Decision ID: b7709985-cdea-5d38-9e80-25898e6393fb
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
Le 5 février 2019, REGIE B_ SA a requis la poursuite de A_ à l'adresse _, _ (Genève), pour le montant de 26'670 fr., avec intérêts à 5% dès le 15 août 2018, réclamé au titre d'arriérés de loyers en lien avec un contrat de bail à loyer du 27 février 2018.
b.
Par pli adressé le jour même au conseil de A_, le conseil de REGIE B_ SA a informé celle-ci du dépôt de cette réquisition de poursuite, dont copie était annexée au courrier.
c.
Le 20 février 2019, le conseil de A_ a informé l'Office cantonal des poursuites (ci-après : l'Office) que celle-ci et son époux étaient domiciliés à _, _ (Appenzell).
d.
Le commandement de payer, poursuite n° 1_, a été notifié le
27 février 2019 à _, _ (GE), en mains de A_, qui a formé opposition totale le jour même.
B.
a.
Par acte expédié le 4 mars 2019 au greffe de la Chambre de surveillance, A_ a formé une plainte au sens de l'art. 17 LP, concluant à l'annulation du commandement de payer susvisé, respectivement à la constatation de sa nullité, au motif que l'adresse figurant sur l'acte était erronée. Elle a produit une attestation du contrôle de l'habitant du canton d'Appenzell datée du 8 octobre 2018, confirmant qu'elle s'était annoncée auprès de lui le 1
er
octobre 2018 aux fins de se domicilier à l'adresse _, _ (Appenzell).
b.
Dans ses observations du 12 mars 2019, REGIE B_ SA a conclu au rejet de la plainte, exposant que selon une attestation de l'Office cantonal de la population et des migrations (OCPM) du 24 janvier 2019, la débitrice poursuivie était officiellement domiciliée à _, _ (GE).
c.
Dans son rapport explicatif daté du 22 mars 2019 et adressé à la Chambre de céans le 26 mars 2019, l'Office a indiqué qu'il procédait à l'annulation de la poursuite litigieuse, au motif que l'avocat de la plaignante avait "fourni la preuve de résidence hors canton à compter du 8 octobre 2018". En conséquence, il n'existait pas de for de la poursuite à Genève et l'Office s'en remettait à justice sur le bien-fondé de la plainte.
d.
Par pli du 2 avril 2019 adressé à la Chambre de surveillance, faisant référence au rapport susvisé dont il avait reçu copie le 29 mars 2019, le conseil de REGIE B_ SA a contesté la décision de l'Office d'annuler la poursuite
n° 1_, précisant que son courrier valait plainte selon l'art. 17 LP.
e.
Le 16 avril 2019, l'Office a précisé surseoir à sa décision d'annuler la poursuite litigieuse suite à la plainte formée par la créancière poursuivante le 2 avril 2019. Il s'en rapportait à justice "quant à la détermination de la compétence en matière de notification de l'acte concerné".
f.
De son côté, A_ a persisté dans les termes de sa plainte du 4 mars 2019. Elle a produit une attestation du contrôle de l'habitant du canton d'Appenzell datée du 9 avril 2019 confirmant sa résidence à l'adresse _, _ (Appenzell) depuis le 1
er
octobre 2018.
g.
Par avis du 25 avril 2019, les parties ont été informées de ce que l'instruction de la cause était close.

EN DROIT
1.
La plainte formée par A_ le 4 mars 2019 est recevable pour avoir été déposée auprès de l'autorité compétente (art. 6 al.1 et 3 LaLP; 17 al. 1 LP), par une partie lésée dans ses intérêts (ATF
138 III 219
consid. 2.3;
129 III 595
consid. 3;
120 III 42
consid. 3), dans le délai utile de dix jours (art. 17 al. 2 LP) et selon la forme prescrite par la loi (art. 9 al. 1 et 2 LaLP; 65 al. 1 et 2 LPA, applicables par renvoi de l'art. 9 al. 4 LaLP), à l'encontre d'une mesure de l'Office sujette à plainte.
En tant qu'elle est dirigée contre la décision de l'Office d'annuler la poursuite litigieuse, la plainte formée par REGIE B_ SA le 2 avril 2019 est également recevable.
2.
Selon l'art. 17 al. 4 LP, l'Office peut, jusqu'à l'envoi de sa réponse à une plainte, procéder à un nouvel examen de la décision attaquée, à charge pour lui, s'il prend une nouvelle décision, de la notifier sans délai aux parties et d'en donner connaissance à l'autorité de surveillance;
Si l'Office a reconsidéré sa décision alors qu'un recours était pendant, l'autorité de surveillance doit examiner le recours, pour autant toutefois que la décision de reconsidération n'a pas rendu sans objet les conclusions de ce dernier (ATF
126 III 85
consid. 2b, JdT
2000 II 16
);
3.
Est litigieuse la question de savoir s'il existe un for de poursuite à Genève.
3.1.
L'engagement et le déroulement d'une procédure d'exécution forcée supposent l'existence d'un for de la poursuite. La LP définit le for de la poursuite ordinaire, soit celui du domicile du débiteur (art. 46 LP), ainsi qu'un nombre très limité de fors spéciaux (art. 48 à 52 LP).
Le domicile est déterminé selon les critères prévus par l'art. 23 al. 1 CC et, le cas échéant, par l'art. 20 LDIP, qui contient la même notion de domicile. Une personne physique a ainsi son domicile au lieu ou dans l'Etat où elle réside avec l'intention de s'y établir, ce qui suppose qu'elle fasse du lieu en question le centre de ses intérêts personnels et professionnels. Il faut tenir compte de l'ensemble de ses conditions de vie, le centre de son existence se trouvant à l'endroit, lieu ou pays, où se focalisent un maximum d'éléments concernant sa vie personnelle, sociale et professionnelle, de sorte que l'intensité des liens avec ce centre l'emporte sur les liens existant avec d'autres endroits; l'intention de la personne concernée doit cependant n'être pas intime seulement, mais se manifester de façon objective et reconnaissable pour les tiers (arrêt du Tribunal fédéral
7B.241/2003
du 8 janvier 2004 consid. 4; ATF
125 III 100
consid. 3;
120 III 7
consid. 2a).
Le dépôt de papiers d'identité, des attestations de la police des étrangers, des autorités fiscales ou des assurances sociales, ou des indications ressortant de permis de circulation, de permis de conduire ou de publications officielles constituent certes des indices sérieux de l'existence du domicile au lieu que ces documents indiquent, mais la présomption de fait en résultant peut être renversée par des preuves contraires (ATF
125 III 100
consid. 3 et les références citées;
120 III 7
consid. 2b et les références citées; arrêt du Tribunal fédéral
5A_542/2014
du
18 septembre 2014 consid. 4.1.3).
3.2
L'inobservation des règles sur le for de la poursuite, lesquelles sont de droit impératif, n'entraîne la nullité de plein droit des actes concernés que dans le cas où elle lèse l'intérêt public ou les intérêts de tiers (art. 22 al. 1 LP). La notification d'un commandement de payer par un office incompétent à raison du lieu ne satisfait pas à cette condition (ATF
69 II 162
consid. 2b; arrêt du Tribunal fédéral
5A_362/2013
du 14 octobre 2013 consid. 4) : l'acte, notifié de façon irrégulière, est simplement annulable dans le délai de plainte de dix jours de l'art. 17 al. 2 LP (arrêt du Tribunal fédéral
5A_333/2017
du 4 août 2017 consid. 3).
Ce n'est que si l'acte n'est pas parvenu en mains du poursuivi que la poursuite est absolument nulle et que sa nullité peut et doit être constatée en tout temps. Si, malgré le vice de la notification, le commandement de payer est néanmoins parvenu en mains du poursuivi, il produit ses effets dès que celui-ci en a eu connaissance; dans un tel cas, le délai pour porter plainte contre la notification, ou pour former opposition, commence à courir du moment où le poursuivi a eu effectivement connaissance de l'acte (ATF
128 III 101
consid. 2; arrêt du Tribunal fédéral
5A_6/2008
du 5 février 2008 consid. 3.2 et les arrêts cités).
Dans cette hypothèse, l'autorité de surveillance n'ordonnera toutefois une nouvelle notification que si le débiteur peut se prévaloir d'un intérêt digne de protection. Tel n'est pas le cas s'il a une connaissance telle du contenu de l'acte qu'une nouvelle notification n'apporterait rien de plus et pour autant que ses droits soient sauvegardés nonobstant le vice de la notification (ATF
112 III 81
consid. 2; arrêt du Tribunal fédéral
5A_548/2011
du 5 décembre 2011 consid. 2).
3.3
En l'espèce, la plaignante est inscrite dans les registres officiels du canton d'Appenzell comme étant domiciliée à l'adresse _, _ (Appenzell) depuis le mois d'octobre 2018. Elle est cependant également inscrite dans les registres de l'OCPM comme étant domiciliée à _, _ (GE), adresse où le commandement de payer a pu lui être notifié en personne. En l'absence d'autres éléments probants, le domicile effectif de la plaignante - au sens défini ci-avant - ne résulte pas clairement du dossier de plainte soumis à la Chambre de surveillance.
Il n'est toutefois pas nécessaire de compléter l'instruction de la cause sur ce point. En effet, même s'il fallait admettre que l'Office n'était pas compétent à raison du lieu pour notifier le commandement de payer litigieux, force est de constater que la plaignante ne se prévaut d'aucun intérêt digne de protection qui justifierait d'annuler l'acte querellé.
En effet, la plaignante a manifestement eu connaissance l'acte attaqué, qu'elle a annexé à sa plainte, tandis que la poursuite n° 1_ a été frappée d'opposition en temps utile.
La plaignante a donc été en mesure de préserver ses droits, sans subir un quelconque préjudice du fait de la notification litigieuse, puisqu'aucune nouvelle mesure d'exécution forcée ne pourra être entreprise à son égard tant et aussi longtemps que la mainlevée de son opposition n'aura pas été prononcée par le juge civil (art. 80 ss, 82 ss LP).
Dans ces circonstances, une nouvelle notification du commandement de payer, poursuite n° 1_, ne donnerait à la plaignante aucun renseignement complémentaire sur la poursuite engagée et aboutirait à un formalisme excessif.
Il suit de là que la plainte formée par A_ est mal fondée et doit être rejetée.
En tant que de besoin, la décision de l'Office - annoncée dans son rapport explicatif daté du 22 mars 2019, en application de l'art. 17 al. 4 LP - consistant à annuler la poursuite n° 1_ sera annulée.
4.
La procédure est gratuite et il n'y a pas lieu à l'allocation de dépens (art. 20a al. 2 ch. 5 LP; 61 al. 2 let. a et 62 al. 2 OELP).
* * * * *