Decision ID: 83ed8b5a-2504-48f9-a551-e1958997eb81
Year: 2012
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
En date du 27 octobre 2010, le tribunal a rendu l'arrêt suivant dans la cause AC.2009.0020:
"A. Du 8 novembre au 8 décembre 2008 a été mis à l'enquête un projet de construction d'un immeuble de 18 logements avec garage enterré de 37 places sur la parcelle 2471 d'Ollon.
La parcelle 2471, de 9956 m2, est la propriété de la commune d'Ollon. Le dossier d'enquête indique qu'un droit distinct et permanent est projeté sur une surface de 4870 m2 en faveur de SI En Delèze, société anonyme dont les organes se confondent en partie avec les représentants de la commune.
La parcelle 2471 est colloquée en "zone sportive" du plan partiel d'affectation "ECVA" approuvé par l'autorité cantonale en 1985 et 1993. En pente descendant vers le Sud-ouest, cette zone s'étend en contrebas de la route principale qui traverse Villars-sur-Ollon dans l'axe Nord-ouest Sud-est. À un peu plus de 20 m de la limite Est de la parcelle 2471 se trouve le Centre sportif et la patinoire de Villars-sur-Ollon. Au Sud-ouest, la parcelle 2471 se prolonge par une étroite bande de terrain qui décrit un coude et aboutit en patte d'oie sur le chemin des Râpes qui dessert à cet endroit la partie inférieure de la localité. Cette étroite bande de terrain est bordée à l'est par la parcelle 2488 du recourant Moret (au débouché sur le chemin des Râpes) et, au nord de celle-ci, par la parcelle 14179 des recourants Hauenstein. Cette dernière parcelle accède également au chemin des Râpes en passant sur l'étroite bande de la parcelle 2471, apparemment au bénéfice d'une servitude mais le plan de situation montre que l'accès actuellement aménagé passe à l'écart de la parcelle 2488, dont le terrain est soutenu par un mur à cet endroit. L'accès empiète en revanche sur la parcelle 2487 située en face de la parcelle 2488. A l'endroit le plus étroit, qui se situe dans le virage, la largeur disponible sur la parcelle 2471 est de 3,5 m.
Déjà mis à l'enquête en avril 2008 dans une précédente version, le projet est le résultat d'un concours d'architecture ("mandats d'études parallèles") organisé par la constructrice en 2007. Les schémas figurant au dossier montrent que sa conception part d'un volume de base (deux étages sur rez avec combles sous un toit à deux pans) dont ont été retranchés, par des coupes verticales aux lignes brisées, trois volumes dont l'un pénètre en V dans le volume de base, ce qui donne au volume final une forme de L irrégulier.
Selon un rapport du 19 septembre 2008 de Transitec SA recueillis par la municipalité, le volume de circulation supplémentaire imputable à un immeuble de 17 appartements ne changera nullement les conditions de circulation sur le chemin des Râpes qui, compte tenu des volumes très faibles à l'endroit le plus chargé, ne nécessitera aucune modification, l'exploitation restant similaire à celle d'aujourd'hui.
B. L'enquête a suscité diverses oppositions, notamment de la part des époux Hauenstein, de Benoît Fleury, d'Hubert Richard, du conseil de Jean-Michel Moret et de Ferenc Rabel.
La municipalité a délivré le permis de construire le 16 janvier 2009, ce dont elle a informé les opposants par lettre du même jour.
C. Par acte de leur conseil du 16 février 2009, les époux Hauenstein, Benoît Fleury, Hubert Richard, Patrick Jantet, Ferenc Rabel et Michel Chatton ont recouru contre cette décision en demandant son annulation. Jean-Michel Moret en a fait de même par acte de son conseil du 18 février 2009.
La municipalité a conclu au rejet des recours par acte de son conseil du 18 mars 2009. La constructrice en a fait de même par lettre du 23 mars 2009
D. Le tribunal a tenu audience le 8 octobre 2009 à Villars-sur-Ollon. Ont participé à cette audience Jean-Michel Moret assisté de son conseil, le conseil des autres recourants accompagné d'Eric Hauenstein, Benoît Fleury et Hubert Richard, le conseil de la municipalité accompagnée du syndic, Jean-Luc Chollet, ainsi que du responsable du bureau technique communal, M. Benoît, le président de la société constructrice Jean-Louis Bornand et les architectes Bonnard et Woeffray, auteurs du projet.
Diverses pièces ont été produites. Le tribunal a procédé à une inspection locale.
Délibérant à huis clos, le tribunal a décidé de compléter l'instruction sur la question des arbres supprimés ainsi que sur celle de l'accès projeté entre les parcelles 2487 et 2488. Il a requis que soit présenté en profil en long, un profil en travers ainsi qu'un profil type. La municipalité a versé au dossier les profils requis ("Etude d'accessibilité de la parcelle numéro 2471", du 19 novembre 2009). Diverses déterminations ont été déposées. Le 12 février 2010, le conseil du recourant Moret a versé au dossier un rapport du 8 février 2010 du bureau CERT-ARAGAO intitulé "Examen de l'opportunité et de la faisabilité de l'accès par le chemin des Râpes". Les conclusions de ce rapport sont les suivantes :
"6. CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
Le projet et le dimensionnement de l’offre en stationnement
Le projet prévoit la construction, sur la parcelle n°2471, d’un immeuble de 18 logements subventionnés avec un garage souterrain de 37 places et l’aménagement de deux places extérieures.
Les 39 places de parc prévues constituent une offre manifestement excessive. En effet, sur la base aussi bien du règlement du PPA "Les Ecovets - Chesières - Villars - Arveyes" (article 73) que de la norme VSS n° 640’28l, le nombre de places de parc admissible est de 18 cases: le projet comporte ainsi 21 places de trop.
Le trafic induit par le projet et son effet sur le chemin des Râpes.
Tel qu’il est conçu, le projet induira entre 136 et 170 mouvements de véhicules par jour. Le trafic horaire de pointe sera compris entre 15 et 20 véhicules/heure. Ces volumes sont nettement plus élevés que ceux prévus en septembre 2008 par le rapport Transitec (qui estimait le trafic journalier induit entre 100 et 120 véhicules et le trafic de pointe à 10 véh/jour).
Les comptages effectués à la demande de la commune, au débouché sur la route du Village, en août 2008, font état de 410 véhicules/jour ouvrable (jour le plus chargé de la semaine de comptages du 20 au 26 août). Ce relevé sous-estime probablement la charge représentative du chemin des Râpes compte tenu du fait que les vacances scolaires d’été étaient terminées avant (cantons de Neuchâtel, Valais, Berne et les cantons alémaniques) ou se terminaient le 24 août (Vaud et Genève).
Sur la base du nombre de logements et de places de parc desservis par le chemin des Râpes le long de son tronçon "nord-ouest", côté Chesières, on peut estimer à quelque 390 véhicules le trafic journalier s’écoulant immédiatement à l’est du "carrefour du service de la voirie". Le projet fait passer ce volume à 540 véhicules/jour environ, soit un accroissement de quelque 40%.
Accès projeté
Malgré les dimensions convenables de la "patte d’oie" (6 premiers mètres du débouché de la parcelle n° 2471 sur le chemin des Râpes), l’accès projeté ne satisfait pas entièrement aux exigences de la norme VSS n° 640’050 ("Accès riverains"). En effet, les distances minimales de visibilité (requises par cette norme et par la norme VSS n° 640’273) ne sont de loin pas respectées. En réalité, les distances effectives de visibilité correspondent à une vitesse maximale sur la route prioritaire de 20 à 30 km/h, alors que le chemin des Râpes est limité à 40 kmlh.
Par ailleurs, le goulet très étroit et le virage imprimé à la voie d’accès à l’immeuble projeté, juste à l’amont de la "patte d’oie", posent des problèmes de visibilité et de risques de blocage du trafic entrant et sortant. En particulier, ce goulet rend très difficile le passage de fourgonnettes de livraisons (véhicules utilitaires) et empêche tout passage de véhicules de plus grandes dimensions (tel qu’un camion de ramassage des ordures ménagères, par exemple).
Aptitude du chemin des Râpes à absorber le trafic supplémentaire induit par le projet
La longueur du chemin des Râpes entre son extrémité Est (débouché sur la route du Village) et le "carrefour du service de la voirie" (donc l’accès projeté à la parcelle n° 2471) est de quelque 280 mètres.
Les possibilités de croisement y sont rares et le profil en long du chemin (ses "dos-d’âne") péjore la visibilité sur le trafic venant en face. En saison hivernale, compte tenu de l’accumulation de la neige sur les deux bords de la chaussée, les conditions de circulation sont rendues plus difficiles encore.
En réalité, ce chemin présente des caractéristiques géométriques et d’aménagement typiques d’un "chemin d’accès" (au sens de la norme VSS n° 640’045), dont la capacité pratique à l’heure de pointe est limitée à 50 véhicules/heure. Or, le trafic induit par le projet aura pour conséquence que cette capacité sera atteinte à l’heure de pointe et largement dépassée (60 véhicules/heure) à l’heure de pointe du soir,
Le chemin des Râpes n’est ainsi pas apte à écouler le trafic supplémentaire, induit par le projet, dans des conditions d’écoulement et de sécurité satisfaisantes. Les piétons se déplaçant le long de ce chemin - balisé "sentier pédestre" en direction de Chesières - seront particulièrement affectés par l’accroissement des volumes de circulation.
Sur la base de ces constats, on doit admettre que l’équipement en accès de la parcelle n°2471, au regard du projet envisagé, n’est pas suffisant, et qu’il convient de chercher une alternative à sa desserte.
Possibilité alternative d’accès à la construction projetée
Le passage par le chemin des Renardeaux, raccordé directement à l’Avenue Centrale, ne s’avère pas opportun: ce chemin est étroit, présente plusieurs virages et une déclivité sensible sur son tronçon supérieur.
Par contre, le chemin longeant la façade sud de la patinoire, desservant les parcelles n° 9082, 3236, 3237 et 3238, parfaitement à plat, long de 130 mètres à peine, permettrait un accès aisé à la parcelle n°2471 par son flanc Est. Le croisement de deux véhicules circulant en sens contraire y est possible, et le débouché sur la route du Village présente de bonnes conditions de visibilité.
Le bureau d’études recommande que celle possibilité alternative d’accès à la parcelle n° 2471 soit étudiée en détail, notamment au regard des droits de passage."
Le conseil des autres recourants s'est déterminé les 12 février et 11 mai 2010.
Par lettre du 23 avril 2010, le conseil de la municipalité s'est déterminé sur la question du nombre de places de stationnement ainsi que sur le chemin des Râpes. Sur ce dernier point, il se réfère à l'étude de Transitec et conteste le nombre d'habitants par logement retenu dans l'étude Aragao et observe que l'estimation du trafic engendré par le nouveau bâtiment (100 à 120 mouvements selon Transitec, environ 150 mouvements selon l'autre étude) est quasiment imperceptible sur le terrain (différence de quelque quatre véhicules à l'heure de pointe). S'agissant de l'accès sur le chemin des Râpes, le conseil de la municipalité expose que cette dernière est prête à instaurer une limitation à 30 km/h et à installer des miroirs de signalisation chauffants pour sécuriser l'accès.
Le tribunal a délibéré par voie de circulation du dossier et approuvé la rédaction du projet d'arrêt par la même voie.

Considérant en droit
(...)
6. Le recourant Jean-Michel Moret conteste que le chemin des Râpes puisse, notamment en hiver où la neige gêne les accès dans ce secteur, absorber l'augmentation du trafic imputable au projet. Il conteste en outre la conformité aux normes VSS de l'accès "se faufilant entre les angles aigus des parcelles nos 2487 et 2488".
L'exigence d'un équipement suffisant (art. 19 al. 1 LAT; v. p. ex. récemment l'ATF 1C_13/2010 du 1er juin 2010) résulte en premier lieu du droit fédéral. Selon l'art. 22 al. 2 let. b LAT, l'autorisation de construire ne peut être délivrée que si le terrain est équipé, ce qui signifie que les plans d'équipements nécessaires doivent être disponibles et que les installations d'équipements extérieurs au bien-fonds doivent être établies. Le terrain est ainsi considéré comme équipé lorsqu’il est desservi par des voies d’accès d’une manière adaptée à l’utilisation prévue (ATF 131 II 72, consid. 3. 4). Comme le droit fédéral s'en réfère à l'affectation concrète propre à une zone à bâtir donnée et qu'il parle des installations d'équipements nécessaires à cet effet, les exigences en matière d'équipement varient en fonction de la zone d'affectation (ATF 1C_355/2008 du 28 janvier 2009 consid. 1.3.2). Ainsi, le droit fédéral ne contient que des principes généraux, tandis que le détail des exigences en matière d'équipement résulte en dernier lieu du droit cantonal (ATF 117 Ib 308 consid. 4a; 123 II 337 consid. 5b S. 350; et les références citées). Les autorités cantonales et communales disposent dans ce domaine d'un important pouvoir d'appréciation (ATF 121 I 65 consid. 3a).
En l'espèce, l'inspection locale a conduit le tribunal à compléter l'instruction quant à la praticabilité de l'accès prévu pour la construction projetée. En effet, si l'accès actuellement aménagé dans le terrain pour desservir la parcelle 14'179 paraît relativement aisé parce qu'il est rectiligne, force est de constater qu'il empiète en réalité sur l'angle de la parcelle 2487. Or il n'est possible de prendre en considération que les équipements qui, s'ils empruntent la propriété d'autrui, sont au bénéfice d'un titre juridique (art. 104 al. 3 LATC). L'aménagement d'un accès respectant les limites de l'étroite bande de la parcelle 2471 qui relie celle-ci au chemin des Râpes paraît particulièrement malaisé car cette bande de terrain décrit un coude et n'est large, dans ce virage, que de 3,50 m à l'angle de la parcelle 2487; en outre, sur la parcelle 2488 est construit, le long de la limite, un mur qui soutient le jardin à cet endroit. L'étude d'accessibilité fournie par la commune, du 19 novembre 2009, montre qu'il serait nécessaire de déblayer le terrain naturel à cet endroit pour le ramener au niveau de l'accès existant et que, pour soutenir le mur qui soutient le jardin de la parcelle 2488, il faudrait créer sur la parcelle 2487 un second mur qui serait repris en sous-oeuvre, ce qui diminue encore l'espace disponible: on mesure environ 3,20 m sur la coupe A-A' fournie par la commune mais c'est sans compter une éventuelle banquette. Le rapport CERT-ARAGAO du 8 février 2010 retient de son côté (page 17) une largeur de 3,00 m et conclut qu'un véhicule de livraison passerait à peine dans la voie d'accès, sa carrosserie frôlant les bords de la voie (figure numéro 15, page 18), tandis qu'un véhicule de ramassage des ordures ménagères, ou tout autre camionnette de gabarit analogue, ne pourra pas s'inscrire dans le goulet de la voie d'accès, ce qui signifie que l'accès au bâtiment projeté ne sera pas possible pour le ramassage des ordures ou la livraison de meubles (figure numéro 16, page 18). À ceci s'ajoute le risque de blocage de la circulation provenant du fait que dans l'hypothèse - certes faiblement probable - où deux véhicules sortiraient du chemin en même temps que deux véhicules s'y engageraient en venant du village, ces deux derniers bloqueraient la circulation sur le chemin des Râpes.
On note encore selon le rapport CERT-ARAGAO, la norme VSS no 640 050 "Accès riverains" prescrit une pente maximale de 5 % sur les cinq premiers mètres de l'accès à compter du bord de la chaussée. L'auteur du rapport déclare n'avoir pas pu contrôler, dans le dossier d'enquête, la conformité du projet à cette exigence. Il résulte toutefois de l'étude d'accessibilité fournie par la commune, du 19 novembre 2009, que l'accès projeté aurait une pente de 18,8 % sur ses 6 premiers mètres, puis une pente de 9,8 %. Cette pente est excessive. En outre, s'il fallait déblayer encore plus le terrain pour diminuer la pente, il est très probable que les ouvrages de soutènement nécessaire diminueraient encore la largeur disponible.
En définitive, le tribunal constate qu'il est impossible d'aménager l'accès projeté d'une manière qui respecterait les normes professionnelles applicables, que ce soit pour la largeur du passage ou la pente des premiers mètres. Peu importe dans ces conditions la question de savoir si les distances de visibilité au débouché du chemin seraient suffisantes ou seraient susceptibles de le devenir, comme le propose la commune, en cas d'abaissement de la vitesse maximale théoriquement autorisée sur le chemin des Râpes.
En conclusion, la parcelle 2471 n'est pas équipée d'un accès suffisant pour les véhicules désirant accéder au bâtiment projeté et à son parking. Dans ces conditions, l'autorisation de construire ne peut pas être délivrée (art. 22 al. 2 let. b LAT, art. 104 al. 3 LATC) et la décision municipale attaquée doit être réformée dans ce sens.
7. Vu ce qui précède, les recours sont admis aux frais de la constructrice, qui doit des dépens aux recourants.