Decision ID: f2338211-50cd-5463-9017-c95342c07366
Year: 2013
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_004
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A. a.
C_ & Fils SA, en qualité de bailleur, et C_ TRANSPORTS SA, en qualité de locataire, se sont, dès le 1
er
janvier 2001, liées par un contrat de bail, conclu le 11 avril 2001, portant sur la parcelle no 1_ de la Commune de D_ destinée à l’exploitation d’une installation de lavage et de triage de gravier.
Le bail a été conclu pour une durée initiale de quinze ans échéant le 31 décembre 2015.
b.
Le loyer annuel a été fixé à 40'000 fr.
c.
En date du 1
er
janvier 2006, C_ TRANSPORTS SA, en qualité de "bailleur" a conclu avec A_ SA, en qualité de "locataire" un contrat qualifié de contrat de bail à loyer portant sur le même objet.
Ce bail a été conclu pour une durée initiale de dix ans échéant le 31 décembre 2015.
d.
Le loyer annuel a également été fixé à 40'000 fr.
e.
Suite à la faillite de C_ & Fils SA, B_ a acquis la parcelle no 1_ de la Commune de D_ dans le cadre d’une vente aux enchères forcées organisée par l’office des faillites le 24 mars 2009.
f.
Au mois d’octobre 2009, B_ a émis le souhait de rencontrer les représentants d’A_ SA.
g.
B_ et A_ SA se sont rencontrées en date du 2 novembre 2009.
A cette occasion, A_ SA a fait valoir des droits découlant du contrat de bail à loyer conclu le 1
er
janvier 2006.
B_ a contesté l’existence de ces droits.
h.
En date du 1
er
mars 2010, A_ SA, d’une part, et E_ SA, d’autre part, ont conclu un contrat de sous-location portant sur la parcelle no 1_ de la Commune de D_.
Ce contrat a pris effet le jour de sa signature et fut conclu pour une durée indéterminée tant que l’accord au transfert du bail n’aurait pas été obtenu ou, en cas de refus du propriétaire de délivrer cet accord, tant qu’il n’aurait pas été constaté par un jugement définitif que le propriétaire pouvait se prévaloir de justes motifs pour s’opposer au transfert du bail.
Le loyer annuel fut fixé à 40'000 fr.
i.
En date du 9 mars 2010, B_ déposa une action en revendication contre A_ SA auprès du Tribunal de première instance.
j.
Par courrier du 29 mars 2010, B_ mit en demeure A_ SA, ainsi que F_ et G_, d’évacuer immédiatement la totalité de la parcelle no 1_ de la Commune de D_.
k.
Par courrier du 1
er
juin 2010, A_ SA informa B_ de l’existence du contrat de sous-location conclu avec E_ SA et sollicita le transfert du contrat de bail principal en faveur de E_ SA.
l.
En date du 15 juin 2010, B_ contesta qu’A_ SA puisse être au bénéfice d’un quelconque contrat de bail sur tout ou partie de la parcelle no 1_ de la Commune de D_.
m.
Par courrier du 9 juillet 2010, A_ SA a maintenu sa position et sollicité à nouveau le transfert du bail en faveur de E_ SA.
n.
En date du 21 juillet 2010, B_ a également réitéré sa position.
B. a.
Par requête envoyée le 8 octobre 2010 à la Commission de conciliation en matière de baux et loyers, A_ SA a demandé qu’il soit dit et constaté qu’elle était titulaire des droits découlant du contrat de bail du 4 avril 2001 conclu initialement entre C_ & FILS SA et C_ TRANSPORTS SA concernant l’installation de lavage et de triage de gravier sur la parcelle no 1_ de la Commune de D_ et à ce que le transfert du contrat de bail du 4 avril 2001 soit autorisé en faveur de E_ SA avec effets au 1
er
juillet 2010.
La cause y relative a été déclarée non conciliée lors de l’audience du 20 janvier 2011 et introduite par-devant le Tribunal des baux et loyers le 4 février 2011.
b.
Des audiences de comparution personnelle des parties se sont tenues les 30 mai 2011 et 31 octobre 2011.
Trois témoins ont également été entendus en date du 31 octobre 2011.
c.
Par courrier du 6 décembre 2011, B_ a sollicité la suspension de la présente cause en application de l’art. 207 LP suite à la faillite d’A_ SA prononcée par jugement du Tribunal de première instance du 17 octobre 2011.
d.
A_ SA s’est opposée à cette requête en date du 9 décembre 2011 au motif que la présente procédure tendait à faire reconnaître à un éventuel sous-locataire la qualité de locataire principal et, partant, influait sur les droits patrimoniaux de la société en faillite et sur l’état de la masse en faillite.
e.
Statuant par jugement du 16 décembre 2011 (
JTBL/1499/2011
), le Tribunal des baux et loyers a rectifié la qualité de partie d’A_ SA en A_ SA en faillite et rejeté l’incident de suspension formulé par B_.
Ce jugement a été communiqué par pli du 19 décembre 2011 aux parties.
En substance, les premiers juges ont considéré que la suspension de plein droit de l’art. 207 LP ne s’appliquait pas au présent cas car le transfert de bail demandé impliquait en amont la constatation de l’existence du contrat de bail liant C_ TRANSPORTS SA à A_ SA, niée par B_.
C. a.
Par acte envoyé au greffe de la Cour de justice le 1
er
février 2012, A_ SA a formé recours partiel à l’encontre du jugement
JTBL/1499/2011
rendu le 6 décembre 2011.
b.
A l’appui de son recours, elle expose que le Tribunal des baux et loyers a rendu son jugement sans lui avoir donné la possibilité de s’expliquer sur son droit à continuer la procédure en personne malgré la faillite, en violation de son droit d’être entendue. Elle invoque également une violation de l’art. 207 al. 1 LP car la procédure devrait se poursuivre sans l’intervention de l’administration de la faillite dans la mesure où elle n’a pas d’influence pour la masse en faillite. Finalement, selon A_ SA, le Tribunal des baux et loyers a versé dans l’arbitraire en conférant la qualité de partie à la MASSE EN FAILLITE D’A_ SA en lieu et place d’A_ SA après avoir considéré que la procédure ne devait pas être suspendue en application de l’art. 207 al. 1 LP car sans influence sur la masse en faillite vu son objet.
Le recours formé par A_ SA était assorti d’une requête d’effet suspensif portant sur le chiffre 1 du dispositif du jugement du Tribunal des baux et loyers du 16 décembre 2011.
Cette demande d’effet suspensif fut refusée par décision de la Cour de céans du 7 février 2012 au motif qu’à l’ouverture de la faillite, A_ SA avait perdu le pouvoir d’exercer ses droits patrimoniaux et d’en disposer en application de l’art. 204 LP et qu’elle n’avait dès lors pas la qualité pour recourir.
c.
Dans le délai imparti, B_ a répondu au recours en relevant que le recours formé par A_ SA était irrecevable au motif d’une part qu’il est douteux qu’A_ SA ait la capacité de former recours sans être formellement représentée par l’administration de la faillite et que, d’autre part, Me Philippe GOBET, qui a formé le recours au nom d’A_ SA, ne disposait pas du pouvoir de représenter l’administration de la faillite. Pour le surplus, B_ relève que le Tribunal des baux et loyers a rectifié à juste titre d’office la raison sociale d’A_ SA en A_ SA en faillite.
d.
Dans le délai imparti également, la masse en faillite d’A_ SA s’en est rapportée à justice sur les conclusions déposées par Me Philippe GOBET en rappelant que ce dernier n’agissait ni pour le compte de la masse en faillite, ni pour le compte de l’office des faillites et que la masse en faillite d’A_ SA n’avait pas repris pour son compte les obligations contractuelles liant ou ayant lié la société en faillite.
e.
Sans que la Cour de céans n’ordonne un échange ultérieur d’écritures, A_ SA a déposé des mémoires de réplique en date du 8 mars 2012 et du 21 mars 2012.

EN DROIT
1. 1.1
Aux termes de l’art. 405 al. 1 CPC, entré en vigueur le 1
er
janvier 2011 (
RS 272
), les recours sont régis par le droit en vigueur au moment de la communication de la décision entreprise. S’agissant en l’espèce d’un recours dirigé contre un jugement notifié aux parties après le 1
er
janvier 2011, la présente cause est régie par le nouveau droit de procédure.
1.2
La décision entreprise est sujette à recours (art. 319 b CPC).
En l'occurrence, le recours satisfait aux conditions de forme requises par l'art. 321 al. 1 CPC et a été déposé dans le délai de 30 jours prévu par cette disposition, compte tenu de la suspension des délais de l'art. 145 al. 1 lit. c CPC.
2.
A teneur de l’art. 204 al. 1 LP, sont nuls à l’égard des créanciers tous actes par lesquels le débiteur aurait disposé, depuis l’ouverture de la faillite, de biens appartenant à la masse.
L’art. 204 al. 1 LP pose le principe du dessaisissement du failli, terme qui n’est pas défini par la loi, mais qui signifie que le pouvoir de disposer des biens composant la masse active passe à l’administration de la faillite (ATF
125 III 154
, consid. 3b). Le failli perd le pouvoir de disposer des biens patrimoniaux qui composent la masse. Cependant, ce dessaisissement ne modifie pas la titularité des droits patrimoniaux qui forment la masse active : le failli reste titulaire de ces droits; ce n’est qu’au moment de leur réalisation qu’il en sera exproprié (AMONN/WALTHER, Grundriss des Schuldbetreibungs-und Konkursrechts, 7
ème
édition, Berne, 2003, § 41 no 5). Le dessaisissement s’explique par le fait que l’ouverture de la faillite entraîne une mainmise de droit public sur les biens de la masse active qui confère aux créanciers le droit d’être désintéressés sur le produit de réalisation, dans la mesure et selon les formes prévues par la loi. Les créanciers n’ont ni un droit de nature privée, ni un droit direct sur les biens compris dans le patrimoine du failli; ils n’ont qu’une prétention de droit public, propre au droit des poursuites, à l’accomplissement, par l’administration de la faillite, d’actes déterminés par la loi (ATF
106 III 130
, consid. 2; ROMY, Commentaire romand, no 2 ad art. 204 LP).
Le dessaisissement prend effet à l’ouverture de la faillite (art. 175 LP) et non pas à la publication de celle-ci (ATF
111 III 73
, consid. 2; ROMY, op. cit., no 4 ad art. 204 LP).
Le dessaisissement n’emporte pas pour le failli la perte du droit d’agir en justice et de procéder (ATF
121 III 28
, consid. 3). Il n’a simplement pas la qualité pour agir dans les procédures concernant les biens de la masse. Ce droit passe à l’administration de la faillite (ROMY, op. cit., no 13 ad art. 204 LP; JAEGER, Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, no 5 ad art. 204 LP).
2.1
En l’espèce, la présente procédure a trait non seulement à une demande de transfert de bail mais également et préalablement à la constatation de l’existence d’un contrat de bail à loyer qui lierait les parties à la présente procédure.
La présente procédure est susceptible d’emporter des effets sur les droits de masse passive.
En effet, selon que l’existence d’un contrat de bail à loyer entre les parties à la présente procédure sera ou non admise, la composition de la masse passive pourra être assez substantiellement modifiée.
Ainsi, si l’existence d’un contrat de bail devait être admise par le Tribunal des baux et loyers, l’intimée pourrait, le cas échéant, faire valoir des prétentions en paiement de loyers dans le cadre de la faillite de l’appelante.
La présente procédure concernant indubitablement les biens de la masse, le droit de la poursuivre a été retiré à l’appelante lors de l’ouverture de sa faillite et est passé à l’administration de la faillite.
Compte tenu de ce qui précède, le présent recours est irrecevable en tant qu’il a été formé par l’appelante après l’ouverture de sa faillite et la perte de son droit de poursuivre la procédure en cours.
3.
A teneur de l’art. 17 LaCC, il n’est pas prélevé de frais dans les causes soumises à la juridiction des baux et loyers, étant rappelé que l’art. 116 al. 1 CPC autorise les cantons à prévoir des dispenses de frais dans d’autres litiges que ceux visés à l’art. 114 CPC.
4.
La présente décision ne met pas fin à la procédure (art. 90 LTF).