Decision ID: 31c95116-d271-5a5b-80c6-9af4b04927f9
Year: 2011
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_004
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
X_, en tant que bailleur, et Y_ SA, en tant que locataire, ont conclu le 16 mars 2010 un contrat de bail à loyer portant sur des locaux de 256 m2 et 130 m2 situés au rez-de-chaussée et au sous-sol de l’immeuble xx rue A_ et xx rue B_ à Genève, destinés à l’exploitation d’un restaurant, pour un loyer annuel de 174'000 fr., charges non comprises. Les locaux comprennent comme dépendances deux caves au sous-sol. Conclu pour une première période de quinze ans, du 1
er
mars 2010 au 28 février 2025, le bail est ensuite renouvelable de cinq ans en cinq ans.
Y_ SA exploite dans ces locaux un restaurant à l’enseigne «C_».
Les relations entre les parties se sont rapidement détériorées.
Y_ SA a ainsi réclamé à X_ près de 300'000 fr. en raison d’importants travaux qu’elle a réalisés dans les locaux. Se plaignant d’importantes odeurs de mazout envahissant la salle du restaurant, la locataire a requis l’intervention du bailleur, puis consigné le loyer. Enfin, par avis daté du 8 septembre 2010, X_ a résilié le bail pour justes motifs avec effet au 31 mars 2011, ce que la locataire a contesté.
Par requête de mesures provisionnelles du 28 mars 2011, Y_ SA a conclu à ce que le Tribunal des baux et loyers ordonne à X_ de libérer l’accès au local à poubelles situé au rez-de-chaussée de l’immeuble et lui fasse interdiction de bloquer l’accès aux parties communes de l’immeuble et à la sortie de secours située au sous-sol. La locataire a également requis que les mêmes mesures soient prises à titre superprovisionnel, et que des mesures d’exécution soient ordonnées.
A l’appui de sa requête, la locataire a exposé qu’en date du 15 mars 2011, le bailleur avait changé les cylindres de la porte d’accès au local à poubelles du rez-de-chaussée, sans l’en avertir et sans lui en remettre un exemplaire des clés, ceci alors que ce local lui était accessible depuis le début du bail. La locataire a également indiqué que X_ lui interdisait d’utiliser l’entrée de l’immeuble et de passer par les parties communes pour accéder aux deux caves qui lui avaient été attribuées, et qu’il lui interdisait d’utiliser une sortie de secours située au sous-sol.
Par ordonnance du 31 mars 2011, le Tribunal a refusé de prononcer les mesures superprovisionnelles sollicitées. Il a cité les parties à comparaitre à une audience agendée au 8 avril 2011, la citation mentionnant notamment : «
Objet de l’audience : Débats au sens des articles 252 et suivants CPC, étant précisé que l’attention des parties est attirée sur le fait qu’à défaut de décision contraire du Tribunal les plaidoiries finales auront lieu en fin d’audience.
»
A l’audience de comparution personnelle des parties du 8 avril 2011, le représentant de Y_ SA a notamment indiqué que, environ deux jours plus tôt, X_ avait également changé les cylindres de la porte d’accès au sous-sol et aux caves, sans l’en avertir et sans lui fournir les clés correspondantes. Il a indiqué, s’agissant du local à poubelles situé au rez-de-chaussée, que Y_ SA y entreposait, avant le changement du cylindre, ses déchets de verre et cartons. C’est une entreprise, embauchée par la locataire, qui se chargeait d’évacuer ces déchets. Depuis que ce local est inaccessible, les déchets de verre sont déposés dans une des caves au sous-sol, ce qui empêche leur évacuation en une seule fois et oblige à passer par la salle principale du restaurant, avec des problèmes d’hygiène.
Y_ SA a également produit deux pièces supplémentaires, consistant en deux copies de courriers adressés les 6 et 7 avril 2011 à X_.
A la même audience, X_ a confirmé que Y_ SA avait pu accéder au local à poubelles du rez-de-chaussée depuis la signature du bail jusqu’au changement du cylindre. Il a toutefois expliqué que cet accès s’était fait à son insu. Concernant le passage en direction des sous-sols et du rez-de-chaussée, il a soutenu que la locataire pouvait y accéder par deux entrées différentes, dès lors que les locaux loués étaient traversant. Selon lui, l’accès aux caves devait se faire par les autres entrées à disposition de la locataire. Le bailleur a également produit plusieurs pièces, ainsi qu’une écriture datée du 8 avril 2011 et intitulée «conclusions motivées». Il a conclu au rejet de la requête de mesures provisionnelles.
La locataire a sollicité que les écritures et pièces déposées par la partie bailleresse soient écartées de la procédure.
Par ordonnance rendue le 18 avril 2011 et communiquée aux parties par plis du même jour, le Tribunal des baux et loyers a notamment ordonné à X_ de libérer l’accès au local à poubelles situé au rez-de-chaussée, de libérer l’accès aux parties communes de l’immeuble, et plus particulièrement au sous-sol et aux caves, et lui a fait interdiction de bloquer la sortie de secours située au sous-sol.
B.
Par acte déposé à la Cour le 27 avril 2011, X_ forme appel de cette ordonnance, concluant préalablement à la restitution de l’effet suspensif, et principalement à l’annulation de l’ordonnance et au déboutement de sa partie adverse, avec suite de dépens.
Par décision du 17 mai 2011, la demande d’effet suspensif a été rejetée.
Aux termes d’un mémoire de réponse déposé le 30 mai 2011, Y_ SA a conclu au rejet de l’appel et à la confirmation de l’ordonnance attaquée.
La cause a été mise en délibération, selon avis aux parties du 30 mai 2011.

EN DROIT
1.
La présente procédure ayant été introduite après le 1
er
janvier 2011, le Code de procédure civile, du 19 décembre 2008 (CPC) est applicable (art. 404 al. 1 CPC a contrario).
2.
Pour les affaires patrimoniales, l’appel est recevable contre les décisions de première instance sur les mesures provisionnelles, pour autant que la valeur litigieuse au dernier état des conclusions soit de 10'000 fr. au moins (art. 308 CPC). Pour déterminer la valeur litigieuse, il faut apprécier le dommage qui pourrait être subi par la requérante sur mesures provisionnelles et auquel lesdites mesures pourraient obvier (cf. arrêt du Tribunal fédéral du 28 juin 2011, dans la cause
4A_119/2011
, consid. 1.6). En l’espèce, l’ordonnance attaquée ne contient aucune indication permettant de déterminer la valeur litigieuse. De plus, aucune des parties ne s'est exprimée sur cette question.
Selon l'art. 91 al. 2 CPC, lorsque l'action ne porte pas sur le paiement d'une somme d'argent déterminée, le tribunal détermine la valeur litigieuse si les parties n'arrivent pas à s'entendre sur ce point ou si la valeur qu'elles avancent est manifestement erronée. Il résulte de cette norme qu'il appartient en première ligne aux parties de s'exprimer sur la valeur litigieuse et que l'occasion doit leur être donnée de le faire. Si elles ne se mettent pas d'accord, le tribunal saisi doit se prononcer sur cette question (arrêt du Tribunal fédéral précité, consid. 1.6).
A l’appui de sa requête de mesures provisionnelles formée auprès des premiers juges, la partie locataire a soutenu en substance que l’accès aux caves était pour elle indispensable à l’exploitation du restaurant puisqu’il s’y trouve l’un des seuls lieux de stockage disponibles; elle a toutefois admis qu’un accès était toujours possible depuis l’intérieur même du restaurant, mais que cet accès n’était pas adapté aux livraisons, ou à tout le moins à certaines d’entre elles. S’agissant du local poubelles au rez-de-chaussée, il était utilisé par le restaurant pour y entreposer le verre usagé, dans des conteneurs qui doivent être vidés trois fois par semaine environ; selon la locataire, son inaccessibilité entraverait «considérablement» le fonctionnement du restaurant (requête, p. 10 et 11).
A l’examen du dossier, il n’apparaît pas que le restaurant exploité par la partie locataire ait dû restreindre ou limiter ses heures d’ouverture en raison d’un accès insuffisant aux caves ou aux locaux destinés à la récolte des déchets. En particulier, l’intimée n’allègue pas, en première ou en seconde instance, une baisse de son chiffre d’affaires, ni une augmentation de ses frais d’exploitation, liées à cette limitation des accès. Aucune des pièces produites par l’intéressée ne permet de déduire l’existence d’un éventuel dommage, à mettre en relation avec les mesures provisionnelles requises.
La même constatation peut être faite à l’égard de la partie bailleresse. Celle-ci justifie en effet les restrictions d’accès qu’elle a imposées à la partie locataire par sa volonté de faire strictement respecter les clauses contractuelles liant les parties, ainsi que par son désir de modifier l’organisation interne du bâtiment, en redéfinissant les droits d’accès des différents occupants de l’immeuble. Il n’articule aucun chiffre, ni aucun montant relatif au dommage susceptible d’être encouru par lui-même, ou par un tiers, dans l’hypothèse où les mesures provisionnelles admises en première instance seraient confirmées.
Il convient de déduire de ce qui précède que, sur la base des allégations des parties et des pièces déposées, le litige porte sur le maintien ou non de différents accès à certains espaces du bâtiment, mais sans que les éventuelles restrictions de passage ne provoquent un dommage dépassant le coût d’un changement de serrures, ou le désagrément de devoir emprunter un autre itinéraire pour déplacer certaines denrées. Ce préjudice, autant qu’il puisse être évalué, ne dépasse vraisemblablement pas quelques centaines de francs. Partant, l’appel est, en tant que tel, irrecevable (art. 308 al. 2 CPC).
3.
L’acte déposé par le bailleur, qu’il a intitulé «appel», sera dès lors examiné en tant recours, au sens des art. 319 et suivants CPC, pour autant que les autres conditions de recevabilité soient remplies. En effet, le recours est possible à l’encontre des décisions provisionnelles de première instance qui ne peuvent faire l’objet d’un appel (art. 319 let. a CPC).