Decision ID: 85049ac1-dd3f-5d80-91d9-201bad733e3e
Year: 2008
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par requête du 15 octobre 2007, A_ a requis du Tribunal de première instance le séquestre d'avoirs appartenant à B_, en particulier son compte bancaire auprès de l'UBS SA à Genève no 0240-1_ à concurrence de 1'052'307 fr. 69 (contre-valeur de 900'000 US$) plus intérêts à 5% dès le 31 mai 2007. A_ invoquait une créance en restitution de cadeaux consécutive à la rupture de leurs fiançailles.
Par ordonnance de séquestre no C/22253/07 du 15 octobre 2007, exécutée le 17 octobre 2007, le Tribunal a fait droit à la requête, après perception de 200'000 fr. de sûretés fournies par le requérant.
Le 13 mars 2008, B_ a formé opposition au séquestre et a requis l'annulation de celui-ci, avec suite de dépens.
B.
Par jugement du 15 avril 2008, reçu le 18 avril 2008 par A_, le Tribunal a constaté d'office son incompétence rationae loci (ch. 1 du dispositif du jugement), ainsi que la nullité de l'ordonnance de séquestre du 15 octobre 2007 (ch. 2) et condamné A_ à une indemnité de 2'500 fr. à titre de dépens (ch. 3).
C.
Par acte déposé au greffe de la Cour de justice le 28 avril 2008, A_ recourt contre ce jugement, dont il sollicite l'annulation. Il conclut à la constatation de la validité du séquestre no C/22253/07, au déboutement de B_ de toutes ses conclusions et à la levée des 200'000 fr. de sûretés, avec suite de dépens.
B_ conclut au rejet du recours et à la confirmation du jugement entrepris, avec suite de dépens. Subsidiairement, elle sollicite le rejet du recours, l'annulation du séquestre no C/22253/07 et la levée de cette mesure sur injonction de la Cour de céans adressée à l'Office des poursuites et faillites, avec suite de dépens.
D.
Les faits pertinents suivants résultent de la procédure :
a)
A_ est de nationalité égyptienne et domicilié à Giza (Egypte). Il est marié à C_ et père de trois enfants.
A_ n'a pas allégué avoir envisagé de quitter son épouse ni de divorcer. Il explique qu'il est de confession musulmane et que la polygamie est autorisée selon la loi islamique. Il infère d'une pièce rédigée en langue arabe et traduite en français que son épouse a expressément consenti à la célébration d'un mariage entre lui et B_.
B_, née en 1977, est de nationalité libanaise. Elle affirme être domiciliée à Londres, ce que A_ conteste. Selon ce dernier, elle vit au Caire (_), adresse où elle a été assignée dans le cadre de la présente procédure. B_ exerce la profession de chanteuse. Elle était mariée à D_ et a divorcé le 20 janvier 2005.
A_ et B_ ont fait connaissance en 2004. A_ soutient lui avoir offert entre mi-novembre et fin décembre 2004 une montre "
Happy Diamonds
", un pendentif "
Happy Spirit
", une montre "
Pushkin
" et une montre en or blanc, de la marque CHOPARD, selon certificats d'origine du Felopateer Palace à Dubaï (Emirats Arabes Unis).
A_ affirme qu'il avait séjourné avec B_ au Felopateer Palace précité du 15 avril au 13 mai 2005 et produit les factures de cet hôtel.
A_ situe les fiançailles des parties en été 2005 et précise avoir offert une bague de fiançailles à B_.
b)
Dans le cadre de ces fiançailles et à titre de cadeau à sa future épouse, A_ a ouvert à B_ un compte no 0240-1_ à l'UBS SA à Genève qu'il a bonifié par des versements provenant de son compte bancaire, à savoir 10'000 US$ le 4 mars 2005, 200'000 US$ le 14 décembre 2005, 300'000 US$ le 27 janvier 2006, 200'000 US$ le 22 février 2006 et 200'000 US$ le 19 avril 2006. Il produit une confirmation de ces transactions, dressée par l'UBS SA à Genève le 25 juillet 2007.
Selon des pièces nouvelles produites en appel, l'ordre de transfert du 21 février 2006 porte le timbre de E_ et de F_ du "
Greek Desk/Geneva
". Celui du 19 avril 2006 comporte uniquement le timbre de E_.
La correspondance bancaire de B_ fait l'objet d'une instruction de banque restante à Genève.
C'est le compte bancaire no 243-1_ de A_ qui a été débité à ces fins, qui fait également l'objet d'une instruction de banque restante à Genève, selon un relevé de compte de l'UBS SA Genève du 1er avril 2008, nouvellement produit en seconde instance.
c)
Le BEAU-RIVAGE PALACE à Lausanne a attesté les 25 juillet 2007 et 9 avril 2008 que les parties avaient séjourné à plusieurs reprises à l'hôtel entre janvier 2006 et avril 2007, qu'elles avaient partagé la même suite et que A_ avait réglé toutes les dépenses. En outre, il avait versé la somme de 56'225 fr. pour le séjour de B_ et la famille de cette dernière, du 14 août au 29 août 2006.
Gabriel TORJMAN, propriétaire de la boutique ZILLI au 60, rue du Rhône à Genève, a attesté le 10 avril 2008 connaître A_, son épouse et ses trois enfants. A_ s'est rendu avec B_ une bonne douzaine de fois à sa boutique. Gabriel TORJMAN "
a été amené à savoir qu'ils étaient fiancés, qu'ils allaient se marier et emménager à Londres où ils se sont fait construire une maison
". De 2004 à 2007, Gabriel TORJMAN a assisté personnellement aux achats effectués par A_ pour "
sa future femme B_
" pour environ 150'000 fr. et a réceptionné pour elle de la marchandise provenant des boutiques DIOR et BULGARI.
Le Dr. Ulrich K. KESSELRING du CENTRE DE CHIRURGIE PLASTIQUE Sàrl à Lausanne a attesté le 9 avril 2008 avoir rencontré B_ en tant que patiente le 3 août 2005, accompagnée de A_. Il était "
apparent que A_ était le protecteur et ami intime de notre patiente
". Ce médecin, précisant avoir revu B_ en mars 2007, a affirmé que les parties lui "
apparaissaient toujours comme couple
".
Elie TANIOS KFOURY, avocat à Beyrouth (Liban) de A_ a rapporté le 10 avril 2008 les propos du père de B_, G_, selon lesquels "
il y avait un projet de mariage
" entre sa fille et A_. Le père de l'intimée a encore précisé que A_ n'avait jamais été le directeur d'affaires de sa fille.
Selon l'intimée, l'avocat précité était l'avocat de son père, puis du recourant et elle n'avait plus adressé la parole à son père depuis plusieurs années.
A_ situe en mai 2007 la rupture des fiançailles à l'initiative de l'intimée qui est partie sans explication.
A_ produit la traduction d'un jugement libanais du 22 octobre 2004 condamnant par défaut B_ à deux ans d'emprisonnement et à une amende pour avoir dérobé 230'000 US$ à son mari D_ qu'il avait entreposés dans un coffre-fort sis au Liban.
L'intimée a indiqué avoir requis le relief du défaut, de sorte que ce jugement est annulé.
d)
B_ conteste avoir entretenu une relation intime avec A_ et s'être fiancée avec lui. Elle prétend avoir pris contact avec lui en sa qualité de médiateur afin de résoudre un litige qu'elle avait avec l'un de ses partenaires en affaires, de sorte qu'il lui a rétrocédé sur son compte bancaire le fruit des sommes récupérées auprès de son débiteur.
Victime du harcèlement de A_, B_ s'est adressée au service londonien d'aide aux victimes et produit une lettre type que le Victim Support in London lui a adressée le 5 juin 2006.
A_ n'a pas été interrogé dans le cadre de l'enquête de la police métropolitaine, en raison de l'insuffisance de preuves (attestation de son conseil londonien du 11 avril 2008).
e)
Par lettre du 18 octobre 2007 adressée en banque restante, l'UBS SA Genève a avisé B_ de l'existence du séquestre. Elle explique que c'est à l'occasion d'un appel téléphonique du 28 janvier 2008 à l'UBS SA qu'elle a appris ledit séquestre et requis le 30 janvier 2008 l'Office des poursuites de lui adresser toute communication à son domicile à Londres.
L'Office des poursuites lui a adressé un fax le 4 février 2008, comprenant l'ordonnance et le procès-verbal de séquestre et lui impartissant un délai de 60 jours pour former opposition à l'ordonnance de séquestre.

EN DROIT
1.
Interjeté selon la forme et dans le délai prescrits, le recours est recevable (art. 22 al. 4 LaLP; art. 356 al. 1 LPC et 278 al. 3 LP).