Decision ID: 11ce5701-8a1b-4cae-9db8-458bc9c6261a
Year: 2006
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
Mme X._, mère notamment d’un garçon né le 1********, a travaillé à mi-temps pour la Fondation 2********, à l’EMS « 3******** », du 1
er
décembre 2001 au 31 janvier 2004. Dans sa lettre de démission du 26 novembre 2003, elle n’a pas mentionné les motifs de sa démission.
B.
Mme X._ a sollicité les indemnités de l’assurance-chômage à partir du 22 février 2005, faisant contrôler son inactivité professionnelle auprès de l’Office régional de placement d’Echallens (ci-après : l’ORP). Dans sa demande d’indemnité de chômage, elle a indiqué avoir dû arrêter de travailler pour s’occuper de son fils qui souffrait de dépression et dont l’état de santé ne s’était amélioré qu'en début d'année (2005).
A la demande de la Caisse cantonale de chômage (ci-après : la caisse), l’intéressée a expliqué, par lettre du 14 mars 2005, qu’à la suite de son divorce, l’état de santé de son fils avait nécessité qu’elle quittât son emploi pour rester à ses côtés. Elle a également produit une attestation de ses dépenses fixes et de ses revenus durant la période où elle a assisté son fils. Elle n'a en revanche pas transmis un certificat médical indiquant les dates de l’incapacité de son fils, pourtant sollicité par la caisse le 6 avril 2005.
Par décision du 20 mai 2005, la caisse a nié le droit de Mme X._ à l’indemnité de chômage aux motifs que, durant le délai-cadre de cotisation, elle ne justifiait que de onze mois et six jours d’activité soumise à cotisation et qu’elle ne pouvait être libérée des conditions relatives à la période de cotisation, les problèmes de santé de son fils ne nécessitant pas une assistance permanente.
C.
Le 15 juin 2005, Mme X._ s’est opposée à cette décision, concluant à son annulation. Elle explique que son fils n’était ni en âge ni en état de rester seul à la maison en raison de sa maladie. Elle se prévaut également d’un certificat médical établi le 12 avril 2005 par le Dr Z._ du Service universitaire psychiatrique de l’enfant et de l’adolescent (SUPEA) selon lequel son fils
«est suivi épisodiquement
[maintenant]
dans notre Service, au vu de sa nette amélioration symptomatique. De ce fait, sa mère était tout à fait en mesure de reprendre son activité professionnelle
».
Par décision du 8 novembre 2005, la caisse a rejeté l’opposition de Mme X._, retenant que son fils n’avait pas besoin d’une aide permanente. Elle s’est appuyée sur deux avis du Dr Z._, établis les 26 octobre et 2 novembre 2005 en ces termes :
"Je soussigné, certifie que Mme X._, mère de Y._, né le 1********, a dû rester auprès de son fils qui nécessitait une surveillance étroite, du 30.01.2004 à fin février 2005, pour raisons médicales.» (Attestation médicale du 26 octobre 2005).
"(...)
Suite à l’attestation médicale envoyée le 26.10.2005, je peux vous répondre de la manière suivante nettement plus nuancée.
Ce patient présentait effectivement des troubles psychiques assez sévères, qui se sont heureusement amendés. Durant cette période, il a beaucoup inquiété et mobilisé sa mère, à juste titre. Néanmoins, celui-ci ne nécessitait pas une aide permanente de sa mère, ni de son assistance jour et nuit.
(...)".
(Lettre du 2 novembre 2005).
D.
Le 24 novembre 2005, Mme X._ a recouru contre cette décision, concluant à son annulation. Outre les arguments précédemment soulevés, elle fait valoir que le Dr Z._ avait à l’époque trouvé tout à fait normal qu’elle résilie son contrat de travail pour s’occuper de son fils. Elle ajoute que sa disponibilité totale a permis d’éviter l'hospitalisation de son fils et a accéléré son rétablissement. Elle ajoute que la lettre du 2 novembre 2005, contraire aux deux certificats antérieurs, ne doit pas être considérée comme relevante.
Dans sa réponse du 12 décembre 2005, la caisse expose que le dernier certificat médical du Dr Z._ ne laisse pas place à l’interprétation et que l’intéressée n’apporte aucune preuve contraire.
L’ORP a produit son dossier, sans formuler d’observations.

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l'art. 60 de la loi fédérale du 6 octobre 2000 sur la partie générale du droit des assurances sociales (LPGA), le recours est intervenu en temps utile. Il est au surplus recevable en la forme.
2.
Pour avoir droit à l'indemnité de chômage l'assuré doit, entre autres conditions, remplir celles relatives à la période de cotisation ou en être libéré (art. 8 al. 1 let. c de la loi fédérale du 25 juin 1982 sur l'assurance-chômage obligatoire et l'indemnité en cas d'insolvabilité [LACI]). Sont libérées des conditions relatives à la période de cotisation les personnes qui, par suite de séparation de corps ou de divorce, d'invalidité ou de mort de leur conjoint ou pour des raisons semblables ou pour cause de suppression de leur rente d'invalidité, sont contraintes d'exercer une activité salariée ou de l'étendre. Cette disposition n'est applicable que si l'événement en question ne remonte pas à plus d'une année et si la personne concernée était domiciliée en Suisse au moment où il s'est produit (art. 14 al. 2 LACI). Selon l’article 13 al. 1 bis OACI, constitue notamment une raison semblable au sens de l’article 14 al. 2 LACI, le fait qu’une personne soit contrainte de prendre une activité salariée ou de l’étendre parce qu’elle n’assume plus de tâche d’assistance envers une autre personne, lorsque la personne assistée avait besoin d’une aide permanente, lorsqu’elle faisait ménage commun avec l’assuré et lorsque cette assistance a duré plus d’un an.
En l’espèce, la caisse a considéré que la recourante ne pouvait demander à être libérée des conditions relatives à la période de cotisation, parce que l’état de santé de son fils ne nécessitait pas une présence permanente de l’intéressée. Pour sa part, cette dernière soutient l’inverse et se prévaut des certificats médicaux établis par le Dr Z._ les 12 avril et 26 octobre 2005.
On constate au préalable que la décision litigieuse se fonde sur la lettre du Dr Z._ du 2 novembre 2005, laquelle n’a pas été transmise à la recourante durant la phase d’opposition. Il s’agit là d’une violation du droit d’être entendu, dont il convient d'examiner les conséquences.
3.
Le droit d'être entendu est une garantie constitutionnelle expressément consacrée par l'art. 29 al. 2 Cst. La jurisprudence en a déduit, en particulier, le droit pour le justiciable de s'expliquer avant qu'une décision ne soit prise à son détriment, celui de fournir des preuves quant aux faits de nature à influer sur le sort de la décision, celui d'avoir accès au dossier, celui de participer à l'administration des preuves, d'en prendre connaissance et de se déterminer à leur propos (ATF 126 I 16 cons. 2a/aa; 124 V 183 cons. 4a; ATF C 50/01 du 9 novembre 2001 cons. 1b). Le droit de s'exprimer sur les points pertinents implique la possibilité de prendre position, avant la décision, sur tous les éléments de fait et de droit qui peuvent l'influencer (Aubert/Mahon, Petit Commentaire de la Constitution fédérale de la Confédération suisse, Zurich/Bâle/Genève 2003, n° 6 ad art. 29 Cst, p. 267-168).
Le droit d'être entendu est de nature formelle. En principe, sa violation doit entraîner l'annulation de la décision attaquée, indépendamment des chances de succès du recourant sur le fond. En d'autres termes, il importe peu de savoir si cela peut conduire l'autorité, dont la décision est contestée, à modifier sa décision ou non (ATF 126 V 130 cons. 2b; 125 V 118 cons. 3; Aubert/Mahon, op. cit., n° 7 ad art. 29 Cst., p. 269).
La jurisprudence admet toutefois une exception au principe de la nature formelle du droit d'être entendu. Un manquement à ce droit peut être réparé lorsque la partie lésée a eu l'occasion de s'exprimer devant l'autorité de recours, à condition toutefois que cette dernière dispose du même pouvoir de cognition que l'autorité inférieure, et pour autant qu'il n'en résulte aucun préjudice pour la partie lésée; cette façon de faire, qui doit demeurer exceptionnelle, est exclue lorsque la violation comprend une atteinte grave aux droits des parties (v. ATF 126 I 68 cons. 2; 125 I 209 cons. 9a; 107 Ia 1; Auer/Malinverni/Hottelier, Droit constitutionnel suisse, Berne 2000, vol.
II, n° 139; Ehrenzeller/Mastronardi/Schweizer/Vallender, Die schweizerische Bundesverfassung, Zurich-Bâle-Genève 2002, n° 26 ad art. 29 Cst, pp. 404-405; P. Moor, Droit administratif, vol.
II, Berne 2002, n° 2.2.7.4, p. 283 qui relève que le recours à l'exception ne se justifie que lorsque l'administré a lui aussi intérêt à une économie de procédure).
Parmi les auteurs, J.-P. Muller relève que le Tribunal fédéral des assurances se montrerait plus réticent à appliquer la théorie de la guérison du vice que le Tribunal fédéral. Il n'admet pas cette manière de faire en présence de violations graves ou répétées des droits procéduraux, quand bien même l'autorité de recours disposerait du même pouvoir d'examen (v. Grundrechte in der Schweiz, Berne 1999, pp. 517-518). Dans la pesée des intérêts, le principe d'économie, ou de célérité de la procédure ne l'emportera que s'il se démarque nettement de l'intérêt à une application correcte des règles de procédure, au regard des intérêts de l'administré (ATF 119 V 208 cons. 6). En matière de suspension du droit aux indemnités de chômage, le Tribunal fédéral des assurances a eu l'occasion de juger qu'un assuré devait avoir la possibilité de s'exprimer et, cas échéant, de faire valoir des faits justificatifs, dans le cadre d'une procédure susceptible de déboucher sur une sanction administrative. Comme une telle décision porte atteinte de manière importante à ses intérêts, le fait de ne pas permettre à la partie de s'exprimer au préalable constitue une violation grave (schwerwiegende Verletzung) de son droit d'être entendu. Dans ces conditions, le vice ne peut être guéri par l'instance de recours (ATF 126 V 130 cons. 3c). Un tel manquement constitue, par principe, une violation grave du droit d'être entendu qui conduit à l'annulation de la décision (L. Kneubühler, Gehörsverletzung und Heilung, ZBl 3/1998, p. 97, spéc. 112; J.-P. Muller, op. cit., pp. 517-518 et l'exemple de violation légère cité ; P. Moor, op. cit., n° 2.2.7.4, p. 283; contra H. Seiler, Abschied von der formellen Natur des rechtlichen Gehörs, SJZ 16/2004, p. 377, spéc. 381).
4.
Du moment que le Tribunal fédéral des assurances considère comme grave une violation du droit d'être entendu en cas de suspension du droit à l'indemnité, à plus forte raison en est-il de même lorsque l'existence de ce droit est en jeu. Or, la caisse n'a pas donné l'occasion à la recourante de prendre connaissance de la lettre du Dr Z._ du 2 novembre 2005 et de s'exprimer à son propos, alors même que cette lettre est à la base de la décision litigieuse. Il apparaît en outre que la caisse n’a pas pris la peine de mener d’autres mesures d’instruction. Il importe pourtant de connaître avec précision quelles étaient les tâches et le rôle de la recourante dans les soins apportés à son fils, si cette assistance l’engageait jour et nuit, afin d’établir clairement sa capacité - ou son incapacité - à travailler durant la période de maladie de son fils. Une telle instruction doit ainsi laisser la possibilité à la recourante d’amener la preuve que l’assistance de son fils l’empêchait d’être partie à un rapport de travail.
Dans ces circonstances, la décision doit être annulée et la cause renvoyée à l’autorité intimée pour nouvelle instruction dans le sens des considérants.