Decision ID: c560b192-ae57-5f80-83bf-da6bf21f7dcd
Year: 2017
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_010
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: public_law

considérant en fait
A. B._ (le recourant), né en 1970, et A._ (la recourante), née en 1966, sont mariés et ont trois enfants, nés entre 1999 et 2006. Ils sont domiciliés à C._.
Le recourant exerce la profession d’architecte. Il est unique associé gérant, avec signature individuelle, des sociétés à responsabilité limitée D._ Sàrl et F._ Sàrl à qui ont toutes deux pour but général la réalisation de toutes opérations immobilières (voir extrait du registre du commerce, www.fr.ch/rc, consulté au jour du jugement). En 2014, soit l’année concernée par la présente procédure, il était également administrateur unique avec signature individuelle de la société anonyme G._ SA. Cette société a pris la nouvelle raison sociale H._ SA en 2016. Déclarée en faillite en 2016, elle a ensuite été radiée en 2017 (voir extrait du registre du commerce, www.fr.ch/rc, consulté au jour du jugement).
La recourante est collaboratrice au sein de l’administration du canton de I._. Durant l’année 2014, elle a réalisé un salaire net de CHF 49'360.40 (voir certificat de salaire du 10 janvier 2015).
B. Par décision du 6 août 2015 confirmée sur réclamation, faisant suite à une sommation du 7 juillet 2015 leur octroyant un ultime délai pour déposer leur déclaration d’impôt relative à la période fiscale 2014, les recourants se sont vu notifier une amende d’ordre de CHF 400.-. Il ressort en particulier de la décision sur réclamation du 11 septembre 2015 que les recourants n’avaient pas déposé leur déclaration d’impôt à cette date.
C. Par avis de taxation d'office du 12 février 2016 pour la période fiscale 2014, le Service cantonal des contributions a fixé l'impôt cantonal sur le revenu dû par les recourants à CHF 17'843.65 sur la base d’un revenu imposable de CHF 151’862.- et leur impôt fédéral direct à CHF 18'270.- pour un revenu imposable de CHF 249’725.-. Il a en particulier retenu que le recourant avait réalisé un revenu d’une activité salariée principale fixé d’office à CHF 100'000.- (code 1.110).
Par nouvel avis de taxation d’office du 11 mars 2016, rectifié suite à une communication de son secteur des personnes morales, le Service cantonal des contributions a notamment pris en compte les nouveaux éléments de revenu suivants:
- un montant de CHF 5'300.- pour l’utilisation à des fins privées du véhicule pris en leasing par la société F._ Sàrl, considéré comme une distribution dissimulée de dividende, imposé au taux réduit applicable aux rendements de participations qualifiées ;
- un montant de CHF 11'400.- correspondant à des loyers comptabilisés comme charges par la société F._ Sàrl pour ses bureaux situés au domicile privé du recourant.
L'impôt cantonal sur le revenu dû par les recourants a ainsi été porté à CHF 18'743.05 sur la base d’un revenu imposable de CHF 158’077.- et leur impôt fédéral direct à CHF 19’310.- pour un revenu imposable de CHF 257’720.-.
D. Par réclamation du 17 juin 2016, le recourant a demandé que la taxation d’office soit corrigée. Il a d’abord fait référence à un entretien du 13 juin 2016 avec un collaborateur du Service cantonal des contributions à l’occasion duquel il a remis à celui-ci une copie de la déclaration d’impôt relative à la période fiscale 2014. Il a ensuite affirmé avoir appris à cette occasion que cette déclaration n’était jusqu’alors pas parvenue audit Service, alors même qu’il l’avait adressée
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en novembre 2015, en même temps que celle de la société F._ Sàrl qui avait quant à elle été reçue et traitée par l’administration. Il a enfin ajouté que la collaboratrice en charge de son dossier auprès de sa fiduciaire avait subi un arrêt de travail pour raison de maladie durant plusieurs mois.
Par décision du 1er juillet 2016, le Service cantonal des contributions a déclaré la réclamation irrecevable. Il a retenu pour l’essentiel que celle-ci avait été déposée tardivement, soit plus de trois mois après la notification de l’avis de taxation d’office du 11 mars 2016, et que le recourant ne faisait valoir aucun motif de restitution de délai. Il a par ailleurs écarté l’affirmation selon laquelle la déclaration d’impôt aurait été jointe à celle de la société F._ Sàrl, au motif que, dans cette hypothèse, il aurait été peu probable que le recourant n’ait pas réagi immédiatement suite à l’avis de taxation d’office.
E. Par acte du 29 juillet 2016 adressé par leur mandataire à la Cour fiscale du Tribunal cantonal, les recourants concluent sous suite de frais et dépens à l’annulation de la décision sur réclamation et au renvoi de la cause au Service cantonal des contributions pour nouvel examen sur la base de la déclaration d’impôt déposée en novembre 2015.
Ils reprochent pour l’essentiel à l’autorité intimée d’avoir violé le principe de la bonne foi en retenant qu’ils ne lui avaient pas adressé leur déclaration d’impôt pour la période fiscale 2014, alors que cette déclaration avait été déposée en novembre 2015, en même temps que celle de la société F._ Sàrl. Ils précisent que c’est leur fiduciaire qui a établi les deux déclarations d’impôt et que les deux documents ont été remis en même temps en novembre 2015, lors d’un entretien avec un collaborateur du secteur personnes morales du Service cantonal des contributions.
L'avance de frais fixée à CHF 600.- par ordonnance du 3 août 2016 a été acquittée dans le délai imparti.
Dans ses observations déposées le 27 octobre 2016, le Service cantonal des contributions conclut au rejet du recours, sous suite de frais. Il conteste en particulier que la déclaration fiscale des recourants ait été déposée en même temps que celle de la société F._ Sàrl le 13 novembre 2015, en précisant avoir effectué des vérifications à cet égard auprès de son secteur des personnes morales. Il confirme pour le reste que la réclamation a été déposée tardivement et que les recourants n’invoquent aucun motif justifiant leur retard.
Par courrier du 26 juillet 2017, le Service cantonal des contributions est invité à produire le dossier complet de la société F._ Sàrl pour la période fiscale 2014, ainsi que toute précision relative à la séance avec un collaborateur du secteur des personnes morales à laquelle le recourant fait référence dans son recours, en particulier l’objet de cette séance et les éventuels documents qui ont été produits par le recourant à cette occasion.
Le dossier fiscal requis a été produit le 7 août 2017. Le Service cantonal des contributions précise à cette occasion que la déclaration d’impôt relative à la société F._ Sàrl a été envoyée électroniquement et réceptionnée le 19 novembre 2015 et que le résumé de cette déclaration, signé par le recourant, a été soit envoyé par courrier, soit déposé auprès du secrétariat du secteur « personnes morales ». Il ajoute en substance qu’il n’y a de trace ni d’un entretien entre le recourant et M. J._, réviseur, ni d’une discussion relative à la déclaration fiscale 2014 de la société, l’existence d’une telle discussion étant peu probable également au vu de la demande de renseignements adressée le 28 janvier 2016 à la fiduciaire du recourant afin de clarifier certains points concernant la taxation de la société.
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Par détermination du 5 octobre 2017 de leur mandataire, les recourants indiquent pour l’essentiel que l’entretien auquel ils font référence n’a pas eu lieu avec J._, mais avec un autre collaborateur du Service cantonal des contributions, soit K._. Ils soulignent à cet égard que l’absence de note y relative ne peut pas leur être reprochée, mais découle plutôt de l’organisation de l’autorité.
Se déterminant à son tour le 24 octobre 2017, le Service cantonal des contributions s’étonne que les recourants mentionnent pour la première fois un entretien avec K._. Il relève la contradiction entre, d’une part, le recours mentionnant que la déclaration d’impôt des recourants a été remise au taxateur de la société et, d’autre part, la nouvelle affirmation relative à un entretien avec K._ qui travaille quant à lui au secteur des indépendants.
Cette dernière détermination a été transmise pour information aux recourants. Il n’a pas été ordonné d’autre échange d’écritures.

en droit
I. Impôt fédéral direct (604 2016 107)
1. a) Le recours, déposé le 29 juillet 2016 contre une décision du 1er juillet 2016, l’a été dans les délais et les formes prévues aux art. 140 ss de la loi du 14 décembre 1990 sur l'impôt fédéral direct (LIFD; RS 642.11). Partant, il est recevable à la forme.
b) La décision attaquée est un prononcé d'irrecevabilité. L'objet de la présente procédure de recours se limite donc à la seule question de la recevabilité de la réclamation.
En conséquence, les conclusions du recours allant au-delà de cet objet, soit celles visant au renvoi de la cause au Service cantonal des contributions pour nouvel examen de l’intégralité du dossier des recourants sur la base de leur déclaration fiscale, doivent être déclarées irrecevables.
2. a) Conformément à l'art. 123 LIFD, les autorités de taxation établissent les éléments de fait et de droit permettant une taxation complète et exacte, en collaboration avec le contribuable. A cet effet, la loi impose au contribuable des obligations de procédure déterminées, comme l’obligation de remplir la formule de déclaration d'impôt de manière conforme à la vérité et complète et de la remettre avec les annexes prescrites (art. 124 al. 2 LIFD) en particulier les certificats de salaire concernant tous les revenus provenant d'une activité lucrative dépendante, les attestations concernant les prestations que le contribuable a obtenues en sa qualité de membre de l'administration ou d'un autre organe d'une personne morale, de même que l'état complet des titres et des créances, ainsi que celui des dettes (art. 125 al. 1 LIFD). C'est ainsi que le contribuable doit faire tout ce qui est nécessaire pour assurer une taxation complète et exacte (art. 126 al. 1 LIFD).
b) En vertu de l'art. 130 al. 2 LIFD, l’autorité de taxation effectue la taxation d’office sur la base d’une appréciation consciencieuse si, malgré sommation, le contribuable n’a pas satisfait à ses obligations de procédure ou que des éléments imposables ne peuvent être déterminés avec toute la précision voulue en l’absence de données suffisantes. Elle peut prendre en considération les coefficients expérimentaux, l'évolution de fortune et le train de vie du contribuable.
c) Le contribuable qui a été taxé d'office peut déposer une réclamation contre cette taxation uniquement pour le motif qu'elle est manifestement inexacte. La réclamation doit être
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motivée et indiquer, le cas échéant, les moyens de preuve (art. 132 al. 3 LIFD). L'obligation de motiver et d'indiquer les moyens de preuves prévue par l'art. 132 al. 3 LIFD constitue une exigence formelle dont la violation entraîne l'irrecevabilité de la réclamation (ATF 131 II 548 consid. 3.3, 123 II 552 consid. 4c). En particulier, le contribuable ne peut se limiter à une contestation globale ou à une contestation partielle de positions uniques, car cela ne permet pas d'examiner d'emblée si la taxation d'office est manifestement inexacte. Il doit en tout cas être possible de reconnaître ce que le réclamant conteste dans la décision attaquée, par exemple le principe de la taxation d'office ou le montant de l'estimation opérée, ainsi que les arguments pertinents en fait et en droit sur lesquels il s'appuie. Ainsi, le contribuable ne doit pas se contenter de mettre en doute la taxation d'office, mais doit prouver que celle-ci ne correspond pas à la situation réelle. Il lui appartient en particulier de présenter les faits de manière suffisamment détaillée et de mentionner les moyens de preuve y relatifs (voir entre autres arrêt TF 2C_509/2015 du 2 février 2016 consid. 6.1 et les références citées).
d) En l'espèce, la réclamation déposée par les recourants n’a pas été déclarée irrecevable au motif qu’elle ne respecterait pas l’exigence formelle de motivation au sens de l’art. 132 al. 3 LIFD, mais en raison de la tardiveté de son dépôt. C’est donc sous ce deuxième angle qu’il convient d’examiner le bien-fondé du recours en tant qu’il conclut à l’annulation de la décision d’irrecevabilité rendue par le Service cantonal des contributions.