cause J_, No. _, à déterminer quel lien de connexité cette action présentait avec les fonds F_ et G_, et plus généralement avec la défenderesse, et à déterminer quelle action judiciaire pourrait encore être intentée à l'avenir contre la défenderesse en connexité avec cette affaire.![endif]>![if>
b.
Lors de cette audience, la défenderesse a fait valoir qu'une telle expertise était superflue dans la mesure où l'existence d'une action récursoire et d'un droit de gage en faveur de la demanderesse avait déjà été admise dans d'autres procédures.
C.
Par ordonnance
OTPI/1309/2014
du 6 octobre 2014, le Tribunal a admis certains moyens de preuve (ch. 2, 3 et 4), refusé d'ordonner l'expertise requise par la demanderesse (ch. 5), imparti aux parties un délai pour verser les avances de frais (ch. 6 et 7) et ordonné l'interrogatoire des parties (ch. 8).![endif]>![if>
A l'appui de son refus d'ordonner l'expertise demandée, le Tribunal a considéré que la défenderesse s'y était opposée au motif que l'action déposée par I_ visait tant la défenderesse que les fonds F_ et G_, que le lien de connexité entre l'action d'I_ contre la défenderesse et les fonds F_ et G_ ressortait de l'action produite et que les procédures intentées par I_ contre notamment la défenderesse n'étaient pas encore terminées.
D.
a.
Par acte du 20 octobre 2014, A_ forme un recours contre cette ordonnance. Principalement, elle sollicite l'annulation du chiffre 5 de ladite ordonnance et à ce qu'une expertise soit ordonnée, conformément à ce qu'elle avait demandé en audience du 29 septembre 2014 devant le Tribunal.![endif]>![if>
b.
Par arrêt
ACJC/1444/2014
du 21 novembre 2014, la Cour de justice a rejeté la demande de suspension du caractère exécutoire du chiffre 5 du dispositif du jugement entrepris formulée par la recourante.
c.
Dans sa réponse audit recours du 24 novembre 2014, E_SA conclut, principalement, à son irrecevabilité et, subsidiairement, à son rejet, avec suite de frais et dépens.
d.
Par courrier du 16 décembre 2014, les parties ont été informées que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1.
Le recours, écrit et motivé, doit être introduit dans les dix jours à compter de la notification de la décision motivée (art. 321 al. 2 CPC).![endif]>![if>
Introduit dans les délai et forme prescrits par la loi, par une partie qui dispose d'un intérêt à agir (art. 59 al. 2 let. a CPC), le recours est, de ces points de vue, recevable.
2.
Le recours est recevable contre une ordonnance d'instruction de première instance, tel que le refus d'ordonner une expertise, si cette ordonnance peut causer un préjudice difficilement réparable (art. 319 let. b ch. 2 CPC).![endif]>![if>
Il convient donc de déterminer si le refus d'ordonner l'expertise est susceptible de causer un préjudice difficilement réparable à la recourante.
3.
3.1
La notion de "préjudice difficilement réparable" est plus large que celle de "préjudice irréparable" au sens de l'art. 93 al. 1 let. a LTF (ATF
138 III 378
consid. 6.3;
137 III 380
consid. 2 = SJ
2012 I 73
; Freiburghaus/Afheldt, in Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung [ZPO], Sutter-Somm/ Hasenböhler/Leuenberger [éd.], 2ème éd., 2013, n. 13 ad art. 319 CPC). La notion de préjudice difficilement réparable vise un inconvénient de nature juridique ou des désavantages de fait. Est ainsi considérée comme "préjudice difficilement réparable", toute incidence dommageable (y compris financière ou temporelle), pourvu qu'elle soit difficilement réparable. L'instance supérieure devra se montrer exigeante, voire restrictive, avant d'admettre l'accomplissement de cette condition (Colombini, Condensé de la jurisprudence fédérale et vaudoise relative à l'appel et au recours en matière civile, in JdT 2013 III p.131 ss, p. 155; Jeandin, in CPC, Code de procédure civile commenté, 2011, n° 22 ad art. 319 CPC).![endif]>![if>
L'admissibilité d'un recours contre une ordonnance d'instruction doit demeurer exceptionnelle et le seul fait que le recourant ne puisse se plaindre d'une violation des dispositions en matière de preuve qu'à l'occasion d'un appel sur le fond ne constitue pas en soi un préjudice difficilement réparable (Message du Conseil fédéral relatif au code de procédure civile suisse, FF 2006 6841, p. 6884; Décision du Tribunal fédéral
4A_248/2014
du 27 juin 2014 consid. 1.2.3;
ACJC/1527/2014
du 12 décembre 2014 consid. 2.1; Guyan, Beweisverfügung nach Art. 154 ZPO in ZZZ 2011/2012, p. 175; Jeandin, op. cit., n. 22 ad art. 319 CPC; Reich, in Schweizerische Zivilprozessordnung [ZPO], Baker &McKenzie [éd.], 2010, n. 8 ad art. 319 CPC).
En effet, l'instance d'appel pourra, dans la procédure au fond, administrer toutes les preuves (art. 316 al. 3 CPC) ou renvoyer la cause à la première instance si l'état de fait doit être complété sur des points essentiels (art. 318 al. 1 let. c ch. 2 CPC).
Les ordonnances de preuve peuvent être modifiées ou complétées en tout temps (art. 154 CPC
in fine
).
3.2
Il appartient au recourant d'alléguer et d'établir la possibilité que la décision incidente lui causerait un préjudice difficilement réparable, à moins que cela ne fasse d'emblée aucun doute (par analogie : ATF
134 III 426
consid. 1.2 et
133 III 629
consid. 2.3.1; Haldy, op. cit., n. 9 ad art. 126 CPC).
Si la condition du préjudice difficilement réparable n'est pas remplie, le recours est irrecevable et la partie doit attaquer la décision incidente avec la décision finale sur le fond (
ACJC/327/2012
du 9 mars 2012 consid. 2.4; Message du Conseil fédéral précité, p. 6984; Brunner, in Kurzkommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung ZPO, Oberhammer/Domej/Haas [éd.], 2ème éd., 2014, n. 13 ad art. 319 CPC; Blichensorfer, in Schweizerische Zivilprozessordnung [ZPO], Brunner/Gasser/Schwander [éd.], 2011, n. 40 ad art. 319 CPC).
3.3
En l'espèce, la recourante voit un préjudice difficilement réparable dans le fait qu'en l'absence d'une expertise, les faits relatifs à l'état et à la nature des procédures pendantes aux Etats-Unis ne seraient pas correctement constatés par le Tribunal et que son droit d'être entendu serait ainsi violé, en particulier concernant l'audition des témoins ou des parties sur les faits qui auraient été couverts par l'expertise. Selon la recourante, un tel manquement du Tribunal ne pourrait plus être attaqué ultérieurement dans le cadre d'une procédure d'appel.
Or, la recourante n'allègue pas que la voie de l'appel contre la décision au fond à rendre par le Tribunal ne serait pas ouverte.
Elle soutient en revanche, mais ne le démontre pas, qu'elle ne pourrait pas contester, dans un tel appel, le refus du premier juge de procéder à une expertise afin de déterminer la nature et l'état des procédures pendantes aux Etats-Unis.
La recourante n'établit pas non plus que l'instance d'appel ne pourrait pas réentendre les témoins ou les parties sur la base d'une expertise qu'elle aurait ordonnée, respectivement renvoyer le dossier au premier juge pour compléter l'état de fait.
Conformément aux principes rappelés ci-dessus, l'instance d'appel a précisément le pouvoir d'administrer les preuves à nouveau ou de renvoyer le dossier au premier juge pour compléter l'administration des preuves.
Il n'est dès lors pas démontré que la recourante ne pourrait plus faire valoir, par la suite, les griefs qu'elle soulève aujourd'hui, ou qu'elle ne pourrait le faire que dans des conditions notablement plus onéreuses ou difficiles.
Il résulte de ce qui précède que le droit d'être entendu de la recourante n'est pas violé et qu'elle ne subit pas de préjudice difficilement réparable du fait du refus d'ordonner l'expertise litigieuse.
Son recours est dès lors irrecevable.
Cela d'autant plus que le premier juge pourra modifier son ordonnance de preuve et ordonner, si nécessaire, l'expertise au cours de la suite de l'instruction de la présente cause, comme il peut le faire en tout temps.
4.
La recourante, qui succombe, sera condamnée aux frais judiciaires du recours, lesquels sont arrêtés à 1'000 fr. pour la présente décision et à 200 fr. pour la décision rendue le 21 novembre 2014 au sujet de la demande de restitution de l'effet suspensif, soit 1'200 fr. au total (art. 104 al. 1, 105 et 106 al. 1 CPC, art. 41 du Règlement fixant le tarif des frais en matière civile, RTFMC,
E 1 05.10
). Ces frais seront compensés avec l'avance de frais de même montant versée par le recourant, laquelle reste acquise à l'Etat de Genève (art. 111 al. 1 CPC).![endif]>![if>
La recourante sera en outre condamnée aux dépens de l'intimé, fixés à 1'500 fr., débours et TVA inclus (art. 95, 104 al. 1, 105 et 106 al. 1 CPC; art. 85, 87 et 90 RTFMC; art. 23 al. 1, 25 et 26 de la Loi d'application du code civil suisse et d'autres lois fédérales en matière civile, LaCC,
E 1 05
).
* * * * *