Decision ID: 96b0c85b-c40e-40f1-a190-83c56af3f805
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte déposé le 7 mars 2022, la raison individuelle A_ recourt
contre l'ordonnance
du 10 décembre 2021, notifiée par pli simple, par laquelle le Ministère public a refusé d'entrer en matière sur sa plainte du 27 août 2021.
La recourante conclut, sous suite de frais et dépens, à ce que la nullité de l'ordonnance entreprise soit constatée et, cela fait, à ce que la cause soit retournée au Ministère public. Subsidiairement, elle conclut à l'annulation de l'ordonnance querellée et au renvoi de la cause au Ministère public.
b.
La recourante a versé les sûretés en CHF 900.- qui lui étaient réclamées par la Direction de la procédure.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
A_ est une entreprise individuelle de droit suisse, constituée à Genève, et dont le but est le commerce d'objets cadeaux. A_ en est l'associée gérante avec signature individuelle et B_ est au bénéfice d'une procuration individuelle.
b.
Le 27 août 2021, A_, par B_, a déposé plainte pénale contre C_ pour vol (art. 139 CP).
Il exposait avoir visionné, le soir précédent, la vidéosurveillance de la "
partie atelier
" de son magasin de bijoux et avoir vu l'employée prénommée mettre des bijoux dans la poche avant droite de son pantalon. Il ne pouvait toutefois estimer la valeur du préjudice.
c.
Par pli du 15 septembre 2021, B_ a transmis à la police une clé USB contenant la
"
vidéo du vol
" et une photographie de plusieurs bijoux dont la "
pièce volée
", à savoir un "
apprêt/support
" en or blanc 18ct avec diamant, dont la valeur était de CHF 1'430.- selon une indication manuscrite.
Il a aussi joint la lettre de licenciement immédiat remise le 28 août 2021 à C_ ainsi que la réponse de cette dernière, considérant son licenciement comme abusif.
d.
Entendue le 30 octobre 2021 par la police, C_ a contesté les faits reprochés.
Le 26 août 2021, elle avait ouvert le magasin en présence de la nièce de ses employeurs. Puis, elle s'était attelée aux tâches prévues, à savoir notamment créer une copie d'un collier en pierre. Elle s'était donc rendue au comptoir prévu à cet effet et s'était aperçue qu'elle portait un bracelet ne provenant pas de la boutique, ce qui n'était pas autorisé par ses employeurs. Elle avait donc placé cet accessoire dans la poche droite de son pantalon, puis avait continué à rassembler le matériel dont elle avait besoin pour confectionner le collier. Au même moment, soit vers 11 heures, une cliente s'était approchée sur sa gauche de sorte qu'en pivotant, son bassin avait effleuré le plan de travail. Pensant avoir perdu son bracelet, elle avait mis sa main dans sa poche afin de vérifier qu'il s'y trouvait toujours. Puis, sa collègue avait répondu à la cliente.
Sur présentation de la planche photographique comprenant l'objet disparu, C_ a reconnu ces objets comme ayant été en vente dans la boutique, étant précisé que ceux-ci avaient été ôtés de la vitrine durant le premier confinement.
Après visionnement de la séquence fournie par la plaignante, elle a confirmé ses déclarations.
e.
Selon le rapport de police du 7 novembre 2021, les images fournies ne permettaient pas de déterminer si un objet avait été subtilisé. En outre, il ressortait des images extraites de la vidéo qu'aucun objet ne se trouvait dans le compartiment dans lequel C_ avait mis sa main. Enfin, la perquisition effectuée au domicile de la prénommée s'était révélée négative.
f.
Il ressort des images de vidéosurveillance, d'une durée de vingt secondes, que C_ se trouve face à un comptoir sur lequel est disposé un plateau gris, sa main droite manipulant des objets s'y trouvant. Après cinq secondes, elle tourne la tête sur sa gauche. Durant les trois secondes suivantes, alors qu'elle soulève des plastiques avec sa main droite pour les placer directement sur le côté, elle porte à nouveau son regard sur la gauche, en direction d'un client se déplaçant dans la boutique. Au même moment, son bassin frôle le comptoir, puis elle porte sa main droite, qui se trouvait alors au niveau d'un petit compartiment du plateau, à la poche de son pantalon, et ce durant deux secondes. Ensuite, elle s'empare d'un cordon avec la main gauche et soulève ledit plateau afin d'en dégager, avec sa main droite, les cordons se trouvant au-dessous de celui-ci. À la fin de l'extrait, l'on voit, à l'image, la main de sa collègue, qui se trouve derrière elle.
C.
Dans l'ordonnance querellée, le Ministère public a considéré qu'aucun élément matériel ne permettait de contredire les déclarations crédibles de C_ et aucun acte d'enquête ne semblait pouvoir étayer les allégations portées à son encontre, de sorte qu'il n'était guère possible d'établir de prévention pénale suffisante.
D.
a.
À l'appui de son recours, A_ expose tout d'abord avoir reçu une copie de l'ordonnance querellée le 25 février 2022, celle du 10 décembre 2021 ne lui ayant jamais été notifiée. Faute d'être signé par la direction de la procédure, la nullité de cet acte devait toutefois être constatée.
Au fond, l'appréciation du Ministère public était entachée d'arbitraire. Contrairement aux déclarations de C_, il ressortait de l'extrait de la vidéosurveillance que cette dernière s'était emparée d'un objet se trouvant sous un tas de sachets en plastique pour le mettre dans sa poche et non qu'elle avait enlevé son bracelet pour le placer à cet endroit. L'inventaire effectué avait d'ailleurs fait état de la disparition d'un bijoux d'une valeur de CHF 1'430.-. À ce stade de la procédure et compte tenu de ces contradictions, la tenue d'une audience de confrontation était nécessaire. À défaut, une ordonnance pénale devait être rendue, conformément au principe
in dubio pro duriore
.
b.
Dans ses observations, le Ministère public conclut, sous suite de frais, à l'irrecevabilité du recours pour cause de tardiveté. L'ordonnance querellée, après avoir été signée par la direction de la procédure et le préposé au procès-verbal, avait été "
notifiée
" le 13 décembre 2021 à la recourante par pli simple, à l'adresse de sa raison individuelle. En tout état, il convenait de retenir que la plaignante avait eu connaissance de l'ordonnance entreprise le 17 janvier 2022 au plus tard, cette dernière ayant à cette date mandaté un avocat et sollicité l'accès au dossier. Enfin, l'envoi d'une copie de ladite ordonnance le 23 février 2022 ne valait pas nouvelle notification.
Pour le surplus, le Ministère public s'en rapporte à la motivation contenue dans l'ordonnance entreprise.
c.
A_ réplique. Le Ministère public n'avait aucune preuve de la notification de l'ordonnance pénale du 10 décembre 2021. Il ne pouvait être déduit de la constitution de son conseil ou de sa demande de consultation de dossier que ladite ordonnance lui avait été notifiée, ce d'autant plus que par pli du 22 février 2022, son conseil avait expressément indiqué qu'elle n'avait reçu aucune décision.

EN DROIT
:
1.
1.1.
Le recours, déposé selon la forme (art. 385 al. 1), concerne une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émane de la plaignante – sur la base d'une procuration en faveur de son conseil signée par A_ – qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. b CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP;
ACPR/35/2018
, c. 2.2).![endif]>![if>
1.2.