Decision ID: 2844ecf7-6810-4e85-a7f0-1a6943244daa
Year: 1993
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

constate en fait :
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A. Les sociétés Pluripromotions SA, Polypromotions SA, Getisa Promotion SA et Champer Holding SA sont propriétaires de la parcelle no 1382 du cadastre de la Commune de Lutry. Ce bien-fonds est situé à l'angle formé par la route cantonale no 780 b et la route de la Petite Corniche (RC 768 d). Un garage en exploitation s'élève sur cette parcelle.
Le secteur, entièrement urbanisé, est classé en zone mixte du plan des zones légalisé par le Conseil d'Etat le 24 septembre 1987 avec le règlement (RC) qui lui est lié.
B. Les sociétés constructrices envisagent la démolition du bâtiment existant pour le remplacer par une importante construction destinée à des locaux administratifs et commerciaux. Un premier projet présenté en 1989/1990 a fait l'objet d'un recours auprès de la Commission de recours en matière de constructions (ci-après CCRC). Par prononcé no 6937 du 27 juin 1991, la CCRC a admis le recours essentiellement au motif que la distance entre bâtiments et par rapport aux limites de constructions n'était pas respectée, mais l'a rejeté en ce qui concerne les griefs relatifs à l'intégration de la construction et une utilisation abusive des possibilités de construire ainsi que la conformité de l'affectation du bâtiment avec la destination de la zone.
Un nouveau projet a été soumis à l'enquête publique du 20 décembre 1991 au 20 janvier 1992. Il se différencie du précédent par la suppression des bow-windows sur toutes les façades, par la suppression des fenêtres ouvrantes remplacées par des éléments translucides sur une partie des façades intérieures, et par la réduction de 2 centimètres de la largeur de la lucarne prévue en façade sud-ouest. L'Association Sauver Lavaux et l'hoirie Marcel ont formé opposition contre ce projet.
Le 28 février 1992, la Centrale des autorisations a communiqué à la municipalité les décisions des services intéressés. Au nombre de celles-ci, figurait le préavis favorable du Service de lutte contre les nuisances, qui recommandait cependant un certain nombre de mesures pour protéger les locaux à usage sensible au bruit le long de la route cantonale; selon une expertise du bureau des ingénieurs Giacomini et Jolliet du 9 octobre 1989, fondée sur l'application du degré de sensibilité II, les valeurs limites d'immissions seraient légèrement dépassées en période diurne sur la façade ouest (65,7 dB (A)), tandis qu'en façade sud, les valeurs limites d'immissions, voire les valeurs d'alarme seraient dépassées (71,5 dB (A)). Quant au Service de l'aménagement du territoire, il a accordé son "autorisation spéciale" en relevant cependant l'aspect massif du projet qui ferait obstruction à la vue sur la Tour Bertholoz en amont.
La municipalité a accordé le permis de construire le 9 mars 1992. Elle a communiqué cette décision aux opposants par lettre du 13 mars 1992.
C. L'Association Sauver Lavaux et l'hoirie Marcel ont recouru contre cette décision le 23 mars 1992. Ils font en substance valoir l'utilisation excessive des possibilités de bâtir, l'incompatibilité de l'affectation du bâtiment projeté avec les objectifs et impératifs de la loi sur la plan de protection de Lavaux et une atteinte à un site d'importance nationale, qui justifierait la mise en oeuvre d'une expertise de la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage.
Les sociétés constructrices et la municipalité ont conclu au rejet du recours par mémoires respectifs du 27 avril et du 2 mai 1992.
Par décision du 12 mai 1992, le président de la section a accordé l'effet suspensif au recours.
Par mémoire complémentaire du 2 juin 1992, les recourants ont à nouveau expressément sollicité la mise en oeuvre d'une expertise de la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage. Le Service de l'aménagement du territoire a adhéré à cette requête par lettre du 2 juillet 1992. Le 24 août 1992, le juge instructeur a rejeté cette requête, considérant qu'elle pourrait être renouvelée lors de l'audience au fond.
Par décision du 13 novembre 1992, le Département de prévoyance sociale et des assurances, par l'intermédiaire de l'ECA, a attribué le degré de sensibilité III à la parcelle en cause et aux biens-fonds voisins. Il a également prescrit les mesures d'isolation acoustique à prendre sur les façades exposées au bruit. Cette décision, notifiée aux parties, n'a pas fait l'objet d'un recours. Selon les déclarations des constructrices à l'audience, des vitrages fixes isolants sont prévus sur toute la façade sud.
D. Le Tribunal administratif a tenu séance le 10 février 1993 et a procédé à une visite des lieux en présence des parties et intéressés.
Le recours en tant qu'il émane des hoirs de Marius Pierre Marcel a été retiré.

Considère en droit :
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1. La recevabilité du recours interjeté par l'association Sauver Lavaux n'est pas contestée, à juste titre.
Faisant sienne la jurisprudence de la Commission de recours en matière de constructions, le Tribunal administratif a en effet admis que les associations à but idéal ont qualité pour agir lorsqu'elles invoquent des moyens ressortissant essentiellement à l'ordre public et que la défense des intérêts généraux en cause constitue leur but statutaire, spécifique et essentiel, voire exclusif (TA AC 91/099, du 29 décembre 1992; AC 92/300, du 29 avril 1993).
Selon l'art. III de ses statuts, l'Association Sauver Lavaux a pour but de sauvegarder le vignoble et les sites de Lavaux; elle pourra notamment, à cet effet, défendre les intérêts de ses membres devant les autorités législatives exécutives, judiciaires ou administratives, fédérales, cantonales ou communales. Dans le cas particulier, l'association recourante fait essentiellement valoir que le projet litigieux n'est pas conforme avec la vocation de la zone telle que définie par la loi sur la plan directeur de Lavaux et qu'il porterait atteinte à un site inscrit à l'inventaire fédéral. De tels griefs entrent dans le champ des intérêts généraux que l'association s'est donnée pour but de préserver.
2. La recourante met en premier lieu en cause la conformité du bâtiment projeté avec l'affectation de la zone, telle que définie par la loi sur le plan de protection de Lavaux (ci-après LPPL).
Cet argument a déjà été soulevé dans le cadre de la précédente procédure, devant la CCRC, qui a considéré que seul le plan d'affectation communal exerce des effets contraignants sur les particuliers; à supposer qu'une contradiction existe entre ce plan et la LPPL, elle ne saurait être opposable au constructeur (prononcé no 6937, cons. Bb). Cette décision n'est cependant pas couverte par le principe de l'autorité matérielle de la chose jugée, rattachée en principe uniquement au dispositif des jugements sur le fond (ATF 115 II 189; Fritz Gygi, Bundesverwaltungsrechtpflege, Berne 1983, p. 323 s).
a) Le secteur en cause est compris dans le territoire d'agglomération I, régi par l'art. 20 LPPL. Selon cette disposition, ce territoire est destiné à l'habitat en prédominance et peut accueillir toutes les activités compatibles avec cette fonction ainsi que les équipements collectifs nécessaires (a). Les constructions nouvelles ont une hauteur maximum de trois niveaux y compris les parties dégagées par la pente; en fonction du site, les règlements communaux peuvent toutefois déterminer la possibilité d'utiliser les combles comme niveau habitable supplémentaire (b).
Selon le règlement communal, le bien-fonds considéré est classé en zone mixte, destinée principalement aux activités professionnelles; la municipalité peut y autoriser la construction d'habitations à condition que la présence de logements n'entraîne aucune restriction pour l'exercice des activités professionnelles (art. 82 RC).
b) La loi sur le plan de protection de Lavaux vaut plan directeur cantonal, selon la jurisprudence du Tribunal fédéral (ATF 113 Ib 299). Un tel plan lie les autorités dans leurs activités (art. 9 al.1 LAT et 31 al.1 LATC; art. 4, 6 et 7 LPPL). Il ne fixe en revanche pas définitivement le sort des parcelles, dont le mode d'utilisation doit être précisé dans les plans d'affectation, qui seuls ont force obligatoire à l'égard des particuliers (art. 21 al.1 LAT). Une fois le plan d'affectation régulièrement adopté par l'autorité compétente seul celui-ci fait foi. L'art. 34 al.2 LPPL prévoit certes que l'autorisation est refusée si le projet est contraire aux principes de la loi; cette disposition ne règle cependant que la situation transitoire précédant l'adoption des plans et règlements communaux (BGC aut. 1978, p.1316). A supposer qu'une contradiction existe entre les principes fixés par la LPPL et le plan des zones de Lutry, celle-ci n'est pas directement opposable au particulier, au stade du permis de construire; la situation se présente dans les mêmes termes qu'à l'égard du plan directeur cantonal dont les objectifs constituent des éléments d'appréciation que l'autorité doit prendre en compte, sans qu'ils soient assimilables à des dispositions légales contraignantes (AC 91/151, du 7 mai 1993; AC 92/284, du 14 juin 1993).
En l'espèce, il n'existe qu'une contradiction apparente entre l'art. 20 LPPL et l'art. 82 RC. L'art. 20 LPPL n'exclut en effet pas les activités, mais définit sur une certaine étendue une zone mixte où l'habitat est prépondérant. Dans la systématique suivie par le législateur de la LPPL, aucune zone d'activité proprement dite n'est prévue; cela n'exclut pas que de telles zones soient délimitées dans les plans communaux, pour autant que le but de la loi soit respecté. L'équilibre entre les différentes activités de la population rurale et non rurale est l'un des objectifs de la loi (art. 1). Dans le plan des zones de Lutry, cet équilibre est réalisé dans le périmètre du territoire d'agglomération I par fractionnement entre des zones d'habitation et des zones où l'activité est plus ou moins exclusive; cette répartition n'est pas contraire à l'art. 20 LPPL dans la mesure où, dans l'ensemble, les zones d'habitat sont prépondérantes, ce qui est le cas; elle permet au surplus de mieux maîtriser les incompatibilités entre l'exercice d'activités économiques et l'habitation.
c) En conclusion, la construction projetée est conforme à la vocation de la zone.
3. La recourante soutient en outre que la construction projetée porterait atteinte à un site figurant à l'inventaire fédéral des sites construits. Elle sollicite la mise en oeuvre d'une expertise de la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage (CFNP), requête appuyée par le Service de l'aménagement du territoire.
a) La tour Bertholdo, monument classé selon la loi cantonale sur la protection de la nature, des monuments et des sites, a été récemment inscrite à l'inventaire fédéral des sites construits (ISOS). Il en va de même pour le quartier résidentiel situé à l'ouest du bien-fonds en cause, de l'autre côté de la route de la Petite-Corniche, et du coteau viticole entourant la tour Bertholdo; en outre, le secteur des rives du lac situé sur le versant aval de la route cantonale fait également l'objet d'une protection. La tour Bertholdo est située à environ 200 mètres en ligne droite du bien-fonds litigieux. Elle est ceinturée d'une zone de verdure; côté amont, elle est directement dominée par le vignoble; côté est, elle entourée des zones construites ou à bâtir, vouées à l'habitat et à des activités mixtes. Plus à l'est, le bien-fonds en cause est encore séparé de ce secteur par la route cantonale de la Petite-Corniche.
b) Selon l'art. 6 LPN, l'inscription dans un inventaire fédéral signifie que, dans l'exécution d'une tâche de la Confédération, l'objet mérite spécialement d'être conservé intact ou en tout cas d'être ménagé le plus possible, dans les conditions définies par les commentaires accompagnant l'inventaire ou le feuillet propre au site considéré (art. 5 al.1 lit a LPN; ATF 114 Ib 85, 270; 115 Ib 143, 490). Lorsqu'il s'avère que dans l'exécution d'une tâche fédérale de la Confédération une atteinte pourrait être portée à un objet inscrit dans un inventaire fédéral, une expertise de la CFNP est requise (7 LPN). Cette expertise peut également être effectuée du propre chef de la CFNP, dans les cas importants (art. 8 LPN). Une atteinte à la protection de la nature et du paysage peut être constituée non seulement lorsqu'une construction est projetée à l'intérieur du périmètre délimitant la protection, mais également sur un territoire jouxtant un objet inventorié (ATF 112 Ib 297; 99 Ib 78).
c) L'art. 2 LPN précise ce qu'il y a lieu d'entendre par accomplissement d'une tâche fédérale. En substance, il s'agit notamment de l'élaboration de projets de constructions de la Confédération (a), de l'octroi de concessions et d'autorisations, par exemple pour la construction et l'exploitation d'installations de transport et de communications (b) et de l'allocation de subventions pour des mesures de planification, pour des installations et des ouvrages, tels que les améliorations foncières (c). Les trois catégories de tâches fédérales décrites à l'art. 2 LPN ne constituent pas une énumération exhaustive (FF 1965 III 93). Dans sa jurisprudence, le Tribunal fédéral a ainsi admis que les autorisations fondées sur l'art. 24 LAT entraient également dans le champ d'application de l'art. 2 lit. b LPN, tout au moins lorsque sont en cause les intérêts de la protection de la nature et du paysage (ATF 112 Ib 70); cette décision est motivée par le fait que bien que l'aménagement du territoire constitue une tâche cantonale, le statut de la zone non constructible relève fondamentalement du droit fédéral. Plus récemment, le Tribunal fédéral a également admis que l'autorisation d'effectuer des sondages et des forages dans une zone de protection des eaux souterraines, fondée sur l'art. 29 de la loi sur la protection des eaux contre la pollution du 8 octobre 1971, constituait l'exécution d'une tâche fédérale au sens de l'art. 2 lit. b LPN (ATF 118 Ib 1 consid. 1c).
La recourante et le Service de l'aménagement du territoire font valoir que la construction d'un abri de protection civile constitue une tâche fédérale; en outre, l'application de la loi sur la protection de l'environnement, en particulier les prescriptions visant à préserver des immissions excessives les bâtiments comprenant des locaux à usage sensibles au bruit constituerait également une tâche fédérale tombant sous le coup de l'art. 2 LPN.
La construction d'un abri de protection civile peut constituer l'exécution d'une tâche fédérale au sens où l'entend l'art. 2 lit. c LPN, lorsqu'il s'agit d'un ouvrage imposé par le droit fédéral pouvant bénéficier de subventions (TA arrêt AC 7521 du 15 juillet 1992, cons. 7). Dans l'esprit du législateur, la Confédération doit pouvoir contrôler que les projets qu'elle soutient financièrement ne soient pas préjudiciables à la nature ou au paysage (FF 1961 I 1106). Font l'objet de subventions les centres opératoires et certains abris publics (art. 69a LF sur la protection civile; 5 LF sur les constructions de protection civile); les abris que les propriétaires d'immeubles doivent aménager en application de l'art. 2 de la loi sur les constructions de protection civile ne sont en revanche pas soutenus financièrement. Dans ces conditions, la construction de tels ouvrages ne tombe pas sous le coup de l'art. 2 LPN; il s'agit certes d'une obligation fédérale, mais son exécution est essentiellement du ressort des autorités cantonales qui déterminent les cas pouvant faire l'objet d'une dispense (art. 2 al.3 de la loi sur les constructions de protection civile).
Sous réserve de quelques exceptions limitativement énumérées, l'exécution des prescriptions fédérales en matière de protection de l'environnement incombe aux cantons ( Art. 24 septies al.2 Cst, art. 36 et 41 LPE; ATF 117 Ia 352 ss; 147 ss; 115 Ia 42 ss). En matière de protection contre le bruit, le législateur fédéral a fixé des règles contraignantes pour la construction de bâtiments comprenant des locaux à usage sensible au bruit. Ceux-ci ne peuvent en principe être édifiés qu'en des lieux où les valeurs limites d'immissions sont respectées (art. 22 LPE). Contrairement à l'art. 24 LAT, l'art. 22 LPE ne régit cependant pas exhaustivement le contenu de la zone à bâtir; il fixe l'un des paramètres venant s'ajouter à ceux déterminés par le droit cantonal dans le cadre de la planification. Or, ce sont en premier lieu les plans d'affectation qui déterminent le périmètre des zones constructibles et les règles qui les caractérisent, en particulier le volume des constructions. L'art. 22 LPE n'a aucune incidence sur le gabarit des constructions; tout au plus peut-il avoir pour effet de contraindre à affecter les bâtiments exposés au bruit à un usage moins sensible à cette forme de nuisance ou à prendre des mesures de construction ou d'aménagement extérieures ou intérieures (art. 31 al.1 lit. a et b OPB). Les mesures de protection doivent cependant elles-mêmes répondre aux exigences du droit cantonal en matière de constructions et d'aménagement du territoire; ne seraient-elles pas remplies que l'art. 22 LPE ne commande pas de prendre néanmoins de telles mesures, mais de refuser le permis de construire. En outre, contrairement aux mesures de protection le long des routes nationales ou principales (art. 50 LPE), les aménagements nécessaires en application de art. 22 LPE ne font l'objet d'aucune subvention. Dans ces conditions, l'autorisation de construire accordée en application de l'art. 22 LPE ne constitue pas l'exécution d'une tâche fédérale au sens où l'entend l'art. 2 LPN.
Les conditions d'application des art. 7 et 8 LPN ne sont donc déjà pas remplies pour ce motif.
d) Au surplus, la construction d'un bâtiment séparé d'environ 200 mètres de l'objet protégé par une barrière de constructions de volumes et de styles divers n'est pas de nature à lui porter atteinte. Tant le défaut d'harmonie que la hauteur imposante de certains bâtiments existants ont pour conséquence que l'on peut exclure que les changements résultant du projet, inhérents à toute construction, aggravent l'état des lieux sous l'angle de la protection de la nature et du paysage. L'inspection a montré que le projet masquerait partiellement la vue fugitive que l'on a sur la tour Bertholdo depuis la route cantonale no 780 b; cette voie, qui traverse la localité de Lutry, ne constitue cependant pas un point de vue, tant par sa nature que sa situation. Au demeurant, le législateur communal a expressément prévu d'y permettre l'édification de constructions d'une certaine densité, si bien que la référence de la recourante à l'art. 28 LPPL qui commande de préserver les vues intéressantes le long des axes routiers et touristiques, n'est pas pertinente, pour les mêmes raisons que celles vues sous considérant 2 b.
4. Reste examiner si, sous l'angle du droit cantonal, le projet porterait atteinte à l'esthétique des lieux.
A cet égard, le tribunal se réfère intégralement aux considérations de la CCRC dans son prononcé no 6937, sous considérant Ba). Ni le CUS, ni la hauteur ne sont limités dans la zone en cause pour les constructions destinées aux activités professionnelles. D'une hauteur au faîte de 15,20 mètres (à compter du niveau du rez-de-chaussée situé au-dessous du terrain naturel) et conçu en forme de "V", à l'angle du carrefour formé par la route cantonale 780b et celle de la Petite-Corniche, le projet atteindrait incontestablement un volume non négligeable; plusieurs bâtiments présentent cependant des hauteurs comparables dans le secteur, dont deux locatifs, l'un d'une hauteur de 13 mètres à la corniche et l'autre d'une hauteur de 13,65 mètres au faîte, auxquels s'ajoute le bâtiment du Service des eaux, d'une hauteur de 14 mètres. L'impact ne serait ainsi pas tel que le projet doive être refusé. Il convient de préciser à cet égard que la perspective du photomontage produit par la recourante est trompeuse; elle figure en effet l'implantation de la construction sur la ligne suivie par le garage existant, et non sur les limites des constructions qui affectent le bien-fonds et imposent un retrait nettement plus important par rapport aux routes cantonales.
Lorsqu'un plan de zones prévoit que des constructions d'un certain volume peuvent être édifiées dans un secteur du territoire, seul un intérêt prépondérant lié à des questions d'esthétique et d'intégration des constructions peut justifier une interdiction ou une restriction de construire; il faut alors que l'utilisation des possibilités de construire réglementaires apparaisse déraisonnable et irrationnelle. Tel est par exemple le cas s'il s'agit de protéger un site, un bâtiment ou un ensemble de bâtiments présentant des qualités esthétiques remarquables qui font défaut à l'immeuble projeté ou que mettrait en péril sa construction (ATF 101 Ia 222-223, consid. 6c). Ces conditions ne sont pas réunies, dans le cas particulier, vu la distance séparant le projet de la tour Bertholdo et l'environnement bâti.
Le grief portant sur l'atteinte à l'esthétique des lieux doit également être rejeté.
5. Selon la recourante, la distance entre les deux corps du bâtiment en forme de "V" ne serait pas conforme à l'art. 10 RC, malgré les corrections effectuées par les constructrices ensuite du prononcé de la CCRC.
L'art. 10 RC prévoit ce qui suit :
"Les distances entre bâtiments sis sur une même parcelle sont calculées comme s'il y avait une limite de propriété entre eux.
Lorsque les bâtiments forment un ensemble construit simultanément sur une même propriété, et pour les parties d'un même bâtiment, les distances sont déterminées de la manière suivante :
a/ Entre façades ajourées : addition du nombre de niveaux des deux façades qui se font face x 3 = distance en m
b/ Entre façade ajourée et façade aveugle : nombre de niveaux de la façade aveugle x 3 = distance en m
c/ entre façades aveugles : = 3 m.
Ces distances ne s'appliquent pas entre les façades d'un même logement.
On entend par façades ajourées, les murs percés d'ouverture de pièces habitables.
Les façades sur lesquelles s'ouvrent des jours de locaux sanitaires (WC et bains), des jours de cages d'escaliers, des jours constitués de matériaux translucides, et des jours de locaux techniques, sont assimilables à des façades aveugles."
La recourante soutient que les combles devaient être pris en considération dans le nombre de niveaux, si bien que la distance à respecter entre les façades ajourées se faisant face serait de 18 mètres (3 + 3 x 3 mètres) et non 12 mètres, comme l'avait retenu la CCRC.
Selon les plans modifiés, une distance de 11 mètres serait respectée entre les façades ajourées se faisant face, sauf dans la partie la plus resserrée du "V"; à cet endroit, toutefois, les ouvertures ont été remplacées par des plots de verre, assimilables à des éléments translucides au sens où l'entend l'art. 10 al.5 RC, si bien que les façades à cet endroit sont considérées comme aveugles. La prise en considération des combles n'entre pas en ligne de compte car un tel niveau, par définition, implique un retrait de l'espace habitable par rapport à l'aplomb des façades. Le but prépondérant des règles fixant une distance minimale à respecter entre bâtiments étant d'assurer la salubrité des bâtiments et de ses occupants (J.-L. Marti, Distances, coefficients et volumétrie des constructions en droit vaudois, 1988, p. 101), il serait disproportionné d'exiger le respect de la distance prévue par l'art. 10 al.2 RC par rapport au niveau des combles, même lorsque, comme en l'espèce, les lucarnes éclairant cet étage se présenteraient en aplomb des façades. Il n'est en outre pas nécessaire de tenir compte du niveau du rez-de-chaussée, où serait situé un atelier, dès lors que les deux corps du bâtiment ne se séparent qu'au niveau du premier étage de bureaux et que seuls doivent entrer en considération les niveaux éclairés par des ouvertures en façade.
Enfin, l'application de la règle prévue à l'art. 7 RC permettant une réduction de la distance de 1 mètre lorsque la façade n'est pas parallèle à la limite est possible. Le tribunal administratif a en effet admis qu'à défaut de dispositions communale contraire, cette règle prévue en général pour le calcul de la distance par rapport à la limite de propriété est applicable par analogie entre les façades de constructions situées sur une même parcelle (TA arrêt AC 91/263, du 25 janvier 1993).
6. La recourante met également en cause le respect de la distance réglementaire côté est, où est prévue une rampe d'accès au parking souterrain, entre la façade et la limite de propriété.
De jurisprudence constante de la CCRC, reprise par le Tribunal administratif, les accès non couverts ne comptent pas dans le calcul de la distance (TA arrêt AC 91/071, du 12 mai 1992). Peu importe à cet égard que la rampe d'accès se situe partiellement au-dessous du niveau du terrain naturel. Ce moyen n'est donc pas pertinent.
7. La recourante considère que l'art. 93 al.3 RC ne serait pas respecté. Cette disposition régit les éclairages des combles et prévoit ce qui suit :
"...les lucarnes sont autorisées selon l'une des deux règles suivantes :
a/ si les lucarnes sont à l'aplomb du parement extérieur de la façade, elles peuvent être réalisées en forme de pignon avec interruption de l'avant-toit du bâtiment;
b/ si les lucarnes sont en retrait du parement extérieur de la façade, l'avant-toit n'est pas interrompu."
Selon la recourante, la règle ci-dessus exclurait que l'on puisse juxtaposer des lucarnes en retrait et des lucarnes à l'aplomb de la façade sur une même toiture.
L'art. 93 al.3 RC n'exclut toutefois pas la juxtaposition des deux types de lucarnes incriminées. La seule harmonisation exigée par l'art. 93 al.4 RC est que la toiture des lucarnes soit à deux pans ou prise dans la pente de la toiture, l'une des solution excluant l'autre. Dans le cas particulier, cette condition serait respectée puisque les deux formes de lucarnes seraient revêtues d'une toiture à deux pans.
Quant au décrochement de la toiture pour dégager des ouvertures en façades, destinées à éclairer également les combles, le Tribunal ne voit pas de motifs de revenir sur les considérations de la CCRC dans son prononcé no 6937, consid. f ; ces décrochements ne sont pas assimilables à des lucarnes que l'art. 93 RC proscrirait.
8. En conclusion, le recours de l'Association Sauver Lavaux doit être rejeté, celui de l'hoirie Marcel étant retiré. En application de l'art. 55 LJPA, un émolument de justice de Fr. 2'500 est mis à la charge des recourantes, qui verseront en outre des dépens aux sociétés constructrices et à la Commune de Lutry, assistées d'un avocat.