Decision ID: 86376710-d9d6-538d-86c2-46c411c12779
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte déposé au greffe universel le 30 août 2021, A_ recourt
contre la décision
du 18 précédent, notifiée sous pli simple, par laquelle le Ministère public a refusé d'entrer en matière sur sa dénonciation et plainte du 22 [
recte
: 23] octobre 2019 en faux témoignage contre B_ dans la procédure pénale P/1_/2018.
La recourante conclut à l'annulation de cette décision et à l'ouverture d'une instruction pénale.
b.
La recourante a versé les sûretés, en CHF 1'000.-, qui lui étaient réclamées par la Direction de la procédure.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :
a.
Le 24 octobre 2018, C_, ressortissante philippine, a déposé plainte pénale contre A_, dont elle avait été l'employée de maison, à Genève, et qui l'aurait fait travailler tous les jours à raison de treize heures par jour et un samedi sur deux, entre 1998 et octobre 2018. Elle a détaillé ses conditions et horaires de travail, l'absence d'autorisation de séjour et le versement de ses salaires en espèces, sans prélèvement de cotisations sociales et sans quittances. À la suite d'un AVC, au mois d'août 2018, elle avait signé le 28 septembre 2018, à la demande de A_, une convention ("
Termination Agreement
") mentionnant que son activité se terminerait le 30 septembre 2018 "
as agreed mutually
"
et qu'elle reconnaissait avoir été entièrement payée à cette date. Elle avait d'abord refusé de la signer, puis avait accepté. Elle ressentait sa situation comme injuste, car A_ lui "
tournait le dos
" après qu'elle était tombée malade, sans lui avoir répondu lorsqu'elle lui avait fait observer qu'elle ne lui avait pas laissé le temps de terminer son travail et de partir.
b.
En substance, A_, brièvement appréhendée en mars 2019, puis placée sous mesures de substitution jusqu'en septembre 2019, a contesté avoir exploité C_, tout en admettant n'avoir pas régularisé sa situation de séjour et d'emploi ni payé de cotisations sociales en sa faveur.
c.
Entendue en qualité de témoin le 10 septembre 2019, à la demande de la plaignante, B_ a affirmé avoir travaillé avec C_ chez A_ pendant deux mois en 1998, "
vers
" D_, et ne l'avoir jamais revue depuis lors. C_ s'occupait alors de la maison; elle gérait tout, y compris les gens et le personnel, et s'entendait très bien avec A_. Elle l'avait revue récemment, par hasard, et C_ lui avait dit avoir rencontré un "
problème
" avec son employeuse, à savoir qu'elle avait perdu son emploi après avoir fait un "
malaise
" et qu'elle était partie sans ses "
droits
",
i.e.
sans avoir obtenu le paiement des trois mois de salaire qu'elle demandait. Auparavant, C_ ne s'était jamais plainte.
d.
Le 24 septembre 2019, A_, par son avocat, a repris et commenté la déposition de B_. Elle "
laiss
[ait au Ministère public]
le soin de tirer les conclusions qui s'imposent sous l'angle de l'art 307 al. 1 CP
", dans la mesure où cette déposition avait trait aux conditions de travail de C_ chez elle et devait servir à asseoir la prévention d'usure. L'instruction devrait également porter sur une éventuelle instigation à faux témoignage. Pour le surplus, le contenu de la déposition de B_ excluait toute usure et toute heure supplémentaire.
e.
Le 23 octobre 2019, A_ a formellement déposé une "
dénonciation pénale et plainte pénale
" pour faux témoignage et instigation à faux témoignage.
f.
Après avoir, pour l'essentiel, reçu un rapport de police sur le contenu du téléphone de la prévenue, le Ministère public a informé les parties, par avis de prochaine clôture du 26 octobre 2020, de son intention de rendre une ordonnance de classement pour l'usure reprochée, et une ordonnance pénale pour les autres infractions. À A_, qui s'enquérait du sort de sa dénonciation et plainte du 23 octobre 2019, il a répondu que cet avis ne concernait qu'elle.
g.
Le 5 juillet 2021, la Chambre de céans a rejeté le recours formé par C_ contre le classement prononcé le 6 avril précédent. En substance, les conditions de travail de la plaignante auprès de A_ ne souffraient aucune critique (
ACPR/446/2021
consid. 2.3.). Un recours est pendant par-devant le Tribunal fédéral (cause 2_/2021).
C.
Dans la décision querellée, le Ministère public considère que le témoignage de B_ a, certes, pu "
contrarier
" A_, mais ne portait pas sur les conditions de travail ou d'exploitation de C_.
D. a.
À l'appui de
son recours, A_ soutient, à la fois, que sa plainte n'a pas été instruite et que le dossier montre, ce nonobstant, que la déposition de B_ ne correspond pas à la réalité. Elle n'avait jamais habité D_ et ne connaissait pas la témoin, qui n'avait jamais travaillé avec C_. Ces deux avaient discuté de la convocation du 10 septembre 2019. Le Ministère public aurait dû ouvrir une instruction contre elles.
b.
À réception des sûretés, la cause a été gardée à juger.

EN DROIT
:
1.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement irrecevables ou mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP). Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.
2.
La recourante s'estime victime d'un faux témoignage. Encore faut-il qu'elle puisse se prévaloir d'un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).
2.1.
Selon l'art. 118 al. 1 CPP, on entend par partie plaignante le lésé qui déclare expressément vouloir participer à la procédure pénale comme demandeur au pénal ou au civil. La notion de lésé est définie à l'art. 115 CPP. Il s'agit de toute personne dont les droits ont été touchés directement par une infraction. En règle générale, seul peut se prévaloir d'une atteinte directe le titulaire du bien juridique protégé par la disposition pénale qui a été enfreinte (ATF
141 IV 1
consid. 3.1 p. 5 et les références citées). Pour être directement touché, le lésé doit en outre subir une atteinte en rapport de causalité directe avec l'infraction poursuivie, ce qui exclut les dommages par ricochet (arrêt du Tribunal fédéral
6B_104/2020
du 10 février 2021 consid. 3.2.).
Selon l'art. 382 al. 1 CPP, toute partie qui a un intérêt juridiquement protégé à l'annulation ou à la modification d'une décision a qualité pour recourir contre celle-ci. Tel est, en particulier, le cas du lésé qui s'est constitué demandeur au pénal, indépendamment d'éventuelles conclusions civiles (ATF
139 IV 78
consid. 3 p. 80 ss).
L'art. 307 CP protège en premier lieu l'administration de la justice et la recherche de la vérité matérielle contre les fausses preuves (ATF
141 IV 444
consid. 3.2 p. 447 et 3.5 p. 450). La disposition protège également, dans une certaine mesure, les intérêts privés des parties (ATF
141 IV 444
consid. 3.2 p. 447; arrêts
6B_243/2015
du 12 juin 2015 consid. 2.1, publié
in
SJ
2016 I 125
). Cette disposition protège ainsi de manière secondaire, et non seulement de manière indirecte, les droits d'une partie à la procédure, de telle manière que cette dernière peut être considérée comme lésée. Cette lésion touche, toutefois, essentiellement les droits de procédure de cette partie (arrêts du Tribunal fédéral
6B_1281/2018
du 4 mars 2019 consid. 2.2;
6B_419/2017
du 28 novembre 2018 consid. 2.1;
6B_1128/2017
du 23 mai 2018 consid. 1.4.2), comme la participation à l'administration des preuves, lui permettant d'offrir elle-même des preuves et des contre-preuves, de poser, cas échéant, elle-même des questions au témoin et de contester ensuite l'appréciation des preuves effectuée par l'autorité judiciaire (arrêt du Tribunal fédéral
6B_136/2016
du 20 septembre 2017 consid. 3.).
2.2.
En l'espèce, il faut constater, en premier lieu, que, dans l'ordonnance de classement dont a bénéficié la recourante le 6 avril 2021, la déposition litigieuse n'est reprise et citée qu'en tant que C_ avait dit au témoin avoir rencontré un "
problème
" après son "
malaise
" et quitté le service de la recourante "
sans ses droits
". On ne voit pas en quoi la recourante serait atteinte directement dans ses propres droits par cette déposition. On cherche en vain dans les développements de son recours la démonstration d'une telle atteinte, puisqu'elle semble partir, à tort, de l'idée que sa constitution de partie plaignante (art. 104 al. 1 let. b CPP) suffirait à lui tenir lieu de qualité pour recourir. Elle avait d'ailleurs pris la précaution d'intituler son écrit du 23 octobre 2019 "
dénonciation
( )
et plainte
". Or, un dénonciateur qui n'est pas lésé n'a pas la qualité pour recourir contre un classement (art. 301 al. 3 CPP).
Surtout, la recourante a bénéficié, comme on l'a vu, d'un classement – soit d'une décision favorable – et a pu exercer préalablement tous ses droits procéduraux. Le témoignage incriminé n'a eu aucune influence en sa défaveur. C'est si vrai que, dans sa déposition, recueillie contradictoirement, la témoin a évoqué dans un sens propice à la recourante le fait que C_ ne s'était jamais plainte de ses conditions de travail. Pour le surplus, peu importe que la recourante n'ait jamais habité D_ (ou "
vers
" D_)
ni employé la témoin, seule ou simultanément avec C_. Ces questions n'ont jamais été l'objet de la procédure préliminaire, laquelle visait à élucider quelles avaient été les conditions de travail et de séjour de C_, et non de la mise en cause, auprès de la recourante.
Dans ces circonstances, celle-ci n'a pas qualité pour s'en prendre au refus du Ministère public d'entrer en matière sur sa dénonciation et plainte du 23 octobre 2019.
3.
Il s'ensuit que le recours doit être déclaré irrecevable.
4.
La recourante, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui seront fixés en totalité à CHF 1'000.-, émolument compris (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP;
E 4 10.03
).
* * * * *