Decision ID: ff48eed7-29a1-46c7-8a00-b61da0d1444d
Year: 2006
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. A. X._, ressortissant marocain né le 1********, est entré en Suisse sans visa le 29 août 2004 et a épousé le 21 octobre 2004 à Lausanne, la ressortissante portugaise B. Y._, titulaire d’une autorisation de séjour CE/AELE. En raison de son mariage, il a requis 2 novembre 2004 la délivrance d’une autorisation de séjour par regroupement familial.
B. B. X._ est locataire d’un appartement d’une pièce et demi, dont le loyer s’élève avec les charges à 715 fr. par mois. Elle travaille en qualité d’extra auprès de l’établissement 2******** à Lausanne. Au mois de septembre 2004, elle a ainsi réalisé un salaire net de 2'079,60 fr., impôts à la source déduits. Ni B. X._ ni son mari n’ont bénéficié des prestations du service social de Lausanne. A. X._ a fait part de son intention d’exercer une activité lucrative.
Se fondant sur ces éléments, le SPOP a calculé que ce couple ne disposait pas des ressources financières nécessaires : après avoir tenu compte du revenu de l’épouse et des charges [loyer , assurance-maladie (540 fr.) et minimum vital (1'700 fr.)], il est en effet parvenu à un solde négatif de 875,40 fr. par mois.
C. Par décision du 8 février 2005, notifiée le 14 suivant, le SPOP a refusé à A. X._ la délivrance d’une autorisation de séjour CE/AELE par regroupement familial, motifs pris que les ressources financières de son épouse n’étaient pas suffisantes pour subvenir aux besoins du couple et qu’il avait enfreint l’obligation de visa. Le SPOP a imparti à l’intéressé un délai de départ d’un mois pour quitter le territoire.
D. Par acte du 7 mars 2005, A. X._ a saisi le Tribunal administratif d’un recours dirigé contre le refus du SPOP au terme duquel il conclut, avec dépens, à la réforme de la décision attaquée en ce sens qu’une autorisation de séjour CE/AELE par regroupement familial lui est accordée. Le recourant s’est acquitté d’une avance de frais de 500 francs. Le recourant a été autorisé à poursuivre son séjour dans le canton de Vaud pendant la durée de la procédure cantonale de recours.
E. A. X._ a été surpris le 15 mars 2005 en train de travailler illégalement sur un chantier pour le compte de l’entreprise 3******** SA (v. rapport de contrôle des chantiers de la construction du canton de Vaud).
Suite aux réquisitions du SPOP du 20 avril 2005, le recourant a été invité par le juge instructeur à se déterminer sur cette dénonciation et à produire un contrat de travail accompagné d’une demande de main d’œuvre étrangère. Le recourant et l’entreprise précitée ont déposé le 3 mars 2005 une demande d’un titre de séjour CE/AELE. A la demande de l’autorité intimée, le recourant a été invité le 7 juin 2005 à déposer une demande de main d’œuvre étrangère pour ressortissant extracommunautaire et à produire son contrat de travail de manière à ce que l’OCMP puisse se prononcer sur la prise d’emploi. Le 20 juin 2005, Le recourant a informé le tribunal que l’entreprise 3******** SA avait renoncé au terme d’un temps d’essai de trois mois de poursuivre la relation contractuelle. Il a en revanche allégué que son épouse avait trouvé un emploi à 50 % dès le 1er mai 2005 en qualité de femme de chambre à 4******** à Lausanne. Selon la copie de ce contrat, le temps de présence hebdomadaire est en réalité de 16,8 heures par rapport au maximum de 41 ou 44 heures par semaine, selon le type d’établissement ; la rémunération prévue s’élève à 1'006,75 fr. net par mois et de 1'138 fr.net par mois après le temps d’essai, impôts à la source déduits.
F. Dans ses déterminations du 27 juin 2005, l’autorité intimée a conclu au rejet du recours. Le 28 juillet 2005, le recourant a déposé un mémoire complémentaire au terme duquel il a confirmé les conclusions de son recours. Le 4 août 2005, le SPOP a maintenu sa position. Ensuite, le tribunal a statué sans organiser de débats.

Considérant en droit
1. Le recourant ne conteste pas le fait qu’il ne dispose pas d’un droit au regroupement familial selon l’art. 3 de l’annexe I de l’accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) dès lors qu’il ne séjournait pas, avant son mariage avec une ressortissante communautaire, légalement dans un Etat membre de l’UE ou de l’AELE (ATF 130 II 1).
2. Selon l'art. 38 al. 1 OLE, la Police cantonale des étrangers peut autoriser l'étranger à faire venir en Suisse son conjoint et ses enfants célibataires âgés de moins de 18 ans dont il a la charge. L'alinéa 2 de cette disposition rappelle que les titulaires d'une autorisation de séjour de courte durée, les stagiaires, les étudiants et les curistes ne peuvent en général pas faire venir les membres de leur famille.
Les conditions auxquelles un regroupement familial est subordonné sont posées à l'art. 39 OLE qui prévoit à son alinéa 1 que l'étranger peut être autorisé à faire venir sa famille sans délai d'attente lorsque son séjour et, le cas échéant, son activité lucrative paraissent suffisamment stables (litt. a), lorsqu'il vit en communauté avec elle et dispose à cet effet d'une habitation convenable (litt. b), lorsqu'il dispose de ressources financières suffisantes pour l'entretenir (litt. c) et si la garde des enfants ayant encore besoin de la présence des parents est assurée (litt. d). L'alinéa 2 de l'art. 39 indique qu'une habitation est convenable si elle correspond aux normes applicables aux ressortissants suisses dans la région où l'étranger veut habiter.
A l’appui de ses conclusions, le recourant fait valoir que sa situation actuelle présente un caractère éminemment provisoire et qu’il trouvera du travail dès qu’il sera en possession de l’autorisation sollicitée. Il considère que les revenus de son épouse, qui s’élèvent à 2'000 fr. net par mois au minimum, devraient suffire dans un premier temps.
3. Selon la jurisprudence, le regroupement familial devrait en principe être admis lorsque le conjoint séjournant en Suisse exerce une activité lucrative à plein temps aux conditions salariales usuelles de manière à ne pas pénaliser les personnes travaillant dans un secteur d'activité où les employés sont globalement mal rétribués, comme c'est par exemple le cas dans l'hôtellerie et la restauration (voir par exemple arrêt TA PE 2003/0361 du 23 mars 2004 ).
Il faut constater d’abord que les calculs du SPOP, bien que critiqués par le recourant pour leur schématisme, ne sont pas discutés par le recourant. Il faut souligner ensuite que l’épouse du recourant, qui séjourne en Suisse depuis 12 ans, selon les explications du recourant, n’est pas au bénéfice d’un contrat de travail à temps plein. Elle cumule deux activités depuis peu, l’une en qualité d’extra et l’autre en qualité de femme de chambre selon un horaire de travail inférieur à un mi-temps. La jurisprudence précitée n’est pas applicable en l’espèce. Il faut considérer, vu les circonstances, que l’épouse du recourant ne peut pas être considérée comme étant au bénéfice d’une situation stable, selon l’art. 39 al. 1 lit. a OLE ; l’activité exercée en qualité d’extra présente un caractère précaire puisqu’une telle activité est par définition soumise à des variations. L’absence de situation professionnelle stable empêche en conséquence ce couple de bénéficier du regroupement familial, en vertu de l’art. 39 al. 1 lit. a OLE.
4. Les revenus à disposition, qui se limitent toujours à un montant de l’ordre de 2'000 fr. par mois avec l’activité à temps partiel de femme de chambre, ne suffisent pas, selon l’art. 39 al. 1 lit. c OLE. Ils ne permettent pas d’exclure l’intervention des services sociaux après avoir tenu compte d’un minimum vital de 1'700.- fr. par mois pour deux personnes, selon les directives CSIAS, auquel il faut ajouter les primes d’assurance maladie et le loyer. Force est également de constater que plus de quinze mois après son mariage, le recourant n’a pas trouvé d’emploi, ni ne démontre une quelconque perspective d’embauche. Le risque concret d’assistance ne peut pas être écarté. Dans ces conditions, le refus incriminé, qui ne procède pas d’un abus du pouvoir d’appréciation de l’autorité intimée, doit être confirmé.
5. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours aux frais du recourant qui succombe et qui, vu l’issue de son pourvoi, n’a pas droit à l’allocation de dépens (art. 55 al. 1 LJPA). Un nouveau délai de départ doit lui être imparti.