Decision ID: ca6ad7db-6f3d-51e4-8f46-005c131e7226
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
A_, chauffeur de taxi, fait l'objet de nombreuses poursuites, notamment pour non-paiement de cotisations sociales.![endif]>![if>
b.
Le 11 mars 2013, l'Office des poursuites (ci-après: l'Office) a procédé à la saisie, en mains du poursuivi, du véhicule C_ immatriculée GE 1_. L'Office a estimé la valeur du véhicule, mis en circulation le 2 juillet 2009 et comptant 180'000 kilomètres, à 6'000 fr.
c
. Ce véhicule a à nouveau été saisi le 10 décembre 2013, dans le cadre de la série n° 12 xxxx32 B.
Selon le procès-verbal de saisie du 10 décembre 2013, le poursuivi a indiqué que le nombre de kilomètres effectués avec le véhicule se montait alors à 215'000. Nonobstant ces déclarations, l'Office a retenu les mêmes éléments d'estimation que lors de la saisie antérieure, soit notamment un kilométrage de
180'000 kilomètres. Pour le surplus, il a établi l'absence de revenu saisissable, le produit de l'activité du poursuivi ne couvrant pas de 1'604 fr. ses charges familiales.
d
. Le 12 octobre 2015, l'Office a adressé au poursuivi quatre avis d'enlèvement de sa voiture, pour les poursuites n
os
13 xxxx62 M, 13 xxxx61 N, 13 xxxx63 L et
13 xxxx58 S.
e.
Par décision du 17 décembre 2015, la Chambre de céans a partiellement admis la plainte formée par le poursuivi contre ces avis de saisie et le procès-verbal de saisie du 10 décembre 2013. Elle a considéré que ce dernier était affecté d'un vice important, en tant qu'il avait estimé la valeur du véhicule sur la base d'un kilométrage erroné. Ledit procès-verbal de saisie était donc annulé sur ce point et l'Office invité à procéder à une nouvelle estimation du véhicule.
f
. Le 24 février 2016, l'Office a établi un nouveau procès-verbal de saisie, retenant une valeur du véhicule saisi de 2'974 fr., en se fondant sur une estimation effectuée par D_.
Les charges incompressibles du poursuivi ont été arrêtées à 5'604 fr. par mois et son revenu à 4'000 fr. par mois.
B.
Par plainte expédiée le 14 mars 2016, A_ demande l'annulation de ce procès-verbal, reçu le 3 mars 2016. Il sollicite qu'il soit dit que celui-ci vaut acte de défauts de biens. Il considère, d'une part, que son véhicule est insaisissable s'agissant de son outil de travail et, d'autre part, que même s'il était saisissable, sa valeur ne couvrant pas les créances en poursuite, un acte de défaut de biens devrait lui être délivré.![endif]>![if>
L'Office conclut au rejet de la plainte. Le fait que le poursuivi doive recourir à l'aide de l'Hospice général démontre que son activité professionnelle ne lui permet pas de vivre. Par ailleurs, le procès-verbal de saisie ne peut être considéré comme entaché d'un vice du fait qu'il ne mentionnerait pas qu'il vaut acte de défaut de biens.
Les créanciers participant à la série, à savoir l'ETAT DE GENEVE et la B_ (ci-après: la CAISSE), s'en rapportent à justice.

EN DROIT
1.
La Chambre de surveillance est compétente pour statuer sur les plaintes formées en application de la LP (art. 13 LP; art. 126 al. 2 let. c LOJ; art. 5 al. 1 et 3 et
7 al. 1 LaLP) contre des mesures non attaquables par la voie judiciaire (art. 17
al. 1 LP), tel le procès-verbal de saisie.![endif]>![if>
Déposée dans les dix jours suivant la réception dudit procès-verbal et selon la forme prescrite (art. 9 al. 1 LaLP et art. 65 al. 1 et 2 LPA applicable par renvoi de l'art. 9 al. 4 LaLP), la plainte est recevable.
2.
Dans un premier grief, le plaignant soutient que son véhicule est insaisissable dès lors qu'il lui est nécessaire pour l'exercice de sa profession et lui évite d'être en totalité à la charge de l'Hospice général.![endif]>![if>
2.1
Selon l'art. 92 ch. 3 LP, les outils, instruments et livres, en tant qu'ils sont nécessaires au débiteur pour l'exercice de sa profession, sont insaisissables. L'utilisation des objets nécessaires au débiteur pour l'exercice de sa profession doit être rentable concrètement (ATF
117 III 20
consid. 2;
110 III 55
). Il est ainsi requis que le débiteur exerce une profession, pour laquelle les objets concernés sont nécessaires et dont le revenu permet de couvrir l'entretien de la famille
(art. 92 al. 1 ch. 3 LP; ATF
117 III 20
consid. 2;
110 III 53
consid. 3b;
106 III 108
consid. 3; Ochsner, in CR-LP, n. 88 ss ad art. 92; Ruedin, L'insaisissabilité des instruments de travail, in BlSchK 45/1981, p. 97 ss).
2.2
En l'espèce, le véhicule saisi constitue, certes, l'outil de travail du plaignant. Comme le relève toutefois à juste titre l'Office, le fait que les revenus du plaignant ne lui permettent pas de couvrir ses charges incompressibles démontre que son activité professionnelle n'est pas rentable. Ce dernier a dû recourir à l'aide de l'Hospice général. Il fait également l'objet de nombreuses poursuites se rapportant, notamment, à des créances de droit public (cotisations d'assurance sociales, service du commerce etc.).
Au vu de ces éléments, le plaignant ne peut se prévaloir du bénéfice d'insaisissabilité du véhicule au titre de l'art. 92 ch. 3 LP.
3.
Il convient encore d'examiner si le procès-verbal de saisie est entaché d'un vice de nullité, comme le fait valoir le plaignant, du fait qu'il ne mentionne pas qu'il vaut acte de défaut de biens.![endif]>![if>
3.1
Selon l'art. 97 al. 2 LP, l'office ne saisit que les biens nécessaires pour satisfaire les créanciers saisissants en capital, intérêts et frais. A cette fin, l'office doit procéder à une estimation des objets saisis (art. 97 al. 1 LP). L'estimation des objets saisis doit être énoncée dans le procès-verbal de saisie (art. 112 al. 1 LP), lequel mentionnera si lesdits objets ne sont pas suffisants pour satisfaire les poursuivants qui participent à la série (art. 112 al. 3 LP; Pierre-Robert Gilliéron, Commentaire de la LP, ad art. 97 n° 6). Dans cette hypothèse, le procès-verbal de saisie tient lieu d'acte de défaut de biens provisoire (art. 115 al. 2 LP).
3.2
En l'espèce, l'estimation du véhicule ne suffit pas à satisfaire les créanciers participant à la série. Cette indication ne figure cependant pas sur le procès-verbal de saisie, contrairement au réquisit de l'art. 112 al. 3 LP. Partant, la plainte sera admise et l'Office invité à compléter le procès-verbal de cette indication.
4.
La procédure est gratuite et il ne peut être alloué de dépens (art. 20a al. 2 ch. 5 LP, art. 61 al. 2 let. a et 62 al. 2 OELP).
* * * * *