Decision ID: a0634c60-0a84-4dd3-bded-654f3f2877f8
Year: 2009
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_009
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: 

En fait :
1.
a)
Par jugement du 26 octobre 2006, le Tribunal de première instance de Neuss (Allemagne) a condamné K._SA à payer à J._GmbH la somme de 1'711,26 US dollars plus intérêt à 8 % en sus de l'intérêt de base dès le 16 avril 2005. Ce jugement comporte deux attestations signées du greffier du tribunal, l'une du 31 octobre 2006, mentionnant que le jugement a été notifié à K._SA, par l'intermédiaire de ses conseils en Allemagne, le 30 octobre 2006, l'autre du 25 juin 2007, mentionnant qu'il est définitif et exécutoire.
Par décision sur les frais rendue le 19 décembre 2006, en vertu du jugement précité, le même tribunal a en outre condamné K._SA à rembourser à J._GmbH le montant de 1'186,19 euros plus intérêt à 5 % en sus de l'intérêt de base dès le 9 juin 2006, à titre de dépens. Cette décision comporte deux attestations signées du greffier du tribunal, l'une du 3 janvier 2007, mentionnant que la décision a été notifiée à K._SA, par l'intermédiaire de ses conseils en Allemagne, le 27 décembre 2006, l'autre du 25 juin 2007, mentionnant qu'elle est définitive et exécutoire.
b)
Le 3 octobre 2008, J._GmbH a requis de l'Office des poursuites de Morges-Aubonne la poursuite de K._SA en paiement des sommes de 1'937 fr. 15 plus intérêt à 8 % en sus de l'intérêt de base dès le 16 avril 2005, de 1'859 fr. 95 plus intérêt à 5 % en sus de l'intérêt de base dès le 9 novembre 2006 et de 2'000 fr. plus intérêt à 5 % l'an dès le 3 octobre 2008. Comme titre de la créance et cause de l'obligation, la requérante a invoqué :
"1) et 2) Montants dus selon jugements du Amtsgericht Neuss des 26 octobre et 19 décembre 2006, à savoir les sommes de USD 1'711,26 et de EUR 1'186,19 plus intérêt comme indiqué. 3) Dommage supplémentaire."
Le 9 octobre 2008, l'office a établi un commandement de payer les sommes de 1'937 fr. 15 plus intérêt à 8 % dès le 16 avril 2005, de 1'859 fr. 95 plus intérêt à 5 % dès le 9 novembre 2006 et de 2'000 fr. plus intérêt à 5 % dès le 3 octobre 2008, dans la poursuite n° 3'191'972. Cet acte a été notifié le 10 octobre 2008 à la poursuivie, qui a formé opposition totale.
c)
Le 21 novembre 2008, la poursuivante a saisi le Juge de paix du district de Morges d'une "requête d'exécution d'un jugement étranger et de mainlevée définitive", concluant, avec suite de frais et dépens, à ce que les décisions rendues par le Tribunal de Neuss les 26 octobre et 19 décembre 2006 dans l'affaire opposant les parties soient déclarées exécutoires en Suisse et la mainlevée définitive de l'opposition formée à la poursuite en cause accordée à concurrence de 1'937 fr. 15 plus intérêt à 8 % en sus de l'intérêt de base dès le 16 avril 2005 et de 1'859 fr. 95 plus intérêt à 5 % en sus de l'intérêt de base dès le 9 novembre 2006 ainsi que des frais de poursuite.
A l'appui de sa requête, la poursuivante a produit, notamment, les jugements invoqués dans la poursuite avec leur traduction, une lettre du Tribunal de Neuss à son conseil en Allemagne du 4 janvier 2008, l'informant que la demande, dans le litige opposant les parties, avait été notifiée à la défenderesse K._SA le 19 avril 2006, une copie de sa réquisition de poursuite du 3 octobre 2008, l'exemplaire original du commandement de payer, frappé d'opposition totale, destiné au créancier et divers documents relatifs au taux de change en francs suisses du dollar américain et de l'euro à la date du 3 octobre 2008.
Le 4 février 2009, la poursuivie a produit l'arrêt rendu par la cour de céans le 8 mai 2008 dans le cadre d'une précédente poursuite exercée contre elle à l'instance de la poursuivante, condamnant notamment cette dernière à lui verser la somme de 500 fr. à titre de dépens de deuxième instance, et une lettre de son conseil en Suisse au conseil en Suisse de la poursuivante du 9 octobre 2008, invoquant, à toutes fins utiles, la compensation, jusqu'à due concurrence, entre la première somme réclamée en poursuite et le montant des dépens précités.
2.
Par prononcé du 11 février 2009, le Juge de paix du district de Morges a rejeté la requête de mainlevée (I), arrêté à 150 fr. les frais de justice de la poursuivante (II), celle-ci devant en outre verser la somme de 200 fr. à la poursuivie à titre de dépens (III).
Les motifs de cette décision ont été adressés pour notification aux parties le 12 mars 2009. Le premier juge a considéré que les jugements invoqués n'avaient pas été valablement notifiés à la poursuivie. Selon lui, s'agissant de décisions étrangères, ces jugements auraient dû être notifiés en Suisse conformément à la CLaH (Convention de La Haye du 15 novembre 1965 relative à la signification et la notification à l'étranger des actes judiciaires et extrajudiciaires en matière civile ou commerciale; RS 0.274.131), c'est-à-dire par l'entremise de l'autorité centrale désignée par chaque Etat conformément à cette convention, savoir, dans le canton de Vaud, le Tribunal cantonal, la possibilité de notifier un acte directement à une partie ou à ses mandataires sans passer par ladite autorité centrale n'ayant pas été admise par la Suisse.
3.
La poursuivante a recouru par acte du 20 mars 2009, concluant, avec suite de frais et dépens, principalement à la réforme du prononcé en ce sens que les jugements allemands invoqués sont déclarés exécutoires en Suisse et l'opposition formée à la poursuite en cause définitivement levée à concurrence de 1'937 fr. 15 plus intérêt à 8 % en sus de l'intérêt de base dès le 16 avril 2005 et de 1'859 fr. 95 plus intérêt à 5 % en sus de l'intérêt de base dès le 9 novembre 2006 ainsi que des frais de poursuite, avec suite de dépens de première instance. Subsidiairement, elle a conclu à l'annulation du prononcé, avec suite de dépens de première instance.
La recourante a produit un mémoire ampliatif le 27 mai 2009.
L'intimée s'est déterminée le 31 août 2009, concluant, avec suite de frais et dépens des première et deuxième instances, au rejet du recours.

En droit :
I.
Portant sur l'exécution d'une décision rendue par un tribunal allemand, le présent litige est soumis à la CL (Convention de Lugano du 16 septembre 1988 concernant la compétence judiciaire et l'exécution des décisions en matière civile et commerciale; RS 0.275.11), entrée en vigueur en Suisse le 1
er
janvier 1992 et en Allemagne le 1
er
mars 1995.
Le recours a été déposé dans le délai de l'art. 36 CL réservé par l'art. 507c al. 4 CPC (Code de procédure civile; RSV 270.11), mais aussi dans le délai plus bref de l'art. 57 al. 1 LVLP (loi vaudoise d'application de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite; RSV 280.05), auquel renvoie l'art. 507c al. 5 CPC, soit en temps utile. Le recours principal en réforme est recevable formellement (art. 58 al. 1 LVLP et 461 CPC). Quant au recours subsidiaire en nullité, il est irrecevable, faute pour la recourante de faire valoir aucun moyen de nullité (art. 465 al. 3 CPC).
II.
Les art. 32 et 38 CL excluent le système de l'exequatur préalable, qui ferait l'objet d'une procédure spéciale. Lorsque, comme en l'espèce, la sentence dont l'exécution est requise est invoquée comme titre de la créance en poursuite, l'exequatur est une question préjudicielle à celle de la mainlevée définitive de l'opposition, sur laquelle le juge statue sans qu'il soit nécessaire de mentionner l'exequatur dans le dispositif de la décision, que la mainlevée soit accordée ou refusée (Gilliéron, Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, n. 99 ad art. 81 LP; Besson, A propos de deux arrêts du Tribunal cantonal : exequatur d'un jugement comportant condamnation pécuniaire selon la Convention de Lugano, in JT 1996 III pp. 6 ss, spéc. p. 8; CPF, 30 août 2007/314; CPF, 15 septembre 2005/319; CPF, 11 janvier 2001/5).
Ainsi, la conclusion prise par la recourante tendant à faire constater l'exequatur des jugements allemands invoqués n'a pas de portée propre.
III. a)
Le créancier qui est au bénéfice d'un jugement exécutoire peut requérir du juge la mainlevée définitive de l'opposition (art. 80 al. 1 LP).
Lorsque la poursuite est fondée sur un jugement exécutoire rendu par une autorité de la Confédération ou du canton dans lequel la poursuite a lieu, le juge ordonne la mainlevée définitive de l'opposition, à moins que l'opposant ne prouve par titre que la dette a été éteinte ou qu'il a obtenu un sursis, postérieurement au jugement, ou qu'il ne se prévale de la prescription (art. 81 al. 1 LP). Si le jugement a été rendu dans un
pays étranger avec lequel il existe une convention sur l'exécution réciproque des jugements, l'opposant peut faire valoir les moyens réservés dans la convention (art. 81 al. 3 LP).
b)
Aux termes de l'art. 31 al. 1 CL, les décisions rendues dans un Etat contractant et qui y sont exécutoires sont mises à exécution dans un autre Etat contractant après y avoir été déclarées exécutoires sur requête de toute partie intéressée. Selon l'art. 25 CL, il s'agit de toute décision rendue par une juridiction d'un Etat contractant quelle que soit la dénomination qui lui est donnée, telle qu'arrêt, jugement, ordonnance ou mandat d'exécution, ainsi que la fixation par le greffier du montant des frais du procès.
S'il s'agit d'une décision portant condamnation à payer une somme d'argent, la requête de l'art. 31 al. 1 CL doit être présentée, en Suisse, au juge de la mainlevée, dans le cadre de la procédure prévue par les art. 80 et 81 LP (art. 32 ch. 1 let. a CL).
c)
En vertu de l'art. 33 al. 3 CL, qui renvoie aux art. 46 et 47 CL, la requête d'exequatur - soit ici de mainlevée -, lorsqu'elle est fondée sur un jugement étranger rendu, comme en l'espèce, en procédure contradictoire, doit être accompagnée d'une expédition de la décision dont il est demandé l'exécution, réunissant les conditions nécessaires à son authenticité (art. 46 ch. 1 CL) et de tout document de nature à établir que, selon la loi de l'Etat d'origine, la décision est exécutoire et a été signifiée (art. 47 ch. 1 CL). Le but de cette dernière disposition est d'établir que le défendeur a eu l'occasion de recourir
(Donzallaz, La Convention de Lugano, vol. II, n. 3747, p. 765). Selon cet auteur, pour établir que le jugement étranger a été signifié au sens de l'art. 47 ch. 1 CL, il suffit que le destinataire du jugement l'ait reçu, indépendamment du respect des règles prévalant en matière de signification nationale ou étrangère (ibid., n. 3751, p. 767). Dans un arrêt du 18 mars 2004, le Tribunal fédéral, sans discuter ni se référer à l'avis précité, et dans un cas différent de celui d'espèce, a relevé que la notification du jugement devait être formellement conforme au droit de l'Etat d'origine dudit jugement (TF 5P.252/2003 c. 5.3). Quant à la cour de céans, elle a déjà eu l'occasion de se prononcer sur le cas d'un jugement étranger comportant une attestation du greffier selon laquelle il avait été communiqué aux avocats des parties. Elle a admis qu'une telle attestation suffisait à établir que ce jugement avait bien été signifié à la partie (CPF, 15 septembre 2005/319; CPF, 3 mai 2007/136).
d)