Decision ID: 9aaae396-fbfe-5d54-a554-d7752d18c2bb
Year: 2011
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
La faillite de H_ SA a été prononcée le 30 octobre 1992 par le Tribunal de première instance.
L'administration de la faillite a été confiée à une administration spéciale.
Par avis publié dans la FAO du xx 2005, l'administration spéciale de la faillite a annoncé un nouveau dépôt de l'état de collocation.
B.
J_ SpA est une société de droit italien, avec siège à Z_, active dans le domaine financier.
Par acte notarié du 20 décembre 2010, A_ S.p.A., également une société de droit italien, a cédé à J_ SpA ses deux créances inscrites à l'état de collocation de la faillite de H_ SA.
Informée de ladite cession et de ses modalités, l'administration spéciale de la faillite a confirmé à J_ SpA le 11 avril 2011 qu'elle avait été inscrite en qualité de cessionnaire des créances en 734'473 fr. et 10'740'717 fr., définitivement admises à l'état de collocation.
C.
J_ SpA a sollicité auprès de l'administration spéciale de la faillite la délivrance d'une copie de l'état de collocation. Par courrier du 13 septembre 2011, elle a exposé qu'elle souhaitait évaluer la possibilité d'investissements ultérieurs sur le passif de H_ SA. A cette fin, elle souhaitait obtenir l'état de collocation mentionnant les créanciers admis au passif avec le montant de leurs créances, et, cas échéant, leurs coordonnées. Un extrait reprenant les créances à partir d'un million de francs suisses lui suffisait.
Par courrier électronique du 21 septembre 2011, l'administration spéciale de la faillite a rejeté la requête de J_ SpA au motif qu'elle ne répondait pas aux conditions légales.
J_ SpA a réitéré sa demande le 29 septembre 2011 en expliquant qu'elle souhaitait obtenir une copie de l'état de collocation afin d'évaluer la possibilité et l'opportunité de racheter d'autres créances colloquées.
Par réponse du même jour, l'administration spéciale de la faillite a indiqué qu'elle confirmait sa décision du 21 septembre 2011.
D.
Par acte déposé le 3 octobre 2011 au greffe de la Chambre de surveillance de la Cour, J_ SpA forme plainte contre la décision du 21 septembre 2011 de l'administration spéciale de la faillite refusant de lui délivrer une copie de l'état de collocation de la faillite de H_ SA. J_ SpA sollicite son annulation et conclut à ce qu'il soit ordonné à l'administration spéciale de la faillite de lui transmettre une copie de l'état de collocation ainsi qu'à la constatation de son droit de consulter l'ensemble des pièces de la faillite de H_ SA.
L'administration spéciale de la faillite de H_ SA conclut au rejet de la plainte.

EN DROIT
1.
1.1.
La Chambre de céans est compétente pour connaître des plaintes dirigées contre des mesures prises par des organes de l’exécution forcée qui ne sont pas attaquables par la voie judiciaire ou des plaintes fondées sur un prétendu déni de justice ou retard injustifié (art. 13 et 17 LP; art. 125 et 126 LOJ; art. 6 al. 1 et 3 et 7 al. 1 LaLP). La plainte doit être déposée dans les dix jours de celui où le plaignant a eu connaissance de la mesure (art. 17 al. 2 LP). Elle doit être formée par écrit et rédigée en français, accompagnée des pièces auxquelles elle renvoie. Enfin, la plainte doit être suffisamment motivée, contenir des conclusions et désigner la mesure attaquée (art. 9 al. 1, 2 et 3 LaLP; art. 65 al. 1 LPA).
1.2.
Formée selon lesdites prescriptions, la plainte est recevable.
2.
La plaignante soutient que la mesure attaquée viole l'art. 8a al. 1 LP.
2.1
Selon cette disposition, toute personne peut consulter les procès-verbaux et les registres des offices des poursuites et des offices des faillites et s’en faire délivrer des extraits à condition qu’elle rende son intérêt vraisemblable.
Le droit au renseignement en matière de poursuite présuppose un intérêt digne de protection, particulier et actuel (ATF
115 III 81
consid. 2, JdT 1992 II p. 7; arrêt du Tribunal fédéral
5A_83/2010
consid. 6.3). En cas de faillite, tous les créanciers ont en principe le droit de consulter les pièces (ATF
93 III 4
consid. 1, JdT 1967 II p. 7; arrêt du Tribunal fédéral
5A_83/2010
consid. 6.3) afin qu'ils puissent se rendre compte de la situation du failli et sauvegarder leurs droits dans la procédure (ATF
93 III 4
consid. 1, JdT 1967 II p. 7). Ce n'est qu'exceptionnellement qu'on peut refuser à un créancier de consulter certaines pièces lorsque, par exemple, il formule la demande pour des raisons étrangères à sa qualité de créancier ou si elle est sans lien direct avec la poursuite (ATF
135 III 503
consid. 3.5.4; ATF
93 III 4
consid. 1, JdT 1967 II p. 7; ATF
91 III 94
consid. 1). Ainsi, en matière de faillite, un intérêt est reconnu à tout créancier de consulter les pièces de la faillite afin d'y défendre ses droits (DALLEVES, Commentaire romand, 2005, n. 3 ad art. 8a LP).
Le droit de consultation s'étend également aux états de collocation (ATF
126 V 450
consid. 2c).
La question du droit à la consultation et son étendue doit être tranchée de cas en cas en se fondant sur la justification de l'intérêt à la consultation (ATF
135 III 503
consid. 3).
2.2
En l'espèce, il n'est pas contesté que la plaignante est titulaire de créances définitivement colloquées. Par conséquent, il y a lieu de rechercher, sur la base de l'intérêt invoqué par la plaignante, s'il existe une raison particulière qui s'opposerait au droit au renseignement de celle-ci.
La plaignante ne fait pas mystère de son souhait d'obtenir une copie de l'état de collocation afin de pouvoir évaluer la possibilité et l'opportunité de racheter d'autres créances colloquées. Elle indique également que la cession de créances colloquées s'inscrit dans un but d'investissement dans le passif de la faillie. Enfin, l'état de collocation lui permettrait de connaître les coordonnées des autres créanciers. En d'autres termes, la requête de la plaignante a pour but de pouvoir examiner la profitabilité de la cession en sa faveur d'autres créances colloquées et de disposer d'un instrument pour réaliser, cas échéant, d'autres investissements de ce type. Par conséquent, l'intérêt manifesté par la plaignante est étranger à sa qualité de créancière de la faillie et n'a aucun lien direct avec la procédure de faillite. La démarche de la plaignante ne vise pas non plus à sauvegarder ou à exercer ses droits actuels dans la faillite.
Il s'ensuit que l'administration spéciale de la faillite a à juste titre opposé un refus à la plaignante.
La plainte sera, par conséquent, rejetée.
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