Decision ID: 7fe3c886-36df-5ed0-a04e-47e144a2554f
Year: 2011
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_014
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: social_law

Attendu en fait
que par décision du 28 février 2011, confirmée sur opposition le 26 octobre 2011, CSS ASSURANCE-MALADIE SA (ci-après la caisse-maladie) a informé Madame M_ que les prestations pour soins à domicile qui lui étaient allouées au titre de la LAMal seraient limitées à un montant de 159 fr. 65 par jour à compter du 1
er
avril 2011, ce montant correspondant à la taxe journalière la plus élevée d'un établissement médico-social (EMS) dans le canton de Genève ; que la caisse-maladie a précisé qu'un recours n'aurait pas d'effet suspensif ;
Que par décision du 9 novembre 2011, la caisse-maladie a rectifié le montant de 159 fr. 65 retenu dans sa précédente décision et a limité sa prise en charge à 108 fr. par jour ;
Que l'assurée a d'ores et déjà annoncé qu'elle formera opposition à cette nouvelle décision ;
Que l'assurée, représentée par Me Stéphanie LAMMAR, a interjeté recours le 28 novembre 2011 contre la décision sur opposition du 26 octobre 2011 ; qu'elle explique souffrir de la maladie d'Alzheimer, et souligne que son époux fait en sorte qu'elle puisse néanmoins rester chez elle le plus longtemps possible ; qu'elle considère que les soins à domicile qui lui sont dispensés par la Fondation des services d'aide et de soins à domicile - FSASD respectent et constituent une mesure efficace, appropriée et économe ; que le montant des soins à domicile s'élève à 267 fr. 65 par jour, soit à peine 1, 67 fois plus cher que le coût dans un EMS, de sorte que les limites fixées par la jurisprudence ne sont pas atteintes ; qu'elle conclut dès lors à l'annulation de la décision du 26 octobre 2011 ;
Qu'elle requiert par ailleurs le rétablissement de l'effet suspensif, s'agissant tant de l'opposition que du recours ;
Qu'invitée à se déterminer sur la question de l'effet suspensif, la caisse-maladie a, par écriture du 14 décembre 2011, rappelé que l'assurée n'avait pas demandé que son opposition soit assortie de l'effet suspensif ; qu'elle relève quoi qu'il en soit s'être acquittée de toutes les factures qui lui sont parvenues, que du reste, la FSASD a confirmé que tel était bien le cas s'agissant de ses factures ; qu'elle considère que les prévisions sur l'issue du litige au fond ne présentent manifestement pas un degré de certitude suffisant pour être prises en considération en faveur de l'assurée ; qu'elle conclut dès lors à ce que la demande de rétablissement de l'effet suspensif soit rejetée ;
Que la cause a été gardée à juger sur la question de l'effet suspensif ;

Considérant en droit
que conformément à l'art. 134 al. 1 let. a ch. 4 de la loi sur l'organisation judiciaire, du 26 septembre 2010 (LOJ; RS
E 2 05
) en vigueur depuis le 1
er
janvier 2011, la Chambre des assurances sociales de la Cour de justice connaît en instance unique des contestations prévues à l’art. 56 de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales, du 6 octobre 2000 (LPGA;
RS 830.1
) relatives à la loi fédérale sur l'assurance-maladie, du 18 mars 1994 (LAMal;
RS 832.10
) ;
Que sa compétence pour juger du cas d’espèce est ainsi établie ;
Qu'interjeté dans le délai légal et la forme prescrite, le recours est recevable (art. 56 et 60 LPGA ; art. 89B de la loi sur la procédure administrative, du 12 septembre 1985 - LPA ; RS
E 5 10
) ;
Que le litige porte sur le montant qui doit être alloué à l'assurée à titre de prestations pour soins à domicile ;
Que l'assurée sollicite préalablement la restitution de l’effet suspensif ;
Que la LPGA ne contient pas de dispositions propres sur l'effet suspensif ; que selon l'art. 55 al. 1 LPGA, les points de procédure qui ne sont pas réglés de manière exhaustive aux art. 27 à 54 LPGA ou par les dispositions des lois spéciales sont régis par la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative (PA;
RS 172.021
) ; que l'art. 56 LPGA, qui concerne le droit de recours, ne règle pas l'effet suspensif éventuel du recours (Ueli KIESER, ATSG-Kommentar, p. 562 ch. m. 16 ad art. 56 et la référence; ATF
129 V 376
consid. 4.3 in fine) ; que l'art. 61 LPGA pose des exigences auxquelles doit satisfaire la procédure devant le tribunal cantonal des assurances, laquelle est réglée par le droit cantonal, sous réserve de l'art. 1 al. 3 PA ; que selon l'art. 1 al. 3 PA, l'art. 55 al. 2 et 4 PA, concernant le retrait de l'effet suspensif, s'applique à la procédure devant les autorités cantonales de dernière instance qui ne statuent pas définitivement en vertu du droit public fédéral ; qu'est réservé l'art. 97 LAVS relatif au retrait de l'effet suspensif pour les recours formés contre les décisions des caisses de compensation ; qu'aux termes de l'art. 97 LAVS, applicable par analogie à l'assurance-invalidité en vertu de l'art. 66 LAI (dispositions applicables en l'espèce, dans leur nouvelle teneur en vigueur depuis le 1er janvier 2003 [arrêt P.-S. du 24 février
2004 I 46
/04]), la caisse de compensation peut, dans sa décision, prévoir qu'un recours éventuel n'aura pas d'effet suspensif, même si la décision porte sur une prestation pécuniaire; au surplus, l'art. 55 al. 2 à 4 PA est applicable ;
Que selon l'art. 11 al. 2 OPGA, l'assureur peut, sur requête ou d'office, retirer l'effet suspensif ou rétablir l'effet suspensif retiré dans la décision ; qu'une telle requête doit être traitée sans délai ; que l'art. 55 al. 3 PA prévoit que l'autorité de recours ou son président peut restituer l'effet suspensif à un recours auquel l'autorité inférieure l'avait retiré ; que la demande de restitution de l'effet suspensif est traitée sans délai ;
Que s'agissant du retrait par l'administration de l'effet suspensif à une opposition ou à un recours ou de la restitution de l'effet suspensif, l'entrée en vigueur de la LPGA et de l'OPGA n'a rien changé à la jurisprudence en la matière (arrêt précité P.-S. du 24 février 2004) ; que d'après la jurisprudence, la possibilité de retirer l'effet suspensif au recours n'est pas subordonnée à la condition qu'il existe, dans le cas particulier, des circonstances tout à fait exceptionnelles qui justifient cette mesure ; qu'il incombe bien plutôt à l'autorité appelée à statuer, en application de l'art. 55 PA, d'examiner si les motifs qui parlent en faveur de l'exécution immédiate de la décision l'emportent sur ceux qui peuvent être invoqués à l'appui de la solution contraire ; que l'autorité dispose sur ce point d'une certaine liberté d'appréciation; qu'en général, elle se fondera sur l'état de fait tel qu'il résulte du dossier, sans effectuer de longues investigations supplémentaires ; qu'en procédant à la pesée des intérêts en présence, les prévisions sur l'issue du litige au fond peuvent également être prises en considération; qu'il faut cependant qu'elles ne fassent aucun doute ; que par ailleurs, l'autorité ne saurait retirer l'effet suspensif au recours lorsqu'elle n'a pas de raisons convaincantes pour le faire (ATF
124 V 88
s. consid. 6a,
117 V 191
consid. 2b et les références) ; que ces principes s'appliquaient également dans le cadre de l'art. 97 al. 2 LAVS (teneur en vigueur jusqu'au 31 décembre 2002; ATF
110 V 46
), applicable par analogie à l'assurance-invalidité en vertu de l'art. 81 LAI (abrogé par la LPGA) ;
Qu'en l'espèce, il y a préalablement lieu de constater que la caisse-maladie n'a pas tranché la question de l'effet suspensif à l'opposition dans sa décision du 26 octobre 2011, l'assurée n'en ayant pas demandé le rétablissement ;
Qu'il s'agit en conséquence uniquement d'examiner la question de l'effet suspensif du recours ; que la caisse-maladie l'a expressément retiré dans sa décision sur opposition ; que l'assurée en demande le rétablissement et invoque à cet égard la jurisprudence du Tribunal fédéral (TF) selon laquelle un coût pour les soins à domicile de 1,9 fois plus élevé que le forfait applicable dans un EMS respecte le critère de l'économicité (K 175/00) ; qu'elle en conclut que les chances de succès de son recours sont évidentes, de sorte que l'effet suspensif doit lui être restitué ;
Que la caisse-maladie considère que tel n'est pas le cas ; qu'elle pourrait au surplus craindre qu'une éventuelle procédure en restitution des prestations versées à tort se révèle infructueuse ;
Qu'il est vrai que selon la jurisprudence du TF, les prévisions sur l'issue du litige au fond ne doivent faire aucun doute ; qu'il sera sans doute nécessaire de mener une étude approfondie de l'ensemble des pièces du dossier quant à la situation médicale notamment, ainsi qu'à la nature et l'étendue des soins à dispenser, afin de déterminer si les soins à domicile constituent véritablement une mesure adéquate et appropriée ; que l'on peut toutefois, en l'état, partir d'emblée de l'idée que cette mesure remplit, selon toute vraisemblance, ces deux critères dans la mesure où elle permet précisément à l'assurée de rester chez elle ; que le critère de l'économicité, compte tenu de la jurisprudence évoquée par son mandataire, est vraisemblablement également respecté ;
Que la Cour de céans constate dès lors qu'à ce stade de la procédure, les chances de succès de l'assurée sur le fond du litige, à la lumière de la jurisprudence fédérale, apparaissent prima faciae telles qu'elles l'emportent sur l'intérêt de la caisse-maladie à l'exécution immédiate de sa décision de réduire le montant de ses prestations ;
Qu'il se justifie, au vu de ce qui précède, d'admettre la demande en restitution de l’effet suspensif ;