Decision ID: 019f11d0-eec8-4f42-8db3-da10043f7c82
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_014
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: social_law

ATTENDU EN FAIT
Que, par décision du 19 octobre 2017, l’Office cantonal de l’assurance-invalidité a reconnu à Monsieur A_ (ci-après : l’assuré), né en _ 1981, peintre en bâtiment de profession, le droit à une rente entière limitée dans le temps à la période du 1er août 2015 au 31 août 2016
,
l’intéressé ayant, selon l’OAI,
recouvré une pleine capacité de travail dans un poste adapté à son état de santé à compter de juin 2016 ;
Que la Cour de céans, saisie d’un recours de l’assuré, l’a admis partiellement en date du 29 août 2019 (
ATAS/798/2019
) et a renvoyé la cause à l’OAI pour instruction complémentaire concernant la période postérieure à juin 2016 et nouvelle décision ;
Qu’en effet, il n’existait aucun rapport se prononçant clairement et de manière convaincante sur l’évolution de l’état de santé de l’assuré depuis 2016 et les conséquences en termes de capacité de travail dans une activité adaptée ;
Que l’OAI a mis sur pied une expertise bidisciplinaire, rhumatologique et psychiatrique, qu’il a confiée au Bureau d’expertises médicales (BEM), plus particulièrement aux docteurs B_, spécialiste FMH en médecine interne et rhumatologie, et C_, spécialiste FMH en psychiatrie et psychothérapie, qui, dans leur rapport du 6 avril 2020, ont retenu comme diagnostics incapacitants une tendinopathie calcifiante de la coiffe des rotateurs des épaules peu active, une majoration des symptômes physiques pour raisons psychologiques et un épisode dépressif léger en rémission ; que les experts ont confirmé la totale incapacité de l’assuré à exercer son activité habituelle depuis le 25 juin 2014, mais estimé qu’il était exigible de lui qu’il exerçât à plein temps une activité adaptée à ses limitations fonctionnelles (éviter le port fréquent de charges supérieures à 5 kg et le travail au-dessus de l’horizontale) ;
Qu’informé des conclusions de l’expertise, l’assuré les a contestées en s’appuyant principalement sur une attestation rédigée par son psychiatre traitant ;
Que cette attestation a été soumise au Dr C_, qui s’est déterminé ;
Que par décision du 22 septembre 2020, l’OAI a nié à l’assuré le droit à toute prestation, au motif que l’expertise mise sur pied confirmait que l’assuré avait recouvré une capacité de travail médico-théorique raisonnablement exigible de 100% sans baisse de rendement ;
Que par écriture du 16 octobre 2020, l’assuré a interjeté recours contre cette décision en demandant préalablement l’audition de son psychiatre traitant, le docteur D_, ainsi que celle de l’expert psychiatre et, principalement, l’octroi d’une rente d’invalidité ;
Qu’invité à se déterminer, l’intimé a conclu au rejet du recours en soutenant en substance que l’expertise devait se voir reconnaître pleine valeur probante ;
Que le recourant a persisté dans ses conclusions en alléguant que l’expert n’avait pas répondu ou seulement très partiellement aux remarques soulevées ; qu’il a maintenu être dans l’incapacité d’exercer la moindre activité ;
Qu’une audience d’enquêtes s’est tenue en date du 17 février 2022, à laquelle ont été convoqués tant le psychiatre traitant et que l’expert psychiatre ;
Que ce dernier s’est montré d’emblée agacé et énervé et a fini par quitter la salle d’audience après quelques minutes seulement, arguant qu’il perdait son temps, qu’il n’avait pas à répondre aux questions des parties et de la Cour et qu’il préférait payer une amende plutôt que de continuer (sic) ;
Que la Chambre des assurances sociales a informé les parties par courrier du 22 mars 2022, de son intention de mettre en œuvre une expertise judiciaire psychiatrique et leur a communiqué les questions qu’elle avait l’intention de poser à l’expert, tout en leur impartissant un délai pour compléter celles-ci et faire valoir une éventuelle cause de récusation envers l’expert pressenti, soit le Dr E_ ;
Que les parties se sont déterminées et ont indiqué n’avoir aucune question supplémentaire à poser, ni aucun motif de récusation de l’expert à faire valoir ;
Que l’intimé a ajouté que, selon lui, une telle expertise ne se justifiait « nullement » ;
Qu’il convient encore de préciser que, par ordonnance du 21 février 2022, l’expert BRESSY a été dûment amendé pour avoir quitté l’audience avant son terme et sans motif valable.

ATTENDU EN DROIT
Que depuis le 1
er
janvier 2011, la Chambre des assurances sociales est compétente en la matière (art.134 de la loi sur l’organisation judiciaire; LOJ -
E 2 05
) ;
Que la loi sur la partie générale des assurances sociales (LPGA) est applicable au cas d’espèce ;
Que le recours, déposé dans les forme et délai prévus par la loi, est recevable (art. 56 et 60 LPGA) ;
Que la question préalable à l’examen d’éventuelles prestations à résoudre est de savoir comment ont évolué l’état de santé et la capacité à exercer une activité adaptée de l’assuré depuis juin 2016 ;
Que, selon le principe inquisitoire qui régit la procédure dans le domaine des assurances sociales, le juge doit établir (d'office) les faits déterminants pour la solution du litige, avec la collaboration des parties, administrer les preuves nécessaires et les apprécier librement (art. 61 let. c LPGA; cf. ATF
125 V 193
consid. 2) ;
Qu’il doit procéder à des investigations supplémentaires ou en ordonner lorsqu'il y a suffisamment de raisons pour le faire, eu égard aux griefs invoqués par les parties ou aux indices résultant du dossier ;
Qu’en particulier, il doit mettre en œuvre une expertise lorsqu'il apparaît nécessaire de clarifier les aspects médicaux du cas (ATF
117 V 282
consid. 4a; RAMA 1985 p. 240 consid. 4 ; arrêt du Tribunal fédéral des assurances I 751/03 du 19 mars 2004 consid. 3.3) ;
Que lorsque le juge des assurances sociales constate qu'une instruction est nécessaire, il doit en principe mettre lui-même en œuvre une expertise (ATF
137 V 210
consid. 4.4.1.3 et 4.4.1.4) ;
Qu’un renvoi à l’administration reste possible, notamment lorsqu'il s'agit de préciser un point de l'expertise ordonnée par l'administration ou de demander un complément à l'expert (ATF
137 V 210
consid. 4.4.1.3 et 4.4.1.4 ; arrêt du Tribunal fédéral
8C_760/2011
du 26 janvier 2012 consid. 3)°;
Que les coûts de l'expertise peuvent être mis à la charge de l'assureur social (ATF
137 V 210
consid. 4.4.2) ;
Qu’en l’espèce, la Cour de céans constate que non seulement l’expert n’a pas été capable de répondre de manière convaincante - et calme - aux arguments avancés par le psychiatre traitant, mais au surplus que ses mouvements d’humeur totalement inadéquats en audience et la manière dont il a quitté celle-ci sans répondre aux questions de la Cour, ni des parties jettent le discrédit sur ses conclusions ;
Qu’il convient en l'espèce d’ordonner une nouvelle expertise psychiatrique, laquelle sera confiée au docteur E_, spécialiste FMH en psychiatrie et psychothérapie, lequel devra prendre langue avec l’expert B_ pour parvenir à une conclusion consensuelle.
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