Decision ID: 0e3bd51b-d634-4a0f-8424-cf06ce8f42d2
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_004
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par jugement
JTBL/1049/2021
du 16 dcembre 2021, le Tribunal des baux et loyers a donn acte aux CHEMINS DE FER FEDERAUX SUISSES (ci-aprs : les CFF) et  la VILLE DE GENEVE de leurs interventions dans la procdure (ch. 1 du dispositif), a rduit de 15% le loyer des locaux de 10 pices situs au _
me
tage de l'immeuble sis no. 1_, Plateau de Champel, 1206 Genve, pour la priode du 1
er
juin 2016 au 15 dcembre 2019 (ch. 2), a condamn A_  verser  C_ le trop-peru qui en dcoulait,  savoir 26'060 fr. 25, avec intrts  5% ds le 8 fvrier 2018 (ch. 3), a dbout les parties de toutes autres conclusions (ch. 4) et a dit que la procdure tait gratuite (ch. 5).
En substance, les premiers juges ont retenu que, compte tenu de toutes les circonstances, les nuisances rsultant du chantier du CEVA constituaient un dfaut de la chose loue. Ils ont galement considr que le principe d'une rduction de loyer fonde sur l'art. 259d CO devait tre admis et qu'au vu des lments de fait au dossier et de la jurisprudence, une rduction de loyer moyenne pour l'ensemble des locaux de 15% tait adquate, cette rduction devant tre accorde du 1
er
juin 2016 au 15 dcembre 2019, date de fin des travaux.
B. a.
Par acte expdi le 1
er
fvrier 2022  la Cour de justice, A_ forme appel contre ce jugement. Elle en sollicite l'annulation et conclut, principalement, au dboutement de C_ de l'entier de ses conclusions.
b.
Par acte expdi le 1
er
fvrier 2022  la Cour, les CFF forment appel contre ce jugement. Ils en sollicitent l'annulation et concluent, principalement,  ce qu'il soit dit que C_ n'a droit  aucune rduction de loyer et  ce qu'ils soient mis hors de cause.
c.
Dans sa rponse du 1
er
mars 2022, C_ conclut  la confirmation du jugement entrepris.
d.
Le 7 mars 2022, les CFF ont persist dans leurs conclusions d'appel et A_ a conclu  l'admission du recours des CFF.
e.
Par dtermination du 7 mars 2022, la VILLE DE GENEVE conclut  l'annulation du jugement entrepris, cela fait  ce qu'il soit dit que C_ n'a droit  aucune rduction de loyer.
f.
Le 4 avril 2022, A_ et les CFF ont rpliqu et persist dans leurs conclusions respectives.
g.
Le 16 mai 2022, A_ et les CFF ont dupliqu et persist dans leurs conclusions respectives.
h.
Les parties ont t avises le 19 mai 2022 par le greffe de la Cour de ce que la cause tait garde  juger.
C.
Les faits pertinents suivants rsultent de la procdure :
a.
C_ a pris  bail, d'abord en colocation  compter du 1
er
octobre 1989 et pour une dure de cinq ans, puis seule ds le 1
er
septembre 1992, des locaux de 10 pices situs au _
me
tage de l'immeuble sis au no. 1_, Plateau de Champel.
Le contrat a t renouvel le 1
er
octobre 2011 pour une dure de cinq ans et se renouvelle dsormais tacitement d'anne en anne.
b.
Le loyer s'lve depuis le 1
er
octobre 2011  53'160 fr. par anne, soit 4'430 fr. par mois, hors charges.
Les locaux sont utiliss en partie pour l'exploitation d'un cabinet mdical et en partie pour l'habitation.
c.
La propritaire de l'immeuble est A_ et la grance de ce dernier est confie  B_ (ci-aprs : la rgie).
d.
Les travaux de construction du CEVA ont dbut le 1
er
novembre 2011, infrastructure ferroviaire reliant la gare de Cornavin  celle d'Annemasse, le secteur  construire s'tendant entre la gare de la Praille et celle d'Annemasse, en passant notamment par Carouge, Champel et les Eaux-Vives.
La construction de la gare de Champel-Hpital, situe sur le plateau de Champel et jouxtant la rue du Plateau de Champel, a commenc au mois de dcembre 2011.
e.
Le 7 novembre 2013, C_ a dpos une requte en rduction du loyer des locaux lous. Elle a notamment fait valoir que, dans son cabinet mdical, elle pratiquait principalement _ [pratique thrapeutique], supposant une prcision d'excution, mise  mal par le vacarme et les vibrations manant du chantier.
f.
Les travaux de gros Ïuvre de la construction de la gare, soit l'enveloppe en bton de l'ouvrage, ont dur jusqu'au mois de mars 2016, selon la fiche d'information du chantier des CFF (ci-aprs : fiche info) n¡ 25. Ont alors dbut les travaux de second Ïuvre, soit la pose de la charpente mtallique avec ses modules de briques de verre et l'quipement de la halte en chauffage, ventilation, sanitaires et lectricit.
g.
La fiche info n¡ 26 du 24 mai 2016 confirme la ralisation  cette poque des travaux de second Ïuvre, soit notamment le montage de la charpente au-dessus de la dalle de couverture.
h.
Le 26 juin 2016 a eu lieu la jonction des deux tronons du tunnel,  environ 300 mtres de la gare de Champel-Hpital, en direction des Eaux-Vives.
La creuse du tunnel s'est poursuivie depuis la gare de Champel sur les deux fronts, selon le bulletin CEVA-trimestriel d'octobre 2016.
i.
Par jugement
JTBL/737/2016
du 16 aot 2016, le Tribunal a rduit le loyer de C_ de 30% du 1
er
juin 2013 au 30 juin 2015 et de 15% du 1
er
juin 2012 au 30 mai 2013, ainsi que du 1
er
juillet 2015 au 31 mai 2016. Une action en rduction de loyer pour la priode postrieure  cette dernire date a t rserve.
j.
Le montage de la charpente mtallique de la gare ainsi que des briques de verre se poursuivait au mois de novembre 2016. Un avis de travaux exceptionnels pour deux samedis a t publi dans la fiche info n¡ 29.
k.
La creuse du tunnel de Champel a t acheve le 8 juin 2017. La fiche info n¡ 32 indiquait alors que Ç bien que les oprations les plus bruyantes soient maintenant acheves, il reste encore  raliser le revtement intrieur du tunnel (É). Viendront ensuite la construction des dalles flottantes et l'installation des quipements ferroviaires È.
l.
Le week-end des 10 et 11, ainsi que du vendredi 16 au dimanche 18 mars 2018, ont t effectus dans le secteur concern (soit entre la halte de Champel-Hpital et l'avenue Thodore-Weber) des mesurages de vibrations et de bruit solidien, de nature  gnrer de lgres vibrations et immissions sonores, cela durant 30 priodes de 30 secondes, situes entre 9 et 17 heures (fiche info n¡ 31).
m.
Selon le bulletin CEVA-trimestriel de septembre 2018, les travaux d'architecture (charpente et brique de verre) et l'quipement de la halte en chauffage, ventilation, sanitaires et lectricit, continuaient alors sur les quais de la station de Champel-Hpital.
n.
Ds le 17 septembre 2018, la VILLE DE GENEVE a fait procder  l'amnagement des espaces publics aux abords de la gare. Ces travaux ont notamment comport l'abattage d'arbres, le terrassement et le remblayage du terrain, la ralisation des canalisations pour la rcolte des eaux de pluie ainsi que d'lots vgtaliss, comportant la plantation d'environ 135 chnes, et d'un systme d'clairage, le bitumage des espaces pitonniers, ainsi que la rnovation de la chausse et des trottoirs aux alentours. Les travaux relatifs aux infrastructures de la gare se sont poursuivis au sous-sol.
S'y sont ajouts des travaux de sparation des eaux et de rnovation de conduites, s'effectuant avec une pelle mcanique pour creuser et temporairement avec un marteau-piqueur pour dgager le bton autour des conduites.
o.
Un revtement phono-absorbant a t mis en place sur l'Avenue de Champel, bordant le chantier, durant le week-end des 9 et 10 novembre 2019.
p.
Par requte dpose le 22 mai 2020 devant la Commission de conciliation en matire de baux et loyers, C_ a assign A_ en rduction du loyer  raison de 15% pour la priode du 1
er
juin 2016 au 15 dcembre 2019 et au remboursement en dcoulant de 26'969 fr. 25, avec intrts  5% ds le 8 fvrier 2018.
Elle a allgu que les nuisances s'taient poursuivies depuis le mois de juin 2016, avec l'aboutissement du tunnel de Champel, la construction de la gare, puis l'amnagement du parc, jusqu' la mise en service du CEVA.
q.
Non concilie  l'audience du 9 septembre 2020, l'affaire a t porte devant le Tribunal le 11 septembre 2020.
r.
Par mmoire de rponse du 19 octobre 2020, A_ a pralablement conclu  ce qu'il lui soit donn acte de ce qu'elle avait dnonc l'instance  la VILLE DE GENEVE et aux CFF par courriers du 7 octobre 2020.
Principalement, elle a conclu au dboutement de C_ de toutes ses conclusions, subsidiairement  ce qu'il lui soit donn acte de ce que le loyer tait rduit de 10% ds le 1
er
juin 2016 jusqu'au 15 dcembre 2019.
Elle a fait valoir en substance que les locaux de C_ taient traversants, que les travaux n'taient d'une part pas constants sur la priode concerne par la demande et d'autre part excuts en partie  bonne distance de l'appartement litigieux.
s.
Par courrier adress au conseil de A_ le 8 octobre 2020, la VILLE DE GENEVE a dclar intervenir dans la procdure en faveur de A_, sans procder  sa place.
t.
Par courrier au Tribunal du 11 janvier 2021, la VILLE DE GENEVE a conclu au dboutement de C_.
Elle a en particulier considr que les travaux d'amnagement du Plateau de Champel n'taient pas de nature  engendrer des nuisances de la mme intensit que lors de la ralisation prcdente de la gare. Ils avaient t excuts principalement au moyen de pelles mcaniques, de chargeuses et de plaques vibrantes, l'utilisation des marteaux-piqueurs avait t limite. Les travaux ayant t effectus secteur aprs secteur, celui situ sous l'immeuble de C_ n'tait en outre pas constamment touch.
u.
Par dterminations du 11 janvier 2021, les CFF ont conclu pralablement  ce que le Tribunal leur donne acte de leur intervention dans la procdure en faveur de A_, sans procder  sa place.
Principalement, les CFF ont conclu au dboutement de C_. Ils ont contest que les travaux de second Ïuvre raliss sur la gare, consistant dans l'assemblage de pices mtalliques confectionnes en atelier, aient t bruyants. Leur responsabilit n'tait en outre pas engage relativement aux travaux d'amnagement du Plateau de Champel, dont le matre d'Ïuvre tait la VILLE DE GENEVE.
v.
A l'audience du 23 mars 2021, C_ a confirm que les travaux d'amnagement de l'espace public taient pnibles, notamment de par des bruits intenses rptitifs. Elle a fait tat de camions dchargeant de la terre et des pierres ainsi que du fonctionnement de pelleteuses, marteaux-piqueurs et autres engins.
w.
Plusieurs tmoins ont t entendus lors de l'audience du 11 juin 2021.
Tant D_, ingnieur civil auprs de la VILLE DE GENEVE, que E_, chef de projet de la construction de la gare de Champel jusqu'en t 2016, ont dclar que les travaux  partir de 2016 taient ordinaires. Selon D_, il s'agissait de travaux ponctuellement bruyants (utilisation de plaque vibrante pour compacter le sol), effectus par secteurs et donc parfois relativement loigns de l'immeuble litigieux.
E_ a confirm que seul le second Ïuvre,  savoir essentiellement l'assemblage de poutrelles avec du verre entre deux, avait t ralis  partir de 2016.
Plusieurs tmoins ont fait part des nuisances subies au sein de l'immeuble en question. F_, ayant pratiqu _ [pratique thrapeutique] dans une pice du cabinet de C_ de 2009  2020, a fait tat de fortes nuisances provenant du chantier, en particulier de bruits surprenants. Elle a relev que les travaux d'amnagement de la VILLE DE GENEVE avaient commenc la gare  peine termine, de sorte qu'elle avait continu d'tre drange dans son travail.
G_, patient de F_ entre l'automne 2017 et fin 2019, a dclar qu'en plus du bruit diffus du chantier, des bruits incongrus et tonitruants perturbaient souvent son traitement de H_ [pratique thrapeutique]. Il tait ncessaire de maintenir les fentres fermes, mme en t. Le traitement avait nanmoins t poursuivi en raison de l'excellence de la thrapeute.
I_, habitant au _
me
tage de l'immeuble depuis le mois de juillet 2017, a dclar que les nuisances taient devenues Ç trs pnibles È ds l't 2018, sous forme de bruit, poussire et occasionnellement, durant deux ou trois mois, de vibrations provenant du tunnel. Le tmoin a galement fait tat des restrictions de l'accs  l'immeuble.
x.
Les parties ont plaid par critures respectives du 30 aot 2021.
C_ a persist dans ses conclusions. Elle a notamment relev que la rduction demande correspondait  une moyenne par rapport  l'intensit des nuisances durant la priode concerne.
A_ a persist dans ses conclusions principales en dboutement.
Les CFF ont persist dans leurs conclusions et relev notamment que l'immeuble litigieux est situ dans une zone expose au bruit indpendamment du chantier du CEVA. Le niveau des nuisances sonores tait en outre attnu par la distance, de 56  102 mtres, entre la halte et l'appartement litigieux, situ en hauteur.
La VILLE DE GENEVE a galement persist dans ses conclusions.
Le Tribunal a ensuite gard la cause  juger.

EN DROIT
1.
A_ sera dsigne comme l'Ç appelante È, les CFF comme les Ç appelants È. Dans la mesure o elle conclut  l'annulation du jugement du Tribunal, la VILLE DE GENEVE forme un appel joint, de sorte qu'elle sera dsigne comme l'Ç appelante sur appel joint È.
1.1
L'appel est recevable contre les dcisions finales et les dcisions incidentes de premire instance (art. 308 al. 1 let. a CPC). Dans les affaires patrimoniales, l'appel est recevable si la valeur litigieuse au dernier tat des conclusions est de 10'000 fr. au moins (art. 308 al. 2 CPC).
Selon la jurisprudence constante du Tribunal fdral, les contestations portant sur l'usage d'une chose loue sont de nature pcuniaire (arrt du Tribunal fdral
4A_388/2016
du 15 mars 2017 consid. 1).
1.2
Dans le cas d'espce, les appelants contestent qu'un remboursement de 26'929 fr. 25 soit d, de sorte que la valeur litigieuse est largement suprieure  10'000 fr.
La voie de l'appel est ds lors ouverte.
1.3
Les appels, crits et motivs (art. 311 al. 1 CPC) ont t interjets dans le dlai prescrit par la loi (art. 130, 131, 311 al. 1 CPC). Ils sont ainsi recevables.
2.
Les appelants reprochent au Tribunal d'avoir omis,  tort, de distinguer les travaux effectus par leurs soins et ceux effectus par l'appelante sur appel joint, ainsi que les variations d'intensit desdits travaux, considrant par l qu'il s'agissait d'un seul chantier ralis par un seul matre d'ouvrage. L'appelante sur appel joint ne fait pas grief au Tribunal de l'absence d'une telle distinction, mais ne s'oppose pas  ce qu'elle soit opre.
2.1
Selon l'art. 311 CPC, l'appel, crit et motiv, est introduit auprs de l'instance d'appel dans les trente jours  compter de la notification de la dcision, laquelle doit tre jointe au dossier d'appel.
La motivation est une condition de recevabilit de l'appel, prvue par la loi, qui doit tre examine d'office. Il incombe  l'appelant de motiver son acte c'est--dire de dmontrer le caractre erron de la motivation attaque. Pour satisfaire cette exigence, il ne lui suffit cependant pas de renvoyer aux moyens soulevs en premire instance, ni de se livrer  des critiques toutes gnrales de la dcision attaque. Sa motivation doit tre suffisamment explicite pour que l'instance d'appel puisse la comprendre aisment, ce qui suppose une dsignation prcise des passages de la dcision que le recourant attaque et des pices du dossier sur lesquelles repose sa critique (ATF
138 III 374
consid. 4.3.1).
2.2
Les appelants n'expliquent pas en quoi le Tribunal a err en ne procdant pas  une distinction entre les deux chantiers. Faute de motivation suffisante, ce grief ne sera pas examin. Il sied toutefois de rappeler qu'aucune des parties n'a sollicit une telle distinction, ni dans ses conclusions devant le Tribunal, ni dans les conclusions d'appel, ni n'expose pourquoi le Tribunal aurait d procder ainsi.
3.
L'appelante reproche au Tribunal d'avoir constat les faits de manire inexacte et fait preuve d'arbitraire dans l'apprciation des preuves, notamment en transposant l'arrt
ACJC/173/2018
au cas d'espce  l'appui de son raisonnement. Or, selon l'appelante, aucune analyse des travaux n'avait t opre par la Cour dans sa jurisprudence prcite entre le 15 dcembre 2016 et le 9 aot 2017. De plus, les diffrences entre le cas d'espce et ladite jurisprudence (appartement de six pices au _ tage, montant du loyer de 5'000 fr., mention d'appartements  loyer plus lev, constitus d'un nombre moindre de pices et situs  des tages infrieurs) sont nombreuses.
Dans la partie en droit du jugement attaqu et relativement aux dfauts lis  l'existence d'un chantier voisin, le Tribunal a mentionn les rgles de droit tablies dans l'arrt
ACJC/173/2018
. S'il a mentionn le contenu dudit arrt, le Tribunal n'en a toutefois pas retenu les faits  l'appui de son raisonnement. Celui-ci repose sur les pices au dossier, documentes et auxquelles il est fait rfrence, et non sur les constats des juges de la Cour dans la dcision prcite. Le Tribunal n'a ds lors pas transpos, et
a fortiori
manire errone, l'arrt
ACJC/173/2018
aux circonstances du cas d'espce. L'examen de son raisonnement sous cet angle ne permet pas de conclure qu'il aurait procd  un tablissement des faits ou  une apprciation inexacte des preuves.
Infond, le grief doit tre rejet.
4.
L'appelante reproche galement au Tribunal d'avoir constat les faits de manire inexacte, fait preuve d'arbitraire dans l'apprciation des preuves et viol les art. 259d CO et 4 CC en retenant l'existence de dfauts pour la priode courant du 1
er
juin 2016 au 17 septembre 2018, puis pour la priode du 18 septembre 2018 au 15 dcembre 2019. En d'autres termes, l'appelante reproche au Tribunal d'avoir retenu que les travaux taient constitutifs de nuisances justifiant une rduction de loyer de 15%.
Les appelants et l'appelante sur appel joint formulent divers arguments afin de dmontrer, eux aussi, que le Tribunal a retenu  tort que les travaux qu'ils ralisaient taient constitutifs de telles nuisances. Les appelants considrent que les travaux raliss de 2016  2018 taient des travaux de second Ïuvre gnrant peu de nuisances, que l'immeuble tait suffisamment loign pour subir les potentielles nuisances, ces dernires n'ayant de toute manire pas t dmontres par l'intime. L'appelante sur appel joint souligne l'aspect ponctuel et usuel des travaux et relve que l'accs  l'immeuble a t garanti en tout temps.
4.1
En vertu de l'art. 259d CO, si le dfaut entrave ou restreint l'usage pour lequel la chose a t loue, le locataire peut exiger du bailleur une rduction proportionnelle du loyer  partir du moment o le bailleur a eu connaissance du dfaut et jusqu' l'limination de ce dernier.
Le dfaut de la chose loue est une notion relative; son existence dpend des circonstances du cas concret; il convient de prendre en compte notamment la destination de l'objet lou, l'ge et le type de la construction, ainsi que le montant du loyer (arrt du Tribunal fdral
4A_582/2012
du 28 juin 2013); en l'absence de prcision dans le bail, l'usage est apprci objectivement selon toutes les circonstances du cas d'espce, soit notamment le montant du loyer, la destination de l'objet lou, l'environnement des locaux, l'ge de l'immeuble et son tat apparent, les normes usuelles de qualit et les rgles de droit public applicables, ainsi que les usages courants (
ACJC/173/2018
du 12 fvrier 2018 consid. 3.1 et les rfrences).
Le locataire doit compter, selon le cours ordinaire des choses, avec la possibilit de certaines entraves mineures inhrentes  l'usage de la chose qui ne constituent pas un dfaut. En revanche, si l'entrave est plus importante et sort du cadre raisonnable des prvisions, elle devient un dfaut (
ACJC/173/2018
du 12 fvrier 2018 consid. 3.1; SJ 1985, p. 575).
Le dfaut peut consister notamment dans les nuisances provenant d'un chantier, dans la privation de l'usage d'un ascenseur ou encore d'infiltrations d'eau (
ACJC/173/2018
du 12 fvrier 2018 consid. 3.1 et les rfrences).
Un chantier voisin peut ainsi engendrer un dfaut ds lors que les nuisances qu'il provoque excdent les inconvnients mineurs inhrents  la vie en milieu urbain (
ACJC/173/2018
du 12 fvrier 2018 consid. 3.1;
ACJC/234/2003
= CdB 2/2003 p. 54).
Peu importe que les immissions de ce chantier (bruit, poussire, vibrations) chappent ou non  la sphre d'influence du bailleur (arrt du Tribunal fdral
4C_219/2005
du 24 octobre 2005, consid. 2.2;
ACJC/173/2018
du 12 fvrier 2018 consid. 3.1;
ACJC/1016/2017
du 28 aot 2017, consid. 3.1).
Un dfaut est grave lorsqu'il exclut ou entrave considrablement l'usage pour lequel la chose a t loue (art. 258 al. 1 et 259b let. a CO). Tel est notamment le cas (É) lorsque le locataire ne peut pas habiter le logement ou ne peut pas faire usage des pices importantes (cuisine, salon, chambre  coucher, salle de bains) pendant un certain temps (
ACJC/173/2018
du 12 fvrier 2018 consid. 3.1 et les rfrences).
Le locataire qui entend se prvaloir des art. 258ss CO doit donc prouver l'existence du dfaut (
ACJC/173/2018
du 12 fvrier 2018 consid. 3.1 et les rfrences). Or, en vertu de l'art. 274d al. 3 CO, le juge tablit d'office les faits et apprcie librement les preuves, tant prcis que les parties sont tenues de lui prsenter toutes les pices ncessaires  l'apprciation du litige. Le Tribunal fdral a prcis que la maxime inquisitoire sociale ne libre pas les parties de leur devoir de participer  l'tablissement des faits et que ces dernires doivent donc participer activement  l'administration des preuves (ATF
125 III 231
consid. 4a;
118 II 50
consid. 2a ; arrt du Tribunal fdral
4A_565/2009
du 21 janvier 2010).
Le fait qu'un chantier soit d'intrt public signifie que les nuisances qui y sont lies doivent tre tolres et qu'il s'agit de perturbations invitables qui excluent toute action en cessation de trouble. En revanche, ce fait n'exclut pas une rduction de loyer selon l'art. 259d CO (arrt du Tribunal fdral
4C_377/2004
du 2 dcembre 2004, consid. 2.2).
La rduction de loyer que peut exiger le locataire en application de l'art. 259d CO doit tre proportionnelle au dfaut et se dtermine par rapport  la valeur de l'objet sans dfaut. Elle vise  rtablir l'quilibre des prestations entre les parties (ATF
130 III 504
consid. 4.1;
126 III 388
consid. 11c p. 394). Lorsqu'un calcul concret de la diminution de valeur de l'objet entach du dfaut n'est pas possible, notamment lorsque l'intensit des nuisances est variable et se prolonge sur une longue priode, de sorte que les preuves de l'intensit des nuisances et de l'entrave  l'usage ne peuvent tre fournies au jour le jour, le tribunal procde  une apprciation en quit, par rfrence  l'exprience gnrale de la vie, au bon sens et  la casuistique (ATF
130 III 504
consid. 4.1;
ACJC/1016/2017
du 28 aot 2017, consid. 3.1; arrt du Tribunal fdral
4C_219/2005
du 24 octobre 2005, consid. 2.3 et 2.4).
A cet gard, le juge doit apprcier objectivement la mesure dans laquelle l'usage convenu se trouve limit, en tenant compte des particularits de chaque espce, au nombre desquelles la destination des locaux prvues dans le contrat joue un rle important (arrt du Tribunal fdral
4A_582/2012
du 28 juin 2013).
En matire de dfauts lis  des nuisances provenant d'un chantier, les taux de rduction de loyer sont en gnral compris selon la casuistique entre 10% et 25%. Les cas o les nuisances sonores ont conduit  des rductions de loyer de 5%  10% sont plutt des situations de bruits intermittents qui, bien que gnants, n'empitent gnralement pas sur la priode nocturne. Une rduction de 15% a galement t retenue dans le cadre d'un chantier relatif  la construction d'un complexe de quatre immeubles  proximit de l'objet lou, en raison du bruit, de la poussire, des trpidations engendres par de type de travaux; ce qui reprsentait une moyenne entre les priodes objectivement les plus pnibles et celles plus calmes (
ACJC/550/2015
du 11 mai 2015 consid. 4.1;
ACJC/202/2013
du 18 fvrier 2013 consid. 6.1).
Le Tribunal fdral a approuv une rduction de 37% du loyer de locaux destins  un cabinet d'ophtalmologie, en raison du bruit caus par deux chantiers proches, qui se sont drouls successivement et, pour partie, cumulativement (arrt du Tribunal fdral
4C_377/2004
du 2 dcembre 2004).
Le Tribunal fdral a galement confirm une rduction de 60% du loyer pour des locaux lous  une agence de placement qui avait t empche de travailler normalement (arrt du Tribunal fdral
4C_219/2005
du 24 octobre 2005).
En matire de baux d'habitation, la Cour de justice a confirm une diminution de loyer  hauteur de 20%, pris en tant que taux moyen, pendant une anne et demie  l'occasion d'importants travaux entrepris sur les voies et les quais de la gare de Cornavin, situs  30 mtres du logement de la locataire et effectus momentanment 24 heures sur 24 ou le week-end. S'y taient ajout le chantier du CEVA et la construction d'une nouvelle ligne de tramway galement  proximit de l'immeuble. La Cour a notamment retenu que le bruit gnr par les chantiers tait sensiblement plus gnant que celui de la circulation routire et ferroviaire auquel l'appartement tait expos. Durant la priode concerne, le repos des habitants du quartier avait t particulirement affect par des travaux effectus pendant la nuit ou le week-end (
ACJC/578/2009
du 11 mai 2009 consid. 4.2).
Dans un arrt du 2 avril 2007 (
ACJC/377/2007
), la Cour de justice a accord une rduction du loyer de 15% durant 18 mois, en lien avec la construction de la troisime voie de chemin de fer entre Genve et Coppet,  des locataires occupant une villa situe en bordure de cette voie de chemin de fer. Elle a retenu l'importance du chantier, comportant des travaux de nuit, ainsi qu'un loyer relativement lev, mais aussi les nuisances prexistantes inhrentes  une habitation en bordure d'une voie ferre trs frquente.
4.2
Il s'agit de dterminer en l'espce si le Tribunal a err en considrant que les travaux comportaient des nuisances importantes constitutives d'un dfaut de la chose loue.
4.2.1
S'agissant des travaux intervenus entre le 1
er
juin 2016 et juin 2017, le Tribunal a retenu que la creuse du tunnel s'tait poursuivie ultrieurement  la jonction intervenue le 26 juin 2016. Il a galement retenu que les travaux de second Ïuvre ont commenc en juin 2016, en parallle  la poursuite de la creuse du tunnel, ce que confirme d'ailleurs l'appelante. Sur cette priode, l'on peine  comprendre en quoi le Tribunal aurait tabli les faits de manire inexacte, ceux-ci correspondant  l'expos qu'en fait l'appelante.
Il ressort du dossier que cette priode a t marque par un cumul de travaux dans le tunnel et sur le site de la gare. Quand bien mme chacun des types de travaux pourrait tre considr comme moins nuisible que les travaux antrieurs de gros Ïuvre, leur tenue en parallle tait propre  constituer une nuisance importante.
4.2.2
Le Tribunal a ensuite retenu que les travaux de second-Ïuvre de la gare se sont poursuivis au-del du mois de juin 2017 et jusqu'en septembre 2018 et qu'ils ont t nombreux, entranant l'usage d'engins de chantier et transport de matriaux, l'ampleur du chantier tant de nature  gnrer des nuisances d'une intensit plus forte qu'usuellement en milieu urbain.
A cet gard l'on rappellera que la Cour, dans son arrt
ACJC/173/2018
(consid. 3.2), a retenu de manire gnrale s'agissant du chantier du CEVA que les fiches d'informations permettent d'en comprendre l'ampleur, dans leur dure comme dans leur intensit. Si ce constat doit tre transpos avec prudence, il n'en dcoule pas moins que l'importance du chantier, mme rduit aux travaux de second Ïuvre, ne peut tre nie.
4.2.3
S'agissant de la priode  compter de septembre 2018, aux travaux de second Ïuvre de la gare se sont ajouts les travaux mens par l'appelante sur appel joint. Les tmoins G_ et I_ ont fait tat de nuisances importantes (bruits divers, poussire, vibrations) durant cette priode. Le tmoin D_ a quant  lui admis l'utilisation d'une plaque vibrante pour compacter le sol, secteur par secteur, soit parfois de manire loigne de l'immeuble litigieux, et l'usage d'une pelle mcanique et d'un marteau-piqueur dans le cadre de travaux de sparation des eaux et de rnovation de conduites. En plus du terrassement et du remblayage du terrain, des arbres ont t abattus.
4.2.4
Par ailleurs, sur l'ensemble de la priode dont il est question, plusieurs tmoins ont fait tat de nuisances.
Le tmoin F_ a expliqu qu'il y avait beaucoup de bruit dans la pice dans laquelle elle exerait, et encore davantage dans la pice occupe par l'intime. Elle a fait tat de grandes difficults, d'un fort bruit et de nuisances qualifies de violentes. Elle a galement mentionn la longueur du chantier et le fait que les travaux de l'appelante sur appel joint ont dbut au moment o elle pensait que les travaux s'achveraient. F_ a encore expliqu avoir vcu les travaux comme un cauchemar et le fait qu'elle avait t drange dans l'exercice de son activit professionnelle ; elle devait mme fermer les fentres en t. Cet lment a galement t mentionn par G_, patient de la prcite, qui a fait tat de l'incompatibilit de la pratique du H_ avec le bruit du chantier et du fait qu'il a hsit  changer de thrapeute en raison du bruit. Il affirme avoir souffert du bruit lors de deux sances hebdomadaires, de l'automne 2017  fin 2019,  l'exception de quelques sances. Enfin, I_ a expliqu qu'elle avait trouv les travaux, essentiellement en sous-terrain, plutt tranquilles jusqu' l't 2018, mais qu'ensuite elle les a vcus comme trs pnibles. Elle a galement fait tat d'un cumul entre les travaux en sous-sol, engendrant des vibrations, et les travaux en surface.
Au vu de ces lments, il n'apparat pas que le Tribunal ait msus de son pouvoir d'apprciation, ni n'ait viol le droit en considrant que l'intime avait prouv avoir subi des nuisances importantes. Les tmoignages contradictoires entre les professionnels intervenus sur le chantier et les riverains n'tant pas en soi propres  remettre en cause cette apprciation, contrairement  ce que prtendent les appelants et l'appelante sur appel joint, qui n'tayent toutefois pas leur propos et se contentent de substituer leur apprciation  celle du Tribunal. Par ailleurs, tant le tmoignage de F_ que celui de G_ dmontrent que la pratique du H_ tait srieusement altre en raison du bruit et que les nuisances dbordaient dans les locaux d'une manire impropre  la bonne excution des activits auxquelles ils taient destins.
4.2.5
La situation de l'immeuble n'est pas propre  remettre en question ce qui prcde, bien que les appelants
soulvent que l'immeuble litigieux tait suffisamment loign du chantier - entre 56 et 102 mtres de la gare Champel-Hpital - pour que les immissions soient considres comme non constitutives de nuisances. Selon eux, l'attnuation sonore  une telle distance est de 35  40 dcibels; les valeurs limites d'immissions s'lvent  65 dcibels le jour et 55 la nuit et la valeur reporte au cadastre du bruit de jour avant les travaux tait de 58 dcibels de jour sur le Plateau de Champel. A suivre les appelants, l'intime devait faire preuve d'une plus grande tolrance des nuisances, ce d'autant plus que le chantier vis est d'intrt public. Ils prtendent que les nuisances, pour tre considres comme telles, devaient tre particulirement importantes et excder celles causes par un chantier ordinaire. Or, les travaux incrimins n'ont pas caus de nuisances importantes, propres  donner lieu  une rduction de loyer, notamment  compter de la fin des travaux de gros-Ïuvre.
Il n'apparat pas ncessaire de procder  une analyse pousse de la manire dont le bruit progresse dans l'espace, dans la mesure o l'immeuble litigieux se trouvait  proximit immdiate du chantier, lui-mme entour essentiellement d'immeubles. La situation gographique de l'immeuble le place dans une Ç caisse de rsonnance È, l'exposant particulirement aux nuisances sonores. De plus, le fait que le local en question soit situ au _
me
tage n'apparat pas constituer un avantage quelconque en la matire, contrairement  ce qui a t soutenu par l'appelante.
Le constat de l'existence de nuisances importantes constitutives d'un dfaut opr par le Tribunal sera ds lors confirm.
4.3
Les appelants reprochent galement au Tribunal d'avoir retenu  tort que les travaux raliss par l'appelante sur appel joint taient constitutifs de nuisances dans une mesure justifiant une rduction de loyer.
Les appelants ne dtaillent toutefois pas leur raisonnement, renvoyant  leurs arguments prcdents. Il sera galement renvoy aux considrants ci-dessus y relatifs (consid. 2 et 4.2) et la Cour retiendra, de mme, que le raisonnement du Tribunal qui admet l'existence de nuisances, sans distinguer l'origine de celles-ci, ne prte pas le flanc  la critique.
4.4
Enfin, s'agissant de la diminution des immissions  certains priodes,
la Cour retiendra que les nuisances ont certainement connu des fluctuations dans leur importance pendant la dure du chantier vise, ce qu'aucune des parties ne conteste au demeurant.
Il n'en reste pas moins, comme cela ressort des constats qui prcdent, que le chantier a t d'une dure extrmement longue, sans rpit pour les riverains, et a comport alternativement des travaux trs lourds et bruyants, puis un cumul de travaux de diffrentes sortes, bien moins importants, le cas chant, pris sparment. La longue liste des travaux effectus et leur varit (construction de la gare, abattage d'arbres, canalisations, construction de l'entier de la place) permettent de mesurer les invitables activits et transports de matriel contribuant aux nuisances dont plusieurs tmoins ont fait tat. Les restrictions d'accs au btiment doivent d'ailleurs galement tre retenues, dans la mesure o elles participent de l'ensemble des restrictions  l'usage du bien lou.
En procdant  une fixation de la rduction de loyer en quit, face  l'impossibilit de dterminer prcisment l'ampleur de chaque nuisance et la temporalit de celles-ci, le Tribunal a tenu compte de l'ensemble de ces lments, comme cela ressort du raisonnement qui prcde.
Compte tenu de la casuistique, en particulier s'agissant de locaux dans lesquels est exerce une activit professionnelle, et des circonstances du cas d'espce, il n'apparat pas que la rduction de loyer de 15% accorde par le Tribunal viole le droit.
Par consquent, le jugement sera intgralement confirm.
5.
A teneur de l'art. 22 al. 1 LaCC, il n'est pas prlev de frais dans les causes soumises  la juridiction des baux et loyers (ATF
139 III 182
consid. 2.6).
* * * * *