Decision ID: 88159b77-45c7-49f1-bb1f-061b0c7f2804
Year: 2020
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

Vu
le commandement de payer établi par l'office des poursuites et faillites du district de
Y _ (ci-après : l'office) à l'encontre de la société X _ Sàrl dans la
poursuite no XXX, à l’instance de Z _ SA;
les tentatives infructueuses de notification par voie postale du commandement de payer des
13 novembre et 3 décembre 2019;
le dépôt de ce commandement de payer dans la boîte aux lettres de la société, le 4 janvier
2020, par l'entremise de la Police intercommunale de A _, après un entretien
téléphonique avec B _;
la plainte datée du 14 février 2020 de B _, pour le compte de la société
X _ Sàrl à l'encontre de la notification dudit commandement de payer;
l'ordonnance du 20 février 2020 par laquelle le juge suppléant du Tribunal du district de
Y _ (ci-après: le juge de district) a imparti à l'office un délai de 20 jours pour se
déterminer;
la détermination de l'office du 3 mars 2020 concluant principalement à l'irrecevabilité de la
plainte, pour cause de tardiveté, subsidiairement à son rejet, et transmettant son dossier;
la détermination de X _ Sàrl du 6 mars 2020 et ses annexes;
la décision du juge de district du 20 avril 2020 prononçant le dispositif suivant :
1. La plainte formée le 24 février 2020 est rejetée.
2. Il n'est perçu aucun émolument judiciaire, ni alloué de dépens.
le recours interjeté par X _ Sàrl le 1er mai 2020 - mais daté du 30 avril 2020 - à
l'encontre de cette décision;
la transmission par le juge de district de son dossier (xxx LP 20 178), ainsi que du dossier
de l'office, le 5 mai 2020;
les autres actes de la cause;
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Considérant
qu'en tant qu'autorité supérieure de surveillance (art. 18 al. 1 LP), le Tribunal cantonal
connaît des recours formés contre les décisions des juges de districts statuant comme
autorités inférieures en matière de plainte (art. 19 al. 1 et 4, et 20 LALP);
qu'en cette matière, la cause peut être confiée à un juge unique (art. 19 al. 1 in fine LALP);
qu'aux termes de l'art. 18 al. 1 LP, toute décision de l'autorité inférieure peut être déférée à
l'autorité cantonale supérieure de surveillance dans les dix jours à compter de sa notification;
que le recours doit être adressé par écrit au greffe du Tribunal cantonal (art. 26 al. 1 LALP);
qu'en l'espèce, la décision attaquée, expédiée à la recourante le 22 avril 2020, a été reçue
le lendemain; que, remise à la poste le 1er mai 2020, l'écriture de recours respecte le délai
de dix jours;
que le mémoire de recours doit contenir un exposé concis des faits, des motifs
accompagnés des moyens de preuve ainsi que des conclusions et être daté et signé par le
recourant ou son mandataire (art. 26 al. 3 LALP); que le droit cantonal détermine dans quelle
mesure les faits et moyens de preuve nouveaux peuvent être invoqués devant l'autorité de
surveillance cantonale supérieure (arrêt 5A_57/2016 du 20 avril 2016 consid. 3.2.1 et les
réf.); que, selon l'art. 26 al. 4 LALP, de nouvelles conclusions, l'allégation de faits nouveaux
et l'offre de pièces nouvelles sont recevables (cf. également RVJ 2018 p. 185);
que le mémoire de recours est daté et signé par B _ et C _, dont la
signature collective à deux engage la société;
que la copie de la procuration annexée au recours ainsi que les faits nouveaux y relatifs sont
recevables;
que l'écriture de recours ne renferme, en revanche, aucune conclusion; que la recourante,
qui indique vouloir recourir contre la décision rejetant la plainte, ne conclut ni à l'annulation,
ni à la réforme de la décision attaquée; qu'à défaut de contenir des conclusions, le recours
devrait être déclaré irrecevable, l'acte de recours ne permettant pas de déduire d'emblée les
modifications demandées (cf. a contrario ATF 136 V 131 consid. 1.2; 135 I 119 consid. 4;
134 III 235 consid. 2; 134 V 208 consid. 1);
que, quoi qu'il en soit, même si l’écriture de recours devait être interprétée comme tendant
à l'annulation du prononcé attaqué et au renvoi de la cause à l'autorité inférieure ou à sa
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réforme en ce sens que la plainte serait admise et la notification du commandement de payer
annulée ou sa nullité constatée, le recours devrait être rejeté pour les motifs suivants;
qu'est susceptible d'une plainte, puis d’un recours, toute mesure des autorités de poursuite
ou de faillite (art. 17 al. 1 et 18 al. 1 LP); que, par mesure, il faut entendre tout acte d'autorité
accompli par l'office ou par un organe de la poursuite en exécution d'une mission officielle
dans une affaire concrète (ATF 128 III 156 consid. 1c et les réf.); que l'acte de poursuite doit
être de nature à créer, modifier ou supprimer une situation du droit de l'exécution forcée
dans l'affaire en question, et peut se manifester de toutes sortes de façons (ATF 129 III 400
consid. 1.1);
que la qualité pour porter plainte est reconnue à toute personne lésée ou exposée à l'être
dans ses intérêts juridiquement protégés, ou à tout le moins atteinte dans ses intérêts de
fait, par une mesure ou une omission d'un organe de la poursuite (ATF 139 III 384 consid.
2.1; 138 III 219 consid. 2.3; 129 III 595 consid. 3; 120 III 42 consid. 3); que le plaignant doit
être matériellement lésé par les effets de la décision attaquée et avoir un intérêt digne de
protection à sa modification ou à son annulation (ATF 139 III 384 consid. 2.1; 138 III 219
consid. 2.3; 120 II 5 consid. 2a);
que, dans le cas particulier, la notification du commandement de payer mise en cause est
une mesure susceptible de plainte; qu'en outre, en tant que poursuivie, dont la plainte a été
rejetée, la recourante est directement atteinte par la décision entreprise; qu'elle possède un
intérêt actuel et réel à obtenir l'annulation de celle-ci, si bien que la qualité pour recourir doit
lui être reconnue;
que le magistrat de première instance a relevé qu'à teneur de l'extrait du registre du
commerce, la société X _ Sàrl n'était engagée que par la signature collective à
deux de l'associé-gérant et secrétaire et du président des gérants; que la plainte ne portait
que la signature de B _, président des gérants, mais non celle de C _,
associé-gérant et secrétaire de X _ Sàrl; qu'il en a déduit que, compte tenu de
l'absence d'une représentation valable, la plainte devait être rejetée;
que la recourante ne conteste pas la teneur du registre du commerce, ni le fait que
B _ est le seul signataire de la plainte; qu'elle fait cependant valoir que
B _ disposait de pouvoirs lui permettant de représenter C _; qu'elle a
déposé en annexe à son recours une copie d'une procuration;
que, savoir quelle(s) personne(s) est (sont) habilitée(s) à représenter une société en
procédure ressortit à la capacité d'ester en justice de celle-ci (ATF 141 III 80 consid. consid.
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3.1); qu'il s'agit de l'une des facultés que comprend l'exercice des droits civils (XOUDIS in :
Pichonnaz/Foëx [édit.], Commentaire romand, Code Civil I, 2010, n. 3 ad art. 54/55 CC); que
la personne morale a l'exercice des droits civils, à condition qu'elle possède les organes que
la loi et les statuts exigent à cet effet (art. 54 CC); qu'elle exerce ses droits civils par
l'intermédiaire de ses organes, qui expriment sa volonté à l'égard des tiers (art. 55 al. 1 CC);
qu'il y a lieu d'entendre par là les organes exécutifs, et non l'organe législatif ou l'organe de
contrôle (ATF 141 III 80 consid. 1.3 et les réf.);
qu'à teneur de l'article 814 al. 1 CO, chaque gérant a le pouvoir de représenter la société;
que le deuxième alinéa de cette disposition permet cependant d'y déroger, notamment par
le biais d'un système de signature collective; qu'une dérogation au principe de la
représentation individuelle doit être prévue par les statuts, lesquels peuvent renvoyer à un
règlement pour les détails (art. 814 al. 1 et 2 CO; cf. BUCHWALDER in : Tercier/Tringo-Trindad
[édit.], Commentaire romand, Code des obligations II, 2e éd., 2017, n. 3 s. ad art. 814 CO);
que le gérant qui ne dispose que de la signature collective à deux ne peut engager la société
à responsabilité limitée par sa seule signature, à moins qu'un pouvoir de représentation civile
(art. 32 ss CO) pour une affaire déterminée ne lui ait été conféré (arrêt 4A_187/2018 du 21
février 2019 consid. 3.1.1.1 cf. ég. arrêt 4A_178/2019, 4A_192/2019 du 6 août 2020 consid.
4.2.1 [pour le cas d'une SA]);
qu'en l'espèce, la société a précisément dérogé au système prévu par la loi en prévoyant la
nécessité d'une signature collective à deux de l'associé et gérant secrétaire et du président
des gérants;
que la recourante se prévaut cependant d'une procuration qui aurait permis, selon elle, à
B _ d'agir au nom de C _, notamment pour le dépôt de la plainte du
14 février 2020;
qu'elle dépose céans un courrier du 9 septembre 2019 adressé par C _ à
X _ Sàrl, avec pour objet "Procuration", dans lequel C _ déclare donner,
pour une durée de 24 mois à compter de cette date, pouvoirs à B _ pour les actes
suivants :
 Gestion et courriers administratifs (courrier légal, relance, mise en poursuite)
 Contrats d'achats fournisseurs
 Gestion des abonnements téléphoniques;
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que, pour qu'un acte juridique fait par un représentant lie le représenté conformément à l'art.
32 al. 1 CO, deux conditions doivent être remplies;
que, premièrement, le représentant doit agir au nom du représenté ("fait au nom d'une autre
personne"); qu'il doit ainsi manifester - expressément ou tacitement (ATF 126 III 59 consid.
1b p. 64) - qu'il n'agit pas en son nom, mais en celui du représenté; que l'existence d'un
rapport de représentation est normalement établie lorsque telle était l'intention réelle du
représenté (qui a voulu que le représentant agisse en son nom), du représentant (qui a voulu
agir au nom du représenté) et du tiers (qui a voulu/accepté que le représentant signe l'acte
juridique au nom du représenté); que, si cette volonté (réelle et commune) ne peut être
établie, l'existence du rapport de représentation doit être retenue si le tiers pouvait l'inférer
du comportement du représentant, interprété selon le principe de la confiance (art. 32 al. 2
CO; ATF 146 III 121 consid. 3.2.1; 120 II 197 consid. 2b/aa; arrêt 4A_638/2015 du 9 mars
2016 consid. 3.2.2); qu'il en va de même, s'il était indifférent au tiers de traiter avec l'un ou
l'autre (art. 32 al. 2 CO);
que, deuxièmement, le représentant doit avoir le pouvoir de représenter ("autorisé"); qu'il
doit agir en vertu de l'autorisation qui lui a été donnée par le représenté, c'est-à-dire en vertu
d'une procuration (interne); que l'étendue des pouvoirs de représentation internes octroyés
(art. 32 al. 1 CO) dépend au premier chef de l'acte d'octroi lui-même (art. 33 al. 2 CO), dont
le contenu est apprécié, si nécessaire (si la volonté réelle et commune du représenté et du
représentant n'a pas pu être établie), sur la base du principe de la confiance (ATF 146 III
121 consid. 3.2.1);
que les deux conditions susmentionnées doivent également être remplies s'agissant de la
représentation commerciale (CHAPPUIS in : Thévenoz/Werro [édit.], Commentaire romand,
CO I, 2e éd., 2012, n. 9 ss ad art. 458 CO et n. 5 ad art. 462 CO);
qu'une majorité de la doctrine exclut la représentation d'un gérant, que ce soit par un autre
gérant ou par un tiers en raison du caractère personnel de la Sàrl; que, si certains auteurs
l'admettent lorsqu'elle est fondée sur une base statutaire (BUCHWALDER, op. cit., n. 17 ad art.
809 CO et les réf.; WATTER/ROTH PELLANDA in : Honsell/Vogt/Watter [édit.], Commentaire
bâlois, OR II, 5e éd., 2016, n. 18 ad art. 809 CO et les réf.; cf. ég. arrêt 4A_187/2018 du 21
février 2019 consid. 4.1), une représentation en vertu d'une simple procuration paraît
toutefois exclue (BUCHWALDER, loc. cit.; cf. ég. arrêt 4A_187/2018 précité; contra :
WATTER/ROTH PELLANDA, loc. cit., dans le cas d'une procuration spécifique pour un projet
de décision déterminé);
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qu'en l'occurrence, à défaut de base statutaire, il est fort douteux que le gérant C _
puisse avoir valablement conféré un pouvoir de représentation au gérant B _ par
le biais d'une simple procuration;
que, par ailleurs, cette dernière n'a pas été versée en cause en première instance, ne
figurant ni dans le dossier de l'office, ni dans les pièces transmises par la plaignante; que,
de plus, devant le juge de district, B _ n'a jamais prétendu qu'il agissait au nom de
C _, dont le nom n'est pas mentionné dans l'écriture de plainte; qu'aucun indice
ne permet, en outre, de retenir que C _ était informé de la procédure; que le juge
ne pouvait ainsi déduire de son comportement que B _ avait signé l'écriture de
plainte, non seulement pour lui-même, mais également pour C _, au nom de la
société; que la représentation est, en conséquence, exclue, les pouvoirs n'ayant, ni été
portés à la connaissance du juge, ni ne pouvant être inférés par lui des circonstances, la
personne agissant ne lui étant en outre pas indifférente, dès lors qu'en dépendait la qualité
pour agir;
qu’au surplus, les pouvoirs nécessaires feraient également défaut; qu'en effet, la procuration
déposée ne mentionne aucunement la faculté de signer une écriture judiciaire; que le dépôt
d'une plainte LP ne saurait être assimilé à un simple "courrier légal" ou à une mise en
poursuite, ni être couvert par la gestion des abonnements téléphoniques, lors même que la
facture objet de la poursuite y serait liée;
que, dans ces circonstances, c'est à bon droit que le magistrat de première instance a retenu
l'absence d'une représentation valable;
que le recours doit, par conséquent, être rejeté, dans la (faible) mesure de sa recevabilité;
que la procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP et art. 61 al. 2 let. a OELP) et
qu’il ne peut être alloué de dépens dans cette procédure (art. 62 al. 2 OELP);