Decision ID: f53ad152-3b29-5bae-8854-fdf2a582da07
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
A_, né le _ 1950, de nationalité suisse, a sollicité du Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après: le Tribunal de protection), en octobre 2019, une "curatelle financière". Il a expliqué être marié et avoir quatre enfants à charge, dont deux déjà majeurs; l'un des plus jeunes était atteint du syndrome d'Asperger et avait des difficultés d'intégration. Son épouse, de nationalité brésilienne, s'exprimait mal en français et n'était pas en mesure de gérer leurs affaires administratives et financières. Elle était par ailleurs au chômage. Les charges de la famille dépassaient ses revenus de 2'000 à 3'000 fr. par mois. A_ avait été aidé par ses parents jusqu'à leur décès, survenu respectivement en 2015 et en 2016, puis avait utilisé l'argent dont il avait hérité. Il n'avait toutefois plus de liquidités et devait réduire son train de vie, sans savoir comment faire. En 2006, il avait été victime d'un AVC qui avait laissé des séquelles sur le plan de la communication et du raisonnement. Il indiquait percevoir une rente de 3'020 fr. par mois, ainsi que 1'300 fr. par mois de son deuxième pilier et être propriétaire de deux appartements attenants à C_, occupés par la famille, d'une valeur de l'ordre de 600'000 fr. chacun. A_ a joint à sa requête un certificat médical de son psychiatre, lequel soutenait sa démarche.
b.
Par décision du 5 novembre 2019, un curateur de représentation a été désigné, afin de représenter A_ dans la procédure.
c.
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 2 mars 2020. A_ a persisté dans les termes de sa requête. Il a expliqué que les deux appartements dont il était propriétaire n'étaient pas hypothéqués. Il en occupait un avec son épouse et leurs deux enfants communs, le second étant utilisé par les grands enfants de son épouse. A_ a manifesté l'intention de louer le second appartement.
L'épouse de l'intéressé a mis en évidence le fait qu'il avait un problème de dépendance à l'alcool.
d.
Par ordonnance du 9 mars 2020, le Tribunal de protection a institué une curatelle de représentation et de gestion en faveur de A_, désigné B_, avocat, aux fonctions de curateur et lui a confié les tâches suivantes: représenter la personne concernée dans ses rapports avec les tiers, en particulier en matière d'affaires administratives et juridiques; gérer les revenus et biens de la personne concernée et administrer ses affaires courantes; veiller au bien-être social de la personne concernée et la représenter pour tous les actes nécessaires dans ce cadre; veiller à son état de santé, mettre en place les soins nécessaires et, en cas d'incapacité de discernement, la représenter dans le domaine médical. Le Tribunal de protection a par ailleurs limité l'exercice des droits civils de la personne concernée en matière contractuelle, privé la personne concernée de l'accès à toute relation bancaire ou à tout coffre-fort, en son nom ou dont elle était ayant-droit économique, révoqué toute procuration établie au bénéfice de tiers et autorisé le curateur à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée, dans les limites du mandat et, si nécessaire, à pénétrer dans son logement.
e.
Par courrier du 1
er
septembre 2020, B_ a fourni les informations suivantes au Tribunal de protection: la situation financière de la famille A_ était très délicate et il avait dû privilégier certaines dépenses au détriment d'autres, ce qui avait conduit à des frictions avec le couple A_. La solution qui paraissait s'imposer au curateur était la vente de l'un des deux appartements, occupé par les enfants de l'épouse de l'intéressé et sans doute par des amis, le tout dans un désordre indescriptible et des conditions sanitaires peu adaptées. Compte tenu de l'état de l'appartement, le curateur n'était pas très favorable à l'idée de le mettre en location, compte tenu du coût des travaux de remise en état et du manque de moyens. Par ailleurs, en cas de location, le produit de celle-ci ferait l'objet d'une saisie.
f.
Par courrier du 30 novembre 2020, A_ a sollicité du Tribunal de protection la levée de la mesure de curatelle, celle-ci n'étant, selon lui, plus justifiée. Il ne consommait plus d'alcool et avait recouvré sa capacité de gérer ses affaires, ce dont attestait un certificat médical de son psychiatre, selon lequel l'état de santé psychique de A_ s'était amélioré durant l'année 2020. Ce dernier relevait enfin que les honoraires du curateur étaient payés sur sa fortune personnelle; il ne souhaitait plus que celle-ci soit utilisée de cette manière.
g.
Selon un courrier du curateur du 17 décembre 2020 adressé au Tribunal de protection, une somme de l'ordre de 10'000 fr. serait nécessaire pour remettre en état l'un des deux appartements propriété de A_, 50'000 fr. devant être investis pour la rénovation de l'autre. Ces chiffres avaient été avancés par un expert.
h.
Par courrier du 28 janvier 2021, D_, frère de A_, a exposé au Tribunal de protection que B_ n'avait pas "la disponibilité nécessaire pour communiquer avec patience, transparence et doigté psychologique les décisions" qu'il prenait dans le cadre de son mandat de curateur. La rupture du lien de confiance était irrécupérable. Compte tenu toutefois de l'étendue des dettes de l'intéressé et de sa famille, il était toujours nécessaire d'encadrer A_. D_ indiquait que des contacts avaient été noués avec E_, avocate.
i.
Le Tribunal de protection a tenu une nouvelle audience le 8 février 2021.
A_ a maintenu sa demande de levée de la mesure de curatelle, tout en indiquant avoir trouvé "un gestionnaire", en la personne de E_, laquelle pourrait gérer ses affaires. Son frère (domicilié à F_) pourrait également l'aider. Après avoir entendu les explications du Tribunal de protection, il a indiqué se rendre compte que la location d'un des appartements de C_ ne l'aiderait pas à payer ses factures. Il a également déclaré qu'il subissait beaucoup de pression de la part de son épouse, qui ne souhaitait pas qu'il vende l'un des appartements. Selon lui, même si E_ n'allait pas être en mesure de trouver davantage de ressources financières, elle serait à tout le moins plus disponible que Me B_.
Selon B_, les contacts qu'il avait eus avec l'intéressé avaient toujours été courtois. Ce dernier le sollicitait beaucoup par téléphone et par courriel, toujours pour les mêmes problèmes, lui demandant de payer des factures alors qu'il n'y avait pas d'argent, de sorte qu'il était contraint de refuser. La rente LPP de A_ était saisie. Le curateur payait en priorité les charges de copropriété et les primes d'assurance maladie et laissait à la disposition de l'intéressé un montant de 2'000 fr. par mois. Selon lui, le maintien de la curatelle était indispensable, A_ ne pouvant gérer ses affaires et n'étant pas en mesure de résister aux demandes des autres membres de la famille, notamment son épouse. Celle-ci travaillait de manière irrégulière et était également saisie. La mise en faillite personnelle n'était pas une bonne solution, car dans cette hypothèse les deux appartements seraient bradés. Le curateur a contesté avoir effectué des démarches "dans le dos" de A_ et s'est engagé à consulter ce dernier afin de savoir quel appartement il préférerait vendre.
j.
Le Tribunal de protection a entendu le psychiatre de A_ le 22 mars 2021. Selon lui, la situation était "très limite". Du point de vue cognitif, il avait des capacités pour entreprendre "beaucoup de choses". Son épouse avait toutefois une très forte influence sur lui et sur sa situation financière, ce qui rendait difficile la gestion de ses affaires. Depuis 2019 toutefois la situation s'était calmée et A_ était moins sous l'influence de son épouse. Les problèmes venaient du fait que le budget de l'intéressé était très serré et il suffisait d'un peu de retard dans la mise à disposition de l'argent pour que A_ subisse à nouveau des pressions de la part de son épouse. Contrairement à la teneur de son dernier certificat médical, le praticien a indiqué que A_ avait besoin d'aide pour la gestion de ses affaires, mais il ignorait sous quelle forme celle-ci pourrait lui être apportée. Selon lui, toute la famille était opposée à B_.
Ce dernier a précisé n'avoir pas été en mesure de payer les primes d'assurance maladie car A_ était mis sous pression par les enfants, qui voulaient recevoir plus d'argent. Le montant mis à sa disposition avait par conséquent été augmenté, au détriment du paiement de certaines factures. Le curateur a également précisé que l'intéressé percevait une rente anglaise, dont le versement n'était pas aussi régulier que celui des rentes suisses. A_ ne le contactait que pour lui demander de l'argent, qu'il n'était pas en mesure de lui fournir. Selon le curateur, sans la vente d'un appartement, il n'y aurait pas d'issue à la situation.
B.
Par ordonnance
DTAE/2598/2021
du 22 mars 2021, le Tribunal de protection a rejeté la requête de mainlevée et a maintenu la curatelle de représentation et de gestion instituée en faveur de A_ (chiffre 1 du dispositif), rejeté la requête de libération et maintenu Me E_ dans ses fonctions de curateur (ch. 2), rappelé que le curateur exerce les tâches suivantes: représenter la personne concernée dans ses rapports avec les tiers, en particulier en matière d'affaires administratives et juridiques; gérer les revenus et biens de la personne concernée et administrer ses affaires courantes; veiller au bien-être social de la personne concernée et la représenter pour tous les actes nécessaires dans ce cadre; veiller à son état de santé, mettre en place les soins nécessaires et, en cas d'incapacité de discernement, la représenter dans le domaine médical (ch. 3), limité l'exercice des droits civils de la personne concernée en matière contractuelle (ch. 4), privé la personne concernée de l'accès à toute relation bancaire ou à tout coffre-fort, en son nom ou dont elle est ayant-droit économique, et révoqué toute procuration établie au bénéfice de tiers, sous réserve de montants appropriés laissés régulièrement à sa libre dispositif par son curateur (ch. 5), autorisé le curateur à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée, dans les limites du mandat et, si nécessaire, à pénétrer dans son logement (ch. 6), autorisé sur le principe le curateur à mettre en vente l'appartement de la personne concernée, qui n'est pas habité par celle-ci, puis à soumettre au Tribunal de protection les meilleures offres obtenues, puis le projet de contrat de vente (ch. 7) et laissé les frais judiciaires, comprenant 200 fr. de taxe de témoin, à la charge de l'Etat (ch. 8).
Le Tribunal de protection a considéré, en substance, que la situation de A_ ne s'était pas améliorée depuis le prononcé de la curatelle, laquelle était toujours nécessaire. La requête de levée de la mesure devait donc être rejetée. Pour le surplus, les choix opérés par le curateur concernant les factures à payer et les postes du budget de la famille se justifiaient par l'insuffisance des ressources financières à disposition. De même, afin de libérer les liquidités nécessaires au paiement des multiples dettes de l'intéressé, le curateur n'avait eu d'autre choix que de recommander la vente de l'un de ses appartements et tout autre curateur confronté au même dilemme aurait fait les mêmes choix. Le curateur n'avait pas le devoir de consulter l'intéressé ainsi que sa famille avant toute prise de décision. Il était par ailleurs autorisé à déléguer une partie de son activité, étant relevé qu'il avait personnellement reçu A_ en son Etude et lui avait notamment rendu visite dans son appartement. Il s'était par conséquent montré suffisamment disponible et à l'écoute. La rupture du lien de confiance alléguée n'était pas insurmontable au point de justifier un changement immédiat de curateur. Le Tribunal de protection a enfin considéré qu'un apport de liquidités était indispensable pour solder les nombreuses dettes de l'intéressé, propriétaire de deux logements qu'il n'avait pas les moyens de rénover. Il était par conséquent justifié, sur le principe, d'autoriser le curateur à mettre en vente l'appartement non occupé par A_.
C.
a.
Le 24 juin 2021, A_ a formé recours contre l'ordonnance du 22 mars 2021, reçue le 26 mai 2021, concluant à son annulation et à la désignation de Me E_ aux fonctions de curatrice de représentation, les frais judiciaires devant être laissés à la charge de l'Etat.
Le recourant a repris les griefs à l'encontre du curateur qu'il avait déjà fait valoir devant le Tribunal de protection (manque de disponibilité, mise de la famille devant le fait accompli en cas de décisions importantes, non remise d'argent pendant plusieurs semaines, D_ ayant dû avancer de l'argent à son frère, versements irréguliers par la suite, refus de remettre son état de frais à l'intéressé, demande d'autorisation de vendre un appartement sans l'accord de celui-ci et sans avoir au préalable demandé à sa famille et notamment à son frère s'il était disposé à avancer la somme de 10'000 fr. pour les travaux de remise en état en vue d'une mise en location). Le recourant a réitéré son absence de confiance en son curateur et s'est inquiété de ce que celui-ci puisse prendre des décisions importantes concernant son état de santé, alors qu'il n'avait jamais effectué la moindre démarche pour veiller à son bien-être social et médical, ni pris contact avec ses médecins.
Le recourant a joint à son recours une copie d'échanges de courriels intervenus essentiellement entre son frère D_, Me B_ et une employée de son Etude entre avril et mai 2020, lesquels portent sur la non-remise d'argent à A_.
b.
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes et conclusions de l'ordonnance attaquée, en relevant que tout changement de curateur allait entraîner des frais supplémentaires pour l'intéressé, liés à la prise de connaissance du dossier et à l'établissement du rapport d'entrée du nouveau curateur et du rapport final du curateur sortant.
c.
Me B_ a fait état d'une "certaine surprise" à la lecture du recours formé par A_. Il a rappelé la situation financière très obérée de l'intéressé (47'000 fr. de poursuites, actes de défaut de biens pour 9'800 fr., 1'645 fr. 45 de saisie mensuelle pour lui et 1'045 fr. 90 pour son épouse), ce qui avait motivé la décision de mettre en vente l'un des deux appartements dont il est propriétaire. En dépit de cette situation compliquée, A_ s'obstinait à réclamer davantage d'argent pour ses besoins courants, requêtes que Me B_ ne pouvait satisfaire en raison des saisies en cours, ce qui avait été régulièrement expliqué à l'intéressé. S'il ne l'avait pas rencontré souvent en raison de la crise sanitaire et de l'état de santé fragile de l'intéressé, les contacts téléphoniques avaient en revanche été réguliers. La mise en location (solution souhaitée par l'intéressé) après travaux de l'appartement dont la vente était prévue n'était pas une bonne solution, puisque le loyer ferait l'objet d'une saisie complémentaire.
d.
Le recourant a répliqué. Il a indiqué être parfaitement conscient d'être endetté, raison pour laquelle il avait initialement demandé spontanément de l'aide au Tribunal de protection. Le lien de confiance avec Me B_ était toutefois rompu en raison du fait que ce dernier prenait des décisions sans même l'en informer, ce qui le plaçait dans une incertitude anxiogène et dans la plus grande précarité. Me B_ ne lui versait de l'argent de poche que de manière irrégulière et les montants pouvaient varier du simple au triple d'une semaine à l'autre, situation qui n'était pas acceptable. Le curateur était de surcroît totalement injoignable et le seul contact était son assistante, qui ne pouvait toutefois prendre aucune décision ni donner la moindre information sans autorisation. Me B_ ne répondait en outre qu'après plusieurs semaines et de façon partielle aux courriels qui lui étaient adressés. S'agissant de la vente de l'un de ses appartements, aucune alternative n'avait pu être discutée avec Me B_. Or, sa mise en location, même si le loyer devait être saisi, allait permettre de rembourser peu à peu les dettes, tout en permettant de conserver le bien immobilier en cause.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet, dans les trente jours, d'un recours écrit et motivé, devant le juge compétent, à savoir la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et al. 3 et 450b CC; art. 126 al. 3 LOJ; art. 53 al. 1 et 2 LaCC).