Decision ID: 700cef15-e101-54a5-a007-d8b40b1e1dea
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 27 septembre 2019, A_ recourt en son nom, en celui de son association et en celui de son épouse contre l'ordonnance du 18 précédent, notifiée par pli simple, par laquelle le Ministère public a refusé d'entrer en matière sur sa plainte du _ 2019.
Il conclut, en substance, à l'annulation de ladite ordonnance et au renvoi de la cause au Ministère public, afin qu'il ouvre une instruction.
b.
Il a versé les sûretés en CHF 1'000.- qui lui étaient réclamées par la Direction de la procédure.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
A_ a été du 14 juin 2018 au 7 octobre 2019 le secrétaire, avec signature individuelle, de l'association B_, sise à Genève (cf. extrait du registre du commerce).
b.
Le _ 2019, dans le cadre des activités de l'association, il a organisé une conférence intitulée
"La situation des droits de l'Homme en C_",
au siège de [l'organisation internationale] D_ sise à Genève.
c.
Le _ 2019, A_ a déposé plainte pénale, en son nom et au nom de son association, contre E_ pour diffamation et calomnie.
Dans la nuit du _ au _ 2019 [la nuit suivant la conférence], divers médias C_ avaient repris les propos de E_ qui, lors de la conférence susmentionnée, avait porté des accusations sur le travail de B_, et affirmé
"qu'une organisation terroriste avait organisé un séminaire au sein de D_ dans le but de diffamer le dossier C_ des droits de l'Homme"
. Cette déclaration avait eu un impact négatif sur sa réputation ainsi que celle de son association.
À l'appui de sa plainte, il a produit plusieurs articles publiés en langue anglaise: le _ 2019 [le lendemain de la conférence] sur le site internet F_, intitulé
"C_ activist refutes false info. presented by G_
[représentant d'un mouvement politique C_]
in Geneva _"
et rédigé par
"F_ staff";
les _ et _ 2017 sur le site internet
https://www._.org
,
respectivement intitulés
"le tribunal
[C_]
gèle les avoirs de H_ et A_"
et
"Campagne de diffamation contre des défenseur-ses des droits humains en C_"
.
d.
Le 17 juin 2019, A_ a complété sa plainte en expliquant que E_ ne cessait d'émettre des propos diffamatoires à son encontre, au travers de médias C_, en laissant sous-entendre qu'il avait un lien avec G_, mouvement classé par les autorités C_ comme terroriste.
Il a produit différents articles parus en langue anglaise sur les sites internet:
www._.news
du journal I_, rédigés par J_ les _ et _ 2019;
www._.org
du journal K_;
https://_.com
du journal L_ et rédigé par M_;
www._.net
rédigé par N_ le _ 2019. Les articles relatent, en substance, les actions menées par E_ et son association au sein d'évènements organisés [auprès de] D_, soit notamment la surveillance [de] G_ et l'intervention lors de conférences, notamment celle organisée par B_, afin d'expliquer et de clarifier
"la vraie réalité"
sur ce qui se passe en C_. Les écrits font également état des actions en justice déposées contre E_, notamment par A_.
e.
Entendu le17 mai 2019 par la police, E_ a déclaré connaitre A_ depuis plusieurs années, tous deux travaillant pour
"les droits de l'homme".
Il reprochait à A_ de mélanger politique et droits de l'homme et de ne plus être neutre. Lors de la conférence du _ 2019, alors qu'il posait une question, la chaîne de télévision O_, invitée par A_ pour l'occasion, avait refusé de le filmer en raison d'opinions divergentes. Il avait alors pris des photographies et des vidéos de la conférence car il voulait que les médias C_ et [des pays limitrophes] soient également informés et pas uniquement le peuple du P_ par l'intermédiaire de O_. À la suite de cet évènement, les médias C_ l'avaient contacté. Il était resté neutre et avait décrit les choses telles qu'elles s'étaient passées. Il n'avait jamais dit qu'il y avait un groupe terroriste à la conférence ou que A_ faisait partie du
"parti Q_"
ou d'un autre groupe terroriste mais que
"Monsieur A_ s'entraide avec des représentants du parti Q_"
et qu'il
"est soutenu par les représentants Q_".
Il ne comprenait pas pourquoi A_ était fâché que ses propos soient transmis aux médias C_ alors qu'il avait accepté des médias P_.
f.
Le 17 juillet 2019, A_ a produit trois vidéos d'émissions [en langue C_] traitant de la conférence du _ 2019 avec notamment E_ en train de filmer. Selon A_, E_ émettait des commentaires négatifs à son égard et à celui de son organisation et répandait de fausses informations pouvant mettre en danger sa vie ainsi que celle de sa famille. Les vidéos ont été diffusées sur [les chaînes de télévision] R_ et S_.
g.
Le 2 septembre 2019, A_ a produit deux nouvelles vidéos de la conférence du _ 2019, diffusées sur la chaîne de télévision O_.
C.
Dans sa décision querellée, le Ministère public a considéré, d'une part, que les propos tenus par le mis en cause n'étaient pas attentatoires à l'honneur de sorte que les conditions d'ouverture de l'action pénale n'étaient manifestement pas réunies; et, d'autre part, qu'il existait un empêchement de procéder dans la mesure où, dès lors qu'il n'en n'était pas l'auteur, les articles parus dans les médias C_ ne pouvaient lui être imputés.
D.
a.
À l'appui de son recours, A_ explique que E_, unique source des informations litigieuses, avait prémédité le lancement de la campagne de diffamation à son encontre et à celle de son association, ainsi qu'à l'égard de son épouse. De plus, les propos divulgués étaient accessibles à tous, ayant été diffusés auprès de plus de vingt journaux électroniques et sur plus de sept chaînes satellitaires.
b.
Le 10 décembre 2019, A_ a transmis à la Chambre de céans une déclaration officielle _ de D_ en anglais, datée du _ 2019
"qui faisait mention de
[son]
cas d'une manière spécifique"
, à savoir résumait notamment, les éléments de fait contenus dans sa plainte pénale
.
c.
À réception des sûretés, la cause a été gardée à juger, sans échange d'écritures ni débats.

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), -- les formalités de notification (art. 85 al. 2 CPP) n'ayant pas été observées -- et concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP).
2.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP).
Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.
3.
3.1.
Selon l'art. 382 al. 1 CPP, toute partie qui a un intérêt juridiquement protégé à l'annulation ou à la modification d'une décision a qualité pour recourir contre celle-ci.
L'art. 104 al. 1 let. b CPP précise que la qualité de partie est reconnue à la partie plaignante.
À teneur de l'art. 118 al. 1 CPP, on entend par partie plaignante le lésé qui déclare expressément vouloir participer à la procédure pénale comme demandeur au pénal ou au civil. La notion de lésé est définie à l'art. 115 al. 1 CPP : il s'agit de toute personne dont les droits ont été touchés directement par une infraction.
Pour être directement touché, l'intéressé doit subir une atteinte en rapport de causalité directe avec l'infraction poursuivie, ce qui exclut les personnes subissant un préjudice indirect ou par ricochet (arrêts du Tribunal fédéral
6B_671/2014
du 22 décembre 2017 consid. 1.2 et les références ;
1B_9/2015
du 23 juin 2015 consid. 2.3.1 et les références).
En règle générale, seul peut se prévaloir d'une atteinte directe le titulaire du bien juridique protégé par la disposition pénale qui a été enfreinte (ATF
141 IV 1
consid. 3.1). De plus, pour être directement touché, celui qui prétend à la qualité de partie plaignante doit rendre vraisemblable le préjudice subi et doit en outre démontrer le rapport de causalité entre son dommage et l'infraction poursuivie, ce qui exclut les dommages par ricochet (arrêt du Tribunal fédéral
1B_191/2014
du 14 août 2014 consid. 3.1 et les arrêts cités).
3.2.
S'agissant des infractions contre l'honneur, celui-ci n'étant pas un concept se rattachant exclusivement à la personne humaine, les personnes morales de
droit privé sont aussi titulaires de ce droit (corporations et établissements, fondations: ATF
96 IV 148
, JdT
1971 IV 110
). L'attaque doit se faire à l'encontre de l'activité sociale de la société et non pas uniquement des individus qui agissent pour celle-ci (M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI (éds),
Code pénal - Petit commentaire
, Bâle 2017, n. 111 ad
art. remarques préliminaires aux art. 173 à 178 et les références citées).
3.3.
En l'occurrence, si aucun doute n'apparaît sur la qualité de partie plaignante et la qualité pour recourir de A_ concernant l'éventuelle atteinte à son propre honneur et celle de B_ -- pour en être le secrétaire, avec signature individuelle au moment du dépôt du recours --, tel n'est toutefois pas le cas de son épouse. En effet, d'une part, une éventuelle atteinte à l'honneur de celle-ci ne fait pas l'objet de la décision entreprise et, d'autre part, A_ ne peut se prévaloir que d'un préjudice indirect en ce qui la concerne.
En conséquence, le recours est recevable en tant qu'il concerne A_ et la B_ uniquement.
4.
4.1.
Selon l'art. 310 al. 1 let. b CPP, le ministère public rend immédiatement une ordonnance de non-entrée en matière s'il ressort de la dénonciation qu'il existe un empêchement de procéder.
L'incompétence à raison du lieu est constitutive d'un empêchement définitif de procéder (L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND (éds),
Code de procédure pénale- Petit commentaire
, Bâle 2016, n. 13 ad art. 310).
4.2.
À teneur de l'art. 3 al. 1 CP, le Code pénal suisse est applicable à quiconque commet un crime ou un délit en Suisse.
Un crime ou un délit est réputé commis tant au lieu où l'auteur a agi ou aurait dû agir qu'au lieu où le résultat s'est produit (art. 8 al. 1 CP).
4.3.
S'agissant de délits commis par le biais d'internet, le lieu de l'acte, et ainsi le for, est localisé au lieu où se trouve l'auteur au moment d'effectuer les manipulations nécessaires à la diffusion ou au stockage des contenus illicites, mais non au lieu de situation du serveur sur lequel ces derniers seraient téléchargés, qui n'entre, en principe, pas en ligne de compte (M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI (éds),
op.cit.
, n. 17 ad art. 8 et les références citées).
Si la simple faculté d'accéder depuis la Suisse au contenu illicite diffusé sur un site internet ou par le biais d'autres médias transnationaux rend théoriquement concevable un rattachement fondé sur le lieu de survenance du résultat, une telle solution serait cependant insatisfaisante, compte tenu du caractère extrêmement ténu et hasardeux du lien avec la Suisse, ainsi que du risque d'instaurer une forme de compétence universelle déguisée. Pour éviter d'étendre à l'excès la compétence territoriale helvétique dans ce domaine, il convient dès lors de ne pas se satisfaire de la simple accessibilité des contenus illicites depuis le territoire helvétique, mais de n'admettre un rattachement territorial que si l'auteur savait et voulait que lesdits contenus soient portés à la connaissance de tiers en Suisse (M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI (éds),
op.cit
., n. 19 ad art. 8 et les références citées; arrêt de l'autorité de recours en matière pénale du Tribunal cantonal neuchâtelois du 24 octobre 2016 in RJN 2016 p. 315; arrêt de la Cour de cassation pénale de Genève
ACAS/66/04
du 26 novembre 2004 consid. 3.7 in SJ 2005 I p. 465ss).
Outre les domiciles de l'éditeur du site, de l'hébergeur et du fournisseur d'accès, il convient de tenir compte du contenu du site visé, en particulier de la langue dans laquelle les informations sont rédigées et, plus généralement, de tout indice permettant d'identifier le public auquel s'adresse le site concerné; autrement dit, sera décisive la question de savoir si le public suisse fait partie des destinataires prévisibles. L'élément subjectif de l'infraction, soit l'intention délictuelle de l'auteur des propos diffusés sur le réseau, ne devrait donc pas être admis pour la simple raison que l'auteur ne peut ignorer que le site sur lequel les allégations sont diffusées est accessible depuis la Suisse, plus particulièrement depuis le domicile du destinataire des propos. En décider autrement reviendrait à admettre une compétence de tous les tribunaux étatiques et droits nationaux dès qu'une infraction est commise au moyen d'internet, ce qui ne saurait être le cas (P. GILLIERON,
La diffusion de propos attentatoires à l'honneur sur internet
, in SJ 2001 II p. 181ss, 182-183; cf. aussi ATF
125 IV 177
consid. 2 et
ACAS/66/04
précité consid. 3.7 et 3.8). Est ainsi seule déterminante la question de savoir si l'auteur a rédigé son texte en sachant qu'il serait lu par le public suisse. Le domicile en Suisse de la personne visée par les propos litigieux (laquelle ne saurait être assimilée au tiers visé par les art. 173 et 174 CP) ne saurait ainsi fonder à lui seul la compétence des autorités suisses (
ACAS/66/04
précité ;
ACPR/470/2017
du 11 juillet 2017 consid. 5.1).
Ce n'est qu'une fois la compétence des tribunaux suisses acquise, que se posera la question de l'éventuelle application de l'art. 28 CP.
4.4.
En l'espèce, les propos litigieux ont été diffusés au travers d'articles publiés, en [langue C_] et en anglais, sur des sites internet destinés [à la région C_ et alentours] et plus particulièrement aux peuples C_, P_ et T_. Il en va de même des vidéos diffusées par les chaînes de télévision R_ et S_, accessibles également sur internet.
En outre, on ne peut considérer que les articles et vidéos querellés concernant la situation en C_, et propagés par des canaux de diffusion étrangers soient destinés au public suisse, ce qui n'est au demeurant pas allégué par le recourant. Dès lors, il n'est pas possible de conclure sans autre élément que le public-cible soit suisse. Le fait que le recourant soit domicilié en Suisse n'y change rien.
Les autorités judiciaires pénales suisses ne sont donc pas compétentes pour poursuivre, le cas échéant, les infractions dénoncées.
Il en résulte ainsi un empêchement de procéder, au sens de l'art. 310 al. 1 let. b CPP.
5.
Le document transmis par le recourant le 10 décembre 2019 à la Chambre de céans ne modifie en rien ce qui précède de sorte qu'il n'est pas nécessaire d'examiner sa recevabilité.
6.
Justifiée,
l'ordonnance querellée sera donc confirmée, par substitution de motifs.
7.
Le recourant, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui seront fixés en totalité à CHF 1'000.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).
* * * * *