Decision ID: fd0595e0-e35f-4b3c-8c7d-a5e95b3e3c8f
Year: 2005
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. A.X._, ressortissant algérien, né le 24 avril 1980, est entré en Suisse le 30 mai 2001 et il a déposé une demande d’asile rejetée le 25 avril 2002 par l’Office fédéral des réfugiés. Le 10 juillet 2002, la Commission suisse de recours en matière d’asile a déclaré irrecevable le recours déposé contre cette décision.
B. En été 2001, A.X._ a rencontré B.Y._, ressortissante française au bénéfice d’une autorisation de séjour CE/AELE, née le 16 février 1982. Ils se sont mariés le 22 février 2002. Aucun enfant n’est issu de cette union.
C. Le 19 août 2003, A.X._ a été mis au bénéfice d’une autorisation de séjour CE/AELE pour regroupement familial. Une demande de naturalisation française facilitée a été déposée en faveur de l’intéressé.
D. Au mois de novembre 2003, B.X._ a quitté le domicile conjugal. Elle a introduit une procédure de divorce le 18 mars 2004.
E. Sur requête du Service de la population (ci-après SPOP), la Police cantonale vaudoise a établi un premier rapport de renseignements sur le couple X._ en date du 4 juin 2004. A.X._ avait rencontré son épouse au mois de juin 2001 ; ils avaient décidé de se marier, mais son épouse l’avait quitté, car elle lui reprochait de rentrer la nuit à des heures tardives. Pour sa part, il n’envisageait pas de divorcer. Il exerçait la profession de serveur au restaurant « C._ », à 2._, et il percevait pour cette activité un salaire mensuel net de Fr. 3'700.-. Ses employeurs l’avaient dépeint comme un collaborateur responsable, ponctuel et motivé. Il était inconnu de l’Office des poursuites et des services de police de sa région. Enfin, hormis l’un de ses frères qui habitait à 2._, toute sa famille était restée en Algérie.
F. B.X._ a été interrogée le 14 juin 2004; après avoir rencontré A.X._ sur leur lieu de travail commun en juillet 2001, ils ont fait ménage commun depuis le mois d’octobre 2001 ; il avait proposé de régulariser sa situation de séjour par un mariage, car son autorisation de séjour N arrivait à échéance. Il avait alors obtenu un permis B et B.Y._ avait déposé une demande de naturalisation française en sa faveur. Pendant la vie commune, l’activité professionnelle de son mari se déroulait principalement la nuit et les époux s’étaient éloignés l’un de l’autre. B.X._ avait pris la décision de quitter le domicile conjugal. Elle en avait parlé à son époux auparavant, mais ce dernier n’aurait pas opposé de résistance à ce départ, son seul souci était uniquement de conserver ses documents de séjour. Les conjoints n’auraient gardé aucun contact. B.X._ est autonome financièrement.
G. Le 15 juin 2004, la Police cantonale vaudoise a établi un second rapport de renseignements ; B.X._ avait estimé avoir été trompée par son époux, celui-ci ayant profité de sa naïveté pour régulariser sa situation de séjour en Suisse. Elle ne s’était rendue compte que récemment des réelles motivations de son conjoint. Depuis leur séparation au mois de novembre 2003, ils n’avaient communiqué que par l’intermédiaire de leurs avocats.
H. Le 24 juin 2004, le SPOP a révoqué l’autorisation de séjour de A.X._; le couple n’ayant plus de contacts et une procédure de divorce étant en cours, le motif initial de l’autorisation de séjour devait être considéré comme atteint. Ainsi, le fait de se prévaloir d’un mariage vidé de toute substance pour conserver le bénéfice de son titre de séjour était constitutif d’un abus de droit.
I. Le 21 juillet 2004, le mandataire de B.X._ a informé l’avocat de son époux que si sa cliente avait renoncé à déposer une demande en divorce, c’était uniquement pour le motif que les conditions légales à respecter dans le cadre d’une demande unilatérale n’étaient pas réalisées pour l’instant. Toutefois, cette demande allait être déposée au printemps 2005.
J. Le 23 juillet 2004, A.X._ a recouru contre la décision du SPOP du 24 juin 2004 au Tribunal administratif en concluant au renouvellement de son autorisation de séjour CE/AELE. Le 24 août 2004, le SPOP a déposé ses déterminations en concluant au rejet du recours.

Considérant en droit
1. a) Aux termes de l'art. 1er let. a de la loi fédérale du 26 mars 1931 sur le séjour et l’établissement des étrangers (ci-après LSEE), cette loi n'est applicable aux ressortissants des Etats membres de la Communauté européenne et aux membres de leur famille que si l’Accord du 21 juin 1999 entre la Confédération suisse, d’une part, et la Communauté européenne et ses Etats membres, d’autre part, sur la libre circulation des personnes (ci-après ALCP), entré en vigueur le 1er juin 2002, n'en dispose pas autrement ou si la LSEE prévoit des dispositions plus favorables. Selon l'art. 7 let. d et e ALCP, les parties contractantes règlent, conformément à l'annexe I, notamment le droit de séjour des membres de la famille et le droit pour ces derniers d'exercer une activité économique quelle que soit leur nationalité. L'art. 3 al. 1 annexe I ALCP prévoit que les membres de la famille d'une personne ressortissante d'une partie contractante ayant un droit de séjour ont le droit de s'installer avec elle. L’art. 3 al. 2 let. a annexe I ALCP précise que sont considérés comme membres de la famille, quelle que soit leur nationalité, le conjoint et les descendants de moins de 21 ans ou à charge. L'art. 3 al. 5 annexe I ALCP indique que le conjoint et les enfants de moins de 21 ans ou à charge d'une personne ayant un droit de séjour, quelle que soit leur nationalité, ont le droit d'accéder à une activité économique. Ainsi, le conjoint d'un travailleur communautaire a le droit de s'installer avec lui et d'accéder à une activité économique.
b) Selon la jurisprudence, l'art. 3 annexe I ALCP confère au conjoint étranger d'un travailleur communautaire disposant d'une autorisation de séjour (ou, a fortiori, d'une autorisation d'établissement) en Suisse des droits d'une portée analogue à ceux dont bénéficie le conjoint étranger d'un citoyen suisse en vertu de l'art. 7 al. 1 LSEE. Par conséquent, comme les étrangers mariés à un citoyen suisse, les étrangers mariés à un travailleur communautaire jouissent, en principe, d'un droit de séjour en Suisse pendant toute la durée formelle du mariage, étant entendu qu'ils n'ont pas à vivre "en permanence" sous le même toit que leur époux pour être titulaires d'un tel droit (arrêt du Tribunal fédéral du 22 juin 2004, 2A.345/2004 ; ATF 130 II 113). Ce droit n'est néanmoins pas absolu. D'une part, l'art. 3 annexe I ALCP ne protège pas les mariages fictifs. D'autre part, en cas de séparation des époux, il y a abus de droit à invoquer cette disposition lorsque le lien conjugal est vidé de toute substance et que la demande de regroupement familial vise uniquement à obtenir une autorisation de séjour pour l'époux du travailleur communautaire. A cet égard, les critères élaborés par la jurisprudence rendue à propos de l'art. 7 al. 1 LSEE s'appliquent "mutatis mutandis" afin de garantir le respect du principe de non discrimination inscrit à l'art. 2 ALCP et d'assurer une certaine cohésion d'ensemble au système.
Selon la jurisprudence relative à l'art. 7 al. 1 LSEE, le mariage n'existe plus que formellement lorsque l'union conjugale est rompue définitivement, c'est-à-dire lorsqu'il n'y a plus d'espoir de réconciliation. Les causes et les motifs de la rupture ne jouent pas de rôle (arrêt du Tribunal fédéral du 22 juin 2004, 2A.345/2004 ; ATF 130 II 113 consid. 4 2; 128 II 145 consid. 2; 127 II 49 consid. 5a et 5d). L'existence d'un tel abus ne peut pas être déduite de l'ouverture d'une procédure de divorce - ou de mesures protectrices de l'union conjugale -, ni du fait que les époux ne vivent plus ensemble. Des indices clairs doivent démontrer que la poursuite de la vie conjugale n'est plus envisagée et qu'il n'existe plus de perspective à cet égard (arrêt du Tribunal fédéral du 22 juin 2004, 2A.345/2004 ; ATF 130 II 113 consid. 10.2; 128 II 145 consid. 2).
c) Dans le cas particulier, les époux X._ vivent séparés depuis le mois de novembre 2003. B.X._ a déclaré ne correspondre avec son époux que par l’intermédiaire de leurs mandataires. Pour sa part, le recourant n’a pas allégué entretenir des contacts avec son épouse. Une procédure en divorce a été introduite par B.X._ en mars 2004 ; elle n’a pas mené la procédure de divorce jusqu’à sa fin, non en raison de son refus de divorcer, mais parce que celle-ci n’aurait manifestement pas abouti. En effet, les conditions prévues aux art. 114 et 115 CC pour déposer une demande unilatérale en divorce n’étaient pas remplies. L’art. 114 CC exige une durée minimale de suspension de la vie commune de deux ans au moment de la litispendance pour qu’un époux puisse demander le divorce. Quant à l’art. 115 CC, il prévoit qu’un époux peut demander le divorce avant l’expiration du délai de deux ans, lorsque des motifs sérieux qui ne lui sont pas imputables rendent la continuation du mariage insupportable. L’épouse du recourant a déclaré avoir été trompée par son conjoint, lequel aurait profité de ses sentiments pour régulariser sa situation de séjour. Enfin, le fait que le mandataire du recourant ait proposé à l’avocat de B.X._ de créer une apparence de vie conjugale démontre à satisfaction que cette vie n’existe plus et qu’aucun des époux ne souhaite la reprendre. Le recourant invoque ainsi abusivement un mariage dénué de toute substance dans le seul but de conserver le bénéfice de son autorisation de séjour.
2. a) Cela étant, en présence d'un abus de droit à invoquer l'art. 7 al. 1 LSEE, il faut examiner, comme en cas de divorce, si au regard des critères posés par les Directives de l'Office fédéral des migrations (Directives LSEE, ch. 654), les circonstances peuvent plaider en faveur du renouvellement des conditions de séjour du recourant (dans ce sens arrêts TA PE 99/0133 du 26 octobre 1999 et PE 00/0472 du 19 février 2001). Les critères déterminants sont à cet égard la durée du séjour, les liens personnels avec la Suisse, la situation professionnelle, la situation économique et du marché de l'emploi, le comportement de l'étranger ainsi que son degré d'intégration. Les autorités décident en principe librement (art. 4 LSEE).
b) Dans le cas d'espèce, la durée du séjour de A.X._ peut être qualifiée de moyenne et la vie commune avec son épouse de relativement brève. Le couple n'a pas eu d'enfants ; hormis l’un de ses frères, le recourant n'a pas de parents proches dans le canton de Vaud. Il a régulièrement exercé une activité lucrative et son comportement n'a jamais donné lieu à des plaintes. Il n'établit pas être particulièrement bien intégré au tissu social de son lieu de résidence.
En définitive, la durée du séjour, la relative brièveté de la vie conjugale, l'absence de liens familiaux étroits et l'intégration peu développée du recourant l'emportent sur son bon comportement et les renseignements favorables au sujet de son activité professionnelle. En fin de compte, le recourant n'a pas vécu assez longtemps dans le canton de Vaud et n'y a pas tissé de liens si étroits que son départ ne puisse plus être exigé.
3. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. Vu le sort du recours, l’émolument de justice sera mis à la charge du recourant (art. 55 al. 1 LJPA). Un nouveau délai doit lui être imparti pour quitter le territoire vaudois (art. 12 al. 3 LSEE).