Decision ID: 5bc5362c-9165-5297-b4bd-85a48e795c38
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
Par ordonnance
DTAE/2205/2015
du 20 mai 2015, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a constaté que le mandat pour cause d'inaptitude établi par C_ en faveur de A_ le
2 février 2014 n'avait pas été constitué valablement (ch. 1 du dispositif), déclaré, par conséquent, ledit mandat de nul effet (ch. 2), institué une mesure de curatelle de représentation en faveur de C_ (ch. 3), désigné Me B_, avocat, aux fonctions de curateur (ch. 4), chargé ce dernier de représenter C_ en matière de gestion du patrimoine, d'administration des affaires courantes, d'assistance personnelle, dont les soins, et dans ses rapports juridiques avec les tiers (ch. 5), autorisé le curateur à prendre connaissance de la correspondance de la personne en cause (ch. 6), privé C_ de la faculté d'exercer les droits politiques sur les plans cantonal et communal (ch. 7), rappelé au curateur d'informer sans délai le Tribunal de protection de toute circonstance nouvelle justifiant la modification ou la levée de la mesure (ch. 8) et mis à la charge de C_ un émolument de 1'500 fr. (ch. 9).
Le Tribunal de protection, qui comprenait un médecin psychiatre dans sa composition, a considéré que l'intéressée présentait déjà en février 2014 une démence à un degré modéré. Sur la base de l'analyse des rapports et certificat fournis et de l'audition du Dr D_, elle ne disposait pas d'une capacité de discernement appropriée lorsqu'elle avait recopié et signé le mandat pour cause d'inaptitude du 2 février 2014, en raison d'une atteinte cognitive importante et largement documentée, celle-ci ne présentant pas la capacité d'apprécier le sens, l'opportunité et les effets du mandat dans sa globalité.
b.
Par acte expédié à la Chambre de surveillance le 29 juin 2015, A_ recourt contre cette décision, qu'il a reçue le 1
er
juin 2015 et dont il demande l'annulation. Il conclut à ce qu'il soit dit que le mandat pour cause d'inaptitude établi le 2 février 2014 est valable et déploie ses effets, subsidiairement à ce qu'une mesure de curatelle de représentation soit instaurée et qu'il soit désigné aux fonctions de curateur, lequel sera chargé de représenter C_ en matière de gestion du patrimoine, d'administration des affaires courantes, d'assistance personnelle, dont les soins, et dans ses rapports juridiques avec les tiers, encore plus subsidiairement à ce que la cause soit renvoyée au Tribunal de protection pour nouvelle décision dans le sens des considérants, les frais et dépens devant en tous les cas être mis à la charge de l'Etat de Genève.
Selon A_, le témoignage de l'employée de la BANQUE E_, présente lorsque C_ avait établi le mandat litigieux, était déterminant pour savoir si celle-ci disposait de la capacité de discernement le 2 février 2014. En cas de doute persistant, une expertise était nécessaire. Enfin, A_ demande à être entendu une nouvelle fois.
c.
Par courrier du 7 juillet 2015, Me B_ a requis le retrait de l'effet suspensif attaché à l'ordonnance entreprise, au motif que A_ faisait l'objet de nombreuses poursuites et que la cousine de C_, F_, avait appris qu'il aurait emprunté à celle-ci plusieurs centaines de milliers de francs en juin 2008.
Par décision du 21 juillet 2015, la Cour de céans a rejeté cette requête et réservé le sort des frais qui sera tranché dans la décision sur le fond.
d.
Le Tribunal de protection a indiqué persister dans les termes de sa décision.
e.
Dans ses observations du 4 août 2015, Me B_ soutient que C_ n'avait pas la capacité de discernement lors de l'établissement du mandat en faveur de A_. Il expose en outre avoir découvert que celui-ci habite dans une maison appartenant à une société immobilière, dont C_ est administratrice avec signature individuelle et dont on ignore le véritable actionnaire. Cet élément constituait un motif supplémentaire pour exclure A_ de la gestion du patrimoine de C_.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier soumis à la Chambre de surveillance.
a.
C_, née le _ 1944, et A_ sont des amis de longue date.
b.
A_ occupe un logement sis chemin G_, à H_, appartenant à SI Chemin G_ SA, inscrite au Registre du commerce de Genève depuis le _ 2009.
Lors de la constitution de cette société, la totalité du capital-actions a été souscrit à titre fiduciaire par un dénommé I_, lequel a été nommé administrateur unique. Le 27 juillet 2010, celui-ci a été démis de ses fonctions et C_ a été nommée seule administratrice avec signature individuelle. Le 3 octobre 2014, J_, fille de A_, a été nommée administratrice présidente avec signature individuelle aux côtés de C_.
c.
Selon A_, en 2008, alors qu'il exerçait la profession de k_, il avait procédé à la liquidation de la succession de la mère de C_, dont elle était la seule héritière. Celle-ci lui avait alors demandé d'organiser la gestion de son patrimoine, qu'il estime actuellement entre 6'000'000 fr. et 7'000'000 fr.
d.
A teneur d'un contrat signé le 1
er
mars 2013, C_ a confié à L_ SA, représentée par son directeur A_, un mandat d'assistance dans la gestion de son patrimoine, rémunéré à hauteur de 7'500 fr. par mois. L_ SA avait pour mission de continuer à faire la liaison entre divers mandataires et C_, en contrôlant la gestion des banques et en procurant un certain nombre de services dans le cadre de l'administration générale, ce qui représentait en moyenne 30 heures par mois.
Le contrat indiquait que L_ SA, avait, par l'intermédiaire de A_, en son temps k_, procédé à la liquidation de la succession de la mère de C_, dont elle était l'unique héritière, et "mis en place" son patrimoine.
e.
Le 7 mars 2013, C_ a consulté le Dr D_, spécialiste FMH en neurologie, à l'initiative de A_ qui avait remarqué depuis six mois des troubles du comportement chez son amie.
Dans sa note du même jour, le Dr D_ évoquait chez l'intéressée une évolution assez rapide d'un état confusionnel sur plusieurs mois avec un trouble de la dénomination, soit un trouble du langage, des troubles visuo-spatiaux importants et très probablement d'autres troubles cognitifs qu'il n'avait pas été en mesure de tester par manque de temps, raison pour laquelle il proposait une investigation plus approfondie de cet état confusionnel.
f.
Dans son rapport du 10 avril 2013, le Dr M_, médecin chef de clinique au service de neurologie des HUG, retenait que le test MMS
(
Mini-mental state)
aboutissait à un score de 13/30, qui est gravement pathologique, chez une personne désorientée dans le temps et dans l'espace. Différents autres tests concernant le langage, le rappel différé et les fonctions exécutives ont été effectués et aboutissent à des scores largement déficitaires.
g.
Le 2 février 2014, C_ a établi, en la forme olographe, un mandat pour cause d'inaptitude à teneur duquel elle désignait A_ comme mandataire aux fins de lui fournir une assistance personnelle, gérer son patrimoine et la représenter dans ses rapports juridiques, le mandat retenant dix postes relatifs aux tâches confiées et un point concernant les honoraires du mandataire.
h.
Un tirage de ce mandat pour cause d'inaptitude a été adressé au Tribunal de protection par courrier de l'Etude de Me N_, notaire, daté du 27 janvier 2015, lequel comportait, en annexe, une note du 19 du même mois de A_ dans laquelle celui-ci précisait que depuis fin 2012, la mandante souffrait de pertes de mémoire et d'une dépression importante qui l'avaient incité à la faire suivre par un neurologue, le Dr D_, qu'elle rencontrait régulièrement.
Était également annexé au courrier du notaire, un certificat médical du 16 janvier 2015 de ce médecin, selon lequel l'intéressée présentait un important affaiblissement de ses fonctions cognitives dont les investigations avaient permis de retenir le diagnostic d'un état démentiel associé à un état dépressif modéré, son autonomie n'étant plus possible sans l'aide d'un service infirmier à domicile présent jour et nuit, le praticien précisant que sa capacité de discernement était abolie et qu'elle nécessitait une prise en charge définie par l'autorité de protection de l'adulte.
i.
Il résulte d'une correspondance du Dr D_ du 17 février 2015 que l'audition de la personne en cause serait disproportionnée. Un changement d'environnement pouvait entraîner une émotivité susceptible de la fragiliser.
j.
Lors de l'audience du 22 avril 2015 du Tribunal de protection, ce praticien, qui a déposé en qualité de témoin, a précisé qu'il avait été appelé à suivre C_ depuis le 6 mars 2013 et qu'elle présentait, alors, un état démentiel et confusionnel important qui avait nécessité une hospitalisation à la Clinique de Belle-Idée où elle était restée plusieurs semaines. Le diagnostic posé était celui d'une maladie d'Alzheimer associée à un état confusionnel. Son état s'était progressivement péjoré. L'atteinte corticale des fonctions supérieures entraînait une atteinte au niveau du langage, de la mémoire et de la compréhension des choses simples.
Selon A_, C_ avait compris le sens du mandat pour cause d'inaptitude rédigé le 2 février 2014.
Pour le Dr D_, auquel le mandat pour cause d'inaptitude établi le 2 février 2014 a été soumis, C_ aurait pu, moyennant des explications approfondies, comprendre alors momentanément les différents articles du document sans pouvoir les retenir, une compréhension globale du document n'étant pas possible. Le médecin relevait que le texte qui lui avait été soumis était d'une compréhension difficile. Il pouvait, néanmoins, accepter que l'intéressée ait été en mesure de le recopier.
k.
A l'audience du 20 mai 2015, O_, directeur auprès de BANQUE E_, a expliqué que la banque avait mis en place un processus destiné à proposer à la clientèle des mandats pour cause d'inaptitude. La juriste de son établissement avait expliqué à l'intéressée le sens d'un tel mandat avant qu'elle ne l'établisse sur la base d'un modèle fourni par la banque. Il a précisé qu'au dernier trimestre 2014, il avait noté chez C_ des troubles cognitifs.
l.
Selon une attestation écrite établie le 12 juin 2015 par une dénommée P_, domiciliée à Bâle, cette dernière connaissait C_ depuis 60 ans. Depuis son divorce, son amie avait perdu toute joie de vivre. Malgré la distance, elle avait maintenu contact. C_ n'avait pas de famille à Genève, à l'exception de sa cousine, avec laquelle elle était en bonne relation. Selon elle, A_ était la seule personne à Genève en qui C_ avait pleine confiance. En 2014, il avait organisé le voyage de celle-ci pour rendre visite à son amie à Corcelles. Il avait également organisé des aides à domicile pour lui permettre de rester chez elle le plus longtemps possible.
Un dénommé Q_a confirmé, par écrit du 10 juin 2015, s'être occupé de C_ depuis le début de l'année 2014. Il était chargé de l'accompagner dans ses déplacements. A son avis, son attachement à A_ était primordial. Ce dernier s'occupait de tout et il y avait une grande complicité entre eux.
Le Dr D_ a déclaré que sa patiente avait une très bonne relation avec A_, qui était prévenant et allait au-devant de ses besoins.
F_, la cousine de C_, a refusé de donner suite à la demande écrite de A_ tendant à ce qu'elle établisse une attestation en sa faveur pour démontrer sa relation de confiance avec C_.
m.
A teneur d'un relevé établi le 4 mai 2015 par l'Office des poursuites, A_ fait l'objet de nombreuses poursuites portant sur plusieurs millions de francs.

EN DROIT
1.
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours (art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de leur notification (art. 450b al. 1 CC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC).