Decision ID: 4d1f0f52-ed7f-5d25-8c7e-5daa9729b182
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_014
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: social_law

EN FAIT
1. Monsieur A_ (ci-après: l'assuré, l'Employé ou le recourant), né le _1960, s'est inscrit auprès de l'office régional de placement (ci-après : ORP) le 19 décembre 2017, déclarant rechercher un travail à plein temps (100 %) dès le 1
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janvier 2018. Un délai-cadre d'indemnisation lui a été ouvert dès le 1
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janvier 2018, valable au 31 décembre 2019.
2. Le 8 janvier 2018, il a déposé une demande d'indemnités de chômage auprès de la Caisse cantonale genevoise de chômage (ci-après : CCGC, la caisse ou l'intimée), dès le 1
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janvier 2018. Il ressort de la formule de demande de prestations que l'assuré a travaillé, en dernier lieu, pour le compte de B_ SA (ci-après : l'employeur, la Société ou B_ SA), du 1
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février 2005 au 31 mai 2017.
3. Il ressort de la lettre de licenciement du 21 février 2017 que les rapports de travail se termineraient à l'échéance du délai de préavis soit au 31 mai 2017. Dès le jour de la notification du congé la présence de l'Employé au bureau n'était plus nécessaire; cependant, l'employeur se réservait le droit de lui demander de revenir au bureau conformément au contrat de travail, jusqu'à l'expiration du délai de congé. Tout pouvoir d'agir pour le compte de l'employeur était révoqué avec effet immédiat ; l'Employé était prié de restituer à l'employeur toute procuration en sa possession.
4. Les parties ont toutefois conclu, le jour-même de la notification du congé, une convention intitulée « Separation Agreement » (Accord de Séparation, ci-après : l'Accord), à laquelle la lettre de congé se réfère, d'ailleurs.
Il y est précisé en préambule de cette convention, qu'effective dès le 1
er
mars 2017, elle constitue l'intégralité de l'accord entre la Société et l'Employé concernant les conséquences de la fin des rapports de travail. Le terme d'« Employé » tel qu'énoncé dans l'Accord se réfère uniquement à la relation légale entre les parties avant ou au moment où ce contrat est exécuté, et est utilisé uniquement pour des raisons de convenance. Nonobstant l'utilisation de ce terme à travers ce contrat, et même dans le contexte de la définition des droits et obligations pendant la période de «Separation & Benefits Continuation, "S&BC", [période de Séparation et de continuité des prestations] ci-après : S&BC)», la relation entre la Société et l'Employé cesse à l'expiration de la période de préavis.
En tant que le besoin la teneur détaillée des dispositions contractuelles sera reprise par la suite, notamment dans les considérants qui vont suivre.
5. L'employeur a versé à l'assuré un montant de CHF 153'006.-, à raison de CHF 21'858.- mensuellement pendant sept mois, jusqu'au 31 décembre 2017. Ce montant est constitué ("reflète" - selon les termes de l'Accord) le montant du salaire de base auquel s'ajoute la participation mensuelle au Profit Sharing Incentive Plan (Plan de participation au bénéfice et d'intéressement) à cible de 100 % en janvier 2017 (ci-après : PSIP). Cette participation, de janvier à la fin de la période de préavis, au 31 mai 2017, serait payée durant le dernier mois de ladite période de préavis. La PSIP à 100%, pour la période S&CP, du 1
er
juin au 31 décembre 2017, est incluse dans les paiements mensuels de cette période.
6. Par courrier du 23 mars 2018, l'assuré, se référant à ses décomptes d'indemnités journalières de janvier et février 2018, avait constaté que le nombre de jours d'indemnités qui lui étaient octroyées était uniquement de 260 jours. Or, le guide du chômeur daté du 7 février 2018 et publié sur le site de l'administration genevoise, indique que s'il on est âgé de plus de 55 ans et que l'on a cotisé au moins 22 mois durant les 2 ans précédant son inscription au chômage on pourra toucher 520 indemnités pendant 24 mois. Ayant versé ses cotisations de chômage de nombreuses années sans aucune interruption, jusqu'au 31 décembre 2017, et actuellement âgé de 57 ans, il remplissait totalement les critères évoqués. Il priait en conséquence la caisse de revoir sa position et ajuster son droit maximum de jours d'indemnités conformément aux critères publiés.
7. Par décision du 19 avril 2018, la caisse a maintenu le nombre d'indemnités journalières à 260, sur la base de 17 mois de cotisation (01.01.2016 au 31.05.2017). Par convention (et courrier) du 21 février 2018 (recte : 2017) son licenciement lui avait été notifié moyennant un délai de congé de 3 mois, soit pour le 31 mai 2017. Son employeur lui avait alloué une indemnité de départ de CHF 153'006.-, soit un montant de 21'858.- versés pendant 7 mois. Ce montant a été versé dans le cadre de son licenciement, et était ainsi assimilable à une prestation volontaire de l'employeur au sens de l'art. 11a de la loi fédérale sur l'assurance-chômage obligatoire et l'indemnité en cas d'insolvabilité du 25 juin 1982 (loi sur l'assurance-chômage, LACI -
RS 837.0
). Cette prestation volontaire entraînait la non prise en considération de la perte de travail que si elle dépassait le montant maximum du gain assuré (CHF 148'200.-). La période pendant laquelle la perte de travail n'est pas prise en considération commence à courir le premier jour après l'expiration du rapport de travail pour lequel l'assuré a touché la prestation volontaire. Le solde des prestations volontaires à prendre en compte après imputation du montant maximum susmentionné est de CHF 4'806.- (CHF 153'006.- ./. CHF 148'200.- = CHF 4'806.-), soit une période de cotisation de 5.6 jours civils, calculé en fonction d'un salaire moyen annuel y compris bonus de CHF 20'693.05), donnant droit à 260 jours d'indemnités maximum, conformément à l'art. 27 LACI.
8. Par courrier du 8 mai 2018, l'assuré, représenté par son assurance protection juridique, a formé opposition à cette décision. Le contrat de travail avait été résilié pour le 31 mai 2017, mais l'employeur avait accepté par convention de continuer à régler le salaire jusqu'au 31 décembre 2017, ce qui signifiait que le salaire continuerait à être versé jusqu'à la fin 2017, mais sans que l'assuré ne doive fournir une prestation de travail. Il s'agissait d'une libération de l'obligation de travailler mais pas d'une indemnité de départ. Selon lui l'indemnité est versée en une seule fois; or dans le cas d'espèce, les fiches de salaire mensuelles démontrent que les montants versés depuis le mois de juin 2017 étaient toujours du salaire, le certificat de travail attestant d'ailleurs d'une fin de contrat au 31 décembre 2017. Ainsi, était-il clair que le recourant n'aurait pas pu s'inscrire au chômage en juin 2017 et bénéficier de prestations depuis cette date, car la caisse lui aurait rétorqué qu'il continuait à recevoir un salaire et que de facto son contrat n'avait pas pris fin avant le 31 décembre 2017. Ainsi, sous contrat jusqu'à cette dernière date, l'assuré avait bien cotisé pendant plus de 22 mois, lui donnant ainsi droit à 520 indemnités journalières.
9. Par décision sur opposition du 24 juillet 2018, la caisse a confirmé sa décision du 19 avril 2018, l'opposition étant rejetée.
10. Représenté par un conseil, l'assuré a saisi la chambre des assurances sociales de la Cour de justice d'un recours contre la décision susmentionnée, par mémoire du 27 août 2018. Il conclut préalablement à son audition, et principalement à l'annulation de la décision sur opposition de la caisse du 24 juillet 2018, qu'il soit dit et constaté que le délai-cadre d'indemnisation a commencé à courir le 1
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janvier 2018, et qu'en conséquence il a droit à un maximum de 520 indemnités journalières, le tout avec suite de frais et indemnités ; subsidiairement à l'annulation de la décision entreprise et au renvoi du dossier à l'intimée, pour nouvelle décision dans le sens des considérants, et plus subsidiairement à ce qu'il soit dit et constaté que le délai-cadre d'indemnisation aurait dû être fixé au 1
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juin 2017, assorti d'un droit à un maximum de 520 indemnités journalières. Il avait été salarié auprès de l'employeur du 1
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octobre 1998 au 31 décembre 2017 pour un salaire mensuel de CHF 17'916.-. Le 21 février 2017 le contrat de travail avait été résilié avec effet au 31 mai 2017, puis prolongé au 31 décembre 2017 selon son certificat de travail et ses fiches de salaire. Du 1
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juin au 31 décembre 2017 l'employeur avait versé mensuellement un salaire de CHF 21'858.-, sujet aux déductions sociales usuelles, sans que le recourant ne doive en contrepartie fournir sa prestation de travail. Conformément aux directives publiées sur Internet, il s'était inscrit auprès de l'assurance-chômage et avait sollicité des indemnités de chômage dès la fin de ses rapports de travail, soit dès le 1
er
janvier 2018. Pour les mois de janvier et février 2018 il avait reçu de la caisse les décomptes d'indemnités le concernant et avait constaté un droit maximum d'indemnités de 260 jours. Il avait dûment contesté ce nombre d'indemnités journalières, par courrier du 23 mars 2018. A l'appui de son recours, il invoque la violation du principe de la bonne foi : il avait suivi les recommandations de l'OCE, à savoir consulter le guide du chômeur figurant sur le site Internet du canton de Genève, lequel ne faisait à aucun moment allusion ni même ne renvoyait aux dispositions légales et réglementaires en matière de chômage, et n'indiquait même pas que les informations qu'il comporte ne seraient pas exhaustives. Pour le cas où l'on devrait admettre que le contrat de travail avait pris fin en mai 2017, il devrait être admis qu'il a été induit en erreur par les informations incomplètes mais pourtant officielles édictées dans le guide du chômeur. Et si par impossible les salaires perçus par lui pour les mois de juin à décembre 2017 devaient être qualifiés de prestations volontaires, il conviendrait de retenir que le délai-cadre d'indemnisation aurait par conséquent dû être fixé au 1
er
juin 2017 et ainsi donner droit à 520 indemnités journalières maximum.
11. L'intimée a conclu au rejet du recours par courrier du 26 septembre 2018. La résiliation du contrat de travail a été fixée pour l'échéance du 31 mai 2017, soit à l'échéance d'un préavis de trois mois comme cela ressort du contrat de travail. L'échéance de ce contrat au 31 mai 2017 ressort de nombreux documents versés dès l'origine au dossier par l'intéressé, à commencer par la demande d'indemnité ; elle ressort également de l'attestation (sur formule ad hoc) établie au nom de l'employeur, par son mandataire Trianon SA, en date du 29 décembre 2017
(
pièce 4, dossier intimée
)
, et notamment de l'Accord (ch. 4 En Fait), selon lequel les relations de travail entre la société et l'employé cessent à l'expiration de la "notice period" c'est-à-dire le 31 mai 2017. Il faut donc considérer que les termes du certificat de travail du 16 janvier 2018 mentionnant une fin du contrat au 31 décembre 2017 sont inexacts. Pendant la période du 1
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juin au 31 décembre 2017, le recourant n'a plus travaillé pour le compte de son employeur. Les versements d'un montant total de CHF 153'006.-, initiés le 1
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juin 2017 et se terminant au 31 décembre 2017, doivent être considérés comme des indemnités de départ, soit des prestations volontaires, même si elles ont été versées par acomptes (Bulletin LACI IC B132). Il convient à cet égard d'observer que la période de cotisation arrêtée à 17 mois dans la décision entreprise est correcte, dans la mesure où, contrairement à ce qui a été mentionné dans la décision du 19 avril 2018, aucun report de délai-cadre ne peut avoir lieu, puisque les prestations volontaires sont versées par acomptes et non en une seule fois. S'agissant de l'argument du recourant consistant à prétendre qu'il aurait été induit en erreur par les informations incomplètes édictées dans le guide du chômeur, force est de constater que les informations publiées par l'État de Genève sont bien évidemment d'ordre général. Dans son courrier du 23 mars 2018, le recourant invoque que les directives consultées datent du 7 février 2018, ce qui peut porter à croire qu'il ne les a pas consultées avant cette date, et qu'il n'a dès lors pas été influencé par ces dernières, contrairement à ce qu'il avance pour la première fois dans son recours. En tout état de cause il lui appartenait de s'adresser à la caisse à l'époque de la résiliation de son contrat, seule autorité compétente pour déterminer le droit aux indemnités fondées sur la période de cotisation. En effet les caisses renseignent les assurés sur leurs droits et obligations entrant dans leur domaine d'activité (art. 27 al. 2 LPGA). En l'espèce, la caisse n'est donc pas intervenue dans une situation concrète à l'égard d'une personne déterminée et par conséquent, la première condition cumulative du principe de la bonne foi invoquée n'est pas réalisée. Enfin l'indemnisation ne peut être octroyée rétroactivement, l'inscription auprès des autorités de chômage étant une condition
sine qua non
pour une indemnisation au plus tôt dès la date de celle-ci (art. 17 al. 2 LACI).
12. Le recourant a répliqué par courrier du 16 octobre 2018. Il persiste dans l'intégralité de ses conclusions et développements de son recours du 27 août 2018. Contrairement à ce que prétend l'intimée au sujet de l'attestation de l'employeur (pièce 4, dossier intimée), les ch. 13 et 16 de celle-ci spécifient également que l'employeur a continué de verser un montant au-delà de la période de congé conventionnelle et que l'emploi a persisté jusqu'au 31 décembre 2017. Les salaires perçus étaient tous soumis aux cotisations sociales. Le recourant a ainsi contribué au financement de l'assurance-chômage jusqu'au 31 décembre 2017, et il est en mesure de justifier une période de cotisation d'une durée de 24 mois durant le délai-cadre de cotisation. Ayant payé toutes les cotisations sociales sur le revenu d'une activité dépendante selon la LAVS, pendant cette période, il avait le statut de travailleur au sens de l'art. 2 al.1 let. a LACI. Il affirme avoir consulté le site Internet du Canton de Genève à titre informatif et en vue de son inscription au chômage, dès le printemps 2017. C'est dans ce contexte et pour les motifs précédemment évoqués qu'il a attendu le mois de décembre pour finaliser son inscription. Le 7 février 2018, le chapitre relatif aux indemnités de chômage publié sur le site Internet susmentionné a fait l'objet d'une mise à jour : c'est pour ce motif que le recourant a mentionné cette dernière version dans le cadre de son courrier du 23 mars 2018. On ne saurait toutefois en déduire qu'il n'avait pas consulté les informations mises en ligne avant cette date et qu'elles ne l'auraient donc pas influencé.
13. Par écriture spontanée du 5 novembre 2018, le recourant a encore versé à la procédure la copie d'un article de presse tiré de la Tribune de Genève du 24 octobre 2018, soit une interview du directeur de la caisse de chômage qui indique notamment que si cette dernière manque d'un site propre sur Internet, on retrouve toutes les informations sur le site de l'Office cantonal de l'emploi. Cette affirmation conforte le recourant dans l'idée que les informations publiées sur le site Internet consulté étaient exhaustives et expliquent la raison pour laquelle il a attendu le mois de décembre 2017 pour finaliser son inscription.
14. L'intimée a répondu, par courrier du 12 novembre 2018, que l'article de journal auquel le recourant faisait référence concernait exclusivement la liste des documents à apporter. Il va de soi que toutes les informations nécessaires à l'indemnisation d'un assuré en particulier ne peuvent être communiquées à l'attention du tout public. Or l'extrait du site de l'Office cantonal de l'emploi mentionne expressément en tête des explications données: "En règle générale", (suivi des cas de figure de cotisations d'au moins 18 mois durant les deux ans précédant l'inscription, déterminant un droit à 400 indemnités (pendant 18 mois), et de cotisations d'au moins 12 mois durant les deux ans précédant l'inscription, déterminant un droit à 260 indemnités (pendant 12 mois)). Dans ces conditions, le recourant aurait dû s'adresser directement à la caisse afin que cette dernière l'informe de ses droits en fonction de son propre dossier.
15. Sur demande de la chambre de céans, le recourant a produit, par courrier du 28 novembre 2018, et bordereau complémentaire, la traduction libre des pièces produites en langue anglaise auprès de la CCGC.
16. Sur quoi, la chambre de céans a entendu les parties en comparution personnelle le 7 janvier 2019.
17. Le recourant a déclaré : "S'agissant du montant de salaire qui, selon les fiches de salaire de janvier 2016 à mai 2017 (pièce 11 intimée), et par rapport au fait que pour cette période-là les montants mensuels étaient variables en fonction des suppléments que je recevais notamment à titre de bonus, et que dès juin 2017 le montant du salaire mensuel, jusqu'à décembre 2017 inclusivement, est régulièrement le même, soit un salaire brut « de base » de CHF 21'858.- ; j'explique que ce montant a été fixé pour tenir compte, pendant cette période-là, du salaire de base de CHF 17'916.-, augmenté du prorata du bonus auquel j'avais droit. Je voudrais indiquer que dans le contexte dans lequel j'ai été licencié après 20 ans de service auprès du même groupe d'entreprises, j'ai subi comme un choc ce licenciement, d'autant que j'avais déjà 56 ans. Je subis encore ce contrecoup. J'ai sans doute dans un premier temps été induit en erreur par mon employeur, qui lors des discussions relatives à ce licenciement m'indiquait rechercher à me replacer. J'étais donc relativement confiant. D'un autre côté, la consultation du site de l'OCE ne m'a pas paru être fragmentaire dans la description du droit du chômeur. Ainsi sur cette base, rien ne m'a laissé penser que j'avais le droit de m'inscrire d'emblée au chômage alors que pendant sept mois je touchais encore mon salaire, même si j'étais dispensé de fournir des prestations. Du reste, pendant toute l'année 2017, je suis resté à Genève, de sorte que rien ne m'empêchait de m'annoncer plus tôt si je l'avais su. En revanche, dans mon esprit, touchant mon salaire, j'estimais ne pas avoir droit à des prestations de chômage ; je me serais senti mal à l'aise de pouvoir bénéficier à la fois de ce salaire prolongé et, de prestations de chômage, d'autant que je réalise, aux explications que vous avez données tout à l'heure, que si j'avais agi « comme il le fallait » seul un montant très réduit m'aurait été déduit de l'indemnité de chômage que j'aurais pu percevoir. J'ai toujours agi de bonne foi, et je tenais à le préciser.
M. C_ pour l'intimée a indiqué: "J'ai pris note du précédent, rendu par cette juridiction, dans la même composition d'ailleurs, dans un cas présentant de grosses analogies avec la présente cause; sauf qu'il était question de 3 mois de salaire supplémentaires au lieu de 7. Dans ce cas-là, nous étions revenus sur notre position, compte tenu du fait que comme dans la présente affaire, pour les salaires mensuels versés pendant la période supplémentaire, il avait été déduit la prime LPP, comme ici. Je tiens néanmoins à relever que dans le cas particulier de M. A_, nombre de documents versés au dossier précisent bien que le contrat a été résilié pour le 31 mai 2017, ceci quand bien même en effet, le certificat de travail établi en janvier 2018 mentionne comme date de fin de rapport de travail le 31 décembre 2017. Je suis néanmoins disposé à réexaminer le cas en fonction de la situation que vous m'avez décrite. Je vous demande un délai de quinze jours."
Le recourant a précisé: "Je précise d'ores et déjà que si la caisse était disposée à revenir sur sa position et à me consentir les 520 indemnités auxquelles je prétends avoir droit, je souscris d'ores et déjà à ce que vous rendiez un arrêt au terme duquel mon recours serait devenu sans objet, et prendre acte que dans ces conditions je le retirerais."
Me BAYARD a ajouté : "Je tenais également à relever par rapport à ce que le représentant de l'intimée a indiqué tout à l'heure au sujet des documents précisant que la date de fin de rapports de service tombait au 31 mai 2017, que les choses ne sont pas aussi claires que cela, pas seulement par rapport à la mention de la date du 31 décembre 2017 dans le certificat de travail. Il y a également des éléments qui vont dans le sens du 31 décembre 2017 dans l'accord de séparation (pièce 12 de mon chargé complémentaire du 28 novembre 2018) et notamment aux chiffres 1 let. b, 4b et c, 5h, qui vont dans le sens d'une fin de rapport de travail prolongée."
Sur quoi : la Chambre de céans a fixé un délai au 21 janvier 2019 à l'intimée pour qu'elle se détermine.
18. L'intimée s'est déterminée après comparution personnelle, par courrier du 15 janvier 2019. Elle persiste dans ses conclusions en rejet du recours ainsi que dans ses écritures précédentes. Elle rappelle qu'aux termes de l'art. 10e OACI, le délai-cadre d'indemnisation de l'assuré qui a perçu des prestations volontaires de l'employeur commence à courir le premier jour où la perte de travail est prise en considération et où toutes les conditions à remplir pour avoir droit à l'indemnité de chômage sont réunies. Selon elle, la cause à laquelle la chambre de céans s'est référée (
ATAS/907/2015
) différait du cas d'espèce en particulier en raison du fait qu'il existait une ambiguïté concernant le terme des rapports de travail entre les parties. Ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Diverses pièces du dossier montrent que les rapports de travail ont pris fin le 31 mai 2017. De plus, selon les termes du ch. 1 b), 3
ème
§ de l'Accord du 21 février 2017, les indemnités versées mensuellement au-delà du 31 mai 2017 en l'espèce "reflètent" le salaire de base mensuel ; il ne s'agit dès lors pas à proprement parler de salaire. Une perte de travail à cette date est également corroborée au ch. 1e) où il est expressément mentionné que suite à la demande de l'Employé, l'employeur peut payer les prestations postérieures au délai de préavis en un versement forfaitaire. Pour preuve également le ch. 1b) 2
ème
§ selon lequel en cas de prolongation du délai de préavis contractuel au sens de l'art. 336c al. 2 et 3 CO, la période postérieure à ce dernier est réduite d'autant. Cela confirme que l'intéressé n'est plus sous contrat de travail durant cette deuxième période, puisqu'il n'est pas couvert par cette disposition de protection. Le ch. 2 prescrit expressément que tous les jours de congés devront être soldés au 31 mai 2017 et que la période successive n'en générera plus. L'intimée objecte à l'argument du recourant, selon lequel le ch. 5h irait dans le sens d'une fin de rapports de travail prolongée, que la possibilité pour l'employeur de demander le retour de l'Employé au travail se limite au délai de préavis, comme indiqué dans la lettre de licenciement. Dès lors le contrat de travail du recourant a pris fin, selon l'intimée, au 31 mai 2017, les prestations versées postérieurement devant être considérées comme des prestations volontaires. Ainsi, à compter du 1
er
juin 2017, le recourant a subi une perte de travail, et aurait pu se mettre à disposition du marché de l'emploi. S'agissant des prestations volontaires: le prélèvement d'éventuelles cotisations AVS/AI/APG, voire LPP sur les prestations versées n'est pas déterminant. Selon la doctrine, pour délimiter le champ d'application de l'art. 11 a LACI, ce qui est décisif ce n'est pas la qualification de la prestation au regard des règles de la LAVS sur le salaire déterminant, mais le caractère volontaire de la prestation versée par l'employeur à la fin du rapport de travail. Selon le bulletin LACI IC B129, les périodes pendant lesquelles la perte de travail n'est pas prise en considération en raison de prestations volontaires compte comme période de cotisation, que la prestation volontaire soit ou non considérée comme salaire déterminant selon la législation sur l'AVS. Les prestations volontaires qui n'entraînent pas le report du droit aux prestations ne comptent pas comme périodes de cotisation. Ainsi, la caisse peut être amenée à reporter l'ouverture d'un délai-cadre d'indemnisation en raison du versement de prestations volontaires supérieures au montant de CHF 148'200.-. Or, les périodes prises en compte au sens de l'art. 10f OACI, et celles-ci uniquement, sont assimilées à des périodes de cotisations. Si le recourant était venu s'inscrire ou à tout le moins s'informer auprès de la caisse sur ses droits, le 1
er
juin 2017, il n'y aurait eu aucun report du délai-cadre d'indemnisation, dans la mesure où les prestations volontaires ont été versées mensuellement. Ainsi, le montant de CHF 148'200.- aurait été déduit de la somme des prestations mensuelles, et le résultat divisé par le nombre de mois convenus. Le montant qui en serait résulté aurait été déduit de l'indemnité de chômage (art. 10d al.1OACI), versée immédiatement. A titre superfétatoire, elle relève que si des cotisations AVS/AI/APG ont été obligatoirement prélevées sur les prestations volontaires, c'est très certainement en raison du fait que l'employeur, après la cessation des rapports de travail, a continué à verser à la caisse de pension des cotisations LPP d'un montant égal à celui payé jusqu'à ce moment-là (voir Mémento du Centre d'information AVS/AI 2.05-19/01-F « rémunérations versées lors de la cessation des rapports de travail »).
19. Le recourant s'est déterminé sur les écritures susmentionnées de l'intimée : la fin des rapports de travail est intervenue au 31 décembre 2017, et non au 31 mai. La distinction que l'intimée veut faire entre le cas évoqué en audience et le cas d'espèce, tenant selon elle au fait qu'il existait dans l'autre cause une ambiguïté concernant le terme des rapports de travail n'est pas fondée. Le simple fait que les parties aient une interprétation divergente des documents versés à la présente procédure et y rattachent une date de fin des rapports de travail différente, démontre que la situation n'est pas claire non plus dans la présente cause. On rappellera que le certificat de fin des rapports de travail mentionne explicitement que l'intéressé a travaillé pour le compte de JTI SA du 1
er
octobre 1998 au 31 décembre 2017 inclusivement. Qui plus est l'Accord du 21 février 2017 comporte un certain nombre d'éléments qui vont dans le sens du 31 décembre 2007, soit notamment : le ch. 3 prévoit que l'Employé pourra continuer à bénéficier des prestations offertes par la Société, savoir notamment l'assurance-accidents, l'assurance-maladie, indemnités de salaire en cas de maladie prolongée, plan de prévoyance pendant la période de préavis et la période S&CP ; le ch. 4b évoque la notion de revenu gagné de la société jusqu'au 31 décembre 2017 et non d'indemnité; le ch. 4c mentionne que ce n'est qu'à la fin de la période S&CP, à savoir au 31 décembre 2017, que la Société établirait un certificat de travail final pour l'Employé. Elle établirait, sur demande, un certificat de travail intermédiaire avant la fin de cette période ; le ch. 5g mentionne une interdiction faite à l'Employé de se lancer directement ou indirectement dans une entreprise compétitive sans le consentement écrit préalable du Conseil général de la société; le ch. 5h mentionne que l'Employé libéré de l'obligation de travailler restera disponible pour fournir toute information afin d'assurer la continuité des affaires. De plus, il est spécifié que la Société se réserve le droit de demander à l'Employé de retourner au travail.
Le fait que les salaires des mois de juin à décembre 2017 aient tous été soumis aux déductions sociales et aux cotisations de prévoyance professionnelle est également un élément qui démontre qu'effectivement la fin des rapports de travail est intervenue au 31 décembre 2017. Enfin l'attestation de l'employeur destinée à l'assurance-chômage mentionne au ch. 15 que le recourant a perçu un salaire jusqu'au 31 décembre 2017, et à son ch. 16 que l'emploi a pris fin le 31 décembre 2017. Ainsi, contrairement à ce que prétend l'intimée, il n'y a pas lieu de traiter le cas d'espèce d'une manière distincte de celui ayant fait l'objet de l'arrêt de la CJCAS du 23 novembre 2015. Cela irait même à l'encontre du principe de l'égalité de traitement.
20. Sur quoi la cause a été gardée à juger.

EN DROIT
1. Conformément à l'art. 134 al. 1 let. a ch. 8 de la loi sur l'organisation judiciaire, du 26 septembre 2010 (LOJ -
E 2 05
), la chambre des assurances sociales de la Cour de justice connaît, en instance unique, des contestations prévues à l'art. 56 de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales, du 6 octobre 2000 (LPGA -
RS 830.1
) relatives à la loi fédérale sur l'assurance-chômage obligatoire et l'indemnité en cas d'insolvabilité, du 25 juin 1982 (loi sur l'assurance-chômage, LACI -
RS 837.0
).
Sa compétence pour juger du cas d'espèce est ainsi établie.