Decision ID: 372f213c-c1fc-51c6-962c-40dd88019452
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_014
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: social_law

EN FAIT
1. Monsieur A_ (ci-après : l’assuré), né le _ 1959, originaire du Congo, divorcé et père de deux enfants, est entré en Suisse en 1981; il a une formation de mécanicien (Brevet d’aptitude professionnelle en mécanique obtenu au Congo) et un permis de conduire des élévateurs depuis 2004.![endif]>![if>
2. L'assuré a exercé une activité de nettoyeur aux B_, de concierge au cycle du C_ et, en dernier lieu, comme indépendant dans l'import/export; antérieurement, il a travaillé en missions temporaires (forage – cariste – terrassement – manutention – travaux de chantier – programmation sur machine CNC).![endif]>![if>
3. Le 25 janvier 2010, l’assuré a été en incapacité de travail totale jusqu’au 14 février 2010, certifiée par le docteur D_, spécialiste FMH en médecine générale. Dès le 26 mai 2010, l’assuré a été en incapacité de travail totale, certifiée par le docteur E_, chiropraticien.![endif]>![if>
4. Le 14 septembre 2010, le docteur F_ du centre médical de Meyrin, a certifié que l’assuré souffrait d’une affection médicale chronique qui ne lui permettait pas de pratiquer des travaux de force.![endif]>![if>
5. Le 20 novembre 2010, l’assuré a déposé une demande de détection précoce auprès de l’office de l’assurance-invalidité (ci-après OAI) en raison d’un syndrome vertébral lombaire bas d’origine mécanique.![endif]>![if>
6. Le 15 février 2011, l’assuré a été convoqué à un entretien de détection précoce; il a indiqué avoir cessé son activité d’indépendant (vente de pièces mécaniques) et présentait des lombalgies chroniques. ![endif]>![if>
7. Le 22 février 2011, la doctoresse G_ du service médical régional (ci-après : le SMR) a estimé qu’il fallait instruire médicalement.![endif]>![if>
8. Le 25 mars 2011, le Dr D_ a certifié que l’état de santé de l’assuré nécessitait l’ouverture d’une prise en charge AI pour reconversion professionnelle.![endif]>![if>
9. Le 5 avril 2011, le Dr E_ a certifié qu’il traitait l’assuré depuis le 25 mai 2010, que l’examen radiologique de 2010 révélait des pincements discaux L4-L5 et L5-S1, très sévères, avec une ostéophytose articulaire prononcée. Une IRM était envisagée ainsi qu’un avis chirurgical éventuel; l’assuré avait manqué le traitement à 3 reprises durant 4 à 6 semaines; cela semblait aller donc beaucoup mieux.![endif]>![if>
10. Le 12 avril 2011, la Dresse G_ a estimé que l’assuré devait déposer une demande de prestations.![endif]>![if>
11. Le 25 avril 2011, l’assuré a déposé une demande de prestations de l’assurance-invalidité. Il présentait un mal de dos chronique depuis 2002.![endif]>![if>
12. Le 28 juillet 2011, le Dr E_ a rempli un rapport médical AI en indiquant qu’il suivait l’assuré depuis l’année 2010 pour un syndrome vertébral lombaire bas existant depuis 1999. Son état s’était amélioré avec le traitement, mais il était sujet aux récidives. Il arrêtait le traitement dès qu’il y avait une amélioration. L’incapacité de travail était totale du 20 février au 9 avril 2007. Une éventuelle chirurgie était à considérer. Il était limité dans le port de charges et certaines positions (se pencher, s’accroupir, s’agenouiller, rotation en position assise /debout, monter).![endif]>![if>
13. Le 9 septembre 2011, le Dr D_ a indiqué que l’assuré ne faisait plus partie de ses patients.![endif]>![if>
14. Le 18 octobre 2011, le Dr E_ a rempli un rapport médical intermédiaire AI, dans lequel il a mentionné un état de santé stationnaire avec un torticolis aigu du 24 août au 2 septembre 2011; il présentait des rechutes à répétition avec limitation de la mobilité articulaire lombaire; la capacité de travail dans un autre métier était de 50%.![endif]>![if>
15. Par communication du 25 octobre 2011, l’OAI a constaté que des mesures de réadaptation n’étaient actuellement pas possibles.![endif]>![if>
16. Le 18 janvier 2012, le Dr E_ a indiqué un état de santé stationnaire avec un épisode du 17 novembre au 1
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décembre 2011 de douleurs cervicales aigues.![endif]>![if>
17. Un entretien d’évaluation à l'OAI du 11 mai 2012 a relevé que l’assuré souhaitait retrouver une activité adaptée ou recevoir une rente. ![endif]>![if>
18. A la suite d'un entretien auprès de la Fondation intégration pour tous du 30 mai 2012, la conseillère en cause a indiqué à l'OAI que l'assuré souffrait d'un problème d'alcoolisme sévère, de sorte qu'il convenait d'obtenir des informations médicales complètes.![endif]>![if>
19. Le 27 juillet 2012, la doctoresse H_, du SMR, a constaté que le dossier ne contenait aucun rapport d'un médecin, ni documents radiologiques, de sorte qu'une instruction était nécessaire.![endif]>![if>
20. Un rapport final de l'IPT du 28 août 2012 relève que le dossier a été clos en raison d'un problème de santé non réglé de l'assuré.![endif]>![if>
21. Le 29 août 2012, le centre de Meyrin a indiqué que l'assuré n'était suivi par aucun médecin du centre. ![endif]>![if>
22. Le 10 septembre 2012, une note de l'OAI a mentionné que l'assuré était suivi par le docteur I_, FMH médecin interne, en raison d'importants troubles psychiatriques.![endif]>![if>
23. Le 24 septembre 2012, le Dr I_ a rempli un rapport médical AI dans lequel il a posé les diagnostics d'alcoolisme chronique, d'état dépressif et de dorso-lombalgies chroniques on déficitaires; il suivait l'assuré depuis le 19 juin 2012; l'incapacité de travail était totale depuis le 1
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juillet 2012, en raison de l'incapacité à se concentrer sur une tâche due à l'état dépressif et l'alcoolisme. Actuellement, le patient gardait des symptômes d'état dépressif avec des troubles du sommeil importants, un manque d'élan vital, se sentant également submergé par les activités de la vie quotidienne. Dans ce contexte, il était suivi régulièrement par une assistante sociale. Sa dépendance face à l'alcool était très marquée, avec une consommation quotidienne de bières et d'alcool forts débutant le matin. L'assuré avait débuté une participation au cercle d'alcooliques anonymes.![endif]>![if>
24. Le 11 décembre 2012, le service de médecine de premiers recours des B_ a indiqué que l'assuré n'était pas suivi dans le service.![endif]>![if>
25. Le 20 décembre 2012, le Dr I_ a indiqué qu'il discutait d'une prise en charge psychiatrique en addictologie avec l'assuré.![endif]>![if>
26. Le 17 janvier 2013, le Dr I_ a rempli un rapport médical intermédiaire relevant un état de santé stationnaire depuis octobre 2012 avec une thymie dépressive persistante et des tentatives d'arrêt d'alcool; le pronostic était sombre; il persistait une éthylisation chronique et des dorso-lombalgies chroniques non déficitaires; il présentait un manque d'élan vital, de concentration; il était submergé par les activités de la vie quotidienne et une consommation quotidienne d'alcool; l'incapacité de travail était totale en raison de l'état dépressif et de la dépendance à l'alcool.![endif]>![if>
27. Le 25 mars 2013, la doctoresse J_, du SMR, a estimé qu'il fallait déterminer si l'alcoolisme était primaire ou secondaire.![endif]>![if>
28. Le 22 juillet 2013, le docteur K_, médecin interne auprès de la consultation du Grand-Pré des HUG, a rendu un rapport médical AI posant les diagnostics d'épisode dépressif, sans précision et de dépendance à l'alcool; la symptomatologie dépressive persistait malgré 3 mois d'abstinence; le traitement avait débuté le 19 janvier 2013; l'assuré n'avait pas d'activité professionnelle.![endif]>![if>
29. Le 29 août 2013, la Dresse J_ a rendu un avis proposant une expertise rhumatologique, psychiatrique et de médecine interne auprès d'un COMAI.![endif]>![if>
30. Par communication du 3 septembre 2013, l'OAI a informé l'assuré de la prise en charge d'une expertise pluridisciplinaire.![endif]>![if>
31. Le 29 décembre 2013, l'OAI a été informé par la plateforme SuisseMED@P que le mandat était confié au CEMed de Nyon et en a informé l'assuré le 9 janvier 2014.![endif]>![if>
32. Le 19 août 2014, le CEMed a rendu son rapport d'expertise, soit les docteurs L_, FMH médecine interne, M_, FMH rhumatologie et N_, FMH psychiatrie-psychothérapie.![endif]>![if>
L'assuré se plaignait de douleurs du dos avec des blocages du dos et de la nuque, de douleurs aux genoux, aux poignets ou à d'autres articulations; il avait débuté une consommation d'alcool après son divorce; son cas s'était aggravé il y avait 3 – 4 ans, avec un état dépressif et des douleurs aggravées; il buvait pour calmer ses douleurs; il avait pu atteindre une abstinence avec des périodes de dérapage.
L'assuré ne présentait aucune incapacité de travail du point de vue de la médecine interne; des troubles ostéoarticulaires dégénératifs du rachis et du genou droit contrindiquaient les activités lourdes telles que manœuvre sur les chantiers, du point de vue rhumatologique, et une dysthymie, des troubles du comportement liés à l'utilisation d'alcool, syndrome de dépendance, utilisation continue n'entraînaient pas d'incapacité de travail, du point de vue psychiatrique.
Les experts ont posé le diagnostic de troubles dégénératifs du rachis cervico-dorso-lombaire, gonarthrose droite, hypertension artérielle compensée, dysthymie (F34.1) et troubles mentaux et troubles du comportement liés à l'utilisation d'alcool, syndrome de dépendance, utilisation continue (F10.25).
En raison des troubles ostéoarticulaires dégénératifs les efforts physiques importants étaient contre-indiqués. Le port de charges de plus de 15 kg ou le port répétitif de charges de plus de 10 kg devait être évité, de même que les activités sollicitant le dos par des mouvements répétitifs en flexion-extension ou rotation du tronc ou les positions prolongées avec le haut du corps en porte-à-faux. L'activité ne devait pas se dérouler constamment en position debout, nécessiter la marche en terrain instable ou la monté-descente fréquente d'escaliers. Les atteintes étaient incompatibles avec une activité de manœuvre sur les chantiers, mais permettraient une activité telle qu'opérateur de machine CNC.
Initialement secondaire, la dépendance semblait avoir pris progressivement le dessus et être en cause dans un cercle vicieux d'entretien mutuel avec l'état de déprime. Les dernières années d'activité l'expertisé avait exécuté divers métiers surtout dans des emplois temporaires, dont plusieurs dans des travaux lourds (forage, cariste, terrassement). Dans ce type d'activité, la capacité de travail était nulle depuis qu'une incapacité de travail avait été médicalement attestée, soit mai 2010. Dans une activité physique exigeante, la capacité de travail était nulle. L'expertisé était au bénéfice d'une formation de mécanicien, notamment sur machines à commande numérique. Dans une telle activité, la capacité de travail était préservée. Selon l'anamnèse et les documents médicaux à disposition, la situation actuelle était comparable à celle qu'elle était en 2010. Par conséquent, la capacité de travail dans l'activité adaptée était déjà présente à ce moment-là. Les consommations d'alcool étaient incompatibles avec la manipulation de machines et la conduite de véhicules. L'abstinence était exigible.
33. Le 21 novembre 2014, la Dresse J_ a estimé que les conclusions de l'expertise devaient être suivies et qu'il existait une capacité de travail dans une activité adaptée.![endif]>![if>
34. Par projet de décision du 1
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décembre 2014, l'OAI a rejeté la demande de prestation au motif que l'assuré était capable, depuis mai 2010, de travailler à 100% dans une activité adaptée aux limitations fonctionnelles. Le taux d'invalidité était de 10%, correspondant à l'abattement de 10% sur le salaire statistique, le revenu avant et après invalidité étant fondé sur le même salaire statistique.![endif]>![if>
35. Par décision du 28 janvier 2015, l'OAI a rejeté la demande de prestations.![endif]>![if>
36. Le 27 février 2015, l'assuré a recouru auprès de la chambre des assurances sociales de la Cour de justice à l'encontre de la décision précitée en concluant à son annulation au motif que l'OAI avait écarté des expertises médicales qui lui étaient favorables et que les experts de l'OAI avaient confirmé son mal grandissant du dos.![endif]>![if>
37. Le 24 mars 2015, l'OAI a conclu au rejet du recours.![endif]>![if>
38. Le 20 avril 2015, la chambre de céans a entendu les parties en audience de comparution personnelle. Le recourant a notamment déclaré : « J'ai des douleurs permanentes au dos, principalement au bas du dos, mais également parfois des irradiations de la nuque à l'épaule. Je prends tous les jours des anti-douleurs et également des anti-inflammatoires. J'essaie de me réorienter ; je suis actuellement des cours en informatique. Je pense qu'un travail de bureau pourrait être envisageable. J'ai travaillé sur machines numériques car j'ai une formation de programmateur CNC. J'estime que je pourrai à nouveau exercer cette activité, mais seulement à 50%. Il faut rester en permanence en position debout dans cette activité. Je suis suivi pour le problème d'alcool à l'Hôpital de jour à la Servette. Le
Dr K_ a quitté l'hôpital et je suis suivi par un nouveau médecin, dont je ne me rappelle plus le nom. J'ai débuté ce programme il y a deux ans. Ce programme me convient bien et je suis abstinent depuis deux ans. J'ai commencé par un suivi deux fois par semaine et, actuellement, j'ai des rendez-vous une fois par mois. »![endif]>![if>
39. Le 16 juin 2015, l’assuré, représenté par une avocate, a complété son recours. Il avait sollicité un avis du Dr I_ du CAAP – Grand-Pré. Sa dépendance à l’alcool était secondaire ; il contestait le diagnostic de dysthymie posé par l’expert du CEMed car il souffrait depuis de nombreuses années d’un état dépressif important ; l’expert avait d’ailleurs admis qu’il avait présenté au moins deux épisodes dépressifs majeurs et retenait un réveil systématique à 4h du matin, des idées noires fréquentes, une absence de plaisir, un isolement social fluctuant, une fatigue psychique, un sentiment d’inutilité, une importante perte de la confiance en soi, un appétit inconstant et une libido diminuée. L’expert n’avait en outre pas procédé à un test d’évaluation de la dépression. Il contestait la valeur probante de l’expertise du CEMed et estimait avoir une incapacité de travail de 50%. Il présentait aussi des limitations physiques qui se surajoutaient et l’empêchaient d’exercer son activité précédente. Subsidiairement, l’abattement sur le salaire d’invalide devait être de 25% au lieu de 10%. Il a conclu, préalablement, à l’ordonnance d’une expertise psychiatrique judiciaire et à l’audition des médecins traitants et, principalement, à l’annulation de la décision litigieuse et à l’octroi d’une demi-rente d’invalidité et de mesures professionnelles.![endif]>![if>
40. Le 18 juin 2015, un délai a été fixé à l’assuré au 18 juillet 2015 pour produire les documents médicaux annoncés.![endif]>![if>
41. Le 17 juillet 2015, l’assuré a requis un délai complémentaire.![endif]>![if>
42. Le 21 juillet 2015, un délai au 28 août 2015 lui a été accordé.![endif]>![if>
43. Le 28 août 2015, l’assuré a requis une ultime prolongation du délai, voire l’audition de l’infirmière en charge de son suivi, Madame O_, et du
Dr I_.![endif]>![if>
44. A la demande de la chambre de céans, le Dr I_ a indiqué, le
28 septembre 2015, qu’il suivait l’assuré depuis mars 2012 à raison d’une fois par mois ; celui-ci était totalement incapable de travailler, ce qui était attesté depuis juillet 2012, compte tenu de l’alcoolisme, de la dépression et des douleurs dorso-lombaires chroniques ; l’assuré suivait un traitement médicamenteux et d’ostéopathie depuis mars 2012 et était suivi en addictologie avec un sevrage complet à l’heure actuelle ; l’évolution était lentement favorable ; il était surprenant que l’expertise du CEMed constate l’absence de sévérité des troubles, en estimant qu’ils pouvaient être réduits par des mesures médicales que l’assuré ne suivait pas ; l’alcoolisme était selon lui sévère, car il avait des répercussions sociales et professionnelles importantes ; en outre, les prises de sang en mars et mai 2014 au centre d’addictologie prouvaient le suivi médical.![endif]>![if>
45. A la demande de la chambre de céans, le docteur P_, médecin interne au service d’addictologie, CAAP, rue du Grand-Pré, a indiqué, le 30 octobre 2015, qu’il suivait l’assuré depuis mars 2014, mais ne l’avait vu que deux fois car celui-ci manquait de nombreux rendez-vous ; une infirmière le suivait une fois par mois (Mme O_). Il pouvait seulement attester du diagnostic de troubles mentaux et de comportement liés à l’utilisation d’alcool, syndrome de dépendance ; l’assuré avait été abstinent depuis mars 2014 mais avait rechuté en juin 2015.
Mme O_ l’avait vu en septembre 2015 et rapportait une persistance d’épisodes de consommation d’alcool, avec abstinence actuellement récente et aggravation des douleurs ; il ne pouvait pas se prononcer sur la capacité de travail de l’assuré, car il ne l’avait vu que deux fois.![endif]>![if>
46. Le 9 novembre 2015, la chambre de céans a informé les parties du fait qu’elle entendait confier une expertise à la doctoresse Q_, FMH psychiatrie – psychothérapie, et leur a fixé un délai pur se déterminer sur la mission d’expertise et le choix de l’experte.![endif]>![if>
47. Le 24 novembre 2015, la Dresse H_, du SMR, a observé que le Dr P_ ne relevait qu’un diagnostic de dépendance à l’alcool et l’expertise avait montré qu’aucune atteinte n’était suffisamment grave pour qu’on puisse retenir un alcoolisme secondaire ; une expertise judiciaire n’était pas justifiée. Des questions complémentaires étaient néanmoins proposées.![endif]>![if>
48. Le 30 novembre 2015, l’OAI s’est rallié à l’avis du SMR du 24 novembre 2015 en relevant qu’il s’opposait à une expertise judiciaire, le rapport du CEMed du 19 août 2014 étant probant.![endif]>![if>
49. Le 4 décembre 2015, l’assuré a acquiescé à la mission d’expertise et au choix de l’experte.![endif]>![if>

EN DROIT
1. Conformément à l'art. 134 al. 1 let. a ch. 2 de la loi sur l'organisation judiciaire, du 26 septembre 2010 (LOJ -
E 2 05
) en vigueur dès le 1er janvier 2011, la chambre des assurances sociales de la Cour de justice connaît, en instance unique, des contestations prévues à l'art. 56 de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales, du 6 octobre 2000 (LPGA -
RS 830.1
) relatives à la loi fédérale sur l’assurance-invalidité du 19 juin 1959 (LAI -
RS 831.20
).![endif]>![if>
Sa compétence pour juger du cas d’espèce est ainsi établie.
2. Le délai de recours est de 30 jours (art. 60 al. 1 LPGA). Interjeté dans la forme et le délai prévus par la loi, le recours est recevable, en vertu des art. 56ss LPGA.![endif]>![if>
3. Le litige porte sur le droit du recourant à une rente d’invalidité et à des mesures professionnelles.![endif]>![if>
4. Est réputée invalidité, l'incapacité de gain totale ou partielle présumée permanente ou de longue durée, résultant d'une infirmité congénitale, d'une maladie ou d'un accident (art. 8 al. 1 LPGA et 4 al. 1 LAI). Selon l’art. 7 LPGA, est réputée incapacité de gain toute diminution de l'ensemble ou d'une partie des possibilités de gain de l'assuré sur le marché du travail équilibré qui entre en considération, si cette diminution résulte d'une atteinte à la santé physique ou mentale et qu'elle persiste après les traitements et les mesures de réadaptation exigibles (al 1). Seules les conséquences de l’atteinte à la santé sont prises en compte pour juger de la présence d’une incapacité de gain. De plus, il n’y a incapacité de gain que si celle-ci n’est pas objectivement surmontable (al. 2 en vigueur dès le 1
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janvier 2008).![endif]>![if>
5. En vertu de l’art. 28 al. 2 LAI, l’assuré a droit à une rente entière s’il est invalide à 70% au moins, à un trois-quarts de rente s'il est invalide à 60% au moins, à une demi-rente s’il est invalide à 50% au moins, ou à un quart de rente s’il est invalide à 40% au moins.![endif]>![if>
Pour évaluer le taux d'invalidité, le revenu que l'assuré aurait pu obtenir s'il n'était pas invalide est comparé avec celui qu'il pourrait obtenir en exerçant l'activité qui peut raisonnablement être exigée de lui après les traitements et les mesures de réadaptation, sur un marché du travail équilibré (art. 16 LPGA et art. 28a al. 1 LAI).
Il y a lieu de préciser que selon la jurisprudence, la notion d'invalidité, au sens du droit des assurances sociales, est une notion économique et non médicale; ce sont les conséquences économiques objectives de l'incapacité fonctionnelle qu'il importe d'évaluer (ATF
110 V 273
consid. 4a). L’atteinte à la santé n’est donc pas à elle seule déterminante et ne sera prise en considération que dans la mesure où elle entraîne une incapacité de travail ayant des effets sur la capacité de gain de l’assuré (arrêt du Tribunal fédéral des assurances I 654/00 du 9 avril 2001 consid. 1).
6. a) Les atteintes à la santé psychique peuvent, comme les atteintes physiques, entraîner une invalidité au sens de l'art. 4 al. 1 LAI en liaison avec l'art. 8 LPGA. On ne considère pas comme des conséquences d'un état psychique maladif, donc pas comme des affections à prendre en charge par l'assurance-invalidité, les diminutions de la capacité de gain que l'assuré pourrait empêcher en faisant preuve de bonne volonté; la mesure de ce qui est exigible doit être déterminée aussi objectivement que possible (ATF
102 V 165
; arrêt du Tribunal fédéral des assurances I 786/04 du 19 janvier 2006 consid. 3.1).
Dans l'éventualité où des troubles psychiques ayant valeur de maladie sont finalement admis, il y a alors lieu d'évaluer le caractère exigible de la reprise d'une activité lucrative par l'assuré, au besoin moyennant un traitement thérapeutique. A cet effet, il faut examiner quelle est l'activité que l'on peut raisonnablement exiger de lui. Pour admettre l'existence d'une incapacité de gain causée par une atteinte à la santé mentale, il n'est donc pas décisif que l'assuré exerce une activité lucrative insuffisante; il faut bien plutôt se demander s'il y a lieu d'admettre que la mise à profit de sa capacité de travail ne peut, pratiquement, plus être raisonnablement exigée de lui, ou qu'elle serait même insupportable pour la société (ATF
127 V 294
, consid. 4c, ATF
102 V 165
; VSI 2001 p. 224 consid. 2b et les références). Ces principes sont valables, selon la jurisprudence, pour les psychopathies, les altérations du développement psychique (psychische Fehlentwicklungen), l'alcoolisme, la pharmacomanie, la toxicomanie et pour les névroses (RCC 1992 p. 182 consid. 2a et les références; arrêt du Tribunal fédéral des assurances I 237/04 du 30 novembre 2004 consid. 4.2).
b) A teneur de la jurisprudence constante du Tribunal fédéral, une dépendance comme l’alcoolisme, la pharmacodépendance ou la toxicomanie ne constitue pas en soi une invalidité au sens de la loi. En revanche, elle joue un rôle dans l’assurance-invalidité lorsqu’elle a provoqué une atteinte à la santé physique ou mentale qui nuit à la capacité de gain de l’assuré, ou si elle résulte elle-même d’une atteinte à la santé physique ou mentale qui a valeur de maladie (ATF
99 V 28
consid. 2; VSI 2002 p. 32 consid. 2a, 1996 p. 319 consid. 2a). La situation de fait doit faire l'objet d'une appréciation globale incluant aussi bien les causes que les conséquences de la dépendance, ce qui implique de tenir compte d'une éventuelle interaction entre dépendance et comorbidité psychiatrique. Pour que soit admise une invalidité du chef d'un comportement addictif, il est nécessaire que la comorbidité psychiatrique à l'origine de cette dépendance présente un degré de gravité et d'acuité suffisant pour justifier, en soi, une diminution de la capacité de travail et de gain, qu'elle soit de nature à entraîner l'émergence d'une telle dépendance et qu'elle contribue pour le moins dans des proportions considérables à cette dépendance. Si la comorbidité ne constitue qu'une cause secondaire à la dépendance, celle-ci ne saurait être admise comme étant la conséquence d'une atteinte à la santé psychique. S'il existe au contraire un lien de causalité entre l'atteinte maladive à la santé psychique et la dépendance, la mesure de ce qui est exigible doit alors être déterminé en tenant compte de l'ensemble des limitations liées à la maladie psychique et à la dépendance (arrêt du Tribunal fédéral
9C_72/2012
du 21 août 2012 consid. 3).
Cependant, l'existence d'une comorbidité psychiatrique ne constitue pas encore un fondement suffisant pour conclure sur le plan juridique à une invalidité en raison d'une dépendance. L'affection psychique mise en évidence doit contribuer pour le moins dans des proportions considérables à l'incapacité de gain de l'assuré. Une simple anomalie de caractère ne saurait à cet égard suffire (RCC 1992 p. 180 consid. 4d). En présence d'une pluralité d'atteintes à la santé, l'appréciation médicale doit décrire le rôle joué par chacune des atteintes à la santé sur la capacité de travail et définir à quel taux celle-ci pourrait être évaluée, abstraction faite des effets de la dépendance. Si l'examen médical conduit à la conclusion que la dépendance est seule déterminante du point de vue de l'assurance-invalidité, il n'y a pas lieu de distinguer entre les différentes atteintes à la santé (arrêt du Tribunal fédéral
9C_618/2014
du 9 janvier 2015 consid. 5.4).
c) En matière de dépendance à l'alcool, la science médicale distingue les troubles psychiatriques induits (secondaires à la prise d'alcool) des troubles psychiatriques indépendants (associés à la consommation d'alcool). La démarche diagnostique peut cependant se révéler particulièrement délicate, dans la mesure où les effets d'une consommation abusive d'alcool affectent inévitablement le tableau clinique. En règle générale, les signes et symptômes psychiatriques sont induits et s'amendent spontanément par l'arrêt de la consommation dans les semaines qui suivent le sevrage; ils ne sauraient par conséquent faire l'objet d'un diagnostic psychiatrique séparé. En revanche, si à l'issue d'une période d'abstinence suffisante, les éléments réunis sont suffisants, il y a lieu de retenir l'existence d'une comorbidité psychiatrique. Dans certaines circonstances, l'anamnèse, notamment l'historique de la consommation d'alcool depuis l'adolescence, peut constituer un instrument utile dans le cadre de la détermination du diagnostic, notamment s'agissant de la préexistence d'un trouble indépendant (arrêt du Tribunal fédéral
9C_395/07
du 15 avril 2008 consid. 2.3).
7. Pour pouvoir calculer le degré d’invalidité, l’administration (ou le juge, s’il y a eu un recours) a besoin de documents qu’un médecin, éventuellement d’autres spécialistes, doivent lui fournir. La tâche du médecin consiste à porter un jugement sur l’état de santé et à indiquer dans quelle mesure et pour quelles activités l’assuré est, à ce motif, incapable de travailler. En outre, les données médicales constituent un élément utile pour déterminer quels travaux on peut encore, raisonnablement, exiger de l’assuré (ATF
125 V 256
consid. 4 et les références).
Selon le principe de libre appréciation des preuves, pleinement valable en procédure judiciaire de recours dans le domaine des assurances sociales (cf. art. 61 let. c LPGA), le juge n'est pas lié par des règles formelles, mais doit examiner de manière objective tous les moyens de preuve, quelle qu'en soit la provenance, puis décider si les documents à disposition permettent de porter un jugement valable sur le droit litigieux. En cas de rapports médicaux contradictoires, le juge ne peut trancher l'affaire sans apprécier l'ensemble des preuves et sans indiquer les raisons pour lesquelles il se fonde sur une opinion médicale et non pas sur une autre. L'élément déterminant pour la valeur probante d'un rapport médical n'est ni son origine, ni sa désignation, mais son contenu. A cet égard, il importe que les points litigieux importants aient fait l'objet d'une étude fouillée, que le rapport se fonde sur des examens complets, qu'il prenne également en considération les plaintes exprimées, qu'il ait été établi en pleine connaissance du dossier (anamnèse), que la description des interférences médicales soit claire et enfin que les conclusions de l'expert soient bien motivées (ATF
134 V 231
consid. 5.1; ATF
133 V 450
consid. 11.1.3; ATF
125 V 351
consid. 3).
Sans remettre en cause le principe de la libre appréciation des preuves, le Tribunal fédéral des assurances a posé des lignes directrices en ce qui concerne la manière d'apprécier certains types d'expertises ou de rapports médicaux.
Ainsi, en principe, lorsqu’au stade de la procédure administrative, une expertise confiée à un médecin indépendant est établie par un spécialiste reconnu, sur la base d'observations approfondies et d'investigations complètes, ainsi qu'en pleine connaissance du dossier, et que l'expert aboutit à des résultats convaincants, le juge ne saurait les écarter aussi longtemps qu'aucun indice concret ne permet de douter de leur bien-fondé (ATF
125 V 351
consid. 3b/bb).
Le juge ne s'écarte pas sans motifs impératifs des conclusions d'une expertise médicale judiciaire, la tâche de l'expert étant précisément de mettre ses connaissances spéciales à la disposition de la justice afin de l'éclairer sur les aspects médicaux d'un état de fait donné. Selon la jurisprudence, peut constituer une raison de s'écarter d'une expertise judiciaire le fait que celle-ci contient des contradictions, ou qu'une surexpertise ordonnée par le tribunal en infirme les conclusions de manière convaincante. En outre, lorsque d'autres spécialistes émettent des opinions contraires aptes à mettre sérieusement en doute la pertinence des déductions de l'expert, on ne peut exclure, selon les cas, une interprétation divergente des conclusions de ce dernier par le juge ou, au besoin, une instruction complémentaire sous la forme d'une nouvelle expertise médicale (ATF
125 V 351
consid. 3b/aa et les références).
Le juge peut accorder pleine valeur probante aux rapports et expertises établis par les médecins d'un assureur social aussi longtemps que ceux-ci aboutissent à des résultats convaincants, que leurs conclusions sont sérieusement motivées, que ces avis ne contiennent pas de contradictions et qu'aucun indice concret ne permet de mettre en cause leur bien-fondé. Le simple fait que le médecin consulté est lié à l'assureur par un rapport de travail ne permet pas encore de douter de l'objectivité de son appréciation ni de soupçonner une prévention à l'égard de l'assuré. Ce n'est qu'en présence de circonstances particulières que les doutes au sujet de l'impartialité d'une appréciation peuvent être considérés comme objectivement fondés. Etant donné l'importance conférée aux rapports médicaux dans le droit des assurances sociales, il y a lieu toutefois de poser des exigences sévères quant à l'impartialité de l'expert (ATF
125 V 351
consid. 3b/ee).
Une appréciation médicale, respectivement une expertise médicale établie sur la base d'un dossier n’est pas en soi sans valeur probante. Une expertise médicale établie sur la base d'un dossier peut avoir valeur probante pour autant que celui-ci contienne suffisamment d'appréciations médicales qui, elles, se fondent sur un examen personnel de l'assuré (RAMA 2001 n° U 438 p. 346 consid. 3d). L’importance de l’examen personnel de l’assuré par l’expert n’est reléguée au second plan que lorsqu’il s’agit, pour l’essentiel, de porter un jugement sur des éléments d’ordre médical déjà établis et que des investigations médicales nouvelles s’avèrent superflues. En pareil cas, une expertise médicale effectuée uniquement sur la base d’un dossier peut se voir reconnaître une pleine valeur probante (arrêt du Tribunal fédéral
8C_681/2011
du 27 juin 2012 consid. 4.1 et les références).
Un rapport au sens de l'art. 59 al. 2bis LAI (en corrélation avec l'art. 49 al. 1 RAI) a pour fonction d'opérer la synthèse des renseignements médicaux versés au dossier et de prodiguer des recommandations quant à la suite à donner au dossier sur le plan médical. En tant qu'il ne contient aucune observation clinique, il se distingue d'une expertise médicale (art. 44 LPGA) ou d'un examen médical auquel il arrive au SMR de procéder (art. 49 al. 2 RAI; arrêt du Tribunal fédéral
9C_542/2011
du 26 janvier 2012 consid. 4.1). Ces rapports ne posent pas de nouvelles conclusions médicales mais portent une appréciation sur celles déjà existantes. Au vu de ces différences, ils ne doivent pas remplir les mêmes exigences au niveau de leur contenu que les expertises médicales. On ne saurait en revanche leur dénier toute valeur probante. Ils ont notamment pour but de résumer et de porter une appréciation sur la situation médicale d'un assuré, ce qui implique aussi, en présence de pièces médicales contradictoires, de dire s'il y a lieu de se fonder sur l'une ou l'autre ou s'il y a lieu de procéder à une instruction complémentaire (arrêt du Tribunal fédéral
9C_518/2007
du 14 juillet 2008 consid. 3.2 et les références citées).
En ce qui concerne les rapports établis par les médecins traitants, le juge peut et doit tenir compte du fait que, selon l'expérience, le médecin traitant est généralement enclin, en cas de doute, à prendre parti pour son patient en raison de la relation de confiance qui l'unit à ce dernier (ATF
125 V 351
consid. 3b/cc).
On ajoutera qu'en cas de divergence d’opinion entre experts et médecins traitants, il n'est pas, de manière générale, nécessaire de mettre en œuvre une nouvelle expertise. La valeur probante des rapports médicaux des uns et des autres doit bien plutôt s'apprécier au regard des critères jurisprudentiels (ATF
125 V 351
consid. 3a) qui permettent de leur reconnaître pleine valeur probante. A cet égard, il convient de rappeler qu'au vu de la divergence consacrée par la jurisprudence entre un mandat thérapeutique et un mandat d'expertise (ATF 124 I 170 consid. 4; arrêt du Tribunal fédéral I 514/06 du 25 mai 2007 consid. 2.2.1, in SVR 2008 IV Nr. 15 p. 43), on ne saurait remettre en cause une expertise ordonnée par l'administration ou le juge et procéder à de nouvelles investigations du seul fait qu'un ou plusieurs médecins traitants ont une opinion contradictoire. Il n'en va différemment que si ces médecins traitants font état d'éléments objectivement vérifiables ayant été ignorés dans le cadre de l'expertise et qui sont suffisamment pertinents pour remettre en cause les conclusions de l'expert (arrêt du Tribunal fédéral
9C_751/2010
du 20 juin 2011 consid. 2.2).
8. Les constatations médicales peuvent être complétées par des renseignements d’ordre professionnel, par exemple au terme d'un stage dans un centre d'observation professionnel de l'assurance-invalidité, en vue d'établir concrètement dans quelle mesure l'assuré est à même de mettre en valeur une capacité de travail et de gain sur le marché du travail. Il appartient alors au médecin de décrire les activités que l'on peut encore raisonnablement attendre de l'assuré compte tenu de ses atteintes à la santé (influence de ces atteintes sur sa capacité à travailler en position debout et à se déplacer; nécessité d'aménager des pauses ou de réduire le temps de travail en raison d'une moindre résistance à la fatigue, par exemple), en exposant les motifs qui le conduisent à retenir telle ou telle limitation de la capacité de travail. En revanche, il revient au conseiller en réadaptation, non au médecin, d'indiquer quelles sont les activités professionnelles concrètes entrant en considération sur la base des renseignements médicaux et compte tenu des aptitudes résiduelles de l'assuré. Dans ce contexte, l'expert médical et le conseiller en matière professionnelle sont tenus d'exercer leurs tâches de manière complémentaire, en collaboration étroite et réciproque (ATF
107 V 17
consid. 2b; SVR 2006 IV n° 10 p. 39).
En cas d'appréciation divergente entre les organes d'observation professionnelle et les données médicales, l'avis dûment motivé d'un médecin prime pour déterminer la capacité de travail raisonnablement exigible de l'assuré (arrêt du Tribunal fédéral des assurances I 531/04 du 11 juillet 2005, consid. 4.2). En effet, les données médicales permettent généralement une appréciation plus objective du cas et l'emportent, en principe, sur les constatations qui peuvent être faites à l'occasion d'un stage d'observation professionnelle, qui sont susceptibles d’être influencées par des éléments subjectifs liés au comportement de l'assuré pendant le stage (arrêt du Tribunal fédéral
9C_462/2009
du 2 décembre 2009 consid. 2.4). Au regard de la collaboration, étroite, réciproque et complémentaire selon la jurisprudence, entre les médecins et les organes d'observation professionnelle (cf. ATF
107 V 17
consid. 2b), on ne saurait toutefois dénier toute valeur aux renseignements d'ordre professionnel recueillis à l'occasion d'un stage pratique pour apprécier la capacité résiduelle de travail de l'assuré en cause. Au contraire, dans les cas où l'appréciation d'observation professionnelle diverge sensiblement de l'appréciation médicale, il incombe à l'administration, respectivement au juge - conformément au principe de la libre appréciation des preuves - de confronter les deux évaluations et, au besoin de requérir un complément d'instruction (ATF
9C_1035/2009
du 22 juin 2010 consid. 4.1, in SVR 2011 IV n° 6 p. 17; ATF
9C_833/2007
du 4 juillet 2008, in Plädoyer 2009/1 p. 70; arrêt du Tribunal fédéral des assurances I 35/03 du 24 octobre 2003 consid. 4.3 et les références, in Plädoyer 2004/3 p. 64; arrêt du Tribunal fédéral
9C_512/2013
du 16 janvier 2014 consid. 5.2.1).
9. En ce qui concerne les facteurs psychosociaux ou socioculturels et leur rôle en matière d'invalidité, ils ne figurent pas au nombre des atteintes à la santé susceptibles d'entraîner une incapacité de gain au sens de l'art. 4 al. 1 LAI. Pour qu'une invalidité soit reconnue, il est nécessaire, dans chaque cas, qu'un substrat médical pertinent, entravant la capacité de travail (et de gain) de manière importante, soit mis en évidence par le médecin spécialisé. Plus les facteurs psychosociaux et socioculturels apparaissent au premier plan et imprègnent l'anamnèse, plus il est essentiel que le diagnostic médical précise s'il y a atteinte à la santé psychique qui équivaut à une maladie. Ainsi, il ne suffit pas que le tableau clinique soit constitué d'atteintes qui relèvent de facteurs socioculturels; il faut au contraire que le tableau clinique comporte d'autres éléments pertinents au plan psychiatrique tels, par exemple, une dépression durable au sens médical ou un état psychique assimilable, et non une simple humeur dépressive. Une telle atteinte psychique, qui doit être distinguée des facteurs socioculturels, et qui doit de manière autonome influencer la capacité de travail, est nécessaire en définitive pour que l'on puisse parler d'invalidité. En revanche, là où l'expert ne relève pour l'essentiel que des éléments qui trouvent leur explication et leur source dans le champ socioculturel ou psychosocial, il n'y a pas d'atteinte à la santé à caractère invalidant (ATF
127 V 294
consid. 5a in fine).
10. Le juge des assurances sociales fonde sa décision, sauf dispositions contraires de la loi, sur les faits qui, faute d’être établis de manière irréfutable, apparaissent comme les plus vraisemblables, c’est-à-dire qui présentent un degré de vraisemblance prépondérante. Il ne suffit donc pas qu’un fait puisse être considéré seulement comme une hypothèse possible. Parmi tous les éléments de fait allégués ou envisageables, le juge doit, le cas échéant, retenir ceux qui lui paraissent les plus probables (ATF
130 III 321
consid. 3.2 et 3.3; ATF
126 V 353
consid. 5b; ATF
125 V 193
consid. 2 et les références). Aussi n’existe-t-il pas, en droit des assurances sociales, un principe selon lequel l’administration ou le juge devrait statuer, dans le doute, en faveur de l’assuré (ATF
126 V 319
consid. 5a).
11. Conformément au principe inquisitoire qui régit la procédure dans le domaine des assurances sociales, le juge des assurances sociales doit procéder à des investigations supplémentaires ou en ordonner lorsqu'il y a suffisamment de raisons pour le faire, eu égard aux griefs invoqués par les parties ou aux indices résultant du dossier. Il ne peut ignorer des griefs pertinents invoqués par les parties pour la simple raison qu'ils n'auraient pas été prouvés (VSI 5/1994 220 consid. 4a). En particulier, il doit mettre en œuvre une expertise lorsqu'il apparaît nécessaire de clarifier les aspects médicaux du cas (ATF
117 V 282
consid. 4a; RAMA 1985 p. 240 consid. 4; arrêt du Tribunal fédéral des assurances I 751/03 du 19 mars 2004 consid. 3.3). Lorsque le juge des assurances sociales constate qu'une instruction est nécessaire, il doit en principe mettre lui-même en œuvre une expertise lorsqu'il considère que l'état de fait médical doit être élucidé par une expertise ou que l'expertise administrative n'a pas de valeur probante (ATF
137 V 210
consid. 4.4.1.3 et 4.4.1.4). Un renvoi à l’administration reste possible, notamment lorsqu'il s'agit de préciser un point de l'expertise ordonnée par l'administration ou de demander un complément à l'expert (ATF
137 V 210
consid. 4.4.1.3 et 4.4.1.4; SVR 2010 IV n. 49 p. 151, consid. 3.5; arrêt du Tribunal fédéral
8C_760/2011
du 26 janvier 2012 consid. 3).
Si l’administration ou le juge, se fondant sur une appréciation consciencieuse des preuves fournies par les investigations auxquelles ils doivent procéder d’office, sont convaincus que certains faits présentent un degré de vraisemblance prépondérante et que d’autres mesures probatoires ne pourraient plus modifier cette appréciation, il est superflu d’administrer d’autres preuves (appréciation anticipée des preuves ; ATF
122 II 464
consid. 4a; ATF
122 III 219
consid. 3c). Une telle manière de procéder ne viole pas le droit d’être entendu selon l’art. 29 al. 2 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (
RS 101
- Cst; SVR 2001 IV n. 10 p. 28 consid. 4b), la jurisprudence rendue sous l’empire de l’art. 4 aCst. étant toujours valable (ATF
124 V 90
consid. 4b; ATF
122 V 157
consid. 1d).
12. En vertu des art. 28 al. 1 et 29 al. 1 LAI (dans sa teneur en vigueur depuis le 1
er
janvier 2008), le droit à la rente prend naissance au plus tôt à la date dès laquelle l’assuré a présenté une incapacité de travail (art. 6 LPGA) d’au moins 40% en moyenne pendant une année sans interruption notable et qu’au terme de cette année, il est invalide (art. 8 LPGA) à 40% au moins, mais au plus tôt à l’échéance d’une période de six mois à compter de la date à laquelle l’assuré a fait valoir son droit aux prestations conformément à l’art. 29 al. 1 LPGA.
13. La comparaison des revenus s'effectue, en règle ordinaire, en chiffrant aussi exactement que possible les montants de ces deux revenus et en les confrontant l'un avec l'autre, la différence permettant de calculer le taux d'invalidité (méthode générale de comparaison des revenus; ATF
128 V 29
consid. 1; ATF
104 V 135
consid. 2a et 2b).
Pour procéder à la comparaison des revenus, il convient de se placer au moment de la naissance du droit à la rente; les revenus avec et sans invalidité doivent être déterminés par rapport à un même moment et les modifications de ces revenus susceptibles d'influencer le droit à la rente survenues jusqu'au moment où la décision est rendue doivent être prises en compte (ATF 129 V 222 et ATF
128 V 174
).
Pour fixer le revenu sans invalidité, il faut établir ce que l'assuré aurait, au degré de la vraisemblance prépondérante, réellement pu obtenir au moment déterminant s'il n'était pas invalide (RAMA 2000 n°U 400 p. 381 consid. 2a). Ce revenu doit être évalué de manière aussi concrète que possible si bien qu’il convient, en règle générale, de se référer au dernier salaire que l’assuré a obtenu avant l’atteinte à sa santé, en tenant compte de l’évolution des salaires (ATF
129 V 222
consid. 4.3.1). Ce n'est qu'en présence de circonstances particulières qu'il peut se justifier qu'on s'en écarte et qu'on recoure aux données statistiques résultant des ESS édité par l'Office fédéral de la statistique. Tel sera le cas lorsqu'on ne dispose d'aucun renseignement au sujet de la dernière activité professionnelle de l'assuré ou si le dernier salaire que celui-ci a perçu ne correspond manifestement pas à ce qu'il aurait été en mesure de réaliser, selon toute vraisemblance, en tant que personne valide; par exemple, lorsqu'avant d'être reconnu définitivement incapable de travailler, l'assuré était au chômage ou rencontrait d'ores et déjà des difficultés professionnelles en raison d'une dégradation progressive de son état de santé ou encore percevait une rémunération inférieure aux normes de salaire usuelles. On peut également songer à la situation dans laquelle le poste de travail de l'assuré avant la survenance de l'atteinte à la santé n'existe plus au moment déterminant de l'évaluation de l'invalidité (arrêts du Tribunal fédéral des assurances I 168/05 du 24 avril 2006 consid. 3.3 et B 80/01 du 17 octobre 2003 consid. 5.2.2).
Quant au revenu d'invalide, il doit être évalué avant tout en fonction de la situation professionnelle concrète de l'intéressé. Lorsque l'assuré n'a pas repris d'activité, ou aucune activité adaptée lui permettant de mettre pleinement en valeur sa capacité de travail résiduelle, contrairement à ce qui serait raisonnablement exigible de sa part, le revenu d'invalide peut être évalué sur la base de données statistiques, telles qu'elles résultent de l’ESS (ATF
126 V 75
consid. 3b/aa et bb). On se réfère alors à la statistique des salaires bruts standardisés, en se fondant toujours sur la médiane ou valeur centrale (ATF
124 V 321
consid. 3b/bb).
La mesure dans laquelle les salaires ressortant des statistiques doivent être réduits, dépend de l'ensemble des circonstances personnelles et professionnelles du cas particulier (limitations liées au handicap, âge, années de service, nationalité/catégorie d'autorisation de séjour et taux d'occupation) et résulte d'une évaluation dans les limites du pouvoir d'appréciation. Une déduction globale maximum de 25% sur le salaire statistique permet de tenir compte des différents éléments qui peuvent influencer le revenu d'une activité lucrative (ATF
126 V 75
consid. 5b/aa-cc). L'étendue de l'abattement justifié dans un cas concret relève du pouvoir d'appréciation (ATF
132 V 393
consid. 3.3). Cette évaluation ressortit en premier lieu à l'administration, qui dispose pour cela d'un large pouvoir d'appréciation. Le juge doit faire preuve de retenue lorsqu'il est amené à vérifier le bien-fondé d'une telle appréciation. L'examen porte alors sur le point de savoir si une autre solution que celle que l'autorité, dans le cas concret, a adoptée dans le cadre de son pouvoir d'appréciation et en respectant les principes généraux du droit, n'aurait pas été plus judicieuse quant à son résultat. Pour autant, le juge ne peut, sans motif pertinent, substituer son appréciation à celle de l'administration; il doit s'appuyer sur des circonstances de nature à faire apparaître sa propre appréciation comme la mieux appropriée (ATF
126 V 75
consid. 6; ATF
123 V 150
consid. 2 et les références; arrêt du Tribunal fédéral
8C_337/2009
du 18 février 2010 consid. 7.5).
En cas d’absence de désignation des activités compatibles avec les limitations du recourant, le Tribunal fédéral a jugé qu'il eût été certainement judicieux que l'office AI donnât au recourant, à titre d'information, des exemples d'activités adaptées qu'il peut encore exercer, mais qu’il convient néanmoins d'admettre que le marché du travail offre un éventail suffisamment large d'activités légères, dont on doit convenir qu'un nombre significatif sont adaptées aux limitations du recourant et accessibles sans aucune formation particulière (arrêt du Tribunal fédéral
9C_279/2008
du 16 décembre 2008 consid. 4).
Lorsqu'il s'agit d'examiner dans quelle mesure un assuré peut encore exploiter économiquement sa capacité de gain résiduelle sur le marché du travail entrant en considération pour lui (art. 16 LPGA), on ne saurait subordonner la concrétisation des possibilités de travail et des perspectives de gain à des exigences excessives. Il s'ensuit que pour évaluer l'invalidité, il n'y a pas lieu d'examiner la question de savoir si un invalide peut être placé eu égard aux conditions concrètes du marché du travail, mais uniquement de se demander s'il pourrait encore exploiter économiquement sa capacité résiduelle de travail lorsque les places de travail disponibles correspondent à l'offre de la main d'oeuvre (VSI 1998 p. 293). On ne saurait toutefois se fonder sur des possibilités de travail irréalistes. Ainsi, on ne peut parler d'une activité exigible au sens de l'art. 16 LPGA, lorsqu'elle ne peut être exercée que sous une forme tellement restreinte qu'elle n'existe pratiquement pas sur le marché général du travail ou que son exercice suppose de la part de l'employeur des concessions irréalistes et que, de ce fait, il semble exclu de trouver un emploi correspondant (RCC 1991 p. 329; RCC 1989 p. 328).
D'après ces critères, il y a lieu de déterminer dans chaque cas et de manière individuelle si l'assuré est encore en mesure d'exploiter une capacité de travail résiduelle sur le plan économique et de réaliser un salaire suffisant pour exclure une rente. Ni sous l'angle de l'obligation de diminuer le dommage, ni sous celui des possibilités qu'offre un marché du travail équilibré aux assurés pour mettre en valeur leur capacité de travail résiduelle, on ne saurait exiger d'eux qu'ils prennent des mesures incompatibles avec l'ensemble des circonstances objectives et subjectives (arrêt du Tribunal fédéral
9C_1066/2009
du 22 septembre 2010 consid. 4.1 et la référence).
14. Dans l’hypothèse où un assuré présente une entière capacité de travail dans toute activité lucrative ou lorsque les revenus avec et sans invalidité sont basés sur la même tabelle statistique, les revenus avant et après invalidité sont calculés sur la même base. Il est dès lors superflu de les chiffrer avec exactitude, le degré d’invalidité se confondant avec celui de l’incapacité de travail, sous réserve d’une éventuelle réduction du salaire statistique (arrêts du Tribunal fédéral des assurances I 43/05 du 30 juin 2006 consid. 5.2 et I 1/03 du 15 avril 2003 consid. 5.2).
Selon la jurisprudence, le résultat exact du calcul du degré d’invalidité doit être arrondi au chiffre en pour cent supérieur ou inférieur selon les règles applicables en mathématiques. En cas de résultat jusqu'à x,49 %, il faut arrondir à x % et pour des valeurs à partir de x,50 %, il faut arrondir à x+1 % (ATF
130 V 121
consid. 3.2).
15. Lorsqu'il s'agit d'évaluer l'invalidité d'un assuré qui se trouve proche de l'âge donnant droit à la rente de vieillesse, il faut procéder à une analyse globale de la situation et se demander si, de manière réaliste, cet assuré est en mesure de retrouver un emploi sur un marché équilibré du travail. Cela revient à déterminer, dans le cas concret qui est soumis à l'administration ou au juge, si un employeur potentiel consentirait objectivement à engager l'assuré, compte tenu notamment des activités qui restent exigibles de sa part en raison d'affections physiques ou psychiques, de l'adaptation éventuelle de son poste de travail à son handicap, de son expérience professionnelle et de sa situation sociale, de ses capacités d'adaptation à un nouvel emploi, du salaire et des contributions patronales à la prévoyance professionnelle obligatoire, ainsi que de la durée prévisible des rapports de travail (arrêt du Tribunal fédéral
9C_366/2014
du 19 novembre 2014 consid. 5.2).
Pour apprécier les chances d'un assuré proche de l'âge de la retraite de mettre en valeur sa capacité résiduelle de travail sur le marché de l'emploi, il convient de se placer au moment où l'on constate que l'exercice (partiel) d'une activité lucrative est exigible du point de vue médical, soit dès que les documents médicaux permettent d'établir de manière fiable les faits y relatifs (ATF
138 V 457
consid. 3; arrêt du Tribunal fédéral
9C_366/2014
du 19 novembre 2014 consid. 5.3).
A titre d’exemples, le Tribunal fédéral a considéré qu’il était exigible d’un assuré de 60 ans ayant travaillé pour l’essentiel en tant qu’ouvrier dans l’industrie textile qu’il se réinsère sur le marché du travail malgré son âge et ses limitations fonctionnelles (travaux légers et moyens avec alternance des positions dans des locaux fermés; arrêt du Tribunal fédéral des assurances I 376/05 du 5 août 2005 consid. 4.2), de même que pour un soudeur de 60 ans avec des limitations psychiques et physiques, notamment rhumatologiques et cardiaques, qui disposait d’une capacité de travail de 70 % (arrêt du Tribunal fédéral des assurances I 304/06 du 22 janvier 2007 consid. 4.2). Notre Haute Cour a en revanche nié la possibilité de valoriser sa capacité de travail résiduelle d’un assuré de 61 ans, sans formation professionnelle, qui n’avait aucune expérience dans les activités fines médicalement adaptées et ne disposait que d’une capacité de travail à temps partiel, soumise à d’autres limitations fonctionnelles, et qui selon les spécialistes ne présentait pas la capacité d’adaptation nécessaire (arrêt du Tribunal fédéral des assurances I 392/02 du 23 octobre 2003 consid. 3.3), ainsi que dans le cas d’un assuré de 64 ans capable de travailler à 50 % avec de nombreuses limitations fonctionnelles (arrêt du Tribunal fédéral des assurances I 401/01 du 4 avril 2002 consid. 4c). Le Tribunal fédéral est parvenu au même constat dans le cas d’un agriculteur de 57 ans qui ne pourrait exercer d’activité adaptée sans reconversion professionnelle et qui ne disposait subjectivement pas des capacités d’adaptation nécessaires à cette fin (arrêt du Tribunal fédéral
9C_578/2009
du 29 décembre 2009 consid. 4.3.2).
16. En l’espèce, vu les conclusions divergentes de l’expertise du CEMed du 19 août 2014 et de celle des médecins-traitants du recourant, les Drs I_ (avis des
24 septembre 2012, 17 janvier 2013 et 28 septembre 2015) et P_ (avis du 30 octobre 2015), il se justifie d’ordonner une expertise psychiatrique judiciaire, laquelle sera confiée à la Dresse Q_.
S’agissant des questions complémentaires suggérées par le SMR, elles seront intégrées dans la mission d’expertise [questions 7 b), c) et d), 8 b), 9 et 10 b)], dans la mesure où elles ne recoupent pas déjà avec celles figurant dans la mission d’expertise soumise aux parties.