Decision ID: 929a415e-070a-5387-83c3-832876d2c983
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_004
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
a.
Par jugement
JTBL/545/2018
non motivé du 7 juin 2018, le Tribunal des baux et loyers a autorisé B_ à faire exécuter par la force publique le procès-verbal de la Commission de conciliation en matière de baux et loyers du 31 janvier 2017, dès le 1
er
février 2018 (ch. 1 du dispositif), ainsi qu'à requérir l'évacuation par la force publique de A_ de l'appartement de 3 pièces au 1
er
étage de l'immeuble sis rue 1_ [à] Genève (ch. 2), débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 3) et dit que la procédure était gratuite (ch. 4).
La version motivée de ce jugement, notifiée à A_ le 3 août 2018, porte la date du 2 août 2018.
b.
Par ordonnance
OTBL/689/2018
du 30 juillet 2018, notifiée à A_ le
3 août 2018, le Tribunal a par ailleurs rejeté sa requête de restitution de son défaut à l'audience du Tribunal du 7 juin 2018.
B. a.
Le 10 août 2018, A_ a recouru tant contre le jugement du 2 août 2018 que contre l'ordonnance du 30 juillet 2018.
Dans son recours contre le jugement, elle a conclu préalablement à ce que la Cour suspende l'instruction du recours jusqu'à droit jugé sur sa demande de restitution du défaut et, principalement, à ce que la Cour annule le jugement du 2 août 2018 et autorise B_ à requérir son évacuation par la force publique "dès qu'elle aura trouvé une solution de relogement".
Dans son recours contre l'ordonnance, elle a conclu à ce que la Cour annule cette dernière, annule le jugement du 2 août 2018 et ordonne au Tribunal de tenir une nouvelle audience.
b.
Par arrêt du 22 août 2018, la Cour a admis la requête de A_ tendant à la suspension du caractère exécutoire du jugement du 2 août 2018 et octroyé l'effet suspensif au recours dans cette mesure.
c.
Le 24 août 2018, B_ a conclu au rejet des recours formés par sa partie adverse.
d.
A_ a répliqué le 10 septembre 2018.
e.
Les parties ont été informées le 27 septembre 2018 de ce que la cause était gardée à juger, B_ n'ayant pas fait usage de son droit de dupliquer.
C.
Les faits pertinents suivants résultent du dossier.
a.
A_ occupe depuis le 2 mars 2006 un appartement de 3 pièces situé au
1
er
étage de l'immeuble sis rue 1_ [à Genève], dont B_ est locataire [principale]. Le sous-loyer a été fixé en dernier lieu à 1'356 fr. par mois, charges comprises.
b.
Le sous-bail a été résilié pour défaut de paiement du loyer le 13 mai 2015 avec effet au 30 juin 2015. L'arriéré de paiement était à l'époque de 28'198 fr.
c.
A_ n'a pas contesté la résiliation mais n'a pas évacué les locaux à la date prévue, raison pour laquelle B_ a déposé à son encontre, le 13 décembre 2016, une requête en évacuation.
Cette procédure a pris fin par un procès-verbal de conciliation entériné par la Commission de conciliation en matière de baux et loyers daté du 31 janvier 2017. Les parties ont convenu que A_ aurait droit à une unique prolongation de bail prenant fin le 31 janvier 2018. Le procès-verbal de conciliation valait jugement d'évacuation dès le 1
er
février 2018 et décision entrée en force au sens de l'art. 208 al. 2 CPC.
d.
A_ n'a pas restitué l'appartement à la date prévue, de sorte que B_ a déposé, le 2 mai 2018, une requête en exécution, concluant à ce que le Tribunal l'autorise à requérir l'exécution par la force publique du procès-verbal précité.
e.
A_ n'était ni présente, ni représentée à l'audience fixée par le Tribunal le 7 juin 2018.
Cette audience s'est tenue en présence de C_, représentant de B_, et d'un représentant de l'Office cantonal du logement et de la planification foncière. D_ a comparu pour le compte de B_. Elle a indiqué que [cette dernière] persistait dans la requête et a précisé qu'aucune solution de relogement n'avait été trouvée pour la locataire.
La cause a été gardée à juger à l'issue de l'audience.
f.
La version non motivée du jugement querellé a été notifiée à A_ le
19 juin 2018.
g.
Le 25 juin 2018, A_ a sollicité la convocation d'une nouvelle audience, au motif qu'atteinte d'une grave maladie psychique, elle traversait une dépression sévère. Elle a produit un certificat médical de son psychiatre, daté du 22 juin 2018, indiquant qu'elle était suivie depuis de nombreuses années pour différents troubles psychiques.
Ce certificat précise que A_ a téléphoné à son psychiatre le 8 juin 2018 pour lui indiquer qu'elle n'avait pas été en mesure de se rendre à l'audience du 7 juin 2018 en raison d'une "grosse crise d'angoisse" qui l'avait "bloquée" dans son appartement.

EN DROIT
1.
1.1
Le recours contre le jugement du 2 août 2018, formé contre les mesures d'exécution de l'évacuation et interjeté dans le délai et suivant la forme prescrits par la loi est recevable (art. 309 let. a, 319 let. a et 321 CPC).
Le recours contre l'ordonnance de refus de la restitution de l'audience du 7 juin 2018 est également recevable, étant précisé que le refus de la restitution est une décision finale lorsque l'autorité de conciliation ou le tribunal de première instance a déjà clos la procédure et que la requête de la partie défaillante tend à la faire rouvrir (ATF
139 III 478
consid. 6.3 et 7.3).
1.2
Les conclusions, les allégations de fait et les preuves nouvelles sont irrecevables (art. 326 al. 1 CPC).
1.3
Les motifs pouvant être invoqués sont la violation du droit et la constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC).
2.
Dans son ordonnance du 30 juillet 2018, le Tribunal, soit pour lui la présidente de la composition qui a statué sur le litige dans la décision au fond, a rejeté la requête de la recourante tendant à la restitution de son défaut lors de l'audience du 7 juin 2018 au motif que la cause du défaut avait disparu le 8 juin 2018, comme l'attestait le fait qu'elle avait été en mesure de téléphoner à son médecin ce jour-là pour l'informer de la situation. Il ressortait de plus du certificat médical que la crise d'angoisse qui avait "bloqué" la recourante chez elle avait pris fin dans la journée, lui permettant de prendre des mesures auprès d'un professionnel. La demande de restitution, formée le 25 juin 2018, soit plus de dix jours après le 8 juin 2018, était par conséquent tardive.
La recourante fait valoir que le Tribunal qui a rendu cette ordonnance n'était pas valablement constitué car la présidente n'était pas autorisée à statuer seule sur la question de la restitution du défaut. Elle aurait dû siéger avec deux juges assesseurs et en présence des représentants des services sociaux en application de l'art. 30 al. 3 LaCC. En tout état de cause, même si la crise d'angoisse de la recourante s'était dissipée le 7 juin 2018, son état dépressif persistait encore actuellement.
2.1
2.1.1
Selon l'art. 148 al. 1 CPC, le tribunal peut citer les parties à une nouvelle audience lorsque la partie défaillante en fait la requête et rend vraisemblable que le défaut ne lui est pas imputable ou n'est imputable qu'à une faute légère. La requête est présentée dans les dix jours qui suivent celui où la cause du défaut a disparu (art. 148 al. 2 CPC).
2.1.2
A teneur de l'art. 124 al. 2 CPC, la conduite du procès peut être déléguée à l'un des membres du Tribunal.
Les ordonnances relevant de la conduite du procès ne se rapportent pas à l'objet du litige en tant que tel et ne se prononcent pas sur le bien-fondé de la demande
(arrêt du Tribunal fédéral
5D_160/2014
du 26 janvier 2015 consid. 2.3).
L'art. 16A du Règlement du Tribunal civil (
E 2 05.41