Decision ID: eea06e83-cac0-55c8-ac97-bc134212129c
Year: 2014
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
Par acte expédié le 3 mars 2014 à la Chambre de surveillance, A_ dit recourir, avec son père, B_, contre une ordonnance du 16 janvier 2014, reçue par elle le 31 janvier du même mois, à teneur de laquelle le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a limité le mandat de Maître C_, curateur de B_, à la représentation de celui-ci dans ses rapports juridiques avec les tiers ainsi qu'en matière de gestion du patrimoine et d'administration des affaires courantes (ch. 1 du dispositif de l'ordonnance), débouté A_ de toutes ses conclusions et mis à sa charge un émolument de décision de 300 fr. (ch. 2).
Le recours n'est signé que par A_.
La recourante conclut à la révocation du mandat de curatelle de Me C_ et à sa propre désignation en vue de gérer le patrimoine et l'administration des affaires courantes de son père. Elle propose "que, pour la tranquillité de tout le monde, les mouvements bancaires soient supervisés par Madame D_", une voisine et personne de confiance de son père.
La recourante a complété ses écritures par un courrier envoyé le 10 mars 2014, invoquant l'avènement de faits nouveaux.
Invité à formuler ses observations, le Tribunal de protection a déclaré, le 21 mars 2014, persister dans sa décision.
Par courrier expédié le 9 avril 2014 à la Chambre de surveillance, dactylographié et signé par B_, ce dernier a demandé la révocation de la curatelle, ainsi que la remise par son curateur de différents documents et des doubles de clés de son appartement. Il a produit de nouvelles pièces.
Dans ses observations du 11 avril 2014, complétées par un courrier déposé au greffe le 14 du même mois, soit dans le délai de 30 jours qui lui avait été imparti, C_ a conclu à ce que le recours soit rejeté, l'ordonnance du 16 janvier 2014 confirmée, voire élargie en matière de soins et de possibilité de pénétrer dans le logement de B_, et à ce qu'A_ soit condamnée en tous les dépens judiciaires. Il a joint à ces écritures plusieurs pièces nouvelles, dont une lettre datée du 9 avril 2014, adressée par E_ au Tribunal de protection, par laquelle cette dernière exprimait son inquiétude face à sa sœur qui, par son attitude, isolait son père.
A_ a réagi au courrier rédigé par sa sœur E_ par correspondance du 28 avril 2014.
A sa demande, les dénommés F_, voisine de B_, G_, une amie de la famille B_, et I_, le cousin de B_ et parrain d'A_, ont adressé des courriers, entre les 24 et 28 avril 2014, à la Chambre de céans en vue de contester les propos relatés par E_ dans son courrier du 9 avril 2014 et de témoigner du dévouement d'A_ auprès de son père.
C_ a répondu au premier de ces courriers le 28 avril suivant.
La décision querellée s'inscrit dans le contexte suivant :
A.
B_, né le _ 1916, domicilié à Genève, est le père d'E_, domiciliée elle aussi à Genève, et d'A_, domiciliée au Mexique depuis le _ 2009.
Il souffre de différentes affections médicales évolutives, notamment, d'une atteinte sévère de la vision et de l'audition, qui l'empêchent de lire et d'écrire et le rendent entièrement dépendant de son entourage pour tous les gestes du quotidien.
Selon ses propres déclarations, A_ exploite au Mexique une maison d'hôte et des studios, avec son compagnon. D'après les informations disponibles auprès de l'Office cantonal de la population, elle était toujours domiciliée dans ce pays en date du 5 mai 2014.
L'épouse de B_, H_, est décédée le _ 2013. Depuis, A_ s'est installée chez son père, sans toutefois transférer son domicile à Genève et sans renoncer à l'exploitation de son entreprise au Mexique.
E_ et A_ entretiennent des relations difficiles depuis plusieurs années.
B.
a)
A la requête d'E_, le Tribunal de protection a, par ordonnance du 12 avril 2013, institué une mesure de curatelle de représentation en faveur de B_, au motif que l'état de santé de ce dernier ne lui permettait pas de gérer ses intérêts.
Me C_, avocat à Genève, a été désigné en qualité de curateur de B_, avec pour tâche de le représenter dans ses rapports juridiques avec les tiers ainsi qu'en matière de gestion du patrimoine, des affaires courantes et d'assistance personnelle.
b)
Selon l'inventaire d'entrée en fonction du curateur, B_ disposait, au mois de juin 2013, d'un patrimoine de l'ordre de 2'000'000 fr., constitué d'actifs déposés en banque et de deux biens immobiliers, le premier situé en Espagne et le second à Genève.
c)
Outre les mesures propres à assurer la gestion des actifs patrimoniaux de l'intéressé, le curateur a mis en place un accompagnement à domicile par l'engagement au 1
er
mai 2013 d'une gouvernante, J_, qui se présentait chaque après-midi chez l'intéressé pour s'occuper du ménage, de la préparation des repas et pour lui tenir compagnie, étant précisé que B_ bénéficie du passage d'intervenants de l'Institution genevoise de maintien à domicile (IMAD).
d)
Le 24 septembre 2013, Me C_ s'est rendu au domicile de B_, accompagné d'un architecte, pour faire une expertise immobilière de la valeur de l'appartement qu'il occupe et dont il est propriétaire. A_ s'est opposée à cette intervention, empêchant le curateur d'entrer dans le logement.
Selon A_, cette intervention du curateur était injustifiée, dès lors que son père n'a aucune intention de vendre son logement.
Faisant suite à la requête du curateur, le Tribunal de protection a, par ordonnance du 29 octobre 2013, autorisé Me C_ à pénétrer, en cas de nécessité, dans le logement de B_ et à saisir l'instance compétente d'une requête tendant à l'éloignement d'A_ du domicile de son père.
Par décision du 31 octobre 2013, le Tribunal de protection a néanmoins suspendu les effets de l'ordonnance précitée, au motif qu'il résultait de témoignages entendus le même jour que la présence d'A_ auprès de son père était globalement positive.
e)
Le 22 novembre 2013, Me C_ informait le Tribunal que l'attitude d'A_ à l'égard de J_ avait rendu intenable la poursuite de l'activité de cette dernière, laquelle évoquait des réprimandes injustifiées et des insultes insupportables de sa part, ce qui avait entraîné un arrêt de travail à compter du 21 novembre 2013.
J_ n'a plus repris le travail. A_ s'occupe désormais seule de gérer la situation sur place.
f)
Le curateur a rencontré B_ le 11 décembre 2013 à son domicile. A cette occasion, l'intéressé a émis le souhait que sa fille A_ soit rémunérée à hauteur de 5'000 fr. par mois pour les soins qu'elle lui prodiguait.
Me C_ a transmis cette demande au Tribunal de protection le 13 décembre suivant, précisant que les contacts avec son protégé étaient difficiles en raison de l'attitude agressive d'A_ à son encontre.
g)
Me C_ se plaint, sans être contredit, de ne plus avoir rencontré B_ depuis le 11 décembre 2013, A_ y faisant obstacle.
h)
Me C_ a reçu en date du 7 février 2014 un courrier, dactylographié, signé par B_, par lequel ce dernier demandait qu'une somme de 30'000 fr. soit versée à A_ à titre de gratification pour les soins qu'elle lui avait apportés depuis le 30 mai 2013.
C. a)
Par requête du 13 juin 2013, A_ a conclu à ce que le Tribunal de protection la désigne en qualité de curatrice de son père, en lieu et place de Me C_, évoquant de prétendus manquements dans la prise en charge assurée par l'encadrement mis en place par le curateur.
b)
Lors de l'audience d'enquêtes du 26 septembre 2013, ont été entendus le Dr K_ et J_. Le 31 octobre 2013, le Tribunal de protection a procédé à l'audition d'I_, cousin de deuxième degré de B_ et parrain d'A_, qui rend visite à son cousin tous les dix jours approximativement, et d'L_, infirmière auprès de l'IMAD, qui se rend chez l'intéressé depuis le dernier trimestre 2012 environ.
Le Dr K_, médecin traitant de B_ depuis le 1
er
mars 2013, a indiqué avoir rencontré l'intéressé à trois reprises, à son domicile, en présence d'A_, la dernière fois le 10 juillet 2013. Il n'avait jamais observé son patient dans d'aussi bonnes conditions de conscience, avant cette dernière date. Celui-ci était cohérent dans son discours et avait même été en mesure de s'exprimer en russe, langue qu'il parlait également. Son patient se portait bien objectivement et il ne se plaignait plus de douleurs ou de problèmes de digestion. Il n'avait pas évoqué le désir qu'une personne en particulier fonctionnât comme curateur. Le témoin avait enfin constaté qu'en parlant suffisamment fort, il était possible de se faire comprendre par l'intéressé.
Tant le Dr K_ que J_ et I_ ont constaté une évolution positive de l'état de santé de B_ depuis l'arrivée d'A_, celui-ci indiquant qu'il était content qu'elle soit présente.
J_ a néanmoins observé que père et fille pouvaient entretenir des discussions tendues, ce qui les amenait chacun à hausser le ton. Elle avait entendu l'intéressé exprimer son opposition à ce qu'A_ fonctionne comme curatrice. B_ avait toujours exprimé son opposition à la perspective d'un éventuel placement dans un établissement médico-social, solution qui semble avoir été évoquée par A_.
Selon I_, père et fille haussaient parfois le ton en raison d'incompréhensions liées au problème d'ouïe de l'intéressé. A son avis, B_ aurait été d'accord qu'A_ soit désignée aux fonctions de curatrice. Son cousin n'avait pas suffisamment confiance en son curateur auquel il reprochait de ne pas obtenir des informations satisfaisantes sur ses comptes. Il semblait craindre que le curateur ne vienne chez lui à l'improviste.
I_ a exposé qu'A_, qui était domiciliée au Mexique depuis plusieurs années et séjournait provisoirement à Genève pour s'occuper de son père, prenait soin de ce dernier avec attention et dévouement.
L_ a relevé qu'A_ était une personne très attentive à l'égard de son père, lequel était doté d'un fort caractère. A_ était adéquate dans l'exercice de ses tâches qu'elle assurait de manière très professionnelle à l'égard de B_. Selon elle, ce dernier n'appréciait pas son curateur, disant que sa présence le "stressait". D'après les explications reçues à ce sujet par A_, et confirmées par son père, cette tension trouvait son origine dans une intervention – non précisée - du curateur. Le témoin a enfin déclaré avoir constaté que le curateur avait bien organisé l'encadrement de B_ avant l'arrivée de sa fille.
c)
B_ a été entendu par le Tribunal de protection le 21 novembre 2013, à son domicile, en présence du Dr K_.
A cette occasion, l'intéressé a exposé qu'il était contrarié que sa fille, A_, ne touchât aucune rémunération pour le travail qu'elle effectuait à ses côtés. Il a évoqué un problème de gestion d'ordonnances par son curateur, son médecin traitant expliquant néanmoins que le problème résidait dans le fait que la pharmacie avait fourni en avance différents médicaments, ce qui l'avait amené à rédiger les ordonnances correspondantes.
Selon B_, sa fille s'occupait bien de lui. J_ était une personne dévouée et aimable. Me C_ lui téléphonait de temps en temps. Il s'était bien occupé de ses intérêts en lien avec la réparation de dégâts survenus dans la maison qu'il possédait en Espagne. B_ désirait pouvoir continuer de vivre chez lui. Il s'est dit tracassé à l'idée que sa fille quitte son domicile, car il ne savait pas comment elle aurait pu être remplacée.
Il ne pouvait pas indiquer de préférence pour ce qui était de la personne du curateur. Selon lui, sa fille aurait des difficultés à exécuter toutes les activités liées au mandat de curatelle, notamment les plus importantes, ce qui le tracassait. L'intéressé voyait également un obstacle à la désignation de sa fille en tant que curateur dans les affaires mexicaines de cette dernière qui pourraient l'amener à se rendre au Mexique.
B_ se demandait si le litige ne pouvait pas trouver une issue par le paiement d'une rémunération à A_, relevant qu'il avait précédemment évoqué avec le curateur un montant mensuel de 3'000 fr., qui semblait désormais insuffisant.
D. a)
Dans l'ordonnance querellée, le Tribunal de protection a rejeté la demande de nomination aux fonctions de curatrice formée par A_, dès lors que la manière dont Me C_ avait exercé son mandat avait toujours été appropriée et qu'A_ ne disposait pas des compétences juridiques et financières nécessaires pour exercer le mandat. B_ avait au demeurant émis expressément des réticences à l'égard de la désignation de sa fille aux fonctions de curatrice en ce qui concernait notamment les activités plus importantes du mandat.
Dans la mesure où l'intervention d'A_, qui demeurait auprès de son père, était bénéfique à ce dernier et que l'appui qu'elle lui apportait en matière d'assistance personnelle était suffisant, il y avait lieu de limiter le mandat du curateur à la représentation de B_ dans ses rapports juridiques avec les tiers ainsi qu'en matière de gestion du patrimoine et d'administration des affaires courantes.
b)
Dans son recours, A_ reprend les manquements qu'elle avait déjà formulés devant le Tribunal de protection à l'encontre de Me C_, notamment la mise en place d'un encadrement inapproprié pour son père et l'absence de démarches pour conserver la pension espagnole que B_ reçoit, alléguant qu'elle a dû elle-même intervenir pour sauvegarder les intérêts de son père à cet égard. Elle lui reproche également un retard dans le paiement de factures médicales et une perte de temps dans l'examen des justificatifs de paiement qu'elle lui remet, se plaignant de ce que la curatelle génère des frais inutiles. A_ soutient en outre que l'administration du patrimoine de B_ n'est pas complexe et que les propos de son père, lors de son audition, ont été mal interprétés, celui-ci ayant uniquement évoqué l'impossibilité pour sa fille de gérer simultanément ses affaires au Mexique et celles résultant du mandat de curatelle. Elle comptait néanmoins rester durablement auprès de son père, de sorte que cette préoccupation était injustifiée. Elle parlait en outre espagnol, ce qui la rendait plus à même que Me C_ à gérer les affaires liées à l'immeuble sis en Espagne et la pension reçue de ce pays. Enfin, son père n'avait pas confiance en son curateur et refusait catégoriquement qu'il s'occupe de ses biens.
Dans son courrier du 10 mars 2014, A_ allègue, sans aucune pièce justificative à l'appui, que Me C_ a omis, durant le courant de la semaine du 3 au 10 mars 2014, pour la deuxième fois, de faire les démarches nécessaires auprès de la caisse de pension espagnole pour le maintien de la rente reçue de cette institution par son père. Il n'avait en outre pas transmis les relevés bancaires relatifs aux avoirs de B_, alors que ce dernier les lui réclamait depuis le mois d'avril 2013. A_ demande également la remise d'autres documents et des clés confiées aux employées engagées par le curateur. Enfin, elle reproche au curateur de ne pas verser d'argent de poche à B_ depuis trois mois.
c)
Dans le courrier du 10 avril 2014, B_ se plaint de la gestion du mandat par Me C_, lui reprochant notamment de n'avoir toujours pas rémunéré sa fille pour les soins qu'elle lui donnait, d'avoir demandé une expertise de la valeur de son logement, alors qu'il n'avait aucune intention de le vendre, de n'avoir pas fait les démarches nécessaires pour le maintien de sa pension espagnole, d'avoir été négligent dans la gestion de factures médicales, de ne plus lui verser d'argent de poche et de ne lui avoir toujours pas remis les relevés de ses comptes bancaires. Par ailleurs, les propos qu'il avait tenus lors de son audition par le Tribunal de protection avaient été mal interprétés. Il n'avait jamais considéré A_ comme étant incapable de s'occuper de ses affaires, mais il craignait, à l'époque, qu'elle ne doive s'absenter subitement pour gérer son entreprise au Mexique.
d)
Dans ses observations du 11 avril 2014, Me C_ conteste avoir fait preuve de négligence dans son mandat. A sa connaissance, A_ n'était jamais intervenue à propos de la pension reçue par la caisse de pension espagnole. Il n'avait par ailleurs jamais laissé de factures impayées, mais avait dû s'adresser à la pharmacie pour obtenir une copie des bulletins de livraison des médicaments et des ordonnances y relatives en raison du refus d'A_ de lui remettre ces documents. Me C_ a déclaré avoir toujours répondu aux demandes de son protégé, notamment en matière de gestion des avoirs, mais n'avoir aucun compte à rendre à A_. Il n'avait pas donné suite à la demande de versement de 30'000 fr. formulée par courrier du 7 février 2014, puisqu'il ne pouvait plus rendre visite à son protégé pour s'assurer que cette requête correspondait à sa volonté réelle. Il n'avait par ailleurs pas été relancé à ce sujet. En outre, B_, qui ne quittait pas son logement à cause de son handicap, ne lui avait pas demandé de lui verser de l'argent de poche mensuellement, mais uniquement pour des dépenses extraordinaires, ce qu'il n'avait jamais refusé. Enfin, le comportement d'A_, qui l'empêchait de voir B_, l'inquiétait beaucoup.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet, dans les trente jours, d'un recours écrit et motivé, devant le juge compétent, à savoir la Chambre de surveillance (art. 450 al. 1 et al. 3 et 450 b CC; art. 126 al. 3 LOJ; art. 53 al. 1 et 2 LaCC).