Decision ID: cdfa5c47-99f2-508f-b986-0ad1695164ca
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1) M. A_, né le _ 1986, est ressortissant de B_.
2) Le 20 avril 2021, l’office cantonal de la population et des migrations (ci-après : OCPM) a prononcé son renvoi de Suisse et ordonné aux services de police l’exécution immédiate de celui-ci.
3) Le 22 avril 2021, M. A_ a recouru auprès du Tribunal administratif de première instance (ci-après : TAPI) contre cette décision. Il s’engageait à quitter la Suisse à sa sortie de prison, mais ne pouvait ni ne souhaitait être renvoyé en B_ ni dans aucun pays d’Afrique.
4) Par courrier recommandé du 27 avril 2021, le TAPI a imparti à M. A_ un délai au 27 mai 2021 pour procéder au paiement d’une avance de frais de CHF 500.-, sous peine d’irrecevabilité.
5) Il ressort du système de suivi des envois de la poste suisse que l’envoi a été remis à un employé de l’établissement fermé C_ le 29 avril 2021 à 10h11.
6) L’avance de frais n’a pas été effectuée dans le délai imparti.
7) Par jugement du 7 juin 2021, le TAPI a déclaré le recours irrecevable, pour ce motif.
Rien ne permettait de retenir que M. A_ avait été victime d’un empêchement non fautif de s’acquitter en temps utile du montant réclamé.
8) Par acte remis à la poste le 26 juin 2021, M. A_ a recouru auprès de la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative) contre ce jugement.
M. D_ venait d’être condamné à perpétuité par la justice ivoirienne pour atteinte à la sûreté de l’État, il était dès lors lui-même devenu une cible pour les autorités de ce pays.
Il n’avait pas de bulletin de paiement de la somme de CHF 250.-, qu’il aurait bien aimé payer. Il était malade de l’hépatite B et C, avait subi une biopsie du foie et devait prendre des médicaments.
9) Le 23 juillet 2021, l’OCPM a indiqué qu’il n’avait pas d’observations particulières à formuler.
10) Le 17 juillet 2021, M. A_ a expliqué qu’il était seul et attendait la réponse de l’assistance judiciaire pour écrire et fournir quelques preuves de sa situation. Il espérait écrire avant le 29 juillet 2021. Il joignait la preuve du paiement, le 15 juillet 2021, de l’avance de frais de CHF 400.- – qui lui avait été réclamée par courrier du 25 juin 2021 par la chambre administrative – par le service comptable de l’établissement fermé C_.
11) Le 27 juillet 2021, les parties ont été informées que la cause était gardée à juger. Aucune écriture de M. A_ n’a été reçue depuis lors.

EN DROIT
1. Interjeté en temps utile devant la juridiction compétente, le recours est recevable (art. 132 de la loi sur l'organisation judiciaire du 26 septembre 2010 - LOJ -
E 2 05
; art. 62 al. 1 let. a de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 - LPA -
E 5 10
).
2) a. Selon l'art. 86 LPA, la juridiction saisie invite le recourant à payer une avance de frais destinée à couvrir les frais et émoluments de procédure présumables. À cette fin, elle lui fixe un délai suffisant (al. 1). Si l'avance de frais n'est pas faite dans le délai imparti, la juridiction déclare le recours irrecevable (al. 2).
À rigueur de texte, l'art. 86 LPA ne laisse aucune place à des circonstances extraordinaires qui justifieraient que l'avance de frais n'intervienne pas dans le délai imparti. La référence au « délai suffisant » laisse une certaine marge d'appréciation à l'autorité judiciaire saisie. Selon la jurisprudence, il convient d'appliquer par analogie la notion de cas de force majeure de l'art. 16 al. 1 LPA afin d'examiner si l'intéressé a été empêché sans sa faute de verser l'avance de frais dans le délai (
ATA/184/2019
du 26 février 2019 consid. 3 ;
ATA/1028/2016
du 6 décembre 2016 consid. 4 ;
ATA/916/2015
du 8 septembre 2015 consid. 2c).
A été considéré comme un cas de force majeure donnant lieu à restitution de délai le fait qu'un détenu, qui disposait d'un délai de recours de trois jours, n'ait pu expédier son recours dans ce délai, du fait qu'il ne pouvait le poster lui-même et qu'en outre ce pli avait été soumis à la censure de l'autorité (
ATA/515/2009
du 13 octobre 2009 consid. 6). Il en allait de même du recourant qui se voyait impartir, par pli recommandé, un délai de quinze jours pour s'acquitter d'une avance de frais alors que le délai de garde pour retirer le pli en question était de sept jours, de sorte qu'il ne restait qu'une semaine au justiciable pour s'exécuter (
ATA/477/2009
du 20 septembre 2009 consid. 5).
b. Lorsque la législation applicable ne prévoit pas elle-même des principes particuliers en matière de notification, il faut appliquer les principes découlant de la jurisprudence (Benoît BOVAY, Procédure administrative, 2015, p. 375).
Une communication par lettre recommandée ou déposée dans une case postale est réputée notifiée, si elle n'est pas remise au destinataire, dans un délai de sept jours après son enregistrement au bureau de poste responsable de la distribution (ATF
134 V 49
consid. 4 ;
123 III 492
consid. 1).
c. Il n'y a pas de rigueur excessive à ne pas entrer en matière sur un recours lorsque, conformément au droit de procédure applicable, la recevabilité de celui-ci est subordonnée au versement d'une avance de frais dans un délai déterminé. Il faut cependant que son auteur ait été averti de façon appropriée du montant à verser, du délai imparti pour le paiement et des conséquences de l'inobservation de ce délai (ATF
133 V 402
consid. 3.3 ;
104 Ia 105
consid. 5 ; arrêt du Tribunal fédéral
2C_54/2020
du 4 février 2020 consid. 8.2). La gravité des conséquences d'un retard dans le paiement de l'avance sur la situation du recourant n'est pas pertinente (arrêts du Tribunal fédéral
2C_734/2012
du 25 mars 2013 consid. 3.1 ;
2C_703/2009
du 21 septembre 2010 consid. 4.4.2).
Le Tribunal fédéral a récemment confirmé l'application stricte, dans la jurisprudence genevoise, de l'art. 86 al. 2 LPA et des conséquences légales d'un non-paiement de l'avance de frais dans le délai imparti (arrêt du Tribunal fédéral
1C_339/2020
du 20 octobre 2020 consid. 2.4 et les références citées).
3) En l'espèce, le recourant a disposé de près d’un mois pour effectuer l’avance de frais réclamée par le TAPI, ce qui constitue un délai suffisant.
Il ne soutient pas que le courrier recommandé lui réclamant l’avance ne lui aurait pas été transmis au sein de l’établissement, ou pas transmis à temps, et rien dans le dossier ne permet de suspecter que tel aurait pu être le cas. Il s’ensuit que le recourant, alors détenu, a selon toute vraisemblance a été valablement atteint et a eu connaissance de la demande d’avance de frais dès sa réception par l’établissement fermé C_ le 29 avril 2021.
Il ne soutient pas non plus qu’il se serait trouvé dans un cas de force majeure qui l’aurait empêché de payer, ou de payer à temps. Il ne ressort pas du dossier qu’il aurait adressé au TAPI, dans le délai imparti, une demande de prolongation de ce dernier.
On comprend certes de ses écritures que le recourant « n’a[vait] pas de bulletin de paiement » et souhaitait payer. Outre que l’affirmation en soi est peu claire, le recourant évoquant un bulletin de CHF 250.- alors que l’avance réclamée était de CHF 500.-, il était loisible au recourant d’informer ou d’interpeller le TAPI à temps pour obtenir le cas échéant un bulletin de versement voire un délai supplémentaire, ce que ce dernier ne soutient pas avoir fait.
Le fait que le recourant était détenu ne constitue pas une circonstance pertinente, les établissements de détention bénéficiant de services sociaux efficaces. Il peut d’ailleurs être observé que le recourant a payé dans le délai imparti l’avance de frais d’un montant similaire réclamée par la chambre de céans, alors qu’il se trouvait toujours détenu à la maison de C_.
Enfin, le recourant ne soutient pas qu’il aurait déjà devant le TAPI demandé l’assistance juridique, et il ne ressort pas du dossier du TAPI qu’il lui aurait annoncé une telle démarche.
Certes, le recourant évoque son état de santé. Il indique toutefois qu’il fait l’objet d’examens et d’un traitement, et ne soutient pas que sa maladie l’aurait entravé ou retardé dans ses démarches.
Dans ces circonstances, la chambre de céans ne peut que constater que, l'avance de frais n'ayant pas été acquittée dans le délai imparti, le TAPI était fondé à déclarer le recours irrecevable, conformément à l'art. 86 al. 2 LPA.
Le jugement sera confirmé.
Le recours sera rejeté.
4) Vu l'issue du litige, un émolument de CHF 400.- sera mis à la charge du recourant, qui ne peut se voir allouer une indemnité de procédure (art. 87 LPA).
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