Decision ID: 754967f3-1cdb-4085-bcd8-1c315212761e
Year: 2022
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
A._, né le ******** 1984 à ********, ********, de nationalité marocaine, est arrivé en Suisse le ******** en provenance de Mulhouse (France). Titulaire d'une carte temporaire de séjour française valable jusqu'au 22 janvier 2024, il a déposé une demande d'autorisation de séjour dans le canton de Vaud, auprès du Service de la population (SPOP), en date du 11 juin 2021. Il a déclaré vivre en concubinage avec B._, ressortissante suisse, et habiter avec elle au domicile de son père à ********. B._ a signé une attestation de prise en charge financière le 10 juin 2021 et déclaré vivre en concubinage avec A._ depuis le 15 avril 2021.
Par courrier du 3 août 2021, le SPOP a informé A._ du fait que les conditions d'octroi d'une autorisation de séjour pour vivre auprès de sa concubine ne semblaient pas remplies faute de relation stable et d'une certaine durée.
Le 19 août 2021, B._ a écrit au SPOP pour préciser qu'elle connaissait son compagnon depuis 2018, qu'ils s'entendaient "à merveille", que la cohabitation se passait bien et qu'il s'était très bien intégré dans le village. Elle demandait que l'autorisation de séjour requise soit délivrée à A._ afin que celui-ci puisse intégrer le marché du travail.
Le 1
er
septembre 2021, le SPOP a adressé à A._ une demande de renseignements portant sur les différents aspects de sa vie en Suisse (durée et règlement du concubinage, projets de mariage, promesses d'embauche, formation professionnelle, situation professionnelle et financière de la concubine, certificat de langues, etc.). Les concubins ont informé le SPOP de ce qu'ils n'avaient pas de projets de mariage, mais que A._ cherchait un emploi dans le domaine de l'industrie, du nettoyage et de la restauration; il disposait de très bonnes connaissances de français; la concubine exerçait depuis 27 ans le métier de technicienne de surface.
Par décision du 11 octobre 2021, le SPOP a refusé l'autorisation de séjour en faveur de A._ et prononcé son renvoi de Suisse.
B.
Le 1
er
novembre 2021, A._ a formé opposition contre la décision précitée en demandant son audition. Il a fait valoir qu'il a passé toute son enfance et jeunesse en France, qu'il avait de l'expérience dans le monde du travail, qu'il parlait et écrivait très bien le français et qu'il avait été engagé comme entraîneur principal par le Club de football de ********, d'autres emplois nécessitant une autorisation de séjour.
Par décision sur opposition du 9 novembre 2021, le SPOP a rejeté l'opposition et confirmé la décision entreprise en fixant à l'intéressé un délai pour quitter la Suisse.
C.
Par acte du 30 novembre 2021, reçu le 6 décembre 2021, A._ (recourant) a formé recours contre la décision sur opposition du SPOP (autorité intimée) du 9 novembre 2021 par devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) en concluant implicitement à l'octroi de l'autorisation de séjour demandée.
Le SPOP a conclu au rejet du recours par écriture du 19 janvier 2021.
La cour s statué par voie de circulation.

Considérant en droit:
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD.
2.
Le litige porte sur le refus de l’autorité intimée de délivrer une autorisation de séjour au recourant et prononçant son renvoi de Suisse.
a) Les ressortissants étrangers ne bénéficient en principe d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour, sauf s'ils peuvent le déduire d'une norme particulière du droit fédéral ou d'un traité international (ATF 135 II 1 consid. 1.1; 131 II 339 consid. 1).
b) En l’espèce, ressortissant du Maroc, n’ayant pas acquis la nationalité française malgré le fait d'avoir passé son enfance et sa jeunesse en France comme il l'allègue, le recourant ne peut se prévaloir d’aucun traité qui lui conférerait un droit au séjour en Suisse. Sa situation s'examinera donc au regard du seul droit interne, soit de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers et l'intégration (LEI; RS 142.20) et l'ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative (OASA; RS 142.201).
3.
a) L’art. 42 al. 1 LEI confère au conjoint d’un ressortissant suisse le droit d’obtenir une autorisation de séjour. Le fiancé - qui n’est par définition pas un conjoint - n’entre toutefois pas dans le champ d’application de cette disposition. L'art. 30 al. 1 let. b LEI – en relation avec l'art. 31 OASA – prévoit qu'il est possible de déroger aux conditions d'admission (art. 18 à 29 LEI) notamment dans le but de tenir compte des cas individuels d'extrême gravité. Cette disposition permet en particulier de délivrer une autorisation de séjour en vue de mariage.
Les directives et commentaires « I. Domaine des étrangers » (ci-après: « Directives LEI, dans leur version du 1
er
janvier 2021) édictées par le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) précisent les conditions à l'octroi de l'autorisation de séjour en vue de préparer le mariage (ch. 5.6.5) :
"[...] une autorisation de séjour de durée limitée peut en principe être délivrée pour permettre à un étranger de préparer en Suisse son mariage avec un citoyen suisse ou avec un étranger titulaire d'une autorisation de séjour à caractère durable ou d'établissement (titre de séjour B ou C). Avant l'entrée en Suisse, l'office de l'état civil doit fournir une attestation confirmant que les démarches en vue du mariage ont été entreprises et que l'on peut escompter que le mariage aura lieu dans un délai raisonnable. De surcroît, les conditions du regroupement familial ultérieur doivent être remplies (par exemples moyens financiers suffisants, absence d'indices de mariage de complaisance, aucun motif d'expulsion). [...]"
b) En l’espèce, aucune procédure préparatoire de mariage n’est en cours. Le recourant et sa concubine ont confirmé qu'ils n'avaient pas de projet de mariage. Il s’ensuit que la délivrance au recourant d’une autorisation de séjour en vue de mariage ne peut entrer en considération.
4.
a) Dans le cas d'un couple concubin sans enfant, les Directives LEI, précisent qu'une dérogation peut néanmoins être accordée aux conditions suivantes (ch. 5.6.3):
"
Le partenaire d’un citoyen suisse, d’un étranger titulaire d’une autorisation d’établissement ou d’une personne au bénéfice d’une autorisation de séjour à l’année (titre de séjour C ou B) peut obtenir une autorisation de séjour en application de l’art. 30, let. b, LEI lorsque les conditions cumulatives suivantes sont remplies:
·
l'existence d'une relation stable d'une certaine durée est démontrée et
·
l'intensité de la relation est confirmée par d'autres éléments, tels que :
-
une convention entre concubins réglant la manière et l'étendue d'une prise en charge des devoirs d'assistance (par ex., contrat de concubinage) ;
-
la volonté et la capacité du partenaire étranger de s'intégrer dans le pays d'accueil ;
-
il ne peut être exigé du partenaire étranger de vivre la relation à l'étranger ou dans le cadre de séjours touristiques non soumis à autorisation ;
-
il n'existe aucune violation de l'ordre public (par analogie avec l'art. 51, en relation avec l’art. 62 LEI) ;
-
le couple concubin vit ensemble en Suisse.
"
Les directives, édictées dans le but d’assurer l'application uniforme de certaines dispositions légales, n’ont pas force de loi et ne lient ni les administrés, ni les tribunaux, ni même l’administration (ATF 140 II 88 consid. 5.1.2; Tribunal administratif fédéral [TAF]
C-6379/2012
du 17 novembre 2014 consid. 5.2).
b) Selon la jurisprudence, un étranger peut, selon les circonstances, se prévaloir de l'art. 8 par. 1 de la Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH; RS 0.101) (et de l'art. 13 Cst), qui garantit le droit au respect de la vie privée et familiale, pour s'opposer à l'éventuelle séparation de sa famille pour autant qu'il entretienne une relation étroite et effective avec une personne de sa famille ayant le droit de résider durablement en Suisse (ATF 139 I 330 consid. 2.1 et les références citées). D'après une jurisprudence constante, les relations visées par l'art. 8 CEDH sont avant tout celles qui concernent la famille dite nucléaire, soit celles qui existent entre époux ainsi qu'entre parents et enfants mineurs vivant en ménage commun (ATF 135 I 143 consid. 1.3.2).
Les fiancés ou les concubins ne sont en principe pas habilités à invoquer l'art. 8 CEDH; ainsi, l'étranger qui vit en union libre avec un ressortissant suisse ou une personne ayant le droit de s'établir en Suisse ne peut, en règle générale, pas prétendre à une autorisation de séjour, à moins que le couple n'entretienne depuis longtemps des relations étroites et effectivement vécues et qu'il existe des indices concrets d'un mariage sérieusement voulu et imminent (cf. ATF 144 I 266 consid. 2.5 p. 270, s’agissant de concubins sans enfants; cf. en outre, arrêt TF 2C_976/2019 du 24 février 2020 consid. 4.1 et les références citées). En particulier, la jurisprudence a souligné qu'une durée de vie commune de trois ans, respectivement de quatre ans, sans la présence d'enfant et de projet de mariage imminent, était insuffisante pour qu'un couple de concubins puisse se prévaloir d'une relation atteignant le degré de stabilité et d'intensité requis pour pouvoir être assimilée à une union conjugale protégée par l'art. 8 CEDH (cf. arrêts TF 2C_832/2018 du 29 août 2019 consid. 2.2 et 2C_97/2010 du 4 novembre 2010 consid. 3.3, respectivement arrêt TF 2C_1035/2012 du 21 décembre 2012 consid. 5.2). La durée de la vie commune constitue une donnée objective qui permet d'attester que la relation jouit d'une intensité et d'une stabilité suffisantes pour pouvoir être assimilée à une vie familiale (arrêt 2C_1035/2012 précité consid. 5.1). Le Tribunal fédéral a jugé qu’un concubinage de dix-huit mois sans enfant n'est dans la règle pas suffisant pour que l'étranger puisse bénéficier du droit au regroupement familial tiré de l'art. 8 CEDH (cf. arrêts TF 2C_85/2018 du 22 août 2018 consid. 8.4; 2C_880/2017 du 3 mai 2018 consid. 3.2.1). L’existence d’un concubinage stable n’a également pas été retenue dans le cas d’un couple vivant ensemble depuis trois ans, en l'absence de projet de mariage et d'enfant (arrêt TF 2C_97/2010 du 4 novembre 2010 consid. 3), pas plus que dans le cas d'un couple vivant ensemble depuis quatre ans, mais sans projet sérieux de mariage ni enfant commun (TF 2C_1035/2012 du 21 décembre 2012 consid. 5). Le Tribunal fédéral a en revanche retenu, s'agissant d'une relation ayant duré plus de deux ans, en présence d'un enfant commun et d'un projet de mariage qui s'est concrétisé, l'existence d'une famille "naturelle" bénéficiant de la protection de l'art. 8 CEDH (arrêt 2C_661/2010 du 31 janvier 2011 consid. 3). Dans tous ces cas, il s'agit de protéger un mariage planifié ou existant, qui ressemble à une vie commune (ATF 144 I 266 consid. 2.5 p. 271).
Par ailleurs, la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme n'a accordé une protection à des couples de concubins, sous l'angle de l'art. 8 CEDH, qu'à des relations qui étaient bien établies dans la durée, soit de six à vingt-six ans, et pour des couples qui, en outre, vivaient avec des enfants (arrêts Serife Yigit c. Turquie du 2 novembre 2010, n° 3976/05, § 94 et 96 et les références; Emonet et autres c. Suisse du 13 décembre 2007, n° 39051/03, § 34 et 36). Enfin, si dans une affaire Keegan c. Irlande du 26 mai 1994, n° 16969/90, ladite Cour a admis qu'une union libre qui n'avait duré que deux ans tombait sous l'empire de la protection de la vie familiale, c'était parce que les concubins avaient, d'une part, conçu un enfant ensemble et, d'autre part, formé le projet de se marier.
La CDAP a pour sa part jugé qu'une cohabitation de deux ans n'était pas suffisante (arrêts PE.2013.0048 du 29 avril 2013 consid. 2c/dd; PE.2010.0103 du 4 novembre 2010 consid. 2c; PE.2008.0420 du 9 septembre 2009 consid. 4c) pas plus qu’une cohabitation de quatre ans compte tenu des circonstances (cf. PE.2019.0271 du 5 mars 2020 consid. 5c).
c) En l'espèce, le concubinage du recourant avec sa compagne date du mois d'avril 2021, soit depuis un peu plus d'une année. Certes, les intéressés allèguent se connaitre depuis 2018 et s'être rendus visite à plusieurs reprises. Au regard de la jurisprudence rappelée ci-dessus, une telle relation ne peut à l'évidence pas être qualifiée de concubinage stable.
Le recourant ne peut dès lors pas se fonder sur cette relation pour en déduire un droit à une autorisation de séjour, que ce soit sous l'angle de l'art. 30 al. 1 b LEI en relation avec le chiffre 5.6.3 des directives LEI ou sous l'angle de l'art. 8 CEDH.
5.
Vu ce qui précède, c'est sans violer les dispositions du droit fédéral ni abuser de son pouvoir d'appréciation que l'autorité intimée a refusé de délivrer une autorisation de séjour en faveur du recourant et prononcé son renvoi de Suisse.
Le recours doit ainsi être rejeté et la décision attaquée confirmée.
Le recourant, qui succombe, supporte les frais de justice (art. 49 al. 1 LPA-VD; art. 4 al. 1 du tarif du 28 avril 2015 des frais judiciaires et des dépens en matière administrative [TFJDA; BLV 173.36.5.1]). Il n'y a pas lieu d'allouer de dépens (art. 55 al. 1 LPA-VD).