Decision ID: 864a8ee9-83b4-4970-ba33-2d1ad62fc721
Year: 2004
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. X._, née en 1976, est titulaire d'un permis de conduire pour voitures depuis 1995. Elle a fait l'objet d'un retrait du permis de conduire d'une durée d'un mois, du 2 septembre 2002 au 1
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octobre 2002 en raison de deux excès de vitesse, commis à Pully et Lausanne, les 8 octobre et 18 novembre 2001.
B. Le samedi 1
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mars 2003, à 3h10, X._ a circulé sur l'avenue de Lavaux à Pully, alors qu'elle se trouvait sous l'influence de l'alcool. La prise de sang effectuée à 4h20 a révélé un taux d'alcoolémie de 1,78 gr. ‰ au minimum. Son permis de conduire a été saisi immédiatement.
Par fax des 4 et 6 mars 2004, le conseil de l'intéressée a demandé au Service des automobiles de lui restituer provisoirement son permis de conduire pour lui permettre de conserver son emploi.
Le 7 mars 2003, le Service des automobiles lui a restitué son permis de conduire à titre provisoire.
Par préavis du 18 mars 2003, le Service des automobiles a informé l'intéressée qu'il allait certainement prononcer à son encontre un retrait du permis de conduire d'une durée de neuf mois moins huit jours et l'a invitée à faire valoir ses observations sur la mesure envisagée.
Par lettre du 30 avril 2003, X._ a demandé que la durée du retrait ne dépasse pas six mois.
C. Par décision du 10 juin 2003, le Service des automobiles a ordonné le retrait du permis de conduire de X._ pour une durée de sept mois, dès le 18 septembre 2003.
D. Contre cette décision, X._ a déposé un recours en date du 1
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juillet 2003. Elle fait valoir qu'elle travaille en tant que voyageur de commerce au sein de la société Y._ et que l'exercice de sa profession est principalement liée à l'utilisation d'un véhicule. Elle explique qu'elle serait obligée d'engager un chauffeur pour conserver son emploi, mais que son salaire ne le lui permet guère et que si la durée du retrait devait être supérieure à six mois, elle perdrait son emploi. Elle conclut à ce que la durée du retrait soit ramenée à six mois, subsidiairement à l'annulation de la décision attaquée. En annexe à son recours, elle produit divers documents (courriers de son employeur, certificat de salaire) attestant ses dires.
La recourante a été mise au bénéfice de l'effet suspensif par décision du 8 juillet 2003.
La recourante a effectué une avance de frais de 600 francs. L'autorité intimée a renoncé à répondre au recours.
En date du 1
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décembre 2003, la recourante a déposé son permis de conduire auprès de l'autorité intimée.
Par décision du 4 décembre 2003, le juge instructeur a révoqué sa décision du 8 juillet 2003 et ordonné l'exécution de la décision attaquée. Par lettre du même jour, la recourante a été invitée à indiquer au tribunal si elle entendait retirer son recours.
Par lettre du 15 décembre 2004, la recourante a maintenu son recours en expliquant qu'elle avait trouvé un accord avec son employeur et qu'elle allait s'absenter de sa place de travail durant six mois au maximum pour donner des cours de ski.
Par lettre du 20 avril 2004, la recourante a demandé au juge instructeur d'assortir à nouveau le recours de l'effet suspensif dans les plus brefs délais, car elle devait reprendre ses fonctions au sein de la Y._, dès le 1
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juin 2004.
Par décision du 22 avril 2004, le juge instructeur a révoqué sa décision du 4 décembre 2004, suspendu l'exécution de la décision attaquée et chargé l'autorité intimée de restituer le permis de conduire à la recourante.
Par lettre du 28 avril 2004, l'autorité intimée a informé la recourante qu'elle était à nouveau autorisée à conduire dès le 1
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mai 2004, jusqu'au terme de la procédure de recours cantonale.
E. A la demande de la recourante, le tribunal a tenu audience en date du 17 juin 2004 en présence de la recourante personnellement, assistée de son conseil. L'autorité intimée n'était pas représentée. La recourante a expliqué que son travail consistait à visiter les points de vente de Genève et qu'elle disposait d'un monospace pour transporter le matériel nécessaire. Elle a indiqué que son employeur lui avait accordé un congé sabbatique de six mois maximum et qu'elle avait donc donné des cours de ski durant cinq mois l'hiver passé. Elle a précisé qu'elle pouvait s'arranger avec sa mère pour que cette dernière la conduise chez ses clients durant un mois, mais qu'elle risquait d'être licenciée si elle devait encore être privée de son permis durant deux mois au lieu d'un. Elle a dès lors demandé que la durée du retrait soit ramenée à six mois.

Considérant en droit:
1. Selon l'art. 16 al. 3 lit. b LCR, le permis de conduire doit être retiré si le conducteur a circulé en étant pris de boisson. Selon les art. 17 al. 1 LCR et 33 al. 2 OAC, l'autorité qui retire un permis doit fixer la durée de la mesure selon les circonstances, soit en tenant compte surtout de la gravité de la faute, de la réputation de l'intéressé en tant que conducteur de véhicules automobiles et de la nécessité professionnelle de conduire de tels véhicules; en outre, le fait d'avoir conduit en état d'ivresse entraîne à lui seul un retrait obligatoire du permis de conduire d'une durée de deux mois (art. 17 al. 1 lit. b LCR). En matière d'ivresse simple, le Tribunal administratif, suivant en cela la jurisprudence de la Commission de recours (RDAF 1982 p. 225, RDAF 1986 p. 407), réserve le minimum légal de deux mois au cas où l'ivresse est proche du taux limite (entre 0,8 et 1,0 g ‰); il faut également que l'ivresse ait été la seule infraction commise et que les antécédents du recourant soient favorables. Toutefois, ces critères ne sont pas de nature absolue et le Tribunal administratif les examine aussi au regard de l'utilité professionnelle.
Aux termes de l'art. 17 al. 1 lit. c LCR, la durée du retrait ne sera pas inférieure à six mois si le permis doit être obligatoirement retiré (en vertu de l'art. 16 al. 3 LCR) pour cause d'infraction commise dans les deux ans depuis l'échéance du dernier retrait du permis de conduire.
2. En l'espèce, la recourante ne conteste pas avoir circulé en état d'ivresse le 1
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mars 2003: elle doit dès lors faire l'objet d'un retrait obligatoire de son permis de conduire en vertu de l'art. 16 al. 3 lit. b LCR. L'infraction de conduite en état d'ivresse ayant été commise moins de deux ans après l'échéance du précédent retrait, survenue le 1
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octobre 2002, la recourante se trouve en état de récidive au sens de l'art. 17 al. 1 lit. c LCR, de sorte que son permis doit lui être retiré pour une durée de six mois au moins.
La prise de sang effectuée plus d'une heure après l'interpellation de la recourante a révélé un taux d'alcoolémie de 1,78 gr.‰ au minimum. Il s'agit là d'une ivresse importante (plus du double du taux limite) justifiant à elle seule - en l'absence de récidive - une mesure de retrait du permis de conduire s'écartant sensiblement de la durée minimale de deux mois applicable aux cas où le taux d'alcoolémie est proche du taux limite. La gravité de l'ivresse constatée appelle donc une mesure empreinte d'une certaine sévérité. La mesure sera d'autant plus sévère que l'infraction du 1
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mars 2003 est survenue cinq mois seulement après l'échéance du précédent retrait, soit dans un laps de temps très court, ce qui tendrait à démontrer que la précédente mesure n'a pas eu les effets préventif et éducatif escomptés. Dans ces conditions, la durée du retrait du permis de la recourante devra s'écarter sensiblement de la durée minimale de six mois prévue en cas de nouvelle infraction commise dans les deux ans suivant l'échéance d'un précédent retrait. A cet égard, la durée de neuf mois que le Service des automobiles avait envisagée lors du premier avis adressé à la recourante correspond probablement à ce que justifieraient la gravité de la faute et les antécédents de la recourante, du moins à l'égard d'un conducteur pour lequel la possession d'un permis de conduire ne représente qu'une simple commodité. Il faut cependant tenir compte en faveur de la recourante de l'incontestable utilité professionnelle que présente son permis de conduire pour l'exercice de sa profession de représentante de commerce et du fait que, du moins d'après certaines des pièces produites, elle risque d'être licenciée par son employeur (sauf à engager un chauffeur à plein temps) si elle devait être privée du droit de conduire pendant plus d'un mois encore, en sus des cinq mois qu'elle a déjà purgés en changeant de profession. La question qui se pose est donc de savoir si la sévérité que justifie au premier abord la gravité de l'ivresse et la brièveté du délai de récidive peut être entièrement compensée par la prise en considération de l'utilité professionnelle du permis
de conduire, au point que la recourante pourrait bénéficier du minimum légal de six mois en lieu et place de la durée de sept mois arrêtée par la décision attaquée. Le tribunal considère à cet égard qu'il faut répondre à cette question par la négative. En effet, si l'on considère que le minimum légal de six mois peut suffire à sanctionner le comportement de celui qui encourt un retrait obligatoire (par exemple pour un excès de vitesse dépassant de peu le seuil jurisprudentiel du retrait obligatoire) à l'approche de l'échéance du délai de récidive de deux ans, on ne peut pas faire totalement abstraction des éléments aggravants que constituent l'importance de la faute (au vu du taux d'alcoolémie) et la brièveté du délai de récidive. Ces éléments-là doivent conserver une influence sur la sévérité de la sanction malgré la nécessité professionnelle du permis de conduire pour la recourante, même si l'on doit envisager avec certitude l'idée qu'elle doive, après avoir recouru à l'aide de sa mère, rémunérer un tiers pour la véhiculer pendant une certaine période. Il ne faut pas oublier non plus que la recourante a déjà bénéficié, grâce aux décisions d'effet suspensif qu'elle a sollicitées et obtenues, d'un aménagement dans l'exécution de la mesure qui lui a permis de déposer puis de récupérer son permis aux dates correspondant aux obligations professionnelles dont elle n'était pas parvenue à se libérer. Dans ces conditions, le tribunal de céans considère que la décision attaquée fixant la durée du retrait à sept mois, soit seulement un mois de plus que la durée minimale, n'est pas disproportionnée par rapport à l'ensemble des circonstances du cas d'espèce et qu'elle échappe dès lors à la critique.
Au vu de ce qui précède, le recours doit dès lors être rejeté aux frais de la recourante qui n'a pas droit à des dépens.