Decision ID: 9856a589-e608-453e-984a-c82b08df903a
Year: 2010
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. A._, ressortissant marocain né le 1er janvier 1971, est entré en Suisse en mai 2002, en vue de se marier avec B._, Suissesse, née le 20 février 1966. Le mariage a été célébré le 2 décembre 2002. A._ a pris le nom de famille de son épouse et se fait appeler depuis A._. A raison de ce mariage, le Service de la population (ci-après: le SPOP) a octroyé à A._ une autorisation de séjour, le 19 décembre 2002. Le 20 avril 2004, le vice-président du Tribunal civil de l’arrondissement de 1.******** a autorisé les époux à vivre séparés jusqu’au 31 mai 2005. Le 2 juin 2006, il a pris acte de la volonté des époux de reprendre la vie commune, dès qu’ils auraient trouvé un logement convenable. Le 28 juin 2006, le SPOP a renouvelé l’autorisation de séjour en faveur de A._. Entendue par la Police judiciaire de la Ville de 1.******** le 24 avril 2007, B._ a expliqué qu’elle bénéficiait d’une rente de l’assurance-invalidité et que la vie commune, depuis «deux ou trois ans», était invivable à raison de l’hyperactivité de son mari; elle avait entamé une procédure de divorce. Entendu de son côté par la Police municipale de 2.********, le 20 avril 2007, A._ a déclaré que la reprise de la vie commune était «imminente». Le 4 septembre 2007, le SPOP a révoqué l’autorisation de séjour de A._, et lui a imparti un délai de deux mois pour quitter le territoire. Contre cette décision, A._ a recouru auprès du Tribunal administratif (cause PE.2007.0484). Les époux A._-B._ ayant produit une déclaration de reprise de la vie commune, le SPOP a octroyé à A._ une nouvelle autorisation de séjour, le 20 décembre 2007. Le recours a dès lors perdu son objet et la cause a été rayée du rôle, le 28 janvier 2008.
B. Le 24 juin 2009, B._ a déclaré au bureau des étrangers de la Ville de 1.******** (ci-après: le Bureau) qu’elle n’avait jamais repris la vie commune avec son mari depuis fin mai 2004, que son mari avait une adresse fictive auprès d’elle, et qu’elle envisageait de demander le divorce. Le 24 août 2009, A._ a indiqué au Bureau vivre séparé de son épouse et fait part de sa nouvelle adresse à 1.********. Entendue par la Police judiciaire le 15 décembre 2009, B._ a déclaré avoir fait ménage commun avec A._ jusqu’à la fin de 2004 ou le début de 2005; qu’en 2008 ou 2009, son mari avait pris donné son domicile comme adresse postale, sans toutefois reprendre la vie commune; qu’elle avait entamé une procédure de divorce et qu’elle ne souhaitait plus vivre avec son mari, qui travaillait trop, et la traitait de manière autoritaire. Entendu séparément le même jour, A._ a déclaré qu’après une reprise en janvier 2008, la vie commune était à nouveau interrompue depuis juin 2009. Il a contesté les affirmations contraires de son épouse, en expliquant qu’à raison des revenus qu’il réalisait, elle perdait le droit à la rente d’invalidité si elle faisait ménage commun avec lui. Le 28 janvier 2010, le SPOP a averti A._ de son intention de ne pas renouveler son autorisation de séjour et l’a invité à se déterminer à ce sujet. Le 25 février 2010, A._ a fait valoir que la vie commune avait bel et bien repris. Tout en vivant séparément, le couple avait maintenu des relations étroites, malgré l’état dépressif de B._, ancienne toxicomane traitée à la méthadone et sujette à des troubles comportementaux. Si son épouse avait fait des déclarations contraires à la vérité, c’était pour continuer à recevoir sa rente de l’assurance-invalidité et les prestations complémentaires y afférentes. Le 15 mars 2010, le SPOP a refusé de renouveler l’autorisation de séjour de A._, et lui a imparti un délai de trois mois pour quitter le territoire.
C. A._ a recouru en concluant à l’annulation du recours, avec principalement le renvoi de la cause au SPOP pour nouvelle décision au sens des considérants. Le SPOP propose le rejet du recours. Invité à répliquer, le recourant a maintenu ses conclusions.
D. Le Tribunal a tenu une audience, le 1er juillet 2010, au Palais de justice de l’Hermitage. Il a entendu le recourant, assisté de M. C._, remplaçant Me Jean-Pierre Bloch, Mmes D._ et E._ pour le SPOP, ainsi que Mmes B._, F._ et G._, comme témoins. Il a ensuite statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1. Le conjoint d’un ressortissant suisse a le droit à l’autorisation de séjour et à la prolongation de celle-ci, à condition que les époux fassent ménage commun (art. 42 al. 1 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers – LEtr; RS 142.20). Il ressort des déclarations des parties et des témoins, telles que recueillies lors de l’audience du 1er juillet 2010, que le recourant a vécu au domicile de son épouse jusqu’au 20 avril 2004, puis du 30 janvier 2008 au 25 juin 2009. Dans l’intervalle, le recourant a vécu chez Mme F._, à 2.********, comme colocataire, puis dans son propre appartement depuis le 25 juin 2009, à 1.********. Le recourant allègue s’être beaucoup occupé de son épouse durant les périodes où ils ne vivaient pas sous le même toit. Mme B._, ancienne toxicomane, suit un traitement à la méthadone. Elle vit d’une rente de l’assurance-invalidité et des prestations complémentaires. Pour les témoins, le recourant et son épouse formaient un couple, malgré qu’ils ne vivaient pas ensemble. Après le 25 juin 2009 toutefois, leurs relations se sont quelque peu distendues, les époux ne se voyant que deux ou trois fois par semaine au café. Le recourant et Mme B._ sont sur le point de déposer une demande de divorce avec accord complet. La rupture est définitive et les époux n’envisagent pas de reprendre la vie commune. Il suit de là qu’une prolongation de l’autorisation de séjour ne peut être octroyée au regard de l’art. 42 al. 1 LEtr.
2. L’exigence du ménage commun selon l’art. 42 LEtr ne vaut pas lorsque la communauté familiale est maintenue et que des raisons majeures justifiant l’existence de domiciles séparés peuvent être invoquées (art. 49 LEtr). Ces raisons majeures se rapportent notamment à des obligations professionnelles ou à une séparation provisoire due à des problèmes familiaux importants (art. 76 de l’ordonnance fédérale du 24 octobre 2007 relative à l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative – OASA; RS 142.201). Le recourant ne fait pas valoir de tels motifs, hormis la difficulté de la vie commune avec son épouse, ancienne toxicomane, dont le traitement l’expose à des déséquilibres du comportement. Cela ne justifie pas toutefois une exception à la vie commune.
3. a) Le recourant semble se prévaloir de l’art. 50 al. 1 LEtr, à teneur duquel après dissolution de la famille, le droit à l’autorisation de séjour et à sa prolongation subsiste lorsque l’union conjugale a duré trois ans au moins et que l’intégration est réussie (let. a) ou que la poursuite du séjour en Suisse s’impose pour des raisons personnelles majeures (let. b). Ces raisons sont notamment données lorsque le conjoint est victime de violence conjugale et que la réintégration sociale dans le pays de provenant semble fortement compromise (art. 50 al. 2 LEtr). Selon l’art. 77 al. 4 OASA, l’étranger est considéré comme bien intégré notamment lorsqu’il respecte l’ordre juridique suisse et les valeurs de la Constitution fédérale (let. a) et manifeste sa volonté de participer à la vie économique (let. b). En outre, il est possible de déroger aux conditions d’admission afin de tenir compte des cas individuels d’extrême gravité (art. 30 al. 1 let. b LEtr). Cette disposition s’apparente à l’art. 13 f de l'ordonnance du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (OLE), abrogée dès le 1er janvier 2008. Selon la jurisprudence y relative, l'existence d'un cas personnel d'extrême gravité n’est admis que restrictivement. L'étranger doit se trouver dans un cas de détresse personnelle. Il ne suffit pas que, comme d'autres compatriotes appelés à rentrer dans leur pays d'origine, cet étranger se voie alors confronté à une mauvaise situation économique et sociale. Il faut que ses conditions de vie, comparées à celles applicables à la moyenne des étrangers, soient mises en cause de manière accrue et comportent pour lui des conséquences particulièrement graves. Lors de l'appréciation d'un cas personnel d'extrême gravité, il y a lieu de tenir compte de l'ensemble des circonstances du cas particulier. La reconnaissance d'un cas personnel d'extrême gravité n'implique pas nécessairement que la présence de l'étranger en Suisse constitue l'unique moyen pour échapper à une situation de détresse. Par ailleurs, le fait que l'étranger ait séjourné en Suisse pendant une assez longue période, qu'il s'y soit bien intégré socialement et professionnellement et que son comportement n'ait pas fait l'objet de plaintes ne suffit pas, à lui seul, à constituer un cas d'extrême gravité; il faut encore que la relation du requérant avec la Suisse soit si étroite qu'on ne saurait exiger qu'il aille vivre dans un autre pays, notamment dans son pays d'origine. A cet égard, les relations de travail, d'amitié ou de voisinage que le requérant a pu nouer pendant son séjour ne constituent normalement pas des liens si étroits avec la Suisse qu'ils justifieraient une exemption des mesures de limitation du nombre des étrangers (ATF 2A.531/2005 du 7 décembre 2005; ATF 130 II 39 consid. 3 p. 41/42; ATF 128 II 200 consid. 4 p. 207/208 et les références citées). Parmi les éléments jouant un rôle pour admettre le cas de rigueur, on tiendra compte d'une très longue durée de séjour en Suisse, d'une intégration sociale particulièrement poussée, d'une réussite professionnelle remarquable, d'une maladie grave ne pouvant être soignée qu'en Suisse, de la situation des enfants, notamment d'une bonne intégration scolaire aboutissant après plusieurs années à une fin d'études couronnée de succès. Seront des facteurs allant en sens opposé le fait que l'intéressé n'arrive pas à subsister de manière indépendante et doive recourir à l'aide sociale, ou des liens conservés avec le pays d'origine, par exemple sur le plan familial, de manière à permettre un réintégration plus facile (cf., en dernier lieu, arrêts PE.2009.0535 du 16 mars 2010 et PE.2009.0590 du 15 mars 2010).
b) En l’espèce, l’union conjugale n’a pas duré trois ans. Dès lors que la première condition cumulative de l’art. 50 al. 1 let. a LEtr n’est pas remplie, il est superflu d’examiner, de surcroît de ce qu’il en est de l’intégration du recourant, qui dirige une petite entreprise de déménagements. Pour le surplus, on ne se trouve manifestement pas dans un cas d’extrême gravité au sens de la jurisprudence qui vient d’être rappelée. Le recourant est encore jeune, en bonne santé, sans enfant à charge. Il peut aisément retourner dans son pays d’origine, où il a vécu pendant les trente premières années de sa vie, et où se trouve toute sa famille (cf. en dernier lieu les arrêts PE.2009.0535 et PE.2009.0590, précités).
4. Lors de l’audience du 1er juillet 2010, le recourant s’est prévalu, pour la première fois, de l’art. 43 (recte: 42) al. 3 LEtr.
a) Aux termes de cette disposition, le conjoint étranger d’un ressortissant suisse a droit à l’octroi d’une autorisation d’établissement après un séjour légal ininterrompu de cinq ans. Par séjour légal ininterrompu, il faut entendre une vie commune de cinq ans au moins (arrêts PE.2010.0095 du 22 mars 2010, consid. 2b; PE.2009.0591 du 19 février 2010, consid. 1a). Cette exigence découle logiquement de l’art. 42 al. 1 LEtr, à teneur duquel l’autorisation de séjour est prolongée du conjoint étranger d’un ressortissant suisse n’est prolongée que pour autant que les époux fassent ménage commun. A défaut, l’autorisation de séjour peut être révoquée (art. 62 let. d LEtr.). Il n’est dès lors pas possible de se prévaloir, pour l’obtention d’une autorisation d’établissement au sens de l’art. 42 al. 3 LEtr, du laps de temps pendant lequel les époux vivaient séparés, puisque, en pareille situation, le séjour du conjoint étranger ne respectait plus les conditions de l’art. 42 al. 1 LEtr., partant n’était plus légal.
b) En l’occurrence, les recourants n’ont pas fait ménage commun pendant la durée de cinq ans requise par l’art. 42 al. 3 LEtr. Ils ont vécu sous le même toit de décembre 2002 à avril 2004 (soit seize mois), puis du 30 janvier 2008 au 25 juin 2009 (soit dix-huit mois). La durée total de la vie commune a été ainsi de trente-huit mois, soit trois ans et deux mois. Le recourant réside en Suisse depuis 2002; la condition du séjour minimal de dix ans, qui pourrait justifier l’octroi d’une autorisation exceptionnelle au sens de l’art. 34 al. 2 let. a LEtr, n’est pas davantage remplie.
5. Le recours doit ainsi être rejeté et la décision attaquée confirmée. Les frais sont mis à la charge du recourant; il n’y a pas lieu d’allouer des dépens (art. 49 et 55 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative – LPA-VD, RSV 173.36).