Decision ID: cab35ddc-ea9c-5f26-b3f0-890d0ca35386
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_003
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A. a. A_ est une société anonyme de droit suisse, avec siège à _ (Genève), dont le but est le commerce et la distribution de produits et de services aux entreprises.![endif]>![if>
Son administratrice et directrice, avec signature individuelle, est C_.
b. A une date indéterminée mais dans le courant du printemps 2016, A_ a engagé B_ en qualité de "commercial", pour un salaire mensuel brut qui s'est élevé en dernier lieu à 2'500 fr., auxquels s'ajoutaient 500 fr. par mois pour les frais de location d'un véhicule. Les parties s'accordent sur le fait que le préavis de congé était de trois mois.
c. Par courrier non daté mais qui faisait suite à un entretien du 27 juin 2016, A_ a résilié le contrat de travail de B_. Le courrier de résiliation mentionnait le fait que la fin de la collaboration prenait effet "ce jour-même, selon accord des deux parties". Ce document indiquait en outre ce qui suit: "Comme convenu, un mois de préavis correspondant à 2'500 fr. bruts vous sera versé fin juillet. Les dégâts causés suite à votre accident sur la voiture de location et qui représentent un montant assez conséquent seront pris en charge par la société et payés directement auprès du garage D_ pour solde de tous comptes. Pour les besoins de l'entreprise, je vous prie de bien vouloir me restituer l'ordinateur et le téléphone portable dès réception de la présente lettre".
d. Il ressort de la procédure que B_ a reçu le salaire du mois de juillet 2016, duquel ont été déduits les montants suivants: 400 fr. au titre de contraventions, 48 fr. au titre de la non-restitution du chargeur du téléphone et 250 fr. en raison de la dégradation de l'ordinateur professionnel.
e. Le 4 mai 2016, D_ SA a émis une facture n° 1_ adressée à B_ mentionnant ce qui suit sous la rubrique concerne: "accident + solde de location contrat n° 2_". Cette facture présentait un solde en faveur de D_ SA de 4'250 fr.
f. Le 5 janvier 2017, B_ a formé une demande simplifiée devant le Tribunal des prud'hommes dirigée contre A_, l'autorisation de procéder suite à l'échec de la tentative de conciliation ayant été délivrée le 27 octobre 2016. Il a conclu au remboursement de la somme de 4'000 fr. correspondant aux frais liés à un accident de la circulation, qu'il avait versés directement à D_ SA et au paiement des sommes de 400 fr., 48 fr. et 250 fr. saisies sur son dernier salaire.
Il a allégué que dans le courrier lui notifiant son licenciement, A_ avait déclaré prendre à sa charge les dégâts causés par l'accident de circulation qu'il avait causé. Or, il avait personnellement payé la totalité de la facture de D_ SA. Il avait par ailleurs lui-même reçu les contraventions, pour un montant inférieur à 400 fr., qu'il avait réglé directement. S'agissant de la somme de 48 fr. retenue sur le salaire du mois de juillet 2016, il avait souhaité rendre le chargeur [du téléphone portable] en sa possession. Il n'avait toutefois reçu aucune réponse de A_ et était toujours prêt à le restituer, ce d'autant qu'il ne lui était plus d'aucune utilité. Concernant enfin l'ordinateur de fonction qu'il avait utilisé quotidiennement pendant plus d'une année, le cache-charnière s'était détaché. Il s'agissait par conséquent d'usure et non d'une dégradation intentionnelle. La valeur du cache-charnière était d'environ 26 fr. et non de 250 fr.
g. Dans sa réponse du 18 février 2017, A_ a expliqué que les rapports de travail avec B_ avaient pris fin le 30 juin 2016. Or, son contrat prévoyait trois mois de préavis. Il avait été convenu que le salaire du mois de juillet 2016 serait payé et que les réparations des dégâts dont B_ était responsable suite à l'accident de circulation qu'il avait causé seraient pris en charge par A_ pour couvrir les deux mois restants. Du salaire du mois de juillet 2016 avaient été déduits les montants des contraventions, le prix du chargeur du téléphone professionnel et les dommages causés à l'ordinateur que l'employé avait reçu neuf lors de son engagement. Le 1
er
août 2016, A_ avait appris que B_ avait été engagé par une autre société. A_ avait par conséquent "déclenché la procédure habituelle à tout engagement d'un collaborateur pendant une période de préavis". Par ailleurs, dès l'arrivée en Suisse de B_ en juin 2015, A_ lui avait trouvé un logement auprès de E_, également employée de A_ et avait "participé de manière significative au règlement mensuel de son loyer". Or, l'appartement avait été restitué par B_ dans un état catastrophique.
h. Le Tribunal des prud'hommes a tenu une audience le 8 mai 2017 et a procédé à l'interrogatoire des parties, lesquelles ont persisté dans leurs conclusions.
B_ a expliqué que selon son contrat de travail, le délai de congé était de trois mois. Il avait été licencié pour fin septembre 2016 et avait été d'accord de perdre ses 2
ème
et 3
ème
mois de préavis pour que le garage D_ soit payé; il ne contestait pas sa responsabilité dans l'accident de la circulation. Il avait effectivement commencé à travailler pour un nouvel employeur le 1
er
août 2016, pour un salaire de base mensuel de 3'000 fr. Lors de cette même audience, B_ s'est enfin engagé à restituer le chargeur de téléphone à son ancien employeur par la poste dans un délai de cinq jours.
A_ a précisé avoir libéré B_ de l'obligation de travailler pendant le préavis de congé. Pour le surplus, elle a exposé que la somme de 400 fr. avait été retenue sur le salaire du mois de juillet 2016 non pas pour des contraventions, mais au titre d'une garantie de loyer de 1'000 fr. que B_ n'avait pas restituée, avec la précision que A_ avait versé environ 2'500 euros à E_ à titre de loyer et d'avance de loyer, afin de "soulager" B_.
A_ a versé à la procédure un échange de courriels entre E_ et C_ intervenu durant les mois d'août et d'octobre 2015, portant sur des questions de paiement du loyer et de frais de nettoyage de l'appartement de E_. Il ressort de ces documents qu'à tout le moins une seconde personne, prénommée F_, occupait ce logement.
i. La cause a été gardée à juger à l'issue de l'audience du 8 mai 2017, les parties n'ayant sollicité aucun acte d'instruction complémentaire.
B. Par jugement
JTPH/244/2017
du 12 juin 2017, le Tribunal des prud'hommes a déclaré recevable la demande formée par B_ (chiffre 1 du dispositif), a condamné A_ SA à payer à B_ la somme nette de 4'698 fr. (ch. 2), a pris acte de l'engagement de B_ de restituer le chargeur _ à A_ SA (ch. 3), a débouté les parties de toute autre conclusion (ch. 4), la procédure étant gratuite et ne donnant pas lieu à l'allocation de dépens (ch. 5).![endif]>![if>
En substance, le Tribunal des prud'hommes a retenu que selon les allégations de A_, le contrat de B_ avait pris fin le 30 juin 2016, sans que soit observé le délai de congé contractuel de trois mois. Les parties étaient parvenues à un accord aux conditions prévues dans la lettre de licenciement, dont l'employé avait accepté les termes, soit le paiement du salaire dû pour le mois de juillet 2016 et le paiement par l'employeur, pour solde de tous comptes, des frais de réparation du véhicule accidenté directement au garage D_. L'employé ayant été libéré de son obligation de travailler pour A_ dès le 30 juin 2016, il ne pouvait lui être reproché d'avoir débuté un nouvel emploi le 1
er
août 2016. A_ devait par conséquent être condamnée à rembourser à B_ la somme de 4'000 fr.
Pour le surplus, le Tribunal des prud'hommes a considéré que A_ n'avait pas démontré détenir une créance à l'encontre de B_ permettant de justifier la retenue de la somme de 400 fr. Il ne se justifiait pas davantage de retenir 48 fr. pour la non-restitution du chargeur de téléphone, puisque l'employé s'était engagé à le rendre; de surcroît, A_ n'avait pas établi avoir mis en demeure B_ de lui restituer le chargeur en cause, dont la valeur n'avait pas davantage été prouvée. Il en allait de même s'agissant des dommages prétendument causés à l'ordinateur mis à la disposition de l'employé, qui n'avaient pas été établis. Il se justifiait dès lors de condamner A_ à verser à B_ la somme de 698 fr.
C. a. Le 20 juillet 2017, A_ a formé un recours contre le jugement du 12 juin 2017, reçu le 21 juin 2017. Elle a conclu à l'annulation du chiffre 2 de son dispositif et à ce qu'il soit dit qu'elle n'était redevable d'aucune somme envers B_, subsidiairement au renvoi de la cause devant le Tribunal des prud'hommes, avec suite de frais.![endif]>![if>
La recourante a produit des pièces nouvelles devant la Chambre des prud'hommes (pièces 4, 5, 7, 9, 10, 12 à 20).
b. Par réponse du 13 septembre 2017, B_ a conclu au rejet du recours, avec suite de frais.
c. A_ a répliqué le 9 octobre 2017 et a sollicité préalablement l'audition de trois témoins. Pour le surplus, elle a persisté dans les conclusions de son recours.
d. B_ a dupliqué le 31 octobre 2017 et a persisté dans ses conclusions.
Il a produit trois pièces nouvelles.
e. Les parties ont été informées par avis du 1
er
novembre 2017 de ce que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1. 1.1 Compte tenu de la valeur litigieuse inférieure à 10'000 fr., la voie de recours contre le jugement du 12 juin 2017 est celle du recours au sens de l'art. 319 CPC (art. 308 al. 2
a contrario