Decision ID: 36254b07-d41a-55ea-adca-40a47c127635
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
a.
Par jugement du 9 janvier 2015, le Tribunal de première instance, statuant sur la recevabilité de la demande en paiement déposée par B_ à l'encontre de A_, a admis sa compétence à raison du lieu pour connaître du litige, réservé le sort des frais à la décision au fond et débouté les parties de toutes autres conclusions.
b.
Par acte déposé au greffe de la Cour de justice le 13 février 2015, A_ appelle de ce jugement, qu'il a reçu le 14 janvier 2015 et dont il demande l'annulation, concluant à l'irrecevabilité de la demande en paiement, avec suite de frais et de dépens.
c.
B_ conclut au rejet de l'appel et à la confirmation du jugement, avec suite de frais et de dépens. Il produit une pièce nouvelle, à savoir un extrait d'un site internet concernant le système informatique "Bloomberg".
B.
Les éléments pertinents suivants ressortent de la procédure :
a.
B_, domicilié à _ (Malte), exerce la profession de courtier indépendant en valeurs mobilières.
A_, domicilié à _ (Schwytz), est gérant de fortune.
La société C_ (ci-après : C_) est une société étrangère active dans le négoce de valeurs mobilières. Son siège est à Amsterdam. Sa représentation en Suisse autorisée par la FINMA est basée à Genève.
b.
Au moment des faits, B_ était au bénéfice d'un accord avec la société C_ l'autorisant à utiliser l'accès d'C_ à la plateforme Bloomberg pour l'achat et la vente de valeurs mobilières.
c.
B_ et A_ se sont rencontrés à la fin de l'année 2012 dans un contexte professionnel. A_ cherchait du travail dans le domaine de la gestion de fortune et B_, trouvant son profil intéressant, a accepté de l'engager au sein de D_, une société de gestion de fortune à _ dont il allait devenir actionnaire.
d.
A teneur d'un contrat daté du 3 mai 2013, D_ a engagé A_ en tant que directeur, dès le 1
er
avril 2013, pour une durée indéterminée.
e.
D'après B_, A_ lui avait demandé, à la fin de l'année 2012, soit avant son engagement par D_, de lui octroyer à bien plaire l'utilisation de son interface chez C_ pour des opérations ponctuelles sur valeurs mobilières, ce qu'il avait accepté de faire à la condition que A_ sollicite son accord exprès et préalable à chaque opération. Plusieurs opérations avaient été effectuées sans incident par A_, toujours en sa présence et avec son accord préalable. Le 23 juillet 2013, alors qu'il était absent, A_ avait accédé à son interface dans les bureaux d'C_ sans l'en informer.
f.
Ce jour-là, le 23 juillet 2013, A_ a pris une position "ISIN: 1_" auprès de la banque E_ pour un montant de 10'000'000 €.
Par la suite, A_ n'a pas confirmé ladite opération.
g.
Le 30 juillet 2013, la banque E_ a informé C_ que la renonciation à la transaction constituait un cas de violation de l'art. 9.1 de leur "
customer agreement
". Ayant dû procéder elle-même à la transaction trois jours plus tard, la banque se réservait le droit de lui réclamer les dommages et intérêts qu'elle avait subis.
h.
Le lendemain, la banque E_ chiffrait le montant de son dommage à 100'459 € 60 et impartissait à C_ un délai de sept jours pour lui verser cette somme.
i.
C_ s'est exécutée dans le délai imparti.
j.
Par la suite, cette dernière s'est retournée contre B_ pour obtenir le remboursement de la somme qu'elle avait dû verser à la banque E_ en raison de la transaction effectuée par A_. Ne voulant pas perdre son accès à Bloomberg, celui-ci s'est à son tour exécuté et C_ lui a cédé ses droits contre A_.
k.
Après divers échanges de correspondance, B_ a fait notifier, le
31 octobre 2013, à A_ un commandement de payer n° 2_ portant sur la somme de 124'081 fr. avec intérêts à 5% depuis le 12 septembre 2013, contre lequel ce dernier a immédiatement formé opposition.
l.
Le 24 mars 2014, B_ a formé une demande en paiement auprès du Tribunal de première instance de Genève à l'encontre de A_, concluant à ce que ce dernier soit condamné au paiement de la somme de 100'459 € 60 avec intérêts à 5% dès le 12 septembre 2013 et à ce que la mainlevée définitive de l'opposition au commandement de payer n° 2_ soit ordonnée.
Il a exposé que les parties étaient liées par un contrat de prêt à usage. B_ avait en effet cédé à A_ l'usage et la jouissance de son droit d'accès à la plateforme Bloomberg d'C_ à la condition que celui-ci lui demande son autorisation avant chaque transaction. En échange, il n'avait exigé aucune rémunération. A_ avait violé leur accord en procédant à la transaction litigieuse du 23 juillet 2013 sans lui demander son autorisation, de sorte qu'il devait être tenu responsable du dommage subi par B_, lequel avait dû payer la perte subie par la banque E_. Dès lors que la mise à disposition de l'accès avait eu lieu à Genève, dans les bureaux d'C_, les tribunaux genevois étaient compétents pour connaître du litige.
m.
Dans sa réponse, A_ a conclu à l'irrecevabilité de la demande en paiement et, subsidiairement, à son rejet.
A ses dires, les parties n'étaient pas liées par un contrat de prêt à usage, mais par un contrat de société simple lequel portait sur l'utilisation d'une plateforme de négoce et sur le partage des gains résultant d'opérations de négoce de valeurs mobilières. La qualification de leurs relations juridiques en contrat de société simple avait pour conséquence que le for du litige se trouvait à Schwytz, domicile du défendeur. Les tribunaux genevois devaient en conséquence se déclarer incompétents.
n.
Le Tribunal a limité la procédure à la question de la compétence
rationae loci
.
o.
A l'audience de débats d'instruction, le conseil de B_ a soutenu que quelle qu'était la qualification du contrat, la prestation caractéristique devait être effectuée à Genève, dans la mesure où la remise des accès à la plateforme avait eu lieu dans les bureaux d'C_ à Genève et que les deux parties étaient alors physiquement présentes.
Le conseil de A_ a contesté ces éléments.
p.
Le Tribunal a ouvert les débats principaux. A l'issue des premières plaidoiries, il a ordonné l'interrogatoire des parties, lequel avait été sollicité par leurs conseils respectifs.
q.
Lors de sa comparution personnelle, B_ a expliqué qu'à la demande de A_, il avait mis à sa disposition un bureau à titre gratuit. Il s'agissait des locaux d'C_ à Genève avec laquelle B_ avait un accord. Aussi bien B_ que A_ travaillaient pour C_. A_ devait obtenir l'autorisation du directeur d'C_ "AMSTERDAM" et de B_ avant chaque transaction, mais ne recevait aucune instruction. B_ avait donné à A_ un accès nominal à la plateforme Bloomberg ainsi que la clé du bureau genevois d'C_. Lorsque A_ se connectait, son nom apparaissait en dessous du nom d'C_. A_ pouvait également effectuer des transactions par le biais du téléphone d'C_. Selon leur accord, A_ devait effectuer les transactions depuis le bureau d'C_ à Genève. Pour le surplus, il exposait que l'accès de A_ n'avait pas été supprimé après le 30 mars 2013. A_ avait eu son accès Bloomberg via C_ jusqu'au 25 juillet 2013.
A_ soutient avoir simplement effectué, dès la fin de l'année 2012, dans les locaux de la société C_, des tâches administratives et de marketing sur instruction de B_. Il n'était pas toujours dans les bureaux d'C_ de Genève, mais travaillait parfois chez lui et il lui arrivait également de devoir voyager en Allemagne, en Angleterre et en Autriche pour trouver des clients pour C_. Il utilisait la plateforme Bloomberg, pour laquelle B_ lui avait fourni un accès. Dans le bureau, il y avait un répertoire avec les codes d'utilisation. Selon lui, cet accès avait été supprimé le 30 mars 2013 car depuis le 1
er
avril 2013, il pouvait utiliser Bloomberg via la société de gestion de fortune pour laquelle il avait commencé à travailler. Toutes les transactions qu'il avait passées pour C_ l'avaient été sur instruction de B_, et non de son propre chef.
Du point de vue de A_, aucune rémunération n'était convenue pour son travail. Il avait accepté de travailler gratuitement, vu la promesse d'engagement qu'il avait obtenue auprès de la société D_. Il avait uniquement reçu une rémunération rétroactive par la société de gestion de fortune D_ en avril 2013, mais cette rémunération concernait son activité de gestion de fortune, laquelle n'avait rien à voir avec ses activités au sein d'C_.
Selon B_, les parties avaient convenu que A_ garde le 50% des commissions qu'il percevrait grâce à ses opérations. Jusqu'en juillet 2013, il avait ainsi perçu environ 12'000 fr.
C. a.
Dans le jugement entrepris, le Tribunal a, en application de la théorie de la double pertinence, examiné sa compétence sous l'angle du contrat de prêt à usage, puisque B_ se prévalait de l'existence d'un tel contrat. Compte tenu du fait que A_ devait se connecter à la plateforme Bloomberg depuis le bureau mis à sa disposition à Genève, que le répertoire avec les codes d'accès se trouvait dans ces mêmes locaux et que les ordres par téléphone devaient également être faits depuis ceux-ci, le Tribunal a retenu que la prestation caractéristique du contrat, soit la mise à disposition d'un accès à la plateforme Bloomberg, avait été effectuée à Genève. Sa compétence devait par conséquent être admise.
b.
Dans son appel, A_ reproche au Tribunal d'avoir retenu de manière injustifiée que le bureau mis à sa disposition se trouvait à Genève, qu'il devait se connecter à la plateforme Bloomberg principalement depuis ce bureau et donner des ordres téléphoniques depuis ces mêmes locaux. En effet, ces éléments ne ressortaient pas des allégués contenus dans les écritures de B_. De plus, ainsi qu'il l'avait déjà relevé en première instance, la transaction litigieuse avait été effectuée avec l'accès de la société D_, et non celle d'C_.
A_ fait également grief au Tribunal d'avoir appliqué à tort la théorie de la double pertinence, dès lors que les allégués relatifs au lieu d'exécution de la prestation caractéristique n'avaient en l'espèce aucune incidence sur le fond du litige. Enfin, lorsque la prestation consistait, comme en l'occurrence, à permettre l'accès à des informations stockées sur un site internet, le seul lieu qui pourrait entrer en ligne de compte était celui du serveur où les données concernées étaient stockées. Ce lieu était néanmoins généralement fortuit et parfois inconnu des parties, de sorte qu'il convenait d'admettre qu'il n'y avait pas, dans un tel cas, de lieu d'exécution au sens de l'art. 113 LDIP. La compétence devait ainsi être déterminée selon l'art. 112 LDIP, qui désigne comme for le domicile du défendeur.
c.
B_ soutient que la plateforme Bloomberg ne consiste pas en une simple banque de données en ligne. Elle est un terminal multifonctionnel qui permet d'effectuer de nombreuses transactions boursières au niveau mondial. Par ailleurs, selon l'accord passée entre les parties, la remise, respectivement l'utilisation des accès à la plateforme, devaient être exécutées à Genève, dans les bureaux d'C_ dont les clés avaient été remises à A_ après la conclusion du contrat.

EN DROIT
1.
Le jugement attaqué constitue une décision incidente de première instance
(art. 308 al. 1 let. a CPC). La valeur litigieuse étant supérieure à 10'000 fr., la voie de l'appel est ouverte (art. 308 al. 2 CPC). Celui-ci a été interjeté dans le délai de trente jours et suivant la forme prescrite par la loi (art. 130, 131,311 al. 1 CPC), de sorte qu'il est recevable.
La Cour revoit la cause avec un plein pouvoir d’examen (art. 310 CPC).
2.
Selon l'art. 317 al. 1 CPC, les faits et les moyens de preuves nouveaux ne sont pris en considération en appel que s'ils sont invoqués ou produits sans retard (let. a) et s'ils ne pouvaient pas être invoqués ou produits devant la première instance bien que la partie qui s'en prévaut ait fait preuve de diligence (let. b).
En l'espèce, l'extrait internet concernant la plateforme Bloomberg, invoqué en appel par l'intimée, est irrecevable, dès lors qu'il aurait pu et dû être produit en première instance déjà.
3. 3.1
En raison du domicile à Malte de l'intimé, la cause revêt un caractère international (ATF
136 III 142
consid. 3.2.1;
132 III 609
consid. 4).
Comme la Suisse et Malte sont parties à la Convention de Lugano du 30 octobre 2007 concernant la compétence judiciaire, la reconnaissance et l'exécution des décisions en matière civile et commerciale (ci-après : CL), laquelle s'applique aux litiges relevant d'une relation contractuelle, il convient de s'y référer pour déterminer si les tribunaux genevois sont compétents à raison du lieu pour connaître du litige (art. 1 CL, art. 1 al. 2 LDIP).
Aux termes de l'art. 2 al. 1 CL, les personnes domiciliées ou ayant leur siège sur le territoire d'un Etat contractant sont en principe attraites devant les juridictions de cet Etat.
Cette disposition ne fixe que la compétence générale des tribunaux de l'Etat du domicile du défendeur. Elle s'abstient de statuer sur la compétence locale. Le litige régi par l'art. 2 CL ayant un caractère international, le tribunal compétent à raison du lieu est déterminé par la LDIP (BUCHER, in Commentaire romand, Loi sur le droit international privé, Convention de Lugano, 2011, n. 2 ad art. 2 CL; cf. ég. ATF
131 III 76
, JdT
2005 I 402
consid. 3.3).
L'art. 112 LDIP prévoit la compétence des tribunaux suisses du domicile ou, à défaut de domicile, ceux de la résidence habituelle du défendeur, pour connaître des actions découlant d'un contrat. Selon l'art. 113 LDIP, lorsque la prestation caractéristique du contrat doit être exécutée en Suisse, l'action peut aussi être portée devant le tribunal suisse du lieu où elle doit être exécutée.
Selon l'art. 117 al. 3 let. b LDIP, relatif au droit applicable au contrat, la prestation caractéristique correspond à celle de la partie qui confère l'usage, dans les contrats portant sur l'usage d'une chose ou d'un droit. La notion retenue à cette disposition est également déterminante pour l'application de l'art. 113 LDIP (BONOMI, in Commentaire romand, Loi sur le droit international privé, Convention de Lugano, 2011, n. 14 ad art. 113 LDIP).
Lorsque la détermination du lieu où le contrat doit être exécuté est litigieuse, il y a une controverse doctrinale à propos du droit selon lequel ce lieu doit être déterminé. Pour certains auteurs, il convient de se fonder sur le droit rendu applicable au contrat par le droit international privé suisse (lex causae). Pour d'autres auteurs, la détermination du lieu d'exécution doit se faire selon la loi du for (lex fori), par application de l'art. 74 CO. La question a été laissé indécise par le Tribunal fédéral (ATF
129 III 738
consid. 3.4 et les références doctrinales citées).
L'art. 113 LDIP, dans sa nouvelle teneur en vigueur depuis le 1
er
janvier 2011, a été introduit principalement dans un souci d'aligner le droit suisse sur les solutions de l'art. 5 ch. 1 li.t b CL. Or, d'après les interprétations qui se dégagent de cette disposition, si la prestation caractéristique a été exécutée, en tout ou en partie, le lieu d'exécution effective est déterminant, même s'il ne correspond pas à l'accord des parties ou à la loi dans la mesure où le créancier a reçu la prestation sans contester (BONOMI, op. cit., n. 25 ad art. 113 LDIP et n. 71 ad art. 5 CL et références citées).
3.2
Les faits déterminants pour l'examen de la compétence sont, soit des faits "simples", soit des faits "doublement pertinents".
3.2.1
Les faits sont simples lorsqu'ils ne sont déterminants que pour la compétence. Ils doivent être prouvés au stade de l'examen de la compétence, lorsque la partie défenderesse soulève l'exception de déclinatoire, en contestant les allégués du demandeur (arrêt du Tribunal fédéral
4A_113/2014
du 15 juillet 2014 consid. 2.3 non publié à l'ATF
140 III 418
; ATF
137 III 32
consid. 2.3;
134 III 27
consid. 6.2.1;
122 III 249
consid. 3b/cc).
3.2.2
Les faits sont doublement pertinents ou de double pertinence lorsque les faits déterminants pour la compétence du tribunal sont également ceux qui sont déterminants pour le bien-fondé de l'action.
Conformément à la théorie de la double pertinence, le juge saisi examine sa compétence sur la base des allégués, moyens et conclusions de la demande, sans tenir compte des objections de la partie défenderesse. L'administration des preuves sur les faits doublement pertinents est renvoyée à la phase du procès au cours de laquelle est examiné le bien-fondé de la prétention au fond. Tel est notamment le cas lorsque la compétence dépend de la nature de la prétention alléguée (arrêt du Tribunal fédéral
4A_113/2014
déjà cité consid. 2.3; ATF
137 III 27
consid. 2.3;
133 III 295
consid. 6.2;
122 III 249
consid. 3b/bb).
Il est fait exception à l'application de la théorie de la double pertinence - et au renvoi de l'administration des preuves sur les faits doublement pertinents à la phase du procès au fond - en cas d'abus de droit de la part du demandeur, par exemple lorsque la demande est présentée sous une forme destinée à en déguiser la nature véritable, lorsque les allégués sont manifestement faux (ATF
136 III 486
consid. 4 et les anciens arrêts cités; par la suite : ATF
137 III 32
consid. 2.3; arrêts
4A_31/2011
du 11 mars 2011 consid. 2;
4A_630/2011
du 7 mars 2012 consid. 2.2 publié in Pra 2012 no 102 p. 702;
4A_113/2014
déjà cité consid. 2.3), ou encore lorsqu'au regard des allégués, il apparaît exclu de retenir la qualification du contrat ou de l'objet du litige telle que proposée par le demandeur, car la règle de for serait éludée (ATF
137 III 32
consid. 2.2 et consid. 2.4.2). Dans ces cas, qui visent tous des situations d'abus, la partie adverse doit être protégée contre une tentative abusive du demandeur de l'attraire au for de son choix (ATF
137 III 32
consid. 2.3;
136 III 486
consid. 4).
3.3
Le prêt à usage est un contrat par lequel le prêteur s'oblige à céder gratuitement l'usage d’une chose que l'emprunteur s’engage à lui rendre après s’en être servi (art. 305 CO). La notion de prêt d'usage comprend ainsi deux éléments : la cession de l'usage et/ou de la jouissance et le caractère gratuit (TERCIER/FAVRE/BUGNON, Les contrats spéciaux, 4
ème
édition, 2009, n. 2948
et ss, p. 432 et s.).
Nonobstant le terme apparemment restrictif de "chose", le prêt à usage peut avoir pour objet certains droits (BOVET/RICHA, in Commentaire romand, Code des obligations I, 2
ème
édition, 2012, n. 6 ad art. 305 CO), tel un droit productif
(art. 275 CO; cf. ATF
75 II 38
consid. 3; TERCIER/FAVRE/BUGNON, op. cit.,
n. 2950, p. 433). Une partie de la doctrine préconise, dans ce dernier cas, l'application par analogie des règles du prêt (TERCIER/FAVRE/BUGNON, op. cit.,
n. 2950, p. 433).
4. 4.1.1
En l'occurrence, la qualification du contrat sur lequel l'intimé fonde ses prétentions en paiement est contestée, les parties exposant des faits divergents à ce sujet. L'appelant conteste en outre avoir utilisé l'accès de l'intimé à la plateforme Bloomberg pour effectuer la transaction litigieuse. Dès lors que tous ces éléments constituent des faits déterminants tant pour la compétence du tribunal saisi que pour le bien-fondé de l'action, il y a lieu d'appliquer en ce qui les concerne la théorie de la double pertinence et, partant, d'examiner, en se basant sur les seuls faits allégués par l'intimé, demandeur (ceux-ci étant, à ce stade, présupposés établis), si un contrat portant sur l'usage d'un droit existe.
En revanche, le lieu d'exécution de la prestation caractéristique est un fait simple, puisqu'il n'est utile que pour la compétence du tribunal saisi. Cet élément doit donc être prouvé. A cet égard, l'appelant soutient que la demande ne contient aucun allégué sur le lieu d'exécution de cette prestation.
4.1.2
L'art. 221 al. 1 CPC, applicable en l'espèce, exige que la demande contienne, en particulier, les allégations de fait (let. d).
Les débats d'instruction servent à déterminer de manière informelle l'objet du litige, à compléter l'état de fait, à trouver un accord entre les parties et à préparer les débats principaux (art. 226 al. 2 CPC). Cette audience constitue le moment au-delà duquel de nouveaux faits et de nouvelles preuves ne peuvent plus être invoqués, sauf exceptions restrictives (LEUENBERGER, in Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung [ZPO], Sutter-Somm/Hasenböhler/
Leuenberger [éd.], 2013, n. 44 ad art. 221 CPC; NAEGELI, in Schweizerische Zivilprozessordnung, Oberhammer/Domej/Haas [éd.], 2014, n. 31 ad art. 221 CPC; TAPPY, in CPC, Code de procédure civile commenté, Bohnet/ Haldy/Jeandin/Schweizer/Tappy [éd.], 2011, n. 24 ad art. 221 CPC).
4.2.1
En l'espèce, dans sa demande du 24 mars 2014, l'intimé fonde ses prétentions sur la violation d'un contrat de prêt d'usage, exposant avoir cédé gratuitement à l'appelant l'usage et la jouissance de son droit d'accès à la plateforme Bloomberg. Dès lors que l'utilisation de ce droit permet de réaliser des gains (plus-value et commissions) par le biais de transactions portant sur des valeurs mobilières, il peut être considéré comme étant un droit productif auquel les règles du contrat de prêt s'appliquent, à tout le moins, par analogie.
Les éléments allégués par l'intimé permettent donc de conclure à l'existence de la remise de l'usage d'un droit en faveur de l'appelant à titre gratuit, ce qui caractérise typiquement le contrat de prêt d'usage. A ce stade de la procédure, il n'y a pas lieu de tenir compte des déclarations faites par l'intimé, lors de son interrogatoire, venant confirmer les allégués de sa partie adverse quant à la répartition par moitié chacun des commissions générées par les opérations effectuées par l'appelant. En effet, cet élément ne fait pas partie de la demande. Les explications des parties sur ce point sont au demeurant confuses. Plus particulièrement, après avoir soutenu, dans sa réponse à la demande, que les gains obtenus étaient répartis par moitié entres les parties, l'appelant a néanmoins déclaré, lors de son audition, avoir travaillé pour l'intimé à titre gratuit et n'avoir perçu des rémunérations que par la société de gestion de fortune pour laquelle il travaillait. Ce point devra donc être instruit de manière approfondie lors de l'examen du bien-fondé de l'action.
Il en résulte que, sur la base des faits allégués par le demandeur, intimé à l'appel, il peut être conclu à la plausibilité de l'existence d'un contrat de prêt à usage. La présentation des faits figurant dans la demande n'apparaît ainsi pas constitutive d'un abus de droit, ce que l'appelant n'invoque d'ailleurs pas.
4.2.2
Reste à examiner le lieu d'exécution de la prestation caractéristique de ce contrat, soit celui de la remise par l'intimé à l'appelant de l'usage de son droit d'accès à la plateforme.
C'est en vain que l'appelant soutient que la demande ne contient aucun allégué sur le lieu d'exécution de cette prestation. L'intimé a en effet clairement indiqué, dans ses écritures de première instance, que la mise à disposition de l'accès à la plateforme Bloomberg avait eu lieu à Genève. Lors de l'audience des débats d'instruction, il a encore affirmé que la remise des accès s'était faite à Genève, dans les locaux d'C_.
L'appelant n'a pas précisément contesté ce point, en indiquant par exemple un autre lieu de remise des codes d'accès. Il a au demeurant reconnu, lors de son interrogatoire, que l'intimé l'avait autorisé à se servir du répertoire des codes d'accès à la plateforme, ajoutant que ce répertoire se trouvait dans les locaux de la société C_ à Genève. On peut dès lors retenir que l'intimé a apporté la preuve qu'il a remis à l'appelant son droit d'accès à la plateforme Bloomberg à Genève.
Le lieu d'exécution effective de la prestation caractéristique du contrat de prêt liant les parties étant Genève, c'est à bon droit que le Tribunal s'est déclaré compétent pour connaître du litige.
L'appel sera par conséquence rejeté et le jugement entrepris confirmé.
4.2.3
Au vu de ce qui précède, la question de la recevabilité des précisions données lors de l'interrogatoire des parties sur l'obligation de l'appelant de se connecter à la plateforme Bloomberg ou de transmettre des ordres par téléphone depuis le bureau d'C_ à Genève peut rester ouverte.
5.
Les frais judiciaires d'appel seront mis à la charge de l'appelant, qui succombe (art. 95 et 106 al. 1 CPC). Ceux-ci seront arrêtés à 1'000 fr. (art. 36 RTFMC) et compensés avec l'avance de frais du même montant fournie par lui, qui reste acquise à l'Etat (art. 111 al. 1 CPC).
L'appelant sera condamné aux dépens de l'intimé (art. 111 al. 2 CPC). Ceux-ci seront arrêtés à 3'000 fr., TVA et débours compris (art. 84, 85, 87 et 90 RTFMC; 25 et 26 al. 1 LaCC).
6.
La valeur litigieuse étant supérieure à 30'000 fr., la présente décision est susceptible d'un recours en matière civile au Tribunal fédéral (art. 72 al. 1 LTF).
* * * * *