Decision ID: 90085c60-077b-4a57-912e-bed39da3e82e
Year: 2005
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
A.X._, née A.Y._ le 2.********, de nationalité sri-lankaise, est arrivée en Suisse le 5 mars 1999 au bénéfice d'un visa de trois mois, pour rejoindre B.X._, né le 3.********, de nationalité française, domicilié à 4.********, au bénéfice d'une autorisation d'établissement, avec qui elle avait signé une promesse de mariage le 27 janvier 1999. Le mariage a été célébré à 4.******** le 5.********. A.X._ a obtenu une autorisation de séjour "B" renouvelée en 2001 et en 2002.
B.
Le couple a connu des difficultés et les conjoints se sont séparés au courant du mois de mars 2001. Des mesures protectrices de l'union conjugale ont été prononcées les 18 septembre 2001, 13 mars 2002, 14 juin 2002 et 26 mars 2003. Par acte du 13 mai 2003, B.X._ a notamment conclu à une séparation jusqu'au 1
er
mars 2004. Le 7 octobre 2003, l'épouse est venue habiter 1.********, son mari ayant pris domicile à 6.********. Par prononcé du 17 juin 2003, le président du Tribunal civil, statuant par voie de mesures protectrices de l'union conjugale a autorisé A.X._ a vivre séparée de son mari jusqu'au 29 février 2004, délai prolongé par prononcé du 9 février 2004 jusqu'à droit connu sur la requête de mesures protectrices de l'union conjugale. Par jugement rendu le 23 septembre 2004, le président du Tribunal civil a prononcé le divorce des époux A.X._ et B.X._. Il a ratifié, pour valoir jugement, la convention du 19 mai 2004, prévoyant que B.X._ contribuera à l'entretien de son épouse par le versement d'une pension capitalisée de ******** et qu'il lui versera à titre d'indemnité équitable un montant de ******** francs sur un compte de libre-passage.
C.
Entre-temps, le 23 avril 2002, A.X._ a été mise au bénéfice d'une autorisation de séjour "B" CE/AELE valable pour toute la Suisse jusqu'au 22 avril 2007, le but du séjour étant le regroupement familial sans activité lucrative, puis, par décision rendue le 1
er
octobre 2003, ce but a été étendu à une activité lucrative à temps complet.
Au bénéfice d'une formation de coiffeuse, achevée en février 2003, A.X._ a entrepris des démarches pour trouver un emploi qui lui permette de subvenir à ses besoins, les versements de son époux, dont la situation financière s'était fortement dégradée, étant insuffisants. Elle a notamment travaillé quelque temps comme serveuse au café de 7.********, à 8.********, tenu par un compatriote, Z._. Elle a toutefois été contrainte d'abandonner cette activité, à la suite de coups et blessures qui lui ont été infligés par ce dernier et qui ont nécessité une hospitalisation au CHUV.
D.
Agissant à la requête du SPOP, la police lausannoise a entendu A.X._ le 6 mai 2004 et établi le rapport suivant :
"Nous relevons qu'aux offices des poursuites de notre ville, l'intéressée fait l'objet de trois actes de défaut de biens, délivrés à ses créanciers entre le 22.02.2002 et le 29.01.2004, pour une somme de ******** fr. A l'Office d'impôt du district de 1.********, elle est taxée, pour les années 2001-2002, sur un revenu de ******** fr. et une fortune nulle.
Madame A.X._ a fait appel au personnel de Police-Secours à trois reprises, soit les 30.01., 02.02. et 02.04.2004 suite à des altercations l'opposant à son ex-ami, Monsieur Z._."
La police de 6.******** a entendu B.X._ le 25 mai 2005, entretien dont il ressort notamment ce qui suit :
"L'intéressé affirme avoir entamé une procédure de divorce, lors de la dernière séance de tribunal, qui a eu lieu le 19 mai 2004. Il ajoute que des documents officiels devraient lui parvenir ces prochains jours, papiers qu'il devra signer et retourner à l'Autorité compétente en vue d'avaliser cette démarche.
Monsieur B.X._ déclare qu'il était astreint au versement d'une pension mensuelle de fr. 600.- pour l'entretien de son épouse, fait confirmé par le prononcé du Tribunal du 9 février 2004. Il précise avoir trois mois de retard sur ses paiements, à cause de sa situation personnelle, et ajoute que ladite pension a été abolie lors de la séance du 19 mai 2004.
Au vu des renseignements en notre possession, rien ne nous permet d'établir ou de supposer que nous nous trouvons en présence d'un mariage de complaisance."
E.
Par décision du 19 novembre 2004, le SPOP a décidé de révoquer l'autorisation de séjour CE/AELE de A.X._ pour les motifs suivants :
- Madame A.X._ est entrée en Suisse le 5 mars 1999. Le 23 avril 1999, elle a conclu un mariage avec un ressortissant français au bénéfice d'une autorisation d'établissement;
- Les conjoints n'ont fait ménage commun que durant 2 ans et 5 mois environ;
- L'intéressée est divorcée de son époux dès le 5 octobre 2004;
- Madame A.X._ est au bénéfice de l'aide sociale vaudoise par le biais du RMR (Revenu Minimum de Réinsertion). Le montant versé au 12 juillet 2004 était de Fr. 15'734.75;
- La situation financière de l'intéressée est obérée compte tenu qu'elle fait l'objet de trois de défaut de biens pour une somme de Fr. 42'517.50.-;
- Aucun enfant n'est issu de cette union."
Un délai au 5 janvier 2005 a été imparti à l'intéressée pour quitter le pays.
F.
Agissant par l'intermédiaire de La Fraternité, à 1.********, A.X._ a interjeté un recours contre la décision du SPOP du 19 novembre 2004, concluant à son annulation et au renouvellement de l'autorisation de séjour sollicitée. Le juge instructeur a rendu une décision incidente le 5 janvier 2005, autorisant la recourante à poursuivre son séjour dans le canton de Vaud jusqu'à ce que la procédure de recours cantonale soit terminée.
Le 15 février 2005, la Fraternité a informé le tribunal que la recourante avait perdu son emploi de coiffeuse auprès du salon "9.******** ", durant le temps d'essai, comme deux de ses collègues, en raison du peu de clientèle.
Le SPOP s'est déterminé le 1
er
mars 2005, concluant au rejet du pourvoi.
La Fraternité a déposé des observations complémentaires le 21 mars 2005; elle a produit diverses lettres et rapport attestant du désarroi dans lequel s'est trouvé la recourante lorsque son mari l'a quittée et qu'il a émis le vœu de divorcer. Figure également en annexe au courrier une attestation de Centre d'accueil 10.******** (centre d'accueil pour femmes victimes de violences conjugales) qui certifie que la recourante s'y est présentée à trois reprises pour des entretiens ambulatoires, le premier en date du 9 août 2001.
Le 29 mars 2005, La Fraternité a produit au tribunal une copie du contrat de travail entre 11.******** et la recourante, en tant qu'assistante coiffeuse à plein temps, pour un salaire mensuel brut de ******** francs, ainsi que les demandes de permis de séjour avec activité lucrative remplies par son employeur. Le 5 avril 2005, le SPOP a maintenu ses déterminations, expliquant que l'emploi trouvé par la recourante est trop récent pour permettre de conclure que sa situation financière va durablement se stabiliser. La Fraternité a encore tenu à produire le 19 mai 2005 une attestation de l'employeur, 11.********, qui dit être très satisfait de ses services et vouloir la former comme coiffeuse.
Le tribunal a délibéré par voie de circulation.

Considérant en droit
1.
Déposé en temps utile et selon les formes légales par La Fraternité du Centre social protestant, en tant mandataire de la destinataire de la décision attaquée, comme l'atteste la procuration produite, le recours est recevable à la forme.
2.
Le SPOP a notamment révoqué l'autorisation de séjour CE/AELE de la recourante, en raison de la séparation, puis du divorce d'avec son conjoint, un ressortissant français titulaire d'une autorisation d'établissement. Dès lors, la première question qui se pose est celle de savoir si l'Accord du 21 juin 1999 sur la libre circulation des personnes, entre la Confédération suisse, d'une part, et la Communauté européenne et ses Etats-membres, d'autre part (ci-après : ALCP) s'applique dans le cas d'espèce.
a) Le Tribunal fédéral a jugé dans un arrêt de principe que le conjoint d'un ressortissant de la CE/AELE doit avoir bénéficié d'un titre de séjour durable dans un pays membre de l'UE avant sa venue en Suisse pour pouvoir bénéficier du regroupement familial selon l'ALCP (ATF 2A.91/2003 du 4 novembre 2003, consid. 3.6 et 3.7). Le Tribunal administratif en a déduit que le recours du conjoint étranger qui ne peut pas se prévaloir d'une autorisation de séjour durable à l'intérieur de l'espace UE/AELE doit être examiné à la lueur des règles générales du droit des étrangers, en en particulier des dispositions de la LSEE (arrêt TA PE.2004/0192 du 29 septembre 2004, consid. 3). La directive IMES 8.6.2 précise également que pour les membres de la famille ressortissants d'Etats non membres de la CE ou de l'AELE (ressortissants d'Etats tiers), la poursuite du séjour après dissolution du mariage (décès ou divorce) est régie par les dispositions de la LSEE et ses ordonnances d'exécution.
b) L'art. 17, al. 1 LSEE rappelle qu'en règle générale l'autorité ne délivrera qu'une autorisation de séjour, même s'il est prévu que l'étranger s'installera à demeure en Suisse et que l'Office fédéral de l'immigration, de l'intégration et de l'émigration (IMES) fixera, dans chaque cas, la date à partir de laquelle l'établissement pourra être accordé. Au deuxième alinéa, il est notamment précisé que si cette date a déjà été fixée ou si l'étranger possède l'autorisation d'établissement, son conjoint a droit à l'autorisation de séjour aussi longtemps que les époux vivent ensemble; après un séjour régulier et ininterrompu de cinq ans, le conjoint a lui aussi droit à l'autorisation d'établissement, ce droit s'éteignant toutefois si l'ayant droit a enfreint l'ordre public.
Le Tribunal administratif a constaté qu'il ressort de la simple lecture de l'art. 17 al. 2 LSEE que l'octroi ou la prolongation de l'autorisation de séjour du conjoint d'un ressortissant étranger au bénéfice d'une autorisation d'établissement est lié à la vie commune des époux. Il a rappelé que dans sa jurisprudence constante, il avait toujours fait sien les principes figurant dans les directives IMES, édictées afin de coordonner la pratique des différentes autorités cantonales chargées d'appliquer la législation fédérale en matière de séjour et de prise d'emploi d'étrangers (arrêts TA PE.2004.0192 du 29 septembre 2004, consid. 4a; PE.2004.0014 du 3 septembre 2004, consid. 3 et les arrêts cités).
c) La directive IMES 651 précise que l'objectif visé par le législateur est de permettre aux conjoints de vivre ensemble. En cas de divorce ou de dissolution de la communauté conjugale, de décès, de nullité du mariage ou de cessation de la vie commune, il convient de réexaminer les conditions de séjour de l'étranger admis en application des articles 7 LSEE, 17 LSEE ou 38 OLE. La directive 653 rappelle qu'à la différence du conjoint étranger d'un citoyen suisse, le droit du conjoint étranger d'un établi prend fin si les conjoints cessent la vie commune avant l'échéance des cinq ans de mariage. Les droits découlant de l'article 17, al. 2, LSEE n'existent plus. Dans ce cas, l'autorisation de séjour peut être refusée, révoquée ou ne plus être renouvelée.
d) En l'espèce, A.X._ et son mari ont vécu ensemble pendant environ deux ans, c'est-à-dire depuis leur mariage en avril 1999 jusqu'à leur séparation intervenue dans le courant de l'année 2001. Le divorce a été prononcé le 5 octobre 2004. Selon les explications de l'épouse, son mari l'aurait brutalisée et il l'aurait quittée après avoir rencontré une autre femme. Quant au mari, il dit que son épouse était incapable de supporter toute contradiction, allant même jusqu'à le frapper, ce qui aurait conduit à la séparation. Aucun des deux époux n'a évoqué l'hypothèse d'un mariage de complaisance et les lettres produites au dossier tendent à démontrer que des sentiments réciproques ont été à l'origine de l'union. Il faut toutefois constater que la vie commune des époux a définitivement cessé au plus tard en mai 2001, c'est-à-dire avant l'échéance des cinq ans, qu'elle n'a jamais repris, que le mariage des intéressés a pris fin par un divorce et qu'il est aujourd'hui vidé de toute substance. Une reprise de la vie commune n'est envisagée par aucun des conjoints, l'époux français aurait d'ailleurs quitté la Suisse pour s'établir dans son pays d'origine. La recourante ne peut dès lors plus prétendre au règlement de ses conditions de séjour sur la base l'art. 17 al. 2 LSEE.
3.
Il convient néanmoins d'examiner si la recourante peut, pour d'autres motifs, prétendre à une autorisation de séjour en dépit de la rupture de l'union conjugale. Il est en effet admis dans certains cas, notamment pour éviter des situations d'extrême rigueur, de renouveler l'autorisation de séjour du conjoint étranger malgré le divorce ou la rupture de l'union conjugale.
a) Les directives IMES prévoient ce qui suit sous chiffre 654 :
"Dans certains cas, notamment pour éviter des situations d'extrême rigueur, l'autorisation de séjour peut être renouvelée après le divorce (conjoint d'un citoyen suisse, chiffre 652) ou la dissolution de la communauté conjugale (conjoint étranger d'un étranger, chiffre 653). Les autorités statuent librement dans le cadre des prescriptions légales et des traités conclus avec l'étranger (art. 4 LSEE).
Les circonstances suivantes seront déterminantes : la durée du séjour, les liens personnels avec la Suisse (notamment les conséquences d'un refus pour les enfants), la situation professionnelle, la situation économique et sur le marché du travail, le comportement et le degré d'intégration. Sont également à prendre en considération les circonstances qui ont conduit à la dissolution du lien matrimonial ou à la cessation de la vie commune. S'il est établi qu'on ne peut plus exiger du conjoint, admis dans le cadre du regroupement familial, de maintenir la relation conjugale, notamment parce qu'il a été maltraité, il importe d'en tenir compte dans la prise de décision et d'éviter des situations de rigueur (cf. aussi FF 2002 3512 et 3552).
Si le divorce ou la dissolution de la communauté conjugale a lieu après un séjour régulier et ininterrompu de cinq ans, la révocation ou le non renouvellement de l'autorisation de séjour ou d'établissement ne sera prononcée que s'il a été établi que l'autorisation a été obtenue de manière abusive, qu'il existe un motif d'expulsion (art. 7, al. 1, LSEE) ou une violation de l'ordre public (art. 17, al. 2, LSEE; chiffres 624.2 et 633)."
b) En l'espèce, le SPOP fonde tout d'abord sa décision sur le fait que les conjoints n'ont fait ménage commun que pendant deux ans et cinq mois environ et qu'ils sont divorcés dès le 5 octobre 2004. Il est vrai que la vie commune des époux a été de courte durée. Il faut toutefois admettre que la recourante souhaitait maintenir le lien conjugal, qu'elle a accepté que son mari la délaisse et qu'elle était opposée à une séparation, souhaitant trouver une solution, notamment en suivant une thérapie de couple. Elle n'a toutefois pas pu empêcher son conjoint de quitter le domicile conjugal et de demander le divorce (les deux précédents mariages du mari s'étaient déjà terminés par un divorce). Ce fait à lui seul n'est pas déterminant. Il est vrai en outre que la recourante a fait l'objet d'actes de défaut de biens et qu'elle a été au bénéfice de l'aide sociale (RMR) pendant une durée qui est toutefois inférieure à un mois. Il ressort toutefois des explications de l'intéressée que la dette a été contractée par son mari (emprunt BCV) et qu'elle avait accepté, sans savoir ce que cela impliquait (à son arrivée en Suisse la recourante ne savait pas lire et comprenait à peine la langue française), de signer comme caution solidaire. Il est établi que son mari disposait d'un salaire confortable et qu'il s'est mis dans une situation difficile, notamment en investissant beaucoup d'argent dans une ferme et un élevage de chevaux de course en France (v. prononcé du président du tribunal civil du 18 septembre 2001 et divers courriers au dossier); il a par la suite négligé de verser les contributions mensuelles d'entretien fixées par le juge. Il faut par conséquent admettre que la recourante, pratiquement illettrée à son arrivée en Suisse, s'est trouvée dans une situation extrêmement difficile, abandonnée par le mari qu'elle aimait, sans argent et obérée de dettes.
Le tribunal constate toutefois qu'elle a repris sa vie en mains, tout d'abord en travaillant comme serveuse dans des conditions difficiles (violences de son ami et employeur), puis en reprenant une formation de coiffeuse. Elle a perfectionné ses connaissances de la langue française, qu'elle comprend et parle couramment, et elle a passé son permis de conduire. Les lettres de soutien produites en annexe à son recours attestent des nombreuses relations amicales nouées avec plusieurs familles de la région, outre les contacts entretenus avec une sœur mariée. Enfin, la situation professionnelle de la recourante s'est stabilisée, comme le démontre la lettre de son employeur, le salon de coiffure 11.********, qui relève les atouts de son employée (bonne et rapide intégration au sein de l'équipe, serviabilité, amabilité, vivacité, fiabilité) et la grande qualité de son travail.
Il convient dès lors d'admettre qu'il s'agit d'un cas où le départ ne saurait être exigé, car il impliquerait des conséquences excessivement rigoureuses, notamment par le fait que la réintégration familiale et sociale dans le pays de provenance - le Sri Lanka - est fortement entravée en raison de l'échec du mariage, qui ne saurait être imputé à la recourante. Bien que l'existence de violences physiques n'ait pas été établie, il apparaît que la santé psychique de l'épouse au sein du couple était menacée par le comportement du mari. On se trouve dès lors dans l'hypothèse évoquée par le Conseil fédéral dans sa réponse du 26 novembre 2003 à l'interpellation Anne-Catherine Ménétrey-Savary du 3 octobre 2003, et de l'article 49 du projet de la nouvelle loi sur les étrangers (FF 2002 III 1.3.7.6 p. 3510).