Decision ID: da0c5c2e-9f73-59bb-b0f8-dd7927b87392
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_009
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par jugement rendu le 11 décembre 2015, dont les motifs ont été notifiés à A_ et au Ministère public (ci-après : MP) le 23 décembre suivant, le Tribunal de police
a, préalablement, constaté que A_ n'avait pas la qualité de lésé de même que lui a dénié la qualité de partie plaignante et, sur le fond, a acquitté C_ du chef de gestion déloyale avec un dessein d'enrichissement illégitime (art. 158 ch. 1 al. 3 du Code pénal du 21 décembre 1937 [CP :
RS 311.0
]), a ordonné la restitution d'une sûreté de CHF 96'000.- versée par C_ auquel l'état de Genève a été condamné à payer CHF 15'000.- à titre de réparation du tort moral, CHF 1'000'000.- à titre de réparation de son dommage économique et CHF 1'000'000.- pour ses frais de défense. Le Tribunal de police
a débouté C_ de ses autres prétentions en indemnités et, en tant que de besoin, A_ de ses prétentions civiles, les frais de la procédure étant laissés à la charge de l'État.
b.
Par courrier du 17 décembre 2015, le MP a annoncé appeler du jugement précité. Dans sa déclaration d'appel du 12 janvier 2016 prévue par l'art. 399 al. 3 du code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007 [CPP :
RS 312.0
]), il a conclu à l'annulation du jugement uniquement concernant les indemnités allouées.
c.
A_ a annoncé appeler le 18 décembre 2015 et, par acte du 12 janvier 2016, a conclu à la réforme du jugement entrepris, principalement à ce que sa qualité de lésé et de partie plaignante lui soit reconnue, à la culpabilité de C_ pour escroquerie (art. 146 ch. 1 al. 1 et 3 CP) en concours avec la gestion déloyale qualifiée (art. 158 ch. 1 al. 1 et 3 CP), subsidiairement de gestion déloyale qualifiée uniquement, à ce qu'il soit condamné à une peine et à lui verser USD 111'155.09 avec intérêts à 5% l'an dès le 12 décembre
2008, subsidiairement CHF 129'062.18 au taux de 1,1611 avec intérêts à 5% l'an dès le
12 décembre 2008, ainsi qu'à la confiscation de la somme de CHF 96'000.- versée par C_ à titre de sûreté et à ce qu'elle lui soit allouée à concurrence des montants alloués au titre de ses conclusions civiles.
Subsidiairement, A_ a conclu à l'admission de l'appel, à la reconnaissance de sa qualité de partie plaignante au pénal et au civil, à l'annulation du jugement du 11 décembre 2015 et au renvoi de la cause au premier juge, charge à ce dernier de demander au MP de compléter son acte d'accusation afin que C_ soit jugé pour gestion déloyale avec dessein d'enrichissement illégitime et pour escroquerie.
d.a.
Selon l'acte d'accusation du 25 septembre 2015, il est reproché à C_ des actes de gestion déloyale avec dessein d'enrichissement illégitime, pour ne pas avoir, en 2008, respecté son devoir de gérant [de] E_ LTD en sa qualité de Directeur général de la société F_ SA, gérant responsable du fonds d'investissement E_ LTD, "
feeder fund
" de G_, dans lequel A_ avait placé US $ 101'000.- en 2007, en particulier :
-
sur les contreparties du fonds, dont il avait affirmé qu'il y en avait plus de dix et sur lesquelles la faillite de la banque H_ n'avait eu aucun effet, alors qu'il avait toujours ignoré le nom de celles-ci et n'avait effectué aucune vérification à leur sujet, affirmant dans le rapport annuel au 31.12.2007 qu'elles étaient suivies et avaient un niveau de risque approprié (
rating
dit "A2/P2") ;
- sur le dépôt des avoirs du fonds dont il avait affirmé qu'ils étaient séparés alors qu'ils étaient mélangés avec les avoirs de la société I_ LLC, [à] J_ [Etats-Unis], et qu'il n'avait jamais effectué une vérification au sujet de l'existence des actifs du fonds avec une confirmation directe auprès du dépositaire K_ [société] ;
- sur le devoir de "
due diligence
" quant à la délégation de la stratégie de placement auprès de I_ LLC avec un rapport de "
due diligence
" fourni à A_, en juin 2008 pour le rassurer ;
- sur la surveillance de la gestion au quotidien du "
feeder fund
", qui était censé acheter des actions et des options de l'Etat américain, pour des volumes qui dépassaient ceux affichés jour après jour par les marchés boursiers ;
- sur la surveillance de la stratégie de gestion qui devait respecter une liste de 50 actions de la liste formant l'indice [boursier]
Standard and Poor's
100
(ci-après : SP-100) dont le non-respect a été ignoré.
C_ avait identifié les risques liés au "
feeder fund
" depuis plusieurs années et les avait écartés pour continuer à assurer avec F_ SA la responsabilité de la gestion [de] E_ LTD et pour encaisser des revenus très importants sur ce "
feeder fund
", en agissant dans son intérêt pour obtenir un enrichissement personnel au détriment des intérêts des investisseurs dans E_ LTD, dont A_. En développant E_ LTD entre 1997 et 2008 jusqu'à une taille de près de USD 3'000'000'000.- C_ a reçu des rémunérations supplémentaires, salaire et bonus de CHF 3'000'000.- en 2006 et
CHF 4'700'000.- en 2007, ses manquements dans la direction de F_ SA pour la gestion du fonds E_ LTD ayant permis à ce "
feeder fund
" d'exister et d'absorber l'argent des investisseurs et de le faire disparaître dans une des plus grandes escroqueries aux investissements de l'histoire.
d.b.
Dans sa partie intitulée "
contexte
", l'acte d'accusation mentionne :
"
11)
Avant de choisir E_, A_ avait demandé et obtenu de la part de F_ SA, Genève, des documents décrivant ce fonds. Il y avait le rapport annuel audité du fonds, le "explanatory memorandum" et les documents de souscription. A_ avait aussi obtenu un code d'accès à la page INTERNET du site de F_ SA, Genève, site qui insistait sur le "processus long et détaillé d'analyse en détail" pour choisir un placement, et sur l'importance du Groupe M_ qui "permet[tait] de bénéficier de la stabilité et de la sécurité de la _ième plus importante banque au monde [...] avec l'assurance renforcée de procédures et contrôles internes renforcés".
12) A_ a relevé que le rapport financier audité du fonds E_ au 31 décembre 2007 indiquait que les contreparties du fonds faisaient l'objet d'un "rating" minimum, cette mention figure dans le chapitre relatif aux produits dérivés. F_ SA, Genève, avait par ailleurs confirmé un risque de contrepartie avec un rating minimum dit "A2-P2" (soit un risque de type A sur l'échelle de STANDARD & POOR (qui va de AAA le plus haut jusqu'à C avec un risque de faillite immédiat). Après la faillite de la banque H_ en septembre 2008, F_ SA, Genève écrivait une lettre circulaire du 18.9.2008 à ses clients pour indiquer que cette faillite ne posait aucun risque de contrepartie. Pour affirmer une telle chose, F_ SA, Genève devait forcément connaître les contreparties.
....
14) En juin 2008, A_ demande et obtient de la part de F_ SA, Genève, une copie du rapport "Questionnaire de Due Diligence" relatif au E_. Ce document indique clairement comment les risques étaient identifiés et surveillés par F_ SA, Genève.
....
24) Cette ignorance de C_ et F_ SA, Genève sur les contreparties ne les ont pas empêchés d'écrire, dans le rapport annuel 2007 du fonds, que les risques sur les contreparties avaient été identifiés et traités, avec un rating minimum de type "A2/P2".
....
26) Formellement, jusqu'en juillet 2006, I_ LLC avait uniquement une activité de négociant en valeurs mobilières et soutenait qu'en matière de gestion de fortune, elle ne faisait qu'appliquer une stratégie avec des choix limités au timing et aux quantités de titres parmi une liste préétablie d'actions. Tant I_ LLC J_ que F_ SA, Genève avaient convenu que la liste des titres disponibles serait adaptée par I_ LLC, J_ et non par F_ SA, Genève, alors que l'annexe "Trading authorization directive" prévoyait le contraire.
27) La gestion choisie par G_ consistait à acheter des actions de grandes sociétés américaines, un choix parmi la liste des titres formant l'indice boursier américain STANDARD & POOR-100. Toutefois, F_ SA, Genève savait que la liste des titres autorisés pour G_ n'était pas respectée. Cela ressort en particulier du courrier électronique du 10.8.2007 (pièce 22545) de N_ à O_, il y a 2 titres en dehors de la liste. Selon son courrier-électronique du 22.5.2007 (pièce 22707) P_ n'est pas satisfait de la gestion de la liste des titres autorisés.
...
30) Chargé de la gestion du fonds E_, C_ et la société F_ SA, Genève ont faussement répondu aux interrogations de A_ en 2007 et 2008 sur le dépôt, sur les contreparties.
....
31) Les contrôles annoncés par F_ SA, Genève n'ont jamais été effectués. Selon le MASTER AGREEMENT (pièce 21920 page 3) F_ SA, Genève avait un large pouvoir d'investigation, jamais utilisé.
32) C_ et F_ SA, Genève ont caché le fait que I_ LLC, J_ n'avait déposé aucun actif de clients auprès de K_. C_ a pourtant indiqué en instruction avoir commencé une telle vérification indépendante auprès de K_, vérification qui n'a pas pu être exécutée à cause du refus de G_.
....
37) P_ rappelle que F_ SA, Genève n'a jamais connu les noms des contreparties utilisées par I_ LLC, J_.
....
40) P_ avait constaté qu'entre février 2007 et octobre 2007, aucun contrôle mensuel n'avait été fait sur l'activité d'achat et vente de titres par I_ LLC, J_, et qu'il n'y avait aucune autre analyse alternative.
....
48) S'agissant de la faillite de la banque H_ en septembre 2008, une note de F_ SA, Genève, à ses clients confirme le suivi des contreparties et répond que la faillite de H_ est peu significative. Toutefois, Q_ confirme que F_ SA, Genève, n'a jamais eu aucune information sur les noms des contreparties. Aucun contrôle, suivi, analyse, n'a donc jamais été effectué sur les contreparties.
49) Dans un courrier électronique du 22.5.2007 R_ dit qu'il fallait faire semblant de montrer que la sélection des titres venait de F_ SA, Genève, alors qu'en réalité c'était I_ LLC, J_
".
e.
La Chambre d'appel et de révision (ci-après: CPAR) a examiné dans une première phase, en procédure écrite, la question du statut de A_ et sa capacité à appeler du jugement. Suite à différents échanges d'écritures, dépôts de pièces et observations des parties, la CPAR a, par arrêt du 25 janvier 2017, débouté C_ de sa demande de non-entrée en matière portant sur l'irrecevabilité de l'appel pour cause de tardiveté et a ordonné un dernier échange d'écritures portant sur la qualité de lésé et de partie plaignante de A_ en rapport aux faits constitutifs de gestion déloyale avec dessein d'enrichissement tels que retenus dans les pages 10 et 11 de l'acte d'accusation et par le Tribunal de police, la CPAR étant, pour le surplus, appelée à statuer ultérieurement sur les autres requêtes dont elle avait été saisie.
f.
Par arrêt du 8 mars 2017, le Tribunal fédéral a rejeté les recours de A_ contre l'arrêt de la CPAR du 25 janvier 2017 refusant implicitement d'examiner une qualification juridique d'escroquerie ou de se réserver la possibilité de retenir une qualification juridique différente de celle retenue par le MP en limitant sa saisine à une partie restreinte de l'acte d'accusation.
g.
Statuant sur la recevabilité de l'appel interjeté par A_, la CPAR a, par arrêt du
6 juillet 2017, constaté qu'il n'avait pas la qualité de partie plaignante et déclaré son appel irrecevable, tout en le condamnant à verser à C_ CHF 9'720.- ainsi qu' aux 90% des frais de la procédure, l'intimé étant condamné au paiement du solde.
g.a
A_ a interjeté recours en matière pénale devant le Tribunal fédéral lequel a rendu son arrêt le 3 avril 2018, l'admettant partiellement.
Devant le Tribunal fédéral, A_ avait conclu à ce que sa qualité de partie soit reconnue tant en ce qui concernait l'infraction de gestion déloyale aggravée que celle d'escroquerie et à ce qu'à l'ouverture des débats d'appel, la CPAR renvoie la cause au Tribunal de police pour nouveau jugement, ce dernier devant principalement admettre la mise en accusation complémentaire de C_ pour escroquerie, subsidiairement de renvoyer le dossier au MP afin qu'il complète son acte d'accusation et renvoie l'intimé pour être jugé du chef d'escroquerie.
g.b.
Le Tribunal fédéral a confirmé la décision cantonale de rejet de la qualité de lésé et de partie plaignante de A_ en relation aux actes de gestion déloyale aggravée reprochés à C_.
g.c.

En revanche, le Tribunal fédéral a annulé l'arrêt attaqué par A_ dès lors que la CPAR jouissait d'un plein pouvoir d'examen en fait et en droit et qu'elle ne pouvait s'interdire d'examiner une éventuelle extension de l'accusation à l'infraction d'escroquerie du fait que le recourant ne revêtait pas la qualité de lésé ni de partie plaignante relativement à celle de gestion déloyale, ce qui revenait à priver A_ d'un accès à l'instance d'appel concernant une décision de première instance dans laquelle il avait un intérêt juridique à faire examiner l'éventuelle commission d'une infraction à son encontre. En outre, la CPAR avait violé le droit d'être entendu du recourant en circonscrivant le dernier échange d'écritures à sa qualité de lésé et partie plaignante en lien avec l'infraction de gestion déloyale tout en concluant dans l'arrêt attaqué que l'acte d'accusation ne reprochait ni ne décrivait les éléments constitutifs de l'escroquerie. Sur ce qui précède, le Tribunal fédéral a ainsi considéré :
" ...,
l'autorité précédente ne pouvait refuser d'examiner si le recourant était susceptible de revêtir la qualité de partie plaignante relativement à une qualification d'escroquerie, si l'accusation devait être renvoyée au MP pour complément ou correction (art. 329 al. 2 2
ème
phrase CPP, applicable dans la procédure d'appel par renvoi de l'art. 379 CPP), si la possibilité devait être donnée au MP de modifier l'acte d'accusation au sens de 333 al. 1 CPP (applicable dans la procédure d'appel, cf ATF
141 IV 97
consid. 2.4.2 p. 104) ou si l'état de fait de l'acte d'accusation permettait de retenir une appréciation juridique différente de celle du MP, impliquant une infraction d'escroquerie (art. 350 al. 1 CPP applicable dans la procédure d'appel par renvoi de l'art. 379 CPP ...). Il convient d'ajouter, compte tenu du pouvoir dévolutif de l'appel, que la cour cantonale ne pouvait davantage exclure de son examen la partie de l'acte d'accusation écartée par le tribunal de première instance au motif que celui-ci ne répondait pas aux exigences de l'art. 325 al. 1 let. f CPP
.