Decision ID: e7ce2f4d-ea18-4e47-9c56-7f8ec6b32e67
Year: 2007
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. La recourante, A. X._ Y._, ressortissante turque née le 2********, est entrée en Suisse le 23 février 2002 et s'est mariée, le 15 avril 2003, avec B. Y._, ressortissant suisse né le 3******** à Cochabamba, en Bolivie.
Elle a obtenu une autorisation de séjour renouvelable d'année en année le 7 mai 2003.
B. Le bureau des étrangers de la Commune de 1******** a annoncé la séparation du couple au Service de la population (ci-après : SPOP) par correspondance du 2 février 2005.
A la requête du SPOP, la police intercommunale de Pully-Paudex a établi deux rapports de renseignements concernant les époux Y._-X._ dont il ressort notamment que lors de son audition du 4 juin 2005, la recourante a déclaré qu'elle était séparée de son mari depuis l'automne 2003 en raison de différend conjugal, la recourante ayant appris que ce dernier la trompait. Par ailleurs, aucun enfant n'était issu de cette union. La recourante a indiqué à la police qu'elle réalisait un salaire mensuel net de 2'600 francs par mois, qui variait toutefois en fonction des heures de travail réalisées. Elle n'était pas connue à l'Office des poursuites et n'était pas sous le coup d'un acte de défaut de biens. Par ailleurs, aux dires de la police, elle semblait bien intégrée dans notre pays. Elle n'était pas connue des services de police. Enfin, hormis son frère, elle n'avait aucune attache avec la Suisse. Sa mère vivait en Turquie et son père semblait être décédé.
Son époux, entendu le 17 mai 2005, a déclaré que le couple avait décidé de se séparer en avril 2004 et qu'une procédure de divorce était en cours. Il a confirmé qu'aucun enfant n'était issu de ce mariage et qu'il avait proposé une aide financière à son épouse pour qu'elle puisse retourner dans son pays d'origine, ce qui, d'après ses déclarations, était son désir.
C. Par décision du 17 mai 2006, notifiée à la recourante le 22 mai suivant, le SPOP a refusé de prolonger l'autorisation de séjour de la recourante aux motifs suivants:
"A l'analyse de notre dossier, nous relevons :
- que l'intéressée a obtenu une autorisation de séjour suite à son mariage célébré le 15 avril 2003 avec un ressortissant suisse,
- que le couple s'est séparé au mois d'avril 2004,
- que depuis, aucune reprise de la vie commune n'est intervenue,
- qu'aucun enfant n'est issu de cette union,
- que l'intéressée n'a pas d'attaches particulières avec notre pays, toute sa famille vivant à l'étranger,
- qu'elle ne fait pas état de qualifications professionnelles particulières,
- qu'ainsi ce mariage est vidé de toute substance et que l'invoquer pour obtenir la poursuite de son séjour en Suisse est constitutif d'un abus de droit au sens de la jurisprudence du Tribunal fédéral."
D. Par correspondance du 31 mai 2006, le conseil de la recourante est intervenu auprès du Service de la population en déclarant notamment ce qui suit :
"Comme le retient votre décision, Mme A. X._est séparée de son mari. Le soussigné est d'ailleurs intervenu dans un premier temps pour établir une convention sur effets accessoires du divorce, qui a été signée par les conjoints. Malheureusement, M. B. Y._ ne s'est pas présenté aux deux audiences de jugement qui ont été appointées par le greffe du Tribunal civil d'arrondissement de Lausanne.
Ainsi, en dépit des efforts de Mme A. X._ Y._, celle-ci n'a pas pu obtenir le prononcé du divorce. Vous trouverez d'ailleurs ci-joint copie de la décision rendue par Monsieur le Président du Tribunal civil de l'arrondissement de Lausanne constatant que la cause doit être rayée du rôle."
Dans ladite correspondance, le conseil de la recourante a sollicité une prolongation du délai de départ imparti à la recourante jusqu'au 31 octobre 2006.
Par courrier du 7 juin 2006, le Service de la population a informé le conseil de la recourante qu'il n'octroyait pas la prolongation de délai sollicitée.
Par acte du 12 juin 2006, la recourante a saisi le tribunal de céans d'un pourvoi contre la décision précitée et pris les conclusions suivantes, avec dépens :
"I.- Le recours est admis.
II.- En conséquent, la décision du Service de la population du 17 mai 2006 est réformée, en ce sens que la prolongation de l'autorisation de séjour en faveur de Mme A. X._ Y._ est octroyée.
III.- A titre subsidiaire, la décision du Service de la population du 17 mai 2006 est annulée, le dossier de la cause étant retourné à l'autorité intimée pour nouvelle décision dans le sens des considérants."
La recourante s'est acquittée en temps voulu de l'avance de frais de 500 francs requise par le tribunal.
Par avis du 13 juin 2006, le juge instructeur du tribunal de céans a provisoirement suspendu le délai de départ imparti à la recourante.
Le 10 juillet 2006, l'autorité intimée s'est déterminée sur le recours, concluant à son rejet.
Le 31 juillet 2006, l'Office de la population de la Commune de 1******** a informé le Service de la population que la recourante avait quitté son domicile sur dite commune et que, d'après la personne qui la logeait, elle aurait quitté la Suisse sans laisser d'adresse.
Par correspondance du 25 septembre 2006, le conseil de la recourante a informé le tribunal de céans qu'il ne connaissait pas la nouvelle adresse de cette dernière, celle-ci n'ayant pas répondu à ses courriers.
Le tribunal a statué par voie de circulation.
Les arguments des parties seront repris ci-après dans la mesure utile.

Considérant en droit
1. Aux termes de l’art. 4 al. 1 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (ci-après : LJPA), le Tribunal administratif connaît en dernière instance cantonale de tous les recours contre les décisions administratives cantonales ou communales lorsque aucune autre autorité n’est expressément désignée par la loi pour en connaître. Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du Service de la population.
Déposé dans le délai de 20 jours qui suit la communication de la décision entreprise, le recours, qui satisfait aux exigences de forme de l'art. 31 al. 2 et 3 LJPA, l'est en temps utile (art. 31 al. 1 LJPA). Il est ainsi recevable à la forme.
2. En dehors des cas où une disposition légale prévoit expressément le contrôle de l’opportunité d’une décision, le Tribunal administratif n’exerce qu’un contrôle en légalité, c’est-à-dire examine si la décision entreprise est contraire à une disposition légale ou réglementaire expresse, ou relève d’un excès ou d’un abus du pouvoir d’appréciation (art. 36 litt. a et c LJPA). La loi sur le séjour et l’établissement des étrangers du 26 mars 1931 (LSEE) ne prévoyant aucune disposition étendant le pouvoir de contrôle de l’autorité de recours à l’inopportunité, ce grief ne saurait donc être examiné par le Tribunal de céans.
Il y a abus du pouvoir d’appréciation lorsqu’une autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues par la loi, se laisse guider par des considérations non pertinentes ou étrangères au but des dispositions applicables, ou encore lorsqu’elle statue en violation des principes généraux du droit administratif que sont l’interdiction de l’arbitraire, l’égalité de traitement, la bonne foi et la proportionnalité.
3. Selon l’art. 1a LSEE, tout étranger a le droit de résider sur le territoire suisse s’il est au bénéfice d’une autorisation de séjour ou d’établissement ou si, selon la présente loi, il n’a pas besoin d’une telle autorisation. Selon l’art. 4 LSEE, l’autorité statue librement, dans le cadre des prescriptions légales et des traités avec l’étranger, sur l’octroi de l’autorisation de séjour. Pour les autorisations, les autorités doivent tenir compte des intérêts moraux et économiques du pays, ainsi que du degré de surpopulation étrangère (art. 16 LSEE). Ainsi, les ressortissants étrangers ne bénéficient d’aucun droit à l’obtention d’une autorisation de séjour, voire d’établissement, sous réserve des dispositions contraires résultant des traités internationaux et de la loi.
4. La décision attaquée révoque l’autorisation de séjour délivrée à la recourante dans le but de vivre auprès de son mari.
a) Selon l’art. 7 al. 1 LSEE, le conjoint étranger d’un ressortissant suisse a droit à l’octroi et à la prolongation de l’autorisation de séjour ; après un séjour régulier et ininterrompu de cinq ans, il a droit à l’autorisation d’établissement ; ce droit s’éteint lorsqu’il existe un motif d’expulsion. Quant à l’art. 7 al. 2 LSEE, il prévoit que le conjoint étranger d’un ressortissant suisse n’a pas le droit à l’octroi ou à la prolongation de l’autorisation de séjour lorsque le mariage a été contracté dans le but d’éluder les dispositions sur le séjour et l’établissement des étrangers et notamment celles sur la limitation du nombre des étrangers. D’après la jurisprudence, le fait d’invoquer l’art. 7 al. 1 LSEE peut être constitutif d’un abus de droit en l’absence même d’un mariage contracté dans le but d’éluder les dispositions sur le séjour et l’établissement des étrangers, au sens de l’art. 7 al. 2 LSEE, (ATF 128 II 145 consid. 2.1 p. 151 ; 127 II 49 consid. 5a p. 56 ; 121 II 97 consid. 4a p. 103).
b) Il y a abus de droit notamment lorsqu’une institution juridique est utilisée à l’encontre de son but pour réaliser des intérêts que cette institution juridique ne veut pas protéger (ATF 130 II 113 consid. 4.2 p. 117 et les arrêts cités). L’existence d’un éventuel abus de droit doit être apprécié dans chaque cas particulier et avec retenue, seul l’abus de droit manifeste pouvant être pris en considération (ATF 121 II 97 consid. 4a p. 103).
L’existence d’un abus de droit ne peut en particulier être simplement déduite de ce que les époux ne vivent plus ensemble, puisque le législateur a volontairement renoncé à faire dépendre le droit à une autorisation de séjour de la vie commune (cf. ATF 118 lb 145 consid. 3 p. 149 ss.). Pour admettre l’existence d’un abus de droit, il ne suffit pas non plus qu’une procédure de divorce soit entamée ; le droit à l’octroi ou à la prolongation d’une autorisation de séjour subsiste en effet tant que le divorce n’a pas été prononcé, car les droits du conjoint étranger ne doivent pas être compromis dans le cadre d’une telle procédure. Enfin, on ne saurait uniquement reprocher à des époux de vivre séparés et de ne pas envisager le divorce. Toutefois, il y a abus de droit lorsque le conjoint étranger invoque un mariage n’existant plus que formellement dans le seul but d’obtenir une autorisation de séjour, car ce but n’est pas protégé par l’art. 7 al. 1 LSEE. Les causes et les motifs de la rupture ne jouent pas de rôle (ATF 130 II 113 consid. 4.2 et références citées). Pour admettre l’abus de droit, il y a lieu de se fonder sur des éléments concrets indiquant que les époux ne veulent plus mener une véritable vie conjugale et que le mariage n’est maintenu que pour des motifs de police des étrangers. L’intention réelle des époux ne pourra généralement pas être établie par une preuve directe mais seulement grâce à des indices, démarche semblable à celle qui est utilisée pour démontrer l’existence d’un mariage fictif (cf. ATF 127 II 49 consid. 5a).
c) En l'espèce, la recourante s'est mariée le 15 avril 2003 et la séparation du couple est intervenue, d'après ses déclarations, au plus tard en septembre 2004. Elle est sans doute intervenue au mois d'avril 2004, conformément aux inscriptions figurant sur le formulaire adressé au Service de la population par le bureau des étrangers de la Commune de 1********. Quoiqu'il en soit, dans la version la plus favorable à la recourante, la vie commune n'aura duré qu'une année et cinq mois.
Dans son pourvoi, la recourante indique qu'elle a entrepris des démarches en vue d'un divorce, mais que celui-ci n'aurait pas pu être prononcé en raison du fait que son mari ne se serait pas présenté à l'audience présidentielle appointée à cet effet. Dans ces conditions, la procédure qu'elle avait initiée a été rayée du rôle. Elle est ainsi forcée de déposer une demande unilatérale de divorce après l'échéance d'un délai de séparation de deux ans. Dans ces conditions, force est de constater que le mariage de la recourante et de son mari est vidé de toute substance, puisque la recourante souhaite elle-même divorcer au plus vite. Dans ces circonstances, c'est à juste titre que l'autorisation de séjour attribuée en raison du mariage de la recourante avec un citoyen suisse doit être révoquée.
d) L'examen des conditions posées par les directives et les commentaires sur l'entrée, le séjour et le marché du travail de l'Office fédéral des migrations (ci-après : directives ODM, état mai 2006) pour une prolongation de l'autorisation de séjour malgré un divorce (directives 654) n'arrive pas à une solution différente. La vie commune des époux n'a duré qu'une année et quelques mois, le couple n'a pas d'enfant et la recourante ne présente pas une intégration à ce point particulière qu'il justifierait de lui prolonger son autorisation de séjour malgré le fait que son mariage est vidé de toute substance.
5. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours, aux frais de son auteur, laquelle n'a pas droit à des dépens.