Decision ID: 8099afe9-a8d7-5abf-adcf-913e4c725e0a
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
B_, né en 1970 et A_, née en 1971, tous deux de nationalité _ et exerçant la profession d'infirmiers en pédiatrie, ont donné naissance à G_, né le _ 1999, H_, née le _2005 et I_, née le _ 2007.![endif]>![if>
Le divorce du couple a été prononcé par le Tribunal de Grande Instance de _ (France) le _ 2014. Les parties ont conservé l'autorité parentale conjointe sur leurs enfants, la résidence habituelle de ces derniers étant fixée au domicile de leur mère en Suisse, le père bénéficiant d'un libre exercice du droit de visite et d'hébergement devant s'exercer, à défaut d'accord, les fins de semaine paires de chaque mois du vendredi 18h00 au dimanche 18h00, ce droit étant étendu aux jours fériés qui précèdent ou suivent la fin de la semaine, ainsi que durant la première moitié des petites et grandes vacances scolaires les années paires et la seconde moitié les années impaires.
b)
Dans un courrier adressé le 22 juin 2015 au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) G_ a expliqué que ses relations avec sa mère s'étaient détériorées, celle-ci se montrant violente et insultante à son égard. Il était contraint de faire le ménage, de sortir le chien, d'accompagner et d'aller chercher ses sœurs à l'école, alors que sa mère, dépressive, ne travaillait plus depuis le mois de février 2014. La situation avait empiré depuis que son père avait noué une nouvelle relation, au début de l'année 2015, ce que A_ n'avait pas supporté et le conflit était envenimé par la présence régulière de la grand-mère maternelle. G_ avait par conséquent décidé de s'installer chez son père.
c)
Par courrier du 24 juin 2015, A_ a informé le Tribunal de protection du fait que H_ et I_ avaient été entendues par l'infirmière de leur école, à la demande de leur enseignante. Elles avaient raconté avoir peur de se rendre chez leur père, surtout hors la présence de leur frère. I_ avait par ailleurs révélé que son père avait touché ses parties intimes, ce qui avait conduit A_ à déposer plainte contre lui; en retour, B_ avait déposé plainte contre elle pour dénonciation calomnieuse. Toujours selon A_, B_ ne s'occupait pas de ses filles de manière adéquate et il lui arrivait de les frapper; elle sollicitait par conséquent une suspension du droit de visite.
Dans un nouveau courrier adressé au Tribunal de protection le 15 juillet 2015, qui complétait le précédent, le conseil de A_ a expliqué que les trois enfants sont atteints d'une maladie génétique rare, le syndrome d'Ehlers Danlos (SED) de type III, qui affecte les tissus de soutien. H_ et I_ avaient subi de nombreuses interventions chirurgicales. Leur état de santé s'était considérablement amélioré notamment grâce à la prise en charge rigoureuse de leur mère, laquelle était inquiète lorsque son ex-époux exerçait son droit de visite, dans la mesure où il n'était pas toujours régulier dans l'administration des traitements médicamenteux et faisait pratiquer aux deux fillettes des activités physiques inappropriées. En outre, au retour de chez leur père, H_ et I_ se montraient désinvoltes et malpolies, apparemment à l'instigation de leur père; quant à G_, il était devenu ingérable. B_ avait par ailleurs frappé la mère de A_ dans l'enceinte de l'école, devant I_, laquelle refusait depuis lors, ainsi que sa sœur, de se rendre chez leur père. I_ avait enfin été entendue par la police en lien avec les comportements à caractère sexuel de son père qu'elle avait dénoncés.
d)
H_ et I_ ont consulté à l'Hôpital _ le 26 juillet 2015. Il ressort des notes prises par la Doctoresse J_ que le droit de visite sur H_ et I_ était exercé dans un studio, dans lequel vivaient leur père et leur frère. Les fillettes avaient raconté avoir assisté à des ébats entre leur père et sa compagne et avoir été menacées de mort si elles révélaient à leur mère qu'elles avaient dû dormir chez l'amie de leur père.
Entendue par téléphone par le Service de protection des mineurs, la Doctoresse J_ a indiqué que H_ et I_ présentaient un bon état psychologique, contrairement à leur mère; la Doctoresse J_ estimait ne pas être à même de juger de la véracité des dires des deux fillettes et avait le sentiment que A_ et B_ ne disaient pas toute la vérité au sujet de leurs enfants.
e)
Le Service de protection des mineurs a rendu un rapport le 21 septembre 2015, complété le 24 septembre. Il a déclaré être dans l'impossibilité d'évaluer la situation des trois mineurs, dans la mesure où A_ anticipait toutes leurs éventuelles démarches, sollicitant des intervenants (pharmacienne, concierge, voisinage notamment) n'ayant pas ou peu connaissance de la situation, auxquels elle demandait de valider toutes les informations portées à la connaissance du Service de protection des mineurs, qui s'interrogeait dès lors sur une éventuelle aliénation parentale et préconisait d'ordonner de manière urgente une expertise psychiatrique familiale. Par ailleurs, I_ avait été entendue par le Service de protection des mineurs le 24 septembre 2015. Elle avait expliqué avoir passé un bon week-end chez son père, comme cela était habituellement le cas; si toutefois elle racontait à sa mère les activités de loisirs pratiquées avec son père, celle-ci la traitait de "
tarte, conne et/ou garce
". I_ avait précisé que sa mère l'incitait, ainsi que sa sœur, à mentir. Elle aurait souhaité pouvoir passer en alternance une semaine chez son père et une semaine chez sa mère. H_ pour sa part avait affirmé qu'elle détestait son père parce qu'il était cruel avec sa mère; elle ne souhaitait plus le voir.
Le Service de protection des mineurs préconisait d'instaurer une curatelle d'assistance éducative en faveur de H_ et de I_ et relevait la nécessité d'ordonner une expertise psychiatrique.
f)
Le 3 novembre 2015, la Doctoresse K_, pédiatre, a signalé au Tribunal de protection le fait qu'elle avait vu I_ le 3 novembre 2015, accompagnée de sa mère. I_ avait raconté que son père lui avait "
touché la zézette
" quelques années auparavant et que depuis quelques temps il le faisait à nouveau.
Le 5 novembre 2015, le Docteur L_, psychiatre et psychothérapeute, a indiqué au Tribunal de protection que I_ était prise dans les disputes de ses parents et participait à des intrigues, se mettant par moment du côté de la mère et par moment du côté du père, en racontant des choses assez graves. Il lui était difficile de faire la part entre fantasme et réalité. I_ lui avait raconté que son père avait procédé sur elle à des attouchements à connotation sexuelle et qu'elle ne voulait plus se rendre chez lui le week-end. Selon le Docteur L_, la situation méritait d'être traitée dans les deux cas de figure : réalité ou fantasme.
Suite à ces signalements, le Service de protection des mineurs a préconisé, le 9 novembre 2015, l'instauration d'une curatelle d'assistance éducative en faveur de H_ et de I_, ainsi qu'une curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles, le droit de visite du père devant être fixé à raison d'un week-end sur deux, du vendredi 18h00 au dimanche 19h00, ainsi que durant la moitié des vacances scolaires; une expertise familiale devait être ordonnée. Ce service relevait le fait que le père ne voulait pas renoncer à son droit de visite et que selon G_, I_ lui avait dit être contrainte par la grand-mère maternelle à dire qu'elle ne voulait pas se rendre chez son père.
Le 12 novembre 2015, la Doctoresse M_, spécialiste en chirurgie pédiatrique à la Clinique _ a indiqué au Tribunal de protection avoir reçu I_ le 9 novembre 2015 pour un suivi de fracture du coude gauche. I_ avait demandé à lui parler hors la présence de sa mère et avait déclaré avoir peur de passer le week-end chez son père; si elle était forcée d'y aller, elle sortirait par la fenêtre pour rejoindre sa mère et sa sœur. Elle avait également relaté que son père avait touché à deux reprises ses parties intimes.
Le Tribunal de protection a désigné un curateur de représentation aux trois enfants.
g)
Les relations entre B_ et ses filles ont été interrompues. Il en est allé de même entre G_ et ses sœurs.
h)
Dans un rapport du 10 mars 2016, le Service de protection des mineurs, au vu des dysfonctionnements et des inadéquations toujours plus évidents ainsi que des traumatismes et préjudices subis par les enfants, a préconisé de retirer à A_ le droit de déterminer le lieu de vie et de résidence de H_ et de I_, d'ordonner leur placement dans un foyer, d'instaurer plusieurs curatelles, de fixer un droit de visite en faveur des deux parents et d'ordonner une expertise familiale.
Le Service de protection des mineurs avait rencontré G_, lequel paraissait très éprouvé par la situation familiale et par la rupture des relations entre ses sœurs et lui. Il avait tenté de maintenir un contact avec elles en allant les voir à l'école, mais H_ et I_ avaient progressivement manifesté le souhait de ne plus communiquer avec lui.
I_ a indiqué au Service de protection des mineurs qu'elle ne souhaitait plus voir son frère, parce qu'il l'embêtait en parlant de leur père et en la faisant culpabiliser de ce qui s'était passé; il ressort du rapport que I_ était en larmes et qu'elle a fini par reconnaître que son frère lui manquait "un peu". Elle ne désirait pas davantage revoir son père, qui avait été "trop méchant". Il lui faisait peur, car il lui avait demandé de mentir au Service de protection des mineurs.
H_ a déclaré que son père, qui avait été "méchant" envers elle ne lui manquait pas. Elle ne souffrait pas davantage de l'absence de son frère, lequel s'était montré "méchant et désagréable".
Les deux sœurs ont indiqué bien s'entendre avec leur mère. Elles ont fini par accepter la proposition de rencontrer G_ dans les locaux du Service de protection des mineurs, en présence d'un intervenant, pour évaluer la possibilité de renouer des relations avec lui. A_ avait pour sa part déclaré vouloir "faire éclater la vérité à tout prix", sans tenir compte des envies et/ou besoins de ses filles et sans préserver leur intimité ou leur développement psychique. Elle ne semblait pas dissocier son besoin d'apparaître comme une excellente mère et les besoins de ses enfants.
i)
A_ s'est opposée au placement de ses filles, lequel était notamment incompatible avec leur état de santé, qui nécessitait une attention continue. Elle a versé à la procédure un certificat établi par le Docteur L_ le 18 mars 2016, selon lequel H_ et I_ ne présentaient aucune pathologie psychiatrique, mais étaient très affectées par ce qu'elles décrivaient du comportement de leur père. Elles étaient bien soignées par leur mère, qui ne présentait aucune pathologie psychiatrique et elles semblaient rassurées par sa présence quotidienne. Un placement des deux fillettes serait une mesure traumatique de plus pour elles et éclaterait encore davantage la famille.
Selon l'avis de la Doctoresse K_, exprimé dans un certificat du 7 avril 2016, les mesures préconisées par le Service de protection des mineurs paraissaient difficilement réalisables, compte tenu du suivi et de la prise en charge médicale de I_ et de H_.
B.
Par ordonnance DTAE/_ du 24 novembre 2015, communiquée aux parties pour notification le 20 avril 2016, le Tribunal de protection, statuant sur mesures provisionnelles, a retiré à A_ la garde et le droit de déterminer le lieu de résidence des mineures H_ et I_ (ch. 1 du dispositif), ordonné leur placement dès que possible au sein d'un foyer adapté à leur âge et à leurs besoins respectifs (ch. 2), réservé à A_ et à B_ un droit aux relations personnelles sur leurs deux filles, devant s'exercer en alternance, dans un premier temps à raison d'un jour par week-end, pour chacun des parents, puis dans un second temps à raison d'un week-end sur deux, du vendredi au dimanche, ainsi que durant la moitié des vacances scolaires, en accord avec l'organisation du foyer et en fonction de l'évolution de la situation (ch. 3), instauré une curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles, la curatrice ayant également la charge de mettre en place une reprise des relations personnelles entre les mineures et leur frère G_, hors présence de leurs parents (ch. 4), ordonné la mise en œuvre immédiate d'un travail thérapeutique de restauration du lien entre les fillettes et leur père par l'intermédiaire de THERAPEA (ch. 5), instauré une curatelle d'assistance éducative en faveur des mineures (ch. 6), instauré une curatelle d'organisation, de surveillance et de financement du lieu de placement, ainsi que pour faire valoir la créance alimentaire (ch. 7), désigné deux intervenants en protection de l'enfant au titre de curateurs des mineures (ch. 8) et déclaré la décision exécutoire nonobstant recours (ch. 9). Sur le fond, le Tribunal de protection a ordonné une expertise familiale, laquelle a été confiée, par ordonnance du 31 mai 2016, à la Doctoresse N_, médecin adjointe auprès du Centre universitaire romand de médecine légale (CURML), elle-même ayant désigné la Doctoresse O_, de l'Unité de psychiatrie légale du CURML.![endif]>![if>
C.
Le 29 avril 2016, le Ministère public a rendu une ordonnance de non-entrée en matière dans le cadre de la procédure dirigée contre B_. Il ressort de cette décision que G_, alors qu'il se trouvait au domicile de sa mère, avait procédé à des enregistrements, remis au Parquet par B_, sur lesquels on entend la mère de A_ dire à I_ que si elle ne veut plus aller chez son père et qu'il lui "foute la paix", elle n'a qu'à dire qu'il lui touche encore la "nénette". La grand-mère a expliqué à l'enfant qu'il fallait parler de "caresses bizarres avec le doigt". A_ et sa mère ont ensuite fait répéter à I_ en lui posant des questions concernant l'endroit où son père l'aurait touchée et en lui indiquant qu'il fallait dire que c'était "au-dessus du trou" et qu'il n'avait pas utilisé de lingettes. Un second enregistrement effectué à une date différente comprenait les mêmes questions et remarques adressées à I_ par sa mère et sa grand-mère, lesquelles avaient demandé à l'enfant de ne pas faire état de leurs propos. Au vu de ce qui précède, ainsi que des déclarations de A_, qui avaient varié, le Ministère public a retenu que I_ avait été influencée par sa mère afin qu'elle accuse son père d'avoir commis des actes d'ordre sexuel sur sa personne.![endif]>![if>
D.
a)
Le 29 avril 2016, A_ a formé recours contre l'ordonnance du 24 novembre 2015 rendue par le Tribunal de protection. Elle a conclu, préalablement, à la restitution de l'effet suspensif et principalement à l'annulation des chiffres 1 à 3 et 7 du dispositif et au renvoi de la cause au Tribunal de protection, afin qu'il procède à l'audition des Docteurs K_, L_, M_, P_ et Q_. L'enregistrement auquel G_ avait procédé, à son insu et à la demande de son père, était irrecevable ou devait à tout le moins être pris en compte avec certaines réserves, la situation commandant d'être vérifiée. Sa fille I_ ayant souffert d'un abcès à la vulve au mois de mai 2015, qui avait nécessité une intervention chirurgicale, la recourante avait dû procéder par la suite à divers soins et les questions qu'elle avait posées à sa fille avaient pour but non d'exposer l'intimité de la mineure, mais de comprendre ce qui s'était passé. Pour le surplus, les éléments qui ressortaient du dossier avaient été retranscrits de manière partielle et imprécise par le Service de protection des mineurs, au détriment de la recourante, qui s'était toujours occupée de ses filles de manière adéquate, ce dont leurs bons résultats scolaires attestaient. La recourante assurait également le suivi médical de ses deux filles, lesquelles pouvaient, à tout moment, avoir un blocage respiratoire pouvant conduire à une issue fatale.![endif]>![if>
b)
Par décision du 10 mai 2016, la Chambre de surveillance a rejeté la requête d'octroi de l'effet suspensif formée par A_.
c)
H_ et I_, représentées par leur curatrice, ont conclu au rejet du recours formé par leur mère. Elles ont indiqué avoir besoin de retrouver un peu de sérénité, qui ne pouvait être obtenue que par le placement au sein d'un foyer adapté à leurs besoins.
G_, également représenté par une curatrice, a conclu au rejet du recours formé par sa mère. Il a contesté avoir harcelé ses sœurs, contrairement à ce que sa mère avait prétendu, indiquant avoir simplement tenté de maintenir un contact avec elles. Il a également regretté que le conflit qui opposait ses parents n'ait pas épargné la fratrie. Il avait pu revoir ses sœurs à deux reprises, dans les locaux du Service de protection des mineurs, grâce à l'intervention de ce dernier et non à l'initiative de la recourante; de telles rencontres étaient toutefois insuffisantes pour renouer de vrais liens.
d)
B_ a conclu au rejet du recours.
e)
Le Service de protection des mineurs a persisté dans les termes de son préavis.
A la demande de la Chambre de surveillance, il a par ailleurs indiqué, dans un rapport complémentaire du 13 juin 2016, que H_ et I_ étaient placées au Foyer R_ à _ depuis le 29 mai 2016. Les deux fillettes s'étaient bien et rapidement adaptées au foyer et elles avaient aussitôt tissé des liens avec les autres enfants. Pour l'instant, seule A_ exerçait un droit de visite d'un jour par semaine; elle téléphonait par ailleurs quotidiennement à ses filles et s'entretenait régulièrement avec leur éducatrice référente. Quant à B_, il avait été convenu avec les éducateurs qu'il les appellerait une fois par semaine afin de prendre des nouvelles de ses filles. Les relations avec elles devaient reprendre progressivement dans le courant de l'été.
f)
Le rapport du Service de protection des mineurs du 13 juin 2016 a été transmis à tous les participants à la procédure, afin qu'ils puissent faire valoir leurs éventuelles observations.
Aucun élément pertinent pour l'issue du recours formé par A_ n'a été apporté.

EN DROIT
1.
1.1
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie aux mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).![endif]>![if>