Decision ID: d34f7b95-1482-4f4b-ab14-078801807cf6
Year: 2012
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
A. X._-Y._, né le 3 juillet 1982, de nationalité centrafricaine, est entré en Suisse le 1
er
décembre 2001 en vue de suivre les cours de mathématiques spéciales (CMS) du semestre d'hiver 2001/2002. A cet effet, il a obtenu la délivrance d'une autorisation de séjour temporaire pour études.
B.
Le 23 avril 2003, le Service de la population (SPOP) a refusé la prolongation de cette autorisation de séjour temporaire. Par arrêt du 3 novembre 2003 (PE.2003.0161), le Tribunal administratif (depuis le 1
er
janvier 2008, la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal
[
CDAP
]
) a admis le recours déposé par A. X._-Y._ contre ce refus.
C.
Le 10 mars 2005, le SPOP a refusé une nouvelle prolongation de l’autorisation de séjour temporaire pour études. A. X._-Y._ a recouru contre cette décision devant le Tribunal administratif en date du 5 avril 2005.
D.
Le 9 juillet 2005, A. X._-Y._ a épousé une ressortissante suisse, B. X._ Y._, née Z._. Il a de ce fait été mis au bénéfice d’une autorisation de séjour au titre du regroupement familial et a retiré le recours déposé le 5 avril 2005.
E.
Le 23 avril 2008, le Tribunal correctionnel de l’arrondissement de Lausanne l’a condamné à 240 jours-amende pour vol et faux dans les titres.
F.
Le 28 mai 2008, la séparation du couple a été annoncée à la commune de domicile. Par décision du 16 mars 2009, le SPOP a révoqué l’autorisation de séjour de A. X._-Y._. Un recours a été formé contre cette décision auprès de la CDAP. Le 5 juin 2009, constatant que le droit d’être entendu de l’intéressé n’avait pas été respecté, le SPOP a annulé sa décision.
G.
Par nouvelle décision du 20 octobre 2009, le SPOP a refusé de prolonger l’autorisation de séjour de A. X._-Y._ et lui a imparti un délai d’un mois pour quitter le territoire.
Par arrêt du 30 avril 2010 (affaire PE.2009.0625), la CDAP a rejeté le recours formé par A. X._-Y._ contre cette décision au motif, d’une part, que la
communauté conjugale n’avait pas été effectivement vécue pendant trois ans minimum selon l’
art. 50 al. 1 let. a de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20) et, d’autre part, que celui-ci ne pouvait pas se prévaloir de raisons personnelles majeures au sens de l'art. 50 al. 1 let. b LEtr, l
a réintégration sociale dans le pays de provenance ne semblant pas fortement compromise. Quant à la liaison sentimentale que
A. X._-Y._
entretenait, selon son écriture du 29 mars 2010, avec une ressortissante suisse,
C. D._
, la CDAP n’en a pas tenu compte, au motif
que le mariage de l’intéressé avec son amie n’était pas imminent et qu’il n’y avait même en vérité aucune procédure de préparation de mariage entamée par le couple.
H.
Par courrier du 17 septembre 2010, A. X._-Y._ a sollicité du SPOP le réexamen de la décision du 20 octobre 2009, en invoquant le fait qu’il était en passe d’épouser une personne titulaire d’une autorisation de séjour en Suisse, Mme E. F._. Le 23 novembre 2010, le SPOP a rejeté cette requête au motif que le mariage envisagé n’apparaissait pas imminent. Il estimait de plus que les conditions ultérieures du regroupement familial n’étaient pas remplies dès lors que des motifs de comportement étaient opposables à A. X._-Y._, condamné pénalement et de surcroît peu intégré.
Par arrêt du 6 juin 2011 (PE.2010.0627), la CDAP a rejeté le recours formé par A. X._-Y._ contre cette décision. Elle a considéré en substance qu’il n’apparaissait pas qu’il entretenait avec E. F._ depuis longtemps des relations étroites et effectivement vécues, pas plus qu’il n’existait des indices concrets d'un mariage sérieusement voulu et imminent. Au surplus, il n’y avait pas lieu d’examiner, à ce stade, si le recourant remplissait les conditions qui lui permettraient d’obtenir un permis de séjour au titre du regroupement familial ensuite de mariage.
I.
Le 25 juillet 2011, le SPOP a imparti à A. X._-Y._ un délai au 25 août 2011 pour quitter la Suisse.
J. Par courrier de son conseil du 15 août 2011, A. X._-Y._ a informé le SPOP qu’il était sur le point de se marier avec E. F._ et a demandé la suspension de la procédure de départ. Le 23 août 2011, le SPOP lui a demandé de lui transmettre tout document relatif à l’avancement de la procédure de mariage d’ici le 13 septembre 2011. Ce délai a ensuite été prolongé au 13 octobre puis au 13 novembre 2011. Le 11 novembre 2011, son conseil a transmis au SPOP un certain nombre de documents relatifs à la fête de mariage prévue avec Mme E. F._ le 17 décembre 2011.
Le 15 novembre 2011, le SPOP a informé le conseil de A. X._-Y._ du fait que, renseignement pris auprès de l’état civil, la procédure de mariage ne s’était pas poursuivie et qu’il était par conséquent tenu de quitter immédiatement la Suisse. Par décision du 6 juillet 2011, l’office de l’état civil de Lausanne avait en effet refusé de célébrer le mariage de E. F._ et de A. X._-Y._ en application de l’art. 97a du Code civil du 10 décembre 1907 (CC; RS 210).
K. Le 8 décembre 2011, le conseil de A. X._-Y._ a transmis au SPOP la copie d’une demande d’ouverture d’un dossier de mariage de son client avec Mme G. H._, ressortissante française titulaire d’une autorisation de séjour, et a demandé un réexamen du dossier.
Par décision du 10 janvier 2012, le SPOP a déclaré la demande de reconsidération irrecevable et l’a subsidiairement rejetée. Le SPOP relevait que les conditions posées par l’art. 64 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD ; RSV 173.36) pour qu’une partie puisse obtenir le réexamen d’une décision n’étaient pas réunies dès lors que, selon les informations fournies par la Direction de l’Etat civil, aucun des documents relatifs à la célébration du mariage n’avait été produit et que les fiancés ne faisaient pas ménage commun. Il y avait dès lors lieu de douter de l’intention matrimoniale réelle des futurs époux dont le mariage ne pouvait pas, à tout le moins, être célébré dans un proche délai.
J.
A. X._-Y._ (ci-après : le recourant) s’est pourvu contre cette décision auprès de la CDAP le 8 février 2012 en concluant à sa réforme en ce sens que le renvoi est annulé, subsidiairement à son annulation.
Le SPOP a déposé sa réponse le 21 mars 2012. Il relevait notamment que, contrairement aux affirmations du recourant, les fiancés ne faisaient pas ménage commun.
Interpellé sur ce point, le SPOP a indiqué le 26 avril 2012 qu’aucune suite n’avait été donnée à la demande d’ouverture d’une procédure de mariage avec G. H._ dès lors que les fiancés n’avaient transmis aucun document à l’état civil de Lausanne. Invité à se déterminer, le recourant a indiqué le 3 mai 2012 que lui et sa fiancée avaient commencé les démarches dans leurs pays respectifs pour réunir les pièces requises et que le retard était uniquement dû à des lenteurs administratives dans leurs pays d’origine.
Le 25 mai 2012, le SPOP a produit une ordonnance pénale émanant du Ministère public du Canton de Genève condamnant le recourant pour lésions corporelles simples.

Considérant en droit
1.
Selon l'art. 64 al. 1 LPA-VD, une partie peut demander à l'autorité de réexaminer sa décision (al. 1). L'alinéa 2 de cette disposition prescrit que l'autorité entre en matière sur la demande si l'état de fait à la base de la décision s'est modifié dans une mesure notable depuis lors (let. a), si le requérant invoque des faits ou des moyens de preuve importants qu'il ne pouvait pas connaître lors de la première décision ou dont il ne pouvait pas ou n'avait pas de raison de se prévaloir à cette époque (let. b) ou si la première décision a été influencée par un crime ou un délit (let. c).
Selon la jurisprudence, les faits nouveaux invoqués à l’appui d’une demande de réexamen doivent être importants, c'est-à-dire de nature à entraîner une modification de l'état de fait à la base de la décision et, s'il est correctement apprécié, une décision plus favorable au requérant (arrêt PE.2011.0303 du 21 octobre 2011 et la référence citée).
2.
En l’occurrence, si la procédure de mariage avec G. H._ devait aboutir, le recourant pourrait prétendre à l’octroi d’une autorisation de séjour au titre du regroupement familial aux conditions fixées à l’art. 44 LEtr. Il s’agit dès lors d’un fait nouveau important de nature à entraîner une décision plus favorable pour le requérant. L’ouverture de la procédure de mariage constituait ainsi un fait nouveau au sens de l’art. 64 al. 1 let. b LEtr justifiant que le SPOP entre en matière sur la demande de réexamen formulée par le recourant.
3.
a) Dans le cadre d’un arrêt de principe où il a examiné la conformité de l’art. 98 al. 4 CC en relation avec le droit au mariage garanti par l’art. 12 de la Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH; RS 0.101), le Tribunal fédéral a considéré que les autorités de police des étrangers sont tenues de délivrer un titre de séjour en vue de mariage lorsqu’il n’y a pas d’indice que l’étranger entende, par cet acte, invoquer abusivement les règles sur le regroupement familial et qu’il apparaît clairement que l’intéressé remplira les conditions d’une admission en Suisse après son union. Le Tribunal fédéral a constaté que, dans un tel cas, il serait disproportionné d’exiger de l’étranger qu’il rentre dans son pays pour s’y marier ou pour y engager à distance une procédure en vue d’obtenir le droit de revenir en Suisse pour s’y marier. En revanche, dans le cas inverse, soit si, en raison des circonstances, notamment de la situation personnelle de l’étranger, il apparaît d’emblée que ce dernier ne pourra pas, même une fois marié, être admis à séjourner en Suisse, l’autorité de police des étrangers pourra renoncer à lui délivrer une autorisation de séjour provisoire en vue de mariage (ATF 137 I 351 consid. 3.7).
b) En l’espèce, dès lors qu’il avait été informé de l’ouverture d’une nouvelle procédure de mariage, il appartenait à l’autorité intimée d’effectuer l’examen requis par l’arrêt précité, ce qui n’a pas été le cas. Dans la décision attaquée, le SPOP s’est en effet contenté de constater que les documents nécessaires à la célébration du mariage n’avaient pas été transmis et que les fiancés ne faisaient pas ménage commun. Or, ces éléments ne sont pas pertinents au regard de l’examen requis par l’ATF 137 I 151. A cet égard, il apparaît tout d’abord surprenant que le SPOP tire argument du fait que le recourant et sa fiancée ne font pas encore ménage commun, sachant que ces derniers ne sont pas encore mariés. Au surplus, dès lors que la demande d’ouverture de procédure de mariage avait été déposée le 7 décembre 2011, on ne pouvait reprocher au recourant le 10 janvier 2012 (date de la décision attaquée) de n’avoir pas encore été en mesure de produire les documents nécessaires à la célébration du mariage.
3. Vu ce qui précède, il convient d’admettre le recours, d’annuler la décision attaquée, et de retourner le dossier au SPOP afin qu’il procède à l’examen requis par l’ATF 137 I 151. Il appartiendra notamment au SPOP de se prononcer sur la question de savoir si l’on peut déjà, à ce stade, considérer qu’une autorisation de séjour ne pourra pas être délivrée au recourant à la suite de son mariage en application de l’art. 44 LEtr au motif que les règles sur le regroupement familial seraient invoquées abusivement ou pour des motifs de comportement (notamment en raison de ses condamnations pénales).
Vu le sort du recours, l’arrêt sera rendu sans frais. Le recourant n’ayant pas procédé par l’intermédiaire d’un mandataire professionnel, il n’y a pas lieu de lui allouer de dépens.