Decision ID: 976894b6-00c2-4e90-b106-8aad4fb5750c
Year: 2014
Language: fr
Court: VS_BZG
Chamber: VS_BZG_007
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

I. Statuant en faits
1. Z_ est propriétaire, sur commune de C_, de la parcelle n° xxx3,
folio n° xxx, nom local : « D_ », pré de 631 m2 et chalet (baptisé
« E_ ») de 82 m2.
2. a) Le 9 mai 2007, souhaitant construire un garage sur cette parcelle, il a conclu
avec « F_», à G_ (ci-après : l’architecte ou l’architecte
H_), un « contrat relatif aux prestations de l’architecte » (cf. dos. C1 10 32
p. 117-131 ainsi que classeur rouge « Administratif » déposé en cause).
b) Ce contrat décrit ainsi les prestations devant être fournie par l’architecte :
- 4 -
Avant projet : Recherche de partis et estimation
sommaire des coûts de construction
Avant projet et estimation des coûts 5 % 5 %
Projet de l'ouvrage Projet de l'ouvrage
Etudes de détail 5 %
Devis 5 % 10 %
Procédure de demande Procédure de demande
d'autorisation d'autorisation 5 %
Appel d'offres, comparaisons Plans d'appel d'offres 5 %
des offres, propositions Appel d'offres et adjudication 5 % 10 %
d'adjudication
Projet d'exécution Plans d'exécution 5 %
Contrats d'entreprises 5 % 10 %
Exécution de l'ouvrage Direction architecturale 20 %
Direction des travaux et contrôle des coûts 30 % 50 %
Mise en service Mise en service 0 %
achèvement Documentation de l'ouvrage 0 %
Direction des travaux de garantie 0 %
Décompte final 10 % 10 %
Total prestations ordinaires 100 %
(...)
L’architecte prend en charge la direction des travaux ainsi que tout le contrôle des engagements du
dossier et en relation avec le maître d’œuvre, selon l’accord en date du 09.05.2007.
c) Il précise par ailleurs que celui-ci doit respecter un degré de précision de « +-
15 % » par rapport à l'estimation des coûts (avant-projet) et de « +- 10 % » par rapport
au devis et lui confère également le droit, à condition que cela n'engendre aucun retard
important ou aucun grave préjudice financier pour son mandant, de le représenter, si
les sommes en jeu n'excèdent pas « 10'000 fr. (TVA exclue) individuellement », pour,
notamment, conclure des contrats avec des tiers ou les modifier.
3. Le 9 mai 2007, soit le jour de la signature du contrat décrit ci-dessus, le coût total
du garage projeté par Z_ était devisé à 60'000 fr. par l’architecte (cf. classeur
rouge « Administratif »).
4. a) Dans le cadre de la construction de ce garage, ce dernier a confié au bureau
d'ingénieurs I_ SA l’élaboration des « plans d’ingénieurs » ainsi que la
« calculation des listes de fers et la soumission béton armé », à X_ SA les
travaux de maçonnerie et à Y_ SA ceux de terrassement (cf. dos. C1 10 32
- 5 -
p. 140, 145, 146 et 148 ainsi que dossier de I_ SA déposé en cause), sans
les informer néanmoins des modalités du mandat le liant à Z_ (cf. dos. C1 10
32 p. 144 et 256). Lorsqu’ils ont été entendus en cause, les Présidents du conseil
d’administration de X_ SA (J_) et de Y_ SA
(K_) ont toutefois déclaré qu’ils avaient toujours considéré qu’il agissait
comme représentant du défendeur (cf. dos. C1 10 32 p. 254 et 257).
b) L'autorisation de construire ledit garage a été délivrée par la commune de
C_ le 28 juin 2007 (cf. dossier de cette commune déposé en cause), soit le
jour suivant celui où ont débuté les travaux de terrassement (cf. procès-verbal de la
première séance de chantier in dossier de l’architecte H_ [fourre orange]
déposé en cause).
c) Au cours de ces travaux et de manière imprévue, l’architecte et le bureau
d'ingénieurs (I_ SA) ont « constaté qu’il était nécessaire de procéder à des
travaux de consolidation du sous-œuvre » afin que le chalet du défendeur « ne
s’affaisse pas », soit à des travaux dits de « reprise en sous-œuvre » (cf. dos. C1 10
32 p. 140 et 149).
d) L’architecte a alors chargé X_ SA et Y_ SA de réaliser ces
travaux imprévus supplémentaires (cf. dos. C1 10 32 p. 141) qui ont débuté le 2 juillet
2007 (cf. procès-verbal de chantier précité). Il n'a toutefois jamais évoqué leur prix
avec ces entreprises, ni ne leur a demandé de devis les concernant, et n’a eu
connaissance de leur coût qu’à la réception des factures finales. De surcroît, avant de
les faire exécuter, il n’a pas non plus sollicité l'aval de son mandant Z_, ni ne
l’a informé du « dépassement de coûts » qu’ils allaient engendrer (cf. dos. C1 10 32
p. 141, 145, 147, 149 et 255).
e) Lors de l’exécution de ces travaux de « reprise en sous-œuvre », le tracé de
l'escalier - tel que dessiné sur les plans mis à l'enquête publique - devant permettre au
défendeur d'accéder à son chalet depuis la place sise devant son garage, a été modifié
d’entente entre l’architecte et X_ SA (cf. dos. C1 10 32 p. 142, 158, 255 et
256).
f) Le 24 septembre 2007, Y_ SA a établi à l'attention de Z_ une
facture d’un montant total de 27'496 fr. 75 pour les travaux qu’elle a réalisés entre le
4 juillet et le 13 septembre 2007 (cf. dos. C1 10 33 p. 27-29). Le 30 novembre 2007, la
société L_ SA, à C_ - chargée par le défendeur de procéder au
paiement des entreprises ayant œuvré à la construction de son garage au moyen de
- 6 -
fonds qu’il lui transférait dans ce but (cf. dos. C1 10 32 p. 152) - a versé à Y_
SA une somme de 2'000 fr. (cf. dos. C1 10 33 p. 32 et allégué 6 admis) correspondant
à celle devisée pour les travaux de terrassement par l’architecte H_ le 9 mai
2007 (cf. classeur rouge « Administratif »).
g) Le 8 octobre 2007, X_ SA a également établi une facture finale à
l’attention de Z_ pour un montant total de 73'297 fr. 10 (cf. dos. C1 10 32 p.
28-31), facture que ce dernier a acquittée, le 30 novembre 2007, à hauteur de
37'500 fr. (cf. dos. C1 10 32 p. 38 et allégué 6 admis), soit à concurrence du montant
devisé le 9 mai 2007 par l’architecte H_ pour les travaux de maçonnerie
(cf. classeur rouge « Administratif »).
h) Ces deux factures ont été contrôlées et visées, le 5 novembre 2007, par ce même
architecte qui a immédiatement établi et signé un bon de paiement de 73'000 fr. en
faveur de X_ SA et un autre de 27'000 fr. en faveur de Y_ SA
(cf. classeur rouge « Administratif »). Ces bons ont ensuite été contresignés par
M_, directeur de L_ SA (cf. dos. C1 10 32 p. 153).
i) Lors de son audition en cause, l’architecte H_ a indiqué que les factures
qu’il avait contrôlées et visées correspondaient aux travaux effectués. Il avait à ce
moment-là toutefois été « surpris de constater que, du fait des travaux réalisés et
facturés, le coût initialement devisé pour le garage avait doublé ». Il a également admis
qu’il ne s’était pas rendu compte du fait que les travaux de « reprise en sous-œuvre »
allaient « coûter aussi cher » et concédé avoir dès lors « commis une erreur
d’appréciation ». Il a par ailleurs expliqué que le défendeur n’en avait été informé qu’à
la « réception des bons de paiement » qu’il lui avait fait parvenir (cf. dos. C1 10 32
p. 141, 145, 147, 149 et 255).
j) Pour sa part, Z_ a expliqué n’avoir jamais rencontré les représentants de
X_ SA et de Y_ SA avant les procédures introduites par celles-ci à
son encontre. Il a également affirmé que son architecte ne l'avait jamais avisé - avant
le terme des travaux - du fait que le coût final du garage serait supérieur au montant
initialement devisé de 60'000 fr., ni, du reste, du déroulement du chantier ou du fait
qu’il avait été nécessaire d’effectuer une « reprise en sous-œuvre ». Il a par ailleurs
ajouté qu’il lui avait fait confiance pour la surveillance du chantier et était parti de l'idée
que s'il y avait un problème, il l'en informerait. Il a en outre soutenu n'avoir jamais
commandé personnellement, ni fait commander par son architecte, à X_ SA
- 7 -
et à Y_ SA, des travaux complémentaires en sus de ceux prévus dans le
devis initial (cf. dos. C1 10 32 p. 260-261).
5. a) Le 22 janvier 2008, X_ SA a imparti à Z_ un délai de dix jours
pour s'acquitter du montant de 35'797 fr. 10 correspondant au solde encore dû, selon
elle, sur la facture précitée du 8 octobre 2007.
b) Le 30 décembre 2009, à la demande de cette même société, un séquestre pour un
montant de 35'797 fr. 10 plus intérêts à 5 % dès le 7 novembre 2007 (séquestre
no xxx1) a été effectué sur la parcelle n° xxx3 propriété de Z_ (cf. dos. C1 10
33 p. 37).
c) Le même jour, à la demande de Y_ SA, un séquestre pour un montant de
25'496 fr. 75 plus intérêts à 5 % dès le 24 octobre 2007 (séquestre xxx2) a également
été effectué sur cette parcelle (cf. dos. C1 10 32 p. 39).
d) Le 3 mars 2010, à la requête des demanderesses, deux commandements de payer
(poursuites n° xxx4 et xxx5) ont été notifiés au mandataire du défendeur - qui s’y est
opposé - pour lui réclamer le versement des montants précités de 35'797 fr. 10,
respectivement de 25'496 fr. 75, intérêts moratoires et frais de séquestre en sus
(cf. dos. C1 10 32 p. 41 et C1 10 33 p. 40).
6. a) Une expertise judiciaire - commune aux procédures C1 10 32 et C1 10 33 - a été
réalisée par N_, ingénieur auprès du bureau O_ SA (cf. dos. C1 10
32 p. 202 ss).
b) Invité notamment à se prononcer sur les possibilités d'utilisation du garage de
Z_ dans sa configuration actuelle, cet expert a livré les conclusions
suivantes :
A. Il n’est pas possible de parquer deux véhicules dans le garage si le 1 er
véhicule est du
côté Nord
B. Il n’est pas possible de parquer deux véhicules dans le garage si le 1 er
véhicule est du
côté Sud
C. Si le véhicule est parqué en avant dans le garage, il n’est pas possible de tourner sur
la place de dégagement pour repartir en avant
D. Si le véhicule est parqué en avant dans le garage, il est possible de ressortir en
marche arrière. L’étroitesse du passage nécessite toutefois une grande attention.
Ainsi, il n’est pas possible de parquer 2 véhicules dans le garage et l’accès Est est
étroit. En hiver, il faut donc s’attendre que l’accès au garage soit très difficile, voire pas
possible en fonction des conditions d’enneigement.
- 8 -
c) Il a par ailleurs affirmé que les travaux effectués par les sociétés demanderesses
l'avaient été dans les règles de l'art et que le garage construit correspondait au plan
d'exécution établi par le bureau d'ingénieurs le 4 juin 2007 et approuvé par l'architecte
le 27 juin 2007. Il a également qualifié de bonne la qualité générale de l'ouvrage, en
particulier le rendu des surfaces bétonnées, et estimé que l'escalier d’accès au chalet
avait été construit dans les règles de l'art, tout comme les enrochements et les
remblais. Il a cependant émis les considérations suivantes:
Les travaux ont été correctement effectués par les deux entreprises sur la base des plans remis
et des indications sur place de la direction des travaux. Le problème réside dans le fait que le
déplacement de l'escalier pour aboutir sur la terrasse devant le chalet a eu comme
conséquence la modification de l'escalier avec un enrochement l'accompagnant et empiétant
sur la place d'accès au garage. Ainsi, l'ouvrage finalement réalisé ne correspond pas aux
attentes du Maître de l'ouvrage. Cela est du ressort de l'architecte et de la direction des travaux
et non des entreprises.

II. Considérant en droit
7. a) Le Tribunal de céans est compétent aussi bien ratione materiae (cf. art. 4 et 11
al. 2 LACPC) que fori (cf. art. 10 aLFors et 404 al. 2 CPC) pour connaître de la
présente cause.
b) Par ailleurs, dans la mesure où les prétentions des demanderesses reposent sur un
même complexe de faits et de droit, il se justifie, par économie de procédure et au
stade du jugement, de joindre les causes C1 10 32 et C1 10 33 (cf. art. 69 al. 1
CPC/VS et 404 al. 1 CPC).
8. a) Il est établi qu’en vue de la construction du garage souhaité par Z_,
son architecte a conclu des contrats d’entreprise avec X_ SA pour les
travaux de maçonnerie, respectivement avec Y_ SA pour les travaux de
terrassement (cf. consid. 4).
b) Le défendeur s’oppose toutefois aux demandes en paiement introduites à son
encontre par ces deux sociétés, en soutenant, en substance, que, dans la mesure où
le coût des travaux confiés à chacune d’entre elles a excédé 10'000 fr., son architecte
n’avait pas, selon le contrat du 9 mai 2007 qui les liait (cf. consid. 2), le pouvoir d’agir
en son nom et de le lier à celles-ci car lui-même n’y avait pas consenti. En d’autres
- 9 -
termes, il prétend ne pas avoir la qualité pour défendre aux deux procédures
introduites par lesdites sociétés à son encontre.
9. a) La qualité pour agir et la qualité pour défendre appartiennent aux conditions
matérielles de la prétention litigieuse. Elles se déterminent selon le droit au fond et leur
défaut conduit au rejet de l'action, qui intervient indépendamment de la réalisation des
éléments objectifs de la prétention litigieuse. Possède la qualité pour défendre (ou la
légitimation passive), celui qui est l’obligé du droit litigieux. Ainsi, la reconnaissance de
la qualité pour défendre signifie que le demandeur peut faire valoir sa prétention contre
le défendeur. Cette question doit en particulier être examinée d'office et librement
(cf. ATF 138 III 537 consid. 2.2.1 p. 540 et 126 III 59 consid. 1a p. 63 ainsi que les
arrêts cités). Pour déterminer la personne qui a la qualité pour défendre et contre
laquelle doit être ouverte l’action, il faut rechercher très précisément la disposition
légale qui fonde le droit invoqué et, partant, en désigne l’obligé (cf. Hohl, Procédure
civile, vol. I, Berne 2001, n. 443).
b) aa) Les droits et obligations dérivant d'un contrat fait au nom d'une autre personne
par un représentant autorisé passent au représenté (cf. art. 32 al. 1 CO). Lorsque au
moment de la conclusion du contrat le représentant ne s’est pas fait connaître comme
tel, le représenté ne devient directement créancier ou débiteur que si celui avec lequel
il contracte devait inférer des circonstances qu’il existait un rapport de représentation,
ou s’il lui était indifférent de traiter avec l’un ou l’autre (cf. art. 32 al. 2 CO).
bb) Les effets de la représentation ne naissent que si le représentant dispose du
pouvoir de représentation, c'est-à-dire s'il est habilité à faire naître des droits et des
obligations directement en faveur et à la charge du représenté, et si le représentant a
la volonté d'agir comme tel. La représentation directe suppose que le représentant
agisse expressément ou tacitement au nom du représenté. L'application du principe de
la confiance permet de trancher la question de savoir si l'intéressé devait inférer des
circonstances l'existence d'un rapport de représentation. Selon les termes de l’art. 32
al. 2 CO, la manifestation d’agir au nom d’autrui, expresse ou tacite, doit intervenir au
moment de la conclusion du contrat ; en d’autres termes, si cette déclaration est faite
postérieurement à la conclusion du contrat, cela ne suffit pas à établir l’existence d’un
rapport de représentation (cf. ATF 126 III 59 consid. 1b p. 64 ainsi que arrêts non
publiés du Tribunal fédéral du 9 janvier 2008 [4C.78/2007] consid. 5.1.1 et du 13
septembre 2005 [4C.134/2005] consid. 2.4.2.1; Zäch, Commentaire bernois, n. 54 ad
art. 32 CO).
- 10 -
cc) La preuve de l’existence d’un rapport de représentation directe incombe à la partie
qui s’en prévaut (cf. ATF 100 II 200 consid. 8a p. 211 et les références citées ; Watter,
Commentaire bâlois, n. 34 ad art. 32 CO). Lorsque le tiers prétend être directement lié
au représenté, il suffit qu’il prouve que le représentant disposait des pouvoirs
nécessaires. A défaut de tels pouvoirs, il peut faire état de la communication des
pouvoirs que lui aurait faite le représenté (cf. art. 33 al. 3 CO) ou d’une éventuelle
ratification (cf. art. 38 al. 1 CO) par ce dernier (cf. Chappuis, Commentaire romand,
n. 19 ad art. 32 CO).
dd) Si l’examen des rapports internes révèle que le représenté n’a conféré des
pouvoirs ni expressément, ni par actes concluants au représentant ou que les pouvoirs
effectivement conférés ne couvrent pas l’acte accompli, une éventuelle protection du
tiers de bonne foi entre en considération aux conditions posées par l’art. 33 al. 3 CO
qui prévoit que si les pouvoirs ont été portés par le représenté à la connaissance d’un
tiers, leur étendue est déterminée envers ce dernier par les termes de la
communication qui lui a été faite. Deux conditions sont ainsi nécessaires : la
communication des pouvoirs par le représenté au tiers qui va au-delà des pouvoirs
effectivement conférés et la bonne foi du tiers. Si celui-ci s’est fié à cette
communication et que, partant, il est en droit d’admettre que le représenté est engagé,
sa bonne foi guérit le vice résultant du fait que les pouvoirs ne couvrent pas l’acte
accompli, l’idée étant que celui qui laisse créer l’apparence d’un pouvoir de
représentation se trouve lié par les actes accomplis en son nom (cf. Chappuis, op. cit.,
n. 19 ad art. 33 CO).
ee) L’art. 38 al. 1 CO prescrit pour sa part que lorsqu’une personne contracte sans
pouvoirs au nom d’un tiers, celui-ci ne devient créancier ou débiteur que s’il ratifie le
contrat. L’absence de pouvoirs peut résulter du fait que les pouvoirs n’existent pas du
tout, n’existent plus ou ne couvrent pas l’acte, sous réserve de l’application des
dispositions protectrices de la bonne foi. Le moment déterminant est celui de la
conclusion du contrat ou de l’accomplissement de l’acte juridique. Les pouvoirs ne
couvrent pas l’acte, également en cas d’excès de pouvoir. Dans ce cas, la doctrine
admet, par une application analogique de l’art. 20 al. 2 CO, la validité de la partie de
l’acte qui est couverte par les pouvoirs, dans la mesure où l’acte est divisible
(cf. Chappuis, op. cit., n. 4-5 ad art. 38 CO).
La conséquence attachée par l’art. 38 al. 1 CO à un acte accompli sans pouvoirs est
que le représenté ne devient ni créancier ni débiteur du tiers. Un tel acte reste sans
effet obligatoire pour le représenté, à moins que celui-ci ne choisisse de ratifier l’acte
- 11 -
accompli sans pouvoirs en son nom. Tout comme l’octroi des pouvoirs, la ratification
est un acte juridique unilatéral, par lequel le représenté exerce un droit formateur. Elle
est irrévocable. Son contenu nécessaire est le contrat tel qu’il a été passé par le
représentant ; en cas de divergence, la manifestation de volonté ne constitue pas une
ratification, mais une nouvelle offre. Elle remplace le pouvoir manquant. La ratification
n’est soumise à aucune forme, sauf si l’octroi du pouvoir devait en revêtir une ; elle
peut être expresse ou résulter d’actes concluants, voire de la passivité du représenté.
Le comportement de ce dernier est interprété selon le principe de la confiance. Ainsi,
l’acte d’exécution d’un contrat sans pouvoirs peut être compris comme une ratification
de celui-ci. Le silence du représenté ne vaut en principe pas ratification sauf lorsque
les règles de la bonne foi exigent que le représenté manifeste son désaccord s’il
entend ne pas être lié. La ratification a pour effet de créer un rapport contractuel entre
le représenté et le tiers. Seuls le représenté et le tiers sont désormais liés. En
l’absence de ratification, aucun rapport contractuel n’est créé, ni entre le représenté et
le tiers, ni entre le représentant et le tiers. Celui-ci peut, le cas échéant, réclamer la
réparation de son dommage au représenté en vertu de l’art. 36 al. 2 CO, au
représentant en vertu de l’art. 39 CO (cf. Chappuis, op. cit., n. 6-8 ad art. 38 CO).
c) Selon la jurisprudence, l'architecte chargé de l'adjudication des travaux agit en
qualité de mandataire. Le mandat comprend le pouvoir de faire les actes juridiques
nécessités par son exécution. En raison du caractère indéterminé de l’obligation de
diligence du mandataire, ce dernier dispose d’un pouvoir d’appréciation. Ce pouvoir est
cependant limité par la volonté hypothétique du mandant (cf. Chappuis, op. cit., n. 5 ad
art. 396 CO). Le mandataire peut en conséquence valablement et sans procuration
spéciale effectuer tous les actes juridiques qui sont normalement exigés pour atteindre
le but escompté. Cette présomption vaut d’abord dans les rapports entre le mandant et
le mandataire. Celui-ci peut admettre qu’il a le droit de faire les actes nécessaires sans
violer ses obligations. Le mandant qui entend restreindre ces pouvoirs doit donc le faire
savoir au mandataire. La présomption doit aussi pouvoir être invoquée par des tiers
avec lesquels le mandataire noue des relations au nom du mandant. Dès l’instant où le
tiers a connaissance du mandat, il a le droit de conclure que le mandataire a les
pouvoirs prévus par l’art. 396 al. 2 CO ; si tel n’est en réalité pas ou plus le cas, le
mandant doit le faire savoir aux tiers qui ne pourront plus invoquer leur bonne foi (cf.
art. 34 al. 3 CO et Tercier/Favre, Les contrats spéciaux, 4 ème
éd., Zurich 2009, n. 5081-
5083). Toutefois, l’art. 396 al. 2 CO n'habilite pas l'architecte à adjuger au nom du
maître des travaux aux entrepreneurs. La jurisprudence a en effet précisé qu'à défaut
de pouvoirs exprès, l'architecte ne saurait effectuer pour le maître de l'ouvrage des
- 12 -
actes juridiques susceptibles d'engendrer pour ce dernier des engagements financiers
importants (cf. arrêt non publié du Tribunal fédéral du 25 août 2003 [4C.87/2003]
consid. 5.2.2 et les références citées).
10. a) Le 9 mai 2007, Z_ a contractuellement conféré à l’architecte
H_ le pouvoir de le représenter et de conclure en son nom des contrats avec
des tiers pour autant toutefois que les sommes en jeu ne soient pas supérieures au
montant de « 10'000 fr. (TVA exclue) individuellement » (cf. consid. 2). Or, ainsi qu’on
l’a vu (cf. consid. 4), cet architecte a conclu, dans le cadre du projet de construction du
garage de son mandant, deux contrats d’entreprise (cf. consid. 8) pour des travaux
dont le prix excédait manifestement la limite précitée de 10'000 fr., le premier, avec
X_ SA, portant sur des travaux de maçonnerie dont le coût final s’est élevé à
73'297 fr. 10 (cf. consid. 4g) et le second, avec Y_ SA, pour les travaux de
terrassement qui ont été facturés 27'496 fr. 75 (cf. consid. 4f). Dans cette mesure, il
faut admettre que l’architecte précité a conclu ces contrats en excédant largement son
pouvoir de représentation, de sorte que ceux-ci ne lient pas le défendeur, à moins que
ce dernier n’ait informé les demanderesses du fait que son architecte était autorisé à
les conclure, en son nom, dans cette ampleur, ou qu’il ne les ait ratifiés expressément
ou par actes concluants (cf. 9b/dd, 9b/ee et 9c).
b) A cet égard, il faut d’emblée relever qu’il est établi que les parties ne se sont jamais
rencontrées avant la présente procédure (cf. consid. 4j ainsi que dos. C1 10 32 p. 159
et 260) et qu’en particulier, Z_ ne s’est jamais rendu sur le chantier durant la
construction de son garage (cf. dos. C1 10 32 p. 157 et 261). Il n’a en outre jamais
donné d’instructions aux demanderesses, ni n’a eu le moindre comportement pouvant
leur laisser penser de bonne foi (cf. art. 33 al. 3 CO) qu’il avait donné son accord à
tous les travaux réalisés, et notamment à ceux, très conséquents, de « reprise en
sous-œuvre » décidés en cours de construction et pour lesquels, aux dires mêmes de
son architecte, il n’a jamais été invité à donner son aval (cf. consid. 4d).
c) Par ailleurs, même si après avoir eu connaissance des factures des
demanderesses des 24 septembre, respectivement 8 octobre 2007, le défendeur a
effectivement versé, le 30 novembre 2007, un montant de 2'000 fr. à Y_ SA
ainsi qu’une somme de 37'500 fr. à X_ SA, et que, de ce fait, il a
partiellement exécuté les contrats conclus par son architecte avec ces deux sociétés,
ces exécutions partielles ne peuvent toutefois être assimilées à des ratifications sans
réserve de ces contrats (cf. art. 38 al. 1 CO). Elles ne peuvent tout au plus qu’en
constituer des ratifications partielles qui remplacent le pouvoir de représentation
- 13 -
manquant, mais uniquement jusqu’à concurrence des sommes admises par
Z_ (cf. consid. 9b/ee).
d) Au surplus, même si les bons de paiement de 73'000 fr. et 27'000 fr. établis par
l’architecte H_ le 5 novembre 2007 ont été contresignés sous la rubrique
«date et signature du maître de l’ouvrage» par le directeur de L_ SA, cette
contre-signature ne peut être considérée comme une ratification pure et simple des
contrats litigieux par le défendeur, puisque ce dernier n’a chargé cette société que de
procéder pour son compte à des paiements au moyen de fonds qu’il lui transférait
(cf. consid. 4h) et non pas de le représenter de manière générale et sans limite.
e) Au vu de ce qui précède, force est dès lors de constater qu’aucun rapport
contractuel n’a été créé entre les parties s’agissant du solde impayé des factures
précitées des 24 septembre 2007 et 8 octobre 2007 et que, par conséquent,
Z_ ne bénéficie pas de la qualité pour défendre aux actions en paiement
introduites à son encontre par X_ SA et Y_ SA. Dans ces
conditions, ces dernières ne peuvent qu’être purement et simplement rejetées.
11. a) Succombant, les demanderesses doivent supporter la totalité des frais de
justice qui comprennent les débours du Tribunal et l'émolument judiciaire. Compte tenu
des conclusions respectives de chacune d’elles, il se justifie de répartir ces frais à
raison de 60 % à la charge de X_ SA et de 40 % à la charge de Y_
SA (cf. art. 252 al. 1 CPC/VS et 404 al. 1 CPC).
Eu égard à la nature des causes C1 10 32 et C1 10 33, les frais de justice doivent être
globalement fixés à 12'000 fr., débours (6'735 fr. 65, soit expertise : 6'434 fr. 65,
indemnités pour les témoins : 201 fr. et huissier : 100 fr.) compris (cf. art. 13 et 16 al. 1
LTar).
Ces frais, mis à concurrence de 7'200 fr. à la charge de X_ SA et de 4'800 fr.
à la charge de Y_ SA, seront prélevés sur les avances effectuées, à charge
pour X_ SA de verser à Z_ un montant de 3'450 fr. à titre de
remboursement d’avances et pour Y_ SA de lui verser un montant de
1'240 fr. au même titre.
b) La condamnation aux frais entraîne la condamnation aux dépens dans les mêmes
proportions (cf. art. 260 al. 1 CPC/VS et 404 al. 1 CPC).
- 14 -
En l'occurrence, l’activité du mandataire du défendeur dans les causes C1 10 32 et C1
10 33 a essentiellement consisté en la rédaction de deux mémoires-réponse de
quatorze pages accompagnés d'un bordereau et d’une pièce, d’un questionnaire à
l’attention de l'expert et de huit courriers au Tribunal de céans. Il a également participé
au débat préliminaire, à deux séances d’instruction ainsi qu’au débat final. Compte
tenu du travail accompli, ses honoraires et débours peuvent ainsi être arrêtés
globalement à 9'000 fr. (cf. art. 27 et 32 al. 1 LTar).
X_ SA versera ainsi une indemnité de 5'400 fr. à Z_ à titre de
dépens, alors que Y_ SA lui versera, au même titre, une indemnité de
3'600 francs.