Decision ID: f180f0bc-91fa-4b77-80e3-349c0c6b5ddf
Year: 2010
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_010
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: 

En fait :
A.
Par jugement incident du 8 octobre 2009, dont la motivation a été envoyée aux parties le 21 octobre suivant, le Juge de paix du district de La Riviera – Pays-d'Enhaut a autorisé l’appel en cause de B._ SA par le défendeur au fond et requérant à l'incident T._ (I), dit que ce dernier entend prendre contre la partie appelée en cause les conclusions suivantes : "
L’appelé en cause doit relever T._, partie défenderesse, de toute éventuelle condamnation objet des conclusions de la requête introductive d’action du 14 juillet 2009, ouverte par la partie demanderesse, H._ SA, avec suite de dépens
" (II), dit que la partie appelée en cause peut à son tour demander d’appeler en cause une autre personne par requête déposée dans les vingt jours dès réception du jugement (III), arrêté à 300 fr. les frais de justice à la charge du requérant T._ (IV) et dit qu'il n'est pas alloué de dépens (V).
Les faits suivants résultent du jugement incident attaqué, complété par les pièces du dossier :
Par requête déposée le 14 juillet 2009 auprès du Juge de paix du district de La Riviera – Pays-d'Enhaut (ci-après : le juge de paix), H._ SA en liquidation a ouvert action contre T._, prenant, avec dépens, les conclusions suivantes :
"I. Que T._ est débiteur de H._ SA, en liquidation d'un montant de
fr. 7'871.--
(sept mille huit cent septante et un francs) plus intérêt à 5% l'an dès le 20 avril 2009 et qu'il lui doit immédiat paiement de susdite somme.
II. Qu'en conséquence, l'opposition totale formulée par T._ au commandement de payer no [...] de l'office des poursuites de Vevey est écartée à concurrence du montant dont il est question sous chiffre I. supra, libre cours étant donné à cette poursuite dans cette mesure."
Dans ses déterminations du 13 août 2009, T._ a pris, avec frais et dépens, les conclusions ci-après :
"1) que B._ SA est débiteur de H._ SA d'un montant de 7'871.-.
2) qu'en conséquence, l'opposition totale formulée par T._ au commandement de payer no [...] est reconnue valable."
Au cours de l'audience préliminaire tenue le 16 septembre 2009 par le juge de paix, le défendeur T._ a conclu à libération. Il a précisé avoir payé l'entier des conclusions de la demanderesse H._ SA à la société B._ SA, ensuite du litige ouvert par cette dernière le 9 juillet 2008, selon convention signée par les parties les 29 septembre et 10 octobre 2008 et ratifiée selon prononcé du juge de paix du 24 octobre 2008. Il s'est réservé le droit d'appeler en cause B._ SA. La conciliation entre les parties ayant été vainement tentée, le juge de paix a imparti au défendeur, qui n'était pas assisté par un mandataire, un délai de 20 jours pour faire valoir sa réserve, ce à quoi la demanderesse ne s'est pas opposée.
Par lettre du 22 septembre 2009, l'agent d'affaires breveté Serge Maret, représentant le défendeur, a confirmé que ce dernier entendait appeler en cause la société B._ SA et proposé d'admettre, par mesure de simplification, dite écriture comme une demande formelle d'appel en cause de B._ SA. Par lettre du 29 septembre suivant de son représentant, l'agent d'affaires breveté Jean-Daniel Nicaty, la demanderesse s'est ralliée à cette proposition.

En droit, le premier juge a considéré que les conditions de l'appel en cause au sens de l'art. 83 al. 1 let. a et al. 2 CPC (Code de procédure civile du 14 décembre 1966; RSV 270.11) étaient remplies en l'espèce, la partie requérante ayant rendu suffisamment vraisemblables l'existence d'une prétention récursoire à l'encontre de l'appelée en cause et son intérêt direct à la participation de cette dernière au procès, cette participation n'étant en outre pas de nature à entraîner une complication excessive de l'instruction.
B.
Par acte du 30 octobre 2009, B._ SA, représentée par l'agent d'affaires breveté Thierry Zumbach, a recouru contre ce jugement incident, concluant, sous suite de dépens, principalement à son annulation, subsidiairement à sa réforme en ce sens qu’elle n’est pas appelée en cause. Dans son mémoire, déposé dans le délai imparti, la recourante a développé ses moyens et confirmé ses conclusions.
Par déterminations du 29 janvier 2010, T._ a admis que l’art. 86 CPC paraissait ne pas avoir été respecté et s’en est dès lors remis à justice.
Par déterminations du 11 février 2010, H._ SA a aussi admis que l’art. 86 CPC paraissait ne pas avoir été respecté et s’en est également remise à justice, tout en signalant, relevé postal du 20 octobre 2009 produit le 11 novembre suivant à l’appui, que B._ SA avait crédité en sa faveur un montant de 7’871 francs.
En droit :
1.
Conformément à l’art. 325 al. 3 CPC, il y a recours au Tribunal cantonal contre la décision du juge de paix relative à l’appel en cause. Le recours peut être en réforme (art. 451 ch. 7 CPC) et en nullité (Salvadé, Dénonciation d’instance et appel en cause, Etude de droit fédéral et de procédure civile vaudoise, thèse Lausanne 1995, pp. 293 ss).
Interjeté en temps utile, le recours est recevable à a la forme.
2.
La recourante se plaint d’une violation de l’art. 86 CPC pour le motif que le premier juge ne l’a pas invitée à se déterminer avant de statuer. Autrement dit, elle invoque une violation de son droit d’être entendue, tel qu’il est garanti par la disposition légale précitée.
L’art. 86 al. 1 CPC prévoit qu’avant de statuer sur l’appel en cause, le juge impartit un délai à la personne dont l’appel est demandé pour, sous peine de déchéance, contester la régularité de l’appel en cause et faire valoir en même temps tous les moyens de procédure qui lui permettraient de ne pas participer à l’instance engagée ou de l’invalider. Selon l’al. 2, le juge notifie à cette fin une copie de la requête d’appel en cause et des écritures déjà produites, aux frais de l’appelant.
En l’espèce, le premier juge n’a pas mis la recourante en situation de pouvoir se déterminer sur l’appel en cause dirigé contre elle. L’art. 86 al. 1 CPC a par conséquent été violé, cette disposition concrétisant le droit d’être entendue de la partie appelée en cause. Indépendamment de cette disposition, le droit d’être entendue de la recourante a aussi été violé au regard de l’art. 29 al. 2 Cst. (Constitution fédérale du 18 avril 1999; RS 101), qui comprend notamment le droit pour l’intéressé de s’exprimer sur les éléments pertinents avant qu’une décision ne soit prise touchant sa situation juridique (ATF 129 II 497 c. 2.2).
La violation ici en cause est trop importante pour qu’elle puisse être réparée en deuxième instance (cf. Poudret/Haldy/Tappy, Procédure civile vaudoise, 3
ème
éd., Lausanne 2002, n. 2 ad art. 2 CPC, p. 11). Il est vrai que, selon la pièce produite le 11 novembre 2009 par l’intimée H._ SA, la recourante s’est acquittée d'un montant de 7’871 francs. Ce montant correspond en capital à celui réclamé par H._ SA à T._ dans sa demande en paiement. On ignore cependant à quel titre exactement ce montant a été versé et on ne saurait en déduire que la recourante a perdu en raison de ce paiement tout intérêt à contester le cas échéant l’appel en cause dont elle fait l’objet.
Il s’ensuit que le recours doit être admis et le jugement incident annulé, la cause étant renvoyée au premier juge pour nouvelle instruction et nouveau jugement incident.
3.
Au vu de l’issue du recours et des déterminations des intimés, qui ont admis la violation de l’art. 86 CPC et s’en sont remis à justice, il peut être statué sans frais ni dépens.