Decision ID: 2edf794b-04ea-42d5-bad5-f9bacbcc0e86
Year: 2005
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. X._, né le ********, est titulaire d’un permis de conduire pour cyclomoteurs depuis le 27 novembre 2002 et d’un permis d’élève pour les véhicules de la catégorie A1 (motocycles légers) depuis le 21 octobre 2004. Il ressort du fichier des mesures administratives qu’il a fait l’objet d’un avertissement le 27 mai 2003 pour modification non autorisée d’un cyclomoteur.
B. Selon les rapports de police et le jugement du président du Tribunal des mineurs du 16 août 2005 figurant au dossier, X._ a circulé sur une dizaine de mètres au volant de la voiture dépourvue de plaques d’un ami le 5 mai 2005 à côté de la scierie ********, au Mont-sur-Lausanne, sans être titulaire du permis de conduire correspondant. Selon le jugement pénal le condamnant pour violations simple et grave des règles de la circulation routière, X._ a, le 8 juillet 2005, en descendant la route du Mont à Prilly au guidon de son scooter, notamment circulé sur une surface interdite au trafic pour dépasser deux véhicules et, dans le même dessein, il a emprunté une présélection pour les véhicules venant en sens inverse et une présélection permettant d’obliquer à gauche, franchissant à deux reprises une ligne de sécurité et dépassé par la gauche une file de voitures à l’arrêt sur un tronçon où la visibilité était restreinte. Son permis d’élève conducteur a été saisi immédiatement par la police.
C. Par décision du 11 août 2005, le Service des automobiles, considérant que c’était la troisième fois en moins de quatre ans qu’il devait intervenir pour une faute grave en matière de circulation, a ordonné le retrait du permis de conduire de X._ à titre préventif ainsi que la mise en œuvre d’une expertise auprès de l’UMTR. Par lettre du même jour à l’UMTR, le Service des automobiles a mis en œuvre l’expertise annoncée dans la décision précitée.
D. Contre cette décision, l’intéressé a déposé un recours tendant à son annulation.
Par décision du 13 septembre 2005, le juge instructeur a refusé de suspendre l’exécution de la décision attaquée.
Le recourant a effectué une avance de frais de 600 francs.
Le tribunal a délibéré par voie de circulation et décidé de rendre le présent arrêt.

Considérant en droit
1. Selon l’art. 16d LCR, en vigueur depuis le 1er janvier 2005, le permis de conduire est retiré pour une durée indéterminée à la personne dont les aptitudes physiques et psychiques ne lui permettent pas ou plus de conduire avec sûreté un véhicule automobile (lit. a), qui souffre d’une forme de dépendance la rendant inapte à la conduite (lit. b) ou qui, en raison de son comportement antérieur, ne peut garantir qu’à l’avenir elle observera les prescriptions et fera preuve d’égards envers autrui en conduisant un véhicule automobile (lit. c). La teneur de cet article n’est pas nouvelle, puisqu’elle ne fait que reprendre la teneur des anciens art. 14 al. 2 et 16 al. 1 LCR fixant les conditions de délivrance et de retrait des permis de conduire.
2. L'art. 23 al. 1 in fine LCR prévoit qu'en règle générale, l'autorité entendra l'intéressé avant de lui retirer son permis de conduire ou de le soumettre à une interdiction de circuler. Toutefois, selon l’art. 30 OAC, le permis de conduire peut être retiré à titre préventif lorsqu’il existe des doutes sérieux quant à l’aptitude à conduire de l’intéressé. Cet article a remplacé l’ancien art. 35 al. 3 OAC qui prévoyait que le permis de conduire pouvait être retiré immédiatement à titre préventif jusqu’à ce que les motifs d’exclusion aient été élucidés. Ce nouvel article garde néanmoins la même portée que l’ancien et ne fait que reprendre la définition du retrait préventif posée par la jurisprudence. En effet, selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, un retrait du permis à titre préventif peut être ordonné lorsqu’il existe des éléments objectifs qui font apparaître le conducteur comme une source particulière de danger pour les autres usagers de la route et suscitent de sérieux doutes quant à son aptitude à conduire (ATF 125 II 492 ; ATF 122 II 359).
Selon la jurisprudence constante du Tribunal administratif, le retrait préventif du permis de conduire ne peut être ordonné que si l'urgence du retrait justifie que l'on prive le conducteur de la possibilité d'être entendu et de faire juger son cas sur la base d'un dossier complet. L'instruction doit se poursuivre ensuite sans désemparer. Le retrait préventif est une mesure de sécurité qui doit être justifiée à la fois par l'importance des craintes que suscite le conducteur et l'urgence qu'il y a de l'écarter immédiatement de la circulation. Compte tenu de la gravité de l'atteinte que peut causer un retrait immédiat du permis à titre préventif, l'autorité doit mettre en balance l'intérêt général à préserver la sécurité routière et l'intérêt particulier du conducteur (arrêt CR 96/0072 du 1er avril 1996 et les références citées; arrêt CR 97/113 du 26 juin 1997; arrêt CR 97/263 du 14 novembre 1997).
3. La question qui se pose est celle de savoir si, au vu des événements survenus le 5 mai 2005 au Mont-sur-Lausanne et le 8 juillet 2005 à Prilly, il est urgent de retirer immédiatement le recourant de la circulation compte tenu des risques qu’il représente pour les autres usagers de la route.
En l’espèce, l’épisode de conduite sans permis n’apparaît pas comme un acte isolé puisque le recourant a récidivé deux mois après en adoptant une conduite dangereuse au guidon de son scooter (dépassement dangereux, franchissements d’une ligne de sécurité), alors qu’il n’est titulaire que d’un permis d’élève pour cette catégorie de véhicules. Un tel comportement dénote un mépris certain des règles de la circulation routière et un manque d’égards vis-à-vis des autres usagers de la route, ce qui est d’autant plus grave qu’il s’agit en l’espèce d’un élève conducteur. Dans ces conditions, le tribunal ne peut s’empêcher de craindre que le recourant ne récidive prochainement sous l'effet de pulsions qu’il semble difficilement maîtriser. Le recourant apparaît dès lors comme un danger potentiel pour la sécurité du trafic ; il convient par conséquent de l’écarter immédiatement de la circulation routière, de sorte qu’une mesure de retrait préventif se justifie.
4. S'agissant de l'obligation de se soumettre à une expertise médicale en cas de soupçon d'alcoolisme, le Tribunal fédéral a jugé à ce sujet qu'une telle mesure portait profondément atteinte à la sphère personnelle. Il faut donc procéder d'office et dans chaque cas particulier à un examen des circonstances personnelles et des habitudes de l'intéressé en matière de boissons. L'autorité doit user correctement de son pouvoir d'appréciation au vu des circonstances du cas pour déterminer l'étendue des mesures d'instruction nécessaires, notamment pour décider si une expertise médicale doit être ordonnée (ATF 104 Ib 46, c.1a, JT 1978 I 412). Il en va de même lorsque le soupçon porte sur une inaptitude caractérielle, comme dans le cas présent.
En l'espèce, vu les craintes que suscite le comportement du recourant en tant que conducteur, l’expertise auprès de l’UMTR doit être confirmée.
5. Au vu de ce qui précède, le recours doit être rejeté aux frais du recourant et la décision attaquée doit être confirmée. Toutefois, seul un émolument réduit sera mis à la charge du recourant au vu du caractère sommaire de la présente procédure.