Decision ID: db9f0c4e-959a-4378-b7c0-bd949af31d5f
Year: 2015
Language: fr
Court: VS_BZG
Chamber: VS_BZG_009
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

Faits
1. C_ se compose d’un centre thermal et d’appartements disponibles à la
location ou à la vente. Trois sociétés se partagent l’exploitation du C_ selon
la répartition suivante : Y_ SA le centre thermal, D_ SA le secteur
immobilier et la Société E_ SA le futur hôtel. F_ est administrateur,
avec signature individuelle, de ces trois sociétés dont il est aussi le propriétaire
économique.
2. Par contrat du 8 juillet 2011, Y_ SA a engagé X_ comme
directeur du centre thermal et du spa qui se trouvait alors en travaux. Conclu pour une
durée indéterminée, le contrat prenait effet le 15 août 2011 et pouvait, à partir de la
deuxième année de service, être résilié par chacune des parties pour la fin d’un mois
moyennant un délai de congé de trois mois. Au salaire annuel brut de 110'000 fr.
- 3 -
s’ajoutaient 200 fr. par mois pour les frais de téléphone et la mise à disposition d’un
logement d’une valeur de 1600 fr. par mois. Par la suite, X_ a déménagé
dans un appartement plus petit et le montant du loyer perçu comme salaire en nature a
été réduit à 1200 fr. par mois. Selon l’art. 3.1 du contrat, les frais encourus par le
directeur dans le cadre de l’exécution de son travail devaient lui être remboursés sur
présentation de justificatifs. Quant à son cahier des charges, il incluait la promotion des
bains, la recherche et l’établissement de partenariats dans le but d’accroître la
fréquentation du site, l’optimisation des processus de travail des services et la
coordination entre eux, le contrôle du respect de la législation en particulier en matière
de sécurité et d’hygiène, le suivi du budget et l’information aux propriétaires de
Y_ SA. En revanche, la gestion de la trésorerie, par ex. le paiement des
salaires et des fournisseurs, ne relevait pas de sa compétence mais était effectuée
depuis le bureau G_ de la société d’après les indications données par le
centre thermal de A_ (H_, rép. 9, p. 421 ; F_, rép. 15,
p. 377).
3.
3.1 Dès son arrivée, X_ a pris des mesures pour réduire les coûts. Il a
commencé par supprimer des postes et a modifié le cahier des charges de certains
employés afin de favoriser la polyvalence du personnel. Du côté de la promotion, il a
entrepris différentes actions marketing, a développé des partenariats avec les offices
du tourisme de la vallée et a pris des contacts avec les médias obtenant de
nombreuses parutions positives dans la presse (F_, rép. 17, p. 377 ; pièces
80.1 ss). Après avoir évalué les différentes activités, le directeur a fait établir vers le
mois de novembre 2011 des descriptifs de poste qui ont par la suite évolué (pièces 37
et 37bis ; I_, rép. 3, p. 357 ; J_, rép. 8, p. 354). La comptabilité
n’avait pas été tenue depuis le mois de juin 2011. Ce n’est qu’en février 2012 que le
directeur a pu engager une comptable à 50%, ce qui n’était toutefois pas suffisant
compte tenu de la charge de travail (F_, rép. 13, p. 376 ; K_,
rép. 13, p. 363).
3.2 Assez rapidement, X_ a constaté qu’il ne disposait pas de moyens
financiers suffisants pour accomplir ses tâches. Il s’est trouvé confronté au
mécontentement des fournisseurs de marchandises et des prestataires de
maintenance tels que l’informatique ; plusieurs d’entre eux refusaient toute livraison ou
service à défaut de paiement comptant. Par ailleurs, les salaires des employés étaient
payés avec du retard. X_ tenait F_ informé de cette situation
- 4 -
notamment au cours des séances hebdomadaires qui les réunissaient ; y participait
également H_, administrateur de D_ SA et de la Société
E_ SA, décrit également comme bras droit de F_.
Dans un courriel du 1 er février 2012 adressé à F_, X_ énumérait
les fournisseurs qui refusaient toute nouvelle livraison en raison de factures impayées
et avertissait F_ de la nécessité d’adopter une stratégie claire concernant le
paiement des dettes qui menaçaient le fonctionnement du centre.
En raison du manque de liquidités, X_ a avancé de sa poche, le 11 mai
2012, un montant de 2085 fr. à une société de développement de réseaux sociaux et
commerciaux sur le web chargée d’améliorer la présence des Thermes sur les moteurs
de recherche internet (pièces 11 et 86 ; J_, rép. 2, p. 353 ; X_, rép.
12, p. 371). Il prétend ne pas avoir été remboursé, ce qui est contesté par Y_
SA (all. 43). Le 21 mai 2012, X_ a écrit au conseil d’administration pour
attirer une nouvelle fois leur attention sur la situation difficilement supportable de la
dette (750'000 fr.), les mesures qu’il avait déjà prises pour réduire les coûts, ses
objectifs pour augmenter les revenus dans les différents départements et la nécessité
de trouver des fonds afin de régler les fournisseurs et partenaires. Il relevait que le
centre risquait des coupures d’électricité, des poursuites, la fin des relations avec les
partenaires locaux et régionaux et plusieurs fournisseurs, l’augmentation de la rotation
du personnel en raison du retard dans le paiement des salaires, des fuites dans la
presse, voire la fermeture. Selon lui, si aucune solution n’était trouvée dans les deux
mois, la situation se dégraderait de manière irréversible (pièce 5).
3.3 Suite à différentes démissions au sein du personnel, X_ a dû assumer
des tâches non comprises dans son cahier des charges initial. Ainsi, dès le mois de
novembre 2011, il a repris la location des appartements. Le 5 avril 2012, la société
L_ SA en charge du restaurant et du snack a résilié son contrat pour le 9
suivant. F_ ayant refusé le repreneur proposé le directeur, X_ a
également dû gérer la restauration. A partir du mois de mai 2012, le secteur de la
vente immobilière lui a été confié.
4. Au début du mois de juin 2012, alors que Y_ SA était en négociations
avec la banque O_ en vue de l’obtention d’un crédit complémentaire,
X_ a informé la banque des besoins en trésorerie, du montant des dettes
(700'000 fr.) et d’un manque de budget pour le marketing. Par courriel du 4 juin 2012,
H_ lui a sèchement reproché d’avoir divulgué ces informations en estimant
qu’elles étaient de nature à dissuader la banque de leur accorder le crédit.
- 5 -
A la même période, le conseil d’administration a demandé à X_ de présenter
un plan de restructuration afin de limiter les coûts. Pendant la première semaine du
mois de juillet, X_ s’est installé dans un chalet du complexe situé à 50 m. des
bains pour pouvoir travailler à l’abri des sollicitations des employés et des fournisseurs.
Il restait toutefois atteignable par téléphone. Par courriel du 6 juillet, P_,
responsable des comptes des propriétaires d’appartements a transmis à H_
et F_ une liste des appartements qui avaient été mis « gratuitement » à
disposition de tiers par le directeur avec les dates d’occupation. Le conseil
d’administration s’est réuni le 13 juillet suivant afin de tirer au clair cette question avec
X_ (all. 111). A cette occasion, le conseil a décidé de restructurer
l’entreprise, les détails des décisions prises ne ressortant pas du dossier. H_
a expliqué que des directives claires contenues dans un document de huit pages
intitulé « Mesures de redressement » (pièce 52) avaient été remises au directeur. En
résumé, il était demandé à celui-ci de réduire les frais généraux, de réorganiser le plan
de travail et de confectionner un nouvel organigramme en redéfinissant les fonctions
du personnel. La question de l’occupation des appartements n’est pas incluse dans ce
document qui mentionne comme objectifs sous la rubrique « Secteur location des
appartements » l’accroissement des locations et la relance immédiate des partenaires
et sous la rubrique « Secteur ventes immobilières » la définition du rôle et de la
responsabilité de Q_.
5. Le 15 août 2012, X_ s’est adressé par mail à F_ et
H_. Il s’étonnait que lors de la séance de la veille le conseil soit revenu sur
sa récente décision de restructuration et envisageât de fermer le centre pour la fin du
mois de septembre. Il s’exprimait en ces termes : « je me bats tous les jours avec une
dizaine de fournisseurs afin de reculer les poursuites, tous les départements sont
touchés par de nombreux fournisseurs refusant de travailler avec nous (informatique,
fournisseurs spa, chlore, ....). A ce jour, trois ou quatre poursuites à mon nom ont été
reçues. Cela nuit fortement à mon image et n’est pas tolérable. » Il relevait encore que
les emportées colériques, les insultes, le manque de reconnaissance et le rejet de
toute responsabilité de la part de F_ étaient difficiles à accepter pour les
collaborateurs. Le retard systématique de paiement des salaires durant les quatre
derniers mois faisait craindre de nombreuses démissions. Rappelant la nécessité de
fixer un objectif précis en se procurant les moyens financiers de l’atteindre, il avisait
F_ que sans issue sérieuse, il se verrait lui-même contraint de donner son
congé.
- 6 -
La séance suivante s’est tenue le 21 août 2012 en présence de F_,
H_ et X_. Bien que l’ordre du jour mentionne sous ch. 12 un congé
de X_ du 29 août au 6 septembre 2012, cette question n’a pas été discutée
car la séance a dû être écourtée.
6. Lors de la séance hebdomadaire du mardi 28 août 2012, X_ a
démissionné pour le 30 novembre suivant. Il l’a confirmé par écrit le même jour en
expliquant que le manque de moyens financiers ne lui permettait plus de remplir sa
mission. Le matin même, il avait également annoncé à son employeur et au personnel
de C_ qu’il serait en vacances dès le lendemain et reprendrait le travail une
semaine plus tard, soit le mercredi 5 septembre. A 18h36, H_ lui a demandé
par courriel qui assurait la suppléance pendant son absence, demande qu’il a répétée
le lendemain à 8h38. Environ une heure plus tard, X_ lui a répondu en lui
indiquant ses remplaçants pour chaque secteur. Par courriel envoyé le dimanche
2 septembre à 19 h53 intitulé « Requête pour votre retour à C_ au plus tard
le mardi 4 septembre à 11h », H_ a informé X_ que « sa prise de
vacances unilatérale » était jugée inappropriée par le conseil d’administration car elle
intervenait dans une période de restructuration. X_ était sommé de reprendre
son travail au plus tard pour le lendemain à 17h « car la situation tant du point de vue
de la marche des affaires qu’au plan managérial en particulier l’application immédiate
de la restructuration l’exige[ai]ent ». H_ l’avisait qu’en cas de non respect de
cette injonction, X_ s’exposait à un renvoi immédiat pour justes motifs.
X_ a expliqué qu’après avoir pris connaissance de ce courriel, il avait appelé
H_ qui n’avait pas été en mesure de lui expliquer l’urgence de la situation.
Interrogé par la juge soussignée sur les motifs pour lesquels la présence du directeur
aurait été nécessaire dès le lundi soir - alors que son retour de vacances était prévu le
lendemain - H_ a répondu comme suit : « M. X_ était chargé de la
restructuration. Pour moi, c’était comme un capitaine de bateau qui le quittait
brusquement en pleine tempête, à l’image du R_. Il s’agissait d’un acte de
forfaiture ». Finalement, X_ est revenu le mardi 4 septembre dans la soirée.
7.
7.1 Le lendemain, F_ a licencié oralement X_ avec effet immédiat
en invoquant un abandon d’emploi. Deux jours plus tard, X_ a consulté son
médecin qui lui a délivré un certificat d’incapacité totale du travail pour cause de
maladie pour une durée de trente jours. Le médecin a diagnostiqué un état dépressif et
d’anxiété survenu dans le cadre d’une surcharge professionnelle (burn out).
- 7 -
Par courrier du 10 septembre 2012, F_ a justifié ce licenciement en donnant
pêle-mêle comme motifs des dysfonctionnements dans la gestion, un abandon
d’emploi, la gratuité des repas pour le personnel, le paiement d’heures
supplémentaires à la comptable en violation des instructions reçues, l’hébergement
gratuit de personnes dans des appartements appartenant à des privés, des
mensonges faits par X_ au moment de son engagement concernant une
précédente expérience professionnelle et le fait qu’il se présentait comme un branleur
sur un profil internet dans lequel il indiquait travailler comme directeur de
« C_».
7.2 Sur ces motifs, l’instruction a révélé ce qui suit :
7.2.1 Présentation internet
X_ est inscrit depuis 2006 sur le site « S_ », réseau social qui
permet aux participants de retrouver d'anciens camarades qui ont partagé leur
scolarité. Au moment de son départ de C_, on pouvait y lire la présentation
suivante : « Salut à vous anciens camarades, mon parcours se résume à un globe
trotteur en travaillant à T_, U_, V_, W_,
AA_ et BB_. Spécialisé dans le bien être et les spas de luxe, je
travaille maintenant pour un spa médicalisé entre botox et anti-âge. N’hésitez pas à me
contacter si vous vous souvenez du branleur que j’étais ! » Suivait une description de
son parcours scolaire et professionnel où était mentionné, entre autres, son emploi de
directeur de C_.
7.2.2 Heures supplémentaires de la comptable
X_ a engagé K_ a comme comptable à 50% dès le mois de février
2012. Comme la comptabilité n’avait plus été tenue après le premier semestre 2011, il
lui a demandé de travailler à 100 % pendant les deux à trois premiers mois afin de
combler le retard. Il avait convenu avec l’intéressée que celle-ci pourrait ensuite
rattraper ces heures supplémentaires lors de périodes creuses. Par la suite, au fur et à
mesure de la reprise des différents secteurs par le directeur (cf. consid. 3.3), les tâches
de la comptable se sont accrues car celle-ci a dû assumer également la gestion du
personnel et des salaires ainsi que la comptabilité du snack et du restaurant. A fin mai
2012, elle avait ainsi accumulé 250 heures supplémentaires. Dans un premier temps,
le directeur lui a demandé de reporter ses vacances. Ensuite, il lui a proposé de la
rémunérer en partie par des bons aux bains, ce qu’elle a accepté. Ces bons ont été
validés et payés par Y_ SA en janvier 2013.
- 8 -
7.2.3 Hébergement de tiers dans des appartement de propriétaires privés
Il ressort du dossier que les particuliers ayant acquis des appartements du complexe
thermal ont passé avec D_ SA un contrat en vertu duquel cette société gère
la location et l’entretien des appartements en échange d’un pourcentage perçu sur les
loyers. F_ et des membres de sa famille ont occupé certains de ces
appartements. Entre mars 2012 et juin 2012, X_ a hébergé temporairement
dans des logements appartenant à des privés un employé récemment engagé en
recherche d’un logement dans la région (4 nuitées), un client acheteur (3 nuitées) ainsi
que des partenaires du centre, à savoir le consultant immobilier Q_
(6 nuitées), un agent immobilier russe (une nuitée) et la formatrice du spa (5 nuitées).
Celle-ci était au bénéfice d’un contrat en vertu duquel Y_ SA devait
l’héberger en pension complète durant 5 nuits. Le gagnant d’un concours a également
occupé durant une semaine un appartement du centre thermal, conformément à
l’accord conclu par Y_ SA avec CC_ dans un but promotionnel.
X_ n’avait pas préalablement demandé l’autorisation des propriétaires
concernés mais a expliqué qu’il n’avait fait que reprendre une pratique préexistante et
que ce sujet devait être abordé lors de la prochaine assemblée des propriétaires qui
devait se tenir au mois de septembre 2012.
7.2.4 Repas pris par le personnel au restaurant du centre thermal
Le personnel du restaurant et du snack était lié jusqu’au 9 avril 2012 par des contrats
de travail passés avec L_ SA, société exploitante de la restauration. Cette
société supportait entièrement les frais de repas des employés. A la reprise du secteur
par Y_ SA, celle-ci a engagé ce personnel pour assurer l’exploitation du
restaurant et du snack. Les employés ont continué à manger sur place comme ils le
faisaient auparavant. Aucun frais de repas n’a été retenu sur leurs salaires, faute de
clause correspondante dans les nouveaux contrats de travail.
7.3 Après la résiliation de son contrat de travail, X_ a remis les clefs de son
logement le 27 septembre 2012. Son licenciement a fait l’objet d’articles parus dans la
presse ainsi que d’annonces diffusées par les radio et télévision régionales.
Entre le 22 octobre 2012 et le 30 novembre 2012, la Caisse cantonale de chômage a
versé à X_ des indemnités pour un montant total brut de 8182 fr. 65.
8. Le 5 mars 2013, Y_ SA a communiqué à X_ un premier
certificat de travail. Elle y indiquait qu’il n’avait pas satisfait à ses obligations et que son
contrat avait été rompu de manière immédiate en raison de graves violations. A la
- 9 -
demande du mandataire de X_, la société a fait parvenir un second certificat
limité à la nature et à la durée des rapports de travail et rédigé en ces termes : « Par la
présente, nous attestons que Monsieur X_, né le 7 mars 1976, a travaillé au
sein de notre société, du 15 août 2011 au 29 août 2012 en qualité de Directeur ».
9. En cours de procédure, Y_ SA a reproché à X_ d’autres
manquements, à savoir une publication parue dans le journal DD_ en janvier
2012 au sujet de A_ sans mention du centre thermal, l’absence d’un
représentant de C_ à une rencontre des présidents de commune de
A_, l’absence de descriptif des postes, le défaut de réponse au directeur de
la société EE_, de la réticence à communiquer des informations à l’agence
immobilière chargée des ventes des appartements, la divulgation d’informations
confidentielles sur la situation financière de la société à la O_, l’absence
d’envoi d’ordres du jours, l’impossibilité de l’atteindre durant la première semaine du
mois de juillet 2012, l’absence de décomptes de cotisations sociales, des irrégularités
comptables et la mise en congé d’une grande partie du personnel pendant ses propres
vacances.

Considérant en droit
10. La cause relève du droit du travail. Dans la mesure où l’employé exerçait son
activité à A_, le tribunal de district de B_ est compétent en raison
du lieu (art. 34 CPC) et de la matière (art. 29 al. 2 de la Loi cantonale sur le travail du
16 novembre 1996 [RS/VS 822.1] et 4 al. 1 LACPC) pour connaître de l’action. En
outre, compte tenu de la suspension des féries (ATF 138 III 615), la demande a été
déposée dans les trois mois dès réception de l’autorisation de procéder délivrée le
29 novembre 2012. Partant, il convient d’entrer en matière.
11.
11.1.1 En vertu de l'art. 337 CO, l'employeur peut résilier immédiatement le contrat en
tout temps pour de justes motifs (al. 1). Sont notamment considérées comme telles
toutes les circonstances qui, selon les règles de la bonne foi, ne permettent pas
d'exiger de celui qui a donné le congé la continuation des rapports de travail (al. 2).
Mesure exceptionnelle, la résiliation immédiate pour justes motifs doit être admise de
manière restrictive. L'auteur du congé doit pouvoir justifier de circonstances propres à
- 10 -
détruire la confiance qu'impliquent dans leur essence les rapports de travail, ou à
l'ébranler de façon si sérieuse que la poursuite du contrat ne peut plus être exigée.
Seul un manquement particulièrement grave du travailleur justifie son licenciement
immédiat; si le manquement est moins grave, il ne peut entraîner une résiliation
immédiate que s'il a été répété malgré un avertissement (ATF 130 III 28 consid. 4.1;
129 III 380 consid. 2.1). Par manquement du travailleur, on entend généralement la
violation d'une obligation découlant du contrat de travail, mais des motifs objectifs
peuvent aussi justifier un congé abrupt (ATF 129 III 380 consid. 2.2).
En principe, des prestations de travail mauvaises ne constituent pas un juste motif de
résiliation immédiate du contrat de travail (arrêt 4C.329/1998 du 23 décembre 1998,
publié in JAR 1999 p. 271, consid. 2b; plus récemment arrêt 4C.403/2004 du 1er
février 2005, consid. 2.1). Dans ce domaine, il convient de tenir compte de toutes les
circonstances du cas concret, en particulier de la nature de l'activité promise. La
mauvaise exécution ou l'insuffisance du travail pourra justifier un licenciement
immédiat si elle résulte d'un manquement grave et délibéré du travailleur (cf. ATF 108
II 444 consid. 2; arrêt 4C.329/1998 du 23 décembre 1998, publié in JAR 1999 p. 271,
consid. 2b; plus récemment arrêt 4C.403/2004 du 1er février 2005, consid. 2.1). La
violation du devoir de fidélité du travailleur peut également justifier la cessation
immédiate des rapports de travail si elle a ébranlé ou détruit les rapports de confiance
(ATF 127 III 86 consid. 2c; 116 II 145 consid. 6a). En raison de son obligation de
fidélité, le travailleur est en effet tenu de sauvegarder les intérêts légitimes de son
employeur (art. 321a al. 1 CO) et, par conséquent, de s'abstenir de tout ce qui peut lui
nuire (ATF 117 II 72 consid. 4a, 560 consid. 3a). L'employeur a un intérêt tout
particulier à pouvoir se fier à la rectitude absolue du travailleur lorsque ce dernier
exerce une fonction à responsabilités où il devrait être à même d'agir seul sans le
contrôle de son employeur et sans exposer celui-ci à un dommage (ATF 108 II 444
consid. 2b, s'agissant d'une violation de l'obligation de diligence); il en va ainsi, par
exemple, lorsque le travailleur se trouve en contact direct avec la clientèle (ATF 116 II
145 consid. 6b; 101 Ia 545 consid. 2c, s'agissant de la violation de l'obligation de
fidélité). D’une manière générale, il doit s’abstenir de toute communication à des tiers
susceptible de porter atteinte au crédit et à la réputation de l’employeur
(Rehbinder/Stöckli, Commentaire bernois, n. 3 ad art. 321a CO). Le comportement
des cadres doit être apprécié avec une rigueur accrue en raison du crédit particulier et
de la responsabilité que leur confère leur fonction dans l'entreprise (ATF 130 III 28
consid. 4.1 p. 31 et l'arrêt cité).
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- 11 -
S’agissant du refus de travailler ou des absences injustifiées pour de courtes durées,
elles peuvent également constituer un juste motif de licenciement à condition qu’ils
soient persistants et aient été précédés d'avertissements contenant la menace claire
d'un renvoi immédiat. En particulier, la prise de vacances de son propre chef par le
travailleur, en dépit d’un refus de l’employeur, est considérée généralement comme un
juste motif de renvoi immédiat car elle est de nature à ébranler la confiance qui doit
exister dans les rapports de travail. Certaines circonstances particulières peuvent
toutefois atténuer ou effacer la gravité de l’atteinte aux relations de confiance que
constitue une prise unilatérale de vacances ; ainsi dans l’hypothèse où l’employeur,
averti suffisamment tôt, ne tiendrait pas compte des désirs légitimes du travailleur alors
que les intérêts de l’entreprise ne sont guère atteints, et ne se conformerait dès lors
pas à l’esprit de l’art. 329c al. 2 CO (ATF 108 II 301 consid. 3b).
Le juge apprécie librement s'il existe de justes motifs (art. 337 al. 3 CO). Il applique les
règles du droit et de l'équité (art. 4 CC). A cet effet, il prendra en considération tous les
éléments du cas particulier, notamment la position et la responsabilité du travailleur, le
type et la durée des rapports contractuels, ainsi que la nature et l'importance des
manquements (ATF 130 III 28 consid. 4.1).
11.1.2 La partie qui résilie un contrat de travail en invoquant de justes motifs ne
dispose que d'un court délai de réflexion pour signifier la rupture immédiate des
relations, à défaut de quoi on peut admettre que la continuation des rapports de travail
est possible jusqu'au terme ordinaire du contrat (ATF 130 III 28 consid. 4.4; 123 III 86
consid. 2a). Un délai général de réflexion d'une durée de deux à trois jours ouvrables
est présumé approprié. Une prolongation de quelques jours n'est admissible qu'à titre
exceptionnel, selon les circonstances particulières du cas concret (ATF 130 III 28
ibidem).
11.2 En l’occurrence, l’employeur a invoqué différents manquements pour justifier le
licenciement immédiat.
11.2.1 prise unilatérale de vacances
La prise de vacances du directeur entre le 29 août et le 6 septembre figurait à l’ordre
du jour de la séance du 21 août 2012 à laquelle ont participé F_ et
H_. La défenderesse ne prétend pas ne pas l’avoir reçu. Ainsi, même si la
question n’a finalement pas été traitée lors de la séance, il faut admettre que
l’employeur a été averti à ce moment des vacances du directeur. Au surplus, le 28 août
2012, H_ et F_ ont reçu copie du courriel envoyé par X_
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- 12 -
au personnel pour les informer de son congé dès le lendemain. Il est vrai que le
directeur a annoncé ses vacances dans un délai relativement court. Il faut cependant
tenir compte du contexte dans lequel ces évènements se sont produits. En effet,
X_ a donné sa démission le 28 août et il disposait encore d’un solde de
vacances de plus de 20 jours à prendre jusqu’au 30 novembre suivant, date de
l’échéance de son contrat (p. 64). La première réaction de l’employeur n’a d’ailleurs
pas été de s’opposer aux vacances mais de s’enquérir de l’identité des remplaçants du
directeur. Ce n’est que plusieurs jours plus tard, soit le dimanche soir 2 septembre que
H_ a sommé X_ d’interrompre son congé et de reprendre son
travail le lendemain soir. Cet ordre était manifestement contraire à la bonne foi car il
était en contradiction avec l’attitude affichée jusque là par l’employeur. En effet, si le
conseil d’administration entendait s’opposer à ces vacances, il devait le faire
immédiatement après en avoir été informé. De plus, le délai fixé pour la reprise du
travail était imprécis en raison de la contradiction entre l’intitulé du courriel de
H_ (retour exigé le mardi 4 septembre 11h) et le corps du texte (retour exigé
le lundi 3 septembre 17h); il était également très court puisque X_ se trouvait
à l’étranger. Enfin, l’employeur, de son côté, a été dans l’impossibilité d’expliquer en
quoi le retour immédiat du directeur était si indispensable à l’entreprise. Si l’on y ajoute
la surcharge de travail à laquelle X_ avait été confronté durant les mois
précédents, le contexte tendu lié à sa démission, son solde de vacances restant et son
retour effectif le mardi soir 4 septembre, le demandeur pouvait se croire légitimé dans
sa prétention à ne pas devoir rentrer plus tôt que prévu. Compte tenu de ces
circonstances, on ne saurait assimiler son refus de rentrer de vacances comme un
abandon d’emploi justifiant un congé immédiat.
11.2.2 gratuité des repas pris par le personnel de la restauration
L’employeur prétend que le demandeur a violé son obligation de diligence en
permettant aux employés du snack et du restaurant de prendre leurs repas
gratuitement. Comme on l’a vu, la restauration ne faisait pas partie du cahier des
charges du directeur. Il a dû reprendre ce secteur sans y être préparé puisque la
société qui exploitait le restaurant jusqu’alors a résilié son contrat dans un délai très
court. Auparavant, le personnel de la restauration prenait ses repas sur place aux frais
de leur ancien employeur. X_ n’a fait ainsi que poursuivre cette pratique afin
de garantir la flexibilité des employés qui pouvaient s’interrompre pour servir un client.
La défenderesse n’a ni allégué ni établi la teneur des nouveaux contrats passés avec
le personnel de restauration. Il ressort toutefois d’un courriel adressé par la
responsable des ressources humaines à F_ le 30 août 2012 et dans lequel
- 13 -
cette employée suggère la signature d’un avenant d’une part qu’il aurait fallu modifier
les contrats de travail pour pouvoir déduire les frais de repas des salaires et, d’autre
part, que cette modification ne semblait pas être du ressort du directeur. Quoi qu’il en
soit, l’employeur n’a pas davantage prouvé que le directeur avait connaissance des
conditions d’engagement du personnel de restauration et les aurait consciemment
ignorées. Les contrats en question n’ont d’ailleurs pas été produits, de sorte que l’on
ne sait pas qui les a négociés et signés pour le compte de la défenderesse. Dans ces
conditions, les faits établis ne permettent pas de reprocher au directeur une violation
de son obligation de diligence.
11.2.3 paiement d’heures supplémentaires à la comptable
La défenderesse reproche au demandeur d’avoir payé des heures supplémentaires à
la comptable alors que le conseil d’administration l’avait instruit de ne pas accepter
d’heures supplémentaires (all. 127). Les seules preuves proposées pour établir
l’existence de telles instructions consistaient en l’audition de H_ et
l’interrogatoire de F_. Or, aucun des deux n’a mentionné l’existence de ces
prétendues instructions ; ils n’ont pas contesté la nécessité des heures
supplémentaires effectuées par la comptable mais ont uniquement relevé qu’ils
estimaient le nombre d’heures trop élevé. Force est ainsi de constater que la
défenderesse n’a pas prouvé avoir ordonné à X_ de ne pas autoriser les
heures supplémentaires. Quant au fait que la comptable ait été rémunérée
partiellement par le paiement de bons, l’employeur est malvenu d’en faire le reproche
au demandeur puisque si celui-ci a choisi cette option, c’est parce qu’il ne disposait
pas de moyens financiers suffisants. Au surplus, les bons ont été validés par la
défenderesse postérieurement au départ de X_. En conséquence,
l’employeur ne saurait justifier le congé immédiat en invoquant une pratique qu’il a
poursuivie, alors qu’il lui était aisé d’y renoncer et de payer les heures supplémentaires
de la comptable.
11.2.4 Hébergement gratuit de tiers
La défenderesse considère que le directeur a violé son obligation de diligence en
mettant gratuitement à disposition de tiers des appartements du centre thermal (all.
135) appartenant à des privés et gérés par D_ SA. Les tiers en question
étaient soit des partenaires commerciaux du centre, un membre du personnel ou
encore les gagnants d’un jeu concours. La défenderesse n’a en revanche pas établi,
comme elle l’avait affirmé, que X_ avait offert à sa famille ou à des amis des
nuitées au centre thermal. Aussi, le demandeur est crédible lorsqu’il prétend avoir
- 14 -
toujours souhaité agir dans l’intérêt de son employeur et avoir opté pour cette solution
en raison du manque de moyens et des pressions constantes du conseil
d’administration pour réduire les frais de fonctionnement. Il est vrai qu’il pouvait se
croire légitimé à agir comme tel puisque F_ et des membres de sa famille
avaient déjà occupé ces appartements, même si F_ prétend - sans que cela
soit démontré - que les propriétaires étaient alors informés et rémunérés. Cela étant,
X_ aurait dû s’assurer des conditions auxquelles ces appartements
pouvaient être utilisés et surtout, avertir les propriétaires concernés. La réaction de son
employeur lorsqu’il a pris connaissance de ces hébergements montre toutefois que sa
faute doit être relativisée. En effet, bien que la liste des appartements occupés et des
personnes hébergées ait été remise à F_ au début du mois de juillet 2012
(p. 152), il n’est ni allégué ni prouvé qu’on ait attiré à ce moment l’attention du directeur
sur la nécessité de modifier sa pratique ni formulé une quelconque critique à ce sujet.
Ce n’est que le 5 septembre 2012, date à laquelle l’employeur a motivé le licenciement
par écrit, que l’on reproche pour la première fois au directeur cette pratique. Pourtant,
des séances avaient lieu chaque semaine entre F_ et X_, de sorte
que l’on ne s’explique pas qu’aucune remarque n’ait été faite plus tôt si cet emploi des
logements était problématique. Dans ces conditions, le manquement du directeur ne
permettait aucunement de le congédier abruptement.
11.2.5 mensonge lors de l’engagement
La défenderesse estime que X_ avait donné de fausses indications sur une
expérience professionnelle précédente. Alors que la charge de la preuve lui incombait,
elle n’a rien dit ni établi quant à la nature des informations données par X_
au moment de son engagement ou à leur caractère inexact. Il aurait pourtant été aisé
de produire le dossier de candidature de l’intéressé. Là aussi, la défenderesse a
échoué à démontrer l’existence d’un manquement.
11.2.6 atteinte à la considération de l’employeur
Selon la défenderesse, l’association du terme « branleur » utilisé sur le site internet
« S_ » à C_ était de nature à porter atteinte à son image et justifiait
un licenciement immédiat pour violation de l’obligation de fidélité. Ce reproche est
dépourvu de toute consistance. En premier lieu, ce site est clairement identifiable
comme un site de réseautage privé. La brève présentation du demandeur est faite en
conséquence, soit sur un ton qui se veut léger et humoristique, le terme « branleur »
étant utilisé au passé ; il est mis en opposition au parcours professionnel accompli par
X_ depuis la fin de sa scolarité. Il n’y aucune chance pour qu’un lecteur
- 15 -
moyen l’associe à C_ et en tire des conséquences négatives quant à la
réputation de la défenderesse dont l’image ne saurait être ternie par cette présentation.
11.2.7 passivité dans la promotion
Le cahier des charges de X_ incluait la promotion de C_. A cette
fin, le demandeur a pris des contacts avec les médias et a obtenu de nombreuses
parutions positives dans la presse, ce qu’a d’ailleurs reconnu F_. On ne voit
donc pas quelle obligation contractuelle ou légale le demandeur aurait enfreint du fait
de l’absence de mention de C_ dans un article en particulier ou de l’absence
de participation à une rencontre des présidents de communes du A_. La
défenderesse n’a d’ailleurs même pas déposé l’article en question et n’a fourni aucun
détail sur le but ou les participants de la réunion.
11.2.8 diverses « erreurs » de gestion (absence de descriptif des postes et
d’ordre du jour, réponse à la Société EE_, etc..)
Selon les faits établis, des descriptifs de poste ont été faits et ont évolué au fil du
temps. La défenderesse n’expose pas dans ses écritures en quoi les descriptifs
auraient été insuffisants. S’agissant des ordres du jour pour les séances
hebdomadaires, il est vrai que H_ s’est plaint à plusieurs reprises de leur
absence. Compte tenu de la charge de travail du directeur, de l’absence de moyens et
de la fréquence de ces réunions qui se tenaient chaque semaine, on ne saurait
considérer que X_ a manqué à son obligation de diligence pour ne pas avoir
systématiquement préparé d’ordre du jour. D’ailleurs, H_ qui s’est
longuement exprimé lors de sa déposition au sujet des prétendus manquements du
directeur, n’est pas du tout revenu sur cette question, ce qui démontre le caractère
bénin de ces omissions. Quant au reproche d’avoir laissé les factures des créanciers
s’amonceler (all. 97), il confine à la témérité et à la mauvaise foi dans la mesure où les
paiements étaient effectués depuis G_ et où X_ avait à plusieurs
reprises attiré l’attention de son employeur sur la nécessité de régler les fournisseurs.
L’accumulation de factures ne découlait en tous les cas pas de défaillances de sa part.
La défenderesse reproche encore à X_ de n’avoir pas répondu à la Société
EE_, d’avoir tardé à communiquer à l’agence chargée des ventes des
appartements des informations, d’avoir mis en congé le personnel pendant ses propres
vacances ou de n’avoir pas été disponible durant la première semaine de juillet 2012.
Aucun de ces faits ne ressort des preuves offertes à l’appui des allégués
correspondants, de sorte qu’il n’y a pas lieu d’examiner si, supposés avérés, ils
auraient justifié un licenciement immédiat.
- 16 -
11.2.9 divulgation d’informations confidentielles à la banque O_
La défenderesse voit une violation de l’obligation de diligence du demandeur dans la
divulgation à la O_ d’informations sur sa situation financière. Elle ne prétend
pas que les informations transmises étaient erronées ; dans son courriel du 4 juin
2012, H_ reproche uniquement à X_ d’avoir communiqué des
informations qui selon lui n’étaient pas censées être transmises à l’externe. Cela étant,
il est parfaitement normal pour une entreprise qui cherche à obtenir un crédit bancaire
de renseigner la banque sur sa situation financière réelle. Au contraire, la transmission
de données inexactes dans le cadre de négociations précontractuelles est de nature à
entraîner la responsabilité du preneur de crédit. Ainsi, aucun manquement ne peut être
retenu à charge de X_ en relation avec ces évènements, étant précisé que le
crédit sollicité a finalement été obtenu.
11.2.10 irrégularités comptables
Dès son arrivée, X_ a entrepris de mettre en ordre la comptabilité qui
accusait un retard de 8 mois. S’agissant des irrégularités comptables dénoncées par la
défenderesse (all. 133), le reproche est beaucoup trop général pour discerner les faits
reprochés au directeur. Il appartenait à la défenderesse à qui incombait le fardeau de
l’allégation (art. 55 al. 1 CPC ; Substantzierungspflicht) de circonstancier ses
assertions. Le seul grief invoqué précisément, à savoir l’absence de décompte de
cotisations sociales, s’est révélé injustifié. En effet, la comptable a confirmé que les
décomptes des cotisations sociales étaient établis et validés par la fiduciaire (p. 362,
rép. 9).
11.2.11 Synthèse
En définitive, la défenderesse a invoqué pas moins de 17 manquements différents
censés justifier le licenciement immédiat. Au terme de cette analyse, la seule critique
qui paraissait fondée consiste dans l’hébergement de tiers dans des appartements
appartenant à des privés sans que ceux-ci en soient informés. Comme on l’a vu, ce
comportement n’était pas de nature à légitimer un congé immédiat. Cela étant, le
nombre et l’inconsistance des reproches faits au demandeur de même que la tardiveté
de certaines critiques qui n’ont été soulevées qu’au moment où il a fallu motiver le
congé suggèrent que le véritable motif du licenciement doit être recherché ailleurs. A
ce sujet, les propos tenus par H_ et F_ en cours de procédure sont
significatifs. Le premier s’est exprimé en ces termes : « ...à partir du moment où il a
abandonné le bateau, il s’agissait d’un acte de forfaiture contraire au bien de
l’entreprise, ce qui justifiait son congé immédiat ». Après être revenu sur les critiques
- 17 -
énoncées dans la lettre de motivation du congé, il a relevé qu’il était principalement
reproché à X_ sa mauvaise gestion en ce qui concernait le personnel, les
marchandises, les frais généraux et le secteur hôtelier. Quant à F_, en
réponse à la même question, il a répondu comme suit : « Même si la tâche n’était pas
facile, il y a eu plusieurs erreurs. Pour le détail, je me réfère aux allégations de mon
avocat et aux pièces qui ont été déposées au dossier. On ne lui demandait pas de
gagner de l’argent mais de limiter les pertes. » Il ajoutait que le problème du directeur
était qu’il n’arrivait pas à tenir son budget. Au vu de ces éléments, le tribunal retient
que la défenderesse a donné son congé à X_ car celui-ci n’a pas atteint les
résultats qu’on attendait de lui et a préféré démissionner tout en dénonçant le manque
de moyens mis à disposition par le conseil d’administration. Or, il n’y pas de violation
du devoir de diligence pour la raison que le travailleur n'a pas atteint le but qui avait été
fixé, par exemple la restructuration d'une entreprise déficitaire dans un certain délai. En
effet, l'employé ne répond pas d'un résultat mais il lui incombe uniquement d'exécuter
avec soin le travail qui lui a été confié, au plus près des intérêts de l'employeur (arrêt
du Tribunal fédéral 4C.256/1999 du 18 octobre 1999, consid. 3b). Dans le cas
d’espèce, aucun manquement suffisamment grave n’ayant pu être mis en évidence, il
faut admettre que le congé était injustifié.
12. En cas de résiliation immédiate et injustifiée du contrat, le travailleur peut réclamer
ce qu'il aurait gagné si les rapports de travail avaient pris fin à l'expiration du délai de
congé (art. 337c al. 1 CO). La prétention du travailleur fondée sur cette disposition est
une créance en dommages-intérêts qui comprend non seulement le salaire, mais aussi
en principe le droit aux vacances, remplacé par des prestations en argent (ATF 117 II
270 consid. 3b et les références doctrinales confirmé in ATF 128 III 271 consid. 4a/bb).
Les indemnités pour frais (art. 327a CO) étant liées aux dépenses effectives résultant
de l'accomplissement de l'activité en cause, elles ne constituent pas une rémunération,
de sorte qu'elles ne sont pas dues lorsqu'elles ne sont pas engagées (Carruzzo, Le
contrat individuel de travail, p. 260 et 261). Par ailleurs, comme elle se substitue un
salaire soumis cotisation sociale, l'indemnité prévue par l'art. 337c al. 1 CO est
également soumise aux cotisations AVS/Al/APG/AC/AANP. Il incombe l'employeur de
verser celles - ci (parts de l'assuré et parts patronales) aux caisses sociales. De cette
manière, le dommage causé par le licenciement l'avoir du compte individuel AVS du
travailleur est couvert. Comme la fin immédiate du contrat de travail entraîne la fin
immédiate du rapport de prévoyance professionnelle (cf. art. 10 al. 2 let. b LPP), cette
indemnité n'est plus assujettie aux cotisations LPP (Streiff/Von Kaenel/Rudolph,
Arbeitsvertrag, 2012, n. 15 ad art. 337c CO et les réf.). Le juge doit allouer des
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- 18 -
montants en valeur brute (Dietschy, Les conflits de travail en procédure civile suisse,
2011, nos 159 et 822). En cas d'exécution de la décision, le créancier doit indiquer le
montant brut et il appartient l'employeur de prouver la part qui a été versée au titre de
déductions sociales (Dietschy, op. cit., n. 822).
En l’occurrence, l’employé a droit, conformément à l’art. 337c al. 1 CO, à ce qu’il aurait
gagné jusqu’à l’échéance du délai de congé qui était de deux mois. La résiliation ayant
été communiquée à X_ le 5 septembre 2012, il a droit à ce qu’il aurait gagné
jusqu’au 30 novembre 2012, date pour laquelle il avait résilié le contrat. Pendant cette
période, le salaire brut qu’aurait gagné le demandeur est de 31'101 fr. 45 (salaires de
septembre à novembre 2012 : 3 mois x (8462 fr. + 705 fr.15 + 1200 fr. ; cf. pièces 20 et
21). A l’échéance de son contrat de travail, le demandeur bénéficiait d’un solde de
vacances 2012 dues jusqu’au 30.11.2012 de 37.62 demi-journées (41.04/12 mois
x11 mois ; cf. pièce 26) auquel s’ajoutait son solde de vacances de l’année précédente
(15.39 demi-journées). Après déduction des congés pris en 2012 (9 + 7 + 8 demi-
journées), son solde de vacances à indemniser était de 29 demi-journées (37.62 +
15.39- 24) ou quatorze jours et demi.
Afin de calculer le salaire afférent aux vacances annuelles, le taux habituellement
retenu est de 8,33 % du salaire annuel brut pour quatre semaines de vacances lorsque
le travailleur n’a pas pu bénéficier de ses vacances durant la période de référence
(Duc/Subilia, Droit du travail, 2010, n. 7 ad art. 329d CO). Pour l’année 2012, le salaire
annuel de référence du demandeur était de 124’400 francs. Par conséquent, son solde
de vacances de quatorze jours et demi doit lui être indemnisé à concurrence de
7512 fr. 80 (124’400 fr. x 8.33 % / 20 jours x 14.5 jours), sous déduction des cotisations
légales.
Il convient d’en déduire le montant de 8182 fr. 65 correspondant aux prestations brutes
allouées par la caisse de chômage pour les mois d’octobre et novembre 2012. La
défenderesse paiera dès lors à X_ le montant de 30’431 fr. 60 (31'101 fr. 45
+ 7512 fr. 80 - 8182 fr. 65), sous déduction des cotisations sociales
AVS/AI/APG/AC/AANP de l’assuré à prélever sur le montant brut de 30’431 fr. 60 et à
verser aux institutions concernées.
13. Le juge peut en outre allouer au travailleur une indemnité dont il fixe librement le
montant, en tenant compte de toutes les circonstances mais sans excéder six mois de
salaire (art. 337c al. 3 CO). L’indemnité, qui a une double finalité, punitive et
réparatrice (ATF 123 III 391 consid. 3c), est en principe due dans tous les cas de
- 19 -
licenciement immédiat et injustifié. Une éventuelle exception ne peut se justifier que
dans des conditions particulières; il faut à tout le moins que l'employeur n'ait commis
aucune faute et que celui-ci ne soit pas non plus responsable en raison d'autres
circonstances (ATF 116 II 300 consid. 5a; voir aussi ATF 121 III 64 consid. 3c; 120 II
243 consid. 3e). Le cas échéant, l'indemnité est elle aussi évaluée selon les règles du
droit et de l'équité (ATF 123 III 391 consid. 3c; 121 III 64 consid. 3c). La gravité de
l'atteinte portée aux droits de la personnalité du travailleur est déterminante; d'autres
critères tels la durée des rapports de travail, l'âge du lésé, sa situation sociale, une
éventuelle faute concomitante (ATF 121 III 64 consid. 3c) et les effets économiques du
licenciement (ATF 123 III 391 consid. 3c) entrent aussi en considération, de même que
la manière dont la résiliation a eu lieu (cf. ATF 123 III 246).
Dans le cas particulier, le demandeur n’a travaillé qu’un peu plus d’un an pour le
compte de la défenderesse. Il se trouvait, au moment de licenciement, à trois mois du
terme du contrat. Même si les rapports de travail ont été de courte durée, il ne faut pas
perdre de vue que ce licenciement est intervenu à l’issue d’une période de stress
intense pour le demandeur qui avait vu ses tâches s’accumuler au fil des mois sans
pour autant disposer de moyens supplémentaires. C’est d’ailleurs la raison pour
laquelle il avait donné son congé quelques jours plus tôt. En licenciant le demandeur
pour ne pas avoir atteint les résultats escomptés alors que la défenderesse ne lui
donnait pas les moyens d’y parvenir, celle-ci a agi de manière contraire à la bonne foi ;
elle a cherché à reporter sur son employé la responsabilité du manque de
performance. Le licenciement du directeur a fait l’objet de diffusions à la radio, à la
télévision et dans la presse, ce qui a aggravé l’atteinte portée à sa personnalité. Le
premier certificat de travail qui faisait état de graves violations contractuelles ayant
conduit à la résiliation immédiate de son contrat, contient des informations fausses de
nature à discréditer le demandeur aux yeux d’un futur employeur. Quand au second
certificat limité à la nature et à la durée des rapports de travail, la brièveté de son
contenu le rend inutilisable. Il ne fait aucun doute que ces éléments ont compliqué la
recherche d’emploi du demandeur qui n’a toutefois donné aucune indication sur sa
période de chômage - si ce n’est dans son mémoire final, c’est à dire tardivement au
regard des conditions prévues par l’art. 229 al. 1 CPC -. Au cours de la présente
procédure, la défenderesse a utilisé des termes inutilement blessants (acte de
forfaiture dénoncé à plusieurs reprises par le sieur H_ lors de son audition), a
multiplié les griefs la plupart du temps dénués de tout fondement (absence de
décompte de cotisations sociales, hébergement gratuit des membres de sa famille ou
de ses amis, informations à la O_, etc.) ou formulés de mauvaise foi
- 20 -
(amoncellement des factures impayées). Le demandeur a subi des répercussions sur
sa santé puisqu’il s’est retrouvé en burn out ce qui a entraîné une incapacité de travail
de 30 jours et la nécessité d’un traitement médicamenteux. Eu égard à ces
circonstances, l’atteinte portée à la personnalité du travailleur doit être qualifiée de
grave. Il convient encore de prendre en compte l'absence de faute concomitante de sa
part. Dans ces circonstances, l’indemnité de l’art. 337c al. 3 CO est fixée à 30'000 fr.
correspondant à environ trois mois de salaire brut, étant rappelé que ce montant est
censé d’une part réparer le tort infligé à l’employé et d’autre part pénaliser l’employeur.
14. Le demandeur réclame le remboursement d’un montant de 2100 fr. qu’il aurait
avancé le 11 mai 2012 afin de régler une facture de son employeur, montant qui ne lui
aurait jamais été remboursé.
14.1 L’employeur rembourse au travailleur tous les frais imposés par l’exécution du
travail, un accord écrit pouvant prévoir que les frais engagés par le travailleur lui seront
remboursés sous forme d’une indemnité fixe, telle qu’une indemnité journalière ou une
indemnité hebdomadaire ou mensuelle forfaitaire, à condition qu’elle couvre tous les
frais nécessaires (cf. art. 327a al. 1 et 2 CO). Les accords en vertu desquels le
travailleur supporte lui-même tout ou partie de ses frais nécessaires sont nuls
(art. 327a al. 3 CO). Il appartient au travailleur d’établir le caractère nécessaire et le
montant des frais encourus (ATF 131 III 439), sans que le juge puisse à cet égard
poser des exigences excessives (ATF 116 II 145 consid. 6b).
14.2 Selon les faits retenus, les parties n’avaient pas convenu d’une indemnisation
forfaitaire, l’employé étant uniquement tenu de fournir les justificatifs pour obtenir le
remboursement des frais. Or, en date du 11 mai 2012, X_ a payé de sa
poche un montant de 2085 fr., les justificatifs ayant été produits au dossier (cf. la
facture, la quittance et le relevé de compte déposés sous pièces 11 et 86). Dans la
mesure où ces frais se rapportaient au développement de la présence des thermes sur
internet, ils étaient manifestement liés à l’exécution du travail du directeur dont la
mission consistait à promouvoir les bains. De son côté, la défenderesse n’a pas
démontré avoir remboursé ce montant. Dans ces conditions, il y a lieu de faire droit à la
prétention de l’employé en paiement d’un montant de 2085 francs.
15. L’employeur invoque en compensation un préjudice d’environ 80'000 fr. que lui
aurait causé le demandeur par sa « gestion calamiteuse ».
15.1 Selon l’art. 321e al. 1 CO, le travailleur répond du dommage qu'il cause à
l'employeur intentionnellement ou par négligence. Sa responsabilité suppose la réunion
- 21 -
des quatre conditions générales suivantes, à savoir une violation des obligations
contractuelles, une faute, un préjudice et un lien de causalité (cf. Pierre Tercier, Les
contrats spéciaux, 1995, no 2619 ss; Jürg Brühwiler, Kommentar zum
Einzelarbeitsvertrag, 2e éd. Berne 1996, art. 321e CO ch. III). La mesure de la
diligence du travailleur se détermine par le contrat en fonction de toutes les
circonstances (ATF 123 III 257 consid. 5a), parmi lesquelles la loi mentionne le risque
professionnel, l'instruction ou les connaissances techniques nécessaires pour
accomplir le travail promis, ainsi que les aptitudes et qualités du travailleur que
l'employeur connaissait ou aurait dû connaître (cf. art. 321e al. 2 CO).
15.2 En l’occurrence, la défenderesse n’a pas suffisamment motivé ses allégués (art.
55 al. 1 CPC ; Substanzierungspflicht) en se contentant d’indiquer que la gestion du
demandeur lui a causé un dommage (all. 142). Il n’appartient en effet pas au juge de
trier dans la multitude des critiques faites pour justifier le congé (cf. consid. 11)
lesquelles étaient susceptible de porter préjudice à l’employeur. Le renvoi global aux
pièces 32 à 66 ne saurait en outre compenser les carences de l’allégation (arrêt du
Tribunal fédéral 4A_317/2014 du 17 octobre 2014 consid. 2.2). Pour ce motif, la
prétention de la défenderesse peut être écartée. En tout état de cause, il faut souligner
qu’aucun manquement ne peut être reproché au directeur en relation avec les repas
pris par les employés de la restauration (cf. consid. 11.2.2). S’agissant de
l’hébergement de tiers, on ne discerne pas de préjudice subi par la défenderesse. En
effet, elle a logé des partenaires contractuels et du personnel ou a bénéficié
d’opérations promotionnelles. Or, elle ne prétend pas et n’a pas démontré avoir dû
verser des montants aux propriétaires concernés ou à D_ SA dont le
propriétaire économique est également F_. C’est dire que même s’ils avaient
été allégués avec suffisamment de précision, ces faits n’étaient pas susceptibles
d’entraîner la responsabilité du travailleur.
16. Les sommes dues en application des art. 337c al. 1 CO et 337 al. 3 CO portent
intérêt, en raison de l’art. 339 al. 1 CO, dès le moment du licenciement immédiat (arrêt
4A_474/2010 du 12 janvier 2011 consid. 2.2.2 ; 4C.414/2005 du 29 mars 2006 consid.
6). Partant, les indemnités de 30’431 fr. 60 et 30’000 fr. sont allouées avec intérêt
moratoire à 5 % l’an (art. 104 al. 1 CO), à compter du 5 septembre 2012, tout comme
le remboursement du montant de 2085 francs.
17. Déterminé en fonction de la valeur litigieuse (71’865 fr.), de la situation financière
des parties, de la difficulté factuelle de la cause liée au nombre de motifs invoqués par
la défenderesse pour justifier le licenciement et des principes de la couverture des frais
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et de l’équivalence des prestations (cf. ATF 140 III précité consid. 3.3.1 p. 69 ; 139 III
334 consid. 3.2.3 et 3.2.4 p. 337 ss), l’émolument judiciaire est fixé à 8075 fr. 20 (art. 3,
13 et 16 al. 1 LTar). A cela s’ajoutent les débours de 7924 fr. 80 au sens des articles 7
ss LTar (soit 799 fr. 80 d’indemnités aux témoins, 125 fr. pour les services de l’huissier
et 7000 fr. d’expertise). Les frais judiciaires représentent par conséquent la somme de
16’000 francs. Quant à leur répartition, il y a lieu d’observer que le demandeur obtient
un montant de 62'516 fr. 60 (30'000 fr. + 30'431 fr. 60 + 2085 fr.) sur les 71'865 fr. qu’il
réclamait. Il a obtenu gain de cause sur le principe de ses prétentions, seul le montant
de l’indemnité fondée sur l’art. 337c al. 3 CO ayant été réduit. Cette indemnité
dépendait toutefois de l’appréciation du tribunal et on ne saurait reprocher au
demandeur d’avoir pris des conclusions exagérées à ce sujet. Aussi, il se justifie de
mettre l’entier des frais et dépens à charge de la défenderesse (art. 107 al. 1 let. a
CPC ; Tappy, Code de procédure civile commenté, n. 10 ad art. 107). Compte tenu des
avances de frais respectives des parties (6290 fr. par le demandeur ; 7100 fr. par la
défenderesse), la défenderesse versera au demandeur 6290 fr. en remboursement de
ses avances.
S’agissant des honoraires du mandataire du demandeur, eu égard à la valeur
litigieuse, à l’activité utilement déployée qui a consisté notamment en la rédaction de
trois mémoires et de nombreux courriers, en la participation aux séances de débats
d’instruction et principaux (d’une durée totale d’environ 10 heures) et à la difficulté
factuelle du dossier qui a nécessité l’audition de nombreux témoins et la mise en
œuvre d’une expertise, l’honoraire global est arrêté à 19'000 fr., taxe sur la valeur
ajoutée comprise (cf. art. 27 al. 5 LTar). A ce montant s’ajoutent les débours (frais de
copie à 0 fr. 50 [ATF 118 Ib 349 consid. 5 p. 353], de port, de déplacement, etc.), fixés
forfaitairement à 800 fr., TVA incluse.
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