Decision ID: 32ff2f30-abba-50b1-ba2d-80d8ff7046b7
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. a.
B_ SA a requis le 8 octobre 2019 la poursuite ordinaire de A_, en recouvrement de 198'589 fr. 28 et de 65'772 fr., ces deux prétentions portant intérêt à 5% dès le 18 décembre 2017. La réquisition de poursuite faisait notamment référence, s'agissant de la cause de l'obligation, à une demande en paiement enregistrée sous numéro de cause C/2_/17.
b.
A_ a formé opposition totale au commandement de payer, poursuite n° 1_, qui lui a été notifié le 24 octobre 2019.
c.
Le 25 novembre 2019, B_ SA a déposé devant le Tribunal de première instance, dans le cadre de la cause C/2_/17, des conclusions tendant notamment à obtenir la mainlevée définitive de l'opposition formée par A_ au commandement de payer, poursuite
n° 1_.
d.
En date du 18 décembre 2020, A_ a requis de l'Office cantonal des poursuites (ci-après : l'Office), en application de l'art. 8a al. 3 let. d LP, que la poursuite n° 1_ ne soit plus portée à la connaissance de tiers.
e
. Interpellée par l'Office, B_ SA, par lettre du 23 décembre 2020, a indiqué qu'elle s'opposait à la requête, dès lors qu'elle avait déposé, en date du 25 novembre 2019, des conclusions devant le juge civil tendant à faire écarter l'opposition formée par A_ à la poursuite
n° 1_. La procédure civile était toujours en cours, une audience de plaidoiries finales ayant été fixée le 28 janvier 2021.
f.
Par décision du 6 janvier 2021, reçue le lendemain par A_, l'Office a rejeté sa requête de non-divulgation de la poursuite n° 1_ au motif que le poursuivant avait agi judiciairement en vue de faire annuler l'opposition formée au commandement de payer.
B. a.
Par acte adressé le 18 janvier 2021 à la Chambre de surveillance, A_ a formé une plainte au sens de l'art. 17 LP contre la décision de l'Office du 6 janvier 2021, concluant à son annulation et à ce qu'il soit ordonné à l'Office de ne plus porter à la connaissance de tiers la poursuite n° 1_.
A_ a en substance fait valoir que le document que B_ SA avait transmis à l'Office pour justifier du dépôt de ses conclusions en annulation de la poursuite concernait C_ SARL et non pas lui-même. De plus, ces conclusions nouvelles étaient irrecevables.
b.
B_ SA a conclu au rejet de la plainte. Elle avait expressément pris des conclusions tendant au prononcé de la mainlevée définitive de l'opposition formée par A_ à la poursuite n° 1_, de sorte que les conditions pour obtenir la non-divulgation de la poursuite n'étaient pas réunies. A_ avait certes soulevé devant le juge civil le grief tiré du fait que ces conclusions nouvelles étaient irrecevables, question que le juge a décidé de traiter avec le jugement au fond.
c.
L'Office a aussi conclu au rejet de la plainte, indiquant s'être conformé à l'Instruction n° 5 émise par l'Office fédéral de la justice, en sa qualité de Service de la haute surveillance en matière de LP, relative au traitement des demandes de non-divulgation de poursuites.
d.
Le rapport de l'Office et la détermination de B_ SA ont été communiqués à A_ le
10 février 2021.
d.
Sur ce, la cause a été gardée à juger.

EN DROIT
1.
Déposée en temps utile (art. 17 al. 2 LP) et dans les formes prévues par la loi
(art. 9 al. 1 et 2 LALP; art. 65 al. 1 et 2 LPA, applicables par renvoi de l'art. 9 al. 4 LALP), auprès de l'autorité compétente pour en connaître (art. 6 al. 1 et 3 LALP; art. 17 al. 1 LP), à l'encontre d'une mesure de l'Office pouvant être attaquée par cette voie (art. 17 al. 1 LP) et par une partie lésée dans ses intérêts (ATF
138 III 219
consid. 2.3;
129 III 595
consid. 3;
120 III 42
consid. 3), la plainte est recevable.
2. 2.1.1
Le droit à l'information prévu à l'art. 8a LP est justifié par l'intérêt public qu'il y a à permettre aux personnes intéressées d'être renseignées sur la solvabilité d'un partenaire contractuel potentiel. Les données recueillies permettent non seulement d'éviter des pertes sur débiteur mais encore, selon les circonstances, d'intenter de nouvelles procédures d'exécution forcée en choisissant la procédure la plus adaptée à la situation (ATF
115 III 81
cons. 3b; Gillieron, Commentaire LP, n. 18 ad art. 8a LP).
2.1.2
L'art. 8a LP permet à toute personne rendant vraisemblable un intérêt de consulter les registres des offices des poursuites et des offices des faillites et de s'en faire délivrer un extrait (al. 1). Le droit de consultation des tiers s'éteint cinq ans après la clôture de la procédure (al. 4). Cette règle ne s'applique cependant pas aux parties à la procédure d'exécution forcée, à qui le délai ordinaire de conservation de dix ans est applicable (ATF
130 III 42
consid. 3.2).
Selon la lettre d de l'alinéa 3 de cette disposition, entrée en vigueur le 1er janvier 2019, les offices ne doivent pas porter à la connaissance de tiers les poursuites pour lesquelles une demande du débiteur dans ce sens est faite à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification du commandement de payer, à moins que le créancier ne prouve, dans un délai de 20 jours imparti par l'Office des poursuites, qu'une procédure d'annulation de l'opposition (art. 79 à 84 LP) a été engagée à temps; lorsque la preuve est apportée par la suite, ou lorsque la poursuite est continuée, celle-ci est à nouveau portée à la connaissance de tiers.
2.1.3
Dans un arrêt du 22 juin 2020 (
5A_656/2019
), destiné à la publication, le Tribunal fédéral s'est prononcé sur la question de savoir si un poursuivi pouvait obtenir la non-divulgation de la poursuite alors que la procédure de mainlevée n'avait pas abouti. Il a considéré que tel n'était pas le cas, et ce quand bien même le juge civil n'était dans le cas d'espèce pas entré en matière sur la requête en mainlevée.
Le cas soumis au Tribunal fédéral était le suivant : le poursuivi avait formé opposition totale à la poursuite engagée contre lui en juin 2018. Le 21 septembre suivant, le poursuivant avait déposé une requête en mainlevée, sur laquelle le Tribunal de district de Meilen (ZH) n'était pas entré en matière, par décision du
27 décembre 2018. La requête en non-divulgation de la poursuite formée par le poursuivi le 24 janvier 2019 avait été rejetée par l'Office des poursuites le
29 janvier 2019, au motif que le poursuivant avait agi en mainlevée, l'issue de cette démarche n'étant pas déterminante.
Le Tribunal fédéral a en substance retenu que seules les poursuites dans lesquelles le poursuivant était demeuré inactif ne devaient - sur requête - pas être portées à la connaissance des tiers. Le dépôt par le poursuivant de requêtes en mainlevée totalement injustifiées ou infondées n'était en revanche pas déterminant.
2.1.4
La preuve de l'introduction d'une procédure visant à faire annuler l'opposition (requête en mainlevée provisoire ou définitive [art. 80 et 82 LP] ou action en reconnaissance de dette [art. 79 LP]) devrait pouvoir être apportée par, notamment, la confirmation de remise à la poste ou l'accusé de réception de la demande de mainlevée ou du mémoire introduisant l'action en reconnaissance de dette, voire une facture (Instruction n° 5 du service de Haute surveillance LP concernant le nouvel art. 8a al. 3 let. d LP, adoptée par l'Office fédéral de la justice (OFJ) le 18 octobre 2018, p. 2, ch. 4).
2.2
En l'espèce, il résulte du dossier que la poursuivante a déposé devant le juge civil, le 28 mars 2018, une demande en paiement dirigée notamment contre le plaignant, tendant à sa condamnation - solidairement avec une société - au paiement de 198'589 fr. 28 et de 65'772 fr., plus intérêts.
La poursuivante a ensuite engagé la poursuite n° 1_ à l'encontre du poursuivi et déposé, en novembre 2019, soit avant la requête de non-divulgation de la poursuite, devant le juge civil chargé de la demande en paiement précitée, des nouvelles conclusions tendant à obtenir la mainlevée définitive de l'opposition formée à la poursuite n° 1_. Quand bien même il est vrai que le plaignant a fait valoir que ces conclusions - nouvelles - étaient irrecevables, point sur lequel le Tribunal n'a pas encore statué, cette action procédurale a pour effet, conformément aux développements qui précèdent, que la voie de la non-divulgation de la poursuite prévue par l'art. 8a al. 3 let. d LP n'est plus ouverte au débiteur, et ce quelle que soit l'issue des conclusions tendant à la mainlevée.
Aussi, mal fondée, la plainte doit être rejetée.
3
. La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP et art. 61 al. 2 let. a OELP) et il ne peut être alloué aucuns dépens dans cette procédure (art. 62 al. 2 OELP).
* * * * *