Decision ID: c37c63c7-98d0-46a7-9b62-d841d303d5d7
Year: 2005
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Le 15 octobre 2004, le Ministère public de la Confédération (ci-après: MPC) a ouvert une enquête de police judiciaire contre B. ainsi que C. et A. pour blanchiment d'argent. Il est reproché aux précités d'avoir reçu et écoulé des valeurs patrimoniales provenant de détournements de fonds publics  en Russie dès 1995 par D. qui, en sa qualité de directeur général de la société E.", s'était vu confier d'importants travaux de construction en  avec l'aménagement de la ceinture routière de la ville de Z.. Ce dernier aurait détourné un montant de l'ordre de 103 millions de roubles, équivalent à quelque 20 millions de US$, qui ont dans un premier temps été déposés sur le compte d'une société F. auprès d'une banque moscovite, avant d'être transférés, en partie tout au moins, sur des comptes dont les frères A. et C. ainsi que B. avaient la maîtrise, notamment auprès de la banque G. à . D. a été inculpé en Russie et détenu préventivement pendant près de deux ans. Il serait en attente de jugement. Dans le cadre de leur enquête, les autorités russes ont adressé à la Suisse en 2000, puis en 2002, des commissions rogatoires qui ont été exécutées en 2004.
B. A. vit en Suisse depuis 1992 avec sa femme. Titulaire d'un permis B, il possède un chalet à Y. (Valais), où il a rejoint la famille de son frère, C., qui s'y était précédemment installé. En 2000, il a participé à l'augmentation du capital de la société H. SA à concurrence de Fr. 1'000'000.-- et il travaille dans la société I. SA dont le siège est à X. (Vaud) et qui appartient à son frère. Il dispose aussi d'un appartement à Omsk (Russie).
Le 16 novembre 2004, le MPC a procédé à une perquisition des résidences valaisannes des frères A. et C. et de B., ainsi que des locaux occupés par I. SA. Le même jour, les frères A. et C. ont été entendus par la police en qualité de prévenus. Divers actes d'enquête ont été effectués depuis lors.
C. Le 8 juin 2005, A. a été arrêté sur mandat du MPC et inculpé de  d'argent au sens de l'art. 305bis CP. L'arrestation a été confirmée le lendemain par l'Office du juge d'instruction cantonal du Valais.
Par requêtes séparées du 4 juillet 2005, A. a sollicité, d'une part, sa mise en liberté provisoire, et, d'autre part, l'accès intégral au dossier du MPC, ce qui lui a été refusé le 8 juillet, le MPC lui remettant toutefois quelques  complémentaires tirées du dossier.
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D. Par acte du 18 juillet 2005, A. recourt contre cette décision. Il conclut à sa mise en liberté immédiate et à l'accès intégral au dossier de l'enquête  contre lui. Dans sa réponse du 28 juillet 2005, le MPC conclut au rejet du recours. Dans sa réplique du 3 août 2005, A. maintient ses conclusions.
E. La possibilité de se déterminer sur le résumé des pièces que le MPC  garder confidentielles a été offerte à A.. Par courrier du 18 août 2005, ce dernier conclut à ce qu'il soit statué sur la base des pièces en  de la Cour des plaintes.
Les arguments invoqués par les parties seront repris si nécessaire dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1. 1.1 La Cour des plaintes examine d'office et en toute cognition la recevabilité
des plaintes et recours qui lui sont adressés (ATF 122 IV 188, 190 consid. 1 et arrêts cités).
1.2 L'inculpé peut demander en tous temps d'être mis en liberté (art. 52 ch. 1 PPF). En cas de refus du juge d'instruction ou du procureur général, la  peut faire l'objet d'un recours à la Cour des plaintes dans un délai de cinq jours, de même qu'il peut se plaindre dans le même délai de toute opération ou omission du procureur général (art. 52 ch. 2, 105bis al. 2 et 217 PPF). La décision querellée a été notifiée le 8 juillet au conseil du , auquel elle est parvenue le 11. Le délai de recours échéant en l'espèce le samedi 16 juillet, le recours formé le 18 l'a été en temps utile (art. 32 al. 2 OJ applicable par renvoi de l'art. 99 al. 1 PPF; art. 1 de la loi fédérale sur la supputation des délais comprenant un samedi; RS 173.110.3).
2. 2.1 Selon l’art. 44 PPF, la détention préventive présuppose l’existence de gra-
ves présomptions de culpabilité. Il faut en outre que la fuite de l’inculpé soit
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présumée imminente ou que des circonstances déterminées fassent  qu’il veut détruire les traces de l’infraction ou induire des témoins ou coïnculpés à faire de fausses déclarations ou compromettre de quelque  façon le résultat de l’instruction. La détention préventive doit ainsi  aux exigences de légalité, d’intérêt public et de proportionnalité qui découlent de la liberté personnelle (art. 10 al. 2, 31 al. 1 et 36 Cst) et de l’art. 5 CEDH (arrêt du Tribunal pénal fédéral BH.2005.18 du 2 août 2005 consid. 4.1).
L’intensité des charges justifiant une détention n’est pas la même aux  stades de l’instruction pénale. Des soupçons encore peu précis  être considérés comme suffisants dans les premiers temps de l’enquête, mais la perspective d’une condamnation doit paraître  après l’accomplissement de tous les actes d’instruction  (arrêt du Tribunal pénal fédéral BH.2005.14 du 22 juin 2005 consid. a5; ATF 116 Ia 143, 146 consid. 3c; arrêts du Tribunal fédéral 1S.3/2004 et 1S.4/2004 du 13 août 2004 consid. 3.1).
2.2 Le recourant conteste sa culpabilité sans se prononcer sur la validité des charges retenues contre lui. Il nie l'existence d'un risque de fuite ou de . Le MPC considère en revanche que toutes les conditions sont  pour légitimer le maintien de la détention.
2.3 Il ressort des demandes d'entraide adressées à la Suisse par les autorités russes et des pièces saisies auprès de la banque G. que D. a détourné, à son profit ou au profit de tiers, des fonds publics à hauteur de quelque 20 millions de US$ qui lui avaient été confiés pour réaliser des travaux , en usant de fausses factures de sous-traitance et de réceptions  de travaux inexistants. Un tel comportement est punissable en Russie et est susceptible de tomber sous le coup de plusieurs dispositions du code pénal suisse réprimant des crimes. Après avoir transité par les comptes de la société F., les fonds ont été versés en tout ou partie, essentiellement en 1996 et 1997, sur les comptes de diverses sociétés, notamment K. Ltd (compte n° tt. à la banque G. à Genève) et L. Ltd (compte uu. à la banque G. à Genève) qui, à leur tour, les ont reversés sur des comptes dont les  A. et C. ainsi que B. sont titulaires à la banque G. à Genève (act. 5.1 p. 2-5, 5.8 p. 12-13). L'analyse de ces derniers comptes révèle par ailleurs que, à la même époque, plusieurs millions de US$ ont transité par les comptes ouverts les 07.05.96 et 28.04.97 par C. (comptes n° vv. et ww.) avant d'être reversés à I. Ltd ou à d'autres sociétés, ainsi qu'à A. à hauteur de Fr. 1'500'000.-- au moins, et par les comptes ouverts les 06.09.96 et 19.11.97 par ce dernier (comptes n° xx. et yy.), sans que les activités  avouées des inculpés permettent de justifier de tels  (act. 5.6, 5.7). Les déclarations pour le moins vagues du recourant
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selon lesquelles les fonds investis dans H. SA proviendraient de prêts consentis par des amis russes sans qu'il lui soit possible de préciser de qui, ni comment l'argent est arrivé, et qu'il aurait acquis son chalet avec son , transféré de Russie d'une manière indéterminée, alors que sa seule activité serait celle qu'il exerce dans le cadre de I. SA, manquent de . Elles sont par ailleurs contredites par le dossier et n'expliquent pas, notamment, la provenance des sommes considérables qui ont transité par ses comptes, respectivement par ceux de son frère auquel il semble  lié. Les indices d'actes de blanchiment en Suisse de valeurs  issues d'activités délictueuses commises à l'étranger sont dès lors amplement suffisants pour fonder le maintien de la détention  à ce stade de l'enquête (ATF 128 IV 117, 132 consid. 7b).
2.4 Le risque de fuite existe si, compte tenu de la situation personnelle de l' et de l'ensemble des circonstances, il est vraisemblable que ce  se soustraira à la poursuite de la procédure ou à l'exécution de la peine, s'il est libéré (arrêt du Tribunal fédéral 1P.430/2005 du 29 juillet 2005 consid. 5.1 et arrêts cités, notamment ATF 117 Ia 69, 70 consid. 4a). Bien que domicilié en Suisse avec sa femme, le recourant est de  russe. Il possède un appartement à Omsk. Il fait valoir qu'il réside en Suisse depuis 1992 où il est au bénéfice d'un permis B, et que le centre de ses activités professionnelles est dans le canton du Valais. Il aurait pu s' à l'issue de son audition par la police fédérale le 16 novembre 2004, mais n'en a rien fait. Le MPC, de son côté, se réfère aux enjeux financiers de l'affaire et aux moyens dont pourrait disposer le recourant pour asseoir le risque de fuite.
Les éléments invoqués par le recourant doivent être relativisés. Le permis B constitue une autorisation renouvelable à intervalle régulier. Toutefois, s'il se confirme qu'il a été obtenu par le biais d'un investissement qui  une opération de blanchiment, son renouvellement est loin d'être . De plus, selon ses propres dires, le recourant ne parle pas le , de sorte que son intégration dans notre pays paraît pour le moins aléatoire. Ses revenus se limitent à Fr. 5'000.-- par mois, ce qui n'est  pas de nature à constituer une motivation importante pour rester en Suisse. Sa femme ne parle pas non plus le français et n'exerce aucune activité lucrative. Quant aux actes d'enquête effectués en novembre 2004, le recourant avait d'autant moins de raison d'être inquiet qu'il n'a pas été  à l'issue de son audition et pouvait dès lors se sentir en sécurité en Suisse. Compte tenu du risque de condamnation et de confiscation de ses biens en Suisse, le danger que l'inculpé prenne la fuite est loin d'être .
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2.5 Le risque de collusion est réalisé si des circonstances déterminées font craindre que l'inculpé détruise les traces de l'infraction ou induise des  ou coïnculpés à faire de fausses déclarations. Ce risque doit être concret et étayé par des faits précis (arrêt du Tribunal fédéral 1S.3/2005 du 7 février 2005 consid. 3.1.1; PIQUEREZ, Procédure pénale suisse, Zurich 2000, p. 500 no 2349). Le recourant reproche au MPC de ne prendre ce risque en compte que de manière abstraite et de ne pas indiquer en quoi il serait réalisé. Il relève qu'il aurait eu tout le temps de compromettre le  de l'enquête au cours des six mois qui ont précédé son arrestation et plus encore depuis la commission des infractions présumées, qui  à plus de sept ans. Le MPC se réfère aux éléments, notamment  et rappelle qu'une commission rogatoire doit être exécutée en  où D. n'est plus détenu.
De fait, un risque concret de collusion existe bel et bien. Les deux frères A. et C. sont impliqués dans la même affaire et refusent de s'expliquer. Il est nécessaire qu'ils ne puissent pas harmoniser leurs déclarations. Le  inculpé, B., n'est plus apparu en Suisse depuis des mois. L'auteur principal des crimes présumés avoir généré les valeurs patrimoniales  transférées en Suisse est en liberté provisoire en Russie, où le  se rend régulièrement. Il semble, certes, avoir joué un rôle  par rapport à son frère C. dans l'écoulement des fonds qu'il est reproché à D. d'avoir détournés, mais le risque n'en demeure pas moins qu'il soit associé à la stratégie de défense que C. et D. pourraient être  d'élaborer pour faire obstacle à la découverte de la vérité.
2.6 La détention préventive est ainsi justifiée par l'existence de charges , le risque de fuite et le danger de collusion. La durée de la , soit à peine un mois au moment où le refus de mise en liberté  a été prononcé, n'est en l'état pas disproportionnée au regard de la peine qui attend l'intéressé si les faits qui lui sont reprochés se confirment. L'autorité en charge de l'enquête a agi avec diligence. Le délai d'exécution de la commission rogatoire internationale adressée aux autorités russes, en particulier, ne dépend pas du MPC (arrêt du Tribunal pénal fédéral BB.2005.11 du 14 juin 2005 consid. 4.2).
2.7 Le recours est dès lors mal fondé sur ce premier point.
3. 3.1 Le droit de consulter le dossier est une composante élémentaire du droit
d’être entendu (PIQUEREZ, op. cit., p. 179 n° 774). Il n’est pas limité à l’instruction préparatoire, mais s’étend également à la procédure d’investigation (BÄNZIGER/ LEIMGRUBER, Le nouvel engagement de la Con-
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fédération dans la poursuite pénale, Berne 2001, p. 193 n° 254). Sans être expressément prévu par l’art. 103 PPF, il est régi par un renvoi à l’art. 116 PPF qui prescrit le droit pour le défenseur et l’inculpé de consulter le  « dans la mesure où le résultat de l’instruction n’en est pas  ». Il s’ensuit que le droit de consulter le dossier n’est pas absolu, mais qu’il peut comporter des exceptions ou des restrictions commandées par la protection d’intérêts légitimes contraires, publics ou privés, par exemple, si un risque de collusion est susceptible de faire obstacle à la manifestation de la vérité. La portée du droit de consulter le dossier doit ainsi être  de cas en cas, en fonction des intérêts en présence et des  particulières du cas (HAUSER/SCHWERI/HARTMANN, Schweizerisches Strafprozessrecht, Bâle 2005, p. 258 n° 18; SCHMID, Strafprozessrecht,  Bâle Genève 2004, p. 89 n° 266). La jurisprudence a déjà consacré le fait qu’une limitation du droit d’accéder à l’ensemble du dossier avant la clôture de l’instruction formelle ne constitue pas une violation de l’art. 29 al. 2 Cst ni de l’art. 6 CEDH (ATF 120 IV 242, 244 consid. 2c/bb e et les arrêts cités). La consultation peut ainsi être limitée aux pièces essentielles dont dispose l’autorité de recours pour rendre sa décision (PIQUEREZ ibid. et  cités).
3.2 Le recourant reproche en l'espèce au MPC de ne pas lui avoir donné accès aux pièces qui établissent que les fonds reçus de son frère C.  de crimes commis par D.. Ce grief n'est pas fondé. Il s'est en effet vu remettre copie des commissions rogatoires des autorités russes qui  avec précision les mécanismes utilisés par D. pour détourner les fonds qui lui ont été confiés pour effectuer des travaux routiers en Russie (act. 5.1). Il dispose également d'extraits du rapport de police qui analysent les comptes de son frère C. et mentionnent notamment les entrées  des sociétés K. Inc. et L. Ltd, désignées, entre autres, par les autorités russes comme destinataires des fonds détournés. Quant aux liens entre les comptes du recourant et ceux de son frère, ils résultent de la  remise par la banque G. s'agissant des deux comptes dont le  est titulaire dans cet établissement, documentation qui lui est à l' connue. Il s'en suit que le recourant dispose d'un accès suffisant au dossier de l'enquête pour pouvoir comprendre sur quoi reposent les griefs qui lui sont faits et qui légitiment sa détention préventive. Par contre, compte tenu du risque de collusion entre les frères A. et C. et d'autres  qui devront être entendues notamment en Russie sur la base de la commission rogatoire internationale adressée aux autorités russes, il se justifie que le contenu de cette demande d'entraide soit soustraite, pour le moment tout au moins, à la connaissance de l'inculpé. Le recours est donc également mal fondé sur ce point.
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4. Le recourant ayant succombé, il supportera les frais de la cause (art. 156 OJ applicable par renvoi de l'art. 245 PPF), lesquels selon l'art. 3 du  du 11 février 2004 fixant les émoluments judiciaires perçus par le  pénal fédéral (RS 173.711.32), seront fixés à Fr. 1'500.--.
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