Decision ID: 08e70a33-e3e8-4db2-ad0a-4dfb764daefe
Year: 2019
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. A._ (la recourante), ressortissante marocaine née en 1978, a épousé le ******** septembre 2011 B._, ressortissant marocain au bénéfice d'une autorisation d'établissement. Elle a de ce chef été mise au bénéfice d'une autorisation de séjour - après que son recours devant la cour de céans contre la décision initiale de refus rendue par le Service de la population (SPOP) du canton de Vaud a été admis (cf. arrêt PE.2012.0437 du 6 mai 2013). Une fille est issue de cette union, C._, née en septembre 2013.
Les époux sont légalement séparés depuis le 26 mars 2015. Par convention du 6 mai 2015, ratifiée par le Président du Tribunal d'arrondissement de la Côte pour valoir prononcé de mesures protectrices de l'union conjugale, ils ont convenu de vivre séparés pour une durée indéterminée et d'attribuer la garde de leur fille à la mère, le père exerçant un libre droit de visite. Aucune contribution d'entretien n'a été prévue, les époux étant tous deux à l'aide sociale.
B. Par décision du 6 avril 2017, le SPOP a refusé de renouveler l'autorisation de séjour en faveur de A._ et de sa fille et prononcé leur renvoi de Suisse. Cette décision a été confirmée, sur recours, par un arrêt PE.2017.0245 rendu le 23 novembre 2017 par le Cour de droit administratif et public (CDAP) du Tribunal cantonal, lui-même confirmé par un arrêt 2C_1085/2017 rendu le 22 mai 2018 par le Tribunal fédéral (TF). Il résulte de l'arrêt cantonal en particulier ce qui suit:
"1. [...]
c) Si la recourante a envisagé à un moment une reprise de la vie commune [...], celle-ci apparaît toutefois à ce jour illusoire pour les époux qui vivent légalement séparés depuis mars 2015, sans qu'un rapprochement n'ait dans l'intervalle été tenté. Partant, la recourante ne saurait se prévaloir de son mariage vidé de tout contenu à l'appui du renouvellement de son autorisation de séjour au sens de l'art. 43 al. 1 LEtr, ce qu'elle ne fait d'ailleurs pas. [...]
2. [...]
b) Les époux, dont le mariage a été célébré le 28 septembre 2011, ont cohabité en Suisse dès le 3 novembre 2014 et sont séparés légalement depuis le 26 mars 2015. Ayant pris fin au plus tard à cette date sans qu'aucun motif ne justifie une exception à l'exigence du ménage commun au sens de l'art. 49 LEtr, l'union conjugale n'a donc duré, tout au plus, qu'un peu plus de quatre mois. La première des deux conditions cumulatives de l'art. 50 al. 1 let. a LEtr n'étant pas remplie, point n'est besoin d'aborder la seconde exigence relative à l'intégration [...].
3. a) [...]
ee) En l'espèce, la recourante soutient avoir été victime de graves violences (psychologiques, verbales) dont son conjoint se serait fait l'auteur et prétend avoir été contrainte de le quitter pour se protéger elle et sa fille. [...]
[...] le récit de la recourante n'est pas de nature à convaincre le tribunal de céans qu'elle aurait effectivement subi des violences conjugales systématiques et graves pendant la vie commune revêtant l'intensité suffisante pour lui ouvrir le droit à une autorisation de séjour découlant de l'art. 50 al. 1 let. b LEtr.
[...]"
C. a) Par courrier non daté, parvenu au Centre social régional (CSR) de Nyon-Rolle le 29 mai 2018, A._ a indiqué que son époux allait s'installer avec elle définitivement dès "le moi[s] prochain". Elle a produit dans ce cadre un courrier qui lui avait été adressé (ainsi qu'à son époux) le 18 mai 2018 par le président du Tribunal d'arrondissement de la Côte, lequel indiquait prendre acte de la déclaration des intéressés selon laquelle ils avaient repris la vie commune.
La recourante et son époux ont déposé une demande de prestations du RI le 9 juillet 2018.
Par décision du 16 juillet 2018, valable dès le 1er juillet 2018, le CSR a fait droit à cette demande, invitant les intéressés à produire dès que possible une attestation de domicile actualisée concernant B._.
b) Par courrier (non daté) parvenu le 20 juillet 2018 au CSR, B._ a notamment indiqué ce qui suit (reproduit tel quel):
"[...] j'attire votre attention que je ne suis plus au social [...] on a envoyé une lettre du tribunal de la Côte de Nyon juste pour vous prévenir... à titre d'information comme quoi je revis légalement avec ma femme [...] j'ai pas fais encore le changement d'adresse officielement pour accéder à l'appartment conjugal...
J'ai l'AI [assurance-invalidité] à 57% et les préstation complémentairs [PC] ainsi que ma fille C._... a le droit au PC... vu que j'ai avisé le PC que légalement on a une vie commune... je reste hors norme au social [...] ma femme elle est sur le marché du travail elle fournissait tous les justificatifs pour ça elle travaille des heures par semaine si vous voulez l'aider encore... c'est à vous de voir mais moi je peux entretenir ma famille... et je veuille sur leurs besoin... je vous prie [...] de faire le necessaire..."
Par courrier du 6 août 2018, le CSR a relevé qu'il ne comprenait pas "le sens exact" de cette demande et rappelé à B._ qu'il avait signé le 9 juillet 2018 une demande RI à la suite de la reprise de la vie commune avec son épouse; dans cette mesure, le CSR indiquait qu'il était tenu de comptabiliser sa rente AI et la rente enfant en faveur de sa fille.
c) Dans l'intervalle, par courrier du 13 juillet 2018 parvenu le 30 juillet 2018 au CSR, le SPOP a informé ce dernier qu'un délai au 22 août 2018 était imparti à A._ ainsi qu'à sa fille pour quitter la Suisse - à la suite du rejet de son recours contre la décision de la cour de céans par le TF (cf. let. B supra).
d) A._ a complété seule le "questionnaire mensuel et déclaration de revenus" pour le mois de juillet 2018. A la requête du CSR, elle et son époux ont complété et signé un nouveau questionnaire pour ce même mois le 22 août 2018.
Par courrier du 3 septembre 2018, le CSR a invité la recourante à lui remettre le justificatif du paiement du loyer du mois de juillet 2018 dans un délai au 10 septembre 2018. Il était précisé qu'en l'absence de réponse de sa part en temps utile, le CSR serait contraint de rendre une décision sur la base des éléments en sa possession.
e) Le 14 septembre 2018, le CSR a adressé à A._ et à son époux une décision de "Refus des prestations RI juillet 2018 (pour vivre en août 2018) et Décision de fin de droit" dont il résulte ce qui suit:
"Prestations RI du mois de juillet 2018 (pour vivre en août 2018)
Votre « questionnaire mensuel et déclaration de revenus » du mois de juillet 2018 a été complété uniquement par Mme A._ en date du 15.08.2018. Ce document vous a été retourné afin de le compléter avec les données de M. B._ (revenus, signatures, relevés bancaires et preuve de paiement de votre loyer).
Un nouveau courrier daté du 3 septembre 2018 vous accordait un ultime délai au 10.09.2018 pour nous transmettre la preuve de paiement de votre loyer afin que nous puissions procéder à l'évaluation de votre éventuel droit aux prestations financières.
A ce jour et sans nouvelle de votre part, nous vous confirmons que les prestations financières du mois de juillet 2018 (pour vivre en août 2018) ne peuvent pas vous être octroyées.
Fin de droit au RI
Nous avons été informés par le Service de la population que Mme A._ et sa fille C._ devaient quitter la Suisse au plus tard le 22 août 2018.
De ce fait, ces deux personnes ne remplissent plus les conditions d'octroi du revenu d'insertion à partir de cette date.
De plus, les revenus de M. B._ (rente AI et prestations complémentaires AI) sont supérieurs au minimum vital défini par les normes RI.
Au vu de ce qui précède, nous vous confirmons que nous procédons à la fermeture de votre dossier.
[...]
Pour votre information, une nouvelle demande RI peut être déposée en tout temps, accompagnée des pièces nécessaires actualisées, demande qui fera l'objet d'un nouvel examen de droit."
D. a) A._ a formé recours contre cette décision devant le Service de la prévoyance et de l'aide sociale (SPAS, dont les compétences ont été reprises depuis le 1er janvier 2019 par la Direction générale de la cohésion sociale [DGCS]) par acte du 12 octobre 2018, faisant en substance valoir ce qui suit (reproduit tel quel):
"[...] je n'ai jamais payée la régie... c'est le social qui payait directement. Comment on me demande un justificatif du loyer que j'ai jamais payée directement... mon mari avant il payait... et il présentait les justificatifs pas moi... je trouve injuste de me demander les justificatifs du loyer. [...]
Pour renouvellement du permis de séjour j'ai engagé un avocat... [...]"
b) Invité à se déterminer sur le recours, le CSR a maintenu sa décision par écriture du 29 octobre 2018, relevant notamment ce qui suit:
"Le CSR a payé le loyer à M. D._ détenteur du bail jusqu'au 31 mars 2018 (loyer d'avril).
Le loyer en avril 2018 (loyer mai) a été réglé le 26.06.2018 à la Régie ******** [...].
Nous avons versé le forfait RI et le loyer du mois de mai 2018 à Mme A._ le 18 juin 2018. Suite à l'entretien téléphonique du jour-même entre la GSA [gestionnaire socio-administrative] et Mme A._, il a été convenu qu'elle nous remettre [sic!] la preuve du paiement de celui-ci. A ce nous [recte: jour], nous n'avons toujours rien reçu.
Nous soulignons qu'après la modification du dossier (arrivée de M. B._), les revenus (rente et PC) de celui-ci sont comptabilisés dans le calcul du RI, ce qui [ne] nous permet pas de verser le loyer à tiers. Il incombe donc à Mme A._ et à M. B._ de s'acquitter de leur loyer du mois d'août.
De plus, Mme A._ et sa fille devant quitter le territoire [s]uisse au 22 août 2018, nous avons calculé le forfait au prorata temporis pour le mois de juillet 2018 (juillet pour vivre en août)."
Par écriture (non datée) parvenue au SPAS le 28 novembre 2018, la recourante a répété qu'elle ne s'était jamais acquittée du loyer, précisant en particulier ce qui suit (reproduit tel quel):
"[...] j'avais un problème avec mon beau fils qui a l'appartement a son nom, et moi sous locataire ce dernier a demandé à travers son avocat que le social lui paye directement le loyer... effectivement... le service social a commencé à payer directement à mon beau fils qui a garder l'argent pour lui pour une raison où une autre... après j'étais accueuli par [...] l'assistante social accompagné par mon mari et elle nous a dit que le social va payer directement la régie et jamais à mon beau fils et j'ai reçu la mise en demeure par la régie...
[...] on m'a jamais demander de payer le loyer...et c'est eux qui ont les bulletins de versement de la Régie"
c) Par décision du 29 novembre 2018, le SPAS a rejeté le recours et confirmé la décision rendue le 14 septembre 2018 par le CSR, retenant en substance ce qui suit:
"Dans le cas d'espèce, la recourante a fait valoir qu'elle n'était pas en mesure de transmettre le justificatif du paiement de son loyer puisque c'est le CSR qui a toujours versé le loyer directement auprès de la gérance.
A cet égard, il convient de relever que, en prenant en compte B._ dans le calcul du RI de la famille, le forfait mensuel versé à titre de RI était d'environ Fr. 200.- [...]. Le CSR n'était donc plus en mesure de payer l'intégralité du loyer à tiers puisque le loyer était plus élevé que le montant mensuel du droit. En conséquence, le CSR était en droit d'exiger le justificatif du paiement du loyer afin de vérifier que la recourante utiliserait l'argent pour ce faire.
Par ailleurs, la recourante qui touchait le RI depuis 2015 connaissait son obligation de renseigner le CSR de façon complète sur sa situation personnelle et financière. Or, malgré plusieurs rappels du CSR, cette dernière n'a pas transmis le document requis. C'est ainsi à juste titre que, après lui avoir rappelé les conséquences de la violation du devoir de renseigner, le CSR a refusé de verser le RI du mois de juillet 2018.
Au surplus, l'autorité de céans confirme également la fin du droit au RI puisque, selon les renseignements transmis par le SPOP dans son courrier du 13 juillet 2018, la décision de refus de renouveler les autorisations [de séjour] de la recourante et de sa fille, C._, est désormais définitive et exécutoire."
E. a) A._ a formé recours contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public (CDAP) du Tribunal cantonal par acte (non daté) parvenu au tribunal le 3 janvier 2019, exposant en particulier ce qui suit (reproduit tel quel):
"J'ai déclaré que mon mari revient vivre avec moi le mois de juillet... mais il n'a pu faire le changement d'adresse... car son fils a refusé de lui changer l'adresse car c'est lui qui nous sous loue l'appartement... Mme E._ [assistante sociale] a compris la situation elle a accepté de parler avec mon mari en disant que c'est un problème familiale... par rapport au loyer Mme E._ à dit tescutulement [textuellement] que le beau fils D._... on lui a versé l'argent du loyer mais... il n'a pas payé le loyer... et Mme E._ nous a dit qu'elle va payer le loyer directement à la régie... alors comment ça se fait que le mois de juin ils m'ont versé 1648.60... et d'habitude on me verse plus que ça... et il paye le loyer... mon mari jusqu'à présent... il n'a pas changé officiellement l'adresse... en plus le mois de juin avec 1600 et quellque je vais payé le loyer et Mme la conseillère m'a dit qu'elle paye directement la Régie... c'est quoi ces contradictions on n'est avec des gens qui travaille avec l'état suisse... ils ont dis qu'ils ont calculés ce que touche mon mari et mon mari n'a pas pu venir et changer l'adresse... mais ils ont arrêté les prestations... une fois ils disent que j'ai pas payé le loyer... après je dois quitter le territoire suisse... avec une décision... et j'ai engagé un avocat [...] et j'ai une attestation comme quoi on m'autorise à rester en territoire suisse avec ma fille... alors le fait d'arrêter les prestations c'est dû à quoi... mon mari avec 2300. maintenant il touche moins que ça et lui puisque le changement d'adresse n'a pas était faite... il peut rien faire... nous nourit... paye le loyer...
je comprends plus rien car Mme E._ ne m'a dis de payer le loyer au mois de juin et j'ai eu seulement 1600 et quellques... elle m'a dis... quelle vont payés directement la régie
il y a des gens qu'ont leur dis de payer le loyer et on présente le justificatif du payament du loyer on m'a rien dit... et par la suite elle m'a dis que mon mari touche tout... et mon mari vie ailleurs... et il touche 2333... et maintenant il touche 2126... quoi faire si il vous plait... j'ai plus confiance à ma conseillère... il falait que nous conversations soient enregistrées...
faite quelque choses s'ils vous plait...
à cause de ça j'avais une expulsion de mon appartement... et j'ai parlée avec le responsable de la Commune Mr F._ à travers une collaboratrices et elle m'a assurée que je ne peut quitter les lieux...."
La recourante a produit un lot de pièces à l'appui de son recours.
b) Invité à se déterminer en tant qu'autorité concernée, le CSR a indiqué par écriture du 11 janvier 2019 qu'il n'avait pas d'autres observations à formuler, aucun changement n'ayant été porté à sa connaissance.
Dans sa réponse du 24 janvier 2019, l'autorité intimée s'est référée aux considérants développés dans la décision attaquée et a conclu au rejet du recours.
c) A la requête du tribunal, la recourante a produit une attestation établie le 4 février 2019 par le SPOP dont il résulte que son dossier était en cours de traitement devant ce service, que son séjour était "admis" jusqu'à droit connu sur cette procédure et que, dans ce cadre, l'exercice d'une activité lucrative était autorisé - étant précisé que cette attestation s'étendait également à l'enfant C._.
F. Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:
1. Déposé en temps utile (cf. art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative - LPA-VD; RSV 173.36), le recours satisfait par ailleurs aux autres conditions formelles de recevabilité (cf. en particulier art. 79 al. 1 LPA-VD, applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD), de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
C'est le lieu de rappeler que la jurisprudence fait preuve d'une relative souplesse en ce qui concerne tant la formulation des conclusions que la motivation des recours. Il n'est ainsi pas exigé que les conclusions soient formulées explicitement, quand elles résultent clairement des motifs allégués; il suffit en définitive que l'on puisse déduire de l'acte de recours sur quel(s) point(s) et pour quelle(s) raison(s) la décision attaquée est contestée (CDAP AC.2016.0451 du 19 décembre 2018 consid. 1b et les références; Bovay et al., Procédure administrative vaudoise / LPA-VD annotée, Bâle 2012, ch. 2.1 ad art. 79 LPA-VD; cf. ég. Tribunal fédéral [TF] 2C_821/2017 du 23 mars 2018 consid. 4.3 et les références, rappelant d'une façon générale que "l'interdiction du formalisme excessif commande en particulier de ne pas se montrer trop strict dans l'examen de la formulation des conclusions si, à la lecture du mémoire, on comprend clairement ce que veut le recourant").
En l'espèce, le recours est passablement confus et ne contient pas de conclusions à proprement parler, la recourante se contentant en définitive de prier la cour de céans de "faire quelque chose" (cf. let. E/a supra). On comprend toutefois, à la lecture de cette écriture, que la recourante d'une part considère qu'il ne lui appartenait pas de s'acquitter elle-même du loyer - et, partant, qu'elle n'avait pas à fournir la preuve d'un tel paiement -, et d'autre part se prévaut du fait qu'elle est autorisée à demeurer en Suisse. Implicitement, il apparaît ainsi que la recourante conclut à ce que les prestations du RI pour le mois de juillet 2018 lui soient versées, aucune violation de son obligation de renseigner ne pouvant lui être reprochée à cet égard, et à ce qu'il ne soit pas mis fin à son droit au RI compte tenu du fait qu'elle est autorisée à demeurer en Suisse.
2. Le litige porte en premier lieu sur la confirmation par l'autorité intimée du refus du CSR de verser les prestations du RI à la recourante pour le mois de juillet 2018.
a) Selon son art. 1, la loi du 2 décembre 2003 sur l'action sociale vaudoise (LASV; BLV 850.051) a pour but de venir en aide aux personnes ayant des difficultés sociales ou dépourvues des moyens nécessaires à la satisfaction de leurs besoins indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine (al. 1); elle règle l'action sociale cantonale qui comprend la prévention, l'appui social et le RI (al. 2).
Aux termes de l'art. 3 LASV, l'aide financière aux personnes est subsidiaire à l'entretien prodigué par la famille à ses membres, aux prestations des assurances sociales et aux autres prestations sociales, fédérales, cantonales, communales ou privées; elle peut, le cas échéant, être accordée en complément de revenu ou à titre d'avance sur prestations sociales (al. 1). La subsidiarité de l'aide implique pour les requérants l'obligation d'entreprendre toutes démarches utiles auprès des personnes ou organismes concernés pour éviter ou limiter leur prise en charge financière (al. 2).
b) Le RI comprend une prestation financière et peut, cas échéant, également comprendre des prestations sous forme de mesures d'insertion sociale ou professionnelle (art. 27 LASV). A teneur de l'art. 31 LASV, la prestation financière est composée d'un montant forfaitaire pour l'entretien, d'un montant forfaitaire destiné à couvrir les frais particuliers pour les adultes et d'un supplément correspondant au loyer effectif dans les limites fixées par le règlement (al. 1); la prestation financière est accordée dans les limites d'un barème établi par le règlement, après déduction des ressources du requérant, de son conjoint ou partenaire enregistré ou de la personne qui mène de fait une vie de couple avec lui et de ses enfants mineurs à charge (al. 2).
Il résulte dans ce cadre de l'art. 17 du règlement d'application de la LASV, du 26 octobre 2005 (RLASV; BLV 850.051.1), que le RI est accordé sur demande signée par chaque membre majeur du ménage (conjoint, partenaire enregistré, personne menant de fait une vie de couple) ou son représentant légal (al. 1). Chaque membre majeur s'engage à employer les prestations du RI conformément au but pour lequel elles sont allouées et notamment les montants alloués pour le paiement du loyer (al. 3). Le département définit par voie de directives les obligations de vérification incombant aux autorités d'application (al. 4).
Selon l'art. 26 RLASV, après déduction de la franchise, le solde des ressources du requérant, de son conjoint, de son partenaire enregistré ou de la personne qui mène de fait une vie de couple avec lui et de ses enfants mineurs à charge est porté en déduction du montant alloué au titre du RI (al. 1); ces ressources comprennent notamment les rentes, pensions, suppléments pour soins intenses au sens de l'art. 42ter al. 3 de la loi fédérale du 19 juin 1959 sur l'assurance-invalidité (LAI; RS 831.20) et autres prestations périodiques (al. 2 let. h).
L'art. 30 RLASV prévoit qu'en règle générale, le montant alloué au titre du RI est versé mensuellement au requérant ou à un membre du ménage aidé qui est chargé de l'affecter conformément au but pour lequel il a été octroyé (al. 1). Lorsque la prestation n'est pas utilisée conformément au but prévu, l'autorité d'application peut la fractionner en plusieurs versements au ménage aidé ou la verser directement à un seul membre du ménage ou à un tiers qualifié; l'autorité d'application peut également la retenir en partie pour verser directement à des tiers les prestations auxquelles ils ont droit, notamment le loyer de l'appartement avec les charges et les acomptes prévus pour la consommation d'énergie (al. 2).
Selon l'art. 31 RLASV, la prestation financière du RI est versée au plus tôt pour le mois au cours duquel la demande a été déposée (al. 1); elle est supprimée dès que l'une des conditions dont elle dépend n'est plus remplie (al. 2).
c) Selon l'art. 38 LASV, la personne qui sollicite une prestation financière ou qui en bénéficie déjà fournit des renseignements complets sur sa situation personnelle et financière (al. 1). A la personne sollicitant une aide ou ayant obtenu des prestations RI est assimilé son conjoint ou partenaire enregistré (al. 7). En lien avec cette disposition, l'art. 43 RLASV prévoit qu'après lui avoir rappelé les conséquences de ses manquements et l'avoir entendu, l'autorité d'application peut réduire, cas échéant supprimer le RI, lorsque le bénéficiaire omet, refuse de fournir ou tarde à remettre les renseignements ou documents demandés dans le délai imparti.
L'art. 38 LASV pose l'obligation pour le requérant de collaborer à l'établissement des faits propres à rendre au moins vraisemblable le besoin d'aide qu'il fait valoir. Il n'appartient pas, en effet, à l'autorité d'application de l'aide sociale d'établir un tel besoin d'aide. Si la procédure administrative fait prévaloir la maxime inquisitoire, impliquant que l'autorité doit se fonder sur des faits réels qu'elle est tenue de rechercher d'office (cf. art. 28 al. 1 LPA-VD), ce principe n'est pas absolu. En particulier, lorsqu'il adresse une demande à l'autorité dans son propre intérêt, l'administré, libre de la présenter ou d'y renoncer, doit la motiver; il doit également apporter les éléments établissant l'intensité de son besoin, ainsi que son concours à l'établissement de faits ayant trait à sa situation personnelle, qu'il est mieux à même de connaître (cf. art. 30 al. 1 LPA-VD). La sanction pour un tel défaut de collaboration consiste en ce que l'autorité statue en l'état du dossier constitué (cf. art. 30 al. 2 LPA-VD). Dans ce cadre, l'autorité sera le cas échéant amenée à considérer que l'intéressé n'a pas prouvé qu'il était dépourvu des moyens nécessaires pour satisfaire ses besoins vitaux et à prononcer une décision de suspension ou de suppression des prestations (CDAP PS.2018.0078 du 22 mars 2019 consid. 3b et les références).
d) Aux termes de l'art. 45 al. 1 LASV, la violation par le bénéficiaire des obligations liées à l'octroi des prestations financières, intentionnelle ou par négligence, peut donner lieu à une réduction, voire à la suppression de l'aide. Dans ce cadre, il résulte de l'art. 42 al. 1 RLASV que l'autorité d'application peut réduire, voire supprimer le RI lorsque le bénéficiaire dissimule l'exercice d'activités lucratives, ne signale pas des éléments de revenu ou de fortune qui dépassent les limites permettant de bénéficier du RI, ou qui modifient le montant des prestations allouées ; elle peut également réduire le RI lorsque le bénéficiaire l'affecte à d'autres fins que celles prévues par la loi, notamment s'il ne s'acquitte pas du loyer avec le montant versé à cet effet ou s'il ne signale pas l'éventuel remboursement des charges locatives payées en trop par acompte.
e) En l'espèce, par courrier du 3 septembre 2018, la recourante a été invitée à communiquer au CSR le justificatif du paiement du loyer du mois de juillet 2018 et avertie qu'à ce défaut, il serait statué en l'état du dossier. La recourante n'ayant pas réagi dans le délai imparti, le CSR a refusé l'octroi des prestations du mois de juillet 2018 (pour vivre en août 2018) par décision du 14 septembre 2018. L'autorité intimée a confirmé cette décision sur ce point par la décision attaquée, évoquant dans ce cadre une "violation du devoir de renseigner" de la part de la recourante (cf. C/e, D/c et consid. 2c supra).
La recourante fait en substance valoir qu'elle n'a jamais payé directement le loyer et qu'il ne lui appartenait pas de le faire. A la lecture des explications tant de la recourante que du CSR (cf. en particulier let. D/a, D/b et E/a supra), il apparaît que le bail est au nom du beau-fils de la recourante, D._; que, dans un premier temps, c'est l'époux de cette dernière qui s'acquittait du loyer et présentait les justificatifs; que, par la suite, c'est le CSR qui a payé les loyers d'abord à D._ puis, pour le "loyer en avril 2018 (loyer mai)", directement à la régie (D._ ayant "gard[é] l'argent pour lui", si l'on en croit la recourante); enfin, le CSR ne pouvant plus verser le loyer à tiers compte tenu de la prise en compte des revenus de l'époux de la recourante (rente AI et PC), il a été convenu (par téléphone) que la recourante lui remette la preuve du paiement de celui-ci.
Comme l'a relevé l'autorité intimée et quoi que semble en penser la recourante, le CSR n'était plus en mesure de payer l'intégralité du loyer puisque ce dernier était plus élevé que le montant mensuel du droit (compte tenu de la prise en compte des revenus d'B._); c'est pour ce motif que la recourante et son époux étaient tenus de payer le loyer et d'apporter la preuve d'un tel paiement (afin que le CSR puisse s'assurer que les intéressés affectaient bien les prestations du RI dont ils bénéficiaient aux fins prévues par la loi). Le fait que la recourante n'ait pas eu la charge de s'acquitter du loyer auparavant est dès lors sans incidence sur le bien-fondé de la décision attaquée sur ce point, l'obligation pour la recourante et son époux de payer le loyer (et d'en apporter la preuve) découlant directement de la modification des circonstances. Tout au plus convient-il de relever que si la décision initiale du 14 septembre 2018 pouvait se fonder sur un défaut de collaboration (la recourante n'ayant pas réagi au courrier du CSR du 3 septembre 2018 alors même qu'elle avait été informée des conséquences d'une telle carence), on peut douter que ce motif puisse encore être opposé à la recourante depuis que cette dernière a formé recours contre cette décision devant l'autorité intimée; la recourante ne refuse pas en effet à proprement parler de fournir la preuve du paiement du loyer, mais estime qu'il ne lui appartenait pas de procéder à un tel paiement. Le manquement que l'on peut lui reprocher, ainsi qu'à son époux, consiste ainsi bien plutôt dans la violation de leurs obligations liées à l'octroi de prestations financières, singulièrement dans le fait qu'ils n'ont pas affecté le montant perçu au paiement du loyer; dans cette mesure, la décision attaquée doit dans tous les cas être confirmée sur ce point, le cas échéant par substitution de motifs - en application des art. 45 al. 1 LASV et 42 al. 1 RLASV.
Le tribunal se contentera pour le reste d'émettre de sérieux doutes quant à la bonne foi de la recourante. La reprise de la vie commune avec son époux quelques jours après le rejet de son recours en matière de police des étrangers par le TF, alors même qu'elle se prévalait dans le cadre de cette procédure notamment de violences conjugales graves de la part de son conjoint (cf. let. B et C/a supra), le fait que, selon ses dires, son époux n'aurait pu effectuer le changement d'adresse en cause en raison du refus du fils de ce dernier - motif qui ne résiste à l'évidence pas à l'examen - ou encore le fait que ses explications manquent singulièrement de clarté s'agissant de la question de savoir si son époux vit désormais effectivement avec elle et leur fille (dans son recours, elle indique ainsi qu'il n'aurait pas encore changé "officiellement" d'adresse, ce qui laisse à penser qu'il n'en a pas moins effectivement changé de lieu de domicile, ou encore qu'il "[les] nourrit" (elle et sa fille) et "paye le loyer"; mais elle indique également qu'il n'a "pas pu venir et changer l'adresse", ou encore qu'il "vi[t] ailleurs"; cf. let. E/a supra), laisse le tribunal passablement sceptique quant à une réelle reprise de la communauté conjugale (dans l'arrêt PE.2017.0245 du 23 novembre 2017, la cour de céans a ainsi notamment retenu que, depuis leur mariage en septembre 2011, l'union conjugale des époux n'avait duré qu'un peu plus de quatre mois, respectivement qu'une reprise de la vie commune semblait alors illusoire; cf. let. B supra). Quoi qu'il en soit, dès lors que la recourante a annoncé une telle reprise de la vie commune, que la demande de prestations ayant fait l'objet du refus litigieux a également été signée par son époux et qu'elle n'a à aucun moment officiellement informé le CSR d'un changement dans la composition de son ménage, le CSR se devait de tenir compte des revenus de son époux afin de déterminer leur éventuel droit aux prestations du RI.
3. Le litige porte par ailleurs sur le prononcé de la fin du droit au RI en faveur de la recourante confirmé par l'autorité intimée.
a) La LASV s'applique aux personnes domiciliées ou en séjour dans le canton (art. 4 al. 1 LASV). L'art. 1 al. 2 RLASV précise dans ce cadre qu'il s'applique aux personnes qui sont domiciliées ou en séjour au sens de l'art. 4 LASV et qui disposent d'un titre de séjour valable ou en cours de renouvellement.
b) Le SPAS a édicté des Normes relatives au RI, librement accessibles sur Internet et dont la dernière version (version 13) est entrée en vigueur au 1er octobre 2018. S'agissant des conditions de domiciliation en lien avec le droit au RI (ch. 1.1), dans le cas spécifique des ressortissants étrangers au bénéfice d'une autorisation de séjour (ch. 1.1.3), ces normes prévoient en particulier ce qui suit:
"1.1.3.3 Cas dans lesquels le RI peut être octroyé au requérant ressortissant d'un Etat tiers
▪ Ressortissant titulaire d'une autorisation de séjour et de travail à l'année permis B ou de courte durée permis L, d'un permis B humanitaire, par mariage ou au bénéfice d'une autorisation d'établissement permis C;
▪ Ressortissant dont l'autorisation de séjour et de travail est échue mais qui est dans l'attente du renouvellement ou de la prolongation de cette dernière;
[...]
▪ Ressortissant qui, au moment où il séjournait légalement en Suisse a fait l'objet d'une décision négative du SPOP ou du SEM et dont le recours contre cette décision a été assorti de l'effet suspensif.
[...]
1.1.3.7 Cas dans lesquels le RI ne peut pas être octroyé
Le RI ne peut pas être accordé au requérant:
- séjournant illégalement en Suisse;
[...]
- sous le coup d'une décision définitive et exécutoire de refus d'octroi ou de prolongation de permis/livret de séjour et qui refuse de quitter le canton à l'échéance du délai fixé pour son départ. Le dépôt subséquent d'une demande humanitaire ne saurait justifier le maintien du RI."
c) En l'espèce, le refus de renouvellement de l'autorisation de séjour en faveur de la recourante et de sa fille et le prononcé de leur renvoi de Suisse a fait l'objet d'une décision qui est désormais définitive et exécutoire, après qu'elle a été confirmée par la cour de céans puis par le TF (cf. let. B supra). La recourante se prévaut de ce qu'elle a engagé une nouvelle procédure devant le SPOP en vue de l'octroi d'une autorisation de séjour et que son séjour en Suisse est dans ce cadre "admis" jusqu'à droit connu sur cette procédure, ainsi que l'a confirmé le service concerné dans une attestation établie le 4 février 2019 (cf. let. E/c supra).
Il n'est pas contesté que la recourante se trouve sous le coup d'une décision définitive exécutoire de refus d'octroi de permis de séjour (hypothèse prévue par le ch. 1.1.3.7 des Normes RI), de sorte que le RI ne peut plus lui être octroyé; le fait qu'elle ait déposé une nouvelle demande de titre de séjour n'y change rien, son séjour n'étant dans l'intervalle que toléré - et non légal. Sa situation se distingue ainsi, en particulier, de celle du ressortissant étranger qui, au moment où il séjournait légalement en Suisse, a fait l'objet d'une décision négative du SPOP ou du SEM et dont le recours contre cette décision a été assorti de l'effet suspensif (hypothèse prévue par le ch. 1.1.3.3 des Normes RI); dans le cas de la recourante, l'octroi de l'effet suspensif porterait en effet tout au plus sur le délai de départ qui lui a été imparti et n'aurait aucune conséquence sur le caractère illégal de son séjour (cf. CDAP PS.2018.0083 du 7 février 2019 consid. 4a). C'est dès lors à juste titre que l'autorité intimée a confirmé la décision du CSR en tant que ce dernier a mis fin à son droit au RI à partir du 22 août 2018, date à laquelle la recourante et sa fille auraient dû quitter la Suisse.
Pour le surplus, si l'on en croit les explications du CSR dans sa décision du 14 septembre 2018, les revenus de l'époux de la recourante (rente AI et PC) sont dans tous les cas supérieurs au minimum vital défini par les normes RI.
4. Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté et la décision attaquée confirmée.
Il n'y a pas lieu de percevoir un émolument, la procédure étant gratuite en la matière (cf. art. 49 al. 1 LPA-VD et 4 al. 3 du tarif des frais judiciaires et des dépens en matière administrative, du 28 avril 2015 - TFJDA; BLV 173.36.5.1), ni d'allouer d'indemnité à titre de dépens (cf. art. 55 al. 1 LPA-VD).