Decision ID: 54a3477f-e2ac-49a7-ad46-ad16b5b293e9
Year: 2005
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
X._, né le 9 mars 1952, a été engagé le 21 août 1979 en qualité de boursier communal et chef du Service de Bourse et de Comptabilité de l’administration de la Commune de 1._ (ci-après : la commune). Par décision du 10 novembre 1980, il a été nommé à titre définitif. L’intéressé occupe la fonction de chef de service classe F selon décision du 23 octobre 1981, puis il est passé en classe E, dès le 1
er
janvier 1982, en classe C dès le 1
er
janvier 1989, en classe 18 dès le 1
er
janvier 1992, et enfin en classe 19 dès le 1
er
janvier 2001.
B.
Le 2 mars 1999, une enquête disciplinaire a été ouverte à l’encontre de X._ dans le cadre du renouvellement d’un emprunt contracté auprès de la BCV. Il était en effet reproché à l’intéressé d’avoir tardé à présenter des propositions à la Municipalité de 1._ (ci-après : la municipalité) pour renouveler les emprunts venant à échéance le 14 février 1999, d’avoir donné des informations inexactes ou incomplètes à la municipalité relatives aux modalités du renouvellement de l’emprunt, et de n’avoir pas respecté une décision municipale, qui aurait conduit à un dommage financier pour la commune. La procédure disciplinaire a en définitive été close le 24 mars 1999 sans prise de sanction à l’égard de X._. En 2003, ce dernier a fait à nouveau l’objet d’une enquête administrative, laquelle a conduit au prononcé le 7 avril 2003 d’un blâme accompagné d’un avertissement, notifié à X._ par décision du 29 avril 2003. Il a été reproché à l’intéressé les faits suivants :
«
1. Exécution insatisfaisante des missions
La délégation municipale relève des lacunes et des imprécisions, en particulier dans la tenues des comptes et le contrôle du budget.
2.
Contrôle insuffisant des tâches effectuées par les autres services
(notamment dans l’établissement du budget). Dans ce contexte précis et en cas de doutes ou de questions, il est nécessaire d’alerter immédiatement le Municipal ou la Municipalité, conformément aux dispositions légales en la matière. La délégation municipale constate l’absence de supervision dans la gestion du budget, et de contrôle approprié et fiable des comptes.
3.
Gestion du personnel ainsi que la communication interne et externe peu efficaces
Il apparaît à la Délégation municipale une absence de connaissance ou de volonté afin d’exercer une fonction de cadre. L’absence d’échange (en particulier avec certaines personnes) nuit à l’efficacité professionnelle. La communication n’est pas bonne et les données transmises, par exemple à la Municipalité, manquent de pertinence et d’analyse.
4.
Comportement général
Vos nombreuses absences à votre poste de travail ne sont pas acceptables. Cette situation provoque un déficit d’image de la commune par rapport à l’extérieur. Il a été aggravé par l’épisode des arbres sur votre propriété ».
X._ n’a pas exercé son droit d’être entendu et il n’a pas recouru contre cette décision.
C.
Le 11 juin 2003, la municipalité s’est adressée à X._ en ces termes :
« Achat de la A._ à 2._
Monsieur,
Nous faisons suite à votre audition par la Municipalité en date du 2 juin 2003.
Comme il vous l’a été dit, la Municipalité a été très choquée d’apprendre par la presse que vous étiez dorénavant l’unique associé-gérant du bar-dancing la A._.
Lors de cet entretien, la Municipalité vous a rendu attentif aux possibles violations du statut qu’une telle démarche pourrait entraîner.
Ainsi, et malgré une opinion que vous ne semblez pas partager, il faut admettre que pour une frange non-négligeable de la population la réputation d’un établissement nocturne, du type bar-dancing, n’est pas la même que celle d’un marchand de fleurs ou d’un salon de thé.
Bien que cette notion de réputation soit subjective, elle entre malgré tout dans le cadre de l’article 12 qui cite
la bonne réputation de l’administration
et des circonstances qui pourraient lui porter préjudice.
Il vous a aussi été rappelé la teneur de l’article 15 des statuts, dont le non-respect vous a déjà été reproché dans l’enquête récente dont vous fûtes l’objet (absences lors du temps de travail, inhérentes lors d’activités accessoires).
De même, il vous a été rappelé la teneur de l’article 24 qui énonce que :
Les fonctionnaires ne peuvent avoir d’occupations accessoires qui seraient inconciliables avec leur situation officielle ou les devoirs de leur charge, nuiraient à l’exercice de leur fonction ou entraîneraient un cumul de gains inadmissible. L’exercice d’une activité lucrative accessoire ne peut se faire qu’avec une autorisation écrite de la Municipalité.
Enfin, la Municipalité vous a rendu attentif au contenu de l’article 31 qui met en évidence la qualité de chefs de service et le fait que ces derniers
doivent tout le temps nécessaire pour remplir avec diligence et conscience les obligations inhérentes à la fonction.
Par cette disposition, le statut impose une obligation morale aux cadres supérieurs (dont vous faites partie) de l’administration les distinguant du reste du personnel.
Cela précisé, la Municipalité a pris note que le motif de votre action était uniquement d’ordre parental, que vous n’êtes en rien impliqué dans la gestion de l’établissement, et que votre présence sur place ne peut être que fortuite.
Elle a pris acte que vous allez, dès que possible, faire modifier l’inscription au registre du commerce afin que toute mention de votre identité disparaisse.
Il n’en demeure pas moins que la Municipalité considère que vous avez fait preuve d’un certain manque de clairvoyance, en pensant que d’être associé-gérant d’un établissement nocturne n’était pas de nature à provoquer des réactions légitimes.
De plus, en n’informant pas votre Municipal, vous avez à nouveau entamé le capital de confiance que votre employeur vous témoignait.
La Municipalité garde malgré tout l’espoir qu’elle n’ait plus à l’avenir à traiter de problèmes similaires car cela la conduirait, sans nul doute, à prendre des mesures extrêmes ».
D.
La gestion financière de la Ville de 1._ est devenue toujours plus complexe. Le 5 décembre 2002, la Commission des Finances a formulé des observations sur le budget 2003 et elle a fait état
« d’un besoin de remise à plat du budget et de contrôles à améliorer »,
en raison de nombreux problèmes : retard, erreurs, imprécisions, omissions, incohérences, imputations internes pas systématiques, logique de centralisation pas aboutie, manque de lisibilité, ou encore manque de contrôles. Le 4 décembre 2003, plusieurs défauts du même type ont été constatés par la Commission des Finances, dans ses observations au budget 2004 de la commune (erreurs, imprécisions, imputations internes compliquant la lecture du budget, ou encore manque de lisibilité). Dans son rapport relatif au budget 2005, ladite commission a adopté ce budget tout en étant insatisfaite. Elle s’est notamment exprimée en ces termes :
«
Conclusion
La Commission des Finances adopte sans enthousiasme le budget 2005 de la Commune. En effet, celui-ci ne tient pas compte des remarques des ses anciens rapports. Il reste d’une lecture difficile et ne permet pas une vision globale, sans qu’on y investisse une importante somme de temps. Le plan d’investissements n’est pas utilisable dans sa fonction première : la planification. Sur le fond ensuite, le budget 2005, déficitaire pour Fr. 2.1 millions ne répond pas aux espérances de la commission quant au travail de fond annoncé par la Municipalité.
La commission, consciente des nécessités financières à la préservation du patrimoine de la commune ainsi qu’au maintient de prestations à la population s’inquiète, au-delà du débat politique, de la pérennité d’une situation financière à long terme aussi peu maîtrisée par nos dirigeants.
[...] »
E.
a) Le 7 décembre 2004, la municipalité a confié à la fiduciaire B._, à Lausanne, le mandat de procéder à une analyse de la situation du Service des Finances. Le rapport a été rendu le 15 février 2005 et il comporte notamment les précisions suivantes :
« [...]
Dans un premier temps nous relevons que les collaborateurs du département des finances ont voué une grande fidélité à la commune de 1._. Le faible taux de rotation et la longue expérience acquise par les collaborateurs peut être considéré comme un gage de sécurité. Toutefois, l’expérience nous montre également que des risques peuvent également être sous-jacents (installation de routines, d’habitudes, de résistance passive ou encore une grande dépendance de l’institution par rapport à un ou des collaborateurs). Afin d’éviter qu’une telle ambiance s’installe de manière durable la personne en charge du département doit veiller à donner des impulsions et rester en constante mise à jour par rapport à l’évolution de l’environnement économique.
La répartition des tâches et l’implication du chef de service M. X._, se repose sur une totale autonomie de chacune des personnes. L‘organisation actuelle mise en place montre de très grosses lacunes, manque de procédures, procédures comportant des risques (paiement à double de factures), contrôle de gestion pratiquement inexistant, pas d’organisation de remplacement, lors de la prise de vacances le travail s’entasse en attendant le retour de la personne attitrée, manque de communication et de gestion du capital humain. Les risques liés à ces manquements peuvent entraîner des conséquences financières importantes pour la commune. D’autre part, nous devons également relever un manque important d’intérêt et un sens des responsabilités peu prononcé de la part de M. X._, c’est ainsi que les risques évoqués lors nos entretiens ne sont pas contestés mais ce dernier ne se sent pas investi du devoir d’agir pour les diminuer et maîtriser son département. Des attentes de la part du supérieur de M. X._ sont ressenties par des collaborateurs du département alors que le responsable ne les soupçonne même pas.
Aucune séance n’est mise en œuvre avec les différents collaborateurs du département, les séances des objectifs de fin d’année ne sont pas tenues, ainsi la communication se borne à des échanges sporadiques lors de pauses café. Les seuls tableaux de bords disponibles lors de notre intervention sont : un tableau de trésorerie non articulé (voir annexe no 2) et une synthèse des crédits votés ainsi que leur situation actuelle (voir annexe no 3). Il semblerait toutefois, que des analyses mensuelles soient réalisées par M. X._, ces dernières sont systhèmatiquement détruites, elles ne sont pas partagées avec M. C._. Faute de présentation de ces documents, nous ne pouvons juger de la pertinence de ces analyses, nous saluons ces travaux d’analyse. Il serait toutefois opportun de les garder et surtout de les partagers avec le municipal en charge des finances de la commune.
Lors de notre intervention nous avons évoqué toute une série d’outil de gestion faisant défaut et dont le chef de service devrait mettre en œuvre afin de mettre à disposition de la commune un tableau de bord efficient permettant aux décideurs un soutien dans la prise de décision.
Nous sommes d’avis que le manque d’outil de gestion mis en œuvre de la part de M. X._ provient de deux éléments principaux. Dans un premier temps il nous semble que M. X._ manque de formation en matière financière et de controlling. D’autre part, son attitude peu proactive est peu responsable provoque une résistance passive.
4
Mesures d’améliorations
Nous sommes d’avis que le département des finances a besoin d’une restructuration complète. Dans le cadre de cette restructuration deux approches peuvent être envisagées.
Pour les deux approches envisagées, il nous semble nécessaire de rappeler de manière claire la fonction et les attentes du chef de service des finances de la commune de 1._.
La première approche consisterait à complèter la formation de M. X._. Il est toutefois, judicieux d’apprécier le nombre d’année d’activité qu’il reste à M. X._ avant sa mise en retraite. En effet, nous pouvons comprendre qu’à partir d’un certain âge, le complément de formation ne soit pas efficient. Dans cette hypothèse, nous pensons qu’un soutien serait nécessaire pour la mise en œuvre des éléments suivants :
• Etablissement du processus budgétaire
• Planification financière à 5 ans
• Etablissement des budgets articulés
• Calcul de la capacité d’endettement de la commune
• Etablissement de situations intermédiaires et suivi budgétaire
• Calcul de la rentabilité des investissements
• Analyse des procédures, fiabilisation et réductions des risques potentiels de ces dernières
• Synthèse des besoins exprimés par les autres départements vis-à-vis du département des finances
La deuxième approche consisterait dans l’engagement d’un responsable du département des finances ayant les qualifications requises (niveau brevet fédéral de comptable) et d’une réorientation de M. X._. Dans le cadre de cette approche nous restons à votre disposition pour vous accompagner dans la recherche d’une personne ayant le profil requis ».
b) En parallèle au mandat confié à la fiduciaire B._, la municipalité a attribué un autre mandat portant sur l’analyse du système de paiement des factures à D._, qui a établi son rapport le 10 décembre 2004.
F.
Lors de sa séance du 21 février 2005, la municipalité a pris connaissance du rapport de la fiduciaire B._ et elle a décidé que son syndic et le municipal C._ rencontreraient X._ pour lui faire part des conclusions dudit rapport, ainsi que de la possibilité envisagée d’engager un nouveau chef de service tout en conservant à X._ une fonction de comptable sans modification de salaire. Cette séance a eu lieu le 10 mars 2005 ; l’intéressé s’est déterminé de la manière suivante sur les problèmes financiers de la commune :
« Je ne peux pas penser à tout et répondre à chaque demande municipale. Je n’ai rien à me reprocher, je travaille toujours au plus près de ma conscience. Je pense prendre ma retraite dans deux ou trois ans ».
S’agissant de la possibilité d’engager un nouveau chef de service, X._ s’est exprimé en ces termes :
« Pas de problème, si c’est votre volonté, mais je ne veux pas subir les conséquences politiques, ni faire le petit nègre. Je me défendrai ».
Pour le surplus, X._ a confirmé n’exercer aucune activité auprès de l’établissement de la A._.
G.
a) Le 4 avril 2005, la municipalité a décidé de réorganiser le Service des finances en recrutant un nouveau boursier et chef de service. Une rencontre a eu lieu le 19 avril 2005 entre X._, son avocat, et une délégation de la municipalité. Compte tenu de la durée de la relation de travail entre l’intéressé et la commune, il a été clairement spécifié que le licenciement n’était pas envisagé. La municipalité a au contraire souhaité offrir à X._ la possibilité de continuer sa relation de travail, dans un poste correspondant à ses compétences. Il a été précisé que la séance n’avait pas lieu dans un cadre disciplinaire, mais qu’elle avait pour but de connaître la réponse de l’intéressé à la proposition qui lui a été faite, et d’entendre, de sa part, des éventuelles propositions de négociation. Aucune solution n’a pu être trouvée, car X._ a, par l’intermédiaire de son avocat, contesté l’ensemble des faits qui lui sont reprochés.
b) Le 26 avril 2005, la municipalité a imparti un délai à l’intéressé pour se déterminer au sujet de l’engagement d’ « un nouveau chef de service des finances tout en conservant à Monsieur X._ une fonction de comptable sans modification de salaire ». Il a également été rappelé à X._ les différents éléments qui ont conduit la municipalité à sa prise de position et les pièces produites lors de la séance du 4 avril 2005 ont été transmises en copies à l’intéressé. Enfin, la municipalité a indiqué que l’ensemble du dossier administratif était disponible. X._ s’est déterminé le 17 mai 2005 en s’opposant à sa « rétrogradation » à un poste de comptable et à la nomination d’un nouveau chef de service. Le 24 mai 2005, la municipalité a informé l’intéressé qu’elle souhaitait mettre en œuvre les ajustements prévus pour le Service des finances et qu’une séance aurait lieu le 30 mai 2005, à laquelle il était convié pour faire valoir son point de vue. La séance a finalement été reportée au 6 juin 2005, au cours de laquelle X._ a demandé des précisions au sujet du profil de poste de comptable au Service des finances. La municipalité a fourni ces éléments le 16 juin 2005 en ces termes :
« Pour faire suite à votre demande, formulée à l’occasion de l’audition du 6 juin 2005, nous précisons ci-dessous les éléments principaux du profil de poste de comptable au service des finances.
L’ensemble des tâches n’est pas exhaustif. Le préposé sera directement sous la responsabilité du chef de service. Il sera exempté de la problématique de gestion du personnel :
▪ Comptabilité de la Ville, jusqu’au bouclement, selon instructions transmises.
▪ Trésorerie, vérification des indicateurs élaborés pour le suivi des liquidités.
▪ Planification et contrôle des engagements.
▪ Participation aux tâches relatives au contrôle de gestion selon les disponibilités de la fonction (gestion de la trésorerie, contrôle budgétaire, comptabilité analytique).
▪ Participation à l’élaboration du budget par service.
▪ Etablissement des décomptes trimestriels de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et des formulaires des demandes de récupération d’impôts.
▪ Tenue de la comptabilité des associations (comptabilités annexes) des fondations, des sociétés anonymes. Prestations comptables externes décidées par la Municipalité à fournir pour des tiers.
▪ Contentieux et remises d’impôts, établissement des processus et suivi des dossiers.
▪ Etudes de mandats externes pour des transactions financières et immobilières relevant de la compétence municipale (transactions).
▪ Remplacement interne en fonction des absences/vacances dans le service.
Vous comprendrez aisément qu’une adaptation définitive du poste sera réalisée avec le nouveau chef de service, dans le cadre de la réorganisation dudit service.
Nous vous informons que notre Municipalité prendra une décision finale en date du 27 juin 2005 et que vous avez jusqu’au 23 juin pour nous faire part de vos remarques éventuelles ».
c) Le 9 juin 2005, la municipalité a réfuté les arguments de X._ fondés sur une prétendue sous-dotation. L’intéressé a de nouveau indiqué le 20 juin 2005 qu’il s’opposait à son changement de poste et à la nomination d’un nouveau chef de service ; il a renouvelé sa requête d’être mis au bénéfice d’une assistante à 50% et d’un adjoint à 100%.
H.
a) A la suite de discussions infructueuses, la municipalité a décidé le 6 juillet 2005 à l’égard de X._ ce qui suit :
« - De rejeter votre proposition transactionnelle.
-
D’engager un nouveau directeur financier et chef de service des finances, au plus tard pour le 1
er
janvier 2006.
-
Dans l’intervalle et afin d’assurer le bon fonctionnement du service, de mandater une fiduciaire pour accompagner Monsieur X._ jusqu’à l’arrivée du nouveau Chef de service.
-
Dès l’arrivée du nouveau Chef de service, d’affecter votre mandant à sa nouvelle fonction telle que décrite dans le courrier qui vous a été adressé le 16 juin 2005.
-
De garantir à M. X._ le même traitement ».
b) Pour accompagner X._ dans sa tâche jusqu’à l’arrivée du nouveau chef de service, la municipalité a pris la décision de mandater la société E._ SA, à 3._.
I.
a) X._ a recouru le 21 juillet 2005 auprès du Tribunal administratif en concluant à l’annulation de la décision de la municipalité du 6 juillet 2005 d’engager un nouveau directeur financier et chef du Service des finances, au plus tard pour le 1
er
janvier 2006, et d’affecter X._ à une nouvelle fonction. La mesure de déplacement dont il était l’objet constituerait une sanction déguisée et arbitraire. L’intéressé ne conteste pas la nécessité de prendre des mesures de restructuration du service, mais sa destitution ne serait pas justifiée par l’intérêt public à un bon fonctionnement de l’administration. Il suffirait de mettre à sa disposition les moyens nécessaires à l’accomplissement de sa tâche, tant en matière de ressources que de compétences. X._ a en outre requis que l’effet suspensif soit accordé à son recours.
b) La municipalité a déposé sa réponse le 16 août 2005 en concluant au rejet du recours et de la requête d’effet suspensif. Au préalable, le recours ne serait pas recevable contre la décision d’engagement du chef de service. S’agissant du déplacement, la municipalité se prévaut de l’autonomie communale et du fait qu’il s’agit d’un déplacement administratif et donc non disciplinaire qui se révèle justifié. En effet, d’une part, il serait nécessaire au bon fonctionnement de l’administration, et d’autre part, la fonction proposée à X._ correspondrait à ses aptitudes, et le déplacement n’entraînerait pas à son égard des conséquences préjudiciables à d’autres points de vue. Un rapport établi le 12 août 2005 par l’Office informatique de la Ville de 1._ a notamment été produit relatif aux rapports éventuels de X._ avec l’établissement la A._. Il en ressort les éléments suivants :
« [...]
Résultats obtenus
Nous avons trouvé un fax sur le PC de l’apprentie de la Bourse, des dépliants publicitaires sur le PC d’un de nos collaborateurs et des logos sur le PC de notre apprenti. Toute trace de l’historique des sauvegardes du PC de M. X._ a disparu.
Observations
Mes collaborateurs, en particulier M. F._, peuvent témoigner du fait que M. X._ a imprimé des papillons de promotion pour des soirées de la A._, en couleur, sur notre laser couleur.
Personnellement, j’ai utilisé des outils informatiques particuliers qui permettent de retrouver trace de fichiers détruits, dans le cas où ils l’auraient été par des méthodes usuelles. J’ai pu retrouver la trace du même fax que celui trouvé sur le PC de l’apprenti(e) de la Bourse.
Je me permets de soupçonner l’un de mes collaborateurs d’avoir aidé M. X._ à supprimer tout résidu compromettant à l’aide d’un outil approprié ».
c) Le 29 septembre 2005, X._ a déposé une requête de mesures préprovisionnelles d’extrême urgence tendant à interdire à la municipalité de faire paraître dans la presse l’annonce de la mise au concours du poste de chef du Service des finances et de l’informatique de la Ville de 1._. La municipalité s’est déterminée sur cette requête le 30 septembre 2005 en concluant à son rejet. Le juge instructeur a rejeté la requête le même jour, au motif que la seule mise au concours du nouveau poste ne portait pas un préjudice irréparable à l’intéressé. Le 1
er
novembre 2005, le juge instructeur a accordé partiellement l’effet suspensif au recours dans la mesure où il concerne uniquement la décision d’engager un nouveau directeur financier chef du Service des finances pour le 1
er
janvier 2006. Un recours incident a été déposé par la municipalité contre cette décision sur effet suspensif.
d) X._ a déposé un mémoire complémentaire le 7 décembre 2005 accompagné de deux pièces; l’intéressé ferait l’objet d’une campagne de dénigrement débutée en 2002. La décision attaquée serait uniquement fondée sur les actes ou manquements qui lui sont reprochés et non par le fait que le poste de boursier aurait évolué et nécessiterait des compétences plus étendues. En outre, son droit d’être entendu aurait été violé, particulièrement en relation avec le rapport d’expertise de la fiduciaire B._, car il n’aurait pas pu prendre connaissance de ses conclusions et se déterminer à leur sujet. De plus, les garanties exigées dans le cadre d’une procédure disciplinaire n’auraient pas été respectées. Enfin, X._ requiert qu’il soit procédé à des mesures d’instruction complémentaires, soit la mise en œuvre d’une expertise par un expert indépendant, et la tenue d’une audience avec l’assignation de plusieurs témoins.
e) Par arrêt incident du 8 décembre 2005, la Section des recours du Tribunal administratif a admis le recours incident déposé par la municipalité.

Considérant en droit
1.
a) Une commune bénéficie de la protection de son autonomie dans les domaines que le droit cantonal ne règle pas de manière exhaustive, mais dans lesquels il lui laisse une liberté de décision relativement importante (ATF 124 I 223 consid. 2b p. 226/227 et les arrêts cités). Il suffit que cette liberté puisse s’exercer non pas dans un domaine entièrement réservé à la commune, mais dans l’accomplissement des tâches particulières qui sont en cause quelle que soit leur base juridique (ATF 124 I 223 consid. 2b in fine p. 227 et les arrêts cités). L’existence et l’étendue de l’autonomie communale dans un domaine concret sont déterminées en règle générale par la constitution et la législation cantonales, exceptionnellement par le droit cantonal non écrit et coutumier (ATF 119 Ia 285 consid. 4b p. 294 et les arrêts cités). Lorsqu’elle est reconnue autonome dans un domaine spécifique, une commune peut se plaindre tant des excès de compétence d’une autorité cantonale de contrôle ou de recours que de la violation par celle-ci des règles du droit fédéral, cantonal ou communal qui régissent la matière. En droit vaudois, le principe de l’autonomie communale découle de l’art. 139 de la Constitution du canton de Vaud du 14 avril 2003, en particulier dans l’administration de la commune (let. b). L’article 2 de la loi vaudoise du 28 février 1956 sur les communes (LC) détermine les attributions et les tâches propres des autorités communales, parmi lesquelles se trouve l’organisation de l’administration communale (art. 2 al. 2 let. a LC). Selon l’art. 4 al. 1 ch. 9 LC, le conseil général ou communal délibère sur le statut des fonctionnaires communaux et la base de leur rémunération. D’après l’art. 42 ch. 3 LC, entrent dans les attributions de la municipalité la nomination des fonctionnaires et employés de la commune, la fixation de leur traitement et l’exercice du pouvoir disciplinaire. On peut en déduire que les communes vaudoises jouissent de l’autonomie nécessaire pour régler sur une base de droit public les rapports de travail de leurs fonctionnaires (arrêt du Tribunal fédéral dans la cause 1P.227/1999 du 29 juin 1999). Ainsi, une autorité communale doit disposer de la plus grande liberté d’appréciation pour l’organisation de son administration et créer, modifier ou supprimer les relations de service nécessaires au fonctionnement de celle-ci. C’est en effet aux communes qu’il incombe d’employer de façon rationnelle le personnel existant.
b) Le « déplacement » ou le licenciement d’un fonctionnaire apparaît sous trois aspects institutionnels différents. Il peut dabord consister en une peine disciplinaire, dont l’application suppose une infraction soit intentionnelle, soit par négligence ou imprudence, aux devoirs de service (cf. art. 56 du Statut du personnel de la Ville de 1._ ; ci-après : le statut). L’art. 57 du statut prévoit différentes peines, dont le déplacement dans une autre fonction avec ou sans réduction de traitement. La procédure est définie à l’art. 59 du statut en ces termes :
« Les peines disciplinaires sont prononcées par la Municipalité. Avant toute décision, il est procédé à une enquête administrative par une délégation composée du Syndic, du Municipal et du Chef de Service dont dépend le fonctionnaire fautif. Au cours de cette enquête, l’intéressé est appelé à se justifier ; il peut se faire assister. Le fonctionnaire peut demander à être entendu par la Municipalité, en se faisant cas échéant assister, avant qu’elle ne délibère de son cas et prononce la sanction. Celle-ci est communiquée séance tenante à l’intéressé puis lui est confirmée par écrit en faisant état des motifs la justifiant.
Lorsque la Municipalité le juge indispensable, elle peut suspendre pendant la durée de l’enquête le fonctionnaire en cause ; dans ce cas, elle fixe la durée de la suspension du traitement. La Municipalité peut confier l’enquête à une personne indépendante de l’administration communale ».
Ensuite, un fonctionnaire peut être licencié pour de justes motifs ; constituent de justes motifs l’incapacité ou l’insuffisance et, de façon générale, toutes circonstances qui rendent le maintien en fonction préjudiciable à la bonne marche ou à la bonne réputation de l’administration (cf. art. 12 du statut ; également art. 61 de la loi du 12 novembre 2001 sur le personnel de l’Etat de Vaud ; ci-après : loi sur le personnel). Enfin, le déplacement à une autre fonction est admissible (déplacement non disciplinaire), même en l’absence de toute faute, lorsqu’une réorganisation entraîne une modification profonde du cahier des charges ou une suppression du poste, ou encore lorsque l’organisation du travail et les besoins du service l’exigent (cf. art. 21 let. b et c de la loi sur le personnel); les nouvelles tâches doivent toutefois répondre aux aptitudes du fonctionnaire et en principe, ce transfert n’entraîne aucune réduction de traitement (cf. art. 21 al. 2 de la loi sur le personnel). Le Tribunal fédéral a jugé que dans cette dernière hypothèse, l’intérêt public au bon fonctionnement de l’administration l’emportait sur l’intérêt privé du fonctionnaire au maintien de sa position actuelle, tout au moins lorsque la fonction qui lui est proposée correspondait à ses capacités et à sa formation, et que le déplacement n’entraînait pas pour lui des conséquences préjudiciables à d’autres points de vue. Il n’en irait autrement que si une disposition expresse prévoyait le droit du fonctionnaire à l’exercice de la fonction pour laquelle il a été nommé (ATF 93 I 694 consid. 4 ; cf. également arrêt TA GE 2000/0088 du 24 novembre 2000). L’autorité ne doit toutefois pas procéder à un déplacement non disciplinaire qui équivaudrait à une sanction déguisée, dans le but d’éviter les désagréments d’une procédure disciplinaire (cf. JAAC vol. 35, n° 22 p. 69).
c) L’autorité intimée a opté pour le déplacement non disciplinaire du recourant à une autre fonction qui correspond à ses aptitudes, sans réduction de traitement. Le statut prévoit une telle éventualité, mais à titre de peine disciplinaire (art. 57 ch. 5). Le texte du statut ne réglemente pas le déplacement non disciplinaire, mais une telle mesure trouve de toute manière son fondement dans le fait qu’il incombe aux autorités administratives, responsables du bon fonctionnement des branches de leur administration, d’employer de façon rationnelle le personnel existant (cf. arrêt TA GE 2000/0088 du 24 novembre 2000) et elle répond à un objectif d’intérêt public. Le seul danger qui pourrait résulter du choix d’un tel déplacement serait l’utilisation de cette mesure dans le but d’éviter les contraintes d’une procédure disciplinaire, par le prononcé d’une sanction déguisée. Or, en l’espèce, ce danger doit être écarté, puisqu’une enquête administrative a de toute manière été menée, dans le respect des exigences posées à l’art. 59 du statut. En effet, le recourant a été entendu par l’autorité intimée le 10 mars 2005 et le 19 avril 2005 ; un délai lui a ensuite été imparti pour se déterminer sur l’engagement d’un nouveau chef de service et son déplacement sans modification de traitement. Les motifs de la prise de position de l’autorité intimée ont été rappelés au recourant, les pièces produites lors de la séance tenue par l’autorité intimée le 4 avril 2005 lui ont été transmises en copies et il lui a été précisé que l’ensemble du dossier administratif était disponible. Enfin, une séance a encore eu lieu le 6 juin 2005 au cours de laquelle le recourant a pu faire valoir son point de vue. Il est ainsi inexact de prétendre que
«
l’autorité intimée réduit de manière drastique la portée des garanties procédurales offertes à un fonctionnaire dans le cadre d’une procédure disciplinaire ».
Le recourant a disposé au contraire à plusieurs reprises de la possibilité de s’exprimer, alors que l’art. 59 du statut n’en prévoit pas autant. L’autorité intimée n’a ainsi nullement tenté de contourner les règles relatives à la procédure disciplinaire, puisqu’elle a suivi une procédure comparable avant de rendre sa décision du 6 juillet 2005, et elle disposait donc de la possibilité de prononcer un déplacement non disciplinaire. Un déplacement non disciplinaire peut notamment se justifier lorsqu’une réorganisation entraîne une modification profonde du cahier des charges ou une suppression du poste, ou encore lorsque l’organisation du travail et les besoins du service l’exigent ; les nouvelles tâches doivent répondre aux aptitudes du fonctionnaire et en principe, ce transfert n’entraîne aucune réduction de traitement. En l'espèce, l’enquête menée par l’autorité intimée a permis de constater que le département dans lequel le recourant est actif nécessite une profonde restructuration. De graves lacunes dans la gestion du Service des finances ont été relevées depuis de nombreuses années et leur origine provient essentiellement de deux éléments mis en évidence par la fiduciaire B._ dans son rapport d’expertise du 15 février 2005 : le manque de compétences du recourant en matière financière d’une part, et d’autre part, son sens des responsabilités peu prononcé. Ce rapport énonce que l’engagement d’un nouveau responsable en charge du département des finances serait une solution envisageable. Il est d’ailleurs faux de prétendre que le recourant n’a pu se déterminer sur les conclusions formulées par l’expert ; en effet, une séance a été tenue le 10 mars 2005, au cours de laquelle lecture a été donnée dudit rapport. Le recourant s’est alors contenté de nier en bloc les problèmes soulevés. Pourtant, ses compétences sont clairement devenues insuffisantes pour assurer une gestion efficace de son service et un manque d’intérêt porté à son activité a été constaté. Il n’a pas su ou pas voulu s’adapter aux changements qui ont eu lieu dans son domaine. L’organisation du travail et les besoins du service exigent ainsi la mise en œuvre d’un déplacement non disciplinaire. La décision attaquée n’est donc pas fondée sur des motifs de nature disciplinaire mais elle repose sur l’inadéquation du recourant au poste occupé jusqu’alors, tel qu’il l’a été constaté dans le rapport d’expertise. Pour le surplus, la nouvelle fonction correspond à ses aptitudes, sans porter atteinte à la considération à laquelle il peut raisonnablement prétendre. En effet, la liste descriptive des tâches que le recourant sera amené à effectuer démontre qu’il n’occupera pas une fonction subalterne. Il continuera à bénéficier d’une position importante au sein de l’administration communale, en particulier dans le domaine comptable et dans celui du contentieux. Les nouvelles tâches attribuées répondent aux aptitudes du recourant et son transfert n’entraîne aucune réduction de traitement. L’intérêt public au bon fonctionnement de l’administration l’emporte dès lors sur l’intérêt privé du recourant à voir sa position actuelle maintenue. La décision attaquée est ainsi justifiée et elle est conforme au principe de la proportionnalité.
d) S’agissant des mesures d’instruction complémentaires requises par le recourant, il faut rappeler à cet égard que, tel qu'il est garanti par l’art. 29 al. 2 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (art. 4 aCst), le droit d'être entendu comprend le droit pour l'intéressé de s'expliquer avant qu'une décision ne soit prise à son détriment, celui de fournir des preuves quant aux faits de nature à influer sur le sort de la décision, celui d'avoir accès au dossier, de participer à l'administration des preuves essentielles et de se déterminer sur son résultat lorsque cela est de nature à influer sur la décision à rendre (ATF 129 II 497 consid. 2.2 p. 504 ; ATF 126 I 15 ; ATF 124 I 49 et les réf. cit.). En particulier, le droit de faire administrer des preuves suppose notamment que le fait à prouver soit pertinent et que le moyen de preuve proposé soit apte et nécessaire à prouver ce fait. Le droit d’être entendu découlant de l’art. 29 al. 2 Cst. ne comprend toutefois pas le droit d’être entendu oralement, ni celui d’obtenir l’audition de témoins (ATF 130 II 425 consid. 2.1 p. 428). L’autorité peut donc mettre un terme à l’instruction lorsque les preuves administrées lui ont permis de former sa conviction et que, procédant d’une manière non arbitraire à une appréciation anticipée des preuves proposées, elle a la certitude qu’elles ne pourraient l’amener à modifier son opinion (ATF 130 II 425 consid. 2.1 p. 429 et les arrêts cités ; 122 V 157 consid. 1d p. 162 ; 119 Ib 492 consid. 5b/bb p. 505). En l’espèce, les éléments figurant au dossier suffisent à former la conviction du tribunal sur le bien-fondé de la décision attaquée. L’audition du recourant et de divers témoins, et la mise en œuvre d’une seconde expertise n’apporteraient pas davantage de paramètres pour apprécier la situation de ce dernier. Les pièces produites établissent de manière suffisante que le recourant n’était pas en mesure d’assumer de manière satisfaisante la totalité des charges liées à sa fonction, notamment en matière de planification financière et de procédure budgétaire.
2.
ll résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté et la décision attaquée maintenue. Suivant la pratique du tribunal en matière de contentieux de la fonction publique, il ne sera pas prélevé d’émolument, ni alloué de dépens à la collectivité publique qui obtient gain de cause (décision de la Cour plénière du 30 juin 2000).