Decision ID: fda53347-6af1-527b-aa63-4a247f88e99c
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte déposé au greffe de la Chambre de céans le 13 juillet 2018, A_ recourt
contre la décision du 3 juillet 2018, dictée au procès-verbal d'audience, par laquelle le Ministère public a refusé d'écarter de la procédure les procès-verbaux d'audition établis par l'Administration fédérale des douanes (ci-après : AFD).
Le recourant conclut, sous suite de frais, à l'annulation de cette décision, à ce qu'il soit dit et constaté que lesdits procès-verbaux ne sont pas exploitables au sens de l'art. 141 al. 2 CPP, à ce que leur retrait du dossier soit ordonné et à ce que soient également retirés de la procédure les procès-verbaux d'audition établis par le Ministère public les 7 (recte : 1
er
) juin, 15 juin, 3 juillet et 5 juillet 2018.
b.
Par ordonnance du 24 juillet 2018 (
OCPR/24/2018
), la Direction de la procédure de la Chambre de céans a rejeté la demande de mesures provisionnelles visant à l'annulation des auditions agendées les 26 juillet (B_), 27 juillet (C_) et 30 août 2018 (D_) et à ce qu'il soit fait interdiction au Ministère public de procéder à toute nouvelle audition de ceux-ci avant droit jugé sur le recours ainsi que de se référer, lors des futures auditions, aux procès-verbaux des auditions menées par l'AFD.
c.
La cause a ensuite été gardée à juger sans échange d'écritures ni débats.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
À fin 2016, l'AFD a ouvert une enquête pénale douanière, sous la référence 1_ [2016], pour infractions à la loi sur les douanes (LD;
RS 631.0
) à la loi fédérale régissant la taxe sur la valeur ajoutée (LTVA;
RS 641.20
) et à la loi fédérale sur le droit pénal administratif (DPA;
RS 313.0
), notamment à l'art. 14 al. 4, à l'encontre, notamment, de E_, lequel était principalement soupçonné d'avoir importé en fraude et recelé des objets d'arts antiques.
Les faits reprochés étaient décrits comme suit : le 20 décembre 2016, vers 17h10, arrivant de France à bord du véhicule de marque F_, immatriculé GE 2_ au nom de G_ SA sise à Genève, H_ (conducteur) et B_ (passager) sont entrés en Suisse par la route à trafic toléré de Veyrier. Ils ont été interpellés en retrait du poste frontière par une patrouille de gardes-frontière. Le contrôle des deux personnes a permis de constater que B_ était en possession d'une lampe à huile antique, importée en fraude. La vérification de la voiture a révélé la présence de 3 quittances pour la location de deux box auprès de la société I_ [location d'espaces de stockage] à J_ [GE], libellées au nom de K_, domicilié à L_ [GE]. L'enquête menée a également révélé que le 21 décembre 2016, tôt le matin, l'épouse de E_, M_, s'est rendue à J_ chez I_ pour y enlever des marchandises. Il était fort probable que les marchandises ainsi sorties des box de cette société avaient été en partie ou totalement amenées dans le box
n° 3_ de N_ [location d'espaces de stockage] à O_ [GE], où des objets d'art antiques avaient été découverts, étant précisé que ledit box avait été loué à la demande de E_ par C_.
b.
Sur dénonciations des 7 et 10 février 2017 de l'AFD - portant sur sept objets de provenance ou d'origine suspecte détenus par P_ SA et sur le déménagement subit et suspect, à fin décembre 2016, par l'entourage de P_ SA, de nombre de biens culturels entreposés hors douane dans un dépôt de Genève - le Ministère public genevois a ouvert une procédure P/2949/2017 à l'encontre de cette dernière, E_, M_, H_, Q_, K_, D_ et A_, notamment, des chefs de recel (art. 160 CP), d'infraction à l'art. 24 de la loi fédérale sur le transfert international des biens culturels (LTBC;
RS 444.1
) et d'entrave à l'action pénale (art. 305 CP).
S'agissant de E_, il lui était reproché d'avoir, notamment, à Genève ou ailleurs en Suisse,
"depuis en tous cas 10 ans"
et jusqu'à tout récemment, chargé H_ d'aller chercher en France, le 20 décembre 2016, B_, qui devait lui apporter une lampe à huile d'origine probablement byzantine, en franchissant la frontière non surveillée en voiture; d'avoir, le même soir, alors qu'il avait appris que H_ et B_ avaient été interpellés par une patrouille volante, organisé dans la précipitation le déménagement nocturne de dépôts détenus pour son compte par un tiers vers d'autres dépôts loués pour son compte par un tiers aux fins de soustraire à la détection des douanes et de la justice des objets archéologiques qui, entretemps interceptés, sont suspectés d'être d'origine illicite; étant précisé que d'autres objets confiés pour restauration et présentant les mêmes signes ont été séquestrés chez K_ et que le prévenu détenait, par personnes interposées, des locaux à l'extérieur des Ports-Francs, étant encore précisé qu'il avait chargé à de nombreuses reprises H_ et d'autres, d'organiser des transports d'objets des dépôts à la galerie ou encore de Suisse vers les États-Unis et dans une moindre mesure à AD_ [Grande-Bretagne].
c.
Dans le cadre de ces deux procédures, plusieurs perquisitions, menées conjointement par l'AFD et le Ministère public, ont eu lieu au début mars 2017, au domicile de E_, dans les locaux des sociétés P_ SA et G_ SA ainsi qu'aux domiciles d'autres personnes physiques.
d.
A_ a été entendu en qualité d'inculpé par l'AFD à 22 reprises entre le
1
er
mars 2017 et le 2 mai 2018. Il lui était reproché les faits suivants : importation en fraude d'objets d'art antiques, recel de marchandises importées en fraude en Suisse et entrave à l'action pénale (infractions à la LD, à la LTVA et à l'art. 14 al. 4 DPA).
Il a été informé de ses droits dont celui de faire appel en tout temps à un avocat. Il y a renoncé à chacune de ses auditions.
e.
L'AFD a également procédé à tout le moins aux auditions de E_ (inculpé) à quinze reprises (les 6 mars 2017, 21 mars 2017, 7 avril 2017, 24 mai 2017,
1
er
novembre 2017, 17 novembre 2017, 22 novembre 2017, 28 novembre 2017,
12 décembre 2017, 16 janvier 2018, 9 février 2018, 20 février 2018, 1
er
mars 2018, 14 mars 2018 et 20 mars 2018), C_ (inculpé) (17
ème
audition le 6 avril 2018), R_ le 10 avril 2018, S_ le 22 mars 2018, Q_ (inculpée)
(5
ème
interrogatoire le 28 février 2018), T_ (inculpé) (4
ème
interrogatoire le 15 février 2018), U_ le 31 janvier 2018, V_ le 9 janvier 2018, W_ (inculpé) le 4 décembre 2017, X_ (inculpée) (2
ème
interrogatoire le
28 novembre 2017), Y_ (inculpé) (3
ème
interrogatoire le 8 novembre 2017), Z_ le 1
er
novembre 2017, H_ (inculpé) (3
ème
interrogatoire le 4 octobre 2017), AA_ (inculpée) le 1
er
mars 2017, B_ (inculpé) le 20 décembre 2016, K_ (inculpé) (5
ème
interrogatoire le 19 juin 2017), AB_ le
8 juin 2017, M_ (inculpée) le 28 février 2017 et D_ (inculpé)
(2
ème
interrogatoire le 11 mai 2017).
f.
Les procès-verbaux des auditions menées par l'AFD ont été transmis au Ministère public et versés à la procédure pénale instruite par celui-ci, en application de l'art. 30 DPA.
g.
À l'audience du 1
er
juin 2018, le Ministère public a prévenu C_ de faux dans les titres, recel, blanchiment d'argent, entrave à l'action pénale et infractions à l'art. 24 LTBC pour avoir, en substance, en agissant en coactivité, respectivement en complicité, avec E_, A_, K_, AC_ et d'autres, produit, signé, accepté que soient utilisées des factures ou des indications de provenance contraires à la réalité ou encore fourni des indications de provenance contraires à la réalité pour être utilisées par d'autres, aux fins de faciliter le transfert douanier et la mise sur le marché de l'art d'antiquités dépourvues de toute documentation.
C_ a été une nouvelle fois entendu le 15 juin 2018.
h.
A_, assisté de son conseil, a été mis en prévention par le Ministère public, à l'audience du 3 juillet 2018, des chefs de faux dans les titres, recel, blanchiment d'argent, entrave à l'action pénale et infractions à l'art. 24 LTBC. Il lui était reproché, en substance, d'avoir produit, signé, accepté que soient utilisés des factures ou
des indications de provenance contraires à la réalité, ou encore fourni des indications de provenance contraires à la réalité pour être utilisées par d'autres, aux fins
de procurer à des objets provenant essentiellement de l'Antiquité, et dépourvus de toutes documentation, un
"pedigree"
permettant soit de dissiper des soupçons de provenance illicite, soit de faciliter leur transfert douanier et leur mise sur le marché de l'art, et ce en agissant en coactivité respectivement en complicité avec E_, C_, K_, AC_ et d'autres.
Y_ a été mis en prévention pour les mêmes faits.
Le Ministère public les a informés que tous les procès-verbaux de toutes les auditions au cours desquelles ils avaient été entendus par la section anti-fraude des douanes étaient versés à la procédure avec leurs annexes.
Il les a également informés que E_ était entendu depuis plus d'une année par la section anti-fraude des douanes ainsi que par lui-même en qualité de prévenu.
i.
E_, assisté de son conseil, a participé à cette audience.
Il a sollicité, par l'intermédiaire de son conseil, au début de celle-ci, que tous les procès-verbaux d'audition de A_ et Y_ établis par l'AFD soient écartés de la procédure, soit 22 procès-verbaux pour le premier et 4 pour le second, au motif que ces auditions avaient été conduites en violation de ses droits procéduraux découlant du CPP, notamment les art. 107 al. 1 let. b et 109.
Y_, par la voix de son conseil, a émis la même requête, pour les mêmes motifs que ceux invoqués par E_, auxquels s'ajoutaient les art. 130 et 141 CPP.
A_, par la voix de son conseil, a également émis la requête de voir écartés du dossier tous les procès-verbaux de toutes les personnes prévenues ou impliquées établis par l'AFD, pour les mêmes motifs que ceux invoqués par E_ et Y_.
j.
L'audience du 3 juillet 2018 s'est poursuivie le 5 suivant, avec l'audition de A_.
C.
Dans sa décision querellée, protocolée au procès-verbal d'audience du 3 juillet 2018, le Ministère public expose que les auditions dont le retrait des procès-verbaux était réclamé se sont tenues dans le cadre de la procédure de droit pénal administratif, et sous l'empire des règles de procédure de droit pénal administratif, et que les procès-verbaux lui avaient par la suite été transmis à sa demande, et en application des règles sur l'entraide administrative entre autorités. Il ne s'estimait pas compétent pour juger de la validité des actes d'instruction effectués dans la procédure administrative et invitait A_, s'il s'y estimait fondé, à contester la validité des auditions selon les règles de la procédure administrative. Partant, la requête d'écarter les procès-verbaux d'audition établis par l'AFD était rejetée.
Le Ministère public rappelle enfin que l'audition de Y_ du même jour et celle de A_ le 5 suivant ainsi que les auditions complémentaires qui pourraient être tenues à l'avenir avaient précisément pour but de les entendre de manière contradictoire dans le cadre des principes énoncés aux art. 107, 146 et 147 CPP.
D.
À l'appui de son recours, A_ expose que les auditions menées par l'AFD contreviennent aux minimas procéduraux du CPP, de sorte que les procès-verbaux en résultant ne pouvaient être versés à la procédure et, partant, étaient inexploitables. Les preuves avaient été recueillies par l'AFD en violation du droit des parties à assister à l'administration des preuves, d'une part, et, des règles sur la délégation de l'instruction, d'autre part. À teneur des art. 130 let. b et c CPP, C_ aurait dû être pourvu d'une défense obligatoire
ab initio
, étant relevé qu'il avait été inculpé par les douanes le 18 juillet 2017 déjà. Ce faisant, le Ministère public avait sciemment choisi de laisser les douanes instruire le dossier pénal concernant l'intéressé et de collecter des faits relevant d'infractions pénales (faux dans les titres, recel, blanchiment d'argent, entrave à l'action pénale et infraction à l'art. 24 LTBC), détournant ainsi non seulement les règles sur la défense obligatoire mais encore ses droits à assister à l'audition du précité et notamment de E_ et Y_. Les procès-verbaux de ses propres auditions étaient viciés pour les mêmes motifs.
Les autorités douanières n'étaient pas compétentes pour instruire les infractions pénales précitées - quand bien même elles avaient interrogé les précités sur celles-ci, y compris sur une période antérieure à la prescription en matière d'infractions douanières -, d'une part, et le Ministère public n'était pas autorisé à leur déléguer l'instruction pénale, l'AFD ne faisant pas partie des personnes visées par l'art. 312 CPP, d'autre part. Partant, tous les procès-verbaux d'audition établis par l'AFD le concernant ainsi que, notamment, C_ et Y_ devaient être considérés comme inexploitables et retirés du dossier pénal.
Enfin, l'instruction du dossier par l'AFD l'avait également privé du droit d'accès au dossier, en violation de l'art. 101 CPP.

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une décision sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner du prévenu
qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. a CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).
2.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement irrecevables ou mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP). Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.
3.
3.1.
La DPA s'applique lorsqu'une autorité administrative fédérale - soit ici l'AFD - est chargée de poursuivre et de juger des infractions (art. 1 DPA).
3.2.
L'administration est compétente pour procéder à l'enquête. Les auditions, qui sont l'objet de procès-verbaux, les inspections locales et les mesures de contrainte sont confiées à des fonctionnaires formés spécialement à cet effet (art. 20 DPA).
Les art. 25 à 28 DPA régissent les plaintes au sujet des actes d'enquête et désignent les autorités compétentes pour les recevoir.
En vertu de l'art. 32 al. 1 DPA, l'inculpé peut, en tout état de la cause, se pourvoir d'un défenseur.
Selon l'art. 33 DPA, lorsque l'inculpé n'est pas assisté d'une autre manière, l'administration lui désigne d'office, en tenant compte de ses voeux dans la mesure du possible, un défenseur choisi parmi les personnes mentionnées à l'art. 32, al. 2, let. a: si l'inculpé n'est manifestement pas en état de se défendre lui-même (let. a); pour la durée de la détention préventive, si elle est maintenue au-delà de trois jours (let. b) (al. 1). Si, en raison de son indigence, l'inculpé ne peut se pourvoir d'un défenseur, il lui en est aussi désigné un d'office, à sa demande. Sont exceptés les cas où n'entre en ligne de compte qu'une amende inférieure à CHF 2000.- (al. 2).
À teneur de l'art. 35 DPA, le fonctionnaire enquêteur autorise l'inculpé et son défenseur à participer à l'administration des preuves, à condition que la loi n'exclue pas leur participation et qu'aucun intérêt essentiel, public ou privé, ne s'y oppose (al. 1). Le fonctionnaire enquêteur peut interdire à l'inculpé et à son défenseur de participer à l'administration des preuves lorsque leur présence entrave l'instruction (al. 2).
En vertu de l'art. 30 DPA, les autorités administratives de la Confédération, des cantons et des communes assistent dans l'accomplissement de leur tâche les autorités chargées de poursuivre et de juger les affaires pénales administratives; elles doivent en particulier leur donner les renseignements dont elles ont besoin et leur permettre de consulter les pièces officielles qui peuvent avoir de l'importance pour la poursuite pénale (al. 1). L'entraide judiciaire ne peut être refusée que si des intérêts publics importants s'y opposent, en particulier la sûreté intérieure ou extérieure de la Confédération ou des cantons, ou si cette entraide doit entraver considérablement l'autorité requise dans l'accomplissement de sa tâche. Le secret professionnel au sens des art. 171 à 173 CPP doit être respecté (al. 2). Au surplus, les art. 43 à 48 CPP sont applicables en matière d'entraide judiciaire (al. 3).
3.3.
La DPA comporte des dispositions spéciales réprimant notamment l'escroquerie en matière de prestations et de contributions (art. 14 DPA), le faux dans les titres et l'obtention frauduleuse d'une constatation fausse (art. 15 DPA) et l'entrave à l'action pénale (art. 17 DPA).
4.
L'art. 101 al. 1 CPP permet aux parties, sous réserve de l'art. 108 CPP, de consulter le dossier de la procédure dès la première audition du prévenu et l'administration des preuves principales par le Ministère public. Il s'agit de conditions cumulatives (arrêt du Tribunal fédéral
1B_667/2011
du 7 février 2012 consid. 1.2).
Selon l'art. 107 al. 1 let. b. CPP, une partie a le droit de participer à des actes de procédure. Cette disposition constitue une règle générale, précisée, étendue ou limitée par d'autres dispositions du code (A. KUHN / Y. JEANNERET (éds),
Commentaire romand :
Code de procédure pénale suisse
, Bâle 2011, n. 2 ad
art. 107).
L'art. 147 al. 1 CPP consacre le droit de poser des questions lors d'une audition, qui est aussi une concrétisation du droit d'être entendu. Pour le prévenu, le droit de poser des questions au témoin découle également des art. 32 al. 2 Cst., 6 al. 3 let. d CEDH et 14 al. 3 let. e Pacte ONU II; il consiste à se trouver en présence de la personne et à lui poser ou faire poser des questions. Ceci a pour but de permettre au prévenu, respectivement à son défenseur, de vérifier la crédibilité des déclarations de la personne entendue en sondant ses motivations, afin de pouvoir éventuellement jeter un doute sur le témoignage.
Selon l'art. 130 CPP, le prévenu doit avoir un défenseur notamment lorsqu'il encourt une peine privative de liberté de plus d'un an ou une mesure entraînant une privation de liberté (let. b) ou lorsqu'en raison de son état physique ou psychique ou pour d'autres motifs, il ne peut suffisamment défendre ses intérêts dans la procédure et si ses représentants légaux ne sont pas en mesure de le faire (let. c).
5.
En l'espèce, le recourant considère que les auditions menées par l'AFD l'ont été en violation des règles du CPP, de sorte que les procès-verbaux en résultant ne peuvent être versés à la présente procédure pénale. Selon lui en effet, le Ministère public a délégué
de facto
l'instruction de la procédure pénale à l'AFD, détournant ainsi ses droits de parties, notamment ceux relatifs à la défense obligatoire et au droit de participer à l'administration des preuves.
Ce raisonnement ne saurait être suivi.
Il est en effet établi que l'AFD, nantie des faits survenus le 20 décembre 2016, a ouvert une enquête pour infractions à la LD, à la LTVA et à la DPA, à l'égard notamment du recourant, auquel il était reproché d'avoir importé en fraude et recelé des objets d'art antiques/marchandises ainsi qu'une entrave à l'action pénale.
Sur dénonciations de l'AFD, le Ministère public a, de son côté, ouvert une instruction pénale, notamment à son encontre, des chefs de faux dans les titres, recel, blanchiment d'argent, entrave à l'action pénale et infraction à l'art. 24 LTBC.
Les faits à l'origine de ces deux procédures administrative et pénale étant identiques et dirigés contre les mêmes personnes, l'AFD et le Ministère public ont mené
des perquisitions conjointes et se sont réciproquement accordés l'entraide, se communiquant leurs actes d'instruction respectifs.
Ainsi, contrairement à ce que le recourant affirme, le Ministère public n'a aucunement délégué l'instruction de la présente procédure pénale à l'AFD - ce qu'elle ne peut -, celle-ci instruisant sa propre procédure selon les règles découlant du droit pénal administratif fédéral.
Le fait que les procès-verbaux des auditions menées par l'AFD et transmises par elle au Ministère public au titre de l'entraide étaient d'abord référencés dans la procédure pénale sous "Actes délégués", selon l'étiquette du classeur D.2, ne saurait au demeurant signifier qu'il s'agissait d'auditions déléguées au sens de l'art. 312 CPP.
Partant, ce sont exclusivement les règles découlant de la DPA qui s'appliquent aux auditions menées par l'AFD.
Or, il est constant que les auditions du recourant, notamment, y compris son inculpation et la faculté pour lui de faire appel à un avocat - à laquelle il a renoncé à chacune de ses auditions -, ont été effectuées sous l'égide de cette loi.
En tant que le recourant critique le fait de n'avoir pas été pourvu d'une défense obligatoire, tout comme E_, C_ et Y_ ou invité à participer aux autres auditions menées par l'AFD, il lui incombe de s'en plaindre, le cas échéant, auprès des autorités compétentes désignées aux art. 26 ss DPA.
Il n'appartient ainsi pas à la Chambre de céans, faute de compétence, de se prononcer sur la validité des actes d'instruction effectués par l'AFD et sur la teneur des questions posées, dont le recourant affirme qu'elles auraient porté sur des infractions pénales ne relevant pas de sa sphère de compétence ou sur des infractions douanières prescrites.
Le recourant, qui ne critique pas la transmission des procès-verbaux d'audition de l'AFD au Ministère public et leur apport au dossier pénal, au titre de l'entraide, ne saurait considérer que les règles découlant du CPP devraient s'appliquer également aux auditions menées par l'AFD du seul fait de leur possible, voire probable, versement dans une procédure pénale régie par le CPP.
Comme déjà relevé, les auditions litigieuses ont été effectuées dans le cadre d'une procédure administrative connexe et recueillies selon le droit de procédure propre à celle-ci.
Partant, les règles du CPP, applicables aux auditions menées par le Ministère public voire sur délégation de celui-ci à la police, n'avaient pas à être mises en oeuvre dans le cadre de l'enquête administrative diligentée par l'AFD. Le Ministère public n'avait ainsi pas à pourvoir le recourant ou les autres protagonistes d'une défense obligatoire - dont on peut se demander au passage si le recourant aurait la qualité pour s'en plaindre s'agissant d'autres personnes que lui - ni à lui octroyer un droit de participer auxdites auditions ou d'accéder au dossier
ab initio
.
Autre est la question du respect du droit d'être entendu du recourant, découlant des art. 101, 107 et 147 CPP, lequel doit lui être effectivement garanti dans le cadre de la présente procédure pénale.
Or, le recourant, à l'issue de sa mise en prévention, a été convié à assister aux audiences ultérieures du Ministère public, étant précisé qu'à teneur de la décision querellée, ce droit continuera de lui être offert lors des futures auditions qui pourront encore intervenir.
Il résulte de ce qui précède qu'aucune violation des dispositions du CPP n'a été commise et que les procès-verbaux d'audition litigieux, y compris les auditions par-devant le Ministère public, sont parfaitement exploitables dans le cadre de la présente procédure pénale.
6.
Justifiée, la décision querellée sera donc confirmée.
7.
Le recourant, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui comprendront un émolument de CHF 900.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).
* * * * *