Decision ID: 1afb1a1b-8bfa-528e-ac33-05bda7fc6ed5
Year: 2018
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_011
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: social_law

considérant en fait
A. Par décision du 12 juillet 2017, confirmée sur réclamation le 19 septembre 2017, la Commission sociale de Villars-sur-Glâne a refusé de prendre à sa charge le montant échu de deux mois de loyer (mai et juin) réclamés par l’ancien bailleur à son administrée et assistée sociale, A._, née en 1984, séparée, mère de deux enfants, dont elle couvre le budget mensuel.
Le refus était motivé par le fait que cette dernière avait, dans le cadre d’un déménagement, résilié son contrat de bail de manière anticipée mais sans toutefois proposer de repreneur solvable, raison pour laquelle elle n’avait pas été libérée.
Elle avait dans le même temps conclu un nouveau contrat de bail pour le 1er mai 2017, ce qui, au final, avait occasionné une double charge de loyer durant deux mois.
B. Représentée par Me Marie-Eve Guillod, avocate, l’administrée interjette recours auprès de la Cour de céans le 18 octobre 2017, concluant avec suite de frais et d’une indemnité de partie, à l’annulation de la décision sur réclamation et, partant, à la prise en charge sociale d’un montant de CHF 2'925.80 correspondant aux loyers de mai et juin 2017, avec les frais de rappel, somme à verser directement en mains de l’ancien bailleur. Elle fait essentiellement valoir qu’elle a été contrainte de quitter son précédent appartement, au demeurant insalubre, parce que son ex-mari, condamné pour harcèlement, l’y poursuivait. A côté de cela, elle soutient que la Commission sociale avait été informée de sa situation et de la nécessité de procéder à la résiliation anticipée de ce bail, qu’elle avait autorisée, sinon incitée, et elle se prévaut à cet égard de la protection de sa bonne foi, amenée qu’elle aurait été à accomplir un acte dommageable pour elle.
Ayant également requis le bénéfice de l’assistance judiciaire, elle a été libérée de l’avance de frais.
Dans ses observations, la Commission sociale intimée propose le rejet du recours, se défendant d’avoir promis quoi que ce soit à son assistée, dont la bonne foi ne saurait donc être protégée, cela d’autant moins que ses obligations sociales lui avaient été plusieurs fois rappelées, et tout particulièrement sa responsabilité de trouver un nouveau repreneur solvable en cas de résiliation anticipée. A côté de cela, elle conteste les circonstances invoquées par cette dernière pour justifier une telle résiliation, hors des délais.
A l’issue d’un second échange des écritures, les parties ont campé sur leurs positions.
Pour autant que cela soit utile à la solution du litige, il sera fait état du détail des arguments soulevés par elles dans les considérants en droit du présent arrêt, dans lesquels seront notamment examinés leurs moyens de preuve.
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en droit
1.
Le recours est recevable. Il a été interjeté en temps utile et dans les formes légales auprès de l'autorité judiciaire compétente à raison du lieu ainsi que de la matière. La recourante est en outre directement atteinte par la décision querellée et a dès lors un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit, cas échéant, annulée ou modifiée.
2.
Selon l'art. 12 de la Constitution fédérale du 18 juin 1999 (Cst.; RS 101), quiconque est dans une situation de détresse et n'est pas en mesure de subvenir à son entretien a le droit d'être aidé et assisté et de recevoir les moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine. Les étrangers peuvent également invoquer ce droit, indépendamment de leur statut du point de vue de la police des étrangers (ATF 121 I 367 consid. 2d).
L'art. 36 al. 1 de la Constitution du canton de Fribourg (Cst./FR; RSF 10.1) prévoit également que toute personne dans le besoin a le droit d'être logée de manière appropriée, d'obtenir les soins médicaux essentiels et les autres moyens indispensables au maintien de sa dignité.
3.
La LASoc régit l'aide sociale accordée par les communes et l'Etat aux personnes domiciliées, séjournant ou de passage dans le canton (art. 1er al. 1 LASoc). Elle a pour but de favoriser l'autonomie et l'intégration sociale de la personne dans le besoin (art. 2 LASoc). Une personne est considérée dans le besoin lorsqu'elle éprouve des difficultés sociales ou lorsqu'elle ne peut subvenir à son entretien, d'une manière suffisante ou à temps, par ses propres moyens (art. 3 LASoc).
3.1. Selon l'art. 4 LASoc, l'aide sociale comprend la prévention, l'aide personnelle, l'aide matérielle et la mesure d'insertion sociale (al. 1). La prévention comprend toute mesure générale ou particulière permettant d'éviter le recours à l'aide personnelle et matérielle (al. 2). L'aide personnelle comprend notamment l'écoute, l'information et le conseil (al. 3). L'aide matérielle est une prestation allouée en espèces, en nature ou sous la forme d'un contrat d'insertion sociale (al. 4). La mesure d'insertion sociale, dans le cadre d'un contrat d'insertion sociale, permet au bénéficiaire de l'aide sociale de retrouver ou de développer son autonomie et son insertion sociale (al. 5).
3.2. Selon l'ordonnance du 2 mai 2006 fixant les normes de calcul de l’aide matérielle de la loi sur l'aide sociale (RSF 831.0.12), toute personne dans le besoin vivant à domicile et tenant son ménage a droit à un montant forfaitaire pour son entretien (art. 1 al. 1). Le forfait mensuel pour l’entretien est déterminé en fonction du nombre de personnes faisant ménage commun (art. 1 al. 3 de l'ordonnance précitée).
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3.3. Toujours selon l'ordonnance du 2 mai 2006, la couverture des besoins fondamentaux comprend, outre le forfait mensuel pour l'entretien, les frais de logement (y compris les charges courantes) et les frais médicaux de base (y compris les frais dentaires de maintien) (art. 11 al. 1). Les frais effectifs résultant d'une activité lucrative ou d'une activité non rémunérée doivent être pris en compte dans les dépenses d'un budget d'aide sociale, notamment les frais de transport (cf. art. 8). Des prestations circonstancielles peuvent être allouées pour couvrir certains besoins propres dus à l'état de santé, à la situation économique et familiale particulière du ou de la bénéficiaire. Elles ne sont accordées que si un examen approfondi en a démontré la nécessité (cf. art. 12).
4.
Selon l'art. 9 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst.; RS 101), toute personne a le droit d’être traitée par les organes de l’Etat sans arbitraire et conformément aux règles de la bonne foi.
4.1. Le principe de la bonne foi protège la confiance légitime qu'un citoyen place dans les assurances reçues des autorités lorsqu'il règle sa conduite sur les décisions, les déclarations ou le comportement de celles-ci. Un renseignement ou une décision erronés de l'administration peuvent obliger celle-ci à consentir à un administré un avantage contraire à la réglementation en vigueur à condition que l'autorité soit intervenue dans une situation concrète à l'égard de personnes déterminées, qu'elle ait agi ou soit censée avoir agi dans les limites de ses compétences et que l'administré n'ait pas pu se rendre compte immédiatement de l'inexactitude du renseignement obtenu. Il faut encore que ce dernier se soit fondé sur les assurances ou le comportement dont il se prévaut pour prendre des dispositions auxquelles il ne saurait renoncer sans subir de préjudice et que la réglementation n'ait pas changé depuis le moment où l'assurance a été donnée (ATF 131 II 627 consid. 6.1; Tribunal fédéral, arrêts non publiés D. [9C_695/2008] du 4 février 2009 consid. 3.1, A. [9C_768/2007] du 2 juillet 2008 consid. 2.1, A. [9C_115/2007] du 22 janvier 2008 consid. 4.2 et les références citées).
5.
Est litigieuse en l’espèce la prise en charge sociale de deux mois de loyer échus, réclamés à la recourante par son ancien bailleur ensuite d’une résiliation anticipée dudit bail.
La recourante soutient avoir été amenée par les circonstances à devoir résilier ce bail de manière anticipée et que la signature du nouveau bail aurait été autorisée, sinon incitée, par la Commission sociale qui lui aurait promis de prendre en charge les frais supplémentaires ainsi occasionnés et qui serait dès lors son obligée en vertu du principe de la protection de la bonne foi.
La Commission sociale intimée conteste tout cela.
Qu’en est-il ?
Il s’agit de se référer aux pièces figurant au dossier constitué par l’intimée.
5.1. La recourante fait l’objet d’un suivi et d’une prise en charge sociale depuis 2013.
Elle était alors venue s’établir dans le canton de Fribourg dans le cadre d’une séparation houleuse avec un mari violent.
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Au début de l’année 2017, son budget mensuel social retenait notamment, au titre des dépenses, un loyer de CHF 1'400.- et un forfait pour trois personnes, à savoir la recourante et ses deux enfants.
Ce dernier montant couvrait les frais de logement de cette dernière.
Il correspondait à un appartement de 3 pièces et demi situé au rez-de-chaussée, à B._.
Ces indications ressortent de la garantie de loyer délivrée le 20 février 2015 par le Service social auprès de la régie immobilière.
5.2. Ce type particulier d’engagement est principalement censé libérer l’assisté social de l’obligation de s’acquitter d’un dépôt de garantie.
Il dessine, cela étant, les contours de la relation juridique entre le service social et le locataire assisté.