Decision ID: 87b234fb-ae37-5aaa-b0a8-7a8c8c6ae71c
Year: 2021
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_011
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: social_law

considérant en fait
A. La société A._ SA (la recourante) est active dans le domaine de la vente et de la location d’articles de sport. Elle a son siège à B._. C._ en est l’administrateur unique avec signature individuelle (voir extrait du registre du commerce, www.fr.ch/rc, consulté à la date de l’arrêt).
B. Par formulaire de préavis daté du 17 mars 2020, la recourante a transmis au Service public de l’emploi une demande d’indemnité pour réduction de l’horaire de travail en raison des mesures liées à la pandémie COVID-19. Elle a fait état d’une durée probable de la réduction de l’horaire de travail du 23 mars 2020 au 23 juin 2020. Elle a notamment précisé que la réduction devait être introduite pour toute l’entreprise, que celle-ci comptait 5 travailleurs avec contrats de travail de durée indéterminée, y compris l’administrateur.
Par décision du 24 mars 2020, le Service public de l’emploi a partiellement admis la demande du 17 mars 2020. Il a retenu que, pour autant que les autres conditions de droit soient remplies, la Caisse publique de chômage du Canton de Fribourg pouvait octroyer l’indemnité en cas de réduction de l’horaire de travail pour la période du 20 mars 2020 au 19 juin 2020.
Par courriel du 26 mars 2020, la Caisse publique de chômage a adressé à la recourante un formulaire concernant le décompte d’indemnités pour le mois de mars 2020, en attirant l’attention de celle-ci sur le fait que l’employeur devait faire valoir l’ensemble des prétentions pour les travailleurs de l’entreprise dans un délai de trois mois à compter de l’expiration de chaque période de décompte, de telle sorte qu’à défaut de transmission des documents nécessaires jusqu’au 30 juin 2020, le droit aux indemnités s’éteindrait.
Par nouvelle décision du 24 juin 2020, annulant et remplaçant celle du 24 mars 2020, le Service public de l’emploi a admis la demande du 17 mars 2020. Il a retenu que, pour autant que les autres conditions de droit soient remplies, la Caisse de chômage du Canton de Fribourg pouvait octroyer l’indemnité en cas de réduction de l’horaire de travail pour la période du 23 mars 2020 au 31 août 2020. Il a également fait mention que le droit à l’indemnité s’éteignait s’il n’était pas exercé dans les trois mois suivant chaque période de décompte et que l’employeur devait donc veiller à présenter sa demande d’indemnité à la caisse de chômage compétente, au moyen du formulaire adéquat et dans les délais, faute de quoi il perdrait son droit à l’indemnité.
C. Par courriel du 12 août 2020 de son administrateur, la recourante a transmis à la Caisse publique de chômage les formulaires de décompte d’indemnités complétés pour les mois de mars 2020, avril 2020 et mai 2020. Sur la base de décomptes établis le 13 août 2020, celle-ci a versé à la recourante les montants respectifs de CHF 3'784.75 et de CHF 10'784.80 pour les mois de mars 2020 et avril 2020.
Le 5 septembre 2020, la recourante a transmis une nouvelle fois à la Caisse publique de chômage le formulaire de décompte d’indemnités pour le mois de mai 2020. Le 16 septembre 2020, celle-ci a versé le montant de CHF 2'294.75 pour le mois en question.
Par décision du 29 septembre 2020, la Caisse publique de chômage a demandé à la recourante la restitution des indemnités de CHF 3'784.75, CHF 10'784.80 et 2'294.75 versées respectivement pour les mois de mars à mai 2020, soit un total de CHF 16'864.30. Il ressortait de sa motivation que la recourante avait adressé les formulaires de décompte le 12 août 2020 pour les mois de mars 2020 et d’avril 2020 et le 16 septembre 2020 pour le mois de mai 2020, soit après les échéances du
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30 juin 2020 pour le mois de mars 2020, du 31 juillet 2020 pour le mois d’avril et du 31 août 2020 pour le mois de mai 2020.
Le 22 octobre 2020, la recourante s’est opposée à cette décision de restitution. Elle a fait valoir que son administrateur avait pris le temps de réunir tous les documents utiles et s’était également octroyé deux semaines de vacances avec sa famille, que l’entreprise avait été submergée de travail notamment en raison du très gros engouement pour le vélo et plus particulièrement le vélo électrique et que le commerce était fortement ébranlé par la crise sanitaire, avec un avenir économique incertain, de telle sorte que la demande de restitution représentait une grosse démotivation.
Rejetant l’opposition par décision du 23 novembre 2020, la Caisse publique de chômage a constaté que la recourante n’avait pas droit à l’indemnité en cas de réduction de l’horaire de travail pour les mois de mars à mai 2020 et que, partant, elle devait restituer le montant perçu à tort de CHF 16'864.30. Elle a retenu pour l’essentiel que le droit à l’indemnité s’était éteint faute d’avoir été exercé valablement, que la recourante était informée des délais à respecter et que les motifs de l’opposition ne lui permettaient pas de parvenir à une autre conclusion.
Puis, suite à un appel téléphonique du 4 décembre 2020 par lequel le mandataire de la recourante a fait valoir qu’il avait produit une première fois le décompte relatif au mois de mai 2020 par courriel du 12 août 2020, la Caisse publique de chômage a rendu une nouvelle décision sur opposition le 7 décembre 2020, annulant et remplaçant celle du 23 novembre 2020. Elle a cette fois admis partiellement l’opposition, dans le sens qu’elle a reconnu que le droit à l’indemnité pour le mois de mai 2020 avait été exercé valablement, ce qui réduisait le montant exigé en restitution à CHF 14'569.55 correspondant aux indemnités perçues à tort pour les mois de mars et avril 2020.
D. Par recours du 22 décembre 2020 signé par son administrateur et déposé auprès du Tribunal cantonal, la recourante conteste cette décision sur opposition du 7 décembre 2020, concluant implicitement à son annulation. Elle relève que la restitution exigée pour les mois de mars et avril 2020 est fondée sur le seul motif qu’elle a envoyé les formulaires de décompte d’indemnités hors délai, ce qui est selon elle contraire au bon sens qu’implique la situation. Se référant par ailleurs à son opposition du 22 octobre 2020, elle estime avoir droit à ces indemnités qui sont la conséquence de la fermeture du commerce durant le confinement, réaffirmant que la situation sanitaire actuelle la précarise et que la restitution exigée pourrait lui être fatale.
Dans ses observations du 1er février 2021, la Caisse publique de chômage conclut au rejet du recours et se réfère à sa décision sur opposition. A l’appui de sa position, elle indique que le droit à l’indemnité en cas de réduction d’horaire de travail pour les mois de mars et avril 2020 n’a pas été exercé à temps et que la surcharge de travail dont fait état la recourante ne permet pas de justifier la restitution du délai fixé à cet effet. Sur cette base, elle précise qu’elle n’avait dès lors pas d’autre choix que de corriger les décomptes établis le 13 août 2020 pour les mois de mars et avril 2020, ce qu’elle a fait immédiatement après avoir constaté le caractère indu du versement.
Il n'a pas été procédé à d'autre échange d'écritures entre les parties.
Autant qu’utiles à la solution du litige, il sera fait état de leurs arguments dans les considérants en droit du présent arrêt.
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en droit
1.
Recevabilité.
Interjeté en temps utile et dans les formes légales auprès de l'autorité judiciaire compétente par un employeur directement touché par la décision attaquée, le recours est recevable.
2.
Règles relatives au droit à l’indemnité en cas de réduction de l’horaire de travail.
2.1. Il ressort de l’art. 31 de la loi fédérale du 25 juin 1982 sur l'assurance-chômage obligatoire et l'indemnité en cas d'insolvabilité (LACI; RS 837.0) que les travailleurs dont la durée normale du travail est réduite ou l’activité suspendue ont droit à l’indemnité en cas de réduction de l’horaire de travail, pour autant que certaines conditions soient remplies.
2.2. Dans sa version en vigueur jusqu’au 30 juin 2021, sous le titre « Préavis de réduction de l’horaire de travail et examen des conditions », l’art. 36 LACI énonce que l’employeur qui a l’intention de requérir en faveur de ses travailleurs une indemnité en cas de réduction de l’horaire de travail est tenu d’annoncer la réduction dix jours au moins avant son début. Le Conseil fédéral peut prévoir des délais plus courts dans des cas exceptionnels. Le préavis est renouvelé lorsque la réduction de l’horaire de travail dure plus de trois mois.
Sous le titre « Exercice du droit à l’indemnité », l’art. 38 LACI prévoit quant à lui un délai de trois mois à compter de l’expiration de chaque période de décompte, délai dans lequel l’employeur fait valoir auprès de la caisse qu’il a désignée l’ensemble des prétentions à indemnité pour les travailleurs de son entreprise (al. 1). L’employeur remet à cet effet à la caisse les documents nécessaires à la poursuite de l’examen du droit à l’indemnité et calcul de celle-ci, un décompte des indemnités versées à ses travailleurs, une attestation certifiant qu’il continue à payer les cotisations des assurances sociales, ainsi que d’autre documents exigés au besoin par la caisse (al. 3). L’art. 61 de l’Ordonnance du 31 août 1983 sur l’assurance-chômage obligatoire et l’indemnité en cas d’insolvabilité (OACI; RSF 837.02) précise que le délai de trois mois pour exercer le droit à l’indemnité commence à courir le premier jour qui suit la fin de la période de décompte.
Enfin, l’art. 39 LACI fait mention des conditions et modalités de remboursement de l’indemnité par la caisse à l’employeur (al. 1 et 2), avant d’énoncer que « les indemnités que l’employeur ne prétend pas dans le délai prévu à l’art. 38 al. 1 LACI ne lui sont pas remboursées » (al. 3). Il résulte de cette dernière règle que le délai de trois mois pour exercer le droit à l’indemnité constitue un délai de péremption, dont le non-respect a pour conséquence l’extinction du droit (voir ATF 119 V 370 consid. 4b; arrêts TF C 13/06 du 20 juin 2006 consid. 2.1, C 201/06 du 25 juillet 2007 consid. 3.3; arrêt TC FR 605 2020 225 du 19 mai 2021 consid. 2.1).