Decision ID: 0a073867-9a7f-58e2-9dca-dc5086474750
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 22 août 2019, A_ et B_ LTD recourent
contre l'ordonnance
du 7 août 2019, notifiée par pli simple, par laquelle le Ministère public a refusé d'entrer en matière sur leur plainte du 7 novembre 2018.
Les recourants concluent, sous suite de frais et dépens, à l'annulation de l'ordonnance querellée et au renvoi de la cause au Ministère public pour instruction.
b.
Les recourants ont versé les sûretés en CHF 1'500.- qui leur étaient réclamées par la Direction de la procédure.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Le 7 novembre 2018, A_ et B_ LTD ont déposé plainte contre D_ et E_, numismates spécialisés dans l'achat et la vente de monnaies de grande valeur, respectivement gérant et membre du conseil d'administration de F_ AG, pour escroquerie (art. 146 CP).
En substance, A_ exposait être l'ayant droit économique et le représentant de B_ LTD, l'administrateur de G_ SA – société active dans l'achat, la vente, la consignation et le commerce d'objets d'art –, et collectionneur de monnaies antiques à titre privé.
Depuis plusieurs années, A_ était en affaire avec F_ AG, respectivement ses administrateurs, ce qui avait permis l'échange de plusieurs centaines de pièces. Ainsi, les relations entre F_ AG et B_ LTD s'inscrivaient dans un
"large rapport de compte courant"
.
En 2008, lors d'une vente aux enchères, D_ et E_ avaient, à travers la société H_ SA, proposé une pièce de monnaie connue, à savoir un
aureus de I_, J_
(ci-après: aureus). Il n'en existait que _ exemplaires connus à travers le monde, dont _ se trouvaient dans des collections privées. Selon la liste des prix produite à l'appui de la plainte, l'aureus avait été vendu CHF 240'000.-. Toutefois, pour des raisons indéterminées – qu'il supposait être le défaut de paiement de la part de l'acheteur –, la vente n'avait pas eu lieu et F_ AG avait récupéré la pièce.
Le 14 octobre 2010, B_ LTD avait fait l'acquisition de l'aureus et avait cédé, en échange, plusieurs pièces de sa collection à F_ AG, pour une valeur totale de CHF 200'000.-. Toutefois, il n'existait aucune facture ou justificatif de la transaction.
Par la suite, B_ LTD avait vendu l'aureus à la société K_ SA pour la somme de CHF 220'000.-. À la suite de recherches effectuées par cette dernière, il était apparu que l'aureus était un faux. En effet, L_ avait contacté H_ SA, qui l'avait informé qu'il s'agissait de la raison pour laquelle la vente n'avait pas eu lieu en 2008. Ainsi, le 24 juillet 2018, une convention visant à la restitution de la pièce et au remboursement de la somme précitée avait été conclue entre K_ SA et B_ LTD.
Le 2 août 2018, par l'intermédiaire de son conseil, A_ avait informé F_ AG que l'aureus acquise par B_ LTD en 2010 pour CHF 200'000.- était un faux. Il avait donc mis la société en demeure de lui restituer l'argent.
Le 10 août 2018, F_ AG lui avait répondu ne pas pouvoir entrer en matière car aucune vente telle que mentionnée dans son envoi n'avait pu être identifiée, et elle l'invitait à lui communiquer toute pièce justificative de la vente alléguée.
Ces faits étaient constitutifs d'escroquerie dans la mesure où D_ et E_ lui avaient dissimulé que l'aureus était un faux, que F_ AG, se présentant comme une société à la réputation affirmée dans le marché de l'art, avait proposé l'aureus à la vente aux enchères afin de "
constituer un historique à ladite pièce et souligner son authenticité"
et que le rapport de confiance les liant les avaient dissuadés d'effectuer des vérifications. De plus, F_ AG n'avait, à dessein, remis aucun justificatif de la transaction. Le dommage était de CHF 200'000.- et le rapport de causalité était donné. D_ et E_, qui étaient des numismates avisés, connaissaient la fausseté de la pièce, ou, s'ils l'ignoraient, n'avaient pas procédé aux vérifications que l'on pouvait attendre d'eux. Étant un collectionneur amateur, l'on ne pouvait attendre de A_ les mêmes démarches.
Ils sollicitaient l'audition des administrateurs de H_ SA et le dépôt, par ceux-ci, des consignataires de la vente aux enchères de 2008, afin d'établir que la pièce leur avait été confiée par F_ AG, respectivement par ses ayants droit économique. Ils sollicitaient également l'audition de L_.
b.
Le 12 mars 2019, H_ SA a transmis au Ministère public, sur ordre de dépôt, différents documents relatifs à la vente de l'aureus du 3 décembre 2008, dont il ressort que le consignataire était la société M_ CO, dont l'ayant droit économique était N_, et l'enchérisseur était la société O_.
H_ SA précisait qu'au moment de la vente aux enchères, elle n'avait aucune raison de douter de l'authenticité de l'aureus, mais qu'immédiatement après, des questions à ce sujet avaient émané de sources différentes. La société avait alors décidé, pour des raisons déontologiques et réputationnelles, d'annuler la vente et de la restituer au consignataire, ce avec l'accord de l'adjudicataire. La société ignorait si l'aureus avait été présentée au Comité de Lutte contre les Faux de l'Association Internationale des Numismates Professionnels, autorité permettant de déterminer l'authenticité d'une pièce numismatique.
c.
Le 18 mars 2019, A_ a confirmé au Ministère public qu'il n'existait pas d'écrit relatif à l'acquisition de l'aureus par B_ LTD.
d.
Le 19 mars 2018, le Ministère public a demandé à D_ et E_ de se déterminer sur la plainte.
e.
Par lettre du 6 mai 2019, D_ et E_ ont contesté les faits reprochés.
D_ se souvenait que l'aureus avait été acquise, dans les années 2005-2006, par son père, à travers F_ AG, alors que E_ ne travaillait pas encore pour la société en raison de son jeune âge. Leur père, à travers sa société, avait ensuite vendu cette pièce à M_ CO, qui avait déposé la pièce en consignation auprès de H_ SA pour y être vendue aux enchères en 2008. Quelques jours après l'adjudication, des rumeurs quant à la fausseté de la pièce avaient circulé et H_ SA avait décidé d'annuler la vente. Leur père avait alors proposé à M_ CO de reprendre la pièce à titre personnel, en homme intègre et tenant à sa réputation.
A_ et B_ LTD ne rendaient pas vraisemblable l'existence d'un contrat d'achat entre F_ AG et/ou les frères D_/E_. Si une relation contractuelle s'était nouée, elle l'avait été avec leur père, décédé en 2012, et même dans cette hypothèse, A_ et B_ LTD étaient incapables de rendre vraisemblable les conditions d'une telle transaction. De même, aucun contrat ni pièce bancaire ou comptable de B_ LTD ou de A_ ne démontrait l'encaissement par ces derniers du produit de la vente de la pièce à K_ SA ou le remboursement de CHF 220'000.-, de sorte qu'il n'était pas prouvé qu'il était lésé.
En toute hypothèse, A_ était entré en possession de l'aureus en professionnel reconnu et aucun mensonge au sens de l'art. 146 CP ne l'avait conforté dans son acquisition. Il s'était forcément interrogé sur son authenticité et, si tel n'était pas le cas, il en avait accepté les risques, les rumeurs rendant d'autant plus fautif un achat sans expertise, étant précisé qu'il n'était pas établi que l'aureus était un faux.
Enfin, depuis 2015, F_ AG avait introduit plusieurs procédures judiciaires contre A_ et B_ LTD dans le but d'obtenir le règlement d'importants montants impayés. À titre d'exemple, il produit un jugement rendu le 14 juin 2017 par le Tribunal de première instance prononçant la mainlevée provisoire de l'opposition partielle formée par A_ à un commandement de payer d'un montant de CHF 521'790.-. En outre, il produit ainsi un jugement du 29 mars 2018, en langue anglaise, relatif à une procédure aux États-Unis opposant notamment D_ à G_ SA, au terme de laquelle la société de A_ a succombé. Ils considéraient donc la plainte comme une vengeance.
Ainsi, les conditions matérielles de l'infraction n'étaient pas établies ni même rendues vraisemblables. La transaction litigieuse concernait exclusivement feu P_ et, au vu du décès de ce dernier, aucune responsabilité pénale ne pouvait être imputée à ses héritiers.
C.
Dans l'ordonnance querellée, le Ministère public retient qu'aucune pièce produite à l'appui de la plainte pénale n'avait permis d'établir de quelle manière, entre quelles parties et sur la base de quel contrat, le transfert de l'aureus à B_ LTD avait été effectué. En outre, les affirmations des plaignants se heurtaient aux déclarations de D_ et E_ qui n'avaient jamais été partie à la transaction visant la remise de l'aureus à A_ ou à B_ LTD, pas plus que F_ AG. En l'absence d'élément objectif venant étayer les accusations des plaignants, aucune infraction ne pouvait leur être imputée.
En outre, même si l'implication de D_ et E_ devait être retenue, l'élément constitutif de l'astuce faisait défaut. En effet, A_, bien qu'il ne fût pas un numismate expert, n'en demeurait pas moins administrateur et gérant de plusieurs sociétés spécialisées dans le domaine des objets d'art. Il disposait d'une importante expérience en la matière et il ne faisait aucun doute qu'un professionnel de son envergure ne pouvait procéder à l'achat d'une pièce d'une telle rareté, d'une valeur alléguée de CHF 200'000.-, sans expertise préalable, sauf à accepter le risque d'un faux. De telles circonstances imposaient un minimum de méfiance et de précaution, de sorte qu'en acquérant l'aureus sans s'assurer préalablement de son authenticité, A_ avait ainsi fait preuve d'imprudence.
Enfin, il n'était pas établi que l'aureus était un faux.
D.
a.
Dans leur recours, A_ et B_ LTD reprochent au Ministère public une violation du principe de célérité dans la mesure où l'ordonnance de non-entrée en matière n'avait pas été rendue
"immédiatement"
mais que l'instruction avait duré neuf mois. De plus, le Ministère public ne pouvait pas rendre une telle ordonnance, ayant effectué des actes d'instruction.
En outre, il existait des soupçons concrets quant à l'infraction commise de sorte que le Ministère public avait violé le principe
in dubio pro duriore
. En effet, les déterminations de H_ SA et de F_ AG corroboraient les faits allégués dans la plainte, soit que la pièce vendue par F_ AG à B_ LTD était celle qui avait été mise en vente aux enchères en 2008 et que ladite vente avait été annulée en raison de rumeurs quant à la fausseté de la pièce.
De plus, il existait des incohérences dans les déterminations de F_ AG, qui n'avait prouvé aucun des faits. En effet, ayant été propriétaire de la pièce durant plusieurs années, il lui aurait été facile d'identifier la vente. Dans l'hypothèse où P_ avait repris la pièce à titre personnel – ce qui était peu crédible vu qu'il détenait une société spécialisée dans le domaine numismatique –, une indemnisation de l'ancien propriétaire, justifiant une telle reprise, aurait également pu être étayée par F_ AG.
Si F_ AG avait fait part des rumeurs circulant sur la pièce à B_ LTD, celle-ci ne l'aurait jamais achetée au prix du marché. Aucune expertise n'avait été sollicitée en raison de l'ancienneté de leurs rapports commerciaux.
Une audience de confrontation avec les administrateurs de F_ AG et L_ était nécessaire pour établir les faits.
b.
À réception des sûretés, la cause a été gardée à juger, sans échange d'écritures ni débats.

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP) — les formalités de notification (art. 85 al. 2 CPP) n'ayant pas été observées — concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner des parties plaignantes qui, parties à la procédure (art. 104 al. 1 let. b CPP), ont qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).
2.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP). Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.
3.
Les recourants se plaignent d'une violation du principe de célérité et critiquent le fait que le Ministère public ait rendu une ordonnance de non-entrée en matière.
3.1.
Selon l'art. 5 al. 1 CPP, les autorités pénales engagent les procédures pénales sans délai et les mènent à terme sans retard injustifié. L'art. 29 al. 1 Cst. dispose que toute personne a droit, dans une procédure judiciaire ou administrative, à ce que sa cause soit traitée équitablement et jugée dans un délai raisonnable.
3.2.
À teneur de l'art. 310 al. 1 CPP, le ministère public rend immédiatement une ordonnance de non-entrée en matière s'il ressort de la dénonciation ou du rapport de police que les éléments constitutifs de l'infraction ou les conditions à l'ouverture de l'action pénale ne sont manifestement pas réunis (let. a) ou s'il existe des empêchements de procéder (let. b).
Le terme "
immédiatement
" signifie essentiellement, dans ce contexte, que le Ministère public doit veiller au principe de célérité. Il ne l'empêche pas de procéder à de premières investigations, notamment lorsque les éléments qui lui ont été communiqués n'établissent pas clairement les soupçons retenus et qu'il a besoin de quelques renseignements complémentaires pour se faire une idée plus claire de l'affaire et être à même de statuer en connaissance de cause. Il s'agit de le mettre en situation d'apprécier s'il dispose d'éléments suffisants pour ouvrir l'instruction, ce qu'il ne pourra décider qu'une fois éclairé par le rapport complémentaire attendu (N. SCHMID,
Schweizerische Strafprozessordnung: Praxiskommentar
, Zurich 2009, n. 8 ad art. 309).
Le Tribunal fédéral admet également que le ministère public puisse, avant de rendre une ordonnance de non-entrée en matière, consulter les fichiers, dossiers et renseignements disponibles et demander à la personne mise en cause une simple prise de position (arrêt du Tribunal fédéral
1B_526/2012
du 24 juin 2013 consid. 2.2).
3.3.
En l'espèce, le recourant a déposé plainte contre F_ AG et les frères D_/E_ le 7 novembre 2018, leur reprochant une escroquerie, sans pouvoir documenter la vente litigieuse. Il s'imposait donc de tenter de requérir des informations à ce sujet, ce que le Ministère public a fait le 21 février 2019. Dès réception des documents idoines, le Ministère public a transmis la plainte aux mis en cause, leur demandant de se déterminer, ce qu'ils ont fait le 6 mai 2019.
Aucun de ces délais n'apparaît choquant. En tout état, il ne ressort pas du dossier que les recourants aient interpellé le Procureur pour s'enquérir de l'évolution de la cause ou réclamé, en vain, qu'il se déterminât sur l'issue de celle-ci.
Enfin,la procédure n'a pas dépassé le stade des premières investigations, le Ministère public ayant procédé à certaines vérifications dans le but de déterminer s'il disposait d'éléments suffisants pour l'ouverture d'une procédure pénale. Ne constituant pas des actes de contrainte, ces actes n'étaient pas un obstacle au prononcé d'une ordonnance de non-entrée en matière.
Ces griefs seront donc rejetés.
4.
Les recourants reprochent au Ministère public de ne pas être entré en matière sur le fond.
4.1.
Le principe
"in dubio pro duriore"
découle du principe de la légalité (art. 5 al. 1 Cst. et 2 al. 2 CPP en relation avec les art. 19 al. 1 et 324 CPP ; ATF
138 IV 86
consid. 4.2 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_185/2016
du 30 novembre 2016 consid. 2.1.2 et les références). Il signifie qu'en principe, un classement ou une non-entrée en matière ne peuvent être prononcés par le ministère public que lorsqu'il apparaît clairement que les faits ne sont pas punissables ou que les conditions à la poursuite pénale ne sont pas remplies. Le ministère public et l'autorité de recours disposent, dans ce cadre, d'un certain pouvoir d'appréciation. La procédure doit se poursuivre lorsqu'une condamnation apparaît plus vraisemblable qu'un acquittement ou lorsque les probabilités d'acquittement et de condamnation apparaissent équivalentes, en particulier en présence d'infraction grave (ATF
143 IV 241
consid. 2.2.1; ATF
138 IV 86
consid. 4.1.2; ATF
137 IV 285
consid. 2.5; arrêts du Tribunal fédéral
6B_417/2017
du 10 janvier 2018 consid. 2.1.2 ;
6B_185/2016
du 30 novembre 2016 consid. 2.1.2 et les références citées).
Des motifs de fait peuvent justifier la non-entrée en matière. Il s'agit des cas où la preuve d'une infraction, soit de la réalisation en fait de ses éléments constitutifs, n'est pas apportée par les pièces dont dispose le ministère public. Il faut que l'insuffisance de charges soit manifeste. De plus, le procureur doit examiner si une enquête, sous une forme ou sous une autre, serait en mesure d'apporter des éléments susceptibles de renforcer les charges contre la personne visée. Ce n'est que si aucun acte d'enquête ne paraît pouvoir amener des éléments susceptibles de renforcer les charges contre la personne visée que le ministère public peut rendre une ordonnance de non-entrée en matière. En cas de doute sur la possibilité d'apporter ultérieurement la preuve des faits en question, la non-entrée en matière est exclue (A. KUHN / Y. JEANNERET (éds),
Commentaire romand : Code de procédure pénale suisse
, Bâle 2011, n. 9 ad art. 310; R. PFISTER-LIECHTI (éd.),
La procédure pénale fédérale,
Fondation pour la formation continue des juges suisses, Berne 2010, p. 62;
DCPR/85/2011
du 27 avril 2011).
4.2.
Commet une escroquerie celui qui, dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime, aura astucieusement induit en erreur une personne par des affirmations fallacieuses ou par la dissimulation de faits vrais ou l'aura astucieusement confortée dans son erreur et aura de la sorte déterminé la victime à des actes préjudiciables à ses intérêts pécuniaires ou à ceux d'un tiers (art. 146 al. 1 CP).
La tromperie que suppose l'escroquerie peut consister soit à induire la victime en erreur, par des affirmations fallacieuses ou par la dissimulation de faits vrais, soit à conforter la victime dans son erreur. Pour qu'il y ait tromperie par affirmations fallacieuses, il faut que l'auteur ait affirmé un fait dont il connaissait la fausseté. L'affirmation peut résulter de n'importe quel acte concluant. Il n'est donc pas nécessaire que l'auteur ait fait une déclaration et il suffit qu'il ait adopté un comportement dont on déduit qu'il affirme un fait. La tromperie par dissimulation de faits vrais est réalisée lorsque l'auteur s'emploie, par ses propos ou par ses actes, à cacher la réalité. S'il se borne à se taire, à ne pas révéler un fait, une tromperie ne peut lui être reprochée que s'il se trouvait dans une position de garant, à savoir s'il avait, en vertu de la loi, d'un contrat ou d'un rapport de confiance spécial, une obligation de parler. Quant au troisième comportement prévu par la loi, consistant à conforter la victime dans son erreur, il ne suffit pas que l'auteur, en restant purement passif, bénéficie de l'erreur d'autrui. Il faut que, par un comportement actif, c'est-à-dire par ses paroles ou par ses actes, il ait confirmé la dupe dans son erreur ; cette hypothèse se distingue des deux précédentes en ce sens que l'erreur est préexistante (arrêts du Tribunal fédéral
6S_18/2007
du 2 mars 2007 consid. 2.1.1. et
6S_380/2001
du 13 novembre 2001 consid. 2b/aa non publié à l’ATF
128 IV 255
et les références citées).
L'astuce est réalisée lorsque l'auteur recourt à un édifice de mensonges, à des manœuvres frauduleuses ou à une mise en scène, mais aussi lorsqu'il donne simplement de fausses informations, si leur vérification n'est pas possible, ne l'est que difficilement ou ne peut raisonnablement être exigée, de même que si l'auteur dissuade la dupe de vérifier ou prévoit, en fonction des circonstances, qu'elle renoncera à le faire en raison d'un rapport de confiance particulier (ATF
142 IV 153
consid. 2.2.2 p. 154 s.;
135 IV 76
consid. 5.2 p. 81 s. et les références citées). L'astuce n'est en revanche pas réalisée si la dupe pouvait se protéger avec un minimum d'attention ou éviter l'erreur avec le minimum de prudence que l'on pouvait attendre d'elle (ATF
135 IV 76
consid. 5.2 p. 81).
4.3.
En l'espèce, il ressort du dossier que l'aureus a été acquis durant les années 2005-2006 par feu P_, pour le compte de F_ AG, et que la pièce a ensuite été vendue à M_ CO. En 2008, M_ CO a placé la pièce en consignation auprès de H_ SA afin qu'elle soit proposée à la vente aux enchères. Toutefois, à la suite de rumeurs quant à l'authenticité de l'objet, la vente a été annulée et la pièce récupérée par feu P_. Cela étant, le bien-fondé de ces rumeurs –
in casu
la fausseté de la pièce – n'a jamais été établie par la suite.
Ce nonobstant, les parties s'opposent sur le fait de savoir si l'aureus, leur a été vendu par F_ AG – représentée par feu P_ et ses fils –, ou par feu P_ à titre privé.
À cet égard, les recourants ne sont pas en mesure de produire de pièces justificatives relatives à la vente et les mis en causent contestent leur implication et celle de la société, de sorte qu'une confrontation entre les parties ne parait pas susceptible d'apporter d'élément probant supplémentaire car chacun persisterait vraisemblablement dans sa propre version.
En outre, il apparaît tout à fait plausible que feu P_, ne voulant pas ternir la réputation de sa société à la suite des rumeurs, ait repris la pièce à titre personnel; l'on ne voit dès lors pas comment F_ AG, qui ne faisait pas partie de la transaction, aurait pu étayer l'indemnisation de l'ancien propriétaire. Il n'existe pas non plus d'incohérences dans les déterminations de F_ AG dans la mesure où la société a déclaré ne pas avoir identifié de vente "
telle que mentionnée dans
[l']
envoi
", à savoir celle qui serait intervenue entre elle-même et les recourants en 2010.
Ainsi, aucun autre acte d'enquête ne parait susceptible de pouvoir apporter des éléments utiles à la procédure. En effet, seule l'audition de P_, aujourd'hui décédé, aurait permis d'établir les circonstances entourant la vente litigieuse et ses conditions; l'audition de L_, non concerné par celle-ci, n'est pas pertinente sur ce point.
4.4.
En tout état de cause, même si la vente avait pu être établie, la condition objective de l'astuce ferait défaut.
En effet, il ne ressort pas du dossier que les recourants, alors qu'ils étaient au courant de l'annulation de la vente de la pièce intervenue lors des enchères, auraient cherché à obtenir des explications sur les raisons de celle-ci. Ils admettent en outre ne pas avoir vérifié l'authenticité de la pièce, préférant se fonder sur un rapport de confiance. S'il ressort de la procédure que les recourants ont
a priori
effectué plusieurs transactions avec la société F_ AG et feu P_, ils doivent se voir opposer une absence totale de vérifications, surtout dans le contexte d'une transaction portant sur une pièce aussi rare, ce qu'ils n'ignoraient pas, et pour un montant d'une telle importance. Ainsi, A_, en sa qualité d'antiquaire et collectionneur aguerri, ne pouvait s'affranchir, en faisant preuve de la diligence minimale requise, de procéder à certaines vérifications, ne serait-ce que de s'enquérir de la raison de l'annulation de la vente de 2008; le fait de supposer un défaut de paiement de la part de l'acheteur n'étant pas suffisant pour un professionnel du marché de l'art tel que lui.
5.
Justifiée,
l'ordonnance
querellée sera donc confirmée.
6.
Les recourants, qui succombent, supporteront les frais envers l'État, qui seront fixés en totalité à CHF 1'500.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).
* * * * *