Decision ID: 4a13a37c-33c5-4c62-9291-03fa26aff4af
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
C_, née le _ 1976, originaire de D_ et de E_ (Valais) et H_, né le _ 1969, originaire de F_ (Berne), sont les parents non mariés de l’enfant I_, né à Genève le _ 2015. H_ a reconnu l’enfant devant l’état civil. Par déclaration du 6 août 2015, les parents ont procédé à une déclaration d’autorité parentale conjointe sur leur fils devant l’état civil.
C_ et H_ sont également les parents des mineurs K_, né le _ 2007 et J_, née le _ 2009. Seule la mère est titulaire de l’autorité parentale sur lesdits enfants.
Les parties se sont séparées dans le courant de l’année 2018.
b)
Par courrier du 8 août 2019 adressé au Tribunal de protection de l’adulte et de l’enfant (ci-après : le Tribunal de protection), C_, qui mentionnait une adresse, sans précision de numéro, à la route 1_ à G_[GE], a sollicité la délivrance d’une « attestation d’autorité parentale exclusive sur ses trois enfants », dans le but de faciliter ses démarches administratives, notamment en cas de déménagement ou auprès des écoles des trois enfants. Elle a précisé que la communication et la collaboration avec son ancien compagnon étaient difficiles.
c)
Par pli du 16 août 2019, le Tribunal de protection a sollicité de C_ la production d’une attestation de domicile à Genève.
Ce pli a été retourné au Tribunal de protection avec la mention suivante : « le destinataire est introuvable à l’adresse indiquée ».
d)
Le 17 juin 2022, C_ a sollicité du Tribunal de protection, sur mesures provisionnelles, l’autorisation de partir à l’étranger avec ses trois enfants pendant une année à compter du mois d’août 2022. Elle a exposé avoir vécu avec ses trois enfants à la route 1_ à G_ jusqu’au mois de mai 2022. Depuis le mois de juin 2022, ils résidaient au _[n°], rue 2_ à L_[GE], dans l’attente de trouver un autre logement aux alentours de G_. Le mineur K_ était scolarisé au cycle d’orientation du M_ et les deux plus jeunes fréquentaient l’école primaire de G_. Le père exerçait irrégulièrement le droit de visite fixé d’un commun accord, mais s’acquittait en revanche de la contribution d’entretien convenue. Durant le mois de mai 2022, C_ avait fait part à H_ de son souhait de résider à l’Ile Maurice pendant une année avec les enfants, son compagnon et la fille de ce dernier, âgée de 12 ans. H_ s’y était opposé. Or, il s’agissait d’un projet qui avait été mûrement réfléchi et qui avait été repoussé en raison du COVID 19. Elle avait l’intention d’inscrire ses enfants dans une institution privée, le Lycée P_ à Q_ (Ile Maurice), qui proposait un programme d’enseignement de qualité. La date de départ avait été fixée au 15 août 2022, le retour devant avoir lieu aux alentours de fin juin 2023. Dans la mesure où il ne s’agissait que d’un départ temporaire, le domicile légal des enfants demeurerait en Suisse et les primes d’assurance maladie continueraient d’y être acquittées. Ce séjour permettrait aux trois enfants de découvrir un lieu de vie « exotique », tout en demeurant dans un cadre familial et en poursuivant leur scolarité en français, dans de bonnes conditions. C_ a précisé qu’elle ne travaillerait pas à l’Ile Maurice et serait dès lors disponible pour les trois mineurs. Leur père vivait pour sa part en colocation et ne disposait pas de l’espace suffisant pour accueillir les trois enfants.
C_ a notamment joint à sa requête copie d’un échange de courriels avec H_. Elle lui expliquait, dans un courriel du 22 avril 2020, qu’elle envisageait « un grand voyage d’un an, deux ans, ou plus », ce qui allait impliquer de sortir les enfants de l’école ; elle avait l’intention de les scolariser à domicile.
e)
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 23 juin 2022, la convocation adressée à H_ ayant été anticipée par courriel le 20 juin 2022.
Ce dernier a allégué que C_ et les enfants ne vivaient en réalité pas en Suisse, mais en France, de sorte qu’il s’interrogeait sur la compétence des autorités judiciaires genevoises. L’adresse que la mère avait donnée à L_ correspondait à celle d’un ami de son compagnon.
C_ a expliqué pour sa part que les parties avaient déménagé en France en 2015, alors qu’elles faisaient encore ménage commun. Après leur séparation, la maison située sur territoire français qu’ils occupaient jusque-là avait été mise en vente et elle avait déménagé à G_ (Genève) avec les enfants. Avec son nouveau compagnon, elle avait racheté une maison en France, qu’ils étaient en train de rénover, avec l’intention d’en faire une résidence secondaire, voire un « B&B ». En l’état, elle s’était effectivement installée à L_ avec les enfants, afin de libérer la maison de G_. Elle a ajouté ce qui suit: « Pour la fin de l’année scolaire, nous sommes un peu en France, un peu à L_ ».
H_ a allégué avoir vu les enfants une fois par mois, voire plus, jusqu’en novembre 2021. Il avait eu pendant cinq mois un appartement à L_, qu’il occupait seul, ce qui lui avait permis de voir davantage les trois mineurs. Désormais, il vivait en colocation, de sorte qu’il devait s’adapter à ses colocataires. Il disposait toutefois d’une chambre pour ses trois enfants. Il ne les avait pas vus entre janvier et mars 2022, car il n’avait pas été possible de trouver un accord avec leur mère. Il avait des contacts via WhatsApp avec les deux ainés. Les enfants lui avaient dit qu’ils étaient contents de partir pour l’Ile Maurice, mais pas d’y rester. Il était pour sa part opposé à ce projet et considérait que deux ou trois mois auraient été suffisants pour découvrir une autre culture. Le fait qu’il puisse passer du temps avec ses enfants pendant les vacances, à ses frais, n’était selon lui pas une proposition acceptable. Il était informaticien à 60% et financièrement, c’était « un peu compliqué »; il avait droit à cinq semaines de vacances par année.
C_ a expliqué loger chez un ami à L_. A son retour de voyage, elle avait l’intention de louer un appartement à G_, afin de « revenir dans le même tissu social ». Pour le surplus, elle a contesté la fréquence du droit de visite du père, telle que décrite par celui-ci. C_ a ajouté que son compagnon avait passé beaucoup de temps à l’Ile Maurice. Il pratiquait les sports nautiques et elle-même était professeur de yoga, actuellement sans emploi; elle avait toutefois perçu un héritage au décès de sa mère. Elle était disposée à renoncer à la contribution d’entretien pour le mois durant lequel le père viendrait voir les enfants à l’Ile Maurice, voire pendant deux mois.
La cause a été gardée à juger à l’issue de l’audience.
B.
Par ordonnance
DTAE/4367/2022
du 23 juin 2022, le Tribunal de protection s’est déclaré compétent
rationae (sic) loci
pour connaître de la procédure (chiffre 1 du dispositif), a autorisé C_ à déplacer en République de Maurice le lieu de résidence du mineur I_, né le _ 2015, dès le 15 août 2022, pour une durée maximale d’une année (ch. 2), limité en conséquence le droit de H_ de déterminer le lieu de résidence du mineur pour la même durée (ch. 3), pris acte de l’engagement de C_ d’organiser le retour à Genève du mineur I_, ainsi que des mineurs K_ et J_ durant les vacances scolaires de février 2023 (ch. 4), déclaré la décision immédiatement exécutoire nonobstant recours (ch. 5) et débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 6); les frais judiciaires ont été arrêtés à 400 fr., mis à la charge de C_ (ch. 7).
S’agissant de sa compétence, le Tribunal de protection a considéré que le domicile des trois mineurs se situait, à teneur des registres de l’Office cantonal de la population, à L_. Ils étaient par ailleurs nés à Genève, étaient scolarisés à G_ et partageaient leur temps entre L_ et la France. Ainsi, les attaches des mineurs et en particulier de I_, avec la Suisse, fondaient la compétence
ratione
loci
du Tribunal de protection.
Sur le fond, le Tribunal de protection a considéré, en substance, que le déménagement provisoire projeté était conforme à l’intérêt des mineurs, dont la prise en charge par la mère, personne de référence pour eux, était assumée avec bienveillance et adéquation. Le lien entre le père et les mineurs pourrait être maintenu, la mère ayant prévu de revenir en Suisse durant les vacances de février 2023 et ayant proposé de renoncer pendant un ou deux mois à la contribution alimentaire payée par le père en faveur des enfants, afin qu’il puisse financer un billet d’avion pour leur rendre visite ; le père entretenait par ailleurs des liens avec les mineurs par le biais de WhatsApp. Ainsi, le bien-être du mineur I_ commandait qu’il puisse suivre sa mère, son frère et sa sœur à l’Ile Maurice.
C.
a)
Le 25 juillet 2022, H_ a formé recours contre cette ordonnance, reçue le 14 juillet 2022, concluant à ce que l’incompétence
ratione
loci
du Tribunal de protection soit constatée et partant à ce que la requête formée le 17 juin 2022 par C_ soit déclarée irrecevable, avec suite de frais et dépens à la charge de cette dernière. Subsidiairement, il a conclu à l’annulation de l’ordonnance attaquée, avec suite de frais et dépens à la charge de sa partie adverse.
Préalablement, le recourant a conclu à la restitution de l’effet suspensif, requête admise par la Chambre de surveillance de la Cour de justice par décision du 8 août 2022.
Le recourant a produit des pièces nouvelles.
Il a fait grief au Tribunal de protection d’avoir admis sa compétence
ratione
loci
. Il a indiqué s’être renseigné auprès des voisins à l’adresse _[n°], route 1_ à G_: ceux-ci ne connaissaient ni C_, ni les enfants. Actuellement, ces derniers vivaient au _[n°], 3_ (France), comme l’attestaient les photographies de la boîte aux lettres versées à la procédure, produite devant la Chambre de surveillance. L’adresse officielle à L_ correspondait au domicile de O_, ami du compagnon de C_, soit un appartement de cinq pièces dans lequel il vivait avec sa compagne, leur enfant commun et ses deux enfants d’une première union. Il n’était dès lors pas crédible que C_, son compagnon et les enfants puissent effectivement vivre dans ledit appartement. Le recourant a fait grief au Tribunal de protection de ne pas avoir instruit cette question, alors qu’il aurait pu interroger O_ ou les enfants, ou encore solliciter un rapport du Service de protection des mineurs. Le recourant a enfin relevé que seuls quelques kilomètres séparent N_ (France) de l’école sise à G_ (Genève) fréquentée par les enfants.
Le recourant a également fait grief au Tribunal de protection de lui avoir adressé une citation à comparaître par courrier électronique du 21 juin 2022, pour l’audience du 23 juin 2022, de sorte que les délais légaux n’avaient pas été respectés et qu’il n’avait pas eu le temps de se préparer, ni de se faire assister par un conseil.
Sur le fond, aucun élément ne plaidait en faveur d’un départ des enfants pour l’Ile Maurice, alors qu’ils bénéficiaient d’une certaine stabilité scolaire et familiale. Leurs besoins différaient de ceux de leur mère et de son compagnon et il était important qu’ils demeurent proches de leurs deux parents.
Enfin, la mère n’avait fourni aucune information utile sur l’obtention ou pas d’un permis de séjour pour l’Ile Maurice, et sur le futur lieu et conditions de vie de la famille, de sorte qu’elle n’avait pas démontré que les conditions de vie qu’elle allait offrir aux enfants étaient favorables. Le Tribunal de protection aurait dû instruire d’office ces différents points.
b)
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de la décision litigieuse.
c)
Dans sa réponse du 31 août 2022, C_ a conclu au rejet du recours, avec suite de frais et dépens à la charge du recourant.
Elle a produit des pièces nouvelles.
Elle a affirmé résider effectivement à L_ avec les enfants, dans un grand appartement composé de trois appartements réunis en un. Elle a produit une attestation signée de O_, confirmant vivre en colocation à L_ avec C_, son compagnon et les enfants.
Il ressort des explications de l’intimée que si le projet de départ pour l’Ile Maurice ne pouvait se concrétiser durant l’été 2022, il serait repoussé à plus tard, mais non abandonné.
d)
Le recourant a répliqué le 19 septembre 2022, persistant dans ses précédentes conclusions.
e)
La cause a été mise en délibération au terme de cet échange d’écritures.

EN DROIT
1.
1.1.
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie pour les mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).![endif]>![if>