Decision ID: 0e6b6b8b-2f87-57e1-93be-642ef18363c0
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 6 novembre 2020, A_ recourt
contre l'ordonnance datée du 26 octobre 2020, notifiée par pli simple, par laquelle le Ministère public a
refusé d'entrer en matière sur sa plainte contre B_.
Le recourant conclut, sous suite de frais, à l'annulation de la décision querellée et au renvoi de la cause au Ministère public pour instruction. Il conclut ensuite à l'apport des P/1_/19 et P/2_/2020 directement liées à la procédure.
b.
Le recourant a versé les sûretés en CHF 1'000.- qui lui étaient réclamées par la Direction de la procédure.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.a.
Le 13 mai 2019, A_ a déposé plainte contre C_ pour agression physique et verbale, ainsi que menaces de mort, envers son fils, D_, né en 2007.
Le 13 mars 2019, à la sortie de l'école E_, C_ avait reproché à F_ d'embêter son fils, G_. Il s'en était pris, ensuite, verbalement à D_ depuis sa voiture; il avait barré la route des deux jeunes et s'était rué sur D_, le plaquant contre un mur et le menaçant, à trois reprises, de lui "
éclater la cervelle
" s'il embêtait encore son fils. Ce n'était que lorsque H_, une enseignante de l'école, était arrivée que C_ avait lâché le jeune.
Une procédure P/1_/2019 a été ouverte et, le 25 novembre 2019, le Procureur a prévenu C_ de menaces et voies de faits.
a.b.
Le 27 juin 2019, A_ a déposé plainte contre l'école E_ pour escroquerie et pour violation du secret de fonction du "
DIP
". Il avait retiré, son fils, D_, victime de harcèlement de la part du Département de l'instruction public (ci-après; DIP), de l'école publique pour le mettre à l'école privée E_. Il n'aurait pas pris cette décision s'il avait su que cette école était "
sous tutelle du DIP
" et appliquait les consignes de ce département sans même lui laisser un droit de regard. Il avait, en outre, appris que certains parents devaient s'acquitter des frais de la scolarisation de leur enfant alors que d'autres pas.
D'autre part, l'affaire des abus commis par des fonctionnaires du DIP envers son fils était en cours, et la communication de ce département avec l'école E_ était constitutive de violation du secret de fonction.
a.c.
Par arrêt du 28 mai 2020 (
ACPR/355/2020
), la Chambre de céans a rejeté le recours deA_ contre la décision de disjonction de ces deux procédures.
b.
Le 3 septembre 2020, A_ a déposé plainte contre B_, directrice de l'école E_, pour diffamation, voire calomnie, et injure lui reprochant d'avoir envoyé le 2 avril 2019, aux époux C_, le courriel suivant :
"
Comme indiqué dans notre dernier message collectif, nous ne répondrons pas à M. A_ et vous invitons vivement à en faire de même.
Les intentions de cette personne ne sont en aucun cas constructives et positives.
La suite est désormais entre les mains de notre avocat ainsi que du DIP.
"
Il avait eu connaissance de ce courriel vers le 9 juin 2020, après que son avocat eut consulté et reçu copie des P/1_/2019 et P/2_/2020. Ces affirmations laissaient entendre qu'il était "
une personne négative, provoquant des conflits et méprisable au point de refuser de lui répondre
". Ces contre-vérités constituaient une grave atteinte à sa réputation et à son honneur et pouvaient avoir des conséquences dramatiques notamment sur l'intégration dans le milieu scolaire et l'avenir de son fils.
C.
Dans sa décision querellée, le Ministère public considère que les phrases litigieuses n'étaient pas attentatoires à l'honneur du plaignant; tout au plus s'agissait-il d'une appréciation personnelle de la mise en cause.
D.
a.
À l'appui de son recours, A_ considère que la décision querellée est insoutenable. Il reproche au Ministère public de ne pas avoir tenu compte que le courriel provenait d'une directrice communiquant officiellement à des parents d'élèves; du contexte dans lequel il avait été envoyé, soit les autres procédures en cours. La directrice le faisait apparaître comme méprisable au point d'inviter les parents à ne pas communiquer avec lui. Cela était d'autant moins anodin que la directrice faisait référence à l'avocat de l'école et au DIP. Il demande l'apport des P/1_/2019 et P/2_/2020 en ce qu'elles sont directement liées aux faits diffamatoires dénoncés, car toute la vérité devait être faite sur ces trois volets.
b.
À réception des sûretés, la cause a été gardée à juger, sans échange d'écritures ni débat.

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner de la partie plaignante, qui partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. b CPP), a un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).
2.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP).
Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.
3.
3.1.
Selon l'art. 310 al. 1 CPP, le ministère public rend immédiatement une ordonnance de non-entrée en matière s'il ressort de la dénonciation ou du rapport de police que les éléments constitutifs de l'infraction ou les conditions à l'ouverture de l'action pénale ne sont manifestement pas réunis (let. a). Il peut faire de même en cas d'empêchement de procéder (let. b) ou en application de l'art. 8 CPP (let. c). Le ministère public doit être certain que les faits ne sont pas punissables (ATF
137 IV 285
consid. 2.3).
Le principe "
in dubio pro duriore
" découle du principe de la légalité (art. 5 al. 1 Cst. et 2 al. 2 CPP en relation avec les art. 19 al. 1 et 324 CPP ; ATF
138 IV 86
consid. 4.2 p. 91). Il signifie qu'en principe, un classement ou une non-entrée en matière ne peuvent être prononcés par le Ministère public que lorsqu'il apparaît clairement que les faits ne sont pas punissables ou que les conditions à la poursuite pénale ne sont pas remplies. Le Ministère public et l'autorité de recours disposent, dans ce cadre, d'un certain pouvoir d'appréciation. La procédure doit se poursuivre lorsqu'une condamnation apparaît plus vraisemblable qu'un acquittement ou lorsque les probabilités d'acquittement et de condamnation apparaissent équivalentes, en particulier en présence d'infraction grave (ATF
138 IV 86
consid. 4.1.2 p. 91;
137 IV 285
consid. 2.5 p. 288 ; arrêt du Tribunal fédéral
1B_112/2012
du 6 décembre 2012).
3.2.1.
L'art. 173 ch. 1 CP réprime le comportement de celui qui, en s'adressant à un tiers, aura accusé une personne, ou jeté sur elle le soupçon de tenir une conduite contraire à l'honneur, ou de tout autre fait propre à porter atteinte à sa considération, ou aura propagé une telle accusation ou un tel soupçon. Ce comportement peut être réalisé sous n'importe quelle forme d'expression, notamment par l'écriture ou l'image (cf. art. 176 CP; ATF
131 IV 160
consid. 3.3 p. 163). L'atteinte doit porter sur une allégation de fait.
Cette disposition protège la réputation d'être une personne honorable, c'est-à-dire de se comporter comme une personne digne a coutume de le faire selon les conceptions généralement reçues. L'honneur protégé par le droit pénal est conçu de façon générale comme un droit au respect qui est lésé par toute assertion propre à exposer la personne visée au mépris en sa qualité d'homme (ATF
132 IV 112
consid. 2.1
p. 115).
Pour apprécier si une déclaration est attentatoire à l'honneur, il faut procéder à une interprétation objective selon le sens que le destinataire non prévenu devait, dans les circonstances d'espèce, lui attribuer (ATF
137 IV 313
consid. 2.1.3 p. 315 s.). Les mêmes termes n'ont donc pas nécessairement la même portée suivant le contexte dans lequel ils sont employés (ATF
118 IV 248
consid. 2b p. 251; ATF
105 IV 196
consid. 2 p. 195 s.). Selon la jurisprudence, un texte doit être analysé non seulement en fonction des expressions utilisées, prises séparément, mais aussi selon le sens général qui se dégage du texte dans son ensemble (ATF
145 IV 462
consid. 4.2.3;
137 IV 313
consid. 2.1.3 p. 316).
3.2.2.
Il s'agit d'une infraction intentionnelle dont l'auteur doit être conscient du caractère attentatoire à l'honneur de son allégation. Pour apprécier si une déclaration est attentatoire à l'honneur, il faut se fonder non pas sur le sens que lui donne la personne visée, mais sur une interprétation objective selon le sens qu'un destinataire non prévenu doit, dans les circonstances d'espèce, lui attribuer. La personne dont l'honneur est visé n'a pas à être désignée, il suffit qu'elle soit reconnaissable, soit identifiable (ATF
124 IV 262
consid. 2a p. 266 s.;
117 IV 27
consid. 2c p. 29 et arrêts cités).
3.3.
Le Ministère public ne s'étant pas prononcé sur le respect du délai de plainte, la Chambre de céans n'examinera pas cette condition, partant du principe que le Procureur l'a fait.
L'interprétation donnée par le recourant au texte querellé est spéculative. Contrairement à ce que soutient le recourant, le courriel querellé ne le présente pas comme étant un homme méprisable. Le message doit être compris, par un destinataire extérieur, comme visant à éviter qu'un conflit existant ne prenne des proportions plus importantes; le recourant y est présenté comme restant sur ses positions de sorte qu'une discussion serait inutile ce d'autant plus que l'avocat de l'école et l'autorité administrative étaient d'ores et déjà saisis; cela n'est pas un comportement méprisable. Ce courriel ne porte ainsi pas atteinte à l'honneur du recourant.
4.
Le recourant conclut à l'apport des procédures connexes en cours au Ministère public.
On ne voit pas la nécessité de cet apport à la procédure de recours, le courriel étant analysé pour lui-même.
Le recourant demande que "
la vérité soit faite sur ces trois volets étroitement liés et appartenant à une seule et même affaire
". Il semble ainsi souhaiter en réalité une jonction des procédures. Or, il n'appartient pas à la Chambre de céans de se prononcer sur cette question faute de décision préalable du Ministère public.
5.
Le recourant, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui seront fixés en totalité à CHF 1'000.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP;
E 4 10.03
).
* * * * *