Decision ID: fd3018a0-043a-4758-bfdd-d82f88e172ae
Year: 2020
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. Ressortissant tunisien né en 1986, A._ a épousé B._, elle-même née en 1970, Suissesse, le ******** 2009. Il est entré en Suisse le 26 mars 2009. Le 23 avril 2009, une autorisation de séjour au titre du regroupement familial avec son épouse lui a été délivrée. Confrontés à des difficultés conjugales, les époux se sont séparés en décembre 2010. B._ a entamé une procédure en divorce, lequel a été prononcé en octobre 2012. Aucun enfant n’est issu de cette union.
Par décision du 25 septembre 2013, le Service de la population (SPOP) a refusé de prolonger l’autorisation de séjour délivrée à A._ et prononcé son renvoi de Suisse en lui impartissant un délai de trois mois pour quitter le territoire helvétique. Le recours interjeté contre cette décision a été rejeté, par arrêt de la CDAP PE.2013.0430 du 23 janvier 2014. Le 12 mars 2014, le SPOP a imparti à A._ un nouveau délai au 12 juin 2014 pour quitter la Suisse.
B. A._ a requis dans un premier temps que ce délai de renvoi soit prolongé afin d’épouser sa nouvelle fiancée, C._, citoyenne de l’UE née en 1958 et établie en Suisse. Les démarches administratives en vue du mariage n’ayant pas été effectuées, il a été enjoint de quitter immédiatement la Suisse, le 4 août 2014. Le 6 août 2014, A._ a requis la délivrance d’une autorisation de séjour aux fins de mariage. Le 20 octobre 2014, son renvoi a été suspendu. Le 23 juillet 2015, A._ a épousé C._ et a rejoint cette dernière à son domicile de ********. Une nouvelle autorisation de séjour, au titre du regroupement familial avec une ressortissante d’un pays de l’UE, lui a été délivrée. Les époux se sont séparés le 30 novembre 2016. Le 30 janvier 2019, devant le Président du Tribunal civil de l’arrondissement de ********, les époux sont convenus d’une séparation d’une durée d’une année. Ils n’ont pas repris la vie commune.
A._, qui travaillait depuis 2010 en qualité de garçon de cuisine au café-restaurant ********, à ********, a été congédié avec effet immédiat à la fin du mois de juillet 2018. Il n’a exercé aucun emploi depuis lors. Le 6 février 2019, il s’est présenté au contrôle des habitants de la ville de ********, en expliquant qu’il vivait séparé de son épouse, tout en refusant de communiquer sa nouvelle adresse.
C. Le 23 mai 2019, le SPOP a informé A._ de son intention de refuser la prolongation de son autorisation de séjour et de prononcer son renvoi. A._ s’est déterminé le 21 juin 2019; il ressort de ses explications que les époux avaient choisi de poursuivre leur relation mais d’habiter séparément. Il a revendiqué la prolongation de son autorisation de séjour au titre du regroupement familial. Invitée par le SPOP à se déterminer, C._ a indiqué, dans sa réponse, que les époux se sont séparés au vu de leurs différences culturelles et d’âge, qu’elle ne voulait plus vivre avec A._, bien qu’elle ait toujours des sentiments à son égard. Elle dit avoir déménagé de ******** à ********, pour être plus proche du lieu de son travail.
Le 20 mai 2019, sans domicile fixe, A._ a requis l’aide d’urgence auprès du SPOP; cette prestation d’assistance lui a été versée pour les périodes du 20 mai au 3 juin 2019, dès lors jusqu’au 2 septembre 2019, puis jusqu’au 1er octobre 2019. Il est assisté depuis lors par l’Etablissement vaudoise d’accueil aux migrants (EVAM) et a emménagé à ********.
Par décision du 2 septembre 2019, le SPOP a refusé de prolonger l’autorisation de séjour d’A._ et a prononcé son renvoi. Cette décision a été notifiée le même jour à l’intéressé.
D. Le 30 septembre 2019, A._ a recouru auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) contre cette décision, dont il demande l’annulation. Il conclut à ce que son autorisation de séjour soit prolongée.
Le SPOP a produit son dossier; il maintient sa décision.
E. Le Tribunal a statué à huis clos, par voie de circulation.

Considérant en droit:
1. Interjeté en temps utile auprès de l'autorité compétente, le recours satisfait aux autres conditions formelles de recevabilité (cf. art. 79 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; BLV 173.36], applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD, 95 et 96 al. 1 let. a LPA-VD), de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2. a) Les ressortissants étrangers ne bénéficient en principe d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail, sauf s'ils peuvent le déduire d'une norme particulière du droit fédéral ou d'un traité international (ATF 130 II 281 consid. 2.1 p. 284, 493 consid. 3.1 p. 497/498; 128 II 145 consid. 1.1.1 p. 148). La loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers ([LEtr]; depuis le 1er janvier 2019: loi fédérale sur les étrangers et l'intégration [LEI; RS 142.20]) et ses ordonnances d’application ne sont applicables aux membres de la famille des ressortissants des Etats membres de la Communauté européenne que dans la mesure où l'Accord entre la Confédération suisse, d'une part, et la Communauté européenne et ses Etats membres, d'autre part, sur la libre circulation des personnes, conclu le 21 juin 1999 (ALCP; RS 0.142.112.681) n'en dispose pas autrement ou lorsque la loi fédérale prévoit des dispositions plus favorables (art. 2 al. 2 LEI).
b) En l'occurrence, dans la mesure où le recourant a été mis au bénéfice d'une autorisation de séjour CE/AELE à la suite de son mariage avec C._, citoyenne de l’UE établie en Suisse, il y a lieu d'examiner en premier lieu si le recourant est susceptible de se prévaloir d'un droit de séjour en Suisse en application des dispositions de l'ALCP.
3. a) Selon l'art. 4 ALCP, le droit de séjour et d’accès à une activité économique des ressortissants d'une partie contractante sur le territoire d'une autre partie contractante est garanti sous réserve de l'art. 10 et conformément aux dispositions arrêtées dans l'Annexe I (ci-après: annexe I ALCP). Le conjoint d'une personne ressortissant d'une partie contractante ayant un droit de séjour et leurs descendants ont le droit de s'installer avec elle (art. 7 let. d ALCP et art. 3 al. 1, 1ère phrase, et 2 let. a et b annexe I ALCP). Le travailleur salarié doit disposer d'un logement pour sa famille considéré comme normal pour les travailleurs nationaux salariés dans la région où il est employé sans que cette disposition puisse entraîner de discriminations entre les travailleurs nationaux et les travailleurs en provenance de l'autre partie contractante (art. 3 al. 1, 2ème phrase, annexe I ALCP). Selon la jurisprudence, l’art. 3 annexe I ALCP confère au conjoint étranger d’un travailleur communautaire disposant d’une autorisation de séjour en Suisse un droit de séjour en Suisse pendant toute la durée formelle du mariage, attendu qu’il n’a pas à vivre "en permanence" sous le même toit que son époux pour être titulaire d’un tel droit, cette situation étant conforme au principe de non-discrimination en raison de la nationalité inscrit à l’art. 2 ALCP (ATF 130 II 113 consid. 8.3).
b) En principe, le droit de séjour du conjoint du détenteur du droit originaire ne s’éteint pas en cas de séparation - même durable - des époux; ce droit perdure aussi longtemps que le mariage n'est pas dissous juridiquement (divorce ou décès; cf. Secrétariat d’Etat aux migrations [SEM], Directives et commentaires concernant l'introduction progressive de la libre circulation des personnes [Directives OLCP], état au 1er avril 2020, ch. 9.4.2). Cependant, l'art. 3 annexe I ALCP ne protège pas les mariages fictifs, et en outre, en cas de séparation des époux, il y a abus de droit à invoquer cette disposition lorsque le lien conjugal est vidé de toute substance et que la demande de regroupement familial vise seulement à obtenir une autorisation de séjour pour l'époux du ressortissant communautaire (ATF 144 II 1 consid. 3.1 p. 4; 139 II 393 consid. 2.1 p. 395; 130 II 113 consid. 9.4 p. 134; arrêts du Tribunal fédéral 2C_20/2019 du 13 mai 2019 consid. 5.1; 2C_560/2017 du 8 septembre 2017 consid. 3.1; 2C_536/2016 du 13 mars 2017 consid. 2.3). A cet égard, les critères élaborés par la jurisprudence rendue à propos de l'art. 7 al. 1 de l'ancienne loi sur le séjour et l'établissement des étrangers du 26 mars 1931 (aLSEE) s'appliquent mutatis mutandis afin de garantir le respect du principe de non-discrimination inscrit à l'art. 2 ALCP et d'assurer une certaine cohésion d'ensemble au système (ATF 130 II 113 consid. 9 et les réf. cit.; CDAP PE.2013.0077 du 24 mars 2014 consid. 3a/aa et la réf. cit.). Selon la jurisprudence relative à l'art. 7 al. 1 aLSEE, le mariage n'existe plus que formellement lorsque l'union conjugale est rompue définitivement, c'est-à-dire lorsqu'il n'y a plus d'espoir de réconciliation, les causes et les motifs de la rupture ne jouant aucun rôle (ATF 130 II 113 consid. 4.2; 128 II 145 consid. 2.1; 127 II 49 consid. 5a et 5d).
En cas d'abus de droit, il y a lieu de révoquer l'autorisation ou d'en refuser la prolongation (cf. art. 23 al. 1 de l'ordonnance fédérale du 22 mai 2002 sur l'introduction de la libre circulation des personnes [OLCP; RS 142.203], en relation avec l'art. 62 al. 1 let. d LEI). La condition de révocation prévue par cette dernière disposition est également remplie lorsque le but du séjour ne correspond pas ou plus à celui pour lequel l'autorisation a été délivrée (arrêt du Tribunal fédéral 2C_128/2015 du 25 août 2015 consid. 3.3 et 3.6 et les réf. cit.).
c) Dans le cas d’espèce, le recourant et son épouse vivent séparés depuis le 30 novembre 2016. Une convention de séparation a du reste été ratifiée par le juge le 30 janvier 2019 et les conjoints se sont mis d'accord pour que l’épouse du recourant demeure dans le logement conjugal. Ainsi, la séparation dure déjà depuis trois ans et demi, sans que les époux aient repris la vie commune. Du reste, dans sa réponse à l’autorité intimée, C._ a indiqué qu’elle ne voulait plus vivre aux côtés du recourant. Le recourant évoque sans doute une possible reprise de la vie commune, sans en dire davantage, mais les explications de C._ ne constituent guère un indice allant dans ce sens; cela démontre bien plutôt une rupture irrémédiable de l'union conjugale. L’épouse du recourant a par ailleurs déménagé depuis lors pour se rapprocher de son lieu de travail, de sorte qu’il n’y a plus de logement conjugal.
Dans une situation de ce genre, il y a abus de droit, de la part du recourant, à continuer à invoquer l’existence d’un mariage qui, certes n’a pas été dissous par le divorce, mais qui n’existe plus que formellement. Le recourant n’est, dans ces conditions, pas fondé à retirer des dispositions de l'ALCP un droit à une autorisation de séjour.
4. a) Sur le plan du droit interne, l'art. 43 LEI fait dépendre le droit du conjoint étranger du titulaire d'une autorisation de séjour à se voir délivrer une autorisation de séjour, de la condition que les époux fassent ménage commun (let. a). La disparition de cette condition entraîne en principe – sous réserve de l'art. 49 LEI – l'extinction du droit, et ce indépendamment des motifs de la séparation. Lorsque la séparation a duré quelque temps et en l'absence d'indices de réconciliation, l'autorisation peut être révoquée sur la base de l'art. 62 al. 1 let. d LEI, applicable par renvoi de l'art. 51 al. 2 let. b LEI (arrêts du TF 2C_953/2011 du 22 février 2012; 2C_635/2009 du 26 mars 2010 consid. 4).
En l'espèce, il sied de constater que l'absence de ménage commun du couple empêche l'application de l'art. 43 LEI.
b) L'art. 49 LEI prévoit une exception à la condition du ménage commun en ce sens que cette exigence n'est pas applicable lorsque la communauté familiale est maintenue et que des raisons majeures justifiant l'existence de domiciles séparés peuvent être invoquées, ces deux conditions étant cumulatives (ATF 140 II 345 consid. 4.1; arrêts 2C_808/2015 du 23 octobre 2015 consid. 3.2; 2C_40/2012 du 15 octobre 2012). Les motifs susceptibles de constituer une raison majeure visent des situations exceptionnelles, fondées avant tout sur des raisons d'ordre professionnel ou familiales (arrêts 2C_204/2014 du 5 mai 2014 consid. 6.1; 2C_593/2011 du 19 mars 2012 consid. 3.1.1).
Il appartient à l'étranger d'établir l'existence de raisons majeures au sens de l'art. 49 LEI, ainsi que le maintien de la communauté familiale en dépit des domiciles séparés. Cela vaut d'autant plus que cette situation a duré plus longtemps, car une séparation d'une certaine durée fait présumer que la communauté familiale a cessé d'exister (arrêt 2C_654/2010 du 10 janvier 2011 consid. 2.2; CDAP PE.2011.0236 du 29 novembre 2011). Tel est généralement le cas d'une séparation de plus d'une année (arrêt 2C_560/2011 du 20 février 2012 consid. 3). Le but de l'art. 49 LEI n'est en effet pas de permettre aux époux étrangers de vivre séparés en Suisse pendant une longue période et cette disposition exige que la communauté familiale soit maintenue (arrêts 2C_556/2010 du 2 décembre 2010 consid. 4.1; 2C_50/2010 du 17 juin 2010 consid. 2.3.2; 2C_575/2009 du 1er juin 2010 consid. 3.6). La décision de "vivre ensemble séparément " en tant que telle et sans résulter d'autres motifs ne constitue pas une raison majeure au sens de l'art. 49 LEI (v. arrêt 2C_211/2016 du 23 février 2017 et les références citées). Lorsque la décision de ne pas faire ménage commun est motivée par une question de confort mutuel, l'art. 49 LEI ne trouve pas application (arrêt 2C_792/2010 du 25 mai 2011 consid. 4, concernant des époux affirmant qu'ils s'aimaient, qu'ils avaient des projets de vacances ensemble, mais que la cohabitation était difficile et qu'ils avaient trouvé la juste distance en ne vivant pas ensemble). Le fait qu'une reprise de la vie commune ne soit pas exclue n'est pas déterminant (arrêts 2C_654/2010 du 10 janvier 2011 consid. 2.3; 2C_635/2009 du 26 mars 2010 consid. 4.3 in fine et 4.4; CDAP PE.2012.0143 du 14 décembre 2012 consid. 3c; PE.2011.0036 du 29 novembre 2011 consid. 2b).
En l'occurrence, le recourant n'invoque aucune raison justifiant l'existence de domiciles séparés des époux au sens de l'art. 49 LEI, ni même ne se prévaut de cette disposition. A l'étude du dossier, on ne voit pas non plus de raison majeure pouvant justifier l'existence de domiciles séparés. Du reste, comme déjà exposé, on doit admettre que la communauté conjugale n'est plus maintenue.
5. Reste la question de l'éventuel droit du recourant à se voir octroyer une autorisation de séjour après dissolution de l'union conjugale.
a) L'art. 50 al. 1 LEI prévoit qu'après la dissolution de la famille, le droit du conjoint et des enfants à l'octroi d'une autorisation de séjour et à la prolongation de sa durée de validité en vertu de l'art. 43 LEI subsiste lorsque l'union conjugale a duré au moins trois ans et que les critères d'intégration définis à l'art. 58a sont remplis (let. a) ou lorsque la poursuite du séjour en Suisse s'impose pour des raisons personnelles majeures (let. b; cf. aussi l'art. 77 al. 1 de l'ordonnance fédérale du 24 octobre 2007 relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative [OASA; RS 142.201]). Selon l'art. 50 al. 2 LEI, les raisons personnelles majeures sont notamment données lorsque le conjoint est victime de violence conjugale, que le mariage a été conclu en violation de la libre volonté d'un des époux ou que la réintégration sociale dans le pays de provenance semble fortement compromise (cf. aussi l'art. 77 al. 1 OASA).
Au regard de l'art. 50 de l'ancienne loi sur les étrangers, tel qu'en vigueur jusqu'au 31 décembre 2018, l'art. 50 LEI ne comporte que des modifications d’ordre rédactionnel. La jurisprudence développée par le Tribunal fédéral concernant l’exigence d’une vie conjugale ayant duré au moins trois ans et la manière de calculer cette durée, en particulier le principe selon lequel est seule décisive la durée de la vie commune en Suisse, demeure en conséquence applicable (arrêt PE.2019.0244 du 16 août 2019 consid. 2b).
b) S'agissant de la première condition de l'art. 50 al. 1 let. a LEI, la période minimale de trois ans de l'union conjugale commence à courir dès le début de la cohabitation effective des époux en Suisse et s'achève au moment où ceux-ci cessent de faire ménage commun (ATF 140 II 345 consid. 4.1 p. 348; 138 II 229 consid. 2 p. 231; arrêt 2C_983/2018 du 12 novembre 2018 consid. 4.1). La limite des trois ans est absolue et s'applique même s'il ne manque que quelques jours pour atteindre la durée des trente-six mois exigés par l'art. 50 al. 1 let. a LEI (ATF 137 II 345 consid. 3.1.1 p. 347; 136 II 113 consid. 3.2 et 3.4 p. 116 s.; arrêt 2C_331/2015 du 5 février 2016 consid. 2.1). Seules les années de mariage et non de concubinage sont pertinentes (ATF 140 II 345 consid. 4.1 p. 348). La notion d'union conjugale de l'art. 50 al. 1 let. a LEI ne se confond pas avec celle du mariage. Alors que celui-ci peut n'être plus que formel, l'union conjugale implique une vie conjugale effective, sous réserve des exceptions mentionnées à l'art. 49 LEI (ATF 137 II 345 consid. 3.1.2 p. 347; arrêt 2C_30/2016 consid. 3.1). Il n'est pas nécessaire que la vie commune des époux en Suisse ait eu lieu d'une seule traite. Des séjours à l'étranger du couple ne font ainsi pas obstacle à l'application de cette disposition si l'addition des périodes de vie commune en Suisse aboutit à une durée supérieure à trois ans (ATF 140 II 345 consid. 4.1 p. 348; arrêt 2C_664/2018 du 13 novembre 2018 consid. 4.1).
Dans le calcul de sa durée, il y a surtout lieu de prendre en compte la période durant laquelle les époux ont fait ménage commun d'une manière perceptible par les tiers (arrêt 2C_24/2013 du 3 mai 2013 consid. 2.1). Cette notion ne se confond pas non plus avec celle de la seule cohabitation mais implique une volonté matrimoniale commune de la part des époux. A cet égard, la période durant laquelle les conjoints continuent provisoirement à cohabiter en attendant de pouvoir se constituer deux domiciles séparés ne peut pas être prise en compte dans le calcul de trois ans de l'art. 50 al. 1 let. a LEI, faute de vie conjugale effective (arrêts 2C_1258/2012 du 2 août 2013 consid. 4.1; 2C_748/2011 du 11 juin 2012 consid. 2.1).
A cela s’ajoute que si l'union conjugale entre l'étranger et son conjoint suisse ou titulaire d'une autorisation d'établissement a effectivement duré trois ans, il faut se demander si les conjoints ont seulement cohabité pour la forme et si la durée de la cohabitation, compte tenu de l'interdiction de l'abus de droit (art. 51 al. 2 let. a LEI), ne doit pas être prise en compte ou ne l'être que partiellement (ATF 136 II 113 consid. 3.2 in fine p. 117). Est considérée comme abusive l'invocation d'un mariage qui n'a plus de substance et n'existe plus que formellement parce que l'union conjugale paraît définitivement rompue, faute de chances de réconciliation entre les époux (cf. ATF 130 II 113 consid. 4.2 p. 117; 128 II 145 consid. 2 et 3 p. 151 s.). Dans l'une et l'autre de ces hypothèses, l'intention réelle des époux ne peut souvent pas être établie par une preuve directe, mais seulement grâce à des indices (ATF 127 II 49 consid. 5a p. 57; arrêt 2C_882/2013 du 8 mai 2014 consid. 3.2).
c) L'art. 50 al. 1 let. b et al. 2 LEI vise à régler les situations qui échappent aux hypothèses de l'art. 50 al. 1 let. a LEI, soit parce que le séjour en Suisse durant le mariage n'a pas duré trois ans, soit parce que l'intégration n'est pas suffisamment accomplie ou encore parce que ces deux aspects font défaut mais que, eu égard à l'ensemble des circonstances, l'étranger se trouve dans un cas de rigueur après la dissolution de la famille (ATF 138 II 393 consid. 3.1 p. 394 s.; arrêt 2C_1030/2018 du 8 février 2019 consid. 4.1; arrêt PE.2018.0130 du 22 août 2019 consid. 4b). A cet égard, c'est la situation personnelle de l'intéressé qui est décisive et non l'intérêt public que revêt une politique migratoire restrictive (arrêts 2C_145/2019 du 24 juin 2019 consid. 3.1; 2C_12/2018 du 28 novembre 2018 consid. 3.1). L'admission d'un cas de rigueur personnel survenant après la dissolution de la communauté conjugale suppose que, sur la base des circonstances d'espèce, les conséquences pour la vie privée et familiale de la personne étrangère liées à ses conditions de vie après la perte du droit de séjour découlant de la communauté conjugale soient d'une intensité considérable (ATF 138 II 393 consid. 3 p. 393 s.; 137 II 345 consid. 3.2.3 p. 350; arrêt 2C_583/2019 du 18 juillet 2019 consid. 4.2).
S'agissant en particulier de la réintégration sociale dans le pays de provenance, l'art. 50 al. 2 LEI exige qu'elle soit fortement compromise, situation qui s'apparente en quelque sorte au cas de rigueur selon l'art. 30 al. 1 let. b LEI (arrêt PE.2018.0208 du 29 mai 2019 consid. 4c/aa et la réf. cit.). La question n'est donc pas de savoir s'il est plus facile pour la personne concernée de vivre en Suisse, mais uniquement d'examiner si, en cas de retour dans le pays d'origine, les conditions de la réintégration sociale, au regard de la situation personnelle, professionnelle et familiale de l'étranger, seraient gravement compromises (ATF 138 II 229 consid. 3.1 p. 232; arrêt 2C_213/2019 du 20 septembre 2019 consid. 5.1.1). Le simple fait que l'étranger doit retrouver les conditions de vie qui sont usuelles dans son pays de provenance ne constitue pas une raison personnelle majeure au sens de l'art. 50 LEI, même si ces conditions de vie sont moins avantageuses que celles dont cette personne bénéficie en Suisse (arrêts 2C_201/2019 du 16 avril 2019 consid. 5.1; 2C_1125/2018 du 7 janvier 2019 consid. 6.2). A noter que les alinéas 1 let. b et 2 de l'art. 50 LEI ne sont pas exhaustifs et laissent aux autorités une certaine liberté d'appréciation humanitaire (ATF 136 II 1 consid. 5.3 p. 4; arrêt PE.2017.0245 du 23 novembre 2017 consid. 3).
Au surplus, sous l'angle étroit de la protection de la vie privée, l'art. 8 de la convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH; RS 0.101) n'ouvre le droit à une autorisation de séjour qu'à des conditions très restrictives. L'étranger doit en effet établir l'existence de liens sociaux et professionnels spécialement intenses avec la Suisse, notablement supérieurs à ceux qui résultent d'une intégration ordinaire. Lorsque l’étranger réside depuis plus de dix ans en Suisse, ce qui correspond en droit suisse au délai pour obtenir une autorisation d'établissement ou la naturalisation, il y a lieu de partir de l'idée que les liens sociaux qu'il a développés avec le pays dans lequel il réside sont suffisamment étroits pour que le refus de prolonger ou la révocation de l'autorisation de demeurer en Suisse doivent n'être prononcés que pour des motifs sérieux. Lorsque la durée de la résidence est inférieure à dix ans mais que l'étranger fait preuve d'une forte intégration en Suisse, le refus de prolonger ou la révocation de l'autorisation de séjourner en Suisse peut également porter atteinte au droit au respect de la vie privée (ATF 144 I 266 consid. 3; arrêt 2C_20/2019 du 13 mai 2019 consid. 7.1 et 7.4).
d) En la présente espèce, le recourant et C._ se sont mariés le 23 juillet 2015. Ainsi qu’ils l’ont indiqué devant le juge civil, les époux se sont séparés le 30 novembre 2016. La vie commune n’a dès lors duré qu’un an, cinq mois et sept jours et aucun élément du dossier ne permet de retenir, en dépit des explications du recourant, qu’elle aurait repris depuis lors. Force est ainsi de constater que l’une des conditions cumulatives de l’art. 50 al. 1 let. a LEI n’est pas remplie, de sorte qu’il est superfétatoire d’examiner à ce stade si le recourant peut se prévaloir de la réalisation des critères d'intégration définis à l'art. 58a LEI.
Le recourant ne fait état d’aucune violence domestique l’ayant conduit à la séparation d’avec ses épouses successives. Il a quitté la Tunisie alors qu’il était âgé de vingt-trois ans et vit en Suisse depuis un peu plus de dix ans. Il semble avoir toujours travaillé, à tout le moins depuis 2010 jusqu’à la perte de son emploi d’aide de cuisine à la fin du mois de juillet 2018. Le recourant ne travaille pas et n’a jamais retrouvé d’emploi depuis lors; il explique cette situation par la précarité de son statut. On relève pourtant que, jusqu’à ce que décision attaquée soit prise, il bénéficiait d’un titre de séjour valable, lui permettant de prendre un emploi. A cela s’ajoute que les effets de la décision attaquée ont été «paralysés» par l’effet suspensif duquel son recours a été assorti. Toujours est-il que, jusqu’à la perte de son emploi, le recourant n’avait jamais perçu les prestations de l’assistance publique. Refusant de régulariser sa situation vis-à-vis des autorités ********, il a requis en vain l’octroi du revenu d’insertion. Il perçoit cependant l’aide d’urgence depuis le mois de mai 2019, conformément à la loi cantonale du 7 mars 2006 sur l'aide aux requérants d'asile et à certaines catégories d'étrangers (LARA; BLV 142.21) et à l’art. 4a de la loi cantonale du 2 décembre 2003 sur l’action sociale vaudoise (LASV; BLV 850.051). Ainsi, l’intégration du recourant en Suisse est bien plus aléatoire qu’il l’indique, dès l’instant où depuis bientôt deux ans, ce dernier ne participe pas à la vie économique (cf. art. 58a al. 1 let. b LEI), sans qu’il puisse justifier d’une raison objective à cet égard. Dans ces conditions, en dépit d’un séjour de plus de dix ans, la protection de la vie privée, garantie par l’art. 8 par. 1 CEDH, ne saurait à la prolongation de l’autorisation de séjour du recourant.
Cette constatation n’est toutefois pas suffisante pour que l’on retienne que le recourant ne représente pas un cas de rigueur au sens où l’entend l’art. 50 al. 1 let. b LEI. Il importe en outre de s’assurer que la réintégration du recourant dans son pays d’origine ne soit pas fortement compromise. On relève à cet égard que toute la famille du recourant vit en Tunisie, où il a connu sa première épouse, Suissesse, et qu’il a quittée en compagnie de cette dernière, alors qu’il était âgé de vingt-trois ans. Grâce à l’expérience qu’il a acquise en Suisse, le recourant ne devrait pas rencontrer des difficultés insurmontables pour sa réintégration professionnelle en Tunisie. En outre, il n’a pas d’enfant et est en bonne santé; à tout le moins, le contraire n’est pas allégué. Il n’apparaît pas en outre que les liens qu’il a tissés en Suisse seraient particulièrement serrés, au point que l’on ne puisse plus exiger de sa part qu’il quitte le pays. La situation du recourant ne se distingue en définitive pas fondamentalement de celle de compatriotes demeurés au pays, au point qu’il faille y voir un cas de rigueur justifiant la poursuite de son séjour en Suisse.
6. a) A supposer même que le recourant, qui n'est pas spécialement bien intégré en Suisse, puisse véritablement se prévaloir d'un séjour légal de dix ans dans le pays et invoquer valablement la protection de l'art. 8 CEDH. Une ingérence dans l'exercice du droit au respect de la vie privée garanti par l'art. 8 par. 1 CEDH est possible aux conditions de l'art. 8 par. 2 CEDH. L'examen de la proportionnalité imposé par cette disposition se confond avec celui prévu par l'art. 96 al. 1 LEI (cf. arrêts 2C_20/2019 du 13 mai 2019 consid. 7.2; 2C_158/2019 du 12 avril 2019 consid. 5.2 et 2C_151/2019 du 14 février 2019 consid. 5.2). De jurisprudence constante, la question de la proportionnalité du non-renouvellement ou de la révocation d'une autorisation de séjour doit être tranchée au regard de toutes les circonstances du cas d'espèce. Dans ce cadre, il y a lieu de prendre en considération la gravité de l'éventuelle faute commise par l'étranger, son degré d'intégration, la durée de son séjour en Suisse et les conséquences d'un renvoi (cf. ATF 139 I 145 consid. 2.4 p. 149; arrêts 2C_20/2019 du 13 mai 2019 consid. 7.3; 2C_158/2019 du 12 avril 2019 consid. 5.3 et 2C_633/2018 du 13 février 2019 consid. 7.1).
b) On relève à cet égard que le recourant émarge actuellement à l'aide sociale et n'a aucune perspective professionnelle, il est dès lors très probable qu'il en dépende durablement. Une prolongation de son séjour en Suisse pèserait sur les finances publiques. Il existe donc un intérêt public important à l'éloignement du recourant (dans ce sens, arrêt 2C_126/2020 du 12 mai 2020 consid. 6.4, s’agissant d’un ressortissant étranger bénéficiant de l’aide sociale et ayant fait l’objet de huit condamnations pénales).
c) Au vu de ce qui précède, l’autorité intimée n’a pas abusé du pouvoir d’appréciation qui lui est reconnu en la présente espèce en révoquant l’autorisation de séjour du recourant, dont les conditions ne sont plus remplies, et en lui enjoignant de quitter la Suisse.
7. Les considérants qui précèdent conduisent le Tribunal à rejeter le recours et à confirmer la décision attaquée. Nonobstant le sort du recours, le présent arrêt sera rendu sans frais (art. 49, 50, 91 et 99 LPA-VD). Au surplus, l’allocation de dépens n’entre pas en ligne de compte (art. 55 al. 1, a contrario, 56 al. 3, 91 et 99 LPA-VD).