Decision ID: 8f1492da-4291-529c-86e2-aa0a57114920
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
Par décisions
CTAE/1351/2016
et
CTAE/1352/2016
, rendues le 20 mai 2016 et expédiées le même jour pour notification, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a approuvé les rapports finals de curatelle (art. 308 al. 1 et 2 CC) établis par F_ et G_ et relatifs à C_ et D_, lesquels avaient atteint leur majorité le _ 2016.
Par actes du 20 juin 2016, A_, mère des précités, forme recours contre ces décisions, dont elle sollicite l'annulation, concluant à ce que la Cour, après l'avoir auditionnée et avoir auditionné les curatrices, "refuse" leurs rapports, sous suite de frais et dépens.
Le Tribunal de protection a déclaré persister dans ses décisions.
Les curatrices ont persisté dans leurs rapports et donné des explications complémentaires.
B_, père de C_ et D_, a conclu au rejet des recours, avec suite de frais et dépens.
Les deux parents ont produit des pièces nouvelles.
Il n'a pas été fait usage du droit de réplique.
Les éléments suivants résultent du dossier :
A.
Par jugement du 13 mars 2013,le Tribunal de première instance, statuant sur mesures protectrices de l'union conjugale et d'accord entre les parties, a autorisé les époux A_ et B_ à vivre séparés pour une durée indéterminée, réservé la jouissance du domicile conjugal à l'épouse et dit que les époux continueraient d'assumer conjointement l'autorité parentale sur les enfants D_, C_, tous deux nés le _ 1998, et E_, née le _ 2007.
La garde des trois enfants a été confiée à A_, un large droit de visite étant réservé au père. Enfin, ce dernier s'est engagé à verser une contribution mensuelle d'entretien de 7'016 fr. 27, allocations familiales non comprises.
B.
a)
Le 14 novembre 2014, A_ a saisi le Tribunal de protection d'une requête tendant à l'instauration de mesures de protection relatives à C_, faisant valoir en substance que celui-ci usait de produits stupéfiants, se montrait violent et menaçant envers elle. Elle souhaitait une intervention rapide en vue d'une prise en charge psychiatrique et d'un "hébergement" dans le canton de Vaud.
C'est le lieu de préciser que C_ avait, le 31 mai 2012 déjà, fait l'objet d'une ordonnance pénale du Tribunal des mineurs pour violation de l'art. 19A LStup (possession de marijuana).
b)
Un curateur de représentation a été désigné pour représenter les mineurs dans cette procédure.
c)
Dans son rapport du 19 février 2015, le Service protection des mineurs (SPMi) a relevé que les mineurs étaient confrontés à une situation familiale compliquée et que les parents étaient en désaccord sur le plan éducatif. Ils vivaient un profond conflit de loyauté depuis de nombreuses années; les deux ainés vivaient chez leur père, ne voulaient plus habiter avec leur mère, avec laquelle le contact était rompu; ils avaient quitté l'Ecole _, dans laquelle ils étaient précédemment scolarisés, et un nouveau projet était en voie d'élaboration pour eux en vue de la rentrée scolaire de septembre 2015. La cadette vivait en revanche chez sa mère et n'avait plus de contact ni avec son père, ni avec ses frère et sœur. En conclusion, le SPMi proposait en particulier que E_ soit placée chez sa mère, et que C_ et D_ soient placés sous la responsabilité de leur père. Pour le surplus, les relations personnelles entre les deux aînés et leur mère devaient provisoirement être suspendues, jusqu'à ce qu'elles puissent être reprises progressivement avec l'aide de professionnels. Un suivi psychologique était préconisé tant pour C_ (à la Fondation _) que pour D_ (auprès d'une psychologue de la Fondation _). Une curatelle d'assistance éducative (art. 308 al. 1 CC), d'organisation et de surveillance des relations personnelles (art. 308 al. 2 CC) était enfin préconisée.
d)
C_ a déménagé chez son père en novembre 2014 et D_ en janvier 2015.
e)
Le 18 mars 2015, A_ a saisi tout d'abord le Tribunal de première instance puis le Tribunal de Martigny (à la suite de son déménagement en Valais, cf. infra), d'une requête unilatérale en divorce.
C.
Par décision du 23 mars 2015, le Tribunal de protection a, sur mesures provisionnelles et jusqu'à décision du juge matrimonial, notamment transféré la garde de C_ et D_ à leur père. Les relations personnelles entre eux et leur mère ont été provisoirement suspendues, le SPMi étant invité à "préaviser en temps opportun" les modalités de leur reprise. Un suivi psychologique des mineurs a été ordonné. Enfin, une curatelle d'assistance éducative (art. 308 al. 1 CC) ainsi que d'organisation et de surveillance du droit de visite (art. 308 al. 2 CC) a été ordonnée.
La curatelle a été confiée à F_ et G_, collaboratrices du SPMi.
D.
Postérieurement à cette décision, A_ a déménagé en Valais avec sa fille E_.
E
. Entre mai et novembre 2015, le Tribunal de protection a été saisi de requêtes tendant à l'instauration de mesures urgentes en relation avec E_ (requête déposée par le curateur de représentation de cette mineure), respectivement en relation avec C_ et D_ (requête déposée par A_). En particulier, A_ se plaignait de ne pas obtenir de nouvelles au sujet de C_ et de D_ de la part des curatrices, ainsi que de l'inaction de ces dernières. Elle faisait état, notamment, d'un absentéisme scolaire inquiétant de la part de C_ et de D_ et proposait l'instauration d'un "contrat jeune adulte" (i.e. la poursuite volontaire d'une assistance au-delà de la majorité) les concernant.
Le Tribunal de protection a refusé d'entrer en matière, motif pris de la procédure de divorce pendante.
F
. Le 8 avril 2016, les curatrices ont déposé leurs rapports finals, compte tenu de la majorité de C_ et de D_, intervenue le _ 2016.
Ces rapports relèvent que la curatelle d'organisation et de surveillance du droit de visite de la mère n'a pas pu "s'exécuter", en raison du rejet massif de A_ envers C_ et D_ et ces derniers ne souhaitant pas la rencontrer.
Sur le plan de la curatelle d'assistance éducative, les curatrices ont relevé que les enfants avaient pu récupérer leurs affaires personnelles restées chez leur mère; les contacts avec leur mère et leur petite sœur E_ demeuraient inexistants. B_, avec lequel la collaboration était bonne, s'était impliqué pour fixer des règles aux adolescents dans le quotidien; D_ avait rapidement été "demandeuse" d'un suivi psychologique, au contraire de C_. Tant C_ que D_, déscolarisés dans le premier semestre 2015, avaient repris une scolarité à l'Ecole _ en septembre 2015, tout en présentant un certain absentéisme. Les curatrices les décrivent comme de jeunes adultes présentant de nombreuses qualités, compétences et ressources, lesquelles ont toutefois été mises à mal par le conflit parental "au long court" dont ils ont longtemps souffert.
Dans leurs observations au recours, les curatrices précisent que les conditions d'un "contrat jeune adulte" ne sont pas réunies, faute de demande de C_ et de D_ en ce sens.
G.
Devant la Cour, la recourante fait valoir que les curatrices n'ont jamais agi directement auprès des mineurs, se contentant d'exercer leur assistance éducative par l'intermédiaire du père de ceux-ci. Leurs rapports seraient au surplus lacunaires, erronés (notamment en ce qui concerne sa propre personne) et "peu crédibles". Les autres arguments développés au stade du recours seront pour le surplus repris ci-après dans la mesure utile.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet d'un recours devant la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 CC et 53 al. 1 LaCC).
Ont notamment qualité pour recourir les parents des mineurs au profit desquels une mesure est instaurée (art. 450 al. 2 ch. 1 CC).