Decision ID: b073f66c-6fab-5421-a149-43f03e9d9c9a
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
, que A_ et B_ ont contracté mariage le _ 1995;
Qu'en 1997, les époux ont acquis la parcelle n° 1_ de la commune de C_, d'une surface de 2'955 m
2
pour un montant de 900'000 fr.;
Qu'en 1999, les époux ont acquis la parcelle n° 2_ de la même commune d'une surface de 2'831 m
2
pour un montant de 2'500'000 fr.;
Que par acte déposé devant la Chambre patrimoniale cantonale du canton de Vaud le 26 juin 2013, A_ a conclu à la condamnation de B_ à lui verser la somme de 2'809'330 fr. avec intérêts à 5% du 1
er
janvier 2002 au 31 décembre 2007, à 2% du 1
er
janvier 2008 au 31 décembre 2010 et à 5% depuis le 1
er
janvier 2011 (cause PT13.028746);
Que A_ allègue avoir prêté cette somme à B_ afin de lui permettre de s'acquitter de ses impôts personnels, ce que celui-ci conteste.
Que, le 9 septembre 2013, A_ a déposé une demande en paiement contre B_ devant la Chambre patrimoniale cantonale du canton de Vaud dans laquelle elle a requis la condamnation de celui-ci à lui verser les sommes de 450'000 fr. avec intérêts à 5% dès le 12 novembre 1997 et de 1'250'000 fr. avec intérêts à 5% dès le 3 avril 2000 (cause PT13.039616);
Que A_ affirme avoir prêté ces sommes à son époux pour l'acquisition de ses parts de copropriété des parcelles nos 1_ et 2_, ce que celui-ci conteste;
Que, le 9 mai 2014, B_ a introduit une procédure en divorce auprès du Tribunal de première instance;
Que ni B_, ni A_ n'ont initialement pris de conclusions dans la procédure en divorce concernant les litiges déjà soumis aux juridictions vaudoises;
Que la cause 3_ a été suspendue le 12 mars 2015 et son apport à la présente procédure ordonné le 31 juillet 2015 par le Tribunal;
Que la cause 4_ a été suspendue le 9 avril 2015 et son apport à la présente procédure ordonné le 2 septembre 2015 par le Tribunal;
Que lors de l'audience du Tribunal du 19 janvier 2016 les parties se sont déclarées d'accord de "
consolider
[leurs]
conclusions, lesquelles incluront les conclusions de la procédure vaudoise, dans le cadre de
[leurs]
plaidoiries finales
";
Que lors du dépôt des plaidoiries finales, A_ a, notamment, complété ses conclusions sur divorce en prenant des conclusions similaires à celles déjà prises dans les procédures vaudoises suspendues, en lien avec les prêts qu'elle soutient avoir consentis à B_ pour le paiement des impôts et l'acquisition de biens immobiliers;
Considérant,

EN DROIT
, que la jurisprudence a déduit du droit d'être entendu (art. 29 al. 2 Cst.) en particulier le droit pour le justiciable de s'expliquer avant qu'une décision ne soit prise à son détriment (ATF
142 III 48
consid. 4.1.1;
135 I 279
consid. 2.3). Le droit d'être entendu est à la fois une institution servant à l'instruction de la cause et une faculté de la partie de participer au prononcé de décisions qui lèsent sa situation juridique (ATF
124 I 49
consid. 3a; arrêt du Tribunal fédéral
4A_364/2015
du 13 avril 2016 consid. 2.2, non publié in ATF
142 III 355
). Le droit de s'exprimer sur tous les points importants avant qu'une décision ne soit prise s'applique sans restriction pour les questions de fait. Pour ce qui est de la qualification juridique des faits, ce droit ne vaut que lorsqu'une partie change inopinément son point de vue juridique ou lorsque l'autorité a l'intention de s'appuyer sur des arguments juridiques inconnus des parties et dont celles-ci ne pouvaient prévoir l'adoption; il faut qu'il s'agisse d'un motif juridique non évoqué, dont aucune des parties ne pouvait supputer la pertinence (cf. ATF
131 V 9
consid. 5.4.1;
126 I 19
consid. 2c/aa et consid. 2d/bb;
124 I 49
consid. 3c; arrêts du Tribunal fédéral
4A_428/2016
du 15 février 2017 consid. 3.1.1 et
4A_268/2016
du 14 décembre 2016 consid. 3.1 et les arrêts cités);
Que, selon l'art. 59 CPC, le tribunal n'entre en matière que sur les demandes et les requêtes qui satisfont aux conditions de recevabilité de l'action (al. 1), qui sont, notamment, les suivantes : le tribunal est compétent à raison de la matière et du lieu (al. 2 let. b) et le litige ne fait pas l'objet d'une litispendance préexistante (al. 2 let. d);
Que, le tribunal saisi examine d'office si les conditions de recevabilité sont remplies (art. 60 CPC). D'après les principes généraux du droit de procédure civile, celles-ci doivent encore exister au moment du jugement, mais il suffit qu'elles soient réunies à ce moment (ATF
140 III 159
consid. 4.2.4;
133 III 539
consid. 4.3;
116 II 9
consid. 5; arrêt du Tribunal fédéral
5A_15/2009
du 2 juin 2009 consid. 4.1). Bien que l'examen des conditions de recevabilité doive avoir lieu aussitôt que possible et avant d'entrer en matière sur le fond de la cause, il n'existe, mises à part quelques exceptions, aucune règle légale sur le moment où le tribunal doit y procéder (ATF
140 III 159
précité);
Qu'en vertu du principe de l'unité du jugement de divorce consacré à l'art. 283 CPC, l'autorité de première instance, ou de recours, qui prononce le divorce, de même que l'autorité de recours appelée à régler certains effets accessoires alors que le principe du divorce n'est plus litigieux, ne peuvent pas mettre fin à la procédure sans avoir réglé tous les effets accessoires du divorce (ATF
134 III 426
consid. 1.2; arrêts du Tribunal fédéral
5A_874/2012
du 19 mars 2013 consid. 2.1, publié in FamPra.ch 2013 p. 752;
5A_619/2012
du 20 novembre 2012 consid. 1.2.1;
5A_498/2012
du 14 septembre 2012 consid. 1.2.1;
5A_25/2008
du 14 novembre 2008 consid. 4.1, non publié in ATF
135 III 153
;
5A_682/2007
du 15 février 2008 consid. 3;
5C.234/2003
du 2 avril 2004 consid. 2.1). Ce principe s'applique aussi aux créances entre conjoints qui ne résultent pas du régime matrimonial, pourvu qu'elles soient en rapport avec l'union conjugale et avec l'obligation d'assistance mutuelle qui en résulte (ATF
111 II 401
consid. 4b;
109 Ia 53
consid. 2; arrêts du Tribunal fédéral
5A_91/2013
du 14 juin 2013 consid. 4 et 6.2;
5C.221/2001
du 20 février 2002 consid. 3a, publié in Pra 2002 (86) p. 493 et SJ 2002 I p. 276). La seule exception concerne la liquidation du régime matrimonial, qui peut être renvoyée à une procédure séparée pour de justes motifs (art. 283 al. 2 CPC; ATF
137 III 49
consid. 3.5). Cette contestation devra, elle aussi, être tranchée par le juge du divorce (arrêts du Tribunal fédéral
5A_477/2012
et 482/2012 du 11 janvier 2013 consid. 3.4.1, publié in FamPra.ch 2013 p. 469). Le but de l'art. 283 CPC est notamment de permettre de connaître les ressources des parties pour régler les effets patrimoniaux du divorce dans leur ensemble (arrêt du Tribunal fédéral
5A_633/2015
du 18 février 2016 consid. 4.1.2);
Que le Tribunal fédéral a par conséquent jugé que l'introduction de la procédure de divorce ne fait que délimiter, en vertu du principe de l'unité du jugement de divorce et par attraction de compétence uniquement, la compétence entre le juge ordinaire et le juge du divorce pour statuer sur une créance entre époux, qui ne résulte pas du régime matrimonial (
in casu
une créance fondée sur l'art. 165 CC). Avant l'introduction de l'action en divorce, cette compétence revient au juge ordinaire, qui demeure compétent même si l'un des époux engage ensuite une procédure de divorce, quelle que soit la nature du rapport juridique sur lequel reposent les créances invoquées. Après l'introduction de cette action, si le juge ordinaire n'a pas déjà été saisi, la contestation devra être tranchée par le juge du divorce. Dans les deux hypothèses, le principe de l'unité du jugement de divorce est respecté étant donné que l'époux a fait valoir sa prétention avant que le divorce soit prononcé. Au demeurant, si le juge du divorce est saisi après qu'un époux a introduit une action en paiement devant le juge ordinaire, il peut, s'il l'estime nécessaire pour assurer le respect du principe précité, suspendre la procédure de divorce sur la base de l'art. 126 CPC (arrêt du Tribunal fédéral
5A_633/2015
du 18 février 2016 consid. 4.1.3 et 4.1.4);
Qu'en l'espèce, les juridictions vaudoises ont été saisies les premières du litige concernant des créances fondées sur des prétendus prêts accordés par A_ à B_;
Que les procédures vaudoises ont certes été suspendues et apportées à la procédure de divorce genevoise, mais demeurent pendantes;
Que l'objet du litige pendant devant le juge du divorce porte, pour partie, sur l'existence et le montant des créances litigieuses dans ces procédures;
Qu'il ne ressort, cependant, pas du dossier que les juges vaudois se seraient dessaisis au profit du juge genevois, ni que les procédures vaudoises seraient arrivées à leur terme;
Que le juge ordinaire a donc été saisi avant le juge du divorce;
Que, par conséquent, des questions de recevabilité liées à la litispendance et à la compétence matérielle du juge du divorce, cas échéant de la suspension de la procédure de divorce, se posent;
Qu'il ne ressort cependant ni des écritures de première instance, ni du jugement entrepris, ni des écritures d'appel que les parties se seraient prononcées sur ces questions ou qu'elles auraient pu anticiper ces questions;
Que, afin de respecter leur droit d'être entendu, il s'impose de recueillir leurs déterminations;
Qu'il leur sera donc imparti un délai au 2 mai 2018 à cet effet;
Que la suite de la procédure sera réservée;
Que s'agissant d'une ordonnance préparatoire, il n'y a pas lieu de statuer sur les frais judiciaires et dépens, qui seront fixés dans la décision sur le fond.
* * * * * *