Decision ID: 18859722-2ab6-4bfe-9ad8-abf41617423e
Year: 2015
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. X._, ressortissant ivoirien né le 21 mars 1974, est entré en Suisse le 11 mars 2013 avec un visa « Schengen » délivré par la France. Peu après son arrivée, il a fait la connaissance de Y._, ressortissante italienne née le 1er octobre 1965, titulaire d’une autorisation d’établissement, avec laquelle il a noué une relation sentimentale. L’intéressé a emménagé chez son amie en septembre 2013.
B. X._ s’est adressé au Service de la population (ci-après : SPOP), par lettre datée du 27 janvier 2014, afin d’être autorisé à exercer une activité lucrative indépendante, en collaboration avec sa compagne, Y._, en qualité de commerçant de fruits et légumes.
C. Le SPOP a transmis, le 3 février 2014, cette demande au Service de l’emploi, Contrôle du marché du travail et protection des travailleurs (ci-après : SDE).
Par décision du 6 février 2014, le SDE a refusé de délivrer à X._ l’autorisation qu’il avait sollicité, retenant en substance que son admission ne représentait pas un intérêt économique prépondérant pour la Suisse, son entreprise ne contribuant pas à la diversification de l’économie régionale dans la branche concernée et ne créant pas de places de travail pour la main-d’œuvre locale.
D. Par décision du 16 avril 2014, notifiée le 13 mai 2014, le SPOP a refusé de délivrer à X._ une autorisation de séjour au motif qu’il était lié par la décision négative du SDE, et a prononcé son renvoi de Suisse.
E. Par acte du 5 juin 2014, X._ (ci-après : le recourant) a recouru devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (ci-après : le tribunal) contre cette décision dont il demande implicitement l’annulation.
Dans sa réponse du 16 juillet 2014, le SPOP a indiqué que lorsqu’un étranger sollicite une première autorisation de séjour au titre de l’exercice d’une activité lucrative indépendante, comme en l’espèce, la prise d’emploi doit au préalable être autorisée par le SDE et que par conséquent le SPOP est lié par cette décision, de sorte qu’il ne peut délivrer une autorisation si la prise d’emploi a fait l’objet d’une décision négative du SDE entrée en force. Il a conclu au rejet du recours.
Le 18 août 2014, le recourant a fait part de ses observations en alléguant qu’il avait été contraint de quitter la Côte d’Ivoire en raison de la guerre qui y sévissait. Il a précisé que sa famille et lui-même font l’objet de menaces. Le recourant a encore déclaré qu’il souhaitait épouser sa compagne, Y._.
Dans ses déterminations finales du 20 août 2014, le SPOP a indiqué que les arguments invoqués n’étaient pas de nature à modifier sa décision, laquelle était par conséquent maintenue.

Considérant en droit
1. Interjeté en temps utile auprès de l'autorité compétente, le recours satisfait par ailleurs aux autres conditions formelles de recevabilité (cf. art. 79 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; RSV 173.36], applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD), de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2. a) Les ressortissants étrangers ne bénéficient en principe d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail, sauf s'ils peuvent le déduire d'une norme particulière du droit fédéral ou d'un traité international (ATF 130 II 281 consid. 2.1 p. 284; 493 consid. 3.1. p. 497/498; 128 II 145 consid. 1.1.1 p. 148 et les arrêts cités). Le recourant, ressortissant de Côte-d'Ivoire, ne peut pas invoquer de traité en sa faveur. Le recours s'examine dès lors uniquement au regard du droit interne, soit de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20) et ses dispositions d'application.
b) En vertu de l’art. 40 al. 2 LEtr, lorsqu’un étranger ne possède pas de droit à l’exercice d’une activité lucrative, une décision cantonale préalable concernant le marché du travail est nécessaire pour l’admettre en vue de l’exercice d’une activité lucrative, ainsi que pour l’autoriser à changer d’emploi ou à passer d’une activité lucrative salariée à une activité lucrative indépendante. L’art. 83 al. 1er let. a OASA précise qu’avant d’octroyer une première autorisation de séjour ou de courte durée en vue de l’exercice d’une activité lucrative, l’autorité cantonale compétente décide si les conditions sont remplies pour exercer une activité lucrative salariée ou indépendante au sens des art. 18 à 25 LEtr. Dans le canton de Vaud, cette décision relève de la compétence du SDE. L'autorisation de séjour relève de celle du SPOP.
Ainsi, si la demande d'autorisation de séjour de l'intéressé ne se fonde pas sur un autre motif que l'exercice d'une activité lucrative, le SPOP est lié par le refus du SDE, conformément à la pratique et à la jurisprudence constante (cf. notamment arrêts PE.2012.0167 du 22 août 2012 consid. 3; PE.2012.0113 du 11 avril 2012 consid. 3a).
c) En l'espèce, la décision attaquée se réfère à la décision du SDE du 6 février 2014, qui n’a pas été contestée. L’autorité intimée n’avait ainsi pas d’autre choix que de rejeter la demande d’autorisation de séjour du recourant, qui ne bénéficie par ailleurs d'aucun droit de séjour en Suisse découlant du droit interne ou du droit international.
3. Le SPOP, s’estimant à juste titre lié par la décision du SDE, n’a donc pas procédé à l'examen de la question sur le fond. Même si le recours avait été dirigé contre la décision du SDE, il aurait dû tout de même être rejeté pour les raisons suivantes :
a) Aux termes de l’art. 19 LEtr, un étranger peut être admis en vue de l’exercice d’une activité lucrative indépendante aux conditions suivantes : son admission sert les intérêts économiques du pays (let. a), les conditions financières et les exigences relatives à l’exploitation de l’entreprise sont remplies (let. b), les conditions fixées aux art. 20 et 23 à 25 sont remplies (let. c).
L'art. 20 LEtr, auquel renvoie l'art. 19 let. c LEtr, dispose que le Conseil fédéral peut limiter le nombre d'autorisations de séjour initiales octroyées en vue de l'exercice d'une activité lucrative (al. 1). Il peut fixer un nombre maximum d'autorisations pour la Confédération et pour chaque canton (al. 2). L'art. 20 al. 1 de l'ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative (OASA; RS 142.201) précise que les cantons peuvent délivrer des autorisations de séjour pour des séjours en vue d'exercer une activité lucrative d'une durée supérieure à un an, dans les limites des nombres maximums fixés à l'annexe 2, ch. 1, let. a. 23 LEtr.
Conformément à l’art. 23 LEtr, seuls les cadres, les spécialistes ou autres travailleurs qualifiés peuvent obtenir une autorisation de courte durée ou de séjour (al. 1). En cas d’octroi d’une autorisation de séjour, la qualification professionnelle de l’étranger, sa capacité d’adaptation professionnelle et sociale, ses connaissances linguistiques et son âge doivent en outre laisser supposer qu’il s’intégrera durablement à l’environnement professionnel et social (al. 2). Peuvent être admis, en dérogation aux al. 1 et 2, les investisseurs et les chefs d'entreprise qui créeront ou qui maintiendront des emplois (al. 3 let. a), les personnalités reconnues des domaines scientifique, culturel ou sportif (al. 3 let. b), les personnes possédant des connaissances ou des capacités professionnelles particulières, si leur admission répond de manière avérée à un besoin (al. 3 let. c), les cadres transférés par des entreprises actives au plan international (al. 3 let. d) et les personnes actives dans le cadre de relations d'affaires internationales de grande portée économique et dont l'activité est indispensable en Suisse (al. 3 let. e).
b) D'après les directives de l'Office fédéral des migrations (actuellement le Secrétariat d’Etat aux migrations) dans le domaine des étrangers (séjour avec activité lucrative, état au 1er juillet 2014), les requêtes tendant à l'octroi d'une autorisation de séjour pour activité lucrative indépendante sont soumises à un examen des conditions relatives au marché du travail selon l'art. 19 LEtr et peuvent être admises s’il est prouvé qu’il en résultera des retombées durables positives pour le marché suisse du travail. On considère que le marché suisse du travail tire durablement profit de l’implantation lorsque la nouvelle entreprise contribue à la diversification de l’économie régionale dans la branche concernée, obtient ou crée des places de travail pour la main-d’oeuvre locale, procède à des investissements substantiels ou génère de nouveaux mandats pour l’économie helvétique (ch. 4.7.2.1). Afin de permettre à l'autorité d'examiner les conditions financières et les exigences liées à l'exploitation de l'entreprise (art. 19 let. b LEtr), les demandes doivent être motivées et accompagnées des documents conformément à la liste de vérification des annexes à fournir et d’un plan d’exploitation. Celui-ci devra notamment fournir des indications sur les activités prévues, l'analyse de marché (business plan), le développement de l’effectif du personnel (plans quantitatif et qualitatif) et les possibilités de recrutement, ainsi que les investissements prévus, le chiffre d’affaires et le bénéfice escomptés. Les liens organisationnels avec d’autres entreprises sont également à indiquer. L’acte constitutif de l’entreprise et/ou extrait du registre du commerce doit être joint (ch. 4.7.2.3, voir aussi ch. 4.8.11 relatif aux annexes à joindre à la demande).
c) En l’espèce, l’autorité intimée a considéré que l’activité lucrative indépendante envisagée par le recourant, à savoir le commerce de fruits et légumes, ne représentait pas un intérêt économique prépondérant pour la Suisse.
Cette appréciation doit être confirmée. En effet, le recourant n'a pas établi que son activité de commerce de fruits et légumes servirait les intérêts économiques de la Suisse, c'est-à-dire qu'il contribuerait à la diversification de l’économie régionale dans la branche concernée, obtiendrait ou créerait des places de travail pour la main-d’oeuvre locale, procéderait à des investissements substantiels ou générerait de nouveaux mandats pour l’économie helvétique. Le recourant n'a par exemple pas prouvé - et ne l'a du reste pas même allégué - qu'il engagerait un ou plusieurs employés et créerait ainsi une ou plusieurs places de travail.
Enfin, force est de constater que le recourant ne remplit également pas les conditions permettant de déroger à l'exigence de qualifications personnelles (art. 23 al. 3 LEtr): en effet, il n'occupe aucune des fonctions citées aux let. a à e de cette disposition; il ne le prétend du reste pas.
4. S’agissant de l’argument relatif au projet de mariage du recourant avec Y._, celui-ci n’est pas, comme l’a relevé l’autorité intimée, relevant puisque aussi bien le recourant que sa compagne sont encore chacun mariés de leur côté.
5. Quant à l’argument selon lequel le recourant ferait l’objet de menaces dans son pays d’origine, il ne saurait être pris en considération car il sort du champ de compétence du SDE, dont la décision lie l’autorité intimée, conformément aux art. 18 à 25 LEtr, 40 al. 2 LEtr et 88 OASA.
6. Il résulte de ce qui précède que l'autorité intimée était fondée à considérer que le recourant ne remplissait pas les conditions à l'obtention d'une autorisation de séjour avec activité lucrative indépendante.
7. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et au maintien de la décision attaquée, aux frais du recourant, qui succombe (art. 49 al. 1 LPA-VD). Il n'y a pas matière à allocation de dépens.