Decision ID: ccfbc309-552d-4a36-beb7-b08b2b04b00c
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
Par ordonnance du 19 novembre 2021 (
DTAE/7025/2021
), notifiée aux parties le 2 décembre 2021, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a rappelé que C_, né le _ 1975, originaire de Genève, se trouve sous curatelle de portée générale et qu'il est privé de plein droit de l'exercice de ses droits civils (ch. 1 du disposititf), confirmé F_, avocat, aux fonctions de curateur de portée générale de la personne concernée (ch. 2) et arrêté les frais à 500 fr., mis à la charge de la personne concernée (ch. 3).![endif]>![if>
En substance, le Tribunal de protection a considéré qu'il n'y avait aucun motif de faire droit à la demande des recourants visant la libération du curateur de ses fonctions, aucun manquement ne pouvant lui être reproché. Le Tribunal de protection avait par ailleurs déjà rendu une décision similaire en 2020, refusant de libérer le curateur, aucune évolution défavorable de l'exercice du mandat n'étant constatée depuis lors.
B.
a.
Contre cette décision, B_ et A_, oncle et tante de C_, ont formé recours le 3 janvier 2022, concluant à l'annulation du chiffre 2 de son dispositif, au prononcé de la relève du curateur de portée générale et à son remplacement par G_, avocat, les frais de première instance et d'appel devant être laissés à la charge de l'Etat.![endif]>![if>
En substance, ils font grief au Tribunal de protection de ne pas avoir retenu une rupture du lien de confiance entre le curateur et son protégé, respectivement eux-mêmes, dans le cadre de l'exercice des relations personnelles entre eux, le curateur leur ayant durant un temps fait interdiction d'en entretenir.
b.
Par courrier du 28 janvier 2022, le Tribunal de protection a informé la Cour ne pas souhaiter revoir sa décision.
c.
Le curateur s'est déterminé le 21 février 2022, concluant au rejet du recours. Il a contesté le grief qui lui est fait en exposant que les relations avec les recourants avaient toujours été compliquées, ceux-ci ayant adopté des comportements pénalement répréhensibles à l'égard de son protégé. Par ailleurs, aucune rupture du lien de confiance n'existait entre lui-même et son protégé, dont il était le curateur depuis 2004 déjà. Il avait été obligé d'interdire les contacts entre les recourants et son protégé, ceux-ci ayant un effet délétère sur l'état psychologique de celui-là, ce qui était confirmé par sa psychiatre. Cette dernière avait en outre considéré que C_ n'avait pas la capacité de discernement lui permettant de choisir et surveiller un curateur.
d.
En date du 11 mars 2022, les recourants ont persisté dans leurs conclusions, suite à quoi la cause a été gardée à juger.
C.
Résultent pour le surplus de la procédure les faits pertinents suivants :
a.
Par ordonnance du 29 janvier 1997, le Tribunal tutélaire (désormais le Tribunal de protection de l’adulte et de l’enfant) a prononcé l'interdiction de C_, né le _ 1975, originaire de Genève (GE), et lui a désigné un tuteur. Dès le 1
er
juin 2004, cette fonction a été exercée par F_, avocat. La mesure a été convertie, conformément au nouveau droit, en curatelle de portée générale.
Il vit au sein de la résidence spécialisée D_.
b.
En 2020 déjà, il est apparu que C_ revenait très perturbé après chaque week-end passé en famille, que ce soit auprès de son demi-frère, ou de son oncle et sa tante, et ne retrouvait ses esprits et son envie de voir ses proches qu’après quelques jours. Il avait été décidé par l'équipe soignante et le curateur de limiter les visites à domicile à la seule journée du samedi.
c.
Le 9 octobre 2020, les recourants ont sollicité la libération du curateur de ses fonctions, lui adressant divers reproches, notamment de ne pas privilégier les intérêts de son protégé.
d.
Le curateur a informé le 3 décembre 2020 le Tribunal de protection que, alors qu'un acheteur avait été trouvé pour l'appartement de C_, qu'il fallait aliéner pour assurer sa prise en charge, et dont la mise en vente avait été autorisée en date du 9 septembre 2020 par le Tribunal de protection, les recourants, qui occupaient ledit appartement à titre gratuit, refusaient de le quitter, ce qui lui faisait craindre un désistement de l'acheteur potentiel.
Par ailleurs, les dernières visites ou téléphones de la tante de son protégé avaient déstabilisé ce dernier, sa médecin psychiatre, la Dre H_, ayant dû recommander la suspension de tout contact familial pendant un certain temps, du fait d'une décompensation de son patient.
Un protocole de reprise des contacts, souhaitée par le protégé, encadrés et devant avoir lieu sur son lieu de vie, avait été mis sur pied d’entente entre les responsables de la résidence D_ et les éducateurs et avalisé par la Dre H_.
e.
Par décision
DTAE/7420/2020
du 17 décembre 2020, I_, avocate, a été désignée aux fonctions de curatrice d’office du cité pour la procédure.
Le 10 janvier 2021, la curatrice d'office a exposé que C_ disait souhaiter pouvoir vivre avec sa tante ou à tout le moins passer les week-ends avec cette dernière.
f.
Par réponse à la requête de libération du 11 janvier 2021, le curateur F_ a expliqué que les griefs soulevés à son encontre par les proches de son protégé ne différaient pas de ceux déjà invoqués par le passé par d’autres membres de sa famille et concluait au rejet de leurs conclusions.
A teneur du certificat médical du 11 janvier 2021, la Dre H_ mentionnait que son patient, qui souffrait d’une déficience intellectuelle modérée, ne présentait pas une capacité de discernement suffisante pour se prononcer sur la libération du mandat de curatelle actuel.
g.
Les relations personnelles de C_ avec son oncle et sa tante ont été rétablies début janvier 2021 et se sont exercées à l’occasion d’un droit de visite le samedi, la journée.
h.
En date du 19 avril 2021, le curateur a informé le Tribunal de protection que les recourants avaient profité de leur droit de visite pour emmener son protégé vers une destination inconnue en Italie, sans volonté de revenir. Plainte pénale avait été déposée à leur encontre.
Le conseil des recourants a confirmé au Tribunal de protection que ses mandants avaient décidé de se rendre tous les trois en Italie sans intention de retour mais qu’ils avaient pris les dispositions nécessaires auprès des autorités italiennes compétentes en matière de protection de l’adulte afin de préserver les intérêts de l’intéressé, de sorte que la poursuite de la procédure ne se justifiait plus.
C_ a été rapatrié à Genève suite à l’intervention des polices genevoises et sicilienne, fin juillet/ début août 2021. Selon son curateur, ce dernier s’était montré très reconnaissant de pouvoir rentrer à Genève.
Par certificat médical du 2 septembre 2021, la Dre H_ a attesté que C_ avait répété à plusieurs reprises, de manière claire et intelligible, qu’il ne souhaitait pas retourner en Italie. Après avoir été rassuré sur son lieu de vie, il avait été instantanément apaisé, détendu et souriant, et répétait qu’il pouvait faire confiance à son curateur actuel.
Le 6 septembre 2021, le curateur a informé le Tribunal de protection avoir rencontré son protégé à son retour d’Italie, lequel n’avait pas eu de contact sur place avec des tiers en raison de sa méconnaissance de la langue italienne ; il se sentait rassuré d’avoir pu réintégrer son institution à Genève.
i.
Lors de l’audience du Tribunal de protection du 14 octobre 2021, C_ a confirmé être satisfait d’être de retour à Genève.
La curatrice d'office a déclaré que C_ avait clairement exprimé que son lieu de vie se trouvait à Genève, et a souhaité être relevée de son mandat.
j.
Suite à quoi l'ordonnance querellée a été prononcée.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet, dans les trente jours, d'un recours écrit et motivé, devant le juge compétent, à savoir la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et al. 3 et 450b CC; art. 126 al. 3 LOJ; art. 53 al. 1 et 2 LaCC).