Decision ID: 19377037-5bb6-493d-94a8-88009065c655
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
La situation de B_, née le _ 2004, de nationalité colombienne, a été signalée au Tribunal de protection de l’adulte et de l’enfant (ci-après : le Tribunal de protection) par courrier de l’Office médico-pédagogique du 11 novembre 2021. L’intéressée était scolarisée « en pédagogie spécialisée » aux F_ et suivie depuis 2019 par un pédopsychiatre. Elle était arrivée à Genève en 2017, sans statut légal. Sa mère, A_, s’était toutefois mariée récemment et avait obtenu un permis de séjour tant pour elle-même que pour sa fille. L’Office médico-pédagogique mentionnait le fait que la gratuité des repas pour B_ au sein de l’école des F_ n’avait pas pu être renouvelée, en raison d’un manque de collaboration de sa mère. Celle-ci, soutenante et bienveillante pour sa fille, peinait à comprendre les aspects administratifs et financiers ; les frais médicaux n’étaient pas gérés et elle avait accumulé des dettes auprès de la LAMal et de divers prestataires de soins. En dépit d’un soutien important et de nombreuses explications, lesdits aspects étaient trop difficiles à comprendre pour A_. La barrière de la langue représentait une difficulté supplémentaire et de nombreux rendez-vous avaient été manqués ; les traitements médicamenteux dont B_ avait besoin, avaient par ailleurs été arrêtés, sans information préalable des professionnels. Il convenait par conséquent que B_ puisse bénéficier d’une mesure de protection dans les domaines administratif et médical, ainsi que pour la mise en place d’un projet de vie et pour faire valoir ses droits sociaux. ![endif]>![if>
L’Office médico-pédagogique a joint à son courrier un rapport médical du 26 octobre 2021. Il en ressort que B_ est atteinte du syndrome de Kabuki. Elle présente un trouble du développement global, avec probable trouble du spectre autistique, retard de croissance staturale, coarctation aortique et signes dysmorphiques. L’intéressée est autonome pour des choses simples, telles que son hygiène, son habillement et sa toilette. Elle dépend en revanche des adultes pour communiquer, se déplacer ou gérer son alimentation et les interactions sociales. Elle suit un traitement médicamenteux, en raison de crises d’hétéro-agressivité. Depuis plusieurs années, la prise des médicaments est irrégulière, sa mère ayant mis un terme au traitement sans informer l’équipe médicale et cela à plusieurs reprises. En conclusion de ce rapport, la mise en œuvre d’une curatelle de portée générale était recommandée, la mère n’étant pas en mesure de gérer toutes les démarches nécessaires en lien avec l’accession à la majorité de sa fille. Elle en avait été informée et avait donné son accord avec une telle mesure.
b)
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 7 février 2022.
A_, assistée d’un interprète, a expliqué ne parler que l’espagnol. Elle a indiqué être à la recherche d’un appartement plus spacieux, afin que sa fille puisse avoir sa propre chambre ; en l’état, elle-même, son époux et sa fille B_ vivaient dans un studio. Interrogée sur son accord à la nomination d’un curateur pour sa fille, A_ a commencé par indiquer avoir de la peine à comprendre la question ; elle s’occupait de sa fille, avec l’aide de son époux. Après avoir reçu des explications complémentaires, A_ a déclaré accepter une mesure de curatelle ; elle ne souhaitait par contre pas que sa fille lui soit enlevée.
Une assistante sociale de l’Office médico-pédagogique a confirmé le besoin d’une mesure de protection. A_ éprouvait de la difficulté à comprendre certaines choses et il ne s’agissait pas uniquement d’un problème de langue. Or, les démarches à accomplir en faveur de B_ étaient complexes, puisqu’il s’agissait de procéder à des inscriptions et de faire valoir ses droits auprès de l’assurance invalidité. La mère n’était pas apte à s’occuper de telles démarches. Par ailleurs, sa collaboration était aléatoire s’agissant de la médication de sa fille. Compte tenu du comportement hétéro-agressif de B_ à l’école, il était douteux qu’elle reçoive ses médicaments. Or, la médication était nécessaire pour qu’elle puisse gérer son quotidien. Bien que l’Office médico-pédagogique ait expliqué à plusieurs reprises à A_ qu’il ne gérait pas les frais médicaux, elle continuait d’apporter toutes les factures médicales et les laissait à la réception de l’institution, ne parvenant pas à comprendre les explications données.
Au terme de l’audience, la cause a été gardée à délibérer.
B.
Par ordonnance
DTAE/934/2022
du 7 février 2022, le Tribunal de protection a institué une curatelle de portée générale en faveur de B_ (chiffre 1 du dispositif), rappelé que celle-ci était privée de plein droit de l’exercice de ses droits civils (ch. 2), désigné deux intervenantes en protection de l’adulte aux fonctions de curatrices, chacune pouvant se substituer à l’autre (ch. 3), autorisé les curatrices à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée dans le limites du mandat et, si nécessaire, à pénétrer dans son logement (ch. 4), dit que l’ordonnance déployait ses effets dès le 17 février 2022 (ch. 5) et laissé les frais judiciaires à la charge de l’Etat (ch. 6).![endif]>![if>
Le Tribunal de protection a retenu que l’intéressée souffrait d’un trouble du développement global, altérant de manière durable et irréversible sa capacité de discernement, l’empêchant d’assurer en personne la sauvegarde de ses intérêts dans tous les domaines de protection. Sa prochaine accession à la majorité, la complexité des démarches administratives à entreprendre et la nécessité de construire un projet de vie adapté justifiaient l’instauration d’une mesure de curatelle de portée générale, seule mesure susceptible de répondre de manière adéquate à son besoin global d’assistance en matière personnelle, patrimoniale, administrative, juridique et médicale et de la protéger de l’intervention de tiers malintentionnés grâce à la privation de l’exercice de ses droits civils. A_, qui fournissait à sa fille l’assistance personnelle nécessitée par sa situation, n’était pas en mesure de préserver efficacement ses intérêts en matière administrative et financière, en raison de sa collaboration aléatoire, de sa méconnaissance de la langue française et de la complexité des démarches à entreprendre.
C.
a)
Le 28 mars 2022, A_ a formé recours contre cette ordonnance, reçue le 24 février 2022, auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice, concluant à l’annulation des chiffres 3, 4 et 5 de son dispositif. Elle a produit un bordereau de pièces.![endif]>![if>
Préalablement, la recourante a conclu à l’octroi de l’effet suspensif et a sollicité le prononcé de mesures provisionnelles, « afin que la Cour puisse maintenir la situation actuelle, permettant à A_ de continuer à représenter sa fille jusqu’à sa nomination en tant que curatrice ».
La recourante a fait grief au Tribunal de protection d’avoir violé son droit d’être entendue. Pour rendre la décision litigieuse, le Tribunal de protection s’était exclusivement fondé sur le rapport de l’Office médico-pédagogique, sans que la recourante ait eu l’occasion de fournir des documents démontrant que depuis 2016, date de l’arrivée en Suisse de sa fille, elle s’était bien occupée de son développement émotionnel et matériel et pouvait continuer de le faire. L’intervention d’une personne extérieure à la famille, en qualité de curatrice, était susceptible d’avoir « des conséquences irréversibles » sur le comportement de B_, sa pathologie pouvant « se dégrader avec une régression de son développement ». La recourante a soutenu pouvoir être désignée en qualité de curatrice de sa fille, puisque les démarches administratives pouvaient être faites avec l’aide des assistantes sociales de la commune de domicile de la famille. La recourante a également soutenu qu’un projet éducatif 2019-2020 avait déjà été mis en œuvre et qu’il devait se poursuivre, les spécialistes devant élaborer les projets pour les années à venir. Il lui appartenait par ailleurs de mettre en place le suivi médical de sa fille et sa présence exclusive devait contribuer à la stabilité émotionnelle de B_, laquelle pourrait réagir négativement à l’égard d’une tierce personne.
b)
Par décision du 30 juin 2022, la Chambre de surveillance a rejeté la requête de restitution de l’effet suspensif, le sort des frais étant renvoyé à la décision au fond.
c)
Dans ses observations du 30 août 2022, le Tribunal de protection a persisté dans les termes de la décision attaquée. Il a précisé que la recourante n’avait pas demandé à consulter le dossier du Tribunal de protection avant l’audience devant celui-ci, de sorte que le grief de violation de son droit d’être entendue était mal fondé. Lors de l’audience, la recourante avait manifesté son accord avec la nomination d’un curateur professionnel ; elle était assistée d’un interprète en langue espagnole.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet, dans les trente jours, d'un recours écrit et motivé, devant le juge compétent, à savoir la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et al. 3 et 450b CC; art. 126 al. 3 LOJ; art. 53 al. 1 et 2 LaCC). Si le dernier jour est un samedi, un dimanche ou un jour férié reconnu par le droit fédéral ou le droit cantonal du siège du tribunal, le délai expire le premier jour ouvrable qui suit (art. 142 al. 3 CC).