Decision ID: 1e55b34f-34a1-56a8-816e-61d39509c4fc
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
A_, né le _ 1968, originaire de Genève, a fait l'objet d'un signalement, en date du 1
er
octobre 2019, auprès du Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) par le Ministère public de Genève, représenté par F_, Procureur, chargé de l'instruction d'une procédure pénale à son encontre, afin qu'il évalue la nécessité de procéder à la nomination d'un curateur de représentation en sa faveur, précisant qu'il était dûment assisté d'un avocat d'office dans la procédure pénale.
Le courrier précisait que le prévenu, incarcéré à la prison G_, utilisait depuis une dizaine d'années des identités différentes et avait rédigé divers écrits, incohérents et menaçants, lesquels étaient joints.
b)
Interpellée par le Tribunal de protection qui sollicitait un certificat médical de l'intéressé, la Dre H_, médecin adjointe responsable de I_ [unité au sein de D_] a indiqué, par courrier du 21 novembre 2019, qu'elle ne connaissait pas A_ qui n'avait jamais séjourné dans l'unité précitée.
c)
Par décision
DTAE/7530/2019
du 10 décembre 2019, le Tribunal de protection a désigné B_, avocat, en qualité de curateur d'office de A_.
d)
Par courrier du 30 janvier 2020, B_ a informé le Tribunal de protection que son protégé indiquait être parfaitement autonome dans la gestion de ses affaires et s'opposait à l'institution d'une mesure de curatelle en sa faveur. Le curateur précisait ne disposer d'aucune information concernant la situation financière de la personne concernée.
e)
Le Tribunal de protection a fixé une audience le 31 janvier 2020.
Le greffe de la prison G_ a informé par courriel le Tribunal de protection, le matin du 31 janvier 2020, que A_ refusait de se présenter à l'audience du jour.
Il ressort uniquement du procès-verbal d'audience tenu que le Tribunal de protection allait solliciter un extrait à l'Office des poursuites concernant A_ et s'adresser à l'Hospice général pour vérifier s'il bénéficiait d'une aide financière. Le Tribunal de protection a également informé le curateur qu'il envisageait d'ordonner une expertise psychiatrique de la personne concernée et a réservé la suite de la procédure.
B.
Par ordonnance
DTAE/1142/2020
du 17 février 2020, le Tribunal de protection, statuant préparatoirement, a ordonné l'expertise psychiatrique de A_ (ch. 1 du dispositif), a commis le Prof C_, médecin-chef du Département D_ [de la clinique psychiatrique] E_, aux fonctions d'expert unique et l'a autorisé, sous sa propre responsabilité, à désigner un médecin de son choix pour réaliser l'expertise en ses lieux et place (ch. 2), a invité l'expert à prendre connaissance du dossier, à entendre la personne concernée et à s'entourer de tout renseignement utile et à dire si la personne concernée souffre de déficience mentale, de troubles psychiques ou d'un autre état de faiblesse affectant sa condition personnelle et si cet état est durable ou non; dire, dans l'affirmative, quelles en sont les conséquences sur les actes de la vie quotidienne, en matière administrative (entreprendre des démarches administratives simples, prendre connaissance de son courrier et en comprendre le contenu, etc.), financière (régler ses factures, procéder au remboursement des frais médicaux, etc.), personnelle (veiller à son hygiène personnelle, s'alimenter convenablement, etc.), médicale (adhérer à un traitement, consentir à une intervention chirurgicale, etc.) et politique (droit de vote, etc.); dire si la personne concernée est capable (1) d'apprécier le sens, la nécessité, les effets de ses actes et (2) d'agir en conséquence; dans la négative, dire pour quel type d'acte elle est incapable de discernement; dire si la personne concernée risque d'être facilement influencée ou d'agir volontairement contre ses intérêts; dire si la personne concernée et consciente du fait qu'elle a besoin d'assistance, si elle accepte l'aide qui lui est proposée et si elle collabore avec son entourage; dire si la personne concernée est capable de désigner un mandataire pour l'assister et, le cas échéant, d'en contrôler l'activité de façon appropriée sur le moyen et le long terme; dire si la communication du rapport d'expertise à la personne concernée est opportune ou non; dire si la personne concernée peut se déplacer, au besoin avec l'aide d'un tiers, pour être entendue par le Tribunal de protection et faire toute autre constatation utile, le sort des frais judiciaires étend réservé.
En substance, le Tribunal a considéré, qu'au vu des éléments en sa possession, la situation de la personne concernée était préoccupante, celle-ci adoptant un comportement contraire à ses intérêts. Le dossier ne comportant aucun avis médical permettant de déterminer la cause de la situation dans laquelle se trouvait la personne concernée, ainsi que l'étendue de son besoin de protection, il se justifiait par conséquent d'ordonner son expertise psychiatrique.
C.
a)
Par acte du 12 mars 2020, A_ a formé un recours contre cette ordonnance, qui lui a été notifiée le 2 mars 2020, et a sollicité son annulation, sous suite de frais et dépens. Subsidiairement il a conclu au renvoi de la cause ou Tribunal de protection. Il a également requis la restitution de l'effet suspensif.
b)
Par courriers des 10 mars, 7 et 9 avril 2020, reçus par la Chambre de surveillance respectivement le 16 mars 2020 et le 17 avril 2020, toutes d'une teneur identique, A_ a confirmé le recours formé, indiquant que la décision était abusive et basée sur de fausses accusations, quatre médecins psychiatres qu'il avait consultés étant opposés à l'instauration d'une mesure de curatelle.
c)
Par décision (
DAS/118/2020
) du 22 juillet 2020, la Chambre de surveillance a accordé l'effet suspensif au recours formé le 12 mars 2020.
d)
Il ressort du dossier que, parallèlement, par courrier du 27 juillet 2020 adressé au Tribunal de protection, la Dre J_, médecin-interne [au sein de] E_, à laquelle l'expertise avait été déléguée, a sollicité la levée de son mandat, A_ ayant refusé de se présenter aux deux entretiens qu'elle avait convoqués les 5 et 19 mai 2020 à la prison G_ où elle s'était rendue. Elle indiquait par ailleurs que sa collaboration [à] E_ se terminant le 31 octobre 2020, elle ne disposait plus du temps nécessaire pour achever le mandat qui lui avait été délégué.
e)
Simultanément, par arrêt du 28 juillet 2020, la Chambre pénale de recours de la Cour de justice a admis la récusation formée par A_ contre F_, Procureur, dans le cadre de la procédure pénale ouverte à son encontre.
f)
Il ressort, par ailleurs, d'un courrier du nouveau conseil au pénal du recourant figurant au dossier que celui-ci aurait quitté la prison G_ peu de temps après la notification de l'arrêt susmentionné et qu'une expertise psychiatrique, confiée au Dr K_ au CURML, a été ordonnée dans le cadre de la procédure pénale diligentée à son encontre.
g)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité revoir sa décision suite au recours formé par A_ contre l'ordonnance d'expertise rendue par ses soins.
D.
Les faits suivants résultent pas ailleurs du dossier soumis à la Chambre de surveillance :
a)
Une procédure avait été ouverte par le Tribunal de protection en 2012, suite à un signalement d'un avocat d'une partie victime de notification abusive d'un commandement de payer, afin d'évaluer la nécessité de prendre une mesure de protection en faveur de A_.
b)
Dans ce cadre, une expertise psychiatrique de la personne concernée avait été sollicitée en date du 13 novembre 2012 par le Tribunal de protection mais elle n'a jamais pu être menée à terme, toutes les convocations adressées par les experts à la personne concernée étant restées vaines.
c)
A_ a été déclaré coupable de divers chefs d'infractions (escroquerie, faux dans les titres, vol, dommages à la propriété, violation de domicile, contrainte, tentative de contrainte et dénonciations calomnieuses) par jugement du Tribunal de police du 12 décembre 2013 à une peine privative de liberté de huit mois et mis au bénéfice du sursis avec un délai d'épreuve de cinq ans.
d)
Le 3 septembre 2014, le Tribunal de protection a classé la procédure pendante devant lui, suite à la condamnation prononcée, relevant que les autorités pénales n'avaient pas sollicité d'expertise psychiatrique de la personne concernée et n'avaient émis aucun doute sur sa responsabilité pénale. Il a mis un terme au mandat d'expertise sollicitée et constaté que A_ n'avait pas besoin de mesure de protection.
A_ avait fourni au Tribunal de protection cinq certificats médicaux datées de fin 2012 et début 2013, établis par différents médecins psychiatres genevois, attestant qu'il n'était affecté d'aucune maladie psychiatrique et disposait de toute sa capacité de discernement.

EN DROIT
1.
1.1
Les ordonnances d'instruction se rapportent à la préparation et à la conduite des débats; elles statuent en particulier sur l'opportunité et les modalités de l'administration des preuves, ne déploient ni autorité, ni force de chose jugée et peuvent en conséquence être modifiées ou complétées en tous temps (Jeandin, CPC commenté, 2011, Bohnet/Haldy/Jeandin/Schweizer/ Tappy ad art. 319 n. 14).
L'ordonnance querellée, qui ordonne l'expertise psychiatrique de la personne concernée, est une ordonnance d'instruction selon la définition rappelée ci-dessus.
1.2
Le Code civil ne prévoit aucune disposition particulière concernant les recours dirigés contre les ordonnances d'instruction rendues par le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant, de sorte qu'il convient de se référer au Code de procédure civile (CPC), à moins que les cantons aient fait usage de leur compétence de légiférer en la matière (Reusser, Basler Kommentar, Erwachsenenschutz, Geiser/Reusser ad art. 450b CC n. 8).
Les ordonnances d'instruction sont susceptibles d'un recours dans les dix jours (
DAS/43/2015
; art. 31 al. 1 let. c LaCC; 321 al. 2 CPC).