Decision ID: 68ac5a67-cd01-55cf-a7bd-092acf98a6e5
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
, que B_ et A_, tous deux nés en 1966, ont contracté mariage le _ 1997 à Genève;
Qu'ils ont donné naissance à deux filles, désormais majeures et vivent séparés depuis le mois de mars 2018;
Que par un jugement du 2 mai 2019, le Tribunal, statuant sur mesures protectrices de l'union conjugale, a notamment condamné B_ à verser à son épouse la somme de 1'985 fr. par mois pour son entretien;
Qu'à l'époque et selon ce qui ressort de ce jugement, B_ était employé par D_ à 50%, pour un salaire mensuel net, 13
ème
salaire et diverses indemnités compris, de l'ordre de 3'341 fr.;
Qu'il percevait en outre une rente invalidité de 1'053 fr. et une rente de son deuxième pilier de 819 fr., ainsi que 800 fr. par mois provenant de la location de son chalet sis à F_ (Valais) et environ 100 fr. par mois pour la location d'un bien immobilier sis au Portugal dont il était copropriétaire avec son épouse;
Que le total mensuel des revenus de B_ s'élevait ainsi à 6'113 fr.;
Que ses charges avaient été retenues à hauteur des montants suivants : loyer : 1'470 fr; place de parking : 120 fr.; primes d'assurance maladie : 618 fr., frais de transport : 100 fr. et 1'350 fr. de minimum vital OP, pour un total de 3'658 fr., ce qui lui laissait un solde disponible de 2'455 fr.;
Que A_ était au bénéfice d'une rente invalidité depuis 2008, s'élevant à 1'015 fr. par mois, à laquelle s'ajoutait le produit de la location de biens immobiliers sis au Portugal dont elle était, pour l'un seule propriétaire et pour l'autre copropriétaire avec son époux, pour 250 fr. par mois, pour un total de 1'265 fr.;
Que ses charges s'élevaient à environ 3'000 fr. par mois, constituées de son loyer (917 fr.), d'un parking (120 fr.), de la cotisation AVS/AI/APG (42 fr.), de ses primes d'assurance maladie (509 fr.), de frais médicaux non remboursés (115 fr.), de son assurance ménage (28 fr.), de ses frais de transport (70 fr.) et de son minimum vital en 1'200 fr.;
Qu'elle subissait par conséquent un déficit de l'ordre de 1'735 fr. par mois;
Que le 13 novembre 2020, B_ a formé une demande de divorce, assortie d'une requête de mesures provisionnelles, par laquelle il a conclu à être dispensé de contribuer à l'entretien de A_, dès le dépôt de ladite requête;
Que suite à l'aggravation de son état de santé, il ne travaillait plus du tout depuis le mois de septembre 2019;
Qu'entre septembre 2019 et septembre 2020, il avait continué de percevoir un salaire sur une base mensuelle "normale" de 3'107 fr. bruts par mois, auxquels s'ajoutait un montant variable au titre de l'indemnité de maintien du paiement du salaire;
Qu'en revanche, depuis le mois d'octobre 2020, il percevait un salaire réduit, soit et compte tenu du 13
ème
salaire, un montant moyen de l'ordre de 2'373 fr. par mois;
Que B_ a par ailleurs allégué n'avoir que peu loué son chalet à F_, de sorte que les revenus locatifs avaient diminué;
Que par décision du 27 avril 2021, le droit à une rente invalidité entière avec effet au 1
er
janvier 2020 a été reconnu à B_, dont le montant n'était pas encore connu;
Que dans l'ordonnance attaquée, le Tribunal a retenu que depuis le prononcé des mesures protectrices, le salaire de B_ était passé de 3'341 fr. par mois à 2'373 fr. en moyenne, correspondant à une diminution de l'ordre de 1'000 fr. par mois, ce qui justifiait une diminution, dans la même proportion, de la contribution d'entretien versée à A_, dont la situation était similaire à celle retenue au moment du prononcé du jugement sur mesures protectrices de l'union conjugale;
Considérant,

EN DROIT
, que la Cour est saisie d'un appel au sens de l'art. 308 CPC;
Que le jugement querellé portant sur des mesures provisionnelles, l'appel n'a pas d'effet suspensif
ex lege
(art. 315 al. 4 let. b CPC);
Qu'à teneur de l'art. 315 al. 5 CPC, l'exécution de mesures provisionnelles peut exceptionnellement être suspendue si la partie concernée risque de subir un préjudice difficilement réparable;
Que saisie d'une demande d'effet suspensif, l'autorité cantonale d'appel doit procéder à une pesée des intérêts entre les deux préjudices difficilement réparables (ATF
138 III 378
consid. 6.3 et les références citées;
137 III 475
consid. 4.1; arrêt du Tribunal fédéral
5A_514/2012
du 4 septembre 2012 consid. 3.2.2);
Que l'autorité de recours doit faire preuve de retenue et ne modifier la décision de première instance que dans des cas exceptionnels; elle dispose cependant d'un large pouvoir d'appréciation permettant de tenir compte des circonstances concrètes du cas d'espèce (ATF
137 III 475
consid. 4.1; arrêt du Tribunal fédéral
5A_941/2018
du 23 janvier 2019 consid. 5.3.2);
Qu'en l'espèce, il appert que l'appelante ne couvre pas ses charges incompressibles au moyen de ses propres revenus;
Qu'en ce qui concerne la situation de l'intimé, il appert que jusqu'à la fin de l'année 2020 il a continué de percevoir de D_ (ou de E_) un montant supérieur à 3'000 fr. par mois, de sorte qu'il n'est pas manifeste que son minimum vital aurait été atteint par le versement de la contribution d'entretien mise à sa charge;
Qu'à partir de janvier 2021, il ressort de la procédure que les indemnités perçues de E_ en remplacement de son salaire se sont élevées en moyenne à 2'355 fr. nets par mois;
Que ledit montant est certes inférieur à celui (3'341 fr.) retenu par le jugement rendu sur mesures protectrices de l'union conjugale;
Que toutefois, les charges de l'intimé n'ayant pas été établies précisément à ce stade et semblant avoir diminué en raison de son installation (non contestée) dans le Valais, il n'est pas rendu suffisamment vraisemblable que le versement de la contribution d'entretien mise à sa charge lui causerait un préjudice difficilement réparable;
Que sa situation financière apparaît dès lors meilleure, quoiqu'il en soit, que celle de l'appelante;
Qu'enfin, l'intimé pourra récupérer un éventuel trop versé de contributions d'entretien dans la mesure où l'appelante et seule propriétaire d'un bien immobilier sis au Portugal et copropriétaire, avec lui, d'un autre bien dans ce même pays;
Qu'au vu de ce qui précède, il sera fait droit à la requête de restitution de l'effet suspensif;
Qu'il sera statué sur les frais et dépens liés à la présente décision avec l'arrêt au fond (art. 104 al. 3 CPC).
* * * * *