Decision ID: a2fdefd5-b2ed-5d5c-a6e8-aae455ba0daf
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
A_, né le _ 1953, a fait l'objet d'une curatelle de représentation avec gestion du patrimoine instaurée en sa faveur en février 2014 levée en février 2015.
B. a)
Le 11 mai 2021, la Direction des immeubles avec encadrement pour personnes âgées (ci-après: IEPA) de l'Institution genevoise de maintien à domicile (ci-après: IMAD) a signalé la situation de A_ au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après: Tribunal de protection).
A_, précédemment sans domicile fixe, avait emménagé en octobre 2019 dans l’IEPA G_. La collaboration avec lui s’était péjorée; il annulait systématiquement ses rendez-vous de suivi administratif, alors qu’il présentait des arriérés de paiement pour ses frais de téléphone, ses frais médicaux, son loyer et ses frais de repas à domicile. Son bail avait été résilié. Le Service des prestations complémentaires (ci-après: SPC) lui avait indiqué qu'il allait perdre son droit aux prestations s’il ne fournissait pas les documents nécessaires à la révision de son dossier. Il se plaignait régulièrement à la gérante sociale de l’IEPA de ce que ses difficultés financières le privaient de ressources durant plusieurs jours. Il présentait parfois des accès de violence qui inquiétaient les collaborateurs de l’IEPA. Son médecin, le Dr D_, soutenait le signalement.
b)
A teneur d’un extrait du registre des poursuites établi le 19 mai 2021, le concerné fait l’objet de 104 actes de défaut de biens pour un total de 435'564 fr. 42 et de deux poursuites en cours.
c)
Il ressort du courrier du SPC du 28 mai 2021 que A_ bénéficie de prestations complémentaires.
d)
Par courrier daté du 25 janvier 2021 parvenu au Tribunal de protection le 27 mai 2021, A_ s’est opposé au prononcé d'une mesure de protection.
Il a joint copie d'un courrier que son médecin, Dr D_, médecin spécialiste en neurologie, a adressé à l'IEPA/IMAD le 19 mai 2021, indiquant que la situation avait évolué, qu'une mesure de protection ne lui semblait plus indiquée et qu'il convenait de suivre la situation au mieux.
e)
Selon le rapport adressé par le Dr D_ au Tribunal de protection le 1
er
juin 2021, il suivait A_ depuis 2005 à un rythme bimestriel. Ce dernier était également suivi par d’autres spécialistes pour un diabète ainsi qu’une hypertension, traités, ainsi que par une psychiatre pour un important état anxiodépressif, lequel expliquait sa difficulté durable à assurer la gestion de ses affaires administratives et financières, ainsi qu’à répondre à ses besoins personnels, soit notamment le ménage et les repas, malgré un résultat de 30/30 au test MMS. Sur le plan médical, il était très compliant à ses suivis et à ses traitements. Par ailleurs, il risquait de s’engager de manière excessive et de céder à l’influence négative de personnes malintentionnées.
f)
Dans un rapport daté du 21 juin 2021, la Dre E_, médecin psychiatre, a exposé avoir suivi A_ de novembre 2013 à juin 2017. Elle ne l'avait plus revu depuis lors. Elle pouvait répondre aux questions posées dès lors que son patient avait antérieurement donné son accord.
Elle avait retenu qu’il souffrait d’une schizophrénie paranoïde, en plus d’un diabète insulino-traité, d’une thrombocytopénie auto-immune et d’un syndrome d’apnées du sommeil appareillé. A l’évidence, selon la psychiatre, les périodes de décompensation de son ancien patient étaient marquées par une modification de sa capacité d’autodétermination et de son potentiel cognitif, entraînant pour lui une rupture de contact avec la réalité. Ces conditions impliquaient qu’il n’arrivait plus à assurer la gestion de ses affaires administratives ainsi que financières, qu’il avait erré et qu’il avait présenté un rythme journalier perturbé ainsi qu’une instabilité. Il avait affirmé se sentir dépassé par la multitude de ses soucis et en difficulté pour assumer ses actions ainsi que ses engagements. L’instabilité de son psychisme ainsi que les fluctuations de son humeur nécessitaient une évaluation plus approfondie. Le manque de cohérence dans son suivi et ses absences avaient rendu des tests neuropsychologiques impraticables et sa médication psychotrope aléatoire.
g)
Le 8 septembre 2021, le Tribunal de protection a cité A_ et la gérante sociale de l'IMAD à comparaître à l'audience fixée au 28 septembre 2021.
Par courrier du 21 septembre 2021, A_ a sollicité du Tribunal de protection un report de l'audience, au motif qu'il n'avait pas encore pu préparer son dossier. Il indiquait qu'il allait lui adresser plusieurs courriers expliquant sa situation.
h)
Par courriers des 21, 24 et 27 septembre 2021, A_ s'est opposé à l'institution d'une mesure de protection.
Il a exposé son cercle de relations, sentimentales ou d’influence, notamment au Sénégal en précisant qu'il comptait s'y installer définitivement dès le mois d'octobre 2021, en produisant la copie d’un acte de naissance sénégalais indiquant sa paternité sur une enfant née en 2010. Il a joint une lettre qu’il avait adressée à l’Administration fiscale cantonale et à une Conseillère d’Etat dans un style décalé et décousu, ainsi qu’une lettre de [la régie immobilière] F_, datée du 8 février 2021, se référant à la résiliation du bail de son appartement au sein de l’IEPA G_ et l’informant de ce que, dans la mesure où ses indemnités pour occupation illicite étaient payées ponctuellement, elle consentait à remettre son bail en vigueur dès ce jour.
i)
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 28 septembre 2021.
A_ ne s'est pas présenté.
La gérante sociale de l'IEPA G_ a déclaré que l'accompagnement de A_ avait toujours été difficile: par périodes, il collaborait en acceptant l’aide qui lui était proposée, puis il rompait le lien. Dès qu’elle avait pris la fonction de gérante sociale dans l’IEPA, il l’avait rejetée, parce qu’il avait eu un différend avec un précédent gérant. Il avait tendance à se comporter de manière à ce que les choses se retournent contre lui, ce qui conduisait à son isolement. Depuis le signalement au Tribunal de protection en mai 2021, il n’avait plus adopté de comportement violent. Son logement à l’IEPA n’était en l'état pas remis en cause. Il se présentait beaucoup moins au bureau de la gérance sociale et dans les autres locaux communs. Elle l’aidait dans la gestion de ses affaires, lorsqu’il collaborait. Toutefois, la gérance sociale ne lui procurait plus d’aide administrative depuis qu’il avait retiré ses affaires durant le mois d’avril 2021. Il ne bénéficiait plus non plus de la Téléalarme dès lors que sa ligne téléphonique avait été coupée, ni de l’aide au ménage de l’IMAD, bien qu’il ait semblé qu’une autre structure y pourvoyait. De même, les repas ne lui étaient plus livrés, puisqu’il n’en payait pas les factures. Aucun soin ne pouvait non plus lui être donné. En résumé, il ne disposait plus des aides que l’IMAD pouvait apporter dans l’IEPA. Elle estimait qu'il disposait de la capacité de discernement sur le plan médical.
A l’issue de cette audience, le Tribunal de protection a gardé la cause à délibérer.
C.
Par ordonnance
DTAE/5723/2021
rendue le 28 septembre 2021, le Tribunal de protection a institué une curatelle de représentation et de gestion en faveur de A_ (ch. 1 du dispositif), désigné deux collaborateurs du Service de protection de l'adulte (ci-après: le SPAd) aux fonctions de curateurs (ch. 2) en les chargeant de représenter la personne concernée dans ses rapports avec les tiers, en particulier en matière d'affaires administratives et juridiques, de gérer ses revenus et biens et d'administrer ses affaires courantes et de veiller au bien-être social et de la représenter pour tous les actes nécessaires dans ce cadre (ch. 3) et en les autorisant à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée dans les limites du mandat et, si nécessaire, à pénétrer dans son logement (ch. 4), laissé les frais judiciaires à la charge de l'Etat (ch. 5) et déclaré l'ordonnance exécutoire nonobstant recours (ch. 6).
Le Tribunal de protection a retenu que A_ présentait un trouble psychique entravant durablement sa capacité à gérer ses affaires financières et administratives et à répondre à ses besoins personnels, puisqu'il ne payait plus ses factures courantes, qu'il éprouvait depuis longtemps des difficultés à conserver un logement, qu'il avait été admis dans un IEPA et qu'il avait besoin que des repas lui soient livrés. Son état ne s'était pas durablement amélioré, malgré l'attestation établie par son neurologue le 19 mai 2021, vu la rupture des liens décrite par la gérante sociale en audience. Faute de collaboration de l'intéressé, l'IMAD n'était plus à même de fournir l'assistance requise, de sorte qu'il convenait d'instaurer une curatelle de représentation et de gestion administrative et financière, étendue à l'assistance personnelle et sur le plan médical.
D. a)
Par acte expédié le 16 octobre 2021, A_ a recouru contre cette ordonnance, qu'il a reçue le 13 octobre 2021. Il a complété son recours par acte expédié le 5 novembre 2021 par l'entreprise de son conseil, concluant à l'annulation des chiffres 1 à 4 de l'ordonnance attaquée et au renvoi de la cause au Tribunal de protection, subsidiairement à son audition et à l'octroi d'un délai pour le dépôt de ses réquisitions de preuve, à l'annulation des chiffres 1 à 4 du dispositif de l'ordonnance et au classement de la procédure.
Il reproche au Tribunal de protection d'avoir renoncé à l'entendre personnellement et d'avoir omis de lui désigner un curateur pour le représenter dans la procédure de protection avant d'instituer la curatelle de représentation et de gestion. Il lui fait par ailleurs grief d'avoir prononcé cette mesure en se fondant sur le rapport de la Dre E_, qu'il n'avait plus revue depuis 2017 et qu'il n'avait pas délié de son secret médical dans la présente procédure, et de manière plus générale d'une mauvaise appréciation de l'ensemble des éléments du dossier.
b)
Par décision
DAS/204/2021
du 11 novembre 2021, la Chambre de surveillance de la Cour de justice a accordé l'effet suspensif au recours.
c)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité faire usage de son droit de reconsidérer sa décision.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet, dans les trente jours, d'un recours écrit et motivé, devant le juge compétent, à savoir la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et al. 3 et 450b CC; art. 126 al. 3 LOJ; art. 53 al. 1 et 2 LaCC).