Decision ID: 7033f7d9-dd2c-4353-b9aa-a754efd766ce
Year: 2022
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_005
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: penal_law

considérant en fait
A.
A.a. Le 5 mars 2022, Me A._, avocat de B._, a déposé une plainte / dénonciation pénale pour atteinte à l'honneur contre la Juge C._, en lien avec un courrier que celle-ci avait rédigé le 10 décembre 2021 (DO/2000 ss). Il y a joint, entre autres, une plainte / dénonciation pénale similaire de sa cliente, datée du 3 mars 2022 (DO/2006).
Me A._ et B._ y reprochaient en substance à la magistrate d’avoir écrit ce qui suit dans le courrier précité, lequel a été rédigé dans le cadre d’une procédure civile alors en cours et répondait à une correspondance que l’avocat lui avait adressée le 23 novembre 2021 suite à l’audience qui avait eu lieu la veille : « Finalement, vous évoquez la « grave agression verbale » que vous auriez subi[e] de ma part, qui aurait entraîné « une extinction de [ma] voix », le fait que de tels éclats de voix sont à proscrire et qu’une gestion des émotions est nécessaire en audience. Je me dois de relever le caractère à la fois sexiste et exagéré de vos propos (...) » (DO/2022 s.).
A.b. Dans la plainte / dénonciation pénale du 5 mars 2022, Me A._ a demandé que le dossier soit pris en charge par un procureur hors du canton de Fribourg, ceci aux fins, d’une part, d’éviter d’exposer la personne chargée de la direction de la procédure à d’éventuelles pressions, notamment dans le cadre de l’Association Fribourgeoise des Magistrats de l’ordre judiciaire (ci-après : l’AFM), et, d’autre part, de garantir l’application de l’art. 3 al. 2 let. c CPP, à savoir la maxime voulant qu’un traitement équitable et le droit d’être entendu soient garantis à toutes les personnes touchées par la procédure (DO/2002).
Le Procureur général lui a répondu en substance, le 16 mars 2022, qu’une pression telle que redoutée n’est pas envisageable, en particulier en lien avec le fait qu’il préside l’AFM, et qu’en ce qui concerne l’éventuelle violation du droit d’être entendu redoutée, il est tenu par le Code de procédure pénale, comme tout magistrat pénaliste, et qu’il ne se permet aucune entorse. Il a conclu qu’il envisageait dès lors de se charger de l’instruction des deux plaintes pénales, tout en impartissant un délai de 10 jours à l’avocat pour lui indiquer s’il maintenait sa demande de récusation à l’endroit non seulement de lui-même, mais de tout magistrat fribourgeois, auquel cas il transmettrait le dossier au Tribunal cantonal pour décision (DO/9000). Le 3 juin 2022, l’avocat a répondu qu’il n’avait pas demandé la récusation de l’ensemble du Ministère public, mais la nomination d’un procureur extraordinaire hors du canton, et qu’il était renoncé à la nomination d’un tel procureur (DO/9026).
A.c. Par courrier du 15 juin 2022, le Procureur général a transmis à la Juge C._ les plaintes pénales ainsi que leurs annexes et lui a donné la possibilité de se déterminer par écrit à ce sujet. Après avoir été déliée du secret de fonction par le Conseil de la magistrature, elle s’est déterminée brièvement par courrier du 2 août 2022 (DO/9028 ss).
A.d. Par ordonnance du 18 août 2022, le Ministère public n’est pas entré en matière sur les plaintes pénales précitées, frais par CHF 500.- à la charge de B._ et Me A._ solidairement; l’ordonnance retient en outre que dès son entrée en force, elle sera communiquée à la Commission du Barreau pour éventuelles suites administratives (DO/ 10'000 ss).
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B.
B.a. B._ et Me A._ ont chacun déposé un recours contre cette ordonnance en date du 30 août 2022. Ils y prennent les conclusions suivantes :
A titre préalable :
1. Il est constaté d'office la nullité absolue de l'ordonnance de non-entrée en matière rendue le 18 août 2022 par le Ministère public dans la cause C._, [...] (FGS/FGS ddd).
Subsidiairement :
2. Il est ordonné l'effet suspensif de l'ordonnance de non-entrée en matière rendue le 18 août 2022 par le Ministère public dans la cause C._, [...] (FGS/FGS ddd).
3. Le recours déposé ce jour auprès de la Chambre pénale du Tribunal de céans par Maître A._ / B._ est joint à la présente procédure.
4. Il est constaté que C._ a accepté tacitement la levée de son immunité au sens de l'art. 111 de la Loi sur la Justice (LJ; RSF 130.1) et l'art. 173 de la Loi sur le Grand Conseil (LGC; RSF 121.1) dans la mesure où C._ a, d'une part, obtenu la levée du secret de fonction en date du 22 juin 2022, et d'autre part, rédigé une détermination déposée le 2 août 2022 sur la plainte pénale / dénonciation pénale du 3 mars 2022 à son encontre et signée par B._ ainsi que sur la plainte pénale / dénonciation pénale du 5 mars 2022 à son encontre et signée par Maître A._.
Subsidiairement :
5. La Chambre pénale du Tribunal de céans enjoint l'autorité compétente, le cas échéant l’institution compétente, de lever l'immunité de C._ conformément au droit, notamment en application de l'art. 111 de la Loi sur la Justice (LJ; RSF 130.1) et l’art. 173 de la Loi sur le Grand Conseil (LGC; RSF 121.1).
A titre de réquisition de moyens de preuve
6. Il est ordonné la production de tous les dossiers civils complets de la procédure opposant B._ et E._, notamment les dossiers n° fff et ggg.
7. Il est ordonné l'interrogatoire de la prévenue C._, le cas échéant la répétition de son audition, dans le cadre de la présente procédure conformément au droit d'être entendu du soussigné.
8. Il est ordonné l'audition des témoins suivants : Madame la Juge H._ et Monsieur le Juge I._, juges au Tribunal.
A titre principal :
9. Le présent recours est admis.
10. La Chambre pénale du Tribunal de céans rend une nouvelle décision.
11. C._ est reconnue coupable notamment d'atteinte à l'honneur à l'endroit de B._ et de Maître A._, notamment en application des art. 173 et suivants du Code pénal (CP), notamment pour calomnie, le cas échéant, pour diffamation, le cas échéant pour injure.
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12. La peine est fixée à dire de justice
A titre subsidiaire :
13. L'ordonnance de non-entrée en matière rendue le 18 août 2022 par le Ministère public dans la cause C._, [...] (FGS/FGS ddd), est annulée.
14. Il est ordonné la récusation de Monsieur le Procureur général Fabien Gasser notamment en application des art. 56 et suivants CPP dans le cadre de la présente cause (FGS/FGS ddd).
15. L'autorité compétente et/ou l'institution compétente est enjointe de nommer un procureur extraordinaire ad hoc exerçant dans un autre canton que celui du canton de Fribourg notamment aux fins d'instruire la présente cause.
16. La présente cause est transmise et/ou confiée au procureur extraordinaire ad hoc nommé notamment pour instruction en application de la conclusion n° 15 susmentionnée.
En tout état de cause :
17. C._ est condamnée à payer à B._ / Maître A._ un montant de CHF 10'000.00 [chacun] à titre de préjudice, notamment pour la réparation de son tort moral ceci avec intérêts à 5% l'an dès le 5 mars 2022.
18. C._ est condamnée à payer à B._ / Maître A._ une juste indemnité [chacun] pour les dépenses obligatoires occasionnées par la procédure au sens de l'art. 433 CPP.
19. C._ est condamnée à payer les frais.
B.b. Le Procureur général a produit son dossier le 10 octobre 2022. A cette occasion, il s’est déterminé sur les recours, concluant au rejet du pourvoi déposé par Me A._ et à l’irrecevabilité de celui interjeté par B._. Quant à la demande de récusation contenue dans chaque recours, il a invité la Chambre pénale à la rejeter.
Le 22 octobre 2022, Me A._ a déposé une réplique spontanée. B._ en a fait de même par courrier du 9 novembre 2022.
B.c. Par ordonnance du 25 octobre 2022, la Vice-Présidente de la Chambre pénale a rejeté les requêtes d’effet suspensif (cf. conclusion n° 2 précitée; 502 2022 207 / 502 2022 2010).
Le 9 novembre 2022, B._ a demandé que cette ordonnance soit reconsidérée.

en droit
1.
1.1. Aux termes de l’art. 30 CPP, si des raisons objectives le justifient, le ministère public et les tribunaux peuvent ordonner la jonction ou la disjonction de procédures pénales.
En l’espèce, les recours déposés par B._ et Me A._ sont quasi identiques et concernent la même ordonnance. Du reste, les recourants demandent la jonction des procédures
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de recours (cf. conclusions n° 3). Il se justifie ainsi de joindre les causes 502 2022 206/208 et 502 2022 209/211.
1.2. Les parties peuvent attaquer une ordonnance de non-entrée en matière rendue par le ministère public (art. 310 CPP) dans les dix jours devant l’autorité de recours (art. 310 al. 2, 322 al. 2 CPP; cf. art. 20 al. 1 let. b CPP), qui, dans le canton de Fribourg, est la Chambre pénale (art. 85 al. 1 LJ.
Remis à un office postal le 30 août 2022, les recours ont été interjetés dans le délai légal.
En revanche, plusieurs conclusions, en plus pour certaines de ne pas être motivées (cf. infra, ch. 1.4), ne relèvent pas de la compétence de l’autorité de recours (cf. art. 20 al. 1, 397 CPP), soit tout du moins les conclusions n° 4 (constatation de l’acceptation de la levée d’immunité), 5 (injonction quant à la levée de l’immunité), 11 (verdict de culpabilité), 12 (fixation de la peine) et 17 (condamnation au paiement de CHF 10'000.- à titre de préjudice, notamment pour la réparation du tort moral), de sorte qu’il ne sera pas entré en matière à cet égard.
1.3. Toute partie qui a un intérêt juridiquement protégé à l’annulation ou à la modification d’une décision a qualité pour recourir contre celle-ci (art. 382 al. 1 CPP). A notamment qualité de partie la partie plaignante (art. 104 al. 1 let. b CPP), à savoir la personne lésée (art. 115 CPP) qui déclare expressément vouloir participer à la procédure pénale comme demandeur au pénal ou au civil (art. 118 al. 1 CPP). Une plainte pénale équivaut à une telle déclaration (art. 118 al. 2 CPP).
En l’espèce, le recourant dispose d’un intérêt juridiquement protégé à l’annulation de la décision attaquée en ce qui concerne les faits qui le touchent directement et personnellement, soit ceux qu’il qualifie d’atteinte à l’honneur. Il a ainsi qualité pour recourir.
En ce qui concerne par contre la recourante, le Ministère public a retenu que sa qualité de (partie) plaignante est douteuse, exposant ce qui suit : « Dans le courrier du 23 novembre 2021, Me A._ évoque l'agression verbale qu'il estime avoir subie personnellement. Ce passage n'a pas à être approuvé par sa mandante, et il n'émane manifestement pas d'elle. Peu importe qu'elle s'y associe, la remarque de la Présidente ne la concerne pas. Cette question peut toutefois demeurer ouverte » (cf. ordonnance querellée, p. 3). Dans son pourvoi, la recourante ne discute pas ce qui précède et ne cherche en particulier pas à démontrer sa qualité de partie plaignante, notamment dans quelle mesure elle est lésée. Son recours devrait dès lors d’emblée être déclaré irrecevable, hormis en ce qui concerne les frais de la procédure de première instance (cf. infra, ch. 5). Cela étant, comme il convient de toute manière de rejeter le recours, à l’instar de celui de son avocat, il n’est pas nécessaire de trancher la question formellement.