Decision ID: 73aa7b14-6686-5f94-a4ea-af7b81f2fe03
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
E_, de nationalité suisse, né le _ 2006, est issu de l’union de A_ et B_.![endif]>![if>
b)
Par jugement du 22 février 2013 (
JTPI/2740/2013
), statuant d’accord entre les parties, le Tribunal de première instance de Genève a prononcé le divorce des époux A/B_. L’autorité parentale et la garde sur l’enfant E_ ont été attribuées à sa mère, un droit de visite étant réservé au père. Une curatelle d’assistance éducative et une curatelle d’organisation et de surveillance des relations personnelles ont été ordonnées.
c)
L’autorité parentale conjointe sur l’enfant a été instaurée par jugement en modification de divorce rendu par le Tribunal de première instance le 7 janvier 2016 (
JTPI/102/2016
). L'appel formé par A_ contre cette décision a été déclaré irrecevable par arrêt de la Cour de justice
ACJC/850/2016
du 20 juin 2016.
d)
Le 2 mai 2016, le Service de protection des mineurs a sollicité du Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) la prise d'une mesure de protection en faveur de E_, compte tenu de l'état psychique et du comportement de sa mère, laquelle avait été hospitalisée, de manière non volontaire en unité psychiatrique à la F_ pendant trois semaines, dès cette date.
e)
Par décision sur mesures superprovisionnelles du 3 mai 2016 (
DTAE/2072/2016
), le Tribunal de protection a notamment retiré la garde de fait et le droit de déterminer le lieu de résidence de E_ à A_, placé l’enfant auprès de son père, réservé un droit de visite à la mère à fixer d’entente entre la curatrice et le psychiatre, en fonction de l’évolution de l’état de santé de A_, donné acte à B_ de sa volonté de faire reprendre le suivi thérapeutique de E_ par un psychiatre, donné acte à A_ de son accord à poursuivre les soins psychiatriques indiqués.
E_ a été pris en charge depuis cette date par son père qui est domicilié à _ en France.
f)
Par ordonnance du 11 octobre 2016 (
DTAE/5733/2016
), le Tribunal de protection, statuant sur mesures provisionnelles, a confirmé le retrait de la garde et du droit de déterminer le lieu de résidence de E_ à A_, confirmé le placement de E_ auprès de son père, réservé à A_ un droit aux relations personnelles avec son fils tous les mercredis de la fin de l'école au jeudi matin, du samedi matin au dimanche 18h00 tous les quinze jours à condition que la mère poursuive son suivi psychiatrique et a autorisé les téléphones et messages une fois par semaine à l'initiative de l'enfant, le samedi ou le dimanche, maintenu la curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles entre la mère et le mineur et maintenu la curatelle d'assistance éducative.
Le Tribunal de protection a également ordonné à A_ de poursuivre son suivi psychiatrique (médicamenteux et psychothérapeutique), de collaborer avec l'ensemble des professionnels intervenant dans la situation et d'entretenir des relations satisfaisantes, notamment en acceptant la levée du secret médical de ses médecins et de ceux de son fils, ordonné la reprise du suivi thérapeutique individuel du mineur, fait instruction aux parents de confier le suivi pédiatrique et thérapeutique du mineur de manière différenciée des suivis médicaux et thérapeutiques de A_, invité le Service de protection des mineurs à faire parvenir au Tribunal de protection un rapport d'évaluation d'ici la fin du second trimestre de l'année scolaire 2016/2017 et de préaviser, le cas échéant, des modifications des mesures de protection, notamment un élargissement des modalités des relations personnelles aux vacances scolaires, débouté les parties de toutes autres conclusions et dit que la décision était immédiatement exécutoire nonobstant recours.
En substance, il a relevé que la mère peinait à épargner son fils du conflit parental et à accepter le développement du lien paternel, de sorte qu'elle mettait en péril le processus d'autonomisation de l'enfant. L'organisation, mise en place par le père, était appropriée, il collaborait avec les professionnels et maintenait le lien entre la mère et l'enfant, de telle sorte que le placement auprès du père était toujours adéquat.
g)
Par décision du 3 avril 2017 (
DAS/63/2017
), la Chambre de surveillance de la Cour de justice a confirmé l'ordonnance précitée à l'exclusion du droit aux relations personnelles de la mère sur son fils qui a été fixé, pendant les semaines scolaires, tous les mercredis de la fin de l'école au jeudi après-midi après le repas, du samedi matin au dimanche 18h00 tous les quinze jours à condition que la mère poursuive son suivi psychiatrique et les téléphones et messages ont été autorisés une fois par semaine, à l'initiative de l'enfant, le samedi ou le dimanche.
En substance, la Chambre de céans a considéré, eu égard notamment à l'état de santé de la mère, soit aux décompensations psychotiques dont elle était victime et au rôle protecteur et consolateur que jouait son fils à son égard, lequel souffrait d'une anxiété permanente et était pris dans un conflit de loyauté majeur, que le retrait à la mère de la garde et du droit de déterminer le lieu de résidence et le placement de l'enfant chez son père, lequel résidait en France proche, se justifiait.
h)
Le 12 mai 2017, le Service de protection des mineurs a remis son rapport d'évaluation au Tribunal de protection. E_ évoluait bien, son enseignante indiquait que la situation était stable depuis janvier 2017, il se montrait souriant et ses résultats scolaires étaient bons. Les parents communiquaient de manière fonctionnelle mais leur communication demeurait compliquée. E_ expliquait que les visites à sa maman se passaient bien. Il avait été d'accord de rencontrer un psychologue afin de pouvoir parler de ce qu'il ressentait et des événements qu'il traversait. Il commençait à exprimer certaines émotions ou ressentis (stress, tristesse).
A_ avait été hospitalisée à la F_ du 22 mars au 21 avril 2017. Tout comme les fois précédentes, cette hospitalisation avait été soudaine et avait nécessité une réorganisation très rapide de la prise en charge de l'enfant par le père. Les médecins de la F_ avaient proposé à A_ de débuter un suivi auprès du CAPPI de _ (GE). Elle a finalement fait le choix de poursuivre son suivi auprès de son psychiatre, le Dr G_.
Le Service de protection des mineurs concluait que la récente rechute de A_, l'arrêt de la prise de son médicament et l'acceptation récente de son trouble psychique étaient des éléments qui indiquaient que la situation n'était pas encore stabilisée. Il n'était pas possible de demander à E_ de faire appel à l'extérieur s'il devait constater que sa mère n'allait pas bien, ce qu'il ne parvenait d'ailleurs pas à appréhender. La prise en charge de E_ était adéquate et aucune modification des relations personnelles n'était pour l'instant préconisée.
i)
Par décision du 29 mai 2017 (
DTAE/2466/2017
), le Tribunal de protection a ordonné une expertise familiale.
j)
Par courrier du 12 juin 2017 adressé au Tribunal de protection, A_ a sollicité une modification de son droit de visite sur E_. Elle requérait le prononcé de nouvelles mesures provisionnelles.
k)
Le Service de protection des mineurs, dans son rapport du 17 juillet 2017, a considéré que l'organisation mise en place par la Chambre de céans, sur mesures provisionnelles du 3 avril 2017, correspondait au bien de l'enfant, lequel bénéficiait d'un équilibre adéquat.
l)
Le 18 juillet 2017, le Tribunal de protection a apposé son timbre humide en regard des conclusions du rapport du Service de protection des mineurs, autorisant le maintien de l'organisation du droit de visite telle qu'ordonnée par la Chambre de céans le 3 avril 2017 et l'octroi de deux semaines de vacances pendant l'été 2017 à A_ en compagnie de son fils, à condition que cette dernière produise une attestation du suivi de son traitement médical et avertisse le Service de protection des mineurs si elle ne se sentait pas bien avant l'exercice de ce droit de visite.
m)
La Chambre de surveillance de la Cour de justice a, par décision du 21 décembre 2017 (
DAS/267/2017
), confirmé l'ordonnance précitée. Le recours formé contre cette dernière a été rejeté par le Tribunal fédéral par arrêt du 26 juin 2018 (5A_/2018).
n)
Par décision du 9 février 2018, rendue sur mesures provisionnelles, le Tribunal de protection a suspendu les relations personnelles entre A_ et son fils tant que la première n'aurait pas repris son suivi, et ordonné à celle-ci de le reprendre.
o)
A_ a été hospitalisée à la F_ du 11 février au 2 mars 2018.
p)
B_ a déménagé de France le 1
er
mars 2018 pour s'installer au chemin _ (Genève), à 300 mètres du domicile de la mère du mineur.
q)
En date du 26 mars 2018, le Dr H_, spécialiste FMH en psychiatrie et psychothérapie de l'enfant et de l'adolescent et le la Dresse I_, Centre universitaire romand de médecine légale (CURML), ont adressé leur rapport au Tribunal de protection.
B_ ne souffrait d'aucune pathologie. Ses compétences parentales étaient préservées, il disposait des capacités nécessaires pour assurer la garde de son fils. La poursuite d'un suivi psychothérapeutique à titre de soutien était toutefois conseillée.
A_ souffrait d'un trouble schizo-affectif se manifestant, d'une part, par des symptômes psychotiques avec délire de persécution envers les institutions, son ex-époux et les soignants en cas de décompensation, et d'autre part, par des symptômes affectifs de type dépression. Cette affection nécessitait la poursuite d'un suivi psychiatrique sur le long terme au sein d'un CAPPI et la prise d'un traitement médicamenteux, étant relevé que l'intéressée avait déjà bénéficié d'un traitement par voie injectable, en raison de sa faible compliance aux médicaments et de son anosognosie de son trouble. Il était nécessaire d'envisager la poursuite d'un traitement aussi longtemps qu'elle serait dans l'incapacité de reconnaître sa maladie. En outre, elle souffrait d'un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité pour lequel elle recevait de la _ [médicament contre l'hyperactivité]. Ses capacités parentales étaient altérées, du fait de son trouble psychiatrique et de sa difficulté à différencier ses propres besoins de ceux, psychiques et affectifs, de son fils, ainsi qu'à le voir grandir et s'autonomiser. Elle ne disposait pas des capacités suffisantes pour assurer la garde de l'enfant. Le droit de visite devait être limité et son évolution conditionnée à un suivi psychiatrique, dès lors que des rechutes avaient été observées en l'absence de suivi et de traitement médicamenteux, ainsi qu'à un travail de guidance parentale.
L'enfant E_ présentait un trouble émotionnel de l'enfance, caractérisé par une inquiétude quant à l'état de santé de sa mère qui perturbait son fonctionnement global, ainsi que des angoisses de perte vis-à-vis de cette dernière. Il était également connu pour un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité, pour lequel il était traité par de la _ [médicament contre l'hyperactivité]. Un suivi psychothérapeutique individuel était préconisé afin de l'aider à différencier ses difficultés et son vécu de ceux de sa mère, et avoir l'espace nécessaire pour aborder ses propres problèmes.
Au vu de ces constatations, les experts préconisaient, dans l'intérêt du mineur, l'attribution de sa garde au père, avec un droit de visite en faveur de la mère, adapté à son état psychique et conditionné à un suivi psychothérapeutique actif et prolongé, étant relevé qu'hospitalisée au moment du dépôt du rapport, la mère était dans l'incapacité de l'exercer. Par la suite, il importait que le droit de visite reprenne progressivement, à raison, tout d'abord, d'un jour par semaine, par exemple le samedi, de 9h30 à 18h00. Les appels téléphoniques devraient être limités, dans un premier temps, à trois par semaine, par exemple les mardis, jeudis et dimanches, et de courte durée, soit 10 minutes, entre 19h30 et 20h00, de manière à faire perdurer le lien mère-fils et de rassurer chacun, tout en permettant au mineur de démarrer son travail d'individuation sans être envahi par les propres difficultés de sa mère. Les curatelles d'assistance éducative et d'organisation et surveillance du placement du mineur devaient être maintenues, dès lors que sans ces mesures, il était peu probable que la position de A_ évolue sur la question de son vécu persécutoire vis-à-vis des institutions et du père, ainsi que sur sa vision des besoins de l'enfant, vu son anosognosie et sa symptomatologie psychiatrique depuis sa première hospitalisation.
r)
Par courrier du 12 avril 2018, A_ a soumis au Tribunal de protection, pour approbation, un calendrier de visites et vacances scolaires, établi d'un commun accord avec son ex-époux. Elle indiquait que ce calendrier avait déjà été appliqué durant les vacances de Pâques et que le résultat s'était révélé concluant. Au demeurant, les parents se disaient ouverts aux adaptations, suivant les impératifs de chacun, à condition de respecter le bien-être et les souhaits du mineur.
s)
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 22 mai 2018.
Le Dr H_ et la Dresse I_, co-experts, ont indiqué que les relations personnelles mère-fils devaient être progressives et encadrées par le Service de protection des mineurs. En dépit de l'accord intervenu entre les parents, sans l'aval du Service de protection des mineurs, ni du Tribunal de protection, dont les modalités étaient prématurées, l'historique du dossier montrait que des retours en arrière avaient eu lieu en fonction du degré d'entente des parents, ce qui n'était pas dans l'intérêt du mineur. Par ailleurs, cet accord illustrait la difficulté du père à tenir le cadre, sa volonté de maintenir le lien entre son ex-épouse et l'enfant, voire une certaine culpabilité. Par conséquent, il était important qu'un tiers puisse intervenir dans les relations personnelles, compte tenu du besoin de continuité du mineur. Il importait également que la mère démontre un suivi régulier, sur la durée, de même que la prise d'un traitement à même de stabiliser sa maladie, étant relevé que si l'arrêt de sa thérapie s'était fait en accord avec son médecin, les rechutes constatées avaient eu lieu dans des périodes où elle n'était ni suivie, ni sous médicaments. Il fallait d'ailleurs souligner qu'à teneur du dossier médical, chacune de ses hospitalisations avait eu lieu sous le régime d'un PAFA-MED, ce qui signifiait que la patiente n'était pas consentante. A chaque fois, des éléments de perte de lien à la réalité avaient été constatés, ce qui questionnait sur sa capacité à pouvoir demander de l'aide, dans les moments où elle allait moins bien. Enfin, il convenait qu'elle travaille sur sa parentalité avec un pédopsychiatre. En outre, la mise en place d'une médiation, puis d'une thérapie de famille étaient préconisées, ces mesures devant se dérouler par étapes; dans le cadre de la médiation, les parents pourraient notamment travailler sur leur manière de communiquer et sur leur statut de parents séparés; par la suite, la thérapie de famille pourrait inclure le mineur. Les conclusions du rapport d'expertise demeuraient identiques même en cas d'amélioration de l'état psychique de la mère et d'une meilleure communication parentale, étant encore précisé qu'il s'agissait de voir si celles-ci se poursuivraient dans la durée.
S'agissant du mineur, les experts maintenaient la nécessité d'un suivi, afin qu'il puisse apprendre à se positionner, l'intérêt du service "Biceps" étant, en l'occurrence, de lui permettre de reconnaître les signes de difficultés de sa mère et de les comprendre. En effet, vu les éléments recueillis au cours de l'expertise, en particulier l'inauthenticité des émotions exprimées par l'enfant à l'évocation de sa tristesse de ne pas voir sa mère, il était permis de s'interroger sur sa capacité à s'autonomiser sur le plan psychique vis-à-vis de celle-ci, c'est-à-dire à pouvoir penser par lui-même, dans le cadre de son processus d'adolescent. A ce sujet, il fallait distinguer l'autonomie organisationnelle, qui lui permettait par exemple de se débrouiller à l'école, de l'autonomie psychique, à savoir la capacité de se distinguer de la figure parentale, de construire sa propre personnalité de manière sécure, et de pouvoir s'affirmer dans ses choix et désirs. D'ailleurs, le fait que l'enfant grandisse ne signifiait pas pour autant qu'il était moins fragile et le fait de ne pas s'exprimer était susceptible de développer des troubles psychiatriques comme des troubles de la personnalité, une dépression ou des troubles anxieux.
A_ a exposé bénéficier d'un suivi régulier au CAPPI, sous forme d'une injection mensuelle, précisant qu'il avait été envisagé de remplacer la molécule par une autre à prescrire tous les trois mois, précisant toutefois qu'elle ne ressentait aucune différence à la fin du mois, après la prise du traitement. Elle bénéficiait également d'un suivi psychiatrique à quinzaine. Enfin, elle était à la recherche, depuis le 1
er
mai, d'un nouvel emploi à plein temps. Concernant son fils, elle a indiqué que son dernier suivi remontait à janvier 2016. Elle a ajouté que celui-ci avait toujours su s'opposer lorsqu'il n'était pas d'accord. Elle s'occupait de son fils une semaine sur deux, du mercredi à 11h30 au vendredi à 13h30, et la semaine suivante du mercredi à 11h30 au lundi à 13h30, selon les modalités mises en place directement avec son ex-époux.
B_ a déclaré avoir observé une évolution positive depuis la dernière hospitalisation de son ex-épouse en février 2018. Les nouvelles modalités de visites mises en place depuis quinze jours répondaient aux besoins exprimés par son fils de voir plus souvent sa mère. Cette organisation l'avait par ailleurs soulagé dans la prise en charge de ce dernier, compte tenu de son emploi à plein temps. Il ne constatait aucun changement négatif chez l'enfant, auquel il avait rappelé la possibilité de s'exprimer quand sa mère allait mal. Il estimait nécessaire qu'un suivi soit mis en place. Il s'est dit, au surplus, désireux de sortir du processus judiciaire.
Les représentantes du Service de protection des mineurs ont confirmé avoir reçu, début mai, un certificat attestant du suivi médical régulier de A_. Elles ont exprimé des doutes quant à la pertinence de poursuivre leur mandat d'organisation et de surveillance des relations personnelles, dès lors que les parents n'avaient pas attendu leur positionnement ni celui du Tribunal de protection pour appliquer un nouveau droit de visite. Elles étaient pessimistes sur la portée du maintien de cette curatelle. Le maintien du retrait de garde était justifié par le besoin de protéger l'enfant face à la maladie de sa mère, dont la prise en charge pendant le droit de visite se passait toutefois bien.
Le Tribunal de protection a fixé un délai au 1
er
juin 2018 aux parties et au Service de protection des mineurs afin de formuler leurs observations sur expertise et a indiqué garder la cause à juger à réception.
t)
Le Service de protection des mineurs a rendu un rapport en date du 23 mai 2018. Depuis deux semaines, les visites se déroulaient sur la base d'un calendrier que les parents avaient fixé et appliquaient seuls. La communication parentale semblait avoir progressé, notamment depuis l'hospitalisation de A_, qui suivait désormais un traitement médical régulier auprès du CAPPI, sous forme d'injection une fois par mois. Cela étant, la situation restait fragile, vu ses hospitalisations répétées. Néanmoins, elle se montrait adéquate dans la prise en charge de son fils lors des visites, même si un élargissement progressif tel que préconisé dans le rapport d'expertise aurait été plus approprié. Les curatrices rencontraient des difficultés dans l'exercice de leur mandat d'organisation et de surveillance du droit de visite, dès lors que les parents n'en respectaient pas le dispositif. Aussi, vu leur accord sur ce point, la curatelle pouvait être levée et le calendrier établi par leurs soins validé. La curatelle d'assistance éducative restait néanmoins pertinente, vu le besoin du mineur de bénéficier d'un espace de parole et la nécessité pour les curatrices de maintenir le contact avec les divers professionnels entourant l'enfant. Enfin, il convenait que A_ soit invitée à remettre mensuellement aux curatrices ainsi qu'au Tribunal de protection une attestation relative à son suivi médical.
u)
Dans ses écritures du 1
er
juin 2018, A_ a contesté les conclusions de l'expertise s'agissant notamment du diagnostic retenu à son égard, relevant par ailleurs l'absence d'arguments scientifiques attestant de l'existence de troubles du comportement chez le mineur, en lien avec le contexte familial. Les parents étaient réconciliés et s'impliquaient dans l'éducation de l'enfant. La sécurité du mineur était assurée dès lors qu'elle avait conscience de l'importance de suivre un traitement, dans l'intérêt de son fils. Elle concluait au maintien du placement de l'enfant chez son père, à l'instauration d'un droit de visite en sa faveur, lequel s'exercerait selon des modalités pratiques s'apparentant à une garde partagée, à savoir tous les mercredis à partir de 11h30 jusqu'au vendredi à 13h30, en alternance avec le lundi à 13h30, ainsi que la moitié des vacances scolaires, et à ce qu'il lui soit donné acte de son engagement de poursuivre son suivi auprès du service de psychiatrie adulte des HUG, d'initier une psychothérapie en faveur du mineur, et de délier les médecins de leur secret médical. En revanche, vu l'entente retrouvée des parents et la complexité du programme déjà mis en place, une médiation et une thérapie de famille étaient superflues.
Par certificat médical du 28 mai 2018 joint aux écritures, le Dr J_, médecin _ au département de santé mentale et de psychiatrie des HUG, a attesté que l'état de A_ était stable, sur le plan clinique, grâce à une alliance thérapeutique de qualité et une bonne adhésion à son traitement médicamenteux, lequel avait permis une diminution du trouble hyperkinétique et des déficits attentionnels, ainsi qu'un amendement des idées délirantes de persécution, dont la patiente était désormais consciente. Il n'existait pas d'autres éléments cliniques patents, notamment thymiques, hormis une légère anxiété anticipatoire lors des rencontres avec les services judiciaires et sociaux concernant la garde de son fils.
v)
B_ n'a pas déposé d'observations dans le délai imparti par le Tribunal de protection.
B.
Par ordonnance
DTAE/4396/2018
du 22 mai 2018, laquelle tient toutefois compte des éléments apportés par A_ dans ses observations du 1
er
juin 2018, le Tribunal de protection a confirmé le retrait de la garde du mineur E_, né le 23 octobre 2006, à ses parents A_ et B_ (ch. 1 du dispositif), confirmé le placement du mineur chez son père (ch. 2), fixé un droit aux relations personnelles évolutif entre la mère et son fils, du mercredi au jeudi, élargi, après six mois, à un week-end sur deux, du vendredi au lundi (ch. 3), maintenu la curatelle d'assistance éducative en faveur du mineur (ch. 4), maintenu la curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles (ch. 5), maintenu la curatelle d'organisation, de surveillance et de financement du lieu de placement (ch. 6), ordonné la mise en œuvre du suivi thérapeutique individuel du mineur auprès du "Biceps" (ch. 7), exhorté A_ à poursuivre son suivi thérapeutique et la prise de sa médication (ch. 8), exhorté les parents à entreprendre un travail de coparentalité (ch. 9), invité les curatrices à lui adresser un rapport de situation d'ici au 7 janvier 2019 (ch. 10), débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 11), fixé les frais judiciaires à 9'300 fr. et les a mis à charge de A_ et B_ par moitié chacun (ch. 12).
En substance, le Tribunal de protection a considéré que si A_ montrait une réelle évolution dans la reconnaissance de son trouble et dans sa collaboration avec les intervenants sociaux et médicaux, en particulier s'agissant de son propre suivi au CAPPI, il apparaissait néanmoins que l'équilibre ainsi obtenu demeurait fragile et susceptible d'être mis à mal en cas de rupture de son suivi psychiatrique et de nouvelle hospitalisation. Elle souffrait en effet d'une maladie chronique, attestée par expertise, qui était pour le moment contrôlée grâce à une médication et à un suivi psychiatrique très soutenu mais elle la niait encore en grande partie s'agissant de son impact sur ses capacités parentales. Son état psychique ne lui permettait pas encore de répondre adéquatement aux besoins de son fils et d'agir dans son intérêt. B_ disposait quant à lui de compétences parentales suffisantes au niveau de la prise en charge, tant matérielle qu'affective, du mineur. Il se justifiait ainsi de confirmer le retrait du droit de garde du mineur à A_ et d'en confier la garde au père. Par ailleurs, vu les modifications importantes apportées par les parents aux modalités d'exercice des relations personnelles en faveur de la mère, il convenait également de confirmer le retrait du droit de garde et du droit de déterminer le lieu de résidence de l'enfant au père. S'agissant des relations personnelles entre l'enfant et sa mère, malgré la régularité du suivi psychiatrique et médicamenteux de cette dernière, le déroulement satisfaisant des visites et une communication parentale récemment retrouvée, l'équilibre ainsi obtenu était très récent et ne permettait pas encore d'escompter une prise en compte optimale des besoins du mineur. Dans ces circonstances, l'élargissement du droit de visite apparaissait prématuré et devait se faire de manière évolutive. Les curatelles d'ores et déjà mises en place devaient être maintenues. Compte tenu de la nature de la procédure et des moyens dont disposaient les parties, les frais judiciaires, de 9'300 fr., comprenant 9'000 fr. de frais d'expertise, étaient mis par moitié à leur charge.
Cette ordonnance a été adressée pour notification aux parties en date du 17 juillet 2018.
C.
a)
Par acte du 14 août 2018, A_ a formé recours contre cette ordonnance. Elle a conclu à son annulation et cela fait à ce que la Chambre de céans confirme le placement de E_ chez son père, lui réserve un droit de visite à raison d'une semaine sur deux du mercredi 11h30 au vendredi 13h30 et la semaine suivante du mercredi 11h30 au lundi 13h30, maintienne la curatelle de surveillance du droit de visite, lui donne acte de ce qu'elle prenait l'engagement de poursuivre sa psychothérapie de manière hebdomadaire auprès du Service de psychiatrie adulte des HUG et de prendre sa médication, dise que E_ devra suivre une psychothérapie, dise que les mesures étaient subordonnées à la condition qu'elle respecte les engagements qu'elle prenait, lui donne acte de ce qu'elle déliait les HUG du secret médical, mette les frais judiciaires à la charge de l'Etat de Genève et condamne ce dernier aux frais et dépens d'appel.
En substance, elle a reproché au Tribunal de protection d'avoir violé le principe de proportionnalité en imposant au mineur un suivi thérapeutique individuel auprès du service "Biceps", d'avoir maintenu la curatelle d'assistance éducative et de l'avoir exhortée à maintenir son suivi psychothérapeutique au CAPPI et son traitement médicamenteux. Ces nouvelles mesures lui paraissaient inadéquates car elles se basaient uniquement sur l'expertise rendue, notamment sur l'audition et le comportement de E_ lors de l'unique entretien avec les experts. Ces derniers avaient retenu, à tort, que E_ n'avait pas la capacité de s'autonomiser dans le cadre de son processus d'adolescent vis-à-vis de sa mère et le Tribunal n'avait pas, en rendant sa décision, tenu compte de l'avis des autres personnes entendues soit notamment du père de l'enfant qui considérait que E_ savait s'opposer lorsqu'il n'était pas d'accord et de l'intervenante du Service de protection des mineurs qui n'avait pas fait état de problèmes d'autonomie psychique de l'enfant mais, au contraire, avait relevé que tout se passait bien pendant le droit de visite auprès d'elle. Le Tribunal de protection n'avait également pas tenu compte du fait que les parents avaient retrouvé une bonne communication entre eux. Il avait rejeté l'accord qu'ils avaient trouvé concernant la prise en charge du mineur et avait alourdi les mesures, alors que la situation s'améliorait. Il s'était basé sur une "
expertise périmée
" pour rendre sa décision. S'agissant des frais d'expertise mis à sa charge, elle rappelait qu'elle était au chômage et ne percevait que 3'000 fr. par mois, auxquels s'ajoutaient 1'600 fr. de contribution à son entretien, de sorte qu'elle n'avait pas les moyens de s'en acquitter. La procédure visant par ailleurs à prendre des mesures de protection de l'enfant, elle était gratuite.
Elle a produit quelques pièces nouvelles, soit notamment les extraits de ses comptes bancaires et des certificats médicaux.
b)
Par acte du 17 août 2018, B_ a également formé recours contre l'ordonnance du 22 mai 2018. Il a conclu à l'annulation du retrait du droit de garde prononcé à son encontre et s'est opposé à la mise à sa charge de la moitié des frais d'expertise.
En substance, il a exposé qu'il ne comprenait pas pourquoi le Tribunal de protection avait confirmé un retrait du droit de garde de son fils à son encontre, alors qu'il ne le lui avait jamais retiré dans ses décisions antérieures et qu'il continuait à placer l'enfant chez lui, ce qui s'apparentait à un droit de garde. Le Tribunal avait d'ailleurs reconnu que sa compétence parentale était préservée et qu'il disposait des capacités nécessaires pour assurer la garde de son fils. Il n'avait par ailleurs jamais sollicité la réalisation d'une expertise psychiatrique, celle-ci ayant été suggérée par le Service de protection des mineurs et ordonnée par le Tribunal de protection le 24 août 2017, sans qu'il ne soit fait mention dans cette dernière ordonnance du fait que les frais d'expertise seraient mis en partie à sa charge.
c)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité faire usage des facultés prévues par l'art. 450d CC.
d)
Le Service de protection des mineurs, dans ses observations du 5 septembre 2018, a relevé que les parents continuaient à appliquer le calendrier qu'ils avaient mis en place et communiquaient sereinement. Il confirmait son préavis du 23 mai 2018.
e)
Les parties ne se sont pas prononcées sur les recours respectifs.
f)
Par plis du 3 octobre 2018, le greffe de la Chambre de surveillance a informé les parties et les intervenants à la procédure de ce que la cause serait mise en délibération dans un délai de dix jours.

EN DROIT
1.
1.1
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie aux mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).![endif]>![if>