Decision ID: 37903fff-69c6-53e7-be54-b2dcc8ac7ba9
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_009
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.a.
Par demande non datée, adressée à la Chambre pénale d'appel et de révision (CPAR) et reçue le 18 octobre 2021, A_ indique "
contester une nouvelle fois
" des amendes d'ordre (n° 1_ et n° 2_) et l'ordonnance pénale n° 3_ rendue le 18 mai 2021 par le Service des contraventions (SDC) à son encontre.
a.b.
Il expose que le véhicule mis en cause dans ces prononcés – immatriculé en France 4_ – n'était plus le sien, ayant été vendu le 2 octobre 2020. Il fournit à cet égard un accusé d'enregistrement de la déclaration de cession dudit véhicule à la date précitée, auquel a procédé l'autorité française dans le système d'immatriculation des véhicules le 1
er
juin 2021.
Il n'avait pu contester avant la date précitée l'ordonnance pénale ainsi que diverses amendes d'ordre (au nombre de 37) dans la mesure où il était "
en litige avec le propriétaire du véhicule, les différents confinements n'aidant pas, l'administration française étant (très) au ralenti pour [l']aider à prouver que ce véhicule n'était plus le [s]ien
".
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :
a.a.
Par amende d'ordre n° 5_ du 10 mars 2021, A_, en sa qualité de conducteur du véhicule immatriculé en France 4_, auteur présumé d'un excès de vitesse de 6 km/h (marge de sécurité déduite) commis le 15 février 2021 à C_, a été invité à s'acquitter du montant de CHF 120.- dans les 30 jours, conformément à l'art. 6 de la loi fédérale sur les amendes d'ordre [LAO]).
S'il n'était pas le conducteur responsable de l'infraction, il avait la possibilité d'en indiquer l'identité complète en remplissant le formulaire en ligne
ad hoc
.
a.b.
En l'absence de paiement dans le délai, la procédure ordinaire a été engagée sur la base d'un rapport de contravention du 11 mai 2021 et une ordonnance pénale n° 3_ du 18 mai 2021 a été adressée à A_ pour les faits précités, celui-ci étant invité à s'acquitter du montant de l'amende de CHF 120.-, plus frais de CHF 60.-, dans les 30 jours, sous réserve d'une opposition dans le délai légal, les voies de droit lui ayant été communiquées.
L'ordonnance pénale lui a été notifiée le 21 mai 2021.
a.c.
Par courriel du 4 juin 2021 adressé au SDC, A_ a fait état de ce qu'il n'était plus le propriétaire du véhicule en faute, celui-ci ayant été cédé le 2 octobre 2020, accusé d'enregistrement de la déclaration de cession à l'appui (cf.
vide supra
let. a.b.).
a.d.
Le 9 juin 2021, le SDC a transmis au Tribunal de police (TP) son dossier, ayant rendu une ordonnance sur opposition tardive.
a.e.
Le TP, par ordonnance du 24 août 2021, a constaté l'irrecevabilité de l'opposition formée par A_ pour cause de tardiveté, l'ordonnance pénale n° 3_ du SDC étant assimilée à un jugement en force.
a.f.
Le 13 septembre 2021, le SDC relançait A_ en vue du paiement de l'amende, tout en lui indiquant que s'il souhaitait faire revoir la décision définitive et exécutoire rendue, il lui appartenait d'agir par la voie de la révision auprès de la CPAR.
b.
Par amende d'ordre n° 1_ du 18 février 2021, A_, en sa qualité de conducteur du même véhicule incriminé, auteur présumé d'un excès de vitesse de 11 km/h (marge de sécurité déduite) commis le 29 janvier 2021 à C_, a été invité à s'acquitter du montant de CHF 250.- dans les 30 jours, conformément à la LAO. Une fois payée, l'amende avait force de chose jugée (cf. art. 11 LAO).
Cette amende a été réexpédiée le 19 mai 2021 par le SDC à B_, entreprise sise _[France], au nom de laquelle un rapport de contravention a été dressé le 19 juillet 2021 pour les faits précités, étant précisé que le dossier ne renseigne pas concernant l'éventuel paiement de l'amende par le contrevenant.
c.
Par amende d'ordre n° 2_ du 9 mars 2021, A_, en sa qualité de conducteur, toujours, du même véhicule, auteur présumé d'un excès de vitesse de 5 km/h (marge de sécurité déduite) commis le 11 février 2021 à C_, a été invité à s'acquitter du montant de CHF 40.- dans les 30 jours, conformément à la LAO.
Cette amende a également été réexpédiée le 22 mars 2021 par le SDC à B_, au nom de laquelle un rapport de contravention a été dressé le 21 mai 2021 pour les faits en cause, sans que l'on sache si l'amende a été payée par le contrevenant.

EN DROIT
:
1. 1.1.1.
La CPAR est l'autorité compétente en matière de révision (art. 21 al. 1 let. b du code de procédure pénale suisse [CPP]
cum
art. 130 al. 1 let. a de la Loi d'organisation judiciaire [LOJ]). Lorsque des contraventions font seules l'objet du prononcé attaqué et que la demande de révision ne vise pas une déclaration de culpabilité pour un crime ou un délit, la direction de la procédure statue (art. 129 al. 4 LOJ).
1.1.2.
L'art. 410 al. 1 let. a CPP permet à toute personne lésée par un jugement entré en force d'en demander la révision s'il existe des faits ou des moyens de preuve qui étaient inconnus de l'autorité inférieure et qui sont de nature à motiver l'acquittement ou une condamnation sensiblement moins sévère du condamné.
1.1.3.
La demande en révision en raison de faits ou de moyens de preuve nouveaux n'est soumise à aucun délai (art. 411 al. 2
in fine
CPP).
1.1.4.
Les conditions d'une révision visant une ordonnance pénale sont restrictives. L'ordonnance pénale est rendue dans le cadre d'une procédure spéciale. Elle a pour spécificité de contraindre le condamné à prendre position. Une absence de réaction de sa part s'interprète comme un acquiescement. Il doit s'opposer dans le délai prévu à cet effet s'il n'adhère pas à sa condamnation, par exemple parce qu'il entend se prévaloir de faits omis qu'il considère comme importants. Le système serait compromis si, une fois le délai d'opposition échu sans avoir été utilisé, le condamné pouvait revenir sur l'acquiescement ainsi donné et demander selon son bon vouloir la révision de l'ordonnance pénale pour des faits qu'il aurait déjà pu faire valoir dans une procédure ordinaire en manifestant son opposition. Il s'ensuit qu'une demande de révision dirigée contre une ordonnance pénale doit être qualifiée d'abusive si elle repose sur des faits que le condamné connaissait initialement, qu'il n'avait aucune raison légitime de taire et qu'il aurait pu révéler dans une procédure ordinaire mise en oeuvre par une simple opposition (ATF
130 IV 72
consid. 2.3 p. 75 s.). Il s'agit dans chaque cas d'examiner au regard des circonstances de l'espèce, si la demande de révision tend à contourner les voies de droit ordinaires (arrêts du Tribunal fédéral
6B_1214/2015
du 30 août 2016 consid. 2 ;
6B_980/2015
du 13 juin 2016 consid. 1.3.2).
1.1.5
.
L'art. 412 CPP prévoit que la juridiction d'appel examine préalablement la demande de révision en procédure écrite (al. 1). Elle n'entre pas en matière si la demande est manifestement irrecevable ou non motivée ou si une demande de révision invoquant les mêmes motifs a déjà été rejetée par le passé (al. 2).
La procédure de non-entrée en matière de l'art. 412 al. 2 CPP est en principe réservée à des vices de nature formelle. Il est toutefois également possible de prononcer une décision de non-entrée en matière lorsque les moyens de révision invoqués apparaissent d'emblée comme non vraisemblables ou mal fondés (arrêts du Tribunal fédéral
6B_793/2014
du 20 janvier 2015 consid. 2.1.3 et
6B_36/2014
du 6 mai 2014 consid. 2.1). Le code de procédure pénale suisse ne précise pas si, dans ce cas, il convient de consulter préalablement les parties ; une prise de position de leur part n'apparaît pas nécessaire, mais peut être souhaitable dans les cas douteux (arrêt du Tribunal fédéral
6B_415/2012
du 14 décembre 2012 consid. 1.1).
1.2.
En l'espèce, la demande en révision apparaît d'emblée mal fondée.
Le demandeur avait connaissance dès le 2 octobre 2020 de la vente de son véhicule. Or, il n'a fait valoir ce moyen que le 4 juin 2021, en s'opposant – mais tardivement – à l'ordonnance pénale du 18 mai 2021 dont il sollicite la révision. Il est bien le seul responsable de l'enregistrement le 1
er
juin 2021 de la déclaration de cession dans le système national français d'immatriculation de son véhicule. Il lui appartenait de faire diligence et de produire, en temps utile, auprès du SDC le certificat de cession de son véhicule, sinon toutes pièces concernant la mise à disposition unilatérale de son véhicule. Les motifs avancés pour tenter d'expliquer son retard ne sont ni fondés ni sérieux. Le demandeur ne peut non plus, cas échéant, se réfugier derrière une méconnaissance de la procédure, puisque l'ordonnance pénale précisait expressément quelles étaient les voies de droit qui devaient être suivies en cas d'opposition, particulièrement le respect du délai de dix jours durant lequel celle-ci devait intervenir par remise à la poste suisse ou à une autorité consulaire ou diplomatique.
Ainsi, le demandeur aurait été parfaitement à même de faire opposition à l'ordonnance pénale dans les délais selon la procédure ordinaire, en faisant valoir tous les arguments qu'il connaissait déjà pour s'y opposer, et il n'existe aucun motif légitime pour ne pas l'avoir fait.
Quant aux amendes d'ordre, outre que la demande n'est pas suffisamment motivée pour que l'on puisse comprendre si, en définitive, A_ reste leur débiteur parce qu'elles auraient force de chose jugée, le raisonnement qui précède est valable
mutatis mutandis
au vu de la date respective des prononcés (18 février et 9 mars 2021), tous postérieurs à la cession du véhicule par le précité.
Dès lors, il ne sera pas entré en matière sur la demande de révision, laquelle doit être qualifiée d'abusive.
2
. Vu l'issue de la procédure, le demandeur sera condamné aux frais, lesquels comprennent un émolument minimum de CHF 300.- (art. 428 al. 1 CPP
a contrario
et art. 14 al. 1 let. e du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale [RTFMP]).
* * * * *