Decision ID: 318a41fa-b3c2-4fb3-8a8c-934b05dee0f0
Year: 2022
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
A._, ressortissant brésilien né le ******** 1986, a été interpellé en Suisse le 18 juin 2021, à la suite d'un cambriolage, et aussitôt mis en détention. Il est l'époux d'une ressortissante française domiciliée en France avec leurs deux enfants mineurs. Il ne dispose toutefois pas de document d'identité, ni de titre de séjour en Suisse ou en France.
B.
Par jugement du 1
er
décembre 2021, le Tribunal de police de l'arrondissement de La Côte a condamné l'intéressé à sept mois de peine privative de liberté pour infraction à la législation sur les étrangers (entrée et séjour illégaux), faux dans les certificats (fausse carte d'identité portugaise) et vol, ainsi qu'à une expulsion de cinq ans au sens de l'art. 66a
bis
du Code pénal (expulsion non obligatoire/facultative). Selon ce prononcé, le casier judiciaire suisse de A._ ne comportait aucune inscription; en revanche, le casier français mentionnait six condamnations à des peines privatives de liberté, dont une condamnation du 16 janvier 2009 à 15 ans de réclusion criminelle pour vol avec arme, arrestation, enlèvement, séquestration ou détention d'otage, escroquerie et entrée ou séjours irréguliers. Entendu à cette occasion, A._ a affirmé qu'il accepterait la décision d'expulsion et qu'il souhaitait être libéré le plus rapidement possible, dès lors qu'il avait deux enfants en bas âge.
C.
Le 23 décembre 2021, l'Office fédéral de la justice a refusé une demande d'extradition que la France avait requise envers l'intéressé le 15 décembre précédent, au motif que les faits n'étaient pas punissables en Suisse.
D.
Par décision du 10 janvier 2022, le Service de la population (SPOP) a imparti à A._, à la suite du jugement d'expulsion du 1
er
décembre 2021, un délai immédiat pour quitter notre pays, dès sa libération de prison, conditionnelle ou non. Le prononcé enjoignait à l'intéressé de faire le nécessaire en vue de se procurer un document de voyage, de manière à permettre au service d'organiser son départ de Suisse pour le jour de sa sortie de détention pénale. La décision l'avertissait enfin que le service était susceptible d'ordonner des mesures de contrainte à l'issue de sa détention actuelle, impliquant une détention administrative en vue de l'expulsion. Cette décision a été notifiée le 12 janvier 2022 à une personne de l'établissement dans lequel A._ était détenu.
E.
Le 14 janvier 2022, le SPOP a ordonné le placement en détention administrative de A._ au sens de l'art. 76 al. 1 let. b ch. 1, 3 et 4 de la
loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers et l'intégration (LEI; RS 142.20)
, pour une durée de trois mois. Il a retenu d'une part qu'au vu de ses condamnations, l'intéressé menaçait sérieusement d'autres personnes ou mettait gravement en danger leur vie ou leur intégrité corporelle et qu'il avait été condamné pour crime, d'autre part qu'il existait des éléments concrets faisant craindre qu'il tente de se soustraire à son refoulement, à savoir qu'il était sans domicile fixe, qu'il n'avait pas déposé de documents d'identité ou de voyage ni entrepris de démarches en vue de s'en procurer, qu'il ne possédait aucune autorisation de séjour dans notre pays et que le refoulement consistait en une expulsion de cinq ans, enfin que son comportement permettait de conclure qu'il se refusait à obtempérer aux instructions des autorités. Par ordonnance du 17 janvier 2022, le Tribunal des mesures de contrainte et d'application des peines (TMCAP) a confirmé le placement en détention administrative, mais a limité sa durée à huit jours, soit jusqu'au 22 janvier 2022. Il a retenu à cet égard qu'il était "
possible que A._ soit renvoyé à destination de la France
".
Le 17 janvier 2022, les autorités françaises ont refusé la réadmission l'intéressé sur leur territoire, car il n'était pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et qu'il n'y avait pas trace de son passage depuis au moins six mois.
Par décision du 21 janvier 2022, le SPOP a ordonné la prolongation de la détention administrative jusqu'au 22 mars 2022. Entendu le 23 janvier 2022 par le TMCAP, A._ a affirmé qu'il était domicilié en France, qu'il avait entrepris des démarches pour obtenir "
la pièce d'identité française
", mais que les démarches étaient longues; il demandait ainsi à la justice de régler "
cela
" rapidement et de ne pas le renvoyer à des milliers de kilomètres de ses enfants. Le TMCAP a confirmé la détention, en indiquant que l'intéressé ne pourrait pas être renvoyé vers la France et que les démarches en vue de l'obtention d'un document de voyage brésilien se poursuivraient. Dès l'obtention dudit document, le renvoi vers le Brésil pourrait être organisé.
Le 31 janvier 2022, le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) a indiqué que le Consul du Brésil souhaitait, avant de donner une réponse (quant à l'identification de l'intéressé) obtenir une lettre écrite, directement de A._, demandant une analyse et la confirmation de sa nationalité. Les 1
er
et 3 février 2022, un collaborateur de l'établissement de ******** a confirmé que A._ n'était pas disposé à rentrer volontairement au Brésil et qu'il refusait de coopérer.
F.
Agissant le 7 février 2022 sous la plume de Me Hervé Dutoit, A._ a déféré la décision du SPOP du 10 janvier 2022 devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP), concluant à son annulation, ainsi qu'au renvoi de la cause à l'autorité intimée, afin qu'elle fixe un nouveau délai de départ à l'intéressé. Il dénonce une violation des art. 42 al. 1 let. f et 44 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV 173.36) ainsi que le caractère disproportionné de la décision d'exécution de l'expulsion et du délai de départ immédiat fixé au sens de l'art. 64d LEI. Il conteste encore la légalité du choix du Brésil comme pays de destination, au regard de l'art. 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 (CEDH; RS 0.101). Le recourant a requis la restitution de l'effet suspensif et l'octroi de l'assistance judiciaire, Me Hervé Dutoit étant désigné comme son conseil d'office.
Par décision incidente du 15 février 2022, la juge instructrice a refusé de restituer l'effet suspensif.
Le tribunal a ensuite statué, selon la procédure de jugement rapide de l'art. 82 LPA-VD.

Considérant en droit:
1.
Il convient de circonscrire l'objet du litige, défini en première ligne par la décision attaquée du SPOP du 10 janvier 2022.
Ce prononcé se limite à fixer au recourant un délai de départ immédiat. Il ne statue pas sur le principe du renvoi, du reste décidé de manière définitive et exécutoire par le jugement d'expulsion du Tribunal de police du 1
er
décembre 2021 en application de l'art. 66a
bis
CP, ni sur le pays de destination de l'expulsion, pas plus que sur le principe d'une exécution contrainte de l'expulsion. Autrement dit, le recours est irrecevable dans la mesure où il conteste ces trois éléments.
2.
a) Aux termes de l'art. 64d al. 2 LEI, le renvoi peut être immédiatement exécutoire ou un délai de départ de moins de sept jours peut être fixé lorsque, notamment, la personne concernée constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics ou pour la sécurité intérieure ou extérieure (let. a), ou que des éléments concrets font redouter que la personne concernée entende se soustraire à l’exécution du renvoi (let. b).
En l'occurrence, le recourant perd de vue qu'il fait l'objet non seulement d'une condamnation par le Tribunal de police le 1
er
décembre 2021 à une peine privative de liberté de 7 mois, mais encore de nombreuses et lourdes condamnations en France, notamment à une peine de 15 ans de réclusion criminelle prononcée le 16 janvier 2009. Le recourant représente ainsi manifestement une menace. Il faut également souligner, toujours sous l'angle de l'art. 64d LEI, que le recourant n'est pas ressortissant français, contrairement à ce qu'affirme le mémoire de recours, qu'il ne dispose pas de papiers d'identité et qu'il n'a pas de titre de séjour en France, ce pays ayant du reste refusé sa réadmission en dépit de son mariage avec une ressortissante française vivant en France, dont il a eu deux enfants. Il y a dès lors assurément lieu de craindre qu'il tente de se soustraire à son expulsion, comme l'a du reste confirmé le TMCAP.
b) Par ailleurs, le recourant n'est pas frappé d'un simple renvoi au sens des art. 64 ss LEI, mais d'une expulsion pénale non obligatoire/facultative au sens de l'art. 66a
bis
CP.
Selon l'art. 66c al. 3 CP, "
l'expulsion est exécutée dès que la personne condamnée est libérée conditionnellement ou définitivement de l’exécution de la peine ou de la mesure
." En d'autres termes, en fixant un délai de départ immédiat, le SPOP ne fait que reprendre la teneur de cette disposition, en sa qualité d'autorité d'exécution de la mesure d'expulsion (art. 372 CP).
Cela étant, une expulsion pénale peut être reportée. L'art. 66d al. 1 CP prévoit en effet que l’exécution de l’expulsion pénale obligatoire est reportée lorsque, en bref, la vie ou la liberté de la personne concernée dont le statut de réfugié a été reconnu par la Suisse serait menacée (let. a), ou lorsque d'autres règles impératives du droit international s'opposent à l'expulsion (let. b). Selon la doctrine, cette disposition doit être examinée également lorsqu'il s'agit d'une expulsion pénale non obligatoire/facultative, comme en l'espèce (cf. Camille
Perrier Depeursinge/Hadrien Monod, in: Commentaire
romand, Code pénal I, 2
ème
éd. 2021, n. 3 ad art. 66d, voir aussi nbp 10; Directives LEI du SEM, octobre 2013, version actualisée du 1
er
mars 2022, ch. 8.4.2.7).
Quoi qu'il en soit, la décision attaquée ne peut être considérée comme une décision refusant formellement le report d'une expulsion pénale. En effet, elle se limite à confirmer le délai de départ immédiat selon l'art. 66c al. 3 CP, sans examiner de motifs de report, qui ne ressortaient du reste pas d'emblée du dossier, et sans désigner le pays de destination. Le recourant ne prétend du reste pas qu'il s'agirait d'une telle décision.
Enfin, il faut encore relever qu'en réalité, le recourant n'entend pas contester un départ immédiat de Suisse, dès lors qu'à ses dires, il veut quitter notre pays le plus vite possible pour retrouver sa famille en France. Pour l'essentiel, ce que discute le recourant, c'est le principe d'une exécution contrainte de l'expulsion, permettant à l'autorité de désigner un pays de destination et d'organiser un voyage en conséquence. Or, encore une fois, ces éléments ne font pas l'objet de la décision du 10 janvier 2022.
Dans ce cadre, la décision du 10 janvier 2022 ne peut qu'être confirmée.
c) Toujours dans ce cadre, on ne voit pas en quoi l'art. 42 LPA-VD régissant le contenu des décisions aurait été violé. En outre, la décision étant bien parvenue à son destinataire, ainsi qu'en témoigne le présent recours, il n'y a pas lieu d'annuler celle-ci en raison d'une notification irrégulière (cf. l'art. 44 LPA-VD invoqué par le recourant). Enfin, il faut rappeler que le recourant a été entendu au sujet de l'exécution de son expulsion par le TMCAP, de sorte qu'une violation de son droit de s'exprimer n'est pas réalisée, du moins qu'elle est guérie.
3.
Vu ce qui précède, le recours est manifestement mal fondé dans la mesure où il est recevable. Le recours étant d'emblée dénué de chance de succès, la demande d'assistance judiciaire doit être refusée (cf. art. 18 al. 1 LPA-VD). Il sera toutefois renoncé à un émolument judiciaire.