Decision ID: 2dbd15ec-c5e8-4a09-8fce-301eb5576d56
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par acte reçu le 20 mai 2022 par le Tribunal de première instance, l'ETAT DE FRIBOURG, soit pour lui le Service de la protection de la population et des affaires militaires, Bureau de la taxe d'exemption, a requis le séquestre du salaire de A_ auprès de son employeur, B_ SA, à la route 1_ à C_ pour un montant de 1'689 fr. avec intérêts à 3% dès le 12 février 2021, 1'689 fr. avec intérêts à 4% dès le 1
er
janvier 2022 et 18 fr. 30. Il a exposé que ces montants étaient réclamés à titre de taxe d'exemption de l'obligation de servir pour 2019 selon une décision du 12 janvier 2021. Selon la requête, A_ est domicilié "p.a B_ SA". L'ETAT DE FRIBOURG a fondé sa requête sur l'art. 271 al. 1 ch. 4 et 6 LP.
L'ordonnance de séquestre remplie par l'ETAT DE FRIBOURG qui accompagnait la requête mentionne une créance de 1'689 fr. avec intérêts à 3% dès le 12 février 2021 et "18 fr. 30 sans intérêts" avec intérêts à 4% dès le 1
er
janvier 2022.
L'ETAT DE FRIBOURG a produit à l'appui de sa requête une décision de taxation du 12 janvier 2021 rendue à l'encontre de A_, une sommation du 19 avril 2021 et un dernier rappel avant poursuite du 19 août 2021, faisant état, respectivement, d'un montant réclamé de 1'689 fr., 1'698 fr. 55, comprenant 9 fr. 55 à titre d'intérêts et 1'715 fr. 45, comprenant encore 16 fr. 90 supplémentaire à titre d'intérêts. Toutes ces décisions indiquent une adresse de A_ en Suisse, dans le canton de Fribourg pour la première, puis dans celui de Genève.
B.
Par ordonnance du 27 mai 2022, le Tribunal a rejeté la requête et mis les frais judiciaires, arrêtés à 200 fr., à la charge de l'ETAT DE FRIBOURG.
Il a relevé que l'ETAT DE FRIBOURG avait rendu vraisemblable sa créance ainsi que le cas de séquestre, mais que tel n'était pas le cas s'agissant de l'existence en Suisse de biens de A_, l'ETAT DE FRIBOURG se contentant d'alléguer, sans le documenter, que l'intéressé travaillerait auprès de la société mentionnée. La requête était dès lors rejetée, sans qu'il soit nécessaire d'octroyer un délai au requérant pour compléter sa requête eu égard à l'absence d'indication du domicile de A_.
C.
Par acte expédié le 10 juin 2022 à la Cour de justice, l'ETAT DE FRIBOURG a formé recours contre cette ordonnance. Il a conclu à l'admission de son recours et à ce que soit reconnu le caractère vraisemblable de l'existence de biens en Suisse de A_, subsidiairement à ce que soit "autorisée la procédure de séquestre", conformément à sa requête du 19 mai 2022.
Il a produit à l'appui de son recours un courriel du 20 janvier 2022 du Service de la taxe d'exemption de l'obligation de servir de l'Administration fiscale cantonale genevoise indiquant l'adresse à C_ de l'employeur de A_, soit B_ SA, ainsi que l'adresse, à D_ (France), de l'intéressé. Il considérait dès lors que, compte tenu de la fiabilité qui devait être attachée à cette information donnée par l'autorité fiscale cantonale genevoise, la vraisemblance de biens en Suisse de A_ était donnée et le séquestre devait donc être ordonné.
L'ETAT DE FRIBOURG a été informé le 21 juin 2022 de ce que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1.
Contre une décision refusant un séquestre, qui est une décision finale en tant qu'elle met fin à l'instance d'un point de vue procédural, seul le recours est ouvert (art. 309 let. b ch. 6 et 319 let. a CPC; arrêt du Tribunal fédéral
5A_508/2012
du 28 août 2012 consid. 3.2).
En matière de séquestre, la procédure sommaire est applicable (art. 251 let. a CPC).
1.2
Déposé dans la forme et le délai prescrits, le recours est recevable (art. 321 al. 1 et 2 CPC).
1.3
Au stade de la requête et de l'ordonnance de séquestre, la procédure est unilatérale et le débiteur n'est pas entendu (art. 272 LP; ATF
133 III 589
consid.1).
Dans le cadre du recours contre l'ordonnance de refus de séquestre, la procédure conserve ce caractère unilatéral, car, pour assurer son efficacité, le séquestre doit être exécuté à l'improviste; partant, il n'y a pas lieu d'inviter A_ à présenter ses observations, ce qui ne constitue pas une violation de son droit d'être entendu (ATF
107 III 29
consid. 2 et 3; arrêt du Tribunal fédéral
5A_344/2010
du 8 juin 2010 consid. 5, in RSPC 2010 p. 400, et
5A_279/2010
du 24 juin 2010 consid. 4).
1.4.
Le recourant a produit une pièce nouvelle devant la Cour.
1.4.1
Dans le cadre du recours, les conclusions, les allégations de faits et les preuves nouvelles sont irrecevables (art. 326 al. 1 CPC).
Les dispositions spéciales réservées par la loi (art. 326 al. 2 CPC) n'entrent pas en ligne de compte, dès lors qu'elles concernent essentiellement les recours contre les jugements de faillite (art. 174 LP) ainsi que les recours sur opposition au séquestre (art. 278 al. 3 LP; Message du Conseil fédéral relatif au Code de procédure civile (CPC), FF 2006 6841, p. 6986; Brunner/Vischer, Kurzkommentar ZPO, 3
ème
éd., 2021, n. 3 ad art. 326 CPC; Jeandin, Commentaire romand CPC, 2
ème
éd., 2019, n. 4 ad art. 326 CPC).
1.4.2
Au vu de ce qui précède, la pièce nouvelle produite par le recourant est irrecevable.
2.
Le recourant reproche au Tribunal de ne pas avoir admis qu'il avait rendu vraisemblable l'existence en Suisse de biens du débiteur.
2.1
Selon l'art. 272 LP, le séquestre est autorisé par le juge du for de la poursuite ou par le juge du lieu où se trouvent les biens, à condition que le créancier rende vraisemblable que sa créance existe (ch. 1), qu'on est en présence d'un cas de séquestre (ch. 2) et qu'il existe des biens appartenant au débiteur (ch. 3).
Comme cas de séquestre, l'art. 271 al. 1 LP prévoit notamment que le créancier de la dette échue et non garantie par gage peut requérir le séquestre des biens du débiteur lorsque le débiteur n’habite pas en Suisse et qu’il n’y a pas d’autre cas de séquestre, pour autant que la créance ait un lien suffisant avec la Suisse ou qu’elle se fonde sur une reconnaissance de dette au sens de l’art. 82 al. 1 LP (ch. 4), ou lorsque le créancier possède contre le débiteur un titre de mainlevée définitive (ch. 6).
Les créances de salaire d'un frontalier qui travaille en Suisse peuvent être séquestrées au siège suisse de l'employeur (ATF
114 III 31
, consid. 2).
2.2
En l'espèce, le recourant n'a pas indiqué dans sa requête de séquestre l'adresse du débiteur et n'a produit devant le Tribunal aucun titre permettant de rendre vraisemblable l'existence de biens du débiteur en Suisse, comme l'a relevé à juste titre le premier juge, sans que le recourant ne le conteste dans son recours. Ce dernier a produit une pièce devant la Cour afin de réparer son omission à cet égard, laquelle est toutefois irrecevable (
cf. supra
consid. 1.4.2), de sorte qu'il ne peut en être tenu compte. Pour le surplus, le fait de refuser un séquestre qui ne répond pas aux conditions légales n'heurte pas de manière choquante le sentiment de la justice et de l'équité, contrairement à ce que soutient le recourant et celui-ci pourra renouveler sa requête devant le Tribunal s'il s'y estime fondé.
Au vu de ce qui précède, c'est à bon droit que le Tribunal a rejeté la requête de séquestre et le recours sera dès lors rejeté.
3.
Le recourant, qui succombe, sera condamné aux frais judiciaires du recours, arrêtés à 300 fr. (art. 48 et 61 al. 1 OELP).
* * * * *