Decision ID: 951fb5ad-b98b-4dfd-b6eb-cba225f22346
Year: 2012
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants :
A. Armand Gex-Fabry et Moreno Michielan sont copropriétaires, chacun pour 1⁄2, de la parcelle n° 3278 du registre foncier, sur le territoire de la commune de Gryon. Ce bien-fonds d'une surface de 1'347 m2 est classé dans la zone des chalets B du plan d'affectation (plan des zones) de la commune de Gryon. Il s'agit d'une zone destinée aux bâtiments d'habitation, notamment (art. 14 du règlement communal sur le plan d'extension et la police des constructions [RPE]).
B. Le 20 août 2012, Armand Gex-Fabry et Moreno Michielan ont adressé à la Municipalité de la commune de Gryon une demande de permis de construire pour un chalet (un appartement, sur trois niveaux), avec garage, à édifier sur leur parcelle. La demande d'autorisation a été mise à l'enquête publique du 31 août au 1er octobre 2012.
Le 28 septembre 2012, l'association Helvetia Nostra a formé opposition, en invoquant l'art. 75b de la Constitution fédérale (Cst.; RS 101) et en faisant valoir que la construction envisagée était contraire aux nouvelles normes du droit fédéral sur les résidences secondaires.
C. Par une décision rendue le 17 octobre 2012, la Municipalité de Gryon a rejeté l'opposition et accordé à Armand Gex-Fabry et Moreno Michielan le permis de construire requis.
D. Par un acte du 16 novembre 2012, Helvetia Nostra recourt contre la décision de la Municipalité de Gryon du 17 octobre 2012. Elle conclut à l'annulation de cette décision.
Comme l'acte de recours ne portait pas de signature autographe ou manuscrite, un délai a été fixée à la recourante pour remédier au vice. Un nouveau mémoire de recours, signé, a été envoyé au Tribunal le 22 novembre 2012.
Il n'a pas été demandé de réponse aux propriétaires et à la Municipalité. Celle-ci a toutefois produit son dossier.

Considérant en droit :
1. Le recours est formé par une organisation qui fait partie de la liste, établie par le Conseil fédéral, des organisations ayant qualité pour recourir au sens de l'art. 12 de la loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage (LPN; RS 451 – cf. ch. 9 de la liste figurant dans l'ordonnance du 27 juin 1990 relative à la désignation des organisations habilitées à recourir dans les domaines de la protection de l’environnement ainsi que de la protection de la nature et du paysage [ODO; RS 814.076]). La jurisprudence fédérale prévoit que l'exercice de ce droit de recours suppose que la décision attaquée relève de l'application d'une tâche de la Confédération au sens de l'art. 2 LPN (cf. notamment ATF 131 II 58 consid. 1.1; 125 II 29 consid. 1b; 121 II 190 consid. 3c/aa).
En l'espèce, dès lors que les griefs de la recourante sont de toute manière mal fondés, comme cela sera exposé au considérant suivant, il n'est pas nécessaire d'examiner si, en accordant une autorisation de construire pour un chalet dans la zone à bâtir, la Municipalité accomplit une tâche de la Confédération, ou si au contraire elle accomplit une tâche que la législation fédérale sur l'aménagement du territoire attribue aux cantons, dans le cadre fixé par les principes du droit fédéral. La question de la recevabilité du recours peut demeurer indécise (cf. arrêt AC.2012.0127 du 22 novembre 2012, consid. 1 – affaire traitée par la CDAP comme "leading case" pour cette problématique).
2. L'association recourante se plaint d'une violation de l'art. 75b Cst. Elle ne présente aucun autre grief.
a) Aux termes de l'art. 75b al. 1 Cst., "les résidences secondaires constituent au maximum 20 % du parc des logements et de la surface brute au sol habitable de chaque commune". Cet article constitutionnel a été adopté en votation populaire le 11 mars 2012 et il est donc en vigueur depuis cette date (RO 2012 p. 3628). Le peuple et les cantons ont toutefois adopté simultanément la disposition transitoire suivante, à l'art. 197 ch. 9 Cst.:
"9. Dispositions transitoires ad art. 75b (Résidences secondaires)
1 Le Conseil fédéral édicte par voie d’ordonnance les dispositions d’exécution nécessaires sur la construction, la vente et l’enregistrement au registre foncier si la législation correspondante n’est pas entrée en vigueur deux ans après l’acceptation de l’art. 75b par le peuple et les cantons.
2 Les permis de construire des résidences secondaires qui auront été délivrés entre le 1er janvier de l’année qui suivra l’acceptation de l’art. 75b par le peuple et les cantons et la date d’entrée en vigueur de ses dispositions d’exécution seront nuls".
b) Il n'y a pas lieu d'examiner, dans le présent arrêt, si la commune de Gryon est une commune dans laquelle le parc des logements comporte plus de 20 % de résidences secondaires, ni si le chalet projeté par les constructeurs est une résidence secondaire (ce que la recourante qualifie de très vraisemblable, mais les constructeurs n'ont pas eu l'occasion de répondre au recours).
En effet, dans son arrêt AC.2012.0127 du 22 novembre 2012, la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal a jugé que l'art. 75b Cst. interprété en relation avec l'art. 197 ch. 9 Cst. ne pouvait pas faire obstacle à l'octroi d'un permis de construire une résidence secondaire lorsque la décision de la municipalité a été prise en 2012. Durant la période qui court de la date de l'adoption des normes constitutionnelles objet de l'initiative sur les résidences secondaires (11 mars 2012) jusqu'à la veille du 1er janvier qui suivra cette adoption (soit le 31 décembre 2012 – cf. art. 197 ch. 9 al. 2 Cst.), l'entrée en vigueur de l'art. 75b Cst. n'entraîne pas encore la nullité ni l'annulabilité des autorisations de construire des résidences secondaires délivrées pendant ce laps de temps (consid. 2b-c de l'arrêt AC.2012.0127). Il s'ensuite que les griefs de la recourante, mal fondés, doivent être rejetés.
3. Le rejet du recours, dans la mesure où il est recevable, entraîne la confirmation de la décision attaquée. La recourante, qui succombe, supporte les frais de justice (art. 49 LPA-VD). La Municipalité et les constructeurs, qui n'ont pas procédé, n'ont pas droit à des dépens (art. 55 LPA-VD).