Decision ID: 5d90d2dd-bb61-41c2-9794-f50cb2847252
Year: 2011
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_017
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: 

En fait :
A.
Ferris Bucher, né le 21 juillet 2010, est le fils né hors mariage de
Maxine Bucher et
Matthieu Perrelet.
Le 11 avril 2011, les Dresses Kirchhofer et Mirabaud, respectivement cheffe de clinique et médecin adjointe aux Hôpitaux Universitaires de Genève (ci-après: HUG), ont signalé au Tribunal tutélaire de Genève la situation de
Ferris Bucher, hospitalisé en urgence à l'Hôpital des enfants le 31 mars 2011 par sa pédiatre. Les examens avaient fait apparaître des hématomes multiples, des contusions hépatiques, une fracture de côte à gauche et un probable hématome paravertébral droit, lésions évoquant fortement une maltraitance. Après discussion avec les parents, il était apparu que
Ferris était essentiellement gardé par sa mère et occasionnellement par son père ou sa grand-mère maternelle. Une évaluation pédopsychiatrique avait été mise en place: il était apparu que les parents étaient dans le déni de ce qui s'était passé et dans l'incapacité de se mettre à la place de leur enfant et de ce qu'il avait pu vivre. Ils montraient peu d'empathie vis-à-vis de l'enfant, qui présentait des signes comportementaux inquiétants.
Le 12 avril 2011, le Tribunal tutélaire a mandaté le Service de protection des mineurs du canton de Genève afin d'examiner la situation.
Dans un courrier du 14 avril 2011 au Tribunal tutélaire, les parents de
Ferris ont contesté être dans le déni, en précisant qu'il se pouvait "que l'un de [nous] aie fortement empoigné l'enfant, lui causant du mal mais sans le faire intentionnellement". Ils se sont déclarés affectés par le fait d'être séparés de leur fils et ont exprimé leur volonté de coopérer avec les différents services sociaux.
Le 18 avril 2011, le Service de protection des mineurs a dénoncé les faits au Procureur général en précisant que l'origine des coups restait à élucider.
Le 20 avril 2011, le Service de protection des mineurs a informé le Tribunal tutélaire du fait que la mère avait valablement constitué son domicile à Etoy depuis le 30 mars 2011. Le Tribunal tutélaire a dès lors requis le transfert de for à la Justice de paix du district de Morges.
Le 27 avril 2011, la pédiatre de
Ferris,
Mathilde Kocher, a adressé un rapport au Service de protection des mineurs. Elle a expliqué que le 15 novembre 2010, elle avait reçu un rapport de consultation de l'Hôpital de Morges selon lequel
Ferris était tombé du canapé en présence de sa mère. Le 31 mars 2011, lorsqu'elle avait reçu
Ferris à sa consultation, la mère l'avait d'emblée informée que l'enfant présentait des petits hématomes au ventre depuis 24 à 48 heures, qu'elle pensait qu'il s'était appuyé sur ses jouets et que son père l'avait gardé trois jours auparavant. Suspectant une origine traumatique avec probable maltraitance, la pédiatre avait adressé l'enfant à l'Hôpital de Genève. Quelques jours après ces faits, soit le 13 avril 2011, elle avait eu un entretien téléphonique avec la mère, laquelle ne semblait pas se rendre compte de la gravité de la situation: elle pensait que personne n'avait fait de mal intentionnellement à son enfant et qu'il s'agissait d'un accident. La Dresse
Kocher avait rencontré la mère une nouvelle fois le 20 avril 2011: celle-ci avait alors compris la gravité de la situation, exprimant à sa pédiatre qu'elle se rendait compte que quelqu'un avait fait du mal à son enfant.
Le 2 mai 2011,
Feliciana Dubois, assistante sociale au Service de protection des mineurs, a signalé au Service de protection de la jeunesse (ci-après: SPJ) la situation de
Ferris Bucher. Elle a expliqué que l'état physique de
Ferris s'était stabilisé et ne justifiait plus son hospitalisation. L'équipe médicale restait toutefois inquiète pour l'enfant, d'autant que la fragilité psychologique et l'attitude de la maman ne lui permettaient alors pas de se montrer adéquate pour s'occuper de son fils. Le Service de protection des mineurs estimait dès lors nécessaire de trouver un lieu de vie pour l'enfant, le temps d'évaluer la situation familiale.
Le même jour, les médecins du HUG ont adressé à la pédiatre de l'enfant un rapport de consultation du développement de
Ferris. Ils ont confirmé la suspicion de maltraitance et constaté un décalage modéré du développement moteur, un développement mental dans la norme, un faible accordage émotionnel et des difficultés de régulation tonico-émotionnelles. Les médecins ont recommandé une prise en charge en psychomotricité ainsi qu'une prise en charge pédopsychiatrique de la relation mère enfant. La poursuite du suivi développemental leur paraissait également indiquée.
Par ordonnance de mesures préprovisionnelles du 9 mai 2011, la Juge de paix du district de Morges a retiré à
Maxine Bucher son droit de garde sur son fils
Ferris, confié ce droit au SPJ à charge pour lui de pourvoir au placement adéquat de l'enfant et donné mandat au SPJ de procéder à une enquête en limitation de l'autorité parentale et en retrait du droit de garde.
Le 10 mai 2011, la Justice de paix du district de Morges a accepté le transfert en son for de l'enquête ouverte en faveur de
Ferris Bucher et confirmé l'ordonnance de mesures préprovisionnelles rendue la veille par la juge de paix.
Le même jour,
Ferris a été placé dans la structure d'accueil
la Pouponnière et l'Abri, à Lausanne.
Le 12 juillet 2011, Johanne Harvey et Joachim Métari, assistants sociaux auprès du SPJ, ont déposé leur rapport d'évaluation concernant
Ferris Bucher. Ils ont exprimé un sentiment de malaise concernant le fait que
Matthieu Perrelet avait caché l'existence de
Ferris à sa famille. Surtout, ils ont exposé leurs inquiétudes au sujet du bon développement de l'enfant: ils ont expliqué que les différentes observations faites aux HUG, tel un accordage émotionnel assez pauvre, ainsi que celles de la
Pouponnière relatant une hypertonicité et un détournement du regard de l'enfant face à sa mère pouvaient leur faire penser à des troubles de l'attachement. En conclusion, tenant compte de l'enquête pénale en cours, des observations des différents professionnels mettant en cause les compétences de la mère et afin de garantir la sécurité de l'enfant, le SPJ a sollicité la poursuite du placement de
Ferris et, partant, le maintien du retrait du droit de garde de
Maxine Bucher sur son fils. Compte tenu des difficultés relationnelles de la mère avec son fils, du peu d'investissement du père, des inquiétudes communes de tous les professionnels concernant
Ferris, le SPJ a en outre requis la mise en œuvre d'une expertise pédopsychiatrique des capacités parentales.
Le même jour, la juge de paix a procédé à l'audition de
Maxine Bucher, assistée de son conseil, de
Matthieu Perrelet, de Johanne Harvey et de Joachim Métari. Elle a également entendu
Sandrine Racine, sage-femme, en qualité de témoin. Celle-ci a expliqué avoir suivi
Maxine Bucher dès sa grossesse ainsi qu'à la suite de l'accouchement. Elle a indiqué que la mère était adéquate avec son fils et qu'elle cherchait à faire au mieux pour le bien de son enfant.
Betty Polato, amie de
Maxine Bucher, a également été entendue par la juge de paix. Elle a déclaré avoir constaté beaucoup de liens entre la mère et son fils.
Maxine Bucher s'est engagée, pour le cas où le droit de garde sur son fils lui serait restitué, à ne pas le mettre en présence de son père. Elle a produit plusieurs témoignages écrits, une copie du carnet de santé de
Ferris, une lettre de la Dresse
Claire Feuillat, pédopsychiatre, du 10 juillet 2011, un courriel de
Catherine Bezençon, infirmière de la petite enfance, du 28 avril 2011, ainsi que le rapport de la pédiatre
Mathilde Kocher du 27 avril 2011.
Par ordonnance de mesures provisionnelles du 12 juillet 2011, envoyée pour notification aux parties le 22 juillet 2011, la Justice de paix du district de Morges a confirmé dans son intégralité l'ordonnance de mesures préprovisionnelles rendue le 7 avril 2011 [recte 9 mai 2011] (I), ordonné la mise en œuvre d'une expertise pédopsychiatrique des capacités parentales de
Maxine Bucher et
Matthieu Perrelet (II), chargé le Service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent d'effectuer cette expertise (III), dit que les frais suivent le sort de la cause (III) [sic], déclaré l'ordonnance immédiatement exécutoire nonobstant recours et dit qu'elle restera en vigueur durant toute l'enquête et jusqu'à décision définitive qui sera prise par l'autorité tutélaire de céans (IV).
B.
Par acte d'emblée motivé du 3 août 2011,
Maxine Bucher a recouru contre cette décision en concluant, avec suite de frais et dépens, principalement à sa réforme en ce sens que la garde sur l'enfant
Ferris lui est immédiatement restituée et, subsidiairement, à son annulation et au renvoi de la cause en première instance pour nouvelle instruction et nouvelle décision dans le sens des considérants. La recourante a produit un bordereau de pièces à l'appui de son écriture.
La justice de paix a transmis le dossier de la cause à la cour de céans. Il en ressort que le 14 juillet 2011,
la Pouponnière et l'Abri a établi un rapport éducatif intermédiaire concernant
Ferris. Les éducatrices ont expliqué que, conjointement à une diminution du droit de visite, l'état général de l'enfant s'était amélioré et que les parents n'avaient pas mis l'enfant en danger durant leurs visites. Elles ont précisé que la mère répondait aux besoins de base tels que l'hygiène, l'alimentation et le sommeil, mais que sa manière de répondre aux besoin psychoaffectifs de
Ferris les interpellait. Elles recommandaient ainsi une prise en charge pédopsychiatrique, ainsi que la poursuite du placement dans une structure d'accueil "moyen long terme" en considération de la principale raison du placement (maltraitance) et des implications pénales.
Le 15 août 2011,
Maxine Bucher a requis, à titre de mesures provisionnelles et superprovisionnelles, qu'il soit fait interdiction au SPJ d'ordonner le placement de
Ferris dans un autre foyer que celui de
la Pouponnière et l'Abri jusqu'à droit connu sur son recours.
Par décision du 17 août 2011, le Président de la cour de céans a rejeté cette requête. Il a constaté qu'il était dans l'intérêt de l'enfant que le SPJ, qui disposait de compétences particulières en la matière, ne soit pas entravé au moment de choisir un lieu de séjour adéquat, les inconvénients pratiques qui pourraient en résulter pour la recourante apparaissant d'importance moindre.
Le 2 septembre 2011,
Maxine Bucher a réitéré sa demande visant à ce que son fils puisse rentrer au domicile familial.
Par déterminations du 8 septembre 2011, le SPJ a conclu au rejet du recours. Patricia de Meyer, cheffe de service, a fait valoir que les éléments relevés par les différents intervenants tant médicaux que sociaux faisaient craindre l'apparition de troubles de l'attachement chez
Ferris et justifiaient son maintien à
la Pouponnière et l'Abri. En outre, au vu de la procédure pénale et dans l'intérêt supérieur de l'enfant, elle a estimé qu'il convenait de le maintenir dans son lieu de vie à tout le moins jusqu'à l'issue de l'enquête pénale, laquelle devait déterminer le ou les auteurs des mauvais traitements infligés à
Ferris. Le SPJ a également précisé que le retrait du droit de garde permettait d'offrir à l'enfant une prise en charge stable au foyer et d'instaurer des conditions de placement qui comportaient une plus grande sécurité et qui lui apportaient un cadre propre à son bon développement.
Par écriture du 10 septembre 2011,
Matthieu Perrelet a conclu à l'admission du recours.
La recourante s'est déterminée sur l'écriture du SPJ par lettre du 23 septembre 2011.

En droit :
1.
La décision entreprise, qui retire provisoirement à une mère son droit de garde sur son enfant mineur, constitue une ordonnance de mesures provisionnelles au sens de l'art. 401 CPC-VD (Code de procédure civile du 14 décembre 1966, RSV 270.11). Le CPC-VD reste applicable aux voies de droit, nonobstant l'entrée en vigueur du Code de procédure civile suisse du 19 décembre 2008 le 1
er
janvier 2001 (RS 272), conformément à l'art. 174 CDPJ (Code de droit privé judiciaire vaudois du 12 janvier 2010, RSV 211.01).
a)
Contre une telle décision, le recours non contentieux de l'art. 420 al. 2 CC (Code civil suisse du 10 décembre 1907, RS 210) est ouvert à la Chambre des tutelles (Poudret/Haldy/Tappy, Procédure civile vaudoise, 3
e
éd., Lausanne
2002, n. 3 ad art. 401 CPC-VD, p. 619; JT 1990 III 34; 2001 III 121 c. 1a; art. 76 LOJV, Loi d'organisation judiciaire du 12 décembre 1979, RSV 173.01). Ce recours, qui s'instruit conformément aux art. 489 ss CPC-VD (art. 109 al. 3 LVCC, Loi d'introduction dans le canton de Vaud du Code civil suisse du 30 novembre 1910, RSV 211.01), s'exerce par acte écrit dans les dix jours dès la communication de la décision attaquée (art. 492 al. 1 et 2 CPC-VD).
Il est ouvert à tout intéressé (art. 420 al. 1 CC et 405 CPC-VD), soit dans les causes en limitation de l'autorité parentale, à chacun des parents notamment (Hegnauer, Droit suisse de la filiation, 4
e
éd., 1998, adaptation française par Meier, n. 27.64, p. 205; RDT 1955, p. 101). La Chambre des tutelles peut réformer la décision attaquée ou en prononcer la nullité (art. 498 al. 1 CPC-VD). Si la cause n'est pas suffisamment instruite, elle peut la renvoyer à l'autorité tutélaire ou procéder elle-même à l'instruction complémentaire (art. 498 al. 2 CPC-VD); le recours étant pleinement dévolutif, elle revoit librement la cause en fait et en droit. S'agissant de mesures provisionnelles, la Chambre des tutelles peut se limiter à un examen
prima facie
, plus sommaire qu'au fond, et statuer sous l'angle du déni de justice (JT 2003 III 35; JT 2001 III 121).
b)
En l'espèce, le recours, interjeté en temps utile par la mère du mineur concerné, détentrice de l'autorité parentale, est recevable à la forme. Il en va de même des déterminations du SPJ et du père de l'enfant, ainsi que des pièces produites en deuxième instance dans les délais impartis à cet effet (art. 496 al. 2 CPC-VD).
2.
a)
La Chambre des tutelles, qui n'est pas tenue par les moyens et les conclusions des parties, examine d'office si la décision n'est pas affectée de vices d'ordre formel. Elle ne doit toutefois annuler une décision que s'il ne lui est pas possible de faire autrement, soit parce qu'elle est en présence d'une procédure informe, soit parce qu'elle constate la violation d'une règle essentielle de la procédure à laquelle elle ne peut elle-même remédier et qui est de nature à exercer une influence sur la solution de l'affaire (Poudret/Haldy/Tappy, op. cit., nn. 3 et 4 ad art. 492 CPC-VD, p. 763).
b)
La procédure en matière de mesures limitant l'exercice de l'autorité parentale est régie par les art. 399 ss CPC-VD. Selon l'art. 400 CPC-VD, lorsque la justice de paix est saisie ou encore lorsqu'elle intervient d'office, le juge de paix procède à une enquête (al. 1). Il entend le dénonçant, le dénoncé, ainsi que toute autre personne ou autorité dont l'audition lui paraît utile (al. 2). Il dresse procès-verbal de ces auditions (al. 3). Le juge de paix ou un tiers nommé à cet effet entend l'enfant, conformément à l'art. 371a (al. 4). Aux termes de l'art. 401 al. 1 CPC-VD, en cas d'urgence, après avoir entendu ou dûment cité les dénoncés, le juge de paix peut leur retirer provisoirement la garde des enfants et les placer dans une famille ou un établissement, conformément à l'art. 310 al. 1 CC. S'il y a péril en la demeure, le juge peut ordonner cette mesure immédiatement et sans entendre les dénoncés; il est alors tenu de les convoquer à bref délai et de prendre, après les avoir entendus, une nouvelle décision provisionnelle qui confirme, modifie ou abroge sa première décision (art. 401 al. 2 CPC-VD).
Conformément aux art. 315 al. 1 CC et 399 al. 1 CPC-VD, les mesures protectrices sont ordonnées par l'autorité tutélaire du domicile de l'enfant. Celui-ci correspond en principe au domicile du ou des parents qui a ou ont l'autorité parentale (art. 25 al. 1 CC). Le moment décisif pour la détermination de la compétence ratione loci de l'autorité tutélaire est celui de l'ouverture de la procédure.
c)
En l'espèce, la recourante, seule détentrice de l'autorité parentale sur son fils
Ferris, est domiciliée à
Etoy. Dans un premier temps, le Tribunal tutélaire de Genève a mandaté le Service de protection des mineurs de Genève, où la recourante avait encore son domicile légal et où l'enfant était hospitalisé. Par décision du 10 mai 2011, la Justice de paix du district de Morges a accepté le transfert en son for de l'enquête ouverte en faveur de
Ferris Bucher, de sorte que le Juge de paix du district de Morges était compétent pour prendre des mesures en faveur de ce mineur. La juge de paix, après avoir rendu une ordonnance de mesures préprovisionnelles, a requis un rapport d'évaluation du SPJ et de la
Pouponnière et l'Abri. Elle a procédé à l'audition des père et mère, de sorte que leur droit d'être entendu a été respecté.
Ferris n'étant âgé que de d'une année, son audition n'entre pas en ligne de compte.
La décision est donc formellement correcte et il convient d’examiner si elle est justifiée sur le fond.
3.
La recourante conteste la proportionnalité du retrait du droit de garde sur son fils. Elle soutient ne pas avoir eu de gestes de maltraitance envers son fils et être une mère adéquate qui se soucie du bien de son enfant.
a)
En règle générale, la garde d'un enfant appartient au détenteur de l'autorité parentale. Le droit de garde, qui implique la compétence pour décider du lieu de résidence et du mode d'encadrement de l'enfant et pour exercer les droits et les responsabilités liés à l'assistance, aux soins et à l'éducation quotidienne, doit être distingué de la garde de fait consistant à donner au mineur tout ce dont il a journellement besoin pour se développer harmonieusement sur le plan physique, intellectuel et spirituel (ATF 128 III 9; Stettler, Le droit suisse de la filiation, Traité de droit privé suisse, III, tome II, 1, p. 247; Meier/Stettler, Les effets de la filiation, 4
e
éd. 2009, n. 1216 p. 699).
Lorsqu'elle ne peut éviter par une mesure moins grave que le développement de l'enfant ne soit compromis, l'autorité tutélaire doit retirer l'enfant aux père et mère ou aux tiers chez qui il se trouve et le placer de façon appropriée (art. 310 al. 1 CC). La cause du retrait doit résider dans le fait que le développement corporel, intellectuel ou moral de l'enfant n'est pas assez protégé ou encouragé dans le milieu de ses père et mère ou dans celui où ceux-ci l'ont placé (Hegnauer, op. cit., n. 27.36, p. 194). Les dissensions entre parents peuvent également représenter un danger pour l'enfant (Hegnauer, op. cit., n. 27.14, p. 186).
L'intérêt de l'enfant est la justification fondamentale de toutes les mesures des art. 307 ss CC. Les mesures de protection de l'enfant sont en outre régies par les principes de proportionnalité et de subsidiarité (Message, FF 1974 II 84), ce qui implique qu'elles doivent correspondre au degré du danger que court l'enfant en restreignant l'autorité parentale aussi peu que possible mais autant que nécessaire et n'intervenir que si les parents ne remédient pas eux-mêmes à la situation ou sont hors d'état de le faire; elles doivent en outre compléter, et non évincer les possibilités offertes par les parents eux-mêmes, selon le principe de complémentarité (Hegnauer, op. cit., nn. 27.09 à 27.12, pp. 185-186). Le respect du principe de proportionnalité suppose que la mesure soit conforme au principe de l'adéquation
et, partant, propre à atteindre le but recherché (Moor, Droit administratif, vol. I, 2
e
éd.,
Berne 1994, n. 5.2.1.2, p. 418; Knapp, Précis de droit administratif, 4
e
éd., Bâle 1991, n. 538, p. 114). Une mesure telle que le retrait du droit de garde n'est ainsi légitime que s'il n'est pas possible de prévenir le danger par les mesures moins énergiques prévues aux articles 307 et 308 CC (Hegnauer, op. cit., n. 27.36, p. 194). Le retrait du droit de garde doit être levé lorsque le milieu familial évolue favorablement, de sorte qu'un retour de l'enfant dans celui-ci devient opportun (art. 313 al. 1 CC).
La mise en danger d'un enfant doit résider dans le fait que l'enfant placé sous la garde parentale ne jouit pas d'une protection, ni d'un encouragement adéquat de son développement physique, mental ou moral. Les causes de la mise en danger ne sont pas déterminantes: elles peuvent résider dans les installations ou dans le comportement fautif de l'enfant, des parents ou du reste de l'entourage. La question de savoir si les parents sont responsables de la mise en danger ne joue aucun rôle à cet égard (TF, 5C.258/2006 du 22 décembre 2006, in FamPra 2007, p. 428).
b)
En l'espèce, les médecins qui ont signalé la situation de l'enfant au Tribunal tutélaire de Genève ont constaté des hématomes multiples, des contusions hépatiques, une fracture de côte à gauche et un probable hématome paravertébral droit, lésions évoquant fortement une maltraitance. Le service de protection des mineurs de Genève a dénoncé ces faits au Procureur général en précisant que l'origine des coups restait à élucider.
La recourante conteste être fragile psychologiquement et ne pas pouvoir s'occuper adéquatement de son fils. Elle a produit plusieurs témoignages écrits, émanant notamment de son entourage, selon lesquels elle sait se montrer attentionnée à l'égard de son fils. Elle relève également que selon la pédiatre, elle est parfaitement adéquate avec
Ferris. Il n'en demeure pas moins que la cause du retrait du droit de garde consiste essentiellement dans les maltraitances subies par l'enfant, dont l'origine n'a pas encore pu être déterminée.
Les parents ont admis que
Ferris était gardé essentiellement par sa mère et occasionnellement par son père ou sa grand-mère maternelle. Le 15 novembre 2010,
Ferris a dû être amené à l'Hôpital de Morges pour être tombé du canapé en présence de sa mère. Lors de la consultation du 31 mars 2011, la recourante a déclaré penser que les hématomes au ventre étaient dus au fait que
Ferris s'était appuyé sur ses jouets. Lors d'un entretien téléphonique avec sa pédiatre le 13 avril 2011, soit postérieurement à l'hospitalisation de son fils, la recourante a fait valoir que personne n'avait fait de mal intentionnellement à
Ferris et qu'il s'agissait d'un accident. Le lendemain, dans un courrier au Tribunal tutélaire, les parents ont admis qu'il se pouvait que l'un d'eux ait "fortement empoigné l'enfant, lui causant du mal mais sans le faire intentionnellement". Lors d'un nouvel entretien avec la pédiatre le 10 avril 2011, la recourante a déclaré qu'elle se rendait compte que quelqu'un avait fait du mal à son enfant. Par la suite, les parents ont contesté être les auteurs des maltraitances.
Ces éléments, dont il ressort que la recourante ne peut/ne veut pas expliquer pourquoi son fils a subi des lésions graves – ce que les témoignages favorables ne peuvent occulter – ne permettent pas de conclure qu'aucun danger ne serait présent en cas de retour de l'enfant auprès de ses parents.
Par ailleurs, les capacités parentales demeurent incertaines, malgré les témoignages écrits fournis par la recourante. Lors de leur signalement du 11 avril 2011, les Dresses Kirchhofer et Mirabaud ont relevé que l'enfant présentait des signes comportementaux inquiétants. Dans leur rapport de consultation du développement du 2 mai 2011, les médecins ont constaté – en sus des lésions – un décalage modéré du développement moteur, un développement mental dans la norme, un faible accordage émotionnel et des difficultés de régulation tonico-émotionnelles. Le service de protection des mineurs de Genève a relevé que l'équipe médicale restait inquiète pour l'enfant, d'autant que la fragilité psychologique et l'attitude de la maman ne lui permettaient alors pas de se montrer adéquate pour s'occuper de son fils. Par la suite, le SPJ – relayant l'avis des professionnels concernés – a émis des inquiétudes au sujet du bon développement de l'enfant et des compétences de la mère.
Ainsi, jusqu'à ce que l'origine des maltraitances ait pu être élucidée et que les capacités parentales des père et mère aient pu être évaluées par le biais d'une expertise, le retour de l'enfant dans son foyer ne saurait être considéré comme sans danger. Dans ces conditions, le retrait provisoire du droit de garde est indispensable pour assurer la sécurité de l'enfant. Aucune mesure moins restrictive ne permettrait de lui offrir une protection suffisante et un cadre propice à son bon développement.
La décision attaquée est donc bien fondée et doit être maintenue. Il appartiendra au juge de paix de poursuivre l'instruction concernant la situation de l'enfant
Ferris Bucher sans attendre l'issue de la procédure pénale.
4.
En conclusion, le recours doit être rejeté et l'ordonnance confirmée.
Le présent arrêt peut être rendu sans frais (art. 236 al. 2 TFJC, Tarif des frais judiciaires en matière civile, RSV 270.11.5, qui continue à s'appliquer pour toutes les procédures visées par l'art. 174 CDPJ, art. 100 TFJC du 28 septembre 2010, RSV 270.11.5).
La recourante a été mise au bénéfice de l'assistance judiciaire par décision du 8 septembre 2011. Son conseil indique avoir consacré 23.19 heures à son mandat, ses débours s'élevant à 292 fr. 70. Il résulte du dossier que la requête d'appel et les écritures subséquentes sont le fait de la stagiaire de Me Fontana. Une indemnité correspondant à 7 heures de travail d'avocat au tarif horaire de 180 fr. hors TVA (art. 2 al. 1 let. a RAJ, Règlement sur l'assistance judiciaire en matière civile, RSV 211.02.3), ainsi qu'une indemnité correspondant à 7 heures de travail d'avocat-stagiaire au tarif horaire de 110 fr. hors TVA (art. 2 al. 1 let. b RAJ), apparaissent toutefois suffisantes et raisonnables. On obtient ainsi une indemnité totale de 2'030 francs (1'260 fr. + 770 fr. ), à laquelle il convient d'ajouter la TVA à 8 % (art. 2 al. 3 RAJ) ainsi que les débours, par 292 fr. 70. L'indemnité d'office due au conseil de la recourante pour la procédure de recours doit ainsi arrêtée à 2'485 fr. 10.
La bénéficiaire de l'assistance judiciaire est, dans la mesure de l'art. 123 CPC-VD, tenue au remboursement des frais judiciaires et de l'indemnité au conseil d'office mise à la charge de l'Etat.