Decision ID: 0e4c21a8-477f-4b7c-ac6a-e0ae1a62c1ff
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par décision
DTPI/1810/2022
du 24 février 2022, le Tribunal de première instance (ci-après : le Tribunal) a imparti à A_ un ultime délai au
14 mars 2022 pour fournir des sûretés en 14'034 fr. 40.![endif]>![if>
B.
a.
Par acte déposé au greffe de la Cour de justice (ci-après : la Cour) le
3 mars 2022, A_ a recouru contre cette décision, qu'il a reçue le 2 mars 2022, requérant son annulation, avec suite de frais judiciaires et dépens. A titre préalable, il a sollicité l'octroi de l'effet suspensif à son recours, auquel B_ ne s'est pas opposé.![endif]>![if>
b.
La Cour a accordé la suspension de l'effet exécutoire attaché à la décision entreprise à titre superprovisionnel le 4 mars 2022 et à titre principal le
11 mars 2022.
c.
Invité à se déterminer sur le recours, B_ s'en est rapporté à justice, avec suite de frais judiciaires et dépens.
C.
Les faits pertinents suivants résultent de la procédure :
a.
C_ et D_ exploitent conjointement un bureau d'architectes au travers d'une société en nom collectif ayant pour raison sociale A_ .
b.
Par décision du 1er mars 2021, D_ a été admise au bénéfice de l'assistance juridique avec effet au 27 janvier 2021 (date de la requête) en vue d'agir en paiement à l'encontre de B_ dans les causes C/19461/2020 et C/1_/2021. La première procédure, introduite le
30 septembre 2020 en vue de conciliation, visait à récupérer la somme de
95'134 fr. 45 TTC (intérêts en sus). La seconde, introduite le 8 février 2021 en vue de conciliation, visait à récupérer la somme de 34'496 fr. 47 (intérêts en sus) ainsi qu'à obtenir la mainlevée définitive formée au commandement de payer, poursuite n° 2_.
c.
Par actes du 21 juin 2021, A_ a introduit les causes précitées devant le Tribunal, vu l'échec de conciliation. Par ordonnance du
12 juillet 2021, cette juridiction a joint les procédures sous n° C/19461/2020. Elle a suspendu la procédure par ordonnance du 4 octobre 2021 après que B_ avait relevé que les demandes au fond avaient été déposées par la société en nom collectif et non par D_, qui était seule bénéficiaire de l'aide étatique.
d.
Par décisions des 26 novembre et 9 décembre 2021, notifiées le
13 décembre 2021, la Vice-présidente du Tribunal a, respectivement, refusé d'octroyer l'aide étatique à A_ , qui n'en remplissait pas les conditions, et retiré le bénéfice de l'assistance juridique à D_ avec effet au 10 décembre 2021.
e.
Par ordonnance
ORTPI/1439/2021
du 21 décembre 2021, le Tribunal a ordonné la reprise de la procédure sur le fond, transmis les décisions rendues par l'Assistance juridique à B_ et imparti un délai à A_ pour verser une avance de frais de 8'000 fr.
Par ordonnance
OTPI/962/2021
du même jour, le Tribunal a condamné la précitée à fournir, dans un délai de 30 jours à compter de la notification de la décision, soit en espèces auprès des Services financiers du Pouvoir judiciaire, soit sous forme de garantie d'une banque établie en Suisse ou d'une société d'assurance autorisée à exercer en Suisse auprès de la chambre du Tribunal, des sûretés en garantie des dépens d'un montant de 14'034 fr. 40.
f.
Par actes du 23 décembre 2021, A_ et D_ ont recouru contre les décisions de l'Assistance juridique des 26 novembre et
9 décembre 2021.
g.
Par courrier du 4 janvier 2022, A_ a informé le Tribunal du dépôt des recours précités et sollicité à la suspension de la procédure jusqu'à droit jugé sur l'assistance juridique. Cette requête a été rejetée par le Tribunal par ordonnance du 26 janvier 2022, au motif que les ordonnances entreprises étaient exécutoires et définitives et que les recours formés à leur encontre n'avaient pas d'effet suspensif.
h.
Par décision
DTPI/1115/2022
du 2 février 2022, le Tribunal a fixé un ultime délai au 16 février 2022 au bureau d'architectes pour verser l'avance de frais de 8'000 fr.
i.
Par décision
DTPI/1810/2022
du 24 février 2022, le Tribunal a rendu la décision entreprise.
j.
Dans l'intervalle, par décision
DAAJ/6/2022
du 11 février 2022 notifiée à A_ le 25 février 2022, l'Autorité de recours en matière d'assistance juridique a admis le recours qu'elle avait interjeté, annulé la décision du 26 novembre 2021 refusant l'aide étatique à la société et renvoyé la cause en première instance pour complément d'instruction et nouvelle décision.
Par décision
DAAJ/7/2022
du 11 février 2022, l'Autorité de recours en matière d'assistance juridique a rejeté le recours portant sur le retrait de l'aide étatique octroyé à D_.

EN DROIT
1.
1.1
Le recours, dirigé contre une décision relative aux sûretés (art. 103 CPC) – laquelle constitue une ordonnance d'instruction au sens de l'art. 319 let. b ch. 1 CPC (Tappy,
in
Commentaire romand, Code de procédure civile, 2019, n. 4 ad art. 103 CPC) – est recevable pour avoir été interjeté auprès de l'autorité compétente (art. 120 al. 1 let. a LOJ), par une partie qui y a intérêt (art. 59 al. 2 let. a CPC), dans le délai utile de dix jours prévu pour les ordonnances d'instruction (art. 321 al. 2 CPC) et suivant la forme prévue par la loi (art. 130, 131, 142 al. 1 et 321 al. 1 CPC). ![endif]>![if>
1.2
La cognition de la Cour est limitée à la constatation manifestement inexacte des faits et à la violation du droit (art. 320 CPC).
2. 2.1
Le demandeur doit, sur requête du défendeur, fournir des sûretés en garantie du paiement des dépens lorsqu'il paraît insolvable (art. 99 al. 1 let. b CPC).
2.2
Il peut toutefois être exonéré de cette obligation s'il est admis au bénéfice de l'assistance juridique (cf. art. 118 al. 1 let. a CPC).
La décision incidente rejetant une requête d'assistance juridique est immédiatement exécutoire. Une telle décision déploie ainsi ses effets aussi longtemps qu'elle n'est pas contestée et que l'effet suspensif n'est pas accordé au recours formé contre elle (arrêts du Tribunal fédéral
4A_308/2021
du
10 juin 2021 consid. 5.3 et
4A_185/2021
du 31 mars 2021 consid. 4.2).
2.3
En l'espèce, c'est à tort que la recourante reproche au Tribunal de lui avoir imparti un ultime délai pour verser les sûretés, alors qu'elle avait formé recours auprès de la Présidente de la Cour pour se plaindre de la décision qui lui avait dénié le bénéfice de l'assistance juridique.
En effet, dans la mesure où le recours en matière d'assistance juridique n'est pas revêtu
ex lege
de l'effet suspensif et que la suspension de l'effet exécutoire attaché à la décision du 26 novembre 2021 n'a pas été attribuée
in casu
, cette décision était exécutoire dès sa communication et l'est restée pendant la durée de la procédure devant l'Autorité de recours en matière d'assistance juridique.
Il s'ensuit que le Tribunal, saisi de l'affaire au fond, pouvait valablement impartir un ultime délai à la recourante pour s'acquitter des sûretés, quand bien même l'Autorité de recours en matière d'assistance juridique ne s'était pas encore prononcée sur le refus d'octroi de l'aide étatique.
La décision du 24 février 2022 est ainsi conforme au droit.
Cela étant, le renvoi de la cause à l'Autorité de première instance en matière d'assistance juridique a eu pour effet de faire renaître cette procédure, puisque le juge devra statuer à nouveau sur la requête initiale de la société. Il y a ainsi lieu d'appliquer par analogie la jurisprudence rendue en application de l'art. 101 al. 3 CPC pour l'avance de frais (cf. ATF
138 III 672
consid. 4.2.1;
138 III 163
consid. 4.2 et les références; arrêt du Tribunal fédéral
4A_541/2012
du
18 janvier 2013 consid. 7) et de retenir que la procédure d'assistance judiciaire entraîne une sorte d'effet suspensif implicite du délai imparti pour payer les sûretés, de sorte que tant qu'une décision sur l'assistance judiciaire n'a pas été prise, le tribunal ne peut pas refuser d'entrer en matière sur la requête de la recourante pour défaut de paiement des sûretés et devra accorder d'office une prolongation du délai, voire fixer un nouveau délai, en cas de rejet de la requête.
En définitive, le recours sera rejeté.
3.
Les frais judiciaires du recours, comprenant l'émolument relatif aux décisions sur effet suspensif, seront arrêtés à 400 fr. (art. 41 RTFMC), mis à la charge de la recourante, qui succombe (art. 106 al. 1 CPC), et compensés avec l'avance de même montant effectuée par cette dernière, laquelle demeure acquise à l'Etat de Genève (art. 111 al. 1 CPC).
L'intimé s'étant rapporté à justice, il n'y a pas lieu à l'allocation de dépens.
* * * * *