Decision ID: bc546ff3-1d16-4d9b-b7fd-8d727541fd93
Year: 2012
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. Par décision du 23 janvier 2009, le Service de la population (SPOP) a refusé de délivrer une autorisation de séjour, sous quelque forme que ce soit, en faveur des ressortissants équatoriens X._, née le 26 avril 1973, et de son fils Y._, né le 2 janvier 1993, séjournant illégalement en Suisse et dont la situation n'était pas constitutive de cas individuels d'une extrême gravité, au sens de l'art. 30 let. b de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20).
Ce refus du SPOP a été confirmé sur recours par l'autorité de céans, dans un arrêt PE.2009.0118 du 21 octobre 2010. Le recours interjeté contre cet arrêt a été déclaré irrecevable par le Tribunal fédéral, dans un arrêt 2D_65/2010 du 24 novembre 2010.
Le 3 décembre 2010, le SPOP a imparti aux intéressés un délai au 3 mars 2011 pour quitter la Suisse.
B. Le 21 février 2011, X._ et son fils ont sollicité le réexamen de la décision du SPOP du 23 janvier 2009, se fondant sur l'art. 64 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36).
Dans ce cadre, les intéressés ont invoqué que Y._ avait très bien réussi sa scolarité en Suisse, soit entre 2003 et 2005, puis entre 2007 et 2011. Depuis la clôture de la précédente procédure, il avait entamé des cours spécifiques (histoire, allemand, français et mathématiques) notamment en vue de son raccordement au gymnase, ce qui constituait, pièces à l'appui, un fait nouveau démontrant une bonne intégration scolaire et rendait le retour en Amérique centrale extraordinairement difficile.
C. Par décision du 21 mars 2011, le SPOP a déclaré irrecevable la demande de reconsidération du 21 février 2011, subsidiairement l'a rejetée. Il a imparti aux intéressés un délai immédiat pour quitter la Suisse.
Dans ses considérants, le SPOP a justifié son refus d'entrer en matière sur la demande, en relevant que le simple écoulement du temps et l'évolution normale de l'intégration en Suisse ne constituaient pas une modification des circonstances susceptible d'entraîner la reconsidération de la décision du 23 février 2009.
D. Par acte du 4 mai 2011, X._ et Y._ ont saisi la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal d'un recours dirigé contre la décision du SPOP du 21 mars 2011, concluant, avec dépens, principalement à la réforme de la décision attaquée en ce sens qu'il est entré en matière sur leur demande de réexamen de la décision du 23 janvier 2009 et que cette demande est admise. Subsidiairement, ils ont conclu à l'annulation de la décision du SPOP du 21 mars 2011.
Le 6 mai 2011, les recourants ont produit deux pièces démontrant que Y._ avait travaillé entre le 10 septembre 2010 et le 6 mai 2011 comme garçon de course pour une pharmacie, ce qui lui permettait de financer en partie les cours spéciaux qu'il suivait. Le 10 mai 2011, les recourants ont sollicité leur audition devant le tribunal de céans.
Dans sa réponse du 31 mai 2011, l'autorité intimée a conclu au rejet du recours.
Les 22 et 23 février 2012, les recourants ont produit de nouvelles pièces, aux fins notamment de démontrer que les efforts consentis par le recourant avaient porté leurs fruits: il a pu intégrer une classe du gymnase de la Cité pour l'année 2011-2012, voie certificat de culture générale; ses résultats du 1er semestre sont satisfaisants et il exécute son parcours gymnasial à la satisfaction générale de ses enseignants. De son côté, la recourante a obtenu le 17 novembre 2011 un diplôme d'études en langue française de niveau B1 du Cadre européen de référence pour les langues (DELF B1). Interpellé sur ces nouveaux éléments, l'intimé a fait savoir le 28 février 2012 qu'ils n'étaient pas de nature à modifier sa position.
Enfin, le SPOP a transmis au tribunal un rapport de police, dressé le 20 février 2012, concernant le recourant. Celui-ci, après avoir pris connaissance de ce rapport, a requis la suspension de la procédure administrative jusqu'à droit connu sur le plan pénal. Il ne sera pas donné suite à cette requête. Les faits en cause n'étant encore ni établis, ni admis, il ne sera pas tenu compte de ce rapport, à l'exception d'un élément qui ressort des déclarations mêmes de l'intéressé, à savoir qu'il a acquis et consommé de la marijuana la nuit du 24 au 25 juin 2011.
E. S'estimant suffisamment renseigné par le dossier, le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1. a) Le droit d'être entendu comprend, notamment, le droit pour l'intéressé de s'exprimer sur les éléments pertinents avant qu'une décision ne soit prise touchant sa situation juridique, de produire des preuves pertinentes, d'obtenir qu'il soit donné suite à ses offres de preuve pertinentes, de participer à l'administration des preuves essentielles ou, à tout le moins, de s'exprimer sur son résultat, lorsque cela est de nature à influer sur la décision à rendre (ATF 135 I 279 consid. 2.3 p. 282 et les arrêts cités). Le juge peut cependant refuser une mesure probatoire parce qu'il considère qu'elle est inapte à apporter la preuve ou lorsque les preuves administrées lui ont permis de former sa conviction et que, procédant d'une manière non arbitraire à une appréciation anticipée des preuves qui lui sont encore proposées, il a la certitude qu'elles ne pourraient l'amener à modifier son opinion (ATF 136 I 229 consid. 5.3 p. 236; 130 II 425 consid. 2.1 p. 429 et les arrêts cités).
b) En l'espèce, les auditions des recourants ne sont pas susceptibles d'influencer le sort de la cause, les faits étant suffisamment établis par le dossier. Elles sont donc refusées. Il en va de même de leur demande tendant à établir, par expertise, que le suivi de cours supplémentaires en vue d'un raccordement au gymnase est le fait d'une minorité des élèves de cet âge, ce qui n'est en soi pas contesté.
2. a) Selon l'art. 64 al. 1 LPA-VD, une partie peut demander à l'autorité de réexaminer sa décision (al. 1). L'alinéa 2 de cette disposition prescrit que l'autorité entre en matière sur la demande si l'état de fait à la base de la décision s'est modifié dans une mesure notable depuis lors (let. a), si le requérant invoque des faits ou des moyens de preuve importants qu'il ne pouvait pas connaître lors de la première décision ou dont il ne pouvait pas ou n'avait pas de raison de se prévaloir à cette époque (let. b) ou si la première décision a été influencée par un crime ou un délit (let. c).
Comme le Tribunal fédéral l'a déjà relevé dans un arrêt 2C_760/2009 du 17 avril 2010, le réexamen de décisions administratives entrées en force ne doit pas être admis trop facilement. Il ne saurait en particulier servir à remettre sans cesse en cause des décisions exécutoires ou à détourner les délais prévus pour les voies de droit ordinaires (ATF 136 II 177 consid. 2.1 p. 181; 120 Ib 42 consid. 2b p. 47). Les autorités administratives ne sont ainsi tenues d'entrer en matière sur une nouvelle demande que si les circonstances se sont modifiées de façon notable depuis la décision attaquée ou lorsque le requérant invoque des faits essentiels et des moyens de preuve nouveaux qu'il ne connaissait pas ou a été dans l'impossibilité de faire valoir dans la procédure antérieure (ATF 124 II 1 consid. 3a p. 6).
b) En l'occurrence, les recourants se prévalent pour l'essentiel du fait que Y._ a suivi - avec succès - des cours spécifiques en vue d'un raccordement au gymnase: il a pu intégrer une classe gymnasiale et y obtenir des résultats satisfaisants au premier semestre. Ils font valoir que ces résultats ont été consentis au prix d'efforts remarquables, qui ne sont pas le fait d'une évolution normale chez un jeune de son âge, issu d'un milieu social défavorisé; seule une minorité des élèves de son âge consacre tout son temps libre à étudier, en plus des cours normaux, l'histoire, l'allemand, les mathématiques et le français. Ils en déduisent qu'il s'agit d'un effort d'intégration exceptionnel ouvrant la voie du réexamen.
c) Le suivi de tels cours, financés en partie par l'intéressé lui-même, témoigne d'une volonté d'apprendre méritoire. De tels efforts sont louables. Il reste que cet élément doit être apprécié au regard du parcours du recourant. Or, il résulte du dossier que le recourant, né en 1993, n'a pas toujours vécu en Suisse, d'où il est déjà reparti entre 2005 et 2007, selon l'état de fait résultant de l'arrêt PE.2009.0118 du 21 octobre 2010. Dans ces circonstances, il y a lieu de considérer que les faits allégués dans le cadre de la présente procédure ne modifient pas notablement la situation de fait sur laquelle les autorités successives se sont précédemment fondées pour refuser la régularisation des conditions de séjour de la mère et de son fils. Les éléments invoqués sont, en vérité, liés à la poursuite du séjour en Suisse du jeune Y._ qui se donne les moyens d'une meilleure formation et par là-même d'une meilleure intégration. Il en va de même de sa mère qui s'est investie pour se perfectionner en français et peut se prévaloir d'un diplôme d'études en langue française délivré en novembre 2011. Il faut considérer, avec le SPOP, qu'il ne s'agit pas de faits nouveaux, démontrant une intégration exceptionnelle, ouvrant la voie du réexamen (v. dans ce sens, ATF 2A.271/2004 du 7 octobre 2004).
En conclusion, c'est à juste titre que le SPOP n'est pas entré en matière sur la demande de réexamen des recourants.
3. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours aux frais des recourants (art. 49 al. 1 LPA-VD). Vu l'issue du pourvoi, le SPOP est chargé de veiller à l'exécution de sa décision.