Decision ID: 768f4275-7434-4961-aaa3-515e14984d74
Year: 2011
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
A.X._, né le 29 mars 1953, perçoit le revenu d'insertion (RI) depuis le 1
er
janvier 2006. Il a bénéficié auparavant du revenu minimum de réinsertion (RMR) du 1
er
février 1998 au 1
er
janvier 2001, puis de l'aide sociale vaudoise (ASV) du 1
er
février 2001 au 31 décembre 2005.
B.
Au mois de février 2008, ayant des doutes sur le domicile de l'intéressé et suspectant la dissimulation de ressources, le Centre social régional de Lausanne (ci-après: le CSR) a ordonné une enquête administrative. Le contrôle a porté sur toute la période d'aide. L'enquêteur a rendu son rapport le 11 juin 2008. Il en ressort en particulier les éléments suivants:
"[...]
Comptes bancaires
Les contrôles effectués auprès des différentes banques ont permis de découvrir l’existence de 6 comptes non déclarés:
1. CCP ******** compte en USD au nom de A.X._ et B.X._, ouvert le 18.09.01, clôturé le 30.01.08. Jamais d’argent crédité sur ce compte.
2. CCP 1********, au nom de A.X._ et B.X._, ouvert le 01.06.2001 à ce jour.
3. UBS: cpt n°2********, au nom de A.X._, ouvert le 04.02.2005.
4. UBS: cpt n° 3********, au nom de Y._ SA.
5. Crédit Suisse: compte ouvert le 04.02.2005 et clôturé le 11.02.2005, aucun mouvement sur ce compte.
6. Banca del Gottardo: iban n° 4********, au nom de A.X._.
[...]
La découverte de ces nombreux comptes bancaires et postaux non déclarés nous a permis de découvrir l’existence de nombreux mouvements financiers, dont des montants importants. A titre d’exemples:
a) cpt n° 4********, Banca del Gottardo
Le 03.05.05, versement de Frs 100'000.- d’origine inconnue, puis le 04.05.05 paiement de Frs 80'000.- en faveur de Banca del Gottardo. Reste de la somme retirée avant le 30.06.05.
Le 05.07.05, bonification de Frs 80'000.- d’origine inconnue. Montant entièrement dépensé en frais divers, solde du compte au 31.12.2007: Frs 68.-.
b) cpt n°2********, UBS
Entre le 4 et le 23 février 2005, un total de Frs 116'887.50 ont été versés sur ce compte, Frs 16'000 par M. Z._ et le reste par M. A._.
Le 07.03.05, Frs 100'000.- ont été versés sur un autre compte pour la société Y._. Le solde a été retiré ou dépensé en frais divers. Solde du compte au 31.12.05 : Frs 4.85.
c) cpt n° 3********, UBS
C’est sur ce compte que les Frs 100'000.- ont été versés le 07.03.05. Le 03.05.05, il y a un retrait d’espèce de Frs 99'300.-. Au 10.03.08, le solde du compte s’élève à
Frs 8.-
[...]
Rente AVS de Madame B.X._
Par son courrier du 01.08.2002, Monsieur A.X._ expliquait que la somme de Frs 1005.- créditée mensuellement sur son CCP était la rente AVS de son épouse et qu’il lui reversait cet argent. Nous avons cependant constaté que les mouvements du compte ne correspondent pas à ses déclarations. En effet, de février 1998 à décembre 2000, le montant de la rente s’élève à Frs 981.-, puis de janvier 2001 à mars 2002 à Frs 1005.-. En examinant les mouvements du compte, nous constatons que jamais ces montants ne sont retirés peu après leur versement. Ils sont utilisés pour divers payements dans des commerces de façon tout à fait courante.
Domiciliation
Depuis le 1er novembre 1999, Monsieur A.X._ était inscrit au chemin 5********, chez Madame B._. Il a toujours fourni des quittances signées par Madame B._ pour le payement du loyer de main à main. Lorsqu’il a été demandé que l’argent soit versé sur un compte, Monsieur A.X._ a radié son inscription de chez Madame B._ pour s’inscrire chez Madame C._, Chemin 6********, née en 1928. Précisons que l’épouse de Monsieur A.X._ est également inscrite au chemin 6******** depuis le 1er mai 2000.
Concernant le payement du loyer à Madame C._, Monsieur A.X._ nous a à nouveau fourni des quittances pour payement de main à main. Une fois encore, il lui a été demandé de verser cet argent sur un compte, chose qu’il n’a pas faite.
Emettant des doutes quand à la colocation de Monsieur A.X._ et de Madame C._, âgée de 80 ans nous nous sommes rendus au chemin 6******** au domicile de Madame C._, en date du 11 février 2008.
Madame C._ nous a expliqué que jamais Monsieur A.X._ n’avait vécu chez elle. Nous avons d’ailleurs pu constater qu’aucun effet personnel masculin ne se trouvait dans son logement. Selon Madame C._, c’est Madame B.X._ qui lui aurait demandé si elle pouvait inscrire son mari chez elle pour quelques mois. Madame C._ aurait accepté pour rendre service, sans connaître les raisons exactes de cette demande. Par la suite, Madame B.X._ aurait, à plusieurs reprises, fait signer à Madame C._ des pages blanches. Sans doute celles-ci ont-elles servi par la suite à nous fournir les prétendues quittances de payement de loyer. Madame C._ a déclaré n’avoir jamais signé de quittance de loyer et n’avoir jamais touché d’argent de Monsieur ou Madame B.X._. Il s’agit donc clairement de faux documents.
Au vu de ce qui précède, nous avons contacté le contrôle des habitants, qui a immédiatement radié l’inscription de Monsieur A.X._ au chemin 6********, avec effet rétroactif.
Le 5 mars 2008, Monsieur D._, enquêteur au Contrôle des habitants, s’est rendu chez Madame C._. Cette dernière a fait exactement les mêmes déclarations que celles dont nous avons parlé plus avant, ajoutant qu’elle savait que Monsieur A.X._ vivait avec son épouse depuis plus d’une année.
Le 13 mars 2008, Monsieur A.X._, accompagné de son épouse et de son avocate, Me Sandra GERBER, s’est présenté au bureau du contrôle des habitants. Là, il a fourni une copie du bail à loyer de Madame C._. Il est à noter que Madame B.X._ aide fréquemment Madame C._ et qu’elle possède un double de la clé de son appartement. Il lui a donc été facile d’obtenir la copie du bail à loyer. Monsieur A.X._ a également fourni diverses attestations signées par son entourage, déclarant qu’il logeait bien chez Madame C._.
Au vu de ces éléments, le contrôle des habitants a à nouveau modifié l’inscription de Monsieur A.X._, le réinscrivant chez Madame C._.
Par la suite, Monsieur A.X._ a annoncé que suite à une opération, il s’installait chez son épouse durant sa convalescence. Il a donc été inscrit chez Madame B.X._, chemin 6********, dès le 8 février 2008,
Précisons encore que lors de son inscription chez Madame C._ en avril 2007, Monsieur A.X._ avait déclaré être technicien en aéronautique pour la société E._ SA à Lausanne. Il a modifié cette inscription en date du 22 juin 2007, inscrivant cette fois qu’il était pilote sans activité.
Nous verrons par la suite que Monsieur A.X._ est en fait président administrateur de la société E._ SA.
[...]
Activité indépendante
Au registre du commerce, nous avons découvert deux sociétés au nom de Monsieur A.X._. Aucune d’entre elles n’a jamais été annoncée au CSR de Lausanne.
1. Y._ SA
Cette société a été inscrite en date du 22.03.2005, alors que Monsieur A.X._ était déjà suivi par le CSR de Lausanne. Son but est la création, la promotion et la gestion de centres de médecine traditionnelle asiatique..
Monsieur A.X._ en est administrateur président et son épouse, B.X._, administratrice et possède la signature individuelle. Le capital nominal de cette société est de Frs 150'000.-, dont Frs 100'000.- libérés.
2. E._ SA
Entreprise inscrite le 23 mai 2005, alors que Monsieur A.X._ était déjà suivi par le CSR de Lausanne. Son but est la création, le développement, la fabrication et le commerce de produits naturels complets. Monsieur A.X._ en est administrateur président et son épouse B.X._, administratrice et possède la signature individuelle. Le capital nominai de cette société anonyme est de Frs 100'000.- dont Frs 80'000.- libérés.
[...]
Séparation
Monsieur A.X._ déclare être séparé de son épouse B.X._ depuis le 25 juin 1999. Lors d’un précédente enquête, Madame B.X._ avait déclaré que cette séparation était provisoire et qu’elle et son époux décideraient à fin juin 2000 de reprendre ou non la vie commune.
Après leur séparation, Monsieur A.X._ aurait trouvé une chambre dans le même immeuble que son épouse, à l’avenue 7********, chez Madame F._.
Malgré cette séparation, Madame B.X._ s’est toujours occupée plus qu’activement des affaires de son mari.
[...]
Au vu de tous les éléments recueillis au cours de l’enquête, il nous semble fort probable que Monsieur et Madame B.X._ vivent toujours maritalement et ne se soient jamais réellement séparés.
[...]
Conclusion
Bien que de forts doutes subsistent quant à la domiciliation de Monsieur A.X._ et à sa séparation d’avec son épouse, nous n’avons pas pour l’instant d’éléments suffisamment probants pour nous permettre de confirmer ces forts soupçons.
Concernant les revenus, Monsieur A.X._ ne nous a pas déclaré deux sociétés dont il est le président administrateur. Il a également dissimulé l’existence de 6 comptes bancaires sur lesquels apparaissent d’importants mouvements financiers. Le montant provisoire de l’indu s’élève à Frs 146’577.85. Monsieur a également fait usage de faux en nous fournissant des quittances de loyer qu’il a produites en faisant tout d’abord signer des feuilles vierges à Madame C._ et en ajoutant par la suite le texte justifiant du payement du loyer. Au vu de ces éléments, une plainte pénale sera déposée pour escroquerie et faux dans les titres. Quant aux questions du montant précis de sa fortune et de sa réelle domiciliation, le juge disposera de moyens d’investigation plus poussés que nous afin de faire la lumière sur ces questions."
C.
Se fondant sur ce rapport, le CSR, par décision du 17 juin 2008, a supprimé, dès et y compris le mois de mars 2008, le RI dont bénéficiait A.X._. L'autorité a retenu que l'intéressé avait dissimulé des activités indépendantes, ainsi que l'existence de plusieurs comptes bancaires, et que les conditions de l'indigence ne paraissaient dès lors plus remplies en ce qui le concernait.
D.
Par acte du 18 juillet 2008, A.X._, par l'intermédiaire de son conseil, a recouru auprès du Service de prévoyance et d'aide sociales (ci-après: le SPAS) contre cette décision, en concluant à son annulation.
Par décision du 2 février 2009, le SPAS a rejeté le recours de l'intéressé et confirmé la suppression du RI. L'autorité a retenu qu'un faisceau d'indices laissait présumer que l'intéressé dissimulait des éléments de fortune et de revenus.
E.
Par acte du 5 mars 2009, A.X._, toujours par l'intermédiaire de son conseil, a recouru auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal contre cette décision, en concluant principalement à son annulation et subsidiairement au renvoi de la cause au SPAS pour nouvelle décision. Le recourant s'est expliqué comme il suit sur les reproches faits à son encontre:
"[...]
B. Les projets du recourant
15. A fin 2004 - début 2005, le recourant s’est vu proposer par son Maître d’arts martiaux chinois (M. Z._) un investissement de l’ordre de CHF 100'000 afin de mettre sur pied un centre de thérapies traditionnelles et d’arts martiaux chinois.
Après environ 4 ans d'attente d’une décision de l’OAI sur la requête d’aide
[en capital]
du recourant, cet intérêt de M. Z._ a naturellement beaucoup donné la perspective de démarrer le projet à une échéance relativement proche, ce qui aurait permis au recourant de retrouver le plus rapidement possible son indépendance financière.
16. Il a été discuté avec cet investisseur qu’il était indispensable de constituer une société anonyme: cette structure, rassurante en soi en tant que société dont le capital est le mieux protégé, paraissait propre, par sa nature même, à rendre plus aisées la recherche et l’agrégation d’investisseurs supplémentaires (l’attribution de nouvelles actions étant relativement simple); par ailleurs, une société anonyme était à l’époque considérée comme en principe nécessaire pour obtenir un permis de travail pour un étranger non-EU, comme l’était M. Z._ (une activité auprès d’une Sàrl dans laquelle l’étranger avait investi était considérée comme une activité indépendante, alors non-permise aux étrangers non-EU sans permis C).
17. Dans le but de financer la constitution d’une société anonyme envisagée par M. A.X._, M. Z._ et Mme A._ ont versé du 17 au 23 février 2005, une somme de CHF 116’887.50, en sept versements successifs (pièce 8), sur le compte n° 2******** ouvert au nom de M. A.X._ auprès de l’UBS à Lausanne.
On indique d’ores et déjà que, contrairement à ce que prétend soutenir l’autorité intimée qui parle de paiements de l’ordre de CHF 500’000,ce paiement de CHF 116’887.50 est le seul financement qui est parvenu au recourant (et il n’est jamais entré dans son patrimoine). Comme on le montrera ci-dessous, les autres paiements ne sont que des transferts faits à partir de cette unique somme.
18. Conformément aux accords, M. A.X._ a constitué une société anonyme Y._ SA dès que possible au début mars 2005. A cette fin, le 7 mars 2005, l’UBS a transféré la somme de CHF 100’000.- sur un compte de consignation (n° 3********) ouvert pour accueillir le capital social de la société à constituer Y._ SA (pièces 8 et 9); la société étant constituée le 9 mars 2005 [...].
La somme de CHF 100'000.- a été prélevée sur le montant de CHF 116’887.50 reçu les 17 et 23 février 2005.
19. Comme il avait été décidé que M. Z._ ne devait pas supporter le risque d’entreprise, il a été convenu que son investissement serait un prêt à la société.
Un contrat écrit de prêt a formalisé cela le 15 mars 2005, Y._ SA, représentée par le recourant, étant l’emprunteuse auprès de M. Z._, qui touchait à la fois un intérêt fixe et une part au bénéfice (pièce 7).
Vu la position de prêteur qui revenait à l’investisseur, le recourant se retrouvait devoir à la société le montant permettant à l’actif d’égaler le passif (le recourant devait donc CHF 100'000.- à la société du fait que l’investisseur ne supportait finalement plus le risque d’entreprise).
20. Conformément à ce qui avait été prévu, le but de la société était la création, la promotion et la gestion de centres de médecines traditionnelles asiatiques, de médecines douces et de centres d’enseignement d’art martiaux et techniques de santé (pièce 10).
21. Suite à la publication de la constitution de la société Y._ SA, un compte courant n° 3******** a été ouvert au nom de la société auprès de l’UBS à Lausanne, sur lequel a été crédité, le 28 avril 2005, le capital social libéré de CHF 100’000.- (pièce 11).
22. Le recourant a alors pensé que, pour développer un autre domaine d’activité permettant de retrouver rapidement une autonomie économique, il était judicieux de fonder une société distincte; outre les aliments diététiques qu’il pensait être capable de fabriquer à nouveau, le recourant croyait, en particulier, pouvoir commercialiser une eau d’Equateur ayant une teneur particulière en oligoéléments (dont l’or) qui lui paraissait avoir un potentiel de vente exceptionnel en Chine et dans le golfe arabique. Là aussi, la forme de la société anonyme lui semblait mieux à même d’être prise au sérieux par des partenaires commerciaux.
Ainsi, plutôt que de commercer cette eau sous la raison individuelle E._ (la raison individuelle étant une forme juridique bien injustement considérée comme insuffisamment sérieuse dans le commerce international), le recourant a pensé opportun de créer une société E._ SA.
N’ayant aucune ressource, il a emprunté une somme de CHF 99'300 francs auprès d’Y._ SA afin de constituer celle société.
Il s’est donc encore plus endetté auprès d’Y._ SA.
Ce montant a été retiré du compte UBS n° 3******** d’Y._ SA sur lequel le capital social libéré de celle société (CHF 100’000.-) avait été reversé. Le recourant a versé ce montant le 4 mai 2005 sur un compte n° 4******** qu’il a ouvert auprès de la Banque du Gothard, et duquel il a transféré CHF 80’000.- sur un compte n° 8******** destiné à la consignation du capital de la société E._ SA (pièce 13).
La société E._ SA a été constituée le 12 mai 2005 et inscrite au Registre de commerce le 23 mai 2005 (pièce 14). Elle a le même but que l’entreprise exploitée en 1988 en raison individuelle par le recourant et son épouse, soit le développement, la fabrication, le commerce et la représentation de produits naturels complets, bio-organiques et diététiques (pièce 14).
23. Afin d’éviter des frais, le recourant a pensé qu’il était plus simple de travailler avec des simples "comptes courants d’actionnaires" plutôt qu’avec des comptes de sociétés; on lui a dit que 98% des actionnaires-entrepreneurs faisaient ainsi. Le capital-actions libéré de CHF 80’000.- d’E._ SA a donc été reversé
[le 5 juillet 2005]
sur le compte n° 4******** du recourant; celui-ci a donc, dès cette date, une dette de CHF 80’000.- envers cette société (pièces 12 et 13).
24. D’un point de vue bancaire, le recourant avait donc un compte pour les deux entreprises, l’argent appartenant aux sociétés; le seul apport d’argent frais était l’emprunt que M. Z._ avait consenti à Y._ SA, et cet argent appartenait donc économiquement à celui-ci.
25. Avec l’argent sur le compte courant actionnaire, le recourant a financé exclusivement les dépenses nécessaires pour accomplir les démarches devant aboutir à ouvrir le centre de thérapies traditionnelles asiatiques et d’arts martiaux chinois - il n’a jamais employé cet argent à améliorer son train de vie, lequel est toujours resté au strict minimum vital. Entre autres activités pour l’ouverture de ce centre, il a accompli des démarches auprès du Service de l’emploi pour obtenir un préaccord quant à la présence de M. Z._ en Suisse, préaccord qui a été conditionné à une taille plus importante du projet - ce qui a amené le recourant à chercher des financements supplémentaires tout en tentant de démarrer au plus vite ce qui paraissait pouvoir l’être -, il a dû inviter en Suisse un médecin chinois très réputé qui se disait prêt à travailler dans notre pays et était suffisamment prestigieux pour recevoir un visa et espérer un permis de travail (cette invitation et son séjour s’étant révélés extrêmement coûteux, ce praticien étant fort exigeant), il a dû se déplacer en Asie pour sélectionner le personnel potentiel du centre et sélectionner les produits (tant médicinaux que diététiques) qui devaient être offerts par le centre. Cela a abouti à une détermination très précise de ce qui pouvait avoir du succès en Suisse. Le recourant ayant fait des fautes d’évaluation et ayant eu des déconvenues importantes (p.ex. le séjour du médecin chinois a été très onéreux et impossible à concrétiser, ce praticien exigeant finalement un salaire mensuel nettement supérieur à CHF 30’000.-; le recourant a aussi eu des crises de santé), le financement disponible à partir de l’investissement de M. Z._ s’est avéré insuffisant. Le recourant, qui cherchait de tous côtés, comptait que l’aide en capital de l’OAI permettrait le démarrage. Cette aide n’étant pas venue, et d’autres investisseurs n’ayant pas pu être trouvés, le centre n’a malheureusement pas pu encore être ouvert à ce jour.
26. En parallèle, le recourant pensait qu’il serait possible de réaliser rapidement un bénéfice avec la commercialisation de l’eau d’Equateur (cf. ch. 22 ci-dessus), ce bénéfice pouvant servir à combler le manque de financement affectant I’ouverture du centre de thérapies traditionnelles asiatiques. Malheureusement, cette perspective n’a pas eu davantage de succès, et cela n’a abouti, financièrement parlant, qu’à des dépenses commerciales, au total CHF 7’652.15 (pièce 16).
27. Ainsi, en réalité, le recourant n’a retiré absolument aucun revenu des sociétés Y._ SA et E._ SA. Il a fait des dépenses commerciales pour atteindre le but économique de ces sociétés et a abouti, en effet, à élaborer un projet de haute qualité, conceptuellement prêt dans les moindres détails. Envers Y._ SA, vu la position selon laquelle l’investisseur (M. Z._) ne supportait pas le risque entrepreneurial, le recourant se retrouve endetté à hauteur de CHF 100’000.- (pour assumer ce déplacement du risque), sans compter les CHF 50’000.- de dette au titre du capital non libéré ; envers E._ SA, le recourant est endetté à concurrence de CHF 72’347.-, sans compter les CHF 20’000.- de dette au titre du capital non libéré. Le recourant est dans l’urgente nécessité de trouver une personne prête à reprendre ces projets, vu la nécessité de rembourser M. Z._ et l’impossibilité de poursuivre le projet sans apports financiers permettant le démarrage concret (location de locaux et paiement des premiers salaires).
Ainsi, le "bilan" du recourant se présenterait comme ceci:
Actifs Passifs
0 (zéro) 100’000 dette commerciale vis-à-vis d’Y._
50’000 capital d’Y._ restant à libérer
72’347 dette vis-à-vis d’E._ SA
20'000 capital d’Y._ [recte: d'E._ SA] restant à libérer
On pourrait certes considérer que l’activité qu’a déployée le recourant pour développer les projets des sociétés (en particulier le projet de centre et les études de produits et de débouchés y relatives) mériterait d’être rémunérée. Quoi qu’il en soit, ce qui est certain, c’est qu’elles n’ont pas les moyens de lui verser un centime.
Les efforts du recourant pour ces deux sociétés n’ont donc pas encore pu représenter une activité lucrative.
[...]
D. Les relations du recourant avec le CSR
32. Lors des ses entretiens avec le CSR, et dès la création des deux sociétés, le recourant n’a jamais caché l’existence de celles-ci et son projet d’avoir une activité indépendante. Le CSR a en outre toujours été au courant de la demande d’aide en capital faite par le recourant auprès de l’OAI.
33. Depuis le mois février 2008, plusieurs entretiens ont eu lieu avec le CSR ainsi qu’avec le Contrôle des habitants. Lors de ces entretiens, l’existence des sociétés E._ SA et Y._ SA a, à nouveau, été clairement mentionnée.
[...]
E. Les comptes bancaires du recourant
39. Le recourant est titulaire d’un compte n° 9******** auprès de la BCV sur lequel il percevait, tous les mois, le RI. Le CSR ne peut ainsi pas prétendre qu’il ignorait son existence. Le 28 février 2009, ce compte présentait un solde de CHF 63.30 (pièce 19).
40. Le recourant est titulaire d’un compte n°******** en USD auprès de Postfinance. Ce compte n’a jamais été utilisé par le recourant. Le solde en est pratiquement de 0.- depuis 2004 à ce jour (pièce 20).
41. Le recourant est également titulaire, formellement, d’un compte postal n° 1******** en commun avec Mme B.X._. Ce compte est utilisé exclusivement par celle-ci. En effet, c’est le seul compte qui permet d’atteindre un solde négatif de CHF 1’000.- par mois. Si Mme B.X._ l’avait changé pour le reprendre exclusivement à son nom, la banque n’aurait plus autorisé de tels dépassements. Le CSR a toujours été au courant de l’existence de ce compte (pièce 20).
41[bis]. Le recourant a également ouvert en son propre nom le compte n° 2******** auprès de l’UBS pour recevoir le financement fourni par M. Z._ pour la société Y._ SA. Ce compte n’a servi qu’à cela, ainsi qu’à des dépenses commerciales de la société Y._ SA. Le 31 mai 2005, il présentait un solde CHF 2409.- (pièce 8).
42. Le compte n° 3******** auprès de I’UBS a été ouvert au nom de la société Y._ SA. Ce compte a reçu le capital social de la société pour CHF 100’000.- après sa constitution le 28 avril 2005. Le transfert de CHF 99’300.- vers le compte-courant actionnaire n°4******** auprès de la Banque du Gothard a été exposé en détails au chiffre 22 ci-dessus. Comme on l’a exposé, ce compte n’a servi qu’aux dépenses commerciales des sociétés E._ SA et Y._ SA. Le 31 mars 2008, il présentait un solde de CHF 12.95 (pièces 11 et 12).
43. Enfin, le recourant a ouvert un compte n° 10******** auprès du Credit Suisse pour la création de la société E._ SA, mais il n’a finalement pas été utilisé. En effet, c’est le compte auprès de Banque du Gothard qui a servi de compte de consignation pour la création de la société E._ SA. Le compte du Crédit suisse n’a jamais connu la moindre activité (pièces 12 et 21)."
Dans sa réponse du 8 avril 2009, le SPAS a conclu au rejet du recours.
Le recourant a déposé un mémoire complémentaire le 10 septembre 2009.
Dans ses observations du 28 octobre 2009, le CSR a conclu au rejet du recours.
Le recourant a déposé une nouvelle écriture le 1
er
février 2010.
F.
Le tribunal a tenu audience le 9 février 2011 en présence de Me Nicolas Rouiller, pour le recourant; de G._, juriste, pour le SPAS; de H._, juriste, et I._, assistant social, pour le CSR. B.X._, épouse du recourant, a été entendue en qualité de témoin. On extrait du procès-verbal et compte-rendu d'audience les passages suivants:
"Le Président interroge les parties sur la situation actuelle du recourant.
Me Rouiller explique que le recourant ne va pas bien: d'autres problèmes de santé se sont ajoutés à ceux existant au moment du recours; il a développé un ictus cérébral en mai 2008 avec une rechute en 2009; il souffre en outre d'une grave pathologie prostatique. Il vit toujours chez son épouse. Seule Mme B.X._ a un revenu. Le recourant ne touche pas de rente AI. Il a orienté ses démarches AI au début des années 2000 vers la réinsertion professionnelle. Sa demande d'aide en capital a malheureusement été définitivement rejetée après 9 ans de procédure. Depuis, il n'a pas déposé de demande de rente AI, ni sollicité à nouveau une aide sociale.
Mme B.X._ confirme que son mari vit chez elle depuis 2008 et qu'il est entièrement à sa charge. Elle explique qu'avant 2008, son mari vivait chez Mme C._ et auparavant chez Mme B._. Elle sait que Mme C._ a dit le contraire au CSR. Elle relève que cette dernière souffrait toutefois d'Alzheimer et que certaines fois elle ne la reconnaissait pas elle-même dans l'escalier. Quant à Mme B._, en prévision de son mariage, elle a demandé à son sous-locataire de partir. Mme B.X._ indique qu'elle et son mari étaient séparés de fait. Le Tribunal civil de Lausanne avait prononcé en 1999 des mesures protectrices de l'union conjugale. Depuis lors, les époux ne sont pas retournés devant le Tribunal.
Le Président interroge les parties sur la "comptabilité" des sociétés Y._ SA et E._ SA.
Me Rouiller explique que M. A.X._ ne tenait pas de comptabilité en bonne et due forme. Il reconnaît que le recourant n'avait pas les compétences techniques pour gérer seul une SA. A un moment, il a cherché quelqu'un pour tenir la comptabilité. Il est malheureusement tombé sur quelqu'un de malhonnête et de peu compétent qui a ajouté du désordre. Me Rouiller relève que les dépenses recensées dans la liste produite sont toutefois réelles. L'indication dans la colonne "Pièces" des lettres RC, AJ, IC, MI, FA, etc. suivies d'un numéro ne se réfèrent pas à des écritures comptables, mais à des classeurs de pièces rangées par objet.
Mme B.X._ explique qu'ils ont donné au fisc les documents établis par le comptable, en précisant qu'ils contenaient des erreurs. Le fisc les a invités à changer de comptable. Le nouveau comptable approché a recommandé à M. A.X._ de s'adresser d'abord à l'ancien pour qu'il mette lui-même de l'ordre dans ses dossiers. L'ancien comptable a entre-temps disparu. Mme B.X._ indique qu'ils ont encore les documents remis au fisc et qu'ils pourraient les produire. Pour Me Rouiller, les montants indiqués sous la rubrique "impôt bénéfice et capital" ne concernent que les impôts sur le capital; l'impôt sur le bénéfice n'a pas encore été taxé, faute de déclaration correctement établie et justifiée.
Mme G._ fait remarquer que le RI ne sert pas à aider les indépendants. L'autorité intimée ne conteste pas la réalité des dépenses exposées dans les documents intitulés "Feuille de comptabilité", concernant Y._ SA, période du 9 mars 2005 au 31 décembre 2007 et E._ SA, période du 12 mai 2005 au 31 décembre 2007. Elle relève que la liste des dépenses produite fait état de frais d'hôtels et de restaurants, ce qui prouve que le recourant a bénéficié de certains montants à des fins pour partie privée. Mme G._ considère que la liste des dépenses produite est à cet égard suffisamment probante.
Mme B.X._ indique que tout l'argent dépensé a été utilisé pour l'entreprise et que son mari a toujours informé son assistant social.
Mme G._ relève que les CSR ont mis en place une procédure très stricte pour les indépendants: ils doivent produire chaque mois leur comptabilité et démontrer que leur projet est viable, sinon ils doivent y renoncer. Si le recourant avait averti son assistant social, ce mécanisme aurait été mis en place. L'échange de correspondance et de mails établit un manque d'informations et ce peu de transparence justifiait la rupture de confiance entre le CSR et le recourant.
[...]
Le Président interroge le CSR sur les difficultés pratiques d'un éventuel calcul rétroactif au 1
er
mars 2008 du RI du recourant.
Mme H._ explique qu'il faudrait tenir compte des revenus de Mme B.X._, puisque les époux font de nouveau ménage commun. Il faudrait également déterminer si les sociétés ont une existence viable et si ce n'est pas le cas inviter le recourant à les faire radier et à s'inscrire à l'ORP comme demandeur d'emploi. Il faudrait aussi s'interroger sur le caractère subsidiaire du RI par rapport à l'AI.
Mme B.X._ indique que la société Y._ SA est en faillite depuis 2010. Elle et son mari entretiennent l'espoir de voir d'autres s'intéresser à leur projet et le reprendre à leur compte; elle poursuit ses démarches dans ce sens."
G.
Les arguments respectifs des parties seront repris ci-après dans la mesure utile.

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD.
2.
Le litige porte sur la suppression, dès et y compris le mois de mars 2008, du RI dont bénéficiait le recourant.
3.
a) L'action sociale vaudoise a pour but de venir en aide aux personnes qui ont des difficultés sociales ou sont dépourvues des moyens nécessaires à la satisfaction de leurs besoins indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine; elle comprend la prévention, l’appui social et le revenu d’insertion (art. 1
er
al. 1 et 2 de la loi vaudoise du 2 décembre 2003 sur l'action sociale vaudoise [LASV; RSV 850.051]).
b) Le revenu d'insertion (RI) comprend une prestation financière et peut, cas échéant, également comprendre des prestations sous forme de mesures d'insertion sociale ou professionnelle (art. 27 LASV). La prestation financière est composée d'un montant forfaitaire et d'un supplément correspondant au loyer effectif dans les limites fixées par le règlement (art. 31 al. 1 LASV). La prestation financière est accordée dans les limites d'un barème établi par le règlement, après déduction des ressources du requérant, de son conjoint ou partenaire enregistré ou de la personne qui mène de fait une vie de couple avec lui et de ses enfants à charge (art. 31 al. 2 LASV). La prestation financière est accordée à toute personne qui se trouve dépourvue des moyens nécessaires pour satisfaire les besoins vitaux et d'autres besoins personnels spécifiques importants (art. 34 LASV). A teneur de l'art. 32 LASV, le RI est versé selon les conditions de ressources prévues par la Conférence suisse des institutions d'action sociale (CSIAS). L'art. 18 du règlement d'application du 26 octobre 2005 de la LASV (RLASV; RSV 850.051.1) précise ce qui suit:
"1
Le RI peut être accordé lorsque le patrimoine du requérant, de son conjoint, de son partenaire enregistré ou concubin comprend des actifs n'excédant pas les limites de fortune prévues par la Conférence suisse des institutions d'action sociale (CSIAS), à savoir :
- Fr. 4'000.-- pour une personne seule;
- Fr. 8'000.-- pour un couple marié ou concubins.
2
Ces limites sont augmentées de Fr. 2'000.-- par enfant à charge, mais ne peuvent pas dépasser Fr. 10'000.-- par famille."
c)
L'art. 38 al. 1 LASV dispose que la personne qui sollicite une aide est tenue de fournir des renseignements complets sur sa situation personnelle et financière et d'autoriser l'autorité compétente à prendre des informations à son sujet. Elle doit signaler sans retard tout changement de sa situation pouvant entraîner la réduction ou la suppression des prestations. Cette disposition est précisée par l'art. 29 RLASV qui prévoit que chaque membre du ménage aidé ou son représentant légal doit déclarer sans délai à l'autorité d'application tout fait nouveau de nature à modifier le montant des prestations allouées ou à justifier leur suppression (al. 1). Constituent des faits nouveaux, notamment le début d'une activité lucrative ou l'augmentation de la rémunération d'une telle activité; le dépôt d'une demande de rente d'invalidité, toute aide économique, financière ou en nature, concédée par un tiers au ménage aidé (al. 2 let. a, e et k).
Aux termes de l'art. 42 al. 1 RLASV, l'autorité d'application peut réduire, voire supprimer le RI lorsque le bénéficiaire dissimule l'exercice d'activités lucratives, ne signale pas des éléments de revenu ou de fortune qui dépassent les limites permettant de bénéficier du RI, ou qui modifient le montant des prestations allouées; elle peut également réduire le RI lorsque le bénéficiaire l'affecte à d'autres fins que celles prévues par la loi, notamment s'il ne s'acquitte pas du loyer avec le montant versé à cet effet ou s'il ne signale pas l'éventuel remboursement des charges locatives payées en trop par acompte.
4.
En l'espèce, le CSR a supprimé, dès et y compris le mois de mars 2008, le RI dont bénéficiait le recourant; l'autorité a considéré que l'intéressé avait dissimulé des activités indépendantes, ainsi que l'existence de plusieurs comptes bancaires, si bien que les conditions de l'indigence ne paraissaient dès lors plus remplies. Le SPAS a confirmé cette décision, en retenant qu'un faisceau d'indices laissait présumer que le recourant dissimulait des éléments de fortune et de revenus.
A l'issue d'une longue instruction, le tribunal peut relativiser les constats des premières autorités, en tenant en définitive pour établis les éléments de faits suivants (les références aux pièces concernent le bordereau du 5 mars 2009 qui figure dans le dossier de l'intimé):
a) Etat des comptes ouverts
Les comptes bancaires mentionnés dans la procédure (pour autant qu'ils soient encore ouverts en 2008) présentaient les soldes suivants:
aa) comptes au nom de A.X._
-
BCV 9********: 9 fr. 80 au 1
er
mars 2008 (pièce 18)
-
UBS 2********: 7 fr. au 31 octobre 2005 (pièce 8.7)
-
UBS 11******** (prévoyance individuelle, pilier 3A) : 200 fr. 30 au 31 décembre 2008
-
Banque du Gothard 319'618.01: 12 fr. au 31 décembre 2008 (128 fr. au 31.12 2006, 68 fr. au 31.12 2007, pièces 12.2, 12.3)
ab) comptes au nom d'Y._ SA
- UBS 3********: 4'613 fr. au 31 décembre 2007, 8 fr. 30 au 31 janvier 2008 après paiement de 4'604 fr. 70 au titre des intérêts 2007 à M. Z._ (pièce 9).
b) La dotation des sociétés Y._ SA et E._ SA
Le compte UBS 2******** au nom de A.X._ a été crédité en février 2005 d'une somme totale de 116'887 fr. 50, constituée des avances effectuées par deux commanditaires (Mme A._ et M. Z._, pièce 8.1). Sur ce montant, 100'000 fr. ont été prélevés le 7 mars 2005 (pièce 8.1, p. 2) pour constituer le capital d'Y._ SA. Ces 100'000 fr. ont été versés (via un compte de consignation) sur le compte de la nouvelle société UBS 3******** le 28 avril 2005 (pièce 9).
En qualité d'administrateur au bénéfice de la signature individuelle (pièce 10), A.X._ a débité le compte de la société d'un montant de 99'300 fr. le 3 mai 2004 (pièce 11) pour le créditer sur un compte 4******** ouvert en nom propre à la banque du Gothard (pièce 12.1). De cette somme, le 4 mai 2005, il a prélevé 80'000 fr. pour libérer à concurrence de ce montant le capital de la nouvelle société E._ SA (pièces 12.1, 12.4, 13.2, 13.3, 13.4 et 14). Le 5 juillet 2005, les 80'000 fr. versés sur le compte de la société E._ SA ont été bonifiés sur le compte privé 4******** de
A.X._
à la banque du Gothard (pièce 12.1).
c) L'utilisation des fonds crédités sur le compte privé 319'618.01
En cours d'instruction, le recourant a été invité à justifier les opérations effectuées sur le compte 4******** ouvert en son nom à la Banque du Gothard, avec référence aux pièces 12.1 à 12.13 du bordereau du 5 mars 2009. A cet égard, on note que les relevés bancaires indiquent des retraits sur ce compte qu'il est impossible d'attribuer clairement à des frais commerciaux (tels les
"paiements en faveur de Corner Bank",
qui concernent très probablement des dépenses payées par carte visa, ou les
"paiements en faveur de
A.X._
"
ou encore des
"prélèvements"
sans indication de bénéficiaire). A l'audience, le recourant a produit différentes pièces dont une brochure qu'on pourrait qualifier de "journal" des démarches entreprises entre 2003 et 2008 pour la société Y._ SA, un résumé du projet d'Y._ avec plan d'investissement et budgets prévisionnels, et surtout des tableaux intitulés
"feuille de comptabilité"
Y._ SA pour la période du 9 mars 2005 au 31 décembre 2007 et E._ SA pour la période du 12.05.2005 au 31.12.2007 (déjà versés au dossier de l'intimé, pièces 15 et 16 du bordereau du 5 mars 2009). Ces tableaux présentent au 31.12.2007 un solde positif de 7'311 fr. 70 (4'613 fr. selon le relevé bancaire à cette date) en faveur de la société Y._ SA et un solde négatif de 7'652 fr. 15 pour la société E._ SA. Ces tableaux ne constituent pas des documents comptables et les
"écritures"
portées ne sont pas justifiées par des pièces. Néanmoins, le tribunal a renoncé à requérir la production des classeurs de pièces (évoqués par Mme B.X._) qui permettraient de procéder à un éventuel contrôle. En effet, la représentante de l'autorité intimée a admis la réalité des dépenses exposées et le tribunal s'en tiendra à cette appréciation. Il n'en reste pas moins que certains prélèvements concernent – comme l'a également relevé l'intimé - des dépenses de nature privée (tels les frais de séjours: alimentation, boissons, qui s'élèvent à un total de 6'720 fr.) ou qui en comptabilité commerciale justifieraient une déduction pour part privée (tels les frais de représentation: invitations, restaurants).
5.
a) Les pièces du dossier montrent ainsi qu'en mars 2008, les comptes bancaires du recourant et ceux des sociétés Y._ SA et E._ SA, dont il est l'administrateur, étaient pratiquement vides (avec des soldes généralement de moins de 10 fr.). En outre, les sociétés en question, faute de liquidités, ne déployaient plus d'activité (on relèvera que le Tribunal d'arrondissement de Lausanne a prononcé la faillite d'Y._ SA le 3 décembre 2009; la procédure de faillite – suspendue faute d'actif - a été clôturée le 12 avril 2010). Par ailleurs, aucun élément ne permet de retenir que le recourant disposait en mars 2008 d'autres éléments de fortune ou de revenus. Ces constatations ne permettent pas pour autant de conclure que l'intéressé avait droit au revenu d'insertion; elles démontrent en revanche que les activités prétendument indépendantes du requérant et l'existence de comptes jusqu'ici dissimulés ne justifiaient pas encore la suppression de toute allocation. Comme l'a relevé pertinemment la représentante du CSR, l'octroi de l'aide sociale requiert d'autres investigations, ne serait-ce qu'en raison du fait que le recourant est marié et vit avec son épouse. Ces considérations conduiront à une admission partielle du recours.
b) Si la suppression du RI n'était pas justifiée par les seuls motifs retenus par le CSR, celui-ci aurait pu examiner la question d'une éventuelle restitution des prestations que le requérant a touchées indûment durant la période antérieure à mars 2008, en raison de son activité d'administrateur des sociétés Y._ SA et E._ SA. Le recourant affirme à cet égard qu'il n'a tiré aucun revenu de cette activité et que toutes les dépenses étaient consenties en faveur des sociétés. Comme on l'a vu, cette assertion n'est nullement démontrée. Même si l'on admet – à l'instar de l'intimé - la réalité des dépenses exposées dans les documents intitulés
"Feuille de comptabilité"
, il n'en reste pas moins que certaines dépenses ont un caractère privé ou pour partie privé.
Au demeurant, en dépit de ses dénégations, le recourant a clairement manqué à ses devoirs d'information, en violation de l'art. 38 al 1
er
LAVS. Certes, les comptes-rendus d'entretien montrent que le recourant a fait part à son conseiller de son projet d'ouvrir un centre de médecine asiatique, mais il s'est abstenu de lui faire connaître la suite de ses démarches. Il n'a en particulier pas avisé le CSR de la création des sociétés Y._ SA et E._ SA, ni du mode de financement de ces sociétés. C'est à la suite d'une enquête que le CSR a appris l'existence de plusieurs comptes dissimulés. Il ressort de l'audience que les soupçons des autorités inférieures étaient alors parfaitement légitimes. Ce manque d'informations aurait permis d'envisager une sanction sous la forme d'une réduction du forfait RI (comme le prévoient les art. 45 LAVS, 44 et 45 RLAVS), mais ne suffisait pas à justifier la suppression de toute aide sociale dès mars 2008, pour une durée indéterminée, dès lors qu'il n'était pas établi que le bénéficiaire n'était plus indigent (PS.2010.0041 du 3 novembre 2010, consid. 2).
6.
Les considérants qui précèdent conduisent le tribunal à annuler tant la décision attaquée que celle du 17 juin 2008 du CSR. La conclusion principale du recourant, tendant à l'octroi du RI à compter du mois de mars 2008 est écartée; le dossier sera retourné au CSR afin qu'il statue à nouveau sur les prestations requises à partir du 1
er
mars 2008.
Vu l'issue du litige, l'arrêt sera rendu sans frais. En outre, le recourant, qui a procédé par l'intermédiaire d'un mandataire professionnel, a droit à l'allocation de dépens partiels.
Le recourant a requis l'assistance judiciaire le 8 février 2011; il a été invité à l'audience du lendemain à déposer une liste d'opérations, produite le 21 février 2011. Le tribunal accordera l'assistance requise, dès et y compris le 8 février 2011 et, sur la base de la liste déposée, arrêtera l'indemnité due à Me Rouiller à un montant de 1'669 fr. 25 (soit: 1'515 fr. 60 à titre d'honoraires, 30 fr de débours et 123 fr. 65 de TVA).