Decision ID: 77235bde-be49-5f15-927b-095e4652b860
Year: 2014
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
B._, né le _ 1968 à _(Roumanie) et A._, née le _ 1967 à _ (Roumanie), tous deux originaires de _ (Genève) ont contracté mariage le _ 1992 à _ (Roumanie).![endif]>![if>
Ils sont les parents de C._ et de D._, nées respectivement le _ 2003 et le _ 2005 à _ (Haïti), qu'ils ont adoptées selon le droit suisse en 2009.
b)
Le _ 2010, E._ est né à _ (Haïti). Suite au décès de sa mère et selon les informations peu précises qui ressortent du dossier, il aurait été abandonné par son grand-père et recueilli par un tiers qui, après s'en être occupé quelques jours, l'a confié à l'Institut du Bien-être social et de Recherches de _ (Haïti); il a ensuite été placé dans un orphelinat.
c)
Le 16 août 2012, le Tribunal de première instance de _ (Haïti) a approuvé l'adoption d'E._ par les époux A._ et B._.
Le 10 décembre 2012, ceux-ci ont reçu de l'Autorité centrale cantonale en matière d'adoption du canton de Genève l'autorisation d'accueillir, en vue d'adoption, l'enfant précité.
d)
E._ est arrivé à Genève le 23 décembre 2012 et vit depuis lors au sein de la famille d'A._ et B._.
e)
Par ordonnance du 21 février 2013, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a désigné deux tutrices à l'enfant.
B.
a)
Par courrier du 29 mars 2014 adressé à la Cour de justice, les époux A._ et B._ ont sollicité le prononcé de l'adoption par eux-mêmes de l'enfant E._ et ont fait part de leur souhait qu'il porte désormais le prénom de F._.
Les époux A._ et B._ ont joint à leur courrier deux lettres manuscrites rédigées par C._ et D._, lesquelles ont exprimé leur affection pour celui qu'elles considèrent déjà comme leur petit frère.
b)
Le 9 mai 2014, l'une des tutrices a établi un rapport de fin de tutelle. Il a été relevé qu'E._, dit F._, s'est parfaitement intégré dans son nouvel environnement familial. Il est décrit comme un petit garçon joyeux, éveillé et curieux, jouissant d'une bonne santé. Il s'exprime très bien, tant en français qu'en roumain, est passionné par les ordinateurs et pratique la gymnastique une fois par semaine. Il s'entend bien avec ses deux sœurs, lesquelles lui témoignent de l'intérêt et de l'affection; il a également été chaleureusement accueilli par les familles respectives des époux A._ et B._.
B._ est informaticien indépendant; son épouse, économiste de formation, a cessé toute activité professionnelles pour se consacrer à l'éducation des enfants. La famille vit dans une maison suffisamment spacieuse pour accueillir trois enfants.
c)
Au vu de ce rapport, le Service d'autorisation et de surveillance des lieux de placement a sollicité du Tribunal de protection le consentement à l'adoption de l'enfant par les époux A._ et B._ et la levée du mandat de tutelle.
d)
Par ordonnance
DTAE/2281/2014
du 13 mai 2014, le Tribunal de protection a consenti à l'adoption d'E._ par les époux A._ et B._, faisant abstraction du consentement des père et mère de l'enfant, demeurés inconnus.

EN DROIT
1.
1.1
La Suisse et Haïti sont parties à la Convention de La Haye du 29 mai 1993 (ci-après : CLaH93) sur la protection des enfants et la coopération en matière d'adoption internationale. Cette convention est entrée en vigueur, pour la Suisse, le 1
er
janvier 2003 et pour Haïti le 1
er
avril 2014.![endif]>![if>
L'art. 41 de la Convention prévoit que celle-ci s'applique chaque fois qu'une demande visée à l'art. 14 a été reçue après l'entrée en vigueur de la convention dans l'Etat d'accueil et l'Etat d'origine.
L'art. 14 de la Convention prévoit que les personnes résidant habituellement dans un Etat contractant, qui désirent adopter un enfant dont la résidence habituelle est située dans un autre Etat contractant, doivent s'adresser à l'autorité centrale de l'Etat de leur résidence habituelle.
1.2
Dans le cas d'espèce, la procédure d'adoption du petit E._ a débuté alors que la CLaH93 n'était pas encore entrée en vigueur pour Haïti, de sorte qu'elle n'est pas applicable. L'adoption à prononcer est par conséquent régie par la Loi fédérale du 18 décembre 1987 sur le Droit international privé (LDIP).
Compte tenu du domicile des requérants à Genève, la Cour de justice civile est compétente pour prononcer l'adoption (art. 75 al. 1 LDIP; art. 120 al. 1 let. c LOJ). Le droit suisse est applicable (art. 77 al. 1 LDIP).
2.
Les requérants, mariés,
remplissent toutes les conditions exigées par la loi pour que l'adoption soit prononcée.![endif]>![if>
Ils sont en effet âgés de plus de trente-cinq (art. 264a al. 2 CC) et l'écart d'âge entre eux-mêmes et l'enfant est supérieur à 16 ans (art. 265 al. 1 CC). Les requérants ont, en outre, pourvu de manière adéquate à l'éducation et à l'entretien de l'enfant pendant plus d'un an (art. 264 CC).
Il ressort par ailleurs de l'enquête exigée par l'art. 268a CC et effectuée par les services genevois compétents, que l'adoption du mineur par les époux A._ et B._ sert son intérêt (art. 264 CC).
L'art. 264 CC prévoit en outre comme condition que l'adoption ne porte pas une atteinte inéquitable à la situation d'autres enfants des parents adoptifs, afin de sauvegarder l'harmonie familiale ainsi que les intérêts affectifs et pécuniaires des autres enfants de la famille adoptante (schoenenberger, Commentaire romand, Code civil I, pichonnaz/foëx (éd.), ad art. 264 n. 42 ss). Dans le cas d'espèce, l'adoption d'E._ ne prétérite pas les intérêts des deux autres enfants des époux A._ et B._, elles-mêmes adoptées à Haïti. La situation financière des requérants est saine et leur permet de subvenir aux besoins de trois enfants et il sera enrichissant pour C._ et D._ de partager leur quotidien avec un petit frère ayant de surcroît la même origine qu'elles.
Le Tribunal de protection a enfin donné son consentement à l'adoption sollicitée (art. 265 al. 3 CC) et il sera fait abstraction du consentement des parents biologiques, demeurés inconnus (art. 265c ch. 1 CC).
Au vu de ces éléments et des liens affectifs qui unissent les requérants à l'enfant, tels qu'ils ressortent du rapport de fin de tutelle (art. 268a al. 1 CC), les conditions posées à l'adoption sont réunies. Celle-ci sera prononcée et l'enfant portera désormais le prénom de F._, conformément au souhait des requérants.
3.
Les frais de la procédure, arrêtés à 1'000 fr. (art. 19 al. 1 et 3 let. a LaCC; art. 18 du Règlement fixant le tarif des frais en matière civile – RTFMC) sont mis à la charge des requérants, conjointement et solidairement. Ils sont entièrement compensés avec l'avance de frais de même montant d'ores et déjà opérée, qui reste acquise à l'Etat (art. 2 RTFMC; art. 98, 101 et 111 CPC).
* * * * *