Decision ID: db5fa4e7-06b4-427b-a5e8-5975196a155f
Year: 2012
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
X._, né le 20 janvier 1975, domicilié à 1********, est titulaire du permis de conduire suisse depuis le 18 octobre 2005, après échange avec son permis de conduire français obtenu le 9 septembre 1993. Il figure au registre des mesures administratives ADMAS pour:
-
un retrait du permis de conduire d'une durée d'un mois prononcé le 22 août 2008 pour excès de vitesse; mesure exécutée du 2 septembre au 1er octobre 2008;
-
un retrait du permis de conduire d'une durée de quatre mois prononcé le 19 juin 2006 pour excès de vitesse, cas grave; mesure ramenée à trois mois le 26 octobre 2006 et exécutée du 6 octobre 2006 au 5 janvier 2007;
-
un avertissement prononcé le 3 mars 2006 pour excès de vitesse;
-
une interdiction de faire usage du permis étranger d'une durée de deux mois pour ébriété; mesure exécutée du 5 mai au 4 juillet 2001.
B.
X._ est responsable marketing et communication auprès de la société Y._ SA, dont le siège est à 2********. Dans ce cadre, il allègue devoir se déplacer fréquemment, en particulier plusieurs fois par mois dans les cantons de Zoug et d'Argovie pour coordonner les activités de marketing et de communication au sein de la société. Pour le reste, il dit se déplacer fréquemment pour rencontrer des fournisseurs et représenter l'entreprise à l'occasion d'¿énements professionnels.
C.
X._ est le père d'une fillette, née le 18 juillet 2003, qui habite à 3******** dans le canton du Valais et sur laquelle il exerce un droit de visite régulier: un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires selon attestation du 15 mars 2012 de la mère de l'enfant.
D.
Le 29 mai 2009, à 18h10, X._ a fait l'objet d'un procès-verbal pour avoir commis un excès de vitesse de 69 km/h sur une autoroute française (vitesse limitée à 110 km/h sur le tronçon en question). Son permis de conduire a été immédiatement saisi et une interdiction temporaire immédiate de conduire en France pour une durée de six mois a été prononcée par la sous-préfecture de Nantua.
E.
Le 15 juin 2009, la sous-préfecture de Nantua a remis à l'Office cantonal des automobiles et de la navigation genevois le permis de conduire de X._ pour restitution, ainsi que l'arrêté d'interdiction temporaire de conduire en France prononcé à son encontre. Le 22 juin 2009, le permis de conduire de l'intéressé a été adressé par l'autorité administrative genevoise au Service des automobiles et de la navigation du Canton de Vaud (ci-après : SAN) qui l'a à son tour adressé, le 24 juin 2009, à l'intéressé en avertissant toutefois ce dernier qu'il se réservait le droit de prononcer une mesure de retrait de son permis de conduire à raison de l'excès de vitesse commis le 29 mai 2009.
F.
Par décision du 23 novembre 2009, le SAN a retiré le permis de conduire de X._ pour une durée de douze mois en raison de l'infraction de dépassement de la vitesse autorisée commise en France de 69 km/h.
G.
Le 20 décembre 2009, X._ a déposé une réclamation contre cette décision, contestant avoir commis l'infraction qui lui était reprochée et indiquant qu'il avait recouru auprès du Tribunal de police de Nantua. Il demandait la suspension de la procédure devant le SAN jusqu'à droit connu dans celle menée devant les autorités françaises.
H.
Le 29 décembre 2009, le SAN a suspendu la procédure administrative dans l'attente de l'issue pénale, rendant attentif X._ au fait que, pour prononcer sa décision, il retiendrait l'état de fait établi par l'autorité pénale et qu'il appartenait à l'intéressé de faire valoir tous ses arguments directement auprès de l'autorité pénale.
I.
Le 22 octobre 2010, le Tribunal d'instance et de police de Nantua a remis au SAN sa décision du 1
er
juillet 2010 prononçant la relaxe de X._ du chef d'excès de vitesse d'au moins 50 km/h, tout en précisant que le Procureur de la République de Bourg-en-Bresse avait interjeté appel contre celle-ci. La décision du 1
er
juillet 2010 retient une vitesse "enregistrée" de 182 km/h et une vitesse "retenue" de 172 km/h.
J.
Le 25 novembre 2011, la Cour d'appel de Lyon a remis au SAN une copie de l'arrêt rendu le 27 septembre 2011 par sa 9
ème
Chambre infirmant le jugement du 1
er
juillet 2010 et condamnant X._ au paiement d'une amende de 600 euros et à une suspension de son permis de conduire d'une durée de deux mois. L'arrêt n'est pas très explicite sur la question de savoir si ces deux mois s'ajoutent à l'interdiction temporaire de six mois prononcée au moment de l'infraction par la sous-préfecture de Nantua. X._ l'a en tout cas compris comme tel et la décision ne fait en tout cas pas état d'une réduction à deux mois de l'interdiction temporaire précitée. Enfin, l'arrêt retient qu'au moment de l'infraction, l'intéressé conduisait son véhicule à une vitesse de 62 km/h supérieure à la limite autorisée.
K.
Par décision sur réclamation du 25 janvier 2012, le SAN a rejeté la réclamation déposée le 20 décembre 2009 et confirmé sa décision du 23 novembre 2009. Retenant un dépassement de la vitesse autorisée en France de 69 km/h, le SAN a considéré en particulier que X._, qui a commis une infraction grave à la loi sur la circulation routière, ne pouvait pas se prévaloir d'un casier de conducteur vierge, plusieurs antécédents y figurant, dont une mesure de retrait de son permis de conduire pour un précédent excès de vitesse grave et que l'autorité administrative n'était pas tenue par la durée de l'interdiction de conduire en France de six mois.
L.
Par acte du 24 février 2012 de son avocat, X._ a recouru en temps utile contre la décision sur réclamation devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (ci-après : CDAP) concluant à la nullité, subsidiairement à l'annulation de la décision attaquée. Tout d'abord, le recourant reproche au SAN d'avoir procédé à une constatation inexacte et incomplète des faits, retenant un dépassement de vitesse de 69 km/h au lieu de 62 km/h et omettant d'indiquer que le recourant avait subi non seulement une interdiction temporaire immédiate de conduire en France d'une durée de six mois prononcée par la sous-préfecture de Nantua mais aussi une suspension de son permis de conduire d'une durée supplémentaire de deux mois prononcée par la 9
ème
Chambre de la Cour d'appel de Lyon. Ensuite, le recourant fait valoir que la mesure ordonnée viole le principe de proportionnalité, car elle ne tiendrait pas suffisamment compte de son besoin professionnel de conduire un véhicule automobile ni du fait qu'il s'est bien conduit depuis les faits qui lui sont reprochés ni encore du fait qu'il a besoin de son véhicule pour exercer son droit de visite sur sa fille. Enfin, le recourant reproche à l'autorité intimée de ne pas avoir suffisamment tenu compte du fait que l'interdiction de conduire en France l'avait atteint de façon toute particulière.
Le 12 avril 2012, l'autorité intimée a requis production des pièces permettant d'attester la fréquence avec laquelle le recourant circulait en France et a conclu, dans l'intervalle, au maintien de la décision sur réclamation contestée.
Dans une lettre du 27 avril 2012 rédigée à qui de droit, X._ explique qu'au moment où l'infraction a été constatée, il se rendait régulièrement dans la région de Marseille, pour des raisons familiales. Il lui importait d'être le plus souvent possible aux côtés de sa grand-mère, qui se trouvait en EMS à St-Cyr-sur-mer jusqu'à son décès en janvier 2010, d'une part et de son père, qui résidait à Marseille jusqu'à son décès en juin 2010, d'autre part. Le recourant s'est rendu à Marseille en train ou en s'y faisant conduire par sa compagne de l'époque: en mai 2009, à raison de deux allers-retours sur un week-end pour les fêtes de Pentecôte et de l'Ascension; en juin 2009, à raison d'un aller-retour sur un week-end; en juillet 2009 à raison d'un séjour de dix jours; en août 2009, à raison d'un aller-retour sur un week-end; en septembre 2009, à raison d'un aller-retour sur un week-end et un séjour de quatre jours pendant le Jeûne fédéral; en octobre 2009, à raison d'un aller-retour sur un week-end et en novembre 2009, à raison d'un aller-retour sur un week-end. La décision de la Cour d'appel de Lyon le condamnant à une inderdiction de conduire de deux mois à partir du 28 septembre 2011 l'a ensuite gêné dans le traitement des successions de sa grand-mère et de son père l'obligeant à se rendre à trois rendez-vous à Lyon en octobre et novembre 2011 ainsi qu'à un entretien à Marseille au mois de novembre 2011.
Le 14 juin 2012, l'autorité intimée a proposé de réduire la durée de la mesure attaquée à dix mois, considérant que le recourant avait été plus atteint par la mesure d'interdiction de conduire en France qu'un Suisse de passage à raison du domicile en France des membres de sa famille proche et de leur état de santé.
Interpellé par le juge instructeur sur l'opportunité du maintien du recours au vu de ce qui semblait être une nouvelle décision du SAN, le recourant, a fait savoir au tribunal, par l'intermédiaire de son conseil, le 9 juillet 2012, qu'il maintenait son recours, considérant ne pas pouvoir être puni par une interdiction de conduire allant au-delà de six mois.
M.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1.
S'agissant de la constatation des faits pertinents, la décision attaquée retient un dépassement de la vitesse maximale autorisée sur autoroute en France (110 km/h sur le tronçon en question) de 69 km/h, se référant manifestement à la décision immédiate de la sous-préfecture de Nantua retirant le permis de conduire et prononçant une interdiction temporaire immédiate de conduire en France pour une durée de six mois et mentionnant expressément la vitesse constatée de 179 km/h. Cette décision a ensuite été contestée. Les deux décisions rendues ensuite par la justice française font état d'une vitesse enregistrée de 182 km/h et retiennent, marge de sécurité déduite, une vitesse de 172 km/h, donc un excès de vitesse de 62 km/h, sans qu'aucune d'entre elles n'explique cette différence. L'excès de vitesse de 62 km/h, plus favorable au recourant, doit être retenu, sans que cela n'ait d'incidence puisque l'un et l'autre excès représente une infraction grave au sens de l'art. 16c de la loi fédérale du 19 décembre 1958 sur la circulation routière (LCR; RS 741.01). En effet, s'agissant des excès de vitesse, le Tribunal fédéral a récapitulé les règles fixées par la jurisprudence dans ce domaine dans l'ATF 124 II 475. Ces règles distinguent la circulation sur les autoroutes, les autres routes (à savoir les routes hors des localités et les semi-autoroutes dont les chaussées dans les deux directions ne sont pas séparées) et la circulation à l'intérieur des localités. Un dépassement de la vitesse maximale autorisée de 25 km/h et plus à l'intérieur d'une localité, de 30 km/h et plus à l’extérieur d’une localité et de 35 km/h et plus sur autoroute constitue une violation grave des règles de la circulation (ATF 123 II 37; 124 II 97; 124 II 259).
La décision attaquée retient également de manière erronée qu'il a été interdit au recourant de conduire en France pendant six mois. Si une première interdiction temporaire immédiate de conduire en France d'une durée de six mois a été signifiée au recourant par la sous-préfecture de Nantua, une suspension du permis de conduire d'une durée supplémentaire de deux mois a été prononcée ultérieurement par la 9
ème
Chambre de la Cour d'appel de Lyon, de sorte qu'au total, l'interdiction de conduire en France aura duré huit mois. On examinera ci-après l'incidence de cette rectification de l'état de fait de la décision attaquée sur la durée du retrait du permis de conduire du recourant.
2.
a) S'agissant d'une infraction commise à l'étranger, l'art. 16c
bis
LCR, introduit par la loi du 20 mars 2008 (FF 2007 7167) et entré en vigueur le 1
er
septembre 2008 (RO 2008 3839) est applicable. Il prévoit ce qui suit :
"
1
Après une infraction commise à l'étranger, le permis d'élève conducteur ou le permis de conduire est retiré aux conditions suivantes:
a. une interdiction de conduire a été prononcée à l'étranger;
b. l'infraction commise est qualifiée de moyennement grave ou de grave en vertu des art. 16b et 16c.
2
Les effets sur la personne concernée de l'interdiction de conduire prononcée à l'étranger seront pris en compte dans une juste mesure lors de la fixation du retrait de permis. La durée minimale du retrait peut être réduite. Pour les personnes qui ne figurent pas dans le registre des mesures administratives (art. 104b), la durée de l'interdiction ne peut dépasser celle qui a été prononcée à l'étranger."
Le Tribunal fédéral a constaté, par un arrêt rendu le 14 juin 2007 (ATF 133 II 331; JT 2007 I 505) qui a renversé une longue pratique antérieure, que la LCR ne comportait pas de base légale suffisante pour justifier la pratique des autorités administratives vieille de trente ans consistant à retirer le permis de conduire suisse à une personne ayant commis une infraction à l'étranger. L'art. 16c
bis
LCR a ainsi créé la base légale permettant de retirer en Suisse le permis de conduire à une personne qui a violé les règles de la circulation à l'étranger, à condition qu'elle ait été frappée, pour cette infraction, d'une interdiction d'y circuler. Pour des raisons de sécurité routière, il importe de pouvoir poursuivre en Suisse les manquements commis hors de nos frontières. Bien souvent, les conducteurs se soucient moins des règles de la circulation routière lorsqu'ils sont à l'étranger, parce qu'en cas d'infraction, il est rare qu'ils se voient infliger la sanction adéquate. C'est ainsi que même une interdiction de conduire de longue durée n'a pas d'effet sur les touristes s'ils ne sont que de passage dans le pays concerné (Message du Conseil fédéral; FF 2007 7167, spéc. 7169).
L'al. 1 précise les conditions d'un retrait de permis de conduire suite à une infraction commise à l'étranger. Selon l'al. 2 – qui ne comportait que les deux premières phrases dans le projet du Conseil fédéral -, le retrait du permis qui fait suite à une infraction commise à l'étranger ne doit pas conduire à une double peine. A ce propos, le message (FF 2007 p. 7172) expose que l'al. 2 oblige les autorités cantonales concernées à tenir compte de l'effet de l'interdiction de conduire à l'étranger sur l'intéressé lors de la fixation de la durée du retrait de permis. Au moment de l'administration de la mesure en Suisse, il convient, entre autres, de considérer la durée de l'interdiction de conduire prononcée à l'étranger, de déterminer si la mesure a encore cours et, si tel est le cas, pour combien de temps encore; il faut aussi examiner si les deux mesures échoient en même temps et si le conducteur dépend de son véhicule à l'étranger ou non. Ainsi, il sera possible de réduire les mesures suisses en deçà des périodes minimales prévues aux art. 16b et 16c LCR. Le Message du Conseil fédéral ajoutait qu'il appartiendrait aux autorités administratives de trouver des solutions adéquates au cas par cas et que le système en cascades mentionné aux art. 16b et 16c LCR, et entrée en vigueur le 1
er
janvier 2005, se rapporte également aux retraits de permis faisant suite à une infraction commise à l'étranger. En cas de récidive, la durée minimale du retrait (compressible pour les infractions commises à l'étranger) augmente indépendamment du fait que la première, la deuxième ou les deux infractions ont été ou non commises à l'étranger. L'esprit et les finalités du système tendent à pénaliser plus gravement les récidivistes (FF 2007 p. 7172 précité).
Vu l'urgence – suite à l'arrêt du Tribunal fédéral du 14 juin 2007, il convenait de créer au plus vite la base légale permettant de retirer le permis de conduire à une personne ayant commis une infraction à l'étranger -, l'art. 16c
bis
LCR a été présenté simultanément aux deux chambres. L'adoption de l'al. 2 a fait l'objet de vives discussions. Dans un premier temps, le Conseil national a adopté la proposition du Conseiller Thomas Müller qui visait à ajouter la troisième phrase suivante : "la durée de l'interdiction ne peut dépasser la durée d'interdiction prononcée sur le lieu d'infraction". Pour l'auteur de la proposition, il ne s'agissait pas seulement de prévoir que la durée minimale du permis pouvait être réduite, mais aussi de préciser que la durée du retrait en Suisse ne pouvait pas dépasser la durée de l'interdiction de conduire prononcée à l'étranger, s'inspirant du système prévu par l'art. 7 par. 3 du Code pénal suisse qui dispose que "le juge fixe les sanctions de sorte que l'auteur ne soit pas traité plus sévèrement qu'il ne l'aurait été en vertu du droit applicable au lieu de commission de l'acte" (BO CN 2008 p. 171). La proposition du Conseiller Thomas Müller n'a pas été acceptée par le Conseil des Etats, qui a adhéré au projet du Conseil fédéral. On craignait que les récédivistes ne profitent massivement de cette proposition. En effet, l'autorité étrangère, au moment de fixer la mesure d'interdiction de conduire, ne connaît pas les antécédents du conducteur en Suisse. Seule l'autorité administrative du lieu de domicile peut prendre en considération les précédents retraits du permis de conduire pour aggraver la mesure et l'autorité suisse doit aussi pouvoir tenir compte du comportement du conducteur à l'étranger et, par voie de conséquence prononcer un retrait plus long pour un récidiviste que pour un délinquant primaire. Avec la proposition du Conseil national, il faudrait, par exemple, s'en tenir à une interdiction de conduire prononcée à l'étranger de trois mois alors que, compte tenu des antécédents en Suisse, l'infraction donnerait lieu à un retrait de permis en Suisse de six ou douze mois selon les circonstances (voir à ce sujet l'intervention du Conseiller Peter Bieri qui conclut à "eine ausserordentlich krasse Diskrepanz und eine ausgesprochene Ungerechtigkeit" dans le traitement de la personne qui a commis sa première infraction et du récidiviste; BO CE 2008 p. 127). Après avoir maintenu la divergence, le Conseil national (à 89 voix contre 88) s'est rallié à la proposition de compromis du Conseil des Etats d'ajouter à la disposition prévue par le Conseil fédéral la troisième phrase actuelle : "pour les personnes qui ne figurent pas dans le registre des mesures administratives (art. 104b), la durée de l'interdiction ne peut dépasser celle qui a été prononcée à l'étranger". L'autorité administrative n'est ainsi tenue par la durée de la mesure d'interdiction de conduire à l'étranger que s'agissant des personne qui ne figurent pas au registre des mesures administratives. Cela aura pour effet d'empêcher que les récidivistes soient traités comme les personnes commettant une première infraction. Cela aura aussi pour effet d'empêcher que les récidivistes qui commettent à l'étranger des infractions ne bénéficient d'un traitement de faveur par rapport à ce qui se passe lorsque l'infraction est commise en Suisse (BO CE 2008 p. 180).
En résumé, l'art. 16c bis LCR a été introduit pour fournir la base légale du retrait de permis après une infraction commise à l'étranger. Le projet du Conseil fédéral prévoyait que l'autorité tiendrait compte de l'interdiction de conduire prononcée à l'étranger et que la durée minimale du retrait selon le droit suisse pouvait être réduite. Les Chambres fédérales ont imposé une restriction supplémentaire en prévoyant que la durée de l'interdiction ne peut pas dépasser celle qui a été prononcée à l'étranger mais elles ont réservé le bénéfice de cette disposition aux conducteurs qui n'ont pas d'antécédents dans le registre des mesures administratives.
3.
En l'espèce, une interdiction de conduire a été prononcée à l'étranger et l'infraction commise en France le 29 mai 2009 constitue une infraction grave au sens de l'art. 16c al. 1 LCR. Le permis du recourant peut en conséquence être retiré.
a) Pour fixer la durée du retrait du permis de conduire, les circonstances doivent être prises en considération, notament l'atteinte à la sécurité routière, la gravité de la faute, les antécédents en tant que conducteur ainsi que la nécessité professionnelle de conduire un véhicule automobile (art. 16 al. 3 LCR). La durée minimale du retrait est en l'occurrence de douze mois vu l'existence, au cours des cinq années précédentes, d'un retrait de permis en raison d'une infraction grave (art. 16c al. 2 let. c LCR). La durée du retrait peut toutefois être réduite par rapport à ce minimum pour tenir compte de l'interdiction de conduire prononcée à l'étranger. En revanche, la durée du retrait peut dépasser celle de l'interdiction prononcée à l'étranger car le recourant figure dans le registre des mesures administratives.
b) In casu, le besoin professionnel invoqué par le recourant de se déplacer, plusieurs fois par mois, dans les cantons de Zoug et d'Argovie pour rencontrer ses collègues et, régulièrement, pour se rendre chez des fournisseurs et représenter l'entreprise à l'occasion d'événements professionnels est relatif. En outre, il doit être pondéré par la gravité de la faute commise – le recourant a commis un excès de vitesse considérable de 62 km/h, dont l'importance dépasse largement le seuil du cas grave – ainsi que par le fait qu'il s'agit d'un récidiviste. Le recourant a ainsi déjà fait l'objet de quatre inscriptions au registre ADMAS, dont trois concernent des excès de vitesse: savoir un avertissement prononcé le 3 mars 2006, un retrait d'une durée de quatre mois pour infraction grave prononcé le 19 juin 2006 et ramené à trois mois le 26 octobre 2006 ainsi qu'un retrait d'un mois prononcé le 22 août 2008. Quelques mois seulement après l'exécution de la dernière mesure de retrait – du 2 septembre au 1
er
octobre 2008 -, le recourant a commis une nouvelle infraction. S'agissant d'exercer son droit de visite sur sa fille un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, le recourant peut utiliser les transports publics, même si c'est sans nul doute moins pratique que de pouvoir disposer d'un véhicule. Enfin, le fait que le recourant n'ait pas commis de nouvelle infraction depuis celle ayant donné lieu à la décision attaquée est, compte tenu des circonstances, le moins que l'on pouvait attendre de lui. Dans ces conditions, le permis de conduire devrait être retiré pour une durée qui va au-delà du minimum de douze mois prévu à l'art. 16c al. 2 let. c LCR. En présence d'antécédents, le tribunal n'est en outre pas limité par la durée de l'interdiction prononcée à l'étranger (art.
16c
bis
al. 2 in fine LCR).
c) Reste à examiner si les effets sur le recourant de l'interdiction de conduire prononcée à l'étranger justifient une réduction de la durée du retrait. Dans la réponse au recours, l'autorité intimée propose de porter le retrait de douze à dix mois. Le recourant estime pour sa part que le retrait ne devrait pas excéder six mois compte tenu de la façon dont les mesures d'interdiction de conduire en France l'ont déjà atteint.
En l'espèce, le recourant expose de manière crédible qu'au moment de l'exécution des interdictions de conduire prononcées par les autorités françaises respectivement de six mois à compter de la commission de l'infraction (29 mai 2009) et de deux mois à compter du jugement de la Cour d'appel de Lyon (27 septembre 2011) il était amené à se rendre fréquemment en France. En 2009, il rendait régulièrement visite, à la fin de leur vie, à sa grand-mère qui se trouvait en EMS à St-Cyr-sur-mer et à son père qui résidait à Marseille. Ne pouvant plus conduire en France, il a utilisé le train ou s'est fait conduire par son amie de l'époque. En octobre et novembre 2011, il a eu quelques rendez-vous à Lyon et à Marseille dans le cadre du règlement des successions de sa grand-mère et de son père. En définitive, l'interdiction de conduire prononcée par les autorités françaises, d'une durée totale de huit mois, a atteint le recourant dans une mesure significative, vu la fréquence des trajets en France invoquée sous lettre H de la partie fait du présent arrêt. Pour tenir compte des effets de l'interdiction de conduire prononcée en France, la durée du retrait du permis de conduire sera fixée en fin de compte à dix mois. Un nouveau délai sera imparti au recourant pour exécuter la mesure.
4.
Les considérants qui précèdent conduisent à l'admission partielle du recours en ce sens que la décision attaquée est réformée dans le sens des considérants qui précèdent. Le recourant, qui a conclu à la nullité, subsidiairement à l'annulation de la décision attaquée, obtient partiellement gain de cause avec la réduction de la durée de la mesure attaquée. Un émolument de justice réduit sera mis à sa charge. Pour l'intervention de son avocat, il a droit à des dépens réduits.