Decision ID: 719eafb4-7477-4e6d-a5d1-7a3aa2167619
Year: 2017
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. En 2013, une instruction pénale a été ouverte par le Ministère public du can-
ton du Valais (ci-après: MP-VS) contre A., psychothérapeute indépendante,
domiciliée et pratiquant en Valais, du chef de complicité d’actes d’ordre
sexuel avec des enfants (pièces MP-VS no 1). Dans le cadre de cette en-
quête, il s’est avéré que dans l’exercice de son activité, la précitée aurait
procédé à des séances de psychothérapie déléguées, sans pour autant que
les médecins-psychiatres – B. et C., – domiciliés à Genève, mais pratiquant
certains jours par mois au sein de son cabinet à Z. (VS), aient eu au préa-
lable un contact avec les patients ou assumé d’une quelconque façon leur
devoir de surveillance. Par ailleurs, certaines séances auraient été facturées
alors même qu’elles n’auraient jamais eu lieu.
Au vu de ces éléments, le MP-VS a ouvert une instruction pénale pour es-
croquerie (art. 146 CP) contre A. le 10 mars 2014 (pièces MP-VS no 36) et
le 21 juillet 2014, contre B. (pièces MP-VS no 56).
Le 25 novembre 2014, l’assurance D. a adressé au MP-VS une plainte pé-
nale impliquant A., B. et C. pour les faits susmentionnés (pièces MP-VS no
59 ss).
Le 19 décembre 2014, le MP-VS a joint dite dénonciation au dossier déjà
ouvert pour escroquerie, a étendu l’instruction à B. et A. pour escroquerie
par métier (art. 146 al. 2 CP; pièces MP-VS no 163) et a ordonné l’ouverture
d’une instruction pénale contre C. pour escroquerie par métier (pièces MP-
VS no 164). L’instruction contre A. a par la suite été étendue aux chefs de
faux dans les titres (pièces MP-VS no 267). A. a été entendue pour ce com-
plexe de faits par la police valaisanne le 31 août 2015 notamment (pièces
MP-VS no 267 ss); ce même jour elle a été incarcérée (pièces MP-VS
no 278).
Plusieurs mesures de contrainte (perquisitions, mandats de dépôt, blocage
au registre foncier etc.) ainsi que des auditions des personnes impliquées
ont eu lieu courant 2015 et 2016 en Valais dans le cadre de cette instruction
(pièces MP-VS nos 287 ss; 354 ss; 487 ss; 497 ss; 519 ss; 623 ss).
Pour ces mêmes faits, les assurances E. et F. ont déposé plainte pénale
respectivement les 13 janvier et 29 août 2016 auprès du MP-VS à l’encontre
de A. ainsi que des médecins précités (pièces MP-VS nos 570 ss; 728 ss et
806 ss).
B. Par envoi du 29 novembre 2016, A. a déposé plainte pénale pour tous ces
agissements contre B. et C., auprès du Ministère public du canton de Ge-
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nève (ci-après: MP-GE) pour « escroquerie, faux dans les titres, gestion dé-
loyale, diffamation, calomnie, atteinte à l’honneur, contrainte et menace, ten-
tative de corruption, violation de secret, abus de pouvoir, abus de confiance
et induction de la justice en erreur ». En substance, elle reprochait aux deux
psychiatres précités d’avoir effectué, à Genève, pour les prestations de psy-
chothérapie qu’elle avait fournies sur délégation de leur part de fausses fac-
turations en son nom dont elle ignorait tout. Elle invoquait également que les
médecins précités auraient inscrit auprès de son cabinet en Valais des pa-
tients qui n’y seraient jamais venus. Elle soutenait enfin que l’argent qui lui
était destiné pour le travail effectué aurait été détourné (act. 1.1).
C. Par courrier du 9 décembre 2016, le MP-GE a interpellé le MP-VS en lui
demandant de lui confirmer qu’il acceptait sa compétence pour connaître de
cette dernière plainte pénale compte tenu des enquêtes déjà ouvertes contre
B. et C. en Valais (act. 1.3). Le 19 décembre 2016, le MP-VS a accepté sa
compétence (act. 1.4).
D. Le 30 décembre 2016, A. recourt contre cette dernière décision et conclut
implicitement à ce que l’affaire soit confiée au MP-GE au motif notamment
que les fausses factures incriminées auraient été réalisées à Genève
(act. 1).
E. Appelés à répondre au recours, le MP-GE conclut le 11 janvier 2017 à son
rejet car mal fondé (act. 3) et le MP-VS relève le 16 janvier 2016 qu’il lui
appartient de poursuivre les actes dénoncés (act. 4).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.
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La Cour considère en droit:
1.
1.1 Lorsque plusieurs autorités paraissent compétentes à raison du lieu, les mi-
nistères publics concernés se communiquent sans délai les éléments essen-
tiels de l'affaire et s'entendent aussi vite que possible sur le for (art. 39 al. 2
CPP). En présence d'une décision formelle, les parties peuvent attaquer
dans les dix jours, devant l'autorité compétente, l'attribution du for décidée
par les ministères publics concernés (art. 41 al. 2 CPP; BERTOSSA, in Com-
mentaire romand, Code de procédure pénale suisse, 2011, n° 4 ad art. 41;
JEANNERET/KUHN, Précis de procédure pénale, 2013, n° 3032 et les réfé-
rences citées).
1.2 L'art. 41 al. 2 CPP aménage une voie de recours permettant aux parties de
soumettre à l'autorité compétente – soit la Cour de céans lorsque se pose la
question de la compétence intercantonale (art. 40 al. 2 CPP en lien avec les
art. 37 al. 1 de la loi fédérale sur l'organisation des autorités pénales de la
Confédération [LOAP; RS 173.71] et 19 al. 1 du règlement sur l'organisation
du Tribunal pénal fédéral [ROTPF; RS 173.731.161]) – l'attribution du for
décidée par les ministères publics concernés. Cette règle découle de l'art. 30
al. 1 Cst. qui garantit le droit d'être jugé par un tribunal compétent. L'exercice
de ce droit suppose en effet que les parties disposent, à une reprise au
moins, de la faculté de soumettre à une autorité de recours toute décision
d'un ministère public en matière de compétence ou de for (BERTOSSA, op.
cit., ibidem). Il s'agit en d'autres termes d'éviter que le droit de l'intéressé à
être jugé par un tribunal compétent soit violé. La démarche du recourant
s'inscrit précisément dans le cadre susmentionné, puisqu'il s'en prend à l'at-
tribution de for décidée d'entente entre le MP-GE et le MP-VS.
1.3 Les conditions de forme préalables à la recevabilité du recours ne prêtent en
l'espèce pas à discussion, de sorte qu'il convient d'entrer en matière sur le
fond.
2.
2.1 La recourante reproche en substance au MP-GE de ne pas avoir tenu
compte du fait que la fausse facturation a été faite à Genève, respectivement
que les ordres pour l’établir y ont été donnés. Elle estime en outre que des
auditions des employés de la Caisse des médecins à Genève ainsi qu’une
expertise informatique s’imposeront. Elle relève par ailleurs que Genève est
le canton dans lequel est domicilié B. et celui où ce dernier possède la plu-
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part de ses biens immobiliers. Selon elle, c’est là aussi que sont vraisembla-
blement domiciliés les patients qui auraient été déclarés par B. comme
clients du cabinet à Z. (VS), mais où ils ne se seraient cependant jamais
rendus (act. 1). Le MP-GE et le MP-VS retiennent pour leur part que dans la
mesure où les faits dénoncés sont les mêmes que ceux pour lesquels les
enquêtes sont ouvertes en Valais depuis 2014, le for légal est incontestable-
ment dans ce dernier canton.
2.2 L'art. 31 al. 1 CPP dispose que l'autorité du lieu où l'acte a été commis est
compétente pour la poursuite et le jugement de l'infraction. S'agissant d'une
escroquerie, cette dernière est commise au lieu où l'auteur a astucieusement
induit en erreur une personne par des affirmations fallacieuses ou par la dis-
simulation de faits vrais et a de la sorte déterminé la victime à des actes
préjudiciables à ses intérêts pécuniaires ou à ceux d'un tiers (décision du
Tribunal pénal fédéral BG.2014.6 du 21 mars 2014, consid. 2.7;
SCHWERI/BÄNZIGER, Interkantonale Gerichtsstandsbestimmung in Straf-
sachen, 2e éd. 2004, no 65).
Cependant, aux termes de l'art. 34 al. 1 CPP, lorsque le prévenu a commis
plusieurs infractions en des lieux différents, l'autorité du lieu où a été com-
mise l'infraction punie de la peine la plus grave est compétente pour la pour-
suite et le jugement de toutes les infractions. Si plusieurs infractions sont
punies de la même peine, l'autorité compétente est celle du lieu où les pre-
miers actes de poursuite ont été entrepris. La détermination de la peine la
plus grave se fonde en principe sur la peine-menace, sans prise en considé-
ration des circonstances (aggravantes ou atténuantes) envisageables dans
le cas particulier (BERTOSSA, op. cit., n° 3 ad art. 34 CPP).
2.3 En l'espèce, les médecins contre lesquels la recourante a déposé plainte
pénale à Genève pour escroquerie notamment font l’objet, pour exactement
les mêmes faits, de poursuites en Valais depuis 2014 déjà du chef d’escro-
querie par métier (cf. supra let. A). Aussi, en considération des dispositions
légales rappelées ci-dessus, il est incontestable que le for pour la poursuite
et le jugement de ces infractions est en Valais. C’est dès lors à bon droit que
le MP-VS a accepté sa compétence.
2.4 Par ailleurs, il n’existe en l’espèce aucun motif qui permettrait de déroger au
for légal (arrêt du Tribunal pénal fédéral BG.2016.36 du 19 janvier 2017,
consid. 4.1).
3. Le recours se révèle en définitive mal fondé et doit partant être rejeté.
http://links.weblaw.ch/BSTGER-BG.2014.6 https://www.swisslex.ch/LawDetail.mvc/Show?normalizedReferences=CH%2F312.0%2F38&SP=4|5fgbls
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4. Les frais de la procédure de recours sont mis à la charge des parties dans
la mesure où elles ont obtenu gain de cause ou succombé (art. 428 al. 1
CPP). Ainsi, en application des art. 5 et 8 al. 1 du règlement du Tribunal
pénal fédéral sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la procé-
dure pénale fédérale (RFPPF; RS 173.713.162), ils seront fixés, à la charge
de la recourante, à CHF 500.--.
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