Decision ID: 8dddecf8-60c6-5158-b885-7211bef3a0f0
Year: 2014
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_004
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
, le jugement JTPI/1_ rendu le 13 décembre 2013 par le Tribunal de première instance, prononçant, à la requête de A_, la mainlevée provisoire de l'opposition formée par B_ au commandement de payer, poursuite n° 2_, à concurrence de 45'047 fr. 70, plus intérêts à 5% l'an dès le 30 septembre 2012, sous imputation de 26'391 fr. 15;
Attendu que, par acte déposé le 24 décembre 2013 au Tribunal des baux et loyers (ci-après : le Tribunal), B_ a formé une action en libération de dette et a conclu à ce que le Tribunal dise qu'elle ne doit aucune des sommes faisant l'objet de la poursuite et que celle-ci n'ira pas sa voie;
Que, par mémoire de réponse et demande reconventionnelle du 13 février 2014, A_ a conclu, sur demande principale, au déboutement de B_, et, sur demande reconventionnelle, à la condamnation de B_ à lui verser les sommes de 85'739 fr. 20, avec intérêts à 5% l'an dès le 1
er
octobre 2012 et 21'930 fr. 50, avec intérêts à 5% l'an dès le 1
er
novembre 2012, la poursuite devant pour le surplus aller sa voie;
Que, par jugement
JTBL/166/2014
du 14 février 2014 et notifié aux parties le 18 février suivant, la Présidente de la 2
ème
chambre du Tribunal, siégeant seule, a transmis la réponse et demande reconventionnelle déposée par A_ à B_ (ch. 1 du dispositif), déclaré irrecevable la demande reconventionnelle formée par A_ le 13 février 2014 (ch. 2) et cité les parties aux débats (ch. 3);
Que, par acte déposé le 20 mars 2014 au greffe de la Cour de justice, A_ a formé appel contre ledit jugement, sollicitant l'annulation du chiffre 2 de son dispositif; elle a conclu à ce que la Cour déclare recevable la demande reconventionnelle et renvoie la cause au Tribunal pour fixer la suite de la procédure;
Que, dans sa réponse du 16 avril 2014, B_ a requis le déboutement de A_ de toutes ses conclusions;
Que, par réplique et duplique des 19 mai et 6 juin 2014, les parties ont persisté dans leurs conclusions respectives;
Que les parties ont été avisées le 10 juin 2014 de ce que la cause était gardée à juger;
Considérant,

EN DROIT
, que l'appel est recevable contre les décisions finales de première instance (art. 308 al. 1 let. a CPC), pour autant, dans les affaires patrimoniales, que la valeur litigieuse des conclusions soit de 10'000 fr. au moins (art. 308 al. 2 CPC);
Que l'appel, écrit et motivé doit être introduit auprès de l'instance d'appel dans les trente jours à compter de la notification de la décision (art. 311 al. 1 CPC);
Qu'en l'espèce, s'agissant d'une décision d'irrecevabilité, mettant un terme définitif aux prétentions reconventionnelles émises par l'appelante, et dont la valeur litigieuse est supérieure à 10'000 fr., la voie de l'appel est ouverte;
Que, déposé selon la forme requise et dans le délai légal, l'appel sera déclaré recevable;
Que la Cour dispose d'un plein pouvoir d'examen (art. 310 CPC; Hohl, Procédure civile, tome II, 2
ème
éd., 2010, n. 2314 et 2416);
Qu'à teneur de l'art. 30 al. 1 Cst., qui a la même portée que l'art. 6 § 1 CEDH, toute personne, dont la cause doit être jugée dans une procédure judiciaire, a droit à ce que sa cause soit portée devant un tribunal établi par la loi, compétent, indépendant et impartial. Cette disposition constitutionnelle interdit les tribunaux d'exception et la mise en oeuvre de juges ad hoc ou ad personam; elle impose des exigences minimales en procédure cantonale et requiert une organisation judiciaire ainsi qu'une procédure déterminées par un texte légal (ATF
129 V 335
consid. 1.3.1 p. 338 et les références); que ces principes s'appliquent aussi aux juges suppléants et laïcs (arrêts du Tribunal fédéral
8C_470/2012
du 29 mai 2013 consid. 3; I 688/03 du 15 mars 2004 consid. 2 in SVR 2005 IV n. 32 p. 119 et les références);
Que le Tribunal fédéral, et partant la Cour de céans, examine d'office les conditions formelles de validité et de régularité de la procédure de première instance (ATF
135 V 124
consid. 3.1 p. 127;
132 V 93
consid. 1.2 p. 95 et les références; cf. aussi Meyer/ Dormann in Basler Kommentar zum Bundesgerichtsgesetz, 2ème éd. 2011, n. 8 ad art. 106 LTF), parmi lesquelles figure la composition - régulière ou pas - du tribunal qui a statué (ATF
129 V 335
consid. 1.2 p. 337; arrêts du Tribunal fédéral
9C_683/2012
du 27 mai 2013;
9C_836/2012
du 15 mai 2013);
Que le Tribunal fédéral a admis de façon constante que la composition irrégulière d'une autorité constitue une cause d'annulabilité du jugement qui a été rendu (ATF
136 I 207
consid. 5.6 p. 218 ss.; arrêts du Tribunal fédéral
9C_683/2012
du 27 mai 2013;
9C_836/2012
du 15 mai 2013; I 688/03 précité consid. 3);
Que les juges assesseurs sont des magistrats de l'ordre judiciaire à teneur de l'organisation cantonale (ATF
130 I 106
; art. 5 et 88 LOJ-RSGE
E 2 05
);
Que le Tribunal des baux et loyers siège dans la composition d'un juge, qui le préside, d'un juge assesseur représentant les groupements de locataire et d'un juge assesseur représentant les bailleurs (art. 88 LOJ);
Que seule la conduite d'un procès peut être déléguée à l'un des membres du Tribunal (art. 124 al. 2 CPC);
Qu'en l'espèce, la présidente du Tribunal des baux et loyers, siégeant seule sans assesseurs, a déclaré irrecevable la demande reconventionnelle formée par l'appelante, décision qui constitue, comme retenu ci-avant, un jugement définitif;
Qu'il s'ensuit que le Tribunal des baux et loyers a statué dans une composition irrégulière et a, partant, violé la garantie constitutionnelle de l'art. 30 al. 1 Cst.;
Que ce vice entraîne l'annulation du jugement et le renvoi de la cause au Tribunal des baux et loyers pour qu'il statue à nouveau dans une composition conforme à la loi;
Que la procédure est gratuite (art. 22 al. 1 LaCC; ATF
139 II 182
consid. 2.6).
* * * * *