Decision ID: 7be9f721-bfc6-48e0-807b-97b89069b0bb
Year: 2006
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. Mme X._, mariée et mère d'un enfant, a sollicité les indemnités de l'assurance-chômage à partir du 3 septembre 2004, faisant contrôler son inactivité professionnelle auprès de l'Office régional de placement de Moudon (ci-après : l'ORP). Sur le formulaire "demande d'indemnité de chômage" du 17 septembre 2004, elle a mentionné être disposée à travailler à 80 %.
B. Le 15 février 2005, l'ORP a demandé à Mme X._, "à réception de la présente", de faire une offre de services par écrit à la Y._ pour une place d'employée d'administration à 60 % de durée déterminée (31 août 2005).
Le 28 février 2005, la Y._ a informé l'ORP que l'assurée ne s'était pas annoncée, que le poste n'était plus ouvert et qu'elle ne souhaitait plus se voir adresser d'autres candidats.
Invitée à donner les raisons pour lesquelles elle n'avait toujours pas présenté cette candidature le 28 février 2005, Mme X._ a expliqué, par lettre du 15 mars 2005, qu'elle avait postulé auprès de la Y._ en date du 25 février 2005, qu'elle n'avait pas eu de réponse de cette dernière et qu'elle ne pensait pas avoir le profil désiré.
C. Par décision du 31 mars 2005, l'ORP a suspendu le droit à l'indemnité de Mme X._ pendant trente et un jours à partir du 16 février 2005. Il a considéré que l'intéressée avait renoncé à un emploi convenable en présentant tardivement ses offres de service, contrairement à ce qui lui avait été demandé le 15 février 2005.
D. Le 26 avril 2005, Mme X._, par l'intermédiaire de son assurance de protection juridique, a fait opposition à cette décision, concluant à son annulation, subsidiairement à une suspension réduite à cinq jours.
Par décision sur opposition du 24 août 2005, le Service de l'emploi, Instance juridique chômage, a rejeté l'opposition de Mme X._, retenant en substance que la postulation de l'intéressée était intervenue de manière tardive et que les explications fournies pour justifier ce retard n'étaient pas relevantes.
E. Le 26 septembre 2005, Mme X._, par l'intermédiaire de son assurance de protection juridique, a recouru contre cette décision, concluant à son annulation, subsidiairement à une suspension réduite à cinq jours. Elle fait valoir que, ne disposant pas d'un ordinateur, elle avait prévu de se rendre chez son frère le 18 février 2005 pour y préparer une lettre de postulation, mais qu'entre-temps, son enfant de onze mois était tombé sérieusement malade, nécessitant notamment une visite à l'hôpital le samedi 19 février, puis, deux jours plus tard, chez le pédiatre, lequel avait alors délivré un certificat médical jusqu'au vendredi 25 février. Elle affirme avoir envoyé à cette date une lettre manuscrite de candidature pour le poste en question, "afin de respecter ses devoirs". Elle ajoute enfin que la sanction infligée est disproportionnée dans la mesure où, outre les circonstances précitées, il n'était pas certain que le poste proposé lui aurait été attribué et où il était de durée déterminée.
Dans sa réponse au recours, le Service de l'emploi expose qu'en présentant ses services de manière tardive, Mme X._ a compromis sa réintégration sur le marché du travail et que ce comportement doit être assimilé à une faute grave.
L'ORP et la Caisse cantonale de chômage ont produit leurs dossiers, sans formuler d'observations.
A la demande du juge instructeur, la Y._ a produit son dossier concernant l'intéressée, dont il ressort que celle-ci a daté sa lettre manuscrite de candidature au 25 février 2005, mais qu'elle ne l'a postée que le 3 mars suivant.
Le 5 décembre 2005, Mme X._ a déposé d'ultimes observations, qui seront reprises plus loin dans la mesure utile.

Considérant en droit
1. Déposé dans le délai de 30 jours fixé par l'art. 60 al. 1 de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales du 6 octobre 2000 (LPGA), le recours est intervenu en temps utile. Il est au surplus recevable en la forme.
2. Tenu d'entreprendre tout ce qu'on peut raisonnablement exiger de lui pour éviter le chômage ou l'abréger (art. 17 al. 1 première phrase LACI), le chômeur doit accepter le travail convenable qui lui est proposé (art. 17 al. 3 première phrase LACI); la notion de travail convenable est définie à l'art. 16 LACI. Les éléments constitutifs d'un refus de travail convenable sont notamment réunis lorsque le chômeur ne se donne pas la peine d'entrer en pourparlers avec l'employeur ou le fait tardivement, bien qu'un travail lui ait été proposé par l'office du travail (DTA 1986 no 5 p. 22 consid. 1a; cf. Nussbaumer, Arbeitslosenversicherung, in Schweizerisches Bundesverwaltungsrecht [SBVR], ch. 704 p. 258).
A teneur de l'art. 30 al. 1 lettre d LACI, l'assuré doit être suspendu dans l'exercice de son droit à l'indemnité lorsqu'il est établi qu'il n'observe pas les prescriptions de contrôle du chômage ou les instructions de l'office du travail, notamment en refusant un travail convenable qui lui est assigné. Une suspension suppose l'existence d'une faute de l'assuré. Il y a faute dès que la survenance du chômage ne relève pas de facteurs objectifs, mais réside dans un comportement que l'assuré pouvait éviter au vu des circonstances et des relations personnelles en cause (cf. DTA 1982 no 4). La faute de l'assuré doit être clairement établie, par preuves ou indices de nature à convaincre l'administration ou le juge (Gerhards, Kommentar zum Arbeitslosenversicherungsgesetz, vol I, n° 11 ad art. 30 LACI). Lorsqu'un assuré ne respecte pas son obligation d'accepter un travail convenable, il adopte un comportement qui, de manière générale, est de nature à prolonger la durée de son chômage, ce qui justifie une suspension dans l'exercice de son droit à l'indemnité de chômage. Pour autant, la suspension du droit à l'indemnité de chômage n'est pas subordonnée à la survenance d'un dommage effectif. Est seule déterminante la violation par l'assuré des devoirs qui sont le corollaire de son droit à l'indemnité de chômage, en particulier les devoirs de l'art. 17 LACI (Tribunal fédéral des assurances, arrêt C 152/01 du 21 février 2002). Le Tribunal fédéral des assurances a ainsi sanctionné pour faute grave un assuré qui avait répondu avec dix jours de retard à une assignation de l'ORP, acceptant par là pleinement le risque d'agir trop tard et laissant ainsi d'échapper une possibilité concrète de retrouver une activité lucrative (arrêt TFA C 152/01 précité).
3. En l'occurrence, le travail assigné à la recourante doit être qualifié de convenable au sens de l'art. 16 LACI. Aucune des circonstances prévues par l'art. 16 al. 2 LACI ne se trouve en effet réalisée dans le cas particulier, ce que la recourante n'a d'ailleurs jamais contesté. Elle était donc dans l'obligation d'entreprendre immédiatement toutes les démarches utiles pour présenter sa candidature et, le cas échéant, accepter le travail. Or, du 15 février au 2 mars 2005, elle est restée inactive. Elle invoque en vain la maladie de son enfant; en effet, elle n'avait pas prévu de rédiger sa postulation avant de se rendre chez son frère, soit trois jours après l'avis de l'ORP. Ce n'est qu'entre-temps que son fils est tombé malade. Elle n'avait ainsi de toute façon pas l'intention de donner suite immédiatement aux directives de l'ORP. De plus, la recourante n'a posté son offre que le 3 mars 2005 - contrairement à ce qu'elle a toujours soutenu. Or, si elle l'avait postée le jour où elle l'avait datée, cette lettre serait sans doute parvenue à temps à la Y._. Elle ne donne toutefois aucune explication quant à ce décalage d'une semaine. Enfin la recourante a d'emblée signifié à sa conseillère ORP qu'elle ne répondait pas au profil du poste. Dès lors, on dénote, sinon un désintérêt pour le travail proposé, à tout le moins un manque de motivation sérieux. Dans ces circonstances, c'est à bon droit que l'ORP et le Service de l'emploi ont retenu que la recourante avait tardé sans raison valable à faire son offre d'emploi. Ainsi, indépendamment des chances de succès effectives des démarches qu'elle avait à accomplir, la recourante a violé ses obligations, en ce sens qu'elle a laissé s'échapper une possibilité concrète de retrouver une activité lucrative, le poste étant vacant au moment de l'assignation.
4. La durée de la suspension est proportionnelle à la gravité de la faute de l'assurée et ne peut excéder, pour motif de suspension, soixante jours (art. 30 al. 3 LACI). En cas de faute grave, la durée de la suspension dans l'exercice du droit à l'indemnité est de 31 à 60 jours (art. 45 al. 2 litt. c). Aux termes de l'art. 45 al. 3 OACI, il y a faute grave lorsque l'assuré abandonne un emploi réputé convenable sans être assuré d'obtenir un nouvel emploi ou lorsqu'il refuse un emploi réputé convenable sans motif valable. La jurisprudence du Tribunal fédéral des assurances (ATF 130 V 125; SVR 8-9- 2005 n° 7 p. 22) considère que lorsqu'un assuré peut se prévaloir d'un motif valable, il n'y a pas forcément faute grave même en cas de refus d'un emploi assigné et réputé convenable; par motif valable, il faut entendre un motif qui fait apparaître la faute comme étant de gravité moyenne ou légère; il peut s'agir d'un motif lié à la situation subjective de la personne concernée ou à des circonstances objectives.
Comme on l'a vu, les raisons invoquées par la recourante pour n'avoir pas immédiatement présenté sa candidature ne sont pas pertinentes. En outre, la recourante ne semblait de toute façon pas disposée à accepter le poste en question. En conséquence, fixant la durée de la suspension à trente et un jours, soit le minimum de l'échelle prévue pour la faute grave, la décision litigieuse ne peut qu'être confirmée.