Decision ID: 43ca674e-7b1a-59d1-a54b-46e45bdac341
Year: 2014
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1) Monsieur A_, né le _ 1985, ressortissant italien, est en détention préventive à la prison de Champ-Dollon (ci-après : la prison) depuis le 2 janvier 2014.![endif]>![if>
2) Le même jour, soit le jeudi 2 janvier 2014 vers 23h06, un détenu a signalé une bagarre dans une cellule (1_) située un étage au-dessus de la sienne (2_).![endif]>![if>
Six codétenus occupaient alors cette cellule, à savoir, en sus de M. A_, Messieurs B_, C_, D_, E_ et F_.
3) Le responsable de nuit, Monsieur G_, a alors demandé à sept collaborateurs de la prison d'intervenir.![endif]>![if>
Selon le rapport établi par l'un d'entre eux – identifié seulement par une signature – et visé par M. G_ le 3 janvier 2014, à l'arrivée du personnel dans la cellule 1_, à 23h09, tous les détenus s'en prenaient physiquement à M. D_, lançant notamment des tabourets contre lui. Du matériel, soit la télévision et deux tabourets, avait été endommagé.
Une fois l'ordre rétabli, tous les détenus de la cellule en ont été extraits entre 23h14 et 0h02 et ont été menés en cellule forte, ceci « à titre préventif » et « sans contrainte ».
4) Le 3 janvier 2014 à 9h35, M. A_ a été entendu par le directeur de la prison (ci-après : le directeur), lequel lui a signifié à 9h40 une punition de deux jours en cellule forte, allant du 2 janvier 2014 à 23h53 au 4 janvier 2014 à 23h53. La décision lui a été remise le 3 janvier 2014 à 18h30.![endif]>![if>
5) Par acte adressé au directeur le 6 janvier 2014, et transmis le 10 janvier 2014 pour raison de compétence à la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative), M. A_, agissant en personne, a interjeté recours contre la décision précitée, sans prendre de conclusions formelles.![endif]>![if>
Il n'avait nullement pris part à l'altercation du 2 janvier 2014. Il venait d'arriver à Champ-Dollon et dans la cellule 1_ au moment des faits.
6) Le 13 février 2014, la prison a conclu au rejet du recours.![endif]>![if>
M. A_ n'apportait aucun élément factuel ni aucun élément de preuve qui viendrait établir qu'il n'avait pas participé à la bagarre survenue dans la cellule 1_. La constatation des faits par le personnel pénitentiaire était que tous les codétenus s'en étaient pris à M. D_ en lançant des tabourets.
Il était interdit aux détenus de troubler le calme et la tranquillité de l'établissement. M. A_ avait frappé un codétenu dans le cadre d'une bagarre. La sanction était donc aussi bien justifiée dans son principe que proportionnée dans sa quotité.
7) Le 19 février 2014, le juge délégué a fixé aux parties un délai au 21 mars 2014 pour formuler toutes requêtes ou observations complémentaires, après quoi la cause serait gardée à juger.![endif]>![if>
8) Aucune des parties ne s'est manifestée.![endif]>![if>

EN DROIT
1) Interjeté en temps utile devant la juridiction compétente, le recours est recevable de ces points de vue (art. 132 de la loi sur l'organisation judiciaire du 26 septembre 2010 - LOJ -
E 2 05
; art. 62 al. 1 let. a de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 - LPA -
E 5 10
; art. 60 du règlement sur le régime intérieur de la prison et le statut des personnes incarcérées du 30 septembre 1985 - RRIP -
F 1 50.04
).![endif]>![if>
2) a. À teneur de l'art. 60 al. 1 let. b LPA, ont qualité pour recourir toutes les personnes qui sont touchées directement par une décision et ont un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée ou modifiée.![endif]>![if>
b. Selon la jurisprudence constante, le recourant doit avoir un intérêt pratique à l'admission du recours, soit que cette admission soit propre à lui procurer un avantage, de nature économique, matérielle ou idéale (ATF
121 II 39
consid. 2 c/aa p. 43 ; Arrêt du Tribunal fédéral
1A.47/2002
du 16 avril 2002 consid. 3 ;
ATA/188/2011
du 22 mars 2011 ;
ATA/146/2009
du 24 mars 2009).
c. Un intérêt digne de protection suppose un intérêt actuel à obtenir l’annulation de la décision attaquée (ATF
135 I 79
consid. 1 p. 81 ;
128 II 34
consid. 1b p. 36 ; Arrêt du Tribunal fédéral
1C.133/2009
du 4 juin 2009 consid.3). L’existence d’un intérêt actuel s’apprécie non seulement au moment du dépôt du recours, mais aussi lors du prononcé de la décision sur recours ; s’il s’éteint pendant la procédure, le recours, devenu sans objet, doit être simplement radié du rôle (ATF
125 V 373
consid. 1 p. 374 ;
118 Ib 1
consid. 2 p. 7 ; Arrêt du Tribunal fédéral
1C.76/2009
du 30 avril 2009 consid. 2 ;
ATA/175/2007
du 17 avril 2007 consid. 2a ;
ATA/915/2004
du 23 novembre 2004 consid. 2b) ou déclaré irrecevable (ATF
123 II 285
consid. 4 p. 286 et ss ; Arrêt du Tribunal fédéral
1C.69/2007
du 11 juin 2007 consid. 2.3 ;
ATA/192/2009
du 21 avril 2009 ;
ATA/640/2005
du 27 septembre 2005).
d. Il est toutefois renoncé à l’exigence d’un intérêt actuel lorsque cette condition de recours fait obstacle au contrôle de la légalité d’un acte qui pourrait se reproduire en tout temps, dans des circonstances semblables et qui, en raison de sa brève durée ou de ses effets limités dans le temps, échapperait ainsi toujours à la censure de l’autorité de recours (ATF
135 I 79
précité ;
131 II 361
consid. 1.2 p. 365 ;
128 II 34
précité ; Arrêt du Tribunal fédéral
6B.34/2009
du 20 avril 2009 consid. 3 ;
ATA/188/2011
précité ;
ATA/365/2009
du 28 juillet 2009). Cela étant, l’obligation d’entrer en matière sur un recours, dans certaines circonstances, nonobstant l’absence d’un intérêt actuel, ne saurait avoir pour effet de créer une voie de recours non prévue par le droit cantonal (ATF
135 I 79
précité ;
128 II 34
précité ; Arrêt du Tribunal fédéral
1C.133/2009
précité).
e. En l'espèce, quand bien même le recourant a exécuté la mesure contestée, la situation pourrait se présenter à nouveau, dans la mesure où ce dernier se trouve encore en détention. Dès lors, la chambre administrative renoncera à l'exigence de l'intérêt actuel pour statuer (
ATA/236/2014
du 8 avril 2014 consid. 2e ;
ATA/188/2011
précité ;
ATA/266/2009
du 26 mai 2009).
3) Le statut des personnes incarcérées à la prison de Champ-Dollon est régi par le RRIP (art. 1 al. 3 de la loi sur l'organisation et le personnel de la prison du 21 juin 1984 - LOPP -
F 1 50
).![endif]>![if>
Un détenu doit respecter les dispositions du RRIP, les instructions du directeur de l'office pénitentiaire, les ordres du directeur et des fonctionnaires de la prison (art. 42 RRIP). En toute circonstance, les détenus doivent observer une attitude correcte à l’égard du personnel de la prison, des autres personnes incarcérées et des tiers (art. 44 RRIP). Il est notamment interdit aux détenus de faire du bruit et, d’une manière générale, de troubler l’ordre et la tranquillité de la prison (art. 45 let. a et h RRIP).
4) Si un détenu enfreint le RRIP, une sanction proportionnée à sa faute, ainsi qu’à la nature et à la gravité de l’infraction, lui est infligée (art. 47 al. 1 RRIP). Avant le prononcé de la sanction, le détenu doit être informé des faits qui lui sont reprochés et être entendu (art. 47 al. 2 RRIP).![endif]>![if>
Le directeur est compétent pour prononcer les sanctions suivantes : a) suppression de visite pour quinze jours au plus ; b) suppression des promenades collectives ; c) suppression d’achat pour quinze jours au plus ; d) suppression de l’usage des moyens audiovisuels pour quinze jours au plus ; e) privation de travail ; f) placement en cellule forte pour cinq jours au plus (art. 47 al. 3 RRIP), étant précisé que ces sanctions peuvent se cumuler (art. 47 al. 4 RRIP).
5) Le recourant invoque matériellement une constatation inexacte des faits. Sa contestation du rapport établi par le personnel pénitentiaire le lendemain des faits est toute générale, et il ne donne pas de version précise des faits, se contentant de dire qu'il n'est aucunement responsable de ce qui s'est passé. Il ne donne donc aucun élément concret permettant de remettre en cause l'existence d'une altercation entre codétenus de la cellule 260, pas plus que sa participation à ladite altercation.![endif]>![if>
On doit ainsi admettre qu'il y avait au moment de l'intervention des gardiens une altercation en cours impliquant l'ensemble des occupants de la cellule, et donc un trouble par l'ensemble de ceux-ci, y compris le recourant, à l'ordre de l'établissement.
6) Le prononcé d'une sanction disciplinaire était ainsi fondé. Le choix de ladite sanction n'est pas en tant que tel contesté, et apparaît du reste proportionné à la faute commise.![endif]>![if>
7) Le recours sera ainsi rejeté.![endif]>![if>
Vu la nature du litige, aucun émolument ne sera perçu (art. 87 al. 1 LPA ; art. 11 al. 1 du règlement sur les frais, émoluments et indemnités en procédure administrative du 30 juillet 1986 - RFPA -
E 5 10.03
). Vu son issue, aucune indemnité de procédure ne sera allouée (art. 87 al. 2 LPA).
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