Decision ID: 0ac476e9-5963-5c0a-ac83-5713c0da6f00
Year: 2014
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par ordonnance
OTPI/763/2014
du 22 mai 2014, expédiée pour notification aux parties le 26 mai suivant, le Tribunal de première instance (ci-après : le Tribunal) a suspendu la procédure C/19638/2012 jusqu'à droit jugé dans le cadre de la procédure C/1_, dit qu'il appartiendra à la partie la plus diligente d'aviser le Tribunal du résultat de cette procédure et réservé le sort des frais.
En substance, le premier juge a retenu qu'il ne pouvait pas statuer sur la question de savoir si l'immeuble litigieux devait ou non être exclu de la procédure d'exécution forcée conduite par A_ à l'encontre de C_, sans déterminer préalablement si B_ était ou non propriétaire de la parcelle, et, le cas échéant, à partir de quelle date. Ces questions faisant l'objet de la procédure C/1_ actuellement pendante devant le Tribunal, il était nécessaire d'attendre l'issue de cette cause.
B. a.
Par acte déposé le 6 juin 2014 au greffe de la Cour de justice, A_ a formé recours contre cette ordonnance, sollicitant son annulation et le rejet de la requête de suspension formée par B_, avec suite de frais et dépens.
Elle fait valoir que le litige fait l'objet d'une litispendance préexistante, de sorte que la demande, objet de la présente procédure, est irrecevable. Il n'existe ainsi pas de motif de suspendre la procédure, le principe de célérité imposant au contraire de déclarer la demande irrecevable.
b.
Dans sa réponse du 7 juillet 2014, B_ a requis, avec suite de dépens, principalement, la confirmation de l'ordonnance entreprise et, subsidiairement, la suspension de la procédure jusqu'à droit connu dans la cause C/1_-19.
Elle a indiqué que la détermination de la qualité de propriétaire du bien immobilier devait être tranchée en premier lieu; ceci fait, il conviendrait de juger si ce bien devait ou non être exclu de la procédure d'exécution forcée dirigée contre C_.
B_ a contesté l'existence d'une litispendance, les parties aux deux procédures n'étant pas identiques.
c.
Par détermination du 4 juillet 2014, C_ s'est en rapporté à justice.
d.
Les parties ont été avisées le 29 juillet 2014 de ce que la cause était gardée à juger, A_ n'ayant pas fait usage de son droit de réplique.
C.
Les faits pertinents suivants résultent de la procédure :
a.
C_ est inscrit depuis le 24 juillet 1996 au Registre foncier de Genève en qualité de propriétaire d'un immeuble sis _.
b.
B_ allègue que C_ a acquis ce bien-fonds à titre fiduciaire, pour elle-même.
c.
Dans le courant de l'année 2006, C_ a été arrêté, inculpé et incarcéré pour avoir, notamment, détourné des fonds appartenant à ses clients.
d.
Par courrier du 31 janvier 2008, B_ a sommé C_ de lui transférer le bien immobilier acquis à titre fiduciaire.
e.
Le 15 octobre 2010, B_ a saisi le Tribunal d'une action en constatation de droit, assortie de mesures superprovisionnelles et provisionnelles à l'encontre de C_, et a conclu à ce que le Tribunal dise et constate que C_ n'avait été inscrit au Registre foncier qu'en qualité de propriétaire à titre fiduciaire, dise et constate qu'elle était propriétaire du bien immobilier visé et ordonne en tant que de besoin au préposé du Registre foncier qu'il radie l'inscription de C_ au profit d'une inscription nouvelle en sa faveur.
f.
Par ordonnance du 15 octobre 2010, le Tribunal a ordonné au conservateur du Registre foncier de procéder à l'annotation provisoire d'une restriction du droit d'aliéner la parcelle litigieuse (cause C/2_).
g.
La procédure en constatation de droit (cause C/3_) est toujours pendante devant le Tribunal.
h.
Le 5 juin 2012, A_ a requis et obtenu du Tribunal le séquestre (n° 4_) à concurrence de 3'667'167 fr. à l'encontre de C_ de l'immeuble litigieux, d'une cédule hypothécaire de 1'052'000 fr. grevant cet immeuble, d'une créance d'honoraires de 1'052'415 fr. 65 détenue par C_ à l'encontre de D_, époux de B_, d'une créance en paiement des arriérés de loyer issue d'un contrat de bail à loyer conclu entre C_ et B_ et de toutes créances résultant de la convention de fiducie entre C_, d'une part, et B_ et D_, d'autre part.
i.
B_ a informé l'Office des poursuites de ce qu'elle revendiquait la propriété du bien-fonds, revendication que tant C_ que A_ ont contestée.
j.
Par requête déposée le 20 septembre 2012 au Tribunal, B_ a formé une action en revendication à l'encontre de C_ et de A_. Elle a requis que le Tribunal dise et constate que C_ n'avait été inscrit au Registre foncier qu'en qualité de propriétaire à titre fiduciaire, dise et constate qu'elle était propriétaire du bien immobilier et ordonne en tant que de besoin au Préposé du Registre foncier qu'il radie l'inscription de C_ au profit d'une inscription nouvelle en sa faveur, et déclare infondée la contestation de la revendication de C_ et de A_ sur le bien immobilier, dans le cadre du séquestre n° 4_.
k.
Dans sa réponse du 22 mars 2013, C_ a conclu, concernant la qualité pour agir, préalablement, à l'apport de la procédure C/3_, à la suspension de la cause jusqu'à droit jugé dans l'affaire mentionnée, et, principalement, à la constatation du défaut de qualité pour agir de B_ et à l'irrecevabilité de la requête formée par cette dernière, l'ordonnance de mesures provisionnelles devant en conséquence être révoquée et l'annotation au Registre foncier radiée; au fond, il a repris les mêmes conclusions, en faisant valoir que B_ ne disposait pas de la légitimation active.
l.
Par écriture de réponse du même jour, A_ a requis le déboutement de B_ de toutes ses conclusions.
m.
Par ordonnance OTPI/5_ du 6 mai 2013, le Tribunal a suspendu la procédure dans l'attente de l'arrêt de la Cour à rendre dans la cause C/1_.
La procédure a été reprise par ordonnance du 12 décembre 2013 (OTPI/6_).
n.
A l'audience du 29 janvier 2014 devant le Tribunal, le conseil de B_ a requis la suspension de la procédure, à laquelle A_ s'est opposée. C_ s'en est rapporté à justice.
Sur quoi le Tribunal a imparti aux parties un délai pour déposer leurs conclusions sur suspension.

EN DROIT
1.
Le recours est dirigé contre une décision de première instance prononçant une suspension, de sorte que la voie du recours est ouverte (art. 126 al. 2 CPC).
L'acte, qui a été déposé dans le délai et en la forme écrite et motivée requis par la loi (art. 321 et art. 142 al. 3 CPC) est, partant, recevable.
Par souci de clarté, C_ sera désigné ci-après l'intimé et B_, l'intimée.
2.
Saisie d'un recours stricto sensu, la Cour voit son pouvoir d'examen limité à la violation du droit et/ou à la constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC). En revanche, elle dispose d'un plein pouvoir d'examen, en ce qui concerne l'application du droit (Jeandin, Code de procédure civil commenté, Bâle, 2011, n. 2 ad art. 320 CPC).
3.
La décision querellée ordonne la suspension de la procédure, motif pris du caractère préjudiciel de la procédure civile en constatation de droit introduite par l'intimée, actuellement pendante devant le Tribunal.
3.1
Selon l'art. 126 al. 1 CPC, le tribunal peut ordonner la suspension de la procédure si des motifs d'opportunité le commandent. La procédure peut notamment être suspendue lorsque la décision dépend du sort d'un autre procès.
La suspension doit correspondre à un vrai besoin. Il peut s'agir par exemple, comme l'art. 126 al. 1 CPC le prévoit, d'attendre la décision qui sera rendue dans une autre procédure et qui peut avoir une influence déterminante sur la procédure pendante. D'après la jurisprudence, il convient de tenir compte des particularités propres aux procédures en cause; en règle générale, ce sera le procès civil qu'il convient de suspendre pour permettre au juge pénal d'établir les faits (arrêt du Tribunal fédéral
1B_231/2009
/
1B_253/2009
/
1B_261/2009
du 7 décembre 2009 consid. 4.1).
L'art. 126 CPC confère un large pouvoir d'appréciation au juge (Weber, KuKo-ZPO, 2010, n. 2 ad art. 126 CPC). La suspension est l'exception et doit céder le pas au principe de la célérité en cas de doute (arrêt du Tribunal fédéral
5A_429/2011
du 9 août 2011 consid. 3.4.2; Staehelin, Kommentar zur schweizerischen Zivil-prozessordnung, 2010, n. 4 ad art. 126 CPC). Elle doit en effet être compatible avec le droit constitutionnel prévu à l'art. 29 al.1 Cst. d'obtenir un jugement dans un délai raisonnable (Haldy, in Code de procédure civile commenté, 2011, n. 6 ad art. 126 CPC; arrêt du Tribunal fédéral
5A_773/2012
du 31 janvier 2013 consid. 4.2.2).
3.2
Dans le cas d'espèce, l'appelante fait valoir que le litige fait l'objet d'une litispendance préexistante, de sorte que la demande formée par l'intimée est irrecevable. Ce grief est exorbitant au présent litige, dès lors que le Tribunal a statué exclusivement sur la suspension de la procédure. La Cour se dispensera en conséquence de son examen.
Par ailleurs, l'intimée a saisi, le 15 octobre 2010, le Tribunal d'une action en constatation de droit, procédure dans laquelle le droit de propriété du bien immobilier litigieux devra être tranché. Comme l'a relevé à bon droit le premier juge, il convient en premier lieu de déterminer si l'intimée est ou non propriétaire de la parcelle en cause, et, le cas échéant, à partir de quelle date, avant de statuer sur la question de savoir si le bien-fonds doit ou non être exclu de la procédure d'exécution forcée initiée par la recourante à l'encontre de l'intimée.
Cette question est ainsi déterminante pour l'issue de la présente procédure, de sorte que c'est à bon droit que le Tribunal a suspendu la cause jusqu'à droit jugé dans l'affaire actuellement pendante devant le Tribunal sous référence C/1_.
3.3
Le recours, infondé, sera par conséquent rejeté.
4.
Les frais judiciaires du recours sont arrêtés à 1'200 fr. (art. 41 du Règlement fixant le tarif des frais en matière civile (RTFMC) -
E 1 05.10
) et mis à la charge de la recourante qui succombe (art. 106 al. 1 CPC). Ils sont entièrement compensés avec l'avance de frais, d'un montant correspondant, fournie par cette dernière, laquelle reste acquise à l'Etat (art. 111 al. 1 CPC).
La recourante sera également condamnée aux dépens de l'intimée, qui sont arrêtés à 1'000 fr., débours et TVA compris (art. 85, 87 et 90 RTFMC; art. 25 et 26 LaCC; art. 25 LTVA).
L'intimée s'en étant rapporté à justice, il ne se justifie pas de lui allouer de dépens.
5.
Le présent arrêt peut être contesté par la voie du recours en matière civile (art. 72 al. 1 LTF) aux conditions de l'art. 93 LTF (ATF
138 IV 258
consid. 1.1; arrêts du Tribunal fédéral
5A_773/2012
du 31 janvier 2013 consid. 1).
La décision de suspension de la procédure, au sens de l'art. 126 al. 1 CPC, est une décision de mesures provisionnelles au sens de l'art. 98 LTF, de sorte que seule la violation de droits constitutionnels peut être invoquée dans le cadre d'un recours (ATF
137 III 261
consid. 1; arrêt du Tribunal fédéral
5A_773/2012
du 31 janvier 2013 consid. 4.2.1).
* * * * *