Decision ID: 68d5c9ca-f882-45ef-bc06-3d4abde64794
Year: 2016
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. A._, né le ******** 1993, a accompli deux jours de service militaire; il n’a pas été incorporé dans l’armée.
B. Le 15 avril 2016, le Service de la sécurité civile et militaire (ci-après : SSCM) a notifié à A._, par l'intermédiaire de l'Office des curatelles et tutelles professionnelles (ci-après: l'Office), une décision arrêtant le montant de la taxe d'exemption de l'obligation de servir pour 2014 à 400 fr., auquel s'ajoute le montant de 10 fr. 50 d'intérêts moratoires du 1er juin 2015 au 15 avril 2016, soit un montant total de 410 fr. 50.
Le 26 avril 2016, la curatrice de A._ a informé l’Office que son pupille ne disposait d’aucune autre ressource financière que des prestations complémentaires pour son séjour en institution.
Le 2 mai 2016, le SSCM a accusé réception de cette demande. Il a invité la curatrice à produire tous documents sur la situation financière actuelle de son pupille. Le 3 juin 2016, la curatrice a produit plusieurs pièces, parmi lesquelles un contrat-type d’hébergement passé entre la Fondation ********, à ********, ainsi qu’une décision rendue le 27 janvier 2016 par le Service des assurances sociales et de l’hébergement (ci-après: le SASH) portant sur l’octroi d’une aide remboursable, dans l’attente d’une décision AI/AVS ou de prestations complémentaires à l’AVS/AI. Cette décision alloue à A._ un montant annuel de 63'501 fr. pour ses frais de pension, d’hébergement et pour ses dépenses personnelles. Pour ce dernier poste, le montant de la contribution est de 4'800 fr. par an, soit 400 fr. par mois. Le 30 juin 2016, la curatrice a demandé la remise de la taxe due par A._ pour 2014.
Le 4 août 2016, le SSCM a rejeté cette requête; il a néanmoins accordé à A._ la possibilité de s'acquitter de cette somme en quatre mensualités, d’août à novembre 2016.
C. A._, représenté par sa curatrice, a recouru contre cette décision, en concluant à la remise totale de la taxe d’exemption pour 2014. Il expose en substance faire l'objet de poursuites et d'actes de défaut de biens pour un montant de 17'193,95 fr. Il a requis également l'octroi de l'assistance judiciaire (exonération de la totalité des avances de frais et exonération des frais judiciaires). Le SSCM propose le rejet du recours. Invité à répliquer, le recourant a maintenu ses conclusions.
D. Le Tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1. Le litige porte sur la remise de la taxe d'exemption de l'obligation de servir pour 2014.
a) La loi fédérale du 12 juin 1959 sur la taxe d'exemption de l'obligation de servir (LTEO; RS 661) traite de la question du sursis et de la remise à son art. 37, dont la teneur est la suivante:
"Sursis et remise
1 Si le paiement de la taxe et des frais dans le délai prescrit met l'assujetti dans de graves difficultés, le délai de paiement peut être prolongé ou l'assujetti autorisé à s'en acquitter par acomptes. Dans de tels cas, on peut renoncer à prélever l'intérêt.
2 Les taxes et autres frais peuvent, sur demande écrite de l'intéressé, être remis en tout ou en partie, au cas où leur recouvrement provoquerait des difficultés particulièrement graves pour le débiteur, notamment s'il est dans la gêne ou que le paiement risque de l'y mettre."
b) En tant qu'autorité de surveillance et en collaboration avec les autorités cantonales de la taxe d'exemption, l'Administration fédérale des contributions (AFC) a établi des instructions concernant le sursis et le traitement des demandes de remise, afin de contribuer à l'application des principes de la sécurité du droit et de l'égalité Selon l'Annexe aux Directives I 14 de l'AFC, valable dès 2007 (ci-après : l'Annexe), produite par l'autorité intimée en cours d'instance, ont droit à la remise totale de la taxe les chômeurs en fin de droit avec obligation d'entretien, les personnes dépendantes de la drogue en cure de désintoxication payée par les collectivités publiques, les personnes au bénéfice de l'aide sociale (assistance totale) avec obligation d'entretien, enfin les détenus dont l'argent de poche est inférieur à 300 fr. par mois. Dans les autres cas d'assujettis en réelles difficultés financières, l'Annexe prévoit le sursis au paiement, le paiement par acomptes ou encore la remise partielle pour une taxe minimale. Bénéficient ainsi d'une remise partielle pour une taxe minimale les chômeurs en fin de droit sans obligation d'entretien, les assujettis dépendants de la drogue, ceux au bénéfice de l'aide sociale (assistance totale) sans obligation d'entretien et les détenus avec argent de poche de plus de 300 fr. par mois. Quant aux personnes bénéficiant du chômage (chômage temporaire et non en fin de droit) sans obligation d'entretien, elles n'ont pas droit à une remise même partielle, mais à des paiements par acomptes de la taxe d'exemption. Pour les étudiants et/ou les apprentis, la taxe minimale doit être appliquée et ils ont droit au sursis ou aux paiements par acomptes. Concernant par ailleurs le renoncement à prélever l'intérêt en cas de paiement par acomptes (cf. art. 37 al. 1, 2ème phrase, LTEO), il est précisé que cette possibilité doit être accordée de manière "extrêmement restrictive" (p. ex. seulement pour les détenus), une application plus généralisée ayant pour conséquence de défavoriser les assujettis qui s'acquittent de leur taxe sans paiement par acomptes.
Selon l'Annexe, est déterminante la situation financière au moment où naît la créance issue d'une décision de taxation.
La jurisprudence a déjà eu l'occasion de préciser que l'Annexe découle directement des Directives I 14 établies par l'AFC, en tant qu'autorité de surveillance (cf. art. 11 de l'ordonnance fédérale du 30 août 1995 sur la taxe d’exemption de l’obligation de servir – OTEO; RS 661.1) et en collaboration avec les autorités cantonales de la taxe d'exemption, afin de contribuer à la sécurité juridique générale. Si ni l'Annexe ni les Directives dont elle est issue n'ont de force contraignante en tant que telles, elles peuvent néanmoins être suivies, dans la mesure où elles n'entrent pas en contradiction avec les normes légales, singulièrement avec l'art. 37 LTEO, et dès lors qu'elles permettent notamment d'opérer, de façon uniforme, une distinction concrète entre les cas tombant sous le coup de l'al. 1, respectivement de l'al. 2, de cet article (cf., en dernier lieu, arrêt FI.2016.0084 du 10 novembre 2016, consid. 2b, et les arrêts cités).
La remise de la taxe d'exemption est exclue lorsque le bénéficiaire de l’aide sociale (et en particulier du revenu d’insertion, du RI) dispose d'un montant qu'il peut consacrer à couvrir des besoins qui ne relèvent pas du strict minimum vital (arrêt FI.2016.84, précité, consid. 1b, et les arrêts cités ; ATF 8_C 232/2014 du 21 avril 2015).
c) En l'espèce, le recourant a reçu une aide individuelle pour les résidents en long séjour dans des institutions, soit une avance sur des prestations à venir des assurances sociales (cf. art. 27 et 32 de la loi d’aide aux personnes recourant à l’action médico-sociale, du 24 janvier 2006 (LAPRAMS, RSV 850.11). L’Etat est subrogé aux droits du bénéficiaire, à concurrence du montant versé. Cette aide correspond à la différence entre le coût des prestations socio-hôtelières fournies par l’établissement dans lequel le bénéficiaire est placé, d’une part, et le revenu déterminant, d’autre part. La décision rendue le 27 janvier 2016 par le SASH contient un «plan de calcul LAPRAMS» dont il ressort que le recourant ne dispose d’aucune ressource, ni fortune; le montant annuel de l’aide octroyée au titre de la LAPRAMS est de 63'501 fr., dont 4'800 fr. pour ses dépenses annuelles. Ce dernier montant peut être utilisé par le recourant pour faire face au paiement de la taxe d'exemption, fixée au minimum de 400 fr., en quatre mensualités de 100 fr.
d) Le recours doit ainsi être rejeté et la décision attaquée confirmée.
2. Vu la situation financière du recourant, l'arrêt sera rendu sans frais; la requête d'assistance judiciaire partielle présentée par le recourant est sans objet. Il n'y a pas lieu d'allouer des dépens (art. 18, 50, 52, 55 et 56 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative - LPA-VD, RSV 173.36).