Decision ID: 4bb2e559-f609-5808-929b-2b22e97912bc
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
A_, né le _ 1967 et B_, née le _ 1977, ont contracté mariage le _ 2003 à _ (Syrie). Ils ont donné naissance à une fille, prénommée E_, née le _ 2004.
Les parties se sont séparées dans le courant du mois de février 2006.
Par ordonnance du 20 mars 2006 rendue sur mesures préprovisoires et d'accord entre les parties, les époux A_ et B_ ont été autorisés par le Tribunal de première instance à vivre séparés, la garde de E_ étant attribuée à sa mère, un droit de visite devant s'exercer chaque dimanche de 10h00 à 14h00 et de 16h00 à 18h00 étant réservé au père. Une mesure de curatelle d'organisation et de surveillance du droit de visite a par ailleurs été instaurée.
Le 4 mai 2006, B_ a donné naissance à un garçon prénommé F_.
Par jugement du 19 juin 2006 rendu sur mesures protectrices de l'union conjugale, le Tribunal de première instance a attribué à B_ l'autorité parentale et la garde sur les enfants et a réservé au père un droit de visite devant s'exercer dans un premier temps dans un Point rencontre à raison d'une demi-heure le samedi après-midi toutes les deux semaines et ensuite, selon les conseils du curateur, en fonction de l'évolution de la situation. La mesure de curatelle d'organisation et de surveillance du droit de visite a été maintenue et une curatelle d'assistance éducative ordonnée. Le jugement relevait le fait que E_ avait souffert, durant la vie commune des parties, du comportement violent de son père, de sorte qu'elle devait retrouver confiance et stabilité.
b)
Le 23 juillet 2007, A_ a été interpellé par la police, alors qu'il errait dans les rues de _, exclusivement vêtu d'un pantalon. Il s'est avéré qu'il s'était enfui de la Clinique _, où il était hospitalisé pour des troubles psychiatriques.
c)
Il ressort d'un rapport périodique du Service de protection des mineurs du 28 août 2008 que le droit de visite en milieu protégé n'avait pas pu être mis en place en raison du manque de collaboration de A_, lequel considérait qu'étant le père des enfants, il avait le droit de se rendre au domicile de son épouse, qu'il continuait de considérer comme le sien. Il s'y était d'ailleurs rendu à plusieurs reprises, par effraction, occasionnant des dégâts importants. Il avait effectué plusieurs séjours en milieu psychiatrique et avait fini par quitter le territoire suisse au mois de novembre 2007.
d)
Par jugement du 19 février 2009, le Tribunal de première instance, statuant par défaut s'agissant de A_, a prononcé le divorce des époux A_ et B_ et a notamment attribué à B_ l'autorité parentale et la garde sur les enfants. Aucun droit de visite n'a été réservé au père, auquel il a été fait interdiction de fréquenter le quartier dans lequel habite B_ et de prendre contact avec elle, notamment par téléphone, par écrit ou par voie électronique.
e)
Par courrier du 13 novembre 2009 adressé au Tribunal tutélaire (désormais le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant, ci-après : le Tribunal de protection), A_ a sollicité l'octroi d'un droit de visite sur ses enfants.
f)
Dans un rapport du 22 février 2010, le Service de protection des mineurs a relevé que la situation paraissait délicate, la mère et la fille étant terrorisées par le retour de A_. L'état de ce dernier n'avait pas pu être évalué correctement; il était sur la défensive et vivait comme une persécution le fait que le Service de protection des mineurs souhaite investiguer ses conditions de vie. Une reprise de contact avec les enfants semblait dès lors difficile à mettre en place et l'expertise psychiatrique de A_ était préconisée, afin de déterminer si sa santé mentale lui permettait d'avoir des relations personnelles avec ses enfants, dans l'intérêt de ceux-ci.
Dans un complément de rapport du 6 mai 2010, le Service de protection des mineurs a expliqué avoir reçu A_ le 30 avril 2010, alors qu'il était hospitalisé depuis plus de dix jours à la Clinique _. Il a expliqué souffrir de schizophrénie depuis dix ans, raison pour laquelle il avait été hospitalisé à diverses reprises et s'était montré violent à l'égard de sa famille, alors qu'il entendait des voix qui le poussaient à "tout casser". Il a manifesté de l'émotion en parlant de ses enfants, déclarant souffrir de ne pas les voir. Il était désormais régulièrement suivi par un médecin et prenait des médicaments. Il acceptait par ailleurs de revoir ses enfants dans un milieu protégé et sous surveillance. Le Service de protection des mineurs a souligné les efforts accomplis par A_, tout en relevant qu'il conviendrait à l'avenir de vérifier que le traitement soit suivi de manière soutenue. Il fallait en outre préparer les enfants avant la reprise de tout contact avec leur père.
Dans un courrier du 22 décembre 2010 adressé au Tribunal tutélaire, le Service de protection des mineurs relevait que l'état de santé de A_ continuait d'être stable. Il était par conséquent raisonnable de penser qu'il ne représentait aucun danger pour ses enfants, de sorte qu'un droit de visite à raison d'une heure, une fois par semaine, dans un lieu neutre et protégé pouvait être autorisé. Toutefois, la jeune E_ avait manifesté une forte opposition à revoir son père, dont elle avait peur et le Docteur G_, qui suivait l'enfant, estimait qu'il ne fallait pas la contraindre.
g)
A_ et B_ ont été entendus par le Tribunal tutélaire le 17 février 2011. A l'issue de cette audience, un droit de visite devant s'exercer dans un premier temps à raison d'une heure, une fois par semaine, dans un Point rencontre, dès la mi-juillet 2011, a été réservé à A_; une curatelle d'organisation et de surveillance du droit de visite a été instaurée.
h)
Dans un rapport du 20 août 2012, le Service de protection des mineurs a relevé que de juillet 2011 au début du mois de février 2012 le droit de visite au Point rencontre s'était bien déroulé. Le 14 février 2012, A_ avait à nouveau été hospitalisé à la Clinique _ et les enfants n'avaient plus revu leur père depuis lors. A_ avait fugué de la clinique le 10 mai 2012 et n'avait pas été retrouvé. Il convenait par conséquent, compte tenu des circonstances, de suspendre le droit de visite.
Dans un nouveau rapport du 11 septembre 2012, le Service de protection des mineurs indiquait que A_ s'était spontanément présenté dans ses locaux. Son état de santé était préoccupant: il était sale, habillé de manière inadaptée à la température estivale et tenait un discours délirant, parlant de sorcellerie et de complots contre lui, ourdis par sa famille et par le Service de protection des mineurs et soutenant que sa maladie n'était qu'une invention.
A_ a à nouveau été hospitalisé à la Clinique _ le 2 octobre 2012.
B.
a)
Le 19 janvier 2015, le Service de protection des mineurs a indiqué au Tribunal de protection qu'il était en contact avec A_ depuis le mois de septembre 2014; celui-ci avait demandé à revoir ses enfants. Ceux-ci, informés de ce souhait, avaient exprimé de la crainte, indiquant qu'ils ne désiraient pas revoir leur père. Ils ont évoqué des moments difficiles, au cours desquels ils avaient été confrontés à un père incohérent et agissant de manière bizarre à leur égard durant le droit de visite. Il leur avait par exemple proposé une cigarette en guise de cadeau, expliquant qu'il n'avait pas les moyens de leur donner à manger. E_ a indiqué que lorsqu'elle croisait par hasard son père en ville, elle se cachait pour ne pas être confrontée à lui. Quant à F_, il a expliqué ne garder que des souvenirs sombres et tristes des moments passés avec son père au Point rencontre et s'est dit apeuré par la reprise du droit de visite. Pour lui, son père est un étranger. A_ ne semblait pas entendre les craintes exprimées par ses enfants, considérant que leur mère les empêchait de le voir. Son état semblait toutefois s'être amélioré durant les dernières semaines, son discours étant plus cohérent et son apparence plus soignée; il était à nouveau suivi par un médecin. Il était toutefois isolé à Genève, n'ayant aucun lien familial ou social et étant au bénéfice d'une rente invalidité en raison de ses troubles psychiques. Selon le Service de protection des mineurs, il était dans l'intérêt des enfants de maintenir la suspension du droit de visite et d'ordonner une expertise psychiatrique.
b)
Le 9 février 2015, le Tribunal de protection a décidé de maintenir la suspension du droit de visite.
c)
Par courrier du 1
er
juillet 2015, A_ a déclaré contester cette décision, sa situation ayant évolué. Il était désormais en bonne santé psychique et physique et était régulièrement suivi par la Doctoresse H_. Il demandait à être entendu par le Tribunal de protection.
d)
B_ a déclaré n'être pas opposée, sur le principe, à la reprise des relations entre ses enfants et leur père. Toutefois, le droit de visite exercé par le passé dans un Point rencontre avait été très perturbant pour les enfants, surtout en raison du fait qu'après quelques rencontres, A_ avait disparu sans plus donner de nouvelles. E_ et F_ étaient suivis par un thérapeute depuis près de deux ans. La demande formulée par leur père de les revoir risquait de mettre en péril leur équilibre encore fragile et ils avaient clairement manifesté leur refus de le revoir, ne comprenant pas qu'il soit sale et mal habillé. L'évocation de l'éventualité d'une reprise du droit de visite suscitait du désarroi et plongeait les deux enfants dans un état de terreur incontrôlable.
e)
Le 4 août 2015, le Service de protection des mineurs a préavisé le maintien de la suspension des relations personnelles, estimant que même si A_ semblait souffrir de la situation, il convenait de tenir compte du traumatisme subi par les enfants et de la peur qu'ils avaient exprimée à l'idée de le revoir.
f)
Dans ses observations du 13 novembre 2015, A_ a confirmé qu'il allait mieux, son suivi psychiatrique étant régulier et qu'il était apte à voir ses enfants dans un Point rencontre. Il a à nouveau demandé à être auditionné par le Tribunal de protection.
C.
Par ordonnance
DTAE/8/2016
du 23 décembre 2015, notifiée par plis du 12 janvier 2016, le Tribunal de protection a modifié le chiffre 1 du dispositif de l'ordonnance rendue le 17 février 2011 (chiffre 1), a suspendu le droit de visite entre A_ et ses deux enfants (ch. 2), a maintenu la curatelle d'organisation et de surveillance du droit de visite (ch. 3) et a laissé l'émolument à la charge de l'Etat (ch. 4).
Le Tribunal de protection a relevé que depuis 2011 les enfants avaient de manière claire et constante manifesté leur crainte de revoir leur père, le suivi psychothérapeutique auquel ils étaient soumis depuis deux ans n'ayant pas changé cet état de fait. Or, le développement psychique des enfants pourrait être mis en danger s'ils devaient continuer de craindre la reprise des visites de leur père. Par ailleurs, le dossier permettait de douter de la réelle stabilisation de l'état de santé de A_, lequel avait considérablement fluctué depuis 2011, alors même que deux médecins avaient attesté du fait qu'il allait mieux. Il avait par ailleurs changé de psychiatre entre novembre 2014 et juillet 2015. Il n'était par conséquent pas possible de garantir la reprise d'un droit de visite surveillé régulier et d'exclure que le père adopte à nouveau, pendant ces rencontres, des attitudes ou des comportements susceptibles de choquer les enfants. Il était dès lors conforme à l'intérêt de E_ et de F_ de suspendre le droit de visite.
D.
a)
Le 11 février 2016, A_ a formé recours contre cette décision et a conclu à l'annulation des chiffres 1 et 2 de son dispositif, au renvoi de la cause au Tribunal de protection afin qu'il soit procédé à la reprise de l'examen du dossier et notamment à l'audition personnelle du recourant et à l'allocation d'une équitable indemnité de procédure. Subsidiairement, le recourant a conclu à l'annulation des chiffres 1 et 2 du dispositif de la décision querellée, à son audition par la Chambre de surveillance et à ce que la reprise de son droit de visite soit ordonnée, selon les modalités prévues par le chiffre 1 de l'ordonnance du 17 février 2011, une indemnité de procédure devant lui être allouée.
Le recourant a invoqué une violation de son droit d'être entendu. Il avait requis son audition personnelle à deux reprises, sans qu'aucune suite ne soit donnée à cette demande. Par ailleurs, le Tribunal de protection avait retenu à tort que le fait qu'il ait changé de psychiatre ne permettait pas de compter sur une stabilisation à long terme de son état psychique et sur sa compliance au traitement. Or, son choix de changer de thérapeute et de reprendre son ancien médecin avait été motivé par sa volonté d'obtenir un second avis médical et surtout de s'assurer que les traitements qu'il suivait étaient à même de lui garantir une stabilité psychiatrique à long terme. Le Docteur I_ avait attesté, le 14 novembre 2014 déjà, que son état psychique s'était stabilisé et qu'il venait régulièrement aux rendez-vous. Ce même médecin, qui suivait à nouveau le recourant depuis le mois de juin 2015, avait établi un autre certificat médical le 9 février 2016, versé à la procédure, en indiquant que A_ se présentait régulièrement au cabinet et était "de bonne compliance", son état psychiatrique pouvant être considéré comme stabilisé, aucune contre-indication médicale à l'exercice d'un droit de visite n'étant relevée.
b)
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de sa décision.
c)
B_ a conclu au déboutement de A_ de toutes ses conclusions et à la confirmation de l'ordonnance querellée.
d)
Le Service de protection des mineurs a confirmé la teneur de ses rapports et a ajouté que la reprise des relations personnelles entre le recourant et ses enfants serait une source de perturbation et engendrerait un risque pour leur bon développement. Il était dès lors nécessaire de suspendre le droit de visite du recourant aussi longtemps qu'aucune garantie ne serait donnée sur la stabilisation durable de son état de santé mentale.
e)
La cause a été mise en délibération le 24 mars 2016.

EN DROIT
1.
1.1
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie aux mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).![endif]>![if>
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 CC et 53