Decision ID: 4de56760-abee-5453-9b1b-3d25b9ce6e91
Year: 2005
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_003
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
a) E_, association composée de plusieurs milliers de membres - dont le siège était, jusqu’au 10 octobre 2003, à Genève avant d’être transféré à Bienne - a engagé, le 1
er
mai 1973, T_, né en 1948, en qualité de responsable du département sportif.
La lettre de confirmation d’engagement, adressée à T_ le 24 février 1973 indiquait que celui-ci devait commencer son travail le mardi 1
er
mai 1973 à 8 heures.
b) T_ est, par la suite, devenu directeur du secrétariat général de E_ avec quatre secrétaires sous ses ordres. Ils étaient les seuls employés de E_.
Selon les statuts de E_ de 1992, valables jusqu’à leur modification en 2004, les organes de l’association sont constitués de l’Assemblée générale (AG), du Conseil de direction (CD), du Bureau central (BC) ainsi que des commissions permanentes et du Tribunal sportif national (art. VII/1).
L’art. VII/12 des statuts précités indiquait que l’administration et la direction générale de E_ sont confiées à un CD, composé d’un président, d’un trésorier, de trois vice-présidents, de six membres ainsi que des présidents des commissions permanentes. Ce CD est responsable de la gestion des biens et des affaires de E_ qu’il représente, notamment, auprès de toutes les instances judiciaires et tranche « toutes questions de nature à intéresser l’association » ; en particulier, il a pour tâche de « ratifier toutes dépenses dans les limites budgétaires fixées par l’AG, de décider de tout placement, emploi, retrait des fonds disponibles, de fixer les indemnités, à l’exception de celles qui lui sont attribuées, de constituer toutes les commissions ou groupe de travail spéciaux, de nommer les membres de la commission de chronométrage, de confier les missions particulières au BC ou à une ou plusieurs personnes, qui agissent en qualité de délégués, en se réservant la compétence de définir leurs mandats et contrôler leurs travaux, de prendre toutes dispositions pour convoquer l’AG, de décider des ententes avec d’autres associations ou sociétés, de représenter E_ auprès des pouvoirs publics, des autorités ou associations suisses ou étrangères » et, enfin, de « prendre position et de trancher toutes les questions concernant E_ dont la solution n’est pas expressément réservée à l’AG par les statuts » (art. VII/13).
L’administration de E_ fait l’objet de l’art.X/1 des statuts qui a la teneur suivante :
« Le secrétariat de E_.
Le secrétariat général est dirigé par un directeur qui a la responsabilité de l’administration générale et de la gestion du personnel. Il signe le courrier courant.
Le directeur doit suivre la ligne de conduite établie par le CD et obtenir l’approbation du président de E_ pour les mesures qu’il prend. Un cahier des charges fixe les compétences et obligations.
Il doit sauvegarder les intérêts et l’image de E_ et attirer l’attention des responsables de E_ sur tout ce qui, à son avis, peut être contraire aux intérêts de E_.
Le directeur peut être chargé par le président central de toute représentation officielle de E_.
Le directeur assiste aux séances des organes avec voix consultative.
En dehors des communications confidentielles qui pourront être adressées au président, toutes les communications officielles et toutes la correspondance doivent être envoyées au secrétariat de E_ ».
Selon l’art. X/2 des mêmes statuts :
« Le secrétariat a la tâche de rédiger les procès-verbaux de l’AG, des séances du CD et du BC et, sur la base des informations reçues, des commissions. Un extrait des procès-verbaux de l’AG et du CD est publié dans le journal officiel. Le résumé des délibérations est conservé pendant 10 ans. Les procès-verbaux servent de pièces justificatives dans toute contestation de nature juridique ».
c) Par courrier recommandé du 10 mars 2003, E_ a résilié le contrat de travail de T_ pour le 30 septembre 2003, pour des raisons d’ordre économique et de restructuration, s’engageant à verser à son ex-employé une indemnité pour longs rapports de travail.
d) Par lettre de son avocat du 16 avril 2003, T_ a demandé à E_ de lui verser une indemnité équivalant à huit mois de salaire (soit 88'000 fr.), compte tenu de « la position dirigeante » qu’il exerçait.
e) Durant le délai de congé, T_ a été en arrêt maladie à 100% du 4 au 17 août 2003, puis du 24 septembre au 3 novembre 2003.
f) Selon l’attestation de salaire du 10 décembre 2003, E_ a versé à T_ les sommes brutes suivantes :
- 32'010 fr. à titre de salaire pour les mois de septembre à novembre 2003 ;
- 9'781 fr. à titre de treizième salaire ;
- 22'000 fr. à titre de d’indemnité pour longs rapports de travail.
Les indemnités de déplacement et de représentation pour les mois de septembre à novembre 2003, respectivement de 500 fr. et de 300 fr., ne lui ont pas été payées. Par ailleurs, une extourne de 2'540 fr. à titre d’heures supplémentaires, a été déduite du montant total versé à l’intéressé.
B.
a) Par demande déposée au greffe de la juridiction des prud’hommes le 12 mars 2004, T_ a assigné E_ en paiement d’un montant de 208'543.70, avec intérêts, soit :
- 203’593 fr. 70 à titre d’heures supplémentaires ;
- 2'400 fr. à titre d’indemnité de frais de déplacement et de représentation pour les mois de septembre à novembre 2003 ;
- 2'540 fr. à titre d’heures supplémentaires payées au mois d’avril 2003, puis extournées sur son décompte salaire du 10 décembre 2003.
T_ a également sollicité la remise d’un certificat de travail « conforme à la loi ».
Dans sa demande, T_ a exposé que, durant toute la durée de son activité au sein de E_, il avait entretenu d’excellents rapports tant avec les autres organes de la fédération qu’avec les présidents successifs de celle-ci, mais que, vers la fin des années 1990, il avait commencé à subir certaines pressions et « chicaneries » de la part du nouveau président central de l’association, A_. T_ accusait ce dernier d’avoir « intrigué, dans le seul but de porter préjudice » à sa fonction et sa personne.
S’agissant des heures supplémentaires réclamées, l’intéressé a produit des décomptes, établis par ses soins, pour les années 1998 à 2003 et trois décomptes de frais de déplacement pour la période de 1998 à 2000. Il a affirmé que les heures supplémentaires étaient démontrées par des notes de frais y relatives, approuvées par les instances dirigeantes de E_ ; par ailleurs, il avait attiré l’attention desdites instances à de nombreuses reprises sur la quantité de ses heures supplémentaires accumulées durant les dernières années. A cet égard ( p. 7, ch. 33 et 34 de sa demande, avec références aux pièces 4 et 11 de son chargé du 12.03.2004), il a produit deux procès verbaux, l’un du BC du 16 novembre 2000 (indiquant que la séance avait duré de 14h15 à 18h15, mais ne contenant aucune mention d’heures supplémentaires ; en revanche, il y est relevé que « comme de coutume depuis plus de 25 ans, le secrétariat restera fermé entre Noël et Nouvel An. Reprise le mercredi 3 janvier 2001 »), l’autre du CD du 11 octobre 2002 (où il est mentionné que T_ « précise que deux secrétaires et lui-même ont accumulé à ce jour l’équivalent de deux mois de travail en heures supplémentaires » et qu’il « présente un tableau de la masse salariale des dix dernières années » ).
S’agissant de l’appréciation portée par E_ au sujet de l’importance de son activité, T_ s’est référé, d’une part, à un procès-verbal de la séance du CD du 24 mars 2000 dans lequel il était indiqué qu’il n’avait « aucune compétence de décision et qu’il ne s’agit que d’un simple employé de E_ » et, d’autre part, au fait que le président central de E_ avait souhaité procéder à la modification « terminologique » de certaines appellations de l’administration générale, dont le titre qu’il portait, qui passait de « directeur » à celui de « secrétaire exécutif ».
Par ailleurs, T_ a invoqué la jurisprudence du Tribunal fédéral concernant les cadres dirigeants n’ayant pas droit à la rémunération des heures supplémentaires effectuées, sauf, notamment, lorsque le nombre d’heures de travail avait strictement été défini, ce qui, selon lui, avait été son cas puisqu’il avait été convenu contractuellement d’un horaire de travail de 40 heures par semaine.
b) Dans ses écritures responsives, E_ a conclu au déboutement du demandeur de toutes ses conclusions. Elle a expliqué que la modification « terminologique » du titre de T_ avait pour but la suppression d’une confusion à cet égard. Quant à l’affirmation figurant dans le procès-verbal de la séance du CD du 24 mars 2000 au sujet de T_, elle a expliqué qu’il s’agissait de rectifier une situation à laquelle l’intéressé avait donné une « apparence illégitime ».
Concernant les heures supplémentaires dont son ex-employé réclamait le paiement, E_ a contesté la réalité desdites heures, faisant valoir qu’en 30 ans de service T_ n’avait jamais émis la moindre prétention à ce titre ni n’avait jamais tenu une comptabilité régulière desdites heures supplémentaires, les décomptes qu’il avait produits dans le cadre de la présente procédure ayant été confectionnés
a posteriori
par ses soins en date du 25 juillet 2003, soit plus de 6 ans après l’exécution des premières heures supplémentaires censées avoir été accomplies. A cet égard, E_ a indiqué que T_ exerçait une fonction dirigeante, compte tenu de son salaire élevé, correspondant à celui d’un directeur au sens des recommandations de la Société suisse des employés de commerce, du fait qu’il aménageait son horaire de travail comme bon lui semblait, sans aucune contrainte imposée par la direction, et de l’importance de ses tâches.
c) Lors de l’audience du 30 juin 2004, T_ a notamment affirmé n’avoir jamais demandé le paiement d’heures supplémentaires avant sa demande en justice « par peur de perdre sa place », soutenant que A_ était au courant desdites heures qu’il lui avait annoncées « aussi bien oralement que par écrit ».
T_ a également indiqué que, dans la cadre de sa fonction au sein de E_, il « avait la signature » pour le courrier courant mais pas pour les affaires qui engageaient l’association, qu’il avait une signature collective avec un membre de la direction pour les paiements à effectuer, mais sans avoir de compétence au niveau du budget et que c’était le CD qui avait le pouvoir d’engager le personnel.
E_, pour sa part, a expliqué que les 2'450 fr. payés à T_ à titre d’heures supplémentaires l’avaient été consécutivement à la demande pressante de l’intéressé et que c’était son comptable qui avait payé lesdites heures « sans l’aval des personnes compétentes », raison pour laquelle cette somme avait été retenue par la suite sur le salaire de l’intéressé.
Enfin, E_ a reconnu que T_ lui avait fait part de l’accomplissement d’heures supplémentaires, mais à une seule reprises et de manière « plutôt vague », aucune demande formelle de rémunération de telles heures lui ayant été soumise en dehors de ce cas.
d) Le Tribunal a procédé à l’audition de témoins dont les déclarations sont reprises dans la mesure utile ci-dessous dans la partie En droit.
e) Par chargé complémentaire du 20 juillet 2004, T_ a produit devant le Tribunal, entre autres documents, les copies des procès-verbaux des séances auxquelles il avait assisté entre 1998 et 2002, les copies de son agenda personnel pour les années 2000 à 2003, les copies de ses fiches de notes de frais pour les années 2000 à 2003, son cahier des charges selon les statuts de E_ 1992 et, enfin, une lettre adressée à A_ le 5 janvier 2000.
f) Dans sa détermination au sujet des pièces susmentionnées, E_ a soutenu qu’aucun des documents produits ne faisait état de prétentions de son ex-employé à titre d’heures supplémentaires annoncées oralement ou par écrit et que les notes de frais produites ne démontraient en rien l’accomplissement d’heures supplémentaires ni l’autorisation pour T_ de se rendre à quelque manifestation que ce soit. De même, les extraits de l’agenda de son ex-employé produits n’établissaient pas l’accomplissement d’heures supplémentaires et n’étaient, de surcroît, accompagnés d’aucun document autorisant à les effectuer au sens de l’article X/1 des statuts de 1992 de E_, A_ n’ayant, pour sa part, jamais délivré de telles autorisations depuis son arrivée au sein de l’association en 1999.
E_ a produit un décompte d’heures supplémentaires de l’épouse de T_, les statuts de E_ de 1992 et 2004, ainsi qu’un courrier électronique du 11 août 2003, émanant de T_ dans lequel celui-ci indiquait être le directeur de E_ et n’avoir pas à se référer au nouveau secrétaire général « pour s’adresser aux clubs ».
Enfin, E_ a soutenu que le courrier que T_ avait adressé le 5 janvier 2000 à A_, indiquant que le secrétariat fermait entre Noël et Nouvel-An, qu’un pont était effectué après l’Ascension et le Jeûne genevois, « mettait à zéro les prétentions de son ex-employé d’heures supplémentaires à fin 2000 ».
g) Par jugement daté du 25 août 2004, notifié le 26 novembre 2004, le Tribunal des prud’hommes a débouté T_ de toutes ses conclusions, au motif que les 2603,5 heures supplémentaires dont il réclamait le paiement pour la période de 1998 à 2003 n’avaient pas été prouvées. Les premiers juges ont considéré que, même si l’on admettait le contraire, T_ devait de toute façon être débouté de ses prétentions, dans la mesure où il exerçait une position dirigeante au sein de l’association, ce qui se « traduisait » par un salaire important et des frais de déplacement et de représentation payés treize fois l’an, ce qui correspondait, selon l’expérience générale de la vie, à la rémunération d’un cadre supérieur. De surcroît, T_ organisait son travail à sa guise, ce qui lui permettait de récupérer d’éventuelles heures supplémentaires accomplies. Enfin, la prétendue renonciation de l’intéressé à réclamer le paiement d’heures supplémentaires durant les 30 années de service passées au sein de E_ par peur d’être licencié n’apparaissait pas, au vu des circonstances, très vraisemblable, dans la mesure, notamment, où s’il avait rencontré des problèmes relationnels avec le nouveau président central, tel n’était pas le cas avec les prédécesseurs de celui-ci avec lesquels il s’était bien entendu.
B.
a) Par acte posté le 27 décembre 2004, T_ appelle de ce jugement dont il sollicite l’annulation, reprenant intégralement ses conclusions de première instance.
b) L’intimée conclut au déboutement de T_ de toutes ses conclusions et à la confirmation du jugement entrepris.
c) Lors de l’audience du 4 mai 2005, la Cour de céans a procédé à l’audition de trois témoins.
Leurs déclarations, ainsi que les arguments des parties et les pièces pertinentes qu’elles ont produites seront repris dans la mesure utile ci-dessous.

EN DROIT
1.
Interjeté dans les forme et délai prévus à l’art. 59 de la loi sur la juridiction des prud’hommes (LJP), l’appel est recevable.
2.
L’appelant réclame le paiement, d’une part, de 203'593 fr. 70 au titre de 2603,5 heures supplémentaires qu’il dit avoir accomplies entre 1998 et 2003, et, d’autre part, des 2'450 fr. qui lui ont été extournés avec son salaire du 10 décembre 2003, après lui avoir été payés, au mois d’avril 2003, à titre d’heures supplémentaires.
2.1. A teneur de l’art. 321c al. 1 CO, si les circonstances exigent des heures de travail plus nombreuses que ne le prévoit le contrat ou l’usage, un contrat-type de travail ou une convention collective, le travailleur est tenu d’exécuter ce travail supplémentaire dans la mesure où il peut s’en charger et où les règles de la bonne foi permettent de le lui demander.
L’al. 3 de cette disposition précise que l’employeur est tenu de rétribuer les heures de travail supplémentaires qui ne sont pas compensées par un congé en versant le salaire normal majoré d’un quart au moins, sauf clause contraire d’un accord écrit, d’un contrat-type de travail ou d’une convention collective.
En l’absence d’un accord formellement valable et antérieur à l’accomplissement des heures supplémentaires en cause, le droit à la rémunération de telles heures revêt un caractère impératif, si bien que l’art. 341 al. 1 CO s’oppose à ce que le travailleur renonce à ses prétentions à ce titre pendant le contrat et le mois qui suit la fin de celui-ci (ATF
124 III 469
consid. 3a p. 473 ;
126 III 337
consid. 7b p. 344).
Il appartient au travailleur de prouver, d’une part, qu’il a accompli des heures supplémentaires et, d’autre part, que celles-ci ont été ordonnées par l’employeur ou qu’elles étaient nécessaires à la sauvegarde des intérêts légitimes de ce dernier (BRUNNER/BUHLER/WAEBER, Commentaire du contrat de travail, 2
ème
éd., p. 32 ; STREIFF/VON KAENEL, Leitfaden zum Arbeitsvertragsrecht , 5
ème
éd., n. 10, p. 82 ; Matthias MULLER, Die rechtliche Behandlung der Ueberstundenarbeit, thèse Zürich 1986, p. 59). Par ailleurs, l’employeur est tenu à rémunération lorsqu’il n’a émis aucune protestation, tout en sachant que le travailleur effectuait des heures supplémentaires, et que ce dernier a pu déduire de ce silence que lesdites heures étaient approuvées (ATF
86 II 155
, consid. 2 p. 157) ; ce n’est que si le travailleur prend l’initiative d’accomplir des heures supplémentaires contrairement à la volonté de l’employeur ou à son insu que la qualification d’heures supplémentaires au sens de l’art. 321c CO prêtera à discussion (ATF
116 II 69
consid. 4b et les références).
Lorsque le travailleur a prouvé avoir effectué des heures supplémentaires dont le nombre ne peut plus être établi de manière exacte, le juge pourra en faire l’estimation par application analogique de l’art. 42 al. 2 CO ; le travailleur devra toutefois alléguer et prouver, dans la mesure du possible, toutes les circonstances qui permettent d’apprécier le nombre d’heures supplémentaires exécutées, car la conclusion selon laquelle les heures alléguées ont effectivement été fournies doit s’imposer au juge avec une certaine force (ATF non publié du 19.07.2002 4.364/2001, consid. 2.2 ; ATF
123 III 84
consid. 4a non publié ; cf. également Matthias MULLER, op. cit., p. 59).
En principe, la notion d’heures supplémentaires est étrangère aux cadres de l’entreprise dans la mesure où on peut attendre d’un employé dirigeant qu’il fournisse, en qualité et en quantité, une prestation plus importante que la norme en usage dans l’entreprise. Dans la règle, le cadre dirigeant ne peut donc prétendre à la rémunération des heures supplémentaires, car le surcroît de travail est compensé par un salaire de base plus élevé. Cette règle n’est toutefois pas valable si les parties ont expressément prévu dans le contrat de travail une indemnisation des heures supplémentaires ou lorsque le nombre d’heures de travail a été strictement défini ou encore si le cadre a assumé des tâches dont on doit admettre qu’elles dépassent les limites fixées par son cahier des charges ou que l’ensemble du personnel accomplit un nombre considérable d’heures supplémentaires durant une longue période (ATF du 1.09.1992 in JAR 1994 p. 137 et la jurisprudence citée ; CAPH 27.05.1999 in JAR 2000 p. 150).
En revanche, si l’intéressé a accompli un travail supplémentaire selon l’art. 13 al. 1 de la loi sur le travail (ci après LTr), soit un travail qui dépasse la durée maximale hebdomadaire légale autorisée définie à l’art. 9 al. 1 LTr (45 heures pour les travailleurs occupés dans les entreprises industrielles ainsi que pour le personnel de bureau, le personnel technique et les autres employés, y compris pour le personnel de vente des grandes entreprises de détail ; 50 heures pour tous les autres travailleurs), l’employeur est tenu de rétribuer ce travail supplémentaire par un supplément de salaire d’au moins 25% à partir de la 61
ème
heure supplémentaire accomplie dans l’année civile.
L’art. 3 lit. d LTr exclut du champ d’application de la LTr notamment les travailleurs exerçant une « fonction dirigeante élevée ».
2.2. En l’occurrence, force est tout d’abord de constater que l’appelant occupait une fonction de cadre dirigeant au sein de E_.
2.2.1. Il apparaît, en effet, que T_ avait la responsabilité, en tant que directeur du secrétariat, de gérer seul, avec quatre secrétaires sous ses ordres, l’administration générale et la gestion du personnel ainsi que des affaires courantes d’une association comportant plusieurs milliers de membres. Il devait également sauvegarder les intérêts et l’image de E_ et attirer l’attention des responsables de E_ sur tout ce qui, à son avis, pouvait être contraire aux intérêts de l’association. Il pouvait être chargé, par le président central, de toute représentation officielle de E_. Il assistait aux séances des organes de l’association, avec voix consultative. En dehors des communications confidentielles qui pouvaient être adressées au président, toutes les communications officielles et toute la correspondance devaient être envoyées au secrétariat de E_. Le secrétariat avait aussi la tâche de rédiger les procès-verbaux - servant de pièces justificatives dans toute contestation de nature juridique - de l’AG, des séances du CD et du BC et, sur la base des informations reçues, des commissions.
Certes, T_ devait suivre les lignes directrices définies par les organes de l’association, mais c’était à lui qu’incombait d’appliquer les décisions prises par ces organes et de s’assurer de leur mise en œuvre. Sa participation aux séances des organes de E_ était du reste très active, comme cela ressort des divers procès-verbaux de celles-ci versés à la procédure. En réalité, l’appelant était au courant de tout ce qui se passait au sein de l’association et quasiment le seul à disposer - comme c’est souvent le cas de celui qui assume seul la direction du secrétariat général d’un organisme, de quelque nature qu’il soit - d’une vue d’ensemble sur tout ce qui concernait E_, ayant ainsi dans la gestion des affaires de l’association une importance et une influence que les statuts ne reflétaient qu’imparfaitement.
Au demeurant, l’appelant avait la conviction d’être un cadre dirigeant de E_ si l’on se rapporte à sa façon de répondre aux injonctions de A_ («