Decision ID: 8fe7745e-44d0-46c1-81ce-7a720b153e57
Year: 2014
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

La Cour des plaintes, vu:
- la demande d'entraide adressée par le Service national de Norvège pour la
répression de la criminalité économique et écologique (Okokrim) à la Suisse
le 13 mars 2013 dans laquelle les autorités norvégiennes exposent qu'elles
mènent une enquête pénale contre B. et autres aux chefs de corruption
internationale et blanchiment d'argent,
- la requête des autorités norvégiennes visant à obtenir la documentation
bancaire relative aux transferts provenant de B., notamment par le biais des
différents comptes bancaires dont il est l'ayant droit économique, en faveur
de personnes impliquées dans le schéma corruptif sous enquête,
- la décision d'entrée en matière et décision incidente rendue sur délégation
de l'Office fédéral de la justice par le Ministère public de la Confédération (ci-
après: MPC) en date du 15 avril 2013,
- la décision de clôture rendue par le MPC le 7 février 2014 portant sur la
transmission à la Norvège de la documentation bancaire relative aux
comptes n° 1 et n° 2 auprès de la banque C. dont B. est l'ayant droit
économique mais ouverts au nom de la société A. Ltd (act. 1.1),
- le recours déposé le 12 mars 2014 à l'encontre de ladite décision par la
société A. Ltd "société liquidée puis radiée, pour laquelle agit son ayant-droit
économique, B." et par B. "en sa qualité d'ayant-droit économique de la
société A. Ltd, à titre personnel" (act. 1),

et considérant que:
- l'entraide judiciaire entre la Norvège et la Suisse est régie par la Convention
européenne d'entraide judiciaire en matière pénale du 20 avril 1959 (CEEJ;
RS 0.351.1), entrée en vigueur le 20 mars 1967 pour la Suisse et le
12 juin 1962 pour la Norvège, par les art. 48 ss de la Convention
d'application de l'Accord de Schengen du 14 juin 1985 (CAAS; n° CELEX
42000A0922(02); Journal officiel de l'Union européenne L 239 du
22 septembre 2000, p. 19-62; publication de la Chancellerie fédérale,
"Entraide et extradition"; v. arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2013.123-126
du 2 août 2013, consid. 1.2) et par la loi fédérale sur l’entraide internationale
en matière pénale (EIMP; RS 351.1) et son ordonnance d’exécution (OEIMP;
RS 351.11);
- la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral est compétente pour connaître
des recours dirigés contre les décisions de clôture de la procédure d’entraide
rendues par les autorités fédérales d’exécution et, conjointement, contre les
décisions incidentes (art. 25 al. 1 et 80e al. 1 EIMP, mis en relation avec
l'art. 37 al. 2 let. a ch. 1 de la loi fédérale sur l'organisation des autorités
pénales de la Confédération [LOAP; RS 173.71] et l'art. 19 du règlement sur
l'organisation du Tribunal pénal fédéral [ROTPF; RS 173.713.161]);
- aux termes de l’art. 80h let. b EIMP, a qualité pour recourir en matière
d’entraide quiconque est personnellement et directement touché par une
mesure d’entraide et a un intérêt digne de protection à ce qu’elle soit
annulée ou modifiée. Précisant cette disposition, l’art. 9a let. a OEIMP
reconnaît au titulaire d’un compte bancaire la qualité pour recourir contre la
remise à l’Etat requérant d’informations relatives à ce compte (v. ATF 137 IV
134 consid. 5 et 118 Ib 547 consid. 1d). En revanche, l’ayant droit
économique d’un compte bancaire n’a pas la qualité pour recourir contre la
transmission de pièces concernant ledit compte (ATF 122 II 130 consid. 2b).
Exceptionnellement, la qualité pour agir est reconnue, depuis une quinzaine
d'années, à l'ayant droit d'une société titulaire de compte lorsque celle-ci a
été dissoute et liquidée, sous réserve de l'abus de droit (ATF 123 II 153
consid. 2c et dd p. 157/158). Il appartient dans ce cas à l'ayant droit de
former le recours en son nom propre et de prouver la liquidation, documents
officiels à l'appui (arrêts du Tribunal fédéral 1A.10/2000 du 18 mai 2000,
consid. 1e; 1A.131/1999 du 26 août 1999, consid. 3; 1A.236/1998 du
25 janvier 1999, consid. 1b/bb; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2012.189
du 13 février 2013, consid. 2; MOREILLON/DUPUIS/MAZOU, La pratique
judiciaire du Tribunal pénal fédéral en 2012, JdT 2013 IV 110 ss, p. 171). Il
faut en outre que l'acte de dissolution indique clairement l'ayant droit comme
son bénéficiaire (arrêts du Tribunal fédéral 1C_183/2012 du 12 avril 2012,
consid. 1.4; 1A.216/2001 du 21 mars 2002, consid. 1.3; 1A.84/1999 du
31 mai 1999, consid. 2c). La preuve peut également être apportée par le
biais d'autres moyens (arrêt du Tribunal fédéral 1C_370/2012 du
3 octobre 2012, consid. 2.7; arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2012.257 du
2 juillet 2013, consid. 1.2.2; RR.2012.252 du 7 juin 2013, consid. 2.2.1);
- d'après la jurisprudence du Tribunal fédéral en la matière, l'élément
permettant de démontrer que le recourant est l'ayant droit de la société
liquidée est "consid[éré] comme déterminant, [et] il n'[est] nullement abusif
d'en exiger la preuve du recourant". Lorsque cet élément ne ressort pas du
dossier, le recours est déclaré irrecevable (arrêt du Tribunal fédéral
1C_440/2011 du 17 octobre 2011, consid. 1.5; v. aussi 1C_183/2012 du
12 avril 2012, consid. 1.5);
- en l'espèce, les pièces versées au dossier par les recourants permettent
d'établir que la société A. Ltd a été liquidée avant que le présent recours ne
soit interjeté;
- partant, A. Ltd ne dispose pas de la qualité pour recourir;
- s'agissant de la qualité pour recourir de B., celui-ci a fourni, à l'appui de son
recours, différentes pièces démontrant qu'il est l'ayant droit économique des
comptes n° 1 et n° 2 ouverts au nom de A. Ltd auprès de la banque C.;
- en revanche, B. ne démontre pas, pièces à l'appui, qu'il est le bénéficiaire de
la liquidation de A. Ltd;
- dans ces conditions, B. ne peut pas se prévaloir de l'exception selon laquelle
l'ayant droit économique d'une personne morale liquidée est légitimé à
recourir si et seulement s'il démontre être le bénéficiaire des avoirs de la
société liquidée;
- il s'ensuit que le recours de B. doit également être déclaré irrecevable;
- compte tenu de l'irrecevabilité manifeste du recours, la Cour de céans a
renoncé à procéder à un échange d'écritures (art. 57 al. 1 a contrario de la
loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative [PA;
RS 172.021], applicable par renvoi de l'art. 39 al. 2 let. b LOAP) et à
percevoir une avance de frais (art. 63 al. 4 in fine PA);
- en tant que parties qui succombent, les recourants doivent supporter les frais
du présent arrêt (art. 63 al. 1 PA), lesquels sont fixés à CHF 2'000.-- (art. 73
al. 2 LOAP et art. 8 al. 3 du règlement du Tribunal pénal fédéral du
31 août 2010 sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la
procédure pénale fédérale [RFPPF; RS 173.713.162]; art. 63 al. 5 PA).