Decision ID: 13efb2b4-8e1d-5d25-9936-fc1065b15a8b
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
A_ fait l'objet des plusieurs poursuites requises à son encontre par l'ETAT DU VALAIS (poursuites n
os
1_, 2_ et 3_) et par B_ SA (poursuite n° 4_).
b.
Le 25 mai 2018, l'Office cantonal des poursuites (ci-après : l'Office) a notifié le commandement de payer, poursuite n° 4_, à A_, laquelle n'a pas formé opposition. Il ressort du commandement de payer que la précitée est domiciliée en Valais, à l'avenue 5_, [à] C_, et que l'acte lui a été notifié à Genève, au chemin 6_ [recte : _] à D_ [GE].
A une date non spécifiée, la créancière a requis la continuation de cette poursuite.
c.
Par avis de saisie du 10 août 2018, l'Office a convoqué A_ en ses locaux le 3 septembre 2018, pour l'interroger sur sa situation patrimoniale en vue de la saisie de ses biens dans le cadre de la poursuite n° 4_.
Cet avis a été envoyé à la débitrice par pli recommandé du 11 août 2018 à l'adresse 6_ à D_; selon l'extrait "
Track & Trace
" de la Poste, ce courrier a été retourné à l'Office le 14 août 2018 avec la mention "
Le destinataire est introuvable à l'adresse indiquée
".
d.
Par avis de saisie de salaire du 13 septembre 2018, l'Office a informé E_, [société] employeuse de A_, qu'elle devait retenir sur le salaire de la débitrice toute somme supérieure à 1'270 fr. par mois, avec effet immédiat et jusqu'à nouvel avis.
e.
Par "
avis d'une participation à la saisie
" du 14 septembre 2018, l'Office a informé A_ que l'ETAT DU VALAIS, créancier dans la poursuite
n° 1_, participait à la saisie exécutée le 13 septembre 2018 au profit de la série n° 7_.
Cet avis a été envoyé à la débitrice par pli recommandé du 15 septembre 2018 à l'adresse 6_ à D_; selon l'extrait "
Track & Trace
" de la Poste, ce courrier a été distribué au guichet postal le 28 septembre 2018.
f.
Par "
avis d'une participation à la saisie
" du 4 octobre 2018, l'Office a informé A_ que l'ETAT DU VALAIS, créancier dans la poursuite n° 2_, participait à la saisie exécutée le 13 septembre 2018 au profit de la série
n° 7_.
Cet avis, envoyé à la débitrice à l'adresse genevoise susmentionnée, a été distribué au guichet postal le 9 octobre 2018.
B.
a.
Par acte expédié le 8 octobre 2018 à la Chambre de surveillance, A_ a formé une plainte contre l'avis de saisie du 10 août 2018, l'exécution de la saisie du 13 septembre 2018 et l'avis de participation à la saisie du 14 septembre 2018, concluant à la constatation de leur nullité, subsidiairement à leur annulation.
Elle a exposé qu'elle n'avait jamais reçu l'avis de saisie du 10 août 2018, dont son conseil avait obtenu une copie le 8 octobre 2018 après avoir interpellé l'Office au sujet de l'avis de participation du 14 septembre 2018. En conséquence, la saisie exécutée à son préjudice le 13 septembre 2018 l'avait été sur la base d'un acte vicié et sans que sa situation patrimoniale ait été examinée par l'Office; partant, elle s'exposait à faire l'objet d'une saisie sur salaire ne tenant pas compte de ses charges incompressibles.
b.
A titre préalable, A_ a requis l'octroi de l'effet suspensif à sa plainte, requête à laquelle la Chambre de céans a fait droit par ordonnance du 19 octobre 2018.
Suite à cette ordonnance, l'Office a avisé E_, le 22 octobre 2018,
que la saisie de salaire exécutée au préjudice de la débitrice était levée avec effet immédiat.
c.
Dans son rapport explicatif du 16 novembre 2018, l'Office a précisé que A_ avait soldé la poursuite n° 4_ le 6 novembre 2018. Deux nouveaux avis de saisie lui avaient été adressés le 23 octobre 2018, à l'adresse 6_ à D_, dans le cadre des poursuites n
os
1_ et 2_. Lors de son interrogatoire du 6 novembre 2018, la plaignante avait informé l'Office que son domicile et le centre de ses intérêts se trouvaient à C_, à l'avenue 5_, où elle était logée à titre gracieux par F_. Elle travaillait à Genève et l'appartement qu'elle occupait au chemin 6_ à D_ n'était qu'un pied-à-terre. L'Office a relevé qu'au vu des déclarations de la plaignante, l'existence d'un for de la poursuite à Genève n'était pas démontrée, de sorte qu'il s'en rapportait à justice sur le bien-fondé de la plainte.
L'Office a notamment produit un courriel du Service de la taxation des personnes physiques salariées (Département des finances) du 10 octobre 2018, dont il ressort que A_ avait quitté le canton de Genève pour s'installer en Valais le 1
er
août 2008, sa dernière adresse connue se situant à l'avenue 5_, [à] C_.
d.
Les parties ont été entendues par la Chambre de surveillance à l'audience du
15 janvier 2019. F_, convoquée comme témoin, a informé la Chambre de céans qu'elle n'était pas en mesure de se déplacer à Genève pour comparaître à cette audience, en raison de son âge (91 ans) et de ses problèmes de santé (difficultés à se mouvoir).
A_ a exposé travailler à Genève depuis les années 1980. Elle séjournait à Genève pendant la semaine et rentrait le week-end en Valais, où elle avait
toutes ses attaches et où se trouvait son domicile réel. Elle avait grandi dans l'appartement familial sis à l'avenue 5_ à C_, où elle avait continué
à résider en tant qu'adulte. Elle avait acheté cet appartement familial en septembre 2007, mais avait été contrainte de le revendre en 2017, en raison des poursuites dont elle faisait l'objet. Depuis octobre 2017, elle était officiellement domiciliée chez F_, à la même adresse [à C_]. F_ était une amie de la famille depuis une quarantaine d'années et elle la considérait comme une "
deuxième maman
". A l'exception de sa fille et de ses petits-enfants qu'elle voyait à Genève pendant la semaine, A_ avait toute sa famille en Valais, soit en particulier ses tantes et ses cousin-e-s. Elle était très fière de son héritage [de C_], étant précisé que son père avait été très actif sur le plan politique dans cette [commune]. Elle bénéficiait de la bourgeoisie de C_ et G_. Elle était très impliquée au sein de sa paroisse à C_ et elle faisait souvent du bénévolat le week-end dans l'EMS "H_" [à C_]. Elle payait ses impôts en Valais et toutes ses assurances (assurance-maladie, animaux domestiques) avaient été contractées dans ce canton. Elle recevait toute sa correspondance en Valais, à l'exception des courriers de l'Office, des relevés de son compte bancaire auprès [de] I_ (l'agence se trouvant à Genève), ainsi que des factures SIG.
A l'issue de l'audience, la Chambre de surveillance a imparti un délai à la plaignante pour produire des pièces complémentaires propres à établir l'existence de son domicile en Valais. Dans le délai fixé, A_ a produit notamment : une attestation de domicile de la [commune] de C_ datée du 14 décembre 2018, confirmant que sa résidence principale se situe à l'avenue 5_, c/o F_, depuis le 11 octobre 2017; trois attestations des 30 novembre 2018 et 25 janvier 2019 signées par F_, laquelle confirme héberger la plaignante gratuitement depuis le mois d'octobre 2017, étant précisé "
qu'il ne s'agit pas uniquement d'une boîte-aux-lettres et que
[A_]
habite physiquement à
[son]
domicile
"; deux factures adressées à la plaignante à l'avenue 5_ (facture de redevance radio-télévision du 10 janvier 2019; avis de prime de l'assurance de protection juridique J_ du 16 août 2016); un courrier du Services des finance de la [commune] de C_ concernant l'impôt communal 2019 adressé à la plaignante à son adresse [à C_]; un certificat d'assurance-maladie auprès [de] K_
pour l'année 2019, dont il ressort que la plaignante appartient à la région tarifaire "
VS _
".
e.
Dans ses observations du 5 mars 2019, A_ a persisté dans les termes de sa plainte.
f.
De son côté, l'Office a exposé que, dans la mesure où la plaignante était domiciliée à l'avenue 5_ à C_ - et non au chemin 6_ à D_ -, il avait transmis les réquisitions de continuer les poursuites
n
os
1_, 2_ et 3_ à l'office des poursuites compétent, à savoir l'Office des poursuites du district L_, après quoi il avait "
clôturé le dossier
".
g.
L'ETAT DU VALAIS et B_ SA ont renoncé à se déterminer par écrit suite aux enquêtes diligentées par la Chambre de surveillance.
h.
La cause a été gardée à juger le 8 mars 2019, ce dont les parties ont été avisées le même jour.

EN DROIT
1.
1.1
La Chambre de surveillance est compétente pour statuer sur les plaintes formées en application de la LP (art. 13 LP; 126 al. 2 lit. c LOJ; 6 al. 1 et 3 et
7 al. 1 LaLP) contre des mesures de l'Office non attaquables par la voie
judiciaire (art. 17 al. 1 LP), tel qu'un avis de saisie. L'autorité de surveillance doit par ailleurs constater, indépendamment de toute plainte et en tout temps
(ATF
136 III 572
consid. 4), la nullité des mesures de l'Office contraires à des dispositions édictées dans l'intérêt public ou dans l'intérêt de personnes qui ne sont pas parties à la procédure (art. 22 al. 1 LP).
1.2
Déposée dans le délai de dix jours dès respectivement la réception et la prise de connaissance des avis de saisie litigieux (art. 17 al. 2 LP) et respectant les exigences de forme prescrites par la loi (art. 9 al. 1 LaLP et art. 65 al. 1 et 2 LPA, applicable par renvoi de l'art. 9 al. 4 LaLP), la plainte formée le 8 octobre 2018 est recevable.
2.
Est litigieuse la question de savoir s'il existe un for de poursuite à Genève.
2.1.
L'engagement et le déroulement d'une procédure d'exécution forcée supposent l'existence d'un for de la poursuite. La LP définit le for de la poursuite ordinaire, soit celui du domicile du débiteur (art. 46 LP), ainsi qu'un nombre très limité de fors spéciaux (art. 48 à 52 LP).
Le domicile est déterminé selon les critères prévus par l'art. 23 al. 1 CC et, le cas échéant, par l'art. 20 LDIP, qui contient la même notion de domicile. Une personne physique a ainsi son domicile au lieu ou dans l'Etat où elle réside avec l'intention de s'y établir, ce qui suppose qu'elle fasse du lieu en question le centre de ses intérêts personnels et professionnels. Il faut tenir compte de l'ensemble de ses conditions de vie, le centre de son existence se trouvant à l'endroit, lieu ou pays, où se focalisent un maximum d'éléments concernant sa vie personnelle, sociale et professionnelle, de sorte que l'intensité des liens avec ce centre l'emporte sur les liens existant avec d'autres endroits; l'intention de la personne concernée doit cependant n'être pas intime seulement, mais se manifester de façon objective et reconnaissable pour les tiers (arrêt du Tribunal fédéral
7B_241/2003
du 8 janvier 2004 consid. 4; ATF
125 III 100
consid. 3;
120 III 7
consid. 2a).
Le dépôt de papiers d'identité, des attestations de la police des étrangers, des autorités fiscales ou des assurances sociales, ou des indications ressortant de permis de circulation, de permis de conduire ou de publications officielles constituent certes des indices sérieux de l'existence du domicile au lieu
que ces documents indiquent, mais la présomption de fait en résultant peut être renversée par des preuves contraires (ATF
125 III 100
consid. 3 et les références citées;
120 III 7
consid. 2b et les références citées; arrêt du Tribunal fédéral
5A_542/2014
du 18 septembre 2014 consid. 4.1.3).
2.2
L'inobservation des règles sur le for de la poursuite, lesquelles sont de droit impératif, n'entraîne la nullité de plein droit des actes concernés que dans le cas où elle lèse l'intérêt public ou les intérêts de tiers (art. 22 al. 1 LP).
La notification d'un commandement de payer par un office incompétent à raison du lieu ne satisfait pas à cette condition (ATF
69 II 162
consid. 2b; arrêt du Tribunal fédéral
5A_362/2013
du 14 octobre 2013 consid. 4) : l'acte, notifié de façon irrégulière, est simplement annulable dans le délai de plainte de dix jours de l'art. 17 al. 2 LP. Ce n'est que si l'acte n'est pas du tout parvenu en mains du poursuivi, et que celui-ci n'a pas eu connaissance d'une autre manière de son contenu essentiel, que l'acte irrégulièrement notifié est absolument nul
(ATF
128 III 101
consid. 1b; arrêt du Tribunal fédéral
7B.161/2005
du 31 octobre 2005, consid. 2.1; GEHRI, in KUKO SchKG, 2
ème
éd., 2014, n. 5 ad art. 64).
Si le commandement de payer notifié par un office incompétent est simplement annulable dans le délai de plainte, les mesures entreprises ultérieurement à un for incompétent doivent, en revanche, être sanctionnées par la nullité absolue des actes accomplis par l'Office (
DCSO/314/2018
du 24 mai 2018 consid. 3.1 et les références; ERARD, in CR LP, 2005, n. 23 ad art. 22 LP et la référence citée). En d'autres termes, l'inobservation des règles sur le for est sanctionnée différemment selon l'acte de poursuite en cause. En présence d'actes d'intervention - qui modifient la situation du débiteur -, tels l'avis de saisie ou la commination de faillite, la violation des règles sur le for entraînera leur nullité, constatée d'office en tout temps et indépendamment d'une plainte (
DCSO/314/2018
du 24 mai 2018 consid. 3.1).
2.3
En l'espèce, il résulte de la procédure que la plaignante travaille pendant la semaine à Genève, où elle dispose d'un pied-à-terre, mais qu'elle est effectivement domiciliée en Valais depuis plusieurs années, ce que viennent confirmer les attestations signées par F_, laquelle a précisé l'héberger à titre gratuit depuis l'automne 2017. En outre, la plupart des documents (officiels ou privés) concernant la débitrice font état de son domicile à l'avenue 5_ à C_, où elle s'acquitte de ses impôts et où elle réside officiellement depuis l'été 2008. Ces circonstances, objectives et reconnaissables, permettent de retenir que les attaches effectives de la débitrice se centrent principalement sur son lieu de résidence en Valais, ce que ni l'Office ni l'ETAT DU VALAIS ne contestent.
Il s'ensuit que l'Office n'était pas compétent à raison du lieu pour notifier des avis de saisie, respectivement des avis de participation à une saisie, dans le cadre des poursuites n
os
1_, 2_, 3_ et 4_. Ces actes d'intervention sont par conséquent frappés de nullité, ce qu'il y a lieu de constater.
L'Office ayant, dans l'intervalle, transmis les réquisitions de continuer les poursuites litigieuses à l'office des poursuites territorialement compétent, la plainte est devenue sans objet pour le surplus.
3.
La procédure est gratuite et il n'y a pas lieu à l'allocation de dépens (art. 20a al. 2 ch. 5 LP; 61 al. 2 let. a et 62 al. 2 OELP).
* * * * *