Decision ID: f572ac8c-8f83-4944-8d2f-e1bbbc1e5fd9
Year: 2017
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. A._ est inscrite au Registre du commerce du canton de Vaud depuis le ******** 2013. Elle a son siège à ******** et a pour but: «l'importation, le marketing et la vente au détail de cosmétiques et de tous autres biens». Elle a pour associés, C._, D._ et E._, tous domiciliés en ********, et pour gérant, F._, domicilié à ********. Elle exploite actuellement cinq centres de soins et de vente de produits situés à ********, ********, ******** et ********, et prévoit d’en ouvrir quatre autres à ********, ********, ******** et ********.
B. Ressortissant israélien né en 1984, B._ a développé, à teneur de son curriculum vitae les compétences suivantes:
«(...)
- Formateur et Opérateur de la technique Bella Contour, système basé sur l'utilisation des ultrasons pour le modelage du corps.
- Formateur et Opérateur de la technique Bella Contour, système basé sur l'utilisation des ultrasons pour l'amélioration des problèmes de peau et les signes de l'âge.
- Operateur qualifié de WlshPro, technique infrarouge et Blue ray permettant l'amélioration de la texture de la peau utilisant des composants tels que le botox, collagène et acide hyaluronique.
- Formateur pour les produits d'Aqua Mineral - produits dérivés des minéraux de la Mer Morte.
- Formateur pour les produits de la gamme Botanifique, ligne de produits biologique composée d'herbes naturelles et de formules brevetées permettant l'amélioration de la texture de la peau ainsi que de sa pigmentation dans le but de ralentir les signes du vieillissement et le traitement de l'acné.
- Responsable de la création de nouveaux centres, de la formation du personnel et de l'implantation de méthodes de ventes novatrices.
- Formateur individuel des nouvelles techniques.
(...)»
De septembre 2011 à avril 2013, B._ a exercé ses compétences sur les bateaux de ********. En octobre 2013, il a été engagé par A._ en qualité de manager régional. Il a bénéficié d’une autorisation de séjour en Suisse pour formation, valable jusqu’au 8 mai 2015 et prolongée jusqu’au 8 mai 2016, dans le but d’apprendre la langue française. A._ et B._ ont conclu un contrat de travail le 1er mai 2016, par lequel la première a engagé le second en qualité d’«executive manager» (directeur des ventes) au siège de la compagnie, à ********; son salaire se monte à 11'000 fr. brut par mois, auxquels s’ajoute un bonus déterminé en fonction de la performance de chaque point de vente en Suisse.
Le 27 juillet 2016, A._ a fait publier par l’Office régional de placement (ORP) de ******** une offre d’emploi pour le poste de «gestionnaire de magasin», capable de s’exprimer dans les langues suivantes: «Anglais écrit et parlé courant, français, hébreu, Italien» et répondant aux compétences suivantes:
«(...)
- Capable de voyager dans un délai extrêmement court
- Capable de vendre des produits cosmétiques
- Capable de vendre des produits de la Mer Morte avec une expérience d'au moins 5 ans
- Familier avec les produits de la Mer Morte
- Familier avec l'utilisation de machines à ultrasons
- Familier avec la méthode des ultrasons Bella Contour et Bella Visage
- Familier avec le système Wishpro
(...)»
Deux candidats ont postulé pour ce poste mais n’ont pas été retenus, leur profil ne correspondant pas au candidat recherché par A._. Le 20 septembre 2016, A._ a saisi le Service de l’emploi (ci-après: SDE) d’une demande en vue de la délivrance d’une autorisation de séjour avec activité lucrative en faveur d’B._. Dans sa lettre du 23 septembre 2016 accompagnant cette demande, elle explique vouloir développer 22 nouveaux centres en Suisse que son projet d’extension permettra de créer 200 nouveaux emplois «de qualité» sur le territoire suisse. Le 3 janvier 2017, le SDE a invité A._ à lui faire parvenir les preuves de recherches effectuées en vue de trouver un travailleur sur le marché indigène du travail, d’une part, et un plan d’exploitation sur trois ans avec organisation projetée de l’entreprise, d’autre part. Le 9 janvier 2017, A._ a répondu au SDE qu’elle n’avait trouvé aucun candidat dont le profil était équivalent à celui d’B._; elle a joint à sa correspondance un document intitulé «Swiss Business Plan». Par décision du 14 février 2017, le SDE a rendu une décision négative et a refusé de délivrer l’autorisation requise.
C. A._ et B._ ont recouru auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) contre cette décision, dont ils demandent l’annulation. Ils concluent à ce que l’autorisation requise soit délivrée à B._.
Le SDE et le Service de la population (ci-après: SPOP) ont produit leurs dossiers respectifs. Dans sa réponse, le SDE propose le rejet du recours et la confirmation de la décision attaquée. Le SPOP a renoncé, pour sa part, à se déterminer.
A._ et B._ se sont déterminés sur la réponse du SDE ; ils maintiennent leurs conclusions. Ils ont indiqué que tant ce dernier que C._, associé dans A._, étaient prêts à se présenter en audience pour y être entendus par le Tribunal.
D. Le Tribunal a statué à huis clos, par voie de circulation.

Considérant en droit:
1. A teneur de l’art. 85 de la loi cantonale du 5 juillet 2005 sur l'emploi (LEmp, RSV 822.11), la loi sur la procédure administrative est applicable aux décisions rendues en application, notamment, de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20), ainsi qu'aux recours contre lesdites décisions. Interjeté en temps utile auprès de l'autorité compétente, le recours satisfait aux autres conditions formelles de recevabilité (cf. art. 79 de la loi cantonale du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; RSV 173.36], applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD), de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2. Dans leur dernière écriture, les recourants n’ont pas formellement requis la tenue d’une audience. Ils ont expliqué qu’ils se tenaient à la disposition du Tribunal pour s’expliquer oralement dans le cadre d’une audience de jugement.
a) Devant la CDAP, la procédure est en principe écrite (art. 27 LPA-VD). Les parties participent à l'administration des preuves (art. 34 al. 1 LPA-VD). A cet effet, l’autorité peut, notamment (art. 29 al. 1 LPA-VD), entendre les parties (let. a), recourir à la production de documents, titres et rapports officiels (let. d), aux renseignements fournis par les parties, des autorités ou des tiers (let. e) et recueillir des témoignages (let. f). Elle n'est toutefois pas liée par les offres de preuves formulées par les parties (art. 28 al. 2 LPA-VD); elle doit examiner les allégués de fait et de droit et administrer les preuves requises, si ces moyens n'apparaissent pas d'emblée dénués de pertinence (art. 34 al. 3 LPA-VD).
Le droit d'être entendu découlant des art. 29 al. 2 Cst. et 27 al. 2 Cst./VD comprend notamment le droit pour l'intéressé de produire des preuves pertinentes, d'obtenir qu'il soit donné suite à ses offres de preuves pertinentes, de participer à l'administration des preuves essentielles ou, à tout le moins, de s'exprimer sur son résultat lorsque cela est de nature à influer sur la décision à rendre. A lui seul, l'art. 29 al. 2 Cst. ne confère pas le droit d'être entendu oralement, ni celui d'obtenir l'audition de témoins. Le droit d'être entendu n'empêche pas l'autorité de mettre un terme à l'instruction lorsque les preuves administrées lui ont permis de former sa conviction et que, procédant d'une manière non arbitraire à une appréciation anticipée des preuves qui lui sont encore proposées, elle a la certitude que ces dernières ne pourraient pas l'amener à modifier son opinion (ATF 140 I 285 consid. 6.3.1 p. 299; 140 I 68 consid. 9.6.1 p. 76; 131 I 153 consid. 3 p. 157; 130 II 425 consid. 2.1 p. 429; 124 I 241 consid. 2 p. 242, et les arrêts cités). Les art. 29 al. 2 Cst. et 27 al. 2 Cst./VD n’accordent pas à la partie dans la procédure devant la juridiction administrative le droit inconditionnel d’être entendu oralement, ni celui d’obtenir l’audition de témoins ou la mise en œuvre d’une expertise (ATF 134 I 140 consid. 5.3 p. 148; 122 II 464 consid. 4c p. 469/470). A cela s’ajoute que l’art. 47 al. 4 LEtr, dont la deuxième phrase ne prévoit l’audition des enfants de plus de quatorze ans que si cela est nécessaire, ne confère pas un droit d’être entendu oralement.
b) En l’espèce, l’on peut se dispenser de tenir une audience publique aux fins d’auditionner les représentants d’A._ et le recourant B._. L’autorité intimée a produit le dossier complet de la procédure administrative. Or, ce dossier est complet et le litige a trait, comme on le verra ci-dessous, à des questions d’ordre principalement, sinon exclusivement juridique, que le Tribunal examine avec un plein pouvoir d’examen (cf. art. 98 LPA-VD). Dès lors, par appréciation anticipée des preuves, le Tribunal s’estime en mesure de statuer en connaissance de cause, en se dispensant de tenir une audience pour recueillir les explications orales de la recourante.
3. Le litige porte sur la question de savoir si c'est à bon droit que l'autorité intimée a refusé d'accorder une autorisation de séjour avec activité lucrative en faveur d’B._. Ce dernier est ressortissant d’un Etat avec lequel la Suisse n’est liée par aucune convention, de sorte que cette question doit être résolue au regard du droit interne exclusivement, soit la LEtr et ses ordonnances d’application.
a) Aux termes de l’art. 40 al. 2 LEtr, lorsqu'un étranger ne possède pas de droit à l'exercice d'une activité lucrative, une décision cantonale préalable concernant le marché du travail est nécessaire pour l'admettre en vue de l'exercice d'une telle activité. Selon l'art. 83 al. 1 let. a de l'ordonnance fédérale du 24 octobre 2007 relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative (OASA; RS 142.201), avant d’octroyer une première autorisation de séjour en vue de l’exercice d’une activité lucrative, l’autorité cantonale décide notamment si les conditions sont remplies pour exercer cette activité au sens des art. 18 à 25 LEtr.
A teneur de l'art. 11 LEtr, tout étranger qui entend exercer en Suisse une activité lucrative doit être titulaire d’une autorisation, quelle que soit la durée de son séjour. Il doit la solliciter auprès de l’autorité compétente du lieu de travail envisagé (al. 1). Est considérée comme activité lucrative toute activité salariée ou indépendante qui procure normalement un gain, même si elle est exercée gratuitement (al. 2). En cas d’activité salariée, la demande d’autorisation est déposée par l’employeur (al. 3). L'art. 1a OASA précise qu'est considérée comme activité salariée toute activité exercée pour un employeur dont le siège est en Suisse ou à l’étranger, indépendamment du fait que le salaire soit payé en Suisse ou à l’étranger et que l’activité soit exercée à l’heure, à la journée ou à titre temporaire (al. 1); est également considérée comme activité salariée toute activité exercée en qualité d’apprenti, de stagiaire, de volontaire, de sportif, de travailleur social, de missionnaire, de personne exerçant une activité d’encadrement religieux, d’artiste ou d’employé au pair (al. 2). Le service chargé, en vertu du droit cantonal, d'octroyer les autorisations de travail - le SDE en l'occurrence (cf. art. 64 al. 1 let. a de la loi vaudoise sur l’emploi du 5 juillet 2005 [LEmp; RSV 822.11]) - décide si l'activité d'un étranger est considérée comme une activité lucrative au sens de l'art. 11 al. 2 LEtr et, en cas de doute, il soumet le cas, pour décision, au Secrétariat d’Etat aux migrations ([SEM]; cf. art. 4 OASA).
b) Aux termes de l’art. 18 LEtr, un étranger ne peut être admis en vue de l’exercice d’une activité lucrative salariée que si cela sert les intérêts économiques du pays (let. a), si son employeur a déposé une demande (let. b) et si les conditions fixées aux art. 20 à 25 de la loi sont remplies (let. c). Le Conseil fédéral peut limiter le nombre de ces autorisations (art. 20 LEtr). Un étranger ne peut être admis en vue de l’exercice d’une activité lucrative que s’il est démontré qu’aucun travailleur en Suisse ni aucun ressortissant d’un Etat avec lequel a été conclu un accord sur la libre circulation des personnes correspondant au profil requis n’a été trouvé (art. 21 al. 1 LEtr).
Concernant les efforts de recherche de l’employeur dans le cadre de l’art. 21 LEtr, les directives intitulées "I. Domaine des étrangers" du SEM prévoient en particulier ce qui suit (octobre 2013, version actualisée au 3 juillet 2017):
«(...) Les employeurs sont tenus d’annoncer le plus rapidement possible aux offices régionaux de placement les emplois vacants, qu’ils présument ne pouvoir repourvoir qu’en faisant appel à du personnel venant de l’étranger. Les offices de placement jouent un rôle clé dans l’exploitation optimale des ressources offertes par le marché du travail sur l’ensemble du territoire suisse. L’employeur doit, de son côté, entreprendre toutes les démarches nécessaires – annonces dans les quotidiens et la presse spécialisée, recours aux médias électroniques et aux agences privées de placement – pour trouver un travailleur disponible. On attend des employeurs qu’ils déploient des efforts en vue d’offrir une formation continue spécifique aux travailleurs disponibles sur le marché suisse du travail (...)» (ch. 4.3.2.1).
«L’employeur doit être en mesure de rendre crédibles les efforts qu’il a déployés, en temps opportun et de manière appropriée, en vue d’attribuer le poste en question à des candidats indigènes ou à des candidats ressortissants de l’UE/AELE. Des ressortissants d’Etats tiers ne seront contactés que dans le cas où les efforts entrepris n’ont pas abouti. Il convient dès lors de veiller à ce que ces démarches ne soient pas entreprises à la seule fin de s’acquitter d’une exigence. Elles doivent être engagées suffisamment tôt, dans un délai convenable avant l’échéance prévue pour la signature du contrat de travail. En outre, il faut éviter que les personnes ayant la priorité ne soient exclues sur la base de critères professionnels non pertinents tels que des séjours à l’étranger, des aptitudes linguistiques ou techniques qui ne sont pas indispensables pour exercer l’activité en question, etc.» (ch. 4.3.2.2).
Ces règles correspondent à ce que prévoyaient les art. 7 et 8 de l’ordonnance fédérale du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (OLE), abrogée avec effet au 1er janvier 2008.
c) Dans leur jurisprudence constante, l'ancien Tribunal administratif puis la Cour de droit administratif et de droit public du Tribunal cantonal ont considéré qu'il fallait se montrer strict quant à l'exigence des recherches faites sur le marché du travail de manière à donner la priorité aux demandeurs d'emploi indigènes. Aussi la jurisprudence a-t-elle en principe consacré le rejet des recours lorsqu'il apparaît que c'est par pure convenance personnelle que le choix de l'employeur s'est porté sur un étranger et non sur des demandeurs d'emploi présentant des qualifications comparables (cf. notamment, arrêts PE.2013.0474 du 13 août 2014; PE.2014.0006 du 1er juillet 2014; PE.2012.0041 du 14 juin 2012; PE.2010.0106 du 11 mai 2010; PE.2009.0042 du 14 décembre 2009; PE.2006.0405 du 19 octobre 2006 et les arrêts cités). Ainsi, le refus a été confirmé chaque fois qu’il est apparu que le poste décrit avait été créé de toutes pièces ou sur mesure pour le requérant (arrêts PE.2014.0208 du 22 janvier 2015; PE.2014.0214 du 10 septembre 2014; PE.2013.0474 du 13 août 2014).
A cela s’ajoute que les efforts de recrutement ne peuvent être pris en considération que si les annonces parues correspondent au profil de l’employé étranger pressenti. En outre, les recherches requises doivent avoir été entreprises dans la presse et auprès des ORP pendant la période précédant immédiatement le dépôt de la demande de main-d’œuvre étrangère, et non plusieurs mois auparavant (arrêt PE.2012.0010 du 23 mars 2012) ni, a fortiori, après la demande de permis (arrêt PE.2014.0006 du 1er juillet 2014). Ainsi, dans le cas d'un employeur qui souhaitait engager une ressortissante polonaise, le tribunal a considéré que la parution de quatre annonces dans un quotidien régional, dont deux dataient de plus d'une année au moment du dépôt de la demande et l'une était postérieure à cette demande, et l'annonce du poste à l'ORP seulement deux semaines avant l'engagement de l'étrangère, ne pouvaient être considérées comme conformes à l'exigence de recherches suffisantes sur le marché indigène. Les arguments avancés pour refuser les candidats qui s'étaient présentés étaient en outre lacunaires ou peu convaincants (arrêt PE.2008.0480 du 27 février 2009, confirmé sur recours par arrêt du Tribunal fédéral 2C_217/2009 du 11 septembre 2009 consid. 3.2). S'agissant d'une ressortissante roumaine, le tribunal a jugé que la seule annonce du poste sur le site internet de l'employeur et sur les présentoirs de grands magasins n'était pas suffisante, l'inscription auprès de l'office régional de placement ayant été effectuée postérieurement à la demande (arrêt PE.2009.0417 du 30 décembre 2009; v. dans le même sens arrêt PE.2014.0295 du 5 juin 2015 consid. 2d). Ont aussi été considérées comme insuffisantes des recherches par voie d'une ou deux annonces dans la presse, un ou deux ans avant le dépôt de la demande pour l'engagement d'un ressortissant bulgare, et l'absence d'annonce à l'office régional de placement (arrêt PE.2009.0244 du 27 novembre 2009). De même, la réponse à sept annonces spontanées de travailleurs sur Internet, la passation d'une unique annonce sur un site et le recours ponctuel à une agence de placement n'ont pas été jugés suffisants (arrêt PE.2006.0388 du 16 octobre 2007), de même qu’une unique annonce auprès de l’ORP local (arrêt PE.2013.0274 du 30 juillet 2014). A en outre été confirmé le refus de délivrer des autorisations de séjour et de travail à deux étudiantes roumaines, engagées par les parents de trois enfants en bas âge en qualité d'employées de maison pour une durée de douze mois. Une seule annonce était préalablement parue à l'ORP et le poste, exigeant des candidates qu'elles parlent l'italien ou le roumain et possèdent leur propre voiture, paraissait avoir été taillé sur mesure pour ces deux étudiantes. En outre, il était possible aux parents de trouver sur le marché du travail indigène une personne italienne ou roumaine d'origine, disposant d'une autorisation de séjour et de qualifications en rapport avec celles recherchées (arrêt PE.2014.0214 du 10 septembre 2014).
Plus récemment, le Tribunal cantonal a confirmé le refus de délivrer un permis de travail à une ressortissante roumaine pour un poste de secrétaire-réceptionniste dans une entreprise générale de la construction, parlant à la fois le roumain et le serbo-croate. C’est seulement après avoir été invité par le SDE à démontrer ce qui précède que l’employeur avait entrepris des recherches de candidats susceptibles de répondre aux exigences du poste et avait fait publier une annonce dans la presse. Il en est ressorti que le poste avait en réalité été taillé sur mesure pour l'intéressée, qui arrivait au terme de sa formation dans l’horlogerie et dont l'engagement résultait d’une pure convenance personnelle de l’employeur (arrêt PE.2015.0018 du 30 juillet 2015; dans le même sens, arrêts PE.2017.0084 du 16 août 2017; PE.2015.0069 du 6 août 2015; PE.2012.0285 du 4 décembre 2012).
d) En dérogation à l’art. 21 al. 1 LEtr, peuvent être admis les étrangers titulaires d'un diplôme d'une haute école ou d'une haute école spécialisée suisse qui souhaitent exercer une activité lucrative qui revêt un intérêt scientifique ou économique prépondérant (art. 21 al. 3 LEtr). Ces étrangers sont admis provisoirement pendant six mois à compter de la fin de leur formation ou de leur perfectionnement en Suisse pour trouver une telle activité. Dans ce cas, l'employeur ne doit notamment plus démontrer qu'il n'a pu trouver une personne correspondant au profil requis en dépit de ses recherches (ATAF C-6074/2010 du 19 avril 2011 consid. 5.2). L'art. 21 al. 3 LEtr a pour but de permettre à la Suisse de tirer un profit direct des investissements consentis pour la spécialisation des étudiants étrangers (arrêt PE.2014.0102 du 9 mai 2014 consid. 2a, réf. citée). Les directives précitées du SEM prévoient à cet égard (ch. 4.4.6):
«(...)
Cette réglementation permet, notamment, aux entreprises suisses et aux milieux académiques suisses de recruter des spécialistes qui ont terminé avec succès leurs études en Suisse et qui sont bien ou hautement qualifiés. Entrent en ligne de compte les titulaires d'un diplôme d'une haute école suisse dans les domaines où ils peuvent mettre en pratique à un haut niveau les connaissances qu'ils ont acquises et où il n'existe effectivement pas d'offre de main-d’œuvre suffisante. Il s'agit, en règle générale, d'activités dans les domaines de la recherche, du développement, dans la mise en œuvre de nouvelles technologies ou encore pour mettre en application le savoir-faire acquis dans des domaines d'activités qui revêtent un intérêt économique prépondérant.
Une activité lucrative revêt un intérêt économique prépondérant lorsqu'il existe sur le marché du travail un besoin avéré de main d'œuvre dans le secteur d'activité correspondant à la formation et que l’orientation suivie est hautement spécialisée et en adéquation avec le poste à pourvoir. De même, l’occupation du poste permet de créer immédiatement de nouveaux emplois ou de générer de nouveaux mandats pour l’économie suisse (ATAF du 2 mai 2012 / C-674/2011). Demeurent exclus les secteurs d'activités qui n'ont aucun lien direct avec les études accomplies (par exemple tâches administratives ou emploi n'ayant aucun rapport avec les études accomplies).
L'admission de cette catégorie de personnes a lieu sans examen de la règle sur l'ordre de priorité des travailleurs (art. 21, al. 3, LEtr). Restent en revanche applicables les autres conditions d'admission pour l'exercice d'une activité lucrative, prévues aux art. 20 ss LEtr. La décision préalable des autorités cantonales du marché du travail doit être soumise pour approbation au SEM.
Le séjour pour trouver un emploi après la fin des études est réglé par l'art.21 al. 3 LEtr (voir également ch. 5.1.3)».
Dans l'esprit du législateur, une activité lucrative revêt un intérêt économique prépondérant lorsqu'il existe sur le marché du travail un besoin avéré de main-d’œuvre dans le secteur d'activité correspondant à la formation. Cette précision garantit que ce régime particulier ne s'applique que lorsqu'il y a effectivement pénurie de travailleurs dans un certain domaine de spécialité et que des personnes au chômage établies en Suisse ou provenant des pays de l'UE ou de l'AELE ne peuvent accomplir cette activité (cf. Rapport de la Commission des institutions publiques du Conseil national du 5 novembre 2009 relatif à l'initiative parlementaire visant à faciliter l'admission et l'intégration des étrangers diplômés d'une haute école suisse, in: FF 2010 373, ch. 3.1 p. 384). Cela étant, il ne faut pas perdre de vue que la modification législative précitée ne visait, selon sa finalité, qu'une seule partie des personnes susceptibles de solliciter une autorisation de séjour aux fins de formation et perfectionnement (étudiants hautement qualifiés souhaitant obtenir un diplôme d'une haute école ou d'une haute école spécialisée suisse; cf. rapport précité, p. 383). Il tombe sous le sens que pour l'autre partie, majoritaire, de ces candidats à une formation en Suisse, l'accès au marché du travail une fois leurs études terminées n'entre pas en considération. Dans ce cas, leur séjour en Suisse, pour autant qu'ils en remplissent les conditions, restera temporaire, ainsi que le prévoit l'art. 5 al. 2 LEtr (cf. ATAF C-7180/2014 du 7 juillet 2015 consid. 6.2, références jurisprudentielles citées).
e) Aux termes de l’art. 22 LEtr, un étranger ne peut être admis en vue de l'exercice d'une activité lucrative qu'aux conditions de rémunération et de travail usuelles du lieu, de la profession et de la branche. A teneur de l’art. 23 LEtr, seuls les cadres, les spécialistes ou autres travailleurs qualifiés peuvent obtenir une autorisation de séjour (al. 1); en cas d’octroi, la qualification professionnelle de l’étranger, sa capacité d’adaptation professionnelle et sociale, ses connaissances linguistiques et son âge doivent en outre laisser supposer qu’il s’intégrera durablement à l’environnement professionnel ou social (al. 2). En dérogation à ces règles, peuvent être admis, selon l’al. 3 de cette disposition, les investisseurs et les chefs d’entreprise qui créeront ou qui maintiendront des emplois (let. a), les personnalités reconnues des domaines scientifique, culturel ou sportif (let. b), les personnes possédant des connaissances ou des capacités professionnelles particulières, si leur admission répond de manière avérée à un besoin (let. c), les cadres transférés par des entreprises actives au plan international (let. d), les personnes actives dans le cadre de relations d’affaires internationales de grande portée économique et dont l’activité est indispensable en Suisse (let. e). Aux termes des directives du SEM précitées (ch. 4.3.4):
«(...) Les qualifications personnelles peuvent avoir été obtenues, selon la profession ou la spécialisation, à différents niveaux: diplôme universitaire ou d'une haute école spécialisée; formation professionnelle spéciale assortie de plusieurs années d’expérience; diplôme professionnel complété d'une formation supplémentaire; connaissances linguistiques exceptionnelles et indispensables dans des domaines spécifiques.
Lors de l'examen sous l'angle du marché du travail, l'existence des qualifications personnelles requises peut souvent être déduite de la fonction du travailleur étranger, par exemple lorsqu'il s'agit de personnes appelées à créer ou à diriger des entreprises importantes pour le marché du travail. (...)»
La référence aux "autres travailleurs qualifiés" de l’art. 23 al. 1 LEtr devrait permettre d'admettre des travailleurs étrangers en tenant davantage compte des exigences du marché de l'emploi que de la fonction exercée ou de la spécificité de la formation suivie, cela pour autant que les prestations offertes par le travailleur étranger concerné ne puissent être trouvées parmi la main-d'œuvre résidante au sens de l'art. 21 LEtr (ATAF C-5420 du 15 janvier 2014, consid. 8.1 et les réf. cit.). Il reste toutefois que le statut de courte durée, comme celui du séjour durable, reste réservé à la main-d’œuvre très qualifiée et qu'il est nécessaire que le travailleur en question ait les connaissances spéciales et les qualifications requises (ATAF C-5184/2014 du 31 mars 2016 consid. 5.4.1, réf. citée). Sur ce point, il a été jugé qu’un poste de secrétaire-réceptionniste dans une entreprise de construction ne requérait pas des connaissances ou des capacités professionnelles particulières (arrêt PE.2015.0118, déjà cité), de même qu’une responsable commerciale, plus précisément spécialiste en gestion des déchets (arrêt PE.2009.0492 du 14 décembre 2009), ou même un œnologue (arrêt PE.2009.0119 du 17 septembre 2009; cf. en outre, dans le même sens, arrêts PE.2014.0331 du 17 août 2015; PE.2009.0173 du 24 août 2009; PE.2009.0225 du 20 juillet 2009).
f) En outre, peuvent notamment être admis, en dérogation aux al. 1 et 2, les personnes possédant des connaissances ou des capacités professionnelles particulières, si leur admission répond de manière avérée à un besoin (art. 23 al. 3 let. c LEtr). Sont habilités à se réclamer de cette dernière disposition les travailleurs moins qualifiés, mais qui disposent de connaissances et de capacités spécialisées indispensables à l'accomplissement de certaines activités, par exemple le travail du cirque, le nettoyage et l'entretien d'installations spéciales ou la construction de tunnels. Il doit toutefois s'agir d'activités ne pouvant pas, ou alors de manière insuffisante, être exécutées par un travailleur indigène ou un ressortissant d'un Etat membre de l'UE ou de l'AELE (ATAF C-5184/2014, déjà cité, consid. 5.4.2, réf. citée).
4. En la présente espèce, trois éléments doivent, à la lumière de ce qui précède, être opposés à la demande et conduisent à la confirmation de la décision attaquée.
a) En premier lieu, on relève que le séjour d’B._ en Suisse, au terme de sa formation, a atteint son but qui était de perfectionner son apprentissage de la langue française. Il n’a du reste pas obtenu un diplôme d'une haute école ou d'une haute école spécialisée suisse. Par conséquent, il n’est pas possible de retenir que l’activité lucrative que souhaite pouvoir exercer l’intéressé chez A._ revête un intérêt scientifique ou économique prépondérant au sens où l’entend l’art. 21 al. 3 LEtr. Dès lors, l’octroi d’une dérogation à l'ordre de priorité, n’entre pas en considération en l’occurrence.
b) Si l’on se fie aux explications de la recourante, B._ devrait occuper une fonction de cadre dans l’entreprise et devrait être considéré comme un travailleur particulièrement qualifié. On relève cependant que l’intéressé ne peut se prévaloir d’aucun diplôme délivré par une haute école. En outre, son expérience professionnelle n’est pas particulièrement fournie; il ressort en effet de son curriculum vitae qu’il travaille dans la vente de produits cosmétiques depuis six ans seulement, dont deux en Suisse, alors qu’il était au bénéfice d’une autorisation de séjour pour études. En outre, ses connaissances linguistiques, hébreu excepté, sont relativement courantes dans la vente. Comme le relève l’autorité intimée, la connaissance de cette dernière langue n’apparaît au surplus pas comme étant indispensable dans le domaine de la vente internationale, où l’anglais est bien davantage pratiqué. Pour l’essentiel, ce sont surtout ses connaissances de la technique Bella Contour et des produits dérivés des minéraux de la Mer Morte, dont A._ cherche à développer la vente en Suisse, qui ont valu à l’intéressé d’être engagé par cette dernière en qualité de directeur des ventes. Les recourants vont jusqu’à évoquer des connaissances «pointues» des ingrédients actifs dérivés de la Mer Morte. Il n’en demeure pas moins que ces connaissances n’ont pas été sanctionnées par l’obtention d’un diplôme d’une haute école, ni par un diplôme professionnel complété par une formation supplémentaire. Dès lors, s’il ne peut être considéré comme étant un cadre, B._ n’est pas pour autant un spécialiste au sens où l’entend l’art. 23 al. 1 LEtr. On peut au surplus laisser ouverte la question de savoir si, vu l’art. 23 al. 3 let. c LEtr, ce dernier peut être assimilé à un travailleur moins qualifié, possédant des connaissances ou des capacités professionnelles particulières, dans la mesure où il paraît douteux que son admission réponde à un besoin. On peut en effet se demander s’il est réellement indispensable, pour qu’A._ puisse se développer, qu’B._ obtienne un permis de séjour en Suisse pour y travailler. On retire en effet de la description des activités du poste que ce dernier pourrait s’exercer pour l’essentiel, sinon de façon exclusive, en Israël.
c) Compte tenu de ses connaissances de la technique Bella Contour et des produits dérivés des minéraux de la Mer Morte, A._ a engagé une première fois B._ à son service en 2013, en qualité de manager régional. On relève cependant qu’à l’époque, c’est au bénéfice d’une autorisation de séjour pour études que l’intéressé, qui devait perfectionner sa connaissance de la langue française, a pu exercer cette activité, laquelle devait nécessairement s’exercer à temps partiel. Alors que le but de son séjour en Suisse était atteint à l’échéance d’une première prolongation de son autorisation de séjour, B._ s’est vu proposer par A._ un nouveau contrat de travail en qualité de directeur des ventes. Les deux parties ont du reste signé ce contrat le 1er mai 2016 déjà, date à laquelle B._ devait par ailleurs débuter sa nouvelle activité. Afin de pouvoir démontrer, préalablement à la demande d’autorisation de séjour avec activité lucrative, la réalité de ses recherches d’un candidat sur le marché indigène du travail, A._ a fait publier une offre d’emploi le 27 juillet 2016 pour un poste de gestionnaire de magasin. Or, l’on constate que le profil du candidat recherché correspond, dans les grandes lignes à tout le moins, à celui d’B._. Il est en effet exigé du candidat qu’il soit capable de vendre des produits de la Mer Morte avec une expérience d'au moins cinq ans et se soit, notamment, familiarisé avec la méthode des ultrasons Bella Contour. Il apparaît ainsi que le poste en question a bien été taillé sur mesure pour l’intéressé, compte tenu de ses compétences particulières et de son expérience. Du reste, ses recherches à cet égard sont postérieures à la conclusion du contrat de travail avec B._. Ainsi, A._ n’envisageait nullement d’engager une tierce personne et aucun des deux seuls candidats ayant répondu à cette offre n’a été retenu. Par conséquent, force est de constater que l'engagement d’B._ résulte uniquement de la convenance personnelle d’A._. Ce faisant, cette dernière n'a pas respecté l'ordre de priorité auquel est soumis l'engagement d'un ressortissant israélien.
5. Au vu des considérants qui précèdent, le recours doit être rejeté et la décision entreprise, confirmée. Les frais de justice sont mis à la charge des recourants, qui succombent (art. 49 al. 1 LPA-VD). L'allocation de dépens n'entre pas en ligne de compte (art. 49, 55, 91 et 99 LPA-VD).