Decision ID: 151cd6e7-8ffb-57a5-91a6-9e7080661027
Year: 2017
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_004
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: civil_law

considérant en fait
A. Par courrier du 18 juillet 2017, les Drs C._ et D._, respectivement médecin chef de clinique adjoint et médecin assistant auprès du Centre de soins hospitaliers du réseau fribourgeois de santé mentale, à Marsens (ci-après: CSH Marsens), ont signalé à la Justice de paix de l’arrondissement de la Gruyère (ci-après: la Justice de paix) la situation de A._, née en 1962, laquelle souffre d’une maladie psychique chronique et invalidante. Ils ont relevé que leur patiente a été placée à des fins d’assistance au CSH Marsens le 14 juin 2017 en raison de phobies, d’angoisses et de délires de persécution. Son placement a été prolongé par la Justice de paix le 10 juillet 2017, et elle a pu quitter l’hôpital en date du 31 juillet 2017. Les médecins ont précisé que le dernier séjour de A._ au CSH Marsens avait eu lieu au mois de mai 2017. Ils ont également indiqué que lors des deux hospitalisations de l’intéressée, une situation  inquiétante a été mise en évidence sur plusieurs points. Les infirmières des soins à domicile ont rapporté que A._ vit dans des conditions d’hygiène rudimentaires et que sa compliance médicamenteuse reste plus que douteuse. Les médecins se sont dits inquiets concernant l’autonomie de leur patiente dans la gestion de ses affaires administratives et le maintien de la stabilité de sa santé psychique qui nécessite une compliance médicamenteuse optimale (DO 3, 4).
Le 16 août 2017, A._ et son époux, B._, né en 1954, ont comparu à la séance de la Justice de paix. A._ a indiqué qu’elle bénéficie de l’aide d’une amie, E._, pour la tenue de son ménage, et qu’une personne du Réseau Santé et Social de la Gruyère (ci-après: RSSG) se rend chez elle tous les jours pour sa prise de médicaments, une autre personne s’y rendant pour la douche et le contrôle de sa glycémie. S’agissant de la gestion de ses affaires financières et administratives, elle a indiqué qu’elle fait les paiements avec son époux, inscrivant les factures à payer dans le récépissé, sur instructions de son époux, et que ce dernier l’aide à remplir sa déclaration d’impôts, de sorte qu’elle estime que ni elle, ni son époux, n’ont besoin d’aide pour la gestion de leurs affaires. B._ a pour sa part confirmé les déclarations de son épouse concernant l’aide reçue par E._ et la façon d’effectuer les paiements. Il a précisé que pendant l’hospitalisation de son épouse, E._ s’était chargée d’inscrire les factures dans le récépissé. B._ a également indiqué qu’ils perçoivent un montant commun de CHF 5'888.- à titre de rentes AI et que leur loyer se monte à CHF 1'060.- par mois. De plus, il a exposé qu’il est atteint d’un cancer de l’œsophage, qu’il est sous traitement et qu’il bénéficie, comme son épouse, du soutien des infirmières du RSSG. S’agissant de la gestion de ses affaires administratives et financières ainsi que de celles de son épouse, B._ a indiqué qu’ils n’ont pas de poursuites et qu’ils n’ont pas besoin d’aide, ce dernier étant déjà en contact avec Pro Infirmis et Pro Senectute (DO 11 à 15).
Par entretien téléphonique du 29 août 2017, E._ a confirmé à la Justice de paix qu’elle se rend chez les époux A._ et B._ une fois par semaine pour les aider dans l’entretien de leur ménage. Elle a ajouté qu’elle conduit B._ à ses rendez-vous médicaux et qu’elle accompagne de temps en temps A._ faire ses courses. E._ a précisé qu’elle trie également le courrier et qu’elle a rempli le carnet de poste lorsque A._ était hospitalisée, tout ceci sans rémunération. E._ a en outre relevé qu’une personne se rend tous les deux jours à domicile pour donner le bain à A._ et qu’une autre personne s’y rend deux fois par jour pour lui donner ses médicaments (DO 19).
A la demande de la Justice de paix, le Dr F._, médecin traitant des époux A._ et B._, a livré en date du 4 septembre 2017 un rapport concernant leur état de santé. Il en
Tribunal cantonal TC Page 3 de 7
ressort que A._ est suivie depuis le 24 juillet 2009 et qu’elle souffre d’obésité, d’hypertension, d’un trouble du métabolisme, d’un retard mental moyen ainsi que d’un trouble du comportement, de sorte que le Dr F._ estime qu’elle n’est pas en mesure de gérer ses affaires. Concernant B._, il a indiqué qu’il souffre d’une ataxie importante sur atrophie cerebellaire d’origine alcoolique, d’une polyneuropathie et d’un carcinome épidermoïde du plancher buccal, du sinus piriforme et de l’épiglotte. Il a ajouté que son état psychique est stable: il est capable de discernement mais un risque de rechute dans l’alcoolisme persiste, la dernière rechute étant survenue en janvier 2016. Il considère que son patient a besoin d’aide pour la gestion de ses affaires financières et administratives car il ne peut pas écrire en raison de son ataxie (DO 20, 21).
En date du 6 septembre 2017, le RSSG a rendu à la Justice de paix des rapports concernant les époux A._ et B._. Il en ressort que B._ bénéficie de soins à domicile depuis le 13 juillet 2017, et ce à raison de deux fois par semaine pour un contrôle de santé, des soins de sonde, des conseils et du soutien. Selon le RSSG, B._ est autonome et garant de la bonne marche du couple. S’agissant de A._, elle est suivie depuis le 4 août 2016, à la demande du Dr F._, à raison de trois fois par semaine pour une aide aux soins d’hygiène et cutanés et d’une fois par semaine pour un contrôle de santé. Elle bénéficie également, depuis août 2017, d’une aide quotidienne dans la gestion de son traitement médicamenteux et du suivi d’une infirmière en psychiatrie. Le RSSG a ajouté que A._ est intellectuellement démunie et dépend de l’aide de son époux. Même si B._ prend bien soin de son épouse, le RSSG a constaté qu’il s’oppose parfois à plus de soins en faveur de son épouse, laquelle est très influençable. A._ présente également des difficultés à suivre un rythme de vie et dans la gestion de son quotidien. Elle souffre également d’achats compulsifs. En outre, étant donné que B._ présente lui-même des problèmes de santé, la situation à domicile est particulièrement précaire. L’appartement présente fréquemment des signes de désordre et de saleté mais le couple refuse toute aide, prétextant qu’il est aidé par une amie. Selon le RSSG, le couple ferait confiance à des personnes de son entourage alors qu’il avait exprimé des soucis de vols par une personne aidante il y a quelques années. En outre, le RSSG s’inquiète concernant l’équilibre psychique de A._ et s’agissant de son maintien à domicile en cas d’hospitalisation de son époux. En effet, elle ne pourrait pas vivre sans l’accompagnement, le soutien et les conseils de son époux. Même si elle sait faire certaines tâches de la vie quotidienne, elle manque de jugement, de motivation et de raisonnement pour les mener à bien. Elle a un comportement passif et doit être stimulée. En raison de sa naïveté, elle pourrait en outre être en proie à des abus de confiance. Compte tenu de ces éléments, le RSSG conclut à l’institution d’une mesure de protection en faveur des époux A._ et B._ (DO 24 à 26).
B. Par décision du 27 septembre 2017, la Justice de paix a institué une curatelle de représentation avec gestion du patrimoine au sens des art. 394 al. 1 et 395 CC en faveur de A._ et B._ ayant pour objet de les représenter, si nécessaire, dans le cadre du règlement de leurs affaires administratives et de gérer avec toute la diligence requise leurs revenus et leur fortune et de les représenter de manière générale pour tous les actes nécessaires dans ce cadre. G._, curatrice professionnelle au sein du Service des curatelles , a été désignée à la fonction de curatrice.
C. Par courrier du 2 novembre 2017, adressé par erreur à la Justice de paix, A._ et B._ ont interjeté recours contre cette décision.
Tribunal cantonal TC Page 4 de 7
D. Invitée à se déterminer sur le recours, la Justice de paix s’est intégralement référée au contenu de sa décision, en date du 14 novembre 2017.

en droit
1.
1.1 Selon l'art. 8 de la loi du 15 juin 2010 concernant la protection de l'enfant et de l'adulte (LPEA), le Tribunal cantonal connaît des recours contre les décisions rendues par l'autorité de protection - soit la Justice de paix (art. 2 al. 1 LPEA) - ou par son président ou sa présidente. La Cour de protection de l'enfant et de l'adulte (art. 14 al. 1 let. c du Règlement du Tribunal cantonal du 22 novembre 2012 précisant son organisation et son fonctionnement [RTC]) est compétente pour statuer.
1.2 En l'absence de dispositions cantonales contraires, les dispositions de la procédure civile s'appliquent par analogie (art. 450f CC).