Decision ID: 2ae1f7f4-5468-46ed-9c75-f74252706e86
Year: 2002
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. X._, né en 1943, est titulaire du permis de conduire pour voitures depuis 1961 et du permis de conduire pour poids-lourds depuis 1964. Il ressort du rapport de police versé au dossier qu'il exerce la profession de chauffeur.
Selon le fichier des mesures administratives, il a fait l'objet d'un avertissement en 1997 pour refus de priorité et d'un retrait du permis de conduire d'une durée d'un mois, du 15 juin 2001 au 14 juillet 2001 à la suite d'un excès de vitesse (107 km/h au lieu de 80 km/h), commis le 7 avril 2001 à Lucens.
B. Le samedi 26 janvier 2002, à 02h10, X._ a circulé au volant de sa voiture sur la rue du Seyon, à Neuchâtel, sise en zone piétonne, alors qu'il se trouvait sous l'influence de l'alcool; interpellé par une patrouille de police, l'intéressé a été soumis à un test à l'éthylomètre qui s'est révélé positif. La prise de sang effectuée à 03h10 a révélé un taux d'alcoolémie de 0,93 g ‰ au minimum. Le permis de conduire de l'intéressé a été saisi immédiatement.
Par préavis du 12 mars 2002, le Service des automobiles a informé l'intéressé qu'il allait certainement ordonner à son encontre une mesure de retrait du permis de conduire d'une durée de huit mois et l'a invité à faire valoir ses éventuelles observations sur la mesure envisagée. L'assurance de protection juridique Orion a demandé une prolongation du délai de détermination imparti mais finalement, elle n'a pas donné suite à ce préavis.
C. Par décision du 6 mai 2002, le Service des automobiles a ordonné le retrait du permis de conduire de l'intéressé pour une durée de huit mois, dès le 26 janvier 2002.
D. Contre cette décision, X._ a déposé un recours en date du 13 mai 2002. Il se plaint de la façon dont les autorités l'ont traité et fait valoir qu'il a perdu son emploi, qu'il en a retrouvé un autre, mais qu'il ne peut pas travailler faute de permis de conduire. Il conclut implicitement à la réduction de la mesure prise à son encontre.
Par lettre du 16 mai 2002, la Compagnie d'assurance de protection juridique Orion, tout en admettant qu'elle n'avait pas formulé d'observations, a informé l'autorité intimée que le recourant était disposé à suivre un cours de sensibilisation à condition que la durée de la mesure soit limitée à six mois. Par lettre du 23 mai 2002, l'autorité intimée a informé Orion qu'elle n'entendait pas modifier sa décision, même si le recourant suivait le cours d'éducation routière, ce cours n'étant pas adapté aux usagers ayant commis une ivresse au volant et ne devant pas servir de moyen de transaction pour obtenir un retrait de permis plus favorable. Le service intimé à communiqué cet échange de correspondances au tribunal.
Par décision du 24 mai 2002, le juge instructeur a refusé d'accorder l'effet suspensif au recours, de sorte que le permis de conduire du recourant est resté au dossier durant la présente procédure.
Le recourant a effectué une avance de frais de 600 francs.
L'autorité intimée s'est déterminée sur le recours le 4 juillet 2002 et a conclu au rejet du recours et au maintien de sa décision.
Les parties n'ayant pas requis la fixation d'une audience, le tribunal a délibéré à huis clos et décidé de rendre le présent arrêt.

Considérant en droit:
1. Selon l'art. 16 al. 3 lit. b LCR, le permis de conduire doit être retiré si le conducteur a circulé en étant pris de boisson. Selon les art. 17 al. 1 LCR et 33 al. 2 OAC, l'autorité qui retire un permis doit fixer la durée de la mesure selon les circonstances, soit en tenant compte surtout de la gravité de la faute, de la réputation de l'intéressé en tant que conducteur de véhicules automobiles et de la nécessité professionnelle de conduire de tels véhicules; en outre, le fait d'avoir conduit en état d'ivresse entraîne à lui seul un retrait obligatoire du permis de conduire d'une durée de deux mois (art. 17 al. 1 lit. b LCR). En matière d'ivresse simple, le Tribunal administratif, suivant en cela la jurisprudence de la Commission de recours (RDAF 1982 p. 225, RDAF 1986 p. 407), réserve le minimum légal de deux mois au cas où l'ivresse est proche du taux limite (entre 0,8 et 1,0 g ‰); il faut également que l'ivresse ait été la seule infraction commise et que les antécédents du recourant soient favorables. Toutefois, ces critères ne sont pas de nature absolue et le Tribunal administratif les examine aussi au regard de l'utilité professionnelle.
Aux termes de l'art. 17 al. 1 lit. c LCR, la durée du retrait ne sera pas inférieure à six mois si le permis doit être obligatoirement retiré (en vertu de l'art. 16 al. 3 LCR) pour cause d'infraction commise dans les deux ans depuis l'échéance du dernier retrait du permis de conduire.
2. En l'espèce, il n'est pas contesté que le recourant a circulé sous l'influence de l'alcool le 26 janvier 2002 : il doit dès lors faire l'objet d'un retrait obligatoire de son permis de conduire en vertu de l'art. 16 al. 3 lit. b LCR. L'infraction de conduite en état d'ivresse ayant été commise moins de deux ans après l'échéance du précédent retrait de permis, intervenue le 14 juillet 2001, le recourant se trouve en état de récidive au sens de l'art. 17 al. 1 lit. c LCR, de sorte que son permis doit lui être retiré pour une durée de six mois au moins. Seule est donc litigieuse la question de la durée de la mesure.
Le taux d'alcoolémie que présentait le recourant au moment des faits s'élevait à 0,98 g ‰. Il s'agit là d'une ivresse proche du taux limite qui ne justifie pas à elle seule une mesure de retrait s'écartant du minimum légal de six mois applicable en l'espèce. Cependant, la nouvelle infraction a été commise six mois seulement après l'échéance du précédent retrait, soit dans un laps de temps très court, ce qui tendrait à démontrer que la précédente mesure n'a pas eu les effets préventif et éducatif escomptés. Cette proximité dans le temps des deux infractions appelle donc une mesure d'une certaine sévérité qui devra s'écarter sensiblement de la durée minimale de six mois prévue en cas de nouvelle infraction commise dans les deux ans suivant l'échéance d'un précédent retrait. Pour le surplus, l'ivresse au volant n'a pas été la seule infraction commise par le recourant, dès lors qu'il a également circulé sur une zone piétonne interdite aux véhicules automobiles, mais cet élément n'est pas déterminant (l'infraction est passible d'une amende d'ordre de 100 francs) car le dossier ne démontre pas que cette infraction ait causé une mise en danger.
3. A ces éléments, on opposera, en faveur du recourant, la nécessité professionnelle dont il peut se prévaloir en tant que chauffeur professionnel à la recherche d'un emploi. En effet, privé de son permis de conduire, le recourant se retrouve dans une situation financière précaire, car privé de toute source de revenus. Dans ces conditions, le tribunal juge qu'une durée de retrait de huit mois, soit deux mois de plus que la durée minimale applicable, est disproportionnée par rapport à l'ensemble des circonstances du cas présent et notamment par rapport aux lourdes conséquences financières du retrait. A cet égard, on relèvera que, dans une affaire impliquant un conducteur sans utilité professionnelle qui avait commis une récidive d'ivresse proche du taux limite trois mois après un précédent retrait et provoqué un grave accident (collision frontale suite à une perte de maîtrise dans un virage), le tribunal de céans a confirmé une mesure de retrait d'une durée de huit mois (CR 01/235 du 11 juin 2002); il serait par conséquent choquant de prononcer une mesure de même durée dans le cas présent, alors que la faute commise par le recourant est moins grave que dans le cas précité et que ce dernier peut se prévaloir de la nécessité professionnelle de son permis de conduire.
Compte tenu de l'ensemble des circonstances, le tribunal juge que le facteur aggravant que constitue la brièveté de la récidive est compensé en l'espèce par la nécessité professionnelle du permis de conduire. Dans ces conditions, la décision attaquée sera dès lors réformée en ce sens que la durée du retrait est ramenée à six mois.
4. Vu le sort du recours, on peut laisser ouverte la question de savoir si le recourant pourrait obtenir une réduction de la durée de la mesure en acceptant de suivre un cours d'éducation routière (telle est la manière dont ces cours semblent compris dans la pratique mais le Service des automobiles conteste cette possibilité). Peut de même rester ouverte, en regard des art. 25 al. 3 lit. e LCR et 40 s OAC qui n'en disent rien, la question du bien-fondé de la position du Service des automobiles selon laquelle les cours d'éducation routière ne sont pas destinés aux conducteurs ayant commis une ivresse au volant.
5. Vu ce qui précède, le recours est admis sans frais pour le recourant.