Decision ID: 5cf6094d-fb78-5e9c-9760-f7dba0f84ef4
Year: 2020
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_004
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: civil_law

considérant en fait
A. B._, née en 2000, et A._, né en 1988, sont les parents hors mariage de C._, né en 2018. L’enfant, à l’instar de ses deux parents, est sourd et muet de naissance.
La Justice de paix de l’arrondissement de la Gruyère (ci-après : la Justice de paix) est intervenue à de nombreuses reprises depuis le transfert de for accepté par décision du 19 septembre 2018, l’Autorité de protection de l’enfant et de l’adulte du Jura bernois ayant auparavant instauré une curatelle au sens de l’art. 308 al. 1 CC en faveur de l’enfant avant même sa naissance (décision du 7 juin 2018). Ainsi, la Justice de paix a retiré aux parents le droit de déterminer le lieu de résidence de leur enfant, lequel a été placé à D._ (décision du 24 octobre 2018) sitôt sa sortie de E._ à F._ où il avait été placé en urgence le 4 octobre 2018 à la suite de graves lésions (fracture du crâne, hémorragies cérébrales et saignements rétiniens). L’enfant est toujours actuellement au Foyer. Les parents disposent d’un droit de visite. Une procédure pénale a été ouverte contre les parents et est toujours en cours. L’enfant est représenté dans cette procédure par G._, intervenant en protection de l’enfant auprès du Service de l’enfance et de la jeunesse (ci-après : SEJ) (décision du 10 octobre 2018). Un classement devrait survenir (cf. courriel du Ministère public du 10 décembre 2019).
Outre la curatelle éducative prononcée le 7 juin 2018, la Justice de paix a instauré une curatelle de surveillance des relations personnelles (décision du 24 octobre 2018). Le 16 novembre 2018, elle a limité l’autorité parentale dans le domaine médical de A._ et B._, pour celle-ci dès son accès à la majorité en 2018. Le curateur a été chargé de représenter l’enfant dans ce domaine. Le 23 novembre 2018, elle a exhorté les parents à maintenir activement le suivi de leur fils par H._, éducatrice auprès du Service itinérant en surdité. Tant dans sa décision du 16 novembre 2018 que dans celle du 23 novembre 2018, la Justice de paix a relevé que les parents peinent à saisir la réalité médicale de leur enfant ainsi que les démarches nécessaires du fait de son état de santé, étant relevé qu’il existe de nombreux problèmes de communication liés aux handicaps. Le curateur ne parvenait en particulier pas à obtenir de leur part les nombreux consentements médicaux nécessaires.
Les mandats de curatelles, hormis celui de l’art. 306 CC, sont depuis le 30 janvier 2019 confiés à I._, intervenante en protection de l’enfant auprès du SEJ.
B. Le 11 novembre 2019, la curatrice et J._, Cheffe de secteur auprès du SEJ, ont abordé la Justice de paix. Elles ont exposé que le 4 octobre 2019, l’équipe médicale en audiologie leur a fait part d’informations relatives à la surdité de C._, des résultats de son appareillage actuel et des possibilités futures pour d’autres types d’aides auditives. Le Dr K._, spécialiste en audiologie ainsi que son équipe, ont fait la proposition que l’enfant puisse bénéficier d’une implantation auditive, dite implantation cochléaire. Cette intervention chirurgicale serait la meilleure aide auditive pour C._, des améliorations de sa surdité étant à attendre plus spécifiquement pour son côté gauche. Les aides auditives actuelles ne permettent en effet pas à l’enfant d’avoir une information auditive de la part de tous les canaux.
Cette intervention consiste à implanter un composant sous la peau derrière l’oreille relié au faisceau d’électrodes placé dans la cochlée ; un autre composant est situé à l’extérieur, qui contient un microphone et un processeur vocal. Les deux éléments sont aimantés. Les électrodes stimulent électriquement et directement les cellules nerveuses. Le nerf auditif envoie des impulsions électriques jusqu’au cerveau où elles sont interprétées comme des sons. Il est possible de désactiver uniquement le composant extérieur. Afin d’enlever le composant intérieur, il est nécessaire de subir une nouvelle opération.
Tribunal cantonal TC Page 3 de 8
En l’espèce, cette opération a statistiquement de bonnes chances de réussite lorsqu’elle est pratiquée avant l’âge de 2 ans. Cependant, l’implantation cochléaire demande une attention particulière et un investissement important avec un suivi logopédique à raison d’une fois par semaine au minimum. La mère est totalement opposée à cette opération, le père étant partagé par rapport à cette pratique.
La curatrice et J._ ont joint un rapport du Dr K._ du 14 octobre 2019. Il en ressort notamment que C._ est presque complétement sourd du côté gauche. A droite, il souffre d’un important à très important déficit d’ouïe qui ne peut pas être suffisamment compensé. Or, le langage (compréhension et parole) se développe durant la première année ; un retard ou un manque de stimulation des voies auditives peuvent conduire à des détériorations permanentes. Une prise en charge tardive, soit dès l’âge de deux ans, peut conduire à ce que les facultés de l’enfant soient plus faibles et à ce qu’il ne soit plus en mesure de comprendre la langue parlée. En conséquence, seule la langue des signes lui serait accessible, de sorte que la fréquentation d’une école classique serait impossible. Malgré le fait que l’enfant souffre du syndrome de Waardenburg, le diagnostic prévisionnel serait le même pour C._ après implantation d’implants cochléaires bilatéraux que pour un enfant souffrant de surdité congénitale. Il s’agit d’une intervention de routine ne présentant pas de risque particulier (intervention faiblement risquée de 90 minutes nécessitant ensuite deux jours d’hospitalisation) dont on peut attendre que l’enfant pourra entendre, comprendre et apprendre. 90 % des enfants ayant été pris en charge tôt (1ère année) poursuivent une scolarité classique, plusieurs d’entre eux pouvant même téléphoner. L’entourage de l’enfant est cela étant très important pour garantir le succès de la prise en charge. Il est dès lors conseillé une intervention le plus tôt possible, au plus tard avant la 2ème année.
La Justice de paix a tenu une audience le 11 décembre 2019 lors de laquelle elle a entendu les parents, la curatrice, deux représentants du Service des curatelles des Communes de L._, M._ et N._, et O._, éducatrice sociale auprès de la Fédération Suisse des Sourds.
C. Par décision du 11 décembre 2019, la Justice de paix a autorisé I._, respectivement J._, à consentir à la pose d’implants cochléaires à C._ et à effectuer toutes les démarches nécessaires pour qu’une opération médicale soit programmée dans les meilleurs délais et selon les modalités préconisés par le corps médical. Elle a considéré que la pose de ces implants, opération représente l’opportunité pour l’enfant de développer ses facultés d’audition et de langage afin de lui offrir les meilleures chances de suivre une scolarité ordinaire et de s’intégrer dans le futur plus facilement dans le monde professionnel.
D. A._ et B._ recourent le 24 février 2020 ; ils concluent à l’annulation de la décision précitée en tant qu’elle autorise l’intervention médicale, frais à la charge de l’Etat. Ils sollicitent l’assistance judiciaire.
La Justice de paix s’est déterminée le 4 mars 2020 et A._ et B._ ont répliqué le 26 mars 2020.

en droit
1.
1.1. Selon l'art. 8 de la loi du 15 juin 2012 concernant la protection de l'enfant et de l'adulte (LPEA ; RSF 212.5.1), le Tribunal cantonal connaît des recours contre les décisions rendues par
Tribunal cantonal TC Page 4 de 8
l'autorité de protection, soit la Justice de paix (art. 2 al. 1 LPEA). La Cour de protection de l'enfant et de l'adulte (art. 14 al. 1 let. c du Règlement du Tribunal cantonal du 22 novembre 2012 précisant son organisation et son fonctionnement [RTC ; RSF 131.11]) est compétente pour statuer.
1.2. Les dispositions de procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie aux mesures de protection des enfants (art. 314 al. 1 CC). La procédure devant l'instance de recours est ainsi régie par les art. 450 à 450e CC. Au surplus, en l'absence de dispositions cantonales contraires, les dispositions de la procédure civile s'appliquent par analogie (art. 450f CC).