Decision ID: 87d7230c-a481-5353-b724-f6bdcc35c6b0
Year: 2009
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par jugement du 4 décembre, notifié aux parties par pli du 10 décembre 2008, le Tribunal de première instance a prononcé le divorce des époux X. _ et Y. _ (ch. 1).
Sur le plan financier, le Tribunal a donné acte aux parties de ce qu'elles renonçaient à toute contribution d'entretien l'une envers l'autre (ch. 2), de ce que le régime matrimonial était liquidé et de ce que les parties n'avaient plus aucune prétention à faire valoir l'une envers l'autre de ce chef (ch. 3). Le Tribunal a en outre ordonné le partage par moitié des avoirs de prévoyance professionnelle de X. _ accumulés pendant le mariage (ch. 4) et transmis la procédure au Tribunal cantonal des assurances sociales pour régler les modalités du partage (ch. 5). Enfin, les dépens ont été compensés (ch. 6), les parties condamnées à exécuter le jugement (ch. 7) et déboutées de toutes autres conclusions (ch. 8).
Par acte expédié au greffe de la Cour le 26 janvier 2009, X. _ forme appel de ce jugement dont il demande l'annulation du chiffre 4 du dispositif. Il fait grief au premier juge d'avoir ordonné le partage de son seul avoir de prévoyance professionnelle, sans tenir compte de celui de Y. _. Il conclut ainsi
- alternativement - soit au refus du partage des avoirs de prévoyance professionnelle des époux, soit au partage des avoirs de prévoyance professionnelle des deux époux, le tout avec suite de dépens à charge de Y. _.
Dans sa réponse, Y. _ a conclu à la confirmation du jugement entrepris.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier.
a.
X. _, ressortissant suisse né le _ 1970 à Genève, et Z. _, ressortissante _ née le _ 1980 à _, se sont mariés le _ 2005 à Vernier (Genève).
Ils n'ont pas conclu de contrat de mariage et aucun enfant n'est issu de cette union.
b.
Le 6 août 2008, Y. _ a saisi le Tribunal de première instance d'une requête unilatérale en divorce, concluant notamment au partage des avoirs de prévoyance professionnelle de son mari. Elle alléguait sur le sujet n'avoir accumulé aucun avoir de prévoyance professionnelle, que ce soit avant ou pendant le mariage.
En comparution personnelle, X. _ s'est déclaré d'accord avec le principe du divorce ainsi qu'avec toutes les conclusions relatives aux effets accessoires du divorce, à l'exception de celle concernant les avoirs de prévoyance professionnelle du couple. Sur le sujet, il a fait part de sa volonté que l'avoir de son épouse soit également partagé par moitié. De son côté, Y. _ a répété qu'elle n'avait aucun avoir de prévoyance professionnelle; elle a néanmoins accepté de renoncer au partage de l'avoir de son mari.
Dans le jugement entrepris, le Tribunal a retenu que Y. _ n'avait pas d'avoir de prévoyance professionnelle, de sorte que seul celui d'X. _ entrait en ligne de compte pour un partage.
c.
La situation des époux en matière de prévoyance professionnelle est la suivante.
Durant le mariage, X. _ a accumulé un avoir de prévoyance de 26'759 fr., comme cela ressort d'une attestation de la Caisse A. _ du 29 octobre 2008. A teneur de cette attestation, cet avoir présente un caractère réalisable.
Durant le mariage, Y. _ a d'abord travaillé pour le compte de B. _, entre septembre 2006 et février 2007: au cours de l'année 2006, elle a réalisé un salaire brut total de 2'577 fr. 25; au cours de l'année 2007, elle a réalisé un salaire brut total de 643 fr. 10 auprès de cet employeur. Depuis lors, elle travaille en qualité de caissière pour le compte de C. _. Elle a produit une unique fiche de salaire, celle du mois de juin 2008, à teneur de laquelle son salaire mensuel brut s'élève à 3'400 fr.
Y. _ a produit des courriers établis les 26 août 2008 et 12 février 2009 par la Centrale du 2
ème
pilier : il en ressort qu'aucune annonce n'a été faite à cette centrale au sujet d'avoirs de prévoyance professionnelle de Y. _. Elle a en outre déposé un courrier de son employeur, daté du 31 octobre 2008, qui l'informe qu'elle n'a pas droit à la LPP car son salaire est inférieur au minimum requis.
C.
L'argumentation juridique des parties sera examinée ci-après, dans la mesure utile.

EN DROIT
1.
L'appel a été formé dans le délai utile et selon la forme prescrite par la loi (art. 296 et 300 LPC).
Comme le jugement dont est appel a été rendu en premier ressort (art. 387 LPC), la cognition de la Cour est complète (art. 291 LPC).
2.
L'appel porte uniquement sur la question du partage des avoirs de prévoyance professionnelle des époux (ch. 4 et 5 du dispositif). L'entrée en force du jugement peut donc être constatée pour les tous autres points que le Tribunal a tranchés (art. 148 al. 1 CC).
3.
L'appelant reproche au Tribunal d'avoir retenu que l'intimée n'avait accumulé aucun avoir de prévoyance professionnelle durant le mariage et d'avoir, par conséquent, partagé uniquement son propre avoir. Il y voit une violation de l'art. 122 CC.
3.1
A teneur de l'art. 122 al. 1 CC, lorsque l'un des époux au moins est affilié à une institution de prévoyance professionnelle et qu'aucun cas de prévoyance n'est survenu, chaque époux a droit à la moitié de la prestation de sortie du conjoint calculée pour la durée du mariage. La loi vise ainsi toutes les prétentions déduites de la LPP par les époux (Walser, Basler Kommentar, n. 5 ad art. 122 CC). Le juge peut cependant refuser le partage, en tout ou en partie, lorsque celui-ci s'avère manifestement inéquitable pour des motifs tenant à la liquidation du régime matrimonial ou à la situation économique des époux après le divorce (art. 123 al. 2 CC).
Du point de vue de la procédure relative aux art. 122 ss CC, le législateur n'a pas prévu une maxime d'office plus étendue que celle consistant à se procurer tous les documents nécessaires à l'établissement du moment de la survenance du cas de prévoyance et du montant de l'avoir de vieillesse. Cette obligation du juge doit être mise en relation avec l'examen d'office auquel il doit procéder en relation avec l'art. 123 CC (non homologation d'une convention de renonciation du partage [al. 1] ou refus du partage [al. 2]). Sous réserve d'une disposition cantonale contraire - absente à Genève - les maximes des débats et de disposition sont applicables aux questions relatives aux art. 122 ss CC (ATF
129 III 481
consid. 3.3).
3.2
Le litige consiste en l'espèce à déterminer si l'intimée a accumulé durant le mariage un avoir de prévoyance professionnelle susceptible d'entrer en considération dans le cadre du partage prévu par l'art. 122 CC.
A juste titre, l'appelant rappelle que tous les salariés auxquels un même employeur verse un salaire annuel supérieur à 20'520 fr. sont soumis à l'assurance obligatoire en matière de prévoyance professionnelle (art. 7 al. 1 LPP [
RS 831.40
] et art. 5 OPP 2 [
RS 831.441.1
]). A teneur de l'art. 10 al. 1 LPP, l'assurance obligatoire commence en même temps que les rapports de travail. Dans ce contexte, il appartient à l'employeur qui occupe des salariés soumis à l'assurance obligatoire de s'affilier à une institution de prévoyance professionnelle, une telle affiliation pouvant avoir un effet rétroactif (art. 11 al. 1 et 3 LPP). Le droit des salariés aux prestations légales est donné même si l'employeur ne s'est pas encore affilié et celles-ci sont alors servies par l'institution supplétive (art. 12 al. 1 LPP). Dans ce cas, l’employeur doit à l’institution supplétive non seulement les cotisations arriérées, en principal et intérêts, mais encore une contribution supplémentaire à titre de réparation du dommage (art. 12 al. 2 LPP).
3.3
A teneur des déclarations de l'intimée et des pièces qu'elle a produites, celle-ci réalise un salaire mensuel brut de 3'400 fr. depuis mars 2008 auprès du même employeur. Avec un tel revenu, l'intimée est en principe soumise à l'assurance obligatoire LPP pour les années 2008 et 2009, le seuil légal de 20'520 fr. étant franchi dès le versement de sept de ses salaires.
Il semble certes que son employeur n'ait pas entrepris les démarches nécessaires pour affilier son employée, ce que semblent confirmer les courriers de la Centrale du 2
ème
pilier, lesquels attestent qu'aucune institution de prévoyance professionnelle ne compte l'intimée parmi ses assurés (cf. art. 24b LFLP [
RS 831.42
]). Cette circonstance est cependant indifférente sur le droit de celle-ci à bénéficier des prestations prévues par la loi. Or, à teneur du dossier soumis à la Cour, ce droit semble exister, comme l'a justement plaidé l'appelant.
Dans une telle situation, il appartenait au premier juge de recueillir les éléments pertinents pour opérer un partage des avoirs des deux époux. Il se devait également d'examiner la question de la renonciation au partage des avoirs des époux, point sur lequel les parties semblaient s'accorder en première instance. Dans tous les cas, il est contraire au but poursuivi par l'art. 122 CC de limiter le partage des avoirs de prévoyance professionnel au seul avoir de l'appelant, car l'intimée - par le biais de l'institution supplétive tout au moins - semble avoir des prétentions en cette matière. Afin de régler ces questions et d'éclaircir les points de fait pertinents, la cause sera renvoyée au Tribunal pour instruction et nouvelle décision.
4.
En raison de la qualité des parties, les dépens d'appel seront compensés (art. 176 al. 3 et 308 al. 1 LPC).
5.
La présente décision n'est pas finale (art. 90 LTF). La valeur litigieuse est indéterminée (art. 51 al. 2 LTF).