Decision ID: 2eac526d-bec5-426c-b299-0aa1cc1998a2
Year: 2007
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
A._, née le 2.********, célibataire, travaille depuis août 2000 à temps complet en qualité d'institutrice au sein de l'établissement primaire de 3.********. Depuis cette même année, elle habite dans le canton de Vaud. De 2000 à 2001, l'intéressée a habité dans un studio à 3.******** puis, jusqu'en 2003, dans un appartement de deux pièces et demi à 4.********. Depuis lors et jusqu'en 2005, l’intéressée a logé avec un ami dans un appartement de quatre pièces à 5.********. Depuis le 1
er
août 2005, elle habite seule dans un logement de deux pièces à 6.********.
A._ est cependant toujours restée domiciliée en Valais, à 7.********, dans la commune de Chermignon, à l'adresse de ses parents.
B.
Le 10 juin 2005, l'Administration cantonale des impôts (ci-après : l'ACI) a soumis à l'intéressée un questionnaire dans le but de déterminer son domicile fiscal. A cette occasion, A._ a répondu qu'elle se rendait une fois par semaine, ainsi que durant les vacances scolaires en Valais où elle séjournait chez ses parents, dans la maison de cinq pièces dont ils sont propriétaires. Elle a indiqué participer activement à la vie associative de 1.********: elle fait partie de la fanfare "8.********" et est membre du parti 10.******** de cette commune. Elle a affirmé que ses amis d'enfance, ainsi que sa famille se trouvaient à 1.********, alors qu'à son lieu de résidence, elle n'entretenait que des relations professionnelles exclusivement.
Le 30 juin 2005, l'ACI a demandé au Service cantonal des contributions du canton du Valais (ci-après : Service cantonal) de renoncer à l'assujettissement illimité de l'intéressée dans le canton du Valais avec effet au 1
er
janvier 2005 et ceci pour autant que la situation ne se modifie pas d'ici au 31 décembre 2005.
C.
Le 20 juillet 2005, l'intéressée a informé l'ACI de son changement de domicile à 6.******** avec effet au 1
er
août 2005. A cette occasion, elle a expliqué vouloir retourner dans le canton du Valais dès qu'une opportunité professionnelle se présenterait.
Le 9 décembre 2005, A._ a informé le Service cantonal que lors de ses réguliers retours dans la commune de Chermignon, elle aidait ses parents à l'exploitation du domaine viticole dont ils sont propriétaires. Elle ne perçoit à ce titre aucune rémunération. Par ailleurs, elle a expliqué qu'elle avait un ami qui vivait à 1.********, mais qu'ils n’étaient ni fiancés, ni concubins.
D.
Par décision du 23 mai 2006, l'ACI a fixé le domicile fiscal principal de l'intéressée dans la commune de Montreux, avec effet au 1
er
janvier 2005.
A l'encontre de cette décision, A._ a interjeté recours par acte du 11 juin 2006. En substance, elle a fait valoir les mêmes arguments que précédemment invoqués. Elle a rappelé qu'elle n'avait pas de liens affectifs dans le canton de Vaud et confirmé qu'elle souhaitait trouver un poste stable en Valais pour y vivre avec son ami.
E.
Dans sa réponse du 27 juillet 2006, l'autorité intimée a conclu au rejet du recours.
Dans ses déterminations du 28 juillet 2006, le Service cantonal valaisan a conclu à ce que le recours soit admis et la décision attaquée annulée. Le service concerné fait valoir que la commune de Chermignon constitue le centre des intérêts personnels et sociaux de la recourante et, partant, son domicile fiscal:
« Dans le cas d’espèce, A._ a des attaches fortes en Valais. Non seulement elle y passe ses week-ends, jours de congés et vacances, mais encore, elle rentre très régulièrement en Valais durant la semaine pour retrouver son ami et sa famille. De plus, elle participe aux répétitions de la 8.******** et aide ses parents à l’exploitation des vignes.
Tous ces faits sont attestés par la Municipalité de Chermignon et par sa plus Haute Autorité, soit M. Gaston Clivaz, Président.
Cela étant, force est d’admettre que de façon reconnaissable pour les tiers, Chermignon, constitue le centre des intérêts personnels et sociaux de A._. Or, ces liens sont décisifs pour la détermination du domicile fiscal. »
Dans ses déterminations du 7 août 2006, la municipalité de Montreux a conclu à ce que la décision entreprise soit confirmée.
Le Tribunal administratif a statué à huis clos.

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai imparti à l'art. 200 de la loi du 4 juillet 2000 sur les impôts directs cantonaux (ci-après : LI; RSV 642.11). Le recours est intervenu en temps utile. Il est au surplus recevable en la forme.
2.
Le litige a trait au domicile fiscal de A._ en matière d'impôts cantonal et communal, à compter du 1
er
janvier 2005.
3.
Aux termes de l'art. 3 LI, les personnes physiques sont assujetties à l'impôt à raison de leur rattachement personnel lorsque, au regard du droit fiscal, elles sont domiciliées ou séjournent dans le canton (al. 1); une personne a son domicile dans le canton, au regard du droit fiscal, lorsqu'elle y réside avec l'intention de s'y établir durablement ou lorsqu'elle y a un domicile légal spécial en vertu du droit fédéral (al. 2). Les personnes physiques domiciliées dans le canton, au regard du droit fiscal, doivent l'impôt au lieu de leur domicile (art. 18 al. 1 LI). Cette règle est conforme à celle de l'art. 3 al. 2 de la loi fédérale sur l'harmonisation des impôts directs des cantons et des communes, du 14 décembre 1990 (LHID; RS 642.14; cf. ATF 131 I 145 consid. 4.1 p. 150; cf en outre FI.2005.0176 du 4 octobre 2005, p. 5).
4.
a) Le principe de la prohibition de la double imposition, consacré par l’art. 127 al. 3, première phrase, de la Constitution fédérale du 18 avril 1999, s’oppose à ce qu’un contribuable soit concrètement soumis, par deux ou plusieurs cantons, sur le même objet, pendant la même période, à des impôts analogues (double imposition effective) ou à ce qu’un canton excède les limites de sa souveraineté fiscale et, violant les règles de conflit jurisprudentielles, prétende prélever un impôt dont la perception est de la seule compétence d’un autre canton (double imposition virtuelle; ATF 131 I 145 consid.
3 p. 149, 285 consid. 2.1 p. 286 ; 125 I 54 consid. 1b p. 55/56, RDAF 1999 II 179, 182; ATF 125 I 458 consid. 2a p. 466/467).
b) L’imposition du revenu et de la fortune mobilière d’une personne revient au canton où cette personne a son domicile fiscal (ATF 131 I 145 consid. 4.1 p. 149). On entend par là en principe le domicile civil, c’est-à-dire le lieu où la personne réside avec l’intention de s’y établir durablement (art. 23 al. 1 CC) et où se situe le centre de ses intérêts. Le domicile politique ne joue, dans ce contexte, aucun rôle décisif : le dépôt des papiers et l’exercice des droits politiques ne constituent, au même titre que les autres relations de la personne assujettie à l’impôt, que des indices propres à déterminer le domicile fiscal. Le lieu où la personne assujettie a le centre de ses intérêts personnels se détermine en fonction de l’ensemble des circonstances objectives, et non des déclarations de la personne; dans cette mesure, il n’est pas possible de choisir librement un domicile fiscal (ATF 131 I 145 consid. 4.1 p. 149/150 ; 125 I 458 consid. 2b p. 467, et les arrêts cités).
c) Le domicile fiscal des contribuables exerçant une activité lucrative dépendante est fixé, en règle générale, au lieu où ils séjournent pour une durée longue ou indéterminée et d’où ils se rendent quotidiennement sur leur lieu de travail (arrêt FI.2005.0176 du 4 octobre 2005, consid. 1c/aa, p. 8, et les références citées). Le principe de l’unité du domicile (cf. ATF 121 I 14 consid. 4b p. 17) n’empêche pas cependant qu’une personne puisse séjourner alternativement à deux endroits et qu’elle entretienne des relations avec chacun d’entre eux, notamment lorsqu’elle réside au lieu de son travail une partie de la semaine et en un lieu différent l’autre partie de celle-ci. Dans ce cas, la détermination du domicile fiscal n’est pas laissée au libre choix du contribuable; le critère déterminant est celui du centre des relations personnelles, familiales et vitales (ATF 125 I 54 consid. 2a p. 56, RDAF 1999 II 179, 180). Cet élément s’apprécie au regard de l’ensemble des circonstances spéciales du cas (ATF 123 I 289 consid. 2b p. 294). L’appartenance à des sociétés locales traditionnelles ne suffit pas pour créer un domicile fiscal principal (arrêt FI.2005.0176 consid. 1c/cc in fine, p. 9, et les arrêts cités), pas davantage que le séjour en fin de semaine ou durant les vacances. Il existe au contraire une présomption que le contribuable est domicilié au lieu de son travail (arrêt FI.2005.0176, précité, consid. 1c/cc, et les références citées). Cette présomption est toutefois réfragable. Encore faut-il démontrer que les liens affectifs et familiaux justifiant de déroger à la règle du domicile au lieu de travail soient suffisamment forts. S’agissant de contribuables célibataires, ces liens doivent être spéciaux, car il fait partie de l’ordre des choses que la relation entre enfants et parents, ou entre frères et sœurs, soit moins étroite que celle qui prévaut dans le couple. Le critère du lieu de travail peut même prévaloir lorsque le contribuable célibataire retourne toutes les fins de semaine dans sa famille; l’âge du contribuable et la durée des rapports de travail joue aussi un rôle à cet égard (arrêt du Tribunal fédéral 2P.171/2005 du 25 janvier 2005, consid. 2.2; ATF 125 I 54 consid. 2b/bb p. 57, RDAF 1999 II 179, 181). Le fardeau de la preuve de l’existence d’éléments permettant de reconnaître un domicile fiscal ailleurs qu’au lieu de travail, repose sur les épaules du contribuable (ATF 125 I 54 consid. 3a p. 58, RDAF 1999 II 179, 182).
5.
En l'occurrence, la recourante, célibataire née en 2.********, séjourne dans le canton de Vaud depuis le mois d'août 2000. Depuis bientôt sept ans, elle exerce à 3.******** une activité lucrative à plein temps qui lui permet de subvenir à ses besoins. Au regard de la durée du séjour et des rapports de travail, ainsi que de l'âge et de la situation personnelle de la recourante, il existe une présomption que la contribuable est domiciliée au lieu de son travail (arrêt FI.2005.0176 précité).
L'appartenance de la recourante à la fanfare de 1.******** ainsi qu'au parti 10.******** de cette commune ne suffit pas à y créer un domicile fiscal principal (arrêt FI.2005.0176 précité, consid. 1c/cc, p. 9; FI.2004.0028 du 6 mars 2006, consid. 4). Au regard de la jurisprudence rappelée plus haut, son séjour en fin de semaine et durant les vacances, ainsi que ses liens familiaux ne justifient pas davantage de déroger à la règle du domicile au lieu de travail. La relation que la recourante entretient avec un ami, habitant à 1.********, ne suffit pas non plus à elle seule à renverser la présomption du domicile au lieu de travail dans la mesure où, selon les propres déclarations de l'intéressée, celle-ci ne séjourne pas chez son ami avec lequel elle n'est ni fiancée ni en concubinage, mais au domicile de ses parents où elle y a très vraisemblablement gardé sa chambre (cf dans ce sens FI.2006.0105 du 28 février 2007, consid. 4b, p. 5). Enfin, l'allégation qu'elle souhaite dans un proche avenir occuper un poste de travail dans le canton du Valais ne suffit pas non plus, car il s'agit pour le moment d'une perspective très incertaine ( dans ce sens également FI.2006.0105 du 28 février 2007, consid. 4b).
6.
Faute pour la recourante d'avoir produit les éléments de fait propres à renverser la présomption que son domicile fiscal se trouve à 6.******** dès le 1
er
janvier 2005, le recours doit être rejeté et la décision attaquée confirmée.
7.
Vu l'issue du litige, les frais de la cause seront mis à la charge de la recourante (art. 55 LJPA), qui ne peut se voir allouer de dépens.