Decision ID: c3b61184-dbb8-5853-84c4-de2f857ca14c
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_003
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A. Par jugement
JTPH/265/2019
du 11 juillet 2019, le Tribunal des prud'hommes a notamment condamné C_ et A_ à payer à E_ la somme brute de 12'267 fr., sous déduction de la somme nette de 1'000 fr., avec intérêts moratoires à 5% l'an dès le 3 février 2017 (ch. 2 du dispositif) et à lui remettre divers documents, soit un certificat de travail, les fiches de salaire, le certificat de salaire et les attestations-quittance de l'impôt à la source pour les années 2016 et 2017, ainsi que l'attestation de l'employeur pour le chômage et l'attestation de sortie LPP (ch. 4 à 9).
B. a. Par acte expédié le 6 août 2019 au greffe de la Cour de justice, A_ a formé appel contre ce jugement, reçu le 12 juillet 2019, concluant à sa réforme, en ce sens que les conclusions prises par E_ étaient écartées en tant qu'elles la concernaient.
A_ a fait en substance valoir qu'elle n'était pas titulaire de la raison individuelle C_/F_ de sorte qu'elle n'avait pas à répondre des conséquences de l'éventuel non-paiement du salaire.
b. Par avis du greffe du 24 septembre 2019, les parties ont été informées de ce que la cause était gardée à juger, E_ et C_ n'ayant pas fait usage de leur droit de répondre.
C. Les faits pertinents suivants résultent du dossier :
a. C_ a été le titulaire de l'entreprise individuelle C_/F_, exploitant un établissement public, jusqu'au 10 décembre 2018. A_ était au bénéfice d'une procuration individuelle, dès le 22 octobre 2015.
b. Par contrat de travail de durée indéterminée daté du 29 novembre 2016, conclu entre "
F_ - A_
", d'une part, et E_, d'autre part, cette dernière a été engagée en qualité de "fille de buffet" à plein temps. Le contrat de travail porte les signatures de A_, pour l'employeur, et de E_, pour l'employée.
c. Par courrier recommandé du 6 février 2017, émanant de F_ et de A_, E_, qui ne s'était plus présentée au travail depuis le 3 février 2017, a été sommée de reprendre son poste sans délai, faute de quoi le contrat serait résilié avec effet immédiat pour cause d'abandon de poste.
d. Par courrier du 17 février 2017, E_, représentée par le syndicat G_, a réclamé à A_ le paiement de 9'221 fr., à titre de solde de salaire.
E_ a ajouté qu'elle était en arrêt de travail depuis le 2 février 2017, en raison d'un accident.
e. Le 21 février 2017, E_ a signifié à C_/F_, à l'attention de A_, sa démission pour non-paiement de salaire. Elle a réclamé le paiement des sommes de 9'221 fr. et de 6'814 fr.
f. Par courrier du 6 mars 2017, Me B_, avocat, représentant "
C_/F_, savoir Mme A_
", a répondu à E_ que ses prétentions étaient contestées.
g. E_ a alors assigné A_ et C_ devant le Tribunal des Prud'hommes en paiement de la somme totale de 30'075 fr, plus intérêts à 5% l'an dès le 15 janvier 2017, soit 9'374 fr. 75 au titre d'indemnités journalières en cas d'accident et 21'325 fr. 98 à titre de solde de salaire, de treizième salaire, de jours fériés, de vacances et d'heures supplémentaires. Elle a aussi réclamé la remise de divers documents.
h. Aux termes de leur réponse commune déposée le 22 juin 2018, A_ et C_, représentés par le même conseil, ont conclu au déboutement de E_ de toutes ses conclusions.
A_ et C_ ont notamment fait valoir qu'ils "ont signé un contrat de travail avec la demanderesse en date du 29 novembre 2016", qu'en raison de l'abandon de poste de la part de E_, ils "se sont retrouvés sans employée du jour au lendemain", et qu'ils "se réservent le droit d'agit en dommages et intérêts contre [l'employée]".
i. Aux audiences des 4 septembre 2018 et 29 janvier 2019, A_ et C_ ont tous deux comparu et persisté dans leurs conclusions tendant au déboutement de E_ de l'entier de ses prétentions.
E_ a notamment déclaré que c'était A_ qui l'avait engagée, qui lui avait remis les 1'000 fr. de salaire, et qui travaillait dans l'établissement, contrairement à C_, qui passait de temps à autre.

EN DROIT
1. 1.1. L'appel est recevable contre les décisions finales de première instance, dans les causes non patrimoniales ou dont la valeur litigieuse, au dernier état des conclusions devant l'autorité inférieure, est supérieure à 10'000 fr. (art. 308 al. 1 let. a et al. 2 CPC).
Interjeté auprès de l'autorité compétente (art. 124 let. a LOJ), dans le délai utile de 30 jours (art. 311 al. 1 CPC) et selon la forme prescrite par la loi (art. 311 al. 1 CPC), l'appel est recevable.
1.2. L'instance d'appel revoit la cause en fait et en droit avec un plein pouvoir d'examen (art. 310 CPC). En matière de litiges de travail dont la valeur litigieuse est inférieure à 30'000 fr., comme en l'espèce (29'705 fr. 73 au dernier état des conclusions de première instance), la maxime inquisitoriale sociale s'applique, le juge établissant ainsi les faits d'office (art. 247 al. 2 let. b CPC; Tappy, Code de procédure civile commenté, Bohnet/Haldy/Jeandin/Schweizer/Tappy, 2019, ad art. 247 n. 22 et 23 CPC). La cause est soumise à la procédure simplifiée (art. 243 al. 1 CPC).
2. 2.1.1. La qualité pour agir (légitimation active) et la qualité pour défendre (légitimation passive) sont des questions de droit matériel, de sorte qu'elles ressortissent au droit privé fédéral s'agissant des actions soumises à ce droit (cf. ATF
139 III 504
consid. 1.2;
133 III 180
c. 3.4, JdT
2010 I 239
, SJ
2007 I 387
; arrêt du Tribunal fédéral
4A_1/2014
du 26 mars 2014 consid. 2.3). Elles se déterminent selon le droit au fond et leur défaut conduit au rejet de l'action qui intervient indépendamment de la réalisation des éléments objectifs de la prétention litigieuse (ATF
126 III 59
consid. 1a; arrêt du Tribunal fédéral
4C_353/2004
du 29 décembre 2004 consid. 2.1). Elles s'examinent d'office et librement, mais dans les limites des faits allégués et établis lorsque le litige est soumis à la maxime des débats (ATF
130 III 550
consid. 2; arrêt du Tribunal fédéral
4A_217/2017
du 4 août 2017 consid. 3.4.1 et les références citées). Le juge n'est pas autorisé non plus à pallier aux carences d'une partie, par exemple en attirant l'attention de celle-ci sur des faits qu'elle n'a pas allégués, pas plus qu'il ne peut l'aider à mieux défendre sa cause ou lui suggérer des arguments (ATF
142 III 462
consid. 4.3). Enfin, il faut rappeler que le CPC se fonde sur l'idée que tous les faits et moyens de preuve doivent être allégués et produits en première instance et que la procédure doit, en principe, être finalisée devant le juge de première instance, les faits et moyens de preuve nouveaux n'étant admissibles en appel qu'aux conditions restrictives de l'art. 317 al. 1 CPC (ATF
142 III 413
consid. 2.2.2).
Lorsque le litige est soumis à la maxime inquisitoire simple, la cour cantonale peut refuser de prendre en considération un fait ou un moyen de preuve nouveau si le juge de première instance a pu l'ignorer sans méconnaitre cette maxime (Hohl, Procédure civile, tome I, 2ème éd., 2016, p. 240, n. 1452).
2.1.2. A teneur de l'art. 319 al. 1 CO, par le contrat individuel de travail, le travailleur s'engage, pour une durée déterminée ou indéterminée, à travailler au service de l'employeur et celui-ci à payer un salaire fixé d'après le temps ou le travail fourni. La conclusion du contrat de travail est marquée par l'absence de formalisme; ce dernier, conformément à l'art. 320 al. 2 CO, peut en conséquence être réputé conclu lorsque l'employeur accepte pour un temps donné l'exécution d'un travail qui, d'après les circonstances, ne doit être fourni que contre un salaire.
Le lien de subordination constitue le critère distinctif essentiel (ATF
125 III 78
consid. 4). Le travailleur est placé dans la dépendance de l'employeur sous l'angle personnel, fonctionnel, temporel, et dans une certaine mesure économique (ATF
121 I 259
consid. 3a). Le travailleur est assujetti à la surveillance, aux ordres et instructions de l'employeur; il est intégré dans l'organisation de travail d'autrui et y reçoit une place déterminée (arrêts du Tribunal fédéral
4A_602/2013
du 27 mars 2014, consid. 3.2;
4A_194/2011
du 5 juillet 2011 consid. 5.6).
2.2.1. En l'occurrence, le grief de l'appelante est nouveau, de sorte qu'il n'a pas à être examiné à ce stade. Le fait que la question de la légitimation passive doive être examinée d'office par le juge ne signifie pas que les parties sont libérées de la charge d'alléguer les faits pertinents. Or, en l'espèce, il ne peut pas être reproché au Tribunal d'avoir omis d'interpeller l'appelante au sujet de sa qualité d'employeuse, celle-ci n'ayant à aucun moment de la procédure de première instance fait valoir qu'elle n'était pas partie au contrat de travail. Il incombait au contraire à l'appelante, dûment assistée par un conseil, de porter ce fait à la connaissance du Tribunal. Il sera à cet égard rappelé que l'appelante a comparu devant les premiers juges en qualité d'employeur et s'est exprimée en cette qualité dans la procédure, se plaignant du comportement de l'employée et se réservant le droit de lui réclamer des dommages-intérêts.
L'appelante ne saurait ainsi se prévaloir de cette nouvelle argumentation devant la Cour.
2.2.2. A toutes fins utiles, il sera constaté que l'appelante figure en tant qu'employeur sur le contrat de travail, qu'elle a signé à ce titre. Elle a versé
1'000 fr. de salaire à l'employée et était présente dans l'établissement, contrairement à l'intimé C_. C'est l'appelante qui a adressé à l'employée la sommation du 6 février 2017, et c'est son conseil qui a écrit au syndicat G_ au nom de "
C_/F_, savoir Mme A_
". Aussi, l'appelante ne saurait de bonne foi soutenir qu'elle n'était pas l'employeur.
L'appel se révèle infondé, de sorte que le jugement sera entièrement confirmé.
3. Il n'est pas perçu de frais judiciaires (art. 114 let. c CPC) ni alloué de dépens
(art. 22 al. 2 LaCC).
* * * * *