Decision ID: ffc2e6fd-4316-53b9-9a2a-1be3f30ca58a
Year: 2008
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
Le 25 avril 2007, Madame Z_ a déposé une plainte contre Mesdames R_ et L_, vétérinaires, auprès de la commission de surveillance des professions de la santé et des droits des patients (ci-après : la commission). Elle reprochait à ces praticiennes des actes, omissions et négligences dans les soins apportés à sa chatte, décédée dans de très grandes souffrances.
Le 19 juin 2007, la commission a informé séparément Mmes R_ et L_ de ce qu’elle allait ouvrir une procédure administrative. L’affaire serait renvoyée à sa sous-commission 5 pour instruction. Un délai échéant le 25 juillet 2007 leur a été imparti pour se déterminer.
Mmes R_ et L_ ont répondu dans le délai qui leur avait été imparti, détaillant la manière dont elles avaient pris en charge l’animal de la plaignante.
Le 12 décembre 2007, le conseil de Mme R_ a indiqué à la commission qu’il contestait sa compétence à la lecture des nouvelles loi sur la santé du 7 avril 2006 (LS -
K 1 03
) et loi sur la commission de surveillance des professions de la santé et des droits des patients du 7 avril 2006 (LComPS -
K 3 03
).
Par courrier du 13 décembre 2007, la commission a indiqué que l’une de ses compétences était précisément de veiller au respect des prescriptions légales régissant les professions de la santé. Or, la profession de vétérinaire figurait dans le règlement sur les professions de la santé du 22 août 2006 (RPS -
K 3 02.01
).
Le 14 décembre 2007, le conseil de Mme R_ a maintenu sa position et demandé à ce qu’une décision susceptible de recours lui soit notifiée.
Le même jour, le conseil de Mme L_ a indiqué à la commission qu’il soutenait la position de son confrère selon laquelle la commission n’était pas compétente.
Le 17 décembre 2007, la commission a annulé la comparution personnelle des parties qu’il avait fixée pour le surlendemain.
Par décisions du 19 décembre 2007, la commission a constaté sa compétence pour statuer sur les dénonciations de Mme Z_. Elle a condamné Mmes R_ et L_ au paiement d’un émolument de CHF 400.- chacune, l’affaire résultant d’un incident de procédure soulevé de manière téméraire.
La LS donnait à la commission la compétence de veiller notamment au respect des prescriptions légales régissant les professions de la santé et les institutions de santé. L’article 71 alinéa 3 LS déléguait au Conseil d’Etat le soin d’établir périodiquement la liste des professions soumises à ce contrôle. Or, il résultait du RPS que les vétérinaires étaient bel et bien des professionnels de la santé qui devaient répondre de leurs actes devant la commission. Cette conclusion était encore renforcée par le RComPS, lequel prévoyait la constitution de sous-commissions, dont l’une était chargée des dossiers concernant les vétérinaires. De plus, l’article 3 LS prévoyait que le vétérinaire cantonal assiste aux séances concernant ces professionnels.
Par acte déposé au greffe du Tribunal administratif le 16 janvier 2008 (cause A/127/2008), Mme R_ conclut à ce que l’incompétence de la commission pour connaître de la plainte de Mme Z_ soit constatée.
Mme L_ a également recouru au Tribunal administratif le 1
er
février 2008 (cause A/329/2008). Elle a pris les mêmes conclusions que Mme R_.
Les 14 février et 6 mars 2008, la commission a persisté dans ses décisions.
Appelée en cause, Mme Z_ a maintenu sa position les 14 et 21 février 2008. Les recours devaient être rejetés. Dès lors que les vétérinaires étaient soumis à la LS, la compétence de la commission devait être constatée.
Le 6 mars 2008, le Tribunal administratif a joint les deux procédures sous le numéro de cause A/127/2008.

EN DROIT
Interjeté en temps utile devant la juridiction compétente, le recours est recevable (art. 56A de la loi sur l’organisation judiciaire du 22 novembre 1941 - LOJ -
E 2 05
), l’article 63 alinéa 1 lettre a de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 - LPA -
E 5 10
prévoyant en effet un délai de recours de trente jours lorsqu’il s’agit d’une décision en matière de compétence.
La seule question à trancher dans la présente affaire est celle de savoir si la commission est compétente pour surveiller la profession de vétérinaire.
a. L’article 130 de la Constitution de la République et canton de Genève du 24 mai 1847 (Cst. gen. -
A 2 00
) consacre expressément le principe de la séparation des pouvoirs. Le pouvoir législatif incombe au Grand Conseil (art. 70 Cst. gen.). L’autorité exécutive est chargée de l’exécution des lois et prend à cet effet les règlements et arrêtés nécessaires (art. 116 Cst. gen.). Elle peut donc disposer intra legem et non pas praeter legem. A moins d’une délégation expresse, le Conseil d’Etat ne peut pas poser de nouvelles règles qui restreindraient les droits des administrés ou leur imposeraient des obligations (ATF
114 Ia 288
;
ATA/63/2004
du 20 janvier 2004 ;
ATA/587/2000
du 26 septembre 2000 ; B. KNAPP, Précis de droit administratif, Bâle 1991, nos. 322, 353 ; P. MOOR, Droit administratif, Berne 1991, nos. 3.3.3.1-3).
b. Les ordonnances législatives d’exécution sont les compléments d’une loi au sens formel. Il s’agit de règles obligatoires, unilatérales, générales et abstraites permettant d’exécuter une loi formelle qui n’est pas directement applicable. Elles ne peuvent énoncer que des règles secondaires (ATF
104 Ib 209
10). Même en l’absence d’une loi formelle, le Conseil d’Etat est habilité, en vertu de l’article 116 Cst. gen., à adopter des règlements d’exécution (
ATA/63/2004
précité et les références citées ; B. KNAPP, op. cit. nos. 350 ss ; P. MOOR, op. cit. no. 3.3.3.2).
c. Les ordonnances législatives de substitution suppléent à une loi au sens formel. Elles peuvent contenir des règles juridiques nouvelles ou des règles primaires. L’exécutif qui les édicte ne tire pas sa compétence de la Constitution, mais d’un acte formel du législateur, qui se dessaisit de son pouvoir en faveur de l’exécutif. Cette délégation se fait sur la base d’une clause de délégation (
ATA/63/2004
précité et les références citées).
a. Le 7 avril 2006, le Grand Conseil a adopté la LS, entrée en vigueur le 1
er
septembre 2006. Elle a notamment pour but de contribuer à la promotion, à la protection, au maintien et au rétablissement de la santé des personnes, des groupes de personnes et de la population, dans le respect de la dignité, de la liberté et de l’égalité de chacun (art. 1 al. 1 LS).
L’article 10 LS institue la commission, dont l’organisation et la compétence est réglée par LComPS.
L’article 71 alinéa 1 LS - qui est le premier du chapitre VI intitulé « professions de la santé » - s’applique aux professionnels de la santé qui fournissent des soins les mettant directement en contact avec leurs patients et dont l’activité doit être contrôlée pour des raisons de santé publique. L’alinéa 3 de cette disposition prévoit que le Conseil d’Etat établit périodiquement, par voie réglementaire, la liste des professions soumises à ce chapitre.
b. Il ressort des travaux législatifs que, dans le projet de loi déposé par le Conseil d’Etat (PL 9328), les vétérinaires sont expressément mentionnés aux articles 120 et 121 du projet (autorisation d’administrer et de prescrire des médicaments ; Mémorial du Grand Conseil 2003-2004/XI A 5801).
De plus, dans son exposé des motifs, le Conseil d’Etat indique que :
« si le projet n’énumère pas les professions de la santé réglementées, l’article 78 alinéa 1 apporte néanmoins des précisions sur le cercle des personnes soumises à la loi. Il s’agit des professionnels qui sont "en contact direct avec les patients" et dont "l’activité doit être contrôlée pour des raisons de santé publique". Ainsi énoncé, le champ d’application du chapitre VI s’étend a priori à toutes les professions mentionnées actuellement à l’article 3 de la loi
K 3 05
[soit la loi sur l’exercice des professions de la santé, les établissements médicaux et diverses entreprises du domaine médical du 1er janvier 1984, abrogée par la LS]. Sur ce point, le projet n’offre donc pas de rupture par rapport à la réglementation actuelle. En particulier, les médecins-vétérinaires, qui sont mentionnés à l’article 3 alinéa 1 lettre a de la loi
K 3 05
, sont aussi concernés par l’énoncé de l’article 78 alinéa 1 LS, dans la mesure où leur activité est en interaction avec la santé humaine » (Mémorial du Grand Conseil 2003-2004/XI A 5857).