Decision ID: 4ecc84b9-2edd-4c73-b5f8-e3e7b8adf6f0
Year: 2009
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. X._, ressortissant suédois né le ********, est entré en Suisse le 16 août 2006 au bénéfice d'un permis L valable jusqu'au 14 août 2007. Il s'est installé à 2._, dans le canton du Valais. Il a travaillé du 16 août au 22 décembre 2006 pour une entreprise de menuiserie, à 2._.
X._ est ensuite retourné en Suède. Il y a passé ses examens de conduite et obtenu le 27 février 2007 un permis de conduire pour véhicules automobiles.
Dans le courant du mois de mars 2007, X._ est revenu en Suisse. Il s'est installé à 1._. Il a été mis au bénéfice d'un permis B. Il a travaillé du 1er mai 2007 au 30 juin 2008 pour une entreprise de plâtrerie et de peinture, à 3._. Il est depuis cette date sans emploi.
B. Par demande du 12 février 2008, X._ a sollicité du Service des automobiles et de la navigation (ci-après: le SAN) l'échange de son permis de conduire suédois pour un permis suisse.
Le même jour, le SAN a adressé à l'intéressé la lettre suivante:
"Nous nous référons à votre demande du 12 février 2008 et constatons que vous séjourniez en Suisse lors de la délivrance de votre permis de conduire étranger. L'art. 22 de la Loi sur la circulation routière (LCR) prévoit que la compétence pour délivrer un permis de conduire appartient à l'autorité du lieu du domicile légal.
Par conséquent, selon l'art. 45, al. 1 de l'Ordonnance réglant l'admission des personnes et des véhicules à la circulation routière (OAC), vous ne pourrez recevoir un permis de conduire suisse que si vous réussissez l'examen théorique et pratique de conduire en Suisse.
[...]"
X._ s'est déterminé le 3 mars 2008 en ces termes:
"..., je tiens à vous informer que je n'étais pas du tout au courant de cette loi sur la circulation routière et que j'ai passé mon permis en toute bonne foi.
Durant l'année 2006, ceci jusqu'à fin octobre j'ai travaillé en Valais. Mon employeur n'ayant plus besoin de moi durant quelques mois, je suis retourné en Suède, pays que j'habitais jusqu'à ma venue en Suisse.
Donc de novembre 2006 à février 2007, lors de mon séjour en Suède, j'en ai profité pour passer mon permis de conduire. En outre, j'ai la connaissance de la loi suédoise alors que je maîtrise mal le français.
Dès le mois de mars 2007, je me suis établi sur le canton de Vaud, plus près de mon nouveau employeur et de ma famille.
[...]"
C. Le 12 mars 2008, le SAN a informé X._ qu'il envisageait de prononcer à son encontre une interdiction de conduire en Suisse pour une durée indéterminée pour avoir présenté "une demande d'échange d'un permis de conduire étranger en permis suisse obtenu en éludant les dispositions de l'OAC" et l'a invité à faire valoir ses éventuelles observations.
Le 3 juin 2008, l'intéressé, par l'intermédiaire de son conseil, a expliqué qu'il avait convenu avec son employeur de mettre fin aux rapports de travail à fin décembre 2006, car il souhaitait retourner en Suède pour y demeurer définitivement. Ce n'était ensuite que dans le courant du mois de mars 2007 qu'il avait pris la décision de revenir en Suisse. Il considérait qu'il n'avait dès lors pas violé les dispositions de l'OAC.
Le 10 juin 2008, le SAN a adressé au conseil d'X._ la lettre suivante:
"nous vous informons que votre client a conservé son domicile légal en Suisse du 1er mai 2006 à ce jour. En effet, renseignements pris auprès des contrôles des habitants, votre client a quitté 2._ le 28 février 2007 pour s'établir à 1._ le 1er mars 2007.
Dès lors, votre client était légalement domicilié en Suisse lorsqu'il a passé son permis de conduire en Suède. Ce faisant, il a éludé les règles suisses de compétence et l'échange de son permis de conduire étranger doit lui être refusé."
Le conseil de l'intéressé s'est déterminée le 20 juin 2008 en ces termes:
"[...]
S'il est exact que M. X._ a omis d’informer le Contrôle des habitants de son départ pour la Suède à la fin de l’année 2006, il n'en demeure pas moins qu'il n'avait alors pas prévu de revenir vivre dans notre pays, son permis L ayant été résilié d'entente avec son employeur.
A cela s'ajoute que c'est en toute bonne foi que M. X._ a passé son permis de conduire en Suède, pays dont il est ressortissant et dans lequel il projetait encore de demeurer au mois de février 2007.
Mon client n'a jamais eu l’intention d'éluder les règles suisses de compétence, bien au contraire. C'est en 2005 qu’il a débuté son apprentissage de la conduite en Suède et c’est en toute bonne foi qu'il y a passé son examen pratique en février 2007, alors qu'il n'envisageait pas encore de revenir s'établir en Suisse.
[...]"
Par décision du 24 juin 2008, le SAN a prononcé à l'encontre d'X._ une interdiction de conduire en Suisse pour une durée indéterminée, au motif qu'il avait présenté "une demande d'échange d'un permis de conduire étranger en permis suisse obtenu en éludant les dispositions de l'OAC". Il a subordonné la levée de cette mesure à la réussite des examens théorique et pratique de conduite.
D. Par acte du 15 juillet 2008, X._, par l'intermédiaire de son conseil, a recouru contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal, en prenant les conclusions suivantes:
"Principalement
La décision d'interdiction de conduire de sécurité rendue par le Service des automobiles et de la navigation le 24 juin 2008 est réformée, en ce sens qu'un permis de conduire suisse de type B est délivré au recourant, sans examen, sur la base de son permis de conduire suédois.
Subsidiairement
La décision d'interdiction de conduire de sécurité rendue par le Service des automobiles et de la navigation le 24 juin 2008 est annulée, la cause étant renvoyée à l'autorité intimée pour nouvelle décision dans le sens des considérants de l'arrêt à venir."
Dans sa réponse du 5 août 2006, l'autorité intimée a conclu au rejet du recours.
Le recourant a déposé un mémoire complémentaire le 23 septembre 2008.
L'autorité a renoncé à déposer des déterminations complémentaires.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1. Déposé dans le délai de vingt jours fixé par l'art. 31 al. 1 de la loi vaudoise du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (en vigueur lors du dépôt du recours; remplacée depuis le 1er janvier 2008 par la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; RSV 173.36]), le recours est intervenu en temps utile. Il est au surplus recevable en la forme.
2. a) Nul ne peut conduire un véhicule automobile sans être titulaire d'un permis de conduire ou, s'il effectue une course d'apprentissage, d'un permis d'élève-conducteur (art. 10 al. 2 de la loi fédérale du 19 décembre 1958 sur la circulation routière [LCR; RS 741.01]). Le permis de conduire est délivré et retiré par l'autorité administrative du domicile du conducteur (art. 22 al. 1 LCR), le domicile étant défini selon les dispositions du Code civil suisse (art. 2 al. 2 de l'ordonnance fédérale du 27 octobre 1976 réglant l'admission des personnes et des véhicules à la circulation routière [OAC; RS 741.51]).
b) Les conducteurs de véhicules automobiles en provenance de l'étranger ne peuvent conduire des véhicules automobiles en Suisse que s'ils sont titulaires d'un permis de conduire national ou international valable (art. 42 al. 1 OAC). La validité d'un permis de conduire étranger est limitée au territoire suisse en ce sens que les conducteurs de véhicules automobiles en provenance de l'étranger qui résident en Suisse depuis plus de douze mois sans avoir séjourné plus de trois mois consécutifs à l'étranger sont tenus d'obtenir un permis de conduire en Suisse (art. 42 al. 3bis let. a OAC). Son obtention est régie par l'art. 44 OAC. Le titulaire d'un permis national étranger valable recevra un permis de conduire suisse pour la même catégorie de véhicules s'il apporte la preuve, lors d'une course de contrôle, qu'il connaît les règles de la circulation et qu'il est à même de conduire d'une façon sûre des véhicules des catégories pour lesquelles le permis devrait être valable (art. 44 al. 1 OAC). Le permis de conduire suisse autorisant la conduite de véhicules automobiles à des fins professionnelles n'est délivré aux conducteurs étrangers que si, en plus d'une course de contrôle, il apportent la preuve lors d'un examen qu'ils connaissent la réglementation applicable en Suisse à de tels conducteurs (art. 44 al. 2 OAC). Selon l'art. 150 al. 5 let. e OAC, l'Office fédéral des routes (ci-après: l'OFROU) peut renoncer à la course de contrôle au sens de l'art. 44 al. 1 OAC et à l'examen théorique au sens de l'art. 44 al. 2 OAC pour les conducteurs de véhicules automobiles provenant de pays qui demandent en matière de formation et d'examen des exigences semblables à celles de la Suisse. Parmi ces pays figure notamment la Suède (Circulaire du 26 septembre 2007 concernant les permis de conduire des personnes domiciliées à l'étranger de l'OFROU).
c) Ne peut pas être utilisé en Suisse le permis de conduire étranger que le conducteur a obtenu en éludant les dispositions de l'OAC concernant l'obtention du permis de conduire suisse ou les règles de compétence valables dans son pays de domicile (art. 42 al. 4 OAC). L'usage du permis de conduire étranger doit être interdit pour une durée indéterminée si le titulaire a obtenu son permis à l'étranger en éludant les règles suisses ou étrangères de compétence (art. 45 al. 1, 2ème phrase, OAC).
Selon la jurisprudence, élude les règles suisses de compétence celui qui obtient un permis de conduire à l'étranger alors qu'il aurait dû l'obtenir en Suisse et qui, au regard des circonstances objectives du cas d'espèce, pourrait l'utiliser illicitement en Suisse (ATF 129 II 175, JdT 2003 I 478).
3. En l'espèce, le recourant soutient qu'il était domicilié en Suède lorsqu'il a obtenu son permis de conduire le 27 février 2007 et non en Suisse comme l'a retenu l'autorité intimée.
a) Le domicile de toute personne est au lieu où elle réside avec l'intention de s'y établir. Nul ne peut avoir en même temps plusieurs domiciles (art. 23 al. 1 et 2 du Code civil [CC; RS 210]). Toute personne conserve son domicile aussi longtemps qu'elle ne s'en est pas créé un nouveau (art. 24 al. 1 CC). La notion de domicile comporte deux éléments: d'une part, la volonté de rester dans un endroit de façon durable; d'autre part, la manifestation de cette volonté par une résidence effective dans ce lieu (ATF 133 V 309, 127 V 237, 125 V 76). Il n'est pas indispensable qu'une personne ait l'intention de rester toujours ou pour un temps indéterminé dans un certain lieu; il suffit qu'elle se propose de faire de ce lieu le centre de son existence, de ses relations personnelles et professionnelles de façon à donner à ce séjour une certaine stabilité (ATF 90 II 213, JdT 1964 I 632).
b) Dans ses écritures, le recourant expose que, lorsqu'il est retourné en Suède à la fin de l'année 2006, il ne projetait nullement de revenir s'établir en Suisse quelques mois plus tard. Ces allégations sont crédibles: le recourant n'avait à l'époque plus d'emploi et n'était en Suisse qu'au bénéfice d'un permis L. Certes, selon les informations du contrôle des habitants, il est resté domicilié en Suisse pendant son séjour en Suède. Pour les autorités suédoises, il était toutefois domicilié en Suède durant la période litigieuse (voir extrait du registre de la population produit par le recourant: pièce 7, bordereau II). Les indications du contrôle des habitants ne sont dès lors pas probantes. On rappelle à cet égard que, selon la jurisprudence, le dépôt de papiers n'est qu'un indice et non pas une preuve décisive (entre autres arrêts, ATF 125 III 100, JdT 1999 177; ATF 120 III 7, JdT 1996 II 73).
Au regard de ces éléments, le tribunal tient pour établi que le recourant - à supposer qu'il ait eu un domicile en Suisse au cours des mois d'août à décembre 2006 - s'est constitué un nouveau domicile en Suède, lorsqu'il y est retourné à la fin de l'année 2006. L'intéressé n'a donc pas éludé les règles suisses de compétence en obtenant son permis de conduire en Suède.
4. Les considérants qui précèdent conduisent à l'admission du recours et à la réforme de la décision attaquée, en ce sens que le permis de conduire suédois du recourant est échangé sans examen contre un permis suisse. Vu l'issue du litige, l'arrêt sera rendu sans frais. Le recourant, qui a procédé par l'intermédiaire d'un mandataire professionnel, a droit à l'allocation de dépens.