Decision ID: 34e5868f-f17f-5a13-b4ef-b4d6395166e9
Year: 2004
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_003
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A. Par contrat du 17 avril 2001 prenant effet le 1
er
mai suivant, la Succursale de Genève de E_ SA, société spécialisée dans la production ainsi que le commerce de pièces, de produits d’entretien et de services pour véhicules automobiles et machines, a engagé T_ en qualité de vendeur/magasinier moyennant un salaire mensuel brut de 3'530 fr. porté à 3'630 fr. trois mois plus tard, plus un treizième salaire et une rémunération variable dépendant du chiffre d’affaires réalisé au regard d’objectifs préétablis.
B . T_ a régulièrement travaillé jusqu’en janvier 2003. A partir du 14 janvier et jusqu’en avril 2003, il s’est trouvé en incapacité due à une hernie discale selon des certificats de son médecin traitant, le Dr A_.
Le 7 mars 2003, E_ SA l’a licencié avec effet immédiat, en lui reprochant de travailler pour le compte d’une maison concurrente, soit la société en nom collectif X_ au g_, spécialisée dans le commerce d’accessoires automobiles, comme l’avaient constaté le gérant de sa Succursale, B_, et un collaborateur, C_.
C. Contestant la décision prise à son encontre, T_ a ouvert action le 23 juin 2003 devant le Tribunal des prud’hommes contre E_ SA, en paiement d’un solde de vacance représentant 340 fr. 30, plus une indemnité de 12'894 fr. 15 fondée sur l’art. 337c al. 3 CO.
La défenderesse s’est opposée à la demande et des enquêtes ont été ordonnées, donnant lieu à l’audition de sept témoins ou tiers déposant à titre de renseignement.
Recherchant une pièce « tunning » pour son véhicule, D_, client habituel de E_, s’est rendu chez X_ en mars 2003 sur un conseil qui lui avait été donné. T_ l’y a reçu au comptoir du magasin, lui a présenté des catalogues et l’a conseillé, en l’invitant à se rendre au Salon de l’Automobile auprès du stand de la société en nom collectif. Il était alors seul dans le commerce et a servi parallèlement d’autres clients. D_ est revenu le lendemain chez X_ au g_. T_ l’a derechef servi au comptoir en se comportant, de l’avis du témoin, comme un employé. A l’occasion d’une visite ultérieure chez E_ SA, D_ a demandé si T_ figurait toujours parmi le personnel, puis, questionné, a indiqué à son interlocuteur – vraisemblablement B_ - l’avoir vu travailler chez X_ (p.-v. du 30.9.2003 p. 7-9).
B_ s’est aussitôt rendu chez X_ le 7 mars 2003, accompagné de son collaborateur C_. Arrivés sur place, ils ont vu T_ seul dans le magasin derrière le comptoir à la place des vendeurs. B_ lui a signifié son licenciement immédiat, confirmé par courrier du même jour (p.-v. du 30.9.2003 p. 2-3, 7).
Il sera ici précisé que E_ SA et X_ commercialisent toutes deux des produits «tunning » pour automobiles.
Statuant en date du 29 septembre 2003, le Tribunal a considéré que le congé avec effet immédiat se fondait sur de justes motifs et a rejeté la demande.
D. T_ appelle de ce jugement, en persistant dans ses prétentions de première instance.
E_ SA conclut à la confirmation de la décision attaquée.

EN DROIT
1. L’appel est recevable, ayant été interjeté dans le délai et suivant la forme prévus par la loi (art. 56 al. 1, 59 LJP).
2.1. Selon l’art. 337 CO, l’employeur et le travailleur peuvent résilier immédiatement le contrat de travail en tout temps pour de justes motifs. Sont notamment considérées comme tels, toutes les circonstances qui, selon les règles de la bonne foi, ne permettent pas d’exiger de celui qui a donné le congé la continuation des rapports de travail.
De nature exceptionnelle, la résiliation immédiate pour justes motifs doit être admise de manière restrictive. Les faits invoqués à l’appui d’un renvoi immédiat doivent avoir entraîné la perte du rapport de confiance constituant le fondement du rapport de travail (ATF
124 III 24
cons. 3/c). Seul un manquement particulièrement grave justifie un licenciement immédiat ; si la faute est moins lourde, elle peut seulement entraîner une résiliation immédiate dans l’hypothèse d’une réitération malgré un avertissement (ATF
121 III 467
cons. 4/d et les réf ; STAEHELIN, commentaire zurichois, n. 9-10, 14 ad art. 337 CO).
Conformément à l’art. 8 CC, la preuve d’un juste motif incombe à la partie qui dénonce le contrat (STAEHELIN, op. cit, n. 42 ad art. 337 CO).
2.2. Constitue un juste motif de résiliation immédiate sans avertissement, l’activité de l’employé pour le compte d’un tiers durant une période d’incapacité, à tout le moins lorsque celle-ci revêt un caractère relativement durable, par opposition à des services rendus occasionnellement à titre bénévole ou pour satisfaire un devoir conjugal (JAR 1999 p. 289 ; WYLER, Droit du travail, p. 9). Le licenciement immédiat, derechef sans avertissement, se justifie par ailleurs lorsque l’employé travaille même durant un temps bref pour le compte d’un concurrent de l’employeur.
En l’espèce, les enquêtes ont fait ressortir de manière claire que l’appelant a travaillé plusieurs jours pour le compte de X_, qui exerce une activité partiellement identique à celles de l’intimée. En la matière, la déposition de D_, que l’appelant n’a pas contestée lorsque le témoin s’est exprimé, emporte notamment la conviction. L’analyse des premiers juges, admettant la légitimité de la résiliation au regard de l’art. 337 CO, ne peut donc qu’être approuvée.
3. Le Tribunal a écarté la prétention du demandeur portant sur un solde de 284 fr. 75 pour les vacances, mais l’intimée s’est abstenue de répondre, même lors de l’audience du 7 juillet 2004, aux griefs présentés par l’appelant sur le sujet. La somme réclamée sera donc allouée.