Decision ID: c832bd43-4cd9-4dc0-bfe6-8f8668130445
Year: 2009
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. A.X._, originaire des Etats-Unis d'Amérique (USA), est née en Suisse (à 2.********) le 13 janvier 1983 où elle a résidé jusqu'en 1997, au bénéfice d'un permis d'établissement. Elle a quitté cette année-là notre pays pour aller étudier aux USA. Elle est célibataire.
Sa mère B.X.Y._, née en 1952, son frère C.X._, né en 1985, et sa sœur D.X._, née en 1987, vivent à 1.********. Ils sont titulaires tous trois d'un permis d'établissement qui indique une date d'entrée en Suisse remontant à l'an 2000. Le père est décédé.
A.X._ a obtenu en 2006 à l'Université de 3.******** (USA) un "bachelor of Liberal Studies".
B. Le 25 novembre 2008, A.X._ a annoncé son arrivée le 11 mars 2008 à 1.******** et elle a sollicité la délivrance d'une autorisation de séjour auprès de la famille hors des conditions du regroupement familial (voire par regroupement familial). Sa mère a souscrit une attestation de prise en charge financière en sa faveur.
A l'appui de sa demande, elle exposait ce qui suit (cf. sa lettre du 23 novembre 2008):
"(...)
Je suis née en Suisse et j'ai fait neuf ans d'école primaire quand j'habitais à 4.********. En 1997 je suis partie vivre aux Etats-Unis avec mon père E.X._ qui est décédé trois ans plus tard. J'ai fait (sic) la décision de rester aux Etats-Unis pour finir le collège et l'université. Je suis aussi restée quelques années pour le travail. Depuis douze ans je vois ma famille très peu. Je suis très proche de ma famille qui me manque beaucoup et je souhaite être plus près d'eux.
(...)"
Dans sa lettre du 27 janvier 2009, le Service de la population (SPOP) a informé la requérante que son permis d'établissement avait pris fin suite à son départ définitif de Suisse annoncé en 1997. Le service précité a également considéré qu'elle ne remplissait plus, du fait de son âge (26 ans), les conditions du regroupement familial. Enfin, il a estimé qu'il ne pouvait pas lui délivrer un permis de séjour pour cas individuel d'extrême gravité. Dès lors, le SPOP lui a fait part de son intention de lui refuser l'octroi d'un permis de séjour et de lui impartir un délai pour quitter la Suisse.
A.X._ s'est déterminée le 11 mars 2009 par l'intermédiaire de son mandataire. Ce conseil a indiqué qu'elle avait quitté la Suisse en 1998 (sic) et que son père était décédé en 1998 (sic). Il a précisé que A.X._ était revenue en Suisse en novembre 2008 (sic) afin de seconder sa mère, très gravement atteinte dans sa santé. Il a produit à l'appui un certificat du 12 février 2009 d'un spécialiste FMH Gynécologie - Obstétrique, selon lequel B.X.Y._ "souffre de graves problèmes de santé" et que "dans ces circonstances, il est impératif que sa fille, Mlle A.X._, 13.01.1983, puisse rester auprès d'elle". Il a fourni également une attestation du 11 février 2009 de l'UBS, selon laquelle le grand-père de A.X._ pouvait aisément subvenir à ses besoins, à raison de 2'000 fr. par mois pour une période minimum de trois ans. Il a encore indiqué qu'elle logeait gratuitement dans la villa familiale de 1.********, appartenant à son frère. Enfin, il relevait qu'elle avait une expérience de deux ans dans le management de la mode et qu'elle cherchait actuellement un poste dans ce secteur. Sur le plan du droit, il invoquait les art. 38 et 39 OLE.
C. Par décision du 5 mai 2009, le SPOP a refusé l'octroi d'un permis de séjour à A.X._ et lui a imparti un délai de départ d'un mois.
A cette occasion, le SPOP a rappelé que l'intéressée avait annoncé un départ définitif de Suisse en 1999 (sic). Il a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions du regroupement familial, ni celles de la réadmission en Suisse d'étrangers ou celles de la réadmission après un séjour à l'étranger à des fins professionnelles ou de formation, pas plus que celles de l'autorisation de séjour pour rentiers, ou encore celles du cas individuel d'extrême gravité.
D. Par acte du 5 juin 2009, toujours par l'intermédiaire de son mandataire, A.X._ a saisi la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal d'un recours dirigé contre la décision précitée, concluant, avec dépens, à l'annulation de celle-ci et à l'octroi d'une autorisation de séjour. Le conseil reprenait les arguments déjà évoqués. Il précisait que A.X._ avait quitté la Suisse en 1999 (sic), et que tous les membres de la famille (soit la mère et les trois enfants) vivaient ensemble dans la villa de 1.********. Le conseil dénonçait l'arbitraire de la décision et ne mentionnait aucune disposition légale.
Dans sa réponse du 3 juillet 2009, l'autorité intimée a conclu au rejet du recours.
Par avis du 6 juillet 2009, la recourante a été invitée à déposer un mémoire complémentaire et toutes pièces utiles à démontrer ses allégués. A la requête du mandataire, le délai a été prolongé au 20 août 2009, puis au 15 septembre 2009. Le 24 août 2009, a été produite une attestation médicale d'un spécialiste en oncologie gynécologique, datée du 20 août 2009, selon laquelle B.X.Y._ a "subi une intervention majeure le 12.05.2009 et nécessite des soins continus. Dans ce cadre, l'assistance de la famille et notamment de sa fille sous-nommée [i.e A.X._] est très importante". Un mémoire complémentaire n'a pas été déposé.
S'estimant suffisamment renseigné, le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1. La requête ayant été déposée en 2009, elle est soumise à la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20), en vigueur depuis le 1er janvier 2008, ainsi qu'à l'ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative (OASA; RS 142.201).
2. a) Selon l'art. 61 al. 1er et al. 2 LEtr, l'autorisation prend fin lorsque l'étranger déclare son départ de Suisse ou s'il quitte la Suisse sans déclarer son départ, après un délai de six mois s'agissant de l'autorisation d'établissement.
Cette disposition correspond à l'art. 9 al. 3 let. c de l'ancienne loi du 26 mars 1931 sur le séjour et l'établissement des étrangers, selon lequel l'autorisation de séjour prend fin lorsque l'étranger annonce son départ ou qu'il a séjourné effectivement pendant six mois à l'étranger.
b) De retour en Suisse après une absence d'une dizaine d'années, la recourante, originaire des USA, ne dispose d'aucun droit à la délivrance d'une autorisation de séjour; elle ne prétend du reste rien de tel. En particulier, elle ne conteste pas qu'elle ne remplit pas les conditions du regroupement familial que l'art. 43 LEtr réserve aux enfants étrangers de moins de 18 ans du titulaire d'une autorisation d'établissement. Elle n'affirme pas davantage, à juste titre, qu'elle pourrait bénéficier de la protection de l'art. 8 CEDH, dès lors qu'elle est majeure et qu'elle ne se trouve pas dans un lien de dépendance vis-à-vis de sa famille en Suisse.
3. D'après l'art. 30 al. 1 let. k LEtr, il est possible de déroger aux conditions d'admission (art. 18 à 29 LEtr) dans le but de faciliter la réadmission en Suisse d'étrangers qui ont été titulaires d'une autorisation de séjour ou d'établissement. Cette disposition est concrétisée par les art. 49 à 51 OASA. En l'espèce, l'art. 51 OASA n'entre pas en considération.
a) Aux termes de l'art. 49 OASA, les étrangers qui ont déjà été en possession d'une autorisation de séjour ou d'établissement peuvent obtenir une autorisation de séjour ou de courte durée si leur précédent séjour en Suisse a duré cinq ans au moins et si leur libre départ de Suisse ne remonte pas à plus de deux ans.
La présente espèce n'entre pas dans les critères de l'art. 49 OASA dès lors que le départ de la recourante remonte à 1997, voire à 1999, soit bien au-delà du délai de deux ans fixé par la disposition précitée.
b) L'art. 50 OASA prévoit que les étrangers qui ont séjourné provisoirement à l'étranger pour le compte de leur employeur ou à des fins de perfectionnement professionnel pour une durée de quatre ans au maximum peuvent obtenir une autorisation de séjour moyennant la réalisation de diverses conditions (let. a à d).
En l'occurrence, la recourante a quitté la Suisse plus de quatre ans, pour suivre notamment des études, de sorte que l'art. 50 OASA n'entre pas davantage en considération.
4. a) Selon la lettre b de l'art. 30 al. 1 LEtr précité, il est également possible de déroger aux conditions d'admission (art. 18 à 29 LEtr) dans le but de tenir compte des cas individuels d'extrême gravité ou d'intérêts publics majeurs.
L'art. 31 al. 1 OASA précise ce qui suit:
1 Une autorisation de séjour peut être octroyée dans les cas individuels d'extrême gravité. Lors de l'appréciation, il convient de tenir compte notamment:
a. de l'intégration du requérant;
b. du respect de l'ordre juridique suisse par le requérant;
c. de la situation familiale, particulièrement de la période de scolarisation et de la durée de la scolarité des enfants;
d. de la situation financière ainsi que de la volonté de prendre part à la vie économique et d'acquérir une formation;
e. de la durée de la présence en Suisse;
f. de l'état de santé;
g. des possibilités de réintégration dans l'Etat de provenance.
(...)"
L'art. 30 al. 1 let. b LEtr reprend les principes de l'art. 13 let. f de l'ancienne ordonnance fédérale du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (OLE) abrogée le 1er janvier 2008, qui prévoyait que n'étaient pas comptés dans les nombres maximums les étrangers qui obtenaient une autorisation de séjour dans un cas personnel d'extrême gravité ou en raison de considération de politique générale. On peut dès lors se référer à la jurisprudence y relative (Message du Conseil fédéral, FF 2002 III 3469, spéc. p. 3543).
Les conditions auxquelles la reconnaissance d'un cas de rigueur est soumise doivent être appréciées restrictivement. II est nécessaire que l'étranger concerné se trouve dans une situation de détresse personnelle. Cela signifie que ses conditions de vie et d'existence, comparées à celles applicables à la moyenne des étrangers, doivent être mises en cause de manière accrue, c'est-à-dire que le refus de soustraire l'intéressé aux restrictions des nombres maximums comporte pour lui de graves conséquences. Lors de l'appréciation d'un cas personnel d'extrême gravité, il y a lieu de tenir compte de l'ensemble des circonstances du cas particulier. La reconnaissance d'un cas personnel d'extrême gravité n'implique pas forcément que la présence de l'étranger en Suisse constitue l'unique moyen pour échapper à une situation de détresse. D'un autre côté, le fait que l'étranger ait séjourné en Suisse pendant une assez longue période, qu'il s'y soit bien intégré, socialement et professionnellement, et que son comportement n'ait pas fait l'objet de plaintes ne suffit pas, à lui seul, à constituer un cas personnel d'extrême gravité; il faut encore que la relation du requérant avec la Suisse soit si étroite qu'on ne puisse pas exiger qu'il aille vivre dans un autre pays, notamment dans son pays d'origine (ATF 124 II 110 consid. 2 p. 112). A cet égard, les relations de travail, d'amitié ou de voisinage que le requérant a pu nouer pendant son séjour ne constituent normalement pas des liens si étroits avec la Suisse qu'ils justifieraient une exemption des mesures de limitation du nombre des étrangers (ATF 130 II 39 consid. 3 p. 41/42 et la jurisprudence citée).
b) Examinant le dossier sous cet angle, le SPOP a relevé que si la mère de la recourante était certes gravement malade, l'intéressée ne se trouvait pas elle-même dans une situation d'extrême gravité. Il a constaté de surcroît que la recourante avait pour projet de travailler en Suisse, ce qui paraissait peu compatible avec celui de seconder sa mère gravement malade. Enfin, le SPOP a souligné que la recourante avait poursuivi son séjour aux USA après le décès de son père et qu'elle y avait travaillé après l'obtention de son bachelor, de sorte que le centre de ses intérêts se trouvait à l'étranger, nonobstant la présence de sa famille en Suisse.
c) En l'espèce, la recourante est revenue en Suisse au mois de mars 2008 et elle a attendu plus de huit mois avant de déposer une demande d'autorisation de séjour, alors qu'elle était tenue de déclarer son arrivée si son séjour excédait trois mois (art. 9 OASA).
La recourante ne se trouve pas elle-même dans un cas d'extrême gravité. Agée de vingt-six ans, elle a vécu aux Etats-Unis depuis ses quatorze ans (1997), voire depuis ses seize ans (1999). Le SPOP relève à juste titre à cet égard qu'elle a poursuivi son séjour aux USA après le décès de son père - séparée de sa mère et de ses frère et soeur - et qu'elle y a travaillé après l'obtention de son bachelor. Elle y a acquis une formation supérieure et une expérience professionnelle. Force est dès lors de retenir qu'elle a tissé des attaches importantes avec son pays d'origine, de sorte qu'un renvoi ne serait pas pour elle d'une extrême rigueur. Les années passées en Suisse avant son départ ainsi que ses liens avec ce pays, lesquels paraissent se limiter en l'état avec sa famille proche, ne conduisent pas à une autre conclusion.
La recourante affirme toutefois que sa présence est indispensable à sa mère. En principe, une autorisation de séjour pour cas de rigueur ne peut être accordée à un étranger que lorsque celui-ci se trouve lui-même dans une telle situation. La jurisprudence opère ainsi une distinction entre les motifs tenant à la personne du requérant et ceux concernant sa famille. Selon les cas toutefois, l'appréciation des faits sous le seul angle de la situation personnelle du requérant peut procéder d'une vision trop réductrice de la situation. Un tel élargissement exceptionnel à la situation de tiers ne concerne toutefois que des situations particulièrement dramatiques rendant indispensable la présence du requérant (arrêts PE.2008.0410 du 13 août 2009; PE.2006.0030 du 18 mai 2006; PE.2004.0649 du 14 juin 2005). En l'espèce, il n'est pas établi que la présence continue de la recourante serait indispensable à sa mère, étant rappelé que celle-ci habite avec son fils et son autre fille dans la villa familiale appartenant au premier. Les certificats médicaux produits ne sont pas suffisamment convaincants à cet égard.
La décision attaquée, qui ne viole pas le droit fédéral, ni ne procède d'un abus du pouvoir d'appréciation de l'autorité intimée, doit ainsi être confirmée.
5. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours aux frais de son auteur (art. 49 LPA-VD). Vu l'issue du pourvoi, le SPOP est chargé de fixer un nouveau délai de départ à la recourante et de veiller à l'exécution de sa décision.