Decision ID: 65983c4d-fa08-5c42-b701-72eb4f079377
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
Par décision
DTAE/1589/2018
du 21 mars 2018, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a confirmé B_, avocat, dans ses fonctions de co-curateur de A_ (ch. 1 du dispositif), limité les tâches du co-curateur visé sous chiffre 1 à la représentation de la personne concernée dans les procédures judiciaires et extra-judiciaires liées aux biens immobiliers dont elle est propriétaire ou ayant droit (ch. 2), réservé, pour le surplus, l'approbation de ses comptes et rapport finaux (ch. 3), désigné deux intervenantes au Service de protection de l'adulte aux fonctions de co-curatrices et dit qu'elles pouvaient se substituer l'une à l'autre dans l'exercice de leur mandat, chacune avec pleins pouvoirs de représentation (ch. 4), confié aux co-curatrices visées sous chiffre 4 les tâches de représenter la personne concernée dans ses rapports avec les tiers, en particulier en matière d'affaires administratives et juridiques, à l'exception des tâches visées sous chiffre 2 et de gérer les revenus et biens de la personne concernée ainsi que d'administrer ses affaires courantes (ch. 5), rappelé que l'exercice des droits civils de la personne concernée était limité en matière contractuelle (ch. 6), et qu'elle était privée de l'accès à toute relation bancaire ou à tout coffre-fort, en son nom ou dont elle est ayant droit économique (ch. 7), autorisé les co-curateurs à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée, dans les limites de leur mandat respectif (ch. 8), déclaré la décision immédiatement exécutoire, nonobstant recours (ch. 9), et laissé les frais judiciaires à la charge de l'Etat (ch.10).![endif]>![if>

En substance, le Tribunal de protection a considéré que, compte tenu de la multiplicité et de la complexité des procédures judiciaires en cours et de l'accord de la personne concernée, il convenait de maintenir en fonction le curateur d'ores et déjà nommé, qui est un avocat spécialisé en droit de la construction et de l'immobilier, pour défendre les intérêts de la personne protégée et rechercher une solution transactionnelle judiciaire ou extra-judiciaire, dans le cadre des nombreuses procédures en cours. Toutefois, compte tenu de la situation patrimoniale fortement déficitaire de la personne concernée, de l'accord de celle-ci et de l'absence de proches pouvant fonctionner en qualité de mandataires privés, deux collaboratrices du Service de protection de l'adulte devaient être désignées aux fonctions de curatrices, pour les autres tâches.
B.
a)
Par acte du 18 avril 2018,
A_ a formé recours auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice contre l'ordonnance du 21 mars 2018, qu'il a reçue le 28 mars 2018. Il a conclu principalement : "
à la réforme de l'ordonnance du Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant, en ce sens que le mandat de co-curateur de Me B_ est annulé, un autre curateur étant désigné, et un délai m'étant accordé pour proposer un autre curateur, le cas échéant avocat et susceptible de reprendre les dossiers en cours".
Subsidiairement, il a conclu à l'annulation de l'ordonnance.
A l'appui de son recours, il considère que B_ a mis en péril ses intérêts et qu'il n'est pas apte à le représenter dans le cadre des différentes affaires immobilières qui le concerne. Il indique que cet avocat est au surplus mis potentiellement dans une situation de conflit d'intérêts, ce qui le lèse gravement, de sorte que son mandat de curateur doit impérativement être levé et, cas échéant, qu'un autre curateur soit désigné, si tant est qu'il ne puisse recouvrer l'exercice de ses droits civils. Il indique qu'il souhaite pouvoir proposer l'un ou l'autre membre de sa famille, respectivement un avocat qu'il entend désigner, et dont il transmettra les coordonnées à la Chambre de céans. Il reconnaît qu'il existe plusieurs procédures judiciaires en cours et que des négociations sont menées afin que son patrimoine immobilier soit valorisé mais considère que B_ n'est pas la personne idoine. Finalement, se référant à son droit d'être entendu, il requiert que le dossier complet de la cause soit mis à sa disposition et sollicite en outre qu'une enquête soit diligentée sur la manière dont B_ a agi.
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b)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité faire usage des facultés prévues par l'article 450 d CC.
c)
Dans ses déterminations du 2 juillet 2018, le Service de protection de l'adulte s'en est remis à l'appréciation de la Chambre de céans, tout en relevant que A_ n'expliquait pas les raisons qui l'amenaient à considérer que B_ avait mis ses intérêts en péril, n'était pas apte à le représenter dans ses affaires immobilières et serait en situation de conflit d'intérêts qui le lèserait.
d)
Dans sa réponse du 23 juillet 2018, B_, avocat, s'en est rapporté à justice quant à la recevabilité du recours et a conclu au rejet de celui-ci. Il relève que le recourant a invoqué, de manière abstraite, une liste d'éléments susceptibles d'engendrer sa "révocation", sans toutefois les préciser. Par ailleurs, l'objet de l'ordonnance du 21 mars 2018 consistait à le décharger de la gestion courante des affaires du recourant afin qu'il puisse se concentrer sur l'essentiel, à savoir les questions immobilières et les procédures judiciaires en cours. La décision rendue par le Tribunal de protection est donc opportune, conforme à la loi et repose sur une constatation des faits pertinents. Il considère par ailleurs que l'autorité de surveillance ne peut être saisie d'un recours dont l'objet est différent de celui qui a été tranché dans l'ordonnance de première instance. Or précisément, la question soumise au Tribunal de protection était de savoir s'il convenait ou non de le relever de la gestion courante alors que l'objet du présent recours est de solliciter à l'autorité de surveillance qu'il soit relevé de ses fonctions de curateur, alors qu'aucune relève intégrale n'a été ni demandée, ni instruite, ni traitée par le Tribunal de protection dans la décision attaquée.
C.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :
a)
Par décision du 9 décembre 2015 (
DTAE/5393/2015
), A_, né le _ 1953, originaire de _, a été placé, à l'instar de son frère jumeau, E_, sous curatelle de représentation et de gestion de B_, avocat, l'exercice des droits civils de la personne concernée ayant été limité en conséquence.
b)
A teneur de l'inventaire des biens patrimoniaux déposés par le curateur,
A_ dispose d'un patrimoine de 4'252'438 fr., grevés de dettes à hauteur de 10'040'338 fr. 45.
c)
Les biens immobiliers, propriété de l'intéressé et de son frère jumeau, se trouvent sous gérance légale suite à des poursuites en réalisation de gage intentées par les institutions bancaires prêteuses, en lien avec des hypothèques dénoncées, lesquelles génèrent des intérêts moratoires de cinq pourcent par an sur un montant de près de dix millions de francs. L'un des immeubles fait également l'objet d'un droit d'emption.
d)
B_, depuis début 2016, a été autorisé par l'autorité de protection de l'adulte à représenter A_ dans dix procédures civiles différentes et une procédure pénale.
e)
Le 27 février 2018, le curateur désigné a été autorisé à rechercher toute solution permettant d'éviter la vente aux enchères forcées des biens immobiliers de son protégé, notamment à préparer des ventes de gré à gré.
f)
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 5 mars 2018.
Le Tribunal de protection a expliqué aux A_/E_, tous deux convoqués, que leur situation financière actuelle ne permettait pas de rémunérer l'activité déployée par B_.
Lors de cette audience, A_ a consenti à la désignation de collaborateurs du Service de protection de l'adulte aux fonctions de curateurs pour toutes les tâches courantes et au maintien de B_, avocat, pour mener à terme les procédures judiciaires en cours et la recherche d'alternative à la réalisation forcée de leur patrimoine immobilier.
Le Tribunal de protection a gardé la cause à juger à l'issue de l'audience et a rendu la décision querellée.
EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours
(art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de la notification de la