Decision ID: 2711274a-7c32-4ee0-ba34-b6f058739f36
Year: 2014
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
La Commune de Lausanne a fait publier dans la Feuille des avis officiels du 22 octobre 2013, selon la procédure ouverte, un appel d’offres pour la collecte des déchets humides et rapidement fermentescibles et le lavage des conteneurs, ainsi que le traitement de ces déchets par méthanisation. L’appel d’offres est complété par un dossier d’appel d’offres (DAO) et des annexes. Le marché porte sur la collecte des déchets humides et rapidement fermentescibles, soit ce qu’il est convenu d’appeler les lavures, produites par les établissements publics de restauration. Le marché est divisé en deux lots: le premier lot concerne la collecte des lavures et le lavage des conteneurs ad hoc (lot n°1); le deuxième lot concerne le traitement des lavures par biométhanisation (lot n°2). La quantité de lavures à collecter est d’environ 2'200 tonnes par an. Une part supplémentaire de 800 tonnes est récoltée par le Centre intercommunal de logistique (ci-après: le CIL). Elle échappe au marché. Chaque soumissionnaire peut présenter une offre pour l’un ou l’autre lot, ou pour les deux (ch. 1.2 DAO). Le lot n°1 est décrit de la manière suivante. Les clients déposent les lavures sur le domaine public, dans des conteneurs de 140 l mis à disposition par le CIL. Lors de la collecte, le client reçoit un conteneur propre et désinfecté; il peut s’agir soit du conteneur vidé, lavé et désinfecté sur place, soit d’un conteneur échangé et remis sur place lors de la collecte. Les déchets sont ensuite transportés (avec ou sans transbordement), au lieu de l’installation de traitement par méthanisation et déversés dans la fosse de réception de cette installation (ch. 1.3 DAO). Seuls les soumissionnaires exploitant une installation de traitement par méthanisation dûment autorisée à recevoir des lavures peuvent présenter une offre pour le lot n°2. Le délai pour déposer les offres a été fixé au 3 décembre 2013 (ch. 2.1 DAO). Les soumissionnaires ont pu poser des questions à l’adjudicateur, jusqu’au 6 novembre 2013, par courrier électronique; l’adjudicateur a renvoyé aux soumissionnaires la liste des questions et des réponses, traitées confidentiellement, par courrier électronique, dans le délai fixé au 11 novembre 2013 (ch. 2.3 DAO). Il y a quatre critères d’adjudication: le prix (critère n°1), pour 30%; la qualité du soumissionnaire (critère n°2), pour 10%; l’organisation du soumissionnaire (critère n°3), pour 10%; les caractéristiques de la collecte et du traitement (critère n°4), pour 50% (ch. 4.1 DAO). La méthode de notation du prix est indiquée (ch. 4.2 DAO), ainsi que le barème des notes (ch. 4.3). Le groupement de plusieurs entreprises est admis pour autant qu’elles soient constituées en une seule entité dotée de la personnalité juridique au moment de la signature du contrat (ch. 8.1.5 DAO). Les soumissionnaires doivent remplir les Annexes A2 à A13 (ch. 5 DAO). L’Annexe A10 permet au soumissionnaire de décrire les méthodes de travail qu’il entend mettre en place pour atteindre les objectifs fixés pour l’exécution du marché. L’Annexe A13 se rapporte au prix de l’offre. Les soumissionnaires présentant une offre doivent indiquer le prix pour la collecte et le transport, lorsque l’emplacement de l’installation de biométhanisation est connu, entre la place St-François à Lausanne et le lieu de l’installation (rubrique a), ainsi que le prix pour la collecte et le transport, lorsque l’emplacement de l’installation de biométhanisation est inconnu, distant de Lausanne, place St-François, de respectivement 10, 20, 30, 50 ou 80 km (rubrique b). Les soumissionnaires présentant une offre pour les deux lots doivent remplir les rubriques a et b, ceux ne présentant une offre que pour le lot n°1 ne doivent remplir que la rubrique b. Les soumissionnaires ne présentant une offre que pour le lot n°2 doivent indiquer le prix par tonne de déchets traités.
B.
Dans le délai prescrit, l’adjudicateur (soit le Service d’assainissement de la Direction des travaux de la Commune de Lausanne) a reçu, pour le lot n°1, quatre offres, dont celle de E._. Pour le lot n°2, l’adjudicateur a reçu deux offres, soit celle de A._ S.A. (ci-après: A._), pour le prix de 264'000 fr., et celle du groupement formé par les sociétés B._ S.A., D._ S.A. et C._ S.A. (ci-après: B._D._C._), pour le prix de 165'000 fr.. Les offres de E._ et de A._ sont liées. Les deux entreprises se trouvent à 1********. E._ se charge de la collecte et du transport des déchets, A._ de leur traitement. La famille de E._ détient les actions de A._, qu’elle exploite. Pour le lot n°2, l’offre de B._D._C._ a reçu 4,18 points (soit 1,5 pour le critère n°1, 0,38 pour le critère n°2, 0,4 pour le critère n°3 et 1,9 pour le critère n°4), l’offre de A._, 3,39 points (soit 0,6 pour le critère n°1, 0,34 pour le critère n°2, 0,4 pour le critère n°3 et 2,05 pour le critère n°4). Le 10 mars 2013 (recte: 2014), le Service d’assainissement a adjugé le lot n°2 à B._D._C._, et le lot n°1 à un tiers.
C.
E._ et A._ ont recouru séparément contre les décisions les concernant (causes MPU.2014.0009 et MPU.2014.0010). E._ a conclu à l’annulation de la décision du 10 mars 2014 concernant le lot n°1, respectivement de la procédure d’appel d’offres, une nouvelle procédure d’appel d’offres étant mise sur pied, une fois connu le lieu de biométhanisation des déchets faisant l’objet du marché, et en tenant compte des distances effectives pour le transport de ces déchets. A._ a conclu principalement à l’annulation de la décision du 10 mars 2014 concernant le lot n°2 et à l’attribution de ce marché en sa faveur, subsidiairement au renvoi de la cause à la Commune de Lausanne pour l’attribution du marché en sa faveur. La Commune de Lausanne propose le rejet des recours. B._D._C._ conclut au rejet du recours le concernant. La recourante a répliqué.
D.
Le 30 avril 2014, le juge instructeur a rejeté la demande de levée de l’effet suspensif accordé provisoirement au recours le 20 mars 2014, présentée par l’adjudicateur et soutenue par l’adjudicataire.
E.
Le Tribunal a tenu une audience le 11 juin 2014 au Palais de justice de l’Hermitage, à Lausanne. Il a entendu M. E._, administrateur de la recourante, assisté par Me Philippe Vogel, avocat à Lausanne; Mme F._, juriste, et M. G._, ingénieur, assistés par Me Olivier Rodondi, avocat à Lausanne, pour la Commune de Lausanne; M. H._, responsable commercial de B._ S.A., M. I._, de D._ S.A., M. J._, responsable général, et M. K._, responsable du service clients, pour C._ S.A., assistés par Me Damien Bender, avocat à Monthey, pour B._D._C._. A l’issue de l’audience, les parties ont renoncé à demander un complément de l’instruction, à plaider et à produire des déterminations finales.
F.
Le Tribunal a délibéré à huis clos.

Considérant en droit
1.
La matière est régie par l’accord intercantonal sur les marchés publics, du 25 novembre 1994 (AIMP; RSV 726.91), ainsi que par la loi cantonale sur les marchés publics, du 24 juin 1996 (LMP-VD; RSV 726.01) et le règlement y relatif, du 7 juillet 2004 (RLMP-VD; RSV 726.01.1).
2.
a) Selon E._ et A._, les deux marchés seraient indissociablement liés. Si, à la rigueur, il serait possible d’octroyer le lot n°2 indépendamment du lot n°1, l’inverse (soit l’attribution du lot n°1 sans l’octroi simultané du lot n°2) n’aurait aucun sens. E._ préférerait renoncer au lot n°1, si le lot n°2 devait être attribué à B._D._C._. E._ et A._ ont précisé que le rejet du recours de A._ entraînerait le retrait de celui de E._. C’est la raison pour laquelle le recours concernant le lot n°2 est examiné en priorité.
b) Sur le fond, les représentants de l’adjudicateur ont expliqué, lors de l’audience du 11 juin 2014, avoir choisi de séparer le marché en deux lots, afin de conserver le meilleur contrôle de la collecte des déchets, faisant l’objet du lot n°1; en cas de difficulté, l’adjudicateur pourrait mettre fin au contrat concernant ce lot, sans que le lot n°2, portant sur le traitement des déchets, ne soit remis en cause. Ces motifs, relevant de la liberté de l’adjudicateur de configurer le marché comme il l’entend, sont plausibles.
3.
En matière de marchés publics, le pouvoir d’examen du Tribunal dépend de la nature des griefs invoqués. Le Tribunal contrôle librement l’application des règles destinées à assurer la régularité de la procédure (ATF 125 II 86 consid. 6 p. 98/99; arrêts MPU.2013.0027 du 4 février 2014, consid. 3a; MPU.2013.0021 du 19 décembre 2013, consid. 2; MPU.2013.0019 du 20 novembre 2013, consid. 1d, et les arrêts cités). Pour le surplus, l
'adjudicateur dispose d'une grande liberté d'appréciation, à tous les stades de la procédure, notamment pour ce qui a trait à l’évaluation des offres (arrêts MPU.2013.0019, précité, consid. 1d; MPU.2012.0039 du 15 juillet 2013, consid. 2; MPU.2012.0013 du 27 septembre 2012, consid. 2, et les arrêts cités). Ce pouvoir n'est limité que par l'interdiction de l'arbitraire; c'est seulement s'il est confronté à un abus ou à un excès du pouvoir d'appréciation réservé à l’adjudicateur, partant à une violation grossière du texte de loi et de sa réglementation d'application, que le Tribunal intervient
(ATF 125 II 86 consid. 6 p. 98/99; arrêts précités MPU.2013.0019, consid. 1d; MPU.2012.0039, consid. 2; MPU.2012.0013, consid. 2, et les arrêts cités).
4.
L’adjudicateur soutient que E._ et A._ ont déposé une offre conjointe pour le lot n°2, sous la forme d’un consortium, admise selon le ch. 8.1.5 DAO. Le recours relatif au lot n°2, formé uniquement par A._, serait dès lors irrecevable. L’adjudicataire est du même avis.
a) Aussi longtemps que le contrat entre le pouvoir adjudicateur et l’adjudicataire n’est pas conclu (ce qui est le cas en l’espèce, à la suite de l’effet suspensif accordé provisoirement le 20 mars 2014 et confirmé le 30 avril 2014), les membres d’un consortium sont tenus d’entreprendre de manière conjointe une décision d’adjudication qui leur est défavorable, car ils ne peuvent faire valoir qu’un droit indivisible de la société, soit celui d’obtenir l’attribution du marché (ATF 131 I 153; ATAF 2008/7 consid. 2.2.2, renversant la jurisprudence de l’ancienne Commission fédérale de recours en matière de marchés publics).
b) L’offre de E._ est formée uniquement pour cette entreprise en raison individuelle, alors que l’offre de A._ porte le nom de cette société et de E._; elle est signée par E._ et M. E._, représentant A._. Bien que les pièces justificatives soient produites à double dans les deux dossiers d’appel d’offres, la consultation de l’offre de A._ montre qu’elle émane de cette seule entreprise. Les annexes, notamment l’Annexe A13, ne concernent que celle-ci. L’adjudicateur n’a au demeurant éprouvé aucun doute à ce sujet, comme cela ressort du procès-verbal d’ouverture des offres, du rapport d’évaluation et de l’indication de A._ comme destinataire de la décision attaquée. Il paraît dès lors étrange que l’adjudicateur puisse soutenir être en présence d’un consortium, sans avoir interpellé les recourants sur ce point. On pourrait se demander si A._ ne pourrait pas de toute manière recourir seule, en vertu d’un pouvoir de représentation du consortium, si l’existence de celui-ci devait être confirmée (cf. ATF 131 I 153 consid. 5.4 p. 160/161, et les références citées).
c) Dans sa réplique, la recourante met en doute que, conformément aux exigences du marché, l’adjudicataire puisse se constituer en une «entité dotée de la personnalité juridique» (cf. ch. 8.1.5 DAO). Il est vrai que cette règle est inhabituelle, et les représentants de l’adjudicateur n’ont pas été en mesure de s’expliquer à ce sujet, lors de l’audience du 11 juin 2014. Peu importe, cependant: l’adjudicateur a confirmé son intention d’exiger de l’adjudicataire qu’il se constitue en personne morale avant la signature du contrat, ce que l’adjudicataire s’est déclaré prêt à faire. Il suffit d’en prendre acte.
5.
La recourante conteste le prix offert par B._D._C._.
a) Le montant de l’offre de A._ est de 264'000 fr. (soit 120 fr.x 2'200 tonnes; cf. Annexe A13). L’offre de B._D._C._ indique que chaque installation du groupement a
«intrinsèquement la capacité de traiter la totalité des lavures du contrat»
, mais que le groupement souhaite toutefois répartir les «risques biologiques» sur les trois installations, permettant ainsi de garantir l’exécution du contrat (p. 1 de l’offre). Les membres du groupement adjudicataire ont confirmé, lors de l’audience du 11 juin 2014, s’être associés pour ce marché, quand bien même chacun d’entre eux aurait pu traiter la totalité des lavures. Par prudence, le système du consortium avait été retenu pour éviter toute interruption dans le traitement des déchets, en cas de panne affectant les installations. Chacun des trois membres du groupement a rempli le dossier d’appel d’offres pour lui-même et joint les annexes les concernant. B._, dont l’actionnariat est réparti entre 35 communes valaisannes et 45 communes vaudoises, ainsi que l’Etat de Vaud et l’Etat du Valais, exploite une usine de valorisation des déchets ménagers à 2******** et usine de méthanisation et de compostage à 3********. D._ et C._ disposent d’une installation de traitement respectivement à 4******** et à 5********. L’offre de B._D._C._ prévoit que chaque membre du groupement prendra en charge un tiers du tonnage total des lavures à traiter. Ce point a été confirmé lors de l’audience du 11 juin 2014, au cours de laquelle les représentants de l’adjudicataire ont également précisé s’être accordés sur le prix commun de 165'000 fr. (soit 75 fr. x 2'200 tonnes). Ce montant sera réparti entre les membres du groupement, selon une clé de répartition interne.
b) En tant qu’elle émane de B._, l’offre de B._D._C._ présente la particularité de comporter, outre le prix de 165'000 fr, la mention supplémentaire suivante, relativement au lot n°2:
«CHF 11.-/ht par conteneur (livré franco usine 3********-quai de chargement) comprenant:
la vidange, le traitement de la matière, le nettoyage du conteneur, le stockage de 150 bacs vides du CIL de 140 l»
. Un prix est indiqué comme suit:
«Tonnage traité de 800 tonnes: 50 bacsx5joursx52 semaines, avec un tarif de 11 fr. ht/to = 143'000 fr. ht»
.
c) Le procès-verbal d’ouverture des offres, du 3 décembre 2013, indique les prix offerts par A._ et B._D._C._, soit 264'000 fr. et 165'000 fr. Le procès-verbal porte, relativement à l’offre de B._D._C._, la mention suivante:
«Traitement surcoût vidange 11 CHF/conteneur»
. Pour la recourante, cela signifie qu’un prix unitaire de 137,50 fr. la tonne aurait dû être ajouté à l’offre de B._D._C._, soit 302'500 fr. (137,50 fr. x 2'200 tonnes). Le prix total de l’offre de B._D._C._ serait ainsi de 467'500 fr. (165'000 fr. + 302'500 fr.). Le tableau d’évaluation des offres serait ainsi entaché d’une erreur, s’agissant du prix.
d) Dans sa réponse du 15 avril 2014, l’adjudicateur explique que cette mention supplémentaire serait le fruit d’une erreur de B._, qui n’aurait pas compris que l’adjudicataire du lot n°1 (pour lequel B._D._C._ n’a pas soumissionné) est tenu d’assurer le nettoyage des conteneurs collectés, après leur transport. Il n’y aurait dès lors pas lieu de tenir compte du prix supplémentaire de 11 fr. par conteneur indiqué dans l’offre de B._. Ce point aurait dû être clarifié, car le courrier adressé à l’adjudicateur par B._ le 26 mars 2014, n’est pas limpide, ceci d’autant moins que l’adjudicataire semble soutenir, dans sa réponse du 25 avril 2014, que le prix de 75 fr. la tonne et celui de 11 fr. par conteneur seraient alternatifs. Ces doutes ont été dissipés lors de l’audience du 11 juin 2014, au cours de laquelle l’adjudicateur et l’adjudicataire ont confirmé que B._ n’avait pas compris que le nettoyage des conteneurs lors de la livraison incombera à l’adjudicataire du lot n°1, et non à l’adjudicataire du lot n°2. Ce prix supplémentaire est ainsi hors de propos, et l’adjudicateur n’en a justement pas tenu compte. Quant au poids de 800 tonnes mentionné dans l’Annexe A13 de l’offre de B._, il se réfère à la part de B._ dans le groupement, soit un tiers, du poids total de 2'200 tonnes de déchets à traiter selon le dossier d’appel d’offres.
c) Les moyens relatifs au prix offert par l’adjudicataire sont mal fondés.
6.
La recourante tient le prix offert par B._D._C._, de 75 fr. la tonne, pour sous-évalué par rapport aux réalités du marché, ainsi qu’aux prix offerts par les membres du groupement adjudicataire. Le prix de revient moyen devrait, selon la recourante, être fixé à 118 fr. la tonne.
Les trois membres du groupement adjudicataire ont indiqué le même prix de 75 fr. la tonne. B._D._C._ se réfère à la liste des prix offerts par B._ en 2013. Cette liste indique effectivement le prix de 75 fr. la tonne (CL260, lavures propres). Lors de l’audience du 11 juin 2014, les membres du groupement adjudicataire ont confirmé s’être entendus sur ce prix commun, pour des raisons de simplification de leur organisation, et que ce prix correspond aux prestations offertes, sans sous-enchère. L’adjudicateur partage ce point de vue, que le Tribunal n’a pas de motifs à mettre en doute. Il est possible que le prix de 75 fr. la tonne puisse être offert notamment parce que B._ est une entreprise détenue par les collectivités publiques, moins exigeante du point de vue de son rendement commercial, et exonérée d’impôts. On peut comprendre que la recourante y voie une forme de distorsion de la concurrence entre le secteur privé et le secteur (semi) public. Aucune norme de l’appel d’offres n’imposait toutefois à l’adjudicateur d’exclure les entreprises du type de B._ S.A. du marché, ou de réserver celui-ci à des entreprises exclusivement en mains privées.
7.
La recourante critique la notation du critère n°4.
a) Le pouvoir adjudicateur doit respecter, dans le processus d'attribution des notes, le principe de l'égalité de traitement. Cela implique que les critères déterminants doivent être posés, puis appliqués en fonction des spécificités du marché à attribuer (arrêts précités MPU.2013.0019, consid. 2b; GE.2007.0246 du 13 mars 2008, consid. 3a; GE.2007.0077 du 8 octobre 2007, consid. 1b, et les arrêts cités). Pour le surplus, il appartient à l'adjudicateur de configurer le marché mis en soumission comme il l'entend, en fonction de ses besoins. Aussi, une éventuelle violation du principe de transparence n’entraîne l’annulation de l’adjudication que pour autant que les vices constatés ont influé sur le résultat (arrêts précités MPU.2013.0019, consid. 2b; GE.2007.0246, consid. 3a; GE.2006.0151 du 18 janvier 2007, consid. 2c, et les arrêts cités).
b) Dans le tableau d’évaluation, il apparaît que le critère n°4, valant 50%, intitulé «Caractéristiques techniques et environnementales du traitement» pour ce qui est du lot n°2, est subdivisé en six sous-critères, dont le premier porte sur la distance entre Lausanne et le lieu de méthanisation (sous-critère n°4.1, valant 10%). Pour ce sous-critère, la recourante a obtenu la note 4 (soit 0,4 point) et l’adjudicataire la note 3 (soit 0,3 point). La recourante tient cette notation pour fausse. Elle aurait dû obtenir la note 5, compte tenu du fait que son site de 1******** est le plus proche de Lausanne. B._D._C._, avec trois sites nettement plus éloignés (4********, 5******** et 3********) aurait reçu une note trop élevée. L’adjudicateur rétorque à cela que les sites de collecte des membres du consortium se trouvent à 19, 29,1 et 37,4 km de Lausanne. Or, l’adjudicateur aurait décidé d’attribuer les notes 5, 4 ou 3 pour ce sous-critère, selon que l’installation du soumissionnaire est située à moins de 8 km, à moins de 15 km ou à plus de 15 km de Lausanne. Comme expliqué lors de l’audience du 11 juin 2014, le rapport d’évaluation auquel se réfère l’adjudicateur sur ce point, ne mentionne que les critères d’octroi des notes 4 et 3, et non point de la note 5, parce que celle-ci correspond à l’installation actuellement exploitée par la Commune de Lausanne. Cela étant, si la note 3 paraît adéquate, s’agissant de l’évaluation de l’offre de l’adjudicataire, et qu’il faille attribuer la note 5 à celle de la recourante, cela ne changerait pas la décision d’adjudication. En effet, pour le critère n°4, l’offre de la recourante devrait être réévaluée de 0,10 point. La note totale de la recourante serait de 3,49 points et celle de l’adjudicataire de 4,18 points, sous réserve de ce qui concerne les griefs relatifs au prix. La recourante reconnaît elle-même que l’admission de son grief relativement au sous-critère n°4.1 ne lui permettrait pas d’emporter le marché.
c) La fonction du critère est environnementale. Le but de la prise en compte de la distance des trajets à effectuer est de réduire la production de CO2, comme l’ont confirmée les représentants de l’adjudicateur lors de l’audience du 11 juin 2014. Ce critère, comme tel, est sujet à discussion; il peut toutefois encore être tenu pour approprié, s’agissant d’un marché portant sur la collecte de déchets, comme en l’espèce (arrêt MPU.2009.0020 du 15 juin 2010, consid. 8a, et les références citées).
8.
Pour la recourante, la dissémination de la collecte sur plusieurs sites empêcherait la comparaison des offres entre elles. De l’avis de la recourante, les déchets seraient acheminés uniquement à 3******** et que le choix d’un consortium, artificiel, aurait eu pour seul but d’augmenter les chances de B._, qui serait le seul véritable adjudicataire, d’emporter le marché.
Sur le vu des explications fournies lors de l’audience du 11 juin 2014, le Tribunal n’a pas de raisons de considérer que l’offre de B._D._C._ ne serait pas sérieuse, ou ne servirait que de paravent à une offre émanant exclusivement de B._ S.A. Dès lors que les critiques relatives au prix offert par le groupement adjudicataire et la prise en compte de la distance comme critère d’adjudication doivent être écartées (cf. consid. 5 à 7 ci-dessus), les rapports internes entre les membres du groupement n’intéressent ni l’adjudicateur, ni le Tribunal.
9.
A surgi entre les parties, au cours de l’audience du 11 juin 2014, une controverse sur le point de savoir si la recourante avait bien compris le marché et si son offre répond aux conditions de l’appel d’offres. Celui-ci précise que l’adjudicataire du lot n°1 doit déverser les lavures collectées dans une fosse de réception (ch. 1.3 DAO). Il est sous-entendu que cette fosse est mise à disposition par l’adjudicataire du lot n°2. Deux méthodes sont envisageables à cet égard: ou bien les conteneurs collectés par l’adjudicataire du lot n°1 sont directement acheminés sur le lieu de traitement exploité par l’adjudicataire du lot n°2, ou bien ils sont transbordés et transportés en vrac jusqu’à ce lieu. Or, la recourante a indiqué que les installations qu’elle exploite à 1******** sont adaptées à un déversement direct du contenu des conteneurs, mais ne contient pas de fosse de réception permettant de recueillir des lavures qui seraient livrées en vrac. C’est la raison pour laquelle les offres de la recourante et de E._ sont liées, car compatibles entre elles. En revanche, les installations de la recourante ne sont pas équipées pour traiter des lavures qui seraient livrées sous une autre forme que celle des conteneurs. Cette incompatibilité (laquelle n’a fait au demeurant l’objet d’aucune question de la part de la recourante et de l’adjudicateur durant la procédure d’adjudication) aurait pu entraîner l’exclusion de l’offre de la recourante, au motif qu’elle ne répondrait pas aux exigences du marché (ch. 1.3 DAO). La Commune de Lausanne y a toutefois expressément renoncé lors de l’audience du 11 juin 2014. Compte tenu de l’issue du recours, il est superflu d’approfondir ce point.
10.
Le recours doit ainsi être rejeté, et la décision attaquée confirmée. Les frais sont mis à la charge de la recourante, ainsi que des dépens en faveur de l’adjudicateur et de l’adjudicataire (art. 49, 52, 55 et 56 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative – LPA-VD, RSV 173.36).