Decision ID: f1fd9b18-8d95-427e-b189-77e0258619d2
Year: 2011
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_009
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: 

En fait :
1.
Le 21 mai 2010, l'Office des poursuites du district de La Riviera – Pays-d'Enhaut a notifié à T._ SA, à la réquisition de N._ SA, un commandement de payer n° 5'405'253 portant sur la somme de 5'197 francs 50, plus intérêt à 5 % l’an dès le 4 mai 2010. La cause de l'obligation invoquée était la suivante : "Facture n° 8213700 du 30.06.2009 et facture n° 8232600 du 18.08.2009". La poursuivie a formé opposition totale.
2.
Le 1
er
juillet 2010, la poursuivante a requis la mainlevée de l'opposition. A l'appui de sa requête, elle a produit, outre le commandement de payer précité, les pièces suivantes :
- une copie d'un ordre de réparation n° 82137.00 du 15 juin 2009 émanant de Groupe N._ SA, indiquant dans l'en-tête "Société T._ SA", portant sur divers travaux à effectuer sur un véhicule Mercedes-Benz, immatriculé VD [...], n° de véhicule [...], n° de chassis [...] ; au bas de ce document, figure un timbre humide "Facturé le 30 juin 2009" et l'indication manuscrite
"Fr. 2'707.95" ; il porte une signature dans la rubrique réservée au "client" ;
- une copie d'un ordre de réparation n° 82326.00 du 26 juin 2009, similaire au premier, concernant le même véhicule, portant la même signature, ainsi qu'un timbre humide "Facturé le 18 août 2009" et l'indication manuscrite "Fr. 2'402.50" ;
- une facture du 30 juin 2009 référencée 82137.00, portant sur la somme de 2'707 francs 95, et une facture du 18 août 2009 référencée 82326.00, portant sur la somme de 2'402 fr. 50, toutes deux adressées par la poursuivante à T._ SA.
La poursuivie a, quant à elle, produit les pièces suivantes :
- une attestation du Service des automobiles et de la navigation du 5 octobre 2010 indiquant que le 27 juillet 2007, T._ SA avait immatriculé un véhicule Mercedes-Benz, n° de chassis [...], sous les plaques de contrôle VD [...] et que le permis de circulation avait été annulé le 26 avril 2010;
- un contrat de vente conclu entre Garage [...] et K._ le
7 juin 2007, portant sur le véhicule Mercedes-Benz n° [...] ; ce document porte, à peu de chose près, la même signature que celle apposée sur les ordres de réparation précités.
3.
Par prononcé du 18 octobre 2010, rendu à la suite d’une audience tenue le 5 octobre 2010, le Juge de paix du district de La Riviera – Pays-d'Enhaut a prononcé la mainlevée provisoire de l’opposition à concurrence de 5'110 fr. 45 plus intérêt à 5 % l’an dès le 4 mai 2010 (I), arrêté à 220 fr. les frais de justice de la poursuivante (II) et dit que la poursuivie devait verser à cette dernière la somme de 180 fr. à titre de dépens (III).
Le prononcé motivé a été adressé pour notification aux parties le
3 novembre 2010. La poursuivie l'a reçu le lendemain. Le premier juge a considéré, en substance, que les deux ordres de réparation produits, signés par un employé de T._ SA, constituaient des titres de mainlevée et que la poursuivie n'avait pas rendu sa libération vraisemblable.
Par acte du 12 novembre 2010, d'emblée motivé, la poursuivie a recouru contre ce prononcé concluant, avec suite de frais et dépens, à sa réforme en ce sens que la requête de mainlevée est rejetée.
Dans son mémoire du 23 février 2011, l'intimée a conclu, avec suite de frais et dépens, au rejet du recours.

En droit :
I.
Le recours, formé en temps utile, dans le délai de dix jours de l’art. 57 al. 1 LVLP, tend à la réforme du prononcé attaqué. Il est ainsi recevable à la forme (art. 461 et ss CPC-VD applicables par renvoi de l’art. 58 al. 1 LVLP).
II. a
) Le poursuivant dont la poursuite est frappée d'opposition peut, s'il se trouve au bénéfice d'une reconnaissance de dette, requérir la mainlevée provisoire de l'opposition, que le juge prononce si le débiteur ne rend pas immédiatement vraisemblable sa libération (art. 82 LP).
Constitue une reconnaissance de dette l'acte authentique ou sous seing privé d'où résulte la volonté du poursuivi de payer au poursuivant une somme d'argent déterminée et échue (Panchaud/Caprez, La mainlevée de l'opposition, § 1). Les travaux de réparation d'une automobile sont l'objet d'un contrat d'entreprise (Gauch, Le contrat d'entreprise, n. 29, p. 9 ; ATF 113 II 421 c. 1, rés. in JT 1988 I 32). Ce contrat vaut reconnaissance de dette pour le prix convenu, dans la mesure où le poursuivant établit par pièces qu'il a exécuté ses propres prestations (Gilliéron, Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, n. 58 ad art. 82 LP ; Panchaud/Caprez, op. cit., § 87).
La reconnaissance de dette signée par un représentant ne justifie en principe la mainlevée dans la poursuite introduite contre le représenté que si les pouvoirs du représentant sont établis par pièces, en tout cas s'ils sont contestés par le poursuivi. Il n'est toutefois pas arbitraire de prononcer la mainlevée provisoire sur la base d'une reconnaissance de dette signée par un représentant même en l'absence d'une procuration écrite lorsque ses pouvoirs peuvent se déduire d'un comportement concluant du représenté, dont il résulte clairement que le représentant a signé en vertu d'un rapport de représentation. De même, quand l'obligé est une personne morale, la mainlevée provisoire peut être accordée si les pouvoirs du représentant (art. 32 al. 1 CO) ou de l'organe (art. 55 al. 2 CC) qui a signé sont prouvés par pièces ou par un comportement concluant du représenté au cours de la procédure sommaire de mainlevée. A défaut de tels pouvoirs ou de preuve des pouvoirs, la mainlevée contre le représenté doit être refusée (ATF 130 III 87, SJ 2004 I 208 ; Panchaud/Caprez, op. cit., § 5 ; Gilliéron, op. cit. n. 34 ad art. 82 LP).
Le juge prononce la mainlevée provisoire si le débiteur ne rend pas immédiatement vraisemblable sa libération (art. 82 al. 2 LP). Le poursuivi peut soulever et rendre vraisemblables tous moyens libératoires pris de l'existence ou de l'exigibilité de la prétention déduite en poursuite (Gilliéron, op. cit., n. 81 ad art. 82 LP). Les moyens de preuve propres à libérer le poursuivi sont les documents remis au juge de la mainlevée et pouvant établir un moyen libératoire pertinent (Panchaud/ Caprez, op. cit., § 28).
b)
En l'espèce, la poursuite est fondée sur deux ordres de réparation. La signature figurant au bas de ces documents est à peu de chose près identique à celle apposée sur le contrat de vente du véhicule du 7 juin 2007 par le dénommé K._. Cette signature ne correspond toutefois pas à celle apparaissant sous la rubrique "opposition" du commandement de payer.
Dans son prononcé, le juge de paix a retenu que "la partie poursuivie n'a pas contesté (...) la signature des ordres de réparation", que "le propriétaire réel (du véhicule) était son ex-employé, selon copie du contrat d'achat du véhicule" et "que ce dernier était son employé au moment de la signature des ordres de répara-tion et de l'établissement des factures". Il a ainsi considéré, en se fondant sur les déclarations en audience du représentant de la poursuivie, que les ordres de répara-tion invoqués avaient été signés par un employé de T._ SA.
Dans son recours, la poursuivie indique que cette question n'a pas été abordée lors de l'audience du 5 octobre 2010 ; elle
soutient n'avoir jamais eu d'employé et conteste l'existence de pouvoirs de représentation de K._.
Il importe peu que le signataire des ordres de réparation ait été ou non l'employé de la poursuivie ; en effet, cela ne suffirait pas pour admettre que l'intéressé était habilité à représenter son employeur pour commander les travaux de réparation en cause. L'existence de pouvoirs de représentation de K._ ne ressort d'aucune pièce du dossier, ni d'un quelconque acte concluant de T._ SA ; le fait que le véhicule était immatriculé au nom de cette dernière n'est pas suffisant à cet égard. Dans ces conditions, les ordres de réparation invoqués ne sauraient constituer des reconnaissances de dette au sens de l'art. 82 LP. Pour ce premier motif déjà, la mainlevée aurait dû être refusée.
c)
De surcroît, la poursuivante n'établit pas avoir exécuté sa prestation. En effet, ni les ordres de réparation – fussent-ils signés –, ni les factures subséquentes, ni aucune autre pièce du dossier ne permettent de dire que les travaux facturés ont été effectués. La mainlevée aurait également dû être refusée pour ce second motif.
III.
Le recours doit donc être admis et le prononcé attaqué réformé en ce sens que l'opposition formée par T._ SA au commandement de payer
n° 5'405'253 de l'Office des poursuites de La Riviera – Pays-d'Enhaut, notifié à la réquisition de N._ SA, est maintenue.
Les frais de première instance de la poursuivante sont arrêtés à 220 francs. Il n'est pas alloué de dépens de première instance.
Les frais de deuxième instance de la recourante sont arrêtés à 360 francs. L'intimée doit verser à la recourante la somme de 700 fr. à titre de dépens de deuxième instance.