Decision ID: 40a723af-863d-4261-9705-3bcde04e7ea9
Year: 2005
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. X._, né le ********, a accompli 178 jours de service militaire entre le 15 juillet 1985 et le 4 juillet 1992. Dès le 30 mars 1995, il n’était plus incorporé dans l’armée. Durant la période du 30 mars 1995 au 30 septembre 1996, avant son admission au service civil, l’intéressé a accompli 72 jours d’astreinte au travail en lieu et place d’une peine d’emprisonnement, puis après son admission, encore 111 jours de service civil. Il a dû s’acquitter de la taxe d’exemption de l’obligation de servir pour les années 1986, 1987, 1988, 1990, 1993, 1995, et 1996 ; les services militaires manqués s’élevaient à 119 jours.
B. Le 4 novembre 1997, l’Organe régional de Vaud et Bas-Valais, service civil, a informé X._ qu’il avait achevé son service civil ordinaire et que son livret de service serait transmis au Bureau de la taxe d’exemption de l’obligation de servir (ci-après : le bureau de la taxe d’exemption), Service des affaires militaires (actuellement Service de la sécurité civile et militaire), afin d’obtenir le remboursement des taxes d’exemption payées antérieurement. Le 20 janvier 1998, le bureau de la taxe d’exemption a informé X._ qu’il ne pouvait prétendre à aucun remboursement, sans indiquer les voies de recours. Il précisait que les 72 jours d’astreinte au travail ne pourraient être pris en considération dans le total des jours accomplis du point de vue du remboursement de la taxe. A la suite d’une nouvelle demande de l’intéressé formulée en août 2003, le bureau de la taxe d’exemption a confirmé le 25 août 2003 que la décision du 20 janvier 1998 était toujours valable en ouvrant le délai de trente jours auprès du Tribunal administratif.
C. a) X._ a recouru auprès du Tribunal administratif le 25 septembre 2003 contre cette décision en concluant au remboursement des taxes d’exemption ; les 450 jours de service civil avaient été accomplis en totalité, malgré le fait qu’une partie avait été effectuée sous le régime de l’astreinte au travail.
b) L’Administration fédérale des contributions (ci-après : l’AFC), Section de la taxe d’exemption de l’obligation de servir, a déposé ses observations le 4 novembre 2003 en concluant à l’admission partielle du recours ; X._ aurait totalement remplacé les obligations militaires auxquelles il était astreint pendant les années 1986, 1987 et 1988, mais seulement partiellement celles de 1990 ; pour les années 1993, 1995 et 1996, ses obligations militaires n’avaient toutefois pas été remplacées. Ainsi, l’intéressé n’avait droit qu’au remboursement des taxes 1986, 1987 et 1988.
c) Le bureau de la taxe d’exemption s’est déterminé le 10 novembre 2003 en concluant également à l’admission partielle du recours.
d) Interpellé par le juge instructeur, X._ a indiqué le 20 novembre 2003 qu’il maintenait son recours.

Considérant en droit
1. a) La loi du 12 juin 1959 sur la taxe d'exemption de l'obligation de servir (ci-après: LTEO) s'intitulait jusqu’au 31 décembre 1996 loi fédérale sur la taxe d'exemption du service militaire (ci-après : LTEM). Cette loi a fait l'objet d'une profonde révision, le 17 juin 1994, entrée en vigueur le 1er janvier 1995, dans le cadre de la réforme de l'armée, dite "Armée 95". L’art. 2 LTEO définit le cercle des personnes assujetties à la taxe d’exemption ; cette disposition avait été modifiée après l’adoption de la loi fédérale du 6 octobre 1995 sur le service civil (ci-après : LSC), entrée en vigueur le 1er octobre 1996. En effet, la LSC permet aux personnes astreintes au service militaire, qui démontrent de manière crédible qu’elles ne peuvent concilier le service militaire avec leur conscience, d’accomplir un service civil à la place (cf. art. 1 al. 1 LSC). Par conséquent, l’art. 2 LTEO a été modifié pour exonérer de la taxe d’exemption celui qui était astreint au service civil. Cette contribution a donc pour but d'éviter, parmi les personnes soumises aux obligations militaires ou de service civil, les inégalités criantes entre celles qui effectuent un service militaire ou civil et celles qui n'en font pas; elle constitue à ce titre une contribution de remplacement. Le militaire qui, à l'image du recourant, est dispensé d'un service en tire normalement un avantage par rapport aux autres astreints de sa classe d'âge et la perception d'une taxe doit compenser cet avantage, sous la forme d'une prestation financière (cf. art. 1er LTEO). La taxe d’exemption de l’obligation de servir est toutefois remboursable. En effet, l’art. 39 LTEO prévoit que celui qui rattrape le service militaire qu’il aurait dû accomplir au cours de l’année d’assujettissement dans sa classe d’âge a droit au remboursement de la taxe payée pour l’année d’assujettissement.
b) S’agissant de l’introduction du service civil, la question de l’objection de conscience préoccupait notre pays depuis le début du XXème siècle. Or, après de nombreuses tentatives demeurées infructueuses, le peuple suisse et les cantons ont accepté, le 17 mai 1992, à une large majorité, l’institution d’un service civil. L’ancienne Constitution fédérale de 1874 a ainsi été modifiée par l’adoption d’un nouvel art. 18 : « Chaque Suisse est tenu au service militaire. La loi prévoit l’organisation d’un service civil » (art. 18 al. 1 aCst ; actuellement art. 59 al. 1 de la Constitution fédérale du 18 avril 1999). La loi sur le service civil a tenu compte des expériences acquises dans le cadre de l’exécution de l’ordonnance du 1er juillet 1992 sur l’astreinte au travail pour les objecteurs de conscience (ci-après : l’OAST), abrogée depuis lors. Cette ordonnance assurait la mise en œuvre de la révision de l’art. 81 du code pénal militaire qui permettait, depuis le 15 juillet 1991, à tout réfractaire qui rendait vraisemblable, en se fondant sur des valeurs éthiques fondamentales, qu’il ne pouvait concilier le service militaire avec les exigences de sa conscience, de ne plus être condamné à une peine d’emprisonnement et de ne plus faire l’objet d’une inscription au registre central des peines. Le juge l’astreignait en revanche à un travail d’intérêt public dont la durée équivalait, en règle générale, à une fois et demie la durée du service qu’il avait refusé d’accomplir. Tous les autres réfractaires au service militaire continuaient d’être condamnés à des peines d’emprisonnement (cf. FF 1994 III p. 1602). L’OAST introduisait ainsi une solution transitoire en vue de la mise en œuvre ultérieure du service civil. L’astreinte au travail n’était pas une peine relevant du droit pénal usuel, mais une sanction sui generis ; les personnes astreintes devaient effectuer un travail censé et utile pour la collectivité. Ce système a toutefois été vivement critiqué, notamment en raison du fait que la personne était doublement pénalisée ; en effet, elle devait en plus s’acquitter de la taxe d’exemption. Les causes de ces critiques étaient toutefois inhérentes au système, car l’OAST ne constituait qu’une solution transitoire, limitée dans le temps, et il n’avait pas été jugé utile de pallier à ses insuffisances. L’aménagement du service civil avait d’ailleurs tenu compte de ces critiques (cf. FF 1994 III p. 1604-1605).
c) En l’espèce, le recourant a dû s’acquitter de la taxe d’exemption de l’obligation de servir pendant les années 1986, 1987, 1988, 1990, 1993, 1995 et 1996. Les services militaires manqués s’élevaient à 119 jours, soit 20 jours pour chacune des années 1986, 1987, 1988, 1990, 1993, et 19 jours pour l’année 1995. Pendant la période courant du 15 juillet 1985 au 4 juillet 1992, le recourant a effectué 178 jours de service militaire. Ayant été exclu de l’armée le 30 mars 1995, il a accompli 72 jours d’astreinte au travail en vertu de l’OAST. Ensuite, il a encore effectué 111 jours de service civil pendant la période du 1er octobre 1996 au 28 octobre 1997. Il s’agit ainsi d’examiner si le recourant a rattrapé, en vertu de l’art. 39 LTEO, les jours de service militaire manqués. Selon l’art. 13 de l’ancienne ordonnance sur les services d’instruction (OSI) dans sa teneur en vigueur au moment des faits, la durée de l’obligation de servir s’élevait à 300 jours de service militaire. Le recourant ayant été admis au service civil le 1er octobre 1996 après avoir été exclu de l’armée, il convient de convertir les obligations militaires en service civil. En effet, selon l’art. 8 al. 1 LSC, la durée du service civil équivaut à 1,5 fois la durée totale du service militaire. Par conséquent, les jours de service civil à accomplir par le recourant s’élevaient à 450 (300 x 1,5). De ce montant, il faut d’abord déduire les 178 jours de service militaire accomplis, qui, convertis en jours de service civil, s’élèvent à 267 jours (178 x 1,5) ; ensuite, il faut encore déduire les 111 jours de service civil effectués. Il restait ainsi au recourant un solde de 72 jours (450 – 267 – 111 = 72), qui ont été accomplis dans le cadre de l’astreinte au travail (OAST). Le recourant soutient que ces 72 jours doivent être pris en considération dans le calcul du remboursement des taxes d’exemption. Pourtant, comme il l’a été exposé ci-dessus (cf. consid. 1b), l’astreinte au travail était un régime transitoire qui ne dispensait pas la personne astreinte du paiement de la taxe. En effet, par l’accomplissement de ce travail, l’obligation de servir n’était pas réalisée ; il s’agissait uniquement de décriminaliser les objecteurs de conscience et ainsi de leur éviter l’emprisonnement (cf. ATF 121 II 166). En revanche, le nouvel art. 2 LTEO (cf. supra consid. 1a) a exonéré de la taxe les personnes astreintes au service civil. En d’autres termes, même si le régime de l’astreinte au travail était critiquable, il n’en demeure pas moins que le tribunal ne peut s’écarter de sa nature particulière et comptabiliser les jours accomplis par le recourant dans ce cadre comme s’ils étaient assimilables à une véritable exécution de l’obligation de servir. Il en résulte qu’il manque au recourant un solde de 72 jours pour qu’il puisse avoir droit au remboursement intégral des taxes d’exemption.
Il convient maintenant de déterminer pour quelles années le recourant peut obtenir le remboursement de la taxe. Au préalable, il faut rappeler que le recourant devait rattraper 119 jours de service militaire, soit, convertis en jours de service civil, 178 jours (119 x 1,5), et il a accompli 378 jours de service civil (267 + 111). Le rattrapage ne peut toutefois être effectué qu’après avoir accompli au préalable les services obligatoires ; or, ceux-ci s’élèvent à 272 jours (450 – 178). Ainsi, le recourant n’a rattrapé en réalité que 106 jours (378 – 272). Cela signifie que ce sont uniquement les services militaires de 1986, 1987 et 1988 qui ont été totalement rattrapés (60 [3 x 20] jours convertis en jours de service civil, soit 90 jours [60 x 1,5]), mais que pour 1990, le service ne pouvait être rattrapé dans son intégralité, puisqu’il ne restait que 16 jours rattrapés (106 – 90) pour un service d’une durée de 30 jours (20 x 1,5). Il manquait ainsi 14 jours pour que le recourant ait droit au remboursement de la taxe payée en 1990. Les taxes des années suivantes ne peuvent dès lors de toute évidence pas être remboursées non plus. Cette carence au niveau des jours de service rattrapés s’explique par le fait qu’il manque dans le calcul les 72 jours effectués dans le cadre de l’astreinte au travail, lesquels n’ont pas été pris en considération pour les motifs exposés ci-dessus (cf. consid. 1c 1er paragraphe). Le recourant a ainsi droit au remboursement des taxes payées uniquement pour les années 1986, 1987 et 1988. En effet, un remboursement partiel de la taxe est exclu (cf. arrêt du Tribunal fédéral du 14 avril 1997 in Archives de droit fiscal suisse 66 p. 504).
d) Il pourrait encore se poser la question de savoir si l’information donnée par l’Organe régional de Vaud et Bas-Valais, service civil (ci-après : l’organe régional), le 4 novembre 1997 au recourant, selon laquelle il avait droit au remboursement des taxes d’exemption, doit être examinée en vertu du principe de la bonne foi. Le droit à la protection de la bonne foi permet au citoyen d’exiger que l’autorité respecte ses promesses et qu’elle évite de se contredire. Ainsi, à certaines conditions, le citoyen a le droit d’exiger de l’autorité qu’elle se conforme aux promesses ou aux assurances précises qu’elle lui a faites et ne trompe pas la confiance qu’il a placée à juste titre dans ses promesses ou ses assurances (ATF 118 Ib 580 consid. 5a p. 582/583). Il faut alors que l’autorité ait agi ou soit censée avoir agi dans les limites de sa compétence, que le particulier ait eu de sérieuses raisons de croire à la validité de l’acte selon lequel il a réglé sa conduite et qu’il ait pris sur cette base des dispositions qu’il ne pourrait modifier sans subir un préjudice (ATF 118 Ia 245 consid. 4b p. 254 ; 117 Ia 285 consid. 2b p. 287). En l’espèce, il n’est pas établi que l’organe régional ait fait une promesse au recourant ; d’autre part, l’organe régional n’est pas l’autorité compétente pour statuer sur une demande de remboursement de la taxe d’exemption. Enfin, le recourant n’a pas été amené à adopter un comportement qui lui était préjudiciable à la suite de cette information, intervenue postérieurement à l’accomplissement de ses jours d’astreinte au travail et de service civil.
2. Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être partiellement admis et la décision attaquée réformée en ce sens que le recourant a droit au remboursement des taxes d’exemption de l’obligation de servir versées pour les années 1986, 1987 et 1988. Vu l’issue du recours, un émolument de justice fixé à 300 fr. est mis à la charge du recourant ; il n’y a en outre pas lieu d’allouer de dépens.