Decision ID: d2d59629-73ac-57cf-9770-8c13e4175e06
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 19 février 2018, A_ et B_ recourent contre l'ordonnance du 6 février 2018, notifiée par pli simple, par laquelle le Ministère public a refusé d'entrer en matière sur la plainte déposée le 10 août 2017 par A_ contre le Garage C_.
Les recourants concluent, sous suite de frais, à l'annulation de ladite ordonnance, à ce que la cause soit renvoyée au Ministère public pour qu'une instruction soit ouverte et à l'octroi d'une indemnité de CHF 2'000.- à titre de dépens.
b.
à la suite de la demande de versement de sûretés de CHF 800.- que leur a adressée la direction de la procédure, les recourants ont chacun, séparément, formé une demande d'assistance juridique pour leurs frais de défense par un avocat.
Le Service de l'assistance juridique a, sur la base des pièces et renseignements fournis par A_, attesté que la situation des recourants ne leur permettait pas d'assumer par leurs propres moyens les honoraires d'un conseil.
Il a, néanmoins, été renoncé à leur demander des sûretés.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Le 10 août 2017, A_ a déposé plainte pénale au poste de police contre le Garage C_ pour escroquerie.
Il a expliqué qu'il avait acheté une voiture le 23 décembre 2016 au Garage C_ au prix de CHF 3'500.-, expertisée et avec une garantie de trois mois. La voiture avait été immatriculée au nom de sa femme, B_. Depuis son acquisition, le véhicule avait rencontré des problèmes et était tombé plusieurs fois en panne.
En raison des défectuosités du véhicule, il avait demandé les rapports d'expertise à l'Office cantonal des véhicules et s'était rendu compte que, lors de la précédente expertise, le 15 décembre 2014, le compteur affichait 288'056 km, alors que, lors de l'achat, le véhicule n'affichait que 134'000 km. Le vendeur ne l'avait pas informé d'un problème avec le compteur de kilomètres, lui assurant même que le nombre de kilomètre affiché correspondait au kilométrage réel.
Il avait ainsi décidé de porter plainte car le véhicule acheté présentait de nombreux défauts cachés.
Lors de son audition, A_ a notamment produit le contrat d'achat du véhicule sur lequel apparaissait le nom de B_ comme unique acheteur. Il était également mentionné dans le contrat que le véhicule avait été mis en circulation pour la première fois en 1999, qu'il avait été expertisé pour la dernière fois en 2014 et que le Garage C_ garantissait le moteur et la boîte à vitesse pendant trois mois.
b.
Entendu par la police le 23 août 2017, D_, propriétaire du Garage C_, a expliqué que c'était son beau-fils, E_, qui avait conclu la vente. Il a précisé, qu'initialement, la voiture était destinée à être vendue en pièces détachées, mais que le plaignant, en connaissance de cause, avait insisté pour l'acheter en l'état. Il avait été contacté à de nombreuses reprises par l'acheteur en raison de différentes pannes. Il n'était pas en mesure d'expliquer la différence du nombre de kilomètres car cela s'était produit avant que le garage acquiert le véhicule, lequel avait été acheté sans expertise et donc sans vérification du kilométrage.
c.
E_, entendu le 6 novembre 2017 par la police, a déclaré que le plaignant tenait à acheter le véhicule en l'état, alors qu'il n'était même pas expertisé, ce dont il était au courant. En raison des problèmes rencontrés, il avait été proposé au client de reprendre le véhicule mais celui-ci avait refusé. Il ne pouvait pas expliquer la différence de kilométrage; le compteur avait dû être changé ou trafiqué. Le Garage C_ avait lui-même acquis le véhicule auprès de F_. Il l'avait acheté en l'état, sans vérification du kilométrage.
d.
Entendue par la police le 29 novembre 2017, F_ a expliqué, qu'à l'époque, le véhicule était immatriculé à son nom, mais que c'était son mari, G_, qui s'en était occupé.
e.
Entendu par la police le même jour, G_ a déclaré que, durant le mois d'août 2016, alors qu'ils étaient en vacances en Espagne, le compteur kilométrique avait cessé de fonctionner. Afin de pouvoir rentrer en Suisse sans problème, il avait alors lui-même procédé au changement du compteur. Compte tenu des nombreux problèmes que présentait le véhicule, à leur retour, ils l'avaient remis à la démolition. Etant donné que la voiture devait être mise en pièces, il n'avait fourni aucune précision sur ses défauts lors de sa vente au Garage C_.
C.
Par décision notifiée à A_, le Ministère public considère que rien n'indiquait que D_ et E_ avaient sciemment dissimulé les défectuosités du véhicule, A_ ayant été informé du fait que le véhicule en question était destiné à être vendu en pièces détachées et qu'il n'était pas expertisé. Cependant, en connaissance de cause, le plaignant avait insisté pour l'acheter. De plus, G_, ancien détenteur du véhicule, avait expliqué avoir procédé lui-même au changement du compteur kilométrique et ce, avant l'acquisition du véhicule par le Garage C_. Partant, en l'absence de tromperie astucieuse et d'intention de tromper de la part de D_ et E_, l'infraction d'escroquerie n'était manifestement pas réalisée.
D.
a.
à l'appui de leur recours, A_ et B_ reprochent au Ministère public de ne pas avoir retenu l'infraction d'escroquerie. Ils expliquent avoir acheté un véhicule dont le kilométrage réel ne correspondait pas à celui affiché sur le compteur kilométrique. Ils l'avaient acquis dans le but de l'utiliser comme moyen de locomotion, notamment pour partir en vacances, raison pour laquelle l'expertise avait été prévue à leur retour et que par la suite plusieurs réparations avaient été effectuées. Ainsi, ils contestent que la vente ait été faite dans l'optique de mettre le véhicule en pièces. Par ailleurs, contrairement à ce qu'avaient déclaré D_ et E_, la voiture n'avait pas été vendue en l'état car le contrat de vente prévoyait une garantie de trois mois.
b.
La cause a été gardée à juger à réception, sans échange d'écritures ni débats

EN DROIT
:
1.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement irrecevables (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP).
Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.
2.
Le recours a été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), les formalités de notification (art. 85 al. 2 CPP) n'ayant pas été observées, et concerne une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP).
3.
3.1.
Selon l'art. 382 al. 1 CPP, toute partie qui a un intérêt juridiquement protégé à l'annulation ou à la modification d'une décision a qualité pour recourir contre celle-ci.
3.2.
L'art. 104 al. 1 let. b CPP précise que la qualité de partie est reconnue à la partie plaignante. En revanche, le dénonciateur qui n'est ni lésé, ni partie plaignante ne jouit d'aucun autre droit en procédure que celui d'être informé par l'autorité de poursuite pénale, à sa demande, sur la suite que celle-ci a donné à sa dénonciation (art. 301 al. 1 et 2 CPP). Il n'a en particulier pas qualité pour recourir contre une ordonnance de classement (art. 301 al. 3 CPP ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_252/2013
du 14 mai 2013 consid. 2.1) et on ne voit pas qu'il puisse en aller autrement s'agissant d'une ordonnance de non-entrée en matière (
ACPR/184/2014
du 2 avril 2014).
Le recours d'une partie qui n'est pas concrètement lésée par la décision est en principe irrecevable (arrêt du Tribunal fédéral non publié
1B_669/2012
du 12 mars 2013, c. 2.3.1). L'intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision résulte en règle générale du dispositif de la décision attaquée et non des motifs (L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND, n. 2a et 9 ad art. 382 CPP). Il est en effet un principe général de procédure que la qualité pour interjeter un recours n'est reconnue que si le recourant est lésé personnellement par le dispositif de la décision, un recours contre les motifs de celle-ci étant irrecevable (ATF
96 IV 64
= JT
1970 IV 131
).
La qualité pour recourir de la partie plaignante, du lésé ou du dénonciateur contre une ordonnance de classement ou de non-entrée en matière est subordonnée à la condition qu'ils soient directement touchés par l'infraction et puissent faire valoir un intérêt juridiquement protégé à l'annulation de la décision. En règle générale seul peut se prévaloir d'une atteinte directe le titulaire du bien juridique protégé par la disposition pénale qui a été enfreinte (ATF
129 IV 95
consid. 3.1). Les droits touchés sont les biens juridiques individuels tels que la vie et l'intégrité corporelle, la propriété, l'honneur, etc. (Message relatif à l'unification du droit de la procédure pénale du 21 décembre 2005, FF 2006 1148).
3.3.
à teneur de l'art. 118 al. 1 CPP, on entend par partie plaignante le lésé qui déclare expressément vouloir participer à la procédure pénale comme demandeur au pénal ou au civil. La notion de lésé est définie à l'art. 115 al. 1 CPP : il s'agit de toute personne dont les droits ont été touchés directement par une infraction.
Pour être directement touché, l'intéressé doit subir une atteinte en rapport de causalité directe avec l'infraction poursuivie, ce qui exclut les personnes subissant un préjudice indirect ou par ricochet (arrêts du Tribunal fédéral
6B_671/2014
du 22 décembre 2017 consid. 1.2 et les références ;
1B_9/2015
du 23 juin 2015 consid. 2.3.1 et les références).
3.4.
En l'espèce, les recourants font grief au Ministère public de ne pas avoir retenu l'infraction d'escroquerie à leur préjudice. Le recourant, comme il ressort du contrat de vente du véhicule et de ses propres déclarations, n'est pas le détenteur du véhicule litigieux. Ainsi, n'étant pas le titulaire du bien juridique protégé, il ne peut se prévaloir d'une atteinte directe et donc de la qualité de partie plaignante.
En ce qui concerne la recourante, bien qu'elle soit titulaire du bien juridique protégé, elle n'a pas déposé plainte concernant les faits litigieux et n'est pas la destinataire de la décision de non-entrée en matière rendue par le Ministère public le 6 février 2018. Elle n'est donc pas concrètement lésée par la décision en question et ne possède pas non plus la qualité pour recourir.
3.5.
Au vu de ce qui précède, le recours est irrecevable.
4.
à supposer que le recours soit recevable - le Ministère public ayant sans autre admis la qualité de lésé de A_ - il devrait néanmoins être rejeté.
4.1.
Selon l'art. 310 CPP, le ministère public rend immédiatement une ordonnance de non-entrée en matière s'il ressort de la dénonciation ou du rapport de police que les éléments constitutifs de l'infraction ou les conditions à l'ouverture de l'action pénale ne sont manifestement pas réunis (let. a).
Le principe
"in dubio pro duriore"
découle du principe de la légalité (art. 5 al. 1 Cst. et 2 al. 2 CPP en relation avec les art. 19 al. 1 et 324 CPP ; ATF
138 IV 86
consid. 4.2 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_185/2016
du 30 novembre 2016 consid. 2.1.2). Il signifie qu'en principe, un classement ou une non-entrée en matière ne peuvent être prononcés par le ministère public que lorsqu'il apparaît clairement que les faits ne sont pas punissables ou que les conditions à la poursuite pénale ne sont pas remplies. Le ministère public et l'autorité de recours disposent, dans ce cadre, d'un certain pouvoir d'appréciation. La procédure doit se poursuivre lorsqu'une condamnation apparaît plus vraisemblable qu'un acquittement ou lorsque les probabilités d'acquittement et de condamnation apparaissent équivalentes, en particulier en présence d'infraction grave (ATF
143 IV 241
consid. 2.2.1; ATF
138 IV 86
consid. 4.1.2; ATF
137 IV 285
consid. 2.5; arrêts du Tribunal fédéral
6B_417/2017
du 10 janvier 2018 consid. 2.1.2 ;
6B_185/2016
du 30 novembre 2016 consid. 2.1.2 et les références).
4.2.
L'escroquerie suppose, sur le plan objectif, que l'auteur ait usé de tromperie, que celle-ci ait été astucieuse, que l'auteur ait ainsi induit la victime en erreur ou l'ait confortée dans une erreur préexistante, que cette erreur ait déterminé la personne trompée à des actes préjudiciables à ses intérêts pécuniaires ou à ceux d'un tiers et que la victime ait subi un préjudice patrimonial (ATF
119 IV 210
consid. 3).
Sur le plan subjectif, l'escroquerie est une infraction intentionnelle. Conformément aux règles générales, l'intention doit porter sur l'ensemble des éléments constitutifs objectifs de l'infraction. Il faut en particulier que l'auteur ait eu l'intention de commettre une tromperie astucieuse (cf. ATF
128 IV 18
consid. 3b). L'auteur doit en outre avoir agi dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime, soit un avantage patrimonial correspondant au désavantage patrimonial constituant le dommage (ATF
134 IV 210
consid. 5.3 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_1141/2017
du 7 juin 2018 consid. 1.2.2).
4.3.
En l'espèce, A_ et B_ estiment avoir été victimes d'escroquerie de la part du Garage C_ car la voiture achetée auprès de ce dernier avait, en réalité, plus de 288'000 kilomètres au compteur, alors qu'au moment de la vente, elle n'affichait que 134'000 kilomètres. Il ressort du témoignage de G_, ancien propriétaire du véhicule, qu'avant de vendre le véhicule au Garage C_, il avait changé lui-même le compteur et que c'était à cette occasion que le nombre de kilomètres affiché avait changé. Lors de la vente au garage, il n'avait donné aucune explication sur les défauts de véhicule, ce dernier étant destiné à être mis en pièces. Ainsi, ni D_, ni E_ n'avaient eu connaissance des défauts de la voiture, notamment du kilométrage réel. Ce fait est confirmé par leur témoignage, tous deux ayant déclaré que le véhicule avait été acheté par le garage en l'état, sans expertise et donc sans vérification du kilométrage. Par ailleurs, il ressort également du témoignage de E_, qu'aucun élément probant au dossier ne vient infirmer, que c'est A_ qui a insisté pour acquérir la voiture en l'état, alors même qu'il avait été avisé que le véhicule n'était pas expertisé. Partant, comme l'a, à juste titre, relevé le Ministère public, rien n'indique que D_ et E_ ne lui aient sciemment dissimulé des défauts, qu'il s'agisse du kilométrage ou des autres problèmes rencontrés. Il sied de relever que le Garage C_ avait offert une garantie de trois mois sur le véhicule et que E_ avait, au vu des mésaventures rencontrées par le recourant, proposé à ce dernier de reprendre le véhicule, ce qu'il avait refusé. Cette attitude semble peu compatible avec un dessein d'escroquerie. Au vu de ce qui précède, il apparaît que D_ ou E_ n'ont manifestement eu aucune intention de tromper le recourant sur le véhicule litigieux, de sorte que les infractions d'escroquerie n'apparaissent pas réalisées.
4.4.
Justifiée, la décision querellée sera donc confirmée.
5.
Les recourants sollicitent l'assistance judiciaire pour leurs frais d'avocat.
5.1.
à teneur de l'art. 136 al. 1 CPP, la direction de la procédure accorde entièrement ou partiellement l'assistance judiciaire à la partie plaignante pour lui permettre de faire valoir ses prétentions civiles lorsqu'elle est indigente (let. a) et que l'action civile ne paraît pas vouée à l'échec (let. b).
La demande d'assistance judiciaire gratuite doit être rejetée lorsqu'il apparaît d'emblée que la démarche est manifestement irrecevable, que la position du requérant est juridiquement infondée ou si la procédure pénale est vouée à l'échec, notamment lorsqu'une ordonnance de non-entrée en matière ou de classement doit être rendue (arrêt du Tribunal fédéral
1B_254/2013
du 27 septembre 2013 consid. 2.1.1). Ces principes s'appliquent aussi lorsque l'assistance judiciaire est sollicitée en réponse à une demande de sûretés, au sens de l'art. 383 al. 1 CPP (
ACPR/339/2014
du 16 juillet 2014 ; M. NIGGLI / M. HEER / H. WIPRÄCHTIGER,
Schweizerische Strafprozess-ordnung / Schweizerische Jugendstrafprozessordnung, Basler Kommentar StPO/JStPO
, Bâle 2011, n. 2 ad art. 383).
5.2.
En l'occurrence, le recours étant irrecevable et, subsidiairement, rejeté, la cause était vouée à l'échec.
Partant, la demande d'assistance judiciaire sera rejetée.
6.
Les recourants, qui succombent, supporteront, chacun par moitié, les frais envers l'État, qui seront fixés en totalité à CHF 800.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
), y compris un émolument de décision.
* * * * *