Decision ID: e7d557ee-b366-4330-918d-62ee64843a91
Year: 2016
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Le 15 mai 2015, SIRENE Hongrie a procédé à l’inscription de A. alias B.,
ressortissant serbe (act. 1.2), dans le système d'information Schengen (SIS)
pour arrestation en vue d’extradition. Il est recherché par celles-ci en vue de
poursuites pénales pour faits d’aide à l’immigration clandestine au sens du
droit pénal hongrois (act. 1.1, p. 1, et 4.1).
B. Le 17 juin 2016, A. a été contrôlé à Genève (act. 4.5). Sur la base du
signalement de SIRENE Hongrie, l’Office fédéral de la justice (ci-après: OFJ)
a émis une ordonnance d’arrestation provisoire à son encontre en vue de
son placement en détention extraditionnelle (act. 4.2). L’OFJ a informé
l’autorité requérante de l’arrestation de A. et l’a invitée à formuler une
demande formelle d’extradition (act. 4.3 et 4.5). Le même jour, les autorités
hongroises ont confirmé la validité de leur recherche internationale (act. 1.1
et 4.4).
C. Le 18 juin 2016, l’intéressé s’est opposé à son extradition simplifiée (act. 1.1,
p. 1).
D. En date du 21 juin 2016, l’OFJ a émis un mandat d’arrêt en vue d’extradition
à l’encontre de A., notifié le 23 juin 2016 (act. 1.1, p. 1 et 4.8).
E. Le 29 juin 2016, les autorités hongroises ont formellement requis l’extradition
de l’intéressé (act. 1.1 et 4.9).
F. Entendu le 18 juillet 2016 par le Ministère public de Genève, A. a confirmé
son opposition à son extradition à la Hongrie selon une procédure simplifiée
(act. 1.1 et 4.15).
G. Par l’intermédiaire de son défenseur d’office, le 12 août 2016, l’intéressé a
adressé à l’OFJ ses observations concernant la demande d’extradition
émise par la Hongrie (act. 1.1 et 4.19).
H. Le 25 août 2016, l’OFJ a accordé partiellement l’extradition de A. à la
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Hongrie (act. 1.1).
I. A. a recouru auprès du Tribunal pénal fédéral le 26 septembre 2016,
concluant en substance à l’annulation du prononcé du 25 août 2016 et à sa
mise en liberté immédiate. Au surplus, il demande à être mis au bénéfice de
l’assistance judiciaire (act. 1).
J. Par courrier du 30 septembre 2016, l’OFJ, qui a renoncé à déposer des
observations concernant le recours de A., a transmis à la Cour de céans les
pièces essentielles du dossier (act. 4).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1.
1.1 Les procédures d'extradition entre la Suisse et la Hongrie sont
prioritairement régies par la Convention européenne d'extradition du
13 décembre 1957 (CEExtr; RS 0.353.1), entrée en vigueur pour la Suisse
le 20 mars 1967 et le 11 octobre 1993 pour la Hongrie, et par ses protocoles
additionnels (RS 0.353.11 et 12). A compter du 12 décembre 2008, les
art. 59 ss de la Convention d'application de l'Accord Schengen du 14 juin
1985 (CAAS; n° CELEX 42000A0922[02]; Journal officiel de l'Union
européenne L 239 du 22 septembre 2000, p. 19 à 62) s'appliquent également
à l'extradition entre ces deux Etats (v. arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2008.98 du 18 décembre 2008, consid. 1.3). Pour le surplus, la loi sur
l'entraide pénale internationale (EIMP; RS 351.1) et son ordonnance
d'exécution (OEIMP; RS 351.11) règlent les questions qui ne sont pas
régies, explicitement ou implicitement, par les traités (ATF 130 lI 337
consid. 1; 128 Il 355 consid. 1). Le droit interne s'applique en outre lorsqu'il
est plus favorable à l'octroi de l'extradition que le droit international (ATF 142
IV 142 consid. 3; 137 IV 33 consid. 2.2.2; et les arrêts cités). Le respect des
droits fondamentaux est réservé (ATF 135 IV 212 consid. 2.3; 123 II 595
consid. 7c; TPF 2008 24, consid. 1.1).
1.2 La décision par laquelle l'OFJ accorde l'extradition (art. 55 al. 1 EIMP) peut
faire l'objet d'un recours devant la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral
http://links.weblaw.ch/ATF-123-II-595 http://links.weblaw.ch/TPF_2008_24
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(art. 55 al. 3 et 25 al. 1 EIMP).
1.3 En sa qualité de personne extradée, A. est légitimé à recourir contre la
décision d'extradition conformément à l'art. 21 al. 3 EIMP (ATF 122 II 373
consid. 1b et jurisprudence citée).
1.4 Le délai de recours contre la décision d'extradition est de 30 jours dès la
communication écrite de celle-ci (art. 50 al. 1 de la loi fédérale sur la
procédure administrative [PA; RS 172.021], applicable par renvoi de l'art. 39
al. 2 let. b de la loi fédérale sur l'organisation des autorités pénales de la
Confédération [LOAP; RS 173.71]). Formé dans les trente jours à compter
de la notification de la décision attaquée, le recours a été déposé en temps
utile.
2. Le recourant fait valoir que les conditions de détention en Hongrie ne
seraient pas conformes aux exigences prévues par l’art. 3 de la Convention
européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés
fondamentales (CEDH; RS 0.101). Il se prévaut de la jurisprudence rendue
par la Cour européenne des droits de l’homme (ci-après: CourEDH), laquelle
aurait constaté des violations répétées de l’art. 3 CEDH par la Hongrie en
rapport avec les conditions de détention dans les prisons de ce pays
(notamment arrêt de la CourEDH Varga et autres contre Hongrie du 10 mars
2015 – 14097/12, 45135/12, 73712/12 et al. [ci-après: arrêt Varga]; act. 1,
p. 10 ss). Pour ce motif, la Suisse devrait rejeter la demande d’extradition
hongroise. L’OFJ ne partage pas l’avis du recourant (act. 1.1, § 9c) et
considère que celui-ci ne démontre pas en quoi l’extradition l’exposerait
réellement et concrètement à des traitements inhumains ou dégradants au
sens de l’art. 3 CEDH (act. 1.1, § 9c in fine).
2.1 Les standards minimaux de protection des droits individuels résultant de la
CEDH ou du Pacte international relatif aux droits civils et politiques du
16 décembre 1966 (Pacte ONU II; RS 0.103.2) font partie de l'ordre public
international. Parmi ces droits figurent l'interdiction de la torture ainsi que des
traitements cruels, inhumains ou dégradants (art. 3 CEDH et art. 7 Pacte
ONU II). Si la CEDH ne garantit pas, en tant que telle, le droit de ne pas être
expulsé ou extradé (ATF 129 II 100 consid. 3.3; 123 II 279 consid. 2d), il n'en
demeure pas moins que lorsqu'une décision d'extradition porte atteinte, par
ses conséquences, à l'exercice d'un droit garanti par cette convention, elle
peut, s'il ne s'agit pas de répercussions trop lointaines, faire jouer les
obligations d'un Etat contractant au titre de la disposition correspondante
(ATF 129 II 100 consid. 3.3).
http://links.weblaw.ch/ATF-122-II-373
- 5 -
2.2 En droit interne, l'art. 2 EIMP a pour but d'éviter que la Suisse ne prête son
concours, par le biais de l'extradition, à des procédures qui ne garantiraient
pas à la personne poursuivie un standard de protection minimal
correspondant à celui offert par le droit des Etats démocratiques, défini en
particulier par la CEDH ou le Pacte ONU II, ou qui heurteraient des normes
reconnues comme appartenant à l'ordre public international (ATF 130 II 217
consid. 8.1; 129 II 268 consid. 6.1; 126 II 324 consid. 4a et les arrêts cités).
L'examen des conditions posées par l'art. 2 EIMP implique un jugement de
valeur sur les affaires internes de l'Etat requérant, en particulier sur son
régime politique, sur ses institutions, sur sa conception des droits
fondamentaux et leur respect effectif, et sur l'indépendance et l'impartialité
du pouvoir judiciaire (ATF 130 II 217 consid. 8.1; 129 II 268 consid. 6.1; 125
II 356 consid. 8a et les arrêts cités). Le juge de la coopération doit faire
preuve à cet égard d'une prudence particulière. Il ne suffit pas que la
personne accusée dans le procès pénal ouvert dans l'Etat requérant se
prétende menacée du fait d'une situation politico-juridique spéciale; il lui
appartient de rendre vraisemblable l'existence d'un risque sérieux et objectif
d'une grave violation des droits de l'homme dans l'Etat requérant,
susceptible de la toucher de manière concrète (ATF 130 II 217 consid. 8.1;
arrêt du Tribunal fédéral 1A.159/2006 du 17 août 2006, consid. 6.2).
2.3 En matière d'extradition, la jurisprudence distingue les Etats à l'égard
desquels il n'y a en principe pas de doute à avoir quant au respect des droits
de l'homme, ceux pour lesquels une extradition peut être accordée
moyennant l'obtention de garanties particulières, et, enfin, les Etats vers
lesquels une extradition est exclue, compte tenu des risques concrets de
traitement prohibé (ATF 134 IV 156 consid. 6.7; arrêt du Tribunal fédéral
1C_176/2014 du 12 mai 2014, consid. 4.1). La première catégorie regroupe
les pays à tradition démocratique (en particulier les pays occidentaux) qui ne
présentent aucun problème sous l'angle du respect des droits de l'homme,
et partant sous l'angle de l'art. 3 CEDH. L'extradition à ces pays n'est
subordonnée à aucune condition. Tombent dans la seconde catégorie les
pays dans lesquels, certes, il existe des risques de violation des droits
humains ou des principes fondamentaux, mais qui peuvent être éliminés ou
à tout le moins fortement réduits grâce à la fourniture de garanties
diplomatiques par le pays de destination, de telle sorte que le risque résiduel
demeure à un stade purement théorique. En règle générale, les pays de la
deuxième catégorie ont adhéré au Conseil de l'Europe et sont soumis à sa
surveillance, ce qui fait naître une présomption de respect des droits prévus
par la CEDH. Pour cette seconde catégorie d'Etats, un risque abstrait de
violations ne suffit pas pour refuser l'extradition, sans quoi la Suisse ne
pourrait plus accorder l'extradition à ces pays, ce qui aurait pour effet que
les délinquants en fuite pourraient se soustraire à la justice, sapant ainsi les
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fondements de l'extradition. Enfin, font partie de la troisième catégorie les
pays pour lesquels il existe des motifs tout à fait concrets de penser qu'un
danger de torture menace l'extradable, danger que même l'obtention
d'assurances ne permettrait pas d'éliminer ou, à tout le moins, de réduire.
Dans ces cas, l'extradition est exclue.
2.4
2.4.1 La CourEDH a condamné à plusieurs reprises la Hongrie pour violation de
l’art. 3 CEDH. Toutes ces affaires portaient sur des problèmes de manque
d’espace personnel, d’accès limité aux douches et aux activités de plein air
et d’absence d’intimité lors de l’utilisation des équipements sanitaires (arrêts
Szél contre Hongrie, 30221/06, du 7 juin 2011, István Gábor Kovács contre
Hongrie, 15707/10, du 17 janvier 2012, Hagyó contre Hongrie, 52624/10, du
23 avril 2013, Fehér contre Hongrie, 69095/10, du 2 juillet 2013 et Varga).
Au vu de la répétitivité des violations, la CourEDH a jugé que l’on était face
à un problème généralisé résultant d’un dysfonctionnement du système
pénitentiaire hongrois. La CourEDH a également considéré que les garanties
mises à dispositions des détenus par ce pays contre les traitements
inhumains ou dégradants étaient insuffisantes. Compte tenu des violations
persistantes, ainsi que des quelques 450 requêtes encore pendantes devant
elle contre ce pays et portant sur des allégations de mauvaises conditions
de détention, la CourEDH a estimé qu’il se justifiait l’application de la
procédure de l’arrêt pilote (http://www.echr.coe.int/Documents/FS_Pilot_
judgments_FRA.pdf).
2.4.2 Cette procédure permet d’identifier les problèmes structurels sous-jacents
aux affaires répétitives et persistantes dirigées contre un pays et de
demander à l’Etat concerné de traiter le problème en question. Lorsque de
nombreuses requêtes ayant la même origine sont introduites devant la
CourEDH, celle-ci peut ainsi décider d’appliquer à l’une ou à plusieurs
d’entre elles un traitement prioritaire selon la procédure de l’arrêt pilote. Dans
le cadre de cette procédure, la CourEDH n’a pas seulement pour fonction de
se prononcer sur la question de savoir s’il y a eu ou non violation de la CEDH,
mais aussi d’identifier le problème systémique et de donner au
gouvernement concerné des indications claires sur les mesures de
redressement qu’il doit prendre pour y remédier. L’une des caractéristiques
fondamentales de la procédure de l’arrêt pilote réside dans le fait qu’elle
permet à la CourEDH de suspendre pendant un certain temps les affaires
qui en relèvent, à condition que le gouvernement concerné prenne
rapidement les mesures internes requises pour se conformer à l’arrêt.
Toutefois, la CourEDH peut reprendre l’examen des affaires ajournées
chaque fois que l’intérêt de la justice l’exige (http://www.echr.coe.int/
Documents/FS_Pilot_judgments_FRA.pdf).
http://www.echr.coe.int/Documents/FS_Pilot_ http://www.echr.coe.int/
- 7 -
2.4.3 Dans l’affaire Varga, la CourEDH, relevant que, fin 2013, plus de 5’000
personnes étaient incarcérées sous le régime de la détention provisoire dans
les prisons hongroises, a estimé que la principale voie d’amélioration
consistait à réduire le nombre de détenus par un usage aussi large que
possible de mesures punitives non privatives de liberté. Par ailleurs, elle a
considéré que les recours internes qui, selon le gouvernement hongrois,
permettent aux détenus de se plaindre de leurs conditions de détention,
étaient accessibles, mais ineffectifs en pratique. En conséquence, elle a dit
que les autorités hongroises devaient établir, sous le contrôle du Comité des
Ministres du Conseil de l’Europe et dans les six mois à compter du jour où
l’arrêt serait devenu définitif, un calendrier pour la mise en œuvre d’un
recours ou d’un ensemble de recours préventifs et compensatoires effectifs
afin que les violations de la CEDH découlant de la surpopulation carcérale
puissent être redressées de manière réellement effective. La CourEDH a
jugé qu’il n’y avait pas lieu d’ajourner les autres affaires similaires pendantes
dans l’attente de la mise en œuvre par la Hongrie des mesures qui
s’imposent. Le 8 novembre 2016, la CourEDH a examiné la situation relative
aux requêtes (plus de 6’800) concernant les conditions de détention en
Hongrie pendantes devant elle. Eu égard à la législation adoptée par le
parlement hongrois le 25 octobre 2016 et à l’examen en cours par le Comité
des Ministres du Conseil de l’Europe du plan d’action connexe du
gouvernement hongrois, la CourEDH a noté que la Hongrie avait mis en
place de nouveaux recours internes concernant ce problème, qui sont
susceptibles de redresser les griefs formulés par les requérants dans les
affaires pendantes devant elle. A la lumière de cette évolution, la CourEDH
a jugé approprié d’ajourner jusqu’au 31 août 2017 l’examen de l’ensemble
de ces requêtes, y compris celles qui ont déjà été communiquées au
gouvernement hongrois. Par conséquent, durant cette période, la CourEDH
a décidé de ne prendre aucune mesure procédurale dans ces affaires. Après
l’expiration de ce délai, elle informera les requérants en temps voulu de la
procédure ultérieure ou de toute décision prise par elle (http://www.echr.coe.
int/Documents/FS_Pilot_judgments_FRA.pdf).
2.5 Le Comité pour la prévention de la torture et des peines ou traitements
inhumains ou dégradants du Conseil de l'Europe (ci-après: CPT) a effectué
plusieurs visites en Hongrie pour examiner les conditions de détention dans
ses prisons. Lors d’une inspection intervenue en avril 2013, le CPT a
constaté que certains établissements pénitentiaires présentaient des cas de
mauvais traitement physique des détenus et que les enquêtes internes pour
les contraster n’étaient pas efficaces. La CPT a en outre observé qu’aucune
mesure effective n’avait été prise pour lutter contre le surpeuplement
carcéral lequel avait par ailleurs doublé depuis la dernière visite en 2009 (par
exemple dix détenus partageaient une cellule de 27 m2 et une cellule de 5
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m2 était occupée par deux personnes. Le rapport mentionne également que
de nombreux détenus restaient renfermés dans leurs cellules 23 heures sur
24, en n’ayant quasiment rien pour s’occuper. A cet égard, le gouvernement
hongrois a répondu en indiquant que le développement des possibilités de
suivre un enseignement ou une formation ou de travailler était une question
importante et qu’une forte augmentation du taux d’emploi des détenus avait
déjà été enregistrée. Le CPT avait constaté lors de cette dernière visite qu’il
y avait eu une diminution de l’utilisation de moyens de contrainte contre les
détenus par rapport à la dernière visite instaurée (http://www.cpt.coe.int/
documents/hun/2014-04-30-fra.htm). Le CPT a effectué une visite ultérieure
en octobre 2015. Les efforts ont été toutefois concentrés sur l’examen des
conditions de détention des ressortissants étrangers privés de leur liberté en
vertu de la loi sur les étrangers ou de la législation sur les étrangers ou de la
législation récemment adoptée érigeant en infraction le fait de traverser ou
d’endommager une barrière transfrontalière. Au-delà des visites portant sur
des locaux de détention de la police, ainsi que des centres d’accueil,
seulement la prison de Z. a fait l’objet d’une visite par le CPT. Les
constatations effectuées par le CPT sont relativement positives, surtout en
tenant compte de la masse d’immigration extraordinaire intervenue au cours
des derniers mois. La majorité des ressortissants étrangers privés de liberté
détenus questionnés n’ont pas fait état de mauvais traitements. Le CPT a
toutefois observé que les conditions matérielles de l’établissement
pénitentiaire appelaient à la nécessité d’une révision complète de celui-ci. Le
manque d’activité pour les détenus était un autre élément mis en exergue
par le CPT dans son rapport (http://www.cpt.coe.int/documents/hun/2016-
27-inf-eng-part.pdf).
2.6 Dans un arrêt 1C_176/2014 du 12 mai 2014, le Tribunal fédéral a annulé une
décision de la Cour de céans obligeant la République italienne à fournir des
garanties suite à la constatation de graves failles en matière de
surpopulation carcérale. La Haute Cour a motivé sa décision en mettant
l'accent sur les efforts mis en œuvre par l'Italie en vue de réparer aux défauts
empêchant de garantir des conditions de détention respectueuses de l'art. 3
CEDH (arrêt du Tribunal fédéral 1C_176/2014 du 12 mai 2014, consid. 4.4).
Au moment de classer un Etat requérant dans l'une des trois catégories
précitées, les circonstances concrètes du cas d'espèce doivent être prises
en compte. Il incombe à cet égard à l'extradable de rendre vraisemblable
que son extradition l'exposerait à un danger concret et sérieux de subir un
traitement ne respectant pas les garanties de l'art. 3 CEDH (arrêts du
Tribunal pénal fédéral RR.2015.264 du 26 octobre 2015, consid. 2.4.1;
RR.2013.102 du 18 juillet 2013, consid. 6.3 in fine; v. ég. ATF 134 IV 156
consid. 6.8 et les références citées).
http://www.cpt.coe.int/ http://www.cpt.coe.int/documents/hun/
- 9 -
2.7 Il n’y a pas lieu de s’écarter de cette approche. Il s’impose en revanche
d’octroyer à la Hongrie la même confiance admise à l'égard de l'Italie. Il
n'existe pas d'éléments laissant croire que cet État n'appliquera pas les
mesures sollicitées par la CourEDH, laquelle a par ailleurs constaté en
novembre 2016 la mise en œuvre de nouvelles voies de recours internes
susceptibles de rendre plus efficace la protection des prisonniers. Les
travaux du CPT laissent également transparaître la volonté du
gouvernement hongrois de se conformer aux standards requis par
l’introduction notamment de mesures favorisant l’occupation des détenus ou
la diminution de l’utilisation de mesures de contrainte de la part des agents
de détention. Il y a lieu de rappeler que le problème de la surpopulation
carcérale en soit ne suffit pas – sauf lorsque l’espace à disposition du détenu
est inférieur à 3 m2 – pour admettre l’existence d’une violation de
l’art. 3 CEDH, mais que d’autres éléments cumulatifs caractéristiques d’une
détention inadéquate doivent également être présents (Varga, § 69 ss). Ces
éléments peuvent se concrétiser dans l’impossibilité d’accéder à l’extérieur,
dans l’absence des services sanitaires, dans des mauvais traitements de la
part du personnel de la prison, etc. En l’espèce, le recourant ne prouve pas
qu’il existe un risque concret de subir des traitements inhumains et
dégradants sous l’angle de l’art. 3 CEDH. De même, sur la base des
éléments précités, il n’y pas de doutes que l’Etat requérant se mobilisera
pour garantir à l’extradable des conditions de détention conformes aux
standards prévus par la CEDH. Il y a encore lieu de relever que A. n’est pas
requis par l’autorité requérante pour l’expiation d’une peine, mais pour des
fins de poursuite. Au vu de ces considérations, la décision de l’OFJ doit être
confirmée sur ce point. Ce premier grief doit partant être rejeté.
3. Dans un deuxième grief, le recourant se plaint de la violation de l’art. 8 CEDH
dans la mesure où son incarcération en Hongrie aurait des conséquences
négatives sur son développement, sur son avenir et son intégration en
France, pays où il est domicilié. En particulier, de par l’éloignement de sa
fille, dont il s’occupe, il risquerait la perte de ses droits parentaux sur elle; de
même le développement de sa fille serait irrémédiablement ruiné par leur
séparation (act. 1, p. 9).
3.1 Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son
domicile et de sa correspondance (art. 8 par. 1 CEDH). Il ne peut y avoir
ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant
que cette ingérence soit prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui,
dans une société démocratique, soit nécessaire à la sécurité nationale, à la
sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et
à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la
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morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui (art. 8 par. 2 CEDH).
Cette disposition ne confère toutefois pas le droit de résider sur le territoire
de l'Etat ou de ne pas être extradé (ATF 122 II 433 consid. 3b et les arrêts
cités). Une extradition peut toutefois, dans certaines circonstances, conduire
à une violation de l'art. 8 CEDH, si elle a pour conséquence de détruire les
liens familiaux (ATF 129 II 100 consid. 3.3 et 3.5; 123 II 279 consid. 2d).
Toutefois, le refus de l'extradition fondé sur l'art. 8 CEDH doit rester tout à
fait exceptionnel (ATF 129 II 100 consid. 3.5). Cette condition n'est pas
remplie lorsque la famille de l'extradé reste en Suisse, car une telle limitation
de la vie familiale qui découle de l'extradition est inhérente à toute détention
à l'étranger. Elle n'est pas disproportionnée lorsque les proches ont le droit
de rendre visite à l'extradé, de lui écrire et lui téléphoner (arrêts du Tribunal
fédéral 1A.199/2006 du 2 novembre 2006, consid. 3.1 et 3.2; 1A.9/2001 du
16 février 2001, consid. 3c). Le Tribunal fédéral a été amené à refuser une
extradition à l'Allemagne, requise pour l'exécution d'un solde de peine de
473 jours d'emprisonnement pour un délit de recel. L'intéressé était père de
deux filles mineures en Suisse et l'incarcération avait mis sa compagne,
invalide à 100% et enceinte d'un troisième enfant, dans un état anxio-
dépressif générateur d'idées suicidaires. Dans ces circonstances, la Suisse
pouvait se charger de l'exécution sur son territoire du solde de la peine
(consid. 3e et 4 non publiés de l'ATF 122 II 485). La Haute Cour a toutefois
eu l'occasion, dans une cause ultérieure, de préciser qu'un tel refus était tout
à fait exceptionnel et n'entrait pas en ligne de compte dans d'autres
circonstances (extradition requise pour une poursuite et non une exécution
de peine, coauteurs ou complices poursuivis à l'étranger et empêchant un
jugement en Suisse, circonstances familiales différentes; arrêt du Tribunal
fédéral 1A.9/2001 du 16 février 2001, consid. 3c).
3.2 En l’occurrence, le recourant habite en France et bénéficie d’un droit de
séjour dans ce pays (act. 4.5, p. 3). Il affirme vivre sur le territoire français
depuis 6 ans (act. 4.5, p. 23). Il est père d’une fille née en 2015 (act. 1.3). A.
explique qu’une procédure judiciaire l’opposant à la mère de sa fille serait
pendante en France, la femme ayant déposé auprès du juge français une
demande de retrait des droits parentaux de A. vis-à-vis de leur enfant
commun, et notamment du droit de visite. L’extradition lui empêcherait de se
rendre à l’audience fixée par le juge civil, ce qui provoquerait la perte de ses
droits parentaux sur l’enfant (act. 1.4 et 4.5, p. 23). A. affirme pour le reste
qu’il s’est intégré en France et de parler le français.
3.3 Il est inévitable que l’extradition du recourant à la Hongrie compliquera les
contacts avec sa fille, mais ne les rendra pas pour autant impossibles. Les
moyens techniques actuels permettent d'entretenir, outre des appels
téléphoniques, des contacts visuels à distance (arrêts du Tribunal pénal
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fédéral RR.2015.180 du 4 septembre 2015, consid. 3.3 et RR.2015.224 du
16 septembre 2015 consid. 2.2). Même si le juge hongrois devait constater
la culpabilité du recourant pour les faits qui lui sont reprochés, et qu’il devait
être condamné à la peine maximale, fixée à huit ans selon l’annonce
SIRENE, il n'y a pas de raisons de douter que des visites et des contacts
réguliers puissent être organisés afin de préserver les contacts familiaux. Par
ailleurs, la Cour de céans constate que le recourant n'allègue pas que la
mère de sa fille soit empêchée d'une quelconque manière de rester auprès
de leur enfant. Ainsi, la présence d'un des deux parents auprès de l’enfant
paraît assurée. Quant à la nécessité de se rentre à une audience civile, cet
argument ne saurait faire échec à l’extradition du recourant (arrêt du Tribunal
pénal fédéral RR.2015.224 du 16 septembre 2015, consid. 3.2 in fine). On
ne saurait non plus considérer que l’éloignement du recourant de la France
aurait des conséquences négatives sur son intégration majeures que s’il
faisait l’objet d’une mesure de détention en France. Même s’il avait un emploi
ou s’il était en formation, ce qu’il n’allègue pas, cela n’aurait pas pour
conséquence d’empêcher son extradition pour les fins d’une poursuite
pénale. Ainsi, le cas d’espèce ne s’apparente pas à la jurisprudence précitée
dans le cadre de laquelle des circonstances exceptionnelles rendaient
l'extradition incompatible avec l'art. 8 CEDH. S'agissant des contacts
familiaux, il appartiendra aux autorités hongroises, également soumises à la
CEDH, d'adopter des mesures appropriées, afin que l'extradable puisse
continuer de les entretenir. Lors de la remise de l'extradable à l'Etat
requérant, il appartiendra à l'OFJ d'attirer l'attention de celui-là sur la
situation des liens familiaux du recourant.
Au vu de ce qui précède et contrairement à ce que soutient le recourant,
l'extradition n'est pas incompatible avec l'art. 8 CEDH. Ce grief doit partant
également être rejeté.
4. Sur ce vu, le recours est rejeté.
5. Le recourant sollicite l'octroi de l'assistance judiciaire (RP.2016.56, act. 1).
5.1 La personne poursuivie peut se faire assister d'un mandataire; si elle ne peut
ou ne veut y pourvoir et que la sauvegarde de ses intérêts l'exige, un
mandataire d'office lui est désigné (art. 21 al. 1 EIMP). L'autorité de recours,
son président ou le juge instructeur attribue en outre un avocat au recourant
si la sauvegarde de ses droits le requiert (art. 65 al. 2 PA).
5.2 Après le dépôt du recours, la partie qui ne dispose pas de ressources
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suffisantes et dont les conclusions ne paraissent pas d'emblée vouées à
l'échec est, à sa demande, dispensée par l'autorité de recours, son président
ou le juge instructeur de payer les frais de procédure (art. 65 al. 1 PA).
S'agissant des conclusions, on rappellera qu'elles doivent être considérées
comme vouées à l'échec lorsque les risques de perdre l'emportent nettement
sur les chances de gagner, alors même qu'elles ne seraient pas
manifestement mal fondées ou abusives (arrêts du Tribunal pénal fédéral
RR.2007.176 du 11 décembre 2007, consid. 3; RR.2007.31 du 21 mars
2007, consid. 3).
5.3 Il sied de relever que la condition de l’indigence est réalisée. Il n’était pas, de
prime abord, non plus certain que les conclusions du recourant soient
d’emblée vouées à l’échec. Compte tenu des circonstances particulières de
la cause, il est fait droit à la demande d’assistance judiciaire formulée par le
recourant et il sera renoncé au prélèvement d’un émolument judiciaire.
5.4 Lorsque, comme en l’espèce, l’avocat se limite à avancer un montant global
de CHF 2'500.-- sans présenter le décompte de ses prestations avec son
unique ou sa dernière écriture, le montant des honoraires est fixé selon
l’appréciation de la Cour (art. 12 al. 2 du règlement du Tribunal pénal fédéral
sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la procédure pénale
fédérale [RFPPF; RS 173.713.162]). Vu la faible ampleur et la difficulté toute
relative de la cause, et compte tenu des limites du RFPPF, une indemnité
d’un montant de CHF 1'500.--, TVA incluse, paraît justifiée. Ladite indemnité
sera acquittée par la caisse du Tribunal pénal fédéral, étant précisé que le
recourant sera tenu de la rembourser s’il devait revenir à meilleure fortune
(art. 65 al. 4 PA en lien avec l’art. 39 al. 2 let. b LOAP).
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