Decision ID: 2ab626df-0d23-52e1-89cb-874ca164bc13
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
Suite à la réquisition de poursuite du 13 juin 2017, déposée par D_ et C_, créanciers, à l'encontre de A_SARL, un commandement de payer, poursuite n°2_ a été notifié à cette dernière par l'Office des poursuites (ci-après: l'Office) le 26 septembre 2017, portant sur les sommes de 162'564 fr. 63 avec intérêts à 5% dès le 1
er
mars 2017 et de 10'000 fr. ![endif]>![if>
Opposition totale y a été formée.
B.
a.
Par jugement
JTPI/1505/2018
non motivé du 29 janvier 2018, le Tribunal de première instance, statuant par voie de procédure ordinaire, a notamment condamné A_SARL à payer à D_ et C_ la somme totale en capital de 236'602 fr. 59 et prononcé la mainlevée définitive de l'opposition formée par A_SARL au commandement de payer, poursuite n°2_. ![endif]>![if>
b.
Le 8 février 2018, A_SARL, notamment, a demandé la motivation écrite de ce jugement.
c.
Le 5 mars 2018, le Tribunal a délivré un certificat, notifié le 14 mars 2018 à D_ et C_, attestant que le jugement
JTPI/1505/2018
, prononcé le 29 janvier 2018, était exécutoire.
d.
Le 21 mars 2018, D_ et C_ ont requis la continuation de la poursuite n°2_, en joignant une copie du jugement et du certificat exécutoire précités.
e.
Le 28 mars 2018, le jugement
JTPI/15050/2018
du 29 janvier 2018, dûment motivé, a été notifié aux parties, dont A_SARL, comparant en personne.
f.
Par acte du 8 mai 2018, A_SARL, notamment, a interjeté appel contre le jugement motivé reçu le 29 mars 2018, dont elle a sollicité l'annulation, concluant pour le surplus au déboutement de D_ et C_. L'acte d'appel a été notifié à ces derniers par le greffe de la Cour de justice le 2 août 2018, date à laquelle ceux-ci allèguent avoir eu connaissance de l'élection de domicile de A_SARL auprès de son Conseil.
g.
Entretemps, le 7 juin 2018, une commination de faillite, poursuite
n°2_, a été notifiée à A_SARL, en mains de son associé gérant.
h.
Le 28 juin 2018, D_ et C_ ont requis la faillite de A_SARL auprès du Tribunal. La cause a été enregistrée sous n° C/1_/2018.
i.
Lors de l'audience du 23 août 2018 devant le Tribunal, le Conseil de A_SARL a fait valoir que la requête de faillite était irrecevable, le jugement du 29 janvier 2018 n'étant pas définitif. De plus, la procédure était entachée de vices graves, la commination de faillite ne lui ayant pas été notifiée, en violation de l'élection de domicile en son Etude.
j.
Le 14 septembre 2018, D_ et C_ ont répondu à l'appel interjeté contre le jugement du 29 janvier 2018 prononçant la mainlevée, et conclu à son irrecevabilité, subsidiairement à son rejet.
C.
a.
Par ordonnance du 27 septembre 2018, le Tribunal a déféré la cause à la Chambre de céans, afin que celle-ci se prononce sur la nullité de la commination de faillite notifiée à A_SARL dans la poursuite n°2_. Il a pour le surplus suspendu la procédure jusqu'à droit jugé par la Chambre de surveillance.![endif]>![if>
b.
Par courrier du 11 octobre 2018, D_ et C_ ont conclu à la validité de la commination de faillite.
c.
Dans son rapport du 29 octobre 2019, l'Office a conclu à l'annulation de la commination de faillite notifiée le 7 juin 2018 ainsi qu'au rejet de la réquisition de continuer la poursuite du 22 mars 2018.
d.
Les parties et l'Office ont été informés par courrier du 20 novembre 2018 de ce que l'instruction de la cause était close.

EN DROIT
1. 1.1
Lorsque le juge de la faillite estime qu'une décision nulle a été rendue dans la procédure de poursuite antérieure, il ajourne sa décision et soumet le cas à l'autorité de surveillance (art. 173 al. 2 LP).
1.2
En l'occurrence, le Tribunal de première instance, en sa qualité de juge de la faillite (art. 86 al. 3 let. a LOJ), a considéré que la commination de faillite, poursuite n°2_, notifiée le 7 juin 2018 était peut-être atteinte de nullité absolue et, par ordonnance du 27 septembre 2018, a formellement soumis la question à la Chambre de céans.
Il y a dès lors lieu d'entrer en matière.
2. 2.1.1
Sont nulles, au sens de l'art. 22 al. 1 LP, les mesures et décisions en matière de poursuite qui sont contraires à des dispositions édictées dans l'intérêt public ou dans l'intérêt de personnes qui ne sont pas parties à la procédure. Une telle nullité doit être constatée par l'autorité de surveillance indépendamment de toute plainte (art. 22 al. 1 LP, seconde phrase).
Une commination de faillite est nulle s'il s'avère ultérieurement que le prononcé de la mainlevée n'était pas encore en force au moment de sa notification ou qu'une action en libération de dette avait été introduite à temps (ATF
101 III 40
,
JdT
1977 II 7
, 9, consid. 1;
DCSO/270/2013
du 14 novembre 2013).
2.1.2
Le tribunal peut communiquer la décision aux parties sans motivation écrite (...). Une motivation écrite est remise aux parties, si l’une d’elles le demande dans un délai de dix jours à compter de la communication de la décision. Si la motivation n’est pas demandée, les parties sont considérées avoir renoncé à l’appel ou au recours (art. 239 CPC).
L'appel est recevable contre les décisions finales et les décisions incidentes de première instance à condition que, dans les affaires patrimoniales, la valeur litigieuse au dernier état des conclusions atteigne au moins 10'000 fr.
Le recours, écrit et motivé, est introduit auprès de l’instance de recours dans les 30 jours à compter de la notification de la décision motivée ou de la notification postérieure de la motivation (art. 311 CPC).
L'appel suspend la force de chose jugée et le caractère exécutoire de la décision dans la mesure des conclusions prises en appel (art. 315 al. 1 CPC).
2.2
En l'espèce, le jugement condamnant A_SARL à payer à D_ et C_ davantage que le montant en poursuite et prononçant la mainlevée définitive de l'opposition faite au commandement de payer, poursuite n°2_, a d'abord été rendu sans motivation. La débitrice en ayant sollicité la motivation, le délai d'appel n'a commencé à courir qu'après la notification de celle-ci, le 28 mars 2018. L'appel, dirigé contre une décision finale, dans une affaire patrimoniale dont la valeur litigieuse était supérieure à 10'000 fr., a suspendu la force exécutoire de la décision attaquée. La procédure d'appel est toujours pendante.
Ainsi, quand bien même le Tribunal avait délivré un certificat attestant du caractère exécutoire du jugement prononçant la mainlevée de l'opposition, raison pour laquelle l'Office a donné suite à la réquisition de continuer la poursuite en notifiant une commination de faillite, il s'est avéré ultérieurement que le prononcé de la mainlevée n'était pas définitif lors de cette notification. Conformément à la jurisprudence précitée, la commination notifiée le 7 juin 2018 à A_SARL doit être déclarée nulle.
Il n'y a dès lors pas lieu d'examiner le grief tiré de l'absence de respect de l'élection de domicile au moment de la notification de cette commination.
3.
La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP et art. 61 al. 2 let. a OELP) et il ne peut être alloué aucun dépens dans cette procédure (62 al. 2 OELP).
* * * * *