Decision ID: f4df0988-5adb-408d-a393-8cac91514320
Year: 2016
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

II. Statuant en faits
2.
2.1 Y_ et X_ ont entretenu, au mois d’avril 2011, des relations
intimes. L’enfant B_, né le xxx 2012, est issu de celles-ci.
2.2
2.2.1 Y_ travaille en qualité d’ouvrière agricole auprès de E_, à
F_, six mois par année. Elle perçoit, pour cette activité, un revenu mensuel
net moyen de 2268 fr. 45. Durant les six autres mois, elle bénéficie d’indemnités de
chômage d’un montant mensuel net de 2400 francs. L’intéressée a pris à bail un
appartement, dont le loyer s’élève à quelque 879 fr. 15 (850 fr. + 29 fr. 11 [350 fr. : 12])
par mois, charges comprises. Elle supporte, en sus, les primes d’une assurance perte
de gain, d’un montant de 131 fr. 80 par mois. Ses cotisations d’assurance-maladie sont
entièrement subventionnées et elle ne paie pas d’impôts.
Y_ bénéficie de l’aide sociale à concurrence d’un montant mensuel qui varie
entre 450 fr. et 480 francs. Elle obtient une allocation familiale pour son fils de 275 fr.
par mois. Lorsqu’elle travaille, une maman de jour, dont le coût - 3 fr. 25 par heure - est
pris en charge par sa commune de domicile, s’occupe de B_.
2.2.2 X_ est domicilé à G_, en Allemagne, à tout le moins depuis
le mois de mai 2007. Il travaille auprès de l’entreprise I_ GmbH et réalise un
revenu mensuel net moyen de quelque 1114 € 65 ([1129 € + 1219 € 89 + 995 € 05] :
3). Il s’acquitte mensuellement d’une contribution de 100 € à l’entretien de ses deux
enfants, J_ et K_, issus d’une précédente relation avec
T_. L’intéressé a pris à bail un appartement, dont le loyer mensuel s’élève à
- 6 -
400 €. Il est détenteur d’un véhicule automobile; la prime d’assurance de celui-ci se
monte à 486 € 69 par année. Il supporte enfin les frais d’électricité et une taxe sur les
déchets, dont les montants annuels sont respectivement de 357 € 49 et de 38 €.

III. Considérant en droit
3. Les parties ne contestent pas l’application du droit suisse pour les motifs exposés
par le premier juge, auxquels il peut dès lors être renvoyé (consid. 1 du prononcé
querellé).
3.1 Pour fixer le montant de la contribution à l’entretien de l’enfant, le premier juge a
d’abord arrêté le minimum vital du défendeur au montant total de 573 € 45 (400 €
[loyer] + 100 € [contributions à l’entretien de K_ et de J_] + 40 € 55
[{486 € 69 : 12} prime d’assurance du véhicule automobile] + 29 € 75 [{357 € 49 : 12}
frais d’électricité] + 3 € 15 [{38 € : 12} taxe sur les déchets). Il a retenu que, eu égard à
son revenu - 1114 € 65 -, l’intéressé bénéficiait d’un solde disponible de 541 € 20
(1114 € 65 - 573 € 45). La demanderesse percevait, pour sa part, un revenu mensuel
net moyen de 2334 fr. 25 ([{2268 fr. 45 x 6} + {2400 fr. x 6}] : 12). Après avoir couvert
ses besoins incompressibles, d’un montant total de 2229 fr. 15 (1350 fr. [base
mensuelle du minimum d’existence] + 879 fr. 15 [frais de logement]), elle disposait d’un
montant de 105 fr. 10 (2334 fr. 25 - 2229 fr. 15). Le premier juge a ensuite déterminé
les besoins de l’enfant, qu’il a chiffrés à 587 fr. 30 par mois, après déduction de
l’allocation familiale. Il s’est, à cet égard, fondé sur les recommandations pour la
fixation des contributions d’entretien des enfants, éditées par l’office de la jeunesse du
canton de Zurich, affinées pour tenir compte de la capacité contributive des parents et
du niveau de vie en Valais. Il a enfin réparti le coût d’entretien entre les parents en
proportion de leurs revenus nets, soit 37 % à la charge du père et 63 % à celle de la
mère. Il a ainsi astreint le défendeur à verser une contribution mensuelle de 200 fr.
jusqu’à ce que B_ ait atteint l’âge de 6 ans révolus, de 300 fr., de cet âge à
12 ans révolus, puis de 400 fr. jusqu’à la majorité, voire à la fin de sa formation
professionnelle.
3.2 L’appelant reproche au premier juge de ne pas avoir compté, dans ses besoins
incompressibles, la base mensuelle du minimum d’existence. Celle-ci, d’un montant,
- 7 -
selon lui, de 1200 fr., est supérieure au solde disponible retenu. Dans ces
circonstances, il ne saurait être astreint à verser une contribution d’entretien.
Le premier juge a exposé la teneur et la portée de l’article 285 CC. Il a rappelé que
l'obligation d'entretien trouvait sa limite dans la capacité contributive du débirentier, en
ce sens que le minimum vital de celui-ci devait être préservé (consid. 3.2 du prononcé
querellé).
3.2.1 Il convient d’ajouter que, en sus des charges variables, déterminées en fonction
de la situation particulière du débiteur, le minimum vital comprend des charges fixes.
Celles-ci, regroupées sous la dénomination «montant de base mensuel» ou «base
mensuelle d’entretien», sont destinées à couvrir les frais pour l’alimentation, les
vêtements et le linge, les soins corporels et de santé, l’entretien du logement, les
assurances privées, les frais culturels, ainsi que les dépenses pour l’éclairage, le
courant électrique ou le gaz pour cuisiner [COLLAUD, Le minimum vital selon l’article 93
LP, in RFJ 2012 p. 304; DE WECK-IMMELÉ, CPra Matrimonial, 2015, n. 89 ad art. 176
CC; OCHSNER, Le minimum vital (art. 93 al. 1 LP), in SJ 2012 II p. 126].
Lorsque le débiteur d'entretien vit à l'étranger, il y a lieu de tenir compte, lors du calcul
du montant de base mensuel, du niveau de vie du pays où il réside (arrêts
5A_462/2010 du 24 octobre 2011 consid. 3.1; 5A_99/2009 du 14 avril 2009 consid.
2.2.1.2; 5A_736/2007 du 20 mars 2008 consid. 3a; 5C.6/2002 du 11 juin 2002 consid.
3). Le juge, pour déterminer celui-ci, peut se fonder sur des études des grandes
banques suisses, sur des chiffres de l'office fédéral de la statistique, voire, pour
certains pays, sur des données comparatives de l'office fédéral des migrations (arrêt
5A_384/2007 du 3 octobre 2007 consid. 4.1, in FamPra.ch 2008 p. 226). L’étude «prix
et salaires», réalisée par L_, est en particulier considérée comme appropriée
par la jurisprudence (arrêts 5A_246/2015 du 28 août 2015 consid. 4.2; 5A_173/2014
du 6 juin 2014 consid. 6.1; 5A_50/2008 du 30 avril 2008 consid. 5.2; 5A_384/2007 du
3 octobre 2007 consid. 4.1, in FamPra.ch 2008 p. 226).
3.2.2 Les enfants d'un même débiteur doivent être financièrement traités de manière
identique, proportionnellement à leurs besoins objectifs, ce qui signifie que des frais
éducatifs, médicaux ou de formation spécifiques à chacun d'eux peuvent être pris en
considération. L'allocation de montants distincts n'est dès lors pas d'emblée exclue,
mais commande une justification particulière (ATF 137 III 59 consid. 4.2.1). La quotité
de la contribution ne dépend en outre pas uniquement de la capacité contributive du
parent débiteur d'aliments, mais aussi des ressources financières du parent qui a
- 8 -
obtenu la garde; le parent auquel incombe l'entretien de plusieurs enfants dont les
besoins sont semblables peut ainsi avoir à payer des montants différents, si ces
enfants vivent dans des foyers disposant de moyens financiers dissemblables (ATF
126 III 353 consid. 2b; 127 III 68 consid. 2b).
Dans la mesure où le revenu déterminant du débiteur de l’entretien excède son propre
minimum vital, cet excédent doit d’abord être partagé entre tous les enfants créanciers
d’aliments. Si l’excédent éventuel du parent devant payer la contribution ne suffit pas à
couvrir les besoins de tous ses enfants, le principe de l'égalité de traitement impose de
calculer à nouveau les contributions pour ces derniers en retirant, de façon comptable,
du minimum vital du débiteur les montants qu'il doit à ses autres enfants, puis en
répartissant le solde disponible entre chaque enfant, en fonction de ses besoins
spécifiques et des ressources des autres parents; le cas échéant, le débiteur doit ouvrir
action en modification de jugements antérieurs qui fixent des contributions trop élevées
(ATF 127 III 68 consid. 2; arrêts 5A_62/2007 du 24 août 2008 consid. 6.2; 5C.197/2004
du 9 février 2005 consid. 3 et 4; 5C.127/2003 du 15 octobre 2003 consid. 4.1.4). S’il ne
reste absolument aucun excédent, aucune contribution d’aliments ne peut être
attribuée (ATF 137 III 59 consid. 4.2.1).
3.3 L’appelant reproche, à juste titre, au premier juge de ne pas avoir compté, dans la
fixation de son minimum vital, le montant de base mensuel destiné à couvrir ses
charges fixes. En revanche, il fait valoir, à tort, un montant de 1200 fr. à ce titre.
L’intéressé est, en effet, domicilié, depuis plusieurs années, à G_, en
ALLEMAGNE, en sorte qu’il convient de tenir compte du niveau de vie de ce pays.
3.3.1 Les données de l’OCDE révélaient, en 2007, que le coût de la vie, en Suisse,
était plus élevé de quelque 17 % qu’en Allemagne. A la même époque, la comparaison
internationale du niveau des prix, fondée sur les données d’Eurostat, direction générale
de la commission européenne chargée de l'information statistique à l'échelle
communautaire, et de l’office fédéral de la statistique, destinées notamment à calculer
les parités de pouvoir d’achat, mettait en évidence que le coût des besoins
incompressibles, en Suisse, était supérieur à celui de l’Allemagne de 26 % pour les
produits alimentaires et les boissons non alcoolisées, de 35 % pour la santé, de 8 %
pour l’habillement et de 9 % pour l’ameublement et l’équipement ménager (www.xxx).
La Suisse demeure un «îlot de cherté». Selon l’étude «Prix et salaires» réalisée par
L_ en 2015, le pouvoir d’achat, dans les grandes villes allemandes, est
inférieur d’environ 21 % - Francfort et Berlin (21.9 %), Munich (20.2 %) - à celui qui
prévaut en ville de S_. Dans un arrêt récent, confirmé par le Tribunal fédéral,
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la cour de justice du canton de Genève a dès lors fixé à 900 fr. la base mensuelle du
minimum d’existence du débirentier, domicilié en Allemagne, à proximité de Francfort
(arrêt 5A_173/2014 du 6 juin 2014 consid. 6.1).
3.3.2 G_ est une commune du Baden-Württemberg, située dans le district
de Freiburg im Breisgau. Les prix, dans cette ville, sont, en moyenne, inférieurs de 9.3
% à ceux du reste du pays (www.xxx). Dans ces circonstances, le montant de base
mensuel du débirentier doit être arrêté à quelque 840 fr. (70 % de 1200 fr.).
L’appelant n’a pas établi la nécessité d’un véhicule automobile pour l’acquisition de son
revenu. Le montant mensuel de base comprend, par ailleurs, déjà le courant
électrique. Dans ces circonstances, les charges variables du défendeur se montent à
503 € 15 (573 € 45 - [40 € 55 {prime d’assurance du véhicule automobile} + 29 € 75
{frais d’électricité}]). La base mensuelle d’entretien a été arrêtée à 840 fr., soit au taux
de conversion de 0 € 91652 (www.xxx), à quelque 769 € 90. Le montant total des
besoins incompressibles de l’intéressé s’élève ainsi à 1273 € 05 (503 € 15 + 769 € 90),
en sorte qu’il est supérieur à son revenu de 1114 € 65.
Les contributions à l’entretien de J_ et K_, issus d’une précédente
union du défendeur, s’élèvent au montant total de 100 €. Même en les déduisant du
minimum vital de l’appelant, réduit alors à 1173 € 05 (1273 € 05 - 100 €), celui-ci ne
dispose d’aucun solde disponible. Dans ces circonstances, il ne saurait être astreint à
contribuer à l’entretien de son fils B_. L’appel est, partant, admis.
4. Vu le sort de l’appel, il y a lieu de statuer, à nouveau, sur les frais de première
instance (art. 318 al. 3 CPC).
4.1
4.1.1 L'article 106 al. 2 CPC prescrit que lorsqu'aucune des parties n'obtient
entièrement gain de cause, les frais sont répartis selon le sort de la cause. Cette règle
suppose une répartition des frais judiciaires et des dépens (art. 95 al. 1 CPC)
proportionnelle à la mesure où chacune a succombé (arrêt 4A_226/2013 du 7 octobre
2013 consid. 6.2; STAEHELIN, Zivilprozessrecht, 2 e éd. 2013, § 16, ch. 35, p. 251 s.;
TAPPY, Code de procédure civile commenté, 2011, n. 34 ad art. 106 CPC).
En l’espèce, l’action en paternité était fondée. En revanche, les conclusions en
indemnisation des frais liés à la naissance et en entretien de l’enfant ont été rejetées.
L’expertise administrée tendait à établir le lien de filiation paternelle entre le défendeur
et B_. Le défendeur a qualité de partie qui succombe sur cet objet de la
http://www.goeuro.fr/bus_vers_fribourg_en_brisgau http://www.oanda.com/lang/fr/currency/classic-converter
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demande, en sorte qu’il doit supporter les honoraires de l’expert, d’un montant de
600 francs. Le solde des frais, dont le montant - 800 fr. -, fixé conformément aux
dispositions applicables (art. 13 al. 1 et 2, 17 LTar), n’est pas contesté, est, en
revanche, mis à raison de moitié à la charge de chaque partie, qui supporte ses frais
d’intervention.
4.1.2 En première instance, les parties bénéficiaient de l’assistance judiciaire. Les frais
qu’elles supportent - demanderesse : 400 fr.; défendeur : 1000 fr. (600 fr. + 400 fr.) -
sont en conséquence mis à la charge de l’Etat du Valais (art. 122 al. 1 let. b CPC).
Leur conseil n’a pas contesté l’indemnité allouée à titre de dépens. L’Etat du Valais
versera, dans ces circonstances, les montants de 1000 fr. à M e N_ et de
800 fr. à M e D_.
4.1.3 A teneur de l’article 123 al. 1 CPC, une partie est tenue de rembourser
l’assistance judiciaire dès qu’elle est en mesure de le faire.
Dès lors, si la situation financière de Y_ et/ou de X_ s’améliore
notablement, celle-là remboursera à l’Etat du Valais le montant total de 1400 fr. (400 fr.
+ 1000 fr.) et celui-ci le montant de 1800 fr. (1000 fr. + 800 fr.).
4.2
4.2.1 Les dispositions des articles 106 ss CPC sont applicables en appel (TAPPY, n. 19
ad art. 106 CPC). Il arrive que la partie appelée ne formule aucune conclusion en
seconde instance. Quels que soient ses motifs réels, elle ne peut échapper, en cas
d’admission du recours, à la condamnation aux frais judiciaires simplement en
s’abstenant de prendre des conclusions. Elle doit être considérée comme la partie qui
succombe, qu’elle ait pris ou non des conclusions, dans la mesure où la décision
attaquée est modifiée à son détriment, soit dans un sens contraire à ses prétentions
devant l’autorité précédente (TAPPY, n. 22 ad art. 106 CPC; CORBOZ, Commentaire de
la LTF, 2 e éd., 2014, n. 38 ad art. 66 LTF).
En l’espèce, l’appelée n’a pas déposé de réponse. En première instance, elle a
réclamé le versement d’une contribution d’entretien d’un montant mensuel de
600 francs. Vu le sort de l’appel, elle a dès lors qualité de partie qui succombe, en
sorte qu’elle doit supporter les frais et les dépens de seconde instance.
4.2.2 L'émolument est calculé par référence au barème applicable en première
instance et peut tenir compte d'un coefficient de réduction de 60 % (art. 19 LTar, tel
- 11 -
que modifié par le décret du 16 décembre 2014 concernant l’application des
dispositions sur le frein aux dépenses et à l’endettement dans le cadre du budget
2015). La cause présentait un degré de difficulté ordinaire. Eu égard aux principes de
la couverture des frais et de l'équivalence des prestations, ainsi qu'à la situation
pécuniaire des parties, les frais de justice sont arrêtés à 400 francs.
L’assistance judiciaire accordée en première instance ne s’étend pas à la deuxième
instance. A défaut de nouvelle requête pour la procédure de recours (art. 119 al. 5
CPC), les frais ne sont dès lors pas supportés par l’Etat du Valais, mais par l’appelée.
4.2.3 Les honoraires sont également calculés par référence au barème applicable en
première instance, compte tenu d'un coefficient de réduction de 60 % (art. 35 al. 1 let.
a LTar).
L’activité du conseil de l’appelant a, pour l’essentiel, consisté à rédiger la déclaration
d’appel. Eu égard, par ailleurs, au degré ordinaire de difficulté de la cause et à la
situation pécuniaire des parties, les dépens sont fixés à 600 fr., débours compris.