Decision ID: 33372d33-f6f1-499d-9499-8d1df46c3447
Year: 2015
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Par demande d'entraide du 26 mars 2014, le Juge d'instruction auprès du
Tribunal de Grande Instance de Paris (ci-après: l'autorité requérante) a
transmis une commission rogatoire internationale aux autorités suisses pour
les besoins d'une procédure pénale dirigée notamment contre B. et A. des
chefs d'abus de biens sociaux, blanchiment en bande organisée d'abus de
biens sociaux, ainsi que de complicité et de recel de ces délits au sens du
Code de commerce et du Code pénal français (act. 1.2).
B. Il ressort de la commission rogatoire que les infractions poursuivies auraient
été commises au préjudice de la société C., devenue par la suite la société
D. De 2009 à 2012, la société D., dirigée par B., aurait versé des montants
significatifs sur des comptes au nom de trois sociétés de sous-traitance, dont
la société égyptienne E. Ces versements seraient à première vue justifiés
par les relations économiques que la société D. entretiendrait avec lesdites
sociétés. Toutefois, l'enquête française démontrerait que d'autres
versements sans justification économique apparente auraient également été
effectués par la société D. en faveur de ces sociétés. Il a été établi également
que B. aurait une procuration sur des comptes français des trois sociétés de
sous-traitance. La quasi-totalité des fonds versés auxdites sociétés aurait
été par la suite transférée directement ou indirectement à B. et A.
notamment, ce qui leur aurait permis d'acquérir des biens meubles ou
immeubles en France. La modalité utilisée pour effectuer ces transferts – au
moyen de sociétés off-shore ou par des chèques remis à l'étranger pour
l'encaissement – serait propre à dissimuler ces mouvements de capitaux
(act. 1.2).
C. Dans le cadre de son enquête, l'autorité requérante a identifié plusieurs
comptes bancaires suisses, dont le compte n° 1 au nom de A. ouvert auprès
de la banque F., à Genève, sur lequel il aurait été versé un montant
d'EUR 166'000.-- en provenance de la société E. Elle a dès lors demandé la
documentation bancaire concernant ce compte, ainsi que le séquestre des
avoirs y déposés. Elle a également établi que A. aurait encaissé un chèque
d'EUR 689'000.-- provenant de la société E. sur un compte non identifié, dont
elle demande à être renseignée (act. 1.2, p. 3-4).
D. Chargé de l'exécution de la demande d'entraide par l'Office fédéral de la
justice (ci-après: OFJ), par décision du 26 mars 2014, le Ministère public du
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canton de Genève (ci-après: MP-GE) est entré en matière sur celle-ci et a
ordonné son exécution par ordonnances séparées (dossier MP-GE).
E. Par ordonnance du 26 mars 2014, le MP-GE a ordonné à la banque F., le
dépôt des pièces en relation avec les mouvements identifiés par l'autorité
requérante, ainsi que le séquestre des avoirs concernés (dossier MP-GE).
F. Par ordonnance du même jour, complétée le 27 mars 2014, le MP-GE a
également ordonné à la banque G. le dépôt des pièces relatives aux
mouvements identifiés par l'autorité requérante et la documentation bancaire
des comptes dont A. serait titulaire, ayant droit économique ou bénéficiaire
d'une procuration. Il a, au surplus, ordonné le séquestre des avoirs déposés
sur ces comptes (dossier MP-GE).
G. Par décision de confirmation d'admissibilité et de clôture de la procédure
d'entraide du 25 août 2014, le MP-GE a ordonné la transmission à l'autorité
requérante des documents bancaires relatifs notamment aux comptes au
nom de A. n° 2, 3, 4, 5 ouverts auprès de la banque G., et n° 6 et 7 ouverts
auprès de la banque F.
H. Par mémoire du 25 septembre 2014, A. a recouru contre ladite décision et
conclu à son annulation, à que la demande d'entraide soit déclarée
irrecevable, à la levée du séquestre sur ses comptes et au rejet de la
demande d'entraide du 26 mars 2014 (act. 1).
I. Invités à déposer leurs observations, le MP-GE et l'OFJ ont conclu au rejet
dudit recours (act. 9 et 11).
J. Par courrier du 5 décembre 2014, le MP-GE a informé la Cour de céans de
son ordre de lever le séquestre frappant les comptes précités notamment
(act. 13).
Les arguments et moyens de preuve des parties seront repris, si nécessaire,
dans les considérants en droit.
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La Cour considère en droit:
1.
1.1 L'entraide judiciaire entre la République française et la Confédération suisse
est prioritairement régie par la Convention européenne d'entraide judiciaire
en matière pénale (CEEJ; RS 0.351.1), entrée en vigueur pour la Suisse le
20 mars 1967 et pour la France le 21 août 1967, ainsi que par l'Accord
bilatéral complétant cette Convention (RS 0.351.934.92), conclu le
28 octobre 1996 et entré en vigueur le 1er mai 2000. Les art. 48 ss de la
Convention d'application de l'Accord de Schengen du 14 juin 1985 (CAAS;
n° CELEX 42000A0922[02]; Journal officiel de l'Union européenne L 239 du
22 septembre 2000, p. 19-62) s'appliquent également à l'entraide pénale
entre la Suisse et la France (v. arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2008.98
du 18 décembre 2008, consid. 1.3). Peut également s'appliquer, en
l'occurrence, la Convention européenne relative au blanchiment, au
dépistage, à la saisie et à la confiscation des produits du crime (CBl;
RS 0.311.53). Les dispositions de ces traités l'emportent sur le droit
autonome qui régit la matière, soit la loi fédérale sur l'entraide internationale
en matière pénale (EIMP; RS 351.1) et son ordonnance d'exécution (OEIMP;
RS 351.11). Le droit interne reste toutefois applicable aux questions non
réglées, explicitement ou implicitement, par le traité et lorsqu'il est plus
favorable à l'entraide (ATF 137 IV 33 consid. 2.2.2; 136 IV 82 consid. 3.1;
129 II 462 consid. 1.1; 124 II 180 consid. 1.3; arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2010.9 du 15 avril 2010, consid. 1.3). Le principe du droit le plus
favorable à l'entraide s'applique aussi pour ce qui concerne le rapport entre
elles des normes internationales pertinentes (v. art. 48 par. 2 CAAS;
art. 39 CBl). L'application de la norme la plus favorable doit avoir lieu dans
le respect des droits fondamentaux (ATF 135 IV 212 consid. 2.3; 123 II 595
consid. 7c).
1.2 La Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral est compétente pour
connaître des recours dirigés contre les décisions de clôture de la procédure
d'entraide rendues par les autorités cantonales ou fédérales d'exécution et,
conjointement, contre les décisions incidentes (art. 25 al. 1 et 80e al. 1 EIMP,
mis en relation avec l'art. 37 al. 2 let. a ch. 1 de la loi fédérale sur
l'organisation des autorités pénales de la Confédération [LOAP; RS 173.71]).
1.3 Selon l'art. 80h let. b EIMP, la qualité pour recourir contre une mesure
d'entraide judiciaire est reconnue à celui qui est personnellement et
directement touché par celle-ci. Aux termes de l'art. 9a let. a OEIMP, est
notamment réputé personnellement et directement touché au sens des
art. 21 al. 3 et 80h EIMP, en cas d'informations sur un compte, le titulaire du
compte dont les documents font l'objet de la décision de clôture. En
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application de ces principes, A. est admis à s'opposer à la transmission des
documents bancaires relatifs aux relations n° 2, 3, 4 et 5 ouvertes auprès de
la banque G., et n° 6 et 7 ouvertes auprès de la banque F.
1.4 Le délai de recours contre l'ordonnance de clôture est de 30 jours dès la
communication écrite de celle-ci (art. 80k EIMP). Déposé à un bureau de
poste suisse le 25 septembre 2014, le recours est intervenu en temps utile
(act. 1).
1.5 Le recours étant recevable, il y a lieu d'entrer en matière.
2. Le recourant fait valoir que la demande d'entraide française serait
irrecevable sous l'angle de l'art. 3 al. 3 EIMP, étant donné qu'elle se
fonderait, entre autres, sur des présumés actes de nature fiscale. Dans la
décision querellée, le MP-GE conclurait également que l'état de fait de la
demande correspondrait en droit suisse notamment à de l'escroquerie fiscale
(act. 1).
2.1 Aux termes de l'art. 3 al. 3 EIMP, une demande d'entraide est irrecevable si
la procédure étrangère vise un acte qui paraît tendre à diminuer les recettes
fiscales. L'entraide peut en revanche être accordée pour la répression d'une
escroquerie fiscale (let. a). Cette limitation n'est désormais valable qu'en
matière d'impôts directs et non pour la TVA ou les taxes douanières
(v. art. 50 CAAS).
2.2 En l'occurrence, il ressort de la commission rogatoire que les autorités
françaises enquêtent sur les agissements commis notamment par des
membres de la famille A. et B. Il est reproché à B., en tant que président de
la société D., d'avoir détourné des fonds de cette société par le biais d'un
système de surfacturation, ainsi que d'avoir récupéré ces fonds à son propre
avantage ou à celui de tiers. Ces actes correspondent prima facie en droit
suisse aux infractions de gestion déloyale et d'abus de confiance au sens
des art. 158 et 138 du Code pénal suisse (CP; RS 311.0). La méthode
utilisée pour recouvrer ces montants, notamment au moyen de comptes de
sociétés off-shore ou par l'encaissement de chèques remis à l'étranger, est
par ailleurs propre à entraver l'identification desdites valeurs patrimoniales,
ce qui rend ces faits, au égard du principe de la double punissabilité,
qualifiables également de blanchiment au sens de l'art. 305bis CP. Cet
examen ressort de la décision d'entrée en matière émise par le MP-GE le
26 mars 2014 (cf. supra consid. D.; dossier MP-GE).
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Comme l'indique le recourant dans son recours, l'autorité a notamment
identifié un virement en faveur de A. d'EUR 166'000.-- de la part de la société
E. Elle a également établi que A. aurait encaissé un chèque d'EUR 698'000.-
- provenant aussi de la société E. Cette société de sous-traitance, impliquée
dans l'enquête française, aurait perçu une partie des montants détournés.
L'autorité requérante suspecte dès lors que les sommes reçues par A.
pourraient provenir de la surfacturation au préjudice de la société D.
Contrairement à ce qui est indiqué dans la décision de clôture, il n'y a en
revanche pas d'indices permettant de conclure que l'autorité requérante
poursuivrait des infractions fiscales, de sorte que l'application de l'art. 3 al. 3
EIMP doit être exclue en l'espèce. A toutes fins utiles, il y a lieu de rappeler
que, dans l'hypothèse où une procédure fiscale, en relation avec la présente
procédure devait avoir lieu en France, l'autorité d'exécution a pris le soin de
réserver le principe de la spécialité lors de la transmission des pièces
bancaires concernées (act. 1.2, p. 5), ce qui paraît propre à prévenir toute
utilisation abusive des renseignements transmis, et ne nécessite pas de
rappel plus explicite. En effet, la réserve de la spécialité empêche l'autorité
requérante d'utiliser les moyens de preuve recueillis en Suisse pour la
poursuite d'infractions pour lesquelles la Suisse n'accorde pas l'entraide, en
particulier pour la répression de pures infractions fiscales.
Au vu de ce qui précède, ce grief doit être rejeté.
3. Dans son mémoire, le recourant s'en prend à la mesure de saisie des avoirs
déposés sur ses compte. Ce grief n'est pas pertinent vu que le blocage
frappant ses avoirs a été levé intégralement en cours de procédure, suite à
un accord intervenu entre les prévenus à la procédure française et l'autorité
requérante (act. 13). Le recours est partant devenu sans objet, en tant qu'il
est dirigé contre la saisie.
4. Les considérants qui précédent conduisent au rejet du recours.
5. En règle générale, les frais de procédure comprenant l'émolument d'arrêté,
les émoluments de chancellerie et les débours sont mis à la charge de la
partie qui succombe (art. 63 al. 1 de la loi fédérale sur la procédure
administrative [PA; RS 172.021]). Le montant de l'émolument est calculé en
fonction de l'ampleur et de la difficulté de la cause, de la façon de procéder
des parties, de leur situation financière et des frais de chancellerie (art. 73
al. 2 LOAP). Le recourant supportera ainsi les frais du présent arrêt fixés à
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CHF 4'000.-- (art. 73 al. 2 LOAP et art. 8 al. 3 du règlement du Tribunal pénal
fédéral sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la procédure
pénale fédérale [RFPPF; RS 173.713.162 ] et art. 63 al. 5 PA). Le recourant
ayant versé un total de CHF 7'000.-- à titre d'avance de frais (act. 3),
l'émolument du présent arrêt est dès lors entièrement couvert par celle-ci.
Le solde de CHF 3'000.-- lui est restitué.
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