Decision ID: 8402785b-ed39-4cc0-acb2-5a1c895fcc16
Year: 2004
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

vu les faits suivants :
A. A Niète (Cameroun), le 13 juin 1998, le ressortissant Y._ né le 19 avril 1963 a épousé la ressortissante camerounaise Z._ née le 27 juillet 1964. Celle-ci est arrivée en Suisse le 29 novembre 1998 après avoir obtenu un visa lui permettant de rejoindre son époux suisse. Elle a obtenu une première autorisation de séjour valable jusqu'au 28 novembre 1999 pour vivre auprès de son époux suisse domicilié à l'avenue de la 1.******** à Prilly.
B. Le 23 juillet 1999, le SPOP a reçu un rapport de la police cantonale valaisanne daté du 24 mars précédent dont il résulte que X._ a été entendue par la police pour exercice de la prostitution dans le cadre d'une enquête pour encouragement à la prostitution. Elle a admis s'être livrée à cette activité dans un salon à Sion depuis le 11 février 1999.
Le SPOP a alors requis de la police qu'elle procède à une enquête sur la situation des époux A._. Le 9 octobre 1999, la police d'Ecublens a procédé à une visite
au couple A._, avenue du 2.********. Elle a mentionné dans son rapport du 9 octobre 1999 ce qui suit :
" Le 14 septembre 1999, vers 1900, je me suis présenté, à l'improviste, au domicile des personnes précitées. M. A._, seul dans l'appartement, ne s'est pas montré très coopératif. Il a prétendu que son épouse était de sortie. Lorsque je lui ai demandé si Mme A._ vivait effectivement à cette adresse, et à quelle fréquence, l'intéressé s'est montré plutôt embarrassé. Il a reconnu qu'elle ne rentrait pas tous les jours, mais en tout cas plusieurs fois par semaine, sans pour autant vouloir en préciser le nombre exact. A quasi chacune de mes questions, M. A._ m'a répondu par "C'est mon épouse", suggérant par là qu'ils vivent comme un couple ordinaire.
Depuis le hall d'entrée de l'appartement de 4,5 pièces qu'occupe M. A._, et d'où je pouvais distinguer les autres chambres, je n'ai pas constaté la présence d'effets féminins. Je n'ai cependant pas pu visiter le logis.
Convoquée le mercredi 22 septembre, pour le jeudi 23 septembre 1999, à 1800, Mme A._ s'est présentée, comme convenu, dans nos locaux. Entendue dès son heure d'arrivée, elle a déclaré :
"Je vis régulièrement à 1024 Ecublens, avenue du 2.********, avec mon mari. Il m'arrive cependant de passer la nuit ailleurs, à cause de mon travail. Je ne peux pas préciser la fréquence de mes absences, car elles sont irrégulières, mais rares. Je voudrais ajouter que c'est moi qui ai fait le nécessaire auprès de la gérance Sogirom pour l'obtention de notre appartement. Je me suis d'ailleurs présentée personnellement au constat des lieux, mon mari étant au travail".
D'autre part, Mme A._ m'a décrit avec plus ou moins de précision l'appartement et sa situation, ainsi que le mobilier, déclarant ne pas de rappeler des moindres détails. En outre, lorsque je lui ai demandé si elle connaissait ses voisins de palier, l'intéressée a répondu qu'elle se contentait de dire bonjour aux locataires de gauche, alors que dans l'appartement faisant face au sien, il y a des bureaux, ce qui est exact. Toujours à ma demande, Mme A._ a également fait une brève description de la concierge de l'immeuble. Le portrait correspondait effectivement à Mme C._, laquelle m'a confirmé apercevoir de temps en temps Madame A._, qu'elle se contente de saluer.
Je n'ai pas poussé plus loin mes investigations."
Le 28 octobre 1999, le SPOP a requis un rapport complémentaire et demandé que les époux soient entendus. Le rapport de renseignements de la police d'Ecublens du 9 décembre 1999 fait état de ce qui suit :
"Audition pour suspicion de mariage de complaisance (complément au rapport n° 99-0000173, transmis en date du 09.10.1999).
Entendue par nos soins, le 23 novembre 1999, Madame A._ A._-_ a répondu comme suit aux questions posées :
Q1) Comment avez-vous fait connaissance de votre mari et qui a proposé le mariage?
R1) Par le truchement de connaissances, j'ai appris qu'un Suisse, Monsieur A._, cherchait une femme de couleur. Intéressée par cet état de fait, je lui ai écrit et nous avons échangé de la correspondance durant approximativement 10 mois. Au terme de ces échanges, _ est venu me trouver au Cameroun, afin de déterminer si nous étions fait l'un pour l'autre. Après quelques jours, nous avons décidé de nous unir, à la Mairie de Niète/Province du Sud/Cameroun, et avons convolé en justes noces le 13 juin 1998.
Q2) En cours d'enquête, nous avons appris que vous vous adonniez à la prostitution, au salon de massage "3.********. Par conséquent, il va de soi que vous séjournez à plusieurs reprises à cet endroit. Comment vous déterminez-vous à ce sujet ?
R2) J'exerce cette activité de façon occasionnelle, au sein du salon mentionné. Durant les premiers mois de l'année écoulée, j'ai fréquenté cet endroit à raison de trois à quatre fois par semaine. Finissant mes activités nocturnes vers 2300 heures, je ne rentrais pas systématiquement à Ecublens et restais au salon pour la nuit. Actuellement, je ne pratique plus que deux à trois fois par mois et ce durant plusieurs jours consécutifs; souvent pour trois jours.
Q3) Comment votre mari perçoit le fait que vous pratiquiez cette profession et qu'elle en est l'influence sur votre mariage ?
R3) Mon mari pense que j'effectue uniquement des massages érotiques. Cependant, il est fort possible qu'il se doute que j'aie des rapports complets avec mes clients. Toutefois, il prétend que cela ne le gêne pas, car cet argent est utilisé afin de subvenir à certains besoins, notamment ceux de mes enfants qui se trouvent au Cameroun. En effet, j'envoie régulièrement de l'argent à ces derniers, montant mensuel qui varie entre fr. 500 et 1000.-. Par conséquent, ce métier n'a aucune incidence sur notre relation de couple.
Q4) Votre mariage a-t-il été contracté dans le but d'obtenir un permis B ?
R4) Non, pour tout vous dire, je pensais simplement qu'une fois mariée je pourrais ouvrir un salon de coiffure à mon compte. Mais je me suis vite aperçue que cela n'était pas possible et c'est une des raisons qui m'a poussée à travailler dans le milieu de la prostitution. Pour répondre avec précision à votre question, l'obtention du permis B ne représentait rien pour moi, puisque j'étais intimement convaincue qu'une fois en Suisse j'ouvrirais un salon de coiffure africaine.
Q5) Si votre mariage était un mariage de sentiment à l'origine, quand est-il à ce jour ?
R5) Nos sentiments sont réciproques et n'ont pas changé. Je tiens également à préciser que ma belle-famille m'a acceptée comme un des siens.
Q6) Avez-vous des intentions de séparation ou de divorce ?
R6) Non, je ne me suis pas mariée pour divorcer aussi rapidement. Toutefois, si mes enfants ne peuvent pas gagner le territoire suisse durant l'année 2000, il est fort possible que je retourne dans mon pays, seule. Dès lors et au vu de la situation, il est possible que je divorce, car vivre entre deux pays n'est pas imaginable.
Q7) Quelles sont vos intentions dans notre pays ?
R7) Je désire que mes enfants puissent venir en Suisse, auprès de nous. De plus, à long terme je ne pense pas finir mes jours dans votre pays. J'espère économiser assez d'argent et partir définitivement au Cameroun avec les miens. Il est possible que mon mari vienne également, mais ne désire pas y résider de manière définitive.
Q8) Je vous informe que, selon le résultat de cette enquête, l'Office cantonal des étrangers pourrait être amené à décider la révocation ou le non-renouvellement de l'autorisation de séjour et vous impartir un délai pour quitter le territoire suisse. Comment vous déterminez-vous à ce sujet ?
R8) Je ne comprends pas la raison de cette question, car je n'ai pas commis d'infraction. Si tel était le cas, je désire que l'autorité mentionnée me le fasse savoir, lors d'un entretien, qu'elle voudra bien m'accorder. Toutefois en cas de litige avec cet office, je saisirai la justice et ferai valoir mes droits.
Concerne (suite)
Entendu par nos soins, le 02 décembre 1999, Monsieur _ A._ s'est déterminé comme suit :
Q1) Comment avez-vous connu votre épouse et qui a proposé le mariage ?
R1) J'ai connu A._ par l'intermédiaire d'amis communs. Durant 7 à 8 mois, nous nous sommes écrits régulièrement et avons échangé des photos. Lors de ces échanges, un réel attachement est né. Par conséquent, j'ai décidé de me rendre au Cameroun pour vérifier mes sentiments à l'égard de cette femme. Durant ce séjour, nous avons fait plus ample connaissance et avons décidé de nous unir.
Q2) A quelle fréquence votre femme se rend-elle au salon de massage "3.******** ?
R2) Mon épouse ne travaille plus comme prostituée. En revanche, il est possible qu'elle fréquente cet établissement durant la journée, mais uniquement dans le but d'y coiffer des connaissances.
Q3) Comment vous déterminez-vous sur le fait que votre femme s'adonne à la prostitution ?
R3) Je vous affirme encore une fois, que ma femme n'exerce plus cette profession. Toutefois, cet état de fait ne m'a jamais dérangé puisqu'il s'agissait d'un moyen de subvenir à nos besoins et à ceux de ses enfants. Je peux donc affirmer que cela ne me pose aucune problème d'ordre moral.
Q4) Votre mariage a-t-il été contracté dans le but que votre épouse obtienne un permis B ?
R4) Non en aucun cas. Mon mariage est fondé sur l'amour et les sentiments.
Q5) Vos sentiments sont-ils intacts par rapport à ceux du début de votre relation ?
R5) Oui.
Q6) Avez-vous des intentions de séparation ou de divorce ?
R6) Il n'est pas concevable qu'une telle chose survienne. Toutefois, en regard de la situation, si l'Office cantonal des étrangers ne nous autorise pas à faire venir les enfants de mon épouse sur le territoire helvétique, il est fort possible que ma conjointe émette le vœu de regagner sa terre natale. Si tel est le cas, je la suivrai, car je ne peux pas imaginer la vie sans elle.
Q79) Quelles sont vos intentions d'une manière générale sur la poursuite de votre vie de couple ?
R7) Je désire un regroupement familial.
Q8) Je vous informe que, selon le résultat de cette enquête, l'Office cantonal des étrangers pourrait être amené à décider la révocation ou le non-renouvellement de l'autorisation de séjour de votre épouse et lui impartir un délai pour quitter le territoire Suisse. Comme vous déterminez-vous à ce sujet ?
R8) Je n'entends pas me laisser faire et je ferai usage de tous les recours possibles. Il va de soi que je me renseignerai auprès d'un homme de loi sur la marche à suivre.
Remarque(s)
Auditionnés séparément, les époux A._ ont eu des propos contradictoires notamment au sujet des points suivants :
2) Monsieur A._ affirme que son épouse ne quitte pas le domicile conjugal durant la nuit. Son épouse, quant à elle, déclare le contraire et ce durant plusieurs jours d'affilée pour travailler dans le salon de massage mentionné.
3) Madame A._ admet se prostituer alors que son mari déclare que sa femme a cessé cette activité.
6) Madame A._ affirme que si aucun regroupement familial n'est possible, elle regagnera son pays et ce, sans l'avis de son mari. Dès lors, elle envisage une éventuelle séparation ou un divorce.
8) Lors d'un entretien ultérieur, Monsieur A._ a expliqué que la profession de sa femme n'était pas interdite par la loi et que par conséquent il ne comprenait pas pourquoi elle ferait l'objet d'une expulsion. Par cette déclaration, il confirme que son épouse s'adonne à la prostitution contrairement à ce qu'il avait énoncé dans sa réponse à la question 2, quelques jours auparavant.
(...)".
Dans l'intervalle, le SPOP a renouvelé les conditions de séjour de A._ A._ d'abord jusqu'au 28 mars 2000, puis jusqu'au 28 novembre de la même année.
C. Par lettre reçue le 7 mars 2000 par le SPOP, _ A._ est intervenu auprès de ce service pour faire bloquer ou annuler le dossier de regroupement familial des deux enfants de sa femme faisant valoir qu'entre-temps la situation s'était gâtée et qu'il allait déposer une demande en divorce. Sur la base de ces indications, le SPOP a demandé à l'Ambassadeur de Suisse de Yaoundé de ne pas délivrer les visas d'entrée émis en faveur des enfants de A._ A._.
Le SPOP a requis le 10 mai 2000 une nouvelle enquête complémentaire de police dont le résultat est le suivant :
" Entendue par nos soins, le 03 mai 2000, Madame A._ A._-_ s'est exprimée comme suit aux questions suivantes :
Q1) Etes-vous toujours domiciliée à la même adresse, soit à l'avenue du 3.********, à Ecublens ?
R1) Oui, mais quelques fois je m'arrange pour passer la nuit chez une copie ou au salon de massage "4.********", ceci en raison des tensions vécues au sein de mon couple. J'essaie dans la mesure du possible de rentrer à mon domicile quand mon mari ne s'y trouve pas.
Q2) Vous adonnez-vous toujours à la prostitution au salon de massage "4.********" ?
R2) Oui, mais de façon occasionnelle. Toutefois, je n'entends pas exercer cette profession de manière définitive, car je ne supporte plus l'idée de vendre mon corps. En fait, lorsqu'il s'agissait d'arrondir les fins de mois, je trouvais que cela était facile. Actuellement, le problème est tout autre, car mon mari fait pression sur moi et me pousse à pratique cette profession.
Q3) Quelle est la raison qui a poussé votre époux à demander le divorce ?
R3) Je me suis rapidement aperçue que _ n'avait qu'une seule idée en tête, me faire travailler à plein temps dans un salon de massage et d'en tirer profit. Comme j'en viens à exécrer cette profession, mon époux a commencé à me reprocher le peu d'argent que je ramène à la maison. En conséquence, il voudrait que je pratique ce métier à fond durant quelques années, afin que nous puissions par la suite regagner mon pays natal et y vivre sans soucis.
Q4) Au vu de vos déclarations, il semble que votre mariage a été contracté dans le but d'obtenir un permis de séjour et d'exercer la prostitution dans notre pays. Comment vous déterminez-vous ?
R4) S'il est vrai qu'à l'origine je pensais faire quelques passes pour gagner un peu d'argent, j'avais également imaginé faire des ménages ou encore me lancer dans la coiffure africaine. Mais je me suis rapidement aperçue que travailler comme ménagère ou coiffeuse était faiblement rémunéré et qu'il était plus facile de faire des massages érotiques pour gagner sa vie. Pour répondre à votre question, c'est uniquement par nécessité que j'exerce ce métier et mon mariage n'a pas été conclu pour obtenir un quelconque permis.
Q5) Je vous informe que, selon le résultat de cette enquête, l'Office cantonal des étrangers pourrait être amené à décider la révocation ou le non-renouvellement de l'autorisation de séjour et vous imparti un délai pour quitter le territoire suisse. Comment vous déterminez-vous à ce sujet ?
R5) Je tiens à préciser que je me soumettrai à la décision de l'autorité. Toutefois, je préfère regagner mon pays natal que vivre ici avec un mari qui me rend la vie impossible. De plus, au cas où l'Office cantonal des étrangers ne renouvellerait pas mon autorisation de séjour, il me faudrait deux à trois mois pour régler mes affaires avant de quitter votre pays.
Entendu en date du 05 mai 2000, Monsieur _ A._, s'est expliqué comme suit:
Q1) Votre femme réside-t-elle toujours chez vous ?
R1) Non, elle a quitté le domicile conjugal depuis plus de deux mois et je ne suis pas en mesure de vous dire où elle se trouve.
Q2) Pourquoi avez-vous déposé une demande de divorce ?
R2) Je ne supporte plus les sautes d'humeur de mon épouse. La vie est devenue impossible avec elle, je pense que nos mentalités sont trop opposées. Je tiens à ajouter que j'aimerais que la procédure de divorce se fasse à l'amiable et que personne ne soit lésé.
Q3) Votre femme vous accuse de l'obliger à s'adonner à la prostitution et ceci de manière excessive. Qu'avez-vous à répondre à cela ?
R3 Je n'ai jamais exercé de pression sur ma femme. Depuis notre mariage, elle a toujours régi sa vie et ses activités comme elle l'entendait. De plus, il ne m'a jamais été possible de savoir combien gagnait mon épouse pour ce genre d'activité.
Q4) Je vous informe que, selon le résultat de cette enquête, l'Office cantonal des étrangers pourrait être amené à décider la révocation ou le non-renouvellement de l'autorisation de séjour de votre épouse et de lui impartir un délai pour quitter le territoire suisse. Comment vous déterminez-vous à ce sujet ?
R4) J'en prends note.
Remarque(s)
Comme lors de l'audition du 09 décembre 1999, les époux A._ ont eu des propos contradictoires et ont semblé faire preuve de dissimulation."
D. Par décision du 8 juin 2000, le SPOP a refusé de délivrer aux enfants de X._ une autorisation de séjour, respectivement d'entrée en Suisse, par regroupement familial. Une précédente décision négative du 29 juin 1999 à ce propos a donné lieu à un arrêt de l'autorité de céans. Cet arrêt PE 1999/0374 du 27 janvier 2000 a admis le recours et autorisé le regroupement familial en faveur des deux enfants de celle-ci. Il retient sur la base des attestations fournies par des clients de _ A._ que celle-ci gagne en qualité de coiffeuse et femme de ménage 900 francs par mois.
E. Le 16 août 2000, _ A._ est intervenu auprès du SPOP en expliquant qu'il avait fait bloquer le dossier de regroupement familial des deux enfants de sa femme car la situation s'était gâtée. Il y explique que maintenant tout est rentré dans l'ordre et qu'il n'est plus question qu'ils divorcent. Il a alors demandé au SPOP de les informer si le dossier allait continuer sans autre ou si au contraire il devait tout recommencer. A réception de son nouveau courrier de _ A._, le SPOP a demandé à la police cantonale qu'elle procède le 25 août 2000 à une nouvelle enquête complémentaire afin de vérifier la véracité des insertions figurant dans cette lettre. Le rapport de renseignements du 6 novembre 2000 fait état de ce qui suit :
" Entendue par nos soins, le 02 novembre 2000, Mme A._ A._ a répondu aux questions suivantes :
1. Etes-vous toujours domiciliée à l'avenue du 2.********, à 1024 Ecublens ?
R. Oui.
2. Vivez-vous avec notre mari à l'adresse précitée, et vous y rendez-vous régulièrement ?
R. Je vis avec mon mari à l'adresse précitée. Je m'y rends presque tous les jours. Cependant j'occupe une chambre dans un appartement à 4.********. Il s'agit d'un logement de 3,5 pièces que je partage avec une amie et que j'utilise comme salon de massage. Cet institut ne marchant pas, je suis en quête d'un nouveau locataire.
3. A quelle fréquence hebdomadaire voyez-vous votre mari ?
R. Nous nous voyons régulièrement, quasiment tous les jours. Nous nous téléphonons deux à trois fois par jour pour avoir des nouvelles.
4. Quelle profession exercez-vous actuellement ?
R. Je fais des massages.
5. Dormez-vous sur le lieu de votre travail et à quelle fréquence ?
R. Je passe quelques nuits à mon institut à Aigle. En général je m'arrange pour prendre le train assez tôt, afin de rentrer à Ecublens. Mais il arrive parfois que j'y dorme jusqu'à trois nuits par semaine. Je ne peux pas en donner le nombre exact, mais c'est assez rare.
6. Pour quelle(s) raison(s) votre mari a-t-il renoncé au divorce ?
R. Nous avons constaté qu'il n'y avait pas de problèmes fondamentaux dans notre couple. Mon mari a agi sur un coup de tête et il a finalement reconnu avoir commis une erreur en demandant le divorce.
7. Ne devez-vous pas admettre qu'il a renoncé à votre séparation dans un but purement lucratif ?
R. Non, étant donné qu'actuellement c'est mon mari qui me donne de l'argent pour vivre. En effet, au mois de mars 2000, j'ai envoyé de l'argent au Cameroun pour mes enfants. En juillet 2000, je les ai fait venir en France, à Pontarlier, ville dans laquelle ils étudient dans une école privée que je paie, les Augustins. En outre, je loue un studio dans cette même localité où ils passent les week-ends. De plus, j'ai la charge complète de l'appartement d'Aigle. Je suis donc dans une situation financière plutôt précaire, raison pour laquelle c'est mon mari qui m'aide et non le contraire.
L'agent: Brg Golaz 0006
Lu et confirmé : Mme A._ A._-_
M. _ A._, entendu par nos soins, le 02 novembre 2000, a répondu comme suit :
1. Pour quelle(s) raison(s) avez-vous renoncé à votre divorce ?
R. Parce que les affaires se sont arrangées au sein de notre couple. Nous avons eu un dialogue et mon épouse a réalisé qu'elle avait commis des erreurs de comportement à mon égard. En effet, nous ne pouvions pas avoir de discussions sans cris de sa part, ce qui a changé.
Actuellement, elle prend des calmants prescrits par son psychiatre.
2. Subvenez-vous aux besoins de votre épouse ?
R. Oui, en partie. Lorsqu'elle a besoin d'argent, je lui donne ce qu'il lui faut. De plus, je paie le loyer, les charges ainsi que les courses.
3. Avez-vous autre chose à déclarer ?
R. J'espère avoir, dans les meilleurs délais, des nouvelles de notre demande de regroupement familial.
Golaz brg
Lu et confirmé : M. _ A._
Remarques :
Mme et M. A._ ont été entendus séparément. Ils semblent dissimuler les véritables motifs de leur renoncement, en se contredisant sur les raisons de leur réconciliation.
Golaz brg"
Le dossier du SPOP contient trois rapports de police dont il résulte X._, née le 27 juillet 1964 à Fort-de-France (Martinique), originaire de France, a d'abord été interpellée dans le cadre de l'opération 5.******** le 22 octobre 2000 vers 23 h., puis par Police secours le 19 janvier 2001 à 03h. 50 à la suite d'une altercation à l'avenue de Morges à Lausanne et enfin, le 14 octobre 2001 à 01h.12 à l'avenue de Sévelin à Lausanne à la suite d'une autre altercation.
_ A._ est intervenu quant à lui auprès du SPOP par correspondance des 20 et 25 février 2001 en relation avec la demande de regroupement familial des deux enfants de son épouse, laquelle a bénéficié du renouvellement de ses conditions de séjour dans l'intervalle.
F. Le 24 février 2002, _ A._ a écrit au Service de la population :
"Monsieur, Madame,
Suite à plusieurs rapports de police que vous aviez demandés, ou j'ai pas répondu faux pour les raisons suivantes :
Voyant arriver une montagne de frais qui finalement s'est montée à environ 15000 frs. Dégâts qu'elle a causé dans l'appartement, vol, factures impayées, frais d'avocat, j'ai du abandonner le divorce, faute de moyens et ne voulant pas me sur endetter.
Cela fait aujourd'hui plus de deux ans que madame n'habite plus le domicile conjugale. Dès le jour où elle est partie en début 2000 elle n'a jamais voulu reprendre la vie commune. Aujourd'hui je peux dire que depuis le début je me fais mener en bateau et que je suis le dindon de la farce, et que madame n'a fait que de profiter de son permis B. je reste à votre disposition pour une éventuelle entre-vue.
Veuillez agréer, ..."
(...)".
Dans l'intervalle, X._ a pris domicile au 1er janvier 2002 à la Place de l'Ancien Port 8 à Vevey.
Entendu une nouvelle fois par la police le 12 mars 2002, _ A._ a affirmé que son épouse s'était mariée avec lui purement et simplement dans le but d'obtenir une autorisation de séjour afin de pouvoir travailler comme prostituée sans être inquiétée par la police, comme elle l'avait fait antérieurement en Suisse avant leur mariage. Il a expliqué que celle-ci était en possession d'un passeport français dont l'identité différait de celui du Cameroun. Il a confirmé à cette occasion qu'il avait entrepris des démarches en vue de divorcer (v. rapport de la police d'Ecublens du 14 mars 2002). A._ A._ a de son côté déclaré à la police qu'elle n'avait plus revu son époux depuis le mois de juillet 2001 et que les quelques contacts entre eux s'effectuaient téléphoniquement et étaient empreints d'insultes et autres menaces de la part de son époux (voir rapport de renseignements du 9 mars 2002 de la police municipale de Vevey). Son autorisation de séjour a été renouvelée jusqu'au 28 janvier 2003.
G. Par jugement du 13 janvier 2003, le Tribunal d'arrondissement de La Côte à rejeté l'action de _ A._ tendant au divorce sur demande unilatérale de celui-ci. Ce jugement retient en résumé qu'il n'y a aucune duperie de la part de la défenderesse qui justifierait d'admettre le divorce avant l'expiration d'un délai de quatre ans.
H. Par décision du 5 septembre 2003, le SPOP a refusé de renouveler l'autorisation de séjour de X._ et lui a imparti un délai de départ d'un mois pour les motifs suivants :
"- que l'intéressée a obtenu une autorisation de séjour suite à son mariage avec un ressortissant suisse le 13 juin 1998;
- que ce couple s'est séparé courant 2000;
- que depuis, aucune reprise de la vie commune n'est intervenue;
- que l'intéressée rejette l'action en divorce entamée par son époux;
- qu'ainsi, son mariage est vidé de toute substance et que l'invoquer pour obtenir la prolongation de son autorisation est constitutif d'un abus de droit au sens de la jurisprudence du Tribunal fédéral."
I. Recourant au Tribunal administratif, A._ A._ conclut avec dépens à l'annulation de la décision du SPOP et au renouvellement de son autorisation de séjour. La recourante s'est acquittée d'une avance de frais de 500 francs.
Par décision du 24 septembre 2003, l'effet suspensif a été accordé au recours. Dans ses déterminations du 20 octobre 2003, l'autorité intimée conclut au rejet du recours. Le 10 décembre 2003, la recourante a déposé des observations complémentaires et requis la tenue d'une audience en vue d'entendre le Dr Charles Racine en qualité de témoin. Le juge instructeur a rejeté la requête de la recourante tendant à la fixation de débats aux motifs que le tribunal était suffisamment renseigné en l'état. Il a en revanche imparti un délai à la recourante pour produire une déclaration écrite du Dr Racine. Ce médecin a établi le 6 janvier 2004 une lettre dont le contenu est le suivant :
"(...)
Mme A._ m'a été adressée par son médecin traitant de l'époque, le Dr M. Morand pour un suivi à ma consultation. Elle m'a consulté pour la 1ère fois le 3.02.1999. Lors des premières consultations, elle est venue accompagnée de son mari. Au cours des entretiens que nous avons eus, conjointement avec Mme A._ et M. A._, il était évident à l'époque que le mariage s'était fait sur la base de sentiments amoureux réciproques. Il m'a semblé cependant que c'était plutôt M. A._ qui avait insisté pour que le mariage ait lieu. Mme A._ se serait contentée d'une liaison amoureuse. M. A._ était à l'époque également au courant des sources de revenus de Mme A._ et il ne semblait pas y voir quelque inconvénient. Je suis convaincu qu'il s'agissait donc d'une union conjugale qui se basait sur des sentiments amoureux réciproques.
Malgré les conflits de couple apparus ultérieurement, Mme A._ m'a toujours fait entendre qu'elle regrettait la séparation instaurée à la demande de M. A._ et qu'elle souhaitait, et qu'elle souhaite encore actuellement reprendre la vie en commun si M. A._ le souhaitait également.
C'est dans ce sens que j'ai témoigné auprès du Tribunal de Nyon.
(...)".
Ensuite, le tribunal a statué sans débats.

et considère en droit :
1. Selon l'art. 7 al. 1er de la loi sur le séjour et l'établissement des étrangers du 26 mars 1931 (LSEE), le conjoint étranger d'un ressortissant suisse à droit à l'octroi et à la prolongation de l'autorisation de séjour. Après un séjour régulier et ininterrompu de cinq ans, il a droit à l'autorisation d'établissement. Ce droit s'éteint lorsqu'il existe un motif d'expulsion.
Aux termes de l'alinéa 2 de cette disposition, ce droit n'existe pas lorsque le mariage a été contracté dans le but d'éluder les dispositions sur le séjour et l'établissement des étrangers et notamment celles sur la limitation du nombre des étrangers.
Le fait d'invoquer l'art. 7 al. 1 LSEE peut être constitutif d'un abus de droit même en l'absence d'un mariage contracté dans le but d'éluder les dispositions sur le séjour et l'établissement des étrangers, au sens de l'art. 7 al. 2 LSEE. Selon le Tribunal fédéral, l'existence d'un éventuel abus de droit doit être appréciée dans chaque cas particulier et avec retenue, seul l'abus manifeste pouvant être pris en considération. Un tel abus ne peut en particulier être déduit du simple fait que les époux ne vivent plus ensemble puisque le législateur a volontairement renoncé à faire dépendre le droit à une autorisation de séjour de la vie commune. Le législateur voulait en effet éviter que l'époux étranger ne soit soumis à l'arbitraire du conjoint suisse. En particulier, il n'est pas admissible qu'un conjoint étranger se fasse renvoyer du seul fait que son partenaire suisse obtienne la séparation effective ou juridique du couple. Il ne faut pas non plus que le conjoint étranger, par peur d'un renvoi, soit empêché de demander lui-même la séparation au juge. Pour admettre l'existence d'un abus de droit, il ne suffit pas non plus qu'une procédure de divorce soit entamée, le droit à l'octroi ou à la prolongation d'une autorisation de séjour subsiste en effet tant que le divorce n'a pas été prononcé, car les droits du conjoint étranger ne doivent pas être compromis dans le cas d'une telle procédure. Enfin, on ne saurait uniquement reprocher à des époux de vivre séparés et de ne pas envisager le divorce. Toutefois, il y abus de droit lorsque le conjoint étranger invoque un mariage n'existant plus que formellement dans le seul but d'obtenir une autorisation de séjour, car ce but n'est pas protégé par l'art. 7 LSEE (ATF 121 II 97 consid. 4a).
A l'appui de ses conclusions, la recourante fait valoir qu'elle a contracté un mariage fondé sur l'attraction réciproque des conjoints et non un mariage de complaisance. Elle se prévaut du fait que son mari et elle-même se sont séparés au début du mois de novembre 2001 ainsi que cela résulte du jugement rejetant l'action en divorce de son époux. Elle affirme en procédure qu'elle a encore de l'affection pour son mari et qu'elle n'exclut pas de reprendre la vie commune avec lui pour autant qu'il accepte d'entretenir des relations intimes. Elle considère que son mariage n'est pas vidé de toute substance et que la jurisprudence topique du Tribunal fédéral ne s'applique pas dans le cas présent. L'autorité intimée rétorque qu'une reprise de la vie commune après plus de deux ans et demi de séparation actuellement n'apparaît pas envisageable au vu de leurs déclarations réciproques et du fait qu'ils n'ont plus que des contacts épisodiques difficiles et par téléphone seulement. Elle se prévaut du fait que le rejet de l'action en divorce par le juge civil ne joue aucun rôle pour l'examen tendant à déterminer l'existence d'un abus de droit lequel peut être retenu puisque l'union est actuellement vidée de toute substance et n'a plus qu'une validité formelle.
2. En l'espèce, les époux se sont séparés dans l'année 2001, selon le jugement civil au dossier. Ils n'ont pas repris la vie commune à ce jour. Il en résulte qu'ils ne partagent plus leur destinée depuis plus de deux ans et qu'ils ont même été opposés dans le cadre d'une procédure en divorce qui n'a pas abouti en raison de l'opposition de la recourante à la dissolution du mariage. L'union conjugale n'est donc plus vécue depuis plus de deux ans actuellement. On ne voit pas au dossier quel élément permettrait aux époux de se rapprocher et de résoudre leurs difficultés alors que cela n'a pas été possible depuis 2001. La recourante affirme en procédure certes qu'elle n'exclurait pas de reprendre la vie commune avec son mari. Mais elle ne démontre pas avoir entrepris des démarches dans ce sens et encore moins avoir obtenu quelques succès. Les déclarations de la recourante sont visiblement faites pour les besoins de la cause. Ainsi, on la voit mal se remettre en ménage avec son mari au regard de l'évolution actuelle de leurs relations. Le mariage, qui n'est plus vécu depuis plusieurs années, est manifestement vidé de toute substance si bien qu'il n'entre pas dans le champ de protection de l'art. 7 al. 1 LSEE qui tend à permettre et à assurer juridiquement la vie commune en Suisse auprès du conjoint suisse (ATF non publiés 2A.575/2000 du 20 mars 2001 et 2A.523/2000 du 27 février 2001). La recourante commet un abus de droit à se prévaloir de son mariage, qui n'est plus vécu depuis longtemps, pour obtenir le renouvellement de ses conditions de séjour. Le rejet de l'action en divorce ne change rien au fait que le mariage se limite dans les conditions actuelles à un lien formel. Les directives de l'IMES précisent à ce propos à leur chiffre 623.13 (état janvier 2004) ce qui suit:
"En cas d'abus de droit, le fait que le conjoint étranger n'abuse pas des dispositions du droit civil, en s'opposant à la demande de divorce déposée par le conjoint suisse avant le délai de quatre ans (art. 114 CC) prévu par le droit civil, ne joue aucun rôle en droit des étrangers (ATF 128 II 145; ATF non publié du 3 avril 2002 dans la cause X., 2A.509/2001; en matière d'abus de droit selon le nouveau droit du divorce, cf. ATF non publié du 11 septembre 2001 5C.242/2001). Le fait que le juge du divorce considère le maintien juridique du mariage comme admissible durant quatre ans, au sens de l'art. 115 CC, n'exclut pas que le recours à un mariage n'existant plus que formellement puisse constituer un abus de droit selon le droit des étrangers".
3. Cela étant, en présence d'un abus de droit à invoquer l'art. 7 al. 1 LSEE, il faut examiner, comme en cas de divorce, si au regard des critères posés par les directives et commentaires de l'IMES si les circonstances peuvent plaider en faveur du renouvellement des conditions de séjour de l'intéressée (dans ce sens voir arrêt TA PE 2003/0357 du 9 mars 2004). D'après ces directives (ch. 654), les critères déterminants sont à cet égard la durée du séjour, les liens personnels avec la Suisse, la situation professionnelle, la situation économique et sur le marché de l'emploi, le comportement de l'étranger ainsi que son degré d'intégration. Les autorités décident en principe librement selon l'art. 4 LSEE.
En l'occurrence, la recourante séjourne régulièrement en Suisse depuis le 29 novembre 1998. La durée actuelle de son séjour s'élève donc à un peu plus de cinq ans. Cette circonstance n'apparaît toutefois pas décisive dès lors que les époux vivent séparés depuis plus de deux ans et que le motif de regroupement familial a disparu déjà en 2001. La recourante a des attaches en dehors de la Suisse où résident ses enfants (apparemment en France, pays dont elle aurait la nationalité également). La recourante n'a jamais exercé d'autres activités que celle de prostituée. Elle ne fait pas état d'une intégration sociale et professionnelle ni d'attaches avec la Suisse qui justifieraient la prolongation de son autorisation de séjour. Dans ces conditions, le refus du SPOP doit être confirmé.
4. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours aux frais de la recourante qui succombe et qui, vu l'issue de son pourvoi, n'a pas droit à l'allocation de dépens.