Decision ID: 8d223334-3e92-4f80-a026-94d2894722fb
Year: 2018
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. Entre fin 2016 et début 2017, plusieurs courriers anonymes ont été adressés à la presse et à des élus politiques, accusant l'Etat de faire preuve de complaisance envers certaines activités répréhensibles des entreprises du groupe B._, à ********. L'auteur de ces courriers a par la suite été identifié comme étant A._.
Le 8 février 2017, l'Etat de Vaud a adressé une dénonciation, accompagnée d'une plainte pénale de la Conseillère d'Etat C._, cheffe du Département du territoire et de l'environnement (DTE), au Procureur général du canton de Vaud (ci-après: le procureur). Cette plainte était dirigée contre A._. Les sociétés D._ et B._ ont aussi déposé plainte pénale contre A._ en date du 20 avril 2017.
Une instruction pénale a été ouverte à l'encontre de A._ (référence PE17.002740-BUF).
Le 15 novembre 2017, A._ a donné une conférence de presse.
Le lendemain, il a adressé un courrier au procureur l'informant du stockage par B._ de milliers de tonnes de matériaux de chantier sur la parcelle n° ******** de la Commune de ********. Suite à l'ouverture d'une enquête pénale, une ordonnance de classement a été rendue le 21 décembre 2017, au motif que la dénonciation était mal fondée, les déchets ayant été entreposés sur une aire de remblayage. A._ a déposé un recours contre cette ordonnance devant la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal.
Le 20 novembre 2017, l'Etat de Vaud, C._ et les sociétés D._ et B._ ont étendu leur dénonciation, respectivement plainte, aux déclarations faites par le recourant devant la presse. Le procureur a donné suite à ces demandes.
Le 1er décembre 2017, A._ a adressé un courrier, qu’il a rendu public, à la Présidente du Conseil d’Etat, Nuria Gorrite, sollicitant que l’ensemble des dossiers en rapport avec les entreprises B._ ne soient plus traités par C._ afin d’assurer tant au citoyen qu'il était qu'aux intérêts de l'Etat "la neutralité et l’impartialité que l’on doit attendre des Autorités exécutives du Canton".
Par courrier et communiqué de presse du 7 décembre 2017, le Conseil d’Etat a fait part de son constat, selon lequel les allégations de conflit d’intérêts évoquées par A._ étaient dénuées de tout fondement et que le dessaisissement de la Cheffe du DTE n’avait pas lieu d’être.
Le 7 décembre 2017, A._ s’est également exprimé à la radio.
Le 20 décembre 2017, A._ a demandé au Conseil d’Etat de revoir sa position concernant le dessaisissement de C._. Il estimait que, dès lors que le département de celle-ci était directement interpellé et concerné par l'enquête pénale qui devrait décider de sa propre culpabilité ou de son innocence, C._ ne pouvait pas et ne devait pas continuer à traiter les dossiers présentant un lien avec l'enquête pénale. Dans le même courrier, A._ s’est prévalu de son droit d’être entendu et a demandé à ce qu’une décision formelle sujette à recours lui soit notifiée.
Le 8 janvier 2018, l'Etat de Vaud et C._ ont étendu leur dénonciation, respectivement plainte, aux déclarations faites par le recourant à la radio le 7 décembre 2017. Le procureur a donné suite à ces demandes.
Le 22 janvier 2018, A._ a requis du procureur la jonction de sa cause avec une procédure ouverte en décembre 2017 suite à un témoignage écrit relatif à la présence de produits polluants sur le site de la gravière exploitée par les entreprises B._ à ******** (référence PE17.023946-BUF). Le refus du procureur de joindre ces deux procédures a fait l’objet d’un recours devant la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal.
B. En date du 30 janvier 2018, le Conseil d’Etat a répondu à A._. Il lui a confirmé qu’il n’existait selon lui aucun motif de dessaisissement de la cheffe du DTE et qu’ainsi, les dossiers en lien avec les affaires dites "B._", en tant qu’ils relevaient des attributions dudit département, demeuraient placés sous l’autorité de C._. Aucun élément nouveau ne remettait en cause la position du Conseil d’Etat. Pour le surplus, la demande en cause étant adressée hors de toute procédure administrative, le Conseil d’Etat indiquait qu’il n’avait pas à rendre de décision formelle à cet égard, pas plus qu’à donner accès au dossier constitué dans le cadre de l’affaire pénale en cours.
C. Le 2 mars 2018, A._ (ci-après: le recourant) a déposé un recours contre cette décision auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP). Il conclut principalement à la réforme de la décision attaquée, en ce sens que C._ est dessaisie de l’ensemble des dossiers en lien avec les entreprises B._, ceux-ci étant confiés à un autre chef de département, tant et aussi longtemps que durera la procédure pénale PE17.002740-BUF. Subsidiairement, le recourant conclut à l’annulation de la décision attaquée, la cause étant renvoyée au Conseil d’Etat pour nouvelle instruction et nouvelle décision dans le sens des considérants. A titre de mesures provisionnelles, le recourant requiert le dessaisissement de C._ en faveur d’un autre chef de département pour les dossiers en lien avec B._. Il requiert également la production des deux dossiers pénaux précités (référence PE17.023946-BUF et PE17.002740-BUF), ainsi que du dossier constitué par le Conseil d’Etat. Il estime que son recours est recevable, considérant que le courrier du 30 janvier 2018 est une décision formatrice, que dite décision ne revêt pas un caractère politique prépondérant et qu’il dispose d’un intérêt digne de protection à son annulation. Sur le fond, le recourant considère que son droit d’être entendu a été violé vu qu’il n’a pas pu se prononcer sur le rapport exhaustif que le Conseil d’Etat avait mentionné avoir requis de la Cheffe du DTE et sur la base duquel il avait dénié tout conflit d’intérêt. Il déplore aussi ne pas avoir pu consulter le dossier constitué par le Conseil d’Etat au sujet de sa demande de dessaisissement de C._. Le recourant se réfère aussi à l’art. 29 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst.; RS 101), selon lequel toute personne a droit à ce que sa cause soit traitée équitablement. Il estime qu’il existe un conflit d’intérêts entre les accusations portées par C._ à titre personnel contre lui et ses fonctions de Cheffe du DTE, lesquelles incluent notamment la participation active des services qu’elle dirige aux mesures d’instruction diligentées par le Ministère public.
D. L'avance de frais a été versée en temps utile.
E. Les arguments des parties seront repris ci-dessous dans la mesure utile.

Considérant en droit:
1. Selon l'art. 6 al. 1 LPA-VD, l'autorité examine d'office si elle est compétente.
Intitulé "Compétences en droit administratif", l'art. 92 LPA-VD a la teneur suivante:
"1 Le Tribunal cantonal connaît des recours contre les décisions et décisions sur recours rendues par les autorités administratives, lorsque la loi ne prévoit aucune autre autorité pour en connaître.
2 Les décisions du Grand Conseil et du Conseil d'Etat, en première instance ou sur recours, ne sont pas susceptibles de recours au Tribunal cantonal".
a) La LPA-VD définit la décision, à son art. 3, en ces termes:
"1 Est une décision toute mesure prise par une autorité dans un cas d'espèce, en application du droit public, et ayant pour objet:
a. de créer, de modifier ou d'annuler des droits et obligations;
b. de constater l'existence, l'inexistence ou l'étendue des droits et obligations;
c. de rejeter ou de déclarer irrecevables des demandes tendant à créer, modifier, annuler ou constater des droits et obligations.
2 Sont également des décisions les décisions incidentes, les décisions sur réclamation ou sur recours, les décisions en matière d'interprétation ou de révision.
[...]".
La décision est un acte de souveraineté individuel, qui s'adresse à un particulier, et qui règle de manière obligatoire et contraignante, à titre formateur ou constatatoire, un rapport juridique concret relevant du droit administratif (ATF 135 II 38 consid. 4.3 p. 45 et les réf. cit., 121 II 473 consid. 2a p. 372). En d'autres termes, elle constitue un acte étatique qui touche la situation juridique de l'intéressé, l'astreignant à faire, à s'abstenir ou à tolérer quelque chose, ou qui règle d'une autre manière obligatoire ses rapports juridiques avec l'Etat (ATF 135 II 22 consid. 1.2 p. 24, 121 I 173 consid. 2a p. 174). N'y sont pas assimilables l'expression d'une opinion, la communication, la prise de position, la recommandation, le renseignement, l'information, le projet de décision ou l'annonce de celle-ci, car ils ne modifient pas la situation juridique de l'administré, ne créent pas un rapport de droit entre l'administration et le citoyen, ni ne lui imposent une situation passive ou active (cf. RDAF 1999 p. 400; 1984 p. 497 et réf. citées; ég. GE.2008.0229 du 14 octobre 2009 consid. 2a).
L'on oppose en particulier dans ce contexte la décision à l'acte interne ou d'organisation, qui vise des situations à l'intérieur de l'administration. Deux critères permettent généralement de déterminer si l'on est en présence d'une décision ou à d'un acte interne. D'une part, l'acte interne n'a pas pour objet de régler la situation juridique d'un sujet de droit en tant que tel. D'autre part, le destinataire en est l'administration elle-même, dans l'exercice de ses tâches (ATF 136 I 323 consid. 4.4 p. 329 et les réf. cit., 131 IV 32 consid. 3 p. 34). L'art. 29a Cst. exige toutefois que la protection juridique soit garantie à tout le moins lorsqu'un acte matériel ou une mesure d'organisation (interne à l'administration) porte atteinte à des intérêts juridiques individuels dignes de protection (ATF 143 I 336 consid. 4.2 p. 340 s.). On est en présence d'intérêts juridiques dignes de protection (ou d'une position juridique digne de protection [schützenswerte Rechtsposition]) en tout cas lorsqu'est allégué de manière soutenable un droit à ce que l'Etat se comporte de telle manière ou s'abstienne de tel comportement, droit qui serait violé par l'acte attaqué (ATF 143 I 336 consid. 4.3.1 p. 341; cf. aussi ATF 143 I 344 consid. 8.2 p. 351).
b) Selon l'exposé des motifs et projet de loi relatifs à la LPA-VD (mai 2008, p. 45 s.), l'exclusion du recours contre les décisions du Grand Conseil et du Conseil d'Etat (art. 92 al. 2 LPA-VD) s'explique par le fait que celles-ci revêtent un caractère politique prépondérant. L'art. 92 al. 2 LPA-VD doit être interprété en conformité avec le droit supérieur, en particulier avec la garantie constitutionnelle de l'accès au juge prévue à l'art. 29a Cst. (voir aussi art. 191b al. 1 Cst.), ainsi qu'avec l'art. 86 al. 2 et 3 de la loi fédérale du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF; RS 173.110; cf. arrêt GE.2014.0054 du 23 septembre 2014 consid. 1c).
Ces dispositions ont la teneur suivante:
" Art. 29a Garantie de l'accès au juge
Toute personne a droit à ce que sa cause soit jugée par une autorité judiciaire. La Confédération et les cantons peuvent, par la loi, exclure l'accès au juge dans des cas exceptionnels".
" Art. 86 Autorités précédentes en général
[...]
2 Les cantons instituent des tribunaux supérieurs qui statuent comme autorités précédant immédiatement le Tribunal fédéral, sauf dans les cas où une autre loi fédérale prévoit qu'une décision d'une autre autorité judiciaire peut faire l'objet d'un recours devant le Tribunal fédéral.
3 Pour les décisions revêtant un caractère politique prépondérant, les cantons peuvent instituer une autorité autre qu'un tribunal".
L'art. 86 al. 2 LTF impose donc en principe aux cantons d'instituer des tribunaux supérieurs qui statuent en dernière instance cantonale. Cette règle correspond à la garantie d'accès au juge prévue à l'art. 29a Cst., disposition qui permet toutefois des dérogations dans des cas exceptionnels, notamment pour les décisions revêtant un caractère politique prépondérant (art. 86 al. 3 LTF). Dérogeant à la garantie constitutionnelle de l'accès au juge, cette disposition ne doit trouver application que si l'aspect politique prévaut sans discussion (cf. ATF 141 I 172 consid. 4.4.1 p. 180, 136 I 42 consid. 1.5 p. 45 ss). Il ne suffit pas que la cause ait une connotation politique; encore faut-il que celle-ci s'impose de manière indubitable et relègue à l'arrière-plan les éventuels intérêts juridiques privés en jeu (ATF 136 I 42 consid. 1.5.3 p. 46 où il est question d'"atteinte individuelle à des droits privés", 136 II 436 consid. 1.2). Le manque de justiciabilité peut constituer un indice de ce caractère, de même que le fait qu'une décision ne porte pas atteinte à des droits individuels (arrêt TF 2C_885/2011 du 16 juillet 2012 consid. 2.2.3.2). L'art. 86 al. 3 LTF vise surtout les décisions des autorités politiques (pouvoirs législatif ou exécutif) qui jouissent d'une grande liberté d'appréciation sur le plan politique (Hansjörg Seiler, in: Seiler/von Werdt/Güngerich/Oberholzer, Bundesgerichtsgesetz, 2e éd., Berne 2015, n° 31 ad art. 86 LTF).
Ainsi par exemple, dans le cas d'une hôtelière recourant contre la décision par laquelle le conseil communal avait adopté un crédit d'études servant à financer un avant-projet de développement d'infrastructures touristiques, la CDAP a retenu que l'adoption du crédit litigieux revêtait un caractère politique prépondérant et a déclaré le recours irrecevable, la recourante n'ayant pas rendu vraisemblable que l'adoption du crédit litigieux privilégiait des acteurs privés du secteur hôtelier, à son détriment (cf. GE.2017.0200 du 15 février 2018). Le Tribunal fédéral a notamment admis le caractère politique prépondérant d'une décision du Conseil d'Etat soleurois obligeant deux communes à former un cercle scolaire dans un but de planification scolaire adéquate. (arrêt TF 2C_885/2011 du 16 juillet 2012 consid. 2.2.3.3). A titre d'exemples de décisions à caractère politique prépondérant, les plans directeurs cantonaux et la grâce sont régulièrement mentionnés (136 I 42 consid.1.5 p.45 ss, et les références citées). Dans l’ATF 135 I 113 (traduit et résumé in RDAF 2010 I, p. 356), le Tribunal fédéral a admis que la décision d'une autorité politique relative à l'autorisation d'ouvrir une enquête pénale à l'encontre d'un juge cantonal constituait une décision qui avait avant tout un caractère politique et qui pouvait être soustraite aux voies de recours judiciaires. Dans le même sens, en vertu de l'art. 2 let. r de la loi du 13 septembre 1985 portant règlement du Grand Conseil de la République et canton de Genève (LRGC; RS/GE B 1 01), la décision de refus de lever l'immunité d’un ancien procureur revêt un caractère politique prépondérant au sens de l'art. 86 al. 3 LTF et n'est pas sujette à un recours cantonal (arrêt TF 1D_5/2014 du 10 décembre 2014).
c) En résumé, il faut distinguer selon que le différend juridique est lié à une décision ou à un autre acte étatique. Dans le premier cas, l'accès au juge doit en principe être garanti (art. 86 al. 2 LTF), sous réserve notamment de la situation où la décision revêt un caractère politique prépondérant (art. 86 al. 3 LTF) et ne porte pas atteinte à des intérêts juridiques individuels dignes de protection. Dans le second cas, l'accès au juge ne doit être garanti que si l'acte en question porte atteinte à des intérêts juridiques individuels dignes de protection.
2. a) En l'occurrence, le litige porte sur un courrier du Conseil d’Etat refusant le dessaisissement de la Cheffe du DTE en rapport avec certains dossiers. Concernant l'attribution des départements, la loi du 11 février 1970 sur l'organisation du Conseil d'Etat (LOCE; RSV 172.115) dispose ce qui suit:
" Art. 27 Election à la présidence et attribution des départements au début de la législature
1 Dès son entrée en fonction, le Conseil d'Etat désigne celle ou celui de ses membres qui assumera la fonction de présidente ou de président du Conseil d'Etat en principe pour la durée de la législature. En même temps, le Conseil d'Etat désigne la cheffe ou le chef de chacun des départements, ainsi que sa suppléante ou son suppléant. La doyenne ou le doyen de fonction dirige les débats conduisant à ces décisions. Celles-ci prises, la présidente ou le président désigné entre en fonction.
2 Ces décisions sont publiées dans un arrêté expirant à la fin de la législature.
3 Un membre du Conseil d'Etat ne peut refuser le département ou la suppléance qui lui est attribuée.
Art. 28 Attribution des départements en cours de législature
1 Durant la législature, le Conseil d'Etat procède à l'attribution des départements en cas de remplacement et lorsque le règlement prévu à l'article 61, alinéa 2, est substantiellement modifié. L'article 27, alinéas 2 et 3 s'applique à ses décisions".
En outre, l'art. 45 al. 1 LOCE, qui traite de la récusation, a la teneur suivante:
" 1 Un membre du Conseil d'Etat ne peut prendre part à une décision qui l'intéresse à titre privé ou qui concerne son conjoint, son partenaire enregistré, la personne avec laquelle il mène de fait une vie de couple, l'un de ses parents ou alliés jusqu'au quatrième degré inclusivement. Le Conseil d'Etat décide de la récusation; si celle-ci est admise, le magistrat en cause se retire."
Pour le surplus, la loi ne contient pas d’autres dispositions sur la désignation d’un chef ou d’une cheffe de département, respectivement son dessaisissement, ni sur l’éventuelle possibilité de contester ces "actes internes" ou "décisions" par la voie d’un recours.
En l'espèce, on peut tout d’abord se demander si la désignation d’un chef ou d’une cheffe de département, respectivement son dessaisissement, constitue un acte interne à l’administration ou une décision au sens de l’art. 3 LPA-VD. Le recourant estime être en présence d'une décision au motif que sa situation juridique est affectée dans la mesure où il doit "tolérer que les dossiers en cours concernant les entreprises B._ continuent à être placés sous l’autorité de C._, en tant que Cheffe du Département du territoire et de l'environnement, malgré sa position de partie plaignante dans le cadre de l’enquête pénale connexe visant le recourant, lequel est recherché pour avoir notamment laissé entendre publiquement que cette dernière et ses services ferment les yeux sur différentes violations, notamment des règles sur l’élimination des déchets de chantier, commises par les entreprises B._". En lisant les écritures du recourant, on peine cependant à saisir en quoi sa situation juridique serait touchée (cf. consid. 1 ci-dessus) par le refus de l'autorité intimée de dessaisir la Cheffe du DTE. Le recourant veut sans doute faire comprendre, comme il l’indique sous un autre point de son pourvoi, qu’il craint que C._ n’empêche ses services de renseigner correctement les autorités d’enquête pénale. Or le recourant n'envisage que de pures hypothèses, nullement étayées. De plus, on voit mal en quoi il serait directement affecté dans ses droits par le refus litigieux. La procédure pénale octroie au prévenu divers moyens permettant à ce dernier d’intervenir, s’il estime que l’instruction ne se déroule pas de manière conforme au droit (cf. Code de procédure pénale du 5 octobre 2007, CPP, RS 312.0). Il revient ainsi au recourant de faire valoir ses droits de partie à une procédure pénale selon les règles de la procédure pénale et non pas en agissant devant le Conseil d’Etat. En outre, le recourant n'allègue pas ni a fortiori ne démontre être partie à une procédure administrative relevant du Département du territoire et de l'environnement ou de l'une des unités qui en font partie portant sur des activités ou des immeubles du groupe B._.
En l'absence d'incidence directe sur la situation juridique du recourant, la qualification de décision au sens de l'art. 3 LPA-VD doit ainsi être niée au courrier du 30 janvier 2018. Le recours est en conséquence irrecevable pour ce motif déjà.
b) Indépendamment de ce qui précède, le recours serait également irrecevable si l'on admettait que l’acte attaqué constitue une décision au sens de l’art. 3 LPA-VD. Dans cette hypothèse, cette décision pourrait faire l'objet d'un recours (quand bien même elle présente un caractère politique prépondérant) si elle porte atteinte à des intérêts juridiques individuels dignes de protection.
Le point de savoir si, en l'occurrence, cette décision porte atteinte au droit constitutionnel du recourant à voir sa cause jugée de manière équitable au sens de l'art. 29 Cst. serait donc déterminant. L'intéressé soutient que "[e]n le contraignant à tolérer que les dossiers en lien avec les entreprises B._ demeurent placés sous l’autorité de C._ durant la procédure pénale en cours, la décision attaquée touche au droit du recourant à voir sa cause traitée équitablement". Il se réfère aussi aux articles de loi permettant d’exiger la récusation d’un membre d’une autorité administrative dont la situation ou le comportement sont de nature à faire naître un doute sur son indépendance ou son impartialité. Or, à nouveau, le recourant n’indique pas clairement sur quels points la gestion des dossiers en cause par C._ mettrait en péril son droit à voir sa cause traitée équitablement. Comme déjà mentionné, il expose uniquement craindre que C._ n’empêche ses services de renseigner correctement les autorités d’enquête. Quoi qu’il en soit, l'argumentation du recourant ne peut pas être suivie pour les motifs déjà exposés. Le droit à voir sa cause jugée de manière équitable en matière pénale est concrétisé par les lois de procédure pénale. D’éventuelles violations de ces règles doivent être invoquées selon les procédures prévues par lesdites lois. De plus, si l’instruction devait être entachée de vices, il conviendrait que le recourant intervienne auprès du magistrat pénal en charge de son dossier et non auprès de la partie adverse, qui n’a pas la maîtrise de l’enquête. Les règles sur la récusation visent à préserver l’impartialité de la personne chargée d’administrer ou de juger une cause, non l’impartialité des parties, ce qui serait d’ailleurs un contre-sens. Il n'est ainsi pas possible de demander la récusation d'une partie adverse. Il faut aussi relever que, dans la mesure où la Cheffe du DTE a déposé une plainte, elle n’est pas soumise, en tant que plaignante, à une obligation d’impartialité. Elle se doit en revanche de répondre selon les règles de sa fonction aux demandes formulées par le procureur dans le cadre de l’instruction pénale. C’est à ce dernier qu’il revient de décider des mesures d’instruction appropriées et de la manière d’assurer la bonne exécution de ces mesures (par ex. perquisition, etc.). Si le recourant devait constater concrètement que le procureur ne faisait pas preuve d’impartialité dans l’instruction de la cause pénale, c’est à son encontre qu’il conviendrait de formuler une demande de récusation mais pas à l’encontre de la partie adverse. Par ailleurs, une demande de récusation ne peut être formulée qu'en lien avec une procédure. En l'occurrence, aucune procédure impliquant le recourant n'est ouverte devant le Conseil d'Etat. C'est ainsi à juste titre que celui-ci a refusé le dessaisissement requis par le recourant.
Dans ces conditions, il n'est pas établi que la décision du Conseil d’Etat porte atteinte au droit constitutionnel du recourant à voir sa cause jugée de manière équitable, de sorte que l'accès au juge ne doit pas être garanti (art. 92 al. 2 LPA-VD).
c) Par surabondance, on rappellera qu’aux termes de l'art. 75 LPA-VD, applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD, a qualité pour former un recours toute personne physique ou morale ayant pris part à la procédure devant l'autorité précédente ou ayant été privée de la possibilité de le faire, qui est atteinte par la décision attaquée et qui dispose d'un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée ou modifiée (let. a), ainsi que toute autre personne ou autorité qu'une loi autorise à recourir (let. b). Pour disposer de la qualité pour agir, il faut être touché dans une mesure et avec une intensité plus grande que la généralité des administrés. L'intérêt invoqué - qui n'est pas nécessairement un intérêt juridiquement protégé, mais qui peut être un intérêt de fait - doit se trouver avec l'objet de la contestation dans un rapport étroit, spécial et digne d'être pris en considération; il faut donc que l'admission du recours procure au recourant un avantage, de nature économique, idéale ou matérielle. Le recours d'un particulier formé dans l'intérêt d'une application correcte de la loi ou dans l'intérêt d'un tiers, sans obtenir un avantage en cas d'admission du recours est, en revanche, irrecevable (cf. ATF 137 II 30 consid. 2.2.3; AC.2012.0001 du 9 novembre 2011). Ces exigences ont été posées de manière à empêcher l'"action populaire", notamment lorsqu'un particulier conteste une autorisation donnée à un tiers (ATF 133 II 400 consid. 2.4.2 p. 406, 133 V 239 consid. 6.2 p. 242, 131 V 298 consid. 3 p. 300, et les arrêts cités; AC.2011.0274 du 4 mai 2012).
Cela étant, le recourant n’est pas habilité à demander le dessaisissement de C._ dans le seul but de s'assurer, en tant que "citoyen et dans l'intérêt de l'Etat", que la loi soit appliquée correctement au Groupe B._. En ce sens, sa démarche relèverait de l'action populaire et son recours serait également irrecevable.
3. Il résulte des considérants qui précèdent que le recours est manifestement irrecevable. Le présent arrêt peut être rendu selon la procédure simplifiée de l'art. 82 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), sans qu'il soit nécessaire d'ordonner un échange d'écritures ou de procéder à d'autres mesures d'instruction.
Vu l'issue du pourvoi, un émolument sera mis à la charge du recourant débouté, qui n'a pas droit à des dépens (art. 49, 55, 91 et 99 LPA-VD).
Avec le présent arrêt, la requête de mesures provisionnelles devient sans objet.