Decision ID: 9aad24fd-6661-52bc-afd5-4edf1fd4c447
Year: 2016
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_004
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: civil_law

considérant en fait
A. A._ est le père des enfants D._, née en 2009, et E._, né en 2012. La mère des enfants, F._, est décédée en 2012. Le père est seul détenteur de l’autorité parentale. B._ et C._ sont les parents de feue F._. Ils vivent en G._ et ont provisoirement accueilli et logé A._ et ses enfants après le décès de F._, soit du mois de mai 2012 jusqu’en avril 2013. A partir de cette date, A._ a habité à H._ où il avait trouvé un emploi de chercheur en biologie à l’hôpital O._. Les enfants sont restés chez leurs grands-parents maternels où A._ se rendait chaque weekend. Lorsqu’il a été en mesure de louer un appartement suffisamment grand pour accueillir ses deux enfants, A._ a fait part à B._ et C._ de son souhait d’emmener les enfants vivre avec lui à H._, conscient que le changement devait se faire progressivement. La période qui a suivi a été houleuse en raison du refus de B._ et de C._ de lui restituer ses enfants : A._ a été dans l’obligation de déposer une plainte pénale contre les intimés pour non représentation d’enfant à une personne ayant le droit de le réclamer, le 29 avril 2014 (P. 5 du bordereau du recourant) et pour soustraction d’enfant par ascendant des mains de la personnes chargée de sa garde, le 19 mai 2014 (P. 6 et 7 du bordereau du recourant). Les deux plaintes ont finalement été classées, les enfants ayant été remis à leur père. Le 16 mai 2014, les intimés ont saisi le juge aux affaires familiales de I._ – qui s’est déclaré incompétent – pour, notamment, obtenir la garde de leurs  (DO JP 53 ss). En octobre 2015, les intimés ont fait notifier au recourant un commandement de payer le montant de CHF 15'367.- représentant des arriérés de pensions durant le séjour du recourant et de ses enfants chez eux (DO JP 34 ss).
Les enfants D._ et E._ vivent avec leur père depuis le 19 mai 2014. Ils se sont rendus chez leurs grands-parents maternels un weekend par mois et, au total, sept semaines réparties entre le mois de juillet 2014 jusqu’au 8 mars 2015. Les contacts par Skype ont eu lieu tous les soirs.
A._ et ses enfants vivent à J._ depuis avril 2015. Depuis cette date, les enfants ont passé avec leurs grands-parents maternels un weekend en avril, une semaine en juillet, deux semaines en août. Le 30 septembre 2015, A._ a annulé la semaine prévue du 18 au 25 octobre 2015. Les contacts par Skype ont eu lieu moins d’une fois par semaine, parfois toutes les deux semaines (cf. requête des intimés du 29 octobre 2015 à la Justice de paix p. 3, DO JP 6).
B. Le 29 octobre 2015, B._ et C._ ont déposé auprès de la Justice de paix de l'arrondissement de la Gruyère (ci-après : la Justice de paix), une requête de fixation de planning des relations personnelles des grands-parents maternels pour 2015 et la première partie de 2016, doublée d’une requête de mesures provisionnelles urgentes (DO JP 4 ss). A._ a conclu au rejet de la requête le 13 novembre 2015. Il allègue que lorsque les enfants reviennent d’un séjour auprès de leurs grands-parents maternels, ils se montrent agressifs envers leur père ; même après les entretiens par Skype, il s’ensuit des heures de trouble pour les enfants. Il estime qu’il y a lieu d’espacer et de limiter le droit de visite des grands-parents maternels et de le soumettre à des conditions strictes. Il relève que ces derniers ont évoqué la possibilité d’emmener les enfants en Amérique du Sud ou de les garder en G._ (DO JP 152 ss).
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Les parties ont été entendues par la Justice de paix le 16 novembre 2015 (DO JP 182 ss). A._ a déclaré que le retour des enfants d’un séjour de trois semaines avec leurs grands-parents a été tumultueux. Il a senti des tensions auprès des enfants qui ont été affectés par la séparation d’avec les grands-parents. D._ était perturbée et remontée contre ses grands-parents paternels qu’elle repoussait, disant que « tous les Suisses sont des menteurs ». A._ a annulé le séjour prévu des enfants en octobre chez leurs grands-parents maternels deux semaines avant, appliquant les conseils du Dr K._, pédopsychiatre de D._ et de la psychologue consultée à H._. Ce séjour s’est en fait déroulé en L._ chez une sœur de C._, en présence d’une autre sœur du côté maternel. A._ a également expliqué que les relations entre B._ et C._ et ses parents sont exécrables, les grands-parents maternels refusant que ces derniers voient les enfants lorsqu’ils étaient encore domiciliés en M._. A._ est d’avis qu’il faut trouver des arrangements à l’amiable : il est favorable à des relations entre ses enfants et leurs grands-parents maternels, conscient du rôle que ces derniers peuvent jouer, mais rejette ce droit de visite dans la situation actuelle, notamment lorsqu’ils remontent les enfants contre lui et ses parents. Il imagine tout à fait une reprise progressive du droit de visite avec des garanties.
C._ a expliqué qu’ils n’ont plus aucun contact et que A._ ne répond pas au téléphone. B._ a déclaré que la seule chose qui compte, ce sont leurs petits-enfants, les arriérés de pensions n’étant qu’une démarche secondaire. Ils souhaitent respecter les vœux de leur fille qui voulait que ses enfants ne viennent jamais en Suisse et qu’ils n’aient pas la double nationalité. C._ a précisé que les enfants sont demandeurs de les voir. Elle estime que D._ est défigurée et qu’elle a une rancœur contre ses parents. Elle voit que les enfants sont traumatisés lorsqu’ils les ont. Elle estime que E._ a besoin d’un suivi psychologique. Elle a pris l’initiative de les faire suivre par un institut spécifique pour les enfants. Elle a dit à A._ que D._ était agressive, notamment vis-à-vis d’eux et de sa cousine, comme si elle lui en voulait de l’avoir laissée. Elle estime qu’elle en veut à son père et même à tout le monde, qu’elle a besoin d’un suivi psychologique et qu’on est en train de ruiner sa vie d’adulte. Elle a déclaré que si les enfants sont malades, on lui répond que tout va bien ; lorsque E._ a eu de la fièvre, on lui a répondu qu’il faisait ses dents ; « quand j’entends l’excuse du scientifique, cela me fait doucement rigoler ». Elle estime que D._ a besoin de lunettes depuis avril 2014. Elle se fait du souci par rapport aux enfants : selon elle, A._ s’en occupe le soir et le reste du temps ils sont chez les grands-parents paternels, à la crèche, à l’école. En ce qui concerne les contacts par Skype, C._ a déclaré que « quand D._ est à J._, chez A._, tout va bien, mais quand les grands-parents paternels sont là, ça se passe moins bien, ces derniers claquent l’ordinateur. Je lui ai demandé si elle allait voir quelqu’un pour parler, elle m’a dit « Tu sais Mami, je vais pouvoir lui dire que je veux vivre en G._ ». Elle a peur, elle n’ose pas parler... E._ n’a vécu qu’avec nous. Il dit d’ailleurs que notre maison c’est sa maison... Il ne s’est jamais occupé de D._, c’était une nourrice qui s’en occupait. Au moment du décès, cela faisait onze mois qu’il était au chômage, depuis juillet 2011. Il fallait qu’il trouve un travail stable, qu’il ne nous arrache pas les enfants. Il a remis une couche en déménageant ».
Au terme de la séance, un accord a pu être trouvé pour le mois de novembre 2015 (DO JP 196 ss).
C. Il ressort d’une note téléphonique du 18 novembre 2015 que la directrice de la crèche N._ à J._ où E._ se rend quatre jours par semaine et D._ un
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jour et demi par semaine, et ce depuis le 20 avril 2015, a déclaré que les enfants ont un comportement tout à fait normal, que leur papa vient les mener et les rechercher, qu’il est impliqué, que la relation avec ses enfants est saine, qu’il n’hésite pas à demander conseil s’il y a un souci. Elle a précisé que D._ ne parle pas de la M._ et qu’elle a pu remarquer que les enfants étaient renfermés, qu’ils parlaient peu des vacances lorsqu’ils revenaient d’un séjour chez leurs grands-parents maternels et qu’elle a immédiatement ressenti l’existence de tensions familiales. Elle a encore répondu que C._ lui avait téléphoné à la crèche pour se renseigner sur la présence des enfants à la crèche et livrer ses soucis quant au père, qu’elle a dit du mal du père, se demandant s’il allait véritablement travailler. La directrice de la crèche a précisé que, selon elle, il serait nécessaire de mettre de la distance entre les grands-parents maternels et les enfants D._ et E._ (DO JP 209).
Sollicitée par la Justice de paix, le Dr K._, pédopsychiatre de D._ depuis le 3 octobre 2015, a écrit, le 23 novembre 2015, que la fillette est accablée, disant avoir « la tête dans un brouillard », ce qu’elle met en lien avec le conflit entre ses familles d’origine et qui la parasite. « Elle ne peut pas être dans l’insouciance du lien aux deux familles, sa spontanéité est entravée par la crainte de péjorer le conflit par ses remarques et questions ». D._ décrit se sentir bien avec son père, elle aime ce qu’il organise pour les enfants. Elle a de bons contacts avec les grands-parents paternels. Lorsqu’elle est chez ses grands-parents maternels, elle relate surtout de bons moments passés avec eux en G._. Elle trouve que ce n’est pas juste pour eux qu’ils la voient moins que les grands-parents paternels. Elle est manifestement trop préoccupée par ce qui devrait être réglé et assumé par les adultes. Cela lui fait de la peine que ses quatre grands-parents et son père n’arrivent pas bien à se parler. Le Dr K._ précise que « dans cette situation, le nœud du problème est le conflit qui retentit sur les enfants et qui ne peut pas permettre des passages agréables des uns aux autres car ils sont constamment dans un conflit de loyauté, à juger qui a tort ou raison.... Les demandes des grands-parents maternels sont particulières et m’interpellent car caractérisées par une tendance à nier l’existence du couple parental dans la vie des enfants, par des attaques à l’encontre du père qui représente le couple choisi par leur fille au lieu de l’aider et par une ténacité à prendre une place parentale. Ce qui ne va pas dans le sens d’une prise en compte des intérêts des enfants, mais qui traduit des besoins plus propres aux adultes. Ce n’est pas aux enfants de combler les besoins des adultes à tout prix, mais aux adultes de tenir leur place, résoudre le conflit par une reconnaissance, confiance et respect réciproques. Seulement à cette condition les enfants pourront continuer de bénéficier des diverses relations familiales pour grandir et se construire. J’ai souligné à A._, qui a la garde et l’autorité parentale des enfants, l’importance de les protéger du conflit. A._ ne souhaite pas encore imaginer qu’il n’y ait plus de contacts avec les grands-parents. Il s’agit de voir si un cadre réaliste de visites à des grands-parents peut encore être négocié en définissant bien les termes. » (DO JP 211 s.).
D. Le 10 décembre 2015, A._ a indiqué que les départs et retours des enfants chez leurs grands-parents maternels, le 18 novembre, puis du 20 au 22 novembre 2015, ont été difficiles à gérer, les enfants étant manifestement perturbés, E._ ayant répété à plusieurs reprises « papa méchant, papa méchant » (DO JP 216). Il a proposé, moyennant respect de certaines règles et confiant que la situation pourra se normaliser et s’apaiser, que B._ et C._ aient leurs petits-enfants auprès d’eux du 5 au 15 février 2016, du 5 au 8 mai 2016 et trois semaines au mois de juillet 2016 (DO JP 217).
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Contactée téléphoniquement par la Justice de paix le 15 décembre 2015, le Dr K._ a indiqué qu’elle avait revu D._ à deux reprises depuis novembre 2015 et qu’elle était contente d’avoir revu ses grands-parents maternels mais qu’elle ressent le conflit existant entre les adultes ce qui la met dans la confusion. Elle estime que quelques contacts par Skype, un à deux dans la semaine, sont à envisager, avec des limites de la durée dans le temps, ainsi que des visites sous forme de vacances quatre fois dans l’année (DO JP 258).
La Juge de paix a entendu D._ le 17 décembre 2015 et a résumé l’essentiel de ses déclarations dans une lettre adressée aux parties le même jour. D._ a notamment indiqué qu’elle souhaitait pouvoir voir ses grands-parents maternels et vivre ses relations de manière sereine, précisant qu’elle s’entendait bien avec ses grands-parents maternels et paternels, relevant que ces derniers étaient plus stricts (DO JP 273 s.).
Dans leur détermination du 21 décembre 2015, B._ et C._ ont sollicité un droit de visite durant les périodes suivantes : les vacances de Noël, un weekend en janvier, une semaine en février du 5 au 14 au soir, une semaine en mars, du 24 mars au 3 avril au soir, un weekend en avril, mai et juin, la moitié des vacances d’été, ainsi que le rétablissement de Skype au moins deux fois par semaine (DO JP 293).
E. Par décision de mesures provisionnelles rendue le 23 décembre 2015, la Juge de paix a fixé le droit aux relations personnelles de B._ et de C._ sur les enfants du 27 décembre au 29 décembre 2015, ainsi que par Skype à raison d’une fois par semaine d’une durée limitée à trente minutes au maximum par contact pour les deux enfants (DO JP 309 ss). Finalement, en accord avec A._, les enfants sont restés jusqu’au 30 décembre 2015 avec leurs grands-parents.
F. Dans sa séance du 1er février 2016, la Justice de paix a entendu les parties ainsi que les grands-parents paternels. A._ a modifié ses propositions de visite faites le 10 décembre 2015 et demandé que les enfants ne passent pas les vacances de février avec leurs grands-parents maternels au vu de l’avis du Dr K._ du 29 janvier 2016, avis qu’il a produit en séance et qui indique que le climat régnant entre les adultes et dans lequel les enfants passent des uns aux autres n’a pas changé ces deux derniers mois. Le Dr K._ évoque de fortes tensions, des doutes et suspicions lourdes à vivre et qui sont perçus par les enfants qui les ressentent. Elle précise que le malaise de D._ se manifeste surtout après le retour de visite aux grands-parents maternels. Elle se sent prise dans un conflit de loyauté, impuissante à le résoudre, ce qui engendre de la tristesse, de la rage et de la culpabilité. A son avis, le cadre de visites espacées doit être posé par un tiers pour l’année en cours avec des dates précises (DO JP 369). A._ a également produit une attestation établie le 1er février 2016 par la directrice de la crèche N._ selon laquelle les enfants viennent avec plaisir à la crèche, que leur comportement et développement est normal et qu’ils sont ouverts avec tous ; elle précise qu’ils ne présentent aucun geste d’agressivité, qu’ils sont en pleine santé et rarement malades. Quant à leur père, il s’occupe très bien de ses enfants et reste très attentifs à leurs faits et gestes durant les journées en crèche (DO JP 370). L’enseignante de D._ a attesté, le 1er février 2016, que cette dernière ne rencontre aucune difficulté particulière et répond aux objectifs à atteindre ; elle se sent au sein de sa classe et de l’établissement et entretient de bonnes relations avec ses camarades et l’enseignante (DO JP 371).
Par décision de mesures provisionnelles du 3 février 2016, modifiée le 4 février 2016, la Juge de paix a fixé le droit aux relations personnelles de B._ et de C._ sur les enfants du
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8 février 2016 à 17h00 au 13 février 2016 à 18h00. Elle a fixé les contacts par le biais de Skype à raison d’une fois par semaine, au domicile du père et en sa seule présence, pour une durée limitée à 30 minutes au maximum par contact pour les deux enfants, à défaut d’entente, le jeudi entre 18h00 et 20h30 (DO JP 356 ss). La Juge de paix a précisé que cette décision était immédiatement exécutoire, nonobstant recours.
G. Le 4 février 2016, A._ a recouru contre cette décision de mesures provisionnelles, sollicitant la restitution de l’effet suspensif au recours. Il conclut à la suppression du droit aux relations personnelles de B._ et de C._ sur les enfants du 8 au 13 février 2016 ainsi qu’à la limitation des contacts par le biais de Skype à raison d’une fois par semaine durant 10 minutes au maximum par contact pour les deux enfants, la décision attaquée n’étant pas modifiée au surplus.
Par mesure superprovisionnelle du 5 février 2016, la Juge déléguée a provisoirement suspendu le caractère exécutoire du ch. I du dispositif de la décision attaquée relatif au droit aux relations personnelles du 8 au 13 février 2016, pour permettre aux intimés de se déterminer sur la requête d’effet suspensif et pour pouvoir prendre connaissance du dossier. Le 8 février 2016, elle a admis la requête d’effet suspensif et suspendu le caractère exécutoire de la décision attaquée.
Dans leur réponse du 10 février 2016, les intimés ont conclu au rejet du recours. Le même jour, le recourant a déposé une détermination spontanée.

en droit
1. a) Selon l'art. 8 de la loi du 15 juin 2010 concernant la protection de l'enfant et de l'adulte (LPEA), le Tribunal cantonal connaît des recours contre les décisions rendues par l'autorité de protection - soit la Justice de paix (art. 2 al. 1 LPEA) - ou par son président ou sa présidente. La Cour de protection de l'enfant et de l'adulte (art. 14 al. 1 let. d du Règlement du Tribunal cantonal du 22 novembre 2012 précisant son organisation et son fonctionnement [RTC]) est compétente pour statuer.
b) Le recours a été déposé en temps utile (art. 450b al. 1 CC).
c) La personne concernée a qualité pour recourir (art. 450 al. 2 ch. 1 CC).