Decision ID: 0bd776e0-a389-52cc-be1a-7826f8d87003
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 18 janvier 2019, A_ recourt
contre l'ordonnance
du 15 janvier 2019, notifiée le lendemain, par laquelle le Ministère public a ordonné la jonction des procédures P/11682/2018 et P/1_/2015, sous ce dernier numéro.
Le recourant conclut, sous suite de frais et dépens, principalement à l'annulation de l'ordonnance querellée et, subsidiairement, à ce qu'il soit ordonné au Ministère public de prendre des mesures de restriction quant à l'accès au dossier de B_ et sa participation à la procédure P/11682/2018.
b.
Par ordonnance du 30 janvier 2019, la Direction de la procédure a accordé l'effet suspensif au recours et fait interdiction au Ministère public de joindre formellement les procédures pénales susmentionnées jusqu'à droit jugé par la Chambre de céans.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
La société C_ SA, compagnie d'assurance. ![endif]>![if>
b.
À la suite de la dénonciation de la FINMA du 10 février 2015 et de la constitution de partie plaignante de C_ SA (en liquidation) (ci-après; C_ SA) du 5 mars 2015, le Ministère public a prévenu, dans la P/1_/2015, A_, en sa qualité de directeur général et administrateur, et B_, en sa qualité de président du conseil d'administration, de gestion déloyale avec un dessein d'enrichissement illégitime (art. 158 al. 1, 2
ème
par. CP), pour avoir, à Genève, entre 2008 et 2014, amené C_ SA à: ![endif]>![if>
- verser, en 2012, plus de CHF 2'037'000.- en faveur d'une des sociétés de A_ en Belgique, avec la référence "
frais personnels
", en l'absence de contrat de travail dans ce sens, ![endif]>![if>
- prêter CHF 42 millions et EUR 1'750'000.- à la société D_ SA, Luxembourg (ci-après; D_), dont A_ était actionnaire et B_ administrateur, placement en partie effectué sans droit avec la "
fortune liée
" de C_ SA, cet argent ayant été remboursé après deux mois environ, et ![endif]>![if>
- acheter, en 2011, un immeuble à Genève, afin d'y installer ses bureaux, pour le prix de CHF 25 millions, plus CHF 800'000.- de travaux, alors que celui-ci ne valait que CHF 11'500'000.-, occasionnant une perte de CHF 14'300'000.-. ![endif]>![if>
c.
Le Ministère public a d'ores et déjà effectué un nombre importants d'actes d'instruction dans le cadre de cette procédure, à savoir des ordres de dépôt, des perquisitions et des audiences.![endif]>![if>
d.
Le 28 juillet 2015, B_ a déposé, auprès du Tribunal d'arrondissement de Luxembourg, plainte pénale pour faux et usage de faux reprochant à A_ d'avoir falsifié un extrait du Registre du Commerce et des Sociétés luxembourgeois se faisant faussement apparaître comme étant administrateur délégué de D_, qualité lui donnant un pouvoir de signature individuel. Il avait ensuite utilisé ledit extrait pour procéder à l'ouverture d'un compte bancaire auprès de _ [établissement bancaire] au nom de D_, lors de laquelle il avait falsifié sa signature [celle de B_] sous sa qualité d'administrateur. A_ avait ainsi pour but de réaliser des opérations illégales au travers de D_ à l'insu des autres administrateurs dont celles qui ont eu pour effet de soustraire des actifs importants de C_ SA.![endif]>![if>
Ledit Tribunal a ouvert une procédure pénale contre A_ pour faux, usage de faux et escroquerie.
e.
Le 13 juin 2018, l'Office fédéral de la justice a transmis au Ministère public genevois la demande de délégation de la poursuite pénale luxembourgeoise. La procédure a été ouverte contre A_ pour faux dans les titres (art. 251 CP) sous le numéro de procédure P/11682/2018. ![endif]>![if>
f.
Par ordonnance du 27 novembre 2018, le Ministère public a refusé la constitution de partie plaignante à B_, retenant que ce dernier n'avait pas été directement lésé par les agissements de A_ et n'avait subi aucun dommage. De plus, sa responsabilité d'administrateur n'avait jamais été engagée et il n'existait aucun élément permettant de penser qu'elle puisse l'être à l'avenir.![endif]>![if>
B_ n'a pas recouru contre cette décision.
g.
Par mandat du 22 janvier 2019, le Procureur a convoqué une audience, fixée au 15 février 2019, destinée à entendre A_ sur les faux dans les titres. ![endif]>![if>
Le conseil de B_ en a demandé le report en raison d'un conflit d'audience et souhaitant "
intervenir
" personnellement dans la procédure.
C.
Dans l'ordonnance querellée, le Ministère public rappelle la mise en prévention de A_ dans la P/1_/2015. Il expose que, dans la P/11682/2018, A_ est prévenu de faux dans les titres, reprenant les griefs formulés dans la plainte de B_. Ledit compte bancaire avait vu transiter le bénéfice retiré de l'opération "E_" (
cf.
supra B.a) et, A_ l'avait fait disparaitre vers une banque au Moyen-Orient. La connexité des faits justifiait par conséquent la jonction des procédures.
D.
a.
Dans son recours, A_ reproche une procédure
"devenue le théâtre quelque peu surréaliste d'une instruction menée à charge par B_"
visant
"principalement à préparer le terrain d'une action civile"
à son encontre. B_, voyant que sa stratégie prospérait dans la première procédure suisse, avait sollicité la délégation de procédure luxembourgeoise qui n'avait quasiment pas été instruite au Luxembourg
.
Il soutient que la jonction des procédures entraînerait inévitablement un ralentissement de l'instruction pendante depuis 2015
.
Il allègue la violation du secret de l'instruction. B_, tiers à la procédure P/11682/2018, faute de qualité de partie plaignante, y aurait néanmoins accès par la jonction à la P/1_/2015 dans laquelle il a la qualité de prévenu, et ce sans intérêt digne de protection prépondérant. Il allègue également l'abus de droit (art. 3 al. 2 let. b CPP). La jonction des procédures avait pour conséquence d'aménager à B_ une participation dans une procédure à laquelle il n'avait pas le droit de participer. Rien ne laissait penser que le Minsitère public entendait prendre des mesures pour éviter la collusion d'intérêts, ayant appointé une audience sur les faits de la procédure luxembourgeoise sans attendre que l'ordonnance de jonction soit entrée en vigueur. La jonction était donc utilisée à des fins étrangères au but de la disposition légale.
b.
À réception, la cause a été gardée à juger sans échange d'écritures ni débats.

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner du prévenu qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. a CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).![endif]>![if>
2.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP). Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.![endif]>![if>
3.
3.1.
À teneur de l'art. 29 CPP ("Principe de l'unité de la procédure"), les infractions sont poursuivies et jugées conjointement lorsqu'un prévenu a commis plusieurs infractions (al. 1 let. a) ou s'il y a plusieurs coauteurs ou participants (al. 1 let. b).![endif]>![if>
Si des raisons objectives le justifient, le ministère public et les tribunaux peuvent ordonner la jonction ou la disjonction de procédures pénales (art. 30 CPP).
L'art. 29 CPP peut être considéré comme une règle d'ordre. La stricte mise en œuvre du principe d'unité est trop souvent aléatoire et les personnes poursuivies ne pourront pas invoquer ce principe pour en tirer un véritable droit (A. KUHN / Y. JEANNERET (éds.),
Code de procédure pénale suisse
, Bâle 2011, n. 9 ad art. 29).
Le principe d'unité de la procédure découle déjà de l'art. 49 CP et, sous réserve d'exceptions, s'applique à toutes les situations où plusieurs infractions, respectivement plusieurs personnes, doivent être jugées ensemble (A. KUHN / Y. JEANNERET (éds),
op. cit
., n. 1 ad art. 29). Ce principe tend à éviter les jugements contradictoires quant à l'état de fait, l'appréciation juridique ou la quotité de la peine. Il sert en outre l'économie de la procédure (ATF
138 IV 214
consid. 3 ;
138 IV 29
consid. 3.2).
En vertu de la règle de l'unité des poursuites, les infractions commises en concours doivent être réprimées dans un seul et même jugement et un seul juge doit se prononcer sur l'ensemble des faits qui peuvent être reprochés à un délinquant. Cette solution permet d'éviter la multitude de jugements rendus à l'encontre du même prévenu, le prononcé d'une peine complémentaire ou peine d'ensemble, ainsi que des frais liés à toute nouvelle procédure (L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND,
Code de procédure pénale - Petit commentaire
, 2ème édition, Bâle 2016, n. 3 ad art. 29).
3.2.
L'art. 30 CPP prévoit la possibilité de déroger au principe de l'unité de la procédure. Cette faculté entraîne une extension de l'unité de la procédure à des situations qui ne sont pas incluses dans l'art. 29 CPP (
ACPR/133/2013
du 10 avril 2013 ; A. KUHN / Y. JEANNERET,
op. cit.
, n. 3 ad art. 30). Une telle dérogation exige toutefois des raisons objectives, ce qui exclut de se fonder, par exemple, sur de simples motifs de commodité (
Ibid.
, n. 2 ad art. 30).
Une violation du principe de célérité constitue un motif objectif permettant de renoncer à juger conjointement plusieurs coauteurs (arrêt du Tribunal fédéral
1B_684/2011
et
1B_686/2011
du 21 décembre 2011 consid. 3.2). Constituent d'autres exemples de cas d'application de l'exception de l'art. 30 CPP, l'arrestation d'un coauteur lorsque les autres participants sont en voie d'être jugés, les difficultés liées à un grand nombre de coauteurs dont certains seraient introuvables, ou encore la mise en œuvre d'une longue procédure d'extradition (arrêt du Tribunal fédéral
1B_684/2011
et
1B_686/2011
susmentionné et les références;
ACPR/752/2016
du 23 novembre 2016).
La disjonction des causes en vertu de l'art. 30 CPP doit cependant rester l'exception et l'unité de la procédure la règle, dans un but d'économie de procédure, d'une part, mais aussi afin de prévenir le prononcé de décisions contraires, d'autre part. Ainsi, le Tribunal fédéral a considéré qu'en vertu du principe de l'unité de procédure, le Ministère public était tenu de joindre des procédures à l'encontre du même prévenu quand bien même la nature des infractions était fort différente, en l'occurrence violences domestiques et escroquerie (ATF
138 IV 214
consid. 3.6 et 3.7 ; L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND,
op. cit.
, n. 5 ad art. 29 ;
ACPR/581/2016
du 14 septembre 2016). Une étroite connexité entre différentes infractions plaide également pour une jonction au sens de l'art. 30 CPP. Elle est notamment donnée, lorsque des participants s'accusent mutuellement d'infractions qui auraient été commises dans le cadre d'un même conflit. Une jonction des causes dans ce cas de figure va dans l'intérêt de l'économie de procédure et permet d'éviter des décisions contradictoires. Le Tribunal fédéral a ainsi considéré que dans le cas d'une personne blessée par des policiers qu'elle aurait agressés auparavant, les procédures ouvertes contre la victime et les agents de police devaient être instruites par un seul Ministère public, en l'occurrence extraordinaire (ATF
138 IV 29
consid. 5.5 ;
ACPR/654/2016
du 13 octobre 2016).
3.3.
En l'espèce, le recourant ne conteste pas que les faits dénoncés par B_, qui font l'objet de la P/11682/2018, s'inscrivent dans le même contexte de faits que ceux de la P/1_/2015. En outre, rien ne laisse supposer que la procédure, à la suite de la jonction, serait exagérément retardée.
Partant, la décision de jonction querellée apparaît parfaitement justifiée, sous l'angle de l'unité de la procédure prévue à l'art. 29 al. 1 CPP.
Le recourant se plaint moins de la jonction des procédures que des effets de celle-ci, à savoir l'accès à l'ensemble de la procédure et la participation de B_ et sollicite dès lors que le Ministère public prenne des mesures organisationnelles pour refuser l'accès au dossier relatif aux faits de la P/11682/2018 et l'interdiction de participer à leur instruction.
Or, le Ministère public n'ayant pas rendu de décision sur une telle question – faute de lui avoir été soumise –, il n'y a pas lieu que la Chambre de céans s'en saisisse à ce stade.
Justifiée,
l'ordonnance
querellée sera donc confirmée.
4.
Le recourant, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui comprendront un émolument de CHF 1'000.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).
![endif]>![if>