Decision ID: 50d14bee-52e3-4d31-8b93-6a8825051b56
Year: 2018
Language: fr
Court: CH_EDÖB
Chamber: CH_EDÖB_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: public_law

I. Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence constate :
1. Conformément à la loi fédérale sur le principe de la transparence dans l’administration (Loi sur
la transparence, LTrans, RS 152.3), la demanderesse (Etude d’avocats) a déposé, le 27 avril
2018, une demande d’accès auprès du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), afin de savoir
si: « [le SECO] issued or not issued an export license for [Y] and [Z] to export the subject war
material to Russia for the purpose of mass production of automatic assault and other rifles as
specified under the contract No. [...] dated [...] ».
2. Par courrier recommandé du 15 juin 2018, le SECO a refusé d’accorder l’accès à l’information
requise en se fondant sur l’art. 7 al. 2 LTrans (atteinte à la sphère privée de tiers).
3. Par lettre recommandée du 20 juin 2018, la demanderesse a déposé une demande en
médiation auprès du Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence
(Préposé).
4. Par courrier recommandé du 25 juin 2018 adressé à la demanderesse, le Préposé a accusé
réception de la demande en médiation et, le même jour, a informé le SECO du dépôt de la
demande en médiation et lui a imparti un délai de 10 jours pour lui transmettre le dossier relatif
au cas ainsi qu’une prise de position détaillée.
5. Le 6 juillet 2018, le SECO a transmis au Préposé le dossier relatif au cas ainsi qu’une prise de
position complémentaire datée du 3 juillet 2018.
6. Le courrier recommandé du 25 juin 2018 adressé à la demanderesse (cf. ch. 4) n’ayant pas été
réclamé à l’échéance du délai de garde, il a été renvoyé au Préposé, qui a ensuite tenté, à
plusieurs reprises mais sans succès, d’atteindre la demanderesse par téléphone.
7. Le 13 juillet 2018, le Préposé a envoyé un second courrier recommandé à la demanderesse.
Outre la confirmation de réception de la demande en médiation, ce second pli informait
également la demanderesse de la prolongation du délai par le Préposé pour mener à terme la
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médiation ou établir la recommandation, conformément à l’art. 12a de l’Ordonnance sur le
principe de la transparence dans l’administration (Ordonnance sur la transparence, OTrans, RS
152.31).
8. Le courrier recommandé du 13 juillet 2018 adressé à la demanderesse (cf. ch. 7) n’ayant pas
non plus été réclamé à l’échéance du délai de garde, il a également été renvoyé au Préposé,
qui a ensuite effectué une troisième et dernière tentative de notification au moyen d’un courrier
A+ daté du 2 août 2018. Au regard de l’obligation des parties de collaborer à la médiation ainsi
que des circonstances du cas d’espèce, ce pli avait également pour objectif de rendre la
demanderesse attentive au fait qu’en l’absence de réponse dans un délai de 7 jours dès
réception du courrier, la requête serait considérée comme retirée et la procédure classée.
9. Par courrier recommandé du 10 août 2018 transmis à un bureau de la poste suisse le dernier
jour du délai fixé par le Préposé (cf. ch. 8), la demanderesse a réitéré sa demande du 20 juin
2018 (cf. ch. 3).
10. Par courrier recommandé du 15 août 2018, la demanderesse a transmis au Préposé une
correspondance entretenue avec une société tierce et a, sur cette base, requis de celui-ci qu’il
fasse suite à sa demande du 27 avril 2018 (cf. ch. 1).
11. Les allégations de la demanderesse et du SECO ainsi que les documents déposés sont pris en
compte, dans la mesure où cela s'avère nécessaire, dans les considérants ci-après.
II. Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence considère ce qui
suit :

A. Considérants formels : Médiation et recommandation selon l’art. 14 LTrans
12. La demanderesse a déposé une demande d’accès au sens de l’art. 10 LTrans auprès du SECO
et a reçu une réponse négative. Etant partie à la procédure préliminaire de demande d’accès,
elle est légitimée à déposer une demande en médiation (art. 13 al. 1 let. a LTrans). Celle-ci a
été remise selon la forme prescrite (forme écrite simple) et dans le délai légal (20 jours à
compter de la réception de la prise de position de l’autorité) au Préposé (art. 13 al. 2 LTrans).
13. La procédure de médiation peut se dérouler par écrit ou par oral (en présence de tous les
intéressés ou de certains d’entre eux), sous l’égide du Préposé. C’est à lui qu’il incombe de
fixer les modalités1. Si la médiation n’aboutit pas ou si aucune solution consensuelle n’est
envisageable, le Préposé est tenu par l’art. 14 LTrans de formuler une recommandation fondée
sur son appréciation du cas d’espèce.
B. Considérants matériels
14. Selon l’art. 12 al. 1 de l’ordonnance sur le principe de la transparence dans l’administration
(Ordonnance sur la transparence, OTrans, RS 152.31), le Préposé examine la licéité et
l’adéquation de l’appréciation de la demande d’accès par l’autorité. Il peut ainsi vérifier dans le
cadre de la procédure de médiation si la demande d’accès a été traitée conformément à la loi
par l’autorité.
15. En préambule, le Préposé constate que la demanderesse se prévaut, dans sa demande
d’accès du 27 avril 2018 adressée à l’autorité (cf. ch. 1), puis dans ses courriers des 20 juin, 10
1 Message relatif à la loi fédérale sur la transparence dans l’administration (Loi sur la transparence, LTrans) du 12 février
2003, FF 2003 1807 (cité : FF 2003), FF 2003 1865.
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et 15 août 2018 adressés au Préposé (cf. ch. 3, 9 et 10), d’un intérêt digne de protection afin
d’obtenir l’information demandée. Elle affirme au surplus que cette information serait vitale pour
la justice et qu’en l’absence de celle-ci, les droits et intérêts légitimes de son client seraient
entravés.
16. La loi fédérale sur la transparence garantit à toute personne le droit de consulter des
documents officiels et d’obtenir des renseignements sur leur contenu de la part des autorités
sans devoir justifier d’un intérêt particulier (art. 6 al. 1 LTrans). En garantissant l’accès à « toute
personne », c’est-à-dire au « public », la législation sur la transparence garantit une information
collective : lorsque l’accès à un document officiel est accordé à une personne, il doit l’être à
toutes (« access to one, access to all ») (art. 2 al. 1 OTrans) 2. Dans le cas d’espèce, cet
élément implique que la demanderesse d’accès ne peut en aucun cas bénéficier d’un accès
privilégié sur la base de la loi sur la transparence, même si elle justifie un intérêt personnel
important à obtenir ces informations3. Sa demande d’accès doit par conséquent être traitée par
le SECO de la même manière qu’elle le serait si elle émanait de n’importe quelle autre
personne physique ou morale.
17. Dans sa prise de position du 15 juin 2018 adressée à la demanderesse (cf. ch. 2), puis dans
celle du 3 juillet 2018 adressée au Préposé (cf. ch. 5), le SECO s’est contenté de citer différents
motifs de refus.
18. La loi sur la transparence vise à promouvoir la transparence quant à la mission, l’organisation et
l’activité de l’administration. A cette fin, elle contribue à l’information du public en garantissant
l’accès aux documents officiels (art. 1 LTrans). Ce droit d’accès général concrétise le but
essentiel de la loi, qui est de renverser le principe du secret de l’activité de l’administration au
profit de celui de la transparence quant à la mission, l’organisation et l’activité du secteur
public4. Il s’agit en effet de susciter la confiance du citoyen en l’administration et en son
fonctionnement, de renforcer le caractère démocratique des institutions publiques tout en
améliorant le contrôle des autorités étatiques5. Ainsi, pour autant que la loi sur la transparence
soit applicable à raison de la personne et de la matière (art. 2 et 3 LTrans) et qu’aucune
disposition spéciale au sens de l’art. 4 LTrans n’existe, toute personne a le droit de consulter
des documents officiels (art. 5 LTrans) et d’obtenir des renseignements sur leur contenu de la
part des autorités (art. 6 al. 1 LTrans)6. La loi sur la transparence fonde donc une présomption
en faveur du libre accès aux documents officiels7.
19. Si l’autorité conteste l’applicabilité de la loi sur la transparence (art. 2 à 5 LTrans) ou décide de
différer, limiter ou refuser l’accès à des documents officiels (art. 7 à 9 LTrans), elle doit alors
démontrer que les conditions des articles précités sont réalisées dans le cas d’espèce8. A cet
égard, ses explications doivent être convaincantes, à savoir être précises et claires, complètes
et cohérentes9. A défaut, soit si l’autorité ne parvient pas à renverser la présomption du libre
accès aux documents officiels, elle supporte les conséquences du défaut de preuve et l’accès
doit en principe être accordé10.
2 FF 2003 1844 ; cf. ég. Recommandation du PFPDT du 3 novembre 2017 : Swissgrid SA/Décisions de transfert RPC, ch. 25. 3 Recommandation du PFPDT du 3 novembre 2017 : Swissgrid SA/Décisions de transfert RPC, ch. 25. 4 ATF 142 II 340, consid. 2.2 ; Arrêt du TAF A-6/2015 du 26 juillet 2017, consid. 4.1. 5 ATF 136 II 399, consid. 2.1 ; Arrêt du TAF A-6/2015 du 26 juillet 2017, consid. 4.1. 6 ATF 142 II 340, consid. 2.2 ; Arrêt du TAF A-6/2015 du 26 juillet 2017, consid. 4.1. 7 Ibid. 8 Arrêt du TF 1C_428/2016 du 27 septembre 2017, consid. 2.3 ; Arrêt du TAF A-6/2015 du 26 juillet 2017, consid. 4.1 ;
Recommandation du PFPDT du 15 décembre 2017 : SFI/Echange de correspondances, ch. 21. 9 Arrêt du TAF A-6/2015 du 26 juillet 2017, consid. 4.1. 10 Arrêt du TAF A-6755/2016 du 23 octobre 2017, consid. 3.2 ; Arrêt du TAF A-4571/2015 du 10 août 2016, consid. 3.2.1.
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20. Au stade de la procédure d’accès et de la procédure de médiation, l’autorité n’a pas
suffisamment démontré en quoi la loi sur la transparence serait inapplicable en l’espèce (art. 2
à 5 LTrans), ni convaincu le Préposé de l’existence d’une exception au principe de la
transparence (art. 7 à 9 LTrans). Elle s’est contentée, dans ses prises de positions adressées à
la demanderesse puis au Préposé, d’indiquer le motif du refus d’accès. Les exigences
minimales de motivation ne sont par conséquent pas remplies en l’espèce.
21. En résumé, le Préposé arrive à la conclusion que le SECO n’a, au stade de la procédure de
médiation, pas suffisamment démontré une éventuelle inapplicabilité de la loi sur la
transparence, ni l’existence d’une exception au principe de la transparence.
III. Se fondant sur les considérants susmentionnés, le Préposé fédéral à la protection des