Decision ID: ad72f649-b7b9-539a-9b3b-9b5fe59ea6ac
Year: 2012
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
La poursuite n° 12 xxxx98 L a été requise auprès de l'Office des poursuites (ci-après : l'Office) par N_ SA à l'encontre de Mme B_, domicilié au x rue D_ à G_, en recouvrement d'une facture "réf. 4xxxx" plus les frais et intérêts.
Le commandement de payer correspondant a été notifié le 10 juillet 2012 à Mme B_ elle-même, à l'adresse indiquée.
b)
Par acte expédié le 24 juillet 2012 au greffe de la Chambre de surveillance des Offices des poursuites et des faillites (ci-après : la Chambre de surveillance), Mme B_ a formé une plainte contre cette poursuite, dont elle a conclu à l'annulation en raison du fait que son domicile privé se trouvait en France depuis le 30 décembre 2010 et qu'elle avait dûment annoncé son déménagement à cette date à l'Office cantonal de la population.
c)
Un délai au 24 août 2012 a été imparti à la CEH et à N_ SA pour déposer leurs observations au sujet de cette plainte.
d)
Par courrier déposé le 10 août 2012 au greffe de la Chambre de surveillance, l'Office a versé au dossier une décision prononcée le 9 août 2012, par laquelle il a constaté son incompétence
ratione
loci
en raison, d'une part, de l'absence de domicile de la débitrice à G_ et, d'autre part, d'indication d'un for spécial par la N_ SA en application de l'art. 50 al. 1 LP.
L'Office a en conséquence annulé la notification viciée du commandement de payer précité et a décidé de considérer la poursuite n° 12 xxxx98 L comme nulle et de nul effet.
Cette décision a été immédiatement notifiée aux parties par l'Office.
e)
N_ SA n'a pas déposé d'observations au sujet de la plainte.

EN DROIT
1.
1.1.
La Chambre de surveillance est compétente pour statuer sur les plaintes formées en application de la LP (art. 13 LP; art. 125 et 126 LOJ; art. 6 al. 1 et 3 et 7 al. 1 LaLP) contre des mesures non attaquables par la voie judiciaire (art. 17 al. 1 LP) et par une personne ayant qualité pour agir par cette voie (art. 17 LP ; art. 10 al. 1 et 13 LaLP ; art. 56R al. 3 LOJ).
La notification d'un commandement de payer est une mesure sujette à plainte et la présente plainte a été formée auprès de l’autorité compétente contre une telle notification, par la débitrice poursuivie, ayant qualité pour la déposer.
1.2.
La plainte doit être déposée dans les dix jours de celui où le plaignant a eu connaissance de la mesure (art. 17 al. 3 LP).
1.2.1
Les mesures contraires à des dispositions édictées dans l’intérêt public ou dans l’intérêt de personnes qui ne sont pas parties à la procédure sont nulles et l’autorité de surveillance doit en constater d’office la nullité, même si le délai de plainte est dépassé (art. 22 al. 1 LP).
1.2.2.
Les dispositions sur le for (art. 46 ss LP) sont de droit public et de droit impératif, étant rappelé que si le commandement de payer notifié par un office territorialement incompétent est simplement annulable dans le délai de plainte de dix jours (art. 17 al. 2 LP), la continuation de la poursuite à un for incompétent doit, en revanche, être sanctionnée par la nullité absolue des actes accomplis par l’Office, en particulier, l’avis de saisie et la commination de faillite (ATF
88 III 8
consid. 3, JdT
1962 II 34
; ATF
96 III 31
consid. 2, JdT
1973 II 27
et la jurisprudence citée ;
DCSO/622/2006
du 2 novembre 2006 consid. 1b.).
En d’autres termes, l’inobservation des règles sur le for est sanctionnée différemment selon l’acte de poursuite en cause.
En présence d’actes d’intervention, tels l’avis de saisie ou la commination de faillite, la violation des règles sur le for entraînera leur nullité, dans la mesure où il s’agit d’actes qui modifient la situation du débiteur. Cette nullité doit être constatée d’office en tout temps et indépendamment d’une plainte (art. 22 LP ; Pierre-Robert
Gilliéron
, Commentaire, Remarques introductives ad art. 46-55, n° 33).
En revanche, les actes qui ne modifient pas irréversiblement la situation du débiteur ne sont qu’annulables. Il en va ainsi du commandement de payer qui, s’il a été notifié au destinataire, n’est pas nul. Si le débiteur ne le fait pas annuler dans le délai de plainte, le poursuivant pourra requérir la continuation de la poursuite de l'office compétent
ratione
loci
si le commandement de payer n'a pas été frappé d'opposition ou si l'opposition a été annulée. (Walter A.
Stoffel
, Voies d’exécution, § 3, n° 94 s., p. 77 et la jurisprudence citée ; cf. ég. Pierre-Robert
Gilliéron
, Commentaire, Remarques introductives ad art. 46-55, n° 32 ss et la jurisprudence citée ; Henri-Robert
Schüpbach
, in CR-LP, Introduction ad art. 46-55, n° 21 et la jurisprudence citée ; ATF
82 III 63
consid. 4, JdT
1956 II 99
).
C’est ainsi que le débiteur qui n’a pas porté plainte dans les dix jours de la notification du commandement de payer devra attaquer devant l’autorité de surveillance les actes de poursuites ultérieurs accomplis par l’office des poursuites incompétent
ratione
loci
, lesquels sont nuls (Pierre-Robert
Gilliéron
, Commentaire, Remarques introductives ad art. 46-55, n° 33 ; BlSchK 1994 54 ; BlSchK 1984 176).
1.2.3.
Sauf en cas de séquestre ou de mesures conservatoires urgentes, il ne peut être procédé à aucun acte de poursuite pendant les féries, à savoir notamment du 15 au 31 juillet (art. 56 ch. 2 LP).
A teneur de l'art. 63 LP, les délais ne cessent pas de courir pendant la durée des féries ; si la fin d'un délai à la disposition du débiteur, du créancier ou d'un tiers coïncident avec un jour des féries, le délai est prolongé jusqu'au troisième jour utile ; pour le calcul du délai de trois jours, le samedi, le dimanche et les jours légalement fériés ne sont pas comptés.
1.2.4.
En l'espèce, le commandement de payer querellé a été notifié à la plaignante le 10 juillet 2012.
Le délai de plainte prenait fin le 20 juillet, soit durant les féries d'été du dimanche 15 juillet au mardi 31 juillet 2012.
Formée le 24 juillet 2012, la plainte est dès lors recevable.
2. 2.1.
L'Office est habilité à remplacer une mesure nulle par une nouvelle mesure. Il ne conserve cette compétence que jusqu'à sa réponse (art. 17 al. 4 LP, 22 al. 2 LP).
S’il prend une nouvelle mesure, il la notifie sans délai aux parties et en donne connaissance à la Chambre de céans.
2.2.
En l'espèce, par une décision prononcée le 9 août 2012, l'Office a constaté son incompétence
ratione
loci
et a en conséquence annulé la notification viciée du commandement de payer dans la poursuite n° 12 xxxx98 L, qu'il a considérée comme nulle et de nul effet.
Cette décision a été immédiatement notifiée aux parties par l'Office et communiquée à la Chambre de surveillance.
Il s'ensuit que la présente plainte est devenue sans objet et que la cause A/2336/2012 doit être rayée du rôle.
3.
Il n'est pas perçu de dépens (art. 62 al. OELP).
* * * * *