Decision ID: 21edc267-7228-5155-8bfd-0dac1fbf02d0
Year: 2018
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_005
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: penal_law

considérant en fait
A. Dans le cadre d’une procédure pénale ouverte contre C._ pour escroquerie par métier, gestion déloyale, blanchiment d’argent et faux dans les titres, le Ministère public a rendu, le 12 décembre 2016, une ordonnance de séquestre portant sur des biens se trouvant en D._. Il est reproché à C._, en sa qualité d’administrateur du fonds de prévoyance de E._, d’avoir versé à F._ ou à des sociétés contrôlées par ce dernier plusieurs millions de francs pour des investissements opaques ayant eu pour conséquence la faillite dudit fonds.
B.1. Le 6 février 2017, A._, en sa qualité d’exécuteur testamentaire de la succession de la mère de F._, feue B._, a déposé un recours contre cette ordonnance en tant qu’elle concerne les biens séquestrés intitulés « G._ » (ci-après: Lot 4088) et « H._ » (ci-après: Lot 3). Il a notamment conclu à l’annulation de l’ordonnance de séquestre du 12 décembre 2016, à la mise à la charge de l’Etat des frais de la procédure et au versement d’une indemnité de CHF 16'000.- correspondant aux honoraires de ses avocats.
A l’appui de son recours, il a exposé que ces immeubles n’étaient pas le produit des infractions reprochées au prévenu et ses coparticipants, qu’ils n’ont jamais été et ne seront jamais la propriété de F._. Ils avaient été acquis par les parents de ce dernier en 1976, soit bien avant les faits ayant donné lieu à la procédure pénale. Avant son décès, la mère de F._ avait déshérité son fils par testament du 16 janvier 2009, de sorte que F._ n’a aucun droit sur ces immeubles. Il a souligné l’urgence de son recours étant donné que dans le cadre d’un litige opposant F._ aux autres héritiers de feue B._, il a notamment été convenu que le Lot 4088 serait vendu jusqu’au 8 décembre 2017 et que F._ obtiendrait une partie du produit de vente. Si cette part ne devait pas lui revenir dans ce délai, il serait en droit de réintroduire l’instance et de réclamer I._ 620’000.- ainsi que les frais de justice que la transaction avait pour but d’éviter.
B.2. Dans le délai imparti pour déposer ses observations sur le recours, le Ministère public a requis, le 15 février 2017, la suspension de la procédure de recours au motif que F._ et d’autres personnes en D._ devaient être auditionnés. A la suite de ces auditions, il serait possible de décider de l’opportunité de maintenir ou non le séquestre; en cas de levée du séquestre, le recours deviendrait sans objet.
Par arrêt du 13 mars 2017, la Chambre pénale a fait droit à cette requête et suspendu la procédure de recours jusqu’au 30 avril 2017.
B.3. Le 28 avril 2017, le Ministère public a informé la Chambre qu’il avait rendu le 26 avril 2017 une ordonnance de levée du séquestre concernant les biens de la succession de feue B._. Il a ainsi requis la suspension de la procédure jusqu’à l’entrée en force de ladite ordonnance, le recours devenant ensuite sans objet.
La levée du séquestre ne concernant en réalité que le Lot 3, un délai a été imparti au Ministère public le 2 juin 2017 pour se déterminer sur le recours dans la mesure où il porte sur le Lot 4088. Le 29 juin 2017, le Ministère public a répondu que dans le cadre de l’entraide judiciaire avec D._ des formalités devaient encore être respectées afin de substituer le séquestre de l’immeuble en question par un séquestre partiel du produit de vente du bien. Il a ainsi requis une
Tribunal cantonal TC Page 3 de 8
prolongation du délai pour déposer ses observations. Par courrier du 20 octobre 2017, le Ministère public a annoncé que le séquestre concernant le Lot 4088 avait été levé et remplacé par le séquestre d’une partie du produit de vente du bien, ce qui rendait le recours sans objet.
Par acte du 25 octobre 2017, A._ s’est opposé à ce que le recours soit déclaré sans objet. Il a exposé en substance que lorsqu’il a cherché à recouvrer la disposition des biens, il est apparu que le séquestre concernant le Lot 3 n’avait pas été levé, alors même que la décision y relative du Ministère public avait été rendue plusieurs mois auparavant.
B.4. La levée du séquestre prononcée en avril 2017 (Lot 3) n’ayant pas été enregistrée en D._ et au vu des explications fournies par le Ministère public, la procédure de recours a été suspendue jusqu’au 1er mars 2018.
Par courrier du 28 février 2018, A._ a maintenu son point de vue, rappelant en outre qu’il a fait valoir une indemnité pour ses frais d’avocat et qu’il a subi un dommage en raison du temps pris pour que le séquestre soit réellement levé, l’art. 421 al. 2 CPP offrant à la Chambre la possibilité de statuer sur l’indemnité au sens de l’art. 434 CPP.
Le 1er mars 2018, le Ministère public a informé la Chambre que les retards intervenus sont dus à des difficultés survenues en D._. Au vu du texte du Traité bilatéral d’entraide entre D._ et la Suisse, d’éventuelles demandes d’indemnité devraient, dans un premier temps, être déposées auprès de l’autorité D._ compétente.
Le 16 mars 2018, le Ministère public a communiqué à la Chambre que sa décision de levée de séquestre d’avril 2017 (Lot 3) avait désormais été enregistrée en D._.
B.5. Un dernier délai a été imparti le 28 mars 2018 aux parties pour déposer d’éventuelles ultimes observations.
Le 4 avril 2018, le Ministère public a indiqué renoncer au dépôt d’observations complémentaires.
Le 6 avril 2018, A._ a fait savoir à la Chambre qu’il ne contestait plus que le séquestre avait désormais été levé sur les deux parcelles. En revanche, il resterait à statuer sur les frais considérables encourus, notamment les honoraires des avocats, dus à des négligences répétées des autorités D._. Il a ainsi requis ce qui suit:
1. Les recourants persistent dans leurs conclusions du 6 février 2017 et invitent votre Chambre à rendre une décision partielle sur celles-ci s'agissant de leur frais jusqu'à leur recours, puis à suspendre la présente procédure jusqu'à droit jugé par les tribunaux D._. Les recourants compléteront alors aussitôt leurs conclusions, le cas échéant, pour permettre à votre Chambre de se prononcer sur le dommage encouru après leur recours du 6 février 2017.
2. Subsidiairement, si votre Chambre ne veut ou ne peut rendre une décision partielle, les recourants persistent dans leurs conclusions en l'état et invitent votre Chambre à suspendre la présente procédure jusqu'à droit jugé par les tribunaux D._. Les recourants compléteront alors aussitôt leurs conclusions pour permettre à votre Chambre de se prononcer sur l'ensemble de leurs prétentions, dès que leur solde sera connu.
3. Subsidiairement encore, si votre Chambre devait rejeter les positions 1. et 2., les recourants vous prieraient alors de prendre note qu'ils persistent dans leurs conclusions du 6 février 2017 et qu'ils se
Tribunal cantonal TC Page 4 de 8
réservent de prendre des conclusions complémentaires devant le tribunal du fond dès que les tribunaux D._ se seront prononcés.
Les 2 et 14 mai 2018, A._ a encore produit le détail de l’activité et des heures des avocats suisses et D._ mandatés.

en droit
1.
1.1. Aux termes de l’art. 393 al. 1 let. a CPP, le recours est recevable contre les décisions et actes de procédure du Ministère public, parmi lesquels figurent les ordonnances de séquestre rendues par ce dernier (art. 263 CPP). Le recours s’exerce auprès de l’autorité de recours (art. 20 al. 1 let. b CPP), soit la Chambre pénale (art. 85 al. 1 de la loi sur la justice; LJ; RSF 130.1).