Decision ID: 6183e684-1a12-44a5-a880-6548dd3a1ffd
Year: 2020
Language: fr
Court: VS_BZG
Chamber: VS_BZG_006
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

Faits
A. L’acte d’accusation du 23 avril 2020 circonscrit l’état de fait suivant :
Téléverbier SA (ci-après : Téléverbier) et Garaventa AG (ci-après : Garaventa) ont conclu le « contrat
d'entreprise n° GAA 000 390 pour la Télécabine 8 places Châble - Bruson à Verbier » du 20 septembre
2011. Dans le cadre de la construction de cette télécabine, une séance de chantier a eu lieu le matin du
12 août 2013. Ont notamment pris part à cette séance : N., chef-monteur auprès de Garaventa et
responsable du chantier pour la partie technique de la télécabine, M., directeur de Garaventa pour la
Romandie, chef de projet et responsable pour la construction de la télécabine, O., chef technique au
sein de Téléverbier et directeur technique pour la construction de la télécabine. Ce dernier a participé à
cette séance en remplacement de son supérieur hiérarchique, Q., directeur technique et d'exploitation
auprès de Téléverbier et qui assumait la direction des travaux de la télécabine.
Lors de cette séance, M. a demandé de mettre en place une fermeture de route pour procéder au tirage
du câble et à l'épissure de celui-ci. Selon le point 1.8 du procès-verbal, les protagonistes ont décidé que
Téléverbier devait « prendre contact avec les privés pour supprimer les obstacles (clôtures...) sur la ligne
et préparer des panneaux pour la fermeture temporaire des chemins et des routes lors du tirage des
câbles (du 19 au 23, du 26 au 29, du 2 au 6) ». Aux termes du point 1.9 de ce procès-verbal, Téléverbier
devait « définir et coordonner avec Garaventa, la surveillance à mettre en place dans la partie inférieure
de la ligne (école, zone à bâtir) lors du tirage des câbles ».
Suite à cette séance, O. a informé téléphoniquement son supérieur, Q., directeur technique et
d'exploitation de Téléverbier, pour l'informer de la demande de Garaventa. Ce dernier lui a demandé de
prendre contact avec P., chef du Service de la sécurité de la Commune de Bagne, tout en lui indiquant
qu'on ne pouvait fermer des routes sans autorisation. O. a ensuite contacté P. et un rendez-vous a été
fixé, à 15h30, l'après-midi même. Après ce contact téléphonique, O. et M. se sont rendus sur le
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chantier. Ils ont parcouru le tracé de la télécabine de son sommet jusqu'au Châble, afin de déterminer
avec exactitude les emplacements où une fermeture de route était nécessaire.
Lors de la séance qui s'est déroulée dans les locaux du Service de la sécurité de la commune de Bagne,
O., M., P. et T., chef de poste à la police municipale, étaient présents. M. a expliqué les travaux qui
allaient être entrepris et que ceux-ci nécessitaient une fermeture de routes temporaire, en fonction de la
tension du câble. Il a encore précisé les dates auxquelles les routes seraient fermées. O. a montré sur
une carte les endroits qui nécessitaient une fermeture de route. Les représentants communaux ont
décidé de mettre à disposition une trentaine de barrières de type Vauban » qui étaient disponibles dès
le 19 août 2013, à Fionnay. Ils ont informé O. et M. que la commune ne disposait pas de panneaux en
suffisance. M. a alors proposé que Garaventa confectionne des affiches de format A3 portant des
indications sur le tirage du câble. P. a ajouté qu'il serait judicieux d'y inscrire un numéro de téléphone
d'une personne de contact et de numéroter les barrières. P. et T. ont ensuite déclaré qu'ils allaient faire
publier, le 16 août 2013, au Bulletin officiel un avis relatif à la fermeture des routes. Il a ainsi été décidé
que la prise en charge et le dépôt des barrières sur les lieux de fermeture seraient effectués par
Téléverbier, que Garaventa poseraient les affiches en format A3 et le numéro de barrière sur celles-ci et
que cette société gérerait la fermeture et l'ouverture des routes selon les besoins.
Un avis de l'administration communale de Bagnes a été publié le 16 août 2013 au Bulletin officiel. Il
informait les usagers de la route de la fermeture temporaire des chemins communaux situés sous la
ligne de la télécabine Le Châble - Mayens de Bruson et des dates de ces fermetures, tout en les priant
de se conformer aux indications et signalisations mises en place. Ce jour-là, M. a vérifié que cette
publication avait bien eu lieu.
Le 19 août 2013, des employés de Téléverbier ont pris en charge les barrières et les ont réparties sur le
chantier à proximité des lieux qui devaient être fermés. Après avoir reçu les affiches plastifiées de format
A3 de la part de M. qui lui avait donné pour seule instruction de barrer les routes au moyen des barrières
« Vauban » munies de cette affiche, N. et son équipe ont commencé les travaux sur le câble de la
télécabine. A chaque fois que ce dernier et ses collaborateurs tiraient le câble sur une route, ils plaçaient
une barrière en travers de celle-ci, en amont et en aval du câble. Une fois que cette opération était
terminée ou que le câble était tendu, ils retiraient les barrières.
Le 22 août 2013, N. travaillait avec son équipe dans les environs du chemin de la Creuse, au Châble. Il
a placé ou fait placer une barrière de type « Vauban » au travers de ce chemin. Il n'avait toutefois pas
apposé une des affiches plastifiées en format A3 ni le numéro de la barrière en format A4 que son
supérieur, M., lui avait remises. Il n'a, par ailleurs, placé aucun panneau annonçant le chantier ni
indiquant la fermeture de la route en amont de cette barrière qui était de couleur grise.
Ce jour-là, vers 18h50, R. circulait au guidon de son cycle sur le chemin de la Creuse, de la route de
Bruson en direction du chemin du Plénadzy. Il s'est trouvé en présence de cette barrière de type
« Vauban » qui fermait physiquement la chaussée. Ce dernier a percuté cette barrière et a violemment
chuté au sol. Il s'est immobilisé quelques mètres plus bas sur la chaussée.
Selon un rapport de l'Hôpital du Valais du 14 janvier 2014, R. a souffert d'une « tétraplégie incomplète
sur myélopathie traumatique de niveau C5 par hyperflexion cervicale avec déchirure du disque C4-05 ».
Il a été hospitalisé du 22 août au 6 octobre 2013, date à laquelle il « est décédé d'une insuffisance
respiratoire directement due à la lésion médullaire subie lors de l'accident ».
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B. TELEVERBIER S.A., de siège social à Bagnes, a notamment pour but social la
construction et l’exploitation de toutes entreprises de transport de personnes et de
choses par câbles ou autres. Lors de son audition du 19 septembre 2013 par la police
cantonale, O. a déclaré qu’il travaillait pour TELEVERBIER S.A. en qualité de chef
technique. Aux débats, il a expliqué que, depuis 2012, il était électricien en été et chef
du secteur de Bruson en hiver. Entendu par le ministère public le 27 mars 2019 et lors
des débats, Q. a déclaré être titulaire d’un brevet de spécialiste en remontées
mécaniques et qu’en août 2013, il était le directeur technique et d’exploitation de
TELEVERBIER S.A, fonction qu’il avait occupée jusqu’en 2015. A cette époque, il était
le supérieur hiérarchique de O., ce que celui-ci a confirmé aux débats.
Garaventa AG, de siège social à Risch (ZG), a pour but social le développement, la
conception, la vente, le montage et l’entretien de moyens de transports de personnes et
d'objets de toutes sortes, ainsi que tous conseils y relatifs. Lors de son audition du 22
août 2013 par la police cantonale, N. a déclaré qu’il était employé par Garaventa AG en
qualité de chef d’équipe. Lors de son audition par le ministère public du 27 mars 2019, il
a précisé qu’il avait suivi un apprentissage d’électricien. Lorsqu’il avait été engagé par
Garaventa AG, il avait commencé par aider à la fabrication des télécabines, puis il avait
été promu chef-monteur. Aux débats, il a quelque peu nuancé ce dernier point, dans le
sens où, après avoir travaillé sept ou huit ans au service de la société, il était devenu
chef monteur « pour certains chantiers », mais pas systématiquement. Il a expliqué que,
chez Garaventa AG, le chef monteur dispose de la même formation que les autres
monteurs. Il distribue le travail, mais ensuite accomplit les mêmes tâches que les autres.
Lorsqu’il a été entendu par la police cantonale, le 31 août 2013, M., ingénieur ETS en
mécanique, a déclaré qu’il était le responsable de la succursale de la société à Sion.
Lors de son audition par le ministère public du 27 mars 2019, il a précisé qu’il était le
directeur de Garaventa AG pour la Romandie. Aux débats, il a confirmé sa place de
directeur de la succursale de Sion, précisant que celle-ci ne s’occupait que de service
après-vente. Il a expliqué qu’il était également chef de projet pour la vente pour
l’entreprise principale et que c’était dans ce cadre qu’il faisait de la coordination entre
celle-ci et les clients.
Lors de son audition du 27 avril 2019 par le ministère public, P. a déclaré qu’en août
2013, il était le chef du service de sécurité de la commune de Bagnes. A ce titre, il était
le supérieur hiérarchique des policiers municipaux.
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C. Le 20 septembre 2011, TELEVERBIER S.A., en qualité de maître de l’ouvrage, et
Garaventa AG, en qualité de constructeur, ont passé en la forme écrite un contrat
d’entreprise dont l’objet était « l’étude, la livraison et le montage de l’équipement
électromécanique, y compris la mise en service et la réception des autorités de contrôle
de l’Office fédéral des transports (OFT) pour le télécabine à 8 places Châble-Bruson à
Verbier », sur le territoire de la commune de Bagnes.
Selon le contrat, le montage de l’installation devait commencer la semaine 27 de l’année
2012 et la mise en service était prévue le 10 décembre 2012. En réalité, les travaux
étaient toujours en cours en été 2013.
D. Le 22 août 2013, vers 18 heures 50, R. circulait à vélo sur le chemin de la Creuse,
de la route Bruson vers le chemin de Plénadzi, en direction du Châble.
1. S., ambulancière, a été entendue comme témoin par la police cantonale le 31 août
2013. Elle a expliqué qu’elle était assise en face de la baie vitrée de son habitation, au
chemin de Plénadzi. Elle avait aperçu le cycliste alors qu’il se trouvait à un mètre environ
d’une barrière qui fermait la route. La roue avant du vélo avait heurté la barrière en son
milieu, perpendiculairement, et le cycliste avait été projeté par-dessus celle-ci. Lorsqu’il
était retombé, la partie supérieure de son crâne avait heurté le goudron. Il était resté au
sol sans bouger. S. a déclaré qu’elle s’était immédiatement portée au secours du
cycliste, tout en appelant le 144. Elle était restée avec lui, toujours conscient, jusqu’à
l’arrivée d’un hélicoptère. S. n’a pas été en mesure d’apprécier la vitesse du cycliste
qu’elle avait vu « au dernier moment ».
Entendue lors des débats, J. a déclaré que, durant les six semaines d’hospitalisation de
son mari, elle lui avait rendu visite tous les jours sauf un. Elle a expliqué que R. était
resté conscient après l’accident. Il avait demandé à S. de l’appeler au téléphone. Celle-
ci lui avait tenu l’appareil et il avait dit : « J’ai peur, je ne sens plus mes bras et mes
jambes ». J. s’était rendue immédiatement à l’hôpital de Sion. Elle avait appris que son
mari avait une lésion à la moelle. C’est là qu’il lui avait dit : « Je suis désolé, J., je n’ai
pas vu cette barrière ». Par la suite, elle n’avait plus pu avoir de discussion avec R. qui
était paralysé, très faible et intubé la plupart du temps qu’avait duré son séjour
hospitalier. J. a ajouté que la police était venue à quelques reprises à l’hôpital mais
n’avait pas pu interroger son mari en raison de l’état de ce dernier.
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Selon le rapport de police du 29 octobre 2013, étayé par des photographies, l’accident
a eu lieu dans une ligne droite, en descente. A cet emplacement, le chemin de la Creuse
est ouvert à la circulation routière et la vitesse est limitée à 50 km/heure. Il faisait jour,
les conditions météorologiques étaient bonnes et la visibilité portait sur 50 mètres. La
chaussée était sèche. Elle était large de 310 cm et la barrière de 247 cm. La tête de R.
a heurté le sol un peu au-delà de l’emplacement de la barrière, dans le sens de la course
du cycliste. Le vélo était dans un bon état technique et ses freins fonctionnaient
correctement ; seul son guidon était rayé. Selon la facture produite par J., le vélo avait
été acheté par son époux le 3 juillet 2013. Le rapport de police indique aussi que R. ne
portait aucun « système de protection » et que le test à l’éthylomètre a donné un résultat
négatif.
Selon les renseignements donnés au ministère public le 14 janvier 2014 par le service
de neurochirurgie de l’Hôpital du Valais, R. a subi, lors de sa chute, une « tétraplégie
incomplète sur myélopathie traumatique de niveau C5 par hyperflexion cervicale avec
déchirure du disque C4-C5 ». Hospitalisé dès le 22 août 2013, il est décédé, le 6 octobre
2013, d’une insuffisance respiratoire directement due à la lésion médullaire subie lors de
l’accident.
2. Sur la base de ces moyens de preuves, librement appréciées, le tribunal retient que
R. roulait à la descente, sur un vélo qui ne présentait pas de défaillances techniques et
sans qu’il existât des indices que sa capacité à maîtriser celui-ci était réduite. La roue
avant du cycle a heurté une barrière métallique placée perpendiculairement à l’axe de
circulation et qui occupait presque toute la largeur de la chaussée. Les constats faits sur
place par la police et les déclarations de l’unique témoin direct de l’accident ne
permettent pas de dire à quelle vitesse roulait R., ni qu’il a freiné – ce que tend du reste
à infirmer l’absence de traces de freinage - ou qu’il a tenté d’éviter la barrière. Le cycliste
a été projeté vers l’avant et, lorsqu’il est retombé, sa tête a heurté en premier le sol
goudronné. La chute a causé une tétraplégie partielle laquelle a entraîné la mort un mois
et demi plus tard par insuffisance respiratoire. R. était dépourvu de casque, sans qu’il ait
été établi si le port de celui-ci aurait évité ou non l’issue fatale de l’accident.
E. La barrière heurtée par R. avait été placée sur la route pour les besoins de la
construction de la télécabine Le Châble - Mayens de Bruson.
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1. Aux termes du contrat d’entreprise, les « interlocuteurs responsables » de
TELEVERBIER S.A. étaient xx, en qualité de « direction », Q., en qualité de « direction
des travaux », et O., en qualité de « direction technique ». Les « interlocuteurs
responsables de Garaventa AG étaient M., en qualité de « direction générale du projet »,
yy, en qualité de « direction technique du projet », et zz, en qualité de « direction
montage ». Devant la police, O. a déclaré que, pour ce chantier, il avait été le second de
Q.. De son côté, M. a déclaré qu’il était le chef de projet pour Garaventa AG et que son
chef d’équipe était N.. Ce dernier a confirmé qu’il était le responsable du chantier pour
la partie mécanique, à savoir « de tout sauf de la maçonnerie ».
2. Lors de son audition du 31 août 2013 comme personne appelée à donner des
renseignements, M. a expliqué à la police que la fermeture des routes avait été discutée
lors de différentes séances de chantier. Le 12 août 2013, il avait demandé la mise en
place de cette fermeture pour que les travaux puissent avancer. TELEVERBIER S.A.
avait alors contacté la commune de Bagnes. Celle-ci avait demandé des précisions et
signalé qu’une publication au bulletin officiel était indispensable. Rendez-vous avait alors
été pris pour une nouvelle séance dans l’après-midi. En compagnie de O., M. avait fait
le tour des routes qui devaient être fermées. La seconde séance avait eu lieu à 15
heures. En plus de lui et de O., étaient présents le chef du service de la sécurité, P., et
le responsable de la police municipale, T.. M. avait communiqué les dates des travaux
et O. avait indiqué sur une carte les endroits précis où les routes devaient être barrées.
La carte avait été remise à T.. La commune avait mis trente barrières à disposition dès
le lundi 19 août 2013, en précisant qu’elle ne disposait pas de panneaux en suffisance.
M. avait indiqué qu’ils allaient « produire des affiches A3 plastifiées à fixer sur les
barrières afin d’aviser les gens du danger représenté par le câble et qu’ils évitent tout de
même de passer ». La commune avait proposé d’y faire figurer un numéro de téléphone
et de numéroter les barrières. Il avait été décidé que la commune se chargerait de la
publication au bulletin officiel, le 16 août 2013, de la fermeture temporaire des routes, du
19 au 23 août, du 26 au 29 août et du 2 au 9 septembre. Il avait été convenu que les
barrières seraient prises en charges et déposées par TELEVERBIER S.A. De son côté,
Garaventa AG poserait les affiches A3 et gérerait la fermeture et l’ouverture des routes
selon les besoins, une personne de TELEVERBIER S.A., dont le numéro de téléphone
figurerait sur les affiches A3, étant à sa disposition.
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Lors de la séance, la façon dont la fermeture des routes allait être effectivement réalisée
n’avait pas été discutée. M. a encore déclaré que, le 16 août 2013, il avait vérifié la
publication au bulletin officiel. Le 19 août 2013, il avait constaté que les barrières avaient
été déposées au bord de la route aux emplacements prévus et il avait remis les trente
affiches A3 plastifiées et les numéros en format A4 à N., en lui donnant comme
instruction de les fixer aux barrières qui devraient être tirées pour fermer les routes. Le
numéro de téléphone ne figurait pas sur les affiches car il n’était pas encore connu à ce
moment, mais N. était censé l’inscrire dès que TELEVERBIER S.A. l’aurait communiqué.
M. a été entendu par le ministère public en qualité de prévenu le 27 mars 2019. A cette
occasion, il a confirmé qu’il avait participé aux deux réunions du 12 août 2013. Il a
expliqué que, plusieurs fois avant ces séances, la nécessité de fermer temporairement
des routes sous le tracé de la télécabine avait été discutée avec TELEVERBIER S.A.
Les réunions du 12 août 2013 avaient eu lieu à sa demande, pour identifier les endroits
où le tirage du câble posait problème avec la route. Le matin, il avait été convenu que
TELEVERBIER S.A. prendrait contact avec la commune. De son côté, M., accompagné
de O., avait été identifier les « potentiels conflits » entre le câble et les routes. Lors la
réunion de l’après-midi, son rôle avait été d’expliquer comment Garaventa AG allait
procéder et à quel moment. Ensuite, il avait appliqué ce qui avait été discuté avec les
représentants de la commune. Comme la route cantonale ne pouvait pas être fermée,
Garaventa AG avait construit trois ponts de protection aux emplacements où cette route
croisait le tracé de la télécabine. Pour la fermeture des autres routes, il avait été décidé
que la commune de Bagnes mettrait trente barrières à disposition et que M. ferait
préparer trente affiches A3 destinées à avertir les passants de ne pas franchir les
barrières. M. avait remis à N. les affiches A3 ainsi que des numéros, sur des feuilles de
format A4, le 19 août 2013, en lui ordonnant de les placer sur les barrières avant de
mettre ces dernières en travers de la route au moment où le câble devait être tiré. Il ne
lui avait pas ordonné de placer des signaux en amont des barrières. TELEVERBIER S.A.
avait été chercher les barrières à Fionnay et les avait réparties aux endroits qui devaient
être fermés. M. a déclaré qu’il a avait déjà dû, avant 2013, fermer des routes pour des
chantiers, mais que sur celui de la télécabine Le Châble - Mayens de Bruson, il y en
avait beaucoup. Il n’avait pas de formation en matière de gestion de fermeture des
routes. A l’époque, personne chez Garaventa AG n’avait reçu de formation dans ce
domaine. Il ignorait par ailleurs la législation relative à la signalisation de travaux sur une
route. Il ne connaissait pas la
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recommandation SN 640 886 relative à la signalisation temporaire sur les routes
principales et secondaires. Il a ajouté que Garaventa AG ne disposait que de quelques
signaux, puisque la fermeture des routes ne relevait pas de son activité. Il a aussi déclaré
qu’à l’instar de l’autorisation pour l’installation elle-même, ce n’était pas le rôle de
Garaventa AG de demander une autorisation pour ces travaux, mais à son client,
TELEVERBIER S.A., ce qui avait du reste été convenu lors de la première réunion du
12 août 2013 et concrétisé par la seconde réunion. Au demeurant, la nécessité de
demander une autorisation à la Commission cantonale de signalisation routière (CCSR)
n’avait jamais été évoquée devant lui. Il était parti du principe que, puisque la commune
avait participé au processus et que la fermeture avait été publiée au bulletin officiel,
Garaventa AG était autorisée à fermer les routes.
Aux débats, M. a déclaré que sa tâche avait été d’informer TELEVERBIER S.A. des
dangers qui pouvaient exister lors de la mise en place du câble. Le matin du 12 août
2013, il avait demandé de mettre en place la fermeture des routes. Avec O., il avait été
identifier les points qui pouvaient être dangereux. La séance de l’après-midi avait été
aménagée pour qu’il fournisse également ces explications aux gens de la commune.
Lors de cette séance, il avait donné les dates et expliqué comment cela allait se passer.
Il avait parlé des affiches A3 qui constituaient la manière usuelle de prévenir les gens,
pour que ceux-ci ne franchissent pas la barrière après s’être arrêtés, parce que le câble
ne représentait pas un danger évident. Des décisions avaient été prises et les tâches
réparties lors de cette séance. La procédure qu’ils allaient mettre en place avait été
validée, de même que la pose des affiches, avec les compléments constitués du numéro
de téléphone et des numéros de barrières. C’était une des deux personnes de la
commune qui avait proposé d’ajouter le numéro de téléphone et les numéros de
barrières. Après avoir entendu ses explications, les gens de la commune avaient
proposé trente barrières pour fermer les routes. Selon la procédure qui semblait usuelle
à ce moment-là, la commune avait publié la fermeture des routes au bulletin officiel. M.
a aussi déclaré qu’il ignorait les règles en matière de signalisation de chantier, ajoutant
que cela n’était ni la responsabilité contractuelle de Garaventa AG ni, à l’époque, la façon
usuelle de procéder, précisant qu’il n’avait jamais été fait mention de la CCSR. A cet
égard, il a relevé que si tel avait été le cas, des démarches auraient été entreprises
auprès de cette dernière. Il a aussi relevé que, quelque mois plus tard, la même
procédure avait été suivie pour une nouvelle intervention sur l’installation. Il a encore
déclaré qu’il avait bien remis des affiches A4 portant des numéros et trente affiches A3
à N., auquel le numéro de téléphone d’un employé de TELEVERBIER S.A. avait
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aussi été communiqué par courriel, et qu’à sa connaissance, seules les barrières
« Vauban » avaient été utilisées.
3. Lors de son audition du 22 août 2013 comme prévenu, N. a expliqué à la police qu’il
avait reçu de son patron [M.], qui avait eu une séance à ce sujet le 12 août 2013, des
barrières ainsi que des signaux pour effectuer la fermeture de la route. Personne ne lui
ayant dit comment procéder, il avait fait au mieux. Il a déclaré que la barrière, sur le lieu
de l’accident, n’était pas munie d’un signal, car ils n’en avaient plus.
Le 27 mars 2019, N. a déclaré comme prévenu devant le ministère public qu’en 2013, il
n’avait pas encore suivi de formation pour fermer les routes, formation qui avait été
dispensées par son employeur aux monteurs une année après l’accident, et ne
connaissait pas les recommandations qui s’y appliquaient. Il a reconnu avoir participé à
la séance de chantier qui avait eu lieu le matin du 12 août 2013. Il a confirmé avoir reçu
de M. des panneaux de signalisation A3 plastifiés et que la commune avait mis à
disposition des barrières « normales, que l’on voit un peu partout ». Il a ajouté qu’il n’y
avait pas d’autres signalisations. En particulier, il n’avait pas reçu des panneaux à placer
en amont des barrières et il ne s’est pas souvenu avoir reçu des numéros sur des
affiches A4. M. lui avait donné l’ordre de mettre « une barrière de chaque côté avec une
affiche ». Il a encore expliqué que, le 22 août 2013, il était accompagné d’une équipe de
trois ou quatre personnes. A chaque fois que cela était nécessaire, lui ou un collègue
plaçait les barrières sur la route, le temps de tirer le câble, puis il les retirait. Il a confirmé
que la barrière au lieu de l’accident était dépourvue d’affiche, parce qu’il n’y en avait
plus. A ce sujet, il a expliqué qu’il y avait, à son souvenir, quatre endroits à sécuriser
avec des ponts et, au total, dix-sept routes et deux sentiers à sécuriser, raison pour
laquelle trente barrières, à raison de deux par emplacement, n’avaient pas suffit.
Aux débats, N. a déclaré, s’agissant des numéros de barrières, que la question lui avait
été posée pour la première fois par le procureur, six ans après les faits, raison pour
laquelle il n’avait plus de souvenir à ce sujet. En revanche, la question relative aux
affiches A3 lui avait été posée tout de suite par la police, raison pour laquelle il avait pu
déclarer en avoir reçu trente, qu’elles étaient accrochées au fur et à mesure en
descendant le long du câble de l’installation et qu’elles avaient manqué à la fin. Les
affiches A3 constituaient une information pour la population, pour expliquer ce que faisait
l’entreprise. Il y aurait aussi dû avoir sur les affiches le numéro de
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téléphone d’un employé de TELEVERBIER S.A. qui était à disposition pour donner des
explications complémentaires, mais, à son souvenir, il n’avait jamais reçu ce numéro.
Toujours au souvenir de N., toutes les barrières posées sur ce chantier étaient
identiques. Il a encore déclaré qu’à l’époque, il ignorait les prescriptions relatives à la
signalisation de chantier, n’ayant reçu, à l’instar des autres monteurs de la société, une
formation dans ce domaine qu’en 2014. Les directives transmises par M. étaient de
positionner les barrières (une de chaque côté du câble), d’appliquer les affiches A3, de
tendre le câble et, tout de suite après, d’enlever les barrières. N. a aussi déclaré qu’il
n’avait pas personnellement posé la barrière heurtée par R., car il ne se trouvait pas à
cet emplacement, mais plus bas, occupé à tendre le câble. Il n’était pas venu vérifier si
l’affiche A3 avait bien été apposée sur cette barrière, n’ayant pas pu imaginer qu’il n’y
en avait pas assez, alors que tout avait été planifié par M. et O. lors de leur rencontre
avec les représentants de la commune.
4. O. a été entendu par la police cantonale le 19 septembre 2013 comme personne
appelée à donner des renseignements. Il a déclaré qu’il avait assisté aux séances du 12
août 2013 en sa qualité de remplaçant de Q.. Le matin, M. avait expliqué que la fermeture
de routes à certaines dates était nécessaire pour la poursuite des travaux de Garaventa
AG. A la demande du bureau d’ingénieur, TELEVERBIER S.A. devait prendre les
contacts nécessaires. Avisé, Q. avait fait remarquer que les routes ne pouvaient pas être
barrées sans autorisation et il avait enjoint O. à s’adresser au responsable de la sécurité
de la commune de Bagnes, P.. Ce dernier lui avait fixé rendez-vous à son bureau à 15
heures 30. Dans l’intervalle, O. s’était rendu sur place avec M. pour déterminer
exactement où une fermeture de route était nécessaire. La réunion s’était tenue en
présence de O., P., T. et M.. Le premier avait remis au deuxième une photo aérienne
montrant le tracé du câble et le dernier avait expliqué quels étaient les besoins de
Garaventa AG. Il était apparu qu’une vingtaine au moins de barrières serait nécessaire.
T. avait dit que la commune en avait, à Fionnay, qui seraient disponibles dès le 19 août
2013, mais qu’il n’y avait que deux panneaux à disposition. M. avait proposé de réaliser
des affiches A3 portant l’avertissement « attention mouvement de câble » et P. avait
suggéré d’y ajouter un numéro de téléphone. P. et T. s’étaient chargés du texte à publier
au bulletin officiel. O. a encore déclaré que, lors de la séance, il avait demandé à T. le
nom des personnes qui s’occupaient de faucher les
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prés afin de pouvoir les contacter, ce qu’il avait fait après la réunion. Le lendemain ou le
surlendemain, T. lui avait expliqué précisément où se trouvaient les barrières. Le matin
du 19 août 2013, des ouvriers de TELEVERBIER S.A. avaient été les chercher et les
avaient déposées, selon ses instructions, aux endroits définis. Il avait été convenu que
les barrières seraient mises en place pour fermer les routes, selon les besoins, par les
employés de Garaventa AG.
O. a été entendu comme prévenu par le ministère public le 27 mars 2019. Il a confirmé
sa participation aux deux réunions du 12 août 2013. Le matin, il avait appris que
Garaventa AG allait tirer les câbles dès la semaine suivante, que cela nécessiterait la
fermeture de routes et qu’il faudrait notamment contacter la commune à ce sujet. Il avait
reconnu les emplacements dangereux avec M. et téléphoné à P. qui leur avait donné
rendez-vous à 15 heures 30. Lors de cette réunion, O. avait remis une photographie
aérienne indiquant les lieux à barrer. « Quelqu’un de la commune » avait proposé de
mettre à disposition trente barrières de type « Vauban », utilisées lors de manifestations
« pour dévier la circulation ou autre ». Le matin, il avait été prévu que TELEVERBIER
S.A. préparerait des panneaux à placer sur les barrières. Il avait toutefois été décidé lors
la réunion tenue l’après-midi que Garaventa AG s’en occuperait, en réalisant des
affiches de mise en garde, avec un numéro de téléphone, ainsi que des numéros des
barrières. O. a reconnu qu’il ignorait, à l’époque, les règles relatives à la mise en place
d’une signalisation de chantier sur une route. Dans le cadre de son activité
professionnelle pour TELEVERBIER S.A., il n’avait jamais dû procéder à la fermeture
d’une route, les installations de transport par câble concernées se trouvant toujours en
altitude. Personne n’avait évoqué la nécessité d’une autorisation de la CCSR. Du
moment que la commune avait été contactée, il avait estimé pouvoir s’en tenir aux
instructions reçues qui étaient de fermer la route avec les barrières sur lesquelles se
trouvaient les affiches. O. a confirmé que TELEVERBIER S.A. avait transporté les
barrières depuis Fionnay et précisé qu’il n’était pas présent lorsque les routes avaient
été fermées.
Aux débats, O. a déclaré que le matin du 12 août 2013, il avait été avec M. repérer toutes
les routes qui devaient être fermées. Ensuite, il était rentré à son bureau et avait reporté
tous les emplacements sur une orthophotographie. L’après-midi, ils s’étaient rendus au
bureau de P.. M. avait expliqué la situation et les dangers. Suite à cela, la décision avait
été prise de fermer les routes avec les barrières et d’y ajouter des affiches. O. ne s’est
- 19 -
pas souvenu exactement comment cela s’était passé, mais il a déclaré penser que la
commune avait proposé des barrières comme elle le faisait usuellement. Pour les
affiches A3, c’est M. qui les avait proposées. O. ne s’est plus souvenu qui avait proposé
de mettre les numéros sur les barrières et d’ajouter le numéro de téléphone aux affiches
A3. A son souvenir, c’est T. qui avait parlé de la publication de la fermeture des routes
au bulletin officiel. C’est aussi T. qui lui avait transmis les numéros de téléphone des
propriétaires des terrains sur lesquels les travaux allaient avoir lieu. O. a déclaré qu’en
sortant de cette séance, il pensait que tout était en ordre parce que, s’agissant d’une
question de circulation routière, il s’était adressé à la police. Il ignorait les règles relatives
aux signalisations de chantier et qu’il fallait faire une demande à la CCSR qui à aucun
moment n’avait été évoquée. Si tel avait été le cas, les démarches nécessaires auraient
été entreprises. O. a enfin déclaré que, lors des travaux de raccourcissement du câble,
six mois plus tard, la procédure de fermeture des routes avait été la même.
5. Q. a été entendu comme prévenu par le ministère public le 27 mars 2019. Il n’a pas
pu s’exprimer sur le contenu des réunions du 12 août 2013 auxquelles il n’avait pas
participé, remplacé par O.. Il a expliqué que celui-ci lui avait téléphoné, lui faisant part
de la nécessité de fermer des routes sur le tracé de la télécabine. Il lui avait alors dit
qu’une autorisation était nécessaire et conseillé de prendre contact avec le responsable
de la sécurité de la commune de Bagnes ainsi qu’avec la police municipale. Comme les
routes qui devaient être fermées étaient communales, il avait estimé que ces contacts
suffisaient. Il a admis qu’il y avait une responsabilité conjointe entre le maître de
l’ouvrage et l’entrepreneur. Toutefois, comme TELEVERBIER S.A. avait contacté la
commune, il n’avait plus à intervenir, puisque c’est Garaventa AG qui devait fermer les
routes. Q. a expliqué qu’avant 2013, il avait déjà dû procéder à la fermeture de routes
dans le cadre de son activité professionnelle pour TELEVERBIER S.A. La société
contactait la police municipale et l’informait de la situation du tronçon à fermer et du
moment de la fermeture qui faisait l’objet d’une publication au bulletin officiel. Jamais
une autorisation n’avait été requise de la CCSR. A cet égard, Q. a déclaré ne pas se
souvenir si la commune avait rendu TELEVERBIER S.A. attentive à la nécessité de
demander une telle autorisation. A l’époque, il n’avait pas connaissance de la législation
et des directives relatives à la signalisation des travaux sur une route. Il a ajouté que, la
plupart du temps, les travaux sur les installations de transport à câble s’effectuaient à
une altitude où il y avait peu de trafic. Les routes étaient fermées avec
- 20 -
des barrières de type « Vauban » ou avec des barrières de chantier rouges et blanches,
voire avec des trépieds et des « rubalises », en fonction de leur fréquentation.
Aux débats, Q. a déclaré qu’à l’époque, il ignorait la réglementation relative à la
signalisation de chantier sur les routes. Il a aussi déclaré que la procédure qui avait été
suivie était usuelle et qu’elle avait été appliquée à d’autres travaux qui avaient eu lieu
tant avant qu’après l’accident.
6. P. a été interrogé comme prévenu par le ministère public le 27 mars 2019. Il a
déclaré qu’il avait participé à la seconde réunion du 12 août 2013, en sa qualité de chef
du service de sécurité de la commune de Bagnes. Il a expliqué que rien n’avait été
décidé. Le service de police avait été informé que des routes allaient être fermées pour
tirer le câble de la télécabine Le Châble - Mayens de Bruson. Sur cette base, la
commune avait préparé les publications au bulletin officiel pour informer les usagers. A
la demande de TELEVERBIER S.A. et de Garaventa AG, la commune avait mis des
barrières à disposition, comme elle le faisait une centaine de fois par année en faveur
d’organisateurs de manifestations. P. a précisé que la commune ne disposait pas de
panneaux de chantier. Il ne s’est pas souvenu d’une discussion au sujet de la façon dont
les routes seraient effectivement fermées, en particulier des affiches A3. Il a contesté
que la commune eût approuvé les moyens de fermeture prévus ou autorisé les
fermetures, parce qu’elle ne disposait pas de compétences dans ce domaine et qu’il
incombait au maître de l’ouvrage ou à l’entrepreneur de requérir les autorisations
nécessaires. Il a déclaré ne pas comprendre pourquoi les représentants TELEVERBIER
S.A. et de Garaventa AG auraient pu se croire, en l’absence de décision écrite de son
service, autorisés par celui-ci à fermer des routes. P. a déclaré qu’il connaissait la
législation relative à la fermeture de routes, mais qu’il n’avait jamais dû y procéder dans
le cadre de son activité professionnelle, son cahier des charges n’incluant pas la
responsabilité des routes communales. Il a déclaré qu’il ne lui semblait pas avoir attiré
l’attention des autres participants à la réunion sur la nécessité d’obtenir une autorisation
de la CCSR pour une signalisation de chantier, ni que la publication au bulletin officiel
ne valait pas autorisation. Il ne s’est pas assuré qu’une autorisation avait été requise,
précisant à ce sujet qu’à l’époque, la CCSR n’informait pas les communes et qu’il ne
pouvait pas « contrôler à chaque fois qu’un entrepreneur [lui demandait] 2 ou 3 barrières
si [celui-ci avait] les autorisations nécessaires ». Il a aussi déclaré « [avoir pensé] que
des entreprises de l’envergure de Téléverbier et Garaventa devaient connaître
l’existence
- 21 -
de ces procédures et qu’à la pose de la première pierre les procédures nécessaires
avaient été effectuées ».
Aux débats, en précisant que ce n’est que cinq ans après les faits qu’il avait pour la
première fois dû s’en expliquer, P., a déclaré que lui ou T. avait été contacté le 12 août
2013, le matin, pour une discussion l’après-midi au sujet de fermetures de routes et de
mise à disposition de barrières. Il a ajouté avoir été surpris, n’ayant aucune compétence
en cette matière. Il a aussi déclaré qu’il connaissait l’exigence d’une autorisation de la
CCSR, mais qu’il ne se souvenait pas en avoir parlé à M. et O., relevant que, dans sa
déclaration devant le ministère public, T. avait déclaré qu’il l’avait probablement fait. Il a
expliqué que, de toute façon, il allait de soi que l’entreprise qui réalisait le travail devait
obtenir cette autorisation, raison pour laquelle il n’appartenait pas à la commune de le
lui rappeler. A la question de savoir si la commune avait mis les barrières « Vauban » à
disposition de Garaventa AG ou de TELEVERBIER S.A. pour fermer des routes en
sachant qu’il n’y avait pas d’autorisation de la CCSR ou en tout cas sans demander la
production d’une décision de la CCSR, il a répondu que « à ce moment-là et jusqu’à il y
a trois ans en arrière, la CCSR ne communiquait aucune décision de fermeture de route,
en tous cas pas à notre administration communale ». P. a par ailleurs insisté sur la
différence entre « fournir » et « mettre à disposition » des barrières. Fournir signifiait que
les employés de la commune prenaient les barrières et les déposaient à un lieu précis.
Mettre à disposition signifiait que la commune indiquait à l’entreprise où se trouvaient les
barrières et que celle-ci pouvait aller les chercher. P. a déclaré que, dans le contexte de
la discussion, la commune avait mis les barrières à disposition dans le but de fermer des
routes, mais qu’il aurait pu en être fait autre chose.
7. T. qui, en 2013, occupait la fonction de chef du poste de la police municipale de
Bagnes à Verbier, a été entendu par le ministère public comme personne appelée à
donner des renseignements le 27 mars 2019. Il a déclaré avoir participé à la séance
tenue l’après-midi du 12 août 2013. Il s’agissait d’une réunion informelle, qui n’avait pas
fait l’objet d’un procès-verbal et qui n’avait donné lieu à aucune décision précise, à
l’occasion de laquelle TELEVERBIER S.A. et Garaventa AG avaient informé la
commune de Bagnes au sujet de fermetures de routes. T. y avait participé pour « savoir
quelle mission il pouvait avoir par rapport à cela ou autre ». Il a contesté avoir « décidé »
de mettre des barrières à disposition. Ces barrières avaient été demandées et lui ou P.
avaient proposé de
- 22 -
prêter, pour « dépanner », des barrières « Vauban », utilisées par la commune de
Bagnes pour fermer les routes en cas de manifestation. Il s’est rappelé que les barrières
avaient été demandées « dans le cadre du chantier ». Il avait pensé que ces barrières
pourraient servir à fermer des routes, mais il n’avait émis aucune directive relative à leur
utilisation, respectivement à la pose de panneaux de signalisation, ni autorisé la
fermeture des routes, puisqu’il n’en avait pas la compétence. Il n’en avait pas informé
les participants à la séance, partant du principe que TELEVERBIER S.A. et Garaventa
AG disposaient du matériel nécessaire et, « vu leur taille », avaient déjà fait les
démarches qui leur incombaient auprès des autorités compétentes. Il a ajouté être à peu
près certain que P. avait évoqué la CCSR. Il n’a pas contre pas gardé le souvenir des
discussions relative aux affiches A3. Il a nié que la publication au bulletin officiel par la
commune signifiait que celle-ci avait approuvé les moyens prévus pour la fermeture des
routes. Selon lui, cette publication n’était qu’une information au public, à laquelle il était
procédé « par habitude » lors de chaque manifestation. Il n’avait pas vu comment les
routes avaient ensuite été effectivement barrées. T. a encore déclaré qu’avant 2013, il
avait déjà procédé à la fermeture de routes, mais dans le cadre de manifestations, pas
lors de chantiers. Il savait que la police municipale pouvait autoriser la fermeture
temporaire d’une route lors de manifestations mais que, dans la seconde hypothèse,
seule la CCSR était compétente. Il n’avait pas vérifié que l’autorisation avait été donnée,
ni que les dispositions prises pour fermer les routes correspondaient aux règles en
vigueur, en particulier à la recommandation SN 640 886 qu’il connaissait, contestant que
ces tâches incombassent à la police municipale. A ce sujet, il a précisé que si une
patrouille constatait une lacune dans la signalisation, elle devait la signaler au chef de
chantier, voire à la CCSR. Par contre, la police n’avait aucune obligation de faire le tour
de tous les chantiers pour contrôler la signalisation.
8. U., ingénieur employé par U1 SA, a été entendu par le ministère public comme
personne appelée à donner des renseignements, le 19 septembre 2019. Il a déclaré que,
dans une première phase, U1 SA avait procédé à des études parasismiques et requis
les autorisations dans le cadre de la procédure d’approbation des plans de la télécabine
Le Châble - Mayens de Bruson. Dans la seconde phase, la société avait été mandatée
comme ingénieur civil pour la réalisation des pylônes et des gares d’extrémités, soit les
infrastructures, à l’exclusion de la partie mécanique. Le bureau d’ingénieur avait aussi la
tâche de coordonner les interventions des entreprises et de tenir les procès-verbaux de
chantier. U. a expliqué avoir participé à ce titre à la séance de chantier tenue le matin du
- 23 -
12 août 2013. A cette occasion, il avait été décidé que la fermeture des routes devait
être faite par TELEVERBIER S.A. et Garaventa AG. Il ne s’est pas rappelé d’une
discussion au sujet des moyens à mettre en œuvre, ni avoir été informé des détails. En
revanche, à son souvenir, une séance avait été aménagée l’après-midi avec des
représentants de la commune. S’agissant des travaux de génie civil, par exemple lors
de la réalisation des fondations des pylônes, il a déclaré que les démarches pour fermer
les routes avaient été effectuées par les entreprises concernées, ce dont il a déduit que,
lors du tirage du câble, ces démarches incombaient à Garaventa AG. U. a toutefois
ajouté ignorer ce qui figurait éventuellement à ce sujet dans le contrat entre le
constructeur et TELEVERBIER S.A.
9. V., qui habitait dans la région à l’époque, a témoigné devant le procureur, le 7
novembre 2016, qu’aucun panneau ne signalait les barrières et que, « sur le goudron »,
on voyait mal celles-ci qui étaient grises, des barrières « similaires à celles qui sont
utilisées pour dévier la circulation lors de fêtes ». Le matin avant l’accident, alors qu’il
était occupé à faucher, il avait interpellé brièvement une des personnes qui tiraient les
câbles en la rendant attentive au risque que ces barrières représentaient. Il a ajouté
qu’on lui avait répondu que cela ne le regardait pas.
W. a été entendue comme témoin par le ministère public le 7 novembre 2016. Domiciliée
au chemin de Plenazi, elle a passé sur les lieux de l’accident peu après celui-ci. Elle
circulait à vélo sur le chemin de la Creuse, dans le sens de la montée. Elle a déclaré
qu’elle s’était trouvée confrontée à une barrière de chantier, soit une planche posée sur
deux piquets métalliques. Elle n’a pas conservé le souvenir de la couleur de cette
planche, ni d’un panneau signalant sa présence, ni d’une signalisation de chantier ou
d’un avertissement. Sans descendre de son cycle, elle avait passé la barrière qui
n’occupait pas toute la largeur de la route. Elle s’était arrêtée et avait mis pied à terre
pour franchir un câble posé à terre. Elle était ensuite arrivée à la hauteur du blessé puis
d’une seconde barrière. Elle a ajouté qu’elle était sous le choc et qu’elle ne pouvait pas
décrire comment était cette dernière. Lorsqu’il lui a été demandé de situer la seconde
barrière, elle l’a fait nettement plus en amont que selon les indications du rapport de la
police cantonale.
X., lui aussi habitant de la région, a été entendu en qualité de témoin le 12 septembre
2018. Il s’est rappelé de la présence de barrières, mais n’a pas pu dire si elles étaient
signalées par des panneaux avancés. Il a aussi passé sur les lieux de l’accident un peu
après celui-ci. Il a vu une personne couchée sur la route auprès de
- 24 -
laquelle s’affairait S.. Il a pensé qu’elle avait « croché les câbles ». Comme son aide
n’avait pas été requise, il s’en était allé. Il a expliqué qu’il remontait le chemin de la
Creuse. Il avait passé une barrière avant d’arriver à la hauteur du cycliste tombé. Cette
barrière était visible, mais pas du même type que celle percutée par le cycliste. X. a situé
la seconde barrière plus haut sur la route que l’endroit où le cycliste était couché.
Lorsque le procureur lui a demandé : « Au vu de la situation d’ensemble, pouvez-vous
attester que, même en plein jour, la barrière Vauban que le cycliste a percutée, n’était
pas aisément visible ? », il a répondu : « Moi j’aurais dit que non. Je dois dire que je n’ai
pas vu souvent cette barrière car je ne me rendais pas régulièrement à cet endroit. Je
précise ma réponse en disant que pour moi la barrière était visible. Cela ne m’a pas
interpellé ni en bien ni en mal. Je n’ai pas de certitudes ».
10. Le procès-verbal de la séance de chantier du 12 août 2013 tenu par U. révèle la
présence de O., M. et N.. Il a notamment la teneur suivante :
1. MAITRE D’OUVRAGE : TELEVERBIER SA
[...]
1.8 Prendre contact avec les privés pour supprimer les obstacles (clôtures..) sur la ligne et préparer des
panneaux pour la fermeture temporaire des chemins et des routes lors du tirage des câbles (du 19 au
23, du 26 au 29, du 2 au 6)
1.9 Définir et coordonner avec Garaventa, la surveillance à mettre en place dans la partie inférieure de
la ligne (école, zone à bâtir) lors du tirage des câbles
Le texte suivant a été publié par la commune de Bagnes au bulletin officiel du canton du
Valais du 16 août 2013 :
Commune de Bagnes
Restriction de circulation à Bruson
L’Administration communale de Bagnes informe les usagers de la route qu’en raison du montage du
câble de la télécabine Le Châble-Les Mayens de Bruson, les divers chemins communaux situés sous
cette ligne seront temporairement fermés à la circulation routière, pour les périodes suivantes :
- du 19 au 23 août 2013
- du 26 au 29 août 2013
- du 2 au 6 septembre 2013
D’ores et déjà nous remercions les usagers de se conformer aux indications et à la signalisation mises
en place.
La page du bulletin officiel sur laquelle se trouve cet avis en contient deux autres, du
même type, publiés par la commune de Bagnes. Ils annoncent tous deux la fermeture
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temporaire de routes communales, le premier en raison de la « Fête du Falot », à Villette,
le second à cause de l’organisation du concours hippique de Verbier.
O. a produit un courrier électronique adressé le 14 août 2013, à 13 heures 11, par T. à
l’ensemble des agents de la police municipale de Bagnes, avec copie à Q., dont la teneur
était la suivante :
Bonjour,
Je vous laisse prendre connaissance des documents annexés.
En vue du montage du câble de la télécabine Le Châble — Les Mayens de Bruson, les entreprises
Téléverbier et Garaventa vont disposer une trentaine de barrières vaubans selon le plan annexé.
Ils vont annoncer le danger, numéroter ces barrières et y mettre un no de téléphone d'un responsable.
Il faut savoir que ces travaux représentent par moment un certain danger car les câbles peuvent toucher
le sol lors de ces opérations et reprendre de la tension rapidement.
Avant de tirer le câble définitif, ils doivent d'abord en tirer 2 autres (phase une et deux).
Il n'est donc pas possible de fermer ces routes pour 3 semaines surtout que ces travaux ne s'effectuent
pas de manière continue.
A savoir que du personnel TVSA sera aussi présent dans la région lors de ces manœuvres.
A dispo si nécessaire.
Meilleures salutations.
Les affiches au format A3 qui ont été produites par Garaventa AG pour être placées sur
les barrières avaient l’aspect suivant :
P. a produit des extraits des bulletins officiels du 12 avril au 21 juin 2013 dans lesquels
ont été publiés plusieurs avis de la CCSR relatifs à des restrictions temporaires de
circulation sur le territoire de la commune de Bagnes en raison de travaux.
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Le rapport de la police cantonale du 29 octobre 2013 indique que la CCSR n’a reçu
aucune demande de fermeture pour les travaux de pose du câble de la télécabine Le
Châble - Mayens de Bruson. Ce renseignement a été confirmé par la CCSR elle-même
à la demande du ministère public, le 22 mars 2019.
Selon les rapports de travail produits par N., celui-ci et son équipe ont consacré le lundi
19 août 2013, de 7 heures à 19 heures 30, à des travaux préparatoires. Ils ont ensuite
tiré divers câbles le mardi 20 août 2013, de 7 heures à 21 heures, le mercredi 21 août
2013, de 7 heures à 19 heures 30, et le jeudi 22 août 2013, de 7 heures à 20 heures 30.
Le vendredi 24 [note de rédaction : 23] août 2013 a été consacré à d’autres travaux
préparatoires.
11. Sur la base des déclarations et des preuves matérielles qui précèdent, librement
appréciées, le tribunal retient les faits suivants :
Le procès-verbal de la séance de chantier qui s’est tenue le matin du lundi 12 août 2013
ainsi les déclarations d’U., O. et M. établissent que, lors de la réunion, à laquelle N. était
aussi présent, Garaventa AG a fourni les dates auxquelles elle avait prévu de mettre en
place les câbles de la télécabine Le Châble - Mayens de Bruson, soit dès le lundi suivant.
M. a indiqué la nécessité de prendre comme précautions, outre de contacter les
propriétaires, respectivement les utilisateurs, des parcelles touchées par les travaux, de
barrer temporairement les routes communales croisant le tracé de l’installation, dans la
mesure où, à la différence de la route cantonale, elles n’avaient pas été munies de
protections qui permettaient à l’entreprise de travailler sans interrompre la circulation. Il
a été décidé que les mesures seraient prises en collaboration entre TELEVERBIER S.A.
et Garaventa AG. Il n’a pas été question, lors de cette séance de chantier, de la marche
suivre. Les déclarations de O. et de Q. coïncident sur le fait que le premier en a référé
au second qui n’avait pas participé à la réunion. Q. a dit à O. qu’une autorisation lui
paraissait nécessaire et qu’il devait contacter le responsable de la sécurité de la
commune de Bagnes. O. a alors téléphoné à P. ou à T. et un rendez-vous a été fixé
l’après midi-même. M. et O. ont reconnu les emplacements où les barrières devraient
être posées et le second les a relevés sur une photographie aérienne
(orthophotographie). A 15 heures, ou peu après, ils ont rencontré P. et T.. Ce rendez-
vous démontre que, comme ils l’ont tous trois déclaré, ni
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M., ni O., ni Q., ne savaient que, si une autorisation administrative était bien
indispensable, celle-ci ne relevait pas de la commune, nonobstant la nature communale
des routes à barrer, parce que ces dernières constituaient des voies de circulation. En
effet, on ne voit pas pourquoi, si l’un d’entre eux en avait été conscient, ils auraient pris
la peine de rencontrer des représentants de la commune, plutôt que de s’adresser
directement à la CCSR.
Les quatre participants à la réunion qui s’est tenue l’après-midi du 12 août 2013
s’entendent pour dire que M. et O. ont exposé à P. et T. où et quand les routes
communales devaient être barrées. Tous admettent que les représentants de la
commune ont fait publier les dates des fermetures au bulletin officiel du 16 août 2013 et
qu’ils ont mis à disposition, à partir du 19 août 2013, trente barrières métalliques de type
« Vauban ». Ni M., ni O., n’ont soutenu que P. ou T. leur avait expressément signifié que
l’administration communale était bien compétente pour ordonner la fermeture des routes
dans le cadre du chantier de la télécabine. A l’inverse, T. est le seul qui ait déclaré que
la CCSR avait été évoquée par son supérieur. Il apparaît invraisemblable, vu la visibilité,
l’ampleur et la durée de l’opération de pose du câble, que s’ils avaient été correctement
informés, M. et O. auraient pris le risque d’aller de l’avant sans être munis d’une
autorisation administrative valable. Par conséquent, il est retenu que P. et T., bien qu’ils
connussent la marche à suivre, n’ont pas signalé à leurs interlocuteurs que l’autorisation
de poser une signalisation de chantier ne relevait pas de la commune de Bagnes mais
exclusivement de la CCSR et, par ailleurs, que l’avis publié par la commune au bulletin
officiel n’avait qu’un caractère d’information. Dans ces circonstances, il est retenu que
M. et O. ont cru à tort, à l’issue de leur réunion, qu’une fois que l’annonce en aurait été
faite au bulletin officiel, les fermetures temporaires des routes communales seraient
valablement autorisées. On doit aussi admettre que, vu la mission de sécurité publique
qui leur incombait, P. et T. auraient réagi s’il avait été clair pour eux que leurs
interlocuteurs se contenteraient de la réunion du 12 août 2013 pour commencer les
travaux. Il est dès lors retenu qu’ils n’ont pas réalisé que M. et O. ignoraient la procédure
administrative à suivre en vue de la pose d’une signalisation temporaire de chantier.
Au sujet des barrières, si Garaventa AG ou TELEVERBIER S.A. avait disposé de son
propre matériel pour fermer les routes, il n’y aurait eu aucune raison d’aller en chercher
- 28 -
ailleurs. C’est donc bien parce que ce matériel leur faisait défaut, ou du moins qu’il était
disponible en quantités insuffisantes, que des barrières appartenant à la commune ont
été utilisées. Ainsi, P. et T. sont convaincants lorsqu’ils déclarent qu’ils n’ont pas décidé
que ces barrières devraient être utilisées, mais qu’ils ont seulement proposé de les prêter
pour dépanner. Les barrières « Vauban » mises à disposition par la commune ne
remplissaient à l’évidence pas les exigences d’une signalisation de chantier sur ou à
proximité d’une route (cf. infra). On doit en déduire que, comme ils l’ont déclaré, ni M. ni
O., n’avait connaissance des prescriptions applicables dans ce domaine. On doit aussi
en déduire que P. et T., qui ont tous deux admis qu’ils connaissaient ces exigences, n’y
ont pas rendu attentifs M. et O., ce qui n’est du reste pas contesté. En effet, si M. ou O.
avait su que les barrières n’étaient pas conformes aux prescriptions régissant la
signalisation de chantier, ils n’auraient assurément pas pris le risque de les utiliser durant
trois semaines, du moins pas sans prendre d’autres mesures. Par ailleurs, il est possible
que P. et T. n’aient pas été conscients que leurs interlocuteurs ne connaissaient pas les
règles applicables à la signalisation de chantier. Par contre, puisqu’ils avaient été
approchés dans la perspective de la fermeture des routes communales sous la ligne du
télécabine, ils ne pouvaient pas ignorer, comme ils l’ont reconnu du bout des lèvres, que
les barrières mises à disposition par la commune étaient susceptibles d’intégrer d’une
manière ou d’une autre le dispositif élaboré à cette fin par Garaventa AG et
TELEVERBIER S.A. Pour le surplus, l’existence d’une discussion relative aux affiches
d’avertissement et aux numéros qui devaient être apposés sur les barrières n’a pas été
prouvée.
Les déclarations de O. et de M. concordent sur le fait que ce sont des employés de
Téléverbier S.A. qui, le 19 août 2013, sur les indications du premier, ont été chercher les
barrières où elles étaient entreposées par la commune de Bagnes et les ont réparties,
en les laissant au bord de la route, aux différents emplacements où elles devaient être
utilisées. Les déclarations coïncident également sur le fait que M. s’est chargé de faire
réaliser les affiches A3 et A4 qui devaient être apposées sur les barrières. Selon les
déclarations de M. et de N., qui sont corroborées par le format et le texte des affiches
A3, celles-ci devaient expliquer la raison de la présence des barrières et inciter les
passants à ne pas franchir celles-ci, tout en leur donnant la possibilité de se renseigner
en appelant le numéro de téléphone y figurant. Bien qu’aucune explication n’ait été
fournie lors de l’instruction à ce sujet, les affiches A4 numérotés devaient selon toute
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vraisemblance permettre à celui qui ferait l’usage du numéro de téléphone de situer son
emplacement. Il est ainsi retenu que les affiches tant A3 que A4 n’étaient pas destinées
à améliorer la visibilité des barrières. M. et N. ont par ailleurs déclaré de manière
concordante que, le 19 août 2013, le premier avait remis au second les affiches A3 en
lui ordonnant de les attacher aux barrières que l’équipe de constructeurs devait tirer au
milieu de la route, en amont et en aval de l’emplacement dangereux, pendant qu’elle
travaillait sur le câble de la télécabine. N. ne s’est pas souvenu avoir aussi reçu des
affiches A4 portant des numéros et celles-ci, à la différence des affiches d’avertissement
A3, n’ont pas été mentionnées dans le rapport de police. Il n’a par conséquent pas été
établi que M. les avait effectivement remises à son employé.
N. a commencé à poser le câble avec son équipe le 20 août 2013. Il a reconnu que, le
22 août 2013, l’affiche A3 n’avait pas été accrochée à la barrière de type « Vauban »
qu’était venu heurter le vélo de R.. Savoir si, comme il l’a soutenu aux débats, il n’était
pas présent à cet emplacement peut rester indécis. Savoir si, comme il l’a déjà déclaré
devant le ministère public, il n’avait pas reçu assez d’affiches, peut aussi rester indécis.
A cet égard toutefois, on doit relever les témoignages de W. et de X., dont il ressort qu’à
cet endroit, seule la fermeture en amont du passage du câble était assurée par une
barrière de type « Vauban », alors qu’en aval, c’est une barrière de chantier, constituée
d’une planche horizontale d’une couleur indéterminée et de deux supports métalliques,
qui barrait la route. Ces témoignages rejoignent au demeurant les déclarations de N.
dont il ressort que trente barrières ne suffisaient pas. Ainsi, nonobstant les déclarations
contraires de N. et de M., il n’est pas exclu que d’autres barrières aient été utilisées, en
plus de celles fournies par la commune de Bagnes. Ceci permettrait d’expliquer
pourquoi, même si M. avait fait imprimer trente affiches A3, ces dernières auraient pu
venir à manquer en fin de journée. Pour le surplus, lors de la séance de chantier du 12
août 2013 à laquelle a participé N., aucune décision n’a été prise quant à la manière de
fermer les routes communales et rien ne permet de soupçonner que N., qui, à l’époque,
n’avait pas encore été formé par son employeur à la signalisation de chantier, ne s’est
pas conformé aux instructions qu’il avait reçues de M. de fermer et d’ouvrir ces routes
avec les barrières se trouvant sur place au fur et à mesure de l’avancement de sa tâche.
Il n’est pas ailleurs pas établi que N. aurait été, quelques jours avant l’accident, le
destinataire des remontrances de V.
- 30 -
à propos de la visibilité des barrières, ou du moins qu’il en aurait eu connaissance.
S’agissant de l’emplacement de la barrière, le tribunal se fie aux constatations du rapport
de la police cantonale, lesquelles reposent notamment sur la trace laissée sur le goudron
par la chute de R., plutôt que sur les souvenirs imprécis à cet égard des témoins W. et
X.. Sur la photographie du rapport de police, la barrière est visible au milieu de la route,
bien qu’elle soit renversée. L’indication de la distance à laquelle la photographie a été
prise fait toutefois défaut. V. a témoigné qu’on voyait mal la barrière « sur le goudron ».
Toutefois, cela n’a pas frappé X., l’autre témoin qui s’est exprimé sur cette question. De
son côté, S. a témoigné avoir vu, depuis chez elle, que le cycliste avait heurté une
barrière. Force est dès lors de constater que la barrière n’était pas invisible mais que les
moyens de preuve qui auraient permis d’établir précisément à quelle distance elle
pouvait être aperçue n’ont pas été administrés. Par conséquent, sur la base du rapport
de police, le tribunal retient qu’eu égard aux bonnes conditions de visibilité qui
prévalaient lors de l’accident et compte tenu de la configuration en ligne droite de la
route, la présence de la barrière « Vauban » dressée perpendiculairement à l’axe de
circulation, même dépourvue d’affiches et nonobstant sa couleur grise, était perceptible
depuis l’amont à la distance sur laquelle portait à cet endroit la vue de l’usager du chemin
de la Creuse, soit 50 mètres.
G. [p. 30 et 31 : situation personnelle de M. et de P.]
- 31 -
H. [p. 31, 32 et 33 : éléments relatifs au préjudice de J., K. et L.]
- 32 -
- 33 -

Considérant en droit
1. Le tribunal de district statue en première instance sur les crimes et les délits qui ne
relèvent pas de la compétence d’autres autorités, et pour autant que le ministère public
ne requière pas une peine privative de liberté supérieure à deux ans, un internement au
sens de l’art. 64 CP, un traitement au sens de l’art. 59 al. 3 CP, ou une privation de
liberté de plus de deux ans lors de la révocation d’un sursis (art. 19 CPP en relation avec
l’art. 12 al. 1 let. a LACPP). L’autorité compétente pour le jugement d’une infraction est
en principe celle du lieu où l’auteur a agi (art. 8 al. 1 CP en relation avec l’art. 340 CP ;
art. 31 CPP).
En l’espèce, les faits qui fondent l’accusation sont survenus sur le territoire de la
commune de Bagnes et le ministère public a requis des peines pécuniaires à l’encontre
de chacun des prévenus. La compétence du tribunal du district de l’Entremont est ainsi
donnée à raison du lieu et de la matière.
2. L’accusation retient l’infraction d’homicide par négligence en adressant les
reproches suivants aux prévenus :
N., en sa qualité de chef-monteur auprès de Garaventa et de responsable du chantier pour la partie
technique de la télécabine le Châble-Bruson, M., en sa qualité de directeur
- 34 -
de Garaventa pour la Romandie et de chef de projet et responsable pour la construction de la télécabine,
O., en sa qualité de chef technique au sein de Téléverbier et de directeur technique pour la construction
de la télécabine, et Q., en sa qualité de directeur technique et d'exploitation de Téléverbier et de directeur
des travaux de la télécabine, ont décidé de fermer à la circulation le chemin de la Creuse, sur la
Commune de Bagne, sans se conformer à la législation en vigueur, en particulier celle relative à la
signalisation de travaux sur une route et la norme SN 640 886. Ils n'ont, en particulier, demandé aucune
autorisation pour la mise en place d'une signalisation de chantier auprès de l'autorité compétente, à
savoir la Commission cantonale de signalisation routière (CCSR), alors qu'une entreprise ne peut en
aucun cas débuter des travaux sans cette autorisation. N., M., O. et Q. n'ont prévu aucune signalisation
qui indiquait la présence du chantier et la fermeture du chemin de la Creuse. Ils se sont contentés de la
mise en place d'une barrière de type « Vauban » au travers de cette route, alors que l'art. 83 al. 3 OSR
prescrit que des chaînes, des cordes ou d'autres dispositifs semblables peuvent être utilisés aux endroits
où le barrage est de courte durée et la circulation peu importante et que ces dispositifs seront rayés
rouge et blanc ou signalés par des fanions rouges et blancs.
N. a placé la barrière percutée par R., alors qu'il n'y avait pas apposé une des affiches plastifiées en
format A3 ni le numéro de la barrière en format A4 que M. lui avait remises, rendant celle-ci d'autant
moins visible pour les usagers de la route.
P., en sa qualité de chef du Service de la sécurité de la commune de Bagne, a fourni les barrières
« Vauban » aux représentants de Téléverbier et de Garaventa, en sachant que celle-ci seraient
employées pour la fermeture de routes, alors qu'il avait connaissance de la législation relative à la
signalisation de travaux sur une route. P. a, par ailleurs, pris part au processus décisionnel qui a abouti
à la fermeture du chemin de la Creuse en proposant à O. et M. de numéroter les barrières que la
commune fournissait et de rajouter un numéro de téléphone sur les affiches A3 qui devait y être
apposées.
2.1. Aux termes de l’art. 117 CP, celui qui, par négligence, aura causé la mort d’une
personne sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine
pécuniaire.
2.2. La prescription de l’action pénale est une institution juridique dont l’effet est de
mettre fin au droit de l’Etat de punir un acte délictueux par le seul fait de l’écoulement du
temps (KOLLY, Commentaire romand, n. 1 ad art. 97 CP).
a) Pour les infractions punissables d'une peine privative de liberté de trois ans, le délai
de prescription est de sept ans, selon l'art. 97 al. 1 let. c CP dans sa teneur en vigueur
jusqu'au 31 décembre 2013 (aCP). Depuis le 1er janvier 2014, il est de dix ans (cf. RO
2013 4417). En vertu du principe de la lex mitior (cf. art. 2 al. 2 et 389 CP ; ATF 134 IV
82 consid. 6.2 ; 129 IV 49 consid. 5.1), la prescription de l'action pénale la plus
- 35 -
favorable est applicable. Selon l'art. 98 CP (inchangé), la prescription court dès le jour
où l'auteur a exercé son activité coupable (let. a) ; dès le jour du dernier acte si cette
activité s'est exercée à plusieurs reprises (let. b) ; dès le jour où les agissements
coupables ont cessé s'ils ont eu une certaine durée (let. c). La prescription ne court donc
pas depuis le jour auquel se produit le résultat de l'activité coupable ou depuis la date
de réalisation d'une condition objective. Il s'ensuit que des actes pénalement
répréhensibles peuvent être atteints par la prescription avant qu'en survienne le résultat
(ATF 134 IV 297 consid. 4.2). Le début de la prescription coïncide donc, en matière de
lésions corporelles par négligence, avec le moment où l'auteur a agi contrairement à son
devoir de prudence ou, en cas de délit d'omission improprement dit, à partir du moment
où le garant aurait dû agir ; si ce devoir est durable, la prescription ne commence à courir
qu'à partir du moment où les obligations du garant prennent fin (ATF 122 IV 61 consid.
2a/aa ; arrêts du Tribunal fédéral 6B_476/ 2019 du 29 mai 2019 consid. 3.1.1 et 3.1.2,
6B_315/2016 du 1er novembre 2016 consid. 2.2, 6B_90/2014 du 29 janvier 2015 consid.
6.2).
b) En l’espèce, les reproches adressés par le ministère public aux prévenus sont tous
en lien avec la présence, sur le chemin de la Creuse, d’une barrière « Vauban ». Les
comportements incriminés n’avaient dès lors pas encore pris fin lors de l’accident du 22
août 2013, lorsque le vélo de R. a percuté la barrière. Le délai de prescription de sept
ans a par conséquent commencé à courir, pour tous les prévenus, le 23 août 2013 et il
arrivera à échéance le 22 août 2020 à minuit.
2.3. Une condamnation pour homicide par négligence au sens de l'art. 117 CP suppose
la réalisation de trois éléments constitutifs, à savoir le décès d'une personne, une
négligence ainsi qu'un rapport de causalité naturelle et adéquate entre les deux premiers
éléments (ATF 122 IV 145 consid. 3 p. 147).
2.3.1. a) L’art. 117 CP constitue un délit de « lésion », en ce sens que le bien
juridique protégé, soit la vie, doit avoir été réellement lésé pour que la négligence soit
sanctionnée par le droit pénal (HURTADO POZO/ILLÀNEZ, Commentaire romand, n. 4 ad
art. 117 CP).
b) En l’occurrence, la lésion du bien juridique protégé est survenue, puisque R. est
décédé le 6 octobre 2013.
- 36 -
2.3.2. a) L’infraction d’homicide par négligence suppose en règle générale un
comportement actif. Elle peut toutefois aussi être commise par un comportement passif
contraire à une obligation d'agir (art. 11 al. 1 CP). L'art. 11 al. 2 CP énumère plusieurs
sources pouvant fonder une obligation d’agir, à savoir la loi, un contrat, une communauté
de risques librement consentie ou la création d'un risque. N'importe quelle obligation
juridique ne suffit pas. Il faut qu'elle ait découlé d'une position de garant, c'est-à-dire que
l'auteur se soit trouvé dans une situation qui l'obligeait à ce point à protéger un bien
déterminé contre des dangers indéterminés (devoir de protection), ou à empêcher la
réalisation de risques connus auxquels des biens indéterminés étaient exposés (devoir
de surveillance), que son omission peut être assimilée au fait de provoquer le résultat
par un comportement actif (ATF 141 IV 249 consid. 1.1. p. 251 s. ; arrêt du Tribunal
fédéral 6B_315/2016 du 1er novembre 2016, consid. 4.1). La distinction entre une
infraction de commission et une infraction d'omission improprement dite (commission
par omission) n'est pas toujours aisée et l'on peut souvent se demander s'il faut
reprocher à l'auteur d'avoir agi comme il ne devait pas le faire ou d'avoir omis d'agir
comme il le devait. Dans les cas limites, il faut s'inspirer du principe de la subsidiarité et
retenir un délit de commission dès que l'on peut imputer à l'auteur un comportement actif
(ATF 129 IV 119 consid. 2.2 p. 122). Le manque de diligence est un élément constitutif
de la négligence et non une omission au sens d'un délit d'omission improprement dit. Si
une activité dangereuse est entreprise sans prendre les mesures de sécurité suffisantes,
il y a lieu, en principe, de considérer un comportement actif. En pareille hypothèse,
l'élément déterminant ne réside pas dans l'omission des mesures de sécurité en tant que
telle, mais dans le fait d'accomplir l'activité en cause sans les observer (arrêt du Tribunal
fédéral 6B_197/2017 du 8 mars 2018 consid. 4.1). Lorsqu'un comportement actif est
imputé à l'auteur, la culpabilité de ce dernier doit être envisagée au regard de ses actes,
indépendamment du fait qu'il ait eu ou non une position de garant (arrêt du Tribunal
fédéral 6B_1148/2018 du 6 décembre 2018 consid. 2.3.1).
b) En l’espèce, tous les griefs du ministère public à l’encontre des prévenus se
rapportent à un ou des comportements actifs liés à la fermeture des routes communales
pour tirer le câble de la télécabine Le Châble - Mayens de Bruson. Les omissions qui
sont retenues ne constituent que les fondements des reproches adressés aux prévenus
d’avoir violé leurs devoirs de prudence. Par conséquent, il est inutile d’examiner si l’un
ou l’autre d’entre eux se trouvait dans une position de garant.
- 37 -
2.3.3. a) Deux conditions doivent être remplies pour qu'il y ait négligence. En
premier lieu, il faut que l'auteur viole les règles de la prudence, c'est-à-dire le devoir
général de diligence institué par la loi pénale, qui interdit de mettre en danger les biens
d'autrui pénalement protégés contre les atteintes involontaires (ATF 136 IV 76 consid.
2.3.1 p. 79). Pour déterminer le contenu du devoir de prudence, il faut donc se demander
si une personne raisonnable, dans la même situation et avec les mêmes aptitudes que
l'auteur, aurait pu prévoir, dans les grandes lignes, le déroulement des événements et,
le cas échéant, quelles mesures elle pouvait prendre pour éviter la survenance du
résultat dommageable (ATF 134 IV 255 consid. 4.2.3 p. 262). Lorsque des prescriptions
légales ou administratives ont été édictées dans un but de prévention des accidents, ou
lorsque des règles analogues émanant d'associations spécialisées sont généralement
reconnues, leur violation fait présumer la violation du devoir général de prudence (ATF
143 IV 138 consid. 2.1 p. 140). La violation des devoirs de la prudence peut aussi être
déduite des principes généraux, si aucune règle spéciale de sécurité n'a été violée (ATF
135 IV 56 consid. 2.1 p. 64). En second lieu, la violation du devoir de prudence doit être
fautive, c'est-à-dire qu'il faut pouvoir reprocher à l'auteur une inattention ou un manque
d'effort blâmable (ATF 145 IV 154 consid 2.1 p.158 ; 134 IV 255 consid. 4.2.3 p. 262).
Aux termes de l’art. 4 de la Loi fédérale sur la circulation routière du 19 décembre 1958
(LCR), il est interdit de créer, sans motifs impérieux, des obstacles à la circulation ; ils
doivent être signalés de façon suffisante et seront supprimés aussi tôt que possible
(al. 1). Aux termes de l’art. 5 al. 3 LCR, sur les routes ouvertes à la circulation des
véhicules automobiles ou des cycles, ainsi qu’à leurs abords, seuls peuvent être
employés les signaux et marques prévus par le Conseil fédéral ; ils ne peuvent être
placés que par les autorités compétentes ou avec leur approbation.
Aux termes de l’art. 81 al. 1 de l’Ordonnance du 5 septembre 1979 sur la signalisation
routière (OSR), l’autorité ou l’OFROU [Office fédéral des routes] donnera des directives
aux entrepreneurs pour la signalisation des chantiers et en surveillera l’exécution. Selon
l’art. 81 al. 2 OSR, près des chantiers, les entrepreneurs ne peuvent signaliser des
réglementations du trafic (p. ex. des interdictions de circuler, des limitations de vitesse,
des déviations) que si l’autorité ou l’OFROU a donné son accord et si une décision
formelle a été prise (art. 107 al. 1). L’OFROU arrête les mesures concernant la
réglementation locale du trafic sur les routes nationales (art. 2 al. 3bis LCR). Les cantons
sont compétents pour interdire, restreindre ou régler la circulation sur les routes qui
n’appartiennent pas à la Confédération (art. 2 al. 5 a contrario LCR). Ils
- 38 -
peuvent déléguer cette compétence aux communes sous réserve de recours à une
autorité cantonale (art. 3 al. 2 LCR). En Valais, la commission de signalisation (CCSR)
est compétente pour donner des directives aux entrepreneurs pour la signalisation des
chantiers sur les routes et chemins tant cantonaux que communaux (art. 3 al. 2 de la Loi
d'application de la législation fédérale sur la circulation routière [LALCR] du 30
septembre 1987 et 4 al. 1 let. a du Règlement concernant la signalisation routière et la
publicité sur les routes du 8 novembre 1989).
L’art. 80 al.1 OSR pose le principe selon lequel les chantiers situés sur la chaussée ou
à ses abords immédiats doivent être annoncés aux usagers de la route par un signal.
Sur les chantiers avec des obstacles de plus de 0,5 m de largeur sur la chaussée, on
utilisera, en plus des signaux, des barrages rayés rouge et blanc (tels que des planches,
des éléments tubulaires, des treillis en ciseaux ou d’autres éléments stables ; art. 80 al.
3 OSR). Aux termes de l’art. 83 al. 3 OSR, des chaînes, des cordes ou d’autres
dispositifs semblables peuvent être utilisés aux endroits où le barrage est de courte
durée et la circulation peu importante ; ils seront rayés rouge et blanc ou signalés par
des fanions rouges et blancs. Le DETEC [Département fédéral de l'environnement, des
transports, de l'énergie et de la communication] édicte des instructions concernant la
mise en place des signaux et des marquages, des barrages et autres dispositifs, leur
aspect ainsi que l’éclairage des chantiers (art. 80 al. 5 OSR). A cet égard, l’Ordonnance
du DETEC concernant les normes applicables à la signalisation des routes, des chemins
pour piétons et des chemins de randonnée pédestre du 12 juin 2007 déclare, à son art.
2 let. p, applicables les recommandations de l’Association suisse des professionnels de
la route et des transports (VSS) sur la Signalisation temporaire sur routes principales et
secondaires SN 640 886. Aux sens de cette norme, constituent un « chantier » les
travaux de construction, d’entretien et autres travaux limités dans le temps, effectués à
la route, en dessus de celle-ci ou à sa proximité immédiate ainsi que les obstacles qui y
sont liés (A.4.1). Un « barrage routier » est une interruption momentanée de la possibilité
d’utiliser une route dans un sens ou dans les deux pour des catégories déterminées de
véhicules ou d’usagers (A.4.2). Les moyens de signalisation (signaux, lattes, lampes,
etc.) doivent répondre aux exigences légales et se trouver en parfait état (B.5 para. 7).
En règle générale, il y a lieu d'utiliser les signaux de format normal. Les signaux sont
disposés de manière bien visible sur le bord droit de la route et peuvent être répétés en
cas de nécessité sur le côté gauche (visibilité restreinte, plusieurs voies de circulation,
etc. ; B.6 para. 1). Les lattes utilisées pour les barrières doivent avoir une largeur
minimale de 0,15 m; elles doivent être striées verticalement par des champs blancs et
rouges alternés d'une
- 39 -
longueur comprise entre 0,50 m et 1,00 m. (B.7 1re ph.). Au moins deux lattes
horizontales superposées (hauteur maximale en-dessus du sol 0,95 m) disposées
transversalement par rapport au trafic sont utilisées avant les obstacles de plus de 0,50
m de largeur (B.7). D'autres installations de couleur blanche et rouge sont également
suffisantes si elles présentent le même effet de protection. A eux seuls, les chaînes en
matière plastique, les rubans en plastique, les cordes en matière synthétique ou les
cordes munies de fanions ne sont pas admissibles (B.7 para. 5).
Les recommandations SN 640 886 contiennent l’exemple, reproduit ci-dessous, de
signalisation de la fermeture d’une route secondaire :
Dans ses propres directives, la CCSR indique que lors d'un chantier qui a lieu de jour et
ne dure que quelques heures, il est possible de signaler celui-ci avec des « Triopans »
[signal pliable] et des cônes de balisage (ch. 3.12), ce qui est conforme à l’art. 15 al. 1
OSR. Ces mêmes directives indiquent que les normes VSS donnent des références de
base. Au besoin, la CCSR ou la police peuvent ordonner de compléter la signalisation,
l'éclairage, etc., afin d'améliorer la sécurité (ch. 3.1 para 7).
Lorsque plusieurs individus ont, indépendamment les uns des autres, contribué par leur
négligence à créer un danger dont le résultat incriminé représente la concrétisation,
chacun d'entre eux peut être considéré comme auteur de l'infraction (auteur dit
juxtaposé), que son comportement représente la cause directe et immédiate du résultat
ou qu'il l'ait « seulement » rendu possible ou favorisé (arrêt du Tribunal fédéral
6B_1371/2017 du 22 mai 2018 consid. 1.1).
- 40 -
b) Dans le cas particulier, il est d’abord reproché à M., N., Q. et O. d’avoir barré le
chemin de la Creuse sans avoir obtenu l’autorisation de l’autorité compétente. Les
travaux de pose du câble de la télécabine Le Châble - Mayens de Bruson se déroulaient
aux abords immédiats de routes publiques. Ils devaient par conséquent être signalés
conformément aux exigences de la législation sur la circulation routière. L’autorisation
administrative y relative, qui ne concernait que les aspects de sécurité routière, se
distinguait de l’autorisation de construire l’installation elle-même et il ressort des art. 81
OSR et 3 al. 2 LALCR que c’est l’entrepreneur, en l’occurrence Garaventa AG, qui devait
être autorisé à poser la signalisation de chantier. Dès lors, même si, dans leurs relations
internes, les deux sociétés ont collaboré à la fermeture des routes, le devoir de prudence
qui fonde l’accusation ne s’adressait pas aux employés de Téléverbier S.A., Q. et O.. En
outre, N. n’a pas participé à l’élaboration du concept de fermeture des routes et, malgré
son titre de chef d’équipe, il était à cet égard entièrement soumis aux ordres de son
supérieur, M.. Par conséquent, le devoir de prudence qui fonde l’accusation ne
s’adressait pas non plus à lui. Par contre, il revenait à M. de faire en sorte que Garaventa
AG dispose, en sa qualité d’entrepreneur, de l’autorisation nécessaire pour fermer les
routes communales. Le fait que ce soit lui qui, concrètement, a reconnu les
emplacements à barrer et rencontré les représentants de la commune démontre bien
que cette tâche lui incombait au sein de son entreprise. Ainsi, en mettant en œuvre la
pose du câble, à partir du 19 août 2020, et en poursuivant cette activité jusqu’au jour de
l’accident, le 22 août 2020, sans avoir demandé l’autorisation de la CCSR, dont le rôle
était de vérifier que la signalisation de chantier était conforme aux règles de la circulation
routière, le prévenu a violé le devoir de prudence que lui imposait l’art. 81 al. 2 OSR.
Certes, le prévenu croyait que la commune de Bagnes était compétente pour autoriser
la fermeture temporaire des routes communales et que Garaventa AG avait reçu cette
autorisation. Cette impression erronée n’était pas dénuée de tout fondement, puisqu’elle
résultait d’une réunion avec le chef du service communal de la sécurité et un autre
représentant de la police municipale ainsi que de la publication officielle par la commune
des restrictions de circulation entraînées par le chantier. Néanmoins, en tant que
directeur de projet pour Garaventa AG, le prévenu aurait dû être au courant, au moins
dans les grandes lignes, des procédures administratives à suivre lors de la réalisation
d’une installation telle que la télécabine Le Châble - Mayens de Bruson, y compris des
éventuelles spécificités cantonales. En particulier, il aurait non seulement dû savoir que,
dans toute la Suisse, lorsque des travaux sont menés sur ou à proximité d’une voie de
circulation routière, une signalisation doit être
- 41 -
posée, mais aussi que c’est à l’entreprise qui réalise ces travaux, quelle que soit leur
nature, et non au maître de l’ouvrage, de solliciter l’autorisation nécessaire, et qu’en
Valais, cette autorisation relève de la CCSR tant pour les routes cantonales que
communales. Dans ces circonstances, l’erreur du prévenu est blâmable, puisqu’elle
résulte de l’ignorance de règles liées à l’exercice de son activité professionnelle. Partant,
le prévenu a violé de manière fautive le devoir de prudence qui lui imposait d’obtenir
l’autorisation de la CCSR pour barrer les routes lors de la pose du câble.
Il est ensuite reproché à M., N., Q. et O. d’avoir utilisé, pour fermer la route, des barrières
métalliques, sans se conformer aux exigences des art. 80 al. 1 et 83 al. 3 OSR,
concrétisées par la recommandation SN 640 886, et d’avoir omis de signaler la présence
de ces obstacles sur la route. Encore une fois, aucune violation d’un devoir de prudence
ne peut être reprochée aux employés de Téléverbier S.A en relation avec ces règles qui
s’adressaient à l’entrepreneur, soit Garaventa AG. C’est le cas de O., même s’il a
collaboré à la préparation de la fermeture des routes. A fortiori, Q., qui s’est contenté
d’enjoindre son subordonné à contacter les services communaux, n’encourt-il aucun
blâme pour les choix qui ont été opérés. De son côté, N. n’a joué aucun rôle dans ces
choix, se contenant de mettre en place le dispositif ordonné par son chef. Il ne peut dès
lors pas non plus lui être reproché d’avoir violé un devoir de prudence qui lui aurait
incombé en vertu des règles régissant la signalisation temporaire des chantiers, dont à
l’époque il ignorait du reste l’existence, sans qu’il pût en être blâmé. Il n’en va pas de
même de M.. Ce dernier, en tant que directeur général du projet, avait la charge
d’organiser les travaux de manière à éviter, notamment, que des tiers ne subissent un
préjudice. A ce titre, c’est bien à lui que s’adressait l’obligation de veiller à ce que le
chantier soit signalé de manière adéquate à proximité des routes. Ainsi, en se
contentant, pour fermer celles-ci, de barrières métalliques, mêmes munies d’affiches
d’avertissement, plutôt que de faire placer des installations de couleur blanche et rouge
conformes à la recommandation SN 640 886, elles-mêmes signalées à distance par des
panneaux appropriés, voire par de simples signaux pliants, il a violé son devoir de
prudence. Après sa rencontre avec P. et T., le prévenu a estimé que la mise à disposition
des barrières et la publication des restrictions de circulation par la commune valaient
approbation des moyens utilisés. Cependant, à l’instar de ce qui a été retenu
précédemment au sujet de la procédure à suivre, il aurait également dû, dans sa position
de chef de projet, avoir connaissance des principes qui régissent la fermeture temporaire
des routes lors de chantier, à savoir, pour l’essentiel, l’utilisation
- 42 -
d’installations rouges et blanches et la pose de signaux avancés avertissant les usagers
qu’ils vont se trouver confrontés à un obstacle. Dans ces circonstances, l’erreur du
prévenu est blâmable, puisqu’elle résultait encore une fois de l’ignorance de règles liées
à l’exercice de son activité professionnelle. Partant, le prévenu a violé de manière fautive
son devoir de prudence lié à la signalisation du chantier.
Il est aussi reproché au seul N. de ne pas avoir placé, sur la barrière percutée par R.,
une des affiches plastifiées en format A3, ni le numéro en format A4, et d’avoir ainsi
réduit la visibilité de la barrière. La preuve que le prévenu avait reçu les affiches A4
numérotées n’a pas été apportée. Quant aux affiches A3, l’intéressé a admis qu’il n’y en
pas sur cette barrière, invoquant le nombre insuffisant d’exemplaires qu’il avait reçus.
Bien que cette question soit restée indécise en fait, on peut imaginer que le prévenu
avait bien reçu autant d’affiches A3 qu’il y avait de barrières « Vauban », mais que,
comme trente de ces barrières, à raison de deux par croisement avec le câble, ne
suffisaient pas à fermer toutes les routes et chemins communaux, il a utilisé d’autres
types d’obstacles, y accrochant également une affiche. Lorsque, le jeudi 22 août 2013,
en fin de journée, son équipe est arrivée à l’emplacement du chemin de la Creuse, sa
réserve d’affiches était épuisée. Quoi qu’il en soit, pour les motifs exposés
précédemment, le reproche adressé au prévenu ne peut pas être relié à la violation des
règles spécifiques qui régissent la signalisation de chantier. Tel qu’il est formulé par
l’accusation, il doit donc être rapporté à l’art. 4 al. 1 LCR ou aux principes généraux de
prudence. A cet égard, les affiches A3 qui lui avaient été remises n’étaient pas destinées
à rendre les barrières mieux perceptibles, mais à expliquer aux usagers de la route le
motif de la présence de ces obstacles et à les inciter à ne pas les franchir. Par
conséquent, en faisant poser une barrière sans affiche A3, le prévenu a violé un devoir
de prudence, mais qui était sans rapport avec la visibilité de la barrière. Sa responsabilité
pénale aurait pu être discutée si R. avait été tué par un mouvement du câble après avoir
franchi la barrière dépourvue d’affiche. En revanche, le prévenu ne répond pas du décès
du cycliste résultant de la collision avec la barrière.
Dans ces circonstances, Q., O. et N. sont acquittés de l’accusation d’homicide par
négligence.
Il est d’abord reproché à P. d’avoir pris part au processus décisionnel qui a abouti à la
fermeture du chemin de la Creuse, en proposant à O. et à M. de numéroter les barrières
que la commune fournissait et d’ajouter un
- 43 -
numéro de téléphone sur les affiches A3 qui devaient y être apposées. Ces faits n’ont
toutefois pas été établis. Au demeurant, tel que le reproche est formulé, on ne comprend
pas à quel devoir de prudence pourrait avoir contrevenu le chef de la sécurité de la
commune de Bagnes en proposant de compléter l’avertissement sur les barrières et de
faire numéroter celles-ci. Il n’en va pas de même de l’autre reproche qui se rapporte à la
mise à disposition des barrières « Vauban ». En effet, certes, ni le service de la sécurité
à tête duquel se trouvait le prévenu, ni du reste aucune autorité communale, n’étaient
compétents pour autoriser la fermeture temporaire d’une route ouverte à la circulation
routière pour les besoins d’un chantier ainsi que la signalisation correspondante.
Cependant, d’une part, lorsque M. et O. se sont présentés au prévenu, ils lui ont présenté
un relevé des emplacements où les routes communales croisant le trajet de la télécabine
devaient être barrées. D’autre part, c’est parce que ses interlocuteurs manquaient de
matériel que la commune leur a prêté les barrières « Vauban ». Dès lors, quand bien
même le prévenu n’aurait pas eu la certitude à ce moment que ces barrières allaient être
placées sur des routes ouvertes au trafic, il s’agissait toutefois d’une hypothèse très
vraisemblable. Or le prévenu n’a pas contesté qu’il connaissait les règles applicables
aux signalisations de chantier. Ces règles ne relèvent pas du droit des constructions ou
de l’entretien des routes, mais elles découlent de la législation sur la circulation routière.
Une des tâches de la police, qu’elle soit cantonale ou communale, est de faire respecter
ces règles, y compris en prévenant de possibles violations (art. 10 al. 1 LaLCR). T. n’a
pas dit autre chose lorsqu’il a expliqué que s’il arrivait à une patrouille de la police
municipale de constater qu’une signalisation de chantier n’était pas conforme, elle
intervenait pour qu’il y soit remédié. Dans le cas particulier, l’éventualité que les barrières
de la commune soient utilisées à partir du 19 août 2013 comme signalisation de chantier
sur des routes communales ne pouvait pas échapper au prévenu. Dès lors, nonobstant
l’absence de compétence pour autoriser cette utilisation, et même s’il croyait que ses
interlocuteurs connaissaient la marche à suivre, il aurait dû, en sa qualité de plus haut
responsable hiérarchique de la police communale présent lors de la rencontre du 12
août 2013, tirer au clair les intentions de M. et de O.. Il était d’autant plus tenu d’éclaircir
la situation qu’il avait été, comme il l’a déclaré aux débats, « surpris » de la démarche
de ces derniers. En mettant à disposition pour la durée des travaux, sans procéder à ces
vérifications, des barrières « Vauban », alors qu’il savait qu’elles ne répondaient
manifestement pas aux exigences en matière de signalisation de chantier, P. a violé le
devoir de prudence qui lui appartenait de faire respecter les règles de la circulation
routière,
- 44 -
en particulier les art. 80 al. 1 et 83 al. 3 OSR, concrétisés par la recommandation SN
640 886.
2.3.4. a) La violation fautive d'un devoir de prudence doit avoir été la cause
naturelle et adéquate du décès de la victime. Un comportement est la cause naturelle
d'un résultat s'il en constitue l'une des conditions sine qua non. La constatation du
rapport de causalité naturelle relève du fait. Il faut en outre que le rapport de causalité
puisse être qualifié d'adéquat ; il s'agit là d'une question de droit (arrêt du Tribunal fédéral
6S.287/2004 du 24 septembre 2009 consid. 2.2). Le rapport de causalité peut être
qualifié d'adéquat si le comportement de l'auteur était propre, selon une appréciation
objective, à entraîner un résultat du genre de celui qui s'est produit ou à en favoriser
l'avènement, de telle sorte que la raison conduit naturellement à imputer le résultat à la
commission de l'acte (ATF 131 IV 145 consid. 5.1 p. 147 s.). La causalité adéquate sera
admise même si le comportement de l'auteur n'est pas la cause directe ou unique du
résultat. Peu importe que le résultat soit dû à d'autres causes, notamment à l'état de la
victime, à son comportement ou à celui de tiers (ATF 131 IV 145 consid. 5.2 p. 148). La
causalité adéquate suppose cependant une prévisibilité objective. Il faut se demander si
un tiers observateur neutre, voyant l'auteur agir dans les circonstances où il agit, pourrait
prédire que le comportement considéré aura très vraisemblablement les conséquences
qu'il a effectivement eues, quand bien même il ne pourrait prévoir le déroulement de la
chaîne causale dans ses moindres détails. L'acte doit être propre, selon une appréciation
objective, à entraîner un tel résultat ou à en favoriser l'avènement, de telle sorte que la
raison conduit naturellement à imputer le résultat à la commission de l'acte (ATF 131 IV
145 consid. 5.1 p. 147 s.).
La causalité adéquate peut encore être exclue, l'enchaînement des faits perdant sa
portée juridique, si une autre cause concomitante, par exemple une force naturelle, le
comportement de la victime ou d'un tiers, constitue une circonstance tout à fait
exceptionnelle ou apparaît si extraordinaire que l'on ne pouvait pas s'y attendre.
L'imprévisibilité d'un acte concurrent ne suffit pas en soi à interrompre le lien de causalité
adéquate. Il faut encore que cet acte revête une importance telle qu'il s'impose comme
la cause la plus probable et la plus immédiate de l'événement considéré, reléguant à
l'arrière-plan tous les autres facteurs qui ont contribué à l'amener et notamment le
comportement de l'auteur (ATF 131 IV 145 consid. 5.2 in fine p. 148 ; 122 IV 17 consid.
2c/bb p. 23).
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- 45 -
b) En l’occurrence, le décès de R., le 6 octobre 2013, d’une insuffisance respiratoire,
est la conséquence directe de la tétraplégie partielle qui a résulté de sa chute. Celle-ci
a été provoquée par le choc de la roue avant du vélo contre la barrière « Vauban » prêtée
par P. et placée à cet endroit par les employés de Garaventa AG, sur les instructions de
M.. Le lien de causalité naturelle entre le résultat dommageable et le comportement fautif
de P. consistant à mettre à disposition des barrières ne respectant pas les règles en
matière de signalisation de chantier et celui de M. consistant à faire installer ces
barrières, au demeurant sans autorisation de la CCSR, est par conséquent établi. Par
ailleurs, en voyant une barrière métallique placée en travers d’une route ouverte à la
circulation sans dispositif pour la signaler, n’importe quel observateur neutre aurait pu
envisager la possibilité qu’un véhicule la heurte et, dans le cas d’un deux-roues, que son
ou ses occupants chutent et se tuent. Ainsi, le comportement des prévenus était-il
propre, selon une appréciation objective, à favoriser la survenance d’un décès, de telle
sorte que le lien de causalité adéquate entre celui de R. et leur comportement fautif est
lui aussi établi. Les circonstances exactes de la collision sont restées inconnues, sauf à
dire qu’aucune intervention d’un tiers, aucune défaillance technique du vélo, ni aucune
incapacité du cycliste n’ont été mises en évidence. Quand bien même R. aurait roulé à
une vitesse inadaptée ou aurait été inattentif à ce qui se passait devant lui, il n’aurait pas
adopté un comportement absolument extraordinaire, ni d’une importance telle dans
l’enchaînement des causes ayant entraîné son décès, qu’il relèguerait complètement à
l’arrière-plan la faute des prévenus consistant à placer sur une route ouverte à la
circulation un obstacle incorrectement signalé. Il en va de même de l’absence de port du
casque – qui n’est du reste pas obligatoire pour les cyclistes. Au demeurant, les
prévenus ne sauraient se prévaloir avec succès d’une rupture du lien de causalité
adéquate en raison du caractère prétendument imprévisible du comportement de R.,
puisque les prescriptions que ne respectait pas l’installation mise en place servaient en
particulier à écarter les risques que les usagers de la route entrent en collision avec
l’obstacle créé par le chantier. Par conséquent, la preuve d’une rupture du lien de
causalité adéquate entre les comportements pénalement relevant des prévenus et la
mort de R. n’a pas été apportée.
2.4. Dans ces circonstances, les actes de M. et de P. correspondent en tous points à la
description de l’état de fait légal de l’infraction d’homicide par négligence.
- 46 -
3.1. a) Aux termes de l'art. 47 CP, le juge fixe la peine d'après la culpabilité de l'auteur.
Celle-ci doit être évaluée en fonction de tous les éléments objectifs pertinents, qui ont
trait à l'acte lui-même, à savoir notamment la gravité de la lésion, le caractère
répréhensible de l'acte et son mode d'exécution. Du point de vue subjectif, sont pris en
compte l'intensité de la volonté délictuelle ainsi que les motivations et les buts de l'auteur.
A ces composantes de la culpabilité, il faut ajouter les facteurs liés à l'auteur lui-même,
à savoir les antécédents, la réputation, la situation personnelle (état de santé, âge,
obligations familiales, situation professionnelle, risque de récidive, etc.), la vulnérabilité
face à la peine, de même que le comportement après l'acte et au cours de la procédure
pénale (ATF 141 IV 6 consid. 6.1.1 p. 66 s). Le juge doit aussi, cas échéant, prendre en
considération les circonstances atténuantes particulières prévues par la loi (art. 48 CP)
et la circonstance aggravante du concours (art. 49 al. 1 CP).
Parmi les circonstances atténuantes particulière figure celle de l'art. 48 let. e CP qui
conduit à l'atténuation de la peine, à la double condition que l'intérêt à punir ait
sensiblement diminué en raison du temps écoulé depuis l'infraction et que l'auteur se
soit bien comporté dans l'intervalle. La jurisprudence admet qu'il s'est écoulé un temps
relativement long au sens de l'art. 48 let. e CP lorsque les deux tiers du délai de
prescription de l'action pénale ont été atteints. Le juge peut toutefois réduire ce délai
pour tenir compte de la nature et de la gravité de l'infraction (ATF 140 IV 145 consid. 3.1
p. 147 s.). Indépendamment de cette circonstance, les art. 5 CPP et 29 al. 1 Cst.
garantissent notamment à toute personne le droit à ce que sa cause soit traitée dans un
délai raisonnable. Ces dispositions consacrent le principe de la célérité et prohibent le
retard injustifié à statuer. L'autorité viole cette garantie lorsqu'elle ne rend pas une
décision qu'il lui incombe de prendre dans le délai prescrit par la loi ou dans le délai que
la nature de l'affaire et les circonstances font apparaître comme raisonnable (ATF 143
IV 373 consid. 1.3.1 p. 377). La violation du principe de la célérité peut avoir pour
conséquence la diminution de la peine, parfois l'exemption de toute peine ou encore une
ordonnance de classement en tant qu'ultima ratio dans les cas les plus extrêmes (ATF
143 IV 373 consid. 1.4.1 p. 377 s.). Pour déterminer les conséquences adéquates de la
violation du principe de la célérité, il convient de prendre en considération la gravité de
l'atteinte que le retard dans la procédure a causé au prévenu, la gravité des infractions
qui sont reprochées, les intérêts des lésés, la complexité du cas et à qui le retard de
procédure doit être imputé (ATF 117 IV 124 consid. 4e p. 129 s.; arrêt du Tribunal fédéral
6B_790/2017 du 18 décembre 2017 consid. 2.3.2).
- 47 -
b) En l’occurrence, le cadre légal est une peine privative de liberté de trois ans au plus
ou une peine pécuniaire.
M. était conscient du danger particulier que représentait la pose du câble d’une
installation telle que la télécabine Le Châble - Mayens de Bruson. Il était aussi conscient
du risque accru que représentaient, dans le cas particulier, les nombreuses voies de
circulation qui croisaient l’installation. C’est ainsi de manière tout-à-fait justifiée qu’il en
a avisé le maître de l’ouvrage et que, d’entente avec lui, il a mis en place un concept de
sécurité. A priori, ce concept, qui comprenait en particulier la pose, sur les routes
communales, de barrières munies d’affiches mettant en garde les passants, était
approprié s’agissant du danger représenté par le câble. Cependant, apparemment
concentré sur ce danger spécifique, M. a perdu de vue que la pose de barrières sur une
route ouverte à la circulation constituait une nouvelle source de danger. Ignorant
fautivement les exigences d’une signalisation de chantier conforme aux
recommandations de la VSS, il n’a pas pris les précautions adéquates et qui, au regard
des risques encourus, n’étaient pas disproportionnées, soit d’ordonner l’utilisation du
matériel adapté, rouge et blanc, pour barrer la route et, surtout, la pose de signaux
d’avertissement au bord de celle-ci, à distance de l’obstacle. La faute du prévenu ne
s’inscrit dès lors pas dans le cadre d’une gestion globalement déficiente du projet, mais
elle relève néanmoins de l’ignorance blâmable d’une règle importante. Le fait que,
habituellement, les installations de transport par câble seraient implantées à des endroits
peu fréquentés, n’excuse pas l’ignorance de prescriptions qui doivent être connues de
tout entrepreneur susceptible de mener des travaux à proximité d’une route. Tout au
plus peut-on admettre, à la décharge de l’intéressé, sans toutefois l’exonérer de sa
responsabilité, l’existence, à l’époque, de la lacune dans la formation dispensée par son
employeur à ce sujet et de la confusion qui a résulté du rendez-vous avec les
représentants de la commune. Dans ces circonstances, la faute doit être qualifiée de
moyenne. Quant aux conséquences objectives du manquement retenu à l’encontre du
prévenu, elles ont été gravissimes, puisque R. a succombé à sa chute. A cet égard, il
convient cependant de tenir compte du comportement de la victime qui devait vouer
toute son attention à la route, garder la maîtrise de son véhicule et rouler à une vitesse
appropriée aux circonstances, de sorte à être en mesure d’éviter un obstacle immobile
sur sa voie de circulation (cf. art. 31 al. 1 et 32 al. 1 LCR). En heurtant la barrière, pourtant
visible au milieu de la chaussée, R. a lui-même commis une faute. Même si elle n’a pas
interrompu le lien de causalité adéquate entre le comportement fautif du prévenu et le
résultat dommageable, cette faute concomitante, qui doit être qualifiée de moyenne,
entraîne
- 48 -
une légère réduction de la peine. S’agissant des circonstances personnelles du prévenu,
l’absence d’antécédents judiciaires ne joue aucun rôle. Sa bonne intégration
professionnelle et sociale lui est en revanche favorable, bien qu’elle ne justifie pas d’aller
jusqu’à lui infliger une peine inférieure à sa culpabilité. Quant à son attitude après les
faits, le prévenu a témoigné de sa sympathie pour la famille du défunt et il n’y a pas de
raison de mettre en doute sa sincérité. Il a par ailleurs raisonnablement collaboré à la
procédure. Pour le surplus, il n'y a pas de circonstance aggravante particulière. Par
contre, le temps écoulé entre l’accident et le jugement constitue, dans le cas d’espèce,
une circonstance atténuante, puisque le délai de prescription de la poursuite pénale
aurait dû être atteint le 22 août 2020. L’ensemble de ces éléments justifieraient une peine
de 120 jours, réduite à 40 en raison du temps écoulé. La violation du principe de célérité
constitue toutefois encore un motif pour réduire la peine. En effet, l’instruction a été
ouverte contre le prévenu nommément en décembre 2014. En plus de la durée
particulièrement longue de la procédure préliminaire, celle-ci a connu deux périodes
d’inactivité presque complète du ministère public, soit de décembre 2014 à juillet 2016
et de novembre 2016 à avril 2018. A cet égard, la chambre pénale du Tribunal cantonal
a jugé deux fois, les 10 août 2016 et 4 mai 2018, que les plaintes pour retard injustifié
introduites par les parties plaignantes auraient été admises si elles n’étaient pas
devenues sans objet. Compte tenu de tous ces éléments, une peine de 10 jours apparaît
finalement adéquate.
P. connaissait les règles applicables aux signalisations de chantier et il aurait dû se
rendre compte, à l’issue de sa séance avec M. et O., de la probabilité que les barrières
« Vauban » prêtées par la commune soient utilisées à cette fin alors qu’elles n’y étaient
pas adaptées. Certes, P. n’avait aucune compétence pour autoriser une signalisation de
chantier. Toutefois, sa qualité de chef de la police municipale lui interdisait de ne pas
tirer au clair une situation dont il était informé et qui était susceptible de compromettre la
sécurité routière. Sa faute s’inscrit par ailleurs dans le cadre d’une pratique équivoque
de la commune de Bagnes, qui porte en elle les germes de dangereux malentendus,
consistant à annoncer publiquement les fermetures de routes de manière indifférenciée,
que ces fermetures relèvent de la compétence de l’autorité communale ou non. Dans
ces circonstances, sa faute doit être qualifiée de moyenne, d’une gravité cependant
moindre que celle de M.. Les conséquences de cette faute, qui s’est inscrite dans la suite
des comportements qui ont causé le décès de R., sont objectivement très graves. Il
convient de mettre le prévenu lui aussi au bénéfice d’une légère réduction de peine en
raison de la faute concomitante moyenne
- 49 -
du cycliste. S’agissant des circonstances personnelles du prévenu, l’absence
d’antécédents judiciaires ne joue aucun rôle. Sa bonne intégration professionnelle et
sociale lui est en revanche favorable, bien qu’elle ne justifie pas d’aller jusqu’à lui infliger
une peine inférieure à sa culpabilité. Quant à son attitude après les faits, le prévenu a
témoigné de sa sympathie pour la famille du défunt et il n’y a pas de raison de mettre en
doute sa sincérité. Il a par ailleurs raisonnablement collaboré à la procédure. Pour le
surplus, il n'y a pas de circonstances aggravantes particulières. Par contre, le temps
écoulé entre l’accident et le jugement constitue aussi pour lui une circonstance
atténuante. L’ensemble de ces éléments justifie une peine de 90 jours, ramenée à 30
pour tenir compte du temps écoulé. Le prévenu n’a pas été inquiété par le ministère
public avant janvier 2019. A partir de ce moment, l’instruction a été menée sans
interruption significative. Il n’y a dès lors pas eu, à son égard, de violation du principe de
célérité qui justifierait une réduction de peine supplémentaire.
3.2. Les faits qui ont entraîné condamnation pénale des deux prévenus ont eu lieu avant
l’entrée en vigueur, le 1er janvier 2018, de la révision du Code pénal suisse concernant
le droit des sanctions. Comme l’application de ces nouvelles dispositions n’aboutirait pas
concrètement à un résultat plus favorable, l’ancien droit (aCP) reste applicable (art. 2 al.
2 CP ; ATF 134 IV 82 consid. 6.2 p. 87 s.).
3.2.1 a) La peine pécuniaire constitue la sanction principale dans le domaine de la
petite et moyenne criminalité (ATF 134 IV 97, consid. 4.2.2, p. 101). Ainsi, sauf
disposition contraire de la loi, ce n’est qu’à partir d’une durée supérieure à une année (=
360 jours, Message, p. 1825) qu’une peine ne peut être infligée que sous la forme d’une
peine privative de liberté (art. 34 al. 1 a contrario et 40 aCP). De six mois (= 180 jours,
Message p. 1831) à 360 jours, elle prend la forme d’une peine privative de liberté ou
d’une peine pécuniaire, exprimée en jours-amende (art. 34 al. 1 et 40 aCP). A la place
d’une peine privative de liberté de moins de six mois ou d’une peine pécuniaire de 180
jours-amende au plus, le juge peut ordonner, avec l’accord de l’auteur, un travail d’intérêt
général de 720 heures au plus (taux de conversion : un jour = 4 heures, art. 37 al. 1 et
39 al. 2 aCP), accompli, sans être rémunéré (art. 38 aCP), au profit d’institutions
sociales, d’œuvres d’utilité publique ou de personnes dans le besoin (art. 37 al. 2 aCP).
En dessous de 6 mois, une peine privative de liberté peut être prononcée uniquement si
les conditions du sursis à l’exécution de la peine ne sont pas réunies et s’il y a lieu
d’admettre que ni une peine pécuniaire ni un travail d’intérêt général ne peuvent être
exécutés (art. 41 al. 1 aCP). Pour choisir la nature de la peine, le juge doit prendre en
considération l’opportunité de la sanction déterminée, ses effets
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- 50 -
sur l’auteur et son milieu social, ainsi que son efficacité préventive (ATF 134 IV 97,
consid. 4, p. 100 ss).
b) En l’occurrence, la peine est inférieure à six mois. La possibilité de se soumettre à
un travail d’intérêt général n’a pas été abordée avec les prévenus. Comme, au
demeurant, le sursis pourra leur être accordé (cf. infra), ce sont des peines pécuniaires
qui doivent être prononcées.
3.2.3. a) Sauf disposition contraire, la peine pécuniaire ne peut excéder 360 jours-
amende (art. 34 al. 1 aCP). Le juge fixe leur nombre en fonction de la culpabilité de
l'auteur. En règle générale, le jour-amende est de 3’000 francs au plus. Le juge en fixe
le montant selon la situation personnelle et économique de l'auteur au moment du
jugement, notamment en tenant compte de son revenu et de sa fortune, de son mode
de vie, de ses obligations d'assistance, en particulier familiales, et du minimum vital (art.
34 al. 2 aCP).
Le montant du jour-amende doit être fixé en partant du revenu que l'auteur réalise en
moyenne quotidiennement, quelle qu'en soit la source, car c'est la capacité économique
réelle de fournir une prestation qui est déterminante. Ce qui est dû en vertu de la loi ou
ce dont l'auteur ne jouit pas économiquement doit en être soustrait. Il en va ainsi des
impôts courants, des cotisations à l'assurance-maladie et accidents obligatoire, ou
encore des frais nécessaires d'acquisition du revenu, respectivement pour les
indépendants, des frais justifiés par l'usage de la branche. La loi mentionne encore la
fortune comme critère d'évaluation. Il s'agit de la substance même du patrimoine, les
fruits de ce dernier constituant déjà des revenus. Comme la peine pécuniaire ne peut
tendre à la confiscation totale ou partielle de la fortune, cette dernière ne doit être prise
en compte qu'à titre subsidiaire pour fixer la quotité du jour-amende, lorsque la situation
patrimoniale, particulière, contraste avec un revenu comparativement faible. En d'autres
termes, elle demeure significative lorsque l'auteur vit de toute façon de la substance
même de sa fortune. Le critère du niveau de vie fournit un argument supplémentaire,
lorsque la situation sur le plan des revenus doit être évaluée parce qu'elle ne peut être
établie avec exactitude ou que l'auteur ne fournit que des informations insuffisantes ou
imprécises. Une augmentation de la quotité du jour-amende est alors justifiée lorsqu'un
train de vie ostensiblement élevé contraste avec des revenus significativement bas. La
loi mentionne aussi spécialement d'éventuelles obligations d'assistance, familiales en
particulier. La raison en est que les membres de la famille ne doivent, autant que
possible, pas être affectés par la
- 51 -
restriction apportée au train de vie. Le revenu net doit être amputé des montants dus à
titre d'entretien ou d'assistance, pour autant que le condamné s'en acquitte
effectivement. Le tribunal peut, dans une large mesure, se référer aux principes du droit
de la famille en ce qui concerne le calcul de ces montants. D'autres charges financières
ne peuvent être prises en compte que dans le cadre de la situation personnelle. Des
engagements plus importants de l'auteur, préexistants et indépendants des faits (par ex.
des paiements par acomptes pour des biens de consommation), n'entrent en principe
pas en ligne de compte. Si tout type d'engagement financier devait être déduit, l'auteur
obéré ou tenu de s'acquitter d'acomptes ou par un leasing se verrait mieux traité que
celui qui n'a pas de telles charges. En règle générale, les intérêts hypothécaires et les
frais de logement ne peuvent pas être déduits. Il n'y a pas lieu non plus de prendre en
considération les obligations qui sont la conséquence directe ou indirecte des faits
(dommages-intérêts, tort moral, frais judiciaires, etc.). Des charges financières
extraordinaires peuvent en revanche conduire à une réduction lorsqu'elles
correspondent à des besoins financiers accrus résultant de la situation de l'auteur et
indépendantes de sa volonté. Le minimum vital n’a qu’une fonction corrective. Pour les
condamnés qui vivent en dessous ou au seuil de ce minimum, le jour-amende doit être
réduit de manière à ce que, d'une part, le caractère sérieux de la sanction soit rendu
perceptible par l'atteinte portée au niveau de vie habituel et, d'autre part, que celle-là
apparaisse supportable au regard de la situation personnelle et économique (ATF 134
IV 60 consid. 6 p. 68 ss.).
b) [p. 51 et 52 : calcul du jour-amende de M. et de P.]
- 52 -
3.2.4. a) Le juge suspend en règle générale l’exécution d’une peine pécuniaire,
d’un travail d’intérêt général ou d’une peine privative de liberté de six mois au moins et
de deux ans au plus lorsqu’une peine ferme ne paraît pas nécessaire pour détourner
l’auteur d’autres crimes ou délits (art. 42 al. 1 aCP). Sur le plan subjectif, le juge doit
poser, pour l'octroi du sursis, un pronostic quant au comportement futur de l'auteur. La
question de savoir si le sursis serait de nature à détourner l'accusé de commettre de
nouvelles infractions doit être tranchée sur la base d'une appréciation d'ensemble, en
tenant compte des circonstances de l'infraction, des antécédents de l'auteur, de sa
réputation et de sa situation personnelle au moment du jugement, notamment de l'état
d'esprit qu'il manifeste. Le pronostic doit être posé sur la base de tous les éléments
propres à éclairer l'ensemble du caractère de l'accusé et ses chances d'amendement.
Le fait que l'auteur ait omis de réparer le dommage (arrêté par le juge ou par convention
avant le jugement pénal ; SCHNEIDER/GARRÉ, Commentaire bâlois, 4e éd., n. 98 ad art.
42 CP), comme on pouvait raisonnablement l'attendre de lui (art. 42 al. 3 aCP), est
également un indice à prendre en compte dans l'établissement du pronostic (ATF 134
IV 1 consid. 4.2.4 p. 7). Le sursis est toutefois la règle dont on ne peut s'écarter qu'en
présence d'un pronostic défavorable. Il prime en cas d'incertitude (ATF 134 IV 1 consid.
4.2 p. 5). Par ailleurs, si, durant les cinq ans qui précèdent l’infraction, l’auteur a été
condamné à une peine privative de liberté ferme ou avec sursis de six mois au moins ou
à une peine pécuniaire de 180 jours-amende au moins, il ne peut y avoir de sursis à
l’exécution de la peine qu’en cas de circonstances particulièrement favorables (art. 42
al. 2 aCP). Si le juge suspend totalement ou partiellement l’exécution d’une peine, il
impartit au condamné un délai d’épreuve de deux à cinq ans (art. 44 al. 1 CP). Le juge
explique au condamné la portée et les conséquences du sursis ou du sursis partiel à
l’exécution de la peine (art. 44 al. 3 CP).
Le juge peut prononcer, en plus du sursis (recte : de la peine assortie du sursis ; cf. les
textes allemand [Eine bedingte Strafe kann mit einer unbedingten Geldstrafe oder mit
einer Busse nach Artikel 106 verbunden werden] et italien [Oltre alla pena
condizionalmente sospesa il giudice può infliggere una pena pecuniaria senza
condizionale oppure una multa ai sensi dell’articolo 106] de la loi), une peine pécuniaire
sans sursis ou une amende selon l'art. 106 (art. 42 al. 4 aCP). Surtout dans le domaine
de la « petite délinquance de masse », cette flexibilité permet au juge, pour
- 53 -
des motifs de prévention générale et spéciale, d'infliger à l'auteur une sanction
immédiatement perceptible (einen spürbaren Denkzettel), quand bien même les
conditions du sursis sont remplies. Ce procédé ne doit cependant pas conduire à une
aggravation de la peine au-delà de la culpabilité du condamné (ATF 134 IV 1 consid.
4.5.1 et 4.5.2 p. 8). Pour tenir compte du caractère accessoire des peines cumulées, il
se justifie en principe d'en fixer la limite supérieure à un cinquième, respectivement à
20% (ATF 135 IV 188 consid. 3.4.4 p. 191).
b) En l’espèce, les peines pécuniaires prononcées sont compatibles avec la
suspension totale de leur exécution. Par ailleurs, les condamnés n’ont pas agi
intentionnellement, ils ne figurent pas au casier judiciaire et le préjudice de la partie
plaignante n’a pas encore été établi. Par conséquent, il n’est pas possible de poser un
pronostic défavorable. Les conditions de la suspension de l'exécution de la peine sont
remplies. Vu l’absence de condamnation antérieure, le délai d’épreuve est fixé au
minimum légal de deux ans. Eu égard encore une fois au caractère non-intentionnel de
l’infraction, et au temps écoulé depuis les faits, il est renoncé à infliger une amende en
plus de la peine pécuniaire assortie du sursis.
4. La bicyclette de R. a été mise en sûreté par la police dès l’accident, puis sous
séquestre (art. 263 CPP) sur ordre du ministère public. Il y a lieu de lever cette mesure
en faveur des parties plaignantes qui sont devenues propriétaires en main commune du
vélo en leur qualité d’héritiers de R. (art. 560 et 602 al. 2 CC).
5. J., K. et L. ont conclu au paiement par les prévenus, solidairement entre eux, de :
- 6'772 fr. 95, avec intérêt à 5% l’an dès le 22 août 2013, au titre de dommages-intérêts,
en qualité de créanciers en main commune ;
- 363'026 fr. 65, avec intérêt à 5% l’an dès le 22 août 2013, au titre de perte de soutien
pour J. ;
- 66'017 fr. 95, avec intérêt à 5% l’an dès le 22 août 2013, au titre de perte de soutien
pour K. ;
- 75'603 fr. 50, avec intérêt à 5% l’an dès le 22 août 2013, au titre de perte de soutien
pour L. ;
- 60'000 fr., respectivement deux fois 50'000 fr., avec intérêt à 5% l’an dès le 22 août
2013, au titre de réparation du tort moral de J., K. et L..
- 54 -
5.1. a) Selon l’art. 124 CPP, le tribunal saisi de la cause pénale juge les conclusions
civiles indépendamment de leur valeur litigieuse (al. 1). Le prévenu doit quant à lui
pouvoir s’exprimer sur les conclusions civiles, au plus tard lors des débats de première
instance (al. 2).
b) En l’espèce, J., K. et L. sont l’épouse, respectivement les enfants de R.. A ce titre,
ils ont la qualité de proches de la victime (art. 116 al. 2 CPP), ce qui leur confère le droit
de se porter parties plaignantes (art. 117 al. 3 CPP). Ils ont manifesté leur volonté de
participer à la procédure, comme demandeurs au pénal et au civil, le 20 novembre 2013
(art. 118 al. 1 CPP). Ils ont par ailleurs chiffré et motivé des conclusions dans ce sens
un mois et demi avant les plaidoiries (art. 123 al. 2 CPC), ce qui a permis aux prévenu
de s’exprimer à leur sujet lors de celles-ci. Il convient dès lors d’entrer en matière sur
ces conclusions.
5.2. a) L’art. 126 al. 2 let. b CPP dispose que le tribunal renvoie la partie plaignante à
agir devant le tribunal civil lorsque celle-ci n’a pas chiffré ses conclusions de manière
suffisamment précise ou qu’elle ne les a pas suffisamment motivées. Selon l’art. 126 al.
2 let. d CPP, il le fait également lorsque le prévenu a été acquitté alors que l’état de fait
n’est pas suffisamment établi. L’art. 126 al. 3 CPP dispose par ailleurs que dans le cas
où un jugement complet des conclusions civiles exigerait un travail disproportionné, le
tribunal peut traiter celles-ci seulement dans leur principe et, pour le surplus, renvoyer la
partie plaignante à agir par la voie civile. Par l'adjudication « dans son principe » de
l'action civile, on entend une décision sur la responsabilité elle-même ainsi que sa quotité
(arrêt du Tribunal fédéral 6P.217/2006 du 21 février 2007 consid. 6.1). Les prétentions
de faible valeur sont, dans la mesure du possible, jugées par le tribunal lui-même. La
notion de travail disproportionné n’est pas liée à la complexité juridique des questions
soulevées par l’action civile jointe, mais c’est la complexité de l’administration des
preuves liées à des faits qui n’ont pas d’incidence sur le jugement pénal et relèvent
exclusivement de l’action civile qui sera déterminante. L’hypothèse visée ici est
notamment la nécessité de recourir à des expertises sur la capacité de travail ou l’état
de santé du lésé. Il peut en aller ainsi des prétentions du lésé impliquant le calcul d’une
indemnité pour perte de soutien (art. 45 al. 3 CO) ou pour perte de gain (art. 46 al. 1
CO). Dans un tel cas, le tribunal peut rendre un jugement sur une partie des prétentions
(p. ex. en allouant une indemnité à titre de réparation morale) et renvoyer la partie
plaignante au tribunal civil pour le surplus (KUHN/JEANNERET, Code de procédure pénale
suisse, n. 24 ss ad 126 CPP. ; MACALUSO/PIQUEREZ, Procédure pénale suisse, 3e éd.,
n. 1639).
- 55 -
b) En l’occurrence, les conclusions des parties plaignantes sont chiffrées et
suffisamment motivées.
5.2.1. S’agissant de P., il est possible de statuer sans difficulté particulière sur l’entier
des prétentions des parties plaignantes, pour une question de droit qui rend inutile
l’administration de preuves. En effet, la légitimation passive (ou qualité pour défendre)
appartient aux conditions matérielles de la prétention litigieuse. Elle se détermine selon
le droit de fond. Son admission signifie que le demandeur peut faire valoir sa prétention
contre le défendeur, en tant que sujet passif de l'obligation en cause, mais n'emporte
pas décision sur l'existence de la prétention du demandeur, que ce soit quant au principe
ou à la mesure dans laquelle il la fait valoir. Leur défaut – qui doit être relevé d’office par
le juge - conduit en revanche au rejet de l'action (ATF 138 III 537 consid. 2.2.1 p. 540
s.). Dans le cas particulier, P. a adopté le comportement qui lui a valu sa condamnation
pour homicide par négligence dans l’exercice de sa fonction de chef de la sécurité de la
commune de Bagnes. Partant, sa responsabilité civile est régie par la Loi sur la
responsabilité des collectivités publiques et de leurs agents du 10 mai 1978 (LRCPA ;
art. 1 al. 1 let. a et 3). Or, selon l’art. 4 al. 1 LRCPA, l'Etat et les collectivités communales
répondent du dommage causé illicitement à un tiers par un agent dans l'exercice de sa
fonction. Il y a une responsabilité primaire et exclusive de la collectivité, l'agent n'étant
pas tenu personnellement envers le lésé de réparer le dommage (art. 5 LRCPA). Dès
lors, quand bien même P. a seulement conclu à leur renvoi au for civil, les conclusions
prises contre lui doivent être rejetées, faute de qualité pour défendre.
5.2.2. La responsabilité civile des autres prévenus relève de l’art. 41 CO.
a) Aux termes de l’art. 41 al. 1 CO, celui qui cause, d’une manière illicite, un dommage
à autrui, soit intentionnellement, soit par négligence ou imprudence, est tenu de le
réparer. En cas de mort d’homme, les dommages-intérêts comprennent les frais,
notamment ceux d’inhumation (art. 45 al. 1 CO). Si la mort n’est pas survenue
immédiatement, ils comprennent en particulier les frais de traitement, ainsi que le
préjudice dérivant de l’incapacité de travail (art. 45 al. 2 CO). Lorsque, par suite de la
mort, d’autres personnes ont été privées de leur soutien, il y a également lieu de les
indemniser de cette perte (art. 45 al. 3 CO). Le juge peut, en tenant compte de
circonstances particulières, allouer à la victime de lésions corporelles ou, en cas de mort
d'homme, à la famille une indemnité équitable à titre de réparation morale (art. 47
- 56 -
CO). Le juge peut réduire les dommages-intérêts, ou même n’en point allouer, lorsque
la partie lésée a consenti à la lésion ou lorsque des faits dont elle est responsable ont
contribué à créer le dommage, à l’augmenter, ou qu’ils ont aggravé la situation du
débiteur (art. 44 al. 1 CO). Cette disposition est applicable par analogie à l'indemnité
pour tort moral (WERRO, La responsabilité civile, n. 1314). Il y a faute concomitante
lorsque, par sa façon d'agir, la victime favorise la survenance du fait dommageable. Sa
faute s'insère dans la série causale aboutissant au préjudice, de sort que le
comportement reproché au lésé est en rapport de causalité naturelle et adéquate avec
la survenance du dommage (ATF 126 III 192 consid. 2d p. 197).
b) En l’occurrence, il est aussi possible de statuer, pour un motif juridique qui rend
inutile l’administration de preuves, sur toutes les conclusions des parties plaignantes
contre le prévenu acquitté N.. En effet, aucun comportement susceptible de constituer
un acte illicite fautif, au sens de l’art. 41 CO, ne peut être retenu à l’encontre de celui-ci.
Par conséquent, les conclusions civiles prises contre lui doivent être rejetées, comme il
y a conclu.
Il devrait en aller de même des conclusions dirigées contre Q. et O.. Cependant, la
maxime de disposition est applicable aux prétentions de droit privé émises par le lésé à
l’encontre du prévenu. Le juge ne saurait dès lors accorder au premier moins que ce qui
a été reconnu par le second (JEANDIN/FONTANET, Commentaire romand, 2e éd., n. 2 ad
art. 123 CPP). Dans le cas particulier, les conclusions prises contre Q. et O. ne doivent
pas être rejetées, parce que les deux intéressés n’y ont pas conclu, mais les parties
plaignantes renvoyées à agir contre eux par la voie civile.
Par contre, le comportement de M. sanctionné pénalement par l'art. 117 CP constitue un
acte illicite fautif, au sens de l'art. 41 CO.
5.2.3. Les parties plaignantes ont suffisamment établi, par titres, les frais liés au
décès de R. (art. 603 C ; frais funéraires : annonces, cercueil, cérémonie, monument... ;
SPAHR, Commentaire romand, n. 14 ad art. 603 CC), à concurrence de 9'337 fr. 95.
Comme elles ont été indemnisées à concurrence de 3’900 fr., le dommage dont elles
peuvent réclamer la réparation, en leur qualité d’héritiers du défunt, s’élève à 5'437 fr.
95. Néanmoins, la faute concomitante moyenne du défunt, qui devait maîtriser son cycle
de manière à pouvoir freiner ou éviter un obstacle immobile sur sa trajectoire pour tenter
d'éviter le choc, entraîne une réduction de l’indemnisation qui est arrêtée à
- 57 -
50%. M. doit par conséquent être condamné à payer 2'719 fr. (arrondi) aux parties
plaignantes, créanciers collectifs (SPAHR, op. cit., n. 12 ad art. 602 CC). L’intérêt
compensatoire, au taux de 5% l’an (cf. art. 73 al. 1 CO), est dû sur ce montant non pas
dès l’accident, mais dès celui où les dépenses ont été consenties, soit dès le 1er janvier
2014 (date moyenne).
Les parties plaignantes réclament 1'335 fr. pour le vélo de R.. Toutefois, il ressort du
rapport de police que ce cycle existe toujours, ayant été mis en lieu sûr dès l’accident.
Ainsi, il pourra être repris par les parties plaignantes, en leur qualité de successeurs
universels du défunt, une fois le jugement exécutoire (cf. surpa). Le rapport de police
retient en outre que le vélo était en bon état, seul le guidon étant rayé. Les parties
plaignantes ont par conséquent échoué à prouver avoir subi un dommage correspondant
à la valeur du cycle, ce qui serait le cas dans l’hypothèse d’un dommage total,
respectivement elles n’ont pas démontré que celui-ci nécessitait des réparations et, cas
échéant, le coût de ces dernières. Dans la mesure où M. y a conclu, les parties
plaignantes sont renvoyées à faire valoir leur prétention par la voie civile.
Il est généralement admis que la douleur la plus grande en cas de décès est celle
ressentie par le conjoint du défunt. Le principe d’une indemnisation du tort moral
s’impose dès lors, à tout le moins lorsqu’il est vraisemblable que les époux étaient
attachés l’un à l’autre et entretenaient des relations harmonieuses. Le décès d’un parent
justifie aussi, en principe, l’octroi d’une indemnité pour tort moral à l’enfant. C’est en
particulier le cas lorsque celui-ci vivait dans le ménage du défunt et qu’il était en âge de
scolarité ou de formation professionnelle, soit dans une phase de son développement
où la séparation sera ressentie de manière particulièrement douloureuse, car c’est là
qu’il aurait eu le plus besoin des conseils de son parent décédé (BREHM, Commentaire
bernois, n. 136 s. et 153 ad art. 47 CO). En raison de sa nature, l'indemnité pour tort
moral, qui est destinée à réparer un dommage qui ne peut que difficilement être réduit à
une simple somme d'argent, échappe à toute fixation selon des critères mathématiques.
Sa détermination relève du pouvoir d'appréciation du juge (art. 4 CC). Il y a en principe
lieu de procéder en deux phases : premièrement, le juge fixe un montant de base, en
s’inspirant des précédents et des tables que la pratique a établies (en veillant à les
actualiser pour tenir compte de la dépréciation de la monnaie ; ATF 129 IV 22 consid.
7.2 p. 36 s.). Dans une seconde phase, il prend en considération les circonstances
particulières du cas pour diminuer ou augmenter ce montant de base (ATF 132 II 117
consid. 2.2.3 p. 120).
- 58 -
En 2003 (IPC 102,6 ; mai 2000 = 100), les montants régulièrement alloués en cas de
décès accidentel variaient entre 25'000 fr. et 50'000 fr. pour la perte d’un conjoint et entre
15'000 fr. et 30'000 fr. pour celle d’un parent (GUYAZ, L’indemnisation du tort moral en
cas d’accident, SJ 2003 p. 32 s.), soit de 26'525 fr. à 53'070 fr. (moyenne : 39'797 fr. 50)
et de 15'920 fr. à 31'840 fr. (moyenne : 23'880 fr.) en 2019 (108,9). Dans une première
étape, le montant de base de l’indemnité pour tort moral de J. est ainsi arrêté à 40'000 fr.
et celui des enfants à 24'000 fr. chacun. Dans le cas particulier, il y a lieu de tenir compte
d’une souffrance accrue de J., K et L. liée non seulement à la soudaineté de l’accident,
mais aussi au temps qui s’est écoulé entre celui-ci et le décès, période durant laquelle
R. est resté paralysé sur un lit d’hôpital. Les indemnités sont dès lors augmentées à
50'000 fr. et 30'000 francs. Toutefois, en raison de la faute concomitante du défunt, les
indemnités finalement mises à la charge de M. s’élèvent à 25'000 fr. pour J. et 15'000 fr.
chacun pour K. et L.. L’intérêt compensatoire, au taux de 5% l’an (cf. art. 73 al. 1 CO),
est dû sur ce montant à partir du jour de l’événement dommageable, soit dès le 23 août
2013 (arrêt du Tribunal fédéral 6B_213/2012 du 22 novembre 2012 consid. 3.4).
L'art. 45 al. 3 CO permet non seulement d'indemniser la perte de soutien consistant en
des prestations en espèces, mais également la disparition d'un soutien en nature ayant
une valeur économique, telles que la tenue du ménage ainsi que les soins et l'assistance
fournis aux enfants (ATF 127 III 403 consid. 4b p. 406).
En l’occurrence, lorsqu’il a eu son accident, R. vivait avec son épouse et leurs deux
enfants communs, âgés à l’époque de x et x ans. Sur le principe, ceux-ci ont donc droit,
cas échéant, à être indemnisés de la perte de soutien résultant du décès de leur époux,
respectivement père. Néanmoins, même en recourant, comme l’ont fait les parties
plaignantes, à une méthode abstraite pour arrêter cette perte de soutien, c’est au lésé
qu’il appartient d’établir que les valeurs statistiques sur lesquelles il s’appuie
correspondent à la situation de la victime ou dans quelle mesure les statistiques
permettent de tirer des conclusions sur cette situation. Par ailleurs, seule la réparation
de la perte de soutien de celui qui, sans l'accident, aurait effectivement accompli des
tâches ménagères peut être réclamée (arrêts du Tribunal fédéral 4A_29/2018 du 18
mars 2019 consid. 3.2.1 ; 4A_98/2008 du 8 mai 2008 consid. 2.3.1). Or, dans le cas
particulier, la participation de R. aux activités ménagères et aux soins apportés aux
enfants mineurs a certes été alléguée. Cependant, les
- 59 -
déclarations de J. constituent le seul moyen de preuve administré à ce sujet. Or, en
procédure civile, dont les principes sont applicables aux prétentions de la partie
plaignante (JEANDIN/FONTANET, loc. cit.), la déposition d’une partie, même crédible, ne
suffit en général pas, à moins d’être corroborée par d’autres éléments, pour apporter la
preuve d’un fait (cf. par ex. arrêt du Tribunal fédéral 4A_654/2014 du 16 avril 2015
consid. 3.2.2). Comme ces éléments font défaut dans le cas particulier et que les parties
plaignantes concluent au demeurant au paiement de montants importants, elles doivent
être renvoyées à agir par la voie civile pour faire établir l’existence effective d’une perte
de soutien et, cas échéant, fixer l’indemnité qui sera due à chacune en tenant compte
d’une réduction de 50% en raison de la faute concomitante de R..
6. Le tribunal doit fixer les frais dans la décision finale (art. 421 al. 1 CPP).
6.1. a) Le prévenu supporte les frais de procédure s’il est condamné (art. 426 al. 1 1re
ph. CPP). En cas d’acquittement ou de classement de la poursuite, les frais ne peuvent
être mis à la charge du prévenu que si celui-ci a, de manière illicite et fautive, provoqué
l’ouverture de la procédure ou rendu plus difficile la conduite de celle-ci (art. 426 al. 2
CPP).
b) Calculé notamment sur le vu de la difficulté de la cause en fait et en droit, mais
également des principes de la couverture des frais et de l'équivalence des prestations
(art. 13 LTar), l'émolument forfaitaire de justice devant le ministère public est arrêté à
1’300 fr. (art. 22 let. b LTar). Les débours justifiés par le décompte annexé à l’acte
d’accusation s’élèvent à 140 francs. Quant à l’émolument forfaitaire de justice devant le
tribunal de district, il est fixé, en vertu des mêmes principes, à 2’400 fr. (art. 22 let. c
LTar). Les débours s’élèvent à 100 fr. (huissier ; art. 10 al. 2 LTar). Ainsi, les frais de
procédure s’élèvent à 3’940 francs. Eu égard aux deux condamnations et aux trois
acquittements prononcés, les frais de procédure seront supportés à concurrence de 1/5
chacun par M. et P., soit 788 fr. chacun, et des 3/5 restants par le canton du Valais, soit
2’364 francs.
6.2. a) La partie plaignante peut demander au prévenu une juste indemnité pour les
dépenses obligatoires occasionnées par la procédure (art. 433 al. 1 CPP) si elle obtient
gain de cause (let. a) ou si le prévenu est astreint au paiement des frais, conformément
à l’art. 426 al. 2 CPP (let. b). La partie plaignante obtient gain de cause lorsque le
prévenu est condamné et/ou si les prétentions civiles sont admises. La juste indemnité,
- 60 -
notion qui laisse un large pouvoir d'appréciation au juge, couvre les dépenses et les frais
nécessaires pour faire valoir le point de vue de la partie plaignante dans la procédure
pénale. Il s'agit en premier lieu des frais d'avocat (arrêt du Tribunal fédéral 6B_965/2013
du 3 décembre 2013 consid. 3.1.1). Les victimes LAVI doivent cependant obtenir dans
le cadre de la procédure pénale la condamnation de l'auteur au paiement de l'intégralité
des honoraires d'avocat, sous réserve de leur proportionnalité (ATF 123 II 361 consid.
5.4 p. 365).
b) En l’occurrence, bien qu’elles n’aient obtenu qu’une partie de leurs conclusions
civiles, les parties plaignantes ont eu gain de cause, au pénal, contre les deux prévenus
qui ont été condamnés. Elles ont conclu à l’allocation d’une indemnité pour les frais
d’intervention de leur avocat qui s’élève à 57'516 fr. 75, débours et TVA compris. Vu la
situation des parties plaignantes qui étaient confrontées, dans une affaire d’une
complexité certaine, à des prévenus eux-mêmes assistés chacun d’un avocat, le recours
à un mandataire professionnel était justifié. Le montant requis sort largement des
fourchettes ordinaires des honoraires tarifés de l’art. 36 LTar, soit de 550 à 5'500 fr. pour
l’activité devant le ministère public et de 550 fr. à 3'300 fr. devant le tribunal de district,
TVA comprise. Comme les parties plaignantes ont la qualité de proches d’une victime,
elles ont toutefois le droit d’être indemnisées au-delà de ces chiffres, possibilité du reste
réservée par l’art. 29 al. 1 LTar, dans la mesure où l’utilité de l’activité de leur mandataire
et la proportionnalité de la rémunération réclamée sont établies. A cet égard, les parties
plaignantes ont motivé leurs prétentions en déposant le décompte de leur mandataire
pour les prestations que celui-ci a fournies du 12 novembre 2013 au 19 août 2020.
L’examen de ce décompte et du dossier judiciaire révèle 371⁄2 heures d’audiences
(ministère public et tribunal), correspondant à 7 heures de déplacement qui doivent aussi
être rémunérées, à concurrence de la moitié des prestations intellectuelles fournies
(arrêt du Tribunal fédéral 6B_1410/2017 du 15 juin 2018 consid. 4.4). La comparaison
du dossier avec le décompte produit permet encore de retenir 43 heures d’activité
(rédaction d’écritures, préparations d’audience et étude du dossier ainsi qu’entretiens
avec les mandants) utile à la procédure pénale. Par ailleurs, les parties plaignantes ne
peuvent pas imposer le tarif horaire de 350 fr. (hors TVA) qui figure dans le décompte
de leur avocat. Elles devront ainsi se contenter du tarif « usuel » (cf. l’ordonnance de la
Chambre pénale du Tribunal cantonal du 28 février 2018, citée par l’arrêt du Tribunal
fédéral 6B_361/2018 du 15 juin 2018 consid. 6.2) de 260 fr./heure (hors TVA). Dans ces
circonstances, les honoraires du mandataire des parties plaignantes sont arrêtés à
21'840 fr., hors TVA (260 fr. x [37,5 h. + 3,5 h. + 43]). Par simplification, la TVA sera
comptée sur l’ensemble des
- 61 -
prestations au taux de 8%, ce qui aboutit au résultat final de 23'600 fr. (arrondi). Les
parties plaignantes ont par ailleurs droit au paiement des débours justifiés de leur avocat
(frais effectifs de port, copies à 50 cts/page, itinéraire à 60 cts/km, TVA sur les débours),
lesquels sont fixés, sur le vu du décompte produit, à 800 francs. En définitive, l’indemnité
est donc arrêtée à 24'400 francs. M. et P. doivent par conséquent être condamnés à
payer chacun 12'200 fr. aux parties plaignantes.
6.3. Condamnés, M. et P. supportent les dépenses qui leur ont été occasionnées par
l’exercice de leurs droits de procédure (art. 429 al. 1 CPP a contrario).
6.4. N., O. et Q. ont en principe droit à une indemnité, à la charge du canton du Valais,
pour les dépenses que la procédure leur a occasionnées (art. 429 al. 1 let. a CPP).
Les questions de fait et de droit à résoudre n’étaient pas simples et l’enjeu de l’affaire
était important, ce qui justifiait le choix des prévenus de faire appel à des mandataires
professionnels pour les représenter en procédure. Ces frais de défense doivent par
conséquent être indemnisés, dans la mesure où ils sont raisonnables. Le tarif cantonal
valaisan - ou, à défaut de règlement, le tarif usuel – est applicable (arrêt du Tribunal
fédéral 6B_928/2014 du 10 mars 2016 consid. 3.1.2).
Cela étant, N. a bien conclu à une indemnité de 35'000 francs. Toutefois, il n’a pas justifié
cette prétention, quand bien même il y avait été rendu attentif lors des débats. Par
conséquent, il n’est pas entré en matière sur sa demande d’indemnité pour les dépenses
qui lui ont été occasionnées par la procédure.
O. a conclu à une indemnité de 31'318 fr. 96, soit au-delà des honoraires tarifés
ordinaires (cf. supra). Son avocat a produit un décompte pour les prestations qu’il a
fournies du 31 janvier 2019 au 20 août 2020. L’examen de ce décompte et du dossier
judiciaire révèle 253⁄4 heures d’audiences, correspondant à 6 heures de déplacement,
ainsi que 221⁄4 d’activité utile à la procédure pénale. Au tarif horaire de 260 fr., les
honoraires du mandataire de O. sont arrêtés à 13'260 fr., hors TVA (260 fr. x [25,75 + 3
+ 22,25]), soit 14'320 TTC. Les débours justifiés sont fixés, sur le vu du décompte
produit, à 800 fr., TVA comprise. Dès lors, l’indemnité pour les
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dépenses occasionnées par l'exercice raisonnable des droits de procédure de O. est
arrêtée à 15’120 fr., montant qui lui sera payé par le canton du Valais.
Q. a conclu à une indemnité de 18'513 fr. 30, soit au-delà des honoraires tarifés
ordinaires (cf. supra). Son avocat a produit un décompte pour les prestations qu’il a
fournies du 25 janvier 2019 au 18 août 2020. L’examen de ce décompte et du dossier
judiciaire révèle 261⁄4 heures d’audiences, correspondant à 6 heures de déplacement,
ainsi que 31⁄2 d’activité utile à la procédure pénale. Au tarif horaire de 260 fr., les
honoraires du mandataire de Q. sont arrêtés à 8'515 fr., hors TVA (260 fr. x [26,25 + 3 +
3,5]), soit 9’200 TTC. Les débours justifiés sont fixés, sur le vu du décompte produit, à
700 fr., TVA comprise. Dès lors, l’indemnité pour les dépenses occasionnées par
l'exercice raisonnable des droits de procédure de Q. est arrêtée à 9'900 fr., montant qui
lui sera payé par le canton du Valais.