Decision ID: 7071a373-b9d7-475c-9c48-1f14814684b2
Year: 2020
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
Le Syndicat d'améliorations foncières du Montet à Bex (ci-après: le syndicat AF ou le syndicat) s'est constitué le 20 septembre 1985 avec pour but le remaniement parcellaire, la construction de chemins et d'ouvrages d'évacuation des eaux de surface, l'aménagement des parcelles et l'adduction d'eau de sulfatage. En 1995, suite à des glissements de terrain, l'assemblée générale a ajouté un but supplémentaire, soit la consolidation des sols.
Les opérations du syndicat AF ont fait l'objet d'enquêtes publiques successives, notamment:
- en 1987 : périmètre;
- en 1992 : avant-projet des travaux collectifs et sous-périmètres;
- en 1993: taxes types;
- en 1995: projet d'exécution d'une étape de travaux anticipés;
- en 1997: Nouvel Etat, estimation des terres, modification de l'avant-projet des travaux collectifs;
- en 1998: purges de sécurité et consolidation des sols;
- en 2001: modification de l'avant-projet des travaux collectifs et projet d'exécution des travaux collectifs et privés;
- en 2003: extension de la décharge terreuse de Combatovex;
- en 2016: plans des ouvrages exécutés:
- en 2018: étape de travaux complémentaires.
B.
Du 1
er
juillet au 30 juillet 2019, ont encore été mis à l'enquête, d'une part, la répartition des frais et, d'autre part, le plan des ouvrages complémentaires exécutés découlant du projet mis à l'enquête en 2018.
Dans le cadre de cette mise à l'enquête, A._ a formulé une réclamation le 29 juillet 2019, dont la teneur était la suivante:
"Suite au courrier du Syndicat d'améliorations foncières du Montet, 1880 Bex du 14.06.2019, je vous prie de prendre note de ce qui suit:
Ma propriété ne comporte pas de vignes, le dernier terrain viticole a été vendu selon document ci-joint. De plus une servitude existait déjà à l'époque entre la propriété de Monsieur B._ et celle de Madame C._, afin de desservir les terrains viticoles en question.
Dans l'attente, d'un prochain courrier je vous présente, Monsieur le greffe, mes salutations distinguées. "
A._ est propriétaire avec son frère de la parcelle n° 5608 du Nouvel Etat (2278 Ancien Etat) et de la parcelle n° 5607 du Nouvel Etat (4932 Ancien Etat).
C.
Par décision du 21 novembre 2019, la Commission de classification du syndicat AF a statué sur la réclamation de A._. Cette décision a la teneur suivante:
"Nous vous communiquons
la décision
de la Commission de classification (Ccl) sur les réclamations formulées sous n°
5
par A._ le 29 juillet 2019 dans le cadre de la mise à l'enquête publique du 1
er
au 31 juillet 2019 sur:
·
Complément aux plans des travaux exécutés
·
Répartition des frais
Décision et motifs
:
Lors de l'audition de M. A._ du 5 novembre 2019 à 09h15, la Ccl a fait part des constats suivants:
La parcelle 2278 de l'AE (3'086 m2) n'avait effectivement plus de vignes. Suite au remaniement et à la mise à jour du cadastre viticole, la parcelle 5608 du NE contenait 3'082 m2 dont 317 m2 de vignes au transfert de propriété. Suite à la nouvelle mensuration, la parcelle en contient désormais 380 m2.
La servitude à laquelle le propriétaire fait allusion (sur propriété de Mme D._ et non C._) – passage public à pied – a été radiée au TP et remplacée par la servitude de passage public à pied et pour véhicules liés à l'exploitation viticole n° RF 2000/1127/0 ID 2000/000456.
Les enquêtes publiques relatives au périmètre, à l'attribution du NE, au projet d'exécution, aux plans des ouvrages exécutés et aux modifications des limites et des servitudes résultant de l'exécution des travaux, ont été liquidées et on ne saurait revenir sur ces objets.
En conclusion, les remarques n'ayant aucun rapport avec les objets mis à l'enquête, la Ccl décide de rejeter la réclamation."
D.
Par acte du 17 décembre 2019, A._ a déposé auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) un recours rédigé comme suit:
"Par ce courrier, je fais recours de la décision du syndicat AF du Montet à Bex, concernant ma parcelle no. 5608, terrain à bâtir autour de ma maison de maître, ch. du Bévieux 1, 1880 Bex.
En effet, suite à une audition du 5 novembre 2019 avec le syndicat AF du Montet et moi-même, nous n'avons pas trouvé d'entente, concernant la construction d'une route sur mon terrain à bâtir, parcelle no. 5608, sur laquelle une servitude a été créée, je joins une photocopie de la dite décision.
De plus un petit pavillon sur cette même propriété a été démolie sans autorisation, afin de favoriser l'accès à un autre vigneron.
Enfin je fais partie de ce syndicat sans mon consentement car pas propriétaire de vignes à l'époque."
La Commission de classification a déposé sa réponse le 31 janvier 2020. Elle fait valoir que le contenu du recours n'a aucun rapport avec les objets mis à l'enquête en juillet 2019 ni de lien avec le contenu de la décision qui fait l'objet du recours. Elle relève que le premier objet mis à l'enquête (complément aux plans des travaux exécutés) concerne des travaux qui ne touchent pas la propriété du recourant et que le second objet traite de la répartition des frais du syndicat en fonction des avantages procurés aux propriétaires, répartition qui n'est pas remise en cause par le recours. Elle rappelle que les enquêtes successives du syndicat ont toutes été liquidées. Elle souligne que, lors de l'enquête sur le périmètre en 1987 puis lors de l'enquête sur le nouvel Etat en 1997, le propriétaire de l'époque de la parcelle n° 2778 n'était pas intervenu. Quant à la démolition d'un petit pavillon au moment des travaux, la Commission de classification indique ne pas
voir de quel objet il s'agit, tout en en relevant que, quelle qu'elle soit, cette démolition ne saurait être imputée aux travaux conduits par le syndicat.
Le 19 février 2019, le recourant a déposé des observations complémentaires dont la teneur est la suivante:
"Suite aux courriers du 31 janvier 2020 du syndicat AF du Montet à Bex, ainsi que le vôtre du 4 février 2020, je vous prie de prendre note de ce qui suit:
Il est précisé dans le courrier du syndicat précité que mon recours ne porte pas sur les objets soumis à l'enquête, mais il s'agit bien d'une continuité à la servitude d'une route pour laquelle je fais recours. Accepter cela reviendrait à être d'accord avec cette dernière.
Je tiens à préciser à nouveau que deux autres servitudes existent déjà sur cette même propriété, ce qui a nécessité la démolition d'un vieux pavillon de jardin, d'un mur, de grosse racine d'arbre et un trou béant resté à ce jour ouvert sans aucune proposition de protection.
D'autre part, cette servitude pouvait également être créée chez mon ancien voisin M. B._; mais ce dernier n'a pas été inquiété par toute cette affaire.
Pour terminer, mon grand-père feu E._, mon père feu F._ et moi-même ne souhaitions une nouvelle servitude."
Le 23 mars 2020, la Commission de classification s'est déterminée sur les observations complémentaires du recourant. Elle fait valoir à nouveau que les éléments invoqués n'ont aucun lien avec les objets soumis à l'enquête.

Considérant en droit:
1.
L'art. 63 de la loi du 29 novembre 1961 sur les améliorations foncières (LAF ; RSV 913.11) prévoit ce qui suit :
Art. 63 LAF - Objet
[des enquêtes]
1
Sont soumis à l'enquête publique, en principe dans l'ordre suivant:
a. le périmètre général de l'entreprise et les sous-périmètres;
b. l'avant-projet des travaux collectifs et privés, les aires de colonisation éventuelles;
c. l'estimation des immeubles et des valeurs passagères, la répartition des nouveaux immeubles et l'adaptation des servitudes et des autres droits, les contributions de plus-value spéciale, ainsi que le tableau des soultes;
d. le projet d'exécution des travaux collectifs et privés;
e. la répartition des frais d'exécution;
f. le plan des ouvrages exécutés, collectifs et privés;
g. la répartition des frais d'entretien, lorsque celui-ci est assumé par un syndicat d'entretien.
2
Dans toute la mesure du possible, plusieurs objets seront regroupés dans le cadre d'une même enquête.
3
Des enquêtes sont également ouvertes sur des objets spéciaux lorsque la présente loi le prescrit, ou lorsque la nécessité en est reconnue par le département. Il en va ainsi notamment pour les taxes-types visées à l'article 57 et la clé de répartition des frais. Ce département peut exceptionnellement autoriser une enquête séparée sur les arbres échangés.
Selon la jurisprudence constante de l'autorité cantonale de recours (v. p. ex. Commission centrale des améliorations foncières, AF.1991.0001 du 14 août 1991; Tribunal administratif, AF.1994.0017 du 11 septembre 1995; AF.1997.0011 du 7 novembre 1997, publié dans RDAF 1998 I 215;
AF.2000.0007 du 5 juin 2001;
AF.2003.0008 du 24 juin 2004; CDAP AF.2006.0001 du 2 septembre 2008; AF.2016.0001 du 13 janvier 2020, v. encore
RDAF 1982, p. 314 et dans le même sens ATF 94 I 602),
la procédure de remaniement parcellaire se caractérise par une succession d'opérations soumises à enquêtes publiques, dans un ordre énuméré à l'art. 63 al. 1 LAF qui n'est pas impératif, mais logique. Le résultat de chacune de
s
phases de la procédure de remaniement peut être attaqué par la voie de l'opposition, puis du recours. Si le délai de recours n'est pas utilisé ou si le recours est rejeté, le résultat de la phase en question acquiert force de chose jugée; en règle générale, il ne peut plus être attaqué dans les phases suivantes de la procédure (ATF 94 I 602 - JT 1970 I 3). Inversement, les propriétaires ne peuvent pas mettre en cause des objets autres que ceux de l'enquête en cours, mais ils doivent attendre la succession normale des opérations (RDAF 1982 p.314).
2.
a) En l'espèce, le recourant a formulé le 29 juillet 2019 une réclamation dans le cadre d'une enquête publique qui portait, d'une part, sur la répartition des frais et, d'autre part, sur des ouvrages complémentaires (murs à réparer, murs nouveaux, réparations au sol). Dans sa réclamation, puis ultérieurement dans son recours, le recourant n'a formulé aucun grief à l'encontre de la répartition des frais. Pour le reste, il a mis en cause, d'une part, la construction d'une route sur sa parcelle, sur laquelle une servitude aurait été créée et, d'autre part, deux autres servitudes qui auraient entraîné la démolition d'un petit pavillon, d'un mur et de grosses racines d'arbre et la création d'un trou béant resté ouvert sans aucune proposition de protection. Dans le cadre de la réclamation et du recours, le recourant a en outre fait valoir, d'une part, que sa parcelle ne comporte pas de vignes et, d'autre part, qu'il fait partie du syndicat sans son consentement.
b) Comme le relève la Commission de classification, les travaux complémentaires qui ont fait l'objet de l'enquête publique de juillet 2019 ne concernent en aucune manière la propriété du recourant, les travaux les plus proches (travaux de réfection d'un chemin) se situant à plus de 400 m à vol d'oiseau. Il convient ainsi de constater que le recourant tente de remettre en cause des éléments qui ont tout au plus fait l'objet d'enquêtes publiques antérieures, aujourd'hui liquidées. Le recourant ne peut ainsi pas se plaindre aujourd'hui du fait qu'il ferait partie du syndicat sans son consentement puisque le propriétaire de l'époque de sa parcelle n'était pas intervenu lors de l'enquête sur le périmètre qui a eu lieu en 1987.
On peut encore relever que, dans le courant de l'année 2008, A._ s'était déjà adressé à deux reprises à la CDAP pour se plaindre de travaux effectués sur sa parcelle, de la construction d'une route et de la création d'une servitude. Dans les deux cas, le juge instructeur a rendu des décisions constatant l'irrecevabilité du recours dès lors que le recourant n'avait pas été en mesure d'indiquer quelles étaient les décisions attaquée et n'avait pas fourni d'éléments permettant de les identifier (décision du 20 mai 2008 dans le dossier AF.2008.0002 et décision du 11 septembre 2008 dans le dossier AF.2008.0007). On note que, dans sa décision du 20 mai 2008, le juge instructeur avait déjà relevé que, à supposer qu'une décision ait été rendue en juillet 2007, le recours était manifestement tardif.
3.
Il résulte de ce qui précède que le recours porte sur des éléments qui ne pouvaient pas être remis dans le cadre de l'enquête publique où le recourant a formulé la réclamation qui fait l'objet de la décision attaquée. C'est dès lors à juste titre que la Commission de classification a rejeté cette réclamation et le recours doit par conséquent être rejeté. Vu le sort du recours, les frais sont mis à la charge du recourant. Il n'y a pas lieu d'allouer de dépens dès lors qu'aucune des parties n'a procédé par l'intermédiaire d'un mandataire professionnel.