Decision ID: 4364755c-0a90-5d0e-aa31-c02c441637de
Year: 2008
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1. Messieurs B_, P_ et L_, notaires (ci-après : les recourants), ont été chargés par Madame G_ et Monsieur G_ d’instrumenter la vente de leur bien immobilier sis à Anières/GE.
Selon le bordereau du 13 septembre 2002, l’impôt sur les bénéfices et gains immobiliers dû par les époux G_ a été fixé à CHF 37'348,80.
Par chèque du 14 octobre 2002, M. G_ s’est acquitté, auprès de l’Administration fiscale cantonale (ci-après : l’AFC), d’un montant de CHF 21'730.-.
Le 14 avril 2004, l'AFC a rendu une décision sur réclamation par laquelle elle a refusé la demande de dégrèvement des époux G_ du 8 octobre 2002 et maintenu la taxation initiale.
2. Par courrier du 7 novembre 2005, l’AFC a imparti aux recourants un délai échéant le 5 décembre 2005 pour s’acquitter du solde d’impôt résultant de la vente susmentionnée.
Le 1er décembre 2005, sous la plume de leur avocate, les recourants ont invité Mme G_ (ci-après : la mandante)à procéder au paiement de ce solde.
En date du 2 décembre 2005, les recourants se sont finalement acquittés eux-mêmes dudit montant.
A ce jour, Mme G_ n’a effectué aucun remboursement à ce titre aux recourants.
3. Le 28 mars 2006, ces derniers ont déposé devant le Tribunal administratif une demande en paiement de CHF 15'618,80 avec intérêts à 5% dès le 2 décembre 2005, dirigée contre Mme G_.
Parallèlement, les recourants ont saisi le Tribunal administratif d’une demande similaire, visant l'époux de l'intimée, M. G_.
4. Par arrêt du 11 avril 2006 (
ATA/252/2006
), le Tribunal administratif a déclaré irrecevable la demande dirigée contre Mme G_, pour défaut de compétence à raison de la matière, au profit
des tribunaux civils
.
Il a admis (cons. 3 et 4), que les prétentions des recourants étaient de nature pécuniaire, fondées sur le droit public cantonal et qu'elles ne pouvaient faire l’objet d’une décision au sens de l’art. 56A, alinéa 2 de la loi sur l’organisation judiciaire du 22 novembre 1941 (LOJ -
E 2 05
).
Le Tribunal administratif a toutefois estimé que lesdites prétentions ne découlaient pas d’un contrat de droit public, en appliquant le critère du fondement des droits et obligations en cause, qui, s'ils ne pouvaient être rapportés directement à une norme légale, découlaient de la concordance des volontés des parties, soit d'un contrat.
En d’autres termes, il y avait lieu de déterminer si les prestations pécuniaires comprises dans la relation juridique en cause résultaient d’une compétence découlant directement de la loi ou si elles étaient fondées uniquement sur l’accord réciproque des parties (P. MOOR, Droit administratif, vol. II, Les actes administratifs et leur contrôle, 2
e
éd., p. 359).
A cet égard, le Tribunal administratif a souligné que les fonctions et devoirs des notaires ainsi que leurs honoraires et émoluments étaient réglés tant par la loi sur le notariat du 25 novembre 1988 (LNot -
E 6 05
), que par le Règlement sur les émoluments des notaires (ci-après : le règlement), qui mentionne les débours à son art. 3, de sorte que les prestations pécuniaires en cause résultaient de la loi et n'étaient pas fondées sur un accord réciproque des parties.
Ainsi, ces prétentions ne pouvaient faire l’objet d’une action pécuniaire au sens de l’article 56G alinéa 1 LOJ et seul était compétent pour statuer sur leur sort, le Président du Tribunal de première instance siégeant en Chambre du Conseil, conformément aux art. 36 alinéa 3 LNot. et 9 règlement.
5. Suite à cet arrêt, les recourants ont saisi le Tribunal des conflits du présent recours, le 22 mai 2006, en faisant valoir que le Tribunal administratif a décliné à tort sa compétence ratione materiae.
Ils soutiennent, en effet, que leur relation avec leur mandante était, en l'espèce, de nature bilatérale et constituait bien un contrat de droit public, résultant de la concordance entre deux manifestations de volonté, puisqu'il s'agissait d'un accord passé entre des notaires et leur mandant, ayant pour objet l’instrumentation de la vente du bien immobilier de ce dernier, qui obligeait lesdits notaire à exécuter la tâche publique pour laquelle ils avaient étés mandatés, et leur client, à payer les émoluments prévus par la loi, ainsi que les frais et débours engagés par ces notaires, ces débours comprenant notamment le montant des impôts litigieux, que lesdits notaires étaient tenu de verser à l’AFC, pour le compte de leur client vendeur.
Il n’est, par ailleurs, pas envisageable pour les recourants que la prétention pécuniaire litigieuse puisse découler directement de la loi, sans être concrétisée par un acte de droit administratif, l'existence d'une réglementation détaillée des émoluments dus aux notaires ne changeant rien à la nécessité d’un tel acte, qui, n’étant pas une décision, ne peut être qu’un contrat de droit public.
Il paraît, pour le surplus, douteux aux recourants que le Président du Tribunal de première instance soit compétent pour statuer sur l’existence d’une créance relative à des débours fondés sur les articles 36 alinéa 3 LNot et 9 règlement, à savoir réclamés dans le cadre d'un litige n'ayant pas trait à la fixation d'émoluments ou d'honoraires.

EN DROIT
1. Le Tribunal des conflits est chargé de trancher les questions de compétence entre une juridiction administrative d’une part et une juridiction civile ou pénale d’autre part (article 56J al. 1 LOJ).
Toute partie peut recourir auprès du Tribunal des conflits contre une décision rendue en dernière instance cantonale par l’une des juridictions mentionnées à l’article 56H alinéa 1 LOJ soit lorsque la juridiction a admis sa compétence et que le recourant allègue que le litige ressortit à l’autre ordre de juridiction, soit lorsque la juridiction a décliné sa compétence pour le motif que le litige ressortit à l’autre ordre de juridiction et que le recourant allègue qu’elle l’a fait à tort.
Il y a lieu de souligner, à ce stade, que les dispositions relatives au Tribunal administratif et au Tribunal des conflits ont fait l’objet d’une renumérotation entrée en vigueur le 1
er
mars 2002. L’article 56H LOJ, qui concernait le but et la composition du Tribunal des conflits, est devenu l’article 56J LOJ.
Le législateur genevois a toutefois omis d’adapter le renvoi contenu au nouvel article 56L LOJ, laissant subsister une référence à l’article 56H alinéa 1 LOJ, alors que cette disposition concerne actuellement la conciliation devant le Tribunal administratif. Le renvoi à l’article 56H alinéa 1 LOJ doit par conséquent être compris comme un renvoi à l’article 56J alinéa 1 LOJ (Arrêt du Tribunal fédéral
5P.382/2004
du 15 décembre 2004).
2. S'agissant, en premier lieu, de la question de la recevabilité matérielle du présent recours, le Tribunal de céans doit déterminer si le cas d’espèce présente bien un conflit de compétence entre les deux ordres de juridiction précités, à savoir, d'une part
,
entre la juridiction administrative, et, d'autre part, entre la juridiction civile ou pénale.
En l’occurrence, le Tribunal administratif a décliné sa compétence au profit du Président du Tribunal de première instance, en se fondant sur l’article 36 alinéa 3 LNot
.
de même que sur l’article 9 du règlement.