Decision ID: 1a38cb01-6ab5-49b1-9ed8-85465cdf9ee3
Year: 2015
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. X._ s'est inscrit comme demandeur d'emploi le 29 octobre 2012. Il a été mis au bénéfice des prestations du Revenu d'Insertion (ci-après : RI).
B. Le 8 août 2014, l'Office régional de placement de la Riviera (ci-après : ORP) a assigné à X._ une mesure d'insertion professionnelle sous forme d'un cours intitulé "Jusqu'à l'emploi (J'Em)" organisé du 1er septembre 2014 au 6 mars 2015 par l'association "AGIR" à Lausanne.
Le 1er septembre 2014, l'organisateur du cours susmentionné a informé l'ORP que X._ ne s'était pas présenté au cours qui débutait l'après-midi même; il précisait avoir laissé un message au prénommé car celui-ci ne répondait pas au téléphone. Le 3 septembre suivant, l'organisateur a informé l'ORP que l'intéressé ne s'était toujours pas présenté au cours. Le 4 septembre 2014, l'ORP a annulé la mesure d'insertion professionnelle en cause.
Par lettre du 5 septembre 2014, l'ORP a invité X._ à se déterminer au sujet de son absence à la mesure d'insertion précitée. Le 15 septembre suivant, l'intéressé s'est rendu à l'ORP et a déposé la copie d'un certificat médical établi le 4 septembre 2014 par le Dr Y._, à Montreux, attestant de son incapacité totale de travail du 30 août au 12 septembre 2014 pour des raisons médicales. Selon le procès-verbal de l'entretien établi par l'ORP, X._ a précisé avoir remis l'original de ce document à l'organisateur du cours. Par lettre du même jour, X._ a indiqué qu'il n'avait pas pu effectuer la mesure d'insertion en cause pour des raisons médicales, en se référant au certificat susmentionné.
Par décision du 26 septembre 2014, l'ORP a prononcé la réduction de 25%, pour une période de deux mois, du forfait mensuel d'entretien (élément du RI) perçu par X._. La décision retient que l'intéressé n'avait pas annoncé auprès de l'ORP son incapacité de travail dans le délai légal d'une semaine à compter du début de celle-ci, ce qui constituait une violation de l'obligation de renseigner qui lui incombait.
C. Contre cette décision, X._ a interjeté recours auprès du Service de l'emploi, Instance juridique chômage (ci-après : SDE).
Par décision du 2 décembre 2014, le SDE a rejeté le recours et confirmé la décision attaquée. En substance, le SDE a retenu que le prénommé avait informé l'ORP le 15 septembre 2014 de son incapacité de travail survenue dès le 30 août précédent, soit de manière tardive. Il a considéré que la quotité de la sanction prononcée par l'ORP n'était pas abusive dès lors que X._ avait déjà été sanctionné précédemment pour un manquement identique.
D. Par acte du 10 décembre 2014, X._ a interjeté recours auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal à l’encontre de la décision du SDE, concluant implicitement à sa réforme en ce sens qu'il n'est pas prononcé de réduction du forfait d'entretien mensuel qui lui est versé.
Par réponse du 16 janvier 2015, le SDE a conclu au rejet du recours. Il a également produit son dossier.
Le recourant n'a pas déposé de déterminations complémentaires dans le délai imparti pour procéder.
E. Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1. Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD, applicable par renvoi de l’art. 99 LPA-VD.
Partant, le recours est recevable.
2. a) Entrée en vigueur le 1er janvier 2006, la loi vaudoise du 5 juillet 2005 sur l'emploi (LEmp; RSV 822.11) a notamment pour but de prévenir et combattre le chômage et d'encourager l'insertion des demandeurs d'emploi (art. 1 al. 2 let. b et c LEmp). Elle institue des mesures cantonales relatives à l'insertion professionnelle, conformément au RI prévu par la loi du 2 décembre 2003 sur l'action sociale vaudoise (LASV; RSV 850.51) (art. 2 al. 2 LEmp). Selon l'art. 13 al. 3 let. b LEmp, les ORP assurent la prise en charge des demandeurs d'emploi au bénéfice du RI et, dans ce cadre, rendent les décisions sanctionnant les bénéficiaires qui ne respectent pas leurs devoirs. L'art. 23a al. 1 LEmp précise que les demandeurs d'emploi au bénéfice du RI doivent, avec l'assistance de leur ORP, tout mettre en œuvre pour favoriser leur retour à l'emploi. En leur qualité de demandeurs d'emploi, ils sont soumis aux mêmes devoirs que les demandeurs d'emploi pris en charge par la loi fédérale du 25 juin 1982 sur l’assurance-chômage obligatoire et l’indemnité en cas d’insolvabilité (loi sur l’assurance-chômage, LACI; RS 837.0). En particulier, il leur incombe d'effectuer des recherches d'emploi et d'en apporter la preuve. Ils sont tenus d'accepter tout emploi convenable qui leur est proposé et, lorsque l'ORP le leur enjoint, ils ont l'obligation de participer aux mesures d'insertion professionnelle qui leur sont octroyées (art. 23a al. 2 let. a LEmp), de participer aux entretiens de conseil et de contrôle, ainsi qu'aux réunions d'information (art. 23a al. 2 let. b LEmp), de fournir les renseignements et documents permettant de juger s'ils sont aptes au placement ou si le travail proposé est convenable (art. 23a al. 2 let. c LEmp).
Selon l'art. 42 al. 1 de l'ordonnance du 31 août 1983 sur l'assurance-chômage (OACI; RS 837.02), les assurés sont tenus d'annoncer leur incapacité de travail à l'ORP, dans un délai d'une semaine à compter du début de celle-ci.
b) En l'espèce, il est reproché au recourant de n'avoir pas avisé l'ORP de son incapacité de travail dans le délai légal de sept jours.
Comme devant l'autorité intimée, le recourant fait valoir qu'il avait téléphoné à l'organisateur du cours le 1er septembre 2014 pour l'informer de son absence pour raisons médicales. Il soutient que lors de ce contact téléphonique, l'organisateur lui avait demandé de lui faire parvenir un certificat médical et lui avait indiqué qu'il s'occuperait de transmettre ce document à l'ORP. Le recourant soutient également que l'organisateur avait par la suite confirmé à son assistante sociale qu'il avait bien reçu le certificat médical envoyé par le recourant.
Si la version des faits présentée par le recourant n'est pas irrémédiablement incompatible avec les pièces au dossier, rien ne la corrobore non plus. Cela n'est toutefois pas déterminant, car l'obligation d'annoncer l'incapacité de travail prévue par l'art. 42 al. 1 OACI ne s'entend qu'à l'égard de l'ORP, de sorte le recourant ne saurait s'y être valablement conformé en se contentant d'informer un organisme tiers, en l'occurrence l'organisateur de la mesure d'insertion qu'il était astreint à suivre. Or, inscrit comme demandeur d'emploi depuis le 29 octobre 2012, le recourant avait connaissance du devoir d'information qui lui incombait, lequel est notamment exposé dans la brochure "Je cherche un emploi" remise à chaque demandeur d'emploi lors de son inscription. Il résulte au demeurant du dossier que le recourant avait déjà adressé à l'ORP plusieurs certificats médicaux destinés à justifier de précédentes périodes d'incapacité de travail. Le dernier certificat médical envoyé à cet égard, reçu par l'ORP le 27 août 2014, portait d'ailleurs sur la période du 25 au 29 août 2014.
En l'occurrence, il n'est pas contesté que le recourant n'a pas avisé personnellement l'ORP de son incapacité pour raisons médicales le 1er septembre 2014 ni les jours suivants. C'est d'ailleurs l'ORP qui a interpellé l'intéressé par lettre du 5 septembre 2014 en l'invitant à se déterminer au sujet de son absence à la mesure d'insertion en cause. Le recourant a répondu à cet envoi par lettre du 15 septembre 2014, en indiquant que cette absence était due à des raisons médicales. Il résulte en outre du dossier que le premier certificat médical produit à l'ORP l'a été le 15 septembre 2014; ce document, établi le 4 septembre 2014, attestait d'une incapacité totale de travail du recourant pour la période du 30 août au 12 septembre 2014.
Il convient dès lors de constater que le recourant n'a pas annoncé à l'ORP son incapacité de travail dans le délai légal de sept jours à compter du début de celle-ci le 30 août 2014. L'intéressé ne se prévaut par ailleurs pas d'un empêchement non fautif, en particulier en rapport avec son état de santé, qui lui permettrait d'obtenir la restitution de ce délai.
Cela étant, le recourant a manqué à son devoir de renseignement à l'égard de l'ORP. C'est par conséquent à juste titre que l'autorité a prononcé une sanction, conformément à l'art. 23b LEmp.
3. Il reste à examiner si la réduction du forfait mensuel d'entretien du recourant de 25% pendant deux mois à titre de sanction est admissible au regard de l’ensemble des circonstances.
a) Le non-respect par les bénéficiaires de leurs devoirs dans le cadre de leur prise en charge par l'ORP est sanctionné par une réduction des prestations financières au sens de la LASV (art. 23b LEmp). L'art. 12b al. 1 du règlement du 7 décembre 2005 d'application de la LEmp (RLEmp; RSV 822.11.1) dispose :
"Art. 12b Manquements et réduction des prestations (Art. 23b LEmp)
1 Les prestations financières du RI sont réduites sans procédure d'avertissement préalable en cas de:
a. rendez-vous non respecté (y compris la séance d'information);
b. absence ou insuffisance de recherches de travail;
c. refus, abandon ou renvoi d'une mesure d'insertion professionnelle;
d. refus d'un emploi convenable;
e. violation de l'obligation de renseigner.
2 Le refus d'observer d'autres instructions entraîne une diminution des prestations financières après un avertissement.
3 Le montant et la durée de la réduction, fixés en fonction du type, de la gravité et de la répétition du manquement, sont de 15% ou de 25% du forfait, pour une durée de 2 à 12 mois. La réduction du forfait ne touche pas la part affectée aux enfants à charge.
4 La décision de réduction des prestations est appliquée sans délai. L'exécution de la réduction est caduque si elle n'a pas pu débuter dans les 24 mois suivant la date de la décision."
Le noyau intangible, qualifié de minimum vital absolu, peut être déterminé à hauteur de 75% du forfait pour l'entretien (arrêt PS.2011.0027 du 3 octobre 2011; pour des explications plus détaillées, voir arrêt PS.2009.0052 du 16 février 2010; ATF 8C_148/2010).
b) Exceptés les cas où une disposition légale prévoit expressément le contrôle de l'opportunité d'une décision, le tribunal n'exerce qu'un contrôle en légalité, c'est-à-dire examine si la décision entreprise est contraire à une disposition légale ou réglementaire expresse, ou relève d'un excès ou d'un abus du pouvoir d'appréciation (art. 98 LPA-VD). La LEmp ne prévoyant aucune disposition étendant le pouvoir de contrôle de l'autorité de recours à l'inopportunité en matière de mesures cantonales d'insertion professionnelle, ce motif ne saurait être examiné par le tribunal de céans (voir notamment arrêt PS.2011.0027 du 3 octobre 2011).
Une autorité abuse de son pouvoir d'appréciation lorsque, exerçant les compétences dévolues par la loi, elle se laisse guider par des considérations non pertinentes ou étrangères au but des dispositions applicables, ou statue en violation des principes généraux du droit administratif que sont l'interdiction de l'arbitraire, l'égalité de traitement, la bonne foi et la proportionnalité (ATF 116 V 3 107 consid. 2 p. 310 et les arrêts cités).
c) En l'occurrence, l'autorité intimée a confirmé la réduction de 25% du forfait RI du recourant pour une période de deux mois dès lors que l'intéressé avait déjà été sanctionné précédemment pour avoir manqué à son obligation de renseigner.
Il résulte du dossier que, par décision de l'ORP du 26 août 2014, confirmée par le SDE dans une décision sur recours du 14 novembre 2014, le recourant avait été sanctionné d'une réduction de 15% de son forfait RI pour une période de deux mois, au motif qu'il n'avait pas annoncé à l'ORP son incapacité de travail dans le délai légal d'une semaine depuis sa survenance; en effet, l'intéressé avait produit le 7 juillet 2014 une attestation médicale certifiant qu'il avait reçu un soin en date du 22 mai 2014 pour un problème de dos, ce qui avait entraîné son absence à un entretien de conseil et de contrôle du 22 mai 2014.
Dans le cas présent, l'autorité intimée a limité la durée de la sanction au minimum légal, tout en augmentant au degré supérieur fixé par la loi le taux de réduction du forfait pour tenir compte de la récidive du recourant. On ne distingue par ailleurs pas de circonstances particulières susceptibles de faire apparaître la sanction comme excessivement rigoureuse.
Cela étant, l'autorité intimée n'a pas fait un mauvais usage de son pouvoir d'appréciation en prononçant la réduction litigieuse, qui échappe à la critique.
4. Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté et la décision attaquée confirmée.
L'arrêt est rendu sans frais (art. 4 al. 2 du Tarif du 11 décembre 2007 des frais judiciaires en matière de droit administratif et public [TFJAP; RSV 173.36.5.1]).
Il n'y a pas lieu d'allouer de dépens (art. 55 al. 1 a contrario et 56 al. 3 LPA-VD).