Decision ID: 2cc8710f-a8ee-545c-bca1-f0cacf2579f1
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
Par acte transmis au greffe de la Chambre de céans le 19 mai 2020, A_ recourt
contre l'ordonnance du 4 juin 2019, notifiée par pli simple, par laquelle le Ministère public a refusé d'entrer en matière sur sa plainte du 11 février 2019.
Le recourant, sans prendre de conclusions formelles, demande à ce qu'il soit "
donné suite à sa plainte
" ainsi que l'octroi de l'assistance judiciaire gratuite.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Par courrier du 11 février 2018 [
recte
: 2019], complété par plusieurs courriers subséquents, A_ a exposé avoir été victime de contrainte sexuelle en détention.
b.
Entendu par la police le 29 mai 2019 au sujet de sa plainte, il a expliqué avoir subi trois viols à C_ [GE] alors qu'il se trouvait seul dans sa cellule.
Alors qu'il était sous l'emprise de cannabis et de "
poppers
" diffusés selon lui par les ventilations, il s'était introduit, à deux reprises, des objets dans l'anus.
La troisième fois, vu qu'il avait pris goût à ce plaisir, à son insu, "
ils
" lui avaient parlé, par mode de transmission de pensées, comme la télépathie, de choses obscènes. Il avait suivi ce "
qu'ils
" lui disaient de faire et en était arrivé à "
rentrer des choses
" dans son anus.
C.
a.
Dans sa décision querellée, le Ministère public retient que les éléments dénoncés ne remplissaient pas les éléments constitutifs d'une infraction, raison pour laquelle il n'était pas entré en matière sur la plainte.
b.
Le 18 février 2020, le Ministère public, à la requête de A_, lui a adressé par pli simple une copie du rapport de police du 29 mai 2019 et de l'ordonnance querellée.
D.
a.
A_ explique faire recours "
avec preuve et témoin
" et décrit une nouvelle fois les faits dénoncés dans son audition ainsi que ses courriers.
b.
À réception, la cause a été gardée à juger sans échange d'écritures ni débats.

EN DROIT
:
1.
1.1.
Le recours concerne une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a du Code de procédure pénale [CPP]) et émane du plaignant, qui a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de l'ordonnance querellée (art. 382 al. 1 CPP ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_701/2016
du 23 mai 2017 consid. 3.1).
1.2.
Lorsque l'autorité pénale notifie sa décision par pli simple, soit par un mode de communication qui n'est pas conforme à l'art. 85 al. 2 CPP, c'est à elle de supporter le fardeau de la preuve de la notification et de la date de celle-ci. La preuve de la date de réception de l'ordonnance par son destinataire - seule déterminante - ne peut être considérée comme rapportée par la seule référence aux délais usuels d'acheminement des envois postaux (ATF
142 IV 125
consid. 4). Ainsi, faute de preuve de la date de la notification de l'ordonnance querellée expédiée le 4 juin 2019 puis renvoyée plus de 8 mois plus tard par pli simple, le recours sera considéré comme recevable.
2.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement irrecevables ou mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP).
Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.
3.
Le recourant reproche en substance au Ministère public de ne pas avoir donné suite à sa plainte pénale.
3.1.
Selon l'art. 310 let. a CPP, le ministère public rend immédiatement une ordonnance de non-entrée en matière s'il ressort de la dénonciation ou du rapport de police que les éléments constitutifs de l'infraction ou les conditions à l'ouverture de l'action pénale ne sont manifestement pas réunis.
Le principe "
in dubio pro duriore
" signifie qu'en principe, un classement ou une non-entrée en matière ne peuvent être prononcés par le ministère public que lorsqu'il apparaît clairement que les faits ne sont pas punissables ou que les conditions à la poursuite pénale ne sont pas remplies. La procédure doit se poursuivre lorsqu'une condamnation apparaît plus vraisemblable qu'un acquittement ou lorsque les probabilités d'acquittement et de condamnation apparaissent équivalentes, en particulier en présence d'infraction grave (ATF
143 IV 241
consid. 2.2.1 p. 243; ATF
138 IV 86
consid. 4.1.2 p. 91; ATF
137 IV 285
consid. 2.5 p. 288; arrêts du Tribunal fédéral
6B_417/2017
du 10 janvier 2018 consid. 2.1.2;
6B_185/2016
du 30 novembre 2016 consid. 2.1.2 et les références). En cas de doute, il appartient donc au juge matériellement compétent de se prononcer (arrêt du Tribunal fédéral
6B_185/2016
du 20 novembre 2016 consid. 2.1.2 et les références).
3.2.
Des motifs de fait peuvent justifier la non-entrée en matière. Il s'agit des cas où la preuve d'une infraction, soit de la réalisation en fait de ses éléments constitutifs, n'est pas apportée par les pièces dont dispose le ministère public. Il faut que l'insuffisance de charges soit manifeste. De plus, le procureur doit examiner si une enquête, sous une forme ou sous une autre, serait en mesure d'apporter des éléments susceptibles de renforcer les charges contre la personne visée. Ce n'est que si aucun acte d'enquête ne paraît pouvoir amener des éléments susceptibles de renforcer les charges contre la personne visée que le ministère public peut rendre une ordonnance de non-entrée en matière. En cas de doute sur la possibilité d'apporter ultérieurement la preuve des faits en question, la non-entrée en matière est exclue (A. KUHN / Y. JEANNERET / C. PERRIER DEPEURSINGE (éds),
Commentaire romand : Code de procédure pénale suisse,
Bâle 2019, n. 9 ad art. 310; R. PFISTER-LIECHTI (éd.),
La procédure pénale fédérale,
Fondation pour la formation continue des juges suisses, Berne 2010, p. 62).
4.
4.1.
Se rend coupable de contrainte sexuelle au sens de l'art. 189 du Code pénal (CP), celui qui, notamment en usant de menace ou de violence envers une personne, en exerçant sur elle des pressions d'ordre psychique ou en la mettant hors d'état de résister l'aura contrainte à subir un acte analogue à l'acte sexuel ou un autre acte d'ordre sexuel.
4.2.
En l'espèce, le recourant a affirmé avoir été contraint à s'introduire des objets dans l'anus. Il a expliqué que des substances inhalées l'avaient poussé à agir, ce qui, faute d'intervention d'un tiers, ne paraît pas punissable. Il n'a en effet pas allégué qu'un individu lui avait remis ou avait diffusé des drogues par les conduits de ventilation dans le but qu'il commette des actes d'ordre sexuel sur lui-même. Aucun acte d'instruction ne permettrait en outre d'avoir des soupçons à l'égard d'une ou plusieurs personnes. Il a prétendu que son esprit avait été contrôlé, ne donnant toutefois aucun indice quant à l'identité du ou des télépathes, étant précisé qu'une condamnation pour contrainte sexuelle commise par ce truchement semble très peu probable. Il évoque pour la première fois dans son recours l'existence d'un témoin, sans toutefois en donner le nom. La présence d'un tiers lors des faits paraît improbable dans la mesure où il a persisté à dire à la police avoir été seul dans ses différentes cellules lors des actes dénoncés. Plus généralement, il n'existe à la procédure aucun élément probant de nature à corroborer les allégations du plaignant, ce qu'aucun acte d'enquête utile n'est propre à établir.
Partant, c'est à bon droit que le Ministère public a considéré que les éléments constitutifs de la contrainte sexuelle n'étaient pas remplis.
5.
Le recours, infondé, sera dès lors rejeté.
6.
Le recours étant manifestement voué à l'échec, la demande d'assistance judiciaire gratuite sera rejetée (art. 136 al. 1 CPP ; arrêt du Tribunal fédéral
1B_254/2013
du 27 septembre 2013 consid. 2.1.1).
7.
Le recourant, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui comprendront un émolument de décision (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
), fixés en totalité à CHF 400.-.
* * * * *