Decision ID: 77881fe2-5c5d-516d-84b3-aece81e38886
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.a.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 9 juillet 2021, A_ recourt contre l’ordonnance rendue le 28 juin précédent, notifiée le lendemain, aux termes de laquelle le Ministère public a refusé d’entrer en matière sur sa plainte pénale déposée le 17 juillet 2020 contre B_ (ci-après : B_) des chefs d’infractions aux art. 138, 158, 163, 164, 181, 251 et 324 CP.
Il conclut, sous suite de frais et dépens non chiffrés :
· sur mesures provisionnelles : à la production, par la banque mise en cause, de documents relatifs à un compte ouvert en ses livres; au blocage, soit du produit de ce compte, soit d'un montant d’USD 1.3 million auprès de cette même banque; à ce que l'Office des faillites soit informé de la procédure pénale en cours et invité à y participer, notamment en se déterminant sur plusieurs points;
· au fond : à l’annulation de la non-entrée en matière querellée, la cause devant être renvoyée au Procureur pour instruction.
a.b.
Dans ce même acte,il recourt également pour violation du principe de célérité, qu’il reproche au Ministère public.
Il conclut au constat d’une telle violation.
b.
Par ordonnance du 14 juillet 2021 (
OCPR/28/2021
), la Direction de la procédure a rejeté la requête de mesures provisionnelles, au motif que statuer sur les conclusions précitées reviendrait à anticiper la décision à rendre sur le fond; elle a, en outre, astreint le recourant à verser des sûretés en CHF 1'500.-.
c.
Ce dernier s’en est acquitté dans le délai imparti.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.a.
A_ a été l’administrateur de la société genevoise C_, active dans le négoce de céréales.
Cette société était titulaire d’une relation bancaire (1_) au sein de l’institution hollandaise B_.
Dite banque a consenti plusieurs prêts à C_.
Pour garantir l’un d’eux, A_ a conclu, le 28 avril 2016, en son nom personnel, un accord avec B_, à teneur duquel il devenait codébiteur de la dette de la société genevoise, d’une part, et mettait en gage divers biens lui appartenant en propre, d’autre part.
a.b.
C_ a été déclarée en faillite le 30 juin 2017.
Au nombre de ses créanciers figuraient A_ (à concurrence d’un peu plus de CHF 7 millions) et la société néerlandaise précitée (à hauteur d’environ USD 30 millions).
Les actifs de la faillie – qui ne comprenaient, d’après le tableau de distribution établi par l’office compétent, aucun avoirs bancaires – n’ont pas permis de couvrir ses dettes.
La procédure de faillite a été clôturée le 22 mars 2018 et la société genevoise, radiée d’office quelques jours plus tard.
b.
Par missive du 22 juin 2020, B_ informait A_ du fait qu’il n'avait pas respecté ses engagements personnels; elle compensait donc le montant d’USD 1.3 million qu’il lui devait avec la somme (d’une quotité identique) qui était – à cette même date – déposée sur le compte de C_ (1_).
c.a.
Le 17 juillet suivant, le prénommé a déposé plainte pénale contre la banque précitée.
En substance, il y exposait que B_, en ayant procédé à la compensation sus-évoquée, s’était appropriée de l’argent –
i.e.
les USD 1.3 million inscrit à l’actif de la relation précitée, encore ouverte à ce jour – qui aurait dû revenir à la masse en faillite, respectivement aux créanciers, de C_ (art. 138, 158, 163, 164, 251 et 324 CP). La banque l’avait contraint (art. 181 CP), par ce procédé, à accepter un tel résultat illicite, faisant de lui, simultanément, son complice.
c.b.
En septembre 2020, le Ministère public a requis de la société mise en cause une détermination écrite sur ces faits.
B_ a nié toute infraction. Les USD 1.3 million litigieux correspondaient aux produits de la réalisation de deux biens gagés par A_, produits qui avaient été crédités, en janvier 2018 et mars 2019, sur le compte 1_ "
pour des raisons purement pratiques
" [A_ ne disposant d’aucune relation au sein de B_]. Ce
modus operandi
, s’il était propre à entrainer une certaine confusion, n’avait toutefois causé aucun dommage aux créanciers de C_, les montants concernés appartenant exclusivement au plaignant, débiteur personnel de la banque. Ce dernier était, du reste, parfaitement au courant de ses agissements.
c.c.
En décembre 2020, le Ministère public a sollicité de la mise en cause la production de documents complémentaires.
c.d.
Parallèlement, en novembre 2020 et janvier 2021, le Procureur a transmis à A_, pour détermination, les écritures et pièces fournies par B_.
Le prénommé, qui s’est prononcé le 29 janvier 2021, a, pour l’essentiel, persisté dans les termes de sa plainte et requis l’administration aussi bien de preuves que de mesures de contrainte.
c.e.
En avril 2021, A_ s’est enquis de la suite que le Procureur entendait donner à la procédure.
Ce magistrat lui a répondu, le 30 du même mois, qu’il se déterminerait prochainement à ce sujet.
C.
Dans sa décision déférée, le Ministère public a considéré que rien ne permettait de retenir que B_ aurait soustrait des fonds à la masse en faillite de C_. À cela s’ajoutait que le litige était de nature purement civil. Le prononcé d’une non-entrée en matière s’imposait donc.
D. a.
À l’appui de son recours, A_ reproche, en substance, au Procureur, un défaut de motivation et un déni de justice, faute de s'être prononcé, dans l’ordonnance précitée, sur chacune des infractions dénoncées, respectivement sur les réquisitions de preuves formulées.
Par ailleurs, l’autorité intimée n’avait "
absolument plus rien fait
" entre les 29 janvier (date du dépôt des dernières déterminations des parties) et 28 juin 2021 (jour du prononcé de la décision attaquée). Des "
mois précieux
" avaient ainsi été perdus pour l’instruction de la cause.
b.
Invité à se déterminer, le Ministère public a retiré l’ordonnance entreprise.
Il conclut au rejet du recours formé pour retard injustifié à statuer, la décision querellée ayant été rendue moins de douze mois après le dépôt de la plainte, période durant laquelle plusieurs échanges d’écritures avaient eu lieu.
c.
Dans sa réplique, A_ prétend que le recours dirigé contre la décision du 28 juin 2021 conserverait un objet, malgré la révocation de celle-ci, au motif que le Procureur n’avait pas encore ouvert d’instruction contre la banque mise en cause, ni ordonné les mesures probatoires/de contrainte requises par ses soins. Il convenait donc d’interpeller ce magistrat pour qu’il rende, à bref délai, des décisions en ce sens, le traitement du recours devant être suspendu dans l’intervalle.
Par ailleurs, le comportement critiquable du Ministère public – qui avait consisté à rendre une décision "
indigente
" pour ensuite "
corriger le tir en fonction de son estimation des chances de succès du recours
" – devrait être "
sévèrement sanctionn
[é]" par la Chambre de céans.
Finalement, le Procureur ne contestait pas être resté inactif pendant une période de l’ordre de cinq mois.
d.
Le Ministère public n’a pas dupliqué.

EN DROIT
:
1.
Le recours est, en premier lieu, dirigé contre la décision du 28 juin 2021.
1.1.
Cet acte a été déposé dans le délai et selon la forme prescrits (art. 393 et 396 al. 1 CPP) à l’encontre d’une ordonnance sujette à contestation auprès de la Chambre de céans (art. 310 al. 2
cum
322 al. 2 CPP; 393 al. 1 let. a CPP).
1.2.1.
Le recourant doit avoir un intérêt actuel et pratique (art. 382 CPP) au traitement de son acte, intérêt qui doit exister tant au moment du dépôt du recours qu'à celui où l'arrêt est rendu (ATF
137 I 296
consid. 4.2 p. 299). Tel n’est plus le cas lorsque la décision attaquée a été exécutée ou est devenue sans objet (ATF
125 II 86
consid. 5b p. 97; arrêt du Tribunal fédéral
1B_283/2020
du 20 novembre 2020 consid. 1.2).
1.2.2.
En l'occurrence, l’ordonnance de non-entrée en matière querellée a été révoquée par le Ministère public après le dépôt du recours.
Le litige, circonscrit – n’en déplaise au recourant – à la clôture de la procédure, est donc devenu sans objet.
Il sera loisible au plaignant de requérir ultérieurement du Procureur le prononcé des mesures/décisions qu’il estime nécessaires.
Quant au comportement que le recourant impute au Ministère public (soit celui d’avoir rendu une décision "
indigente
" pour ensuite "
corriger le tir en fonction de son estimation des chances de succès du recours
"), il est exorbitant au refus d’entrer en matière entrepris, de sorte qu’il n’y a pas lieu de statuer sur ce point.
1.3.
Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il est dirigé contre la décision du 28 juin 2021, est sans objet.
2.
Dit recours est également formé pour retard injustifié du Ministère public à statuer.
Il est, sous cet angle, recevable, ce grief, formulable en tout temps (art. 396 al. 2 CPP), ayant été invoqué par le plaignant, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. b CPP) qui dispose d’un intérêt juridiquement protégé à voir poursuivre, à tout le moins, l’infraction alléguée à l’art. 181 CP (art. 115 CPP), et ce dans un délai approprié (art. 382 CPP).
3.
3.1.
Les art. 29 al. 1 Cst féd. et 5 CPP garantissent à toute personne le droit à ce que sa cause soit traitée dans un délai raisonnable; ils consacrent le principe de célérité et prohibent le retard injustifié à statuer. L'autorité viole cette garantie lorsqu'elle ne rend pas une décision qu'il lui incombe de prendre dans le délai prescrit par la loi ou celui que la nature de l'affaire et les circonstances font apparaître comme raisonnable (ATF
143 IV 373
consid. 1.3.1 p. 377). Le caractère approprié de ce délai s'apprécie selon les circonstances particulières de la cause, eu égard notamment à la complexité de l'affaire, à l'enjeu du litige pour l'intéressé, à son comportement ainsi qu'à celui des autorités compétentes (ATF
135 I 265
consid. 4.4 p. 277). Des périodes d'activités intenses peuvent compenser le fait que le dossier a été laissé momentanément de côté en raison d'autres affaires. L'on ne saurait reprocher à l'autorité quelques temps morts, qui sont inévitables dans une procédure; lorsqu'aucun d'eux n'est d'une durée vraiment choquante, c'est l'appréciation d'ensemble qui prévaut. Selon la jurisprudence, apparaît comme une carence choquante une inactivité de treize ou quatorze mois au stade de l'instruction (ATF
130 IV 54
consid. 3.3.3 p. 56 s.; arrêt du Tribunal fédéral
6B_172/2020
du 28 avril 2020 consid. 5.1).
3.2.
In casu
, le Ministère public a, entre les étés 2020 (époque du dépôt de la plainte) et 2021 (période du prononcé de la décision attaquée), requis des parties les diverses prises de position évoquées aux lettres
B.c.b
à
B.c.d
ci-dessus.
Aucun des intervalles – allant de quelques semaines à cinq mois au plus – qui sépare chacune de ses demandes n’emporte, en lui-même, une violation du principe de célérité, faute d'être d'une durée choquante. Par ailleurs, le Procureur a dû prendre connaissance, entre février 2021 (moment où il disposait de l’ensemble des déterminations des intéressés) et le jour de la décision de non-entrée en matière, desdites déterminations ainsi que des pièces qui y étaient annexées.
À cela s’ajoute que la durée globale de la procédure demeure raisonnable, l’affaire portant sur la commission de sept infractions. Aucun retard excessif ne peut donc être retenu, en l’état.
Partant, le grief tiré de la violation du principe de célérité est infondé.
3.3.
Il s’ensuit que le recours, sur ce point, doit être rejeté.
4.
L’acte a été, pour partie, déclaré sans objet – cas de figure dans lequel son auteur n’est pas présumé avoir succombé au sens de l’art. 428 al. 1 CPP (
ACPR/803/2021
du 23 novembre 2021) – et, pour partie, rejeté.
Le plaignant sera donc condamné à la moitié des frais de la procédure de recours, fixés à CHF 1’500.- en totalité, émolument de décision inclus (art. 3
cum
13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP;
E 4 10.03
), soit au paiement de CHF 750.-, montant qui sera prélevé sur les sûretés versées.
Le solde de ces frais (CHF 750.-) sera laissé à la charge de l'État et celui des sûretés (CHF 750.-), restitué au recourant.
5.
Représenté par un avocat, le plaignant n’a pas requis ni justifié de prétentions en indemnité au sens de l'art. 433 al. 2 CPP, applicable en instance de recours (art. 436 al. 1 CPP), de sorte qu'il ne lui en sera point alloué (arrêt du Tribunal fédéral
6B_1345/2016
du 30 novembre 2017 consid. 7.2).
* * * * *