Decision ID: 25155f43-ebaf-5d26-a5af-740bc2f4f663
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
Par ordonnance
DTAE/1635/2016
du 29 mars 2016, reçue par les parties le
11 avril 2016, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : Tribunal de protection), statuant sur reconsidération de son ordonnance du 2 juin 2015, a renoncé à nommer un curateur à l'enfant dans le cadre d'une procédure en désaveu de paternité concernant la mineure C_, née le _ 2009 (ch. 1 du dispositif), débouté les parties de toutes autres ou contraires conclusions
(ch. 2), compensé les dépens (ch. 3) et dit que la procédure était gratuite (ch. 4).![endif]>![if>
En substance, le Tribunal de protection a retenu qu'il n'était pas dans l'intérêt de l'enfant d'engager une procédure en désaveu à l'encontre de B_, dans la mesure où malgré le déménagement de ce dernier à 1_ et l'acceptation par C_ de D_ comme troisième parent, le premier manquait à C_ et elle lui restait attachée. Le Tribunal de protection a par ailleurs considéré qu'au vu de l'intention de la mère d'écarter B_ de la vie de C_, il y avait lieu de craindre que celle-ci ne soit plus amenée à le revoir et qu'il découlerait de cette "parentectomie" une mise en danger de son développement. Enfin, le Tribunal de protection a estimé que, bien que les deux concurrents à la paternité fussent tous deux en mesure d'assurer une bonne sécurité matérielle à l'enfant et de bonnes expectatives successorales, D_ était déjà père de deux enfants, ce qui réduisait l'expectative successorale de C_. Celle-ci risquait par ailleurs de se trouver prématurément orpheline de père dans la mesure où D_ avait déjà un certain âge et semblait souffrir de problèmes de santé.
B.
a)
Par acte du 11 mai 2016, A_ a interjeté recours contre cette ordonnance, dont elle sollicite l'annulation. Elle conclut préalablement à la nomination d'un curateur de représentation pour C_ dans le cadre de la présente procédure et principalement à celle d'un curateur aux fins d'introduire une action en désaveu de paternité.
A l'appui de son recours, elle produit notamment un nouveau rapport du Service de protection des mineurs du 27 avril 2016.
b)
Par courrier du 30 mai 2016, le Tribunal de protection a déclaré ne pas souhaiter faire usage des facultés prévues par l'art. 450d CC.
c)
B_ a conclu, par mémoire réponse du 27 juin 2016, au rejet du recours et à la confirmation de l'ordonnance entreprise, avec suite de frais et dépens.
d)
Les parties ont été informées le 29 juin 2016 de ce que la cause était mise en délibération.
C.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :
a)
B_, né en 1964, de nationalité _, et A_, née en 1970, de nationalités _ et _, se sont mariés le _ 1991 à _ (_).
b)
A_ a donné naissance à C_ le _2009 à _ (_/ _).
Née pendant le mariage, cette dernière a été inscrite à l'état civil comme étant la fille de B_. Elle est de nationalités _ et _.
c)
Après avoir vécu à _ et _ (_/_), la famille A_ B_ s'est installée à Genève en _ 2010.
d)
A_ et B_ se sont séparés en _ 2014. Ce dernier s'est depuis lors installé en région 1_, où il a trouvé un nouvel emploi. Son salaire mensuel net est de EUR 3'453 et il contribue à hauteur de 600 fr. par mois à l'entretien de C_.
B_ est propriétaire d'un appartement à 2_, dans lequel vivent C_ et sa mère, et allègue être propriétaire d'un appartement à 3_ (_/_). Les époux sont par ailleurs copropriétaires d'un appartement et d'un studio situés à _.
e)
Le 3 mars 2015, A_ a saisi le Tribunal de première instance d'une requête en mesures protectrices de l'union conjugale.
f)
Le 8 mai 2015, elle a sollicité la nomination d'un curateur de représentation auprès du Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant, aux fins d'introduire une action en désaveu de paternité.
Dans ce cadre, elle a fait valoir que B_ n'était pas le père biologique de C_, son père étant D_. Elle a indiqué que ce dernier et C_ passaient régulièrement du temps ensemble et qu'il souhaitait reconnaître l'enfant.
g)
Par déclaration du 29 mai 2015, D_, né en 1953, de nationalité _, a confirmé être le père biologique de C_ et s'est engagé à reconnaître officiellement l'enfant dès que cela serait juridiquement possible.
Ce dernier est déjà père de deux filles qui ont atteint l'âge adulte. Il perçoit des revenus nets de l'ordre de EUR 4'000 par mois, est propriétaire de deux biens immobiliers situés dans la banlieue _ et d'un bien immobilier à _ (voire de deux selon les affirmations d'A_). Il a affirmé contribuer à l'entretien de C_ à hauteur de EUR 500 par mois. Par ailleurs, il a souscrit une assurance vie dont A_ est bénéficiaire à hauteur de EUR 152'000. Selon cette dernière, elle serait remplacée par C_ si la reconnaissance en paternité devait aboutir.
h)
Par ordonnance du 2 juin 2015, le Tribunal de protection a nommé un curateur aux fins d'introduire une action en désaveu de paternité contre B_, considérant qu'il était dans l'intérêt de l'enfant de lui permettre d'agir elle-même en désaveu.
i)
Par acte déposé le 10 juillet 2015 au greffe de la Cour de justice, B_ a interjeté recours contre l'ordonnance précitée, concluant à son annulation.
j)
En août 2015, le Tribunal de protection a décidé de reconsidérer sa décision et prié le Service de protection des mineurs de lui faire parvenir son préavis quant à l'opportunité de désigner un curateur à C_ aux fins d'intenter une action en désaveu de paternité à l'encontre de B_.
k)
A_ s'est déterminée auprès du Tribunal de protection sur le recours déposé le 10 juillet 2015 par B_. Elle a conclu au maintien de l'ordonnance du 2 juin 2015.
l)
Dans un rapport du 22 décembre 2015, le Service de protection des mineurs a constaté que C_ avait, depuis sa naissance et jusqu'au début de l'année 2015, toujours considéré B_ comme son père. A la date du rapport, il représentait encore la figure paternelle à laquelle elle s'identifiait et il lui manquait. C_ avait alors trois figures parentales, étant précisé qu'elle s'était principalement construite avec les figures de référence offertes par le couple parental A_ B_, D_ représentant toutefois une personne proche depuis plusieurs années, qui avait pris une place plus importante depuis plusieurs mois.
Le Service de protection des mineurs a retenu que si B_ devait cesser d'être le père légal de C_, cela équivaudrait à une "parentectomie" pour l'enfant, dans la mesure où il faisait partie de ses trois figures d'attachement principales. En revanche, si B_ restait le père légal de l'enfant, C_ aurait de meilleures chances de maintenir ses liens affectifs, tant avec lui qu'avec D_, dans la mesure où A_ favorisait le lien entre D_ et C_. Sur ce constat, le Service de protection des mineurs a conclu qu'il n'était, au jour du rapport, pas dans l'intérêt de l'enfant de désigner un curateur aux fins d'agir en désaveu de paternité à l'encontre de B_, précisant que si les liens affectifs de C_ venaient à se modifier durablement et profondément, elle disposerait d'un délai jusqu'à ses dix-neuf ans pour déposer une requête en désaveu de paternité si elle le souhaitait.
m)
Invitées à s'exprimer sur ce rapport, les parties se sont déterminées le
3 février 2016.
A_ s'est opposée au préavis du Service de protection des mineurs et fait valoir que celui-ci était lacunaire et arbitraire, au motif notamment que l'enfant n'avait pas été entendue. Elle a contesté l'implication de B_ dans la vie de sa fille, ce dernier ayant fait le choix de ne pas voir C_ pendant plusieurs mois alors qu'il avait la possibilité de le faire en sa présence. D_ était, pour sa part, très présent dans la vie de l'enfant depuis sa naissance. Celle-ci était acceptée dans cette famille. Elle a déploré un risque pour le bon développement de l'enfant si la réalité biologique devait ne pas correspondre à celle juridique. Par ailleurs, elle a produit une attestation de la Doctoresse E_ du 15 janvier 2016, selon laquelle B_ ne représenterait pas la figure paternelle à laquelle s'identifierait l'enfant.
Elle a, au surplus, relevé que l'instauration d'une curatelle en faveur de l'enfant resterait dans tous les cas nécessaire dans le cadre de la procédure de mesures protectrices de l'union conjugale, dès lors que les intérêts de la mère se trouvaient en conflit avec ceux de sa fille.
Quant à B_, il s'est rallié au préavis du Service de protection des mineurs. Il a relevé que D_, qui avait laissé se développer les relations d'amour et de confiance entre B_ et l'enfant pendant six ans, ne s'attachait pas à assurer le bien de l'enfant, mais uniquement à détourner les règles sur l'imposition des dons en _. Par ailleurs, il a souligné que malgré les obstacles posés par A_ à l'exercice des relations personnelles avec C_, il ne s'était jamais résigné et avait redoublé d'efforts. Enfin, une décision en désaveu prononcée en Suisse ne serait pas reconnue en _ et l'enfant se trouverait avoir deux pères, ce qui engendrerait de nombreux problèmes contraires à son intérêt.
n)
Parallèlement à la procédure auprès du Tribunal de protection, la procédure de mesures protectrices de l'union conjugale initiée par A_ a suivi son cours auprès du Tribunal de première instance.
Par ordonnance du 18 décembre 2015, statuant sur mesures superprovisionnelles, le Tribunal de première instance a réservé à B_ un droit de visite sur l'enfant C_ les samedis 2 janvier, 20 février et 12 mars 2016, de midi à 17h00.
A l'audience de comparution personnelle du 12 janvier 2016 auprès du Tribunal de première instance, les parties se sont mises d'accord sur un droit de visite de B_ devant s'exercer un dimanche sur deux de 13h00 à 18h00 puis, dès la fin des cours _, un samedi sur deux de 12h00 à 18h00. Un désaccord demeurait toutefois sur les modalités du droit de visite, A_ souhaitant qu'il s'exerce en sa présence, de peur que B_ ne la dénigre en son absence.
Par ordonnance du 24 février 2016, le Tribunal de première instance, statuant sur mesures provisionnelles, a réservé à B_ un droit de visite sur C_ à raison d'un dimanche sur deux de 13h00 à 18h00, puis, dès la fin des cours _ de l'enfant, à raison d'un samedi sur deux de 12h00 à 18h00. Le Tribunal de première instance a précisé que ce droit de visite se ferait hors la présence d'A_.
A_ a recouru contre l'ordonnance du Tribunal de première instance auprès de la Cour de justice, concluant à son annulation et à la suspension de tout droit aux relations personnelles entre B_ et C_ jusqu'à nouvelle évaluation par le Service de protection des mineurs avec audition de l'enfant, ainsi qu'à la nomination d'un curateur de représentation de la mineure.
A l'appui de son recours, A_ exposait que l'exercice des deux derniers droit de visite s'était mal déroulé. En effet, lors du rendez-vous du 20 février 2016 organisé dans un lieu public, B_ avait frappé ou tenté de frapper D_ sous les yeux de l'enfant. Il avait par ailleurs fait mal à C_ en la retenant de force par le poignet lors de la rencontre du 6 mars 2016 et avait fait appel aux gendarmes, la situation avec la mère de l'enfant ayant dégénéré.
La procédure de recours est actuellement pendante devant la Chambre civile de la Cour.
o)
En avril 2016, tant la Cour de justice que le Tribunal de première instance ont ordonné une curatelle de représentation de l'enfant dans le cadre des causes dont elles étaient saisies; F_, avocate, a été désignée à cette fin.
p)
Sur requête du Tribunal de première instance, le Service de protection des mineurs a rendu un second rapport le 27 avril 2016.
Selon les explications fournies par A_, C_ avait commencé à voir régulièrement D_ en 2014, lors des week-ends que toutes deux passaient chez lui à _ et pendant toutes les vacances scolaires.
Le Service de protection des mineurs a ainsi constaté que D_ était plus présent dans la vie de C_ que B_ et que celle-ci orientait désormais vers lui son identification paternelle, affirmant par ailleurs qu'elle s'appelait C_ [suivi du nom de famille de D_]. Il n'était toutefois pas possible de déterminer s'il s'agissait de propos influencés par la mère ou d'un authentique sentiment de filiation éprouvé par l'enfant. Il était néanmoins peu probable que ce désir de changer de nom provienne de la propre construction d'une enfant de six ans, de sorte que le rôle de la mère et de D_ n'était sans doute pas neutre sur ce point. C_ exprimait en tout état de cause qu'elle ne pouvait plus voir B_, ne le considérant pas comme son père.
Le Service de protection des mineurs a relevé que l'intensification du conflit parental et la présence physique de D_, la reconstitution familiale de l'enfant autour de celui-ci, la violence qui avait eu lieu devant l'enfant et le profond rejet qu'exprimait C_ vis-à-vis de B_ ne permettaient pas une poursuite sereine de l'exercice du droit de visite, même au sein d'un Point rencontre. Le conflit tournait en effet autour d'un problème fondamental d'identification de la paternité, de sorte qu'un droit de visite dans un lieu protégé ne suffirait pas à redonner à l'enfant le sentiment de filiation paternelle envers B_.
Alors que ce même service avait considéré, dans son rapport du 22 décembre 2015 que C_ pourrait elle-même introduire une action en désaveu de paternité jusqu'à ses dix-neuf ans si ses relations affectives avec B_ venaient à se modifier durablement, ce même service a estimé, dans son nouveau rapport, que la dégradation de la situation lui paraissait suffisante et le conflit entre les trois parents durablement installé pour que la question de la clarification de l'identité paternelle soit posée. Il a exprimé des doutes quant aux ressources psychologiques de l'enfant pour grandir de manière sereine et épanouie en ayant deux figures paternelles déclarées et en opposition, de sorte qu'il était préférable que les adultes prennent en charge la question de la paternité. En conclusion de son rapport, le Service de protection des mineurs estimait conforme à l'intérêt de l'enfant de mettre en place un suivi psychologique et de procéder à une expertise, afin de clarifier son ressenti actuel par rapport à ses deux pères et de déterminer le risque d'éventuelles répercussions sur le développement psychologique de C_ si la situation devait être maintenue telle quelle. Dans l'attente de ce rapport, le Service de protection des mineurs déclarait approuver la suspension provisoire du droit de visite de B_.
D.
L'argumentation des parties sera examinée ci-après, dans la mesure utile.

EN DROIT
1.
1.1.1
Les art. 443 ss CC relatifs à la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie à celle devant l'autorité de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).![endif]>![if>
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours (art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de la notification de la décision (art. 450b al. 1 CC; art. 53 al. 2 LaCC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC; art. 126 al. 3 LOJ).
Ont qualité pour recourir les personnes parties à la procédure, les proches de la personne concernée et les personnes qui ont un intérêt juridique à l'annulation ou à la modification de la décision attaquée (art. 450 al. 2 CC).
Sont parties à la procédure devant le Tribunal de protection, dans les procédures instruites à l'égard d'un mineur, le mineur concerné, ses père et mère et le cas échéant son représentant légal, de même que les tiers au sens de l'article 274a CC (art. 35 let .b LaCC).