Decision ID: 99b1aeb3-2a35-4c45-96db-b3f990399152
Year: 2020
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

Faits
A. X _, né en xxx, et A _, née en xxx, se sont mariés le xxx 1995
par-devant l’Officier d’état civil de l’Etat de B _ au C _. De cette union
sont issus D _, née le xxx 2000, et E _, né le xxx 2003.
Suite à des difficultés conjugales, les époux ont signé une convention de mesures
protectrices de l’union conjugale ratifiée le 6 juin 2014 par le juge des districts de
F _. Cette convention prévoyait notamment l’attribution de la garde de
E _ à la mère (chiffre 4) et le versement par X _ de contributions
d’entretien fixées à 1150 fr., allocations familiales non comprises, pour E _
(chiffre 8) et de 1600 fr. pour son épouse (chiffre 9). Ces montants étaient payables
d’avance, le premier de chaque mois, la première fois dès le 1er juillet 2014 (chiffres 8 et
9).
Le 24 mars 2016, X _ a déposé une requête en modification des mesures
protectrices de l’union conjugale. Par décision du 16 novembre 2016, le juge des districts
de F _ a admis ladite requête en raison du chômage de X _ et a
notamment modifié le montant de la contribution d’entretien de son épouse, la réduisant
à 1205 fr. dès le 1er avril 2016.
Le 24 juillet 2017, X _, qui arrivait en fin de droit d’assurance-chômage, a
déposé une nouvelle requête en modification des mesures protectrices de l’union
conjugale.
Le 29 août 2017, le Bureau de recouvrement et d’avances des pensions alimentaires
(BRAPA) a admis une requête de A _ tendant à obtenir des avances sur les
contributions d’entretien que son mari lui devait pour E _ et elle-même. Ces
avances ont été fixées par le BRAPA à 1050 fr. (pour la mère et l’enfant) du 1er septembre
2017 au 31 août 2018 (ACDP A1 17 256/A1 18 271 du 11 janvier 2019 consid. A).
Le 20 mars 2018, le juge des districts de F _ a statué sur la requête du 24
juillet 2017 en supprimant la contribution d’entretien de l’épouse dès le 25 juillet 2017.
X _ a interjeté un appel le 29 mars 2018. Dans son jugement du 10 juillet 2018
(TCV C1 18 78), la Cour civile II du Tribunal cantonal a admis partiellement l’appel, mais
toutefois pas en ce qui concernait les contributions d’entretien de E _ et de
A _.
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B. Par décision du 6 septembre 2019, le BRAPA a admis une nouvelle requête de
A _ tendant à obtenir des avances sur la contribution d’entretien due pour
E _. Cette demande a été admise et les avances octroyées arrêtées à 550 fr.
par mois pour la période du 1er septembre 2019 au 31 août 2020. Cette décision, qui fait
notamment mention de la cession de créance en faveur du BRAPA, a été expédiée en
« Copie pour information (sans qualité pour recourir) » à X _.
Le 4 octobre 2019, X _ a adressé au Département de la sécurité, des
institutions et du sport (DSIS) une écriture intitulée « Recours et dénonciation de
dysfonctionnement du BRAPA » dans laquelle il a conclu à « la révision de la décision
du BRAPA » ainsi qu’au versement d’une « juste réparation par l’Etat du Valais ». Il a en
substance remis en cause les éléments financiers retenus par les magistrats pour arrêter
la contribution d’entretien de E _ et a invoqué une compensation entre ce qu’il
doit pour sa famille et de soi-disants arriérés dont sa femme serait débitrice envers lui.
Pour cette raison, il a soutenu que la saisie de salaire opérée par l’Office des poursuites
et des faillites de G _ (dans le cadre de la poursuite n° 5118215) à la demande
du BRAPA était injustifiée.
C. Par décision du 22 novembre 2019, expédiée le même jour, le DSIS a déclaré tant
le recours administratif que la demande de « juste réparation » irrecevables. Il a d’abord
nié la qualité pour recourir de X _ sur la base de l’article 44 alinéa 1 lettre b de
la loi du 6 octobre 1976 sur la procédure et la juridiction administratives (LPJA ; RS/VS
172.6). Sur ce point, il a rappelé que la décision de renouvellement d’avances de
pensions alimentaires ne créait pas de nouvelles obligations au débiteur d’aliments et
que selon l’article 10 du Règlement d’application de la loi sur le recouvrement des
pensions alimentaires et le versement d’avances du 15 avril 1981 (RS/VS 850.301), le
BRAPA devait immédiatement aviser le débiteur de la contribution d’entretien qu’il avait
consenti une avance et qu’il était subrogé dans les droits du créancier. Il s’agissait là
d’une cession légale ne pouvant être contestée par le débiteur d’entretien. Le DSIS a
ajouté que de toute manière, même si le débiteur d’entretien pouvait être considéré
comme touché plus que quiconque par la décision, il n’a pas d’intérêt digne de protection
et, partant, la qualité pour recourir. Quant à la « demande de juste réparation », le DSIS
a estimé qu’elle ne relevait pas de sa compétence puisqu’elle relevait d’un cas de
responsabilité.
D. Le 30 décembre 2019, X _ a formé un recours de droit administratif auprès
de la Cour de céans en prenant les conclusions suivantes :
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«1. Le recours est admis.
2. Partant, la décision du 2 avril 2019 est modifiée comme suit :
1. Le recours du 4 octobre 2019 contre la décision du BRAPA du 6 septembre 2019 et les
dysfonctionnements du BRAPA est admis.
2. La requête tendant à l’octroi d’une « juste réparation » / dédommagement est admise.
3. Les frais de 308 fr. sont à la charge du BRAPA.
4. Une allocation de juste dépens et remboursement de frais est allouée au recourant. »
Dans son recours, X _ a exposé, sans référence à une quelconque base
légale, que « le BRAPA a saisi le recourant pour un montant de 33'480 fr. alors que le
montant dû était de 29'080 fr., ce qui en soi constitue un abus d’autorité anti-
constitutionnel ». Il a pour le reste répété qu’une compensation devait être opérée entre
les pensions dues par ses soins et celles que sa femme devait payer pour leur fille
D _, ce qui démontrerait, selon lui, un dysfonctionnement du BRAPA ouvrant
le droit à une indemnisation.
Le 3 février 2020, le DSIS a proposé de rejeter le recours sous suite de frais en renvoyant
aux considérants de sa décision.
Le 4 février 2020, la Cour de céans a fixé à X _ un délai pour présenter
d’éventuelles observations complémentaires. Il n’a toutefois pas fait usage de cette
faculté.

Considérant en droit
1.1 Le recours de droit administratif du 30 décembre 2019 a été déposé en temps utile
(art. 46 al. 1 par renvoi de l’article 80 al. 1 let. b et article 79a al. 1 let. c LPJA). Il est donc
recevable de ce chef (art. 72, 80 al. 1 let. a et b, 44 al. 1 let. a LPJA). Il en va par contre
fort différemment sous l’angle de sa motivation.
1.2 Pour satisfaire aux règles de motivation découlant des articles 80 al. 1 lettre c et 48
al. 2 LPJA, le recourant doit exposer ses motifs, c'est-à-dire les raisons pour lesquelles il
estime que la décision attaquée viole le droit, notamment en refusant d'admettre les
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moyens qu'il a déjà soulevés devant l'autorité précédente. C'est en effet la décision de
celle-ci qui est attaquée par le recours, lequel doit démontrer en quoi cette décision
contrevient au droit pour les motifs prévus à l'article 78 LPJA (ACDP A1 18 121 du 4 février
2019 consid. 1.1 et 1.2 ; Lugon, Quelques aspects de la loi valaisanne sur la procédure et
la juridiction administratives, in RDAF 1989 p. 246).
Un recours formé contre une décision d'irrecevabilité ne peut tendre qu'à l'annulation de
cette décision et au renvoi de la cause à l'autorité attaquée pour qu'elle statue au fond
(art. 80 al. 1 let. e et 60 al. 1 LPJA ; RVJ 1985 p. 40 consid. 4c). Il n'est dès lors recevable
que dans la mesure où le recourant s'en prend à ce prononcé, à l’exclusion des aspects
matériels de la cause (ACDP A1 116 214 du 6 juillet 2017 consid.1.1). Les motifs
avancés doivent, en effet, se rapporter à l’objet de la contestation (ATF 140 V 22 consid.
7.1). En d’autres termes, le recourant qui s’en prend à une décision d’irrecevabilité doit
montrer en quoi ce prononcé viole le droit, exigence qu’il ne satisfait pas s’il se limite à
prétendre que l’autorité précédente aurait dû trancher différemment sur le fond de
l’affaire (135 II 172 consid. 2.2.2, 118 Ib 134 consid. 2 ; Lugon, op. cit., p. 251) ;
1.3 En l’occurrence, le recourant conteste céans la décision du DSIS du 22 novembre
2019 qui a déclaré irrecevable, d’une part son recours administratif pour défaut de qualité
pour recourir, d’autre part sa requête « de juste réparation » pour incompétence. La
contestation est ainsi limitée à ces deux questions de forme et la Cour de céans doit se
limiter à examiner ces aspects de la cause (ACDP A1 20 21 du 21 septembre 2020
consid. 1.1). Or, le recourant n’a indiqué aucune base légale et ne formule aucun grief à
l'encontre des motifs exposés par l'autorité précédente en relation avec cette
irrecevabilité. Son recours est donc irrecevable dès lors que les griefs qu’il invoque
sortent de l'objet de la présente contestation (arrêt du Tribunal fédéral 2C_533/2020 du
25 juin 2020 consid. 3 ; ACDP A1 17 233/234/235 du 3 septembre 2020 consid. 2.2).
Cette conclusion s’impose d’autant plus que les considérations émises dans le recours
de droit administratif ne font que reprendre, avec un contenu parfaitement similaire mais
dans un style rédactionnel légèrement différent, celles émises sous chiffre 2 du recours
administratif du 4 octobre 2019.
2. Supposé le recours de droit administratif recevable, il aurait de toute façon dû être
rejeté pour les raisons qui vont suivre.
2.1 Les exigences développées par la jurisprudence concernant les articles 89 et 111
al. 1 et 2 la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF ; RS 173.110) en matière de
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qualité pour recourir valent aussi pour la procédure cantonale de recours (ACDP A1 19
219/ 226 du 12 août 2020 consid. 2.2.1).
La qualité pour recourir auprès du Tribunal fédéral suppose notamment d’être particu-
lièrement atteint par la décision attaquée (art. 89 al. 1 let. b LTF) et d’avoir un intérêt digne
de protection à obtenir l'annulation de la décision attaquée (cf. art. 89 al. 1 let. c LTF).
Constitue un intérêt digne de protection au sens de l’article 89 al. 1 let. c LTF tout intérêt
pratique ou juridique à demander la modification ou l’annulation de la décision attaquée.
Cet intérêt doit être direct et concret (à propos de ces notions, cf. ATF 143 II 506 consid.
5.1). En outre, la qualité pour recourir au Tribunal fédéral suppose un intérêt actuel à
obtenir l’annulation de la décision attaquée. Il appartient à la partie recourante de
démontrer en quoi elle a qualité pour recourir (ATF 134 II 45 consid. 2.2.3).
L’article 44 al. 1 let. a LPJA, applicable ici par renvoi de l’article 80 al. 1 let. a LPJA, se
calque sur la disposition fédérale précitée puisqu’il prévoit qu’a qualité pour former un
recours de droit administratif quiconque est atteint par la décision et a un intérêt digne de
protection à ce qu'elle soit annulée ou modifiée.
2.2 En l’occurrence, il faut déjà relever que le recourant n’a pas exposé en quoi il avait
qualité pour recourir, que ce soit devant le DSIS ou devant la Cour de céans. Ensuite,
comme l’a justement relevé le DSIS, en sa qualité de débiteur d’aliments, le recourant ne
dispose d’aucun intérêt à contester une décision par laquelle le BRAPA, en sa qualité de
cessionnaire légal (cf. articles 289 al. 2 CC, 164 CO et 10 du Règlement d’application de
la loi sur le recouvrement des pensions alimentaires et le versement d’avances du
15 avril 1981 et 164 CO ; ATF 137 III 193 consid. 2.1 ; jugement rendu le 12 février 2018
par la Cour civile I du Tribunal cantonal dans la cause C1 16 301, p. 8), aussi bien pour
les prétentions de contribution d’entretien échues que futures (ATF 143 III 177 consid.
6.3.2 et 6.3.3), a consenti des avances à son épouse en faveur de leur fils mineur. Ceci
a d’ailleurs déjà été clairement expliqué au recourant dans un arrêt récent le concernant
(ACDP A1 17 256/A1 18 271 du 11 janvier 2019 consid. 2 et 3).
L’on peut encore relever que le recourant ne pourrait de toute façon pas invoquer la
compensation. D’une part, il n’a pas prouvé la réalisation des conditions prévues par
l’article 120 al. 1 CO et il oublie que la contribution d’entretien doit être versée, certes à la
mère en sa qualité de représentante légale, mais en faveur de l’enfant mineur
E _. D’autre part, des créances ne peuvent pas être éteintes par compensation
contre la volonté du créancier et du cessionnaire légal (cf. article 125 CO). Quant à la
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saisie desalaire opérée par l’Office des poursuites et des faillites de G _, le
BRAPA en a bien tenu compte par la suite car il a déduit (cf. rubrique « ./. Versements
effectués : compensation du montant de fr. 4'400.00 ») le montant de cette saisie sur le
décompte de la créance de retard établi le 22 juillet 2019 (cf. dossier du DSIS, p. 10).
Pour le reste, une telle saisie n’a rien « d’anticonstitutionnel » puisqu’elle repose sur une
base légale (cf. article 4 al. 2 de la loi sur le recouvrement des pensions alimentaires et
le versement d’avances du 13 novembre 1980 - RS/VS 850.3).
2.3 Il s’agit enfin de relever que le raisonnement du DSIS déniant sa compétence à raison
de la matière pour traiter de la « requête tendant à l’octroi d’une juste réparation » ne
souffre d’aucune critique. En effet, hormis le fait que le recourant n’a jamais allégué et
encore moins prouvé l’existence des conditions à remplir pour établir une quelconque
responsabilité (dommage, faute d’un fonctionnaire et lien de causalité), une éventuelle
action fondée sur la loi sur la responsabilité des collectivités publiques et de leurs agents
du 10 mai 1978 (RS/VS 170.1) relève de la compétence du juge civil (cf. article 19 al. 1).
3. Attendu ce qui précède, le recours, qui frise la témérité - la problématique du défaut de
qualité pour recourir du recourant contre une décision du BRAPA ressortait de l’ACDP A1
17 256/A1 18 271 précité, elle avait déjà été exposée à l’intéressé dans trois décisions
du DSIS (cf. chiffre 4 de la décision du 22 novembre 2019) et la décision du BRAPA du
6 septembre 2019 spécifiait expressément « Copie pour information (sans qualité pour
recourir) à X _ » - est irrecevable (art. 80 al. 1 let. e et 59 LPJA).
4. Cette issue commande de mettre les frais à charge du recourant (art. 89 al. 1 LPJA).
Ils sont fixés, eu égard notamment aux principes de la couverture des frais et de
l’équivalence des prestations, mais également à la façon de procéder du recourant (cf.
article 13 al. 1 et 2 de la loi du 11 février 2009 fixant le tarif des frais et dépens devant
les autorités judiciaires ou administratives [LTar ; RS/VS 173.8]), à 1500 fr., débours
inclus (articles 3, 11, et 25 LTar). Aucune indemnité de partie ne lui est pour le reste
allouée (article 91 al. 1 a contrario LPJA).
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