Decision ID: af97b3ee-a186-4623-a81d-c39dfea18074
Year: 2012
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
Le 16 juillet 2009, X._, de nationalité algérienne, née X._ le 26 juin 1970, a épousé Y._, au bénéfice d’une autorisation d’établissement, à Tlemcen en Algérie. Le 2 avril 2010, X._ est arrivée en Suisse et une autorisation de séjour lui a été délivrée le 3 avril 2010.
B.
Le 5 janvier 2011, une ordonnance de mesures provisionnelles a été rendue par le Président du Tribunal civil d’arrondissement de Lausanne impartissant à X._ un délai au 31 janvier 2011 pour quitter le domicile conjugal.
Par courrier du 9 janvier 2011, Y._ a informé le Service de la population (ci-après: SPOP) de la séparation de fait avec X._. Le document établi le 11 janvier 2011 par le Service du contrôle des habitants de la Ville de Lausanne indique que les époux se sont séparés en date du 5 janvier 2011. Selon la lettre adressée par X._ au SPOP, reçue en date du 18 février 2011, elle aurait quitté le domicile conjugal le 15 février 2011.
C.
Le 13 avril 2011, le SPOP a informé X._ de son intention de révoquer son autorisation de séjour et lui a imparti un délai pour se déterminer à ce sujet. Celle-ci a déposé ses observations le 12 mai 2011. Elle invoque l’existence de raisons personnelles majeures au sens de l’art. 50 al. 1 let. b de
loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20)
, faisant valoir en particulier qu’elle a subi des violences physiques et psychologiques durant la vie commune avec son mari et fait une fausse couche en raison des pressions exercées par celui-ci.
Par décision du 27 juin 2011, le SPOP a révoqué l’autorisation de séjour de X._ et prononcé son renvoi de Suisse.
D.
Le 21 juillet 2011, X._ a interjeté recours contre cette décision auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (ci-après: CDAP), concluant, avec suite de frais et dépens, principalement à ce que l’autorisation de séjour soit maintenue et son renvoi de Suisse annulé et, subsidiairement, à ce que la décision soit annulée et le dossier de la cause renvoyé au SPOP pour nouvelle décision dans le sens des considérants. Dans son mémoire, elle reprend les arguments exposés dans ses observations et ajoute que ses efforts d’intégration depuis son arrivée en Suisse sont importants, ayant réussi à tisser des liens sociaux et trouvé seule un emploi à 100 % malgré le fait que son époux lui ait interdit de procéder à des recherche en ce sens. A l'appui de son recours, elle produit notamment deux rapports médicaux établis par le Centre universitaire romand de médecine légale et le Service de gynécologie du Centre hospitalier universitaire vaudois le 24, respectivement 27 septembre 2010. Le rapport du 24 septembre 2010 contient les lignes suivantes:
"Selon les déclarations de Mme X._, le samedi 4 septembre 2010 vers 19h45, quand son mari est rentré, il l'a rejointe dans la cuisine et aussitôt il l'a insultée et dénigrée. Comme il le fait régulièrement depuis un mois, il a menacé Mme X._ de la "renvoyer" en Algérie, leur pays d'origine. Puis il a réclamé le téléphone portable, la carte bancaire, le porte-clés et le portefeuille de Mme X._ qui les lui a remis. Elle a cependant réussi à conserver ses documents d'identité et ses clés. "Choquée" par le comportement de son mari, Mme X._ s'est "sentie mal", d'autant plus qu'elle était à jeun depuis le matin. Mme X._ a ensuite ressenti "une forte pression" dans le bas du dos, se propageant aux jambes. Elle est allée s'allonger et, peu après, elle a présenté une hémorragie génitale qui s'est poursuivi pendant plusieurs jours.
Le 27 septembre 2010, Mme X._ a consulté au Département de Gynécologie-Obstétrique du CHUV.
Par ailleurs, depuis les faits susmentionnés, Mme X._ fait état d'une grande fatigue et d'insomnies."
Le SPOP a déposé sa réponse le 18 août 2011 et conclu au rejet du recours, considérant que l’existence de violences conjugales n’a pas été établie à satisfaction de droit et qu’au surplus la réintégration d’X._ dans son pays d’origine n’apparaît nullement compromise.
Par décision du 16 août 2011, la recourante a obtenu le bénéfice de l’assistance judiciaire dans le cadre de la présente procédure.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD.
2.
La recourante a requis la tenue d'une audience pour lui permettre de s'exprimer oralement, invoquant les "
enjeux considérables"
soulevés par le recours. Il n’a pas été donné suite à cette requête. Les éléments figurant au dossier de la cause suffisent à forger la conviction du tribunal. La mesure d’instruction requise n'apparaît ni nécessaire ni utile à l'établissement des faits pertinents pour l'issue du litige; elle ne pourrait amener la cour de céans à modifier son opinion (voir arrêt 2A.5/2007 du 23 mars 2007 consid. 3.4; ATF 130 II 425 consid. 2.1 p. 429 et les arrêts cités).
3.
a) Les ressortissants étrangers ne bénéficient en principe d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail, sauf s'ils peuvent le déduire d'une norme particulière du droit fédéral ou d'un traité international (ATF 130 II 281 consid. 2.1 p. 284, 493 consid. 3.1 p. 497/498; 128 II 145 consid. 1.1.1 p. 148, et les arrêts cités).
Aux termes de l’art. 43 LEtr, le conjoint étranger du titulaitre d’une autorisation d’établissement a droit à l’octroi d’une autorisation de séjour et au renouvellement de celle-ci, à condition de vivre en ménage commun avec son conjoint (al. 1); après un séjour légal ininterrompu de cinq ans, le conjoint a droit à une autorisation d’établissement (al. 2).
L'art. 50 al. 1 let. a LEtr prévoit qu'après dissolution de la famille, le droit du conjoint à une autorisation de séjour en vertu de l'art. 43 LEtr subsiste si l'union conjugale a duré au moins trois ans et que l'intégration est réussie.
b) Aussi longtemps que la recourante vivait sous le même toit que son mari, elle disposait d’un droit à l’autorisation de séjour au regard de la disposition précitée. Ce droit s’est toutefois éteint à la fin de la vie commune, qui a duré moins de trois ans. En l’espèce en effet, le mariage a été célébré le 16 juillet 2009 et la recourante et son mari ne forment plus une communauté conjugale depuis le 15 février 2011 au plus tard. La recourante ne peut donc plus se prévaloir de l'art. 43 al. 1 LEtr. Reste à savoir si d’autres dispositions lui permettent d'obtenir un titre de séjour en Suisse. La recourante se prévaut à cet égard de l’art. 50 al. 1 let. b LEtr, à teneur duquel après dissolution de la famille, le droit du conjoint à l’autorisation de séjour et à la prolongation de celle-ci subsiste lorsque la poursuite du séjour en Suisse s’impose pour des raisons personnelles majeures.
4.
a) L’art. 50 al. 2 LEtr - repris à l'art. 77 al. 2 OASA - précise que les raisons personnelles majeures visées à l'al. 1 let. b sont notamment données lorsque le conjoint est victime de violence conjugale et que la réintégration sociale dans le pays de provenance semble fortement compromise. Selon la jurisprudence, l'art. 50 al. 1 let. b et 2 LEtr a pour vocation d'éviter les cas de rigueur ou d'extrême gravité. Ces dispositions ne sont pas exhaustives (voir le terme
"notamment"
) et laissent aux autorités une certaine liberté d'appréciation humanitaire. La violence conjugale ou la réintégration fortement compromise dans le pays d'origine peuvent revêtir une importance et un poids différents dans cette appréciation et, selon leur intensité, suffire isolément à admettre l'existence de raisons personnelles majeures (ATF 136 II 1 consid. 5.3; arrêt 2C_663/2009 du 23 février 2010 consid. 3). S’agissant de la violence conjugale, il faut toutefois qu’il soit établi que l’on ne peut exiger plus longtemps de la personne admise dans le cadre du regroupement familial qu’elle poursuive l’union conjugale, parce que cette situation risque de la perturber gravement. La violence conjugale doit par conséquent revêtir une certaine intensité (ATF 136 II 1 consid. 5.3). En ce qui concerne la réintégration sociale dans le pays de provenance, l'art. 50 al. 2 LEtr exige qu'elle semble fortement compromise (
"stark gefährdet"
). La question n'est pas de savoir s'il est plus facile pour la personne concernée de vivre en Suisse, mais uniquement d'examiner si, en cas de retour dans le pays d'origine, les conditions de sa réintégration sociale, au regard de sa situation personnelle, professionnelle et familiale, seraient gravement compromises (arrêt 2C_663/2009 précité consid. 3 in fine et les références).
b) En l’occurrence, la recourante se prévaut en premier lieu des violences physiques qu’elle aurait subies durant la vie commune avec Y._, se référant au rapport de consultation établi le 24 septembre 2010 par le Centre universitaire romand de médecine légale ainsi qu’à celui établi le 27 septembre 2010 par le Service de gynécologie du Centre hospitalier universitaire vaudois. Le premier document ne rapporte toutefois que les déclarations de la recourante, lesquelles n’ont pas été confirmées par d’autres éléments. En particulier, la recourante n’allègue ni ne prouve avoir fait l’objet d’un suivi médical ou psychologique. Elle n’a en outre pas porté plainte. Quant au second rapport, il ne permet pas non plus de constater un degré de gravité justifiant la mise en oeuvre de l'art. 50 al. 1 let. b LEtr. De plus, aucun élément du dossier ne permet de prouver que l’hémorragie génitale de la recourante soit due aux pressions exercées par Y._. Par ailleurs, dans son courrier du 9 janvier 2011 au SPOP, celui-ci conteste l’existence de violences physiques durant la vie conjugale. S’agissant des violences psychologiques alléguées, que ce soit l’interdiction faite par Y._ de trouver un travail, les insultes ou la recherche d’une nouvelle épouse par celui-ci alors qu’il ne partageait une vie commune avec la recourante que depuis quatre mois, elles ne sont pas établies à satisfaction de droit et ne paraissent pas, au demeurant, atteindre le degré de gravité requis.
De même, le critère des difficultés de réintégration dans le pays d'origine n’est pas réalisé en l’espèce. En effet, la recourante a passé l’essentiel de sa vie en Algérie où elle a effectué des études supérieures de chimie et a travaillé durant plusieurs années avant de venir en Suisse. Dans ses observations, elle indique avoir "
tout quitté pour se rendre en Suisse, notamment sa famille et ses amis"
et avoir "
vendu le commerce qu’elle possédait en Algérie
". Mis à part cet élément, au demeurant non prouvé, la recourante ne fait pas état de possibles difficultés de réintégration dans son pays d’origine. Enfin, les liens sociaux que la recourante aurait tissés en Suisse, le fait qu’elle a réussi à trouver un emploi à 100 % malgré l’interdiction que lui aurait formulée son époux ainsi que l’absence d’inscription aux registres de poursuite et judiciaire ne constituent pas des éléments lui permettant de se prévaloir d’attaches particulièrement étroites avec la Suisse.
5.
Les considérants qui précèdent conduisent dès lors au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. Pour l’indemnisation du mandataire d’office, les dispositions régissant l’assistance judiciaire en matière civile sont applicables par analogie (art. 18 al. 5 LPA-VD). La loi du 24 novembre 1981 sur l’assistance judiciaire en matière civile, à laquelle renvoie l’art. 18 al. 5 LPA-VD, a été abrogée par le Code de droit privé judiciaire vaudois, du 12 janvier 2010 (CDPJ, RSV 211.02), entré en vigueur le 1
er
janvier 2011. L’art. 39 al. 5 CDPJ délègue au Tribunal cantonal la compétence de fixer les modalités de la rémunération des conseils et le remboursement. Conformément à l’art. 2 al. 4 du règlement du Tribunal cantonal du 7 décembre 2010 sur l’assistance judiciaire en matière civile (RAJ, RSV 211.02.3), le montant de l’indemnité figure dans le disposition du jugement au fond. Pour la fixation de l’indemnité, on retient le taux horaire de 180 fr.
(art. 2 RAJ). Selon la liste des opérations produites le 6 février 2012, le mandataire d’office indique avoir consacré 9 heures pour les opérations de la cause, ce qui semble adéquat. Il convient dès lors d’allouer au mandataire d’office une indemnité de 1620 fr., montant auquel s’ajoute celui des débours, par 100 fr., soit 1720 fr. Compte tenu de la TVA au taux de 8% (toutes les opérations ayant été effectuées en 2011 et 2012), l’indemnité totale s’élève ainsi à 1857,60 fr.