Decision ID: 161bac90-4200-5c11-b707-cae3bf89d47c
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
Par ordonnance
DTAE/1864/2016
, rendue le 15 avril 2016 et expédiée le 25 du même mois, le Tribunal de protection de l’adulte et de l’enfant (ci-après: le Tribunal de protection) a : (1) institué une curatelle de représentation et de gestion en faveur de A_ (ci-après : A_), né le _ 1971, de nationalité libanaise, domicilié à Genève; (2) désigné B_ et C_, fonctionnaires du Service de protection de l'adulte, aux fonctions de co-curateurs; (3) dit que les co-curateurs peuvent se substituer l'un l'autre dans l'exercice du mandat, chacun avec pleins pouvoirs de représentation, (4) leur confiant les tâches suivantes: représenter la personne concernée dans ses rapports avec les tiers, en particulier en matière d'affaires administratives et juridiques et de logement; gérer ses revenus et biens et administrer ses affaires courantes; veiller au bien-être social de la personne concernée et la représenter pour tous les actes nécessaires dans ce cadre; (5) limité l'exercice des droits civils de la personne concernée en matière contractuelle; (6) privé la personne concernée de l'accès à toute relation bancaire, en son nom ou dont elle est l'ayant droit économique, et révoqué toute procuration établie au bénéfice de tiers; (7) autorisé les curateurs à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée, dans les limites du mandat et, si nécessaire, à pénétrer dans son logement, enfin (8) arrêté les frais judiciaires à 200 fr. et les a mis à la charge de la personne concernée.![endif]>![if>
B.
Par acte expédié d'un bureau de Poste suisse le 26 mai 2016, A_ (qui plaide au bénéfice de l'assistance juridique tant en première instance que devant la Cour) recourt contre cette décision. Il conclut préalablement à l'octroi d'un délai de six mois pour "prouver qu'il parvient à subvenir à ses besoins seul, sans le prononcé d'une mesure de protection" et à son audition, principalement à l'annulation de la décision, frais à la charge de l'Etat, enfin, subsidiairement, à l'annulation des chiffres (2), (5), (6) et (7) du dispositif, frais et dépens de première et de seconde instance à la charge de l'Etat et la décision étant confirmée pour le surplus.![endif]>![if>
Le Tribunal de protection a déclaré persister dans sa décision.
Il n'a pas été fait usage du droit de réplique.
C.
La décision querellée s'inscrit dans le contexte suivant :![endif]>![if>
a)
Par jugement du 23 mars 1993, le Tribunal de première instance a prononcé l'interdiction de A_, né le _ 1971, de nationalité libanaise, domicilié à Genève au bénéfice d'un permis B, en application de l'art. 370 CC. Ce jugement a retenu que l'intéressé souffrait de troubles de la personnalité l'empêchant de gérer ses conflits, qu'il lui arrivait de perdre parfois le contrôle de lui-même, qu'il "n'exprimait aucun remords face à ses dépenses inconsidérées", qu'il ne travaillait pas, qu'il était entretenu pas son père – avec lequel il était en conflit – et qu'ainsi, il s'exposait à tomber dans le besoin. A teneur de divers certificats médicaux, il souffrait également d'une affection neurologique ayant pour conséquence des crises d'épilepsie et nécessitant un suivi médical régulier.
Le Tuteur général a été désigné aux fonctions de tuteur.
b)
A teneur des rapports du Tuteur général établis entre 1994 et 1998, A_, au bénéfice d'un CFC de vendeur, avait perdu son emploi avant le prononcé de l'interdiction; sans emploi depuis, il bénéficiait de l'assistance de l'Hospice général. Il vivait de manière autonome, avait des relations fluctuantes avec sa famille et faisait des dettes, qui étaient remboursées par son père. Compte tenu du manque de collaboration du pupille, la tutelle était inopérante.
c)
L'interdiction a été levée, sur requête de A_, par décision du Tribunal tutélaire du 1
er
octobre 2001. Il a alors été relevé que le tuteur percevait les subsides de l'Hospice général, qu'il les remettait au pupille et qu'aucune action sociale n'était en cours; la situation de A_ s'était améliorée, il n'avait plus de dettes et, selon les dires de sa tutrice, il paraissait à même de régler sa situation financière qui ne présentait aucune difficulté.
D.
Par courrier du 8 janvier 2016, A_ a sollicité du Tribunal de protection une mesure de protection en sa faveur, exposant être confronté à des difficultés administratives sérieuses, qui duraient depuis longtemps et auxquelles il n'arrivait plus à faire face. ![endif]>![if>
Un curateur de représentation lui a été désigné pour l'assister dans la procédure.
E.
L'enquête à laquelle a procédé le Tribunal de protection a permis d'établir les éléments suivants :![endif]>![if>
a)
A_, divorcé, est père d'un enfant, né en 2005, à l'égard duquel il bénéficie d'un droit de visite. Il vit à Genève au bénéfice d'un permis B, renouvelé le 16 février 2016 et valable jusqu'au 16 février 2017. Précédemment, le permis B de A_ avait expiré en 2014, sans qu'aucune démarche ne soit effectuée pour son renouvellement.
Financièrement, il est entièrement à la charge de l'Hospice général depuis le 1
er
janvier 1994. Une demande de prestations AI est en cours. Un ami, D_, médecin à la retraite, couvre la part de loyer qui n'est pas prise en charge par l'Hospice général et paie certaines de ses factures, notamment de téléphone.
A_ ne dispose d'aucune fortune, hormis un compte courant auprès de la BANQUE E_, sur lequel lui est versé le subside de l'Hospice général (soit 971 fr. par mois). Ce compte présentait un débit de 14 fr. 70 à fin février et de 79 fr. 10 à fin mars, et un crédit de 23 fr. 57 à fin avril 2016. Le relevé de ces mois fait état, notamment, d'achats auprès de F_, dont la nature n'est pas précisée (300 fr. et 49 fr. 90 le 24 février, 390 fr. le 23 mars, 300 fr. le 24 avril). Les autres dépenses concernent, de manière hautement vraisemblable, son entretien courant.
Au 21 janvier 2016, il faisait l'objet d'une poursuite pour 1'750 fr. 05 et d'une soixantaine d'actes de défauts de biens totalisant plusieurs dizaines de milliers de francs, dont une dizaine dressés à la suite de poursuites initiées entre 2011 et 2015. Le relevé des poursuites fait état non seulement de dettes fiscales et/ou relatives à des frais médicaux, mais également de divers montants réclamés par des sociétés de recouvrement.
b)
A_ est médicalement suivi depuis juin 2015 par la Doctoresse G_, médecin-psychiatre FMH. Celle-ci appuie la demande de curatelle.
A teneur du certificat médical établi par cette praticienne, A_ rencontre des difficultés importantes dans la gestion de son subside mensuel, montre un désintérêt à la sauvegarde de ses intérêts, se trouve régulièrement désargenté, emprunte pour vivre ou met ses quelques biens en gage. Il est atteint de troubles psychiques et neurologiques durables, qui doivent être mis en lien avec ses difficultés. Il suit les traitements prodigués de manière irrégulière. Bien que conscient de ses difficultés, il ne fait rien pour y remédier, étant épuisé par sa situation. Il présente par ailleurs une tendance à la crédulité qui le rend vulnérable vis-à-vis d'autrui; ainsi, il prête fréquemment de l'argent ou s'engage financièrement à la place de tiers sans en avoir les moyens.
c)
H_, assistante sociale auprès de l'Hospice Général, estime également nécessaire une mesure de protection. A_ se met régulièrement en situation de précarité, en raison de comportements inadaptés. Il s'expose à un arrêt de l'aide financière versée par l'Hospice général en raison d'un manque de collaboration et d'un refus de se soumettre aux règles institutionnelles en vigueur. Ainsi, il ne se présente pas aux rendez-vous qui lui sont fixés, ne répond pas aux appels téléphoniques et n'apporte pas les documents qui lui sont demandés ni ses factures, ce qui génère des frais de rappel, voire des avis de coupure d'électricité. Régulièrement, il dépense son subside rapidement et se retrouve désargenté dès le 15 du mois.
d)
D_ estime une mesure de protection indispensable, A_ étant incapable tant de gérer un budget que de se "débrouiller seul".
e)
Entendu par le Tribunal de protection, A_ a reconnu être épileptique et ne pas ouvrir son courrier. Il a estimé être capable de se débrouiller seul et a expliqué ses difficultés de gestion par le fait "qu'il fume beaucoup et qu'il doit boire beaucoup de boissons fraîches". Au cas où une curatelle serait instaurée, il ne souhaitait pas qu'elle soit confiée à D_ et n'a proposé aucune autre personne pour exercer un tel mandat. En fin d'audience, il a précisé qu'il ne "voulait pas d'une mesure de protection et n'autorisait donc pas les éventuels mandataires qui seraient désignés par le Tribunal à avoir accès à sa correspondance".
La cause a été gardée à juger à l'issue de l'audience.
F.
La décision querellée a retenu qu'en raison des troubles mentaux et neurologiques attestés par la Doctoresse G_, A_ était empêché d'assumer seul la sauvegarde de ses intérêts et qu'il avait une tendance à la crédulité le rendant vulnérable vis-à-vis d'autrui, avec risque d'abus financiers Il se mettait en danger par son comportement inadapté, risquait de perdre son permis de séjour ainsi que l'aide financière de l'Hospice général, service qui n'arrivait plus à lui apporter l'aide dont il avait besoin. Il était largement anosognosique de ses troubles et de ses difficultés. Si ses besoins de protection recouvraient l'assistance personnelle, la représentation à l'égard des tiers et la gestion de ses avoirs, une mesure aussi incisive qu'une curatelle de portée générale ne paraissait pas nécessaire, sa protection pouvant être assurée par des mesures complémentaires. ![endif]>![if>
Les principes de subsidiarité et de proportionnalité conduisaient à instaurer une curatelle de représentation avec gestion du patrimoine, assortie de mesures complémentaires, soit une restriction de l'exercice des droits civils s'agissant de sa faculté de contracter et la privation d'accès et de libre disposition de ses avoirs bancaires, les mandataires désignés devant avertir immédiatement le Tribunal en cas de faits nouveaux justifiant la modification de la mesure. Une représentation dans le domaine médical n'apparaissait en revanche pas nécessaire.
Au vu de la position de A_ (qui refusait toute mesure de protection et manifestait, en toute hypothèse son opposition à la désignation de D_ aux fonctions de curateur), de son état de fortune et de l'absence de toute personne capable d'assumer la fonction, l'exécution de la curatelle serait confiée à deux fonctionnaires du Service de protection de l'adulte. Ceux-ci, afin de pouvoir être en mesure d'exécuter leur mandat avec la diligence voulue, seraient autorisés à prendre connaissance de la correspondance administrative et juridique de leur protégé, dans les limites du mandat et, en cas de besoin, à pénétrer dans son logement. Les frais de la procédure, fixés à 200 fr., ont été mis à la charge de A_.
G.
Les arguments développés dans le recours seront repris ci-après dans la mesure utile. ![endif]>![if>

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours (art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de leur notification (art. 450b al. 1 CC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC).![endif]>![if>