Decision ID: 2c3769bb-5000-5dab-8b36-253cfde49ea1
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
Par ordonnance du 19 mai 2020 (
DTAE/2663/2020
), reçue par A_ le 3 juin 2020, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après: le Tribunal de protection), statuant sur mesures provisionnelles, a confirmé la mesure de curatelle de portée générale instituée, sur mesures superprovisionnelles, le 2 mars 2020 en faveur de B_, née le _ 1932, originaire de E_ (LU) (ch. 1 du dispositif), confirmé Me C_ dans ses fonctions de curateur (ch. 2), autorisé celui-ci à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée dans les limites du mandat et, en cas de nécessité, à pénétrer dans son logement (ch. 3), réservé le sort des frais judiciaires (ch. 4) et rappelé que la décision était immédiatement exécutoire nonobstant recours (ch. 5).
En substance, il a considéré que l'état de santé de B_ l'empêchait d'assurer seule la sauvegarde de ses intérêts. Sa fille l'avait aidée dans la gestion de ses affaires mais des doutes étaient apparus sur sa capacité à gérer au mieux ses intérêts, compte tenu de leurs relations houleuses, certains conflits ayant nécessité l'intervention de la police. Il était ainsi nécessaire à ce stade de la procédure qu'un tiers neutre continue, à tout le moins provisoirement, de représenter la personne concernée. Cette dernière, qui était en attente d'une expertise psychiatrique de la Clinique F_ n'apparaissait pas, au vu du dossier, en mesure de prendre elle-même les décisions conformes à ses intérêts en matière de santé et l'attitude véhémente de sa fille, qui s'obstinait à refuser certains soins ou traitements alors même qu'ils étaient conseillés et prescrits pas des professionnels de la santé, conduisait également le Tribunal de protection à retenir qu'il s'imposait qu'un tiers neutre puisse représenter la concernée sur le plan médical. Au vu des problématiques au niveau administratif, juridique et financier qui s'annonçaient (SPC, héritage), des conflits potentiels n'étaient pas exclus, de sorte qu'il se justifiait de maintenir la mesure de curatelle de portée générale prononcée sur mesures superprovisionnelles, qui permettrait au curateur de mener à bien son mandat, malgré l'acuité du conflit existant entre la fille de l'intéressée et les divers intervenants. C_, avocat, nommé curateur sur mesure superprovisionnelles, connaissait la situation et disposait de l'expérience nécessaire, de sorte qu'il devait être confirmé dans sa fonction de curateur.
En raison des mesures sanitaires liées à la pandémie de COVID-19, l'activité judiciaire ne permettait pas la fixation d'une audience à bref délai avant le prononcé de mesures provisionnelles, qui devaient nécessairement être prises pour préserver la personne concernée, mais une audience devait être fixée prochainement afin d'évaluer les besoins effectifs de protection de B_ sur le long terme. Les conclusions concernant le déplacement de cette dernière à l'EMS G_ étaient devenues sans objet, cet établissement s'étant depuis lors révélé inadapté pour recevoir la personne concernée. S'agissant des prétendues mesures de limitation de la liberté personnelle prises par l'EMS H_, le Tribunal de protection était incompétent pour en connaître, outre que cette conclusion n'avait plus d'objet.
b)
Par acte expédié le 15 juin 2020, A_, fille de B_, a recouru contre cette ordonnance, dont elle a sollicité l'annulation. Sous suite de frais, elle a conclu à ce qu'une curatelle de représentation et de gestion de B_ lui soit confiée et que son rôle de représentante thérapeutique soit confirmé. Subsidiairement, elle a conclu au renvoi de la cause au Tribunal de protection pour nouvelle décision dans le sens des considérants, plus subsidiairement encore, si la décision querellée devait être confirmée, à ce que les "autorités et curateurs" soient invités à "respecter strictement le rôle de représentante thérapeutique et de proche de A_ en la consultant et en l'associant systématiquement à la prise de décisions concernant B_".
Elle a sollicité le versement à la procédure du dossier de sa mère, ouvert auprès du Service des prestations complémentaires (ci-après : SPC), ainsi que de l'opposition formée par C_ à l'encontre de la décision de ce service suite à l'interruption des prestations en faveur de sa mère. Elle a requis l'établissement d'un rapport d'expertise par la Clinique F_ afin de déterminer la capacité résiduelle de discernement de sa mère, l'impact sur sa santé suite aux déplacements auxquels cette dernière avait été soumise et la désignation d'un lieu adapté à son placement.
Elle a, au surplus, déposé un chargé de quarante-cinq pièces.
c)
Le 16 juin 2020, elle a produit un bordereau de trois pièces complémentaires (rapport médical de sortie du 1
er
mai 2020 du Dr I_; dossier de sa mère auprès du SPC; opposition du curateur à l'encontre de la décision de ce service).
d)
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de son ordonnance.
e)
Le 22 juillet 2020, le curateur de représentation de B_ a conclu au rejet du recours.
f)
Dans sa réponse reçue le 24 juillet 2020, C_ a conclu au rejet du recours. Il a produit l'opposition qu'il avait adressée au SPC le 16 mars 2020 et a offert à titre de preuve l'audition du Dr J_ de la Clinique F_ concernant l'état de démence de sa protégée.
g)
Dans leur réplique et duplique des 19 et 25 août 2020, A_ et C_ ont persisté dans leurs conclusions respectives.
A_ a offert à titre de preuves des pièces complémentaires dont elle a requis le versement à la procédure, soit un rapport du Dr K_ en lien avec la consultation de sa mère du 5 août 2020 (en vue de déterminer l'évolution de l'état de santé psychique de cette dernière dont elle allègue qu'elle ne serait pas aussi négative que le laisse entendre C_) et une décision du Service de subside de l'assurance-maladie du 22 juin 2020, ainsi que son audition et l'audition de témoins (Dr L_ chef de clinique à la Clinique F_ et Dr M_, médecin traitant de B_).
h)
Par avis du 27 juillet 2020, la recourante et les intervenants à la procédure ont été informés de ce que la cause serait mise en délibération à l'issue d'un délai de dix jours.
B.
Les faits pertinents suivants résultent au surplus de la procédure :
a)
B_, née le _ 1932, veuve, est la mère de A_ (1969) et N_ (1973). Cette dernière a laissé, par écrit, à sa soeur le soin de prendre les décisions concernant leur mère. Aucune directive anticipée n'a été prise par B_.
b)
Le Tribunal de protection a eu connaissance de la situation de B_ à réception, le 6 mai 2019, d'un courrier du Maire de O_ [GE]. Celui-ci sollicitait l'institution d'une mesure de protection en faveur de l'intéressée, au motif qu'elle vivait avec sa fille, A_, qui gérait ses affaires, et qu'elle s'était plainte auprès de leur service social du fait que cette dernière l'infantilisait et la frappait. Cette situation problématique était connue du voisinage et avait déjà fait l'objet de plusieurs signalements à son service social et nécessité des interventions de celui-ci et de la police.
c)
A la suite du rapport de situation rendu par la Police de Proximité le 24 mai 2019 faisant état (exclusivement) du fait que l'intéressée avait désormais intégré l'EMS , qu'elle s'y sentait bien et qu'aucune investigation complémentaire n'avait donc été effectuée, le Tribunal de protection a classé la procédure.
d)
Aux termes d'un rapport du 13 décembre 2019 du Dr K_, médecin adjoint agrégé des HUG, B_ (vue en consultation en novembre 2019 accompagnée de sa fille) souffrait de troubles neurocognitifs majeurs, se déplaçait en fauteuil roulant, ne reconnaissait initialement pas le précité, avait de la peine à se faire comprendre de sa fille, bien qu'une communication restait possible, et adoptait des comportements moteurs inappropriés, se rendant notamment dans la chambre d'autres résidents de l'EMS. Le médecin notait une aggravation significative des performances cognitives de l'intéressée, soit notamment du langage et de la mémoire épisodique verbale. Il évoquait la possibilité de la prise de mesures anticipées par la patiente.
e)
Le 20 février 2020, le Dr P_ (médecin répondant de l'EMS H_) a adressé à la Dre Q_, cheffe de clinique des Urgences de l'Hôpital R_, un courrier sollicitant qu'elle reçoive B_ en vue d'une évaluation psychiatrique et d'une éventuelle adaptation de son traitement. Il indiquait que cette dernière souffrait d'importants troubles cognitifs nécessitant des soins auxquels elle s'opposait, que le début de son séjour en EMS avait été marqué par un refus de s'alimenter et que la patiente passait son temps à déambuler dans les corridors en fauteuil roulant en se montrant très agressive. Elle entrait dans toutes les chambres, dérobait les objets qu'elle trouvait et perturbait le repos des résidents. Lorsque le personnel intervenait, elle griffait et donnait des coups de pied. Elle se montrait opposante et ne supportait pas la moindre contrariété. Elle épuisait les soignants et perturbait le fonctionnement du service. Sa fille, A_, informée de cette situation, s'opposait à toute majoration du traitement neuroleptique de sa mère, refusait la prise en charge de cette dernière par le psychiatre de l'EMS, le Dr S_, avait mandaté le Dr T_, psychiatre spécialisé en gériatrie, lequel avait cessé le suivi de la patiente après deux mois, en raison du refus de sa fille de toute proposition thérapeutique. B_ se trouvait sans traitement psychiatrique depuis lors.
f)
Par requête reçue le 21 février 2020, A_, représentée par son conseil, a déclaré recourir auprès du Tribunal de protection contre l'hospitalisation non volontaire de B_. Elle exposait que cette dernière allait être hospitalisée à l'Hôpital R_ pour réaliser une expertise psychiatrique, à laquelle, en sa qualité de représentante thérapeutique, elle s'opposait. Sa mère souffrait de troubles liés à son âge, sans gravité particulière.
Par courrier du même jour, le Tribunal de protection a invité A_ à compléter sa demande en produisant la décision querellée, afin de se déterminer notamment sur sa compétence.
g)
Par courrier du 20 février 2020, la directrice de l'EMS H_ a informé le Tribunal de protection que B_ se montrait opposante aux soins, agressive envers le personnel et les résidents, qu'elle perturbait gravement la vie communautaire et qu'une évaluation psychiatrique avait été sollicitée auprès de l'Hôpital R_ le 20 février 2020 par le médecin de l'EMS, à laquelle A_ s'était opposée.
h)
Le jour de l'hospitalisation envisagée, alors que B_ était habillée, et attendait dans son fauteuil roulant d'être emmenée à l'Hôpital R_, le transporteur étant déjà sur les lieux, A_, accompagnée d'une connaissance, a réitéré son opposition à l'hospitalisation de sa mère et s'est interposée physiquement, afin qu'elle ne soit pas emmenée. Le personnel soignant, présent à l'étage, lui a indiqué qu'il ne voulait pas exposer les autres résidents à une scène. A_ a alors exigé que sa mère soit reconduite dans sa chambre. La directrice de l'EMS a donné instruction que cela soit fait. Elle a ensuite appelé la police, ce qu'a fait également A_.
Cependant, avant que la police n'arrive sur les lieux, A_ a emmené sa mère sur le parking de l'EMS et est partie avec elle en voiture.
i)
Par courriel du 21 février 2020, la directrice de l'EMS a signalé au Tribunal de protection que A_ avait emmené de force sa pensionnaire en voiture, de manière à la soustraire à l'évaluation psychiatrique qui avait été préconisée par les médecins. Elle sollicitait la prise de mesures urgentes pour protéger B_.
Par courrier du 24 février 2020, sans nouvelles de B_, la directrice de l'EMS précité a dénoncé les faits au Ministère Public. Par son attitude, A_ mettait gravement en danger la santé et la sécurité de sa mère, laquelle ne disposait pas de sa pleine capacité de discernement, parlait très peu, ne s'alimentait quasiment plus, se déplaçait en fauteuil roulant et se trouvait sans les soins médicaux dont elle avait un besoin permanent.
j)
Par courrier du 28 février 2020, A_ a résilié avec effet immédiat et pour justes motifs le contrat d'accueil liant sa mère à l'EMS H_ signé le 7 mai 2019, alléguant une succession d'évènements irréguliers intervenus, dont une hospitalisation unilatérale signifiée le 20 février 2020, malgré son opposition clairement manifestée.
k)
Dans un rapport médical du 28 février 2020, le Dr T_ a précisé que B_ souffrait depuis 2014 d'une démence sur paralysie supranucléaire progressive (PSP). Début 2019, cette dernière avait présenté une dégradation de ses troubles cognitifs et avait été hospitalisée à l'Hôpital R_ en avril 2019, puis avait intégré l'EMS H_ à U_. Son intégration avait été difficile. Elle présentait des états d'agitation psychomotrice avec envie de quitter l'EMS et une perte de poids importante. Depuis octobre 2019, son état d'agitation s'était amélioré. Néanmoins, les troubles cognitifs progressaient, ainsi que les troubles moteurs, ce qui inquiétait sa fille. Elle présentait des troubles majeurs d'attention, d'orientation, de la mémoire et de l'expression verbale. Son discours était incohérent. Il préconisait une modification de son traitement médicamenteux. Compte tenu du stade avancé de démence, la patiente n'avait pas d'indication pour un suivi psychothérapeutique régulier. Il avait participé à une réunion de réseau le 9 janvier 2020 avec l'équipe de l'EMS H_, le Dr P_ et A_. La relation thérapeutique était compliquée, marquée par des désaccords réguliers entre A_ et l'équipe de l'EMS par rapport aux soins à donner à sa mère.
l)
Par ordonnance sur mesures superprovisionnelles du 2 mars 2020, le Tribunal de protection a institué une mesure de curatelle de portée générale en faveur de B_, confié le mandat de curateur à C_, avocat, et imparti un délai au 20 mars 2020 aux parties pour se déterminer. Par décision du même jour, il a désigné D_, avocat, en qualité de curateur de représentation d'office de B_.
Il a retenu que B_ souffrait d'importants troubles cognitifs qui semblait l'empêcher d'assurer seule la sauvegarde de ses intérêts et la rendaient très vulnérable sur tous les plans. Le fait qu'elle ait quitté de manière non planifiée l'EMS H_ avec sa fille, alors même qu'elle avait besoin, selon l'équipe soignante, d'encadrement et de soins permanents, et surtout sans disposer des facultés cognitives suffisantes pour se déterminer sur la question de son lieu de vie, laissait craindre une mise en danger de sa personne. Il n'était également pas certain, à ce stade de la procédure, que sa fille soit mue uniquement par la protection des intérêts de sa mère, vu le caractère hautement conflictuel de leurs relations, ayant nécessité l'intervention des services sociaux et de la police par le passé. Une assistance personnelle et patrimoniale complète devait être apportée à la personne concernée sans délai, que seule une curatelle de portée générale pouvait lui offrir.
m)
Dans des déterminations du 4 mars 2020 intitulées « mesures d'extrême urgence », A_ a informé le Tribunal de protection qu'elle avait résilié le contrat d'accueil de sa mère auprès de l'EMS H_, en raison de mauvais traitements, et avait fait entrer cette dernière, le 3 mars 2020, à l'EMS G_. Elle contestait la version des faits donnée par l'EMS H_, et tout comportement violent de sa part à l'égard de sa mère (la procédure pénale ouverte à l'époque ayant été classée sans suite). Elle a conclu à la confirmation du déplacement de B_ à l'EMS G_ et à la renonciation à instaurer une mesure de curatelle.
n)
Par courrier du 4 mars 2020, C_ a informé le Tribunal de protection qu'il avait organisé la réintégration de sa protégée à l'EMS H_, dès lors qu'en l'état, rien ne permettait de douter de la capacité d'accueil de cet établissement.
o)
Par requêtes des 5 et 6 mars 2020 intitulées « mesures d'extrême urgence », A_ a sollicité la levée immédiate de l'interdiction faite aux proches de B_ de lui rendre visite, le placement de l'intéressée à l'EMS G_, la levée de la curatelle ainsi que la relève de C_ de ses fonctions. Elle a également conclu à ce que soit prononcée une interdiction de toute hospitalisation non volontaire de l'intéressée. Subsidiairement, elle a réclamé que lui soit confié le mandat de curatelle de sa mère.
p)
Dans des courriers des 6, 9 et 10 mars 2020, C_ a exposé qu'il n'avait pas interdit les contacts avec B_. Il ne voyait aucun inconvénient à ce que cette dernière voie sa fille ou d'autres proches, ni à ce qu'elle soit placée dans un autre EMS mais il convenait que la cause soit préalablement instruite. La levée de la mesure de curatelle lui semblait inadaptée en raison de l'incapacité de discernement de sa protégée. Le Tribunal de protection instruirait l'opportunité de désigner A_ en tant que curatrice. Il n'avait pas de volonté d'hospitalisation forcée de sa protégée, ni n'en avait approuvée aucune.
q)
Par courrier du 11 mars 2020, le Tribunal de protection a, en reprenant les conclusions de A_, informé cette dernière qu'un recours contre une décision d'interdiction d'entrée faite à des tiers dans un EMS ne relevait pas de sa compétence, puisqu'elle était rendue par la direction de l'établissement et non par un médecin dans le cadre d'un PAFA, qu'il ne pouvait ordonner le placement de B_ dans un autre EMS, en l'absence d'une situation de PAFA, qu'il n'y avait pour l'instant pas lieu d'ordonner la levée de la mesure de curatelle, et encore moins d'envisager de la lui confier, tant que l'instruction ne serait pas arrivée à son terme. Enfin, une interdiction faite à l'ensemble du corps médical de prononcer un PAFA apparaissait hors de propos. Le Tribunal de protection rappelait à A_ le délai fixé au 20 mars 2020 pour déposer ses observations. Il en transmettrait copie au curateur d'office et au curateur provisoire, afin qu'ils puissent ensemble oeuvrer de manière constructive pour une solution paisible et pérenne, plutôt que d'agir par voie de mesures superprovisionnelles.
r)
Par requête du 13 mars 2020 intitulée « mesures d'extrême urgence », A_ a sollicité du Tribunal de protection une décision urgente visant au transfert de B_ à l'EMS G_. L'absence de contacts avec elle depuis le 5 mars 2020 avait entraîné une très importante perte de poids de l'intéressée. Elle contestait tout esclandre ou perturbation de la vie communautaire par elle-même ou sa mère, telles que rapportées par l'EMS H_ pour justifier ses décisions.
s)
Le 16 mars 2020, C_ a précisé au Tribunal de protection que les contacts de sa protégée étaient désormais suspendus, en raison de la pandémie de COVID-19. Un médecin gériatre neutre devait examiner l'intéressée et donner son avis sur le type d'EMS adapté à son état.
t)
Le 17 mars 2020, le curateur de représentation, D_, a conclu au retrait de la représentation thérapeutique de B_ par sa fille et à la confirmation de la mesure de curatelle de portée générale instituée.
Il s'imposait de permettre au curateur de disposer de suffisamment de prérogatives d'intervention, compte tenu de l'acuité du conflit entre la fille de l'intéressée et les intervenants. Il se fondait également sur le signalement du Maire de O_ du 6 mai 2019 (lequel évoquait une relation à caractère toxique entre mère et fille) et la demande du Dr P_ (médecin de l'EMS H_) à l'Hôpital R_ le 20 février 2020 (laquelle révélait l'entêtement de A_ à s'opposer à toute majoration de traitement chez sa mère). Ces professionnels étaient peu susceptibles de partialité. La désignation de C_ en qualité de curateur, vu son expérience et sa connaissance de la situation, devait être confirmée. Compte tenu du différend aigu opposant A_ à l'EMS H_, et de la nécessité que des relations sereines soient renouées entre la fille et sa mère, il était important que B_ soit transférée dans un établissement où A_ pourrait la rencontrer sans entrave, dès que la limitation des visites des proches, liée à la pandémie de coronavirus, serait levée.
u)
Par courrier du 25 mars 2020, le curateur a informé le Tribunal de protection que sa protégée était désormais hospitalisée à la Clinique F_ en PAFA-MED. Une expertise psychiatrique et physique pour évaluer sa situation médicale et déterminer le lieu de vie le plus adapté à son état allait être réalisée.
v)
Aux termes d'un rapport du Dr I_, médecin interne au Service de psychiatrie gériatrique des HUG, du 6 avril 2020, B_, qui se déplaçait en marchant et en fauteuil roulant, souffrait depuis 2014 d'une paralysie supranucléaire progressive (PSP) avec une démence sévère de la maladie d'Alzheimer, d'un syndrome parkinsonien, de troubles phasiques, d'un trouble neurocognitif majeur avec troubles du comportement, de troubles de la mémoire et de malnutrition. Ses troubles du langage se péjoraient. La patiente lui avait été adressée par son EMS pour les troubles du comportement qu'elle présentait depuis plusieurs jours (agitation psychomotrice majeure, déambulation dans les chambres des autres résidents, aboulie et arrêt de l'hydratation), ce qui motivait une hospitalisation en PAFA. En psychiatrie gériatrique, la patiente était calme, collaborante aux soins, sans agitation motrice et sa situation clinique était compatible avec une sortie et une prise en charge ambulatoire. Elle avait besoin d'un EMS qui permettait une prise en charge au niveau de sa déambulation et qui lui garantisse une sécurité. Une hospitalisation prolongée était dangereuse pour sa santé (déconditionnement et perte de fonctionnalité causant des chutes).
w)
Le 27 avril 2020, le curateur a informé le Tribunal de protection que le lieu de vie finalement retenu pour sa protégé, d'accord avec les médecins de la Clinique F_, était l'EMS G_.
x)
Dans ses déterminations déposées dans le délai imparti au 30 avril 2020, A_ a conclu à la levée de la curatelle, subsidiairement à sa désignation en qualité de curatrice, à la confirmation du déplacement de B_ à l'EMS G_ et à la constatation de la "caducité des mesures illégales de limitation de la liberté personnelle prises à son encontre par l'EMS H_".
y)
Le 1
er
mai 2020, C_ a conclu au maintien de la curatelle de portée générale. Il a informé le Tribunal de protection qu'il avait reçu un dossier volumineux de la part du SPC, duquel il ressortait que sa protégée n'avait annoncé l'héritage perçu suite au décès de son époux en 2004 qu'en 2019, de sorte que de probables demandes de restitution étaient en cours d'évaluation. Le dossier évoquait deux parts de 80'000 fr., l'une pour l'intéressée et l'autre pour sa fille, ce qui allait nécessiter un examen juridique délicat de la situation. L'existence d'un conflit d'intérêts entre la mère et la fille était déjà vraisemblable à ce stade.
z)
Par courrier du 13 mai 2020, le Ministère Public a confirmé au conseil de A_ qu'aucune procédure pénale n'était en cours contre sa mandante.
aa)
Le 18 mai 2020, C_ a informé le Tribunal de protection que le séjour de sa protégée au sein de l'EMS G_ allait prendre fin en raison de l'hétéro-agressivité qu'elle manifestait.
ab)
le 19 mai 2020, le Tribunal de protection a rendu l'ordonnance dont est recours.
C.
Les éléments pertinents suivants ressortent encore de la procédure :
a)
Selon la constatation deD_ lors d'une visite à B_ le 20 juillet 2020, le contact avec celle-ci, aphasique, était quasiment impossible.
b)
Aux termes des propos des soignants de la Clinique F_ recueillis par D_ le 20 juillet 2020, A_ s'impliquait de façon importante dans le suivi médical de sa mère et exprimait souvent des attentes irréalistes, telle qu'une demande de physiothérapie en vue d'un recouvrement de la marche non envisageable selon les médecins. Par ailleurs, des démarches étaient en cours en vue d'un placement de l'intéressée dans un EMS spécialisé. A_ en avait entreprises en parallèle dans des structures inadaptées qu'elle avait proposées aux médecins avec insistance.
c)
A teneur d'un contrat de bail à loyer de 2009, B_ et A_ étaient colocataires de l'appartement dans lequel est domiciliée la seconde à ce jour.
d)
Selon l'enquête préliminaire effectuée par le Tribunal de protection, B_ percevait une rente AVS et des prestations complémentaires. Elle ne faisait l'objet d'aucune poursuite sur le canton de Genève.
e)
Dans une reconnaissance de dette du 18 juillet 2018 (légalisée devant notaire le 4 février 2020), B_ a reconnu devoir à sa fille 40'000 fr. à titre de remboursement partiel pour sa contribution financière à son entretien entre 2009 et 2018.
f)
Par courrier du 4 septembre 2019, A_, agissant au nom de sa mère, a informé le SPC que celle-ci avait hérité de son mari décédé en Inde un bien immobilier sis dans ce pays. Celui-ci avait lui-même hérité de son père ce bien qui avait fait l'objet de procédures judiciaires durant quatorze ans, lesquelles étaient arrivées à leur terme le 23 mars 2018. Ce n'était qu'à compter de cette date que B_ et elle-même avaient vu leur droit d'héritières reconnu. Ce n'était, en outre, qu'après la communication de la taxation fiscale reçue le 29 août 2019 que le montant de leurs parts respectives avait été connu.
g)
Suite à l'opposition formée par C_, le SPC réclamait des pièces datant de plus de quatorze ans sur la succession précitée. Celui-ci ne disposait cependant à ce stade d'aucune information ni pièce lui permettant de se prononcer sur les décisions du Service concernant les périodes du 1
er
mars 2018 au 30 avril 2019 et du 1
er
mai 2019 au 1
er
janvier 2020. Le curateur les avait réclamées à A_, en vain.
g)
Le compte de B_ auprès du V_ a été débité de 1'000 fr. le 18 mai 2020 par carte bancaire (selon allégation de C_ par A_ et sans son accord). Il présentait ensuite un solde de 1'300 fr.
Les relevés du compte de B_ auprès de la W_ de décembre 2018 à juillet 2020 font apparaître que le solde en début de période était de 11'500 fr. et en fin de période de 84 fr. 44. A_ alimente ce compte de manière régulière. Des dépenses auprès de magasins et restaurants de la place ainsi que des retraits au bancomat, en faveur et/ou sur ordre de cette dernière, ont également été effectuées régulièrement sur toute la période.
B_ était débitrice à la fin du premier semestre 2020 d'un montant de l'ordre de 26'000 fr. à l'égard de l'EMS G_ (5'000 fr.), du SPC (20'000 fr.), de la Caisse des médecins (800 fr.) et de son assureur maladie (1'100 fr.).

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions du Tribunal de protection prises sur mesures provisionnelles peuvent faire l'objet d'un recours devant la Chambre de surveillance de la Cour de justice dans un délai de dix jours à compter de leur notification (art. 445 al. 3 et 450b al. 2 CC; 53 al. 2 LaCC).
Ont qualité pour recourir: les personnes parties à la procédure, les proches de la personne concernée et les personnes qui ont un intérêt juridique à l'annulation ou à la modification de la décision attaquée (art. 450 al. 2 CC).