Decision ID: e7d74d2b-cd23-568f-a760-6e9254127892
Year: 2017
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
A_ est la mère et seule détentrice des droits parentaux des mineurs D_ et E_, nés le _ 2006, issus de sa relation avec F_, lequel vit à l'étranger.
A_ était également la mère d'un enfant majeur issu de son mariage avec G_, H_, né le _ 1991 et décédé le _ 2016.
B. a)
La situation des mineurs a fait l'objet d'un signalement de la part de la police en date du 3 novembre 2015, à la suite d'un épisode de violences domestiques entre la mère et son fils ainé, lors duquel elle avait cassé la porte de la chambre où se trouvaient les jumeaux, ainsi que de la vaisselle, alors qu'elle était sous l'emprise de l'alcool (testé à l'éthylomètre à 1,82‰), à la suite de quoi H_ lui avait asséné deux gifles et avait évoqué à la police une consommation régulière d'alcool par sa mère et une pression psychologique qu'elle exerçait sur les cadets.
b)
Dans un rapport du 24 mars 2016 sollicité par le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection), le Service de protection des mineurs (ci-après : SPMi) a préconisé que le Tribunal de protection :
- instaure une curatelle d'assistance éducative,
- donne acte à la mère de son engagement à ce que D_ et E_ soient suivis par un pédopsychiatre, et
- donne acte à la mère de son engagement à ce qu'elle consulte régulièrement son médecin traitant et mette en place un suivi pour elle-même.
Le SPMi a constaté qu'il y avait eu beaucoup de relations de violence dans l'histoire de la mère et qu'il en existait encore au sein de son domicile, notamment avec son compagnon et son fils aîné. Le service avait été informé le 15 mars 2016 de ce que la police, alertée par un ami de la famille, avait retrouvé A_ ivre (testée à l'éthylomètre à 2‰) en plein après-midi à son domicile. Cet ami avait rapporté que la situation familiale (consommation importante d'alcool par la mère et violence avec son compagnon) avait empiré. Par courrier du 23 mars 2016, cette dernière avait informé le service de sa décision irrévocable de ne plus consommer d'alcool et être dorénavant très attentive à la dynamique familiale et en étroite communication avec ses enfants cadets. Lors d'un entretien téléphonique intervenu le lendemain, la mère s'était déclarée d'accord avec un suivi psychothérapeutique de ses enfants, avec son suivi auprès de son médecin traitant et le fait que ce dernier établisse des attestations régulièrement.
c)
Dans un
rapport complémentaire du 4 août 2016, le SPMi a maintenu son préavis du 24 mars 2016.
Rencontré le 3 mai 2016, le compagnon d'A_, installé depuis peu chez elle, avait confirmé qu'elle était dépendante à l'alcool, mais que sa consommation avait fortement diminué depuis l'intervention du SPMi. Il avait également constaté qu'elle était vite débordée, dépassée et avait tendance à se plaindre des tâches domestiques quotidiennes.
La mère avait suivi les recommandations du service : elle avait engagé une nounou pour avoir du temps pour elle, avait inscrit les enfants à une activité extra-scolaire pour la rentrée et était allée consulter son médecin traitant, à qui elle avait déclaré vouloir entreprendre un traitement médicamenteux contre la dépendance à l'alcool.
La mère prenait le chemin de la reconnaissance de sa dépendance à l'alcool, ce qui était un premier pas. La libération d'une dépendance quelle qu'elle fût était toutefois difficile. Quant à son compagnon, s'il l'aidait à contenir sa consommation, il n'avait pu jusque-là protéger les enfants. Les éléments recueillis ne permettaient pas d'être rassurés quant à la situation des enfants. Bien que la mère collabore, il était nécessaire qu'une autorité veille sur eux.
d)
Ces rapports ont été transmis le 20 septembre 2016 par le Tribunal de protection à A_, qui n'a pas fait valoir son droit d'être entendue.
e)
Par courrier adressé le 19 décembre 2016 au Tribunal de protection et reçu le 20 suivant, le SPMi a indiqué qu'une expertise familiale pourrait être adaptée à la situation, dans le but de déterminer si les mesures proposées était suffisantes pour protéger les enfants.
Le SPMi avait, en effet, été contacté par la fille du compagnon d'A_ - lequel avait quitté le domicile de cette dernière à la suite d'une altercation - qui leur avait indiqué que son père n'aurait pas tout raconté au service, notamment s'agissant de la consommation d'alcool de sa compagne et de son humeur labile, générant des comportements "particuliers". Le service avait également été informé par l'Office médico-pédagogique de la mise en place du suivi des enfants.
Ce courrier n'a pas été communiqué à A_.
C. a)
Par ordonnance
DTAE/6052/2016
rendue le 16 décembre 2016 et notifiée le 24 suivant à A_, le Tribunal de protection a, sur mesures provisionnelles, instauré une curatelle d'assistance éducative en faveur de D_ et E_ (ch. 1 du dispositif), désigné B_, et, à titre de suppléante, C_, aux fonctions de curatrices (ch. 2), donné acte à A_ de son engagement à ce que D_ et E_ soient suivis par un pédopsychiatre (ch. 3), donné acte à A_ de son engagement à consulter régulièrement son médecin traitant et qu'il soit mis en place un suivi pour elle-même (ch. 4), donné acte à A_ qu'elle autorise son médecin traitant à fournir des attestations à la curatrice de sa prise en charge médicale effective et régulière (ch. 5), ordonné une expertise psychiatrique familiale (ch. 6), accordé à A_ et au SPMi un délai au 16 janvier 2017 pour faire parvenir au Tribunal la liste des questions qu'ils souhaitaient voir posées à l'expert (ch. 7) et ajourné la cause à la date de réception dudit rapport (ch. 8).
Le Tribunal de protection a retenu que les éléments recueillis par le SPMi ne le rassuraient pas quant à la prise en charge des mineurs par leur mère, notamment en relation avec son addiction à l'alcool. La situation rendait manifestement nécessaire l'intervention d'un curateur afin d'accompagner les mineurs, de les préserver au mieux des éventuels manquements de leur mère et, enfin, de soutenir celle-ci dans ses fonctions parentales. Cette mesure devait être prononcée à titre provisionnel, dans la mesure où, au vu de la complexité de la situation, de l'insuffisance des éléments d'appréciation à sa disposition et des enjeux en présence, une expertise familiale devait être diligentée en application de l'art. 446 al. 2 CC afin de permettre au Tribunal de protection de statuer au fond en toute connaissance de cause.
Bien que rendue le 16 décembre 2016, cette ordonnance fait état et se fonde notamment sur le courrier du SPMi du 19 décembre 2016.
b)
Par acte expédié le 3 janvier 2017 à la Cour de justice, A_ recourt contre cette décision en tant qu'elle ordonne une expertise psychiatrique familiale.
Elle fait valoir que le SPMi s'est fondé sur un entretien avec la fille de son ex-compagnon pour préconiser une expertise psychiatrique familiale, qu'elle n'a pas eu l'occasion de se déterminer sur ces propos, qu'elle s'occupe parfaitement bien de ses enfants mineurs, ce qui peut être attesté par leur pédiatre et leurs enseignants, et ce, malgré les drames vécus par la famille (décès de H_, séparation avec son ex-compagnon - qui la faisait boire et profitait d'elle - après qu'il l'aurait frappée le 25 novembre 2016 et départ sans nouvelles du père des jumeaux en octobre 2009) et, enfin, que son médecin traitant peut attester que les résultats de ses analyses de sang sont excellents.
c)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité revoir sa décision.
d)
Par courrier du 12 janvier 2017, le SPMi a conclu à la confirmation de la décision entreprise.
e)
Par avis du 16 janvier 2017, les partie et participants à la procédure ont été informés de ce que la cause était mise en délibération.
f)
Par courrier expédié le 19 janvier 2017, Me Eric HESS a informé la Cour de ce qu'il assurait dorénavant la défense des intérêts d'A_ - comparant jusque-là en personne - et a sollicité l'accès au dossier, qu'il a consulté les 20 et 24 janvier 2017.

EN DROIT
1.
1.1
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie aux mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).
1.2
Les décisions de l'autorité de protection relatives à des mesures provisionnelles peuvent faire l'objet d'un recours dans les dix jours à compter de leur notification (art. 445 al. 3 CC) auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC).