Decision ID: 494c52a6-5e93-49ba-a917-f867f6f15078
Year: 2013
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. Au bénéfice du revenu d'insertion (RI), X._, née le 14 mai 1967, a été suivie par l'Office régional de placement d'Yverdon-les-Bains (ORP) dans ses démarches de recherches d'emploi.
B. Par lettre du 10 juillet 2012, l'ORP a demandé à X._ de justifier par écrit et dans un délai de dix jours le fait qu'elle ne se soit pas présentée à l'entretien de conseil et de contrôle du 28 juin 2012, précisant que ce manquement pourrait constituer une faute vis-à-vis de la loi sur l'emploi et conduire à une réduction des prestations RI.
C. Le 13 juillet 2012, X._ a appelé l'ORP pour l'aviser qu'elle annulait l'entretien prévu le même jour, disant être "en incapacité" depuis mi-juin environ. L'ORP a demandé à l'intéressée de lui faire parvenir un certificat médical.
D. A une date que le dossier ne permet pas d'établir avec certitude mais que l'ORP situe au 16 juillet 2012, X._ a remis à cette autorité un certificat médical établi le 27 juin 2012 par la Dresse Nora Makrouf, spécialiste FMH en psychiatrie et psychothérapie à Yverdon-les-Bains, certifiant que sa patiente présentait une incapacité de travail à 100 % depuis le 25 juin 2012 jusqu'au 13 juillet 2012.
E. Le 2 août 2012, l'ORP a rendu deux décisions à l'encontre de X._. La première, n° 7 - ici litigieuse -, réduit le forfait mensuel d'entretien de l'intéressée de 15 % pour une période de deux mois au motif que X._ n'avait pas annoncé son incapacité de travail auprès de l'ORP dans le délai légal d'une semaine à compter du début de celle-ci. La deuxième, n° 8, réduit le forfait mensuel d'entretien de 15 % pour une période de trois mois au motif que l'intéressée n'avait pas remis dans le délai légal ses recherches d'emploi relatives à la période du 1er au 24 juin 2012 – correspondant à la période qui n'était pas concernée par le certificat médical de la Dresse Makrouf. Le 2 août 2012 également, l'ORP a fait savoir par écrit à l'intéressée qu'en référence à sa demande de justification du 10 juin 2012, il renonçait à rendre une décision administrative lui infligeant une diminution de son forfait RI pour le rendez-vous manqué du 28 juin 2012, vu le certificat médical produit.
F. Par lettre datée du 23 août 2012, X._ a recouru en ces termes contre la décision n° 7 susmentionnée:
"Pour rappel, je me suis inscrite comme demandeur d'emploi à l'ORP de Lausanne sans une invitation obligatoire, suite à cela, je suis tombée psychologiquement malade, et pendant toute mon absence, j'ai bénéficiée de plusieurs certificats d'incapacité de travail.
Comme le prévoit l'article 17 al. 3 lettre a LACI du code du travail, je constate que je remplis scrupuleusement mes obligations, ce que vous pouvez aisément vérifier, et j'ai veillé à rechercher activement un nouvel emploi à la mesure de mes compétences.
Par ailleurs, suite à un grave choc psychique, je souffre d'une dépression grave, ma formatrice ayant remarqué mon état psychique en dégradation jour après jour, m'a demané de consulter un psychiatre, afin de m'aider dans l'espoir de m'remettre progressivement.
Actuellement, je suis inapte à la recherche d'emploi.
En vue de ce qui précède, je vous prie d'avoir l'amabilité de revoir la réduction de 15 % que vous m'avez infligée. Vous pouvez consulter si nécessaire ma psychiatre, le docteur Nora Makrouf (...)."
X._ a annexé à sa lettre deux certificats médicaux attestant de son incapacité de travail à 100 % pour la période du 14 au 16 juin 2012 et celle du 21 au 23 juin 2012, certificats qui avaient été transmis aux responsables de "J'EM - Jusqu'à l'Emploi" auprès desquels elle suivait une mesure destinée à faciliter sa réinsertion professionnelle (pour une description de la mesure : http://www.vd.ch/fileadmin/ user_upload/themes/economie_emploi/chomage/fichiers_pdf/6C4_3_J_EM_Descriptif-resume.pdf). Sa lettre a été transmise au Service de l'emploi, Instance juridique chômage (SE) comme objet de sa compétence.
G. Par décision du 22 novembre 2012, le SE a rejeté le recours et confirmé la sanction prononcée le 2 août 2012 par l'ORP. Ce service a considéré que, quand bien même l'état de santé de X._ était altéré, aucun élément ne permettait de considérer qu'elle n'était pas à même de faire parvenir à son ORP en temps utile un certificat médical et qu'elle ne l'a fait que tardivement, puisque ce n'est que le 16 juillet 2012 que l'ORP a été avisé que l'état de santé de la recourante s'était dégradé depuis le 14 juin 2012. Le SE a considéré que c'était en conséquence à juste titre que l'ORP avait sanctionné l'intéressée pour avoir violé son obligation de le renseigner à temps. Il a également considéré que la quotité de la mesure infligée était adéquate.
H. Par lettre non datée, reçue au SE le 21 décembre 2012, X._ s'est opposée à la décision du 22 novembre 2012, dont elle demande implicitement l'annulation, invoquant des difficultés familiales et l'existence de menaces de mort dirigées contre elle et ses enfants qui l'avaient fortement perturbée. Le SE a transmis cette lettre à la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP), comme objet de sa compétence.
A l'appui de son recours, X._ a produit un "rapport circonstancié" établi le 19 décembre 2012 par la Dresse Makrouf, dont il résulte ce qui suit :
"Le médecin soussignée certifie que Mme X._ (...) est suivie dans mon cabinet depuis le 20.06.2012, en raison d'une symptomatologie anxio-dépressive en lien avec un conflit conjugal et des tensions psychiques en rapport avec une procédure de divorce longue et difficile, rendant la poursuite d'une activité quelconque impossible. En effet, Mme X._ bénéficie d'une incapacité totale de travail depuis le 25.06.2012 jusqu'à fin août. Cette période d'incapacité est justifiée par deux certificats de maladie : le premier, rédigé le 27.06.12 allant du 25.06.12 au 13.07.12 et le deuxième rédigé le 25.07.12 pour la période du 25.06.12 à fin août.
Durant une période de décompensation dépressive, les troubles de la concentration et de la mémoire sont très fréquents, en particulier chez Mme X._ qui gère seule ses trois enfants avec un divorce difficile et un mari très agissant et menaçant. Mme X._ présentait également un état d'épuisement sévère. Durant cet état de mal être, Mme X._ ne pouvait penser ni organiser ses affaires administratives de manière structurée et adéquate. Elle a déposé les certificats médicaux au J'Em pensant que ce service allait le transmettre à l'ORP d'Yverdon-les-Bains.
Au vu de ce qui précède, il me paraît injuste de sanctionner Mme X._ pour son retard d'informer les autorités compétentes de l'ORP d'Yverdon-les-Bains dans les délais impartis, par une réduction de 15 % de son forfait mensuel d'entretien pour une période de deux mois."
Dans sa réponse du 28 janvier 2013, l'autorité intimée a indiqué que le rapport circonstancié de la Dresse Makrouf n'était pas de nature à modifier sa position. Les autorités concernées ne se sont pas déterminées dans le délai imparti. Le tribunal a pris connaissance d'une dernière lettre de la recourante du 4 mars 2013.
I. Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1. L'art. 23a al.1 de la loi vaudoise sur l'emploi du 5 juillet 2005 (LEmp; RSV 822.11) prévoit que les demandeurs d'emploi au bénéfice du RI doivent, avec l'assistance de leur ORP, tout mettre en œuvre pour favoriser leur retour à l'emploi. En leur qualité de demandeurs d'emploi, ils sont soumis aux mêmes devoirs que les demandeurs d'emploi pris en charge par la loi fédérale du 25 juin 1982 sur l'assurance-chômage (LACI; RS 837.0). Selon l'art. 23a al. 2 LEmp, il incombe en particulier aux demandeurs d'emploi d'effectuer des recherches d'emploi et d'en apporter la preuve; ils sont tenus d'accepter tout emploi convenable qui leur est proposé et, lorsque l'ORP le leur enjoint, ils ont l'obligation de participer aux mesures d'insertion professionnelle qui leur sont octroyées (let. a), participer aux entretiens de conseil et de contrôle, ainsi qu'aux réunions d'information (let. b) et de fournir les renseignements et documents permettant de juger s'ils sont aptes au placement ou si le travail proposé est convenable (let. c). Ces obligations ressortent également de l'art. 17 al. 3 LACI.
En cas de non-respect de ces devoirs, l'art. 23b LEmp prévoit des sanctions sous la forme de réductions des prestations financières au sens de la loi vaudoise du 2 décembre 2003 sur l'action sociale vaudoise (LASV; RSV 850.051). L'art. 12b al. 1 let. e du règlement d'application du 7 décembre 2005 de la LEmp (RLEmp; RSV 822.11.1) dispose que les prestations financières du RI sont réduites sans procédure d'avertissement préalable en cas de violation de l'obligation de renseigner. Le montant et la durée de la réduction, fixés en fonction du type, de la gravité et de la répétition du manquement, sont de 15 % ou de 25 % du forfait pour une durée de 2 à 12 mois (al. 3). Selon l'art. 13 al. 3 let. b LEmp, l'ORP est compétent pour décider de telles sanctions.
2. En l'espèce, il est reproché à la recourante d'avoir, sans motif excusable, remis tardivement à l'ORP le certificat de la Dresse Makrouf du 27 juin 2012 – l'autorité intimée retient par erreur la date du 21 juin 2012 – attestant que sa patiente présentait une incapacité de travail à 100 % depuis le 25 juin 2012 jusqu'au 13 juillet 2012 puisque cette pièce n'a été remise à l'ORP que le 16 juillet 2012. Quant aux certificats médicaux précédents, remis aux responsables de l'organisme "J'EM", ils n'ont pas non plus été portés à la connaissance de l'ORP suffisamment tôt. L'autorité intimée se fonde ainsi sur l'art. 42 al. 1 de l'ordonnance fédérale du 31 août 1983 sur l'assurance-chômage (OACI; RS 837.02), aux termes duquel les assurés qui entendent faire valoir leur droit à l'indemnité journalière en cas d'incapacité passagère totale ou partielle de travail sont tenus d'annoncer leur incapacité de travail à l'ORP, dans un délai d'une semaine à compter du début de celle-ci.
En l'espèce, il n'est pas contesté que le certificat du 27 juin 2012 est parvenu à la connaissance de l'ORP plus d'une semaine après le début de l'incapacité de la recourante.
3. La recourante invoque des difficultés personnelles et son état psychologique de l'époque qui l'auraient empêchée d'agir à temps. L'autorité intimée considère au contraire que, bien que la santé de la recourante ait été altérée, cette dernière n'était pas, à l'époque des faits, dans l'incapacité de faire parvenir à temps à son ORP le certificat médical de la Dresse Makrouf, respectivement de charger un tiers de le transmettre à sa place.
Il résulte du rapport circonstancié établi le 19 décembre 2012 par la Dresse Makrouft qu'au moment des faits, la recourante était atteinte d'une symptomatologie anxio-dépressive en lien avec un conflit conjugal et des tensions psychiques en rapport avec une procédure de divorce longue et difficile. La recourante gérant seule ses trois enfants avec un divorce difficile et un mari très agissant et menaçant, présentait également un état d'épuisement sévère. D'après le certificat, son état ne permettait pas à la recourante d'organiser ses affaires administratives de manière structurée et adéquate. Cela implique aussi qu'elle se trouvait dans l'impossibilité de charger un tiers de faire des démarches à sa place. Au surplus, on relèvera que les difficultés rencontrées par la recourante n'étaient pas nouvelles et étaient connues de l'ORP qui en fait état dans ses procès-verbaux. Par le passé, la recourante avait déjà été mise au bénéfice de certificats médicaux attestant de son incapacité à travailler. Dans ces circonstances, il est disproportionné de retenir une violation du devoir de renseigner l'ORP et de sanctionner la recourante pour avoir tardé à remettre le certificat médical de la Dresse Makrouf. Injustifiée, la décision attaquée, qui confirme la sanction prononcée par l'ORP, doit être réformée.
4. Les considérants qui précèdent conduisent à l'admission du recours et à la réforme de la décision attaquée, en ce sens que la sanction est annulée. La procédure est gratuite (art. 4 al. 2 du Tarif du 11 décembre 2007 des frais judiciaires en matière de droit administratif et public [RSV 173.36.5.1]).