Decision ID: e0382b03-1e07-5734-8eb3-225347c48900
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
A_, né à Genève le _ 1957, originaire de _ (Argovie) et B_, née le _ 1962 à _ (Berne), originaire de _ (Berne) et de _ (Argovie), ont contracté mariage à _ le _ 1991.![endif]>![if>
Le couple a donné naissance à D_, née le _ 1991.
b)
C_, née le _ 1997 à Genève, originaire du canton de Vaud, est la fille de E_ et de F_. Le 23 février 1998, C_ a été placée au foyer G_ avec l'accord de ses parents, puis l'autorité tutélaire a retiré à la mère la garde de sa fille et a confié l'enfant aux époux A_ et B_, qui l'ont élevée depuis lors.
B. a)
Le 20 février 2015, les époux A_ et B_ ont adressé à la Cour de justice une requête visant au prononcé de l'adoption de C_. Ils ont expliqué que C_ occupait, au sein de leur famille, une place identique à celle de leur fille D_, toutes deux se considérant comme des sœurs. Ils souhaitaient dès lors que cette situation soit reconnue officiellement à l'état civil.
Dans un courrier ultérieur du 8 novembre 2015, les époux A_ et B_ ont précisé souhaiter que C_ porte désormais les prénoms de C_ G_.
Ils ont joint à leur requête un courrier rédigé par C_ le 18 janvier 2015, dans lequel l'adolescente indique faire partie depuis toujours de la famille A_ et B_ et considérer par conséquent son adoption comme un aboutissement. Elle a également déclaré approuver le choix de son second prénom.
D_ A_ et B_, dans un courrier du 14 janvier 2015, a expliqué considérer C_ comme sa petite sœur, de sorte que le fait qu'elle le devienne juridiquement lui semble une évidence.
b)
Il ressort du rapport d'évaluation psycho-sociale du 21 avril 2015 que les époux A_ et B_, dont la situation économique est saine, ont offert à C_, comme à leur fille biologique D_, un encadrement éducatif adéquat, se montrant à l'écoute de ses besoins et favorisant son évolution. C_ est en 2
ème
année du collège, en bilingue; elle est décrite comme une jeune fille plutôt réservée et casanière.
c)
Le Service de protection des mineurs a précisé, le 10 avril 2015, que E_ ne voyait plus C_ depuis plusieurs années, en raison notamment de ses fragilités maternelles, de la volonté de C_ et du propre positionnement de ce service, qui entendait protéger l'enfant. E_ était toutefois régulièrement tenue informée par le Service de protection des mineurs de l'évolution de sa fille et elle avait montré de façon durable un intérêt à conserver un lien avec celle-ci, malgré l'absence de contacts physiques entre elles. Selon le Service de protection des mineurs, il était contre-indiqué que C_ rencontre sa mère. Quant à F_, il avait été absent de la vie de sa fille pendant environ quinze ans et avait émis le souhait de reprendre contact avec elle en 2013. Depuis 2014, F_ était tenu au courant de l'évolution de C_ par le Service de protection des mineurs; il était toutefois contre-indiqué qu'il la rencontre.
Le Service de protection des mineurs a émis un préavis favorable à l'adoption de C_ par les époux A_ et B_.
d)
Le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le TPAE) a entendu E_ le 2 juin 2015. Celle-ci a refusé de donner son consentement à l'adoption de sa fille, affirmant qu'elle était la "chair de sa chair".
En revanche et par déclaration du 3 septembre 2015, F_ a consenti à l'adoption envisagée, souhaitant respecter la volonté de sa fille.
e)
Par ordonnance du 22 octobre 2015, le Tribunal de protection a consenti à l'adoption de C_ par les époux A_ et B_, a pris acte du consentement de F_, a fait abstraction du consentement de E_ et a transmis le dossier à la Cour de justice afin qu'elle prononce l'adoption sollicitée.
Le Tribunal de protection a retenu que C_ a passé la quasi-totalité de son enfance au sein de la famille A_ et B_, qu'elle entretient avec celle-ci une très bonne relation, s'étant concrétisée par la volonté réciproque de mener à bien le projet d'adoption. En revanche, la relation avec la mère biologique est fortement perturbée, au point qu'il n'y a plus de relation du tout entre elles. Refuser l'adoption violerait les droits de la personnalité de C_, par ailleurs capable de discernement. Dès lors, l'intérêt de la mère biologique à refuser l'adoption doit céder le pas à l'intérêt contraire de sa fille.
Aucun recours n'a été formé contre cette décision, laquelle a été notifiée à E_.
f)
Le 16 novembre 2015, le Service d'autorisation et de surveillance des lieux de placement, en accord avec le curateur de C_, a sollicité le prononcé de l'adoption.

EN DROIT
1.
A Genève, la Cour de justice civile est compétente pour prononcer l'adoption (art. 120 al. 1 let. c LOJ). Les époux A_ et B_ et C_ étant de nationalité suisse, domiciliés à Genève, il n'existe aucun élément d'extranéité, de sorte que la présente procédure est régie par les art. 264 ss CC.![endif]>![if>
2.
2.1
C_,
née le _ 1997, est devenue majeure le _ 2015, soit postérieurement à l'envoi à la Cour de la requête d'adoption, intervenu le 20 février 2015. En application de l'art. 268 al. 3 CC, les dispositions sur l'adoption de mineurs restent dans ce cas applicables, si les conditions étaient réalisées auparavant. Il convient toutefois de relever que, selon la jurisprudence, l'exigence de l'accord des parents naturels (art. 265a à 265d CC) tombe lorsque, comme en l'espèce, l'enfant atteint l'âge de la majorité en cours de procédure (ATF
137 III 1
3 et 4 p. 2 ss; arrêt
5A_488/2010
du 13 décembre 2010 consid. 2.2). Quoiqu'il en soit et conformément à la décision prise par le Tribunal de protection le 22 octobre 2015, il pouvait dans le cas d'espèce être fait abstraction du consentement de la mère, le père ayant pour sa part acquiescé à l'adoption.![endif]>![if>
2.2
Les requérants, mariés, remplissent toutes les conditions exigées par la loi pour que l'adoption soit prononcée.
Ils sont en effet âgés de plus de trente-cinq (art. 264a al. 2 CC) et l'écart d'âge entre eux-mêmes et C_ est supérieur à seize ans (art. 265 al. 1 CC). Les requérants ont, en outre, pourvu de manière adéquate à l'éducation et à l'entretien de l'enfant pendant plus d'un an (art. 264 CC).
Il ressort par ailleurs de l'enquête exigée par l'art. 268a CC et effectuée par les services compétents, que l'adoption de C_ par les époux A_ et B_ sert son intérêt (art. 264 CC).
L'art. 264 CC prévoit en outre comme condition que l'adoption ne porte pas une atteinte inéquitable à la situation d'autres enfants des parents adoptifs, afin de sauvegarder l'harmonie familiale ainsi que les intérêts affectifs et pécuniaires des autres enfants de la famille adoptante (Schoenenberger, Commentaire romand, Code civil I, Pichonnaz/Foëx (éd.), ad art. 264 n. 42 ss). Dans le cas d'espèce, l'adoption de C_ ne prétérite pas les intérêts de l'enfant biologique des adoptants, laquelle est déjà majeure et a déclaré approuver cette démarche, puisqu'elle considère d'ores et déjà C_ comme sa sœur.
Conformément à la jurisprudence du Tribunal fédéral rappelée sous ch. 2.1 ci-dessus, l'accord des parents biologiques n'est pas nécessaire puisque C_ a atteint la majorité pendant la procédure et a, pour sa part, clairement manifesté son accord.
Au vu de ces éléments et des liens affectifs qui unissent les requérants à C_, tels qu'ils ressortent du rapport de fin de tutelle (art. 268a al. 1 CC), les conditions posées à l'adoption sont réunies. Celle-ci sera prononcée, étant précisé que les liens de filiation antérieurs sont rompus (art. 267 al. 2 CC). C_ portera désormais les prénoms de C_ G_, conformément au souhait des parties.
3.
Les frais de la procédure, arrêtés à 1'000 fr. (art. 19 al. 1 et 3 let. a LaCC; art. 18 du Règlement fixant le tarif des frais en matière civile – RTFMC) sont mis à la charge des requérants, conjointement et solidairement. Ils sont entièrement compensés avec l'avance de frais de même montant d'ores et déjà opérée, qui reste acquise à l'Etat (art. 2 RTFMC; art. 98, 101 et 111 CPC).
* * * * *