Decision ID: 4a029d1e-ea91-4b5e-b8da-83125d18eb9d
Year: 2015
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. La société X. Sàrl, inscrite au registre du commerce le ******** 2014, dont le siège est à 1********, a pour but la fabrication, la vente et la pose d’éléments d’isolation dans le domaine du chauffage, de la ventilation-climatisation et du sanitaire du bâtiment. C.Z._ et D.E._ en sont les associés gérants, C.Z._ ayant en tant qu’associé gérant président la signature individuelle.
B. Le 20 novembre 2014, la société X. Sàrl a déposé une demande de permis de séjour avec activité lucrative en faveur de A.B.Y._, ressortissant roumain auprès du Bureau des étrangers de la Commune de 1********.
La société X. Sàrl a transmis, en date du 2 décembre 2014, au Service de la population (SPOP) le contrat de travail de durée indéterminée conclu avec le prénommé le 24 novembre 2014 et prévoyant son entrée en service en tant « qu’ouvrier spécialisé dans la fabrication d’éléments en tôle et en laine de roche » à compter du 1er janvier 2015, pour un salaire mensuel brut de 4'200 fr. Elle a indiqué n'avoir pas reçu d'offre correspondant à ses exigences, malgré la parution d'annonces auprès de l’Office régional de placement (ORP) d’Yverdon-les-Bains, ajoutant que quatre candidats de sa société sœur italienne correspondent aux critères requis, du fait qu’ils connaissent très bien le maniement et la maintenance des machines utilisées et qu’ils donnent de surcroît entière satisfaction depuis plus de six ans.
Le 5 décembre 2014, le Service de l'emploi, Contrôle du marché du travail et protection des travailleurs (ci-après: le SDE) a informé la société X. Sàrl que tout employeur désireux d'engager une personne originaire de Roumanie ou de Bulgarie devait au préalable prouver qu'il n'avait pas trouvé de travailleur correspondant au profil recherché sur le marché indigène. Il a invité cette société à annoncer le poste auprès de l'Office régional de placement.
C. Par décision du 26 février 2015, le SDE a refusé l'autorisation de travail sollicitée pour A.B.Y._. Il a rappelé que pour les ressortissants roumains et bulgares, la vérification du principe de priorité des travailleurs indigènes reste applicable, l'employeur étant tenu de prouver qu'il a fait tous les efforts pour trouver un travailleur sur le marché indigène. Il a souligné que le candidat retenu était un employé d’une société sœur en Italie, ce qui démontrait que c’était par convenance personnelle que l’employeur avait porté son choix sur A.B.Y._. Le SDE a encore relevé que le poste vacant avait certes été annoncé à l’ORP, mais que celui-ci n’avait pas pu procéder à des assignations dans la mesure où la description du poste était trop lacunaire.
D. Le 30 mars 2015, agissant par l’intermédiaire de son conseil, la société X. Sàrl a interjeté recours contre cette décision auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (ci-après : le tribunal), concluant, avec suite de frais et dépens, principalement à sa réforme et à l'octroi de l'autorisation sollicitée en faveur de A.B.Y._; subsidiairement à son annulation.
Dans sa réponse du 22 mai 2015, le SDE a conclu au maintien de sa décision et au rejet du recours.
La Société X. Sàrl a encore déposé des observations complémentaires le 5 juin 2015, lesquelles ont été communiquées au SDE, qui ne s’est pas déterminé davantage.

Considérant en droit
1. Interjeté en temps utile auprès de l'autorité compétente, le recours satisfait par ailleurs aux autres conditions formelles de recevabilité (cf. art. 79 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; RSV 173.36], applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD), de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2. Le litige porte sur la question de savoir si c'est à bon droit que l'autorité intimée a refusé d'accorder l’autorisation de séjour avec activité lucrative sollicitée par la recourante en faveur de A.B.Y._. Celle-ci fait valoir qu'aucune des candidatures reçues ne correspondait au profil recherché qui implique en particulier des compétences particulières de calorifugeur-tôlier, que possède le prénommé.
a) L’employé pressenti par la recourante, de nationalité roumaine, tombe sous le coup du régime transitoire prévu par l'art. 10 al. 2b de l'accord du 21 juin 1999 entre la Confédération suisse, d'une part, et la Communauté européenne et ses Etats membres, d'autre part, sur la libre circulation des personnes (ALCP; RS 0.142.112.681). Ce régime lie la Suisse et, entre autres parties contractantes, la Roumanie (cf. protocole du 27 mai 2008 à l'accord entre la Confédération suisse, d'une part, et la Communauté européenne et ses Etats membres, d'autre part, sur la libre circulation des personnes, concernant la participation, en tant que parties contractantes, de la République de Bulgarie et de la Roumanie, à la suite de leur adhésion à l'Union européenne; RS 0.142.112.681.1). Il permet de maintenir à l'égard des travailleurs de l'autre partie contractante, le contrôle de la priorité des travailleurs intégrés dans le marché régulier du travail et des conditions de salaire et de travail applicables. Prolongée d'abord jusqu'au 31 mai 2014, la période transitoire s'étend désormais jusqu'au 31 mai 2016 (RO 2014 1893; art. 10 par. 4c en lien avec l'art. 10 par. 2a et 2b ALCP; ATF 140 II 460 consid. 3; ATF 2C_375/2014 du 4 février 2015 consid. 1.1; 2C_434/2014 du 7 août 2014 consid. 1.1).
L'art. 21 al. 1 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20), intitulé "Ordre de priorité", est en outre applicable, au moins par analogie, à l'admission en vue de l'exercice d'une activité lucrative en Suisse des ressortissants des nouveaux Etats membres de l'Union européenne (ATF 140 II 460 consid. 3; ATF 2C_434/2014 du 7 août 2014 consid. 2.2; 2D_50/2012 du 1er avril 2013 consid. 4.2; Directives concernant l'introduction progressive de la libre circulation des personnes [Directives OLCP] du Secrétariat d'Etat aux migrations, version de janvier 2015, ch. 5.5.2). Selon cette disposition, un étranger ne peut être admis en vue de l'exercice d'une activité lucrative que s'il est démontré qu'aucun travailleur en Suisse ni aucun ressortissant d'un Etat avec lequel a été conclu un accord sur la libre circulation des personnes correspondant au profil requis n'a pu être trouvé.
Selon la jurisprudence constante de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal, il convient de se montrer strict quant à l’exigence des recherches faites sur le marché du travail de manière à donner la priorité aux demandeurs d’emploi indigènes. Il y a ainsi lieu de refuser le permis de travail lorsqu’il apparaît que c’est par pure convenance personnelle que le choix de l’employeur s’est porté sur un étranger plutôt que sur des demandeurs d’emploi présentant des qualifications comparables. Les efforts de recrutement ne peuvent être pris en considération que si les annonces parues correspondent au profil de l’employé étranger pressenti. En outre, les recherches requises doivent avoir été entreprises dans les médias et auprès de l’ORP pendant la période précédant immédiatement le dépôt de la demande de main-d’œuvre étrangère, et non plusieurs mois auparavant (arrêts PE.2014.0432 du 2 mars 2015 consid. 1c et les références; PE.2014.0044 du 26 janvier 2015 consid. 3c et les références; PE.2014.0214 du 10 septembre 2014 consid. 2c et les références; PE.2014.0109 du 12 août 2014 consid. 3b et les références; PE.2014.0006 du 1er juillet 2014 consid. 2b et les références; cf. également Directives OLCP ch. 5.5.2; Directives domaine des étrangers [Directives LEtr], version de février 2015, ch. 4.3.2).
b) En l’espèce, il apparaît que la recourante a conclu un contrat de travail avec l’employé pressenti le 24 novembre 2014 ; ce contrat ne spécifie toutefois pas que la prise d'emploi, fixée au 1er janvier 2015, serait soumise à la condition d'obtenir l'autorisation de travail sollicitée. La recourante avait donc d'emblée décidé de collaborer avec l'intéressé. Elle fait valoir qu’elle a entrepris d’importants efforts de recrutement en contactant plus d’une cinquantaine d’agences de placement et de recrutement. Or, il apparaît qu’un grand nombre des entreprises contactées ne sont pas aptes à recruter un profil comme celui recherché par la recourante. Elle allègue en outre avoir publié des annonces dans des quotidiens de Suisse romande, or force est de constater que ces annonces sont au nombre de trois et qu’elles sont toutes datées du mois de mars 2015, elles sont donc postérieures à la décision attaquée, qui a été rendue le 26 février 2015.
Suite à la deuxième annonce du poste vacant à l’ORP, qui a dû remanier la version antérieure afin que l’annonce corresponde aux spécificités du poste et ne vise pas un choix trop large de candidats, la recourante a écarté toutes les offres reçues, motif pris que les candidats ne possédaient pas les qualifications requises. Dans son recours, elle explique qu'elle recherche un candidat au bénéfice d’une formation de calorifugeur-tôlier. Elle fait valoir qu’en 2013 aucun CFC de calorifugeur-tôlier n’a été délivré en Suisse romande et que ce manque de formation s’explique notamment par l’absence pure et simple de fabrique de tôle en Suisse romande. La recourante souligne qu’en Suisse une seule entreprise exerce une activité similaire à celle que prévoit d’exercer la société X. Sàrl, dont le siège se trouve à 2********. A l’examen des offres de service reçues par la recourante et produites dans le cadre de la présente procédure, il apparaît que, contrairement à ce que celle-ci soutient, un candidat disposait d’une grande pratique dans le domaine de l’isolation. Il apparaît en outre que l’une des agences de placement auxquelles la recourante s’est adressée a fait savoir à cette dernière qu’elle pourrait lui proposer des candidats correspondant au profil requis à compter de la mi avril 2015. Dans ces circonstances, on ne saurait retenir que, malgré les démarches effectuées, la recourante n'a pu trouver aucun travailleur correspondant au profil requis sur le marché du travail indigène, alors qu'il lui incombait de le démontrer. L'autorité intimée était ainsi fondée à retenir que le choix de la recourante relevait en l'espèce de la convenance personnelle.
3. Il résulte des considérants qui précèdent que le recours, mal fondé, doit être rejeté et la décision attaquée maintenue. Un émolument judiciaire est mis à la charge de la recourante, qui succombe (art. 49 al. 1 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; RSV 173.36]), et il n'est pas alloué de dépens (art. 55 al. 1 a contrario, 91 et 99 LPA-VD).