Decision ID: 096a3b11-56d0-5981-b789-052abf12218b
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_005
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
Par décision du 17 juillet 2015, le Conseiller d'État en charge du Département de la sécurité et de l'économie (ci-après : le DSE) a constaté la licéité des conditions de détention de A_ (ci-après : le recourant). Une seconde décision, identique, a été rendue le 20 juillet 2015.![endif]>![if>
À teneur de ces décisions, rédigées sur sept pages, le maintien du recourant à la prison de Champ-Dollon répondait à une exigence conjoncturelle et était dès lors conforme à la situation exceptionnelle visée à l'art. 1 al. 3 let. b du Règlement sur le régime intérieur de la prison et le statut des personnes incarcérées (RRIP). Aucune base légale n'autorisait le DSE à revoir des sanctions prononcées par les juridictions de fond et il avait été décidé en opportunité de ne pas établir un plan d'exécution de la sanction au vu de la courte peine prononcée. Le DSE a noté qu'aucune des périodes durant lesquelles le recourant avait bénéficié d'un espace individuel net inférieur au standard en vigueur de 4 m
2
n'atteignait à elle seule le seuil indicatif de trois mois fixé par le Tribunal fédéral, les 6 et respectivement 5 jours d'interruption étant propres à faire courir un nouveau délai, tandis que l'absence de possibilité de travailler invoquée par le recourant paraissait être la conséquence de son propre choix, celui-ci n'ayant pas formulé de demande de travail alors qu'un emploi lui aurait permis de passer plus de temps hors de sa cellule.
B.
Par recours interjeté le 22 juillet 2015 auprès de la Chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la CJCA), le recourant a conclu, sur mesures provisionnelles, à l'interdiction de le détenir dans une cellule lui offrant moins de 4 m
2
de surface individuelle nette de plancher, à la fixation d'un délai de sept jours au DES pour planifier sa sanction et pour le mettre au bénéfice du régime de travail externe, subsidiairement pour le placer dans un établissement ouvert. Au fond, il a conclu à l'annulation des décisions susmentionnées des 17 et 20 juillet 2015, à l'annulation de la décision du 1
er
juillet 2015 de l'Office cantonal de la détention (courrier indiquant que celui-ci n'est pas compétent pour ordonner la suspension d'une sanction pénale définitive et exécutoire) et à ce que l'illicéité des conditions de l'exécution de sa peine soit constatée, avec suite de dépens.![endif]>![if>

Rédigé sur vingt pages, ce recours contient, outre une partie en fait de deux pages, une partie en droit traitant de plusieurs questions juridiques sous les intitulés suivants : "L'absence de pénurie de places disponibles dans les établissements d'exécution de peines suisses", "l'absence d'infrastructures adéquates ne justifie pas la violation de la loi", l'illicéité de l'exécution d'une peine de plus de trois mois au sein de la prison de Champ-Dollon", "l'illicéité des conditions de détention vu l'absence de planification de la sanction", "l'absence de mise en place d'un régime progressif", "l'illégalité des conditions de détention vu la taille des cellules", "le recours contre le refus du DSE d'adopter des mesures préventives pour mettre un terme aux conditions de détention dégradantes", "les décisions contradictoires du DSE et du TMC", "les mesures à adopter pour mettre un terme aux violations du droit sur mesures provisionnelles".
C.
Par décision motivée du 1
er
septembre 2015, le Vice-président du Tribunal civil a octroyé l'assistance juridique à A_ (ci-après : le recourant), avec effet au 22 juillet 2015, pour le recours auprès de la CJCA contre les décisions précitées du DSE rendues les 17 et 20 juillet 2015. Il a limité l'assistance juridique à 4 heures d'activité d'avocat (courriers et téléphones inclus) et a désigné M
e
Pierre BAYENET, avocat, pour défendre les intérêts du recourant.![endif]>![if>
La limitation de l'octroi était motivée par le fait que Me BAYENET était nommé dans au moins trois autres procédures du même type, dans lesquelles les arguments qu'il faisait valoir étaient les mêmes que dans la présente cause, soit l'absence d'un régime progressif, le maintien dans un établissement destiné à la détention préventive, le défaut d'établissement d'un plan d'exécution de la sanction et le confinement dans une cellule trop exigüe pour le nombre de personnes y étant détenues. Me BAYENET pouvait donc reprendre de nombreux éléments d'un dossier à l'autre, tels que le droit et, dans une large mesure, la subsomption. Il était précisé que le recourant bénéficiait de l'assistance juridique pénale dans la procédure PS/_ pendante devant la Chambre pénale de recours et que le contenu du recours formé devant cette juridiction - contre une ordonnance rendue par le Tribunal d'application des peines et mesures le 15 juillet 2015 - était identique à celui interjeté à la CJCA.
D.
a.
Par acte expédié le 11 septembre 2015 à la Présidence de la Cour de justice, recours est formé contre cette décision, qui a été notifiée le 5 septembre 2015. Le recourant conclut à l'octroi de l'assistance juridique sans limitation dans le cadre de la procédure AC/1801/2015.![endif]>![if>
Il fait grief à l'autorité de première instance d'avoir violé l'art. 3 RAJ et ses garanties procédurales. La procédure est longue et complexe, étant précisé que le Tribunal fédéral n'a pas statué sur la question de savoir quelle autorité est compétente pour connaître des recours contre les décisions rendues par le DSE concernant le caractère illicite des conditions de détention.
b.
Le Vice-président du Tribunal civil a renoncé à formuler des observations.
E. a.
Le recourant a formé recours auprès de la Chambre pénale de recours contre une ordonnance du Tribunal d'application des peines et mesures du 15 juillet 2015. Celui-ci est quasi-identique au recours déposé à la CJCA.
b.
Me BAYENET a été nommé pour défendre plusieurs autres bénéficiaires de l'assistance juridique dans des dossiers semblables à celui du recourant, les conditions de détention y étant critiquées.
EN DROIT
1.
1.1.
Les décisions prises par le vice-président du Tribunal civil en matière d'assistance judiciaire peuvent faire l'objet d'un recours auprès du président de la Cour de justice (art. 11 RAJ et 121 CPC, applicables par renvoi des art. 10 al. 4 LPA et 8 al. 3 RAJ), compétence déléguée au vice-président soussigné (art. 29 al. 5 LOJ ; arrêt du Tribunal fédéral
2D_6/2012
du 31 juillet 2012 consid. 2). Le recours, écrit et motivé, est introduit auprès de l'instance de recours dans un délai de 30 jours (art. 10 al. 3 LPA, 130, 131 et 321 al. 1 et 2 CPC, applicables par renvoi des art. 10 al. 4 LPA et 8 al. 3 RAJ ; arrêt du Tribunal fédéral
1B_171/2011
du 15 juin 2011 consid. 2.2).![endif]>![if>
1.2.
En l'espèce, le recours est recevable pour avoir été interjeté dans le délai utile et en la forme écrite prescrite par la loi.
1.3.
Lorsque la Cour est saisie d'un recours (art. 10 al. 3 LPA), son pouvoir d'examen est limité à la violation du droit et à la constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC, applicable par renvoi de l'art. 8 al. 3 RAJ et 10 al. 4 LPA ; arrêt du Tribunal fédéral
1B_171/2011
précité). Il appartient en particulier au recourant de motiver en droit son recours et de démontrer l'arbitraire des faits retenus par l'instance inférieure (Hohl, Procédure civile, tome II, 2
ème
éd., n. 2513-2515).
1.4.
Compte tenu de l'issue du litige, il ne se justifie pas de procéder à l'audition du recourant, que ce
dernier ne sollicite au demeurant pas (art. 10 al. 3 LPA ; arrêt du Tribunal fédéral
2D_6/2012
du 31 juillet 2012 consid. 3).
2.
2.1.
À teneur de l'art. 118 al. 2 CPC (applicable par renvoi des art. 10 al. 4 LPA et
8 al. 3 RAJ), l'assistance judiciaire peut être accordée totalement ou partiellement, ce qui signifie qu'elle doit être accordée, conformément au principe de proportionnalité, à la mesure de sa véritable nécessité (Message, p. 6912, ad art. 116 du projet CPC ; Huber in Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung [ZPO], Sutter-Somm/Hasenböhler/Leuenberger, 2010, n. 17 ad art. 118 CPC ; Gasser/Rickli, Schweizerische Zivilprozessordnung, Kurzkommentar, 2010, n. 4 ad art. 117 CPC), soit en quelque sorte "à la carte" (Ruegg, in Basler Kommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung, Spühler/Tenchio/Infanger, 2010, n. 2 ad art. 118 CPC). L'octroi partiel peut ainsi prendre diverses formes, selon les prestations accordées, l'étendue de celles-ci ou encore la phase de procès concernée (Tappy, in CPC, Code de procédure civile commenté, Bohnet/Haldy/Jeandin/Schweizer/Tappy, 2011, n. 24 ad art. 118 CPC).![endif]>![if>
En application du principe de proportionnalité ainsi rappelé, l'art. 3 al. 1
première phrase
RAJ, prévoit que l'assistance juridique peut être limitée à certains actes de procédure ou démarches déterminées, ainsi que dans la quotité des heures nécessaires à l'activité couverte.
2.2.
La loi sur la procédure administrative (LPA) est applicable aux recours formés devant la CJCA. L'acte de recours est soumis au respect d'un certain nombre d'exigences formelles, notamment s'agissant des motifs qui peuvent être invoqués (art. 61 et ss LPA). L'autorité qui a pris la décision attaquée et toutes les parties ayant participé à la procédure de première instance sont invitées à se prononcer sur le recours (art. 73 al. 1 LPA). Une réplique et une duplique peuvent être autorisées si ces écritures sont estimées nécessaires (art. 74 LPA). L'autorité saisie du recours peut décider de procéder à des enquêtes et recourir s'il y a lieu à des mesures probatoires (art. 76 et 20 LPA).
3.
En l'espèce, compte tenu des caractéristiques de la procédure devant la CJCA et du nombre non négligeable de questions juridiques traitées dans le recours interjeté devant elle, la limite temporelle fixée dans la décision querellée apparaît trop restrictive et doit être supprimée.
La décision querellée sera, dès lors, annulée et une assistance juridique sans limitation d'heures sera octroyée, ce qui n'empêchera pas l'autorité de première instance d'exercer son contrôle sur la nécessité des actes entrepris (art. 16 al. 2 RAJ). A cet égard, il est relevé que l'activité du même avocat sur plusieurs dossiers semblables concernant la problématique des conditions de détention de clients au bénéfice de l'assistance juridique, permet à celui-ci de gagner en rapidité et en efficacité. En effet, l'avocat peut utiliser les développements juridiques qu'il a faits dans d'autres dossiers. Il n'a pas forcément à construire une nouvelle argumentation.
Par ailleurs et pour éviter une double indemnisation, il y aura lieu de tenir compte, lors de la taxation, de l'indemnisation de l'avocat pour le recours devant la Chambre pénale de recours, le contenu de celui-ci étant quasi-identique au recours déposé à la CJCA.
4.
Sauf exceptions non réalisées en l'espèce, il n'est pas perçu de frais judiciaires pour la procédure d'assistance juridique (art. 119 al. 6 CPC).
* * * * *