Decision ID: 9eed1fcf-6a17-48c9-ae24-dc038fb675b4
Year: 2015
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
A.X._, fils d'B.X._ Y._et de C.D.Z._ selon les diverses attestations versées au dossier, est né le ******** 2003 à Yaoundé, au Cameroun. A.X._ est inscrit dans une école à 2******** au Cameroun et vit auprès de sa grand-mère paternelle E.F._. En effet, son père a quitté le Cameroun pour la Suisse avant sa naissance. Né en 1979, il est arrivé en Suisse le 15 octobre 2002. Il a obtenu une autorisation de séjour le 27 juillet 2007 et la nationalité Suisse le 31 janvier 2012. Quant à la mère de A.X._, elle travaille régulièrement en Guinée équatoriale.
Le 18 décembre 2013, le Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou a accordé l'autorité parentale exclusive de A.X._ à son père B.X._ Y._. Cette décision est définitive et exécutoire.
B.
Le 21 octobre 2014, B.X._ Y._ a déposé auprès de la représentation suisse à Yaoundé une demande d'autorisation d'entrée en Suisse, respectivement de séjour par regroupement familial en faveur de son fils A.X._.
Le 30 octobre 2014, C.D.Z._ a déclaré auprès du Commissariat de police de Yaoundé autoriser son fils A.X._ à rejoindre son père en Suisse.
Le 15 décembre 2014, l'ambassade suisse à Yaoundé a recommandé à l'Office fédéral des migrations (ODM – devenu le Secrétariat d'Etat aux migrations – SEM, le 1
er
janvier 2015) de mettre en œuvre un test ADN afin de confirmer la filiation entre B.X._ Y._ et A.X._.
Il ressort des extraits de compte qu'B.X._ Y._ transfert régulièrement de l'argent à E.F._. En particulier, il lui a versé 200 frs le 1
er
mars 2015, 258 frs le 2 janvier 2015, 78 frs le 30 octobre 2014, 78 frs le 1
er
octobre 2014, 500 frs le 31 août 2014, 137 frs le 29 mai 2014, 137 frs le 30 avril 2014, 98 frs le 2 avril 2014, et 138 frs le 5 mars 2014.
Le 20 avril 2015, le Service de la population du canton de Vaud (SPOP) a préavisé négativement à la demande de regroupement familial de A.X._. Il lui a toutefois imparti un délai au 19 mai 2015 pour se déterminer à ce sujet.
Le 29 avril 2015, un certificat médical a été émis en faveur de E.F._ l'interdisant d'effectuer de lourds travaux et des activités physiques.
Le 13 mai 2015, B.X._ Y._a maintenu sa requête en expliquant d'une part que la mère de A.X._ ne s'occupe plus de lui puisqu'elle travaille dans un autre pays qu'au Cameroun et que d'autre part, sa propre mère ne peut plus en prendre soin au vu de son état de santé. B.X._ Y._ ajoute qu'il n'a pas pu déposer une demande de regroupement familial avant puisque vivant avec les quatre enfants de son épouse, il n'avait pas la place d'accueillir son fils chez lui, mais que la situation est différente aujourd'hui puisque ces enfants sont partis de la maison.
Par décision du 4 juin 2015, notifiée au représentant de A.X._ le 15 juin 2015, le SPOP a refusé de délivrer à ce dernier une autorisation d'entrée en Suisse, respectivement de séjour, au motif principal que la demande était tardive.
C.
Le 13 juillet 2015, A.X._, représenté par son père B.X._ Y._, a recouru contre la décision précitée auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal, concluant principalement à son annulation et à son renvoi à l'autorité précédente pour qu'elle délivre l'autorisation de séjour requise. A l'appui, un bordereau de pièces a été produit, contenant notamment un rapport d'enquête sociale établi par le Ministère des affaires sociales de 2********, au Cameroun.
Le 20 juillet 2015, le SPOP a transmis à la Cour le dossier et a conclu au rejet du recours le 6 août 2015.
Enfin, le 8 septembre 2015, B.X._ Y._ a transmis à la Cour des pièces complémentaires.
D.
La Cour a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:
1.
Interjeté en temps utile (art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; RSV 173.36]), le recours satisfait par ailleurs aux autres conditions formelles de recevabilité (art. 79 al. 1 LPA-VD, applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD), de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2.
Le recourant se plaint de la violation de l'art. 47 al. 4 de la loi fédérale sur les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr; RS 142.20).
a) Selon l'art. 47 LEtr, le regroupement familial doit être demandé dans les cinq ans. Pour les enfants de plus de 12 ans, le regroupement doit intervenir dans un délai de 12 mois (al. 1). L'art. 47 al. 3 let. a LEtr précise que, pour les membres de la famille des ressortissants suisses visées à l'art. 42 al. 1 LEtr, les délais commencent à courir au moment de leur entrée en Suisse ou de l'établissement du lien familial. Ce qui est déterminant, c'est l'entrée en Suisse du ressortissant suisse (cf. arrêt 2C_473/2014 du 2 décembre 2014 consid.
4.1; Marc Spescha, in Spescha/Thür/Zünd/Bolzli, Migrationsrecht, 3e éd. 2012, n° 5 ad art. 47 LEtr; Martina Caroni, in Caroni/Gächter/Thurnherr [éd.], Bundesgesetz über die Ausländerinnen und Ausländer [AuG], 2010, n° 13 ad art. 47 LEtr; Caroni/Grasdorf-Meyer/Ott/Scheiber, Migrationsrecht, 3e éd. 2014, p. 135).
Par ailleurs, au titre des dispositions transitoires, l'art. 126 al. 3 LEtr prévoit que les délais prévus à l'art. 47 al. 1 LEtr commencent à courir à l'entrée en vigueur de la LEtr, soit le 1er janvier 2008, dans la mesure où l'entrée en Suisse ou l'établissement du lien familial sont antérieurs à cette date. Passé ce délai, le regroupement familial différé n'est autorisé que pour des raisons familiales majeures. Si nécessaire, les enfants de plus de 14 ans sont entendus (art. 47 al. 4 LEtr). Dans l'éventualité où l'enfant atteint l'âge de 12 ans durant le délai de 5 ans de l'art. 47 al. 1 LEtr, ce délai se verra raccourci à un an au plus (cf. arrêts 2C_201/2015 du 16 juillet 2015 ; 2C_473/2014 du 2 décembre 2014 consid. 4.1; 2C_578/2012 du 22 février 2013 consid. 4.1; 2C_981/2010 du 26 janvier 2012 consid. 3.2; 2C_205/2011 du 3 octobre 2011 consid. 3.5).
b) En l'occurrence, le père du recourant, B.X._ Y._ est entré en Suisse le 15 octobre 2002, a obtenu un titre de séjour le 27 juillet 2007 et la nationalité suisse le 31 janvier 2012. Tant la date de l'entrée en Suisse que celle de l'établissement du lien de filiation, qui a eu lieu à la naissance de A.X._, sont antérieures à l'entrée en vigueur de la LEtr (art. 47 al. 3 let. a LEtr). Le délai part donc le 1
er
janvier 2008 (art. 126 al. 3 LEtr). Il est de cinq ans (art. 47 al. 1 LEtr). La demande de regroupement familial pouvait donc être déposée jusqu'au 1
er
janvier 2012. Déposée le 21 octobre 2014, elle est tardive.
c) Il sied donc de se demander si A.X._ pourrait se prévaloir de raisons personnelles majeures au sens de l'art. 47 al. 4 LEtr.
L'art. 75 de l'ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative (OASA; RS 142.201) précise que des raisons familiales majeures peuvent être invoquées lorsque le bien de l'enfant ne peut être garanti que par un regroupement familial en Suisse. C'est notamment le cas lorsque des enfants se trouveraient livrés à eux-mêmes dans leur pays d'origine (par ex. décès ou maladie de la personne qui en a la charge, ATF 126 II 329). C'est l'intérêt de l'enfant et non les intérêts économiques (prise d'une activité lucrative en Suisse) qui priment (Message concernant la loi sur les étrangers, FF 2002 3549). Il ressort notamment du chiffre 6 "Regroupement familial" des directives "Domaine des étrangers" du Secrétariat d'Etat aux migrations d'octobre 2013, actualisées le 1
er
septembre 2015 que, dans l'intérêt d'une bonne intégration, il ne sera fait usage de l'art. 47 al. 4 LEtr qu'avec retenue (cf. ch. 6.10.4). Le Tribunal fédéral s'est penché sur les conditions applicables au regroupement familial partiel (ATF 136 II 78 consid. 4.7 p. 85 s.). Il a jugé que le nouveau droit ne permettait plus de justifier l'application des conditions restrictives posées par la jurisprudence en application de l'ancienne loi fédérale sur le séjour et l'établissement des étrangers (aLSEE) en cas de regroupement familial partiel si celui-ci était demandé dans les délais de l'art. 47 al. 1 LEtr. En revanche, il a précisé que ces conditions pouvaient jouer un rôle en relation avec les "raisons familiales majeures" au sens de l'art. 47 al. 4 LEtr, laissant ainsi subsister, dans ce cas, les principes développés sous l'ancien droit (cf. arrêt 2C_1198/2012 du 26 mars 2013 consid. 4.2).
Selon la jurisprudence rendue sous l'empire de l'aLSEE, le regroupement familial partiel différé est soumis à des conditions strictes. La reconnaissance d'un droit au regroupement familial suppose alors qu'un changement important de circonstances, notamment d'ordre familial, se soit produit, telle qu'une modification des possibilités de la prise en charge éducative à l'étranger (ATF 130 II 1 consid. 2; 124 II 361 consid. 3a). Lorsque le regroupement familial est demandé à raison de changements importants des circonstances à l'étranger, notamment dans les rapports de l'enfant avec le parent qui en avait la charge, il convient d'examiner s'il existe des solutions alternatives, permettant à l'enfant de rester où il vit; cette exigence est d'autant plus importante pour les adolescents (ATF 133 II 6 consid. 3.1.2; cf. aussi arrêts 2A.737/2005 du 19 janvier 2007 et 2A.405/2006 du 18 décembre 2006). D'une manière générale, plus l’enfant a vécu longtemps à l'étranger et se trouve à un âge proche de la majorité, plus les motifs propres à justifier le déplacement de son centre de vie doivent apparaître sérieux et solidement étayés. Pour le reste, la jurisprudence ne pose aucune règle rigide en la matière, mais invite au contraire, dans la ligne de la pratique de la Cour européenne des droits de l'homme, à procéder à un examen individuel dans chaque cas d'espèce, loin de tout schématisme préétabli. L'appréciation doit se faire sur la base de l'ensemble des circonstances et tenir particulièrement compte de la situation personnelle de l'enfant (liens familiaux et sociaux, possibilité de prise en charge éducative dans son pays, etc.), de ses chances d'intégration en Suisse (compte tenu notamment de son âge, de son niveau scolaire et de ses connaissances linguistiques), du temps qui s'est écoulé depuis la séparation d'avec son parent établi en Suisse, de la situation personnelle de celui-ci (notamment sur les plans familial et professionnel) et des liens qui les unissent l'un à l'autre. Pour juger de l'intensité de ces liens, il faut notamment prendre en considération le nombre d'années que le parent établi en Suisse a vécues avec son enfant à l'étranger avant d'émigrer, et examiner dans quelle mesure il a depuis lors maintenu concrètement avec lui des relations malgré la distance, en particulier s'il a eu des contacts réguliers avec lui (au moyen de visites, d'appels téléphoniques, de lettres, etc.), s'il a gardé la haute main sur son éducation et s'il a subvenu à son entretien (ATF 133 II 6 précité consid. 5.5). Le regroupement familial partiel suppose également de tenir compte de l'intérêt supérieur de l'enfant, comme l'exige l'art. 3 par. 1 de la convention du 20 novembre 1989 relative aux droits de l'enfant (CDE; RS 0.107). Enfin, les raisons familiales majeures pour le regroupement familial ultérieur doivent être interprétées d'une manière conforme au droit fondamental au respect de la vie familiale (art. 13 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse [Cst.; RS 101] et 8 de la Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales [CEDH; RS 0.101]).
d) En l'occurrence, il ressort des pièces versées au dossier que A.X._, âgé de 12 ans depuis le ******** 2015, vit auprès de sa grand-mère paternelle au Cameroun, à Yaoundé, ville dans laquelle il est régulièrement scolarisé. Selon le rapport d'enquête sociale, la grand-mère souffrirait de diabète, d'hypertension et de rhumatisme. Par ailleurs, il ressort du certificat médical versé au dossier qu'elle est interdite de charge lourde et de toute activité physique. Ces documents n'expliquent toutefois pas précisément en quoi ces éléments empêcheraient E.F._ de continuer à prendre soin d'un enfant âgé de 12 ans ayant déjà acquis une certaine autonomie. En effet, à cet âge, le rôle des grands-parents peut se limiter à une présence, à un entourage affectif et à une certaine vigilance (cf. arrêt CDAP PE.2014.0047 du 11 juin 2014 consid. 4b). Ainsi, dans ces circonstances, on ne peut considérer que A.X._ soit livré à lui-même au Cameroun. Par ailleurs, il semblerait qu'il y ait au Cameroun des oncles et des tantes qui pourraient prendre soin de A.X._ (voir rapport d'enquête sociale), ce qui constituerait par ailleurs une solution alternative acceptable. Enfin, il y a lieu de préciser que son père a quitté le Cameroun alors que le recourant n'était pas encore né. Ils n'ont donc jamais cohabité. De plus, B.X._ Y._ n'a pas établi entretenir des contacts réguliers avec son fils, outre les extraits de compte postal prouvant qu'il verse de modestes sommes à sa mère. A cela s'ajoute que A.X._ a toujours vécu au Cameroun et qu'il y a tissé des attaches sociales, familiales et culturelles importantes. Sa venue en Suisse serait alors susceptible de provoquer chez lui un grand déracinement. Sa venue en Suisse n'apparaît dès lors pas dans son intérêt supérieur au sens de la CDE.
Sous l'angle de l'art. 8 CEDH, la situation n'est pas différente. En effet, bien qu'B.X._ Y._ bénéficie d'un droit durable à demeurer en Suisse, on ne peut considérer qu'il entretienne avec son fils une relation intacte, étroite et effective (arrêts du TF 2C_723/2010 du 14 février 2011; 2C_508/2009 du 20 mai 2010). En effet, comme déjà dit, B.X._ Y._ n'a pas démontré avoir passé du temps au Cameroun auprès de son fils. Il ne peut dès lors pas se prévaloir de la protection de l'art. 8 CEDH.
Au vu de ces éléments, il n'apparaît pas que l'intérêt de l'enfant A.X._ serait de venir en Suisse, pays qu'il ne connaît pas.
En conclusion, on ne saurait considérer que le regroupement familial de A.X._ auprès de son père se justifie pour des raisons familiales majeures. Partant, la décision attaquée refusant l'octroi d'une autorisation d'entrée en Suisse, respectivement de séjour en faveur de A.X._ est fondée.
3.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. Les frais de justice sont mis à la charge du recourant, qui n'a pas droit à des dépens (art. 49 al. 1 et 55 al. 1 LPA-VD).