Decision ID: 078d1ac3-5d29-4da1-a499-0c056f5d7e6e
Year: 2013
Language: fr
Court: CH_BGer
Chamber: CH_BGer_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: public_law

Faits:
A.
Le 3 octobre 2012, A._ a requis un permis de construire un chalet de cinq appartements avec surface commerciale sur la parcelle n° 3156 de la commune de Gryon. Helvetia Nostra a formé opposition. Par décision du 26 novembre 2012, la Municipalité d'Ollon a écarté l'opposition; elle a délivré le permis de construire le 27 novembre 2012. Helvetia Nostra a saisi la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal vaudois, laquelle a rejeté le recours dans la mesure où il était recevable - laissant indécise la question de la qualité pour agir d'Helvetia Nostra - par arrêt du 26 mars 2013. La cour cantonale s'est référée à un arrêt de principe du 22 novembre 2012 selon lequel l'art. 75b Cst. ne faisait pas obstacle à la délivrance de permis de construire avant le 1 er janvier 2013. Elle a mis à la charge de la recourante 1'000 fr. d'émolument judiciaire sans allouer de dépens, la constructrice n'ayant pas été appelée à procéder.
B.
Agissant par la voie du recours en matière de droit public, Helvetia Nostra demande au Tribunal fédéral l'annulation de l'arrêt cantonal et le renvoi de la cause à l'autorité de dernière instance, subsidiairement la réforme de l'arrêt attaqué en ce sens que le permis de construire est annulé.
Dans des arrêts de principe du 22 mai 2013, le Tribunal fédéral a notamment admis la qualité pour recourir d'Helvetia Nostra (ATF 139 II 271) ainsi que l'applicabilité directe des art. 75b et 197 ch. 9 Cst. (ATF 139 II 243 et 263).

Sur le vu de ces arrêts, les parties ont été invitées à se déterminer par ordonnance du 8 juillet 2013. Le Tribunal cantonal s'en rapporte à justice. La Municipalité de Gryon relève que le projet s'inscrit dans le cadre d'un plan d'affectation adopté avant le 11 mars 2012. La constructrice conclut au rejet du recours, subsidiairement au renvoi de la cause à la cour cantonale pour instruction complémentaire et nouvelle décision dans le sens des considérants. Elle considère que l'état de fait de l'arrêt attaqué ne serait pas complet, faute de lui avoir donné l'occasion de s'exprimer: la parcelle concernée ferait partie d'un PPA adopté en 1993; selon une modification du PPA adoptée le 6 juin 2011 par la Municipalité (date déterminante, selon l'intimée) et le 26 mars 2012 par le Conseil communal, la construction de locaux commerciaux surmontés d'habitations serait désormais possible. En vertu de l'art. 8 ORS, le permis de construire devrait ainsi être confirmé, par substitution de motifs. Le permis de construire faisait lui-même déjà référence à l'ORS.
La recourante relève que tant l'addenda au PPA que le permis de construire sont postérieurs au 11 mars 2012, de sorte que l'intimée ne pourrait se fonder sur l'art. 8 ORS. L'intimée a déposé de nouvelles observations le 31 octobre 2013; elle estime que le Tribunal fédéral serait à même de statuer sur l'application de l'art. 8 ORS au cas d'espèce. Un éventuel renvoi devrait être fait à la cour cantonale et non à la municipalité, et l'intimée demande à être déchargée des frais et dépens, puisqu'elle n'a pu s'exprimer en instance cantonale.
Considérant en droit:
1.
1.1. Dans son arrêt de principe du 22 mai 2013 (ATF 139 II 271), le Tribunal fédéral rappelle qu'Helvetia Nostra fait partie des organisations habilitées à recourir dans le domaine de la protection de la nature et du paysage au sens de l'art. 12 al. 1 let. b LPN (ch. 9 de la liste annexée ODO, RS 814.076). Le recours de ces associations n'est recevable que dans la mesure où l'objet du litige procède d'une tâche de la Confédération au sens des art. 78 Cst. et 2 LPN. L'art. 75b Cst. est une disposition directement applicable qui charge la Confédération de veiller au plafonnement des résidences secondaires à 20 %. L'objectif de cette norme est en premier lieu la protection de la nature et du paysage. Le Tribunal fédéral considère ainsi que le permis de construire une résidence secondaire repose sur des éléments spécialement régis par le droit fédéral et intervient donc en exécution d'une tâche de la Confédération (consid. 11.3). La qualité pour recourir doit dès lors être reconnue à Helvetia Nostra (consid. 11.4).
1.2. Le Tribunal fédéral a par ailleurs admis, dans un deuxième arrêt de principe du 22 mai 2013 (ATF 139 II 243 consid. 9-11), que l'art. 75b Cst. (en relation avec l'art. 197 ch. 9 al. 2 Cst.) est directement applicable dès son entrée en vigueur le 11 mars 2012. Dans les communes où le taux de 20 % de résidences secondaires est déjà atteint, les permis de construire délivrés entre le 11 mars 2012 et le 31 décembre 2012 sont annulables.
2.
Sur le vu de ces arrêts, il y a lieu d'admettre la qualité d'Helvetia Nostra pour s'opposer au projet litigieux. Par ailleurs, l'intimée admet que la commune de Gryon compte plus de 20% de résidences secondaires, et que son projet comporte d'une part une surface commerciale et, d'autre part des habitations destinées à la résidence secondaire. Contrairement toutefois à ce que soutient l'intimée, la Municipalité ne s'est pas livrée, dans sa décision de rejet d'opposition, à un examen d'ensemble du projet et de sa compatibilité avec les règles découlant de l'art. 75b Cst., puisqu'elle a considéré que cette disposition n'était pas directement applicable et que la notion même de résidence secondaire n'était pas encore précisée. Elle a certes évoqué l'application de l'art. 8 al. 1 de l'ordonnance sur les résidences secondaires (ORS, RS 702), mais celle-ci n'est entrée en vigueur que le 1 er janvier 2013. En outre, le PPA n'a été adopté que le 26 mars 2011 par le Conseil communal. En définitive, un certain nombre de questions déterminantes n'a pas été examiné par les instances précédentes - y compris communales - puisque les nouvelles dispositions constitutionnelles ont été jugées, à tort, inapplicables. Conformément à l'art. 99 al. 1 LTF, il n'appartient pas au Tribunal fédéral de statuer en première instance sur la base d'éléments nouveaux.
3.
Il y a lieu dès lors d'annuler l'arrêt attaqué. Dans un tel cas, le Tribunal fédéral peut renvoyer la cause à l'autorité précédente ou à celle qui a statué en première instance (art. 107 al. 2 LTF). Se pose la question de savoir si la cause doit être renvoyée à la cour cantonale ou à l'autorité communale, après annulation de l'autorisation de construire. En l'occurrence, la question de la conformité de l'autorisation de construire à l'art. 75b Cst. n'a pas été entièrement examinée lors du rejet de l'opposition par la commune; l'affectation du projet - notamment la proportion de résidence secondaire - ne paraît d'ailleurs pas être clairement définie. La constructrice devra donc, si elle maintient sa demande de permis de construire, apporter les éclaircissements nécessaires sur ces points. Il y a donc lieu d'annuler le permis de construire (dont l'admissibilité n'est en l'état pas démontrée) et de renvoyer la cause à l'autorité communale pour nouvelle décision.
4.
Compte tenu de l'issue de la cause, les frais judiciaires et les dépens sont mis à la charge de l'intimée qui, à ce stade, succombe (art. 66 al. 1 et 68 al. 1 LTF). Il y a lieu également, conformément aux art. 67 et 68 al. 5 LTF, de fixer les frais et dépens pour la procédure devant le Tribunal cantonal. La constructrice n'avait certes pas été invitée à procéder devant cette instance mais, compte tenu de ce qui précède, la cour cantonale aurait dû, en l'état du dossier, statuer en sa défaveur, ce qui justifie la mise à sa charge des frais de justice, ainsi que des dépens en faveur de la recourante. Au vu du grand nombre de recours similaires déposés par la recourante, il convient de réduire les dépens et de les fixer à 2'500 fr. pour l'ensemble des procédures fédérale et cantonale.