Decision ID: e08e5f92-e8d6-4eb3-b5f2-b994de0c3adc
Year: 2008
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_009
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: 

En fait :
1.
Le 27 février 2005, R._SA, S. et W._SNC (appelé le débiteur 1) et J._ (appelé le débiteur 2) ont signé une convention, dont la teneur est la suivante :
« Dans le cadre des relations commerciales entre les parties et surtout suite au prêt octroyé par la société [...] et de diverses factures restées impayées, les parties conviennent de ce qui suit :
Article 1
Les débiteurs 1 et 2 ont pris bonne note que les actifs et passifs de la société [...] ont été repris par la société R._SA.
Article 2
Le créancier et les débiteurs 1 et 2 conviennent que la créance ouverte auprès des débiteurs 1 et 2 est arrêtée pour solde de tout compte à Frs. 190'000.- (cent nonante mille francs suisses) TVA incluse. Ce montant résulte d'une part, de la convention de prêt conclue le
10 mai 1996 le débiteur 2 (recte : entre le débiteur 2) et la société [...] et, d'autre part, de diverses factures demeurées impayées.
Article 3
Le montant dû sera remboursé à raison de 60'000.- Frs. (soixante mille francs suisse (sic)) le
30 avril 2005 et par plan de paiement de 13'000.- Frs. (Treize mille francs suisses) par mois payé par la société du débiteur 2 la première fois le 1
er
juin 2005 et ainsi de suite en 9 autres mensualités (total de 10 mensualités). En cas de retard de plus de dix jours dans le versement d'une mensualité, l'intégralité du montant restant dû deviendra immédiatement exigible.
Un montant forfaitaire de 4000.- Frs (Quatre mille francs suisse (sic)) d'intérêt sera à payer comme dernière mensualités (sic).
Ces montants seront versés sur le compte (...).
Article 4
(...)
Article 5
En outre, la société en nom collectif S. et W._SNC, (enseigne [...]) [...], à 1003 Lausanne, ayant profité économiquement de ce prêt et d'autres engagements de M. J._, se reconnaît elle-même cumulativement débitrice solidaire du montant total soit Frs 190.000 (cents nonante mille francs suisses).
Article 6
Le for juridique est Lausanne
Fait à Lausanne en 3 exemplaires, le 27 février 2005
Pour le créancier :
R._SA
(signé)
Pour le débiteur 1 :
S. et W._SNC
(signé)
Pour le débiteur 2 :
J._
(signé) »
2.
Le 11 juin 2007, à l'instance d'
R._SA, l'Office des poursuites de Lausanne-Ouest a notifié à J._ un commandement de payer la somme de 159'009 fr. sans intérêt, dans la poursuite no 2'250'846.
Le poursuivi a formé opposition totale.
Le 3 décembre 2007, la poursuivante a requis la mainlevée provisoire de l'opposition à concurrence du montant réclamé en poursuite. Le poursuivi s'est déterminé le 28 janvier 2008, concluant au rejet de la requête.
Par décision rendue à l'issue de l'audience du 29 janvier 2008, le Juge de paix du district de Lausanne a prononcé la mainlevée provisoire de l'opposition (I), arrêté les frais de justice de la partie poursuivante à 660 fr. (II) et dit que le poursuivi devait verser à celle-ci le montant de 660 fr. à titre de dépens (III). Le premier juge a considéré, en substance, que la convention du 27 février 2005, signée par J._, valait titre de mainlevée au sens de l'article 82 LP, sa clause 3, qui prévoyait le paiement d'acomptes « par la société », ne constituant qu'une simple modalité d'exécution.
Le prononcé motivé a été envoyé pour notification aux parties le 9 avril 2008.
3.
Par acte déposé le 18 avril 2008, J._ a déclaré recourir contre ce prononcé et a conclu, avec dépens, à sa réforme en ce sens que la requête de mainlevée est rejetée. Il a développé ses moyens dans un mémoire du 4 juin 2008.
L'intimée a déposé un mémoire le 25 juin 2008, concluant au rejet du recours.

En droit :
I.
Le recours a été déposé dans les dix jours dès réception du prononcé entrepris, soit en temps utile (art. 57 al. 1
er
LVLP). Il tend à la réforme, de sorte qu'il est recevable formellement (art. 461 ss CPC).
II. a)
Le poursuivant dont la poursuite est frappée d'opposition peut, s'il se trouve au bénéfice d'une reconnaissance de dette, requérir la mainlevée provisoire de l'opposition, que le juge prononce si le débiteur ne rend pas immédiatement vraisemblable sa libération (art. 82 LP). Constitue une reconnaissance de dette l'acte authentique ou sous seing privé d'où résulte la volonté du poursuivi de payer au poursuivant, sans réserve ni condition, une somme déterminée, ou aisément déterminable, et échue (Panchaud/Caprez, La mainlevée d'opposition, § 1; Gilliéron, Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, nn. 29 et 42 ad art. 82 LP; ATF 132 III 480 c. 4.1, JT 2007 II 75 ; ATF 130 III 87, c. 3.1, JT 2004 II 118; ATF 122 III 125, c. 2, JT 1998 II 82).
Au stade de la mainlevée, le juge examine uniquement l'existence et la force probante du titre produit par le créancier, et non la réalité ou la validité de la créance ; il attribue force exécutoire à ce titre à moins que le débiteur ne rende immédiatement vraisemblables ses moyens libératoires (ATF 132 III 140 c. 4.1.1, rés. in JT 2006 II 187), en invoquant par exemple l'inexistence de la dette (
arrêt du Tribunal fédéral du 4 février 2008 dans la cause 5A_696/2007).
Pour que la mainlevée puisse être prononcée, il doit y avoir identité entre la personne du poursuivi et celle du débiteur, la reconnaissance de dette ne justifiant la mainlevée que contre celui que le titre désigne comme débiteur (Panchaud/Caprez, op. cit., § 20; CPF, S. Sàrl c. J., 10 mars 2005/68 et les réfé-rences citées). Le juge de la mainlevée doit vérifier d'office en première comme en deuxième instance cette identité (Gilliéron, op. cit., n. 74 ad art. 82 LP ; arrêt du Tribunal fédéral du 4 février 2008 dans la cause 5A_696/2007 précité).
b)
En l'espèce, la convention produite ne permet pas de déterminer clairement qui est débiteur de la créance réclamée. En effet, les clauses de la convention sont peu claires sur ce point : l'article 3 prévoit le remboursement des 190'000 fr. par la société du poursuivi - dont on ignore l'identité - alors que selon l'article 5, la société S. et W._SNC serait débitrice solidaire de la totalité de la dette. L'engagement de payer à la poursuivante, énoncé à l'article 3, paraît donc émaner de la société du poursuivi et non du poursuivi lui-même, même si c'est ce dernier qui a signé la convention. Aucune des autres dispositions, en particulier l'article 2, ne mentionne la volonté du poursuivi de payer. La seule chose que la convention permet de dire J._ est que celui-ci admet que la créance s'élève à 190'000 fr. et qu'une partie de ce montant - dont on ne connaît pas la quotité - résulte d'un prêt qu'il avait précédemment contracté (article 2).
L'identité entre le poursuivi et le débiteur n'est ainsi pas réalisée et la convention produite ne saurait, dans ces conditions, être considérée comme une reconnaissance de dette pure et simple du poursuivi à l'égard de la poursuivante et constituer un titre à la mainlevée.
III.
Le recours doit donc être admis et le prononcé réformé en ce sens que l'opposition au commandement de payer n° 2'250'846 de l'Office des poursuites de Lausanne-Ouest est maintenue.
Les frais de première instance, par 660 fr., sont laissés à la charge de la poursuivante, qui doit payer au poursuivi la somme de 400 fr. à titre de dépens de première instance. Les frais d'arrêt du recourant sont fixés à 900 francs et l'intimée doit payer au recourant la somme de 1'500 fr. (mille cinq cents francs) à titre de dépens de deuxième instance.