Decision ID: 57bf7446-77ac-56fa-95e5-83019e416bf2
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. a.
Le 29 mai 2019, statuant sur requête de BANQUE B_ SA (ci-après : la Banque ou B_), le Tribunal de première instance a ordonné le séquestre, au préjudice de A_, domicilié à C_ (Russie), de "
Tous avoirs sur le compte n° 1_ de M. A_ auprès de BANQUE D_, route 2_
[no.] _
,
[code postal]
E_
[GE]" à concurrence de 330'000 fr. avec intérêts à 5% l'an dès le 20 décembre 2012.
B_ a fondé sa requête sur l'art. 271 al. 1 ch. 4 LP et invoqué le titre de créance suivant : "
Enrichissement illégitime (art. 62 CO) découlant du transfert bancaire indu opéré le 20 décembre 2012 en faveur de M. A_ au débit d'un compte ouvert auprès de
[la Banque]".
b.
L'Office cantonal des poursuites (ci-après : l'Office) a exécuté le séquestre le jour même par l'envoi à B_ d'un avis au tiers débiteur (art. 99 LP). Par courrier anticipé par fax du 3 juin 2019, la Banque a demandé à l'Office de lui communiquer le montant de l'assiette du séquestre.
Faisant suite à cette demande, l'Office a informé B_ de ce que l'assiette du séquestre était provisoirement fixée à 616'737 fr. 85, montant comprenant la créance initiale fondant le séquestre, ainsi que dix ans d'intérêts et 10'000 fr. de frais judiciaires au vu du domicile à l'étranger du débiteur séquestré.
Le 4 juin 2019, sur interpellation de l'Office, la Banque a précisé ne pas avoir d'objection à formuler quant au calcul de l'assiette du séquestre.
c.
Le 6 juin 2019, l'Office a établi le procès-verbal de séquestre (n° 3_) qu'il a communiqué à B_. Il en résulte que l'assiette provisoire du séquestre a été arrêtée à 616'737 fr. 85, l'Office restant dans l'attente de la confirmation de l'assiette du séquestre par le débiteur avant d'en communiquer la quotité définitive au tiers séquestré.
d.
Le 7 juin 2019, A_, comparant par Me Marc-Alec BRUTTIN, a formé opposition au séquestre devant le Tribunal de première instance. Il a fait valoir l'absence de compétence
ratione loci
des juridictions genevoises, son défaut de légitimation passive, l'absence de créance de B_ à son encontre, la prescription de l'action et l'absence de tout enrichissement illégitime.
Il a notamment exposé que, par ordonnance du 11 décembre 2017, le Ministère public de Genève avait ordonné le séquestre de ses avoirs bancaires auprès de BANQUE D_, à hauteur de 330'000 fr. Ce séquestre pénal était intervenu suite au dépôt par B_ d'une plainte pénale contre l'un de ses employés, à qui elle reprochait d'avoir commis diverses malversations, dont le transfert frauduleux d'une somme de 330'000 fr. sur le compte d'une société détenue par A_, par le débit (non autorisé) du compte d'une cliente de la Banque. Ce séquestre pénal - contesté par A_ jusque devant le Tribunal fédéral - avait été levé par arrêt de la Chambre pénale de recours du 3 mai 2019, au motif que rien ne permettait de retenir que le précité savait, au moment de sa réception, que la somme de
330'000 fr. était le produit d'une infraction pénale.
e.
Le 18 juin 2019, Me Marc-Alec BRUTTIN a informé l'Office qu'il assurait la défense des intérêts de A_ dans le cadre de l'opposition au séquestre
n° 3_. Le 20 juin 2019, l'Office a transmis à Me BRUTTIN le procès-verbal de séquestre du 6 juin 2019.
B. a.
Par acte adressé le 1
er
juillet 2019 à la Chambre de surveillance, A_ a conclu, principalement, à l'annulation du procès-verbal de séquestre n° 3_ et, subsidiairement, à ce qu'il soit dit que l'assiette du séquestre ne peut excéder 332'750 fr. (330'000 fr. + 2'750 fr. d'intérêts pour les mois de juin et juillet 2019). Il a fait valoir que le séquestre, en lui-même infondé, était disproportionné et arbitraire, l'Office en ayant fixé l'assiette à une valeur avoisinant le double du séquestre requis par la Banque. En outre, la procédure d'opposition au séquestre était régie par la procédure sommaire, ce qui supposait une exigence de célérité accrue, de sorte que le litige "
devrait trouver rapidement une issue au terme de l'audience convoquée
[par le Tribunal de première instance]
le 29 juillet 2019
".
b.
Dans son rapport explicatif du 23 juillet 2019, l'Office a conclu au rejet de la plainte. Il a expliqué avoir fixé l'assiette du séquestre en faisant preuve d'une certaine réserve justifiée par le fait que débiteur séquestré était domicilié à l'étranger et que la créance fondant le séquestre n'avait pas encore été constatée judiciairement.
c.
Dans ses observations du 30 juillet 2019, B_ a également conclu au rejet de la plainte, exposant que tout donnait à penser que la procédure opposant les parties serait particulièrement longue, de sorte que la période de dix ans d'intérêts retenue par l'Office devait être confirmée.
d.
Les parties ont été avisées le 2 août 2019 de la clôture de l'instruction de la cause.

EN DROIT
1.
Déposée en temps utile (art. 17 al. 2 LP) et dans les formes prévues par la loi (art. 9 al. 1 et 2 LALP; 65 al. 1 et 2 LPA, applicables par renvoi de l'art. 9 al. 4 LALP), auprès de l'autorité compétente pour en connaître (art. 6 al. 1 et 3 LALP; 17 al. 1 LP), à l'encontre d'une mesure de l'Office pouvant être attaquée par cette voie (art. 17 al. 1 LP) et par une partie lésée dans ses intérêts (ATF
138 III 219
consid. 2.3;
129 III 595
consid. 3;
120 III 42
consid. 3), la plainte est recevable.
2. 2.1
L'ordonnance de séquestre, rendue par le juge compétent à raison du lieu au sens de l'art. 272 al. 1 LP, doit mentionner avec précision les objets à séquestrer (art. 274 al. 2 ch. 4 LP). L'Office procède à l'exécution du séquestre en appliquant par analogie les règles relatives à la saisie (art. 275 LP).
L'art. 97 al. 2 LP prévoit que l'Office ne saisit - respectivement ne séquestre - que les biens nécessaires pour satisfaire les créanciers saisissants (ou séquestrants) en capital, intérêts et frais. Il en résulte que, lorsqu'il procède à l'exécution d'un séquestre (art. 274 al. 1 LP), l'Office doit fixer l'assiette du séquestre, soit le montant nécessaire et suffisant pour satisfaire le créancier séquestrant et au-delà duquel les avoirs visés dans l'ordonnance de séquestre ne peuvent plus être séquestrés (Meier-Dieterle, in KUKO SchKG, 2
ème
éd. 2014, n. 7 ad art. 275 LP).
Selon le texte légal, le montant de l'assiette du séquestre comporte trois éléments. Le premier d'entre eux, déterminable avec précision, est le capital de la créance pour laquelle le séquestre a été ordonné. Le deuxième est constitué par les intérêts sur cette créance, au taux figurant dans l'ordonnance de séquestre et à compter de la date mentionnée dans ladite ordonnance. Les intérêts futurs doivent être pris en compte jusqu'à la date - non encore connue et devant donc être estimée compte tenu de l'ensemble des circonstances concrètes de l'espèce (
DCSO/117/2009
consid. 2b à 2d) - de la dernière réalisation (art. 144 al. 4 LP; Ochsner, Exécution du séquestre, in JT
2006 II 77
, p. 111).
Le troisième élément est constitué des frais de poursuite. Il s'agit en premier lieu des frais (judiciaires) de l'ordonnance de séquestre (art. 48 OELP) et de ceux d'exécution du séquestre (art. 21 OELP). S'y ajoutent les frais de poursuite futurs (art. 68 al. 1 LP), qu'il convient d'estimer. Font partie de ces frais de poursuite les frais (judiciaires) liés à une procédure sommaire de mainlevée, mais pas ceux liés à une procédure ordinaire comme une procédure en reconnaissance (ou en libération) de dette (ATF
119 III 63
consid. 4.b.aa;
73 III 133
; Gilliéron, Commentaire LP, n. 95 ad art. 275 LP).
Lorsqu'il fixe l'assiette du séquestre, l'Office peut par ailleurs tenir compte d'une certaine réserve, afin de prendre en considération le risque que la dernière réalisation intervienne plus tard qu'anticipé, que les frais de poursuite s'avèrent supérieurs à ce qu'il pense ou que l'estimation de la valeur de réalisation des biens séquestrés (art. 97 al. 1 LP) se révèle trop optimiste (Zopfi, in KUKO SchKG,
n° 17 ad art. 97 LP; De Gottrau, in CR LP, n° 18 ad art. 97 LP, avec les références citées).
2.2
Le plaignant conteste le montant de l'assiette du séquestre, tel que fixé par l'Office. Selon lui, ce montant est trop élevé du fait que l'Office y a intégré des intérêts sur le capital réclamé et qu'il a tenu compte, dans le calcul de ces intérêts, d'une période trop longue.
Il résulte de l'ordonnance de séquestre que le juge du séquestre a ordonné celui-ci à hauteur du capital réclamé ainsi que des intérêts sur ce capital, calculés au taux de 5 % l'an à compter du 20 décembre 2012 (soit 330'000 fr. + env. 106'32 fr. d'intérêts jusqu'au prononcé du séquestre). C'est ainsi à juste titre que l'Office a tenu compte des intérêts sur le capital réclamé.
S'agissant des intérêts futurs, l'Office a évalué à dix ans la durée susceptible de s'écouler entre l'ordonnance de séquestre et la dernière réalisation, ce que le plaignant estime excessif.
Il résulte des pièces produites et des écritures des parties que la créance ayant donné lieu au séquestre est contestée et n'est pas constatée par un titre de mainlevée définitive. Au vu de son montant, il apparaît donc très probable que son éventuel bien-fondé fasse l'objet d'une procédure ordinaire, que ce soit sous la forme d'une action en reconnaissance de dette ou sous celle d'une action en libération de dette. Il convient en outre d'admettre à ce stade qu'une telle procédure ordinaire comportera l'administration de mesures probatoires, telles que l'audition de témoins. Le plaignant étant un ressortissant étranger domicilié à l'étranger, il n'est pas exclu que certains témoins, eux aussi domiciliés à l'étranger, doivent être entendus par voie de commission rogatoire. Par ailleurs, il n'apparaît pas impossible qu'une décision de première instance fasse l'objet de recours, cantonaux et/ou fédéraux, le plaignant ayant déjà saisi le Tribunal fédéral suite au séquestre pénal de ses avoirs bancaires.
Compte tenu de ce qui précède, il n'apparaît pas que l'Office ait excédé la marge d'appréciation dont il disposait en estimant à dix ans la durée susceptible de s'écouler entre l'ordonnance de séquestre et la dernière réalisation (ce qui représente 165'000 fr. d'intérêts).
Doivent encore être comptabilisés les frais de poursuite déjà encourus (frais et dépens fixés par le juge du séquestre; émoluments et débours de l'Office) et ceux à venir, l'estimation de 10'000 fr. retenue à ce titre par l'Office ne faisant l'objet d'aucune critique de la part du plaignant. Ce montant ne parait par ailleurs pas disproportionné.
Au surplus, le plaignant n'a soulevé aucun grief susceptible de justifier l'annulation du procès-verbal de séquestre querellé.
En définitive, la plainte se révèle mal fondée et doit donc être rejetée.
3.
La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP; 61 al. 2 let. a OELP) et il ne peut être alloué aucuns dépens dans cette procédure (art. 62 al. 2 OELP).
* * * * *