Decision ID: 051a7fe5-1ef3-5c5e-a8cc-17c4dda4ea3b
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
A_, née le _ 1929, veuve, vit avec son fils F_, né le _ 1966, dans un appartement sis 1_ à Genève.
Durant le mois de septembre 2017, un employé de [la régie immobilière] G_ s'est rendu dans l'appartement en cause et a constaté que celui-ci était délabré. Il résulte par ailleurs des photographies versées au dossier qu'il est également extrêmement encombré, notamment par des piles de cartons qui atteignent le plafond. Lors de sa visite, l'employé de G_ avait aperçu "une forme bizarre sous une couverture dans la chambre à coucher".
La police a effectué une enquête et rendu un rapport le 21 septembre 2017, dont il ressort que les voisins n'avaient plus vu A_ depuis au moins deux ans. Intervenue de force dans l'appartement, la police y a trouvé l'intéressée, alitée. Son fils, qui a contesté séquestrer sa mère, a déclaré n'avoir aucun revenu et vivre grâce à la rente perçue par cette dernière. L'extrait du registre des poursuites fait état de poursuites à l'encontre de A_, initiées notamment par une assurance maladie et l'administration fiscale.
Le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a été saisi.
b)
Par ordonnance du 13 novembre 2017, le Tribunal de protection, statuant sur mesures superprovisionnelles, a institué une curatelle de portée générale en faveur de A_ et a désigné deux intervenantes en protection de l'adulte aux fonctions de curatrice.
c)
Par décision du 21 novembre 2017, D_, avocat, a été désigné en qualité de curateur d'office de A_, aux fins de la représenter dans la procédure pendante devant le Tribunal de protection.
Un curateur d'office, en la personne de H_, avocat, a également été désigné à F_.
d)
Une audience a eu lieu devant le Tribunal de protection le 5 décembre 2017, à laquelle A_ n'était pas présente. F_ a expliqué aider sa mère sur le plan administratif, s'occuper des courses et des paiements et la représenter dans le cadre de certaines démarches qu'elle ne souhaitait pas effectuer. En contrepartie, elle lui offrait le gîte et le couvert. Il souhaitait toutefois reprendre ses études au sein de [l'université privée] de I_ en Angleterre. Lorsque la police était intervenue en septembre 2017, sa mère et lui préparaient leur déménagement, en vue de permettre l'assainissement de leur logement, des entreprises ayant été contactées pour ce faire.
H_, qui assistait F_ lors de cette audience, a indiqué avoir rencontré A_, laquelle avait des problèmes d'ouïe, mais était pleine d'énergie et s'exprimait clairement; l'entente entre la mère et le fils lui avait paru bonne.
d)
Par courrier du 7 décembre 2017 adressé au Tribunal de protection, A_ a déclaré s'opposer à toute mesure.
Dans un nouveau courrier du 10 janvier 2018, elle a affirmé être une personne certes âgée, mais volontaire, indépendante et disposant de toutes ses facultés. Elle était aidée, dans les tâches qu'elle ne souhaitait pas accomplir personnellement, par son fils F_ et par son autre fils J_. Elle se considérait plutôt en bonne santé pour son âge, était entourée de l'affection et du soin de ses enfants et de quelques proches. Elle payait ses factures, parfois avec un certain délai et les retraits opérés sur ses comptes par ses enfants étaient toujours documentés. Les poursuites entamées par son assurance maladie résultaient d'un ancien contentieux et son appartement était sur le point d'être remis en état, après un tri de ses effets personnels.
Ces deux courriers, dactylographiés, ont été signés à la main, en caractères de petites tailles, qui paraissent avoir été apposés par une main tremblante.
e)
Par courrier du 12 janvier 2018, D_ a indiqué au Tribunal de protection avoir rencontré A_ en compagnie de son fils F_. Elle s'était montrée affable, courtoise et sympathique, mais son discours était répétitif et plutôt déconnecté de la réalité en ce qui concernait les questions financières. Elle n'avait pas été en mesure de répondre à certaines questions simples et son fils avait répondu à sa place. Le curateur d'office avait requis la production de certaines pièces, qui ne lui avaient pas été communiquées, sous réserve d'un document concernant l'assurance maladie qui démontrait un arriéré de primes de plus de 1'900 fr. à la fin de l'année 2017.
f)
Par ordonnance du 19 janvier 2018, le Tribunal de protection, statuant sur mesures provisionnelles, a confirmé la mesure de curatelle de portée générale instituée le 13 novembre 2017 en faveur de A_.
g)
Par décision du 8 mai 2018, la Chambre de surveillance de la Cour de justice, sur recours de A_, a annulé la mesure de curatelle de portée générale instituée en faveur de cette dernière et a instauré une mesure de curatelle de représentation et de gestion ayant pour but la gestion des ressources de la personne concernée, le cas échéant la demande de prestations auxquelles elle pourrait avoir droit, ainsi que les relations avec la régie immobilière, la compagnie d'assurance maladie et les autres tiers avec lesquels la protégée était en rapport, dans le but notamment de remettre en état l'appartement dans lequel elle vivait, de manière à le rendre salubre.
h)
Par courrier du 2 juillet 2018, le Service de protection de l'adulte a informé le Tribunal de protection de ce que F_, qui s'était engagé à apporter aux curateurs tous les documents utiles à l'exercice du mandat, ne s'était pas exécuté. Pour le surplus, les curateurs, d'accord avec J_, allaient verser chaque semaine un peu d'argent sur le compte [auprès de la banque] K_ de A_, tout en s'assurant qu'il soit effectivement utilisé en faveur de celle-ci.
i)
Le Tribunal de protection a tenu une nouvelle audience le 11 septembre 2018, à laquelle A_ n'était pas présente, en raison du fait qu'elle se trouvait, selon le contenu d'un courrier adressé au Tribunal de protection, chez un médecin en Belgique. La représentante du Service de protection de l'adulte a indiqué qu'à sa connaissance, A_ vivait toujours avec son fils F_. Il était toutefois impossible de les joindre, puisqu'ils ne répondaient ni à la porte, ni au téléphone, ni aux courriers. La personne protégée percevait une rente AVS de 2'190 fr. par mois, ainsi que 4'254 fr. de rente LPP, qui continuait d'être versée sur son compte, alors que le Service de protection de l'adulte avait requis la Caisse de pension de la virer sur le compte du Service. Un retrait de 5'000 fr. avait été opéré le 17 août 2018; les curateurs n'étaient pas certains que le prélèvement ait été opéré par A_. Selon [la régie] G_, qui avait tenté en vain de se rendre chez A_, les voisins ne l'avaient plus revue depuis le mois de juin 2018 et s'en inquiétaient; ils entendaient parfois des disputes.
D_ a indiqué avoir perçu, chez A_, les symptômes de troubles cognitifs, même si elle parvenait à "faire illusion". Il était favorable à l'extension de l'instruction à un éventuel placement à des fins d'assistance et à la mise en oeuvre d'une expertise.
Le Tribunal a donné un délai à A_ pour qu'elle dépose sa liste de questions à l'attention de l'expert.
j)
Le 20 septembre 2018, le Service de protection de l'adulte informait le Tribunal de protection être sans nouvelles de A_ depuis fin juillet 2018. Elle se trouvait, selon les explications peu claires de ses deux fils, en Belgique, où vivait notamment sa soeur. Cette dernière était toutefois sans nouvelles et mettait en doute les explications de F_ et de J_.
k)
Dans un courrier du 25 septembre 2018 adressé au Tribunal de protection depuis Genève et mentionnant une boîte postale comme adresse, A_ a allégué, en substance, être suivie médicalement lorsque son état de santé l'exigeait (elle a produit une attestation de soins prodigués par le Dr L_, othorhinolaryngologue à Bruxelles dont la date est illisible et un certificat du Dr M_, du Centre médico-chirurgical N_ [GE], du 31 décembre 2017, lequel précise que A_ est orientée dans le temps et l'espace et ne présente pas de trouble de la mémoire). Elle a par ailleurs contesté être difficilement atteignable, a affirmé avoir retiré 5'000 fr. pour ses frais médicaux et a indiqué ne pas être en mesure d'énoncer les questions qu'elle souhaitait voir poser à un expert, puisqu'elle ignorait le contexte ou le domaine précis de l'expertise qui devait la concerner.
Ce courrier a été rédigé à la main, l'écriture étant claire et lisible; la signature apparaît différente de celle apposée sur les courriers précédents.
B.
Par ordonnance
DTAE/7181/2018
du 22 novembre 2018, le Tribunal de protection a, statuant préparatoirement, ordonné l'expertise psychiatrique de A_ (ch. 1 du dispositif), commis le Docteur E_ aux fonctions d'expert unique, l'autorisant, sous sa responsabilité, à désigner un médecin de son choix pour réaliser l'expertise (ch. 2), invité l'expert à prendre connaissance du dossier, entendre la personne concernée, s'entourer de tout renseignement utile et répondre à un certain nombre de questions portant notamment sur la capacité de A_ à assurer la sauvegarde de ses intérêts (ch. 3), un délai au 17 janvier 2019 lui étant imparti pour déposer son rapport (ch. 4).
Le Tribunal de protection a considéré, en substance, que l'état de A_,
tel qu'il ressortait des éléments recueillis, laissait transparaître un besoin de protection, compte tenu notamment du fait qu'elle semblait souffrir de troubles cognitifs vraisemblablement liés à l'âge, qui l'empêchaient de sauvegarder elle-même ses intérêts et la rendaient dépendante de l'un de ses fils, alors même qu'un risque d'abus avait été évoqué et que d'importantes démarches devaient être effectuées en sa faveur, notamment à l'égard de son assurance maladie et en lien avec l'assainissement de son logement. La situation était d'autant plus inquiétante que A_ était introuvable depuis plusieurs mois. Dans la mesure où le Tribunal de protection n'était pas en possession d'un avis médical récent, il convenait d'ordonner une expertise psychiatrique.
C.
a)
Le 20 décembre 2018, A_ a formé recours contre l'ordonnance du 22 novembre 2018, reçue le 10 décembre 2018; elle mentionnait son adresse au 1_ à Genève. Elle s'est prévalue du contenu du certificat médical du
Dr M_ établi le 31 décembre 2017 et a contesté tout besoin de protection, affirmant être en mesure de sauvegarder ses intérêts; la poursuite de la procédure était dès lors inutile. Elle a également nié être dépendante de son fils F_, affirmant que depuis plusieurs mois, elle ne vivait plus dans le même pays que lui; elle ne risquait pas d'être victime d'un abus, puisqu'elle était privée de tous moyens financiers. Pour le surplus, elle a affirmé revenir périodiquement à son domicile genevois et disposer d'une case postale de longue date. Elle entendait également pouvoir récupérer ses moyens financiers et déclarait recourir contre la décision prise concernant ce point.
Le recours est dactylographié; la signature, apposée par une main non tremblante, est similaire à celle figurant sur le courrier du 25 septembre 2018.
b)
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de l'ordonnance attaquée. Il a relevé que le recours avait visiblement été rédigé par un proche de A_, de même que les différents courriers qui lui avaient été adressés, lesquels avaient été, au mieux, signés par elle. Le Tribunal de protection n'avait jamais auditionné A_, laquelle avait fait défaut aux deux audiences convoquées. Faute d'un suivi médical, il n'existait aucun moyen moins intrusif qu'une expertise pour instruire le dossier.
c)
Le Service de protection de l'adulte a fait siens les arguments développés par le Tribunal de protection dans ses observations.
d)
Le pli adressé à A_ le 25 janvier 2019 par le greffe de la Chambre de surveillance, qui contenait la prise de position du Tribunal de protection, a été retourné non réclamé.
e)
Par avis du greffe de la Chambre de surveillance du 22 janvier 2019, la recourante et les intervenants à la procédure ont été informés de ce que la cause serait mise en délibération à l'échéance d'un délai de dix jours. Le pli destiné à la recourante a été retourné au greffe de la Cour, non réclamé.

EN DROIT
1.
1.1
Les ordonnances d'instruction se rapportent à la préparation et à la conduite des débats; elles statuent en particulier sur l'opportunité et les modalités de l'administration des preuves, ne déploient ni autorité, ni force de chose jugée et peuvent en conséquence être modifiées ou complétées en tous temps (Jeandin, Code de procédure civile commenté, 2011, Bohnet/Haldy/Jeandin/Schweizer/ Tappy ad art. 319 n. 14).
L'ordonnance querellée, qui ordonne l'expertise psychiatrique de la personne concernée, est une ordonnance d'instruction selon la définition rappelée ci-dessus.
1.2
Le Code civil ne prévoit aucune disposition particulière concernant les recours dirigés contre les ordonnances d'instruction rendues par le Tribunal de protection, de sorte qu'il convient de se référer au Code de procédure civile (CPC), à moins que les cantons aient fait usage de leur compétence de légiférer en la matière (Reusser, Basler Kommentar, Erwachsenenschutz, Geiser/Reusser ad art. 450b CC n. 8).
Les ordonnances d'instruction sont susceptibles d'un recours dans les dix jours (
DAS/43/2015
; art. 31 al. 1 let. c LaCC; 321 al. 2 CPC).