Decision ID: a03c90b0-3f9c-49c3-9f60-8bfe8c22a6e6
Year: 2017
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
A._, né en 1990, est détenteur du permis de conduire pour les catégories G et M depuis le 22 décembre 2004, pour la catégorie A1 depuis le 17 mars 2008 et pour les catégories B, B1 et F depuis le 3 février 2009. Selon le fichier fédéral des mesures administratives en matière de circulation routière (ADMAS), il a fait l'objet des trois mesures de retrait du permis de conduire suivantes:
- mesure de retrait du permis de conduire prononcée le 8 décembre 2006 pour une durée d'un mois (20 décembre 2006 au 19 janvier 2007) pour une infraction moyennement grave (conduite d'un cyclomoteur dont la puissance avait été modifiée de sorte qu'il pouvait atteindre les 60 km/h au lieu des 30 km/h admis);
- mesure de retrait du permis de conduire prononcée le 16 janvier 2008 pour une durée de quatre mois (26 mai 2008 au 25 septembre 2008) pour une infraction moyennement grave (perte de maîtrise d'un véhicule en raison d'une vitesse inadaptée à la configuration des lieux);
- mesure de retrait du permis de conduire prononcée le 14 mai 2013 pour une durée de sept mois (4 novembre 2013 au 3 juin 2014) pour une infraction grave (excès de vitesse de 58 km/h, marge de sécurité déduite, sur une autoroute où la vitesse était limitée à 120 km/h).
B.
Le 27 octobre 2015, A._ a été dénoncé par la gendarmerie de la région nord de Fribourg au ministère public de ce canton pour manque d'égard lors d'un dépassement (distance latérale insuffisante, dépassement téméraire) et mise en danger des autres usagers de la route. Selon le rapport de gendarmerie, un cycliste a porté plainte contre A._ au motif que ce dernier, au volant d'un tracteur le 8 septembre 2015 vers 18h15 à Prévondavaux (Fribourg), l'avait mis en danger en le dépassant peu avant un virage et, vraisemblablement pour éviter une voiture, en le serrant sur le bord droite de la chaussée délimitée par un mur.
Le 7 janvier 2016, le Service des automobiles et de la navigation (SAN) a informé A._ qu'il suspendait la procédure administrative ouverte contre lui dans l'attente de l'issue pénale. Il l'a rendu attentif au fait que l'autorité administrative retiendrait l'état de fait établi par l'autorité pénale, de sorte qu'il lui appartenait de faire valoir tous ses arguments directement auprès de l'autorité pénale en charge de son dossier.
Par jugement du 9 novembre 2016, la Juge de police du Tribunal d'arrondissement de la Broye (ci-après: la Juge de police) a reconnu A._ coupable de violation grave des règles de la circulation routière (dépassement malgré une visibilité restreinte, sans égard aux autres usagers de la route et sans observer une distance suffisante envers un cycliste) au sens de l'art. 90 al. 2 de la loi fédérale du 19 décembre 1958 sur la circulation routière (LCR; RS 741.01), en lien avec les art. 34 al. 4 et 35 al. 2 et 3 LCR, et en application des art. 34, 43, 44, 47 du Code pénal suisse du 21 décembre 1937 (CP; RS 311). La Juge de police l'a condamné à une peine pécuniaire de 60 jours-amende, dont 30 jours fermes, le solde de 30 jours étant assorti d'un sursis de quatre ans.
Il ressort des considérants de ce jugement que la Juge de police a retenu que A._ conduisait un tracteur le 8 septembre 2015 vers 18h15 à Prévondavaux sur la route d'Estavayer-le-Lac, qu'il a entamé le dépassement d'un cycliste dans une courbe à droite, endroit où la visibilité était insuffisante pour effectuer cette manœuvre, que, surpris par un véhicule arrivant en sens inverse, il s'est rabattu précocement sur la droite, serrant ainsi le cycliste contre le mur se trouvant dans cette courbe, sur le bord de la chaussée, et qu'il a ensuite brusquement freiné. La Juge de police a jugé que A._ avait créé un sérieux danger pour la sécurité des autres usagers de la route, notamment le cycliste et le conducteur du véhicule arrivant en sens inverse, que sa responsabilité pénale était entière et que l'infraction était parfaitement évitable, dans la mesure où il suffisait à l'intéressé de ne pas dépasser un cycliste sur un tronçon de route ne s'y prêtant absolument pas et prendre ainsi des risques inconsidérés. Elle a ajouté qu'il avait adopté un comportement dangereux dans le seul but de gagner quelques secondes sur son temps de trajet.
C.
Par lettre du 6 janvier 2017, le SAN a informé A._ qu'il envisageait de prononcer à son encontre une mesure de retrait du permis de conduire pour une durée indéterminée mais d'au minimum 24 mois (délai d'attente) en raison de l'infraction commise. Le SAN a précisé que la révocation de la mesure serait conditionnée aux conclusions favorables d'une expertise auprès de l'Unité de médecine et de psychologie du trafic (UMPT). Il a imparti à l'intéressé un délai de vingt jours pour lui faire part de ses observations.
Le 11 janvier 2017, A._ a indiqué au SAN qu'il avait interjeté un appel contre le jugement du 9 novembre 2016. Il a demandé au SAN de suspendre la procédure administrative jusqu'à droit pénal connu.
Le 13 janvier 2017, le SAN a accepté cette requête.
Le 16 mars 2017, A._ a indiqué au SAN qu'il avait reçu la motivation écrite du jugement du 9 novembre 2016 et qu'il renonçait à poursuivre l'appel.
Le SAN lui a imparti un nouveau délai pour lui transmettre ses observations.
A._ a alors précisé que sa décision de ne pas recourir à l'encontre du jugement du 9 novembre 2016 reposait sur un motif d'opportunité, dans la mesure où il ne souhaitait pas attendre plusieurs mois avant qu'une décision ne soit rendue par le Tribunal cantonal. Il a fait valoir que la Juge de police s'était montrée particulièrement sévère. Il a rappelé que l'événement était survenu à une vitesse réduite, que le cycliste n'avait subi aucune lésion et qu'il avait retiré sa plainte lors de la confrontation devant le ministère public le 19 mai 2016. Selon lui, sa faute n'était que de peu de gravité. Il a ajouté qu'en sa qualité de contremaître et de responsable de projets au sein d'une entreprise, il avait un besoin professionnel accru de son permis de conduire et demandait donc au SAN de prononcer à son encontre une mesure administrative compatible avec le minimum légal.
Par décision du 28 avril 2017, le SAN a retenu que l'intéressé avait commis une infraction grave au sens de l'art. 16c al. 1 let. a LCR et a prononcé, au vu de ses antécédents et conformément à l'art. 16c al. 2 let. d LCR, une mesure de retrait de sécurité du permis de conduire d’une durée indéterminée, mais d’au minimum vingt-quatre mois, révocable à la condition que les conclusions de l’expertise mise en œuvre auprès de l’UMPT soient favorables. Le SAN a précisé que s'agissant d'un retrait de sécurité légal, l'inaptitude (motif caractériel) était présumée pour toutes les catégories de permis et qu'au vu du caractère sécuritaire de la mesure, une éventuelle réclamation contre cette décision n'aurait pas d'effet suspensif.
D.
Le 16 mai 2017, A._ a formé une réclamation contre cette décision. Il a rappelé qu'il avait commis l'infraction pour laquelle il avait été condamné pénalement au volant d'un tracteur, soit d'un véhicule d'une catégorie spéciale, la catégorie G (véhicules agricoles), et demandait dès lors au SAN de prononcer une décision de retrait, pour la durée annoncée, uniquement pour ses permis des catégories spéciales F (véhicules automobiles dont la vitesse n'excède pas 45 km/h), G et M (cyclomoteurs).
Dans sa décision sur réclamation du 15 juin 2017, le SAN a considéré que c'était bien l'art. 16c al. 2 let. d LCR qui s'appliquait en l'espèce. Il a relevé que, selon le message du Conseil fédéral concernant la modification de la LCR (FF 1999 4106), le retrait du permis de conduire prononcé en vertu de cette disposition légale signifie que l'on refuse légalement de reconnaître l'aptitude à la conduite de la personne en cause. Le SAN a précisé que le prononcé d'un tel retrait découle d'infractions répétées sur une période définie (10 ans), laquelle fait ressortir un défaut caractériel se manifestant par une incapacité à se conformer aux règles de la circulation routière, que le retrait de sécurité tend en outre à protéger les autres usagers de la route contre les personnes inaptes à la conduite automobile et qu'en pareil cas, l'aptitude doit être niée pour toutes les catégories et catégories spéciales, eu égard au fait que le défaut caractériel peut se manifester quel que soit le véhicule utilisé. Le SAN a ajouté qu'il ressortait du dossier de l'intéressé que ce dernier, peu importe le véhicule utilisé et la catégorie à laquelle il appartient (motocycle léger ou non, tracteur), ne pouvait s'abstenir d'enfreindre la LCR, et qu'il convenait donc que le retrait du permis de conduire porte sur toutes les catégories en sa possession. Le SAN a toutefois précisé qu'au vu de la problématique caractérielle et non médicale relative à l'aptitude de l'intéressé, une expertise psychologique auprès d'un psychologue agréé pouvait être effectuée en lieu et place d'une expertise auprès de l'UMPT. Le SAN a dès lors réformé la décision attaquée en ce sens que la condition de révocation de la mesure est la présentation de conclusions favorables d'une expertise psychologique auprès d'un psychologue spécialisé en psychologie du trafic, et l'a confirmée pour le reste. Il a retiré l'effet suspensif à un éventuel recours.
E.
Le 11 juillet 2017, A._ a recouru contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal. Il conclut à ce que le retrait de sécurité ne porte que sur ses permis de catégories spéciales, soit les permis F, G et M, à l'exclusion des autres permis de catégorie "normale" ou sous-catégorie au sens de l'art. 3 de l'ordonnance du 27 octobre 1976 réglant l'admission des personnes et des véhicules à la circulation routière (OAC; RS 741.51). Le recourant ne conteste pas avoir commis une infraction grave au sens de l'art. 16c LCR, ni l'application de l'art. 16c al. 2 let. d LCR dans son cas, mais il conteste la portée de la mesure administrative prononcée à son égard, dans la mesure où elle concerne les permis de toutes les catégories, alors que, selon lui, elle devrait se limiter aux permis des catégories F, G et M. Il a produit un avis de droit de Me Cédric Mizel, lequel estime que la décision attaquée ne remplit pas les exigences de motivation requises et viole le principe de proportionnalité.
Dans sa réponse du 20 juillet 2017, le SAN conclut au rejet du recours, sans autre motivation.
F.
Par décision sur mesures provisionnelles du 24 juillet 2017, le juge instructeur a rejeté la requête de restitution de l'effet suspensif déposée par le recourant le 12 juillet 2017.

Considérant en droit:
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD, applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD, de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2.
Le recourant ne conteste pas la qualification de l'infraction retenue à son encontre, à savoir une infraction grave au sens de l'art. 16c al. 1 let. a de la loi fédérale du 19 décembre 1958 sur la circulation routière (LCR; RS 741.01), ni l'application de l'art. 16c al. 2 let. d LCR au vu de ses antécédents, à savoir deux retraits du permis de conduire pour des infractions moyennement graves et un retrait pour une infraction grave, prononcés moins de dix ans avant la dernière infraction commise le 8 septembre 2015.
3.
Le recourant reproche à l’autorité intimée de ne pas avoir suffisamment motivé sa décision de prononcer un retrait du permis de conduire de sécurité non seulement pour les permis des catégories spéciales F, G et M, mais pour les permis de toutes les catégories, alors qu'il a commis la dernière infraction au volant d'un véhicule agricole.
a) Le droit à la motivation d’une décision est une garantie constitutionnelle de caractère formel qui découle du droit d’être entendu (art. 29 al. 2 de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 [Cst; RS 101]). La jurisprudence en déduit l'obligation pour l'autorité de motiver sa décision, afin que le destinataire puisse la comprendre, l'attaquer utilement s'il y a lieu et que l'autorité de recours puisse exercer son contrôle. Pour répondre à ces exigences, il suffit que l'autorité mentionne, au moins brièvement, les motifs qui l'ont guidée et sur lesquels elle a fondé sa décision de manière à ce que l'intéressé puisse se rendre compte de la portée de celle-ci et l'attaquer en connaissance de cause (
ATF 138 I 232 consid. 5.1 et les références citées; ATF 129 I 232
consid. 3.2). Dès lors que l'on peut discerner les motifs qui ont guidé la
décision
de l'autorité, le droit à une
décision
motivée
est respecté même si la
motivation
présentée est erronée. La
motivation
peut d'ailleurs être implicite et résulter des différents considérants de la
décision
(ATF 141 V 577 consid. 3.2.1; TF 2C_341/2016 du 3 octobre 2016 consid. 3.1).
b) L'art. 16c al. 2 let. d LCR dispose qu'après une infraction grave, le permis de conduire est retiré pour une durée indéterminée, mais pour deux ans au minimum, si, au cours des dix années précédentes, le permis a été retiré au conducteur en cause à deux reprises en raison d'infractions graves ou à trois reprises en raison d'infractions qualifiées de moyennement graves au moins; il est renonc.à cette mesure si, dans les cinq ans suivant l'expiration d'un retrait, aucune infraction donnant lieu à une mesure administrative n'a été commise.
Le retrait du permis de conduire selon l'art. 16c al. 2 let. d LCR – dont le but est d'exclure de la circulation routière le conducteur multirécidiviste considéré comme un danger public – est un retrait de sécurité, qui repose sur la présomption irréfragable d'inaptitude à conduire fondée sur les antécédents du conducteur. S'agissant d'une inaptitude caractérielle à la conduite, la personne concernée n'est ainsi pas autorisée à apporter la preuve contraire de son aptitude à conduire (ATF 139 II 95 consid. 3.4.2).
c) L’art. 3 al. 1 de l’ordonnance fédérale du 27 octobre 1976 réglant l’admission des personnes et des véhicules à la circulation routière (OAC; RS 741.51) établit diverses catégories de permis de conduire, dont les catégories A (motocycles) et B (voitures automobiles et tricycles à moteur d’un poids inférieur à 3,5 t). L'art. 3 al. 3 OAC prévoit des catégories spéciales de véhicules, dont la catégorie F (véhicules automobiles dont la vitesse maximale n'excède pas 45 km/h, à l'exception des motocycles), G (véhicules automobiles agricoles ainsi que chariots de travail, chariots à moteur et tracteurs immatriculés en tant que véhicules industriels utilisés pour des courses agricoles, dont la vitesse maximale n’excède pas 30 km/h, à l’exception des véhicules spéciaux) et M (cyclomoteurs).
L’art. 33 OAC règle la portée du retrait du permis de conduire, relativement aux différentes catégories, sous-catégories et catégories spéciales au sens de l’art. 3 OAC. Il est formulé ainsi:
"
1
Le retrait du permis d'élève conducteur ou du permis de conduire d'une catégorie ou d'une sous-catégorie entraîne le retrait du permis d'élève conducteur et du permis de conduire de toutes les catégories, de toutes les sous-catégories et de la catégorie spéciale F.
2
Le retrait du permis d'élève conducteur ou du permis de conduire d'une catégorie spéciale entraîne le retrait du permis d'élève conducteur et du permis de conduire de toutes les catégories spéciales.
3
Les al. 1 et 2 ne s'appliquent pas lorsqu'un retrait est prononcé pour des raisons médicales.
4
L'autorité compétente pour prononcer le retrait peut:
a. combiner le retrait du permis d'élève conducteur ou du permis de conduire d'une catégorie ou d'une sous-catégorie avec le retrait du permis de conduire des catégories spéciales G et M;
b. combiner le retrait du permis d'élève conducteur ou du permis de conduire d'une catégorie spéciale avec le retrait du permis d'élève conducteur ou du permis de conduire des catégories et sous-catégories.
5
Afin d'éviter les conséquences d'une rigueur excessive, le retrait du permis de conduire peut être décidé pour une durée différente selon les catégories, sous-catégories ou catégories spéciales sous réserve d'observer la durée minimale fixée par la loi, si, notamment, le titulaire du permis:
a. a commis l'infraction justifiant le retrait avec un véhicule automobile dont il n'a pas besoin pour exercer sa profession, et
b. jouit d'une bonne réputation en tant que conducteur du véhicule de la catégorie, sous-catégorie ou catégorie spéciale pour laquelle il s'agit d'abréger la durée du retrait."
Le retrait du permis de conduire d'une catégorie (art. 3 al. 1 OAC) ou d'une sous-catégorie (art. 3 al. 2 OAC) entraîne ainsi automatiquement le retrait du permis de toutes les catégories et sous-catégories (sauf lorsque des raisons médicales sont la cause du retrait pour une seule catégorie ou sous-catégorie cf. art. 33 al. 3 OAC), ainsi que le retrait de la catégorie spéciale F, mais non pas le retrait du permis de conduire des catégories spéciales G et M. Le principe de base est donc celui de la non-extension du retrait des catégories et des sous-catégories aux catégories spéciales G et M, mais pas à la catégorie spéciale F, et vice versa selon l'art. 33 al. 2 OAC, sous réserve cette fois-ci de l'inclusion de la catégorie F. Pour des raisons évidentes de protection de la circulation, le retrait de sécurité est généralement étendu à toutes les catégories, sous-catégories et catégories spéciales de permis (TF 1C_333/2014 du 23 septembre 2014). Dans ce cas, il appartient toutefois à l'autorité administrative de motiver sa décision d'étendre la mesure à une catégorie spéciale (TF 6A.4/2004 du 22 mars 2004 consid.2.3.2 et TF 6A.37/2004 du 28 juillet 2004 [suite du précédent], consid. 2, cités dans Bussy/Rusconi/Jeanneret/Kuhn/Mizel/Müller, Code suisse de la circulation routière, Bâle, 2015, n
os
2 et 3 ad art. 33 OAC).
d) En l'occurrence, la lecture de la décision sur réclamation permet de comprendre que l'autorité intimée a prononcé un retrait de sécurité du permis de conduire de deux ans à l'encontre du recourant conformément à l'art. 16c al. 2 let. d LCR car l'intéressé a commis en moins de dix ans deux infractions moyennement graves et deux infractions graves, ce qui révèle, selon le législateur, une inaptitude à se conformer aux règles de la circulation routière, et qu'elle a décidé d'étendre cette mesure aux permis de toutes les catégories du recourant en raison du fait que ce défaut caractériel se révélait quel que soit le type de véhicule que le recourant conduisait, puisqu'il avait enfreint la LCR une fois avec un cyclomoteur, deux fois avec une voiture et la dernière fois avec un véhicule agricole.
Bien que succincte, la motivation de l'autorité intimée est suffisante au regard des garanties du droit d'être entendu et de la jurisprudence. Avec les indications contenues dans la décision sur réclamation, le recourant était en mesure de recourir au Tribunal cantonal en connaissance de cause.
4.
Le recourant fait valoir que la décision attaquée viole le principe de la proportionnalité, dans la mesure où il a commis la dernière infraction au volant d'un véhicule agricole, soit d'un véhicule pour lequel le permis de la catégorie spéciale G est nécessaire, et compte tenu de ses antécédents.
a) Exprimé de manière générale à l'art. 5 al. 2 Cst, le respect de la proportionnalité dans l'activité administrative exige que la mesure prise par l'autorité soit raisonnable et nécessaire pour atteindre le but d'intérêt public ou privé poursuivi (ATF 136 I 87 consid. 3.2). Selon le principe de la proportionnalité, une mesure restrictive doit être apte à produire les résultats escomptés (règle de l’aptitude) et que ceux-ci ne puissent être atteints par une mesure moins incisive (règle de la nécessité); le principe de la proportionnalité proscrit toute restriction allant au-delà du but visé; il exige un rapport raisonnable entre ce but et les intérêts publics ou privés compromis (principe de la proportionnalité au sens étroit, impliquant une pesée des intérêts en présence; cf. ATF 140 I 2 consid. 9.2.2; 139 I 180 consid. 2.6.1; 138 II 346 consid. 9.2 et les arrêts cités). Le principe de la proportionnalité s'applique aussi en matière de retrait de sécurité du permis de conduire (ATF 125 II 289; TF 1C_819/2013 du 25 novembre 2013).
b) Comme mentionné au consid. 3, si le principe de base est celui de la non-extension du retrait des catégories et des sous-catégories aux catégories spéciales G et M, mais pas à la catégorie spéciale F, et vice versa selon l'art. 33 al. 2 OAC, sous réserve cette fois-ci de l'inclusion de la catégorie F, le retrait de sécurité est généralement étendu, pour des raisons évidentes de protection de la circulation, à toutes les catégories, sous-catégories et catégories spéciales de permis (TF 1C_333/2014 du 23 septembre 2014), voire même, sous la forme d'une interdiction de conduire, aux véhicules à moteur pour lesquels un permis n'est pas nécessaire (art. 36 OAC) et aux cycles (art. 19 al. 2 et 3 LCR). Ce n'est que dans une soigneuse pesée des intérêts en présence que l'autorité compétente décide parfois le maintien d'une catégorie particulière, le cas échéant sous conditions, ordinairement la catégorie spéciale M (cyclomoteurs) et/ou la catégorie spéciale G (tracteurs et véhicules agricoles n'excédant pas 30 km/h), au danger potentiellement moins important (Bussy/Rusconi/Jeanneret/Kuhn/Mizel/Müller, op.cit., n
os
2 et 3 ad art. 33 OAC). Tel peut ainsi être le cas pour le détenteur du permis de conduire qui est exclusivement sanctionné pour des excès de vitesse, de sorte que la conduite de véhicules des catégories G et M, dont la vitesse est limitée, ne paraît pas constituer un danger particulier pour les autres usagers (voir arrêt du TF 6A.4/2004 déjà cité).
c) En l'espèce, le recourant a commis une infraction grave au volant d'un véhicule agricole, soit d'un véhicule pour lequel un permis de la catégorie spéciale G est nécessaire et au vu de ses antécédents, ses permis des catégories spéciales G et M doivent lui être retirés pour une durée minimale de deux ans.
Se pose la question de savoir si la protection de la circulation routière serait suffisamment garantie en ne lui retirant que les permis de ces catégories spéciales sans qu'il soit nécessaire d'étendre cette mesure aux autres permis ou si au contraire il faut le faire, comme c'est généralement le cas dans la pratique.
Le recourant a entrepris de dépasser un cycliste sur un tronçon de route ne s'y prêtant absolument pas et, surpris par un véhicule arrivant en sens inverse, il a dû se rabattre précocement sur la droite, serrant ainsi le cycliste contre le mur se trouvant dans cette courbe, sur le bord de la chaussée, créant ainsi un sérieux danger pour la vie des autres usagers de la route, notamment du cycliste. Il ne s'agit pas d'une infraction due à la seule conduite d'un véhicule agricole, même s'il est possible qu'avec un véhicule moins encombrant et plus rapide, le recourant aurait éventuellement pu éviter dans ce cas-là de se rabattre sur le cycliste. Il s'agit en fait d'une mauvaise appréciation ou d'une mauvaise prise en compte de la configuration d'une route et surtout d'une attitude au volant peu respectueuse pour les autres usagers de la route; on ne voit pas pourquoi il n'aurait pu avoir cette attitude qu'en conduisant un tracteur.
Quant aux antécédents du recourant, il est vrai qu'il a commis sa première infraction qualifiée de moyennement grave avec un cyclomoteur, soit un véhicule pour lequel le permis de la catégorie spéciale M est nécessaire. Il fait valoir qu'il a "
maquillé
" son vélomoteur à 15 ans et qu'il s'agissait clairement d'une bêtise d'adolescent, mais non pas l'indice d'une inaptitude caractérielle. Le recourant a toutefois commis deux autres infractions qualifiées de moyennement grave, respectivement de grave, au volant d'une voiture. Il a ainsi perdu la maîtrise de son véhicule en raison d'une vitesse inadaptée et commis un excès de vitesse important (excès de vitesse de 58 km/h sur une autoroute limitée à 120 km/h). Le comportement du recourant révèle donc bien que quel que soit le véhicule qu'il conduit, il n'arrive pas à se conformer aux règles de la circulation routière, n'hésitant pas à mettre en danger sa propre sécurité et celle des autres usagers de la route. Aucune des sanctions précédemment infligées ne l'ont dissuadé de modifier sa façon d'appréhender la conduite. On ne voit pas pour quels motifs le recourant représenterait moins un danger au volant d'une voiture que d'un véhicule agricole ou d'un cyclomoteur. L'extension de la mesure de retrait à tous les permis de conduire du recourant se justifie dès lors pleinement. En appliquant les règles habituelles, le SAN a fait une bonne appréciation des intérêts en jeu et n'a pas violé le principe de la proportionnalité. Le recourant peut estimer que cette solution est dure, mais elle résulte d'un régime légal très rigoureux lorsque les conditions d'un retrait de sécurité sont réalisées.
Pour ce qui est des conséquences auxquelles pourrait être exposé le recourant en cas de récidive dans les années qui suivront la restitution de son permis de conduire en application de l'art. 16d al. 2 let. e LCR, ces dernières sont à l'heure actuelle totalement hypothétiques et elles ne sauraient être prises en considération pour trancher la question de savoir s'il est nécessaire d'étendre la mesure du retrait du permis de conduire des catégories spéciales G et M du recourant à tous ses permis.
L'autorité intimée n'a dès lors pas violé les règles de la LCR en rendant la décision attaquée.
5.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. Les frais seront mis à la charge du recourant, qui succombe; il n'a pas droit à des dépens (art. 49 al. 1, 55 al. 1
a contrario
, 91 et 99 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; RSV 173.36]).