Decision ID: 1b2950f8-5534-4019-91c3-255e15e836b3
Year: 2006
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. L’exploitation du service des taxis de la Commune de Nyon (ci-après : la commune) est régie par un règlement communal concernant le service des taxis (ci-après : le règlement), adopté par le Conseil communal les 11 mai 1959, 14 décembre 1964, 26 mai 1975 et 8 mars 1982 ; ce règlement, approuvé par les autorités cantonale et fédérale compétentes, contient notamment les dispositions suivantes :
"Dispositions générales
Art. 1. Nul ne peut exploiter publiquement un service de taxis sur le territoire de la commune de Nyon sans y être autorisé par la Municipalité de la Ville de Nyon, désignée plus loin par la « Municipalité ».
Il y a deux types d’autorisations :
L’autorisation A, avec permis de stationnement sur le domaine public
L’autorisation B, sans permis de stationnement sur le domaine public.
Art. 45. L’autorisation de type A, avec permis de stationnement aux emplacements désignés par le Service de police, n’est délivrée, aux conditions ci-dessus, que dans la mesure où les exigences de la circulation, de la place disponible et des besoins du public le permettent.
Art. 46. L’autorisation de type B, sans permis de stationnement sur le domaine public, est accordée sans limitation quant au nombre.
Art. 48. Les autorisations sont valables du 1er janvier au 31 décembre. Elles doivent être renouvelées à la fin de l’année.
Art. 49. L’autorisation n’est pas renouvelée ou elle est retirée si l’exploitant ou les conducteurs à son service ont enfreint de façon grave ou répétée les dispositions du présent règlement, les mesures d’exécution ou les règles de circulation.
Il en est de même lorsque l’exploitant ne remplit plus les conditions pour l’octroi e l’autorisation.
(...)"
B. X._ a créé, en 1992, une entreprise de taxis sous la raison individuelle « Y._ » et a obtenu quatre autorisations de type B. Dans le but de développer son entreprise, il a présenté, le 24 décembre 1996, une demande auprès de la municipalité de Nyon (ci-après : la municipalité) en vue d’obtenir deux autorisations de type A. A._, exerçant la profession de chauffeur de taxi à Nyon et titulaire d’une autorisation de type B depuis le 21 juin 1996, a également sollicité de la municipalité l’octroi d’une autorisation de type A. Par décisions des 17 octobre 1996, respectivement 23 janvier 1997, l’autorité a rejeté ces requêtes au motif que le nombre de taxis bénéficiant de telles autorisations, limité à l’époque à 14, était suffisant pour satisfaire les besoins du public, d’autant que le seul emplacement réservé pour le stationnement des taxis sur le domaine public, soit devant la gare CFF, était limité.
Par arrêt du 24 février 1998, le tribunal de céans a admis les deux recours interjetés contre ces décisions et ordonné le renvoi de la cause à la municipalité afin qu’elle statue à nouveau, dans un délai raisonnable, sur la base d’un examen complet et circonstancié des besoins en taxis de la commune et des possibilités d’aménager des places de stationnement ailleurs qu’à la gare. Le tribunal a considéré en substance que les motifs de refus relatifs aux exigences de la circulation, de la place disponible et des besoins du public n’étaient pas fondés en l’absence notamment d’une étude sérieuse permettant de fournir des données objectives susceptibles de démontrer la pertinence d’un blocage du nombre des concessions A à 14. Il a ainsi précisé qu' : "une étude globale permettant de déterminer les besoins de la commune en taxis et par conséquent l’opportunité d’une éventuelle augmentation des concessions A devrait reposer sur des critères tels que, notamment, la population de la ville et de la commune de Nyon, celle du district et de la région, la distance séparant la commune impliquée des autres communes, l’étendue de ces dernières, la structure de la population concernée, ainsi que sa fortune et ses revenus, l’existence et la structure des transports publics à disposition, ainsi que celles des autres entités concernées (y compris service de nuit), la présence de centres commerciaux, avec le nombre de clients de taxis généré par de tels établissements, les besoins liés à la proximité de l’aéroport de Cointrin, le nombre et les habitudes des vacanciers, touristes, frontaliers, etc. "
C. La municipalité n’ayant pas statué dans un délai raisonnable, A._ et X._ ont chacun saisi le tribunal de céans d’un recours pour déni de justice formel et ont requis, par voie de mesure provisionnelle, la délivrance d’une autorisation de type A.
Par décision incidente du 3 mars 1999, confirmée sur recours le 7 avril 1999, le magistrat instructeur a enjoint la municipalité de délivrer à MM. X._ et A._ une autorisation de type A à titre provisoire limitée à la durée de la procédure cantonale de recours. La municipalité s’est exécutée le 1er avril 1999.
Par arrêt du 3 août 2001, le Tribunal administratif a admis les recours et renvoyé la cause à la municipalité pour qu’elle statue immédiatement sur les requêtes d’autorisation A formulées par les recourants. Il a notamment considéré que l’autorité intimée ne pouvait se retrancher derrière la refonte complète du règlement pour refuser ou tarder à rendre une décision, fût-ce à titre provisoire. Il a affirmé que rien n’empêchait la municipalité de statuer sur la base du règlement en vigueur, en délivrant des autorisations temporaires, quitte à se réserver la possibilité d’examiner la conformité de ces autorisations aux nouvelles dispositions réglementaires, une fois celles-ci adoptées.
D. B._, exploitant d’un service de taxis sur la commune et au bénéfice d’une autorisation B depuis décembre 1996, a également requis la délivrance d’une autorisation A. Cette demande a été rejetée le 11 juillet 2000 au motif qu’un nouveau règlement était en voie d’élaboration et qu’aucune modification ne pouvait être apportée à la situation existante.
Par arrêt du 15 février 2001, le Tribunal administratif a admis le recours de M. B._ interjeté contre cette décision, annulé la décision de la municipalité et renvoyé la cause à cette dernière pour nouvelle décision. Il a considéré en substance que le projet de règlement communal, lequel prévoyait simplement que les autorisations A étaient limitées à 1 par tranche de 1'000 habitants résidant sur le territoire communal, n’apportait aucune amélioration en ce qui concernait le mode de répartition de ces autorisations entre les différents concurrents. Il a estimé en outre que le refus litigieux violait le principe de l’égalité de traitement entre concurrents directs, dans la mesure où certains d’entre eux bénéficiaient d’un privilège inadmissible en détenant la majorité des autorisations de type A.
Le 28 juin 2001, le Tribunal fédéral a rejeté le recours de droit public interjeté par la municipalité contre l’arrêt susmentionné. Il a confirmé que la situation existant entre le recourant, qui ne bénéficie d’aucune autorisation A alors qu’il exploite un service de taxis depuis relativement longtemps, et deux autres de ses concurrents directs (devenus, depuis septembre 2001, la société C._ SA) qui s’en partagent onze sur seize, est manifestement constitutive d’une inégalité de traitement inadmissible. Le système communal, qui empêche tout nouveau chauffeur de taxi d'obtenir dans un délai raisonnable une autorisation de type A est donc contraire à la liberté économique garantie par l’art. 27 Cst. La Haute Cour a estimé qu’il incombait dès lors à la commune de remplacer ce système complètement bloqué par un système plus souple permettant de répartir équitablement les autorisations A entre les différents concurrents si elle devait estimer, après un examen approfondi de la situation, qu’il n'était pas possible d'en augmenter le nombre, tout en confirmant que le système suggéré par le Tribunal administratif, consistant à attribuer une autorisation A aux chauffeurs de taxi par rotation, selon des modalités à définir par la commune, pouvait satisfaire aux exigences de l’art. 27 Cst.
E. X._ a requis, les 9 août et 26 septembre 2001, l’octroi de deux autorisations A ainsi que deux autorisations B.
Par décision du 4 octobre 2001, la municipalité a accordé au recourant, de même qu’à MM. A._ et B._, une autorisation de type A à titre provisoire limitée au 31 décembre 2002, la municipalité se réservant d’examiner à cette date la possibilité de son renouvellement. Cette décision est motivée comme suit :
« Cette décision provisoire est motivée par un arrêt du Tribunal fédéral du 28 juin dernier qui oblige la Municipalité à modifier le projet de règlement concernant le service des taxis qu’elle avait élaboré et à mettre sur pied un système plus souple permettant de répartir différemment les autorisations de type A.
Cette décision provisoire est également motivée par les travaux de réaménagement de la place de la gare qui se feront en continuité de ceux de l’entrée en gare du chemin de fer Nyon-St-Cergue-Morez (...)
Le réaménagement de la place de la gare est absolument indispensable pour écarter le danger sérieux de perturbation que l’augmentation du nombre de bénéficiaires d’autorisations de type A fait courir à la collectivité publique. »
L'autorité intimée a en revanche refusé d’accorder à l'intéressé la deuxième autorisation A requise, précisant que cette demande était intégrée à la liste d'attente où figuraient déjà plusieurs demandes antérieures. Elle a invoqué le fait qu’une multiplication désordonnée des autorisations A risquait de créer un sérieux danger de perturbation.
F. Le 14 décembre 2001, la municipalité a informé tous les titulaires d’autorisations A que leurs autorisations, alors en voie de renouvellement pour la prochaine année, seraient valables jusqu’au 31 décembre 2002, la municipalité se réservant d’examiner à cette date l'opportunité de leur renouvellement.
G. A._, B._ et X._ se sont tous trois pourvus au Tribunal administratif contre les décisions du 4 octobre 2001, respectivement les 23, 25 et 29 octobre 2001, en concluant à la délivrance pure et simple d’une, respectivement de deux autorisations A, à titre définitif. Au cours de l’instruction, A._ et B._ sont arrivés à un accord avec la municipalité et ont signé une convention le 28 novembre 2005, respectivement 6 décembre 2005. La cause a été rayée du rôle en ce qui les concerne le 8 décembre 2005.
H. A l’appui de son recours, X._ allègue que dans la mesure où elle se fonde sur le réaménagement de la place de la gare et la refonte du règlement qui ne seront tous deux vraisemblablement pas achevés au 31 décembre 2002, la limitation de l’autorisation à cette date est dépourvue de tout fondement objectif, donc arbitraire. En outre, le principe même d’une limitation temporelle de la validité de son autorisation A crée une nouvelle inégalité de traitement puisque les autorisations de ses concurrents directs, en particulier celles de la société qui en détient onze, ne sont pas limitées dans le temps. A la rigueur, si la municipalité entendait prévoir l’octroi d’autorisations temporaires jusqu’à la mise en vigueur d’un nouveau règlement conforme à l’arrêt du Tribunal fédéral, elle devait appliquer ce régime à l’ensemble des exploitants de taxis exerçant leur activité sur son territoire. Le recourant conteste également la décision incriminée en tant qu’elle lui refuse une deuxième autorisation A. Selon lui, l’autorité intimée n’aurait jamais démontré – alors qu’elle en avait été requise par le magistrat instructeur du Tribunal administratif en décembre 1999 - ni le prétendu danger de perturbation lié à l’augmentation du nombre des autorisations A ni l’adéquation de leur nombre actuel aux besoins de la population. En outre, le refus litigieux ne se fonderait pas sur une pesée soigneuse et motivée des intérêts en présence. Enfin, le système des attributions à la base du refus, fondé sur une liste d’attente dépendant de l’ancienneté de la requête, serait contraire au principe de l’égalité de traitement. Le recourant a dès lors sollicité l’octroi immédiat d’une seconde autorisation A par voie de mesure provisionnelle.
I. La municipalité a produit le 21 novembre 2001 la liste des demandes de concessions en cours ainsi qu’une copie du projet de nouveau règlement. Elle a également versé au dossier les courriers et décisions qu’elle avait adressés aux autres exploitants de taxis en octobre et novembre 2001 par lesquels elle renseignait les uns sur la portée de l’arrêt du Tribunal fédéral du 28 juin 2001 en les avertissant qu’ils n’étaient pas sûrs de pouvoir conserver l’ensemble de leurs autorisations (C._ SA), refusait aux autres la délivrance d'une autorisation A (D._, E._, F._, G._ et H._) ou les intégrait sur la liste d'attente tout en leur délivrant une concession B.
J. Par décision incidente du 26 novembre 2001, le magistrat instructeur a rejeté la requête de mesures provisionnelles déposée par X._.
K. Dans ses déterminations du 15 janvier 2002, l’autorité intimée allègue avoir procédé à l’étude préconisée par le Tribunal administratif dans son arrêt du 24 février 1998, ce qui l'a d’ailleurs conduite, d’une part, à aménager des places de stationnement supplémentaires à la rue de la Morâche et, d’autre part, à refondre entièrement son règlement. Selon elle, ces nouvelles places n’ont pas empêché le stationnement sauvage sur la place de la gare, ce qui créerait des problèmes de sécurité dont l’ampleur croîtrait avec l’augmentation du nombre d’autorisations A délivrées. La réglementation des autorisations A répondrait donc bien à des considérations d’ordre public. En outre, les travaux de la place de la gare devraient débuter au printemps 2002, de sorte que les motifs invoqués à l’appui de la décision attaquée seraient objectivement justifiés. Enfin, sa décision est conforme à l’égalité de traitement dès lors que la municipalité a averti tous les détenteurs que leurs autorisations ne seraient valables que jusqu’au 31 décembre 2002. Quant au refus de délivrer une deuxième autorisation A en faveur du recourant, elle rappelle qu'en aggravant le risque de chaos régnant aux heures de pointe sur la place de la gare, l’augmentation désordonnée du nombre d’autorisations de type A se heurterait au principe de la sécurité publique.
L. Requise par le magistrat instructeur de produire l’étude à laquelle elle disait s’être livrée ou tout autre document permettant de démontrer la pertinence du blocage actuel du nombre des concessions A, celle de la place disponible et des besoins du public, la municipalité a versé au dossier, le 6 février 2002, une étude datée du 4 février 2002, effectuée par le chef de la police de la commune, le commissaire I._, et intitulée "Etude permettant de déterminer les besoins de la Commune en taxis et par conséquent l’opportunité d’une éventuelle augmentation des concessions" dont la teneur est partiellement reprise ci-après :
« La Ville de Nyon n’a pas confié un mandat d’étude à un bureau d’ingénieurs en matière de circulation.
Nous n’avons pas connaissance qu’un bureau spécialisé ait conduit une étude de cette nature.
Le Brigadier J._, en charge du dossier des taxis depuis de nombreuses années, et le soussigné ont cependant effectué régulièrement des surveillances ponctuelles, ceci depuis 1997.
Les constatations effectuées sont les suivantes :
La station de taxis de la Gare et régulièrement desservie par une moyenne de 4 à 5 véhicules ;
En dehors des heures de pointes, il arrive fréquemment que le premier véhicule en tête de colonne soit dans l’obligation d’attendre une quinzaine de minutes l’arrivée d’un client ;
A certaines occasions, 7 à 8 véhicules sont en position d’attente alors que la demande est faible ;
Nous avons acquis la conviction que l’offre est supérieure à la demande. (...) »
La municipalité a également produit le compte-rendu d’une séance de coordination des travaux d’entrée du train Nyon-St-Cergue-Morez en ville de Nyon qui s’est déroulée le 11 janvier 2002, ainsi qu’un bref descriptif de ce chantier.
M. Dans un courrier du 11 février 2002, le recourant a constaté et critiqué l’absence d’étude globale effectuée par la municipalité permettant de déterminer les besoins en taxis de la commune. Quant aux surveillances ponctuelles effectuées par le brigadier J._, il rappelle qu'elles avaient déjà été jugées insuffisantes par le Tribunal administratif dans son arrêt de 1998.
N. Sur requête de la municipalité, la cause a été suspendue par décision du 15 avril 2002 jusqu’à droit connu sur l’arrêt du Tribunal fédéral à intervenir suite au recours déposé par la municipalité de Bussigny et consorts à l'encontre d'un arrêt du tribunal de céans concernant une affaire analogue (GE.2000.0110). A cette occasion, la municipalité s’est engagée à prolonger la validité des autorisations A au 31 décembre 2002 et, s’il le fallait, d’année en année tant que dureraient les travaux de la place de la gare et tant que l’analyse relative au service des taxis ne serait pas terminée.
La suspension a été prolongée par décision du juge instructeur du 12 décembre 2003, le Tribunal administratif ayant été invité par le Tribunal fédéral, dans un arrêt du 28 octobre 2002, à reprendre la cause GE.2000.0110. Celle-ci a fait l'objet d'un nouvel arrêt le 28 janvier 2005 (GE.2002.0107).
O. L’autorité intimée a renseigné le tribunal, par lettre du 14 mars 2005, sur l’évolution des travaux d’aménagement de la place de la gare, d’une part, et de l’étude ayant pour but de déterminer les besoins en taxis de la commune, d’autre part. S’agissant des travaux précités, elle a précisé qu'une étude préalable avait été remise au Service communal de l’urbanisme mais qu'elle n'avait pas encore été soumise à la municipalité. Quant à l’étude susmentionnée, intitulée "Service des taxis de Nyon - diagnostic et recherche d'amélioration" effectuée par l’entreprise K._ ingénieurs-conseils, à Lausanne (ci-après : K._) et datée du 12 décembre 2003, elle retient à titre de "synthèse du diagnostic" ce qui suit :
"(...)
la demande de la clientèle sur le domaine public de la Ville, au niveau de l’origine des déplacements, est concentrée presque exclusivement à la gare de Nyon ;
cette demande est bien satisfaite par l’offre en taxis actuelle ;
le nombre de concessions octroyées pour l’exploitation de taxis en ville de Nyon est élevé, tant par rapport à la demande qu’en comparaison avec d’autres villes romandes ; le nombre de concessions B est même très élevé ;
la concurrence entre les exploitants es vive ; les problèmes liés à la viabilité économique des entreprises (les temps d’attente sont longs- jusqu’à une heure-les courses sont peu nombreuses moins de 15 courses par jour et par taxi), ainsi qu’à la dégradation du climat de travail, s’en ressentent, exacerbés encore par la répartition inégale des concessions ;
globalement le nombre de places taxis est adapté aux besoins ;
l’emplacement des places taxis à la rue de la Morâche ne paraît en revanche pas judicieux, ces places n’étant pas utilisées conformément à leur objectif. En effet, lorsqu’elles ne servent pas au stationnement illicite de véhicules privés, elles jouent souvent le rôle de sas d’attente pour l’entreprise au bénéfice de la majorité des concessions A.
(...)".
K._ conclut en ces termes :
"à court terme, on constate que le nombre de concessions A actuel (17) satisfait la demande » et « l’offre actuelle en places taxis ne peut pas être modifiée à court terme ."
P. L’instruction de la cause a été reprise par décision du juge instructeur du 26 septembre 2005
Q. Le recourant a confirmé ses conclusions dans un mémoire complémentaire du 23 décembre 2005.
R. L’autorité intimée a déposé des observations finales le 10 mars 2006.
S. Le tribunal a délibéré par voie de circulation.
T. Les arguments respectifs des parties seront repris ci-après dans la mesure utile.

Considérant en droit
1. Déposé dans la forme et le délai prescrits par l'art. 31 de la loi sur la juridiction et la procédure administratives (ci-après : LJPA), le recours est recevable en la forme.
2. Aux termes de l'art. 36 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administrative (LJPA), le recourant peut invoquer la violation du droit, y compris l'excès ou l'abus du pouvoir d'appréciation (litt. a), ainsi que la constatation inexacte ou incomplète de faits pertinents (litt. b); il ne peut se prévaloir de l'inopportunité d'une décision que si la loi spéciale le prévoit (litt. c).
L’art. 8 al. 1 de la loi vaudoise du 25 novembre 1974 sur la circulation routière donne la compétence aux communes de réglementer le service de taxis, l’administration du domaine public étant en outre une tâche propre des communes dont la gestion incombe aux municipalités (cf. art. 2 al. 2 litt. c et 42 ch. 2 de la loi vaudoise du 28 février 1956 sur les communes). Le Tribunal administratif n’a donc pas la compétence de réexaminer l’opportunité des décisions de la municipalité en matière de service de taxis, son pouvoir d'examen étant limité au contrôle de la légalité et à l'abus ou l'excès du pouvoir d'appréciation de l’autorité communale.
3. Le stationnement des taxis sur les emplacements qui leur sont réservés représente un usage accru du domaine public que la collectivité publique est en principe habilitée à réglementer. Elle dispose à cet égard d’un large pouvoir d’appréciation, limité toutefois par les principes constitutionnels tels que la liberté économique garantie par l’art. 27 Cst., l’égalité de traitement et l’interdiction de l’arbitraire (ATF 121 I 129; 108 Ia 135).
a) Selon l’art. 27 Cst., la liberté économique est garantie ; elle comprend notamment le libre accès à une activité économique lucrative privée et son libre exercice. Elle peut être invoquée par les chauffeurs de taxi indépendants, même s’ils demandent à faire un usage accru du domaine public pour exercer leur profession (ATF 2P.167/1999 du 25 mai 2000 in SJ 2001 I 65 ; ATF 121 I 129 consid. 3b ; ATF 108 Ia 135 consid. 3 ; 99 Ia 394 consid. 2b/aa). L’atteinte à ce droit fondamental doit se fonder sur une base légale suffisante, être justifiée par un intérêt public et être proportionnée au but visé (art. 36 Cst.). Le principe de la proportionnalité exige qu'une mesure restrictive soit apte à produire les résultats escomptés (règle de l'aptitude) et que ceux-ci ne puissent être atteints par une mesure moins incisive (règle de la nécessité); en outre, il interdit toute limitation allant au-delà du but visé et il exige un rapport raisonnable entre celui-ci et les intérêts publics ou privés compromis (principe de la proportionnalité au sens étroit, impliquant une pesée des intérêts - ATF 130 II 425 consid. 5.2 p. 438 s.; 126 I 219 consid. 2c et les arrêts cités).
b) Une restriction à l’art. 27 Cst. doit en outre respecter le principe de l’égalité entre concurrents directs. Par concurrents directs, on entend les membres de la même branche économique, qui s'adressent au même public avec des offres identiques et pour satisfaire les mêmes besoins (ATF 125 I 431 consid. 4b/aa; 125 II 129 consid. 10b p. 149 s., 121 I 129 consid. 3b et les arrêts cités). L'égalité de traitement entre concurrents n'est cependant pas absolue et autorise des différences, à condition notamment que celles-ci reposent sur une base légale et répondent à des critères objectifs. Sont prohibées les mesures de politique économique ou de protection d'une profession qui entravent la libre concurrence en vue de favoriser certaines branches professionnelles ou certaines formes d'exploitation (ATF 128 I 3 consid. 3a et 3b p. 9; 125 I 209 consid. 10a p. 221 et les arrêts cités), ou encore qui visent à favoriser certains administrés ou certaines formes d'entreprises et tendent à diriger l'activité économique selon un plan déterminé (ATF 111 Ia 184 et réf. cit.). En revanche, des motifs de police telle la nécessité de ne pas entraver exagérément la circulation ou encore le manque de place peuvent être pris en considération pour statuer sur une demande d'autorisation (ATF 121 I 129, 258 consid. 3b; 111 Ia 184).
4. Le Tribunal fédéral et le Tribunal administratif se sont déjà prononcés à plusieurs reprises en matière d'autorisations A. Il n'est pas inutile d'exposer ici leur jurisprudence, ainsi qu'il suit :
a) Le Tribunal fédéral a considéré dans un arrêt 2P. 77/2001 du 28 juin 2001 que :
" Une collectivité publique peut certes limiter le nombre de places réservées aux taxis, mais doit veiller à ne pas restreindre de manière disproportionnée l'exploitation du service dans son ensemble. En particulier, elle ne doit pas soumettre la profession de chauffeur de taxi à un numerus clausus déterminé par les besoins du public. Il est en revanche admis que le nombre de places de stationnement ne peut être augmenté à volonté si l'on veut éviter des querelles entre chauffeurs et des problèmes de circulation. Un danger sérieux de perturbation donne déjà à la collectivité publique, propriétaire du domaine public, le droit de déterminer le nombre de bénéficiaires d'autorisation de garer sur des places réservées aux taxis en fonction de la place disponible. Il n'est pas nécessaire pour cela d'apporter la preuve que la mise à la libre disposition de places de stationnement de tous les concurrents conduirait à une situation absolument intenable (ATF 99 Ia 394 consid. 2 b/bb et 3 p. 400 ss ; 97 I 653 consid. 5b/bb p. 657). L'Etat peut subordonner le permis de stationnement aux exigences de la circulation, à la place disponible et, dans une moindre mesure, aux besoins du public » (ATF 79 I 334 consid. 3 p. 337)."
S'agissant de ce dernier critère, le Tribunal fédéral tient pour normal que la collectivité s'en soucie à un double égard: celui des places de stationnement à la disposition du public et celui de la nécessité de bénéficier des services d'un taxi quand le besoin s'en fait sentir (arrêt 2P.167/1999 du 25 mai 2000 consid. 3c in: SJ 2001 I 65). Il a en revanche précisé que :
« L’argument tiré du fait que seul un nombre restreint d'autorisations de type A permettrait aux chauffeurs de taxis en place de gagner convenablement leur vie est contraire à la liberté économique. »
Par ailleurs, la Haute Cour a jugé que le renouvellement des concessions à leurs titulaires actuels ne devait pas conduire à ce qu'une situation discriminatoire pour d'autres entreprises de taxis soit bloquée pour un temps indéterminé par l'autorité concédante, en raison du fait, qu'année après année, toutes les autorisations A sont accordées à une seule société anonyme ou à un petit nombre de personnes physiques, à l'exclusion de tout nouveau titulaire. Il n'a toutefois pas exclu que l'autorité tienne compte, après l'expiration de la durée - généralement courte - des concessions de taxis, de ce que les investissements doivent être normalement envisagés à longue échéance et qu'en conséquence, le titulaire d'une autorisation doit pouvoir bénéficier pendant un temps relativement long des avantages qui en découlent (ATF 108 Ia 135; étant précisé que les autorisations de taxi A ne sont pas des droits acquis). Plus récemment, le Tribunal fédéral a rappelé qu'il découlait du principe de l'égalité de traitement entre concurrents que les entreprises qui ont bénéficié jusque-là d'une autorisation ne conservent pas leur situation privilégiée, mais bien plutôt que la répartition profite aussi à de nouveaux intéressés. A tout le moins la pratique administrative doit-elle être revue régulièrement, afin d'éviter une situation consacrant durablement d'anciens privilèges (ATF 121 I 279). En ce sens, le Tribunal fédéral a tenu pour contraire à l’art. 27 Cst. un système empêchant tout nouveau chauffeur de taxi d'obtenir dans un délai raisonnable une autorisation A. Selon ses considérants, lorsqu’il s’avère, après un examen approfondi de la situation, qu'il n’est pas possible d'augmenter le nombre des autorisations A, un système souple doit être instauré, permettant de répartir équitablement lesdites autorisations entre les différents concurrents, par exemple par rotation (cf. arrêts non publiés 2P.77/2001 du 28 octobre 2002 consid. 2b et 2P.368/1998 du 7 janvier 1999 consid. 1).
b) Quant au Tribunal administratif, il a de même jugé que l'autorité municipale ne pouvait se borner à écarter une demande d’autorisation A en invoquant la saturation du marché et la priorité du ou des titulaires d'une telle autorisation. Elle devait certes prendre en compte le fait qu'une multiplication des autorisations pouvait engendrer des situations risquant de provoquer des désordres, mais devait veiller à ce que le système d'attribution des autorisations demeure suffisamment ouvert pour offrir à de nouveaux candidats des possibilités équitables d'exercer à leur tour leur activité dans les mêmes conditions que les titulaires actuels, par exemple en organisant des "tournus" (arrêts TA GE.2000.0096 consid. 3b; GE.1999.0138 du 31 mars 2000 consid. 4.2; voir également les arrêts TA GE.1997.0203 du 23 septembre 1998 consid. 4c/bb et GE.1996.0068 du 13 janvier 1997 consid. 4b mentionnant la solution d'une liste d'attente; voir encore, sur la question du numerus clausus, arrêt TA GE.2000.110 du 3 janvier 2002 consid. 4).
S’agissant des communes de Nyon (arrêt TA GE.1996.0089 du 24 février 1998 consid. 4) et d’Aigle (GE 1999/0053 du 31 janvier 2000 consid. 11), le Tribunal administratif a considéré que l’autorité municipale ne pouvait se limiter à avancer des affirmations non étayées pour justifier le refus d’une autorisation supplémentaire, mais devait se fonder sur une étude sérieuse permettant de déterminer ses besoins en taxis et par conséquent l'opportunité d'une éventuelle augmentation des autorisations A, qui devrait reposer sur des critères déterminés. Il a ultérieurement considéré que le rapport K._ correspondait à une telle étude (arrêt GE.2005.0003 du 28 novembre 2005).
5. En l’espèce, conformément à ce qui précède, le refus d’accorder au recourant une autorisation A constitue une restriction à sa liberté économique garantie par l’art. 27 Cst. Cette atteinte doit ainsi respecter le principe de proportionnalité. A cet égard, il est manifeste que le recourant dispose d’un intérêt privé important à obtenir une autorisation A, voire deux, aux fins d’exploiter dans de meilleures conditions son entreprise de taxis. Cet intérêt privé doit être confronté à l’intérêt public que sont en l'occurrence l’ordre et la sécurité.
a) Selon ses déterminations, l’autorité intimée estime que les problèmes liés à la circulation, à la place disponible et aux besoins du public l’autorisent à refuser l’octroi d’autorisations A supplémentaires, le nombre actuel étant le nombre maximum possible pour le maintien de l’ordre et de la sécurité publics, selon constatations faites tant par la Police municipale que par l’étude K._. Le recourant allègue pour sa part que ni le danger sérieux de perturbation lié à l’augmentation des autorisations A, ni l’adéquation de leur nombre actuel aux besoins du public n’ont été établis. Il estime que le rapport K._ est incomplet, dans la mesure où il repose essentiellement sur des considérations liées aux besoins du public mais fondées sur des données collectées en 2002 et ne tenant par conséquent par compte de l’essor de la ville et, qu’au surplus, les critères énumérés par le Tribunal administratif dans son arrêt du 24 février 1998 n’ont jamais été pris en considération.
b) Contrairement aux allégations du recourant, il convient d'admettre que le rapport K._ correspond à une étude approfondie sur le service des taxis de la ville de Nyon, étant précisé que les critères énumérés par le tribunal de céans dans l'arrêt susmentionné n’étaient cités qu’à titre d’exemples. Cette étude avait pour but de faire l’inventaire de l’offre et de la demande actuelles, de cerner les besoins effectifs en nombre de places de taxis à accorder, d’étudier les possibilités d’améliorer la situation actuelle ou de créer de nouvelles places et de préciser les besoins en places de taxis par rapport à la solution qui serait finalement adoptée en la matière. Après s’être livrée à une analyse détaillée de la situation, K._ a constaté que la demande de la clientèle était bien satisfaite par l’offre en taxis actuelle et que, globalement, le nombre de places de taxis était adapté aux besoins. L'expert a par ailleurs estimé qu’à court terme, la situation du service des taxis devait être maintenue en l’état actuel tant au niveau du nombre d’autorisations A qu’à celui du nombre de places de taxis, et qu’à moyen terme, une gestion adéquate du nombre de concessions A octroyées permettrait d’éviter à la source certains problèmes. Bien qu’effectuée en 2003, cette étude reste d’actualité, à défaut d’éléments probants permettant de la remettre en cause. La municipalité, propriétaire du domaine public, n’avait pour le surplus pas à prouver que l’augmentation des autorisations A créerait un danger sérieux de perturbation, comme l’a confirmé le Tribunal fédéral dans son arrêt 2P. 77/2001 du 28 juin 2001.
Cela étant, si l’étude conclut au maintien en l’état du nombre d’autorisations A, elle ne se prononce en revanche nullement sur les modalités qui s’offriraient à la municipalité pour remplacer son système actuel par un système plus souple permettant une répartition plus équitable des concessions entre les différents concurrents, comme le recommandait le Tribunal fédéral dans son arrêt de 2001. Or, s'il est fort vraisemblable que le nombre de places ne peut être augmenté, il n’en demeure pas moins que le principe de l’égalité entre concurrents doit être respecté. Il est constaté à cet égard que la municipalité n’a toujours pas établi avoir procédé à une mise en œuvre, voire, au minimum, à une simple réflexion, permettant de respecter les exigences légales et jurisprudentielles en la matière. Le système de la liste d’attente fondée sur l’ancienneté de la requête ne remplit à l'évidence pas ces conditions, puisqu’il empêche tout candidat à l’obtention d’une autorisation A d’exercer son activité dans un délai raisonnable. La municipalité a certes tenté une nouvelle répartition en retirant trois autorisations à l’entreprise C._ SA qui en détenait onze afin de les redistribuer à des concurrents, mais cette décision a été jugée contraire au principe de la liberté économique (arrêt GE.2005.0003 déjà cité), un recours au Tribunal fédéral étant toutefois pendant. Au surplus, bien que les démarches de la municipalité soient louables, elles ne correspondent néanmoins pas aux exigences du Tribunal fédéral, qui a pourtant clairement enjoint l'autorité intimée de remplacer son système actuel, non pas par des décisions ponctuelles, mais par un système plus souple permettant de répartir équitablement les autorisations A entre les différents concurrents dans le respect de l’art. 27 Cst. En l’état, force est de considérer que les constatations faites par la juridiction fédérale, à savoir que le système de la commune violait le principe de l’égalité de traitement dès lors que la majorité des autorisations A restaient détenues en mains d’une même société, restent pertinentes. En conséquence, la décision querellée devra être annulée sur ce point.
Au vu de ce qui précède, la municipalité est invitée à mettre sur pied, à très bref délai, un système de répartition des autorisations A respectant les principes de la liberté économique et de l’égalité de traitement. Ce système de répartition, qui peut parfaitement être élaboré à titre provisoire, soit jusqu’à l’issue des travaux et refonte du règlement actuel, devra permettre à l’autorité de prendre une nouvelle décision concernant le recourant, le cas échéant en délivrant à ce dernier l'autorisation requise. La municipalité ne peut en effet continuer à refuser d'octroyer des autorisations A dans l’attente de la fin de travaux qui - de ses propres aveux - ne sont pas prêts de s’achever en invoquant des motifs jugés illégaux par le tribunal.
6. Le recourant considère en outre que l’octroi d’une autorisation A limitée, dans un premier temps au 31 décembre 2002 puis, en cours de procédure, d’année en année tant que dureront les travaux de la place de la gare est arbitraire et consacre une violation du principe de l’égalité de traitement.
a) Il y a arbitraire, prohibé par l'art. 9 Cst., lorsque la décision attaquée viole gravement une règle ou un principe juridique clair et indiscuté ou lorsqu’elle contredit d’une manière choquante le sentiment de la justice ou de l’équité. Le Tribunal ne s’écarte de la solution retenue par l’autorité que si elle est insoutenable ou en contradiction évidente avec la situation de fait, si elle a été adoptée sans motif objectif ou en violation d'un droit certain. Par ailleurs, il ne suffit pas que les motifs de la décision attaquée soient insoutenables, encore faut-il que celle-ci soit arbitraire dans son résultat (ATF 131 I 57 consid. 2 p. 61 et la jurisprudence citée).
b) En l’occurrence, la décision litigieuse se justifie pleinement compte tenu, d’une part, de la problématique liée à la répartition des autorisations A, que la municipalité doit revoir en profondeur à travers la refonte de son règlement, et, d’autre part, des travaux d’aménagement en cours d’exécution sur la place de la gare. De plus, cette décision n’est pas insoutenable puisque les autorisations doivent, quoi qu’il en soit, être renouvelées d’année en année, conformément à l’art. 48 du règlement. Elle est de même en adéquation avec la décision du tribunal de céans du 3 août 2001 (arrêt GE.1999.010), admettant la délivrance d'autorisations temporaires jusqu’à l’adoption d’un nouveau règlement. Contrairement aux allégations du recourant, la municipalité a informé tous les titulaires concernés, par courrier du 14 décembre 2001, que les autorisations A en voie de renouvellement pour 2002 resteraient valables jusqu’au 31 décembre 2002 et qu’à cette date, elle examinerait dans quelle mesure elles seraient renouvelées. Force est dès lors de constater qu’il n’y a pas d’inégalité de traitement entre l'intéressé et ses concurrents, puisque les autorisations de ces derniers ont également été limitées dans le temps. Le Tribunal n’a en conséquence aucun motif de s’écarter de la décision de l’autorité intimée sur ce point.
7. Au vu des considérants qui précèdent, le recours doit être partiellement admis et la décision attaquée annulée en tant qu’elle refuse l’octroi d’une autorisation A en faveur du recourant. Elle doit être confirmée pour le surplus.
Vu l’issue du pourvoi, les frais du présent arrêt seront mis à la charge de l’autorité intimée déboutée pour l’essentiel. Cette dernière versera en outre des dépens au recourant qui obtient gain de cause et a procédé par l’intermédiaire d’un mandataire professionnel (art. 55 al. 1 LJPA).