Decision ID: 8ef83432-4e5a-5baf-a0f0-eaca486ad311
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
Par ordonnance
DTAE/3290/2016
du 22 juin 2016, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a institué une curatelle de représentation au profit de B_, né le 1
er
mai 1935, de nationalité _ (ch. 1 du dispositif), désigné sa fille A_ et D_, avocat, aux fonctions de curateurs (ch. 2), confié à A_ les tâches de veiller au bien-être social de B_ et de le représenter dans tous les actes nécessaires dans ce cadre, de veiller à son état de santé et de mettre en place les soins nécessaires et de le représenter dans le domaine médical, de lui assurer en tout temps une situation de logement ou de placement approprié et de le représenter pour tous les actes nécessaires dans ce cadre (ch. 3), confié à D_ les tâches de représenter B_ dans ses rapports juridiques avec les tiers, en particulier en matière d'affaires administratives et juridiques et de gérer ses revenus et ses biens ainsi que d'administrer ses affaires courantes (ch. 4), autorisé les curateurs à prendre connaissance de la correspondance de B_ dans la limite de leurs attributions respectives ainsi qu'à pénétrer dans son logement si nécessaire (ch. 5) et arrêté les frais judiciaires à 3'960 fr., comprenant une taxe de témoin de 460 fr. ainsi que l'émolument de décision de 3'500 fr., les mettant à la charge de B_ (ch. 6).
En substance, le Tribunal de protection a estimé que, vu l'état de santé de B_, diagnostiqué comme atteint d'une probable maladie d'Alzheimer, d’un diabète de type 2 et d'une cardiopathie valvulaire et vu sa fortune, notamment immobilière en Suisse et à l'étranger, B_ avait besoin d'une assistance personnelle et patrimoniale globale, sous la forme d'une curatelle de représentation en l'état, couvrant l'ensemble des rapports juridiques avec les tiers, l'assistance personnelle et la gestion du patrimoine. S'agissant de la personne du curateur, après avoir relevé que B_ souhaitait que sa fille puisse continuer à gérer ses affaires, le Tribunal de protection a, au vu d’une attestation médicale de l'incapacité de discernement sur ce point de la personne protégée, ainsi que tenant compte du conflit opposant les deux enfants de B_ et du conflit potentiel entre les intérêts de ce dernier et ceux de sa fille, fait le choix de désigner deux curateurs avec les missions qui ressortent des chiffres du dispositif de l'ordonnance cités plus haut.
Cette ordonnance a été communiquée le 29 juin 2016 aux parties et reçue le 30 juin 2016 par A_.
B. a)
Par acte de recours posté le 2 août 2016 à l'adresse du greffe de la Cour de justice, A_ a conclu à l'annulation de l'ordonnance en tant qu'elle désigne D_, avocat, en qualité de curateur pour représenter B_ dans ses rapports juridiques avec les tiers, en particulier en matière d'affaires administratives et juridiques, dans la gestion de ses revenus et de ses biens, dans l'administration de ses affaires courantes, l'autorisant à prendre connaissance de sa correspondance et à pénétrer dans son logement. Elle conclut à ce qu'en lieu et place elle soit désignée elle-même en qualité de curatrice en cette fonction également. Elle conclut pour le surplus à la confirmation de l'ordonnance attaquée, sous suite de frais.
Elle fait grief au Tribunal de protection de ne pas avoir retenu d'une part, qu'elle avait les capacités pour exercer les fonctions en question, d'autre part, que la volonté de son père était qu'elle exerce sa curatelle et enfin, d'avoir retenu qu'il existait un potentiel conflit d'intérêts entre la personne à protéger et elle-même, ne contestant pas un conflit entre elle-même et son frère, domicilié à l'étranger.
b)
En date du 14 septembre 2016, le Tribunal de protection a fait savoir à la Cour qu'il n'entendait pas revoir sa décision.
c)
Par réponse au recours expédiée le 26 septembre 2016 à l'adresse de la Cour, C_ a conclu au rejet du recours, sous suite de frais et dépens. Il a relevé non seulement qu'il existait un conflit entre lui et sa sœur, en outre, que celle-ci n'avait pas les capacités pour exercer le mandat de curatelle et enfin, qu'il existait un conflit d'intérêts évident entre la défense des intérêts de son père et les intérêts propres de sa sœur.
d)
Par acte du 17 octobre 2016, B_, par le biais de son curateur d'office pour la procédure, s'en est rapporté à justice quant à la désignation de son curateur de gestion et de représentation.
Les parties ont répliqué et dupliqué par actes postérieurs, persistant dans leurs positions.
e)
Pour le surplus, il ressort de la procédure que B_, né le 1
er
mai 1935, veuf depuis le 7 mai 2006 est père des enfants A_, C_ et E_, décédé le 3 mars 2011. A mi 2009, début 2010, B_ a été diagnostiqué comme étant affecté d’une probable maladie d'Alzheimer a un stade débutant, souffrant pour le surplus de diabète de type 2 et d'une cardiopathie valvulaire.
En date du 13 novembre 2015, C_ qui vit à l'étranger, a sollicité l'institution d'une mesure de protection en faveur de B_.
Lors d'une audience tenue le 27 janvier 2016 par-devant le Tribunal de protection, le médecin traitant de B_ a déclaré que celui-ci souffrait d'une démence modérée à avancée se manifestant principalement par des troubles de la mémoire et une désorientation spatio-temporelle, celui-ci n'étant plus capable d'accomplir seul les actes de la vie quotidienne, ayant besoin d'une assistance permanente. Le médecin a déclaré pour le surplus que son atteinte cognitive ne lui permettait pas de saisir les tenants et aboutissants d'actes plus complexes que les consignes simples dans l'instant. Il a exposé que celui-ci n'avait pas de capacité de discernement pour gérer ses affaires administratives et financières. Il a également émis des doutes quant à sa capacité de prendre des décisions dans le domaine médical et à comprendre les enjeux liés au choix de ses mandataires. Le médecin a enfin exposé que son patient avait conscience du conflit entre ses enfants constituant pour lui une souffrance. Enfin, il a attesté par certificat médical du 21 mars 2016 qu’en raison de ses troubles cognitifs modérés à sévères, B_ n’avait pas la capacité de discernement pour être valablement entendu par le Tribunal de protection.
S’agissant de sa situation financière, B_ perçoit une rente des Nations unies à hauteur de 6'620 fr. par mois, ainsi que deux montants de 10'000 dollars et 10'000 euros trimestriellement provenant de la location de biens immobiliers à l’étranger. Il percevait en outre un montant de 9'000 fr. de loyer pour la location d’un appartement dont il est propriétaire à Genève, dont le bail a été résilié. Il a pour charge les frais d’un gouvernant à hauteur de 3'000 fr. par mois, nourri, logé, non déclaré jusqu’à il y a peu, et des frais à hauteur de 750 fr. par mois de l’institution F_ qui lui prodigue des soins. En outre, un contrat de travail a été conclu en décembre 2012 entre lui et sa fille, qui perçoit mensuellement pour la gestion des affaires de son père un revenu brut de 5'000 fr.. Il s’agit du seul revenu d’A_. B_ dispose d’une fortune immobilière consistant en deux appartements à Genève d’une valeur cumulée de plus de 5 millions de francs, ainsi qu’en des biens en _ et à _ dont la valeur ascende à plusieurs millions de dollars. Les appartements de Genève sont hypothéqués à hauteur de 900'000 fr., en tout. Malgré la présence de ces biens, des problèmes de liquidité sont survenus, B_ se voyant réclamer, notamment par la banque créancière hypothécaire des biens genevois, des arriérés de paiement d’intérêts.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l’autorité de protection de l’adulte peuvent faire l’objet dans les trente jours d’un recours écrit et motivé devant le juge compétent, à savoir à Genève, la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et 3 et 450 b CC; art. 53 al. 1 et 2 LaCC et 126 al. 3 LOJ).
Ont qualité pour recourir, les personnes parties à la procédure (art. 450 al. 2