Decision ID: 9f7b447b-6b28-5746-86b4-f4598fa7c3fc
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
, l'ordonnance de séquestre rendue le 19 avril 2018 par le Tribunal de première instance (ci-après : le Tribunal) à la requête de A_ INC, B_ et C_ à l'encontre de D_ SA, le fondement de la créance invoquée, en 34'933'819 fr. 40, étant une sentence arbitrale finale prononcée par la London Court of International Arbitration (LCIA) du 27 février 2018;
Que le séquestre a été ordonné sur tous les avoirs de D_ SA en mains de [les banques] E_ à Genève, F_ à Genève, G_ à Zurich et H_ à Genève;
Que les requérants ont été dispensés de fournir des sûretés;
Que le 27 novembre 2018, D_ SA a formé une opposition à séquestre;
Qu'à la suite de cette opposition, le Tribunal a rendu un jugement
OSQ/17/2019
du 23 avril 2019 par lequel il a admis l'opposition formée par D_ SA et révoqué en conséquence l'ordonnance de séquestre du 19 avril 2018;
Que le 6 mai 2019, A_ INC, B_ et C_ ont formé recours contre le jugement du Tribunal du 23 avril 2019, concluant à son annulation et à la confirmation de l'ordonnance de séquestre du 19 avril 2018, avec suite de frais et dépens à la charge de leur partie adverse;
Qu'à titre préalable, ils ont requis l'octroi de l'effet suspensif;
Que par arrêt du 26 juin 2019, la Cour a constaté que le séquestre ordonné par le Tribunal le 19 avril 2018 demeurait en vigueur en totalité,
ex lege
, jusqu'à droit jugé sur le recours formé le 6 mai 2019;
Que dans sa réponse du 21 juin 2019, D_ SA a conclu à ce que les recourants soient condamnés à verser "des sûretés raisonnables" et sur le fond à ce qu'ils soient déboutés de toutes leurs conclusions, le jugement du 23 avril 2019 devant être confirmé;
Qu'à l'appui de sa requête de sûretés, D_ SA a allégué que le maintien éventuel du séquestre, à ce stade de la procédure et jusqu'à droit jugé, nécessitait le prononcé de sûretés, le dommage trouvant sa source dans l'impossibilité pour le débiteur de disposer librement des actifs séquestrés;
Que selon la doctrine et la jurisprudence, un montant de sûretés équivalent à deux fois l'intérêt annuel (soit 10%) que produiraient les biens séquestrés pouvait s'avérer justifié;
Que dans le cas d'espèce, la situation s'était radicalement modifiée depuis le prononcé du séquestre litigieux, dans la mesure où la sentence arbitrale sur laquelle s'étaient initialement fondés les séquestrants avait été cassée par la Haute Cour de Londres, de sorte que les chances de succès du recours paraissaient extrêmement limitées, voire nulles;
Que dans leur réponse relative aux sûretés du 1
er
juillet 2019, les recourants ont conclu au déboutement de D_ SA de toutes ses conclusions;
Considérant,

EN DROIT
, que le créancier répond du dommage qu'un séquestre injustifié peut causer tant au débiteur qu'aux tiers, le juge pouvant l'astreindre à fournir des sûretés (art. 273 al. 1 LP);
Que le droit fédéral règle les conditions et le contenu des sûretés prévues par l'art. 273 al. 1 LP;
Que le séquestrant peut être astreint - tant par l'ordonnance elle-même (art. 274 al. 2 ch. 5 LP) qu'à un stade ultérieur - de fournir des sûretés lorsque la créance ou le cas de séquestre sont douteux (ATF
112 III 112
consid. 2a;
93 I 278
consid. 5a), ou que la créance a perdu de sa vraisemblance par rapport au moment où le séquestre a été autorisé (ATF
113 III 94
consid. 6 et les références), l'autorité de séquestre appréciant librement s'il se justifie d'imposer une garantie (ATF
112 III 112
consid. 2c);
Que les sûretés de l'art. 273 al. 1 LP sont destinées à garantir la prétention en dommages-intérêts du débiteur (ou du tiers) qui découle de l'indisponibilité frappant ses biens (arrêt du Tribunal fédéral
5A_165/2010
précité consid. 2.3.2 et la jurisprudence citée, in : Praxis 2011 p. 144);
Qu'au nombre des éléments pertinents pour déterminer ce préjudice éventuel figurent, notamment, la durée prévisible du procès en validation de séquestre, ainsi que les intérêts - équivalant en principe à deux années - des emprunts que le débiteur (ou le tiers) a contractés pour pallier la privation de ses avoirs (arrêts du Tribunal fédéral
5A_165/2010
précité consid. 2.3.3 et les nombreuses citations, in: Praxis 2011 p. 145;
5A_757/2010
du 20 avril 2011 consid. 2);
Qu'il incombe au requérant de sûretés d'établir les éléments du dommage auquel l'expose l'indisponibilité de ses avoirs; l'indisponibilité des fonds placés sous main de justice n'entraîne une obligation de réparer que si le débiteur (ou le tiers) subit un préjudice de ce chef; il en est ainsi, en particulier, lorsqu'il doit emprunter pour suppléer à l'indisponibilité de ses fonds (arrêts du Tribunal fédéral
5A_757/2010
du 20 avril 2011, consid. 3.2.2;
5P_262/1995
du 19 septembre 1995 consid. 4c).
Qu'en l'espèce, l'intimée s'est contentée d'exposer, de manière toute générale, les conditions légales permettant l'octroi de sûretés;
Qu'elle n'a, en revanche, pas allégué risquer concrètement de subir un dommage;
Que la Cour ignore notamment si le séquestre a effectivement porté et le cas échéant à hauteur de quel montant, l'intimée n'ayant fourni aucune explication utile sur ce point;
Que l'intimée n'a pas indiqué avoir dû procéder à des emprunts en raison de l'indisponibilité des sommes éventuellement séquestrées, ni n'a prétendu avoir subi un quelconque dommage de ce fait;
Qu'elle n'a par ailleurs pas chiffré ses conclusions, se contentant de solliciter le versement de "sûretés raisonnables";
Que dans ces conditions, la requête en fourniture de sûretés sera rejetée, la question de la recevabilité de conclusions non chiffrées pouvant demeurer indécise;
Que la question des frais relatifs à la procédure de sûretés sera tranchée dans le cadre de l'arrêt sur le fond (art. 104 al. 3 CPC).
* * * * *