Decision ID: 1c8fe9d5-bf82-49f5-9e33-f0c55de0d098
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
Par acte expédié le 11 avril 2022, A_ recourt
contre l'ordonnance
du 31 mars 2022, par laquelle le Tribunal des mesures de contrainte (ci-après : TMC) a refusé de le mettre en liberté.![endif]>![if>
Le recourant conclut à l'annulation de cette décision et à sa mise en liberté immédiate, sous mesures de substitution.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :![endif]>![if>
a.
A_, ressortissant suisse d’origine camerounaise, né en 1993 et domicilié au C_ [GE], est détenu depuis le 6 décembre 2021, sous les préventions de contraintes sexuelles répétées et d'actes d'ordre sexuel répétés avec des enfants, ainsi que de pornographie, pour avoir, à Genève, caressé et pénétré sa nièce D_, née en 2003, à raison de 2 ou 3 fois par mois entre 2012 et 2016, l’avoir contrainte à une reprise durant la même période à lui prodiguer une fellation, l’avoir photographiée nue et avoir visionné de la pédopornographie. Il lui est aussi reproché d’avoir caressé la poitrine d’une autre nièce ou cousine, F_ (née en 2012), à plusieurs reprises entre 2019 et 2020, ainsi que d’avoir caressé les seins et tenté d’embrasser une autre mineure, E_ (née en 1996), en 2010 ou 2011.![endif]>![if>
b.
Il admet, avec des nuances, les actes reprochés par D_ (à qui il a été confronté le 24 mars 2022), mais conteste ceux reprochés par F_ et E_ (qui ont été entendues par la police). Il avait pensé à consulter un «
psy
», mais n’avait «
jamais
» fait confiance à un tel praticien, qui «
n’aide pas
» (déclaration à la police du 6 décembre 2021, p. 5).![endif]>![if>
c.
Sa détention a été prolongée et est autorisée jusqu'au 5 mai 2022. Une expertise psychiatrique est prévue depuis le 7 décembre 2021 ; les experts pressentis ont été désignés par le CURML ; à teneur de dossier, aucun mandat ne leur a été décerné à ce jour.![endif]>![if>
d.
L’exploitation des divers appareils électroniques saisis lors de la perquisition au domicile de A_ n’a rien donné (rapport de police du 1
er
mars 2022 p. 2).![endif]>![if>
e.
A_, souffrant de séquelles d’une poliomyélite et se déplaçant à l’aide de béquilles, est placé par l’assurance invalidité auprès des H_, jusqu’en mai 2022, en qualité de _. Son casier judiciaire est vierge. Sa compagne, dont il a eu un fils en bas âge, vit au Cameroun ; il subviendrait à leur entretien, mais ne les a plus vus depuis plus d’un an.![endif]>![if>
f.
Selon la grand-mère de D_ et F_, qui avait fait scolariser A_ en Suisse et l’hébergeait à l’époque des faits, une réunion de famille avait été convoquée, en 2019, après que les faits concernant F_ eurent été révélés. A_ avait dit qu’il se dénoncerait à la police, mais n’en avait rien fait et était parti au Cameroun.![endif]>![if>
g.
À l’issue de l’audience du 24 mars 2022, A_ a demandé sa libération. Il mettait en évidence sa prise en charge psychiatrique par le service médical de la prison de G_, sa situation professionnelle aux H_ et un rendez-vous le 5 mai 2022 au centre de psychothérapie de I_. Il s’engageait à ne prendre contact avec aucune des victimes ni avec leur entourage.![endif]>![if>
h.
Le Ministère public s'est opposé à la demande, faisant valoir la nécessité d'attendre le résultat de l’analyse du téléphone portable du prévenu et de procéder à l’audition du père, de la psychologue et de l’infirmière scolaire de F_, ainsi que de la mère du prévenu, qui hébergeait un temps D_ et F_ et qui avait appris de la maman (inconnue à ce jour) d’une fillette, qu’elle gardait pendant la journée, que le prévenu avait embrassé cette enfant. L’expertise psychiatrique serait ordonnée ensuite. Les risques de fuite, collusion et réitération faisaient obstacle à une libération.![endif]>![if>
C.
Dans l'ordonnance querellée, le TMC retient que les charges sont suffisantes et graves. Il reprend et fait siens les motifs du Ministère public. L’emploi aux H_ prendrait fin en mai 2022. A_ conservait des liens avec le Cameroun et n’avait plus de contact avec sa famille en Suisse. Il devait être empêché de contacter ses victimes, y compris la fillette non encore identifiée. Il n’avait mis un terme à ses actes qu’en raison de la réaction de la famille. Rien n’indiquait que sa prise en charge psychiatrique en détention était effective ; dans l’affirmative, la durée en serait trop brève pour en tirer des conséquences en termes de récidive. Les experts seraient appelés à affiner ce risque. Aucune des mesures de substitution proposées n’atteindrait le même but que la détention.![endif]>![if>
D.
a.
À l'appui de son recours, A_ conteste cette analyse et réitère les moyens soulevés dans sa demande de libération. Il vivait à Genève depuis dix ans, avait la nationalité suisse – ce qui avait rendu caduque sa nationalité camerounaise, selon la loi du Cameroun –, se déplaçait avec difficulté et n’aurait aucune chance de recevoir des soins adéquats ou de trouver un emploi dans cet État. La police avait déjà entendu tous les témoins envers lesquels le Ministère public faisait valoir un risque de collusion. La fillette qu’il aurait prétendument embrassée ne pourrait être retrouvée, puisque l’on ignorait son identité et celle de sa mère. Les appareils informatiques étaient saisis, et il en avait donné les codes d’accès. Il n’avait aucun casier judiciaire. Sa prise en charge psychiatrique à la prison de G_ et le rendez-vous fixé chez un psychothérapeute de ville – en attendant un suivi auprès de l’unité de médecine sexuelle et sexologie des HUG, qui avait attesté n’avoir aucune disponibilité avant trois mois – aideraient à combattre tout éventuel risque de récidive. Il pourrait «
vraisemblablement
» reprendre son travail aux H_, grâce auquel il entretenait sa compagne et leur fils au Cameroun.![endif]>![if>
Le 12 avril 2022, il a fait parvenir une attestation du Service de médecine pénitentiaire des HUG, du 6 avril 2022, à teneur de laquelle, notamment, il est suivi par le psychiatre de la prison dans un contexte de thymie triste et de troubles du sommeil.
b.
Le
TMC déclare persister dans sa décision.
c.
Le Ministère public propose le rejet du recours, en des termes similaires à ceux de son préavis à l'attention du premier juge. Il met en exergue le fait que, plutôt que de se dénoncer aux autorités après que sa famille l’eut confronté aux accusations de D_, comme il l’avait promis, A_ était parti au Cameroun.
d.
En réplique, A_ persiste dans les termes et moyens de son recours.

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 384 let. a, 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 222 et 393 al. 1 let. c CPP) et émaner du prévenu qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. a CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).![endif]>![if>
2.
Le recourant ne s'exprime pas sur les charges. Il n'y a donc pas à s'attarder sur ce point, sauf à renvoyer aux développements du premier juge à ce sujet (art. 82 al. 4 CPP ;
ACPR/18/2022
du 13 janvier 2022 consid. 2 et les références), qui expose les indices graves et concordants pesant sur lui. ![endif]>![if>
3.
Le recourant conteste présenter un risque de récidive.![endif]>![if>
3.1.
Pour admettre un risque de récidive au sens de l'art. 221 al. 1 let. c CPP, les infractions redoutées, tout comme les antécédents, doivent être des crimes ou des délits graves, au premier chef les délits de violence (ATF
143 IV 9
consid. 2.3.1 p. 13 et les références). Plus l'infraction et la mise en danger sont graves, moins les exigences sont élevées quant au risque de réitération. Il demeure qu'en principe le risque de récidive ne doit être admis qu'avec retenue comme motif de détention. Dès lors, un pronostic défavorable est nécessaire pour admettre l'existence d'un tel risque (ATF
143 IV 9
consid. 2.9 p. 17). Pour établir le pronostic de récidive, les critères déterminants sont la fréquence et l'intensité des infractions poursuivies. Cette évaluation doit prendre en compte une éventuelle tendance à l'aggravation telle qu'une intensification de l'activité délictuelle, une escalade de la violence ou une augmentation de la fréquence des agissements. Les caractéristiques personnelles du prévenu doivent en outre être évaluées (ATF
143 IV 9
consid. 2.3.2 p. 13;
137 IV 84
consid. 3.2 p. 86; arrêt du Tribunal fédéral
1B_413/2019
du 11 septembre 2019 consid. 3.1). Bien qu'une application littérale de l'art. 221 al. 1 let. c CPP suppose l'existence d'antécédents, le risque de réitération peut être également admis dans des cas particuliers alors qu'il n'existe qu'un antécédent, voire aucun dans les cas les plus graves. La prévention du risque de récidive doit en effet permettre de faire prévaloir l'intérêt à la sécurité publique sur la liberté personnelle du prévenu (ATF
137 IV 13
consid. 3-4 p. 18 ss). Le risque de récidive peut également se fonder sur les infractions faisant l'objet de la procédure pénale en cours, si le prévenu est fortement soupçonné – avec une probabilité confinant à la certitude – de les avoir commises (ATF
143 IV 9
consid. 2.3.1 p. 12 s.). Une expertise psychiatrique se prononçant sur ce risque n'est cependant pas nécessaire dans tous les cas (ATF
143 IV 9
consid. 2.8 p. 16 s.).![endif]>![if>
3.2.
En l’occurrence, le risque de récidive n’est pas sérieusement écarté bien que les victimes identifiées à ce jour soient désormais majeures, éloignées du recourant et capables, s’il le fallait, de se défendre ou d’alerter l’autorité.![endif]>![if>
Le recourant n’a pas nié des penchants évocateurs de pédophilie, mais il ne s’est jamais sérieusement soucié de les combattre. Étant soupçonné de s’en être pris à trois jeunes filles, voire à une enfant, et, dans le plus grave des cas recensés, avec une fréquence élevée sur plusieurs années, il ne semble pas à l’abri de commettre de nouveaux actes délictueux spécifiques.
C’est d’autant plus à redouter qu’il a exprimé sa défiance des «
psys
» et que, en termes de suivi en détention, il paraît, à teneur de l’attestation délivrée, ne consulter le psychiatre carcéral que pour une thymie triste et des troubles du sommeil. Le psychothérapeute qui l’attendrait le 5 mai 2022 n’apparaît pas versé dans les troubles de la sexualité ou de la préférence sexuelle, et la consultation spécialisée des HUG en cette matière a fait connaître n’avoir aucune disponibilité avant la mi-juin 2022.
4.
Le recourant conteste tout risque de fuite. ![endif]>![if>
4.1.
Conformément à la jurisprudence, ce risque doit s'analyser en fonction d'un ensemble de critères tels que le caractère de l'intéressé, sa moralité, ses ressources, ses liens avec l'État qui le poursuit ainsi que ses contacts à l'étranger, qui font apparaître le risque de fuite non seulement possible, mais également probable (ATF
117 Ia 69
consid. 4a p. 70 et la jurisprudence citée). La gravité de l'infraction ne peut pas, à elle seule, justifier la prolongation de la détention, mais permet souvent de présumer un danger de fuite en raison de l'importance de la peine dont le prévenu est menacé (ATF
125 I 60
consid. 3a p. 62;
117 Ia 69
consid. 4a p. 70;
108 Ia 64
consid. 3).![endif]>![if>
4.2.
En l'occurrence, le risque que le recourant ne se soustraie à la poursuite pénale ne saurait être minimisé.![endif]>![if>
Ses difficultés de mobilité ne l’ont pas empêché de voyager au Cameroun. Il ne conteste pas avoir entrepris ce déplacement après qu’une réunion de famille, à I_, en 2019, eut tenté de le placer face à ses responsabilités et qu’il eut promis, mais sans le faire, de se dénoncer aux autorités pénales suisses. Peu importe qu’il n’ait plus la nationalité camerounaise : il a noué au Cameroun des liens amoureux et de filiation, puisqu’il y entretient une compagne et un jeune enfant, et la loi camerounaise ne prohibe pas la réintégration dans cette nationalité si l’intéressé l’a possédée et justifie de sa résidence au Cameroun au moment de la réintégration (cf., sur internet, l’art. 28 de la loi visée dans l’annexe n° 2 jointe au recours : https://www.refworld.org/docid/3ae6b4d734.html).
À cet élément s’ajoute l’incertitude sur son occupation professionnelle future. Si les conditions y relatives ne sont pas étayées – bien qu’à teneur de leur lettre du 21 décembre 2021 à son défenseur, les H_ eurent communiqué copie de son contrat de travail (pièce n° 5 jointe au recours) –, on retient de ses déclarations que cet emploi prendra fin en mai 2022.
La perspective de se retrouver sans travail et exposé à un procès pour des infractions graves pourrait l’inciter à fuir au Cameroun, d’autant plus que sa famille à I_, qui l’avait fait venir en Suisse, a rompu avec lui par suite des faits sous enquête.
Dans ces circonstances, ni le dépôt de papiers d’identité suisses ni l'obligation de s'annoncer à un office déterminé, qui ne sert qu'à constater la fuite quelques jours après qu'elle est survenue (arrêt du Tribunal fédéral
1B_586/2011
du 8 novembre 2011 consid. 4.4), ne seraient des garanties suffisantes de représentation.
5.
Ce qui précède rend superflu l’examen du risque de collusion.![endif]>![if>
6.
Le recourant estime que son maintien en détention jusqu’à son procès, comme le préconise le premier juge, violerait le principe de la proportionnalité.![endif]>![if>
6.1.
À teneur des art. 197 al. 1 et 212 al. 3 CPP, les autorités pénales doivent respecter le principe de la proportionnalité lorsqu'elles appliquent des mesures de contrainte, afin que la détention provisoire ne dure pas plus longtemps que la peine privative de liberté prévisible. ![endif]>![if>
6.2.
À cette aune, la détention du recourant, qui a commencé le 6 décembre 2021, ne paraît pas excéder la peine à laquelle il pourrait être condamné s’il était reconnu coupable de toutes les préventions retenues contre lui. Il est possible que, par une formulation qui semble reprise de l’art. 231 CPP pour la procédure d’appel, le premier juge se soit avancé en augurant de la nécessité d’une détention jusqu’au procès afin de garantir la présence du recourant et l’exécution de la peine (
sic
p. 4, 7
e
§, de l’ordonnance attaquée). Ce nonobstant, le contrôle périodique de la détention avant jugement (art. 227 al. 7 CPP) et la possibilité de saisir ensuite l’autorité de recours (art. 222 CPP) offrent des garanties efficaces contre toute privation de liberté qui s’avérerait disproportionnée à l’intensité des charges au moment où cette mesure est examinée ou contrôlée.![endif]>![if>
7.