Decision ID: 7602f45a-5fd1-4875-9754-6e827126a91f
Year: 2018
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits
A. Procédure
A.1. Le 7 avril 2009, le Ministère public de la Confédération (ci-après: MPC) a ouvert
une enquête de police judiciaire pour soupçon de participation à une organisa-
tion criminelle (art. 260ter CP) (MPC 01-00-0001 s.). L’enquête a ensuite été
étendue à, entre autres, β.B. le 15 mai 2009 (MPC 01-00-0004), à K., surnom-
mé notamment «K1.» et «K2.» le 24 juin 2009 (MPC 01-00-0007), à L. (MPC
01-00-0020 s.) et à α.A. le 15 juin 2011 (MPC 01-00-0063). Le MPC a étendu la
procédure ouverte à l’encontre α.A., par ordonnances des 12 (MPC 01-00-0082
s.) et 13 janvier 2012 (MPC 01-00-0085 s.), aux préventions de vol (art. 139
CP), subsidiairement de recel (art. 160 CP), dommages à la propriété (art. 144
CP), violation de domicile (art. 186 CP) et blanchiment d’argent (art. 305bis CP).
De même, il a joint à la procédure fédérale, par ordonnances des 1er et 14 dé-
cembre 2011 (dossier MPC 02-02-0006 ss et 0012 ss), la procédure ouverte à
l’encontre de α.A. par les autorités de poursuite pénale genevoises pour des in-
fractions similaires.
A.2. En ce qui concerne β.B., le MPC a étendu la procédure ouverte à son encontre,
par ordonnances des 5 mai, 30 juin et 14 décembre 2011 (MPC 01-00-0062
ss), aux préventions de vol (art. 139 CP) et tentative de cette infraction (art. 22
CP en relation avec l’art. 139 CP) subsidiairement de recel (art. 160 CP), viola-
tion de domicile (art. 186 CP) et infractions à la loi fédérale sur les stupéfiants
(art. 19 et 19a LStup). Il a aussi joint à la procédure fédérale, par ordonnances
des 15 février, 26 mai et 7 octobre 2011 (MPC 02-05-0015 ss), les procédures
ouvertes à son encontre par les autorités de poursuite pénale tessinoises pour
des infractions similaires. En outre, par ordonnance du 12 janvier 2012 (MPC
01-00-0082), le MPC a étendu la procédure à l’encontre de β.B. à la prévention
de blanchiment d’argent (art. 305bis CP).
A.3. Par ordonnance du 12 décembre 2011 (MPC 01-00-0075 ss), le MPC a disjoint
le pan de la procédure pénale dirigée à l’encontre de K., de α.A., de β.B. et de
L. pour appartenance ou soutien à une organisation criminelle (art. 260ter CP),
vol en bande et par métier et tentative de vol (art. 139 CP, art. 22 CP en relation
avec l’art. 139 CP) subsidiairement recel (art. 160 CP), dommages à la proprié-
té (art. 144 CP), violation de domicile (art. 186 CP), infractions à la loi fédérale
sur les stupéfiants (art. 19 et 19a LStup) et infraction à la loi sur les étrangers
(art. 115 LEtr) de la procédure principale ouverte le 7 avril 2009.
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A.4. Par jugement du 28 juin 2012 (SK.2012.2), la Cour des affaires pénales du Tri-
bunal pénal fédéral (ci-après: la Cour) a reconnu K., L., α.A. et β.B. coupables
de participation à une organisation criminelle ainsi que diverses autres infrac-
tions. Pour K., il s’agit de blanchiment d’argent aggravé, vol en bande, tentative
répétée de vol en bande, dommages répétés à la propriété, violation de domi-
cile, tentative de violation de domicile, entrées, sorties et séjour illégaux en
Suisse. S’agissant de L., il a été reconnu coupable de vols par métier, seul et
en bande, dommages répétés à la propriété, de violation répétées à la proprié-
té, d’entrées, de sorties et de séjour illégaux en Suisse. α.A. a été reconnu cou-
pable de vol en bande, tentative de vol en bande, dommages répétés à la pro-
priété, de violation de domicile de tentative de violation de domicile et β.B., de
blanchiment d’argent aggravé répété, vols répétés, vols répétés d’importance
mineure, dommages à la propriété et violations répétées de domicile.
A.5. Le dossier présenté pour jugement à la Cour en 2012 contenait de très nom-
breuses retranscriptions de conversations téléphoniques en langue étrangère
présentées sous la forme de procès-verbaux d'écoutes téléphoniques traduits
en français sur mandat de la Police judiciaire fédérale (ci-après: PJF). La Cour
avait considéré que les conditions pour l’exploitation de ces procès-verbaux
d'écoutes téléphoniques étaient remplies et que la pertinence de l'ensemble
des 231 procès-verbaux d'écoutes téléphoniques mentionnées dans le juge-
ment précité en tant que moyen de preuve était donnée.
A.6. Par arrêt du 23 septembre 2013 (causes 6B_125/2013 et 6B_140/2013; ci-
après: 6B_125/2013), le Tribunal fédéral, sur recours en matière pénale formés
par α.A. et β.B., a admis les deux pourvois et annulé ledit jugement. Le Tribunal
fédéral a renvoyé la cause à la Cour pour nouvelle décision, tout en lui enjoi-
gnant d'obtenir, pour chaque procès-verbal d'écoute téléphonique qu'elle en-
tendait utiliser, des informations sur la méthode appliquée pour aboutir de la
conversation téléphonique en langue étrangère à un procès-verbal en français,
l'identité de chaque personne ayant participé à ce processus, les instructions
que chacune d'elles avait reçues pour ce faire et la preuve que chacune d'elles
avait été suffisamment rendue attentive aux sanctions pénales de l'art. 307 CP.
La Haute Cour a précisé également que si les informations ne pouvaient pas
être réunies, les procès-verbaux d'écoutes téléphoniques ne pourraient pas être
utilisés et les conversations téléphoniques en langue étrangère devraient, le
cas échéant, faire l'objet d'une nouvelle traduction et retranscription.
A.7. La Cour a, le 18 octobre 2013, invité la PJF à lui fournir les informations re-
quises par le Tribunal fédéral. Au terme d’un examen, la Cour a, par décision
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du 15 novembre 2013 (SK.2013.35), suspendu la procédure et renvoyé l'accu-
sation au MPC pour complément d'instruction, tout en se dessaisissant de la
cause.
A.8. En date du 25 novembre 2014, un nouvel acte d’accusation a été déposé. Par
décision du 18 décembre 2014 (SK.2014.45), la Cour a renvoyé la procédure
au MPC à l’encontre de α.A. et β.B., soutenue par l’acte d’accusation du 25 no-
vembre 2014, au motif que le dossier remis présentait des lacunes qui enta-
chaient la garantie du droit d'être entendu des prévenus.
A.9. Les prévenus ont été renvoyés en jugement par devant la Cour par l’acte
d’accusation du 25 novembre 2014 puis par celui du 31 octobre 2016
(SK.2016.50). Toutefois, la Cour a, à deux reprises, suspendu la procédure et
renvoyé la cause pour complément d’instruction pour permettre au MPC
d’entreprendre des démarches et éventuelles mesures d’instruction en relation
avec les procès-verbaux d’écoutes téléphoniques.
A.10. En date du 15 juin 2017, le MPC a renvoyé en jugement α.A. et β.B. par devant
la Cour dans le cadre de la présente procédure. Dans ce cadre, α.A. doit ré-
pondre de participation à une organisation criminelle (art. 260ter ch. 1 al. 1 CP),
vol en bande (art. 139 ch. 1 et ch. 3 al. 1 et 2 CP), tentative de vol en bande
(art. 22 al. 1 et art. 139 ch. 1 et ch. 3 al. 1 et 2 CP), dommages à la propriété
(art. 144 al. 1 CP), violation de domicile (art. 186 CP) et tentative de violation de
domicile (art. 22 al. 1 et art. 186 CP). β.B., pour sa part, doit répondre de parti-
cipation à une organisation criminelle (art. 260ter ch. 1 al. 1 CP), blanchiment
d’argent aggravé répété (art. 305bis ch. 1 et ch. 2 let. a CP), vols répétés
(art. 139 ch. 1 CP), vols répétés d’importance mineure (art. 139 ch. 1 CP et
art. 172ter al. 1 CP), dommages à la propriété (art. 144 al. 1 CP), recel
d’importance mineure (art. 160 ch. 1 et art 172ter al. 1 CP), violation de domicile
(art. 186 CP), infractions à la loi fédérale sur les stupéfiants (art. 19 al. 1 let d.
ad art. 19a ch. 1 et art. 19a ch. 1 Stup).
A.11. Les retranscriptions des conversations téléphoniques traduites du géorgien, du
mingrélien et du russe au français ont été versées au dossier de la cause. La
Cour a constaté que celles-ci sont conformes aux exigences posées par la
Haute Cour dans son arrêt 6B_125/2013 consid. 2 et sont dès lors exploitables.
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B. Mesures de surveillance secrètes
Dans le cadre de l’enquête, le MPC a ordonné, entre le 8 avril 2009 et le 11 mars 2010, plusieurs mesures de surveillance de la correspondance par poste et des télécommunications, ainsi que des mesures techniques de . Ces mesures font l’objet des décisions suivantes:
− par décision du 14 avril 2009 (TK.2009.33), la surveillance ordonnée le 9 avril 2009 par le MPC sur le raccordement 1 et sur les numéros IMEI 2, 3 et 4 a été autorisée du 9 octobre 2008 au 8 avril 2009 (MPC 09-01-0023 ss);
− par décision du 20 avril 2009 (TK.2009.35), la surveillance ordonnée le 17 avril
2009 par le MPC sur le raccordement 1 + IMEI a été autorisée du 20 avril 2009
à 8h00 au 19 juillet 2009 à 24h00 (MPC 09-02-0018 ss);
− par décision du 29 avril 2009 (TK.2009.38), la surveillance rétroactive ordonnée
le 28 avril 2009 par le MPC sur les raccordements 5, 6, 7, 8, 9 et 10 a été auto-
risée du 28 octobre 2008 au 28 avril 2009, et la surveillance active sur les rac-
cordements 5, 9 + IMEI et 10 + IMEI a été autorisée du 28 avril 2009 à 12h00
au 28 juillet 2009 à 12h00 (MPC 09-03-0052 ss);
− par décision du 20 mai 2009 (TK.2009.44), la surveillance rétroactive ordonnée
le 15 mai 2009 par le MPC sur les raccordements 11 et 12 a été autorisée du
15 novembre 2008 au 15 mai 2009, et la surveillance active des raccordements
11 + IMEI et 12 + IMEI a été autorisée du 15 mai 2009 à 17h00 au 15 août
2009 à 17h00 (MPC 09-04-0033 ss);
− par décision du 25 mai 2009 (TK.2009.47), la surveillance active ordonnée le
20 mai 2009 par le MPC sur les raccordements 13 + IMEI a été autorisée
jusqu’au 20 août 2009 (MPC 09-05-0027 ss);
− par décision du 26 mai 2009 (TK.2009.50), les surveillances active et rétroac-
tive ordonnées le 25 mai 2009 par le MPC sur le raccordement 14 ont été refu-
sées (MPC 09-06-0033 ss);
− par décision du 27 mai 2009 (TK.2009.53), l’utilisation des découvertes fortuites
à l’encontre de l’inconnu répondant au nom de «BBBBBB.» a été admise; de
même, la surveillance active ordonnée le 27 mai 2009 par le MPC sur le rac-
cordement 15 + IMEI a été autorisée jusqu’au 20 août 2009, et la surveillance
rétroactive sur le raccordement 15 + IMEI a été autorisée du 27 novembre 2008
au 27 mai 2009 (MPC 09-07-0021 ss);
− par décision du 10 juin 2009 (TK.2009.58), la surveillance active ordonnée le
8 juin 2009 par le MPC sur le raccordement 16 + IMEI a été autorisée jusqu’au
15 août 2009 (MPC 09-08-0021 ss);
− par décision du 15 juin 2009 (TK.2009.62), l’utilisation des découvertes fortuites
à l’encontre de l’inconnu répondant au nom de «CCCCCC.» a été admise; de
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même, la surveillance active ordonnée le 10 juin 2009 par le MPC sur le rac-
cordement 14 + IMEI a été autorisée jusqu’au 20 août 2009 (MPC 09-09-
0019 ss);
− par décision du 2 juillet 2009 (TK.2009.71), l’utilisation des découvertes fortuites
à l’encontre de K. et de β.N. a été admise (MPC 09-10-0008 ss);
− par décision du 14 juillet 2009 (TK.2009.74), l’utilisation des découvertes for-
tuites faites dans le cadre de la surveillance du raccordement 17 à l’encontre de
S. a été admise; en outre, la surveillance active ordonnée le 10 juillet 2009 par
le MPC sur le raccordement 18 + IMEI a été autorisée jusqu’au 20 août 2009, et
la surveillance rétroactive sur ce raccordement a été autorisée du 10 janvier au
10 juillet 2009 (MPC 09-11-0035 ss);
− par décision du 29 juillet 2009 (TK.2009.78), la surveillance active ordonnée le
28 juillet 2009 par le MPC sur le raccordement 10 a été autorisée jusqu’au
20 août 2009 (MPC 09-12-0011 ss);
− par décision du 24 août 2009 (TK.2009.84), la surveillance active ordonnée le
19 août 2009 par le MPC sur le paquet envoyé par β.B. d’un office postal du
Tessin à l’adresse de DD. et de EE., à Thessaloniki, en Grèce, a été autorisée
du 19 au 31 août 2009 (MPC 09-13-0018 ss);
− par décision du 31 août 2009 (TK.2009.87), la surveillance active ordonnée le
27 août 2009 par le MPC de toute la correspondance par poste adressée par
β.B. d’un office postal du Tessin à l’adresse de DD. et de EE., à Thessaloniki,
en Grèce, a été autorisée jusqu’au 30 novembre 2009 à minuit (MPC 09-13-
0030 ss);
− par décision du 25 août 2009 (TK.2009.85), la surveillance active ordonnée le
20 août 2009 par le MPC sur les raccordements 18 et 10 a été autorisée
jusqu’au 20 novembre 2009, et la surveillance active sur les raccordements 19,
20 et 21 a été autorisée jusqu’au 20 novembre 2009 (MPC 09-14-0042 ss);
− par décision du 2 septembre 2009 (TK.2009.88), l’utilisation des découvertes
fortuites faites dans le cadre de la surveillance du raccordement 10 à l’encontre
de JJJJJ. a été autorisée (MPC 09-15-0007 ss);
− par décision du 11 septembre 2009 (TK.2009.91), la surveillance active ordon-
née le 9 septembre 2009 sur le raccordement 22 a été autorisée jusqu’au 9 dé-
cembre 2009, et la surveillance rétroactive sur ce même raccordement a été
autorisée du 9 mars au 9 septembre 2009 (MPC 09-16-0022 ss);
− par décision du 16 septembre 2009 (TK.2009.95), la surveillance active ordon-
née le 11 septembre 2009 par le MPC sur les raccordements 23 et 24 a été
autorisée jusqu’au 9 décembre 2009 à 16h00 (MPC 09-17-0022 ss);
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− par décision du 22 septembre 2009 (TK.2009.90) la surveillance active ordon-
née le 17 septembre 2009 par le MPC sur le raccordement 25 a été autorisée
jusqu’au 9 décembre 2009 à 12h00 (MPC 09-18-0016 ss);
− par décision du 28 septembre 2009 (TK.2009.103), la surveillance active or-
donnée le 23 septembre 2009 sur le raccordement 26 + IMEI a été autorisée
jusqu’au 9 décembre 2009 à 16h00; de même, la mesure de surveillance tech-
nique ordonnée le 23 septembre 2009 consistant en la mise en place de deux
balises GPS, soit l’une sur la voiture Opel Omega immatriculée en France, et
l’autre sur la voiture Fiat Bravo immatriculée en Suisse, a été autorisée jusqu’au
9 décembre 2009 (MPC 09-19-0020 ss);
− par décision du 21 octobre 2009 (TK.2009.103), les surveillances active et ré-
troactive ordonnées le 20 octobre 2009 par le MPC sur le raccordement 27 ont
été autorisées jusqu’au 9 décembre 2009 à 17h00, respectivement du 13 oc-
tobre 2009 au 20 octobre 2009 (MPC 09-20-0018 ss);
− par décision du 2 novembre 2009 (TK.2009.115), l’utilisation des découvertes
fortuites faites dans le cadre de la surveillance du raccordement 26 à l’encontre
de l’inconnu répondant au nom de «NN.» a été admise; de même, la surveil-
lance active ordonnée le 28 octobre 2009 sur le raccordement 28 a été autori-
sée jusqu’au 9 décembre 2009; en outre, la mesure technique ordonnée le
28 octobre 2009 consistant en la mise en place d’une balise GPS sur le véhi-
cule Peugeot 406 bleu, immatriculé en France, mais portant des fausses
plaques d’immatriculation françaises, a été autorisée jusqu’au 9 décembre 2009
(MPC 09-21-0022 ss);
− par décision du 3 novembre 2009 (TK.2009.116), l’utilisation des découvertes
fortuites faites dans le cadre de la surveillance des raccordements 22 et 27 à
l’encontre de l’inconnu répondant au nom de «K1. de Zurich» a été admise; de
même, la surveillance active ordonnée le 29 octobre 2009 par le MPC sur le
raccordement 29 a été autorisée jusqu’au 9 décembre 2009 (MPC 09-22-0017
ss);
− par décision du 5 novembre 2009 (TK.2009.118), l’utilisation des découvertes
fortuites faites dans le cadre de la surveillance du raccordement 30 à l’encontre
de l’inconnu répondant au nom de «AAA.» a été admise; en outre, la surveil-
lance rétroactive ordonnée le 3 novembre 2009 par le MPC sur le raccordement
31 a été autorisée du 26 octobre au 3 novembre 2009 (MPC 09-23-0016 ss);
− par décision du 17 novembre 2009 (TK.2009.119), la surveillance ordonnée le
12 novembre 2009 par le MPC sur le raccordement 32 a été refusée (MPC 09-
24-0018 ss);
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− par décision du 17 novembre 2009 (TK.2009.120), la surveillance active ordon-
née le 13 novembre 2009 par le MPC sur le raccordement 33 a été autorisée
jusqu’au 9 décembre 2009 (MPC 09-25-0016 ss);
− par décision du 20 novembre 2009 (TK.2009.121), la surveillance active ordon-
née le 17 novembre 2009 par le MPC sur les raccordements 34 et 10 a été
autorisée jusqu’au 9 décembre 2009 (MPC 09-26-0017 ss);
− par décision du 27 novembre 2009 (TK.2009.123), la mesure de surveillance
technique ordonnée le 24 novembre 2009 par le MPC et consistant en la mise
en place d’une balise GPS sur le véhicule Audi A4, de couleur vert foncé, im-
matriculée en France, a été autorisée jusqu’au 9 décembre 2009 (MPC 09-27-
0013 ss);
− par décision du 27 novembre 2009 (TK.2009.124), la surveillance active ordon-
née le 26 novembre 2009 par le MPC de toute la correspondance par poste
adressée par β.B. d’un office postal du Tessin à DD. et EE., à Thessaloniki en
Grèce, a été autorisée jusqu’au 9 décembre 2009 à minuit (MPC 09-28-0008
ss);
− par décision du 4 décembre 2009 (TK.2009.127), la surveillance active ordon-
née le 3 décembre 2009 par le MPC sur le raccordement 35 a été autorisée
jusqu’au 9 décembre 2009; de même, la surveillance rétroactive sur le raccor-
dement 35 a été autorisée du 27 novembre au 3 décembre 2009 et celle sur le
raccordement 36 a été autorisée du 19 novembre au 27 novembre 2009 (MPC
09-29-0023 ss);
− par décision du 7 décembre 2009 (TK.2009.129), les surveillances active et ré-
troactive ordonnées le 4 décembre 2009 par le MPC sur le raccordement 37 ont
été autorisées jusqu’au 9 décembre 2009, respectivement du 4 septembre au
4 décembre 2009 (MPC 09-30-0019 ss);
− par décision du 14 décembre 2009 (TK.2009.130), l’utilisation des découvertes
fortuites faites dans le cadre de la surveillance des raccordements 26 et 33 à
l’encontre de l’inconnu répondant au nom de «CCC.» et de DDD. a été autori-
sée; de même, les surveillances active et rétroactive ordonnées le 9 décembre
2009 par le MPC sur les raccordements 38 et 39 ont été autorisées jusqu’au
9 mars 2010, respectivement du 9 juin au 9 décembre 2009; en outre, la sur-
veillance active ordonnée le 9 décembre 2009 par le MPC sur les raccorde-
ments 10, 29, 35 et 37 a été autorisée jusqu’au 9 mars 2010; enfin, la surveil-
lance technique ordonnée le 9 décembre 2009 consistant en la mise en place
d’une balise GPS sur le véhicule Peugeot 406 bleu, immatriculé en France,
mais portant des fausses plaques d’immatriculation françaises, ainsi que sur le
véhicule Audi A4, de couleur vert foncé, immatriculé en France, a été autorisée
jusqu’au 9 mars 2010 (MPC 09-31-0076 ss);
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− par décision du 23 décembre 2009 (TK.2009.137), la surveillance active ordon-
née le 22 décembre 2009 par le MPC sur le raccordement 40 a été autorisée
jusqu’au 9 mars 2010 (MPC 09-32-0016 ss);
− par décision du 30 décembre 2009 (TK.2009.139), la surveillance active ordon-
née le 29 décembre 2009 par le MPC sur le raccordement 41 a été autorisée
jusqu’au 9 mars 2010 (MPC 09-33-0015 ss);
− par décision du 7 janvier 2010 (TK.2010.1), la surveillance active ordonnée le
5 janvier 2010 par le MPC sur le raccordement 42 a été autorisée jusqu’au
9 mars 2010 (MPC 09-34-0016 ss);
− par décision du 15 janvier 2010 (TK.2010.4), la surveillance active ordonnée le
14 janvier 2010 par le MPC sur le raccordement 43 a été autorisée jusqu’au
9 mars 2010 (MPC 09-35-0017 ss);
− par décision du 20 janvier 2010 (TK.2010.5), la surveillance active ordonnée le
19 janvier 2010 par le MPC sur le raccordement 44 a été autorisée jusqu’au
9 mars 2010 (MPC 09-36-0016 ss);
− par décision du 25 janvier 2010 (TK.2010.8), l’utilisation des découvertes for-
tuites faites à l’encontre de L. – alias L1. – a été admise; de même, la surveil-
lance active ordonnée le 22 janvier 2010 par le MPC sur le raccordement 45 a
été autorisée jusqu’au 22 février 2010 à 15h00, et la surveillance rétroactive sur
ce raccordement a été autorisée du 22 décembre 2009 au 22 janvier 2010
(MPC 09-37-0031 ss);
− par décision du 17 février 2010 (TK.2010.14), la surveillance active ordonnée le
16 février 2010 par le MPC sur le raccordement 46 a été autorisée jusqu’au
9 mars 2010 et la surveillance rétroactive sur ce raccordement a été autorisée
du 16 janvier au 16 février 2010 (MPC 09-38-0022 ss);
− par décision du 22 février 2010 (TK.2010.15), la surveillance active ordonnée le
18 février 2010 par le MPC sur le raccordement 45 a été autorisée jusqu’au
9 mars 2010 (MPC 09-39-0009 ss);
− par décision du 26 février 2010 (TK.2010.17), la surveillance active ordonnée le
23 février 2010 par le MPC sur le raccordement 47 a été autorisée jusqu’au
9 mars 2010 (MPC 09-40-0022 ss);
− par décision du 3 mars 2010 (TK.2010.19), les surveillances active et rétroac-
tive ordonnées le 26 février 2010 par le MPC sur le raccordement 48 ont été
autorisées jusqu’au 9 mars 2010, respectivement du 26 novembre 2009 au
26 février 2010 (MPC 09-41-0022 ss);
− par décision du 5 mars 2010 (TK.2010.20), les surveillances active et rétroac-
tive ordonnées le 2 mars 2010 par le MPC sur le raccordement 49 ont été auto-
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risées jusqu’au 9 mars 2010, respectivement du 26 février au 2 mars 2010
(MPC 09-42-0022 ss);
− par décision du 8 mars 2010 (TK.2010.21), les surveillances active et rétroac-
tive ordonnées le 5 mars 2010 par le MPC sur le raccordement 50 ont été auto-
risées jusqu’au 9 mars 2010, respectivement du 3 février au 5 mars 2010 (MPC
09-43-0025 ss);
− par décision du 12 mars 2010 (TK.2010.25), la surveillance active ordonnée le
9 mars 2010 par le MPC sur les raccordements 42, 44, 46, 47, 48, 49 et 51 a
été autorisée jusqu’au 9 avril 2010 (MPC 09-44-0034 ss);
− enfin, par décision du 12 mars 2010 (TK.2010.27), les surveillances active et  ordonnées le 11 mars 2010 par le MPC sur les raccordements 52 et 53 ont été autorisées jusqu’au 9 avril 2010, respectivement du 11 décembre 2009 au 11 mars 2010 (MPC 09-45-0030 ss).
C. Instruction menée par le MPC
C.1. Selon le rapport précité de la PJF (MPC 10-00-0524) et celui du 31 mars 2010
de la police cantonale vaudoise (MPC 14-01-0141 ss), L. était, lors de son in-
terpellation par la police à Genève le 15 septembre 2009, en possession de
deux téléphones portables, dont les raccordements étaient respectivement 54
et 23 (MPC 14-01-0143). S’agissant du raccordement 23, il ressort de la surveil-
lance que celui-ci a été utilisé par K. du 10 septembre 2009 au 15 septembre
2009. Ce dernier ayant déclaré à un interlocuteur qu'il s'agissait de son nou-
veau numéro privé sur lequel il était joignable (conversation n° 80, MPC 09-00-
0767) puis, dès le 16 septembre 2009, K. a indiqué lors de diverses conversa-
tions téléphoniques que ce raccordement n’était plus joignable au motif qu’il
avait été saisi car trois «gars» avaient été arrêtés (conversation n° 5 et n° 6,
MPC 09-00-0444 et 09-00-0448). Celui-ci n'a effectivement plus été utilisé au-
delà du 15 septembre 2009, date de l'interpellation de L. à Genève. Partant, la
Cour de céans tient pour établi que K. était l'utilisateur principal du raccorde-
ment 23 et qu'il a remis à L. le téléphone portable avec ce numéro entre les
10 et 15 septembre 2009.
C.2. S’agissant du raccordement 24, α.A. en a été le principal utilisateur entre le
12 septembre et le 26 septembre 2009, raccordement qui était usuellement uti-
lisé par K.. L’instruction a démontré que numéro français 55 est celui de α.A..
C.3. Pour sa part, il a été établi que l’utilisateur du raccordement 10 était β.B., ce
dernier ayant de plus reconnu être l’utilisateur principal lors de son audition du
- 12 -
18 mai 2010 devant la PJF (MPC 13-13-028) et lors de son interrogatoire du
15 juillet 2009 (MPC 14-02-0225). Le dossier de la cause a également permis
d’attribuer à β.B. le numéro 25. Quant à K., le MPC lui attribue les numéros 37
et 41.
D. Audition des témoins à charge
D.1. Conformément à l'art. 6 par. 3 let. d CEDH, tout accusé a le droit d'interroger ou
de faire interroger les témoins à charge. Ce droit ne s'applique pas seulement
s'agissant de témoins au sens strict du terme, mais à l'encontre de toute per-
sonne qui fait des déclarations à charge, indépendamment de son rôle dans le
procès. Il s'agit d'un des aspects du droit à un procès équitable institué à l'art. 6
par. 1 CEDH. Cette garantie exclut qu'un jugement pénal soit fondé sur les dé-
clarations de témoins sans qu'une occasion appropriée et suffisante soit au
moins une fois offerte au prévenu de mettre ces témoignages en doute et
d'interroger les témoins (ATF 131 I 476 consid. 2.2 p. 480; 129 I 151 consid. 3.1
p. 153 et les réf.; arrêt du Tribunal fédéral 6B_456/2011 du 27 décembre 2011
consid. 1.1). Les éléments de preuve doivent en principe être produits en pré-
sence de l'accusé lors d'une audience publique, en vue d'un débat contradic-
toire (ATF 125 I 127 consid. 6b p. 132). Il n'est toutefois pas exclu de prendre
en compte des dépositions recueillies durant la phase de l'enquête, pour autant
que l'accusé ait disposé d'une occasion adéquate et suffisante de contester ces
témoignages à charge et d'en interroger ou d'en faire interroger les auteurs
(ATF 125 I 127 consid. 6b p. 132 s. et les arrêts cités).
D.2. Aux termes de l’art. 141 al. 2 CPP, les preuves qui ont été administrées d’une
manière illicite ou en violation d’une règle de validité par les autorités pénales
ne sont pas exploitables, à moins que leur exploitation soit indispensable pour
élucider des infractions graves. Quant aux preuves administrées en violation de
prescriptions d’ordre, celles-ci sont exploitables (art. 141 al. 3 CPP). Si un
moyen de preuve est recueilli grâce à une preuve non exploitable au sens de
l’al. 2 de de l’art. 141 CPP, celui-ci n’est pas exploitable dans les cas où il
n’aurait pas pu être recueilli sans l’administration de la première preuve
(art. 141 al. 4 CPP).
D.3. Dans tous les cas, il revient à la Cour d’apprécier, en application de l’art. 10
al. 2 CPP (v. ég. art. 139 al. 2 CPP), la force probante des preuves au dossier
et, le cas échéant d’écarter celles qu’elle juge non pertinentes à la manifesta-
tion de la vérité matérielle et, en particulier, à l’établissement des infractions re-
prochées.
- 13 -
D.4. En l’espèce, il ressort du dossier que NN. et OO. ont été interrogés à plusieurs
reprises durant l’instruction et ont déposé à l’encontre de α.A. notamment. Tou-
tefois, aucun des deux n’a été entendu de manière contradictoire et α.A. n’a pas
pu les interroger. Bien que l’occasion ait été donnée d'interroger NN. le 11 juin
2012, lors de son audition par vidéoconférence, conformément à la faculté pré-
vue par l'art. 180 al. 1 CPP, celui-ci a refusé de répondre aux questions, y com-
pris celles de la défense.
D.5. Considérant que le principe du contradictoire n’a pas pu être pleinement mis en
œuvre, les déclarations de NN. et celles de OO. ne seront pas retenues.
E. Autres mesures
E.1. Le MPC a procédé à divers actes d’instruction dans le cadre de l’enquête. Ainsi,
il a adressé des demandes de renseignements et de production de documents
à plusieurs sociétés actives dans le transfert d’argent, parmi lesquelles Western
Union et Ria Financial Services SA, et a procédé à des mesures de perquisition
et de séquestre. Plusieurs personnes ont été entendues à titre de renseigne-
ment ou en qualité de témoin par la PJF et le MPC a procédé à l’interrogatoire
des prévenus à plusieurs reprises. En outre, le MPC a formé plusieurs commis-
sions rogatoires à l’Allemagne, à l’Espagne et à la France, et a entretenu des
contacts avec les autorités cantonales suisses, afin de recueillir des informa-
tions sur les procédures pénales cantonales ouvertes à l’encontre des quatre
prévenus.
E.2. α.A. a été arrêté le 15 mars 2010 à son domicile à Z. (FR). La perquisition de
son domicile a mené à la saisie de différents objets (MPC 08-20-0001): − une montre de marque Patek Philippe (n° de scellé DOK/UN); − une montre argentée de marque Franck Muller (n° de scellé DOK/DEUX); − une montre de marque Claude Meylan (n° de scellé DOK/TROIS); − une montre de marque Patrick Arnault (n° de scellé DOK/QUATRE); − une montre de marque Mathey Tissot (n° de scellé DOK/CINQ); − une montre de marque Calvin Klein (n° de scellé DOK/SIX); − un lot de bijoux avec colliers de perles, 14 bagues, une parure en or et bril-
lants de marque Swarovski (n° de scellé DOK/SEPT); − un montant de 3670 Euros (n° de scellé DOK/HUIT); − les déchets d'emballage du tube ayant contenu divers feuillets (n° de scellé
DOK/NEUF); − le premier feuillet de l'emballage (n° de scellé DOK/DIX); − le deuxième feuillet de l'emballage (n° de scellé DOK/ONZE); − le troisième feuillet de l'emballage (n° de scellé DOK/DOUZE);
- 14 -
− un téléphone de marque Samsung (n° de scellé DOK/QUATORZE); − un téléphone de marque Toshiba (n° de scellé DOK/QUINZE); − un téléphone de marque Nokia (n° de scellé DOK/SEIZE); − un téléphone de marque Samsung (n° de scellé DOK/DIX-SEPT); − une clé USB de marque Maxell (n° de scellé DOK/DIX-HUIT); − une carte mémoire de marque Lexar (n° de scellé DOK/DIX-NEUF); − une boîte contenant deux cartes mémoire (n° de scellé DOK/VINGT); − un ordinateur portable de marque Dell (n° de scellé DOK/VINGT-DEUX); − un appareil photo de marque Sony (n° de scellé DOK/VINGT-SEPT); − un répertoire téléphonique (n° de scellé SAM/DEUX); − un répertoire de marque Electro (n° de scellé SAM/TROIS); − un téléphone de marque Sony Ericsson (n° de scellé SAM/QUATRE); − un téléphone de marque Nokia (n° de scellé BA/UN); − un document manuscrit contenant des numéros de téléphone (n° de scellé
BA/DEUX); − un téléphone de marque Nokia (n° de scellé BA/TROIS); − un ordinateur portable de marque Hewlett Packard (n° de scellé
BA/QUATRE).
E.3. Parmi les objets séquestrés se trouve également une liste sous la forme d’un
petit cylindre soigneusement emballé dans plusieurs couches de cellophane.
Elle se compose de cinq feuilles de papier sur lesquelles figurent les inscrip-
tions manuscrites en géorgien dont la version traduite est la suivante (MPC 10-
00-1265 ss):
Première page: 26.09.09 Alémanique – canton pour le mois de juillet Zurich – T. 800 francs
26.09.09 Alémanique – canton Août mois Zurich – 1200 francs T.
27.09.09 Italien – canton Juillet – mois Lugano – Tessin β. – 450 francs
27.09.09 Italien – canton Lugano – Tessin β. – 350 francs
27.09.09 Alémanique – canton Juillet – mois
- 15 -
Berne GG. 610 francs
27.09.09 Alémanique – canton Août – mois Berne GG. 420 francs
27.09.09 Alémanique – canton Septembre – mois Bern – GG. 500 francs
27.09.09 Deuxième page: Pour 2 mois. canton alémanique – Zurich AA. m’a apporté et m’a donné 2000 deux mille francs
J’ai donné 26.09.09 2000 francs BB. (signature manuscrite)
Pour 3 mois canton alémanique – Berne GG. m’a apporté et m’a donné 1530 mille cinq cent trente francs J’ai donné 27.09.09 1530 francs GG.. Koutaissi. (signature manuscrite)
Pour 2 mois canton Italien – Lugano – Tessin β. m’a apporté et m'a donné 800 – huit cents francs J’ai donné 27.09.09 800 francs β.O. La totale égale (sic) 4330 Francs. K1.. Signature manuscrite
Troisième page: 29.09.09 J’ai donné à CC. l’argent de l’obschak (saehrto) pour qu’il l’amène à HH1. en Espagne 4330 francs, quatre mille trois cent trente francs, changés en euros ce qui fait 2855 euros et 20 centimes. La totalité, l’argent. 29.09.09
- 16 -
K1.. Signature manuscrite
30.09.09 4330 changés en euros ce qui fait 2855 et vingt centimes est bien arrivé chez HH1.. En Espagne 30.09.09 K1. Signature manuscrite
Quatrième page: 30.12.2009 IT. Cant. Tessin β. a apporté pour trois mois 1200 Fr J’ai donné 30/12/09 1200 fr Signature manuscrite
02.01.2010 Aléman. Cant. Berne EEE. a apporté Pour 3 mois 1250 francs Signature manuscrite
02.01.2010 Français canton Genève KK. a apporté pour 3 mois 2000 francs J’ai donné 02.01.2010 2000 Fr Francs Signature manuscrite
02.01.2010 Alémanique. Cant
Cinquième page: Zurich. K1. de Koutaissi a apporté 1360 francs pour 3 mois J’ai donné 02.01.2010 1360 francs
Signature manuscrite
02.01.2010 La totalité pour 3 mois fait 5810 francs
Signature manuscrite «FFF.»
21.01.2010 GGG. 50 francs. La totalité 5860 francs Signature manuscrite «FFF.»
E.4. Sur la troisième page de cette liste figurent deux signatures manuscrites de K.
en-dessous d’un de ces alias «K1.» (MPC 10-00-1267).
- 17 -
E.5. Enfin, sur la quatrième page de cette liste et en-dessous de la mention «J'ai
donné 30/12/09 1200 fr» figure une autre signature manuscrite que β.B. a re-
connu comme étant la sienne en date du 18 mai 2010 par devant la PJF (MPC
13-13-0034).
E.6. Le 15 mars 2010, la PJF a procédé à une perquisition dans la chambre occu-
pée par β.B. à Y. (Tessin), divers objets ont été saisis dont notamment (MPC
08-07-0010 s.): − une carte à prépaiement Orange sous cellophane (n° de scellé 01.01.0001); − un lot de quatre photos (n° de scellé 01.01.0002); − une invitation de retrait d'une lettre signature auprès de la Poste (n° de scellé
01.01.0003); − un trousseau de trois clés (n° de scellé 01.01.0004); − un trousseau de quatre clés (n° de scellé 01.01.0005); − un carton Nokia relatif à un téléphone de marque et de type Nokia 5030
(IMEI n°56) contenant un chargeur (n° de scellé 01.01.0006); − un formulaire d'enregistrement Orange Prepay au nom de HHH. relatif au
numéro de téléphone 57 (n° de scellé 01.01.0007); − un support de carte Sim Lycatel correspondant au numéro d'appel 49 (n° de
scellé 01.01.0008); − un papier comportant des inscriptions en géorgien avec mention du chiffre
50 (n° de scellé 01.01.0009); − une somme de CHF 400.- composée de quatre billets de CHF 100.- (n° de
scellé 01.01.0010); − un cadre numérique de marque Telefunken avec sa télécommande (n° de
scellé 01.01.0011); − un téléphone portable de marque Nokia (IMEI n°56), avec son chargeur et
une carte SIM en fonction (n° de scellé 01.01.0012); − un lot de trois papiers comportant des noms et des numéros de téléphone
(n° de scellé 01.01.0013); − un papier comportant des inscriptions en géorgien numérotées de un à six
(n° de scellé 01.01.0014); − un papier comportant notamment une adresse en Grèce (n° de scellé
01.01.0015); − un petit carnet de couleur verte comportant deux inscriptions (n° de scellé
01.01.0016); − une quittance d'achat Fust pour un lecteur DVD (n° de scellé 01.01.0018), − un portemonnaie beige contenant un billet de deux dollars, une carte Wes-
tern Union au nom de B1.; − trois papiers manuscrits, ainsi que 18 quittances de réception de fonds de
Western Union et une carte téléphonique d'un montant de CHF 5.-. − un téléphone de marque Nokia (IMEI n°58), un chargeur et une carte SIM
(n° de scellé 1); − une feuille avec divers numéros de téléphone (n° de scellé 2);
carte SIM Wind (n°59) (n° de scellé 3).
- 18 -
E.7. Par décision du 7 décembre 2010, le MPC a aussi ordonné le séquestre d'un
bulletin de paiement postal [^] d'un montant de CHF 132.35 adressé à β.B. le
25 novembre 2010 par β.N. à La Rochelle, en France (MPC 08-07-0012 ss). Il
ressort de cette décision que ce montant a été encaissé par β.B. et qu'il a en-
suite été transféré sur un compte bancaire dont le MPC est titulaire.
E.8. Lors de son arrestation le 15 mars 2010, β.B. a déclaré que la somme de
CHF 400.- saisie le même jour provenait du soutien financier d'EE.. Il a aussi al-
légué qu'il avait acquis le cadre numérique séquestré auprès d'un négoce pour
un montant de CHF 80.- (MPC 13-13-0004). Quant au montant de CHF 132.35
que β.N. lui a fait parvenir le 25 novembre 2010, il a expliqué qu'il avait fait la
connaissance de ce dernier dans la prison de Brigue, avant que celui-ci ne soit
relâché et parti en France. β.B. a déclaré ne pas avoir su que ce dernier allait
lui envoyer de l'argent et ne pas savoir que ce dernier était également soup-
çonné d’appartenance à une organisation criminelle (MPC 13-13-0107).
F. Mise en accusation
F.1. Dans le cadre de la présente procédure, il est reproché à α.A. de s’être rendu
coupable de participation à une organisation criminelle, entre mars 2009 au
moins et le 15 mars 2010, en Suisse, à Genève en particulier, de même qu’en
France, de s’être rendu coupable de vol en bande, respectivement de tentative
de vol en bande, dommages à la propriété et violation de domicile, respective-
ment de tentative de violation de domicile, en date du 15 septembre à Genève
et à X. (VD), dans la nuit du 4 au 5 novembre 2009, à Genève et en France.
F.2. S’agissant de β.B., il est accusé de s’être rendu coupable de participation à une
organisation criminelle, entre janvier 2009 et janvier 2011, dans le canton du
Tessin, de blanchiment d’argent aggravé répété entre janvier 2009 et mars
2011, entre le canton du Tessin et de Genève en particulier, de vols répétés et
vols répétés d’importance mineure respectivement tentative, le 17 janvier 2009,
le 12 mai 2009, le 19 mai 2009, le 15 juillet 2009, le 10 octobre 2009, le 16 oc-
tobre 2009 et le 1er février 2010 au Tessin. En date du 12 mai 2009, il se serait
rendu coupable de dommages à la propriété et de violation de domicile, infrac-
tions qui auraient également eu lieu en date du 1er février 2010. Il est également
accusé de recel d’importance mineure, subsidiairement au reproche de vol, en
date du 15 juillet 2009. Enfin, β.B. est accusé de s’être rendu coupable
d’acquisition de stupéfiants pour sa propre consommation en date du 4 janvier
- 19 -
2010 et de consommation de stupéfiants entre le 29 juin 2009 et 4 janvier 2010
au moins.
G. Préparation des débats
G.1. En vue de la tenue des débats, la Cour a fait verser d’office au dossier de la
cause un extrait actualisé des casiers judiciaires suisse et géorgien pour β.B.
(TPF 123.222.001 ss) respectivement suisse, français et géorgien pour α.A.
(TPF 123.221.001 ss) ainsi que leurs rapports de comportement en détention
de l’établissement de la Promenade à Neuchâtel pour le premier et celui de la
Croisée à Orbe pour le second (TPF 123.241.003-005 et 123.242.003-005).
G.2. Sur requête de Maître Christophe Piguet (ci-après: Me Piguet), avocat d’office
de β.B., a été versé au dossier de la cause le dossier médical établi par An-
tenna ICARO dell’ Associazione Comunità familiare au sujet de son client, pro-
duit en date du 15 septembre 2017 (TPF 123.280.070-090), ainsi que, sur re-
quête de Maître Maryse Jornod (ci-après: Me Jornod), avocat d’office de α.A., le
rapport de transmission médical du 21 janvier 2015 et une attestation de la Pri-
son de la Croisée du 24 décembre 2015 renseignant sur la situation person-
nelle et médicale de α.A. (TPF 123.280.067-069). Enfin, sur requête du MPC
ont été versés au dossier, le jugement du Tribunal correctionnel de
l’arrondissement de Lausanne du 11 mai 2012 dans la cause III. et
l’ordonnance pénale du 25 avril 2016 du MPC contre JJJ. (TPF 123.280.059-
066).
G.3. La Cour a mandaté une interprète pour les langues français/géorgien, après
avoir donné la possibilité aux parties de se prononcer et faire valoir des éven-
tuels motifs de récusation. Aucune objection n’a été soulevée et les renseigne-
ments à son sujet font partie du dossier (TPF 123.661.001 ss).
H. Débats
H.1. Les débats se sont tenus devant la Cour en date du 16 octobre 2017 (TPF
123.920.001-011) en présence du représentant du MPC, des prévenus, de
leurs avocats, Me Jornod, conseil de α.A. et Me Piguet, conseil de β.B., ainsi
que de l’interprète. La Cour de céans a procédé à l'interrogatoire des deux pré-
venus.
- 20 -
H.2. S’agissant des questions préjudicielles, le juge président a invité les parties à
se prononcer sur la question de la prescription du reproche formulé sous le
ch. 1. 2. 3 let. c selon l’acte d’accusation, soit le vol d’importance mineure pos-
siblement commis en date du 19 mai 2009 et passible d’une contravention. Les
parties ne se sont pas prononcées sur ce point.
H.3. Me Piguet a annoncé avoir formulé des reproches sur la validité de l’acte
d’accusation, soit que sa rédaction n’était pas conforme à l’art. 325 CPP mais
qu’il se prononcera sur ces éléments dans sa plaidoirie. Il a requis que le MPC,
en sa qualité de partie, soit invité à communiquer tous les jugements, ordon-
nances pénales ou de classement rendus à l’endroit de ressortissants géor-
giens dont il a connaissance et qui concernent des actes délictueux commis sur
le territoire du Tessin entre avril 2009 et mars 2010.
H.4. Après avoir invité les parties à plaider, la Cour a motivé oralement sa décision
rendue sur le siège tendant au rejet de dite requête au motif qu’il s’agissait
d’une recherche de moyen de preuve indéterminée, disproportionnée et con-
traire au principe de célérité et qu’il appartient à la Cour d’évaluer le dossier au
regard du principe «quod non est in actis non est in mundo».
H.5. A l'issue des débats, le MPC a prononcé son réquisitoire et a déposé les con-
clusions écrites suivantes:
α.A.:
1. Reconnaître α.A. coupable de:
− participation à une organisation criminelle (art. 260ter ch. 1 CP);
− vol en bande (art. 139 ch. 1 et ch. 3 al.1 et 2 CP);
− tentative de vol en bande (art. 22 al. 1 et art. 139 ch. 1 et ch. 3 al.1 et 2 CP);
− dommages répétés à la propriété (art. 144 al. 1 CP);
− violation de domicile (art. 186 CP);
− tentative de violation de domicile (art. 22 al. 1 et art. 186 CP).
2. Condamner α.A. à une peine privative de liberté de 1775 jours, sous déduction de 1775 jours la détention provisoire et pour des motifs de sûreté.
3. Désigner les autorités du Canton de Genève pour l’exécution de la peine (art. 74 al. 2 LOAP et art. 31 ss CP).
4. Confisquer les objets séquestrés suivants et faire un avis officiel en relation avec la confiscation (art. 72 et 70 al. 4 CP):
− une montre de marque Patek Philippe (n° de scellé DOK/UN);
− une montre argentée de marque Franck Muller (n° de scellé DOK/DEUX);
− une montre de marque Claude Meylan (n° de scellé DOK/TROIS);
- 21 -
− une montre de marque Patrick Arnault (n° de scellé DOK/QUATRE);
− une montre de marque Mathey Tissot (n° de scellé DOK/CINQ);
− une montre de marque Calvin Klein (n° de scellé DOK/SIX);
− un lot de bijoux avec colliers de perles, quatorze bagues, une parure en or et brillants de marque Swarovski (n° de scellé DOK/SEPT);
− un briquet de marque Dupont (n° de scellé DOCK/TREIZE).
5. Confisquer les valeurs patrimoniales suivantes:
− EUR 3670.-, soit six billets de EUR 500.-, deux billets de EUR 100.-, neuf  de EUR 50.- et deux billets de EUR 10.- (n° de scellé DOK/HUIT);
− un bulletin de paiement postal [O] d’une valeur de CHF 119.43;
− un bulletin de paiement postal [O] d’une valeur de CHF 121.31.
6. Confisquer et conserver les autres objets saisis sur α.A..
7. Renoncer à prononcer une créance compensatrice.
8. Renoncer à octroyer d’éventuelles prétentions au sens de l’art. 429 ss CPP.
9. Mettre les frais d’un montant déterminé par le TPF à la charge de α.A..
β.B.:
1. Reconnaître β.B. coupable de:
− participation à une organisation criminelle;
− blanchiment d’argent aggravé répété;
− vols répétés;
− vols répétés d’importance mineure;
− dommages à la propriété;
− violations répétées de domicile;
− recel d’importance mineure;
− acquisition de stupéfiants (héroïne) pour sa propre consommation;
− consommation de stupéfiants.
2. Condamner β.B. à une peine privative de liberté de 1643 jours, sous déduction de 1643 jours de détention provisoire et pour des motifs de sûreté, à une peine pécuniaire de 30 jours-amende, le montant du jour-amende étant fixé à CHF 10.- et à une amende de CHF 300.-. En cas de non-paiement de l’amende, fixer la peine privative de liberté de substitution à 3 jours.
3. Désigner les autorités du canton de Genève pour l’exécution de la peine.
4. Confisquer les valeurs patrimoniales suivantes:
− CHF 400.- soit quatre billets de CHF 100.- (n° de scellé 01.01.001 0);
− un bulletin de paiement postal [O] d’un montant de CHF 132.35.
5. Confisquer et conserver au dossier les autres objets saisis sur β.B..
6. Renoncer à prononcer une créance compensatrice.
7. Renoncer à octroyer d’éventuelles prétentions au sens de l’art. 429 CPP.
- 22 -
8. Mettre les frais d’un montant déterminé par le TPF à la charge de β.B..
H.6. Me Jornod a plaidé pour le prévenu α.A. et a pris les conclusions suivantes
qu'elle a déposées par écrit:
I. L’acquittement de α.A..
II. La levée du séquestre et la restitution immédiate à α.A. de tous les objets  sur la liste établie par la Police judiciaire fédérale le 23 juin 2010, à l’exception de l’ordinateur portable.
III. La levée du séquestre et la restitution immédiate à α.A. des sommes de Fr. 121.31 (cent vingt-et-un francs et 31 centimes) et de Fr. 119.43 (cent  francs et quarante-trois centimes).
IV. La prise en charge par l’Etat de l’intégralité des frais de justice et de défense ainsi que des frais de voyage et de séjour par Fr. 500.- (cinq cents).
V. L’allocation et le paiement immédiat à α.A. sur un compte qui sera communiqué à première demande à la Cour de céans, d’une indemnité s’élevant à Fr. 100.- (cent francs) par jour pour les 1775 jours pendant lesquels il a été incarcéré, à savoir Fr. 117'500.- (cent-dix-sept mille et cinq cents francs) au total, ou pour les jours subis en trop par rapport à la peine qui lui sera infligée.
VI. L’allocation et le paiement immédiat à α.A., sur un compte qui sera  à première demande à la Cour de céans, d’une indemnité s’élevant à Fr. 15'000.- (quinze mille francs) pour le tort moral subi à la suite de la grave blessure à son bras droit durant son incarcération.
H.7. Me Piguet a plaidé pour le prévenu β.B. et a pris les conclusions suivantes qu'il
a déposées par écrit:
Principalement:
I. Classement de la procédure contre β.B..
II. Versement d’une indemnité de CHF 2'652.- pour les frais de dépense et de CHF 164'300.- pour le tort moral subi et alloué à β.B., sur la base de l’art. 429 al. 1 lettres a et c CPP.
III. La prise en charge des frais par l’Etat.
Subsidiairement:
I. β.B. est condamné, pour participation à une organisation criminelle, vol et dommages à la propriété, à une peine privative de liberté de six mois, sous  de la détention subie à titre provisoire et pour des motifs de sûreté.
II. Une indemnité de CHF 2'652.- pour les frais de défense et de CHF 146'300.- pour le tort moral subi est allouée à β.B., sur la base de l’art. 429 al. 1 lettres a et c CPP.
III. Les frais de procédure sont mis à la charge de β.B. par 1/20ème.
H.8. Les parties ont renoncé à la lecture publique du dispositif du jugement. Les
avocats ont requis de pouvoir produire leurs notes d’honoraires dans les jours
suivants. Le dispositif sur la sanction a été notifié en date du 22 décembre 2017
- 23 -
aux parties. La Cour n’étant pas en mesure de trancher la question des indem-
nités dues aux avocats d’office, celle-ci a annoncé que la décision sur les in-
demnités allouées aux défenseurs d’office sera prise ultérieurement dans une
décision séparée (art. 135 CPP) et qu’elle impartissait un délai aux avocats de
la défense pour dresser des notes d’honoraires claires et détaillées.
H.9. Suite à diverses requêtes de prolongation de délai pour produire les notes
d’honoraires, le dispositif complet a été notifié aux parties en date du 6 mars
2018.
I. Situation personnelle des prévenus
I.1. α.A.
I.1.1 α.A. est né en Géorgie le [^] de [^]. Ressortissant géorgien, il est marié à FF.,
union de laquelle est issue une enfant née en [^], souffrant de surdité. α.A. est
domicilié à Z., en France. Selon les explications qu'il a données à la PJF le 10
août 2011, il habite en France depuis 2004 et vit désormais avec son épouse et
sa fille qui l'ont rejoint dans ce pays une année et demie plus tard. En ce qui
concerne son parcours professionnel, il aurait travaillé pendant son enfance
pour son père dans une station-service. Il n’a pas d'autres expériences profes-
sionnelles. Il a déclaré ne pas avoir de revenu depuis 2004 car il n’avait pas le
droit de travailler. Selon lui, l’Etat aurait dû lui octroyer l’aide sociale mais faute
de moyens et de temps il n’a pas accompli les formalités idoines. Concernant
sa situation financière, il a expliqué être en incapacité de travail actuellement. Il
a déclaré lors des débats n’avoir aucun revenu, ni fortune et vivre avec les re-
venus de sa conjointe qui s’élèvent à EUR 980.- par mois (TPF 123.95.001-
005).
I.1.2 S'agissant de son état de santé, il a déclaré aux débats avoir des problèmes de
foie, mais ne suivre pour l’heure aucun traitement. Il a également expliqué
s’être cassé le bras en prison en Suisse et ne pas avoir récupéré toute sa mobi-
lité. Il a encore expliqué que pour obtenir le statut d’handicapé, la production
d’un dossier était nécessaire mais qu’il n’avait pas été en mesure de le remettre
n’ayant pas lui-même réussi à l’obtenir (TPF 123.930.003). Selon le document
médical de transmission du 21 janvier 2015 produit par Me Jornod (TPF
123.280.067 ss), il ressort que le 4 décembre 2014 α.A. a été opéré pour une
fracture de l’avant-bras droit. Selon le rapport à la direction de la prison de la
Croisée, cette fracture est intervenue le même jour, «le prévenu avait l’air vrai-
ment mal, avait le nez en sang sur le dessus et était choqué et paniqué que son
- 24 -
bras droit ne bouge plus». Il est écrit que le prévenu est tombé du lit (MPC
06.01.0215).
I.1.3 α.A. figure au casier judiciaire suisse pour avoir été condamné:
− le 11 décembre 2006, par le Juge d'instruction de Genève, sous l'alias de A1., à
une peine d'emprisonnement de trois mois, avec sursis pendant deux ans, pour
vol (art. 139 ch. 1 CP), dommages à la propriété (art. 144 al. 1 CP) et violation
de domicile (art. 186 CP);
− le 11 septembre 2007, par le Juge d'instruction de Fribourg, sous l'alias de A1.,
à une peine d'emprisonnement d'un mois pour vol (art. 139 ch. 1 CP);
− le 21 octobre 2008, par le Ministère public du canton de Genève, sous l'alias
A1., à une peine privative de liberté de sept mois pour vol (art. 139 ch. 1 CP),
dommages à la propriété (art. 144 al. 1 CP), violation de domicile (art. 186 CP)
et recel (art. 160 ch. 1 al. 1 CP), peine partiellement complémentaire à celle
prononcée le 11 septembre 2007. Le 24 février 2009, le Tribunal de police de
Genève a octroyé la libération conditionnelle, avec sursis à l'exécution de la
peine durant un délai d'épreuve d'un an, pour le solde de 111 jours de la peine
privative de liberté prononcée le 21 octobre 2008 par le Ministère public du can-
ton de Genève. La libération conditionnelle de α.A. est intervenue le 31 mars
2009.
I.1.4 α.A. figure également au casier judiciaire national français (TPF 123.221.011-
030 ss) pour avoir été condamné:
− le 8 juin 2005, par le Tribunal correctionnel de Poitiers, sous l'alias de A2., à un
mois d'emprisonnement avec sursis pour vol en réunion;
− le 15 juin 2005, par le Tribunal correctionnel de Castres, sous l'alias de A2., à
deux mois d'emprisonnement avec sursis pour vol en réunion;
− le 1er décembre 2005, par le Tribunal correctionnel d'Albi à deux mois d'empri-
sonnement avec sursis pour vol;
− le 23 mars 2006, par le Tribunal correctionnel de Saumur à deux mois d'empri-
sonnement avec sursis pour vol en réunion;
− le 7 juillet 2006, par la Chambre des appels correctionnels de la Cour d'appel
de Poitiers, sous l'alias de A2. et sur appel de la décision prononcée le 7 février
2006 par le Tribunal correctionnel de Bressuire, à un an et trois mois d'empri-
sonnement, avec confiscation du véhicule, pour entrée ou séjour irrégulier d'un
étranger en France et vol en réunion;
− le 9 février 2007, par la Chambre des appels correctionnels de la Cour d'appel
de Poitiers, sous l'alias de A2. et sur appel de la décision prononcée le 20 avril
- 25 -
2006 par le Tribunal correctionnel de Niort, à six mois d'emprisonnement avec
sursis pour vol en réunion;
− le 19 février 2016, par le Tribunal correctionnel de Poitiers à une amende
d’EUR 400.- avec l’obligation d’accomplir un stage de sensibilisation à la sécuri-
té routière, pour conduite d’un véhicule sans permis.
I.1.5 A ce sujet, le prévenu a déclaré aux débats que la police française avait égaré
son permis, qu’elle lui aurait délivré un papier temporaire. Lors d’une interpella-
tion par la police d’une autre ville, il lui aurait été indiqué que le papier n’était
pas valable et celui-ci aurait été saisi (TPF 123.930.004).
I.1.6 Aux débats, α.A. a été interpellé au sujet des alias et surnoms qui lui sont attri-
bués, soit A1., A2., A3., et A4. Il a expliqué qu’on lui avait conseillé de ne pas
donner sa véritable identité lorsqu’il a demandé l’asile, jusqu’à ce que sa famille
le rejoigne. Il a reconnu avoir utilisé l’alias de A1.. Il a également expliqué que
A5. et A6. n’étaient pas des alias différents mais simplement une orthographe
différente du même nom. Quant au surnom de «A7.», il a expliqué que c’était
un nom qui lui avait été donné par les autres enfants pendant son enfance (TPF
123.930.006).
I.1.7 Dans le cadre de cette procédure, α.A. a été arrêté le 15 mars 2010 à Poitiers,
en France, et a été placé en détention par les autorités françaises en vue de
son extradition vers la Suisse (MPC 06-11-0016). α.A. a été extradé vers la
Suisse le 5 juillet 2011 et a été placé en détention provisoire le jour même à la
Prison de la Croisée, à Orbe (MPC 06-11-0032 ss). α.A. a été libéré le 21 jan-
vier 2015. Il a ainsi déjà subi 1775 jours de détention.
I.1.8 En ce qui concerne le comportement en détention de α.A. à la Prison de la
Croisée, à Orbe, il ressort du rapport du Service pénitentiaire 29 août 2017 qu’il
s'est montré calme, poli et ponctuel avec l’ensemble du personnel. Il a respecté
les règles de l'hygiène et les directives de la prison et n'a pas eu d'ennui avec
ses codétenus mis à part une altercation avec l’un de ses compagnons de cel-
lule. Il a toutefois fait l'objet de plusieurs sanctions disciplinaires en date du
8 septembre 2011 (MPC 06-11-0110), sous la forme de deux jours d'arrêts dis-
ciplinaires avec sursis, pour avoir notamment proféré des menaces envers le
personnel et le 17 décembre 2014, à trois jours d’arrêts disciplinaires avec sur-
sis pour atteinte à l’intégrité physique.
I.1.9 Selon le rapport du 19 avril 2012 du Service médical de la Prison de la Croisée,
α.A. a souffert en 2009 d'une hépatite C qui a fait l'objet d'un traitement spéci-
fique d'octobre 2009 à avril 2010. Ce traitement a été curatif.
- 26 -
I.2. β.B.
I.2.1 β.B. est né le [^] en Géorgie, pays dont il a la nationalité et est le fils de DD. et
de EE.. Il est actuellement domicilié en Géorgie et a déclaré vivre avec ses pa-
rents. Il a déclaré être célibataire et sans personne à charge mis à part ses pa-
rents.
I.2.2 β.B. a allégué détenir une licence en géophysique de l’Université en Géorgie. Il
est arrivé en Suisse en 2008 et a déposé une demande d'asile au centre
d'enregistrement de Chiasso, avant d'être logé à l'Albergo LLL., à Y. (Tessin),
dans l'attente d'une décision. Au préalable, il a séjourné en Allemagne en 2000
durant une année environ puis avoir séjourné entre 2003 et 2008 en Belgique.
En ce qui concerne sa situation financière, il a expliqué être actuellement em-
ployé dans la distribution et toucher en moyenne environ CHF 200.-, soit envi-
ron 500 Lari par mois. Il a expliqué que lorsqu’il était en Suisse, il touchait l’aide
sociale à hauteur de CHF 20.- par semaine. Il a déclaré ne percevoir aucun re-
venu et n’avoir aucune fortune. S'agissant de ses connaissances linguistiques,
il a déclaré, le 23 mars 2010, ne pas parler le géorgien et que sa langue mater-
nelle était l'abkhaze. Le 18 mai 2010, il a toutefois reconnu parler le géorgien
lors de son audition par la PJF.
I.2.3 Quant à son état de santé, β.B. a souffert de l'hépatite C et d’une addiction à
l’héroïne. Le rapport l'Antenna Icaro a confirmé que β.B. a suivi un traitement à
la méthadone. β.B. a déclaré aux débats qu’il avait une santé fragile, qu’il était
en traitement, qu’il souffrait d’insomnie en raison d’une maladie psychologique
et ne pas réussir à s’alimenter correctement.
I.2.4 Aux débats, β.B. a été interpellé au sujet des alias qui lui sont attribués à savoir
β.B., B1., B2., B3., B4., B5., B6., B7., B8. et B9.. Il a reconnu s'être servi des
noms et identité d'emprunt B1., B9., B6. et B7.. Il a déclaré que les autres alias
résultaient d’erreurs d'orthographe. Il a précisé s'être identifié comme B7. lors-
qu'il est arrivé en Suisse (TPF 123.930.010).
I.2.5 β.B. a été arrêté le 15 mars 2010 à Y. (Tessin) et placé en détention provisoire
à la Prison de Brigue le jour suivant, soit le 16 mars 2010. β.B. a été détenu à la
prison de Bois-Mermet dès le 9 août 2010 (MPC 06-17-0088) puis, suite à la
découverte d’un téléphone portable dans sa cellule, il a été à nouveau transféré
à la prison de Brigue du 11 janvier 2011 au 9 septembre 2011. β.B. a été déte-
nu à l’établissement de détention de la Croisée du 6 juillet 2012 au 2 décembre
2012, puis au sein de l’établissement de la Promenade à la Chaux-de-Fonds. Il
a été libéré le 11 septembre 2014 et a ainsi déjà subi 1643 jours de détention.
- 27 -
I.2.6 En ce qui concerne le comportement en détention de β.B. à la prison de Brigue,
il ressort du rapport du 11 juin 2012 qu'il a eu un comportement correct tant en-
vers ses codétenus qu'avec le personnel, qu'il n'a fait l'objet d'aucune sanction
disciplinaire. S'agissant de son comportement en détention à la Prison centrale
de Fribourg, il ressort du rapport du 21 mai 2012, que son attitude face au tra-
vail et ses prestations ont été qualifiées de correctes, qu'il pouvait se montrer
arrogant et qu'il avait tenté de s'afficher en tant que meneur du secteur où il se
trouve. Après un avertissement en mars 2012, β.B. s'est montré correct. Selon
l’établissement de la Promenade, β.B. s’est montré dans l’ensemble adéquat,
poli et respectueux envers le personnel et serviable envers les autres détenus.
Néanmoins sa prise en charge a posé des problèmes en raison de son refus à
travailler. Il a fait l’objet d’un avertissement et d’une sanction de consignation.
I.2.7 β.B. ne figure pas au casier judiciaire suisse. En revanche, il figure au casier
judiciaire national belge, sous l'alias de B9. (MPC 17-04-0018 ss) pour avoir été
condamné:
− le 18 juin 2002, par le Tribunal correctionnel de Hasselt à une peine d'empri-
sonnement d'un mois et à une peine pécuniaire d’EUR 130.- pour vol avec ef-
fraction, ainsi qu'à une peine d'emprisonnement de trois mois pour possession
sans droit de stupéfiants;
− le 10 avril 2003, par le Tribunal correctionnel de Liège à une peine d'emprison-
nement de 10 mois avec sursis à l'exécution de la peine durant un délai
d'épreuve de cinq ans pour fabrication, réparation, commerce et détention
d'arme(s) interdite(s), vol, recel et utilisation sans droit d'un nom;
− le 14 octobre 2003, par le Tribunal correctionnel de Liège à une peine d'empri-
sonnement de 15 mois pour tentative de vol avec effraction avec violence ou
menace, ainsi qu'à une peine d'emprisonnement de trois mois pour entrée ou
séjour illégal en Belgique;
− le 26 mai 2005, par le Tribunal correctionnel de Liège à une peine d'emprison-
nement de sept mois et à une peine pécuniaire de EUR 275.- pour vols, ainsi
qu'à une peine d'emprisonnement de trois mois pour entrée ou séjour illégal en
Belgique;
− le 15 juillet 2005, par le Tribunal correctionnel de Liège à une peine d'empri-
sonnement de 6 mois pour vol avec effraction et vol;
− le 22 juin 2006, par le Tribunal de police de Liège à une peine pécuniaire de
EUR 1'100.- et interdiction de conduire durant une période de deux mois pour
conduite d'un véhicule sans permis de conduire, sans assurance de véhicule,
sans permis de circulation et sans attestation de contrôle du véhicule.
- 28 -
I.2.8 β.B. figure également au casier judiciaire national allemand, sous l'alias de B6.
(MPC 17-04-0034 ss) pour avoir été condamné:
− le 19 décembre 2000, par le Tribunal d'Instance de Lübbecke à une peine pé-
cuniaire de 30 jours-amende, le montant du jour-amende étant fixé à DM 15.-,
pour deux vols d'importance mineure;
− le 14 février 2001, par le Tribunal d'Instance de Bünde à une peine pécuniaire
de 60 jours-amende, le montant du jour-amende étant fixé à DM 15.-, pour vol;
− le 14 mars 2001, par le Tribunal d'Instance d'Augsburg à une peine pécuniaire
de 10 jours-amende, le montant du jour-amende étant fixé à DM 30.-, pour ob-
tention frauduleuse d'une prestation;
− le 5 avril 2001, par le Tribunal d'Instance de Lemgo à une peine pécuniaire de
40 jours-amende, le montant du jour-amende étant fixé à DM 15.-, pour vol
d'importance mineure;
− le 3 juillet 2001, par le Tribunal d'Instance de Lübbecke à une peine pécuniaire
de 35 jours-amende, le montant du jour-amende étant fixé à DM 20.-, peine
d'ensemble fixée ultérieurement avec celles prononcées le 19 décembre 2000
par le Tribunal d'Instance de Lübbecke et le 14 mars 2001 par le Tribunal d'Ins-
tance d'Augsburg;
− le 12 juillet 2001, par le Tribunal d'Instance de Herford à une peine privative de
liberté d'un an pour lésions corporelles dangereuses et contraintes commises à
plusieurs;
− le 27 juillet 2001, par le Tribunal d'Instance de Bünde à une peine pécuniaire de
80 jours-amende, le montant du jour-amende étant fixé à DM 15.-, peine d'en-
semble fixée ultérieurement avec celles prononcées le 14 février 2001 par le
Tribunal d'Instance de Bünde et le 5 avril 2001 par le Tribunal d'Instance de
Lemgo;
− le 28 janvier 2002, par le Tribunal d'Instance de Herford à une peine privative
de liberté d'un an et deux mois, peine d'ensemble fixée ultérieurement avec
celles prononcées le 14 février 2001 par le Tribunal d'Instance de Bünde, le
5 avril 2001 par le Tribunal d'Instance de Lemgo et le 12 juillet 2001 par le Tri-
bunal d'Instance de Herford.
Si d’autres éléments de faits sont pertinents, ils seront exposés dans les consi-
dérants suivants.
- 29 -

La Cour considère en droit:
1. Compétence de la Cour
1.1 Compétence territoriale
Les prévenus sont accusés de s’être rendus coupables de vol en bande, tentative
de vol en bande, dommages à la propriété, violation de domicile, tentative de vio-
lation de domicile, blanchiment d’argent aggravé répété, vols répétés, vols répétés
d’importance mineure, recel d’importance mineure et infractions à la loi fédérale
sur les stupéfiants principalement sur le territoire suisse, en particulier dans le
canton du Tessin et de Genève. Les autorités pénales suisses de poursuite et de
jugement sont compétentes en vertu des arts 3 al. 1 et 8 CP. S’agissant du re-
proche de participation à une organisation criminelle, les prévenus sont accusés
d’avoir agi sur le territoire suisse, en particulier dans le Canton du Tessin et de
Genève, accessoirement en France. En tout état de cause, l’art. 260ter ch. 3 CP
prévoit qu’est également punissable celui qui aura commis l’infraction à l’étranger
si l’organisation exerce ou doit exercer son activité criminelle en tout ou en partie
en Suisse, ce qui est bien le cas en l’espèce. La compétence helvétique est par-
tant donnée pour l’ensemble des faits reprochés.
1.2 Compétence matérielle
La Cour examine d’office si sa compétence à raison de la matière est donnée au
regard de l’art. 35 al. 1 de la loi fédérale sur l’organisation des autorités pénales
de la Confédération (LOAP; RS 173.71) et des art. 23 et 24 CPP, qui énumèrent
les infractions relevant de la compétence fédérale. Celles qui sont le fait d’une or-
ganisation criminelle au sens de l’art. 260ter CP relèvent de la juridiction fédérale
lorsque les actes punissables ont été commis pour une part prépondérante à
l’étranger ou dans plusieurs cantons sans qu’il y ait de prédominance évidente
dans l’un d’entre eux (art. 24 al. 1 CPP; ég. art. 35 LOAP), ce qui est effective-
ment le cas (voir supra consid. F). S’agissant des autres infractions dont la pour-
suite échoit en principe aux cantons, il convient de relever que le MPC a ordonné
la jonction des procédures auprès des autorités fédérales, conformément à la fa-
culté qui lui est conférée par l’art. 26 al. 2 CPP et selon la jurisprudence du Tribu-
nal fédéral, les impératifs d’efficacité et de célérité de la procédure pénale interdi-
sent à la Cour des affaires pénales du Tribunal pénal fédéral de remettre en
cause sa compétence au stade du procès (ATF 133 IV 235 consid. 7.1 p. 246 ss).
Partant, la compétence matérielle de la Cour de céans est donnée pour connaître
de toutes les infractions reprochées aux prévenus.
- 30 -
2. Prescription de l'action pénale
2.1 Droit applicable
2.1.1 Le 1er janvier 2014, est entré en vigueur une modification de l’art. 97 al. 1 CP, qui a
trait aux délais de la prescription de l’action pénale. Dès lors que les infractions re-
prochées aux prévenus ont été commises avant le 1er janvier 2014, il y a lieu de re-
chercher la loi qui leur est la plus favorable conformément au principe de la lex mi-
tior consacré à l’art. 2 al. 2 CP et concrétisé par l’art. 389 CP. Cette dernière dispo-
sition prévoit que, sauf disposition contraire de la loi, les dispositions du nouveau
droit concernant la prescription de l'action pénale et des peines sont applicables
également à l'auteur d'actes commis ou jugés avant l'entrée en vigueur du nouveau
droit si elles lui sont plus favorables que celles de l'ancien droit (al. 1). Il est tenu
compte du temps pendant lequel la prescription a couru avant l'entrée en vigueur du
nouveau droit (al. 2).
2.1.2 A teneur de l'art. 97 al. 1 let. b CP, l'action pénale se prescrit par quinze ans si
l'infraction est passible d'une peine privative de liberté de plus de trois ans, soit s'il
s'agit d'un crime (art. 10 al. 2 CP). Jusqu'au 31 décembre 2013, la prescription de
l'action pénale était de sept ans si l'infraction était passible d'une autre peine (art. 97
al. 1 let. c aCP), soit s'il s'agissait d'un délit (art. 10 al. 3 CP). En matière de délits,
depuis le 1er janvier 2014, la prescription de l'action pénale est désormais de dix
ans, si la peine maximale encourue est une peine privative de liberté de trois ans et
de sept ans, si l'infraction est passible d'une autre peine (art. 97 al. 1 let. c et d CP).
La prescription court dès le jour où le prévenu a exercé son activité coupable, dès le
jour du dernier acte, si cette activité s'est exercée à plusieurs reprises ou dès le jour
où les agissements coupables ont cessé s'ils ont eu une certaine durée (art. 98 CP).
L’art. 97 al. 3 CP, qui n’a pas été modifié en 2014, prévoit que la prescription ne
court plus si, avant son échéance, un jugement de première instance a été rendu.
2.1.3 De plus, les articles 103 et 109 CP prévoient que les infractions passibles d’une
amende sont des contraventions et que le délai de prescription est de trois ans.
2.1.4 En l’espèce, un jugement de première instance a été rendu en date du 28 juin 2012
(SK.2012.2) qui a donc eu pour effet d’interrompre la prescription pour les infrac-
tions qui n’étaient pas déjà prescrites à cette date. Il y a donc lieu d’examiner si,
avant le 28 juin 2012, selon la règle la plus favorable aux prévenus, certaines infrac-
tions étaient déjà prescrites. Considérant que le nouvel art. 97 al. 1 let. c CP n'est
pas plus favorable aux prévenus, c'est l'ancien droit qui trouve application, soit
l'art. 97 al. 1 let. c aCP pour tous les actes reprochés.
- 31 -
2.2 S’agissant des infractions reprochées à β.B.
2.2.1 La participation à une organisation criminelle (art. 260ter ch. 1 al. 3 CP), le
blanchiment d’argent aggravé répété (art. 305bis ch. 1 et ch. 2 let. a CP), le vol
(art. 139 ch. 1 CP) sont des infractions punissables d’une peine privative de liberté
de cinq ans au plus. L’action pénale se prescrit ainsi par quinze ans. Les infractions
de dommage à la propriété (art. 144 CP) et de violation de domicile (art. 186 CP)
sont passibles d’une peine privative de liberté de trois ans au plus. L’action pénale
se prescrit par sept ans. Les infractions ayant pris place en 2009 et 2010, la pres-
cription n’était pas atteinte pour ces infractions au jour du premier jugement, le
28 juin 2012.
2.2.2 Les infractions de vol d’importance mineure (art. 139 ch. 1 CP et 172ter CP), de recel
d’importance mineure (art. 160 ch. 1 CP et art. 172ter CP) et l’acquisition de stupé-
fiants pour sa propre consommation et la consommation de stupéfiants (art. 19 al. 1
let. d et art. 19a ch. 1 Lstup) sont passibles d’une amende et se prescrivent ainsi par
trois ans. Or, l’infraction reprochée sous le chiffre 1.2.3 let. c de l’acte d’accusation,
soit le vol d’importance mineure ayant pris place le 19 mai 2009, la prescription a
été atteinte en date du 19 mai 2012, soit avant le premier jugement. Cette infraction
doit ainsi être classée.
2.3 S’agissant des infractions reprochées à α.A.
2.3.1 L’infraction de vol en bande (art. 139 ch. 1 et ch. 3 al. 1 et 2 CP) est punissable
d’une peine privative de liberté de dix au plus et la participation à une organisation
criminelle (art. 260ter ch. 1 al. 3 CP) d’une peine privative de liberté de cinq ans au
plus. Ainsi, la prescription est acquise dans un délai de quinze ans, délai qui n’était
pas arrivé à échéance en date du 28 juin 2012.
2.3.2 Les infractions de dommage à la propriété (art. 144 CP) et de violation de domicile
(art. 186 CP) étant passibles d’une peine privative de liberté de trois ans au plus, le
délai de la prescription de l’action pénale de sept ans a commencé à courir en 2009
et 2010 et n’était pas échu au jour du premier jugement.
3. Les infractions reprochées à α.A.
3.1 Vol en bande, respectivement tentative de vol en bande (art. 139 ch. 1 et ch. 3
al. 1 et 2 CP, respectivement art. 22 al. 1 et art. 139 ch. 1 et ch. 3 al. 1 et 2 CP)
3.1.1 A teneur de l'art. 139 CP, se rend coupable de vol celui qui, pour se procurer ou
procurer à un tiers un enrichissement illégitime, aura soustrait une chose mobilière
- 32 -
appartenant à autrui dans le but de se l’approprier (ch. 1). Celui qui aura commis un
vol en qualité d’affilié à une bande formée pour commettre des brigandages ou des
vols (ch. 3 al. 1) sera puni plus gravement.
3.1.2 Le comportement délictueux consiste à s'approprier une chose mobilière
appartenant à autrui au moyen d'une soustraction, c'est-à-dire par le bris de la pos-
session et par la constitution d'une nouvelle possession (ATF 132 IV 108 consid. 2.1
p. 110). La soustraction suppose que l'auteur agisse contre la volonté de celui qui
détient la chose, lequel n'en est pas forcément le propriétaire (CORBOZ, Les infrac-
tions en droit suisse, vol. I, 3ème éd., 2010, n° 4 ad art. 139 CP et les réf.). Sur le plan
subjectif, l'auteur doit soustraire la chose dans le but de se l'approprier et de se pro-
curer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime, le dol éventuel étant
suffisant (CORBOZ, op. cit., nos 8 ss ad art. 139 CP). Il y a dol éventuel lorsque
l'auteur tient pour possible la réalisation de l'infraction et l'accepte au cas où celle-ci
se produirait, même s'il ne la souhaite pas (art. 12 al. 2 CP; ATF 137 IV 1 con-
sid. 4.2.3 p. 4; 135 IV 152 consid. 2.3.2 p. 156).
3.1.3 L'affiliation à une bande est réalisée lorsque deux ou plusieurs auteurs manifestent
expressément ou par actes concluants la volonté de s'associer en vue de com-
mettre ensemble plusieurs infractions indépendantes, même s'ils n'ont pas de plan
et que les infractions futures ne sont pas encore déterminées. L'association a pour
caractéristique de renforcer physiquement et psychiquement chacun des membres
de sorte qu'elle les rend particulièrement dangereux et laisse prévoir la commission
d'autres infractions de ce type (ATF 135 IV 158 consid. 2 p. 158; 124 IV 286 con-
sid. 2a p. 293/294, 86 consid. 2b p. 88/89, PAPAUX in Commentaire romand du
Code pénal II [ci-après: CR-CP II], 2017, p. 265, N° 76 ad art. 139). Plus que le
nombre de participants, c'est surtout le degré d'organisation et l'intensité de la colla-
boration entre individus qu'il s'agit de prendre en considération pour conclure à
l'existence d'une bande (KILLIAS/ KUHN/ DONGOIS, Précis de droit pénal général,
4e éd., 2016, n° 1128, p. 192 s. et les réf.). Du point de vue subjectif, il suffit que
l'auteur connaisse et veuille les circonstances de fait qui correspondent à la défini-
tion de la bande (ATF 124 IV 86 consid. 2b p. 88; 286 consid. 2a p. 293; arrêt du
Tribunal fédéral 6B_861/2009 du 18 février 2010 consid. 3.1).
3.1.4 Lorsque deux ou plusieurs auteurs commettent une infraction se pose la question
de la coactivité. D'après la jurisprudence, est un coauteur celui qui collabore, inten-
tionnellement et de manière déterminante, avec d'autres personnes à la décision de
commettre une infraction, à son organisation ou à son exécution, au point d'appa-
raître comme l'un des participants principaux; il faut que, d'après les circonstances
du cas concret, la contribution du coauteur apparaisse essentielle à l'exécution de
l'infraction. La seule volonté quant à l'acte ne suffit pas; il n'est toutefois pas néces-
saire que le coauteur ait effectivement participé à l'exécution de l'acte ou qu'il ait pu
- 33 -
l'influencer. La coactivité suppose une décision commune, qui ne doit cependant
pas obligatoirement être expresse, mais peut aussi résulter d'actes concluants, le
dol éventuel quant au résultat étant suffisant. Il n'est pas nécessaire que le coauteur
participe à la conception du projet; il peut y adhérer ultérieurement. Il n'est pas non
plus nécessaire que l'acte soit prémédité; le coauteur peut s'y associer en cours
d'exécution. Ce qui est déterminant c'est que le coauteur se soit associé à la déci-
sion dont est issue l'infraction ou à la réalisation de cette dernière, dans des condi-
tions ou dans une mesure qui le font apparaître comme un participant non pas se-
condaire, mais principal (ATF 135 IV 152 consid. 2.3.1 p. 155; 130 IV 58 con-
sid. 9.2.1 p. 66; 125 IV 134 consid. 3a p. 136; arrêt du Tribunal fédéral 6B_477/2011
du 24 novembre 2011 consid. 1.1). Le concept de coactivité montre qu'une per-
sonne peut être considérée comme auteur d'une infraction, même si elle n'en est
pas l'auteur direct, c'est-à-dire si elle n'a pas accompli elle-même tous les actes dé-
crits dans la disposition pénale; cela résulte naturellement du fait qu'une infraction,
comme toute entreprise humaine, n'est pas nécessairement réalisée par une per-
sonne isolée, mais peut procéder d'une action commune avec une répartition des
tâches (ATF 120 IV 17 consid. 2d p. 23 s.; arrêt du Tribunal fédéral 6B_741/2009 du
3 novembre 2009 consid. 2.3.1).
3.1.5 Selon l'art. 22 al. 1 CP, le juge peut atténuer la peine si l’exécution d’un crime ou
d’un délit n’est pas poursuivie jusqu’à son terme ou que le résultat nécessaire à la
consommation de l’infraction ne se produit pas ou ne pouvait pas se produire. Il y a
tentative lorsque l'auteur a réalisé tous les éléments subjectifs de l'infraction et ma-
nifesté sa décision de la commettre, alors que les éléments objectifs font, en tout ou
en partie, défaut (ATF 137 IV 113 consid. 1.4.2 p. 115; 131 IV 100 consid. 7.2.1
p. 103). La tentative suppose toujours un comportement intentionnel, le dol éventuel
étant toutefois suffisant (ATF 120 IV 199 consid. 3e p. 206; HURTADO POZO, in
Commentaire romand du Code pénal I [ci-après: CR-CP I], 2009, n° 37 ad art. 22
CP). Il y a dol éventuel lorsque l'auteur tient pour possible la réalisation de l'infrac-
tion et l'accepte au cas où celle-ci se produirait, même s'il ne le souhaite pas (art. 12
al. 2 CP; ATF 137 IV 1 consid. 4.2.3 p. 4; 135 IV 152 consid. 2.3.2 p. 156).
3.2 Les événements du 15 septembre 2009 (point 1.1.2 let. a de l'accusation)
3.2.1 Le MPC reproche à α.A. d’avoir, de concert avec K., L., MMM. et NNN., commis un
cambriolage en date du 15 septembre 2009 au préjudice de D., à X. (VD).
3.2.2 Selon le rapport de demande de mesures de surveillance technique du 18 sep-
tembre 2009 de la PJF (MPC 10-00-0522 ss), lequel comprend des mesures d'ob-
servation, K. et α.A. sont arrivés ensemble à Genève à bord de deux véhicules im-
matriculés en France, à savoir une Audi A4 et une Opel Omega, les deux immatricu-
lées en France. α.A. a été identifié par la PJF sous le nom de A1., alias dont il a re-
- 34 -
connu l'utilisation aux débats et sous lequel il figure au casier judiciaire suisse (voir
supra consid. I.1.6). La Cour de céans tient en conséquence pour établi que α.A. est
la personne identifiée sous cet alias.
A teneur dudit rapport, K. a garé l’Audi A4 le 15 septembre 2009 à 8h55 et vers
9h00 du matin, L., MMM. et NNN. ont quitté Genève à bord de ce véhicule. Selon le
rapport précité (MPC 10-00-0524) et celui du 31 mars 2010 de la police cantonale
vaudoise (MPC 14-01-0141 ss), L. était en possession ce jour-là de deux télé-
phones portables, dont les raccordements étaient respectivement 54 et 23, lesquels
ont été retrouvés sur lui lors de son interpellation le même jour par la police (MPC
14-01-0143).
3.2.3 S’agissant du raccordement 23, il ressort de la surveillance que celui-ci a été utilisé
par K. du 10 septembre 2009 au 15 septembre 2009. Ce dernier ayant déclaré à un
interlocuteur qu'il s'agissait de son nouveau numéro privé sur lequel il était joignable
(conversation n° 80, MPC 09-00-0767) puis, dès le 16 septembre 2009 K. a indiqué
lors de diverses conversation téléphoniques que ce raccordement n’était plus joi-
gnable au motif qu’il avait été saisi car trois «gars» avaient été arrêtés (conversation
n° 5 et n° 6, MPC 09-00-0444 et 09-00-0448). Celui-ci n'a effectivement plus été uti-
lisé au-delà du 15 septembre 2009, date de l'interpellation de L. à Genève. Partant,
la Cour de céans tient pour établi que K. était l'utilisateur principal du raccordement
23 et qu'il a remis à L. le téléphone portable avec ce numéro entre les 10 et
15 septembre 2009.
3.2.4 Après que L., MMM. et NNN. aient quitté Genève le 15 septembre 2009 vers 9h00,
le téléphone portable avec le raccordement 23 a été localisé à 9h11 sur l’autoroute
A1 à la hauteur de Coppet, à 10h00 sur l’autoroute A9 à la hauteur de Roche et à
10h30 au chemin [^] à X. (VD), dans le canton de Vaud (MPC 10-00-0522 ss).
3.2.5 D. a déposé plainte le 15 septembre 2009 pour vol par effraction et s’est constitué
partie civile le même jour (MPC 14-01-0154). Il ressort de cette plainte et du rapport
du 15 septembre 2009 de la police vaudoise que deux individus ont cassé et arra-
ché le cylindre de la porte palière et se sont introduits dans l'appartement de D. pour
y dérober des bijoux en métal argenté et doré, ainsi que EUR 700.- (MPC 14-01-
0154).
3.2.6 A 10h54, L. a contacté α.A. sur le raccordement 24 pour l’informer que «du jaune on
en a autant que c’est pas la peine de passer par/ vers Lausanne, en plus j’ai environ
1000 roubles (ou balles) dans la poche». A cela α.A. lui répond: «Viens ici et je te le
dirai. (O) C’est moi qui (en) rajoute, on ira plus tard à Lausanne. Toi, viens ici à la
maison» (conversation n° 1, MPC 09-00-0418).
- 35 -
Il est précisé ici que dans les retranscriptions des conversations, les traductrices ont
indiqué que «roubles» peut être traduit par «balles», le «rouble» ou le «rouble sovié-
tique» étant souvent utilisé pour désigner une unité monétaire et que le mot «balle»,
dans le sens familier de francs, est la traduction la plus proche.
3.2.7 Toujours le 15 septembre 2009, L., MMM. et NNN. ont été interpellés vers 12h00
par la police à Genève à bord de l’Audi A4 précitée en possession de 800 grammes
de bijoux et de EUR 700.- (MPC 14-01-0128 ss).
3.2.8 A 13h01, soit peu après cette arrestation, α.A. a contacté téléphoniquement NN. au
moyen du raccordement 24 et lui a dit ceci «(^) je suis comme fou. Il y a peu. cela
fait 20 minutes que trois gars, des complices (ou: mes complices) ont été arrêtés
(O)». A la demande de savoir qui avait été arrêté, α.A. a répondu: «(...) Moi et K1.,
nous sommes restés, tous les autres ont été arrêtés (O) nous sommes restés à
cause de l’affaire, à cause du commun» ; «ils étaient en train de rentrer, ils emme-
naient tout avec, tout allait bien et voilà, à la distance de 500 mètres » (conversation
n° 2, MPC 09-00-0422 et 423).
3.2.9 La retranscription de cette conversation identifie α.A. par l'alias «A7.» qui est un de
ses surnoms (voir supra consid. I.1.6) et les éléments décrits concordent parfaite-
ment avec les mesures de surveillance, soit que K. (K1.) et α.A. sont restés à Ge-
nève alors que trois autres individus sont allés à X. (VD).
A 13h05, α.A. a tenu la conversation suivante sur le raccordement 24 (ci-après: 1;
conversation n° 3, MPC 09-00-0427 s.):
2. Salut α., comment ça va? 1. Salut TTT., ça va toi? 2. ça va. Je viens d’appeler le numéro de K1.. 1. Il ne répond pas? 2. Qu’est ce qui se passe? 1. Rien^ Ils ont embarqué les gars. N’appelle plus à ce numéro-là. 2. Lui aussi? 1. Non, non K1. est là (^).
(^) 1. (^) Les gars nous ont dit, qu’ils ont vu KKK. allongé par terre et menotté. Tout se passe bien
chez vous? 2. ça va, tout se passe bien. 1. C’est tant mieux 2. le voilà, il vient d’arriver. 1. dis-lui, dis-lui^Passe le moi! 2. Elle s’adresse à un individu non identifié, en arrière-fond: Tiens! Ils lui ont dit que tu as été embarqué! Bordel de merde! 3. Qu’est- ce qu’il y a? 1. KKK., mec! Viens! Prends la voiture et viens! Ils ont arrêté mes trois gars! Avec le bagage et
tout le reste. On est baisé mec! Je ne veux pas en parler au téléphone, mec! Je suis avec K1. à la maison. Viens, viens vite!
3.2.10 Le 16 septembre 2009 à 13h15, α.A. («A7.») a été appelé sur le même
raccordement et a déclaré: «non, ça ne va pas, mec! Tout s’est un peu embrouillé
- 36 -
ce (sic !) dernier temps. Mes gars, mes complices se sont fait arrêtés, putain de
merde! C’est pour ça que je ne t’ai pas appelé. (O) ça va, il va pas mal sauf qu’hier
trois gars ont été arrêtés. Je m’en fous du bagage et de tout le reste mais les
garsOIls ont arrêtés les gars! Ils ont tout emporté, ils ont arrêtés les gars, merde!
(^)» (conversation n° 4, MPC 09-00-0436).
3.2.11 Le 16 septembre 2009 à 16h49, K. («K1.») a utilisé le raccordement 24 précité pour
contacter en Espagne un dénommé «PP.» sur le numéro 60. Lors de cette conver-
sation, il a été désigné comme K1. de Suisse. Il a notamment déclaré ce qui suit
(conversation n° 5, MPC 09-00-0444): «PP., je voulais te dire mon frère que le nu-
méro que je t’ai donné n’existe plus. Hier, nos trois gars ont été arrêtés».
3.2.12 Quelques minutes plus tard, il a encore appelé un autre raccordement, soit le 61
pour encore une fois communiquer «ne m’appelez plus à l’autre ancien numéro, il a
été saisi car les gars ont été arrêtés et ils ont saisi le téléphone» (conversation n° 6,
MPC 09-00-0448).
3.2.13 En date du 11 novembre 2009, soit le jour où L. a été remis en liberté, deux
personnes ont contacté α.A. à son domicile, en France (55), et α.A. a d’abord décla-
ré «Mec, il a été (ou: ils ont été libérés) BBB. et ce NNN. ont été libérés.(O) Bref, ils
vont t’appeler et s’il te plaît donc envoies-les et faits-leur les prendre». Puis
s’adressant à un interlocuteur désigné comme AAAA., α.A. a demandé: «comment
cela vous est arrivé, l’autre jour, vous vous êtes suicidés (signifie: vous vous êtes
joués un mauvais tour) vous l’avez fait exprès?» (conversation n° 7, MPC 09-00-
0455).
3.2.14 La PJF a procédé à l'audition de MMM. à plusieurs reprises. Le 4 mai 2010, il a nié
faire partie de l'équipe de K. et a allégué qu'il avait organisé ce cambriolage lui-
même (MPC 13-08-0050). Puis confronté à la conversation téléphonique tenue le
15 septembre 2011 à 13h01 par α.A. (voir consid. supra 3.2.8) il a déclaré: «Il est
possible que K. et A7. étaient au courant que nous étions allés commettre un cam-
briolage, mais ce n’est pas moi qui le lui ai dit» (MPC 13-08-0051).
3.2.15 α.A. a été interrogé le 5 juillet 2011 par le MPC au sujet de ces événements. Il a
déclaré ne pas connaître L., MMM. et NNN. (MPC 13-21-0004). Confronté aux con-
versations du 15 septembre 2011, il a, dans un premier temps, déclaré ne pas s’en
souvenir (MPC 13-21-0017 s.), puis il n’a pas contesté avoir tenu celles-ci mais a ré-
futé avoir organisé quelque cambriolage (MPC 13-21-0149 s.). Aux débats, il a dé-
claré ne rien avoir avec le cambriolage commis le 15 septembre 2009 à X. (VD)
(TPF 123.95.004).
- 37 -
3.2.16 Sur la base des faits qui précèdent la Cour retient que s’agissant du vol commis le
15 septembre 2009 à X. (VD) au détriment de D. par L., MMM. et NNN., ces der-
niers ont quitté l'appartement de la rue ZZ. vers 9h00 à bord de l'une des deux voi-
tures avec lesquelles α.A. était arrivé à Genève en compagnie de K. quelques jours
auparavant. Au moyen du téléphone portable que K. lui avait remis, L. a contacté
α.A. à 10h54 pour l'aviser du butin dérobé. α.A. a alors dit à L. et à ses comparses
de venir «directement à la maison» (voir supra consid. 3.2.6), ce qu'ils ont fait. Peu
après que L., MMM. et NNN. ont été interpellés par la police à Genève, α.A. en a
avisé un premier interlocuteur à 13h01 comme suit: «je suis comme fou. Il y a peu...
cela fait 20 minutes que trois gars, des complices (ou: mes complices) ont été arrê-
tés» (voir supra consid. 3.2.8). Cette information a été répétée par la suite lors de
différentes conversations dans lesquelles l’utilisateur du raccordement 62 est appelé
α. (conversation n° 3) ou A7.. Il ne fait ainsi aucun doute qu’il s’agissait effective-
ment de α.A..
3.2.17 Ces trois conversations indiquent que α.A. était resté à Genève en compagnie de K.
tandis que le projet des trois complices était absolument connu d’eux. Enfin, le
11 novembre 2009, soit le jour où L. a été remis en liberté, deux personnes, dont K.
(K1.), l'ont contacté à son domicile, en France (55) et α.A. a demandé: «comment
cela vous est arrivé, l’autre jour, vous vous êtes suicidés (signifie: vous vous êtes
joués un mauvais tour) vous l’avez fait exprès?» (conversation n° 7, MPC 09-00-
0455).
3.2.18 Ces éléments démontrent que le vol commis ce jour-là à X. (VD) a résulté d'une
décision commune prise entre α.A., K., L., MMM. et NNN., laquelle comportait une
répartition des tâches. Alors que L., MMM. et NNN. se sont chargés de l'exécution
proprement dite du vol et que deux d'entre eux sont entrés par effraction dans l'ap-
partement de D., α.A. a supervisé son exécution conjointement avec K. en permet-
tant la réalisation de l’infraction dans une mesure qui le fait apparaître comme un
participant non pas secondaire, mais principal.
3.2.19 Pour le surplus, il convient de relever que K. et L. ont été reconnu coupables de vol
en bande pour ces événements.
3.2.20 Sur le plan subjectif, le mode opératoire du vol commis le 15 septembre 2009,
similaire à celui de la tentative de vol commise entre les 4 et 5 novembre 2009 (voir
infra consid. 3.3 ss) démontre l'intention de α.A. de s'associer pleinement à l'organi-
sation et à l'exécution de vols par effraction. En effet, la teneur des conversations
mises dans leur contexte démontrent que l’intéressé avait volonté et conscience de
s’impliquer dans la réalisation d’un vol par effraction avec ses comparses. Son im-
plication essentielle dans la commission de ces infractions démontre qu'il a agi de
- 38 -
manière intentionnelle et dans un dessein d'appropriation et d'enrichissement illégi-
time.
3.2.21 Il résulte également des faits décrits précédemment que le critère de la bande est
réalisé. Ainsi, les actes délictueux ont été commis de manière organisée par α.A. et
les autres protagonistes. Toutes ces personnes ont manifesté la volonté de s'asso-
cier, par une répartition des tâches, en vue de commettre ces infractions. On doit
constater l'existence d'une organisation et d'une collaboration d'une certaine intensi-
té entre α.A. et les autres protagonistes en vue de commettre ce vol. Sur le plan
subjectif, α.A. s'est intentionnellement associé à ces personnes dans le but de
commettre une infraction.
Par conséquent, les conditions essentielles objectives et subjectives de l’infraction
de vol en bande sont ici réalisées.
3.3 Les événements du 4 au 5 novembre 2009 (point 1.1.2 let. b de l’accusation)
3.3.1 Le MPC reproche à α.A. d’avoir organisé et préparé de concert avec K., LL., NN.,
OO. et un inconnu surnommé MM., le cambriolage du domicile de C., à Genève
entre les 4 et 5 novembre 2009.
3.3.2 Il ressort de la surveillance du raccordement 26 attribué à K. dès le 9 septembre
2009 (MPC 09-19-022) que celui-ci a planifié, dès le mois de septembre 2009, de
commettre un cambriolage de l’appartement de C., situé à la rue YY., à Genève, en
parlant d'une «affaire». Ainsi, lors d’une conversation tenue le 24 septembre 2009 à
12h31, au moyen de ce raccordement avec un certain Q., K. («K1.») a déclaré ceci:
«J’ai une très bonne affaire, une affaire sérieuse, mais j’ai besoin de quelqu’un. J’ai
déjà appelé BBBB., ils peuvent nous fournir un gars. Si d’ici là tu es ici, tu seras
dans cette affaire. C’est une affaire très importante» (conversation n° 8, MPC 09-00-
0466).
3.3.3 De même, le 6 octobre 2009 à 13h16, K. («K1.») (ci-après: 2) s’est exprimé comme
suit (conversation n° 9, MPC 09-00-0475.):
1. Il est où A7.? 2. A7.?! Il est parti, il est en France (^) 1. Mec, je voudrais venir. Est-ce qu’il y a des occasions? 2. Alors tu sais comment faire? 1. Oui, ^ 2. La, maintenant j’attends une occasion. J’attends A7. et les autres aussi. Il y a quelque chose
mais tout simplement je ne peux pas te le dire par téléphone.
Lors de cette conversation, le numéro de A7. est demandé et c’est le numéro 55 qui
est donné, soit le numéro de α.A..
- 39 -
3.3.4 Le 27 octobre 2009 et au moyen du raccordement 26, K. (ci-après: 2) s’est
entretenu à 16h38 avec un dénommé «OO1.», identifié comme OO. (ci-après: 1), de
la manière suivante (conversation n° 12, MPC 09-00-0498 s.):
2. On vient de m’appeler depuis la France. Tout va bien. Le gars est au courant. Il est prêt à . Si on le veut il peut venir demain ou lundi. Il fera comme nous le voulons. Il peut venir et passer le week-end avec nous sinon il viendra lundi matin.
1. Ok, alors frère, tu sais comment je vais faire?! Demain je vais contacter le gars d’ici. Ok?
3.3.5 Il ressort du rapport de demande de mesures techniques du 9 décembre 2009 de la
PJF (MPC 10-00-0633 ss), lequel comprend des mesures d'observation, ainsi que
des mesures de surveillance ordonnées sur le raccordement 27, les éléments sui-
vant:
− le 1er novembre 2009, à 20h20, l’Opel Omega immatriculée 188ZG17 a été sta-
tionnée à l'avenue XX., à Genève. α.A., KK., NN. et un quatrième individu, se-
lon toute vraisemblance le dénommé «MM.», sont sortis de cette voiture et ils
se sont rendus ensemble à la rue ZZ..
− le 3 novembre 2009, ladite voiture a été localisée à proximité immédiate de la
rue YY.. Selon ledit rapport de la PJF, cette voiture y est restée stationnée
jusqu’au 5 novembre 2009 à 00h40 (MPC 10-00-0637).
− Le 4 novembre 2009, aux alentours de 20h33, K., KK., NN. et deux autres indi-
vidus ont quitté l’appartement situé à la rue ZZ. pour se réunir près du monu-
ment Brunswick.
− A 21h30, NN. et le dénommé «MM.» sont entrés dans l’allée de l’immeuble si-
tué à la Rue des Alpes 3 avant d’en ressortir.
− A 22h18, α.A. a été appelé sur le raccordement 27 vraisemblablement par OO..
α.A. a déclaré «eh mec, la voisine d’en bas a appelé CCCC., CCCC.! Mec, est
ce qu’il y a quelqu’un qui s’appelle CCCC. chez elle?». Il a ensuite ajouté:
«Non, mec, nous ne partons nulle part, je pense qu’elle ne nous a pas vu. Nous
attendons qu’il n’y soit personne, mec!» (conversation n° 14, MPC 09-00-
0505 s.).
− A 22h26, le numéro 63 a appelé le numéro 27. Les interlocuteurs se sont don-
nés rendez-vous dans le parc situé à proximité (conversation n° 15, MPC 09-
00-0510).
− A 22h36 et au moyen du raccordement 27, α.A. a avisé son interlocuteur «tout
va bien (textuellement: tout est propre). N’ayez peur de rien, allez-y. Tout va
excellemment, je te le jure !» (conversation n °16, MPC 09-00-0513).
− Peu après, soit à 22h48, NN. et le dénommé «MM.» sont de nouveau entrés
dans l’immeuble situé à la rue YY..
- 40 -
− A 22h51, sur le raccordement 27, α.A. se fait appeler par le numéro 63 (conver-
sation 17, MPC 09-00-0516).
1. Allo. 2. Qu’est-ce qu’il se passe, frère? 1. Nous surveillons, on surveille cet homme qui est rentré. 2. Quoi? 1. Regarde là, les mouvements au premier étage 2. Au premier? 1. Oui. 2. Mais pourquoi il faut que je regarde, mec? S’il faut s’en aller, dis-le! Je n’ai pas compris ce
que tu veux!
− A 22h59, au moyen du raccordement 27, α.A. a contacté OO. («OO1.») sur le raccordement 63 et il peut être entendu en arrière-fond: «Nous trois! Si on était
monté dès le début on aurait buté la porte!» (conversation 18, MPC 09-00-
0519).
− A 23h00, OO. avec le même numéro, a appelé α.A. sur le raccordement 27.
α.A. lui a demandé si c’était calme, ce à quoi OO. a répondu par l’affirmative. Il
lui a ensuite demandé s’il y avait du mouvement ce que son interlocuteur a nié.
α.A. lui a demandé «On fait quoi putain de merde?», ce à quoi OO. a répondu
«Dès que tu décides quelque chose appelle-moi mec» (conversation 19, MPC
09-00-0522). Au même moment, NN. et le dénommé «MM.» sont ressortis de
l’immeuble. Ce dernier s’est alors dirigé vers l’Opel Omega parquée dans le
square du Mont-Blanc et y a déposé son sac à dos.
− A 23h07, K. s'est trouvé au Jardin Anglais avec α.A.. Peu après, le dénommé
«MM.» s’est rendu à son tour au Jardin Anglais.
− A 23h32 α.A. est appelé sur le raccordement 27, la conversation suivante se
tient (conversation n° 21, MPC 09-00-0528):
1. Allo 2. Qu’est ce qui se passe? Qu’est ce qui se passe? 1. Rien, on est assis ici. 2. C’est tranquille, n’est-ce pas? (^) 1. Oui, oui, c’est calme, on entend (sic !) que cela se calme encore et^ on y entrera de nou-
veau.
− A 23h43, une personne appelle sur le raccordement 27 depuis le raccordement
64 et celui-ci lui a demandé si α.A. ("A7.«) était avec lui, ce à quoi il est répondu
«Non, A7. n’est pas là et on est occupé pour un truc^» (conversation n° 22,
MPC 09-00-0531).
− Le 5 novembre 2009, à 00h05, le dénommé «MM.» est retourné auprès de
l’Opel Omega pour y reprendre son sac à dos. Il a ensuite rejoint NN. à la Rue
du Mont-Blanc et tous les deux sont à nouveau entrés dans l’immeuble situé à
la rue YY. vers 00h10.
− A 00h35, NN. et le dénommé «MM.» sont ressortis ensemble de l’immeuble. A
00h40, ils ont récupéré l’Opel Omega et ont quitté les lieux à bord de cette voi-
ture.
- 41 -
− Entre 00h53 et 00h57, K., NN., KK., α.A. et le dénommé «MM.» sont rentrés
séparément à l’appartement situé à la rue ZZ..
3.3.6 Il est établi dans le rapport précité du 9 décembre 2009 de la PJF que la porte
palière de l’appartement de C. a été fortement endommagée. Toutefois, celle-ci n’a
pas pu être forcée, malgré plusieurs tentatives.
3.3.7 Le 26 janvier 2010, C. a déposé plainte pour tentative de vol par effraction et a été
entendu le jour même par la police judiciaire genevoise (MPC 10-00-2350 ss). Selon
les indications figurant sur la plainte, les auteurs ont tenté de forcer la serrure de la
porte palière de son appartement à l'aide d'un outil plat. Ils ont arraché la poignée et
la plaquette de protection de la serrure et ont endommagé la porte palière. Le mon-
tant du dommage a été estimé à CHF 4'000.-. Lors de son audition, C. a expliqué
être actif dans le commerce de bijoux et qu'il lui arrivait d'en entreposer certains
dans le coffre-fort de son appartement, avant de les déposer à la banque. Il a allé-
gué avoir été absent lors de la tentative de cambriolage commise entre les 4 et
5 novembre 2009 et qu'aucun objet de grande valeur ne s'était trouvé dans son ap-
partement à ce moment-là.
α.A., lors de ses auditions, a toujours nié son implication dans cette tentative de
cambriolage.
3.3.8 Le mode opératoire utilisé lors des événements du 15 septembre 2009 (voir supra
consid. 3.2 ss) est similaire à celui utilisé lors de la tentative de vol commise entre
les 4 et 5 novembre 2009 à Genève. α.A., avec d’autres membres, se sont rendus
dans l'appartement situé à la rue ZZ., à Genève. Peu avant le déroulement de la
tentative de vol de l'appartement de C., KK. et OO. ont stationné l'Opel Omega im-
matriculée en France à proximité de cet appartement. Cette voiture était l'une de
deux avec lesquelles K. et α.A. étaient arrivés à Genève en septembre 2009. Lors
du déroulement de cette tentative, α.A. s'est entretenu par téléphone à plusieurs re-
prises avec les différents intervenants. Successivement avec celui qui faisait le guet,
puis avec ceux qui se trouvaient à l’intérieur et enfin avec K.. Le nombre de ces
conversations, l’horaire à laquelle elles ont eu lieu et leur teneur montrent que α.A. a
assumé la direction des opérations sur place. Ainsi, il a observé l'entrée de l'im-
meuble où était situé l'appartement de C. et a donné des instructions par téléphone
sur les actions à exécuter «Non, mec, nous ne partons nulle part, je pense qu’elle
ne nous a pas vu. Nous attendons qu’il n’y soit personne, mec!» (conversation
n° 14, MPC 09-00-0505 s.), «tout va bien (textuellement: tout est propre). N’ayez
peur de rien, allez-y. Tout va excellemment, je te le jure!» (conversation n°16, MPC
09-00-0513), «Oui, oui, c’est calme, on entend (sic!) que cela se calme encore etO
on y entrera de nouveau» (conversation n° 21, MPC 09-00-0528»).
- 42 -
Il ressort de ces circonstances que α.A. s'est pleinement associé à l'organisation de
cette tentative de vol et qu'il a assumé un rôle essentiel lors de l'exécution de celle-
ci, en se chargeant de la direction des opérations. La planification et le déroulement
de cette tentative démontrent une action concertée et une répartition des tâches
entre les différents protagonistes précités.
3.3.9 Sur le plan subjectif, le mode opératoire de la tentative de vol commise entre les
4 et 5 novembre 2009 démontre l'intention de α.A. de s'associer pleinement à l'or-
ganisation et à l'exécution d’un vol par effraction. En effet, la teneur des conversa-
tions mises dans leur contexte démontrent que l’intéressé avait volonté et cons-
cience de s’impliquer dans la réalisation d’un vol par effraction avec ses comparses.
De plus, les dommages causés à la porte palière de C. démontrent que les per-
sonnes qui ont tenté de pénétrer dans l’appartement ont tout entrepris pour arriver à
leurs fins (voir supra consid. 3.3.6). Son implication essentielle dans la commission
de ces infractions démontre qu'il a agi de manière intentionnelle et dans un dessein
d'appropriation et d'enrichissement illégitime.
3.3.10 Il résulte également des faits décrits précédemment que le critère de la bande est
réalisé aussi ici. Les actes délictueux ont été commis de manière organisée par α.A.
et les autres protagonistes. Toutes les personnes ont manifesté la volonté de
s'associer, par une répartition des tâches, en vue de commettre ces infractions. On
doit constater l'existence d'une organisation et d'une collaboration d'une certaine in-
tensité entre α.A. et les autres protagonistes en vue de commettre des vols. Sur le
plan subjectif, α.A. s'est intentionnellement associé à ces personnes dans le but de
commettre des vols.
Par conséquent, les conditions essentielles objectives et subjectives de l’infraction
de vol en bande sont réalisées dans le cas d’espèce également.
3.4 Dommages à la propriété (art. 144 CP)
3.4.1 A teneur de l'art. 144 CP, celui qui aura endommagé, détruit ou mis hors d’usage
une chose appartenant à autrui ou frappée d’un droit d’usage ou d’usufruit au béné-
fice d’autrui sera, sur plainte, puni d’une peine privative de liberté de trois ans au
plus ou d’une peine pécuniaire (al. 1).
L'atteinte réprimée à l'art. 144 CP peut consister à détruire ou à altérer la chose.
Elle peut aussi consister dans une modification de la chose qui a pour effet d'en
supprimer ou d'en réduire l'usage, les propriétés, les fonctions ou l'agrément.
L'auteur se rend ainsi coupable de dommages à la propriété dès qu'il cause un
changement de l'état de la chose qui n'est pas immédiatement réversible sans frais
ni effort et qui porte atteinte à un intérêt légitime (ATF 128 IV 250 c. 2 p. 252; COR-
- 43 -
BOZ, op. cit., n° 11 ss ad art. 144 CP et les réf.). Tel est le cas de celui qui brise une
fenêtre ou qui casse une statue en morceaux (cf. les exemples cités par CORBOZ,
ibidem, et par Philippe Weissenberger, in BK-Strafrecht II, n° 23 ad art. 144 CP).
L'infraction est intentionnelle, le dol éventuel étant toutefois suffisant (CORBOZ, op.
cit., n° 23 ad art. 144 CP et la réf.).
3.4.2 L'infraction réprimée à l'art. 144 al. 1 CP n'est poursuivie que sur plainte. Celle-ci
doit être déposée par le lésé, c'est-à-dire par le propriétaire ou le titulaire du droit
d'usage ou d'usufruit, soit le locataire (ATF 118 IV 209 consid. 3 p. 212; arrêt du Tri-
bunal fédéral 6B_622/2008 du 13 janvier 2009 consid. 5.1, ATF 128 IV 250 con-
sid. 2 p. 252; CORBOZ, op. cit., n° 25 ad art. 144 CP).
3.4.3 Si le cambrioleur cause des dégâts pour accéder à la chose qu'il convoite, les
dommages à la propriété peuvent être retenus en concours réel avec le vol (WEIS-
SENBERGER, op. cit., n° 71 ad art. 144 CP; CORBOZ, op. cit., n° 40 ad art. 144 CP et
la réf. cit.).
3.5 Les événements du 15 septembre 2009 (point 1.2.3 let. a de l'accusation)
Le MPC reproche à α.A. un rôle de coauteur pour les dommages commis sur la
porte palière de l'appartement de D., à X. (VD), pour avoir accepté pleinement et
sans réserve que L., MMM. et NNN. arrachent et cassent le cylindre de la porte pa-
lière.
Concernant la réalisation des faits reprochés, leur description a déjà été exposée au
considérant 3.2 ss ci-dessus auquel il est renvoyé par économie de procédure.
La Cour retient des circonstances exposées précédemment que α.A. s'est pleine-
ment associé à l'organisation de ce vol par effraction et qu'il a assumé un rôle es-
sentiel lors de l'exécution de celui-ci en se chargeant de la direction des opérations.
La planification et le déroulement de ces événements démontrent une action con-
certée et une répartition des tâches entre les différents protagonistes précités.
3.5.1 Sur le plan subjectif, le mode opératoire du vol commis entre le 15 septembre 2009
démontre l'intention de α.A. de s'associer pleinement à l'organisation et à l'exécution
d’un vol par effraction, acceptant ainsi pleinement les dommages commis sur ladite
porte palière. Comme décrit aux consid. 3.2 ss ci-dessus, la teneur des conversa-
tions mises dans leur contexte démontrent que l’intéressé avait volonté et cons-
cience de s’impliquer dans la réalisation d’un vol par effraction avec ses comparses
comprenant également les dommages à la propriété perpétrés pour atteindre leur
but. Son implication essentielle dans la commission de cette infraction démontre
- 44 -
qu'il a agi de manière intentionnelle et dans un dessein d'appropriation et d'enrichis-
sement illégitime.
Par conséquent, les conditions essentielles objectives et subjectives de l’infraction
de dommages à la propriété pour les événements du 15 septembre 2009 sont réali-
sées.
3.6 Les événements du 4 au 5 novembre 2009 (point 1.2.3 let. b de l'accusation)
3.6.1 Le MPC reproche à α.A. un rôle de coauteur pour les dommages commis entre les
4 et 5 novembre 2009 sur la porte palière de l'appartement de C., à Genève, pour
avoir accepté pleinement et sans réserve que NN. et le dénommé «MM.» endom-
magent la porte palière.
Concernant la réalisation des faits reprochés, leur description a déjà été exposée au
considérant 3.3 ss ci-dessus auquel il est renvoyé par économie de procédure.
3.6.2 Sur la base des faits retenus aux considérants 3.3 ss ci-dessus, la Cour de céans
considère que pour cet événement également résulte d'une décision commune
prise entre α.A. et les autres intervenants et que α.A. s'y est pleinement associé. En
collaborant intentionnellement à la tentative de commission de cette infraction, α.A.
a, sur le plan subjectif, non seulement tenu pour possible, mais également accepté
la survenance de dommages sur la porte palière de l’appartement de C..
Partant, les conditions essentielles objectives et subjectives de l’infraction de dom-
mages à la propriété pour les événements du 4 au 5 novembre 2009 sont là aussi
réalisées.
3.7 Violation de domicile (art. 186 CP)
3.7.1 Selon l'art. 186 CP, celui qui, d’une manière illicite et contre la volonté de l’ayant
droit, aura pénétré dans une maison, dans une habitation, dans un local fermé fai-
sant partie d’une maison, dans un espace, cour ou jardin clos et attenant à une mai-
son, ou dans un chantier, ou y sera demeuré au mépris de l’injonction de sortir à lui
adressée par un ayant droit sera, sur plainte, puni d’une peine privative de liberté de
trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire.
3.7.2 Le droit au domicile protégé par l'art. 186 CP appartient à celui qui détient le pouvoir
de disposer des lieux, en vertu d'un droit réel ou personnel ou encore d'un rapport
de droit public (ATF 128 IV 81 consid. 3a p. 84; 118 IV 167 consid. 1c, p. 170).
L'art. 186 CP ne définit pas le domicile mais fournit une liste d'exemples. La viola-
tion de domicile peut revêtir deux formes: soit l'auteur pénètre dans les lieux contre
- 45 -
la volonté de l'ayant droit, soit il y demeure au mépris de l'injonction de sortir à lui
adressée par l'ayant droit. Dans la première hypothèse, l'infraction est consommée
dès que l'auteur s'introduit contre la volonté de l'ayant droit dans le domaine clos. Il
y a intrusion illicite aussitôt que l'auteur pénètre dans un local sans l'autorisation de
celui qui a le pouvoir d'en disposer (ATF 128 IV 81 consid. 4a p. 85; 108 IV 33 con-
sid. 5c p. 40). La seconde hypothèse vise le cas où l'auteur se trouve déjà dans les
lieux et qu'il n'y a pas pénétré contre la volonté de l'ayant droit. L'infraction est alors
commise lorsque l'auteur ne quitte pas les lieux, malgré l'ordre intimé en ce sens
par l'ayant droit (CORBOZ, op. cit., no 15 ss ad art. 186 CP). Sur le plan subjectif, la
violation de domicile est intentionnelle, le dol éventuel étant toutefois suffisant. Non
seulement l'auteur doit pénétrer ou rester volontairement, mais il faut encore qu'il
veuille ou accepte que ce soit sans droit et contre la volonté de l'ayant droit ou
l'injonction de sortir donnée par celui-ci. Le modus operandi pour pénétrer dans les
lieux peut souvent donner des indications, dans l'appréciation des preuves, sur la
connaissance du caractère illicite de l'opération par son auteur (CORBOZ, op. cit.,
no 45 ss ad art. 186 CP et les réf.).
L'infraction réprimée à l'art. 186 CP n'est poursuivie que sur plainte. Conformément
à l'art. 30 al. 1 CP, toute personne lésée, c'est-à-dire le titulaire du bien juridique
protégé directement atteint par l'infraction peut porter plainte.
3.8 Les événements du 15 septembre 2009 (point 1.2.4 let. a de l'accusation)
3.8.1 Le MPC reproche à α.A. un rôle de coauteur pour la violation du domicile de D. le
15 septembre 2009, en ayant accepté pleinement et sans réserve que L., MMM. et
NNN. pénètrent dans l'appartement de D..
Concernant la réalisation des faits reprochés, leur description a déjà été exposée
aux considérants 3.2 ss ci-dessus auquel il est renvoyé par économie de procédure
et il est ici rappelé que D. a déposé plainte pour ces faits.
Sur la base des faits retenus par la Cour aux considérants susmentionnés, celle-ci
considère que la décision commune prise entre α.A., L., MMM. et NNN. a porté sur
l'exécution du vol commis au préjudice de D. à X. (VD) et deux d'entre eux ont pé-
nétré dans son appartement de manière illicite et contre sa volonté, le cylindre de sa
porte palière ayant été cassé et arraché. En collaborant intentionnellement à la
commission d’un vol par effraction, α.A. s’est, sur le plan subjectif, pleinement asso-
cié, avec conscience et volonté à une violation de domicile.
Les conditions essentielles objectives et subjectives de l’infraction de violation de
domicile sont ici réunies.
- 46 -
3.9 Les événements du 4 au 5 novembre 2009 (point 1.2.4 let. b de l'accusation)
Le MPC reproche à α.A. un rôle de coauteur pour la tentative de violation de domi-
cile commise entre les 4 et 5 novembre 2009 au préjudice de C., en ayant accepté
pleinement et sans réserve que NN. et le dénommé «MM.» tentent de pénétrer dans
l'appartement de C.. Concernant la réalisation des faits reprochés, leur description a
déjà été exposée aux considérants 3.3 ss ci-dessus auquel il est renvoyé par éco-
nomie de procédure. Il est rappelé ici que C. a déposé plainte pour ces faits.
3.9.1 Ainsi la Cour retient que lors de la tentative de vol commise entre les 4 et
5 novembre 2009 au préjudice de C. à Genève, NN. et le dénommé «MM.» ont ten-
té de pénétrer illicitement dans son appartement et contre sa volonté en essayant
sans succès d'en forcer la porte.
La volonté de α.A. de collaborer à la commission des événements survenus entre le
4 et le 5 novembre 2009 ressort des conversations mises en évidence ci-dessus.
α.A. a ainsi, sur le plan subjectif, non seulement tenu pour possible, mais également
accepté que ses comparses tentent de pénétrer illicitement dans l’appartement de
C. et contre sa volonté, de sorte que les conditions essentielles objectives et subjec-
tives de l’infraction de tentative de violation de domicile sont réalisées en l’espèce.
4. Les infractions reprochées à β.B.
4.1 Vols répétés et vols répétés d’importance mineure, respectivement tentative
(point 1.2.3 de l’acte d’accusation)
S’agissant des éléments constitutifs de l’infraction de vol, ils ont déjà été exposés au
consid. 3.1 ci-dessus auquel il convient de renvoyer.
Il convient de préciser que s’agissant de la qualification d’importance mineure
l'art. 172ter al. 1 CP prévoit que si l'acte ne visait qu'un élément patrimonial de faible
valeur ou un dommage de moindre importance, l'auteur sera, sur plainte, puni d'une
amende. Un élément patrimonial est de faible valeur au sens de cette disposition s'il
ne dépasse pas CHF 300.-. Le critère déterminant est l'intention de l'auteur, non pas
le résultat. L'art. 172ter CP n'est applicable que si l'auteur n'avait d'emblée en vue
qu'un élément patrimonial de faible valeur ou un dommage de moindre importance.
Lorsque l'intention de l'auteur, y compris par dol éventuel, portait sur un montant
supérieur à la valeur limite admise, l'art. 172ter CP ne trouve pas application, même
si le montant résultant du délit est inférieur à CHF 300.- (ATF 123 IV 197 consid. 2a
p. 199, 155 consid. 1a p. 156; 122 IV 156 consid. 2a p. 159 s.). Cette disposition ne
- 47 -
s'applique pas non plus en cas de vol qualifié au sens de l'art. 139 ch. 2 et 3 CP
(art. 172ter al. 2 CP).
Si une infraction n'est punie que sur plainte, toute personne lésée peut porter plainte
contre l'auteur (art. 30 al. 1 CP). La plainte pénale est une déclaration de volonté in-
conditionnelle par laquelle le lésé requiert la mise en œuvre d'une poursuite pénale.
Elle constitue une simple condition d'ouverture de l'action pénale (ATF 128 IV 81
consid. 2a p. 83). Sous l'angle des faits, le lésé peut limiter à son gré l'étendue de la
plainte, dès lors qu'il lui appartient de désigner ceux qu'il entend faire poursuivre.
Sous réserve des infractions poursuivies d'office, l'enquête et l'examen du juge ne
peuvent ainsi porter que sur les faits dont l'ayant droit se prévaut (arrêt du Tribunal
fédéral 6B_550/2009 du 24 juillet 2009 consid. 3.2). Est lésé au sens de l'art. 30
al. 1 CP le titulaire du bien juridique directement atteint par l'acte punissable; celui
qui n'est concerné qu'indirectement par l'acte punissable n'a pas la qualité de lésé
et, partant, ne peut déposer plainte (ATF 121 IV 258 consid. 2b p. 260; 118 IV 209
consid. 2 p. 211). Pour déterminer quel est le titulaire du bien juridique protégé, il
faut se référer à l'infraction en cause (ATF 121 IV 258 consid. 2c p. 260; 118 IV 209
consid. 2 p. 211). Lorsque le lésé est une personne morale, la qualité pour porter
plainte en son nom se détermine selon sa structure interne (ATF 118 IV 167 con-
sid. 1b p. 170; STOLL, in CR-CP I, n° 31 ad art. 30 CP et les réf.).
4.1.1 Les événements du 17 janvier 2009 (point 1.2.3 let. a de l'accusation)
a. Le 17 janvier 2009, vers 14h10, OOO. est entré dans la station-service DDDD.
située à W. (Malcantone TI). Quelques instants plus tard, β.B. et QQQ. sont entrés
à leur tour. Une fois à l’intérieur, β.B. et QQQ. se sont dirigés vers RRR., qui travail-
lait comme caissière, et ils ont conversé avec elle durant plusieurs minutes. Pendant
ce temps, OOO. est sorti de la station-service en emportant un carton contenant 50
cartouches de cigarettes d’une valeur de CHF 3'300.-. Ayant aperçu la manœuvre
de OOO., RRR. a alerté l'agent de sécurité SSS. qui a tenté d'interpeller OOO.. Ce-
lui-ci a alors pris la fuite en laissant tomber le carton contenant les cigarettes, lequel
a été récupéré (rapport d'enquête du 30 janvier 2009 MPC 14-02-0088 ss). Arrivée
sur les lieux peu après, la police cantonale tessinoise a procédé à l’interpellation de
β.B. et de QQQ.. Ceux-ci ont déclaré être entrés dans la station-service pour acqué-
rir des journaux, mais ont nié être impliqués dans cette tentative de vol (MPC 14-02-
0048 ss et 14-02-0057 ss). Le lendemain, la police cantonale tessinoise a procédé à
l'audition de SSS., qui a formellement identifié OOO. (alias OOO1.) sur la photogra-
phie présentée par la police (MPC 14-02-0136 s.). OOO. a été interpellé le 18 jan-
vier 2009 par la police cantonale tessinoise. Lors de son audition du même jour, il a
réfuté s’être rendu à la station-service le jour d’avant (MPC 14-02-0103 ss). Il res-
sort du procès-verbal de son interrogatoire que β.B. a été identifié sous le nom de
B1., alias dont il a reconnu l'utilisation aux débats (TPF 123.930.010).
- 48 -
b. Le 17 janvier 2009, RRR. a déposé plainte pour tentative de vol et s’est constituée
partie civile au nom et pour le compte de F. SA (MPC 14-02-0065).
c. Interrogé à ce propos le 5 mai 2011 par le MPC, β.B. a maintenu ne pas être
impliqué dans cette tentative de vol (MPC 13-13-0118), ce qu'il a confirmé aux dé-
bats.
d. La Cour retient pour établi qu'OOO., puis β.B. et QQQ. sont entrés dans la station-
service DDDD. à W. (Malcantone TI). A l'intérieur, OOO. a tenté de s'emparer d'un
carton contenant 50 cartouches de cigarettes d'une valeur de CHF 3'300.- avant de
prendre la fuite, pendant que β.B. et QQQ. parlaient avec la caissière de la station-
service. Il convient toutefois de constater que l'état de fait décrit au point 1.2.3 let. a
mentionne que β.B. a décidé, de concert avec QQQ. et OOO., de soustraire une
cinquantaine de cartouches de cigarettes le 17 janvier 2009, et qu'ils ont procédé à
des manœuvres visant à soustraire celles-ci. Toutefois, l’instruction n’a pas permis
de démontrer que β.B. s’était volontairement associé à ce projet ou qu’il ait voulu
participer à ce projet. Dans ces circonstances, la description plutôt lacunaire des
faits figurant dans l'acte d'accusation et l’absence d’autres éléments convaincants
ne permettent pas à la Cour d’ôter tout doute quant à la volonté de β.B. d’agir en
tant que auteur dans cette tentative. Le doute devant profiter au prévenu, β.B. doit
être acquitté de ce reproche.
4.1.2 Les événements du 12 mai 2009 (point 1.2.3 let. b de l'accusation)
a. Le 12 mai 2009, entre 9h45 et 10h25, un inconnu est entré dans l’appartement de
E.), à V. (TI), en l’absence de celle-ci, après avoir arraché le cylindre de la porte pa-
lière. A l’intérieur, il s’est emparé de CHF 1'370.- avant de quitter les lieux. E. a dé-
posé plainte le même jour pour vol, dommages à la propriété et violation de domicile
auprès de la police cantonale tessinoise et s’est constituée partie civile (MPC 14-02-
0001 s.).
b. Lors de son audition par la PJF le 18 mai 2010, β.B. a déclaré être l'utilisateur
principal du raccordement 10 et qu'il lui était arrivé de prêter ce téléphone à certains
de ses compatriotes (MPC 13-13-0028). β.B. a indiqué ce raccordement à la police
cantonale tessinoise lors de son interpellation le 17 janvier 2009. Il l'indiquera en-
core le 15 juillet 2009, le 16 octobre 2009, le 6 novembre 2009 et le 1er février 2010
à la police cantonale tessinoise. Dans ces circonstances, la Cour de céans tient
pour établi que β.B. est l'utilisateur principal du raccordement 10, de sorte que celui-
ci doit lui être attribué.
c. Il ressort de la mesure de surveillance technique ordonnée sur le raccordement
précité que, dans la matinée du 12 mai 2009, entre 9h25 et 10h05, β.B. s'en est
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servi pour s'entretenir à sept reprises avec un inconnu, lequel a fait usage du rac-
cordement 65. A teneur de son rapport du 15 mai 2009, la PJF a identifié cet incon-
nu comme étant un dénommé «QQ.» (MPC 10-00-0031 ss). Le 12 mai 2009 à
10h10, β.B. s'est également entretenu avec un dénommé «RR.» et, lors de cette
conversation, a mentionné qu'un certain «QQ.» allait les rejoindre. Compte tenu de
ces éléments, la Cour de céans retient que l'inconnu ayant parlé à sept reprises
avec β.B. entre 9h25 et 10h05 au moyen du raccordement 65 est le dénommé
«QQ.».
d. A teneur du rapport précité du 15 mai 2009 de la PJF, β.B. et le dénommé «QQ.»
se sont trouvés à proximité de l'appartement de E. le 12 mai 2009 entre 9h25 et
10h05. Il ressort en effet de la surveillance du raccordement 10 que lors des sept
conversations téléphoniques échangées entre 9h25 et 10h05 par β.B. et le dénom-
mé «QQ.», les antennes situées Via [^] à Locarno, Via [^] à Losone, et Via [^] à
Ascona (recte: Losone), ont été activées (MPC 10-00-0032 s.). Tandis que les deux
premières antennes sont distantes d’environ un kilomètre de l’appartement de E., la
dernière se situe à environ 500 mètres de cet appartement. Les conversations télé-
phoniques tenues par β.B. avec le dénommé «QQ.» se présentent comme suit:
e. A 9h25, le dénommé «QQ.» (ci-après: 2) a contacté β.B. (ci-après: 1) (conversation
n° 33, MPC 09-00-0570 ss):
2. Celui-là n’a pas de parkings souterrains? 1. Ecoute-moi, une dame vient d’entrer dans l’appartement, tu le sais non?! 2. Maintenant? Personne ne m’a ^ 1. Là maintenant, il y a une minute de ça. En passant par-là, une dame marchait avec plusieurs
sacs. Il y a à peine une minute, elle est entrée par cette porte d’entrée 2. Ah, oui. D’accord. 1. Tu m’as entendu? J’ai pensé que tu l’avais vu, toi aussi. Je t’ai fait signe avec la tête. J’ai
pensé que tu m’as compris. 2. Non mec, je crois que celle-là elle est fermée. 1. Un peu de prudence. Attends-moi, j’arrive.
f. A 9h29, β.B. (ci-après: 2) a appelé le dénommé «QQ.» (ci-après: 1) (conversation
n° 34, MPC 09-00-0573 ss):
1. Oui, oui ^ mec! Je t’écoute! 2. Quelqu’un vient d’entrer.
g. A 9h31, β.B. (ci-après: 2) l’a rappelé (conversation n° 35, MPC 09-00-0576 ss):
1. Oui, qu’est-ce qu’il y a? 2. Tout est tranquille, frère? 1. Il y a du monde dans le hall, donc ne bougeons pas ! 2. Prudence. Là aussi, il y a des personnes. Tout à l’heure, une dame est d’entrée. Je t’appelle
pour te le dire. Un homme vient aussi d’entrer. 1. Ça bouge dans cette baraque! Je vais ressortir et je vais aller dans une autre. 2. Oui. 1. Bien.
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h. A 9h58, β.B. (ci-après: 2) a appelé le dénommé «QQ.» (conversation n° 36, MPC
09-00-0579 ss):
1. Oui β.. 2. Frère, il y a un individu qui vient de sortir du hall. Vous l’avez vu? 1. Si quelqu’un sort c’est rien. Il te faut contrôler l’arrivée des gens. 2. Oui je surveille des entrées ^ (la suite de la phrase est incompréhensible pour des raisons
techniques). Bien alors.
i. A 9h59, β.B. (ci-après: 2) a rappelé le dénommé «QQ.» (ci-après: 1) (conversation
n° 37, MPC 09-00-0582 ss):
2. La poste vient d’arriver. Attends! Il y a un mec et il est devant l’entrée, là, où vous vous . Cet homme est sur le point d’entrer. Le facteur met les courriers dans les boîtes.
1. Ah d’accord. 2. Soyez prudent en haut !
j. A 10h03, le dénommé «QQ.» (ci-après: 2) a contacté β.B. (ci-après: 1)
(conversation n° 38, MPC 09-00-0585 ss):
2. Je suis déjà dans la baraque. Surveille donc bien, mec ! 1. Oui. Je suis attentif, frère! (le passage est incompréhensible pour des raisons techniques).
Bien alors ^ Allez ^ 2. Quoi? 1. Oui, je suis attentif. Bref, tout est tranquille jusqu’ici. 2. D’accord mec. 1. Allez mec, faites-le vite! Que Dieu vous protège !.
k. A 10h05, β.B. (ci-après: 2) a rappelé le dénommé «QQ.» (ci-après: 1) (conversation
n° 39, MPC 09-00-0588 ss):
2. Une dame avec un sac vient d’entrer. Et si elle est la propriétaire? 1. Qui?. 2. Une dame vient d’entrer avec un sac et ses courses. Elle porte un sac DENNER. Peut-être
qu’elle soit propriétaire. 1. Ok d’accord. 2. Soyez prudent! Regardez! Elle monte là !
l. A 10h10, β.B. (ci-après: 2) s’est encore entretenu avec un dénommé «RR.». Il l'a
appelé sur le raccordement 66 et lui a dit (conversation n° 40, MPC 09-00-0591 ss):
2. Viens vers le rond-point RR., là où nous sommes descendu du bus, tu te souviens non? 1. Oui. 2. Là-derrière il y a un arrêt de bus. On se retrouve à cet arrêt-là. QQ'.1, il y va lui, aussi
m. β.B. a été interrogé le 9 août 2011 par le MPC à ce sujet. Lors de cet interrogatoire,
il a été confronté aux sept conversations téléphoniques qu'il a tenues le 12 mai
2009 entre 9h25 et 10h05 avec le dénommé «QQ.» et à celle qu'il a tenue le même
jour à 10h10 avec le dénommé «RR.». Il n'a pas contesté avoir tenu ces conversa-
tions mais a réfuté avoir commis des cambriolages ou aider à en commettre (MPC
13-13-0165). Dans ces circonstances, la Cour de céans retient que les conversa-
1 même nom que QQ., orthographe différente
- 51 -
tions téléphoniques précitées doivent lui être imputées. Aux débats, β.B. a maintenu
ne pas avoir participé au cambriolage commis au détriment de E..
n. La Cour retient pour établi qu’en date du 12 mai 2009, β.B. et le dénommé «QQ.»
se sont trouvés à proximité de l’appartement de E.. Il ressort de la surveillance du
raccordement 10 utilisé par β.B. qu'entre 9h25 et 10h05, il a conversé à sept re-
prises avec le dénommé «QQ.» et que les antennes téléphoniques situées à une
distance comprise entre 500 mètres et un kilomètre de l'appartement de E. ont été
activées. A teneur de ces conversations téléphoniques, il y a lieu d’en déduire que
le dénommé «QQ.» soit entré dans un, voire plusieurs appartements situés à l'inté-
rieur d'un immeuble pour y commettre un ou des cambriolages. A 9h25, il a deman-
dé à β.B. si ces «baraques» avaient un garage souterrain; à 9h31, il a déclaré: «Je
vais ressortir et je vais aller dans une autre»; à 10h03, il a encore déclaré être à
l'intérieur et avoir demandé à β.B. de bien surveiller. S'agissant de β.B., il ne fait
aucun doute qu’il s’est chargé de surveiller les entrées et les personnes qui en-
traient, dont le postier, afin de prévenir «QQ.» de tout risque et notamment de
l’arrivée de la «propriétaire». A 9h25, β.B. l'a prévenu que «une dame [venait]
d’entrer»; à 9h25, il lui a indiqué que quelqu’un venait d’entrer; à 9h58 il l’a avisé de
la sortie d'une personne de l'immeuble; à 9h59, il l'a prévenu que le postier venait
d'arriver et qu'il était en bas de l'immeuble; à 10h05, il l'a informé qu'une femme ve-
nait de rentrer et qu'il craignait qu'elle soit «la propriétaire». A 10h10, β.B. s'est en-
core entretenu avec un dénommé «RR.». A teneur de cette conversation, il apparaît
que β.B. s'est rendu à proximité de l'appartement de E. en bus, conjointement avec
les dénommés «QQ.» et «RR.». Il ressort aussi de cette dernière conversation que
peu après 10h00, le dénommé «QQ.» était ressorti de l'immeuble et qu'avec le dé-
nommé «RR.», il allait retrouver β.B. vers un rondpoint. Compte tenu de la teneur
des conversations téléphoniques échangées entre 9h25 et 10h05 par β.B. et le dé-
nommé «QQ.» et du fait qu'ils se soient trouvés tous les deux à proximité de l'appar-
tement de E. durant l'absence de cette dernière, la Cour de céans comprend que le
dénommé «QQ.» est la personne s'étant introduite dans l'appartement de E. le
12 mai 2009 après avoir arraché le cylindre de la porte palière et qu'il est l'auteur du
vol des CHF 1'370.- dont celle-ci a été victime. En ce qui concerne β.B., la Cour de
céans estime que sa contribution à ce vol a dépassé celle d'un simple guetteur. En
effet, le nombre de conversations échangées avec le dénommé «QQ.» et leur con-
tenu indiquent qu'il s'est pleinement associé à la commission de ce vol et qu'il a
voulu l'infraction pour sienne. Sa contribution à l'exécution de ce vol apparaît en
outre essentielle, au point qu'il doit être considéré comme un participant non pas
secondaire, mais principal. Ainsi, le mode opératoire du vol commis le 12 mai 2009
démontre que β.B. s'y est pleinement associé, avec conscience et volonté, dans
une perspective de butin dont la valeur dépasse celle d'un élément patrimonial de
faible valeur.
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Sur la base des considérations qui précèdent, la Cour constate que les conditions
essentielles objectives et subjectives de l’infraction de vol sont réalisées.
4.1.3 Les événements du 19 mai 2009 (point 1.2.3 let. c de l'accusation)
a. Le 19 mai 2009 vers 9h00 du matin, β.B. s’est rendu dans le magasin G. de
Giubiasco. Alors qu’il se présentait à la caisse pour payer une bière, il a dissimulé
sous sa veste un paquet de cigarettes de marque Marlboro d’une valeur de CHF
6.90. Après avoir passé la caisse en possession de ce paquet sans l'avoir payé,
β.B. a été interpellé par un vigile, qui avait été témoin de la scène (MPC 14-02-0079
et 0080). Arrivée sur place peu après, la police cantonale tessinoise a procédé à
l’audition de β.B.. Il a déclaré avoir présenté le paquet de cigarettes à la caissière
en affirmant que celle-ci ne lui aurait fait payer que la bière (MPC 14-02-0080).
b. Le 19 mai 2009, IIII. a déposé plainte contre β.B. pour vol et s'est constitué partie
civile au nom et pour le compte de la coopérative G. (MPC 14-02-0078). Selon un
document écrit datant du 19 mai 2009 intitulé «Dichiarazione» et émanant du maga-
sin G. de Giubiasco, β.B. a restitué le paquet de cigarettes de marque Marlboro le
jour même. A teneur de l'indication figurant sur ce document, β.B. a toutefois refusé
de le signer (MPC 14-02-0085 s).
c. β.B. a été interrogé le 23 mars 2010 par la PJF et le 30 septembre 2010 par le
MPC. Lors de ces deux interrogatoires, il a affirmé avoir commis des vols dans le
canton du Tessin, en particulier des vols de cigarettes (MPC 13-13-0019 et 13-13-
0063). Le 5 mai 2011, il a reconnu devant le MPC avoir volé un paquet de cigarettes
dans le canton du Tessin (MPC 13-13-0117). Aux débats, il a reconnu ne pas avoir
payé le paquet de cigarettes le 19 mai 2009.
d. β.B. ayant reconnu l’infraction et les éléments au dossier ne laissant pas de doute
quant au fait qu’il s’agissait effectivement de lui et qu’il ait eu la volonté et la cons-
cience de s’emparer, sans payer le prix correspondant, un objet dont il connaissant
la faible valeur, il doit être admis que les conditions essentielles de l’infraction de vol
d’importance mineure au sens de l’art. 172ter CP sont réunies.
4.1.4 Les événements du 15 juillet 2009 (point 1.2.3 let. d de l'accusation)
a. Le 15 juillet 2009, entre 9h00 et 13h30, cinq bouteilles de champagne de marque
Moët & Chandon et une bouteille de champagne de marque Pommery d’une valeur
totale de CHF 238.70 ont été soustraites illicitement du magasin H. SA à San Anto-
nino (recte: Sant'Antonino). Le lendemain, JJJJ. a déposé plainte pour vol et s’est
constitué partie civile au nom et pour le compte de H .SA (MPC 14-02-0234).
- 53 -
b. Le 15 juillet 2009 vers 13h35, β.B. a été interpellé à Bellinzona par la police
cantonale tessinoise alors qu’il transportait dans un sac à dos les six bouteilles de
champagne précitées dans un état intact. Interrogé le jour même par la police, β.B.
a déclaré avoir acquis ces bouteilles à un inconnu dans la rue à Sant'Antonino, au
prix de CHF 10.- la pièce, tout en affirmant qu'il s'était douté qu’elles provenaient
d’un vol (MPC 14-02-0226). Celles-ci ont été saisies par la police et restituées au
magasin H. SA précité.
c. β.B. a été interrogé à propos des bouteilles de champagne le 5 mai 2011 par le
MPC. Lors de son interrogatoire, il a maintenu ne pas avoir volé celles-ci et a affir-
mé les avoir achetées à un inconnu dans la rue, en pensant qu'il s'agissait de bou-
teilles volées (MPC 13-13-0117 s.). Aux débats, il a admis les faits (TPF
123.930.012).
d. Sur la base de ces aveux ainsi que des pièces au dossier, la Cour constate que la
soustraction a été consommée, dans la mesure où β.B. a été interpellé en dehors
du magasin en possession de ces biens sans les avoir payés. Sur le plan subjectif,
la volonté de commettre l’infraction a été établie par les déclarations du prévenu aux
débats et, le comportement de ce-dernier indique qu'il n'avait en vue qu'un élément
patrimonial de faible valeur, au sens de l'art. 172ter CP. Etant donné qu'il n'a sous-
trait qu’un bien d'une valeur inférieure à CHF 300.-, les conditions essentielles sub-
jectives et objectives de vol d’importance mineure sont ici réalisées.
4.1.5 Les événements du 10 octobre 2009 (point 1.2.3 let. e de l'accusation)
a. Le 10 octobre 2009 vers 14h30, deux individus sont entrés ensemble dans la
station-service EEEE. à Riazzino (Tessin), et se sont approchés du comptoir. Tan-
dis que le premier était resté à proximité du comptoir, le second s'est dirigé vers un
frigidaire contenant des boissons. Il a alors interpellé FFFF., qui travaillait comme
caissière ce jour-là, et lui a posé en français des questions sur une bouteille conte-
nant du jus de fruit. Après lui avoir répondu, FFFF. est retournée à la caisse. Au
même moment, le second individu a reposé la bouteille en question dans le frigi-
daire et est ressorti de la station-service avec le premier individu d'un pas rapide,
sans que l'un ou l'autre n'ait acheté quelque chose. Quelques minutes plus tard,
FFFF. s'est aperçue que le porte-monnaie en cuir qu'elle avait laissé derrière le
comptoir avait disparu. Elle est sortie de la station-service pour tenter d'apercevoir
les deux individus précités mais ceux-ci s'étaient déjà éloignés de la station-service.
FFFF. a alors averti la police et a déposé plainte pour vol le jour même tout en se
constituant partie civile, au nom et pour le compte de J. AG, société gérante de la
station-service (MPC 14-02-0276). Selon la description qu'elle a faite à la police ce
jour-là, FFFF. a estimé la valeur du porte-monnaie qui lui a été soustrait à CHF 50.-
et a indiqué qu'il contenait CHF 1'500.- en argent liquide (MPC 14-02-0278). S'agis-
- 54 -
sant des deux individus précités, elle en a fourni une description physique. Elle a
expliqué que le premier individu portait une casquette et qu'elle était en mesure de
reconnaître l'autre, à savoir celui qui lui avait posé des questions sur une boisson
(MPC 14-02-0289).
b. Le 6 novembre 2009, la police tessinoise a procédé à l'audition de β.B. au sujet de
ce vol. FFFF. a assisté à cette audition derrière un miroir sans tain. Elle a formelle-
ment reconnu β.B. et déclaré qu'il s'agissait de l'individu qui lui avait posé des ques-
tions sur une boisson le 10 octobre 2009 (MPC 14-02-0290 et 14-02-0306). Le
6 novembre 2009, la police cantonale tessinoise a aussi soumis à FFFF. des
images provenant de l'enregistrement vidéo du 10 octobre 2009 de la caméra de
surveillance de la station-service. Sur ces images, on aperçoit un individu avec une
casquette attendre à proximité d'un comptoir (MPC 14-02-0352) et ressortir de la
station-service en compagnie d'une autre personne (MPC 14-02-0351, 0354 et
0355). A la vue de ces images, FFFF. a expliqué que la personne qu'elle a identi-
fiée, à savoir β.B., l'avait distraite en lui posant des questions en français pendant
que l'autre personne, soit celle avec la casquette, s'était emparée du porte-monnaie.
Elle a encore indiqué à la police ne pas être en mesure d'identifier l'individu muni de
la casquette (MPC 14-02-0290). A ce propos, il ressort du rapport du 5 décembre
2009 de la police cantonale tessinoise que, sur la base des images précitées, la po-
lice a identifié l'individu à la casquette comme étant selon toute vraisemblance
GGGG., lequel a été impliqué dans d'autres vols commis dans le canton du Tessin
(MPC 14-02-0261).
c. GGGG. a été interrogé le 5 novembre 2009 par la police tessinoise (MPC 14-02-
0308 ss). Il a déclaré loger à l'Albergo LLL., à Y. (Tessin), et être ami avec «β.»,
avec qui il se rend à l'Antenne Icaro, à Muralto, afin de recevoir de la méthadone.
Sur question de la police, il a déclaré ne jamais s'être arrêté à Riazzino et ne pas
être entré dans la station-service EEEE. le 10 octobre 2009. Après avoir été con-
fronté aux images vidéos précitées, il a affirmé ne pas connaître les deux personnes
qui y sont représentées.
d. Lors de son interrogatoire le 6 novembre 2009 par la police cantonale tessinoise
(MPC 14-02-0304 ss), β.B. a déclaré loger dans la chambre n°15 de l'Albergo LLL.,
à Y. (Tessin), et connaître GGGG. pour se rendre avec lui à Muralto pour des visites
médicales. Sur ce point, il ressort du rapport du 27 mai 2011 de l'Antenne Icaro, à
Muralto, que β.B. a suivi un traitement à la méthadone du 19 février au 6 décembre
2009 auprès de cette antenne (voir supra consid. I.2). La Cour de céans retient dès
lors que les visites médicales mentionnées par β.B. concernent ce traitement à la
méthadone et qu'il est le dénommé «β.» dont a fait mention GGGG.. Lors de son in-
terrogatoire par la police cantonale tessinoise, β.B. a expliqué qu'il s'était rendu à
Riazzino un ou deux mois en arrière pour faire des courses mais ne pas se souvenir
- 55 -
s'il avait déjà été dans cette localité avec GGGG.. Il a aussi allégué qu'il était pos-
sible qu'il soit entré dans la station-service EEEE. le 10 octobre 2009, car il lui arri-
vait d'entrer dans les stations-services pour acheter de quoi manger ou boire. Lors
de cet interrogatoire, β.B. a été confronté aux images vidéos précitées. Il a déclaré
que la personne sans casquette lui ressemblait sans pour autant dire qu'il s'agissait
de lui, et a allégué qu'il ne connaissait pas l'autre personne apparaissant sur ces
images. Il a affirmé ne pas être impliqué dans le vol commis le 10 octobre 2009,
même après avoir été avisé par la police que FFFF. l'avait formellement identifié.
Sur question de la police, il a confirmé qu'il s'exprimait en français en s'adressant à
une personne, faute de savoir parler en italien. Lors de cet interrogatoire, il a indiqué
à la police cantonale tessinoise que le raccordement de son téléphone portable était
le 10 (MPC 14-02-0304). Le 5 mai 2011, β.B. a été interrogé par le MPC. Lors de
cet interrogatoire, il a maintenu ne pas être impliqué dans le vol commis le 10 oc-
tobre 2009 (MPC 13-13-0118). Aux débats, β.B. a reconnu s'être rendu dans la sta-
tion-service EEEE. le 10 octobre 2009 en compagnie d'une autre personne, tout en
indiquant que ni lui, ni cette personne n'avait volé quelque chose.
e. Compte tenu de la déclaration faite par β.B. aux débats et de son identification par
FFFF., la Cour de céans considère qu'il est l'une des deux personnes qui sont en-
trées dans la station-service EEEE. à Riazzino le 10 octobre 2009 vers 14h30.
Quant à l'autre personne, soit celle munie d'une casquette, il s'agit très probable-
ment de GGGG., comme indiqué par la police cantonale tessinoise dans son rap-
port du 5 décembre 2009. En effet, il ressort d'une part des actes de la cause qu'il a
logé à l'Albergo LLL., à Y. (Tessin), à quelques chambres de celle occupée par β.B..
D'autre part, il a lui-même déclaré s'être rendu avec β.B. à l'Antenne Icaro à Muralto
pour y recevoir de la méthadone à plusieurs reprises compte tenu de la durée du
traitement suivi par β.B.. Ces éléments démontrent que β.B. et GGGG. se connais-
saient et qu'il leur arrivait de se déplacer ensemble, ce qui explique la présence de
GGGG. aux côtés de β.B. le 10 octobre 2009. Au vu de tous ces éléments, la Cour
de céans n’a pas de raison de douter que GGGG. est la personne aux côtés de β.B.
dans la station-service EEEE. à Riazzino le 10 octobre 2009 vers 14h30 et qui s'est
emparée du porte-monnaie en cuir que FFFF. avait laissé derrière le comptoir.
f. Forte des pièces au dossier relevées ci-dessus, la Cour de céans estime que β.B. a
volontairement distrait FFFF. par des questions futiles afin de permettre à son com-
parse, GGGG., de s'emparer du porte-monnaie laissé derrière le comptoir et conte-
nant CHF 1'500.-. Cette façon d'agir démontre une décision délictuelle commune
prise par β.B. et son comparse. Cela étant, la Cour est assurée du fait que la contri-
bution de β.B. a été essentielle à la réalisation de l’infraction. Il en découle que son
rôle a été d’une importance telle qu’il doit être considéré comme un participant prin-
cipal.
- 56 -
g. Sur le plan subjectif, le mode opératoire ressortant des faits survenus le 10 octobre
2009 – comme ceux du 12 mai 2009 – démontre l'intention de β.B. de collaborer ac-
tivement et de manière déterminante à l'exécution de ce vol. Son implication dans la
commission de cette infraction indique qu'il a agi de manière intentionnelle ainsi que
dans un dessein d'appropriation et d'enrichissement illégitime. Enfin, il devait forte-
ment présumer que le porte-monnaie utilisé par une caissière de station-service
contenait plus de CHF 300.-, de sorte que son intention a porté sur un montant su-
périeur à cette limite, à tout le moins par dol éventuel.
h. Dans ces circonstances, les conditions essentielles subjectives et objectives du vol
commis le 10 octobre 2009 au détriment de J. AG sont réalisées dans le cas
d’espèce.
4.1.6 Les événements du 16 octobre 2009 (point 1.2.3 let. f de l'accusation)
a. Le 16 octobre 2009 vers 11h15, β.B. s’est rendu dans le magasin I. SA à
Bellinzona. Une fois entré dans le magasin, il s’est dirigé vers le rayon parfumerie,
où il s’est entretenu avec une vendeuse. Peu après, il a, sans être remarqué, dissi-
mulé dans la manche gauche de sa veste un parfum de marque Giorgio Armani,
modèle «Armani Code», d’une valeur de CHF 127.-, avant de ressortir du magasin
sans payer. Il a été interpellé par la police quelques instants plus tard à la gare de
Bellinzona. Lors de son audition par la police le jour même, β.B. a reconnu avoir in-
tentionnellement dissimulé le parfum dans sa veste afin de le voler (MPC 14-02-
0242). Le parfum a été saisi par la police et restitué au magasin I. SA. Lors de son
interrogatoire par la police cantonale tessinoise, β.B. a indiqué posséder deux télé-
phones portables, dont les raccordements sont le 10 et le 25 (MPC 14-02-0241).
b. Le 16 octobre 2009, KKKK. a déposé plainte pour vol et s'est constitué partie civile
au nom et pour le compte de I. SA (MPC 14-02-0239).
c. Le 5 mai 2011, β.B. a été interrogé par le MPC et a reconnu le vol de parfum
commis le 16 octobre 2009 (MPC 13-13-0117 ss), ce qu'il a confirmé également aux
débats. Sur la base de ces aveux, dont la Cour n’a pas de raison de douter, et des
éléments au dossier, cette même Cour a acquis la conviction que β.B. avait la vo-
lonté de ressortir du magasin en emportant le parfum sans l’avoir payé, soit un bien
d’importance mineure.
Les conditions essentielles objectives et subjectives de l’infraction de vol
d’importance mineure sont ainsi réalisées.
- 57 -
4.1.7 Les événements du 1er février 2010 (point 1.2.3 let. g de l'accusation)
a. Le 1er février 2010 vers 12h40, β.B. s’est rendu dans le magasin G. à Vezia. Après
avoir dissimulé une bouteille de whisky d’une valeur de CHF 39.95 sous sa veste, il
est sorti du magasin sans payer celle-ci. β.B. a été interpellé par un agent de sécuri-
té à la sortie du négoce. Avertie, la police cantonale tessinoise est arrivée sur place
quelques instants plus tard. Lors de son interrogatoire le jour même par la police,
β.B. a reconnu les faits (MPC 14-02-0371). La bouteille de whisky a été saisie et
restituée intacte au magasin G. de Vezia.
b. Le 1er février 2010, LLLL. a déposé plainte contre β.B. pour vol et violation de
domicile et s’est constitué partie civile au nom et pour le compte de la coopéra-
tive G. (MPC 14-02-0362). A teneur des observations figurant en annexe à cette
plainte, celle-ci a été déposée à l'encontre de β.B. pour violation de domicile à la
suite de deux avertissements rendus antérieurement (MPC 14-02-0363).
c. Il ressort de cet état de fait ainsi que des aveux de β.B. − dont la Cour n’a pas de
raison de douter − que ce dernier a agi de manière intentionnelle pour s'approprier
des biens de faible valeur. La soustraction a été consommée, dans la mesure où
β.B. a été interpellé à la sortie du magasin, respectivement après avoir passé la
caisse, en possession de ces biens sans les avoir payés. Sur le plan subjectif, le
comportement de β.B. indique qu'il n'avait en vue qu'un élément patrimonial de
faible valeur, au sens de l'art. 172ter CP, étant donné qu'il n'a soustrait qu’un bien
d'une valeur inférieure à CHF 300.-.
d. Compte tenu de ce qui précède, les conditions essentielles subjectives et objectives
de l’infraction de vol d’importance mineure sont réalisées pour ces faits également.
4.2 Dommages à la propriété (art. 144 CP)
S’agissant des considérations au sujet de l’infraction de dommages à la propriété et
des éléments essentiels de la réalisation de celle-ci, ils sont exposés ci-dessus (voir
supra consid. 3.4.1) et il y est fait renvoi par économie de procédure.
4.2.1 Les événements du 12 mai 2009 (point 1.2.4 let. a de l'accusation)
Le MPC reproche à β.B. un rôle de coauteur pour les dommages commis le 12 mai
2009 sur la porte palière de l'appartement de E., à V. (TI), pour avoir accepté plei-
nement et sans réserve que le dénommé «QQ.» endommage cette porte. Concer-
nant la réalisation des faits reprochés, leur description a déjà été exposée au consi-
dérant 4.1.2 ss ci-dessus auquel il est renvoyé par économie de procédure.
- 58 -
a. La Cour retient dès lors que pendant le vol commis le 12 mai 2009, le dénommé
«QQ.» a arraché le cylindre de la porte palière de l'appartement de E.. Celle-ci a
déposé plainte le jour même, notamment pour dommages à la propriété. La Cour de
céans a retenu au considérant 4.3 que β.B. s'est pleinement associé à la commis-
sion de ce vol et qu'il a contribué de manière essentielle à son exécution. Par le
mode opératoire choisi, β.B. avait pleinement accepté que soit commis non seule-
ment un vol mais également des dommages à la propriété afin d’entrer dans
l’appartement. Dans ces circonstances, il a tenu pour possible que le dénommé
«QQ.» endommage la porte palière de E. et a accepté ce résultat, au point d'appa-
raître comme coauteur des dommages à la propriété subis par celle-ci. Le mode
opératoire de ce vol indique également que β.B. a tenu pour possible et accepté
que ces dommages dépassent le seuil de l'art. 172ter CP.
En conséquence, les conditions essentielles objectives et subjectives de l’infraction
de dommages à la propriété sont ici réalisées.
4.3 Violation de domicile (art. 186 CP)
S’agissant des considérations au sujet de l’infraction de violation de domicile et des
éléments essentiels de la réalisation de celle-ci, ils sont exposés ci-dessus (voir su-
pra consid. 3.7 ss) et il y fait renvoi par économie de procédure.
4.3.1 Les événements du 12 mai 2009 (point 1.2.5 let. a de l'accusation)
Le MPC reproche à β.B. un rôle de coauteur pour la violation du domicile de E.,
pour avoir accepté pleinement et sans réserve que le dénommé «QQ.» pénètre
dans l'appartement de E..
Concernant la réalisation des faits reprochés, leur description a déjà été exposée au
considérant 4.1.2 ss ci-dessus auquel il est renvoyé par économie de procédure.
Lors du vol commis le 12 mai 2009, le dénommé «QQ.» a arraché le cylindre de la
porte palière de l'appartement de E. et a violé le domicile de cette dernière. La Cour
de céans a retenu au considérant 4.3 que β.B. s'est pleinement associé, avec cons-
cience et volonté, à la commission de ce vol et qu'il a contribué de manière essen-
tielle à son exécution, acceptant le mode opératoire qui impliquait des dommages à
la propriété et une violation de domicile. Dans ces circonstances, il a, sur le plan
subjectif, accepté que le dénommé «QQ.» pénètre illicitement dans l'appartement
de E. et contre sa volonté. Il apparaît ainsi comme coauteur de la violation de domi-
cile commise à son préjudice.
- 59 -
Ainsi, pour cet état de fait, la Cour retient que les conditions essentielles objectives
et subjectives de l’infraction de violation de domicile sont réunies.
4.3.2 Les événements du 1er février 2010 (point 1.2.5 let. b de l'accusation)
a. Il ressort de l’instruction que β.B. s'est rendu dans le magasin G. de Vezia le
1er février 2010 vers 12h40 et a dissimulé sous sa veste une bouteille de whisky.
Pour ces faits, il a été reconnu coupable de vol d'importance mineure (voir supra
consid. 4.1.7).
b. A teneur de la plainte déposée le 1er février 2010, la direction commerciale du
magasin G. de Vezia a porté plainte pour vol et pour violation de domicile (MPC 14-
02-0362). Il est établi que cette plainte a été déposée à la suite de l'interdiction d'en-
trée remise le 19 mai 2009 à β.B. par la direction commerciale du magasin G. de
Giubiasco, et qui était valable dès cette date et durant une période de deux ans
pour tous les points de vente des magasins G. (MPC 14-02-0368). Cette pièce con-
tient en outre une clause indiquant qu'en cas de non-respect de cette interdiction, la
direction commerciale se réservait le droit de le «dénoncer» pour violation de domi-
cile, au sens de l'art. 186 CP. Sur cette pièce figure le numéro du permis de séjour
de type «N», dont une copie est au dossier (MPC 14-02-0370). Ce numéro a non
seulement été reporté sur l'interdiction d'entrée du 19 mai 2009, mais également sur
le document du même jour intitulé «Dichiarazione» et dont il a été fait mention ci-
dessus.
c. La Cour retient ainsi que le 1er février 2010, β.B. s'est rendu dans le magasin G. de
Vezia, alors qu'il s'était vu remettre le 19 mai 2009 une interdiction d'entrée valable
dès cette date et durant deux ans pour tous les points de vente des magasins G..
Sur le plan subjectif, la Cour retient que β.B. savait qu'il ne pouvait plus se rendre
dans les points de vente de cette enseigne et qu’il a fait fi de cette interdiction. Il a
ainsi agi intentionnellement et s'est introduit de manière illicite et contre la volonté
de la direction commerciale dans le magasin G. de Vezia le 1er février 2010.
Fondée sur ce qui précède, la Cour constate que les conditions essentielles objec-
tives et subjectives de l’infraction de violation de domicile sont réunies.
4.4 Recel d’importance mineure (art. 160 CP) (ch. 1.2.6 de l’acte d’accusation)
A teneur de l'art. 160 ch. 1 CP, celui qui aura acquis, reçu en don ou en gage, dis-
simulé ou aidé à négocier une chose dont il savait ou devait présumer qu’un tiers
l’avait obtenue au moyen d’une infraction contre le patrimoine sera puni d’une peine
privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire (al. 1). Le receleur
- 60 -
encourra la peine prévue pour l’infraction préalable si cette peine est moins sévère
(al. 2).
Le recel est punissable parce qu'il a pour effet de perpétuer, au préjudice de la vic-
time du premier délit, l'état de chose contraire au droit que cette infraction a créé
(ATF 127 IV 79 consid. 2b p. 83). Le comportement délictueux consiste à accomplir
l'un des trois actes de recel énumérés limitativement par l'art. 160 ch. 1 al. 1 CP, à
savoir l'acquisition, dont la réception en don ou en gage ne sont que des variantes,
la dissimulation et l'aide à la négociation d'une chose dont l'auteur sait ou doit pré-
sumer qu'un tiers l'a obtenue au moyen d'une infraction contre la patrimoine (ATF
128 IV 23 consid. 3c p. 24). Le point de savoir si l'auteur du délit préalable a été
poursuivi ou puni est sans pertinence. Il suffit que l'acte initial réalise les conditions
objectives d'un comportement pénalement répréhensible (ATF 101 IV 402 consid. 2
p. 405 et les réf.). Comme en matière de blanchiment d'argent (art. 305bis CP), la
preuve stricte de l'acte préalable n'est pas exigée (cf. ATF 120 IV 323 consid. 3d
p. 328; arrêt du Tribunal fédéral 6B_141/2007 du 24 septembre 2007 consid. 3.3.3;
arrêt du Tribunal fédéral 6B_728/2010 du 1er mars 2011 consid. 2.2). Il suffit que la
valeur patrimoniale soit issue avec certitude d'un délit contre le patrimoine. Le recel
peut se concevoir même lorsque l'auteur de l'acte préalable est inconnu, si la
preuve peut être rapportée que le possesseur actuel d'une chose ne peut l'avoir ac-
quise que d'un voleur inconnu (arrêt du Tribunal fédéral 6B_728/2010 du 1er mars
2011 consid. 2.2 et les réf.). Selon le texte de la loi, l’infraction préalable doit être
commise par un tiers. En d’autres termes, l’auteur ou le coauteur de l’infraction
préalable ne peut pas être le receleur de son propre butin (ATF 111 IV 51 con-
sid. 1.b, HENZEKIN/ MASSOURI in CR-CP II, 2017, n° 21 ad art. 160).
Le recel est une infraction intentionnelle, le dol éventuel étant toutefois suffisant.
Ainsi, il suffit que l'auteur sache ou doive présumer, respectivement qu'il accepte
l'éventualité que la chose provienne d'une infraction contre le patrimoine (CORBOZ,
op. cit., n 48 ad art. 160 CP). Il en va ainsi lorsque les circonstances suggèrent le
soupçon de la provenance délictueuse (ATF 129 IV 230 consid. 5.3.2 p. 236 s.;
ATF 119 IV 242 consid. 2b p. 247; arrêt du Tribunal fédéral 6B_728/2010 du
1er mars 2011 consid. 2.2).
En l’espèce, il est reproché à β.B. d’avoir entre le 15 juillet 2009 et le 15 mars 2010,
au Tessin, acquis d’un inconnu dans la rue, six bouteilles de champagne, soustraite
le 15 juillet 2009 au magasin H. SA, alors qu’il devait savoir qu’elles avaient été ob-
tenues à la suite d’un vol. Or, revenant sur ses déclarations, β.B. a, lors des débats
et comme exposés ci-dessus (voir supra consid. 4.1.5), admis avoir volé lesdites
bouteilles. L’infraction de recel ne pouvant être retenue si pour les mêmes faits
l’infraction de vol a été réalisée, β.B. doit dès lors être acquitté de cette infraction.
- 61 -
4.5 Infractions à la loi sur les stupéfiants (art. 19 et 19a LStup)
A titre préliminaire, il y a lieu de relever qu'une nouvelle teneur de l'art. 19 LStup est
entrée en vigueur le 1er juillet 2011 (RO 2009 2623). Quelques modifications maté-
rielles ont été apportées à cette disposition, parmi lesquelles la possibilité d'atténuer
la peine en cas d'actes préparatoires (art. 19 al. 3 let. a LStup) et la suppression de
la faute par négligence (art. 19 ch. 3 aLStup) (FF 2006 8179 s. ch. 3.1.11.3 et
ch. 3.1.11.4). Le nouveau droit semblant ainsi plus favorable, l'art. 19 LStup est ap-
pliqué dans sa nouvelle teneur (art. 2 al. 2 CP).
Selon l'art. 19 al. 1 let. d LStup, est puni d'une peine privative de liberté de trois ans
au plus ou d’une peine pécuniaire celui qui, sans droit, possède, détient ou acquiert
des stupéfiants ou s’en procure de toute autre manière. A teneur de l'art. 19 al. 2
let. a LStup, l’auteur de l’infraction est puni d’une peine privative de liberté d’un an
au moins, cette sanction pouvant être cumulée avec une peine pécuniaire, s’il sait
ou ne peut ignorer que l’infraction peut directement ou indirectement mettre en dan-
ger la santé de nombreuses personnes. L'art. 19a ch. 1 LStup dispose quant à lui
que celui qui, sans droit, aura consommé intentionnellement des stupéfiants ou celui
qui aura commis une infraction à l’art. 19 LStup pour assurer sa propre consomma-
tion est passible de l’amende.
L'art. 19 al. 1 LStup constitue une infraction de mise en danger abstraite. L'auteur
est punissable dès qu'il a accompli l'un des actes considérés comme dangereux que
la loi réprime, sans qu'il y ait à prouver que cela ait conduit effectivement à une con-
sommation de stupéfiants ou à rendre une personne toxicomane (CORBOZ, op. cit.,
n° 16 ad art. 19 LStup). Cette disposition énumère de nombreux actes et la com-
mission d'un seul d'entre eux suffit à réaliser l'infraction (ATF 133 IV 187 consid. 3.2
p. 193). La production, le transport, le stockage, la distribution et la possession de
stupéfiants étant en principe prohibés, la mention «sans droit» figurant à l'art. 19
al. 1 LStup signifie que l'auteur ne se trouve pas dans l'une des situations où, par
exception, l'acte est autorisé en vertu d'une disposition spéciale de la LStup (COR-
BOZ, op. cit., n° 18 ad art. 19 LStup). S'agissant des actes prohibés, l'art. 19 al. 1
let. d LStup réprime tant l'aliénation que l'acquisition de stupéfiants, peu importe le
fondement juridique de l'acquisition; il peut ainsi s'agir aussi bien d'un achat que
d'un échange. En revanche, l'art. 19 al. 1 LStup ne réprime pas la consommation
elle-même. Celle-ci ne constitue qu'une contravention (art. 103 ss CP) visée par
l'art. 19a LStup, de même que tous les actes mentionnés à l'art. 19 al. 1 LStup que
l'auteur commet dans le seul but d'assurer sa consommation personnelle (CORBOZ,
op. cit, n° 43 ad art. 19 LStup). En effet, n'importe quel acte mentionné à l'art. 19
al. 1 LStup, s'il est destiné seulement à la consommation personnelle, tombe sous
le coup de l'art. 19a LStup (ATF 108 IV 196 consid. 1 p. 198). Il faut cependant que
l'acte soit destiné exclusivement à permettre à l'auteur de se procurer de la drogue
- 62 -
pour sa propre consommation. L'application de l'art. 19a LStup est en conséquence
exclue si l'acte conduit ou peut conduire à la consommation par un tiers (ATF 119 IV
180 consid. 2a p. 183).
Sur le plan subjectif, l'infraction est intentionnelle. L'intention doit porter sur tous les
éléments constitutifs de l'infraction. L'auteur doit adopter volontairement le compor-
tement prohibé et il doit savoir que des stupéfiants sont en cause et qu'il n'est pas
au bénéfice de l'une des autorisations prévues par la loi, le dol éventuel étant suffi-
sant (ATF 126 IV 198 consid. 2 p. 201).
Par renvoi de l'art. 26 LStup, les dispositions générales du Code pénal relatives à la
prescription sont applicables. En tant que contravention, l'action pénale de l'art. 19a
LStup se prescrit par trois ans (art. 109 CP, applicable par renvoi de l'art. 26 LStup).
β.B. est accusé de s’être rendu le 4 janvier 2010 vers 11h50, au Parco Ciani, à Lu-
gano, pour acquérir de l’héroïne et d’avoir, entre le 29 juin 2009 et le 4 janvier 2010,
au moins, intentionnellement consommé au moins 108 grammes d’héroïne.
S’agissant de l’acquisition, le dossier d’instruction démontre que β.B. aurait acquis
auprès d’un inconnu 0.9 grammes d’héroïne au prix de CHF 70.-, avant d’être inter-
pellé par la police cantonale tessinoise. β.B. a reconnu les faits lors de son audition
par la police le jour même (MPC 14-02-0249). Lors de cette audition, il a également
déclaré consommer annuellement environ 36 grammes d’héroïne. Sur la base de
ses déclarations, la police cantonale tessinoise a estimé dans son rapport du 4 jan-
vier 2010 que β.B. avait acquis et consommé 108 grammes d’héroïne entre le
4 janvier 2007 et le 4 janvier 2010 au moins, ce que β.B. a confirmé en apposant sa
signature sur ledit rapport (MPC 14-02-0250).
Interrogé au sujet de sa consommation d’héroïne le 23 mars 2010 par la PJF, β.B. a
déclaré avoir consommé 1 gramme d'héroïne par mois durant les douze derniers
mois (MPC 13-13-0020). Le 5 mai 2011, il a réfuté devant le MPC avoir consommé
108 grammes d'héroïne entre le 4 janvier 2007 et le 4 janvier 2010, comme retenu
par la police cantonale tessinoise dans son rapport du 4 janvier 2010 (MPC 13-13-
0120). Aux débats, β.B. a reconnu avoir consommé de l'héroïne mais en faible
quantité sans toutefois pouvoir chiffrer précisément la quantité consommée.
La Cour retient dès lors pour établi que β.B. a acquis 0.9 grammes d'héroïne à Lu-
gano le 4 janvier 2010 pour assurer sa propre consommation. Les conditions objec-
tives des art. 19 al. 1 let. d et 19a ch. 1 LStup sont dès lors réalisées. Toutefois, la
Cour retient que l’infraction de consommation ne peut être retenue dans la mesure
où dite consommation est déjà considérée dans le cadre de l’acquisition pour sa
- 63 -
propre consommation (arrêt du Tribunal pénal fédéral SK.2011.10 du 26 août 2011
consid. 2.1).
Sur le plan subjectif, β.B. a agi intentionnellement car il savait qu'il n'était pas au bé-
néfice de l'une des autorisations prévues par la loi.
Fondé sur ce qui précède, la Cour retient que toutes les conditions essentielles de
l’infraction d’acquisition de stupéfiants pour sa propre consommation sont réalisées.
4.6 Blanchiment d’argent aggravé répété (art. 305bis ch. 2 let. a CP) point 1.2.2 de
l’acte d’accusation
À teneur de l'art. 305bis CP, celui qui aura commis un acte propre à entraver
l’identification de l’origine, la découverte ou la confiscation de valeurs patrimoniales
dont il savait ou devait présumer qu’elles provenaient d’un crime ou d’un délit fiscal
qualifié, sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une
peine pécuniaire (ch. 1). Dans les cas graves, la peine sera une peine privative de
liberté de cinq ans au plus ou une peine pécuniaire. En cas de peine privative de li-
berté, une peine pécuniaire de 500 jours-amende au plus est également prononcée.
Le cas est grave notamment lorsque le délinquant agit comme membre d’une orga-
nisation criminelle (ch. 2 let. a).
Le comportement délictueux consiste à entraver l'accès de l'autorité pénale au butin
d'un crime, en rendant plus difficile l'établissement du lien de provenance entre le
crime et la valeur patrimoniale. Il peut être réalisé par n'importe quel acte propre à
entraver l'identification de l'origine, la découverte ou la confiscation de la valeur pa-
trimoniale provenant d'un crime (ATF 136 IV 188 consid. 6.1; 122 IV 211 consid. 2;
119 IV 242 consid. 1a). Ainsi, le fait de transférer des fonds de provenance crimi-
nelle d'un pays à un autre constitue un acte d'entrave s’il est susceptible
d’empêcher leur confiscation dans le pays destinataire (arrêt du Tribunal fédéral
6B_453/2017 du 16 mars 2018 consid. 7.2.2 in fine). De même, le recours au
change est un moyen de parvenir à la dissimulation de l'origine criminelle de fonds
en espèces, qu'il s'agisse de convertir les billets dans une monnaie étrangère ou
d'obtenir des coupures de montants différents (ATF 136 IV 188 consid. 6.1 et la réf.
citée). La question de savoir si l'on se trouve en présence d'un acte d'entrave doit
être tranchée de cas en cas, en fonction de l'ensemble des circonstances. Ce qui
est déterminant, c'est que l'acte, dans les circonstances concrètes, soit propre à en-
traver l'accès des autorités de poursuite pénales aux valeurs patrimoniales prove-
nant d'un crime. Il n'est pas nécessaire qu'il l'ait effectivement entravé; en effet, le
blanchiment d'argent est une infraction de mise en danger abstraite, punissable in-
dépendamment de la survenance d'un résultat (ATF 128 IV 117 consid. 7a; 127 IV
20 consid. 3a; arrêt du Tribunal fédéral 6B_1021/2008 du 20 mai 2009 consid. 2.1).
- 64 -
En matière de blanchiment, comme dans le domaine du recel, la preuve stricte de
l'acte préalable n'est pas exigée. Il n'est pas nécessaire que l'on connaisse en détail
les circonstances du crime, singulièrement son auteur, pour pouvoir réprimer le
blanchiment. Le lien exigé entre le crime à l'origine des fonds et le blanchiment d'ar-
gent est volontairement ténu (ATF 138 IV 1 consid. 4.2.2; 120 IV 323 consid. 3d; ar-
rêt du Tribunal fédéral 6B_659/2014 du 22 décembre 2017 consid. 7.5).
Pour qu’il y ait blanchiment, il faut toutefois que les valeurs patrimoniales en cause
proviennent d'un crime. Le crime doit être la cause essentielle et adéquate de
l’obtention des valeurs patrimoniales et ces valeurs doivent provenir typiquement du
crime en question. En d'autres termes, il doit exister entre le crime et l'obtention des
valeurs patrimoniales un rapport de causalité tel que la seconde apparaît comme la
conséquence directe et immédiate du premier (ATF 137 IV 79 consid. 3.2; 138 IV 1,
consid. 4.2.3.2.). L'art. 305bis CP règle de manière uniforme le blanchiment des va-
leurs patrimoniales provenant de crimes. Malgré les liens étroits existant entre cette
disposition et les normes relatives à la confiscation (art. 69 à 72 CP), l'art. 305bis CP
ne prévoit pas expressément de régime spécifique pour les actes susceptibles d'en-
traver la confiscation des biens d'une organisation criminelle. Le Tribunal fédéral n'a
pas tranché définitivement la question de savoir si la présomption de l'art. 72 CP
suffit à établir l'origine criminelle des fonds trouvés en possession d'un membre
d'une organisation criminelle pour l'application de l'art. 305bis CP (ATF 138 IV 1 con-
sid. 4.2.3.2). Aussi, dans les cas où il y a eu mélange de valeurs provenant pour
certaines d’activités légales d’une organisation criminelle et pour d’autres d’activités
illégales, il n’est pas possible de conclure à l’origine criminelle de l’ensemble des
fonds. Dans ces situations, la dissimulation ou même l’administration courante de
ces valeurs patrimoniales qui sont dans le pouvoir de l’organisation criminelle est
susceptible de constituer un acte de soutien au sens de l’art. 260ter CP et non un
acte de blanchiment. Cela étant, le Tribunal fédéral se montre particulièrement
souple lorsqu’il apparaît que les valeurs patrimoniales sont issues de l’activité d’une
organisation criminelle. Il considère en effet que si la présomption de l'art. 72 CP ne
devait pas permettre de faciliter la preuve du blanchiment, il n'y aurait pas lieu, en
matière de blanchiment des valeurs patrimoniales d'une organisation criminelle, de
poser des exigences plus strictes en relation avec l'existence du crime préalable
qu'en ce qui concerne les autres cas de blanchiment. Même si la participation ou le
soutien à une organisation criminelle ne constituent pas encore, à eux seuls, un
crime préalable au sens de l'art. 305bis CP, il n'est pas nécessaire d'exiger des pré-
cisions excessives quant aux crimes commis par l'organisation, ni la démonstration
d'un lien de causalité naturelle et adéquate entre chacun de ces crimes individuali-
sés et les valeurs patrimoniales blanchies. Le lien nécessairement ténu exigé par la
jurisprudence est dès lors suffisamment établi lorsqu'il est prouvé que des crimes
ont été commis dans le cadre de l'organisation et que les valeurs patrimoniales pro-
viennent de cette dernière. Il suffit, même si la provenance criminelle n'est qu'indi-
- 65 -
recte, que soit donné un rapport de causalité naturelle et adéquate entre les crimes,
considérés globalement, et les valeurs patrimoniales (ATF 138 IV 1 consid. 4.2.3.2).
Sous l’angle de la causalité naturelle, en matière de blanchiment, cela conduit à re-
chercher si le crime préalable est une condition nécessaire, mais pas forcément suf-
fisante, de l’obtention des valeurs patrimoniales. Dans le contexte particulier du
blanchiment des valeurs patrimoniales d'une organisation criminelle, il faut se de-
mander si les valeurs patrimoniales en cause auraient pu être obtenues sans les
crimes commis par l'organisation (ATF 138 VI 1 consid. 4.2.3.3).
L'infraction de blanchiment est intentionnelle, le dol éventuel étant suffisant. L'auteur
doit vouloir ou accepter que le comportement qu'il choisit d'adopter soit propre à
provoquer l'entrave prohibée. Au moment d'agir, il doit s'accommoder d'une réalisa-
tion possible des éléments constitutifs de l'infraction. L'auteur doit également savoir
ou présumer que la valeur patrimoniale provenait d'un crime. À cet égard, il suffit
qu'il ait connaissance des circonstances faisant naître le soupçon pressant de faits
constituant légalement un crime et qu'il s'accommode de l'éventualité que ces faits
se soient produits (arrêt du Tribunal fédéral 6B_729/2010 du 8 décembre 2011 con-
sid. 4.5.1 [consid. non publié aux ATF 138 IV 1]; ATF 122 IV 211 consid. 2e; 119 IV
242 consid. 2b). Il y a dol éventuel lorsque l'auteur envisage le résultat domma-
geable, mais agit néanmoins, parce qu'il s'en accommode pour le cas où il se pro-
duirait, même s'il ne le souhaite pas (ATF 133 IV 9 consid. 4.; 131 IV 1 consid. 2.2).
4.7 Les versements effectués entre mars 2009 et octobre 2009 (point 1.2.2 let. a de
l'accusation)
4.7.1 Le MPC reproche à β.B. d’avoir effectué notamment, entre le 21 mars 2009 et le
12 octobre 2009, des actes de blanchiment d’argent, sachant que les montants en-
voyés provenaient de vols ou de la revente d’objets volés pour un total d’au moins
CHF 1'259.20.
4.7.2 Il ressort du dossier que β.B. a effectué plusieurs versements en faveur de
personnes se trouvant soit en Suisse, soit en Géorgie, sous son alias B1.. Ainsi, le
21 mars 2009, il a versé, par l'intermédiaire de Western Union à Lugano, le montant
de CHF 880.- en faveur de MMMM., lequel résidait tout comme lui à l'Albergo LLL.,
à Y. (Tessin) (MPC 07-05-0037 et 07-05-0038). Le 10 avril 2009 et toujours par
l'intermédiaire de Western Union à Lugano, il a versé le montant de CHF 271.70 en
faveur de NNNN., lequel logeait également à l'Albergo LLL., à Y. (Tessin) (MPC 07-
05-0037 et 07-05-0038) et enfin le 12 octobre 2009, par l’intermédiaire de Western
Union à Bellinzona, le montant de CHF 107.50 en faveur de HHHH., en Géorgie.
4.7.3 A teneur de la quittance de Western Union, β.B. a payé ce jour-là un montant total
de CHF 128.60, lequel comprend le montant de CHF 107.51 et une taxe de
- 66 -
CHF 21.- (MPC 07-06-0075). A teneur du rapport du 21 juillet 2010 de la PJF sur
l'exploitation des transferts d'argent (MPC 10-00-1498), HHHH. serait la mère de
GGGG., soit la personne également soupçonnée d’avoir participé aux événements
du 10 octobre 2009 (voir supra consid. 4.1.5).
4.7.4 Lors de son interrogatoire le 23 mars 2010, β.B. a déclaré avoir envoyé à quatre ou
cinq reprises de l'argent à l'étranger, notamment en Géorgie. Il a précisé avoir agi
de la sorte pour venir en aide à des tiers en raison du fait qu’il possédait un permis
N. Il a déclaré qu'il ne savait pas d'où provenaient les fonds reversés (MPC 13-13-
0020). Aux débats, il a reconnu l’envoi de tous ces montants et a précisé qu’il ne
connaissait pas la personne qui lui avait demandé de faire verser ces montants
mais qu’il l’avait fait pour l’aider en raison du fait qu’il possédait un permis N. Sur
questions de la Cour, il a déclaré que cet argent n’était pas à lui.
S’agissant de l’origine des valeurs patrimoniales transférées, la Cour relève que
s’agissant de sa situation financière, β.B. a expliqué percevoir CHF 90.- par mois ou
CHF 3.- par jour de l'aide sociale et recevoir de temps en temps entre CHF 100.- et
200.- de EE., depuis la Russie, par l'intermédiaire de Western Union. Aux débats, il
a expliqué recevoir environ EUR 150.- par mois d'EE. en Grèce et bénéficier en
outre de l'aide financière d'une maîtresse, laquelle aurait subvenu à ses besoins. Le
soutien financier d'EE. semble corroboré par le rapport sur l'exploitation des trans-
ferts d'argent du 21 juillet 2010 de la PJF, à teneur duquel β.B. a perçu, entre le
8 janvier 2009 et le 1er mars 2010, un montant total de CHF 2'534.51 provenant de
différents versements effectués en sa faveur, principalement depuis la Grèce et de
DD. et EE. (MPC 10-00-1498), ce qui représente une moyenne d'un peu moins de
CHF 170.- par mois. Le 16 mars 2010, il a expliqué à la PJF que les frais du loge-
ment qu'il occupe à l'Albergo LLL. étaient pris en charge par une association carita-
tive tessinoise. Le 23 mars 2010, il a encore expliqué à la PJF recevoir CHF 17.- de
l'aide sociale le dimanche, étant donné que le repas ne lui était pas offert ce jour-là,
et que EE. habitait à Thessalonique, en Grèce. Ainsi, le prévenu n’avait pas de
biens, de fortune, ni même de revenus légaux, hormis le montant mensuel qu’il per-
cevait de l’aide sociale suisse. Il ressort par ailleurs de la présente procédure que
β.B. volait, régulièrement. Par conséquent, rien ne permet de croire que les valeurs
patrimoniales en question provenaient exclusivement de l’aide sociale que lui-même
ou ses compatriotes percevaient, ce d’autant moins si l’on tient compte des mon-
tants, parfois élevés des versements effectués. De plus, tant l’identité des per-
sonnes à qui les montants ont été versés et que les montants laissent plus que cir-
conspecte la Cour quant à la nature de ces paiements. Toutefois, le dossier de la
cause ne contient aucun élément de fait qui permettrait d’établir, même de manière
tenue, la preuve d’un acte criminel préalable. En effet, l’instruction n’apporte pas
d’éléments qui permettraient à la Cour de relier ces versements directement à des
actes illicites. Dans la mesure où les art. 260ter CP et les 305bis CP sont complémen-
- 67 -
taires, les agissements de β.B. seront dès lors examinés ci-dessous (vois infra con-
sid. 5 ss).
β.B. doit être acquitté de ce reproche.
4.8 Les versements effectués entre janvier 2009 et mars 2011 (point 1.2.2 let. b de
l'accusation)
4.8.1 Le MPC reproche à β.B. d’avoir effectué, entre janvier 2009 et mars 2011, des actes
de blanchiment d’argent en tant que membre d’une organisation criminelle. Il aurait
versé notamment un montant de CHF 800.- pour deux mois le 27 septembre 2009
et un montant de CHF 1'200.- pour trois mois le 30 décembre 2009. β.B. aurait re-
mis ces montants à K. lors de ses déplacements à Genève les 27 septembre 2009
et 30 décembre 2009. Ces deux montants correspondraient aux contributions des
membres de l'organisation criminelle de la région du Tessin à la caisse commune
de cette organisation.
4.8.2 Dans le cadre de ces faits, le motif pour lesquels ces montants ont été versés et le
contexte de ces versements semblent permettre effectivement un rattachement
avec une organisation criminelle, élément qui sera discuté ci-dessous. Toutefois,
l’instruction ne permet pas d’établir, là non plus, l’origine criminelle de ces montants.
Aucun élément ne permet de relier les montants litigieux à la commission d'infrac-
tions même si leur origine n’est pas établie. Les agissements de β.B. ne peuvent
ainsi, en l’état, remplir les conditions d’actes de blanchiment. En effet, même si le
fait qu'il se soit déplacé du Tessin à Genève pour remettre ces montants en mains
propres à K. pourrait être qualifié d’acte de nature à rendre plus difficile l'établisse-
ment du lien de provenance entre ces montants et des éventuelles infractions, la
preuve d’un lien, même tenu, avec un éventuel crime préalable n’a pas été appor-
tée.
Partant, β.B. est acquitté de cette infraction.
5. Participation à une organisation criminelle (art. 260ter CP)
À teneur de l'art. 260ter CP, celui qui aura participé à une organisation qui tient sa
structure et son effectif secrets et qui poursuit le but de commettre des actes de vio-
lence criminels ou de se procurer des revenus par des moyens criminels, celui qui
aura soutenu une telle organisation dans son activité criminelle, sera puni d’une
peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire (ch. 1). Est
également punissable celui qui aura commis l’infraction à l’étranger si l’organisation
- 68 -
exerce ou doit exercer son activité criminelle en tout ou en partie en Suisse. Dans
ce cas, l’art. 3 al. 2 CP est applicable (ch. 3).
Cette infraction suppose d'abord l'existence d'une organisation criminelle. Il s'agit
d'une notion plus étroite que celle de groupe, de groupement au sens de l'art. 275ter
CP ou de bande au sens des art. 139 ch. 3 al. 2 et 140 ch. 3 al. 2 CP; elle implique
l'existence d'un groupe structuré de trois personnes au minimum, généralement
plus, conçu pour durer indépendamment d'une modification de la composition de
ses effectifs et se caractérisant, notamment, par la soumission à des règles, une ré-
partition des tâches, l'absence de transparence ainsi que le professionnalisme qui
prévaut aux différents stades de son activité criminelle; l’on songe notamment aux
groupes de type mafieux, aux groupements terroristes, etc. (ATF 132 IV 132 con-
sid. 4.1.2; TPF 2008 80 consid. 4.2.1; Message du 30 juin 1993 concernant la modi-
fication du code pénal suisse et du code pénal militaire, FF 1993 III 269, p. 289 s.;
ENGLER, in Basler Kommentar Strafrecht II, op. cit., n. 6 s. ad art. 260ter CP; TRECH-
SEL/VEST, in TRECHSEL/PIETH, Schweizerisches Strafgesetzbuch, Praxiskommentar,
3e éd. 2018, n. 3 s. ad art. 260ter CP et les réf. citées). Il faut ensuite que cette orga-
nisation tienne sa structure et son effectif secrets. La discrétion généralement asso-
ciée aux comportements délictueux ne suffit pas; il doit s'agir d'une dissimulation
qualifiée et systématique, qui ne doit pas nécessairement porter sur l'existence de
l'organisation elle-même mais sur la structure interne de celle-ci et le cercle de ses
membres et auxiliaires (Message, op. cit., FF 1993 III 269, p. 290 s.; ENGLER, op.
cit., n. 8 ad art. 260ter CP et les réf. citées; TRECHSEL/VEST, op. cit., n. 5 ad art. 260ter
CP et les réf. citées). Il faut en outre que l'organisation poursuive le but de com-
mettre des actes de violence criminels ou de se procurer des revenus par des
moyens criminels. Le dessein criminel doit être le but propre de l'organisation, dont
l'activité doit concerner pour l'essentiel – mais non pas exclusivement – la commis-
sion de crimes, c'est-à-dire en tout cas d'infractions que le droit suisse qualifie de
crimes au sens de l’art. 10 al. 2 CP. Sont notamment visées les infractions constitu-
tives de crimes contre le patrimoine et les crimes prévus par la loi fédérale sur les
stupéfiants (ATF 132 IV 132 consid. 4.1.1; Message, op. cit., FF 1993 III 269, p. 291
s.; ENGLER, op. cit., n. 9 et 11 ad art. 260ter CP et les réf. citées).
Le comportement de l’art. 260ter CP consiste soit à participer à une organisation
criminelle, soit à soutenir une telle organisation dans son activité criminelle. Parti-
cipe à une organisation criminelle celui qui y est intégré et y déploie une activité
concourant à la poursuite du but criminel de celle-ci. Cette activité ne doit pas né-
cessairement être illégale ou réaliser les éléments constitutifs d'une infraction; il suf-
fit qu’elle serve directement au but de l’organisation. Elle peut notamment consister
à fournir une aide logistique qui serve directement le but de l'organisation. À titre
d'exemple, la jurisprudence cite le fait de fournir des renseignements ou de mettre à
disposition des moyens opérationnels, tels que des véhicules, des moyens de
- 69 -
communication ou des aides financières. Il n'est pas nécessaire que le participant
exerce une fonction dirigeante; une fonction subalterne peut suffire. La participation
peut être de nature informelle; elle peut aussi être tenue secrète (ATF 142 IV 175
consid. 5.4.1; 133 IV 58 consid. 5.3.1; 132 IV 132 consid. 4.1.3 et les arrêts cités).
Le participant doit être impliqué dans l'organisation et non simplement fournir une
aide à cette dernière. Il peut intervenir à différents stades, tels que la planification, la
préparation, l'exécution ou la surveillance des crimes, ou encore se borner à gérer
les fonds obtenus et faire en sorte qu'ils soient blanchis (ENGLER, op. cit., n. 12 ad
art. 260ter CP; CORBOZ, op. cit., n. 7 ad art. 260ter CP). Contrairement au participant,
celui qui soutient une organisation criminelle n'est pas intégré à la structure de celle-
ci. Le soutien implique une contribution consciente visant à favoriser l'activité crimi-
nelle de l'organisation. La livraison d’arme, l’administration des valeurs patrimo-
niales ou tout autre aide logistique fournie par des personnes externes à
l’organisation tombent sous le coup de l’art. 260ter ch. 1 al. 2 CP (ATF 142 IV 175
consid. 5.4.2; 133 IV 58 consid. 5.3.1; 132 IV 132 consid. 4.1.4).
Sur le plan subjectif, l'infraction est intentionnelle, le dol éventuel étant suffisant.
Ainsi, l'auteur doit savoir ou du moins accepter l'éventualité que soient réunis les
faits caractérisant une organisation criminelle (CORBOZ, op. cit., n. 9 ad art. 260ter
CP; ENGLER, op. cit., n. 14 ad art. 260ter CP). Il n'est pas nécessaire qu'il soit au
courant des crimes concrètement commis par l'organisation. Il suffit que l'auteur se
rende compte et accepte que l'organisation commette des infractions qui dépassent
le cadre de simples contraventions (Message, op. cit., FF 1993 III 269, p. 294). De
plus, à l’enseigne du dol éventuel, il suffit en outre que l’auteur envisage que son
comportement puisse servir le but criminel de l'organisation (ATF 132 IV 132 con-
sid. 4.1.4; Message, op. cit., FF 1993 III 269, p. 294).
Selon la jurisprudence, l'art. 260ter CP revêt un caractère subsidiaire: si la participa-
tion ou le soutien de l'auteur à l'organisation criminelle s'épuise dans une infraction
concrète qu’il est possible de démontrer, il ne doit être puni que pour sa participation
à cette infraction. Le concours réel entre cependant en considération si la participa-
tion ou le soutien à l'organisation ne relève pas entièrement de l’infraction détermi-
née (ATF 132 IV 132 consid. 4.2; arrêt du Tribunal fédéral 6B_262/2007 du 13 août
2007 consid. 8.1.3). Tel est par exemple le cas lorsque quelqu'un procure des
moyens financiers à une organisation criminelle en sachant que seule une partie
des fonds sera consacrée à un attentat déterminé alors que le reste servira à
d'autres infractions, dans lesquelles la participation du financier ne pourra être éta-
blie (Message, op. cit., FF 1993 III 269, p. 296). Le message précise en outre que
l'art. 305bis ch. 2 let. a CP, qui sanctionne le blanchiment d’argent commis par des
membres d’une organisation criminelle, est une lex specialis et l’art. 260ter CP est
donc subsidiaire par rapport à cette disposition (Message, FF 1993 III 269, p. 294,
v. ég. ENGLER, op. cit, n. 24 ad art. 260ter CP et les réf. citées).
- 70 -
L'art. 260ter CP vise l'incrimination individuelle d'actes qui, parce qu’ils sont commis
au sein d'une organisation, sont difficilement imputables à des individus. Cette dis-
position permet ainsi de réprimer la participation ou le soutien à une organisation
criminelle dans les cas où la division extrêmement poussée des tâches et les me-
sures de dissimulation adoptées par l'organisation empêchent de prouver la partici-
pation de ses membres à des infractions déterminées. Les critères traditionnels
d'imputabilité basés sur la responsabilité pénale individuelle ne sont en effet d'aucun
secours lorsque la personne qui prête son concours à une infraction agit en tant que
maillon aisément interchangeable d'une organisation criminelle que la pérennité et
l'opacité des structures, fondées sur une division très poussée des tâches, rendent
pratiquement impénétrables (Message, op. cit., FF 1993 III 269, p. 287; DE VRIES
REILINGH, La répression des infractions collectives et les problèmes liés à l'applica-
tion de l'art. 260ter CP relatif à l'organisation criminelle, notamment du point de vue
de la présomption d'innocence, in RJB 2002 p. 290).
5.1 Existence de l’organisation criminelle
5.1.1 Connue sous le nom de «Voleurs dans la loi» («Vor V Zakone»), cette organisation
structurée et hiérarchisée est née dans les années 1930 dans certaines régions de
l'ancienne Union soviétique, dont la Géorgie, et s'est exportée dans divers pays
européens au cours de la première décennie du XXIe siècle, à la suite notamment
des importants changements politiques et législatifs survenus à la fin de l'ère sovié-
tique (arrêt de la Cour correctionnelle de Genève ACC/56/10 du 22 octobre 2010 [ci-
après: ACC/56/10] consid. 1 p. 31, MPC 18-01-0088; arrêt de la Cour de cassation
de Genève ACAS/32/11 du 17 mai 2011 [ci-après: ACAS/32/11], p. 2 ss, jugement
du Tribunal correctionnel de l’arrondissement de Lausanne du 11 mai 2012, TPF
123.280.006-058; ordonnance pénale du 25 avril 2016 du MPC, TPF 123.280.059-
066; PRADEL/DALLEST, La Criminalité organisée, Droit français, droit international et
droit comparé, Paris 2012, p. 80). L'existence de cette organisation, sa qualification
d'organisation criminelle au sens de l'art. 260ter CP et son implantation en Suisse ont
été admises par les autorités judiciaires genevoises et vaudoises à plusieurs re-
prises (ACC/56/10 consid. 1 p. 32 et les trois arrêts cantonaux cités, MPC 18-01-
0089 ss; et jugement du Tribunal correctionnel de l’arrondissement de Lausanne in
TPF 123.280.006-058 et ordonnance pénale du 25 avril contre JJJ. in TPF.
123.280.059-066). Il ressort des considérants de ces arrêts cantonaux, en particulier
de l'arrêt ACC/56/10 précité, que cette organisation est composée à sa base
d'hommes âgés entre 18 et 40 ans, généralement toxicomanes, appelés les «gar-
çons». Ceux-ci agissent en petits groupes hiérarchisés composés d'individus prove-
nant d'une même région. Ils commettent des délits, essentiellement des cambrio-
lages, et se déplacent d'un lieu à l'autre. A leur tête se trouve un chef, lui-même
sous l'autorité de supérieurs hiérarchiques (les «Vory V Zakone» ou «Voleurs dans
la loi»). Ce chef local est souvent secondé par le gardien de la caisse commune
- 71 -
(appelée «obschak») de l'organisation, dont les tâches consistent à collecter de l'ar-
gent auprès des membres pour renflouer la caisse commune, à gérer les conflits
entre membres, à organiser des réunions ainsi que le recel des bijoux et objets vo-
lés, à informer les chefs des activités des membres de l'organisation et à répondre
aux besoins des compatriotes incarcérés (vêtement, argent, drogue). Si, à l'origine,
l'argent collecté servait à corrompre les gardiens ou à aider les familles des prison-
niers, ses fonctions sont aujourd'hui multiples, à savoir, entre autres, renflouer les
chefs, fournir des avocats aux personnes arrêtées, acheter de la drogue ou fournir
des téléphones portables et des recharges.
5.1.2 Par arrêt du 22 octobre 2010 rendu dans la cause ACC/56/10, la Cour
correctionnelle de Genève a condamné dix individus, dont neuf d'origine géor-
gienne, parmi lesquels TT.. Ce dernier a été reconnu coupable de blanchiment d'ar-
gent aggravé, de vol, d'infractions à l'art. 19 ch. 1 LStup et de participation à une or-
ganisation criminelle, et condamné à une peine privative de liberté de six ans (MPC
18-01-0152). En substance, la Cour correctionnelle de Genève a retenu que TT. dit
«TT1.» était un membre important de l'organisation criminelle liée aux «Voleurs
dans la loi», au sein de laquelle il a occupé la fonction de «gardien» pour l'ensemble
du territoire suisse de la caisse commune appelée «obschak», auquel les «gar-
diens» des diverses régions devaient rendre des comptes. Il devait lui-même référer
de ses activités à ses supérieurs hiérarchiques installés à l'étranger et s'est notam-
ment chargé, personnellement ou par l'intermédiaire de subordonnés, de l'envoi
d'argent à l'étranger (MPC 18-01-0106). La Cour correctionnelle de Genève a déduit
l'implication de TT. dans cette organisation criminelle et son rôle pivot sur la base de
plusieurs éléments, notamment sur la base des sommes d'argent qu'il a fait parvenir
aux responsables de l'organisation installés en Espagne et de l'intense activité télé-
phonique qu'il a déployée avec ces derniers, en particulier avec β.P, PP. et HH. dit
«HH1.», de ses contacts téléphoniques avec les «gardiens» des autres régions de
Suisse, de son évocation de la «liste» – à savoir la comptabilité des sommes
payées par les membres de l'organisation –, de son appel à l'assistance d'individus
munis de papiers d'identité pour procéder à des transferts d'argent, de sa préoccu-
pation du sort de détenus et de l'aide qu'il leur a fournie sous la forme d'argent ou
de drogue, de son intervention pour régler des problèmes ou de son intention de le
faire, de sa participation à des vols ou de son intention d'écouler des objets de va-
leur, et du fait que les nouveaux venus devaient s'annoncer auprès de lui (MPC 18-
01-0103 ss). Lors de son audition par la Cour correctionnelle de Genève, TT. a sou-
tenu qu'il était intervenu pour faire rapatrier en Géorgie les corps de compatriotes
décédés et qu'il avait participé au financement de ces rapatriements conjointement
avec d'autres compatriotes en Suisse (MPC 18-01-0076). Ses explications n'ont tou-
tefois pas été retenues par la Cour correctionnelle.
- 72 -
5.1.3 Ainsi, l'existence de cette organisation, sa qualification d'organisation criminelle au
sens de l'art. 260ter CP et son implantation en Suisse ont été admises et établies à
plusieurs reprises, y compris par la Cour de céans dans ses jugements des 28 juin
2012 (SK.2012.2 dans la mesure où ce jugement concerne K. et L.), 8 et 16 no-
vembre 2016 (SK.2016.16 et SK.2016.18).
5.1.4 Selon le jugement SK.2012.2, en substance, les responsables de l’organisation
établis en Espagne avaient choisi K. pour reprendre, à Genève, la place laissée va-
cante suite à l’arrestation, le 5 mai 2009, de TT.. En tant que responsable («gar-
dien») de la caisse commune de leur organisation criminelle pour l’ensemble du ter-
ritoire suisse et de la région de Suisse romande, K. avait notamment pour tâche de
collecter les contributions mensuelles des membres de l’organisation destinées à la
caisse commune («obschak» ou «saherto»), puis de les faire parvenir aux dirigeants
de celle-ci établis en Espagne. Il était secondé dans cette tâche par des compa-
triotes en charge des trois autres régions helvétiques, à savoir la Suisse centrale, la
Suisse orientale et le Tessin. La Cour a également retenu que K. était impliqué dans
l'organisation et la participation à des vols et tentatives de vols et qu’il aurait tenté
d'écouler des valeurs patrimoniales provenant d'infractions contre le patrimoine. Il
avait en outre servi l’organisation en se renseignant sur le sort de détenus et en
donnant des consignes pour leur fournir de l'aide, essentiellement financière, ainsi
qu’en intervenant dans les règlements des litiges concernant l'organisation. Il était la
personne à laquelle les nouveaux venus devaient s'annoncer et était compétent
pour autoriser ses subordonnés à emprunter de l'argent provenant de la caisse
commune (SK.2012.2 consid. 12.3.).
5.2 Les actes reprochés à β.B. dans le cadre de l’organisation criminelle
Le MPC reproche à β.B. d’avoir, entre janvier 2009 au moins et janvier 2011, en
Suisse, au Tessin en particulier, participé à une organisation criminelle liée à aux
«Vory v Zakone» décrite ci-dessus. Le MPC lui reproche un rôle de membre actif
qui se serait exprimé de diverses manières analysées ci-dessous.
5.2.1 La fonction de responsable régional de l'organisation criminelle et de collecteur des
contributions
La police a procédé, lors de l’arrestation de α.A., à la perquisition de plusieurs ob-
jets, lesquels ont ensuite été remis au MPC. Il s'agit notamment d’une grande quan-
tité de montres de luxe et de téléphones ainsi que d’une liste faisant état de mon-
tants, de dates et de personnes (voir supra consid. E.1 à E.3). Il convient de com-
mencer par qualifier cette liste.
- 73 -
L’instruction a démontré que K. s'est rendu en Espagne en août 2009 (SK.2012.2,
consid. 12.3.1 let. c), qu'il y a rencontré des membres de l’organisation criminelle et
qu’à son retour à Genève, le mois suivant, K. (ci-dessous: 1) a transmis des direc-
tives à β.B. (ci-dessous: 2), le 14 septembre 2009 à 11h37 (conversation n° 80,
MPC 09-00-0771 ss):
1. (^) j’ai eu une conversation avec nos frères en Espagne. Ceci, réuni de tout le monde^ pour moi, cela fait beaucoup frère !
(^) 1. si vous pouvez, chacun de votre côté de garder l’argent de deux ou trois mois^ 2. Et bien moi, j’ai !... mais oui pour cela il n’y a pas de soucis, mais j’ai l’argent de deux mois et
bientôt je vais avoir pour le troisième mois. J’aurais donc l’argent de trois mois réunis et c’est à ce moment là je pourrais venir. Tu as compris?
1. Alors il faudra en parler. Hier, je suis rentré d’Espagne tu comprends mon frère et bien je ne vais pas prendre le tien seul pour le porter là-bas. Tout, il fait tout réunir ensemble..
(^) 1. Tu m’as compris?! Je leur ai dit que la police avait déjà débarqué chez moi. Donc, en ce mo-
ment-là je ne peux pas le garder ici: Ils m’ont alors dit de faire comme la situation l’exige.  celui de deux ou trois mois ça va, mais de toute la Suisse ça fait beaucoup mec^
S’agissant de ladite liste retrouvée au domicile de α.A., sur la première page figu-
rent les indications qu’en date du 27 septembre 2009, «β.» a remis 450.- francs et
350 francs pour le Canton du Tessin. Le montant total de 800.- francs fait partie de
la somme de CHF 4'330.- (ou EUR 2'855.20) remis à K., qui a confirmé la réception
de ce montant au moyen de sa signature. En effet, sur la troisième page de cette
liste figurent deux signatures manuscrites en-dessous du nom «K1.». L’instruction a
démontré qu’il s’agissait des signatures de K. (MPC 10-00-1267 et jugement
SK.2012.2 consid. 12.3.2, p. 193).
Toujours sur la troisième page, il est indiqué que K. a remis au dénommé «CC.» un
montant de CHF 4'330.- (ou EUR 2'855.20) le 29 ou le 30 septembre 2009 pour qu'il
l'achemine à «HH1.» en Espagne, soit HH.. Ce fait est corroboré par la conversation
téléphonique tenue le 30 septembre 2009 à 10h47 entre K. (ci-après: 1) et HH. (ci-
après: 2), au moyen des raccordements téléphoniques 26 et 61 (conversation n° 96,
MPC 09-00-0836 ss).
2. Qui doit amener «ceci»? 1. CC., c’est CC. mon frère. C’est lui qui avait «ceci» à Zurich. (^) 2. Oui. Cela correspond à quatre mois ce que tu lui as donné? 1. Oui, il y a pour un mois, le mois de septembre provenant d’un seul Canton. Il y en a deux de
deux mois provenant de Zurich et^ comment ça s’appelle^ Bref, note pour toute la Suisse deux de deux mois et un de trois mois. Il est sur moi tu le sais de quoi je parle^
(^) 2. C’est combien? Quelle est la somme? 1. Il y a, en tout 2'854 euros et 20 centimes. Ce qui fait 4'330.- francs. Je l’ai changé en euros.
(^)
Le déplacement du dénommé «CC.» en Espagne ressort aussi d'une conversation
téléphonique tenue le 7 octobre 2009 à 16h35 entre K. et β.B., au moyen des rac-
cordements téléphoniques 26 (appelé) et 25 (appelant), ce dernier raccordement
- 74 -
étant le deuxième numéro de β.B. (voir supra consid. 4.7.1). Lors de cette conversa-
tion, β.B. a demandé à K. si «CC.» était parti, ce à quoi K. a répondu par l'affirma-
tive en précisant qu'il avait «tout amené là-bas» (conversation n° 111, MPC 09-00-
0926 ss).
Un mode de collecte similaire a eu lieu entre décembre 2009 et janvier 2010, où un
montant de CHF 5'810.- correspondant à une nouvelle période de trois mois a
été collecté. Ce montant se compose des contributions de la région du Tessin ap-
portées par β.B. (CHF 1'200.-), de celles de la région de Berne apportées par le dé-
nommé «EEE.» (CHF 1'250.-), de celles de la région de Genève apportées par le
dénommé «KK.» (CHF 2'000.-) et de celles de la région de Zurich apportées par le
dénommé «K1. de Koutaissi» (CHF 1'360.-). Un montant de CHF 50.- a encore été
collecté le 21 janvier 2010, portant ainsi le total amassé à CHF 5'860.- (pages 4 et 5
de la liste, voir consid. E.3).
Cette collecte est d’ailleurs confirmée par la conversation du janvier 2010 à 18h52
entre K. (ci-après: 2) et PP. (conversation n° 100, MPC, 09-00-0868).
2. J’ai l’argent suisse et je pense que vous ne voulez pas les francs suisses?! 1. Non, non 2. Donc, je fais comme je l’avais fait l’autre jour^ 1. Non, non je n’ai pas besoin de francs suisses, j’aime les euros, les euros mon pote. Je n’ai
pas besoin de francs suisses. (^) 1. Il y en a combien? 2. Bref, il y a donc 5810 francs, les 5810.- francs !
S'agissant en particulier de la région du Tessin, β.B. a reconnu, le 18 mai 2010 de-
vant la PJF (MPC 13-13-0034) avoir donné un montant de CHF 1'200.- en dé-
cembre 2009 et avoir apposé sa signature sur le haut de la quatrième page de la
liste, en-dessous de la rubrique «IT. Cant. Tessin. β. a apporté pour trois mois
CHF 1'200 Fr». β.B. s'est justifié en indiquant que cette liste concernait une collecte
pour le rapatriement des corps de compatriotes décédés, propos repris par α.A..
S’agissant de cet alibi, la Cour ne le retient pas pour crédible. En effet, β.B. n’a pas
été en mesure d’expliquer qui était décédé, ni de quelle manière l’argent serait utili-
sé pour le rapatriement ni pour quelle raison il fallait l’emmener en Espagne. De
plus, ce même prétexte a été utilisé, en vain, par TT. (voir supra consid. 5.2.1, p. 78
et MPC 18-01-0076). Enfin, rien dans le dossier ne permet d’accréditer cette thèse
et tout tend à démontrer que cette explication n’est qu’alibi pour cacher la véritable
nature de la récolte d’argent.
Le 30 septembre 2010, β.B. a été confronté par le MPC à l'accusation d'avoir joué le
rôle de collecteur pour la région du Tessin, qu'il a réfutée (MPC 13-13-0065 s.). Le
9 décembre 2010, il a de nouveau été confronté à cette accusation par le MPC, plus
- 75 -
précisément d'avoir été un collecteur régional des contributions des membres à la
caisse commune de l'organisation précitée et un responsable régional de cette or-
ganisation, et d'avoir secondé TT. puis K. dans cette tâche. A cette occasion, il a
maintenu ses dénégations (MPC 13-13-0073). Le 9 août 2011, il a encore été inter-
rogé à ce sujet par le MPC et il a nié faire partie d'une organisation (MPC 13-13-
0167 s.). Toutefois, la Cour relève les éléments mentionnés ci-après.
Il ressort de la surveillance du raccordement 10 attribué à β.B. qu'au moyen de ce-
lui-ci, il s'est entretenu à plusieurs reprises avec ses interlocuteurs au sujet de la
collecte, en principe mensuelle, des contributions des membres à la caisse com-
mune de l'organisation.
− Ainsi, le 18 mai 2009 à 13h59, β.B. s'est entretenu avec un tiers sur le raccor-
dement 12. Lors de cette conversation, β.B. a parlé de l'arrestation de TT. dit
«TT1.» en ces termes: «Tu te souviens, l’autre jour où j’ai laissé 100.- roubles à
un gars pour le lui transmettre à la prison à TT1.?! (...) C’est ce gars-là qui vient
d’être libéré. (...) Il a dit qu’il n’a pas pu le voir et que les Géorgiens sont bien
nombreux» Puis, vers la fin de la conversation, β.B. a ajouté «(^) Pour ces
deux mois, je les mettrai ensemble et si d’ici là O s’il y a quelqu’un, on le lui
amènera, là, où il sera. Autrement, je ne sais pas comment faire. (...)» (conver-
sation n° 167, MPC 09-00-1354 ss).
− Le 23 mai 2009 à 12h08, β.B. s'est une nouvelle fois entretenu avec un tiers sur
le même raccordement 12 et il lui a déclaré ceci: «(^) Je vais garder celui de
ce mois et puis celui du mois prochain, J’en ai déjà parlé O c’est-à-dire que je
vais les amener là-bas et tout ça se passera comme ça jusqu’à ce que
quelqu’un s’en occupe» (conversation n°168, MPC 09-00-1363 ss).
− Le 23 mai 2009 à 18h49, β.B. s'est aussi entretenu avec un dénommé «GG.»,
sur le raccordement 67. Lors de cette conversation, β.B. lui a indiqué qu'il ve-
nait de parler à un «gars mengrel» et lui a communiqué son numéro (12). Puis,
il a tenu les propos suivant: «Mec, moi aussi je lui ai parlé. Je vais faire comme
ça. Je vais avoir celui de ce mois. Je vais attendre leur appel si quelque chose
va se préciser O Ensuite, je vais en ajouter à cela, celui du mois prochain et je
vais amener le tout en même temps à celui qui va s’en charger (^) car il n’y a
personne encore» (conversation n° 169, MPC 09-00-1369 ss).
− Le 28 mai 2009 à 11h41 et toujours sur le raccordement 12, β.B. s'est encore
entretenu avec un dénommé «OOOO.» et lui a demandé «Et par rapport à cette
affaire-là, tu vas réunir pour les deux mois?» ce à quoi le dénommé «OOOO.»
a répondu «J’en ai que pour un seul mois, frère». β.B. a alors répliqué «Moi,
c’est la même chose, j’en n’ai que pour ce mois-ci» et le dénommé «OOOO.» a
rétorqué «Oui, j’ai pour ce mois mais je le laisse à quelqu’un d’autre car je pars
- 76 -
et c’est lui qui mettra les deux ensemble et c’est lui qui le gardera jusqu’à ce
que quelqu’un d’autre s’en occupe» (conversation n° 170, MPC 09-00-1374 ss).
Compte tenu des conversations précitées, il appert que β.B. et le dénommé
«OOOO.» ont fait référence à la personne qui devait succéder à TT. après son ar-
restation le 5 mai 2009 (à celui qui va s’en charge (^) car il n’y a personne encore)
et ils se sont entretenus de la collecte des contributions des membres à la caisse
commune, qui se faisait sur une base mensuelle.
En plus des conversations précitées, β.B. s'est également entretenu avec d'autres
personnes au sujet des contributions des membres destinées à la caisse commune.
Ces conversations se présentent comme suit.
− Le 18 mai 2009 à 11h22, il s'est entretenu avec un dénommé «PPPP.» (ci-
après: 1) sur le raccordement 68 et lui a demandé s'il allait encaisser sa part
(conversation n° 172, MPC 09-00-1387 ss):
2. Descends du train, je suis dans le train pour Lugano et je te rejoins là-bas. Je viendrai avec toi.
1. Mec ! 2. ^ celui qui va partir ^ et je t’attendrai là-bas. 1. QQ'. m'a dit qu'il y est allé pour y rester et m’a dit d’aller le rejoindre. 2. Je vais prendre ta part, oui. Il s’agit de l’argent, non? 1. Quoi?. 2. Tu parles de l'argent? 1. QQ'. m’a dit qu’il serait à Bellinzone et m’a proposé d’aller nous promener là-bas. 2. QQ'. est avec moi. Il est avec moi, là. (...)
− Le 23 mai 2009 à 11h16, il s'est entretenu avec un dénommé «RRRR.» sur le
raccordement 69. Selon la retranscription de cette conversation figurant au
dossier de la cause, β.B. lui aurait notamment indiqué «Mec, je cours derrière
eux et je leur dis qu’il y a le commun «saerto» à régler demain», ce à quoi le
dénommé «RRRR.» a répondu «D’accord, d’accord, ne parle pas de ça au té-
léphone» (conversation n° 173, MPC 09-00-1393 ss).
− Le 23 mai 2009 à 11h20, β.B. s'est entretenu avec un dénommé «OOOO.» sur
le raccordement 70 et lui a déclaré «Pourquoi je t’appelle, je sais que tu le sais,
mais dis-le à ton frère aussi. Il est le 24 ou le 25 déjà. Putain de merde! Qu’est-
ce qui se passe mec?! Depuis deux mois il ne me contacte plus, merde !»,
avant d'ajouter «(^) tout doit être fait pour le 25» (conversation n° 174, MPC
09-00-1397 ss).
− Enfin, le même jour à 22h23, il s'est aussi entretenu à ce sujet avec un dénom-
mé «SSSS.» (ci-après: 2) sur le raccordement 71. La retranscription de cette
conversation figurant au dossier se présente comme suit (conversation n° 175,
MPC 09-00-1401):
2. (^) Qu'est-ce qu'il se passe concernant la récolte? Il faut le donner quand? C’est quoi la date et tout ça? Ça m’intéresse.
1. Par rapport à quoi?
- 77 -
2. Concernant l’argent. 1. Aujourd'hui et demain, il faut le régler avant le 25. 2. Ah, avant le 25, c’est ça?! 1. Oui avant le 25. 2. Les derniers jours du mois, je n'avais pas de possibilité ^ En effet, les dates et les jours n’ont
aucune importance, ce qui est important c’est qu’il faut y mettre tout son cœur mon β.. 1. Oui SSSS.. On le règle toujours avant le 25. (^)
β.B. a été entendu le 11 août 2011 par le MPC au sujet des conversations retrans-
crites ci-dessus et a déclaré qu'il s'agissait de simples conversations entre compa-
triotes. S'agissant en particulier de celles faisant référence à TT., il a expliqué
n'avoir rencontré TT. pour la première fois qu'à la prison du Bois-Mermet (MPC 13-
13-0246 ss).
Il résulte de plusieurs conversations téléphoniques que β.B. a tenues au moyen de
son téléphone (10) qu'il s'est très probablement rendu seul à Genève le 2 juillet
2009 et qu'il y a rencontré K., peu après que celui-ci a succédé à TT.. Ces conver-
sations se présentent comme suit.
− Le 20 juin 2009 à 12h33, il a contacté K. (ci-après: 1) sur le raccordement 72 et
lui a indiqué cela (conversation n° 176, MPC 09-00-1406 ss):
2. J’ai parlé avec GG. et les autres et je leur ai dit que je pouvais partir n’importe quel jour entre le 25 et le 30. Et je lui ai dit de s’arranger avec OOOO. qu’on puisse partir ensemble.
1. Très bien mec. 2. Oui, peut-être qu’on se retrouvera ensemble.
− Le 1er juillet 2009 à 10h11, il a annoncé à un inconnu qu'il devait se rendre à
Genève mais qu'il allait rentrer le jour même (conversation n° 178, MPC 09-00-
1417 ss).
− Le 2 juillet 2009 à 14h45, il a avisé K. sur le raccordement 73 qu'il était arrivé
(«je viens d’arriver, K1., je suis là. On va se rencontrer où, mec? ». Après
quelques échanges sur les directions et moyens de transport à prendre pour le
rejoindre («prends le tram, celui qui va en direction du squatte et descends au
troisième arrêt. (O), prends soit le 14 ou le 16, et je t’attends ici, au troisièmes
arrêt depuis la gare») K. lui a alors indiqué que «KK.» viendrait le chercher
(conversation n° 179, MPC 09-00-1423 ss).
β.B. a été confronté le 11 août 2011 par le MPC à la conversation du 2 juillet 2009
et a été interrogé sur son déplacement à Genève. Il a déclaré qu'il ne s'agissait que
de simples conversations entre compatriotes et a contesté s'être déplacé à Genève
en juillet 2009, tout en alléguant ne s'y être rendu qu'en décembre 2009 (MPC 13-
13-0246 ss et 13-13-0254). Aux débats, il a maintenu ne s'être rendu à Genève
qu’une seule fois quelques mois avant son arrestation (TPF 123.930.016). Au vu
des conversations téléphoniques précitées, tout indique qu'il s'est rendu dans cette
ville en juillet 2009 et qu'il a rencontré K. à cette occasion.
- 78 -
En outre, il ressort de deux conversations tenues par β.B. (ci-après: 1) qu'il a con-
voqué, à deux reprises, des personnes en vue d'une réunion un dimanche. Ainsi, le
3 juillet 2009 à 15h46 et au moyen du raccordement 10, il s'est entretenu avec un
dénommé «AAAAA.» (ci-après: 2) sur le raccordement 74 de la manière suivante
(conversation n° 181, MPC 09-00-1432):
1. Mec, il te l’a dit, PPPP.? 2. Oui, il me l’a dit ^. 1. Oui, on va se retrouver tous après-demain, le dimanche à midi. Passe le message à tous, à
tous ceux qui sont là, à tous les bons gars! J’ai une affaire très sérieuse mec ! 2. Oui, oui, d’accord je vais voir ^ Je vais dire à tout le monde ^ (la fin de la phrase est incom-
préhensible pour des raisons techniques).
Le 8 janvier 2010 à 15h22 et au moyen du raccordement 10, il a contacté un certain
«HH2.» (ci-après: 1) et l'a également avisé d'une réunion en ces termes (conversa-
tion n° 182, MPC 09-00-1435 ss):
2. Dis à PPPP. et également à AAAAA. que dimanche, c’est-à-dire après-demain à une heure il y a une réunion «skhodniak» (même que «skhodka»). Les Géorgiens, ils sont nombreux qui viennent d’arriver à Chiasso et retrouvons-nous pour se connaître, pour se parler.
(^) 2. Mec! Mets au courant BBBBB. également et aussi tous les gars qui sont avec toi. 1. Je le dirai à tout le monde, mec. Ce dimanche, à une heure n’est-ce pas?!
β.B. a été interrogé le 9 février 2011 par le MPC au sujet de la conversation télé-
phonique du 8 janvier 2010 et a expliqué avoir tenue celle-ci afin de se retrouver
avec d'autres compatriotes (MPC 13-13-0103 s.). Quant à celle du 3 juillet 2009, il a
expliqué le 11 août 2011 au MPC qu'il s'agissait d'une simple conversation entre
compatriotes (MPC 13-13-0246 ss).
Par ailleurs, il ressort ainsi d’une conversation téléphonique tenue le 28 août 2009 à
12h23 entre β.B. (ci-après: 2) et PP. (ci-après: 1) que le premier s’est enquis de la
présence de K. («K1.») en Espagne. Pour ce faire, β.B. a, au moyen de son télé-
phone portable (10), appelé le numéro de téléphone espagnol 60. La Cour relève
que β.B. a été confronté le 5 mai 2011 par le MPC à cette conversation et qu'il a re-
connu l'avoir tenue (MPC 13-13-0120). Celle-ci se présente comme suit (conversa-
tion n° 77, MPC, 09-00-0762):
2. Bonjour PP.! Je te souhaite^ 1. Oui 2. C’est β. de Suisse. (^) (^) 2. Je voulais te demander pour K1.. Il est parti là-bas et depuis un mois et demi je n’ai plus de
nouvelles de lui. Je voulais savoir s’il est venu vous voir ou si vous l’avez croisé quelque part? 1. Oui, il est avec nous, il est là, oui.
β.B. a été arrêté par la police le 15 mars 2010 à l'Albergo LLL., à Y. (Tessin). La po-
lice a trouvé dans sa chambre une liste d'une page comportant des inscriptions ma-
nuscrites rédigées en langue géorgienne. Selon la version traduite figurant au dos-
sier, cette liste comporte l'indication «Janvier» et les noms ou les alias «K1.»,
- 79 -
«CCCCC.», «PPP.», «OOOO.», «HH2.» et «AAAAA.», suivis pour chacun du chiffre
«50» (MPC 10-00-1273). β.B. a déclaré le 15 mars 2010 à la PJF qu'il n'était pas
l'auteur de cette liste et que celle-ci ne lui appartenait pas, ce qu'il a maintenu le
18 mai 2010 (MPC 13-13-0004 et 13-13-0035). Le 30 septembre 2010, il a encore
allégué au MPC qu'il s'agissait peut-être de la liste des sommes d'argent remises
par des compatriotes pour le rapatriement de corps mais qu'il n'en était pas l'auteur,
au motif qu'il ne savait pas écrire en géorgien (MPC 13-13-0063).
Lors de son arrestation, la police a aussi retrouvé un bout de papier sur lequel figu-
raient les inscriptions suivantes: 60, suivi de la mention «PP'.2» 61 suivi de la men-
tion «HH2.» et 55 suivi de la mention «α. (M.)» (MPC 10-00-1274). En ce qui con-
cerne les deux premiers raccordements, il a été établi qu'ils ont été utilisés respecti-
vement par PP. et HH. («HH1.»), soupçonnés d'être des responsables importants
de l'organisation criminelle en lien avec les «Voleurs dans la loi» établis en Espagne
(voir supra consid. 5.2.1). S'agissant du troisième raccordement, il s'agit de celui
habituellement utilisé en France par α.A. (voir supra consid. C.2). Lors de son arres-
tation le 15 mars 2010, β.B. était également en possession d'un téléphone portable
muni de la carte SIM 49. Dans le répertoire de ce téléphone étaient enregistrés les
numéros 42 et 41 suivis des inscriptions «K1.» et «K1. 2». Il ressort des éléments
mentionnés aux considérants C.3 qu’au moins le dernier raccordement a été utilisé
à plusieurs reprises par K.. β.B. a été interrogé le 18 mai 2010 par la PJF sur les
raccordements 60 et 61, suivis des inscriptions «PP'.» et «HH2.». Il a déclaré que
ces numéros et ces noms lui avaient été transmis par une personne pour venir en
aide à des personnes arrêtées à Genève et qu'il ne savait pas qu'il s'agissait des
raccordements utilisés par PP. et HH. (MPC 13-13-0031 s.). En ce qui concerne les
raccordements utilisés par K. et enregistrés dans le répertoire du téléphone portable
retrouvé sur lui le 15 mars 2010, β.B. a expliqué au MPC le 11 août 2011 qu'il s'était
rendu à Genève en décembre 2009 pour acheter une voiture et qu'il avait contacté
K. pour qu'il lui procure un logement pour la nuit, après avoir raté son train, en réfu-
tant toutefois l'avoir rencontré à cette occasion (MPC 13-13-0254 s.). Au sujet du
raccordement utilisé par α.A., β.B. a déclaré le 11 août 2011 qu'il ne connaissait pas
α.A. et qu'il ne l'avait jamais rencontré (MPC 13-13-0255).
La Cour retient ainsi que ladite liste correspond à une comptabilité des sommes
payées par les membres de l'organisation criminelle à laquelle étaient affiliés TT. et
K.. En effet, il résulte des éléments développés aux considérants 5.2 ss, auxquels il
est renvoyé, que K. a succédé à TT. en qualité de responsable pour la Suisse de la
caisse commune de l'organisation criminelle en lien avec les «Vory v Zakone».
Dans ce contexte, K. s'est rendu en Espagne en août 2009, où il a rencontré des
2 même nom que PP., orthographe différente
- 80 -
membres de l’organisation criminelle et, à son retour à Genève, le mois suivant, il a
transmis des directives à β.B. s’agissant de la collecte d’argent, qui se faisait sur
une base mensuelle.
Les inscriptions figurant sur la liste démontrent que la collecte des contributions des
membres de l'organisation destinées à la caisse commune s'est faite en fonction de
trois régions géographiquement distinctes à savoir celles de Zurich, du Tessin et de
Berne. Ainsi, le dénommé «T.» a remis à K. un montant de CHF 2'000.- pour la ré-
gion de Zurich, le dénommé «β.» un montant de CHF 800.- pour celle du Tessin et
le dénommé «GG.» un montant de CHF 1'530.- pour celle de Berne. Toujours selon
cette liste, la somme de CHF 4'330.- correspondant à trois mois de collecte des
contributions des membres à la caisse commune, désignée par l'expression «argent
commun», a été remise par K. dans le courant du mois de septembre 2009 au dé-
nommé «CC.» qui s'est ensuite chargé de l'acheminer à HH. («HH1.») en Espagne
à la fin du mois de septembre 2009.
Sur la base de ces éléments, la liste séquestrée au domicile de α.A. est un élément
probatoire portant sur la collecte des contributions en faveur de l’organisation crimi-
nelle. Cet élément est ici précisé et sera repris ci-dessous.
5.2.2 L'aide apportée à des détenus en prison
En date du 18 mai 2009 à 13h59 et lors d'une conversation tenue avec un dénom-
mé «OOOO.» sur le raccordement 12, β.B. a parlé de l'arrestation de TT. («TT1.»)
et tout indique qu'il a fait parvenir à ce dernier un montant de CHF 100.- en prison
(«Tu te souviens, l’autre jour où j’ai laissé 100.- roubles à un gars pour le lui trans-
mettre à la prison à TT1.?! »; voir supra consid. 5.2.1, p. 78 et conversation n° 167,
MPC 09-00-1354 ss):
Peu avant l'arrestation de TT. le 5 mai 2009, β.B. (ci-après: 2) s'était entretenu avec
un dénommé «RRRR.» (ci-après: 1) le 29 avril 2009 à 14h31 sur le raccordement
69. A teneur de cette conversation, β.B. devait transmettre CHF 100.- à un certain
«DDDDD.» pour qu'il les apporte à une personne en détention. Cette conversation
se présente de la façon suivante (conversation n° 184, MPC 09-00-1444 ss):
1. Mec, je voulais quoi ^ tu es où? Tu fais quoi?. 2. Maintenant, je suis à la gare, je vais chercher le billet et je vais partir ». 1. Mec, tu sais ce que je voulais?! C’est ce que, mon argent se trouve chez TT1., tu le sais?! 2. Oui, tu me l’as déjà dit mec! Il y a 250.- n’est-ce pas?! 1. Oui, il y a 250. Mec, laisse lui 100 roubles, et qu’il les verse sur le compte de R.. (^) 1. Oui, qu’il envoie quelqu’un pour mettre 100.- roubles sur son compte et 100.- roubles qui res-
tent tu peux donner à FF., tu comprends? Et ces 100.- roubles tu pourras laisser à EEEEE. et il pourra les récupérer en sortant.
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Le 18 mai 2009 à 20h22, il s'est entretenu avec un dénommé «PPP.» (ci-après: 2),
dont le nom ou l'alias figure sur la liste manuscrite des contributions des membres
retrouvée dans la chambre occupée par β.B. à l'Albergo LLL. le 15 mars 2010. Il
ressort de cette conversation que β.B. (ci-après: 1) lui a envoyé un montant de
CHF 300.- à son lieu de détention. L'extrait de cette conversation se présente
comme suit (conversation n° 185, MPC 09-00-1449 ss):
2. L’argent n’a pas été versé sur mon compte mec. 1. Quoi? L’argent n’a pas été versé sur ton compte? 2. L’argent n’a pas été versé! Même pas un sou, β. ! 1. Putain de merde, moi, en tout, je t’ai versé 300.- roubles. 2. Pas d’argent! Seuls les cigarettes et les journaux me parvenaient. Je n’ai jamais reçu de
l’argent. 1. La première fois, dès que j’ai eu de l’argent je t’ai versé 200.- roubles c’était le lendemain. 2. Non, β., je n’ai pas eu cet argent, même pas du tout ! 1. Ils t’ont rien donné? 2. Rien! J'ai dit la même chose à TTTT. de ne pas me verser de l'argent. 1. Mais, oui quand tu m’avais dit de ne plus te verser de l’argent, là, j’ai compris, mais avant ça
je t’ai versé 300.- roubles. D’abord le lendemain de ce jour-là, 200.- roubles. 2. Non, non mec! J’ai dit à TTTT. ce soir-là quand il est venu me voir. Je lui ai dit de ne pas me
verser de l’argent. Je lui ai aussi dit que l’argent que j’avais sur moi, a été saisi et je lui ai  dit de dire aux gars de ne pas me verser de l’argent.
1. Tsié, le jour où tu as été arrêté! C’était lui qui me l’avait dit- 2. Oui. 1. Le lendemain j’ai amené 200.- roubles après j’ai apporté 100.- roubles, bordel de merde! Et
c’est après ça que tu m’as crié de ne pas te verser de l’argent.
Peu avant la fin de la conversation précitée, β.B. a également déclaré ceci au dé-
nommé «PPP.»: «Ici, plusieurs personnes sont arrêtées et je leur ai transmis un peu
ici et là, tu comprends !?», ce qui permet de conclure qu'il a aussi fait parvenir de
l'argent à d'autres détenus.
Enfin, il ressort encore d'une autre conversation que β.B. (ci-après: 1) a tenue le
28 mai 2009 à 11h41 avec le dénommé «OOOO.» (ci-après: 2), sur le raccordement
12, que ce dernier l'a avisé qu'il allait envoyer CHF 100.- et quelques affaires per-
sonnelles à TT. («TT1»). L'extrait de cette conversation se présente comme suit
(conversation n° 170, MPC 09-00-1374 ss):
2. Ici, il y a des gars qui viennent d'arriver d'Espagne par rapport à ça. Ils disent qu'ils ont le  et qu’ils sont en contact avec eux. Mec, TT1. m'a demandé des trucs, je dois essayer de les avoir soit aujourd’hui soit demain. Il a besoin des culottes, des chaussettes, des trucs comme ça. Je vais lui verse 100.- roubles aussi.
1. Son numéro de téléphone ^. 2. Il a donné son numéro à un gars et il l’a transmis à celui qui vient d’être relâché. Il m’a appelé
pour me le dire. TT1. ne lui a pas demandé de m’appeler, il a fait de son propre volonté et je l’ai remercié.
1. Oui.
β.B. a été interrogé les 9 et 11 août 2011 par le MPC au sujet des conversations té-
léphoniques précitées et il a déclaré qu'il s'agissait de simples discussions ou con-
versations entre compatriotes (MPC 13-13-0167 s. et 13-13-0246 ss).
5.2.3 L'organisation ou la participation à des vols avec ou sans effraction
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Le 2 mai 2009 à 12h23, le prévenu a déclaré à un dénommé «RRRR.», sur le rac-
cordement 69, qu'il venait de commettre un vol en ces termes: «Mec je l’ai volé, un
ordinateur. Il y avait tout sauf la boîte putain de merde! Tout comme l’autre jour!
(^)» (conversation n° 187, MPC 09-00-1471 ss).
Le même jour à 14h11, il s'est entretenu avec un dénommé «α.» (ci-après: 1) sur le
raccordement 75 et tout indique qu'ils ont parlé d'objets susceptibles d'être volés à
Sant'Antonino, au Tessin. Cette conversation se présente comme suit (conversation
n° 188, MPC 09-00-1475 ss):
2. Tu vas à St-Antonino? 1. Oui. (^) 2. Tu es encore en route? 1. Oui et quoi? 2. Je voulais qu’on chope ce truc-là. Je suis arrivé ici. Tout est vide, il n’y a rien dans les boîtes!
À St-Antonino, tu te souviens, ce truc-là il était rangé dans sa boîte, tu comprends? 1. Oui. 2. Et au pire si on choppe ce truc-là?! 1. β., ces boîtes-là sont vides elles aussi. Dans les boites il y aura quelque chose, mais l’appareil
même n’est pas dans la boîte. Là, je vais y aller pour voir. 2. L’autre jour nous l’avons bien sorti, tu comprends !? 1. Ah, le jeu, oui. 2. Oui, oui c’est de ça que je te parle, tu as compris? 1. Oui, mais je ne sais pas^ (^)
Toujours le 2 mai 2009, à 16h06, β.B. (ci-après: 2) s'est une nouvelle fois entretenu
avec le dénommé «α.» (ci-après: 1) sur le raccordement 75 (conversation n° 189,
MPC 09-00-1479 ss):
2. Tu as chopé quelque chose? 1. Non, rien. 2. Quel bordel! Je vais devenir fou! Je n’ai volé que 70.- ou 80.- roubles et rien d’autre! Ça me
rend dingue ! 1. Tu es rentré? T’es où? 2. Je vais à Lugano. Je viens de voler trois trucs en cuir, mais il n'y avait pas d'argent dedans,
putain de merde ! 1. (Rires). Oui. 2. Les trucs en cuir des jeunes, je me disais que ce n’était pas la peine ^ il ne faut pas se don-
ner la peine pour les trucs pareils, merde! Je vais devenir fou, putain de merde! Demain c’est le dimanche ^ C’est quoi ces 70.- roubles, je vais consommer (par injection) de la drogue et il n’en restera que 30.- roubles, putain de merde! (...).
Le 5 mai 2009 à 11h04, il s'est entretenu avec un dénommé «RRRR.» (ci-après: 1)
sur le raccordement 76 au sujet d'un article relié très probablement à une alarme
dans un magasin à Bellinzona (conversation n°190, MPC 00-09-1483 ss):
2. Dis-moi où se trouve le magasin des appareils électroniques à Bellinzona 1. Mais il n’y a rien là-bas, j’ai déjà regardé ^ 2. Quoi? 1. Là, où il y a le magasin FFFFF.? 2. Oui 1. Avant donc d’arriver au magasin FFFFF. tu verras des appareils électroniques après le maga-
sin de chaussures. 2. Oui. Ce que tu as regardé hier, il n’était plus là-bas? 1. J’ai regardé, mais il était relié à ce putain de truc, tu comprends !
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2. Ça fait du bruit? 1. Oui, oui. 2. Ah, oui ^ Ok, alors je n’irai pas.
Le 10 mai 2009 à 17h25, il s'est entretenu avec un inconnu sur le raccordement 65
et lui a déclaré ceci: «(...) Moi, je suis parti, j’ai pensé à aller à Mendrisio pour voler
quelque chose» (conversation n° 191, MPC 09-00-1486).
Le 16 mai 2009 à 12h55, il s'est une nouvelle fois entretenu avec le dénommé «α.»
(ci-après: 1) sur le raccordement 75 (conversation n° 195, MPC 09-00-1498 ss):
2. α. mec, j’ai complètement oublié de te dire, quand tu seras à A St-Antonino ^ 1. Oui ^ 2. Là, il y a un magasin des appareils électroniques ^ 1. Oui ^ 2. Dans ce magasin des appareils électroniques ^ 1. Oui ^ 2. ^ et aussi dans l’autre, à I. SA ^ 1. Oui ^ 2. ils vendent des playstations VERRO. C’est une petit console . 1. Oui ^ 2. Le même que nous en avons volé. 1. Oui ^ 2. Renseigne-toi pour les jeux (les cassettes) qui sont compatibles avec cet appareil. Qu’ils te
montrent à quoi ils ressemblent pour que je le sache. 1. Oui, oui d’accord. 2. Demande un nom du jeu, au hasard, et demande-leur si ce jeu-là est déjà en vente ou pas ^ 1. Oui. 2. ^ pour avoir le prétexte pour les aborder. 1. D’accord 2. Comme ça tu le sauras. Je te jure mec, je ne trouve pas les jeux (les cassettes) qui vont avec,
putain de merde! Pose les juste une question. Comme tu vas là-bas renseigne-toi mec. 1. Oui d’accord 2. Demande à un vendeur et qu’il te montre bien les cassettes et tout ça. 1. Oui, j’y penserai 2. Il vaut mieux aller à I. SA car dans les boutiques, ils ont des alarmes. Tu ne pourrais pas le
chopper tu me comprends. 1. Oui. 2. Ensuite nous allons les voler dans un magasin où il n’y a pas d’alarme. 1. Je vais voir, je vais trouver quand j’y serai. 2. Juste pour savoir à quoi ça ressemble. Je n’ai aucune idée ce que ça peut être mec. 1. D’accord
Le 3 juillet 2009 à 12h48, il a parlé avec un inconnu sur le raccordement 75 précité
et lui a demandé de le rejoindre à Bellinzona pour vraisemblablement voler une ma-
chine à café de marque Nespresso en ces termes: «Oui. Je te jure mec, là dans un
magasin j’avais besoin de toi pour prendre une machine à café Nespresso, mec (...)
qui coûte 400.- roubles, mec» ce à quoi l'inconnu a répondu: «Là, même si je fais
vite, je ne pourrais venir te rejoindre que dans une heure» (conversation n° 196,
MPC 09-00-1502 ss).
En outre, β.B. (ci-après: 2), le 20 mai 2009 à 12h21, s’est entretenu avec un dé-
nommé «HH2.» sur le raccordement 77 au sujet d’un vol d’ordinateur (conversation
n° 198, MPC 09-00-1508 ss):
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1. Alors reviens vers le stade, fais demi-tour autour du stade et tu verras un parc, je suis dans ce parc. J’ai encore quelque chose, j’ai volé encore, un petit quelque chose, j’en ai volé deux en même temps.
2. Je t’ai dit de t’avancer, putain de merde! Quoi, tu as volé de l’argent? 1. Non, le deuxième truc, il est comme un petit ordinateur. 2. Oui, je sais, je vois de quoi tu parles et je t’ai vu le tenir entre les mains. 1. Je l’ai pris et j’ai aussi pris et un petit ordinateur aussi. (...) 2. Je vais dépasser le stade et j’arrive. 1. Oui, oui. Dès que tu vas dépasser le stade il y aura là une entrée dans le parc. Viens dans ce
parc, mec !
β.B. a été confronté le 9 août 2011 par le MPC au sujet de ces conversations télé-
phoniques et a réfuté avoir commis ou aider à commettre des vols (MPC 13-13-
0164 s.). Quant à la conversation tenue le 20 mai 2009 à 12h21, il a déclaré qu'il
s'agissait de simples discussions (MPC 13-13-0167 s.).
5.2.4 L'écoulement de valeurs patrimoniales ou d'objets volés
Le 2 mai 2009 à 16h40, β.B. (ci-après: 2) s'est entretenu avec un dénommé
«RRRR.» (ci-après: 1) sur le raccordement 69 au sujet de la revente de cigarettes,
de la manière suivante (conversation n° 199, MPC 09-00-1512 ss):
2. (...) Tu ne connais pas d’autres endroits où ils prennent des cigarettes, mec? (^) 1. Il y a un qui en veut dans mon voisinage, mais pour bon marché. 2. Il donne combien? 1. Il donne 30.- ! 2. J'ai des Marlboro qui coûte 70.- roubles. 1. Je n’en sais rien mec, lui il ne paye que 30.- pour n’importe quelle marque
Le 14 mai 2009 à 23h15, il s'est entretenu avec un dénommé «HH2.» (ci-après: 2)
sur le raccordement 77. Lors de cet entretien, le dénommé «HH2.» l'a avisé que des
lunettes et des cigarettes se vendaient très facilement et qu'il avait réussi à expédier
un colis contenant un téléphone portable et une bague. L'extrait de la conversation
du 14 mai 2009 se présente comme suit (conversation n° 200, MPC 09-00-1515 ss):
2. J’arrive à envoyer un peu à la famille ^. 1. C’est bien, c’est bien. 2. ^ environ 200.- ou 300.- dollars par semaine, mec. (^) 1. On peut tout vendre? 2. Oui, tu peux tout vendre frère. Des lunettes de soleil s’en volent! Je viendrai là-bas pour voler
des lunettes. 1. Ah, oui? 2. Oui. Des lunettes de marque. Ça se vend à 100.- roubles, mec. Je te jure mec! 1. Ah oui, c’est bien. (...) 2. Au début, ça sera un peu difficile surtout quand tu ne sais pas encore des pistes pour les
échapper, mais c’est pas un problème on va les échapper. Si j’arrive à réserver une chambre je vais t’appeler et viens chez moi β..
1. Non, je ne veux pas. J’ai déjà demandé à quelqu’un d’autre et je vais réserver moi-même. Il y a des chambres à 90.- roubles ^ .
(...) 2. Aucun. Les cigarettes ne coûtent que 30.- roubles ici. C’est le prix d’une cartouche de ciga-
rettes ^ enfin, entre 30.- et 45.- roubles. Ce n’est pas cher quoi!
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1. 30.- roubles?! C’est rien du tout mec! 2. S’il y a un endroit où l’on peut chopper des cigarettes! Je te le jure mec, en trois jours,
100 paquets de cigarettes sont emportés en trois passages. Tu comprends?! 1. Pour le reste, l’or et autre? 2. L’or se vend pour le même prix que des allumettes. 1. Vous n’y allez pas? 2. Si mec. J’ai envoyé une très belle bague à la maison, j’ai envoyé un téléphone portable aus-
si. 1. C’est bien, c’est bien. On peut envoyer des trucs? 2. Un gars a envoyé un colis et il est arrivé à destination. Là on vient d’envoyer un autre colis. 1. Oui ^ . 2. Il va arriver à destination, je pense ^ 1. Moi, je ne sais pas encore, il y a des affaires ici ^ les gars sont arrivés ^ .
Le 20 mai 2009 à 17h15, β.B. (c-après: 1) s'est une nouvelle fois entretenu avec le
dénommé «HH2.» sur le raccordement 77. Lors de cet entretien, ce dernier lui a
demandé le numéro de téléphone d'un certain «PPPP.» afin qu'il puisse revendre
un objet qui s'apparente à un ordinateur (conversation n° 201, MPC 09-00-1524 ss):
2. α. est à la maison? 1. Qui? 2. α.. 1. Je ne sais pas HH2'.3, je suis au lit frère, je dormais, frère. 2. Je vais te rappeler et donne-moi le numéro de PPPP. s’il te plaît? Je vais lui demander si
quelqu'un voudrait ce truc. Je l’ai amené ici et là. J’étais en train de sortir de l’agence de  Union et c’était à ce moment-là que les flics m’ont interpellé. Ils ont retrouvé la console dans ma poche. Ils m’ont demandé pour la console, j’ai dit que c'était la console des enfants et que je cherchais un chargeur pour la console.
1. Mec! Sois plus raisonnable, à chaque fois il doit t’arriver un truc! Pourquoi tu fais ça?! . 2. C’étaient des flics d’hier, ces fils de pute! Ils m’ont reconnu, ces enculés! C’était pour cela
qu’ils m’ont arrêtés, tu comprends?! Ils voulaient savoir dans quel but je traînais à Lugano. J’ai dit que je me baladais et que je volais rien.
1. Pourquoi tu cherches PPPP.? 2. Ils l’ont vérifié et ^ Je vais lui demander si quelqu’un le veut mec. 1. Vas-y, note-le
Le 21 mai 2009 à 11h14, il s'est de nouveau entretenu avec le dénommé «HH2.»
sur le raccordement 77 et lui a indiqué qu'il allait lui amener des parfums, afin de les
écouler sans doute pour acquérir des stupéfiants, en ces termes: «Ecoute-moi,
reste là. Je vais apporter ces parfums, putain de merde! J’en ai deux et peut-être je
vais toucher l’argent suffisant pour la drogue. L'ordinateur, il est où? (...) Il est chez
toi?», ce à quoi le dénommé «HH2.» a répondu: «Non, il est chez PPPP.. (...) Hier,
en partant je l’ai laissé par peur que ça soit saisi» (conversation n° 202, MPC 09-00-
1529 ss).
Le lendemain à 16h17, il s'est encore entretenu avec le dénommé «HH2.» (ci-après:
1) sur le raccordement précité au sujet de la revente de cigarettes, de la manière
suivante (conversation n° 203, MPC 09-00-1532 ss):
3 même nom que HH2., orthographe différente
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2. Mec, écoute-moi! Ce gars-là n’est pas sur place. L’autre gars, il me donne pour cela 160.- roubles^ Je le lui donne?.
1. Donne le lui mec. Putain de merde !. 2. Pour Malboro, ils payent (le passage est incompréhensible) pour le Malboro et 30.- pour ^ 1. Oui, donne le lui. Donne le lui. Il te donne 260.- non? 2 Il me donne 260.- pour six cartouches de Malboro et les Parisiennes. Il me dit que les Pari-
siennes ne valent rien. Il me dit que les Parisiennes, je peux les jeter dans la poubelle. Alors je lui donne tout ça à ce prix?
1. Avec les Parisiennes? 2. Oui, avec les Parisiennes. 1. On ne va pas toucher plus ici alors donne les lui mec et on t’attend ici, viens vite frère. 2. 210 pour Marlboro et le reste pour les Parisiennes.
Le 23 mai 2009 à 10h42, β.B. (ci-après: 1) a contacté une inconnue en Géorgie
(raccordement 78, ci-après: 2) et lui a proposé de lui faire parvenir des parfums et
de l'or afin qu'elle les revende. L'extrait de cette conversation se présente ainsi
(conversation n° 204, MPC 09-00-1536 ss):
1. Autrement ça va? 2. Autrement? Comme d’habitude. 1. Il te reste encore de la parfumerie. 2. Oui, il y a encore quelques trucs de ce qu’on achète de temps en temps. 1. Ecoute-moi, si j’envois une centaine ^. 2. Tu dois envoyer quoi? 1. Une centaine de produit de la parfumerie. 2. Oui. 1. Comme ceux-là de très bons. 2. Comme ceux-là, ça veut dire quoi? 1. Ceux qui coûtent ici entre 150.- et 200.- euros. Ça pourrait être vendu 50.- dollars là-bas? 2. Je ne sais pas mais si c’est de bonne qualité ça pourrait être vendu. (^) 1. Les 100 flacons, ça fait déjà ^ 150.- euros est équivalent à 200.- dollars. 2. Alors, oui bien sûr je vais faire comme ça. 1. Si le prix en magasin est entre 150.- et 200.- dollars, ça serait vendu à 50.- dollars non? 2. Oui, sans doute. Je vais essayer, bien sûr! 1. L’or? 2. Je ne sais pas ^ quel est son prix là-bas, moi je ne peux pas te dire? 1. 12.- à 13.- euros, un gramme. 2. De quel carat? 1. Le meilleur. 2. Oui, pui, je pense ^. 1. C’est parce qu’on dit que là-bas chez vous, c’est beaucoup plus cher. 2. Et pour les envoyer, ça se passera comment? 1. Je vais les transmettre par l’intermédiaire de quelqu’un. Je ne veux pas en parler au télé-
phone. (...)
Le même jour à 11h20, β.B. (ci-après: 2) s'est entretenu avec un dénommé
«OOOO.» (ci-après: 1) sur le raccordement 70 en ces termes (conversation n° 174,
MPC 09-00-1397 ss):
1. Mais oui, personne n’arrive plus à voler, c’est à cause de ça. Tout le monde est dans la même situation. Hier, je n’avais pas d’argent et je n’ai pas réussi d’avoir dix francs, putain de merde.
2. Alors, pourquoi tu ne m’as pas appelé? (^) 2. Le soir, moi aussi, j’ai été à Lugano et j’avais environ 400.- francs sur moi. (^) 1. Hier, j’avais des parfums à vendre, mais je n’ai pas réussi à les vendre. Je n’ai pas pu de-
mander de l’argent à quelqu’un pour charger le crédit de communication.
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2. Tu les as toujours? 1. Oui je les ai. 2. Garde les alors et je vais appeler quelqu’un et il viendra, je te dirai. Demain c’est samedi,
peut-être qu’il viendra aujourd’hui ou demain. Je vais l’appeler et je te fais savoir. 1. D’accord.
Le même jour à 11h23, β.B. (ci-après: 2) a contacté un dénommé «GGGGG.» (ci-
après: 1) sur le raccordement 79 (conversation n° 206, MPC 09-00-1546 ss):
2. D’accord. Dès jeudi j’aurai tout préparé. Je t’appelle encore d’ici jeudi et^. 1. Tu m’as promis un costume. Tu en es où? 2. Ce sera fait, il sera là! (^) 1. Ok. Tu es toujours là-bas? Tu es où? 2. Je n’ai pas oublié, il te faut la taille 50.
Toujours le 23 mai 2009, à 11h26, β.B. (ci-après: 2) a rappelé le dénommé
«OOOO.» (ci-après: 1) sur le raccordement 70. Il a tenu cette conversation à la
suite des deux conversations précédentes (conversation n° 207, MPC 09-00-1551
ss):
2. Mec, je viens de l’appeler, il viendra. Jeudi, il sera là, que tu le saches. 1. Oui. 2. Mec! Il paie pour tout cela le tiers du prix affiché au magasin. Je ne veux pas en parler beau-
coup au téléphone! 1. Oui. 2. C’est pour que tu saches! Ça sera pour jeudi. Ensuite j’irai voir avec toi. Je ne dirai rien à per-
sonne que tu es sans argent. 1. Oui ^. 2. La seule chose qu’il m’a dit c’est qu’il voudrait avoir un costume à environ 1’200.- roubles.
Pour ce costume il est prêt à nous donner 400.- roubles. Je voudrais y aller seul, mais c’est bon, viens avec moi! Je sais ou le trouver et moi je le sortirai.
1. oui, d’accord. 2. Tu as compris? 1. D’accord. 2. Dans le même temps il aimerait avoir ces choses-là également. Il m’a dit qu’il viendrait jeudi.
Je lui ai dit que je l’attendrais pour jeudi. Il aura une belle somme d’argent, entre 1'000.- et 2'000.- roubles.
1. Oui. (...).
Le 1er juillet 2009 à 18h42, il a avisé un certain «HHHHH.» sur le raccordement 80
avoir vendu des cigarettes en ces termes: «Il y avait cinq cartouches de Marlboro, je
les ai vendues à 40.-. (...) Et le prix de l’autre était de 55.- et il m’a proposé 35.-, il
m’a même montré le prix qui était de 55.- et je lui ai donné à 35.- ces Parisiennes»,
ce à quoi son interlocuteur a déclaré: «Très bien mec» (conversation n° 208, MPC
09-00-1555 ss).
Le 13 juillet 2009 à 14h18, β.B. (ci-après: 2) s'est entretenu avec un dénommé
«IIIII.» (ci-après: 1) sur le raccordement 81. Après que celui-ci lui a parlé d'une con-
sole de jeu de marque Nintendo, β.B. lui a demandé s'il connaissait quelqu'un pour
revendre un ordinateur portable (conversation n° 209, MPC 09-00-1558 ss):
2. Tu sais, il y a encore le NINTENDO DS, tout petit. 1. Comment?
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2. NINTENDO DS, un petit, plus petit que WII, c’est tout petit. 1. Non, je ne sais pas de quoi tu parles, mais je vais voir. 2. Tu verras, il est bon marché. 1. Il est à combien? 2. Le prix du magasin est environ 230.- pendant les soldes. 1. Combien? 30? 2. Il est à 230.- dans le magasin. 1. Non mec, ce n’est pas avantageux, c’est nul ^. 2. Oui, mais tu peux en prendre deux ou trois, ils sont petits. Tu peux même les mettre dans la
poche. 1. Bref, c’est quoi? Ça s’appelle comment? 2. [nin-ten-do-de-es]! (^) 1. Tu connais quelqu’un qui voudrait un notebook, un laptop? 2. Il est neuf? 1. Oui bien sûr, tout neuf, il est dans sa boîte. 2. Donne-le moi. Il sera chez moi et je vais ^. 1. Si je te le donne aujourd’hui alors il faudra toucher de l’argent aujourd’hui même ou demain. 2. C’est difficile de vendre un notebook aussi vite. Enfin, ce n’est pas difficile, mais ça prend du
temps. 1. Je vais voir alors.
Le 25 août 2009 à 21h03, β.B. (ci-après: 2) a encore contacté deux personnes en
Grèce – lesquelles semblent être ses parents (ci-après: 1 pour la femme et 2 pour
l’homme) – sur le raccordement 82 et s'est entretenu avec elles de la manière sui-
vante sur des objets qu'il leur avoir envoyés au moyen d'un colis (conversation
n° 210, MPC 09-00-1122 ss):
2. Tout d’abord, regarde dans la poche de la veste deux paires de lunettes. Une paire est à moi et l’autre est pour toi.
1. Oui, je les ai trouvées mon fils. 2. Des lunettes blanches tu les as trouvées? 1. Oui mon fils, oui. Merci beaucoup. 2. Ces lunettes coûtent 900.- francs environ 600.- euros. 1. Merci beaucoup mon fils. (...) Merci beaucoup. Le téléphone est également pour moi?! 2. Tu me dis quoi, maman?! 1. Le téléphone portable est aussi à moi? 2. C’était mon portable à moi. Je l’ai envoyé pour toi, tu peux t’en servir. 1. C’est à moi, n’est-ce pas, mon fils? 2. Oui, tu peux y insérer deux cartes sim. 1. Deux cartes, oui. 2. Je te l’enverrai encore, plus tard. Cette fois-ci je n’avais pas de bons appareils de téléphones.
Là je t’ai envoyé le mien. (...) Je t’enverrai encore un, encore mieux, plus tard. 1. Envoie-le à ton père! (...) Parle lui, mon fils! Il m’énerve là! 2. Mais qu’est-ce qui se passe là? Je te l’enverrai encore ^ (...) Tout simplement, cette fois-ci je
n’ai pas mis d’autres car je voulais m’assurer que tout ça arrive à destination. 1. Dis moi, qu’est-ce qu’il y a encore, mon fils. 2. Il doit y avoir deux appareils photo. 1. Oui, 2. Maman un d’entre eux n’a pas de batterie ni de chargeur, mais le deuxième est complet. Ils
coûtent très cher tous les deux. Chacun entre 350.- et 400.- francs ^ enfin ^ ce n’est pas si cher que ça finalement. On peut enregistrer les vidéos et ils enregistrent tout.
1. Oui. 2. Je les ai envoyés pour la famille. Tu peux en donner un à KKKKK.. 1. Oui maman, ensuite ^ 2. Pour les enfants j’ai envoyé tout ce qui est les MP3 pour écouter de la musique à 100.- et
200.- euros. 1. Je ne m’y connais pas à ces choses. 2. Pour les enfants, pour qu’ils puissent écouter de la musique. Il y en a trois qui coûte 200.- eu-
ros chacun et il y a encore une console de jeux à 300.- euros. 1. Les petits appareils comme un téléphone portable?
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2. Il y a écrit PLAYSTATION 2 là-dessus. 1. Oui. 2. Tout ça, j’ai envoyé pour les enfants. 1. Ils vont se débrouiller eux-mêmes. 2. Les petits appareils sont à 100.- et à 200.- euros, ce sont des MP3, pour enregistrer de la mu-
sique. On peut enregistrer jusqu’à mille chansons et ensuite les enfants peuvent les écouter. 1. Oui, d’accord mon fiston, d’accord. 2. Il y a un parfum, c’est le mien, parfum pour homme. Je ne t’ai pas envoyé de parfum car je
voulais savoir d’abord si ça arrive ou pas. 1. Oui mon fils, oui. 2. Je t’enverrai tout. 1. Je sais maman, je sais. 2. Il y a toujours pour moi, un T-shirt DOLCE & GABANA à 200.- euros, un manteau de couleur
blanche ^ 1. Oui, tu l’as déjà porté mon petit ^. 2. Oui, j’ai envoyé mes vêtements que j’ai portés car ici ils deviennent fous de voir ces choses-
là. Il y a un pantalon de la marque BOSS à 400.- euros. 1. Oui. 2. Il y a une chemise. Si DD. l’aime bien il peut la porter. 1. Ensuite, il y a un jean et l’autre. 2. Il y a deux pantalons, un celui de la marque BOSS et l’autre de la marque LEVI’S. 1. Oui fiston 2. La chemise avec les manches longues. 1. Oui. 2. DD. peut la garder s’il l’aime bien. Dis-lui qu’elle coûte 400.- euros ce n’est pas un truc bon
marché. 1. Oui fiston. 2. Les pantalons sont de petite taille. C’est petit pour lui. Après, je vous enverrai des habits pour
toi et pour DD. aussi. 1. Il y a là une veste en cuir et encore ^ 2. La veste en cuir, maman, elle est à moi qui coûte 2'800.- euros. 1. Oui maman, je vais tout garder pour toi. Les GILLETTE, fiston? 2. Un est pour DD., il peut le garder et l’autre, il est pour moi quand je viendrai ^ Il y a aussi
mes lampes de poche. 1. Oui, il y a des lampes de poche. 2. Il y a encore mes chaussures à 1'800.- euros. 1. Il y a des chaussures et des baskets aussi. 2. Pour les baskets, DD. peut les porter si ça lui va. 1. Il veut savoir pour qui tu as envoyé le couteau? Le couteau! Il veut le couteau lui! 2. Donne le lui, il peut le garder. (...) C’est une couteau suisse. Et tu sais bien que les couteaux
et les montres suisses sont les meilleures. 1. Il y a encore quelque chose dans une pochette en tissu ^ C’est quoi? 2. C’est pour les enfants, je t’ai déjà dit. C’est pour écouter de la musique. 1. Ah oui, oui, c’est pour les enfants ^ Tout est là. 2. C’est pour enregistrer de la musique, si tu veux avant que tu les envoies aux enfants, tu peux
télécharger de la musique depuis l’ordinateur, des milliers de chansons et ensuite les écouter dans la rue quand tu te déplaces.
1. Oui mon chou, oui. 2. Ça coûte entre 100.- et 200.- euros. 1. Tu as mis qu’une couche de ruban adhésif sur le carton, ça va pas comme ça mon chou, il en
faut enrouler plus. 2. Il n’y avait pas de cartons là-bas et je l’ai demandé dans un magasin, j’ai tout mis dedans
dans la précipitation sans savoir si cela arrive ou pas à destination. Les colis en destination de Géorgie sont fouillés et ils saisissent des objets qui se trouvent dans ces colis. Chez vous ça a donc marché.
1. Ah oui! 2. Tout ce que tu as reçu, tout ça, selon les prix affichés dans les magasins s’élèvent environ à
10'000.- euros, maman. 1. Quoi? Ah oui, mon chou oui. Ne paye pas ^. (...) 1. N’achète rien mon fils. Si tu peux lui envoyer un téléphone comme ça alors fais-le. 2. Oui, je vous enverrai un téléphone de bonne qualité pour lui. Celui-là donne le à DD. et pour
toi, je t’enverrai un téléphone de meilleure qualité. (...)
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2. La chemise, elle t’ira bien. C’est une chemise de bonne qualité, elle coûte 400.- euros, par contre les pantalons sont petits pour toi.
3. Pour les pantalons je ne sais pas en tout cas je fais la même taille que toi. 2. Les chaussures, je les ai déjà portées mais les baskets sont neufs. 3. Moi je porte la pointure 40 et ces baskets sont trop grandes pour moi (Rires). 2. Si ça te vas-tu peux les porter ^ 3.: Je porte la pointure 40! 2. J’ai envoyé tout ça pour voir si vous recevrez tout ça ou pas, tu comprends?! (^) 2. Je te dis pour les baskets et puis je voulais m’assurer que le colis arrive à destination c’est
pour cela que j’ai mis mes vêtements déjà portés et tout le reste ^. (...) 1. Il y a une dame ici , on rentre du travail ensemble. Elle a séjourné là-bas et elle m’a dit qu’elle
achetait des choses auprès des jeunes hommes comme vous pour presque rien, pour quelques sous: des manteaux en fourrure, des vêtements et autres ^ je n’en sais rien ^
2. Mam, si un d’entre vous étiez avec moi ^ mais là dans ma chambre ^ je ne peux pas les garder dans ma chambre! Moi aussi j’en ai vendu beaucoup des manteaux en fourrure et autres. Le prix était entre 10'000.- et 15'000.-. J’en ai vendu plusieurs.
(...) 2. Cette fois-ci, ça m’intéressait et j’ai tout balancé là-dedans. Jusqu’à dix kilos les frais d’envoi
sont les mêmes. Que cela soit 6, 7 ou 9 kilos c’est le même prix jusqu’à 10 kilos. C’est pour ça que j’ai tout balancé là-dedans pour que ça fasse dix kilos.
1. Ce sont les mêmes frais? 2. Les mêmes frais jusqu’à dix kilos et puis à partir de 10 kilos jusqu’à 20 kilos c’est pareil. 1. Ah oui, oui. 2. C’est pour ça que j’ai essayé d’y mettre le plus de choses possibles. Pour moi, il n’y a pas de
problème de la chopper! À tout moment! (...)
β.B. a été interrogé le 9 août 2011 par le MPC sur les conversations téléphoniques
précitées. Il a expliqué qu'il lui était arrivé de revendre le produit de ces vols à l'éta-
lage afin de disposer des liquidités nécessaires pour s'acheter de quoi manger
(MPC 13-13-0166 s.). Quant aux objets qu'il a énumérés le 25 août 2009 à 21h03, il
a reconnu, lors de ses différents interrogatoires par le MPC, les avoir envoyés à ses
parents en Grèce. Il a expliqué qu'il s'agissait d'objets déjà utilisés et que ce
n'étaient pas des objets volés (MPC 13-13-0074 s., 13-13-0118 s. et 13-13-0167).
Aux débats, il a déclaré au sujet de cette conversation que les montants annoncés
au téléphone étaient exagérés et que toutes les choses étaient déjà portées. Il a
également déclaré que La Poste vérifiait les colis envoyés.
5.2.5 L'utilisation de l'argent de la caisse commune de l'organisation
En date du 3 juin 2009 à 17h02, β.B. (ci-après: 1) a tenu la conversation suivante au
moyen de son téléphone portable (10) avec «PPPP.» (ci-après: 2) (conversation
n° 211, MPC 09-00-1136 ss):
2. Oh, moi je viens d’arriver mec. Si tu as environ 150.- francs pour un jour ou deux pour (une expression inconnue).
1. Rien du tout mec je te le jure. J’ai de l’argent commun saerto. Je peux te le donner du  saerto, si tu veux!?
2. Mec, ils ont arrêté celui de QQQQ. et on lui a dit de payer 150.- pour le relâcher. 1. Je peux te donner 150.- francs du saerto et vous devez me le rembourser lundi ou mardi pro-
chain. 2. Oui, bien sûr que oui, d’ici lundi ou mardi, oui.
- 91 -
Puis, le même jour à 19h33 avec «SSSS.» (ci-après: 2, conversation n° 212, MPC
09-00-1582 ss):
2. Je voulais savoir s’il a été libéré ou pas. 1. Il a été relâché? 2. Je ne sais pas. Là, je vois que tu ne le sais pas non plus?! 1. Je me suis rendu là-bas et on m’a dit que les flics l’avaient déjà embarqué. Ensuite, je suis al-
lé à la Migos et à H. SA pour acheter des produits d’hygiène, une brosse à dent, un rasoir. J’ai acheté tout ça. En sortant du magasin je suis tombé sur deux flics et l’enquêteur. Je pense que la dame à laquelle je me suis adressé leur a décrit mon physique. Ils m’ont demandé si c’était moi qui voulais payer cette amende. Je leur ai dit que c’était bien moi.
2. Et puis 1. Je leur ai dit que mon ami me l’avait demandé et comme je me trouvais près de Bellinzone je
n’ai pas pu le lui refusé. Je leur ai dit qu’il a été arrêté pour un vol et qu’il a déjà été amené au poste de police. Ils m’ont accompagné jusqu’à I. SA et j’ai donc payé 150 francs, j’ai signé le papier attestant que la somme due a déjà été réglée. Ils devaient le relâcher entre temps. Plus tard, j’ai appelé PPPP. pour savoir s’il a été libéré ou pas. PPPP. m’a dit qu’il ne savait rien.
2. D’accord ok, là je n’ai plus de crédit pour continuer à te parler. (...).
β.B. a été interrogé le 18 mai 2010 par la PJF au sujet de la conversation du 3 juin
2009 à 19h33. Il a expliqué qu'il avait dû payer une amende pour un autre compa-
triote et qu'il avait dû remettre l'argent utilisé à une autre personne à laquelle il avait
précédemment promis son aide. Le 11 août 2011, il a été entendu par le MPC au
sujet de ces deux conversations et a déclaré qu'il s'agissait de simples conversa-
tions entre compatriotes (MPC 13-13-0253).
Il ressort de ces deux conversations téléphoniques tenues le 3 juin 2009 par β.B.
qu'il a prélevé un montant de CHF 150.- de la caisse commune de l'organisation,
puis qu'il s'en est servi pour faciliter la libération d'une personne qui avait été arrêtée
par la police. Il a tenu la première conversation à 17h02 avec un dénommé
«PPPP.» et la seconde à 19h33 avec un dénommé «SSSS.».
5.2.6 Les versements effectués entre mars 2009 et octobre 2009 (point 1.2.2 let. a de
l'accusation)
Il a été relevé ci-dessus (voir supra consid. 4.7) que β.B. a effectué plusieurs ver-
sements en faveur de personnes se trouvant soit en Suisse, soit en Géorgie. Ainsi,
le 21 mars 2009, il a versé, par l'intermédiaire de Western Union à Lugano, le mon-
tant de CHF 880.- en faveur de MMMM., lequel résidait tout comme lui à l'Albergo
LLL., à Y. (Tessin) (MPC 07-05-0037 et 07-05-0038). Le 10 avril 2009 et toujours
par l'intermédiaire de Western Union à Lugano, il a versé le montant de CHF 271.70
en faveur de NNNN., lequel logeait également à l'Albergo LLL., à Y. (Tessin) (MPC
07-05-0037 et 07-05-0038) et enfin le 12 octobre 2009, par l’intermédiaire de Wes-
tern Union à Bellinzona, le montant de CHF 107.50 en faveur de HHHH., en Géor-
gie, soit la mère de GGGG., qui est également soupçonné d’avoir participé aux évé-
nements du 10 octobre 2009 (voir supra consid. 4.1.5).
- 92 -
S’agissant de l’origine des valeurs patrimoniales transférées, la Cour a relevé que
β.B. avait une situation financière précaire qui ne lui permettait pas de transférer
l’argent de ses économies à des tiers. Toutefois, à la lumière de ses activités délic-
tuelles et de son implication dans le réseau criminel, la Cour considère que ces ver-
sements s’inscrivent dans ses activités en lien avec l’organisation criminelle.
5.2.7 Sur la base des nombreux éléments qui précèdent, la Cour retient qu’il ressort des
conversations téléphoniques qui ont pu être imputées à β.B. qu'il connaissait TT.,
dont il a commenté l'arrestation à plusieurs reprises (voir supra consid. 5.2.1). En ef-
fet, peu après l'arrestation de TT. («TT1.»), β.B. s'est entretenu à plusieurs reprises
au téléphone au sujet de la collecte en principe mensuelle des contributions des
membres destinées à la caisse commune. Après que K. a repris la fonction de res-
ponsable pour la Suisse de cette caisse, β.B. s'est déplacé à au moins une reprise
le 2 juillet 2009 – probablement également à deux autres reprises en date du
27 septembre et 30 décembre 2009 – à Genève pour rencontrer K. pour apporter
les montants de respectivement CHF 800.- et CHF 1'200.-. Le déplacement du
2 juillet 2009 et sa rencontre avec K. à cette date sont considérés comme étant éta-
blis. Il ressort en effet de la liste des contributions mensuelles des membres à la
caisse commune saisie au domicile de α.A., que β.B. a, les 27 septembre et 30 dé-
cembre 2009, remis les deux montants précités à K.. Cette liste indique que β.B. a
apporté ces contributions pour le canton du Tessin et il a apposé sa signature sur la
quatrième page de cette liste. Il s'ensuit qu'il n'est pas vraisemblable que ce mon-
tant de CHF 1'200.- provenait, comme β.B. a soutenu, de l'aide sociale ou du sou-
tien financier de sa famille. De même, il ressort de la conversation téléphonique du
14 septembre 2009 mentionnée auparavant (voir supra consid. 5.2.1), que β.B. a
annoncé à K. son intention de venir le voir à vers la fin du mois de septembre 2009.
Ladite liste confirme ce fait par l’indication qu’elle contient qu'en date du 27 sep-
tembre 2009 et en-dessous des rubriques «Italien - canton» et «Lugano - Tessin»,
un dénommé «β.» a apporté des montants de CHF 450.- et CHF 350.-, soit une
somme de CHF 800.-. La comparaison avec les inscriptions figurant sur le haut de
la quatrième page porte à croire que celles figurant sur la première page concernent
la même personne. Dans ces circonstances, la Cour de céans retient que les mon-
tants de CHF 450.- et de CHF 350.- figurant sur cette première page doivent égale-
ment être imputés à β.B., montants apportés à K. à Genève dans le courant du mois
de septembre 2009, très probablement le 27 septembre 2009, au titre des contribu-
tions des membres de la région du Tessin à la caisse commune de l'organisation, à
l'instar du montant de CHF 1'200.- dont il a été fait mention auparavant.
De plus, les nombreuses conversations téléphoniques que β.B. a tenues confirment
qu'il a œuvré, dès le mois de mai 2009, comme collecteur pour la région du Tessin
des contributions des membres destinées à la caisse commune de l'organisation
dont TT. et K. étaient membres hiérarchiquement hauts placés. La découverte d'une
- 93 -
liste manuscrite dans sa chambre d'hôtel sur laquelle figure les noms ou les alias de
plusieurs personnes et la mention de leurs contributions respectives à la caisse
commune pour un mois, ainsi que le fait qu'il se soit entretenu le 28 août 2009 avec
PP., lequel est soupçonné d'être un responsable important de l'organisation, pour
s'enquérir de la présence à ses côtés de K. lors du déplacement en Espagne de ce
dernier, ne font que confirmer son rôle de collecteur régional pour le compte de
l’organisation et ses liens avec cette organisation (voir supra consid. 5.2.1 et con-
versation n° 77).
S'agissant de ses liens avec TT., il n'est pas plausible que β.B. n'ait fait sa connais-
sance qu'à la prison du Bois-Mermet, comme le prévenu l’a déclaré, étant donné
qu'il a mentionné son nom dès le 6 mai 2009, soit bien avant qu'il ne soit lui-même
transféré de la Prison de Brig-Glis à celle du Bois-Mermet le 9 août 2010 (voir supra
consid. I.2.5). De même, il connaissait parfaitement K. pour s'être entretenu à de
nombreuses reprises avec lui par téléphone et pour l'avoir rencontré à au moins une
reprise en juillet, et très probablement à deux autres reprises, à Genève. Ses dépla-
cements dans cette ville étaient liés à sa tâche de collecteur régional des contribu-
tions des membres à la caisse commune de l'organisation, comme cela ressort de
la liste saisie au domicile de α.A.. Le même constat s'impose s'agissant de sa con-
naissance de PP., avec lequel il s'est entretenu par téléphone le 28 août 2009 à
12h23 au moyen du raccordement espagnol 60 (voir supra consid. 5.2.1), dont l'ins-
cription figurait par ailleurs sur un billet retrouvé dans la chambre qu'il a occupée à
l'Albergo LLL.. Le fait que les raccordements téléphoniques utilisés par HH. et α.A.
figuraient aussi sur ce billet constitue un indice de ce qu'il connaissait également
ces derniers. Pour ce qui est de la liste manuscrite retrouvée dans la chambre d'hô-
tel précitée le 15 mars 2010, tout porte à croire qu'elle représente les contributions
des membres de la région du Tessin collectées par β.B. et qu'il est l'auteur de cette
liste. En outre, il ressort des conversations téléphoniques exposées ci-dessus que
β.B. s'est entretenu avec les dénommés «AAAAA.» et «HH2.», dont les noms ou les
alias figurent sur cette liste suivis de la mention «50», au sujet de la convocation à
une réunion. Il est dès lors hautement probable que l'objet de cette réunion consis-
tait en la remise à β.B. des contributions de ces deux personnes à la caisse com-
mune. Dans ces circonstances, la Cour considère que le document précité repré-
sente la liste des contributions mensuelles des membres de la région du Tessin à la
caisse commune de l'organisation et que cette liste a été dressée par β.B.. Cette
liste constitue donc un élément probatoire supplémentaire démontrant qu'il a œuvré,
dès le mois de mai 2009, comme collecteur pour la région du Tessin des contribu-
tions des membres à la caisse commune de l'organisation à laquelle il est affilié. Sa
participation à cette organisation ressort aussi du fait que les versements d’argent
faisant l’objet du reproche de blanchiment d’argent aggravé (voir point 1.2.2 de
l’acte d’accusation) et portant sur les montants de CHF 880.-, de CHF 271.69 et de
CHF 107.51, versés entre le 21 mars et le 12 octobre 2009, par l'intermédiaire de
- 94 -
Western Union à Lugano et Bellinzona. En effet, vu les revenus légaux du prévenu
très maigres d’une part, et, d’autre part, les différentes sommes d’argent qu’il gérait
ou récoltait pour l’organisation criminelle, les montant susmentionnés entrent ainsi
dans le contexte des agissements en lien avec l’organisation criminelle.
Au chapitre de l’aide apportée à des détenus en prison, la Cour ne peut retenir les
explications de β.B. comme convaincantes et, se basant sur les retranscriptions des
conversations téléphoniques exposée ci-dessus – qui sont univoques – retient que
β.B. a, à l'instar de α.A., contribué à fournir une aide sous la forme d'argent à des
personnes incarcérées, y compris à TT.. Il est prouvé que le prévenu s'est servi à
une occasion de l'argent de la caisse commune de l'organisation pour faciliter la li-
bération d'un compatriote interpellé par la police. De plus, il convient de relever que
la conversation n° 212 met en lumière le fait que β.B. faisait parfaitement la distinc-
tion entre son propre argent («Rien du tout mec je te le jure «) et l’argent commun
(J’ai de l’argent commun saerto Je peux te le donner du commun saerto, si tu
veux!?). Ces circonstances font apparaître β.B. comme un membre à part entière de
cette organisation.
En outre, la Cour constate que, contrairement aux déclarations du prévenu, les con-
versations ne laissent aucun doute sur les activités de ce dernier. Il s’est ainsi entre-
tenu à de nombreuses reprises avec plusieurs personnes au sujet d'organisation de
vols, de tentatives de vols et de vols consommés. De même, il apparaît qu’il a parti-
cipé à l'écoulement, voire à la tentative d'écoulement des objets ou des valeurs pa-
trimoniales provenant d'infractions contre le patrimoine. En effet, il est plus que dou-
teux que β.B. ait pu acquérir ces objets ou ces valeurs patrimoniales d'une manière
légale considérant qu’il n’avait pas de revenus mis à part l’aide sociale. β.B. a certes
reconnu avoir parfois volé pour se procurer de l’argent, toutefois la fréquence de ces
actes et l’organisation avec d’autres membres (en se fournissant mutuellement de
l’aide ou des renseignements sur les jeux ou les systèmes d’alarme) dépassent lar-
gement le vol occasionnel pour subvenir à ses besoins. Ainsi, les nombreuses con-
versations reportées ci-dessus démontrent, tant par la quantité d’objets dérobés,
que par le nombre d’intervenants, qu’il était question d’un réseau structuré de per-
sonnes poursuivant ensemble le même but criminel.
Par ailleurs, s’agissant de la conversation n° 210 retranscrite ci-dessus listant une
importante quantité de biens de valeur (lunettes, vêtements, chaussures, parfum,
appareils audio pour écouter de la musique, jeux, etc.), elle représente une somme
d’objets dont l’achat aurait été impossible pour β.B., même à retenir que le prix
communiqué est exagéré selon les déclarations du prévenu. En effet, β.B. n'a justi-
fié d'aucune activité lucrative légale en Suisse, d’aucune autre source de revenus,
hormis l’aide sociale et souffrait d’addiction à l'héroïne. Aussi, les conversations re-
transcrites permettent de comprendre qu’il ne s’agissait que d’un premier colis en-
- 95 -
voyé afin de vérifier s’il parvenait à destination, ce qui laisse croire que d’autres ob-
jets auraient pu être acheminés.
Ses agissements en Suisse ayant trait à son activité au sein de l’organisation, la
Cour retient que les objets qu'il a dérobés et écoulés, respectivement tenté d'écou-
ler proviennent d’agissements qui concrétisent l’infraction de participation à une or-
ganisation criminelle.
En effet, β.B. a déployé une activité concourant au but criminel de l'organisation en
jouant un rôle important dans la commission ou la tentative d'infractions contre le
patrimoine, afin d'en tirer des avantages patrimoniaux illégaux. Il a été impliqué
dans cette organisation en œuvrant, dès le mois de mai 2009, comme collecteur
pour la région du Tessin des contributions des membres destinées à la caisse
commune de l'organisation. Sa participation à cette organisation va au-delà de sa
participation aux infractions concrètes desquelles il a été reconnu coupable, de
sorte que le concours réel doit être retenu en la matière. Sur le plan subjectif, il ap-
pert que β.B. connaissait le but criminel poursuivi par cette organisation et qu’il sa-
vait que ses agissements servaient ce but. Il a agi intentionnellement et a aussi ac-
cepté, du moins par dol éventuel, que soient réunis les faits caractérisant une orga-
nisation criminelle.
Partant, les conditions essentielles objectives et subjectives de l’infraction de parti-
cipation à une organisation criminelle sont réalisées en l’espèce.
5.3 Les actes reprochés à α.A. dans le cadre de l’organisation criminelle
Le MPC reproche à α.A. d’avoir, entre mars 2009 au moins et le 15 mars 2010, en
Suisse, à Genève en particulier, de même qu’en France, en particulier à Poitiers,
participé à une organisation criminelle liée à aux «Vory v Zakone» décrite ci-dessus.
Le MPC lui reproche un rôle de membre actif qui serait exprimés de diverses ma-
nières analysées ci-dessous.
5.3.1 Aide dans la récolte de contributions en faveur d’une organisation criminelle et
fonction de subordonné de K.
α.A. a été confronté à plusieurs reprises à cette liste retrouvée chez lui (voir supra
consid. E.3 et 5.3.1). Le 5 juillet 2011, il a expliqué au MPC que celle-ci concernait
une collecte de fonds entre ressortissants géorgiens pour financer le rapatriement
du corps d'un compatriote décédé (MPC 13-21-0004). Le 10 août 2011, il a tenu les
mêmes propos à la PJF en expliquant que sur cette liste figuraient les noms des
personnes ayant participé à la collecte et que la liste devait être remise à la famille
du défunt (MPC 13-21-0020 s.). Le 25 août 2011, il a encore expliqué à la PJF que
- 96 -
cette collecte avait duré plusieurs mois, qu'elle avait été organisée dans les diffé-
rentes régions de Suisse et qu’elle lui avait été remise lors d'un séjour en Suisse
(MPC 13-21-0040 ss). Il a confirmé ses propos au MPC le 5 décembre 2011 (MPC
13-21-0147). Aux débats, il a maintenu ses déclarations et a réfuté être membre
d’une organisation criminelle.
La Cour a retenu que la justification d’une récolte en faveur d’un rapatriement ne
pouvait être suivie et que ladite liste correspond à une comptabilité des sommes
payées par les membres de l'organisation (voir supra consid. 5.2.1 in fine).
En l’espèce, α.A. n’a pas non plus été en mesure de fournir des explications cohé-
rentes ou détaillées à ce sujet, d’une part, mais d’autre part, rien dans le dossier ne
permet d’accréditer une autre thèse que celle de l’alibi utilisé pour cacher le véri-
table motif de la récolte d’argent.
Fondée sur ce qui précède, la Cour de céans retient que la liste retrouvée au domi-
cile de α.A. concernait les contributions des membres destinées à alimenter la
caisse commune de l'organisation criminelle en lien avec les «Voleurs dans la loi».
Il ressort de conversations téléphoniques tenues le 15 janvier 2010 et le 20 janvier
2010 que K. et α.A. prévoyaient de faire un long voyage, séparément ou ensemble,
dans le courant du mois de janvier 2010 mais que, au préalable, α.A. devait se
rendre auprès de K.. Lors de ces conversations, K. a fait usage du raccordement 42
et il a contacté α.A. sur le numéro de téléphone dont ce dernier faisait habituelle-
ment usage en France (numéro 55).
Ainsi, le 15 janvier 2010 à 21h18, K. (ci-après: 2) et α.A. (ci-après: 1) ont tenu la
conversation suivante (conversation n ° 102, MPC 09-00-0878 ss):
2. Mec, viens ici si ta voiture est en bon état de marche. Prends un gars pour toutes les  car c’est dommage (ou: c’est fatiguant) si tu voyages seul.
(^) 2. alors tu sais quoi? Moi je t’enverrai l’argent pour la route. 1. oui, il me faudra sans doute l’argent pour la route. (^) 1. Je ne veux pas que quelqu’un m’accompagne. Je ne prends personne avec moi. A quoi cela
me sert une voiture pleine, mec? 2. Mas non mec, tu ne sais pas conduire la voiture à ce niveau, frère. Alors laisse tomber, c’est
moi qui partirai. (^) 2. Oui mec, mais tu as 1500 kilomètres à parcourir frère, tu avais dit 700 et^ (^) 2. Alors, prends quelqu’un avec. Autrement je préfère venir avec AAA., plutôt que tu partes tout
seul, merde !
Le 16 janvier 2010 à 17h40, K. (ci-après: 2) a recontacté α.A. (ci-après. 1) pour lui
faire part de ceci (conversation n° 103, MPC 09-00-0889 ss)
- 97 -
2. Donc on se parle lundi et on le fait. Je t’appellerai, tu trouveras tout prêt. Il faudra seulement le transporter. Donc tu viendras.
1. (^) J’ai aussi demandé à un gars^ J’ai demandé à un gars, il va m’accompagner. Donc lundi matin, d’une façon que ^bref^
2. Oui. Ensuite, nous viendrons là-bas dans une semaine, dans tous les cas. Donc on te  dans une semaine.
1. D’accord. 2. J’ai également appelé celui qui est en Espagne. Tu sais bien qui c’est, n’est-ce pas? 1. oui.
Toujours le 19 janvier 2010, à 16h01, K. (ci-après: 2) a avisé l'épouse de α.A. (ci-
après: 1) qu'il allait recevoir l'argent le lendemain, en ces termes (conversation n°
51, MPC 09-00-0622 ss [0628]):
2. Aujourd’hui, je l’enverrai à six heures au plus tard pour qu’il puisse le récupérer demain matin et qu’il puisse partir dès le matin.
1. Oui, si tu arrives l’envoyer aujourd’hui, il pourra partir cette nuit. 2. Oui, on fait comme ça, dis-lui que je suis aussi intéressé que ça soit fait le plus rapidement
possible. 1. D’accord K1., je le lui dirai. 2. J’arrangerai le tout au plus vite et il pourra partir, si cela n’est pas fait aujourd’hui, alors il parti-
ra demain. 1. Bien K1., bien.
Enfin, le 20 janvier 2010 à 10h49, K. (ci-après: 1) a encore contacté α.A. (ci-après:
2) pour l'informer qu'il allait recevoir l'argent lui permettant de faire le voyage jusqu'à
Sergy (conversation n° 106, MPC 09-00-0904 [0906 s.]):
1. Mec, maintenant dans deux heures au plus tard l’argent sera chez toi, c’est certain, RRRR. (ou: mec).
2. Voilà, donc, alors^ Je vais sûrement prévenir ce gars, mais fais-le vraiment (textuellement: ne le rate pas), si tu es mon frère (textuellement: si tu m’aimes!).
1. Non, non, je te jure, c’est sûr. Hier, j’ai passé l’argent au marchand (ou: revendeur/dealer), mec. Il était tard, c’était le soir. Il a dit qu’il ne l’avait pas, mec. Maintenant, ce matin, j’ai reçu un message. Donc je vais directement, je vais prendre l’argent et dans deux heures au plus tard je te transférerai l’argent.
2. D’accord, frère, c’est bon. Je serai là ce soir mec. (^) 2. oui, donc vers 8 ou 9 heures je serai là^ Au plus tard à 10 heures je serai chez vous. (^) 2. Dans quelle ville êtes-vous? Fais-le moi savoir après. C’est proche d’Annemasse? 1. Oui, 10 kil^ Bref. Sergy. On est à Sergy, dans la ville.
Tout semble indiquer que α.A. soit arrivé à Sergy dans la nuit du 22 janvier 2010.
En effet, cette nuit-là à 01h13, il a avisé K. sur le raccordement 42 qu’il allait arriver
à Annemasse dans cinq minutes, ce à quoi K. a répondu: «Les gars sont déjà sortis,
ils seront là, quelque part à Annemasse. Je leur ai donné votre numéro de télé-
phone. (^)» (conversation n° 107, MPC 09-00-0911 ss [0913]) Le même jour à
22h44 et au moyen du raccordement précité, K. semble avoir avisé PP., au moyen
d'un sms adressé sur le raccordement 83, de l'arrivée de α.A. en ces termes: «Salut
frère, frère, demain matin tout partira et tout se passera comme nous l’avons prévu.
Tout se passera comme nous le voulons et moi dès demain je paO» (conversation
n° 108, MPC 09-00-0914 s [0915]).
- 98 -
α.A. paraît être resté à Sergy jusqu’au 24 janvier 2010 avant de retourner à Poitiers,
où il est arrivé le lendemain. Il ressort en effet de la surveillance du raccordement 42
utilisé par K. que ce dernier a avisé l’épouse de α.A. le 24 janvier 2010 à 16h35 de
son départ, en la contactant sur le numéro de téléphone habituellement utilisé par
α.A. en France (numéro 55), en ces termes: «FF., α. est reparti avec les autres»;
(^) «Bé, là il y a cinq minutes de çaO Ils arriveront cette nuit» (conversation
n° 109, MPC 09-00-0916 ss [0919]). Le 25 janvier 2010 à 22h21, α.A. a confirmé à
K., au moyen du raccordement précité (numéro 55), qu’il avait «très bien voyagé»
laissant entendre qu’il était arrivé (conversation n° 110, MPC 09-00-0921 ss [0923]).
α.A. a été interrogé le 18 octobre 2011 par la PJF au sujet des conversations télé-
phoniques précitées et a refusé de répondre aux questions qui lui étaient posées,
tout en contestant s'être déplacé à Sergy (MPC 13-21-0064 s.). Quant à K., il a été
interrogé le 21 septembre 2011 par le MPC au sujet du montant qu'il a fait parvenir
à α.A. pour son déplacement jusqu'à Sergy, il a refusé de se déterminer (MPC 13-
02-0275).
Le 5 juillet et le 5 décembre 2011, α.A. a été confronté par le MPC à l'accusation
d'être un membre de l'équipe rapprochée de K. et de lui avoir rendu des services,
notamment en ayant pris possession de la liste des contributions des membres à la
caisse commune de l'organisation. Lors de ces deux interrogatoires, il a réfuté cette
accusation en soutenant que cette liste concernait une collecte de fonds pour le ra-
patriement du corps d'un compatriote décédé (MPC 13-21-0003 s. et 13-21-0146
s.).
La Cour retient sur la base des faits et des conversations téléphoniques, que la liste
des contributions a été remise par K. à α.A. lors de son passage à Sergy.
De plus, selon le rapport d'observation du 21 janvier 2010 de la PJF, α.A. a participé
le 16 septembre 2009 en compagnie de K. à une réunion, laquelle s'est tenue dans
une cour d'école à Genève, avec d'autres ressortissants géorgiens. A teneur de ce
rapport, K. et α.A. – ce dernier étant identifié sous l'alias «A1.» par la PJF – sont
sortis ensemble de l’appartement situé à la rue ZZ. vers 14h45 pour se rendre à
cette réunion. Selon les clichés photographiques pris par la PJF, une demi-douzaine
de personnes s’est réunie dans la cour d'école et cette réunion s'est terminée vers
16h10. K. et α.A. ont ensuite regagné ensemble l'appartement précité vers 16h15
(MPC 13-21-0159 ss).
α.A. a été interrogé le 5 décembre 2011 par le MPC au sujet de cette réunion. Il a
déclaré qu'il s'agissait d'une rencontre entre Géorgiens et a reconnu y avoir partici-
pé. Quant au but de cette réunion, il a déclaré ne pas s'en souvenir tout en préci-
sant qu'elle n'avait rien de criminel. A la question de savoir pour quelles raisons il
- 99 -
s'était déplacé de Poitiers jusqu'à Genève en septembre 2009, α.A. a répondu qu'il
s'était rendu en voiture dans cette ville pour y rencontrer des compatriotes et pour
se divertir (MPC 13-21-0148).
A l'exception de α.A. et de K., l'identité précise des personnes ayant participé à la
réunion qui s'est tenue le 16 septembre 2009 à Genève n'est pas établie. De même,
le but de cette réunion et l'identité de la personne l'ayant convoquée ne sont pas
connus, faute d’indication en ce sens dans le rapport d'observation du 21 janvier
2010. Cependant, cette réunion semble à tout le moins indiquer l'existence d'un lien
étroit entre α.A. et K., α.A. ayant notamment fait le déplacement depuis Poitiers à
Genève en septembre 2009 pour y participer.
Par ailleurs, α.A. a été en contact par téléphone avec K. à d'autres reprises aux
dates suivantes:
− Le 13 octobre 2009 à 15h26 et au moyen du raccordement 55, α.A. («A7.») lui
a adressé un sms sur le raccordement 26 en lui demandant de le rappeler
(«Salut K1., comment ça va? J'espère que tout va bien. Appelle-moi, je dois te
parler. Ton frère, A7.. «) (conversation n° 152, MPC 09-00-1203 ss).
− Le même jour à 15h27 et au moyen des mêmes raccordements, K. a contacté
α.A.. A cette occasion, α.A. lui a demandé «tu as contacté les nôtres en Es-
pagne?» Suite à la réponse négative de K., α.A. lui a encore demandé s’il
n’avait pas parlé avec «les supérieurs ces derniers jours». K. lui a communiqué
son nouveau numéro en ces termes: «(...) Maintenant, je vais changer ce télé-
phone, je vais jeter ce téléphone ces jours-ci. Note le nouveau numéro. (...)
C'est ce numéro qu’on avait acheté pour NN. (...) le 27» (conversation n° 153,
MPC 09-00-1205 ss).
− Le 29 janvier 2010 à 20h04 et au moyen du raccordement 42, K. a de nouveau
contacté α.A. sur le numéro 55. Ils se sont entretenus de la nécessité de trouver
de l’argent rapidement (conversation n° 154, MPC 09-00-1217 ss).
− Le même jour à 22h18 et au moyen des mêmes raccordements, α.A. a envoyé
un sms à K. l'avisant que quelqu’un lui a donné «100. -» jusqu’à lundi (conver-
sation n° 155, MPC 09-00-1224 ss).
− Le 1er février 2010 à 16h32 et toujours au moyen des mêmes raccordements, K.
a contacté α.A.. A cette occasion, α.A. lui a indiqué qu'il avait emprunté
«100 roubles», ce à quoi K. a répondu «je vais l’affaire (textuellement: je vais
venir le mouvement) maintenant. Je suis complètement sans argent, je le jure
(O) je vais arranger cela rapidement et dès que je chopperai l’argent, je te le
passe» (conversation n° 156, MPC 09-00-1226 ss).
- 100 -
− Le 5 février 2010 entre 22h21 et 22h30 et encore au moyen des mêmes rac-
cordements, α.A. et K. se sont entretenus à trois reprises. K. lui a demandé le
numéro d'un certain «β.» ou de quelqu’un d’autre qu’ils connaissent en Italie et
α.A. le lui a communiqué (84) (conversations n° 157 à 159, MPC 09-00-1232/-
1235/-1238).
α.A. a été interrogé le 18 octobre 2011 par la PJF au sujet des contacts télépho-
niques précités. Il a déclaré ne pas savoir de quoi il s'agissait et a refusé de ré-
pondre aux questions qui lui étaient posées (MPC 13-21-0059 ss).
En plus des contacts téléphoniques précités, d'autres éléments renseignent sur la
nature du lien entre α.A. et K.. Ces éléments se présentent comme suit :
− Il a été retenu au considérant 3.2.2 que K. est arrivé à Genève le 9 septembre
2009. Il ressort du même considérant que α.A. est également arrivé à Genève
ce jour-là en compagnie de K., après avoir sans doute effectué en voiture le tra-
jet depuis Poitiers. α.A. a ensuite séjourné dans cette ville dans l'un des appar-
tements occupés par K..
− Peu après son arrivée à Genève, α.A. a fait usage du raccordement 24 les 15 et
16 septembre 2009 (voir supra consid. 3.2.6 et conversations n° 1 à 6, MPC 09-
00-0416 ss à 09-00-0446 ss). En particulier, il s’en est servi le 15 septembre
2009 pour ordonner à un certain «II.» de venir en voiture les chercher lui et K.
(voir supra consid. 3.2.9 et conversation n° 3, MPC 09-00-0424 ss).
− Entre les 4 et 5 novembre 2009, α.A. s'est encore rendu à Genève et il a une
nouvelle fois séjourné dans l'un des appartements occupés par K.. Lors de la
tentative de vol commise au préjudice de C., α.A. s'est servi du raccordement
27 (voir supra consid. 3.3). Il ressort des indications développées auparavant
que K. s'est également servi de ce raccordement à plusieurs reprises en oc-
tobre 2009 et en novembre 2009 (voir supra consid. C).
− Lors de l'arrestation de α.A. le 15 mars 2010, la police a procédé au séquestre
de plusieurs objets, qui ont été énumérés ci-dessus et parmi lesquels figurent
deux répertoires téléphoniques (nos de scellés SAM/DEUX et SAM/TROIS). Il
ressort du rapport du 19 mai 2010 de la PJF que dans ces deux répertoires
sont inscrits les numéros de plusieurs raccordements téléphoniques imputables
à K., TT. et L.. Ainsi, ces deux répertoires contiennent les inscriptions 14 et 24
suivis de la mention «K1.». Il résulte des éléments mentionnés ci-dessus que K.
(«K1.») a fait usage du premier raccordement à plusieurs reprises durant le
mois de juin 2009 (conversations n° 129 à 133, MPC 09-00-1047 ss à 09-00-
1060 ss et conversation n° 148, MPC 09-00-1188 ss). Quant au deuxième rac-
cordement, il en a fait usage, de même que α.A., durant le mois de septembre
2009 (voir supra consid. 3.2.11 et 3.2.12). Ces répertoires contiennent aussi les
- 101 -
numéros 87 et 88, ce dernier étant suivi de la mention «TT1.». Il ressort de l'ar-
rêt du 22 octobre 2010 de la Cour correctionnelle de Genève que ces deux rac-
cordements ont été utilisés par TT. («TT1.») avant son arrestation (ACC/56/10
p. 37, MPC 18-01-0094).
− Enfin, lors de l'arrestation de α.A. le 15 mars 2010, la police a encore séquestré
plusieurs téléphones portables de marque Nokia (voir supra consid. E.2 s).
Dans la mémoire de l'un de ces téléphones (Nokia 6600, IMEI n° 85) était enre-
gistré le raccordement 41, numéro attribué à K..
5.3.2 L'aide apportée à des détenus en prison
Il ressort de la conversation téléphonique tenue le 19 octobre 2009 que α.A. s’est
préoccupé du sort des détenus. Ainsi, à 19h18, le dénommé «OO1.» (ci-après: 2) –
lequel a été identifié comme étant OO. (voir supra consid. 3.34 ss) – a déclaré ceci
à un dénommé «JJ.» (ci-après:1, conversation n° 160, MPC 09-00-1243 ss):
2. (^) Hier NNNNN. a parlé avec toi ^ 1. Oui ^. 2. ^ concernant le gars biélorusse ^ concernant LLLLL. ^ Moi et A7'., nous nous intéressons
^ 1. Oui ^. 2. Comment vont ses affaires?. (^) 1. Ecoute-moi frère, un gars ^ un gars ^ on dit qu’il a été transféré ailleurs. Demain on va se
renseigner pour vous donner des nouvelles. 2. Ah, vous ne l’avez pas vu aujourd’hui, il n’est pas sorti pour la promenade? 1. Non, non. Avant-hier, on a appris cette nouvelle comme quoi il a été amené ici. Aujourd’hui il
n’est pas sorti ^ Demain on va se renseigner, alors rappelle-nous demain ^. (...) 2. S’il est là, frère passe lui nos salutations, de la part de A7. et de moi, de OO1.. 1. Oui, oui ^. 2. C’est notre ami proche frère c’est pour cela. 1. Oui. 2. Occupez-vous de lui au maximum ^ comme vous le pouvez ^. 1. D’accord, d’accord frère. Il n’y a pas de problèmes pour ça”. 2. ^ il est notre proche à nous, mon frère! D’accord KKK. frère. Ça va si je te rappelle à la
même heure, frère?
Il résulte de cette conversation que α.A., alias «A7.» ou «A7'.»4, a souhaité obtenir
des nouvelles d'un détenu biélorusse.
Le 14 janvier 2010 à 20h40 et au moyen du raccordement 42, K. («K1.») a contacté
α.A. («A7'.») sur le numéro de téléphone habituellement utilisé par ce dernier en
France (numéro 55). A cette occasion, α.A. a déclaré ceci: «J’ai appelé le pote à ce-
lui qui est à La Rochelle. Je lui ai dit d’aller voir MMMMM., tu sais qui est (proba-
blement: le pote) à OOOO.. (...) Je leur ai demandé de se renseigner sur ses nom et
prénom et sur l’adresse de la prison. (...) Aujourd’hui, il n’a pas appelé. Je suis en
4 même nom que A7'., orthographe différente
- 102 -
attente pour voir s’il appelle ou pas. Sinon, demain je l’appellerai», ce à quoi K. a
répondu «D’accord alors, c’est bien clair» (conversation n° 162, MPC 09-00-1280
ss).
α.A. a été entendu par la PJF le 18 octobre 2011 au sujet de ces deux conversa-
tions téléphoniques précitées. Il a déclaré ne pas connaître le dénommé «LLLLL.»
dont il a été fait mention dans la conversation du 19 octobre 2009 (MPC 13-21-
0060).
5.4 Le règlement de litiges au sein de l'organisation
Plusieurs conversations téléphoniques indiquent que α.A. est intervenu pour régler
des litiges qui semblent concerner l'organisation. Ainsi, il ressort d'une conversation
téléphonique tenue le 16 septembre 2009 à 13h15 qu'un certain «NNNNN.» (ci-
après: 2) a contacté α.A. (ci-après: 1) sur le raccordement 24 pour l'aviser d'un litige
survenu à la suite d'un vol. α.A. lui a alors donné des instructions quant au règle-
ment de ce litige, de la manière suivante (conversation n° 4, MPC 09-00-0429 ss):
1. ça va, il va pas mal sauf qu’hier trois gars ont été arrêtés. Je m’en fous du bagage et de tout le reste mais les gars ^ils ont arrêtés les gars! Ils ont tout emporté, ils ont arrêtés les gars, merde! (^)
1. (^) Vous, ça va? Qu’est-ce qui se passe chez vous, frère? 2. Chez nous ça va pas mal ^ Quelque chose s’est de plus en plus clarifié. 1. Quoi, quoi, quoi? Dis-moi quoi! Qu’est-ce qui s’est clarifié? 2. Bref, tu connais le gars de Gori? (^) 1. Oui frère! 2. Je t’avais dit qu’il voulait former un bloc. On en a déjà parlé de ça. Ce gars il a refait la même
chose récemment. Et bien c’est devenu évident ! (^) 2. Ils sont entrés dans un magasin donc, lui et un gars plus âgé, un bon gars quoi. 1. Et puis? 2. Ce dernier a éloigné le vendeur, mec, et ce OOOOO. y est allé et il a ouvert la caisse. 1. Ne parle pas de détails. J’ai compris, il l’a pris, ce qui était à prendre. 2. Oui, il l’a fait et en plus un appareil photo. 1. Oui et ensuite? 2. Ils ont quitté le magasin et ils sont repartis. Plus tard, le gars âgé lui a demandé s’il avait ré-
ussi le coup. Alors OOOOO. lui a dit qu’il n’avait que cet appareil photo sur lui. L’autre lui a dit qu’il avait bien entendu le bruit de la caisse, tu comprends! OOOOO. lui a répondu qu’il avait bien ouvert la caisse, mais que la caisse était vide. OOOOO. lui a aussi dit que dans le  il y avait deux caisses, mais qu’il n’a réussi d’ouvrir qu’une seule celle qui était vide.
1. Oui. 2. Alors le gars a décidé d’y retourner pour vérifier. Hier, il est allé là-bas et il n’a donc vu qu’une
seule caisse dans ce magasin. Dans ce magasin il y avait une seule caisse et pas deux ! (^) 2. Ce matin ce gars m’a demandé de l’accompagner le voir pour être rassuré qu’il n’y avait
qu’une seule caisse dans le magasin. Je l’ai accompagné, j’y suis donc entré et effectivement, je n’ai vu qu’une seule caisse là-bas! Il n’y avait qu’une seule caisse! Je me suis précipité vers la sortie et je vois ce gars de Gori à l’extérieur du magasin devant la vitrine. En toute , il me surveillait pour savoir ce que je faisais dedans. Je n’ai aucune idée d’où il est sorti et de quelle manière il s’est retrouvé devant le magasin à ce moment-là. Je pense qu’il nous a repérés et nous a suivis dès le début.
2. Je suis sorti du magasin et c’est à ce moment-là, la dame du magasin a vu le gars qui était dehors. Je pense qu’elle l’a reconnu et elle a couru vers lui et l’a suivi. Ce type-là s’est barré et je ne l’ai plus revu depuis. Aujourd’hui je ne l’ai pas rencontré.
- 103 -
1. Alors, écoute-moi, frère. Toi et l’autre gars vous allez le retrouver et vous lui poserez la  et vous allez écouter sa version. Ne disputes pas et ne l’enfonces pas, tu comprends ce que je te dis?
2. Oui. 1. Posez-lui une seule question. Pourquoi il a fait ce qu’il a fait et pourquoi ce genre de choses
lui arrive^ En fait, même ça ce n’est pas nécessaire. Demande-lui pourquoi il a dit à l’autre gars qu’il y avait deux caisses au lieu de dire qu’il y avait une seule caisse et puis, pour quelle raison il a agi comme ça? Il faut que l’autre gars lui demande pour quelle raison il lui a menti en disant qu’il y avait deux caisses. Après rappelle-moi pour me dire quelle sera sa réponse. Je sais comment réagir par la suite et quoi faire. Il faudra l’amener ici, mec.
Outre, le fait que α.A. a été contacté pour être informé du litige et qu’il a donné des
instructions pour le régler, il peut être relevé que lorsque son interlocuteur lui in-
dique un vol dans une caisse, sa réponse fut: «Ne parle pas de détails. J’ai compris,
il l’a pris, ce qui était à prendre».
En outre, lors de la conversation téléphonique que le prévenu a tenue le 18 dé-
cembre 2009 à 14h23 avec K. durant laquelle ce dernier raconte avoir «tabassé»
plusieurs Svanes, α.A. lui conseille d'appeler «PP.», pour lui parler du litige (conver-
sation n° 166, MPC 09-00-1335 ss).
S'agissant des conversations du 16 septembre et du 18 décembre 2009, α.A. a,
comme déjà indiqué ci-dessus, contesté être un membre proche de K. et réfuté
cette accusation.
5.5 La dissimulation d'objets ou de valeurs patrimoniales provenant de vols
Lors de l'arrestation de α.A. le 15 mars 2010 à son domicile à Z. (FR), la police a re-
trouvé un ordinateur portable de marque et de type Hewlett Packard HDX 18. Il est
établi que cet ordinateur a été soustrait illicitement à PPPPP. dans la nuit du 9 au
10 janvier 2010 à Carouge, après que des inconnus soient entrés dans son appar-
tement après avoir arraché le cylindre de la porte palière (MPC 10-00-1656 s et 10-
00-2354). α.A. a été interrogé le 5 juillet 2011 par le MPC au sujet de cet ordinateur
et a déclaré l'avoir acquis pour EUR 140.- auprès d'un couple au bord de la route
alors qu'il circulait en direction de Poitiers (MPC 13-21-0004). Le 18 novembre
2011, le MPC a prononcé la levée du séquestre et a restitué cet ordinateur à
PPPPP. (MPC 08-20-0004 ss).
Le 15 mars 2010, la police a aussi trouvé au domicile de α.A. un téléphone portable
de marque et de type Samsung SHG-D500 (IMEI n° 86). Selon le rapport du 19 mai
2010 de la PJF sur l'exploitation des séquestres du 15 mars 2010, ce téléphone a
été soustrait illicitement dans le magasin QQQQQ. à Zoug (MPC 10-00-1278). A te-
neur de la plainte pour vol du 8 juillet 2007 adressée par le gérant de ce magasin à
la police cantonale zougoise et figurant en annexe à ce rapport, ce téléphone por-
table a été soustrait illicitement entre les 2 et 13 janvier 2007 (MPC 10-00-1337 s.).
- 104 -
Le rapport du 19 mai 2010 de la PJF indique que α.A. a déclaré, lors de son audi-
tion le 15 mars 2010 à Poitiers, qu'il s'agissait de son téléphone portable (MPC 10-
00-1278).
Toujours le 15 mars 2010, la police a également retrouvé au domicile de α.A. une
carte mémoire de marque et de type TD Sony. Selon le rapport du 19 mai 2010 pré-
cité, cette carte provient d'un appareil photo soustrait illicitement le 2 septembre
2008 à RRRRR. à Nyon (MPC 10-00-1281). D'après ce rapport, les propriétaires ont
reconnu de nombreuses photos enregistrées sur cette carte et RRRRR. a porté
plainte pour vol par effraction auprès de la police cantonale vaudoise le 2 septembre
2008. Selon les indications figurant sur cette plainte annexée audit rapport, les au-
teurs sont entrés par effraction dans l'appartement occupé par RRRRR., après avoir
arraché le cylindre de la porte palière, et se sont emparés de montres, de bijoux et
de l'appareil photo précité (MPC 10-00-1342). Sur la carte mémoire de cet appareil
se trouve un cliché photographique datant du 18 juillet 2009 sur lequel apparaissent
trois personnes, parmi lesquelles K. (MPC 10-00-1281 et 10-00-1418 ss). α.A. a été
interrogé le 5 juillet 2011 par le MPC à ce propos mais ne s'est pas déterminé sur le
fait que cette carte mémoire a été retrouvée à son domicile (MPC 13-21-0003 s.).
Enfin, la police a encore retrouvé au domicile de α.A. le 15 mars 2010 six montres
de luxe de marques Patek Philippe, Franck Muller, Claude Meylan, Patrick Arnault,
Mathey Tissot et Calvin Klein (voir supra consid. E.2).
Dans le présent cas, il est établi que l'ordinateur portable de marque Hewlett Pack-
ard retrouvé au domicile de α.A. provient d'un vol. Les explications que ce dernier a
fournies quant à son acquisition ne sont guère plausibles et tout indique qu'il a été
associé aux agissements relatifs à la soustraction de cet ordinateur commis entre
les 9 et 10 janvier 2010. Le même constat s'impose en ce qui concerne le téléphone
portable de marque et de type Samsung SHG-D500 et la carte mémoire de marque
Sony, dont la provenance illicite ressort des plaintes pour vol déposées respective-
ment le 8 juillet 2007 et le 2 septembre 2008. Quant au lot de montres de luxe, il est
douteux que α.A. ait pu les acquérir légalement, compte tenu du prix de vente cou-
rant de telles montres et des faibles ressources économiques dont dispose α.A., qui
dépend de l'aide sociale. Dès lors qu’il n’a justifié d’aucune activité lucrative ou
d’une autre source de revenu et que ses activités ont été principalement de nature
délictuelle, il convient d’en déduire que les objets cités ci-après proviennent
d’infractions contre le patrimoine, sans que l’on puisse toutefois retenir une infrac-
tion de recel (art. 160 CP), à l’encontre du prévenu, faute d’éléments plus concrets
en lien avec les infractions.
- 105 -
5.5.1 La réception de montants en lien avec les activités de l’organisation criminelles
α.A. a bénéficié, entre les 13 et 27 janvier 2010 et par l'intermédiaire de son épouse,
de plusieurs versements effectués depuis la Suisse. Ces versements, qui ont tous
été effectués au moyen de la société Western Union à Genève, se présentent
comme suit:
− Le 13 janvier 2010 et à la demande de K. (MPC 10-00-1476), SSSSS. a fait
parvenir à FF. un montant de CHF 590.- (MPC 07-06-0012).
− Le 20 janvier 2010 et par l'intermédiaire de TTTTT., K. a fait parvenir un mon-
tant de EUR 110.42 à FF. (MPC 07-04-0065). Comme relevé au considérant
5.3.2, ce montant a permis à α.A. de se déplacer de Poitiers à Sergy, où il a pris
possession de la liste des contributions des membres à la caisse commune.
− Le 27 janvier 2010 et aussi par l'intermédiaire de TTTTT., K. a fait parvenir un
montant de CHF 690.72 (ou EUR 450.-) à l'épouse de α.A. (MPC 07-04-0064).
α.A. a été interrogé le 18 octobre 2011 par la PJF au sujet de ces versements. Il a
déclaré que c'était lui qui avait envoyé ces fonds à son épouse «en demandant à
des compatriotes qui avaient des papiers». Il a toutefois refusé de dévoiler l'origine
de ces fonds, au motif qu'il s'agissait d'une affaire privée (MPC 13-21-0066).
Contrairement à ce que α.A. a affirmé à la PJF, il ressort des éléments du dossier
que ces montants lui ont été envoyés à l'initiative de K., lequel a fait appel à l'assis-
tance de SSSSS. et de TTTTT.. Il est établi que le montant d’EUR 110.42 envoyé le
20 janvier 2010 était destiné à α.A. pour qu'il puisse se déplacer de son domicile
jusqu'à Sergy. Dans ces circonstances et compte tenu que K. n'avait aucun motif
d'envoyer de l'argent à FF., il y a lieu d’en déduire que les autres versements effec-
tués les 13 et 27 janvier 2010 étaient aussi destinés à α.A., même s'ils ont été
adressés à son épouse. Dans ces circonstances, il y a lieu de retenir que les ver-
sements précités se sont inscrits dans le contexte des activités de l'organisation
criminelle à laquelle K. est affilié.
5.5.2 Des considérants qui précèdent, la Cour retient que K. a déployé une activité et un
rôle importants dans une organisation criminelle. Dans le cadre de sa fonction, K. a
remis à α.A. entre les 22 et 24 janvier 2010 la liste des contributions mensuelles des
membres à la caisse commune couvrant les périodes de juillet à septembre et, se-
lon toute vraisemblance, d'octobre à décembre 2009. Afin que α.A. puisse faire le
voyage depuis son domicile à Z. (FR) jusqu'à Sergy, où K. résidait alors, ce dernier
lui avait fait parvenir un montant d’EUR 110.42. Compte tenu de l'importance de
cette liste, qui se présente comme une comptabilité des sommes payées par les
membres de l'organisation, il est invraisemblable que K. la confie à une personne
n'étant pas affiliée à cette organisation et avec laquelle il ne nourrissait pas un lien
- 106 -
étroit. Le lien unissant α.A. à cette organisation, respectivement à K., ressort aussi
du fait que chacun de ses déplacements à Genève était en rapport avec l'activité
délictuelle déployée par K.. Ainsi, α.A. est arrivé à Genève en sa compagnie le
9 septembre 2009 et il a séjourné dans cette ville dans l'un des appartements dont
K. disposait. Il a participé avec lui comme coauteur au vol commis le 15 septembre
2009 à X. (VD) avant de retourner à Poitiers. Il est revenu une seconde fois à Ge-
nève au mois de novembre 2009 et a participé avec lui comme coauteur à la tenta-
tive de vol commise entre les 4 et 5 novembre 2009, tout en séjournant une nou-
velle fois dans l'un des appartements précités. La présence de α.A. en Suisse ne
s'explique dès lors par aucun motif légitime. De même, il s'est servi, en septembre
et en novembre 2009, des raccordements téléphoniques utilisés par K., ce qui laisse
à penser que ce dernier les a mis à la disposition de α.A. lors de la venue de celui-ci
à Genève. A cela s'ajoute qu'il l'a accompagné, lors de son déplacement dans cette
ville au mois de septembre 2009, à une réunion avec d'autres compatriotes, qu'il a
entretenu des contacts téléphoniques fréquents avec lui et qu'il possédait dans des
répertoires téléphoniques ou dans la mémoire d'un téléphone portable saisis à son
domicile les numéros de certains raccordements utilisés par K.. En outre, α.A. a as-
sumé certaines tâches spécifiques comme l'aide apportée à des personnes déte-
nues et le règlement de litiges semblant liés à l'organisation, tâches qui incombent à
une personne occupant un rang hiérarchique important. Sur ce point, il convient de
relever que la mention des numéros de deux raccordements téléphoniques utilisés
par TT. dans les répertoires saisis au domicile de α.A. constitue un indice supplé-
mentaire fortement probant d’appartenance à la même organisation criminelle. Ces
circonstances font apparaître α.A. comme une des personnes de confiance de K.,
pour les activités liées à cette organisation. Par ailleurs, α.A. possédait à son domi-
cile plusieurs objets provenant d'infractions contre le patrimoine commises pour la
plupart en Suisse (Nyon, Genève, etc.). Il ne ressort pas du dossier qu'il ait acquis
ces objets d'une manière légale et leur possession s'inscrit dans le contexte de l'or-
ganisation criminelle à laquelle il est affilié, plus précisément dans celui de l'écoule-
ment d'objets provenant directement (vols) ou indirectement (recel d'objets volés)
d'infractions contre le patrimoine. La photographie de K. sur la carte mémoire de
l’appareil photo est un autre indice qui indique son rôle. Le même constat s'impose
pour les fonds que K. lui a fait parvenir depuis Genève dans le courant du mois de
janvier 2010, ni l'un ni l'autre n'ayant pu rendre vraisemblable l'exercice d'une activi-
té lucrative en Suisse ou bénéficier d'une autre source de revenus licites dans notre
pays. Par ailleurs, il est important de relever que la fréquence des conversations
entre les deux hommes et les conseils que chacun se donnent, témoignent d’un lien
entre des collègues plutôt qu’une relation de subordonnés. α.A. est largement in-
formé de toutes les activités de K. et sait toujours quelles sont les problématiques
que ce dernier rencontre. Sans avoir besoin de qualifier exactement le rôle du pré-
venu, la Cour retient qu’il était un proche de K. et proche du rang hiérarchique de ce
dernier.
- 107 -
Les agissements délictuels de α.A. ne se sont pas épuisés dans les infractions pour
lesquelles il a été reconnu coupable précédemment et sont constitutifs de participa-
tion à une organisation criminelle. En effet, il a déployé, lors de chacun de ses dé-
placements en Suisse, une activité concourant au but criminel de l'organisation cri-
minelle en jouant un rôle important dans la commission ou la tentative d'infractions
contre le patrimoine. Il a été impliqué dans cette organisation en œuvrant comme
une personne de confiance de K.. Il a démontré, par les conversations télépho-
niques, être informé des activités illicites de ses comparses, des voyages et autres
obligations que K. devait accomplir. Ainsi, sur le plan subjectif, α.A. connaissait le
but criminel poursuivi par cette organisation et savait que ses agissements servaient
ce but et il y a complétement adhéré. Il a agi intentionnellement et a aussi accepté,
du moins par dol éventuel, que soient réunis les faits constitutifs de l'organisation
criminelle.
Considérant ce qui précède, les conditions essentielles objectives et subjectives de
l’infraction de participation à une organisation criminelle sont réalisées en l’espèce.
6. Mesure de la peine
6.1 Droit
6.1.1 La Cour fixe la peine selon la culpabilité de l'auteur, en prenant en considération ses
antécédents, sa situation personnelle et l'effet de la peine sur son avenir (art. 47
al. 1 CP). La peine doit être fixée de sorte qu’il existe un certain rapport entre la
faute commise par le prévenu condamné et l’effet que la sanction produira sur lui.
6.1.2 La culpabilité est déterminée par la gravité de la lésion ou de la mise en danger du
bien juridique concerné, par le caractère répréhensible de l'acte, par les motivations
et les buts de l'auteur et au vu de la mesure dans laquelle celui-ci aurait pu éviter la
mise en danger ou la lésion, compte tenu de sa situation personnelle et des circons-
tances extérieures (art. 47 al. 2 CP). Ainsi, la culpabilité doit s'apprécier objective-
ment et subjectivement. Objectivement, il s'agit de prendre en considération le
mode d'exécution de l'acte répréhensible, l'importance du bien juridiquement proté-
gé par la norme qui a été violée et le résultat de l'activité illicite. Subjectivement, il
faut examiner quels étaient les mobiles de l'auteur, ses motivations, quelle était
l'intensité de la volonté délictueuse, à quel point l'auteur était ou non libre de choisir
entre comportement licite ou illicite et donc s'il lui aurait été facile ou non d'éviter de
passer à l'acte. Plus il lui aurait été facile de respecter la norme enfreinte, plus sa
décision de l’avoir transgressée pèse lourdement et, partant, sa faute est grave; et
vice-versa (ATF 127 IV 101 consid. 2a, 122 IV 241 consid. 1a et les arrêts cités).
Relativement à la personne du prévenu, le juge doit prendre en compte ses antécé-
- 108 -
dents, sa réputation, sa situation personnelle (âge, santé, formation, origine socio-
économique), sa vulnérabilité à la peine, son intégration sociale, son attitude et ses
comportements après les faits qui lui sont reprochés ainsi que pendant la procédure
(aveux, collaboration à l'enquête, remords, prise de conscience de sa propre faute;
ATF 134 IV 17 consid. 2.1, 129 IV 6 consid. 6.1; arrêt du Tribunal fédéral
6B_759/2011 du 19 avril 2012 consid. 1.1). Bien que la récidive ne constitue plus un
motif d'aggravation obligatoire de la peine (art. 67 aCP), les antécédents continuent
de jouer un rôle très important dans la fixation de celle-ci (Hans WIPRÄCHTIGER, in
BK-Strafrecht I, n° 100 ad art. 47 CP). En général, la culpabilité de l'auteur est am-
plifiée du fait qu'il n'a pas tenu compte de l'avertissement constitué par la précé-
dente condamnation, et sa rechute témoigne d'une énergie criminelle accrue (cf.
QUELOZ/HUMBERT, in CR-CP I, n° 55 ad art. 47 CP). Il en va de même des antécé-
dents étrangers (ATF 105 IV 225 consid. 2 p. 226 s.). Une série d'infractions sem-
blables pèse plus lourd que des actes de nature différente. En outre, les condamna-
tions passées perdent de leur importance avec l'écoulement du temps. Les con-
damnations qui ont été éliminées du casier judiciaire ne peuvent plus être utilisées
pour l'appréciation de la peine ou l'octroi du sursis dans le cadre d'une nouvelle pro-
cédure pénale (ATF 135 IV 87 consid. 2 p. 89 ss). Les antécédents judiciaires ne
sauraient toutefois conduire à une augmentation massive de la peine, parce que ce-
la reviendrait à condamner une deuxième fois pour des actes déjà jugés (ATF 120
IV 136 consid. 3b p. 145).
6.1.3 Pour apprécier l'effet prévisible de la peine sur l'avenir du prévenu condamné, le
juge se demande quelles seront, selon toute vraisemblance, les incidences princi-
pales de la peine infligée sur la vie future du prévenu. La peine doit être fixée de
sorte qu'il existe un certain rapport entre la faute commise par le prévenu condamné
et l'effet que la sanction produira sur lui. Cela découle de ce que le législateur a co-
difié la jurisprudence selon laquelle le juge doit éviter les sanctions qui pourraient
détourner l'intéressé de l'évolution souhaitable (ATF 128 IV 73 consid. 4; 127 IV 97
consid. 3; 119 IV 125 consid. 3b; 118 IV 337 consid. 2c). Cette exigence, qui relève
de la prévention spéciale, n'autorise que des tempéraments marginaux, la peine de-
vant toujours rester proportionnée à la faute (arrêt du Tribunal fédéral 6B_673/2007
du 15 février 2008 consid. 3.1). Comme l'ancien art. 63 CP, l'actuel art. 47 CP con-
fère un large pouvoir d'appréciation au juge (arrêt du Tribunal fédéral 6B_207/2007
du 6 septembre 2007 consid. 4.2.1, publié in Forumpoenale 2008, n° 8, p. 25 ss).
6.1.4 À titre de critère de fixation de la peine (art. 47 CP), le juge doit également tenir
compte de la durée de la procédure, soit du temps écoulé entre la date de la der-
nière infraction commise et celle du jugement de première instance (arrêt du Tribu-
nal fédéral 6B_150/2017 du 11 janvier 2018 consid. 8.4.3; arrêt du Tribunal pénal
fédéral SK.2015.55 du 28 octobre 2016 consid. 5.5.1). Ce qui précède découle du
droit à un procès équitable consacré à l’art. 6 § 1 de la Convention de sauvegarde
- 109 -
des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH; RS 0.101), selon le-
quel les jugements relatifs à des causes pénales doivent être rendus dans un délai
raisonnable. Le caractère raisonnable du délai s’apprécie selon les circonstances
particulières de la cause, eu égard notamment à la complexité de l’affaire, à l’enjeu
du litige pour l’intéressé, à son comportement ainsi qu’à celui des autorités compé-
tentes (arrêt du Tribunal pénal fédéral SK.2015.55 du 28 octobre 2016 con-
sid. 5.5.1).
6.1.5 Cas échéant, le juge doit prendre en considération les circonstances susceptibles
d'atténuer la peine. Le code pénal énumère, à l'art. 48, les circonstances qui com-
mandent une atténuation de la peine. Elles sont les suivantes: l'auteur a agi en cé-
dant à un mobile honorable, dans une détresse profonde, sous l'effet d'une grave
menace, sous l'ascendant d'une personne à laquelle il devait obéissance ou dont il
dépendait (let. a); l'auteur a été induit en tentation grave par la conduite de la vic-
time (let. b); il a agi en proie à une émotion violente que les circonstances rendaient
excusable ou dans un état de profond désarroi (let. c); il a manifesté, par des actes,
un repentir sincère, notamment en réparant le dommage dans la mesure du pos-
sible (let. d); l'intérêt à punir a sensiblement diminué en raison du temps écoulé de-
puis l'infraction et l'auteur s'est bien comporté dans l'intervalle (let. e).
6.1.6 Si, en raison d’un ou de plusieurs actes, l’auteur remplit les conditions de plusieurs
peines de même genre, le juge fixe une peine pour l’infraction la plus grave et
l’augmente dans une juste proportion. Il ne peut toutefois, ce faisant, dépasser de
plus de la moitié le maximum de la peine prévue pour l'infraction la plus grave. Il est
en outre lié par le maximum légal de chaque genre de peine (art. 49 al. 1 CP).
6.1.7 Une fois déterminée l'infraction pour la commission de laquelle la loi fixe la peine la
plus grave (ATF 93 IV 7, JdT 1967 IV 49 consid. 2a), la Cour doit décider concrète-
ment de la peine selon la culpabilité de l'auteur, en prenant en considération ses an-
técédents, sa situation personnelle et l'effet de la peine sur son avenir (art. 47 al. 1
CP).
6.1.8 En règle générale, le juge suspend l'exécution d'une peine pécuniaire, d'un travail
d'intérêt général ou d'une peine privative de liberté de six mois au moins et de deux
ans au plus lorsqu'une peine ferme ne paraît pas nécessaire pour détourner l'auteur
d'autres crimes ou délits (art. 42 al. 1 CP). Le sursis constitue la règle dont on ne
peut s'écarter qu'en présence d'un pronostic défavorable; il prime en cas d'incerti-
tude (ATF 135 IV 180 consid. 2.1; 134 IV 1 consid. 4.2.2; arrêts du Tribunal fédéral
6B_713/2007 du 4 mars 2008 consid. 2.1, publié dans SJ 2008 I p. 277 ss;
6B_435/2007 du 12 février 2008 consid. 3.2).
- 110 -
6.1.9 Le jour-amende est de CHF 3'000 au plus; le juge en fixe le montant selon la
situation personnelle et économique de l'auteur au moment du jugement, notam-
ment en tenant compte de son revenu et de sa fortune, de son mode de vie, de ses
obligations d'assistance, en particulier familiales, et du minimum vital (art. 34 al. 2
CP). Le Tribunal fédéral a déduit du principe du revenu net et des critères légaux les
règles suivantes pour la détermination de la quotité du jour-amende (ATF 134 IV 60
consid. 6 p. 68 ss). Le montant du jour-amende doit être fixé en partant du revenu
que l'auteur réalise en moyenne quotidiennement, quelle qu'en soit la source, car
c'est la capacité économique réelle de fournir une prestation qui est déterminante.
Constituent des revenus, outre ceux d'une activité lucrative dépendante ou indé-
pendante, notamment les revenus d'une exploitation industrielle, agricole ou fores-
tière, ainsi que les revenus de la fortune (loyers et fermages, intérêts du capital, di-
videndes, etc.), les contributions d'entretien de droit public ou privé, les prestations
d'aide sociale ainsi que les revenus en nature.
Le jugement indique le nombre et le montant des jours-amende (art. 34 al. 4 CP).
En cas de défaut de paiement de la peine pécuniaire et pour le cas où celle-ci est
inexécutable par la voie de la poursuite pour dettes (art. 35 al. 3 CP), la peine pécu-
niaire fait place à une peine privative de liberté de substitution. Un jour-amende cor-
respond à un jour de peine privative de liberté (art. 36 al. 1 CP).
6.2 α.A.
6.2.1 α.A. a été reconnu coupable de participation à une organisation criminelle
(art. 260ter ch. 1 al. 1 CP), vol en bande (art. 139 ch. 1 et ch. 3 al. 1 et 2 CP), tenta-
tive de vol en bande (art. 22 al. 1 et art. 139 ch. 1 et ch. 3 al. 1 et 2 CP), dommages
répétés à la propriété (art. 144 al. 1 CP), violation de domicile (art. 186 CP) et tenta-
tive de violation de domicile (art. 22 al. 1 et art. 186 CP).
6.2.2 Dès lors que α.A. a commis plusieurs infractions dont les peines − comme il ressort
des considérants suivants − sont de même genre, il convient de fixer en premier lieu
la peine de base pour l’infraction la plus grave, laquelle doit ensuite être augmentée
dans une juste proportion aux fins de tenir compte des autres infractions commises
par l’intéressé (art. 49 al. 1 CP).
6.2.3 L’infraction la plus grave en l’espèce est celle du vol en bande dès lors qu’elle est
passible d’une peine privative de liberté de dix ans au plus. Pour les faits faisant
l’objet de la présente procédure, α.A. s’expose ainsi à une peine maximale de
15 ans.
Au chapitre du bien juridiquement protégé par l’art. 139 ch. 1 et ch. 3 CP, la Cour re-
lève qu’il en va d’un bien juridiquement protégé d'importance dans la mesure où
- 111 -
chacun doit pouvoir se sentir à l’abri d’une atteinte à son patrimoine. Le vol en
bande porte durement atteinte au patrimoine des victimes, en présentant un carac-
tère dangereux dans la mesure où il s’agit d’un groupe de malfaiteurs unis en vue
de la commission du crime. Par ses agissements, α.A. a atteint le patrimoine de sa
victime ainsi que le pouvoir de celle-ci de disposer de ses biens, lui causant un pré-
judice matériel mais également psychologique spécialement en raison du fait que le
délit a été commis par effraction. La diminution du patrimoine est relative au vu de la
valeur peu élevée des éléments dérobés. Toutefois, l’engagement de α.A., son es-
prit d’entreprise développé dans cet acte, l’organisation dans son exécution et
l’énergie criminelle déployée par lui-même et unie à celle de chaque membre de la
bande sont des éléments à prendre en considération. En effet, α.A. est apparu
comme déterminé, organisé et sans scrupule dans le vol en bande du 15 septembre
2009. La Cour considère dès lors la gravité de la lésion comme déjà importante.
Le mode opératoire utilisé, soit en causant des dommages au patrimoine et en vio-
lant le domicile de la victime, dénote d’une méthode relativement brutale et surtout
d’une résolution dans la démarche. α.A. a agi en bande tant lors du vol commis le
15 septembre 2009 et que lors de la tentative commise entre les 4 et 5 novembre
2009 laissant croire que l’affiliation à une bande découle d’un mode opératoire réflé-
chi et consciemment choisi. Il a d’ailleurs fait plus que participer aux actes puisqu’il
a assumé la supervision et la direction des opérations. Cet agissement en bande
dévoile une énergie criminelle qui démontre l’appartenance de α.A. à une structure
stable, soit une dangerosité particulière. Précisons encore que α.A. a fait le dépla-
cement de Poitiers à Genève pour participer à ce vol et son déplacement s’est limité
à ce seul but.
Sous l'angle objectif, le comportement dont α.A. s'est rendu coupable est répréhen-
sible et la Cour considère son degré de culpabilité comme déjà grave au vu des
seuls éléments constitutifs objectifs de la faute.
6.2.4 Subjectivement, les mobiles et motivations de α.A. sont égoïstes et nullement
honorables dans la mesure où ils tendent à satisfaire des intérêts matériels futiles
au mépris des droits des légitimes propriétaires des biens qu'il voulait dérober. Il a
en outre fait preuve de détermination, d’esprit d’entreprise et d’une certaine cons-
tance, s’installant ainsi dans la délinquance dont il a fait son style de vie. Son com-
portement et son but dénotent ainsi d’une intense volonté criminelle. Il apparaît que
α.A. a choisi de venir en Suisse sans motif légitime mais à des fins délictuelles.
Considérant qu’au moment des faits, le prévenu était établi à Z. (FR), soit à plu-
sieurs centaines de kilomètres, et qu’il avait déjà une famille avec une enfant à
charge, il disposait ainsi de raisons objectives et subjectives à ne pas passer à
l’acte. Ainsi, il n’existe pas de motif justifiant que le prévenu se soit livré, avec autant
- 112 -
de froideur et de détermination, à commettre le vol en bande en date du 15 sep-
tembre 2009.
6.2.5 Au regard des éléments subjectifs, la Cour est confortée dans l’appréciation qu’elle
a faite, sur la base des éléments objectifs, de la gravité de la faute de α.A..
6.2.6 Au chapitre des antécédents pénaux, il est important de relever que α.A. a été
condamné à trois reprises en Suisse depuis fin 2006. Les infractions qui ont déjà été
retenues contre lui sont le vol, les dommages à la propriété, la violation de domicile
et le recel, soit des infractions analogues à celles dont il a à répondre. Moins d'une
année s'est écoulée depuis la dernière condamnation pour des infractions contre le
patrimoine, en date du 21 octobre 2008, et le début de ses agissements coupables
dans le cadre du présent jugement. Entre juin 2005 et février 2007, selon le casier
judiciaire français, α.A. a été condamné à six reprises pour vol ou vol en réunion et
pour entrée et séjour irrégulier en France. Puis encore, le 19 février 2016, α.A. a été
condamné à une amende d’EUR 400.-, pour conduite d’un véhicule sans permis.
6.2.7 La Cour constate qu’il s'est donc montré très peu sensible et réceptif aux peines
auxquelles il a été condamné jusqu'ici et n'a pas tenu compte des avertissements
constitués par les précédentes condamnations. Sur la base de ces éléments, la
Cour ne dispose d’aucun élément qui lui permettrait de croire que le prévenu a pris
conscience de son comportement et de ses fautes, ce qui pèse de façon importante
dans l’appréciation de la culpabilité du prévenu.
6.2.8 La collaboration de α.A. avec les autorités pénales a été mauvaise. Il a
constamment réfuté tous les reproches faits à son encontre. Aux débats, il a tenté
de justifier ses agissements par des explications qui n’ont pas emporté la conviction
de la Cour face aux éléments du dossier d’instruction. Il n'a pas fourni à la Cour de
raisons de penser qu'il se préoccupait de sa réintégration sociale, alors même qu'il a
une famille à sa charge et que sa fille souffre d'un handicap auditif. Il a affiché une
attitude de déni quant aux faits dont il s'est rendu coupable. Il n'a pas exprimé de
repentir et n'a pas cherché à indemniser les victimes de ses agissements délic-
tueux. Ce nonobstant, la Cour de céans estime que l’absence de collaboration de
α.A. doit être considérée, eu égard au droit du prévenu de ne pas s’incriminer soi-
même (art. 6 CEDH), comme étant sans incidence du point de vue de l’appréciation
de sa culpabilité.
6.2.9 α.A. est aujourd’hui âgé de 39 ans, il est marié et a un enfant à charge atteint d’un
handicap. Il se dit citoyen de l'Abkhazie, république autoproclamée non reconnue
par la Suisse, de sorte qu'il demeure ressortissant géorgien pour les autorités
suisses. Il a profité du soutien de la collectivité publique française comme source de
revenus, en plus de ceux qu'il se procurait par ses activités délictuelles.
- 113 -
6.2.10 Il a déclaré, lors des débats, être en incapacité de travail en raison de son bras
cassé lors de sa détention et attendre un permis de travail. Il a également déclaré
ne pas avoir de reconnaissance du statut d’handicapé au motif que le dossier rela-
tant les circonstances dans lesquelles il s’est cassé le bras lors de sa détention en
prison en Suisse ne lui aurait pas été remis. Le prévenu n’a fourni aucun détail
quant à une éventuelle formation, réintégration sociale ou professionnelle ou projets
dans le cadre d’une démarche de régularisation. Il a finalement déclaré avoir des
problèmes de foie mais ne suivre pour l’instant aucun traitement. S’agissant de sa
situation professionnelle, il a déclaré avoir travaillé dans son enfance aux côtés de
son père, dans une station-service mais n’aurait plus travaillé ensuite. Il a déclaré
ne plus avoir de revenu depuis 2004 car il n’avait pas le droit de travailler et qu’il fal-
lait remplir des formalités pour obtenir l’aide sociale mais ce dont à l’époque il
n’aurait eu ni les moyens ni le temps.
Compte tenu des critères exposés ci-dessus, c’est une peine de base hypothétique
de 14 mois qui sanctionne adéquatement l’infraction de vol en bande. Aucune des
circonstances atténuantes consacrées à l’art. 48 CP ne trouve en l’espèce applica-
tion, mis à part le critère de la durée particulièrement longue de la procédure pé-
nale, soit huit ans et demi, que la Cour prend en considération ci-dessous (art. 47
CP) (voir infra consid. 6.2.20).
6.2.11 Dès lors qu’il y a concours entre les infractions dont α.A. a été reconnu coupable, le
principe de l’aggravation (Asperationsprinzip; art. 49 al. 1 CP) exige que la peine de
base fixée précédemment soit augmentée dans une juste proportion pour sanction-
ner les autres infractions, soit en l’espèce la participation à une organisation crimi-
nelle (art. 260ter ch. 1 al. 1 CP), la tentative de vol en bande (art. 22 al. 1 et art. 139
ch. 1 et ch. 3 al. 1 et 2 CP), les dommages répétés à la propriété (art. 144 al. 1 CP),
la violation de domicile (art. 186 CP) et la tentative de violation de domicile (art. 22
al. 1 et 186 CP).
S’agissant des infractions de violation de domicile, de tentative de violation de do-
micile, de tentative de vol en bande et des dommages répétés à la propriété la Cour
renvoie aux considérants précédents sur l’appréciation de la faute et de la culpabili-
té pour les événements survenus à X. (VD) en date du 15 septembre 2009, puisque
qu’il s’agit d’infractions intervenues dans le cadre de la réalisation du vol en bande
et prend encore en considération les éléments suivants.
6.2.12 Sur le plan objectif, la faute de α.A. est relativement grave. Celui-ci a, par les
infractions en question, porté atteinte au patrimoine (art. 144 CP) à diverses re-
prises ainsi qu’à la sphère privée du domicile (art. 189 CP) et tenté, quelques se-
maines plus tard, à violer le domicile d’une autre victime en lui causant également
des dommages matériels, selon le même mode opératoire. Les conséquences,
- 114 -
principalement matérielles, causées par les dommages répétés à la propriété ne
sont pas négligeables, en particulier lorsqu’il y a, comme en l’espèce, effraction. La
Cour retient en outre, d’une part, que le mode d’exécution des infractions en ques-
tion dénote un certain professionnalisme au vu notamment de la coordination mise
en œuvre avec ses comparses et, d’autre part, que les comportements en cause se
sont produits malgré de précédentes condamnations pour des faits similaires. En
outre, il ne peut être exclut que les agissements du prévenu aient servi le but crimi-
nel de l’organisation criminelle, soit la commission d’infractions contre le patrimoine.
6.2.13 En sus des critères subjectifs retenus pour déterminer le degré de culpabilité de
α.A. dans le cadre de la fixation de la peine de base, que la Cour prend également
en considération pour fonder la présente appréciation, celle-ci relève en particulier
que le prévenu a agi avec préméditation et organisation, avec des comparses, avec
un professionnalisme et une détermination importante. α.A. a fait bien plus que sim-
plement participer à la réalisation d’un projet illicite mais a assumé un rôle de res-
ponsable des opérations et de coordinateur des différentes personnes. En effet, la
perturbation causée par la présence de voisins lors de la tentative du 4 au 5 no-
vembre 2009 ne l’a pas fait renoncer. Il a, au contraire, intimé l’ordre de continuer et
de réessayer à entrer dans l’appartement à ses comparses. α.A. est apparu comme
déterminé et organisé dans la tentative de vol en bande et sans scrupule dans les
dommages à la propriété et la violation de domicile, respectivement la tentative de
violation de domicile. Son engagement dans cette entreprise, soit organiser son
voyage depuis la France pour venir commettre les actes illicites en Suisse pèse
lourdement dans l’appréciation du degré de culpabilité puisqu’il dénote d’une impli-
cation et volonté importante de mener à terme son projet illicite. L’ensemble de ces
éléments confirment l’appréciation faite au considérant précédent quant à la gravité
de la faute de α.A..
Compte tenu des critères retenus dans les considérants qui précèdent (voir supra
consid. 6.2.12 à 6.2.14) mais également de ceux développés aux considérants 6.2.3
à 6.2.10, une augmentation de la peine de base de 9 mois apparaît adéquate pour
sanctionner les infractions de tentative de vol en bande, dommages répétés à la
propriété, violation de domicile et tentative de violation de domicile.
6.2.14 Aux fins de tenir compte du fait que l’un des vols en bande et que l’une des
violations de domicile n’ont été que tentés (art. 22 CP), la Cour considère qu’il con-
vient de diminuer de 1 mois l’augmentation justifiée par le concours d’infraction, la-
quelle est par conséquent réduite à 8 mois.
6.2.15 La Cour relève à cet égard qu’au vu de la quotité de cette sanction, notamment
dictée par la gravité des actes commis et par un but de sécurité publique, seule la
peine privative de liberté entre en considération.
- 115 -
6.2.16 S’agissant de la participation à une organisation criminelle (art. 260ter CP), la Cour
renvoie aux considérations formulées s’agissant de la culpabilité dans les considé-
rants précédents et ajoute que sur le plan objectif les comportements dont α.A. s'est
rendu coupable ont entraîné, en l'espèce, une atteinte importante à la paix publique
et de lourdes conséquences pour les victimes, les institutions et le corps social dans
son ensemble, mais aussi psychologiques, pour ce qui concerne les personnes
physiques victimisées. Dite atteinte est importante aux yeux de la Cour. En effet, la
nuisance et la lésion causées par ce genre d’activités criminelles portent atteinte
aux intérêts juridiques protégés par la loi à un grand nombre de personnes phy-
siques et morales, sur tout le territoire suisse et au-delà. Par sa participation à une
organisation criminelle, le prévenu a adhéré au but de celle-ci soit la commission de
crimes. La Cour retient en outre, d’une part, que les agissements de α.A. ont direc-
tement servi le but criminel de l’organisation criminelle, soit la commission
d’infractions contre le patrimoine, l’écoulement d’objets provenant directement ou
indirectement de telles infractions et la dissimulation de l’organisation, et d’autre
part, que son implication personnelle était élevée. α.A. apparaît être profondément
impliqué dans cette organisation, au vu de ses contacts avec les nombreuses per-
sonnes, les ordres qu’il donnait aux autre membres et son rôle de superviseur. Son
niveau d’intégration dans l’organisation est à prendre en considération dans la me-
sure où cela témoigne d’une part, d’un mode opératoire froid, tenace et régulier et,
d’autre part, d’un rôle élevé dans l’organisation ce qui pèse lourdement dans
l’appréciation de sa faute.
6.2.17 En sus des critères subjectifs retenus pour déterminer le degré de culpabilité de
α.A. dans le cadre de la fixation de la peine de base, que la Cour prend également
en considération pour fonder la présente appréciation (voir supra consid. 6.2.3 à
8.2.10), celle-ci relève qu’il aurait eu d’autres choix que celui de s’adonner à de
telles activités. Pour la Cour, le fait d'avoir assumé des responsabilités au sein d'une
organisation criminelle n'apparaît pas, en l'espèce, comme un empêchement à re-
noncer ensuite auxdites activités et à opter pour des comportements légitimes, ce
d'autant moins que rien ne permet de penser que α.A. aurait été contraint de de-
meurer dans l'organisation criminelle ou aurait cru l'être. L’ensemble de ces élé-
ments confirme l’appréciation faite au considérant précédent quant à la gravité de la
faute de α.A.. Même si les comparses de α.A. et les dirigeants de l'organisation pro-
fitaient aussi, dans une certaine mesure, de ses activités délictuelles, c'est à des
fins d'enrichissement, par appât du gain facile et dans le parfait irrespect des per-
sonnes, de leurs libertés, de leurs sphères privées et de leurs biens qu'il opérait.
α.A. a déployé une grande énergie délictuelle dans ses activités aux côtés des res-
ponsables de l'organisation, spécialement pour la récolte de la caisse commune
mais également en tant que membre actif de l’organisation. Il a fait preuve de dé-
termination dans son activité, notamment en faisant les déplacements en Suisse
pour y mener ses activités délictuelles et également en faisant preuve d'autorité sur
- 116 -
les membres de l'organisation. Il s'est ainsi installé dans la délinquance dont il a fait
son mode de vie et ce dans une organisation dont les membres entretiennent une
sous-culture délinquante, valorisent un style de vie parasitaire et le défi à l'endroit
de l'ordre public.
6.2.18 Compte tenu de ses capacités intellectuelles, de ses qualités physiques et de son
état de santé, α.A. aurait eu d'autres choix que celui de subvenir à ses besoins par
le crime. Aucun élément au dossier ne permet de croire qu'il était limité ou entravé
dans sa liberté de ne pas passer à l'acte. Il semble au contraire avoir choisi libre-
ment un style de vie criminel en considérant les avantages et les inconvénients qu'il
pouvait comporter à ses yeux. Même le fait pour α.A. d'avoir joué un rôle important
au sein d'une organisation criminelle n'apparaît aucunement, en l'espèce, comme
un empêchement à renoncer ensuite à ses activités délictueuses et à opter pour des
activités légitimes, ce d'autant moins que rien ne dit que α.A. aurait été contraint de
demeurer dans l'organisation criminelle ou aurait cru l'être. Enfin, α.A. n'était mani-
festement en rien obligé de déployer la somme des activités délictuelles qui furent
les siennes. Même si α.A. n'a pas poursuivi pour seul but celui de s'enrichir person-
nellement ou d'enrichir ses proches collaborateurs, il n'a jamais été animé, dans ses
activités délictuelles, de motifs idéaux ou altruistes. Son activité s'inscrit plutôt dans
une logique de maximisation des profits illicites. Mais elle est menée au mépris des
intérêts de sa famille (femme et enfant) qui devrait pouvoir compter sur des revenus
réguliers et légitimes.
Compte tenu des critères retenus dans les considérants qui précèdent, une ulté-
rieure augmentation de la peine de base de 14 mois apparaît adéquate pour sanc-
tionner l’infraction de participation à une organisation criminelle.
6.2.19 La Cour relève enfin qu’au vu de la quotité de cette sanction, notamment dictée par
la gravité des actes commis et par un but de sécurité publique, seule la peine priva-
tive de liberté entre – ici aussi – en considération.
6.2.20 Comme exposé ci-dessus, la Cour relève que la durée de la procédure a été longue
et qu’une déduction de 2 mois paraît justifiée en l’espèce (voir supra consid. 6.2.10
in fine).
6.2.21 Compte tenu de tous les éléments pris en compte et exposés ci-dessus pour
déterminer la nature et la quotité des peines devant être infligées à α.A., en particu-
lier la gravité de la faute, son implication dans l’organisation criminelle, le nombre
d’infractions retenues, ses lourds antécédents pénaux, la réalisation de la circons-
tance aggravante du concours (art. 49 CP), l’absence de circonstance atténuante au
sens de l’art. 48 CP, mais également de la longue durée de la procédure et de la
- 117 -
tentative, la Cour conclut qu’une peine privative de liberté d’ensemble de deux ans
et dix mois doit être prononcée à l’encontre de α.A..
De cette sanction, il s'agira toutefois de déduire 1775 jours de détention avant ju-
gement déjà subis.
6.2.22 Eu égard aux condamnations dont α.A. a fait l’objet à l’étranger, du mode de vie
choisi, de ses lourds antécédents pénaux ainsi que de son comportement durant la
procédure pénale, le sursis est en l’espèce exclu dès lors que la Cour ne peut faire
qu’un pronostic défavorable (art. 42 al. 2 CP a contrario).
6.3 β.B.
6.3.1 β.B. a été reconnu coupable de participation à une organisation criminelle
(art. 260ter ch. 1 al. 1 CP), vols répétés (art. 139 ch. 1 CP), dommages à la propriété
(art. 144 al. 1 CP), violations répétées de domicile (art. 186 CP) ainsi que de vols
répétés d’importance mineure (art. 139 ch. 1 CP et art. 172ter al. 1 CP) et acquisition
de stupéfiants pour sa propre consommation (art. 19 al. 1 let. d et art. 19a ch. 1
LStup). Dès lors que β.B. a commis plusieurs infractions dont les peines − tout
comme il ressort des considérants suivants − sont de même genre, il convient de
fixer en premier lieu la peine de base pour l’infraction la plus grave, laquelle doit en-
suite être augmentée dans une juste proportion aux fins de tenir compte des autres
infractions commises par l’intéressé (art. 49 al. 1 CP).
6.3.2 L’infraction la plus grave en l’espèce est celle de la participation à une organisation
criminelle qui prévoit une peine privative de liberté de cinq ans au plus, il s’expose
ainsi à une peine maximale de sept ans et demi.
Concernant l’atteinte au bien juridique protégé par l’art. 260ter ch. 1 al. 1 CP, les
comportements dont β.B. s'est rendu coupable ont entraîné, en l'espèce, une at-
teinte importante à la paix publique et de lourdes conséquences pour les victimes,
les institutions et le corps social dans son ensemble, mais aussi psychologiques,
pour ce qui concerne les personnes physiques victimisées. Les agissements de β.B.
ont contribué à la réalisation du but criminel de l'organisation, soit la commission
d'infractions contre le patrimoine et l'écoulement d'objets provenant directement ou
indirectement d'infractions contre le patrimoine. La Cour estime que, sous le couvert
d'une demande d'asile, le séjour de β.B. en Suisse était finalisé à l’accomplissement
de ses activités délictuelles. Dans l'organisation criminelle, il a œuvré comme collec-
teur régional des contributions à la caisse commune des membres de l'organisation.
Il a fait plusieurs fois le déplacement du Tessin à Genève pour y rencontrer le res-
ponsable national de la caisse commune, en la personne de K., et il lui a remis, à au
moins deux reprises en mains propres, les contributions des membres provenant de
- 118 -
sa région. Les agissements délictuels de β.B. sont nombreux et portent atteinte à
plusieurs biens juridiquement protégés importants.
Sous l'angle objectif, le comportement dont β.B. s'est rendu coupable est répréhen-
sible. La Cour considère son degré de culpabilité comme grave au vu des seuls
éléments constitutifs objectifs de la faute.
6.3.3 Subjectivement, β.B. a choisi de séjourner en Suisse à des fins délictuelles, en
prétextant toutefois une demande d'asile. Ses mobiles et ses motivations ne sont
ainsi nullement honorables car ils tendaient à la promotion d'intérêts matériels bien
particuliers, à savoir ceux de son groupe criminel, au mépris le plus complet des
droits des légitimes propriétaires des biens qu'il dérobait et des domiciles qu'il vio-
lait. β.B. a choisi de déployer des activités dans une organisation dont un des buts
principaux est de procurer des revenus à ses membres sans qu'ils n'effectuent de
travail licite.
Même si les membres et dirigeants de l’organisation profitaient aussi, dans une cer-
taine mesure, de ses activités délictuelles, c'est à des fins d'enrichissement person-
nel, par appât du gain facile et dans le parfait irrespect des personnes, de leurs li-
bertés, de leurs sphères privées et de leurs biens qu'il opérait. β.B. a déployé une
importante énergie délictuelle dans ses activités de collecteur des contributions pour
l'organisation criminelle et de membre actif de l’organisation. Il a fait le déplacement
en Suisse et s'y est installé sous le couvert d'une demande d'asile pour y mener ses
activités délictuelles. Il a fait preuve de détermination, de loyauté envers l'organisa-
tion et d'esprit d'entreprise. Il s'est installé dans la délinquance dont il a fait son
mode de vie et ce dans une organisation criminelle. Au vu de l’intensité de sa volon-
té délictuelle et le mode de vie qu’il a choisi, la Cour considère que la faute du pré-
venu est grave.
6.3.4 Au chapitre des antécédents pénaux, β.B. n'a pas d'inscription au casier judiciaire
suisse, ce qui a un effet neutre sur la fixation de la peine. Toutefois, la Cour relève
qu’il est inscrit au casier judiciaire allemand pour diverses infractions parmi les-
quelles des vols mais aussi des lésions corporelles graves et une fraude. En Alle-
magne, β.B. s'est vu infliger 14 mois de peine privative de liberté, le 28 janvier 2002.
Il a également été condamné à six reprises en Belgique entre 2002 et 2006. Dans
ce pays, il s'est rendu notamment coupable de vols, le plus souvent avec dom-
mages à la propriété, une fois avec menace ou violence, de recel, de détention
d'arme prohibée, d’utilisation interdite d'un nom, de conduite de véhicule sans per-
mis et de séjour illégal. La peine la plus lourde qui lui a été infligée est une peine de
15 mois de privation de liberté, le 14 octobre 2003. La Cour constate qu’il s'est donc
montré peu sensible et réceptif aux peines auxquelles il a été condamné jusqu'ici et
n'a pas tiré profit des avertissements découlant des précédentes condamnations. Il
- 119 -
n'a exprimé ni remord, ni repentir et n'a pas cherché à indemniser les victimes de
ses agissements délictueux. Sur la base de ces éléments, la Cour ne dispose
d’aucun élément qui lui permettrait de croire que le prévenu a pris conscience de
son comportement et de ses fautes, ce qui pèse de façon importante dans
l’appréciation de la culpabilité du prévenu.
6.3.5 Sa collaboration avec les autorités pénales a été ténue. A l'exception de quelques
admissions pour des infractions de gravité moindre, il a constamment réfuté les re-
proches adressés à son encontre. Il a aussi réfuté connaître les autres membres de
l'organisation à laquelle il a participé, en particulier α.A., L. et K.. Il a fourni des ex-
plications invraisemblables pour justifier ses agissements dans le cadre de cette or-
ganisation. Ce nonobstant, la Cour de céans estime que l’absence de collaboration
de β.B. doit être considérée, eu égard au droit du prévenu de ne pas s’incriminer
soi-même (art. 6 CEDH), comme étant sans incidence du point de vue de
l’appréciation de sa culpabilité.
6.3.6 β.B. est âgé aujourd’hui de 40 ans. Il a exposé avoir une santé fragile et souffrir
d’insomnie en raison d’une maladie psychologique. Il est célibataire, sans enfant et
a affirmé avoir des obligations familiales vis-à-vis de ses parents. Il peut se prévaloir
d'une formation supérieure en géophysique de l'Université. Il a déclaré avoir un tra-
vail dans la distribution. Il a soutenu n'avoir ni fortune, ni dette. En 2008, il a deman-
dé l'asile à son arrivée en Suisse, mais ne l'a pas obtenu. Il a déclaré avoir vécu de
l'aide sociale et de l'aide de membres de sa famille vivant à l'étranger.
6.3.7 Compte tenu de ses qualités intellectuelles, de sa formation de géophysicien et de
sa vitalité, β.B. aurait eu d'autres choix que celui de subvenir à ses besoins par le
crime. Aucun élément du dossier ou résultat de l'instruction ne permet de croire qu'il
était entravé dans sa liberté de ne pas passer à l'acte. Il semble au contraire avoir
choisi librement un style de vie criminel en considérant les avantages et les incon-
vénients qu'il pouvait comporter à ses yeux. Même le fait pour β.B. d'avoir assumé
des responsabilités au sein d'une organisation criminelle n'apparaît pas, en l'es-
pèce, comme un empêchement à renoncer ensuite à de telles activités et à opter
pour des activités légitimes, ce d'autant moins que rien ne dit que β.B. aurait été
contraint de demeurer dans l'organisation criminelle ou aurait cru l'être. Enfin, il
n'était absolument pas obligé de déployer toutes les activités délictuelles qui furent
les siennes car une partie de ces activités lui ont servi à alimenter la caisse com-
mune de l'organisation criminelle. Ainsi, même si β.B. n'a pas poursuivi pour seul
but celui de s'enrichir personnellement ou d'enrichir ses proches collaborateurs, il
n'a jamais été animé, dans ses activités délictuelles, de motifs idéaux ou altruistes.
Son activité s'inscrit plutôt dans une logique de maximisation des profits illicites.
- 120 -
Au regard des éléments subjectifs, la Cour est confortée dans l’appréciation qu’elle
a faite, sur la base des éléments objectifs, de la gravité de la faute de β.B..
6.3.8 Compte tenu des critères retenus ci-dessus, c’est une peine de base hypothétique
de 18 mois qui sanctionne adéquatement l’infraction de participation à une organisa-
tion criminelle. Si ce n’est la longue durée de la procédure pénale, soit huit ans et
demi, que la Cour prend en considération dans un sens atténuant, aucune des cir-
constances atténuantes consacrées à l’art. 48 CP ne trouve en l’espèce application.
6.3.9 Vu la quotité de cette sanction, notamment dictée par la gravité objective et
subjective des actes commis par le prévenu et dans un but de sécurité publique,
seule la peine privative de liberté entre en l’espèce en considération.
6.3.10 Dès lors qu’il y a concours entre les infractions dont β.B. a été reconnu coupable, le
principe de l’aggravation (art. 49 al. 1 CP) exige que la peine de base fixée précé-
demment soit augmentée dans une juste proportion pour sanctionner les autres in-
fractions, soit en l’espèce les vols répétés (art. 139 ch. 1 CP), les dommages à la
propriété (art. 144 al. 1 CP), les violations répétées de domicile (art. 186 CP) et
l’acquisition de stupéfiants pour sa propre consommation (art. 19 al. 1 let. d et
art. 19a ch. 1 LStup).
S’agissant de l’infraction de vols répétés, sur le plan objectif la faute de β.B. est en-
core modeste. Les conséquences, principalement matérielles, causées par le vol ne
sont pas complètement négligeables, en particulier lorsqu’il y a eu, comme en
l’espèce, effraction. Si la valeur des objets est modeste, le mode opératoire est à
prendre en considération. En effet, la Cour retient que le mode d’exécution, la coor-
dination et mise en œuvre avec un comparse dénotent d’une certaine méthode et
d’un certain professionnalisme qui pèsent dans l’appréciation de la faute.
6.3.11 En sus des critères subjectifs retenus pour déterminer le degré de culpabilité de
β.B. dans le cadre de la fixation de la peine de base, que la Cour prend également
en considération pour fonder la présente appréciation (voir supra consid. 6.3.3 ss),
celle-ci relève en particulier que ses mobiles ont été égoïstes et futiles, dans la me-
sure où ils ne tendaient à satisfaire que ses intérêts matériels. Il a fait preuve de
sang-froid et d’une certaine préméditation dans l’accomplissement de ces actes
s’installant ainsi dans la délinquance dont il a fait son style de vie au moment des
faits. Le mobile et les motivations du prévenu, sa volonté délictuelle et le mode de
vie qu’il suivait, confirment l’appréciation faite précédemment par la Cour quant à la
faute du prévenu dont la gravité se trouve confirmée par ces éléments subjectifs.
Par ailleurs, le fait qu’il ait déjà été condamné à de nombreuses reprises en Bel-
gique et en Allemagne pour des faits similaires pèse dans l’appréciation de sa cul-
pabilité. La gravité de la faute et sa culpabilité sont ainsi d’importance moyenne.
- 121 -
6.3.12 Compte tenu des critères retenus dans les considérants qui précèdent, une
augmentation de la peine de base de 5 mois apparaît adéquate pour sanctionner
l’infraction de vols répétés.
6.3.13 Vu la quotité de cette sanction, notamment dictée par la gravité objective et
subjective des actes commis par le prévenu et dans un but de sécurité publique,
seule la peine privative de liberté entre ici également en l’espèce en considération.
6.3.14 S’agissant des dommages à la propriété, l’art. 144 CP tend à préserver l’intégrité du
patrimoine d’autrui. β.B. s’en est pris aux biens d’une personne, en participant de
concert avec un tiers à la destruction d’une porte afin de pénétrer dans
l’appartement et y dérober des objets. Il a ainsi porté durement atteinte à la victime,
non seulement en soustrayant des biens mais surtout, en causant des dommages à
son patrimoine. L’instruction a permis d’établir que cet acte était plutôt le résultat
d’une planification élaborée dans le sens que β.B. et son complice ont fait preuve de
détermination et d’organisation, démontrant une volonté déterminée pour atteindre
leur but. Cet agissement dénote une énergie criminelle non négligeable et
l’appréciation de la Cour faite au sujet de la faute de β.B. est ainsi confortée ici, ce
qui permet à la Cour de considérer d’importance moyenne.
6.3.15 Sur le plan subjectif, la Cour reprend les éléments exposés ci-dessus dans le cadre
de l’appréciation de la peine de base ainsi que de l’infraction de vols répétés et rap-
pelle que les mobiles et motivations de β.B. sont égoïstes dans la mesure où ils ne
tendaient qu’à satisfaire des intérêts matériels, superficiels pour lui-même et peut-
être également pour l’organisation criminelle, alors qu’il n’avait pas besoin ni de vo-
ler, ni de causer des dommages à la propriété puisqu’il était pris en charge par l’aide
sociale.
6.3.16 Compte tenu des critères retenus dans les considérants qui précèdent mais
également de ceux développés aux considérants 6.3.3 ss, une ultérieure augmenta-
tion de la peine de base de 2 mois apparaît adéquate pour sanctionner cette infrac-
tion.
6.3.17 La Cour relève enfin qu’au vu de la quotité de cette sanction, notamment dictée par
la gravité des actes commis et par un but de sécurité publique, seule la peine priva-
tive de liberté entre – ici aussi – en considération.
6.3.18 S’agissant de la violation répétée de domicile, le comportement de β.B. a atteint la
sphère privée de plusieurs personnes physiques et morales. La Cour n’est pas in-
sensible au fait qu’une personne physique se voit être atteinte plus durement dans
sa sphère privée, lorsque les voleurs pénètrent dans le domicile des personnes,
causent des dommages et agissent avec un certain manque de scrupule. Toutefois,
- 122 -
la Cour relève que β.B. s’était vu interdire par deux fois auparavant d’entrer dans les
magasins G. et que celui-ci ne les pas respecté. Ainsi, en plus des éléments relevés
précédemment, la Cour retient que la répétition des infractions contre la même enti-
té (coopérative G.) ainsi que contre des personnes physiques, est un facteur à
prendre en considération dans l’appréciation de la faute.
Par ailleurs, β.B. a fait l’objet de nombreuses condamnations pour des faits simi-
laires ce qui témoigne d’un certain professionnalisme et d’une absence de repentir
face à ses actes.
6.3.19 Compte tenu des critères retenus dans les considérants qui précèdent mais
également de ceux développés aux considérants 6.3.3 ss, une augmentation ulté-
rieure de la peine de base de 3 mois apparaît adéquate pour sanctionner cette in-
fraction.
6.3.20 Comme exposé ci-dessus, la Cour retient toutefois que la longue durée de la
procédure pénale, soit huit ans et demi, doit être prise en considération et une dé-
duction de 2 mois se justifie (voir supra consid. 6.3.8).
6.3.21 S’agissant des infractions pour lesquelles la peine prévue est l’amende, soit
l’infraction de vols répétés d’importance mineure (art. 139 ch. 1 CP et art. 172ter al. 1
CP) et d’acquisition de stupéfiants pour sa propre consommation (art. 19 al. 1 let. d
ad art. 19a ch. 1 et art. 19a ch. 1 LStup), il convient également de fixer une peine de
base pour l’infraction la plus grave, laquelle doit ensuite être augmentée dans une
juste proportion aux fins de tenir compte de l’autre infraction commise par l’intéressé
(art. 49 al. 1 CP).
6.3.22 En l’espèce, vu l’état de fait exposé aux considérants 4.1 ss., la Cour retient que
l’infraction la plus grave selon les éléments du dossier est celle de vols répétés
d’importance mineure. En effet, le bien juridique protégé par l’art. 139 CP en lien
avec l’art. 172ter CP est d'importance dans la mesure où chacun doit pouvoir se sen-
tir à l’abri d’une atteinte à son patrimoine, tant les personnes physiques que mo-
rales. La diminution du patrimoine est relative au vu de la faible valeur des éléments
dérobés. Toutefois, la fréquence des agissements du prévenu, l’indifférence avec
laquelle celui-ci a opéré et la modestie des biens dérobés (cigarettes, alcool et par-
fum) sont à prendre à considération. Quant au mode d’exécution, β.B. entrait dans
les magasins, s’emparait de la marchandise et ressortait sans acheter aucune mar-
chandise avec une absence d’hésitation dénotant d’une certaine accoutumance à
cette manière de procéder. Sa liberté de décision n’était nullement entravée au
moment des faits et le comportement de l’intéressé se limitait à cette finalité. Bien
que la Cour considère la gravité de la lésion comme modeste, sous l’angle objectif,
les agissements de β.B. restent répréhensibles.
- 123 -
6.3.23 Sous l’angle subjectif, la Cour relève que c’est moins la gravité de chaque acte
délictueux qui caractérise le comportement répréhensible de β.B. que leur répéti-
tion, qui dénote d’un ancrage dans la petite et grande délinquance. Ses buts et mo-
tivations sont futiles et tendent à s’enrichir de biens qui n’étaient de première néces-
sité.
6.3.24 S’agissant des facteurs liés à l’auteur lui-même, ses antécédents, sa situation
personnelle, sa vulnérabilité face à la peine ainsi que son comportement après
l’acte et au cours de la procédure pénale, la Cour renvoie aux considérants déjà ex-
posés ci-dessus (voir supra consid. 6.3.5-6.3.7) par souci d’économie de procédure.
Pour le surplus, la Cour relèvera néanmoins, que β.B. a déjà été condamné à de
nombreuses reprises pour vols et vol d’importance mineure (voir supra consid. I.
2.7-8), mais qu’il n’a tiré aucun enseignement des précédentes condamnations.
6.3.25 Sur la base de ces éléments objectifs et subjectifs, la culpabilité de l’auteur apparaît
moyenne à légère et une amende de base de CHF 500.- est adéquate.
6.3.26 Conformément au principe du concours, la peine de base fixée doit être augmentée
dans une juste proportion pour sanctionner l’acquisition de stupéfiants pour sa
propre consommation, l’art. 19 al. 1 let. d ad. 19a ch. 1 et art. 19a ch. LStup. Le pré-
venu a reconnu avoir acquis en vue de sa consommation 0.9 gr d’héroïne, en date
du 4 janvier 2010. Afin de tenir compte de la quantité achetée, du fait que le préve-
nu a reconnu les faits, qu’il était dépendant de ce stupéfiant à l’époque et qu’il a en-
suite subi avec succès un traitement de désintoxication, la Cour estime que la faute
est légère. L’amende de base doit ainsi être augmentée de CHF 100.- pour sanc-
tionner cette infraction.
6.3.27 Toutefois, la Cour considère également que l’intérêt à punir a sensiblement diminué
en raison du temps écoulé depuis l’infraction et que β.B. s’est bien comporté depuis
lors puisqu’il a subi avec succès une cure de désintoxication et qu’il n’a pas replon-
gé dans son addiction. Ainsi, en application de l’art. 48 let. e CP, la Cour retient qu’il
convient d’atténuer la peine et de fixer une amende à hauteur de CHF 200.-, la
peine privative de liberté substitution étant fixée à deux jours à CHF 100.-.
6.3.28 Compte tenu de tous les éléments pris en compte et exposés ci-dessus pour
déterminer la nature et la quotité des peines devant être infligées à β.B., en particu-
lier la gravité de la faute, le rôle qu’il a joué dans l’organisation criminelle, le nombre
d’infractions retenues, ses antécédents, la réalisation de la circonstance aggravante
du concours (art. 49 CP), l’absence de circonstances atténuantes au sens de l’art.
48 CP, mais également de la longue durée de la procédure, ainsi que les nom-
breuses condamnations précédentes, la Cour conclut qu’une peine privative de li-
berté d’ensemble de 26 mois doit être prononcée à l’encontre de β.B., à laquelle
- 124 -
s’ajoute une amende de CHF 200.-. Doivent être déduits de la peine privative de li-
berté, les 1643 jours de détention avant jugement déjà subis.
6.3.29 Eu égard aux condamnations dont β.B. a fait l’objet à l’étranger, du mode de vie
choisi, en particulier entre 2008 et 2009 ainsi que de son comportement durant la
procédure pénale, le sursis est en l’espèce exclu dès lors que la Cour ne peut faire
qu’un pronostic défavorable quant à l’avenir de β.B. (art. 42 al. 2 CP a contrario).
7. Confiscation de valeurs patrimoniales
7.1 Droit
7.1.1 Selon l'art. 69 CP, alors même qu’aucune personne déterminée n’est punissable, le
juge prononce la confiscation des objets qui ont servi ou devaient servir à com-
mettre une infraction ou qui sont le produit d’une infraction, si ces objets compro-
mettent la sécurité des personnes, la morale ou l’ordre public (al. 1). Le juge peut
ordonner que les objets confisqués soient mis hors d’usage ou détruits (al. 2). La
confiscation d'objets dangereux suppose ainsi – outre un rapport de connexité avec
une infraction – la compromission de la sécurité des personnes, de la morale ou de
l'ordre public. Le juge doit, partant, formuler un pronostic quant au risque d'atteinte
aux biens juridiques précités dans l'hypothèse où l'objet serait laissé en main de
l'auteur (ATF 130 IV 143 consid. 3.3.1 p. 149).
7.1.2 A teneur de l'art. 72 CP, le juge prononce la confiscation de toutes les valeurs
patrimoniales sur lesquelles une organisation criminelle exerce un pouvoir de dispo-
sition. Les valeurs appartenant à une personne qui a participé ou apporté son sou-
tien à une organisation criminelle (art. 260ter) sont présumées soumises, jusqu’à
preuve du contraire, au pouvoir de disposition de l’organisation. Il doit être établi que
la personne en cause a participé ou accordé son soutien à une organisation crimi-
nelle au sens de l'art. 260ter CP. La référence à cette dernière disposition indique
clairement que la confiscation n'implique pas la preuve d'un lien avec l'infraction an-
térieure, mais suppose néanmoins un comportement antérieur punissable de la per-
sonne concernée. On ne renoncera à la confiscation que si la personne en cause a
été acquittée, en Suisse ou à l'étranger, des fins de la poursuite (ATF 131 II 169
consid. 9.1 p. 182). La preuve de l'origine délictueuse n'est plus exigée lorsque les
valeurs sont soumises au pouvoir de disposition d'une organisation criminelle. L'art.
72 CP consacre l'idée que ces fonds proviennent selon toute vraisemblance du
crime et serviront probablement à commettre d'autres crimes à l'avenir. La confisca-
tion ne vise dès lors plus exclusivement à supprimer un avantage patrimonial qui est
contraire à l'ordre juridique, mais à prévenir de nouvelles infractions en privant l'or-
ganisation criminelle de sa base financière (HIRSIG-VOUILLOZ, in CR-CP I, n° 21 ad
- 125 -
art. 72 CP et les réf.). Le pouvoir de disposition de l'organisation criminelle que pré-
suppose la confiscation de ses valeurs patrimoniales est présumé par la loi. La per-
sonne concernée peut toutefois renverser cette présomption. Il lui appartient alors
de prouver l'inexistence du pouvoir de disposition de l'organisation criminelle sur les
valeurs patrimoniales, c'est-à-dire l'absence de possibilité ou de volonté de maîtrise
de la part de l'organisation sur ces valeurs (HIRSIG-VOUILLOZ, in CR-CP I, n° 25 ad
art. 72 CP et les réf.). Dans ce cadre, la personne concernée peut notamment prou-
ver qu'elle a acquis légalement les valeurs patrimoniales ou que l'organisation ne
pourrait avoir accès à celles-ci qu'en commettant de nouvelles infractions (ATF 136
IV 4 consid. 5 p. 9). Les valeurs patrimoniales visées par l'art. 72 CP désignent tant
les objets matériels que les valeurs incorporelles, qu'elles aient été acquises au
moyen d'une infraction ou de manière tout à fait légale. Ainsi, l'art. 72 CP permet
également de confisquer des objets qui ont servi ou devaient servir à commettre
une infraction, indépendamment de la réalisation des conditions de l'art. 69 CP, car
l'appartenance à une organisation criminelle de ces objets suffit pour permettre leur
confiscation (HIRSIG-VOUILLOZ, op.cit., n° 19 ad art. 72 CP et les réf.). Le pouvoir de
disposition s'apparente à la notion de maîtrise et se recoupe avec celle d'ayant droit
économique au sens de l'art. 305bis CP réprimant le blanchiment d'argent. La con-
ception économique de la qualité d'ayant droit, laquelle inclut le pouvoir de disposer
des valeurs patrimoniales, est en effet déterminante (HIRSIG-VOUILLOZ op. cit., n° 22
ad art. 72 CP et les réf.). Il n'appartient pas au juge de rechercher d'office si les af-
firmations de la personne intéressée sont exactes ou non, car c'est à elle de tout
mettre en œuvre pour apporter la preuve que l'organisation criminelle n'exerce au-
cun pouvoir de disposition sur les avoirs en cause. La maxime d'office ou inquisi-
toire n'est pas applicable et la présomption légale ne tombe que si cette personne
parvient à démontrer l'absence de pouvoir de disposition de l'organisation criminelle
sur les biens qu'elle semble posséder (HIRSIG-VOUILLOZ, op. cit., n° 25 ad art. 72
CP).
7.2 α.A.
7.2.1 Le 15 mars 2010, la PJF a procédé à une perquisition de plusieurs objets au
domicile de α.A. à Z. (FR), à savoir une montre de marque Patek Philippe (n° de
scellé DOK/UN), une montre argentée de marque Franck Muller (n° de scellé
DOK/DEUX), une montre de marque Claude Meylan (n° de scellé DOK/TROIS), une
montre de marque Patrick Arnault (n° de scellé DOK/QUATRE), une montre de
marque Mathey Tissot (n° de scellé DOK/CINQ), une montre de marque Calvin
Klein (n° de scellé DOK/SIX), un lot de bijoux avec colliers de perles, quatorze
bagues, une parure or et brillants de marque Swarovski (n° de scellé DOK/SEPT),
un montant de EUR 3'670.- composé de six billets de EUR 500.-, deux billets de
EUR 100.-, neuf billets de EUR 50.- et deux billets de EUR 10.- (n° de scellé
DOK/HUIT), les déchets d'emballage du tube ayant contenu divers feuillets (n° de
- 126 -
scellé DOK/NEUF), le premier feuillet de l'emballage (n° de scellé DOK/DIX), le
deuxième feuillet de l'emballage (n° de scellé DOK/ONZE), le troisième feuillet de
l'emballage (n° de scellé DOK/DOUZE), un briquet de marque Dupont (n° de scellé
DOK/TREIZE), un téléphone de marque Samsung (n° de scellé DOK/QUATORZE),
un téléphone de marque Toshiba (n° de scellé DOK/QUINZE), un téléphone de
marque Nokia (n° de scellé DOK/SEIZE), un téléphone de marque Samsung (n° de
scellé DOK/DIX-SEPT), une clé USB de marque Maxell (n° de scellé DOK/DIX-
HUIT), une carte mémoire de marque Lexar (n° de scellé DOK/DIX-NEUF), une
boîte contenant deux cartes mémoire (n° de scellé DOK/VINGT), un carnet en cuir
noir (n° de scellé DOK/VINGT ET UN), un ordinateur portable de marque Dell (n° de
scellé DOK/VINGT-DEUX), un caméscope numérique de marque JVC (n° de scellé
DOK/VINGT-TROIS), un appareil photo de marque Finepix (n° de scellé
DOK/VINGT-QUATRE), trois mini-cassettes vidéo (n° de scellé DOK/VINGT-CINQ),
33 CD (n° de scellé DOK/VINGT-SIX), un appareil photo de marque Sony (n° de
scellé DOK/VINGT-SEPT), un album photographique de 30 clichés (n° de scellé
SAM/UN), un répertoire téléphonique (n° de scellé SAM/DEUX), un répertoire de
marque Electro (n° de scellé SAM/TROIS), un téléphone de marque Sony Ericsson
(n° de scellé SAM/QUATRE), un téléphone de marque Nokia (n° de scellé BA/UN),
un document manuscrit contenant des numéros de téléphone (n° de scellé
BA/DEUX), un téléphone de marque Nokia (n° de scellé BA/TROIS), un dossier ou-
vert près de la Cour nationale du droit d'asile au nom de α.A. (n° de scellé
DOK/COTE/UN) et une photocopie recto verso d'un titre de séjour au nom de
AAAAAA. (n° de scellé DOK/COTE/DEUX) (MPC 08-20-0001 ss).
7.2.2 En outre, le MPC a, par décision du 14 décembre 2011, ordonné le séquestre d'un
bulletin de paiement postal [^] d'une valeur de CHF 121.31 adressé à α.A. le 8 dé-
cembre 2011 par FF. à Poitiers (MPC 08-20-0007 ss). Par décision du 20 janvier
2012, le MPC a également ordonné le séquestre d'un bulletin de paiement postal
[^] d'une valeur de CHF 119.43 adressé à α.A. le 10 janvier 2012 par FF. à Poitiers
(MPC 08-20-0013 ss). Selon les indications figurant sur ces deux bulletins, FF., qui
est l'épouse de α.A. (voir supra consid. I.1.1) a versé ces deux montants en faveur
de son époux. Le 23 janvier 2012, α.A. a formé un recours auprès de la Cour des
plaintes du Tribunal pénal fédéral à l'encontre de la décision de séquestre du
20 janvier 2012 du MPC qui a été rejeté par décision du 2 mars 2012 de la Cour des
plaintes du Tribunal pénal fédéral (BB.2012.8). Il ressort des deux décisions de sé-
questre du MPC que les montants de CHF 121.31 et de CHF 119.43 ont été encais-
sés par α.A. et qu'ils ont ensuite été transférés sur un compte bancaire dont le MPC
est titulaire.
7.2.3 Lors de son audition par le MPC le 5 juillet 2011, α.A. a déclaré que l'argent saisi à
son domicile provenait de ses économies (MPC 13-21-0004). Aux débats, il a allé-
gué avoir acquis les montres saisies à son domicile dans le but de les revendre et
- 127 -
n’a fourni aucune explication quant aux sept téléphones trouvés chez lui. Quant au
titre de séjour au nom d'AAAAAA., il a expliqué qu'une connaissance l’aurait oublié
chez lui (TPF 123.930.006). Aux débats, le MPC a conclu à la confiscation des ob-
jets et des valeurs patrimoniales saisis. Quant à la défense de α.A., elle s'y est op-
posée et a conclu à la restitution de tous les objets séquestrés a l’exception de
l’ordinateur volé.
7.2.4 α.A. a été reconnu coupable par la Cour de céans de participation à une
organisation criminelle au sens de l'art. 260ter ch. 1 al. 1 CP. La présomption légale
du pouvoir de disposition de l'organisation criminelle à laquelle il est affilié entre ain-
si en considération pour les biens précités. Pour ce qui est tout d'abord du montant
de EUR 3'670.- saisi à son domicile, il est invraisemblable que α.A. ait pu économi-
ser une telle somme sur la seule base de l'aide sociale ou des allocations familiales
qu'il perçoit, sans avoir pu justifier d'une activité lucrative ou d'une autre source de
revenus, après avoir pourvu à son entretien et à celui de sa famille. A cela s'ajoute
que cette somme a été retrouvée à son domicile. Par son intermédiaire, elle pouvait
dès lors être affectée aux besoins de l'organisation criminelle à laquelle il est affilié.
S'agissant ensuite des montres de luxe, les mêmes considérations s’y appliquent
puisque considérant la valeur de marché de ces bijoux, il semble impossible que
α.A., qui a toujours été dépendant de l’aide sociale, ait pu acquérir par ses seules
économies un lot de six montres de luxe. La Cour retient que celles-ci provenaient
d'une ou de plusieurs infractions contre le patrimoine, mais que le prévenu ne pou-
vait ignorer la provenance de celle-ci. Le même constat prévaut pour les nombreux
téléphones et le titre de séjour saisis, les explications de α.A. quant à leur origine
étant des plus improbables et impropres à renverser la présomption de l'art. 72 CP.
En ce qui concerne enfin les deux montants de CHF 121.31 et de CHF 119.43, α.A.
en est l'ayant droit économique, vu qu'ils ont été versés en sa faveur par son
épouse et qu'il les a encaissés. A travers lui, ces deux montants sont tombés dans
le pouvoir de disposition de l'organisation. D'ailleurs, en prison déjà, il pouvait en
disposer pour fournir une aide financière à des codétenus. Dans ces circonstances,
la confiscation des valeurs patrimoniales et des objets précités se justifie, α.A.
n'ayant fourni aucun élément propre à renverser la présomption découlant de l'art.
72 CP.
7.2.5 Partant, les objets séquestrés suivants sont confisqués et la confiscation fera l'objet
d'un avis officiel, afin de favoriser leur restitution aux ayants droit (art. 72 et 70 al. 4
CP):
• une montre de marque Patek Philippe (n° de scellé DOK/UN);
• une montre argentée de marque Franck Muller (n° de scellé DOK/DEUX);
• une montre de marque Claude Meylan (n° de scellé DOK/TROIS);
• une montre de marque Patrick Arnault (n° de scellé DOK/QUATRE);
• une montre de marque Mathey Tissot (n° de scellé DOK/CINQ);
- 128 -
• une montre de marque Calvin Klein (n° de scellé DOK/SIX);
• un lot de bijoux avec colliers de perles, quatorze bagues, une parure en or et
brillants de marque Swarovski (n° de scellé DOK/SEPT);
• un briquet de marque Dupont (n° de scellé DOK/TREIZE).
De même, les valeurs patrimoniales suivantes sont confisquées (art. 72 CP):
• EUR 3'670.-, soit six billets de EUR 500.-, deux billets de EUR 100.-, neuf
billets de EUR 50.- et deux billets de EUR 10.- (n° de scellé DOK/HUIT);
• un bulletin de paiement postal [^] d'une valeur de CHF 119.43;
• un bulletin de paiement postal [^] d'une valeur de CHF 121.31.
Quant aux autres objets saisis, ils sont confisqués et conservés au dossier (art. 72
CP).
7.3 β.B.
7.3.1 Le 15 mars 2010, la PJF a procédé à une perquisition de plusieurs objets dans la
chambre occupée par β.B. à Y. (Tessin) et divers objets ont été saisis (voir supra
consid. E.4).
7.3.2 β.B. a été reconnu coupable par la Cour de céans de participation à une
organisation criminelle au sens de l'art. 260ter ch. 1 al. 1 CP. Il s'ensuit que la prove-
nance délictueuse des objets et des valeurs patrimoniales saisis n'a pas à être dé-
montrée et que leur appartenance à l'organisation criminelle à laquelle β.B. est affi-
lié est présumée, sous réserve de l'apport de la preuve du contraire. Il a été retenu
que la présence en Suisse de β.B. était principalement motivée par la nature délic-
tuelle de ses actes, lesquels lui ont permis de subvenir en partie à ses besoins. Dès
lors qu'il est très improbable que ses faibles ressources économiques lui aient suffi
pour pourvoir à son propre entretien, la somme de CHF 400.- et le cadre numérique
saisis lors de son arrestation ne sauraient être d'origine licite. Par son intermédiaire,
ils pouvaient dès lors être affectés aux besoins de l'organisation criminelle à laquelle
il était affilié. Pour ce qui est du téléphone portable et des autres objets dissimulés
dans la cellule qu'il a occupée à la prison du Bois-Mermet, leur origine illicite n'est
pas contestable et ils pouvaient eux aussi être affectés aux besoins de cette organi-
sation, par exemple pour fournir des informations aux membres sur des personnes
incarcérées. S'agissant enfin du montant de CHF 132.35, β.B. en est l'ayant droit
économique, étant donné que ce montant a été versé en sa faveur par β.N. et qu'il
l'a encaissé. A travers β.B., ce montant est tombé dans le pouvoir de disposition de
l'organisation. D'ailleurs, en prison déjà, il pouvait être affecté aux besoins de l'or-
ganisation par son intermédiaire, notamment par une aide financière à des codéte-
nus. Dans ces conditions, β.B. n'a fourni aucun élément propre à renverser la pré-
- 129 -
somption découlant de l'art. 72 CP. Dès lors, la confiscation des valeurs patrimo-
niales et des objets énumérés précédemment se justifie.
7.3.3 Partant, les valeurs patrimoniales suivantes sont confisquées (art. 72 CP):
• CHF 400.-, soit quatre billets de CHF 100.- (n° de scellé 01.01.0010);
• un bulletin de paiement postal [^] d'un montant de CHF 132.35.
Quant aux autres objets saisis, ils sont confisqués et conservés au dossier (art. 72
CP).
8. Frais, défense d’office, assistance judicaire et indemnités
8.1 Frais et débours
8.1.1 Les frais de procédure se composent des émoluments visant à couvrir les frais et
les débours effectivement supportés (art. 422 al. 1 CPP). Les émoluments sont dus
pour les opérations accomplies ou ordonnées par la police judiciaire fédérale et le
MPC dans la procédure préliminaire, ainsi que par la Cour des affaires pénales du
Tribunal pénal fédéral dans la procédure de première instance (art. 1 al. 2 du règle-
ment du Tribunal pénal fédéral sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de
la procédure pénale fédérale, du 31 août 2010 [RFPPF; RS 173.713.162]). Le mon-
tant de l’émolument est calculé en fonction de l’ampleur et de la difficulté de la
cause, de la façon de procéder des parties, de leur situation financière et de la
charge de travail de chancellerie (art. 5 RFPPF). Les émoluments pour les investi-
gations policières et l’instruction comprennent les frais de recherche ou d’instruction,
les frais pour les décisions et autres actes de procédure ainsi que les frais de la dé-
cision définitive (art. 6 al. 1 RFPPF). En cas d'ouverture d'une instruction, un mon-
tant de CHF 200.- à CHF 50'000.- est perçu à titre d'émolument pour les investiga-
tions policières (art. 6 al. 3 let. b RFPPF). En cas de clôture par un acte d'accusa-
tion, un montant de CHF 1'000.- à CHF 100'000.- est perçu à titre d'émolument pour
l'instruction (art. 6 al. 4 let. c RFPPF). Le total des émoluments pour les investiga-
tions policières et l'instruction ne doit cependant pas dépasser CHF 100'000.- (art. 6
al. 5 RFPPF). Quant aux émoluments judiciaires perçus dans la procédure de pre-
mière instance, ils varient entre CHF 1'000.- et CHF 100'000.- devant la cour com-
posée de trois juges (art. 7 let. b RFPPF).
8.1.2 Quant aux débours, ils comprennent notamment les frais imputables à la défense
d’office et à l’assistance judiciaire gratuite, les frais de traduction, les frais
d’expertise, les frais de participation d’autres autorités, les frais de port et de télé-
phone et d’autres frais analogues (art. 1 al. 3 RFPPF).
- 130 -
8.2 Coûts de la procédure préliminaire
8.2.1 S’agissant des débours, selon l’acte d’accusation le MPC les a chiffré, pour l’entier
de la procédure préliminaire, à CHF 567'710.55 pour les deux prévenus comprenant
tous les frais ainsi que les frais de photocopies (2'327 copies au tarif de 20 centimes
en application par analogie de l’art. 13 al. 2 let e RFPPF).
8.2.2 S’agissant de l’émolument, le MPC fait valoir des émoluments pour les trois phases
de la procédure préliminaire à un montant de CHF 25'000.-. Ce montant paraît justi-
fié.
8.2.3 En ce qui concerne les émoluments et les débours de la procédure de première
instance, ils sont arrêtés à CHF 5'000.- par la Cour. Ce montant ne comprend pas
les frais de traduction ordonnée par la Cour, ni l’indemnité versée à l’interprète qui
s’élèvent à CHF 1’630.- et CHF 3'000 (TPF 123.771.003-006).
Fondé sur ce qui précède, l'état définitif des frais de la procédure est ainsi fixé
(art. 421 al. 1 CPP):
− Emolument de la procédure préliminaire: CHF 25'000.-
− Débours de la procédure préliminaire: CHF 567'710.55
− Emoluments de la procédure de première instance: CHF 5'000.-
− Débours de la procédure de première instance: CHF 4'630.-
8.3 Répartition des frais
8.3.1 En vertu de l'article 423 CPP, les frais de procédure sont mis à la charge de la
Confédération ou du Canton qui a conduit la procédure, les dispositions contraires
sont réservées. L'art. 426 al. 1 CPP prévoit que le prévenu supporte les frais de
procédure s'il est condamné, à l'exception des frais afférents à la défense d'office,
sous réserve de l'art. 135 al. 4 CPP. L’art. 426 al. 2 CPP dispose que lorsque la
procédure fait l'objet d'une ordonnance de classement ou que le prévenu est acquit-
té, tout ou partie des frais de procédure peuvent être mis à sa charge s'il a, de ma-
nière illicite et fautive, provoqué l'ouverture de la procédure ou rendu plus difficile la
conduite de celle-ci. Enfin l’al. 3 de la même disposition, prévoit que les frais de tra-
duction ne peuvent pas être mis à la charge du prévenu. Cette dernière disposition
garantit la gratuité de l'interprète lorsque les frais de traduction sont nécessaires à la
défense du prévenu (Joëlle CHAPUIS, in CR-CPP, nos 6 et 7 ad art. 426 CPP et les
réf.).
- 131 -
8.3.2 S'agissant des frais de la détention provisoire et pour des motifs de sûreté, la
doctrine soutient qu'ils ne peuvent pas être mis à la charge du prévenu, dans la me-
sure où les frais d'exécution des peines et des mesures sont à la charge des can-
tons (art. 380 al. 1 CP) et que la détention avant jugement subie par le prévenu est
imputée sur sa peine (art. 51 CP). Cela reviendrait autrement, selon ces auteurs, à
faire supporter au prévenu condamné une partie des frais d'exécution de sa peine,
ce qui ne semble pas avoir été la volonté du législateur (Thomas DOMEISEN, in BK-
StPO Bâle 2014, n° 19 ad art. 422 CPP et les auteurs cités). Ces arguments sem-
blent convaincants, de sorte que la Cour de céans se rallie à l'avis exprimé par la
doctrine. Il s'ensuit que les frais dus aux traitements médicaux dont le prévenu a
bénéficié durant sa détention provisoire ou pour des motifs de sûreté ne sont pas
mis à sa charge, ces frais étant inclus dans les frais supportés par les cantons.
8.3.3 Dans le présent cas, les frais de traduction, les frais de la détention provisoire et
pour des motifs de sûreté, ainsi que les frais dus aux traitements médicaux ne doi-
vent pas être mis à la charge des prévenus. Ainsi, après retranchement, selon le dé-
tail des coûts opéré par le MPC, les débours imputables à α.A. s’élèvent à
CHF 28'402.275 et à CHF 55'235.30 pour β.B..
8.3.4 Toutefois, selon l'art. 425 CPP, l'autorité pénale peut réduire ou remettre les frais
compte tenu de la situation de la personne astreinte à les payer. En effet, les frais
de justice ne doivent pas apparaître au prévenu condamné comme une punition
supplémentaire. Lorsque les frais liés à une affaire sont élevés, l'autorité pénale
peut décider de les réduire, notamment pour ne pas rendre plus difficile la réinser-
tion sociale du prévenu. L'autorité pénale bénéficie d'un large pouvoir d'appréciation
en la matière (CHAPUIS, in CR-CPP, nos 1 et 2 ad art. 425 CPP et les réf.).
8.3.5 Compte tenu des situations personnelles respectives des prévenus et pour β.B. de
l’acquittement et le classement partiels dont il a bénéficiés, la Cour décide de faire
application de la faculté conférée par l'art. 425 CPP. Ainsi, la Cour réduit le montant
qui doit être mis à sa charge à un montant de CHF 10'000.- pour β.B.. Le solde est
laissé à la charge de la Confédération.
S’agissant de α.A., compte tenu de sa situation personnelle, les frais de procédure
qui sont mis à sa charge sont réduits à CHF 15'000.-. Le solde est laissé à la charge
de la Confédération.
8.4 Indemnités allouées aux défenseurs d'office
8.4.1 À teneur de l'art. 135 al. 2 CPP, le tribunal qui statue au fond fixe l'indemnité à la fin
de la procédure. Les art. 11 ss RFPPF règlent les indemnités allouées à l'avocat
d'office. Les frais d'avocat comprennent les honoraires et les débours nécessaires,
- 132 -
tels que les frais de déplacement, de repas et de nuitée, et les frais de port et de
communications téléphoniques. L'art. 12 al. 1 RFPPF prévoit que les honoraires
d'office sont fixés en fonction du temps effectivement consacré à la cause et néces-
saire à la défense de la partie représentée. Le tarif horaire est de CHF 200.- au mi-
nimum et de CHF 300.- au maximum. Selon l'art. 13 RFPPF, seuls les frais effectifs
sont remboursés (al. 1), pour certains, sur la base de critères établis (al. 2). Le rem-
boursement des frais ne peut excéder: a. pour les déplacements en Suisse, le prix
du billet de chemin de fer de première classe demi-tarif; c. pour le déjeuner et le dî-
ner, les montants visés à l'art. 43 de l'ordonnance du DFF concernant l'ordonnance
sur le personnel de la Confédération (O-OPers; RS 172.211.111.31), soit
CHF 27,50 par repas; d. le prix d'une nuitée, y compris le petit-déjeuner, en
chambre simple dans un hôtel de catégorie trois étoiles, au lieu de l'acte de la pro-
cédure, soit CHF 170, selon la pratique du TPF (arrêt du Tribunal pénal fédéral du
7 juin 2010/Rectification du 20 décembre 2010 dans la cause SK.2009.12, con-
sid. 34.6) et les prix actuellement en vigueur à Bellinzone; e. 50 centimes par photo-
copie; en grande série, 20 centimes par photocopie. Le temps de déplacement est
rémunéré selon le tarif horaire minimal (lignes directrices pour l'établissement de la
note d'honoraires des défenseurs d'office devant la Cour des affaires pénales du
Tribunal pénal fédéral, www.bstger.ch/pdf/Merkblatt_fur_Honorarberech-
nung_fr.pdf). Si des circonstances particulières le justifient, un montant forfaitaire
peut être accordé en lieu et place du remboursement des frais effectifs prévus à
l'al. 2 (al. 3).
8.4.2 Dans le cas présent, les avocats d’office n’ont pas été en mesure de produire des
notes d’honoraires complètes et claires avant le prononcé du jugement principal.
Leurs indemnités a fait l’objet d’un jugement complémentaire en date du 19 février
2018, intégré dans le présent jugement.
8.4.3 A titre préliminaire, la Cour relève que les débats de la présente cause se sont
tenus le 16 octobre 2017 de 8h45 à 19h45, soit onze heures auxquelles la Cour
ajoute une heure supplémentaire pour chacun des avocats à titre d’entretien avec le
client, soit un total de 12 heures qui est retenu d’office par la Cour.
8.5 Indemnisation des avocats d’office de α.A.
8.5.1 Pour la défense d'office exercée du 15 juin 2011 au 24 mai 2012, Maître Aude
Bichovsky a requis le paiement d'honoraires à hauteur de CHF 20'636.- (TVA non
comprise), au titre de solde après déduction d'un acompte de CHF 19'052.- déjà
versé. Cette demande paraît justifiée et doit être acceptée. En outre, elle a requis le
paiement de débours à concurrence de CHF 2'009.50 (TVA non comprise). Ce
montant doit également être admis, ce qui porte le total de l'indemnité allouée à
Maître Aude Bichovsky à CHF 41'697.50 (TVA non comprise).
- 133 -
8.5.2 Pour la défense d'office exercée dès le 25 mai 2012, Me Jornod a requis le
paiement d'honoraires à hauteur de CHF 18'662.- (TVA non comprise). Ce montant
est accepté. Me Jornod a aussi requis le paiement de débours à concurrence de
CHF 1'830.75 (TVA non comprise). Cette requête doit également être admise, ce
qui porte le total de l'indemnité pour ses activité jusqu’au 6 juillet 2014 allouée à
Me Jornod à CHF 20'492.75 (TVA non comprise).
8.5.3 Enfin, Me Jornod a déposé une demande en indemnisation en date du 17 octobre
2017, complétée par les explications et pièces produites en date des 10 janvier,
1er février et 6 février 2018 pour un montant total de CHF 40'169.50 (TVA comprise).
Cette demande paraît justifiée et doit être acceptée.
8.6 Indemnisation pour le conseil d’office de β.B.
8.6.1 Par décision du 17 mars 2010, le MPC a désigné Me Piguet en qualité de défenseur
d’office de β.B. (MPC 16-01-0001 ss). Pour son activité de défenseur d'office, Me
Piguet a requis le paiement d'honoraires à hauteur de CHF 71'876.50 (TVA non
comprise). Ce montant paraît justifié et doit être admis. Me Piguet a en outre requis
le paiement de débours à hauteur de CHF 6'192.40 (TVA non comprise). Cette re-
quête doit également être acceptée, ce qui porte le total de l'indemnité pour ses ac-
tivités jusqu’au 7 octobre 2013 à CHF 78'068.90 (TVA non comprise). Il convient de
préciser que l'indemnité revenant à Maître Elise Antenen, avocate-stagiaire en
l'Etude de Maître Piguet, est comprise dans le montant de CHF 78'068.90 arrêté en
faveur de ce dernier.
8.6.2 De plus, Me Piguet a déposé une demande en indemnisation en date du 17 octobre
2017, complétée par les explications et pièces produites en date des 15 et 30 jan-
vier 2018. Me Piguet a requis un montant de CHF 82'084.86, TVA comprise. Ce
montant doit être accordé.
Les acomptes déjà versés aux défenseurs d’office des prévenus devront être dé-
duits des indemnités arrêtées ci-dessus.
8.7 Remboursement à la Confédération
8.7.1 L’assistance judiciaire gratuite, faute de moyens nécessaires (art. 132 al, 1 let. b
CPP), ne peut être accordée que si l’indigence du prévenu peut être constatée.
L’art. 135 al. 4 CPP qui prévoit que lorsque le prévenu est condamné à supporter
les frais de procédure, il est tenu de rembourser dès que sa situation financière le
permet (let. a), à la Confédération ou au Canton les frais d’honoraires et (let. b) au
défenseur la différence entre son indemnité en tant que défenseur désigné et les
- 134 -
honoraires qu’il aurait touché comme défenseur privé constitue une exception au
principe général, prévue par l’art. 426 al. 1 CPP, in fine.
8.7.2 En effet, le bénéficiaire d’une défense d’office doit en assumer les coûts comme s’il
s’agissait d’une défense privée lorsqu’il ne remplit pas les conditions d’indigence de
l’art. 132 al. 1 let. b CPP (arrêt du Tribunal fédéral 1B_694/2014 du 27 janvier 2015,
c. 2.2.2, SJ 2015 I 389). Le but de cette disposition est d’éviter que le prévenu as-
sisté d’office se trouve dans une situation privilégiée par rapport à celui qui est as-
sisté d’un défenseur privé (ATF 139 IV 261, JdT 2014 IV 173). Un jugement pronon-
cé par l’autorité pénale et se rapportant à la créance est nécessaire pour que le dé-
fenseur puisse actionner le prévenu par la voie de la poursuite pour dettes (SCHMID,
Schweizerische Strafprozessordnung, Praxiskommentar, 2017, N° 15 ad art. 135
CPP).
8.7.3 Considérant le classement et l’acquittement partiels de β.B. ainsi que sa situation
personnelle et financière, son obligation de rembourser les frais de défense est ré-
duite à CHF 30'000.-. β.B. est tenu de rembourser ce montant dès que sa situation
personnelle le lui permettra.
Le solde de la créance en remboursement de l’indemnisation due à Me Piguet est
laissé à la charge de la Confédération.
8.7.4 Considérant la situation personnelle et financière de α.A., son obligation de
rembourser les frais de défense est réduite à CHF 30'000.-. α.A. est tenu de rem-
bourser ce montant dès que sa situation personnelle le lui permettra.
Le solde de la créance en remboursement de l’indemnisation due à Me Piguet est
laissé à la charge de la Confédération.
9. Indemnisation des prévenus
9.1 Droit
9.1.1 Si le prévenu est acquitté totalement ou en partie ou s'il bénéficie d'une ordonnance
de classement, il a droit à une indemnité pour les dépenses occasionnées par
l'exercice raisonnable de ses droits de procédure, une indemnité pour le dommage
économique subi au titre de sa participation obligatoire à la procédure pénale, ainsi
qu'à une réparation du tort moral subi en raison d'une atteinte particulièrement
grave à sa personnalité, notamment en cas de privation de liberté. L'autorité pénale
examine d'office les prétentions du prévenu. Elle peut l'enjoindre de les chiffrer et de
les justifier (art. 429 CPP).
- 135 -
L’art. 429 CPP fonde un droit à des dommages et intérêts et à une réparation du tort
moral résultant d’une responsabilité causale de l’Etat. La responsabilité est encou-
rue même si aucune faute n’est imputable aux autorités. L’Etat doit réparer la totalité
du dommage qui présente un lien de causalité avec la procédure pénale, au sens
du droit de la responsabilité civile (ATF 142 IV 237 consid. 1.3.1 p. 239). Il incombe
à l’autorité pénale d’interpeller d’office le prévenu sur la question de l’indemnité
(art. 429 al. 2 1ère phrase CPP).
9.1.2 Selon l'art. 431 al. 1 CPP, si le prévenu a, de manière illicite, fait l'objet de mesures
de contrainte, l'autorité pénale lui alloue une juste indemnité et réparation du tort
moral. Les mesures de contrainte visent tous les actes de procédure au sens de
l'art. 196 CPP (GRIESSER, in Kommentar zur Schweizerischen Strafprozessordnung,
2010 [ci-après: Kommentar-StPO], n° 1 ad art. 431 CPP). L'ensemble des mesures
prévues par les art. 201 à 298 CPP, parmi lesquelles la détention provisoire et pour
des motifs de sûreté au sens des art. 220 ss CPP, sont ainsi concernées (WEHREN-
BERG/BERNHARD, in BK-StPO, n° 4 ad art. 431 CPP). En matière de privation de li-
berté, les mesures illicites sont celles prises en violation des règles légales relatives
à la détention provisoire ou pour des motifs de sûreté (SCHMID, op. cit., n° 1 ad
art. 431 CPP; GRIESSER op. cit., n° 3 ad art. 431 CPP; PIQUEREZ/MACALUSO, Procé-
dure pénale suisse, 3e éd., 2011, n° 2293).
La personne qui a fait l'objet d'une mesure de contrainte illicite doit être indemnisée
indépendamment de l'issue de la procédure pénale (arrêt du Tribunal fédéral
6B_365/2011 du 22 septembre 2011 consid. 3.2 et les auteurs cités). Le droit à
l'indemnisation découle non seulement de l'art. 431 al. 1 CPP, mais aussi directe-
ment de l'art. 5 par. 5 CEDH (DONATSCH/SCHWARZENEGGER/WOHLERS, Strafpro-
zessrecht, 2010, p. 176 s.; GRIESSER op. cit., n° 3 ad art. 431 CPP; PIQUE-
REZ/MACALUSO, op. cit., n° 2295 ss; arrêt du Tribunal fédéral 1B_351/2012 du
20 septembre 2012 consid. 2.3.2). En effet, l'imputation de la détention avant juge-
ment sur la peine prononcée ne suffit pas, à elle seule, pour réparer cette illicéité.
Dans un tel cas de figure, la jurisprudence découlant de l'art. 5 par. 5 CEDH impose
qu'une indemnité soit versée en plus de l'imputation de la détention avant jugement
(arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme Ringeisen c. Autriche [article
50] du 22 juin 1972, requête n° 2614/65, par. 21; WEHRENBERG/BERNHARD, in BK-
StPO, nos 17 et 26 ad art. 431 CPP; POPP/SEITZ, Ausgleich von Untersuchungshaft,
in Anwaltsrevue 4/2010, p. 163 ss, spéc. p. 170; FROWEIN/PEUKERT). Pour ce qui est
du calcul du tort moral ensuite d'une détention avant jugement injustifiée, selon la
jurisprudence rendue avant l'entrée en vigueur du CPP, le montant de l'indemnité en
matière de détention injustifiée doit être fixé en fonction de la gravité de l'atteinte
portée à la personnalité (art. 49 al. 1 CO; ATF 135 IV 43 consid. 4.1 p. 47; 113 IV 93
consid. 3a p. 98). Il faut tenir compte de toutes les circonstances, notamment des
effets négatifs de la détention sur l'intégrité physique, psychique ou encore sur la
- 136 -
réputation (ATF 112 Ib 446 consid. 5b/aa p. 458). L’indemnité allouée doit être pro-
portionnée à l’intensité des souffrances morales et doit tenir compte de la souffrance
effectivement ressentie par le prévenu (GENTON/PERRIER, Les prétentions du préve-
nu en indemnités et en réparation du tort moral, in Jusletter 13 février 2012, n°38,
p. 7 et les arrêts cités). L'activité professionnelle du lésé doit également être prise
en compte dans cette appréciation (ATF 113 IV 93 consid. 3a p. 98). Il appartient au
demandeur d'invoquer et de prouver les atteintes subies (ATF 135 IV 43 consid. 4.1
p. 47; 117 IV 209 consid. 4b p. 218). Le Tribunal fédéral considère qu'un montant de
200 fr. par jour en cas de détention injustifiée de courte durée constitue une indem-
nité appropriée, dans la mesure où il n'existe pas de circonstances particulières qui
pourraient fonder le versement d'un montant inférieur ou supérieur (arrêts
6B_53/2013 du 8 juillet 2013 consid. 3.2 non publié in ATF 139 IV 243;
6B_745/2009 du 12 novembre 2009 consid. 7.1; 8G.12/2001 du 19 septembre 2001
consid. 6b/bb). Lorsque la détention injustifiée s'étend sur une longue période, la ju-
risprudence a précisé qu'une augmentation linéaire du montant accordé dans les
cas de détention plus courte n'est pas adaptée, car le fait de l'arrestation et de la dé-
tention pèse d'un poids aussi important que l'élément de durée pour apprécier l'at-
teinte que subit la personne incarcérée (cf. ATF 113 Ib 155 consid. 3b p. 156). Le
Tribunal fédéral a précisé à ce sujet que ledit montant doit cependant être réduit en
cas de détention de plus longue durée, soit de plusieurs mois (Arrêts du Tribunal fé-
déral 6B_111/2012 et 6B_122/2012 du 15 mai 2012). La fixation de l'indemnité pour
tort moral est une question d'appréciation, de sorte que le Tribunal fédéral ne la re-
voit qu'avec retenue (cf. ATF 137 III 303 consid. 2.2.2 p. 309 s.; arrêt du Tribunal
fédéral 6B_111/2012 du 15 mai 2012 consid. 4.2).
L’indemnisation due à la suite de la privation de liberté s'opère en deux temps. Le
tort moral doit d'abord être calculé sur la base d'une indemnité journalière, ce qui
permet d'obtenir une estimation de l'indemnisation à verser. Ensuite, il convient de
déterminer s'il existe des circonstances particulières justifiant le versement d'un
montant inférieur ou supérieur (arrêt du Tribunal fédéral 6B_574/2010 du 31 janvier
2011 consid. 2.3). Constituent notamment de telles circonstances les motifs ayant
conduit à la privation de liberté du prévenu et la durée de la détention, la gravité des
actes qui ont été reprochés au prévenu, la sensibilité de ce dernier à la détention
subie, ainsi que les effets de celle-ci sur son environnement, ses liens sociaux et sa
réputation (HÜTTE/DUCKSCH/GUERRERO PETRA, Die Genugtuung, 3e éd. 2005,
nos 10.5 ss, p. I/105 s.; MIZEL/RÉTORNAZ, in CR-CPP, n° 48 ad art. 429 CPP;
WEHRENBERG/BERNHARD, in BK-StPO, n° 11 ad art. 431 CPP).
De plus, le Tribunal fédéral a admis une réduction, non schématique, de l'indemnité
lorsque les frais d'entretien au domicile de l'intéressé étaient beaucoup plus bas
qu'en Suisse (par exemple ATF 125 II 554 consid. 4a p. 559 s. concernant Voïvo-
dine: avec la même somme, pouvoir d'achat 18 fois plus grand qu’en Suisse; arrêt
- 137 -
du Tribunal fédéral 1A.299/2000 du 30 mai 2001 consid. 5c concernant la Bosnie-
Herzégovine: pouvoir d'achat 6 ou 7 fois plus élevé). Ces principes doivent égale-
ment s'appliquer à l'indemnité pour tort moral définie à l'art. 429 al. 1 let. c CPP
(WEHRENBERG/FRANK, in BK-StPO, n° 29 ad art. 429 CPP; cf. aussi DONATSCH/
SCHMID Kommentar zur Strafprozessordnung des Kantons Zürich, 2007, tome I,
n° 20 ad § 43).
Enfin, quand l’indemnisation porte sur la réparation d’un dommage au sens de l’art.
41 CO, les intérêts compensatoire sont dus, car ils tendent à remplacer le lésé dans
la situation qui aurait été la sienne si il avait été indemnisé au moment de la surve-
nance du dommage. Tandis que le remboursement des frais de défense ne consti-
tue pas un poste du dommage et ne porte pas intérêt. Seule la créance de l’art. 429
al. 1 lit c. CPP est productive d’intérêt compensatoire à 5% l’an (ATF 143 IV 495, ar-
rêts du Tribunal fédéral 6B_1404/2016 du 13 juin 2017 consid. 2.2 et 6B_20/2016
du 20 décembre 2016 consid. 2.5).
Selon l'art. 442 al. 4 CPP, les autorités pénales peuvent compenser les créances
portant sur des frais de procédure avec les indemnités accordées à la partie débi-
trice dans la même procédure pénale et avec des valeurs séquestrées. Cette dispo-
sition s'applique lorsque le prévenu a été acquitté totalement ou en partie et qu'il
peut prétendre à une indemnisation sur la base de l'art. 429 CPP, alors qu'il doit en
même temps supporter les frais de procédure selon l'art. 426 CPP (SCHMID, op. cit.,
n° 6 ad art. 429 CPP n° 5 ad art. 442 CPP). La compensation prévue par l'art. 442
al. 4 CPP ne s'applique toutefois pas à toutes les indemnités accordées à la partie
débitrice. Ainsi, la créance de l'Etat portant sur les frais de procédure ne peut être
compensée qu'avec les indemnités à proprement parler (art. 429 al. 1 let. a et b
CPP), mais non avec celle versée en réparation du tort moral (art. 429 al. 1 let. c
CPP) (SCHMID, op. cit., n° 7 ad art. 442 CPP). L’autorité de jugement est également
compétente pour prononcer la compensation (ATF 143 IV 293).
9.2 Indemnités octroyées à β.B.
9.2.1 En l’espèce, β.B. a été acquitté du reproche de blanchiment d’argent aggravé
répété (art. 305bis ch. 1 et 2 let. a CP et de recel d’importance mineure (art. 160
ch. 1 et art. 172ter al. 1 CP). La procédure à son encontre a été classée s’agissant
des infractions de consommation de stupéfiants (art. 19a ch. 1 LStup) et de vol
d’importance mineure (art. 139 ch. 1 et art. 172ter al. 1 CP, ch. 1.2.3 let. c de l’acte
d’accusation).
9.2.2 β.B. a formulé de conclusions tendant l’octroi d’une indemnisation. Il a requis à titre
principal le versement d’une indemnité de CHF 2'652.- pour les frais de défense et
de CHF 164'300.- pour le tort moral subi et subsidiairement, une indemnité de
- 138 -
CHF 2'652.- pour les frais de défense et de CHF 146'000.- pour le tort moral subi
est allouée à β.B., sur la base de l’art. 429 al. 1 lettres a et c CPP.
9.2.3 S’agissant du montant de CHF 2'652.- requis à titre de frais de défense, Me Piguet
a justifié ce montant par différents postes qui sont les suivants: CHF 1’182.- de billet
d’avion, CHF 900.- de frais d’hôtel, 420.- de frais de nourriture, CHF 120.- de billet
de train et enfin CHF 2’652.- de frais divers (téléphone). Le dernier poste des frais
divers n’étant pas justifié ou détaillé par des pièces, la Cour écarte ce poste de la
liste des frais.
9.2.4 Considérant que β.B., a été partiellement acquitté, il se justifie de lui attribuer une
indemnisation partielle, dans une proportion similaire, pour son dommage écono-
mique subi au titre de participation obligatoire à la procédure pénale (art. 429 al. 1
let. b CPP). La Cour lui reconnait la moitié du montant requis de CHF 2’652.-, sous
déduction du poste des frais divers, soit un montant de CHF 1’301.-, avec intérêts à
5% l’an dès le 18 octobre 2017, soit dès le dernier jour où ces frais ont été engagés.
9.2.5 Toutefois, en application de l’art. 442 al. 4 CPP, l’indemnité de l’art. 429 al. 1 let. b
CPP est compensée avec les frais de procédure mis à la charge de β.B.. Cette
compensation apparaît proportionnée au vu des montants dont β.B. est débiteur en-
vers la Confédération et du montant qui lui est accordé à titre de dommage écono-
mique au sens de l’art. 429 al. 1 let. b CPP.
9.2.6 S’agissant de la réparation du tort moral subi en raison de sa détention, il ressort du
dossier et de son interrogatoire aux débats (TPF 123.930.017) que β.B. a ressenti
des effets négatifs psychiques en raison de sa détention dans la prison de Brigue et
qu’il aurait souffert de l’isolement car cet établissement était presque vide (MPC 21-
02-02-0024). La Cour relève que l’établissement de Brigue est prévu pour les exé-
cutions de courte peine (MPC 06-17-0706), soit au maximum six mois. Or, β.B. a
été détenu dans cet établissement du 16 mars 2010 au 9 août 2010 puis du 11 jan-
vier 2011 au 9 septembre 2011 (voir supra consid. I.2.5 ss). La Cour retient que la
détention excédant la durée prévue pour cet établissement était à même de créer
un tort moral à l’intéressé en raison du manque d’infrastructure et une indemnisation
pour cette situation est justifiée. S’agissant de la durée n’excédant pas les six mois,
β.B. a déclaré avoir également ressenti une souffrance morale du fait de celle-ci et
du fait de son isolement sans toutefois démontrer une intensité spécifique ou une
ampleur particulière. La Cour prend ainsi en considération que la détention a généré
une souffrance de la part du prévenu, tant en raison de sa durée excédentaire par
rapport au but de l’infrastructure que des conditions de celle-ci, sans pour autant
être illicite. La Cour lui reconnaît ainsi une indemnité de CHF 2'500.- à titre
d’indemnité morale pour ce poste.
- 139 -
9.2.7 β.B. été condamné par la Cour de céans à une peine de 26 mois. Ce dernier a déjà
subi 1643 jours de détention avant jugement, soit une peine excédant celle que la
Cour de céans lui a infligée. S’agissant du tort moral pour la détention excédentaire,
la Cour considère toutefois que celle-ci n’a pas mis en péril son intégration ou son
emploi. En effet, il ne possédait pas d'attaches particulières en Suisse et n'a pas
évoqué l'existence de liens sociaux ou professionnels significatifs dans ce pays. Il
était par ailleurs pris en charge par l’assistance sociale suisse. Par conséquent, la
détention injustifiée n'a pas eu pour effet de le priver d'un réseau social sain ou de
l’arracher d’un environnement professionnel ordinaire. L’impact de la détention a
donc été relativement modeste. Ainsi, pour les 863 jours de détention injustifiée, la
Cour s’est orientée vers un montant de CHF 100.- par jour et lui octroie une indem-
nité de CHF 86'500.-.
9.2.8 Considérant, ce qui précède, la Cour alloue à β.B. une indemnité totale à hauteur de
CHF 89'000.- (art. 429 al. 1 let. c CPP) à titre de réparation du tort moral subi en
raison d’une atteinte particulièrement grave à sa personnalité, avec intérêts à 5%
l’an dès le jour où la détention est devenue illicite, soit dès le 14 mai 2012.
9.3 Indemnités octroyées à α.A.
9.3.1 α.A. a formulé de conclusions tendant au versement d’une indemnité s’élevant à
CHF 100.- par jour pour les 1775 jours pendant lesquels il a été incarcéré, à savoir
CHF 117'500.- au total, ou pour les jours subis en trop par rapport à la peine qui lui
sera infligée ainsi qu’à une indemnité s’élevant à CHF 15'000.- pour le tort moral
subi à la suite de la grave blessure à son bras droit durant son incarcération.
9.3.2 S’agissant de la réparation du tort moral subi par des mesures de contraintes
illicites, il ressort du dossier que α.A. a subi en effet 1775 jours de détention à ce
jour, soit plus de la condamnation infligée par la Cour de céans.
9.3.3 S’agissant de la prétention en réparation du tort moral suite à la grave blessure à
son bras durant son incarcération, la Cour constate qu’au dossier, aucun élément
ne permet d’imputer la responsabilité de cet évènement à l’Etat. En effet, le rapport
de la prison fait état qu’il serait tombé du lit (voir supra consid. I.1.2) et le prévenu
n’a pas apporté de preuve qui permettrait à la Cour de se convaincre du contraire.
La Cour rejette cette prétention.
9.3.4 La Cour considère d’une part que la détention subie n’a pas mis en péril
l’intégration, l’emploi ou les revenus de α.A., ni causé chez lui une souffrance psy-
chologique d’une importance grave. En effet, il n'a pas évoqué l'existence de liens
sociaux ou professionnels significatifs en France qui auraient soufferts de sa déten-
tion. L’intéressé dépendait également de l’aide sociale. La Cour prend toutefois en
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considération la longueur de la détention et le fait que α.A. a une famille en France,
avec un enfant à charge, ce qui a compté dans la souffrance provoquée par la dé-
tention. En l’état, il convient dès lors de prendre tous ces facteurs en considération
et de lui allouer une indemnité tendant à un montant de CHF 100.- par jour pour la
durée de détention injustifiée, soit un montant de CHF 76’000.- ainsi qu’un montant
de CHF 2'000.- à titre de participation aux frais de défense et une réparation du
dommage économique.
Considérant ce qui précède, la Cour alloue à α.A. une juste indemnité à hauteur de
CHF 78’000.- (art. 431 CPP), avec intérêts à 5% l’an dès le jour où la détention est
devenue illicite soit le 9 janvier 2013.
L’art. 429 CPP indiqué originairement dans le dispositif est fruit d’un lapsus calami
et doit dès lors être corrigé.
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