Decision ID: fcdeef51-ade4-4dc8-87ba-41782844b6a1
Year: 2010
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_009
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: 

En fait :
1. a)
Le 31 décembre 2007, M._ a adressé à G._ Immobilier & Conseils une facture n° 515014230 d’un montant de 10'499 fr. 60, TVA comprise, pour la tenue de sa comptabilité et divers travaux pour la période du 1
er
mars 2006 au 31 décembre 2007.
Le 17 avril 2008, M._ a adressé à G._ Immobilier & Conseils la lettre suivante :
«
Facture n° 515014230
Messieurs,
Malgré nos précédents rappels, nous constatons que notre facture reste toujours impayée à ce jour pour un total de CHF 10’499.60.
Nous vous proposons de régler le solde dû par des acomptes mensuels de CHF 2’000.00 dès le 30 avril.
En cas d’accord, vous voudrez bien nous retourner la copie de la présente munie de votre signature. (...) »
Cette lettre est signée de Messieurs H._ et B._ pour M._ et contresignée pour accord par G._ Immobilier & Conseils.
b)
Par commandement de payer notifié le 26 novembre 2008 dans le cadre de la poursuite n
o
5'008’916 de l'Office des poursuites de Lausanne-Est, M._ a requis de G._ le paiement de la somme de 10'499 fr. 60 plus intérêt à 5 % l’an dès le 31 janvier 2008, plus 100 fr. de frais de commandement de payer et 55 fr. 15 de frais d'encaissement, indiquant comme cause de l'obligation : « Facture no 515014230 du 31.12.2007. Concerne : G._ Immobilier & Conseil. » Le poursuivi a formé opposition totale.
2.
Par prononcé du 21 août 2009, le Juge de paix du district de Lausanne a rejeté la requête de mainlevée et mis les frais, par 360 fr., à charge de la poursuivante. Il n’a pas alloué de dépens.
Par acte du 25 août 2009, la poursuivante a requis la motivation du prononcé. Les motifs ont été expédiés le 27 novembre 2009. En bref, le premier juge a considéré que la facture ne constituait pas un titre à la mainlevée provisoire et que la lettre du 17 avril 2008 n’était qu’un rappel qui n’était pas non plus une reconnaissance de dette permettant la mainlevée de l’opposition.
Par acte motivé du 4 décembre 2009, la poursuivante a recouru contre ce prononcé, concluant, sous suite de frais et dépens, à sa réforme, l’opposition étant levée.
La recourante n’a pas produit de mémoire ampliatif dans le délai imparti.
L’intimé n’a pas déposé de mémoire de réponse dans le délai fixé.

En droit :
I.
La demande de motivation a été formée en temps utile (art. 54 al. 1 LVLP -
loi du 18 mai 1955 d'application dans le Canton de Vaud de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite; RSV 280.05).
Le recours, déposé dans les dix jours dès réception du prononcé, en temps utile également, comporte des conclusions valablement formulées. Il est ainsi recevable à la forme (art. 57 al. 1 et 58 al. 1 LVLP, art. 461 ss CPC - Code de procédure civile du 14 décembre 1966; RSV 270.11).
II. a)
Selon l'art. 82 al. 1 LP (loi fédérale du 11 avril 1889 sur la poursuite pour dettes et la faillite; RS 281.1), le créancier dont la poursuite se fonde sur une reconnaissance de dette constatée par acte authentique ou sous seing privé peut requérir la mainlevée provisoire de l'opposition au commandement de payer.
Constitue une telle reconnaissance l'acte d'où résulte la volonté du poursuivi de payer au poursuivant une somme d'argent déterminée et échue, sans réserve ni condition (ATF 130 III 87, JT 2004 II 118; ATF 122 III 125, JT 1998 II 82; Panchaud/Caprez, La mainlevée d'opposition, § 1; Gilliéron, Commentaire de la loi sur la poursuite pour dettes et la faillite, n. 29 ad art. 82 LP). Pour qu'un écrit public, authentique ou privé ou qu'un ensemble d'écrits vaille reconnaissance de dette, il doit en ressortir, sur la base d'un examen sommaire, que le poursuivi a assumé une obligation de payer ou de fournir des sûretés, donc une créance exigible, chiffrée et inconditionnelle, car si la reconnaissance de dette n'est pas pure et simple, le poursuivant, pour obtenir la mainlevée provisoire, doit rapporter la preuve littérale que les conditions ou réserves sont devenues sans objet (Gilliéron, op. cit., n. 40 ad art. 82 LP). Enfin, le titre produit pour valoir reconnaissance de dette et titre à la mainlevée provisoire ne justifie la mainlevée provisoire de l'opposition que si le montant de la prétention déduite en poursuite est chiffré de façon précise dans le titre lui-même ou dans un écrit annexé auquel la reconnaissance se rapporte; cette indication chiffrée doit permettre au juge de la mainlevée de statuer sans se livrer à des calculs compliqués et peu sûrs (Gilliéron, op. cit., n. 42 ad art. 82 LP).
En l’espèce, la lettre du 17 avril 2008, contresignée par le poursuivi, constitue bien une reconnaissance de dette et non un simple rappel de la poursuivante. Par sa signature, le poursuivi a marqué son accord avec la proposition transactionnelle de la poursuivante et s’est indubitablement engagé à payer la somme de 10’499 fr. 60 par acomptes mensuels de 2’000 fr. dès le 30 avril 2008. Au vu de cette pièce, la mainlevée provisoire de l’opposition devait être prononcée à concurrence de 10’499 fr. 60. En revanche, elle ne pouvait être accordée pour les intérêts tels que requis, mais seulement dès les échéances des acomptes, en application de l’art. 102 al. 2 CO (Code des obligations du 30 mars 1911; RS 220).
b)
Le fait que le commandement de payer ne fasse pas référence à la reconnaissance de dette ne s’oppose pas à la mainlevée de l’opposition. En effet, même si, conformément à l’art. 69 al. 2 ch. 1 LP en corrélation avec l’art. 67 al. 1 ch. 4 LP, le commandement de payer doit indiquer notamment le titre et sa date et, à défaut de titre, la cause de l’obligation, l’indication de la cause de l’obligation, même si un titre existe, suffit (ATF 95 III 33 consid. 1, JT 1970 II 46). En effet, cette disposition poursuit un but d’information du poursuivi et toute périphrase qui permet au poursuivi, conjointement avec les autres indications figurant sur le commandement de payer, de se résoudre à reconnaître la somme déduite en poursuite, doit suffire (ATF 121 III 18, JT 1997 lI 95; Gilliéron, op. cit., n. 77 ad art. 67 LP; Ruedin, Commentaire romand, n. 34 ad art. 67 LP).
En l’espèce, la reconnaissance de dette du 17 avril 2008 faisait expressément référence à la facture mentionnée sur le commandement de payer. Le poursuivi ne pouvait ainsi n’avoir aucun doute quant à la créance en poursuite.
III.
En définitive, le recours doit être admis partiellement et le prononcé réformé en ce sens que l’opposition est provisoirement levée à concurrence de 10’499 fr. 60 plus intérêt à 5 % l’an dès le 1
er
mai 2008 sur 2’000 fr., dès le 1
er
juin 2008 sur 2’000 fr., dès le 1
er
juillet 2008 sur 2’000 fr., dès le 1
er
août 2008 sur 2’000 francs, dès le 1
er
septembre 2008 sur 2’000 fr. et dès le 1
er
octobre 2008 sur le solde. L’opposition est maintenue pour le surplus.
Les frais de première instance de la poursuivante sont fixés à 360 francs. Le poursuivi doit payer à la poursuivante la somme de 360 fr. à titre de dépens de première instance.
Les frais d’arrêt de la recourante sont fixés à 510 francs. L’intimé doit payer à la recourante la somme de 510 fr. à titre de dépens de deuxième instance.