Decision ID: 457ac9f0-da90-473a-b1d9-415d22992ca6
Year: 2014
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

Faits
A. Le Conseil communal de B_ a lancé, à une date qu’on ignore, un appel d’offres pour des travaux de plâtrerie/traitement de surfaces intérieures (CFC XXX) lors
de la construction d’un EMS et d’une salle multiactivités.
Le dossier d’appel d’offres remis aux candidats annonçait sous ch. B1, intitulé « forme
de l’offre » (p. 4), que celle-ci devait être complétée par un extrait récent du registre
des poursuites et faillites, par une liste détaillée du personnel, ainsi que par un organi-
gramme détaillé. Le dernier § de cette section annonçait que le soumissionnaire allait
être évalué uniquement sur la base de son dossier d’offre, notamment en ce qui
concernait la présentation de l’entreprise, ses références, son organisation et ses équi-
pements, raison pour laquelle il était invité à fournir, à l’appui de sa soumission, les
renseignements les plus précis et complets possibles. Six critères d’adjudication
étaient énumérés à la page 6, avec leurs sous-critères et leur poids : (1) coût (62 %) ;
(2) présentation de l’entreprise (10 %, dont 6 % englobant trois composants à 2 %
chacun d’un sous-critère « ressources humaines » : 2.2.1 effectif et organigramme de
l’entreprise, 2.2.2 qualification du personnel (diplômes certificats), 2.2.3 formation des
apprentis) ; (3) références (10 %) ; (4) service de piquet (4 %) ; (5) protection de l’envi-
ronnement (3 %) ; (6) organisation prévue pour le chantier (11 %,) soit 6 % pour la
qualification du responsable du chantier (6.1), 3 % pour l’effectif du personnel prévu,
1 % pour la qualification de ce personnel et 1 % pour la qualification et la fiabilité des
sous-traitants éventuels.
Le questionnaire pour le soumissionnaire s’articulait selon les critères et sous-critères
ci-dessus. X_ SA a répondu, le 7 octobre 2013, à cet appel d’offres ; elle a
rempli ce questionnaire sans en compléter la rubrique 2.2.2 (liste du personnel avec
indication des diplômes et de l’expérience professionnelle des personnes citées). A la
rubrique 2.2.3, X_ SA a chiffré l’effectif de son entreprise à cinq personnes. A
la rubrique 6 (organisation prévue pour le chantier), elle a listé quatre personnes qui
allaient être affectées à celui-ci. X_ SA a, en revanche, déposé un
organigramme de son entreprise; il en ressortait que C_ était son président
avec signature individuelle, tandis que D_ était administrateur, lui aussi avec
signature individuelle. L’organigramme parlait aussi d’un « département faux
plafonds » de dix personnes, dirigé par C_, d’un « département électricité »
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que dirigeait D_ et d’un secrétariat comptant une personne (E_).
Les deux départements avaient les subdivisions suivantes, sans indication sur les
personnes qui y travaillaient ou sur leurs attributions : « bureau d’études » et
« tableaux électriques » pour le « département électricité », « personnel », « sous-
traitants », « bureau d’études pour le « départements faux plafonds, cloisons,
peinture », « comptabilité » pour le secrétariat.
B. X_ SA a formulé la plus basse (774 664 fr.) des dix offres qui furent ouvertes le 14 octobre 2013. Le 14 novembre 2013, le Conseil communal l’informa de
son exclusion et de l’attribution du marché du CFC xxx à un tiers. Il ajouta que l’exclu-
sion ainsi annoncée se fondait notamment sur l’art. 23 al. 1 lit. a, c, d de l’ordonnance
du 11 juin 2003 sur les marchés publics (Omp ; RS/VS 726.100). A teneur de ces dis-
positions, un soumissionnaire est exclu de la procédure d’adjudication en particulier
lorsque, au moment du dépôt de son offre ou au moment de l’adjudication, il ne satis-
fait pas ou plus aux critères d’aptitude exigés (lit. a), ou si son offre ne remplit pas les
exigences figurant dans le document d’appel d’offres (lit. c), ou s’il n’est pas en règle
avec le paiement de ses impôts ou de ses charges sociales (lit. d).
X_ SA ayant demandé, le 21 novembre 2013, des précisions sur ces motifs,
le Chef du Service communal « Administration et RH » l’informa, le 22 novembre 2013,
que l’art. 23 al. 1 lit. a Omp avait été appliqué en raison de l’insuffisance de l’effectif de
l’entreprise (cinq personnes dont un directeur et un administrateur) ; d’autre part, son
offre n’avait pas été conforme à la lit. c, étant donné qu’elle ne mentionnait pas le délai
pour l’exécution du travail ; X_ SA était aussi la cible de 14 poursuites en
cours, p. ex. pour des créances de la Confédération, de la CNA, d’une caisse de
compensation et d’une commission professionnelle de plâtrerie/peinture. Enfin, l’offre
de X_ SA ne couvrait pas le prix de revient ; elle vérifiait, de ce chef, le motif
d’exclusion de l’art. 21 al. 1 lit. g Omp (offre anormalement basse).
C. Recourant céans le 25 novembre 2013, X_ SA a conclu à l’annulation de la décision communale du 14 novembre 2013, à « la réintégration de (son offre) dans
celle des sociétés soumissionnaires » et à un « examen de l’adjudication CFC XXX,
compte tenu de (son) l’offre ».
L’effet suspensif que sollicitait la recourante lui a été octroyé à titre préprovisionnel le
29 novembre 2013.
Le 16 décembre 2013, le Conseil communal a proposé de rejeter le recours, sans lui
accorder d’effet suspensif.
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L’instruction s’est close, le 22 janvier 2013, après que X_ SA eut répliqué la
veille en restant sur sa position.

Droit
1. Si le recours de X_ SA était fondé, l’autorité attaquée devrait évaluer sur le fond son offre et la comparer aux autres, sans qu’on doive présumer d’emblée que
cette offre, qui est la moins chère de toutes, ne pourrait arriver en tête du classement.
La recourante a, partant, qualité pour agir, réquisit qui, en droit des marchés publics,
postule que le soumissionnaire attaquant son exclusion et/ou l’adjudication du marché
à autrui ait, s’il gagne le procès, une chance sérieuse d’obtenir le marché litigieux ;
sinon, il ne peut revendiquer valablement cette qualité, faute d’un intérêt digne de
protection dans l’acception de l’art. 80 al. 1 lit. a et 44 al. 1 lit. a de la loi du 6 octobre
1976 sur la procédure et la juridiction administratives (LPJA ; RS/VS 172.6) en relation
avec les art. 15 et 16 de la loi du 8 mai 2003 concernant l’adhésion du canton du
Valais à l’accord intercantonal sur les marchés publics (Lmp ; RS/VS 726.1 ; cf., p. ex.
ACDP A1 13 2 du 21 juin 2013 cons. 1.1).
X_ SA a, au surplus, procédé régulièrement (art. 80 al. 1 lit. b-c, 46, 48
LPJA).
2. Dans ce contentieux, le Tribunal s’en tient aux griefs que le recourant a motivés dans les formes des art. 80 al. 1 lit. c et 48 al. 1 LPJA et ne statue que sur la légalité de
la décision contestée, non sur son opportunité (art. 16 de l’accord intercantonal sur les
marchés publics du 25 novembre 1994/15 mars 2001 - AIMP ; RS/VS 726.1 ; cf. art. 16
Lmp ; ACDP A1 13 2 précité cons. 1.1.3).
3. Selon l’art. 14 al. 1 Omp qui, à l’instar de son art. 23, a été édicté au vu d’une  législative (cf. art. 2 lit. a-c Lmp), l’offre doit être écrite et complète et postée
dans le délai imparti à l’adresse mentionnée dans l’appel d’offres. Elle ne peut plus être
modifiée à l’échéance du délai, sous réserve de l’art. 19 al. 2 de cette ordonnance
(contrôle des offres). Une offre ne satisfaisant pas à ces exigences peut être exclue en
vertu de l’art. 23 al. 1 lit. c Omp, qui ne doit pas s’interpréter de façon trop rigide ou
excessivement formaliste.
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Dans ce contexte, il a été jugé que l’absence d’une attestation explicitement demandée
dans le document d’appel d’offres et propre à garantir pendant la durée du contrat
l’aptitude du candidat à fournir des prestations conformes au cahier des charges était
un manquement grave et devait conduire à l’exclusion de l’offre incomplète, confor-
mément aux conditions du marché qui avaient été précisées par l’adjudicateur (ATF
2C_197/2010 du 30 avril 2010 cons. 6.4 et les citations).
3.1 Si cette solution se justifie quand manquent des attestations qui ont pour but de corroborer des indications du soumissionnaire ou de permettre à l’adjudicateur de se
renseigner sur des aspects de cette offre, elle est a fortiori admissible quand l’offre est
dépourvue d’indications sur des éléments-clefs du marché à adjuger. Le délai d’exécu-
tion de travaux de génie civil et le personnel affecté au déroulement de ces travaux
sont des éléments de ce genre.
3.2 L’adjudicateur avait prévu, à leur sujet, les rubriques « durée estimée des  » (ch. 6) et « personnel mis à disposition pour le chantier » (ch. 6.2) du question-
naire pour les soumissionnaires.
Il est constant que X_ SA a laissé vide la première de ces rubriques et
qu’elle a inséré quatre noms dans la deuxième. A l’écouter, son silence sur son
pronostic de la durée des travaux serait une erreur de plume qui ne changerait rien à la
crédibilité de son offre (p. 8 ch. I du mémoire du 25 novembre 2013) et aurait dû être
corrigée via l’art. 19 al. 2 Omp sur la rectification d’erreurs évidentes du
soumissionnaire (p. 2 de la réplique du 21 janvier 2014). La recourante souligne,
d’autre part, que son entreprise n’avait, lors du dépôt de son offre, qu’un effectif de
cinq personnes. Elle reconnaît implicitement que ce nombre est, en soi, insuffisant
pour une bonne exécution du marché. Il serait toutefois notoire que des sociétés de
cette taille peuvent, si cela devient nécessaire, aisément recruter du personnel
supplémentaire. Les références de X_ SA montrant sa capacité de gérer
plusieurs chantiers simultanément, l’adjudicateur aurait dû requérir des explications
additionnelles (cf. art. 20 Omp).
3.3 Cette argumentation se heurte au ch. B1 du document d’appel d’offres, libellé : « le soumissionnaire sera jugé sur la base de son dossier et exclusivement sur la base de
celui-ci en ce qui concerne la présentation de son entreprise, ses références, son orga-
nisation et ses équipements. C’est la raison pour laquelle le soumissionnaire est invité
à fournir, à l’appui de sa soumission, les renseignements les plus précis et complets
possibles ».
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Les candidats devaient donc savoir que les renseignements attendus d’eux sur ces
points devaient être détaillés et que l’adjudicateur n’entendait pas s’inspirer d’une inter-
prétation extensive de l’art. 19 al. 2 Omp énonçant que « des erreurs évidentes, telles
que des erreurs de calcul et d’écriture, sont corrigées », ni de l’art. 20 al. 1 Omp habili-
tant l’adjudicateur à réclamer aux soumissionnaires des explications écrites relatives à
leur aptitude et à leur offre.
3.4 Cela étant, l’exclusion critiquée est conforme à l’art. 23 al. 1 lit. c Omp entendu dans le sens de la pratique rappelée sous 3.1.
4. Le recours est rejeté, sans examen du solde de ses griefs ; la requête d’effet  est classée (art. 80 al. 1 lit. e et 60 al. 1 LPJA).
5. La recourante, qui n’a pas droit à des dépens, paiera un émolument de justice de 1200 fr., débours compris (art. 89 al. 1 et 91 al. 1 a contrario LPJA ; art. 3 al. 3, 11, 13
al. 1, 25 de la loi du 11 février 2009 fixant le tarif des frais et dépens devant les
autorités judiciaires ou administratives – LTar ; RS/VS 173.8).