Decision ID: d63eac95-4c12-5efa-9f95-4a4b96c655b7
Year: 2017
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
a.
A_ SARL est une société à responsabilité limitée inscrite au Registre du commerce et des sociétés de Luxembourg, active dans la prise de participations dans d'autres sociétés ou entreprises sous quelque forme que ce soit et la gestion de ces participations.
D_, fondateur de cette société, a souscrit l'intégralité des 500 parts sociales de celle-ci lors de sa constitution. Le 24 avril 2009, il a cédé la moitié de ses parts sociales, soit 250 parts, à E_ SA.
D_ a toujours été l'unique gérant de A_ SARL.
b.
A_ SARL détient (100%) une filiale à Chypre baptisée A_ LTD, cette dernière ayant pour vocation d'exploiter les médicaments dont A_ SARL détient les brevets, contre le paiement des redevances contractuellement convenues auprès de A_ SARL.
D_ est le dirigeant de A_ LTD avec deux autres administrateurs « fiduciaires ».
c.
A_ LTD est titulaire d'une relation bancaire auprès de la succursale genevoise de C_ SA, devenue depuis BANQUE B_.
d.
Un conflit a éclaté entre D_ et E_ SA faisant l'objet de plusieurs procès pendants au Luxembourg. D_ a notamment ouvert une action visant à annuler la cession des parts sociales par laquelle E_ SA est devenue propriétaire de 50% de A_ SARL. Pour sa part, E_ SA reproche à D_ une gestion irrégulière, voire frauduleuse de la société. D_ et E_ SA étant représentés en parfaite parité lors des assemblées générales de A_ SARL, toute révocation de D_ était impossible par E_ SA.
e.
Par assignation du 22 juin 2016, E_ SA a sollicité du Tribunal d'arrondissement de et à Luxembourg la révocation de D_ de ses fonctions de gérant de A_ SARL et son remplacement par F_.
f.
Le 7 septembre 2016, E_ SA a également formé auprès du Tribunal d'arrondissement de et à Luxembourg une requête en désignation d'un administrateur provisoire ayant pour mission de gérer et d'administrer A_ SARL.
g.
Par ordonnance
ex parte
du 9 septembre 2016, le Tribunal d'arrondissement de et à Luxembourg a désigné G_ en qualité d'administrateur provisoire de A_ SARL, lui donnant notamment pour mission de gérer et administrer A_ SARL, suivant les lois et usages du commerce, en conformité avec son objet social, et plus précisément de prendre les mesures permettant de sauvegarder les intérêts de la société, de prendre toutes les mesures utiles concernant la filiale A_ LTD et exiger la production de toutes informations nécessaires ainsi que de prendre toutes mesures utiles pour sauvegarder le patrimoine de la société. Le Tribunal a nommé l'administrateur provisoire pour une année, renouvelable en fonction des circonstances de l'espèce.
h.
Par décision du 13 janvier 2017, rendue après audition des parties, les autorités luxembourgeoises ont rejeté la demande de rétractation de l'ordonnance présidentielle du 9 septembre 2016 sollicitée par D_, décidant de maintenir G_ en qualité d'administrateur provisoire de A_ SARL jusqu'à ce qu'une décision au fond ayant acquis l'autorité de chose jugée intervienne dans le cadre de l'instance introduite suivant assignation du 22 juin 2016, tendant à la révocation de D_ et à la nomination d'un nouveau gérant.
i.
Par décision du 19 janvier 2017, le Tribunal d'arrondissement de et à Luxembourg, statuant contradictoirement, a révoqué D_ de sa fonction de gérant de A_ SARL. En revanche, il a déclaré irrecevable la demande en remplacement du gérant de la société, estimant qu'il appartenait à l'assemblée générale des associés de nommer un nouveau gérant. Le Tribunal a jugé qu'il n'y avait pas lieu d'ordonner l'exécution provisoire sans caution de son jugement
(art. 567 du Nouveau code de procédure civile luxembourgeois). G_ a représenté A_ SARL devant le Tribunal d'arrondissement de et à Luxembourg en sa qualité d'administrateur provisoire dans le cadre de cette procédure.
B. a.
Parallèlement à ces procédures, par acte expédié au greffe du Tribunal de première instance le 14 novembre 2016, A_ SARL, représentée par G_, a formé une requête de mesures provisionnelles et superprovisionnelles à l'encontre de A_ LTD tendant à ce qu'il soit ordonné à C_ SA, sous la menace de la peine prévue à l'art. 292 CP, de bloquer le compte de la société A_ LTD, et à ce qu'il soit fait interdiction à A_ LTD, sous la menace de la peine prévue à l'article 292 CP, d'effectuer une quelconque transaction financière en relation avec le compte C_ SA de la société A_ LTD.
b.
Par ordonnance du 17 novembre 2016, le Tribunal de première instance a fait droit à la requête sur mesures superprovisionnelles, astreignant toutefois A_ SARL à fournir des sûretés d'un montant de 50'000 fr., lesquelles ont été versées le 24 novembre 2016.
c.
Par courrier du 15 décembre 2016, A_ SARL a complété ses conclusions, en ce sens qu'ordre soit donné à C_ SA, sous la menace de la peine prévue à l'article 292 CP, de lui communiquer l'historique des opérations effectuées sur le compte de A_ LTD depuis son ouverture.
d.
Le 23 janvier 2017, A_ LTD a conclu à l'irrecevabilité de la requête, subsidiairement à son rejet, faisant notamment valoir qu'en raison de son caractère
ex parte
, l'ordonnance du 9 septembre 2016 ne pouvait être reconnue en Suisse, de sorte que G_ n'était pas légitimé à agir en qualité d'administrateur provisoire de A_ SARL en Suisse. En tout état de cause, ladite ordonnance faisait l'objet d'un recours pendant.
e.
C_ SA s'en est rapportée à justice.
f.
Lors de l'audience qui s'est tenue le 30 janvier 2017, A_ SARL a complété sa conclusion supplémentaire telle que communiquée au Tribunal le 15 décembre 2016, en ce sens qu'ordre soit donné à C_ SA et à D_, sous la menace de la peine prévue à l'article 292 CP, de lui communiquer l'historique des opérations effectuées sur le compte de A_ LTD depuis son ouverture.
Elle a produit des pièces complémentaires, au nombre desquelles le jugement rendu le 19 janvier 2017 par le Tribunal d'arrondissement de et à Luxembourg.
A l'issue de cette audience, les parties ont persisté dans leurs conclusions respectives et le Tribunal de première instance a gardé la cause à juger.
C.
Par ordonnance sur mesures provisionnelles
OTPI/79/2017
du 21 février 2017, le Tribunal de première instance a ordonné à C_ SA de bloquer le compte de A_ LTD (ch. 1 du dispositif), a fait interdiction à A_ LTD d'effectuer une quelconque transaction financière en relation avec le compte à la C_ SA de A_ LTD (ch. 2), a prononcé les chiffres 1 et 2 du dispositif sous la menace de la peine prévue par l'article 292 CP (ch. 3), a rejeté la requête pour le surplus (ch. 4), a ordonné le maintien des sûretés fournies par A_ SARL à hauteur de 50'000 fr. (ch. 5), a dit que l'ordonnance déploiera ses effets jusqu'à droit jugé ou accord entre les parties (ch. 6), a mis les frais à la charge de A_ LTD (ch. 7), a arrêté les frais judicaires à 1'800 fr., qu'il a compensés avec l'avance fournie par A_ SARL et a condamné A_ LTD à verser à A_ SARL la somme de 1'800 fr. (ch. 8), a condamné A_ LTD à verser à A_ SARL la somme de 1'000 fr. à titre de dépens (ch. 9) et a débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 10).
Le Tribunal a retenu que les pièces déposées par A_ SARL à l'audience du 30 janvier 2017 étaient recevables, qu'il ressortait de l'ordonnance rendue contradictoirement par le tribunal d'arrondissement de et à Luxembourg le 19 janvier 2017 que la révocation de D_ et, partant, la validité de la nomination de G_ en qualité d'administrateur provisoire de la requérante avait été confirmée après audition des parties, de sorte que la requête de mesures provisionnelles avait été valablement formée par A_ SARL.
En outre, compte tenu de l'importance du différend opposant E_ SA et D_ - le fond de ce litige étant actuellement pendant devant les juridictions luxembourgeoises -, le risque que ce dernier dispose de tout ou partie des avoirs en compte de A_ LTD avant de se voir démis de ses fonctions d'administrateur, apparaissait vraisemblable. L'urgence était réalisée, la tenue d'une assemblée générale de A_ LTD étant prévue à brève échéance, et le risque de préjudice irréparable était également vraisemblable, compte tenu du risque pour A_ SARL de perdre son unique source de revenus.
En revanche, la conclusion tendant à la communication par C_ SA et D_ de l'historique des opérations effectuées sur le compte de A_ LTD depuis son ouverture a été rejetée. Le Tribunal a considéré qu'il ne pouvait prononcer une injonction à l'encontre de D_ dès lors que ce dernier n'était pas partie à la procédure et que A_ SARL n'alléguait ni ne rendait vraisemblable les motifs qui justifieraient une quelconque urgence à se voir communiquer ces documents par C_ SA.
D. a.
Par acte expédié au greffe de la Cour de justice le 6 mars 2017, A_ LTD a appelé de cette ordonnance, reçue le 22 février 2017. Elle a conclu à son annulation, à ce que la requête de mesures provisionnelles formée par A_ SARL soit déclarée irrecevable et à ce que l'ordonnance sur mesures superprovisionnelles du 17 novembre 2016 soit révoquée, avec suite de frais et dépens.
b.
A_ SARL a conclu au rejet de l'appel, sous suite de frais et dépens. Elle a en outre formé un appel joint, concluant, à ce qu'il soit ordonné à C_ SA et à D_, en tant qu'administrateur de A_ LTD, de lui communiquer l'historique des opérations qui ont été effectuées sur le compte de la société A_ LTD depuis son ouverture, ce sous la menace de la peine prévue par l'art. 292 CP, et donne un délai de 30 jours dès l'entrée en force de l'ordonnance à A_ LTD pour introduire une action en dommages-intérêts à défaut de quoi les sûretés de 50'000 fr. seront libérées conformément à l'art. 264 al. 3 CPC.
Elle a produit quatre pièces nouvelles, soit un extrait du Journal des Tribunaux du Luxembourg 2015, une ordonnance rendue par le juge des déférés luxembourgeois le 13 janvier 2017, un échange de courriels datés du 31 janvier 2017 et un courrier daté du 31 janvier 2017.
Elle a indiqué n'avoir reçu l'ordonnance du 13 janvier 2017 que le 30 janvier 2017 vers 17 heures de sorte qu'elle n'avait pu la produire devant le Tribunal, fournissant un échange de courrier du 31 janviers 2017 à l'appui de cette affirmation.
c.
Dans leurs réplique et duplique, les parties ont persisté dans leurs conclusions, A_ LTD concluant en outre à l'irrecevabilité de l'appel joint.
A_ LTD a produit une pièce nouvelle, soit un courrier du 16 janvier 2017 par lequel le conseil luxembourgeois de D_ a informé ce dernier du dispositif de l'ordonnance du 13 janvier 2017, tout en lui indiquant ignorer quels étaient les motifs ayant mené le juge à statuer ainsi, et qu'il lui ferait parvenir une copie de la décision dès qu'il serait en possession de la version écrite de cette ordonnance.
d.
BANQUE B_ - qui a fusionné avec la C_ SA - a renoncé à s'exprimer dès lors que le litige entre les parties ne la concernait en aucune façon, si ce n'est que A_ LTD détenait un compte au sein de sa succursale.
e.
Les parties ont été avisées par courrier du 2 mai 2017 de ce que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1.
1.1
L'appel est recevable pour avoir été interjeté auprès de l'autorité compétente (art. 120 al. 1 let. a LOJ), dans le délai utile de 10 jours (art. 142 al. 3, 248 let. d, 271 let. a, 276 al. 1 et 3 et 314 al. 1 CPC) et selon la forme prescrite par la loi (art. 130, 131 et 311 CPC) à l'encontre d'une décision sur mesures provisionnelles, qui statue sur des conclusions pécuniaires (art. 308 al. 1 let. b CPC) dont la valeur litigieuse - qui correspond aux avoirs déposés sur le compte bancaire dont le blocage est requis - est vraisemblablement supérieure à 10'000 fr. dès lors que l'intimée a accepté de verser des sûretés à hauteur de 50'000 fr.
L'appel joint est irrecevable en procédure sommaire (art. 314 al. 2 CPC) de sorte que les conclusions d'appel de l'intimée sont irrecevables.
1.2
En raison de sa fusion avec BANQUE B_, la raison sociale de C_ SA est devenue BANQUE B_ de sorte que la qualité des parties à la présente procédure sera rectifiée en ce sens.
2. 2.1
Selon l'art. 317 al. 1 CPC, les faits et les moyens de preuve nouveaux ne sont pris en considération en appel que s'ils sont invoqués ou produits sans retard (let. a) et s'ils ne pouvaient pas être invoqués ou produits devant la première instance bien que la partie qui s'en prévaut ait fait preuve de la diligence requise (let. b). Les deux conditions sont cumulatives (Jeandin, in Code de procédure civile commenté, 2011, n. 6 ad art. 317).
Il appartient au plaideur qui entend se prévaloir en appel d'un fait ou d'un moyen de preuve qui existait déjà lors de la procédure en première instance, de démontrer qu'il a fait preuve de la diligence requise, ce qui implique notamment d'exposer précisément les raisons pour lesquelles le fait ou le moyen de preuve n'a pas pu être invoqué devant l'autorité précédente (arrêts du Tribunal fédéral
5A_445/2014
du 28 août 2014 consid. 2.1,
5A_739/2012
du 17 mai 2013 consid. 9.2.2 et
4A_334/2012
du 16 octobre 2012 consid. 3.1).
2.2
En l'espèce, l'intimée a produit un échange de courrier daté du 31 janvier 2017 à teneur duquel elle n'a reçu l'ordonnance du 13 janvier 2017 dans sa version écrite que le 30 janvier 2017 dans l'après-midi; il n'existe aucun élément justifiant de mettre en doute cette affirmation. Dès lors, l'intimée n'était pas en mesure de produire cette ordonnance devant le Tribunal lors de l'audience du 30 janvier 2017. On ne saurait suivre l'appelante lorsqu'elle prétend que l'intimée n'a pas fait preuve de la diligence requise. Certes, l'intimée aurait pu, tout comme l'admet avoir fait l'appelante, téléphoner au greffe du Tribunal luxembourgeois afin de connaître le contenu du dispositif de la décision. Cela étant, une simple information orale n'aurait pas été probante. On ne saurait enfin reprocher au conseil de l'intimée de n'avoir relevé sa case - ou sont déposés les actes - qu'en fin d'après-midi au lieu du matin.
Les autres pièces produites sont postérieures à la décision querellée ou consistent dans de la jurisprudence notoire.
Au vu de ce qui précède, les pièces nouvelles produites par l'intimée en appel sont recevables.
Il en va de même de la pièce produite par l'appelante dès lors qu'elle a pour vocation à répondre à un nouvel argument de l'intimée en appel.
3.
L'appelante reproche au Tribunal d'avoir tenu pour établi que G_ était légitimé à représenter l'intimée alors que seule une ordonnance rendue
ex parte
, qui ne pouvait être reconnue en Suisse, l'instituait en qualité d'administrateur provisoire.
3.1.1
Le tribunal examine d'office si les conditions de recevabilité sont remplies (art. 60 CPC).
Selon les principes généraux de la procédure civile, les conditions de recevabilité du procès doivent être réunies au moment du jugement au fond. En d'autres termes, il suffit qu'elles se réalisent jusqu'à ce terme (ATF
133 III 539
consid. 4.3;
116 II 9
consid. 5 ; arrêt du Tribunal fédéral
5A_15/2009
du 2 juin 2009 consid. 4.1).
Par conséquent, s'il se révèle au moment du jugement que toutes les conditions de recevabilité n'étaient pas encore remplies au début de la litispendance, mais qu'elles se sont réalisées en cours d'instance, le juge doit entrer en matière sur l'action (ATF
133 III 539
consid. 4.3 citant Hohl, Procédure civile, t. I, n. 321; arrêt du Tribunal fédéral
5A_15/2009
du 2 juin 2009 consid. 4.1).
3.1.2
Selon l'art. 33 al. 1 CL, les décisions rendues dans un Etat lié par la Convention de Lugano sont reconnues dans les autres Etats liés par cette convention, sans qu'il soit nécessaire de recourir à aucune procédure.
Lorsque la reconnaissance d'une décision est invoquée à titre incident dans un procès dont l'objet au principal est différent, la juridiction saisie est également compétente pour en connaître (art. 33 al. 3 CL), même si l'action principale échappe au domaine d'application de la Convention. Il faut cependant que la décision étrangère soit susceptible d'influencer le sort de l'action principale. Lorsque la reconnaissance est admise, elle ne l'est qu'à titre incident, sans participer à l'autorité de chose jugée de la décision au principal (Bucher, in Commentaire romand, LDIP/CO, 2011, n. 5 ad art. 33 CL).
La CL entend par décision, toute décision rendue par une juridiction d'un Etat lié par la convention quelle que soit la dénomination qui lui est donnée, telle qu'arrêt, jugement, ordonnance ou mandat d'exécution, ainsi que la fixation par le greffier du montant des frais du procès (art. 32 CL).
Les décisions judiciaires rendues sans que la partie contre laquelle elles sont dirigées ait été appelée à comparaître et destinées à être exécutées sans avoir été préalablement signifiées ne bénéficient pas du régime de reconnaissance et d'exécution prévu par la Convention de Lugano (cf. Arrêt de la Cour de justice des Communautés européennes du 13 juillet 1995 C-474/93 Hengst Import BV;
ATF
139 III 232
consid. 2).
Selon la Cour de justice des Communautés européennes, les décisions visées sont celles qui, avant le moment où leur reconnaissance et leur exécution sont demandées dans un Etat autre que l'Etat d'origine, ont fait, ou étaient susceptibles de faire, dans cet Etat d'origine, l'objet, sous des modalités diverses, d'une instruction contradictoire. Cela n'exclut pas, cependant, qu'une première phase de la procédure soit non contradictoire, mais il faut qu'un débat contradictoire ait pu avoir lieu avant que soit posée la question de la reconnaissance ou de l'exécution de la décision au titre de la Convention (Bucher, op. cit., n. 9 ad art. 32 CL).
3.2
En l'espèce, il est exact que lors du dépôt de la requête de mesures provisionnelles G_ avait été nommé administrateur provisoire de A_ SARL en vertu d'une ordonnance
ex parte
rendue sans que D_ n'ai pu s'exprimer à ce sujet.
Toutefois, cette décision a été confirmée à l'issue d'une procédure contradictoire par une ordonnance du 13 janvier 2017, soit avant que le Tribunal de première instance ne rende sa décision le 21 février 2017. Certes, le premier juge n'avait pas connaissance de cette décision, toutefois celle-ci a été valablement portée à la connaissance de la Cour dans le cadre du présent appel. En outre, cette ordonnance prévoyait que G_ resterait administrateur provisoire de A_ SARL tant qu'une décision au fond ayant acquis l'autorité de chose jugée n'interviendrait pas dans le cadre de l'instance introduite tendant à la révocation de D_ et à la nomination d'un nouveau gérant. Au jour du prononcé des mesures provisionnelles par le Tribunal de première instance, soit le 21 février 2017, la décision du 19 janvier 2017 prononçant la révocation de D_ n'était pas encore entrée en force puisque puisqu'elle n'a pas été prononcée exécutoire nonobstant appel. Elle ne l'a été qu'à l'épuisement du délai d'appel de quarante jours (art. 571 du Nouveau code de procédure civile luxembourgeois), soit au plus tôt le 28 février 2017. Par conséquent, l'ordonnance du 13 janvier 2017 nommant G_ administrateur provisoire déployait encore ses effets lorsque le Tribunal de première instance a rendu son jugement sur mesures provisionnelles.
Le jugement du 19 janvier 2017 n'a par ailleurs pas prononcé la levée de l'administration provisoire. Puisqu'une société ne peut fonctionner sans administrateur et que D_ a été révoqué de cette fonction, l'administration provisoire ne pouvait que se poursuivre jusqu'à la nomination d'un nouvel administrateur.
Par conséquent, les conditions de recevabilité de la requête de mesures provisionnelles étaient réalisées.
Sur ce point, on relèvera que l'appelante avait eu connaissance de la décision du 13 janvier 2017 lorsqu'elle s'est présentée à l'audience du 30 janvier 2017 - alors que l'intimée n'avait pas encore reçu cette décision - et qu'elle s'est gardée d'en faire état devant le premier juge, maintenant de manière contraire à la bonne foi que G_ n'était pas légitimé à représenter l'intimée.
Pour le surplus, l'appelante ne conteste pas que les conditions de fond de
l'art. 261 CPC sont remplies s'agissant de l'interdiction de disposer des comptes bancaires.
Au vu de ce qui précède, la décision querellée sera confirmée.
4.
4.1
Les frais judiciaires de l'appel principal seront arrêtés à 2'000 fr. (art. 26
et 37 RTFMC) et mis à la charge de l'appelante qui succombe (art. 106 al. 1 CPC). Ils seront compensés avec l'avance de frais fournie par celle-ci, laquelle reste acquise à l'Etat de Genève (art. 111 al. 1 CPC).
Dès lors que la valeur litigieuse n'a pas été indiquée par les parties mais qu'elle est à tout le moins égale à 50'000 fr. (cf. supra ch. 1.), l'appelante sera condamnée à verser à A_ SARL 1'500 fr. à titre de dépens d'appel, débours et TVA incluse (art. 84, 85, 88 et 90 RTFMC; art. 25 et 26 LaCC).
4.2
Les frais judicaires de l'appel joint - irrecevable - seront arrêtés à 1'000 fr. (art. 7 RTFMC) et mis à la charge de l'intimée qui succombe (art. 106 al. 1 CPC). Elle sera en conséquence condamnée à verser ce montant à l'Etat de Genève.
Dès lors que l'appelante s'est limitée à soulever l'irrecevabilité de l'appel joint, sans autre développement, il n'y a pas lieu à l'allocation de dépens.
4.3
De même, il ne sera pas alloué de dépens à BANQUE B_ qui n'a pas conclu à leur allocation.
5.
L'arrêt de la Cour, qui statue sur mesures provisionnelles, est susceptible d'un recours en matière civile, les moyens étant limités en application de l'art. 98 LTF (arrêt du Tribunal fédéral
5A_599/2015
du 6 octobre 2015 consid. 2).
* * * * *