Decision ID: 253834fa-1a76-5864-89b4-729d101e359b
Year: 2017
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_009
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.a.
Par courriers déposés au Tribunal pénal le 4 mai 2015, A_ et B_ ont annoncé appeler du jugement rendu le 24 avril 2015 par le Tribunal correctionnel, dont les motifs leur ont été notifiés le 24 juillet 2015, par lequel le tribunal de première instance, statuant contradictoirement concernant le premier et par défaut vis-à-vis du second, les a reconnus coupables d'infraction à l'art. 305
bis
ch. 1 du Code pénal suisse du 21 décembre 1937 (CP –
RS 311.0
), les a condamnés à des peines privatives de liberté de 14 mois, respectivement de 15 mois, assorties du sursis durant trois ans, ainsi qu'au paiement d'une participation aux honoraires du
conseil de Société D1_ et de Société D2_ par CHF 2'287.50 chacun et à un tiers chacun des frais de la procédure qui s'élèvent en totalité à CHF 29'875.-, comprenant un émolument de jugement de CHF 8'000.- et un émolument complémentaire de CHF 16'000.-.
Le Tribunal correctionnel a en outre classé la procédure, s'agissant des faits visés par l'acte d'accusation du Ministère public (MP) antérieurs au 24 avril 2008, vu la prescription de l'action publique.
a.b.
Par courrier déposé au Tribunal pénal le 9 juillet 2015, C_ a annoncé appeler du jugement rendu le 30 juin 2015 par le Tribunal correctionnel, dont les motifs lui ont été notifiés le 24 juillet 2015, par lequel le tribunal de première instance, statuant par défaut, l'a reconnu coupable d'infraction à l'art. 305
bis
ch. 1 CP, l'a condamné à une peine privative de liberté de 15 mois, assortie du sursis durant trois ans, ainsi qu'au paiement d'une participation aux honoraires du conseil de Société D1_ et Société D2_ par CHF 27'412.50 et à un tiers des frais de la procédure qui s'élèvent en totalité à CHF 52'321.40.-, comprenant un émolument de jugement de CHF 8'000.-, le coût d'une expertise de droit _ réalisée par l'Institut suisse de droit comparé (ISDC) par CHF 22'712.40 et un émolument complémentaire de CHF 16'000.-.
Le Tribunal correctionnel a en outre classé la procédure, s'agissant des faits visés par l'acte d'accusation du MP antérieurs au 30 juin 2008, vu la prescription de l'action publique.
b.a.
Par acte déposé le 13 août 2015 au greffe de la Chambre pénale d'appel et de révision (CPAR), A_ forme la déclaration d'appel prévue à l'art. 399 al. 3 du code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007 (CPP -
RS 312.0
), concluant à l'annulation du jugement entrepris, à son acquittement, à l'indemnisation de ses frais de défense et à ce que les frais de la procédure soient laissés à la charge de l'Etat.
b.b.
Par courrier déposé le 13 août 2015 au greffe de la CPAR, B_ forme la déclaration d'appel prévue à l'art. 399 al. 3 CPP, concluant principalement à l'annulation du jugement entrepris et au renvoi de la cause aux premiers juges pour de nouveaux débats en raison de la violation de l'art. 366 al. 1 CPP, dans la mesure où le Tribunal correctionnel a, lors des débats du 23 avril 2015, considéré à tort son absence comme fautive et engagé la procédure par défaut. A titre subsidiaire, B_ conclut à son acquittement, à l'indemnisation de ses frais de défense et à ce que les frais de la procédure soient laissés à la charge de l'Etat.
b.c.
Par courrier déposé le 13 août 2015 au greffe de la CPAR, C_ forme la déclaration d'appel prévue à l'art. 399 al. 3 CPP, concluant à son acquittement, à l'indemnisation de ses frais de défense et à ce que les frais de la procédure soient laissés à la charge de l'Etat.
c.
Selon l'acte d'accusation du MP du
18 décembre 2013, il est reproché à A_ (ch. B.I.1), C_ (ch. C.II.1) et B_ (ch. D.III.1), agissant de concert, d'avoir, en particulier à Genève et en _, commis les actes suivants :
- A_ avait été engagé en 1982 et licencié en septembre 2009 par
Groupe D_, société _ active notamment dans le forage et les équipements de forage pétroliers et gaziers, puis avait occupé successivement diverses fonctions de contrôleur interne, de trésorier, de sous-directeur des finances, de "
Chief financial officer
" (CFO) et, depuis juin 2008, d'"
Executive Vice-president
" de Société D1_. Il avait été également membre du conseil d'administration (CA) de Société D2_, société résultant d'une joint-venture entre Société D1_ et E_, constituée en 2005 dans le but d'exécuter un contrat de fourniture de puits de forage, conclu avec Société F_, compagnie nationale _ d'hydrocarbures.
- C_ avait rejoint Groupe D_ en septembre 1999, plus particulièrement la Société D3_, étant nommé, par Société D1_, en mars 2000, Vice-président et Directeur général, responsable de la section "
société commerciale et services
" de ladite société. Il avait été, de 2005 à 2007, membre du CA de Société D2_ et, à la suite de son départ en mars 2007, il avait conclu un contrat de consultant d'une durée d'une année avec Société D1_.
- A_ et C_ avaient la qualité de "
mudir

" de Société D2_ en droit _ et n'avaient à ce titre pas le droit d'obtenir des commissions occultes.
- B_ avait été engagé en 2004 par C_ en tant que consultant, dans le but d'obtenir la conclusion d'un contrat de forage avec Société F_, et il avait activement participé à la joint-venture dont est issue Société D2_, ainsi qu'à d'autres projets au sein de Groupe D_, qu'il avait quitté en novembre 2008.
- B_ avait le devoir d'agir dans l'intérêt de son employeur.
- A_, B_ et C_ ont décidé, fin 2005, début 2006, à l'insu de Société D1_ et Société D2_, de créer la société offshore Société ABC_, avec siège aux _, société sans activité, dans le but d'encaisser des commissions occultes d'origine criminelle au détriment de Société D1_ et Société D2_, le lieu du siège de Société ABC_ ayant été choisi hors de _, pays dans lequel ils travaillaient tous trois, afin de préserver le caractère secret de cette entité.
- Ils ont, par l'intermédiaire de A_, créé Société ABC_ le _ février 2006, devenant ses administrateurs et actionnaires à parts égales.
- Ils ont ouvert, le _ février 2006, le compte 1_ au nom de Société ABC_, dont ils étaient les ayants droit économiques, disposant d'une signature collective à deux, auprès de la Banque G_ à Genève,
- A_ a, le _ février 2006, ouvert à son nom le compte 2_, dont ils étaient avec son épouse, _, les ayants droit économiques, auprès de la Banque G_. B_ a, le même jour, ouvert à son nom le compte 3_ et C_, le _ février 2006, le compte 4_, dans le même établissement, dont ils étaient les ayants droit économiques.
- Tous trois ont décidé que les commissions occultes seraient créditées sur le compte de Société ABC_.
- Les fournisseurs de Société D1_ et Société D2_, mentionnés ci-dessous, ont ainsi versé, sans droit, sur le compte de Société ABC_, entre 2006 et 2008, les commissions occultes suivantes :
- USD 1'099'935.- en 2006 et USD 499'965.- en 2007 par Société H_ ;
- USD 143'175.- en 2006 et USD 191'250.- le _ janvier 2008 par Société I_ ;
- GBP 116'000.- le _ mai 2006, GBP 154'800.- le _ février 2007, USD 147'475.- le _ août 2006, USD 111'180.- en 2007 et USD 124'500.- le _ septembre 2008 par Société J_ ;
- USD 999'982.- le _ février 2007 par Société K_ ;
- USD 999'980.- le _ décembre 2006 par Société L_ ;
- USD 532'379.- le _ juillet 2007 et USD 266'189.- le _ novembre 2007 par Société M1_ ;
- USD 734'788.- le _ juillet 2008 par Société M2_.
- Ces montants ont ensuite été répartis, entre 2006 et 2009, à parts égales, sur les comptes bancaires de A_, B_ et C_.
- A_, B_ et C_ ont agi de la sorte pour entraver l'identification de l'origine criminelle des fonds crédités sur leur compte auprès de la Banque G_ à Genève, soit l'identification des commissions occultes perçues au détriment de Société D1_ et Société D2_, se rendant ainsi coupables de blanchiment d'argent au sens de l'art. 305
bis
ch. 1 CP.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :
a.a.
Société D1_, connue également sous le nom de Groupe D_, est une société à responsabilité limitée, selon le droit de _. Son siège se situe dans ce pays, à _. Elle est active dans plusieurs domaines, notamment le forage et les équipements de forage pétrolier et gazier. Elle exerce son activité par le
biais de filiales, sises en _ et à l'étranger, notamment par le biais de joint-ventures avec d'autres sociétés. Elle a été fondée en _ par D_, actuel Président du CA, et a d'abord été connue sous le nom de Société D0_. Elle est en relations d'affaires avec Société F_, compagnie nationale _ d'hydrocarbures.
a.b.
Selon le résumé de sa carrière, établi par A_ en 2004, ce dernier fut Vice-président et CFO de Groupe D_ de 1982 à 2001, rapportant directement au Président. Ses responsabilités incluaient la négociation et la mise sur pied de joint-ventures, la recherche et la finalisation d'investissements, la direction générale des investissements du groupe, ainsi que les aspects financiers avec le contrôleur financier du groupe et le Directeur général des joint-ventures.
Un contrat de travail en tant qu'auditeur, avec prise d'effet au _ septembre 1982, a été conclu entre Société D1_ et A_ en avril 1982. Sa clause n° 9 stipule que A_ "
n'a pas le droit, directement ou indirectement, d'effectuer un quelconque travail ou service, ou de s'engager dans une quelconque activité commerciale, sauf ce qui lui a été confié par la Première partie
[
i.e.
le Directeur général de Groupe D_]
, aussi longtemps que ce contrat est en force
".
Un courrier de Société D1_ du _ mars 2000, signé de D_ et adressé à toutes les sociétés de joint-venture et sociétés partenaires, a annoncé que A_ avait été nommé CFO du groupe et était responsable de toutes les affaires financières, parallèlement à ses responsabilités de Vice-président (investissements) de Société D1_.
A_ explique, dans son résumé de carrière, avoir été, depuis janvier 2002, CFO de Société N_ à _, tout en continuant à assurer la position de CFO et de conseiller du Président du CA de Groupe D_, ainsi qu'administrateur de diverses sociétés, dont des joint-ventures avec des sociétés basées à _, _.
Son contrat, non signé, auprès de Société N_, stipule, à sa clause n° 7, qu'en sa qualité d'administrateur, A_ "
ne
doit pas, durant son mandat, à moins que le Conseil n'y ait préalablement consenti par écrit, s'engager, être concerné ou être intéressé directement ou indirectement dans la conduite d'une quelconque autre activité commerciale
".
Par courrier du _ mai 2005, adressé à Société D1_, à Société D3_, ainsi qu'à toutes les sociétés de joint-venture et sociétés partenaires, D_ a annoncé que A_ était nommé "
Chief Operating Officer
" (COO) pour les opérations en _, outre son rôle de CFO pour l'ensemble des activités du groupe, tant en _ qu'à l'international.
Par annonce du _ juin 2008, adressée à Société D1_, à Société D3_, ainsi qu'à toutes les sociétés de joint-venture et sociétés partenaires, D_ a indiqué que A_ était nommé Vice-président exécutif et CFO pour l'ensemble des activités du groupe, tant en _ qu'à l'international.
Par courrier du _ septembre 2009, Société D1_a résilié le contrat de A_ avec effet immédiat.
a.c.
Selon la lettre d'engagement du _ septembre 1999, signée par les deux parties, Société D3_ a engagé C_, ami de longue date de D_, en qualité de Vice-président pour une période initiale de deux ans, renouvelable automatiquement, sauf résiliation par l'une des parties.
Un courrier de Société D1_ du _ mars 2000, signé de D_ et adressé à toutes les sociétés de joint-venture et sociétés partenaires, a annoncé que C_ avait été nommé Vice-président et Directeur général de Société D1_ et était responsable pour Société D3_.
Un courrier de Société D3_ du _ janvier 2004, signé par D_ et adressé à Société D1_, ainsi qu'à toutes les sociétés de joint-venture et sociétés partenaires, a annoncé que C_ avait été nommé Vice-président de la division "
Produits champs pétroliers et Services
" depuis le _ janvier 2004, plusieurs compagnies "
devant lui rapporter
" et toutes les affaires liées au centre "
Champs pétroliers
" devenant également de sa responsabilité.
Par annonce du _ mai 2005, adressée à Société D1_, à Société D3_, ainsi qu'à toutes les sociétés de joint-venture et sociétés partenaires, D_ a annoncé que C_ était nommé en tant que "
Senior Vice-president Operations
" et serait responsable des activités opérationnelles de Société D3_ et de toutes les sociétés de joint-venture pour les divisions "
Produits champs pétroliers et Services
" et "
Ingénierie et Contrats
".
Le _ mars 2007, C_ a signé un "
Final settlement statement
" avec Société D3_ au _ mars 2007.
Le _ mars 2007, D_, agissant pour Groupe D_, et C_, ont signé un contrat, aux termes duquel ce dernier agissait, pour une durée d'une année, en tant que consultant dans le cadre de diverses transactions, pour les aspects commerciaux et techniques.
a.d.
B_ a été engagé par Société D3_, en 2004, en qualité de consultant.
Dans le cadre de cette fonction, il a répondu à un potentiel partenaire contractuel au moyen du papier en-tête de Société D3_, le _ mai 2005, demandant qu'il lui fournisse un devis. De même, il a fait suivre sa signature de l'expression "
au nom et pour le compte de
Groupe D
_
", dans un e-mail du _ novembre 2005. Dans un autre e-mail, le même jour, il y a encore ajouté la mention "
Directeur des projets onshore offshore
".
Par courrier du _ septembre 2007, signé de D_, Société D1_ a informé Société D2_ et les sociétés de joint-venture que B_ était nommé Directeur général des services techniques de Société D1_, responsable de tous les aspects techniques des projets et services, et devait rapporter directement à D_.
Le _ octobre 2007, EA_, de E_, a adressé un e-mail à B_, lui demandant à qui il avait délégué son autorité pour signer des ordres d'achats supérieurs à _ 100'000.-, soit environ CHF 31'700.-, selon la valeur en octobre 2007.
b.
Les _ mars et _ juin 2005, A_ a adressé deux courriers à D_, dans lesquels il lui faisait part de son amertume. Dans le premier, il évoque sa déception quant à sa rémunération et aux perspectives financières de sa retraite, en rapport à des promesses qui lui auraient été faites et, dans le second, il explique être la personne la mieux à même de conduire le groupe. Il mettait en avant l'accroissement de son temps de travail en _, ainsi que son engagement. Il comprenait que, pour des raisons sociales, religieuses ou familiales, il ne puisse être nommé à la tête du groupe, et se déclarait prêt à le quitter s'il lui était signifié qu'on n'avait plus besoin de lui.
c.
Le _ novembre 2005, E_ et Groupe D_ ont conclu une convention d'actionnaires tendant à la création de Société D2_, dans le but de se livrer à des activités de forage, principalement en _. Selon l'art. 8 de cette convention, excepté pour les décisions relevant de la seule compétence des actionnaires, Société D2_ était dirigée par un CA de six membres, chaque partie en désignant trois avec l'approbation de l'autre partie.
Lors de la séance des actionnaires du _ janvier 2006, tenue à _, ont été désignés administrateurs de Société D2_ pour Société D1_, A_, C_ et D_, ce dernier étant élu Président du CA, et, pour E_, EB_, également Directeur général, ainsi que deux autres personnes.
B_ était présent lors des CA de Société D2_ des _ janvier et _ novembre 2006.
Lors de la première séance, un projet de dépenses d'investissements ascendant à
USD 18'820'000.- a été présenté. Après une discussion au sein du CA, il fut
décidé que les ordres d'achat pour des plateformes de forage, d'un montant
d'USD 4'250'000.- par unité et d'USD 1'750'000.- pour le "
top drive
", devaient être émis immédiatement. Tous les autres "
Authority for expenditure
(AFE)" devaient être signés par deux administrateurs représentant chacun des partenaires.
Lors de la seconde séance du CA, après des explications données par B_ concernant les plateformes 1 à 5, il fut décidé que C_ approcherait Société F_ en vue d'un allongement des délais prévus pour la fourniture de la plateforme 5. A_ a également présenté un projet d'investissement d'USD 18'392'000.- pour la plateforme 6, au sujet duquel EB_ et B_ donnèrent des explications, C_ étant à nouveau chargé d'approcher Société F_ pour allonger le délai de fourniture et étant autorisé à signer le contrat pour la plateforme 6.
Lors de la séance du CA de Société D2_ du _ mai 2007, dans le cadre de l'examen du business plan 2007, A_ a informé le conseil d'un accroissement substantiel des coûts projetés, ce qui devait être clarifié après analyse.
d.a.
Le _ janvier 2006, MA_ a transmis au nom de Société M2_ un devis à B_, concernant le projet de quatre plateformes pétrolières pour USD 6'355'391.-.
d.b.
Entre 2006 et 2007, Société D2_ a passé plusieurs ordres d'achats d'équipements divers, notamment auprès des fournisseurs suivants :
-
Société M1_, le _ février 2006, pour USD 6'654'732.-, approuvé par EB_ et B_ ;
- Société M2_, le _ février 2006, pour USD 6'355'396.-, référencé # Société D2_-06-07, approuvé par B_, C_ et D_ ;
- Société J_, le _ avril 2006, pour GBP 1'760'000.-, référencé # Société D2_-06-12, pour huit moteurs diesel _3516B, approuvé par EB_ et B_ ;
- Société I_, le _ août 2006, pour USD 6'168'848.-, approuvé par B_ et C_ ;
- Société M2_, le _ juin 2006, pour USD 99'840.-, référencé # Société D2_-06-18, approuvé par EB_ et B_ ;
- Société M2_, le _ août 2006, pour USD 33'880.-, référencé # Société D2_-06-22, approuvé par C_ et B_ ;
- Société M2_, le _ octobre 2006, pour USD 25'339.96, approuvé par EB_ et B_ ;
- Société M2_, le _ octobre 2006, pour USD 1'968'945.-, référencé # Société D2_-06-20, approuvé par C_ et B_ ;
- Société M2_, le _ octobre 2006, pour USD 77'299.20, approuvé notamment par EB_ ;
- Société M2_, le _ octobre 2006, pour USD 19'324.80 ;
- Société J_, le _ novembre 2006, pour GBP 3'405'600.-, référencé # Société D2_-06-2-02, pour huit moteurs diesel _3516B, approuvé par C_, B_ et EB_ ;
- Société J_, le _ novembre 2006, pour EUR 319'383.-, approuvé par EB_ et B_ ;
- Société L_, le _ novembre 2006, pour USD 6'876'275.78, approuvé par C_, B_ et EB_ ;
- Société M2_, le _ décembre 2006, pour USD 44'730.-, approuvé notamment par EB_ et B_ ;
- Société M1_, le _ décembre 2006, pour USD 1'742'824.-, approuvé par EB_ et B_, en relation avec la plateforme 5 ;
- Société M1_, le _ décembre 2006, pour USD 1'742'824.-, approuvé par EB_ et B_, en relation avec la plateforme 6 ;
- Société K_, le _ janvier 2007, pour USD 6'372'000.-, approuvé par EB_, B_ et C_ ;
- Société M2_, le _ avril 2007, pour USD 63'900.-, approuvé par EB_ et A_ ;
- Société M2_, le _ mai 2007, pour USD 17'240.- ;
- Société M2_, le _ mai 2007, pour USD 44'016.-, approuvé notamment par EB_ ;
- Société M2_, le _ juin 2007, pour USD 724'359.50, référencé # Société D2_6-0037-07, approuvé par EB_ et A_ ;
- Société M2_, le _ juin 2007, pour USD 62'455.-, approuvé notamment par EB_ ;
- Société M2_, le _ juin 2007, pour USD 110'579.97, approuvé notamment par EB_ et dont la page 1 est paraphée par B_ ;
- Société M2_, le _ juin 2007, pour USD 224'702.83, approuvé notamment par EB_ et dont les pages 1 et 2 sont paraphées par B_ ;
- Société M2_, le _ juillet 2007, pour USD 139'785.78, approuvé par EB_ et B_ ;
- Société M2_, le _ juillet 2007, pour USD 83'862.92, approuvé notamment par EB_ ;
- Société M2_, le _ juillet 2007, pour USD 41'301.50, approuvé notamment par EB_ et B_ ;
- Société M2_, le _ juillet 2007, pour USD 306'161.04, approuvé notamment par EB_ et B_ ;
- Société M2_, le _ juillet 2007, pour USD 64'489.01, approuvé notamment par EB_ et B_ ;
- Société M2_, le _ juillet 2007, pour USD 65'000.-, approuvé par EB_ et B_, pour la plateforme 267 ;
- Société M2_, le _ juillet 2007, pour USD 65'000.-, approuvé par EB_ et B_, pour la plateforme 268 ;
- Société M2_, le _ septembre 2007, pour USD 144'408.-, approuvé notamment par B_, pour la plateforme 267 ;
- Société M2_, le _ septembre 2007, pour USD 42'425.-, approuvé par EB_ et B_, pour la plateforme 268.
Entre juin 2007 et octobre 2007, Société D2_ a, de surcroît, passé de multiples ordres d'achat à Société M2_ pour des montants inférieurs, allant d'environ USD 1'000.- à plusieurs dizaines de milliers de dollars.
d.c.
En lien avec le contrat concernant Société F_, Société D2_ a conclu avec Société H_, début 2006, un contrat d'achat de quatre plateformes de forage pétrolier (263 à 266) pour une valeur unitaire d'USD 4'217'000.-. Les communications entre les deux partenaires devaient être transmises pour Société D2_ à B_ et EB_. En outre, les coordonnées de l'acheteur, soit Société D2_, mentionnaient l'adresse électronique de C_.
d.d.
Société D2_ a émis des AFE validant les paiements à effectuer envers ses divers fournisseurs, en rapport à plusieurs ordres d'achat. Ont notamment été émis :
- quatre AFE, chacun d'un montant d'USD 4'217'000.-, relatifs aux ordres d'achat adressés à Société H_ pour les quatre plateformes de forage (263 à 266), mentionnant que B_ était la personne responsable du projet. Celui-ci les a signés, le _ janvier 2006, avec D_ et deux représentants de E_ ;
- quatre AFE, chacun d'un montant d'USD 1'663'683.-, en lien avec l'ordre d'achat passé auprès de Société M1_. Il s'agissait des
top drives
pour les plateformes 263 à 266, fournies par Société H_. Sur l'AFE relatif à la plateforme 265, B_ a été mentionné en tant que personne responsable du projet et a signé le document, daté du _ janvier 2006, avec D_, ainsi que deux représentants de E_ ;
- un AFE, pour un montant d'USD 6'355'391.-, relatif à l'ordre d'achat du _ février 2006, passé auprès de Société M2_ concernant les plateformes 263 à 266, a été signé le même jour par B_ et C_ ;
e.a.
Société ABC_, incorporée dans _, a été constituée le _ février 2006. Ses actionnaires, à parts égales, étaient A_, B_ et C_, lesquels ont également été désignés administrateurs le même jour.
e.b.
Le _ janvier 2006, A_ a envoyé un e-mail à GA_, gestionnaire auprès de la Banque G_ à Genève, lui demandant de lui communiquer l'adresse de Société ABC_, information dont il avait besoin "
pour signer les contrats de consultant
". Cet e-mail faisait suite à un précédent, adressé à A_ le _ janvier 2006 par GA_, dans lequel ce dernier se félicitait de leur entretien, auquel avait également pris part C_, le weekend précédent à _, et informait que le nom de Société ABC_ était disponible aux _.
e.c.
Le _ février 2006, Société ABC_ a ouvert le compte n° 1_ auprès de la Banque G_, dont A_, B_ et C_ étaient les ayants droit économiques et sur lequel ils avaient une signature collective. L'adresse pour la correspondance était une boîte postale _, à _. La banque avait reçu instruction, signée par les trois ayants-droit, d'y transmettre le courrier au nom de A_.
e.d.
Les _ et _ février 2006, A_, B_ et C_ ont ouvert les comptes personnels n° 2_, n° 3_ et
n° 4_ auprès de la Banque G_, dont ils étaient les ayants droit économiques. L'adresse pour la correspondance était la boîte postale de Société ABC_ à _.
e.f.
Par courrier du _ février 2006, signé par C_, A_ et B_, Société ABC_ a instruit GA_ que les fonds déposés sur le compte de Société ABC_ devaient être trimestriellement répartis à parts égales sur les comptes personnels des précités, sous réserve d'un solde d'USD 100'000.-, destiné à couvrir les dépenses de la société.
f.a.
A une date indéterminée, divers contrats concernant Société ABC_, signés ou non, ont été remis à la Banque G_, à savoir :
- un contrat entre Société ABC_ et Société I_, intitulé "
contrat de consultant
", daté du _ juillet 2006 et signé le _ août 2006 par C_ et IA_, stipulant sous chiffre 1.4 : "
Société
ABC_ et Société I_ s'accordent pour que Société
ABC_ soit nommé en tant que consultant pour la vente de camps de forage et équipements y relatifs pour les opérations de forage en _
" et, sous chiffre 1.5 : "
Pour les services fournis par Société
ABC_, Société
ABC_ sera rémunérée par une commission de succès équivalente à 5% de la valeur totale des ventes, si et quand Société I_ recevra de
_
l'ordre d'achat pour de tels équipements
" ;
- un contrat entre Société ABC_ et Société H_, entreprise _, intitulé "
contrat de consultant
", daté du _ janvier 2006, non signé, mais mentionnant les noms de B_ et HA_, et stipulant sous chiffre 1.3 : "
Société ABC_ et Société H_ s'accordent pour que Société
ABC_ soit nommée consultant pour Société H_ afin de promouvoir et placer Société H_ en position de développer une offre compétitive et exhaustive sur différents projets dans
_
, spécifiquement
_
,
_
,
_
,
_
,
_
et
_
et d'autres parties du monde (LE TERRITOIRE). Dans ce rôle, Société
ABC_ fournira les services suivants sur la base de "ses meilleurs efforts" : A. Assistance pour implanter les compagnies de la Société H_ dans le Territoire ; B. Entretiens d'affaires en considération de : 1. Connaissance de la région, des programmes gouvernementaux et des règlements et programmes fiscaux ; 2. Comment les affaires sont accomplies dans les pays visés, par exemple, lois locales ; 3. Information sur les clients locaux potentiels de Société H_ et les relations entre différentes parties ; 4. Mise en relation avec différents clients potentiels de haut niveau ; 5. Information d'accès au marché sur des clients potentiels dans la région ; 6. Recommandations sur les stratégies de négociation pour assurer la finalisation en faveur de Société H_ de l'ordre d'achat ; 7. Conseil d'ingénierie et assistance pour assurer que les ordres d'achat soient exécutés selon les spécifications et demande des clients ; 8. Recommandations et assistance pour s'assurer que tous les paiements soient reçus par Société H_ conformément à l'ordre d'achat
"
et, sous chiffre 1.4, intitulé indemnisation : "
Pour les services fournis par Société
ABC_, Société
ABC_ sera rémunérée par une commission de succès équivalente à 5% de la valeur du contrat (net de taxes et transport) pour tous les équipements et pièces fournis par Société H_, dès réception par Société H_ des paiements des clients, sur le territoire
" ;
- un contrat entre Société ABC_ et Société H_, intitulé "
contrat de consultant
", rédigé en _ et en _, daté du _ juin 2006, signé par B_ et HA_, stipulant sous chiffre 1.3 : "
Société
ABC_ et Société H_ s'accordent pour que Société
ABC_ soit nommée consultant pour Société H_ pour fournir des services de consultant conduisant Société H_ à développer une offre compétitive et exhaustive sur différents projets et d'autres parties du monde (TERRITOIRE EXCLUANT
_
)
[...]" et, sous chiffre 1.4, intitulé indemnisation : "
Pour les services fournis par Société
ABC_, Société
ABC_ sera indemnisée par une commission de succès équivalente à 2.5% au moins de la valeur du contrat (net de taxe et transport) pour tous les équipements et parties fournies par Société H_, sous réception par Société H_ des paiements des clients, dans le TERRITOIRE
" ;
- un contrat entre Société ABC_ et Société K_, entreprise _, intitulé "
contrat de consultant
", daté du _ janvier 2006, non signé, mais mentionnant les noms de B_ et de KA_, établi sur le même modèle que le premier cité relatif à Société H_, mais sans définir le "
territoire
" et dont la teneur ne s'étend pas au-delà du point B.6 du chiffre 1.3 (voir ci-dessus le contrat passé avec Société H_) ;
- un contrat entre Société ABC_ et Société L_, entreprise _, intitulé "
contrat de consultant
", daté du _ janvier 2006, non signé, mais mentionnant les noms de B_ et de LA_, et établi sur le même modèle que celui concernant Société K_.
f.b.
Le _ octobre 2007,
Société
ABC_ a conclu avec Société M2_ un contrat, intitulé "
contrat de représentation limitée
", mentionnant sous chiffre 1 : "
Avant la prise d'effet du présent contrat le REPRESENTANT (Société
ABC_) était verbalement nommé par Société M2_ pour être un représentant non exclusif de Société M2_ dans le but exclusif de l'assister dans la vente d'équipements pétroliers et les quantités correspondantes listées à l'annexe "A" (ci-dessous collectivement référencés comme "Produits") au client suivant : Groupe D
_
("Client")
[...]" et, sous chiffre 7 : "
Société M2_ accepte de payer et le REPRESENTANT accepte de recevoir, en US Dollars, la commission énoncée dans l'annexe "A" pour l'aide du REPRESENTANT en relation avec la vente des Produits au Client. Cette commission sera payable au REPRESENTANT seulement après réception par Société M2_ du paiement entier du prix d'achat pour les Produits et seulement si les efforts du REPRESENTANT ont contribué directement à la vente des produits
".
Ce contrat a été signé, pour Société ABC_, par _, administrateur, le _ octobre 2007 et par MA_ pour Société M2_.
L'annexe A mentionnait sous lettre A "
Produits fournis pour les plateformes # 1, 2, 3 et 4 du Client
" et sous lettre B "
Produits fournis pour les plateformes # 5 et 6 du Client
". Le montant total des commissions dues, selon l'annexe A, s'élevait à USD 734'808.-.
f.c.
Quatre factures à l'entête de Société ABC_ ont été remises à la Banque G_ à une date indéterminée, à savoir :
- une facture de GPB 116'000.-, datée du _ avril 2006, émise à l'intention de Société J_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de services de conseil et de conception d'ingénierie
" ;
- une facture d'USD 350'000.-, datée du _ juillet 2006, émise à l'intention de Société H_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de services de conseil et d'ingénierie selon le contrat
" ;
- une facture d'USD 77'111.-, datée du _ août 2006, émise à l'intention de Société I_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de services de conseil et de développement des affaires
" ;
- une facture d'USD 1'000'000.-, datée du _ novembre 2006, émise à l'intention de Société L_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de multiples services de conseil en ingénierie et de développement des affaires
" ;
f.d.
Figurent également à la procédure quinze factures émises par Société ABC_, à savoir :
- une facture d'USD 57'833.-, datée du _ octobre 2006, émise à l'intention de Société I_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de services de conseil et de développement des affaires
" ;
- une facture d'USD 250'000.-, datée du _ août 2006, émise à l'intention de Société H_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de services de conseil et d'ingénierie selon le contrat
" ;
- une facture d'USD 250'000.-, datée du _ octobre 2006, émise à l'intention de Société H_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de services de conseil et d'ingénierie selon le contrat
" ;
- une facture d'USD 8'325.-, datée du _ novembre 2006, émise à l'intention de Société I_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de services de conseil et de développement des affaires
" ;
- une facture d'USD 250'000.-, datée du _ décembre 2006, émise à l'intention de Société H_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de services de conseil et d'ingénierie selon le contrat
" ;
- une facture d'USD 1'000'000.-, datée du _ janvier 2007, émise à l'intention de Société K_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de multiples services de conseil en ingénierie et de développement des affaires
" ;
- une facture d'USD 250'000.-, datée du _ janvier 2007, émise à l'intention de Société H_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de services de conseil et d'ingénierie selon le contrat
" ;
- une facture de GPB 154'800.-, datée du _ janvier 2007, émise à l'intention de Société J_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de services de conseil et de conception d'ingénierie
" ;
- une facture d'USD 250'000.-, datée du _ février 2007, émise à l'intention de Société H_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de services de conseil et d'ingénierie selon le contrat
" ;
- une facture d'USD 55'622.-, datée du _ février 2007, émise à l'intention de Société I_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de services de conseil et de développement des affaires
" ;
- une facture d'USD 55'622.-, datée du _ mars 2007, émise à l'intention de Société I_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de services de conseil et de développement des affaires
" ;
- une facture d'USD 508'431.68, datée du _ mars 2007, émise à l'intention de Société M2_V et portant la mention "
honoraires pour services et conseil en ingénierie en référence à
Société D2_
0607
", soit la même référence que celle portant sur l'ordre d'achat de Société D2_ à Société M2_ du _ février 2006 se montant à USD 6'355'396.- ;
- une facture d'USD 532'400.-, datée du _ juin 2007, à l'intention de Société M2_ et portant la mention "
honoraires pour services de conseil et d'ingénierie
" ;
- une facture d'USD 734'808.-, datée du _ octobre 2007, émise à l'intention de Société M2_ et portant la mention "
honoraires pour services de conseil et d'ingénierie en référence au projet de forage
Société D2_
; fourniture de SCR, MCC, console de forage et autres produits détaillés dans l'annexe "A" du contrat de représentation limitée
" ;
- une facture d'USD 124'500.-, datée du _ août 2008, émise à l'intention de Société J_ et portant la mention "
honoraires pour la fourniture de services et de conseil en ingénierie pour la reconfiguration des moteurs diesel _3516B
" ;
g.a.
Entre 2006 et 2008, les versements suivants ont été crédités sur le compte de Société ABC_ à la Banque G_ :
- le _ mai 2006 : GBP 116'000.- de Société J_ ;
- le _ août 2006 : USD 349'985.- de Société H_ ;
- le _ août 2006 : USD 147'500.- de Société J_ ;
- le _ septembre 2006 : USD 249'985.- de Société H_ ;
- le _ septembre 2006 : USD 77'111.- de Société I_ ;
- le _ octobre 2006 : USD 249'985.- de Société H_ ;
- le _ novembre 2006 : USD 57'833.- de Société I_ ;
- le _ décembre 2006 : USD 1'000'000.- de Société L_ ;
- le _ décembre 2006 : USD 8'325.- de Société I_ ;
- le _ décembre 2006 : USD 249'985.- de Société H_ ;
- le _ février 2007 : GBP 154'800.- de Société J_ ;
- le _ février 2007 : USD 999'982.- de Société K_ ;
- le _ février 2007 : USD 249'980.- de Société H_ ;
- le _ février 2007 : USD 249'985.- de Société H_ ;
- le _ mars 2007 : USD 55'622.- de Société I_ ;
- le _ avril 2007 : USD 55'622.- de Société I_ ;
- le _ juillet 2007 : USD 532'378.56 de Société M1_ ;
- le _ novembre 2007 : USD 266'189.22 de Société M1_ ;
- le _ janvier 2008 : USD 191'250.- de Société I_ ;
- le _ juillet 2008 : USD 734'788.- de Société M2_ ;
- le _ septembre 2008 : USD 124'500.- de Société J_ ;
soit, au total, GBP 270'800.- et USD 5'851'005.78.
g.b.
Ces fonds ont ensuite été répartis à parts égales par transferts du compte de Société ABC_ sur les comptes personnels de A_, B_ et C_ auprès de la Banque G_, par virements des _ octobre 2006 (USD 250'000.- et GBP 39'000.- chacun), _ décembre 2006 (USD 500'000.- chacun), _ mars 2007 (USD 550'000.- et GBP 50'000.- chacun), _ décembre 2007 (USD 300'000.- chacun), _ octobre 2008 (USD 350'000.-chacun) et _ janvier 2009 (USD 10'000.- et GBP 2'139.- chacun).
Le compte personnel de A_ a, de surcroît, été crédité d'USD 3'000.- le _ septembre 2006 et celui de C_ d'USD 554.02 le _ octobre 2009.
Les fonds transférés les _ octobre et _ décembre 2006, _ décembre 2007 et _ octobre 2008 du compte de Société ABC_ sur le compte de A_ ont fait l'objet de placements dans les jours suivants.
h.
De 2006 à 2008, depuis l'adresse e-mail B_@_.com, de multiples e-mails ont été échangés entre B_ ou son fils BA_ et divers collaborateurs de Groupe D_, ainsi que de Société M2_, parmi lesquels, pour cette dernière société, MA_, MB_ ou MC_.
Entre autres, les e-mails suivants ont été échangés :
- le _ avril 2006, B_ s'est adressé à DC_ de Groupe D_ pour lui demander des détails sur un transfert bancaire à Société J_ en cours, avec copie à C_ et A_ ; ce dernier a répondu directement à B_ qu'il y avait lieu de suivre la voie fixée par l'ordre d'achat signé par les personnes autorisées pour Groupe D_ et E_ ; ainsi, il savait que l'un des ordres d'achat avait été signé pour Groupe D_ par C_ et B_, mais il n'y avait encore aucune approbation de EB_ pour E_ ;
- le _ juin 2006, MB_ s'est adressé à B_/BA_ au sujet de l'émission de l'ordre d'achat # Société D2_-06-18 du _ juin 2006 à Société M2_, concernant les "
SCR Changes
" et a reçu une réponse de la part de BA_, dont la teneur est la suivante : "
MB_, nous avons prévu d'émettre un ordre d'achat pour l'équipement additionnel et si vous avez besoin cependant que nous en faisions un plus tôt alors s'il vous plaît faites-le-moi savoir et je peux vous en envoyer un pour cela et ensuite en faire un autre pour tout le reste. Cela inclut 8% comme pour les autres ordres d'achat ? Si non, pouvez-vous rectifier et renvoyer le devis
[...]" ;
- le _ juillet 2006, un e-mail de BA_ a été adressé à MB_ avec la teneur suivante : "
MB_, juste rapidement, pouvez-vous m'envoyer un résumé rapide des coûts (y compris les 8%) pour les équipements en cours de commande
[...]" ;
- le _ août 2006, un e-mail de BA_ a été adressé à MB_ avec la teneur suivante : "
MB_, merci pour la liste de prix. Cela correspond exactement à ce que j'avais et pensais être juste. Il y avait une autre légèrement différente
[...]
(je pense que cela était peut-être un ajout en lien avec la question des 8%)
[...]
pouvez-vous ainsi s'il vous plaît me transmettre une page de résumé pour l'équipement de cet ordre d'achat, – montrant seulement les prix incluant les 8%.
[...]", auquel MB_ a répondu le jour-même, par un e-mail ayant pour objet "
prix Groupe D
_" ;
- le _ août 2006, un e-mail de BA_ a été adressé à MB_, mentionnant sous objet "
systèmes de caméra de plateforme
", avec la teneur suivante : "[...]
je vais obtenir un nouvel ordre d'achat pour signature etc pour faire bouger les choses le numéro du PO est
Société D2_
-06-021.
[...]
puis-je juste vérifier que les prix mentionnés comprennent les 8% comme pour les autres objets ?
[...]", lequel a été transféré à l'interne de Société M2_ sous l'intitulé "
Groupe D
_
système CCTV
" ;
- le _ septembre 2006, BA_ demande à MB_ par e-mail s'"
il peut confirmer si ce prix pour les "wipers" inclus les 8% ou s'il faut les ajouter
" ;
- le _ octobre 2006, un e-mail entre MB_ et B_, indiquant "
Ordres d'achats Groupe D
_
"
, traite des ordres d'achat Société D2_-06-20, dont la mention était déjà apparue dans les e-mails des _ et _ août 2006, ainsi que du _ septembre 2006, et Société D2_-06-22, lequel sera transmis à Société M2_ par e-mail du _ octobre 2006, et se conclut en ces termes : "
PS.
Également ci-joint un devis pour le treuil de forage que MA_ a trouvé pour vous hier (8% sont inclus)
" ;
- le _ décembre 2006, en réponse à un e-mail de DA_ de Société D1_ demandant à MA_ de lui transmettre un devis, ainsi qu'à B_, ce dernier a envoyé un e-mail à MA_, avec MB_ en copie, dont la teneur était la suivante : "[...]
S'il vous plaît, n'envoyez qu'à moi directement quelque devis que ce soit. Je les ferai parvenir ensuite aux personnes appropriées
" ;
- le _ février 2007, MB_ a précisé, dans un e-mail adressé à BA_, avoir "
inclus les 8%
" dans son devis concernant les planchers de forage ;
- le _ février 2007, MB_ a adressé un e-mail à B_, mentionnant : "
B_, voici le devis pour l'amélioration du CCTV. Il n'inclut pas le 8% additionnel. Dois-je le réviser avec le 8% ? (je ne l'ai envoyé à personne d'autre)
", auquel B_ a répondu en ces termes : "
MB_, comme pour les autres objets commandés etc., si tu pouvais ajouter le 8% et renvoyer, cela serait génial
" ;
- le _ avril 2007, B_ a adressé un e-mail à MA_, dont le sujet était "
facture pour comms sur le premier ordre d'achat
", le texte de l'e-mail mentionnant : "
MA_, s'il te plait, trouve en annexe la facture pour les 8% dus sur le premier ordre d'achat
[...]", lequel a été transmis le jour-même par MA_ à l'interne en indiquant : "
cela a été accepté pour les boulots # 6924 à 6927, peux-tu les payer s'il te plait
" et en joignant la facture correspondante du _ mars 2007, dont la référence était "
Société
ABC_07004
", intitulée "
honoraires pour services et conseil en ingénierie en référence à
Société D2_
0607
" et signée par B_ ;
- le _ mai 2007, MB_ a envoyé un e-mail à l'adresse B_@_.com avec la teneur suivante : "
B_/BA_, en annexe voici notre devis pour les planchers de forage, les bossoirs, et les "Power Slip Frames" pour les plateformes 5 et 6. (Le devis inclus le 8% additionnel)
[...]" ;
- le _ décembre 2007, BA_ a adressé un e-mail à MB_, à la demande de B_, "
pour examiner
les factures qui supportent le paiement des 8%.
[...]" ;
- le _ avril 2008, BA_ a adressé un e-mail à MB_, soulignant notamment ceci : "[...]
premièrement en référence aux factures impayées dont nous avons discuté concernant l'octroi des 8%.
[...]
B_ est en train d'obtenir leur paiement
[...]" ; le _ juin 2008, BA_ a confirmé à MB_ que "[...]
B_ a fait savoir que tous les objets impayés le sont à présent, spécifiquement ceux sur la liste qui empêchaient les 8% d'être versés
[...].
Pouvez-vous faire en sorte d'avoir les 8% à nous transférer pour que cela soit supprimé.
[...]" ;
- le _ juin 2008, B_ a écrit à MB_ en lui expliquant qu'"[...]
il a visité
Société M2_
_ au sujet et à cause de ces problèmes avec Société
F
_
qui a mis en attente une commande pour 13 unités
" ;
- le _ juin 2008, BA_ a demandé à MB_ s'il avait une quelconque information concernant le versement des 8% et a posé à nouveau la même question dix jours plus tard ;
- le _ juin 2008, B_ a demandé par e-mail à MA_ et MB_ s'ils pouvaient "
relancer le paiement des 8% conformément à l'accord
", expliquant "
être toujours fortement sous pression pour que cela soit résolu
".
i.
Le _ avril 2010, Société D1_ et Société D2_ ont déposé plainte pénale contre A_, C_ et B_ pour détournement de fonds par le biais de commissions occultes.
Les parties plaignantes ont fait état de ce que Société D2_ avait été constituée en 2005 dans le but d'exécuter un contrat consistant en la fourniture de plateformes de forage à Société F_. En 2008, ayant subi de nombreuses pertes, Société D2_ avait cessé son activité et était en cours de liquidation, E_ ayant de son côté vendu ses parts à Société D1_.
Un rapport de confiance étroit avait existé entre D_, son fils DB_ et A_, lequel disposait d'une grande liberté dans la gestion de Société D1_ et de ses filiales, dont Société D2_. Il exerçait d'ailleurs dans cette dernière société une fonction dirigeante. Il avait été licencié en septembre 2009. Des informations avaient pu être récupérées sur le disque dur de son ordinateur, dont il avait volontairement détruit certaines données.
C_ avait également occupé des postes de direction dans plusieurs filiales du groupe, dont Société D2_. B_, sans être formellement directeur de Société D2_, faisait partie de la direction de la société et agissait en tant que "
manager
".
Une grande partie de la documentation comptable et contractuelle de Société D2_ manquait. Sans explication, cette documentation avait été placée dans des containers mobiles, déposés au milieu du désert, à plus de 50 km de _, siège de Société D2_. Ces containers avaient ensuite été vandalisés et une grande partie des documents qu'ils contenaient avait été volée ou détruite.
Pour exécuter le contrat passé avec Société F_, Société D2_ avait commandé une grande quantité de matériel auprès de Société H_. La documentation relative aux conventions passées avec cette entreprise avait en partie disparu. Toutefois, l'un des contrats avait porté sur la fourniture de quatre plateformes de forage pétrolier pour un montant total d'USD 16'868'000.-. Pour la négociation de ce contrat, Société ABC_, par l'intermédiaire de B_, était intervenue au titre de consultant de Société H_, sur la base d'un contrat conclu avec cette dernière. Celui-ci prévoyait notamment des honoraires de succès de 5%, calculés sur la valeur du, voir des, contrat(s) conclu(s) entre Société H_ et son cocontractant éventuel, soit en l'occurrence Société D2_. Société H_ avait également fourni à Société D2_ deux puits supplémentaires, destinés aux forages gaziers, mais les contrats y relatifs étaient introuvables. D'autres fournisseurs étaient sans doute intervenus et, par le biais de Société ABC_, A_, C_ et B_ avaient touché d'autres commissions occultes.
Le compte de Société ABC_ ouvert auprès de la Banque G_ avait été clôturé le _ octobre 2009, soit moins d'une semaine après qu'un exemplaire non signé du contrat entre Société ABC_ et Société H_ ait été présenté, à _, à A_.
j.
Le MP ayant ouvert une information pénale, le Juge d'instruction a procédé, le 7 mai 2010, auprès de la Banque G_, à une saisie documentaire ainsi que des fonds déposés par Société ABC_, A_, C_ et B_ sur leur compte respectif auprès de cet établissement.
Ont été séquestrés USD 1'640'549.- sur le compte de A_, USD 1'189'661.- sur le compte de C_ et USD 1'906'198.- sur le compte de B_.
k.a.
Dans le cadre de leurs auditions devant le Juge d'instruction puis le MP, les parties plaignantes ont relevé que A_ était le CFO de Société D1_ et de Société D2_. Sa rémunération s'élevait à USD 400'000.- par an. Il bénéficiait d'un logement et d'une voiture de fonction, du financement de voyages, ainsi que du paiement des primes d'assurances et de l'écolage de ses enfants. Il faisait donc partie du "
top-management
" de Société D1_ aux côtés de D_ et de son fils, DB_. Il avait en quelque sorte les pleins pouvoirs, sans contrôle interne, et s'était assuré que toutes les fonctions financières et techniques soient occupées par des personnes qui lui étaient loyales. Ainsi, A_ assumait directement les aspects financiers liés à Société D2_. Dans Groupe D_, tous les responsables financiers lui rapportaient. De 2005 à 2007, Société D2_ était sous le contrôle de A_, C_ et B_, les deux premiers étant administrateurs et le dernier, Directeur général. Ensemble, ils maîtrisaient tous les flux financiers.
Aucun ordre d'achat ou de transfert relatif à Société D2_ n'avait pu être trouvé dans les containers contenant les archives de cette société. A_ s'était opposé à l'introduction d'un système comptable informatisé chez Société D2_, relevant que le contrôle comptable effectué par C_ et B_ était suffisant.
Ces derniers avaient quitté Groupe D_ à fin 2007, de façon volontaire, faisant état de problèmes de santé.
Le projet de contrat avec Société H_, annexé à la plainte, provenait de l'ordinateur de A_.
Durant l'exercice 2006, Société D2_ avait conclu des contrats pour USD 200'000'000.- à USD 250'000'000.-, portant sur du matériel de forage, lequel s'était avéré défectueux, incomplet et n'arrivait de surcroît pas dans les délais. Beaucoup d'équipements avaient été acquis à des prix surfaits. Les pertes financières étaient extrêmement importantes. A la fin 2007, Société F_ avait mis fin au contrat avec Société D2_.
Les avis exprimés par B_ sur les bordereaux de commande étaient suivis en raison de ses compétences techniques. Il était la personne de référence et avait intégralement en charge le projet de Société D2_. C_, B_ et A_ avaient une grande influence sur le choix des fournisseurs.
D_ n'avait pas été informé de l'existence de Société ABC_, découverte en 2009 seulement, après des investigations sur l'ordinateur de A_. A la suite de ces révélations, celui-ci avait été licencié. Pour les quelques sociétés qui recevaient des ordres d'achat dépassant le million de dollars, presque toutes avaient fait des paiements à Société ABC_. En outre, des sociétés comme Société J_ n'étaient pas imposées par Société F_.
k.b.
Devant le Juge d'instruction et le MP, C_ a contesté tout agissement illégal en relation avec l'activité de Société ABC_.
Il avait rejoint Groupe D_ en 1999 à la demande de D_. Il avait restructuré Société D3_, dont il avait été le Directeur général. En outre, D_ lui avait demandé d'explorer la possibilité de réaliser des constructions en _, ce qui était une première pour ce pays. Ainsi, de 2000 à 2005, C_ avait agi en tant que conseiller, dans le cadre de la restructuration de Société D3_, ce qui comportait aussi d'identifier des personnes en vue de les engager à des positions clés dans la structure, afin de mettre en place le projet de construction de plateformes de forage. A la fin de la restructuration, il s'était concentré sur ce projet. Il n'avait pas consacré tout son temps à Groupe D_ et avait conservé une activité en dehors du groupe. D_ le savait. Il avait eu un contrat de travail, avec la position de "
Vice-President
", uniquement pour obtenir un visa de résidence en _. Les diverses nominations dont il avait fait l'objet au sein du groupe n'avaient pour but que de lui fournir un statut ou une image. Il n'avait aucune autorité ni aucun pouvoir au sein du groupe, pour lequel il avait travaillé jusqu'en mai 2008, sur la base d'un second contrat de travail.
B_ et C_ avaient travaillé ensemble durant 20 ans en tant que conseillers dans le domaine de l'industrie pétrolière et gazière. La création de Société ABC_ avait répondu à une demande croissante provenant du _, de grandes sociétés fournissant des produits valant entre USD 150'000'000.- et USD 200'000'000.-. Dans ce contexte, il avait été nécessaire de créer une société crédible pour obtenir des financements de la part des banques et des sociétés de capital-risque. Pour atteindre cet objectif, il fallait une personne chevronnée en matière de financement, soit A_. D_ avait accepté, à la suite d'une longue discussion, qu'il continue ses activités de consultant, parallèlement à celles exercées pour Société D2_. C_ ne lui avait cependant jamais fait part de l'existence de Société ABC_. A l'origine, un partage égal des revenus de Société ABC_ avait été convenu, reflétant l'activité de chacun de ses trois actionnaires, à savoir A_, B_ et lui-même. Des factures avaient été remises à la Banque G_ pour expliquer l'arrière-plan économique des opérations traitées par Société ABC_.
C_ a expliqué que Société H_ avait peu d'expérience internationale. Elle avait donc fait appel à Société ABC_ en tant qu'expert. La première société présentée à Société H_ avait été Groupe D_, par l'intermédiaire de B_ et lui-même, alors que l'accord passé avec Société H_ excluait le territoire de _. D_ savait que B_ et C_ conseillaient Société H_. Il avait un contrat de consultant d'une durée d'une année avec Groupe D_. Les deux versements de Société H_, effectués sur le compte de Société ABC_ en 2006 et 2007, n'avaient rien à voir avec Groupe D_. Il s'agissait de rétribuer leur aide pour avoir fait connaître à Société H_ de nouveaux marchés à travers le monde.
L'ouverture d'un compte à la Banque G_, active dans la gestion de fortune, était intervenue, après une
due diligence
, sur recommandation de A_, et devait illustrer le sérieux de Société ABC_.
Il n'y avait pas eu de terme à l'activité de Société ABC_, mais un désaccord avait surgi entre A_ et B_. A_ s'était en effet engagé à trouver des financements pour la vente de plateformes pétrolières, ce qu'il n'avait pas été capable de faire. Il n'avait pas été nécessaire de le remplacer, car B_ et lui-même possédaient d'excellents contacts dans les entreprises pour continuer l'activité. Le compte bancaire de Société ABC_ avait été clôturé bien avant le litige entre A_ et Groupe D_. La liquidation de Société ABC_ avait ainsi été initiée en décembre 2008, soit à la fin de la collaboration avec A_. B_ et lui-même avaient continué de collaborer sous la raison sociale CB_. Des contrats importants étaient d'ailleurs en cours.
C_ ne se souvenait pas du nom de la société partenaire _ en rapport avec l'activité ayant motivé les versements de Société I_ à Société ABC_ ni si ces versements étaient en lien avec le contrat de mandat, daté du _ août 2006, signé avec Société I_ concernant _. Il confirmait toutes les explications données par B_, concernant les versements provenant de diverses sociétés sur le compte de Société ABC_, lesquels ne concernaient pas Groupe D_. Son propre rôle avait été d'assurer le développement commercial de Société ABC_, alors que le responsable technique était B_.
Lors de son audition du 13 mars 2012, C_ a maintenu que la création de Société ABC_ venait d'une initiative conjointe entre B_, A_ et lui-même. Le projet initial de Société ABC_ était focalisé sur _ et nécessitait un important investissement. C'est pourquoi il avait été fait appel à A_. C_ a confirmé savoir que A_ occupait des fonctions dirigeantes au sein du Groupe D_, sans pouvoir être plus précis en raison du large et important engagement de l'intéressé au sein de la société. Le projet en _, qui n'avait pas abouti, était le seul sur lequel A_ avait collaboré avec B_ et lui-même, au sein de Société ABC_. Société ABC_ n'avait reçu aucun versement en relation avec ce projet.
C_ n'avait eu aucune influence sur le choix des fournisseurs de Groupe D_, ceux-ci étant imposés par Société F_. Il était exact que les sociétés ayant versé de l'argent à Société ABC_ étaient des fournisseurs de Groupe D_.
k.c.
Devant le Juge d'instruction et le MP, B_ a contesté les faits qui lui étaient repochés.
Il avait agi en tant que consultant pour Société D3_. Il était rémunéré sur une base forfaitaire et travaillait presque 18 heures par jour, sept jours sur sept, pour Groupe D_. De par sa position insuffisamment élevée au sein du groupe, il ne connaissait pas Société D1_. Sa venue était liée au développement de Société D3_ dans sa recherche de nouveaux marchés. Alors qu'il était en contact avec C_, Vice-président de Société D3_ en 2004, ce dernier lui avait demandé de venir en _ et, avec D_, ils l'avaient engagé par l'intermédiaire de sa société, Société O_, le but étant l'obtention de contrats de forage avec Société F_. Les exigences techniques de Société F_ étant parmi les plus pointues au monde, elles étaient difficilement transposables pour les entreprises étrangères avec lesquelles Société D3_ collaborait. Son rôle était dès lors les adapter à l'environnement technique avec deux exigences, à savoir trouver le bon partenaire et convaincre Société F_ qu'une société qui n'avait pas été active dans le forage pétrolier en était capable. Sa tâche avait notamment été de mettre E_ au niveau des exigences de Société F_. Cette dernière n'était pas satisfaite car E_ voulait recourir à du matériel usagé.
En juin ou juillet 2005, un contrat pour quatre installations de forage avait été conclu avec Société F_. E_ devait fournir le
know-how
technique et les produits, mais il avait fallu trouver du matériel neuf. Avant la création de Société D2_, courant 2006, la responsabilité technique du projet incombait à E_ et, sur le plan financier, à Groupe D_.
Dans son activité, tout passait par C_ et il n'avait que peu de rapports avec D_. De même, il rencontrait parfois A_, lequel était CFO selon sa compréhension et voulait être renseigné sur le coût de certains équipements.
D_ avait demandé à C_ et B_ de trouver quatre plateformes de forage conformes. Le fournisseur Société H_ avait été trouvé à _, après des contacts avec six entreprises. Pour chacune de ces plateformes, le prix proposé était d'USD 7'400'000.-, ramené à USD 4'217'000 après négociations. L'AFE du _ janvier 2006 était un document strictement interne. Selon la procédure, quatre personnes devaient le signer, soit deux pour Groupe D_ et deux pour E_. Toutefois, le premier contrat de fourniture avait été signé par D_. S'il avait signé cet AFE en qualité de Directeur de Groupe D_, c'était parce qu'il s'agissait d'un formulaire pré-formaté. Ce document avait pour rôle de formaliser un accord au sein du groupe et devait ensuite être transmis aux personnes et sociétés habilitées à engager des dépenses. S'il apparaissait en tant que responsable du projet, comme représentant de Groupe D_, cela était dû au fait que ce projet était très technique car les installations de forage devaient être fixées au fond de la mer. Il était la seule personne qui avait les compétences techniques suffisantes pour mener ce projet au sein de Groupe D_ : "
Je protégeais
les intérêts de
Groupe D
_
".
Il avait mis un terme à ses fonctions pour Groupe D_ la deuxième semaine de novembre 2008. Auparavant, sa société Société O_ avait travaillé durant 10 ans avec Groupe D_.
B_ a rappelé qu'il n'était pas un employé du groupe, même si cela était indiqué sur un courrier de Société D3_ du _ juin 2006, en main de la Banque G_. Il ne se souvenait pas de sa nomination du _ septembre 2007 en tant que Directeur général de Société D1_. Il s'agissait d'une position lui donnant uniquement un statut, mais aucune compétence pour engager Société D2_. D'ailleurs, il n'était intervenu dans cette joint-venture que de manière intermittente et toujours avec un rôle de consultant pour Société D3_. Il n'avait que peu de contacts avec A_, essentiellement pour des présentations techniques et financières auprès des banques. Les ordres d'achat au nom de Société D2_, datés de 2006, signés par C_ et lui-même, n'avaient pas autorité pour engager la société. Leurs signatures correspondaient à une approbation technique des éléments y figurant, conformes au projet. Le document était ensuite transmis au CA de Société D2_. Les paiements étaient effectués par le biais de lettres de crédit révocables, émises par le CA. Les banques exigeaient que sa signature approuve le contenu technique, car il était le seul technicien au sein de Société D3_, appelé à expliquer aux banques l'avancement des projets et leur justification. Il lui semblait que les ordres d'achat de Société D2_ avaient été exécutés. C'est A_ qui s'occupait des contacts avec la Banque G_ et qui avait la conduite des relations entre Société ABC_ et la banque. Le but de Société ABC_ était de développer des activités de vente d'installations de forage, de services et d'équipements dans le domaine pétrolier _. C_ avait d'excellents contacts dans cette région du monde et avait besoin d'un expert technique, lui-même, et d'un expert financier, A_. Il ne savait pas ce qui avait séduit ce dernier dans le projet de Société ABC_. D_ était au courant de la création de Société ABC_, car ils lui avaient expliqué vouloir monter une structure pour _, sauf _. Société ABC_ voulait explorer _.
Le contrat entre Société ABC_ et Société H_ avait servi à expliciter à la Banque G_ l'arrière-plan économique de l'activité de Société ABC_. Société H_ avait fait appel à Société ABC_ car, à l'époque, cette société _ était active en _ par l'intermédiaire d'une société tierce, mais Société F_ leur posait des questions pointues. Il leur manquait l'expérience occidentale. Société H_ avait remarqué B_ et l'avait contacté. Cette société avait demandé si elle pouvait entrer en contact avec D_. Par la suite, Groupe D_ avait envoyé des invitations à Société H_. Le contact pour Groupe D_ chez Société H_ était un nommé HB_ mais, pour Société ABC_, il s'agissait d'une autre personne, dont B_ n'entendait pas donner le nom. Des rencontres étaient intervenues entre HB_ et D_, mais sans concrétisation. C'était à la suite de ces contacts que HB_ avait approché B_ pour savoir comment Société H_ pouvait être professionnalisée pour vendre des installations de forage aux sociétés occidentales. Il n'y avait pas de conflit d'intérêts car D_ n'avait pas donné suite aux discussions. C_ et B_ étaient allés voir D_ pour lui demander s'il ne voyait pas d'obstacles à une reprise des affaires en dehors de _ et il avait donné son accord. Il était probable que ni C_ ni lui-même ne soient en mesure de fournir des factures en lien avec les montants versés sur le compte de Société ABC_.
Au sein de Société D2_, lors de l'appel d'offres ayant conduit à la conclusion d'un contrat avec Société I_, B_ s'était chargé des aspects techniques avec d'autres personnes. Il n'avait, en revanche, pas participé à l'examen des offres commerciales. Société I_ l'avait emporté auprès des cadres supérieurs de Groupe D_, car son offre était la moins onéreuse. Les paiements de Société I_ intervenus sur le compte de Société ABC_ n'avaient rien à voir avec Groupe D_. Il s'était agi de la mise en œuvre de campements en _, mais ni lui ni C_ ne se souvenaient du nom du partenaire _. Il ne se rappelait pas d'un contrat de consultant, conclu le _ août 2006, entre Société I_ et Société ABC_, concernant _. Ce contrat étant antérieur aux versements faits à Société ABC_ et n'ayant rien à voir avec _, il pouvait tout à fait s'agir d'un accord concernant le futur, soit après leur collaboration avec Groupe D_.
Les versements opérés sur le compte de Société ABC_ par Société J_ étaient dus au fait qu'un certain JA_ avait été mis en contact avec des personnes pour la vente de moteurs. Ces contrats étaient liés à _. Société ABC_ avait permis à Société J_ d'être également un fournisseur d'équipements complets, en particulier sur les marchés du _. Les versements faits à Société ABC_ n'avaient rien à voir avec Groupe D_. Il n'y avait eu aucun contrat écrit entre Société ABC_ et Société J_.
Le versement fait par Société K_ sur le compte de Société ABC_ était dû à plusieurs affaires distinctes qui avaient été conclues, mais dont le paiement global était intervenu en une seule fois. Société K_ avait aidé Société ABC_ à travailler sur des systèmes modulaires de Société I_. Société ABC_ avait ainsi pu proposer des produits _ à des pays qui les acceptaient, contrairement à Société F_. Les gains réalisés par Société K_ avaient été partagés avec Société ABC_. Il n'y avait pas eu de contrat écrit, car cela était pratiquement impossible avec une société _.
Il ne pouvait révéler le nom des sociétés avec lesquelles ils avaient travaillé, car il s'agissait de secrets commerciaux.
Quant à Société L_, il avait agi comme conseiller sur des questions techniques permettant la vente d'installations de forage à des sociétés _, ainsi qu'en qualité d'intermédiaire auprès de fournisseurs _. Plusieurs affaires avaient pu être conclues, mais il avait été convenu que Société ABC_ serait payée en une fois, comme pour Société K_, lorsque la somme d'USD 1'000'000.- serait atteinte. Il n'y avait pas non plus de contrat écrit.
Les spécifications de Société F_ exigeaient l'acquisition de l'équipement auprès de Société M2_. Cette société n'avait pas eu besoin de passer par des intermédiaires car elle savait devoir fournir des équipements pour chaque forage de Société F_. Dès lors, les versements effectués par Société M1_ et Société M2_ à Société ABC_ correspondaient à la rémunération de conseils techniques et commerciaux. En effet, sur certains marchés, notamment le marché _, Société M2_ ne voulait pas apparaître et agissait par le biais d'intermédiaires pour éviter de devoir payer des montants trop élevés. C'était surtout C_ qui était intervenu pour développer les marchés avec Société M2_, principalement en _. Lui-même avait seulement apporté son expertise technique. Sur décision de Société M2_, il n'y avait pas eu de contrat écrit. Ces affaires se situaient hors de _.
Il ne pouvait révéler avec qui Société ABC_ avait traité chez Société M2_, pour des raisons de confidentialité.
A l'époque, C_ et lui-même avaient très peu de contacts avec A_. Il appartenait à chacun des actionnaires de Société ABC_ de se renseigner sur ce qui était versé sur son compte. Lui-même avait négocié et conclu les contrats avec les fournisseurs de Société ABC_. C_ en était simplement tenu informé. Il ne savait pas s'il y avait eu des paiements résiduels après la cessation d'activité de Société ABC_, mais aucune nouvelle affaire n'avait été conclue. Après 2007, A_ avait été impliqué dans la liquidation de Société ABC_.
B_ a expliqué que A_ avait continué de percevoir des gains, malgré l'absence d'activité après le premier projet inabouti, parce qu'il était l'un des actionnaires de la société. Les activités de Société ABC_, intervenues en 2006 et 2007, n'avaient nécessité aucun financement.
B_ a finalement déclaré que la fonction de Société ABC_ était d'assister Groupe D_ à atteindre les exigences de Société F_. D_ n'avait pourtant jamais été informé de l'identité des fournisseurs de Société ABC_ et des montants payés. Dans la mesure où Société ABC_ avait fourni des services, même si ses clients étaient également des fournisseurs de Groupe D_, sa rémunération était justifiée. Sans ces services, Groupe D_ n'aurait jamais pu réaliser les forages. B_ a précisé que le choix des fournisseurs de Société ABC_ était strictement technique, lui-même n'ayant eu aucune influence sur le choix des fournisseurs de Groupe D_. Il a ajouté qu'il y avait eu plus de 2'000 ordres d'achat auprès de 1'500 sociétés.
Le _ septembre 2010, B_ a versé à la procédure une photocopie d'un document émanant de Société H_, signée par HB_, indiquant que cette société n'avait versé de commissions à aucune compagnie, y compris Société ABC_, pour des contrats obtenus de sociétés enregistrées en _.
k.d.
A_ a contesté avoir commis la moindre infraction. Il a initialement déclaré au MP que Société ABC_, dont il était actionnaire pour un tiers, avait été constituée avec l'accord de D_. Son rôle s'était limité à constituer la société et à ouvrir le compte bancaire auprès de la Banque G_. Il était également en charge du financement des projets. Il avait travaillé très dur durant six mois sur un contrat _ qui n'avait pu être finalisé avec Société P_. Il avait demandé à GA_ de constituer une société, lequel lui avait donné les informations pour incorporer celle-ci aux _. Il avait informé la Banque G_ du fait que l'activité de conseil et d'ingénierie de Société ABC_ devait se dérouler hors de _.
Il avait bien été nommé Directeur de Société D2_, mais sans que cela ne soit finalisé. Le rôle des directeurs au sein de Groupe D_ était d'endosser les décisions prises par D_. Ils n'étaient que de simples exécutants. Il n'avait eu aucun pouvoir et ne s'était rendu qu'une fois dans les bureaux du groupe. Il n'avait pas participé à la création de Société D2_, car il ne connaissait rien aux forages pétroliers. Il n'avait été CFO que jusqu'en décembre 2001, avant d'être celui de Société N_ à _. Il avait eu une fonction d'assistance dans les 26 joint-ventures de Groupe D_, sauf dans Société D2_.
C_ était consultant à plein temps pour les affaires de Groupe D_, ayant la responsabilité d'apporter de nouvelles affaires et de conclure des contrats avec de nouvelles sociétés. C_ travaillait en rapportant directement à D_. A_ ne connaissait pas B_ personnellement. Il lui avait été présenté en 2005 ou 2006. Ce dernier était un expert en plateformes de forage.
A_ a expliqué que, dans le courant du dernier trimestre 2005, C_ avait proposé à D_ des affaires avec _, mais ce dernier les avait déclinées, en raison des joint-ventures existant avec des sociétés _ et de l'embargo _ sur _. D_ avait ensuite donné son accord, à condition que ces affaires soient traitées en dehors de Groupe D_. C_ lui avait proposé la création d'une société à trois parts égales, B_ s'occupant de l'ingénierie et A_ du financement, car il s'agissait d'un projet nécessitant USD 200'000'000.-. A_ n'avait pas été actif dans les opérations de Société ABC_, en particulier leurs aspects financiers. Société ABC_ devait recevoir les honoraires payés par la société _, bénéficiaire du financement. Ainsi, A_ avait créé la société et ouvert le compte auprès de la Banque G_. Six mois plus tard, vu l'échec de ce projet, intitulé _, C_ lui avait fait parvenir un nouveau projet concernant _ ou _, mais il ne l'avait pas accepté. A partir de là, soit vers la mi-2006, il n'avait plus eu aucune activité en rapport avec Société ABC_. Vers septembre 2008, C_ et B_ étaient venus le rencontrer. B_ était très fâché et avait relevé ne pas comprendre pourquoi A_ devait être rémunéré, étant donné qu'il n'avait effectué aucun travail pour Société ABC_. A_ avait alors indiqué qu'ils pouvaient mettre fin à Société ABC_. C_ et B_ avaient continué à collaborer depuis lors.
A_ ne connaissait pas le nom des sociétés ayant payé Société ABC_, car il n'était pas impliqué dans l'opérationnel ni ne gérait le compte bancaire de la société, tâche exécutée par C_ et B_. Il n'en recevait pas les relevés. Il ne connaissait pas l'arrière-plan économique des transferts effectués en 2006 sur son compte depuis celui de Société ABC_. Sur ses relevés personnels, il était simplement mentionné un tiers des honoraires de Société ABC_. Il était informé des virements effectués par la Banque G_ tous les six mois environ. Il revendiquait l'argent déposé sur son compte personnel et provenant de Société ABC_, dès lors qu'il en était actionnaire pour un tiers.
Il ignorait également tout d'un litige entre Société H_ et Société D2_, n'étant lui-même pas impliqué dans cette dernière société, pour laquelle il n'avait pas de signature. D'ailleurs, il travaillait comme CFO chez Société N_. Il connaissait Société M2_, laquelle avait proposé quatre plateformes de forage à Groupe D_ en 2005, que D_ avait refusées. Sans s'occuper de cette négociation, il était intervenu en tant que représentant de Groupe D_. Il n'avait pas informé D_ des opérations réalisées par Société ABC_ ni des gains réalisés. Son engagement avec Société ABC_ était compatible avec ses fonctions au sein de Groupe D_ car C_ avait l'accord de D_, ce dernier ayant accepté que le marché soit pris en _ par Société ABC_, sans que le nom de Groupe D_ n'apparaisse. Lui-même n'avait pas parlé du projet _ avec D_ lorsque C_ l'avait évoqué devant ce dernier, pas plus qu'il ne l'avait fait par la suite.
l.a.
Entendu devant le MP, GA_ a déclaré travailler à la Banque G_ comme gestionnaire de fortune dans le département _ depuis 2005. Il connaissait A_, CFO de Groupe D_ et en charge du département "
Investissements
", depuis 1997 environ. Ce dernier était la personne de contact et incontournable pour d'éventuelles relations commerciales avec D_. Lors d'une de leurs rencontres, A_ lui avait fait part de son désir d'ouvrir un compte en Suisse pour son épargne privée, car il préparait sa retraite. Il lui avait expliqué gagner environ USD 200'000.-, hors primes et bonus. GA_ l'avait rencontré pour la dernière fois en octobre ou novembre 2008, à _, et n'avait eu depuis lors que des contacts téléphoniques. Une
due diligence
avait eu lieu et sa situation patrimoniale correspondait à ses explications. Sur son compte, A_ n'avait pas reçu d'autres fonds que ceux provenant de Société ABC_. Il lui avait présenté C_ et B_, deux consultants.
C_ souhaitait également posséder un avoir-vieillesse. Il l'avait rencontré dans les locaux de Société N_, filiale de Groupe D_, à _. Il lui avait aussi expliqué disposer d'un réseau important et avoir un titre, ainsi qu'une fonction d'employé au sein de Groupe D_, mais qu'en réalité, son statut était plus proche de celui de consultant. Il avait fait l'objet d'une
due diligence
et les avoirs correspondaient à la situation d'un cadre travaillant au _.
Il avait rencontré B_ à _. Celui-ci était aussi animé par le désir de se constituer un avoir-vieillesse. Disposant d'un réseau vraiment impressionnant, il était consultant pour Groupe D_, et non un employé. Il n'avait pas à répondre à la chaîne de commandement et disposait d'une certaine indépendance. Il était plus fortuné que A_ et C_. Cette situation n'avait rien d'exceptionnel, vu les explications données.
En février 2006, A_ avait abordé l'éventualité de créer une société active dans le domaine pétrolier. Il avait déjà un business plan et avait donné le nom de la société. C_, qui lui avait également soumis ce business plan, puis B_, lui en avaient aussi parlé. Ils avaient expliqué que le secteur pétrolier subissait des pénuries d'équipements et que l'optimisation de l'utilisation de pièces de forage était possible sur différents sites. Ils souhaitaient mettre leurs compétences au service de sociétés de forage en qualité de consultants.
A_ avait d'abord signé les documents d'ouverture du compte de Société ABC_ à _, puis GA_ avait rencontré C_, également à _, puis B_ à _. Le compte ouvert au nom de Société ABC_ était ainsi le réceptacle des honoraires de C_, le commercial, et de B_, le technicien, soit les deux seules personnes actives. Selon sa compréhension, ils étaient au bénéfice d'un accord avec D_ afin d'agir en plus de leur mandat avec ce groupe. Il pensait que A_, qui n'était pas impliqué, selon les divers documents qui lui avaient été remis, devait assumer l'administration et donner un coup de main, étant intervenu comme une sorte de CFO pour mettre en place la structure. Tous trois avaient un pouvoir individuel sur le compte de Société ABC_.
GA_ avait constaté que les montants encaissés sur le compte de Société ABC_ étaient ensuite répartis à parts égales sur les trois comptes de A_, C_ et B_. D'ailleurs, il recevait un appel, généralement de C_, qui l'instruisait de répartir les fonds sur les trois comptes, lorsqu'un certain montant avait été accumulé. Il ne recevait jamais d'instructions écrites. A partir de ces trois comptes, des versements étaient intervenus en faveur, notamment, de membres de leur famille. Il n'y avait qu'un seul contrat signé au dossier, à savoir celui conclu entre Société ABC_ et Société I_.
Aucun des trois n'avait fait savoir que les sociétés qui contractaient avec Société ABC_ le faisaient également avec Groupe D_. C_ ou B_ lui avait expliqué avoir l'accord de D_ et que leurs activités devaient intervenir en dehors de _. Lors des clarifications de l'arrière-plan économique des transactions, il ne lui semblait pas avoir reçu des factures ou des notes d'honoraires émises par Société ABC_, mais seulement des contrats similaires à celui conclu avec Société I_.
Il ne s'était pas arrêté à la question de la similitude des contrats remis à la banque ni sur l'absence de signature. Il n'en n'avait lu aucun. L'important pour lui était que la partie cocontractante soit une société sérieuse. C_ l'avait instruit, par téléphone, de clôturer le compte de Société ABC_, en lui expliquant que l'environnement économique avait changé, vu l'effondrement du marché du pétrole. A_ et B_ avaient corroboré ces explications. C_ et B_ avaient l'intention de maintenir une petite structure sans A_. La liquidation du compte était intervenue en octobre 2009, alors qu'il était vide.
l.b.
QA_, responsable du portefeuille de A_ à la Banque Q_, a expliqué que celui-ci était un employé de Groupe D_, en qualité de Directeur financier. Il se comportait en tant que tel. Ils se rencontraient dans les bureaux de Groupe D_ à _. Un premier compte recevait le salaire, à tout le moins une partie, versé par Société D1_. Un autre compte, alimenté par le premier, avait été ouvert par une société pour le compte de A Trust_.
Il n'avait jamais entendu parler de Société ABC_. Il avait rencontré une fois C_ en _, au domicile de D_. C_ lui avait remis sa carte de visite, qui mentionnait sa position au sein de Groupe D_, sans lui expliquer qu'il était un consultant externe du groupe. A sa connaissance, une proximité et une confiance très fortes régnaient entre A_ et D_. D'ailleurs, le premier était au bénéfice de procurations sur deux comptes en lien avec le second.
l.c.
DC_ a expliqué au MP qu'il avait d'abord été réviseur interne, puis Contrôleur financier de Groupe D_, avant d'être nommé Vice-président, soit Sous-directeur du département finances du groupe.
A_ avait été son chef tout au long de sa carrière. Le dernier poste occupé par celui-ci était Vice-président exécutif CFO de Groupe D_. Son départ du groupe datait de septembre 2009, à la suite des révélations concernant les rétro-commissions reçues de la part de certains fournisseurs.
Il connaissait Société H_, Société I_, Société J_ et Société M2_, soit des fournisseurs de Société D2_. Des versements importants avaient été effectués en faveur de ces sociétés.
Il connaissait C_, qui était d'abord Directeur général de Société D3_, puis avait été promu en qualité de Vice-président des champs pétroliers de Société D1_. C_ avait toujours été un employé du groupe. Il rapportait directement à D_. Il avait ensuite eu un contrat de consultant durant une année. Comme il travaillait également pour Société D3_, C_ était également appelé à négocier des contrats. Ses compétences avaient été accrues, lorsqu'il avait été nommé "
Vice-President Oil and Gaz
".
A_, C_ et B_ n'avaient jamais fait état de la Société ABC_.
l.d.
Devant le MP, DD_, l'un des managers de Société D3_, avec des responsabilités au sein de Société D1_, a indiqué travailler pour Société D3_ depuis octobre 1999 en qualité de Directeur des ventes et marketing, puis Directeur général suppléant, Directeur général et enfin Vice-président. Son supérieur direct avait toujours été C_, employé de Groupe D_, jusqu'à son départ en 2008. Il n'avait jamais entendu dire que ce dernier était un consultant, étant donné qu'il vivait et travaillait à plein-temps en _. En outre, il le rencontrait quotidiennement dans les bureaux de Groupe D_.
DD_ connaissait B_, lequel s'occupait principalement de l'achat de matériel de forage au sein de Société D2_, soit des plateformes et l'équipement associé. Il ne se souvenait plus si celui-ci était consultant ou employé. Les plateformes provenaient d'une société _dénommée Société H_, les têtes de forage de Société M2_, les logements pour les ouvriers de Société I_. Les négociations avec ces fournisseurs étaient conduites par B_, qui était connu pour sa haute expertise technique. C_ était en charge de la gestion. DD_ avait vu de nombreux ordres d'achat dans le bureau de C_, pour des sommes importantes. Les aspects techniques et commerciaux étaient négociés par C_ et par B_, ensemble. Ils formaient un team pour l'acquisition du matériel et la négociation.
A_ était le CFO de Groupe D_. Il intervenait lors de certaines négociations. Cela dépendait du montant de l'engagement. Selon l'importance des montants figurant sur les bons de commandes, A_ était au courant.
Ni A_ ni C_, qu'il voyait tous les jours, ni B_ n'avaient jamais parlé de Société ABC_. Il y avait eu des problèmes de quantité, de qualité et de livraison avec des fournisseurs de Société D2_, notamment avec Société H_ et Société M2_. Il ne savait pas si A_ avait participé activement à la négociation des contrats avec les fournisseurs. Ce dernier connaissait les conditions des contrats conclus avec Société F_. Il avait un pouvoir de décision partiel dans la définition de leurs conditions. En effet, si les conditions générales des contrats avec Société F_ n'étaient pas négociables, une partie du contrat l'était, en particulier le prix et le délai de livraison. Les spécificités techniques étaient négociées entre Société F_ et le fournisseur. On ne pouvait négocier que des aspects mineurs, tels que changer le nom du fabricant.
Concernant les quatre premiers forages, DD_ avait eu des discussions avec C_, Société F_ et, pour l'approbation finale, le management de E_ et celui de Groupe D_. Par la suite, ces deux dernières entités étaient devenues une joint-venture. Toute décision importante était prise collectivement entre C_, B_, A_, D_ et lui-même. On ne pouvait pas dire que D_ décidait seul à la fin. A_ devait donner son approbation pour tout paiement substantiel effectué pour Groupe D_.
Etant le point d'entrée de Groupe D_ pour Société F_, DD_ était au courant des problèmes survenus avec les fournisseurs. Lorsque de tels problèmes survenaient, Société F_ s'adressait directement à lui, qui se renseignait auprès de C_, B_ ou EB_, Directeur général de Société D2_. La conformité des paiements par rapport aux contrats était contrôlée par des employés subalternes.
l.e.
DE_ a indiqué au MP qu'il avait été engagé par Groupe D_ en 2008, puis l'avait quitté en 2009, avant d'y revenir en septembre 2012. Son cahier des charges avait été celui d'un consultant, avec pour objectif d'améliorer l'image de Société D2_, concernant surtout les questions techniques, en _, en particulier auprès de Société F_, dont il avait été l'employé.
Il avait travaillé avec A_, mais surtout avec B_. Ce dernier était la personne compétente pour les fournitures, soit le matériel relatif aux forages. D'ailleurs, c'était lui qui signait les bons de commandes et discutait les spécifications techniques avec les fournisseurs. Il était un employé de Groupe D_ et non un consultant.
A_, qui travaillait pour D_, était en charge de tout. Tout le monde lui rapportait, y compris le Vice-président des finances. A_ ne lui avait jamais parlé de Société ABC_, pas plus que B_.
DE_ connaissait Société M2_, société agréée par Société F_, et se souvenait vaguement de problèmes de qualité avec cette société pour les
top drives
livrés. Même si les exigences de Société F_ étaient parmi les plus élevées du monde, Groupe D_ n'avait pas fait tout ce qu'elle aurait dû. En effet, il avait fallu au moins huit mois pour que Groupe D_ se conforme aux exigences de Société F_ et, alors même que les spécifications étaient connues, il avait fallu apporter de nombreuses modifications. En définitive, sur les six forages, seuls quatre avaient été acceptés par Société F_. Lorsque Société F_ fixait ses spécifications, elle ne mentionnait pas le fabriquant. Dès lors, le matériel pouvait provenir de n'importe qui. Groupe D_ avait alors le choix du fournisseur.
m.a.
Le 8 mai 2013, la High Court of justice de _ a rendu un jugement dans le cadre du procès civil opposant A_ (demandeur), Société D1_, Société N_ et Société D2_ (défenderesses), C_ (troisième partie) et B_ (quatrième partie), déboutant A_ de ses conclusions et le condamnant, ainsi que B_, à verser à Société D2_ un montant d'USD 2'254'456.82 (intérêts compris). C_ a été condamné à verser à Société D2_ un montant d'USD 1'562'682.13 (intérêts compris).
Dans ses considérants, la High Court of justice a notamment relevé ce qui suit :
- C_ et B_ étaient parties prenantes à Société D2_, bien que leur statut au sein du groupe soit controversé (consid. 2).
- Entre 2005 et 2008, A_ détenait d'énormes pouvoirs et responsabilités au sein de Groupe D_. Il connaissait bien D_, dont il était le bras droit et le conseiller le plus écouté.
Au vu des preuves recueillies et après avoir entendu A_, il était évident que celui-ci avait une forte emprise sur tout ce qui se passait dans le groupe. Cela ne voulait pas dire qu'il était directement responsable de chaque décision. Cependant, sa position dans le groupe, ses rapports étroits avec D_ et sa connaissance complète des activités du groupe dans le monde le plaçaient dans une position unique pour influencer et façonner le processus de prise de décision (consid. 23).
- C_ était employé au sein de Groupe D_, avant de devenir consultant le _ mars 2007. Ses rapports avec le groupe avaient tous les attributs d'un emploi, le plus notables étant le salaire et les conditions de congé. C_ avait été employé par Société D3_, plutôt que tout autre société du groupe. Sa démission en qualité d'administrateur de Société D2_ était consignée dans le procès-verbal du CA du _ mai 2007. Il semblait plus que probable que cette démission avait pris effet fin mars 2007 (consid. 50 ss).
- B_ avait été nommé mandataire de Société D2_ aux fins de procurer l'équipement à la joint-venture. Une personne ayant le rôle d'un consultant technique externe n'aurait pas été en position de prendre des mesures ni de signer les documents (consid. 62).
- Lors d'une réunion des actionnaires de Société D2_, tenue le _ janvier 2006 en présence de D_ pour le groupe et de EB_ pour E_, D_ avait été nommé Président du CA. Six administrateurs avaient également été désignés : D_, A_ et C_, représentant de Société D1_, ainsi que EB_ et deux autres représentants de E_. EB_ avait été nommé Directeur général de Société D2_ (consid. 76 ss.).
- A_ et C_ étaient des "
mudirs
" de Société D2_, ce qui leur interdisait d'accepter des commissions occultes. En revanche, B_ n'était ni un "
mudir
", ni un employé de Société D2_. Il ressort des considérants suivants que les obligations de B_ découlaient de l'"
amaana
"
,
en raison de son statut d'"
amin
", soit de mandataire ou personne de confiance : une personne chargée d'acheter un bien pour le compte d'un mandant avait le devoir d'agir dans l'intérêt de son mandant et se trouvait en "
daman
" pour tout ce que perdait le mandant du fait de son manquement (consid. 80 ss).
- La discussion, à _, entre D_, A_ et C_, durant laquelle ce dernier avait proposé que le groupe prenne part au secteur _ du pétrole et du gaz, ne pouvait pas être interprétée comme une autorisation pour que A_, C_ et B_ acceptent des commissions, lors de la fourniture de produits à Société D2_. Tout au plus pouvait-elle indiquer l'acceptation que C_ participe à des entreprises commerciales en _, qui n'impliquaient pas le groupe (consid. 92 ss).
- Il était clair que Société ABC_, incorporée aux _ et avec une adresse à _, avait été créée de manière à s'assurer que D_ ne s'en aperçoive pas (consid. 99 ss).
- A_ avait affirmé qu'il n'avait pas su avant juillet 2008 quels montants étaient entrés sur le compte de Société ABC_ ni quels montants avaient été transférés de ce compte sur le sien. Il avait déclaré avoir été surpris d'avoir reçu USD 1'800'000.- sur son compte personnel. Ce n'était pas avant 2009 ou 2010 qu'il avait su d'où provenaient les paiements intervenus, ne s'étant pas intéressé avant 2008 à la nature de l'activité de Société ABC_ (consid. 102 ss).
La High Court of justice a retenu que A_ était tout à fait au courant des mouvements des comptes auprès de la Banque G_ en téléphonant à la banque, en recevant les relevés ou en communiquant avec C_ (consid. 97).
- Entre mars 2006 et janvier 2007, Société D2_ avait versé environ USD 16'800'000.- à Société H_. Entre juillet 2006 et février 2007, Société ABC_ avait facturé, en parallèle, USD 1'600'000.- à Société H_. Les paiements effectués par Société D2_ avaient tous été suivis, dans la quinzaine environ, d'une facture de Société ABC_ d'USD 250'000.- (consid. 113 ss).
Ainsi, la High Court of justice ne doutait pas que ces versements constituaient des commissions occultes devant récompenser les protagonistes des contrats conclus avec Société D2_ (consid. 120).
- La High Court of justice soulignait que l'absence de documentation venant à l'appui d'un quelconque travail prétendument effectué ou de contrats de sous-traitance prétendument conclus était parlante. En effet, C_ et B_ étaient conscients tout au long de la procédure de la nécessité d'appuyer leur récit avec une documentation appropriée (consid. 120).
- B_ a nié avoir connaissance du contrat entre Société ABC_ et Société M2_, du _ octobre 2007. Il connaissait toutefois la personne l'ayant signé pour Société ABC_. Il a soutenu que les 8% avaient été ajoutés aux devis de Société M2_ en cas d'imprévus, à la demande de Société D2_, au cas où du personnel de Société M2_ eut dû participer aux travaux d'intégration. Ceux-ci avaient été effectués par 10 à 15 sous-traitants, travaillant en principe pour Société D2_, mais pour Société ABC_ à temps perdu. Cette sous-traitance avait ainsi coûté USD 600'000.-. Des échanges d'e-mails entre Société M2_ et B_ avaient été également signés par BA_, fils de ce dernier, qui l'avait assisté (consid. 126 ss et 131).
La High Court of justice considérait qu'aucun document ne venait à l'appui de ce que Société ABC_ travaillait pour Société M2_ ni de l'existence d'un travail important de sous-traitance en _. Par ailleurs, le récit de B_ ne correspondait pas à la documentation. Le contrat de représentation limitée disait clairement que les 8% étaient une commission sur la vente et ils n'avaient rien à voir avec un quelconque travail effectué pour Société M2_. De surcroît, le courriel intitulé "
Facture pour comms
" constituait, dans le contexte, une référence à des commissions (consid. 132 ss).
La High Court of justice concluait que les sommes versées par Société M2_ à Société ABC_ étaient toutes des commissions occultes et que les prix que Société D2_ a payés pour l'équipement acheté à Société M2_ étaient tous augmentés du montant de la commission pour permettre son paiement (consid. 136).
- En rapport aux quatre premières factures adressées par Société I_ à Société D2_, les factures de Société ABC_ avaient été émises à chaque fois entre deux et quatre semaines après le paiement par Société D2_ et correspondaient exactement aux 5% des quatre premières factures de Société I_ à Société D2_. Il s'agissait de commissions occultes (consid. 141 ss).
- Au sujet du versement d'USD 1'000'000.- par Société K_ à Société ABC_, B_ avait affirmé que ce paiement était consécutif à son soutien dans la tentative de Société K_ d'obtenir une exclusivité au _ et dans d'autres pays de _.
La commande de Société D2_ à Société K_ d'USD 6'372'000.- du _ janvier 2007 avait été signée par C_ et B_, 50% devant être payés cinq jours après la signature et 45% ultérieurement, ainsi que 5% après montage de l'installation, respectivement décharge. En réalité, 50% du prix d'achat avait déjà été payé avant la commande. La facture de Société ABC_ avait d'ailleurs précédé de six jours l'envoi de la commande du _ janvier 2007 à Société K_. Société ABC_ avait été payée en février 2007. Ainsi, il n'était pas douteux que les honoraires d'USD 1'000'000.- constituaient une commission forfaitaire sur la vente de l'appareil de forage à Société D2_ (consid. 144 ss).
- Un mécanisme relativement identique avait été mis en évidence dans le cadre de la facture adressée à Société L_ par Société ABC_ le _ novembre 2006, qui avait précédé de six jours un paiement de 50% de la somme d'USD 6'876'275.-, par suite de l'ordre d'achat de Société D2_ passé le _ novembre 2006, portant la signature de C_ et de B_. Ce dernier avait expliqué ce versement en faveur de Société ABC_ comme ayant été fait à l'avance, avant qu'un quelconque projet ou contrat ne soit conclu. Toutefois, il s'agissait, selon la Haute Cour de justice, d'un versement forfaitaire sous forme de commission (consid. 148 ss).
- C_ et B_ expliquaient les paiements de Société J_ comme portant sur des travaux d'ingénierie. Cela découlait certes d'un accord verbal, mais ils avaient donné des détails dans leur déclaration conjointe.
La Haute Cour de justice a éprouvé une certaine hésitation, mais a fini par conclure qu'il n'était pas établi que ces paiements aient constitué des commissions occultes (consid. 154 ss).
- En définitive, la réception par A_, C_ et B_ des commissions occultes susmentionnées constituaient une violation de leurs obligations envers Société D2_ (consid. 158).
Ce jugement est entré en force de chose jugée et a fait l'objet d'ordonnances d'
exequatur
et de séquestre du 11 juillet 2013, prononcées par le Tribunal de première instance de Genève à l'encontre de A_, C_ et B_.
m.b.
Société D1_, Société D2_, A_, C_ et B_ ont trouvé un accord, aux termes duquel le MP a levé, le 1
er
octobre 2013, le séquestre opéré sur les comptes de A_, C_ et B_, auprès de la Banque G_, les fonds séquestrés étant remis aux parties plaignantes.
n.
Le 8 juillet 2014, le Tribunal correctionnel a ordonné une expertise de droit musulman en relation avec les faits reprochés aux prévenus. Un rapport a été rendu le 1
er
octobre 2014 par l'ISDC. En tant que de besoin, son contenu sera repris dans la partie "
EN DROIT
" (consid. 5.2.2.
infra
).
o.
Par décision du 12 décembre 2014, le Tribunal correctionnel a ordonné à la Banque G_ la production des rapports d'entretien et de notes de gestionnaires, en lien avec les comptes de Société ABC_ et ceux de A_, C_ et B_. Ces documents font apparaître ce qui suit :
compte de Société ABC_ :
- le _ avril 2006, lors d'une visite de GA_ à son bureau à _, A_ lui a annoncé que des fonds allaient arriver prochainement sur le compte de la société ;
- le _ juillet 2006, A_ a téléphoné à GA_ pour lui demander de ne pas effectuer de distribution trimestrielle depuis le compte de Société ABC_ avant septembre 2006 ;
- le _ mars 2007, GA_ a eu un entretien, à _, avec A_, au cours duquel ce dernier lui a annoncé qu'il allait entrer en discussion avec la compagnie nationale _ de pétrole pour la rénovation de plateformes de forage, et l'a informé du fait que C_ avait beaucoup de contacts en _ ;
compte de A_ :
- le _ octobre 2006, lors d'un entretien téléphonique, A_ a demandé le placement pour une durée d'un mois de fonds qui allaient arriver sur son compte ;
- le _ mars 2007, lors d'un entretien à _, GA_ a remis à A_ les relevés de son compte et pris note de la transmission d'instructions par fax pour transférer un peu d'argent à son fils qui étudiait à _ ;
compte de C_ :
- le _ mars 2007, GA_ a contacté par téléphone C_ pour l'informer de la réception sur son compte d'USD 550'000.- et de GBP 50'000.-. Ce dernier mentionnait prendre sa retraite à fin juin 2007, mais aussi qu'il resterait consultant pour Groupe D_ ;
- le _ octobre 2007, C_ a contacté par téléphone GA_ afin de fixer un rendez-vous à _, car il souhaitait lui parler des contrats qu'il avait en cours avec Société ABC_.
compte de B_ :
- le _ mars 2007, GA_ a contacté par téléphone B_ pour l'informer de la réception sur son compte d'USD 550'000.- et de GBP 50'000.-.
p.a.
Les 23 et 24 avril 2015, B_ et C_ n'ont pas comparu personnellement devant le Tribunal correctionnel.
Le MP a alors requis une disjonction de la procédure afin que A_ puisse être jugé. Celle-ci a été ordonnée pour C_ en raison du certificat médical produit (P/8196/2015). En revanche, B_ n'ayant pas apporté d'explications convaincantes pour justifier son absence, la procédure par défaut a été ouverte à son encontre, en application de l'art. 366 al. 3 CPP.
p.b.
A_ a contesté les faits qui lui étaient reprochés.
En janvier 2002, il était devenu Directeur financier de trois sociétés basées à _, soit Société N_, Société R_ et Société S_. La première appartenait à Groupe D_, via une société offshore. A l'époque des faits, il n'était donc pas CFO de Groupe D_, bien qu'il en eut la carte de visite. Le CFO de Groupe D_ était DC_. Certes, en juin 2008, il avait été nommé CFO et Vice-président exécutif du groupe. Toutefois, la mention de CFO sur sa carte de visite était due au fait que, lorsqu'il se rendait en _, chaque semaine, il devait résoudre les problèmes de 26 sociétés de joint-venture, dont il était administrateur, et devait se rendre à l'étranger ou avoir des réunions avec Société F_. Il n'avait jamais été le "
Chief Operating Officer
" (COO) de Groupe D_ après 2005. Ainsi, entre 2006 et septembre 2009, il résidait et travaillait à _, avec la précision qu'après juin 2008, il avait également un bureau à _.
A part D_, personne dans le groupe n'avait une position plus élevée que la sienne sur le plan financier. Il n'agissait pas dans ce domaine pour les sociétés de joint-venture, mais participait aux CA. Ces joint-ventures avaient un Contrôleur financier, lequel travaillait pour Groupe D_. Elles étaient organisées de façon à ce que leur Directeur général respectif rapporte tant au COO de Groupe D_ qu'au Président du groupe, à Houston. De plus, chaque CFO de joint-venture rapportait au CFO de Groupe D_, lequel s'occupait des négociations avec les banques, lorsque de gros prêts devaient être négociés. Les dépenses importantes des sociétés de joint-venture étaient discutées dans le cadre des CA.
C_ et B_ l'appelaient lorsqu'ils avaient des problèmes de dépenses. Lui-même devait alors appeler _. Il rencontrait fréquemment C_ et B_ lors de ses séjours en _.
Il était intervenu dans le cadre d'un échange d'e-mails des _ et _ avril 2006, parce qu'en principe, une procédure existait pour les dépenses : sur la base des budgets, approuvés par le CA, deux personnes devaient signer les ordres d'achat, soit une de Groupe D_ et une autre de E_. Or, en l'espèce, un ordre d'achat n'avait pas été signé selon la procédure, d'où un blocage du paiement par DC_. B_ lui avait donc demandé de faire payer une avance, ce à quoi il avait répondu que c'était impossible si la procédure d'achat n'était pas respectée.
Il avait adressé des courriers personnels à D_ au printemps 2005 car il était déçu de ne pas avoir reçu ce qui lui avait été promis, s'agissant de sa rémunération.
La création de Société D2_ avait pour but l'obtention de contrats de forage, soit une nouvelle activité pour D_. Lui-même avait agi en tant qu'administrateur de Société D2_ dans le cadre du business plan, aux côtés de C_, pour aider D_ à prendre des décisions. Son rôle était de considérer les dépenses budgétées, les ventes et les frais opérationnels, sans être spécifiquement chargé des finances. Il avait participé à des négociations avec les banques, auxquelles les CFO de _ et d'_ prenaient toujours part. Il n'était pas informé spécifiquement des dépenses importantes faites par Société D2_, mais elles étaient discutées au CA. Il avait lui-même présenté les dépenses en capital, qui devaient être augmentées, pour la plateforme n° 6, lors du CA de Société D2_ du _ novembre 2006, car il n'y avait pas de responsable financier de Groupe D_ pour le faire. Concernant le CA du _ janvier 2006, B_ était présent, parce qu'il était le conseiller de D_ pour les tours de forage. A_ avait bien participé à la décision concernant l'achat de la plateforme dans son ensemble pour USD 4'250'000.- et du
top drive
pour USD 1'750'000.-, mais ignorait que le fournisseur des plateformes était Société H_. Il ne faisait pas partie des personnes autorisées à signer les AFE. Il était possible que B_ fût la personne responsable du projet. Au vu des pièces du dossier, il apparaissait que tel était bien le cas. Habituellement, Société M2_ fournissait le
top drive
. Dans le cadre de ce projet, il avait finalisé l'accord permettant à Société D2_ de disposer d'une ligne de crédit d'USD 80'000'000.- auprès de Banque T_. Société J_ était bien un fournisseur de Groupe D_ pour les moteurs, étant donné que cela était mentionné dans l'échange d'e-mails des _ et _ avril 2006. Il n'était pas informé du choix des fournisseurs de Société D2_.
La création de Société ABC_ avait bien eu pour but de faire des affaires avec l'_, projet sur lequel il avait travaillé, sans succès, durant six mois, soit jusqu'à mi-2006, avec l'approbation de D_. Le territoire de l'_ était d'ailleurs exclu du projet de Société ABC_, en raison du conflit d'intérêts avec Groupe D_. Cependant, il confirmait avoir indiqué à GA_ qu'une société serait créée pour des activités en _. Il ne pouvait pas se déterminer sur la remise à la Banque G_ d'un contrat avec Société H_ mentionnant l'_ et un autre l'excluant, car ce n'était pas lui qui les avaient remis à cette banque. La présence du projet entre Société ABC_ et Société H_ sur son ordinateur provenait d'une intention malveillante des parties plaignantes. Il avait demandé l'adresse de Société ABC_ à GA_ pour la signature de futurs contrats. Il lui paraissait impossible qu'un contrat concernant l'_ ait été passé entre Société ABC_ et Société I_, compte tenu de l'exclusion d'activité de Société ABC_ dans ce pays. Société M1_ était une branche de Société M2_. Il n'était pas surpris que Société ABC_ ait conclu un accord de représentation de Société M2_ pour des ventes à Groupe D_, car cela avait été bénéfique pour cette dernière. Il précisait que Société F_ spécifiait le nom des fournisseurs, tels que Société M2_. Il n'était pas intervenu vis-à-vis des sociétés mentionnées dans l'acte d'accusation, en lien avec les contrats passés par Société ABC_. Il n'avait pas été mis en copie des e-mails échangés entre ces sociétés, C_ et B_. Avant les procédures en _ et en Suisse, il n'avait pas vu les contrats conclus par Société ABC_. Il n'avait pas préparé ni rédigé les projets de contrats soumis à GA_. Il n'avait jamais vu les factures adressées par Société ABC_ aux fournisseurs avant les procédures susmentionnées. Son travail n'avait consisté qu'à créer la société, ouvrir son compte bancaire, vérifier que son nom soit correct et obtenir son adresse, qu'il avait envoyée à C_.
A_ ne savait pas à quelle adresse le courrier de la Banque G_ était envoyé, car c'était C_ et B_ qui s'en occupaient. Son entretien du _ avril 2006 avec GA_ au sujet de l'arrivée prochaine de fonds faisait référence au paiement du capital de la société, soit GBP 20'000.-, somme qui devait être transférée depuis son compte à Banque U_ à _. En outre, il y avait une instruction permanente, selon laquelle les sommes dépassant USD 100'000.-, une fois les frais payés, devaient être partagées entre les trois associés chaque trimestre. En conséquence, s'il avait dit à GA_, le _ juillet 2006, de ne pas procéder à une distribution de fonds avant septembre 2006, c'était parce qu'il fallait attendre que cette condition soit réalisée. Il s'en était occupé, parce que cela avait eu lieu durant les six premiers mois suivant l'ouverture du compte.
GA_ ne lui avait pas dit combien il y avait sur le compte de Société ABC_.
En outre, il ignorait pourquoi GA_ avait écrit, dans ses notes, qu'il l'avait informé de l'arrivée prochaine de fonds sur le compte de Société ABC_.
Ce n'est pas parce qu'il avait échangé un e-mail avec B_ au sujet des moteurs, qu'il était au courant d'un futur versement par Société J_ à Société ABC_. Il n'avait pas su que des sociétés versaient des montants à Société ABC_ jusqu'au moment du procès à _ et de la procédure pénale genevoise. Lors de leurs contacts, C_ et B_ ne l'en avaient pas informé, car il avait trop à faire.
A_ a expliqué avoir ouvert un compte personnel à la Banque G_ dans le but de placer sa part des bénéfices réalisés par Société ABC_. A l'ouverture de ce compte, il avait fourni l'adresse de la case postale à _ car il y était facile d'en ouvrir une et que cette ville était sur son trajet en venant de _. Le courrier de la banque avait été adressé à cette boîte postale durant six mois. Par la suite, le courrier était resté à la Banque G_. Il ne se souvenait pas pourquoi il n'avait pas fait adresser le courrier relatif à son compte personnel à son domicile.
Il n'avait été au courant que du premier virement de USD 250'000.- du compte de Société ABC_ sur le sien, sans s'intéresser à la provenance de ce montant. En effet, par la suite, le courrier était en poste restante à _.
Il ne se souvenait pas avoir demandé à GA_, le _ octobre 2006, de placer durant un mois les fonds qui allaient arriver sur son compte, et ce malgré les versements intervenus le lendemain, lesquels ont fait l'objet de placements. Il ne se souvenait pas non plus de son numéro de compte, ni de la date à laquelle il avait su que des fonds s'y trouvaient. Il avait réalisé avoir de l'argent sur son compte en 2008. Il n'avait pas demandé à C_ et B_ d'informations sur le développement des activités de Société ABC_. Lorsque ceux-ci lui avaient reproché d'avoir touché de l'argent sans avoir rien fait, il leur avait répondu : "
mais je n'en veux pas et pourquoi me paierais-tu si je ne travaille pas
". Lorsqu'il leur avait demandé la provenance de cet argent, leur réponse avait été qu'ils se battaient avec _ pour faire de l'argent avec Société ABC_. Il leur avait alors dit de dissoudre la société.
p.c.
Convoqué à quatre reprises, C_ ne s'est jamais présenté devant le Tribunal correctionnel. Celui-ci a estimé, le 30 juin 2015, que C_ n'était pas dans l'incapacité de se déplacer malgré ses problèmes de santé et n'avait pas cherché à organiser sa présence à l'audience du même jour. Son absence était donc volontaire et une procédure par défaut a été ouverte.
p.d.a.
A_ a conclu à l'indemnisation de ses frais de défense par CHF 224'920.40, correspondant aux honoraires facturés par l'Etude Z_, avocats de choix, pour la période à compter du _ février 2011 (CHF 220'575.50), ainsi qu'à ses frais de déplacement depuis l'_ (CHF 4'344.90).
p.d.b.
B_ a déposé un état de frais pour l'activité de M
e
X_ et M
e
XA_, avocats de choix, depuis le 19 mai 2010, audience de jugement devant le Tribunal correctionnel comprise, se montant à CHF 110'598.-, dont CHF 598.- pour des copies de pièces de la procédure.
p.d.c.
Par courrier du 1
er
juin 2015, C_ a transmis un état de frais pour l'activité de M
e
X_ et M
e
XA_, avocats de choix, depuis le 19 mai 2010, audience de jugement devant le Tribunal correctionnel comprise, pour CHF 110'598.-, dont CHF 598.- pour des copies de pièces de la procédure.
p.d.d.
Les parties plaignantes n'ont pas déposé de conclusions civiles devant le Tribunal correctionnel.
Elles ont en revanche déposé, le 2 juin 2015, un état de frais pour la période partant du 1
er
avril 2010, comptabilisant, sous des libellés divers, dont la participation à l'audience du 23 avril 2015 devant le Tribunal correctionnel, 60h00 d'activité pour M
e
YA_ et M
e
Y_, avocats de choix, et 2h40 d'activité pour un avocat-stagiaire. A cela devait s'ajouter un forfait de 20% pour les courriers et les entretiens téléphoniques.
q.a.
Par décision du 17 septembre 2015, le Tribunal correctionnel a rejeté les demandes de nouveau jugement déposées par B_ et C_.
Seule la procédure concernant le premier nommé demeure pertinente au stade de l'appel.
q.b.
B_ a été convoqué une première fois le 10 décembre 2014 à une audience de jugement devant se tenir le 7 janvier 2015. Il a fait savoir, par courrier du 16 décembre 2014, que le
trustee
en charge du séquestre de ses biens refusait de libérer les fonds nécessaires à sa venue à Genève, produisant copie d'un échange d'e-mails datés du 5 décembre 2014 à ce sujet. Toutefois, B_ entreprendrait toute démarche utile pour trouver une solution.
En conséquence, le Tribunal correctionnel a annulé ladite audience par courrier du 19 décembre 2014, tout en demandant au conseil de B_ de le tenir informé de l'évolution de la situation. Une nouvelle requête en ce sens a dû lui être envoyée le 6 février 2015.
Par courrier du 17 février 2015, le conseil de B_ a informé le Tribunal correctionnel que la situation financière de son mandant ne s’était pas améliorée et que, dès lors, celui-ci ne pouvait garantir sa présence à l'audience de jugement. Son mandant faisait néanmoins part de sa volonté d'y assister et de tout entreprendre dans ce sens.
Convoqué une seconde fois le 19 février 2015, soit plus de deux mois avant la date de la nouvelle audience, fixée aux 23 et 24 avril 2015, B_ a informé le Tribunal correctionnel, par courrier du 14 avril 2015, que le
trustee
se refusait toujours à libérer des fonds lui permettant de venir à Genève, remettant copie d'e-mails datés des 9 et 10 mars 2015, échangés à ce sujet.
q.c.
L'audience des 23 et 24 avril 2015 s'est tenue devant le Tribunal correctionnel, en l'absence de B_, ses conseils indiquant ne pas le représenter mais ayant toutefois plaidé.
Dans sa décision du 17 septembre 2015 concernant B_, le Tribunal correctionnel a notamment souligné que le prix aller-retour d'un billet d'avion entre l'_ (_) et Genève pouvait être de moins de CHF 300.-, selon les tarifs affichés par les compagnies low-cost. De même, une nuit d'hôtel à Genève ou à proximité pouvait coûter une centaine de francs. De surcroît, B_ n'avait effectué aucune démarche pour assister à son procès, contrairement à ce qu'il prétendait. Il n'était pas crédible lorsqu'il indiquait ne pas avoir été en mesure de réunir les quelques centaines de francs nécessaires à sa venue à Genève. Quand bien même cela aurait été le cas, il aurait pu s'adresser à son épouse, sa famille ou des tiers pour réunir cette somme modique. Il apparaissait donc qu'il cherchait en réalité à se dérober à l'audience de jugement, la prescription approchant.
Ainsi, le Tribunal correctionnel a considéré que les motifs invoqués dans la demande de nouveau jugement n'étaient pas fondés et que l'absence de B_ était fautive et volontaire.
q.d.
B_ a recouru devant la Chambre pénale de recours (CPR), puis devant le Tribunal fédéral, concluant à ce que la cause soit à nouveau jugée par le tribunal de première instance.
q.e.
Ces recours ont été rejetés par la CPR le 19 janvier 2016 (_ et _), respectivement par le Tribunal fédéral le 14 décembre 2016 (_).
Le Tribunal fédéral a rappelé (consid. 2.1.3.1 et 2.2.4) que B_ était en mesure d'épargner, pendant deux mois, avec son épouse, un montant mensuel de CHF 400.-, soit les CHF 800.- nécessaires selon lui à son déplacement en Suisse. Un tel effort ne semblait pas excessif sur une courte période et en vue de se soumettre à un impératif aussi important que de comparaître en qualité de prévenu à une audience de jugement. De surcroît, B_ aurait également pu se tourner vers sa famille ou ses amis afin d'obtenir une aide financière, ce qu'il ne prétendait pas avoir tenté sans succès.
C. a.
Par courrier du 27 décembre 2016, la CPAR a annoncé la reprise de l'instruction de la procédure d'appel, suspendue depuis l'été 2015, et fixé aux parties un délai pour qu'elles lui fassent part de leur détermination quant à la suite de la procédure.
b.
A_, B_ et C_ ont persisté dans les conclusions de leur déclaration d'appel.
Société D2_ et Société D1_ ont conclu à la confirmation des jugements du Tribunal correctionnel des 24 avril 2015 et 30 juin 2015, à ce que les appelants soient déboutés de toutes leurs conclusions et condamnés à l'intégralité des frais de la procédure, ainsi qu'à leur verser une juste indemnité pour les dépenses obligatoires occasionnées par la procédure.
c.
Par ordonnance présidentielle du 27 mars 2017, la CPAR a prononcé la jonction des procédures P/5580/2010 et P/8196/2015 sous P/5580/2010 et ouvert une procédure orale.
d.
Les parties ont chiffré leurs conclusions en indemnisation comme suit :
- A_ persiste dans ses conclusions en indemnisation prises en première instance, lesquelles se montent à CHF 224'920.40.
A celles-ci s'ajoutent CHF 40'153.92, soit la note d'honoraires de M
e
ZA_, du 25 août 2015, comptabilisant pour la période allant du 21 avril au 5 août 2015, 18h70 d'activité de chef d'étude, 33h50 d'activité pour d'autres membres de son étude et 40h50 d'activité d'avocat-stagiaire, ainsi qu'incluant des dépenses diverses, sans TVA.
Le montant total de l'indemnisation réclamée s'élève en définitive à CHF 265'074.-.
L'appelant remarque également que ses conclusions en indemnisation ont été rejetées en première instance, nonobstant l'abandon d'une circonstance aggravante et le classement de l'action pénale pour les actes antérieurs au 24 avril 2008, atteints par la prescription.
- B_ et C_ persistent également dans leurs conclusions en indemnisation prises en première instance, auxquelles s'ajoutent les frais encourus concernant les demandes de nouveaux jugements et les recours y relatifs (CHF 7'190.- chacun).
Le montant total de l'indemnisation se chiffre donc à CHF 117'788.- pour chacun. Les notes de frais pour l'activité et les dépenses diverses en première instance sont annexées. Le conseil des appelants relève par ailleurs qu'aucune note d'honoraires n'a été émise pour l'activité déployée dans le cadre des demandes de nouveaux jugements et des recours y relatifs, en raison de la demande d'assistance judiciaire. Si celle-ci était octroyée pour toute la procédure d'appel, il n'y aurait pas lieu de chiffrer les conclusions en indemnisation pour cette partie de la procédure.
- Les parties plaignantes chiffrent leurs dépenses obligatoires devant la CPAR à CHF 43'870.-, soit la note d'honoraires de M
e
Y_, avocat de choix, comptabilisant pour la période allant du 5 mai 2015 au 14 juin 2017, 53h50 d'activité de chef d'étude, 48h20 d'activité de collaborateur et 19h50 d'activité d'avocat-stagiaire. Elles concluent en outre à ce que les indemnisations allouées en première instance soient confirmées, à savoir CHF 4'575.- selon le jugement du 24 avril 2015 et CHF 27'412.50 selon le jugement du 30 juin 2015. Elles renvoient au besoin à cet égard à l'état de frais du 2 juin 2015.
e.a.
Devant la CPAR, B_, qui comparaît personnellement, soutient, à titre préjudiciel, que le Tribunal correctionnel a engagé à tort la procédure par défaut à son encontre le 23 avril 2015. Le jugement de première instance doit être annulé pour violation de l'art. 366 al. 1 et 3 CPP et la cause renvoyée au Tribunal correctionnel pour nouvelle décision. En effet, aucune des deux hypothèses prévues à l'art. 366 al. 3 CPP n'est réalisée, à savoir ni une incapacité volontaire de se présenter ni une incapacité de discernement au sens de l'art. 114 CPP.
Les conseils de C_ et de A_ renoncent à s'exprimer sur la question, tandis que le MP et les parties plaignantes concluent au rejet de l'incident.
Après délibération, la CPAR rejette cet incident pour les motifs exposés dans la partie "
EN DROIT
" ci-dessous (
cf.
consid. 2
infra
).
e.b.
Sur le fond, B_ déclare ne pas faire l'objet d'autres procédures pénales ou civiles à l'étranger, avant d'affirmer être poursuivi au civil aux _ par l'une des sociétés apparaissant dans les documents bancaires genevois, dont il se refusait à donner le nom. En effet, des informations fournies par les banques dans la procédure genevoise avaient été utilisées dans d'autres procédures, notamment aux _ et à _. Les sociétés apparaissant dans ces documents avaient été poursuivies par Groupe D_, puis ce dernier avait contacté ces sociétés en leur réclamant des sommes d'argent contre l'abandon des poursuites.
Selon B_, une opportunité d'affaires s'était présentée avec différentes sociétés, pour leur fournir ses services, sans que cela soit en rapport direct avec Groupe D_, dont il n'était pas l'employé. Il existait aussi un contrat, n'impliquant pas Groupe D_, destiné à obtenir des accréditations en faveur de ces sociétés, souhaitant être actives sur le plan international. C'est dans ce cadre que Société ABC_ avait fourni des services, et non en lien avec les contrats de fourniture de matériel à Groupe D_. Dans les années 2005-2006, il manquait des équipements de forage sur le marché et Groupe D_ avait conclu un contrat portant sur six tours de forage. Groupe D_ avait connu des difficultés à fournir, dans les délais, du matériel respectant les exigences de Société F_. En effet, le groupe n'avait pas les connaissances techniques nécessaires. Grâce à ses prestations, Société ABC_ avait comblé cette lacune, ce qui avait justifié sa rémunération. L'une de ces sociétés était d'ailleurs devenue depuis lors le premier fournisseur mondial de matériel de forage.
Il y avait trois éléments fondamentaux dans la relation de Société D2_ avec Société F_ : premièrement, les spécifications requises par cette dernière devaient être respectées, à savoir que Société F_ voulait impérativement un fournisseur pour un certain type de pièces ; deuxièmement, Groupe D_ et E_ avaient stipulé que tout équipement pouvant être fourni par une société du groupe devait être commandé à celle-ci ; troisièmement, Société D2_ devait faire de son mieux pour trouver le reste de l'équipement sur le marché. Dans ce dernier cas de figure, Société D2_ demandait toujours trois offres. Groupe D_ ne disposait d'aucune procédure concernant la décision d'octroyer un contrat de fournitures, laquelle revenait donc au CA de Société D2_.
Quatre signatures étaient nécessaires pour les AFE, soit deux de Groupe D_ et deux de E_.
Comme il revenait aux ingénieurs de s'assurer du respect des spécifications, B_ avait obtenu le pouvoir de signer par des instructions orales de EB_. Après l'acceptation des AFE par le CA de Société D2_, un ordre d'achat interne était émis "
par notre groupe
", qui était à nouveau soumis au CA. Au début du projet, cet ordre d'achat était ensuite converti en ordre d'achat externe, signé par quatre membres du CA. Comme environ 2'000 ordres d'achat externes avaient été émis au total, certains membres du CA de Société D2_, du côté de Groupe D_, n'arrivaient pas à suivre le flot de documents, raison pour laquelle sa signature s'était retrouvée sur un certain nombre d'entre eux. Après un certain temps, les ordres d'achats internes s'étaient transformés par défaut en ordres d'achats externes. Ainsi, sa signature avait fini par faire partie des quatre signatures nécessaires, bien qu'il n'ait jamais été membre du CA de Société D2_.
Concernant les 8% mentionnés dans un certain nombre d'échanges d'e-mails émanant de lui-même et de son fils, B_ a rappelé la pratique de Société F_ consistant à pratiquer une pénalité de 50% par jour en cas de retard.
Afin d'encourager les sociétés à fournir plus rapidement le matériel, D_ et EC_, soit les deux personnes les plus importantes du CA de Société D2_, avaient décidé de leur proposer 8% de primes. Toutefois, le CA devait approuver au cas par cas ce pourcentage. Ces 8% étaient encaissés par les fournisseurs. Si Société D2_ n'avait pas besoin du matériel aussi rapidement, l'encouragement de 8% n'était pas octroyé aux sociétés. Les banques qui finançaient ces opérations avaient imposé qu'elles fussent effectuées par le biais de lettres de crédit, sans rendre possible des modifications de leurs termes. En conséquence, des modifications du prix entraînaient l'annulation des lettres de crédit et causaient des retards dans les fournitures.
Les parties plaignantes n'avaient pas produit tous les ordres d'achat adressés à Société M2_, mais seulement une sélection de 26, pour USD 19'600'000.- ou 19'700'000.-, sur les 70 passés, dont le montant total avoisinait les USD 35'000'000.-. Il y avait notamment eu deux ordres d'achats concernant deux
top drives
, dont l'un seulement avait été versé au dossier. Par coïncidence ou à dessein, le 8% du montant des 26 ordres d'achats produits correspondait au montant de trois factures de Société ABC_, dont la contre-valeur avait été versée sur son compte bancaire. Les montants perçus par Société ABC_ de la part de Société M2_ ne correspondaient pas à un pourcentage des ordres d'achats adressés à cette société.
B_ se dit mal à l'aise de répondre à la question du MP lui demandant s'il a négocié par téléphone la fourniture par Société ABC_ de prestations et de services à Société K_, Société L_, Société I_ et Société M2_, dans la mesure où aucune trace de ces activités ne figure au dossier. En effet, cela avait trait à des questions dont il n'avait pas été tenu compte lors de la procédure civile à _.
e.c.a.
Par la voix de leur conseil, B_ et C_ persistent dans leurs conclusions.
A titre subsidiaire, si une condamnation pour blanchiment d'argent devait être confirmée, B_ et C_ sollicitent, dans une proportion équivalente à la part des faits classés, la réduction des frais de procédure mis à leur charge, l'octroi d'une indemnité de procédure, ainsi que la réduction de l'indemnité de procédure allouée aux parties plaignantes, mise à leur charge. Ils requièrent également que les émoluments des jugements motivés soient réduits à un montant raisonnable.
e.c.b.
B_ et C_ soulignent que le doute doit profiter à l'accusé. Le dossier, composé exclusivement de pièces produites par les parties plaignantes, présentait une image incomplète de la réalité (par exemple : pièces partielles, absence d'un nombre conséquent d'ordres d'achats). Les prévenus n'avaient aucune possibilité de compléter le dossier, les pièces étant restées, à leur départ de Groupe D_, entre les mains des parties plaignantes. B_ n'était pas considéré comme crédible, alors qu'il n'était simplement pas très prolixe, en raison de problèmes procéduraux aux _. Il craignait en particulier que les parties plaignantes utilisent ses déclarations contre des tiers.
Néanmoins, devant la CPAR, il avait expliqué la nature du lien entre Société ABC_, Groupe D_ et les fournisseurs, démontrant ainsi qu'aucune commission n'avait été versée sur le matériel fourni.
De surcroît, le jugement entrepris se fondait sur un avis de droit _, lequel ne faisait état d'aucune certitude sur la situation juridique dans ce pays.
Dans ce contexte, il était à tout le moins surprenant que les différentes procédures civiles et pénales aient été initiées en Suisse, en _ et aux _, mais pas en _. Si une infraction préalable au blanchiment d'argent y avait été commise, ce pays aurait dû être le premier à être saisi de l'affaire. L'acte préalable devait être considéré comme une infraction selon le droit de l'Etat étranger et comme un crime en droit suisse. En l'occurrence, en l'absence de toute condamnation en _ et de moyen de preuve en Suisse, il fallait se convaincre de l'origine criminelle des fonds en utilisant l'entraide internationale. Or, une telle requête n'avait jamais été formulée par le MP. Si cette voie devait être considérée comme d'avance vouée à l'échec, le MP aurait dû demander aux parties plaignantes de produire les documents supplémentaires nécessaires.
Aucune investigation n'avait eu lieu sur la question cruciale de savoir qui avait le pouvoir décisionnel de choisir les fournisseurs. Si tel avait été le cas, l'on aurait compris qu'il s'agissait du CA de Société D2_ dans son ensemble.
De plus, les deux législations, _ et suisse, devaient contenir des normes similaires, y compris concernant la peine. Or, l'_ ne connaissait aucun droit précis et cohérent. Il était difficile de savoir quel comportement y est légal. L'avis de droit avait permis de distinguer deux sources d'obligations : la première découlait du droit musulman, soit de la Charia, difficilement compatible avec la démocratie, selon la jurisprudence de la CEDH ; la seconde se trouvait dans les "
nizams
", lesquels seraient une source d'inspiration pour certains. Il était déjà délicat de concevoir une interdiction fondée sur la Charia ou sur un "
nizam
" qui répondrait au critère suisse de la double incrimination. En second lieu, l'avis de droit n'était pas certain que la qualité de "
mudir
" puisse être octroyée à un étranger, mais concluait seulement qu'une telle position était possible au sein d'une société à responsabilité limitée, telle que Société D2_. De même, la violation du devoir de l'"
amana
", soit de la confiance, découlant de la Charia, ne réalisait pas le critère de la double incrimination selon le droit suisse. En outre, il aurait fallu, cas échéant, retenir comme infraction préalable l'abus de confiance, et non la gestion déloyale. En troisième lieu, la peine prévue en droit _ allait de n'importe quoi de désagréable jusqu'à la peine capitale. L'équivalence avec le droit suisse était nulle. Enfin, il n'était pas concevable d'invoquer le raisonnement du juge _, de nature civile, pour se convaincre de l'applicabilité du droit _ en Suisse en matière pénale.
Selon le droit suisse, l'infraction préalable retenue était la gestion déloyale aggravée (art. 158 ch. 1 al. 3 CP). Toutefois, B_ et C_ n'avaient pas une position de gérant au moment des faits. Selon le Tribunal correctionnel, B_ était le Directeur ("
manager
") de Société D2_, puis de Société D1_. De plus, malgré le fait que sa signature apparaisse sur d'importants ordres d'achats, il n'avait pas d'autonomie suffisante, quatre personnes devant les signer pour les valider. Il fallait, en outre, relativiser l'importance de son pouvoir à engager la société, malgré l'e-mail du _ octobre 2007, où il était demandé à B_ à qui il avait délégué son pouvoir de signer des ordres d'achat supérieurs à _ 100'000.-. L'absence de toute documentation formalisant les pouvoirs de B_ n'était pas surprenante, vu que ceux-ci n'existaient pas. Du reste, l'un des deux procès-verbaux du CA, où une somme conséquente était engagée, démontrait que B_ était invité au CA seulement pour le renseigner, et non pour y participer. Il n'avait donc pas la qualité de gérant.
Quant à C_, il avait certes été membre du CA de Société D2_, mais son rôle consistait à négocier des prolongations de délais, ce qui ne disait rien de son autonomie financière au sein de Société D2_. En outre, il avait quitté Groupe D_ en mars 2007. D'ailleurs, le procès-verbal du CA du _ mai 2007 ne mentionnait pas sa présence. Or, le
Shareholders Agreement
prévoyait six managers, soit trois pour chaque partie, lesquels étaient bien présents selon le procès-verbal susmentionné. Il était donc délicat de retenir à son encontre une position de gérant à partir de cette époque.
Il est vrai que C_ avait été plus actif en relation avec les deux versements encore poursuivis, mais le droit _ ne l'interdisait pas.
Le Tribunal correctionnel avait considéré que C_ et B_ avaient agi à dessein car ils avaient eu recours secrètement à Société ABC_. Toutefois, il n'était pas établi que cette société ait été secrète. Si tel avait été le cas, les prévenus n'auraient eu aucune raison d'en parler à D_, ce d'autant plus que Société ABC_ devait être indépendante du groupe. En sa qualité de consultant, B_ avait le droit d'exercer une activité parallèle. La création de cette société et l'ouverture du compte bancaire y afférent en dehors de l'_ étaient seulement dues au climat hostile aux étrangers dans ce pays.
e.c.c.
Au cas où l'infraction de blanchiment d'argent serait retenue, B_ et C_ relèvent que les frais de la procédure devraient être supportés à raison d'un tiers chacun. Or, le Tribunal correctionnel n'avait pas tenu compte du classement de la procédure pour douze versements sur les quatorze retenus dans l'acte d'accusation du MP. Les frais devaient pourtant, pour cette raison, être réduits de façon proportionnelle.
Le montant de l'émolument complémentaire était trop élevé. De plus, C_ avait été condamné à payer trois fois plus que les deux autres prévenus, en raison de l'ajout de la facture de l'ISDC, relative à l'avis de droit _ demandé par le Tribunal correctionnel. En conséquence, les frais de C_ devaient être réduits au même niveau que ceux réclamés à ses co-prévenus, sous peine d'inégalité de traitement.
De même, aucune indemnisation n'avait été octroyée en première instance à B_ et C_, malgré le large classement de la procédure. Comme seuls deux transferts étaient retenus
in fine
, la procédure n'aurait pas dû prendre une telle ampleur, vu que la production d'un grand nombre de documents aurait pu être évitée.
f.a.
A_ persiste dans les conclusions de sa déclaration d'appel, ainsi que dans celles en indemnisation.
A_ reproche à l'acte d'accusation de ne pas contenir tous les éléments constitutifs de l'infraction reprochée, en particulier ceux concernant la provenance criminelle des fonds, le caractère punissable de l'infraction préalable selon la législation du lieu de commission, étant donné l'absence de la mention d'une quelconque norme contenue dans le droit en question, l'acte d'entrave et l'intention.
De ce fait, l'acte d'accusation aurait dû être renvoyé au MP pour être complété. A défaut, le principe d'accusation avait été violé.
De plus, les preuves étaient lacunaires. Aucune procédure n'avait eu lieu en _. Aucune demande d'entraide n'avait été émise de la part de ce pays ou de la Suisse.
Concernant le principe de la double incrimination, émanation de celui de la légalité, A_ rappelle la nécessité de normes similaires entre les deux législations et la qualification de crime en droit suisse. Il n'était pas nécessaire que la définition de l'infraction et la peine encourue soient identiques, la double incrimination étant abstraite. Toutefois, la punissabilité de l'infraction préalable devait d'abord être démontrée, en l'absence de jugement la constatant. Or, le Tribunal correctionnel avait procédé "
à l'envers
", pour reprocher à A_ d'avoir perçu des commissions occultes : il avait d'abord examiné si l'acte était un crime en droit suisse et, ensuite seulement, si celui-ci était puni en droit _. Il donnait ainsi sa lecture du droit _, alors même qu'aucun code pénal n'existe dans les pays musulmans ni même une quelconque jurisprudence.
Le "
nizam
"
des sociétés prévoyait une sorte de cascade en matière de peines, de telle sorte que n'importe quel écart de conduite, notamment une violation de l'interdiction faite au salarié de travailler pour son propre compte, selon le code du travail _, pouvait être rendu punissable. Du reste, la violation du devoir de l'"
amana
", discutée dans l'avis de droit et le jugement _, avait des conséquences sur le plan civil, sans entrainer de sanctions pénales. Dès lors, la question était de savoir si l'on devait statuer sur un péché, vu l'absence de tout texte légal et de toute jurisprudence. En définitive, il était impossible de comparer une loi divine, selon la conception _, et une loi humaine au sens du droit suisse. Affirmer que le comportement des prévenus était constitutif d'une infraction en droit _, qualifiée de crime en droit suisse, était donc impossible. La double incrimination n'était pas réalisée. Par conséquent, l'acquittement devait être prononcé.
L'art. 305
bis
ch. 1 CP avait pour but de protéger la justice. Dès lors, son chiffre 3 étendait cette protection à la justice d'un pays étranger. Or, les juges de première instance ne s'étaient pas souciés de porter un regard critique sur la notion de "
justice
" en _. Dans ce pays, il était pourtant impossible de savoir
ex ante
ce qui était légal. La Charia violait le principe de l'Etat de droit, notamment en raison de l'inexistence d'une jurisprudence quelconque et de toute instance d'appel, ainsi que de la latitude donnée au juge pour le prononcé de la peine, celle-ci allant, en outre, du simple blâme à la peine de mort, en passant par la flagellation et l'amputation. D'ailleurs, l'_ avait refusé de signer la Déclaration universelle des droits de l'homme. Comme ceux-ci font partie intégrante de l'ordre juridique suisse, il était impossible d'accueillir un ordre juridique étranger, dans lequel les garanties d'un procès équitable n'étaient pas respectées, et de l'appliquer, en conséquence, au détriment de l'accusé en Suisse.
f.b.
Si la condamnation de A_ devait être maintenue, les frais de la procédure devraient être mis à sa charge aux mêmes conditions que ses co-prévenus.
g.a.
Le MP conclut au rejet des appels, avec suite de frais.
La Charia contenait des dispositions analogues au droit suisse, par exemple en matière de devoir de fidélité, et leur examen se limitait à déterminer si celles-ci permettaient de créer un lien avec une infraction préalable.
Les prévenus n'avaient pas jugé utile de fournir des pièces, excepté celles concernant le projet _. Ces dernières étaient toutefois inutiles, ce projet n'ayant pas abouti. En outre, le caractère occulte des commissions et la destruction des pièces par les prévenus en les plaçant dans des containers, vandalisés, en plein désert, expliquaient que des documents soient introuvables. L'exécution d'une commission rogatoire en _ aurait été très difficile, voire impossible. La culpabilité des appelants reposait sur un faisceau d'indices concordants suffisant.
La position de garant avait été suffisamment démontrée tout au long de la procédure et, par ailleurs, admise par la justice anglaise. La qualité de "
mudir
" devait ainsi être reconnue à C_ et A_. Quant à B_, il était soumis au devoir de l'"
amana
"
,
qu'il avait violé.
A propos de la double incrimination, la Charia équivalait à du droit général en _ et les "
nizams
" à des sortes de règlements. Ce système ressemblait à celui de _. D'ailleurs, le juge _ l'avait appliqué. Selon l'avis de droit de l'ISDC, les infractions "
ta'zir
", dont la trahison du devoir de l'
amana
et l'acceptation de pots-de-vin, étaient les plus fréquentes. Le "
nizam
" des sociétés de 1965 permettait à un étranger de revêtir la qualité de "
mudir
", ce que la justice _ avait reconnu pour A_ et C_. De là découlait, notamment, l'interdiction de travailler pour son propre compte et, en conséquence, de percevoir des commissions occultes. Une sanction, sans être définie à l'avance, existait. Ainsi, suffisamment d'éléments permettaient de fonder un devoir de fidélité, soit un devoir de veiller aux intérêts de l'employeur. En conséquence, le droit _ contenait l'équivalent de la gestion déloyale en droit suisse.
Le droit _ ne connaissait pas la prescription.
La gestion déloyale aggravée était un crime en droit suisse. Un contrat de gestion n'était pas nécessaire pour occuper une position de gérant. Les appelants avaient recherché leur seul intérêt personnel, et non le meilleur prix, respectivement les meilleures conditions pour les parties plaignantes. La surfacturation qui s'en était suivie leur avait ainsi causé un dommage. Les autres conditions, à savoir le lien de causalité, l'intention et le dessein d'enrichissement illégitime, étaient réalisées. En effet, le
modus operandi
prévoyait que le fournisseur facture les commissions aux parties plaignantes, avant de les verser aux appelants. Les prévenus avaient donc agi intentionnellement. Ils avaient le dessein d'obtenir sans droit un avantage. Un crime, selon le droit suisse, avait bien été commis.
g.b.
Le MP estime justifiée une indemnisation partielle des appelants en raison du classement d'une grande partie des faits reprochés. Cependant, la majorité des actes de procédure aurait dû, de toute manière, être exécutée. Il existait donc un seuil incompressible. Par ailleurs, l'art. 430 al. 1 let. a CPP permettait de refuser toute indemnisation lorsque le prévenu avait rendu plus difficile la conduite de la procédure.
Le MP s'étonnait de l'écart entre le nombre d'heures facturées par les avocats de A_ (25h00) et celles retenues par les conseils de ses co-prévenus (90h00).
h.a.
Des fonds saisis à Genève, Société D1_ et Société D2_ ont récupéré USD 1'436'057.- de A_, USD 756'449.- de C_ et USD 1'239'106.- de B_.
Ces sociétés expliquent avoir encore une créance contre les appelants, à hauteur de la différence entre les montants auxquels ces derniers avaient été condamnés par la justice _ et ceux récupérés, à savoir USD 818'399.82.- envers A_, USD 806'233.13.- envers C_ et USD 1'015'350.82.- à l'encontre de B_.
h.b.
Société D1_ et Société D2_ concluent au rejet des appels, ainsi qu'à l'allocation de leurs conclusions en indemnisation pour la procédure d'appel.
L'art. 305
bis
ch. 3 CP permetttait de poursuivre des actes de blanchiment d'argent en Suisse, sans considération du pays où l'infraction préalable avait été commise et de ses lois. D'une part, la question du respect des garanties procédurales par le droit _ ne se posait pas, vu que le CPP s'appliquait. D'autre part, s'il fallait critiquer les systèmes juridiques de tous les Etats, le blanchiment d'argent ne serait jamais réprimé en Suisse. La question n'était donc pas d'examiner le système judiciaire étranger, mais seulement la punissabilité de l'acte dans ce pays. Il fallait en rester aux conclusions de l'ISDC, dont le rapport n'avait d'ailleurs pas été critiqué. Ainsi, concernant la double incrimination abstraite, l'avis de droit rappellait que le
nizam
des sociétés de 1965 s'inspirait du droit _ et concluait que ses dispositions contenaient une norme de nature pénale permettant de sanctionner le comportement d'un administrateur d'une Sàrl, à savoir l'art. 229 al. 8. La double incrimination était, en conséquence, réalisée.
La procédure _ avait été initiée par A_. A cette occasion seulement, Société D1_ et Société D2_ avaient déposé une demande reconventionnelle pour que B_ et C_ soient attraits. Les parties plaignantes n'avaient pas agi en _ car l'argent se trouvait à Genève. Par ailleurs, les appelants n'auraient jamais comparu devant les tribunaux _.
Les parties plaignantes avaient produit les documents pertinents. La procédure anglaise avait ainsi été alimentée de 70'000 pièces, auxquelles les prévenus avaient eu accès. C_ et B_ connaissaient, en particulier, les e-mails contenus dans les deux classeurs produits avant les débats de première instance, sans opposition de leur part. En outre, les quatre versions différentes données par B_ à propos des sommes reçues par Société ABC_ devaient être relevées. Il avait tout d'abord expliqué que ces montants n'avaient aucun rapport avec Société D2_. Ensuite, il avait argumenté que Société ABC_ avait été rémunérée pour les services fournis puis que ces montants devaient parer à tout imprévu. Enfin, devant la CPAR, il avait affirmé qu'il s'agissait d'encouragements pour les fournisseurs de Société D2_, afin que les livraisons soient rapides. A chaque fois, ses propos n'étaient étayés par aucune pièce. En revanche, il n'avait jamais contesté les achats faits à Société M2_ pour USD 20'000'000.-. Par ailleurs, si B_ s'était dit "
mal à l'aise
" pour se déterminer sur l'existence de contrats entre Société ABC_ et certains fournisseurs, il ne l'était pas, en 2010, devant le MP, pour affirmer que des contrats avec Société L_, Société J_, Société K_ et Société M2_ n'existaient tout simplement pas.
Il était constant que B_ était en charge du projet de Société D2_ en qualité de gérant. En effet, celui-ci avait expliqué qu'il travaillait presque 18 heures par jour, sept jours sur sept, pour Groupe D_, période durant laquelle il s'était entièrement consacré à ce mandat. D'ailleurs, lorsqu'il avait été interrogé sur les raisons pour lesquelles il apparaissait comme responsable du projet en tant que représentant de Groupe D_ sur les AFE concernant les quatre plateformes de forage, B_ s'était prévalu de la grande technicité de ce projet, tout en soulignant : "
Je protégeais les intérêts de
Groupe D
_
".
Le principe d'accusation n'avait pas été violé, comme l'avançait A_. L'acte d'accusation n'avait rien d'imprévisible, tant le prévenu ne pouvait ignorer sa qualité de "
mudir
", avoir agi au détriment de Société D2_ et avoir obtenu des commissions d'origine criminelle. D'ailleurs, les parties avaient reçu un projet de l'acte d'accusation, sans qu'aucune récrimination n'ait été émise au MP. En outre, seul A_ s'était prévalu, au moment des plaidoiries, de ce moyen.
En dernier lieu, tous les éléments constitutifs du blanchiment d'argent étaient réalisés. Des valeurs patrimoniales avaient été versées à Société ABC_, puis transférées sur les comptes des appelants. Ensuite, une gestion déloyale aggravée, soit un crime en droit suisse, avait été commise, sans qu'il soit nécessaire d'en connaitre les circonstances en détails.
C_, B_ et A_ étaient tenus de veiller aux intérêts pécuniaires de Groupe D_.
A_ était administrateur de Société D2_, Vice-président de Société D1_ pour les investissements et CFO du groupe à partir de 2000. Il avait admis, devant le Tribunal correctionnel, qu'"[
à
]
part D_ il n'y avait pas dans
Groupe D
_ de personne plus élevée que
[
lui
]
sur le plan financier
". Devant le MP, en 2012, C_ avait d'ailleurs affirmé, en présence de A_, que celui-ci "
occupait des fonctions dirigeantes au sein du
Groupe D
_
". D'ailleurs, selon le juge _, "[
i
]
l ne faisait aucun doute qu'entre 2005 et 2008, M. A_ détenait d'énormes pouvoirs et responsabilités au sein du Groupe
" car, malgré la résiliation de son contrat de travail en avril 2002, il avait été "
immédiatement réemployé par la société selon des clauses différentes
". En juin 2008, il avait été promu Vice-président exécutif et CFO du groupe.
B_ participait au CA de Société D2_. Il avait été nommé Directeur général au département Services techniques de Société D1_ et était le représentant autorisé de Société D2_, comme en attestait le
Supplementary Agreement
, signé avec Société H_. D'ailleurs, il n'avait pas hésité à compléter sa signature des termes "
au nom et pour le compte de
Groupe D
_
", notamment dans un e-mail du _ novembre 2005. Il apparaissait, en outre, comme la personne responsable du projet dans différents AFE, ce qui avait été confirmé par A_. Il en avait d'ailleurs signé, de même que des ordres d'achats. Il avait mentionné, devant la CPAR, que le CA de Société D2_ lui avait délégué oralement son administration. Il avait donc pris une part active au sein de Société D2_. Pour le surplus, B_ avait, selon ses propres termes, été "
engagé
" par D_ et C_, même si cela devait être avec un statut de consultant.
C_ était administrateur de Société D2_, Directeur général de Société D3_ selon ses termes, mais Vice-président, selon un courrier de D_ datant de septembre 1999. Un courrier du _ août 2006, signé par DC_ en sa qualité de Contrôleur financier du groupe, mentionnait que C_ était employé sous contrat avec Société D1_, qu'il avait déjà travaillé durant huit ans pour cette société et qu'il était au bénéfice d'un contrat de travail de durée indéterminée.
A_ et B_ avaient, de par leur position dans le groupe, approuvé un grand nombre d'ordres d'achats. En obtenant des fournisseurs de Société D2_ de surfacturer leurs prestations, ils avaient violé leur devoir de gestion. A ce stade de la procédure, seules deux rétro-commissions n'étaient pas encore prescrites, à savoir : la première provenant de Société M2_, fondée sur un contrat de représentation limitée du _ octobre 2007 avec Société ABC_ et dont la facture, à hauteur de 8% de la valeur des commandes, se trouvait au dossier et pouvait être rattachée à l'AFE du _ février 2006, signé par C_ et B_, ainsi qu'aux ordres d'achats des _ février, _ juin, _ août, _ octobre 2006 et _ juin 2007 ; la seconde, émise par Société J_, relevait de la facture de Société ABC_ datée du _ août 2008 pour USD 124'500.-, laquelle était en lien avec les deux ordres d'achats du _ novembre 2006.
Les parties plaignantes rappellent les propos de B_ devant le MP. Il expliquait alors que la fonction de Société ABC_ "
était d'assister
Groupe D
_ à atteindre les exigences des contrats. En particulier celles fixées par Société
F_
". Or, les e-mails de B_ concernant les 8% de commissions étaient symptomatiques, notamment lorsqu'il demandait, le _ décembre 2006, à ce que tous les devis soient transmis uniquement à lui. Tel avait déjà été le cas lors de l'envoi du devis initial de Société M2_ directement à B_, en janvier 2006. En définitive, ces paiements de 8% n'étaient pas liés à aucune prestation de Société ABC_. Ils ne représentaient qu'une surfacturation et, par suite, des commissions occultes. Par conséquent, Société D2_ avait subi un dommage en raison de la violation par les prévenus de leur devoir de fidélité.
Nul doute que les appelants avaient un dessein d'enrichissement illégitime, au regard des virements intervenus du compte bancaire de Société ABC_ sur leur compte personnel.
En conséquence, les conditions d'application de l'art. 158 ch. 3 CP étaient réalisées et un crime avait été commis comme infraction préalable au blanchiment d'argent. Un tel comportement était également puni en _.
Enfin, le procédé utilisé par les appelants relevait bien d'un acte d'entrave, propre au blanchiment d'argent : ils avaient créé Société ABC_ comme une société-écran sans véritable activité, sise en outre aux _, et avaient décidé de répartir l'argent sur leur compte personnel en Suisse, mais dont l'adresse était une boîte postale à _. Selon les déclarations de C_, ils avaient agi conjointement. Ainsi, l'art. 305
bis
ch. 1 CP était réalisé, étant précisé que, selon la jurisprudence, il était possible d'être son propre blanchisseur.
i.
A l'issue des débats, la cause a été gardée à juger avec l'accord des parties, lesquelles ont renoncé à la lecture publique de l'arrêt.
D. a.
A_, ressortissant _ et _, est né le _ et habite en _. Il est marié et père de deux enfants majeurs, dont un fils, souffrant d'autisme et d'épilepsie, qui est à sa charge. Après des études en droit et de comptabilité en _, il a travaillé, de 1968 à 1982, dans différentes entreprises comme responsable dans le domaine financier. Il a ensuite été engagé par Groupe D_, dès 1982, en qualité d'auditeur avant de monter dans la hiérarchie. Il est sans emploi actuellement. En vertu de la décision rendue par la justice _ dans la procédure civile à son encontre, l'intégralité de ses actifs fait l'objet d'une saisie, soit USD 662'000.-. Comme il reste devoir USD 1'156'000.-, il a dû vendre son appartement _. Par ailleurs, GBP 2'000.- lui sont versés mensuellement depuis un compte _ bloqué. En outre, il reçoit GBP 960.- à titre de retraite sur son compte à _, mais cet argent a été consacré au paiement de ses avocats _ jusqu'en 2016.
b.
B_, ressortissant _, est né le _ en _, pays dans lequel il est domicilié. Il est marié et père de deux enfants, âgés de 40 et 38 ans. Après des études d'ingénieur, il a travaillé pour une société _ durant plusieurs années, avant de devenir consultant pour de grandes compagnies pétrolières occidentales. S'il a d'abord été mandaté sous son propre nom, il a ensuite créé Société O_. Ainsi, il représentait différentes sociétés, dont certaines voulaient cacher leur souhait d'entreprendre des activités à l'étranger, pour développer de nouveaux marchés. L'une d'entre elles fut Société D3_. Aux débuts des années 2000, elle l'a approché afin d'étudier des requêtes de Société F_. En 2004, il s'est donc rendu en _ pour le compte de Société D3_. A l'heure actuelle, il est retraité, ayant cessé toute activité professionnelle en 2008 pour des raisons de santé. Depuis lors, avec son épouse, ils vivent de modestes rentes et n'ont aucune autre source de revenus mobiliers ou immobiliers. En raison de sa faillite personnelle, initiée en 2014 et toujours en cours, sa part de copropriété du domicile familial a été saisie et fait partie des actifs de la masse en faillite. Il habite néanmoins toujours cette maison en compagnie de son épouse.
c.
C_, ressortissant _, est né le _ et est domicilié en _. Il est marié. Il a obtenu un diplôme en ingénierie mécanique en _, ainsi qu'un autre en business management. Depuis 1978, il a travaillé dans l'industrie pétrolière et gazière, d'abord pour diverses sociétés en _, avant de créer _. Dans ce contexte, il a fourni des conseils et supervisé des chantiers et projets off-shore, ainsi que la réparation de plateformes pétrolières suite à la guerre _ pour deux sociétés _. A partir de 1988, il a représenté la succursale anglaise d'une société _ au _, en _, puis _, notamment pour des opérations sous forme de joint-ventures ou de partenariats avec des sociétés locales. Il est ensuite devenu consultant au _ pour l'une des plus grandes sociétés privées de ce pays. Après avoir décliné plusieurs offres de D_, il a finalement rejoint Groupe D_ en 1999. Il est actuellement retraité.
d.
Selon les extraits de leur casier judiciaire suisse, C_, B_ et A_ n'ont aucun antécédent.
E. a.
M
e
VA_, défenseur d'office de A_ pour la procédure d'appel, dépose un état de frais comptabilisant, sous des libellés divers, 18h00 d'activité de chef d'étude consacrées à la préparation des débats d'appel, ainsi qu'une estimation de 7h00 pour la présence à l'audience d'appel. A cela s'ajoutent les frais forfaitaires et la TVA.
b.
M
e
X_, défenseur d'office de B_ et de C_ pour la procédure d'appel, dépose un état de frais comptabilisant, sous des libellés divers, 51h30 d'activité de collaborateur et 25h50 d'activité de stagiaire, consacrées à la procédure devant la CPR, et la préparation des débats d'appel, 4h20 d'activité de collaborateur pour des entretiens avec le client, ainsi qu'une estimation de 11h00 pour la présence d'un collaborateur à l'audience d'appel. A cela s'ajoutent les frais forfaitaires et la TVA.
EN DROIT
:
1.
Les appels sont recevables pour avoir été interjetés et motivés selon la forme et dans les délais prescrits (art. 398 et 399 CPP).
La partie qui attaque seulement certaines parties du jugement est tenue d'indiquer dans la déclaration d'appel, de manière définitive, sur quelles parties porte l'appel, à savoir (art. 399 al. 4 CPP) : la question de la culpabilité, le cas échéant en rapport avec chacun des actes (let. a) ; la quotité de la peine (let. b) ; les prétentions civiles ou certaines d'entre elles (let. d) ; les frais, les indemnités et la réparation du tort moral (let. f).
La Chambre limite son examen aux violations décrites dans l'acte d'appel (art. 404 al. 1 CPP), sauf en cas de décisions illégales ou inéquitables (art. 404 al. 2 CPP).
2.
2.1.
Lorsqu'un jugement par défaut est notifié, le condamné a la possibilité soit de demander un nouveau jugement, soit de faire appel, soit de faire les deux (art. 371 al. 1 CPP). L'appel permet notamment de contester l'application de l'art. 366 CPP, tandis que la demande de nouveau jugement porte sur la réalisation des conditions de l'art. 368 CPP (arrêts du Tribunal fédéral
6B_205/2016
du 14 décembre 2016 consid. 3.1 ;
6B_203/2016
du 14 décembre 2016 consid. 1.1 ;
6B_1277/2015
du 29 juillet 2016 consid. 3.3.1 et les références). Afin d'éviter des jugements contradictoires, l'art. 371 al. 2 CPP prévoit que l'appel n'est recevable que si la demande de nouveau jugement a été rejetée.
Une fois l'appel déclaré recevable, l'art. 366 CP peut être analysé. En principe, si le prévenu, dûment cité, ne comparaît pas aux débats de première instance, le tribunal fixe de nouveaux débats (al. 1). Or, une exception au renvoi de l'audience en cas d'absence de l'accusé existe si celui-ci s'est lui-même mis dans l'incapacité de participer aux débats. En pareille circonstance, le tribunal peut engager aussitôt la procédure par défaut (al. 3), soit à la première audience sans qu'une nouvelle convocation ne soit nécessaire (L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND [éds],
Code de procédure pénale – Petit commentaire
, 2
e
éd., Bâle 2016, n. 13
ad
art. 366 ; A. KUHN / Y. JEANNERET [éds],
Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse
, Bâle 2011, n. 31
ad
art. 366 ; M. NIGGLI / M. HEER / H. WIPRÄCHTIGER [éds],
Basler Kommentar
Schweizerische
Strafprozessordnung / Jugendstrafprozessordnung : Art. 1-195 StPO
, 2
e
éd., Bâle 2014, n. 9
ad
art. 366). Une telle incapacité fautive n'est pas définie par le texte légal, mais l'on peut penser au prévenu qui, malgré sa connaissance de la date des débats, dépose une demande d'ajournement au motif qu'il doit se rendre à l'étranger et s'y rend sans même attendre la réponse de la direction de la procédure. Dans tous les cas, aucune confusion ne doit intervenir avec l'art. 114 al. 2 CPP où l'ajournement à lieu en présence d'une personne en proie à une maladie ou un accident (L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND [éds],
op. cit.
, n. 14
ad
art. 366 et référence citée). Par ailleurs, le tribunal engagera également une procédure par défaut lorsqu'il existe un intérêt public, tel qu'un risque de prescription, à ce que la procédure pénale soit close aussi rapidement que possible (Message relatif à l'unification de la procédure pénale du 21 décembre 2005, FF 2006 1283). Cependant, la procédure par défaut ne peut, en outre, être engagée que si le prévenu a eu suffisamment l'occasion de s'exprimer auparavant sur les faits qui lui sont reprochés et si les preuves réunies permettent de rendre un jugement en son absence (al. 4).
2.2.
En l'espèce, se fondant sur l'art. 368 CPP, B_ a déposé un recours, concluant à ce que sa cause soit à nouveau jugée par le tribunal de première instance. Tant la CPR que le Tribunal fédéral ont rejeté sa demande. Il lui restait ainsi la possibilité de se prévaloir d'une violation de l'art. 366 CPP dans le cadre de la procédure d'appel.
L'appelant a été convoqué une première fois par le Tribunal correctionnel le 10 décembre 2014 pour une audience devant se tenir le 7 janvier 2015. Dans son courrier du 16 décembre 2014, son conseil a attiré l'attention du premier juge sur le fait que l'ensemble des biens de son mandant étaient soumis à la tutelle d'un trustee. Ce dernier refusait de libérer les fonds nécessaires permettant une présence à l'audience à Genève. Ce courrier mentionnait aussi que toute démarche utile pour pallier à ce problème serait entreprise par l'appelant. L'audience prévue en janvier 2015 a dès lors été annulée, dans l'attente d'une nouvelle convocation. Une nouvelle opportunité a ainsi été offerte par le tribunal de première instance à B_ de comparaître.
Le 19 février 2015, une seconde convocation a été transmise à l'appelant pour une audience devant se tenir les 23 et 24 avril 2015. Cependant, celui-ci n'a entrepris aucune démarche pour se procurer les moyens de comparaître, excepté d'adresser une seconde demande laconique à son trustee, le 9 mars 2015, dont le résultat n'a pas été différent du précédent.
Dans le courrier de son conseil, en date du 14 avril 2015 seulement, rien ne fait état d'une tentative pour contester cette décision ou pour trouver les fonds nécessaires par un autre moyen. Pourtant, depuis la mise sous séquestre de ses biens, tant au niveau pénal en mai 2010 que civil en juillet 2013, l'appelant aurait pu épargner un peu d'argent en prévision de sa comparution dans la procédure suisse. Du reste, seuls deux mois d'économies auraient été requis pour obtenir les CHF 800.- nécessaires selon lui à sa venue en Suisse. En effet, l'appelant réalisait avec son épouse un revenu mensuel de CHF 2'481.60, alors que leur minimum vital est établi à CHF 2'018.- par mois. Le Tribunal fédéral a d'ailleurs considéré, dans son arrêt de décembre 2016, qu'un tel effort n'apparaissait pas excessif sur une courte période et en vue de se soumettre à un impératif aussi important que de comparaître en qualité de prévenu à une audience de jugement (consid. 2.1.3.1 et 2.2.4). Il a souligné également que l'appelant aurait également pu se tourner vers sa famille ou ses amis afin d'obtenir une aide financière, ce qu'il ne prétendait pas avoir tenté sans succès. Ces assertions n'ont pas été remises en cause par B_, ce qui tend à montrer qu'il ne voulait pas se présenter à une quelconque audience de jugement.
De plus, l'appelant a été en mesure de comparaître devant la juridiction d'appel, alors même qu'aucun changement dans sa situation personnelle, en particulier financière, depuis 2015 n'a été invoqué. D'ailleurs, il a expliqué que sa faillite personnelle, initiée fin 2014, était toujours en cours. Il apparaît ainsi que l'appelant aurait été en mesure de se présenter devant le Tribunal correctionnel.
L'appelant avait, par ailleurs, tout intérêt à ce que la procédure de jugement se tienne à une date la plus éloignée possible, au vu de la prescription déjà atteinte pour une partie des faits reprochés. Le retard pris dans les réponses de son conseil au Tribunal correctionnel penche également en ce sens.
La CPAR relève enfin que l'appelant a pu s'exprimer à maintes reprises sur les faits poursuivis, tant devant le MP que devant la CPAR. Il a bénéficié d'une défense efficace tout au long de la procédure, étant assisté de ses conseils. Les éléments figurant au dossier permettaient de rendre un jugement en l'absence du prévenu.
En conclusion, et comme l'a retenu le Tribunal fédéral, la non-comparution de B_ était manifestement fautive, et donc volontaire, sans compter qu'il y avait un intérêt public à ce que les débats se tiennent sans tarder, vu la prescription toute proche.
Ainsi, une procédure par défaut a été engagée à bon droit par le Tribunal correctionnel, ce qui conduit au rejet de l'incident soulevé.
3.
3.1.
L'art. 9 CPP consacre la maxime d'accusation, composante du droit d'être entendu consacré par l'art. 29 al. 2 Cst. et peut aussi être déduit des art. 32 al. 2 Cst. et 6 § 3 CEDH. Aux termes de cette disposition, une infraction ne peut faire l'objet d'un jugement que si le MP a déposé auprès du tribunal compétent un acte d'accusation dirigé contre une personne déterminée sur la base de faits précisément décrits. En effet, le prévenu doit connaître exactement les faits qui lui sont imputés, afin qu'il puisse s'expliquer et préparer efficacement sa défense (ATF
141 IV 132
consid. 3.4.1 ;
140 IV 188
consid. 1.3 ;
133 IV 235
consid. 6.2 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_275/2016
du 9 décembre 2016 consid. 2.1).
Selon l'art. 325 al. 1 CPP, l'acte d'accusation désigne notamment le plus brièvement possible, mais avec précision, les actes reprochés au prévenu, le lieu, la date et l'heure de leur commission ainsi que leurs conséquences et le mode de procéder de l'auteur, ainsi que les infractions réalisées et les dispositions légales applicables de l'avis du MP. En d'autres termes, l'acte d'accusation doit contenir les faits qui, de l'avis du MP, correspondent à tous les éléments constitutifs de l'infraction reprochée au prévenu (arrêts du Tribunal fédéral
6B_275/2016
du 9 décembre 2016 consid. 2.1 ;
6B_58/2016
du 18 août 2016 consid. 1.1). Pour le blanchiment d'argent, qui nécessite une infraction préalable, celle-ci doit aussi être décrite dans la mesure du possible dans l'acte d'accusation, de sorte que l'accusé puisse se défendre contre cette hypothèse. Puisque, selon la pratique du Tribunal fédéral, ni l'auteur de l'infraction préalable ni les circonstances précises de cette dernière ne doivent être connues, les exigences relatives à la présentation de l'état de faits dans l'acte d'accusation sont relativement faibles. Il doit cependant apparaitre clairement que les actifs en cause proviennent d'un crime (art. 10 al. 2 CP), sans que toutefois les actes individuels précis ne doivent être spécifiés de façon contraignante, de telle sorte que, selon les circonstances, différents crimes puissent alternativement être répertoriés comme infractions préalables possibles (M. NIGGLI / M. HEER / H. WIPRÄCHTIGER [éds],
op.cit.
, n. 36
ad
art. 325 CPP). Il doit donc ressortir de l'acte d'accusation des éléments permettant de concevoir un crime préalable au blanchiment d'argent reproché. Si le prévenu estime que le crime préalable n'est pas suffisamment établi, il lui appartient de soulever ce point au fond, c'est-à-dire de soutenir que l'un des éléments constitutifs de l'infraction n'est pas réalisé (arrêts du Tribunal fédéral
6B_489/2013
du 9 juillet 2013 consid. 1.4 ;
6B_36/2009
du 14 avril 2009 consid. 1.4).
3.2.
En l'espèce, seul A_ a invoqué la violation de la maxime d'accusation. Selon lui, l'acte d'accusation n'est pas assez précis sur quatre des éléments constitutifs du blanchiment d'argent.
Concernant la provenance criminelle des fonds, l'acte d'entrave et le caractère intentionnel, l'acte d'accusation décrit, en détails, le
modus operandi
suivi par les prévenus, en particulier la constitution d'une société offshore, en dehors de l'_, l'ouverture d'un compte bancaire en Suisse, le versement des commissions sur ledit compte et leur transfert, à parts égales, sur leur compte personnel également en Suisse. Le MP arrive ainsi à la conclusion que A_, B_ et C_ ont agi de la sorte pour entraver l'identification de l'origine criminelle des fonds crédités sur leur compte auprès de la Banque G_ à Genève, soit l'identification de commissions occultes perçues au détriment de Société D1_ et Société D2_, se rendant ainsi coupables de blanchiment d'argent au sens de l'art. 305
bis
ch. 1 CP. Dès lors, l'acte d'accusation n'est pas critiquable sur ces points.
A propos du caractère punissable en droit _ du comportement reproché, la CPAR rappelle que l'infraction préalable n'a pas besoin d'être spécifiée de façon contraignante. Dès lors, les développements contenus dans l'acte d'accusation concernant la position de A_ au sein de Société D1_ et Société D2_ font apparaître la volonté d'étayer une qualification de gérant, et donc l'existence d'un devoir de veiller aux intérêts du groupe, violé par la création secrète de Société ABC_ pour encaisser sans droit des commissions occultes. Assisté par deux avocats, il était aisé pour l'appelant de concevoir une incrimination préalable pour gestion déloyale aggravée (art. 158 ch. 1 al. 3 CP). Devant la Cour de céans, le conseil de B_ et C_ a d'ailleurs soulevé sans difficulté qu'un tel crime préalable était, à son avis, insuffisamment établi. Par conséquent, l'acte d'accusation était également assez clair sur ce point.
Ainsi, l'acte d'accusation est suffisamment précis pour permettre à l'appelant de connaître tous les faits reprochés et donc de préparer adéquatement sa défense.
La maxime d'accusation n'a par conséquent pas été violée. Le grief est rejeté.
4.
4.1.
L'art. 10 al. 2 CPP consacre le principe de la libre appréciation des preuves, en application duquel le juge donne aux moyens de preuves, produites tout au long de la procédure, la valeur qu'il estime devoir leur attacher pour se forger une intime conviction sur la réalité d'un fait (arrêt du Tribunal fédéral
6B_348/2012
du 24 octobre 2012 consid. 1.3). Quant à l'art. 10 al. 3 CPP, il prévoit le principe
in dubio pro reo
qui concerne tant le fardeau de la preuve que l'appréciation des preuves. Il découle de la présomption d'innocence, garantie notamment par l'art. 6 § 2 CEDH.
En tant que règle sur le fardeau de la preuve, ce principe signifie qu'il incombe à l'accusation d'établir la culpabilité de l'accusé, et non à ce dernier de démontrer son innocence. Il est violé lorsque le juge rend un verdict de culpabilité au seul motif que l'accusé n'a pas prouvé son innocence ou encore lorsqu'il tient la culpabilité du prévenu comme démontrée uniquement parce que celui-ci n'a pas apporté des preuves qui auraient permis de lever les doutes quant à son innocence ou sa culpabilité (ATF
127 I 38
consid. 2a et les arrêts cités).
Il s'ensuit que le juge ne peut pas conclure à la culpabilité d'un prévenu simplement parce que celui-ci choisit de garder le silence. En revanche, ce droit n'interdit pas de prendre en considération le silence du prévenu dans des situations qui appellent assurément une explication de sa part, pour apprécier la force de persuasion des éléments à charge ; à cet égard, le droit de se taire n'a donc pas de portée absolue. Partant, si les preuves à charge appellent une explication, que l'accusé devrait être en mesure de donner et pour laquelle il n'a aucune raison valable de se taire, l'absence de celle-ci peut permettre de conclure, par un simple raisonnement de bon sens, qu'il n'existe aucune explication possible et que l'accusé est coupable (arrêts du Tribunal fédéral
6B_748/2009
du 2 novembre 2009 consid. 2.1. ;
6B_509/2008
du 29 août 2008 consid. 3.2.2. ;
1P.641/2000
du 24 avril 2001 consid. 3 et les références citées ; L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND [éds],
op. cit.
, n. 19
ad
art. 10).
De même, confronté à des versions contradictoires, le juge forge sa conviction sur la base d'un ensemble d'éléments ou d'indices convergents. Est déterminante la force de conviction attachée à chaque moyen de preuve, et non le genre de preuve administrée. L'appréciation des preuves doit être examinée dans son ensemble et l'état de fait déduit du rapprochement de divers éléments ou indices. Un ou plusieurs arguments corroboratifs peuvent demeurer fragiles si la solution retenue peut être justifiée de façon soutenable par un ou plusieurs arguments de nature à emporter la conviction (ATF
129 I 8
consid. 2.1 ; arrêts du Tribunal fédéral
6B_1230/2015
du 22 avril 2016 consid. 2 ;
6B_109/2014
du 25 septembre 2014 consid. 2.1 et
6B_398/2013
du 11 juillet 2013 consid. 2.1). Ainsi, le juge construit sa conviction tant sur les premières déclarations du prévenu que sur les nouvelles, valant rétractation, et apprécie les circonstances dans lesquelles l'intéressé a modifié ses déclarations initiales (arrêts du Tribunal fédéral
6B_157/2011
du 20 septembre 2011 consid. 1.2 ;
6B_626/2008
du 11 novembre 2008 consid. 2.1 et les référence citées).
4.2.1.
Les éléments à charge apportés par les parties plaignantes et le MP permettent de tenir pour établi que Société D2_ a été créée le _ novembre 2005, tandis que Société ABC_ l'a été le _ février 2006. Société F_ a demandé à Société D2_ de lui trouver de multiples fournisseurs pour ses opérations pétrolières. A_ et C_ ont été membres du CA de Société D2_ dès sa création. Ils ont tous deux été impliqués dans la gestion de Société D2_, en particulier en participant aux prises de décisions du CA. A partir d'avril 2007, C_ ne siégeait plus au CA de Société D2_, mais était au bénéfice d'un contrat de consultant, d'une durée d'une année avec Groupe D_, dans le cadre de diverses transactions, sous les aspects commerciaux et techniques, de négociations et d'analyse pour la prospection commerciale. B_ était consultant pour Société D3_, depuis 2004, utilisant le papier en-tête de cette société, pouvant signer ses e-mails en ajoutant les mentions "
Directeur des projets onshore offshore
" et "
au nom et pour le compte de Groupe D
_". B_, présent aux CA de Société D2_ des _ janvier et _ novembre 2006, négociait avec les fournisseurs de Société D2_. Il était autorisé à signer des ordres d'achats supérieurs à _ 100'000.-, soit supérieurs à CHF 30'000.- environ, vu l'e-mail du _ octobre 2007 où il lui était demandé à qui il avait délégué ce pouvoir. A partir du _ septembre 2007, B_ était le Directeur général des services techniques de Société D1_, responsable de tous les aspects techniques des projets et services, rapportant directement à D_. B_ et C_ ont signé des AFE et, avec A_, des ordres d'achats adressés aux fournisseurs de Société D2_ pour des montants très importants. Si B_ a estimé avoir eu peu de contacts avec A_, ce dernier les qualifie, à l'inverse, de fréquents, hebdomadaires, à l'époque des faits, plus particulièrement lorsque il était présent en _.
Les appelants étaient les actionnaires à parts égales de Société ABC_. Un compte bancaire a été ouvert pour Société ABC_ auprès de la Banque G_ à Genève, dont les appelants étaient tous trois ayants-droit économiques. Les appelants ont ensuite, au cours d'un processus conjoint, ouvert un compte personnel pour chacun d'entre eux. Les adresses afférentes à ces comptes étaient des cases postales à _.
Plusieurs contrats de consultant ou leurs ébauches ont été rédigés, respectivement négociés entre Société ABC_ et des fournisseurs de Société D2_, dont la caractéristique était de prévoir la rémunération de Société ABC_ pour des services décrits de façon toute générale et de la qualifier de "
commission de succès
" selon un certain pourcentage, ainsi que de la conditionner à la réception de l'ordre d'achat, respectivement de fonds par des tiers.
Entre le _ mai 2006 et les _-_ septembre 2008, GBP 270'800.- et USD 5'851'005.78 ont été crédités sur le compte de Société ABC_ en provenance de fournisseurs de Société D2_, ces fonds étant transférés, à parts égales, sur les trois comptes personnels des appelants.
Les versements par les fournisseurs de Société D2_ sur le compte de Société ABC_ étaient précédés d'ordres d'achats, émis par Société D2_ en leur faveur et signés, notamment, par les appelants.
Par exemple, les versements de Société L_ du _ décembre 2006 et Société K_ du _ février 2007 sur le compte de Société ABC_ sont intervenus très peu de temps après l'émission des ordres d'achats par Société D2_, respectivement les _ novembre 2006 et _ janvier 2007, dans un rapport de proportion en outre identique, ce qui démontre leur lien avec les commandes de Société D2_ et en fait des commissions sur celles-ci.
Sur les quatorze versements à Société ABC_ retenus dans l'acte d'accusation, seuls deux ne sont pas encore prescrits, à savoir USD 734'788.- de la part de Société M2_ le _ juillet 2008 et USD 124'500.- de la part de Société J_ les _-_ septembre 2008.
Concernant les USD 734'788.- versés par Société M2_, les différentes pièces à la procédure permettent de retenir l'historique suivant : un devis est transmis le _ janvier 2006 par MA_, pour Société M2_, à B_ pour USD 6'355'391.-, concernant le matériel de base. Le _ février 2006, un AFE et un ordre d'achat # Société D2_-06-07 ont été signés, respectivement approuvés, notamment, par B_ et C_, pour des montants similaires. Par e-mail du _ avril 2007, B_ transmet à Société M2_ une facture du _ mars 2007 "
pour comms
", lesquelles commissions se montent à 8%. Cette facture, émise par Société ABC_ et signée par B_, contient la référence "
Société D2_
0607
" et se monte à USD 508'431.68.-, soit 8% des USD 6'355'391.- susmentionnés. Toutefois, la collaboration avec Société M2_ ne semble pas s'être déroulée comme prévu, au regard des nombreux e-mails entre ses représentants et B_ ou son fils, pour savoir si les prix mentionnés dans leurs échanges comprenaient bien "
les 8%
", ainsi que de l'absence de tout versement sur le compte bancaire de Société ABC_ pour USD 508'431.68.-. Les obstacles rencontrés ont conduit Société M2_ et Société ABC_ à conclure un contrat de représentation limitée, le _ octobre 2007, lequel énumère à son annexe A différents montants. Si les six premiers se rapportent à la facture impayée du _ mars 2007, les autres peuvent tous être rattachés, à hauteur de 8%, à des ordres d'achats, à savoir ceux des _ juin 2006, _ octobre 2006, _ août 2006 et _ juin 2007. D'ailleurs, il est possible de retrouver la trace de ces ordres d'achat dans les e-mails entre Société M2_ et B_, respectivement son fils. L'ordre d'achat du _ juin 2006, référencé # Société D2_-06-18, est traité dans l'e-mail du _ juin 2006 ; l'ordre d'achat du _ août 2006, référencé # Société D2_-06-22 et finalement transmis dans l'e-mail du _ octobre 2006, était initialement celui, référencé Société D2_-06-21, dont traite l'e-mail du _ août 2006 ; l'ordre d'achat du _ octobre 2006, référencé # Société D2_-06-20, est traité dans les e-mails des _ août et _ octobre 2006 ; l'ordre d'achat du _ juin 2007, référencé # Société D2_6-0037-07, peut être mis en relation avec le devis, incluant les 8%, concernant les planchers de forage, bossoirs et
power slip frames
des plateformes 5 et 6, transmis par e-mail du _ mai 2007. Ces ordres d'achats portent en particulier les signatures de B_, C_ et A_. En outre, au total, les montants figurant à l'annexe A représentent USD 734'808.-, soit la facture de Société ABC_, en date du _ octobre 2007. Cependant, les relations entre Société M2_ et Société ABC_ paraissent toujours aussi compliquées, au regard des e-mails échangés durant le premier semestre 2008 à propos de factures impayées, empêchant le versement des 8% ou, en d'autres termes, des USD 734'808.-. En définitive, un versement est parvenu sur le compte de Société ABC_ en provenance de Société M2_, le _ juillet 2008, à hauteur d'USD 734'788.-, soit une version renégociée de la facture du _ octobre 2007, selon toute vraisemblance.
Quant aux USD 124'500.- versés par Société J_, il est possible de se référer à la facture du _ août 2008 concernant la reconfiguration de moteurs diesel _3516B, mais qui ne peut être rattachée à aucun des deux ordres d'achats mentionnés par les parties plaignantes. En effet, l'ordre d'achat du _ avril 2006, référencé # Société D2_-06-12, concerne l'achat de huit moteurs diesel, et non leur reconfiguration, et se chiffre en GBP au lieu d'USD, ce qui le rattache plus vraisemblablement à la facture de Société ABC_ du _ avril 2006. De même, l'ordre d'achat du _ novembre 2006, référencé # Société D2_-06-2-02, concerne également huit moteurs diesel et se chiffre en GBP, ce qui le rattache avec plus de vraisemblance à la facture de Société ABC_ du _ janvier 2007. Toutefois, le même mécanisme que pour les autres versements semble bien avoir été mis en œuvre au regard de la répartition des fonds.
Au vu de ce qui précède, les versements de Société M2_ et Société J_ sont bien issus de surfacturations et représentent des commissions pour Société ABC_.
Dès lors, il ne s'agissait pas pour les appelants d'apporter la preuve de leur innocence ni même de lever un simple doute quant à leur culpabilité, mais d'expliquer un fort faisceau d'indices concordants. Pourtant, à aucun moment ils n'ont jugé opportun de verser à la procédure une quelconque documentation liée aux contrats passés entre Société ABC_ et les fournisseurs de Société D2_, afin de démontrer leur concrétisation réelle et, ainsi, pouvoir justifier les paiements encaissés. Ils se sont contentés de contester que les fonds transférés sur le compte de Société ABC_ par les différents fournisseurs de Société D2_ étaient des commissions liées aux contrats entre ceux-ci et Société D2_.
Par ailleurs, ils étaient les seuls à détenir, si ce n'est les preuves nécessaires, à tout le moins la capacité de les obtenir. En effet, la difficulté de trouver des preuves exhaustives dans les affaires complexes est indéniable. Elle est renforcée lorsque ladite affaire concerne des commissions occultes et comporte des éléments d'extranéité, plus particulièrement encore lorsque ceux-ci impliquent l'_, pays avec lequel l'entraide judiciaire est difficile. A cela s'ajoute le fait que la majorité de la documentation comptable et contractuelle de Société D2_ a été déplacée dans des containers mobiles, placés au milieu du désert, à plus de 50 km d'_, siège de Société D2_. Ces mêmes containers ont, de surcroît, été vandalisés et les documents qu'ils contenaient ont en grande partie été volés ou détruits. Ainsi, aucun ordre d'achat ou de transfert relatif à Société D2_ n'y a été retrouvé. Ces allégations des parties plaignantes n'ont pas été contestées par les appelants.
Ainsi, les éléments apportés par l'accusation sont suffisants pour emporter la conviction de la CPAR. Les appelants n'avaient aucune raison de se taire et de ne pas compléter le dossier, tant la nécessité de soutenir leurs déclarations par des pièces était évidente.
4.2.2.
A_ a expliqué que Société ABC_ avait été créée afin de concrétiser un projet en _. Celui-ci s'était soldé par un échec et avait constitué la seule participation de l'appelant à cette société. Dès lors, il ne connaissait pas le nom des sociétés en relation avec Société ABC_. En outre, Société ABC_ ne pouvait pas intervenir en _, ce qui rendait, aux yeux de l'appelant, tout contrat entre Société ABC_ et Société I_ impossible concernant ce pays. Toutefois, A_ a admis, devant le Tribunal correctionnel, avoir dit à GA_ que les activités de Société ABC_ avaient lieu dans ce pays. De plus, bien qu'il ait produit des documents rattachés au projet _, les seuls contrats ou leur ébauche, également versés à la procédure, ont été passés entre Société ABC_ et des sociétés actives commercialement en _, de surcroît en qualité de fournisseurs de Société D2_. A ce propos, A_ a déclaré, en audience de jugement, ne pas être surpris que Société ABC_ ait conclu un accord de représentation avec Société M2_ pour des ventes à Groupe D_. Pourtant, devant le MP, il avait affirmé que les quatre plateformes proposées par Société M2_ à Groupe D_ avait été refusées par D_. En conséquence, les contradictions dans les propos de l'appelant et avec les pièces du dossier sont importantes.
A_ a prétendu ignorer les mouvements intervenus ainsi que la provenance des avoirs versés sur le compte de Société ABC_ et sur le sien. Concernant le compte de Société ABC_, la raison en était simple : il ne le gérait pas et n'en recevait même pas les relevés. Il a nié en connaitre l'adresse de correspondance, alors que lui-même, avec C_ et B_, avaient donné l'instruction à la banque d'y transmettre la documentation originale en son propre nom. Cette adresse était, en outre, identique à celle de son compte personnel. Il a affirmé, déjà devant le MP, être informé des virements effectués par la Banque G_ tous les six mois environ, même s'il n'en connaissait pas l'arrière-plan économique. Des éléments du dossier démontrent que l'appelant était au courant de l'approvisionnement des comptes : sa propre demande, en octobre 2006, à GA_, de placer des fonds qui allaient arriver sur son compte personnel, ainsi que les comptes rendus de visites et d'entretiens téléphoniques avec son banquier, établissent que l'appelant s'intéressait et était tenu dûment informé des différents mouvements sur lesdits comptes. En audience de jugement, A_ a, par ailleurs, admis avoir eu connaissance du versement d'un montant d'USD 250'000.- sur son compte personnel en octobre 2006.
A fortiori
, l'ayant droit économique d'un compte personnel approvisionné, durant une période de surcroît restreinte, par plus d'USD 2'000'000.-, ne peut pas s'être trouvé dans une telle ignorance. De plus, cette attitude ne correspond pas à la personnalité de l'appelant, lequel se souciait de sa situation financière, en particulier dans ses courriers à D_, où il se plaignait de sa rémunération et de ses perspectives financières pour sa retraite.
A_ a également, devant le Tribunal correctionnel, déclaré ne pas avoir voulu des fonds se trouvant sur son compte bancaire suisse, lorsqu'il avait appris leur existence. Pourtant, devant le MP, il en avait revendiqué la propriété. Il est en outre difficile de croire A_ lorsqu'il affirme ne pas avoir travaillé pour Société ABC_ et que les transferts d'argent, pour des sommes élevées, sur son compte personnel, n'avaient été effectués qu'en raison de son statut d'actionnaire.
Quant à B_, qui n'a souvent tout simplement pas répondu aux questions qui lui étaient posées, arguant du secret commercial ou d'une procédure en cours aux _, il a exprimé pas moins de quatre versions différentes, concernant les commissions versées à Société ABC_, sans jamais les étayer par des pièces. Tout d'abord, il a expliqué devant le Juge d'instruction que ces versements n'étaient tout simplement pas liés à Groupe D_. Ensuite, elles sont devenues la rémunération de Société ABC_ pour son travail effectué en faveur de Société D2_, aux fins d'atteindre les spécifications de Société F_, puis, devant le juge _, des montants demandés par Société D2_ afin de parer à tout imprévu. Enfin, devant la CPAR, il a affirmé qu'il s'agissait d'encouragements, sans rapport avec Société ABC_, pour que les fournisseurs de Société D2_ remplissent rapidement leurs obligations.
De même, B_ a expliqué qu'aucun contrat écrit avec Société K_ n'existait car cela était impossible avec une entreprise _. Pourtant, les pièces mettent à mal cette affirmation : un contrat écrit entre Société ABC_ et Société H_, société _, a été produit à la procédure.
Lorsque B_ est interrogé, devant la CPAR, sur les ordres d'achats, il regrette la sélection de 26 d'entre eux concernant Société M2_, effectuée par les parties plaignantes, sur la septantaine d'ordres établis. Or, c'est oublier que les parties plaignantes en ont fourni bien plus avant l'audience devant le Tribunal correctionnel. Seul le jugement attaqué mentionne 26 ordres d'achat liés à cette société. Néanmoins, pour conforter son propos, B_ a tenté de s'appuyer sur la production d'un seul des deux ordres d'achats liés aux
top drives
. S'il est vrai que le jugement du Tribunal correctionnel n'en mentionne qu'un, les parties plaignantes ont bien fourni les deux ordres d'achats, datés du _ décembre 2006, à l'attention de NON, pour USD 1'742'824.- chacun. Ceux-ci ont d'ailleurs été approuvés par l'appelant. En outre, B_ a laissé entendre que les parties plaignantes avaient produit ces 26 ordres d'achats car le 8% de leur total correspondait au montant des trois factures de Société ABC_ à Société M2_, dont la contre-valeur a été versée sur son compte bancaire. Or, en utilisant les montants mentionnés dans le jugement, ces trois factures pour USD 1'775'639.- représentent plus que 8% du total desdits ordres d'achats, soit 9.2% d'USD 19'257'651.
Enfin, C_ n'a fait que confirmer les déclarations de B_, selon lesquelles l'argent versé à Société ABC_ n'avait rien à voir avec Groupe D_.
En conséquence, les explications des appelants sont dénuées de toute crédibilité en comparaison des autres éléments figurant à la procédure.
En conclusion, la CPAR tient pour établi que les trois appelants ont mis en place un système leur permettant de s'octroyer des commissions auprès de divers fournisseurs de Société D2_, dans un but de s'enrichir au détriment de cette dernière.
5.
5.1.
Avant d'analyser les éléments constitutifs du blanchiment d'argent, au sens de l'art. 305
bis
ch. 1 CP, il est nécessaire de s'assurer de la réalisation d'une infraction préalable.
Sans que sa preuve stricte ne soit exigée, les valeurs patrimoniales blanchies doivent provenir d'un crime (ATF
138 IV 1
consid. 4.2.2 et 4.2.3.2). Deux conditions sont à examiner : (
i
)
l'acte dont sont issues les valeurs patrimoniales doit être considéré comme une infraction pénale en vertu de la législation de son lieu de commission et (
ii
) il doit constituer un crime en vertu du droit suisse, soit selon l'art. 10 al. 2 CP (ATF
136 IV 179
consid. 2 ;
126 IV 255
consid. 3.b/aa ; U. CASSANI,
Commentaire
du droit pénal suisse, partie spéciale
, vol. 9, 1996, n. 15
ad
art. 305
bis
CP ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
Code pénal – Petit commentaire
, 2
e
éd., Bâle 2017, n. 21
ad
art. 305
bis
et références citées ; M. NIGGLI / H. WIPRÄCHTIGER,
Basler Kommentar Strafrecht II : Art. 111-392 StGB
, 2
e
éd., Bâle 2013, n. 67
ad
art. 305
bis
CP ; J.-L. COLOMBINI,
La prise en considération du droit étranger (pénal et extra-pénal) dans le jugement pénal
, thèse, 1983, N 117).
5.2.
Le lieu de commission de l'infraction pénale préalable peut se trouver à l'étranger. Il est alors nécessaire que le comportement reproché soit aussi punissable dans l'Etat où il a été commis (art. 305
bis
ch. 3 CP). Le Tribunal fédéral examine la punissabilité de l'acte préalable commis à l'étranger sous l'angle du principe de la double incrimination abstraite (ATF
136 IV 179
consid. 2.3.6).
5.2.1.
Il importe peu que le droit pénal étranger connaisse la distinction entre crimes, délits et contraventions et qu'il qualifie également l'infraction principale de crime (U. CASSANI,
op. cit.
, n. 15
ad
art. 305
bis
CP ; J.-L. COLOMBINI,
op.cit.
, N 118). En outre, la double incrimination concrète exigeant seulement que la norme étrangère ait un caractère pénal sans égard à sa place formelle dans la législation (code pénal ou législation accessoire) et à la peine prévue, la même chose vaut
a fortiori
pour la double incrimination abstraite (J.-L. COLOMBINI,
op.cit.
, N 118).
Comme il suffit que le crime soit punissable aussi dans l'Etat où il a été commis, on en déduit que le législateur n'a pas voulu faire dépendre l'application de l'art. 305
bis
CP des poursuites et du jugement du crime perpétré à l'étranger. Exiger que l'on connaisse en détail les circonstances du crime, avant de pouvoir réprimer le blanchiment de l'argent ainsi obtenu, aurait considérablement compliqué et ralenti l'action de la justice suisse. C'eût été contraire au but recherché (ATF
120 IV 323
consid. 3.d).
Le crime préalable ne doit, en outre, pas être prescrit au moment de la commission de l'acte constitutif de blanchiment. Si le crime préalable a été commis à l'étranger, le délai de prescription est celui du droit étranger. Ainsi, lorsqu'il est établi avec suffisamment de pertinence que l'infraction principale n'est pas prescrite selon l'ordre juridique étranger, on peut sans autre se référer à cette réglementation (ATF
126 IV 225
consid. 3.b/bb).
5.2.2.
Selon l'expertise demandée par le Tribunal correctionnel à l'ISDC, le droit musulman classique, synonyme de Charia, constitue la principale source, sinon l'unique système de référence juridique en _. Il peut être défini comme l'ensemble des interprétations du Coran et de la Sunna. Le principe de la légalité permet au juge _ de se fonder sur un texte de droit musulman pour définir des actes criminels.
Les "
nizams
" sont ce que les pays de tradition civiliste nomment "loi". Ce sont des textes obligatoires car ce sont des tribunaux autres que ceux de la Charia qui sont normalement compétents. Même lorsqu'un "
nizam
" réglemente une question, cela n'exclut pas nécessairement tout rôle pour le droit musulman classique.
Trois catégories d'infractions existent en droit musulman, dont les infractions
ta'zir
. Celles-ci punissent la commission d'actes interdits (péchés) par la Coran et la Sunna. Elles
peuvent être prévues par un "
nizam
"
ou non. Dans ce second cas, le juge _ se fondera sur le droit musulman classique. Le "
nizam
"
des sociétés, inspiré du droit _, prévoit une norme pénale à son article 229, lequel dispose que "[
s
]
ans préjudice du droit musulman, sera puni par une peine d'emprisonnement d'une durée allant de 3 mois à un an et par une amende d'un montant allant de 5 000
_
à 20 000
_
ou par une de ces deux peines : [...] 8- Tout responsable dans une société ne prenant pas soin de l'application des règles obligatoires prévues par les nizams ou les qararat [décrets/décisions]
". Cette disposition permet donc de sanctionner le comportement d'un administrateur ou d'une personne avec pouvoir de représentation, mandataire ou employé, d'une Sàrl agissant contre les intérêts financiers de celle-ci. En d'autres termes, le
mudir
, qui peut être un étranger au sein d'une Sàrl, ou toute autre personne en charge des intérêts financiers de la société est concerné. Cette précision posée, le non-respect par les salariés, y compris de nationalité étrangère, de leurs obligations, prévues par le code du travail _, semble donc permettre l'application de cette disposition pénale. A cet égard, l'art. 65 de ce code précise que le salarié doit "[...]
1-
[
a
]
ccomplir le travail conformément aux fondements de la profession et conformément aux instructions de l'employeur
" et "
3- avoir une bonne conduite et être de bonne moralité durant l'accomplissement du travail
". Ces obligations peuvent donc être lésées par tout comportement intentionnel contre les intérêts financiers de la société dont le salarié a la charge. Par ailleurs, l'art. 39 al. 2 du Code du travail _ interdit "
au salarié de travailler pour son propre compte
". Or, si l'acte contre les intérêts financiers de la société résulte de l'encaissement de commissions occultes, il est possible de considérer que le salarié a travaillé pour son compte.
En outre, la corruption et la réception de commissions occultes constituent des infractions "
ta'zir
", dont certaines sont réprimées par le "
nizam
" sur la lutte contre la corruption de 1992. En principe, ce "
nizam
" exclut de son champ d'application la corruption dans le cadre des structures privées. Néanmoins, son art. 8 al. 4 et 5 assimile à des fonctionnaires les membres du CA, les personnes avec pouvoir de représentation, les mandataires ou les employés d'une société liée au service public. Ainsi, tel fut le cas pour un salarié _ d'une société privée chargée par Société F_ d'accomplir certains actes à sa place car il travaillait dans une société titulaire d'une concession du service public. Par conséquent, le salarié d'une Sàrl liée par un contrat de sous-traitance avec la société liée contractuellement avec l'autorité gouvernementale pour accomplir une mission de service public est considéré comme un fonctionnaire public et doit répondre des actes de corruption.
Quant aux actes de corruption ne tombant pas dans le "
nizams
"
sur la lutte contre la corruption ou dans l'hypothèse d'une inapplicabilité des dispositions pénales du "
nizam
" des sociétés, le droit musulman classique peut intervenir, toujours par le biais d'une infraction "
ta'zir
", à savoir celle de "
khiyanet al-amana
". Cette infraction réprime la violation du devoir de l'"
amana
", soit la trahison de la confiance. Dès lors, quiconque agit sciemment contre les intérêts financiers d'une société dont elle est en charge, par exemple en recevant un pot-de-vin, viole le devoir de l'"
amana
". En définitive, le principe de l'illicéité de la corruption et de la réception des sommes occultes au regard du droit musulman ne fait pas de doute.
En l'absence de disposition dans le droit musulman classique et dans les "
nizams
" précités concernant la prescription, il semble qu'aucun délai de prescription n'existe pour la poursuite pénale.
5.2.3.
Par ailleurs, l'_ est partie à la Convention des Nations Unies contre la corruption, laquelle demande d'envisager l'adoption des mesures législatives et autres nécessaires pour réprimer la corruption active et passive dans le secteur privé. Bien que signée le _ janvier 2004, l'_ ne l'a ratifiée que le _ avril 2013. Toutefois, cela démontre la volonté de ce pays, durant la période topique, de lutter contre les commissions occultes. Il faut du reste souligner que l'_ se prévaut de posséder une législation moderne et complète en matière de corruption (_). Ainsi, un collaborateur du Ministère de l'intérieur d'_ parle du
nizam
sur la lutte contre la corruption comme d'une
Bribery Law
, issue d'un décret royal en 1992 (_).
5.2.4.
En l'espèce, les appelants étaient tous trois en charge des intérêts de Société D2_, société qualifiée de Sàrl. En effet, A_ et C_ étaient membre de son CA, et donc occupaient la position de "
mudir
", ce qui est envisageable pour des étrangers. Quant à B_, il avait un pouvoir de représentation en sa qualité de consultant, de sorte qu'il importe peu qu'il soit qualifié de mandataire ou d'employé de Société D2_. A partir de cette prémisse, laquelle sera démontrée
infra
(
cf.
consid. 5.3.1.2), la réception de commissions occultes par les appelants est susceptible d'être jugée selon trois dispositions en _ : (
i
) l'art. 229 du "
nizam
" des sociétés en lien avec les art. 39 et 65 du code du travail _ ; (
ii
) l'art. 8 du "
nizam
" sur la lutte contre la corruption, étant donné que Société D2_ est en relation avec F_, soit une société titulaire d'une concession du service public ; et (
iii
) la violation du devoir de l'"
amana
" en application du droit musulman classique.
Afin de s'assurer que la double incrimination abstraite est bien remplie par ces infractions dites "
ta'zir
", seuls comptent leur caractère pénal et l'absence de prescription en _. Tel est bien le cas selon l'avis de l'ISDC.
En revanche, nul besoin d'examiner l'adéquation du système législatif _ avec le droit suisse. A tout le moins, la CPAR constate que l'_ lutte contre la corruption depuis plusieurs années et la réprime pénalement au moyen d'une loi. Pour le surplus, le type de peine prévue pour l'infraction pénale, la place de cette dernière dans un "
nizam
" ou dans le droit musulman classique ou encore sa classification au sein des infractions est sans importance. En outre, l'absence d'une quelconque procédure, respectivement la volonté des parties plaignantes de ne pas poursuivre les appelants en _, n'a aucune influence sur la reconnaissance pénale des faits par la législation de ce pays.
Par conséquent, la double incrimination abstraite est réalisée.
5.3.
La seconde condition liée à l'infraction préalable concerne sa qualification de crime au sens du droit suisse. En l'espèce, elle s'apparente à une gestion déloyale aggravée (art. 158 CP). Cette infraction réprime le comportement de celui qui, en vertu de la loi, d'un mandat officiel ou d'un acte juridique, est tenu de gérer les intérêts pécuniaires d'autrui ou de veiller sur leur gestion et qui, en violation de ses devoirs, aura porté atteinte à ces intérêts ou aura permis qu'ils soient lésés (ch. 1). La peine sera aggravée si l'auteur a agi dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime (ch. 1 al. 3).
5.3.1.1.
Tout d'abord, l'infraction réprimée par l'art. 158 ch. 1 CP ne peut être commise que par une personne qui revêt la qualité de gérant, soit une personne à qui incombe, de fait ou formellement, la responsabilité d'administrer un complexe patrimonial non négligeable dans l'intérêt d'autrui (ATF
129 IV 124
consid. 3.1 ;
123 IV 17
consid. 3b ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 7 s.
ad
art. 158 ; M. NIGGLI / H. WIPRÄCHTIGER,
op. cit.
, n. 13 ss et 51
ad
art. 158 CP). La qualité de gérant suppose un degré d'indépendance suffisant et un pouvoir de disposition autonome sur les biens administrés. Ce pouvoir peut aussi bien se manifester par la passation d'actes juridiques que par la défense, au plan interne, d'intérêts patrimoniaux, ou encore par des actes matériels, l'essentiel étant que le gérant se trouve au bénéfice d'un pouvoir de disposition autonome sur tout ou partie des intérêts pécuniaires d'autrui, sur les moyens de production ou le personnel d'une entreprise. L'activité du gérant peut ainsi avoir trait à la gestion d'intérêts pécuniaires dans des rapports externes ou dans des rapports internes (ATF
129 IV 124
, consid. 3.1 ; ATF
123 IV 17
consid. 3b ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 7 s.
ad
art. 158 ; M. NIGGLI / H. WIPRÄCHTIGER,
op. cit.
, n. 13 et 18 ss
ad.
art. 158 CP).
En règle générale, une qualité de gérant est reconnue aux organes ou membres d'organes de sociétés commerciales (ATF
105 IV 106
consid. 2 ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 11
ad
art. 158). Concernant la qualité de gérant des membres d'organes collectifs qui disposent seulement d'une signature collective, la jurisprudence l'admet sans autre. Il n'y a aucune raison en effet de considérer que seul celui qui jouit individuellement d'un pouvoir de disposition autonome peut tomber sous le coup de l'art. 158 CP, à l'exclusion de ceux qui disposent du même pouvoir collectivement (ATF
105 IV 106
consid. 2 ; TF,
6B_787/2016
du 2 mai 2017 consid. 2.2). Par ailleurs, selon la jurisprudence, l'homme de paille n'est pas exonéré de toute responsabilité dans le cadre de l'art. 158 CP, du fait qu'un tiers lui a prescrit le comportement à adopter (arrêts du Tribunal fédéral
6B_494/2015
du 25 mai 2016 consid. 2.1 ;
6B_223/2010
du 13 janvier 2011 consid. 3.3.1 ;
6B_66/2008
du 9 mai 2008 consid. 6.3.2). Celui qui, en droit, assume des obligations, doit en répondre et ne peut dégager sa responsabilité qu'en se démettant de ses fonctions. Il ne peut invoquer à décharge sa dépendance à l'égard d'autres responsables, fussent-ils ses employeurs (ATF
105 IV 106
consid. 2 p. 110).
Au-delà de la fonction d'organe, la qualité de gérant peut également trouver ses fondement dans des rapports contractuels, tels que le mandat (art. 394 ss CO). Certes, celui qui est soumis au contrôle constant d'un supérieur n'est pas un gérant d'affaires, à l'instar d'un employé qui n'est tenu d'exécuter que des travaux techniques subordonnés (ATF
105 IV 307
consid. 2a). Cependant, il demeure parfaitement concevable de qualifier de gérant l'employé qui, dans le cadre de ses rapports de travail (art. 319 ss CO), et malgré le rapport de subordination caractéristique de ce type de contrat, occupe une position hiérarchique relativement importante, tout en bénéficiant d'une réelle liberté d'action. A titre d'exemple, est ainsi qualifié de gérant un ingénieur habilité, dans le cadre de ses fonctions au sein d'un bureau d'ingénieurs, à accepter des mandats, à négocier des honoraires tout en disposant d'une large indépendance dans l'accomplissement de tâches significatives (ATF
105 IV 307
; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 14
ad
art. 158). Il en va de même d'un responsable commercial d'une entreprise qui conclut des affaires avec des tiers au nom et pour le compte de son employeur ou encore d'un Vice-directeur, puis Directeur et membre de la direction d'un établissement financier (arrêt du Tribunal fédéral
6B_223/2010
du 13 janvier 2011 ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 14
ad
art. 158).
5.3.1.2.
En l'espèce, A_ a affirmé, dans son résumé de carrière, avoir occupé la fonction de Vice-président et CFO de Groupe D_ de 1982 à 2001. Ses responsabilités incluaient alors la négociation et la mise sur pied de joint-ventures, la recherche et la finalisation d'investissements, la direction générale des investissements du groupe, ainsi que les aspects financiers avec le Contrôleur financier du groupe et le Directeur général des joint-ventures. Il rapportait directement au Président. Dès 2002, il a tenu le rôle de CFO, mais pour Société N_. Toutefois, d'une part, cette société appartenait à Groupe D_ au travers d'une société off-shore, aux dires-mêmes de l'appelant, et, d'autre part, cette nomination ne lui a pas fait perdre ses précédentes compétences au sein du groupe. En effet, un courrier de D_ du _ mai 2005, adressé à toutes les entités du groupe, annonçait que A_ devenait COO pour les opérations en _, en plus de son statut de CFO pour l'ensemble du groupe, tant dans ce pays qu'à l'international. Cela est d'ailleurs corroboré par la continuité de son ascension hiérarchique au sein de la société : en 2008, il devenait Vice-président exécutif. D'ailleurs, les témoignages recueillis par le MP concordent tous en ce sens : l'appelant était la personne de contact incontournable pour d'éventuelles relations commerciales avec D_ et était en charge de tout. C_ a abondé dans le même sens lorsqu'il affirmait, devant le MP, et en présence de A_, que celui-ci avait des fonctions dirigeantes au sein du Groupe D_, avec un engagement important.
L'appelant lui-même reconnait, en réalité, sa position lorsqu'il écrit à D_, en 2005, être de fait la personne la mieux à même pour conduire le groupe. Il a admis du reste qu'à part D_, personne dans le groupe, sur le plan financier, n'avait une position plus élevée que la sienne entre 2006 et septembre 2009, sans compter qu'il se qualifie, dans son résumé 2004 de carrière, de conseiller du Président. Cette affirmation est encore renforcée par un témoignage soulignant la proximité et la confiance très forte unissant l'appelant et D_. Dès lors, son statut au sein de Société D2_ ne pouvait pas être inférieur. A_ a ainsi reconnu en avoir été l'administrateur dès sa création en 2006. Que son rôle ait été seulement d'endosser les décisions prises par D_, à l'instar d'un homme de paille, est sans importance pour sa qualification de gérant. Par ailleurs, il est douteux que tel ait été vraiment le cas. En effet, premièrement, lorsque A_ a expliqué son activité au sein des joint-ventures dont il était l'administrateur, il a affirmé devoir résoudre leurs problèmes et s'occuper des négociations avec les banques lorsque de gros prêts étaient en jeux. Le rapport avec la gestion des intérêts financiers conséquents de la société parait ainsi évident. En outre, il devait résoudre les problèmes de ces sociétés, ce qui correspond bien à de la gestion. Deuxièmement, selon un témoin, les décisions importantes relatives aux quatre premiers forages étaient prises collectivement entre C_, B_, D_, lui-même et A_. Ce dernier devait en outre donner son approbation pour tout paiement substantiel effectué pour Groupe D_. D'ailleurs, c'est lui qui a présenté un projet d'investissement d'USD 18'392'000.- pour la plateforme 6 lors du CA de Société D2_, le _ novembre 2006, et a informé ce même CA, le _ mai 2007, d'un accroissement substantiel des coûts projetés requérant encore des clarifications. Par ces actes, A_ défendait, à l'interne, des intérêts patrimoniaux importants. De plus, sa signature apparaissait dans deux ordres d'achat versés à la procédure : un premier en faveur de Société M2_, le _ avril 2007 pour USD 63'900.-, mais surtout un second, toujours en faveur de la même société, le _ juin 2007 pour USD 724'359.50, en lien avec l'un des versements non prescrits. Certes, sa signature n'aurait pas engagé Société D2_ à elle seule, mais cela n'a aucune influence sur son pouvoir de disposition autonome et son degré suffisant d'indépendance.
Quant à C_, il a été engagé par Société D3_ en 1999, en qualité de Vice-président. Toutefois, en 2000, il est devenu Vice-président et Directeur général de Société D1_, responsable pour Société D3_. En 2004, toutes les affaires liées au centre "
Champs pétroliers
" devenaient également de sa responsabilité. L'année suivante, il a même été nommé Senior Vice President Operations, responsable pour les activités opérationnelles de Société D3_, mais également de toutes les joint-ventures pour les divisions "
Produits champs pétroliers et Services
", ainsi qu'"
Ingénierie et Contrats
". Certes, selon l'appelant, ses diverses nominations n'avaient pour but que de lui fournir un statut, sans lui octroyer le moindre pouvoir d'engagement. Il se considérait comme un consultant, et non comme un employé du groupe. Les témoignages sur cet aspect ne sont pas aussi catégoriques. Quoiqu'il en soit, il n'est pas nécessaire de trancher cette question, étant donné qu'un statut de consultant, doublé d'un titre de Vice-président est apte à créer une position de gérant
.
Par ailleurs, C_ était administrateur de Société D2_ entre sa création en 2006 et fin mars 2007. Durant cette période, l'appelant a signé plusieurs ordres d'achat pour des montants importants. En particuliers, la CPAR constate que C_ a signé, conjointement avec B_, les ordres d'achat en faveur de Société M2_ des _ août et _ octobre 2006, mais également celui du _ février 2006 avec l'AFE y afférent. Par ailleurs, dans le projet de contrat entre Société D2_ et Société H_, les coordonnées de l'appelant sont utilisées pour identifier Société D2_. Deux témoins s'accordent du reste à affirmer que l'appelant négociait et gérait les contrats. Cela est également illustré par la séance du CA de Société D2_, le _ novembre 2006, durant laquelle C_ a reçu l'autorisation de signer le contrat concernant la sixième plateforme. Par conséquent, à l'instar de A_, il importe peu que les décisions importantes concernant les quatre premiers forages aient été prises collectivement entre l'appelant et d'autres intervenants. Il est ainsi établi que C_ avait un pouvoir de gestion au sein de Société D2_, voire plus généralement de Société D1_. Concernant la période postérieure à mars 2007, un nouveau contrat établissait la position de consultant de l'appelant dans le cadre de diverses transactions, sous les aspects commerciaux et techniques, de négociations et d'analyse pour la prospection commerciale. Rien ne démontre néanmoins dans cette énumération que C_ était soumis à un contrôle constant ou se serait détaché des intérêts de la société à en perdre sa position de gérant. Au contraire, l'appelant conservait des tâches significatives qui déterminaient l'avenir économique de la société.
Concernant enfin B_, ce dernier a été engagé comme consultant par Société D3_ en 2004. Savoir si cette qualification donne à l'appelant une position d'employé, ce qui ressort tout de même d'un courrier de Société D3_ délivré à la Banque G_ en 2006, ou de mandataire importe peu, tant ses prérogatives au sein du groupe étaient étendues. B_ a expliqué, d'une part, avoir été rémunéré par Groupe D_, pour qui il a travaillé presque 18 heures par jour, sept jours sur sept. D'autre part, des documents de 2005 démontraient que l'appelant utilisait le papier à en-tête de Société D3_, faisait suivre sa signature de l'expression "
au nom et pour le compte de
Groupe D
_
", voire ajoutait la mention "
Directeur des projets onshore offshore
". Si, en 2006, il n'a pas été nommé administrateur de Société D2_, il n'en signait pas moins en qualité de Directeur de Groupe D_ les AFE, sur lesquels il apparaissait comme responsable du projet. B_ se qualifiait même, dans ce contexte, de représentant de Groupe D_. Quand bien même ce type de document était pré-formaté, il engageait la responsabilité de l'appelant sur le plan technique, ce qui a une influence décisive sur les finances de la société. D'ailleurs, en 2007, l'ascension de l'appelant au sein du groupe s'est poursuivie. Il est en effet devenu Directeur général des services techniques de Société D1_, responsable de tous les aspects techniques des projets et services. Dans ce contexte, il rapportait directement à D_. En outre, un témoin estime que l'appelant n'avait pas à répondre à la chaîne de commandement et disposait d'une certaine indépendance.
Dès lors, la tentative de B_ de minimiser sa position en insistant sur son rôle technique dans le projet de Société D2_ est vaine. Ses compétences d'ingénieur l'ont en effet amené à négocier des contrats au nom de Société D2_, notamment avec Société H_. Dans ce contexte, D_ lui avait demandé, ainsi qu'à C_, de trouver quatre plateformes conformes aux exigences de Société F_. Après les avoir trouvées auprès de Société H_, ils en avaient négocié le prix d'achat. En outre, sur le projet de contrat avec cette société, B_ apparaissait comme la personne de contact. Concernant la relation entre Société M2_ et Société D2_, ce n'est pas sans raison que le devis du _ janvier 2006 lui a été adressé personnellement et que les échanges d'e-mails avec cette société portaient sur la gestion des ordres d'achats. La signature de l'appelant se trouvait, d'ailleurs, sur la majorité de ces derniers, en particulier sur ceux des _ février, _ juin, _ août et _ octobre 2006, en relation avec le second versement non-prescrit. A ce sujet, un e-mail d'un représentant de E_ permet de comprendre que l'appelant avait une autorisation pour signer des ordres d'achats supérieurs à _ 100'000.-, soit CHF 30'000.-. Concernant les AFE, il reconnaissait avoir reçu le pouvoir de signature par instructions orales de EB_, pourtant représentant de E_. Savoir si ces ordres d'achats, respectivement les AFE engageaient la société, ce que nie B_, ne change rien. En effet, l'appelant explique lui-même que les banques exigeaient l'approbation par sa signature du contenu technique car il était le seul ingénieur appelé à expliquer aux banques l'avancement des projets et leur justification technique. En conséquence, son avis déterminait les choix opérés par le CA de Société D2_ et touchait aux intérêts financiers de la société pour des montants pouvant s'élever à plusieurs millions de dollars. Du reste, selon un témoin, B_ faisait également partie de l'équipe au sein de Société D2_ qui prenait les décisions importantes pour les quatre premières plateformes de forage. Pour le surplus, les propos de l'appelant, durant la procédure, ne laissent aucune place au doute : "
Je protégeais les intérêts de
Groupe D
_
". Ainsi, malgré son rôle de consultant, B_ détenait une large indépendance dans l'accomplissement de tâches significatives lui octroyant une position de gérant au sein du groupe.
En conséquence, la première condition mise à l'application de l'art. 158 CP est réalisée pour les trois appelants.
5.3.2.1.
Le comportement délictueux consiste à violer les devoirs inhérents à la qualité de gérant. Le gérant sera ainsi punissable s'il transgresse les obligations spécifiques qui lui incombent en vertu de son devoir de gérer et de protéger les intérêts pécuniaires d'une tierce personne. En effet, pour qu'il y ait gestion déloyale, il ne suffit pas que l'auteur ait été gérant, ni qu'il ait violé une quelconque obligation de nature pécuniaire à l'endroit de la personne dont il gère tout ou partie du patrimoine. Le terme de gestion déloyale et la définition légale de l'infraction exigent que l'obligation violée soit liée à la gestion confiée (ATF
123 IV 17
consid. 3c ;
120 IV 190
consid. 2b ;
105 IV 307
consid. 3 ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 8 et 18 s.
ad
art. 158 ; M. NIGGLI / H. WIPRÄCHTIGER,
op. cit.
, n. 12 et 124 ss
ad.
art. 158 CP).
Il convient donc d'examiner de manière concrète si les actes de gestion reprochés violaient un devoir de gestion spécifique. A cette fin, il faut déterminer, pour chaque situation particulière, le contenu du devoir imposé au gérant. Cette question s'examine au regard des rapports juridiques qui lient le gérant aux titulaires des intérêts pécuniaires qu'il administre, compte tenu des dispositions légales ou contractuelles applicables, voire encore d'éventuelles dispositions statutaires, de règlements internes, décisions de l'assemblée générale, buts de la société et usages spécifiques de la branche (arrêts du Tribunal fédéral
6B_412/2016
du 10 février 2017 consid. 2.3 ;
6B_845/2014
du 16 mars 2015 consid. 3.2 ;
6B_967/2013
du 21 février 2014 consid. 3.2 ;
6B_223/2010
du 13 janvier 2011 consid. 3.3.2 et
6B_446/2010
du 14 janvier 2010 consid. 8.4.1 ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 20
ad
art. 158 ; M. NIGGLI / H. WIPRÄCHTIGER,
op. cit.
, n. 61 s.
ad.
art. 158 CP). Le droit des sociétés impose aux gérants d'une Sàrl d'exercer leurs attributions avec toute la diligence nécessaire et de veiller fidèlement aux intérêts de la société. Leur devoir de fidélité est le même que celui des associés et ils ne peuvent pas faire concurrence à la société, sauf, notamment, si tous les associés donnent leur approbation par écrit (art. 812 de la loi fédérale du 30 mars 1911, complétant le Code civil suisse [CO, Code des obligations –
RS 220
]). Concernant le mandataire, l'art. 398 al. 2 CO le rend responsable de la fidèle exécution du mandat. L'obligation de fidélité vise à prévenir le risque que celui qui agit à la place d'autrui abuse de son pouvoir. Elle contraint ainsi le mandataire à veiller en toutes circonstances aux intérêts présumés de son mandant, ce qui peut le conduire à agir comme à s'abstenir. Il doit le faire de manière loyale, à savoir honnête et, sous réserve de ses honoraires, désintéressée (P. TERCIER / L. BIERI / B. CARRON,
Les contrats spéciaux
, 5
e
éd., Genève, Zurich, Bâle 2016, N 4462).
Caractérise notamment une violation du devoir de gestion l'acceptation de pots-de-vin, dans la mesure où la prestation conduit le gérant à adopter un comportement contraire aux intérêts économiques de l'employeur et porte préjudice à ce dernier. En revanche, la violation d'un simple devoir général de restituer ne suffit pas en soi (ATF
129 IV 124
consid. 4.1 ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 22
ad
art. 158).
La question de savoir si, dans un groupe de sociétés, le devoir de fidélité n'est dû qu'à une seule société, ou au groupe dans son ensemble est délicate. La particularité du groupe de sociétés tient au fait que plusieurs sociétés juridiquement indépendantes sont réunies sous une direction unique. En principe, il faut partir de l'idée que le devoir de fidélité qui découle du contrat de travail n'est dû qu'à la société qui apparaît contractuellement comme l'employeur. Toutefois, il est admis que, dans un groupe de sociétés, en raison du lien économique, un devoir de fidélité élargi peut également exister en faveur des autres sociétés du groupe (ATF
130 III 213
consid 2.2.1 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_233/2013
du 3 juin 2013 consid. 3.2). Ainsi, le gérant d'une filiale a également un devoir de veiller sur les intérêts de la société mère lorsqu'une telle obligation résulte de l'organisation et du but de la société fille (ATF
109 IV 111
consid. 2).
5.3.2.2.
En l'espèce, grâce à leur position de gérant, les appelants détenaient des pouvoirs conséquents au sein du Groupe D_, mais étaient également liés par des obligations à son égard. Ainsi, ils étaient tous trois soumis à un devoir de fidélité découlant pour A_ et C_ de leur position d'administrateur du CA de Société D2_, respectivement de mandataire pour B_, mais aussi pour C_ concernant la période postérieure à la fin mars 2007. En outre, vu l'organisation du groupe et l'étroit lien économique entre ses différentes entités, cette obligation couvrait autant leurs activités au sein de Société D2_ que de Société D1_. Dès lors, les appelants devaient défendre les intérêts de ces dernières, quand bien même leur statut ou un potentiel consentement oral de la part du seul Président du groupe leur aurait donné le droit d'exercer une activité parallèle, ce qu'ils n'ont pas établi. La clause n° 7 du contrat liant A_ à Société N_ ne laisse d'ailleurs aucun doute, stipulant que ce dernier "
ne doit pas, durant son mandat, à moins que le Conseil n'y ait préalablement consenti par écrit, s'engager, être concerné ou être intéressé directement ou indirectement dans la conduite d'une quelconque autre activité commerciale
". Il est douteux que ses deux co-appelants n'aient pas été soumis à une règle similaire.
Le
modus operandi
, explicité
supra
au considérant 4.2.1, démontre que les appelants ont fait fi de leur obligation de loyauté. Tant la création de Société ABC_ en écho à celle de Société D2_, que les termes des contrats, respectivement de leurs ébauches, entre Société ABC_ et les fournisseurs de Société D2_, permettent déjà de saisir les intentions des appelants. Les appelants ont, par le biais de Société ABC_, instauré auprès des fournisseurs de Société D2_ un système de surfacturation, tandis qu'au sein de Société D2_, ils ont abusé de leurs prérogatives pour négocier des conditions en leur seule faveur et, de surcroît, directement avec les fournisseurs de leur choix. Tel a bien été le cas concernant les deux versements ayant échappé à la prescription, à savoir USD 734'788.- de la part de Société M2_ le _
juillet 2008 et USD 124'500.- de la part de Société J_ les _-_ septembre 2008. Ceux-ci ne sont, en définitive, rien d'autre que des pots-de-vin.
Par conséquent, les appelants ont eu un comportement contraire à leur devoir de gérer et de protéger les intérêts pécuniaires des parties plaignantes.
5.3.3.1.
L'infraction de gestion déloyale n'est consommée que s'il y a eu un préjudice patrimonial (ATF
123 IV 190
consid. 3d ;
120 IV 190
consid. 2b ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 24
ad
art. 158). La notion de dommage au sens de cette disposition doit être comprise comme pour les autres infractions contre le patrimoine, en particulier l'escroquerie (ATF
122 IV 279
consid. 2a). Tel est le cas lorsqu'on se trouve en présence d'une véritable lésion du patrimoine, c'est-à-dire d'une diminution de l'actif, d'une augmentation du passif, d'une non-diminution du passif ou d'une non-augmentation de l'actif, ou d'une mise en danger de celui-ci telle qu'elle a pour effet d'en diminuer la valeur du point de vue économique (ATF
129 IV 124
consid. 3.1 ;
123 IV 17
consid. 3d ;
122 IV 279
consid. 2a ;
121 IV 104
consid. 2c ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_845/2014
du 16 mars 2015 consid. 3.3 ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 25
ad
art. 158 ; M. NIGGLI / H. WIPRÄCHTIGER,
op. cit.
, n. 127
ad.
art. 158 CP). Il suffit que le dommage soit certain (arrêts du Tribunal fédéral
6B_412/2016
du 10 février 2017 consid. 2.4 ;
6B_967/2013
du 21 février 2014 consid. 3.3). Il n'existe que lorsque la personne lésée a un droit, protégé par le droit civil, à la compensation du dommage subi (arrêt du Tribunal fédéral
6B_986/2008
du 20 avril 2009 consid. 4.1).
5.3.3.2.
En l'espèce, les appelants ont obtenu des fournisseurs de Société D2_ une surfacturation de leurs prestations. En effet, afin de pouvoir verser la commission requise, ces derniers ont augmenté proportionnellement leur prix, provoquant ainsi des pertes pour les parties plaignantes. D'ailleurs, au cours de la procédure, les appelants ont accepté de les compenser en partie en remettant aux parties plaignantes les fonds séquestrés sur leurs comptes personnels en Suisse, ce qui constitue un indice supplémentaire de leur culpabilité.
En conséquence, un dommage a bien été subi par les parties plaignantes, à tout le moins à hauteur des deux versements non encore prescrits.
5.3.4.1.
Comme pour tout délit matériel, il est nécessaire d'établir un rapport de causalité entre le comportement et le résultat, soit entre la violation du devoir de gestion et le dommage considéré (arrêt du Tribunal fédéral
6B_223/2010
du 13 janvier 2011 consid. 3.3.3 ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 28
ad
art. 158 ; M. NIGGLI / H. WIPRÄCHTIGER,
op. cit.
, n. 127
ad.
art. 158 CP).
5.3.4.2.
En l'espèce, au regard de la démonstration
supra,
considérant 4.2.1, les montants surfacturés au détriment de Société D2_, et plus largement de Société D1_, avant d'être versés sur le compte de Société ABC_ et sur ceux des trois intéressés, proviennent directement de la violation par les appelants de leurs devoirs.
Cette condition est sans autre remplie.
5.3.5.1.
Sur le plan subjectif, la conscience et la volonté de l'auteur doivent englober la qualité de gérant, la violation du devoir de gestion, le dommage et le lien de causalité les unissant (ATF
129 IV 124
consid. 3.1 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_223/2010
du 13 janvier 2011 consid. 3.3.3 ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 29
ad
art. 158 ; M. NIGGLI / H. WIPRÄCHTIGER,
op. cit.
, n. 136
ad.
art. 158 CP).
5.3.5.2.
En l'espèce, concernant leur qualité de gérant, les appelants ne pouvaient qu'avoir conscience des pouvoirs conséquents mis à leur disposition et de leur large influence en découlant sur le groupe. Du reste, une personne ne souhaitant pas détenir de responsabilités aussi conséquentes ne jouit pas d'une telle ascension hiérarchique. De par leur expérience professionnelle, ils ne pouvaient pas ignorer leur obligation de défendre les intérêts du groupe, quand bien même B_ et C_ – pour une courte période – se considéraient comme des consultants.
Quant aux autres éléments constitutifs de l'infraction, le
modus operandi
des appelants démontre le caractère intentionnel de leurs actes. Dans le cas contraire, il n'y avait aucune raison d'agir en secret pour créer une société off-shore aux _, indépendante de Société D2_ et de Société D1_, mais ayant tout de même des relations d'affaires avec des fournisseurs de Société D2_. Les précautions prises démontrent que les appelants savaient que leur comportement était illicite.
Certes, les appelants se sont défendus, devant la Cour de céans, d'avoir procédé en secret. Toutefois, durant l'instruction, leurs propos étaient plus nuancés. Il en ressort que D_ aurait accepté, oralement, une poursuite d'activités avec l'_ par les appelants, en parallèle à celles exercées pour Société D2_, mais en dehors du groupe. Si A_ a affirmé que ce consentement incluait également la constitution de Société ABC_, C_ a expliqué ne jamais avoir fait part au Président de l'existence de cette société, ni même dévoilé son activité ou encore l'identité de ses fournisseurs et leurs paiements. D'ailleurs, aucun des deux témoins travaillant au sein du groupe n'a entendu parler de Société ABC_.
Ainsi, les appelants ont agi intentionnellement.
5.3.6.1.
Le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime constitue une circonstance aggravante (art. 158 ch. 1 al. 3 CP) faisant entrer l'infraction dans la catégorie des crimes (art. 10 al. 2 CP). Par enrichissement, il faut entendre tout avantage économique (arrêts du Tribunal fédéral
6B_412/2016
du 10 février 2017 consid. 2.6 ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 30
ad
art. 158).
5.3.6.2.
En l'espèce, le système mis en place par les appelants avait pour but de prélever des commissions à leur avantage. Celles-ci étaient versées sur le compte de Société ABC_ auprès de la Banque G_. Les appelants l'avait instruite, dans un courrier daté de 2006, de répartir ces versements trimestriellement, à parts égales et sous réserve d'un solde de USD 100'000.-, sur leur compte personnel. Leur banquier a constaté ce procédé et a, en outre, expliqué recevoir généralement un appel de C_ à cette fin, lorsqu'un certain montant était accumulé. Du reste, à partir des trois comptes personnels, des versements sont également intervenus, notamment en faveur des membres de leur famille.
Par conséquent, les appelants étaient guidés par un dessein d'enrichissement illégitime.
5.4.
En conclusion, la CPAR estime qu'un crime préalable à des actes de blanchiment d'argent a bien été commis par les trois appelants, à savoir une gestion déloyale aggravée au sens de l'art. 158 ch. 1 al. 1 et 3 CP.
6. 6.1.
Selon l'art. 305
bis
ch. 1 CP, celui qui aura commis un acte propre à entraver l'identification de l'origine, la découverte ou la confiscation de valeurs patrimoniales dont il savait ou devait présumer qu'elles provenaient d'un crime ou d'un délit fiscal qualifié, sera puni d'une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d'une peine pécuniaire.
6.2.1.
Le comportement délictueux consiste à entraver l'accès de l'autorité pénale au butin d'un crime, en rendant plus difficile l'établissement du lien de provenance entre la valeur patrimoniale et le crime. Il peut être réalisé par n'importe quel acte propre à entraver l'identification de l'origine, la découverte ou la confiscation de la valeur patrimoniale provenant d'un crime (ATF
122 IV 211
consid. 2 ;
119 IV 242
consid. 1a ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 25
ad
art. 305
bis
). Ainsi, le fait de transférer des fonds de provenance criminelle d'un pays à un autre constitue un acte d'entrave
(ATF
129 IV 271
consid. 2.1 ;
127 IV 20
consid. 2b/cc et 3b ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 29
ad
art. 305
bis
). Tombe également sous le coup de cette disposition le placement d'argent provenant d'un crime chaque fois que le mode ou la manière d'opérer ne peut être assimilé au simple versement d'argent liquide sur un compte (ATF
119 IV 242
consid. 1d ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_649/2015
du 4 mai 2016 consid. 1.1 ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 29
ad
art. 305
bis
). L'acte d'entrave doit être examiné de cas en cas, en fonction de l'ensemble des circonstances ; les actes les plus simples pouvant suffire (ATF
136 IV 188
consid. 6.1 ;
127 IV 20
consid. 3a ;
122 IV 211
consid. 2 ;
119 IV 242
consid. 1a).
6.2.2.
En l'espèce, les appelants ont choisi de constituer Société ABC_ aux _, tout en ouvrant les comptes bancaires y afférents à Genève, mais dont l'adresse postale se trouvait à _. En outre, après avoir été versées sur le compte de Société ABC_, les deux sommes d'argent ont été réparties sur les comptes personnels des appelants. Leur banquier a rapporté, de surcroît, qu'à partir de ces comptes, des versements étaient aussi intervenus en faveur des membres de leur famille.
Une telle manière de procéder est singulière et laisse transparaitre la volonté des appelants d'entraver autant que possible la détermination de l'origine des fonds, ainsi que leur découverte et leur saisie.
6.3.1.
L'infraction de blanchiment est intentionnelle, le dol éventuel étant suffisant. L'auteur doit donc, à tout le moins, envisager et accepter que le comportement qu'il choisit d'adopter est propre à provoquer l'entrave prohibée. Au moment d'agir, il doit s'accommoder d'une réalisation possible des éléments constitutifs de l'infraction. L'auteur doit également savoir ou présumer que la valeur patrimoniale provenait d'un crime. À cet égard, il suffit qu'il ait connaissance de circonstances faisant naître le soupçon pressant de faits constituant légalement un crime et qu'il s'accommode de l'éventualité que ces faits se soient produits (ATF
122 IV 211
consid. 2e ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_649/2015
du 4 mai 2016 consid. 2.1 ; M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI [éds],
op. cit.
, n. 33 ss
ad
art. 305
bis
).
6.3.2.
En l'espèce, au regard de leur longue carrière professionnelle internationale, qui plus est dans un domaine aussi sensible que celui du pétrole, ainsi que du
modus operandi
, les appelants ne pouvaient ignorer qu'en ouvrant les comptes bancaires afférents à Société ABC_, ainsi que leurs comptes personnels en Suisse, tout en donnant une adresse postale à _, ils augmentaient les obstacles à l'action de la justice. Ce procédé est le complément logique à la gestion déloyale aggravée commise en amont. Les appelants voulaient de toute évidence dissimuler les fonds issus de leurs actions. Ils ont ainsi agi intentionnellement.
En conclusion, les appelants se sont rendus coupables de blanchiment d'argent et le verdict de culpabilité prononcé par les premiers juges doit être confirmé.
7.
7.1.1.
Selon l'art. 47 CP, le juge fixe la peine d'après la culpabilité de l'auteur. Il prend en considération les antécédents et la situation personnelle de ce dernier ainsi que l'effet de la peine sur son avenir (al. 1). La culpabilité est déterminée par la gravité de la lésion ou de la mise en danger du bien juridique concerné, par le caractère répréhensible de l'acte, par les motivations et les buts de l'auteur et par la mesure dans laquelle celui-ci aurait pu éviter la mise en danger ou la lésion, compte tenu de sa situation personnelle et des circonstances extérieures (al. 2).
La culpabilité de l'auteur doit être évaluée en fonction de tous les éléments objectifs pertinents, qui ont trait à l'acte lui-même, à savoir notamment la gravité de la lésion, le caractère répréhensible de l'acte et son mode d'exécution (
objektive Tatkomponente
). Du point de vue subjectif, sont pris en compte l'intensité de la volonté délictuelle ainsi que les motivations et les buts de l'auteur (
subjektive Tatkomponente
). À ces composantes de la culpabilité, il faut ajouter les facteurs liés à l'auteur lui-même (
Täterkomponente
), à savoir les antécédents (judiciaires et non judiciaires), la réputation, la situation personnelle (état de santé, âge, obligations familiales, situation professionnelle, risque de récidive, etc.), la vulnérabilité face à la peine, de même que le comportement après l'acte et au cours de la procédure pénale (ATF
141 IV 61
consid. 6.1.1 ;
136 IV 55
consid. 5 ;
134 IV 17
consid. 2.1 ;
129 IV 6
consid. 6.1). L'art. 47 CP confère un large pouvoir d'appréciation au juge. Celui-ci ne viole le droit fédéral en fixant la peine que s'il sort du cadre légal, s'il se fonde sur des critères étrangers à l'art. 47 CP, s'il omet de prendre en considération des éléments d'appréciation prévus par cette disposition ou, enfin, si la peine qu'il prononce est exagérément sévère ou clémente au point de constituer un abus du pouvoir d'appréciation (ATF
136 IV 55
consid. 5.6 ; arrêts du Tribunal fédéral
6B_326/2016
du 22 mars 2017 consid. 4.1 ;
6B_1249/2014
du 7 septembre 2015 consid. 1.2).
7.1.2.
Selon l'art. 48 let. e CP, le juge atténue la peine si l'intérêt à punir a sensiblement diminué en raison du temps écoulé depuis l'infraction et que l'auteur s'est bien comporté dans l'intervalle. L'atténuation de la peine en raison du temps écoulé depuis l'infraction procède de la même idée que la prescription (ATF
140 IV 145
consid. 3.1 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_773/2016
du 22 mai 2017 consid. 4.4). Le juge doit se référer à la date à laquelle les faits ont été souverainement établis, et non au jugement de premier instance. Ainsi, lorsque le condamné a fait appel, il faut prendre en considération le moment où le jugement de seconde instance a été rendu dès lors que ce recours a un effet dévolutif (ATF
140 IV 145
consid. 3.1 ;
132 IV 1
consid. 6.2.1 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_664/2015
du 18 septembre 2015 consid. 1.1).
7.
2.
En l'espèce, le MP conclut à la confirmation des peines privatives de liberté prononcées par les premiers juges. Bien que les appelants attaquent les jugements du Tribunal correctionnel dans leur ensemble, ils n'ont pris aucune conclusion subsidiaire sur la peine, qu'ils ne contestent ni dans sa nature, ni dans sa quotité.
La faute des appelants est de gravité moyenne, quand bien même leur condamnation se limite à deux versements sur les quatorze retenus initialement. En effet, les montants obtenus demeurent élevés et, surtout, le
modus operandi
était élaboré, démontrant, par ailleurs, l'intensité de leur volonté délictuelle. Ils ont agi au détriment des intérêts qu'ils devaient protéger. A_ semble avoir également été mu par sa rancœur à l'encontre de D_.
Concernant les auteurs eux-mêmes, l'absence d'antécédents judiciaires n'a aucune influence sur la fixation de la peine. Il en va de même pour leur rôle respectif au sein de Groupe D_ et de Société ABC_. En effet, les activités des appelants se complétaient, afin de réaliser leur projet conjointement. Aucun des trois n'avait ainsi une fonction prépondérante. En revanche, leur situation personnelle enviable, tant au regard de leur formation de haut niveau que de leur statut professionnel, ne permet de donner qu'une seule explication à leurs actes : l'appât du gain. De plus, leur comportement au cours de la procédure pénale ne plaide pas en leur faveur. En effet, leur collaboration a été mauvaise, tant par devant le Juge d'instruction, respectivement le MP que devant le Tribunal correctionnel et la CPAR. B_ et C_ ont tout particulièrement fait preuve de mauvaise volonté, en ne se présentant pas aux audiences, sans juste motif, en première instance. Du reste, les dénégations constantes des appelants démontrent l'absence de repentir. Concernant B_, la CPAR constate en outre que ses rares explications se sont limitées à la tenue de propos fantaisistes, pour reprendre la qualification du juge _. Dans ce contexte, la réparation partielle du dommage subi par les parties plaignantes n'est intervenue qu'en 2013 et sous la contrainte, soit l'exécution en Suisse du jugement _.
A la décharge des appelants, la CPAR retiendra les conséquences que cette affaire a eues dans leur vie et l'écoulement du temps, lequel a sensiblement réduit l'intérêt de la sanction.
En conséquence, et même sans retenir le concours d'infractions au sens de l'art. 49 al. 1 CP, les sanctions prononcées consacrent une application correcte des dispositions de l'art. 47 CP. Le sursis, dont les conditions sont réalisées, est acquis aux appelants (art. 391 al. 2 CPP).
Partant, les peines prononcées en première instance seront confirmée pour les trois appelants.
8.
8.1.1.
Selon l'art. 426 al. 1 CPP, le prévenu supporte les frais de procédure s'il est condamné. Si sa condamnation n'est que partielle, les frais ne doivent être mis à sa charge que de manière proportionnelle, en considération des frais liés à l'instruction des infractions pour lesquelles un verdict de culpabilité a été prononcé (arrêt du Tribunal fédéral
6B_753/2013
du 17 février 2014 consid. 3.1 et les références). Il s'agit de réduire les frais, sous peine de porter atteinte à la présomption d'innocence, pour autant que le point sur lequel le prévenu a été acquitté ou a bénéficié d'une ordonnance de classement, a donné lieu à des frais supplémentaires et que le prévenu n'a pas, de manière illicite et fautive, provoqué l'ouverture de la procédure ou rendu plus difficile la conduite de celle-ci (
cf.
art. 426 al. 2 CPP ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_1085/2013
du 22 octobre 2014 consid. 6.1.1 et les références). Il convient de répartir les frais en fonction des différents états de fait retenus, non selon les infractions visées. Comme il est difficile de déterminer avec exactitude les frais qui relèvent de chaque fait imputable ou non au condamné, une certaine marge d'appréciation doit être laissée au juge (arrêts du Tribunal fédéral
6B_136/2016
du 23 janvier 2017 consid. 4.1.1 et les références ;
6B_1085/2013
du 22 octobre 2014 consid. 6.1.1 et les références).
En cas d'acquittement ou de classement, une condamnation aux frais n'est ainsi admissible que si le prévenu a provoqué l'ouverture de la procédure pénale dirigée contre lui ou s'il en a entravé le cours. À cet égard, seul un comportement fautif et contraire à une règle juridique, qui soit en relation de causalité avec les frais imputés, entre en ligne de compte (ATF
119 Ia 332
consid. 1b ;
116 Ia 162
consid. 2c ; arrêts du Tribunal fédéral
6B_1176/2015
du 23 novembre 2016 consid. 1.1 ;
6B_203/2015
du 16 mars 2016 consid. 1.1 ;
6B_706/2014
du 28 août 2015 consid. 1.1 ;
6B_832/2014
du 24 avril 2015 consid. 1.2). Dès lors, le comportement fautif – admis s'il y a au moins une négligence – doit être à l'origine de l'ouverture de l'enquête pénale ou alors il doit s'agir d'une "
faute procédurale
", c'est-à-dire d'un comportement qui a compliqué ou prolongé la procédure, pour que les frais y relatifs puissent être mis à la charge du prévenu ; par exemple le défaut sans excuse de l'art. 205 al. 4 CPP ou s'il est établi que le silence du prévenu a obligé l'autorité à procéder à des investigations nombreuses et complexes, alors qu'il lui aurait été facile de se disculper (ATF
112 Ib 456
consid. 4). Concernant le principe de la causalité des frais, le comportement du prévenu doit également être à l'origine des frais pour que ceux-ci puissent lui être imputés (A. KUHN / Y. JEANNERET [éds],
Commentaire romand : Code de procédure pénale suisse
, Bâle 2011, n. 2
ad
art. 426). Le lien de causalité doit être adéquat (A. DONATSCH / T. HANSJAKOB / V. LIEBER [éds],
Kommentar zur Schweizerischen Strafprozessordnung (StPO)
, 2
e
éd., Zurich 2014, n. 15
ad
art. 426 ; M. NIGGLI / M. HEER / H. WIPRÄCHTIGER,
op. cit.
, 2
e
éd., Bâle 2013, n. 32
ad
art. 426). Le juge doit fonder sa condamnation aux frais sur des faits qui ne sont pas contestés ou qui sont établis (ATF
112 Ia 371
consid. 2a
in fine
; arrêt du Tribunal fédéral
1B.120/2011
du 16 juin 2011 consid. 2.2). Cette condamnation se limitera aux frais que le comportement fautif a entraînés (ATF
116 Ia 162
consid. 2d/bb ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_215/2009
du 23 juin 2009 consid. 2.6) Le juge n'a pas l'obligation de faire supporter tout ou partie des frais au prévenu libéré des fins de la poursuite, même si les conditions d'une imputation sont réalisées. En effet, l'art. 426 al. 2 CPP définit une "
Kannvorschrift
" (A. KUHN / Y. JEANNERET [éds],
op. cit
., Bâle 2011, n. 10
ad
art. 426).
8.1.2.
En l'espèce, le Tribunal correctionnel a constaté que l'action publique était prescrite pour 12 des 14 infractions poursuivies dans l'acte d'accusation du MP, rendant par conséquent une décision de classement. Les premiers juges ont néanmoins mis l'intégralité des frais de la procédure de première instance à la charge des prévenus, à hauteur d'un tiers chacun, au motif, exposé dans le cadre du refus de toute indemnité fondée sur l'art. 429 al. 1 let. a CPP, qu'un verdict de culpabilité, certes très partiel, avait été prononcé, et "
que l'activité de leur conseil n'avait pas été conduite spécifiquement en rapport au classement intervenu
". Le Tribunal correctionnel n'a pas envisagé l'application de l'art. 426 al. 2 CPP.
La CPAR retient, comme les premiers juges, qu'un verdict très partiel de culpabilité a été prononcé, confirmé en appel. Par ailleurs, il est vrai qu'une grande partie des actes d'instructions auxquels il a été procédé aurait été effectuée, même si la poursuite n'avait porté que sur les deux infractions non prescrites, dans la mesure où il était nécessaire d'établir le contexte de l'affaire et des faits d'une certaine complexité.
Cette situation ne permettait toutefois pas de mettre l'intégralité des frais à la charge des prévenus, avec toutefois la précision que le MP n'avait pas retenu la circonstance aggravante de l'art. 305
bis
ch. 2 CP dans son acte d'accusation, de sorte que le Tribunal correctionnel n'a pu l'abandonner, contrairement à ce que l'un des prévenus a soutenu.
Pour les motifs exposés ci-dessus, il ne se justifie pas non plus de procéder à une réduction strictement proportionnelle des frais, en fonction du nombre d'infractions poursuivies, toutes semblables, et de celles retenues.
Compte tenu de l'ensemble des circonstances du cas d'espèce, il ne sera pas fait application des dispositions de l'art. 426 al. 2 CPP.
En définitive, les prévenus seront condamnés à la moitié des frais de la procédure de première instance, s'élevant dans leur totalité à CHF 53'201.40 (la reprise des états de frais figurant dans les deux jugements de première instance donne le résultat suivant : CHF 22'712.40 pour l'avis de droit de l'ISDC, CHF 16'000.- d'émolument complémentaire, CHF 8'000.- d'émolument, CHF 4'995.- de frais du MP, CHF 690.- et CHF 480.- pour les convocations, CHF 140.- et CHF 84.- de frais postaux, ainsi que CHF 100.- pour l'établissement des deux états de frais), à raison d'un tiers chacun, le solde étant laissé à la charge de l'Etat.
Le Tribunal correctionnel a fixé un émolument de jugement de CHF 8'000.- et, après les annonces d'appel le contraignant à motiver sa décision par écrit (art. 82 al. 1 CPP), un émolument complémentaire de CHF 16'000.-. Ces montants ne sont pas critiquables, se situant dans les limites fixées par l'art. 10 al. 1 let. e et al. 2 du règlement fixant le tarif des frais en matière pénale du 22 décembre 2010 (RTFMP -
E 4 10.03
).
Les jugements attaqués seront réformés sur ce point.
8.2.1.
En vertu de l'art. 436 al. 1 CPP, les prétentions en indemnités dans les procédures de recours sont régies par les art. 429 à 434 CPP.
Aux termes de l'art. 429 al. 1 lit. a CPP, le prévenu a droit à une indemnisation pour les dépenses occasionnées par l'exercice raisonnable de ses droits de procédure. Cette indemnisation vise les frais de la défense de choix, notamment s'il est acquitté partiellement (ATF
138 IV 205
consid. 1 ; M. NIGGLI / M. HEER / H. WIPRÄCHTIGER [éds],
op. cit.
, n. 12
ad
art. 429). En pareil cas, les autorités pénales doivent avoir renoncé à poursuivre le prévenu ou à le condamner pour une partie des faits retenus dans l'acte d'accusation et ceux-ci doivent être à l'origine des dépenses et des dommages subis par le prévenu. L'indemnité sera due si les infractions abandonnées par le tribunal revêtent, globalement considérées, une certaine importance et que les autorités de poursuite pénale ont ordonné des actes de procédure en relation avec les accusations correspondantes. En cas d'acte à "double utilité", il y a lieu de procéder à une répartition équitable (arrêt du Tribunal fédéral
6B_80/2016
du 7 mars 2017 consid. 2.1 et les références ;
6B_187/2015
du 28 avril 2015 consid. 6.1.2 ; C. GENTON / C. PERRIER,
Les prétentions du prévenu en indemnités et en réparation du tort moral
,
in
Jusletter du 13 février 2012, p. 3, n. 11 ;
cf.
aussi A. KUHN / Y. JEANNERET [éds],
op. cit.
, n. 13 ss
ad
art. 429 CPP, qui appliquent par analogie la théorie des concours d'infractions).
Par ailleurs, en vertu de l'art. 430 al. 1 let. a CPP, l'autorité pénale peut réduire ou refuser l'indemnité pour les dépenses occasionnées par l'exercice raisonnable de ses droits de procédure lorsque le prévenu a provoqué illicitement et fautivement l'ouverture de la procédure ou a rendu plus difficile la conduite de celle-ci. Cette disposition est le pendant de l'art. 426 al. 2 CPP en matière de frais (arrêt du Tribunal fédéral
6B_77/2013
du 4 mars 2013 consid. 2.3).
8.2.2.
À teneur de l'art. 429 al. 1 let. a CPP, l'indemnité est limitée aux dépenses occasionnées par l'exercice raisonnable des droits de procédure du prévenu.
Selon la jurisprudence rendue en matière de dépens, qui s'applique aux indemnités dues au défenseur d'office, la décision par laquelle le juge fixe le montant des dépens n'a en principe pas besoin d'être motivée, du moins lorsque celui-ci ne sort pas des limites définies par un tarif ou une règle légale et que des circonstances extraordinaires ne sont pas alléguées par les parties (ATF
111 Ia 1
consid. 2a ;
93 I 116
consid. 2). En revanche, la garantie du droit d'être entendu implique que lorsque le juge statue sur la base d'une liste de frais, il doit, s'il entend s'en écarter, au moins brièvement indiquer les raisons pour lesquelles il tient certaines prétentions pour injustifiées, afin que son destinataire puisse attaquer la décision en connaissance de cause (arrêts du Tribunal fédéral
6B_796/2016
du 15 mai 2017 consid. 1 et les références ;
6B_118/2016
du 20 mars 2017 consid. 4.3.1 ;
6B_833/2015
du 30 août 2015 consid. 2.3).
Les honoraires d'avocat se calculent selon le tarif local, à condition qu'ils restent proportionnés (N. SCHMID,
Schweizerische Strafprozessordnung : Praxis-kommentar
, 2
e
éd, Zurich 2013, n. 7
ad
art. 429). Le juge dispose d'une marge d'appréciation à cet égard, mais ne devrait pas se montrer trop exigeant dans l'appréciation rétrospective qu'il porte sur les actes nécessaires à la défense du prévenu (M. NIGGLI / M. HEER / H. WIPRÄCHTIGER,
op. cit.
, n. 19
ad
art. 429). Le Tribunal fédéral considère que, avec la doctrine majoritaire, l'indemnité visée par l'art. 429 al. 1 let. a CPP doit correspondre au tarif usuel du barreau applicable dans le canton où la procédure se déroule et englober la totalité des coûts de défense (ATF
142 IV 163
consid. 3 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_392/2013
du 4 novembre 2013 consid. 2.3). En effet, l'indemnisation prévue à l'art. 429 al. 1 let. a CPP tend à ce que l'État répare la totalité du dommage en relation avec la procédure pénale (Message relatif à l'unification du droit de la procédure pénale du 21 décembre 2005, FF 2006 1313). Bien que le canton de Genève ne connaisse pas de tarif officiel des avocats, il n'en a pas moins posé, à l'art. 34 de la loi sur la profession d'avocat du 26 avril 2002 (LPAv ; RS
E 6 10
), les principes généraux devant présider à la fixation des honoraires, qui doivent en particulier être arrêtés compte tenu du travail effectué, de la complexité et de l'importance de l'affaire, de la responsabilité assumée, du résultat obtenu et de la situation du client. La CPAR applique au chef d'étude un tarif horaire de CHF 450.- (
ACPR/112/2014
du 26 février 2014, renvoyant à SJ
2012 I 175
;
ACPR/279/2014
du 27 mai 2014,
ACPR/21/2014
du 13 janvier 2014) ou de CHF 400.- (
ACPR/282/2014
du 30 mai 2014), notamment si l'avocat concerné avait lui-même calculé sa prétention à ce taux-là (
ACPR/377/2013
du 13 août 2013). Elle retient un taux horaire de CHF 350.- pour les collaborateurs (
AARP/65/2017
du 23 février 2017 ;
AARP/125/2012
du 30 avril 2012) et de CHF 150.- pour les avocats stagiaires (
ACPR/89/2017
du 23 février 2017 ;
AARP/65/2017
du 23 février 2017 ;
ACPR/178/2015
du 23 mars 2015 ;
AARP/125/2012
du 30 avril 2012 ;
ACPR/187/2017
du 22 mars 2017 consid 3.2).
On peut concevoir que le temps consacré aux déplacements ne soit pas taxé de la même manière que le temps consacré à l'étude du dossier. Ainsi, le Tribunal pénal fédéral admet un tarif inférieur pour les heures de déplacement (ATF
142 IV 163
consid. 3.1.3 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_796/2016
du 15 mai 2017 consid. 2.2.2). En outre, le prévenu peut faire valoir tous les frais liés à la défense de ses intérêts, et pas uniquement les honoraires de son avocat. On pense en particulier aux débours (photocopies et frais de port), frais de traductions ou d'expertises privées, pour autant qu'ils se soient révélés nécessaires (TC VD, Cour d'appel pénale, décision n. 85 du 7 juillet 2011). De plus, l'avocat mandaté par un client domicilié à l'étranger ne peut pas facturer de montant au titre de la TVA (
ACPR/402/2012
du 27 septembre 2012 consid. 3).
8.2.3.
Sur le principe, le MP admet expressément qu'il se justifie d'indemniser partiellement les prévenus pour leur frais de défense durant la procédure de première instance.
Au vu de la décision portant sur les frais de la procédure de première instance, les prévenus se verront allouer la moitié de leurs frais de défense, étant rappelé qu'ils étaient alors assistés d'avocats de choix.
Compte tenu du libellé des notes d'honoraires déposées, lequel ne permet pas de calcul détaillé, les indemnités seront fixées à CHF 120'000.- pour A_, CHF 50'000.- pour B_ et CHF 50'000.- pour C_.
Les jugements attaqués seront réformés sur ce point.
Les appelants succombent pour l'essentiel devant la juridiction d'appel, de sorte qu'aucune indemnité n'est due pour leurs frais de défense relatifs à cette partie de la procédure, en application de l'art. 429 CPP, la taxation des honoraires des défenseurs d'office étant traitée ci-dessous (ch. 10).
8.3.1.
L'art. 433 al. 1 CPP permet à la partie plaignante de demander au prévenu une juste indemnité pour les dépenses obligatoires occasionnées par la procédure lorsqu'elle obtient gain de cause (let. a) ou lorsque le prévenu est astreint au paiement des frais conformément à l'art. 426 al. 2 CPP (let. b). L'al. 2 prévoit que la partie plaignante adresse ses prétentions à l'autorité pénale ; elle doit les chiffrer et les justifier. Si elle ne s'acquitte pas de cette obligation, l'autorité pénale n'entre pas en matière sur la demande.
La juste indemnité, notion qui laisse un large pouvoir d'appréciation au juge, couvre les dépenses et les frais nécessaires pour faire valoir le point de vue de la partie plaignante dans la procédure pénale. Il s'agit en premier lieu de ses frais d'avocat (arrêts du Tribunal fédéral
6B_549/2015
du 16 mars 2016 consid. 2.3 = SJ
2017 I 37
;
6B_495/2014
du 6 octobre 2014 consid. 2.1 ;
6B_965/2013
du 3 décembre 2013 consid. 3.1.1 ; A. KUHN / Y. JEANNERET [éds],
op. cit.
, Bâle 2011, n. 8
ad
art. 433 ; N. SCHMID,
op. cit
., n. 3
ad
art. 433). En particulier, les démarches doivent apparaître nécessaires et adéquates pour la défense du point de vue de la partie plaignante raisonnable (arrêts du Tribunal fédéral
6B_495/2014
du 6 octobre 2014 consid. 2.1 ;
6B_159/2012
du 22 juin 2012 consid. 2.3).
L'évaluation des honoraires d'avocat s'effectue selon les mêmes critères que pour l'art. 429 CPP (
cf
. considérants 8.2.1. et 8.2.2.).
8.3.2.
En l'espèce, les parties plaignantes ont eu gain de cause en appel et ont, par conséquent, droit à l'indemnisation de leurs frais de défense pour cette partie de la procédure, par CHF 43'870.-, à la charge des prévenus, à raison d'un tiers chacun.
Il n'y a pas lieu de réduire les montants insignifiants alloués aux parties plaignantes pour leurs frais de défense de première instance, avec la précision que celles-ci n'ont pas appelé de la décision prise sur ce point.
9. 9.1.
Selon l'art. 428 al. 1, 1
ère
phrase, CPP, les frais de la procédure de recours sont mis à la charge des parties dans la mesure où elles ont obtenu gain de cause ou succombé. Pour déterminer si une partie succombe ou obtient gain de cause, il faut examiner dans quelle mesure ses conclusions sont admises en deuxième instance (arrêts du Tribunal fédéral
6B_620/2016
du 17 mai 2017 consid. 2.1.2 ;
6B_136/2016
du 23 janvier 2017 consid. 4.1.2).
L'art. 428 al. 2 CPP introduit des exceptions à cette règle générale en donnant la possibilité à l'autorité compétente de condamner une partie recourante, qui obtient une décision qui lui est favorable, au paiement des frais de la procédure si les conditions qui lui ont permis d'obtenir gain de cause n'ont été réalisées que dans la procédure de recours (let. a) ou si la modification de la décision est de peu d'importance (let. b). Cet alinéa revêt le caractère d'une norme potestative (
Kann-Vorschrift
), dont l'application ne s'impose pas au juge, mais relève de son appréciation. Celui-ci peut donc statuer, le cas échéant, selon le principe de l'équité (Message, p. 1312 ; A. DONATSCH / T. HANSJAKOB / V. LIEBER [éds],
op. cit.
, n. 9
ad
art. 428). La question de savoir si la modification de la décision est de peu d'importance s'apprécie selon les circonstances concrètes du cas d'espèce (arrêt du Tribunal fédéral
1B_575/2011
du 29 février 2012 consid. 2.1 ; M. NIGGLI / M. HEER / H. WIPRÄCHTIGER,
op. cit.
, n. 21
ad
art. 428).
Lorsqu'une partie obtient gain de cause sur un point, mais succombe sur un autre, le montant des frais à mettre à sa charge dépend de manière déterminante du travail nécessaire à trancher chaque point (arrêts du Tribunal fédéral
6B_634/2016
du 30 août 2016 consid. 3.2 ;
6B_642/2015
du 17 août 2015 consid. 2.1.2). Dans ce cadre, la répartition des frais relève de l'appréciation du juge du fond (arrêt du Tribunal fédéral
6B_620/2016
du 17 mai 2017 consid. 2.1.2).
9.2.
En l'espèce, les appelants, qui succombent pour l'essentiel, seront condamnés chacun au tiers des frais de la procédure d'appel, comprenant dans leur totalité un émolument de CHF 15'000.-.
9.3.
Il se justifie de compenser les créances de l'Etat portant sur les frais de procédure de première instance et d'appel avec les indemnités accordées aux appelants pour leurs frais de défense de première instance (art. 442 al. 4 CPP).
10.
10.1.
Les frais imputables à la défense d'office sont des débours (art. 422 al. 2 let. a CPP). Ils constituent par conséquent des frais de procédure (art. 422 al. 1 CPP) qui doivent, conformément à l'art. 421 al. 1 CPP, être fixés par l'autorité pénale dans la décision finale au plus tard (ATF
139 IV 199
consid. 5.1). La juridiction d'appel est partant compétente, au sens de l'art. 135 al. 2 CPP, pour statuer sur l'activité postérieure à sa saisine.
10.2.1.
Selon l'art. 135 al. 1 CPP, le défenseur d'office est indemnisé conformément au tarif des avocats de la Confédération ou du canton du for du procès. S'agissant d'une affaire soumise à la juridiction cantonale genevoise, l'art. 16 du règlement sur l'assistance juridique du 28 juillet 2010 (RAJ ;
E 2 05.04
) s'applique. Cette dernière disposition prescrit que l'indemnité, en matière pénale, est calculée selon le tarif horaire suivant, débours de l'étude inclus (
cf.
décision de la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral BB.2013.127 du 4 décembre 2013 consid. 3/4.2-4.4) : avocat stagiaire CHF 65.- (let. a) ; collaborateur CHF 125.- (let. b) ; chef d'étude CHF 200.- (let. c). En cas d'assujettissement, l'équivalent de la TVA est versé en sus.
10.2.2.
Reprenant l'activité de taxation suite à l'entrée en vigueur du CPP, la CPAR a maintenu dans son principe – nonobstant l'ordonnance de la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral BB.2015.35 du 3 août 2015 consid. 5.3 – l'ancienne pratique selon laquelle l'activité consacrée aux conférences, audiences et autres actes de la procédure était forfaitairement majorée de 20% jusqu'à 30h00 de travail décomptées depuis l'ouverture de la procédure, 10% lorsque l'état de frais porte sur plus de 30h00, pour couvrir les démarches diverses, telles que la rédaction de courriers ou notes, les entretiens téléphoniques et la lecture de communications, pièces et décisions. Cette pratique s'explique par un souci de simplification et de rationalisation, l'expérience enseignant qu'un taux de 20% jusqu'à 30h00 de travail dans un même dossier, 10% au-delà, permet de couvrir les prestations n'entrant pas dans les postes de la procédure et répondant à l'exigence de nécessité et d'adéquation, ce que le Tribunal fédéral a d'ailleurs admis sur le principe (arrêt du Tribunal fédéral
6B_838/2015
du 25 juillet 2016 consid. 3.5.2 ; voir aussi les décisions de la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral BB.2016.34 du 21 octobre 2016 consid. 4.1 et 4.2 et BB.2015.85 du 12 avril 2016 consid. 3.5.2 et 3.5.3).
10.3.1.
En l'occurrence, l'état de frais de M
e
VA_ est adéquat et conforme aux principes exposés ci-dessus. La CPAR ajoutera toutefois 0h35 pour sa participation à l'audience d'appel, étant donné que celle-ci a duré 7h35.
En conclusion, l'indemnité de M
e
VA_ sera arrêtée à CHF 6'631.20 correspondant à 25h35 d'activité au tarif de CHF 200.-/heure, plus la majoration forfaitaire de 20% et la TVA au taux de 8%.
10.3.2.
Il en est de même de l'état de frais de M
e
X_, sous réserve de 12h15 au tarif de collaborateur, consacrées à la déclaration d'appel et à une suite d'audience le 14 juin 2017, qui n'a finalement pas eu lieu.
En conclusion, l'indemnité de M
e
X_ sera arrêtée à CHF 10'854.-, correspondant à 54h00 de collaborateur au tarif de CHF 125.-/heure et 25h00 de stagiaire au tarif de CHF 65.-/heure, plus la majoration forfaitaire de 20% et la TVA au taux de 8%.
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