Decision ID: 89f4e72a-c720-4c29-98ba-6df08d013195
Year: 2000
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. Le 30 décembre 1999, X._ a présenté une demande de permis de port d'armes. Les motifs exposés à l'appui de cette demande étaient les suivants :
"Protection de chose. Protection de liberté d'action, de déplacements, d'entreprendre, de décider moi-même, de ne pas être sous la menace d'interprétations arbitraires, non unifiées, personnelles de fonctionnaires de police ou de magistrats (juges) qui appliquent pour l'instant de manière non unifiée la nouvelle loi sur les armes (loi fédérale). Ce sur l'ensemble du territoire Suisse ou je suis censé me déplacer librement.
Par exemple je veux pouvoir me déplacer en Suisse et par n'importe quel moyen (à pieds, cheval, vélo, train, TP) pour des voyages d'agrément ou d'études etc., en emportant la ou les armes de tir (P.O, PSPC, PSGC) et ce pour une durée de plusieurs jours ou semaines sans retour journalier à Z._. Ce de manière à pouvoir profiter des opportunités de tir qui peuvent se présenter lors d'un périple. Ce sans me faire accuser de transport abusif d'armes ou de port d'arme illégal. De là me faire confisquer mon matériel avec une peine d'amende à la clef, une restriction grave et inadmissible de ma liberté, de déplacement. Voilà.
P.A. C'est aussi une protection de chose. Cette liste n'est pas exhaustive."
B. Par décision du 2 mars 2000, la Police cantonale vaudoise (ci-après : la Police) a rejeté la demande précitée et a mis à la charge de l'intéressé un émolument de 50 francs. L'autorité intimée estime en substance que la demande en cause ne satisfait pas à la clause du besoin prévue à l'art. 27 al. 2 lit. b de la loi fédérale sur les armes, les accessoires d'armes et les munitions, en ce sens que le requérant n'a pas établi de manière plausible l'existence de menaces réelles à son encontre et qu'il peut prendre d'autres mesures de protection s'il s'estime particulièrement menacé.
C. X._ a recouru contre cette décision auprès du Tribunal administratif le 21 mars 2000. Il conclut à l'annulation de la décision entreprise et au remboursement de la taxe et des frais mis à sa charge. A l'appui de son recours, il expose en substance être né en 1934, pratiquer le tir sportif depuis l'âge de 16 ans et souhaiter aujourd'hui, après avoir diminué ses activités professionnelles, pouvoir voyager sur tout le territoire suisse et pratiquer son sport favori que constitue le tir au gré de ses déplacements. Il précise qu'en donnant comme motif de sa demande la "protection de choses", il visait la "protection de liberté d'action, de déplacements, d'entreprendre, de décider [lui-même], de ne pas être sous la menace d'interprétations arbitraires, non unifiées (dans l'esprit), personnelles de fonctionnaires de police ou de magistrats (juges) qui appliquent pour l'instant de manière disparate la nouvelle loi sur les armes (loi fédérale), et ce sur l'ensemble du territoire suisse où [il est] encore censé pouvoir [se] déplacer librement."
Le recourant s'est acquitté en temps utile de l'avance de frais requise.
D L'autorité intimée s'est déterminée le 18 avril 2000 en concluant au rejet du recours.
E. X._ a déposé un mémoire complémentaire le 17 juin 2000 dans lequel il a confirmé que ses conclusions, tout en relevant que, selon l'art. 35 OArm, seule une décision positive de permis de port d'armes permet de prélever un émolument. Enfin, il a sollicité la délivrance d'un permis de transport d'armes de longue durée, renouvelable.
F. La Police a déposé des observations finales le 10 juillet 2000 en soulignant que l'art. 28 LArm n'autorise pas le recourant à obtenir un permis de transport d'armes chargées, sans restriction de lieu ou de temps. S'agissant de la perception d'un émolument, elle s'est référée à sa réponse du 18 avril 2000.
G. Le tribunal a délibéré par voie de circulation.
H. Les arguments respectifs des parties seront repris ci-dessous dans la mesure utile.

Considérant en droit:
1. Selon l'art. 32 de la loi vaudoise du 13 novembre 1963 sur le commerce des armes, munitions et explosifs, et sur le port et la détention des armes (RSV 3.11; ci-après: LCAM), les décisions prises en application du concordat du 27 mars 1969 sur le commerce des armes et des munitions (RSV 3.11 I; ci-après : le concordat), de la présente loi et de leurs dispositions d'application peuvent faire l'objet d'un recours au Conseil d'Etat. Se pose dès lors la question de la compétence du Tribunal administratif pour connaître du présent recours.
a) Tout d'abord, il faut constater que la décision litigieuse est fondée sur la loi fédérale du 20 juin 1997 sur les armes, les accessoires d'armes et les munitions (RS 514.54; ci-après: LArm), entrée en vigueur le 1er janvier 1999. Elle ne s'appuie donc pas sur l'art. 32 de la loi vaudoise précitée, de sorte que cette dernière règle, selon sa lettre, ne trouve pas à d'application dans le cas présent. Au contraire, la clause générale de l'art. 4 al. 1 LJPA conserve ici toute sa valeur, ce qui conduit à admettre la voie du recours au Tribunal administratif.
b) La même solution découle en outre de l'art. 4 al. 3 LJPA. Selon cette disposition, le Tribunal administratif connaît, à l'exclusion des autorités mentionnées à l'al. 2 (soit notamment du Conseil d'Etat) et en dérogation à cette disposition, de tous les recours contre les décisions prises en application du droit fédéral, lorsque la cause est susceptible d'un recours de droit administratif devant le Tribunal fédéral (art. 98a OJF). Or, la décision attaquée dans la présente cause est fondée sur le droit fédéral, de sorte que le recours de droit administratif sera ouvert contre la décision cantonale de dernière instance. On se trouve dès lors dans l'hypothèse visée par l'art. 4 al. 3 LJPA, ce qui fonde à nouveau la compétence du Tribunal administratif (cf. dans le même sens arrêt TA, FI 99/0061 du 28 février 2000). Le projet de nouvelle loi vaudoise sur les armes, les accessoires d'armes, les munitions et les substances explosibles, actuellement soumis au Grand Conseil, précise d'ailleurs expressément que la voie du recours contre les décisions de la Police en matière de permis de port d'armes est celle du tribunal de céans (cf. Exposé des motifs et projet de loi susmentionné, art. 4 al. 2 lit. d, juin 2000).
2. Déposé dans le délai et selon les formes prescrites par la loi (art. 31 LJPA) par le destinataire de la décision entreprise, le recours est recevable en la forme.
3. En vertu de l'art. 36 lit. a LJPA, le tribunal administratif connaît des griefs tirés de la violation du droit, y compris l'excès ou l'abus du pouvoir d'appréciation. Le grief d'inopportunité ne peut en revanche être invoqué devant lui que si la loi spéciale le prévoit (art. 36 lit. c LJPA). Tel n'est pas le cas en l'espèce et il appartient dès lors à l'autorité de recours de n'examiner le bien-fondé de la décision entreprise que sous l'angle de la légalité et de l'abus ou de l'excès du pouvoir d'appréciation (art. 36 lit. a LJPA). Il y a abus du pouvoir d'appréciation lorsqu'une autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues par la loi, se laisse guider par des considérations non pertinentes ou étrangères au but des dispositions applicables, ou encore lorsqu'elle statue en violation des principes généraux du droit administratif (interdiction de l'arbitraire, égalité de traitement, bonne foi et proportionnalité; ATF 110 V 365; ATF 108 Ib 205 consid. 4a).
4. Jusqu'au 1er janvier 1999 (date d'entrée en vigueur de la LArm), le port d'armes dans le canton de Vaud était réglé par les art. 21 à 23 a) LCAM. L'art. 21 al. 1 LCAM, qui définit les personnes auxquelles le port d'une arme doit être interdit, renvoie notamment au concordat. En substance, une personne souhaitant posséder une arme devait ainsi obtenir tout d'abord un permis d'achat, subordonné à la réalisation de diverses conditions (définies aux art. 15 LCAM et 5 concordat), lequel impliquait l'autorisation du port d'armes, sous réserve de cas particuliers (mise en danger de la sécurité publique, troubles, menaces de désordres, port de certaines armes, etc., cf. art. 22, 23 et 23 a LCAM).
Actuellement, ce sont les art. 27 LArm et 29 et 32 al. 1 de l'ordonnance du Conseil fédéral sur les armes, les accessoires d'armes et les munitions du 21 septembre 1998, également entrée en vigueur le 1er janvier 1999 (RS 514.541, ci-après: OArm), qui définissent les conditions auxquelles un permis de port d'armes peut être délivré. L'arrêté d'application de la LArm, adopté par le Conseil d'Etat le 17 février 1999 (RSV 3.11; ci-après : l'arrêté), désigne les autorités compétentes en la matière et stipule notamment, à son art. 13 lit. d, que la Police est compétente pour statuer en matière de permis de port d'armes (art. 27 LArm et art. 29 OArm).
Aux termes de l'art. 27 al. 2 LArm, un permis de port d'armes est délivré à toute personne qui :
"a. Remplit les conditions d'octroi du permis d'acquisition d'armes (art. 8, 2e al.);
b. Rend vraisemblable qu'elle a besoin d'une arme pour se protéger ou pour protéger des tiers ou des choses contre un danger tangible;
c. A passé un examen attestant qu'elle est capable de manier une arme et qu'elle connaît les dispositions légales en matière d'utilisation d'armes; le département compétent édicte un règlement d'examen."
Pour sa part, l'art. 29 al. 2 1ère phrase OArm stipule que "l'autorité examine si les conditions sont vraisemblables et notamment si la clause du besoin est respectée."
Le droit transitoire est prévu à l'art. 42 al. 1 et 2 LArm, selon lequel "toute personne qui est autorisée à porter une arme ou à faire le commerce d'armes en vertu du droit cantonal en vigueur est tenue, si elle entend conserver cette prérogative, de présenter dans l'année qui suit l'entrée en vigueur de la présente loi la demande d'autorisation prévue à cet effet (al. 1). Les droits acquis demeurent garantis jusqu'à ce que la demande fasse l'objet d'une décision" (al. 2).
5. Dans le cas présent, la demande présentée par X._ le 30 décembre 1999, soit dans le délai mentionné ci-dessus, a été rejetée au motif que le requérant ne remplissait pas les conditions relatives à la clause du besoin. On relèvera à cet égard que seul ce dernier point est litigieux, ni l'honorabilité du recourant ni sa maîtrise des armes n'étant mises en doute par la décision entreprise. De même, les conditions générales relatives aux autorisations délivrées sur la base de la LArm prévues à l'art. 32 al. 1 de ladite loi ne sont pas en cause (notamment preuve de l'identité du requérant, capacité civile, bon état de santé physique et mentale, bonne réputation).
a) Edictée sur la base du mandat de l'ancien art. 40 bis de la Constitution fédérale (actuellement art. 107 al. 1 Cst.), la LArm vise à combattre l'usage abusif d'armes. Elle réalise l'unification du droit suisse sur les armes et remplace le concordat, ainsi que les dispositions édictées en la matière par les cantons. La LArm institue un permis de port d'armes uniforme, soumis à la clause du besoin (cf. Message du Conseil fédéral concernant la LArm du 24 janvier 1996, FF 1996 I 1001 ss). Ce permis ne sera délivré qu'à une personne remplissant d'abord toutes les conditions d'obtention du permis d'acquisition d'armes et qui rend ensuite vraisemblable qu'elle a besoin d'une arme pour se protéger elle-même, protéger des tiers ou des biens. Le danger contre lequel le requérant entend se protéger doit toutefois être démontré (FF 1996 I 1018). Il faut pouvoir attester de risques concrets, supérieurs à la mesure normalement admissible (cf. recommandation no 4 de la Commission fédérale de travail "Armes et munitions", novembre 1998). Un simple sentiment diffus d'insécurité, comparable à celui que peut ressentir un grand nombre de personnes et lié par exemple à une position sociale éminente ou à la qualité de propriétaire de biens de valeur ou encore à l'exercice d'activités commerciales, ne sera pas considéré comme satisfaisant la clause du besoin. Le terme de "danger tangible" mentionné à l'art. 27 al. 2 lit. b LArm implique l'existence d'une menace concrète et intense, particulièrement dirigée contre la personne ou les biens du requérant ou, le cas échéant, contre la personne ou les biens de tiers dont il est responsable. La notion de menace n'implique toutefois pas que le requérant ait déjà été victime de menaces proférées à son endroit.
b) Ces exigences se comprennent facilement si l'on se rappelle que, dans un Etat de droit, les actes de justice propres sont exclus et que les conditions de réalisation de la légitime défense et de l'état de nécessité sont relativement strictes (cf. art. 33 et 34 CP). Il est en effet constant que, dans les pays où l'autodéfense est admise par les moeurs et par la justice (notamment aux Etats-Unis), l'usage des armes par les victimes d'agression contre le patrimoine conduit irrémédiablement à une escalade de la violence. Il a été clairement démontré, par des études approfondies, que si la culture de l'autodéfense, permettant une grande accessibilité aux armes à feu, exerce dans un premier temps un effet de dissuasion auprès des malfaiteurs qui craignent de se trouver en face d'une victime armée, elle provoque ensuite un effet pervers, dans la mesure où ces délinquants vont à leur tour s'armer pour riposter, voire prendre les devants. Le risque pour la victime de l'agression d'être blessée ou même tuée par son agresseur augmente ainsi considérablement (M. Cusson, Autodéfense et homicides, in Revue internationale de criminologie et de police technique et scientifique, vol. LII, No 3, 1999, p. 259 ss). De plus, la possession d'une arme à feu aggrave le risque d'usage de cette dernière et, partant, celui d'un excès de légitime défense. Enfin, on ne saurait raisonnablement admettre que notre société souffre de graves lacunes dans le maintien de l'ordre et le respect de la justice. Si la criminalité a certes augmenté ces dernières années, son développement reste néanmoins dans des proportions maîtrisables. En tout état de cause, il ne se justifie nullement de ne laisser aux forces de l'ordre ou aux professionnels de la sécurité qu'un rôle d'appoint dans la lutte contre la délinquance et de tolérer que le citoyen devienne le premier responsable de sa propre sécurité.
6. En l'espèce, l'examen des circonstances invoquées par le recourant ne démontre pas que ce dernier se trouve sous le coup d'un danger tangible suffisamment sérieux et concret pour justifier l'octroi du permis requis. X._ ne le soutient d'ailleurs pas mais allègue en revanche vouloir circuler librement en Suisse, avec une ou des armes, pour pratiquer le tir sportif au gré de ses déplacements. On relèvera d'emblée que le premier motif invoqué, à savoir le droit de se déplacer librement sur le territoire suisse, constitue certes une liberté fondamentale (en tant que règle non écrite du droit constitutionnel, cf. J.-F. Aubert, Traité de droit constitutionnel suisse, vol. I, no 311, p. 125; actuellement art. 10 al. 2 nCst). Cependant, ce droit n'est nullement compromis par la décision incriminée dans la mesure où le refus de délivrer un permis de port d'armes n'entrave en rien la liberté en cause, le recourant pouvant parfaitement bien se déplacer sans être armé. De plus, même à supposer que la liberté de mouvement implique celle de se déplacer avec une arme - question qui peut être laissée ouverte en l'espèce compte tenu des considérations qui vont suivre - force est de constater que cette liberté peut être restreinte par l'intérêt public prépondérant que constitue en l'occurrence l'exigence de la clause du besoin de l'art. 27 al. 2 lit. b LArm (J.-F. Aubert, op. cit., vol. II, no 1758 ss, p. 633; cf. également art. 36 al. 2 nCst). Or, comme exposé ci-dessus, aucun élément ne permet d'admettre l'existence d'un danger concret menaçant le recourant dans sa sécurité.
7. Dans son mémoire complémentaire, le recourant a requis à titre subsidiaire la délivrance d'un permis de transport d'armes, de longue durée et renouvelable. Il y a lieu de préciser d'emblée qu'une telle catégorie de permis n'est pas prévue par la LArm, le transport d'armes étant réglé par l'art. 28 LArm. Selon cette disposition :
"1Toute personne peut transporter librement des armes non chargées, notamment:
a. à destination de cours, d'exercices ou de manifestations organisés par des sociétés de tir ou de chasse ou par des associations ou fédérations militaires;
b. à destination ou en provenance d'un arsenal;
c. à destination ou en provenance d'une manifestation spécialisée.
2Durant le transport, les armes et les munitions doivent être entreposées séparément."
Il résulte de la disposition précitée que le transport d'armes ne peut se faire que pour des destinations particulières et qu'avec des armes non chargées. Même si le transport d'armes n'est pas soumis à autorisation, la formulation de l'art. 28 LArm est restrictive de manière à empêcher tout port d'armes déguisé. Ainsi, celui qui transporte une arme doit être en mesure de prouver qu'il a besoin de l'arme pour participer à un cours, à un exercice ou à une manifestation organisée par une société de tir ou de chasse, etc. Le transport doit en outre s'inscrire dans une relation temporelle adéquate avec l'exercice de l'activité alléguée. Celui qui conserve en permanence une arme, dans son véhicule par exemple, ne la transporte pas; au sens de la LArm, il la porte et doit pour cela obtenir un permis de port d'armes (Message du Conseil fédéral concernant la LArm du 24 janvier 1996, FF 1996 I ad art. 28, p. 1019). Dans le cas présent, X._ ne poursuit manifestement pas un des buts mentionnés à l'art. 28 LArm puisqu'il souhaite en fait se déplacer en Suisse en possession d'armes chargées, principalement pour assurer sa sécurité ou celle de ses biens et accessoirement pour pratiquer son sport favori que constitue le tir. Il ne saurait dès lors obtenir l'autorisation requise, au demeurant non prévue par la loi.
8. En résumé, l'intéressé n'a pas rendu vraisemblable qu'il avait besoin d'une arme pour se protéger ou pour protéger des tiers ou des choses contre un danger tangible. L'autorité intimée a correctement appliqué les conditions de l'art. 27 al. 2 lit. b LArm et sa décision ne relève par ailleurs ni d'un abus ni d'un excès du pouvoir d'appréciation. C'est donc à juste titre que la demande de permis de port d'armes a été rejetée.
9. X._ conteste en outre devoir s'acquitter d'un émolument (50 fr.) mis à sa charge par l'autorité intimée dans sa décision du 2 mars 2000. Il estime qu'un tel émolument ne peut être perçu que dans l'hypothèse d'une décision positive et se réfère à cet égard à l'art. 35 lit. i ch. 3 OArm. De son côté, la Police invoque notamment le fait que le groupe de travail chargé par la Confédération de préparer un projet de révision de l'OArm a prévu que le texte de celle-ci soit précisé en ce sens que les émoluments sont dus également en cas de rejet d'une demande d'autorisation.
Cette question de la possibilité de percevoir un émolument même en cas de rejet d'une demande de permis de port d'armes a déjà été tranchée par le tribunal de céans. Dans un arrêt récent en effet (arrêt TA, FI 99/0061 du 17 mars 2000), ce dernier a jugé ce qui suit :
"a) Les émoluments, également appelés taxes, constituent des contributions publiques dues en contrepartie d'une prestation de la collectivité publique, raison pour laquelle ont les qualifie de causales; l'on se trouve bien en l'occurrence en présence d'une taxe de ce type, plus précisément d'une taxe d'administration (voir par exemple à ce sujet André Grisel, Traité de droit administratif II 608 ss).
Les contributions causales, au même titre que les impôts, sont soumises au principe de la légalité; on exceptera tout au plus les taxes de chancellerie, à savoir des émoluments administratifs de valeur modique (ces dernières peuvent être perçues sans qu'une loi formelle ne les prévoie; voir par exemple à ce sujet Fritz Gygi, Verwaltungsrecht, Berne, 1986 p. 271 et références citées; à la date de cet ouvrage, la jurisprudence admettait la nature de taxe de chancellerie pour des prélèvements allant jusqu'à 25 fr.).
Par comparaison avec les impôts, les exigences posées quant au contenu de la base légale formelle sont toutefois atténuées. On considère en effet que cette souplesse est compensée par les principes de la couverture des coûts, d'une part, et de l'équivalence, d'autre part. Néanmoins, la loi formelle doit contenir les principes essentiels de la perception, soit notamment elle-même le sujet, respectivement l'objet de la taxe, à tout le moins dans leurs grandes lignes; les précisions à cet égard, comme aussi les autres modalités de la perception doivent par ailleurs faire l'objet de dispositions réglementaires (celles-ci doivent notamment comporter le tarif des émoluments; sur ces questions, voir notamment ATF 123 I 248 et 254, résumé à la RDAF 1998 I 450; voir aussi Gygi, p. 267 à 270, ainsi que Pierre Moor, Droit administratif III 365 à 371).
Au surplus, dans la mesure où les émoluments relèvent du domaine du droit fiscal au sens large, les dispositions qui les prévoient doivent être interprétées conformément aux principes qui prévalent en cette matière. Or, il est de jurisprudence constante que le droit fiscal ne permet pas, par le biais du comblement de lacunes, de créer par voie d'interprétation de nouveaux cas d'imposition (voir à ce sujet Imboden/Rhinow/Krähenmann, Schweizerische Verwaltungsrechtsprechung, vol. II, parag. 113 B IV, ainsi que Ergänzungsband, même référence et les arrêts cités par ces auteurs; dans le même sens, RDAF 1994, 128).
b) L'art. 32 de la loi fédérale du 20 juin 1997 sur les armes, les accessoires d'armes et les munitions (...) prévoit que le Conseil fédéral fixe les émoluments applicables aux autorisations cantonales prévues par la présente loi. Au demeurant, il incombe à l'autorité cantonale de délivrer le permis de port d'arme (art. 27 al. 3 LArm).
Au chapitre des émoluments, l'art. 35 lit. i OArm prévoit "pour l'octroi des permis, des autorisations et des patentes, les émoluments suivants :
[...]
i. permis de port d'armes :
1) Examen pratique Fr. 70.--
2) Examen théorique Fr. 70.--
3) Octroi Fr. 50.--"
c) Il découle de la lettre de la réglementation précitée que l'émolument de 50 fr. n'est prévu que dans l'hypothèse de l'octroi d'un permis de port d'armes et non dans celle du refus de ce document. Selon [le recourant], il faut s'en tenir au texte exprès de cette réglementation, alors que l'autorité intimée estime que l'on peut s'écarter d'une interprétation purement littérale, l'autorité étant en effet amenée à offrir le même service dans les deux cas.
aa) On ne s'attardera pas au projet de modification de cette ordonnance, invoqué par l'autorité intimée. Cette dernière considère que ce texte vient à l'appui de sa thèse, considérant en quelque sorte que cette solution va de soi, de sorte que la future disposition se bornera à confirmer une évidence. En l'état, cette argumentation n'emporte pas la conviction du tribunal.
bb) Force est dès lors d'en revenir aux principes généraux. En définitive, la question ne paraît pas relever des exigences découlant du principe de la légalité (une base légale matérielle apparaît de toute façon nécessaire, même si l'on devait qualifier l'émolument litigieux de taxe de chancellerie); il s'agit bien plutôt d'interpréter la règle de l'art. 35 OArm pour déterminer si elle entend viser tout à la fois l'octroi d'un permis de port d'arme et le refus d'un tel document. Ce texte ne vise pourtant expressément que le premier cas. On peut, il est vrai, considérer avec l'autorité intimée que la prestation fournie par la collectivité est sensiblement la même dans les deux hypothèses visées ici, de sorte qu'il serait sans aucun doute admissible de prélever le même émolument dans les deux cas. Cependant, dès lors que l'avantage retiré par l'administré est assurément moins tangible en cas de refus du permis de port d'armes, il est parfaitement envisageable de ne prévoir la perception d'un émolument que dans l'hypothèse de l'octroi de cette autorisation. Cela étant, il apparaît normal d'interpréter l'art. 35 let. i OArm selon sa lettre, sans chercher à compléter celle-ci par l'introduction d'un nouveau cas d'imposition distinct. En outre, au plan de l'équité fiscale, il n'est pas certain que la solution défendue par l'autorité intimée s'impose (sur le conflit entre le principe de la légalité et celui de l'égalité de traitement, voire de l'équité, voir Danielle Yersin, L'égalité de traitement en droit fiscal, RDS 1992 II 1981 s), de sorte qu'il n'y a pas de motif réel d'écarter la solution découlant de la lettre de la règle précitée."
10. Au vu des considérants qui précèdent, le recours ne peut être que rejeté en tant qu'il est dirigé contre le refus du permis de port d'armes et de transport d'armes. En revanche, il doit être partiellement admis, soit en ce qui concerne la perception d'un émolument. La décision entreprise sera donc partiellement annulée en tant qu'elle prévoit la perception d'un émolument et maintenue pour le surplus. Vu l'issue du pourvoi, les frais du présent arrêt seront partiellement mis à la charge du recourant, qui, n'ayant pas procédé par l'intermédiaire d'un mandataire professionnel, n'a en revanche pas droit à des dépens (art. 55 al. 1 LJPA).