Decision ID: fe83d761-75eb-4a47-a41f-7d144251acb3
Year: 2005
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
A._, ressortissant algérien, a travaillé en qualité d’auxiliaire pour la société coopérative Migros Vaud (ci-après : la Migros), magasin de 2******** à Lausanne, à partir du mois de février 2003. Bénéficiant d’une autorisation de séjour pour études, il a exercé cette activité parallèlement à des études à l’Université de Lausanne.
B.
A._ a été exmatriculé de l’Université de Lausanne au mois d’octobre 2003. Au printemps 2004, il a souhaité augmenter son taux d’activité auprès de la Migros et s’est intéressé à un poste fixe à plein temps à la Migros de 3********. Il s’est alors entretenu de sa situation avec Madame B._, du service du personnel de la Migros, qui lui aurait suggéré de résilier dans un premier temps son contrat d’auxiliaire avant d’être réengagé avec un nouveau statut à la Migros de 3********. A la même époque, A._, qui s'était marié entre-temps, a engagé des démarches en vue de remplacer son autorisation de séjour pour étude par un permis B CE/AELE.
C.
En date du 23 mars 2004, A._ a écrit au service du personnel de la Migros, à l’attention de Madame B._ pour l’informer de la résiliation de son contrat. La lettre de résiliation contenait notamment le passage suivant :
« Mon statut d’étudiant ayant changé, je serais désireux de travailler plus d’heures, ce qui n’est pas possible au magasin de 2********. C’est ce qui me conduit à résilier mon contrat en tant que rémunéré à l’heure, afin de pouvoir bénéficier d’un contrat fixe. ».
Cette résiliation est intervenue d’entente avec la gérante du magasin de 2********.
D.
A._ a rencontré le gérant de la Migros de 3******** au début du mois d’avril 2004, en présence de Mme B._. Ce dernier a finalement renoncé à l’engager, au motif notamment que son permis B ne lui avait pas encore été délivré au moment de l’entretien d’embauche. Par la suite, A._ s’est efforcé de trouver un autre emploi auprès d’une succursale de la Migros, sans succès.
E.
A._ a revendiqué l’indemnité de chômage depuis le 1
er
avril 2004. Dans un courrier du 25 mai 2004 adressé à la Caisse de chômage de la Société des Jeunes Commerçants (ci-après : la caisse), A._ a expliqué les circonstances dans lesquelles il avait résilié son contrat de travail le 23 mars 2004.
F.
Par décision du 17 juin 2004, la caisse a suspendu A._ dans son droit à l’indemnité durant 41 jours indemnisables dès le 1
er
avril 2004. A l’appui de cette décision, la Caisse mentionnait notamment qu’elle avait eu un contact avec une responsable de la Migros qui lui aurait indiqué qu’un collaborateur avec un statut d'auxiliaire n’avait pas à donner son congé pour obtenir un emploi fixe et que, au surplus, le renouvellement du permis de séjour ne posait pas de problème. A._ a formé opposition contre cette décision le 22 juin 2004. A cette occasion, il a soutenu que les informations fournies à la caisse par la Migros divergeaient de celles qui lui avaient été données au moment de la résiliation de son contrat de travail. Il a par conséquent invité la caisse à prendre contact avec la gérante du magasin de 2******** et avec Mme B._.
En date du 28 juillet 2004, la caisse a interpellé le service du personnel de la Migros, afin que ce dernier se détermine sur les moyens soulevés par l’opposant. Le département des ressources humaines de la Migros a déposé des déterminations le 31 août 2004 dont la teneur, pour l’essentiel, était la suivante :
« Nous portons à votre connaissance que suite à l’échec définitif de ses examens, Monsieur A._ a demandé à travailler à plein temps pour quelques mois. Or, aucun poste à notre M-2********n’était disponible à cours ou moyen terme, ni à plein temps, ni même à un pourcentage plus élevé que l’horaire de M. A._.
Par le fait qu’il ne bénéficiait plus de son statut d’étudiant, son contrat ne serait pas automatiquement devenu caduque, comme mentionné dans votre courrier – mais nous l’aurions transformé en un contrat fixe à temps partiel, au même horaire soit 39 heures mensuelles. Monsieur A._ ne voulant pas travailler au même taux d’activité en qualité de collaborateur fixe, il a mis un terme à son contrat de travail sans respecter le délai légal, afin de rechercher, avec le concours du service du personnel, un temps temporaire à plein temps ou à temps partiel plus conséquent.
Sa gérante d’alors, satisfaite de ses prestations et désireuse de ne pas entraver ses démarches, a accepté de le libérer très rapidement.
Dès sa démission, un poste à plein temps à notre MM-3******** lui a été proposé, mais sa candidature n’a pas été retenue car, entre autre, il n’a pas pu fournir son permis de séjour lors de l’entretien avec le gérant. Il faut savoir que jusqu’au 1
er
juin 2004, aucun engagement n’était conclu à Migros-Vaud tant que le/la candidat(e) ne pouvait présenter de permis de travail valable.
De plus, nous vous informons que nous n’avons eu aucune sollicitation de M. A._ dans le sens de réintégrer son poste de travail à notre M-2********. Son permis de travail étant, quelques semaines plus tard, parvenu au service du personnel, un autre poste temporaire lui a été proposé à notre MMM-4********. Le choix du gérant s’est, cette fois encore, porté sur une autre candidature.
Nous portons à votre connaissance que la seule certitude de conserver un poste au sein de notre entreprise aurait été qu’il accepte le fait que son statut soit transformé en statut fixe et rester au poste qu’il occupait en attendant de trouver une autre possibilité d’emploi au sein de notre entreprise.
Le renouvellement tardif du permis de séjour de M. A._ n’a pas été le seul facteur ayant motivé la réponse négative du gérant de notre MM-3******** (autre candidature, doute sur le maintien de cet engagement comparativement au frais salaire d’alors dans ce magasin, manque de motivation perçue lors de l’entretien avec M. A._) et nous précisons qu’aucune souplesse concernant le statut de rémunéré à l’heure ni la poursuite d’une activité lucrative n’est admise par les autorités cantonales, du moment qu’un étudiant perd son statut d’étudiant. »
Dans des observations déposées le 25 novembre 2004 auprès de la caisse, A._ a confirmé sa version selon laquelle on lui avait demandé de résilier son contrat d’auxiliaire auprès de la Migros de 2********pour pouvoir commencer son travail à la Migros de 3********. Il a indiqué également que cet engagement avait échoué uniquement en raison du fait qu’il n’était pas encore en possession de son nouveau permis de travail et que la seule proposition qui lui avait été faite à ce moment-là était de reprendre contact avec le service du personnel au moment où il aurait reçu son permis B, afin d’essayer de trouver du travail au sein d'une autre succursale.
G.
Dans une décision du 22 octobre 2004, la caisse a rejeté l’opposition de A._ et confirmé sa décision du 17 juin 2004. A._ s’est pourvu contre cette décision auprès du Tribunal administratif le 8 novembre 2004. La caisse a déposé son dossier le 25 novembre 2004 en concluant au maintien de la décision attaquée.
Le Tribunal administratif a tenu audience le 8 avril 2005. A cette occasion, Madame B._, entendue comme témoin, a expliqué ce qui suit :
« Monsieur A._ avait un contrat d’auxiliaire payé à l’heure à la Migros de 2********. Dès le moment où il n’était plus étudiant, son statut devait changer et il devait soit conclure un contrat fixe à temps partiel, soit conclure un contrat fixe à temps plein dans l’hypothèse où une opportunité se présentait selon le souhait de M. A._. Pour rester à la Migros de 2********avec le même taux d’activité, il devait conclure un contrat fixe « 09.00 heures ». Monsieur A._ souhaitait cependant augmenter son taux d’activité, dès lors qu’il avait arrêté ses études. Monsieur A._ envisageait un engagement pour un contrat pour une durée déterminée à plein temps à la Migros de 3********. La conclusion de ce contrat impliquait préalablement la résiliation du contrat avec la Migros de 2********. Je lui ai par conséquent suggéré de résilier son contrat, dès lors qu’il ne voulait pas de contrat fixe « 09.00 heures ». L’engagement à la Migros de 3******** a par la suite échoué, notamment en raison du fait qu’il n’avait pas le permis de travail adéquat. Lorsqu’il a rencontré le gérant de ce magasin en ma présence, en outre le feeling n’a pas véritablement passé avec ledit gérant. Si ce courant avait passé, la question du permis de travail aurait pu probablement se régler. »

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de 30 jours fixé par l’art. 60 al. 1er de la Loi fédérale sur la partie générale des assurances sociales (LPGA), le recours est intervenu en temps utile. Il est au surplus recevable en la forme, de sorte qu’il y a lieu d’entrer en matière sur le fond.
2.
Aux termes de l’art. 30 al. 1 let. a) de la Loi fédérale du 25 juin 1982 sur l’assurance chômage obligatoire et l’indemnité en cas d’insolvabilité (LACI), le droit de l’assuré à l’indemnité est suspendue lorsqu’il est établi que celui-ci est sans travail par sa propre faute. Est notamment réputé sans travail par sa propre faute l’assuré qui a résilié lui-même le contrat de travail, sans avoir été préalablement assuré d’obtenir un autre emploi, sauf s’il ne pouvait être exigé de lui qu’il conservât son ancien emploi (art. 44 al. 1 let. b de l’Ordonnance du Conseil fédéral du 31 août 1983 sur l’assurance chômage obligatoire et l’indemnité en cas d’insolvabilité [OACI] ).
La notion de faute prend, en droit de l’assurance chômage, une acception très particulière, spécifique à ce domaine. Elle ne suppose pas nécessairement, comme en droit pénal ou civil, que l’on doive imputer à l’assuré un comportement répréhensible; elle est réalisée dès que la survenance du chômage ne relève pas de facteurs objectifs, mais réside dans un comportement que l’assuré pouvait éviter au vu des circonstances et des relations personnelles en cause (DTA 1982 n° 4). La faute de l’assuré doit cependant être clairement établie, par preuve ou indice de nature à convaincre l’administration ou le juge (Gerhards, Kommentar zum Arbteitslosenversicherungsgesetzt, N. 11 ad art. 30 LACI). Ainsi, en résiliant son contrat de travail, et quels que soient les motifs, justifiés ou non de sa décision, le travailleur ne fait qu’user d’un droit qui lui appartient et ne commettrait apparemment aucune faute. Cependant, on attend de l’assuré qu’il ne cause pas lui-même le dommage, mais qu’il le prévienne, respectivement qu’il s’efforce de faire tout ce qui est en son pouvoir pour éviter la réalisation du risque assuré (DTA 1981 N° 29 p. 126). Le critère de la culpabilité retenu par la jurisprudence dans ce domaine spécifique est dès lors celui du comportement raisonnablement exigible de l’assuré (Arrêt TA PS 1999/0125 du 9 mars 2000 ; Gerhards, op. cit. N° 10 ad art. 30 LACI ; DTA 1989 pp. 88 ss).
3.
En l’espèce, l’instruction a démontré que le recourant a résilié son contrat d’auxiliaire le 23 mars 2004 pour la fin du mois en vue de débuter un emploi fixe à la Migros de 3******** au début du mois d’avril 2004, ceci avec l’accord de la gérante de la Migros de 2******** et d'une représentante du service du personnel de la Migros (Madame B._). L’audition de Madame B._ a notamment confirmé les explications du recourant selon lesquelles il lui avait été suggéré de résilier son contrat d’auxiliaire afin de faciliter son engagement à un autre poste au sein de la Migros. Il résulte également de cette audition que, sur le plan administratif, la résiliation du contrat d'auxiliaire semblait également s'imposer dès lors que le recourant n’avait plus le statut d’étudiant.
Vu ce qui précède, on constate que, d’une part, le recourant n’a jamais eu l’intention de renoncer à travailler pour son employeur (soit la Migros) et que, d’autre part, il n’a fait que suivre les conseils qui lui ont été donnés par Madame B._ (et apparemment également par la gérante de la Migros de 2********), au moment où il a souhaité changer son statut et augmenter son taux d’activité. Partant, se pose la question de savoir si une quelconque faute peut être retenue à son encontre. Tout bien considéré, le Tribunal constate que tel est le cas, même si cette faute doit être qualifiée de très légère. Le Tribunal retiendra à cet égard que, au mois de mars 2004, le recourant disposait d’un emploi à la Migros de 2******** où il donnait toute satisfaction et pour lequel il aurait pu obtenir sans problème un nouveau contrat pour un poste fixe à temps partiel, avec le même taux d’activité qu’il avait jusqu’alors. Souhaitant augmenter ce taux d’activité, ceci pour des raisons aisément compréhensibles, le recourant a alors décidé de postuler pour un autre emploi, sans garantie absolue de l’obtenir puisque la décision finale appartenait au gérant de la Migros de 3********. Il a ainsi pris le risque de se retrouver sans emploi, dans l’hypothèse où le choix du gérant de 3******** se portait sur un autre candidat. De même, le recourant devait savoir qu’il existait un risque que, dans l’intervalle, son poste à la Migros de 2******** soit repourvu et qu’il ne puisse par conséquent pas reprendre sa précédente activité.
Il résulte de ce qui précède que l’on se trouve bien en présence d’un comportement fautif au sens du droit de l’assurance chômage qui, sur le principe, justifie une mesure de suspension.
4.
Reste à examiner s’il se justifiait de prononcer une suspension de 41 jours, soit une durée supérieure au minimum prévu en cas de faute grave.
Selon l’art. 30 al. 3 LACI, la durée de la suspension est proportionnelle à la gravité de la faute, compte tenu des circonstances propres au cas d’espèce. Elle est de 1 à 15 jours en cas de faute légère, de 16 à 30 jours en cas de faute de gravité moyenne et de 31 à 60 jours en cas de faute grave (art. 45 al. 2 OACI).
Selon l’art. 45 al. 3 OACI, le fait d’abandonner un emploi réputé convenable sans être assuré d’obtenir un nouvel emploi constitue, de jure, une faute grave sanctionnée par un minimum de 31 jours de suspension. Cependant, dans un arrêt B. non publié du 15 février 1999 (C 226/98), jurisprudence confirmée par un arrêt non publié du 17 août 1999 (C 31/99), le Tribunal fédéral des assurances a considéré que, dans les cas de suspension pour le motif prévu à l’art. 44 al. 1 litt. b, l’art. 45 al. 3 OACI ne constituait qu’un principe dont l’administration et le juge pouvaient s’écarter lorsque des circonstances particulières le justifiaient. Dans ce sens, le pouvoir d’appréciation de l’une et de l’autre n’est pas limité à la durée minimum de suspension fixée pour les cas de faute grave. Aussi bien l’administration que le juge ont la possibilité d’infliger une sanction moins sévère.
En l’espèce, on a vu que la faute du recourant doit être qualifiée de légère, dès lors que ce dernier a résilié son contrat de travail uniquement en vue de prendre un autre emploi à la Migros, ceci sur la base de conseils qui lui avaient été donnés par des responsables de son employeur. Ceci conduit le Tribunal à admettre partiellement le recours. La décision entreprise sera réformée en ce sens que la suspension prononcée à l’encontre du recourant, si elle confirmée dans son principe, sera ramenée de 41 à 5 jours. Au surplus, le présent arrêt sera rendu sans frais.