Decision ID: 9f9d4d98-e65a-5242-a065-0c8baa5d9172
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
A_ née _ [nom de jeune fille] le _ 1976, a donné naissance, le _ 2017, à l'enfant E_. Dans un premier temps, celui-ci a été inscrit à l'état civil comme étant le fils de F_, époux de la mère, dont elle vivait séparée depuis le début de l'année 2017. Par jugement du 12 décembre 2017, le Tribunal de première instance a prononcé le désaveu de paternité de F_ sur l'enfant E_. Par jugement du 23 mai 2019, le même Tribunal a constaté la paternité de B_ sur le mineur E_. Le père n'a, en l'état, aucun contact avec son fils.
A_ est par ailleurs la mère de deux autres enfants issus de son union avec F_, soit G_, née le _ 2001, qui vit dans un foyer dans le canton de Vaud et n'entretient pas de relations avec sa mère et H_, né le _ 2006, lequel vit avec son père et voit sa mère un jour par semaine.
b.
Le 20 octobre 2017, soit peu après la naissance de E_, A_ a été hospitalisée au sein de la Clinique I_ en raison d'une symptomatologie anxio dépressive post-partum. Durant cette hospitalisation, l'équipe médicale a constaté que la patiente présentait une difficulté très importante à gérer l'anxiété, ce qui pouvait provoquer une désorganisation comportementale, associée à des moments de dissociation. Elle avait également de la difficulté à gérer son quotidien sur les plans administratif et financier, ce dont le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après: le Tribunal de protection) a été informé.
c.
Par courrier du 22 mars 2018 adressé au Tribunal de protection, le Service de protection des mineurs a préavisé, sur mesures superprovisionnelles, le retrait à A_ de la garde et du droit de déterminer le lieu de résidence de l'enfant E_, le placement de celui-ci au sein du foyer J_, la fixation d'un droit de visite en faveur de la mère au sein de ce même foyer et l'instauration de diverses curatelles.
Le Service de protection des mineurs a exposé qu'un suivi à domicile par une sage
-
femme à raison de trois fois par semaine avait été instauré, afin de s'assurer des capacités parentales et psychiques de A_ après son hospitalisation, qui avait duré quatre mois. Il était apparu que A_ avait de grosses difficultés à répondre aux besoins de son enfant de manière autonome, de sorte que le placement de celui-ci était nécessaire afin d'assurer son bien-être et sa sécurité. La mère avait, dans un premier temps, accepté le placement, puis s'y était opposée.
d.
Par ordonnance du 24 avril 2018, le Tribunal de protection, statuant sur mesures provisionnelles, a notamment retiré à A_ la garde et le droit de déterminer le lieu de résidence de son fils E_, a ordonné le placement de celui-ci au sein du foyer J_ (chiffre 2 de son dispositif), réservant à la mère un droit de visite et instaurant une curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles (ch. 3 et 6), d'autres curatelles ayant également été instaurées.
Pour le surplus, statuant sur mesures préparatoires, le Tribunal de protection a ordonné une expertise psychiatrique familiale, un délai étant accordé aux parties et au Service de protection des mineurs pour établir leurs listes de questions (ch. 1 à 3).
A_ a formé recours contre l'ordonnance du 24 avril 2018.
e.
Par arrêt du 28 septembre 2018, la Chambre de surveillance a constaté que le recours, en tant qu'il portait sur le chiffre 2 du dispositif de l'ordonnance du 24 avril 2018, était devenu sans objet. Les chiffres 3 et 6 du dispositif de ladite ordonnance ont été annulés, ainsi que les chiffres 1 à 3 du dispositif de l'ordonnance préparatoire.
Le dispositif de cet arrêt résultait du fait que le 17 août 2018, le Tribunal de protection avait autorisé le placement de l'enfant auprès de sa mère au foyer K_. En ce qui concernait l'expertise psychiatrique ordonnée, la Chambre de surveillance relevait le fait qu'au sein de ce foyer la mère et l'enfant seraient entourés de spécialistes, lesquels pourraient, de manière concrète, évaluer les compétences parentales de la première et déterminer si elle était apte, ou pas, à s'occuper pleinement d'un enfant en bas âge, dans la perspective d'un retour à domicile, de sorte qu'une expertise paraissait inutile.
f.
Le jour même du prononcé de l'arrêt du 28 septembre 2018 par la Chambre de surveillance, le Service de protection des mineurs sollicitait toutefois du Tribunal de protection la prise de mesures de protection urgentes en faveur du mineur E_. La mère et l'enfant avaient intégré le foyer K_ le 5 septembre 2018. Après des débuts prometteurs, l'équipe éducative avait constaté que A_ montrait à nouveau des signes de désorientation aiguë et paraissait épuisée. Elle mettait par conséquent son fils en danger, n'ayant, par exemple, plus la capacité de lui préparer un biberon et ayant de grandes difficultés à offrir à l'enfant un rythme adapté à ses besoins. Elle se montrait moins attentive à lui et se retirait dans sa chambre pour prier afin de se protéger des esprits présents au sein du foyer, laissant l'enfant jouer seul au salon. Le mineur était moins rieur et plus plaintif et il se justifiait, dans son intérêt, de le placer à nouveau au foyer J_.
Le Tribunal de protection a donné suite à cette recommandation le 28 septembre 2018.
g.
Le 30 novembre 2018, le Service de protection des mineurs préconisait de placer l'enfant en famille d'accueil, un retour à domicile auprès de sa mère ne semblant pas envisageable et un placement plus long au sein du foyer J_ apparaissant préjudiciable.
h.
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 4 décembre 2018. A_ s'est opposée au placement de son fils dans une famille d'accueil et, à l'issue de l'audience, s'est déclarée favorable au maintien du placement de l'enfant au foyer J_ pendant que le dossier continuait d'être instruit. Elle a contesté avoir laissé l'enfant seul dans le salon du foyer K_ et avoir été dans l'incapacité de préparer ses biberons. Elle a par ailleurs expliqué qu'il était difficile de communiquer avec l'équipe éducative de ce foyer; il s'agissait, selon elle, de racisme.
i.
A l'issue de cette audience et statuant sur mesures provisionnelles, le Tribunal de protection a notamment confirmé le placement du mineur E_ au sein du foyer J_. A titre préparatoire, une expertise a été ordonnée, la durée du placement au sein du foyer K_ ayant été trop brève pour que les thérapeutes aient pu établir un bilan.
A_ a été mise au bénéfice d'un droit de visite, qui a été élargi par décision du 10 décembre 2018.
j.
Le 29 janvier 2019, le Tribunal de protection a entendu deux éducatrices du foyer K_. Celles-ci ont expliqué que A_ aimait son fils et qu'elle avait tout essayé pour que son séjour au sein du foyer soit une réussite. Toutefois, une certaine fatigue, puis de la désorganisation dans le rythme des journées étaient apparues, accentuées par le fait que tant la mère que l'enfant avaient souffert d'un virus grippal banal pendant les premiers jours de leur séjour. Les éducatrices avaient alors pris le relais auprès de l'enfant, afin que la mère puisse se reposer. Par la suite, il avait été constaté que E_ allait de moins en moins bien, tant physiquement que psychiquement; il dormait de plus en plus et avait de moins en moins d'échanges avec sa mère.
LeTribunal de protection a également entendu la Dre L_, psychiatre et M_, psychologue, lesquelles suivent A_ depuis le printemps 2018. Elles ont indiqué n'avoir jamais constaté chez leur patiente de période psychotique, de moment de délire ou d'état instable. A_ avait au contraire beaucoup de force et de ressources. Néanmoins, elle était confrontée à beaucoup de problèmes, en lien avec son ex-époux, sa vie professionnelle, la gestion administrative de ses affaires et une certaine solitude, ce qui pouvait générer de l'anxiété et la conduire à des moments de décompensation. Elle n'était pas encore en état d'assurer la garde à plein temps de son fils E_ et avait besoin d'un lieu sécurisant et soutenant pour l'aider à trouver ses marques. Selon M_, A_ était une mère très aimante, qui se préoccupait beaucoup de ses enfants.
A l'issue de l'audience, le Tribunal de protection a invité le Service de protection des mineurs à approcher le foyer N_ afin de procéder à une préinscription de E_ et de A_.
k.
Par courrier du 15 février 2019, le Service de protection des mineurs s'est toutefois déclaré inquiet de ce projet, l'encadrement offert par le foyer N_ étant moins important que celui mis en place par le foyer K_. Par ailleurs, le mineur E_ avait déjà connu six lieux de vie depuis sa naissance. La pédopsychiatre de l'enfant était également préoccupée. Le Service de protection des mineurs proposait par conséquent un élargissement du droit de visite, afin de mettre A_ dans des conditions s'approchant de ce qu'elle vivrait au sein du foyer N_.
l.
Par ordonnance du 5 mars 2019, le Tribunal de protection, statuant sur mesures provisionnelles, a notamment confirmé le retrait à A_ de la garde et du droit de déterminer le lieu de résidence de son fils E_, ordonné le placement de l'enfant au foyer N_ aux côtés de sa mère, ainsi que son intégration au sein de la crèche de cet établissement. Le Tribunal de protection a fixé comme conditions au maintien dudit dispositif que la mère et l'enfant soient de retour au foyer tous les soirs de manière à y prendre leur repas à 18h30, sans pouvoir ressortir par la suite jusqu'au lendemain matin, que les différents rendez-vous et autres sorties avec l'enfant soient planifiés à l'avance et régulièrement avec les éducateurs, que A_ participe de façon régulière et constructive aux ateliers organisés par le foyer N_ et qu'elle collabore activement aux démarches préconisées par cette institution en vue de la stabilisation de sa situation personnelle et sociale.
m.
Par courrier du 22 mars 2019, le Service de protection des mineurs a informé le Tribunal de protection du fait qu'après avoir visité le foyer N_, A_ avait déclaré ne pas se sentir prête à l'intégrer, ayant peur de la vie en communauté et ne se sentant pas en forme sur le plan psychologique. Selon le Service de protection des mineurs, la situation devait faire l'objet d'une nouvelle évaluation trois mois plus tard.
n.
Par courrier de son conseil du 1
er
avril 2019, A_ a toutefois fait savoir au Tribunal de protection qu'elle souhaitait vivre avec son fils au foyer N_, conformément aux mesures provisionnelles qui avaient été ordonnées le 5 mars 2019. L'entretien qu'elle avait eu avec sa psychologue après la visite du foyer avait permis de dissiper ses craintes.
o.
Le Centre Universitaire Romand de Médecine Légale a rendu son rapport le 26 août 2019. Il en ressort, en substance, que A_ présente une rigidité de la pensée et des angoisses massives qui la désorganisent lorsqu'elle se trouve face à une situation imprévue; son rapport à la réalité est souvent altéré. Ce trouble (que l'experte a qualifié de "trouble de la personnalité sans précision") altère significativement son fonctionnement social et professionnel, ainsi que ses capacités parentales. L'experte a relevé que A_ exprime de l'amour et de la bienveillance envers son fils, le valorise et montre du plaisir à être avec lui. Elle possède par ailleurs des capacités de communication et de jeu avec son fils et a de bonnes compétences pour favoriser ses capacités d'apprentissage. Elle est en outre capable d'assurer un horaire de visites régulier et de favoriser la capacité de son enfant à supporter les séparations. Ces bonnes compétences ne s'actualisent toutefois que dans un cadre horaire restreint et en présence de professionnels qui l'étayent. Son état psychique très fragile entrave de façon massive ses compétences. Si elle se trouve confrontée à la pleine responsabilité de son fils, son état risque très fortement de s'altérer au point qu'elle en arrive à négliger les besoins plus fondamentaux de l'enfant. Son rapport à la réalité l'empêche de considérer son enfant dans son individualité et ses besoins. Elle le perçoit surtout comme une source de joie et éprouve d'importantes difficultés à prendre en compte la fragilité d'un enfant de cet âge et la nécessité de lui prodiguer des soins. En conclusion, A_ n'est pas capable d'assumer seule la garde de son fils, même dans un foyer parent-enfant. Elle est par contre capable d'exercer un droit de visite dans l'intérêt de son fils, de façon restreinte dans le temps et en présence de professionnels de l'enfance et ce plusieurs fois par semaine. L'expert a enfin préconisé le placement du mineur au sein d'une famille d'accueil, plus à même de répondre aux besoins développementaux d'un enfant si jeune et fragilisé, notamment en ce qui concerne le développement de liens d'attachement stables et sécurisants. Toujours selon l'experte, il faudrait de nombreux mois, vraisemblablement plusieurs années, pour que l'état de A_ s'améliore suffisamment pour qu'elle puisse assurer la garde de son fils.
p.
L'experte a été entendue par le Tribunal de protection le 19 novembre 2019. Elle a confirmé la teneur et les conclusions de son rapport. Elle a par ailleurs précisé qu'il existait une possibilité d'évolution positive de l'état de A_. Son pronostic était par contre réservé sur la question de savoir si l'évolution serait suffisante pour lui permettre d'assurer son rôle parental de manière adéquate. Elle a ajouté s'être entretenue avec la psychiatre et la psychologue de A_. Les éléments qu'elle avait obtenus à son sujet avaient corroboré sa propre analyse. Elle avait écarté l'éventualité d'un placement de l'enfant auprès de sa mère au sein du foyer N_ en raison d'une contre-indication médicale à une telle solution, tant pour la santé de la mère que pour celle de l'enfant. Il existait en effet, dans un tel dispositif, un risque d'épuisement et de désorganisation chez A_, lequel risquait de désorganiser également le mineur et de conduire à des comportements de retrait affectif et de régression cognitive. Cela avait d'ailleurs été le cas après le séjour qu'ils avaient fait au sein du foyer K_ et c'était encore parfois le cas, même à la suite d'une situation mineure de stress. Selon l'experte, A_ avait besoin qu'un tiers soit toujours présent et ce fonctionnement ne lui permettait pas d'acquérir progressivement les compétences parentales nécessaires. Quand bien même la psychiatre de A_ considérait, dans un courrier du 5 novembre 2019 adressé au Tribunal de protection, que l'état de sa patiente s'était amélioré, l'experte n'avait pas obtenu de cette même psychiatre, lors de l'entretien qu'elles avaient eu le 1
er
novembre 2019, d'éléments cliniques suffisants permettant de retenir que cette évolution était significative au point de lui permettre d'exercer désormais ses fonctions parentales de façon pleine et entière. Pour le surplus, le mineur profitait des visites de sa mère et était content de la voir. Tous deux se quittaient sans difficultés, sachant qu'ils se reverraient bientôt; il était par conséquent important de conserver ce rythme de visites.
A l'issue de l'audience, A_ a conclu à ce que son fils soit placé auprès d'elle au sein du foyer N_. Elle a prétendu que si elle avait renoncé à une telle solution quelques mois auparavant, c'était parce que ledit foyer n'avait pas de place disponible; elle a contesté avoir dit qu'elle ne pourrait pas vivre dans une structure collective. En l'état, elle se sentait bien et avait confiance en ses capacités de prendre en charge son fils au quotidien. Selon elle, l'experte s'inquiétait trop et pour trop de choses.
La cause a été gardée à juger à l'issue de l'audience.
q.
Dans un courrier du 28 novembre 2019 adressé au Tribunal de protection, la Dre L_, psychiatre de A_ a indiqué être en désaccord avec les déclarations et conclusions de l'experte. Durant les derniers mois, l'état de santé de sa patiente s'était amélioré de façon progressive. Elle collaborait par ailleurs pleinement avec le Service de protection des mineurs et se conformait à leurs demandes. Elle suivait régulièrement son traitement psychothérapeutique et était attentive à la psychoéducation. La pédopsychiatre qui suivait l'enfant avait également relevé des éléments positifs de l'interaction mère-enfant. La Dre L_ a par ailleurs relevé que l'experte n'avait pas posé de diagnostic précis concernant A_, laquelle ne présentait aucun élément objectif de dangerosité dans sa relation avec son enfant, qui aurait pu justifier une privation de son droit fondamental à l'élever.
B.
Par ordonnance
DTAE/8015/2019
du 19 novembre 2019, le Tribunal de protection a confirmé le retrait à A_ de la garde et du droit de déterminer le lieu de résidence de son enfant E_ (chiffre 1 du dispositif), ordonné le placement de l'enfant au sein d'une famille d'accueil adaptée, invité les curatrices à mandater le Service d'autorisation et de surveillance des lieux de placement à cet effet, en veillant à ce que la famille d'accueil soit apte et disposée à entrer dans un schéma d'accueil incluant autant que possible le maintien de liens réguliers entre leur protégé et sa mère et maintenu dans l'intervalle le placement du mineur auprès du foyer J_ (ch. 2), accordé à A_ un droit de visite sur son fils devant s'exercer, en l'état, à raison de trois visites de deux heures chaque semaine, selon les modalités suivantes, sauf entente ponctuelle contraire avec les curatrices et sous réserve des disponibilités des institutions concernées: une visite au sein du foyer et deux visites à l'extérieur de celui-ci, avec l'accompagnement d'un intervenant du programme AEMO-droit de visite ou d'un organisme équivalent (ch. 3), ordonné la continuation du suivi pédopsychiatrique individuel intégré de l'enfant auprès de la Guidance infantile (ch. 4), ordonné la mise en oeuvre d'un suivi de guidance parentale auprès de la Guidance infantile, devant inclure notamment une guidance parentale interactive (ch. 5), exhorté A_ à continuer son suivi psychothérapeutique individuel de façon sérieuse et régulière (ch. 6), maintenu diverses curatelles (ch. 7, 8 et 9), confirmé deux intervenantes en protection de l'enfant dans leurs fonctions de curatrices (ch. 10), invité les curatrices à adresser au Tribunal de protection, au 31 mars 2021, un nouveau rapport en décrivant l'évolution de l'enfant et de la mère, ainsi que la situation de B_ et en formulant un préavis s'agissant de l'éventuelle nécessité d'adapter les mesures existantes, de modifier les relations personnelles entre l'enfant et sa mère ou encore d'associer le cas échéant le père à la prise en charge de l'enfant (ch. 11) et mis les frais d'expertise à la charge de l'Etat (ch. 12).
En substance, le Tribunal de protection a retenu que les dangers susceptibles de survenir à tout moment pour E_, dès que sa mère était confrontée à une situation stressante, empêchaient que le mineur soit confié à cette dernière sans un accompagnement éducatif, en particulier sur de longues périodes et durant la nuit, ce qui excluait leur placement au sein du foyer N_, lequel nécessitait, à l'instar du foyer K_, que le parent concerné dispose d'une autonomie suffisante pour gérer en tout temps les situations du quotidien, tant pour lui-même que pour son enfant, notamment durant la nuit. Par ailleurs, le placement en famille d'accueil aurait pour avantage de stabiliser l'environnement de l'enfant et de favoriser son développement, en lui évitant les difficultés liées à la vie collective. L'expert n'était pas parvenue à déterminer si les difficultés présentées par A_ étaient dues à un trouble de la personnalité ancré en elle ou si elles découlaient d'un trouble anxieux et dépressif réactionnel à une période particulièrement lourde qu'elle vivait sur le plan professionnel et familial. Il n'était par conséquent pas possible d'évaluer si le temps nécessaire pour lui permettre de satisfaire les besoins fondamentaux de son fils, en fonction de sa durée, risquait de compromettre le développement physique, affectif, intellectuel et social du mineur. Dans l'intérêt de ce dernier, il se justifiait par conséquent d'ordonner son placement au sein d'une famille d'accueil, ce qui n'empêcherait pas, à l'avenir, de continuer d'évaluer l'évolution de A_, ni de favoriser le maintien de liens réguliers et de qualité entre la mère et l'enfant.
C.
a.
Le 9 avril 2020, A_ a formé recours contre l'ordonnance du 19 novembre 2019, reçue le 11 mars 2020, concluant à l'annulation des chiffres 2 et 11 de son dispositif et cela dit à ce que le placement du mineur soit ordonné auprès du foyer N_, aux côtés de la recourante, ainsi que son intégration au sein de la crèche de cet établissement. La recourante a en outre conclu à ce qu'il soit dit que le maintien de ce placement était subordonné au respect des conditions qui avaient été posées par le Tribunal de protection dans son ordonnance du 5 mars 2019.
En préambule de son recours, A_ a admis devoir améliorer ses capacités parentales et y travailler activement, raison pour laquelle elle ne concluait pas à la restitution de la garde de son fils. Elle a fait grief au Tribunal de protection d'avoir retenu, dans la décision attaquée, le fait que l'enfant E_ risquait d'être en danger en cas de placement à ses côtés au sein du foyer N_, alors que le même Tribunal de protection avait statué en sens contraire dans son ordonnance du 5 mars 2019. Or, comme l'avait retenu le Tribunal de protection dans ladite décision, une présence était assurée en permanence au sein du foyer N_, avec la précision qu'entre 22h00, heure du départ du dernier éducateur et 7h00, un veilleur était présent et assurait des rondes régulières, pouvant être mobilisé en tout temps par les résidents en cas de problème, et sachant exactement à qui s'adresser. L'experte psychiatre, qui avait considéré que les périodes nocturnes étaient particulièrement difficiles à gérer pour les parents, s'était insuffisamment renseignée sur la prise en charge au sein du foyer N_ pendant la nuit. Par ailleurs, les motifs qui avaient conduit le Tribunal de protection à ordonner le placement de l'enfant auprès de sa mère au foyer N_ le 5 mars 2019 étaient toujours d'actualité, à savoir: la recourante poursuivait avec sérieux et régularité son suivi thérapeutique, son lien avec l'enfant était positif et s'était renforcé et pourrait être approfondi par un placement conjoint au foyer N_. Ceci était d'autant plus vrai que la santé psychique de la recourante s'était améliorée de manière significative.
Pour le surplus, la recourante a fait grief au Tribunal de protection de s'être fondé sur les considérations d'ordre médical de l'expertise pour ordonner le placement de l'enfant dans une famille d'accueil, alors que l'experte n'avait pas été en mesure de poser un diagnostic précis la concernant, ni d'établir un pronostic quant à l'évolution de son état. Or, les thérapeutes qui la suivaient depuis près de deux ans avaient constaté des progrès significatifs.
La recourante a par ailleurs soutenu représenter, pour son fils, la principale figure d'attachement stable, lien qu'il convenait de privilégier et de développer, alors qu'un placement en famille d'accueil risquait de réduire les contacts qu'elle entretenait avec lui.
A_ a joint à son recours un rapport de la Dre L_ du 8 avril 2020, ainsi qu'un courrier de M_ adressé à la Dre L_ le 3 avril 2020. Il ressort de ces documents que le suivi psychiatrique et psychothérapeutique de A_ avait débuté auprès [du centre médical] O_ de P_ [GE] en avril 2018. Un trouble de l'adaptation de type mixte, avec anxiété et humeur dépressive avait été présent durant les premiers mois de traitement. La patiente réagissait à des facteurs de stress importants dans sa vie privée et se trouvait débordée dans ses mécanismes de défense psychique habituels. Une détresse marquée s'était alors manifestée, entravant son fonctionnement interpersonnel et augmentant ses difficultés à comprendre les situations émotionnelles qu'elle devait affronter. Aucun traitement médicamenteux n'avait toutefois été nécessaire et la symptomatologie présentée s'était amendée progressivement sous traitement psychothérapeutique spécialisé. La Dre L_ a également indiqué que des traits de trouble de la personnalité évitante pouvaient être retenus. Il s'agissait principalement de la "crainte des relations avec autrui, par hypersensibilité à son regard et sentiment de ne pas être à la hauteur". Il en résultait une thématique anxieuse non délirante, de type méfiance envers autrui, symptomatologie accentuée lors des stress psychosociaux vécus par la patiente. Celle-ci avait toutefois appris à maîtriser davantage ses réactions émotionnelles durant les deux ans de thérapie, car elle les comprenait mieux, pouvait s'en ouvrir à sa thérapeute et oser des attitudes sociales et affectives nouvelles dont elle observait progressivement le bénéfice psychique.
Le courrier de M_ du 3 avril 2020 mentionne le fait que A_ s'était montrée compliante à sa thérapie, n'avait manqué aucune des séances, s'était présentée à l'heure et avait accompli les tâches qui lui avaient été demandées durant sa prise en charge. Au début de celle-ci, elle était très stressée et angoissée et son humeur était "relativement basse", avec une incompréhension de la situation. Une nette amélioration de son état avait été observée. Un projet professionnel avait été développé, en vue de suivre une formation auprès de [l'organisation] Q_ pour s'occuper de personnes âgées. Son anxiété avait diminué. Elle parvenait à faire face à plusieurs événements dans sa vie quotidienne sans avoir "le stress débordant" et à trouver les stratégies d'adaptation pour différentes situations difficiles. Elle avait été régulière et très adaptée dans son rôle de maman (visites au foyer J_, préparation de la nourriture pour E_, accompagnement de ce dernier à des visites médicales). En conclusion, M_ indiquait que A_ avait des capacités pour élever son enfant et qu'elle souhaitait être placée dans un foyer mère-enfant, afin de pouvoir démontrer pleinement lesdites capacités.
b.
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de la décision attaquée.
c.
Dans ses observations du 14 mai 2020, les curatrices de l'enfant ont indiqué qu'il était dans l'intérêt de celui-ci d'être placé dans une famille d'accueil.
d.
Par courrier du 14 mai 2020, B_ a déclaré s'en rapporter à justice.
e.
Par avis du greffe de la Chambre de surveillance du 15 mai 2020, la recourante et les intervenants à la procédure ont été informés de ce que la cause serait mise en délibération à l'issue d'un délai de dix jours.

EN DROIT
1.
1.1
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie aux mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).