Decision ID: b7b3ae10-a290-5165-beed-597075313517
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par jugement du 5 décembre 2019, le Tribunal de première instance a dit que la procédure de faillite sans poursuite préalable dirigée contre A_ SA était devenue sans objet (ch. 1 du dispositif), mis les frais judiciaires, arrêtés à 500 fr., à la charge de cette dernière (ch. 2), condamné celle-ci à verser à B_ SA la somme de 500 fr. TTC à titre de dépens (ch. 3) et débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 4).
B. a.
Par acte déposé au greffe de la Cour de justice le 19 décembre 2019, A_ SA a formé recours contre ce jugement, concluant, avec suite de frais, à l'annulation des ch. 2 et 3 de son dispositif et, cela fait, à ce que B_ SA soit condamnée aux frais judicaires de première instance et à lui verser des dépens de première instance d'un montant de 2'500 fr. ainsi que 2'548 fr. 90 TTC à titre de dépens de recours.
b.
B_ SA a conclu au déboutement de A_ SA de toutes ses conclusions et à la confirmation du jugement attaqué, avec suite de frais.
c.
Les parties ont répliqué et dupliqué, persistant dans leurs conclusions, A_ SA réclamant des dépens supplémentaires de 1'130 fr. 85 TTC pour la rédaction de sa réplique.
d.
Les parties ont été informées par avis de la Cour du 18 février 2020 de ce que la cause était gardée à juger.
C.
Les faits pertinents suivants résultent de la procédure :
a.
Le 21 octobre 2019, B_ SA a formé une requête en faillite sans poursuite préalable à l'encontre de A_ SA.
A l'appui de sa requête, elle a allégué être créancière de cette dernière pour un montant total de 23'709 fr. 57 résultant de huit factures adressées à la précitée pour des ventes d'alcools les 13, 16, 20, 23, 27 et 30 avril 2018. Il ressortait en outre de l'extrait du registre des poursuites dirigées contre A_ SA que celle-ci faisait l'objet de 29 poursuites pour un montant total de 706'723 fr.
b.
Lors de l'audience du 21 novembre 2019, B_ SA a indiqué avoir reçu de A_ SA un paiement de 23'634 fr. 20, valeur 11 novembre 2019. Elle renonçait dès lors à requérir la faillite de cette dernière. Elle a en revanche sollicité sa condamnation aux frais de la procédure.
A_ SA a exposé avoir sollicité, à une date qu'elle n'a pas précisé, un décompte de la part de B_ SA, sans lequel elle ne pouvait déterminer le montant qu'elle lui devait. Ce décompte ne lui était parvenu que le 6 novembre 2019. Pour le surplus, la requête n'était pas fondée. B_ SA avait requis à son encontre des poursuites abusives pour plus de 100'000 fr. Elle a conclu à la condamnation de cette dernière aux frais de la procédure.
c.
Dans son jugement du 5 décembre 2019, le Tribunal a relevé que la cause était devenue sans objet à la suite de la renonciation de B_ SA à solliciter la faillite de A_ SA du fait du paiement effectué par cette dernière.
Le Tribunal a pour le surplus relevé que, selon l'extrait de compte courant établi le 6 novembre 2019 par B_ SA, le solde dû par A_ SA était de 97'514 fr. 98 nets au 30 avril 2018 et de
23'634 fr. 26 nets au 15 avril 2019. Il y avait ainsi lieu de considérer que B_ SA était fondée à ne pas devoir attendre plus d'une année pour recevoir le paiement des factures litigieuses. Les frais étaient ainsi mis, en application de l'art. 108 CPC, à la charge de A_ SA qui les avait engendrés inutilement.

EN DROIT
1.
1.1
S'agissant d'une contestation concernant les frais, seule la voie du recours est ouverte (art. 110 et 319 let. b al. 1 CPC).
1.2
Aux termes de l'art. 321 al. 1 et 2 CPC, le recours, écrit et motivé, doit être introduit auprès de l'instance de recours dans les 10 jours à compter de la notification de la décision motivée, pour les décisions prises en procédure sommaire (art. 251 let. a CPC).
Le recours ayant été interjeté dans le délai et les formes prévus par la loi, il est recevable.
2.
La recourante conteste que les frais de la procédure pouvaient être mis à sa charge au motif que la requête de faillite sans poursuite préalable n'était pas fondée puisqu'elle ne se trouvait pas dans une situation de suspension de paiements. Il était évident que ladite requête avait été déposée dans l'unique but de la contraindre à verser le montant réclamé.
2.1
Les frais - qui comprennent les frais judiciaires et les dépens (art. 95
al. 1 CPC) - sont en principe mis à la charge de la partie qui succombe (art. 106 al. 1 CPC).
Le tribunal est toutefois libre de s'écarter de ces règles et de les répartir selon sa libre appréciation, en statuant selon les règles du droit et de l'équité (art. 4 CC), dans les hypothèses prévues par l'art. 107 CPC, notamment lorsque la procédure est devenue sans objet (art. 107 al. 1 let. e CPC) ou lorsque des circonstances particulières rendent la répartition en fonction du sort de la cause inéquitable (art. 107 al. 1 let. f CPC; ATF
139 III 33
consid. 4.2 et les références; arrêts du Tribunal fédéral
5A_737/2016
du 27 mars 2017 consid. 2.3;
4A_655/2016
du 15 mars 2017 consid. 7.2). Cette dernière hypothèse vise notamment les cas où la partie qui obtient gain de cause a donné lieu à l'introduction de l'action ou a occasionné des frais de procédure complémentaire injustifiés (ATF
139 III 33
consid. 4.2 et les références; arrêt du Tribunal fédéral
4A_535/2015
précité).
Quant à l'art. 108 CPC, qui vise tant les frais judiciaires que les dépens, il permet de mettre les frais causés inutilement à la charge de la personne qui les a engendrés, en particulier à la partie qui a obtenu gain de cause (ATF
139 III 471
consid. 3.1). Selon la jurisprudence, les frais inutiles sont en premier lieu ceux qui, par le comportement d'une partie ou d'un tiers pendant le procès, viennent s'ajouter aux frais usuels ou qui seraient de toute façon encourus (ATF
141 III 426
consid. 2.4.3; arrêt du Tribunal fédéral
4A_111/2016
du 24 juin 2016 consid. 4.2).
2.2
En l'espèce, la recourante invoque, pour expliquer pourquoi elle n'a pas réglé plus rapidement les factures litigieuses, qu'elle disposait dans sa comptabilité de sept notes de crédit établies entre le 31 janvier 2018 et le 31 août 2018 dont elle ignorait si elles avaient été prises en compte par l'intimée et qu'elle avait ainsi requis de cette dernière un décompte, lequel ne lui avait été fourni que le 6 novembre 2019. Cela étant, même en l'absence du décompte requis, la recourante pouvait vérifier elle-même si le montant réclamé était fondé au vu des notes de crédit dont elle disposait, sans attendre un éventuel décompte fourni par l'intimée. Le montant réclamé était par ailleurs dû puisque la recourante l'a payé, sous réserve d'une différence minime et négligeable de 75 fr., qui ne justifiait pas que l'intégralité du montant réclamé reste impayé.
De plus, au moment de l'introduction de la requête, la recourante avait fait l'objet, depuis septembre 2017, de 29 poursuites, pour un montant supérieur à 700'000 fr., voire 600'000 sans tenir compte de deux poursuites formées par l'intimée et que cette dernière a reconnu être erronées. Selon l'extrait du registre des poursuites produit à l'appui de la requête, 15 des 29 poursuites précitées concernent des créances de droit public (Caisse genevoise de compensation, Confédération suisse, _ Caisse de compensation AVS, Etat du Valais, Ville de Genève) et représentent plus de 400'000 fr. Or, le non-paiement de telles créances peut précisément constituer, le cas échéant, un indice de suspension de paiements selon la jurisprudence (arrêt du Tribunal fédéral
5A_354/2016
du 22 novembre 2016, consid. 6.2.1). Ainsi, l'intimée pouvait, sur la base de ces éléments, estimer que la recourante avait suspendu ses paiements. Il ne peut dès lors être retenu, comme le soutient la recourante, que la requête a été introduite dans l'unique but de tenter de la contraindre à verser le montant réclamé.
Dès lors, bien que l'intimée a renoncé à requérir la faillite, à la suite du paiement intervenu après le dépôt de la requête de faillite sans poursuite préalable, les circonstances du cas d'espèce justifient, en équité, que ce soit sur la base de l'art. 107 al. 1 let. e CPC ou 108 CPC, que les frais de la cause soient mis à la charge de la recourante qui aurait pu éviter le dépôt de la requête en faillite, non dénuée de chance de succès, si elle n'avait pas tardé à régler ses dettes.
Pour le surplus, la recourante ne conteste pas le montant, en lui-même, des frais.
Le recours, infondé, sera dès lors rejeté.
3.
La recourante, qui succombe, sera condamnée aux frais de la procédure de recours (art. 106 al. 1 CPC).
Les frais judicaires, seront arrêtés à 300 fr. (art. 26 et 38 RTFMC) et compensés avec l'avance fournie, qui reste acquise à l'Etat de Genève.
La recourante sera par ailleurs condamnée à verser 1'500 fr., débours et TVA compris, à l'intimée à titre de dépens de recours (art. 20, 23 LaCC, art. 85, 88, 89 RTFMC), étant relevé que la recourante réclamait elle-même 3'679 fr. 75 à ce titre.
* * * * *