Decision ID: 5c2c1392-95c8-58fe-adc3-8235f0276fb9
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
A_, originaire de _, est né le _ 1964. Il ressort du registre cantonal de la population qu'il était domicilié chez sa mère, D_, née le _ 1937, dans l'appartement qu'elle louait n° 1_, X_, depuis le 12 juin 2016. Il a annoncé son départ pour _ le 20 janvier 2017.
Selon le même registre, le départ de D_ a été annoncé pour la même destination que son fils en date du 28 février 2017.
b.
Par courrier du 13 février 2017, le président de E_, propriétaire du logement loué par D_, a signalé le cas de cette dernière au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection). D_ ne payait plus son loyer depuis le 1
er
septembre 2015 et les Services industriels avaient, à la connaissance de la bailleresse, coupé l'électricité dans son appartement depuis une semaine. Une requête en évacuation était pendante devant le Tribunal des baux et loyers. D_, selon la bailleresse, semblait manipulée et prenait, de ce fait, des décisions inadéquates.
c.
A la suite de ce signalement, le Tribunal de protection a ouvert, le 15 février 2017, une procédure aux fins de déterminer si une mesure de protection devait être instaurée en faveur de D_. Il a nommé F_, avocat, en qualité de curateur de représentation d'office de cette dernière, dans le cadre de cette procédure, en date du 2 mars 2017. Cette décision a été adressée à D_ à son domicile genevois et l'accusé de réception a été signé par son fils, A_, le 6 mars 2017.
d.
Le même jour, le Tribunal de protection a adressé un courrier à A_ afin de l'informer de l'ouverture de la procédure concernant sa mère et de l'inviter à fournir tout élément utile dans ce cadre.
e.
Par courrier du 10 mars 2017 mentionnant sa propre adresse au X_, A_ a répondu au Tribunal de protection que sa mère ne résidait plus sur le territoire helvétique depuis le 28 février 2017. Il estimait pour le surplus que l'état de santé de cette dernière ne nécessitait pas une mesure de protection, au demeurant
"sans valeur légale"
compte tenu du déménagement de sa mère, et renvoyait la décision au Tribunal de protection.
f.
Par courrier du 14 mars 2017, indiquant toujours son adresse au X_, il retournait au Tribunal de protection son courrier du 3 mars 2017, adressé à son frère G_, en l'informant du décès de ce dernier, survenu le _ 2016.
g.
Le 15 mars 2017, toujours en mentionnant son adresse au X_, il renvoyait à F_, curateur de représentation de sa mère, le courrier de celui-ci l'invitant à prendre contact avec lui.
h.
Le 20 mars 2017, en indiquant son adresse au X_, il retournait au Tribunal de protection le courrier de ce dernier du 15 mars 2017 concernant sa mère, lui adressait une copie de l'attestation de départ de Genève de cette dernière et sollicitait l'annulation de la procédure la concernant.
i.
Le 22 mars 2017, le Tribunal de protection a tenu une audience dans la procédure concernant D_, laquelle était représentée par son curateur et, par ordonnance du même jour, a instauré, sur mesures superprovisionnelles, une curatelle de portée générale en faveur de cette dernière. Il a également sollicité que la police procède à une enquête afin de déterminer si la protégée vivait toujours à son domicile genevois.
j.
Le 23 mars 2017, la police s'est rendue au n° 1_ au X_ et y a trouvé A_. Sa mère n'y était pas, ni aucun effet féminin. A_ a expliqué qu'elle était, dans un premier temps, partie en _ puis, se sentant affaiblie, s'était rendue à Y_ chez sa sœur, H_. Cette dernière a confirmé la présence de D_ auprès d'elle.
L'appartement était meublé et mal entretenu. Les voisins directs de A_ ont exprimé avoir peur de ce dernier. Il aurait proféré à plusieurs reprises des menaces visant à
"planter"
quiconque s'en prendrait à sa mère, police comprise. Il semblait souffrir de problèmes psychiatriques. Ses voisins l'entendaient régulièrement parler avec des voix différentes, imitant parfois des cris d'animaux. Il ressort également de l'enquête que D_ se serait adonnée à la mendicité dans l'immeuble, déclarant qu'elle ne percevait plus son AVS depuis un certain temps.![endif]>![if>
B.
Le 29 mars 2017, le Tribunal de protection s'est saisi du cas de A_ et a rendu, le jour même, une ordonnance sur mesures superprovisionnelles par laquelle il a instauré une curatelle de portée générale en sa faveur (ch. 1 du dispositif), désigné B_ aux fonctions de curateur (ch. 2), autorisé le curateur à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée, dans les limites de ses attributions et au besoin, à pénétrer dans son logement (ch. 3), renoncé à suspendre l'exercice des droits politiques sur le plan fédéral, cantonal et communal de A_ (ch. 4), donné un délai au curateur afin de se déterminer sur la mesure ordonnée (ch. 5), indiqué que le concerné serait entendu lors de l'audience fixée le 29 mai 2017 (ch. 6), rappelé que la décision était immédiatement exécutoire et non sujette à recours (ch. 7) et réservé le sort des frais judiciaires (ch. 8).
En substance, le Tribunal de protection a retenu que A_, malgré l'annonce de son départ pour _ le 20 janvier 2017, n'avait pas quitté le territoire helvétique et avait toujours sa résidence habituelle à Genève, de sorte que le Tribunal de protection était compétent
ratione loci
. Il a considéré que les agissements du concerné démontraient un état psychique préoccupant qui constituait un état de faiblesse nécessitant une mesure de protection urgente ce d'autant que, suite à la procédure d'évacuation en cours, A_ pourrait à brève échéance se trouver sans logement, sans pouvoir bénéficier des revenus de sa mère, mise sous curatelle. Il avait ainsi besoin d'une assistance personnelle et patrimoniale globale ainsi que d'une large représentation à l'égard des tiers. Le prononcé d'une curatelle de portée générale était donc approprié.
Cette décision a été retirée au guichet postal le 6 avril 2017 par I_, personne habilitée par A_ à retirer son courrier, suite à la demande de réexpédition qu'il a faite auprès de son bureau postal.![endif]>![if>
C.
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 19 mai 2017 dans la présente cause.
A_ ne s'est pas présenté à l'audience et son conseil a cessé d'occuper, séance tenante, évoquant un conflit d'intérêts majeur, ayant été consulté par le fils et sa mère.
B_, curateur nommé par ordonnance du 29 mars 2017, a précisé qu'il n'avait pas pu établir l'existence d'une résidence habituelle à l'étranger de son protégé mais qu'au contraire de nombreux indices laissaient supposer qu'il se trouvait encore à Genève. Il a proposé de déposer un chargé de pièces à cet égard et a sollicité l'ouverture d'une instruction sur la compétence
ratione loci
des tribunaux genevois.
A l'issue de l'audience, le Tribunal de protection a décidé de
"convoquer une nouvelle audience lors de laquelle des témoins seront entendus aux fins d'examiner la compétence ratione loci".
Le 22 mai 2017, B_ a déposé un chargé de pièces au Tribunal de protection comprenant notamment des rappels de primes d'assurance maladie pour les mois de janvier à mai 2017 et divers courriers adressés à A_ courant avril 2017, dont une lettre du 6 avril 2017 de J_, refusant de lui remettre la carte de crédit qu'il avait sollicitée. Il ressort du relevé de compte bancaire produit que A_ a retiré au guichet automatique de K_ de _ la somme de 700 fr. le 21 mars 2017 et effectué divers paiements les 30 et 31 mars 2017 au moyen de sa carte L_, dans plusieurs magasins de Genève.![endif]>![if>
D.
Par décision du 29 mai 2017, le Tribunal de protection a nommé C_, curateur d'office, en limitant sa fonction à la représentation de A_ dans le cadre de la procédure pendante devant lui.
Cette décision a été adressée pour notification à A_ au n° 1_ au X_. Le suivi des envois de la Poste fait apparaître qu'elle a été retirée le 30 mai 2017 par la personne habilitée par A_ à retirer son courrier.![endif]>![if>
E.
a.
Le 14 juillet 2017, par acte déposé au greffe de la Cour de justice, A_ a formé recours contre
"une décision de curateur et curateur d'office prise par le Tribunal de la protection de l'adulte et de l'enfant
", et a précisé en en-tête
"date de la décision TPAE inconnue, communication reçue par email en date du 23 mai 2017 de Maître B_, avocat au barreau de Genève"
. Il précise dans le corps du texte que des mesures de curatelle lui ont été imposées alors qu'il ne réside plus à Genève depuis le 20 janvier 2017, que le 23 mai 2017, il a reçu par e-mail la copie de l'ordonnance du 29 mars 2017 de la part de B_ et le 30 mai 2017 la copie de l'ordonnance du 29 mai 2017 de nomination du curateur d'office. Il sollicite la levée de la mesure. Il joint à son recours, notamment, un certificat attestant qu'il est enregistré comme résident à Y_ depuis le 1
er
juin 2017 et l'attestation de son annonce de départ de Genève du 4 janvier 2017 pour le 20 janvier 2017. Il considère que les décisions ont été rendues alors qu'il avait déjà quitté Genève, qu'aucune décision ne lui a été "
remise officiellement
" et que l'ordonnance du 29 mars 2017 a été rendue sans qu'il ne lui ait été possible de prendre position.
b.
Dans ses observations du 21 août 2017, le Tribunal de protection a déclaré ne pas souhaiter faire usage des prérogatives offertes par l'art. 450d CC et a indiqué que la question du domicile réel de la personne concernée était en cours d'instruction.
c.
Par déterminations du 21 décembre 2017, suite à l'interpellation de la Chambre de céans sur la question de la compétence
ratione loci
du Tribunal de protection pour rendre les deux décisions prises, celui-ci a indiqué qu'au moment de sa saisine, qu'il situe le jour de la première décision rendue, soit le 29 mars 2017, A_ était toujours domicilié au n° 1_ au X_, comme en attestait l'intervention de la police au domicile du concerné. Au vu des nombreux indices recueillis, il était donc toujours résident à Genève, nonobstant l'annonce de son départ pour _. Quant à son domicile actuel à Y_, rien n'indiquait qu'il y résidait effectivement, ni qu'il avait la volonté d'y constituer le centre de ses intérêts personnels et professionnels, le but de cette résidence étant uniquement d'éloigner sa mère des autorités judiciaires suisses et de la mesure de protection prise à l'égard de cette dernière. Ainsi le concerné ne s'était pas constitué de nouveau domicile à Y_ et son centre d'intérêts, tout comme celui de sa mère, restait à Genève.
d.
B_ a indiqué n'avoir jamais pu rencontrer A_ mais avoir eu de nombreux contacts téléphoniques et par voie électronique avec ce dernier. Le départ en _ et l'établissement en Z_ de A_ n'étaient pas documentés. Le relevé de son compte auprès de K_ démontrait des prélèvements et paiements effectués à Genève en mars 2017, où il semblait toujours résider.
e.
Dans ses déterminations du 31 janvier 2018, C_ a considéré que le Tribunal de protection n'était pas compétent
ratione loci
pour prendre les mesures de protection qu'il avait rendues, en raison de la prise de résidence de A_ à Y_. Ce dernier bénéficiait de la nationalité Z_ par filiation maternelle, possédait un numéro fiscal ainsi qu'une carte sanitaire dans ce pays et avait entrepris des démarches pour changer son permis de conduire auprès du service des véhicules de la ville de Y_. Il n'a toutefois produit aucun justificatif à l'appui de ces allégations.
f.
Par pli du 19 janvier 2018, le greffe de la Chambre de surveillance a accordé un délai de 10 jours à la partie et aux intervenants à la procédure pour formuler d'éventuelles observations, faute de quoi la cause serait mise en délibérations à l'issue de ce délai.
g.
A_, par courrier du 7 février 2018, expédié depuis Y_ à l'adresse de la Chambre de céans, dans le délai de dix jours dès réception du courrier précité du greffe, a relevé qu'il avait dû revenir à plusieurs reprises à Genève entre fin janvier et avril 2017, en relation avec le décès de son frère. Il précise qu'il a annoncé son départ le 4 janvier 2017 pour le 20 janvier 2017, soit avant la saisine du Tribunal de protection. Il conteste les dires de ses voisins sur lesquels s'est fondé le Tribunal de protection pour rendre sa décision du 29 mars 2017. L'adresse de correspondance qu'il a utilisée à Genève ne vaut pas preuve de domicile, de même que ses relevés bancaires ou téléphoniques. Il a fourni un certificat de résidence en Z_ et son centre d'intérêts, tout comme celui de sa mère, n'est plus à Genève mais à Y_.
h.
Le 14 février 2018, le greffe de la Chambre de surveillance a transmis au recourant et aux intervenants les observations formulées.
![endif]>![if>

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet d'un recours écrit et motivé, devant le juge compétent, à savoir la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et al. 3 CC; art. 126 al. 3 LOJ; art. 53 al. 1 LaCC).