Decision ID: 3624c8b7-4677-5d47-9a9c-fb255a5fcb59
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A. a.
E_ et B_ sont les enfants de A_.
A_ est le fils unique de C_, née [C_], décédée le _ 2019 à D_ [France], à l'âge de 96 ans.
b.
E_ a vécu avec sa grand-mère à D_ de 2015 jusqu'au décès de celle-ci.
c.
La défunte a laissé deux testaments des 23 juillet 2012 et 11 avril 2013, ainsi que quatre codicilles des 24 avril, 19 décembre 2013, 15 octobre 2014 et 6 novembre 2015, dont il ressort notamment que son fils A_ est l'unique héritier réservataire de la succession, et ses deux petits-enfants, E_ et B_, sont légataires à parts égales de la quotité disponible. Ces derniers sont en outre désignés comme exécuteurs testamentaires de la succession. Enfin, de nombreux biens font l'objet de legs particuliers (tableaux, bijoux, meubles, lingots d'or, argenterie, un appartement avec dépendances, etc.), à A_, E_ et B_, ainsi qu'à des personnes tierces.
Selon une déclaration de succession à la Direction générale des finances française, non signée et non datée, les actifs de la succession de C_ totalisent 10'713'294,54 euros bruts (y compris les legs).
d.
Le 2 avril 2013, C_ a signé un document donnant mandat à la société F_ de faire constituer pour son compte une société de droit "sur P_ [Chine]" et de faire ouvrir au nom de celle-ci un compte auprès de G_ à Q_ [Bahamas], la gestion du compte étant confiée à H_ SA à Genève. Elle se disait d'accord avec le choix des membres du conseil d'administration désignés pour cette société, auxquels elle était habilitée à donner des instructions en sa qualité de fondatrice.
e.
Ainsi, I_ a été inscrite au Registre des sociétés de P_ [Chine] le _ 2013. J_, également représentant de F_, et K_, alors tous deux domiciliés à Genève, en étaient les directeurs. F_ en détenait le capital, selon certificat du 3 avril 2013.
f.
Le 17 juin 2013, I_ a ouvert un compte n°1_ auprès G_ à Q_ [Bahamas]. J_ et K_ avaient pouvoir de signature individuelle sur le compte. L'ayant droit économique en était C_. La gestion du compte a été confiée à H_ SA, à Genève. Les documents d'ouverture de compte prévoient une élection de droit en faveur du droit des Bahamas et une élection de for aux Bahamas.
g.
Il n'est pas fait mention dans les testaments et codicilles de C_ susmentionnés de l'existence de la société I_ ni des actifs détenus par celle-ci aux Bahamas. La déclaration de succession à la Direction des finances françaises ne fait pas non plus mention de ces actifs.
h.
Le 13 janvier 2014, C_ a signé un document, sans indication de lieu, intitulé "
to whom it may concern
", aux termes duquel elle faisait don à ses petits-enfants B_ et E_ à parts égales de ses avoirs dans I_. Il était encore précisé que les actifs étaient gérés au travers d'un trust F_ TRUSTEES LIMITED ("
The assets are managed via a trust by F_ Trustees Limited").
i.
B_ et E_ figurent en qualité de nouveaux ayants droit économiques du compte n° 1_ sur la formule idoine du 7 août 2014, à l'entête de G_. Ce document porte la signature de J_.
j.
Le 8 juin 2015, E_ et B_ ont donné instructions à H_ SA de transférer, sur le compte que chacun détenait auprès de L_ & CIE SA à Genève, la moitié des actifs de I_, d'un montant total de plus de 10'000'000 euros.
k.
Le 23 juin 2015, J_ a donné instruction à G_ de clôturer le compte I_ en ses livres, après paiement de la facture de F_ et couverture de ses frais. Etaient en outre mentionnées les coordonnées précises des comptes respectifs de E_ et B_ auprès de L_ & CIE SA à Genève.
l.
Le 10 juillet 2015, E_ s'est adressé par courriel à H_ SA, en lui demandant de transmettre à J_ ses instructions concernant la clôture du compte I_, soit en particulier de ne pas mentionner la donation s'agissant du transfert des titres et de l'or, les virements de chacun 5'000'000 euros sur son compte et celui de sa soeur devant indiquer la donation de leur grand-mère.
m.
Le compte de E_ auprès de L_ & CIE SA a été crédité en septembre 2015 de plus de 5'000'000 euros, provenant de la liquidation du compte I_ chez G_. Celui de B_ l'a également été mais d'un montant légèrement inférieur.
Selon un relevé provisoire au 25 mai 2016, le compte de E_ auprès de L_ & CIE SA était créditeur de 5'124'333 euros.
n.
Le 20 décembre 2019, E_ a assigné A_ et B_ devant le Tribunal de grande instance de D_ [France] en partage des biens de la succession de C_. Il n'est pas fait mention de I_ ou des actifs de celle-ci dans la demande.
o.
Le 24 décembre 2019, B_ a obtenu le séquestre, au préjudice de son frère E_, du compte bancaire de celui-ci auprès de L_ & CIE SA à Genève, pour une créance en capital de 109'524 fr.
Par décision du 29 janvier 2020, statuant sur plainte de B_ quant à l'assiette du séquestre, la Chambre de surveillance des Offices de poursuite et faillite de la Cour de justice a arrêté à 182'654 fr. 65 l'assiette provisoire du séquestre précité.
p.
Dans une note tapuscrite du 6 février 2020, sous réserve de "chèr (sic) papa, et des date et signature, manuscrites, B_ a indiqué être consciente de la validité douteuse de la donation reçue de sa grand-mère d'un montant d'environ 5,2 millions d'euros et consentir, sur le principe et selon les modalités à convenir avec le notaire, à ce que les avoirs en question soient réintégrés à l'actif successoral.
B. a.
Par requête expédiée le 28 janvier 2020 au Tribunal de première instance, A_ et B_ ont requis le séquestre, à hauteur de 5'652'410 fr. (contrevaleur : 5'263'459 euros), avec intérêts à 5% dès le 1
er
octobre 2015, du compte bancaire n° 2_ ainsi que de tout autre compte, espèces, dépôt, titre, créances (fiduciaires et/ou non fiduciaires), coffre (safe), prêts garanties, valeurs ou tout autres avoir, dont E_ est titulaire ou ayant droit économique auprès de L_ & CIE SA, sise _ [GE], sous suite de frais judiciaires et dépens.
Ils ont fondé leur créance sur la nullité de la prétendue donation de C_ à ses petits-enfants E_ et B_, résultant de la liquidation du trust I_, et sur leurs droits à ce que le montant de 5'263'459 euros soit réintégré à l'actif successoral.
b.
Par ordonnance de refus de séquestre SQ/116/2020 du 27 janvier 2020, le Tribunal a rejeté la requête (ch. 1 du dispositif), arrêté à 2'000 fr. le montant des frais judiciaires, mis à la charge de B_ et A_ et compensés avec l'avance fournie (ch. 2 et 3).
c.
Par arrêt
ACJC/197/2020
du 30 janvier 2020, la Cour de justice a rejeté le recours interjeté par B_ et A_ contre le refus de séquestre.
La Cour a retenu qu'il était vraisemblable que l'exécution par G_ d'un transfert des Bahamas sur deux comptes tiers dans une autre banque à Genève de biens d'une valeur de 10'000'000 fr. reposait sur un motif légitime et était valablement documenté. L'acceptation de ces montants par L_ & CIE SA allait d'ailleurs dans le même sens. Le dossier ne contenait aucun élément probant quant à la date de constitution du trust I_, ses caractéristiques et ses conditions ou le droit applicable à une éventuelle donation à cette époque, de sorte que les suppositions des requérants quant aux circonstances du transfert litigieux ne suffisaient pas à rendre vraisemblable l'existence d'une créance à l'encontre de E_. Enfin, les prétendues violations du droit français en matière de donation n'étaient pas étayées, tant on ignorait tout de la titularité des biens litigieux et du contexte de leur transfert. A cet égard, à part l'âge de la défunte, en soi pas déterminant, les requérants ne fournissaient aucun élément concret à l'appui de la prétendue incapacité de celle-ci à gérer ses affaires en 2015. Ils soutenaient d'ailleurs, de manière contradictoire, que celle-ci n'aurait pas eu la volonté de donner, ce qui supposait une certaine capacité de discernement.
C. a.
Par requête du 7 février 2020, A_ et B_ ont à nouveau requis le séquestre des avoirs de E_ auprès de L_ & CIE SA, à hauteur de 5'652'410 fr. avec intérêts à 5% l'an dès le 1
er
octobre 2015, se fondant sur l'art. 271 al. 1 ch. 4 LP.
Ils ont notamment fait valoir que la créance procédait de la nullité de la prétendue donation de C_ à ses petits-enfants, non dressée en la forme authentique et pas irrévocable, comme l'exigeait le droit français applicable. Il était douteux que des actifs sous gestion puissent faire l'objet d'une donation par leur ayant droit économique, non actionnaire de la société qui les détenait. La donation n'avait pas fait l'objet d'un transfert d'actifs mais d'une substitution de droits personnels.
b.
Par ordonnance SQ/182/2020 du 11 février 2020, notifiée le 13 février 2020, le Tribunal de première instance a rejeté la requête et statué sur les frais.
En substance, le Tribunal a retenu qu'il ne pouvait être retenu, même au vu des nouvelles pièces produites, que les règles de droit français en matière de donation entre vifs s'appliquaient à la substitution d'un ayant droit économique sur un compte soumis au droit des Bahamas, ou à la déclaration du 13 janvier 2014 faite par C_, sans mention de lieu. Enfin, rien ne permettait de retenir que le montant pour lequel le séquestre était demandé devait être réintégré à la succession.
D. a.
Par acte expédié le 24 février 2020 à la Cour de justice, A_ et B_ forment recours contre cette ordonnance, dont ils sollicitent l'annulation, cela fait, ils concluent à ce que soit ordonné, à hauteur de 5'652'410 fr. (contre-valeur : 5'263'459 euros), avec intérêts à 5% dès le 1
er
octobre 2015, le séquestre du compte bancaire n° 2_ ainsi que de tout autre compte, espèces, dépôt, titre, créances (fiduciaires et/ou non fiduciaires), coffre (safe), prêt, garantie, valeur ou tout autre avoir, dont E_ est titulaire ou ayant droit économique auprès de L_ & CIE SA, sise _ [GE], sous suite de frais et dépens.
Ils produisent des pièces nouvelles.
b.
Par arrêt du 27 février 2020, la Cour de céans a déclaré irrecevable la requête de, respectivement, mesures superprovisionnelles et provisionnelles formée par A_ et B_ à titre préalable dans le présent recours.

EN DROIT
1. 1.1
En matière de séquestre, la procédure sommaire est applicable (art. 251 let. a CPC).
Contre une décision refusant un séquestre, qui est une décision finale en tant qu'elle met fin à l'instance d'un point de vue procédural, seul le recours est ouvert (art. 309 let. b ch. 6 et 319 let. a CPC; arrêt du Tribunal fédéral
5A_508/2012
du 28 août 2012 consid. 3.2; Hohl, Procédure civile, tome II, 2ème éd., 2010, n. 1646).
1.2
Le recours, écrit et motivé, doit être formé dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision (art. 321 al. 1 et 2 CPC).
Déposé selon la forme et le délai prescrits, le recours est recevable.
2. 2.1
Le recours est recevable pour violation du droit et pour constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC). L'instance de recours examine les questions de droit avec le même pouvoir d'examen que l'instance précédente (cf. Jeandin, in Commentaire romand, Code de procédure civile, 2ème éd. 2019, n. 2 ad art. 320 CPC; Message du Conseil fédéral du 28 juin 2006 relatif au code de procédure civile suisse (CPC), FF 2006 6841, p. 6984).
2.2
La procédure de séquestre est soumise dans toutes ses phases à la maxime de disposition et à la maxime des débats (art. 58 al. 2 CPC; art. 255 CPC a contrario).
2.3
Au stade de la requête et de l'ordonnance de séquestre, la procédure est unilatérale et le débiteur n'est pas entendu (art. 272 LP; ATF
133 III 589
consid.1; Hohl, op. cit., n. 1637 p. 299).
Dans le cadre du recours contre l'ordonnance de refus de séquestre, la procédure conserve ce caractère unilatéral, car, pour assurer son efficacité, le séquestre doit être exécuté à l'improviste; partant, il n'y a pas lieu d'inviter E_ à présenter ses observations, ce qui ne constitue pas une violation de son droit d'être entendu (ATF
107 III 29
consid. 2 et 3; arrêt du Tribunal fédéral
5A_344/2010
du 8 juin 2010 consid. 5, in RSPC 2010 p. 400, et
5A_279/2010
du 24 juin 2010 consid. 4).
3.
Les recourants ont produit des pièces nouvelles.
Dans le cadre du recours, les conclusions, les allégations de faits et les preuves nouvelles sont irrecevables (art. 326 al. 1 CPC).
Les dispositions spéciales réservées par la loi (art. 326 al. 2 CPC) n'entrent pas en ligne de compte, dès lors qu'elles concernent essentiellement les recours contre les jugements de faillite (art. 174 LP) ainsi que les recours sur opposition au séquestre (art. 278 al. 3 LP; Message du Conseil fédéral relatif au Code de procédure civile (CPC), FF 2006 6841, p. 6986; Freiburghaus/Afheldt, in Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung (ZPO), 2016, n° 4 ad art. 326 CPC; Brunner, in Kurzkommentar ZPO, 2014, n° 4 ad art. 326 CPC;
ACJC/11/2016
du 6 janvier 2016 consid. 3).
Il s'ensuit que les pièces nouvelles produites par la recourante, ainsi que les faits qui s'y rapportent, sont irrecevables.
4.
Les recourants reprochent au Tribunal d'avoir retenu que les règles de droit français en matière de donation entre vifs ne s'appliquaient pas à la substitution d'un ayant droit économique sur un compte soumis au droit des Bahamas. Ils invoquent à cet égard l'art. 1 al. 1 let. b LDIP. Selon eux, c'est également à tort que le Tribunal a nié que le droit français s'appliquait à la déclaration du 13 janvier 2014. Enfin, ils font grief au Tribunal d'avoir considéré que rien ne permettait de retenir que le montant pour lequel le séquestre était demandé devrait être réintégré à l'actif successoral.
4.1
Le créancier d'une dette échue et non garantie par gage peut requérir le séquestre des biens du débiteur qui se trouvent en Suisse, lorsque le débiteur n'habite pas en Suisse et qu'il n'y a pas d'autre cas de séquestre, pour autant que la créance ait un lien suffisant avec la Suisse ou qu'elle se fonde sur une reconnaissance de dette au sens de l'art. 82, al. 1 (art. 271 al. 1 ch. 4 LP).
En vertu de l'art. 272 al. 1 LP, le séquestre est autorisé par le juge du for de la poursuite ou par le juge du lieu où se trouvent les biens, à condition que le créancier rende vraisemblable : 1. que sa créance existe; 2. qu'on est en présence d'un cas de séquestre; 3. qu'il existe des biens appartenant au débiteur.
4.1.2
Le séquestre est une mesure conservatoire urgente, qui a pour but d'éviter que le débiteur ne dispose de ses biens pour les soustraire à la poursuite pendante ou future de son créancier (ATF
133 III 589
consid. 1;
116 III 111
consid. 3a;
107 III 33
consid. 2). Le juge du séquestre statue en procédure sommaire (art. 251 let. a CPC), sans entendre préalablement le débiteur (ATF
133 III 589
consid. 1;
107 III 29
consid. 2), en se basant sur la simple vraisemblance des faits (ATF
138 III 232
consid. 4.1.1; arrêt du Tribunal fédéral
5A_870/2010
du 15 mars 2011 consid. 3.2; sur la simple vraisemblance en général, cf. ATF
130 III 321
consid. 3.3) et après un examen sommaire du droit (ATF
138 III 232
consid. 4.1.1; arrêt du Tribunal fédéral
5A_508/2012
28 août 2012 consid. 3.1).
Pour admettre la simple vraisemblance des faits, il suffit que, se fondant sur des éléments objectifs, le juge ait l'impression que les faits pertinents se sont produits, mais sans qu'il doive exclure pour autant la possibilité qu'ils se soient déroulés autrement (ATF
132 III 715
consid. 3.1;
130 III 321
consid. 3.3; arrêts du Tribunal fédéral
5A_877/2011
du 5 mars 2012 consid. 2.1;
5A_870/2010
du 15 mars 2011 consid. 3.2).
En relation avec la vraisemblance de l'existence d'une créance, le Tribunal fédéral a eu l'occasion de relever que si les conditions posées au degré de vraisemblance ne doivent pas être trop élevées, un début de preuve doit cependant exister. Le créancier séquestrant doit alléguer les faits et, pratiquement, produire une pièce ou un ensemble de pièces qui permettent au juge du séquestre d'acquérir, sur le plan de la simple vraisemblance, la conviction que la prétention existe pour le montant énoncé et qu'elle est exigible (arrêt du Tribunal fédéral
5A_877/2011
du 5 mars 2012 consid. 2.1).
4.2
En l'espèce, c'est à bon droit que le Tribunal a considéré qu'il n'était pas rendu vraisemblable que le droit français s'appliquait à un changement d'ayant droit économique d'un compte ouvert dans une banque sise aux Bahamas, auquel le droit des Bahamas était applicable. L'invocation de la LDIP sur ce point est sans pertinence. D'un point de vue formel, le changement opéré l'a été par les personnes autorisées, soit sous la signature du représentant de l'actionnaire de I_, F_, également titulaire d'un pouvoir de signature individuelle sur le compte. Il est ainsi vraisemblable que le changement s'est fait valablement (et ce, quel que soit le droit applicable), ce que la Cour avait déjà retenu dans son arrêt du 30 janvier 2020.
Autre est la question de savoir si ce changement d'ayant droit économique constitue matériellement une donation, et, si c'est le cas, si le droit français lui est applicable, du simple fait que l'ayant droit économique initial était française, résidente en France. Les recourants ne rendent pas vraisemblable qu'il en serait ainsi, les jurisprudences et articles de loi française produits sans autres explications ou précisions étant insuffisants à cet égard. Même s'il fallait admettre que le droit français est applicable, il ne ressort pas non plus des documents versés à la procédure de manière suffisamment vraisemblable qu'une telle donation devait recouvrir la forme authentique ou être irrévocable pour être valable.
Enfin, la vraisemblance de la créance des recourants ne pourrait être admise, même si l'on considérait que le changement d'ayant droit économique des actifs déposés sur le compte [de] I_ constituait une donation, qui plus est nulle.
Tout d'abord, une créance de la recourante, fille du recourant et également bénéficiaire des actifs de I_, à l'encontre de son frère est difficilement concevable. Le fait qu'elle ait déclaré qu'elle était consciente que cette donation était de nature à léser la réserve héréditaire de son père ne change rien à ce qui précède. Au contraire, il tend à rendre vraisemblable qu'elle n'est certainement pas créancière de son frère. A suivre ses explications, elle serait même plutôt la débitrice de son père aux côtés de son frère. Sa légitimation active est ainsi douteuse.
Ensuite, en cas de nullité de la donation, les biens devraient être restitués au donateur, aujourd'hui décédé, soit à ses héritiers. Or, il est rendu vraisemblable que le recourant, seul héritier légal, a été réduit à sa réserve. Il ne disposerait ainsi en tout état pas d'une créance portant sur la totalité des biens dont le séquestre est requis. Ces biens devraient être rapportés à la masse successorale et la part réservataire calculée. Si le recourant se trouvait lésé dans ses droits, il pourrait alors vraisemblablement faire valoir des prétentions - de nature successorale - à l'égard de tous les légataires. Il n'est pas allégué que le recourant a entrepris des démarches dans ce sens auprès des tribunaux français, vraisemblablement compétents. Il découle de ce qui précède que le recourant n'a pas rendu vraisemblable l'existence d'une créance exigible à l'égard de son fils, justifiant l'octroi d'un séquestre.
L'ordonnance querellé sera confirmée.
5.
Les recourants, qui succombent, seront condamnés aux frais du recours (art. 106 al. 1 CPC), arrêtés à 3'000 fr. (art. 48 et 61 OELP) et compensés avec l'avance fournie, acquise à l'Etat de Genève (art. 111 al. 1 CPC).
Il n'y a pas lieu à l'allocation de dépens.
* * * * *