Decision ID: fccf5b1d-10fc-402c-9b54-542364738e4c
Year: 2008
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
François et Pierrette Iselin sont propriétaires de la parcelle no 650 du registre foncier d'Epalinges. D'une superficie de 776 m
2, ce bien-fonds est colloqué en zone de villas II selon le règlement communal du plan général d'affectation adopté par le Conseil communal le 8 mars 2005, approuvé par le Département des institutions et des relations extérieures le 13 juillet 2005 et entré en vigueur le 16 novembre 2005 (RPGA). En zone de villas II, le RPGA fixe notamment un coefficient d'occupation au sol (COS) maximum de 0,1, pour une surface minimale de 2'500 m2. La parcelle no 650 est limitée à l'est et au nord par le chemin de la Girarde, au sud par la parcelle no 1'145, vierge de toute construction, et à l'ouest par la parcelle no 649, sur laquelle se trouve une villa individuelle. Une maison d'habitation (no ECA 578) de 70 m2 - véranda non comprise - est bâtie au milieu de sa moitié nord. Quant à sa moitié sud, elle marquée par une pente orientée à l'est.
B.
Dans le courant de l'année 1992, François Iselin, architecte EPF, alors chargé de cours à la faculté Environnement naturel architectural et construit (ENAC) de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), a construit dans son jardin, à titre expérimental, un prototype de serre solaire ou "dôme géodésique" (le dôme). Sans fondations, mais fixé au sol par quelques pieux, cette construction est une structure polyédrique formée de tubes métalliques assemblés en triangles et recouverts de bâches en plastique translucide. Elle est implantée à environ cinq mètres de l'angle sud du bâtiment d'habitation no ECA 578.
C.
Par lettre du 3 décembre 2002, la Municipalité d'Epalinges (la municipalité) a demandé à François Iselin de produire notamment un plan de situation, un croquis et un descriptif du dôme qu'il avait construit sur son terrain sans autorisation, afin de se déterminer sur son sort.
L'intéressé y a fait suite le 7 décembre 2002, précisant que notamment le dôme était le produit de recherches en cours, qu'il l'avait installé sur sa propriété pour en faciliter l'étude et la surveillance et qu'il n'était pas destiné à être habité.
Le 10 décembre 2002, la municipalité a prié François Iselin de faire entre autres disparaître le dôme d'ici le 3 février 2003. Elle l'a informé huit jours plus tard qu'elle ne s'opposait pas à ce qu'il soit mis à l'enquête publique, avec mention de son affectation, pour autant que les dérogations qu'il comporte soient signalées.
Le 19 décembre 2003, François Iselin a répondu à la municipalité qu'il
"ne pensait pas"
qu'une demande d'autorisation était nécessaire pour utiliser son terrain afin d'expérimenter des prototypes de constructions non habitables, provisoires, sans fondations ni raccordement et développés sans but lucratif. Il a également relevé que la lettre de la municipalité ne mentionnait pas les droits de recours, alors qu'il entendait en faire usage.
D.
Par décision du 24 décembre 2002, la municipalité a imparti un délai au 28 février 2003 à François Iselin pour démonter, entre autres, le dôme non réglementaire installé sans autorisation sur son terrain. Elle lui a rappelé qu'elle ne s'opposait pas à son maintien pour autant que celui-ci soit mis à l'enquête publique avec mention de l'affectation et des éventuelles dérogations. Les voie et délai de recours figuraient sur cette décision.
E.
François Iselin et son épouse Pierrette ont recouru contre cette décision, concluant à son annulation. Ils ont fait valoir en substance que le dôme existait depuis onze années, que la municipalité, qui l'avait toléré durant ce laps de temps, ne pouvait plus en exiger la disparition et qu'une mise à l'enquête à titre de régularisation n'aurait que peu de sens vu son impact minime et l'absence d'objections des propriétaires voisins directs. Ils invoquaient enfin la violation du principe de la proportionnalité, les dérogations à la réglementation étant minimes et l'intérêt public au respect du règlement communal ne justifiant pas le dommage causé par la démolition.
F.
Après avoir, dans un premier temps, suspendu l'instruction du recours en vue de permettre aux parties de trouver une solution transactionnelle au litige, le Tribunal administratif a procédé à une visite des lieux le 26 janvier 2006, les pourparlers entre parties ayant échoué.
Par arrêt du 17 octobre 2006, le Tribunal administratif a rejeté le recours formé par les époux Iselin, confirmé la décision de la Municipalité d'Epalinges du 24 décembre 2003 et imparti un nouveau délai au 20 janvier 2007 aux recourants pour se conformer à la décision attaquée. Dans son arrêt, le Tribunal administratif a notamment constaté que les recourants n'avaient pas déposé de demande de permis de construire pour le dôme, comme le suggérait la municipalité, qu'ils ne s'étaient même pas donnés la peine de produire un dossier de plans et que, dans ces conditions, il n'y avait pas lieu d'examiner s'il était conforme au droit matériel des constructions. En conséquence, et bien qu'il ne soit pas exclu qu'il puisse faire l'objet d'un permis de construire, ses propriétaires s'obstinant cependant à ne pas demander l'autorisation requise et à refuser la production d'un dossier de plans qui permettrait la mise à l'enquête publique, le tribunal a confirmé l'ordre de son enlèvement.
Cet arrêt est devenu exécutoire.
G.
Le 20 novembre 2006, François Iselin a déposé une demande de permis de construire pour le dôme, à laquelle il a joint un plan de situation dressé par un géomètre breveté, des plans du dôme (vue d'en haut, coupe et emprise au sol), des photographies prises lors de sa construction en 1992, ainsi que le questionnaire général dûment complété.
La municipalité lui a répondu le 28 novembre 2006 que le dôme non autorisé installé sur sa propriété faisait l'objet d'un arrêt du Tribunal administratif du 17 octobre 2006 ordonnant sa démolition d'ici au 20 janvier 2007, qu'elle ne voyait dès lors pas la possibilité d'ouvrir la procédure de mise à l'enquête de cette construction et lui a renvoyé les plans produits le 20 novembre 2006.
Le 18 décembre 2006, François Iselin a informé la municipalité que la demande de permis de construire du dôme avait été retardée en raison de ses obligations professionnelles avant sa retraite, que cette construction était non seulement tolérée, mais toujours estimée par tous ses voisins depuis 14 ans et que, complètement transformée et rénovée, elle ne s'apparentait plus du tout à ce qu'elle était lors de la visite des lieux par le Tribunal administratif. Aussi, François Iselin a-t-il requis que la municipalité entre en matière sur sa demande de permis de construire, à défaut de quoi il requérrait une décision indiquant les voies de droit.
Par décision du 11 janvier 2007, la municipalité a maintenu sa position et refusé de soumettre le dôme à l'enquête publique, en indiquant les voie et délai de recours.
H.
François et Pierrette Iselin ont interjeté recours contre cette décision le 1
er
février 2007. Ils concluent à ce que la décision entreprise soit annulée et à ce qu'ordre soit donné à la municipalité de traiter la demande de permis et de mise à l'enquête publique qu'ils ont déposée le 20 novembre 2006.
Le 2 février 2007, le juge instructeur a provisoirement accordé l'effet suspensif au recours, en ce sens que les recourants ont été autorisés à maintenir sur leur parcelle la construction faisant l'objet de leur demande de permis de construire du 20 novembre 2006.
Dans sa réponse du 27 avril 2007, la municipalité a conclu au rejet du recours.
Le 2 mai 2007, le juge instructeur a avisé les parties que le tribunal statuerait vraisemblablement sans nouvelle visite des lieux ni audience des débats et dans la même composition que pour son arrêt du 17 octobre 2006.
Conformément à l'art. 2 de la loi du 20 juin 2007 modifiant celle du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA; RSV 173.36), entrée en vigueur le 1er janvier 2008, la présente cause, pendante à cette date devant le Tribunal administratif, a été transmise à la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1.
Déposé en temps utile, le recours satisfait aux conditions formelles énoncées à l'art. 31 LJPA. Il convient donc d'entrer en matière sur le fond.
2.
La municipalité a refusé de mettre à l'enquête publique la demande de permis de construire déposée par les recourants et concernant le dôme, motif pris que le Tribunal administratif, par arrêt du 17 octobre 2006, leur a imparti un nouveau délai au 20 janvier 2007 pour procéder à son enlèvement. En d'autres termes, la municipalité estime que l'ordre de démolition du dôme confirmé par le Tribunal administratif a acquis force de chose jugée, ce qui l'empêcherait d'entrer en matière sur une demande de permis de construire le concernant.
a) Une décision administrative, dès qu'elle n'est plus susceptible de recours ordinaire, est définitive; elle bénéficie alors de la force de chose décidée (ou autorité formelle de chose décidée). On admet en règle générale que les décisions administratives, une fois entrées en force, ne bénéficient pas de l'autorité matérielle de chose décidée; tel est à tout le moins le cas s'agissant des décisions prises en première instance qui ont de surcroît des effets à caractère durable; celles-ci peuvent donc être adaptées par la suite (Pierre Moor, Droit administratif II, 2
ème
éd. 2002, p. 323 ss). En revanche, les arrêts émanant de la juridiction administrative bénéficient, au même titre que les jugements civils ou pénaux, de l'autorité matérielle de chose jugée, la règle
"ne bis in idem"
trouvant également application à leur égard (TA arrêt AC.2001.0263 du 9 juillet 2002 consid. 4b/aa). Cependant, la doctrine (André Grisel, Traité de droit administratif suisse, p. 948; dans le même sens Pierre Moor, Droit administratif II, p. 442), comme la jurisprudence du Tribunal administratif (Cour plénière arrêt CP.1997.0003 du 4 juin 1997; TA arrêt RE.1996.0001 du 26 janvier 1996) admettent que l'autorité administrative de première instance peut procéder au réexamen d'une décision, même si cette dernière, à l'occasion d'un pourvoi, a été confirmée par une juridiction administrative; cela suppose toutefois que les conditions d'un nouvel examen ou d'une révocation sont remplies (RDAF 1998 I 215). Tel est notamment le cas lorsque la nouvelle demande excède le cadre des faits retenus dans la précédente décision ou lorsque les moyens juridiques développés sont les mêmes que dans la procédure antérieure, mais à l'appui de faits nouveaux importants survenus depuis le jugement précédent et donc soulevés pour la première fois (TF arrêt non publié 1A.166/1990/PS du 26 novembre 1991 et les références).
b) Il convient dès lors d'examiner si la municipalité était fondée à refuser d'entrer en matière sur la demande de permis de construire présentée par les recourants, compte tenu du fait que le Tribunal administratif avait confirmé l'ordre d'enlèvement du dôme. Si, dans son arrêt du 17 octobre 2006, le tribunal a confirmé l'ordre de démolition, ce n'est pas parce l'ouvrage litigieux n'était pas conforme à la réglementation matérielle des constructions, question qu'il n'a pas examinée faute de disposer d'un dossier de plans adéquats, mais parce que les recourants s'obstinaient à ne pas demander l'autorisation requise et à refuser l'établissement de plans d'enquête, car ils jugeaient une telle formalité dépourvue de sens. Le dépôt d'une demande de permis de construire par les recourants modifie les faits retenus par le tribunal pour confirmer l'ordre de démolition, de telle sorte que son arrêt ne fait pas obstacle à l'entrée en matière sur la demande des recourants. Saisie d'une demande de permis de construire pour le dôme, assortie des pièces nécessaires, la municipalité ne pouvait donc pas refuser la mise à l'enquête publique. Dans ce contexte, il faut encore relever que, dans sa décision du 24 décembre 2003, la municipalité rappelait notamment aux recourants qu'elle ne s'opposait pas au maintien du dôme pour autant que celui-ci soit mis à l'enquête publique avec mention de l'affectation et des éventuelles dérogations, confirmant ainsi la position qu'elle avait déjà adoptée en décembre 2002. Son attitude dans la présente cause apparaît ainsi contradictoire.
3.
Conformément aux art. 38 et 55 LJPA, un émolument de justice sera mis à la charge de la Commune d'Epalinges, qui supportera également les dépens auxquels peuvent prétendre les recourants, qui ont procédé par l'intermédiaire d'un avocat et obtiennent gain de cause.