Decision ID: 6b71885e-6e04-408c-b788-28f527adccb8
Year: 2006
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
A._, ressortissante péruvienne née le ********, est domiciliée à ******** au Pérou. De 1997 à 2002, elle a suivi des études universitaires auprès de la faculté de Sciences administratives (
"Ciencias Administrativas")
de l'Université de ********, au Pérou (
"Universidad Nacional del Callao"
), qui lui a décerné le titre de bachelier (
"bachillerato"
) en 2003 et un diplôme en Administration des affaires (
"Licenciada en Administración"
)
en 2004
.
La prénommée a suivi des cours d'anglais de 2000 à 2003 et des cours de français, auprès de l'Alliance Française, à Lima, dès le mois de novembre 2005. Elle a occupé divers emplois dès l'année 2002, le dernier en date étant, jusqu'au 31 octobre 2005, un poste d'assistante administrative - Comptable (
"Asistente Administrativo - Contable"
) auprès de la société C._ S.R.L.
B.
A._ a présenté le 4 avril 2006 une demande de visa afin de pouvoir se rendre en Suisse pour y étudier pendant une année la langue française et pour apprendre sa culture, précisant qu'elle habiterait chez son frère B._, à X._. Elle a produit en annexe à sa demande une attestation de pré-immatriculation de l'Université de Lausanne portant sur son admission à l'Ecole de Français langue étrangère (semestre d'hiver 2006-2007), à condition qu'elle réussisse l'examen de classement de l'école de français moderne. Par déclaration datée et signée le 4 avril 2006, l'intéressée s'est engagée à quitter la Suisse au terme de ses études. Son frère B._ a établi une lettre de garantie se déclarant prêt à prendre en charge les frais de sa soeur durant ses études en Suisse.
C.
Par décision du 14 juin 2006 le Service de la population (SPOP) a refusé de délivrer une autorisation d'entrée en Suisse respectivement une autorisation de séjour pour études à A._. Il a retenu qu'elle était déjà au bénéfice d'une formation dans son pays d'origine où elle était intégrée sur le marché du travail. Les études envisagées ne constituaient pas un complément indispensable à sa formation et la nécessité de les effectuer en Suisse n'avait pas été démontrée. L'autorité intimée a en outre émis des doutes sur la garantie de la sortie de Suisse, en raison de la présence du frère de l'intéressée dans le pays.
D.
Par lettre du 8 juillet 2006, A._ a déféré la décision du SPOP du 14 juin 2006 au Tribunal administratif concluant implicitement à son annulation et à l'octroi d'une autorisation d'entrée en Suisse, respectivement une autorisation de s¿our pour études. Elle a expliqué que le but final de son séjour en Suisse était la poursuite d'une formation postgrade auprès de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), en Management de Systèmes Logistiques (cycle d'une année en 2008), avant de mettre à profit les connaissances acquises de retour dans son pays d'origine, les cours de français envisagés n'étant qu'un préalable indispensable à la suite des études, notamment pour les stages en entreprise. Elle a expliqué que malgré son niveau de formation, elle était au chômage depuis le mois de novembre 2005, à la suite de mesures de restructuration prises par son dernier employeur. Son âge - 29 ans - ne saurait faire obstacle à l'octroi d'une autorisation pour une formation postgrade, puisque la Confédération suisse admet comme boursiers des étudiants jusqu'à l'âge de 35 ans révolus. Parmi les pièces produites en annexe au recours figurent une demande de candidature au cours postgrade IML de l'EPFL du 10 juillet 2006.
E.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1.
Aux termes de l'art. 4 al. 1 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA; RSV 173.36), le Tribunal administratif connaît en dernière instance cantonale de tous les recours contre les décisions administratives cantonales ou communales lorsqu'aucune autre autorité n'est expressément désignée par la loi pour en connaître. Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du SPOP et de l'OCMP.
2.
En dehors des cas où une disposition légale prévoit expressément le contrôle de l'opportunité d'une décision, le Tribunal administratif n'exerce qu'un contrôle en légalité, c'est-à-dire examine si la décision entreprise est contraire à une disposition légale ou réglementaire expresse, ou relève d'un excès ou d'un abus du pouvoir d'appréciation (art. 36 litt. a et c LJPA). La loi fédérale du 26 mars 1931 sur le séjour et l'établissement des étrangers (LSEE; RS 142.20) ne prévoyant aucune disposition étendant le pouvoir de contrôle de l'autorité de recours à l'inopportunité, ce grief ne saurait donc être examiné par le tribunal de céans.
3.
Conformément à la jurisprudence, il y a abus du pouvoir d'appréciation lorsqu'une autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues par la loi, se laisse guider par des considérations non pertinentes ou étrangères au but des dispositions applicables, ou encore lorsqu'elle statue en violation des principes généraux du droit administratif que sont l'interdiction de l'arbitraire, l'égalité de traitement, la bonne foi et la proportionnalité (cf. sur tous ces points, ATF 110 V 365 consid. 3b in fine; ATF 108 Ib 205 consid. 4a).
4.
Aux termes de l'art. 1a LSEE, tout étranger a le droit de résider sur le territoire suisse s'il est au bénéfice d'une autorisation de séjour ou d'établissement. En l'espèce, la recourante ne dispose d'aucun droit à la délivrance d'une autorisation de séjour à quelque titre que ce soit. Selon l'art. 4 LSEE, l'autorité statue librement, dans le cadre des prescriptions légales et des traités avec l'étranger, sur l'octroi de l'autorisation de séjour. Pour les autorisations, les autorités doivent tenir compte des intérêts moraux et économiques du pays, ainsi que du degré de surpopulation étrangère (art. 16 al. 1 LSEE). Ainsi, les ressortissants étrangers ne bénéficient en règle générale d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail.
5.
En l'espèce, la recourante, âgée de 30 ans, souhaite entreprendre des études universitaires de langue française, à l'Université de Lausanne, avant de poursuive une formation postgrade à l'EPFL.
a) L'art. 32 de l'Ordonnance du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (OLE; RS 823.21) prévoit que des autorisations de séjour peuvent être accordées à des étudiants étrangers lorsque :
" - a) le requérant vient seul en suisse;
- b) il veut fréquenter une université ou un autre institut d'enseignement supérieur;
- c) le programme des études est fixé;
- d) la direction de l'établissement atteste par écrit que le requérant est apte à fréquenter l'école et qu'il dispose de connaissances linguistiques suffisantes pour suivre l'enseignement;
- e) le requérant prouve qu'il dispose des moyens financiers nécessaires et
- f) la sortie de Suisse à la fin du séjour d'études paraît assurée."
Ces conditions sont cumulatives; en vertu de l'art. 4 LSEE, le fait d'en réunir la totalité ne justifie pas encore le droit à l'octroi d'une autorisation (ATF 106 Ib 127).
Le critère de l’âge ne figure certes ni dans l’OLE ni dans les Directives et commentaires sur l’entrée, le séjour et le marché du travail établies par l’IMES, actuellement l'ODM. Il s’agit néanmoins d’un critère déterminant qui a été fixé par le tribunal de céans, il y a un certain nombre d’années déjà et qui n’a depuis lors jamais été abandonné. D’une manière générale, il tend à privilégier les étudiants plus jeunes qui ont un intérêt plus immédiat à obtenir une formation (cf. notamment arrêts TA PE.1992.0694 du 25 août 1993, PE.1999.0044 du 19 avril 1999 et PE.2002.0067 du 2 avril 2002).
On relèvera toutefois que ce critère est appliqué avec nuance et retenue lorsqu’il s’agit notamment d’études postgrades ou d’un complément de formation indispensable à un premier cycle. Dans ces hypothèses, l’étudiant licencié désirant entreprendre un second cycle est tout naturellement plus âgé que celui qui entreprend des études de base et l’âge ne revêt par conséquent pas la même importance. Il en va en revanche différemment lorsqu’il s’agit pour l’étudiant en cause d’entreprendre un nouveau cycle d’études de base qui ne constitue à l’évidence pas un complément indispensable à sa formation préalable. Dans ce cas, les autorités cantonales (de première instance et de recours) doivent se montrer strictes et accorder une priorité à des étudiants jeunes qui, comme exposé ci-dessus, ont un intérêt plus immédiat à obtenir une formation (cf. parmi d’autres, arrêt TA PE.2002.0067 du 2 avril 2002). Le critère de l'âge ne peut être dissocié du point de savoir s'il s'agit d'une formation de base ou au contraire d'un complément de formation.
b) La recourante a déjà accompli des études universitaires complètes sur une durée de sept ans dans son pays d'origine, où elle a obtenu un titre de Bachelier en Administration et un Diplôme en Administration des Affaires. Elle a en outre exercé une activité professionnelle comme assistante administrative et comptable et se trouve au chômage depuis le mois de novembre 2005. Même si elle se trouve ou s'est trouvée momentanément sans emploi, sa formation universitaire est complète. La demande d'entrée en Suisse a été présentée dans le but de suivre des cours de langue - le français - à l'Université de Lausanne. Il s'agit certes d'un cursus qui peut donner des atouts à l'intéressée, notamment si elle envisage de poursuivre ses études, mais les cours prévus ne peuvent pas être considérés comme un complément de formation indispensable à la formation déjà acquise. De plus, il n'est pas démontré que l'apprentissage de la langue française déjà commencé auprès de l'Alliance française ne puisse être poursuivi dans les mêmes conditions. Par ailleurs, le plan d'études présenté n'est pas bien établi, la demande de visa portant sur des études universitaires de français, alors que dans son recours, l'intéressée explique qu'elle envisage en réalité de suivre une seconde formation en Suisse, de niveau postgrade auprès de l'EPFL, à une date et pour une durée qui ne sont pas clairement précisés. Dès lors, force est d'admettre que l'intéressée, notamment compte tenu de son âge et des imprécisions quant à son plan d'études, ne remplit pas les conditions pour obtenir une autorisation de séjour pour entreprendre des études de français à l'Université de Lausanne. Partant, l'octroi d'une autorisation d'entrée en Suisse dans ce but ne se justifie pas.
L'autorité intimée n'a donc pas abusé de son pouvoir d'appréciation en refusant de délivrer à la recourante l'autorisation d'entrée en Suisse, respectivement l'autorisation de séjour pour études sollicitées.
6.
Manifestement mal fondé, le recours doit être rejeté selon la procédure sommaire de l’art. 35a LJPA, sous suite de frais à la charge de la recourante.