Decision ID: d0f799de-ef14-57c3-a2d4-9814c7de9910
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
A_, né le _ 1916, domicilié à Genève, est le père d'D_, domiciliée à Genève et d'B_, domiciliée au Mexique depuis le _ 2009. Il souffre de différentes affections médicales évolutives, notamment, d'une atteinte sévère de la vision et de l'audition qui l'empêchent de lire et d'écrire et le rendent entièrement dépendant de son entourage pour tous les gestes du quotidien. Il possède une fortune de l'ordre de 2'000'000 fr., composée d'avoirs bancaires et de deux biens immobiliers, l'un situé à Genève et l'autre en Espagne.
Par ordonnance du 12 avril 2013, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a institué, en faveur de A_, une mesure de curatelle de représentation et a désigné Me C_, avocat à Genève, aux fonctions de curateur, lequel a été chargé de représenter la personne en cause dans les domaines de l'administration des affaires courantes, de l'assistance personnelle, des soins, de la gestion du patrimoine ainsi que dans ses rapports juridiques avec les tiers.
A la suite du décès de l'épouse de A_, B_ s'est installée chez son père, sans toutefois transférer son domicile à Genève et sans renoncer à l'exploitation de ses affaires au Mexique.
D_ et B_ entretiennent des relations difficiles depuis plusieurs années.
B.
Par requête du 13 juin 2013, B_ avait conclu à ce que l'autorité de protection la désigne en qualité de curatrice de son père, en lieu et place de Me C_, au motif que celui-ci se serait rendu coupable de manquements dans la prise en charge assumée par la gouvernante qui intervenait à domicile.
Par décision du 16 janvier 2014, le Tribunal de protection, tout en constatant que l'exercice du mandat par Me C_ avait toujours été approprié, a considéré qu'il n'y avait pas lieu de confier à B_ la charge de la curatelle, celle-ci ne disposant pas des connaissances et du professionnalisme nécessaires dans les domaines juridique, financier et de gestion, au vu de la complexité de la situation de son père. Toutefois, B_ offrant à son père une assistance personnelle au quotidien adéquate, il convenait de limiter le mandat du curateur, de sorte que celui-ci ne serait plus chargé de ce dernier aspect de la curatelle.
Par arrêt du 15 mai 2014, la Chambre de surveillance de la Cour de justice a rejeté le recours formé par B_ contre cette décision, en relevant notamment que celle-ci empêchait sans justification Me C_ de mener à bien sa mission, notamment en lui interdisant l'accès au logement de A_ pour expertiser sa valeur ou en rendant difficile les rencontres avec ce dernier, ce qui permettait de douter de sa capacité d'œuvrer en faveur des intérêts de son père.
C.
Par ordonnance rendue sur mesures superprovisionnelles le 31 juillet 2014, le Tribunal de protection a étendu le mandat de Me C_ à la représentation de son protégé en matière d'assistance personnelle au quotidien et de soins, au motif qu'il avait été constaté qu'B_ avait quitté Genève pour le Mexique le 10 du même mois, sans en informer le curateur. Selon D_, son père ne connaissait pas la date du retour de sa sœur, ne disposait pas d'argent pour ses besoins courants et il ne savait pas si B_ avait engagé une aide à domicile pour l'entourer. Enfin, il ressortait d'une requête du 30 juillet 2014 de Me C_ qu'B_, avant son départ au Mexique, n'avait pas fait le nécessaire en ce qui concernait le paiement du salaire de l'aide à domicile et de la régularisation sur le plan administratif de cette employée.
Par télécopie du 18 août 2014, parvenue au Tribunal de protection le 26 août, B_ a contesté avoir abandonné son père, tout en admettant qu'elle avait dû s'absenter d'urgence pour se rendre au Mexique. Elle a affirmé avoir laissé son père en de bonnes mains tout en soulignant que celui-ci et elle-même avaient manqué d'argent pour les courses pendant un mois, que le Dr E_, médecin de A_, était intervenu et que, depuis lors, les remises d'argent avaient repris.
Par courrier du 27 août 2014, Me X_, intervenant pour le compte de A_, a communiqué au Tribunal de protection une lettre de son client, datée du 9 juillet 2014, à teneur de laquelle celui-ci concluait à la libération de Me C_ de ses fonctions de curateur et à son remplacement par Me F_, avocate à Genève.
Le Tribunal de protection a procédé à l'audition d'D_, d'B_ et de Me C_ ainsi que de G_.
D_ a indiqué qu'elle téléphonait de moins en moins à son père car elle devait passer par sa sœur, ce qui lui posait un problème. Son père lui avait appris qu'B_ avait quitté Genève pour le Mexique et qu'elle avait engagé une personne pour s'occuper de lui, G_, laquelle s'en occupait bien. A la demande de celle-ci, elle avait avancé un peu d'argent qui lui avait aussitôt été remboursé par l'Etude de Me C_. Selon elle, depuis le départ au Mexique d'B_, il n'y avait pas de problèmes financiers. D_ a exprimé le désir que Me C_ conserve son mandat de curateur.
G_ a déclaré que A_ lui avait dit qu'il souhaitait changer de curateur, en dépit de la normalisation de sa situation financière.
B_ a précisé qu'au mois de juin 2014, un montant de 1'000 fr. avait été versé sur son compte par l'Etude de Me C_ et que dès la fin de ce mois-là, elle n'avait plus remis de tickets au curateur, prétextant de l'absence de versement de l'entretien par le mandataire. Cette circonstance était à l'origine de la déstabilisation de son père.
Pour sa part, Me C_ a précisé qu'au cours de la première période de son mandat, il assurait un fonds de caisse de l'ordre de 500 fr., pour l'entretien de son protégé et qu'il appartenait à B_ de lui communiquer les tickets de caisse relatifs aux achats pour qu'il rétablisse ce fonds. Ce système avait fonctionné un certain temps, puis l'intéressée ne lui avait plus remis les tickets, ce qui l'avait amené à intervenir auprès du Tribunal de protection pour obtenir l'autorisation d'adresser l'équivalent du fonds de caisse à A_, de sorte à lui assurer directement son viatique. Dans ses conclusions du 21 octobre 2014, Me C_ a conclu au déboutement d'B_ de ses conclusions et à la confirmation de l'ordonnance du 31 juillet 2014. Il a rappelé qu'il avait mis en place le système du fonds de caisse alimenté sur la base des justificatifs des dépenses produites par B_ afin de satisfaire aux exigences de contrôle du Tribunal de protection. Il a par ailleurs produit des décomptes de frais personnels, lesquels mentionnent les versements à B_ des sommes nécessaires à maintenir le fonds de caisse à 500 fr. ainsi qu'un avis de transfert en faveur de celle-ci de 500 fr., valeur 8 juillet 2014.
Le 6 novembre 2014, le Tribunal de protection, dans sa composition pluridisciplinaire, s'est rendu au domicile de A_ pour l'auditionner. Celui-ci a indiqué à cette occasion qu'il était déterminé à obtenir la destitution de Me C_ de ses fonctions de curateur, en soulignant qu'il lui reprochait le manque de suivi au niveau de la rémunération le concernant lui et sa fille B_. Il a toutefois précisé qu'il ne connaissait pas Me F_. Enfin, il a indiqué qu'il souhaitait que la décision prise soit acceptable par l'ensemble de sa famille.
Le Dr E_ a indiqué que la prise en charge de A_ à domicile était bonne, que l'appartement était bien tenu, que son patient était toujours bien habillé, propre, alimenté et soigné, l'infirmier de l'IMAD passant environ une fois par semaine. Il a ajouté que A_ se plaignait essentiellement du fait que la mesure de curatelle le privait d'une certaine liberté, évoquant un problème d'argent en lien avec son curateur. Ce médecin a toutefois précisé que la désignation d'un nouveau mandataire ne ferait que déplacer le problème.
Dans ses conclusions du 2 décembre 2014, A_ a conclu principalement au prononcé de la mainlevée de la mesure de curatelle, se fondant sur le fait que sa prise en charge à domicile était bonne ainsi que l'avait confirmé son médecin lors de son audition. A titre subsidiaire, il a conclu à la révocation de Me C_ de ses fonctions de curateur et à la nomination, en lieu et place, de Me F_.
D.
a)
Par ordonnance
DTAE/658/2015
du 5 février 2015, le Tribunal de protection a débouté A_ de toutes ses conclusions (ch. 1 du dispositif), débouté B_ de toutes ses conclusions (ch. 2), confirmé au fond l'ordonnance rendue le 31 juillet 2014 sur mesures superprovisionnelles (ch. 3) et mis à la charge d'B_ et de A_, pris conjointement et solidairement, un émolument de décision de 300 fr. (ch. 4).
En substance, le Tribunal de protection a considéré que A_ remplissait toujours les conditions justifiant une mesure de curatelle. Il était rentré dans sa nonante neuvième année et présentait différentes affections médicales évolutives, une atteinte sévère de la vision et de l'audition, qui l'empêchait de lire et d'écrire, état qui le rendait entièrement dépendant de son entourage pour les actes quotidiens. L'intervention d'un curateur extérieur à la famille était indispensable, l'appui apporté par B_ étant limité et fluctuant sur le plan de l'assistance personnelle ainsi que cela avait été démontré lors de son départ de Genève le 10 juillet 2014 pour un séjour de plus de deux mois au Mexique, alors qu'elle n'avait pas préparé de façon adéquate l'accompagnement de son père. Il n'était par ailleurs pas question que les proches de A_ soient amenés à gérer le patrimoine de ce dernier. Enfin, B_ entretenait une relation difficile avec le curateur et avec sa soeur, D_.
En ce qui concerne le choix du curateur, le Tribunal de protection a estimé qu'aucun motif de libération de Me C_ de ses fonctions de curateur n'était réalisé. Le grief formulé par B_ au sujet de la remise régulière, en juin 2014, de sommes destinées à l'entretien du protégé résultaient notamment du fait que le curateur n'avait pas reçu de celle-ci les justificatifs. La réaction de Me C_ n'avait pas tardé, dès lors qu'il avait mis en place un autre système, avec l'approbation du Tribunal de protection, par des versements hebdomadaires de 500 fr. à compter du 8 juillet 2014. La proposition de nommer en lieu et place Me F_ ne découlait de surcroît pas d'un choix réel de la part de A_, lequel avait admis n'avoir jamais rencontré cette personne.
b)
Par acte expédié le 25 mars 2015, A_ a formé un recours contre cette ordonnance, sollicitant son annulation et la désignation de Me F_ aux fonctions de curateur en lieu et place de Me C_. A titre subsidiaire, il a conclu à la révocation de Me C_ de ses fonctions de curateur et à la nomination d'un autre curateur.
Il a indiqué être déterminé à obtenir la destitution de son curateur, dès lors qu'il n'avait plus aucune confiance en lui. Il a produit notamment un courrier du
Dr E_, du 24 mars 2015, lequel indique que la curatelle pèse sur son patient en raison des très fortes tensions existant entre ce dernier et son curateur actuel. Selon ce médecin, le maintien du curateur actuel était préjudiciable à l'équilibre psychique de son patient. En ce qui concerne Me F_, celle-ci lui avait été proposée en remplacement de Me C_ par sa podologue, H_, en raison de ses qualités humaines et professionnelles. Le souhait de A_ d'avoir comme curatrice Me F_ devait être respecté, conformément à l'art. 401 al. 1 CC.
c)
Par lettre du 14 avril 2015, le Tribunal de protection a informé la Chambre de surveillance de la Cour de justice qu'il persistait dans sa décision du 5 février 2015.
d)
Par courrier du 15 avril 2015 adressé à la Chambre de surveillance, B_ a indiqué qu'elle soutenait le recours interjeté par son père, pour les motifs évoqués par celui-ci, auxquels elle se rangeait entièrement.
e)
Dans ses observations du 13 mai 2015, Me C_ a indiqué que le conflit au sujet de la curatelle de A_ s'inscrivaient dans le cadre d'un profond litige opposant les deux filles de ce dernier. Dès son arrivée à Genève après le décès de l'épouse de A_, B_ s'était acharnée à remettre en question toutes les démarches et initiatives entreprises par sa sœur D_. L'un des objectifs d'B_ avait consisté à obtenir par tous les moyens la destitution du curateur désigné. Elle avait demandé à être elle-même nommée curatrice à sa place. Par la suite, comprenant qu'elle ne pourrait pas être nommée curatrice, elle avait sollicité, par l'intermédiaire de Me X_, la nomination de Me F_. Dans un courrier du 9 mai 2015 adressé à Thierry WUARIN (cf. pièce 4, chargé de Me C_), D_ a indiqué qu'elle souhaitait très vivement que Me C_ conserve le mandat de curateur, saluant au passage sa réactivité et son efficacité. Selon ce courrier, Me C_ avait aussitôt organisé les démarches liées à l'engagement des nouvelles soignantes pour A_. Selon le curateur, il était toutefois à craindre qu'B_ ne détruise l'encadrement mis en place lors d'un de ses éventuels retours à Genève.
Me C_ s'en est rapporté à justice au sujet du recours et n'a pas pris de conclusions formelles. Il a indiqué qu'il continuerait à exercer son mandat de curateur au plus proche de sa conscience et des intérêts de A_ aussi longtemps qu'il sera le curateur de celui-ci.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet, dans les trente jours, d'un recours écrit et motivé, devant le juge compétent, à savoir la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et al. 3 et 450b CC; art. 126 al. 3 LOJ; art. 53 al. 1 et 2 LaCC).