Decision ID: 2ea26bbe-efdb-58bf-9b75-c8e19dede44a
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 26 juillet 2021, A_ recourt contre l'ordonnance du 14 précédent, notifiée le lendemain, par laquelle le Tribunal des mesures de contrainte (ci-après : TMC) a refusé de lever la mesure de substitution suivante : interdiction de prendre contact, sous quelque forme que ce soit (visite, téléphone, sms, email, WhatsApp, etc.) avec son père, C_, et en a ordonné la prolongation jusqu'au 11 octobre 2021.
Le recourant conclut, sous suite de frais et dépens, à l'annulation de ladite ordonnance et à la levée de la mesure de substitution, subsidiairement à ce que la durée de l'interdiction de contact soit limitée à un mois.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
A_ est prévenu d'infraction à la loi fédérale sur les étrangers et l'intégration (art. 116 LEI) pour avoir, à Genève, à réitérées reprises, depuis une date indéterminée jusqu'au 12 mars 2021, date de son interpellation, de concert avec plusieurs tiers dont notamment C_, D_, E_ et F_, mis à disposition de nombreux logements à des locataires en situation illégale dans des appartements sis à l'avenue 1_ [nos] 5, 6 et 8, à l'avenue 2_, ainsi qu'à la rue 3_, lesquels appartiennent à des sociétés dont il était administrateur.
b.
Le prévenu conteste les faits.
À la police, il a confirmé avoir été administrateur de six sociétés, dont G_ SA qui était propriétaire desdits appartements, précisant avoir démissionné de ses fonctions un mois plus tôt. Il ignorait le rôle joué par son père dans lesdites sociétés.
Arrêté le 12 mars 2021 et mis en détention provisoire par le TMC le surlendemain, il a été mis en liberté le 19 suivant, moyennant plusieurs mesures de substitution qu'il avait lui-même sollicitées, dont l'interdiction de tout contact avec son père, eu égard au risque de collusion avec lui.
Cette interdiction subsiste encore seule à ce jour, les autres mesures de substitution ordonnées ayant été levées dans l'intervalle.
c.
Dans ses précédentes ordonnances des 14 mars, 22 mars et 12 avril 2021, non contestées par le prévenu, le TMC a admis l'existence de charges suffisantes et graves à l'endroit de ce dernier. Les déclarations notamment de E_ et F_ le mettaient en cause ainsi que son père.
d.
L'instruction a mis en exergue que 21 appartements situés à l'avenue 1_ 5 et 8 étaient loués par des locataires
"de paille"
mis en place par H_, D_ ou I_. Lesdits locataires n'occupaient pas les appartements, lesquels étaient sous-loués à des tiers majoritairement sans titre de séjour valable. Les sous-loyers étaient directement perçus par les précités pour le compte des sociétés propriétaires ou de leurs actionnaires, sans passer par la régie et sans être comptabilisés, étant précisé que C_ est l'actionnaire principal desdites sociétés.
E_ a déclaré au Ministère public, le 25 juin 2021, avoir pris des baux à l'avenue 1_ [no] 8 et à la rue 2_, à son nom, cela suite à une rencontre avec C_ en qui il avait confiance, précisant qu'il y aurait des conflits d'argent entre la régie et C_.
H_ a pour sa part déclaré au Ministère public, le 29 avril 2021, avoir vu
"L_"
faire des travaux de rénovation dans des immeubles 1_ depuis 2017 et que celui-ci travaillerait probablement depuis cette date pour C_. Il a ensuite reconnu, les 31 mai 2021, 24 et 30 juin 2021, avoir accepté de récupérer les loyers dans les immeubles précités pendant quelques mois pour un certain
"L_"
, ce dernier lui offrant, en échange, des contrats de bail pour ses amis, à l'avenue 1_ [no] 5 aux _, _, _ étages. Ses déclarations ont été corroborées par celles de M_ et N_ au Ministère public, le 30 juin 2021, selon lesquelles ils auraient signé leur bail respectivement
avec
"L_"
pour l'une et
pour
"L_"
pour l'autre.
e.
C_ a été placé sous avis de recherche et d'arrestation depuis le 18 mars 2021 en qualité de prévenu d'infraction à l'art. 116 LEI. Il lui est également reproché des infractions d'escroquerie et de faux dans les titres. Il n'a pas encore été entendu et, partant, ni confronté à son fils, aux autres prévenus et aux témoins.
Par courrier du 25 mars 2021, il a indiqué, par le biais de son avocat, être disposé à se présenter au Ministère public moyennant la délivrance d'un sauf-conduit.
f.
Par mandat d'actes d'enquête du 2 juillet 2021 à la police, le Ministère public a étendu son instruction à plusieurs autres immeubles détenus par les sociétés appartenant à C_.
C.
Dans son ordonnance querellée, le TMC constate que les charges suffisantes à l'égard du prévenu, en sa qualité d'administrateurs des sociétés impliquées, ne se sont pas amoindries depuis sa dernière décision. L'instruction se poursuivait, le Ministère public devant notamment auditionner C_. Le risque de collusion demeurait élevé. Il était en particulier très fort à l'égard du père du prévenu, étant rappelé qu'il appartenait au Ministère public de décider s'il souhaitait délivrer ou non un sauf-conduit à une personne se trouvant à l'étranger ou en fuite et dont l'audition s'avérait utile.
D.
a.
À l'appui de son recours, A_ conteste tout risque de collusion avec son père. Celui-ci avait, via son avocat, accès à la procédure depuis le 14 mai 2021. Son père, tout comme lui-même, était étranger à l'organisation d'un réseau parallèle de gérance immobilière. Il ne voyait pas en quoi
"L_"
pourrait être rattaché à lui ou à son père. Si un tel risque de collusion devait être retenu, il résulterait de l'inaction du Ministère public qui avait ignoré la demande de son père de comparaître au bénéfice d'un sauf-conduit. L'audition de son père purgerait le risque de collusion mais le Ministère public s'y refusait pour des raisons inexplicables. Il avait le droit d'entretenir des relations
"privilégiées"
avec son père, conformément à l'art. 8 CEDH.
b.
Le Ministère public considère que, de par leurs lien de parenté et intérêts économiques convergents, le recourant et C_ pourraient aisément se concerter sur leurs déclarations. C_ résidait principalement à Genève bien qu'officiellement domicilié au Portugal. L'intéressé n'ayant jamais été entendu, il existait un risque de collusion important justifiant d'une part le refus de délivrance d'un sauf-conduit, et d'autre part l'interdiction de contact entre lui et le recourant.
c.
Le TMC persiste dans sa décision, sans autre remarque.
d.
Le recourant réplique. Il réitère contester les faits reprochés. Il estime qu'aucun des témoins entendus ne le met en cause lui ou son père. Ce dernier était à disposition du Ministère public pour être entendu et le refus du Ministère public était infondé.

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 90 al. 2, 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 222 et 393 al. 1 let. c CPP) et émaner du prévenu qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. a CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).
2.
Le recourant conteste les charges.
Selon une jurisprudence constante, il n'appartient pas au juge de la détention de s'ériger en juge du fond et d'apprécier la crédibilité des personnes qui mettent en cause le prévenu.
Or, les soupçons pesant sur le recourant ne se sont aucunement amoindris depuis la dernière ordonnance du TMC, contre laquelle il n'a du reste pas recouru.
C'est donc en vain que le recourant conteste à nouveau les charges ici.
3.
Le recourant conteste le risque de collusion avec son père.
Il ressort de la procédure que C_, principal actionnaire de G_ SA, dont le recourant était l'administrateur, est prévenu d'infraction à l'art. 116 LEI ainsi que d'escroquerie et de faux dans les titres.
C_ a été placé sous avis de recherche et d'arrestation aux fins d'être entendu en cette qualité sur la gestion des immeubles concernés.
Jusqu'à son audition, et indépendamment de l'identification du dénommé
"L_"
qui travaillerait pour C_, il existe ainsi toujours un sérieux risque de collusion entre ce dernier et le recourant, justifiant l'interdiction de contact prononcée, étant précisé que le prévenu conteste intégralement les faits reprochés.
Si la procédure est consultable par les
"parties à la procédure"
depuis le 14 mai 2021, on ignore si ce droit s'étend à C_, dès lors qu'il n'a pas encore été entendu comme prévenu. Il ne ressort en tout cas pas du dossier en mains de la Chambre de céans que C_ aurait effectivement eu accès aux pièces de la procédure.
Que le Ministère public n'entende à ce stade pas délivrer de sauf-conduit à l'intéressé n'est pas pertinent sous l'angle de l'appréciation du risque de collusion.
La mesure de substitution décriée, prolongée jusqu'au 11 octobre 2021 n'apparaît à l'évidence ni disproportionnée ni contraire à l'art. 8 CEDH. Si cette disposition garantit le droit au respect de la vie privée et familiale et permet aux personnes détenues de recevoir régulièrement des visites des membres de leur famille, dans les limites découlant de la mesure de contrainte qui leur est imposée et du rapport de sujétion spécial qui les lie à l'Etat, des restrictions à ce droit sont possibles si elles reposent sur une base légale et ne vont pas au-delà de ce qui est nécessaire au but de l'incarcération (ATF
119 Ia 505
consid. 3b p. 507;
118 Ia 64
consid. 2d p. 73). Le risque de collusion précisément retenu ici constitue ainsi une restriction admissible au droit du recourant d'entretenir des relations personnelles avec son père.
4.
Le recours, infondé, sera rejeté.
5.
Le recourant, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui comprendront un émolument de CHF 900.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).
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