Decision ID: fb9f22ce-6373-51e0-ad41-6879a274c9d3
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
B_, originaire [de] E_ (Neuchâtel), est née le _ 1930; elle est divorcée et mère de A_.
b)
Le 2 octobre 2017, le département de gériatrie des HUG a signalé le cas de B_ au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après: le Tribunal de protection). Celle-ci était totalement incapable de s'occuper de ses affaires administratives et financières, lesquelles semblaient être gérées par sa fille, qui vivait avec elle et n'avait aucun revenu propre. B_ avait été hospitalisée à plusieurs reprises durant l'année 2017; sa fille souhaitait son retour à la maison. Toutefois, le médecin traitant de l'intéressée s'était dit dépassé par la situation; les aides à domicile n'avaient pu que très peu intervenir et certaines prises en charge s'étaient soldées par des échecs à cause des difficultés et divergences de vues avec A_. L'équipe médicale de l'hôpital de gériatrie était confrontée aux mêmes difficultés, A_ considérant que certains traitements médicamenteux n'étaient pas appropriés pour sa mère. A_ consommait par ailleurs les plateaux repas de sa mère, alors même que celle-ci souffrait de dénutrition. L'équipe médicale avait proposé un placement de B_ dans un EMS, auquel sa fille s'était opposée, refusant même une inscription "préventive". Elle n'avait par ailleurs fourni aucune information concrète sur la situation de sa mère, ce qui avait empêché la constitution d'un dossier administratif et financier nécessaire pour envisager un placement.
c)
Le 6 octobre 2017, le Tribunal de protection a désigné une avocate en qualité de curatrice d'office de B_, son mandat étant limité à la représentation de la personne concernée dans la procédure pendante devant lui.
d)
L'institution de maintien, d'aide et de soins à domicile (ci-après: l'IMAD) a expliqué, dans un document établi le 30 octobre 2017 à l'attention du Tribunal de protection, s'occuper de B_ de manière discontinue depuis le mois de novembre 2015, principalement pour l'aide à la toilette. La fille de l'intéressée avait toutefois demandé à l'IMAD d'espacer ses visites, puis y avait mis un terme, refusant des tentatives ultérieures de prise en charge. Une aide avait toutefois pu à nouveau être apportée depuis mi-octobre 2017.
e)
Le médecin traitant de B_, le Dr F_, a exposé au Tribunal de protection, dans un courrier du 27 novembre 2017, que sa patiente était partiellement empêchée d'assurer elle-même la sauvegarde de ses intérêts en raison de troubles cognitifs fluctuants et d'une importante limitation physique, qui l'empêchaient de sortir de chez elle. Elle était dépendante, pour les actes de la vie quotidienne, à la fois des aides à domicile et de sa fille. B_ semblait apte à participer à la désignation d'un mandataire, mais il était peu probable qu'elle puisse en contrôler l'activité de façon appropriée sur le long terme.
f)
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 31 janvier 2018. Le Dr F_ a été entendu, expliquant que A_ acceptait désormais des passages infirmiers pour les soins de base et le contrôle des paramètres vitaux; elle refusait en revanche la livraison de repas à domicile et continuait de gérer la prise des médicaments par sa mère. Selon le Dr F_, le placement de B_ en EMS aurait été approprié, mais elle y était opposée. Mère et fille semblaient socialement isolées.
Entendue lors de la même audience, la cheffe de clinique de l'hôpital de gériatrie a expliqué que B_, lors d'une hospitalisation, souffrait de dénutrition sévère et se montrait peu collaborante, refusant les soins. Sa fille s'était pour sa part montrée méfiante à l'égard de l'équipe soignante, voire agressive.
A_ a expliqué avoir travaillé par le passé, de manière temporaire, dans des EMS en qualité d'infirmière. Elle avait toutefois décidé d'arrêter de travailler pour s'occuper de sa mère et était financièrement dépendante d'elle. Selon elle, la santé de sa mère était satisfaisante pour son âge. Elle ne s'opposait pas à ce que l'administration des traitements médicamenteux soit prise en charge par l'IMAD. Elle s'occupait personnellement des tâches administratives, sa mère étant bénéficiaire d'une rente AVS ainsi que d'une rente de [l'organisation internationale] G_.
g)
Par ordonnance du 7 mars 2018, le Tribunal de protection a désigné la Dre H_, au bénéfice d'un droit de regard, en application de l'art. 392 ch. 3 CC, et lui a confié la tâche de s'assurer que l'assistance et les soins requis par l'état de santé de B_ lui étaient apportés de manière appropriée.
h)
Le 2 juillet 2019, la Dre H_ a informé le Tribunal de protection de ce que B_ était hospitalisée depuis le 20 juin 2019. A domicile, la situation semblait devenue ingérable pour les intervenants, qui avaient constaté un épuisement de A_, un manque d'hygiène et une absence de contrôle sur la prise des médicaments. Tant l'IMAD que l'hôpital de gériatrie considéraient que la prise en charge à domicile était compromise en raison du fait que A_ n'était pas fiable et que sa collaboration dans les soins n'était pas acquise. Cette dernière s'opposait toutefois au placement de sa mère dans un EMS.
i)
Le Tribunal de protection a tenu une nouvelle audience le 16 septembre 2019.
Un médecin de l'hôpital de gériatrie a expliqué que même avec un encadrement maximal, il ne pensait pas que B_ puisse retourner à domicile, dans la mesure où elle avait besoin d'une assistance constante, jour et nuit; elle se déplaçait en fauteuil roulant, était doublement incontinente et était dépendante pour les soins d'hygiène et d'habillage notamment. La collaboration avec A_ était parfois difficile et elle ne fournissait pas les éléments nécessaires à l'inscription de sa mère dans un EMS.
Lors de l'audience, A_ a déclaré accepter un renforcement des soins à domicile.
B.
a)
Par ordonnance
DTAE/5896/2019
du 16 septembre 2019, le Tribunal de protection a ordonné le placement à des fins d'assistance de B_ au sein de l'Hôpital I_, dans l'attente de son placement en EMS.
b)
Par ordonnance
DTAE/5895/2019
du 16 septembre 2019, le Tribunal de protection a relevé la Dre H_ de son mandat visant à s'assurer que l'assistance et les soins requis par l'état de santé de B_ lui soient apportés de manière appropriée (chiffre 1 du dispositif), institué une curatelle de représentation et de gestion en faveur de la personne concernée (ch. 2), désigné D_ aux fonctions de curateur (ch. 3), lui confiant les tâches suivantes: représenter la personne concernée dans ses rapports avec les tiers, en particulier en matière d'affaires administratives et juridiques; gérer les revenus et biens de la personne concernée et administrer ses affaires courantes; veiller au bien-être social de la personne concernée et la représenter pour tous les actes nécessaires dans ce cadre; veiller à l'état de santé de la personne concernée, mettre en place les soins nécessaires et, en cas d'incapacité de discernement, la représenter dans le domaine médical (ch. 4), autorisé le curateur à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée, dans les limites du mandat et, si nécessaire, à pénétrer dans son logement (ch. 5), déclaré l'ordonnance immédiatement exécutoire nonobstant recours (ch. 6) et arrêté les frais judiciaires à 600 fr., mis à la charge de la personne concernée (ch. 7).
En substance, le Tribunal de protection a retenu que le placement de B_ dans une institution allait conduire non seulement à une rupture de la relation fusionnelle qu'elle entretenait avec sa fille, mais allait également mettre à mal l'équilibre administratif et financier, par une dissociation inévitable de leur situation respective. Ces circonstances conduisaient à considérer que A_ n'était désormais plus à même d'offrir un soutien adéquat et suffisant à sa mère en matière administrative et financière et qu'il se justifiait d'instaurer une curatelle de représentation et de gestion. Le mode de fonctionnement de A_ ne lui permettait par ailleurs plus de comprendre et de répondre aux besoins de sa mère sur le plan médical et de l'assistance personnelle. La situation financière de l'intéressée permettait la nomination d'un curateur privé.
C.
a)
Le 8 octobre 2019, A_ a déclaré former recours contre les ordonnances
DTAE/5895/2019
et 5896/2019.
Le 26 octobre 2019, A_ a à nouveau déclaré former recours contre les mêmes décisions. Elle a indiqué s'opposer, ainsi que sa mère, au placement de cette dernière en EMS et à la nomination d'un curateur. A_ a exposé avoir une formation d'infirmière en soins généraux et s'être occupée des affaires administratives de sa mère, avec laquelle elle vivait. La désignation d'un curateur paraissait disproportionnée, sa mère n'ayant aucun bien et pas de dettes. Elle proposait que B_ puisse demeurer à domicile et qu'elle y reçoive les soins appropriés.
b)
Par décision
DAS/200/2019
du 11 octobre 2019, la Chambre de surveillance de la Cour de justice a déclaré irrecevable le recours formé par A_ contre l'ordonnance
DTAE/5896/2019
rendue par le Tribunal de protection le 16 septembre 2019, pour cause de tardiveté.
c)
Le 5 novembre 2019, le Tribunal de protection a persisté dans les termes de son ordonnance
DTAE/5895/2019
du 16 septembre 2019.
Le 17 décembre 2019, le Tribunal de protection a par ailleurs transmis à la Cour de justice la copie d'une décision
DTAE/7663/2019
du même jour, par laquelle il avait autorisé D_, par une décision déclarée immédiatement exécutoire, à plaider et transiger dans le cadre du dépôt d'une plainte pour atteinte au patrimoine contre A_. D_ avait en effet relevé différents retraits et virements suspects effectués au cours de l'année 2019 sur le compte de B_ ouvert auprès de [la banque] J_ soit: un virement de 80'000 fr. en faveur de A_ le 21 janvier 2019 et des retraits en espèces effectués les 28 février 2019 (25'000 fr.), 30 avril 2019 (40'000 fr.), 31 mai 2019 (25'000 fr.), 11 juillet 2019 (25'000 fr.) et 22 juillet 2019 (12'000 fr.). A_ avait admis être la seule personne à posséder une procuration sur le compte de sa mère, mais avait nié toute atteinte au patrimoine de cette dernière. Elle avait refusé de fournir des renseignements sur l'utilisation faite de l'argent retiré et sur l'existence d'un solde éventuel.
d)
Le 27 décembre 2019, la curatrice d'office de B_ a indiqué que l'ordonnance du 16 septembre 2019 était adéquate et devait être confirmée, compte tenu notamment des derniers éléments découverts par D_.
e)
Ce dernier a adressé ses observations à la Chambre de surveillance le 8 janvier 2020.
f)
Par avis du 10 janvier 2020, le greffe de la Chambre de surveillance a informé les parties de ce que la cause serait mise en délibération à l'échéance d'un délai de dix jours.

EN DROIT
1.
Le sort du recours formé contre l'ordonnance
DTAE/5896/2019
a été scellé par l'arrêt du 11 octobre 2019, de sorte que le présent arrêt sera exclusivement consacré à l'examen du recours déposé contre l'ordonnance
DTAE/5895/2019
.
2.
2.1
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours (art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de leur notification
(art. 450b al. 1 CC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC), notamment par les proches de la personne concernée (art. 450 al. 2 ch. 2 CC).