Decision ID: d7b1722b-a091-4fa8-9826-f983cad2f172
Year: 2021
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. Les époux B._ et A._, domiciliés à ******** (VD), ont été dès 2002 associés gérants de la société C._ Sàrl, déclarée en faillite le 26 juin 2017.
B. En 2016, l'Administration cantonale des impôts (ACI) a ouvert une procédure pour rappel et soustraction d'impôt à l'encontre des époux A._ et B._, au motif en substance que la société C._ Sàrl leur avait octroyé en 2007 des prestations appréciables en argent considérées comme des distributions immédiates de bénéfice. L'ACI a établi une proposition de règlement par procédure simplifiée, que les intéressés, alors représentés par une fiduciaire, ont acceptée et signée le 29 mai 2017.
C. a) Le 14 juillet 2017, B._ et A._ ont déposé une demande en remise de l'impôt cantonal et communal (ICC) et de l'impôt fédéral direct (IFD) pour la période fiscale 2007 (notamment).
Par décisions du 14 septembre 2017, confirmées par décision sur réclamation du 20 novembre 2018, l'ACI a refusé de faire droit à cette demande.
b) B._ et A._ ont formé recours contre cette décision sur réclamation devant la Cour de droit administratif et public (CDAP) du Tribunal cantonal par acte du 3 décembre 2018, concluant (implicitement) à sa réforme dans le sens de l'admission de leur demande. Dans le cadre de cette procédure de recours, ils ont en outre demandé la révision de la taxation pour l'année fiscale 2007.
Par arrêt FI.2018.0273 du 7 août 2019, la CDAP a rejeté le recours et confirmé la décision sur réclamation attaquée. Elle a en particulier retenu ce qui suit (consid. 4a):
"Les critiques émises par les recourants au sujet de la procédure de rappel d'impôt concernant la période fiscale 2007 [...] sortent [...] du cadre de la présente procédure. Il ne s'agit en effet pas, par la demande de remise d'impôt, de revenir sur le résultat accepté par les contribuables au terme de la procédure simplifiée [...]. Ainsi, les allégations des recourants selon lesquelles ils auraient été contraints par l'office d'impôt de signer la proposition de règlement, que le rappel d'impôt est dû à une erreur de leur fiduciaire [...] ne sont pas recevables. Hormis le fait qu'elles ne sont pas étayées, ces affirmations auraient pu être invoquées dans le cadre d'une demande de révision au sens des art. 147 al. 1 LIFD et 203 al. 1 LI adressée à l'autorité qui a rendu la décision à réviser (cf. art. 149 LIFD et 205 LI). Par ailleurs, et bien qu'il soit douteux qu'un motif de révision soit réalisé (cf. en particulier la jurisprudence fédérale relative aux erreurs du mandataire selon laquelle le contribuable n'est pas déchargé de ses obligations et responsabilités fiscales lorsqu'il mandate une fiduciaire pour remplir sa déclaration d'impôt, mais doit supporter les inconvénients d'une telle intervention [TF 2C_908/2011 du 23 avril 2012 consid. 3.5]), le délai de 90 jours à la suite de la découverte d'un tel motif apparaît largement échu. Les recourants sont ainsi forclos de leur droit de demander la révision."
c) Par courrier adressé le 29 août 2019 à la CDAP, les époux A._ et B._ ont encore demandé notamment la révision de la taxation pour la période fiscale 2007. Il leur a été répondu par avis du 2 septembre 2019 que l'affaire était terminée pour ce qui concernait la cour de céans.
D. a) Par courrier adressé le 5 septembre 2019 à l'ACI (évoquant en en-tête "les périodes fiscales 2007, 2014 et 2015"), B._ et A._ ont requis la révision de la taxation pour la période fiscale 2007, indiquant en substance avoir signé la proposition de règlement "sous la menace d'une procédure pénal[e]" alors qu'ils n'avaient "jamais été d'accord avec les faits" retenus et contestaient toute soustraction d'impôt. Ils se sont également référés dans ce courrier à la révision d'une "taxation foncière".
Invités à compléter leur demande, les intéressés, par l'intermédiaire de A._, ont exposé en particulier ce qui suit par courrier du 18 octobre 2019 (reproduit tel quel):
"[...] les motifs de la révision c'est que je me suis fait taxer de force suite à une erreur comptable de mon ex-fiduciaire. De bonne foi et n'étant pas d'accord depuis le départ avec cette taxation, j'ai voulu montrer les preuves de ces erreurs à l'administration cantonal des impôts mais ils n'ont même pas daigné les regarder ,comme réponse il m' ont dit que je pouvais m' être arranger avec mon ex-fiduciaire,lors de cette séance à l'office d'impôts de Morges, on m' a contraint à signer les documents c'est sous la menace d'une procédure pénal que j ai signé, en m'indiquant que je pourrai faire une demande de remise d'impôts ultérieurement, [...]"
A l'appui de ce courrier, ils ont produit copie de pièces des 2 juillet et 13 septembre 2007 attestant de versements bancaires. Ils indiquaient en outre une nouvelle fois qu'il contestait également une "taxation foncière".
Par décision du 16 décembre 2019, la Division de l'inspection fiscale de l'ACI a déclaré la demande de révision irrecevable, subsidiairement l'a rejetée, retenant en particulier les motifs suivants:
"II. Votre demande
[...]
Concernant vos contestations sur l'impôt foncier, s'agissant d'un impôt communal, elles doivent être traitées par le Commission communale de recours. [...]
III. Notre position
[...]
Quant à la contrainte de la part de l'ACI, nous réfutons fermement cette accusation. Nous relevons que vous avez été accompagné par un mandataire tout au long de la procédure et qu'il ressort de nos échanges écrits avec ce dernier que vous ne contestiez pas les reprises. [...]
Force est de constater que les faits que vous exposez ne constituent pas des faits nouveaux; ils étaient déjà connus au moment de la procédure de rappel d'impôt et de soustraction et auraient pu être allégués dans le cadre d'une réclamation. Au surplus, le délai de nonante jours pour vous en prévaloir est largement dépassé, ce qui rend votre demande irrecevable."
b) B._ et A._ ont déposé une réclamation ("opposition") contre cette décision par acte du 13 janvier 2020 (évoquant encore en-tête les périodes fiscales "2007 2014 et 2015"), exposant les motifs pour lesquels ils estimaient que les pièces qu'ils avaient produites étaient de nature à remettre en cause la taxation pour la période 2007 et reprenant en substance leurs griefs - en ce sens qu'il s'agissait d'une "simple erreur comptable" commise par leur ex-fiduciaire, qu'ils avaient été "contraint[s]" de signer la proposition de règlement et qu'il leur avait été indiqué qu'ils pourraient déposer une demande en remise des impôts concernés ultérieurement. Ils ont requis d'être convoqués pour "trouver une solution".
Par courrier du 2 juin 2020, l'ACI a relevé que la tenue d'un entretien n'avait pas lieu d'être et invité les intéressés à compléter leur réclamation par écrit.
B._ et A._ ont maintenu leur réclamation par courrier du 25 juin 2020, se référant à la teneur de leur courrier du 13 janvier 2020. Ils ont une nouvelle fois requis d'être convoqués, afin de pouvoir exposer leur version des faits.
Par décision sur réclamation du 7 juillet 2020, l'ACI a rejeté la réclamation et confirmé la décision du 16 décembre 2019. Elle a maintenu que la tenue d'un entretien n'avait pas lieu d'être, dans la mesure où elle ne disposait d'aucun pouvoir d'appréciation dans le cadre d'une procédure de révision. Cela étant, elle a retenu que les éléments dont se prévalaient les intéressés étaient connus depuis longtemps par ces derniers, de sorte que la demande de révision était irrecevable; elle a en outre relevé, par surabondance, que cette demande aurait également dû être rejetée sur le fond.
E. B._ et A._, par l'intermédiaire de ce dernier, ont formé recours contre cette décision sur réclamation devant la CDAP par acte du 31 juillet 2020 (évoquant une nouvelle fois en en-tête "les périodes fiscales 2007, 2014 et 2015"). Ils ont en substance fait valoir qu'on les avait "induit[s] en erreur" en leur faisant croire qu'ils pourraient demander une remise d'impôt, qu'on leur avait "forcé la main" respectivement "mis la pression" pour qu'ils signent la proposition de règlement et qu'on les avait "menacé[s] de poursuites pénales". Ils ont requis d'être convoqués pour pouvoir s'expliquer.
L'autorité intimée a conclu au rejet du recours dans sa réponse du 8 septembre 2020, maintenant que la demande de révision était tardive et, partant, irrecevable. Elle a également maintenu que cette demande ne réunissait quoi qu'il en soit pas les conditions d'une révision, et contesté que la procédure ait été entachée de quelque vice que ce soit - précisant notamment ce qui suit à ce propos:
"Les contribuables ont été assistés par un mandataire professionnel tout au long de la procédure. [...] Dans un courriel du 21 mars 2017, le mandataire a confirmé que les contribuables ne contestaient pas les reprises. Un entretien a eu lieu en date du 10 avril 2017 sur la question de la sanction, le contribuable considérant que la faute avait été commise par son précédent mandataire. Après avoir expliqué au contribuable que les erreurs de son mandataire lui étaient imputables, il lui a été proposé de régler le dossier par une procédure simplifiée, ce qui permettait d'éviter le prononcé d'amendes (procédure pénale)."
Dans leur réplique du 24 septembre 2020, les recourants (agissant toujours par l'intermédiaire de A._) ont encore fait valoir en particulier ce qui suit (reproduit tel quel):
"Depuis le début de la procédure de contrôle, j'ai contesté la décision de reprise et les amendes. [...]
L'ACI n'a pas tenu compte de faits importants, l'ACI, dit que je ne suis pas dans les délais ils ont mis plusieurs mois à répondre à mon courrier. (6 mois pour une réponse)
[...]
Force est de constater que les arguments invoqués par l'ACI ne tiennent pas debout ils continuent de me mettre la pression pour que je cède.
[...]
L'ACI ne peut pas dire une fois que le mandataire à le pouvoir et une fois que c'est moi le responsable. [...]
Enfin, on relèvera encore que l'ACI a mis plusieurs mois pour répondre à mes divers courriers, (délai extrêmement long) en plus il m'ont induit en erreur en me faisant croire que je pouvais demander une remise d'impôt (1 année pour la réponse) ce qui c'est avéré faux, d'où le retard pour la demande de révision."
F. Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:
1. Déposé en temps utile (cf. art. 140 al. 1 de la loi fédérale du 14 décembre 1990 sur l'impôt fédéral direct - LIFD; RS 642.11 - et art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative - LPA-VD; BLV 173.36 -, applicable par renvoi de l’art. 199 de la loi vaudoise du 4 juillet 2000 sur les impôts directs cantonaux - LI; BLV 642.11), le recours satisfait par ailleurs aux autres conditions formelles de recevabilité (cf. en particulier art. 140 al. 2 LIFD et 79 al. 1 LPA-VD, applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD), de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
En lien avec la recevabilité du recours respectivement l'objet du litige, le tribunal formule à ce stade les deux remarques suivantes.
a) La jurisprudence fait preuve d'une relative souplesse en ce qui concerne notamment la formulation des conclusions des recours; il suffit en définitive que l'on puisse déduire de l'acte de recours sur quel(s) point(s) et pour quelle(s) raison(s) la décision attaquée est contestée (CDAP FI.2019.0080 du 21 juillet 2020 consid. 1 et la référence; cf. ég. TF 2C_821/2017 du 23 mars 2018 consid. 4.3 et les références, rappelant que "l'interdiction du formalisme excessif commande en particulier de ne pas se montrer trop strict dans l'examen de la formulation des conclusions si, à la lecture du mémoire, on comprend clairement ce que veut le recourant").
En l'espèce, les conclusions du recours se présentent comme il suit (sic):
"Conclusions:
C'est pour toutes ces raisons que j'invoque le droit à la révision.
Décision: