Decision ID: 2b5d3750-4a49-4c91-b693-6d3d388baa1d
Year: 2022
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

La Cour des plaintes, vu:
 la commission rogatoire émise le 5 mars 2020 par le Parquet National
Financier de la Cour d’Appel de Paris (France) à l’attention des autorités
suisses (v. act. 1.4),
 la décision d’entrée en matière du 20 avril 2020, par laquelle le Ministère
public de la République et canton de Genève (ci-après: MP-GE), a
notamment déclaré admissible la demande d’entraide et ordonné, par
ordonnance séparée du 19 mai 2020, la saisie probatoire de la
documentation bancaire relative aux relations dont C. est ou aurait été
titulaire, ayant droit économique ou fondé de procuration en les livres de la
banque D. (act. 1.5 et 1.6),
 les courriers des 8 juin 2020 et 25 janvier 2021, par lesquels la banque D. a
transmis au MP-GE la documentation bancaire relative au compte n° 1
détenu par la société dissoute E. Limited (v. act. 1.4),
 la décision de clôture rendue le 28 octobre 2021 par le MP-GE, au terme de
laquelle le procureur général a ordonné la transmission à l’autorité
requérante des pièces remises par la banque susmentionnée (act. 1.4),
 le recours interjeté en date du 29 novembre 2021 conjointement par A.
Limited et B. contre la décision de clôture précitée (act. 1),
 la requête adressée le 3 décembre 2021 par la Cour des plaintes du Tribunal
pénal fédéral (ci-après: la Cour), tendant à ce que le conseil des recourants
lui transmette, notamment, des documents attestant que ceux-ci sont
habilités à représenter la société dissoute E. Limited (act. 3),
 l'avertissement donné dans la correspondance susmentionnée, selon lequel
l’irrecevabilité du recours serait prononcée à défaut de transmission, dans le
délai imparti, des documents requis (act. 3),
 le courrier qui s’en est suivi transmis par les recourants à la Cour de céans
en date du 16 décembre 2021 (act. 5),

et considérant que:
 l'entraide judiciaire entre la République française et la Confédération suisse
est prioritairement régie par la Convention européenne d'entraide judiciaire
en matière pénale (CEEJ; RS 0.351.1), entrée en vigueur pour la Suisse le
20 mars 1967 et pour la France le 21 août 1967, ainsi que par l'Accord
- 3 -
bilatéral complétant cette Convention (RS 0.351.934.92), conclu le
28 octobre 1996 et entré en vigueur le 1er mai 2000. Les art. 48 ss de la
Convention d'application de l'Accord de Schengen du 14 juin 1985 (CAAS;
n° CELEX 42000A0922[02]; Journal officiel de l'Union européenne L 239 du
22 septembre 2000, p. 19-62) s'appliquent également à l'entraide pénale
entre la Suisse et la France (v. arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2008.98
du 18 décembre 2008 consid. 1.3). Peut également s'appliquer, en
l'occurrence, la Convention européenne relative au blanchiment, au
dépistage, à la saisie et à la confiscation des produits du crime
(CBl; RS 0.311.53). Les dispositions de ces traités l'emportent sur le droit
autonome qui régit la matière, soit la loi fédérale du 20 mars 1981 sur
l'entraide internationale en matière pénale (EIMP; RS 351.1) et son
ordonnance d'exécution du 24 février 1982 (OEIMP; RS 351.11). Le droit
interne reste toutefois applicable aux questions non réglées, explicitement
ou implicitement, par le traité et lorsqu'il est plus favorable à
l'entraide (ATF 140 IV 123 consid. 2; 137 IV 33 consid. 2.2.2; 136 IV
82 consid. 3.1; 129 II 462 consid. 1.1; 124 II 180 consid. 1.3; arrêt du
Tribunal pénal fédéral RR.2010.9 du 15 avril 2010 consid. 1.3). Le principe
du droit le plus favorable à l'entraide s'applique aussi pour ce qui concerne
le rapport entre elles des normes internationales pertinentes (v. art. 48 par. 2
CAAS et 39 CBl). L'application de la norme la plus favorable doit avoir lieu
dans le respect des droits fondamentaux (ATF 135 IV 212 consid. 2.3; 123 II
595 consid. 7c);
 en vertu de l'art. 37 al. 2 let. a de la loi fédérale du 19 mars 2010 sur
l'organisation des autorités pénales de la Confédération (LOAP; RS 173.71),
mis en relation avec les art. 25 al. 1 et 80e al. 1 EIMP et 19 du règlement du
31 août 2010 sur l'organisation du Tribunal pénal fédéral (ROTPF;
RS 173.713.161), la Cour de céans est compétente pour connaître des
recours dirigés contre les décisions de clôture de la procédure d'entraide
rendues par l'autorité cantonale ou fédérale d'exécution et, conjointement,
contre les décisions incidentes;
 aux termes de l'art. 80h let. b EIMP, a qualité pour recourir en matière
d'entraide quiconque est personnellement et directement touché par une
mesure d'entraide et a un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée
ou modifiée; précisant cette disposition, l'art. 9a let. a OEIMP reconnaît au
titulaire d'un compte bancaire la qualité pour recourir contre la remise à l'État
requérant d'informations relatives à ce compte (ATF 137 IV 134 consid. 5;
118 Ib 547 consid. 1d); en revanche, l'ayant droit économique d'un compte
bancaire n'a pas la qualité pour recourir contre la transmission de pièces
concernant ledit compte (ATF 122 II 130 consid. 2b); exceptionnellement, la
qualité pour agir est reconnue à l'ayant droit d'une société titulaire de compte
- 4 -
lorsque celle-ci a été dissoute et liquidée, sous réserve de l'abus de droit
(ATF 139 II 404 consid. 2.1.1; 137 IV 134 consid. 5.2.1; arrêt du Tribunal
fédéral 1C_401/2021 du 28 juillet 2021 consid. 2.3); il appartient dans ce cas
à l'ayant droit de former le recours en son nom propre et de prouver, outre
la dissolution, sa qualité d'ayant droit économique, en produisant les
documents idoines en faveur de cette thèse (ATF 123 II 153 consid. 2c et
2d; arrêts du Tribunal fédéral 1C_122/2011 du 23 mai 2011 consid. 2;
1A.268/2006 du 16 février 2007 consid. 2.3; arrêts du Tribunal pénal fédéral
RR.2019.73 du 21 octobre 2019 consid. 4.2; RR.2017.292-293 du 27 avril
2018 consid. 2.1.2 et les réf. citées; RR.2015.14 du 11 février 2015 et les réf.
citées; ZIMMERMANN, La coopération judiciaire internationale en matière
pénale, 5e éd. 2019, n. 529 et les réf. citées); le fait que la société liquidée
l'ait été en faveur de l'ayant droit économique est essentiel pour juger de la
recevabilité du recours (arrêt du Tribunal fédéral 1C_440/2011 du 17 octobre
2011 consid. 1.5); la qualité pour recourir ne sera reconnue audit ayant droit
que si l'acte de dissolution indique clairement ce dernier comme étant le
bénéficiaire de la société dissoute (arrêts du Tribunal fédéral 1C_162/2018
du 29 mai 2018 consid. 2.1.1 et 2.2; 1B_466/2017 du 27 mars 2018
consid. 3.1 et 3.2; 1C_183/2012 du 12 avril 2012 consid. 1.4; 1C_161/2011
du 11 avril 2011 consid. 1.3.1 et les réf. citées); la preuve peut toutefois
également être apportée par le biais d'autres moyens, il est alors nécessaire
que la documentation produite dans ce cadre désigne clairement le titulaire
du compte comme détenteur des biens de la société dissoute (arrêt du
Tribunal fédéral 1C_401/2021 du 28 juillet 2021 consid. 2.3 et les réf. citées;
arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.20121.80-81 du 16 juin 2021 et les réf.
citées);
 en l’espèce, les recourants allèguent en substance que la société E. Limited
a été dissoute le 1er novembre 2019 et que A. Limited était à cette date
l’actionnaire de cette dernière de sorte qu’elle dispose de la qualité pour
recourir, à l’instar de B., qui est l’ayant droit économique de la société
recourante (act. 1.7 et 5.3); à l’appui de ce qui précède, les recourants ont
notamment produit un document du Registry of Corporate Affairs des Îles
Vierges britanniques du 11 novembre 2020 indiquant que E. Limited a été
« struck off the register » le 1er novembre 2019, le Certificate of Incumbency
de A. Limited daté du 8 mars 2017 ainsi que le « share certificate » du
17 février 2017, attestant que cette dernière société détient les 50'000
actions de E. Limited (ibidem);
 conformément à la jurisprudence précitée et à la lecture des pièces fournies
par les recourants, la Cour de céans constate l’absence d’éléments
permettant d’établir qu’ils aient été les bénéficiaires des avoirs de la société
dissoute;
- 5 -
 ayant failli à apporter les informations requises par la jurisprudence, il
s'ensuit que les recourants ne disposent pas de la qualité pour agir;
 le recours doit, partant, être déclaré irrecevable;
 au vu de la conclusion qui précède et en application de l'art. 57 al. 1 de la loi
fédérale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative (PA;
RS 172.021), la Cour de céans a renoncé à procéder à un échange
d'écritures;
 les frais de procédure sont mis à la charge de la partie qui succombe (art. 63
al. 1 PA, applicable par renvoi de l'art. 39 al. 2 let. b LOAP); la partie dont le
recours est déclaré irrecevable est également considérée avoir succombé;
le montant de l'émolument est calculé en fonction de l'ampleur et de la
difficulté de la cause, de la façon de procéder des parties, de leur situation
financière et des frais de chancellerie (art. 73 al. 2 LOAP);
 au vu de ce qui précède, il incombe aux recourants de supporter de manière
solidaire les frais du présent arrêt, fixés à CHF 2'000.-- (v. art. 73 al. 2 LOAP
et art. 8 al. 3 du règlement du 31 août 2010 du Tribunal pénal fédéral sur les
frais, émoluments, dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale
[RFPPF; RS 173.713.162]; art. 63 al. 5 PA), lesquels sont entièrement
couverts par l'avance de frais déjà versée, étant précisé que le solde par
CHF 3'000.-- leur sera restitué par la caisse du Tribunal pénal fédéral.
- 6 -