Decision ID: a8128bb7-84d6-4b40-a0da-7d55daa9cca9
Year: 1999
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. La société A._ SA (ci-après: la société), dont le siège est à ********, a pour but social de coordonner l'exécution de tous travaux du bâtiment. M. C._ et M. B._ en sont les deux actionnaires, détenant respectivement 51% et 49% du capital-actions. Depuis la constitution de la société en mars 1983, M. C._ en est l'administrateur unique. M. B._ assume la fonction de directeur depuis 1987. Le personnel de la société se compose actuellement d'une dizaine d'employés et d'une secrétaire. Il convient de préciser qu'avant la création de la société anonyme, M. C._ et M. B._ étaient déjà associés en société simple dans le même but.
Depuis 1983, la société mandate la fiduciaire Michel Favre SA pour établir sa comptabilité. Par la suite, cette fiduciaire a été nommée en qualité d'organe de révision. En outre, depuis 1983, Michel Favre SA établit les déclarations d'impôt des époux C._ et B._.
B. Dans le cadre des affaires dites des ristournes, l'Administration cantonale des impôts (ci-après: l'ACI) a adressé le 7 novembre 1992 à la direction de la société un avis d'ouverture d'enquête en soustraction fiscale. Le 21 décembre 1992, l'ACI a informé les époux B._ et C._ qu'elle ouvrait parallèlement une procédure en soustraction fiscale à leur encontre.
A l'ouverture des enquêtes, les taxations de la société pour les périodes 1987-1988, 1989-1990 étaient définitives, celles des périodes 1991-1992 et 1993-1994 provisoires. S'agissant des époux B._ et C._, les taxations des périodes 1987-1988, 1989-1990 et 1991-1992 étaient définitives, alors que celles de la période 1993-1994 étaient provisoires.
Au terme des travaux de redressement, l'ACI a adressé le 9 avril 1996 aux contribuables un avis de prochaine clôture leur indiquant les reprises et rappels d'impôt envisagés. Pour la société, ces reprises se présentaient comme il suit:
A._ SA:
Périodes de taxation 1987-1988 1989-1990 1991-1992 1993-1994
Années de calcul 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992
1/ Ristournes
BTR Prébéton SA 770 483 272 364 208 957
2/ Primes d'assurances
- Zurichluk: police ******** 1'066 1'066 1'066 1'066 1'114 1'114
- Zurichluk: police ******** 760 760 760 760 796 796
- Zurichluk: police ******** 3'042 3'042 3'042 3'042 3'042 3'042
- Vaudoise ass. A.C._ 395 395 395 395 395 296
3/ Part privée
"Frais de véhicules"
- A. C._ 3'600 3'600 - 3'600 3'600 3'600 3'600 3'600
- P. B._ 3'600 3'600 3'600 3'600 3'600 3'600 3'600
4/ Intérêts des comptes
courants:
- A.C._ 1'000 1'700 3'400
- P. B._ 500 1'000 2'100
- EAAL SA Lausanne -1'700
Pénalité de 10% 1'817 1'342 1'254 524
Total des reprises: 7'970 8'078 6'640 15'527 19'988 14'762 13'801 4'072
Moyenne: 8'024 11'084 17'375 8'937
Les reprises avaient trait en premier lieu à des ristournes non comptabilisées par la société A._ SA pour un total de 3'054 fr. durant les exercices 1985 à 1990. Les ristournes ont été considérées par l'ACI comme des prestations appréciables en argent versées pour 50% de ce montant à chacun des deux actionnaires, M. C._ et M. B._ (soit 1'527 fr., mais indiqué 1'529 fr. dans l'avis aux actionnaires).
Les reprises portaient en outre, s'agissant d'A._ SA, sur les points suivants:
a) Des primes d'assurances prises en charge par le compte d'exploitation de la société en faveur des deux actionnaires. Il s'agissait de trois polices d'assurance-vie Zurichluk dont les preneurs et les personnes assurées étaient M. C._ et M. B._, ainsi qu'une police d'assurance conclue auprès de La Vaudoise assurance en faveur d'M. C._. Pour l'exercice 1987, A._ SA avait comptabilisé les primes de toutes ces polices dans le compte "3'503 / Salaires + charges d'administration", et, de 1988 à 1992, dans le compte "4100 / Charges sociales non ventilées". L'ACI, refusant de considérer ces primes comme des charges d'exploitation de la société, les a ajoutées aux revenus des administrateurs, la part de chacun étant de 50%. S'agissant de la police n° 8.638.284, la totalité des primes afférentes aux années 1990 à 1992 ont été ajoutées aux revenus d'M. C._, devenu depuis lors le seul bénéficiaire du contrat d'assurance. De même, les primes afférentes à La Vaudoise assurance ont été entièrement reprises dans les revenus d'M. C._.

b) Des "frais de véhicules privés" qui n'avaient pas été portés en diminution des charges correspondantes de 1985 à 1991, hormis durant l'exercice 1987. En effet, au 31 décembre 1987, la société avait porté deux parts de 3'600 fr. au débit du compte-courant "actionnaire" d'M. C._. De même, lors du bouclement de l'exercice 1992, la société avait comptabilisé une part privée de 3'600 fr. pour chacun des administrateurs. Considérant qu'il s'agissait d'une distribution de bénéfices dissimulée, l'ACI a repris une part privée linéaire de 3'600 fr. par année et par actionnaire, en se basant sur le montant que la société avait elle-même comptabilisé en 1987 et 1992. Selon l'ACI, ce montant forfaitaire est cependant inférieur aux sommes réellement prises en charge par la société qui avait assumé des frais de réparation et même de restauration de plusieurs véhicules privés. Pour l'exercice 1987, l'ACI a compensé les parts privées comptabilisées deux fois dans le compte d'M. C._, de manière à ce que chaque actionnaire prenne en charge 3'600 fr.
c) Des intérêts sur les prêts octroyés par la société aux administrateurs non comptabilisés de 1987 à 1989. En revanche, durant les exercices 1990 et 1991, la société avait régulièrement enregistré des intérêts en sa faveur. L'ACI a repris dans les comptes de la société des intérêts, au taux de 5% durant l'exercice 1987 et de 4.25% pour les exercices 1988 et 1989, calculés sur le solde débiteur moyen des actionnaires, ce qui représente un total de 9'700 fr. pour les trois années en cause. En revanche, cette correction n'a pas donné lieu à des reprises auprès des actionnaires.
S'agissant d'M. C._ et de M. B._, outre les modifications mentionnées ci-dessus (ristournes, primes d'assurances et parts privées pour frais de véhicules), les reprises suivantes étaient envisagées :
a) Des salaires complémentaires, crédités par la société sur les comptes courants des actionnaires, s'élevant à 106'000 fr. pour M. C._ et à 92'000 fr. pour M. B._, durant les exercices 1989 à 1991. Ces montants, non déclarés, ne figuraient pas sur les attestations concernant "les montants versés aux membres de l'administration et aux organes de direction" établies durant les années 1989 et 1990. Ces attestations lacunaires avaient été établies et signées par deux représentants de l'organe de contrôle, le 3 décembre 1991, alors même qu'ils avaient établi le 17 juin 1991 le rapport de vérification des comptes annuels, arrêtés au 31 décembre 1990. L'ACI en a conclu que ces attestations, les certificats de salaire des actionnaires pour les années 1989 et 1990, ainsi que celui d'M. C._ pour l'année 1991, constituaient des "documents faux". Aux montants indiqués ci-dessus viennent s'ajouter en 1992 des allocations familiales pour M. C._.
b) Des frais forfaitaires (frais de voyages, essence, entretien et réparation de véhicules, frais de formation professionnelle), crédités par la société sur le compte privé de chaque actionnaire à la fin des exercices 1985 et 1986. L'ACI a considéré qu'une partie de ces montants n'était pas justifiée et constituait des gains accessoires non déclarés, puisque les frais effectifs, d'un montant inférieur, avaient été comptabilisés et remboursés par la société aux deux actionnaires. Partant, l'ACI a procédé à des reprises de 10'600 fr. sur les revenus de M. B._ et de 17'800 fr. sur ceux d'M. C._ pour les années 1985 et 1986.
c) Des notes d'honoraires encaissées par les deux actionnaires et non déclarées comme des gains accessoires découlant d'une activité lucrative indépendante. Ces honoraires provenaient de mandats conclus antérieurement par les deux associés dans le cadre de la société simple. Ces montants n'avaient pas été comptabilisés dans les comptes de la société anonyme et avaient été crédités sur un compte distinct. La part de chacun d'eux se montait, pour les années 1989 à 1992, à 45'072 fr. après la déduction forfaitaire des frais d'acquisition du revenu.
d) Le produit de la vente d'une Golf, par 10'000 fr., encaissé par M. B._ le 8 septembre 1992, alors qu'il s'agissait d'un actif de la société A._ SA. La société avait entièrement pris à sa charge le leasing du véhicule par 16'000 fr.
Enfin, d'autres corrections étaient opérées (loyer complémentaire, intérêts d'un compte Raiffeisen, etc.), lesquelles n'ont toutefois pas été qualifiées de soustraction fiscale.
Les avis de prochaine clôture mentionnaient au demeurant que les soustractions d’impôt constatées étaient susceptibles de donner lieu à des amendes, voire à une poursuite pénale.
M. C._ et M. B._ ont été entendus par l'autorité intimée en date du 2 mai 1996. Au cours de cet entretien, les contribuables ont déclaré qu'ils admettaient les reprises envisagées par l'ACI.
D. a) Le 29 mai 1996, l'ACI a notifié à la société, ainsi qu'aux époux B._ et C._, des décisions de taxation définitive, des rappels d'impôt et des prononcés d'amendes, pour les périodes comprises entre 1987-1988 et 1993-1994, dont le détail s'établit comme il suit :
A._ SA:
Impôt fédéral direct:
Période fiscale Différence annuelle Proportion des Reprises d'impôt Amendes (coefficient)
entre éléments impôts soustraits par période
imposés et imposables par rapport à une
(moyenne) taxation exacte
1987-1988 8'000.- 67.41% 1'847.20 1'400.- (0.75)
1989-1990 11'100.- 36.27% 2'175.60 1'700.- (0.78)
1991-1992 15'800.- 55.75% 3'491.60 100.- (tentative)
Impôt cantonal et communal:
Période fiscale Différence annuelle Proportion des montants Reprises d'impôts Amendes
entre éléments non déclarés par rapport par période (coefficient)
imposés et imposables à une taxation exacte
(moyenne)
1987-1988 8'000 59.22% 5'616.80 2'750 (0.49)
1989-1990 11'100.- 37.09% 7'953.50 3'900 (0.49)
1991-1992 17'400 10'852.70 maj. 10%
M. B._:
Impôt fédéral direct:
Période fiscale Différence annuelle Reprises d'impôt Amendes (coefficient)
éléments imposés par période
et imposables
(moyenne)
1987-1988 9'200.- 1'724.80 1'300.- (0.75)
1989-1990 6'100.- 842.- 600.- (0.7)
1991-1992 49'100.- 9'754.- 7'500.- (0.76)
1993-1994 40'700.- 3'346.- 0.-
Impôt cantonal et communal:
Période fiscale Différence annuelle Proportion des montants Reprises d'impôts Amendes
entre les éléments non déclarés par rapport par période (coefficient)
imposés et imposables à une taxation exacte
(moyenne)
1987-1988 10'500.- 10.25% 4'518.70 2'200.- (0.48)
1989-1990 6'200.- 7.48% 2'342.35 1'100.- (0.47)
1991-1992 57'900.- 23'318.90 maj. 10%
1993-1994 59'700.- 20'303.15 maj. 10%
M. C._:
Impôt fédéral direct:
Période fiscale Différence annuelle Reprises d'impôt Amendes (coefficient)
entre éléments imposés par période
et imposables (moyenne)
1987-1988 13'100.- 2'490.40 1'800.- (0.7)
1989-1990 2'800.- 280.- 200.- (0.7)
1991-1992 50'650.- 9'068.10 7'000.- (0.77)
1993-1994 36'500.- 2'462.- 0.-
Impôt cantonal et communal:
Période fiscale Différence annuelle Proportion des montants Reprises d'impôts Amendes
entre éléments imposés non déclarés par rapport par période (coefficient)
et imposables (moyenne) à une taxation exacte
1987-1988 13'500.- 14.08% 5'682.40 2'700.- (0.47)
1989-1990 2'800.- 4.12% 1'024.40 450.- (0.44)
1991-1992 58'350.- 23'869.65 maj. 10%
1993-1994 53'000.- 18'502.10 maj. 10%
En droit cantonal, les prononcés d'amendes à l'encontre des trois contribuables sont fondés sur l'art. 128 al. 2 lettre b de la loi sur les impôts directs cantonaux (LI). En droit fédéral, en vertu du principe de la loi la plus favorable, ceux-ci sont fondés sur les art. 175 al. 2 et 176 de la loi sur l'impôt fédéral direct (LIFD) pour la société et sur l'art. 175 LIFD pour M. B._ et M. C._.
E. Par acte du 1er juillet 1996, A._ SA, les époux C._ et les époux B._ ont interjeté un recours auprès du Tribunal administratif contre les prononcés d'amendes rendus le 29 mai 1996 en matière d'impôts cantonal et communal (en réalité, ils ont expressément contesté les amendes fondées sur l'art. 175 LIFD et produit les décisions prises en application de la LI). Ils concluent à ce que les décisions attaquées soient réformées, en ce sens qu'ils sont libérés de toute amende.
A l'appui de leurs conclusions, les recourants font valoir que, depuis 1984, ils ont confié le mandat de tenir leur comptabilité et d'établir leurs déclarations d'impôt à la fiduciaire Michel Favre SA. Ne s'estimant pas des spécialistes du droit fiscal, ils n'ont pas vérifié leurs déclarations d'impôt avant de les signer. Ils prétendent que s'ils avaient procédé à une telle vérification, ils n'auraient probablement pas été en mesure de constater les irrégularités qui leur sont reprochées. De ce fait, ils soutiennent que l'élément subjectif de l'infraction fiscale fait défaut, et qu'on ne saurait même leur reprocher une négligence. Il s'ensuit qu'ils devraient être libérés de toute amende. En revanche, le montant des reprises n'est pas contesté.
Le 1er juillet 1996 également, les recourants ont simultanément déposé une réclamation auprès du Chef du Département des finances contre les prononcés d'amendes rendus en matière d'impôt fédéral direct.