Decision ID: df9bf706-37e9-43a9-add7-4c480f9864a3
Year: 2002
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. X._, née en 1955, est titulaire d'un permis de conduire pour voitures depuis 1975. Le fichier des mesures administratives ne contient aucune inscription à son sujet.
B. Le lundi 15 juillet 2002, vers 17h00, X._, qui se trouvait sous l'influence de l'alcool, a pris le volant de sa voiture, stationnée dans une case en épi en bordure du trottoir sur l'avenue Davel à Lausanne dans le but de la parquer sur une autre place de parc. Au cours de sa marche arrière, l'arrière gauche de sa voiture a légèrement heurté le retour droit du pare-chocs arrière de la voiture stationnée à sa gauche dans la case voisine. L'intéressée a alors avancé, de telle sorte que l'aile avant droite de sa voiture a accroché et endommagé le retour gauche du pare-chocs avant de la voiture stationnée à sa droite. Interpellée par la police, X._ a été soumise à deux tests à l'éthylomètre (taux d'alcoolémie de 2,61 g.‰ à 17h45, respectivement de 2,51 g. ‰ à 18h15), puis à une prise de sang à 19h30 qui a révélé un taux d'alcoolémie de 2,42 g.‰ au minimum (taux moyen de 2,55 g. ‰). Son permis de conduire a été saisi immédiatement.
C. Par décision du 25 juillet 2002, le Service des automobiles a ordonné le retrait du permis de conduire ainsi que l'interdiction de piloter les cyclomoteurs à titre préventif.
D. Contre cette décision, X._ a déposé un recours en date du 7 août 2002. Elle fait valoir que le jour de l'infraction elle n'était pas dans son état normal; en effet, suite à sa séparation d'avec son mari et à son déménagement, elle s'est trouvée seule dans son nouvel appartement où elle a perdu pied et bu de l'alcool, ce qu'elle regrette. Elle précise encore qu'elle est suivie actuellement par son médecin traitant et qu'elle prend des médicaments (Seresta selon le rapport de police). Elle conclut implicitement à l'annulation de la décision attaquée.
Par décision du 19 août 2002, le juge instructeur a refusé de suspendre l'exécution de la décision attaquée, de sorte que le permis de conduire de la recourante est resté au dossier.
La recourante a effectué une avance de frais de 600 francs. Pour sa part, l'autorité intimée a renoncé à répondre au recours.
Le tribunal a délibéré à huis clos à réception de l'avance de frais.

Considérant en droit:
1. En vertu des art. 14 al. 2 lit. c, 16 al. 1 LCR, le permis de conduire doit être retiré aux conducteurs qui s'adonnent à la boisson ou à d'autres formes de toxicomanie pouvant diminuer leur aptitude à conduire. A teneur de l'art. 17 al. 1 bis première phrase LCR, le permis de conduire doit être retiré pour une durée indéterminée si le conducteur n'est pas apte à conduire un véhicule automobile, soit pour cause d'alcoolisme ou d'autres formes de toxicomanie, soit pour des raisons d'ordre caractériel, soit pour d'autres motifs. L'art. 23 al. 1 in fine LCR prévoit qu'en règle générale, l'autorité entendra l'intéressé avant de lui retirer son permis de conduire ou de le soumettre à une interdiction de circuler. Toutefois, aux termes de l'art. 35 al. 3 OAC, le permis de conduire peut être retiré immédiatement, à titre préventif, jusqu'à ce que les motifs d'exclusion aient été élucidés. Malgré le silence de l'art. 35 al. 3 OAC sur ce point, le retrait préventif ne peut être ordonné que si l'urgence du retrait justifie que l'on prive le conducteur de la possibilité d'être entendu et de faire juger son cas sur la base d'un dossier complet. L'instruction doit se poursuivre ensuite sans désemparer. Ce qui caractérise les motifs du retrait préventif, c'est à la fois l'importance des craintes que suscite le conducteur et l'urgence qu'il y a de l'écarter immédiatement de la circulation. Compte tenu de la gravité de l'atteinte que peut causer un retrait immédiat du permis à titre préventif, l'autorité doit mettre en balance l'intérêt général à préserver la sécurité routière et l'intérêt particulier du conducteur (arrêt CR 96/0072 du 1er avril 1996 et les références citées; arrêt CR 97/113 du 26 juin 1997; arrêt CR 97/263 du 14 novembre 1997).
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, un retrait du permis à titre préventif peut être ordonné jusqu'à ce que les motifs d'exclusion aient été élucidés, dès qu'il existe des éléments objectifs qui font apparaître le conducteur comme une source particulière de danger pour les autres usagers de la route et suscitent de sérieux doutes quant à son aptitude à conduire (ATF 125 II 492; ATF 122 II 359).
2. Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral en matière de retrait de sécurité, un conducteur s'adonne à la boisson s'il consomme habituellement de l'alcool en quantité excessive et ne peut pas se départir de cette habitude par sa propre volonté; on ne saurait considérer comme alcoolique celui qui a conduit trois fois un véhicule automobile en état d'ivresse en l'espace de dix ans. Au contraire, il doit être prouvé même dans un tel cas que l'intéressé consomme régulièrement des quantités d'alcool telles que sa capacité de conduire en est diminuée et qu'il est incapable de combattre cette tendance par sa volonté propre (ATF 104 Ib 46, c.1a; JT 1978 I 412). Dans un arrêt récent, le Tribunal fédéral a précisé qu'en matière de toxicomanie, il en va de la drogue comme de l'alcool: la dépendance de la drogue doit être telle que l'intéressé est plus exposé que toute autre personne au danger de se mettre au volant dans un état - durable ou momentané - qui ne garantit plus une conduite sûre. Le retrait de sécurité présuppose la preuve d'une telle dépendance; le soupçon de toxicomanie à la drogue (respectivement à l'alcool) justifie seulement le retrait préventif du permis de conduire pendant la durée de l'instruction (ATF 124 II 559).
En l'espèce, l'autorité intimée a considéré qu'au vu du taux d'alcoolémie élevé que présentait la recourante lors de son interpellation, il y avait lieu de craindre qu'elle ne souffre d'un penchant pour l'alcool qu'elle serait incapable de surmonter par sa propre volonté. La question qui se pose dès lors est celle de savoir si le taux d'alcoolémie de 2,42 gr.‰ constaté lors de l'infraction (soit plus de trois fois le taux limite), justifie des craintes telles qu'il convient d'écarter immédiatement la recourante de la circulation en raison du danger qu'elle représente pour la sécurité de la route.
3. Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, un examen de l'aptitude à conduire doit être ordonné lorsqu'un conducteur a circulé avec un taux d'alcoolémie de 2,5 gr.‰ ou plus, même s'il n'a pas commis d'infraction de cette nature dans les 5 ans qui précèdent. En effet, les personnes pouvant atteindre un taux d'alcoolémie aussi élevé présentent une tolérance à l'alcool très élevée qui fait, en règle générale, naître le soupçon d'une dépendance à l'alcool (ATF 126 II 185).
En l'espèce, même si la recourante ne remplit pas tout à fait les conditions dans lesquelles la jurisprudence admet d'emblée l'existence d'un soupçon d'alcoolodépendance, justifiant un réexamen de son aptitude à conduire, force est de constater que, de toute manière, si la recourante ne devait finalement faire l'objet que d'un retrait d'admonestation, un tel taux d'alcoolémie entraînerait, selon la jurisprudence constante du Tribunal administratif, un retrait du permis de conduire d'une durée de l'ordre de six mois. Par conséquent, dans la mesure où le permis de conduire de la recourante n'est déposé que depuis le 15 juillet 2002, la recourante ne peut que rester privée de son permis de conduire pour plusieurs mois encore, ce qui laissera le temps à l'autorité intimée d'élucider le doute que suscite son aptitude à conduire un véhicule automobile en toute sécurité au moyen d'une expertise médicale.
Au vu de ce qui précède, le recours doit être rejeté aux frais de la recourante et la décision de retrait préventif maintenue, étant précisé qu'il appartient au Service des automobiles de poursuivre l'instruction au fond sans désemparer.