Decision ID: 54165cc7-d3e3-5324-8aa7-e1671bcb9aa5
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par jugement
JTPI/2436/2019
du 13 février 2019, reçu par les parties le 22 février 2019, le Tribunal de première instance, statuant par voie de procédure sommaire, a débouté A_ SA de ses conclusions en mainlevée provisoire dirigées contre B_ SA (chiffre 1 du dispositif), arrêté les frais judiciaires à 150 fr., mis à la charge de A_ SA et compensés avec l'avance effectuée (ch. 2 et 3).
Le Tribunal a considéré qu'aucun des documents produits n'établissait le lien,
a fortiori
l'identité, entre C_ SA, la société cessionnaire de la créance déduite en poursuite, et A_ SA, société poursuivante.
B.
Par acte déposé à la Cour de justice le 28 février 2019, A_ SA recourt contre le jugement précité, dont elle requiert l'annulation. Elle conclut au prononcé de la mainlevée provisoire de l'opposition formée au commandement de payer, poursuite n° 1_, à concurrence de 1'031 fr. 30 (addition des postes 1, 2 et 8) et à ce que les frais judiciaires soient mis à la charge de B_ SA.
Elle allègue nouvellement, en se référant à l'extrait du Registre du commerce la concernant, qu'elle a repris les activités de C_ SA par suite de fusion.
Les parties ont été informées le 3 mai 2019 de ce que la cause était gardée à juger, B_ SA n'ayant pas fait usage de son droit de réponse.
C.
Les faits pertinents suivant résultent du dossier de première instance.
a.
Le 22 mai 2015, B_ SA, cliente représentée par D_, à l'époque administrateur président avec signature individuelle, et E_ SA, prestataire de services, ont conclu un contrat visant l'insertion d'annonces concernant la cliente sur le site Internet
www.F_.ch
durant trois ans pour un prix total de 2'340 fr., TVA non comprise, payable à raison de 780 fr. TVA non comprise, par année.
Selon le chiffre 9 des conditions générales intégrées au contrat, le prix convenu était dû dans un délai de trente jours à dater de l'émission de la facture par la prestataire, la facturation s'établissant généralement une fois par an dans le cas de prestations périodiques (ch. 9.1). Le retard de paiement débutait à l'expiration du délai de paiement, un intérêt moratoire de 5% l'an selon l'art. 104 CO étant dû en cas de retard de paiement. Par ailleurs, la prestataire était autorisée à facturer des frais de rappels pour couvrir partiellement les frais occasionnés. Le montant de la créance, auquel s'ajoutaient les éventuels frais de rappels et intérêts, pouvait être cédé ou vendu à un tiers en vue de son encaissement. Le cas échéant, la prestataire facturait à l'annonceur 75 fr. pour frais de cession de la créance à la société de recouvrement (ch. 9.2).
Le n
o
2_ a été attribué à la cliente.
b.
Par courrier du 7 juin 2015, E_ SA a confirmé à B_ SA l'enregistrement de la commande des insertions online concernant les deux types d'insertion convenues, à avoir "F_/1_" et "F_/2_".
c.
Le 14 juin 2015, E_ SA a fait parvenir à B_ SA une facture
n° 3_ de 421 fr. 20 (390 fr. + 31 fr. 20 de TVA) pour la période du 12 juin 2015 au 11 juin 2016 ("F_/1_"). La facture était payable jusqu'au
14 juillet 2015.
Le 28 juin 2015, E_ SA a fait parvenir à B_ SA une facture
n° 4_ du même montant pour la période du 25 juin 2015 au 24 juin 2016 ("F_/2_"). La facture était payable jusqu'au 28 juillet 2015.
Les factures précisaient que la publicité de B_ SA était en ligne sur
www.F_.ch
.
d.
Le 1
er
avril 2017, E_ SA a signé un acte de cession à C_ SA portant sur une créance de 842 fr. 40 plus intérêts à 5% dès le 29 juillet 2015, le débiteur cédé étant B_ SA. Le motif de la créance était désigné comme suit: "Créance cédée par E_ SA, factures n° 3_ du 14.06.2015, et
n° 4_ du 28.06.2015 pour no de client 2_".
La société C_ SA, sise à Zurich, a été radiée du Registre du commerce par suite de fusion, ses actifs et passifs étant repris par A_ SA (fait notoire, résultant des extraits du Registre du commerce de Zurich concernant C_ SA et A_ SA).
e.
Sur réquisition de A_ SA, l'Office des poursuites a notifié le 16 mai 2018 à B_ SA un commandement de payer, poursuite n° 1_, portant sur divers montants, dont 842 fr. 30 plus intérêts à 5% dès le 4 avril 2018 à titre de "Créance cédée par E_ SA, factures n° 03_, 04_ pour no de client 2_" (poste 1), 113 fr. 90 à titre d'intérêts moratoires à 5% du 21 juillet 2015 au 3 avril 2018 (poste 2) et 75 fr. de "frais de cession" (poste 8).
La poursuivie y a formé opposition totale.
f.
Par requête expédiée le 30 octobre 2018, A_ SA a requis du Tribunal le prononcé de la mainlevée provisoire de l'opposition formée par B_ SA au commandement de payer précité, à concurrence de 842 fr. 30, 113 fr. 90 et 75 fr. (postes 1, 2 et 8).
g.
Lors de l'audience du Tribunal du 11 février 2019, A_ SA n'était ni présente, ni représentée.
A teneur du procès-verbal d'audience,B_ SA n'a pas pris de conclusions. Elle a déclaré que l'administrateur qui avait signé le document sur lequel se basait la poursuivante ne faisait plus partie de la société, qui était en litige avec lui. Au surplus, la société n'avait "jamais utilisé le service" qui était facturé. Elle estimait ainsi que le montant réclamé n'était pas dû.
Le Tribunal a gardé la cause à juger à l'issue de l'audience.

EN DROIT
1.
1.1
S'agissant d'une procédure de mainlevée, seule la voie du recours est ouverte (art. 319 let. b et 309 let. b ch. 3 CPC).
1.2
Le recours, écrit et motivé, doit être introduit auprès de l'instance de recours dans les dix jours à compter de la notification de la décision motivée (art. 251 let. a CPC et 321 al. 1 et 2 CPC).
En l'espèce, déposé dans le délai et selon la forme requis par la loi, le recours est recevable.
1.3
Dans le cadre d'un recours, l'autorité a un plein pouvoir d'examen en droit, mais un pouvoir limité à l'arbitraire en fait (art. 320 CPC; Hohl, Procédure civile, Tome II, 2
ème
éd., 2010, n. 2307). En particulier, s'agissant d'une procédure de mainlevée provisoire, la Cour doit vérifier d'office si la requête est fondée sur un titre de mainlevée valable (arrêt du Tribunal fédéral
5P_174/2005
du 7 octobre 2005 consid. 2.1).
2.
Les conclusions, les allégations de faits et les preuves nouvelles sont irrecevables (art. 326 al. 1 CPC). Partant, pour examiner si la loi a été violée, la Cour doit se placer dans la situation où se trouvait le premier juge lorsque celui-ci a rendu la décision attaquée. Cependant les faits notoires ne doivent pas être prouvés (art. 151 CPC).
En l'espèce, l'allégation nouvelle de la recourante résulte des inscriptions au Registre du commerce de Zurich, de sorte qu'elle est recevable.
3.
La recourante reproche au Tribunal d'avoir considéré qu'elle n'avait pas établi son lien avec C_ SA. Elle ne s'exprime pas sur les autres aspects du litige, lesquels n'ont pas été examinés par le premier juge.
3.1.1
Le créancier dont la poursuite se fonde sur une reconnaissance de dette constatée par acte authentique ou sous seing privé peut requérir la mainlevée provisoire (art. 82 al. 1 LP). Le juge prononce la mainlevée si le débiteur ne rend pas immédiatement vraisemblable sa libération (art. 82 al. 2 LP).
Constitue une reconnaissance de dette au sens de l'art. 82 al. 1 LP l'acte sous seing privé, signé par le poursuivi - ou son représentant -, d'où ressort sa volonté de payer au poursuivant, sans réserve ni condition, une somme d'argent déterminée, ou aisément déterminable, et échue (ATF
140 III 456
consid. 2.2.1;
139 III 297
consid. 2.3.1;
136 III 624
consid. 4.2.2;
136 III 627
consid. 2 et la jurisprudence citée).
3.1.2
Un contrat écrit justifie en principe la mainlevée provisoire de l'opposition pour la somme d'argent incombant au poursuivi si les conditions d'exigibilité de la dette sont établies. Lorsque, pour faire échec à la mainlevée fondée sur un contrat bilatéral, le poursuivi allègue que le poursuivant, qui doit prester en premier, n'a pas ou pas correctement exécuté sa propre prestation, la mainlevée ne peut être accordée que si le créancier est en mesure de prouver immédiatement le contraire (ATF
136 III 627
consid. 2; arrêts du Tribunal fédéral
5A_326/2011
du 6 septembre 2011 consid. 3.2 et 3.3 [en matière de prêt];
5A_367/2007
du 15 octobre 2007 consid. 3.1; cf. aussi, en matière de bail, Staehelin, Basler Kommentar SchKG I, 2
ème
éd. 2010, n. 117 s. ad art. 82 LP et Krauskopf, La mainlevée provisoire: quelques jurisprudences récentes, in JdT 2008 II p. 23 ss (35)).
3.1.3
Pour que la reconnaissance de dette constitue un titre de mainlevée provisoire, les trois identités suivantes doivent être réunies : identité entre le poursuivant et le créancier désigné dans ce titre, identité entre le poursuivi et le débiteur désigné et identité entre la prétention déduite en poursuite et le titre présenté. Ces identités sont examinées d'office par le juge de la mainlevée (Veuillet, La mainlevée d'opposition, 2017, n° 72 ad art. 82 LP et les réf. citées).
La mainlevée provisoire peut également être accordée au successeur à titre particulier du créancier désigné (cession de créance, transfert de contrat, subrogation), pour autant que le transfert de la créance soit établi par titre (Veuillet, op. cit., n° 77 ad art. 82 LP).
3.2.1
En l'espèce, contrairement à ce qu'a retenu le Tribunal, il résulte des inscriptions au Registre du commerce que la recourante a repris les actifs et passifs de C_ SA, de sorte que le lien entre les deux sociétés est établi. La recourante étant bénéficiaire de la cession du 1
er
avril 2017, la mainlevée provisoire peut en principe être prononcée.
Le recours est fondé sur ce point, de sorte que le jugement attaqué sera annulé. La cause étant en état d'être jugée, il sera statué à nouveau (art. 327 al. 3 let b CPC).
3.2.2
Les pièces produites constituent un titre de mainlevée provisoire. En effet, l'intimée, par l'intermédiaire de son administrateur président de l'époque, qui bénéficiait d'une signature individuelle, a conclu avec la recourante un contrat de prestation, lequel prévoit le prix annuel des insertions convenues. Celles-ci ont été publiées, ce qui n'est pas contesté par l'intimée. Dès lors, la mainlevée provisoire sera prononcée à concurrence du montant en capital (842 fr. 30). Les intérêts à 5% sont cependant dus dès le 29 juillet 2015, date mentionnée dans la cession, étant souligné que les factures litigieuses étaient payables au plus tard le 14, respective-ment le 28 juillet 2015. Les "frais de cession" de 75 fr. sont dus sur la base des conditions générales faisant partie intégrante du contrat signé le 22 mai 2015.
4.
Les frais judiciaires des deux instances seront arrêtés à 375 fr. (150 fr. pour la première instance et 225 fr. pour la procédure de recours; art. 48 et 61 OELP) et mis à la charge de l'intimée, qui succombe (art. 106 al. 1 CPC). Ils seront compensés avec les avances effectuées, lesquelles demeurent acquises à l'Etat de Genève (art. 111 al. 1 CPC). L'intimée restituera 375 fr. à la recourante (art. 111 al. 2 CPC).
La recourante ne sollicite pas de dépens.
* * * * *