Decision ID: d368b985-2b54-5830-961b-bb8f02661f16
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_005
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
A_ et B_ se sont mariés le _ 1997 à la Chaux-de-Fonds.![endif]>![if>
Deux enfants sont issus de cette union, C_, né le _ 1999 et D_, né le _ 2012.
Les époux, qui vivaient en France, se sont séparés à une date indéterminée.
b.
Le 21 mai 2014, B_ a requis le divorce devant le Tribunal de Grande Instance de Bourg-en-Bresse (ci-après : le TGI).
Par ordonnance de non-conciliation prononcée le 5 novembre 2014, le TGI, après avoir dit que la juridiction française était compétente pour connaître du divorce des époux A_ et B_ et que la loi française était applicable à celui-ci, a autorisé les époux à introduire l'instance en divorce, les a renvoyés à saisir le juge aux affaires familiales pour qu'il prononce le divorce et statue sur ses effets, ceux-ci disposant pour ce faire d'un délai de 30 mois dès le prononcé de l'ordonnance, sans quoi les dispositions de l'ordonnance deviendraient caduques.
Sur mesures provisoires, en ce qui concerne les enfants, le TGI, après avoir dit que la juridiction française était compétente pour statuer sur les mesures d'exercice de l'autorité parentale et sur l'obligation alimentaire et que la loi française était applicable aux deux questions, a notamment fixé la résidence de C_ au domicile de son père et celle de D_ au domicile de sa mère et a condamné B_ à payer à son épouse une contribution d'entretien mensuelle de 300 Euros pour D_.
c.
A_ vit actuellement à Genève avec ses deux enfants. B_ a signé un document le 27 novembre 2014, attestant que C_ était désormais domicilié auprès de A_.
B.
Le 27 janvier 2015, A_ (ci-après : la recourante) a sollicité l'assistance juridique notamment pour déposer une "action en aliments" contre B_, afin d'obtenir des pensions alimentaires pour ses enfants, étant précisé que celui-ci ne versait pas les contributions d'entretien fixées par le TGI.![endif]>![if>
C.
Par décision du 11 mars 2015, reçue le 23 mars 2015, le Vice-président du Tribunal civil a rejeté la requête d'assistance juridique dans son intégralité, y compris en ce qui concerne "l'action alimentaire". Sur ce point, il a été retenu que les tribunaux suisses semblaient incompétents en raison de la litispendance créée auprès du TGI, de sorte que les chances de succès de l'action envisagée apparaissaient extrêmement faibles.![endif]>![if>
D.
a.
Recours est formé contre cette décision, par acte expédié le 26 mars 2015 à la présidence de la Cour de justice. La recourante conclut à l'annulation de cette décision et à l'octroi de l'assistance juridique, en précisant qu'elle conteste la décision querellée uniquement en tant qu'elle concerne "l'action alimentaire" pour ses enfants. Le domicile des enfants ayant été déplacé en Suisse depuis l'ordonnance du TGI, il existe selon elle un for dans ce pays. Elle soutient que le montant des contributions doit être adapté aux conditions de vie en Suisse et que seule une action dans ce pays lui permettra d'obtenir une contribution convenable pour ses enfants.![endif]>![if>
b.
Dans ses observations du 7 avril 2015, le Vice-président du Tribunal civil - selon lequel la recourante demande dans son recours l'assistance juridique pour faire régler le droit de garde et de visite durant la procédure de divorce - relève que celle-ci n'a pas présenté cette demande dans le cadre de sa requête d'assistance juridique.

EN DROIT
1.
1.1.
La décision entreprise est sujette à recours auprès du président de la Cour de justice en tant qu'elle refuse l'assistance juridique (art. 121 CPC et art. 21 al. 3 LaCC), compétence déléguée au vice-président soussigné (art. 29 al. 5 LOJ ; arrêt du Tribunal fédéral
2D_6/2012
du 31 juillet 2012 consid. 2). Le recours, écrit et motivé, est introduit auprès de l'instance de recours (art. 321 al. 1 CPC) dans un délai de dix jours (art. 321 al. 2 CPC et 11 RAJ).![endif]>![if>
1.2.
En l'espèce, le recours est recevable pour avoir été interjeté dans le délai utile et en la forme écrite prescrite par la loi.
1.3.
Lorsque la Cour est saisie d'un recours (art. 121 CPC), son pouvoir d'examen est limité à la violation du droit et à la constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC, applicable par renvoi de l'art. 8 al. 3 RAJ). Il appartient en particulier au recourant de motiver en droit son recours et de démontrer l'arbitraire des faits retenus par l'instance inférieure (Hohl, Procédure civile, tome II, 2
ème
éd., n. 2513-2515).
2.
La recourante fait grief à l'autorité de première instance d'avoir violé la loi en retenant que les chances de succès d'une action étaient très faibles.![endif]>![if>
2.1.
Reprenant l'art. 29 al. 3 Cst., l'art. 117 CPC prévoit que toute personne qui ne dispose pas de ressources suffisantes a droit à l'assistance judiciaire à moins que sa cause paraisse dépourvue de toute chance de succès.
Un procès est dépourvu de chances de succès lorsque les perspectives de le gagner sont notablement plus faibles que les risques de le perdre, et qu'elles ne peuvent donc être considérées comme sérieuses, de sorte qu'une personne raisonnable et de condition aisée renoncerait à s'y engager en raison des frais qu'elle s'exposerait à devoir supporter ; en revanche, une demande ne doit pas être considérée comme dépourvue de toute chance de succès lorsque les perspectives de gain et les risques d'échec s'équilibrent à peu près ou lorsque les premières sont seulement un peu plus faibles que les seconds. Ce qui est déterminant est de savoir si une partie, qui disposerait des ressources financières nécessaires, se lancerait ou non dans le procès après une analyse raisonnable. Une partie ne doit pas pouvoir mener un procès qu'elle ne conduirait pas à ses frais, uniquement parce qu'il ne lui coûte rien (ATF
138 III 217
consid. 2.2.4;
133 III 614
consid. 5;
129 I 129
consid. 2.3.1; ATF
128 I 225
consid. 2.5.3).
La situation doit être appréciée à la date du dépôt de la requête et sur la base d'un examen sommaire (ATF
138 III 217
consid. 2.2.4;
133 III 614
consid. 5).
L'absence de chances de succès peut résulter des faits ou du droit. L'assistance sera refusée s'il apparaît d'emblée que les faits pertinents allégués sont invraisemblables ou ne pourront pas être prouvés (arrêt du Tribunal fédéral
4A_454/2008
du 1
er
décembre 2008 consid. 4.2).
2.2.
En l'espèce, la recourante, représentée par un avocat, sollicite l'assistance juridique pour intenter, à Genève, une "action alimentaire" contre son époux afin d'obtenir une contribution à l'entretien de ses enfants.
Cette "action alimentaire" n'est toutefois pas envisageable a priori et ne présente, dès lors, pas de chances de succès, indépendamment du déplacement du domicile des enfants en Suisse.
En effet, l'époux de la recourante a requis le divorce devant le TGI, le 21 mai 2014 et des mesures provisoires - prononcées par le TGI le 5 novembre 2014 - régissent actuellement la question de l'entretien des enfants. La recourante n'allègue pas une quelconque impossibilité à obtenir auprès du TGI la modification de ces mesures provisoires pour les adapter, si elle s'y estime fondée, à sa nouvelle situation. A cet égard, sa supposition que seule une action en Suisse permettrait d'obtenir une "contribution convenable" pour ses enfants n'est pas déterminante. Il s'ensuit qu'à la litispendance créée par la requête de divorce s'ajoute le défaut d'intérêt digne de protection de la recourante à agir en Suisse.
Par ailleurs, la recourante n'a pas indiqué si elle a agi en exécution des mesures provisoires en vigueur, ce qu'on aurait raisonnablement pu attendre d'elle avant qu'elle ne sollicite une aide financière pour saisir les tribunaux genevois.
3.
Sauf exceptions non réalisées en l'espèce, il n'est pas perçu de frais judiciaires pour la procédure d'assistance juridique (art. 119 al. 6 CPC).![endif]>![if>
* * * * *