Decision ID: ed2eace6-5175-51b2-9734-1f1cb38583a6
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
B_, née _ [nom de jeune fille] le _ 1947, de nationalité suisse, est veuve depuis le _ 1998.
b)
En date du 19 août 2020, sa fille, A_, née _ [nom de jeune fille], domiciliée à D_ (Valais) a effectué un signalement au Tribunal de protection de l’adulte et de l’enfant (ci-après : le Tribunal de protection) concernant sa mère. Elle prétendait que celle-ci avait perdu sa capacité de discernement depuis la période du confinement et s’était mise à délirer, mais surtout à distribuer son argent en effectuant des virements à des personnes dont elle n’était pas proche, dont son ex-conjoint qui exerçait une influence néfaste sur elle au moyen d’un chantage manifeste. Elle sollicitait l’ouverture d’une enquête à ce sujet et une expertise psychologique de sa mère, laquelle déterminerait s’il était plus adapté d’instaurer une mesure de tutelle (sic) ou de curatelle, et se réservait la possibilité de proposer ultérieurement le nom d’un représentant. Elle exposait avoir déjà effectué en 2013, puis en 2016, un signalement - qui avait été selon elle mal géré - au Tribunal de protection concernant sa grand-tante.
c)
Par décision du 7 septembre 2020, le Tribunal de protection a nommé C_, avocate, curatrice de procédure de B_.
d)
L’enquête administrative a démontré que B_ ne faisait l’objet d’aucun acte de défaut de biens, ni d’aucune poursuite sur le canton de Genève, à l’exception de trois poursuites pour des sommes respectives de 91'500 fr., 74'140 fr. et 30'000 fr., que lui avait fait notifier sa fille, A_, en date du 20 décembre 2017, auxquelles elle avait formé opposition et pour lesquelles elle avait porté plainte, une procédure pénale étant pendante à D_ (Valais) à l’encontre de sa fille à ce sujet.
e)
E_, médecin-traitant de B_, qui assure son suivi médical depuis 2009, a attesté, par certificat médical du 5 octobre 2020, que sa patiente était en excellente santé au niveau somatique et n’avait jamais présenté de problèmes au niveau psychiatrique, en dehors d’un état dépressif survenu en 2017, n’ayant pas nécessité d’hospitalisation et pour lequel elle avait été suivie par la Dre F_, psychiatre, de septembre 2018 à septembre 2019. Elle était actuellement tout-à-fait stable, sous traitement antidépresseur. Cet état dépressif n’avait jamais affecté sa capacité de discernement et elle n’avait jamais présenté de troubles cognitifs. Il n’avait ainsi pas été nécessaire d’effectuer un MMS ou un bilan neuropsychologique. B_ était tout-à-fait apte à assurer la gestion de ses affaires administratives et financières. Elle était capable d’assumer sa propre assistance personnelle. Elle comprenait les situations d’ordre médical, était compliante, fiable et collaborante. En aucun cas, elle ne s’engagerait de manière excessive ou ne serait influençable et elle ne procédait pas à des achats compulsifs ou déraisonnables. Elle ne se mettait pas en danger. Elle était apte à assurer l’exercice de ses droits politiques et de ses droits civils.
Le signalement effectué par la fille de sa patiente était injustifié et survenait dans un contexte de conflit chronique.
f)
La curatrice de procédure a confirmé que sa protégée était en conflit chronique depuis son plus jeune âge avec sa fille. Elle partageait la vision exprimée par le médecin-traitant au sujet de B_.
g)
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 1
er
décembre 2020, à laquelle A_ ne s’est pas présentée. G_, dont on ignore les liens avec A_, s’est présenté en lieu et place de cette dernière et a remis à l’Huissier, à l’attention du Tribunal de protection, qui ne l'a pas admis à l'audience, un courrier du Ministère public du Canton du Valais du 26 novembre 2020, ainsi qu’une note dactylographiée intitulée « symptômes des maladies mentales graves schizophrénie et paranoïa ». Il a indiqué que A_ avait eu un accident de voiture.
B_ a exposé que G_ était toujours présent dans les « histoires de sa fille ». Il était là lorsque cette dernière avait voulu récupérer ses filles (dont la garde lui a été enlevée) en France. Il s’était présenté à l’école avec une pancarte « Rendez H_ et I_ à leur mère », de sorte que les filles avaient dû emprunter la porte arrière de l’école pour entrer et sortir pendant plusieurs mois. Sa fille avait indiqué à l’audience du 27 octobre 2020 au Ministère public valaisan en charge de la procédure pénale initiée à son encontre par sa mère que, non seulement elle ne retirerait pas les poursuites notifiées à sa mère, mais qu’en plus, elle en rajouterait, alors même que son attention avait été attirée sur le fait que ces poursuites n’étaient pas fondées. Sa fille avait été contrainte de quitter la salle d’audience en raison de son comportement inadéquat. Deux autres personnes avaient déposé plainte pénale en Valais contre sa fille pour des blogs qu’elle aurait créés et sur lesquels elle aurait tenu des propos injurieux à leur encontre. La relation avec sa fille s’était péjorée à partir de son adolescence et elle s’était encore plus compliquée suite au décès de son père en 1998. Ce dernier assurait son train de vie à J_ [France], ce qu’elle-même n’avait plus pu et voulu faire après son décès. Une procédure avait eu lieu en France à l'encontre de A_ au sujet de ses filles. Elle avait l’obligation dans ce cadre de rencontrer un psychiatre. Elle avait également attaqué les deux pères de ses filles. Elle ne laissait pas tranquilles ces derniers, ni elle-même, plus de trois mois d’affilée.
La curatrice d’office a indiqué que les poursuites litigieuses concernaient les honoraires d’avocat de A_ ainsi que ses frais d’écolage privé, dont elle accusait sa mère d’avoir prélevé, par le passé l’argent sur son compte pour les payer.
h)
A_ a encore adressé les 3 et 14 décembre 2020 des courriers au Tribunal de protection, persistant dans sa requête.
B.
Par décision du 18 décembre 2020 (
DTAE/7354/2020
), le Tribunal de protection a procédé au classement de la procédure concernant B_, au motif qu’elle ne remplissait pas les conditions légales nécessaires à l’instauration d’une mesure de protection.
C.
a)
Par acte du 15 janvier 2021, A_ a formé recours contre cette décision de classement qu’elle a reçue le 22 décembre 2020.
En substance, elle a indiqué dans son acte n’avoir pu être présente à l’audience tenue par le Tribunal de protection le 1
er
décembre 2020, en raison d’une chute sur une plaque de verglas. Elle s’était cependant excusée en envoyant un ami, G_, au Tribunal de protection pour qu’il remette les documents qu’elle souhaitait produire. Elle a ensuite formulé des critiques toutes générales sur le travail du Tribunal de protection, évoquant le cas de sa grand-tante dont elle avait sollicité, en vain, qu’elle fasse l’objet d’une mesure de protection. Elle a également reproché au Tribunal de protection de ne pas l’avoir avisée immédiatement après l’audience du classement de la procédure et de ne pas avoir investigué sur le cas de sa mère se contentant de croire les "calomnies et mensonges" proférés par cette dernière lors de l’audience. La curatrice d’office avait déformé la réalité des faits et faisait preuve d’un manque d’objectivité. Elle reprochait à sa mère d’avoir obtenu un appartement de catégorie HLM supérieur indûment, grâce à ses relations, alors que des familles en avaient besoin. Elle qualifiait cette dernière de "manipulatrice perverse" qui nuisait à son entourage depuis des années, tout en profitant des avantages qu’elle pouvait retirer de ses mensonges permanents. Sa mère avait notamment « préféré provoquer un accident de voiture fatal » à son père plutôt que de divorcer, afin de percevoir une rente de veuve, ce qui n’avait cependant pas pu être formellement prouvé. Elle avait de même « organisé un kidnapping étatique d’enfants ». Elle considérait que sa mère était dangereuse tant pour elle-même que pour les tiers et qu'une mesure de protection devait être instaurée afin de « protéger la population des actes et propos délirants de sa mère ». Elle sollicitait que la Chambre de surveillance fasse le « travail » que le Tribunal de protection n’avait pas fait, ordonne l’établissement d’une expertise psychiatrique et se penche sur la personnalité complexe de sa mère, "avant qu’elle ne fasse d’autres victimes". Elle souhaitait également que des témoins soient entendus à ce sujet.
b)
Le Tribunal de protection n’a pas souhaité faire usage des facultés prévues à l’art. 450d CC.
c)
La curatrice d’office de B_ a conclu à la confirmation de la décision, sous suite de frais et dépens à charge de A_. Elle a indiqué que rien ne justifiait, et ne justifie aujourd’hui encore, le prononcé d’une quelconque mesure de protection en faveur de B_, laquelle était parfaitement saine d’esprit et capable de gérer ses affaires, constat effectué tant par les professionnels de santé que par ceux du monde judiciaire.
d)
Par plis du 8 mars 2021, les parties participantes à la procédure ont été avisées que la cause serait mise en délibération à l’échéance d’un délai de dix jours.
e)
A_ a répliqué en date du 13 mars 2021, sollicitant que la Chambre de céans « fasse sa propre enquête », rappelant la cause de sa grand-tante escroquée, d’une suissesse ayant tué un écolier dans un accident de la route, critiquant le rôle tenu par la curatrice d’office de sa mère, prétendant que sa mère avait probablement tué son mari et qu’il fallait la mettre sous mesure de protection afin d’éviter qu’elle ne commette une éventuelle infraction future, rappelant le cas de faits divers d'assassinats.
f)
La curatrice d’office n’a pas dupliqué.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l’autorité de protection peuvent faire l’objet d’un recours (art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de leur notification (art. 450b CC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC).
En vertu de l'art. 450 al. 2 CC, ont qualité pour recourir les personnes parties à la procédure (ch. 1), les proches de la personne concernée (ch. 2) et les personnes qui ont un intérêt juridique à l'annulation ou à la modification de la décision attaquée (ch. 3).