Decision ID: fc521183-bc1f-443a-89a9-b78a989570b7
Year: 2005
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
Eric Auer-Blasi est propriétaire de la parcelle n° 50 du cadastre de la commune de Bremblens. Cette parcelle, sise en zone agricole, supporte une villa construite en 1967 comprenant au rez-de-chaussée un logement de 5 pièces, dont 3 chambres à coucher et, au 1
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étage, un logement de 3 pièces, dont 2 chambres à coucher. Au moment de sa construction, la villa a été équipée d'une fosse de décantation sans tranchée filtrante, avec une conduite d'écoulement du trop-plein d'environ 280 mètres. Cette dernière aboutit dans le ruisseau du Bief, qui alimente l'étang de Baumelet, qui a le statut de réserve naturelle.
B.
En date du 19 septembre 2003, la Municipalité de Bremblens a adressé un courrier à tous les propriétaires reliés au système communal d'épuration et de distribution de l'eau les informant que 2 nouveaux règlements communaux, l'un sur la distribution de l'eau et l'autre sur l'évacuation et l'épuration des eaux, avaient été approuvés par le Conseil d'Etat le 13 août 2003 et entreraient en vigueur le 1
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janvier 2004. Une simulation des nouvelles taxes résultant de ces règlements était jointe à ce courrier. Eric Auer-Blasi a apparemment contesté la simulation qui lui avait été adressée en rappelant à la municipalité qu'il avait été autorisé à installer une fosse septique et à vidanger ses eaux usées à ses frais en ajoutant que, pour ce qui est des eaux claires, son immeuble était raccordé au collecteur de la commune d'Echandens.
Interpellé à ce sujet par la municipalité, le Service des eaux, sols et assainissement (SESA) a indiqué dans un courrier du 27 juillet 2004 que les eaux usées provenant de l'habitation d'Eric Auer-Blasi étaient déversées dans des eaux claires insuffisamment traitées par une fosse de décantation, ceci sans autorisation de l'Etat, et qu'il existait, à 180 mètres, un endroit rendant possible le raccordement au réseau communal d'égouts aboutissant à la STEP centrale. Le SESA demandait que lui soit communiqués la valeur du bâtiment et le coût du raccordement afin d'examiner si le raccordement au réseau d'égouts était exigible en application de la législation fédérale sur la protection des eaux. Le 26 août 2004, la municipalité a informé le SESA que la valeur ECA de la maison était de 652'185 fr. et lui a transmis un devis du bureau de géomètres Mosini et Caviézel mentionnant un coût de raccordement de 35'200 fr. Se fondant sur ces éléments, le SESA a informé la municipalité, par courrier du 2 septembre 2004, que le bâtiment d'Eric Auer-Blasi était situé dans le périmètre des égouts publics et a demandé à cette dernière d'organiser le raccordement de ce bâtiment au réseau communal d'égouts aboutissant à la STEP centrale, ceci en application de l'art. 20 de la Loi vaudoise sur la protection des eaux.
C. Dans une décision du 16 septembre 2004, qui se réfère au courrier du SESA du 2 septembre 2004, la municipalité a imparti à Eric Auer-Blasi un délai au 30 juin 2005 pour réaliser le raccordement de son bâtiment au réseau communal d'égouts aboutissant à la STEP centrale.
Eric Auer-Blasi s'est pourvu contre cette décision auprès du Tribunal administratif le 4 octobre 2004 en concluant à son annulation. Le SESA a déposé des observations le 22 octobre 2004 en concluant au rejet du recours. A cette occasion, le SESA a notamment relevé que les eaux usées de la villa du recourant ne sont pas épurées correctement et se déversent dans la réserve naturelle de Baumelet. La municipalité a déposé sa réponse le 22 novembre 2004 en concluant au rejet du recours, pour autant qu'il soit recevable, et a requis la levée de l'effet suspensif provisoirement accordé par le magistrat instructeur le 7 octobre 2004. Interpellé par le juge instructeur au sujet de cette requête, le SESA a indiqué qu'il n'existe pas d'intérêt public prépondérant, s'agissant notamment de l'atteinte à la réserve naturelle de Baumelet, qui justifierait d'imposer la réalisation immédiate du raccordement. Par décision du 3 décembre 2004, le juge instructeur a confirmé l'effet suspensif accordé provisoirement le 7 octobre 2004. Dans des observations du 9 décembre 2004, le Conservateur de la nature a confirmé que l'eau de l'étang du Baumelet est fortement chargée en éléments nutritifs, ce qui perturbe fortement la faune benthique. En conclusion, le Conservateur de la nature précisait ceci
:"Le Centre de la conservation de la faune et de la nature ne peut par contre pas se déterminer sur la relation directe entre le fonctionnement du traitement des eaux du recourant et les apports constatés. Une telle détermination nécessiterait une analyse dépassant nos compétences. Il est toutefois probable qu'une relation existe."
Le recourant a déposé des observations complémentaires le 18 décembre 2004.
Le Tribunal administratif a tenu audience le 2 mars 2005, en présence du recourant et de l'un de ses fils, du syndic et d'un municipal de la commune de Bremblens, assistés de leur conseil, de 2 représentants du SESA et du Conservateur de la nature. A cette occasion, il a procédé à une vision locale. En date du 9 mars 2005, le recourant a adressé spontanément au tribunal un certain nombre de documents datant de l'époque de la construction de la maison tendant à démontrer qu'un raccordement au réseau d'égouts de la commune de Bremblens avait été envisagé à ce moment là. La municipalité s'est déterminée sur ces nouveaux éléments le 19 avril 2005 et le recourant a déposé des observations finales le 29 avril 2005.

Considérant en droit
1.
a) Aux termes de l'art. 10 al. 1 de la loi fédérale du 24 janvier 1991 sur la protection des eaux (LEaux), les cantons doivent veiller à la construction des réseaux d'égouts publics et des stations centrales d'épuration des eaux usées provenant des zones à bâtir (lit. a) et des groupes de bâtiments situés hors des zones à bâtir pour lesquels les méthodes spéciales de traitement (au sens de l'art. 13 LEaux) n'assurent pas une protection suffisante des eaux ou ne sont pas économiques (lit.b). Selon l'art. 11 LEaux, les eaux polluées produites dans le périmètre des égouts publics doivent être déversées dans les égouts (al. 1). Selon l'al. 2, le périmètre des égouts publics englobe les zones à bâtir (lit. a), les autres zones, dès qu'elles sont équipées d'égouts (lit. b) et les autres zones dans lesquelles le raccordement au réseau d'égouts est opportun et peut raisonnablement être exigé (lit. c). Selon l'art. 12 al. 1 de l'ordonnance du Conseil fédéral du 28 octobre 1998 sur la protection des eaux (OEaux), le raccordement est opportun au sens de l'art. 11 al.1 lit. c LEaux lorsqu'il peut être effectué conformément aux règles de la technique et aux coûts de construction usuels (lit. a); il peut en outre être raisonnablement envisagé lorsque les coûts qui en résultent ne sont pas sensiblement plus élevés que les coûts d'un raccordement comparable dans la zone à bâtir (lit. b).
L'art. 12, al.1 OEaux reprend la jurisprudence rendue par le Tribunal fédéral sous l'empire de l'ancienne loi fédérale sur la protection des eaux du 8 octobre 1971 (Cf.arrêt Tribunal fédéral non publié du 7 mai 2001 dans la cause 1 A./2001 considérant. 2a) Pour cerner le caractère supportable des frais de raccordement, le Tribunal fédéral utilise essentiellement le critère de l'équivalent habitant (EH, en allemand : EGW). Dans un arrêt de 1989 (ATF 115 1 b, p. 28 et ss, considérants 2 b, cc, p. 33 et ss), il a jugé que des travaux dont le coût total s'élevait à 64'400 francs, ce qui représentait une dépense de 5'300 francs par unité d'habitation (un peu moins de 9% de la valeur d'assurance incendie du bâtiment qui était de 546'000 francs), impliquait sans doute une charge élevée, mais encore supportable. Dans l'arrêt du 7 mai 2001 mentionné ci-dessus, le Tribunal fédéral a constaté que, compte tenu de la hausse du coût de la vie depuis 1989, un coût de raccordement d'environ 6'000 à 6'700 francs par équivalent habitant demeurait supportable.
b) Dans le cas d'espèce, le nombre d'équivalents habitants à prendre en considération est au minimum de six (4 pour le logement du rez-de-chaussée et 2 pour le logement du 1
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étage). Le fait que, apparemment, la villa ne soit actuellement occupée en permanence que par deux personnes est sans pertinence, les exigences en matière raccordement devant être examinées en fonction du potentiel d'occupation du bâtiment et non pas sur la base d'une situation particulière et certainement provisoire. Compte tenu d'un coût total de raccordement devisé à 35'200 francs, on parvient à un montant par équivalent habitant de 5'866 francs, soit un montant inférieur à celui considéré par le Tribunal fédéral comme admissible dans son arrêt rendu au mois de mai 2001.
On parvient au même résultat si on prend le critère du pourcentage de la valeur d'assurance incendie qui était utilisé par le Conseil d'Etat à l'époque où il était compétent pour juger ce type de litiges (v. arrêt TA AC 95/022 du 14 janvier 1997). Selon le Conseil d'Etat, un coût de raccordement qui n'excédait pas 5 % de la valeur d'assurance incendie du bâtiment restait opportun et pouvait ainsi être exigé du propriétaire. En l'espèce, les travaux litigieux (estimés à 35'200 francs) correspondent à 5,6 % de la valeur ECA du bâtiment fixée en 1993 (652'187 francs valeur à l'indice 100/1990), soit un pourcentage qui demeure admissible, notamment si l'on tient compte de l'augmentation de la valeur du bâtiment. On relèvera au demeurant que le devis du bureau Mosini et Caviézel apparaît relativement élevé, notamment si l'on tient compte du fait que, selon les constatations faites lors de la vision locale, les travaux de fouille devraient être relativement simples à réaliser.
c) Se référant au principe selon lequel les coûts du raccordement hors de la zone à bâtir ne doivent pas être sensiblement plus élevés que ceux d'un raccordement comparable en zone à bâtir (art. 12, al. 1 b lit. b OEaux), le recourant conteste qu'il soit possible d'exiger la construction d'un raccordement de 180 mètres alors que, selon lui, le raccordement d'un bâtiment sis en zone à bâtir serait limité à 20 à 30 mètres.
Le recourant ne saurait être suivi sur ce point. En effet, on a vu que l'art. 12, al.1 OEaux se fonde sur la jurisprudence rendue par le Tribunal fédéral sous l'empire de l'ancienne loi fédérale sur la protection des eaux du 8 octobre 1971. Or, selon cette jurisprudence, le critère pour savoir si un raccordement aux égouts publics hors de la zone à bâtir peut être exigé est le coût du raccordement par équivalent habitant et non pas la longueur de ce dernier. Le fait que, en l'occurence, le recourant doive réaliser une canalisation de 180 mètres de long pour se raccorder au collecteur communal n'est par conséquent pas déterminant. Compte tenu du coût devisé, il faut ainsi admettre que le raccordement litigieux n'est pas sensiblement plus élevé qu'un raccordement comparable en zone à bâtir.
d) Il résulte de ce qui précède que c'est à juste titre que la municipalité a considéré que le raccordement de la villa du recourant aux égouts publics est opportun et peut être raisonnablement envisagé en application des articles. 11 al. 1 lit. c LEaux et 12 al. 1 OEaux.
2. Lors de l'audience, le recourant a indiqué qu'il ne s'opposait pas au raccordement de sa villa au collecteur communal, mais qu'il ne voulait pas en assumer les frais. Le recourant soutient à cet égard que la municipalité doit assumer une part de responsabilité dès lors qu'elle aurait exigé la construction de la fosse septique en 1967 alors qu'un raccordement au réseau d'égouts communal aurait été possible à moindre coût, notamment en profitant d'une fouille réalisée à ce moment là pour installer une amenée d'eau. Il reproche ainsi implicitement à la municipalité une attitude contradictoire qui lui causerait un préjudice et devrait amener la commune à prendre en charge, en équité, une partie du coût du raccordement.
Il est généralement admis qu'une fosse septique est insuffisante pour assurer le traitement des eaux usées conformément aux exigences actuelles (cf. arrêt TA AC 95/022 précité). On sait en revanche que, en 1967, cette solution correspondait à l'état de la technique et était usuelle dans ce type de configuration. On ne saurait dès lors reprocher à la municipalité d'avoir admis la construction d'une fosse septique à l'époque, ou même de l'avoir préconisée, dès lors qu'il n'existait ni STEP centrale ni système séparatif et que la municipalité n'avait pas de motif particulier de préconiser un raccordement au collecteur unitaire existant à ce moment là. Certes, il n'est pas exclu que la solution d'un raccordement au collecteur communal ait été examinée et qu'elle aurait pu être mise en œuvre dans des conditions favorables en profitant de la fouille exécutée pour l'amenée d'eau. Rien n'indique toutefois que la municipalité aurait imposé la solution de la fosse septique au détriment du raccordement. Au demeurant, comme l'a relevé le représentant du SESA lors de l'audience, l'équipement installé en 1967 aurait dû de toute manière être mis en conformité, ceci aux frais du recourant.
Vu ce qui précède, on ne saurait suivre le recourant lorsque celui-ci soutient que la responsabilité de la municipalité est engagée et il n'existe aucune raison particulière qui justifierait de le dispenser de mettre en conformité sa villa à ses frais. On relèvera à cet égard que, dès lors qu'il s'agit d'un équipement privé au sens de l'art. 10 du règlement communal sur l'évacuation et l'épuration des eaux, soit de l'équipement reliant un bien-fonds à l'équipement public, le propriétaire doit en assumer à ses frais la construction, l'entretien et le fonctionnement (Cf. art. 11 al. 1 du règlement communal)
3. Il résulte de ce qui précède que le recours doit être rejeté et la décision municipale confirmée, un nouveau délai étant toutefois fixé au recourant pour raccorder son immeuble à la STEP. Vu le sort du recours, les frais de la cause sont mis à la charge du recourant. Ce dernier versera en outre des dépens arrêtés à 1'500 francs à la Commune de Bremblens, dès lors que cette dernière a procédé par l'intermédiaire d'un mandataire professionnel.