Decision ID: c66535b6-4329-59b6-bd4e-97f407309da6
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
A_, née _ [nom de jeune fille] le _ 1942, originaire de C_ [BL] est veuve depuis le _ 2012, sans enfant.
Le 13 juin 2019, sa situation a fait l'objet d'un signalement auprès du Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après: le Tribunal de protection). L'une de ses amies relatait qu'à la suite du décès de son époux et d'autres proches, A_ s'était mise à boire, jusqu'à mettre sa santé en danger. Elle avait été hospitalisée à plusieurs reprises et avait séjourné au sein de la clinique D_, sans grand succès sur sa consommation excessive d'alcool. A_ semblait être sous l'emprise de sa femme de ménage et de l'un des fils de celle-ci; ils étaient en possession des clés de son logement, de ses cartes de crédit et de la carte de son compte bancaire et s'en servaient ouvertement, étant précisé qu'ils s'occupaient des paiements de l'intéressée, ainsi que de ses courses; son ménage était mal tenu.
b.
Selon l'extrait du Registre des poursuites du 21 juin 2019, A_ ne fait l'objet d'aucune poursuite, ni acte de défaut de biens.
c.
Par décision
DTAE/3978/2019
du 26 juin 2019, le Tribunal de protection a désigné E_, avocate, en qualité de curatrice d'office, dans l'intérêt de A_, son mandat étant limité à la représentation de la personne concernée dans la procédure pendante devant le Tribunal de protection.
Cette ordonnance a été confirmée par décision de la Chambre de surveillance de la Cour de justice du 17 septembre 2019.
Par la suite, A_ a mandaté un conseil de son choix.
d.
Les premières constatations de la curatrice et les premières informations recueillies par elle ont confirmé une consommation excessive d'alcool, ainsi que la place importante de la femme de ménage et de la famille de celle-ci dans la vie de A_, qui paraissait très influençable.
e.
Par ordonnance
DTAE/4198/2019
du 5 juillet 2019, le Tribunal de protection a, statuant sur mesures superprovisionnelles, institué une curatelle de représentation et de gestion en faveur de A_ et désigné B_, avocate, aux fonctions de curatrice, la personne protégée étant privée de l'accès à toute relation bancaire ou à tout coffre-fort à son nom ou dont elle est l'ayant-droit économique. Le Tribunal de protection a par ailleurs fixé un délai aux "parties" pour faire valoir, au 30 août 2019, leurs éventuelles offres de preuve et se déterminer sur l'adéquation des mesures prises.
A_ s'est opposée à toute mesure de protection.
f.
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 1
er
novembre 2019.
A_ a indiqué n'avoir besoin d'aucune mesure de protection. Elle a expliqué connaître F_ depuis trois ans; il s'agissait de sa femme de ménage. Le fils de cette dernière avait ensuite commencé à l'accompagner en voiture à ses rendez-vous. Il s'agissait de personnes de confiance, qu'elle rémunérait à hauteur de 3'000 fr. par mois au total. La famille F_/G_ ne figurait pas sur son testament. En ce qui concernait les importants retraits opérés sur son compte bancaire, elle a expliqué qu'elle aimait bien manger et que dans la mesure où c'était son argent, elle n'avait pas à fournir d'explications. Il lui était arrivé de donner sa carte bancaire avec le code à trois ou quatre reprises à une personne de confiance, sans pouvoir dire de qui il s'agissait. A_ n'a par ailleurs pu fournir aucune explication utile sur plusieurs retraits de 500 fr. à 1'000 fr. opérés sur une journée, pendant plusieurs jours d'affilée, durant les six premiers mois de l'année 2019, sur son compte ouvert auprès de H_. Elle n'a pas davantage pu justifier de dépenses ayant nécessité de tels retraits, indiquant que sa carte lui avait peut-être été dérobée.
B_, curatrice, a expliqué qu'une boîte, dans la cuisine de A_, contenait l'ensemble de ses cartes [bancaires]. Elle avait par ailleurs constaté que de l'argent avait été prélevé sur le compte H_ de la personne concernée autour du 10 septembre, à deux reprises, depuis le [bancomat] de la rue 1_ et de [la place] 2_, respectivement à 2h00 du matin et peu avant 7h00, ce qui signifiait que dans l'entourage de A_ quelqu'un avait accès à sa carte et à son code. Lorsque A_ lui téléphonait, B_ entendait la présence d'un tiers à ses côtés, vraisemblablement G_, lequel, à chaque hésitation, lui suggérait la suite de la phrase. Lorsque A_ l'appelait, ce qui était assez fréquent, c'était pour demander davantage d'argent ou des informations sur ses extraits bancaires.
Le Dr I_ pour sa part a indiqué que A_ pouvait, selon lui, demeurer à son domicile, à condition de disposer d'un encadrement adéquat. Elle venait à son cabinet accompagnée soit de F_, soit du fils de celle-ci, G_. Il avait dû recadrer ce dernier, lequel avait tendance à parler à la place de la patiente. Il a ajouté que A_ était une personne fragile; il y avait toutefois eu des progrès s'agissant de sa consommation d'alcool depuis le début de l'année.
J_, amie de A_, a expliqué avoir constaté, à partir du mois de novembre 2018, que son appartement était sale et mal entretenu, en dépit de la présence d'une femme de ménage. A_ lui avait alors expliqué qu'elle aimait bien sa femme de ménage, laquelle était toujours de bonne humeur; le fils de celle-ci s'occupait de sa comptabilité et des paiements. Elle avait constaté qu'un jeune homme, qui possédait la clé de l'appartement, y entrait sans s'annoncer.
F_ a expliqué faire le ménage et les courses chez A_ depuis trois ans. Au début, elle ne travaillait que quelques heures par semaine; puis, dès le 1
er
juillet 2019, elle avait été engagée pour travailler tous les jours de 12h00 à 20h00, pour un montant de 3'011 fr. par mois. Pour les paiements, elle accompagnait A_ [au guichet de H_] en fauteuil roulant et tous les lundis elle retirait 500 fr. pour les courses.
G_ a indiqué tenir compagnie à A_ et préparer parfois ses repas, sans être rémunéré. Celle-ci l'avait souvent envoyé à [H_] afin de retirer de l'argent; les retraits étaient de l'ordre de 500 fr. à 1'000 fr. et ce plusieurs fois par semaine. Plusieurs personnes passaient au domicile de A_ pour promener son chien. Il avait été décidé de limiter ces visites au seul K_, lequel a été défini par G_ comme "une personne malhonnête".
g.
Dans ses observations du 11 décembre 2019, A_ s'est opposée à toute mesure de protection, s'estimant apte à gérer seule ses affaires personnelles et patrimoniales. Selon elle, elle avait été victime de personnes mal intentionnées, dont le dénommé K_. En revanche, elle avait pleine confiance en la famille F_/G_.
h.
En ce qui concerne la situation financière de A_, il ressort du dossier qu'au 31 décembre 2017 ses avoirs bancaires s'élevaient à 406'265 fr., dont 391'849 fr. déposés sur un compte auprès de _. Le 5 juillet 2019, lesdits avoirs ne totalisaient plus que 239'950 fr., soit une diminution nette de sa fortune de 166'315 fr. en l'espace de dix-huit mois.
A_ perçoit mensuellement plusieurs rentes qui totalisent un montant de l'ordre de 4'900 fr.
Selon la curatrice, son budget, hors salaire versé à F_, aurait dû être équilibré. Or, la diminution de la fortune de A_ signifiait qu'elle avait dépensé le montant de ses rentes et entamé ses économies à raison de 9'240 fr. par mois en moyenne durant la période de dix-huit mois considérée.
B.
Par ordonnance
DTAE/628/2020
du 24 janvier 2020, le Tribunal de protection a confirmé, au fond, la curatelle de représentation et de gestion instaurée, sur mesures superprovisionnelles, par ordonnance du 5 juillet 2019 en faveur de A_ (chiffre 1 du dispositif), confirmé B_, avocate, aux fonctions de curatrice (ch. 2), lui a confié les tâches suivantes: représenter la personne concernée dans ses rapports avec les tiers, en particulier en matière d'affaires administratives et juridiques; gérer les revenus et biens de la personne concernée et administrer ses affaires courantes; veiller à son bien-être social et la représenter pour tous les actes nécessaires dans ce cadre; veiller à son état de santé, mettre en place les soins nécessaires et, en cas d'incapacité de discernement, la représenter dans le domaine médical (ch. 3), privé la personne concernée de l'accès à toute relation bancaire ou à tout coffre-fort, en son nom ou dont elle est ayant-droit économique, et révoqué toute procuration établie au bénéfice de tiers (ch. 4), autorisé la curatrice à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée, dans les limites du mandat et, si nécessaire, à pénétrer dans son logement (ch. 5) et arrêté les frais judiciaires à 500 fr., mis à la charge de la personne concernée (ch. 6).
En substance, le Tribunal de protection a retenu que la personne concernée, âgée de 77 ans, présentait un état de faiblesse et de dépendance à l'alcool qui l'empêchaient de défendre seule ses intérêts. Elle remettait ainsi ses cartes bancaires à des tiers, afin qu'ils procèdent à des retraits et ne savait pas tenir un budget, risquant, à terme, de devoir vendre son logement. En l'espace de dix-huit mois, son patrimoine avait diminué d'un montant de l'ordre de 160'000 fr. pour des raisons demeurées inconnues. L'intéressée ne semblait pas être consciente de la détérioration de sa situation. En raison de son état de santé, elle nécessitait d'un important encadrement à domicile.
C.
a.
Le 10 mars 2020, A_ a formé recours contre l'ordonnance du 24 janvier 2020, reçue le 10 février 2020, concluant à la levée de la mesure de curatelle de représentation et de gestion instituée sur mesures superprovisionnelles et confirmée au fond et à ce qu'il soit renoncé à toute mesure de protection en sa faveur.
La recourante a soutenu se sentir parfaitement apte à gérer seule ses affaires personnelles et patrimoniales et avoir une totale confiance en F_ et G_, qui s'occupaient d'elle au quotidien. Elle a exposé pouvoir compter sur eux à n'importe quel moment de la journée, car ils étaient toujours disponibles. F_ l'aidait pour le ménage, les courses et la préparation des repas; elle lui tenait par ailleurs compagnie. Quant à G_, il la conduisait en voiture à ses différents rendez-vous et préparait les repas du soir. En ce qui concernait la gestion de son budget, elle a indiqué avoir un train de vie élevé, se nourrissant particulièrement bien et devant acquitter des factures importantes; elle dépensait par ailleurs 900 fr. par mois pour ses cigarettes et, étant propriétaire d'un chien, elle assumait également et notamment des frais de nourriture pour lui et de vétérinaire. Pour procéder à ses paiements, elle se rendait [au guichet de H_], accompagnée de F_. Si celle-ci, ou G_, avaient parfois procédé à des retraits, c'était toujours à sa demande et sous son contrôle. Les personnes mal intentionnées qui avaient profité de sa gentillesse ne faisaient plus partie de son entourage. Selon le Dr I_, sa consommation d'alcool avait beaucoup diminué et elle était cohérente et capable de discernement. Du 13 au 28 janvier 2020, elle avait effectué un séjour au sein de la clinique L_, afin de mettre un terme définitif à sa consommation d'alcool.
b.
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de l'ordonnance attaquée.
c.
Dans ses observations du 25 mai 2020, B_ a relevé que A_ ne mesurait pas les risques liés à la diminution de son patrimoine et ne parvenait pas à prendre du recul par rapport à son entourage et à l'influence exercée par celui-ci. Or, l'un ou l'autre des membres de la famille F_/G_ l'accompagnait dans tous les actes de son quotidien et prenait une part active à ceux-ci, allant même jusqu'à s'exprimer à sa place. Il convenait par conséquent de rejeter le recours formé par la personne intéressée.
d.
La recourante s'est exprimée sur les observations de B_ le 8 juin 2020. Elle a exposé avoir volontairement entrepris des démarches pour traiter sa dépendance à l'alcool et avoir initié un suivi psychiatrique auprès de la Dre M_. Par ailleurs, la mesure instaurée était disproportionnée, dans la mesure où elle s'était toujours acquittée de ses factures et n'avait jamais fait l'objet de poursuites. En ce qui concernait la famille F_/G_, la recourante a précisé qu'elle la considérait comme sa propre famille.
e.
Le 13 juillet 2020, la recourante a transmis à la Cour son évaluation neurologique effectuée par N_, psychologue. En résumé, ce praticien a retenu l'existence de troubles exécutifs modérés à sévères, avec retentissement sur la mémoire épisodique, le trouble demeurant toutefois léger s'agissant des faits récents. Le psychologue n'a pas relevé d'éléments constitutifs d'une démence au plan strictement neuropsychologique, l'efficience intellectuelle et le jugement n'étant pas altérés, les troubles cognitifs n'étant pas généralisés et le MMS demeurant supérieur à 21.
f.
La cause a été gardée à juger au terme de ces échanges.

EN DROIT
1.
1.
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours (art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de la notification de la décision (art. 450b al. 1 CC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC).