Decision ID: 575d70d9-acb8-47b4-80fe-9281c63a98dc
Year: 2006
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. Par décision du 1er septembre 2005, l’Administration cantonale des impôts a rejeté la réclamation formée par X._ et Y._contre :
- la décision de taxation définitive concernant l’impôt cantonal et communal sur le revenu et la fortune de la période fiscale 1995-1996 et la décision de taxation définitive concernant l’impôt fédéral direct sur le revenu de la période fiscale 1995-1996,
- la décision de taxation d’office concernant l’impôt cantonal et communal sur le revenu et la fortune de la période fiscale 1997-1998 et la décision de taxation d’office concernant l’impôt fédéral direct sur le revenu de la période fiscale 1997-1998,
- la décision du 25 mars 2003 intitulée « décision de rappel d’impôts et proposition de règlement sur réclamation. Prononcé d’amendes » portant sur l’impôt cantonal et communal sur le revenu et la fortune et l’impôt fédéral direct sur le revenu des périodes fiscales 1993-1994, 1995-1996 et 1997-1998.
B. X._ et Y._se sont pourvus contre cette décision auprès du Tribunal administratif le 3 octobre 2005 en concluant principalement à son annulation.
C. Dans le cadre de leur pourvoi, les recourants ont requis les mesures d’instruction suivantes :
- possibilité de pouvoir compléter leurs moyens dans le cadre du présent recours après avoir pu consulter librement l’intégralité du dossier fiscal constitué par la division de l’inspection fiscale de l’ACI dans le cadre de la procédure ouverte à l’encontre des époux X._, d’une part, et des sociétés 1.*************, à Lausanne, 2.*************(ex-3.*************), à *****, 4.*************, à ******, et 5.*************, à *****, pour les mêmes périodes fiscales en cause, soit 1993/1994 à 1997/1998 ;
- en conséquence, ordre est donné à l’ACI du canton de Vaud de verser au dossier de la présente procédure de recours l’intégralité desdits dossiers précités qu’elle détient par devers elle à la suite des procédures de soustraction fiscale ouvertes à l’encontre des recourants et des sociétés en cause ;
- ordonner la production par l’ACI, respectivement la division de l’inspection fiscale, de la décision rendue dans le cadre de la procédure de soustraction ouverte auprès des sociétés 1.*************, à ******, 2.*************(ex-3.*************), à ******, 4.*************, à ********, et 5.*************, à ******* ;
- ordonner la production du dossier constitué par l’OIP de Lausanne dans l’enquête n° ******************;
- autoriser les recourants, avec le concours de leur mandataire professionnel, à pouvoir librement consulter lesdits dossiers auprès du Tribunal administratif de céans avant toute mesure d’instruction, soit notamment l’invitation à l’autorité intimée de présenter ses premières déterminations sur le présent recours ;
- ordonner un second échange d’écritures ;
- procéder enfin à la fixation de l’audience de jugement au terme de la procédure d’instruction permettant ainsi aux contribuables recourants de faire notamment entendre divers témoins susceptibles de renseigner le Tribunal administratif de céans sur la réalité du groupe économique exploité par X._ pour l’appréciation de la question de l’incorporation de ses participations dans sa fortune commerciale ;
- octroyer immédiatement l’effet suspensif dès le dépôt du présent recours jusqu’à droit connu sur le sort de l’arrêt à intervenir."
Les recourants précisaient que les conclusions relatives à ces différentes mesures d'instruction, pour autant qu’elles avaient trait à la libre consultation du dossier et à l’octroi de l’effet suspensif, étaient prises à titre incident afin que le Tribunal administratif les ordonne d’entrée de cause. A la fin de la lettre accompagnant le recours, ils demandaient qu'un délai d'un mois leur soit accordé pour payer l'avance de frais, en raison des prochaines vacances d'automne.
D. Dans l’accusé de réception du recours du 6 octobre 2005, le juge instructeur a imparti aux recourants un délai au 26 octobre 2005 pour effectuer une avance de frais de 10'000 fr. et imparti un délai au 15 novembre 2005 à l’autorité intimée pour déposer sa réponse au recours et transmettre au tribunal son dossier original et complet et un délai au 15 novembre 2005 à l’Administration fédérale des contributions pour se déterminer sur le recours. L’accusé de réception précisait que le tribunal examinerait ultérieurement si la production des autres pièces réclamées par les recourants était nécessaire et déciderait ultérieurement d’un éventuel second échange d’écritures. La demande d’effet suspensif était au surplus admise, en tant que de besoin.
E. En date du 7 octobre 2005, le juge instructeur a adressé aux parties l’avis suivant :
« Les parties sont avisées que l’instruction de la cause sera conduite par le juge soussigné, assisté de MM. Patrick Gigante et Marc Cheseaux, greffiers. Les juges assesseurs seront désignés ultérieurement »
F. En date du 11 octobre 2005, les recourants ont requis la récusation du greffier Marc Cheseaux au motif que ce dernier avait été en charge du dossier lors de la procédure de soustraction fiscale menée par la division de l’inspection fiscale de l’ACI à leur encontre.
G. En date du 13 octobre 2005, le conseil des recourants a adressé au juge instructeur un courrier, dont la teneur était la suivante :
« Je me réfère à l’avis d’enregistrement de la cause citée sous rubrique que vous m’avez expédié à l’appui de votre lettre du 6 octobre écoulé.
J’observe que vous avez renvoyé à une date ultérieure les réquisitions préalables que je vous avais présentées à l’appui du recours au sujet de la production de l’intégralité du dossier fiscal qui nous apparaît absolument nécessaire pour toutes les raisons exposées.
Je rappelle que la libre consultation de celui-ci, en particulier pour ce qui concerne celui étroitement lié aux reprises fiscales contestées qui prennent leur source dans les participations commerciales détenues par le recourant X._, nous a été systématiquement refusée à ce jour.
Je veux bien concevoir que le délai que vous avez fixé au 15 novembre 2005 à l’autorité cantonale intimée pour déposer notamment son dossier original et complet videra peut-être de leur sens lesdites requêtes incidentes pour autant et sous réserve que la production soit intégrale dans le sens requis.
Je pars de l’idée que je serais autorisé à pouvoir librement consulter auprès de votre tribunal la production de ces pièces, en compagnie de M. Z._, expert fiscal et comandataire des recourants, dès le 15 novembre prochain.
Je vous saurais gré de bien vouloir nous le confirmer et à inviter votre greffe à nous en aviser le moment venu. Pour toutes les raisons exposées et développées dans le mémoire de recours, les recourants entendent évidemment pouvoir compléter leurs moyens et se déterminer sur les propres déterminations des administrations fiscales intimées ».
H. Par avis du 17 octobre 2005, le juge instructeur a confirmé que le tribunal statuerait sur les requêtes tendant à faire compléter le dossier de la cause après le délai imparti à l’autorité intimée pour déposer son dossier et que le juge instructeur rendrait en tant que besoin une décision formelle à ce propos. Sous chiffre 4, cet avis précisait ceci : « il est pris acte de la demande de récusation visant Me Marc Cheseaux. Sans discuter des mérites de cette requête, il est décidé que Me Cheseaux n’interviendra pas dans l’instruction de la cause. La demande de récusation a ainsi perdu son objet ».
I. En date du 20 octobre 2005, les recourants ont maintenu leur requête tendant à la récusation du greffier Marc Cheseaux au motif que, selon l’avis du juge instructeur du 17 octobre 2005, l'intéressé « resterait désigné dans la composition de la Cour, sans avoir la possibilité d’intervenir dans l’instruction ».
Le 21 octobre 2005, le juge instructeur a transmis la demande de récusation visant le greffier Marc Cheseaux à la Cour plénière du Tribunal administratif, comme objet de sa compétence.
J. Le 25 octobre 2005, le conseil des recourants a requis une prolongation du délai imparti au 26 octobre 2005 pour procéder à l’avance de frais. Il exposait qu’il n’avait pas la confirmation de son paiement. Il rappelait qu’il avait demandé un délai suffisant en raison de l’absence annoncée de ses clients.
Cette requête a été rejetée par le juge instructeur le 26 octobre 2005 pour les motifs suivants :
« Le délai imparti, de 20 jours, était suffisant. Celui qui s’adresse aux tribunaux doit s’attendre à devoir fournir une avance de frais et prendre les dispositions nécessaires à cette fin, même et surtout lorsqu’il envisage de prendre des vacances dans la période qui suit le dépôt du recours ».
K. Le juge Robert Zimmermann s’est déterminé sur la requête de récusation du greffier Marc Cheseaux en date du 4 novembre 2005. Marc Cheseaux a également déposé des déterminations le même jour.
L. Le 4 novembre 2005, les recourants ont déposé une requête de récusation dirigée contre le juge Robert Zimmermann.
M. En date du 11 novembre 2005, le greffier Marc Cheseaux a adressé au juge chargé de l’instruction de la requête de récusation les déterminations suivantes : « interpellé en sa qualité de greffier intimé, le soussigné renonce à se déterminer sur la demande de récusation présentée le 4 novembre 2005 par les recourants »
N. Le juge Robert Zimmermann s’est déterminé sur la requête de récusation le concernant en date du 9 novembre 2005.
Le 11 novembre 2005, les recourants ont déposé des observations au sujet des déterminations déposées le 4 novembre 2005 par le juge Robert Zimmermann et le greffier Marc Cheseaux.
Les recourants ont encore déposé des observations complémentaires en date du 23 novembre 2005.
O. Le 28 novembre 2005, le juge instructeur a transmis aux parties la réponse au recours au fond de l’Administration cantonale des impôts du 15 novembre 2005 en impartissant un délai aux recourants au 10 janvier 2006 pour consulter le dossier remis par l’ACI, répondre à la prise de position de cette dernière et requérir, si besoin est, des mesures d’instruction. L’avis du juge instructeur précisait que : « Jusqu’à ce que la Cour plénière ait statué sur les demandes de récusation présentées par les recourants, le juge instructeur s’abstiendra d’ordonner toute mesure dont la mise en œuvre dépend de son pouvoir d’appréciation ».
P. En date du 8 décembre 2005, le juge instructeur a informé les parties de la fixation d’une audience d’instruction le 25 avril 2006 en transmettant le nom des juges assesseurs et du greffier, soit Patrick Gigante.
Q. Les recourants ont encore déposé des observations spontanées le 13 décembre 2005.

Considérant en droit
1. Selon l’art. 43 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA), les juges et les assesseurs peuvent être récusés « lorsqu’il existe des circonstances importantes de nature à compromettre leur impartialité, telles que participation antérieur au litige, rapport de dépendance, de parenté ou d’alliance avec une partie ou un mandataire ».
La faculté pour une partie de demander la récusation d’un juge dans certaines conditions tend à protéger le droit garanti par la constitution à toute personne de voir sa cause jugée par un tribunal indépendant et impartial (art. 30 al. 1 Cst.). La garantie d’un tribunal indépendant et impartial est également instituée par l’art. 6 § 1 de la Convention Européenne des droits de l’homme (CEDH). Cette garantie permet au plaideur de s’opposer à une application arbitraire des règles cantonales sur l’organisation et la composition des tribunaux, qui comprennent les prescriptions relatives à la récusation des juges. Elle permet aussi, indépendamment du droit cantonal, d’exiger la récusation d’un juge dont la situation ou le comportement est de nature à faire naître un doute sur son impartialité (v. arrêt du Tribunal fédéral non publié du 21 décembre 2000 dans la cause 1P.681/2000 et références citées) ; elle tend notamment à éviter que des circonstances extérieures à la cause ne puissent influencer le jugement en faveur ou au détriment d’une partie. Elle n’impose pas la récusation seulement lorsqu’une prévention effective du juge est établie, car une disposition interne de sa part ne peut guère être prouvée ; il suffit que les circonstances donnent l’apparence de la prévention et fassent redouter une activité partiale du magistrat. Seules des circonstances constatées objectivement doivent être prises en considération ; les impressions purement individuelles d’une des parties au procès ne sont pas décisives (v. arrêt du Tribunal fédéral du 21 décembre 2000 précité consid. 2 a et références citées).
D’après la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, rappelée dans l’arrêt précité, l’impartialité doit s’apprécier selon une démarche subjective, essayant de déterminer la conviction et le comportement personnel de tel juge en telle occasion, et aussi selon une démarche objective amenant à s’assurer qu’il offrait des garanties suffisantes pour exclure à cet égard tout doute légitime. S’agissant de la démarche subjective, l’impartialité personnelle d’un magistrat se présume jusqu’à preuve du contraire (cf. arrêt de la Cour EDH Castillo Algar C. Espagne du 28 octobre 1998, paragraphe 44). Quant à l’appréciation objective, elle consiste à se demander si, indépendamment de la conduite personnelle du juge, certains faits vérifiables autorisent à suspecter l’impartialité de ce dernier. En la matière, même les apparences peuvent revêtir de l’importance. Il y va de la confiance que les tribunaux d’une société démocratique se doivent d’inspirer au justiciable et notamment au prévenu. Doit donc se récuser tout juge dont on peut légitimement craindre un manque d’impartialité. Pour se prononcer sur l’existence, dans une affaire donnée, d’une raison légitime de redouter la partialité d’un juge, l’optique du justiciable entre en ligne de compte, mais ne joue pas un rôle décisif, l’élément déterminant consiste à savoir si les appréhensions de l’intéressé peuvent passer pour objectivement justifiées (v. arrêt du Tribunal fédéral du 21 décembre 2000 précité et références citées).
2. Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, la participation d’un greffier peut, si certaines conditions sont remplies, s’avérer contraire au droit à un tribunal indépendant et impartial garanti par la Convention européenne des droits de l’homme et la Constitution fédérale (cf. ATF 115 Ia 224 ss).
En l’occurrence, il est établi que le greffier Marc Cheseaux a diligenté la procédure en soustraction et rappel d’impôts concernant les recourants à l’époque où il dirigeait la division de l’inspection fiscale de l’ACI. La participation de ce greffier à l’instruction et au jugement du recours formé par les époux X._ contre la décision sur réclamation de l’ACI du 1er septembre 2005 serait à l’évidence incompatible avec la garantie d’un tribunal indépendant et impartial instituée par l’art. 6 § 1 CEDH et l’art. 30 al. 1 c Cst. On relève cependant que, dès le moment où il a été informé de ce fait par le courrier du conseil des recourants du 11 octobre 2005, le juge instructeur a décidé que Marc Cheseaux n’interviendrait pas dans l’instruction de la cause. Dans ses observations du 4 novembre 2005, le juge intimé a précisé que cela signifiait que "Me Cheseaux ne participerait pas à l’affaire, ni de près, ni de loin, à aucun stade de celle-ci, qu’il s’agisse de l’instruction proprement dite (y compris une éventuelle audience), des recherches juridiques préparatoires, de la confection du projet à soumettre aux assesseurs ou de la rédaction de l’arrêt".
Dès lors que le greffier Marc Cheseaux ne sera pas associé à l’instruction ni au jugement de la cause, la requête de récusation dirigée contre lui s’avère sans objet. Il n’y a dès lors pas lieu de l’examiner plus avant.
3. A l'appui de leur requête de récusation dirigée contre le juge Robert Zimmermann, les recourants invoquent un certain nombre de griefs relatifs à la manière dont ce dernier a dirigé l'instruction de la cause et principalement le fait qu'il a refusé de leur accorder une prolongation du délai imparti initialement au 26 octobre 2005 pour effectuer une avance de frais de 10'000 fr. Ils soutiennent à ce propos que l'institution de la prolongation - du moins de la première - de ce délai constitue une règle au sens du droit coutumier vaudois que le juge intimé aurait sciemment ignorée, ce qui établirait à tout le moins une apparence de prévention.
a) La Cour plénière du Tribunal administratif ne peut entrer en matière qu’avec une grande retenue sur les griefs que l’auteur d’une demande de récusation tire de la manière dont le juge a dirigé l’instruction de la cause. En effet, le recourant dispose d’une voie de droit organisée par les art. 17 et 50 LJPA pour contester certaines décisions incidentes du juge instructeur. Il s’agit essentiellement des décisions rendues par celui-ci sur l’effet suspensif, les mesures provisionnelles ainsi que le refus de l’assistance judiciaire. En revanche, les autres décisions prises pendant l’instruction par le magistrat instructeur ne sont pas susceptibles de recours, ainsi que le précise expressément l’art. 50 LJPA. On ne saurait dès lors introduire, par le biais de règles sur la récusation, une voie de droit qui permettrait à l’intéressé de contester devant la Cour plénière du Tribunal administratif les mesures ou décisions du juge instructeur qui ne lui donnent pas satisfaction. Pour cette raison, la manière dont le magistrat intimé dirige l’instruction ne pourrait suffire à faire admettre l’apparence de la prévention ou le danger d’un parti pris que si elle révélait une violation grossière, aisément constatable en l’état du dossier, des règles essentielles de la procédure telles que l’égalité des parties ou le droit d’être entendu (ATF 116 Ia 138 et 115, Ia 404 cons. 3b ; Pierre Jolidon, Commentaire du concordat suisse sur l’arbitrage, Berne 1984, p. 270 let. p ; arrêt CP.2005.0001 du 28 janvier 2005). En principe, des erreurs de procédure ou d'appréciation commises par un juge ne suffisent ainsi pas à fonder objectivement un soupçon de prévention. Seules des erreurs particulièrement lourdes ou répétées, qui doivent être considérées comme des violations graves de ses devoirs, peuvent avoir cette conséquence (ATF 114 Ia 158).
b) Aux termes de l’art. 39 al. 1 LJPA, le recourant peut être invité à déposer préalablement un montant destiné à garantir le paiement de l’émolument et des frais, avec avis que, faute par lui d’effectuer le versement demandé dans le délai imparti, le magistrat instructeur déclarera le recours irrecevable. Le délai de l’art. 39 LJPA pour effectuer une avance de frais est un délai imparti par l’autorité. Même si la LJPA ne le prévoit pas expressément, il est admis qu’un tel délai peut être prolongé pour des motifs suffisants si la partie en fait la demande (cf. Benoît Bovay, Procédure administrative, p. 379). Dans la pratique du Tribunal administratif, une première prolongation du délai imparti dans l’accusé de réception pour effectuer une avance de frais est toujours admise, ne serait-ce que de quelques jours, et on peut considérer qu'il s'agit d'une règle quasi coutumière. Cette pratique ne fait cependant l'objet ni d'une règle écrite ni d'une jurisprudence publiée. Il est dès lors tout à fait concevable que celle-ci ne soit pas connue d'un juge nouvellement en fonction, comme c'était le cas du juge intimé au moment où il a statué sur la requête de prolongation litigieuse (le juge intimé est entré en fonction le 1er octobre 2005). Dans ces circonstances, on ne saurait considérer que le refus de prolonger le délai pour effectuer l’avance de frais constitue à lui seul une violation particulièrement lourde d'une règle essentielle de la procédure au sens où l’entend la jurisprudence, susceptible de justifier la récusation du magistrat concerné.
c) Il reste à examiner si l'on peut reprocher au juge intimé d'autres erreurs de procédure qui seraient susceptibles de créer une apparence de prévention. A cet égard, outre le refus de la prolongation du délai pour effectuer l'avance de frais, les requérants reprochent au juge de ne pas avoir donné suite immédiatement à la requête formulée dans leur recours tendant à la production d’un certain nombre de dossiers de l’ACI relatifs au « groupe X._ ». Ils lui reprochent également de ne pas avoir donné suite à leur requête formulée le 20 octobre 2005 tendant à ce que la composition de la section du tribunal leur soit communiquée et de les avoir renvoyés à la liste des juges assesseurs du Tribunal administratif figurant sur le site internet.
aa) Pour ce qui est des dossiers dont la production a d'emblée été requise par les recourants, le juge instructeur a indiqué qu’il statuerait sur cette requête après avoir pris connaissance du dossier de l’autorité intimée, ce qui ne prête pas flanc à la critique. On relèvera au demeurant que le juge instructeur peut, sur la base d’une appréciation anticipée des preuves, renoncer à l’administration de certaines preuves offertes par les parties. Sauf circonstances exceptionnelles, l’appréciation effectuée par le juge à cet égard ne saurait par conséquent justifier une demande de récusation.
bb) La LJPA ne contient pas de règle relative au moment où la composition de la section du tribunal appelée à juger une affaire doit être communiquée aux parties. Généralement, la composition de la section (soit le nom des deux juges assesseurs) est communiquée aux parties au moment où est ordonnée la première mesure d’instruction impliquant la participation des assesseurs. Cette communication intervient ainsi fréquemment au moment où une audience est fixée, ce qui a été le cas en l’espèce puisque les parties ont été informées de la composition de la section le 8 décembre 2005, en même temps qu’elles ont été informées de la fixation d’une audience d’instruction le 25 avril 2006. Le juge instructeur a ainsi procédé conformément à la pratique usuelle du tribunal et aucun grief ne saurait lui être fait à cet égard.
Pour être complet, on relèvera encore que ne prête pas flanc à la critique le fait pour le juge intimé d'avoir, postérieurement à la requête de récusation, transmis la réponse de l'ACI aux recourants en leur impartissant un délai pour consulter le dossier et se déterminer et fixé une audience d'instruction.
d) Vu ce qui précède, on constate que la manière dont le juge intimé a conduit l’instruction jusqu’à ce jour ne crée pas l’apparence d’une prévention justifiant sa récusation.
4. A l’appui de leur requête de récusation dirigée contre le juge Zimmermann, les requérants invoquent encore un certain nombre de griefs en relation avec son greffier Marc Cheseaux.
Les requérants soutiennent tout d'abord que le juge intimé aurait été informé d’emblée que son greffier s’était occupé personnellement de leur dossier lorsqu’il était à l’ACI et qu’il aurait néanmoins décidé de l’associer au traitement du recours. Un tel fait, qui mettrait gravement en cause le juge intimé, n’est nullement établi. Il résulte au contraire des explications de ce dernier, que la Cour plénière n’a pas de raison de mettre en doute, qu’il a d’entrée de cause demandé à Marc Cheseaux s’il était visé par un motif de récusation et que ce dernier a indiqué que tel n’était pas le cas. Lorsqu’il a été informé le 11 octobre 2005 par le conseil des recourants du fait que Marc Cheseaux s’était occupé de leur dossier par le passé, le juge intimé a réagi de manière adéquate en décidant de ne pas l’associer au traitement du dossier, que ce soit du point de vue de l’instruction, de l’audience ou de la rédaction de l’arrêt. Peu importe à cet égard que les recourants aient apparemment considéré comme ambigu l’avis du juge instructeur du 17 octobre 2005 informant les parties que « Marc Cheseaux n’interviendrait pas dans l’instruction de la cause ». Seul est en effet décisif le fait que ce dernier ne sera finalement pas impliqué dans le traitement du dossier.
Les requérants prétendent encore que le simple fait que le greffier Marc Cheseaux ait pris connaissance du dossier et qu’il soit susceptible d’en conférer avec le juge ou avec son autre greffier justifie la récusation du juge Zimmermann. La Cour de céans ne saurait suivre les recourants sur ce point dès lors que le juge intimé a clairement indiqué que Marc Cheseaux ne participerait pas à l’affaire, à aucun stade de celle-ci. Elle relèvera à cet égard qu'il n'y a pas lieu de mettre en doute le fait qu'un juge, dès le moment où il annonce que son greffier ne s'occupera plus d'un dossier, évitera toute interférence de celui-ci dans le traitement du dossier, de quelque nature que ce soit. On observera à ce propos que, contrairement au régime que connaissent d'autres juridictions, une partie des dossiers du Tribunal administratif sont instruits par le juge seul, qui procède également à la rédaction de l'arrêt sans l’assistance de son greffier.
Les requérants invoquent enfin certaines remarques faites par le greffier Marc Cheseaux dans ses déterminations relatives à la demande de récusation dirigée contre lui, notamment en ce qui concerne le rôle du greffier. Dès lors que Marc Cheseaux n’interviendra pas dans la procédure, les maladresses que peuvent receler ses remarques au sujet du dossier et des requêtes de récusation dirigée contre lui et le juge Zimmermann ne sauraient avoir d’incidence sur la faculté de ce dernier d’instruire et de juger la cause. Il n' y a dès lors pas lieu d'examiner ce moyen plus avant.
5. Il résulte des considérants qui précèdent que la requête de récusation dirigée contre le greffier Marc Cheseaux est sans objet et que celle dirigée contre le juge Robert Zimmermann doit être rejetée. Dès lors que l'avis du juge instructeur du 17 octobre 2005 relatif à la requête de récusation de Marc Cheseaux était relativement ambigu et a obligé les requérants a maintenir leur demande, un émolument réduit est mis à leur charge et des dépens, également réduits, leur sont alloués.