Decision ID: 136575af-fff6-451d-8fc1-d6ba16d0fc0e
Year: 2013
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

Faits
2.
2.1 Le 24 janvier 2007, dame Y_ a signé une procuration en faveur de M e
A_, avec pouvoir de substitution, aux fins notamment de la défendre dans le
cadre de l’affaire contre son époux, D_. Le mandat a pris fin le 17 mai 2011,
avec l’envoi d’un décompte daté du 15 mai 2011. Dame Y_ ne s’est pas
acquittée des montants réclamés, de 22'541 fr.90 et de 2068 fr.40, et ces montants
demeurent dus à ce jour. Dame Y_ a par ailleurs libéré son avocat du secret
professionnel.
2.2 Dame Y_ a formé opposition au commandement de payer qui lui a été
notifié dans la poursuite n o xxx de l’Office des poursuites du district de C_. La
requête de mainlevée déposée à son encontre a, par décision du 19 septembre 2011
du Tribunal de district de B_, été rejetée, faute d’existence d’une
reconnaissance de dette. Par acte de cession du 26 octobre 2011, A_ et
F_ ont cédé leur créance d’honoraires à l’Etude, société anonyme ayant pour
but social la fourniture de prestations juridiques par des avocats inscrits au barreau, et
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dont les deux prénommés sont respectivement président et administrateur-secrétaire
du conseil d’administration.
2.3 Le 22 novembre 2011, le juge de commune de B_ a délivré à l’Etude
une autorisation de procéder. Par courrier du 17 février 2012, la Chambre arbitrale de
l’Ordre des avocats valaisans a décliné sa compétence, renvoyant l’Etude à agir
auprès du juge civil. A la date du dépôt de la demande, le dossier de divorce et le
dossier pénal opposant les époux Y_ et D_ étaient toujours
pendants auprès de Tribunal de district de B_ respectivement auprès du
Ministère public.
2.4 Lors des débats tenus le 10 mai 2012, dame Y_ a avancé en substance
que l’Etude avait encaissé plusieurs milliers de francs à la suite des poursuites
diligentées contre son époux – fait admis, avec la précision que ces montants avaient
été pris en considération dans les décomptes. Par ailleurs, l’avocat de dame
Y_ n’avait jamais été capable d’aller au bout des dossiers pénaux (all. 13
[contesté]). Elle s’est plainte en outre de n’avoir pas obtenu satisfaction par rapport à
ses conclusions prises dans le dossier civil, et de ne pas avoir bénéficié du soutien
attendu de son homme de loi, ne le voyant en moyenne que 10 minutes avant les
séances, quand il n’envoyait pas sa stagiaire (all. 15 et 16 [contestés]).
A l’affirmation selon laquelle l’Etude lui avait adressé régulièrement des situations
détaillées ainsi que des factures précises tenant compte des versements effectués par
l’Office des poursuites (all. 17), dame Y_ a reconnu n’avoir réceptionné qu’un
décompte le 15 juin 2010, contestant le surplus.

Considérant en droit
3. Dans un premier moyen (cf. ch. 4.2 du mémoire d’appel), l’appelante reproche à la
juridiction précédente d’avoir fait une mauvaise application des art. 394 ss CO
consacrés au mandat, et de l’art. 8 CC régissant le fardeau de la preuve. Selon elle, le
juge de première instance ne pouvait retenir qu’elle n’avait pas allégué les faits
déterminants afin de prouver son droit à être rémunérée en tant que mandataire ; il ne
pouvait ainsi rejeter l’action. En effet, tant les factures et décomptes déposés, attestant
du temps passé pour chaque opération, que les dossiers civils et pénaux – d’un
volume non négligeable – permettaient d’établir les créances d’honoraires.
3.1 Selon l'art. 8 CC, qui constitue une règle de droit privé matériel (Piotet, in
Commentaire romand, Code civil I, Bâle 2009, n. 4 ad art. 8 CC et les réf.), chaque
partie doit, si la loi ne prescrit le contraire, prouver les faits qu'elle allègue pour en
déduire son droit. Pour toutes les prétentions relevant du droit privé fédéral, l'art. 8 CC
répartit le fardeau de la preuve – auquel correspond en principe le fardeau de
l'allégation (cf. infra, consid. 4) – et, partant, les conséquences de l'absence de preuve
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ou d'allégation (arrêts du Tribunal fédéral 4D_111/2009 du 11 novembre 2009 consid.
2.3 ; 4C.371/2005 du 2 mars 2006 consid. 2.1, in SJ 2007 I p. 7; 4C.39/2005 du 8 juin
2005 consid. 2.1, in RSPC 2005, p. 378 s. ; ATF 129 III 18 consid. 2.6; 127 III 519
consid. 2a).
3.2 La question de la détermination des honoraires d’avocat est relativement
complexe, compte tenu, d’une part, des différentes sources de droit applicables (droit
civil et droit public) et, d’autre part, de leur caractère volontairement imprécis, laissant
une importante marge de manœuvre au mandataire, lors de la fixation de ses
honoraires, comme aux tribunaux, lors d’un contrôle subséquent (Harari/Corminboeuf,
Les honoraires de l’avocat, in Jeanneret/Hari [éd.], Défis de l’avocat au XXI e siècle,
Genève 2008, p. 245 ss, spéc. p. 246).
3.2.1 Les honoraires dus à un mandataire sont fixés en première ligne d'après la
convention des parties (ATF 135 III 259 consid. 2.2 ; 101 II 109 consid. 2). En effet, en
droit suisse, la rémunération due au mandataire obéit, en règle générale, au principe
de la liberté contractuelle (Fellmann, Berner Kommentar, n. 428 ad art. 394 CO). Pour
en déterminer le montant, il faut examiner, en premier lieu, si les parties se sont mises
d'accord sur ce point. Le juge doit s'efforcer, tout d'abord, de déterminer la commune et
réelle intention des parties (art. 18 al. 1 CO). Si l'intention réelle des parties ne peut
pas être établie ou si leurs volontés intimes divergent, le juge doit interpréter les
déclarations et les comportements selon la théorie de la confiance. Il recherchera
comment une déclaration ou une attitude pouvait être comprise de bonne foi en
fonction de l'ensemble des circonstances (interprétation dite objective; ATF 132 III 24
consid. 4 ; arrêt du Tribunal fédéral 4C.380/2006 du 6 mars 2007 consid. 8.2.1).
Il est fréquent que les honoraires soient fixés en fonction du temps passé sur le
dossier, d’après un tarif horaire convenu entre les parties, le cas échéant,
implicitement, par exemple en cas de paiement sans contestation d’une première note
d’honoraires (Bohnet, La fixation et le recouvrement des honoraires de l’avocat, in
Bohnet [éd.], Quelques actions en paiement, Neuchâtel 2009, p. 1 ss, spéc. n. 37, p.
21 ; Bohnet/Martenet, Droit de la profession d’avocat, Berne 2009, n. 2960, p. 1168 ;
cf. ég. arrêt du Tribunal fédéral 5P.327/2006 du 1 er décembre 2006 consid. 5.2).
L’accord concernant la rémunération peut par ailleurs être conclu jusqu'à l'extinction de
la relation de mandat (Fellmann, op. cit., n. 429 ad art. 398 CO). Le point de savoir si
l’envoi, par le mandataire, de la note d'honoraires, constitue une offre, adressée au
mandant, de conclure un accord de rémunération et le paiement dudit montant
l'acceptation tacite de cette offre, est controversé en doctrine et n’a pas été tranché par
la jurisprudence fédérale à tout le moins. Certains auteurs considèrent que ce serait
effectivement le cas (cf. von Büren, Schweizerisches Obligationenrecht, Besonderer
Teil, Zürich 1972, p. 136). Pour d'autres au contraire, la note d'honoraires envoyée
n'est pas une offre, car elle n'attend pas une acceptation pour constituer un contrat, ni
l'exercice d'un droit formateur, car elle ne crée pas un autre droit; elle ne représente
qu'une simple prétention (« Anspruch ») élevée par le mandataire, comme n'importe
quelle facture (Werro, in Commentaire romand, Code des obligations I, 2 e éd. 2012, n.
52 ad art. 394 CO; Abravanel, La note d'honoraires conditionnelle de l'avocat vaudois,
- 9 -
in JdT 1979 III p. 2 ss, spéc. p. 9 ; Gmür, Die Vergütung des Beauftragten, Diss.
Freiburg 1993, n. 424 ; sur l’ensemble de la question, cf. arrêt 4C.380/2006 précité
consid. 8.2.2).
Lorsque les honoraires du mandataire, notamment de l'avocat, sont calculés sur la
base d'un tarif horaire, celui-ci supporte le fardeau de la preuve pour le temps consacré
à l'exécution du mandat (Fellmann, op. cit., n. 424 et 440 ad art. 394 CO). En cas de
contestation des heures facturées, c'est au mandataire qu'il appartient de démontrer
leur réalité; le mandant n'a en principe rien à prouver. La preuve ne résulte pas déjà du
fait que l'avocat a fait parvenir une note d'honoraires à son mandant ou que cette note
n'a pas été contestée pendant un certain temps (arrêt du Tribunal fédéral 4A_212/2008
du 15 juillet 2008 consid. 3.1, et la réf. à l’arrêt du Tribunal fédéral P.489/1979 du
12 mars 1980 consid. 4, in SJ 1981 p. 422). Un allègement du fardeau de la preuve ne
se justifie pas pour le mandataire appelé à prouver les heures qu’il a passées pour
exécuter un mandat : s’il a tenu un décompte détaillé de ses activités, il parviendra à
prouver la réalité de la plupart des opérations facturées et à défaut de décompte, il ne
peut que s’en prendre à lui-même (Bohnet/Martenet, op. cit., n. 2961, p. 1169 s.).
3.2.2 En raison de la mission particulière confiée aux avocats en tant qu'auxiliaires de
la justice, la jurisprudence a admis que le droit cantonal pouvait réglementer leur
rémunération (ATF 66 I 51 consid. 1; 117 II 282 consid. 4a). La loi fédérale sur la libre
circulation des avocats, du 23 juin 2000 (LLCA ; RS 935.61), n'a pas modifié cette
situation et n'a apporté aucune règle sur la fixation des honoraires (ATF 135 III 259
consid. 2.2 ; arrêt du Tribunal fédéral 4A_11/2008 du 22 mai 2008 consid. 4). Prenant
le contre-pied d’un précédent arrêt (4P.149/2006 du 5 septembre 2006 consid. 3.6), où
il s’était référé à la loi valaisanne fixant le tarif des frais et dépens devant les autorités
judiciaires ou administratives (LTar ; RS/VS 173.8) pour contrôler l'évaluation des
honoraires dus à un avocat, le Tribunal fédéral a jugé que cette norme ne constituait
pas un tarif cantonal de la rémunération des avocats. En effet, lorsque l’autorité
cantonale, au terme d’une procédure civile, statue sur le sort des frais et dépens, sa
décision porte seulement sur l'obligation d'une partie au procès – en principe, celle qui
succombe – envers l'autre partie, mais elle n'influence pas les créances d'honoraires
de chacune des parties envers les avocats (arrêt 4A_11/2008 précité consid. 4,
renvoyant à l’art. 3 al. 1 LTar, en vertu duquel « la décision fixant les dépens ne lie pas
l'avocat et son client dans leurs relations internes » ; cf. ég. arrêt du Tribunal fédéral
4A_496/2009 du 2 novembre 2009 consid. 4.1 ; Bohnet, op. cit., note de pied 85, p.
18).
3.2.3 A défaut de convention des parties (cf. supra, consid. 3.2.1) et de règle
cantonale (cf. supra, consid. 3.2.2), le montant des honoraires doit être fixé selon
l'usage (ATF 101 II 109 consid. 2 ; Werro, op. cit., n. 46 ad art. 394 CO; Weber, in
Basler Kommentar, Obligationenrecht I, 5. Aufl. 2011, n. 39 ad art. 394 CO). Enfin, s'il
n'y a pas d'usage, le juge fixe la rémunération en tenant compte de toutes les
circonstances pertinentes, étant souligné qu'elle doit être objectivement proportionnée
aux services rendus (ATF 135 III 259 consid. 2.2 ; 117 II 282 consid. 4c; 101 II 109
consid. 2 ; Bohnet, op. cit., n. 40, p. 22 s.).
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Il tiendra compte pour cela de toutes les circonstances, notamment du genre et de la
durée du mandat, du travail accompli, de l'importance et de la difficulté de l'affaire, des
responsabilités en jeu ainsi que de la situation du mandataire, en particulier son genre
d'activités (arrêt du Tribunal fédéral 4C.158/2001 du 15 octobre 2001 consid. 1b, in SJ
2002 I p. 204 ; pour une liste de critères, cf. Bohnet, op. cit., n. 41-42, p. 23 s.). Le
fardeau de la preuve de l'adéquation entre les services rendus et la rémunération
réclamée incombe au mandataire (Weber, op. cit., n. 41 ad art. 394 CO). Celui-ci doit
donc alléguer et, en cas de contestation, prouver les circonstances de fait pertinentes à
cet égard. C'est le droit fédéral qui détermine si les faits, allégués en la forme prescrite
et en temps utile selon le droit de procédure applicable, sont suffisamment précis pour
que la partie adverse puisse les contester en connaissance de cause et, le cas
échéant, administrer la preuve du contraire et pour que le juge puisse statuer sur la
prétention litigieuse, fondée sur le droit fédéral (ATF 127 III 365 consid. 2b; sur la
notion de « Substanzierungspflicht », parmi d'autres, cf. Hohl, Procédure civile, Tome I,
Berne 2001, n. 795 ss). Aussi le droit fédéral est-il violé lorsque l'autorité cantonale
admet à tort une demande dont la motivation en fait est insuffisante au regard de la
norme de droit matériel fédéral invoquée (arrêt du Tribunal fédéral 4P.263/2003 du
1 er
avril 2004 consid. 3.2.1) ou si elle rejette une demande bien qu'elle soit
suffisamment motivée en fait (arrêts du Tribunal fédéral 4C.28/2002 du 6 mai 2002
consid. 3.1 ; 4C.380/2006 précité consid. 9.2 ; 4C.39/2005 précité consid. 2.1, in RSPC
2005, p. 378 s.).
3.3 En l’occurrence, il n’est pas disputé que l’appelée a, le 24 janvier 2007, donné
procuration à son avocat de la défendre dans le cadre notamment d’une procédure
matrimoniale, et qu’elle devait de ce fait le rémunérer pour cette activité, qui relève du
contrat de mandat. Il n’est pas non plus contesté que la créance en paiement de ses
honoraires a été valablement cédée à l’appelante, société anonyme créée depuis lors
et ayant pour but la fourniture de prestations juridiques (cf. supra, consid. 2.2). Sachant
que son ancienne cliente avait formé opposition au commandement de payer, et que la
requête de mainlevée provisoire de l’opposition, en l’absence de reconnaissance de
dette, avait été à juste titre rejetée, l’appelante ne pouvait qu’être consciente du fait
que la défenderesse et appelée allait contester ses honoraires dans le procès au fond.
Il lui appartenait en conséquence, en sa qualité de prétendue créancière, d’alléguer
toutes les circonstances propres à établir l’ampleur de sa rémunération. Or, force est
tout d’abord d’observer qu’elle n’a pas précisé dans sa demande si les parties étaient
convenues d’un tarif horaire spécifique. La procuration versée en cause sous pièce 1
renvoie certes à la LTar – qui ne constitue pas un tarif cantonal, de surcroît pour les
relations internes entre un avocat et son client (cf. supra, consid. 3.2.2) – et au Tarif de
l’Ordre des avocats valaisans (OAVs), dont l’art. 9 est supposé être reproduit au verso
de cette pièce, dont seule la première page (i.e. recto) figure au dossier judiciaire. Du
reste, le Tarif de l’OAVs ne saurait être considéré comme un fait notoire – qui n’a pas
besoin d’être allégué et prouvé (cf. art. 151 CPC) –, étant ici précisé que le site Internet
de cette association (www.oavs, rubrique « avocat », sous-rubrique « honoraires ») ne
fait état que des critères de fixation des honoraires (« ... selon les circonstances du
cas d'espèce, en tenant compte de la difficulté et de l'importance de l'affaire, de l'intérêt
du client, de l'expérience de l'avocat, des usages en la matière et de l'issue du litige »),
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mais ne mentionne aucun tarif horaire, fût-il purement indicatif. En effet, suivant en cela
l’avis émis par la Commission de la concurrence en 2007 (cf. Rapport annuel 2007, p.
10, disponible sur www.weko.admin.ch), les Ordres cantonaux d’avocats ont renoncé à
donner des recommandations sur les honoraires.
Par ailleurs, l’appelante n’ayant ni allégué et encore moins prouvé que l’appelée avait
réglé par le passé des factures intermédiaires faisant référence à un tarif horaire, la
seule réception, le 15 juin 2010, d’un décompte (cf. all. 17 et supra, consid. 2.4) et
l’apparente absence de réaction de la cliente dans l’intervalle ne permet pas d’inférer
une acceptation tacite de celle-ci quant à l’ampleur de la rémunération (cf. supra,
consid. 3.2.1).
Enfin, qu’un tarif horaire ait été convenu ou non, il appartenait à l’appelante dans tous
les cas de motiver les critères de fixation de ses honoraires, qu’il s’agisse du nombre
d’heures globalement consacrées à l’affaire, de ses éventuelles difficultés particulières,
de la situation de la cliente, et de l’avancement, voire de l’issue, de l’affaire (cf. supra,
consid. 3.2.3). Ce devoir d’allégation était d’autant plus important que la situation était
relativement complexe, puisque l’appelante avait la charge de plusieurs dossiers
(procédures civiles matrimoniales et procès pénal), et qu’elle a elle-même reconnu
avoir encaissé, par l’entremise de l’Office des poursuites, des montants provenant de
l’époux adverse (all. 12), dont elle devait restitution en application de l’art. 400 CO. Or,
la demande ne contient l’once d’une allégation concernant les points qui précèdent.
Aussi, on ne voit pas que la juridiction précédente ait violé l’art. 8 CC en ayant retenu
que, faute d’avoir allégué et prouvé les faits à la base de sa prétention en paiement de
ses honoraires, l’appelante ne pouvait qu’en supporter les conséquences, à savoir le
rejet de son action. Mal fondé, le grief de l’appelante ne peut être qu’écarté.
4. En deuxième lieu (cf. appel, ch. 4.3), l’appelante tance la juridiction précédente
d’avoir fait montre de formalisme excessif en retenant que les différents décomptes et
factures adressés à l’appelée n’étaient « nullement propres à établir le droit à la
rémunération du mandataire », et que l’édition des dossiers civils et pénaux n’avait été
invoquée qu’à l’appui de l’allégué 10 – admis – ayant pour seul but d’indiquer que les
procédures concernées étaient toujours pendantes (jugement entrepris, consid. 3.2, p.
5). L’appelante est d’avis que « s’il fallait alléguer point par point chaque écriture
comptabilisée sur le décompte d’une facture, cela relèverait de l’impossible », et que
cette exigence consacrerait un obstacle disproportionné à l’application du droit
matériel.
4.1 Le formalisme excessif, que la jurisprudence assimile à un déni de justice contraire
à l'art. 29 al. 1 Cst., est réalisé lorsque des règles de procédure sont appliquées avec
une rigueur que ne justifie aucun intérêt digne de protection, au point que la procédure
devient une fin en soi et empêche ou complique de manière insoutenable la réalisation
du droit matériel ou entrave de manière inadmissible l'accès aux tribunaux (ATF 135 I 6
consid. 2.1; 132 I 249 consid. 5; 130 V 177 consid. 5.4.1). L'excès de formalisme peut
résider dans la règle de comportement qui est imposée au plaideur ou dans la sanction
qui est attachée à cette règle (ATF 125 I 166 consid. 3a; 121 I 177 consid. 2b/aa ; arrêt
- 12 -
du Tribunal fédéral 5A_832/2012 du 25 janvier 2013 consid. 6.1). La charge de la
substantification (« Substanzierungspflicht ») est une institution du droit de procédure
(Piotet, op. cit., n. 62 ad art. 8 CC).
4.2
4.2.1 En vertu de la maxime des débats (« Verhandlungsmaxime »), les parties
allèguent les faits sur lesquels elles fondent leurs prétentions et produisent les preuves
qui s’y rapportent (art. 55 al. 2 CPC). Dans un tel système, le fardeau de l’allégation
des faits repose sur les seules épaules des parties. Cette obligation a pour corollaire
que tout fait qui n’est pas expressément allégué en procédure est considéré comme
inexistant pour le procès en cours (Chaix, L’apport des faits au procès, in Bohnet [éd.],
Procédure civile suisse, Les grands thèmes pour les praticiens, Neuchâtel 2010, p. 115
ss, n. 10, p. 118 s. et n. 16 et 17 ; Hohl, op. cit., n. 763). Les faits à alléguer dépendent
des éléments constitutifs de la norme sur laquelle s’appuie la prétention invoquée. Les
parties doivent alléguer tous les éléments des normes de droit matériel qui fondent
leurs prétentions (arrêt du Tribunal fédéral 4A_210/2009 du 7 avril 2010 consid. 3.3 ;
Oberhammer, in Oberhammer [Hrsg.], Kurzkommentar ZPO, Basel 2010, n. 12 ad art.
55 CPC; Hohl, op. cit., n. 796; Brönnimann, Die Behauptungs-last, in Leuenberger
[Hrsg.], Der Beweis im Zivilprozess, Bern 2000, p. 57). A cet égard, il est insuffisant de
renvoyer de manière générale à une pièce annexée à la demande ou de déclarer que
les titres déposés font partie intégrante de celle-ci (Frei/Willisegger, in Basler
Kommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung, 2010, n. 16 ad art. 221 CPC, cité
dans l’arrêt du Tribunal fédéral 4A_623/2011 du 10 février 2012 ; arrêt du Tribunal
fédéral 4A_141/2009 du 7 septembre 2009 consid. 13.3, in RSPC 2010, p. 20 s. ; cf.
ég. Sutter-Somm/von Arx, in Sutter-Somm et al. [Hrsg.], Kommentar zur
Schweizerischen Zivilprozessordnung, 2. Aufl. 2013, n. 30 ad art. 55 CPC). De même,
les faits auxquels une partie s’est bornée à faire allusion en se référant à un dossier,
fût-il censé allégué et reproduit dans son entier, ne sont pas valablement allégués et
ne peuvent donc être retenus par le juge (Hohl, op. cit., n. 756 et la référence).
La loi de procédure peut alléger ce fardeau en prévoyant un devoir ou un pouvoir
d'interpellation du juge (arrêt du Tribunal fédéral 4A_24/2011 du 28 mars 2012 consid.
11.3.3 ; Sutter-Somm/von Arx, op. cit., n. 48 ad art. 55 CPC). L’art. 56 CPC dispose à
cet égard que le tribunal interpelle les parties lorsque leurs actes ou déclarations sont
peu clairs, contradictoires, imprécis ou manifestement incomplets et leur donne
l'occasion de les clarifier et de les compléter. Ce devoir d’interpellation est
normalement exercé après l’échange d’écritures en procédure ordinaire, ou lors des
séances d’instruction, respectivement lors des débats de l’art. 245 et 256 CPC en
procédure simplifiée ou sommaire (Glasl, in Brunner/Gasser/Schwander [Hrsg.],
Schweizerische Zivilprozessordnung, Kommentar, Zürich/St. Gallen 2011, n. 5 et 24 ad
art. 247 CPC ; cf. ég. Tappy, in Bohnet et al. [éd.], Code de procédure civile
commenté, Bâle 2011, n. 5 ad art. 247 CPC; Gasser/Rickli, Schweizerische Zivilpro-
zessordnung, Kurzkommentar, St. Gallen 2010, n. 4 ad art. 56 CPC).
4.2.2 La procédure simplifiée connaît plusieurs types de maximes applicables au
procès, qui se déterminent en fonction de la nature des prétentions invoquées. On les
range sous les concepts de maxime des débats atténuée (art. 247 al. 1 CPC), de
- 13 -
maxime inquisitoire sociale (art. 247 al. 2 CPC) et de maxime inquisitoire pure (art. 296
al. 1 CPC) (Dietschy, La procédure simplifiée, n. 29, p. 187 ; cf. ég. Brunner, in
Brunner/Gasser/Schwander [Hrsg.], Schweizerische Zivilprozessordnung, Kommentar,
Zürich/St. Gallen 2011, n. 5-7 ad art. 247 CPC).
Même dans les causes soumises à la maxime des débats, le législateur a instauré un
devoir d’interpellation spécifique en procédure simplifiée. Ainsi, à teneur de l’art. 247 al.
1 CPC, le tribunal amène les parties, par des questions appropriées, à compléter les
allégations insuffisantes et à désigner les moyens de preuve. Si l’on veut suivre la
volonté du législateur, il faut opérer une distinction entre le devoir général (art. 56 CPC)
et spécifique (art. 247 CPC) d’interpellation : dans le premier cas (litiges soumis à la
maxime des débats), le juge ne doit intervenir qu’en cas de manquement manifeste
des parties à l’établissement des faits ; dans le second cas, cette intervention « va
sensiblement plus loin » (Chaix, op. cit., n. 16-17, p. 121 et la réf. au Message du
Conseil fédéral, in FF 2006, p. 6890). Il s’agit d’un devoir d’interpellation renforcé par
rapport à l’art. 56 CPC (Chaix, op. cit., n. 17, p. 121; « verstärke Fragepflicht », cf.
Giger, in Baker & M c Kenzie [Hrsg.], Schweizerische Zivilprozessord- nung, Bern 2010,
n. 3 ad art. 247 CPC ; Gasser/Rickli, op. cit., n. 12 ad art. 247 CPC). En ce sens, le
tribunal doit s’assurer que l’état de fait et les offres de preuve ont été avancés de
manière complète, lorsqu’il a des motifs objectifs d’éprouver des doutes sur ce point. Il
se doit ainsi d’interpeller la partie dont l’allégué est incomplet (Mazan, in Basler
Kommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung, 2010, n. 12 ad art. 247 CPC) ou
contradictoire avec un autre (Diestchy, Le devoir d’interpellation, p. 84 ; Hauck, in
Sutter-Somm et al. [Hrsg.], Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung, 2.
Aufl. 2013, n. 15 ad art. 247 CPC).
Le devoir d’interpellation prévu à l’art. 247 al. 1 CPC constitue un compromis entre le
devoir d’interpellation général (art. 56 CPC) et celui prévu par l’art. 247 al. 2 CPC dans
des domaines spécifiques, soumis à la maxime inquisitoire sociale (Fraefel, in
Oberhammer [Hrsg.], Kurzkommentar ZPO, Basel 2010, n. 2 ad art. 247 CPC ; cf. ég.
avant l’entrée en vigueur du CPC, ATF 130 III 102 consid. 2.2 [cf. art. 343 aCO en droit
du travail] ; 125 III 231 consid 4a [cf. art. 247d al. 3 aCO en droit du bail à loyer]). Le
devoir d’interpellation accru se distingue du devoir d’interpellation général en ce sens
que celui-ci suppose que l’acte soit peu clair, contradictoire ou manifestement
lacunaire, alors que le premier implique que le tribunal s’assure du caractère complet
du dossier, peu importe que l’omission soit manifeste ou non (Dietschy, Le devoir
d’interpellation, p. 84 ; Hauck, op. cit., n. 2 et 6 ad art. 247 CPC ; cf. ég. Fraefel, op.
cit., n. 2 ad art. 247 CPC).
Le devoir d’interpellation accru du tribunal ne vaut plus lorsque la partie a un
comportement contraire à la bonne foi (art. 52 CPC), notamment lorsqu’elle agit de
manière négligente (Dietschy, Le devoir d’interpellation, p. 84 et la réf. à l’arrêt du
Tribunal fédéral 5P.147/2001 du 30 août 2001 consid. 2a/cc ; Hauck, op. cit., n. 15 ad
art. 247 CPC ; cf. ég. Gehri, in Basler Kommentar, Schweizerische Zivilprozessord-
nung, Basel 2010, n. 14 ad art. 56 CPC). Se fondant sur divers arrêts rendus sous
l’ancien droit dans des procès régis par la maxime inquisitoire sociale (cf. arrêts du
Tribunal fédéral 4C.395/2005 du 1 er mars 2006 consid. 4.3, in RSPC 2006, p. 355 ;
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4C.392/1999 du 11 février 2000 consid. 2c), le Message du Conseil fédéral (FF 2006,
p. 6956) et la doctrine (Mazan, op. cit., n. 19 ad art. 247 CPC ; Hauck, op. cit., n. 17 ad
art. 247 CPC; Dietschy, La procédure simplifiée, n. 32, p. 188) relèvent que le tribunal
doit appliquer le devoir d’interpellation des art. 56 et 247 al. 1 CPC avec retenue,
lorsqu’une partie est assistée d’un avocat ou d’un autre mandataire professionnel
(Tappy, op. cit., n. 25 ad art. 247 CPC; cf. ég. Giger, op. cit., n. 3 in fine ad art. 247
CPC, pour qui le devoir d’interpellation de l’art. 247 al. 1 CPC est pour ainsi dire
similaire à celui de l’art. 56 CPC lorsque les deux parties sont représentées par un
avocat ; cf. ég. Gasser/Rickli, op. cit., n. 3 ad art. 56 CPC, qui distinguent selon qu’une
seule partie ou les deux sont assistées d’un mandataire professionnel). Le juge peut en
effet partir du principe que lorsqu’une partie est représentée par un avocat, l’ensemble
des faits et des moyens de preuve ont été apportés (Dietschy, Le devoir
d’interpellation, p. 84). Les mêmes principes sont applicables lorsque la partie elle-
même dispose d’une formation juridique (Gehri, op. cit., n. 3 in fine ad art. 56 CPC et la
réf. à l’ATF 113 Ia 84 consid. 3d).
4.3 En l’occurrence, l’action en paiement des honoraires, compte tenu de sa valeur
litigieuse initiale de 22'541 fr.90, était soumise à la procédure simplifiée (art. 243 al. 1
CPC). L’action n’étant par ailleurs pas une cause visée par l’art. 243 al. 2 CPC, ni ne
constituant un « autre litige portant sur des baux à loyer et à ferme » ou « sur un
contrat de travail » d’une valeur ne dépassant pas 30'000 fr., la règle de l’art. 247 al. 1
CPC trouvait application. En d’autres termes, l’action était soumise à la maxime des
débats atténuée (cf. supra, consid. 4.2.2), où il appartient fondamentalement aux
parties d’alléguer les faits dont elles entendent en déduire des droits. On l’a vu (cf.
supra, consid. 3.2), dans le cadre d’une action en règlement des honoraires, il incombe
au mandataire d’exposer tous les critères qui justifient ses prétentions en paiement.
L’appelante constitue une société anonyme ayant pour but la fourniture de prestations
juridiques, et dont les organes sont titulaires du brevet d’avocat et exercent le barreau,
tandis que l’appelée n’était assistée d’aucun mandataire professionnel. Dans une telle
constellation, conformément à la doctrine (cf. supra, consid. 4.2.2), le magistrat de
première instance pouvait, comme il l’a indiqué dans le jugement (p. 5), partir du
principe que l’appelante avait indiqué l’ensemble des faits et moyens de preuves. La
juridiction précédente avait du reste d’autant moins de raison, lors des débats tenus le
10 mai 2012, d’inviter l’appelante à compléter ses allégations, qu’elle a elle-même fait
usage de cette faculté en formulant – certes – un seul nouvel allégué (n o 17).
Par ailleurs, l’appelante se méprend sur la portée des règles procédurales concernant
le fardeau de l’allégation : dans un procès soumis à la maxime des débats, fût-elle
atténuée en procédure simplifiée, le plaideur ne peut prétendre que les titres déposés,
en l’occurrence les décomptes d’activité, sont partie intégrante de la demande et font
office d’allégués (cf. supra, consid. 4.2.1). Au contraire, il incombait à la demanderesse
et appelante, comme on l’a déjà vu, d’énoncer le cas échéant le montant du tarif
horaire convenu, et, dans tous les cas, le nombre d’heures consacrées aux différents
dossiers, les éventuelles difficultés rencontrées dans la gestion de ceux-ci, bref,
d’exposer les éléments essentiels sur lesquels elle fondait ses prétentions en
paiement.
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Partant, la juridiction inférieure n’a pas sombré dans le formalisme excessif en rejetant
l’action, du fait que la seule affirmation de l’envoi de différents décomptes et factures,
de même que l’édition des dossiers civils et pénaux, étaient insuffisantes pour établir
l’étendue des honoraires réclamés, dans un procès régi par la maxime des débats
atténuée.
5. Dans un ultime moyen, motivé de manière embryonnaire (cf. ch. 4.4 de l’écriture
d’appel), l’appelante reproche au juge de district d’avoir contrevenu aux principes de
l’interdiction de l’arbitraire (art. 9 Cst.) et de la bonne foi (art. 5 al. 3 Cst.), en « violant
grossièrement les règles sur le contrat de mandat, obligeant le mandant à rémunérer le
mandataire pour la prestation fournie, en particulier l’art. 402 CO et l’art. 394 al. 3
CO ».
Le grief tenant à l'application arbitraire de ces dispositions n'a toutefois pas de portée
propre. Lorsque l'application du droit fédéral – in casu les art. 8 CC (en liaison avec les
principes topiques concernant la rémunération de l’avocat) et 247 al. 1 CPC –, revue
librement, apparaît correcte, il est superflu de procéder à un examen sous l'angle de
l'arbitraire (parmi d’autres, cf. arrêt du Tribunal fédéral 4C.377/2004 du 2 décembre
2004 consid. 4).
Par ailleurs, à supposer même qu’il soit tenu pour suffisamment motivé, le grief tiré de
la violation du principe de la bonne foi se confond avec l’analyse du devoir
d’interpellation du juge – consacré aux art. 56 et 247 CPC – et dont le sort a été scellé
au consid. 4.2, auquel il convient de se référer.
6. Il résulte de ce qui précède que l’appel, entièrement mal fondé, doit être rejeté, sans
qu’il soit nécessaire de statuer sur les réquisitions de preuve, lesquelles sont sans
incidence sur le sort de la cause.
7.
7.1 Vu le sort de l’appel, il n’y a pas lieu de modifier le montant et la répartition des
frais et des dépens de première instance (art. 318 al. 3 CPC a contrario), non
spécifiquement contestés quant à leur montant. Dans ces circonstances, pour les
motifs exposés par la juridiction inférieure (cf. consid. 4 du jugement entrepris), les frais
de première instance, fixés conformément aux dispositions applicables (art. 13, 16 al. 1
LTar) à 2500 fr., sont mis à la charge de l’appelante, qui succombe, et versera en outre
une indemnité de 200 fr. à la défenderesse et appelée à titre de dépens.
7.2 Compte tenu de la valeur litigieuse, du degré de difficulté ordinaire de la cause,
ainsi que des principes de la couverture des frais et de l’équivalence des prestations
(art. 13 LTar), les frais judiciaires en instance d’appel, qui se limitent à l’émolument
forfaitaire de décision (art. 95 al. 2 let. b CPC), arrêtés à 1000 fr. (art. 16 et 19 LTar),
sont mis à la charge de l’appelante, qui succombe (art. 106 al. 1 CPC) et supporte ses
propres frais d’intervention en justice. Pour le surplus, l’appelée n’ayant formulé
aucune conclusion expresse en ce sens dans sa réponse du 27 août 2012, il n’y a pas
lieu de lui allouer une quelconque indemnité à titre de dépens.
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