Decision ID: beea839e-1a0b-5ad1-89d1-84a0e3929870
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
La situation du mineur D_, né le _ 2004, a été portée à la connaissance du Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après: le Tribunal de protection) par un courrier du 11 mai 2017 du directeur du Cycle d'orientation E_. Le mineur y était scolarisé en 9
ème
année R2. Son comportement avait rapidement suscité l'inquiétude de ses enseignants; il tenait des propos injurieux à l'égard de ses camarades, ne respectait pas les règles et le cadre posé par les adultes et certains propos tenus dans ses "productions écrites" avaient alerté l'école (évocation de maltraitance vis-à-vis d'un animal, utilisation d'une kalachnikov pour tuer un personnage). D_ était de surcroît en échec scolaire. Les parents avaient été convoqués et le père, A_, avait tenu des propos dénigrants à l'égard de la mère, laquelle était, selon lui, "malade mentale" et incapable de prendre soin de l'enfant. Toujours selon le père, les sanctions infligées par l'école étaient inadéquates et son fils était intoxiqué à l'aluminium, ce qui expliquait son comportement. Le père avait refusé de prendre contact avec l'Office médico-pédagogique, au motif que l'enfant y avait déjà été suivi en raison de problèmes de graphie; le suivi n'avait servi à rien et le père y avait mis un terme. Lors d'un passage de A_ dans le bureau de la doyenne, il avait paru alcoolisé et avait expliqué avoir envoyé son épouse, très proche de D_, en Egypte. Le 9 février 2017, A_ avait expliqué s'occuper désormais seul de son fils et avoir cessé son activité de _ de nuit.
A réception de ce signalement, le Tribunal de protection a sollicité un rapport du Service de protection des mineurs.
b.
Il ressort de ce rapport, établi le 1
er
septembre 2017, que la mère du mineur était effectivement partie en Egypte et n'avait pas l'intention de revenir à Genève; une procédure de divorce avait été engagée. D_ vivait dès lors seul avec son père et entretenait des contacts téléphoniques quotidiens avec sa mère; il était toujours scolarisé au collège E_, en 10
ème
année et n'avait aucune activité extrascolaire. Il se rendait désormais une fois par semaine chez une psychologue, conseillée par sa pédiatre et recevait l'aide d'un répétiteur. Selon la pédiatre de l'enfant, le père se montrait soucieux de bien faire et les problématiques du mineur étaient communes à une majorité d'adolescents. La psychologue pour sa part faisait état de difficultés relationnelles entre le fils et son père. D_ admettait ses difficultés sur le plan scolaire et déclarait vouloir se reprendre en mains. Il avait pour objectif d'entrer dans la police. Il ne voyait quasiment jamais de camarades en dehors de l'école, son père n'y étant pas favorable, ce que le mineur regrettait. Il avait été triste du départ de sa mère, mais l'aspect positif de son absence était qu'il n'y avait plus de disputes à la maison. L'adolescent souhaitait pouvoir rester avec son père.
En conclusion de son rapport, le Service de protection des mineurs ne préavisait pas le prononcé de mesures de protection en faveur de l'adolescent, dans la mesure où son père avait accepté la mise sur pied d'une Action Educative en Milieu Ouvert (AEMO).
A réception de ce rapport, le Tribunal de protection a classé le dossier.
B.
a.
Le 11 mars 2018 (
recte
: 2019), le Service de protection des mineurs a porté à la connaissance du Tribunal de protection les faits et éléments suivants:
La situation de D_ s'était péjorée depuis le rapport du 1
er
septembre 2017. Les inquiétudes le concernant étaient toujours les mêmes. L'adolescent se désinvestissait de son travail scolaire, il était en échec et son comportement, tant vis-à-vis de ses camarades que des adultes, était inquiétant. Le mineur avait exprimé une grande souffrance à la conseillère sociale et lui avait expliqué ne pas se sentir soutenu par son père. La mesure AEMO avait perduré de novembre 2017 à décembre 2018, à raison de quatre heures par semaine. En dépit de cette aide, l'éducatrice AEMO avait préconisé le placement de D_ dans un foyer éducatif, placement avec lequel le père s'était dans un premier temps déclaré d'accord. Une place avait été trouvée au sein du foyer de F_ (Valais) en novembre 2018, mais le père s'était soudainement opposé à cette solution, considérant que le foyer était trop éloigné de Genève. A la fin du mois de janvier 2019, une procédure afin de permettre l'admission de D_ au foyer de G_ (Genève) avait été initiée. Le père avait rencontré l'équipe éducative et posé des questions. Le mineur avait passé une soirée d'essai au sein du foyer, mais ne s'était pas présenté à la seconde. Le père s'était finalement opposé au placement de son fils au foyer de G_, celui-ci étant trop éloigné du collège E_ et les autres jeunes placés étant trop âgés par rapport à D_. A_ soutenait que les problèmes rencontrés par son fils découlaient d'un manque de cadre, de l'absence de valeurs morales et des troubles psychiques engendrés par une intoxication à l'aluminium
in utero
. A_ ne remettait toutefois pas en cause l'éducation qu'il prodiguait à son fils et souhaitait simplement être aidé pour le ménage et recevoir du soutien à domicile. Selon les observations du Service de protection des mineurs, D_ se renfermait sur lui-même et devenait complètement mutique par moments. Il restait souvent seul le soir à la maison, son père ayant repris son activité de _; il développait une addiction aux écrans. Il ne s'autorisait pas à donner son avis devant son père, mais lorsqu'il était seul, il parvenait à dire qu'il n'était pas opposé à son placement en foyer.
Le Service de protection des mineurs préconisait que le droit de déterminer le lieu de résidence du mineur D_ soit retiré à son père, le placement de l'adolescent au foyer de G_ et l'instauration de diverses curatelles. Le père s'était déclaré fortement opposé à ces mesures.
b.
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 15 avril 2019. D_ ne s'y est pas présenté.
A_ a soutenu que le problème de son fils était à 100% médical et était survenu avant même la naissance de l'enfant. Il ne s'agissait toutefois pas d'une intoxication à l'aluminium, mais "d'autre chose". A_ a fait état d'une "forme d'intoxication" au sein des HUG, liée aux écographies subies par son épouse durant sa grossesse. La situation du mineur n'avait par ailleurs pas été traitée comme elle aurait dû l'être par les différents professionnels. A_ ne pouvait pas se prononcer sur le placement de son fils au sein du foyer de G_; pour ce faire, il avait besoin d'informations complémen-taires de la part de la pédiatre et de la psychologue. A_ a enfin déclaré travailler à plein temps comme _, comme _ et "bientôt comme avocat".
Selon la représentante du Service de protection des mineurs entendue lors de l'audience, D_ était désormais suivi par l'Office médico-pédagogique. Le psychologue de ce service qui assurait sa prise en charge était très inquiet de la situation. Il n'avait constaté aucun trouble cognitif ou comportemental chez D_, mais des problèmes de reconnaissance des codes sociaux et relationnels. Il était important que le mineur puisse bénéficier d'un environnement soutenant et cadrant le plus vite possible, ce d'autant plus qu'il avait la possibilité de conclure un contrat d'apprentissage de _ chez H_.
La cause a été gardée à juger à l'issue de l'audience.
C.
Par ordonnance
DTAE/2404/2019
du 15 avril 2019, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après: le Tribunal de protection) a retiré à A_ le droit de déterminer le lieu de résidence de son fils D_, né le _ 2004 (chiffre 1 du dispositif), ordonné le placement du mineur auprès du foyer de G_ dès le 1
er
mai 2019 (ch. 2), accordé au père un droit aux relations personnelles avec son fils, selon des modalités à fixer d'entente avec les curateurs, le foyer et les intéressés, selon le règlement de l'institution concernée et en fonction de l'évolution de la situation et du comportement du mineur (ch. 3), instauré une curatelle d'organisation et de surveillance du droit de visite (ch. 4), instauré une curatelle aux fins d'organiser, de surveiller et de financer le placement, ainsi que pour faire valoir la créance alimentaire du mineur (ch. 5), instauré une curatelle de représentation du mineur dans le domaine médical (ch. 6), désigné une intervenante en protection de l'enfant et un chef de groupe aux fonctions de curateurs du mineur susmentionné (ch. 7) et déclaré la décision immédiatement exécutoire nonobstant recours (ch. 8).
D.
a.
Le 29 mai 2019, A_ a formé recours contre l'ordonnance du 15 avril 2019, reçue le 29 avril 2019, concluant à l'annulation des chiffres 1, 3, 4 et 6 de son dispositif et cela fait à ce qu'il lui soit donné acte de son accord avec le placement temporaire de son fils au foyer de G_, à ce qu'il soit dit qu'il pouvait librement exercer son droit aux relations personnelles avec son fils, à ce que les curateurs soient invités à faire parvenir au Tribunal de protection un rapport périodique au 30 septembre 2019 concernant le placement du mineur au foyer de G_ et préavisant la nécessité de prolonger ou pas cette mesure. Subsidiairement, le recourant a conclu au renvoi de la cause au Tribunal de protection pour nouvelle décision.
A l'appui de son recours, A_ a notamment produit un certificat établi par la Dre I_, pédiatre, laquelle a indiqué suivre le mineur depuis le mois de décembre 2016. Lors de la première consultation, le père avait souhaité procéder à une recherche d'intoxication aux métaux lourds, bilan qui avait été effectué auprès d'un laboratoire privé à J_ [VD]. Les résultats, que la Dre I_ avait pu consulter s'étaient révélés peu concluants; aucune mesure médicale n'avait par conséquent été mise en place. Le recourant a également produit un document qui atteste du fait qu'il a donné son autorisa-tion afin que le thérapeute de l'Office médico-pédagogique puisse prendre contact avec l'école de D_, sa pédiatre, ainsi que le Service de protection des mineurs.
Le recourant a exposé consentir au placement de son fils, ce qui attestait du fait qu'il était conscient de sa problématique et qu'il souhaitait agir dans l'intérêt du mineur. Dans la mesure où il avait dûment coopéré aux mesures mises en place, le retrait du droit de déterminer le lieu de résidence de son fils apparaissait injustifié, inutile et disproportionné. En ce qui concernait les rela-tions personnelles, il ne se justifiait pas de les limiter, puisqu'il consentait au placement et respectait les règles en vigueur au foyer de G_, où il avait accompagné son fils lors de son admission. Le recourant s'opposait enfin à l'instauration d'une curatelle de représentation du mineur en matière médicale. Quand bien même il avait fait part de ses convictions selon lesquelles les nombreuses échographies subies par son épouse durant sa grossesse avaient eu un impact négatif sur la santé de son fils et qu'il avait sollicité un examen visant à détecter, dans l'organisme du mineur, la présence de métaux lourds, il avait toujours assuré une prise en charge médicale adéquate de son fils, en suivant les indications des différents intervenants. Le recourant a enfin affirmé que les différentes mesures contestées étaient stigmatisantes à son égard.
b.
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de l'ordonnance attaquée.
c.
Le Service de protection des mineurs a déclaré maintenir son préavis du
11 mars 2019. La situation du mineur concerné continuait de les inquiéter et un retour à domicile, auprès de son père, n'était pas envisagé.
d.
Le recourant et les curateurs ont été informés par avis du 12 juin 2019 de ce que la cause serait mise en délibération à l'issue d'un délai de 10 jours.

EN DROIT
1.
1.1
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie aux mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 CC et
53 al. 1 LaCC) dans un délai de trente jours à compter de leur notification