Decision ID: 8679ba70-bffc-5f79-8fd0-67e504eff285
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par jugement du 11 octobre 2018, reçu par les parties le 15 octobre 2018, le Tribunal de première instance statuant par voie de procédure sommaire et sur les frais d'exécution, a arrêté les frais de la procédure d'exécution à 6'800 fr., répartis à raison de la moitié à la charge de A_ et de la moitié à la charge de B_, condamné A_ et B_ à verser chacun la somme de 600 fr. à C_ SA et 300 fr. à l'Etat de Genève, soit pour lui les Services financiers du Pouvoir judiciaire et condamné A_ à verser la somme de 2'500 fr. à B_ (ch. 1 du dispositif), dit qu'il n'était pas alloué de dépens (ch. 2), ordonné en tant que de besoin la radiation de Me E_ du Registre du commerce de sa qualité de commissaire de C_ SA (ch. 3) et débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 4).
B.
a.
Par acte expédié au greffe de la Cour le 25 octobre 2018, A_ a formé recours contre ce jugement. Il a conclu, avec suite de frais, à son annulation et, cela fait, à ce que les frais de la procédure d'exécution soient arrêtés à 1'800 fr. et à ce que C_ SA soit condamnée à payer ceux-ci.
b.
B_ a conclu à la confirmation du jugement attaqué, avec suite de frais.
c.
C_ SA n'a pas formellement répondu au recours, son conseil, qui est également celui de B_, ayant répondu "pour le compte de M. B_".
d.
Me E_ s'en est rapporté à justice.
e.
En l'absence de réplique, les parties ont été informées, par avis de la Cour du 5 décembre 2018, de ce que la cause était gardée à juger.
C.
Les faits pertinents suivants résultent de la procédure.
a.
Par jugement du 12 juillet 2016, confirmé par arrêts de la Cour de justice du 16 décembre 2016 et du Tribunal fédéral du 30 mai 2017, le Tribunal de première instance a, au fond, notamment, ordonné la vente aux enchères des actions de C_ SA, propriétés de A_ et B_ (ch. 6), prescrit que la vente aux enchères serait privée, avec des offres libres sur plusieurs tours, chacun des actionnaires formulant une offre pour l'acquisition de la totalité des actions de l'autre (ch. 7) et que ladite vente aurait lieu par le ministère d'un notaire qui serait désigné une fois que le jugement serait définitif (ch. 8), désigné Me E_ aux fonctions de commissaire de C_ SA, avec signature individuelle (ch. 9), lui a confié la mission de régler les affaires courantes de C_ SA, à l'exclusion de la représentation judiciaire, jusqu'à l'élection par l'assemblée générale des actionnaires de C_ SA d'un ou plusieurs administrateurs (ch. 11), prescrit que les frais et les provisions relatifs à l'activité du commissaire étaient à la charge de C_ SA (ch. 12) et débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 13).
b.
Par ordonnance du 13 octobre 2017, le Tribunal a désigné Me F_, notaire, afin de procéder à la vente aux enchères des actions de C_ SA, mis l'avance des frais à la charge de cette dernière, qui devait la fournir à première réquisition de Me F_, invité ce dernier à informer le Tribunal de l'exécution complète de sa mission et à lui transmettre le procès-verbal des opérations, ainsi que sa note d'honoraires, et renvoyé la décision sur les frais de la procédure d'exécution dans la décision finale.
c.
Le 1
er
juin 2018, A_ et B_ ont conclu une convention de séquestre et cession d'actions par enchères privées. A_ et B_ ont requis l'intervention de Me G_, notaire, en qualité de tiers séquestre dans le cadre de la cession des actions de C_ SA.
Cette convention fixe les honoraires de Me G_ à 5'000 fr. et prévoit que ce montant est entièrement pris en charge par B_, indépendamment du résultat des enchères (art. 9.1). Les parties reconnaissaient par ailleurs, moyennant la bonne et fidèle exécution de la convention, n'avoir plus aucune prétention de quelque nature que ce soit l'une à l'égard de l'autre, sous réserve des éventuelles créances des parties contre la société et des dépens alloués par les tribunaux dans le cadre de la procédure judiciaire les opposant (art. 12).
d.
Dans le cadre des enchères, B_ a acquis les 50 actions de A_, de sorte qu'il est maintenant le seul actionnaire de C_ SA.
e.
Par courrier du 7 août 2018, B_ a demandé au Tribunal, compte tenu de la vente des actions, de statuer sur les frais et dépens.
f.
Par ordonnance du 15 août 2018, le Tribunal a invité les parties à se déterminer sur ce courrier.
Le 6 septembre 2018, A_ a indiqué qu'une provision de 7'000 fr. avait été requise par Me F_, que celui-ci avait établi une facture d'un montant de 4'200 fr. qui avait été finalement réduite à 1'200 fr. grâce à son intervention.
Le 26 septembre 2018, B_ a contesté que les mérites de la réduction des honoraires de Me F_ reviennent à A_. Celui-ci avait refusé de prendre en charge les frais et honoraires de Me G_ qui avaient été réglés par lui, conformément à la convention du 1
er
juin 2018.
Le 27 septembre 2018, A_ a considéré que les frais et honoraires de Me G_ ne faisaient pas partie de la procédure d'exécution et ne devaient pas être pris en compte.
Le 2 octobre 2018, B_ a relevé qu'il avait accepté de prendre à sa charge les honoraires de Me G_ afin de ne pas risquer de voir la vente échouer pour cette raison. Cela étant, il n'avait pas spontanément offert de prendre en charge ces frais incombant à A_ qui avait succombé dans le cadre de la procédure.
g.
Dans son ordonnance du 11 octobre 2018, le Tribunal a considéré que les frais de la procédure d'exécution du jugement
JTPI/9125/2016
du 12 juillet 2016, qui s'élevaient à 6'800 fr., soit 6'200 fr. à titre de frais de notaires (5'000 fr. + 1'200 fr.) et 600 fr. à titre d'émolument de décision, devaient être répartis par moitié entre A_ et B_, indépendamment du résultat des enchères, la vente ayant été dans l'intérêt de C_ SA et la situation de blocage étant le seul fait des actionnaires.

EN DROIT
1.
Selon l'art. 110 CPC, la décision sur les frais ne peut être attaquée séparément que par un recours.
Déposé en temps utile et selon la forme prescrite par la loi (art. 321 al. 1 CPC), le recours est recevable.
2.
Le recourant soutient que les honoraires de Me G_ ne devaient pas être inclus dans les frais de la procédure et que les parties s'étaient entendues dans le cadre de la convention du 1
er
juin 2018 pour que ceux-ci soient pris en charge par B_. Ce dernier soutient pour sa part qu'il a accepté de prendre en charge les honoraires du notaire car le recourant refusait de le faire et afin d'éviter que la vente n'ait pas lieu. Il convenait ainsi d'interpréter l'art. 12 de la convention qui réserve le sort des dépens.
2.1
Pour déterminer le sens d'une clause contractuelle, le juge doit rechercher, dans un premier temps, la réelle et commune intention des parties (interprétation subjective), le cas échéant empiriquement, sur la base d'indices (ATF
132 III 268
consid. 2.3.2, 626 consid. 3.1 p. 632;
131 III 606
consid. 4.1). Constituent des indices en ce sens non seulement la teneur des déclarations de volonté - écrites ou orales -, mais encore le contexte général, soit toutes les circonstances permettant de découvrir la volonté réelle des parties.
Si le juge ne parvient pas à déterminer la volonté réelle et commune des parties - parce que les preuves font défaut ou ne sont pas concluantes - ou s'il constate qu'une partie n'a pas compris la volonté exprimée par l'autre à l'époque de la conclusion du contrat, il doit recourir à l'interprétation normative (ou objective), à savoir rechercher leur volonté objective, en déterminant le sens que, d'après les règles de la bonne foi, chacune d'elles pouvait et devait raisonnablement prêter aux déclarations de volonté de l'autre. Il s'agit d'une interprétation selon le principe de la confiance (ATF
144 III 93
consid. 5.2.3 et les arrêts cités; arrêts du Tribunal fédéral
4A_508/2016
du 16 juin 2017 consid. 6.2;
4A_98/2016
du 22 août 2016 consid. 5.1).
2.2
En l'espèce, le texte de l'art. 9.1 de la convention du 1
er
juin 2018 est clair en tant qu'il indique que les honoraires du notaire sont entièrement mis à la charge de B_. Même si celui-ci a choisi de prendre à sa charge ces honoraires afin d'éviter que la vente des actions échoue, comme il le prétend sans étayer son affirmation, il n'en reste pas moins qu'il a accepté, pour des motifs qui lui appartiennent, de supporter l'intégralité des frais de Me G_. Le Tribunal ne pouvait donc modifier la répartition qui avait été convenue, étant relevé que B_ n'invoque aucun vice du consentement lors de la conclusion de la convention du 1
er
juin 2018. L'art. 12 de la convention, qui traite de manière générale des éventuelles prétentions entre A_ et B_, ne permet par ailleurs pas de considérer qu'une autre solution devrait être adoptée concernant la question des frais de Me G_, qui fait l'objet d'une réglementation spécifique. L'art. 12 réserve la question des "dépens alloués par les tribunaux dans le cadre de la procédure judiciaire". Le terme particulier utilisé ne peut cependant pas couvrir les honoraires du notaire faisant l'objet de l'art. 9.1, qui ne peuvent être qualifiés de dépens.
C'est dès lors à juste titre que le recourant soutient que les honoraires de Me G_ ne doivent pas être répartis par moitié entre les parties et considère qu'ils doivent être mis à la charge exclusive de B_.
Pour le surplus, lesdits honoraires constituent des frais de la procédure d'exécution au sens de l'ordonnance du 13 octobre 2017 et le Tribunal devait statuer à cet égard, même si leur montant et leur répartition a fait l'objet d'une convention entre les parties.
Enfin, le recourant conclut à ce que les frais de la procédure d'exécution soient mis à la charge de C_ SA. Il ne motive toutefois d'aucune manière cette conclusion et ne critique pas le jugement attaqué à cet égard, de sorte qu'il ne sera pas entré en matière sur ce point. En tout état de cause, la procédure résultant d'un conflit entre les actionnaires, il est justifié de mettre à leur charge les frais de la procédure d'exécution, et non à la charge de la société.
En définitive, A_ et B_ supporteront chacun la moitié de l'émolument de décision de 600 fr. et des frais de Me F_ de 1'200 fr., soit 900 fr. Le montant des honoraires de Me G_ de 5'000 fr. sera en revanche laissé à la charge exclusive de B_, conformément à la convention du 1
er
juin 2018.
Le ch. 1 du dispositif de l'ordonnance attaquée sera donc annulé et il sera à nouveau statué dans le sens de ce qui précède.
3.
Le recourant et B_ succombent chacun partiellement, de sorte que les frais de la procédure de recours, arrêtés à 1'200 fr., seront mis à la charge de ces derniers pour moitié chacun. B_ sera condamné à verser au recourant à ce titre la somme de 600 fr.
Chaque partie supportera ses propres dépens, étant relevé que Me E_ a répondu au recours par un simple courrier et qu'il n'a pas sollicité l'allocation de dépens.
* * * * *