Decision ID: 702bf469-1e1f-4740-b4a8-153c6a0a3897
Year: 2017
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Les ministères publics des cantons du Valais (ci-après: MP-VS), de Fribourg
(ci-après: MP-FR) et de Lucerne (ci-après: MP-LU) ont chacun, entre 2014
pour les deux derniers et 2015 pour le premier, ouvert des enquêtes à l'en-
contre du dénommé A. (alias B.) à la suite de nombreux vols commis notam-
ment dans des magasins de bicyclettes haut de gamme.
Les premiers actes de poursuite liés à ces procédures ont eu lieu dans le
canton de Lucerne, sous la forme d'un rapport de police daté du 27 mars
2014.
A., à l'encontre duquel des mandats d'arrêt national et international ont été
délivrés par les MP-FR et MP-LU, a finalement été arrêté le 25 mai 2015 par
la police fribourgeoise aux commandes d'une fourgonnettes aux plaques va-
laisannes – volées – et contenant du matériel dérobé dans le magasin C. à
Z. (VS). A. a été remis aux autorités de poursuite valaisannes et placé en
détention provisoire dans ce canton.
B. En date du 20 janvier 2016, le MP-VS a interpellé ses homologues fribour-
geois et lucernois sur la question de la détermination du for intercantonal. Le
MP-FR indiquait, le 26 janvier 2016, que A. aurait commis quatre vols, entre
le 30 mai et le 3 juin 2014 et qu'il "sembl[ait] ne pas avoir agi seul" (dossier
MP-VS, MPG 2016 184 [ci-après: dossier MP-VS], p. 5). Se fondant sur
l'art. 34 al. 1 CPP et le principe selon lequel l'autorité compétente est celle
du lieu où les premiers actes de poursuite ont été entrepris, ledit MP-FR re-
tenait que "les autorités lucernoises sembl[ai]ent être compétentes [...], pour
autant que [l'intéressé] ait également agi en bande dans leur canton" (ibi-
dem). Pour sa part, le MP-LU s'est, par envoi du 4 mars 2016, déterminé
comme suit sur la requête valaisanne (dossier MP-VS, p. 7 s.):
"[...]. Für die Bestimmung der Zuständigkeit ist entscheidend, dass nach dem
Ergebnis der polizeilichen Ermittlungen gegen den Beschuldigten A. bezüglich
der ihm im Kanton Luzern zur Last gelegten Fälle der Tatverdacht auf gewerbs-
mässigen Diebstahl im Sinne von Art. 139 Ziff. 2 StGB besteht. Es ergaben sich
weder aufgrund der Befragungen von A. noch aufgrund von Spuren rechtsgenüg-
liche Hinweise darauf, dass der Beschuldigte A. bei den im Kanton Luzern mut-
masslich von ihm verübten Diebstahlsdelikten nicht als Einzeltäter gehandelt hat.
So konnten bei allen Einbruchdiebstahlsdelikten im Kanton Luzern lediglich Spu-
ren des Beschuldigten A. gesichert werden.
- 3 -
Bei dem Beschuldigten A. im Kanton Wallis zur Last gelegten Einbruchdieb-
stahlsdelikt ist hingegen nach dem Aktenstand klar von bandenmässiger Tatbe-
gehung im Sinne von Art. 139 Ziff. 3 StGB auszugehen, womit das schwerste
dem Beschuldigten A. vorgeworfene Delikt nicht im Kanton Luzern, sondern im
Kanton Wallis verübt worden ist. Wir erachten deshalb den Kanton Wallis für die
Verfolgung der A. zur Last gelegten Delikte nach Massgabe von Art. 34 Abs. 1
StPO als zuständig.
Ich lasse Ihnen aus den genannten Gründen [...] die Untersuchungsakten zu-
kommen verbunden mit dem Ersuchen um Verfahrensübernahme".
C. Par courrier du 20 avril 2016, demeuré sans réponse, puis du 20 juin 2016,
Me D., défenseur de A., a requis du MP-VS d'être orientée sur la question
de la procédure de fixation de for initiée par cette autorité. Le procureur va-
laisan en charge du dossier a, le 22 juin 2016, fait savoir à Me D. qu'il "de-
meur[ait] à ce jour sans nouvelle de [l']Office central, s'agissant de la ques-
tion de la fixation de for dans cette affaire, respectivement de celle de la
reprise de la procédure" et qu'il "pri[ait] dès lors [s]a collègue le Procureur
E., qui [l]e li[sai]t en copie, de bien vouloir [les] renseigner à ce sujet" (dossier
MP-VS, p. 22 ss). Me D. a, par lettre du 26 octobre 2016, interpellé une nou-
velle fois le procureur en charge de l'affaire en lui demandant de lui "indiquer
si des suites ont été données à ce dossier, notamment suite à votre dernière
correspondance du 23 [recte: 22] juin 2016 adressée en copie au Ministère
public Office central" (dossier MP-VS, p. 516). Le MP-VS lui a répondu le
28 octobre 2016 que la procédure était "toujours en cours", "[d]es diver-
gences de vues entre les différents cantons impliqués [...] en [étant] notam-
ment la cause" (dossier MP-VS, p. 35).
D. Par courrier du 18 août 2016, le MP-VS s'est adressé en ces termes à ses
homologues lucernois et fribourgeois (dossier MP-VS, p. 25 s.):
"Après examen des informations que vous avez aimablement mises à disposition
de la procureure [...], je me détermine comme suit:
Il apparaît que le canton de Lucerne a ouvert une procédure contre A. pour, no-
tamment, vol par métier (art. 139 ch. 2 CP), vols commis entre le 26 mars 2014
et le 7 avril 2014. Cependant, il ressort du dossier lucernois que les traces ADN
prélevées dans le garage appartenant à F., à Y. (LU), suite au cambriolage du
26 mars 2014 correspondent probablement à deux personnes (...). C'est pour-
quoi un vol en bande pourrait avoir été perpétré à Y. (LU), le 26 mars 2014. En
effet, afin de déterminer le for, il faut partir de la qualification la plus large pos-
sible.
- 4 -
Si plusieurs infractions sont punies de la même peine, l'autorité compétente est
celle du lieu où les premiers actes de poursuite ont été entrepris (art. 34 al. 1
CPP). Quatre vols en bande ont été commis dans le canton de Fribourg du 30 mai
2014 au 3 juin 2014 et quatre autres en Valais du 22 au 25 mai 2015. Les pre-
miers actes d'enquête relatifs au cambriolage du 26 mars 2014 dans le canton
de Lucerne datent du 27 mars 2014 (date du rapport de police). Les premiers
actes de poursuite ont donc été entrepris dans le canton de Lucerne.
En outre, 21 des 42 vols objets de l'ensemble des procédures ont été commis
dans le canton de Lucerne. Le centre de gravité des actes délictueux se trouve
donc dans ce canton, même si le quota des 2/3 n'a pas été atteint.
Enfin, le canton de Lucerne a déjà reconnu sa compétence envers le[s] canton[s]
d'Argovie, Zoug, Saint-Gall et de Soleure.
J'estime donc que le canton de Lucerne devrait être compétent pour traiter l'en-
semble des procédures."
Par courrier du 14 octobre 2016, le MP-VS a informé ses homologues lucer-
nois et fribourgeois du fait qu'il "ressort[ai]t des déterminations [relatives à
son courrier du 18 août 2016] qu'aucun canton n'[était] disposé à reconnaître
sa compétence" et que "[s]i aucun accord ne devait être trouvé jusqu'au
14 novembre 2016, [il] se verrait contraint de [s]'adresser au tribunal pénal
fédéral afin qu'il statue" (dossier MP-VS, p. 32).
L'échange de vues s'est en fin de compte terminé par le refus des autorités
fribourgeoises et lucernoises de reconnaître leur compétence en la présente
espèce, la dernière prise de position – lucernoise – étant parvenue au MP-
VS en date du 29 novembre 2016 au plus tôt (dossier MP-VS, p. 41 ss).
E. En date du 9 décembre 2016, le MP-VS a saisi la Cour des plaintes du Tri-
bunal pénal fédéral d’une requête en fixation de for intercantonal. Il conclut
à ce que les autorités judiciaires du canton de Fribourg soient déclarées
compétentes pour traiter la plainte susmentionnée et "instruire et juger les
procédures pénales ouvertes dans le canton du Valais et de Lucerne contre
A." (act. 1, p. 4).
Invité à répondre, le MP-FR a, par courrier du 20 décembre 2016, informé
l'autorité de céans qu'il renonçait à déposer des observations, se référant
intégralement à ses courriers du 26 janvier 2016, 13 octobre 2016 et 2 no-
vembre 2016, dont il ressort que "c'est le canton de Lucerne qui est compé-
tent" (act. 3). Egalement interpellé, le MP-LU conclut pour sa part à ce que
- 5 -
le canton de Fribourg soit déclaré compétent en la présente espèce (act. 4,
p. 5).
Une copie des réponses respectives a été adressée à chacune des parties
pour leur complète information (act. 5).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris
si nécessaire dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1.
1.1 Les autorités pénales vérifient d'office si elles sont compétentes et, le cas
échéant, transmettent l'affaire à l'autorité compétente (art. 39 al. 1 CPP).
Lorsque plusieurs autorités paraissent compétentes à raison du lieu, les mi-
nistères publics concernés se communiquent sans délai les éléments essen-
tiels de l'affaire et s'entendent aussi vite que possible sur le for (art. 39 al. 2
CPP). Lorsque les autorités de poursuite pénale de différents cantons ne
peuvent s'entendre sur le for, le ministère public du canton saisi en premier
de la cause soumet la question sans retard et, en tout cas, avant la mise en
accusation, à la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral, qui tranche
(art. 40 al. 2 CPP en lien avec les art. 37 LOAP et 19 du règlement du 31 août
2010 sur l'organisation du Tribunal pénal fédéral [ROTPF; RS 173.713.161]).
S’agissant du délai dans lequel l’autorité requérante doit saisir la Cour de
céans, il a été décidé de s’en tenir aux dix jours prévus à l’art. 396 al. 1 CPP,
exception faite du cas dans lequel l’autorité requérante invoque des circons-
tances exceptionnelles qu’il lui incombe de spécifier (v. notamment les déci-
sions du Tribunal pénal fédéral BG.2011.17 du 15 juillet 2011, consid. 2.1;
BG.2011.7 du 17 juin 2011, consid. 2.2).
1.2 La demande de fixation de for ayant été déposée dans le délai mentionné
plus haut (v. supra consid. 1.1), et les cantons ayant été représentés par des
autorités légitimées à le faire, il y a lieu d’entrer en matière sur le fond de la
cause.
2. Le MP-VS soutient devant l'autorité de céans, pour la première fois en près
de onze mois – soit la durée de la procédure de fixation de for –, que le
- 6 -
canton de Fribourg serait compétent pour se charger de l'ensemble des en-
quêtes ouvertes à l'encontre de A. Il ressortirait – désormais – du dossier
lucernois que seuls des vols simples auraient été commis dans ce canton
alors que des vols en bande se seraient déroulés sur territoires fribourgeois
et valaisan. Ces infractions étant les plus graves, l'application de l'art. 34 al.
1 CPP conduirait à déclarer compétente l'autorité du lieu où les premiers
actes de poursuite ont été entrepris en lien avec ces dernières, soit les auto-
rités fribourgeoises. Le MP-LU soutient la position valaisanne, alors que le
MP-FR maintient son point de vue selon lequel le canton de Lucerne serait
compétent, dès lors qu'il existerait des éléments suffisants pour retenir que
A. y aurait également agi en bande.
3. Il y a préalablement lieu de relever que le principe de célérité revêt une
grande importance en procédure pénale. Sa violation peut, selon la gravité,
avoir des conséquences sur le fond de la cause, pouvant prendre la forme
d’une réduction ou même d’une exemption de peine, voire d’un prononcé de
non-lieu (TPF 2011 178 consid. 2.1). En l’espèce, les autorités de poursuite
pénale du canton requérant ont initié un premier échange de vues avec les
intimés en date du 20 janvier 2016, démarche close par la réponse circons-
tanciée du MP-LU, datée du 4 mars 2016 et parvenue le 9 mars 2016 en
mains valaisannes (v. supra let. B). Ce n'est que le 18 août 2016, soit plus
de cinq mois après ce premier échange de vues que le requérant a réinter-
pellé les intimés sur la question de la fixation du for.
Le dossier soumis à la Cour de céans ne fait état d’aucune activité en lien
avec la procédure pendante devant l'autorité requérante durant ce laps de
temps. Les demandes – répétées – de l'avocate du prévenu formées préci-
sément durant cette période et tendant à obtenir des éclaircissements sur le
sort de la procédure en fixation de for n'ont jamais trouvé de réponse satis-
faisante, l'autorité en charge de ladite procédure s'étant contentée, six mois
après la première demande de Me D., d'invoquer des divergences de vues
entre les cantons impliqués (v. supra let. C in fine). Les éléments fournis par
le requérant ne permettent pas de comprendre les raisons qui ont conduit à
des retards de procédure de plus de cinq mois, et ce malgré le fait qu’il aurait
eu l’occasion de s’en expliquer dans le cadre de l’échange d’écritures inter-
venu devant la Cour de céans. De tels retards inexpliqués ne sont pas con-
formes au principe de célérité; ils contreviennent donc à l’art. 39 al. 2 CPP
(TPF 2011 178 consid. 2.1 in fine).
- 7 -
4.
4.1 Selon l’art. 34 al. 1 CPP, lorsque le prévenu a commis plusieurs infractions
en des lieux différents, l’autorité du lieu où a été commise l’infraction punie
de la peine la plus grave est compétente pour la poursuite et le jugement de
toutes les infractions. Si plusieurs infractions sont punies de la même peine,
l’autorité compétente est celle du lieu où les premiers actes de poursuite ont
été entrepris. La Cour des plaintes peut toutefois (comme les ministères pu-
blics concernés entre eux) fixer un autre for que celui prévu aux art. 31 à 37
CPP lorsque la part prépondérante de l’activité délictueuse, la situation per-
sonnelle du prévenu ou d’autres motifs pertinents l’exigent (art. 40 al. 3
CPP). Pareille solution doit cependant demeurer l’exception. Une entente,
respectivement une décision de charger de la poursuite un canton non com-
pétent de lege suppose l’existence de motifs pertinents. Les réflexions qui
portent à considérer inopportun un for légal doivent être impérieuses. Par
ailleurs, un canton ne peut être désigné compétent en dérogation au for lé-
gal, respectivement se déclarer tel, que s’il existe un point de rattachement
lié au lieu (voir MOSER/SCHLAPBACH, in Basler Kommentar StPO, 2e éd.
2014, no 2 ad art. 38 et les références citées; voir aussi GOLDSCHMID/MAU-
RER/SOLLBERGER, Kommentierte Textausgabe zur Schweizerischen
Strafprozessordnung, Berne 2008, p. 32 s. ; GALLIANI/MARCELLINI, Codice
svizzero di procedura penale, Commentario, 2010, nos 1 s. ad art. 38).
4.2 Selon la jurisprudence, un "motif pertinent" peut exister du fait que pendant
plus de cinq mois, l’autorité saisie de l’affaire de l’un des cantons est restée
inactive après le refus signifié par l’autre canton de reprendre la procédure
(TPF 2011 178 consid. 3.2). Au regard du principe de la bonne foi, cette
inactivité doit être assimilée à une reconnaissance tacite du for par l’autorité
qui n’a rien fait pendant une longue période.
4.3 On ne peut déroger au for légal en reconnaissant la compétence d’un canton
spécifique que si, outre l’existence d’un " motif pertinent ", il s’y trouve aussi
un élément de rattachement adéquat (FINGERHUTH/LIEBER, Kommentar zur
Schweizerischen Strafprozessordnung [StPO], 2e éd. 2014, no 16 ad art. 40).
Un tel élément est l’espèce incontestablement donné pour le canton du Va-
lais, au vu de l'activité délictueuse reprochée à A. en terres valaisannes (v.
supra let. A). La réunion de ces deux conditions suffit, au regard des règles
et principes posés par la jurisprudence de céans, à fonder la compétence
valaisanne en la présente espèce (TPF 2011 178 précité). La question de
savoir si l'application des dispositions relatives au for légal aurait conduit à
reconnaître la compétence du canton requérant ou de l'un ou l'autre des in-
timés peut partant demeurer indécise (TPF 2011 178 consid. 3.3).
- 8 -
5. Il résulte de ce qui précède que les autorités de poursuite pénale du canton
du Valais sont déclarées seules compétentes pour poursuivre et juger l'en-
semble des infractions faisant l'objet des procédures ouvertes à l'encontre
du dénommé A. (alias B.) dans les cantons du Valais, de Fribourg et de Lu-
cerne.
6. La présente décision est rendue sans frais (art. 423 al. 1 CPP).
- 9 -