Decision ID: 21426dea-e649-5a24-ad00-e9be2bed2c08
Year: 2014
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
Par ordonnance du 3 avril 2014, expédiée pour notification le 17 du même mois, le Tribunal de protection de l’adulte et de l’enfant (ci-après : le Tribunal protection) :
1. institue une curatelle de portée générale en faveur de A_, né le _ 1944, originaire d'I_, domicilié _ Genève, alors hospitalisé à l'Hôpital D_ à E_;
2. rappelle que l’intéressé est privé de plein droit de l'exercice de ses droits civils;
3. suspend les droits politiques de celui-ci;
4. et 5. désigne deux employés du Service de protection de l’adulte (SPAd) aux fonctions de co-curateurs, ceux-ci pouvant se substituer l'un à l'autre dans l'exercice de leur mandat, avec les pleins pouvoirs de représentation;
6. autorise les co-curateurs à prendre connaissance de la correspondance de l’intéressé et, en cas de nécessité, à pénétrer dans son logement;
7. met les frais judiciaires à la charge de l'Etat;
8. dit que la présente est immédiatement exécutoire nonobstant recours.
Agissant par l’intermédiaire du curateur de représentation qui lui a été désigné pour la procédure et produisant des pièces nouvelles, A_ recourt contre cette décision par acte du 9 mai 2014. Le recourant sollicite, la décision attaquée étant mise à néant avec suite de frais, que soit instaurée une curatelle de représentation et de gestion de son patrimoine, l’accès à ses comptes bancaires lui étant interdit. Il accepte comme curateurs les deux personnes désignées, celles-ci devant avoir capacité de se substituer l’une à l’autre et être chargées de le représenter dans ses rapports juridiques avec les tiers, dans la gestion de ses revenus et de sa fortune, dans le domaine médical, dans la recherche d’un lieu de vie adéquat, ainsi que de lui fournir l’assistance personnelle dont il a besoin, enfin être autorisées à prendre connaissance de sa correspondance et à pénétrer dans son logement en tant que de besoin.
En substance, le recourant fait valoir que la curatelle de portée générale est une mesure dépassant son besoin de protection.
Le Tribunal de protection déclare persister dans sa décision.
Les curateurs désignés exposent s’être entretenus avec le recourant à plusieurs reprises. Le besoin de protection leur paraît fondé, celui-ci rencontrant une difficulté importante à gérer son administration, ses finances et «son projet de logement». Le recourant se montrait toutefois collaborant, semblait peu enclin à s’engager dans la conclusion de contrats sans leur accord et paraissait conscient des implications de la mesure et de leur rôle. Il se pouvait ainsi que la curatelle de portée générale dépasse le besoin de protection du recourant.
La détermination du Tribunal de protection et du SPAd ont été expédiées pour communication au recourant le 23 juin 2014 et celui-ci n’a, à ce jour, pas fait valoir son droit de réplique.
La décision querellée s’inscrit dans le contexte suivant :
A.
La situation du recourant a été signalée au Tribunal de protection, le 4 février 2014, par une assistante sociale de l'Hôpital D_ où il était alors hospitalisé depuis le 24 janvier 2014. ![endif]>![if>
Les éléments suivants ont été relevés par les différents intervenants médico-sociaux, étant précisé que le recourant bénéficie des prestations du Service genevois d’aide à domicile (IMAD) depuis plusieurs années : le recourant vivait seul dans un studio, était séparé de son épouse, n’avait plus de contact avec sa famille depuis plus de trente ans et une intégration dans une structure avec assistance médico-sociale était envisagée. Il était isolé socialement, gérait seul ses affaires administratives et effectuait ses paiements mensuels avec l’aide d’une amie, laquelle aurait toutefois opéré, sans son accord, des prélèvements sur son compte bancaire, les montants ayant toutefois ensuite été remboursés. Il s’était également fait voler son porte-monnaie.
Ses revenus consistaient en des rentes AVS et LPP (4'000 fr. en tout environ), il était titulaire d’un compte auprès du J_ et ne possédait aucun bien immobilier. Il lui arrivait de ne pas ouvrir certaines factures, respectivement d’égarer certains bulletins de versement, avec pour conséquence l’envoi fréquent de rappels. Il ne fait l’objet d’aucune poursuite.
Il était nécessaire qu'un curateur lui soit désigné pour la gestion de ses affaires administratives et financières ainsi que pour «assurer le suivi» du projet d'intégration dans une structure adaptée.
B.
Au signalement précité était joint un certificat médical du 4 février 2014, signé par le Dr F_, chef de clinique, Département de médecine interne, réhabilitation et gériatrie à l'Hôpital D_. A teneur de ce document, A_, compte tenu de son état de santé, n’était plus en mesure de gérer lui-même ses biens, ni de se déterminer au sujet du choix de son mandataire, et avait besoin d'être représenté pour la gestion courante de ses affaires. Il ne disposait pas de la capacité nécessaire pour se déterminer valablement au sujet de la mesure de protection mais pouvait être entendu, en tenant compte de ses troubles cognitifs.
Dans une attestation médicale ultérieure, du 25 mars 2014, le Dr F_ a précisé que A_ souffrait de nombreux problèmes somatiques et d'une schizophrénie paranoïde, stabilisée par un traitement médicamenteux.
Il avait chuté à domicile à plusieurs reprises, chutes favorisées notamment par des carences vitaminiques, des troubles cognitifs et des alcoolisations répétées. Un bilan neuropsychologique effectué en juillet 2013 montrait des troubles cognitifs légers avec difficultés exécutives touchant surtout la programmation, ainsi qu’un important ralentissement psychomoteur associé à des troubles de la mémoire du travail. Un syndrome démentiel dégénératif était évoqué, mais le tableau psychiatrique était un facteur de confusion. L'imagerie cérébrale montrait une atrophie cérébrale des régions frontales attribuées à une consommation chronique d'alcool. Sur le plan psycho-social, il vivait seul à domicile avec un encadrement maximal et refusait un placement en EMS. Les intervenants médico-sociaux rencontraient de nombreuses difficultés dans l'exécution et le suivi des soins, notamment que l'intéressé n’était pas présent à son domicile au moment de leurs visites, apparemment en raison d’une consommation d'alcool à risque. Rentré à domicile le 13 février 2014, le recourant avait à nouveau dû être hospitalisé du 22 au 28 février 2014 en raison d’une chute et d’une infection urinaire, malgré un encadrement maximum à domicile et l'intervention couplée de l'IMAD et du Centre ambulatoire de psychiatrie et de psychothérapie de l’âge des HUG (CAPPA), puis dès le 5 mars 2014 en raison d’une incontinence urinaire et d’une augmentation des œdèmes des membres inférieurs, une persistance des troubles de l'équilibre et des chutes à répétition à domicile, étant précisé qu’il multipliait les hospitalisations et n'avait séjourné à son domicile que dix jours au total depuis le 15 décembre 2013. En milieu protégé, il prenait régulièrement ses médicaments et ne chutait plus, il s'alimentait de façon adéquate, mais les soins étaient limités en raison d'une importante dépendance au tabac qui impliquait de fréquentes absences de sa chambre.
C.
Par décision du 18 mars 2014, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant a désigné Me G_, avocat-stagiaire, aux fonctions de curateur de A_, avec mission de le représenter dans la présente procédure.
D.
Le 4 avril 2014, A_ est rentré à domicile, moyennant un encadrement comprenant l’intervention du CAPPA, de l’Unité de gériatrie communautaire des HUG (UGC), et de l’IMAD, cette dernière se chargeant des démarches pour l'accueil de l'intéressé dans un immeuble avec encadrement pour personnes âgées et de ses affaires administratives.
C’est le lieu de préciser que l’IMAD intervenait déjà précédemment auprès du recourant depuis plusieurs années, à raison d'un minimum de deux passages par jour toute l'année. D’après ce service, l’état de santé du recourant s’était péjoré depuis près d'un an et l'intervention d'une assistante sociale avait été rendue nécessaire, notamment pour ses paiements.
Pour ce service, le projet d'intégration dans un appartement avec encadrement apparaissait comme une bonne alternative, compte tenu des nombreuses hospitalisations et de la difficulté du maintien à domicile.
E.
Entendu par le Tribunal de protection, A_ a confirmé ne plus avoir de contact avec sa famille, vivre seul et a accepté que soit instaurée en sa faveur une mesure de protection. Son curateur de représentation a proposé l’instauration d’une curatelle de représentation et de gestion avec restriction complète d'accès aux comptes bancaires.
F.
La décision attaquée, rendue par le Tribunal de protection composé d’un président juge professionnel, d’un assesseur médecin psychiatre et d’un assesseur psychologue, retient en se référant à l’attestation du Dr F_, que le recourant souffre de troubles psychiques, à savoir d'une schizophrénie paranoïde et de troubles cognitifs légers avec difficultés exécutives touchant surtout la programmation, avec un important ralentissement psychomoteur, associés à des troubles de la mémoire. Il n’est ainsi pas en mesure d'apprécier de manière éclairée l'étendue de ses propres besoins, de gérer ses affaires administratives, financières et personnelles, ni de sauvegarder ses intérêts, de telle sorte qu'il se justifie d'instaurer une mesure de protection.
En raison de ses troubles, le recourant est considérablement limité dans ses capacités cognitives. A cela s’ajoute qu’il s'était déjà laissé abuser par son entourage et par des personnes mal intentionnées, et rien ne garantit que cela pourrait cesser, d'autant plus qu'aussitôt livré à lui-même, il se rend dans des lieux publics. Il a ainsi un besoin accru de protection en matière de représentation à l'égard des tiers, d'assistance personnelle et de gestion du patrimoine. Ces éléments justifient l’instauration d’une curatelle de portée générale, confiée au SPAd en raison des moyens financiers modestes de l’intéressé. Pour garantir l'efficacité de cette mesure, les curateurs désignés doivent être autorisés à accéder librement à la correspondance de l'intéressé, et en cas de nécessité, pénétrer dans son logement.
Les troubles dont souffre le recourant justifient de suspendre ses droits politiques (art. 48 al. 4 et 228 al. 1 Cst. genevoise).
L'art. 48 al. 4 Constitution genevoise (ci-après : Cst./Ge) dispose que les droits politiques des personnes durablement incapables de discernement peuvent être suspendus par décision d'une autorité judiciaire, l'art. 228 al. 1 Cst./Ge précisant que, dans l'attente d'une loi d'application, l'autorité judiciaire compétente en matière de protection de l'adulte peut suspendre lesdits droits politiques.
Les mesures prises, enfin, respectent les principes de proportionnalité et de subsidiarité, en ce sens qu'elles sont tant nécessaires qu'appropriées au vu du besoin de protection du recourant.
L’absence de moyens financiers du recourant justifie de mettre les frais de la procédure à la charge de l'Etat.
G.
Les arguments développés dans le recours seront repris ci-après dans la mesure utile.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet, dans les trente jours, d'un recours écrit et motivé, devant le juge compétent, à savoir la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et al. 3 et 450b CC; art. 126 al. 3 LOJ; art. 53 al. 1 et 2 LaCC).