Decision ID: d42ab688-f65b-4074-8425-1130e930b08b
Year: 2005
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
Le 28 février 2000, la société X._ a engagé A._, dès le 1
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mars 2000. Le 31 mai 2001, A._ a été réembauchée par la société Y._qui a pris la suite de X._. Le 29 décembre 2001, elle a été victime d’un accident de la route. Le 23 septembre 2002, Y._ l’a licenciée, avec effet au 31 décembre 2002. La société Gehrling Allgemeine Versicherungs-AG (ci-après : Gehrling) a versé à A._ des indemnités au titre de l’assurance-accidents dès le 1
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janvier 2003, sur la base d’une incapacité de travail totale, et ce jusqu’au 30 octobre 2003.
Le 18 novembre 2003, Gehrling a indiqué à A._ que, selon l’avis de son médecin-conseil, une reprise du travail à 75% au moins était envisageable. Consulté à ce sujet, B._, médecin traitant de A._, avait estimé la capacité de travail exigible de 30 à 50% au maximum. Le montant de l’indemnité devait par conséquent être fixée, selon Gehrling, en tenant compte d’une capacité de travail de 50%, dès le 1
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novembre 2003. En outre, une expertise allait être ordonnée, confiée au Dr C._ à Lausanne. Le 27 novembre 2003, A._ s’est opposée à cette manière de faire, en demandant le maintien d’une indemnisation sur la base d’une incapacité de 100% jusqu’au mois de janvier 2004 au moins.
Le 26 mars 2004, le Dr C._ a établi un certificat médical attestant que l’incapacité de travail de A._ était de 100% jusqu’au 31 décembre 2003, de 50% pour la période allant du 1
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janvier au 30 juin 2004, de 25% pour la période allant du 1
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juillet au 31 août 2004, et nulle au-delà de cette date. Le 1
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avril 2004, il a rendu son rapport d’expertise, confirmant cette appréciation. Ce rapport a été reçu le 3 mai 2004 par le mandataire de A._.
B.
Celle-ci a, le 28 avril 2004, demandé le versement d’indemnités au sens des art. 8ss de la loi fédérale sur l’assurance-chômage, du 25 juin 1982 (LACI ; RS 837.0). Le délai-cadre d’indemnisation (art. 9 al. 2 LACI) a été ouvert du 28 avril 2004 au 27 avril 2006, le délai-cadre de cotisation (art. 9 al. 3 LACI) du 28 avril 2002 au 27 avril 2004.
Le 23 juin 2004, la Caisse cantonale de chômage (ci-après: la Caisse) a admis la demande. Elle a considéré, en particulier, que A._ pouvait se prévaloir de l’art. 14 al. 1 let. b LACI pour être libérée de l’obligation de cotiser pendant le délai-cadre y relatif, compte tenu de son incapacité de travail pendant la période allant du 29 décembre 2001 au 31 décembre 2003.
Le 25 février 2005, la Caisse est revenue sur cette décision, qu’elle a annulée. Statuant à nouveau, elle a rejeté la demande d’indemnités. Elle a considéré que A._ ne remplissait pas les conditions de l’art. 13 al. 1 LACI quant à la période de cotisation, faute pour elle d’avoir exercé une activité rémunérée pendant douze mois dans le délai-cadre allant du 28 avril 2002 au 27 avril 2004. L’assurée avait été engagée durant cette période par Y._, du 28 avril 2002 au 31 décembre 2002, soit pendant 8,093 mois. Une libération de ces conditions, au sens de l’art. 14 al. 1 let. b LACI n’entrait pas en ligne de compte, car l’assurée n’avait été, durant cette période, incapable de travailler que pendant douze mois (et non douze mois et un jour), soit du 1
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janvier au 31 décembre 2003.
Le 25 février 2005 également, la Caisse a ordonné à A._ de restituer le montant de 15'177,30 fr., correspondant à des prestations versées à tort sur la base de la décision du 23 juin 2004.
Le 18 juillet 2005, la Caisse a rejeté l’opposition formée par A._ contre les décisions du 25 février 2005.
C.
A._ a recouru. Elle a conclu principalement à la réforme de la décision du 18 juillet 2005, en ce sens que lui soit reconnu un droit aux indemnités pour la période allant du 1
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janvier 2004 au 31 décembre 2006, la décision de restitution devant pour le surplus être annulée. A titre subsidiaire, elle requiert l’annulation de la décision du 18 juillet 2005 et le renvoi de la cause à l’autorité intimée pour nouvelle instruction et décision, au sens des considérants. Elle invoque les art. 16 et 17 al. 2 LACI.
La Caisse conclut au rejet du recours et au maintien de sa décision. L’Office régional de placement de l’Ouest lausannois s’en remet à justice.
La recourante a renoncé à dupliquer dans le délai qui lui avait été imparti à cette fin.

Considérant en droit
1.
En vue de son placement, l’assuré est tenu de se présenter à la commune de domicile ou à l’autorité compétente aussitôt que possible, mais au plus tard le premier jour pour lequel il prétend à l’indemnité de chômage (art. 17 al. 2 LACI).
Il est constant que la recourante a présenté une demande d’indemnités au sens de la LACI le 28 avril 2004. La Caisse en a déduit que c’est à compter de ce jour-là que le délai-cadre de cotisation avait commencé à courir deux ans plus tôt (art. 9 al. 3 LACI), soit du 28 avril 2002 au 27 avril 2004. Or, durant cette période, la recourante ne peut justifier d’une activité soumise à cotisation pendant douze mois au moins, puisqu’on ne retient, dans ce cas de figure, que les huit mois et trois jours allant du 28 avril au 31 décembre 2002. La condition relative à la période de cotisation au sens de l’art. 13 al. 1 LACI ne serait pas remplie, ce qui aurait pour cause le refus du droit à l’indemnité de chômage selon l’art. 8 al. 1 let. e LACI. La recourante critique cette façon de voir les choses. Elle soutient que le moment déterminant pour calculer le délai-cadre de cotisation doit être fixé au 1
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janvier 2004, jour à partir duquel elle a retrouvé une capacité de travail (réduite, au demeurant, à 50%). Le délai-cadre de cotisation irait ainsi du 1
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janvier 2002 au 31 décembre 2003. Si tel était le cas, la condition de la période de cotisation serait remplie, puisque la recourante a travaillé et cotisé pendant la période de douze mois allant du 1
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janvier au 31 décembre 2002. La Caisse objecte à cela que le délai-cadre se détermine à partir du dépôt de la demande d’indemnité, soit le 28 avril 2004. La règle de l’art. 17 al. 2 LACI ne souffrirait à cet égard d’aucune exception et le droit au chômage ne pourrait être ouvert rétroactivement.
Même à supposer qu’il serait possible de faire courir le délai de calcul du délai-cadre de cotisation d’un autre jour que celui de la demande d’indemnités, comme le soutient la recourante, les motifs justificatifs qu’elle fait valoir à ce propos ne sont pas recevables. La recourante allègue qu’elle n’a su avoir recouvré une partie de sa capacité de travail qu’après réception du rapport établi le 1
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avril 2004 par le Dr. C._. Cette thèse est déjà contredite par l’affirmation de la recourante que ce rapport n’a été remis à son mandataire que le 3 mai 2004. En admettant que cela soit vrai (ce dont il n’y a pas lieu de douter, au demeurant), on ne comprend pas comment la recourante a pu s’inscrire au chômage le 28 avril 2004 sur la base d’un document qu’elle n’a reçu, selon ses propres déclarations, que cinq jours plus tard. A cela s’ajoute que la recourante savait que la quotité de son incapacité de travail, totale jusque là, avait été contestée par Gehrling. Celle-ci l’avait avertie, dès le 18 novembre 2003, d’une possible réduction de cette quotité à 75%. Le 27 novembre 2003, la recourante a pris position à ce sujet, en réclamant que l’incapacité totale de travail soit maintenue au moins jusqu’en janvier 2004. C’est dire que la recourante était consciente de la nécessité pour elle de retrouver un travail à temps partiel dès cette époque, à défaut, de s’inscrire au chômage. La prudence aurait commandé qu’elle entreprît des démarches à cette fin, ce d’autant plus que dès le mois de janvier 2004, Gehrling a réduit en conséquence le montant de l’indemnité qui lui était versée jusque-là. En tardant près de quatre mois entiers à agir, la recourante s’est mise dans l’impossibilité de faire valoir à temps son droit à l’indemnité.
2.
Il convient d’examiner si une libération de la condition relative à la période de cotisation entre en ligne de compte.
a) Sont notamment libérées des conditions relatives à la période de cotisation les personnes qui, dans les limites du délai-cadre au sens de l’art. 9 al. 3 LACI, et pendant plus de douze mois au total, n’étaient pas parties à un rapport de travail et, partant, n’ont pu remplir les conditions relatives à la période de cotisation à raison d’un accident, pour autant qu’elles aient été domiciliées en Suisse durant la période correspondante (art. 14 al. 1 let. b LACI). Il doit exister un rapport de causalité entre le motif qui a empêché l’assuré d’exercer une activité lucrative pendant le délai-cadre de cotisation et le non-accomplissement de la période de cotisation; il faut en outre que cet empêchement ait duré plus de douze mois (ATF 126 V 384 consid. 2b p. 386/387; 121 V 336 consid. 5b p. 342/343).
c) En l’occurrence, l’impossibilité pour la recourante de remplir les conditions relatives à la période de cotisation découle directement de son incapacité de travail totale pour la période allant du 1
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janvier au 31 décembre 2003. Cette incapacité n’ayant duré que douze mois exactement, la Caisse cantonale a constaté que les conditions de la libération au sens de l’art. 14 al. 1 let. b LACI n’avaient pas été remplies, à un jour près.
Le 13 juin 2005, dans le cours de la procédure d’opposition, la recourante a produit un document établi le 30 mai 2005 par son médecin traitant, B._. Celui-ci se référant à l’examen auquel il avait procédé le 12 janvier 2004, a attesté qu’à cette époque-là, sa patiente était totalement incapable de travailler. La Caisse a cependant dénié à cette pièce toute valeur, pour trois raisons: premièrement, le Dr B._ n’était pas habilité à établir un tel certificat médical (qui n’en était au demeurant pas vraiment un); deuxièmement, ce document ne déterminait pas de manière précise l’incapacité de travail; troisièmement, il avait été établi uniquement pour les besoins de la cause.
Ces motifs ne sont pas déterminants. B._ était le médecin traitant de la recourante pendant la période qui a suivi son accident ; il était dès lors habilité à produire une pièce (quels que soient sa forme et son intitulé) indiquant l’état de santé de sa patiente à un moment donné de son traitement. Ce document précise clairement que le 12 janvier 2004, la recourante était en incapacité totale de travail ; sur ce point, il s’écarte expressément du certificat établi le 26 mars 2004 par le Dr C._, selon lequel la capacité de travail était de 50% dès le 1
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janvier 2004. Prétendre enfin que le Dr B._ a établi l’attestation litigieuse par complaisance relève en l’occurrence du procès d’intention et remet gravement en cause l’observation par ce médecin des règles déontologiques.
Le certificat et le rapport établis les 26 mars et 1
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avril 2004 par le Dr C._ sont imprégnés, pour ce qui concerne la détermination de la capacité de travail de la recourante, d’un certain schématisme. Il est tout à fait étonnant (et pour tout dire contraire à l’expérience ordinaire des choses de la vie) qu’une capacité de travail puisse augmenter d’un quart dans l’espace d’une nuit. Ce schématisme est toutefois imposé par l’organisation des rapports sociaux et les exigences de la sécurité du droit. Il ne peut ainsi être remis en cause comme tel, à peine d’empêcher l’application cohérente des normes juridiques qui régissent le droit du travail et des assurances sociales, pour ne prendre que ces exemples. Il convient cependant de relever que le certificat du 26 mars 2004 et le rapport du 1
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avril 2004 ont été établis après que la recourante eut recouvré une partie de sa capacité de travail. Le caractère rétrospectif de l’examen auquel a procédé le Dr C._ renforce ainsi l’aspect schématique de ses conclusions – dont le bien fondé n’est pas, en tant que tel, remis en cause. L’attestation du 30 mai 2005 se rapporte en revanche à un examen que le Dr B._ a effectué le 12 janvier 2004, c’est-à-dire à l’époque même où, selon une évaluation faite plus de deux mois plus tard, la recourante aurait dû être capable de travailler à mi-temps. La synchronie de l’examen du 12 janvier 2004 et de la situation qu’il constate lui confère une plus grande force probante qu’un rapport établi ultérieurement. Il convient ainsi de retenir que le 12 janvier 2004 au moins, la recourante se trouvait encore dans un état de santé l’empêchant totalement de travailler. Cela a pour conséquence que les conditions d’une libération de l’obligation de cotiser étaient remplies. La recourante avait dès lors droit aux indemnités de chômage selon l’art. 8 al. 1 let. e LACI, mis en relation avec les art. 9 al. 3, 13 al. 1 et 14 al. 1 let. b de la même loi.
3.
Le recours doit ainsi être admis pour ce motif et la décision attaquée annulée. Cela entraîne, par contre-coup, l’annulation de la décision attaquée en tant qu’elle confirme celle du 25 février 2005, portant sur la restitution des prestations. Il est constaté qu’un délai-cadre d’indemnisation a été ouvert du 28 avril 2004 au 27 avril 2006 en faveur de la recourante. Il est statué sans frais. La Caisse cantonale de chômage versera à la recourante une indemnité de 1000 fr. à titre de dépens.