Decision ID: a762dd0f-33f6-5b29-9787-794112fb9c7f
Year: 2019
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_011
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: social_law

considérant en fait
A. A._ (le recourant), né en 1983, ressortissant turc, au bénéfice d’un permis C, vit depuis le 15 mars 2004 en Suisse, où il est arrivé en tant que demandeur d’asile. Il est marié depuis 2012 à B._, de nationalité Suisse. Le couple a deux enfants, nés en 2011 et 2015.
Après avoir suivi des cours universitaires en économie durant une année en Turquie, le recourant a d’abord effectué un semestre d’études auprès de la Haute école de gestion, à C._ (2006-2007). Il a ensuite suivi des cours préparatoires pour être admis à l’Université de D._ (2007-2008) qui lui ont permis de s’inscrire auprès de la Faculté d’économie. Il a toutefois subi un échec définitif dans cette filière en 2009. En 2010, il s’est réinscrit dans la même université, cette fois auprès de la Faculté des sciences, avec comme branche principale l’informatique. Il y a subi un nouvel échec définitif en 2012. Il a par la suite envisagé ou entrepris d’autres formations dans les domaines économique et informatique, sans être en mesure de les achever.
De 2004 à août 2009, le recourant n’a pas occupé d’emploi. Il a toutefois versé des cotisations sociales en tant que personne sans activité lucrative. Puis, du 1er septembre 2009 au 31 janvier 2012, il a travaillé comme vendeur auxiliaire, à un taux oscillant entre 15 et 20% (revenu mensuel d’environ CHF 700.-). De 2011 à 2013, il a également exercé à titre accessoire une activité de courtier en assurances, en tant qu’indépendant.
B. Le 5 décembre 2012, suite à un entretien de détection précoce avec une collaboratrice de l’Office de l’assurance-invalidité (dossier AI p. 10), le recourant a déposé une demande de prestations AI, mentionnant comme atteinte à la santé une « tumeur vertébrale » existant depuis 2004 (dossier AI p. 21). L’ostéoblastome en question avait fait l’objet d’une première excision en 2004, puis d’une excision complémentaire en 2007. Suite à ces opérations, le recourant a continué à ressentir des douleurs importantes. Une hernie discale a ensuite été diagnostiquée, sans indication opératoire (dossier AI p. 43).
Suivant l’avis de son Service médical régional (dossier AI p. 73), l’Office de l’assurance-invalidité du Canton de Fribourg a requis en mars 2013 la mise en place d’une expertise médicale pluridisciplinaire (médecine interne générale, neurochirurgie, oncologie médicale, psychiatrie et psychothérapie), confiée à la Clinique E._.
Le 26 janvier 2015, alors que l’expertise pluridisciplinaire n’avait pas encore été réalisée, le recourant a été victime d’un accident de la circulation (collision frontale avec un autre véhicule ayant entrepris un dépassement téméraire, alors que la route était enneigée). Il a subi une fracture multiple, ouverte, de la jambe droite. L’accident est survenu dans le contexte d’un emploi de secrétariat pour une entreprise de déménagement qui a été exercé depuis le 1er janvier 2015 et qui a pris fin formellement le 30 avril 2015, alors que le recourant se trouvait encore en incapacité de travail (voir dossier AI p. 237, 257). L’assureur-accidents s’est acquitté de prestations en lien avec les atteintes physiques subies lors de l’accident, mais a refusé de prendre en charge toute prétention en lien avec les troubles psychiques également invoqués. Statuant sur recours par arrêt du 8 octobre 2018 (cause 605 2017 205), la Ie Cour des assurances sociales a toutefois renvoyé le dossier à l’assureur-accidents pour qu’il procède à un examen global de la situation, tant sur le plan physique que psychique.
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Selon le rapport d’expertise établi par les médecins de la Clinique E._ le 8 mars 2016 (intégrant également un volet de chirurgie orthopédique suite à l’accident du 26 janvier 2015), le recourant présentait pour l’essentiel des pathologies dégénératives lombaires sans corrélation radioclinique, une dégénérescence discale L5 à S1 en partie à l’origine d’une raideur lombaire débutante mais sans autre symptomatologie, deux hernies discales considérées comme asymptomatiques, un état scléreux postopératoire S1 et S2 sans retentissement neurologique attestable, ainsi qu’un déficit de mobilité du genou droit, de la cheville droite et du pied droit, en lien avec deux interventions chirurgicales faisant suite à l’accident de janvier 2015. Quant au plan psychique, aucun diagnostic n’était retenu, le tableau clinique correspondant tout au plus à un syndrome d’accompagnement des douleurs et d’incertitudes concernant l’avenir et l’état de santé (voir dossier AI p. 725 ss). Les experts ont ainsi retenu, à partir du 12 septembre 2015 au plus tard pour tenir compte des conséquences à court terme de l’accident de janvier 2015, une capacité totale dans une activité adaptée, excluant en particulier la station debout prolongée, la station assise prolongée, la position en porte-à-faux lombaire, le port de charges très lourdes, la position accroupie, la conduite d’un véhicule professionnel, ainsi que la conduite d’engins vibrants (dossier AI p. 735).
C. Par projet de décision du 7 avril 2016, l’Office de l’assurance-invalidité a retenu que le recourant ne souffrait pas d’atteinte invalidante avec incapacité de travail et de gain durable dans les différentes activités qu’il avait exercées jusqu’alors. Il a dès lors envisagé de rejeter la demande de rente (dossier AI p. 740).
Suite à des objections formulées par le recourant le 10 juin 2016, par l’intermédiaire d’un précédent mandataire, faisant notamment état d’une incapacité de travail totale perdurant depuis l’accident de janvier 2015, pour des causes tant physiques que psychiques, des renseignements complémentaires ont été requis de la Clinique E._. Dans un rapport du 5 septembre 2016 signé de son seul medical manager, celle-ci a confirmé les conclusions du rapport d’expertise pluridisciplinaire du 8 mars 2016 (dossier AI p. 828). Parallèlement à cette démarche, plusieurs rapports médicaux émanant de psychiatres traitants et du médecin-conseil de l’assureur-accidents ont été produits au dossier, faisant état d’une hospitalisation, posant plusieurs diagnostics en lien avec des troubles psychiques et attestant une incapacité de travail totale (dossier AI p. 848, 865). Prenant en compte ces éléments, sur proposition de son service médical régional (dossier AI p. 1038), l’Office de l’assurance-invalidité a alors organisé une nouvelle expertise, uniquement sur le plan psychiatrique, confiée à un psychiatre indépendant.
Par décisions incidentes du 15 mars 2018 et du 10 avril 2018, faisant suite à des contestations formulées par le recourant, l’Office de l’assurance-invalidité a confirmé la désignation de l’expert psychiatre et refusé d’écarter du dossier l’expertise pluridisciplinaire réalisée auparavant par les médecins de la Clinique E._ (dossier AI p. 1095, 1102).
Le 28 juin 2018, l’expert psychiatre a rendu son rapport. Il a posé plusieurs diagnostics ayant une influence sur la capacité de travail. Il a estimé en particulier que l’activité d’étudiant paraissait trop exigeante pour que le recourant puisse l’exercer encore avec une quelconque chance de succès et que sa capacité de travail résiduelle était limitée à 20% dans une activité adaptée, prenant en considération de plusieurs limitations, un temps de présence maximal de deux heures par jour et un rendement global de l’ordre de 80% (dossier AI p. 1115). Le rapport d’expertise n’a pas été transmis au recourant.
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Par courrier du 17 juillet 2018, faisant suite à une nouvelle intervention du mandataire du recourant se référant à des décisions et communiqués de presse remettant en cause la validité des expertises réalisées par la Clinique E._, l’Office de l’assurance-invalidité a indiqué que le recourant aurait tout loisir de se positionner durant la phase d’objection qui allait suivrait le projet de décision (dossier AI p. 1177).
Par deux courriers distincts du 13 août 2018, l’expert psychiatre a complété son rapport à la demande de l’Office de l’assurance-invalidité. Il a notamment précisé que les troubles dont souffrait le recourant entraînaient, déjà au moment où il a accompli des études en Turquie, une incapacité de travail de 20% au moins. Ces courriers n’ont pas non plus été transmis au recourant (dossier AI p. 1182, 1185).
D. Par décision du 29 août 2018, l’Office de l’assurance-invalidité a nié au recourant le droit à une rente. Dans sa motivation, il a d’abord repris le contenu du projet de décision du 7 avril 2016 qui se référait aux conclusions du rapport d’expertise pluridisciplinaire selon lequel il n’existait pas d’atteinte entraînant une incapacité de travail et de gain durable. Puis, se référant à l’expertise psychiatrique du 28 juin 2018, il est revenu sur cette position en admettant qu’il existait certes une atteinte invalidante sur le plan psychique, mais que celle-ci limitait déjà la capacité du recourant à travailler/étudier avant son arrivée en Suisse, de telle sorte que les conditions du droit aux prestations n’étaient pas remplies.
E. Par recours du 28 septembre 2018 (605 2018 232), le recourant conteste la décision du 29 août 2018, concluant à son annulation et à ce qu’une rente entière lui soit allouée dès le 1er novembre 2013, soit une année après le dépôt de sa demande de prestations. A l’appui de sa position, il fait d’abord valoir en substance que l’Office de l’assurance-invalidité ne pouvait pas statuer avant d’avoir rendu un nouveau projet de décision et que cette autorité aurait au moins dû lui donner la possibilité de se déterminer sur le contenu de l’expertise psychiatrique du 28 juin 2018 et de ses compléments. Sur le fond, il reproche à l’autorité intimée de ne pas avoir véritablement instruit la question du moment de la survenance de l’invalidité. Il relève quant à lui qu’il n’y a « aucune invalidité constatée médicalement » avant 2012 et que jusqu’en 2011, « l’on ne peut pas parler de douleurs invalidantes ». Enfin, le recourant indique encore que même si l’invalidité était intervenue avant l’entrée en Suisse, il conviendrait d’examiner le droit aux prestations sous l’angle de la convention de sécurité sociale conclue entre la Suisse et la Turquie.
Par acte séparé du 28 septembre 2018, le recourant a également déposé une requête d’assistance judiciaire (605 2018 233), demandant que son mandataire soit désigné défenseur d’office.
Dans ses observations du 22 octobre 2018, l’Office de l’assurance-invalidité a conclu au rejet du recours, se référant à la motivation de sa décision, ainsi qu’à l’expertise psychiatrique du 28 juin 2018 et à ses compléments.
Le 2 octobre 2019, le recourant a encore déposé une détermination spontanée, accompagnée de deux rapports de son médecin généraliste traitant.
Il sera fait état des arguments des parties, développés par elles à l’appui de leurs conclusions, dans les considérants de droit du présent arrêt, pour autant que cela soit utile à la solution du litige.
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en droit
1.
Interjeté en temps utile et dans les formes légales auprès de l'autorité judiciaire compétente par un assuré directement touché par la décision attaquée et dûment représenté, le recours est recevable.
2.
Le recourant reproche d’abord à l’Office de l’assurance-invalidité d’avoir rendu sa décision sans avoir établi au préalable un nouveau projet de décision suite à la nouvelle expertise psychiatrique réalisée en 2018 et sans lui avoir donné la possibilité de se déterminer sur le contenu de cette expertise et de ses compléments.
Ces griefs font tous deux référence au droit d’être entendu du recourant. Il convient de les examiner en premier lieu puisque leur bien-fondé conduirait à lui seul à l’admission du recours.
2.1. L’art. 57a al. 1 de la loi du 19 juin 1959 sur l'assurance invalidité (LAI; RS 831.20) prévoit que l’Office de l’assurance-invalidité communique à l’assuré, au moyen d’un préavis, toute décision finale qu’il entend prendre au sujet d’une demande de prestations ou au sujet de la suppression ou de la réduction d’une prestation déjà allouée. Il ajoute expressément que l’assuré a le droit d’être entendu, conformément à l’art. 42, 1ère phrase, de la loi du 6 octobre 2000 sur la partie générale du droit des assurances sociales (LPGA; RS 830.1).