Decision ID: 6ad3b2f3-bbfe-5f84-8d43-59342f3f2198
Year: 2017
Language: fr
Court: BE_VB
Chamber: BE_VB_001
Canton: BE
Region: Espace_Mittelland
Law Area: public_law

I. Faits
1. Le 1er novembre 2015, l'intimé a déposé une demande de permis pour la rénovation
intérieure de son bâtiment principal (modification de la typologie des appartements –
création d'un appartement dans les combles) et la création de deux garages extérieurs. Le
bâtiment se trouve sur la parcelle no E._ du ban de Sonvilier, à la route
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F._3. Il figure au recensement architectural comme objet digne de conservation et
fait partie de l'ensemble bâti B K._ La parcelle en question se trouve en zone
Centre Village (CV). Le village de Sonvilier est désigné d’intérêt régional par l’Inventaire
fédéral des sites construits d’importance nationale à protéger en Suisse ISOS. Par courrier
du 22 mars 2016, le Service des monuments historiques du canton de Berne s'est opposé
au projet de rénovation tel que présenté. Après une modification du projet, le Service des
monuments historiques a proposé d'autoriser le projet sous conditions et charges.1 Les
recourants, propriétaires de la parcelle voisine no G._, ont fait opposition. Leur
bâtiment principal à la route F._ 5 figure aussi au recensement architectural
comme objet digne de conservation. Une séance de conciliation, qui n'a pas abouti à un
accord, a eu lieu le 5 juillet 2016. Le 4 novembre 2016, le Conseil municipal, agissant en
sa qualité de police des constructions, a autorisé le début anticipé pour la pose de trois
velux. Le 4 mai 2017, la commune de Sonvilier a octroyé le permis de construire.
2. Le 22 mai 2017, les recourants ont interjeté recours auprès de la Direction des
travaux publics, des transports et de l’énergie du canton de Berne (TTE). En substance, ils
concluent à l'annulation de la décision en ce qui concerne la construction du garage et de
la terrasse. Ils sont surtout d'avis que les conditions de réciprocité accordées à l'ancien
propriétaire et la distance à la limite ne sont pas respectées.
3. L’Office juridique, qui conduit les procédures de recours pour la TTE2, a requis le
dossier et dirigé l’échange des mémoires. Les faits et arguments de la cause sont abordés,
en tant que de besoin, dans les considérants ci-après.
1 Cf. dossier communal p. 37 s 2 Article 7 de l’ordonnance du 18 octobre 1995 sur l’organisation et les tâches de la Direction des travaux publics, des transports et de l’énergie (ordonnance d’organisation TTE, OO TTE ; RSB 152.221.191)
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II. Considérants
1. Recevabilité
Conformément à l'art. 40 al. 1 LC3, les décisions en matière de construction peuvent être
attaquées par voie de recours administratif auprès de la TTE dans les 30 jours qui suivent
leur notification. Les recourants, en tant que propriétaires de la parcelle voisine, ont la
qualité pour recourir. Les autres conditions de forme sont également remplies. Il y a donc
lieu d'entrer en matière sur le recours.
2. Gabarit
L'intimé prévoit une terrasse avec des garde-corps sur le toit du nouveau garage. Selon les
recourants, une paroi pleine sur le côté est hors gabarit. Selon les plans, la terrasse est
sécurisée par des garde-corps (côtés nord et ouest) respectivement une paroi (côtés est et
sud).
Parallèlement au dépôt de la demande de permis, le requérant doit piqueter et marquer par
un gabarit dans le terrain les limites extérieurs des constructions et installations projetées.
Le gabarit indiquera, notamment dans les angles des bâtiments, la hauteur des façades et
l'inclinaison des lignes du toit; pour les toits plats, il indiquera la hauteur du garde-corps ou
du bord du toit ainsi que, éventuellement, la hauteur totale au point de référence (art. 16
al. 1 DPC4). Le gabarit n'a qu'une fonction d'aide et vise à rendre publique la demande de
permis de construire. Pour savoir tous les détails d'un projet, les intéressés doivent
consulter les plans. Celui qui n'a subi aucun inconvénient d'un gabarit insuffisant, ne peut
en déduire aucun droit.5 Dans le cas présent, il n'est pas visible sur la base du dossier si le
gabarit satisfait aux exigences requises par l'art. 16 al. 1 DPC. Mais comme la hauteur des
garde-corps respectivement de la paroi est indiquée sur les plans de façade, les recourants
étaient en mesure de préserver leurs droits de procédure en dépit d'un éventuel vice de
forme. Ils ne peuvent tirer aucun droit de ce dernier.
3 Loi du 9 juin 1985 sur les constructions (LC, RSB 721.0) 4 Décret du 22 mars 1994 concernant la procédure d'octroi du permis de construire (DPC, RSB 725.1) 5 Zaugg/Ludwig, Kommentar zum Baugesetz des Kantons Bern, 4e éd., tome II, Berne 2013, art. 34 n. 20; JTA no 2015.348 du 24 juin 2016, consid. 2
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3. Distance à la limite
a) Les deux garages prévus, l'un au dessus de l'autre, sont une annexe à l'angle nord-
est du bâtiment principal de l'intimé. Vu de la route F._, le projet prévoit d'être
implanté à l'intérieur d'un interstice défini par le bâtiment principal de l'intimé et les garages
construits près de la limite par les recourants.6 En façade nord, l'annexe projetée est
presque alignée aux garages des recourants et légèrement plus haute que leurs garages.
Elle est sise proche de la limite de leur parcelle et quasi parallèle au chemin J._.
L'accès au garage inférieur est prévu par la route F._, l'accès au garage supérieur
par le chemin J._. En plus, la demande de permis de construire inclut l'utilisation
du toit de l'annexe comme terrasse.
b) Selon l'art. 213.1 al. 1 du règlement communal de construction (RCC), la zone Centre
Village constitue la partie historique du Village horloger du XIXème siècle, y compris les
constructions de l'époque préindustrielle. Elle se caractérise par une densité élevée des
constructions implantées généralement en ordre presque contigu et exceptionnellement en
ordre contigu le long des routes (art. 213.1 al. 2 RCC). En zone Centre Village les
distances aux limites et entre bâtiments sont déterminés de cas en cas en respectant le
mode traditionnel/préexistant d'implantation (art. 213.5 al. 1 RCC). Des constructions
annexes et contiguës peuvent être autorisées pour autant que leur architecture et leur
implantation ne portent pas atteinte à la qualité du site et / ou ne déparent pas l'aspect du
bâtiment (art. 213.4 al. 3 RCC).
c) Au vu de ce qui précède, le RCC prévoit en général l'ordre presque contigu
respectivement l'ordre contigu le long des routes dans la zone Centre Village. Dans les
zones à ordre presque contigu, les distances et les espaces entre bâtiments se définissent
selon l'usage local, respectivement selon la substance bâtie existante.7 Cette manière de
bâtir désigne l'implantation des constructions à très faible distance les unes des autres.
Soit elle résulte de facteurs topographiques ou climatiques (Oberland bernois), soit elle
repose sur la tradition ou un droit ancien, comme dans le Jura précisément.8
6 Cf. annexe 3 du mémoire de réponse 7 Cf. aussi art. 412.6 al. 1 RCC 8 Zaugg/Ludwig, Kommentar zum Baugesetz des Kantons Bern, 4e éd., tome I, Berne 2013, art. 13 n. 2; cf. aussi art. 15 du décret du 10 février 1970 concernant le règlement-norme sur les constructions, DRN, RSB 723.13
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Par conséquent, le RCC ne prescrit pas de distances aux limites et entre bâtiment fixes. Le
critère décisif pour savoir si une construction annexe ou contiguë peut être autorisée est
donc la protection du caractère traditionnel de la zone Centre Village et du bâtiment et non
le respect d'une distance prévue.9 Comme il s'agit là d'une prescription communale, la
commune jouit d'une certaine autonomie communale. Elle dispose d'une marge
d'appréciation dans l'interprétation des normes qu'elle est habilitée à édicter. Si cette
interprétation fait l'objet d'un recours, l'autorité de recours s'oblige à une certaine réserve et
se limite à examiner si la position de la commune quant au contenu, au sens et à la portée
de la norme est juridiquement acceptable. Dans cette mesure, l'autorité de recours ne
substitue pas sa propre interprétation à celle de la commune.10
d) Au vue de ce qui précède, il incombe en premier lieu à la commune de déterminer de
quelle façon elle interprète une disposition communale. La commune a autorisé le projet
conformément au rapport technique du Service des monuments historiques du canton de
Berne. Vu que la façade principale le long de la rue F._ reste intacte et que la
zone Centre Village se caractérise par une densité élevée des constructions implantées
généralement en ordre presque contigu, il n'y a ni excès ni abus du pouvoir d'appréciation
de la part de la commune.
4. Accord du 24 avril / 5 mai 1999
a) Le 24 avril 1999, les recourants ont prié l'ancien propriétaire de la parcelle no
E._ d'accepter leur demande de dérogation pour la distance à la limite pour
l'agrandissement d'un garage existant. Ils ont offert la réciprocité pour une construction
future "à hauteur" du garage qu'ils allaient construire. Par lettre du 5 mai 1999, l'ancien
propriétaire de la parcelle no E._ a accepté cette offre sous conditions non
pertinentes pour la présente affaire.
b) Les recourants invoquent que les conditions de réciprocité accordées à l'ancien
propriétaire ne sont pas respectées car le garage prévu est plus haut que le leur et la
réciprocité donnée à l'ancien propriétaire n'a porté que sur un garage à toit incliné. Selon
l'intimé les conditions de l'accord de 1999 sont remplies: Il est d'avis que la notion de
hauteur ne vise pas la hauteur mesurée depuis le sol, mais correspond à l'avancement de
9 Cf. art. 213.4 al. 3 RCC 10 Zaugg/Ludwig, Kommentar zum Baugesetz des Kantons Bern, 4e éd., tome II, Berne 2013, art. 65 n. 3
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la construction vers la chaussée; or le garage prévu sera aligné sur les garages agrandis
par les recourants sur le chemin J._. De plus, selon l'intimé, les plans remis le
24 avril 1999 par les recourants à l'ancien propriétaire font état d'un toit plat. L'intimé est
d'avis qu'il n'y a aucun motif à exclure l'utilisation du toit du garage à titre de terrasse.
Selon lui, de telles réalisations similaires se trouvent à proximité; les recourants en ont eux-
mêmes exécuté sur d'autres parcelles.
c) A l'époque quand les recourants ont construit leur garage, l'ancien règlement de
construction du janvier 1992 (RC) prévoyait qu'en zone centre-village l'édification de
constructions annexes et contiguës au sens des art. 20 et 35 RC peut être autorisée pour
autant qu'elles ne déparent pas l'aspect du bâtiment (art. 56 al. 3 RC). Selon l'art. 20 al 1
RC, il suffisait d'observer une distance à la limite de 2 m, pour autant que la hauteur des
constructions annexes et contiguës non habitées n'excède pas 3 m, celle du faîte 5 m et
celle de l'arête supérieure du garde-corps d'un toit plat 3.50 et que la superficie de leur
plancher ne soit supérieure à 50 m2. La construction à la limite était autorisée si le voisin
donnait son consentement écrit ou s'il était possible d'édifier la bâtisse en contiguïté à une
construction annexe voisine édifiée à la limite (art. 20 al 2 RC).
Selon le nouveau RCC, les petites constructions et annexes (PCA) doivent respecter sur
tous les côtés une distance à la limite de 2 mètres et sont limitées dans la hauteur totale
qui ne dépasse 5 mètres et la surface de plancher qui n'est pas supérieure à 60 m2. La
construction à la limite est possible si le voisin donne son consentement écrit. Donc, les
dimensions à respecter ont changé entre le projet des recourants et le projet de l'intimé. En
plus, s'agissant de la zone Centre Village, le nouveau RCC prévoit uniquement que des
constructions annexes et contiguës peuvent être autorisées pour autant que leur
architecture et leur implantation ne portent pas atteinte à la qualité du site et / ou de
déparent pas l'aspect du bâtiment (art. 213.4 al. 3 RCC). Le nouveau RCC ne renvoie donc
pas aux règlementations pour les petites constructions et annexes (PCA). En zone Centre
Village les distances aux limites et entre bâtiments sont déterminées de cas en cas en
respectant le mode traditionnel/préexistant d'implantation (art. 231.5 al. 1 RCC). Le critère
décisif pour savoir si une construction annexe ou contiguë peut être autorisée est donc la
protection du caractère traditionnel de la zone Centre Village et du bâtiment et non le
respect d'une distance prévue.11
11 Cf. art. 213.4 al. 3 RCC
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Au vu de ce qui précède, le projet de l'intimé ne doit pas respecter les mesures prévues
pour les petites constructions et annexes (PCA). Par conséquent, le consentement écrit
des recourants n'est pas nécessaire et les conditions de l'accord du 24 avril / 5 mai 1999
ne doivent pas être respectées pour l'octroi de permis de construire. La question de savoir
ce que les parties ont entendu à l'époque par une construction "à hauteur" ne doit donc pas
être tranchée. D'éventuels droits civils ressortissent au juge civil et non pas à l'autorité
d'octroi du permis de construire (ou à l'autorité de recours).12 Par contre, les objections
correspondantes doivent être mentionnés comme déclaration de réserve de droit dans la
décision d'octroi du permis (art. 32 et 36 al. 3 DPC)13. La TTE complète la décision
attaquée dans ce sens.
5. Frais et dépens
a) Les frais de la procédure de recours sont mis à la charge de la partie qui succombe,
à moins que le comportement d’une partie au cours de la procédure permette une
répartition différente ou qu’il soit justifié par des circonstances particulières de ne pas
percevoir de frais (art. 108 al. 1 LPJA14). Selon la pratique de la TTE, les frais de la
procédure sont fixés à 800 francs. Ils sont mis à la charge des recourants.
b) La partie qui succombe doit payer les dépens de la partie adverse, à moins que le
comportement de cette dernière au cours de la procédure de recours ou des circonstances
particulières justifient une autre répartition ou la compensation des dépens, ou encore
qu'ils ne doivent être mis à la charge de la collectivité (art. 108 al. 3 LPJA). Le représentant
de l'intimé requiert dans sa note d'honoraires du 29 septembre 2017 le paiement d’un
montant de 2'680 fr. 75 à titre d’honoraires (2'457 fr.) et de débours (25 fr. 15), TVA
(198 fr. 60) comprise. Cette note n'appelle pas de remarques. Les recourants, qui
succombent, supportent les dépens de l'intimé.
12 Cf. Zaugg/Ludwig, Kommentar zum Baugesetz des Kantons Bern, 4e éd., tome I, Berne 2013, art. 2 n. 4a 13 Zaugg/Ludwig, art. 2 n. 4a; Thomas Merkli / Arthur Aeschlimann / Ruth Herzog, Kommentar zum bernischen VRPG, 1997, art. 5 n. 5 14 Loi du 23 mai 1989 sur la procédure et la juridiction administratives (LPJA, RSB 155.21)
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