Decision ID: 2de38124-7e8b-5bb5-95d7-81ac41b13e10
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
H_, né le _ 2016 et I_, née le _ 2018, sont issus de la relation hors mariage entre A_ et B_, lequel a reconnu sa paternité sur les enfants.
Les parents sont tous deux détenteurs de l'autorité parentale conjointe.
b)
Par signalement du 18 novembre 2019, le Service de protection des mineurs (ci-après : SPMi) a préavisé, sur mesures superprovisionnelles, au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection), le retrait à B_ du droit de déterminer le lieu de résidence des enfants H_ et I_, ainsi que la suspension de toutes relations personnelles avec ces derniers. Il a communiqué au Tribunal de protection le rapport d'arrestation de B_ du 30 octobre 2019. Il était reproché à ce dernier d'avoir diffusé et échangé du matériel pédopornographique sur internet, ainsi que d'avoir suivi à de multiples reprises des enfants sur la voie publique, afin de les photographier, notamment au niveau des parties intimes, faits que ce dernier avait reconnus. A_ manifestait le souhait du retour de son compagnon au domicile familial à sa sortie de prison et considérait qu'aucune mesure particulière ne s'imposait pour leurs enfants. Compte tenu de la gravité des faits, de la difficulté de la mère à en prendre conscience et à protéger ses enfants, il était nécessaire de préserver ces derniers durant l'enquête pénale.
c)
Par décision du 19 novembre 2019, le Tribunal de protection a, sur mesures superprovisionnelles, retiré à B_ la garde et le droit de déterminer le lieu de résidence de ses enfants H_ et I_, et suspendu toutes relations personnelles avec eux.
d)
Par observations du 30 janvier 2020, A_ et B_, par l'intermédiaire d'un mandataire commun, ont sollicité "la levée des mesures superprovisionnelles", ainsi que la remise de tous documents attestant de la formation et de l'expérience de toutes les personnes en charge de leur dossier au sein du SPMi. Ils estimaient que l'éloignement du père du foyer familial n'était basé sur aucune menace sérieuse envers leurs enfants, précisant que le père avait immédiatement, à sa sortie de prison, entamé un suivi psychiatrique et que le Ministère public ne l'avait pas mis en prévention pour des attouchements qu'il aurait commis sur ses enfants. L'absence du père du domicile familial affectait les mineurs, en particulier H_ qui était suivi par un thérapeute. Les parents sollicitaient leur audition par le Tribunal de protection.
e)
Le 31 janvier 2020, A_ et B_ ont produit une copie de l'ordonnance de mise en liberté de ce dernier du 20 décembre 2019.
f)
Par pli du 7 février 2020, le Ministère public a informé le Tribunal de protection que l'analyse du matériel informatique de B_ était en cours, mais qu'il pouvait cependant d'ores et déjà confirmer que ses enfants ne figuraient pas sur les images et vidéos analysées en l'état par la Police.
Le père faisait l'objet de mesures de substitution à sa détention, au rang desquelles il devait se soumettre à une expertise psychiatrique, un traitement psychothérapeutique et psychiatrique en lien avec son trouble sexuel et au respect des décisions du Tribunal de protection relatives aux relations personnelles avec ses enfants.
g)
Par courriers des 12 février, 27 février et 11 mars 2020, les parents ont réitéré leur souhait d'être auditionnés et de voir les mesures urgentes levées.
h)
Le Service de protection des mineurs a établi un rapport d'évaluation le 10 mars 2020, aux termes duquel il a préavisé le maintien du retrait de la garde et du droit de déterminer le lieu de résidence de fait des mineurs au père, en lui accordant un droit aux relations personnelles, par le biais de visites médiatisées par l'intermédiaire de J_, pédopsychologue et psychothérapeute, à raison d'une heure par semaine. Il a également recommandé l'instauration d'une curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles ainsi qu'un droit de regard et d'information en faveur des mineurs et qu'il soit donné acte aux parents de ce qu'ils s'engageaient à poursuivre avec régularité le suivi thérapeutique de H_ auprès de la Dre K_, pédopsychiatre, en invitant le père à adresser au SPMi copie de son expertise psychiatrique, ainsi que le rapport d'évaluation thérapeutique de l'unité de sexologie et de médecine sexuelle des HUG.
Le père n'avait pas revu ses enfants depuis son arrestation le 30 octobre 2019. Depuis sa sortie de prison le 20 décembre 2019, il résidait chez sa mère et avait été licencié par son employeur, les L_. A_ travaillait, quant à elle, pour la même entreprise et avait augmenté son taux d'activité à 100%. B_ avait retrouvé un travail à mi-février 2020 à temps plein, en qualité de _ auprès d'une _. A_ et B_ se voyaient régulièrement, hors la présence de leurs enfants. La mère se disait épuisée par leur prise en charge et rencontrait des difficultés avec H_. Les mineurs fréquentaient une crèche depuis le 6 janvier 2020 à raison de trois jours par semaine, étaient gardés deux jours par semaine par leurs grands-parents maternels et voyaient leur grand-père paternel une fois par semaine au domicile familial. Les grands-parents paternels et maternels les prenaient également un week-end sur deux en alternance. La mère avait entamé, à la demande du SPMi, un suivi thérapeutique auprès du Centre M_ et H_, une psychothérapie auprès de la Dre K_, pédopsychiatre, cette dernière estimant que le mineur avait besoin de soins pour ses angoisses. A_ considérait que B_ était un très bon père de famille et souhaitait son retour au domicile rapidement, ayant confiance en lui. Elle tenait un discours éloigné de la réalité des enfants pour protéger l'image familiale, mais se mobilisait avec le père pour répondre aux attentes du SPMi. Le père avait commencé à visionner, il y a deux à trois ans, des images à caractère pédopornographique, ayant eu "ces pensées" depuis l'adolescence. Il se disait soulagé d'avoir été arrêté dans l'ascension de son trouble, estimant toutefois qu'il ne serait jamais passé à l'acte. Il regrettait son comportement qui avait privé ses enfants de leur père.
Le Service de probation et d'insertion (SPI) a indiqué que le père était régulier aux entretiens et dans son suivi thérapeutique et qu'il se montrait transparent, ne minimisant pas les faits qui lui étaient reprochés. La pédopsychiatre, J_, était disposée à assurer les visites médiatisées père-enfants, à raison d'une heure par semaine, proposant de rencontrer, en premier lieu, le père seul, afin d'appréhender avec lui la meilleure façon d'expliquer son absence aux mineurs, puis en second lieu la mère, afin qu'elle expose ses attentes et ensuite, les enfants, pour leur expliquer les raisons de ce suivi médiatisé.
Ne disposant d'aucun bilan médico-psychologique attestant que le père pouvait retourner à son domicile, le SPMi ne pouvait rendre un préavis favorable tant qu'il ne disposerait pas d'un bilan de la Consultation de sexologie et de médecine sexuelle des HUG, du rapport d'expertise sollicité dans le cadre de la procédure pénale, ainsi que du bilan des visites médiatisées père-enfants. L'instauration d'un droit de regard et d'information en faveur des mineurs permettrait de s'assurer de la continuité des suivis thérapeutiques et d'échanger avec les parents sur les difficultés rencontrées par les enfants, dans une perspective constructive.
i)
Par observations du 27 mars 2020, A_ et B_ ont conclu préalablement à la récusation de N_ et O_, intervenantes auprès du SPMi, "au titre d'expertes", puis, principalement à la levée des mesures superprovisionnelles ordonnées le 19 novembre 2019, s'opposant à l'instauration d'une curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles, tout en acceptant l'instauration d'un droit de regard et d'information. Ils s'engageaient à poursuivre le suivi de H_ auprès de la Dre K_, acceptaient la transmission au SPMi du rapport d'évaluation thérapeutique de l'unité de sexologie et de médecine des HUG et déliaient le pédiatre et le pédopsychiatre de H_ de leur secret médical.
Subsidiairement, ils concluaient à la fixation d'un droit aux relations personnelles en faveur du père d'une heure par jour et s'opposaient à la désignation de N_ et O_ aux fonctions de curatrices, ayant été exposés, selon eux, à des remarques déplacées de la part de ces dernières qui n'avaient pas démontré un risque concret pour leurs enfants. La mise en place des visites médiatisées n'était pas envisageable en raison du confinement lié au COVID-19 et il était nécessaire que les relations personnelles reprennent rapidement pour le bien de leurs enfants.
j)
Le Tribunal de protection a interpellé le SPMi le 30 mars 2020 pour envisager une alternative à la prise en charge des enfants, compte tenu des mesures sanitaires liées à la pandémie.
k)
Par pli du 23 avril 2020, le SPMi a exprimé le fait qu'il était nécessaire que les relations père-enfants soient évaluées par un spécialiste tel un pédopsychologue ou un pédopsychiatre pour pouvoir ensuite, éventuellement, ouvrir en parallèle les visites médiatisées, à raison d'une à deux heures par semaine, en présence d'un tiers tels que les grands-parents des mineurs.
l)
Le 7 mai 2020, A_ et B_ ont produit un rapport médical du Dr P_, médecin adjoint, et de Q_, psychologue, de l'unité de médecine sexuelle et sexologie des HUG (non daté mais établi le 4 mai 2020 selon les parties). Il en ressort que le père, qui était suivi depuis le mois de janvier 2020, présente une hébéphilie non-exclusive, soit une attirance sexuelle pour des filles à partir de 12 ans et pour les femmes adultes. Il ne souffrait pas d'autres psychopathologies, ayant un bon fonctionnement social, un sentiment de honte et de culpabilité vis-à-vis des actes commis et était capable d'empathie par rapport aux situations souvent désastreuses dans lesquelles les petites filles photographiées se retrouvaient. Il n'avait jamais eu de désir d'avoir des contacts réels avec des filles mineures, ayant bien intégré l'illégalité des faits qu'il avait commis. Il semblait être dans une posture paternelle classique, sans sexualisation des liens familiaux et avec une attitude de protection envers ses enfants. Les thérapeutes estimaient qu'il n'était pas risqué que leur patient puisse voir ses enfants en présence de sa compagne.
m)
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 11 mai 2020. N_ et O_, intervenantes auprès du SPMi, entendues à cette occasion, ont indiqué maintenir leur préavis du 10 mars 2020 et renoncer à celui du 23 avril 2020, considérant qu'il était indispensable de suivre les étapes en vue de la reprise du lien père-enfants, en mettant en place dans un premier temps des visites médiatisées, idéalement auprès d'une structure spécialisée dans une thérapie systémique. Elles souhaitaient éviter la poursuite d'un secret de famille qui porterait atteinte au développement des mineurs, étant précisé qu'elles n'avaient pas les garanties suffisantes sur la non-survenance d'un risque. Elles étaient favorables à la mise en place d'une thérapie de famille auprès de [l'association] R_ ou [du Centre] S_ à T_ [VD]. Elles s'interrogeaient sur l'opportunité d'instaurer une curatelle de représentation en faveur des mineurs.
B_ a exposé que, par le biais de sa thérapie, il essayait de comprendre pourquoi il avait commis de tels actes, pour lesquels il ressentait du dégoût. Il essayait d'être un bon père et souhaitait "se racheter" vis-à-vis de ses enfants pour son absence de près de sept mois, alléguant qu'il ne pourrait jamais faire de mal à ses enfants. Il n'avait pas l'intention de recommencer à visionner des images à caractère pédopornographique, ayant désormais la possibilité de se confier à un thérapeute. Il n'avait jamais entamé par le passé un suivi, de peur d'être dénoncé. Sa compagne, qui ne pouvait pas lui pardonner ses actes, le soutenait et était intégrée à sa thérapie. Il était soucieux de respecter les décisions judiciaires et souhaitait pouvoir rentrer chez lui, considérant comme indispensable que son retour soit accompagné sur le plan thérapeutique, et notamment sur la problématique d'un éventuel secret de famille.Il était d'accord de collaborer avec le SPMi, ainsi qu'avec l'ensemble des intervenants, étant favorable également à une transmission d'informations entre tous les professionnels, ainsi qu'à la levée du secret médical concernant son fils.
A_ a indiqué qu'elle ferait tout ce qui serait nécessaire pour protéger ses enfants et qu'il lui était difficile de les voir malheureux compte tenu de l'absence de leur père. H_ avait développé de l'anxiété face à la disparition abrupte de son père avec lequel il passait beaucoup de temps. Le traitement que le père des mineurs suivait la rassurait et elle souhaitait son retour à domicile dans les meilleurs délais. Elle lui en voulait mais elle était prête à lui accorder une seconde chance et le thérapeute l'avait rassurée sur le fait que leurs enfants n'avaient rien à craindre. Les enfants n'avaient pas revu leur père, y compris par vidéo conférence, tout contact étant interdit. Elle vivait difficilement l'intrusion du SPMi dans sa vie, mais elle ne s'opposait pas à ce que ce service puisse se renseigner sur l'évolution des enfants. Elle ne souhaitait pas que quelqu'un lui dise comment les élever, mais elle acceptait que la famille soit accompagnée par des thérapeutes.
C_, avocat des parents, a indiqué que l'expertise psychiatrique pénale avait pris du retard en raison des mesures sanitaires actuelles. Le rapport d'analyse de la Brigade de criminalité informatique avait été déposé et serait transmis prochainement par le Ministère public. Il ne voyait pas d'éléments justifiant la désignation d'un curateur de représentation des mineurs puisque ses mandants ne s'opposaient pas à un suivi thérapeutique.
n)
Le Tribunal de protection a reçu le 11 mai 2020 le procès-verbal de l'audience qui s'est tenue par-devant le Ministère public le 6 mai 2020, ainsi que le rapport d'analyse de la Brigade de criminalité informatique du 18 février 2020. Il ressort de ce dernier document que 25'278 fichiers ont été trouvés dans le matériel informatique de B_, dont des photos et des vidéos à caractère pédopornographique de filles âgées de quelques années seulement (dont le rapport de police qui en reproduit quelques-unes à titre d'exemple met en garde sur la dureté des images). B_ a reconnu avoir délibérément téléchargé des fichiers représentant des enfants de moins de douze ans (un tiers des fichiers retrouvés). Il a également admis avoir pris en photo dans la rue des enfants pré-pubères pour sa collection, pour les échanger et avoir des liens internet. Il faisait souvent des films dans la rue pour que cela soit plus discret et réalisait ensuite des captures d'écran en zoomant sur les parties qui l'intéressaient ou en laissant la photo en entier. Certaines photos prises se sont vues affubler de commentaires d'ordre sexuel sortant de la bouche des mineures. Il a recherché l'adresse sur U_ [annuaire et banque de données de l'Etat] des mineures disposant d'un compte V_ [réseau social]. Il a tenté de mettre en place une "
communauté
secrète
" et a proposé à ses interlocuteurs qu'ils se rencontrent, chacun devant amener "
tout ce qu'il a
" sous forme de clés USB. Il exposait dans son message "
je trouve dommage pour notre cause que l'on soit obligé de se cacher (mais ça malheureusement la loi nous y oblige) mais de devoir parler chacun de notre côté et faire des milles et des cents (complications multiples) pour se trouver des fichiers comme nous les aimons. N'oublions jamais que ces peti...ne cherchent que ça et qu'elles le méritent
". Il a expliqué à la Police que les pointillés signifiaient "
culs
".
B.
a)
Par ordonnance
DTAE/2840/2020
du 11 mai 2020, le Tribunal de protection, statuant sur mesures provisionnelles, a maintenu le retrait de la garde et du droit de déterminer le lieu de résidence de B_ sur les mineurs H_ et I_ (ch. 1 du dispositif), réservé à B_ un droit aux relations personnelles avec les mineurs devant s'exercer, dans un premier temps, à raison d'une heure par semaine dans le cadre de visites médiatisées au sein de [l'association] R_, puis, dès réception du préavis favorable du thérapeute de R_, à raison de deux heures par semaine, exclusivement en présence de A_ ou d'un membre de la famille (ch. 2), instauré une curatelle d'assistance éducative en faveur des mineurs H_ et I_ (ch. 3), ainsi qu'une curatelle d'organisation et de surveillance du droit de visite (ch. 4), désigné E_ et G_, intervenantes en protection de l'enfant, et, en qualité de suppléante, F_, en sa qualité de cheffe de groupe, aux fonctions de curatrices des mineurs concernés (ch. 5), désigné D_, avocate, aux fonctions de curatrice des mineurs concernés aux fins de les représenter dans la procédure, par décisions séparées (ch. 6), ordonné la poursuite du suivi régulier thérapeutique du mineur H_ (ch. 7), invité B_ à poursuivre son traitement thérapeutique (ch. 8), et A_ à poursuivre son suivi thérapeutique (ch. 9), débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 10), arrêté les frais judiciaires à 600 fr., qu'il a mis à charge de A_ et B_, à raison de la moitié chacun (ch. 11).
En substance, le Tribunal de protection a considéré que le père faisait l'objet d'une procédure pénale de nature pédopornographique internet et que, bien qu'il ait été collaborant depuis son arrestation, qu'il ait reconnu les faits et qu'il se soit soumis aux mesures de substitution à sa détention, il avait mis en danger ses enfants en commettant les actes qui lui étaient reprochés, notamment au sein du domicile familial. Par ailleurs, bien que le rapport médical de l'Unité de sexologie et de médecine sexuelle des HUG retienne le diagnostic d'hébéphilie non-exclusive, soit une attirance sexuelle pour les filles à partir de 12 ans et pour les femmes adultes, il apparaissait que le matériel informatique saisi du père comportait des images et des vidéos de très jeunes enfants. Le Tribunal de protection estimait qu'il était ainsi nécessaire d'attendre la reddition de l'expertise psychiatrique judiciaire pénale, pour s'assurer que toute mise en danger soit écartée au vu des troubles sexuels du père, dans l'intérêt des enfants et de leur bon développement. En conséquence, il convenait de maintenir le retrait du droit de garde et du droit de déterminer le lieu de résidence des mineurs au père.
Quant aux relations personnelles, le Tribunal de protection estimait que la reprise du lien père-enfants devait se faire avec l'aide d'un thérapeute, d'une part, du fait que des explications adaptées à l'âge des enfants devraient leur être données en lien avec l'absence de leur père et, d'autre part, afin de permettre à ce dernier de reprendre sa place de père, progressivement, en fonction de l'avancement du traitement de son trouble. Les visites devaient donc être fixées dans un premier temps par le biais de visites médiatisées auprès d'une structure adaptée ([l'association] R_) puis dès que le thérapeute estimerait que cela est possible, à raison de deux heures par semaine, en présence de la mère ou d'un autre membre de la famille.
Par ailleurs, le Tribunal de protection s'interrogeait sur les capacités de la mère à assurer la sécurité et le développement des mineurs, laquelle souhaitait le retour immédiat du père au foyer familial, malgré les troubles de l'intéressé, entraînant à l'évidence une mise en danger des enfants. Son désir de le voir revenir avait été articulé avant même que le père n'ait commencé son suivi thérapeutique, étant précisé que la procédure pénale était en cours et que l'étendue de son trouble, ses actions et leurs implications sur leurs enfants n'étaient pas encore établies. La raison de ce retour était uniquement motivée par son épuisement et des difficultés relationnelles avec H_, alors que les mineurs fréquentaient la crèche ou étaient gardés par leurs grands-parents et ce, bien avant la problématique des mesures sanitaires liées au COVID-19. Ainsi, au vu de l'épuisement de la mère, dans une certaine mesure compréhensible, de sa difficulté à mesurer les conséquences des troubles du père sur le développement de leurs enfants, des actes reprochés au père - à propos desquels l'instruction pénale était encore en cours - et de l'importance de s'assurer que les suivis ordonnés, tant au niveau civil que pénal, soient respectés dans l'intérêt des mineurs, une curatelle d'assistance éducative en faveur de ces derniers devait être instaurée.
De même, il était nécessaire d'instaurer une curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles, les visites en l'état médiatisées, étant destinées à évoluer en fonction de la procédure pénale et des suivis thérapeutiques. Enfin, un curateur de représentation devait être nommé pour les enfants, dès lors que nonobstant les faits alarmants reprochés à son compagnon, la mère n'avait eu de cesse de requérir son retour à domicile et ce, avant même qu'il n'ait entrepris de suivi pour éviter le renouvellement des actes qui lui étaient reprochés, les parents étant par ailleurs représentés par le même avocat dans la procédure ouverte devant le Tribunal de protection. En conséquence, les intérêts des père et mère entraient en conflit avec ceux des enfants et il était nécessaire que ces derniers soient représentés dans le cadre de la procédure.
b)
Par décisions séparées du 28 mai 2020 (
DTAE/2720/2020
et
DTAE/2721/2020
), le Tribunal de protection a désigné en qualité de curatrice de représentation, respectivement de H_ et de I_, D_, avocate, en précisant que les décisions étaient immédiatement exécutoires.
C.
a)
Par acte expédié le 12 juin 2020 à la Chambre de surveillance, B_ et A_ ont formé recours contre l'ordonnance
DTAE/2840/2020
du 11 mai 2020, qui leur a été notifiée respectivement les 5 et 8 juin 2020. Ils ont conclu à l'annulation des chiffres 1, 3 et 6 de son dispositif, ainsi que du chiffre 5, dans la mesure où la désignation prévue valait pour la curatelle d'assistance éducative, et cela fait, ils ont conclu à ce que la garde et le droit de déterminer le lieu de résidence sur les mineurs H_ et I_ soient "réinstaurés" en faveur de B_, et qu'une mesure de droit de regard et d'informations en faveur des mineurs soit ordonnée. Subsidiairement, ils ont sollicité le renvoi de la cause au Tribunal de protection pour nouvelle décision dans le sens des considérants, le tout sous suite de frais et dépens. Préalablement, ils ont sollicité la confirmation de l'effet suspensif au recours s'agissant des chiffres contestés du dispositif de l'ordonnance.
b)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité faire usage des facultés prévues par l'art. 450d CC.
c)
Le Service de protection des mineurs a fait tenir à la Chambre de surveillance le courrier adressé le 23 juin 2020 au Tribunal de protection, sollicitant une modification du chiffre 2 du dispositif de l'ordonnance rendue, les médiateurs désignés ayant informé ledit service que donner un préavis en faveur d'un éventuel élargissement du droit de visite de B_ ne relevait pas de leurs compétences, étant précisé qu'ils n'étaient pas thérapeutes et qu'ils n'étaient pas équipés pour se déterminer à ce sujet, ni même pour évaluer les relations père-enfants. De ce fait, afin qu'un travail puisse débuter, le Service de protection des mineurs avait contacté un psychiatre et psychothérapeute systémicien, le Dr W_, qui pourrait regrouper en un seul suivi les différents éléments à aborder, ce qui leur semblait moins fastidieux pour la famille. Il sollicitait la modification du chiffre 2 du dispositif de l'ordonnance du 11 mai 2020, préavisant à ce qu'il soit renoncé à l'antenne de médiation R_, à ce que soit réservé à B_ un droit aux relations personnelles avec les mineurs, dans le cadre d'une thérapie de famille, s'exerçant dans un premier temps au sein du cabinet du Dr W_ puis, dès réception du préavis favorable de ce dernier, à raison de deux heures par semaine, exclusivement en présence de A_ ou d'un membre de la famille.
d)
La Chambre de surveillance a informé les parties de ce que le recours n'entraînait pas l'effet suspensif automatique, s'agissant d'une décision rendue sur mesures provisionnelles.
e)
Le 26 juin 2020, le Tribunal de protection a adressé à la Chambre de surveillance copie de la décision rendue le 25 juin 2020, approuvant la modification sollicitée par le SPMi du chiffre 2 du dispositif de l'ordonnance du 11 mai 2020. Cette décision n'a pas fait l'objet d'un recours.
f)
Par réponse du 26 juin 2020, la curatrice de représentation d'office des mineurs, a conclu à la confirmation de l'ordonnance rendue le 11 mai 2020.
g)
Par déterminations du 29 juin 2020, le SPMi a indiqué qu'au vu des éléments d'inquiétude ressortant des différents rapports de police, il concluait à la confirmation de l'ordonnance rendue le 11 mai 2020, avec la modification apportée par le Tribunal de protection le 25 juin 2020.
h)
Par courrier du 2 juillet 2020, le conseil des parents des mineurs a transmis une copie à la Chambre de surveillance du courrier adressé le jour même au Tribunal de protection dans lequel il relevait que la nouvelle ordonnance du 25 juin 2020 mentionnait l'exercice d'un droit aux relations personnelles avec les mineurs "dans le cadre d'une thérapie de famille". Or, cette mesure n'avait jamais été évoquée auparavant et ses mandants n'avaient pas eu l'occasion de s'exprimer à cet égard. Ces derniers lui indiquaient par ailleurs que le Dr W_ n'avait jamais accepté le principe d'une thérapie familiale, mais uniquement la mise en place de visites médiatisées. Dès lors, ce dernier n'était pas certain de pouvoir accepter le mandat. Il sollicitait la mise en place rapide des visites médiatisées prévues par l'ordonnance du 11 mai 2020.
i)
Le 9 juillet 2020, A_ et B_ ont encore formulé des observations concernant la prise de position de la curatrice des mineurs dans la procédure, persistant dans leurs écritures.
j)
Le rapport d'évaluation des HUG du 7 juillet 2020, établi par le Dr P_ et le psychologue Q_, a précisé que B_, suivi à l'unité de sexologie et de médecine sexuelle depuis le 7 janvier 2020, adhérait à la thérapie. Il présentait une pédophilie non-exclusive (attirance sexuelle pour les filles à partir de 12 ans et pour les femmes adultes). L'utilisation de la pédopornographie représentait un moyen de gérer l'éloignement croissant qu'il ressentait dans sa relation de couple. Il ne présentait pas d'autres psychopathologies. Il avait un bon fonctionnement social, un sentiment de honte et de culpabilité vis-à-vis des actes commis. Il reconnaissait que sa personnalité avait joué un rôle dans la mise en place du comportement délictueux. Il comprenait que ses actes avaient été déclenchés par son attirance hébéphile et une envie de sortir de son isolement et qu'ils avaient eu des conséquences négatives sur la vie des enfants impliqués. Il ressentait une empathie pour les victimes et comprenait que son acte pouvait avoir un effet négatif à long terme sur les jeunes filles. Il avait intégré les conséquences négatives de la loi et comprenait qu'il serait puni en cas de récidive. Les médecins estimaient un risque de récidive faible de télécharger et de visionner des images pédopornographiques. Le patient avait la capacité de faire la différence entre fantasme et réalité et n'avait jamais imaginé commettre des abus sur des enfants. Il n'y avait pas d'éléments en faveur d'un risque de passage à l'acte sur des enfants, ni sur ses propres enfants. Par rapport à son noyau familial, il semblait dans une posture paternelle classique, sans sexualisation des liens familiaux et avec une attitude de protection envers ses enfants. Les objectifs du traitement étaient d'effectuer un travail spécifique de prévention de la récidive, un travail de compréhension et d'acceptation de son fonctionnement de personnalité et de son attirance pédophile, ainsi que le renforcement de sa vie de couple et de famille.
k)
Par courrier du 6 août 2020, les recourants ont encore formulé des observations, persistant dans leur position.
D. a)
Par acte du 8 juin 2020, A_ et B_ ont formé recours contre les ordonnances
DTAE/2720/2020
et
DTAE/2721/2020
du 28 mai 2020 du Tribunal de protection, nommant D_, avocate, en qualité de curatrice d'office des mineurs. Ils ont conclu, préalablement, à l'annulation du caractère immédiatement exécutoire desdites ordonnances et à l'octroi de l'effet suspensif et, principalement, à l'annulation desdites ordonnances. Subsidiairement, ils ont sollicité le renvoi de la cause au Tribunal de protection pour nouvelle décision dans le sens des considérants, le tout sous suite de frais et dépens.
b)
Par décision du 16 juin 2020, la Chambre de surveillance a rejeté la requête de restitution de l'effet suspensif au recours formé le 8 juin 2020 contre les ordonnances précitées et dit qu'il serait statué sur les frais avec le fond.
c)
Par courrier du 22 juin 2020, le Tribunal de protection a indiqué ne pas souhaiter faire usage des facultés prévues par l'art. 450d CC.
d)
Par réponse du 26 juin 2020, la curatrice des mineurs a conclu à la confirmation des ordonnances
DTAE/2720/2020
et
DTAE/2721/2020
du 26 mai 2020.
e)
Par courrier du 9 juillet 2020, les recourants ont déposé des observations identiques à celles figurant dans le recours formé contre le chiffre 6 du dispositif de l'ordonnance du 11 mai 2020.
E.
a)
Par acte du 13 octobre 2020, B_ et A_ ont formé un recours pour déni de justice et retard injustifié du Tribunal de protection. Ils sollicitent principalement que la Chambre de surveillance constate le retard injustifié pris par le Tribunal de protection dans le cadre de la "réévaluation respectivement de la levée des mesures provisionnelles de protection" prononcées à l'encontre de B_ et qu'un délai maximum de deux semaines soit imparti au Tribunal de protection pour traiter la cause, une participation de 1'000 fr. devant être allouée aux recourants. Subsidiairement, ils concluent au renvoi de la cause audit Tribunal pour nouvelle décision dans le sens des considérants, le tout sous suite de frais et dépens.
Ils se plaignent du fait que le Tribunal de protection n'ait pas levé la mesure de protection prise malgré leurs diverses lettres de relance, les conclusions claires de l'attestation de l'Unité de sexologie des HUG transmise au Tribunal de protection le 9 juillet 2020 et de l'expertise rendue dans la procédure pénale transmise au Tribunal de protection le 17 août 2020. Malgré les relances des 15 septembre, 18 septembre, 30 septembre et 6 octobre 2020 adressées au Tribunal de protection, aucune décision de levée des mesures provisionnelles n'avait été rendue, aucune audience convoquée, les dernières observations du SPMi n'ayant également pas été transmises aux recourants. Ils considèrent que la séparation du père et des enfants engendre des conséquences absolument irréversibles, compte tenu du jeune âge des mineurs.
Ils ont produit un chargé de 9 pièces comportant notamment les différents courriers adressés au Tribunal de protection par leurs soins depuis février 2020.
b)
Il ressort de la procédure, et des pièces produites par les recourants, que le Tribunal de protection a sollicité un nouveau rapport au SPMi, et qu'il a indiqué le 18 août 2020 à A_ et B_, être toujours en attente de ce rapport, une "réunion de réseau" étant appointée le 30 septembre 2020 par le service concerné. Une audience a été fixée par le Tribunal de protection pour le 27 octobre 2020, puis reportée au 29 octobre 2020.
c)
Aucune observation n'a été sollicitée du Tribunal de protection par la Cour.

EN DROIT
1.
1.1
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie aux mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).
Les décisions de l'autorité de protection prises sur mesures provisionnelles peuvent faire l'objet d'un recours auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice dans un délai de dix jours à compter de leur notification (art. 445 al. 3 et 450b al. 2 CC; 53 al. 2 LaCC).
Lorsqu'elles sont rendues sur le fond, le délai est de trente jours à compter de leur notification (art. 450b al. 1 CC).