Decision ID: 6b93118b-ed2b-43bd-bcc2-9539780d35e0
Year: 2002
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. Le 27 août 2001, A. X._, née le 31 octobre 1976, a débuté un apprentissage de décoratrice au sein de l'entreprise ******** à Lausanne, apprentissage pour lequel elle a fait une demande de bourse. Son salaire mensuel s'élève à 700 fr. Pour compléter ce revenu, elle travaille le week-end à la station ********, à Lausanne.
B. Par décision du 23 août 2001, l'Office cantonal des bourses d'études et d'apprentissage (ci-après: l'office) a rejeté la demande de A. X._, aux motifs que la capacité financière de ses parents dépassaient les normes fixées par le barème et qu'elle n'avait pas exercé régulièrement une activité lucrative dans le canton de Vaud dix-huit mois au moins avant le début des études pour lesquelles elle demandait l'aide de l'Etat.
C. Le 6 septembre 2001, A. X._ a formé recours contre cette décision, faisant valoir, en substance, que depuis des années elle s'efforçait d'être aussi indépendante que possible de ses parents, mais que son emploi à la station ******** l'empêchait de se consacrer pleinement à la réussite de sa formation et lui occasionnait une grande fatigue. Elle a produit diverses pièces relatives aux salaires perçus lors des différents emplois qu'elle a occupés depuis août 1998. Elle conclut implicitement à l'annulation de cette décision.
Par courrier du 23 septembre 2001, B. X._, père de la recourante, a notamment exposé qu'une partie de son revenu servait à rembourser des dettes bancaires contractées pour l'achat d'un pavillon en France et que soutenir financièrement sa fille lui imposerait d'augmenter ses dettes. Il a précisé en outre que, dès la 25ème année de sa fille, il ne bénéficierait plus d'allocations de formation professionnelle, ni du quotient familial, ni de la déduction pour enfant à charge. Il a également produit de nombreuses pièces relatives à ses remarques.
Dans sa réponse du 1er octobre 2001, l'office expose que la recourante ne pouvait pas être considérée comme indépendante au sens de la loi du 11 septembre 1973 sur l'aide aux études et à la formation professionnelle (LAE) et conclut, après un calcul détaillé, au rejet du recours et au maintien de la décision attaquée.
A. X._ n'a pas déposé de mémoire complémentaire dans le délai qui lui était accordé pour ce faire. Elle a, en revanche, versé en temps utile l'avance de frais qui lui avait été demandée.

Considérant en droit:
1. Déposé en temps utile, le recours satisfait aux conditions formelles énoncées à l'art. 31 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA). Il y a donc lieu d'entrer en matière sur le fond.
2. Toute personne remplissant les conditions fixées par la loi a droit au soutien financier de l'Etat pour la poursuite d'études ou d'une formation professionnelle. Pour l'essentiel, ces conditions sont de deux ordres : des conditions de nationalité et de domicile d'une part, des conditions financières d'autre part. Les conditions financières reposent sur l'un des principes cardinaux de la loi du 11 septembre 1973 sur l'aide aux études et à la formation professionnelle (LAE), exprimé à son article 2 : "Le soutien de l'Etat est destiné à compléter celui de la famille, au besoin à y suppléer". C'est dire que ce soutien a un caractère subsidiaire. Le législateur a voulu maintenir le principe de la responsabilité de la famille. La nécessité et la mesure du soutien à accorder dépendent donc des moyens financiers dont le requérant et ses père et mère (les parents) disposent pour assumer les frais d'études, de formation et d'entretien du requérant. Toutefois, la capacité financière des personnes autres que les parents qui subviennent à l'entretien du requérant et celle du requérant lui-même sont seules prises en considération dans les cas prévus à l'art. 12 ch. 1 et 2 (art. 14 al. 1 et 2 LAE), soit si d'autres personnes domiciliées dans le canton de Vaud subviennent à l'entretien du requérant (art. 12 ch. 1) ou si, depuis dix-huit mois au moins, le requérant majeur est domicilié dans le canton de Vaud et s'y est rendu financièrement indépendant (ch. 2). L'art. 12 ch. 2 deuxième phrase LAE dispose qu'est réputé financièrement indépendant le requérant âgé de moins de vingt-cinq ans qui a exercé une activité lucrative continue, en principe dix-huit mois immédiatement avant le début des études ou de la formation pour lesquelles il demande l'aide de l'Etat.
Entre février 2000 et juillet 2001, A. X._ n'a pas exercé d'activité lucrative régulière au sens strict, mais elle a occupé plusieurs emplois temporaires, d'une durée maximum de onze mois pour l'un d'entre eux, qui lui ont rapporté le montant total de 16'715 fr. Le tribunal de céans a déjà jugé qu'une activité lucrative sporadique, avant ou en cours d'études, ne crée pas l'indépendance financière, même si, par ce moyen, un requérant est parvenu à ne plus dépendre du soutien financier de sa famille (v. Tribunal administratif, arrêt BO96/0138, et BGC, printemps 1979, p. 421). Selon la jurisprudence précitée, la recourante ne s'est pas rendue financièrement indépendante au sens de la LAE. Elle ne conteste d'ailleurs pas cette appréciation. Dans ces circonstances, la nécessité et la mesure du soutien à lui accorder dépendent exclusivement des moyens financiers dont ses père et mère disposent pour assumer ses frais d'études, de formation et d'entretien (art. 14 al. 1 LAE).
3. Selon l'art. 16 LAE entrent en ligne de compte pour l'évaluation de la capacité financière les charges, à savoir les dépenses d'entretien et de logement (ch. 1), les ressources, soit le revenu net admis par la commission d'impôt (ch. 2 lit. a), la fortune, dans la mesure où elle dépasse le but d'une juste prévoyance et si par son mode d'investissement, le capital peut supporter en faveur du requérant des prélèvements qui ne portent pas un préjudice sensible à l'activité économique de la famille (ch. 2 lit. b), et l'aide financière accordée par toute institution publique ou privée (ch. 2 lit. c).
Aux termes de l'art. 18 LAE, les "charges sont calculées selon un barème des charges normales, compte tenu de la composition de la famille et du nombre et de l'âge des enfants. Ce barème, établi et périodiquement adapté par la Commission cantonale des bourses d'études, doit être approuvé par le Conseil d'Etat.". En fait, depuis la modification du règlement d'application de la LAE (RAE) le 10 juillet 1996, les charges normales sont fixées par l'art. 8 al. 2 RAE. Elles "correspondent aux frais mensuels minimum d'une famille pour l'alimentation, le loyer, les services industriels, l'équipement, le ménage, l'habillement, les assurances, le dentiste, les impôts, les loisirs, les divers. Elles s'élèvent à :
Fr. 3'100.- pour deux parents
Fr. 2'500.- pour un parent
auxquels s'ajoutent, par enfant à charge
Fr. 700.- pour un enfant mineur
Fr. 800.- pour un enfant majeur".
Ainsi, les charges retenues pour l'allocation d'une bourse sont préétablies; elles ne varient pas en fonction des dépenses effectives de la famille, ce qui garantit l'égalité de traitement des requérants.
Pour le calcul du coût des études, sont prises en considération toutes les dépenses qu'elles nécessitent, y compris celles qui résultent de la distance entre le domicile et le lieu des études (art. 19 LAE). Les éléments constituant le coût des études sont : (a) les écolages et les diverses taxes scolaires, (b) les fournitures (manuels, instruments, matériel) indispensables à la poursuite normale des études, (c) les vêtements de travail spéciaux, (d) les frais de déplacement du domicile au lieu de travail ou d'études et vice versa, calculés selon le tarif le plus économique ou, le cas échéant, les frais de logement hors de la famille, (e) les frais de repas si la distance entre le domicile et le lieu de travail ou d'études ou les exigences des horaires le justifient. Les frais mentionnés à la lettre (a) sont comptés dans le coût des études selon les tarifs des établissements de formation. Les frais mentionnés aux lettres (b) à (e) font l'objet d'un forfait selon le barème et les directives pour l'attribution des bourses d'études approuvées par le Conseil d'Etat le 4 mars 1998 (ci-après : barème). Ils sont comptés pour onze mois pour les apprentissages et dix mois pour les gymnases, écoles assimilées et autres écoles (art. 12 RAE).
Le soutien de l'Etat est accordé quand les charges, augmentées du coût des études du requérant, excèdent le revenu (art. 20 LAE).
4. Les frais d'apprentissage de la recourante établis par l'office s'élèvent à 3'900 francs (manuels, matériel, outils : 500 fr.; déplacements : 1'200 fr.; repas de midi : 2'200 fr.). La recourante n'a pas contesté les montants retenus par l'office, qui sont d'ailleurs conformes aux art. 19 LAE et 12 RAE, ainsi qu'au barème.
Le revenu familial déterminant (capacité financière) est constitué, en règle générale, du chiffre 20 (moyenne des revenus nets des deux années précédentes) de la dernière déclaration d'impôt admis par la commission d'impôt (art. 10 al. 1 RAE). Dans le cas d'espèce, ce revenu est de 84'800 fr., soit un montant arrondi de 7'050 fr. par mois. Il convient encore d'ajouter à ce montant la part du salaire d'apprenti de la recourante qui dépasse la franchise fixée par le barème (500 fr. par mois), à savoir 200 fr. (700-500). C'est donc un revenu mensuel de 7'250 fr. qu'il faut prendre en considération.
On déduit ensuite du revenu les charges normales qui s'élèvent à 3'100 francs pour deux parents, auxquelles s'ajoutent 700 fr. par enfant mineur à charge et 800 francs par enfant majeur à charge (art. 8 al. 2 RAE). En l'espèce, elles s'élèvent donc à 3'900 fr. (3'100 + 800 = 3'900). Compte tenu de ces charges, l'excédent de revenu familial est de 3'350 fr. par mois (7250 - 3'900 = 3'350). Réparti en quatre parts, dont deux pour la recourante (art. 11 RAE), cet excédent permet d'affecter aux frais d'études de cette dernière la somme annuelle de 20'100 fr. ({[3'350: 4] x 2} x 12 = 20'100). Cette part de l'excédent du revenu familial afférente à la recourante étant largement supérieure au coût de ses études (3'900 fr.), aucune bourse ne peut lui être allouée (art. 20 LAE a contrario et 11a RAE).
Partant, le recours est mal fondé et doit être rejeté.
5. Conformément à l'art. 55 LJPA, il y a lieu de mettre un émolument de justice à la charge de la recourante déboutée.