Decision ID: cd44baa8-02cc-4bc5-9884-2f46c1dd5b1b
Year: 2011
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
La société X._ Sàrl, dont le siège est à 1********, a pour but
"toute activité dans le domaine informatique, notamment développement et gestion d'une plateforme de recrutement par Internet ou autres méthodes électroniques; diffusion d'annonces, conseils pratiques, articles, promotions et liens informatifs permettant à des tiers de créer des contacts avec des candidats et leur permettre ainsi qu'aux entreprises de se promouvoir grâce à cette technique"
.
B.
Le 21 octobre 2010, deux inspecteurs du marché du travail ont procédé à un contrôle dans les locaux de la société X._ Sàrl. Ils ont constaté à cette occasion que l'entreprise occupait à son service une personne qui n'était pas en possession d'une autorisation de travail au moment de la prise d'emploi: Y._, ressortissante sénégalaise née le ********, titulaire d'un
"permis B étudiant"
(l'intéressée a commencé son activité le 1
er
octobre 2010). Le contrôle a révélé également des irrégularités en matière d'imposition à la source.
Invitée à se déterminer sur les faits constatés lors du contrôle, l'entreprise, par l'intermédiaire de son directeur, s'est expliquée le 4 février 2010 en ces termes:
"[...]
Je ne conteste pas vos commentaires au sujet de l'autorisation sauf que je ne savais pas qu'un étudiant/étudiante de nationalité étrangère devait posséder une autorisation de travail pour quelques heures par semaines. Pour ma défense, j'ai déclaré le revenu à la caisse AVS de Paudex, en aucun cas, je voulais faire quelque chose d'illégal. Si cela complique la chose, je mettrai un terme à son activité au sein de notre entreprise.
[...]
Même cas, je ne savais pas que Madame Y._ devait être déclarée à l'imposition à la source. Il me semblait qu'une simple déclaration de fiche de salaire annuel suffisait. [...] "
Le 18 février 2011, le Service de l'emploi, retenant que l'entreprise avait commis des infractions aux dispositions du droit des étrangers en occupant à son service une personne qui n'était pas en possession d'une autorisation de travail au moment de la prise d'emploi, a rendu les décisions suivantes:
- une décision intitulée
"Infractions au droit des étrangers"
, dont le dispositif est le suivant:
"1. X._ Sàrl doit, sous menace de rejet des futures demandes d'admission de travailleurs étrangers pour une durée variant de 1 à 12 mois, respecter les procédures applicables en cas d'engagement de main d'oeuvre étrangère.
2. Un émolument administratif de CHF 250.- lié à la présente sommation est mis à la charge de X._ Sàrl."
- une décision intitulée
"Frais de contrôle"
, dont le dispositif est le suivant:
"X._ Sàrl doit, en sa qualité d'employeur, prendre à sa charge les frais occasionnés par le contrôle, frais qui se montent à CHF 525.- (5h15 x CHF 100.-)."
Cette dernière décision détaillait comme il suit le temps consacré au contrôle du 21 octobre 2010 ainsi qu'à son suivi administratif:
"- déplacements (forfaitaire) 1h00
- contrôles in situ (0h30 x 2 personnes) 1h00
- instruction (examen de pièces, notamment) 2h00
- rédaction de courrier(s) et rapport 1h15
TOTAL 5h15"
C.
Par acte du 1
er
mars 2010, la société X._ Sàrl a recouru devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) contre ces décisions, en concluant à leur annulation. Elle invoque sa bonne foi, expliquant avoir contacté par téléphone le 10 septembre 2010 le bureau du contrôle des habitants de la Ville de 1********, qui lui aurait répondu:
"
[Y._]
a un permis B étudiant. Elle peut donc travailler sans problèmes. Attention toutefois aux horaires, qui doivent être de 15 heures maximum par semaine et temps plein durant les vacances!"
Le recours a été enregistré sous les références PE.2011.0071 (en tant qu'il porte sur la décision intitulée
"Infractions au droit des étrangers"
) et GE.2011.0042 (en tant qu'il porte sur la décision intitulée
"Frais de contrôle"
).
Dans sa réponse du 12 avril 2011 (commune pour les deux causes), le SPOP a conclu au rejet du recours.
La recourante a renoncé à déposer un mémoire complémentaire.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD.
2.
a) La loi fédérale du 17 juin 2005 concernant des mesures en matière de lutte contre le travail au noir (LTN ; RS 822.41), entrée en vigueur le 1
er
janvier 2008, institue en particulier des mécanismes de contrôle et de répression (art. 1 LTN). Les cantons doivent désigner, dans le cadre de leur législation, l’organe de contrôle cantonal compétent sur leur territoire (art. 4 al. 1 LTN). La loi vaudoise du 5 juillet 2005 sur l'emploi (LEmp; RSV 822.11), entrée en vigueur le 1
er
janvier 2006 (modifiée par la loi du 1
er
juillet 2008, entrée en vigueur le 1
er
novembre 2008), a notamment pour but de mettre en œuvre les mesures de lutte contre le travail au noir (art. 1 al. 2 let. f LEmp). Le Service de l'emploi est l’organe de contrôle cantonal compétent au sens de la LTN (art. 72 LEmp).
b) L’organe de contrôle cantonal examine le respect des obligations en matière d’annonce et d’autorisation conformément au droit des assurances sociales, des étrangers et de l’imposition à la source
(art. 6 LTN). Les personnes chargées des contrôles peuvent en particulier pénétrer dans une entreprise ou dans tout autre lieu de travail pendant les heures de travail des personnes qui y sont employées; exiger les renseignements nécessaires des employeurs et des travailleurs; consulter ou copier les documents nécessaires; contrôler l’identité des travailleurs, ainsi que les permis de séjour et de travail (art. 7 al. 1 LTN). Les personnes et entreprises contrôlées sont tenues de fournir aux personnes chargées des contrôles les documents et renseignements nécessaires (art. 8 LTN). Les personnes chargées des contrôles consignent leurs constatations dans un procès-verbal (art. 9 al. 1 LTN).
c) En ce qui concerne plus particulièrement le recouvrement des frais de contrôle, l’art. 16 al. 1 LTN prévoit que les contrôles sont financés par des émoluments perçus auprès des personnes contrôlées lorsque des atteintes au sens de l’art. 6 LTN ont été constatées; le Conseil fédéral règle les modalités et fixe le montant des émoluments. A cet égard, l’ordonnance fédérale du 6 septembre 2006 concernant des mesures en matière de lutte contre le travail au noir (OTN ; RS 822.411) précise qu’un émolument est perçu auprès des personnes contrôlées qui n’ont pas respecté leurs obligations en matière d’annonce et d’autorisation visées à l’art. 6 LTN (art. 7 al. 1 OTN). Les émoluments sont calculés sur la base d’un tarif horaire de 150 fr. au maximum pour les activités des personnes chargées des contrôles et comprennent en outre les frais occasionnés à l’organe de contrôle; le montant de l’émolument doit être proportionné à l’ampleur du contrôle nécessité pour constater l’infraction (art. 7 al. 2 OTN). Selon l’art. 79 LEmp, les émoluments prévus par la LTN et son ordonnance d’application sont mis à la charge des personnes physiques ou morales contrevenantes par voie de décision. Le règlement d’application de la LEmp du 7 décembre 2005 (RLEmp; RSV 822.11.1), dont la dernière modification, par le règlement du 1
er
octobre 2008, est entrée en vigueur le 1
er
novembre 2008, prévoit à son art. 44 que les personnes contrôlées n’ayant pas respecté leurs obligations en matière d’annonce et d’autorisation visées à l’art. 6 LTN s’acquittent d’un émolument d’un montant de 100 fr. par heure.
3.
En l'espèce, la recourante ne conteste pas les faits qui lui sont reprochés. Elle invoque toutefois sa bonne foi. La cour de céans s'est déjà prononcée sur cette argumentation de la recourante dans l'arrêt rendu dans la cause PE.2011.0071 instruite parallèlement. Elle l'a écartée pour confirmer que la recourante avait bien enfreint les règles en matière d'engagement de personnel étranger en utilisant les services d'une ressortissante étrangère qui n'était pas en possession d'une autorisation de travail au moment de la prise d'emploi. Cela étant, c'est à juste titre que l'autorité intimée a mis les frais occasionnés par le contrôle du 21 octobre 2010 à la charge de la recourante, qui ne conteste pour le surplus ni le tarif horaire appliqué, ni le décompte d'heures effectué par l'autorité intimée.
4.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. La recourante, qui succombe, supportera les frais de justice. Elle n'aura par ailleurs pas droit à l'allocation de dépens.