Decision ID: c72bd245-0950-5347-b804-b674a631fdfd
Year: 2018
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_011
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: social_law

considérant en fait
A. A._, né en 1972, mariée pour la deuxième fois, mère d'un enfant majeur, domiciliée à B._, a commencé un apprentissage d'employée de commerce dès août 1990, mais qu'elle n'a pas terminé suite à un état dépressif.
Le 9 juillet 1993, elle a déposé une première demande de prestations auprès de l'Office de l'assurance-invalidité du canton de Fribourg (ci-après OAI), alléguant souffrir de cet état dépressif depuis plusieurs années. Le 13 janvier 1994, l'OAI a classé momentanément le dossier, A._ ayant séjourné quelques mois à l'étranger.
B. Le 24 octobre 2001, elle a déposé une nouvelle demande de prestations en alléguant souffrir d'une polyarthrite rhumatoïde (bras et mains en particulier). En se basant notamment sur une expertise psychiatrique, l'OAI, par décision du 7 octobre 2005, lui a octroyé une rente entière dès le 1er octobre 2000 en raison d'un syndrome fibromyalgique.
La rente a été confirmée par la suite par communications du 13 mars 2007, du 3 août 2010 ainsi que du 14 août 2012.
C. Dans le cadre d'une nouvelle révision introduite en 2013, sur la base d'une expertise bidisciplinaire (rhumatologie et psychiatrie) et en application des dispositions finales de la 6ième révision AI, l'OAI a, par décision entrée en force du 10 mars 2015, supprimé la rente.
Dans le même temps, il lui a octroyé une prestation de conseil et de suivi et la poursuite du versement de la rente d'invalidité pendant ces mesures (au plus tard jusqu'au 31 mai 2017). Par décision exécutoire du 21 juillet 2016, l'OAI a interrompu les mesures et de ce fait le versement de la rente.
D. Le 21 septembre 2016, l'assurée a déposé une nouvelle demande de prestations, alléguant souffrir d'un syndrome cervical chronique, d'un statut après spondylodèse ainsi que d'une épicondylite.
Le 7 juin 2017, l'OAI a rendu une décision de refus d'entrée en matière.
E. Le 14 juillet 2017, A._, représenté par Me Julien Membrez, interjette recours contre cette décision et conclut à l'annulation de la décision querellée et à l'octroi d'une rente entière d'invalidité, subsidiairement au renvoi à l'OAI pour complément d'instruction et nouvelle décision. En outre, elle demande la mise en œuvre d'une expertise judiciaire. A l'appui de ses conclusions, elle fait valoir que son état de santé s'est aggravé à la suite d'une opération ayant eu lieu le 21 juin 2015.
Le 7 septembre 2017, la recourante s'est acquittée d'une avance de frais de CHF 800.- et le 26 octobre 2017, elle verse de nouveaux rapports médicaux au dossier.
Dans ses observations du 10 novembre 2017, l'OAI conclut au rejet du recours. Il estime que la recourante n'a pas rendue plausible une aggravation objective de son état de santé.
Avec ses contre-observations du 2 juillet 2018, la recourante apporte de nouveaux rapports médicaux. L'OAI, dans ses ultimes remarques du 30 août 2018, campe sur ses positions.
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Le 13 septembre 2018, une dernière possibilité est donnée à la recourante pour se déterminer. Par courrier du 17 septembre 2018, celle-ci maintient également ses conclusions.
Il sera fait état des arguments développés par les parties à l'appui de leurs conclusions, dans les considérants en droit du présent arrêt, pour autant que cela soit utile à la solution du litige.

en droit
1.
Interjeté en temps utile et dans les formes légales, auprès de l'autorité judiciaire compétente par un assuré directement touché par la décision querellée, le recours est recevable, sous réserve de ce qui suit.
En procédure juridictionnelle administrative, ne peuvent être examinés et jugés, en principe, que les rapports juridiques à propos desquels l'autorité administrative compétente s'est prononcée préalablement d'une manière qui la lie sous la forme d'une décision. La décision détermine donc l'objet de la contestation qui peut être déféré en justice par voie de recours; les conclusions de la partie recourante, qui délimitent l’objet du litige, doivent rester dans le cadre des questions qui ont fait l’objet de la contestation et que l’autorité inférieure a tranchées dans son dispositif (ATF 131 V 164 consid. 2.1; arrêt TF 9C_309/2011 du 12 décembre 2011 consid. 5.1).
Le litige porte sur le point de savoir si c'est à juste titre que l'administration a refusé d'entrer en matière sur la nouvelle demande déposée par la recourante. En tant que les conclusions tendent à l'octroi d'une rente d'invalidité ou à la mise en œuvre de mesures d'instruction complémentaires, elles sont irrecevables (arrêt TF I 951/06 du 31 octobre 2007 consid. 1.2). Pour la même raison, la demande de mise en œuvre d'une expertise judiciaire est également irrecevable. Par contre, les conclusions prises par la recourante peuvent implicitement être comprises comme une demande que l'OAI entre en matière sur la nouvelle demande.
2.
Selon l'art. 87 al. 3 du règlement du 17 janvier 1961 sur l'assurance-invalidité (RAI; RS 831.201), lorsque la rente ou l'allocation pour impotent a été refusée parce que le degré d'invalidité était insuffisant ou parce qu'il n'y avait pas d'impotence, la nouvelle demande ne peut être examinée que si les conditions prévues à l'al. 2 sont remplies. D'après cet alinéa, lorsqu'une demande de révision est déposée, celle-ci doit établir de façon plausible que l'invalidité s'est modifiée de manière à influencer ses droits.
En effet, d'après l'art. 17 de la loi du 6 octobre 2000 sur la partie générale du droit des assurances sociales (LPGA; RS 830.1), applicable par le biais de l'art. 1 al. 1 de la loi du 19 juin 1959 sur l'assurance-invalidité (LAI; RS 831.20), si le taux d'invalidité du bénéficiaire de la rente subit une modification notable, la rente est, d'office ou sur demande, révisée pour l'avenir, à savoir augmentée ou réduite en conséquence, ou encore supprimée (al. 1). De même, toute prestation durable accordée en vertu d'une décision entrée en force est, d'office ou sur demande, augmentée ou réduite en conséquence, ou encore supprimée si les circonstances dont dépendait son octroi changent notablement (al. 2).
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Dans le cadre d'une nouvelle demande, l'administration doit ainsi commencer par examiner si les allégations de l'assuré sont, de manière générale, plausibles. Si tel n'est pas le cas, l'affaire est liquidée d'entrée de cause et sans autres investigations par un refus d'entrée en matière. A cet égard, l'administration se montrera d'autant plus exigeante pour apprécier le caractère plausible des allégations de l'assuré que le laps de temps qui s'est écoulé depuis sa décision antérieure est bref. Elle jouit sur ce point d'un certain pouvoir d'appréciation que le juge doit en principe respecter. Ainsi, le juge ne doit examiner comment l'administration a tranché la question de l'entrée en matière que lorsque ce point est litigieux, c'est-à-dire quand l'administration a refusé d'entrer en matière en se fondant sur l'art. 87 al. 4 RAI (actuellement 87 al. 3 RAI) et que l'assuré a interjeté recours pour ce motif (ATF 109 V 108 consid. 2b).
Toutefois, le degré de la preuve exigée par l'art. 87 al. 2 RAI n'est pas celui de la haute vraisemblance prépondérante généralement exigée en matière d'assurance sociale (cf. arrêts TF 9C_881/2007 du 22 février 2008 consid. 2.2 et 9C_708/2007 du 11 septembre 2008 consid. 2.2). Le principe inquisitoire, selon lequel les faits pertinents de la cause doivent être constatés d'office par l'autorité (cf. art. 43 al. 1 LPGA), ne s'applique pas à la procédure de l'art. 87 al. 3 RAI (ATF 130 V 64 consid. 5.2.5). Ainsi, lorsqu'un assuré introduit une nouvelle demande de prestations ou une procédure de révision sans rendre plausible que son invalidité s'est modifiée, notamment en se bornant à renvoyer à des pièces médicales qu'il propose de produire ultérieurement ou à des avis médicaux qui devraient selon lui être recueillis d'office, l'administration doit lui impartir un délai raisonnable pour déposer ses moyens de preuve, en l'avertissant qu'elle n'entrera pas en matière sur sa demande pour le cas où il ne se plierait pas à ses injonctions. Enfin, cela présuppose que les moyens proposés soient pertinents, en d'autres termes qu'ils soient de nature à rendre plausibles les faits allégués. Si cette procédure est respectée, le juge doit examiner la situation d'après l'état de fait tel qu'il se présentait à l'administration au moment où celle-ci a statué (arrêt TF 9C_789/2012 du 27 juillet 2013 consid. 2.3; ATF 130 V 64 consid. 5.2.5 et les références citées).
La base de comparaison pour l'examen du caractère plausible d'une modification déterminante des faits influant sur le droit aux prestations est – par application analogique des règles régissant la révision de l'art. 17 LPGA – la dernière décision entrée en force qui repose sur un examen matériel du droit à la rente avec une constatation des faits pertinents, une appréciation des preuves et une comparaison des revenus conforme au droit (cf. ATF 130 V 71 consid. 3.2.3).
3.
Est en l'espèce litigieuse la question de savoir si la recourante a établi de manière plausible une éventuelle modification de son état de santé susceptible d'influencer ses droits, conformément à l'art. 87 al. 2 RAI.
3.1. Au moment de la dernière décision entrée en force qui repose sur un examen matériel du droit à la rente, soit la décision exécutoire de suppression de rente du 10 mars 2015, la situation médicale a été évaluée notamment sur la base du rapport d’expertise bidisciplinaire (rhumatologie et psychiatrie) du 12 mai 2014 et du 23 octobre 2014.
Le Dr C._, spécialiste en médecine interne générale et rhumatologie pose dans son expertise du 12 mai 2014 (dossier OAI p. 358ss) les diagnostics suivants avec répercussion sur la capacité de travail: syndrome polyinsertionnel douloureux récurrent (diminution du seuil de tolérance à la douleur), cervico-brachialgies récurrentes (status post-cure de hernie discale C5/C6 en 2011). Selon l'expert, le syndrome lombovertébral récurrent chronique sans signe radiculaire
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irritatif ou déficitaire (scoliose dextro-convexe lombaire modeste), les omalgies bilatérales sans signe de conflit ou de tendinopathie, le status post appendicectomie en 1982, le status post arthroscopie des deux genoux en 1983, le status post ablation de la veine saphène pour syndrome des jambes sans repos en 2002 et le status post cure d'hallux valgus en 2014 sont sans répercussion sur la capacité de travail. L'expert rhumatologue note la présence d'un syndrome cervico-brachial et lombovertébral, sans signe radiculaire irritatif ou déficitaire ou de dysfonction segmentaire. L'examen des épaules est rassurant, sans signe de tendinopathie ou de conflit. L'examen des genoux est également dans les normes, sans signes méniscaux ou tendineux. De plus, l'expert ne trouve pas d'argument parlant en faveur d'une atteinte inflammatoire ou systémique. L'examen clinique ne mettant pas en évidence de signe inflammatoire, l'ampleur de la symptomatologie réside selon l'expert essentiellement dans le vécu douloureux devenu chronique avec nette diminution du seuil de déclenchement à la douleur. Finalement, la recourante peut rester assise pendant l'examen sans opter de position antalgique, elle s'habille et se déshabille de manière fluide, elle est capable de descendre et de monter deux étages d'escaliers. Il retient une capacité de travail de 80% à 100%.
Dans son expertise du 23 octobre 2014 (dossier OAI, p. 374ss) le Dr D._, spécialiste en psychiatrie et psychothérapie, ne pose que des diagnostics sans répercussion sur la capacité de travail: éventuelle légère dysthymie, trouble douloureux associé à la fois à des facteurs psychologiques et une affection médicale générale chronique, dépendance à des substances toxiques multiples (Héroïne, THC, alcool...), abstinence depuis 1995, personnalité du registre , à traits abandonniques, compensée. L'expert psychiatre explique que d'un point de vue psychopathologique, outre un léger fond dysthymique, il se retrouve face à une personnalité de type état limite, avec des éléments abandonniques, relativement archaïque, vu l'importance des traumas précoces, mais non décompensée. L'évolution s'est faite vers une certaine maturation de la personnalité. Persiste un trouble somatoforme douloureux ou trouble douloureux associé à la fois à des facteurs psychologiques et une affection médicale générale chronique, dont les limitations paraissent beaucoup plus subjectives qu'objectives, si l'on observe ici au cabinet médical et son fonctionnement quotidien. Selon l'expert, la capacité de travail est entière sans baisse de rendement depuis au plus tard le 1er janvier 2014, probablement déjà avant.
En outre, le médecin de famille, la Dresse E._ atteste le 26 septembre 2013 (dossier OAI, p. 331ss) un état stationnaire et pose les diagnostics de status après cure de hernie discale C5/C6 et mise en place d'une cage tryptik pour discopathie C5/C6 avec sténose foraminale C5/C6 en août 2011 (depuis 2007), de polyarthralgies dans le cadre d'une probable fibromyalgie (depuis 1999–2000) et de syndrome épicondyalgique gauche, évoluant par poussées douloureuses intermittentes (depuis 2008). Elle nie un potentiel (même partiel) de réinsertion. Elle joint divers rapports médicaux de F._, où la cure de hernie discale de 2011 a eu lieu. Le Dr G._, spécialiste en chirurgie orthopédique et traumatologie de l'appareil locomoteur, note le 6 novembre 2012 (dossier OAI, p. 336) une évolution favorable. La patiente peut reprendre toutes ses activités habituelles.
3.2. Dans sa nouvelle demande du 21 septembre 2016 (dossier OAI, p. 483ss), la recourante allègue, toutefois sans apporter de rapports médicaux qui l'affirmeraient, souffrir d'un syndrome cervical chronique avec syndrome de l'angulaire de l'omoplate, et possible composante facettaire en C4/C5 et neuropathique des membres supérieurs, status après spondylodèse C6/C7 (juin 2015) et C5/C6 (août 2011), syndrome épicondyalgique gauche et tunnel carpédien bilatéral,
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troubles somatoforme douloureux. La recourante indique que l'atteinte existe depuis 1998 (trouble somatoforme) et 2011 (problèmes cervicaux).