Decision ID: e952b0d2-1a4d-50c8-a7ae-7fb85c13517a
Year: 2020
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_005
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: penal_law

considérant en fait
A. Par jugement rendu par le Tribunal pénal de l’arrondissement de la Sarine (ci-après: le Tribunal) le 3 mars 1999, A._ a été reconnu coupable de meurtre, de vol (délit manqué), de dommages à la propriété, d’infractions d’importance mineure (vol), de délit et de contravention à la loi fédérale sur les stupéfiants. Il a été condamné à une peine de réclusion de 4 ans et 6 mois, sous déduction des 166 jours de détention préventive subis. Le Tribunal a ordonné un traitement ambulatoire (DO/1107 s.).
Par jugement prononcé par le Tribunal le 11 novembre 2004, A._ a été reconnu coupable de tentative de meurtre, de lésions corporelles simples avec un objet dangereux et de contravention à la loi fédérale sur les stupéfiants. Pour ces faits, il a été condamné à une peine privative de liberté de 18 mois, sous déduction des 284 jours de détention préventive subis. Le Tribunal a suspendu la peine en application de l’art. 44 ch. 1 aCP et ordonné l’internement de A._ dans un établissement pour personnes alcooliques (DO/1083 ss).
Le 29 juin 2006, la Direction de la sécurité et de la justice (ci-après: la DSJ) a mis fin à la mesure selon l’art. 44 ch. 1 aCP prononcée le 11 novembre 2004 et invité le Tribunal à statuer sur l’application d’une mesure stationnaire (DO/1079).
Le 15 novembre 2006, le Tribunal a ordonné la suspension de la peine prononcée le 11 novembre 2004 et le placement de A._ dans un hospice ou un hôpital, en application de l’art. 43 ch. 1 al. 1 aCP (DO/1079 ss).
Cette mesure a été prolongée par décisions du Tribunal des 31 mars 2010 (DO/1061 ss) – confirmée par arrêt du Tribunal cantonal du 28 février 2011 (DO/1051 ss) –, 21 mars 2013 (DO/1039 ss) – confirmée par arrêt du Tribunal cantonal du 17 avril 2013 (DO/1032 ss) – et 1er octobre 2015 (DO/1018 ss).
B. A._ a été arrêté le 2 février 2004. Depuis lors, il a séjourné dans diverses institutions jusqu’au moment où il s’est vu octroyer le régime de travail et logement externes (: le TeLEx), le 10 mai 2012. Ce régime a toutefois été révoqué en raison du non-respect des règles de conduite par l’intéressé. Le 27 mai 2013, A._ a été transféré à l’Etablissement de détention fribourgeois, site de Bellechasse (ci-après: les EB) (DO/11'150). Le 27 août 2015, A._ a été placé à G._, à H._ (DO/1020). Le placement dans ce foyer a toutefois très vite échoué en raison d’un test positif au cannabis effectué sur l’intéressé. Il a ainsi été replacé en milieu fermé, tout d’abord à la Prison centrale, à Fribourg, dès le 1er octobre 2015, puis aux EB dès le 5 octobre 2015 (DO/1132 s.). Le 18 avril 2017, A._ a été admis au foyer I._, à J._ (DO/1133).
Par courriel du 12 décembre 2018, le Service de l’exécution des sanctions pénales et de la probation (ci-après: le SESPP) a informé la direction de la procédure que l’intéressé devait, à nouveau, être transféré, le jour-même, aux EB (DO/11'113 s., 11'126). Son transfert en milieu fermé a été préconisé par la Commission consultative de libération conditionnelle et d’examen de la dangerosité (ci-après: la CCLCED), qui avait constaté une régression et une dégradation de la situation de A._ (DO/11'113; 11'126). Le 8 janvier 2019, le SESPP a rendu une ordonnance relative à ce transfert (DO/11'148 ss). Le recours interjeté par A._ contre cette ordonnance (DO/11'196 ss; 11'438 ss) a été rejeté, le 5 juillet 2019, par la DSJ (DO/11'421
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ss), puis le 3 mars 2020 par le Tribunal cantonal (arrêt TC 601 2019 160). Ce dernier arrêt fait actuellement l’objet d’un recours auprès du Tribunal fédéral (6B_445/2020).
C. La mesure thérapeutique institutionnelle prononcée le 15 novembre 2006 à l’encontre de A._ (DO/1079 ss) et prolongée pour la dernière fois par décision du 1er octobre 2015 (DO/1018 ss) arrivait à échéance le 20 mars 2019 (DO/1016). Ainsi, par courrier du 24 juillet 2018, le SESPP s’est adressé au Tribunal, en application de l’art. 59 al. 4 CP, pour requérir la prolongation de cette mesure (DO/1000 ss).
Pour cette procédure, Me Paolo Ghidoni a été commis défenseur d’office de A._, par ordonnance du 6 septembre 2018 (DO/11'006 s.).
Le Ministère public ainsi que l’intéressé ont, par courriers des 16 août 2018 (DO/11'005) et 26 septembre 2018 (DO/11'009 ss), accepté la procédure écrite.
Invités le 21 novembre 2018 à se déterminer plus précisément sur l’opportunité d’une nouvelle expertise psychiatrique, sur le choix de l’expert et sur les questions à lui poser (DO/11'099), le Ministère public, le SESPP et A._ ont accepté le principe d’une nouvelle expertise et les propositions d’experts. Ils ont formulé leurs questions (DO/11'104, 11'105 et 11'115 ss).
Par décision du 19 décembre 2018, le Tribunal a prononcé la mise en œuvre d’une expertise psychiatrique de A._ (DO/11'128 ss). Il a confié le mandat de cette expertise au Dr B._ (DO/11'037 ss) qui a rendu son rapport le 8 mai 2019. L’expert a conclu à un risque de récidive (pour des actes condamnables violents, des vols, des infractions à la loi sur les stupéfiants ou à la circulation routière) se situant dans la partie élevée du groupe de risque moyen. Ce risque peut toutefois devenir élevé suite à une consommation d’alcool unique, mais en quantité importante ou en cas de libération conditionnelle. L’expert a en outre conclu à la pertinence de poursuivre la mesure thérapeutique institutionnelle au sens de l’art. 59 CP, A._ continuant de bénéficier de la mesure, et a préconisé de poursuivre la thérapie dans un cadre fermé, dans un premier temps (DO/11'318 ss, notamment 11'366 ss).
En se fondant sur les conclusions de l’expert, le Ministère public a requis, le 27 mai 2019, que la mesure thérapeutique stationnaire soit prolongée pour une durée de 5 ans (DO/11'384). Quant à A._, il a présenté ses observations le 3 juin 2019, relevant en substance que l’expertise, malgré un nombre important de pages, est lacunaire et inutilisable: de son avis, elle ne présente pas les critères scientifiques nécessaires pour savoir si la dangerosité et le risque de récidive sont remplis et il n’y a que des affirmations non étayées (DO/11'386 ss).
Le 21 juin 2019, l’expert s’est déterminé sur les observations de A._ et a, en substance, confirmé le contenu de son rapport (DO/11'401 s.).
En raison de la mise en œuvre de cette expertise, le Président du Tribunal avait, le 15 mars 2019, requis auprès du Tribunal des mesures de contrainte (ci-après: le Tmc) la mise en détention de A._ pour des motifs de sûreté, ceci dès le 21 mars 2019 et pour une durée de 3 mois (DO/11’230 ss). Le Tmc a fait droit à cette requête, d’abord par mesures provisionnelles du 15 mars 2019 (DO/11'235 s.), puis par ordonnance du 29 mars 2019 (DO/11'274 ss). Par décision du 24 avril 2019, le SESPP a, conformément à la requête de A._ du 4 avril 2019 (DO/11'294 s.) et à l’autorisation donnée par le Président du Tribunal (DO/11'296), prononcé l’exécution anticipée du traitement thérapeutique institutionnel de ce dernier, en application de l’art. 59 CP. Cette mesure s’effectuerait au sein des EB (DO/11'303 ss).
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Invités à se déterminer sur le fond, le Ministère public s’est rallié à la requête du SESPP du 24 juillet 2018 par adhésion de motifs et sur le vu du rapport d’expertise psychiatrique du 8 mai 2019. Il a conclu à une prolongation de la mesure pour une durée de 5 ans (DO/11'416).
A._ s’est déterminé le 30 septembre 2019 et a indiqué ne pas s’opposer à la continuation de la mesure de la façon dont celle-ci est prévue par les organes du Centre Neuchâtelois de Psychiatrie (CNP) à Perreux, notamment vers un élargissement de la mesure, mais s’est opposé à une prolongation de la mesure dans les EB ou dans un autre établissement fermé de même nature. En outre, il a requis l’administration de preuves complémentaires, soit une demande de renseignements auprès des EB sur son régime d’exécution de la mesure, la production de son dossier médical ainsi qu’une demande de renseignements auprès de l’Hôpital de Portales au sujet d’un traitement contre l’hépatite C auquel il se serait soumis (DO/11'450 ss, 11’457).
Le Ministère public et le SESPP se sont déterminés sur ces observations par courriers des 7 et 9 octobre 2019 (DO/11'460 ss, 11'465 s.). A._ a pris position le 28 novembre 2019 et a conclu à ce que la prolongation de la mesure soit accordée une ultime fois, pour une durée de 2 ans (DO/11'475 ss, 11'499).
Par décision du 19 décembre 2019, le Tribunal a prolongé d’une durée de 5 ans la mesure thérapeutique institutionnelle ordonnée à l’encontre de A._ le 15 novembre 2006, puis prolongée les 31 mars 2010, 21 mars 2013 et 1er octobre 2015, pris acte que A._ est en exécution anticipée de la mesure thérapeutique institutionnelle depuis le 24 avril 2019 aux EB, ce qui rend superflue toute éventuelle décision de maintien en détention pour des motifs de sûreté au sens de l’art. 231 al. 1 let. a CPP, arrêté le montant de l’indemnité due à Me Paolo Ghidoni, mis les frais de procédure à la charge de A._ et dit que ce dernier ne sera tenu de rembourser à l’Etat de Fribourg l’indemnité précitée que lorsque sa situation financière le lui permettra.
D. Par mémoire du 26 février 2020, A._ a interjeté recours contre cette décision. Il conclut, principalement, à l’admission du recours, à sa libération immédiate et à la mise à la charge de l’Etat des frais de procédure des deux instances. Subsidiairement, il conclut à l’admission du recours, au renvoi de la décision attaquée au Tribunal pour nouvelle décision au sens des considérants et à la mise à la charge de l’Etat des frais de procédure des deux instances.
Dans ses observations du 3 mars 2020, le Ministère public conclut à l’irrecevabilité du recours et, subsidiairement, à son rejet, avec suite de frais.
En date du 12 mars 2020, le Tribunal a renoncé à formuler des observations, si ce n’est qu’il se réfère à la décision attaquée, et a proposé le rejet du recours, avec suite de frais. Il a en outre produit son dossier.
Par courrier du 16 mars 2020, le Président du Tribunal a transmis à la Chambre pénale (ci-après: la Chambre) la lettre manuscrite reçue de la part de A._ le même jour. Entre autres,  y demande à pouvoir s’expliquer personnellement. Le 23 mars 2020, la Chambre a envoyé copie de cette lettre au mandataire du recourant.
Le 26 mars 2020, A._, par le biais de son mandataire, s’est déterminé de manière spontanée sur les observations du Ministère public, maintenant sa position.
Le 13 mai 2020, le mandataire de A._, le Ministère public et le SESPP ont obtenu la possibilité de se déterminer sur la lettre manuscrite précitée, y compris sur la question de la tenue d’une audience.
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Le Ministère public, le SESPP et le mandataire de A._ se sont déterminés par courriers respectifs des 15, 18 et 25 mai 2020.
Le 12 juin 2020, le Tribunal fédéral a retourné les dossiers en sa possession en raison de la procédure de recours 6B_445/2020, en particulier ceux du SESPP.

en droit
1.
1.1. La prolongation de la mesure thérapeutique institutionnelle au sens de l’art. 59 al. 4 CP constitue une décision judiciaire ultérieure indépendante au sens des art. 363 ss CPP (cf. arrêt TF 6B_489/2019 du 15 juillet 2019 consid. 1.1) qui est susceptible de recours (ATF 141 IV 396 consid. 4.7) auprès de la Chambre (art. 393 al. 1 let. b CPP et art. 85 al. 1 LJ).