Decision ID: 69e97e19-bed2-488a-b6c2-81c0e9e21536
Year: 2022
Language: fr
Court: VS_BZG
Chamber: VS_BZG_999
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

II. Statuant en faits
3.1 Dès le 14 juillet 2014, Y _ a été employé à plein temps et pour une durée
indéterminée, en qualité de dessinateur en bâtiment, par l’architecte X _. Son
salaire mensuel brut s’est élevé à 5250 fr., soit à 4540 fr. net, versé treize fois l’an (cf.
dos. p. 6-8, 12-13, 28, 84-85).
3.2 Par courrier du 16 mai 2017, se référant à une « conversation » ayant eu lieu la
veille avec son employeur, Y _ a mis ce dernier en demeure de lui payer, dans
un délai de 5 jours, des arriérés de salaire à hauteur de 13'620 fr. pour les mois de février
à avril 2017, sous peine, en cas d’inexécution, de résiliation des rapports de travail
« avec effet immédiat » (cf. dos. p. 11).
3.3 X _ a expressément admis avoir eu à cette époque, pour des « raisons
économiques », du retard dans le versement des salaires de tous ses employés (cf. dos.
p. 140 [R5, 7]).
3.4.1 Tant dans sa requête de conciliation du 20 juillet 2017, que dans sa demande du
30 novembre suivant (cf. dos. p. 2), Y _ prétend que ses rapports de travail
ont pris fin, avec effet immédiat, le 24 mai 2017.
3.4.2 Pour sa part, X _ soutient qu’en raison d’une « [b]aisse du volume de
travail », il a signifié au demandeur, par oral, le 16 mars 2017 déjà - date à laquelle il a
en outre fait une demande de « chômage partiel » pour son employé qui sera toutefois
refusée, ce qu’a confirmé ce dernier (cf. dos. p. 45) - que leurs rapports de travail
prendraient fin à l’échéance du délai de congé légal de deux mois, soit à la fin du mois
de mai 2017 (cf. courrier du 17 août 2017 adressé à l’Autorité de conciliation du Tribunal
du travail, ainsi que dos. p. 27, 43, 51, 84, 98, 139 [R1-2], 140 [R9]).
Y _ conteste formellement l’existence d’un tel congé (cf. dos. p. 64, 137 [R1]).
3.4.3 Le fardeau de la preuve de l’existence et de la date de la fin des rapports de travail
incombe à la partie qui s’en prévaut pour en déduire son droit (cf. art. 8 CC ; PFISTER,
Zulassung Besonderer Beweismittel im Arbeitsrechtlichen Verfahren, in Revue de
l’avocat 3/2021, p. 114 ; FACINCANI/BAZZELL, Arbeitsvertrag, 2021, n. 18 ad art. 335 CO ;
DONATIELLO, Commentaire romand, 3ème éd., 2021, n. 28 ad art. 337 CO ;
- 8 -
BRUCHEZ/MANGOLD/SCHWAAB, Commentaire du contrat de travail, 4ème éd., 2019, p. 314
N 10 et p. 409 N 2 ; BOHNET, Actions civiles, vol. II, 2ème éd., 2019, n. 24 ad § 37). En
outre, contrairement à ce que pense l’appelant, la maxime inquisitoire sociale prévue à
l’article 247 al. 2 CPC ne modifie pas les règles sur le fardeau de la preuve (cf.
BRUCHEZ/MANGOLD/SCHWAAB, p. 613 N 23). Elle ne dispense pas non plus les parties
de recueillir les éléments du procès et de collaborer activement à l’établissement des
faits, le tribunal ne recherchant pas lui-même ces derniers et ne se livrant à aucune
investigation de sa propre initiative (cf. CHABLOZ, PC CPC, 2021, n. 30 ad art. 55 CPC ;
HEINZMANN, PC CPC, n. 7 ad art. 247 CPC ; HALDY, Commentaire romand, n. 8 ad art.
55 CPC ; TAPPY, Commentaire romand, n. 23 ad art. 247 CPC).
Il est établi que le demandeur a cessé avec effet immédiat de fournir ses prestations de
travail au défendeur le 24 mai 2017, soit à l’échéance du délai qu’il lui a imparti le 16 mai
2017 pour s’acquitter des arriérés de salaire qu’il lui réclamait (cf. consid. 3.2 ci-dessus).
Il ressort en effet du dossier que ledit 24 mai correspond, d’une part, à la date à laquelle
Y _ s’est inscrit en tant que demandeur d’emploi auprès de l’Office régional de
placement (ORP) de Martigny (cf. dos. p. 30), d’autre part, à celle qu’il a indiqué dans sa
demande de prestations d’assurance-chômage comme étant celle de la résiliation de
son contrat de travail en raison d’un défaut de paiement de son salaire (cf. dos. p. 30-
34) et, de tierce part, à celle à partir de laquelle la Caisse cantonale de chômage lui a
effectivement versé des indemnités (cf. dos. p. 39-40).
La thèse de X _ selon laquelle, le 16 mars 2017, il aurait licencié son employé,
par oral, pour le 31 mai suivant, soit à l’échéance du délai de congé légal de deux mois,
n’a en revanche nullement été prouvée. Le défendeur n’a en particulier jamais versé en
cause le « brouillon » de la lettre de congé - jamais envoyée - du 13 janvier 2017, qui,
selon lui, prouverait qu’un licenciement avait déjà été évoqué à ce moment-là car la
« situation était difficile » depuis la fin de l’année 2016 (cf. dos. p. 139 [R1], 140 [R9]).
De plus, il n’a à aucun moment demandé que soient entendus comme témoins (cf. à ce
sujet, BRUCHEZ/MANGOLD/SCHWAAB, p. 314 N 11) les personnes qui, à ses dires,
auraient été « présentes dans le bureau » lorsqu’il avait licencié de vive voix
Y _ ledit 16 mars (cf. dos. p. 51, 140 [R9]). Enfin, invoquant le fait que le
licenciement oral dont il se prévaut aurait été signifié le même jour qu’une demande de
« chômage partiel » ou de « chômage technique » qu’il aurait déposée pour son
employé, il n’a jamais non plus versé en cause les « documents » susceptibles de le
prouver qu’il affirmait pourtant détenir « au bureau » (cf. dos. p. 139 [R2]). Au surplus,
rien au dossier n’indique qu’il aurait eu la moindre réaction à la réception du courrier du
- 9 -
demandeur du 16 mai 2017 (cf. consid. 3.2 ci-dessus), notamment pour lui indiquer qu’il
lui avait déjà donné son congé deux mois auparavant pour la fin du mois en cours, ce
qui peut d’ailleurs également laisser penser qu’il a alors accepté une fin des rapports de
travail « avec effet immédiat » telle qu’annoncée dans ledit courrier (cf. dans ce sens
BRUCHEZ/MANGOLD/SCHWAAB, p. 410 N 4).
3.5 La Caisse cantonale de chômage a versé à Y _ des indemnités pour la
période du 24 mai au 31 mai 2017 (190 fr. 35), du 1er au 30 juin 2017 (4187 fr. 80) ainsi
que du 1er au 30 juillet 2017 (3045 fr. 65) pour un montant total de 7423 fr. 80 (cf. dos.
p. 39-42, 58-60).
3.6 Pour l’année 2017, X _ a payé les salaires mensuels nets dus à son
employé (3165 fr., soit 4540 fr. - 700 fr. - 675 fr. [cf. dos. p. 11]) jusqu’à et y compris le
mois de mai (cf. dos. p. 6-8).
Le 8 mars 2018, il lui a encore versé un montant de 4341 fr. 80 correspondant, selon
son propre décompte, à la « part reconnue » du treizième salaire 2017 (1993 fr. 35), au
salaire du mois de mars 2016 (3163 fr. 10) et au treizième salaire 2016 (4784 fr.),
déduction faite de 5598 fr. 67 pour les 22,67 jours de congé pris, selon lui, en trop par
son employé de 2015 jusqu’à la fin mai 2017 (cf. dos. p. 99, 109-110).
Il y a ainsi lieu de constater que X _ n’a jamais rien versé à Y _ pour
les mois de juin et de juillet 2017 (cf. également dos. p. 138 [R4]), soit les seuls mois
pour lesquels ce dernier a, en définitive, émis des prétentions en paiement devant la
juridiction de première instance (cf. lettre G ci-dessus).
- 10 -

III. Considérant en droit
4.1 L’employeur et le travailleur peuvent résilier immédiatement le contrat en tout
temps pour de justes motifs ; la partie qui résilie immédiatement le contrat doit motiver
sa décision par écrit si l’autre partie le demande (cf. art. 337 al. 1 CO).
Sont notamment considérées comme de justes motifs toutes les circonstances qui, selon
les règles de la bonne foi, ne permettent pas d’exiger de celui qui a donné le congé la
continuation des rapports de travail (cf. art. 337 al. 2 CO). En particulier, le non-
versement prolongé du salaire par l’employeur peut constituer, pour l’employé, à
certaines conditions, un juste motif de résiliation avec effet immédiat (cf. ETTER/STUCKY,
Arbeitsvertrag, n. 60 ad art. 337 CO ; BRUCHEZ/MANGOLD/SCHWAAB, p. 414-415 N 8-9).
4.2 Si les justes motifs de la résiliation immédiate du contrat consistent dans son
inobservation par l’une des parties - ce qui est le cas du non-paiement du salaire par
l’employeur - celle-ci doit réparer intégralement le dommage causé, compte tenu de
toutes les prétentions découlant des rapports de travail (cf. art. 337b al. 1 CO). En
particulier, l’employé amené à donner son congé avec effet immédiat peut réclamer la
perte de gain consécutive à cette résiliation anticipée, ce qui correspond notamment au
salaire qu’il aurait perçu jusqu’à l’échéance normale du contrat, y compris le droit aux
vacances et au treizième salaire, sous déduction du revenu réalisé ou auquel il a
intentionnellement renoncé (cf. DONATIELLO, n. 6 ad art. 337b CO ; ETTER/STUCKY, n.
13-14 ad art. 337 CO ; BOHNET, n. 6 ad § 37 ; BRUCHEZ/MANGOLD/SCHWAAB, p. 425 N
3).
4.3 Ainsi qu’on l’a vu, en raison du non-paiement de son salaire depuis au moins trois
mois, le demandeur a résilié, avec effet immédiat au 24 mai 2017, et après avoir imparti
à son employeur un délai de cinq jours pour s’exécuter, les rapports de travail qui les
liaient (cf. consid. 3.2 ci-dessus). Dans la mesure où il est établi que le défendeur, qui
rencontrait des difficultés économiques depuis la fin de l’année 2016 déjà, accusait du
retard dans le paiement des salaires de tous ses employés (cf. consid. 3.3 et 3.4.2 ci-
dessus) et avait par la suite cherché, sans succès toutefois, à bénéficier du chômage
technique pour l’ensemble de ceux-ci (cf. dos. p. 139 [R2-3]), il faut admettre que
Y _ bénéficiait d’un juste motif de résiliation avec effet immédiat - au sens de
l’article 337 CO - de son contrat de travail, ce que X _ n’a d’ailleurs jamais
contesté.
- 11 -
4.4.1 Dans ces conditions, et comme les premiers juges l’ont indiqué à bon droit (cf.
consid. 1c de leur jugement), l’appelé pouvait légitimement prétendre au salaire qu’il
aurait perçu jusqu’à « la fin des rapports de travail usuels » (cf. consid. 4.2 ci-dessus),
soit jusqu’à la fin juillet 2017, date correspondant à l’échéance du délai de congé légal
de deux mois applicable dans son cas puisqu’il était alors employé de l’appelant depuis
moins de trois ans (cf. art. 335c al. 1 CO et consid. 3.1).
4.4.2 Lesdits juges ont retenu un salaire mensuel brut total de 5175 fr. 60 pour chacun
des mois de juin et de juillet 2017. Ce montant est certes inférieur à celui admis par le
défendeur (5250 fr. ; cf. dos. p. 13, 28) mais correspond à celui invoqué, en dernier lieu,
par le demandeur lui-même (cf. dos. p. 130), si bien qu’il n’y a pas lieu d’y revenir (cf.
art. 58 al. 1 CPC).
4.4.3 Ces mêmes juges ont ensuite déduit du salaire mensuel brut précité les charges
sociales y afférentes à hauteur de 1044 fr. 75 au total pour les deux mois précités,
montant demeuré incontesté en appel et qui peut ainsi être confirmé.
4.4.4 Ils ont finalement, à juste titre comme on le verra encore (cf. consid. 4.4.6 ci-après),
porté en déduction les indemnités versées à l’appelé par la Caisse cantonale de
chômage et prouvées à hauteur de 7423 fr. 80 (cf. consid. 3.5 ci-dessus).
4.4.5 En revanche, contrairement à ce que pense X _, il n’y a pas lieu de
déduire en sus les montants qu’il a versés à son ancien employé en cours de procédure
à hauteur de 4341 fr. 80 puisque ces montants correspondaient à des salaires dus et
échus avant la fin mai 2017 et n’étaient dès lors pas destinés à couvrir des prétentions
pour les mois de juin et juillet 2017 (cf. consid. 3.6 ci-dessus). Pour ce même motif,
l’appelant ne peut pas non plus être suivi lorsqu’il invoque l’article 58 CPC et soutient
que le versement desdits montants, ajouté à celui des prestations allouées à l’appelé
par la Caisse cantonale de chômage, aurait pour conséquence que ce dernier aurait en
réalité déjà perçu des montants supérieurs à ses prétentions adressées au Tribunal du
travail. Par ailleurs, c’est également à tort que X _ prétend qu’il faudrait encore
porter en déduction desdites prétentions le salaire afférent à des jours de vacances qui,
selon lui, auraient été pris en trop par Y _ (sur la compensation possible entre
l’indemnité qui est due par l’employeur en vertu de l’art. 337b CO et d’éventuels
dommages-intérêts qu’il peut réclamer au travailleur, cf. DONATIELLO, n. 3 ad art. 337b
CO ; BOHNET, n. 4 ad § 37). En effet, à aucun moment, il n’a pris la moindre conclusion
formelle en procédure pour lui en réclamer le paiement - à supposer, au demeurant, qu’il
ait encore eu des prétentions à son encontre sur ce point si l’on considère le décompte
- 12 -
à la base de son versement du 8 mars 2018 (cf. consid. 3.6 ci-dessus) - mais s’est
toujours contenté de réserver son droit de faire valoir ses prétentions à ce sujet (cf. lettres
D et F ci-dessus), sans toutefois jamais concrétiser cette option. Au surplus, les
nouvelles et dernières conclusions prises par le demandeur en cours de procédure le
11 octobre 2019 (cf. lettre G ci-dessus) étaient parfaitement recevables - quoi qu’en
pense l’appelant - puisque, d’une part, elles ont été formulées à la suite d’une
interpellation expresse du Tribunal du travail sollicitant de connaître ses « conclusions
exactes » (cf. dos. p. 129), et d’autre part, n’ont constitué qu’une réduction de ses
conclusions initiales (cf. art. 227 al. 3 CPC).
4.4.6 Compte tenu de tous ces éléments, le jugement entrepris ne peut qu’être confirmé
en tant qu’il astreint X _ à verser à Y _ 1882 fr. 65 net (10'351 fr. 20
- 1044 fr. 75 - 7423 fr. 80) et à la Caisse cantonale de chômage - ce qui, au demeurant,
est demeuré incontesté en instance d’appel - 7423 fr. 80 au titre de son droit de
subrogation au sens de l’article 29 al. 2 LACI (cf. arrêt 4A_86/2015 du 29 avril 2015
consid. 5 et les références citées), ce dernier montant portant en outre intérêts à 5 %
dès le 1er août 2017.
5. Entièrement mal fondé, le présent appel doit ainsi être entièrement rejeté et le
jugement entrepris purement et simplement confirmé.
5.1 Conformément à l’article 114 let. c CPC, se rapportant aux contestations de droit
du travail d’une valeur litigieuse n’excédant pas 30'000 fr., il n’est pas perçu de frais
judiciaires.
5.2 Ni Y _, ni la Caisse cantonale de chômage n’ont remis en cause le
jugement entrepris pour le motif qu’il ne leur a octroyé aucun dépens pour la procédure
de première instance. En outre, devant la Cour de céans, celui-ci n’a produit aucune
détermination, si bien qu’il est supposé n’avoir assumé aucun frais d’intervention, et
celle-là s’est bornée à lui adresser un simple courrier demandant le rejet de l’appel et la
confirmation du jugement de première instance, de sorte qu’il ne paraît pas justifié de lui
octroyer des dépens pour une activité si simple et réduite (cf. art. 95 al. 3 let. c CPC ;
STOUDMANN, PC CPC, n. 32 ad art. 95 CPC).