Decision ID: 49ce0398-4ff9-5f2d-b94e-643e309fbe68
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 22 octobre 2019, [l'établissement bancaire] A_ recourt
contre l'ordonnance du 11 précédant, notifiée par pli simple, par laquelle le Ministère public a refusé d'entrer en matière sur sa plainte du 9 mai 2019.
La recourante conclut, sous suite de frais et dépens, à l'annulation de l'ordonnance querellée et au renvoi de la cause au Ministère public pour l'ouverture d'une instruction.
b.
La recourante a versé les sûretés en CHF 1'500.- qui lui étaient réclamées par la Direction de la procédure.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
B_ SA est une société dont le siège est à Genève, ayant pour but la participation financière dans d'autres entreprises.
Du 23 mars 2008 au 22 juillet 2014, C_, citoyen français domicilié à Genève, en était l'administrateur, avec signature individuelle.
b.
D_ (devenue E_) est une société dont le siège est à F_ (France), active notamment dans l'achat et la vente de biens, ainsi que dans la rénovation de ceux-ci.
Le 15 août 2010, C_ en est devenu le gérant.
Jusqu'au 29 juillet 2011, 100% des parts de la société étaient détenues par
B_ SA. Puis, la société G_, gérée par H_, en a acquis 50%, par augmentation de capital.
c.
Selon l'accord de financement du 26 novembre 2010 adressé par la A_ à D_, C_ l'avait consultée dans le but d'acquérir, via la société précitée, un chalet et un terrain (ci-après: le chalet) situés à F_, propriété de la SCI I_ (ci-après: la SCI) évalué à plus d'EUR 3,7 millions. Le but de l'opération était d'effectuer des travaux dans le chalet, de diviser le terrain en deux parcelles, d'obtenir des permis de construire, et de les revendre pour plus d'EUR 5 millions.
La A_ s'engageait à lui prêter EUR 2,7 millions pour financer cette opération.
Elle était au bénéfice de plusieurs garanties, à savoir une hypothèque de premier rang sur le bien financé, correspondant au montant du prêt, ainsi que la caution personnelle et solidaire de C_. La solvabilité de ce dernier était attestée
par sa déclaration fiscale 2008, faisant état d'une fortune imposable totale de
plus de CHF 14 millions, et par un
"questionnaire confidentiel"
- rempli et signé le
27 octobre 2010 à Genève -, dans lequel il exposait être propriétaire d'un patrimoine immobilier estimé à CHF 38 millions, correspondant à son lieu de résidence, sis à _ (Genève). En outre, la condition de la mise en force du prêt était la
"réalisation d'un autofinancement"
d'EUR 1 million sur un compte ouvert auprès de A_.
C_ a signé le bon pour accord.
d.
Le 17 décembre 2010, C_ a, depuis son compte bancaire ouvert auprès de J_, dont le siège est à Genève, effectué le versement des fonds propres requis pour l'acquisition du chalet, soit EUR 1 million, sur le compte du notaire, à K_ (France).
e.
Les 18 et 21 décembre 2010, la A_ et D_, représentée par C_, ont conclu le contrat de prêt portant sur EUR 2,7 millions, par-devant le notaire à K_.
Ce montant a été versé sur le compte courant ouvert par D_ auprès de A_.
f.
Le 21 décembre 2010, le chalet a été vendu par la SCI - dont le gérant, H_, était absent, et représenté par un notaire assistant - à D_ - représentée par C_ -, pour la somme de EUR 3,7 millions.
Le contrat de vente a été signé par-devant le notaire à K_ et mentionnait que l'acquéreur déclarait que EUR 2,7 millions provenaient du prêt auprès de A_.
g.
Le prêt n'a pas été remboursé à son échéance, le 21 décembre 2012.
h.
Le 23 mars 2017, la A_ a fait procéder à la vente forcée du chalet, qui a été adjugé à la société SNC L_ pour plus d'EUR 1,4 million.
i.
Le 29 mai 2019, la A_ a déposé plainte pénale contre C_ pour abus de confiance (art. 138 CP) et escroquerie (art. 146 CP).
En substance, elle reprochait à C_ d'avoir acheté préalablement le chalet pour un montant d'EUR 2,3 millions via la SCI, et d'avoir surévalué le montant de la vente à D_ afin de pouvoir bénéficier d'un prêt plus élevé.
En effet, le 11 octobre 2010, les parts sociales de la SCI avaient été cédées à C_ et H_ pour EUR 2,3 millions. Compte tenu de la proximité entre la date d'achat des parts sociales et celle de l'octroi du prêt, la A_ n'avait pas pu se rendre compte de la supercherie. C_ avait constitué son dossier en parallèle du rachat de la SCI, sachant que le changement de propriétaire ne serait publié que des semaines plus tard. Le prêt avait été accordé par la A_ sur la base de documents antérieurs à la publication, remis en octobre et novembre 2010, de sorte qu'elle n'avait aucune raison d'actualiser le dossier.
Ainsi, en affirmant à la A_ que le coût du chalet était d'EUR 3,7 millions, en dissimulant qu'il était, à la fois, acheteur et acquéreur dans cette opération, et en ayant procédé à l'achat du bien immobilier pour EUR 2,3 millions avant même que le prêt n'ait été octroyé, C_ avait dissimulé des faits vrais, ce qui avait eu un impact direct sur la décision d'octroyer le crédit et était constitutif d'une tromperie.
La somme versée par C_ à titre de fonds propres avait été reversée à la SCI de sorte qu'il avait immédiatement récupéré l'argent. Ladite remise était donc fictive, alors qu'il s'agissait d'un élément déterminant pour l'octroi du crédit, représentant 27% du prix d'acquisition. L'emprunt accordé à C_ était donc supérieur au prix de vente effectif et n'avait pas été utilisé pour l'acquisition prévue. En outre, le patrimoine immobilier de C_ avait été transféré à M_ SA dès le mois de juin 2011, vidant de sa substance la garantie personnelle fournie par celui-ci. Enfin, au terme de la procédure de réalisation forcée, le chalet avait été adjugé à L_, qui était en cours d'immatriculation. Il s'était ensuite avéré que celle-ci était gérée par G_, elle-même gérée par H_. Ainsi, C_ avait pu, avec un homme de paille, racheter le chalet pour un montant équivalent au prix de la réalisation forcée.
À teneur du contrat de prêt, les valeurs patrimoniales avaient été confiées à
D_ dans le but d'acquérir le chalet. Toutefois, celui-ci avait déjà été acquis le 11 octobre 2010 par le
"Groupe C_"
, lors de la cession des parts de la SCI. La somme totale avait donc été utilisée à d'autres fins que celle prévue, C_ n'ayant aucune intention d'affecter son emprunt à cet achat.
C_ était domicilié à Genève au moment des faits de sorte qu'il avait, à tout le moins, négocié certains éléments du contrat de prêt et les documents nécessaires à l'octroi de celui-ci depuis son domicile ou son bureau à Genève. En outre, il avait utilisé plusieurs sociétés, dont B_ SA, qui avait son siège à Genève et qui détenait D_ de sorte que la A_ supposait que les fonds prêtés par la A_ avaient été transférés sur ses comptes bancaires suisses. Ces éléments fondaient la compétence des autorités pénales genevoises.
Le dommage était de EUR 1'950'902.99 avec intérêts à 2% dès le 24 avril 2018.
j.
À l'appui de sa plainte, la A_ a produit des documents, dont les extraits du registre du commerce de M_ SA - mentionnant que la société a envisagé de reprendre la propriété de C_ à titre de reprise de biens pour près de
CHF 14 millions - et L_.
Il a également produit la fiche de décision du 15 novembre 2010. Il ressort de celle-ci qu'à la suite d'une expertise, la A_ constatait qu'en retenant les valeurs vénales les plus basses, son prêt était couvert. Les points forts de C_ étaient son expérience avérée, complétée par une parfaite connaissance du marché sur F_, l'apport en fonds propres conséquent, ainsi que son sérieux et son efficacité, reconnus par les collègues
"du sud"
ayant travaillé avec lui. Le directeur et le rédacteur de ladite fiche avaient donc émis des avis favorables.
Selon le jugement du 20 avril 2017 de la Cour administrative d'appel de N_ [France], E_ [anciennement D_], "
dont le gérant était M. C_"
[monogramme], avait acquis le 21 décembre 2010 un chalet situé à F_ pour
EUR 3,7 million auprès de la SCI, dont
M. C_
détenait 50% des parts. L'administration avait estimé que la valeur vénale de l'immeuble était de EUR 2,3 millions et avait considéré que la fraction du prix d'acquisition excédant ce montant était une rémunération occulte au profit de
M. C_
, à hauteur de ses parts dans la SCI, et donnait lieu à une retenue à la source. Afin d'établir l'écart significatif entre le prix d'acquisition du chalet et sa valeur vénale, le Ministre des finances s'était basé sur un acte du 25 juin 2010 entre la SCI, propriétaire de l'immeuble, et B_ SA, qui fixait le prix d'achat à EUR 2,1 millions, ainsi que sur la cession du 11 octobre 2010 des parts de la SCI à
"MM. C_ et H_"
[monogrammes] pour
EUR 2,3 millions. La valeur vénale de l'immeuble pouvait être déterminée par référence au prix d'acquisition des parts de la SCI. Ainsi, le prix d'acquisition de EUR 3,7 millions, deux mois après par E_, comportait une majoration significative par rapport à la valeur vénale. Compte tenu de la communauté des intérêts entre la SCI, détenue à 50% par
M. C_
, et E_, détenue à 100% par ce dernier, l'intention de
M. C_
, de recevoir et celle de E_, d'accorder une libéralité correspondant à la majoration du prix de cession de l'immeuble, était établie.
k.
Le 12 juin 2019, le Ministère public a demandé à la A_ de se déterminer sur la question du for.
l.
Selon ses observations du 30 août 2019, la A_ exposait que le versement par l'emprunteur d'un montant d'EUR 1 million à titre de fonds propres était déterminant dans la conclusion du contrat de prêt et caractérisait la tromperie astucieuse. Celui-ci avait été exécuté personnellement par C_ le 17 décembre 2010 depuis son compte bancaire suisse.
En outre, C_ avait établi et signé le
"questionnaire confidentiel"
à Genève.
Ce document, qui attestait de son patrimoine immobilier d'une valeur de
CHF 38 millions, l'avait convaincue de sa solvabilité et de lui accorder le prêt.
Sa déclaration fiscale, qui faisait état d'une fortune imposable de plus de
CHF 14 millions, avait également été établie en Suisse. Ces documents avaient participé à la commission de l'infraction reprochée dans la mesure où elle n'aurait pas accordé de poids à la caution de C_ si elle avait su que la valeur de ce patrimoine ne correspondait pas à la réalité et qu'il serait transféré, en juin 2011, à M_ SA. Ces documents fondaient la compétence des autorités pénale genevoises.
La décision de [entreprise] D_ d'acquérir le chalet de la SCI avait été prise le 25 octobre 2010 par son associée unique, B_ SA. C_, qui disposait de la signature individuelle, avait signé ladite décision, bien qu'une autre gérante soit mentionnée sur le document. Ce document, qui mentionnait expressément le prix de vente du chalet d'EUR 3,7 millions, avait participé à l'édifice de mensonges créé par C_ pour la convaincre de lui octroyer le crédit. Compte tenu du fait que tant le domicile de C_ que le siège de B_ SA se trouvaient à Genève, ladite décision y avait certainement été prise.
Enfin, selon elle, C_ avait l'intention que son enrichissement ait lieu à Genève, soit à l'endroit où il disposait de ses comptes bancaires.
Sur le fond, la chronologie démontrait qu'il s'agissait d'une vente
"interne"
. Quelques jours après la décision de D_ d'acquérir le chalet, un compromis de vente avait été signé entre H_ - représentant la SCI -, et D_, représentée par C_. C_, qui l'avait convaincue de la rentabilité du projet, n'avait procédé à aucun des travaux et divisions parcellaires prévus en vue de valoriser le terrain et le chalet. Interpellé à ce sujet, il avait trouvé plusieurs excuses, comme le refus de demandes de permis, l'annulation du plan local d'urbanisme ou de rendez-vous [allégué qu'il documentait en produisant des échanges de courriels] et la vérification de celles-ci était difficile. C_ s'était directement enrichi et avait pu immédiatement récupérer le montant du crédit via la SCI, dont il avait pris le contrôle, à travers H_. Il convenait d'appliquer le principe de la transparence, C_ ayant personnellement agi à travers les sociétés en cause, dans le but de s'enrichir.
m.
À l'appui de ses écritures, la A_ a notamment produit le procès-verbal de décision de D_ du 25 octobre 2010, le compromis de vente entre la SCI et la précitée du 28 octobre 2010, et des documents relatifs à la procédure de vente forcée du chalet.
C.
Dans l'ordonnance querellée, le Ministère public retient que les faits dénoncés se situent exclusivement en France. Le versement des fonds propres par C_ ne permettait pas de fonder la compétence des autorités pénales suisses, dans la mesure où il s'agissait de la réalisation des obligations contractuelles prévues par l'accord de financement, rédigé par la plaignante, et non d'une partie des actes caractérisant la tromperie astucieuse. De plus, la A_ n'avait pas établi ou relevé que C_ aurait été à l'origine de la mise en place de cette obligation.
En outre, bien que les deux documents remis à la A_ par C_ aient été signés à Genève, la preuve de leur fausseté n'avait pas été apportée. La déclaration fiscale se rapportait à l'année 2008, soit deux ans avant la signature du contrat,
et les CHF 38 millions évoqués par C_ dans le questionnaire constituaient une valeur
"estimée"
du bien immobilier, lequel faisait également l'objet d'une cédule hypothécaire de plus de CHF 11 millions. Il ressortait, au contraire, du dossier que C_ disposait de moyens financiers conséquents à cette époque.
Enfin, rien à la procédure ne permettait d'établir que les éléments constitutifs d'une infraction pénale étaient réalisés, en particulier l'existence d'une tromperie astucieuse, la A_ ayant, avant l'octroi du crédit litigieux, procédé à une estimation du bien dont elle avait financé l'acquisition.
D.
a.
Dans son recours, la A_ réitère les termes de sa plainte (
cf.
B.i.
) et de ses observations (
cf.
B.l.
).
Elle avait usé de toutes les précautions que l'on pouvait attendre d'elle, en exigeant un apport de fonds propres importants, une garantie personnelle et des documents la substantifiant. Elle s'était également renseignée auprès des banques ayant déjà accordé des financements à C_. Elle ne pouvait s'attendre à ce que C_ dispose de son patrimoine pour vider de sa substance la garantie personnelle qu'il avait constituée en sa faveur, que les fonds ne seraient pas employés pour l'achat de biens immobiliers, qu'il ne ferait aucune démarche pour obtenir l'autorisation de construire et n'effectuerait aucuns travaux.
Le virement des fonds propres depuis son compte bancaire à Genève et l'utilisation de documents établis dans cette même ville pour tromper la banque et la conforter dans son erreur étaient des éléments constitutifs de l'astuce. En effet, lesdits documents n'étaient
"peut-être"
pas des faux au moment de leur établissement mais C_ savait qu'il allait disposer rapidement de ce patrimoine. De plus, ayant son domicile à Genève, C_ s'était enrichi en Suisse, le résultat de l'infraction pouvant s'y trouver. Ainsi, les autorités pénales genevoises étaient compétentes et le dossier démontrait l'existence de soupçons suffisants, ce d'autant qu'il s'agissait d'infractions graves et que le montant du préjudice était important.
b.
Dans ses observations, le Ministère public conclut au rejet du recours, persistant dans son ordonnance.
c.
Ces déterminations ont été communiquées à la recourante, qui n'a pas répliqué.

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP) -- les formalités de notification (art. 85 al. 2 CPP) n'ayant pas été observées -- concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner de la partie plaignante qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. b CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).
2.
La recourante estime que la compétence des autorités de poursuite pénales genevoises est donnée s'agissant des infractions d'escroquerie et d'abus de confiance dénoncées.
2.1.
Si l'une des conditions d'exercice de l'action publique fait défaut - ce qui doit être examiné d'office et à tous les stades de la procédure -, la poursuite pénale ne peut être engagée, ou, si elle a été déclenchée, elle doit s'arrêter. L'autorité doit clore le procès par une décision procédurale, notamment une ordonnance de non-entrée en matière ou de classement (art. 310 al. 1 let. b et 319 al. 1 let. d CPP; G. PIQUEREZ / A. MACALUSO,
Procédure pénale suisse
, 3e édition, 2011, p. 537 n. 1553 et 1555).
L'incompétence à raison du lieu est constitutive d'un empêchement définitif de procéder (
ACPR/488/2014
du 31 octobre 2014 ; L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND,
CPP, Code de procédure pénale
, Bâle 2016, n. 13 ad art. 310).
2.2.
Selon l'art. 3 al. 1 CP, le code pénal est applicable à quiconque commet un crime ou un délit en Suisse. Cette disposition reprend le principe de base applicable en droit pénal international qui est celui de la territorialité, en vertu duquel les auteurs d'infractions sont soumis à la juridiction du pays où elles ont été commises (ATF
121 IV 145
consid. 2b/bb p. 148 et l'arrêt cité; arrêt du Tribunal fédéral
6B_21/2009
du 19 mai 2009 consid. 1.1.).
Un crime ou un délit est réputé commis tant au lieu où l'auteur a agi ou aurait dû agir qu'au lieu où le résultat s'est produit (art. 8 al. 1 CP).
Afin d'éviter des conflits de compétence négatifs, il convient en principe, dans le cadre de problématiques internationales, d'admettre la compétence des autorités pénales suisses, même en l'absence de lien étroit avec la Suisse (ATF
141 IV 205
consid. 5.2 p. 209).
2.3.
En matière d'escroquerie, le lieu de l'acte se définit comme celui où se trouve l'auteur au moment où il réalise la tromperie astucieuse. En pratique, la réalisation des manoeuvres frauduleuses, de la mise en scène ou la fabrication d'un édifice de mensonges permettant de retenir l'astuce impliquent souvent une pluralité d'actes. Il suffit alors qu'une partie seulement des actes caractérisant la tromperie astucieuse soient réalisés en Suisse pour fonder la compétence des autorités suisses.
L'escroquerie est un délit matériel à double résultat (
kupiertes Erfolgsdelikt
) : le premier est constitué par l'appauvrissement de la victime, le second est l'enrichissement dont seul le dessein - à l'exclusion de la réalisation - est un élément constitutif de l'infraction. Tant le lieu où s'est produit l'appauvrissement que celui où s'est produit, respectivement devait se produire le résultat recherché par l'auteur constituent le lieu du résultat au sens de l'art. 8 CP (ATF
141 IV 336
consid. 1.1
p. 338 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_1335/2018
du 28 février 2019 consid. 4.4.2).
2.4.
L'abus de confiance, réprimé par l'art. 138 CP est également un délit matériel à double résultat (ATF
109 IV 1
consid. 3c).
2.5.
Le Tribunal fédéral a jugé suffisant, du point de vue de l'art. 8 CP, le fait que l'argent obtenu à l'étranger par le biais d'une escroquerie ou d'un abus de confiance, soit crédité sur un compte ouvert dans un établissement bancaire suisse (ATF
133 IV 171
consid. 6.3 p. 177 et les références citées). Il ne suffit toutefois pas, pour fonder un résultat au sens de l'art. 8 CP (art. 7 aCP), que le prix payé ailleurs soit ensuite transféré en Suisse (ATF
128 IV 145
consid. 2e p. 155). Pour le surplus, l'abus de confiance est réalisé là où l'auteur utilise sans droit, ou s'approprie, les fonds confiés, mais non là où le lésé a accompli les actes de disposition.
2.6.
En l'espèce, il ressort du dossier qu'à teneur de l'accord conclu le 26 novembre 2010 entre la A_ et D_ et le contrat de prêt signé les 18 et 21 décembre 2018 à K_ entre ces deux entités françaises, la première s'engageait à prêter à la seconde EUR 2,7 millions pour l'acquisition d'un chalet sis à F_, estimé à EUR 3,7 millions. Le montant du prêt a été versé à D_ sur un compte ouvert par elle en France. Le 21 décembre 2018, D_ a conclu, par-devant le notaire en France, un contrat de vente avec la SCI et a acquis le chalet pour EUR 3,7 millions, comme convenu contractuellement avec la recourante.
Force est de constater que le rattachement du prêt litigieux avec la Suisse est inexistant, tant l'appauvrissement de la recourante que l'enrichissement du mis en cause ayant eu lieu en France.
Il ne ressort par ailleurs pas du dossier que les fonds reçus auraient été utilisés en Suisse, contrairement à ce qui avait été prévu, ceux-ci ayant été affectés à l'achat du chalet de F_.
Un transfert ultérieur des fonds issus du prêt sur un compte en Suisse - comme le soutient la recourante - ne serait, même s'il était avéré, pas suffisant pour fonder la compétence des autorités pénales de ce pays.
Ainsi que l'a relevé à juste titre le Ministère public, le versement des fonds propres par le mis en cause depuis son compte bancaire à Genève importe peu dans la mesure où ledit versement constituait une obligation contractuelle prévue par l'accord de financement, validé par la recourante.
Enfin, il ne ressort pas du dossier que les documents attestant de la fortune du mis en cause en Suisse - remis à la recourante - auraient été contraires à la réalité au moment où ils ont été établis, ce que celle-ci admet du reste dans son recours, de sorte qu'ils ne sauraient avoir participé à une éventuelle tromperie astucieuse fomentée depuis la Suisse et par là générer un for dans ce pays.
Pour le surplus, la recourante se contente d'émettre des hypothèses, notamment s'agissant des intentions prêtées au mis en cause ou du lieu depuis lequel il aurait négocié certains aspects du contrat. Ces éléments, qui ne sont pas établis, ne permettent pas non plus de fonder la compétence des autorités pénales genevoises.
3.
Partant, l'empêchement de procéder, au sens de l'art. 310 al. 1 let. b CPP, est réalisé, ce qui scelle le sort du recours.
4.
L'ordonnance querellée sera donc confirmée et le recours, rejeté.
5.
La recourante, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui seront fixés en totalité à CHF 1'000.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP;
E 4 10.03
).
* * * * *