Decision ID: bcc3053b-1785-400a-8b76-cab2f2f305b7
Year: 2003
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

vu les faits suivants :
A. X._ est entré en Suisse le 23 août 1997 pour y suivre les cours de l'Ecole professionnelle d'électronique SA à Lausanne. Le 28 juillet 1998, l'intéressé ayant été exclu de cette école en raison de son comportement, le SPOP a refusé de lui prolonger son autorisation. Toutefois, le SPOP a rapporté cette décision le 25 septembre 1998 et a délivré à X._ une autorisation de séjour temporaire valable jusqu'au 22 octobre 1999, celui-ci ayant réussi à s'inscrire à l'Ecole d'Ingénieurs du canton de Vaud à Yverdon-les-Bains. Le 29 février 2000, l'intéressé a épousé Y._, ressortissante canadienne au bénéfice d'un permis B depuis le 16 juin 1998.
B. Par décision du 13 juin 2001, le SPOP a refusé de délivrer une autorisation de séjour par regroupement familial en faveur d'X._ au motif, notamment, que celui-ci n'a pas d'attaches particulières avec notre pays, qu'il ne peut se prévaloir de qualifications professionnelles particulières, qu'il ne fait plus vie commune avec son épouse et, enfin, que son comportement a nécessité l'intervention des autorités de police à de nombreuses reprises.
C. X._ a recouru contre cette décision auprès du tribunal de céans le 9 juillet 2001. En substance, il expose que le but de son séjour en Suisse est atteint, qu'il a des attaches dans notre pays et que les actes qu'il a commis et qui ont donné lieu à l'intervention des autorités de police sont la conséquence d'un état de confusion passager.
D. Par décision du 24 juillet 2001, le juge instructeur a dispensé le recourant de verser une avance de frais au regard de sa situation financière. Ce magistrat a en outre muni le recours de l'effet suspensif.
E. L'autorité intimée a déposé ses déterminations le 2 octobre 2001. Elle y a repris, en les développant, les arguments présentés à l'appui de la décision litigieuse et a conclu au rejet du recours.
Dans son mémoire complémentaire du 15 janvier 2002, le recourant relève que la vie commune avec son épouse a repris quelques jours en mai 2002, avant d'être interrompue à la suite de son interpellation par la police, que Mme Y._ aurait retiré la demande en divorce qu'elle avait déposée contre lui et que celui-ci a des attaches en Suisse étant donné que sa soeur, qui vit et travaille à Genève, s'est déclarée disposée à le soutenir "dans ses efforts de guérison et de réintégration sociale". En outre, le recourant soutient que son activité délictueuse doit être mise en relation avec les troubles de la personnalité dont il souffre. Enfin, le recourant signale au tribunal que la Fondation du Levant serait prête à l'admettre au sein de son établissement. S'agissant des moyens de droit, le recourant se prévaut de l'art. 8 CEDH, de l'art. 14 de la Constitution et de l'art. 39 OLE.
F. Par jugement du 4 avril 2002, le Tribunal correctionnel d'arrondissement de Lausanne a condamné X._ pour contravention et infraction à la Loi fédérale sur les stupéfiants, lésions corporelles simples et qualifiées, délit manqué de lésions corporelles simples et qualifiées et voies de fait à la peine de 15 mois d'emprisonnement, sous déduction de 401 jours de détention préventive. En outre, le tribunal a prononcé son expulsion du territoire suisse pour une durée de trois ans. Cette sanction a été confirmée par la Cour de cassation pénale du canton de Vaud en date du 23 juillet 2002. Le Tribunal fédéral a été saisi d'un pourvoi en nullité contre la décision de la Cour de cassation pénale vaudoise. A ce jour, la Cour suprême n'a pas encore rendu son jugement.
X._ a fait l'objet d'un rapport de dénonciation établi en date du 10 mai 2002 à la suite d'une interpellation alors qu'il était en possession de 2 pacsons d'héroïne pour un total de 0,3 gr.
Le 27 août 2002, l'intéressé a été entendu par la police en tant que prévenu d'infraction de dommage à la propriété.
Un rapport de police établi le 12 septembre 2002 fait état d'une bagarre impliquant X._, lequel aurait frappé le dénommé Z._ sur le crâne au moyen d'un tesson de bouteille, provoquant une blessure nécessitant quatre points de suture.
Enfin, un rapport de police établi le 18 décembre 2002 met en cause l'intéressé pour des tentatives de vol et des actes de violence à l'endroit de A._ et B._.
G. Les arguments des parties seront repris, en tant que de besoin, dans les considérants qui suivent.

Considérant en droit :
1. Aux termes de l'art. 4 al. 1 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (ci-après LJPA), le Tribunal administratif connaît en dernière instance cantonale de tous les recours contre les décisions administratives cantonales ou communales lorsqu'aucune autre autorité n'est expressément désignée par la loi pour en connaître. Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du Service de la population et de l'Office cantonal de la main-d'oeuvre et du placement rendues en matière de police des étrangers.
2. En dehors des cas où une disposition légale prévoit expressément le contrôle de l'opportunité d'une décision, le Tribunal administratif n'exerce qu'un contrôle en légalité, c'est-à-dire examine si la décision entreprise est contraire à une disposition légale ou réglementaire expresse, ou relève d'un excès ou d'un abus du pouvoir d'appréciation (art. 36 litt. a et c LJPA). La loi fédérale sur le séjour et l'établissement des étrangers du 26 mars 1931 (ci-après LSEE) ne prévoyant aucune disposition étendant le pouvoir de contrôle de l'autorité de recours à l'inopportunité, ce grief ne saurait donc être examiné par le tribunal de céans.
Conformément à la jurisprudence, il y a abus du pouvoir d'appréciation lorsqu'une autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues par la loi, se laisse guider par des considérations non pertinentes ou étrangères au but des dispositions applicables, ou encore lorsqu'elle statue en violation des principes généraux du droit administratif que sont l'interdiction de l'arbitraire, l'égalité de traitement, la bonne foi et la proportionnalité (cf. sur tous ces points, ATF 110 V 365 cons. 3b in fine; ATF 108 Ib 205 cons. 4a).
3. Aux termes de l'art. 1a LSEE, tout étranger a le droit de résider sur le territoire suisse s'il est au bénéfice d'une autorisation de séjour ou d'établissement. Selon l'art. 4 LSEE, l'autorité statue librement, dans le cadre des prescriptions légales et des traités avec l'étranger, sur l'octroi de l'autorisation de séjour. Pour les autorisations, les autorités doivent tenir compte des intérêts moraux et économiques du pays, ainsi que du degré de surpopulation étrangère (art. 16 LSEE). Ainsi, les ressortissants étrangers ne bénéficient d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail, voire d'établissement, sous réserve des dispositions contraires résultant des traités internationaux ou de la loi.
4. Le refus du SPOP de délivrer une autorisation de séjour par regroupement familial en faveur du recourant est fondé, notamment, sur le fait que l'intérêt de la sécurité publique l'emporte sur celui du recourant de pouvoir séjourner en Suisse.
a) L'art. 10 al. 1 litt. a et b LSEE prévoit que l'étranger ne peut être expulsé de Suisse ou d'un canton que s'il a été condamné par une autorité judiciaire pour crime ou délit (litt. a) et si sa conduite, dans son ensemble et ses actes permettent de conclure qu'il ne veut pas s'adapter à l'ordre établi dans le pays qui lui offre l'hospitalité ou qu'il n'en est pas capable (litt. b). Si un motif d'expulsion au sens l'art. 10 LSEE est donné, il permet a fortiori de refuser de délivrer une autorisation de séjour. L'expulsion ne sera toutefois prononcée que si elle paraît appropriée à l'ensemble des circonstances (art. 11 al. 3 LSEE). L'art. 16 al. 2 du Règlement d'exécution du 1er mars 1949 de la LSEE (RSEE) prévoit que l'expulsion peut paraître fondée au regard de l'art. 10, 1er alinéa, litt. b de la loi, notamment si l'étranger contrevient gravement ou à réitérées reprises à des dispositions légales ou à des décisions de l'autorité, s'il attente gravement aux moeurs, si, par mauvaise volonté ou par inconduite et de façon continue, il ne satisfait pas aux obligations de droit public ou privé et s'il vit dans l'inconduite ou la fainéantise. Conformément à l'art. 16 al. 3 RSEE, pour apprécier si une expulsion est appropriée aux circonstances, l'autorité tiendra notamment compte de la gravité de la faute commise par l'étranger, de la durée de son séjour en Suisse et du préjudice qu'il aurait à subir avec sa famille du fait de l'expulsion. Ainsi, lorsqu'il existe un motif d'expulsion au sens de l'art. 10 LSEE, il faut considérer en premier lieu la gravité des actes commis ainsi que la situation personnelle et familiale de l'expulsé (ATF 122 II 1 cons. 2 p. 6; 120 Ib 129 cons. 4b et 5b 131 ss; voir également ATF 122 II 433 cons. 3b p. 439 ss.).
Concernant le motif d'expulsion de la lettre a de l'art. 10 al. 1 LSEE, le Tribunal fédéral a précisé à de nombreuses reprises qu'une condamnation à une peine de deux ans de détention justifiait si non l'expulsion, du moins le renvoi de l'étranger dans son pays d'origine (voir par exemple ATF 120 I b 6; 110 I b 201).
b) En l'espèce, le recourant a été condamné le 4 avril 2002 à la peine de 15 mois d'emprisonnement pour contravention à la loi fédérale sur les stupéfiants, lésions corporelles simples qualifiées, délit manqué de lésions corporelles simples et qualifiées et voies de fait. Cette sanction a été assortie d'une expulsion du territoire suisse pour une durée de trois ans. Les deux ans mentionnés dans la jurisprudence du Tribunal fédéral ne sont pas atteints en l'espèce, si bien que l'on ne peut pas, à la lumière de ladite jurisprudence, parler d'une grave atteinte à l'ordre juridique. Il en découle que le recourant ne peut pas par conséquent faire l'objet d'une expulsion au sens de l'art. 10 al. 1 lit. a LSEE (voir dans ce sens arrêt TA PE 02/0246).
Il n'est demeure pas moins que l'attitude du recourant tombe manifestement sous le coup du motif d'expulsion de l'art. 10 al. 1 litt. b LSEE. Il faut tout d'abord souligner que celui-ci a commencé son activité délictueuse en 1999, soit très peu de temps après son arrivée en Suisse le 23 août 1997. Il est à cet égard assez frappant de constater que le recourant a multiplié les délits avec une régularité de métronome depuis le mois d'octobre 1999 que ce soit en matière de stupéfiants, d'infractions contre le patrimoine ou contre l'intégrité physique. Ainsi, outre sa condamnation pénale à 15 mois d'emprisonnement rendue par le Tribunal correctionnel d'arrondissement de Lausanne le 4 avril 2002, X._ a fait l'objet d'un rapport de dénonciation pour possession d'héroïne un mois seulement après le jugement précité. Le 12 septembre 2002, le recourant a encore fait l'objet d'un rapport de police pour avoir frappé au moyen d'un tesson de bouteille le dénommé Z._, puis le 18 décembre 2002 pour avoir frappé A._. En outre, X._ est également formellement mis en cause par B._ pour s'être rendu le samedi 2 novembre 2002 à son appartement du 1.******** en compagnie d'un autre individu et y avoir séquestré la lésée ainsi qu'une connaissance nommée Nadia, dans le but d'obtenir de l'argent. A cette occasion, le recourant aurait commis divers dommages dans l'appartement. Enfin, le dimanche 3 novembre 2002, le recourant serait retourné seul au domicile de B._ où il aurait également commis divers dégâts après avoir enfoncé la porte de l'appartement.
La chronologie des faits susmentionnée démontre que même une lourde condamnation n'a pas réussi à entraver un parcours délictueux ininterrompu et dont la gravité est indéniable. Aussi, il ne fait aucun doute que le recourant, qui est décrit comme un individu violent et agressif qui sème la terreur auprès de son entourage (cf. notamment Rapport de police du 18 juin 2001), représente aujourd'hui un danger réel et concret pour la société. Il apparaît ainsi, au regard de ce qui précède, que le recourant est manifestement incapable de s'adapter à l'ordre établi dans notre pays. La décision querellée s'avère donc parfaitement fondée.
S'agissant de ses attaches en Suisse, l'on relèvera que le recourant ne séjourne dans notre pays que depuis le mois d'août 1997 et que sa très longue période délictueuse ainsi que son absence de formation professionnelle ne plaident guère en faveur d'un fort enracinement en Suisse. Par ailleurs, son expulsion ne porte nullement préjudice à sa famille puisque, à part son épouse, qui a par ailleurs émis le souhait de retourner au Canada, et sa soeur, il n'a pas de famille en Suisse, son père et quelques uns de ses frères et soeurs vivant au Maroc ou en France. Force est donc de constater en définitive qu'aucun critère de l'art. 16 al. 3 RSEE n'est rempli en l'espèce, si bien que l'expulsion d'X._ apparaît à l'évidence justifiée.
6. Il ressort des considérants qui précèdent que l'autorité intimée n'a ni violé le droit, ni excédé ou abusé de son pouvoir d'appréciation en refusant de délivrer au recourant une autorisation de séjour par regroupement familial. Sa décision sera donc confirmée. Les frais de la cause seront laissés à la charge de l'Etat pour tenir compte de la situation financière du recourant qui ne se verra pas allouer de dépens (art. 55 LJPA).