Decision ID: 476088ca-9513-5eb6-8c78-98852cb0f592
Year: 2014
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par ordonnance SQ/309/2014 du 27 juin 2014, notifiée le 2 juillet 2014, la Présidente du Tribunal de première instance (ci-après : le Tribunal) a rejeté la requête de séquestre formée le 6 juin 2014 par la CONFEDERATION SUISSE (ch. 1 du dispositif), a mis les frais à sa charge (ch. 2) et les a arrêtés à 200 fr., les compensant avec l'avance fournie (ch. 3).
Le Tribunal a considéré que la requête de séquestre ne répondait pas aux exigences de l'art. 274 al. 2 ch. 4 LP relatives à l'énonciation des objets à séquestrer, dans la mesure où l'ordonnance renvoyait à des comptes bancaires sans indication des adresses des banques et à des extraits de Registre foncier mentionnant l'existence d'un immeuble dans le canton de 1_ sans plus de précision.
B.
Par acte expédié le 8 juillet 2014 au greffe de la Cour, la CONFEDERATION SUISSE (ci-après : la recourante) forme recours contre cette ordonnance, dont elle sollicite l'annulation. Elle conclut, principalement, à ce que le séquestre qu'elle a requis le 6 juin 2014 soit ordonné et à ce que le dossier de la cause soit transmis à l'Office des poursuites de Genève pour exécution immédiate, subsidiairement, à ce que la cause soit renvoyée au Tribunal pour nouvelle décision.
Elle fait valoir que le séquestre porte sur une part de communauté héréditaire. L'indication d'actifs successoraux faite sur l'ordonnance tendait à satisfaire à l'exigence de l'art. 272 al. 1 ch. 3 LP, à savoir rendre vraisemblable que la succession non partagée, sur laquelle A_ détient des droits, possède des actifs, et non pour que des séquestres directs soient ordonnés sur ces actifs sur la base de l'art. 274 al. 2 ch. 4 LP. Ils n'avaient par conséquent pas à fournir les précisions que le Tribunal a considéré comme manquantes.
C.
Les faits pertinents suivants résultent de la procédure de première instance :
a.
La CONFEDERATION SUISSE détient à l'encontre de A_, domicilié p.a. _ à Genève, des actes de défaut de biens après saisie relatifs à des dettes fiscales, d'un montant total de 1'953 fr. 95, à savoir les actes de défaut de biens suivants :
- n° 2_ portant sur la somme de 713 fr. 40 délivré le 20 septembre 2000 par l'Office des poursuites de Vevey en faveur de la CONFEDERATION SUISSE,![endif]>![if>
- n° 3_ portant sur la somme de 251 fr. 65 délivré le 13 janvier 2005 par l'Office des poursuites de Montreux en faveur de la CONFEDERATION SUISSE,![endif]>![if>
- n° 4_ portant sur la somme de 259 fr. 05 délivré le 11 octobre 2005 par l'Office des poursuites de Montreux en faveur de la CONFEDERATION SUISSE, et![endif]>![if>
- n° 5_ portant sur la somme de 729 fr. 85 délivré le 11 octobre 2005 par l'Office des poursuites de Montreux en faveur de la CONFEDERATION SUISSE.![endif]>![if>
b.
A_ est, aux côtés de sa mère, B_, et de sa sœur, C_, héritier légal à raison d'un quart dans la succession de son père, D_, décédé le _ 2007 à _ (Vaud).
c.
Selon la déclaration fiscale pour l'année 2006, le défunt détenait des avoirs bancaires totalisant 377'847 fr., ainsi que des titres d'une valeur de 9'400 fr.
Il ressort également d'extraits du Registre foncier à la date du 28 avril 2014 qu'il était propriétaire de deux immeubles sur la commune de 6_, lesquels sont devenus, dès le 5 octobre 2007, la propriété commune de la communauté héréditaire formée par ses trois héritiers légaux.
d.
Par requête reçue par le Tribunal de première instance le 6 juin 2014, la CONFEDERATION SUISSE a sollicité le séquestre, au préjudice de A_, "
à concurrence de 1'953 fr. 95, des frais de l'ordonnance de séquestre et des frais de son exécution par l'OP de Genève, les droits, soit la part revenant à A_, dans la succession de feu son père, D_
(...)".
La formule d'ordonnance de séquestre remplie par la CONFEDERATION SUISSE indique que l'actif successoral est composé notamment de divers comptes bancaires, CCP et titres, pour un montant total de 387'247 fr. au 31 décembre 2006 selon la déclaration d'impôts 2006, de deux immeubles sur la commune de 6_, ainsi que d'un immeuble sur la commune de 1_ pour lequel le créancier ne possède pas plus de détails.
Sont en outre indiqués les autres membres de la communauté, à savoir B_ et C_, avec leurs adresses respectives.
A l'appui de sa requête fondée sur l'art. 271 al. 1 ch. 5 LP, la CONFEDERATION SUISSE a produit les quatre actes de défaut de biens précités, la déclaration de décès de D_ délivrée le _ 2007 par la Justice de paix de _ (Vaud), les pages 8 et 9 de la déclaration fiscale 2006 de D_ relatives à ses avoirs bancaires et à ses titres, ainsi que les extraits du Registre foncier des deux immeubles dont le défunt était propriétaire sur la commune de 6_.

EN DROIT
1.
1.1.
En matière de séquestre, la procédure sommaire est applicable (art. 251
let. a CPC).
Contre une décision refusant un séquestre, qui est une décision finale en tant qu'elle met fin à l'instance d’un point de vue procédural, seul le recours est ouvert (art. 309 let. b ch. 6 et 319 let. a CPC; arrêt du Tribunal fédéral
5A_508/2012
du 28 août 2012 consid. 3.2; Hohl, Procédure civile, tome II, 2
ème
éd., 2010, n. 1646), dont les griefs recevables sont la violation du droit et la constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC).
1.2.
Le recours, écrit et motivé, doit être formé dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision (art. 321 al. 1 et 2 CPC).
Déposé selon la forme et le délai prescrits, le présent recours est recevable.
2. 2.1.
La procédure de séquestre est soumise dans toutes ses phases à la maxime de disposition et à la maxime des débats (art. 58 al. 2 CPC; art. 255 CPC
a contrario
).
2.2.
Au stade de la requête et de l'ordonnance de séquestre, la procédure est unilatérale et le débiteur n'est pas entendu (art. 272 LP; ATF
133 III 589
consid. 1; Hohl, op. cit., n. 1637).
Dans le cadre du recours contre l'ordonnance de refus de séquestre, la procédure conserve ce caractère unilatéral, car, pour assurer son efficacité, le séquestre doit être exécuté à l'improviste. L'art. 322 CPC est par conséquent inapplicable dans un tel cas. Partant, il n'y a pas lieu d'inviter A_ à présenter ses observations, ce qui ne constitue pas une violation de son droit d'être entendu (ATF
107 III 29
consid. 2 et 3; arrêts du Tribunal fédéral
5A_344/2010
du 8 juin 2010 consid. 5,
in
RSPC 2010 p. 400, et
5A_279/2010
du 24 juin 2010 consid. 4).
3.
3.1.
Aux termes de l'art. 271 al. 1 ch. 5 LP, le créancier d'une dette échue et non garantie par gage peut requérir le séquestre des biens du débiteur qui se trouvent en Suisse lorsque le créancier possède contre le débiteur un acte de défaut de biens provisoire ou définitif.
Le séquestre est autorisé à condition que le créancier rende vraisemblable que sa créance existe, qu'on est en présence d'un cas de séquestre et qu'il existe des biens appartenant au débiteur (art. 272 al. 1 ch. 1 à 3 LP).
3.2.
Seuls peuvent être séquestrés les biens appartenant juridiquement au débiteur et ayant une valeur de réalisation, de sorte qu'ils pourront ensuite être saisis (art. 92 ss LP) lorsque le créancier requerra la continuation de la poursuite par la conversion du séquestre en saisie.
Sont saisissables les créances appartenant au débiteur (art. 95 et 99 LP), même si elles sont contestées dans leur existence ou leur montant ou non encore exigibles.
A l'inverse des simples espérances ou expectatives qui sont insaisissables - telles que les espérances successorales, le
de cujus
pouvant disposer librement de ses biens jusqu'à sa mort -, est également saisissable la part de liquidation dans une succession déjà ouverte, mais pas encore partagée, par opposition aux biens mobilier ou immobilier de la communauté, au motif que ladite part représente une valeur patrimoniale attribuable à l'héritier; la procédure se déroule alors selon l'Ordonnance concernant la saisie et la réalisation de parts de communauté du 17 janvier 1923 (OPC –
RS 281.41
; ATF
138 III 497
consid. 3.4
in
JdT
2013 II 219
;
135 III 179
;
130 III 652
,
in
JdT 2005 134;
118 III 62
consid. 2b,
in
JdT
1994 II 78
; arrêt du Tribunal fédéral
5A_328/2013
du 4 novembre 2013 consid. 5.4 et les références citées).
3.3.
En l'espèce, les conditions pour prononcer un séquestre fondé sur l'art. 271 al. 1 ch. 5 LP sont remplies. En effet, la recourante, qui se prévaut d'actes de défaut de biens pour un montant total de 1'953 fr. 95, a expressément sollicité le séquestre de la part de liquidation dans la succession de D_, à laquelle A_ a droit en sa qualité d'héritier légal. La recourante n'avait dès lors pas à détailler, en vertu de l'art. 274 al. 2 ch. 4 LP, les biens mentionnés. Elle les a toutefois, à raison, indiqués pour rendre vraisemblable que la succession comprend des actifs patrimoniaux, à savoir qu'elle représente une valeur patrimoniale conformément à la jurisprudence précitée.
En outre, il ressort des extraits du Registre foncier produits que les immeubles faisant parties de la succession sont demeurés à ce jour la propriété commune des héritiers légaux du défunt. La recourante a ainsi rendu vraisemblable le fait que ladite succession n'a pas encore été partagée, étant relevé que le simple écoulement du temps ne suffit pas à inférer qu'une succession a été partagée, le droit successoral ne fixant aucune limite temporelle à l'existence d'une communauté indivise.
Les griefs de la recourante sont donc fondés.
Pour ces motifs, le recours sera admis.
L'ordonnance attaquée sera, par conséquent, annulée et le séquestre de la part de liquidation détenue par A_ dans la succession de D_ ordonné, à concurrence de 1'953 fr. 95.
3.4.
En l'état, il ne se justifie pas de condamner la recourante à verser des sûretés selon l'art. 273 al. 1
in fine
LP.
4. 4.1.
Lorsque l'instance de recours rend une nouvelle décision, elle se prononce sur les frais de première instance (art. 318 al. 3 CPC par analogie; Jeandin, Code de procédure civile commenté, Bohnet/Haldy/Jeandin/Schweizer/Tappy [éd.], 2011, n. 9 ad art. 327 CPC).
Le montant des frais judiciaires de première instance sera arrêté à 200 fr., en conformité avec l'art. 48 de l'Ordonnance sur les émoluments perçus en application de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite (OELP).
Compte tenu du caractère unilatéral de la procédure d'autorisation de séquestre, le débiteur ne peut être assimilé à une partie qui succombe au sens de l'art. 106
al. 1 CPC (arrêts du Tribunal fédéral
5A_508/2012
du 28 août 2012 consid. 3.1 et
5A_344/2010
du 8 juin 2010 consid. 5,
in
RSPC 2010 p. 400). Cela étant, dans la mesure où la recourante obtient gain de cause sur les conclusions de sa requête de séquestre, il serait inéquitable de lui faire supporter les frais judiciaires de première instance. Ces frais seront par conséquent mis à la charge du tiers séquestré en application de l'art. 107 al. 1 let. f CPC. Ils seront compensés avec l'avance de frais opérée en première instance par la recourante, qui reste acquise à l'Etat (art. 111 al. 1 CPC et 68 al. 1 LP).
A_ sera par conséquent condamné à verser à la CONFEDERATION SUISSE la somme de 200 fr. à ce titre.
4.2.
Les frais judiciaires du recours seront arrêtés à 300 fr. (art. 48 et 61 OELP). La présente procédure de recours ayant été rendue nécessaire par la décision erronée en droit de l'instance inférieure, ces frais seront laissés à la charge de l'Etat en application de l'art. 107 al. 2 CPC (Tappy, Code de procédure civile commenté, Bohnet/Haldy/Jeandin/Schweizer/Tappy [éd.], 2011, n. 37 ad art. 107 CPC).
L'avance de frais, d'un montant de 300 fr., fournie par la recourante leur sera restituée.
* * * * *