Decision ID: e1146c2b-387a-52d1-bdd1-3e3e9fb6f685
Year: 2012
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1. Le 14 octobre 2008, B_ S.A. et C_ S.A., composant la société A_ (ci-après : A_) ont obtenu du département des constructions et des technologies de l’information, devenu depuis lors le département de l’urbanisme (ci-après : le département) une autorisation de construire un immeuble de logements à Versoix.
2. La commission cantonale de recours en matière administrative (ci-après : la commission), devenue depuis le 1
er
janvier 2011 le Tribunal administratif de première instance (ci-après : TAPI), a été saisie de trois recours séparés, émanant de voisins :
Monsieur M_ ;
Messieurs E_, F_, U_, V_ et R_ (ci-après : les copropriétaires) ;
Madame et Monsieur S_ (ci-après : les époux S_), ainsi que Madame W_.
3. Par décision du 1
er
décembre 2009 (
DICCR/25/2009
), la commission a déclaré irrecevables les recours formés par M. M_ et par les époux S_ et Mme W_.
Non contestée par M. M_, cette décision a fait l’objet d’un recours au Tribunal administratif formé par les époux S_ et Mme W_, admis par arrêt du 31 août 2010 (
ATA/612/2010
). Le recours que les précités avaient formé devant la commission contre l’autorisation de construire était recevable.
4. Le TAPI a admis le recours par jugement du 28 janvier 2011 (
DCCR/136/2011
). L’autorisation litigieuse était annulée.
5. Le 11 mars 2011, A_ a saisi la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : chambre administrative) d’un recours contre le jugement précité.
6. Les copropriétaires ont conclu au rejet du recours le 20 avril 2011. Les époux S_ et Mme W_ en ont fait de même, le 21 avril 2011.
7. Par arrêt du 30 août 2011, la chambre administrative a rejeté le recours (
ATA/453/2011
).

Le considérant 9 en droit indique notamment :
« Un émolument de CHF 2'000.- sera mis à la charge de B_ S.A. et C_ S.A., prises conjointement et solidairement. Une indemnité de CHF 4'000.- sera allouée à MM. F_, U_, E_, R_ et V_ ainsi qu’aux époux S_ et à Mme W_, à charge des recourantes, prise conjointement et solidairement, (art. 87 de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 - LPA -
E 5 10
) ».
Les deuxième et troisième paragraphes du dispositif, au fond, avait la teneur suivante :
« met un émolument de CHF 2'000.- à la charge de B_ S.A. et C_ S.A. prises conjointement et solidairement.
alloue à Messieurs F_, U_, E_, R_ et V_, ainsi qu’aux époux S_ et à Madame W_, une indemnité de procédure de CHF 4'000.-, à charge des recourantes prises conjointement et solidairement ».
8. Le 11 janvier 2012, le Tribunal fédéral a rejeté le recours déposé par A_ contre cet arrêt (arrêt du Tribunal fédéral
1C_427/2011
).
9. Par courrier du 22 février 2012, les époux S_ et Mme W_ ont adressé à la chambre administrative une demande en interprétation. La lecture de l’arrêt les amenait à considérer qu’une indemnité de procédure de CHF 4'000.- avait été mise à charge des recourantes en faveur des copropriétaires, et une autre, du même montant, en leur faveur.
Le conseil de A_ soutenait en revanche que l’indemnité de CHF 4'000.- devait être partagée entre les copropriétaires d’une part et les époux S_ et Mme W_ d’autre part, soit CHF 2’000.- pour chaque groupe.
10. Le 28 février 2012, le conseil des copropriétaires a indiqué partager le point de vue des époux S_ et de Mme W_.
11. Le 28 mars 2012, le département s’en est rapporté à justice.
12. Le 10 avril 2012, A_ s’est déterminée. La thèse des demandeurs, selon laquelle une indemnité de CHF 4'000.- devait être versée aux copropriétaires et une autre de CHF 4'000.- aux époux S_ et à Mme W_ n’était pas conforme à l’arrêt rendu. Le seul usage des termes « ainsi qu’à » ne permettait pas de soutenir la thèse inverse. Une indemnisation totale de CHF 8'000.-, proche du maximum autorisé de CHF 10'000.-, serait exceptionnellement élevée et ne serait pas en rapport avec la nature de l’affaire ou avec l’émolument mis à la charge de A_.
13. Cette écriture a été transmise aux autres parties, et la procédure a été gardée à juger le 14 avril 2012.
EN DROIT
1. A la demande d’une partie, la juridiction qui a statué interprète sa décision, lorsqu’elle contient des obscurités ou des contradictions dans le dispositif ou entre le dispositif et les considérants (art. 84 al. 1 de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 (LPA -
E 5 10
) .
La demande d’interprétation doit être présentée dans les délais prévus pour les recours (art. 84 al. 2 LPA), soit 30 jours (art. 62 al. 1 let. a LPA).
Déposée dans les trente jours après le prononcé du Tribunal fédéral, la demande est recevable.
2. Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, l'interprétation tend à remédier à une formulation peu claire, incomplète, équivoque ou en elle-même contradictoire du dispositif de la décision rendue. Elle peut, en outre, se rapporter à des contradictions existant entre les motifs de la décision et le dispositif. Les considérants ne peuvent faire l'objet d'une interprétation que si et dans la mesure où il n'est possible de déterminer le sens du dispositif de la décision qu'en ayant recours aux motifs (ATF
110 V 222
consid. 1 et les références citées ; Arrêts du Tribunal fédéral
4G.3/2007
du 22 novembre 2007 consid. 3 ;
4G.1/2007
du 13 septembre 2007 consid. 2).
Ne sont pas admises, en revanche, les demandes d'interprétation qui visent à la modification du contenu de la décision. L'interprétation a en effet uniquement pour objet de reformuler clairement et complètement une décision qui ne l'a pas été alors même qu'elle a été clairement et pleinement pensée et voulue (ATF précités).
3. En l’espèce, la rédaction de l’
ATA/453/2011
est effectivement ambigüe.
La chambre administrative entendait, conformément aux éléments ressortant de sa pratique (
ATA/532/2012
du 21 août 2012 ;
ATA/363/2012
du 12 juin 2012 ;
ATA/55/2012
du 24 janvier 2012), mettre à la charge de A_ :
d’une part une indemnité de CHF 2’000.- en faveur des copropriétaires
d’autre part une autre indemnité de CHF 2’000.- en faveur des époux S_ et de Mme W_.
En conséquence, la demande d'interprétation sera admise.
3. Vu l’issue du litige, aucun émolument ne sera perçu. Une indemnité de procédure de CHF 300.- sera allouée, à la charge de l’Etat de Genève, à A_, seule partie ayant pris une conclusion en ce sens. (art. 87 LPA).
* * * * *