Decision ID: fcefb7a0-db91-4ea8-9afd-eafe83a88f63
Year: 2001
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. Le plan des zones de la Commune de Mies a été approuvé par le Conseil d'Etat le 8 mars 1985. Le plan classe en zone agricole la parcelle 351 située au lieu-dit "Au Sorbier" dans la partie nord-est du territoire communal compris entre la route de Veytay et la Vy des Tschioquants. De l'autre côté de la route de Veytay, au lieu dit "Les Mouilles", la parcelle communale 304 a été classée en zone d'équipement public; elle se prolonge par deux bandes de terrains relativement étroites, insérées entre les parcelles 302, 303, 305, 306 et 307, classées en zone agricole.
B. La Municipalité de Mies (ci-après la municipalité) a entrepris l'étude d'un plan partiel d'affectation destiné dans un premier temps à étendre la zone d'utilité publique sur la parcelle 351. Le Service de l'aménagement du territoire s'est prononcé le 1er juin 1995 sur cette proposition en demandant que la diminution de la surface de la zone agricole soit compensée par la réaffectation en zone agricole des parties très étroites de la parcelle communale 304 classées en zone d'équipement public. Le projet impliquait donc une modification du plan général d'affectation modifiant la limite entre la zone d'équipement public et la zone agricole au lieu-dit "Les Mouilles" et d'autre part par la création d'une nouvelle zone à bâtir sur la parcelle 351. Par la suite, la municipalité a manifesté l'intention d'utiliser la parcelle 351 en vue de la construction de logements sociaux. Selon le Service de l'aménagement du territoire, le projet devait faire l'objet d'un plan partiel d'affectation qui permette de préciser l'implantation des nouveaux logements avec une certaine précision. Il convenait d'élaborer aussi un rapport justificatif précisant les objectifs recherchés par la commune.
C. Un rapport établi en octobre 1997 par l'architecte mandaté par la commune précise que la municipalité envisage la construction de nouveaux logements sociaux sur la parcelle 351 pour les jeunes couples et personnes âgées. Il ressort en outre de ce rapport qu'en date du 25 juin 1995, le Conseil communal avait accepté le principe d'acquisition de la parcelle 351 notamment pour la construction d'appartements à loyer modéré. Par ailleurs, dans le cadre des travaux d'élaboration du plan directeur communal, la population a été appelée à participer à la définition des objectifs d'aménagement et de développement de la commune, notamment par l'intermédiaire d'un questionnaire adressé à tous les ménages. Les habitants s'étaient prononcés en faveur du développement de logements à loyer modéré en répondant de la manière suivante au questionnaire concernant le chapitre "habitation" :
• Faut-il densifier les zones à construire existantes ? oui 43
non 84
sans avis 29
• Faut-il développer de nouvelles zones à construire en périphérie du village ?
oui 61
non 65
sans avis 30
• Quelles nouvelles zones d'habitation faut-il développer ou créer ?
Zone villa et résidentielle : oui 49
non 39
sans avis 68
Zone d'extension du village : oui 56
non 37
sans avis 63
• Pensez-vous que la Commune devrait avoir une politique d'acquisition de terrains pour créer une réserve pour le développement futur ?
oui 69
non 57
sans avis 30
• A vos yeux est-il important de développer des logements à loyer modéré ?
oui 60
non 23
sans avis 73
• Qu'allons-nous proposer aux personnes âgées ?
Construire des EMS supplémentaires : oui 26
non 90
sans avis 40
Essayer de tout faire pour garder les personnes âgées à la maison le plus longtemps possible en leur offrant des équipements appropriés :
oui 137
non 6
sans avis 13
Les mélanger avec de jeunes ménages pour recréer une intégration dans le village : oui 91
non 23
sans avis 42
C'est ainsi que la proposition de créer une zone pour des logements à loyers modérés a été prise en compte et intégrée dans l'étude du nouveau plan directeur communal. Les principaux services concernés de l'administration avaient été consultés, notamment le Service du logement, le Service de lutte contre les nuisances, le Centre de la conservation de la faune et de la nature ainsi que le Service des forêts, de la faune et de la nature, lesquels avaient donné leur accord à la nouvelle planification. Le plan serait en outre conçu de manière à répondre aux critères de l'Office fédéral du logement en vue du subventionnement possible des futures constructions. Le coefficient d'utilisation du sol, fixé à 0,4, limite la surface brute de plancher utile
à 3'700 m2 pour une surface constructible totale du terrain de 9'250 m2. Le projet prévoit la construction de cinq bâtiments dont les périmètres d'implantation sont répartis en éventail depuis la route de Veytay et les bâtiments seraient desservis par une voie d'accès longeant la limite nord-ouest du périmètre du plan de quartier afin de ne pas créer une zone de circulation entre les futurs logements et l'école. Le projet a été soumis à l'examen préalable du Service de l'aménagement du territoire qui a émis un préavis favorable le 1er octobre 1997 sous réserve de différentes remarques de forme concernant le règlement. Le Service de lutte contre les nuisances (actuellement Service de l'environnement et de l'énergie) a proposé le degré de sensibilité III pour la zone agricole et le degré de sensibilité II pour la zone d'équipement public et la zone de logements.
D. Le projet de plan partiel d'affectation au lieu-dit "Au Sorbier" avec la modification du plan des zones au lieu dit "Les Mouilles" a été mis à l'enquête publique du 4 novembre au 4 décembre 1997. Il a soulevé les oppositions de propriétaires voisins, à savoir celles de Jacques Bungener, des époux Régis-Aimé et Elga Clément, de Xavier Fanichet, d'Albert Ohayon et de Nadine Wuillemin. Les opposants contestaient notamment la qualité des accès, l'emplacement choisi pour la construction de logements sociaux, l'existence du besoin, la perte de vue pour les habitations existantes et le manque de concertation avec les autres communes de la région. La municipalité a organisé une réunion avec les opposants le 9 février 1998 et elle a mandaté ensuite un bureau spécialisé en matière de planification routière pour vérifier la question des accès au plan de quartier. Il ressort de cette étude que la route de Veytay présente les caractéristiques permettant de supporter l'accroissement du trafic résultant de la réalisation du plan en ce qui concerne le profil géométrique et la capacité du carrefour avec la route du village. L'étude met en évidence le fait qu'une augmentation de la largeur de la route pouvait entraîner une augmentation de la vitesse des véhicules et une diminution du confort et de la sécurité des piétons qui devait être évitée. Il ressort aussi de l'étude que le faible accroissement prévisible du trafic sur la route de Veytay permettrait de respecter les valeurs limites fixées par le droit fédéral de la protection de l'environnement. Les conclusions de l'étude sont notamment basées sur la prise en considération du trafic supplémentaire provoqué par les tournois de polo et les manifestations organisées sous tente dans le domaine du polo. Ainsi, l'influence du trafic généré par les cinq immeubles de logements sur l'exploitation du réseau routier et sur les niveaux sonores pouvait être considérée comme très faible.
E. Par préavis du 1er septembre 1998, la municipalité a proposé au Conseil communal d'adopter le plan et de lever les oppositions. Lors de sa séance du 23 septembre 1998, le Conseil communal a adopté le plan partiel d'affectation au lieu-dit "Au Sorbier" avec son règlement et la modification du plan des zones au lieu-dit "Les Mouilles"; il a en outre décidé de lever les oppositions en adoptant les propositions de réponse contenues dans le préavis.
Jacques Bungener, Régis-Aimé et Elga Clément, Albert Ohayon, Xavier Fanichet et Nadine Wuillemin ont contesté la décision communale par le dépôt d'un recours auprès du Département des infrastructures (le département) qui a été rejeté par décision du 15 février 1999. Le département a considéré en substance que l'appréciation de la commune sur les besoins en logements sociaux n'était pas déraisonnable, que l'équipement du terrain pouvait être considéré comme suffisant, compte tenu du rapport du bureau spécialisé, et que les contraintes en matière de protection de l'environnement (bruit, forêt, nature, paysage) étaient respectées.
D. Nadine Wuillemin a contesté la décision du département par le dépôt d'un recours le 6 mars 1999 auprès du Tribunal administratif. Lors de l'acquisition de son terrain en 1984, la parcelle 351 était classée en zone agricole et elle ne s'attendait pas à un classement en vue de la réalisation de logements sociaux. Le projet la priverait de la vue dont elle bénéficie sur la campagne et le Jura, entraînerait une perte d'ensoleillement et un accroissement des nuisances, notamment de bruit, provoquées par les nouveaux habitants. Des terrains plus propices à la réalisation de logements sociaux seraient disponibles dans le village; de plus, l'existence d'un besoin ne serait pas prouvée en raison des appartements disponibles dans la commune voisine de Versoix. Elle relève aussi les problèmes liés à la circulation et le stationnement des véhicules lors des manifestations sportives organisées par le Polo Club et aussi le fait que la construction projetée d'une halle de tennis aggraverait encore les conditions de circulation. Elle critique encore la hauteur des immeubles projetés indiquée à 10,50 m. sur les plans alors que la hauteur effective depuis son terrain s'élèverait à plus de 15 m.
Le Service de l'aménagement du territoire ainsi que le Service de justice et législation (actuellement Service de justice, de l'intérieur et des cultes) ont renoncé à se déterminer sur le recours et la municipalité a conclu à son rejet. Le tribunal a tenu une audience à Mies le 11 juin 1999 au cours de laquelle il a procédé à une visite des lieux en présence des parties.
A la suite de l'audience, le Service du logement a produit la liste des immeubles bénéficiant de l'aide des pouvoirs publics dans le district de Nyon. Il résulte que seuls quinze immeubles représentant 302 logements bénéficient de subventions destinées à l'abaissement du loyer selon la répartition suivante :
Communes
nombre d'immeubles
nombres de logements
Begnins
1
14
Coppet
1
27
Eysin
1
26
Genolier
1
4
Gland
4
85
Mies
1
12
Nyon
4
114
Prangins
1
12
Tannay
1
8
Total :
15
302
La Commune de Mies comprend ainsi déjà un immeuble de douze logements bénéficiant de l'aide des pouvoirs publics et comprenant un logement d'une pièce, huit logements de deux pièces et trois logements de quatre pièces.
A la demande du tribunal, la municipalité a encore produit un avant-projet du plan de logements envisagés pour les immeubles dont la construction est prévue par le plan contesté.

Considérant en droit:
1. Le tribunal examine d'office et avec un libre pouvoir d'examen la recevabilité des recours qui lui sont soumis (arrêts AC 00/0044 du 26 octobre 2000, AC 94/0062 du 9 janvier 1996, AC 93/0092 du 28 octobre 1993, AC 92/0345 du 30 septembre 1993 et AC 91/0239 du 29 juillet 1993).
a) La loi du 26 février 1996, modifiant celle du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA) a introduit à l'art. 37 al. 1 une nouvelle définition de la qualité pour recourir, dont la teneur est la suivante :
"Le droit de recours appartient à toute personne physique ou morale qui est atteinte par la décision attaquée et a un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée ou modifiée."
Cette disposition a été adoptée afin d'harmoniser la qualité pour recourir au niveau cantonal avec la définition de la qualité pour recourir en droit administratif fédéral (BGC février-mars 1996 p. 4489). La nouvelle définition de la qualité pour recourir donnée par le nouvel art. 37 al. 1 LJPA correspond à celle de l'art. 103 lit. a de la loi fédérale d'organisation judiciaire du 16 décembre 1943 (OJ) selon laquelle la qualité pour recourir est reconnue à "quiconque est atteint par la décision attaquée et a un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée ou modifiée". La jurisprudence du Tribunal fédéral sur l'art. 103 lit. a OJ est ainsi applicable à l'art. 37 al. 1 LJPA pour définir l'étendue du cercle des administrés autorisés à contester devant le Tribunal administratif une décision susceptible de recours au sens de l'art. 29 LJPA (arrêts AC 98/005 du 30 avril 1999 et AC 98/098 du 30 novembre 1999).
b) Selon la jurisprudence fédérale, l'intérêt digne de protection peut être de fait ou de droit. Il permet au recourant de faire valoir ses droits lorsqu'il est menacé dans ses intérêts de nature matérielle, économique, idéale ou autre, par la décision contestée. Le recourant peut en outre invoquer la violation de dispositions de droit public qui n'ont pas pour but de protéger ses intérêts; mais lorsque la décision contestée favorise un tiers, la règle établie pour éviter l'action populaire veut que le recourant soit touché dans une mesure et avec une intensité plus grande que quiconque, de façon spéciale et directe. Il doit être dans un rapport spécial, digne d'intérêt et particulièrement étroit avec l'objet du litige (voir notamment les ATF 121 II 174 consid. 2b; 120 Ib 51-52 consid. 2a; 119 Ib 183-184 consid. 1c; 116 Ib 323-324 consid. 2a; 113 Ib 228 consid. 1c; 112 Ib 158-159 consid. 3; 111 Ib 159-160 consid. 1b, 291-292 consid. 1b; 110 Ib 100 et ss consid. 1; 108 Ib 93 et ss consid. 3b; 107 Ib 45-46 consid. 1c, ainsi que l'arrêt de principe ATF 104 Ib 248 et ss consid. 5 à 7).
c) Le voisin a en principe qualité pour recourir au sens de l'art. 103 lit. a OJ lorsque son terrain se trouve à proximité du lieu de construction et s'il subit des inconvénients liés à la réalisation et à l'exploitation du bâtiment contesté; par exemple, une augmentation du trafic sur les voies d'accès à son bien-fonds, ou les immissions provenant de la nouvelle construction (bruit, odeurs, fumée, etc.) ou encore la perte d'un dégagement ou d'une vue sur un site dont le voisin pourrait jouir sans l'édification du bâtiment en cause (arrêts AC 99/0074 du 9 avril 2001, AC 00/0001 du 5 octobre 2000, AC 00/0051 du 10 avril 2001, AC 99/0206 du 23 mai 2001, AC 99/0143 du 18 octobre 2000, AC 99/0119 du 20 septembre 2000, AC 99/0071 du 6 septembre 2000 et AC 98/005 du 30 avril 1999).
2. a) La planification du territoire doit être coordonnée avec la protection de l'environnement. Cela signifie que les questions et problèmes que pose la planification ne peuvent être résolus sans examiner conjointement leur compatibilité avec les exigences de la protection de l'environnement (voir arrêt AC 97/0134 du 26 février 1999 publié à la RDAF 1999 p. 392 et ss, ainsi que les arrêts AC 96/0154 du 9 février 1999 consid. 3a, AC 95/0050 du 8 août 1996 consid. 2a).
b) La base constitutionnelle du droit de l'aménagement du territoire (art. 75 Cst.) est de même niveau que celle du droit de la protection de l'environnement (art. 74 Cst.); les mesures que les cantons sont appelés à prendre en vertu des dispositions fédérales adoptées en application de ces normes constitutionnelles doivent être harmonisées en vue d'arrêter les solutions qui sont le mieux à même de répondre aux intérêts complémentaires que chacune de ces législations défendent (Alfred Kuttler, Protection de l'environnement et aménagement du territoire, mémoire ASPAN no 54 p. 2 et 3). L'aménagement du territoire vise avant tout l'utilisation mesurée du sol (art. 1er al. 1 LAT) qui implique la protection des bases naturelles de la vie tels que le sol, l'air, l'eau, la forêt et le paysage (art, 1er al. 2 let. a) et la création ou le maintien d'un milieu bâti favorable à l'habitat et à l'exercice des activités économiques (art. 1 al. 2 let. b). La loi fédérale sur la protection de l'environnement du 7 octobre 1983 (LPE) a pour but essentiel de protéger les hommes des atteintes nuisibles ou incommodantes (art. 1er al. 1 LPE); elle tend à limiter à titre préventif les émissions de polluants et à éviter, ou à réduire si nécessaire, les atteintes nuisibles ou incommodantes (art. 1 al. 2 et 11 LPE).
c) Pour atteindre les buts fixés par ces deux législations sur l'aménagement du territoire et sur la protection de l'environnement, les cantons établissent des plans directeurs en veillant à définir le développement souhaité de manière à réduire à un minimum les atteintes à l'environnement (art. 6 al. 3 et 8 LAT; art. 2 al. 1 lit. d OAT; voir aussi l'ATF 116 Ib 268 consid. 4c). A cet égard, la nouvelle Constitution fédérale du 18 avril 1999 (nCst), entrée en vigueur le 1er janvier 2000, consacre à son art. 2 al. 2 le développement durable comme l'un des buts essentiels de la Confédération; l'art. 73 nCst précise cette notion en ce sens qu'il s'agit de diriger le développement en vue d'assurer un équilibre durable entre la nature, en particulier sa capacité de renouvellement, et son utilisation par l'être humain. Le Conseil fédéral a indiqué dans son rapport sur les Grandes lignes de l'organisation du territoire suisse, que le développement est durable s'il tient compte des contraintes économiques, sociales et écologiques, et s'il garantit que les besoins de la génération actuelle sont satisfaits sans porter préjudice aux facultés des générations futures de satisfaire leurs propres besoins; il implique le maintien à long terme du potentiel de développement des différentes régions (rapport sur les Grandes lignes, in FF 1996 III p. 563). Pour assurer les conditions d'un développement durable, le rapport sur les Grandes lignes précise que l'urbanisation doit davantage être canalisée vers l'intérieur du milieu bâti afin de mettre progressivement un terme à l'extension débordante des agglomérations. Il y a donc lieu de satisfaire les besoins futurs en matière de construction en premier lieu dans le tissu déjà urbanisé par une densification ou une meilleure utilisation des espaces résiduels ou des friches industrielles à proximité des gares, ce qui permet d'utiliser plus rationnellement les infrastructures existantes de transports, d'approvisionnement et d'élimination des déchets. L'un des objectifs prioritaires de la politique du développement en Suisse tend ainsi à consolider le réseau polycentrique des villes afin que les petites et moyennes villes, bien desservies par le rail, offrent une solution de rechange à l'extension débordante des agglomérations. Il en résulte que le développement doit être localisé à proximité des arrêts de transports publics les mieux desservis, qui se prêtent particulièrement bien à une densification de l'habitat ou à la localisation de pôles de développement (rapport sur les Grandes lignes, FF 1996 III p. 566 à 569 et 571 à 573). Ainsi, tant les plans directeurs des cantons, qui déterminent le développement souhaité (art. 8 let. a LAT) que les plans d'affectation (art. 14 LAT) doivent garantir les conditions d'un développement durable au sens des art. 2 et 73 nCst.
d) Le décret du 22 février 1984 sur le plan directeur cantonal (ci-après: le décret) avait fixé les principes de base du plan directeur cantonal et réglé la procédure d'approbation (art. 1er du décret). Le décret retenait les quatre principes suivants : la régionalisation, la décentralisation concentrée, la coordination ainsi que l'information et la participation de la population. Le principe de la régionalisation tend à soutenir le développement des régions, à favoriser l'expression de leurs intérêts, et à atténuer les inégalités entre elles (art. 2 du décret). Quant à la politique de décentralisation concentrée, elle tend à soutenir l'effort de développement des régions en évitant une dispersion des mesures de soutien; elle s'inscrit dans une politique de développement de l'ensemble du canton, accordant une attention particulière aux régions les plus défavorisées, sans toutefois porter préjudice à celles qui sont plus dynamiques (art. 3 du décret). Depuis des décennies, le canton de Vaud est en effet l'objet d'une concentration croissante de la population dans et à proximité des agglomérations de l'arc lémanique. La décentralisation concentrée tend essentiellement à corriger cette tendance pour répartir et concentrer le développement et les efforts d'urbanisation dans les centres régionaux biens desservis par les transports publics, ce qui est pour l'essentiel conforme à l'exigence constitutionnelle du développement durable.
e) Le plan directeur cantonal a été adopté par décret du 20 mai 1987; l'art. 2 de ce décret précise que les objectifs adoptés par le Grand Conseil ainsi que les éléments prospectifs contenus dans les cartes des plans sectoriels du plan directeur cantonal lient les autorités. Le plan général d'urbanisation (carte 1.1.1) met en place un réseau de centres urbains bien desservi par les transports publics en prévoyant expressément de "soutenir le rôle dévolu aux centres notamment par la concentration d'activités économiques et de services diversifiés et par la densification de l'habitat" (objectif 1.2.b du plan directeur cantonal). Dans la région de Nyon, le plan directeur cantonal mentionne comme centre régional de premier niveau l'agglomération de Nyon, et comme centre local, les communes de Gland, de Prangins et de Coppet. Ainsi, les efforts de densification de l'habitat doivent être entrepris en premier lieu dans le centre régional. La Commune de Mies n'exerce pas une fonction spécifique dans le réseau urbain défini par le plan directeur cantonal qui justifie une densification de l'habitat. Elle appartient au milieu périurbain dans lequel il convient de distinguer les espaces homogènes les plus propices à l'agriculture, qui doivent lui être réservés en priorité, des espaces déjà largement urbanisés qui seront consacrés si nécessaire à l'extension des localités (objectif 1.5.h du plan directeur cantonal). Le commentaire du plan directeur cantonal précise encore que "pour économiser le sol et favoriser les relations sociales, il faut développer un habitat plus groupé, à proximité immédiate des villages." Il est également nécessaire de restructurer et de vivifier ces aires, en y favorisant l'implantation d'activités non gênantes et d'un minimum de services courants." (plan directeur cantonal p. 111 commentaire à l'objectif 1.5.i).
f) Le plan directeur régional du district de Nyon, approuvé par le Conseil d'Etat le 12 octobre 1994 reprend et précise au niveau de la région les objectifs du plan directeur cantonal. Il prévoit de renforcer les centres régionaux existants à savoir, celui de Nyon, comme pôle régional principal, celui de Gland, comme pôle régional secondaire, celui de Coppet, comme "centre-relais", ainsi que celui de St-Cergue comme centre de détente et de loisirs. En outre, un renforcement des localités et une densification est envisagée le long des axes de transports publics collectifs (ligne CFF Lausanne-Genève ainsi que la ligne de Nyon-St-Cergue); seul un développement modéré est envisagé dans les autres localités. Les annexes au plan directeur régional comportent un plan sectoriel d'urbanisation dans lequel il est précisé que la Commune de Mies a la vocation d'un pôle local où la croissance doit être limitée à 20 % par décennie et où il convient de rechercher une densification du centre village et des secteurs proches. Les annexes comportent également une fiche no 1.1.1 relative à la promotion de logements à loyer modéré. L'objectif recherché consiste à favoriser une diversification du type de logements par la création et la gestion d'un parc de logements subventionnés.
Une fiche particulière concernant la commune de Mies définit plus particulièrement les objectifs d'aménagement de niveau régional à concrétiser au niveau communal; il s'agit de maîtriser et contrôler une croissance démographique progressive ne dépassant pas 20 % par décennie; il est en outre recommandé à la commune d'affecter les zones à bâtir encore disponibles en zones intermédiaires. Les objectifs tendent également à favoriser une diversification des différents types de logements, à protéger les sites d'intérêt paysager, à encourager la mixité des fonctions et à intensifier la concertation intercommunale en matière d'équipement et d'emploi. Les recommandations liées à ces objectifs ont trait à la création de logements à loyer modéré. En rapport avec les objectifs de protection du paysage, les recommandations tendent à protéger les rives du lac, la partie du bois Ruiné touchant la commune, ainsi que les éléments caractéristiques des lieux-dits le "Veytay" et la "Gouille Marion".
g) La Commune de Mies a adopté un plan directeur communal le 20 septembre 2000, qui a été approuvé par le Conseil d'Etat le 22 janvier 2001. Le document relève que la population communale a passé de 908 habitants en 1980 à 1227 en 1990 et 1311 en 1997. Il présente également les réserves de capacité en distinguant d'une part, les réserves diffuses de parcelles libres dans le village ou dans les zones légalisées et dont la mise à disposition en vue de la construction est aléatoire, et d'autre part, les réserves situées dans les plans de quartier relativement récents. S'agissant des réserves à l'intérieur des zones déjà légalisées, il existe une réserve de 160 logements dans la zone de villa correspondant à 400 habitants et 146 logements dans la zone de village correspondant à 350 habitants environ. S'agissant des plans de quartier légalisés, le plan de quartier "Les Ouches" permet la construction de 25 logements correspondant à 60 habitants; le plan de quartier "Les Hutins de Travers" permet la construction de 135 à 145 logements, soit environ 325 à 350 habitants. Le plan partiel d'affectation "Au Sorbier" - "Les Mouilles" présente une capacité potentielle de 35 à 40 logements permettant d'accueillir entre 85 à 100 habitants. Le plan de quartier "Le Triangle" prévoit la construction de 17 à 34 logements, avec une capacité d'accueil de 40 à 80 habitants. Les réserves de capacité permettent ainsi un accroissement théorique d'environ 1300 habitants dont le 60 % se situe en zone de villas. Il est encore mentionné que la commune prend en considération les recommandations du plan directeur régional concernant la création de logements à loyers modérés dans le cadre du plan partiel d'affectation "Au Sorbier" - "Les Mouilles", qui permet la réalisation de 3'700 m2 de surface de plancher destinés à du logement social; en ce qui concerne les réserves de capacité, les recommandations régionales visant à la réduction des capacités disponibles ne pouvaient être appliquées en raison de la dispersion de ces réserves en de multiples petites surfaces.
3. a) Le plan partiel d'affectation litigieux a notamment pour effet de transférer la parcelle 351 de la zone agricole en zone à bâtir destinée à la construction de logements sociaux. La surface classée en zone à bâtir est entièrement compensée par le déclassement d'une zone d'équipement public et sa nouvelle délimitation au lieu-dit "Les Mouilles" sur des terrains agricoles de qualité équivalente. Selon les art. 43 al. 2 et 48 al. 2 de la loi cantonale sur l'aménagement du territoire et les constructions du 4 décembre 1985, ci-après (LATC) la création d'une nouvelle zone à bâtir doit respecter les principes applicables à l'extension des zones à bâtir et s'inscrire dans le cadre fixé par les plans directeurs. Ces dispositions s'interprètent dans le cadre posé par l'art. 15 de la loi fédérale sur l'aménagement du territoire du 22 juin 1979 (LAT), précisant que les zones à bâtir comprennent les terrains propres à la construction qui sont déjà largement bâtis (let. a) ou qui seront probablement nécessaires à la construction dans les quinze ans à venir et seront équipés dans ce laps de temps (let b).
b) La tâche centrale des cantons et des communes en matière d'aménagement du territoire consiste à délimiter les zones à bâtir de manière conforme aux exigences de la loi fédérale, qui se caractérisent par le principe du regroupement (ATF 116 Ia 335 ss consid. 4), déduit notamment de la condition relative aux territoires déjà largement bâtis posée aux art. 15 al. 1 lit. a et 36 al. 3 LAT. Le terrain largement bâti au sens de l'art. 15 al. 1 lit. a LAT comprend un territoire construit de manière regroupée avec ses brèches dans la continuité du tissu bâti (Baulücken) (ATF 119 Ib 136 consid. 4b). Il doit appartenir de manière cohérente au milieu bâti et en partager les qualités (ATF 117 Ia 437 consid. 3e). En revanche, les parties de territoire situées à la périphérie, même partiellement bâties, ainsi que les périmètres non construits qui ont une fonction autonome par rapport à l'environnement construit ne peuvent pas être considérés comme des terrains largement bâtis. De même, les brèches importantes dans le milieu bâti, qui servent à l'aération du tissu urbain ainsi qu'à la création d'aires de délassement ne font pas partie du milieu déjà largement bâti (ATF 121 II 424 consid. 5a). Le critère du besoin prévisible dans les quinze ans à venir fixé à l'art. 15 al. 1 lit. b LAT a été relativisé par la jurisprudence. Il constitue l'un des éléments à prendre en considération dans la pesée des intérêts, car la demande privée ne suffit pas à justifier l'extension de zones à bâtir (ATF 116 Ia 341-342 consid. 3b/aa; 114 Ia 368 à 370 consid. 4). La question de savoir si une commune dispose de réserves suffisantes s'apprécie en tenant compte des objectifs des plans directeurs et en fonction de la situation locale et régionale ainsi que des autres besoins à prendre en considération, notamment dans le domaine de la protection des terrains agricoles et du paysage (ATF 118 Ia 158 consid. 4d; 115 Ia 360 consid. 3f/bb). Par ailleurs, la nécessité de réduire les émissions de polluants, à titre préventif (art. 1 al. 2 et 11 LPE) joue aussi un rôle important sur la délimitation des zones à bâtir, en particulier leur localisation à proximité des arrêts de transports publics (
Brandt, Moor
, Commentaires LAT art. 18 N. 20).
c) En l'espèce, il n'est pas contesté que la parcelle 351 n'est actuellement pas bâtie et qu'elle ne répond pas à la condition de l'art. 15 let. a LAT concernant les terrains déjà largement bâtis. Ainsi, l'extension d'une zone de logements sur ce terrain n'est admissible que dans la mesure où elle répond à la seconde condition fixée par l'art. 15 let. b LAT relative aux besoins prévisibles dans les 15 ans à venir.
aa) Les capacités théoriques des zones à bâtir déjà légalisées permettent de doubler la population qui s'élevait à 1357 habitants au 31 décembre 1999 (annuaire statistique du Canton de Vaud 2000, p. 68). Les zones à bâtir légalisées pour la construction de logements dépassent probablement déjà les besoins prévisibles pour les quinze ans à venir (voir ATF 116 Ib 221 ss), même si une partie importante de ces réserves (environ sept cent cinquante habitants) a été répertoriée à l'intérieur des zones de villa et de la zone de village, et que sa mise en valeur reste aléatoire. La jurisprudence fédérale précise en effet que les terrains thésaurisés doivent aussi être pris en considération au même titre que les biens fonds disponibles sur le marché foncier (ATF 118 Ib 151 consid. 4d p. 158 et ATF 116 Ia 328 consid. 4b p. 331). L'autorité communale a estimé qu'il n'était pas possible de mettre en oeuvre la recommandation figurant dans le plan directeur régional, visant à classer le 50 % des réserves de terrain à bâtir en zone intermédiaire en raison de la dispersion de ces réserves de capacité en de multiples petites surfaces, qui ne permettent pas d'élaborer une planification rationnelle. Mais la commune garde encore la possibilité de créer des zones réservées au sens de l'art. 46 LATC dans les secteurs excentrés où le développement de la construction peut être différé par rapport aux autres secteurs plus proches de la gare ou du village et des équipements publics. Au surplus, les seules restrictions temporaires de construire résultant d'une zone réservée ne donnent en principe pas lieu au versement d'indemnités pour expropriation matérielle lorsqu'elles sont destinées à permettre la révision d'un plan d'affectation ou l'adoption d'un plan de quartier (ATF 109 Ib 20 ss).
bb) Il n'existe pas sur le territoire communal une zone destinée à la construction de logements sociaux; or, une telle zone répond à un besoin exprimé au niveau régional que la commune entend intégrer dans sa planification par l'adoption du plan litigieux. L'adoption d'une zone de logements à loyers modérés répond aussi à l'exigence posée par l'art. 7 de la loi vaudoise sur le logement du 9 septembre 1975 (LvL). Cette disposition prévoit en effet que lors de l'établissement de plans d'urbanisme, les autorités communales veillent à réserver des zones d'habitation collective conformes au besoin de la commune ou de la région en tenant compte de leur développement prévisible.
cc) Par ailleurs, les autres critères à prendre en considération lors de l'adoption d'une zone à bâtir ne s'opposent pas non plus au projet de planification. En effet, même si la parcelle en cause fait partie des surfaces d'assolement que les cantons doivent en principe classer en zone agricole en vertu des art. 26 à 30 de l'ordonnance sur l'aménagement du territoire du 28 juin 2000 (OAT), cette diminution de la surface agricole est entièrement compensée par le déclassement de la zone d'équipement public en zone agricole au lieu-dit "Les Mouilles". Il est vrai que l'extension de l'urbanisation dans le secteur "Au Sorbier" entame un compartiment du paysage agricole encore intact, mais cette extension de la zone à bâtir s'inscrit dans le prolongement du groupe scolaire existant et n'apporte pas une atteinte au paysage incompatible avec les impératifs de protection du paysage qui résultent de l'art. 3 al. 2 LAT ni de ceux qui ressortent des plans directeurs régional et communal dans ce secteur. L'extension de la zone à bâtir sur la parcelle 351 est ainsi conforme à l'art. 15 LAT.
4. La recourante se plaint toutefois du fait que, lors de l'achat de son terrain, elle avait tenu compte du fait que le classement de la parcelle 351 en zone agricole en 1985 devait garantir une certaine stabilité de cette affectation; or, le plan contesté avait pour effet de la priver de la vue sur la campagne et sur le Jura, de diminuer son ensoleillement en fin de journée et d'augmenter le bruit par l'activité des nouveaux habitants que les bâtiments projetés pourront accueillir. Elle estime que des terrains plus proches du village se prêteraient mieux à la construction de logements subventionnés en relevant encore que lors des manifestations sportives, le quartier était envahi de voitures. Elle estime que la parcelle 351 devrait garder la vocation d'une zone verte, faite pour le repos et la détente de la population, comme en attestait le nombre de promeneurs pendant le week-end. Elle critique également la hauteur des constructions qui, même limitée à 10,50 m, attendrait environ 15 m depuis le niveau de sa parcelle.
a) Selon l'art. 21 al. 2 LAT, des plans d'affectation font l'objet des adaptations nécessaires lorsque les circonstances se sont sensiblement modifiées. Le droit vaudois comporte une restriction particulière concernant les zones agricoles en prévoyant à l'art. 53 al. 3 LATC qu'elles ne peuvent être modifiées avant un délai de vingt-cinq ans dès leur approbation par le Département des travaux publics, de l'aménagement et des transports (actuellement Département des infrastructures) sauf dérogations exceptionnelles accordées par celui-ci. Cette disposition a été introduite lors de la révision de l'ancienne loi vaudoise sur les constructions et l'aménagement du territoire du 13 septembre 1976 qui instaurait à son art. 25 bis pour chaque commune l'obligation de créer des zones agricoles et qui fixait la durée de ces zones à vingt-cinq ans afin de garantir aux agriculteurs la stabilité de leur domaine pendant une génération (
Eric Brandt
, Les plans d'affectation dans le contentieux administratif vaudois, in RDAF 1986 p. 240; v. aussi BGC session septembre 1976 p. 839). L'octroi ou le refus d'une dérogation concernant la durée de vingt-cinq ans des zones agricoles doit être examinée à la lumière des principes posés à l'art. 21 al. 2 LAT. Mais en raison de l'intérêt particulièrement important à la création ou au maintien des zones agricoles, une modification de l'affectation avant l'échéance du délai de vingt-cinq ans doit être justifiée par un besoin impérieux au niveau local et régional (
Eric Brandt
, op. cit. p. 248). En l'espèce, le classement de la parcelle 351 en zone agricole résulte de l'approbation par le Conseil d'Etat du plan des zones de la Commune de Mies intervenue le 6 mars 1985. La zone agricole sur cette parcelle ne peut donc en principe être modifiée avant l'écoulement du délai de vingt-cinq ans, qui arrive à échéance en mars 2010, et pour autant que les autres conditions applicables à la révision d'un plan d'affectation qui résultent de l'art. 21 LAT soient remplies. Comme le classement de ce terrain de zone agricole en zone à bâtir intervient avant cette échéance, il convient de déterminer si un motif impérieux au niveau local et régional impose l'abandon de cette mesure de planification par l'extension d'une zone à bâtir réservée à la construction de logements sociaux.
b) En l'espèce, la promotion de logements à loyers modérés fait l'objet de l'un des objectifs importants du plan directeur régional en matière d'urbanisme (v. objectif 1.3.2 ainsi que la fiche no 1.1.1.). La Commune de Mies a repris le même objectif dans son plan directeur communal qu'elle entend concrétiser par la réalisation du plan litigieux. Par ailleurs, les dernières statistiques produites par le Service du logement montrent que le nombre de logements sociaux est particulièrement faible dans l'ensemble de la région et que la création de zones destinées à cet effet répond à un intérêt public important et à un besoin au niveau régional. Il est vrai que la législation vaudoise d'application de la loi fédérale sur l'aménagement du territoire ne comporte pas de zone d'habitation particulièrement affectée au logement à caractère social et que seule la maîtrise par la collectivité publique concernée de la propriété du terrain sur lequel les logements sont prévus permet de garantir une réalisation de logements dont les loyers sont adaptés aux ressources des populations à bas revenu comme des personnes âgées ou des jeunes. L'acquisition de la parcelle 351 par la Commune de Mies permet de garantir les conditions d'une réalisation de logements à caractère social dans une région où ce type d'habitat répond à un besoin suffisamment important pour être exprimé dans la planification directrice au niveau régional et communal. Il est vrai que la parcelle en cause se situe en périphérie du milieu bâti mais elle reste relativement proche du centre du village (environ 350 m) et se trouve à moins d'un kilomètre de la gare CFF. Par ailleurs, l'instruction du recours a permis de constater que la commune ne bénéficiait pas de possibilités d'acquérir des terrains à bâtir plus proches du centre du village ou de la gare CFF dont le prix permette encore la réalisation de logements sociaux. Enfin, la surface totale de la zone agricole communale n'est pas modifiée par la réduction des zones d'équipement public qui ont été transférées en zone agricole.
c) Par ailleurs, la jurisprudence constante du Tribunal fédéral a relevé que les mesures prises par les cantons en vue de créer et maintenir des catégories de logements accessibles aux populations à bas revenu répondaient à un intérêt public important (ATF 116 Ia 401 consid. 9b p. 414, ATF 101 Ia 502 consid. 2d p. 508 et ATF 99 Ia 35 consid. 3b p. 39); un tel intérêt est en l'espèce compatible avec l'intérêt à la protection des terrains agricoles et justifie la dérogation à la durée de vingt-cinq ans fixée pour les zones agricoles. Il est vrai que la capacité totale du plan est relativement importante par rapport à la taille de la commune, puisqu'il représente environ le 8 % de la population totale. Mais la zone à bâtir ainsi légalisée est prévue pour répondre aux besoins dans les quinze ans à venir et l'autorité communale peut procéder à la réalisation du plan par étapes en fonction des besoins en débutant les travaux tout d'abord par les périmètres de construction les plus proches de la route de Veytay et, si la demande s'en fait sentir, en poursuivant la réalisation du plan ultérieurement. Il convient encore de relever qu'une zone réservée à la construction de logements sociaux rend applicable le système d'évaluation de logements SEL (Office fédéral du logement, Berne 1996; Bulletin du logement n°35) qui fixe les critères permettant de déterminer le niveau de qualité des logements requis pour l'octroi des subventions fédérales et cantonales en la matière; par exemple l'un des critères concerne l'exigence particulière relative au prolongement extérieur des logements et l'aménagement de jardins privatifs, un autre critère concerne les surfaces de rangement, ou encore les dimensions des pièces habitables.
d) La recourante se plaint également de la perte de vue en direction du Jura notamment par la hauteur des constructions qui atteindrait 15 m depuis le niveau de son terrain. Cependant, le périmètre d'implantation des bâtiments les plus proches se trouve à plus de 60 m de la villa de la recourante; une telle distance assure un éloignement suffisant et nettement plus important que l'extension prévue pour le groupement scolaire. La perte de la vue dont la recourante bénéficie actuellement, si elle représente un inconvénient de fait, ne constitue pas un motif juridique suffisant pour s'opposer à la légalisation du plan litigieux à défaut de quoi toute planification raisonnable et rationnelle serait impossible dans le milieu bâti.
e) En ce qui concerne les nuisances provoquées par la réalisation du plan, en particulier l'accroissement du trafic, il faut relever que seule l'augmentation prévisible sur la route de Veytay est mise en cause et ne touche pas la Vy des Tschioquants longeant la parcelle 420 de la recourante. En outre, l'étude effectuée par le bureau spécialisé en matière de trafic montre que cet accroissement est compatible avec l'équipement existant en accès et respecte les valeurs limites posées par le droit fédéral de la protection de l'environnement.
5. Il résulte des explications qui précèdent que le recours doit être rejeté et la décision attaquée maintenue. Au vu de l'issue du recours, il y lieu de mettre un émolument de justice de 1000 fr. à charge de la recourante.