Decision ID: bfe24221-722a-5808-b6b5-0a887c7910a3
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
Par ordonnances
DTAE/619/2018
et
DTAE/621/2018
du 2 février 2018, identiques mais prononcées dans chacune des causes ouvertes au nom des mineurs D_ (cause C/16619/2017) et E_ (cause C/16632/2017), le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection), statuant préparatoirement, a ordonné une expertise psychiatrique familiale (let. A), commis à titre d'expert unique la Dresse C_, spécialiste FMH en psychiatrie et psychothérapie de l'enfant et de l'adolescent, _, Centre universitaire Romand de médecine légale, unité de psychiatrie légale, p.a. HUG, rue Gabrielle-Perret-Gentil 4, à Genève (let. B), lui a confié la mission d'expertise en la précisant (let. C), cela fait, lui a demandé de lui faire part de ses constats et recommandations au sujet des 21 questions retenues qui ont été soumises à l'expert (let. D), a invité l'expert à formuler toutes autres constatations ou observations utiles (let. E), lui a imparti un délai au 4 juin 2018 pour déposer son rapport d'expertise en trois exemplaires au Tribunal de protection (let. F), a autorisé la Dresse C_ à désigner, sous sa propre responsabilité, un médecin de son choix pour effectuer l'expertise (let. G), a rendu l'expert attentif aux conséquences pénales d'un faux rapport au sens de l'article 308 du Code pénal et de la violation du secret de fonction au sens de l'art. 320 du Code pénal, ainsi qu'aux conséquences d'un défaut ou d'une exécution lacunaire du mandat (let. H) et a réservé les frais à l'issue de la procédure (let. I).
Ces ordonnances ont été communiquées pour notification aux parties et aux intervenants à la procédure le 13 février 2018 et reçues par A_, en son domicile élu, le 14 février 2018.![endif]>![if>
B.
a.
Par actes déposés le 26 février 2018 au greffe de la Cour de justice, A_ a formé recours contre ces ordonnances. Il a préalablement invité le Tribunal de protection à reconsidérer les lettres B et G de leur dispositif désignant le Dresse C_ en qualité d'expert et a conclu principalement à l'annulation des ordonnances entreprises, en particulier les lettres B et G et cela fait, statuant à nouveau, à la désignation de l'un ou l'autre des experts qu'il a listés, à condition qu'il n'ait aucun lien avec les Hôpitaux universitaires de Genève (ci-après : HUG), soit la Dresse F_, _ [adresse], le Dr G_, _ [adresse] ou encore H_ ou I_, _ [adresse] ou tout autre membre dudit institut ou à la désignation d'un autre expert hors canton et/ou sans lien aucun avec les HUG. Subsidiairement, il a conclu au renvoi des causes au Tribunal de protection pour qu'il statue dans le sens des considérants à venir.
En substance, il conteste la désignation de la Dresse C_ en qualité d'expert en raison du fait que cette dernière est employée des HUG, lesquels ont été impliqués dans le dossier, plusieurs médecins pédopsychiatre, pédiatre et médecin interne des HUG étant intervenus auprès des enfants D_ et E_, dont les Dr J_, K_ et L_, certains s'étant notamment déjà exprimés sur la capacité parentale des deux parents. Il considère qu'il est fondé à recourir immédiatement contre les ordonnances préparatoires rendues, au sens de l'art. 319 let. b ch. 2 CPC, compte tenu de la longueur de la procédure d'expertise et du risque de contre-expertise, ce par souci d'économie. Pour ces deux raisons, l'existence d'un préjudice difficilement réparable doit être retenue par la Chambre de céans. Il fait grief au Tribunal de protection d'avoir violé les articles 29 Cst et 6 CEDH dès lors qu'il n'a pas été invité à se prononcer sur le choix de l'expert avant que les ordonnances ne soient rendues, notamment s'agissant de motifs éventuels de récusation, ni n'a même été informé du fait que le Tribunal entendait nommer un expert dépendant des HUG, auquel cas il s'y serait opposé avec force, de sorte que son droit d'être entendu a été violé. Il considère également que les décisions entreprises sont totalement inopportunes au sens de l'art. 450a al. 1 ch. 3 CC, en tant qu'elles nomment cette personne.
b.
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité reconsidérer ses décisions.
c.
Par réponse du 2 mars 2018, la mère des enfants a conclu à l'irrecevabilité des recours formés par A_ et à la confirmation des ordonnances entreprises, les dépens de recours devant être laissés à la charge de l'Etat.
d.
Par plis du 13 mars 2018, la Chambre de surveillance a avisé les parties et les participants à la procédure de ce que les causes seraient gardées à juger à l'issue d'un délai de 10 jours. ![endif]>![if>
C.
Les éléments pertinents suivant ressortent par ailleurs de la procédure :
a.
B_ est arrivée à Genève en provenance de M_ en date du _ 2017 avec ses fils E_, né le _ 2010, dont le père est décédé, et D_, né le _ 2014, accompagnée du père de ce dernier, A_.
b.
La famille a logé à _ à Genève.
c.
B_ est de nationalité M_ tandis que A_, né à _, possède la double nationalité M_ et suisse. Le couple qui affirmait être marié selon le culte N_ mais non civilement, indique finalement être divorcé depuis 2013. Le Service de protection des mineurs a reçu de l'Ambassade M_ la confirmation que A_ était détenteur de l'autorité parentale sur D_, aux côtés de la mère de ce dernier, laquelle détient seule l'autorité parentale sur E_.
d.
Dans la nuit du 14 au 15 juillet 2017, B_ a été hospitalisée à la Clinique P_, en raison d'une grave décompensation. Elle a fait l'objet d'un placement à des fins d'assistance, décidé par un médecin, le 15 juillet 2017. Elle était au moment du prononcé de la mesure, incapable de discernement et présentait des antécédents traumatiques sévères, des troubles dépressifs récurrents, un trouble dissociatif et une dépendance à l'alcool. Les enfants ont été placés en hospitalisation sociale à la pédiatrie des HUG, le 25 juillet 2017, avec l'accord de la mère. Trois visites hebdomadaires ont été mises en place en faveur de la mère et une visite en faveur de A_. Le Service de protection des mineurs a, par ailleurs, pris contact avec les services sociaux M_.
e.
Le placement à des fins d'assistance de B_ a été prolongé par le Tribunal de protection par décision du 14 août 2017 (
DTAE/4074/2017
).
f.
En août 2017, Le Dr J_, pédopsychiatre à la pédiatrie des HUG a fait part au Service de protection des mineurs des progrès des enfants qui, à leur arrivée, malgré leur âge respectif de 7 et 3 ans, portaient toujours des couches et étaient déplacés en poussette, alors qu'ils ne présentaient pas de difficultés sur le plan moteur. Ils s'étaient, depuis lors, familiarisés avec les toilettes et D_ qui ne parlait pas, prononçait désormais quelques mots. Les enfants étaient nourris par leurs parents exclusivement avec des produits _ et ne buvaient que des boissons sucrées, de sorte qu'ils n'étaient pas suffisamment hydratés. D_ était partiellement nourri à l'aide d'une sonde, en raison de problèmes de santé. E_ présentait, quant à lui, un trouble du spectre autistique.
g.
Le Service de protection des mineurs a visionné les vidéos remises par A_ et a relevé que les enfants avaient été exposés, au moins à deux reprises, à des situations traumatisantes durant lesquelles ils avaient vu leur mère dans un état de détresse profond et sous l'emprise de A_.
h.
B_ a pu quitter la Clinique de P_ le 18 septembre 2017. Elle a donné son accord au placement des enfants en foyer, ce qu'avait également accepté A_, lors d'un entretien précédent avec le Service de protection de mineurs.
i.
Le 21 septembre 2017, le Service de protection des mineurs préavisait d'ordonner le retour des enfants E_ et D_ à M_ avec l'intervention des services sociaux locaux, les enfants ayant toujours vécu dans ce pays et leur mère souhaitant y retourner, ainsi que de retirer aux parents le droit de déterminer le lieu de résidence des enfants et de les placer en pédiatrie puis en foyer dès qu'une place serait disponible.
j.
Dans un rapport du 4 octobre 2017, le Service de protection des mineurs a indiqué avoir orienté B_, à sa sortie de clinique, vers _. Etant donné que les enfants étaient toujours hospitalisés, l'équipe pédiatrique avait cependant proposé à leur mère de dormir auprès d'eux. Elle était toutefois rentrée fortement alcoolisée, dans la nuit du 1
er
au 2 octobre 2017 et avait été transférée en psychologie adulte d'où elle avait fugué à 4h00 du matin, pour retourner auprès des enfants. Elle avait ensuite disparue en laissant ces derniers dans un grand état de détresse et n'était plus joignable sur son téléphone portable. E_ avait commencé à se scarifier et les deux enfants avaient refusé de dormir dans leur chambre et de s'alimenter. La prise de mesures urgentes par le Tribunal de protection avait été requise par le Service de protection des mineurs, de même que par les HUG.
k.
Par décisions
DTAE/5073/2017
concernant D_ et
DTAE/5075/2017
concernant E_, rendues le 4 octobre 2017, le Tribunal de protection, statuant sur mesures superprovisionnelles, a retiré la garde et le droit de déterminer le lieu de résidence des mineurs à leur mère, ordonné leur placement, en l'attente d'une place en foyer, au sein du Service de pédiatrie des HUG, accordé un droit de visite à raison d'une durée de deux heures consécutives par semaine entre la mère et chacun des mineurs concernés, et d'une demi-heure par semaine en faveur de A_, sous surveillance d'un tiers et d'entente avec le personnel hospitalier des HUG, instauré une curatelle éducative ainsi que de surveillance des relations personnelles de même que toutes les curatelles usuelles en lien avec le placement des enfants, et nommé deux représentantes du Service de protection des mineurs aux fonction de curatrices des mineurs concernés.
l.
Les enfants ont pu intégrer le foyer "O_", dans le courant du mois d'octobre 2017.
m.
B_ a été à nouveau hospitalisée le 4 octobre 2017.
n.
Le Tribunal de protection a entendu les parents assistés de leur conseil en date du 20 octobre 2017. B_ a déclaré vouloir repartir à M_ avec ses enfants, dès lors que le projet de s'établir à Genève était celui de A_ et non le sien. Elle était d'accord, dans l'intervalle, que ses enfants soient placés. Elle refusait que A_ ait des droits sur E_, dès lors qu'il n'était pas son père. A_ a indiqué avoir élevé E_ depuis qu'il était tout petit et le considérait comme son fils. Il ne souhaitait pas retourner à M_ et être tributaire de la secte N_ dont était issue la mère de son fils. Les services sociaux étaient bien meilleurs en Suisse qu'à M_ et il pensait que les enfants seraient séparés en cas de retour dans ce pays, dès lors que E_ souffrait d'un autisme infantile et D_ d'une myopathie congénitale, et s'opposait donc à leur placement à M_. Il considérait que les enfants avaient fait beaucoup de progrès depuis leur placement. Il requérait toutefois sur mesures superprovisionnelles l'élargissement de son droit de visite sur les deux enfants. Le Service de protection des mineurs a persisté dans ses conclusions du 4 octobre 2017 et a précisé que l'Ambassade M_ à Berne avait indiqué que, pour que les enfants soient pris en charge sur le sol M_, il convenait préalablement que le droit de déterminer le lieu de résidence de ceux-ci soit retiré à leurs parents.
o.
Par décision du 20 octobre 2017, le Tribunal de protection a rejeté la demande de mesures superprovisionnelles en élargissement du droit de visite formée par A_.
p.
Par la suite, les enfants évoluant favorablement et le droit de visite de A_ sur les enfants se déroulant bien au sein du foyer, il a été élargi à deux heures par semaine dès le 20 décembre 2017, puis à raison de trois visites de deux heures par semaine, dès le 9 janvier 2018.
q.
Par décision du 9 novembre 2017 (
DTAE/5824/2017
), le Tribunal de protection a ordonné le placement à des fins d'assistance de B_ auprès de la Clinique de P_. Elle en est sortie le 2 janvier 2018.
r.
Par courriers du 18 décembre 2017, le Tribunal de protection a informé les parties et les intervenants à la procédure que, compte tenu des récents préavis qu'il avait reçus, de la complexité de la situation et de l'évolution de cette dernière qui tendait au maintien des enfants en Suisse, il entendait diligenter une expertise psychiatrique familiale et leur impartissait un délai au 15 janvier 2018 pour qu'ils lui communiquent la liste des questions qu'ils entendaient voir poser à l'expert.
s.
Le Service de protection des mineurs a déposé sa liste de questions au Tribunal de protection en date du 8 janvier 2018, B_ en date du 12 janvier 2018 et A_ dans le délai prolongé qui lui a été octroyé par le Tribunal de protection, le 25 janvier 2018.
t.
Le 2 février 2018, le Tribunal de protection a rendu les ordonnances entreprises.
![endif]>![if>

EN DROIT
1.
1.1.1
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie aux mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).
1.1.2
Les ordonnances d'instruction se rapportent à la préparation et à la conduite des débats; elles statuent en particulier sur l'opportunité et les modalités de l'administration des preuves, ne déploient ni autorité, ni force de chose jugée et peuvent en conséquence être modifiées ou complétées en tout temps (jeandin, Code de procédure civile commenté, n. 14 ad art. 319 CPC).
Les ordonnances d'instruction sont susceptibles d'un recours dans les dix jours (
DAS/43/2015