Decision ID: 0b12ace7-2f71-4adc-99f6-5aeb46d2d4b7
Year: 2000
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. François Galé est propriétaire de la parcelle no 87 du cadastre de la Commune de Nyon. Cette parcelle porte le bâtiment ECA no 525 comprenant un rez-de-chaussée, deux étages ainsi que des combles et des surcombles aménagés en habitation. Situé à la Grand-Rue no 13 dans un ordre de construction contigu, l'immeuble est classé en zone urbaine de l'ancienne ville selon le plan des zones de la Commune de Nyon approuvé par le Conseil d'Etat le 16 novembre 1984; il est entouré de deux bâtiments plus élevés dont la hauteur à la corniche est équivalente, bien que l'un des bâtiments comporte 3 niveaux sur rez-de-chaussée et l'autre 2 niveaux sur rez-de-chaussée. Il est ainsi pris entre les deux façades des immeubles voisins.
La masse en faillite de Jean-François Cevey ainsi que Eric Grossenbacher sont les copropriétaires de la parcelle no 86 du cadastre de la Commune de Nyon; celle-ci porte l'immeuble voisin désigné bâtiment de la "Grenette" qui ne comprend que deux niveaux sur rez-de-chaussée. Le faîte de ce bâtiment est orienté perpendiculairement à la Grand-Rue, contrairement aux immeubles voisins; un appartement a été aménagé dans la toiture du bâtiment en 1986. Il comporte une ouverture en toiture sous la forme d'un balcon-baignoire donnant sur la parcelle 87, destiné à éclairer la cuisine et le coin à manger de l'appartement.
Désirant porter le bâtiment de la parcelle 87 à trois niveaux sur rez-de-chaussée afin d'augmenter l'habitabilité de son logement, François Galé s'est adressé à la municipalité pour lui faire part de ses intentions. Dans une séance du 11 mars 1998, la Commission consultative d'architecture et d'urbanisme de la Commune de Nyon (ci-après: la commission d'urbanisme) a émis un préavis favorable de principe, "sous réserve du résultat de l'enquête publique et du droit des tiers".
François Galé a alors fait établir des plans de transformations intérieures et de surélévation de la toiture par l'architecte Nicolas Delachaux de l'Atelier d'architecture Bujol et Delachaux SA à Nyon et il a déposé une demande de permis de construire le 2 avril 1998. Selon le projet, le faîte du bâtiment serait rehaussé de 1,70 m.; la nouvelle toiture abriterait de cette manière un nouveau demi-étage avec un seul niveau de combles dans lequel la terrasse serait réaménagée. La toiture du bâtiment serait ainsi modifiée; le pan de toiture derrière celui-ci serait maintenu mais prolongé de manière à ce qu'il atteigne le nouveau faîte du bâtiment.
Dans une séance du 15 avril 1998, la commission d'urbanisme a confirmé son préavis positif; elle a toutefois souligné que la dérogation ne devait être délivrée que pour favoriser une bonne intégration à l'ensemble bâti au risque d'entraîner une certaine uniformisation du bâti de l'ancienne ville.
L'enquête publique s'est déroulée du 28 avril au 18 mai 1998; elle a suscité l'opposition de Eric Grossenbacher et de la masse en faillite de Jean-François Cevey le 18 mai 1998; les opposants invoquaient l'atteinte à la qualité de vie de l'appartement situé dans les combles de leur immeuble (parcelle no 86) et le défaut d'un intérêt public suffisant pour l'octroi d'une dérogation au sens de l'art. 12 du règlement communal.
François Galé a présenté une variante de son projet à la municipalité par l'intermédiaire de l'architecte Nicolas Delachaux le 13 juillet 1998 afin de tenir compte des remarques formulées dans l'opposition; le gabarit restait identique, mais la variante prévoyait un large pan de toiture coupé réduisant l'impact de la surélévation sur l'habitation voisine.
B. Par décision du 26 août 1998, la municipalité a rejeté la demande de dérogation permettant de rehausser le bâtiment et elle a en conséquence refusé de délivrer le permis de construire. Elle a considéré que le bâtiment dans son état actuel était bien intégré au site et qu'il n'y avait pas d'intérêt public justifiant l'octroi de la dérogation selon l'art. 12 du règlement communal.
C. François Galé a recouru contre cette décision auprès du Tribunal administratif par l'intermédiaire de Me de Braun le 14 septembre 1998. Selon lui, la municipalité serait liée par les préavis positifs de la commission et les conditions posées par l'art. 12 du règlement communal seraient réalisées. Le projet représenterait une amélioration du point de vue de l'intégration et aucun fait nouveau ne justifierait le revirement de la municipalité si bien que la décision attaquée serait arbitraire. Il conclut avec suite de frais et dépens à l'admission du recours, la décision attaquée étant annulée et le permis de construire sollicité délivré.
La municipalité s'est déterminée sur le recours le 12 octobre 1998. Elle fait valoir que la dérogation selon l'art. 12 du règlement communal constitue une mesure exceptionnelle devant poursuivre un but d'intérêt public évident, soit une bonne intégration à un ensemble bâti; or, la surélévation souhaitée ne serait pas de nature à apporter une amélioration sensible à l'intégration de l'immeuble dans l'ensemble bâti; par ailleurs, les locaux du propriétaire voisin seraient assombris. En outre, elle estime qu'elle n'aurait pas donné une promesse par ses préavis dès lors que ceux-ci réservaient expressément les droits des tiers et comportaient des doutes quant à l'opportunité de réaliser la surélévation projetée. Elle a conclu au rejet du recours.
Eric Grossenbacher et la masse en faillite de Jean-François Cevey ont déposé un mémoire par l'intermédiaire de Me Freymond le 15 octobre 1998. Le bâtiment actuel de M. Galé s'intégrerait très bien dans l'ensemble bâti et la surélévation ne favoriserait pas l'intégration; celle-ci créerait au contraire un ajout qui aurait un caractère insolite entre les bâtiments déjà construits. De plus, l'appartement voisin serait assombri. Ils ont conclu avec dépens au rejet du recours.
Le recourant a déposé un mémoire complémentaire par l'intermédiaire de Me de Braun le 26 octobre 1998 en confirmant les conclusions de son recours.
D. Le tribunal a demandé à la municipalité que la commission d'urbanisme se détermine sur le recours. La municipalité a transmis au tribunal le 10 décembre 1998 le procès-verbal de la séance que la commission d'urbanisme a tenue le 2 décembre 1998:
"(...) Depuis le domaine public, la commission constate que:
- La présence de plusieurs immeubles de 3 étages sur rez dans la Grand-Rue. Une bonne majorité étant cependant de 2 sur rez. - La bonne volumétrie constituée par l'immeuble Galé avec ses voisins. - Le décalage de 2 m. environ entre la corniche de l'immeuble Galé et ses deux voisins plus hauts constitue une animation intéressante assez caractéristique de l'ancienne ville. - Le pignon de l'immeuble mitoyen au nord lui aussi caractéristique de l'ancienne ville ne pose pas de problème esthétique. - Le pignon de l'immeuble mitoyen "La Grenette" souffre effectivement d'un manque d'entretien. Par contre, il dégage favorablement la toiture à pignon et la corniche de la Grenette permettant ainsi la mise en évidence de son architecture de qualité.
Depuis l'appartement des combles de la Grenette parcelle 526, la commission réalise que:
- La terrasse de toiture apporte un atout indiscutable à l'habitabilité de l'appartement. - La surélévation de la toiture de l'immeuble Galé constituerait une gêne importante (ensoleillement et vue), le mur mitoyen étant relevé de plus de 2,50 m devant la terrasse de toiture. - La proposition transactionnelle de créer une toiture à croupe réduit un peu mais ne supprime pas cette gêne. Elle déséquilibre, par contre, la forme de la toiture projetée et pose le problème de la continuité des toitures mitoyennes entre elles.
DELIBERATIONS A LA SALLE DES MAQUETTES
Lors des précédents examens, la commission n'a pas pris le temps de se déplacer à la Grand-Rue, forte des commentaires de l'architecte mandataire qui a subjectivement minimisé l'impact de son projet sur l'habitabilité des combles de l'immeuble voisin. Elle regrette de ne pas avoir été sur place où elle aurait ainsi mieux pu apprécier la situation et l'impact du projet. Elle s'était préoccupée davantage de l'architecture projetée du 3ème étage sous corniche, c'est-à-dire de la façade sur rue, admis sous réserve d'oppositions justifiées des tiers. Le dossier de plans d'enquête était lacunaire, il ne permettait ni d'apprécier la gêne portée au voisin, ni surtout l'impact des nouveaux pignons créés par l'élévation de la toiture. Les plans des façades latérales des pignons manquent tout comme d'ailleurs la façade arrière (déposée que le 9 septembre 1998). Les 2 pignons projetés sont jugés moins acceptables que les existants, la surélévation sur rue restant architecturalement correctement traitée sous réserve de nos remarques.
En conclusion, la commission ayant émis des réserves quant à l'avis des tiers et quant à l'accrochage des toitures entre elles lors des 2 examens préalables se range à l'avis de la Municipalité et considère que les conditions ne sont pas réunies pour accorder la dérogation prévue à l'article 12 d'autoriser exceptionnellement un 3ème étage sur rez pour favoriser une bonne intégration à un ensemble bâti. Elle considère même la situation actuelle comme meilleure que celle projetée. Selon sa pratique constante, elle reste ouverte à l'examen d'un nouveau projet (...)".
E. Le Tribunal administratif a tenu audience sur place le 12 janvier 1999 en présence du recourant personnellement, accompagné de son épouse Regula Galé et de l'architecte Nicolas Delachaux, assisté de Me de Braun, et de Espero Berta pour la municipalité; pour les opposants, François Leresche, préposé à l'Office des faillites, au nom de la masse en faillite Jean-François Cevey, assisté de Me Freymond qui représente par ailleurs M. Grossenbacher, hospitalisé. M. Berta a notamment expliqué que l'art. 12 du règlement communal avait été introduit en 1984 pour généraliser la possibilité de rendre les combles habitables, à la condition cependant que l'immeuble ne dispose que de deux niveaux; il a cité en exemple le bâtiment se trouvant en face de celui du constructeur: celui-ci compte trois étages, mais les combles ne sont pas habitables. Le tribunal a procédé à la visite des lieux, notamment du logement des recourants, et de l'appartement aménagé dans la toiture de l'immeuble de la Grenette. Le tribunal a notamment constaté dans la Grand-Rue, que le nombre des immeubles comportant deux étages sur rez-de-chaussée et ceux qui en comportent trois sur rez-de-chaussée est quasiment équivalent. Les parties ont confirmé leurs conclusions.
F. A la demande du tribunal, la municipalité a précisé le 27 octobre 1999 que l'art. 12 du règlement communal, dans sa teneur actuelle, était en vigueur depuis 1984. Un seul cas à ce jour avait obtenu partiellement une dérogation; il s'agissait de l'immeuble réalisé par M. Mangeat sur la place du Château qui avait remplacé le tea-room du Musée; la dérogation était partielle car le bâtiment en cause comptait déjà trois niveaux sur rez-de-chaussée du côté de la place du château et il ne comptait que deux niveaux sur rez-de-chaussée du côté de la promenade Bonstetten. En outre, il n'y avait pas eu de cas de refus; 3 ou 4 demandes informelles avaient bien été formulées, mais elles n'avaient pas fait l'objet de décisions. La municipalité a produit les plans concernant "l'immeuble Mangeat". Le recourant a encore produit des observations complémentaires par l'intermédiaire de son conseil le 20 décembre 1999. Il fait notamment valoir que le projet en cause est comparable à "l'immeuble Mangeat" du point de vue de la dérogation, notamment au regard de l'intégration à l'ensemble bâti.
G. Le tribunal a encore demandé à la municipalité de produire le dossier de la demande de permis de construire de l'appartement aménagé dans la toiture de l'immeuble de la Grenette. Le plan de l'appartement montre qu'un balcon-baignoire (désigné terrasse) a été créé entre la cuisine et le coin à manger pour apporter un éclairage naturel à ces deux pièces et permettre l'aménagement d'un espace extérieur dans cet appartement. Une tablette d'un mètre de large depuis le bord extérieur de la terrasse est prévue pour préserver la vue sur l'immeuble voisin (parcelle 87).
Le recourant a encore donné les explications complémentaires suivantes concernant ces travaux. Il était intervenu après l'enquête publique par lettre du 3 septembre 1985 auprès de la municipalité pour signaler que l'architecte l'avait contacté afin de discuter de la question des droits de jour nécessaires à l'aménagement du balcon-baignoire. La municipalité répondait le 4 septembre 1985 que le permis de construire était toujours délivré sous réserve des droits des tiers et qu'il pouvait donc faire valoir ses droits en tout temps même si l'enquête publique était close. La municipalité écrivait encore le 23 septembre 1985 à François Galé pour lui indiquer que la lucarne en baignoire avait été modifiée de manière à respecter les distances requises par le droit privé pour les vues droites ou obliques et qu'elle avait décidé dans sa séance du 23 décembre 1985 de délivrer le permis de construire. L'architecte signalait encore à François Galé par lettre du 30 septembre 1985 que la terrasse sera exécutée conformément aux plans mis à l'enquête publique et que le velux du coin repas ne pourra être ouvert que pour le nettoyage. En date du 17 avril 1986, François Galé écrivait à l'architecte pour lui signaler que la terrasse n'avait pas été exécutée conformément aux plans mis à l'enquête car la tablette destinée à éloigner la vue droite de la limite de propriété n'avait qu'une profondeur de 50 cm; en outre le velux du coin repas était une exécution courante, ouvrable en tout temps. Par lettre du 5 mai 1986, l'architecte répondait que la terrasse sera complétée par l'aménagement d'une tablette ayant la profondeur d'un mètre conformément aux plans mis à l'enquête et que le velux du coin repas sera modifié avec une fermeture fixe conforme aux indications données en septembre 1985. Le conseil du recourant précise encore que seule une tablette amovible avait été placée sur la terrasse et que le velux n'avait pas subi de véritable modification; en outre, les propriétaires n'étaient pas entrés en négociation pour l'acquisition d'une servitude de droit de vue.

Considérant en droit:
1. Déposé dans les formes et délais prescrits par l'art. 31 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA), le recours est recevable à la forme; il y a donc lieu d'entrer en matière sur le fond.
2. La parcelle 87 du recourant est comprise dans la zone urbaine de l'ancienne ville régie par les art. 8 et ss du règlement communal sur le plan d'extension et la police des constructions, approuvé par le Conseil d'Etat le 16 novembre 1984 (ci-après règlement communal ou RPE). L'art. 12 RPE réglemente la hauteur des constructions et le nombre d'étages de la manière suivante :
"Pour les bâtiments nouveaux ou reconstruits, la hauteur maximum à la corniche ne peut dépasser 10 m et celle du faîte 19 m.
La hauteur à la corniche, à son niveau supérieur, se mesure au nu de chaque façade à partir de la cote du trottoir ou, à défaut, du terrain naturel ou aménagé en déblai. La hauteur du faîte du bâtiment se mesure à partir de la cote moyenne de la portion de terrain naturel occupé par la construction.
Le nombre d'étages sous la corniche est limité à deux sur rez-de-chaussée.
Pour favoriser une bonne intégration à un ensemble bâti, la Municipalité peut exceptionnellement autoriser :
- une hauteur maximale à la corniche de 12,50 mètres; - une hauteur maximale au faîte de 21,50 mètres; - 3 étages sur rez-de-chaussée."
Le bâtiment du recourant comporte deux étages sous la corniche et les travaux envisagés porteraient le nombre de niveaux à trois sous la corniche. La question essentielle que pose le recours est donc celle de savoir si la municipalité pouvait ou devait autoriser un étage supplémentaire en vertu de l'art. 12 al. 4 RPE. Cette disposition présente les caractéristiques d'une norme dérogatoire qui est soumise aux principes applicables à l'octroi de dérogations.
a) L'art. 6 al. 2 de la loi cantonale du 4 décembre 1985 sur l'aménagement du territoire et les constructions (LATC) prévoit que les communes ne peuvent accorder à des particuliers des dérogations aux restrictions au droit de bâtir résultant de la loi, des règlements et des plans que dans les limites autorisées par ceux-ci. En outre, l'art. 85 LATC, dans sa teneur en vigueur jusqu'au 23 janvier 1996, dispose que dans la mesure où le règlement communal le prévoit, la municipalité peut accorder des dérogations de minime importance lorsque la topographie, la forme des parcelles, les accès, l'intégration ou la conception des constructions imposent des solutions particulières et s'il n'en résulte pas d'inconvénient majeur. Cette disposition a été modifiée notamment pour supprimer la restriction résultant de la notion de minime importance (BGC novembre 1995, p. 2711 à 2713). La nouvelle version de l'art. 85 LATC adoptée le 14 novembre 1995 a la teneur suivante :
"Dans la mesure où le règlement communal le prévoit, des dérogations aux plans et à la réglementation y afférente peuvent être accordées par la municipalité pour autant que des motifs d'intérêt public ou des circonstances objectives le justifient. L'octroi de dérogations ne doit pas porter atteinte à un autre intérêt public ou à des intérêts prépondérants de tiers."
Cette disposition fait partie des exceptions que l'art. 23 de la loi fédérale sur l'aménagement du territoire du 22 juin 1979 réserve aux cantons pour les constructions situées dans les zones à bâtir. Cependant, afin de ne pas vider les plans et règlements d'affectation de leur substance, la jurisprudence et la doctrine ont posé certaines limites à l'octroi de dérogations. Tout d'abord, l'autorité n'est pas tenue d'accorder la dérogation et elle dispose d'un certain pouvoir d'appréciation (ATF 99 Ia 471 consid. 3a; André Grisel, Traité de droit administratif, vol. I p. 413). L'octroi de la dérogation doit en outre respecter les buts recherchés par la loi et il sert avant tout à éviter des solutions trop rigoureuses en présence d'une situation spéciale (ATF 107 Ia 212 ss; DFJP OFAT, Etude relative à la loi fédérale sur l'aménagement du territoire, ad art. 23 No 6 et 7 p. 278); la dérogation ne peut ainsi porter atteinte à des intérêts publics importants ou heurter des intérêts privés prépondérants; elle doit résulter d'une pesée globale d'intérêts, prenant en compte l'ensemble des circonstances (Augustin Macheret, La dérogation en droit de la construction, règles et exceptions, séminaire du droit de la construction, Fribourg 1983). Par ailleurs, la dérogation doit s'inscrire dans le processus de planification défini par le droit fédéral selon lequel la destination du sol est fixée par les plans d'affectation (art. 14 LAT) dans une procédure assurant la protection juridique (art. 33 LAT) et la participation de la population (art. 4 LAT); une dérogation, qui par son importance aurait pour effet de fixer de nouvelles règles d'affectation du sol dans le cadre de la procédure d'autorisation de construire violerait l'art. 2 LAT, même si elle était justifiée par des circonstances objectives ou si elle répondait à un intérêt public (ATF 116 Ib 53-54 consid. 3a).
b) La municipalité invoque à l'appui du refus de la dérogation deux motifs; d'une part l'octroi de la dérogation ne permettrait pas de favoriser une bonne intégration des façades pignons, et d'autre part, elle porterait préjudice aux propriétaires voisins en supprimant la vue qui se dégage depuis la terrasse aménagée dans la toiture du bâtiment de la Grenette.
aa) Il convient de déterminer en premier lieu quelle est l'étendue du pouvoir d'examen du tribunal sur cette question. L'art. 36 LJPA prévoit que le recourant peut invoquer la violation du droit y compris l'excès ou l'abus du pouvoir d'appréciation (let. a) la constatation inexacte ou incomplète de faits pertinents (let. b) et l'inopportunité si la loi spéciale le prévoit (let. c). L'octroi de la dérogation prévue par l'art. 12 al. 4 RPE a pour effet de donner un contenu concret à la réglementation de la zone en déterminant si un étage supplémentaire peut être autorisé. La jurisprudence du Tribunal fédéral a précisé qu'une telle norme est une disposition cantonale d'application de la loi fédérale sur l'aménagement du territoire soumise aux exigences de protection juridique prévues par l'art. 33 al. 3 let. b LAT qui impose un libre pouvoir d'examen (ATF 118 Ib 31 consid. 4b ainsi que les arrêts AC 94/0062 du 9 janvier 1996 et AC 98/0005 du 30 avril 1999). Le libre pouvoir d'examen ne permet toutefois pas au tribunal de substituer sa propre appréciation à celle de l'autorité communale : il implique seulement le devoir de vérifier si l'autorité de première instance est restée dans les limites d'une pesée correcte et consciencieuse de tous les intérêts à prendre en considération (ATF 114 Ia 247 - 248 consid. 2b; 107 Ia 38 consid. 3c).
bb) La première condition objective de la dérogation est celle de favoriser une bonne intégration à un ensemble bâti. A cet égard, la commission consultative d'urbanisme instaurée par l'art. 4 RPE, a formulé deux préavis favorables en date des 11 mars et 15 avril 1998. Le premier préavis favorable du 11 mars 1998 relève que le projet va dans le sens de la condition posée pour l'octroi de la dérogation mais précise que les accrochages avec les toitures voisines sont délicats et nécessitent un traitement soigné. La commission donnait ainsi un préavis favorable de principe sous réserve du résultat de l'enquête publique et des droits des tiers. Dans son second préavis du 15 avril 1998, la commission précisait que l'octroi trop fréquent de la dérogation risquait d'entraîner une certaine uniformisation du bâti de l'ancienne ville; la dérogation ne devait être accordée que pour favoriser une bonne intégration à l'ensemble bâti tant au niveau de la volumétrie qu'au niveau de la qualité architecturale de la surélévation. Interpellée directement par le tribunal, la commission a modifié son avis en précisant qu'elle s'était préoccupée davantage de l'architecture projetée du troisième étage sous corniche, c'est-à-dire de la façade sur rue, admise, mais sous réserve d'oppositions justifiées des tiers. Or, le dossier ne permettait pas d'apprécier la gêne portée aux voisins et l'impact des nouveaux pignons créés par l'élévation de la toiture. Les deux pignons projetés étaient jugés moins acceptables que les existants alors que la surélévation sur rue restait correctement traitée architecturalement.
cc) Le dernier avis donné par la commission consultative est fondé essentiellement sur la gêne pour l'appartement de l'immeuble voisin de la Grenette ainsi que sur l'apparence des façades pignons. Cependant, les assesseurs spécialisés de la section du tribunal comprennent mal la réserve de la commission à ce sujet. Tout d'abord, le bâtiment contigu à l'est du bâtiment du recourant comporte une toiture avec une croupe tout à fait similaire à celle envisagée par le projet litigieux, tel qu'il a été modifié après l'enquête publique; ce qui assure une bonne concordance dans la forme des deux toitures. En outre, la surélévation a justement pour effet de réduire l'importance de la surface du mur pignon de ce bâtiment, actuellement peu esthétique, et qui ne sera plus visible depuis la rue avec la réalisation du projet contesté. La même remarque s'impose pour la toiture du bâtiment de la Grenette. Dès lors que les faîtes des bâtiments du recourant et de celui de la Grenette ne sont pas parallèles, la conception de la toiture du projet modifié après l'enquête permet d'assurer une meilleure transition avec le pan de toiture existant dans lequel la terrasse en baignoire a été aménagée. En outre, le pignon de l'immeuble de la Grenette actuellement visible depuis la rue présente un aspect peu satisfaisant que la réalisation du projet supprime. Enfin, le pignon créé par la surélévation du côté de ce bâtiment ne serait pratiquement pas visible non plus depuis la rue.
dd) Ainsi, en prenant en considération l'aspect des façades pignon pour juger de la qualité du projet quant à son intégration, la commission s'est fondée sur un élément secondaire car les pignons ne seraient pratiquement plus visibles depuis la rue si le niveau supplémentaire était réalisé. Cet élément n'est donc pas pertinent pour juger de la bonne intégration à l'ensemble bâti selon l'art. 12 al. 4 RPE. En définitive, seul l'aspect sur la façade rue du projet de surélévation est déterminant et sur ce point, la commission consultative d'urbanisme a toujours émis un préavis favorable que les assesseurs spécialisés de la section du tribunal partagent.
ee) Il reste encore à déterminer si le projet d'agrandissement porte une atteinte à des intérêts privés prépondérants au sens de l'art. 85 LATC. A cet égard, le tribunal constate que le balcon-baignoire aménagé dans la toiture du bâtiment de la Grenette permet une vue droite sur l'immeuble du recourant qui ne respecte pas la distance de 3 m prévue par l'art. 14 du code rural et foncier du 7 décembre 1987 (CRF), même avec la tablette d'un mètre; en outre, les opposants propriétaires du bâtiment de la Grenette ne bénéficient d'aucune servitude de vue leur permettant l'ouverture d'une vue droite à une distance inférieure à trois mètres. L'art. 18 CRF prévoit en pareille circonstance que la terrasse doit être considérée comme un empiétement sur la propriété du recourant au sens de l'art. 674 du code civil (voir Denis Piotet; le droit privé vaudois de la propriété foncière p. 690 n°1610). Si le projet a pour effet de réduire notablement la vue depuis la terrasse aménagée dans la toiture du bâtiment de la Grenette, il ne lèse pas un intérêt privé qui peut être qualifié de prépondérant au sens de l'art. 85 LATC, car la vue droite depuis cette terrasse résulte d'une situation contraire au droit, soit d'une vue droite qui ne respecte pas la distance de 3 mètres fixée par l'art. 14 CRF. Ainsi, dans la mesure où l'autorité intimée a estimé que le préjudice au voisin justifiait le refus de la dérogation, elle a également retenu un élément d'appréciation qui n'est pas déterminant.
c) En définitive, l'autorité communale n'a pas effectué une pesée complète des intérêts en présence en accordant une importance déterminante aux questions de l'esthétique des murs pignons et du préjudice aux voisins, qui n'ont en réalité pas d'influence sur l'appréciation des conditions applicables à l'octroi de la dérogation. En revanche, la section du tribunal partage l'avis constant de la commission consultative d'urbanisme concernant la qualité architecturale du projet sur la façade rue et sa bonne intégration à l'ensemble bâti, permettant de constater que la condition objective de l'octroi de la dérogation est remplie.
d) Il convient encore de relever avec la commission consultative que l'application trop fréquente de la dérogation risquerait effectivement d'entraîner une certaine uniformisation du bâti contraire au but même de la réglementation (art. 8 RPE). Mais en l'espèce, il s'agit de la deuxième dérogation accordée depuis l'adoption de la règle communale, en 1984, et le risque d'uniformisation reste encore fortement limité. Cet élément d'appréciation devra cependant aussi entrer en ligne de compte si de nouvelles demandes de dérogations étaient présentées.
3. Il résulte du considérant qui précède que le recours doit être admis et la décision attaquée annulée; le dossier étant retourné à la municipalité afin qu'elle délivre l'autorisation de construire requise. Au vu de ce résultat, il y a lieu de mettre les frais et les dépens à charge de la partie opposante dont les conclusions sont écartées. En effet, selon la jurisprudence du tribunal, lorsque la procédure met en présence, outre le recourant et l'autorité intimée, une ou plusieurs autres parties dont les intérêts sont opposés à ceux du recourant, c'est en principe à la partie adverse, à l'exclusion de la collectivité publique dont la décision est annulée ou modifiée, de supporter les frais et dépens (arrêt AC 96/126 du 7 novembre 1996 et RDAF 1994 p. 324).