Decision ID: 0390db25-7455-57bf-9e86-f549d98a02fe
Year: 2001
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1. Madame M. G. est employée en qualité d'agente municipale par la commune X depuis le 4 janvier 1984. Elle est soumise au statut du personnel de la commune (ci-après : le statut).
2. Le 20 mars 2000, M. Ph. D., chef de service de la recourante, a adressé un rapport à Mme Y, maire de la commune, dans lequel il dénonçait Mme G., pour avoir mentionné 45 minutes au titre d'heures supplémentaires effectuées le samedi 11 mars alors que rien n'empêchait l'intéressée de terminer son service à 16 h. comme prévu.
M. D. avait vu partir l'intéressée de la mairie à 16 h. 30 et elle avait majoré cette demi-heure supplémentaire de 50 %, selon l'article 56 alinéa 2 du statut, pour indiquer 45 minutes qui ne lui étaient pas dues.
Enfin, elle s'était absentée de 9 h. à 11 h. le 13 mars pour se rendre à un enterrement sans en avoir reçu l'autorisation.
3. M. D. a eu un entretien le 17 mars 2000 avec Mme G..
4. Par décision du 11 avril 2000, le Conseil administratif de la commune, sous la plume de Mme Y, en sa qualité de maire, a adressé un blâme à Mme G. en raison des deux manquements précités.
5. Par courrier recommandé du 9 mai 2000, Mme G. a recouru auprès du Conseil administratif contre cette décision, prise par une autorité incompétente selon le statut et en violation de son droit d'être entendue. En tout état, elle en contestait le fondement. Cette décision devait être considérée comme nulle.
6. Par courrier recommandé du 11 avril (recte 15 mai 2000), également sous la plume de Mme Y, le blâme du 11 avril 2000 a été annulé après constatation que la procédure prévue par les articles 37 et 39 du statut n'avait pas été respectée. Mme G. était priée de prendre contact avec M. Z, secrétaire général de la commune, en vue d'une rencontre.
7. Le 9 juin 2000, Mme Y et MM. Z et D. se sont entretenus avec Mme G..
8. Par décision du 21 juin 2000, Mme Y, agissant en qualité de conseillère administrative déléguée, a adressé un blâme à Mme G. toujours en raison des mêmes faits. Ce courrier a été remis à l'intéressée en mains propres le 29 juin 2000. Ce blâme était justifié par une violation de l'obligation de diligence (art. 13 à 15 du statut).
9. Par acte posté le 27 juillet 2000, Mme G. a recouru auprès du Conseil administratif contre cette décision en concluant préalablement à la récusation de Mme Y.
Au fond, Mme G. a conclu à l'annulation de la décision du 21 juin 2000.
10. D'août à octobre 2000, M. Z et son adjointe, Mme B...., ont procédé à diverses auditions, de manière non contradictoire et sans en informer Mme G., aux fins d'établir les faits sur lesquels la sanction était fondée.
Ces auditions ont été protocolées et signées par les personnes intéressées.
11. Madame G. a été convoquée également, pour être entendue par Mme Y, mais elle a décliné cette invitation, son état de santé ne lui permettant pas de se présenter.
12. Enfin, par décision du 21 novembre 2000, adressée sous pli recommandé au conseil de Mme G., le Conseil administratif sous la plume de M. D., maire, a confirmé le blâme prononcé.
Cette décision mentionnait le fait qu'elle était susceptible de recours au Tribunal administratif dans les trente jours suivant sa notification.
13. Par acte posté le 22 décembre 2000, Mme G. a saisi le Tribunal administratif d'un recours contre ladite décision en reprenant son argumentation et en concluant à l'annulation du blâme qui constituait une sanction disproportionnée.
Son droit d'être entendu n'avait pas été respecté puisque l'audition des témoins s'était faite ne manière non contradictoire.
L'autorité qui avait statué n'était pas composée correctement car Mme Y aurait dû se récuser, ayant déjà connu de l'affaire dans une autre qualité.
Enfin, les faits constatés l'avaient été de manière inexacte et incomplète. La décision attaquée devait être annulée.
14. La commune X a conclu au rejet du recours dans la mesure où il était recevable.
15. Le 27 avril 2001, les parties ont été entendues en audience de comparution personnelle.
A cette occasion, Mme Y, qui représentait la commune, a déclaré qu'elle avait assisté à la séance du Conseil administratif mais n'avait pas participé au vote ayant abouti au blâme prononcé le 21 novembre 2000 même si la décision ne mentionnait pas qu'elle s'était abstenue.
16. Lors d'une audience d'enquêtes du 1er juin 2001, le tribunal de céans a entendu Mmes M. B., C. N. ainsi que MM. F. F., employé de la M., et Ph. D.. Au terme de ces auditions, la recourante a sollicité un délai pour se déterminer après enquêtes.
Réplique et duplique ont ainsi été autorisées.
17. Les faits reprochés à Mme G. sont les suivants :
a) Le 11 mars 2000, soit un samedi, Mme G. travaillait. Depuis l'inauguration de ... à ..., des bouchons se forment régulièrement les samedis en début d'après-midi. Aussi a-t-il été convenu entre les agents de la sécurité municipale X et la M. que l'agent de service le jour en question et un employé de M. régleraient la circulation à la sortie du stop de l'avenue de M. sur la rue L..
aa) Ce jour-ci, M. D. a effectué une surveillance pour vérifier si Mme G. respectait son horaire de travail. Il se trouvait dans le secteur de ... dès 14h45. A 15h15, il n'avait toujours pas vu Mme G.. Il a fait une course dans un commerce du quartier et il est revenu à 15h45 pour constater que la circulation était fluide et que Mme G. n'était pas sur place. A 16h25, il a observé un véhicule de service conduit par Mme G. qui se dirigeait vers la mairie.
De plus, ce jour-ci, Mme G. devait terminer son travail à 16h00. Or, elle avait inscrit la fin de son service à 16h30 sur le registre d'activités.
bb) Mme G. a indiqué dans son recours que ce jour-ci, elle a pris son service de l'après-midi à 13h00. A 15h05, elle s'est rendue dans le secteur ... pour contrôler le trafic, conformément aux ordres reçus. Elle a demandé à M. F. de l'assister au carrefour ....
Au vu des bouchons qui commençaient à se former, ils ont tous deux décidé de faire la circulation. A 16h05, le trafic étant devenu plus fluide, Mme G. a indiqué à M. F. qu'il n'était plus nécessaire de rester sur place. Elle est retournée en compagnie de M. F. au ... où ils ont pris une consommation. Peu après, Mme G. a regagné le poste à 16h25 au volant de sa voiture de service. Elle a rangé ses affaires, classé les contraventions de la journée, soit vingt-et-une amendes d'ordre et deux avertissements, puis a inscrit la fin de son service à 16h30.
cc) Le 30 octobre 2000, M. F. a été contacté par téléphone par M. Z, et un compte-rendu de cette conversation a été établi le 31 octobre 2000, que M. F. a signé. Il fait apparaître que M. F. et Mme G. ont quitté le secteur ... entre 15h30 et 15h45 au plus tard et certainement pas à 16h05.
Entendu comme témoin lors de l'audience du 1er juin 2001, M. F. a indiqué que le jour en question, il avait réglé la circulation avec Mme G. pendant quinze à vingt minutes sans pouvoir déterminer dans quelle tranche horaire. Il terminait lui-même son travail à 17h00. Il était allé boire quelque chose avec Mme G. avant la fin de son travail et il était certain d'avoir quitté le restaurant à 16h10, la pause ayant duré dix minutes ou un quart d'heure au plus. Il a affirmé avoir quitté le carrefour avant 16h00, soit plus près de 16h00 que de 15h30, et cela malgré le procès-verbal du 31 octobre 2000 relatant la conversation téléphonique précitée.
dd) Quant à M. D., entendu lors de la même audience, il a confirmé son rapport initial. Il a ajouté qu'il appartenait à l'agent de la police réglant la circulation d'apprécier en fonction du trafic si sa présence était nécessaire. Pendant les heures où il se trouvait lui-même sur place, il n'y avait pas beaucoup de trafic et la présence d'un agent n'était pas nécessaire. Il avait réagi en constatant que Mme G. avait noté 45 minutes supplémentaires (30 minutes de 16 h. à 16 h. 30 majorées de 50 % selon l'article 56 alinéa 2 du statut, soit 45 minutes au total) que rien ne justifiait. Enfin, il a admis qu'il était toléré que les agents prennent une pause le matin et l'après-midi, de dix à vingt minutes pour chaque demi-journée.
b) Le second grief adressé à Mme G. porte sur son absence du 13 mars 2000 de 09h00 à 11h00 pour se rendre à l'enterrement de son ex beau-père sans avoir obtenu l'autorisation nécessaire de s'absenter.
aa) Dans son recours, Mme G. a fait valoir qu'elle avait appris le jeudi 9 mars le décès de son ex beau-père. Elle avait aussitôt téléphoné à la mairie. Elle avait demandé à parler à Mme B., remplaçante de M. Z, aux fins de savoir si elle pouvait s'absenter pour ce service funèbre. MM. D. et Z étaient absents à ce moment. Mme G. affirme que Mme B. lui a indiqué qu'elle ferait le nécessaire.
Lors de sa prise de service le 13 mars au matin, Mme G. dit avoir informé sa supérieure directe, soit Mme N., sous-brigadière, qu'elle entendait se rendre à cet ensevelissement et il ne lui a pas été fait interdiction de s'absenter. Mme G. a indiqué à Mme N. que ces deux heures pourraient être retenues sur ses heures de compensation.
Mme G. s'était donc absentée à 09h00 et elle était de retour à 11h00, comme l'atteste la fiche de service. Aucun reproche ne lui a été adressé à ce sujet avant le 20 mars.
Il est établi et non contesté que le jour où Mme G. a contacté Mme B., MM. Z et D. étaient absents.
bb) Mme B. a confirmé le 1er juin 2001 avoir reçu un appel de Mme G., laquelle souhaitait savoir si elle était autorisée, selon le statut, à prendre congé pour se rendre à l'ensevelissement de son ex beau-père. Mme B. lui a répondu que le statut du personnel ne prévoyait pas un congé payé mais que le congé lui serait certainement accordé par son supérieur hiérarchique, éventuellement en compensation d'heures supplémentaires.
Mme B. n'était pas habilitée à autoriser Mme G. à prendre ces heures de congé; en aucun cas, elle n'avait donné une autorisation en ce sens. C'est ce qu'elle a déclaré le 16 août 2000 et confirmé lors de son audition par le tribunal le 1er juin 2001. Mme B. a admis cependant qu'au cours de ce téléphone avec Mme G., elle avait indiqué à celle-ci qu'elle-même parlerait de sa demande à M. Z, ce qu'elle avait fait. M. Z lui avait alors répondu qu'il appartenait au service concerné de régler la situation.
cc) Quant à Mme N., elle a déclaré le 23 octobre 2000, puis le 1er juin 2001 lors de son audition par le tribunal de céans, qu'elle n'avait en aucun cas été approchée par Mme G. pour savoir si celle-ci pouvait prendre congé et se rendre à cet enterrement. C'est en consultant le registre de service, sur lequel il était écrit "09h00 à 11h00, enterrement" qu'elle avait appris l'absence de sa collaboratrice ce jour-là. D'après ce registre, Mme N. avait elle-même commencé le 13 mars son travail à 06h45. Elle était d'abord allée à l'extérieur pour revenir au bureau à 08h40, (étant précisé qu'elle portait le matricule No .., celui de Mme G. étant le No .., seuls ces matricules figurant sur le registre de service). A ce moment, elle avait vu Mme G., qui ne lui avait rien demandé. Elle n'avait pas vu le mari de Mme G. venir la chercher à 09h00. A 12h00, Mmes N., G. ainsi que deux autres agentes (portant les matricules Nos .. et ..) avaient terminé leur service. Elle-même s'était rendue de 10h30 à 11h45 avec le matricule No .. à la rue de L.. Elle n'avait jamais dit à Mme G. qu'elle allait téléphoner à M. Z et ne voyait pas pourquoi elle aurait déclaré cela puisqu'elle ignorait le décès de l'ex beau-père de Mme G..
La procédure qu'aurait dû suivre Mme G. était simple : en apprenant qu'elle devait se rendre à un enterrement, il lui suffisait de contacter l'un ou l'autre des sous-brigadiers, c'est-à-dire M. M. ou elle-même, et aucun incident ne se serait produit.
18. a. S'exprimant sur les auditions de témoins du 1er juin 2001, Mme G. a relevé les faits suivants :
- M. F. avait confirmé avoir réglé la circulation avec elle jusqu'aux alentours de 16 heures, puis être allé boire un café avec elle durant 10 à 15 minutes; cette pause était comprise dans l'horaire de travail des agents, selon M. D.;
- Mme N. l'aurait autorisée à se rendre à l'enterrement si celle-ci le lui avait demandé;
- Mme B. avait été contactée par Mme G. au sujet de l'enterrement et elle lui avait promis d'en parler à M. Z, ce qu'elle avait fait. Mme G. pensait ainsi de bonne foi être excusée.
b. Ainsi, la recourante a conclu à l'annulation de la décision entreprise aux motifs que :
- la composition du Conseil administratif ayant pris la décision attaquée était incorrecte. En effet, Mme Y aurait dû se récuser, ayant déjà connu de l'affaire en sa qualité de conseillère administrative déléguée au personnel;
- les faits sur lesquels l'autorité s'était fondée pour prendre sa décision avaient été constatés de manière inexacte et incomplète.
19. Sur la base des témoignages recueillis par le tribunal de céans, le Conseil administratif de la commune X a conclu au rejet du recours et à la confirmation de la décision entreprise.
S'agissant de la composition du Conseil administratif, il a rappelé que le Tribunal fédéral lui-même reconnaissait une différence de régime légal pour la récusation entre les membres des tribunaux et ceux des autorités administratives. En tout état, Mme Y s'était abstenue de voter comme elle l'avait déclaré en comparution personnelle, de sorte que ce grief devait être rejeté.
20. La cause a été gardée à juger.

EN DROIT
1. Le Tribunal administratif est l'autorité supérieure ordinaire de recours en matière administrative (art. 56 A de la loi sur l'organisation judiciaire du 22 novembre 1941 - LOJ -
E 2 05
).
Cependant, le recours au Tribunal administratif n'est recevable que dans la mesure où une disposition légale, réglementaire ou statutaire spéciale le prévoit contre les décisions concernant le statut et les rapports de service des fonctionnaires et autres membres du personnel des communes (art 56 B al. 4 let. a LOJ).
2. Le statut énonce les droits et obligations des employés et fonctionnaires municipaux. Au chapitre 4, intitulé "responsabilité disciplinaire et sanctions", il prévoit notamment les voies de recours en fonction de la gravité desdites sanctions.
L'autorité disciplinaire est le Conseil administratif (art. 36); les sanctions disciplinaires, énoncées à l'article 37, sont:
a) prononcées par le chef de service :
- l'avertissement;
b) prononcées par le conseiller administratif
responsable :
- le blâme;
- la mise à pied jusqu'à sept jours avec
suppression de traitement;
c) prononcées par le Conseil administratif :
- les six sanctions les plus graves, allant jusqu'à
la révocation (art. 37).
L'avertissement, le blâme et la mise pied jusqu'à sept jours avec suppression de traitement sont prononcées après que le fonctionnaire intéressé a été entendu par le chef de service, respectivement par le conseiller administratif responsable, sur les faits qui lui sont reprochés (art. 39).
Lorsqu'il s'avère qu'un fonctionnaire est passible d'une des sanctions dont le prononcé relève de la compétence du Conseil administratif, celui-ci ouvre une enquête administrative qu'il confie à un de ses membres, assisté du secrétaire général ou d'un fonctionnaire désigné par le Conseil administratif.
L'ouverture de l'enquête est notifiée par écrit à l'intéressé avec indication des motifs.
Celui-ci est également informé qu'il peut se faire assister par un conseil de son choix lors de ses auditions dans le cadre de la procédure d'enquête (art. 40).
Au terme de l'enquête, le Conseil administratif communique le dossier à l'intéressé et lui notifie le prononcé disciplinaire avec indication des motifs, ainsi que des moyens et voies de recours (art. 41).