Decision ID: 55b64022-cc51-44da-9b2f-c00bd310d73b
Year: 2006
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. D’origine 2.******** née le 1.********, X._ (ci-après : X._) est arrivée une première fois en Suisse le 24 juillet 2000 et elle y a déposé une demande d’autorisation de séjour pour lui permettre de s’occuper de son petit-fils, alors âgé de deux ans et demi. Cette requête a été rejetée par le Service de la population (ci-après : SPOP) le 29 mai 2001 et l’intéressée a quitté la Suisse le 1er août 2001.
B. X._ est revenue dans notre pays le 9 août 2004 et elle a présenté une demande d’autorisation de séjour par regroupement familial le 20 décembre 2004. A l’appui de cette requête, elle a exposé ce qui suit :
«( ... )
Mme X._, veuve, souhaite pouvoir habiter avec son fils, Y._, citoyen suisse, et sa belle-fille.
Mme X._ réside au 2.********. Elle vit seule et n’a pas d’autre enfant que M. Y._. Ses parents sont décédés récemment et elle se retrouve sans famille proche au 2.********. Son fils subvient déjà intégralement à ses besoins.
Sa seule et unique famille se compose donc uniquement de son fils, de sa belle-fille et de son petit-fils.
Enfin, Mme X._ est le grand-parent avec lequel le fils d’Y._ entretient les rapports les plus étroits. En effet, seul vit encore le père de Mme Z._, mais ce dernier réside à 3.********.
Il est donc important et nécessaire tant pour Mme X._ que pour sa famille, établie en Suisse et de nationalité Suisse, que Mme X._ puisse venir résider dans notre pays. A défaut, cela signifie pour M. Y._ de laisser sa mère dans une situation humainement et matériellement difficile, alors qu’il a largement les moyens de l’accueillir chez lui.
Mme X._ a travaillé :
- de 1994 à 1995 chez 4.******** comme responsable administrative ;
- de 1984 à 1992 chez 5.******** de 2.******** comme responsable bancaire ;
- de 1980 à 1984 chez 6.******** comme responsable de promotion des services bancaires ;
- de 1975 à 1980 chez 7.******** comme employée bancaire ;
- de 1972 à 1975 chez 8.******** comme assistante du gérant de succursale ;
- de 1971 à 1972 chez 9.******** comme secrétaire de direction ;
Depuis 1995, Mme X._ n’a plus travaillé. Elle est actuellement à la retraite. Son fils, M. Y._, contribue dès lors à son entretien.
M. Y._, fils de Mme X._, travaille chez 10.********. Il réalise un salaire mensuel net de l’ordre de CHF ******** et se porte bien entendu garant de toutes dépenses pour sa mère.
Il habite une villa jumelle à 11.******** spacieuse avec son épouse, Mme Z._, qui lui permettra de loger sa mère. La villa comprend 4 pièces et 2 salles de bain séparées.
Mme X._ est au bénéfice une assurance-maladie et accident 2.******** avec couverture à l’étranger ; de ce fait, Mme X._ est assurée. »
Dans le cadre de l’instruction de cette demande, le SPOP a notamment appris que X._ vivait seule au 2.******** et n’aurait aucun lien avec le père de son enfant, qu’elle serait prise en charge par son fils et qu’elle n’avait apparemment pas de moyens financiers propres.
C. Par décision du 15 avril 2005, notifiée le 2 mai 2005, le SPOP a refusé de délivrer une autorisation de séjour en faveur de l’intéressée et a imparti un délai d’un mois, dès notification, pour quitter le territoire. L’autorité intimée estime que la requérante ne remplit pas les conditions de l’art. 34 de l’ordonnance du Conseil fédéral limitant le nombre des étrangers du 6 octobre 1986 (ci-après : OLE), en ce sens qu’elle ne dispose pas de moyens financiers personnels suffisants pour subvenir seule à ses besoins. De plus, la disposition précitée ne saurait permettre l’équivalent d’un regroupement familial en faveur des ascendants ou des frères et sœurs. A cet égard, elle relève que les conditions pour l’octroi d’une autorisation de séjour au titre du regroupement familial selon les art. 17 al. 1 LSEE, 3 al. 1 et 1 bis OLE et 38 OLE, ainsi que selon l’art. 3 de l’Annexe à l’Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP), ne sont pas remplies. Elle relève enfin que X._ est entrée en Suisse le 9 août 2004 sans être au bénéfice d’un visa exigé pour les séjours de plus de trois mois.
D. X._ a recouru auprès du Tribunal administratif contre cette décision le 9 mai 2005 en concluant principalement à sa réforme en ce sens qu’une autorisation de séjour lui est accordée et, subsidiairement, à son annulation, le dossier étant retourné à l’autorité intimée pour nouvelle instruction et nouvelle décision. A l’appui de son recours, elle allègue remplir les conditions du cas de rigueur. Ainsi, elle vit avec sa famille, suisse, depuis plus de quatre ans ; elle n’a fait l’objet d’aucune condamnation ; sa famille est suisse, parfaitement intégrée et totalement saine financièrement ; sa seule famille habite en Suisse, elle n’a plus de famille au 2.******** et, enfin, elle n’a aucune possibilité de logement dans son pays d’origine puisqu’elle ne dispose d’aucun moyen financier. Elle invoque également l’art. 8 CEDH dans la mesure où elle se trouve dans un rapport de dépendance totale, tant affectif que financier, avec son fils, citoyen suisse. Elle a joint à son envoi diverses pièces, dont notamment une attestation de son fils Y._ du 8 décembre 2004, prenant l’engagement d’assumer l’entier des frais et dépenses de sa mère du fait de son séjour en Suisse, et s’engageant, en particulier, à prendre en charge tous les frais d’assurance, de santé, et autres frais nécessaires à son entretien. Elle a également produit une déclaration de son fils et de sa belle-fille, datée du 21 février 2005, dont le contenu est le suivant :
« PRISE EN CHARGE DE NOTRE BELLE-MERE (MERE) CES 4 DERNIERES ANNEES
X._
1. Juillet 2000 Entrée en Suisse
Juillet 2001 Retour au 2.********
4 mois au 2.********
2. Décembre 2001 Entrée à Boston
Décembre 2002 Retour au 2.********
4 mois au 2.********
3. Avril 2003 Entrée à Boston
Octobre 2003 Retour au 2. ********
2 mois au 2.********
4. Décembre 2003 Entrée à Boston
Mai 2004 Retour au 2.********
2 mois au 2.********
5. Août 2004 Entrée en Suisse
...
De Juillet 2000 à Juillet 2004, soit sur 4 ans, elle n’a résidé au 2.******** que 12 mois échelonnés (4+4+2+2).
Son père est décédé en septembre 2001, sa mère en octobre 2002, c’est chez eux qu’elle logeait lorsqu’elle retournait à 2.********.
Mon mari et moi ne lui faisions pas de virements bancaires entre chacune de ses visites, mais on lui donnait de l’argent liquide avant chacun de ses retours au 2.******** et on finançait chacun de ses voyages.
Point 1.
Lors de sa première visite en 2000, nous avons fait une demande à l’administration afin de prolonger son séjour de 9 mois. Cela nous a été refusé...presque un an après avoir envoyé notre lettre. Elle est donc quand même restée 1 an.
En avril, nous lui avons offert un aller-retour au 2.******** afin qu’elle aille rendre visite à ses parents (2 semaines).
Point 2.
Le visa de touriste, aux USA, est de 6 mois. Arrivée en Décembre, nous avons demandé une extension de son visa en Mai.
Malheureusement, dans un premier temps, cela nous a été refusé à cause d’une erreur de l’agent douanier qui, au lieu d’inscrire « autorisée jusqu’au 31 Mai », a inscrit (à la main) « autorisée jusqu’au 1er Mai », l’écriture à peine lisible a prêté à confusion. Nous étions, selon eux, « en faute », puisqu’elle n’avait pas quitté le territoire au 1er Mai.
C’est pourquoi nous avons fait appel à un avocat, Mark Avery, afin de régulariser ce point d’une part, et afin de prolonger son séjour de 6 mois.
Cela a été accepté par les autorités, mais malheureusement, la lettre l’attestant reste introuvable. »
La recourante s’est acquittée en temps utile de l’avance de frais requise.
E. Par décision incidente du 17 mai 2005, le juge instructeur du Tribunal administratif a accordé l’effet suspensif au recours.
F. L’autorité intimée s’est déterminée le 8 juin 2005 en concluant au rejet du recours.
G. a) X._ a déposé un mémoire complémentaire le 26 juillet 2005 dans lequel elle a confirmé ses conclusions. Elle expose qu’elle doit être considérée comme un membre de la famille d’un ressortissant suisse à teneur de l’art. 3 al. 1 bis OLE et elle rappelle avoir prouvé être à la charge de son fils depuis quatre ans, puisqu’elle ne bénéficie d’aucun revenu. En outre, elle vit avec la famille de son fils de façon quasi-ininterrompue depuis quatre ans. Ne pas lui octroyer d’autorisation de séjour reviendrait à créer une inégalité de traitement en défaveur du citoyen suisse puisqu’un citoyen étranger résidant en Suisse peut faire venir dans notre pays sa famille si elle est au bénéfice d’une autorisation de séjour valable dans un pays de l’Union européenne, alors qu’un Suisse ne pourrait pas faire venir sa mère en Suisse, même s’il en assume tous les frais et qu’elle est à sa charge.
b) Par courrier du 3 août 2005, le SPOP a déclaré maintenir sa position.
H. Le tribunal a tenu une audience le 4 octobre 2005. Le compte rendu résumé de cette audience a la teneur suivante :
« La recourante explique qu’elle a vécu à 2.******** avec ses deux sœurs et qu’elle a obtenu une licence en administration bancaire. Elle précise qu’il s’agit d’un titre de niveau universitaire. Lors de son dernier emploi auprès d’une banque, elle a perdu son poste à la suite du rachat de l’établissement par une banque étrangère qui a fermé l’établissement. Elle a retrouvé par la suite un travail pour une durée d’une année auprès d’un grossiste en produits alimentaires. Le contrat n’a pas été renouvelé et elle s’est retrouvée au chômage. Elle précise qu’à l’âge de ********, il est presque impossible de retrouver un nouvel emploi au 2.********. Elle a cherché pendant 2 années sans succès. C’est dans ces circonstances qu’elle est allée rejoindre son fils en Suisse du mois de juillet 2000 au mois de juillet 2001 puis elle est retournée 4 mois au 2.********. Par la suite, son fils et sa belle-fille se sont installés à Boston et elle est allée les rejoindre du mois de décembre 2001 au mois de décembre 2002. Elle est retournée au 2.******** pendant 4 mois. Elle logeait au 2.******** dans l’appartement de ses parents. Elle est retournée à Boston du mois d’avril 2003 au mois d’octobre 2003 et du mois de décembre 2003 au mois de mai 2004. Aux Etats-Unis, elle a bénéficié une première fois de deux autorisations de séjour de six mois, puis de deux autorisations de séjour de six mois. Dans l’intervalle, ses parents sont décédés. Une de ses sœurs habite à 2.******** ; elle est divorcée avec deux enfants et elles se voient de temps en temps lorsqu’elle est au 2.********. En revanche elle n’a pas de contact avec sa deuxième sœur qui habite à 400 km de 2.********. Son fils n’a pas de contact suivi avec ses deux sœurs. Actuellement, elle vit avec son fils à 11.******** et sa belle-fille travaille la journée. Elle s’occupe du ménage et de son petit-fils qui a 7 ans. Elle précise que l’âge de la retraite au 2.******** est à ******** ans.
Le tribunal procède à l’audition du fils de la recourante, Y._. Il précise que depuis 4 ans toute la famille habite avec sa maman, qui n’a pas de ressources. L’appartement où elle vivait à 2.******** appartenait à son père qui l’a remis à sa mère ; mais après son décès, il y a des litiges concernant l’attribution de l’appartement dans le cadre de la succession. Un retour de la recourante au 2.******** serait très durement ressenti par la famille et aurait des conséquences psychiques très difficiles. Son enfant est très attaché à sa grand-maman. Il ne comprend pas qu’elle ne puisse pas rester avec lui. Moralement elle fait partie de la famille, du noyau familial. Depuis l’âge de 3 ans, son fils se souvient qu’elle a toujours été à ses côtés. Il précise que son salaire lui permet de soutenir financièrement sa maman et qu’il s’agit d’un cas particulier dans lequel des liens étroits ont été tissés avec toute la famille. Il s’agit de liens très forts.
Le tribunal procède ensuite à l’audition de Z._, épouse de Y._ et belle-fille de la recourante. Elle précise que la recourante vit depuis 4 ans avec la famille qui assure son entretien. Son fils est très lié à sa grand-maman. Il la voit toujours depuis l’âge de 3 ans et il est très attaché à elle. La recourante serait actuellement en conflit avec ses sœurs en raison de la succession concernant l’appartement de ses parents à 2.********. Les relations, déjà distantes avec ses sœurs, se sont ainsi détériorées. Vivre à 2.******** ne serait pas très sûr pour une personne âgée seule. Aussi la recourante est l’unique grand-maman de son fils.
En ce qui concerne la question du visa, la recourante précise qu’elle avait l’intention de venir pour un séjour de 3 mois en Suisse au mois d’août en 2004 et qu’elle avait déjà le billet de retour pour le 8 novembre 2004. C’est son fils qui a souhaité qu’elle puisse rester et qui a effectué les démarches afin de demander une prolongation de l’autorisation de séjour. La demande d’autorisation aurait été déposée tardivement à la suite d’une négligence de l’étude d’avocats qui s’était occupée en premier du dossier. C’est la raison pour laquelle la recourante n’avait pas sollicité l’octroi d’un visa pour son entrée en Suisse ».
La possibilité a été donnée aux parties de se déterminer sur le compte rendu résumé de l’audience.

Considérant en droit
1. a) Aux termes de l’article 3 alinéa 1 lettre c de l’ordonnance limitant le nombre des étrangers du 6 octobre 1986 (ci-après : OLE), seuls les articles 9 à 11 et les chapitres 5 à 7 de cette ordonnance sont applicables aux membres étrangers de la famille de ressortissants suisses. En vertu de l’article 3 alinéa 1bis lettre b OLE, sont considérés comme membres de la famille de ressortissants suisses les ascendants des ressortissants suisses ainsi que ceux du conjoint qui sont à charge.
b) L'art. 3 OLE a été modifié à la suite de l'entrée en vigueur le 1er juin 2002 de l'Accord entre la Communauté européenne et ses Etats membres, d'une part, et la Confédération suisse, d'autre part, sur la libre circulation des personnes conclu le 21 juin 1999 (ci-après : ALCP ; RS 0.142.112.681), et ce, afin de ne pas créer des inégalités de traitement entre les ressortissants suisses et les ressortissants d'Etats membres de la Communauté européenne. Cette modification touche donc notamment le principe du regroupement familial pour les ascendants. Ainsi donc, les ressortissants suisses peuvent faire venir dans notre pays leurs ascendants qui sont à charge (art. 3 al. 1 litt. c et 3 al. 1 bis litt. b OLE), mais aux mêmes conditions toutefois que celles prévalant pour les ressortissants de la Communauté européenne ou de l'Association Européenne de Libre Echange (AELE). Sur cette question, le Tribunal fédéral a observé que les ressortissants d'un Etat tiers, membres de la famille de ressortissants d'un Etat de l'UE/AELE, ne pouvaient invoquer un droit au regroupement familial en vertu de l'ALCP que lorsqu'ils séjournaient déjà légalement dans un Etat membre de l'UE/AELE (ATF 130 II 1 et les références citées). Cet arrêt du Tribunal fédéral repose sur une décision de la Cour de justice des Communautés européennes du 23 septembre 2003. Pour la Cour de justice, il est déterminant que l'admission de ressortissants d'un Etat tiers dans l'espace communautaire relève de la seule compétence des Etats membres lors de la promulgation des dispositions sur le regroupement familial. Un séjour légal au sens de cette jurisprudence implique qu'une autorisation de séjour durable ait été délivrée dans un Etat membre de l'UE/AELE. Ainsi donc, la condition requise pour qu'une personne puisse se prévaloir des dispositions sur le regroupement familial inscrites dans le droit communautaire et l'ALCP réside dans une admission définitive à l'intérieur de l'espace UE/AELE. En outre, le requérant domicilié dans un Etat tiers au moment du dépôt de la demande est soumis aux dispositions nationales sur l'admission en matière de regroupement familial, ainsi qu'à l'art. 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH).
A l'instar du droit communautaire de la Communauté européenne, l'ALCP n'est applicable qu'au fait transfrontalier. Les ressortissants suisses ne peuvent donc faire valoir des dispositions de l'ALCP que s'ils font usage des droits afférents à la libre circulation des personnes. Tel peut donc être le cas lorsqu'un ressortissant suisse rentre dans notre pays avec les membres étrangers de sa famille après avoir séjourné dans un Etat membre de la Communauté européenne ou de l'AELE (ATF 129 II 249 et les références citées). C'est seulement dans ce cas que les ressortissants suisses peuvent invoquer un droit au regroupement familial qui va au-delà des art. 7 et 17 al. 2 LSEE ou de l'art. 8 CEDH.
c) En l’espèce, la recourante, ressortissante d’un Etat tiers où elle résidait, ne peut pas bénéficier de l’article 3 alinéa 1bis OLE puisqu’elle n’est pas titulaire d’une autorisation de séjour durable dans un Etat membre de l’UE/AELE, sans qu’il soit besoin d’examiner si elle peut être considérée comme étant à charge de son fils en Suisse (cf. arrêt TA PE 2004/0593 du 5 juillet 2005).
2. La recourante ne peut pas non plus être admise à séjourner durablement en Suisse sur la base de l’art. 34 OLE consacré aux autorisations de séjour pour rentiers. En effet, les conditions posées aux lettres a à e de cette disposition sont cumulatives (v. par exemple arrêt TA PE 2002/0511 du 21 octobre 2003 et les références citées). Or, la lettre e de l’art. 34 OLE soumet l’octroi d’une autorisation de séjour pour rentiers au fait que le requérant dispose des moyens financiers nécessaires.
La jurisprudence constante du Tribunal administratif a toujours dégagé une interprétation restrictive de la lettre e de l’art. 34 OLE en ce sens que les moyens financiers mentionnés par cette disposition doivent être ceux du rentier étranger et non de son entourage ou d’un tiers. Les promesses d’aide matérielle de tiers, en particulier des proches parents, ne sont donc pas déterminantes puisque l’on doit notamment pouvoir attendre d’un rentier au sens de l’art. 34 OLE qu’il puisse subvenir à tous ses besoins dans l’hypothèse où il devrait vivre de manière indépendante, par exemple dans un établissement médico-social (voir par ex. arrêt TA PE 2002/0511 précité et les références).
Or, en l’espèce, la recourante allègue être à la charge de son fils depuis 4 ans, puisqu’elle ne bénéficie d’aucun revenu. Elle ne dispose ainsi pas des moyens financiers personnels suffisants pour être mise au bénéfice d’une autorisation de séjour en vertu de l’art. 34 OLE.
3. a) Aux termes de l’art. 36 OLE, des autorisations de séjour peuvent être accordées à d’autres étrangers n’exerçant pas une activité lucrative lorsque des raisons importantes l’exigent. Les motifs importants de l’art. 36 OLE constituent une notion juridique indéterminée. Les directives LSEE édictées par l’Office fédéral des migrations (ODM), chiffre 551, rappellent qu’une application trop large de l’art. 36 OLE s’écarte des buts de l’ordonnance limitant le nombre des étrangers. Elles prévoient que l’art. 36 OLE peut ainsi être invoqué dans le cas de membres de la famille nécessitant aide et assistance, dépendants du soutien de personnes domiciliées en Suisse. Elles renvoient pour le surplus à la notion du cas personnel d’extrême gravité de l’art. 13 litt. f OLE et aux développements du chiffre 433.25, dont la teneur est la suivante :
« (...)
Il est nécessaire que l’étranger concerné se trouve dans une situation de détresse personnelle. Cela signifie que ses conditions de vie et d’existence, comparée à celles applicables à la moyenne des étrangers qui ne peuvent pas ou plus séjourner en Suisse, doivent être mises en cause de manière accrue, c’est-à-dire que le refus de soustraire l’intéressé aux restrictions des nombres maximums comporte pour lui de graves conséquences.
Selon l’art. 13, let. f, OLE, cette disposition ne s’applique notamment pas à des motifs d’ordre économique. Elle ne peut être invoquée par exemple lorsque l’employeur ou un tiers se trouve lui-même dans une situation de rigueur (garde de personnes malades ou âgées, soins qui leur sont dispensés, garde des enfants lorsque le ou les parents doivent travailler, etc.).
La reconnaissance d’un cas personnel d’extrême gravité ne tend pas à protéger l’étranger contre les conséquences de la guerre ou contre des abus des autorités étatiques. Des considérations de cet ordre relèvent d’autres institutions comme celle de l’asile ou de l’admission provisoire.
Le fait que l’étranger ait séjourné en Suisse pendant une assez longue période ne suffit pas, à lui seul, à fonder un cas d’extrême gravité. Il faut encore que sa relation avec la Suisse soit si étroite qu’on ne puisse exiger qu’il aille vivre dans un autre pays, notamment dans son pays d’origine (très long séjour en Suisse, bonne intégration, enfants scolarisés ; ATF 123 II 125 ss ;124 II 110 ss).
Dans le cadre de l’appréciation globale du cas, il n’est pas exclu de tenir compte des difficultés que l’étranger rencontrerait dans son pays d’origine sur le plan personnel, familial, et économique. Sa future situation dans le pays d’origine est à comparer avec ses relations personnelles avec la Suisse.
(...) »
b) En l’espèce, la recourante est âgée de ******** et elle ne souffre d’aucun problème médical. Elle est certes proche de son fils et de sa famille, mais elle peut conserver des liens avec sa famille résidant en Suisse dans le cadre des séjours touristiques autorisés par la loi. Elle a vécu avec son fils et sa famille depuis plus de 4 ans, mais toutefois pas de manière ininterrompue. Enfin, le fait qu’elle soit dépendante financièrement de son fils ne la contraint pas de vivre à ses côtés. S’agissant de sa vie au 2.********, les problèmes rencontrés dans le cadre de la succession de ses parents ne permettent pas d’admettre que son retour dans ce pays serait constitutif d’un cas de rigueur. La recourante ne se trouve en effet pas dans une situation où elle serait totalement désarmée dans son pays d’origine. Même si l’on en croit les allégations de son fils et de sa belle-fille, selon lesquelles la recourante n’aurait vécu que 12 mois au 2.******** depuis juillet 2000, il n’en demeure pas moins qu’elle y a passé son existence pendant près de 50 ans. L’ensemble des circonstances du cas d’espèce ne permet ainsi pas de délivrer une autorisation de séjour en vertu de l’art. 36 OLE.
4. a) L’art. 8 CEDH garantissant à toute personne le droit au respect de sa vie familiale et la protégeant, à certaines conditions, contre une séparation d’avec les membres de sa famille ne permet pas non plus de délivrer l’autorisation requise. Le Tribunal fédéral admet en effet en principe que cette disposition ne s’oppose qu’à la séparation des proches parents, soit des époux vivant en communauté conjugale ou d’un parent vivant avec son enfant mineur. Si l’intéressé requérant ne fait pas partie du noyau familial proprement dit, il ne peut se prévaloir de liens familiaux dignes de protection que s’il se trouve dans un rapport de dépendance étroite avec les personnes admises à résider en Suisse (ATF 120 I b 257).
b) En l’espèce, hormis la dépendance financière, il n’est pas établi que la recourante se trouverait dans un état de dépendance tel à l’égard de son fils et de sa famille que le regroupement familial doive être autorisé. Le tribunal ne doute pas du fait que des liens affectifs forts les unissent, mais il ne saurait encore être question de rapport de dépendance accru, au sens de la jurisprudence.
5. Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté et la décision attaquée maintenue. Au vu de ce résultat, un émolument de justice sera mis à la charge de la recourante et il ne sera pas alloué de dépens (art. 55 LJPA). Un délai sera en outre imparti à la recourante pour quitter le territoire vaudois.