Decision ID: 2fa54fa1-d10c-499e-ba76-9e330b690f6d
Year: 2014
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

I. Statuant en faits
2.
2.1 Née le xxx 1922 et de nationalité F_, G_ (ci-après : dame
G_) s’est établie le 1 er
novembre 1978 en Valais avec son époux, depuis lors
décédé. Le couple est devenu client de W_, titulaire de la Fiduciaire
H_, W_, à I_ (p. 126 et www.xxx.ch). A la suite de
l’hospitalisation de dame G_ dès le 16 mars 2011 au service de gériatrie de
l’Hôpital de E_, le D r J_, médecin-chef auprès de cet
établissement, a avisé la Chambre pupillaire de B_ (ci-après : la Chambre
pupillaire) par courrier du 22 juin 2011 que la première nommée présentait des troubles
de la mémoire et des fonctions cognitives sévères qui la plaçaient dans l’impossibilité
de gérer sa fortune et ses biens (p. 247). Sur la base de ce rapport et après audition de
dame G_, la Chambre pupillaire a, par décision du 12 juillet 2011, constaté
que l’intéressée était incapable de gérer ses affaires et ne pouvait se passer de soins
permanents, de sorte que les conditions de l’interdiction fondée sur l’art. 369 aCC
(maladie mentale et faiblesse d’esprit) étaient réunies. Par la même occasion, la
Chambre pupillaire a désigné W_ en qualité de tuteur de dame G_
(p. 246). Le 26 août 2011, la Chambre pupillaire a requis de W_
l’établissement de l’inventaire initial des biens de sa pupille (p. 245). Le 13 septembre
2011, W_ a dressé un inventaire succinct des biens de dame G_,
évaluant les actifs de l’intéressée à 16'472'709 fr., sans tenir compte encore de la
valeur des tableaux et bijoux déposés dans le coffre de la K_ SA à
L_, à déterminer à dire d’expert (p. 242). Dame G_ était en outre
propriétaire des parts de copropriété constituées en propriété par étages (PPE)
n o xxx1, représentant 51/1000
es de l’immeuble de base n
o xxx sis à B_
(objets du droit exclusif : appartement, cave et casier à skis), et n o xxx2, représentant
- 6 -
7/1000 es
du même immeuble de base (objet du droit exclusif : garage) (p. 242 et 141
[extraits du registre foncier]).
2.2 A la suite de la transmission par W_ de documents bancaires, il est
apparu à la Chambre pupillaire que dame G_ était titulaire d’avoirs bancaires
importants faisant l’objet de placements financiers, et qu’une gestion conservatoire et
prudente s’imposait, conformément à la législation tutélaire. Par décision du
30 novembre 2011, la Chambre pupillaire a désigné W_ en qualité de co-
tuteur « pour les affaires courantes », et nommé D_ (ci-après : dame
D_) – au bénéfice d’une longue expérience dans le domaine de la gestion de
portefeuilles et également administratrice de M_ Sàrl, de siège à I_
(p. 140) –, « pour les aspects fiscaux et financiers du patrimoine de
Mme G_ » (p. 132 s.). Plus précisément, la Chambre pupillaire lui a confié
les missions (p. 133) :
1. d’analyser la structure du patrimoine et d’en évaluer les risques ;
2. de prendre les mesures immédiates en vue de la sécurisation des avoirs si nécessaires ;
3. de proposer toutes mesures propres à placer les avoirs de la pupille d’une manière conforme aux
prescriptions CAT (Conférence des autorités de tutelle), soit de proposer en priorité les mesures
destinées à la protection du capital de Mme G_ ;
4. d’analyser la situation fiscale ;
5. de proposer toutes mesures nécessaires à la régularisation de cette situation le cas échéant ;
6. d’informer la Chambre pupillaire de tous les aspects fiscaux et financiers.
La décision en question indiquait par ailleurs que la question de la rémunération des
co-tuteurs ferait l’objet d’une séance ultérieure, et que la Chambre pupillaire avait
demandé à dame D_ de faire une proposition d’un montant forfaitaire annuel
(p. 132), ce que celle-ci fit par courrier du 10 décembre 2011 en articulant le montant
de 100'000 fr., « sur la base des montants actuels en compte » (p. 128). Dans son
analyse du 15 décembre 2011, dame D_ a relevé, d’une part, que les
besoins financiers de dame G_ étaient, selon les dires de W_, de
l’ordre de 50'000 fr. par mois, et qu’une somme de 228'000 fr. avait déjà été débitée de
ses comptes depuis sa mise sous tutelle le 12 juillet 2011 – soit 45'600 fr. par mois –,
et, d’autre part, qu’étant donné les dernières nouvelles peu optimistes concernant l’état
de santé de la pupille, il convenait sans plus attendre d’adapter le portefeuille de celle-
ci et de procéder à la vente de positions présentant un risque trop important (p. 125).
Les besoins financiers mensuels de dame G_ tenaient notamment compte
des frais de logement auprès du Home N_, à B_ (5000 fr. –
6000 fr.), des frais de personnel (env. 24'000 fr.) et de ceux de la caisse-maladie et des
traitements médicaux (p. 127).
2.3 Par courrier du 21 décembre 2011, W_ a, par l’intermédiaire de son
avocate, avisé la Chambre pupillaire du décès de dame G_, et du fait que
- 7 -
celle-ci l’avait institué héritier d’une part de la succession, de sorte qu’il ne souhaitait
« pas poursuivre [l’] administration » de la succession, comme le prévoit normalement
l’art. 554 al. 3 CC (p. 110). Par décision du 27 décembre 2011, le président de la
Chambre pupillaire a accédé à la requête de W_, tenant compte du conflit
d’intérêt manifeste entre la fonction de tuteur et la qualité d’héritier, et l’a levé avec
effet immédiat de sa fonction de co-tuteur, dame D_ devenant unique tutrice
et étant invitée à préparer le rapport final pour le 31 janvier 2012 (p. 122 s.). Le juge de
la commune de B_ a également, en application des art. 90 al. 1 ch. 6 LACC
et 554 CC, désigné dame D_ administratrice officielle de la succession (p.
250 in fine). Le 10 janvier 2012, la Chambre pupillaire a, d’une part, confirmé la
décision présidentielle du 27 décembre 2011 (p. 108) et, d’autre part, donné instruction
à dame D_ notamment de demander à W_ les justificatifs
concernant les plus de 200'000 fr. débités des comptes de la pupille en l’espace de
5 mois, et d’inventorier et de sécuriser les tableaux et autres valeurs mobilières de la
défunte, en Suisse et à l’étranger (p. 105). La tutrice s’est exécutée en ce sens durant
le mois de janvier 2012 (p. 92 ss) et a, le 24 du même mois, dressé une note
concernant son activité dans le cadre de la succession de dame G_. Elle a
souligné que, pour l’établissement des comptes, W_ n’ayant pas disposé
d’une situation au moment de la mise sous tutelle, elle avait opté pour la date du
30 juin 2011. Au niveau des inventaires, W_ n’avait, au départ, « rien fait ni
au niveau de l’appartement ni au niveau du coffre » auprès des banques. Enfin, la
tutrice a observé qu’il lui manquait toujours des justificatifs de paiement de
W_ en ce qui concerne les prestations de service et les dépenses
personnelles de dame G_ lors de son séjour au home (p. 90 s.). A lire le
document intitulé « compte initial – compte final / suivi des mouvements », la fortune
bancaire de la pupille, donc sans tenir compte de la valeur des tableaux et bijoux
retrouvés dans les coffres, se montait à 17'243'302 fr.11 initialement (soit au 30 juin
2011) et à 16'699'525 fr.83 au final (p. 89). Le 26 janvier 2012, dame D_ a
transmis à la Chambre pupillaire les comptes et signalé qu’elle avait récupéré chez
W_ le montant que l’assurance-maladie O_ avait versé sur son
compte, soit 7857 fr.50, pour le remboursement des frais médicaux de dame
G_ (p. 76). W_ avait agi en ce sens notamment le 3 janvier 2012,
tandis que dame D_ avait également adressé à O_ des demandes
de remboursement de frais médicaux dès le 13 janvier 2012 d’après les actes du
dossier (p. 55).
2.4 Le 14 février 2012, dame D_ a envoyé à la Chambre pupillaire sa facture
pour la période courant du 27 décembre 2011 au 13 février 2012 « en tant que tutrice
unique (pour la gestion quotidienne) et en tant qu’administratrice de la succession de
dame G_ », pour la somme de 22'787 fr., comprenant – d’après le « détail
des frais et honoraires » – 1467 fr. de frais de déplacements (indemnités kilométriques
[0 fr.70 / km], frais et dépenses lors du déplacement à Paris où la de cujus était titulaire
d’un coffre auprès d’un établissement bancaire]), 300 fr. pour les fournitures de bureau
et frais de copie, 500 fr. de forfait téléphonique, 4320 fr. de frais pour le services
d’assistance prodigués par la société P_ SA (p. 64) et 16'200 fr. au titre de
rémunération pour les 135 heures consacrées, au tarif horaire moyen de 120 fr. (p. 61
- 8 -
ss). Dame D_ a fourni le détail de son activité, depuis le 9 janvier 2012
jusqu’au 13 février suivant, dans un document distinct intitulé « heures prestées »
(p. 65 s.). Le 29 février 2012, la Chambre pupillaire a confirmé à dame D_
son accord en vue du règlement de la facture pour son activité (p. 60).
2.5 Par courrier du 30 janvier 2012, la Chambre pupillaire a convoqué W_ à
la séance prévue le 21 février suivant « afin de faire un point de situation » (p. 74). A la
suite de cette rencontre, la Chambre pupillaire a encore demandé à W_, par
pli recommandé du 13 mars 2012, notamment de s’expliquer sur les « cadeaux
effectués à des tiers alors que l’art. 408 aCC interdit toute donation au dépens du
pupille », de justifier ses factures « par des décomptes horaires précis permettant de
justifier [ses] honoraires », tout en distinguant l’activité déployée comme fiduciaire de
celle effectuée en tant que co-tuteur, et enfin, de transmettre les contrats établis en
faveur du personnel ayant œuvré au service de dame G_ de son vivant
(p. 49). En effet, à lire l’historique donné par W_ à la Chambre pupillaire,
trois personnes – à savoir Q_ et ses deux filles – avaient été engagées pour
veiller en permanence sur dame G_ comme gardes-malade (p. 126 s.). En
outre, W_ aurait reçu pour instruction de dame G_, le 14 novembre
2011, de « faire un cadeau à la famille Q_ de l’ordre de 20'000 fr. pour les
remercier pour tous les bons soins reçus » (p. 27), montant qui aurait été remis à
Q_ le 18 suivant, selon la quittance signée à cet effet figurant au dossier
(p. 26).
Le 26 mars 2012, W_ a, par la plume de son avocate, réagi au courrier de la
Chambre pupillaire. Concernant les « cadeaux effectués à des tiers », il a expliqué qu’il
avait mis en place un système de gardes-malade, « en entourant Mme G_
24 heures sur 24 », afin de lui faire passer les derniers mois de sa vie dans les
meilleures conditions possibles, qu’au fil des mois, une véritable relation d’attachement
s’était établie entre les gardes-malade et dame G_, si bien que celle-ci, en
pleine possession de tous ses moyens, avait voulu faire bénéficier la famille
Q_ d’une donation de 20'000 fr., montant effectivement versé à Q_
le 18 novembre 2011 (p. 40 ss). Pour ce qui est des honoraires de son client, l’avocate
de W_ les a motivés comme suit (p. 42 s.) :
L’activité exercée par M. W_ l’a été en qualité de tuteur.
Dans ce cadre, M. W_ a été énormément sollicité tant au niveau administratif pur (réception et tri
du courrier, paiement de factures, contrôle de décomptes, contacts avec la banque) que pour organiser le
transfert de Mme G_ dans une maison de retraite. Cette dernière démarche a nécessité de très
nombreux contacts téléphoniques avec les homes de la région et plusieurs visites et enfin l’organisation du
transfert au N_.
M. W_ était également sollicité à tout moment par Mme G_ elle-même qui l’appelait
pour telle ou telle question ou pour lui demander d’aller la voir puisqu’elle ne recevait les visites de
personne d’autre à l’Hôpital ou plus tard à la Maison de retraite.
- 9 -
Ainsi, entre la prise de tutelle et le décès de Mme G_, M. W_ est allé entre 3 et 4 fois
par semaine la voir à sa demande pour des visites qui pouvaient durer jusqu’à 2 ou 3 heures.
Globalement, M. W_ a passé deux cents heures sur les cinq mois en question ce qui fait
quarante heures par mois ou dix heures par semaine ce qui paraît tout à fait raisonnable.
Il n’existe pas de relevé plus détaillé des activités de M. W_ que celles figurant sur les factures.
Le 6 avril 2012, relevant qu’aucun accord préalable n’avait été demandé et obtenu de
la part de la Chambre pupillaire, cette autorité a invité W_ à restituer dans les
5 jours le montant de 36'000 fr. que le dernier nommé avait estimé pouvoir prélever
afin de rémunérer son activité de tuteur (p. 39). Réagissant par courrier du 11 avril
2012, W_ a exposé que les 36'000 fr. concernaient la période courant de
1 er
janvier à fin décembre 2011, si bien qu’il s’estimait en droit d’établir une facture pour
son activité déployée en qualité de mandataire (cf. fiduciaire) de dame G_ du
1 er janvier au 11 juillet 2011 – veille de sa nomination comme tuteur –, pour le montant
de 19'000 francs. La différence de 17'000 fr. (36'000 fr. – 19'000 fr.) serait en revanche
restituée, dans l’attente de la décision fixant sa rémunération comme tuteur (p. 28).
Auditionnée le 1 er mai 2012 par la Chambre pupillaire, dame Q_ a déclaré en
substance qu’elle avait fait la connaissance de W_ en juin 2011, que ses
deux filles et elle-même s’étaient relayées tous les jours, week-end compris, à raison
de 7 ou 8 heures par jour, auprès de dame G_ pour lui servir de gardes-
malade, l’intéressée voulant surtout bénéficier d’une présence, qu’aucun contrat n’avait
été signé par écrit mais que le tarif horaire convenu oscillait entre 70 et 90 fr. (selon
que dame Q_ ou ses filles étaient de garde), et « un peu plus le week-end »,
de sorte que sur une période de 6 mois, la rémunération mensuelle moyenne perçue
via W_ s’était élevée à 20'000 francs. Dame Q_ a en revanche
réfuté avoir reçu de dame G_ mais par l’entremise de W_, en
novembre 2011, le montant de 20'000 fr. à titre de cadeau, et démenti avoir signé la
quittance correspondante (p. 24 s.).
2.6 Le 1 er mai 2012, la Chambre pupillaire a, sur la base de l’inventaire transmis par
dame D_ (cf. supra, consid. 2.3), constaté que la pupille était, sous l’angle de
la fortune immobilière, propriétaire des PPE n os
xxx1 et xxx2 susdécrites (cf. supra,
consid. 2.1), et titulaire d’une fortune mobilière – valeur des bijoux, tableaux et
mobiliers se trouvant dans l’appartement et dans les coffres bancaires non comprise –
se montant à 17'243'302 fr.11, ainsi répartie (p. 21) :
- 10 -
Valeur / dénomination Devise Montant
compte K_ xxx EUR 3'019'835.00
compte K_ xxx CHF 13'751'508.00
R_ compte courant EUR 4'778.88
R_ compte d’épargne EUR 1'130.41
S_ c/c GBP 2’610.95
S_ First reserve GBP 19’283.74
Liquidités (appartement et safe) CHF 1’763.80
Total CHF 17’243’302.11
2.7 D’après les renseignements de la Chambre pupillaire (p. 249 s.), les héritiers
légaux de dame G_ étaient T_, la descendante de U_, à
savoir, X_, Y_, AA_, les descendants de BB_,
à savoir CC_, et DD_, ainsi que les descendants de
EE_, à savoir FF_ et GG_. La défunte avait également
laissé les quatre testaments suivants, avec institution d’héritiers (p. 250) :
- testament olographe du 06.07.2003 instituant Y_ comme seul héritier ;
- testament olographe du 07.08.2004 instituant Y_ comme seul héritier ;
- testament olographe du 19.01.2010 instituant Y_ comme seul héritier ;
- testament olographe du 28.11.2011 instituant W_ et Z_
comme héritiers.
C’est ici le lieu de préciser qu’une action en nullité du testament (TCV C1 13 63) a été
ouverte directement (cf. art. 8 CPC) auprès du Tribunal cantonal le 4 mars 2013, dite
procédure ayant toutefois – en raison du décès de Y_, demandeur, intervenu
le 4 novembre 2013 –, été suspendue selon ordonnance du 11 novembre 2013 jusqu'à
droit connu sur le sort de la succession de l’intéressé.
Le 15 septembre 2012, la Chambre pupillaire a convoqué dame D_,
W_, le mandataire de Y_ (à savoir M e C_) et les autres
héritiers, à la séance de reddition des comptes fixée au 16 octobre 2012 (p. 7 ss).
- 11 -
2.8 Etaient présents à la séance aménagée le 16 octobre 2012 dame D_,
W_, X_, HH_ et M e C_ – les deux derniers
nommés représentant Y_ – et Z_. Il a été relevé dans la décision
du même jour que W_ avait, compte tenu des dénégations de dame
Q_, restitué le montant de 20'000 fr. soi-disant remis à titre de cadeau, de
même que le montant de 17'000 fr. initialement retenu comme provision pour
rémunérer son activité de tuteur (p. 1 ss). La motivation de la Chambre pupillaire
concernant ce dernier point est la suivante :
Vu l’activité déployée par le tuteur W_, vu qu’une co-tutrice a été désignée dès le 30 novembre
2011 pour la gestion des biens, vu que dès lors l’activité de M. W_ s’est limitée à divers contacts
et visites de sa pupille, vu que la Chambre est habilitée à fixer la rémunération du tuteur (art. 43 LACCS et
416 CCS), vu que cette décision ressort de sa compétence, vu que la rémunération est prélevée sur les
biens du pupille et fixée en équité, vu la directive de l’Etat du Valais du 1 er
décembre 2005 exposant
qu’une rémunération horaire de CHF 35.00, respectivement CHF 50.00, constitue une référence minimale
Vu que dans le cas d’espèce la rémunération horaire est fixée à CHF 50.00.
Vu que la Chambre pupillaire retient que M. W_ a déployé une activité de l’ordre de 3 heures par
semaines, sur environ six mois, soit au total 75 heures
Vu que dès lors le montant alloué à M. W_ pour son activité de tuteur est fixé à CHF 3'750.00.
La Chambre pupillaire a par ailleurs arrêté à 4931 fr.50 la rémunération de dame
D_ en tant que co-tutrice pour la période courant du 30 novembre 2011 au
« 17 » décembre 2011 (recte : 27, correspondant à la date à partir de la laquelle
W_ a été relevé de sa fonction de co-tuteur) et donné droit à la conclusion de
l’homme de loi de Y_, tendant à ce que le versement de l’indemnité prévue
en faveur de W_ soit suspendu « jusqu’à droit connu quant aux éventuelles
procédures pendantes ou à venir entre les parties ».

II. Considérant en droit
3. L’appelant se plaint du montant de la rémunération allouée par l’autorité attaquée
pour son activité comme (co-)tuteur, qu’il estime trop basse. Les 75 heures retenues
par la Chambre pupillaire, alors que lui-même avait estimé en avoir réalisé plus de 200,
sont clairement insuffisantes. Par ailleurs, le tarif horaire serait inadéquat : l’autorité
attaquée s’est contentée d’appliquer la directive du Conseil d’Etat, sans l’adapter aux
circonstances du cas d’espèce, en particulier la fortune conséquente dont disposait la
pupille. Il invoque également une inégalité de traitement par rapport aux appointements
alloués à dame D_, co-tutrice. Enfin, la Chambre pupillaire n’a pas tenu
compte des débours liés aux déplacements du tuteur, certes « [non] détaillés dans la
facture établie », mais qui pouvaient être estimés en retenant 3 visites par semaine
- 12 -
(trajets de I_ à E_ [Hôpital], ou de I_ à B_
[Home N_] ; cf. recours, ch. 3.2, p. 3 ss).
3.1
3.1.1 Conformément à l’art. 14 al. 1 tit. final CC, depuis l’entrée en vigueur du nouveau
droit, le 1 er janvier 2013, celui-ci est seul applicable sur le plan matériel. Il en résulte
que les mesures ordonnées sous l’empire de l’ancien droit (tutelle, curatelle, conseil
légal, etc.) sont en principe régies par le nouveau (Geiser, Protection de l’adulte, n. 3
ad art. 14/14a tit. final CC). Toutefois, l’art. 14 tit. final CC ne prescrit pas comment
doivent être traitées les questions autres que les mesures, notamment celle de la
responsabilité (art. 426 ss aCC, désormais art. 454 CC). Selon la doctrine, si un
comportement a pris fin lors de l’entrée en vigueur du nouveau droit, la question
juridique à résoudre (par exemple celle de la responsabilité) est régie exclusivement
par l’ancien droit, indépendamment du moment auquel ladite question est invoquée (en
ce sens, cf. Geiser, Protection de l’adulte, n. 17-18 ad art. 14/14a tit. final CC). C’est
ainsi que le Tribunal cantonal des Grisons a, dans le cadre d’un recours traité en 2013
contre la décision concernant la reddition de comptes et la rémunération d’un curateur
rendue en 2012 par l’autorité pupillaire, appliqué les règles de l’ancien droit à ces
questions de droit matériel (art. 416 et 451 ss aCC), tout en relevant que le nouveau
droit (art. 404 et 425 CC) n’apportait aucune modification essentielle (arrêt du
Kantonsgericht Graubündens, I. Zivilkammer, ZK1 13 17 du 29 avril 2013 consid. 2a
[disponible sur www.lawsearch.gr.ch], auquel fait suite l’arrêt du Tribunal fédéral
5D_128/2013 du 14 août 2013).
3.1.2 Selon l’art. 416 aCC, le tuteur a droit à une rémunération prélevée sur les biens
du pupille; celle-ci est fixée par l'autorité tutélaire pour chaque période comptable, eu
égard au travail du tuteur et aux revenus du pupille.
La loi ne précise pas comment procéder à cette fixation. Le montant de la
rémunération dépendra avant tout du travail que doit fournir le tuteur, mais il faut
également tenir compte des revenus du pupille. L’autorité prendra en considération les
circonstances de chaque tutelle. Par exemple, le travail nécessaire pour obtenir des
revenus identiques dépend largement de la composition des biens du pupille ; de
même, la tâche du tuteur sera en général plus lourde dans les mois qui suivent
l’institution de la tutelle (inventaire, liquidation d’une succession, etc.) que par la suite
(Deschenaux/Steinauer, op. cit., n. 953, p. 366).
Par ailleurs, selon la doctrine et la jurisprudence unanimes, lorsque le tuteur – ou le
curateur – doit fournir des services propres à son activité professionnelle, il a droit à
une rémunération particulière, fixée en principe sur la base du tarif professionnel
reconnu. Même en pareil cas, l'autorité tutélaire conserve cependant un certain pouvoir
d'appréciation, lui permettant selon les circonstances de réduire l'indemnité qui serait
due selon le tarif, voire de s'écarter de ce dernier (ATF 116 II 399 consid. 4b ; arrêt
5P.367/1999 du 21 mars 2000 consid. 3a, in SJ 2000 I p. 342 ss ; pour le nouveau
droit [art. 404 CC], cf. Meier/Lukic, Introduction au nouveau droit de la protection de
l’adulte, Genève/Zurich/Bâle 2011, n. 558, p. 253 s.). Sont notamment déterminants en
la matière, l'importance et les difficultés du mandat confié, ainsi que la situation de
- 13 -
fortune et de revenus du pupille (ATF 116 II 399 consid. 4; arrêts 5A_319/2008 du
23 juin 2008 consid. 4.1 ; 5P.60/2000 du 6 mars 2000 consid. 2b/bb). Le tuteur a droit
à une rémunération aussi bien pour l'administration des biens que pour les soins
personnels (Geiser, BaK, n. 2 ad art. 416 aCC ; Deschenaux/Steinauer, op. cit., n. 952,
p. 366 ; Albisser, Die Entschädigung des Vormundes eines bedürftigen Mündels, in
RDT 1946 p. 37), même s'il s'agit d'un proche parent (arrêt 5D_215/2011 du
12 septembre 2012 consid. 3.3 ; Egger, Zürcher Kommentar, n. 4 ad art. 416 aCC).
Enfin, le tuteur a également droit au remboursement de toutes les dépenses faites
dans l’exercice régulier de ses fonctions (Deschenaux/Steinauer, op. cit., n. 953 in fine,
p. 366 ; cf. ég. Geiser, BaK, n. 14 ad art. 416 aCC). En effet, les frais (téléphone,
transports, frais de port et de repas) ne sont pas compris dans la rémunération
forfaitaire ou dans le tarif horaire. Ils sont remboursés séparément, soit sur la base
d’un décompte accompagné de justificatifs, soit sous forme forfaitaire (pour le nouveau
droit, cf. Häfeli, in Leuba et al. [éd.], Commentaire du droit de la famille, Protection de
l’adulte, Bâle 2013, n. 6 ad art. 404 CC).
A titre illustratif, dans une affaire genevoise où le curateur avait été désigné en raison
de ses compétences comme avocat, le Tribunal fédéral n’a pas désavoué les
instances cantonales qui lui avaient alloué une rémunération de 32'800 fr. pour son
activité exercée pendant environ 8 mois, sur la base d’environ 94 h d’activités au tarif
horaire de 350 fr. – tarif qualifié de modéré compte tenu de la situation financière du
pupille, titulaire d’une fortune, mobilière et immobilière, de plusieurs millions – et des
difficultés rencontrées dans l’exécution de son mandat, du fait de l’attitude
oppositionnelle de certains enfants du pupille, ayant contesté sa nomination et tenté de
l’empêcher de remplir efficacement son office (arrêt 5A_319/2008 précité consid. 4.2).
3.1.3 Si la fixation du montant de la rémunération du tuteur relève de la compétence
de l’autorité pupillaire, l’autorité de surveillance peut émettre des directives à ce sujet
(Geiser, BaK, n. 6 ad art. 416 aCC). Il y a lieu cependant de rappeler qu'une directive
administrative n'a pas force de loi, qu'elle ne lie ni les administrés, ni les tribunaux, ni
même l'administration qui doit donc tenir compte des circonstances de l'espèce (ATF
133 II 305 consid. 8.1 ; arrêt 2C_132/2010 du 17 août 2010 consid. 3.3). La fixation de
la rémunération intervient dans le cadre d’une procédure administrative, où les
principes généraux de l’Etat de droit doivent être respectés. Le tuteur doit être entendu
avant que la décision ne soit prise, et être invité à déposer une note de frais. Souvent,
les circonstances nécessaires pour la fixation de la rémunération ressortiront déjà du
rapport du tuteur concernant son activité et des comptes (Geiser, BaK, n. 8 ad art. 416
aCC).
En Valais, l’art. 46 de l’ordonnance sur la tutelle, du 27 octobre 1999 (OT ; RS/VS
211.250), en vigueur jusqu’au 31 décembre 2012 et qui explicitait l’art. 43 al. 1 aLACC
(« rémunération des tuteurs et curateurs »), disposait que le tuteur avait droit à une
rémunération équitable pour les soins personnels et pour l’administration des biens,
conformément aux dispositions du Code civil suisse (al. 1) et qu’il avait en outre droit
au remboursement de ses débours et autres dépenses rendues nécessaires par
l’exercice régulier de sa fonction, calculés conformément à la loi fixant le tarif des frais
- 14 -
et dépens devant les autorités judiciaires ou administratives (LTar ; RS/VS 173.8). Sur
la base de l’art. 46 OT, le Conseil d’Etat – en tant qu’autorité exerçant la haute
surveillance sur les Chambres pupillaires et les Chambres de tutelle (cf. art. 18 al. 1
aLACC) –, a édicté, le 1 er décembre 2005, une directive, exposant qu’une
rémunération horaire de 35 fr. (cf. arrêt 5P.177/1991 du 7 octobre 1991 consid. 4a, in
SJ 1992 p. 81 ss [rémunération d’un administrateur officiel à Genève]), respectivement
de 50 fr., constituait une référence minimale (cf. Häfeli, op. cit., n. 5 ad art. 404 CC, qui
indique des tarifs horaires allant de 50 à 100 francs).
3.1.4 Pour respecter le droit d'être entendu (art. 29 al. 2 Cst. ; cf. ég. art. 447 CC et
118a LACC dans le domaine de la protection de l’adulte depuis le 1 er
janvier 2013),
l’autorité a le devoir de motiver sa décision, afin que l’administré puisse la comprendre,
la contester utilement s'il y a lieu et exercer son droit de recours à bon escient. Pour
satisfaire à ces exigences, l’autorité doit mentionner, au moins brièvement, les motifs
qui l'ont guidée et sur lesquels elle a fondé sa décision, de telle sorte que l'intéressé
puisse se rendre compte de la portée de celle-ci et l'attaquer en connaissance de
cause. L’autorité n'a toutefois pas l'obligation d'exposer et de discuter tous les faits,
moyens de preuve et griefs invoqués par les parties, mais peut au contraire se limiter à
l'examen des questions décisives pour l'issue du litige (ATF 135 III 670 consid. 3.3.1;
134 I 83 consid. 4.1 ; arrêt 2C_853/2010 du 22 mars 2011 consid. 4.1).
3.2
3.2.1 En l’espèce, l’appelant se plaint d’une mauvaise appréciation des faits en ce qui
concerne le nombre d’heures consacrées à son activité de (co-)tuteur, pour la période
courant du 12 juillet au 27 décembre 2011. En prévision de la séance de reddition des
comptes, et afin de respecter le droit d’être entendu de l’intéressé (cf. supra, consid.
3.1.3), l’autorité attaquée a, par courrier du 13 mars 2012, notamment invité l’appelant
qui, sans autorisation préalable, avait conservé une somme de 36'000 fr. à titre de
provision pour sa rémunération, à justifier ses honoraires par des décomptes précis et
distinguant son activité de fiduciaire de celle de tuteur. S’il n’a certes pas,
contrairement à dame D_ (cf. supra, consid. 2.4), déposé de décompte plus
précis – l’inverse ne résultant à tout le moins pas du dossier –, l’appelant a en
revanche exposé dans son courrier du 26 mars 2012 à l’intention de la Chambre
pupillaire s’être rendu entre 3 à 4 fois par semaine auprès de sa pupille pour des
visites de 2 à 3 heures l’une, ce qui représentait globalement 200 heures sur les
5 mois, ou 40 heures par mois ou 10 heures par semaine, ce qui lui paraissait une
estimation « tout à fait raisonnable » (cf. supra, consid. 2.5). Dans sa décision du
16 octobre 2012, l’autorité attaquée se contente d’affirmer que l’activité ne saurait avoir
dépassé 75 h (soit une rencontre de 3 h par semaine), sans expliquer plus avant les
motifs qui l’ont amenée à retenir ces chiffres, de près de 3 fois inférieurs à ceux
annoncés par l’appelant. Même si le montant articulé de 200 heures paraît excessif, en
tenant compte, d’une part, du fait que pendant les six derniers mois de sa vie la pupille
a déjà bénéficié de la présence de trois gardes-malade sept jours sur sept (cf. dame
Q_ et ses filles), d’autre part, du fait que l’ampleur du soutien allégué semble
incompatible avec l’emploi du temps d’un indépendant tenant une fiduciaire à
I_ et, de tierce part, qu’un co-tuteur (dame D_) a été désigné dès
le 30 novembre 2011 pour s’occuper des tâches financières excédant la gestion
- 15 -
courante, il appartenait à l’autorité attaquée d’exposer pour quels motifs elle a exclu les
chiffres avancés par l’appelant et retenu celui de 75 heures. Sachant que l’autorité
intimée a, compte tenu des doutes existant concernant le versement du montant de
20'000 fr. en tant que donation à dame Q_, procédé en mai 2012 à l’audition
de celle-ci (sur cette possibilité, cf. Bohnet, op. cit., n. 129, p. 81), il lui appartenait, en
application de la maxime inquisitoire (cf. art. 17 al. 1 LPJA par le renvoi de l’art. 45 al.
1, 2 nde
phrase, aLACC) d’interroger ou à tout le moins d’interpeller par écrit le
personnel soignant du Home N_, à B_, afin de vérifier les
affirmations de l’appelant concernant la fréquence à laquelle il soutient avoir rendu
visite à sa pupille. C’est dire qu’en l’état, les éléments figurant au dossier sont
insuffisants pour déterminer, même par estimation, en l’absence de décompte précis,
le nombre d’heures consacrées par l’appelant pour son activité de tuteur. Sur ce point,
le grief de l’intéressé est fondé.
3.2.2 L’appelant exploite certes une fiduciaire, mais il a été avant tout désigné tuteur
(puis co-tuteur) de dame G_ compte tenu des liens particuliers noués avec
celle-ci et son époux depuis plusieurs dizaines d’années (cf. recours, ch. 3.2, p. 3). Les
prestations fournies par l’appelant (démarches en vue de l’installation au home de sa
pupille, réception et gestion du courrier, notamment bancaire, demande de
remboursement de frais médicaux, etc.) ne sortaient par ailleurs pas du cadre d’une
tutelle standard. C’est d’ailleurs en raison de la fortune conséquente de la pupille,
impliquant des placements financiers, que dame D_ a, compte tenu de son
expérience professionnelle dans ce domaine, été désignée comme co-tutrice, chargée
des aspects fiscaux et liés à la gestion de fortune (cf. supra, consid. 2.2). Les rôles
différents assignés par l’autorité attaquée à chacun des co-tuteurs – celui de l’appelant
ne nécessitant pas de connaissance professionnelle particulière, même s’il exploitait
dans le privé une fiduciaire –, justifient une rémunération différente. L’intéressé ne peut
en conséquence se plaindre d’une quelconque inégalité de traitement par rapport à
dame D_, laquelle est de surcroît intervenue après le décès de la pupille en
tant qu’administratrice de la succession, de sorte que le tarif horaire de 120 fr. ne
paraissait pas discutable (cf. supra, consid. 2.4). De son côté, s’il critique le tarif horaire
de 50 fr. sur lequel s’est fondé l’autorité attaquée, conformément à la Directive du
Conseil d’Etat du 1 er
janvier 2005, l’appelant n’a pas lui-même articulé expressément le
montant du tarif qu’il estimerait adéquat. Tout au plus peut-on déduire de sa conclusion
tendant au paiement de la somme de 17'000 fr. – englobant 1500 fr. d’indemnités
kilométriques pour les déplacements (recours, ch. 3.2 in fine, p. 5), et correspondant
étrangement au montant de la provision qu’il a dû restituer à l’autorité attaquée
(cf. supra, consid. 2.5) – que l’appelant semble se prévaloir, pour environ 200 heures
d’activités, d’un tarif de l’ordre de 75 fr. ([17'000 fr. – 1500 fr.] / 200 heures), qui n’est
en définitive pas conséquemment plus élevé que celui préconisé par la Directive et, en
tout état de cause, ne correspond nullement aux honoraires habituels d’une fiduciaire.
Quant à l’adaptation, à la hausse, du tarif horaire retenu (soit 50 fr.) en raison de la
fortune conséquente de la pupille, elle ne s’imposait pas compte tenu du type de
prestations fournies par l’appelant, que l’on peut qualifier de standard. L’on ne se
trouve en effet pas dans une situation comparable à celle de l’avocat ayant dû
intervenir dans une tutelle particulièrement litigieuse, réclamant de nombreuses
- 16 -
interventions, telle qu’énoncée au consid. 3.1.2 in fine, auquel il est renvoyé. Partant, la
prise en considération par l’autorité attaquée d’un tarif horaire de 50 fr. pour rémunérer
l’activité de l’appelant en tant que co-tuteur ne prête pas le flanc à la critique dans le
cas particulier.
3.2.3 En revanche, comme on l’a vu (cf. supra, consid. 3.1.3), il faut distinguer le
montant de la rémunération due pour l’activité de tuteur du montant prévu pour les
débours. Or, l’autorité attaquée n’a pas du tout tenu compte des débours,
singulièrement ceux liés aux frais de transports, et qu’il était possible – une fois
déterminé le nombre d’heures consacrées à la tutelle – d’estimer au moyen de la LTar
(cf. art. 10 al. 1 let. a LTar : indemnité kilométrique de 0 fr.60) et de données facilement
accessibles (cf. distances de I_ [bureau] ou II_ [domicile] à
B_ [home], oscillant de 21 km [I_-B_] à 13 km
[II_-B_] ; cf. www.finaroute.ch). Ayant nommé un tuteur ne résidant
pas sur territoire de la commune de domicile de la pupille, l’autorité attaquée ne
pouvait qu’être consciente de la nécessaire existence de frais de transports. Le grief de
l’appelant concernant l’absence de prise en considération de ces frais est donc fondé.
3.2.4 Il suit de ce qui précède que le recours doit être admis et le chiffre 6 du dispositif
de la décision rendue le 16 octobre 2012 par la Chambre pupillaire de B_
annulé. Parce que le dossier ne permet pas, en l’état, de statuer sur l’indemnité à
allouer à l’appelant, que la maxime inquisitoire trouve application de manière plus
limitée devant l’instance de recours (cf. supra, consid. 1.1.3), que l’autorité de
protection devra – après avoir procédé à un complément d’instruction (cf. supra,
consid. 3.2.1) – se livrer à une nouvelle appréciation des preuves, laquelle pourra le
cas échéant être revue dans un éventuel recours ultérieur (cf. double degré de
juridiction) et enfin, que contrairement au prononcé d’une mesure immédiate, le litige
(cf. rémunération du tuteur) ne comporte aucun degré d’urgence particulière, il
convient, en application de l’art. 318 al. 1 let. c ch. 2 CPC (applicable par analogie
selon renvoi de l’art. 450f CC) de renvoyer la cause à l’Autorité de protection de
l’enfant et de l’adulte de B_, en tant que successeur de la Chambre pupillaire
de B_, pour complément d’instruction et nouvelle décision, dans le sens des
considérants.
4. Dans un second moyen, qu’il convient d’examiner également dans la mesure où il
est susceptible d’exercer une influence sur la nouvelle décision à rendre, l’appelant se
plaint du caractère conditionnel de la rémunération qui lui a été allouée, restriction qui
ne repose sur aucune base légale, et qui ne ressort en particulier pas des art. 46 aOT
et 43 al. 1 aLACC traitant de la rétribution équitable due au tuteur (cf. recours, ch. 3.1,
p. 2 s.). En reportant le délai de paiement de l’indemnité, l’autorité attaquée a, de l’avis
de l’appelant, commis une violation du droit.
4.1
4.1.1 Dans un arrêt déjà ancien – mais qui demeure d’actualité –, le Tribunal fédéral a
qualifié d’arbitraire la décision cantonale déclarant la rémunération due au tuteur
exigible uniquement si aucune action n'était introduite par le pupille dans le délai d'un
mois dès la notification de ladite décision. La Haute Cour a rappelé que l’exercice des
- 17 -
fonctions de tuteur a parfois été considéré comme un nobile officium ne donnant pas
droit à une indemnité. Mais le législateur suisse s'est prononcé en faveur du caractère
rémunérateur de ces fonctions (art. 416 aCC), qui sont assimilées à un office public et
qui peuvent être imposées aux parents du mineur ou de l'interdit, au conjoint, ainsi qu'à
toutes autres personnes habitant l'arrondissement tutélaire et jouissant des droits
civiques (art. 382 al. 1 aCC). La rémunération est fixée par l'autorité tutélaire et elle est
prélevée sur les biens du pupille (art. 416 aCC). La décision de l'autorité tutélaire
constitue une décision d'une autorité administrative prise dans le cadre de la
compétence de cette autorité. Aussi représente-t-elle un titre de mainlevée définitive de
l'opposition (cf. notamment Panchaud/Caprez, La mainlevée d'opposition, 2 e éd. 1980,
§ 123; ATF 99 Ia 429 consid. 3). Faire dépendre l'exigibilité de la rémunération de la
non-introduction d'une action en dommages-intérêts signifie méconnaître la nature et la
portée mêmes de la décision qui fixe cette rémunération et qui, dans une poursuite
subséquente, ne peut être mise en échec que par l'une des exceptions prévues à l'art.
81 al. 1 LP (extinction de la dette, sursis, prescription); cela équivaut à rendre illusoire,
souvent pendant des années, le droit à la rémunération, qui peut être fait valoir à la fin
de chaque période comptable et qui est renforcé par la possibilité de prélever la
rémunération sur les biens du pupille. La décision cantonale était, sur ce point, d'autant
moins fondée que la loi oblige à accepter les fonctions de tuteur (ATF 113 II 394
consid. 2 ; cf. ég., sous l’empire du nouveau droit, l’art. 400 al. 2 CC et Flückiger,
L'obligation d'être tuteur : un principe de subsidiarité à l'épreuve de l'article 4 CEDH, in
Festschrift für Paul Richli, Zürich/St. Gallen 2011, p. 175 ss, spéc. p. 86 ss ; arrêt
5A_699/2013 du 29 novembre 2013 consid. 3).
4.1.2 Le Tribunal fédéral a, dans un arrêt plus récent que l’ATF 113 II 394 résumé ci-
avant, souligné que les autorités tutélaires appelées à approuver les comptes
(cf. art. 451 ss aCC) et fixer la rétribution du tuteur (art. 416 aCC) n’avaient pas à se
prononcer sur les prétendus manquements du dernier nommé et à inscrire à l'actif du
compte final les créances en dommages-intérêts correspondantes, dont l’examen des
conditions d’exercice relève de la compétence exclusive du juge (arrêt 5A_587/2012
du 23 novembre 2012 consid. 3.2.1 et la réf. à l’ATF 70 II 77 [curatelle]). Dans un tel
cas de figure, il appartient en effet aux intéressés de faire valoir leurs prétentions en
remboursement devant la juridiction compétente (arrêt 5D_215/2011 précité consid.
3.2, et la réf. à l’arrêt cantonal paru in RDT 1953 p. 67).
4.2 En l’espèce, l’autorité attaquée a, sans explication aucune, donné droit à la
conclusion du conseil de Y_ tendant à ce que le montant de l’indemnité due
en faveur de l’appelant pour son activité de tuteur, à prélever sur les avoirs de la
pupille, ne soit versée qu’après « droit connu quant aux procédures en cours ou à venir
entre les parties » (cf. supra, consid. 2.8). La condition posée par l’autorité attaquée,
qu’elle n’a pas justifié, en particulier, en invoquant la problématique des montants que
le tuteur avait voulu conserver indûment avant de les restituer (i.e. 20'000 fr. [don] et
17'000 fr. [provision] ; cf. supra, consid. 2.5 et 2.8) – motifs du reste non pertinents (cf.
supra, consid. 4.1.2) –, est clairement contraire à la jurisprudence publiée aux ATF 113
II 394 et ne repose sur aucune base légale. Conditionner le règlement de l’indemnité
au sort de procès « en cours ou à venir » – celui en nullité du testament n’ayant du
reste été introduit que le 4 mars 2013, soit postérieurement à la décision entreprise
- 18 -
(cf. supra, consid. 2.7) – est en effet de nature à rendre illusoire tout droit à une
rémunération pour le tuteur. Partant, le grief soulevé par l’appelant est bien fondé, et il
appartiendra à l’autorité attaquée, dans la nouvelle décision à rendre, de tenir compte
de ce qui précède.
5. L’affaire étant renvoyée à l’autorité inférieure pour nouvelle décision sur le fond, il lui
appartiendra de trancher la répartition des frais de la procédure de recours ainsi que le
sort des dépens (art. 34 al. 1 OPEA et 104 al. 4 CPC), dont les montants sont, quant à
eux, arrêtés ci-après (Tappy, in Bohnet et al. [éd.], Code de procédure civile
commenté, Bâle 2011, n. 20 ad art. 104 CPC ; Schmid, in Oberhammer [Hrsg.],
Schweizerische Zivilprozessordnung, Kurzkommentar, 2. Aufl. 2013, n. 7 ad art. 104
CPC). L’émolument de justice qui peut osciller entre 90 fr. et 4000 fr. (art. 18 al. 1 LTar)
est fixé, compte tenu de l’ampleur du dossier et de la difficulté ordinaire de la cause, à
400 francs. Quant aux dépens, eu égard à l’activité déployée par le conseil de
l’appelant – qui a consisté pour l’essentiel en la rédaction d’un recours de 5 pages,
motivé en fait et en droit –, ils sont arrêtés à 800 fr. (art. 27 et 35 LTar).