Decision ID: 0c354938-3838-53a2-9474-82ae1f51d089
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
A_ est née le _ 1955; elle est domiciliée à Genève et est la mère de quatre enfants majeurs. ![endif]>![if>
Par courrier du 9 janvier 2018 adressé au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après: le Tribunal de protection), le Service des prestations complémentaires indiquait verser des prestations à A_ depuis le 1
er
décembre 1990. Une demande de pièces lui avait été adressée le 20 avril 2017, dans le cadre de la révision quadriennale de son dossier. En dépit de plusieurs rappels, A_ n'avait donné qu'une suite partielle à cette demande d'informations. Son dossier de frais médicaux ne semblait par ailleurs plus être suivi depuis le mois de février 2011. Etait joint à ce courrier une lettre du 29 septembre 2017 reçue du Dr D_, médecin traitant de la personne concernée, laquelle souffrait, selon ce praticien, de gros problèmes psychiques; elle était incapable de prendre en charge les démarches administratives et nécessitait une curatelle de gestion.
b)
Il ressort de l'extrait du registre des poursuites du 24 janvier 2018 que A_ fait l'objet de plusieurs poursuites en cours, dont les dernières datent de 2016; il est fait état, pour une partie d'entre elles, d'une impossibilité de notifier le commandement de payer. A_ a par ailleurs accumulé près de cinq pages d'actes de défaut de biens, dont les derniers datent de 2017.
c)
Le 15 février 2018, le Tribunal de protection a désigné C_, avocate, en qualité de curatrice d'office de A_, son mandat étant limité à sa représentation dans la procédure en cours.
d)
Une audience a eu lieu devant le Tribunal de protection le 13 mars 2018; A_ n'a pas pu s'y présenter, pour des raisons médicales; elle était représentée par un avocat, lequel excusait sa curatrice nommée d'office. Le Dr D_ a été entendu et a précisé que l'état de sa patiente ne lui permettait pas, selon lui, de le délier de son secret médical. Celui-ci a confirmé la teneur de son courrier du 29 septembre 2017. Il a ajouté que "de notoriété publique" sa patiente souffrait d'un problème d'alcool récurrent depuis plusieurs décennies et qu'elle tentait de limiter sa consommation en prenant des tranquillisants. L'Institution genevoise de maintien à domicile (IMAD), intervenue par le passé, refusait d'intervenir à nouveau, compte tenu de l'absence de collaboration de A_, qui ne bénéficiait dès lors d'aucun encadrement à domicile. Les consultations médicales n'avaient plus lieu au cabinet du Dr D_, la patiente manquant régulièrement ses rendez-vous, mais par téléphone ou chez elle. Son appartement était très encombré et en voie de "diogénisation" et son hygiène vestimentaire et personnelle était médiocre. Aucun de ses trois (en réalité: quatre) enfants ne représentait un soutien; elle entretenait des relations conflictuelles avec deux d'entre eux et ambivalentes avec le troisième.
A_ a été entendue le 8 mai 2018. Elle a contesté les déclarations du Dr D_, notamment être à la limite de la "diogénisation". Elle vivait dans un appartement qu'elle n'avait pas pu visiter au préalable et dans lequel elle ne se sentait pas bien, de sorte qu'elle n'avait pas défait ses cartons. Elle a en revanche admis avoir été négligente vis-à-vis de l'administration fiscale, ainsi que dans la gestion de ses factures médicales, expliquant avoir eu l'intention de partir en Australie rejoindre son ex époux, raison pour laquelle elle avait "tout laissé aller". Elle a également reconnu avoir des problèmes de consommation excessive d'alcool et a déclaré avoir pu finalement répondre aux questions du Service des prestations complémentaires.
La cause a été gardée à juger à l'issue de l'audience.
e)
Le 17 mai 2018, le Service des prestations complémentaires a informé le Tribunal de protection de ce que A_ n'avait répondu que partiellement à leur requête, de sorte que la révision de son dossier ne pouvait pas être finalisée.
f)
Par courrier du 23 mai 2018 adressé au Tribunal de protection, B_, fille de A_, a fait part de son inquiétude relative à la situation de sa mère et du fait qu'elle-même et sa famille étaient favorables au prononcé d'une mesure de curatelle.
B.
Par ordonnance
DTAE/3343/2018
du 29 mai 2018, le Tribunal de protection a institué une curatelle de représentation et de gestion en faveur de A_ (chiffre 1 du dispositif), désigné deux intervenantes en protection de l'adulte aux fonctions de curatrices (ch. 2), confié aux curatrices les tâches suivantes: représenter la personne concernée dans ses rapports avec les tiers, en particulier en matière d'affaires administratives et juridiques; gérer ses revenus et ses biens et administrer ses affaires courantes; veiller à son bien-être social et la représenter pour tous les actes nécessaires dans ce cadre; veiller à son état de santé, mettre en place les soins nécessaires et, en cas d'incapacité de discernement, la représenter dans le domaine médical (ch. 3), autorisé les curatrices à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée, dans les limites du mandat et si nécessaire à pénétrer dans son logement (ch. 4) et a laissé les frais judiciaires à la charge de l'Etat (ch. 5).
C.
a)
Le 18 juillet 2018, A_ a formé recours contre l'ordonnance du 29 mai 2018, reçue le 25 juin 2018, concluant à son annulation et à ce qu'il soit constaté qu'il n'y avait pas lieu d'instituer une curatelle de représentation, de gestion ou tout autre type de curatelle en sa faveur.
Elle a allégué que le courrier du Dr D_ du 29 septembre 2017 avait été rédigé pour l'aider dans ses démarches à l'égard du Service des prestations complémentaires et non pour la desservir. Si elle n'avait pu donner suite aux relances du Service des prestations complémentaires, c'était en raison de plusieurs accidents successifs dont elle avait été victime et de son projet de s'installer en Australie, et non de ses problèmes d'alcool. Quant aux poursuites initiées à son encontre, elles étaient en grande majorité anciennes. Par ailleurs, le Dr D_ n'avait pas été délié de son secret médical et le Tribunal de protection ne pouvait se baser sur les dires de ses enfants, avec lesquels les relations n'étaient pas bonnes.
b)
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de la décision attaquée. Il a relevé que la recourante avait reconnu souffrir d'un problème d'alcool et être négligente dans son suivi administratif; de surcroît et contrairement à ce qu'elle avait affirmé en audience, elle n'avait toujours pas satisfait aux demandes du Service des prestations complémentaires, ce qui l'exposait, à brève échéance, à la perte de sa rente. Par ailleurs, le Dr D_ avait déposé devant le Tribunal de protection, le 13 mars 2018, dans les limites de son secret médical et la curatrice de la recourante, présente à l'audience, ne s'y était pas opposée.
c)
Par avis du 19 septembre 2018, le greffe de la Chambre de surveillance a informé la recourante et le Service de protection de l'adulte de ce que la cause serait mise en délibération à l'issue d'un délai de 10 jours.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours (art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de leur notification (art. 450b al. 1 CC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC).![endif]>![if>