Decision ID: 093b1cb6-7c99-47e3-9dc9-c6173199815f
Year: 2016
Language: fr
Court: VS_BZG
Chamber: VS_BZG_005
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

I. Statuant en faits
1.
X_ exerce la profession de viticulteur et vit exclusivement du travail des
vignes.
Y_ SA a été créée en 1992 par C_ SA et D_ SA, chaque
société détenant la moitié du capital-actions des Y_ SA. Depuis 2009, la
quasi intégralité du capital-actions de C_ SA appartient à E_ et
F_. La société défenderesse a pour but social, d’une part, l’exploitation de
vignes et autres terres agricoles ainsi que d’un commerce de vins, d’autres boissons et
de produits agricoles, tant pour elle-même que pour des tiers et, d’autre part, la
construction d’installations servant à la réception des vendanges, au stockage et à la
commercialisation des produits des sociétés partenaires, notamment des sociétés
C_ SA et D_ SA.
G_ et H_ sont les codirecteurs des Y_ SA. Le premier
nommé est par ailleurs administrateur et directeur de D_ SA tandis que le
second est aussi le directeur de C_ SA.
La vendange livrée à Y_ SA peut être vinifiée indistinctement tant par celle-ci
que par C_ SA ou D_ SA.
2.
2.1
Au printemps 2001, X_, en qualité de fournisseur, et Y_ SA, en
qualité d’encaveur, ont conclu un contrat de livraison de vendange.
En vertu de ce contrat, X_ s’engageait à livrer aux Y_ SA la totalité
de la récolte viticole provenant de diverses parcelles sises sur la commune de
B_ (art. 2), le contrat ayant pour but de favoriser la production de vins de
haute qualité issus de cépages déterminés en encourageant un partenariat plus
intense entre l’encaveur et le fournisseur de vendange (art. 1).
- 6 -
Selon H_, la défenderesse recherchait, lors de la conclusion du contrat avec
X_, des spécialités comme l’humagne rouge, la syrah, la petite arvine ou
encore le pinot gris. Il a également mentionné que le demandeur était un producteur
important de spécialités, raison pour laquelle ce dernier avait répondu à l’annonce que
la défenderesse avait fait paraître.
Lors de son audition, X_ a indiqué que, comme son vignoble se prêtait aux
spécialités, il avait été convenu d’un plan de réencépagement pour supprimer les
parcelles de cépages traditionnels. Il n’a toutefois pas affirmé qu’il s’agissait d’une
condition sine qua non à la conclusion du contrat. De même, tant H_ que
G_ ont relevé que l’encépagement de spécialités était encouragé, mais que
la conclusion du contrat n’y était pas conditionnée.
Au vu des déclarations concordantes des parties et de la teneur du contrat, rien ne
permet de conclure que Y_ SA avait exigé de X_ qu’il procède à un
réencépagement de spécialités et qu’il s’agissait là d’une condition sine qua non à la
conclusion du contrat.
2.2
Aux termes de l’art. 4 du contrat, le fournisseur s’engage à respecter au minimum les
dispositions de l’arrêté cantonal sur les appellations des vins du Valais pour la
catégorie de vin choisie, en particulier en ce qui concerne les limitations de rendement
et les teneurs en sucre, à cultiver ses parcelles selon des normes respectueuses de
l’environnement et à obtenir chaque année le certificat PI (production intégrée ou
certificat Vitiswiss) délivré par I_, à effectuer les estimations de récolte et
procéder aux dégrappages nécessaires pour viser les objectifs de production
communiqués par l’encaveur, à effectuer des contrôles de maturation, à déposer
auprès de l’encaveur les acquits des parcelles, à récolter les raisins des parcelles afin
de réaliser au mieux les objectifs de teneur en sucre communiqués par l’encaveur, à
livrer des raisins parfaitement sains ainsi qu’à respecter le programme de vendange
défini par l’encaveur.
Quant aux obligations de l’encaveur, elles sont énumérées aux articles 3 et 5 du
contrat qui prévoit que chaque année, au plus tard le 30 juin, l’encaveur communique
au fournisseur les objectifs de production et de qualité pour la récolte à venir et qu’il
s’engage à visiter les parcelles concernées au minimum une fois par année entre les
mois de juin et de septembre, si possible en présence du fournisseur.
- 7 -
Selon les viticulteurs J_, K_ et L_, la visite de leurs
parcelles par un œnologue avait lieu une fois par année et servait à vérifier la qualité
de la marchandise et la charge de la récolte, les objectifs de production étant
identiques d’une année à l’autre.
X_ a, quant à lui, mentionné qu’une évaluation de la qualité et de la quantité
des raisins intervenait fin juillet - début août et qu’il n’était pas inquiet de ne pas
recevoir les objectifs de production et de qualité au 30 juin de chaque année.
G_ a confirmé que ces objectifs étaient communiqués oralement lors des
visites des parcelles.
2.3
Le contrat prévoit également que le fournisseur est payé au kilo pour les cépages
traditionnels, soit le chasselas, le sylvaner, le gamay ou le pinot noir. Pour les
spécialités en revanche, le prix a été fixé à 7 fr./m 2 , pour un rendement supérieur à
0,500 kg/m 2 (art. 6).
Selon Q_, le prix de 7 fr./m 2 correspond à un raisin de première qualité.
Quant à J_, il a indiqué que Y_ SA voulait toujours de la qualité et
exigeait un rendement de 800 gr à 1 kg au m 2 . E_ a également confirmé que
les contrats conclus au m 2 permettaient d’avoir des exigences plus élevées envers les
vignerons, en d’autres termes que les exigences comprises dans le contrat étaient
élevées, à la hauteur de la rémunération.
2.4
Le contrat a été conclu pour une durée de 20 ans dès le 1 er janvier 2001, une résiliation
devant intervenir par pli recommandé et être mise à la poste un an avant l’échéance du
contrat, soit au 31 décembre 2019. Sans résiliation, le contrat était reconduit de
manière tacite pour une nouvelle période de deux ans (art. 7).
Les parties ont toutefois prévu la possibilité de résilier de manière anticipée le contrat.
Ainsi, aux termes de l’art. 8, la violation des obligations découlant du contrat de
livraison de vendange constitue des circonstances graves justifiant la résiliation
anticipée du contrat.
3.
Selon O_, membre de la Commission technique de Vitiswiss, et
P_, gérant de I_, le certificat PI permet d’offrir une garantie quant à
- 8 -
la qualité du travail fourni à la vigne et de l’environnement. Ils ont de plus indiqué que
l’obtention de ce certificat exigeait un plus grand engagement de la part du viticulteur
ainsi que davantage de travail et de contrôles. Pour obtenir le certificat Vitiswiss,
P_ a déclaré qu’il fallait remplir des cahiers d’exploitation, faire l’objet de
contrôles, participer à des réunions et des contrôles à la vigne ainsi que suivre des
formations continues.
En particulier, O_ a relevé que l’obtention du certificat nécessitait une
implication plus intense du vigneron, que le certificat permettait d’atteindre des objectifs
qualitatifs qui justifiaient un prix plus élevé pour la vendange, que les raisins au
bénéfice dudit certificat pouvaient être vinifiés en vin de haute gamme et que seul le
certificat PI permettait l’utilisation du label Vinatura. Lors de son audition, Q_
mentionne que si le contrat prévoit l’exigence d’un certificat, on doit s’attendre à ce qu’il
soit déposé ou, à tout le moins, à ce que le producteur affirme l’avoir, qu’il s’agit d’une
exigence du contrôle des caves, que si l’encaveur veut pouvoir indiquer sur son
étiquette la mention du label, il faut pouvoir apporter la preuve des certificats et qu’il
s’agit d’une question de confiance et de bonne foi.
Selon R_, G_ SA produit du vin labélisé depuis longtemps,
C_ SA, depuis deux ou trois ans. Quant à Y_ SA, il n’en a pas
produit jusqu’à l’arrivée de la famille E_.
Pour H_, l’obtention du certificat PI était un élément important du contrat de
livraison de vendange. Il a ajouté que l’exigence de l’obtention du certificat PI
permettait aux fournisseurs d’obtenir un prix pour les raisins plus élevé que celui
recommandé par la profession. Selon G_, il s’agissait même d’un élément
essentiel du contrat. En revanche, X_ a indiqué qu’un accord oral avait été
trouvé avec Y_ SA selon lequel il n’avait pas besoin de produire de
certificats. J_ a déclaré lors de son audition qu’il avait dit à H_ au
moment de la conclusion du contrat qu’il n’entendait pas obtenir le certificat Vitiswiss et
que ce dernier lui avait répondu que c’était en ordre puisqu’il faisait de la production
intégrée. K_ a relevé que l’obligation d’obtenir les certificats figurait bel et
bien dans le contrat mais qu’il ne les avait jamais obtenus dans la mesure où on ne les
lui avait jamais demandés. N’ayant pas réussi à trouver un accord sur une diminution
du prix de la vendange, les parties ont mis un terme à leur contrat de manière amiable.
Quant à L_, il a confirmé qu’il s’agissait d’une obligation figurant dans le
contrat, qu’il avait omis d’entreprendre les démarches nécessaires jusqu’en 2010, soit
l’année où la défenderesse a exigé la production du certificat, et qu’il l’avait obtenu par
la suite. Ses relations contractuelles avec Y_ SA se sont poursuivies.
- 9 -
4.
Lors de rencontres qui se sont déroulées en 2007 et 2009, les parties ont discuté d’une
éventuelle modification du contrat de livraison de vendange conclu au printemps 2001
afin d’adapter l’approvisionnement au marché. Contrairement à L_ et
J_, X_ a toutefois refusé d’entrer en matière sur une modification
de son contrat.
Selon les fiches d’évaluation de X_ pour les années 2004 à 2008, celui-ci
était considéré comme fournisseur intéressant, à savoir de catégorie A, et ce depuis
l’année 2005. En particulier, pour les années 2005 et 2006, le critère excellent a été
retenu pour l’encépagement des parcelles, pour la qualité sanitaire de l’offre, pour la
maturité, pour la maîtrise du rendement et pour la production intégrée puisqu’y figure le
Label PI, soit l’obtention du certificat Vitiswiss. Quant aux années 2007 et 2008, le
critère excellent a également été retenu pour ce qui est des relations avec la cave et le
suivi des directives d’encavage.
5.
5.1
Par courrier du 15 février 2011, Y_ SA a demandé à X_ de
déposer une copie du certificat PI. Selon H_, le certificat PI n’avait jamais été
réclamé auparavant à X_ ni aux autres fournisseurs d’ailleurs puisque leurs
relations étaient fondées sur la confiance. L_ a indiqué que lors des visites
de ses vignes par E_, ce dernier ne lui avait pas demandé si celles-ci étaient
conformes aux exigences requises par I_ puisqu’il allait de soi qu’il traitait
ses vignes de la sorte, en raison du fait qu’il devait produire le certificat Vitiswiss.
Q_ et G_ ont confirmé que les relations entre les fournisseurs et
l’encaveur étaient basées sur la bonne foi et la confiance. H_ a de plus
relevé que c’est uniquement lors de la venue des nouveaux actionnaires E_
que Y_ SA a décidé de changer la manière de procéder et exigé des
fournisseurs la production des certificats PI. A ce sujet, E_ a expliqué qu’il
s’agissait notamment de contrôler la traçabilité des produits et de respecter les clients
qui souhaitaient acheter du vin avec le label Vinatura. Il a d’ailleurs précisé que la
Commission fédérale de contrôle du commerce des vins avait contrôlé les certificats
Vitiswiss et vérifié l’adéquation entre le volume mis en bouteille avec le label et les
acquis des vendanges.
- 10 -
5.2
Le 14 mars 2011, X_ a répondu audit courrier en indiquant que, suite aux
problèmes personnels rencontrés en 2010, à savoir la soudaine maladie de son
épouse, puis son décès, il n’avait pas été en mesure d’entreprendre en temps utiles
toutes les démarches nécessaires pour l’obtention du certificat PI. Il a cependant
relevé que son exploitation était parfaitement conforme aux exigences PER et Vitiswiss
comme l’attestait le certificat PER qu’il avait annexé à sa réponse. Enfin, il a terminé sa
lettre en comptant sur la compréhension de l’encaveur, compte tenu des moments
éprouvants et lourds qui avaient marqué son quotidien tout au long de l’année
dernière.
5.3
Après vérification auprès du secrétariat de I_, Y_ SA a appris que
X_ n’avait pas obtenu le certificat PI durant au moins les quatre dernières
années. Comme l’atteste le courrier de R_ du 6 décembre 2013 déposé en
cause, X_ n’a pas obtenu ce certificat de 2003 à 2010.
Par courrier du 4 juillet 2011 adressé au demandeur, Y_ SA a mentionné que
le certificat PER, qui avait été remis par X_ en annexe à son courrier du
14 mars 2011, était nécessaire au viticulteur pour toucher les paiements directs, mais
ne permettait pas à l’encaveur d’utiliser le label Vitiswiss pour valoriser ses vins. Ainsi,
ayant constaté que X_ n’avait pas rempli durant plusieurs années ses
obligations, la défenderesse a décidé de résilier le contrat de livraison de vendange
avec effet immédiat.
H_ et G_ ont précisé qu’entre le courrier de X_ du
14 mars 2011 et la résiliation du contrat par Y_ SA en date du 4 juillet 2011,
des renseignements avaient été pris auprès du secrétariat de I_ afin de
connaître le nombre de certificats délivrés à X_ par le passé. Lors de leur
audition, ils ont relevé qu’ils avaient eu le sentiment d’avoir été trompés par
X_ et que ce dernier avait menti sur les motifs pour lesquels il n’avait pas fait
le certificat Vitiswiss. En effet, après avoir obtenu les renseignements du secrétariat de
I_, ils ont pris conscience que non seulement X_ n’avait pas
obtenu son certificat PI l’année du décès de son épouse, mais qu’il ne l’avait pas non
plus obtenu les 4 ou 5 années qui ont précédé ce décès. Ils ont par conséquent estimé
que les liens de confiance qui les unissaient à X_ étaient rompus.
- 11 -
Par courrier du 25 juillet 2011, Y_ SA a rappelé les motifs qui l’ont poussée à
résilier le contrat conclu avec son fournisseur, en indiquant ce qui suit : « Nous
estimons ainsi avoir été trompés par M. X_, qui dans sa réponse à notre
demande du certificat PI, nous fait part du fait qu’il n’a pas pu satisfaire à la certification
cette année alors que, semble-t-il, il n’a jamais satisfait à ces obligations prévues
contractuellement. Le soussigné ne voit pas dans quelle circonstance, il aurait pu
justifier, à la signature du contrat, qu’une des exigences mentionnées expressément
n’ait aucune importance. Vous comprendrez que, dans ces circonstances, les relations
de confiance avec M. X_ soient rompues et que nous souhaitions résilier le
contrat qui nous lie ». La société a également indiqué qu’elle était prête à encaver la
vendange 2011 du demandeur si celui-ci n’était pas en mesure de trouver un nouvel
encaveur.
Pour E_, dans la mesure où la société a de nombreux contrats avec une
multitude de vignerons, il n’est pas possible de les contrôler tous, de sorte que leur
relation est basée sur la confiance. Il a toutefois estimé que, puisque X_
avait menti, cette relation de confiance avait disparu.
Quant à X_, il a indiqué lors de son audition ne pas avoir omis de dire qu’il
n’avait pas obtenu les certificats Vitiswiss depuis plusieurs années dans son courrier
du 14 mars 2011, puisque la seule question posée concernait le certificat 2010.
6.
A la suite des mesures superprovisionnelles obtenues, X_ a débuté la
vendange 2011 le 12 septembre 2011 et a pu la faire encaver auprès de la
défenderesse.
Les 20 décembre 2011, 26 mars 2012, 28 juin 2012 et 19 septembre 2012,
Y_ SA a payé à X_ un montant total de 70'844 fr. 75 au titre de la
vendange 2011. Afin d’arrêter le prix de ladite vendange, Y_ SA s’est basée
sur le tableau des prix indicatifs au kilo pour le paiement des vendanges 2011 de la
Société S_. Quant au solde du prix de la vendange 2010, il a été acquitté, en
capital et intérêts, le 8 juillet 2015, à concurrence de 29'650 fr. en mains du
demandeur.
- 12 -

II. Considérant en droit
7.
Le présent litige porte sur une contestation civile de nature pécuniaire. Lors de
l’introduction de la demande, la valeur litigieuse s’élevait à 64’021 fr. 40 et a été réduite
à 39'082 fr. 15 le 8 juillet 2015, soit après le terme de la procédure probatoire.
Y_ SA ayant son siège à A_ et le contrat de livraison de vendange
prévoyant une élection de for au siège de l’encaveur (art. 9), le Tribunal du district de
A_ est dès lors compétent ratione materiae et ratione loci pour statuer sur la
demande déposée par X_ (art. 17 al. 1 CPC et 4 al. 1 LACPC).
Eu égard à la valeur litigieuse, la procédure ordinaire est applicable au présent litige.
8.
Y_ SA s’étant acquitté, le 8 juillet 2015, du 4 ème
versement de la vendange
2010 requis par X_ dans son action du 9 octobre 2012, et ce en capital et
intérêt, le litige relatif à la conclusion n o 1 du demandeur est devenue sans objet (RVJ
1985 p. 311 consid. 2a).
9.
9.1
Les contrats de durée sont ceux qui ont pour objet une prestation continue dans le
temps que le débiteur doit effectuer aussi longtemps que la dette existe. Cette dette ne
s’éteindra qu’avec l’écoulement du temps ou pour un autre motif déterminé,
notamment une résiliation (Müller, Contrats de droit suisse, n. 81 ss). Selon le Tribunal
fédéral, les contrats de durée se caractérisent par le fait que l’étendue de la prestation
totale dépend du laps de temps pendant lequel elle doit être fournie (ATF 128 III 428 c.
3b).
Pour apprécier le caractère durable du contrat, il faut donc examiner la prestation
caractéristique dans son ensemble (prestation « totale ») et se demander si l’étendue
de cette prestation ne peut être nécessairement mesurée que par sa durée (par le
facteur temps), autrement dit s’il s’agit d’une prestation « continue ». Selon une formule
consacrée, ce n’est pas la durée du contrat qui dépend de la prestation dans un contrat
durable mais la prestation qui dépend de la durée du contrat. C’est elle qui dicte au
- 13 -
débiteur l’étendue de sa prestation (Venturi-Zen-Ruffinen, La résiliation pour justes
motifs des contrats de durée, n. 28).
9.2
Le droit de résilier le contrat pour justes motifs est une caractéristique propre aux
contrats de durée. Il est admis aujourd’hui que tout contrat de durée peut être résilié
pour justes motifs, même en l’absence d’une disposition légale ad hoc. Par le passé,
on rattachait le plus souvent la faculté de résilier pour justes motifs au lien de confiance
particulier propre aux rapports juridiques durables. On admet aujourd’hui que le
fondement d’un tel principe réside dans la protection de la personnalité au sens de
l’art. 27 CC. Cette disposition permet à celui qui s’est lié à un tiers d’obtenir sa
libération totale ou partielle lorsque cet engagement porte une atteinte excessive à sa
liberté ou à un autre droit de la personnalité. C’est au nom de la liberté que l’on permet
la libération d’un engagement durable lorsque des motifs graves le justifient. Toutefois,
la résiliation pour justes motifs est une mesure exceptionnelle qui déroge au principe
de la fidélité contractuelle et doit dès lors être admise de manière restrictive (Venturi-
Zen-Ruffinen, op. cit., n. 347 ss).
Conformément à l’art. 8 CC, il appartient à la partie qui résilie le contrat pour justes
motifs de prouver l’existence d’un juste motif. Elle doit au moins indiquer les éléments
de fait - les « motifs » - qui, à ses yeux, fondent la résiliation du contrat (Venturi-Zen-
Ruffinen, op. cit., n. 404).
La résiliation pour justes motifs n’est possible qu’en présence d’un motif grave,
objectivement et subjectivement.
9.3
Un motif est objectivement grave lorsque, selon les règles de la bonne foi, il ne permet
pas d’exiger de la partie qui s’en prévaut la continuation du contrat jusqu’à l’expiration
de sa durée convenue ou jusqu’au prochain terme ordinaire de résiliation. C’est en
particulier le cas lorsque le rapport de confiance entre les parties est définitivement
détruit. La gravité objective se réfère au principe de la bonne foi. La perception
subjective du caractère intolérable du contrat jusqu’à son terme n’est pas pertinente.
Le test est donc objectif et consiste à se demander si un homme raisonnable, placé
dans les mêmes circonstances, devrait pouvoir résilier le contrat en vertu du motif
concerné (Venturi-Zen-Ruffinen, op. cit., n. 407 s.).
- 14 -
La notion de juste motif fait appel au pouvoir d’appréciation du juge et est comme telle
un cas d’application de l’art. 4 CC (Venturi-Zen-Ruffinen, op. cit., n. 373).
La gravité objective peut être absolue ou relative, selon que le motif invoqué est à lui
seul suffisamment grave pour justifier la résiliation du contrat ou qu’il ne le devient que
par sa réitération ou par le cumul avec d’autres motifs. Ainsi, un manquement au
contrat de moindre importance (par exemple un retard ponctuel de l’employé) mais
répété peut justifier la résiliation du contrat pour justes motifs. De même, plusieurs
violations du contrat qui, prises en elles-mêmes, ne sont pas suffisamment graves pour
justifier la résiliation du contrat peuvent justifier la résiliation lorsque, considérées dans
leur ensemble, elles sont propres à détruire définitivement le lien de confiance entre les
parties (Venturi-Zen-Ruffinen, op. cit., n. 412).
Plusieurs critères peuvent guider le juge dans son appréciation, notamment le
caractère personnel du contrat, la durée résiduelle ou la durée déjà écoulée du contrat,
l’existence d’un rapport de confiance particulier, le caractère gratuit du contrat (Venturi-
Zen-Ruffinen, op. cit., n. 415 ss).
Concernant le critère de la durée résiduelle du contrat, il s’agit de savoir si l’on peut
raisonnablement exiger de la partie qui résilie la continuation du contrat jusqu’au
prochain terme de résiliation ordinaire ou jusqu’à l’expiration de la durée convenue.
Plus la durée qui reste à courir est brève, plus le juge sera sévère à admettre la
résiliation car il sera difficile de démontrer que la poursuite du contrat pour le court laps
de temps qui reste est devenue intolérable. Ainsi, la résiliation pour juste motifs jouera
avant tout un rôle dans les contrats de durée déterminée, lorsque le terme est éloigné.
En effet, si celle-ci est longue, on ne pourra généralement pas imposer à la partie au
bénéfice du juste motif de serrer le poing dans la poche et d’attendre la fin du contrat
(Venturi-Zen-Ruffinen, op. cit., n. 421).
On invoque souvent la rupture d’un rapport de confiance particulier à l’appui d’une
résiliation pour justes motifs. Ce critère joue un rôle de première importance lorsque
l’un des partenaires n’exécute pas correctement ses obligations (Cherpillod, La fin des
contrats de durée, n. 246). La résiliation du contrat pour justes motifs doit être admise
lorsque le rapport de confiance entre les parties au contrat est définitivement détruit; il
ne suffit pas que la relation de confiance soit (seulement) perturbée (arrêt non publié
du TF rendu le 8 avril 2004 dans la cause 4C.36/2004 c. 3.2).
Plus la confiance requise est grande cependant, moins on sera sévère à admettre une
rupture du lien de confiance. En ce sens, la violation des obligations contractuelles est
- 15 -
plus « sensible » lorsque le contrat crée entre les parties un rapport de confiance
particulier (Venturi-Zen-Ruffinen, op. cit., n. 424).
9.4
Une gravité purement objective ne suffit toutefois pas.
La gravité subjective suppose que le motif invoqué rende effectivement la continuation
du contrat insupportable pour la partie qui résilie. La gravité subjective doit s’apprécier
concrètement à la lumière de l’ensemble des circonstances. Une approche purement
abstraite ne suffit pas et n’est pas conforme aux exigences de l’art. 4 CC. La preuve de
la gravité subjective, qui dépend exclusivement de l’affect du cocontractant, est difficile
à apporter. Dans les faits cependant, il faut admettre qu’un motif objectivement grave
l’est en principe aussi subjectivement : ce qui est grave pour tout homme raisonnable
placé dans les mêmes circonstances devrait l’être également pour la partie fondée à
invoquer un juste motif. Celle-ci peut toutefois renoncer à résilier le contrat ou
démontrer par son comportement que le motif concerné n’est à ses yeux pas
suffisamment grave pour justifier la résiliation. On admettra en particulier que la gravité
subjective fait défaut lorsque la partie tarde à résilier ou poursuit l’exécution du contrat
nonobstant la survenance du juste motif (Venturi-Zen-Ruffinen, op. cit., n. 451).
Ainsi, la partie qui résilie le contrat pour justes motifs doit les invoquer sans tarder,
sous peine de forclusion. Elle ne dispose que d’un bref délai de réflexion pour signifier
la rupture des relations contractuelles (Venturi-Zen-Ruffinen, op. cit., n. 453). Une trop
longue attente laissera penser que la continuation du contrat jusqu’au prochain terme
de résiliation ordinaire est possible et équivaudra dès lors à une renonciation (tacite) à
se prévaloir de la résiliation pour justes motifs. La loi ne fixe cependant pas la durée
admissible du délai de réflexion. Celle-ci dépend des circonstances de l’espèce en
particulier de la clarté des faits et de la gravité des motifs : des faits clairs et
particulièrement graves appellent en principe une décision rapide. On sera plus
tolérant si les faits doivent être éclaircis, ou si le juste motif présente un caractère
durable ou répété (Venturi-Zen-Ruffinen, op. cit., n. 1190 ; Cherpillod, op. cit., n. 254,
p. 136).
En principe, le délai de réflexion ne commence à courir que lorsque la partie au
bénéfice du juste motif connaît avec certitude les circonstances qui justifient la
résiliation du contrat pour justes motifs (arrêt non publié du TF rendu le 19 juillet 2002
dans la cause 4C. 364/2001 c. 1.2.2).
- 16 -
9.5
La résiliation justifiée entraîne en principe l’extinction du contrat avec effet ex nunc, dès
la réception de la résiliation. Elle ne produit donc ses effets que pour l’avenir et laisse
intacte la partie du contrat déjà exécutée (Venturi-Zen-Ruffinen, op. cit., n. 1322).
10.
10.1
En l’espèce, le contrat de livraison de vendange conclu en 2001 entre Y_ SA
et X_ est un contrat de durée, X_ s’étant engagé envers son
cocontractant à livrer la totalité de la récolte viticole provenant de diverses parcelles
sises sur la commune de B_ pour une durée de 20 ans. Les parties ont
toutefois prévu la possibilité de résilier ce contrat de manière anticipée, notamment en
cas de violation des obligations mentionnées dans le contrat.
Il se justifie dès lors d’examiner si les motifs invoqués par Y_ SA pour résilier
le contrat de livraison de vendange correspondent aux exigences posées par la
doctrine et la jurisprudence, autrement dit s’ils constituent des motifs objectivement et
subjectivement suffisamment graves pour justifier l’extinction immédiate dudit contrat,
comme le soutient la partie défenderesse, ou s’il s’agit uniquement d’un prétexte utilisé
par la défenderesse pour mettre un terme à un contrat économiquement
désavantageux, comme l’allègue le demandeur.
10.2
L’article 4 du contrat énumère 8 obligations qui incombent au fournisseur. Parmi celles-
ci, 7 s’imposent à tout viticulteur. La seule qui est, dans le cas d’espèce, particulière
porte sur l’obligation de cultiver les parcelles selon des normes respectueuses de
l’environnement et d’obtenir chaque année le certificat PI délivré par l’association
I_. Il faut relever que seul ce certificat permet à l’encaveur de commercialiser
du vin en utilisant le label Vinatura et donc de vinifier des raisins en vin haut de
gamme. C’est aussi une assurance au sujet de la qualité du travail fourni à la vigne et
du respect de l’environnement. Si, comme X_ l’a soutenu dans le cadre de la
présente procédure, il y avait eu entre les parties un accord oral pour supprimer
l’obligation tendant à l’obtention du certificat PI, il ne fait aucun doute qu’il en aurait fait
état dans sa lettre du 14 mars 2011. N’en ayant pas fait mention, le juge considère,
d’une part, que l’obligation d’obtenir chaque année le certificat PI s’imposait à
X_ et, d’autre part, que l’art. 8 du contrat ne nécessite aucune interprétation
- 17 -
lorsqu’il prévoit que toute violation des obligations prévues dans le contrat constitue
une circonstance grave justifiant une résiliation anticipée.
De plus, selon le texte clair du contrat, c’est l’obtention du certificat PI par le
fournisseur qui est exigé et non son dépôt auprès de l’encaveur. C’est dire que ce
dernier faisait confiance à son fournisseur pour qu’il l’obtienne chaque année, comme
imposé par le contrat, sans qu’il doive procéder à des contrôles. Y_ SA a
créé avec le temps une relation de confiance avec ses fournisseurs, et notamment
avec X_ qui produisait des spécialités, à savoir des vins de première qualité
pour un prix élevé de 7 fr./m 2 . En effet, il n’est pas possible pour Y_ SA de
contrôler chaque fournisseur afin de vérifier si celui-ci a obtenu chaque année le
certificat et si sa vigne est travaillée selon les exigences requises. N’étant pas présente
lors des traitements effectués, la défenderesse ne peut que faire confiance à ses
fournisseurs qui doivent chaque année suivre des cours, être contrôlés ou participer à
des formations continues pour avoir droit au certificat Vitiswiss et être à même
d’assurer des traitements optimums. Enfin, il est primordial pour l’encaveur qui produit
un certain nombre de bouteilles estampillées du label Vinatura qu’il puisse, en cas de
contrôle, établir la traçabilité du produit et éviter une discrépance entre les bouteilles
labellisées et les acquits de vendanges des vignes traitées par des fournisseurs ayant
obtenu le certificat PI.
Lorsque Y_ SA a requis de X_ qu’il lui transmette le certificat pour
l’année 2010, celui-ci ne lui a pas répondu qu’il avait été dispensé de cette obligation
selon un accord oral passé entre eux. Il a au contraire expliqué qu’il n’avait pas été en
mesure d’obtenir le certificat 2010 au vu de l’état de santé et du décès de son épouse.
En affirmant cela, X_ laissait sous-entendre à son employeur qu’il avait
respecté ses obligations les années précédentes, ce qui en réalité n’était pas le cas.
Contrairement à L_, qui n’a pas cherché à cacher le fait qu’il n’avait pas
obtenu le certificat PI les années précédentes, mais qu’il s’engageait à le faire à
l’avenir, X_ a tenté de cacher ses omissions passées en faisant croire que
celle de 2010 était exceptionnelle et liée au décès de son épouse. Ainsi, en sus de
n’avoir pas obtenu le certificat PI comme l’exigeait son contrat, X_ a
également tenté de tromper son cocontractant en essayant de lui faire croire qu’il
s’agissait d’une omission ponctuelle, alors que cela faisait 8 ans qu’il ne respectait plus
cette exigence contractuelle. De plus, contrairement à ce qu’il déclare de manière
mensongère dans sa lettre du 14 mars 2011, s’il n’a pas été en mesure d’entreprendre
en temps utiles les démarches pour l’obtention du certificat pour l’année viticole 2010,
ce n’est pas en raison de la maladie de son épouse, mais parce qu’il avait pris
- 18 -
l’habitude durant de nombreuses années de ne pas les effectuer. Il s’agit là également
d’un autre mensonge adressé à son encaveur.
De plus, X_ n’a jamais mentionné, en recevant ses fiches d’évaluation, qu’il
n’avait pas obtenu le certificat PI durant plusieurs années et que le critère « excellent »
ne pouvait pas lui être octroyé au titre de la production intégrée. Pourtant, il avait
conscience que Y_ SA le considérait, au vu des fiches d’évaluations, comme
un fournisseur important et intéressant qui produisait du vin de qualité. Toutefois, en
2005 et 2006, faute d’obtention du certificat PI, il n’aurait pas dû être considéré comme
un fournisseur intéressant de catégorie A, mais comme un fournisseur de catégorie B
devant être analysé attentivement, le cas échéant suivi et motivé dans son activité.
Ainsi, en n’obtenant pas le certificat Vitiswiss chaque année, X_ a
objectivement et gravement violé son obligation contractuelle. En laissant sous-
entendre dans sa lettre du 14 mars 2011 qu’il n’avait pas obtenu le certificat PI pour
l’année 2010 en raison des « moments extrêmement éprouvants et lourds qui ont
marqué son quotidien tout au long de l’année dernière », X_ a non
seulement menti pour l’année 2010 mais aussi laissé penser à son cocontractant que
l’absence de certificat en 2010 était exceptionnelle et isolée, alors qu’il n’en était rien.
Au vu de ce qui précède, le rapport de confiance instauré entre Y_ SA et
X_ a été définitivement détruit par le comportement de ce dernier, la
défenderesse ne pouvant plus compter sur la fidélité contractuelle de son fournisseur.
Tout homme raisonnable placé dans la même situation aurait résilié le contrat, la
confiance entre les parties étant définitivement rompue. L’on ne peut en outre exiger
des Y_ SA la continuation des rapports contractuels jusqu’à l’expiration du
contrat, soit jusqu’en 2020, la durée résiduelle étant bien trop importante.
Le Juge de céans considère dès lors que le comportement du demandeur constitue
une violation objectivement grave du contrat.
10.3
Quant à la gravité subjective, la non-obtention du certificat ainsi que le mensonge de
X_ ont rendu la poursuite du contrat insupportable pour Y_ SA. En
effet, dans la mesure où un tel comportement doit être considéré comme grave pour
tout homme raisonnable, il doit également l’être pour Y_ SA. Cela est
d’autant plus vrai que celle-ci est soumise à de nombreuses règles et de fréquents
contrôles et qu’elle doit pouvoir faire confiance à ses fournisseurs, en partant du
principe que ces derniers respectent leurs engagements contractuels. La société doit
- 19 -
en effet être notamment en mesure de justifier les quantités de vin mis en bouteille
avec le label Vinatura et les vendanges provenant de vignes ayant obtenu le certificat
PI, qui est le seul à permettre l’utilisation de ce label. On ne saurait reprocher à
l’encaveur sa volonté de pouvoir contrôler la traçabilité des produits qu’il met sur le
marché afin de s’assurer que le consommateur ne soit pas trompé sur la qualité.
Le fait que l’article 8 indique que la violation des obligations découlant du contrat
constitue des circonstances graves justifiant la résiliation anticipée du contrat démontre
aussi l’importance aux yeux de l’encaveur du respect par chaque fournisseur de ses
obligations.
Le juge considère en outre que Y_ SA n’a pas tardé à résilier le contrat de
livraison de vendange conclu avec X_. En effet, des recherches ont été
entreprises par Y_ SA auprès du secrétariat de I_ afin de connaitre
le nombre de certificat obtenu par X_. Vu les conséquences importantes par
le fournisseur, on ne saurait reprocher à l’encaveur d’avoir voulu éclaircir ces faits
avant de résilier le contrat. De plus, la résiliation est intervenue pour le motif principal
ayant trait aux mensonges de X_ dont la défenderesse n’ont eu
connaissance qu’à la suite des renseignements obtenus auprès du secrétariat de
I_. En outre, il n’y avait aucune urgence particulière à agir puisque les
vendanges 2011 allait avoir lieu plusieurs semaines après la résiliation et que la
défenderesse était prête, au besoin, à encaver la vendange 2011 du demandeur,
malgré le fait que X_ avait violé ses obligations contractuelles sans
discontinuer durant une période de 8 ans. Enfin, la structure juridique de la
défenderesse nécessite plus de temps dans ses réflexions et prises de décision qu’une
entreprise exploitée en raison individuelle. Le Juge de céans considère dès lors que la
résiliation du 4 juillet 2011 n’est pas tardive.
10.4
Eu égard aux considérations qui précèdent, le juge de céans estime que la résiliation
immédiate du contrat de livraison de vendange conclu entre Y_ SA et
X_ en 2001 était justifiée.
Cette résiliation a été envoyée à X_ par courrier le lundi 4 juillet 2011, de
sorte qu’elle déploie ses effets à partir du 5 juillet 2011, soit la date à laquelle
X_ l’a reçue.
Dans la mesure où ordre a été donné aux Y_ SA d’encaver la vendange
2011 de X_, il incombait à la défenderesse de payer à ce dernier la
- 20 -
vendange qui lui avait été livrée. Le prix de cette vendange ne doit toutefois plus se
baser sur l’art. 6 du contrat de livraison de vendange, puisqu’il a été résilié avec effet
ex nunc au 5 juillet 2011. C’est donc à juste titre que Y_ SA s’est basée sur
les recommandations établies par la Société S_ pour arrêter le montant de la
vendange 2011 revenant à X_, à savoir 70'844 fr. 75. La conclusion de
X_ tendant au versement d’un montant supplémentaire de 28'912 fr. 25 pour
la vendange 2011, montant qui correspond à la différence entre la somme qu’il aurait
perçue selon l’art. 6 du contrat de 2001 et celle calculée selon les recommandations de
la S_, doit dès lors être rejetée.
X_ réclame également un montant de 10'169 fr. 90 à titre de dommages et
intérêts positifs en lien avec la résiliation abusive. Ce montant correspond, d’une part,
à la note de frais, débours et honoraires de Me M_ pour son intervention
dans la procédure de mesures immédiates (2012 fr. 65) et, d’autre part, à celle liée à
son activité durant la période du 4 juillet 2011 au 4 juin 2012 (8157 fr. 25). Il y a lieu de
constater que les dépens du demandeur et instant ont été définitivement réglés dans la
décision de mesures provisionnelles du 3 novembre 2011. Cette décision ayant prévu
que chaque partie devait conserver ses propres frais d’intervention, il n’y a pas lieu d’y
revenir. Quant à la deuxième note d’honoraires, vu que la résiliation immédiate du
contrat par la défenderesse était justifiée, il n’appartient pas à cette dernière de la
supporter, puisqu’elle concerne des activités inutiles. Enfin, aucun élément du dossier
ne permet de retenir que ces deux notes d’honoraires ont été payées par le
demandeur, qui n’a pas établi son dommage. En tout état de cause, la conclusion n o 3
doit ainsi être rejetée.
Enfin, la résiliation immédiate du contrat étant justifiée, la conclusion tendant à ce que
les prétentions de X_ pour le dommage en relation avec les vendanges 2012
à 2020 soient réservées, doit aussi être rejetée.
11.
11.1
En règle générale, les frais judiciaires sont mis à la charge de la partie qui succombe.
La partie succombante est le demandeur lorsque le tribunal n’entre pas en matière et
en cas de désistement d’action; elle est le défendeur en cas d’acquiescement (art. 106
al. 1 CPC). Toutefois, lorsqu’aucune des parties n’obtient entièrement gain de cause,
les frais sont répartis selon le sort de la cause (art. 106 al. 2 CPC).
- 21 -
En l’espèce, X_ obtient gain de cause sur la question du paiement du
4 ème
versement 2010 de 24'939 fr. 25, puisque Y_ SA s’est acquitté de ce
montant le 8 juillet 2015, soit après la clôture de l’instruction et quinze jours avant
l’échéance du délai imparti pour le dépôt des mémoires-conclusions. Ce versement
doit dès lors être compris comme un acquiescement qui a rendu sans objet la
conclusion n o 1 prise par le demandeur, ce qui justifie qu’une partie des frais soit pris
en charge par la défenderesse. Celle-ci a également abandonné ses conclusions
reconventionnelles dans son mémoire-conclusions. En revanche, le demandeur
succombe sur le principe même de la résiliation et sur les conclusions n os
2 à 4 qu’il a
prises. Dans ces circonstances, les frais doivent être répartis entre les parties à raison
de 7/10 à la charge de X_ et à raison de 3/10 à la charge des Y_
SA.
11.2
Les frais comprennent les débours de l’autorité et l’émolument de justice (art. 3 al. 1
LTar). Les débours s’élèvent à 714 fr. (125 fr. pour les services d’un huissier et 589 fr.
d’indemnités pour les témoins; art. 8 et 10 al. 2 LTar).
Quant à l’émolument, compte tenu de la complexité et de l’ampleur importantes de
l’affaire, du principe de l’équivalence des prestations et de la couverture des frais et de
la valeur litigieuse, l’émolument de justice est fixé à 5786 francs.
Les frais s’élèvent ainsi à 6500 fr. et sont mis à raison de 4550 fr. à charge de
X_ (6500 fr. x 7/10) et de 1950 fr. (6500 fr. x 3/10) à charge des Y_
SA. Ces frais seront prélevés sur les avances effectuées par les parties, à charge pour
Y_ SA de verser à X_ le montant de 350 fr. à titre de
remboursement partiel de l’avance. Le greffe restituera au demandeur la solde de ses
avances, par 1000 francs.
12.
12.1
Les dépens, arrêtés globalement, comprennent l’indemnité à la partie pouvant y
prétendre et ses frais de conseil juridique (art. 4 al. 1 LTar). Le défraiement du
représentant professionnel comprend les honoraires et les débours (art. 4 al. 3 LTar).
Les débours d'avocat englobent les dépenses effectives et justifiées (essentiellement
les frais de déplacement, les frais de copie à 50 ct. [ATF 118 Ib 352 consid. 5] et les
frais de port). Quant aux honoraires, ils sont fixés entre un minimum et un maximum en
fonction de la nature et de l'importance de la cause, de ses difficultés, de l'ampleur du
- 22 -
travail, du temps utilement consacré et de la situation financière des parties (art. 27 al.
1 LTar). Les honoraires sont en général proportionnels à la valeur litigieuse (art. 27 al.
2 LTar). Ainsi pour une valeur litigieuse de 64'021 fr., les honoraires oscillent entre
7600 fr. et 10'200 francs.
12.2
En l’espèce, eu égard à la valeur litigieuse, à la difficulté et à l’ampleur importantes de
l’affaire, à l’activité déployée par les mandataires des parties, qui a essentiellement
consisté à s’entretenir à plusieurs reprises avec leur mandant respectif, à préparer et
rédiger plusieurs mémoires, dont notamment un mémoire-conclusions en lieu et place
des plaidoiries finales, à prendre connaissance des écritures de la partie adverse, à
déposer diverses pièces, à préparer des propositions de questionnaires pour les
témoins et les parties ainsi qu’à participer à plusieurs séances au Tribunal de
A_ qui ont duré au total 11h20, les dépens dus s’élèvent à 11’000 fr., TVA et
débours compris.
En définitive, X_ versera à Y_ SA une indemnité de 7700 fr. à titre
de dépens (11’000 fr. x 7/10).
Quant aux Y_ SA, elle versera à X_ une indemnité de 3300 fr. à
titre de dépens (11'000 fr. x 3/10).