Decision ID: c2b1645d-70cb-5256-b2fb-13b432c99470
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
Par décision rendue le 11 février 2021, sur requête de A_, le Tribunal de première instance a ordonné, à hauteur de 292'914 fr. 30, plus intérêts à 5% dès le 1
er
décembre 2006, le séquestre du compte 1_ détenu par C_ [services de facturation] auprès de la banque D_ et sur lequel se trouvaient des avoirs de propriété de B_, débiteur séquestré, ainsi que les créances futures, d'une valeur alléguée de 320'000 fr. par an, que le précité détenait envers C_.
Selon la requête de séquestre, des avoirs appartenant à B_ se trouvaient sur le compte de C_, aux côtés des avoirs propriété d'autres [clients], de sorte qu'il appartiendrait à C_ d'indiquer lesquels étaient la propriété de l'intimé.
b.
Le 11 février 2021, l'Office cantonal des poursuites (ci-après: l'Office) a adressé un avis concernant l'exécution du séquestre n° 2_ à D_. Il a aussi envoyé un avis d'exécution du séquestre à C_, laquelle était invitée à bloquer en ses mains la totalité des sommes dues à son employé, B_, au titre de salaire, commissions et gratifications.
c.
Par courrier du 11 février 2021, D_ a fait savoir à l'Office qu'elle avait réservé en sa faveur le solde du compte de C_, en 142'794 fr. 64.
d.
Par courrier du 16 février 2021, C_ a sollicité de l'Office qu'il lève rapidement le séquestre opéré sur son compte bancaire auprès de D_, dont elle était seule titulaire, et sur lequel aucun avoir appartenant à B_ n'était déposé. Le précité n'était nullement bénéficiaire dudit compte.
Aux termes d'un courrier séparé du 17 février 2021, C_ a par ailleurs indiqué à l'Office que B_ n'était pas son employé et ne l'avait jamais été. Elle n'avait du reste aucun lien avec B_.
e.
Le 17 février 2021, l'Office a informé D_ de ce que le séquestre n° 2_ était levé.
f.
En date du 16 avril 2021, l'Office a adressé à C_ un nouvel avis concernant l'exécution du séquestre n° 2_, portant sur les créances futures, d'une valeur alléguée de 320'000 fr. par an, que B_ détenait envers C_, à concurrence de 292'914 fr. 30.
g.
C_ a répondu à l'Office par lettre du 19 avril 2021 qu'elle n'entretenait aucune relation contractuelle avec B_ dans le canton de Genève et qu'elle n'effectuait aucun versement sur un compte bancaire ou postal au nom de ce [client].
h.
Selon un échange d'e-mails entre C_ et l'Office, intervenu le 27 avril 2021, B_ était salarié d'une société à responsabilité limitée, elle-même cliente de C_. C'était donc la société qui était la bénéficiaire des paiements.
i.
Le 28 avril 2021, l'Office a établi un procès-verbal de non-lieu de séquestre. Le séquestre n'avait porté ni en mains de D_, le compte visé étant celui de C_, ni en mains de cette dernière, B_ n'étant pas client de C_, mais salarié d'une société à responsabilité limitée, elle-même cliente de C_.
B.
a
. Par acte posté le 10 mai 2021, A_ a porté plainte auprès de la Chambre de surveillance contre le procès-verbal de non-lieu de séquestre reçu le lendemain, concluant à son annulation et à ce qu'il soit ordonné à l'Office d'exécuter le séquestre conformément aux termes de l'ordonnance du Tribunal de première instance.
Pour A_, l'Office n'avait pas la compétence pour se prononcer sur l'existence des actifs séquestrés et ne pouvait prononcer un non-lieu de séquestre, sur la base des seules allégations, non étayées, de C_.
Par ailleurs, même si C_ devait verser la rémunération résultant de la pratique [professionnelle] de B_ à une personne morale, cela ne signifiait pas pour autant que le séquestre ne pouvait être exécuté. En effet, dans cette hypothèse, B_ était le seul bénéficiaire effectif des montants versés par C_.
B_ était titulaire d'un numéro de code créancier pour l'activité [professionnelle] exercée à Genève, lequel était indispensable pour facturer des prestations à la charge de l'assurance obligatoire des soins. Selon ses indications, c'était le compte de C_ qui devait recevoir les montants versés par les assureurs en remboursement des prestations fournies par lui à la charge de l'assurance obligatoire des soins.
b.
Dans son rapport, l'Office a indiqué que les biens à séquestrer devaient appartenir au débiteur. Lorsque le séquestre visait des biens dont le détenteur formel était un tiers, mais dont le débiteur était l'ayant droit économique, la requête, respectivement l'ordonnance de séquestre devait expressément désigner le tiers. En l'espèce, l'ordonnance de séquestre désignait C_ comme étant le tiers débiteur des créances de B_, alors que dans les faits le tiers débiteur était une société à responsabilité limitée. Partant, A_ aurait dû requérir le séquestre des créances de B_ envers la Sàrl voire des créances de la Sàrl envers C_, en cas d'identité économique entre la société et le débiteur. Tel n'avait pas été le cas de sorte que c'était à juste titre que l'Office avait refusé d'exécuter le séquestre.
c.
B_ a conclu à la confirmation de la décision entreprise, l'Office s'étant conformé aux termes de l'ordonnance de séquestre. Or, il était établi que C_ était seule titulaire du compte visé par le séquestre et qu'elle n'entretenait aucune relation contractuelle avec lui-même. Quant à la société E_ Sàrl, elle n'avait plus d'activité depuis 2016.
d.
A_ a répliqué, en date du 23 juin 2021, persistant dans ses conclusions.
e.
B_ ayant renoncé à dupliquer, la cause a été gardée à juger le 8 juillet 2021.

EN DROIT
1.
Déposée en temps utile (art. 17 al. 2 LP) et dans les formes prévues par la loi (art. 9 al. 1 et 2 LALP; art. 65 al. 1 et 2 LPA, applicables par renvoi de l'art. 9 al. 4 LALP), auprès de l'autorité compétente pour en connaître (art. 6 al. 1 et 3 LALP; art. 17 al. 1 LP), à l'encontre d'une mesure de l'Office pouvant être attaquée par cette voie (art. 17 al. 1 LP), soit une décision de non-lieu de séquestre, et par une partie lésée dans ses intérêts (ATF
138 III 219
consid. 2.3;
129 III 595
consid. 3;
120 III 42
consid. 3), la plainte est recevable.
2. 2.1.1
Selon la jurisprudence, l'ordonnance de séquestre est rendue sur la base de la seule requête du créancier (art. 272 LP). Elle doit être entreprise par la voie de l'opposition (art. 278 al. 1 LP), dont le but est de permettre au juge de vérifier le bien-fondé du séquestre après avoir entendu le débiteur. De son côté, l'office des poursuites exécute l'ordonnance de séquestre (art. 275 LP). Sa décision doit être entreprise par la voie de la plainte (art. 17 LP) auprès de l'autorité de surveillance (arrêt du Tribunal fédéral
5A_731/2016
du 20 décembre 2016 consid. 3, publié in SJ 2017 I p. 325; arrêt
5A_150/2015
du 4 juin 2015 consid. 5.2.3, publié in SJ 2016 I p. 138). Les compétences de l'office des poursuites et des autorités de surveillance sont limitées aux mesures proprement dites d'exécution du séquestre, ainsi qu'au contrôle de la régularité formelle de l'ordonnance de séquestre. A cet égard, l'office vérifiera que toutes les mentions prescrites par l'art. 274 al. 2 ch. 1 à 4 LP figurent dans l'ordonnance ou encore que la désignation des biens y soit suffisamment précise pour permettre une exécution sans risque de confusion ou d'équivoque. Ce pouvoir d'examen entre par définition dans les attributions d'un organe d'exécution qui ne peut donner suite à un ordre lacunaire, imprécis ou entaché d'un défaut qui le rend inopérant, ni exécuter un séquestre nul (ATF
142 III 291
consid. 2.1 et les références). Tel pourrait être le cas si l'ordonnance ne désigne pas les biens à séquestrer avec suffisamment de précision ou qu'elle ne contient pas toutes les informations requises par l'art. 274 LP. En revanche, l'office des poursuites est tenu d'obtempérer à une ordonnance de séquestre régulière en la forme. Il n'a pas la compétence d'en examiner le bien-fondé, notamment de vérifier les conditions justifiant l'octroi de la mesure. C'est ainsi que la question de savoir si le créancier a réussi à rendre vraisemblable que certaines valeurs appartiennent au débiteur malgré l'apparence formelle relève de la compétence du juge du séquestre, respectivement du juge de l'opposition (ATF
130 III 579
consid. 2.2.4 et les références; arrêt
5A_730/2016
du 20 décembre 2016 consid. 3.2.1 et 3.2.2). L'office ne saurait non plus combler d'éventuelles lacunes, notamment en ce qui concerne la désignation des biens (cf. art. 272 al. 1 ch. 3 LP; cf. arrêts
7B.57/2004
du 19 juillet 2004, consid. 2.2.3;
5A_615/2014
du 11 décembre 2014 consid. 3.2 et la référence, publié in SJ 2015 I p. 133).
2.1.2
Lorsque le séquestre vise des biens dont le détenteur formel est un tiers, mais dont le débiteur serait l'ayant droit économique, l'ordonnance de séquestre doit expressément désigner ce tiers (cf.
DCSO/356/2020
du 16 juillet 2020). Ainsi, dans la mesure où elle n'indiquerait pas les noms des tiers auxquels doivent appartenir à titre simplement formel des biens du débiteur, une ordonnance de séquestre serait inexécutable (ATF
130 III 579
consid. 2.2.1 et 2.2.3 et arrêt du Tribunal fédéral
5A_730/2016
du 20 décembre 2016 consid. 3.2.2; Jaques, La saisie et le séquestre des droits patrimoniaux dont le débiteur est l'ayant droit économique, in ZZZ 2005 p. 307 ss, 346).
2.2
En l'espèce, il n'est pas litigieux que le débiteur séquestré n'est pas le titulaire du compte auprès de D_ visé par l'ordonnance de séquestre, détenu par C_.
Selon les indications de cette dernière, aucun avoir appartenant au débiteur séquestré ne se trouvait sur le compte précité au moment du séquestre.
Aussi, le séquestre du compte n'ayant pas porté, c'est à juste titre que l'Office a prononcé un non-lieu de séquestre.
La plaignante a certes rendu vraisemblable devant le juge du séquestre que les prestations fournies par le débiteur séquestré à la charge de l'assurance-maladie obligatoire étaient remboursées par les assureurs-maladie à C_, selon les indications de l'intéressé.
Interpellée par l'Office, C_ a toutefois précisé que le débiteur séquestré n'était pas leur client, mais une société à responsabilité limitée.
Or, quand bien même le débiteur séquestré serait dans les faits le bénéficiaire économique des créances envers C_, comme le soutient la plaignante, le séquestre de celles-ci suppose, conformément à la jurisprudence, que l'ordonnance de séquestre mentionne l'identité du tiers disposant de la titularité formelle des droits devant être séquestrés. Or, l'ordonnance de séquestre du 11 février 2021 ne précise pas l'identité de la société cliente susceptible de détenir formellement, dans les livres de C_, des avoirs appartenant en réalité au débiteur séquestré.
La décision de non-lieu rendue le 28 avril 2021 par l'Office était par conséquent bien fondée, ce qui entraîne le rejet de la plainte.
3.
La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP et art. 61 al. 2 let. a OELP) et il ne peut être alloué aucun dépens (art. 62 al. 2 OELP).
* * * * *