Decision ID: ab9aacf3-f75a-5465-b43e-327fb028e236
Year: 2008
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par jugement du 29 août 2008, communiqué aux parties par pli du même jour, le Tribunal de première instance a débouté l'ETAT DE GENEVE, soit pour lui la perception de l'AFC (ci-après : l'AFC), de sa requête de mainlevée d'opposition dirigée contre S_ et a laissé à sa charge les frais de la procédure. En substance, le Tribunal a retenu que l'AFC n'avait pas démontré avoir notifié à S_ la sommation qui fondait sa requête de mainlevée d'opposition.
Par acte déposé au greffe de la Cour le 10 septembre 2008, l'AFC forme appel de ce jugement dont elle demande l'annulation. Produisant à l'appui de son appel l'attestation de la poste selon laquelle la sommation litigieuse a été délivrée à S_, elle reprend ses conclusions de première instance visant à voir prononcée la mainlevée de l'opposition formée au commandement de payer poursuite no _ portant sur les sommes de 654 fr. 55 et 12 fr. 45.
S_ n'a pas répondu à l'appel et ne s'est pas présentée à l'audience de la Cour du 16 octobre 2008.
B.
Il ressort du dossier les éléments suivants :
a.
Le 30 janvier 2008, l'AFC a établi une sommation à l'intention de S_ pour un montant de 654 fr. 55 à titre de capital et de 10 fr. 15 à titre d'intérêts au 30 janvier 2008 pour des arriérés de l'impôt cantonal et communal, exercice 2006.
Cette sommation a été distribuée à S_ le 31 janvier 2008, comme l'atteste le rapport établi par la poste le 4 septembre 2008 et produit par l'AFC à l'appui du présent appel.
b.
Le 6 mai 2008, l'AFC a fait notifier à S_ le commandement de payer poursuite no _ portant sur les sommes de 654 fr. 55 selon sommation du 30 janvier 2008 et 12 fr. 45 à titre d'intérêts moratoires au 12 mars 2008. Ce commandement de payer a été frappé d'opposition totale.
Le 9 juillet 2008, l'AFC a saisi le Tribunal de première instance de la présente requête en mainlevée définitive d'opposition. A l'audience du 18 août 2008, S_ a déclaré n'avoir jamais reçu la sommation du 30 janvier 2008. Sur la base de cette affirmation, le Tribunal a rendu le jugement dont est appel.
C.
L'argumentation juridique des parties sera examinée ci-après, dans la mesure utile.

EN DROIT
1.
Interjeté en temps utile, dans la forme prévue par la loi (art. 300 et 296 al. 1 LPC, par renvoi des art. 356 al. 1 LPC et 20 lit. b LALP), le présent appel est recevable.
1.1.
Selon les art. 20 al. 1 lit. b et 23 LALP, les jugements du Tribunal de première instance portant sur une demande de mainlevée, provisoire ou définitive, sont rendus en dernier ressort, selon la voie de la procédure sommaire. Seul est en conséquence ouvert l'appel extraordinaire en violation de la loi (art. 23A LALP et 292 LPC). Le pouvoir d'examen de la Cour se trouve ainsi restreint au cadre défini à l'art. 292 al. 1 lit. c LPC. Elle ne peut dès lors revoir la décision attaquée que si celle-ci consacre une violation de la loi, respectivement une appréciation arbitraire d'un point de fait (SJ 1991 p. 135; 1990 p. 595; 1995 p. 521 ss). Néanmoins, le juge de la mainlevée doit vérifier d'office si la requête est fondée sur un titre de mainlevée valable, et ce, même en cas de défaut du débiteur (SJ 1984 p. 389).
La nature de l'appel extraordinaire implique que la Cour ne statue que dans les limites des moyens articulés par les parties; elle ne peut, sans être saisie d'un grief adéquat, corriger une violation de la loi dans le jugement attaqué (SJ 1990 p. 594; Bertossa/Gaillard/Guyet/Schmidt, Commentaire de la loi de procédure civile genevoise, n. 6 ad art. 292 LPC). Dans le cadre des moyens que lui présentent les parties, la Cour apprécie en revanche librement le droit (Schmidt, Le pouvoir d'examen en droit de la Cour en cas d'appel pour violation de la loi, SJ 1995 p. 521 ss).
1.2.
La production de pièces nouvelles en appel est prohibée dans le cadre d'un appel formé en violation de la loi, dès lors que la Cour doit statuer sur la base du dossier tel que soumis au premier juge (Bertossa/Gaillard/Guyet/Schmidt, op. cit., n. 6 ad art. 292 LPC). Font cependant exception à cette règle les pièces qui se rapportent à l'ordre public, à un domaine où l'examen a lieu d'office, aux conditions de la recevabilité de l'appel extraordinaire, aux violations de règles de la procédure ou de l'organisation judiciaire, dont la constatation ne peut résulter ni du dossier, ni du jugement.
Il en va de même lorsque le créancier ne pouvait prévoir qu’un moyen serait soulevé par le débiteur à l’audience de plaidoirie du juge de première instance et n’était ainsi plus en mesure de réunir et de produire les pièces qui lui eussent permis de réfuter l’argument inopinément soulevé (SJ 1981 p. 330 consid. 2). Cette jurisprudence constitue une exception au principe de la rigueur liée aux procès sur pièces («
Urkundenprozess
»). Dans cette mesure, elle ne doit s’appliquer qu’au plaideur diligent (Note à propos de l’arrêt précité : SJ 1981 p. 336). Elle n’a donc pas pour but d’autoriser une partie désinvolte à compléter son argumentation en fait.
1.3.
En l’espèce, on ne peut reprocher à l'appelante de ne pas avoir produit en première instance l'attestation de délivrance de la poste concernant la sommation litigieuse. Il ne ressort en effet nulle part du dossier que la question de la notification de la sommation aurait déjà été évoquée par la débitrice. Celle-ci n'a d'ailleurs produit aucun document qui ferait état d'une surprise de sa part par rapport aux impôts qui lui sont réclamés.
Dans ces conditions, l'argument soulevé par l'intimée devant le premier juge doit être considéré comme inattendu. Dès lors, l'attestation produite pour la première fois devant la Cour est recevable.
2.
La qualité de titre de mainlevée définitive de la sommation du 30 janvier 2008 relative à l'impôt cantonal et communal, exercice 2006, n'est pas contestée. Elle découle d'ailleurs de l'art. 80 al. 2 ch. 3 LP en relation avec l'art. 365 de la loi générale sur les contributions publiques. Dans la mesure où cette sommation a été régulièrement notifiée à l'intimée, l'opposition qu'elle a formée n'est pas fondée et elle doit être levée.
Par conséquent, le jugement de première instance doit être annulé et la mainlevée d'opposition prononcée par la Cour.
3.
Vu l’issue de l’appel, l’intimée - qui succombe - sera condamnée aux frais de première instance et d’appel et à une indemnité à titre de dépens (art. 62 al. 1 OELP).
* * * * *