Decision ID: 4178407f-9f06-4a6e-a9fd-1100bbb2b213
Year: 2007
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

La II. Cour des plaintes, vu:
- la procédure pénale conduite contre B. et consorts aux Etats-Unis;
- la demande d’entraide du 14 septembre 2005 adressée par les Etats-
Unis à la Suisse (act. 1.3) et portant en particulier sur l’audition des dénommés A. et C. en présence de fonctionnaires américains;
- la décision d’entrée en matière du 4 octobre 2005 de l’Office central
USA près l’Office fédéral de la justice (ci-après: l’OFJ) (act. 1.4);
- l’ordonnance d’exécution du 20 janvier 2006 du Ministère public de la Confédération (act. 1.5);
- la demande complémentaire des Etats-Unis du 17 avril 2006 (act.
1.7) à la Suisse de procéder à un nouvel interrogatoire de A. et de C. en présence de ses agents;
- la décision d’entrée en matière du 20 février 2007 de l’OFJ autorisant
ces auditions (act. 1.8);
- la décision incidente du 19 mars 2007 de l’OFJ permettant la  des autorités américaines (act. 1.2);
- le recours du 30 mars 2007 déposé par A. contre la décision susmen-
tionnée et la demande d’effet suspensif (act. 1);
- la décision du 3 avril 2007 du Tribunal pénal fédéral d’attribuer l’effet suspensif à titre superprovisoire (act. 5);
- la prise de position de l’OFJ du 4 avril 2007 sur la question de l’effet
suspensif (act. 8);
- la réponse de l’avocat de A. du 5 avril 2007 (act. 7);
- 3 -

La Cour considère en droit:
- que l’entraide judiciaire entre les Etats-Unis d’Amérique et la Confé-
dération suisse est régie par le Traité du 25 mai 1973 sur l’entraide judiciaire en matière pénale (TEJUS; RS 0.351.933.6) et la loi  du 3 octobre 1975 relative au traité conclu avec les Etats-Unis d’Amérique sur l’entraide judiciaire en matière pénale (LTEJUS; RS 351.93);
- que la loi fédérale sur l’entraide internationale en matière pénale du
20 mars 1981 (EIMP; RS 351.1) et son ordonnance d’exécution (OEIMP; RS 351.11) sont applicables aux questions qui ne sont pas réglées par le traité et la loi fédérale y relative (ATF 124 II 124 consid. 1a p. 126);
- que, selon l’art. 11 al. 1 let. c LTEJUS, l’OFJ rend sans délai une dé-
cision incidente notamment « s’il s’agit de se prononcer sur la  [...] de la présence d’un représentant des autorités américaines, selon l’art. 12, al. 3, du traité »;
- qu’en vertu de l’art. 17 al. 1bis LTEJUS, les décisions incidentes anté-
rieures à la décision de clôture peuvent faire l’objet d’un recours  au Tribunal pénal fédéral;
- que, conformément à l’art. 19a al. 2 LTEJUS, les décisions incidentes
antérieures à la décision de clôture sont immédiatement exécutoires, à moins que l’effet suspensif n’ait été attribué par la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral;
- que l’effet suspensif peut être accordé si le recourant rend vraisem-
blable que la décision lui cause un préjudice immédiat et irréparable (art. 19a al. 3 LTEJUS);
- que la décision sur l’attribution de l’effet suspensif doit, par applica-
tion analogique de l’art. 55 al. 3 in fine PA sur la restitution de l’effet suspensif, être traitée sans délai, ce qui signifie que, contrairement à ce que soutient le recourant dans sa réponse du 5 avril 2007, elle peut si nécessaire l’être avant que ne soit prise la décision finale et que tel doit être le cas en l’espèce en application du principe de  imposé par l’art. 17a EIMP (voir aussi XAVER BAUMBERGER,  Wirkung bundesrechtlicher Rechtsmittel im öffentlichen
- 4 -
Recht, thèse Zurich, Zurich - Bâle – Genève 2006, n° 722 ss; FRITZ GYGI, Bundesverwaltungsrechtspflege, Berne 1983, p. 244 s.);
- que, s’agissant de l’effet suspensif, selon la jurisprudence constante
rendue sur la base des articles 65a et 80e al. 2 let. b EIMP, l’autorisation accordée à des fonctionnaires étrangers de participer à l’exécution de la demande ne cause pas ipso facto un dommage  et irréparable (ATF 128 II 211 consid. 2.1; arrêt du Tribunal fédéral 1A.225/2006 du 6 mars 2007, consid. 1.5.1; TPF RR.2007.6 du 22 février 2007, consid. 2.4);
- qu’au contraire, selon cette même jurisprudence, il incombe au recou-
rant d'indiquer, dans l'acte de recours, en quoi consiste le dommage et de démontrer que celui-ci ne serait pas réparé par un prononcé annulant, le cas échéant, la décision de clôture à rendre  (ATF 130 II 329 consid. 2; 128 II 353 consid. 3; voir ég. PASCAL DE PREUX/CHRISTOPHE WILHELM, La présence du magistrat étranger en Suisse dans la procédure d’entraide internationale en matière , in SJZ 102/2006, p. 97);
- qu’il est admis qu’un risque de préjudice immédiat et irréparable
existe, conformément à l’art. 65a al. 3 EIMP, lorsque la présence des fonctionnaires étrangers aurait pour conséquence de porter  à la connaissance de l’Etat requérant des faits qui  au domaine secret;
- qu’un tel risque doit en revanche être nié si l’autorité requérante four-
nit l’engagement de ne pas utiliser les renseignements recueillis avant l’octroi formel de l’entraide;
- que, toujours selon la jurisprudence relative à l’art. 65a EIMP, ce ris-
que est en principe prévenu de manière adéquate lorsque l’autorité suisse exige des enquêteurs étrangers des garanties qu’ils  une attitude passive lors de l’accomplissement des actes d’enquête, en s’abstenant de prendre des notes, de poser des  et en laissant la maîtrise de la procédure à l’autorité suisse (ATF 131 II 132 consid. 2.2 p. 134/135; 128 II 211 consid. 2.1; arrêt du  fédéral 1A.213/2006 du 7 novembre 2006, consid. 3.1; TPF RR.2007.42 du 4 avril 2007, consid. 2.3; ROBERT ZIMMERMANN, La coopération judiciaire internationale en matière pénale, 2e éd., Berne 2004, n° 233);
- 5 -
- que la jurisprudence précitée peut être transposée dans les rapports d’entraide entre la Suisse et les Etats-Unis pour l’interprétation de l’art. 19a al. 3 LTEJUS, dans la mesure où le contenu de cette  est identique à la réglementation correspondante de l’EIMP, dont il s’inspire (Message du 28 février 2001 concernant la révision totale de l’organisation judiciaire, FF 2001 p. 4225);
- que, pour le surplus, s’agissant du pouvoir des magistrats étrangers,
l’art. 12 ch. 4 TEJUS permet aux personnes dont la présence est  de poser des questions conformément au droit de procédure de l’Etat requis;
- que, dans le cas d’espèce, le recourant affirme redouter que les
agents étrangers tirent prématurément avantage des informations qui leur seraient révélées en Suisse en utilisant ces informations pour le procès dirigé contre lui et dont la date aurait prétendument été fixée à septembre 2007;
- qu’or, toujours selon le recourant, il est peu vraisemblable que d’ici le
mois de septembre prochain, la procédure suisse d’entraide soit ;
- que le recourant soutient par ailleurs que les garanties mentionnées
dans la décision du 19 mars 2007 ne seraient en réalité que de  « clauses de style » sans véritable portée;
- que, si le recourant affirme être exposé pour ces motifs à un dom-
mage immédiat et irréparable, il ne le démontre en revanche pas;
- qu’au contraire, un tel risque peut en l’espèce être considéré comme dûment prévenu du fait que l’OFJ a exigé des fonctionnaires  qu’ils prennent l’engagement écrit de ne pas utiliser ou tirer avantage des documents ou informations auxquels ils auront eu  lors de leur intervention en Suisse jusqu’à ce que ceux-ci aient été transmis aux USA en application du droit suisse (act. 1.2) et que de telles garanties ont d’ores et déjà été fournies (8.1 et 8.2);
- que, s’agissant d’éventuelles questions que voudraient poser les ma-
gistrats étrangers au recourant, il a été précisé plus haut que celles-ci étaient autorisées en vertu de l’art. 12 ch. 4 TEJUS;
- 6 -
- qu’à cette fin, la prise de notes doit être tolérée dans la mesure où celles-ci seront remises à l’autorité d’exécution au terme de l’interrogatoire, ce qui ne saurait être sujet à caution dans le cas d’espèce;
- que, pour le surplus, selon le principe de la bonne foi régissant les re-
lations entre Etats (voir à ce sujet ATF 121 I 181 consid. 2c/aa; 101 Ia 405 consid. 6bb; LAURENT MOREILLON, Entraide internationale en  pénale, Commentaire romand, Bâle 2004, n° 223 ss de l’introduction générale; ROBERT ZIMMERMANN, op. cit., nos 86, 87-1; PETER POPP, Grundzüge der internationalen Rechtshilfe in , Bâle 2001, n° 52 ss), l’autorité requérante est tenue au respect des engagements qu’elle a pris, de telle sorte qu’il n’y a pas de raison de douter que les promesses faites seront respectées (ég. en lien avec la jurisprudence relative à l’art. 80p EIMP, ROBERT , Communication d'informations et de renseignements pour les besoins de l'entraide judiciaire internationale en matière pénale: un paradigme perdu ?, in AJP/PJA 1/2007, p. 63);
- qu’au reste, il n’est pas prétendu ni allégué que la présence des fonc-
tionnaires étrangers aurait en l’occurrence pour effet que des secrets bancaire, d’affaire ou de fabrication au sens de l’art. 12 ch. 3 let. d TEJUS seraient portés prématurément à leur connaissance;
- qu’enfin, il est rappelé que le recourant sera interrogé en qualité de
prévenu et qu’il jouit, à ce titre, du droit de se taire, ce qui réduit d’autant le risque qu’il allègue en liaison avec la présence des  américains.
- 7 -