Decision ID: 0be77eea-8477-4948-9d50-ee8b9623e1a0
Year: 2012
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
Par décision du 3 décembre 2008, le Service cantonal de la population (SPOP) a refusé les autorisations de séjour et ordonné le renvoi de A. X._, né en 1965, de son épouse B. X._, née en 1973, et de leurs deux enfants C. et D., nés respectivement en 2003 et 2007. Ils sont tous originaires et ressortissants de l’ex-Yougoslavie (Kosovo). A. X._ a travaillé en Suisse à partir de 1990, sans autorisation de séjour. Un délai de deux mois leur a été imparti par le SPOP pour quitter la Suisse.
Le recours interjeté contre cette décision a été rejeté par la CDAP le 25 septembre 2009 (arrêt PE.2008.0513). L’arrêt contient notamment les considérants suivants (consid. 3d et 4a).
« d) Selon la jurisprudence, des motifs médicaux peuvent, selon les circonstances, conduire à la reconnaissance d'un cas de rigueur lorsque l'intéressé démontre souffrir d'une sérieuse atteinte à la santé qui nécessite, pendant une longue période, des soins permanents ou des mesures médicales ponctuelles d'urgence, indisponibles dans le pays d'origine, de sorte qu'un départ de Suisse serait susceptible d'entraîner de graves conséquences pour sa santé. En revanche, le seul fait d'obtenir en Suisse des prestations médicales supérieures à celles offertes dans le pays d'origine ne suffit pas à justifier une exception aux mesures de limitation. De même, l'étranger qui entre pour la première fois en Suisse en souffrant déjà d'une sérieuse atteinte à la santé ne saurait se fonder uniquement sur ce motif médical pour réclamer une telle exemption (cf. ATF 128 II 200 consid. 5.3; PE.2008.0072 du 27 août 2008, consid. 6a).
4a) En l'espèce, il résulte de l'étude du dossier que les diagnostics suivants ont été posés à l'égard du recourant:
Syndrome de Menière avec déficit vestibulaire périphérique gauche associé à un acouphène subjectif, mais sans déficit auditif objectivable persistant.
Status après possibles accidents vasculaires cérébraux en relation avec un foramen ovale perméable avec anévrisme du septum inter-auriculaire et un épisode de fibrillation auriculaire. Il semble que ce trouble du rythme cardiaque est resté unique et non devenu chronique. En effet, on ne retrouve pas cet élément diagnostique dans les dossiers ultérieurs à septembre 2007, il n'y a pas eu de traitement spécifique de cette affection et, surtout, l'anticoagulation au Sintrom a pu être arrêtée une année plus tard d'entente avec les neurologues, mais apparemment sans l'avis d'un cardiologue.
Quelle que soit l'étiologie précise des malaises dont a souffert le recourant, sa prise en charge peut très bien être assumée par un médecin généraliste, tant pour la surveillance que le traitement, qui n'est actuellement que symptomatique. En cas d'aggravation en intensité des affections, un éventuel traitement spécifique médicamenteux, voire exceptionnellement chirurgical, ne devra assurément pas être pris en charge par un centre médical de haute technicité en urgence, ni même en semi-urgence.
Dans ces conditions la cour, dont l'un des membres est médecin, est convaincue que le recourant peut sans risque pour sa santé être contrôlé et traité dans son pays d'origine, soit le Kosovo. »
Un nouveau délai de départ au 7 décembre 2009 a été imparti par le SPOP à la famille X._. Convoqué par le service du contrôle des habitants de la Commune de 1********, A. X._ a fait savoir que lui et sa famille n'avaient pas l'intention de quitter la Suisse (cf. rapport du 5 janvier 2010 au SPOP).
B.
Le 15 juin 2011, les époux X._ ont adressé au SPOP une demande de reconsidération de la décision précédente, tendant à l'octroi de permis de séjour pour cas personnels d'extrême gravité, en faisant valoir des problèmes de santé et une situation familiale déjà évoquée dans la procédure de recours PE.2008.0513.
Le 28 juin 2011, le SPOP a prononcé que cette demande de reconsidération était irrecevable ; subsidiairement, il l'a rejetée (ch. 1 du dispositif). Il a en outre imparti à la famille X._ un « délai immédiat pour quitter la Suisse » (ch. 2 du dispositif).
Les époux X._ et leurs enfants ont recouru contre cette décision. La CDAP a rejeté le recours par un arrêt rendu le 21 octobre 2011 (arrêt PE.2011.0303). Cet arrêt contient notamment le considérant suivant (consid. 2) :
« Les recourants produisent à titre d'éléments nouveaux un certificat médical daté du 7 juin 2011 qui atteste que le recourant est toujours suivi pour une suspicion de maladie de Menière gauche, ainsi qu'un rapport de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) concernant l'état des soins de santé au Kosovo du 1
er
septembre 2010.
Ce dernier relève que
le Kosovo n'a pas de système d'assurance maladie publique, que l'accès aux soins y est donc particulièrement onéreux, et que "
le système de santé publique est actuellement inapte à répondre à toutes les demandes, tant qualitativement que quantitativement
".
Les recourants avaient déjà fait valoir lors de la précédente procédure que le système de soins médicaux au Kosovo était extrêmement précaire en citant notamment des passages d'un document intitulé "
Kosovo, Etat des soins de santé- Mise à jour, Rainer Mattern, OSAR, Berne juin 2007
" et avaient produit une attestation établie le 11 mars 2009 par le Dr E._ de la policlinique Pulsi à Ferizaj [...].
Pour ce qui est du certificat médical du 7 juin 2011, il ne mentionne pas que l'état de santé du recourant se serait dégradé depuis le prononcé de l'arrêt du 25 septembre 2009.
Au contraire, il apparaît que "
la dernière consultation remonte au 7 octobre 2010
", soit huit mois auparavant. L'état du recourant ne nécessite dès lors pas un suivi intensif.
Dans son arrêt du 25 septembre 2009, le tribunal a expressément relevé ce qui suit:
[citation du consid. 4a de l’arrêt PE.2008.0513]
.
Le tribunal a ainsi tenu compte de la maladie dont souffre le recourant lorsqu'il a rendu sa décision et considéré qu'elle pouvait être traitée au Kosovo, malgré le système de santé précaire existant dans ce pays.
Les renseignements émanant des pièces déposées ne sont dès lors pas des éléments nouveaux qui auraient été inconnus du tribunal au moment où il a statué ».
L’arrêt du 21 octobre 2011 retient en outre, à propos de l’affirmation des recourants selon laquelle la situation politique se serait péjorée au Kosovo depuis le mois de juillet 2011, que la question de l'exigibilité du renvoi, compte tenu de la situation alléguée dans le pays d'origine, devra être examinée par l'autorité intimée «
lorsqu'elle se décidera à exécuter le renvoi de la famille X._ »
, puisqu’il peut s’agir d’un «
motif permettant aux recourants de se voir délivrer une admission provisoire »
(consid. 4 in fine).
C.
Le 18 novembre 2011, l’avocate de la famille X._ a indiqué au SPOP qu’à la suite de l’arrêt précité de la CDAP, elle lui adresserait prochainement des pièces attestant de l'inexigibilité de son renvoi. Elle n'a par la suite rien envoyé au SPOP.
Le 12 janvier 2012, le SPOP a écrit à l’avocate de la famille X._ en se référant à l’arrêt du 21 octobre 2011 et en indiquant d’abord que les intéressés faisaient l’objet de décisions définitives et exécutoires et sont donc dans l’obligation de quitter la Suisse. A propos de la possibilité d’accorder une admission provisoire en application de l’art. 83 de la loi fédérale sur les étrangers (LEtr; RS 142.20), le SPOP a exposé que la situation au Kosovo, à la suite des heurts de fin juillet 2011, ne saurait être assimilée à une situation de violence généralisée et de guerre civile, et que les intéressés n’avaient pas démontré que leur renvoi les mettrait concrètement en danger, en particulier dans la région de leur dernier lieu de résidence; aucun obstacle n’empêchait donc l’exécution du renvoi. La lettre du 12 janvier 2012 se conclut ainsi : « Il ne se justifie pas de proposer une admission provisoire à l’ODM en faveur de la famille X._. En conséquence, les intéressés demeurent contraints de quitter la Suisse au 12 avril 2012 ».
Le 6 février 2012, l’avocate de la famille X._ a demandé au SPOP de lui notifier une décision formelle avec indication des voies de recours.
Le 9 février 2012, le SPOP lui a répondu qu’il n’était pas en mesure d’accéder à cette requête, l’autorité cantonale se limitant, lorsqu’elle refuse de transmettre le dossier à l’ODM en vue d’une admission provisoire, à donner un préavis. Le SPOP a déclaré maintenir sa lettre du 12 janvier 2012 dans son intégralité.
D.
Le 15 février 2012, les époux X._ et leurs deux enfants ont recouru contre « la décision rendue le 12 janvier 2012 par le SPOP refusant de proposer l’admission provisoire ». Les recourants concluent principalement à l’annulation de l’acte attaqué et au renvoi du dossier au SPOP pour nouvelle décision ; à titre subsidiaire, ils demandent au Tribunal cantonal de constater que l’exécution de leur renvoi apparaît inexigible, de sorte que le canton de Vaud doit proposer à l’ODM de prononcer leur admission provisoire conformément à l’art. 83 al. 6 LEtr.
Le SPOP s’est déterminé le 22 février 2012, en proposant au tribunal de déclarer le recours irrecevable.
Les recourants ont déposé un mémoire complémentaire le 20 juillet 2012, en confirmant les conclusions de leur acte de recours. Ils ont produit un rapport de l’OSAR (Schw. Flüschtlingshilfe) du 9 juillet 2012, concernant les possibilités de traiter la maladie de Ménière et le Foramen ovale perméable au Kosovo (« Behandlungsmöglichkeiten des Morbus Menière und Foramen Ovale in Kosovo »), ainsi qu’un rapport du 6 juillet 2012 du Dr F._, spécialiste ORL, médecin traitant de A. X._, qui déclare que son patient «
souffre d’une maladie de Menière gauche
» et que «
parmi les différentes options thérapeutiques envisageables figurent des gestes chirurgicaux plus ou moins invasifs
». Ce médecin répondait à une lettre de l’avocate qui demandait des détails sur le suivi thérapeutique.
E.
Par une décision du 20 mars 2012, le juge instructeur a rejeté la requête d’assistance judiciaire présentée par les recourants.

Considérant en droit
1.
Le recours est dirigé contre un acte que son auteur – le SPOP – n’a pas qualifié de décision administrative, au sens de l’art. 5 al. 1 de loi fédérale sur la procédure administrative (PA ; RS 172.021) ou de l’art. 3 al. 1 de la Loi cantonale sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36). Ce service n’a du reste pas indiqué de voies de recours au terme de son courrier du 12 janvier 2012 et, dans sa réponse, il a fait valoir qu’il n’était pas dans sa compétence de constater à ce stade que l’exécution du renvoi n’apparaissait pas raisonnablement exigible.
Selon l'art. 83 al. 1 LEtr, l'ODM décide d'admettre provisoirement l'étranger si l'exécution du renvoi ou de l'expulsion n'est pas possible, n'est pas licite ou ne peut être raisonnablement exigé. Conformément à l’art. 83 al. 6 LEtr, l’admission provisoire peut être proposée par les autorités cantonales. Dans le cas particulier, le SPOP a indiqué qu’il n’avait pas à faire une telle proposition. Il a donné à ce propos, le 12 janvier 2012, des explications écrites aux recourants, sans doute parce que l’arrêt PE.2011.0303 du 21 octobre 2011 a été compris dans le sens que la question de l’exigibilité du renvoi devait encore faire l’objet d’un examen (consid. 4 dudit arrêt). Dans cette situation, le SPOP avait le cas échéant la possibilité de rendre une décision séparée « sur la question des obstacles liés à l’exécution d’un renvoi », au sens de la jurisprudence récente du Tribunal fédéral (cf. ATF 137 II 305), et son courrier du 12 janvier 2012 pourrait éventuellement être traité comme une telle décision. Quoi qu’il en soit, cette question – celle de l’existence d’une décision sujette à recours – peut demeurer indécise, vu le sort à réserver aux moyens des recourants sur le fond.
2.
Comme cela vient d’être exposé, l'admission provisoire peut certes être proposée
par les autorités cantonales (art. 83 al. 6 LEtr), mais celles-ci n'ont à cet égard aucun pouvoir de décision. Leur proposition n'a que valeur de préavis.
Dans la présente affaire, après l’arrêt
PE.2011.0303 du 21 octobre 2011, le SPOP a pris note de la position des recourants (dans la lettre de leur avocate du 18 novembre 2011) puis a laissé s’écouler plusieurs semaines, sans rien recevoir d’autre de la part des recourants - qui avaient pourtant annoncé la production d’éléments complémentaires - avant d’écrire qu’il ne proposerait pas à l’ODM de les admettre provisoirement. Ce faisant, le SPOP n’a manifestement pas empêché les recourants de présenter leurs explications et, partant, il n’a pas violé la garantie générale du droit d’être entendu (art. 29 al. 2 Cst.).
Sur le fond, le recourant A. X._ invoque son état de santé pour faire valoir en substance que l’exécution du renvoi ne peut pas être raisonnablement exigée parce qu’il le mettrait concrètement en danger, pour cause de nécessité médicale (cf. art. 83 al. 4 LEtr). Or cet « obstacle » à l’exécution du renvoi a déjà été examiné par la Cour de céans, dans ses arrêts PE.2008.0513 du 25 septembre 2009 et PE.2011.0303 du 21 octobre 2011. Le recourant précité ne prétend pas que son état de santé se serait détérioré depuis lors. Son médecin traitant se borne à mentionner, dans son dernier rapport, des « options thérapeutiques envisageables » au cas où un traitement devrait être prescrit, mais il ne fait pas état d’un suivi médical particulier ni de symptômes justifiant actuellement un traitement. En outre, le risque que la maladie de Menière provoque une incapacité de travail ou d’autres conséquences en cas de départ forcé de la Suisse, à cause du stress, n’est qu’une simple hypothèse ; quand bien même des vertiges ou bourdonnements d’oreilles pourraient survenir ou devenir plus fréquents en pareil cas, le médecin traitant n’affirme pas que des gestes chirurgicaux invasifs seraient alors nécessaires. En définitive, les arguments des recourants à ce propos ne sont pas nouveaux ni pertinents et il suffit, dans le présent arrêt, de renvoyer aux considérations figurant dans les précédents arrêts de la Cour de céans.
Pour le reste, on ne voit pas en quoi le SPOP aurait violé le droit fédéral en prenant la position exprimée dans son courrier du 12 janvier 2012, vu les décisions déjà en force au sujet du renvoi des recourants et compte tenu de son pouvoir d’appréciation dans le cadre de l’art. 83 al. 6 LEtr. Le présent recours doit donc être rejeté, dans la mesure où il est recevable.
3.
Conformément aux art. 49 et 55 LPA-VD et à l'art. 4 du tarif du 11 décembre 2007 les frais judiciaires en matière de droit administratif et public (TFJAP; RSV.173.36.5.1), un émolument sera mis à la charge des recourants déboutés. Ils n’ont pas droit à des dépens (art. 55 LPA-VD).