Decision ID: 659a2d72-71b3-5b21-9ec1-f6b0c0f1e8ec
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
A_, né le _ 1955, originaire de Genève et Dompierre (Fribourg), a épousé le _ 1979 à D_ (Genève), E_, née le _ 1952, originaire de Genève et Tramelan (Berne). Le couple a eu une fille, M_, née le _ 1985 à Morges (Vaud). Le divorce des époux a été prononcé le _ 1995 à Genève.![endif]>![if>
B.
A_ s'est remarié le _ 2005 à Genève avec F_, née le _ 1968 à Saint-Pétersbourg (Russie).
F_, originaire de Suisse et de Russie, a deux enfants issus de précédentes relations : G_, née hors mariage le _ 1988 et H_, né le _ 1995, issu du mariage contracté avec I_, union dissoute par le divorce le _ 1998.
Selon le certificat de famille émis par le Service de l'état civil de la Confédération du 3 juin 2014, les époux A_ et F_ sont les parents de J_, née le _ 2007 et K_, né le _ 2009, tous deux nés et adoptés en Russie. Il ressort toutefois de la procédure que ces adoptions n'auraient pas été reconnues en Russie.
C.
Par décision du Tribunal de la ville de Vsevolojsk du District de Leningrad (Russie) du 6 juillet 2007, F_ a adopté l'enfant B_, née le _ 2007 à Saint-Pétersbourg (née sous C_le _ 2007 à Vsevolojsk). Le père biologique de B_ est inconnu.
B_ a été enregistrée en Suisse comme étant la fille légitime de A_ et de F_, mais en réalité, B_ a été adoptée uniquement par F_ en Russie.
D.
Par requête déposée au greffe de la Cour de justice le 1
er
septembre 2014, A_ a conclu à l'adoption de l'enfant B_, fille de son épouse. Il a précisé qu'il avait toujours considéré celle-ci sur le plan affectif comme sa propre fille. Le couple avait toujours eu ce projet d'adoption en tête et c'était pour lui une profonde inquiétude de ne plus être considéré comme le père juridique de l'enfant.
A l'appui de sa requête, A_ a produit une lettre de F_ du 15 août 2014 donnant son accord à l'adoption. Il a également produit une lettre de sa fille M_ du 24 août 2014, laquelle a signifié son accord au sujet de l'adoption de B_ par son père, ajoutant qu'elle avait toujours considéré cette dernière comme sa sœur.
Par ordonnance du 13 novembre 2014, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant a désigné N_, chargée d'évaluation, et, à titre de suppléante, O_, en sa qualité de responsable de l'Autorité centrale cantonale en matière d'adoption, aux fonctions de curatrices de l'enfant B_, aux fins de la représenter dans la procédure d'adoption pendante devant la Cour de justice et d'effectuer l'enquête ordinaire.
Selon le rapport d'enquête sociale du 19 mars 2015, B_ a été entièrement prise en charge financièrement par les époux A_ et F_ depuis sa naissance. La situation financière des époux est saine et confortable. B_ n'a pas d'autres liens familiaux que ceux proposés par les époux A_ et F_. Les liens avec les familles de chacun des époux sont investis et harmonieux. Tout le monde considère B_ comme la fille du couple depuis toujours. A_ s'est investi comme père depuis l'arrivée de B_ dans la famille. Il s'en occupe avec attention et un fort lien d'attachement caractérise leur relation. Le rapport conclut qu'il est dans l'intérêt de B_ d'être adoptée par A_.
Par courrier du 19 mars 2015 adressé au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant et à la Cour de justice, O_ a sollicité le prononcé de l'adoption de B_ par A_, ainsi que la levée pure et simple du mandat de curatelle.

EN DROIT
1.
Au vu du domicile du requérant et de l'enfant dont l'adoption est requise, la Cour de justice est compétente pour prononcer cette adoption (art. 75 al. 1 LDIP; art. 268 al. 1 CC; art. 120 al. 1 let. c LOJ). Le droit suisse est applicable (art. 77 LDIP).
2. 2.1.
Du point de vue objectif, l'adoption d'un mineur présuppose que l'adoptant ait fourni des soins au mineur pendant au moins un an (art. 264 CC in initio); un époux peut adopter l'enfant de son conjoint s'il est marié avec ce dernier depuis cinq ans (art. 264a al. 3 CC); la différence d'âge entre adoptant et adopté doit être de seize ans au moins (art. 265 al. 1 CC); l'adoption ne peut être prononcée que du consentement de l'enfant capable de discernement (art. 265 al. 2 CC). Les père et mère de l'enfant doivent également consentir à l'adoption (art. 265a al. 1 CC). Il peut toutefois être fait abstraction du consentement de l'un des parents, lorsqu'il ne s'est pas vraiment soucié de l'enfant (art. 265a ch. 2 CC).
Du point de vue subjectif, toutes les circonstances doivent permettre de prévoir que l'établissement d'un lien de filiation servira au bien de l'enfant, sans porter une atteinte inéquitable à la situation d'autres enfants des parents adoptifs (art. 264 CC).
2.2.
En l'espèce, le requérant est marié avec la mère de l'enfant depuis 2005 et un écart d'âge de plus de seize ans le sépare de B_. Il fournit des soins et pourvoit à l'éducation de celle-ci depuis sa naissance et la considère comme sa fille.
Le consentement à cette adoption a été donné par la mère de l'enfant. Le père biologique de l'enfant est inconnu. Il peut donc être fait abstraction de son consentement (art. 265c ch. 1 CC). L'adoption ne porte pas atteinte à la situation de M_, fille de l'adoptant, laquelle a par ailleurs indiqué qu'elle était d'accord avec l'adoption (art. 264 in fine CC).
Au vu de ces éléments et des liens affectifs, forts et stables, qui unissent le requérant à l'enfant, tels qu'ils ressortent du rapport d'enquête sociale (art. 268a al. 1 CC), les conditions posées à l'adoption sont réunies. Celle-ci sert en effet l'intérêt de B_.
Dans ces conditions, la Chambre civile de la Cour de justice prononcera l'adoption, en relevant que le lien avec la mère subsiste puisqu'il s'agit de l'adoption de l'enfant du conjoint (art. 267 al. 2 CC).
3.
Les frais de la procédure, arrêtés à 1'000 fr. (art. 19 al. 1 et 3 let. a LaCC; art. 26 du Règlement fixant le tarif des frais en matière civile), sont mis à la charge du requérant. Ils sont compensés avec l'avance de ce montant, qui reste acquise à l'Etat (art. 98, 101 et 111 al. 1 CPC).
* * * * *