Decision ID: 74015a13-4352-5529-b8f7-5cfc553e9466
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
Le _ 2004, A_ a donné naissance, à Genève, à une fille prénommée E_.![endif]>![if>
Par jugement du 5 juin 2008, le Tribunal de première instance a dit que E_ est la fille de B_, né le _ 1959 et a condamné celui-ci au versement d'une contribution d'entretien.
b)
Le 29 juillet 2011, B_ a formé devant le Tribunal tutélaire (actuellement le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant, ci-après : le Tribunal de protection) une requête en fixation des relations personnelles.
Par ordonnance du 17 novembre 2011, le Tribunal tutélaire s'est déclaré incompétent, la mineure E_ étant alors domiciliée en 1_.
c)
Le 16 mars 2009, A_ a donné naissance à un garçon prénommé F_, dont le père est G_, qu'elle a épousé.
B.
a)
Le 25 mars 2015, le Service de protection des mineurs a informé le Tribunal de protection de la nécessité d'instaurer une mesure d'assistance éducative afin d'accompagner A_ dans la prise en charge de E_. Cette dernière vivait avec sa mère, son beau-père et son demi-frère, la famille percevant des aides de l'Hospice général. G_, qui souffrait de troubles bipolaires, était parti en 2_ avec F_, qu'il avait perdu, sans alerter les services de police. A la suite de ces faits, il avait été arrêté et incarcéré. E_ était décrite comme étant une élève moyenne, sans problèmes particuliers. Les interrogations du Service de protection des mineurs étaient liées au fait que A_ sous-estimait la gravité des troubles de G_ et continuait de lui accorder sa confiance et de lui laisser gérer le quotidien des enfants. ![endif]>![if>
b)
Par ordonnance du 1
er
juin 2015, le Tribunal de protection a instauré une curatelle d'assistance éducative en faveur de E_.
C.
a)
Par courrier du 8 septembre 2015, G_ a signalé au Tribunal de protection les difficultés rencontrées avec A_. Selon lui, elle dépensait tout l'argent du ménage en jeux d'argent, de sorte qu'il avait du mal à faire les courses pour la famille et ne parvenait plus à payer le loyer. A_ ne s'intéressait pas à la scolarité de ses enfants, maltraitait E_, sortait fréquemment le soir et rentrait dans la nuit et sous l'emprise de l'alcool.
b)
Par courrier du 23 septembre 2015 adressé au Tribunal de protection, B_, père de E_, domicilié à 3_ (_) a fait part de sa préoccupation concernant la situation de sa fille. Il a transmis au Tribunal de protection la copie d'un courrier écrit par E_ le 5 septembre 2015, dans lequel elle évoquait les difficultés rencontrées avec sa mère et sa volonté de "mourir, se suicider et crever sur une autoroute". Elle manifestait également son intention d'aller vivre chez son père. Elle avait confié à B_ qu'elle était fréquemment battue par sa mère. A la demande de cette dernière, elle s'était également rendue seule en tram de _ à _ afin de faire du baby-sitting. B_ demandait, tant sur mesures provisionnelles que sur le fond, que la garde de E_ soit retirée à sa mère et lui soit confiée.
c)
Le Service de protection des mineurs a rendu un rapport le 30 octobre 2015, préconisant l'instauration de relations personnelles entre B_ et sa fille à raison d'un week-end sur deux du samedi 10h00 au dimanche 18h00, ainsi que l'instauration d'une curatelle d'organisation et de surveillance du droit de visite et le maintien de la curatelle d'assistance éducative en faveur de E_ et de F_. Il ressort de ce rapport que G_ était suivi hebdomadairement pour ses troubles bipolaires. A_, dépendante aux jeux de hasard, était interdite de casino à Genève, mais non en 1_; elle venait d'entamer une prise en charge psychothérapeutique auprès de la H_. Elle avait par ailleurs tendance à répondre par des coups aux propos de E_ qu'elle considérait insolents. Cette dernière exprimait son mal-être et son mécontentement en laissant traîner des billets dans lesquels elle manifestait son intention de mettre fin à ses jours. A_ se déchargeait de ses tâches ménagères et éducatives sur G_. Le Service de protection des mineurs estimait toutefois que tant E_ que F_ devaient rester au domicile de leur mère et de G_; il convenait de rappeler à A_ ses devoirs parentaux et de maintenir la curatelle d'assistance éducative.
Dans un courrier adressé le 25 janvier 2016 au Tribunal de protection, le Service de protection des mineurs a préavisé, sur mesures provisionnelles, le retrait de la garde et du droit de déterminer le lieu de résidence de E_ à sa mère et le placement provisoire de l'enfant chez son père à 3_, un droit de visite devant s'exercer tous les week-ends et durant les vacances scolaires pouvant être réservé à la mère; diverses curatelles apparaissaient également nécessaires. Sur le fond, il convenait d'ordonner une expertise et de maintenir la curatelle d'assistance éducative. Le Service de protection des mineurs avait reçu E_ le 20 janvier 2016. Celle-ci était mitigée concernant sa volonté d'aller vivre chez son père, hésitant à quitter sa mère, ses amis et son école. A_ était opposée à l'idée que E_ s'installe chez son père et contestait ne pas s'en occuper de manière adéquate. Selon le Service de protection des mineurs, ses problèmes d'addiction aux jeux de hasard n'étaient pas résolus et prétéritaient le bon développement de sa fille. Le couple A_- G_ avait entamé une procédure de séparation. B_ avait récemment repris contact avec sa fille après six ans d'absence, de sorte qu'il était difficile d'évaluer ses capacités parentales.
d)
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 22 février 2016. La représentante du Service de protection des mineurs a indiqué que E_ était entrée en contact avec un adulte de vingt-sept ans par le biais de Facebook, qu'elle avait été entendue à ce sujet par la Brigade des mineurs, mais qu'elle avait repris une nouvelle fois contact avec l'adulte en cause, refusant de rompre cette relation. Le Service de protection des mineurs s'interrogeait par conséquent sur l'opportunité d'un placement provisoire de E_ dans une institution ouverte. Cette dernière avait par ailleurs indiqué avoir écrit le courrier du 5 septembre 2015 sur un coup de colère et avoir même oublié l'avoir rédigé. Selon le Service de protection des mineurs, le placement de E_ dans un foyer était susceptible de l'aider à retrouver un équilibre, notamment en l'astreignant à des horaires réguliers. Ses résultats scolaires étaient passables. E_ avait déclaré aimer sa mère et n'avoir ni envie de se séparer de ses amies, ni de quitter son école; elle se sentait toutefois bien chez son père et au calme. Elle ne souhaitait pas être placée dans un foyer, mais se soumettrait à la décision judiciaire.
A_ s'est déclarée opposée à un placement de sa fille, estimant qu'elle n'avait manqué de rien à la maison; elle a toutefois admis qu'un appui lui serait utile. L'état de santé de G_, qui suivait un traitement régulier, s'était stabilisé, de sorte qu'il y avait moins de crises à la maison. Pour sa part, elle admettait avoir été confrontée à un problème d'addiction aux jeux pour lequel elle était désormais suivie par un psychologue au sein de la H_ à raison d'une fois par semaine; elle voyait également un médecin une fois par mois.
B_ a précisé que E_ se sentait détendue lorsqu'elle se trouvait chez lui, ce qui a été contesté par A_. Selon elle, E_ lui avait dit ne pas souhaiter rester chez son père, lequel aurait été méchant à son égard et l'aurait même frappée. B_ a précisé poser des limites à sa fille, laquelle se braquait. Elle était néanmoins d'accord de venir chez lui.
Selon la représentante du Service de protection des mineurs, l'intervention à domicile d'un éducateur (AEMO) pouvait être une solution intéressante, mais cela allait nécessiter une attente de plusieurs mois et n'était dès lors pas envisageable en l'état, compte tenu de la situation inquiétante de E_.
D.
Par ordonnance
DTAE/941/2016
du 22 février 2016, communiquée par plis du 2 mars 2016, le Tribunal de protection a, sur mesures provisionnelles, retiré à A_ la garde et le droit de déterminer le lieu de résidence de sa fille E_ (ch. 1 du dispositif), ordonné le placement de la mineure dans un foyer approprié (ch. 2), réservé à la mère et au père un droit aux relations personnelles avec leur fille, d'entente avec la curatrice et le foyer, durant les week-ends et les vacances scolaires (ch. 3), instauré une curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles entre la mineure et ses parents (ch. 4), instauré une curatelle d'organisation, de surveillance et de financement du lieu de placement, ainsi que pour faire valoir la créance alimentaire de la mineure (ch. 5), étendu le mandat des curatrices en conséquence (ch. 6), maintenu la curatelle d'assistance éducative
(ch. 7), ordonné la mise en place d'un suivi de guidance parentale (ch. 8), la décision étant exécutoire nonobstant recours (ch. 9).![endif]>![if>
Le Tribunal de protection a retenu que E_ vivait dans un climat familial particulièrement inquiétant, tant en relation avec les difficultés de sa mère en lien avec son addiction aux jeux de hasard, qui la poussait à dépenser l'argent du ménage et à se désintéresser de la prise en charge de sa fille, qu'avec le climat conjugal, qui pouvait être violent. B_ pour sa part n'était réapparu dans la vie de sa fille que depuis quelques mois, de sorte que des interrogations subsistaient concernant ses capacités parentales. E_ exprimait depuis plusieurs mois un profond mal-être, qui l'amenait à laisser traîner des billets dans lesquels elle exprimait des idées suicidaires et à adopter des comportements susceptibles de mettre en danger son intégrité tant physique que psychique. A_ n'était pas en mesure d'assumer la prise en charge, le soutien et la protection de sa fille, dans la mesure où elle devait au préalable effectuer un travail sur elle-même visant à améliorer sa propre situation. Dans ces conditions, un placement dans un foyer, accompagné d'un retrait de garde, puisque la mère s'opposait à la mesure, semblait opportun. Pour le surplus, le Tribunal de protection a estimé nécessaire de maintenir la curatelle d'assistance éducative et d'instaurer une curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles avec chacun des parents, ainsi qu'une curatelle visant notamment le financement du placement de la mineure et pour faire valoir sa créance alimentaire.
E.
a)
Le 11 mars 2016, A_ a recouru contre l'ordonnance du 22 février 2016, dont elle a conclu à l'annulation. Elle a par ailleurs sollicité la restitution de l'effet suspensif.![endif]>![if>
Elle a allégué que son mari, G_ et B_ s'étaient ligués contre elle. Les inquiétudes du Service de protection des mineurs portaient sur son addiction aux jeux, sur un unique billet écrit par E_ et sur des photos que sa fille avait postées, qui la montraient dévêtue, aux fins de communiquer avec un homme de vingt-six ans. Or, la recourante a expliqué avoir fait le nécessaire pour être interdite de casinos aussi bien en Suisse 1_ et elle était suivie par la H_. E_ avait indiqué que le billet qu'elle avait écrit n'avait pas de signification particulière et qu'elle l'avait rédigé dans un accès de colère, sans aucune intention de porter atteinte à son intégrité physique. La recourante avait enfin expliqué avoir informé la police lorsqu'elle avait constaté que sa fille était en contact avec un adulte et qu'elle avait fait en sorte que E_ n'ait plus d'accès internet à la maison. Elle avait également pris contact avec l'homme en cause, afin de lui demander de cesser tout contact avec E_. Elle entretenait par ailleurs de bonnes relations avec cette dernière, ce qui avait été confirmé par le Service de protection des mineurs. Elle était prête à entreprendre toutes les démarches utiles dans l'intérêt de E_, mais considérait qu'un placement était une mesure trop stricte.
La recourante a notamment versé à la procédure une copie de la requête de mesures protectrices de l'union conjugale déposée le 27 novembre 2015 au greffe du Tribunal de première instance, dans laquelle elle a notamment conclu à ce que G_ soit condamné à quitter immédiatement le domicile conjugal et à ce qu'il lui soit fait interdiction de prendre contact avec elle-même ou les enfants et à ce qu'il lui soit fait interdiction de pénétrer dans un périmètre de 200 mètres autour de son immeuble et de l'école des enfants. Dans cette demande, A_ a expliqué que la situation était particulièrement compliquée depuis deux semaines; G_ s'en était pris physiquement à elle à plusieurs reprises, étant précisé qu'il avait cessé de suivre son traitement médical. Il s'en prenait également régulièrement à E_.
b)
Par décision du 18 mars 2016, la Chambre de surveillance a rejeté la requête de restitution de l'effet suspensif.
c)
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de sa décision.
d)
B_ a conclu au déboutement de la recourante de toutes ses conclusions. Selon lui et contrairement à ce qu'avait affirmé la recourante, la relation de E_ avec l'adulte de vingt-six ou vingt-sept ans rencontré sur internet s'était poursuivie, y compris au domicile de A_, alors que celle-ci était absente pour la nuit. La recourante minimisait les risques que son comportement faisait courir à sa fille, ainsi que le mal-être de cette dernière.
e)
Le 29 mars 2016, le Service de protection des mineurs a informé le Tribunal de protection des faits nouveaux suivants. Une intervenante en protection de l'enfant avait eu un entretien avec E_ au I_ le 23 mars 2016. L'enfant avait avoué avoir eu une relation sexuelle avec le dénommé J_, âgé de vingt-sept ans, qu'elle avait connu par le biais des réseaux sociaux. Ces faits s'étaient déroulés au mois de décembre 2015. E_ avait attendu que sa mère sorte, aux alentours de 21h30, pour appeler J_ et l'inviter à son domicile. G_ était présent, mais vraisemblablement sous l'effet des médicaments. Quant à son frère F_, il dormait dans sa chambre. E_ a indiqué avoir informé sa mère de ces faits, celle-ci ne les ayant pas pris au sérieux et ne lui ayant fait passer aucun examen gynécologique. E_ adressait le reproche à sa mère de ne pas être suffisamment présente pour elle; elle expliquait sa relation avec J_ par le fait qu'elle avait besoin d'une oreille attentive. Le 27 mars 2016, A_ avait présenté au I_ une convocation pour un examen gynécologique auquel E_ devait se présenter le 29 mars. L'enfant avait été accompagnée à ce rendez-vous par un éducateur et elle avait souhaité qu'il assiste à la consultation, ne désirant pas rester seule avec sa mère. La Brigade des mœurs avait manifesté l'intention d'auditionner E_ et ses parents. En l'état, le droit de visite des parents était reporté et ne serait pas exercé tant que la situation ne serait pas clarifiée.
f)
Les parties ont été informées par avis du 7 avril 2016 de ce que la cause était mise en délibération.

EN DROIT
1.
1.1
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie aux mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).![endif]>![if>