Decision ID: 704bab87-d099-5f4b-86a0-16cec2dc667b
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 1
er
octobre 2021, A_, prévenu d’infractions à la circulation routière, recourt contre l'ordonnance du 25 septembre 2021, notifiée le jour même, à teneur de laquelle le Ministère public a séquestré, en mains de la fourrière cantonale de Genève, le véhicule automobile de marque D_ immatriculé GE 1_.
Il conclut, sous suite de frais, à l’annulation de cette décision ainsi qu’à la restitution dudit véhicule.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
A_, né en 1997, vit chez son père, B_, à E_ (GE).
Les prénommés, maraîchers de profession, effectuent régulièrement des livraisons auprès de restaurants et tiennent des stands lors de marchés.
b.a.
En 2015 et 2016, A_ a été condamné à deux reprises, par le Ministère public, pour avoir, entre autres infractions à la circulation routière, conduit un véhicule sans être titulaire du permis de conduire requis (art. 95 al. 1 let. a LCR).
Il a, par la suite, obtenu ledit permis.
bb.
Par décisions des 13 février et 12 août 2019, l’Office cantonal des véhicules a, successivement, fait interdiction au prénommé d’utiliser son permis de conduire pendant douze mois, puis le lui a retiré pour une durée de deux ans au minimum.
Ce nonobstant, A_ a conduit une automobile aux dates suivantes : le 9 mai 2019; à plusieurs reprises entre les 25 mai et 25 juin 2019; les 16 janvier et 13 février 2020. Le 3 avril 2020, il a été condamné, par le Tribunal de police, pour avoir violé plusieurs règles de la circulation routière, singulièrement conduire un véhicule alors que le permis de conduire lui a été retiré ou qu’il lui a été interdit d’en faire usage (art. 95 al. 1 let. b LCR).
b.c.
Par décision du 14 février 2020, l’Office précité a rendu une nouvelle décision, fixant à cinq ans la durée minimale du retrait de permis de conduire infligé à A_.
Postérieurement à cette décision, l’intéressé a encore conduit une voiture. Il a derechef été condamné, par le Tribunal de police, le 20 septembre 2021, pour avoir commis, entre autres infractions à la circulation routière, celle visée à la norme précitée.
c.a.
Le 25 septembre 2021, aux environs de 7 heures 45, A_ a été intercepté par la police alors qu’il circulait au volant d’un véhicule utilitaire de marque D_, immatriculé GE 1_, voiture dont il était, d’après la carte grise, le détenteur depuis fin novembre 2018.
c.b.
Entendu en qualité de prévenu d’infractions aux art. 90 al. 1 (pour avoir omis de ralentir en empruntant un rond-point) et 95 al. 1 let. b LCR, le prénommé a reconnu les faits qui lui étaient reprochés. Le matin concerné, il avait quitté le lieu où "[s]
a vendeuse
" et son père installaient un stand sur une place de marché pour aller effectuer, au moyen de la voiture précitée, une livraison auprès d’un restaurant; il avait pris le risque de conduire lui-même l’automobile. Il était suivi par une psychologue qui l’aidait "
à gérer
[s]
es problèmes en lien avec la conduite
".
C.
Dans sa décision déférée, le Procureur a considéré que le séquestre de la voiture concernée était la seule mesure apte à mettre en sûreté cet engin, susceptible d’être confisqué par le juge du fond, en application de l’art. 90a LCR, disposition dont les conditions semblaient,
prima facie
, être réalisées.
D. a.
À l’appui de son recours, A_ soutient, sous l'angle de sa qualité pour agir, disposer d'un intérêt juridiquement protégé à l’annulation de l’ordonnance entreprise, sans toutefois en exposer les motifs.
Sur le fond, il fait valoir que le véhicule séquestré appartient à B_, lequel l’avait acheté d’occasion. La saisie portait préjudice à son père, lequel se trouvait dépossédé d’un bien lui appartenant et entravé dans l’exercice de sa profession, l’automobile concernée étant de type utilitaire, ce qui l’empêchait d’assurer l’entretien convenable de sa famille. Cette mesure était, de surcroît, disproportionnée, les moyens alternatifs suivants étant susceptibles d’écarter tout risque de récidive : inscription, sur le permis de circulation de l’automobile, de B_ en qualité de détenteur; engagement de son père de placer les clés de la voiture dans une boîte munie d’un code et de conserver la combinaison secrète; achat d’un "
vélo-cargo
" par ses soins de façon à pouvoir continuer son activité.
Pour étayer ses allégués il a notamment produit copie : d’une lettre dans laquelle B_ confirme être le propriétaire du véhicule saisi et se trouver dans une situation financière délicate du chef du séquestre litigieux, respectivement s’engage à mettre en œuvre les moyens alternatifs proposés par son fils dans le recours; d’un contrat attestant de la vente, par une société, de l’automobile (d’occasion) litigieuse à B_.
b.
Invité à se déterminer, le Ministère public persiste dans les termes de sa décision, précisant que "
d’un point de vue strictement juridique
" le véhicule appartient à A_, l’engin étant immatriculé à son nom.
À l’appui de ses observations, le Procureur a joint des pièces nouvelles, dont certaines ont été résumées
supra
, dans la mesure utile.
c.
A_ n’a pas répliqué.

EN DROIT
:
1.
1.1.
Le recours a été interjeté selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP) à l’encontre d’une ordonnance de séquestre, décision sujette à contestation auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP), par le prévenu, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. a CPP).
1.2.
Il sied de déterminer si le recourant dispose de la qualité pour agir.
1.2.1.
Selon l'art. 382 al. 1 CPP, toute partie qui a un intérêt juridiquement protégé à l'annulation ou à la modification d'une décision a qualité pour contester celle-ci.
Tel est le cas lorsque le recourant est touché directement et immédiatement dans ses droits propres. Ce dernier doit donc établir que la décision attaquée viole une règle qui a pour but de protéger ses intérêts et qu’il peut, en conséquence, en déduire un droit subjectif. La violation d'un intérêt relevant d'un autre sujet de droit est insuffisante pour créer la qualité pour recourir (ATF
145 IV 161
consid. 3.1 p. 163; arrêt du Tribunal fédéral
1B_370/2019
du 4 octobre 2019 consid. 2.1.1).
1.2.2.
Un séquestre peut être prononcé sur une automobile (utilisée pour commettre une infraction) appartenant aussi bien au prévenu qu’à un tiers (
cf.
à ce dernier égard ATF
140 IV 133
consid. 3.5 p. 137 s.; arrêt du Tribunal fédéral
1B_556/2017
du 5 juin 2018 consid. 4.3
in fine
).
Est touché par une telle mesure celui qui se trouve privé provisoirement de la disposition de cette automobile, que ce soit parce qu’il en est le propriétaire (arrêt du Tribunal fédéral
1B_127/2013
du 1
er
mai 2013 consid.1) ou qu’il bénéfice, sur celle-ci, d’un pouvoir de disposition, notamment quant à son utilisation, par exemple parce qu’il la détient sur la base d’un contrat de
leasing
(arrêt du Tribunal fédéral
1B_556/2017
précité, consid. 1.3).
L'inscription d'un individu sur le permis de circulation d’un véhicule n'établit pas qu'il en est le propriétaire; elle permet, tout au plus, de présumer qu'il en est le détenteur et en a la maîtrise de fait (arrêt du Tribunal fédéral
1P_305/2000
du 4 septembre 2000 consid. 2b;
ACPR/211/2021
du 26 mars 2021 consid. 3.2.2).
1.2.3.
En l’espèce, le prévenu et son père s’accordent à dire que la voiture saisie est la propriété du second, raison pour laquelle le séquestre devrait être levé.
Leur affirmation est étayée par un contrat de vente selon lequel B_ a acquis ce véhicule.
Rien ne permet de considérer que le prénommé aurait ultérieurement cédé la propriété de l’engin à son fils. En particulier, l’inscription de ce dernier sur le permis de circulation de l’automobile est impropre à établir une telle cession, l'enregistrement auprès de l’Office cantonal des véhicules constituant une démarche administrative, indépendante du contrat (donation, etc.) transférant la propriété de la voiture; ainsi, un individu peut être l'unique propriétaire d'un véhicule immatriculé au nom d'un tiers (par exemple, parce qu'il en cède l'usage à ce dernier).
Par conséquent, si l’on considère que B_ est le propriétaire de la voiture séquestrée, son fils ne peut se prévaloir d’une atteinte au droit de propriété du premier pour fonder sa qualité pour recourir.
1.2.4.
Reste à déterminer si le recourant est habilité à se plaindre d’une privation provisoire de la disposition du véhicule en sa qualité d’utilisateur habituel, ce à quoi il convient de répondre par la négative, dès lors qu’il s’est vu retirer son permis de conduire au début de l’année 2020, et ce pour une durée de cinq ans au moins.
Des considérations qui précèdent, il résulte que le prévenu ne subit aucun préjudice juridique propre (art. 382 al. 1 CPP) du chef du séquestre ordonné.
1.3.
Il s’ensuit que le recours est irrecevable.
2.
Le recourant, qui est réputé avoir succombé (art. 428 al. 1, 2
ème
phrase, CPP), supportera l'entier des frais de la procédure, fixés à CHF 800.- en totalité, émolument de décision inclus (art. 3
cum
art. 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP;
E 4 10.03
).
* * * * *