Decision ID: 9cfebb7d-a6e3-4475-b2c7-b6d7ed3dbd0d
Year: 2007
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Le 8 décembre 2005, A. a adressé au Ministère public de la Confédération (ci-après : MPC) une plainte pénale pour "abus de confiance, gestion , escroquerie, faux dans les titres, blanchiment, participation à une organisation criminelle, obtention frauduleuse d’une constatation fausse, recel et toutes autres infractions que justice dira" contre son frère, B., et  personnes domiciliées en Suisse ou en Grèce (doss. MPC pièce BA04 00 003). A. reproche en substance à son frère de s’être approprié la fortune du "Groupe A", constitué à l’époque par son père, C., et ses oncles, D. et E., décédés depuis, et de l’avoir spolié de la part qui lui revenait de droit après le décès des fondateurs du groupe, et notamment de son père, en dépouillant de leurs biens les sociétés dont il lui cédait l’actionnariat. La plainte a par la suite été complétée à plusieurs reprises.
B. Le 3 janvier 2006, le MPC a entendu A., puis, le 30 janvier 2006, à la  de ce dernier, F., ancien homme de confiance et comptable du groupe. Le 13 juin 2006, il a procédé à une nouvelle audition de A., suivie le 15 août 2006 de celle de G., conseillère en clientèle chargée des affaires de la famille H. auprès de la banque I. SA, le 7 septembre 2006 de J.,  auprès de la banque K. SA des comptes de A. et des sociétés dont ce dernier est ayant droit économique et, le même jour, de L., ancien directeur à la banque I. SA à Zurich (doss. MPC BA12 00 002 à 051). Le 11  2006, il a rendu une ordonnance visant à identifier les relations  dont C. avait pu être titulaire auprès de la banque I. SA à Genève, de même que tout acte écrit ayant permis le transfert de fonds vers d’autres relations bancaires ou la clôture d’un compte (doss. MPC pièce BA07 00 001).
C. Constatant que les actes d’enquête effectués ne permettaient pas de
confirmer la version de A. et tendaient au contraire à accréditer le caractère civil du litige opposant les deux frères, le MPC a, le 31 octobre 2006,  la suspension de l’enquête et le classement de la plainte.
D. Le 1er novembre 2006, le plaignant a adressé au MPC une requête urgente
tendant à la consultation intégrale du dossier. L’autorité intimée a statué sur ce point sous chiffre I de l’ordonnance de suspension, notifiée aux  le jour même (v. chiffre 1 du dispositif de l’ordonnance de suspension du 31 octobre 2006, act. 2.1 du dossier BB.2006.121).
E. Par acte du 6 novembre 2006, A. se plaint du refus opposé par le MPC à
sa demande d’obtenir une copie intégrale des pièces de la procédure, et
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notamment d’une copie des procès-verbaux des personnes entendues dans le cadre de l’enquête précitée.
F. Dans sa réponse du 1er décembre 2006, le MPC dénie la qualité de partie
civile à A. et conclut au rejet de la plainte dans la mesure de sa , avec suite de frais et dépens (v. act. 5).
G. Invité à répliquer, A. confirme en substance les conclusions de sa plainte
du 6 novembre 2006.
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris si nécessaire dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1. La Cour des plaintes examine d’office et librement la recevabilité des  qui lui sont soumises (ATF 132 I 140 consid. 1.1; 131 I 153 consid. 1; 131 II 571 consid. 1).
1.1 Les art. 214 ss PPF, applicables par renvoi de l’art. 105bis al. 2 PPF,  la voie de la plainte aux parties, ainsi qu’à toute personne à qui l’opération ou l’omission du MPC a fait subir un préjudice illégitime.  la plainte concerne une opération du MPC, elle doit être déposée dans les cinq jours à compter de celui où le plaignant a eu connaissance de cette opération (art. 217 PPF). La plainte du 6 novembre 2006 contre le  du MPC du 1er novembre 2006 de mettre à la disposition du plaignant une copie intégrale des pièces de la procédure a donc été déposée en temps utile.
1.2 La recevabilité de la plainte suppose toutefois que le plaignant puisse se prévaloir de la qualité de lésé, respectivement de partie civile, dans la  mentionnée (art. 34 PPF). Or, de jurisprudence constante, seul peut invoquer cette qualité celui qui est personnellement et directement lésé dans ses intérêts juridiquement protégés par la commission d’une infraction (PIQUEREZ, Traité de procédure pénale suisse, 2ème éd., Genève - Zurich - Bâle, 2006 n° 1026 p. 655). Des tiers indirectement touchés par l’acte, soit par contrecoup ou ricochet, ne peuvent donc pas se constituer partie civile (arrêt du Tribunal fédéral 1P.620/2001 du 21 décembre 2001 consid. 2a ; PIQUEREZ, op. cit. ibidem; SCHMID, Strafprozessrecht, 4ème éd., Zurich - Bâle - Genève 2004, p. 165 n° 502). Il appartient dès lors à la personne qui
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souhaite intervenir en cette qualité de rendre à tout le moins vraisemblable l’existence d’un lien de causalité directe entre l’acte punissable et le  qu’elle affirme avoir subi (arrêt du Tribunal fédéral précité 1P.620/2001 ibidem). Qu’il s’agisse d’une personne physique ou morale, celle-ci doit avoir subi une lésion immédiate et personnelle à des intérêts pénalement protégés. Ces conditions sont cumulatives (PIQUEREZ, op. cit., p. 328 n° 507).
1.3 En l’espèce, dans sa plainte parallèle contre l’ordonnance de suspension (v. act. 1 du dossier BB.2006.121), le plaignant avance de multiples lésions et autres préjudices qu’auraient subis les sociétés qu’il contrôle ou qui  à sa famille (voir notamment la plainte pénale du 8 décembre 2005, doss. MPC pièce BA04 00 003ss ad. 5, 10, 11, 13, 15, 17, 19, 22, 23, 25, 28 et la plainte du 13 novembre 2006, doss. BB.2006.121 act. 1 ad 7, 11, 13, 18, 22, 23, 24, 26-31, 33). L’analyse de la qualification des faits par les autorités grecques (doss. BB.2006.121 act. 1 ad 24 et doss. MPC A16 00 127ss) confirme d’ailleurs la présomption de dommages subis par le plaignant "à travers les sociétés dont il était reconnu propriétaire" et de pillage des "avoirs des sociétés qui composaient le Groupe A", la plupart des sociétés s’étant "trouvées dépouillées, voire mises en péril sur le plan financier et commercial". Ceux-ci ne sauraient toutefois constituer qu’une lésion indirecte aux intérêts juridiquement (et pénalement) protégés du plaignant, dans la mesure où la partie lésée susceptible de se constituer partie civile dans la présente procédure pourrait tout au plus être formée desdites sociétés, mais non de la personne physique du plaignant. La  active du plaignant - en l’occurrence simple dénonciateur (TPF BB.2004.53 consid. 1.2) - est dès lors pour le moins douteuse. La question peut néanmoins rester ouverte dans la mesure où, en raison des  qui suivent, la plainte doit de toute manière être rejetée.
1.4 En présence de mesures non coercitives, la Cour des plaintes examine les opérations et les omissions du MPC avec un pouvoir de cognition restreint. Elle se borne ainsi à examiner si l’autorité saisie de la cause a agi dans les limites de ses compétences ou si elle a au contraire excédé son pouvoir d’appréciation (TPF BB.2005.4 du 27 avril 2005 consid. 2).
2. 2.1 Les droits de prendre connaissance du dossier, de faire administrer des
preuves et de participer à leur administration effective font partie du droit général d’être entendu qui découle de l’art. 29 al. 2 Cst (PIQUEREZ, op. cit. p. 214 n° 330). Le droit d’être entendu est assuré à toute personne touchée directement dans ses intérêts par une mesure, en particulier à la personne
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poursuivie, mais également au lésé qui s’est constitué partie civile, au  public ainsi qu’à tout tiers intervenant directement atteint (PIQUEREZ, op. cit., p. 216 n° 332; HAUSER/SCHWERI/HARTMANN, Schweizerisches Strafprozessrecht, 6e éd., Bâle - Genève - Munich 2005, p. 250 n° 2; s’agissant du lésé: PIQUEREZ, op. cit., p. 333 n° 509; /SCHWERI/HARTMANN, op. cit., p. 144ss). La PPF consacre le droit de consulter le dossier à l’art. 116.
2.2 Le droit d’accéder au dossier n’est pas absolu. L’art. 116 PPF dispose que l’inculpé peut en prendre connaissance "dans la mesure où le résultat de l’instruction n’en est pas compromis". Littéralement, la disposition vise l’inculpé. Cela étant, les autres parties ne disposent pas davantage d’un droit inconditionnel à accéder au dossier. Le droit de consulter peut  des exceptions ou des restrictions commandées par la protection d'intérêts légitimes contraires, publics ou privés, par exemple, si un risque de collusion est susceptible de faire obstacle à la manifestation de la vérité. La portée du droit de consulter le dossier doit ainsi être appréciée de cas en cas, en fonction des intérêts en présence et des circonstances  du cas (HAUSER/SCHWERI/HARTMANN, op. cit., p. 258 n° 18; SCHMID, Strafprozessrecht, Zurich - Bâle - Genève 2004, p. 89 n° 266). La  a déjà consacré le fait qu'une limitation du droit d'accéder à l' du dossier avant la clôture de l'instruction formelle ne constitue pas une violation de l'art. 29 al. 2 Cst ni de l'art. 6 CEDH (ATF 120 IV 242; 245 consid. 2c/bb et les arrêts cités). La consultation peut ainsi être limitée aux pièces dont dispose l'autorité de recours pour rendre sa décision (, op. cit, ibidem et arrêts cités).
2.3 Dans son acte de recours, le plaignant confond le droit d’accéder aux  du dossier et le droit qu’il fait valoir, de pouvoir disposer d’une copie de l’intégralité des actes de la cause. Pour les raisons qui vont suivre, son  ne saurait être suivie.
D’entrée de cause, il convient de relever que le plaignant a eu – de son propre aveu – un large accès aux pièces de la procédure. L’autorisation de consulter les actes a été accordée à ses avocats à deux reprises, la  fois pendant le délai de recours contre l’ordonnance de suspension, avec la possibilité de prendre des notes (v. observations du MPC, act. 5, p. 2 en bas); il ne faut en outre pas méconnaître le fait que le plaignant  en tous les cas de copies de ses deux dépositions devant le MPC ainsi que d’une copie complète des documents relatifs à la perquisition et au séquestre effectués au siège de la banque I. à Genève (v. act. 5 p. 1). Comme il a été rappelé précédemment, le droit d’être entendu donne la possibilité d’accéder aux actes de la cause mais ne garantit pas un droit
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général et inconditionnel de pouvoir se procurer des copies personnelles de toutes les pièces du dossier; au contraire, doctrine et jurisprudence considèrent de façon unanime que le droit d’accéder aux actes peut être limité - pour des raisons inhérentes à l’enquête - aussi à l’égard de l’inculpé lui-même (v. consid. 2.2, supra). En l’espèce, il ne faut pas oublier que la requête n’a pas été présentée par l’inculpé lui-même, mais par un simple dénonciateur. Les limitations valables pour les inculpés lui sont donc  à plus forte raison.
2.4 Le MPC fait en outre observer qu’en l’espèce, le risque d’une utilisation  des preuves recueillies durant la procédure, est tout autre que , compte tenu du fait que certaines pièces du dossier suisse dont les copies ont été requises (parmi lesquelles précisément, les procès-verbaux d’interrogatoire des personnes qui ont été dénoncées) pourraient être transmises en Grèce en éludant ainsi les règles en matière d’assistance  internationale, comme l’atteste par ailleurs l’apparition dans  journaux grecs d’informations à caractère confidentiel relatives à la procédure suisse (v. observations MPC, act. 5, p. 3). Il s'en suit que le  est donc également mal fondé sur ce point et en refusant au  le droit de lever copie des pièces, le MPC n’a pas abusé de son  d’appréciation.
3. En résumé, il ressort de ce qui précède que la plainte doit être rejetée dans
la mesure où elle est recevable. Au vu de l’issue de la procédure, le  qui succombe doit supporter les frais de la cause (art. 245 al. 1 PPF en lien avec l'art. 66 al. 1 LTF), lesquels seront fixés à Fr. 1'500.-- (art. 245 al. 2 PPF et art. 3 du règlement du 11 février 2004 fixant les émoluments judiciaires perçus par le Tribunal pénal fédéral, RS 173.711.32), dont à  l’avance de frais de Fr. 1’000.-- acquittée.
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