Decision ID: 46e60f03-6f04-5b13-bad1-190cecb9a594
Year: 2017
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par jugement
JTPI/13161/2016
du 21 octobre 2016, expédié pour notification aux parties le 3 novembre 2016, le Tribunal de première instance (ci-après : le Tribunal) a prononcé la mainlevée provisoire de l’opposition formée par A_ au commandement de payer, poursuite n° 1_, à concurrence de 17'714 fr. 45 avec intérêts à 5% dès le 15 mars 2016 (ch. 1 du dispositif), arrêté les frais judiciaires à 400 fr., compensés avec l’avance effectuée par B_, mis à la charge de A_ et condamné celle-ci à les payer à B_ (ch. 2), dit qu'il ne serait pas alloué de dépens (ch. 3) et débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 4).
En substance, le premier juge a retenu que la mainlevée définitive ne pouvait être prononcée, faute d'identité entre la poursuivie et la débitrice désignée dans le jugement produit. En revanche, dans la mesure où A_ avait signé une reconnaissance de dette par laquelle elle s'était obligée, solidairement avec C_, à assumer les obligations découlant du contrat de leasing n° 2_ à concurrence de 43'838 fr. 40 envers D_, dont E_ était une marque commerciale, et où il ressortait des pièces produites que C_ était restée débitrice de 17'714 fr. 45 envers E_, la mainlevée provisoire pouvait être prononcée. Les frais de poursuite suivaient directement le sort de la poursuite, de sorte qu'il n'y avait pas lieu de prononcer la mainlevée à leur égard. Enfin, il n'était pas démontré que la poursuivie avait fait l'objet d'une mise en demeure, de sorte que les intérêts moratoires n'étaient dus qu'à compter de la notification du commandement de payer.
B. a.
Par acte expédié le 14 novembre 2016 à la Cour de justice, A_ forme recours contre ledit jugement, dont elle sollicite l'annulation. Cela fait, elle conclut à ce qu'il soit constaté qu'elle ne doit pas à B_ la somme de 17'714 fr. 45 avec intérêts à 5% dès le 15 mars 2016, au déboutement de B_ de toutes autres ou contraires conclusions, à la condamnation de B_ à lui verser une indemnité de 6'285 fr. 60 à titre de participation aux honoraires d'avocat afférents à la procédure selon note d'honoraires annexée, et à la condamnation de B_ au paiement de tous les frais et dépens de la procédure.
Elle produit des pièces nouvelles.
b.
Par arrêt présidentiel du 24 novembre 2016, la Cour a admis la requête de A_ tendant à suspendre l'effet exécutoire attaché au jugement querellé et dit qu'il serait statué sur les frais de la décision avec l'arrêt rendu sur le fond.
c.
Par réponse expédiée le 28 novembre 2016, B_ conclut au rejet du recours, avec suite de frais et dépens.
Elle produit des pièces nouvelles.
d.
La recourante n'ayant pas fait usage de son droit de répliquer, les parties ont été informées par courrier du greffe de la Cour du 20 décembre 2016 de ce que la cause était gardée à juger.
C.
Les faits suivants ressortent du dossier soumis au premier juge.
a.
Le 30 septembre 2011, A_ a signé une reconnaissance de dette aux termes de laquelle elle s'est engagée, en qualité de débitrice solidaire avec C_, à assumer les obligations découlant du contrat de leasing n° 2_ à hauteur de 43'838 fr. 40 envers D_.
C_, en liquidation depuis le 20 mars 2014, est une société inscrite au Registre du commerce de Genève, dont A_ était administratrice avec signature individuelle de septembre 2011 à avril 2013.
b.
Par contrat de cession du 13 juillet 2012, E_, marque commerciale de D_ (selon indication en bas de page du contrat de cession) a cédé à B_ ses droits relatifs au contrat de leasing n° 2_ à concurrence de 17'714 fr. 45. La cession est signée par F_ et G_, représentants autorisés de D_, avec pouvoir de signature collective à deux.
c.
Par jugement
JTPI/4278/2014
, non motivé, prononcé le 27 mars 2014, le Tribunal a condamné C_ à verser à B_ un montant de 17'714 fr. 45 avec intérêts à 5% dès le 25 juin 2012 et de 1'000 fr. à titre de frais judiciaires.
Le 1
er
septembre 2014, le greffe du Tribunal a attesté du caractère exécutoire dudit jugement.
d.
Le 15 mars 2016, B_ a fait notifier à A_ un commandement de payer, poursuite n° 1_, portant sur les sommes de 17'714 fr. 45 avec intérêts à 5% dès le 25 juin 2014 (poste n° 1), de 1'000 fr. (poste n° 2) et de 126 fr. 60 (poste n° 3). Les causes de l’obligation étaient "contrat 2_ _, jugement du 27.03.2014" (poste n° 1), "frais judiciaires" (poste n° 2) et "frais de poursuite" (poste n° 3).
Opposition totale y a été formée.
e.
Le 30 mai 2016, B_ a adressé au Tribunal une "demande de mainlevée définitive" concluant au "prononcé de la mainlevée provisoire selon l'art. 82 LP dans la poursuite n° 1_", avec suite de frais et dépens. Elle a indiqué comme motif de la créance "contrat _ _, Jugement du 27.03.2014 (info solid. avec C_)".
La requête ne contient aucun état de fait.
f.
Lors de l'audience du 12 septembre 2016 devant le Tribunal, B_ n'était ni présente ni représentée. On comprend de ce qui figure au procès-verbal que A_ s'est opposée à la requête, faisant valoir que le jugement produit ne la visait pas, que la reconnaissance de dette avait été signée avant le commandement de payer et qu'au moment où elle l'avait signée, elle ne connaissait pas le montant exact à payer.
La cause a été gardée à juger à l'issue de l'audience.

EN DROIT
1.
En matière de mainlevée d'opposition, seule la voie du recours est ouverte (art. 309 let. b ch. 3 et 319 let. a CPC).
La décision - rendue par voie de procédure sommaire (art. 251 let. a CPC) - doit être attaquée dans un délai de dix jours dès sa notification (art. 321 al. 2 CPC) par un recours écrit et motivé (art. 130 et 131 CPC), adressé à la Cour de justice.
Interjeté dans le délai et les formes prévus par la loi, le recours est en l'espèce recevable.
2.
Dans le cadre d'un recours, l'autorité a un plein pouvoir d'examen en droit, mais un pouvoir limité à l'arbitraire en fait, n'examinant que les griefs formulés et motivés par le recourant (art. 320 CPC; Hohl, Procédure civile, Tome II, 2ème éd., 2010, n. 2307).
3.
Les conclusions, les allégations de faits et les preuves nouvelles sont irrecevables (art. 326 al. 1 CPC).
Les pièces nouvelles produites par les parties sont donc irrecevables.
4.
La recourante fait grief au premier juge d'avoir violé l'art. 82 LP en retenant l'existence d'une reconnaissance de dette. Le jugement produit ne contenait aucune mention du contrat de leasing de sorte qu'il n'était pas possible d'établir l'existence d'une créance de l'intimée envers la recourante en sa prétendue qualité de débitrice solidaire dudit contrat.
4.1
Le créancier dont la poursuite se fonde sur une reconnaissance de dette constatée par acte authentique ou sous seing privé peut requérir la mainlevée provisoire (art. 82 al. 1 LP).
Le juge prononce la mainlevée si le débiteur ne rend pas immédiatement vraisemblable sa libération (art. 82 al. 2 LP). Il doit vérifier d'office notamment l'existence matérielle d'une reconnaissance de dette, l'identité entre le poursuivant et le créancier désigné dans ce titre, l'identité entre le poursuivi et le débiteur désigné et l'identité entre la prétention déduite en poursuite et la dette reconnue (Gillieron, Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, 1999, n. 73 ss ad art. 82 LP).
Constitue une reconnaissance de dette, au sens de l'art. 82 LP, l'acte signé par le poursuivi - ou son représentant - duquel il ressort sa volonté de payer au poursuivant, sans réserve ni condition, une somme d'argent déterminée ou aisément déterminable et exigible au moment de la réquisition de poursuite (ATF
130 III 87
consid. 3.1 et les références citées; JAEGER/WALDER/KULL/ KOTTMANN, Bundesgesetz über Schuldbetreibung und Konkurs, 4ème édition, 1997, n. 10 ad art. 82 LP).
La reconnaissance de dette ne justifie la mainlevée de l'opposition que si la somme d'argent due est chiffrée au titre principal lui-même ou dans un titre annexe auquel la reconnaissance se rapporte (PANCHAUD/CAPREZ, La mainlevée d'opposition, Zurich 1980, § 15).
La reconnaissance de dette peut découler du rapprochement de plusieurs pièces, pour autant que les éléments nécessaires en résultent (ATF
139 III 297
c. 2.3.1;
136 III 627
c. 2;
132 III 480
c. 4.1).
4.2
En l'espèce, la recourante a signé une reconnaissance de dette aux termes de laquelle elle s'est engagée, en qualité de débitrice solidaire avec C_, à assumer les obligations découlant du contrat de leasing n° 2_ à hauteur de 43'838 fr. 40 envers D_. Le jugement condamnant C_ à payer à B_ 17'714 fr. 45 en capital ne mentionne pas le motif de la créance. L'intimée n'a produit ni le contrat de leasing sur lequel elle fonde sa créance, ni un décompte des montants dus en vertu de ce contrat, ni aucune pièce en relation avec la poursuite intentée contre C_, mentionnée dans le jugement précité. Dès lors, il n'est pas possible d'établir l'identité entre la dette reconnue et la prétention déduite en poursuite, ni même le montant dû en relation avec le contrat de leasing visé dans la reconnaissance de dette. C'est ainsi à tort que le premier juge a retenu l'existence d'une reconnaissance de dette valable.
Le grief est fondé. Le recours sera admis, le jugement querellé annulé et il sera statué à nouveau dans le sens que l'intimée sera déboutée des fins de sa requête de mainlevée (art. 327 al. 2 let. c CPC).
Au vu de ce qui précède, il n'y a pas lieu d'examiner les autres griefs soulevés par la recourante.
5.
L'intimée qui succombe. sera condamnée aux frais de première et seconde instance, arrêtés à 1'000 fr. au total, soit respectivement 400 et 600 fr. (y compris la décision sur effet suspensif), lesquels seront compensés avec les avances fournies qui restent acquises à l'Etat. L'intimée sera en conséquence condamnée à verser à la recourante la somme de 600 fr. au titre de remboursement de l'avance fournie.
L'intimée sera en outre condamnée à verser à la recourante 3'800 fr. à titre de dépens de première et seconde instance, soit 2'000 fr. respectivement 1'800 fr., débours et TVA inclus (art. 84, 85, 88, 89 et 90 du règlement fixant le tarif des frais en matière civile du 22 décembre 2010 (RTFMC -
E 1 05.10
et art. 23, 25
et 26 de la loi d'application du code civil suisse et autres lois fédérales en matière civile du 28 novembre 2010 [LaCC -
E 1 05
]).
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