Decision ID: fe4aaae3-4f84-48f2-9318-1a7e9e03c309
Year: 2004
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. B. X._, né le 28 septembre 1987, a débuté en août 2003 des études au Gymnase de Morges.
Le 28 janvier 2004, l'Office cantonal des bourses d'études et d'apprentissage (l'office) a refusé de lui allouer une bourse d'études pour l'année scolaire 2003/2004 au motif que la capacité financière de sa famille dépassait les normes fixées par le barème.
B. Contre cette décision, A. X._, mère de B. X._, a formé un recours le 17 février 2004. A l'appui de son pourvoi, elle fait essentiellement valoir que depuis la séparation prononcée d'avec son second mari, dont B. X._ n'est pas l'enfant, elle est contrainte de rembourser de nombreuses dettes contractées à son insu par son second époux durant la vie commune, notamment en matière d'impôts. Elle ajoute que malgré ses revenus, sa situation financière est déplorable, les frais d'études de son fils, qu'elle détaille, s'ajoutant aux dettes à rembourser. Elle conclut à ce qu'une bourse d'études soit allouée à son fils.
Dans sa réponse du 18 mars 2004, l'office, après un calcul détaillé, conclut au rejet du recours et au maintien de sa décision.
Le 7 avril 2004, la recourante a déposé un mémoire complémentaire et, le 20 avril 2004, l'office a maintenu ses conclusions.
Sur requête du juge instructeur, la recourante a produit sa déclaration d'impôt 2003, ainsi que la convention sur les effets accessoires de son premier divorce prononcé le 20 mai 1996.

Considérant en droit:
1. Déposé en temps utile, le recours satisfait aux conditions formelles énoncées à l'art. 31 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA). Il y a donc lieu d'entrer en matière sur le fond.
2. Toute personne remplissant les conditions fixées par la loi a droit au soutien financier de l'Etat pour la poursuite d'études ou d'une formation professionnelle. Pour l'essentiel, ces conditions sont de deux ordres : des conditions de nationalité et de domicile d'une part, des conditions financières d'autre part. Les conditions financières reposent sur l'un des principes cardinaux de la loi du 11 septembre 1973 sur l'aide aux études et à la formation professionnelle (LAE), exprimé à son article 2 : "Le soutien de l'Etat est destiné à compléter celui de la famille, au besoin à y suppléer". C'est dire que ce soutien a un caractère subsidiaire. Le législateur a voulu maintenir le principe de la responsabilité de la famille. La nécessité et la mesure du soutien à accorder dépendent donc des moyens financiers dont le requérant et ses père et mère (les parents) disposent pour assumer les frais d'études, de formation et d'entretien du requérant. Toutefois, la capacité financière des personnes autres que les parents qui subviennent à l'entretien du requérant et celle du requérant lui-même sont seules prises en considération dans les cas prévus à l'art. 12 ch. 1 et 2 (art. 14 al. 1 et 2 LAE), soit si d'autres personnes domiciliées dans le canton de Vaud subviennent à l'entretien du requérant (art. 12 ch. 1) ou si, depuis dix-huit mois au moins, le requérant majeur est domicilié dans le canton de Vaud et s'y est rendu financièrement indépendant (ch. 2).
Etant donné que le fils de la recourante n'a pas accédé à la majorité et qu'il n'a pas exercé d'activité lucrative pendant dix-huit mois au moins avant le début de la formation pour laquelle il demande l'aide de l'Etat, il ne s'est pas rendu financièrement indépendant au sens de l'art. 12 ch. 2 LAE. Dans ces circonstances, la nécessité et la mesure du soutien à lui accorder dépendent exclusivement des moyens financiers dont ses père et mère disposent pour assumer ses frais d'études, de formation et d'entretien (art. 14 al. 1 LAE).
3. Selon l'art. 16 LAE entrent en ligne de compte pour l'évaluation de la capacité financière les charges, à savoir les dépenses d'entretien et de logement (ch. 1), les ressources, soit le revenu net admis par la commission d'impôt (ch. 2 lit. a), la fortune, dans la mesure où elle dépasse le but d'une juste prévoyance et si par son mode d'investissement, le capital peut supporter en faveur du requérant des prélèvements qui ne portent pas un préjudice sensible à l'activité économique de la famille (ch. 2 lit. b), et l'aide financière accordée par toute institution publique ou privée (ch. 2 lit. c).
Aux termes de l'art. 18 LAE, les "charges sont calculées selon un barème des charges normales, compte tenu de la composition de la famille et du nombre et de l'âge des enfants. Ce barème, établi et périodiquement adapté par la Commission cantonale des bourses d'études, doit être approuvé par le Conseil d'Etat.". En fait, depuis la modification du règlement d'application de la LAE (RAE) le 10 juillet 1996, les charges normales sont fixées par l'art. 8 al. 2 RAE. Elles "correspondent aux frais mensuels minimum d'une famille pour l'alimentation, le loyer, les services industriels, l'équipement, le ménage, l'habillement, les assurances, le dentiste, les impôts, les loisirs, les divers. Elles s'élèvent à :
Fr. 3'100.- pour deux parents
Fr. 2'500.- pour un parent
auxquels s'ajoutent, par enfant à charge
Fr. 700.- pour un enfant mineur
Fr. 800.- pour un enfant majeur".
Ainsi, les charges retenues pour l'allocation d'une bourse sont préétablies et ne peuvent être introduites au gré des circonstances particulières; les charges ne varient pas en fonction des dépenses effectives de la famille, ce qui garantit l'égalité de traitement des requérants.
Pour le calcul du coût des études, sont prises en considération toutes les dépenses qu'elles nécessitent, y compris celles qui résultent de la distance entre le domicile et le lieu des études (art. 19 LAE). Les éléments constituant le coût des études sont : (a) les écolages et les diverses taxes scolaires, (b) les fournitures (manuels, instruments, matériel) indispensables à la poursuite normale des études, (c) les vêtements de travail spéciaux, (d) les frais de déplacement du domicile au lieu de travail ou d'études et vice versa, calculés selon le tarif le plus économique ou, le cas échéant, les frais de logement hors de la famille, (e) les frais de repas si la distance entre le domicile et le lieu de travail ou d'études ou les exigences des horaires le justifient. Les frais mentionnés à la lettre (a) sont comptés dans le coût des études selon les tarifs des établissements de formation. Les frais mentionnés aux lettres (b) à (e) font l'objet d'un forfait selon le barème et les directives pour l'attribution des bourses d'études approuvées par le Conseil d'Etat le 4 mars 1998 (ci-après : barème). Ils sont comptés pour onze mois pour les apprentissages et dix mois pour les gymnases, écoles assimilées et autres écoles (art. 12 RAE).
Le soutien de l'Etat est accordé quand les charges, augmentées du coût des études du requérant, excèdent le revenu (art. 20 LAE).
Sans doute la loi présente-t-elle dans la définition des conditions financières donnant droit à la bourse un certain schématisme, qui peut conduire à ce que la recourante considèrent comme des incohérences. Aussi regrettable qu'il puisse paraître du point de vue du droit désirable, ce schématisme a cependant été clairement voulu par le législateur; le tribunal de céans ne peut que s'y conformer.
4. Les frais d'études du fils de la recourante établis par l'office s'élèvent à 4'520 francs (écolage, inscription : 720 fr.; manuels, matériel, outils : 600 fr.; déplacements : 1'200 fr.; repas de midi: 2'000 fr.). Ces frais d'études correspondent à ceux que réclame la recourante, sauf en ce qui concerne les déplacements, l'office ayant accordé un montant supérieur à celui réclamé par la recourante, et en ce qui concerne les repas de midi, pour lesquels la recourante allègue dépenser 400 francs par mois. Selon le barème, l'office fait entrer dans les coûts des études une participation aux frais de repas de 10 francs par jour, au maximum 200 francs par mois; comptés pour dix mois d'études, les frais de repas à prendre en compte s'élèvent ainsi à 2'000 francs, soit précisément le montant retenu par l'office. Pour le surplus, la recourante fait valoir des frais de voyage d'études, que l'office n'a pas retenus dans son décompte. Les gymnases cantonaux organisent un voyage d'études durant la dernière année des études; selon le barème, les frais relatifs à ce voyage d'études sont pris en compte jusqu'à maximum 500 francs la dernière année des études. Le fils de la recourant n'étant qu'en première année d'études, il n'a pas droit à ce que les frais de voyage d'études soient retenus dans le calcul de la bourse actuelle. Force est d'admettre que les frais retenus par l'office sont conformes aux art. 19 LAE et 12 RAE, ainsi qu'au barème.
Le revenu familial déterminant (capacité financière) est constitué, en règle générale, du chiffre 20 (moyenne des revenus nets des deux années précédentes) de la dernière déclaration d'impôt admis par la commission d'impôt (art. 10 al. 1 RAE). Dans le cas d'espèce, il convient de se fonder sur le revenu net tel qu'il ressort de la déclaration d'impôt 2003 de la recourante, dans lequel est comprise la pension alimentaire versée par le père de l'enfant B. X._. En effet, la période de taxation 2003 est fondée sur les éléments recueillis en 2003 et cerne au plus près la situation financière de la recourante et de son enfant, puisqu'elle a trait précisément à l'année pour laquelle l'octroi de la bourse est requis. Le revenu net (actuellement chiffre 650 de la déclaration d'impôt 2003) se monte à 55'046 francs par an, arrondi à 55'000 francs, soit 4'583 francs par mois.
On déduit ensuite du revenu les charges normales qui s'élèvent à 2'500 francs pour un parent, auxquelles s'ajoutent 700 francs par enfant mineur à charge (art. 8 al. 2 RAE). En l'espèce, elles s'élèvent donc à 3'200 francs (2'500 + 700). Compte tenu de ces charges, l'excédent de revenu dont dispose la recourante et son fils est de 1'383 francs (4'583 – 3'200). Réparti en trois parts, dont deux pour l'enfant en formation (art. 11 RAE), cet excédent permet d'affecter aux frais d'études du fils de la recourante la somme annuelle de 11'064 francs ({[1'383 : 3] x 2} x 12). Cette part de l'excédent du revenu familial afférente au fils de la recourante étant supérieure au coût de ses études (4'520 fr.), aucune bourse ne peut lui être allouée (art. 20 LAE a contrario et 11a RAE).
5. Conformément à l'art. 55 LJPA, il y a lieu de mettre un émolument de justice à la charge de la recourante déboutée.