Decision ID: 15d96162-b230-4f9a-9794-6a4bce2ae0ce
Year: 2012
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Par ordonnance de classement du 13 janvier 2011 (recte 2012; act. 1.2), le
Ministère public de la Confédération (ci-après: MPC) a mis fin à la procédu-
re pénale menée contre B., C. et D. des chefs des préventions de, pour le
premier, dénonciation calomnieuse (art. 303 CP), subsidiairement induction
de la justice en erreur (art. 304 CP), faux témoignage (art. 307 CP), sé-
questration (art. 183 CP) et abus d'autorité (art. 312 CP); le deuxième et le
dernier étaient prévenus de dénonciation calomnieuse, subsidiairement
d'induction de la justice en erreur et de séquestration.
B. Par mémoire du 30 janvier 2012 (act. 1), écrit en langue italienne, A., partie
plaignante à la procédure susmentionnée, a fait recours contre ladite déci-
sion de classement.
C. Invités à répondre (act. 5), B. et C. ont, dans un premier temps, limité leurs
conclusions à l'irrecevabilité du recours du seul fait de sa rédaction en lan-
gue italienne, subsidiairement à l'octroi d'un délai supplémentaire pour dé-
poser leur réponse au fond (act. 9 et 11); B. a également demandé que C.
et lui-même ainsi que le MPC et la Cour de céans travaillent sur la base
d'une traduction officielle et certifiée conforme (act. 14). Le 15 mars 2012,
la Cour a communiqué à B. et C. que la question de la recevabilité du re-
cours serait examinée dans la décision finale et qu'elle n'entendait pas exi-
ger du recourant qu'il procède à la traduction de son écriture (act. 12).
D. Le MPC a répondu le 19 mars 2012 et conclu au rejet du recours dans la
mesure de sa recevabilité (act. 13). C. a répondu le 20 mars 2012 et conclu
au rejet du recours (act. 17). B. a répondu le 27 mars 2012 et conclu à l'ir-
recevabilité du recours, subsidiairement à son rejet (act. 18).
E. Après désignation d'un avocat d'office par le président de la Cour de céans
à D. (act. 19), ce dernier a répondu le 30 avril 2012 et conclu au rejet du
recours (act. 24).
- 3 -
F. Invité à répliquer, le recourant a demandé que soit versé au dossier le pro-
jet d'acte d'accusation que le MPC aurait rédigé avant la décision de clas-
sement et que la procédure devant la Cour de céans soit suspendue en at-
tendant la production de ce document, subsidiairement qu'un délai supplé-
mentaire pour répliquer soit accordé (act. 28). Le 4 juin 2012, le président
de la Cour de céans lui a signifié qu'il rejetait sa réquisition et sa demande
de prolongation de délai (act. 29). Le recourant a finalement répliqué le
même jour (act. 31). A l'appui du respect du délai, il a produit une déclara-
tion d'un tiers attestant que son mémoire avait été posté en temps et en
heure (act. 31.1).
G. Invité à dupliquer à titre facultatif, le MPC y a renoncé (act. 41). C. a ren-
voyé à sa réponse (act. 40) et B. a conclu au rejet du recours (act. 42). D.
ne s'est pas exprimé.
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris
si nécessaire dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1.1 En tant qu’autorité de recours, la Cour des plaintes examine avec plein
pouvoir de cognition les recours qui lui sont soumis (Message relatif à
l’unification du droit de la procédure pénale du 21 décembre 2005, FF 2006
1057, 1296 in fine [ci-après: le Message]; STEPHENSON/THIRIET, Commen-
taire bâlois, Schweizerische Strafprozessordnung (ci-après: Commentaire
bâlois), n o 15 ad art. 393; KELLER, Kommentar zur Schweizerischen Straf-
prozessordnung [StPO], [Donatsch/Hansjakob/Lieber, éd.] ci-après: Kom-
mentar StPO, n o 39 ad art. 393; SCHMID, Handbuch des schweizerischen
Strafprozessrechts, Zurich, Saint-Gall 2009, n o 1512).
1.2 Aux termes des art. 393 al. 1 let. a CPP ainsi que 37 al. 1 LOAP en lien
avec l’art. 19 al. 1 du règlement du 31 août 2010 sur l’organisation du Tri-
bunal pénal fédéral (ROTPF; RS 173.713.161), la voie du recours est ou-
verte contre les [...] décisions du ministère public. Le recours est recevable
à la condition que le recourant dispose d’un intérêt juridiquement protégé à
l’annulation ou à la modification de la décision entreprise (art. 382 al. 1
CPP).
- 4 -
Selon le Tribunal fédéral (arrêt du Tribunal fédéral 1B_489/2011 du 24 jan-
vier 2012, consid 2.1), les ordonnances de classement peuvent faire l'objet
d'un recours en vertu de l'art. 393 al. 1 let. a CPP de la part de "toute partie
qui a un intérêt juridiquement protégé à [leur] annulation ou à [leur] modifi-
cation" (art. 382 al. 1 CPP). La qualité pour recourir de la partie plaignante
contre une ordonnance de classement ou de non-entrée en matière est
ainsi subordonnée à la condition qu'elle soit directement touchée par l'in-
fraction et puisse faire valoir un intérêt juridiquement protégé à l'annulation
de la décision. En règle générale seul peut se prévaloir d'une atteinte direc-
te le titulaire du bien juridique protégé par la disposition pénale qui a été
enfreinte (ATF 129 IV 95 consid. 3.1 et les arrêts cités). Les droits touchés
sont les biens juridiques individuels tels que la vie et l'intégrité corporelle, la
propriété, l'honneur, etc. (Message relatif à l'unification du droit de la pro-
cédure pénale du 21 décembre 2005, FF 2006 p. 1148). En revanche, lors-
que l'infraction protège en première ligne l'intérêt collectif, les particuliers
ne sont considérés comme lésés que si leurs intérêts privés ont été effecti-
vement touchés par les actes en cause, de sorte que leur dommage appa-
raît comme la conséquence directe de l'acte dénoncé (ATF 129 IV 95
consid. 3.1 et les arrêts cités).
En l'occurrence, le recourant est directement touché dans sa liberté de dé-
placement, bien juridique protégé par l'infraction de séquestration (arrêt du
Tribunal fédéral 6B_637/2011, 6B_641/2011 et 6B_642/2011 du
13 avril 2012, consid. 3.3.1). Il l'est également dans son honneur, protégé
par l'infraction de dénonciation calomnieuse (CORBOZ, Les infractions en
droit suisse, vol. II, Berne 2010, n° 1 ad art. 303 CP et références citées).
Le recourant susceptible de subir un désavantage du fait du faux témoi-
gnage, voit cet inconvénient protégé par l'infraction y relative (CORBOZ,
op. cit., n°3 ad art. 307 CP). Enfin, l'infraction d'abus d'autorité, qui protège
avant tout des intérêts collectifs, peut selon le Tribunal fédéral (arrêt du Tri-
bunal fédéral 1B_201/2011 du 9 juin 2011, consid. 2.1 et 2.2) léser les par-
ticuliers si leurs intérêts privés ont été effectivement touchés par les actes
en cause, de sorte que leur dommage apparaît comme la conséquence di-
recte de l'acte dénoncé (ATF 129 IV 95 consid. 3.1; 123 IV 184 consid. 1c;
120 Ia 220 consid. 3). L'atteinte doit par ailleurs revêtir une certaine gravité.
En l'espèce, vu les conséquences qu'ont eu sur le recourant, par hypothè-
se, les actes dont est prévenu B. (cf. infra, consid. 3.2.4), ces conditions
semblent données.
1.3 B. et C. concluent à l'irrecevabilité du recours au motif que le mémoire a
été déposé en langue italienne dans une procédure menée en langue fran-
çaise.
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Selon l’art. 67 CPP, la Confédération et les cantons déterminent les
langues dans lesquelles leurs autorités pénales conduisent les procédures
(al. 1). Les autorités pénales cantonales accomplissent tous les actes de
procédure dans ces langues; la direction de la procédure peut autoriser des
dérogations (al. 2). Cette disposition pose le principe que la procédure pé-
nale se déroule en règle générale dans une seule et même langue (MA-
HON, Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse [ci-après:
Commentaire romand], n o 2 ad art. 67 CPP). La LOAP, qui accompagne et
complète le CPP, règle la question de la langue de la procédure pénale de-
vant les autorités fédérales (MAHON, op. cit., n o 20 ad art. 67 CPP). Son ar-
ticle 3 précise en effet que la langue de la procédure est le français, l’italien
ou l’allemand (al. 1).
La question de la langue de la procédure – en l'occurrence et de manière
incontestée, le français – concerne avant tout les actes des autorités et doit
être distinguée de celle de la langue dans laquelle les intervenants à la
procédure s'adressent auxdites autorités. Le droit des langues est garanti
par les art. 4, 18 et 70 Cst. et, en ce qui concerne les tribunaux fédéraux,
concrétisé par les art. 4 al. 1 let. d, 6 al. 1 et 6 al. 5 de la loi fédérale du
5 octobre 2007 sur les langues nationales et la compréhension entre les
communautés (LLC; RS 441.1). Il en découle que quiconque s’adresse au
Tribunal pénal fédéral peut le faire dans la langue officielle de son choix.
Certes, l'art. 6 al. 5 LLC fait réserve des dispositions particulières de la pro-
cédure fédérale mais comme exposé ci-dessus, l'art. 67 CPP n'impose pas
aux intervenants de s'exprimer dans la langue de la procédure. Du reste, il
serait peu conforme à l'esprit de la Constitution et de la LLC de déduire des
dispositions légales précitées une obligation faite aux intervenants de
s'adresser au Tribunal pénal fédéral exclusivement dans la langue de la
procédure quand, une fois devant le Tribunal fédéral, ils pourraient déposer
leurs mémoires dans la langue officielle de leur choix (art. 42 al. 1 LTF).
Dès lors que, en l'occurrence, le recourant a le droit de produire son mé-
moire en langue italienne, son recours est, sous cet angle, recevable.
La requête formée à titre subsidiaire par B. et C. (act. 9, p. 2 et act. 11,
p. 2) en vue d'enjoindre au recourant de traduire son recours tombe égale-
ment à faux puisque l'art. 68 CPP, qui précise les modalités des traductions
comme garantie du droit à un procès équitable (MAHON, op. cit., n° 7 ad
art. 68 CPP), s'adresse aux autorités et non aux intervenants à la procédu-
re (voir consid. 2). L'arrêt du Tribunal fédéral 1B_4/2012 du 11 janvier 2012
(et jurisprudence citée), qui définit à quelles conditions l'autorité judiciaire
peut enjoindre au recourant de traduire un mémoire déposé dans une lan-
gue officielle fédérale autre que la langue officielle cantonale, ne peut trou-
- 6 -
ver application en l'espèce puisque, comme établi précédemment, le Tribu-
nal pénal fédéral reçoit les écrits des parties dans les trois langues officiel-
les.
1.4 Le recours contre les décisions notifiées par écrit ou oralement doit par ail-
leurs être motivé et adressé par écrit, dans le délai de dix jours à l’autorité
de céans (art. 396 al. 1 CPP). Ces conditions étant respectées, le recours
est recevable.
2. Soulevée sous l'angle de la recevabilité du recours et à titre subsidiaire par
B. et C. (act. 9 et 11), la question de la traduction par l'autorité de céans du
mémoire du recourant à l'intention de B. et C. se pose compte tenu de
l'art. 68 CPP et des règles générales du procès équitable telles que posées
par le droit supérieur. En effet, si cette traduction ne saurait, pour les rai-
sons susmentionnées (supra, consid. 1.3), être imposée au recourant, elle
doit être examinée par la Cour. En l'occurrence, force est de constater que
la traduction de l'italien au français demandée par C., de langue maternelle
italienne, paraît singulièrement dépourvue de pertinence; la même traduc-
tion demandée par B., de langue maternelle française, est de prime abord
plus compréhensible; cependant, il convient de constater que l'art. 68 al. 2,
2 ème
phrase CPP confère au prévenu le droit d'obtenir une traduction (MA-
HON, op. cit., n° 17 ad art. 68 CPP), et non à l'intimé dans une procédure de
recours. La question de savoir si cette disposition doit être interprétée au
pied de la lettre ou s'il convient de tenir compte du fait que, comme la déci-
sion de classement attaquée n'est pas entrée en force, B. a également
qualité de prévenu au fond peut être laissée ouverte puisqu'il ressort du
dossier de la cause que durant sa carrière professionnelle, B. a longue-
ment et intensivement collaboré notamment avec la brigade des stupéfiants
tessinoise (dossier MPC, pièce n° 13 02 0005) et n'a jamais demandé de
traduction des pièces en italien figurant au dossier, ce qui permet de lui
prêter une connaissance au moins passive de la langue italienne et d'ad-
mettre que la traduction du mémoire de recours est superflue, respective-
ment que l'absence de traduction ne viole pas ses droits procéduraux.
Quant à son mandataire, il est rappelé que comme tous les avocats exer-
çant en Suisse, il est censé comprendre les langues nationales de la
Confédération (arrêt du Tribunal fédéral 1A_235/2003 du 8 janvier 2004,
consid. 1; décision et arrêts du Tribunal pénal fédéral BB.2012.10 du 4 juil-
let 2012, consid. 2.1.2; BK_B 153/04 du 16 novembre 2004, consid. 2.4;
BK_B 139/04 du 24 janvier 2005, consid. 2).
http://links.weblaw.ch/BK_B_153/04
- 7 -
3.
3.1 La Cour de céans examine les recours en libre cognition (CALAME, Com-
mentaire romand, n° 1 ad art. 391 CPP). Elle n’est liée ni par les motifs ni
par les conclusions des parties (CALAME, ibidem; ZIEGLER, Commentaire
bâlois, n° 1 ad art. 391 CPP).
3.2 Les faits relatifs à la procédure en cours et leur qualification juridique ont
été élucidés et analysés par plusieurs magistrats au niveau fédéral. Les au-
torités judiciaires du canton du Tessin ont connu de la plainte du recourant
contre C. et l'ont traitée sous l'angle de la diffamation par le biais d'un livre
publié par ce dernier (voir consid. 3.2.2). Le MPC a attiré toutes les autres
accusations contre toutes les personnes en cause par ordonnance de jonc-
tion du 2 septembre 2008 (dossier MPC, pièce n° 02 00 0204).
3.2.1 En résumé, les accusations portées contre le recourant par les intimés ont
fait l'objet d'une enquête de police judiciaire fédérale dénommée E. sous le
chef des préventions de trafic de stupéfiants (art. 19 aLFStup), de corrup-
tion (art. 322 quater
CP) et de blanchiment d'argent (art. 305 bis
CP); il lui était
reproché d'avoir, en substance, participé à des opérations policières illéga-
les et favorisé ainsi le trafic de stupéfiants (rapport de clôture de l'instruc-
tion préparatoire [ci-après: rapport JIF], dossier MPC, pièce n° 22 02 0091;
rapport final de l'enquête de police judiciaire [ci-après: rapport MPC], dos-
sier MPC, pièce n° 22 00 0003). Ouverte le 8 avril 2003, cette procédure a
été suspendue le 2 septembre 2004, les charges contre le recourant ayant
été abandonnées ("[...] rien ne peut être reproché à A. depuis qu'il travaille
à la PJF [...]"; rapport sur l'état de l'enquête du MPC du 16 avril 2004, dos-
sier MPC, pièce n° 05 00 0279).
3.2.2 Sur le plan cantonal, le 14 octobre 2003, le recourant a porté plainte (dos-
sier MPC, pièces n os
02 00 0003 ss) contre C. pour calomnie (art. 174 CP),
dénonciation calomnieuse (art. 303 CP), induction de la justice en erreur
(art. 304 CP), subsidiairement faux témoignage (art. 307 CP). Le 6 mai
2004, C. a été condamné par ordonnance pénale du Procureur général du
canton du Tessin à une amende de CHF 1'000.-- pour diffamation (art. 173
CP) ainsi qu'aux frais et aux dépens. Après opposition, le Juge unique pé-
nal a confirmé sa condamnation le 7 décembre 2004 (act. 1.4). Sur re-
cours, la Cour de cassation et de révision pénale du Tribunal d'appel du
Tessin a constaté la prescription et en a tiré les conséquences de droit
(act. 1.5).
3.2.3 Sur le plan fédéral, la suspension de l'enquête E. a mené à l'ouverture de
l'enquête F. (voir supra, lettre A), dont le classement fait l'objet de la pré-
sente procédure. Ses développements et résultats ont été analysés une
- 8 -
première fois par le Procureur fédéral compétent (rapport MPC, dossier
MPC, pièces n os
22 00 0001 ss), ensuite par le Juge d'instruction fédéral
chargé de l'enquête (rapport JIF, dossier MPC, pièces n os
22 02 0089 ss)
puis par le Procureur fédéral chargé "[...] fin août 2011 [...] par le Procureur
général de la Confédération de rédiger une ordonnance de classement en
cette affaire [...]" (act. 1.1, p. 4; décision du Procureur général de la Confé-
dération du 29 août 2011, non paginée, dossier MPC, classeur "informa-
tions générales n° 1", rubrique 2 in fine).
3.2.4 Dans son rapport (rapport MPC), le Procureur fédéral à l'époque en charge
du dossier a procédé à l'analyse circonstanciée du contexte dans lequel les
faits à l'origine de l'enquête se sont déroulés. L'enquête a porté sur les rela-
tions entre les différents protagonistes, notamment le recourant et les pré-
venus. Plusieurs auditions, dont des confrontations, ont été organisées.
Les mobiles possibles des prévenus ont été évalués. Le Procureur fédéral
a conclu: "[...] les investigations entreprises ont clarifié les soupçons de
manière suffisante pour que la procédure soit poursuivie contre les préve-
nus et étendue à d'autres infractions [...]" (rapport MPC, dossier MPC, piè-
ce n° 22 00 0086), soit contre B. pour dénonciation calomnieuse, subsidiai-
rement induction de la justice en erreur, faux témoignage, séquestration et
abus d'autorité; contre C. et D. pour dénonciation calomnieuse, subsidiai-
rement induction de la justice en erreur et séquestration. En substance, les
faits, survenus en 2003, incriminaient C., B. et D. dans la mesure où ils
avaient, en portant de fausses accusations et en répandant des soupçons
de trafic de stupéfiants, de blanchiment d'argent, de corruption passive et
de contrainte à l'égard de A., devant un Procureur fédéral et des enquê-
teurs de la Police judiciaire fédérale, provoqué l'ouverture de l'enquête E. et
favorisé son extension à A. ainsi que son incarcération (dossier MPC, pièce
n° 22 00 0087).
3.2.5 Dans son rapport (rapport JIF), le Juge d'instruction fédéral a procédé à
une analyse juridique précise des infractions retenues par le MPC et du rô-
le des prévenus. Il a notamment précisé les périodes durant lesquelles les
faits incriminants s'étaient déroulés et a examiné la constitution des infrac-
tions également sous l'angle des éléments constitutifs subjectifs. En subs-
tance, il est parvenu aux mêmes conclusions que le MPC. Dans son rap-
port de clôture complémentaire du 19 avril 2010 (dossier MPC, pièces
n os
22 00 0119 ss), le Juge d'instruction, après avoir procédé à l'administra-
tion de preuves supplémentaires, a conclu que "[...] le contenu intégral du
journal d'enquête E. semble confirmer l'objectivité et l'exhaustivité des faits
déterminants [...]". L'audition d'un témoin supplémentaire a amené ledit
magistrat à estimer "[...] [qu'] il est aisé de constater que [les mesures pri-
ses] semblent conforter les hypothèses objectivement énoncées dans le
- 9 -
rapport de clôture [...]". Ledit témoin aurait fait, avant son audition, l'objet
de menaces de la part de C. et de B.
3.2.6 Le Procureur fédéral chargé de classer la procédure motive essentielle-
ment sa décision querellée par le fait que "[...] cette enquête n'a pas per-
mis de recueillir les preuves matérielles décisives [...]" (act. 1.2, p. 3-4).
4.
4.1 Selon l'art. 319 al. 1 CPP, le ministère public ordonne le classement de
tout ou partie de la procédure lorsqu’aucun soupçon justifiant une mise en
accusation n’est établi (let. a), lorsque les éléments constitutifs d’une infrac-
tion ne sont pas réunis (let. b), lorsque des faits justificatifs empêchent de
retenir une infraction contre le prévenu (let. c), lorsqu’il est établi que cer-
taines conditions à l’ouverture de l’action pénale ne peuvent pas être rem-
plies ou que des empêchements de procéder sont apparus (let. d) ou enco-
re lorsqu’on peut renoncer à toute poursuite ou à toute sanction en vertu de
dispositions légales (let. e).
De jurisprudence constante (arrêts du Tribunal fédéral 1B_329/2012 et
1B_372/2012 du 18 septembre 2012, consid. 2.1), la question de savoir si
le ministère public peut classer une procédure doit répondre à la maxime in
dubio pro duriore. Celle-ci découle elle-même du principe de la légalité
(art. 5 al. 1 Cst. et 2 al. 2 CPP en relation avec les art. 319 al. 1 et 324
CPP; ATF 138 IV 86 consid. 4.2). Elle signifie qu'en principe, un classe-
ment ne peut être prononcé par le ministère public que lorsqu'il apparaît
clairement que les faits ne sont pas punissables ou que les conditions à la
poursuite pénale ne sont pas remplies. La procédure doit se poursuivre
lorsqu'une condamnation apparaît plus vraisemblable qu'un acquittement
ou lorsque les probabilités d'acquittement et de condamnation apparaissent
équivalentes, en particulier en présence d'une infraction grave (ATF 138 IV
86 consid. 4.1.2; 137 IV 285 consid. 2.5).
4.2 D'une part, au terme d'une enquête préliminaire puis d'une instruction pré-
paratoire d'une envergure certaine qui ont permis de constituer un dossier
conséquent, deux magistrats fédéraux dans des rôles et des fonctions dif-
férents ont abouti en substance à la conclusion que les infractions repro-
chées aux prévenus étaient susceptibles d'être constituées, en indiquant
notamment les dates de celle-ci et en développant les éléments subjectifs.
D'autre part, alors qu'aucun élément nouveau n'a été recueilli entre la clôtu-
re matérielle de l'enquête et la décision querellée, celle-ci indique que "[...]
cette enquête n'a pas permis de recueillir les preuves matérielles décisives
car elle n'a pu, pour l'essentiel, se fonder que sur des ouï-dire; qu'il s'avère
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- 10 -
très difficile de reconstruire et d'élucider des faits qui se sont déroulés au
début des années 1990 [...] et au cours des années 2002-2009 [...] qu'il
n'est dès lors plus possible d'établir, sur le plan objectif, des actes constitu-
tifs d'infractions pénalement répréhensibles [...] qu'il est, de ce fait, d'autant
plus difficile, voire impossible de déterminer les personnes qui y auraient
été impliquées et de leur imputer, sur le plan subjectif, une volonté pénale-
ment répréhensible [...] qu'il est dès lors absolument impossible, vu le
temps écoulé, de déterminer précisément ce qui s'est passé, quelles infor-
mations ont été données, quels documents s'y rapportant ont été déposés,
transférés, interprétés, évalués, de façon orale ou écrite, par qui, auprès de
qui, en présence de qui, à quel endroit et sous quel prétexte [...]" (act. 1.2,
p. 3-4).
4.3 Les art. 80 à 83 CPP règlent la forme et en particulier la motivation des
prononcés et s'appliquent également aux décisions de classement rendues
par le ministère public (MACALUSO, Commentaire romand, n° 4 ad art. 80
CPP).
Selon le Tribunal fédéral (ATF 138 IV 81 consid. 2.2), les exigences de mo-
tivation des décisions découlent du droit d'être entendu, garanti par l'art. 29
al. 2 Cst. et l'art. 3 al. 2 let. c CPP. Selon la jurisprudence, le juge est tenu
de motiver ses décisions, afin que le justiciable puisse les comprendre et
exercer ses droits de recours à bon escient. Le juge doit ainsi mentionner,
au moins brièvement, les motifs qui l'ont guidé et sur lesquels il a fondé sa
décision, de manière à ce que l'intéressé puisse se rendre compte de la
portée de celle-ci et l'attaquer en connaissance de cause. Il n'a toutefois
pas l'obligation d'exposer et de discuter tous les faits, moyens de preuve et
griefs invoqués par les parties, mais peut au contraire se limiter à l'examen
des questions décisives pour l'issue du litige (ATF 134 I 83 consid. 4.1 et
les références citées). La motivation, comme protection contre l'arbitraire
(art. 9 Cst.) est une garantie minimale et subsidiaire d'ordre public
(ATF 112 Ia 107 consid. 2b). Selon une jurisprudence ancienne mais dont
l'actualité n'est pas discutée (ATF 19 469), il est de l'essence de tout juge-
ment d'être motivé, c'est-à-dire de contenir les raisons qui ont déterminé le
jugement dans l'application et dans l'interprétation de la loi. Plus récem-
ment, tant la doctrine que la jurisprudence ont admis que la motivation peut
se limiter à l'examen des questions décisives pour l'issue du litige, en men-
tionnant au moins brièvement et de façon claire les motifs s'agissant des
faits, des moyens de preuve et des éléments pertinents (MACALUSO, op. cit,
n° 10 ad art. 80 CPP; PIQUEREZ/ MACALUSO, Procédure pénale suisse, Ge-
nève, Zurich, Bâle 2011, 3 e éd., n° 483; ATF 130 II 530 consid. 4.3; ATF
129 I 232 consid 3.2; ATF 126 I 97 consid. 2b).
http://relevancy.bger.ch/php/clir/http/index.php?lang=fr&type=highlight_simple_query&page=1&from_date=&to_date=&from_year=2010&to_year=2012&sort=relevance&insertion_date=&from_date_push=&top_subcollection_clir=bge&query_words=motivation&part=all&de_fr=&de_it=&fr_de=&fr_it=&it_de=&it_fr=&orig=&translation=&rank=0&highlight_docid=atf%3A%2F%2F134-I-83%3Afr&number_of_ranks=0&azaclir=clir#page83
- 11 -
4.4 Si, en cours de procédure, intervient un changement de procureur fédéral,
rien n'impose au magistrat nouvellement institué de reprendre à son comp-
te le point de vue des magistrats précédents (sous réserve de directives et
d'instructions au sens de l'art. 13 LOAP). Cependant, censée clore une
procédure de longue haleine, pour des faits graves, et déjà sanctionnée par
différents rapports qui relatent des éléments de preuve et leur appréciation
juridique, la décision prise par lui devrait permettre de comprendre pour-
quoi, au sens de la jurisprudence précitée, il s'écarte de la maxime in dubio
pro duriore, soit parce qu'il lui semble que les probabilités d'acquittement
sont supérieures à celles d'une condamnation (voir supra consid. 3.1 a
contrario), ce d'autant plus que ses prédécesseurs dans l'enquête sont
parvenus à des conclusions contraires sur la base des mêmes faits. Son
raisonnement ne saurait se résumer à écarter d'un trait de plume des élé-
ments établis et connus des parties et à conclure ex abrupto, sans référen-
ce ni analyse sérieuse apparente, qu'il est "[...] absolument impossible, vu
le temps écoulé, de déterminer précisément ce qui s'est passé, quelles in-
formations ont été données, quels documents s'y rapportant ont été dépo-
sés, transférés, interprétés, évalués, de façon orale ou écrite, par qui, au-
près de qui, en présence de qui, à quel endroit et sous quel prétexte [...]".
En tout état de cause et sans préjuger de l'issue de la procédure au fond,
cette motivation ne répond pas aux exigences susmentionnées (voir supra,
consid. 4.3).
4.5 Par conséquent, compte tenu de la violation grave du droit d'être entendu
qu'elle consacre, le recours est admis et la décision de classement doit être
annulée. Le MPC tiendra compte de la jurisprudence du Tribunal fédéral re-
lative à la récusation d'un procureur suite à une décision de classement
(ATF 138 IV 142 consid. 2.4).
5. Selon l'art. 428 al. 1 CPP, les frais de la procédure de recours sont mis à
la charge des parties dans la mesure où elles ont obtenu gain de cause ou
succombé. En tant que parties qui succombent, B., C. et D. se voient met-
tre à leur charge lesdits frais, lesquels se limiteront en l’espèce à un émo-
lument qui, en application de l’art. 8 du règlement du Tribunal pénal fédéral
du 31 août 2010 sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la pro-
cédure pénale fédérale (RFPPF; RS 173.713.162), est établi à CHF 1'500.-
- et mis par CHF 500.-- à la charge de chacun, sans solidarité. Le MPC ne
se verra au contraire pas imposer de frais (art. 428 al. 1 CPP en lien avec
l'art. 66 al. 4 LTF). L'avance de frais versée par le recourant lui est resti-
tuée.
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6. La partie qui obtient gain de cause a droit à une indemnité pour les dépen-
ses occasionnées par l'exercice raisonnable de ses droits de procédure
(art. 433 al. 1 let. a CPP). Selon l'art. 12 al. 1 RFPPF, les honoraires sont
fixés en fonction du temps effectivement consacré à la cause et nécessaire
à la défense de la partie représentée. Selon l’art. 12 al. 2 du même règle-
ment, lorsque l’avocat ne fait pas parvenir le décompte de ses prestations
dans la procédure devant la Cour des plaintes, avec son unique ou sa der-
nière écriture, le montant des honoraires est fixé selon l’appréciation de la
Cour. En l'espèce, une indemnité d'un montant de CHF 2'000.-- (TVA in-
cluse) paraît équitable, mise à la charge du MPC.
7.
7.1 Un avocat d’office a été désigné au recourant en date du 29 mars 2012 en
la personne de Me Emanuele Stauffer. L’art. 135 al. 2 CPP prévoit que le
ministère public ou le tribunal qui statue au fond fixent l’indemnité à la fin
de la procédure. Même si, à rigueur de texte, l’autorité de céans n’intervient
pas en tant que juge du fond, cette fonction étant revêtue, dans la juridic-
tion pénale fédérale, par la Cour des affaires pénales du Tribunal pénal fé-
déral (art. 35 LOAP), il a été prévu, dans le règlement sur les frais, de s’en
tenir à l’ancienne pratique en matière d’indemnisation du défenseur d’office
dans le cadre d’une procédure de recours devant l’autorité de céans, à sa-
voir que la Caisse du Tribunal pénal fédéral prend en charge cette dernière
tout en en exigeant, le cas échéant, le remboursement au prévenu (art. 21
al. 2 et 3 RFPPF). Pareille solution, en plus de simplifier la tâche de
l’autorité appelée à indemniser le défenseur d’office en fin de procédure
(MPC ou Cour des affaires pénales) en ce sens qu’elle règle clairement la
problématique des frais/indemnités liés aux procédures incidentes, présen-
te également l’avantage pour le défenseur lui-même d’être indemnisé dans
des délais plus courts pour les opérations relatives aux procédures inciden-
tes devant la Cour de céans.
7.2 L’art. 12 al. 1 RFPPF prévoit que les honoraires des avocats sont fixés en
fonction du temps effectivement consacré à la cause et nécessaire à la dé-
fense de la partie représentée. Le tarif horaire, lequel s’applique également
aux mandataires d’office, est de CHF 200.-- au minimum et de CHF 300.--
au maximum (art. 12 al. 1 RFPPF). Le tarif usuellement appliqué par la
Cour de céans ces dernières années était de CHF 220.-- par heure (arrêt
du Tribunal pénal fédéral BB.2009.17 du 18 août 2009, consid. 6.2). Afin
d’uniformiser la pratique au sein du Tribunal pénal fédéral, la Cour a décidé
toutefois de fixer dorénavant le tarif horaire à CHF 230.-- (décision du Tri-
bunal pénal fédéral BB.2012.8 du 2 mars 2012, consid. 4.2). En l’absence
- 13 -
d’un mémoire d’honoraires, l’autorité saisie de la cause fixe l’indemnité se-
lon sa propre appréciation (art. 12 al. 2 RFPPF). Compte tenu de la nature
de l’affaire et de l’activité déployée par le défenseur dans le cadre de la
procédure inhérente au recours, notamment de la prise de connaissance
du dossier de l'ensemble de la procédure, une indemnité d’un montant de
CHF 3'500.-- (TVA incluse) paraît justifiée. Ainsi que précisé au considérant
précédent, la Caisse du Tribunal pénal fédéral versera cette indemnité à
Me Emanuele Stauffer. Compte tenu du fait que l'intimé ne bénéficie pas de
l'assistance judiciaire, elle en demandera toutefois le remboursement à D.
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