Decision ID: 6b2e9639-c470-4bb8-aadd-0e622efdac50
Year: 2010
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Le 26 octobre 2007, le Juge d’instruction du Tribunal d’Anvers (Belgique) a adressé à la Suisse une demande d’entraide judiciaire dans le cadre d’une enquête pénale dirigée contre B. et sa société C. spécialisée dans le  de diamants. La requête du 26 octobre 2007 faisait suite à des  rogatoires transmises par le magistrat belge les 21 septembre 2005, 15 novembre 2005, 31 juillet 2006, 18 octobre 2006 et 15 janvier 2007. Certaines de ces requêtes ont déjà été exécutées ensuite, , de l’arrêt du Tribunal fédéral du 24 septembre 2007 (1A.54-57/2007) et de différents arrêts du Tribunal pénal fédéral (RR.2007.177 du 18 décembre 2007; RR.2007.171 du 25 février 2008; RR.2009.89-90/ du 3 décembre 2009 et RR.2009.68/75/88/93/98/99/113-114/173 du 20 janvier 2010).
B. Il ressort de la requête du 26 octobre 2007 que B. et sa société auraient mis en place un mécanisme complexe d’importations illicites pour délivrer à des diamantaires anversois des diamants en provenance d’Israël, après une hausse substantielle de valeur inexpliquée pendant un court transit aux Ports-Francs de Genève. L’enquête aurait permis d’établir que trois  disposant d’une boîte postale aux Ports-Francs à Genève et dont le nom a été caviardé par l’autorité requise ont envoyé à la société D. à , entre les 6 avril 2003 et 22 février 2004, un total de quinze lots de diamants bruts munis d’un certificat Kimberley, lesquels avaient été  à la société E. Il ressort de la commission rogatoire que la valeur de trois de ces lots a augmenté de USD 10 mio environ entre l’entrée et la  des Ports-Francs de Genève sans qu’on y trouve d’explication. Cette hausse équivaudrait à une augmentation du prix de 350%. La vérification de la comptabilité aurait démontré que les paiements afférant à ces  s’effectuaient par la société D. entre autres sur le compte n° 1 ouvert par la société A. dans les livres de la banque F. à Genève. Par sa  rogatoire, le Juge d’instruction belge a requis les autorités suisses de procéder au blocage de tous comptes, valeurs, avoirs et coffres de la  A. auprès de la banque F. et de saisir tous les documents d’ouverture et histoires de tous les comptes identifiés sur la période portant du 1er  2001 au jour de la demande.
C. Par ordonnance du 11 février 2008, le Juge d’instruction du canton de Ge-
nève a déclaré admissible la demande d’entraide du 26 octobre 2007. Par ordonnance du 9 juillet 2008, il a ordonné la saisie de la documentation
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bancaire du compte n° 1 ouvert par la société A. dans les livres de la  F., à savoir la documentation d’ouverture (notamment formules A,  et profils client) et un état des avoirs. Le blocage des avoirs n’a pas été ordonné. La banque F. a donné suite à cette ordonnance en date du 25 juillet 2008 et a remis au Juge d’instruction l’ensemble de la  demandée.
D. Par ordonnance de clôture partielle du 13 février 2009, notifiée au conseil
de la société A. en date du 16 février 2009, le Juge d’instruction a décidé de transmettre aux autorités belges la documentation d’ouverture de compte saisie en mains de la banque F. (demande d’ouverture et annexes, formule A, signatures et profil client).
E. Par acte du 18 mars 2009, la société A. forme recours contre l’ordonnance du 13 février 2009. Elle conclut à son annulation ainsi qu’à l’annulation de la décision antérieure autorisant la présence de fonctionnaires étrangers lors du tri des pièces. Par courrier du 27 avril 2009 au Juge d’instruction, Me MICHELI a donné l’accord de son client à la transmission simplifiée de la documentation relative à certaines importations (pièces 1 à 15 des  jointes à son recours) à l’exclusion de la documentation d’ouverture de compte. Le Juge d’instruction a rejeté cette offre par courrier du 28 avril 2009 et a remis son dossier à la Cour de céans. Par réponse du 30 avril 2009, le Juge d’instruction a conclu au rejet du recours. L’Office fédéral de la justice s’est rallié à la décision du Juge d’instruction.
F. Le 3 juin 2009, la IIe Cour des plaintes a restitué le dossier au Juge
d’instruction afin que celui-ci invite la recourante à consulter toutes les  y relatives pouvant être nécessaires à la défense de ses intérêts. Le 31 juillet 2009, le Juge d’instruction a informé Me MICHELI qu’il constatait que ces pièces lui avaient été remises. Il lui a encore adressé des copies caviardées des premières demandes d’entraide, puis a retourné le dossier à la Cour de céans. La recourante a répliqué le 4 septembre 2009.
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris si nécessaire dans les considérants en droit.
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La Cour considère en droit:
1. 1.1 En vertu de l’art. 28 al. 1 let. e ch. 1 de la loi fédérale sur le Tribunal pénal
fédéral (LTPF; RS 173.71), mis en relation avec les art. 80e al. 1 de la loi sur l’entraide pénale internationale (EIMP; RS 351.1) et 9 al. 3 du  du Tribunal pénal fédéral du 20 juin 2006 (RS 173.710), la IIe Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral est compétente pour connaître des recours dirigés contre les décisions de clôture de la procédure d’entraide rendues par l’autorité d’exécution.
1.2 La Confédération suisse et le Royaume de Belgique sont tous deux parties à la Convention européenne d’entraide judiciaire en matière pénale (CEEJ; RS 0.351.1). A compter du 12 décembre 2008, les art. 48 ss de la  d’application de l’Accord Schengen du 14 juin 1985 (CAAS; n° CELEX 42000A0922(02); Journal officiel de l’Union européenne L 239 du 22  2000, p. 19 à 62) s’appliquent également à l’entraide pénale entre la Suisse et la Belgique (v. arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2008.98 du 18 décembre 2008, consid. 1.3). Les dispositions de ces traités l’emportent sur le droit autonome qui régit la matière, soit l’EIMP et son ordonnance d’exécution (OEIMP; RS 351.11). Le droit interne reste toutefois applicable aux questions non réglées, explicitement ou implicitement, par le traité et lorsqu’il est plus favorable à l’entraide (arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2009.107 du 27 août 2009, consid. 1.3 et la jurisprudence citée).
2. Déposé dans le délai de 30 jours après la notification de l’ordonnance que-
rellée, le recours de la société A. est interjeté en temps utile contre une  de l’autorité cantonale d’exécution relative à la clôture partielle de la procédure d’entraide judiciaire (art. 80e et 80k EIMP). La qualité pour s’opposer à la transmission de documents appartient au titulaire du compte bancaire dont les pièces sont saisies (art. 80h let. b EIMP et 9a let. a OEIMP; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2008.270 du 5 décembre 2008, consid. 1.3). La société A. (ci-après: la recourante) a ainsi qualité pour  et son recours est recevable.
3. La recourante se plaint d’une violation de l’art. 28 al. 3 let. a EIMP en ce sens que la requête d’entraide belge serait insuffisamment étayée et ne lui permettrait pas de déterminer la nature juridique de l’infraction alléguée. Les faits relatés dans les requêtes complémentaires belges seraient de même sans rapport avec le complexe de faits examiné par le Tribunal fédé-
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ral dans les arrêts 1A.54-57/2007 du 24 septembre 2007. Elle conteste en outre que les faits décrits sont constitutifs d’une infraction au regard du principe de double incrimination (art. 64 EIMP), mais indique que la  poursuivrait un but purement fiscal et violerait ainsi l’art. 3 al. 3 EIMP. Il n’y aurait aucune escroquerie fiscale et le caractère illicite du commerce de diamants dans lequel la recourante serait impliquée ne serait nullement démontré.
3.1 La double incrimination s’apprécie sur la base des faits fournis par l’Etat
requérant. Pour ce faire, suivant les exigences prévues aux art. 14 ch. 2 CEEJ, 28 al. 2 let. c et 28 al. 3 let. a EIMP, un exposé sommaire des faits doit être fourni ainsi que leur qualification juridique. Selon la jurisprudence, on ne saurait toutefois exiger de l’Etat requérant un exposé complet et exempt de toute lacune, car la procédure d’entraide a précisément pour but d’apporter aux autorités de l’Etat requérant des renseignements au sujet des points demeurés obscurs (arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2008.317-318 du 17 juin 2009, consid. 3.1 et la jurisprudence citée). Les indications fournies à ce titre doivent simplement suffire pour vérifier que la demande n’est pas d’emblée inadmissible (arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2007.122 du 29 octobre 2007, consid. 4 et la jurisprudence ), soit que l’acte pour lequel l’entraide est demandée est punissable  le droit des parties requérante et requise (art. 5 ch. 1 let. a CEEJ), qu’il ne constitue pas un délit politique ou fiscal (art. 2 let. a CEEJ), et que le principe de proportionnalité est respecté (arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2008.16 du 23 juillet 2008, consid. 2.1 et la jurisprudence citée). L’autorité suisse saisie d’une requête d’entraide en matière pénale n’a pas à se prononcer sur la réalité des faits évoqués dans la demande; elle ne peut que déterminer si, tels qu’ils sont présentés, ces faits constituent une infraction. Cette autorité ne peut s’écarter des faits décrits par l’Etat  qu’en cas d’erreurs, lacunes ou contradictions évidentes et  établies (arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2010.11 du 22 mars 2010, consid. 2.3 et la jurisprudence citée).
3.2 Il ressort des requêtes d’entraide présentées par les autorités de l’Etat  que celles-ci conduisent, depuis plusieurs années, une vaste  tendant à déterminer les modalités et les auteurs d’importations  de diamants bruts en Belgique, notamment par l’utilisation de sociétés de transport et de bureaux d’expédition suisses et étrangers. Les  rogatoires déjà exécutées ont révélé que lesdites importations de  en Belgique ont été effectuées par la mise sur le marché belge des diamants qui n’étaient supposés qu’y transiter (cf. arrêts du Tribunal fédéral et du Tribunal pénal fédéral cités sous let. A). La demande d’entraide à
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l’origine de la décision querellée sert en revanche d’appui à l’instruction d’un autre genre d’affaire.
En substance, il ressort de l’exposé des faits (cf. notamment requête du 26 octobre 2007 mais également celle postérieure du 31 mars 2008), qu’entre 2001 et 2006, des diamantaires israéliens auraient envoyé à des sociétés offshore des lots de diamants bruts accompagnés de certificats Kimberley à l’adresse postale de la société G. aux Ports-Francs de . Sans qu’aucune opération ne fût exécutée sur lesdits lots, ils étaient rapidement réexpédiés à destination d’Anvers avec une augmentation de valeur que rien ne justifierait. Le magistrat requérant indique que cette augmentation aurait été de 350% en l’espèce. On comprend de la  rogatoire du 26 octobre 2007 que, sur la base de procurations et  établies par B. au nom des mêmes sociétés offshore, les formalités administratives liées à l’exportation, notamment les certificats Kimberley, étaient réalisées à Genève.
Ainsi, tandis que les commissions rogatoires précédentes s’intéressaient aux conditions d’importation des marchandises transférées de Suisse en Belgique, la présente demande d’entraide a trait à la valeur de celles-ci. Ce complexe de faits différant des précédents, il se justifie de procéder à un examen ab ovo de la demande d’entraide belge.
3.3 Telle que formulée, la demande d’entraide à l’origine de la décision querel-
lée ne satisfait pas aux exigences posées par l’EIMP et la jurisprudence.
a) En premier lieu, la demande n’indique pas l’infraction de droit belge qui  à l’origine de l’instruction pénale. Elle se contente de mentionner qu’il s’agit de délits qui «quant à leur contenu, sont similaires à la définition suisse «escroquerie fiscale» » (Commission rogatoire du 31 mars 2008, p. 9). Par ailleurs, bien que l’art. 28 al. 3 let. b EIMP n’oblige pas l’autorité  à fournir le texte des dispositions légales applicables, il eût  été de secours au juge de l’entraide de pouvoir les connaître,  afin de déterminer la réalisation de la condition de la double . Il s’ensuit que, lors de l’examen de la correspondance des délits belges et suisses, la Cour ne peut se fonder que sur une disposition de droit suisse dont l’équivalence à une disposition belge ne peut être . Il y a ici une lacune importante dans la demande d’entraide.
b) En second lieu, la demande est insuffisamment précise pour permettre l’examen de la double punissabilité. En effet, l’escroquerie fiscale réprime celui qui, par une tromperie astucieuse, aura soustrait un montant  représentant une contribution (arrêt du Tribunal pénal RR.2008.240 du
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20 février 2009, consid. 4.2 et la jurisprudence citée). Ainsi, avant même d’examiner l’élément de la «tromperie astucieuse», supposément réalisée dans le fait de l’augmentation de valeur aux Ports-Francs de Genève, il y aurait lieu d’indiquer quel est le montant important représentant une . Or la demande n’en fait nullement état. Plus que cela, rien ne  de déterminer quelle contribution serait éludée. En effet, d’une part, l’importation de diamants en Belgique n’est pas soumise à la TVA (art. 42 § 4 du Code belge de TVA). D’autre part, l’augmentation de valeur conduirait, cas échéant, à une augmentation du bénéfice des sociétés importatrices belges, lesquelles seraient débitrices d’une contribution fiscale plus élevée, ce qui apparaît incompatible avec une escroquerie au fisc belge, bien au contraire. Ainsi, aucune contribution fiscale, fût-elle directe ou indirecte, ne paraît menacée par les faits décrits dans la demande d’entraide.
c) En dernier lieu, il ressort du dossier (Déclaration de H. à la Police Judiciaire genevoise du 2 septembre 2008, p. 5) que, en Suisse, le Secrétariat d’état à l’économie (SECO) aurait eu connaissance de cette augmentation de  lors d’une réunion organisée en 2003. Cet office semble n’y avoir  aucune suite alors que c’est à lui qu’incombe la poursuite des infractions aux prescriptions relatives aux certificats Kimberley (art. 11 al. 3 de l’ordonnance du 29 novembre 2002 sur le commerce international des  bruts [RS 946.231.11]). De même, l’objectif du processus de  est de garantir que les diamants dits «de la guerre» ne soient pas mis sur le marché (à ce propos, cf. arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2007.171 du 25 février 2008, consid. 2.6) et non d’attester de leur  dans la perspective d’une taxation fiscale. Ainsi, dès lors que l’illicéité d’une augmentation de valeur des diamants lors de leur transit n’est pas certaine, elle aurait dû être explicitée selon le droit belge pour permettre d’être appréciée subséquemment au regard de la jurisprudence suisse rendue au sujet de la «tromperie astucieuse» d’une escroquerie fiscale.
3.4 Dès lors que la Cour n’est pas en mesure de procéder à l’examen de la double incrimination, condition sine qua non d’octroi de l’entraide, la  doit être tenue pour insuffisamment étayée et non conforme aux art. 14 CEEJ et 28 EIMP. Pour cette raison, le recours de la société A. doit être admis, l’ordonnance de clôture du 13 février 2009 annulée et l’entraide . Les pièces mentionnées par les ordonnances querellées ne pourront être transmises à la Belgique.
3.5 Cela ne préjuge aucunement de la faculté de l’autorité requérante de  une demande d’entraide complémentaire satisfaisante au regard des considérants qui précèdent. A cet égard, l’OFJ est invité à informer l’autorité requérante de l’issue de la procédure et de la possibilité de pré-
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senter une demande complémentaire avec un exposé des faits exhaustifs, notamment quant au modus operandi de l’augmentation de la valeur de la marchandise et les normes pénales qu’une telle augmentation aurait , ainsi que toutes informations supplémentaires susceptibles de mieux illustrer les faits sous enquête en Belgique.
4. Compte tenu de l’issue du recours, nul n’est besoin d’examiner les autres
moyens de la recourante ayant trait à l’accès au dossier, à la  de la mesure et au respect du principe de spécialité. Concernant la  des fonctionnaires étrangers lors de la procédure de tri, leur  à ne pas faire usage des documents qu’ils ont consultés, en cas de refus de l’entraide (cf. classeur A du dossier du Juge d’instruction), rend  ce moyen de recours (voir arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2010.24 du 24 février 2010 et la jurisprudence citée).
5. Le présent arrêt est rendu sans frais (art. 63 al. 1 et 2 PA). L’avance de
frais de CHF 5’000.-- est restituée à la société A. par la caisse du Tribunal pénal fédéral.
Aucun frais n’est mis à la charge des autorités inférieures (art. 63 al. 2 PA).
L’autorité de recours peut allouer, d’office ou sur requête, à la partie ayant entièrement ou partiellement gain de cause une indemnité pour les frais  et relativement élevés qui lui ont été occasionnés (art. 64 al. 1 PA). Le dispositif indique le montant des dépens alloués qui, lorsqu’ils ne peuvent pas être mis à la charge de la partie adverse déboutée, sont  par la collectivité ou par l’établissement autonome au nom de qui l’autorité inférieure a statué (art. 64 al. 2 PA). En l’espèce et à défaut d’une liste d’opérations, une indemnité de dépens de CHF 2’000.-- (TVA incluse) est allouée à la société A., à charge du Juge d’instruction.
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