Decision ID: 3b664a56-80b4-5dce-a4f1-0b8b0b4cda8e
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
Par ordonnance DTAE/1_ du 21 novembre 2013, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a instauré une curatelle de portée générale en faveur de D_, née le _ 1936 et a désigné Me C_, avocat, aux fonctions de curateur.![endif]>![if>
Il ressort de cette décision que D_ était atteinte d'une démence mixte dégénérative de type Alzheimer; elle avait intégré la Résidence E_ à la fin de l'année 2012 et la rente qu'elle percevait ne suffisait pas à couvrir tous ses frais. Son époux, F_, qui vivait toujours dans la villa propriété de D_, sise _ à Genève, composée de deux appartements dont le second était loué à des tiers pour un loyer mensuel de 1'079 fr. 10, était fréquemment hospitalisé et avait de la peine à gérer les questions administratives. Il s'acquittait néanmoins du complément permettant de couvrir l'intégralité des frais de pension de son épouse au sein de la Résidence E_. Lui-même n'était au bénéfice que d'une rente AVS. Les fils de D_, A_ et B_, issus d'une précédente union de leur mère, ne communiquaient plus avec F_.
Il ressort en outre de la procédure que D_ et F_ avaient acquis une maison sise à _ (Espagne), dans laquelle ils avaient vécu pendant une trentaine d'années avant de revenir en Suisse. F_, copropriétaire de ce bien immobilier, avait fait don de sa part à son épouse. Cette maison a été vendue le 22 mars 2012 par F_, lequel était au bénéfice d'une procuration établie le 6 septembre 2011 par son épouse devant notaire. Le prix de vente, soit 297'525 EUR, a été crédité sur le compte de F_ auprès d'une banque espagnole. Selon A_ et B_, l'acheteur s'était en outre acquitté d'un montant supplémentaire non déclaré de 120'000 EUR, conservé par F_. Ce dernier a expliqué au curateur de son épouse que le produit de la vente avait été utilisé pour financer le retour du couple en Suisse, ainsi que pour payer divers frais. F_ considérait par ailleurs avoir droit à la moitié de la somme, la donation de sa part à son épouse étant selon lui fictive et n'affectant pas leurs rapports internes. F_ a manifesté, même après la nomination du curateur, l'intention de continuer de subvenir aux besoins de son épouse.
b)
Par courrier du 10 avril 2014, Me C_ a informé le Tribunal de protection du fait que F_ avait versé 70'000 EUR sur le compte de son épouse; un montant supplémentaire de 30'000 EUR a été versé par la suite. De l'avis du curateur de D_, le fait d'entreprendre une procédure pour obtenir le versement de la totalité de la somme provenant de la vente de la maison en Espagne était dénué de sens en raison des frais judiciaires qu'une telle procédure allait engendrer et du fait que F_ continuait de subvenir aux besoins de son épouse. La vente de la maison sise _ (GE), propriété de D_, s'imposait toutefois compte tenu de sa situation financière; la valeur vénale de ce bien immobilier avait été estimée à 1'130'000 fr. A_ et B_ ont manifesté leur opposition à la vente de la maison appartenant à leur mère et ont interrogé le curateur sur l'opportunité de déposer plainte pénale contre F_, celui-ci s'étant, selon eux, approprié une partie du prix de vente de la maison en Espagne.
Dans un courrier du 17 septembre 2014, le curateur a fourni aux frères A_ et B_ toutes les informations en sa possession concernant la vente du bien immobilier espagnol et a relevé qu'il n'était pas dans l'intérêt de la personne protégée de déposer plainte pénale à l'encontre de F_, dont les actes attestaient du fait que le bien-être de son épouse lui tenait à cœur. Le curateur a par ailleurs indiqué qu'il était disposé à étudier toute proposition qui pourrait être faite par A_ et B_, qui permettrait d'éviter la vente de la maison sise à Genève.
c)
Les frères A_ et B_ ont mandaté un avocat lequel, par courrier du 26 novembre 2014 adressé au curateur de D_, a indiqué que ses clients souhaitaient examiner avec lui les solutions, telle une augmentation de l'hypothèque, susceptibles de permettre la conservation du bien immobilier sis _ (GE).
d)
Le 14 janvier 2015 G_ a refusé d'augmenter le prêt hypothécaire grevant l'immeuble de _ (GE), au motif que la charge financière ainsi induite n'était pas compatible avec la situation des époux D_ et F_.
e)
Par courrier adressé au Tribunal de protection le 26 janvier 2015, Me C_ mentionnait le fait que malgré leur bonne volonté, les frères A_ et B_ n'étaient pas parvenus à proposer une solution concrète et acceptable permettant de renoncer à la vente du bien immobilier en cause.
Le 6 janvier 2015, le Tribunal de protection a accordé à Me C_ son autorisation de principe à la mise en vente de la maison de _ (GE).
f)
F_ est décédé le _ 2015.
g)
Par courrier du 17 novembre 2015, Me C_ a informé le Tribunal de protection de ce qu'un acheteur potentiel avait proposé le prix de 930'000 fr. pour la maison sise _ (GE). Cette offre était intéressante compte tenu de l'état assez vétuste de la maison et du fait qu'aucune commission ne serait due puisqu'aucun intermédiaire n'était intervenu. L'acheteur s'engageait en outre à conserver le locataire, lequel avait contesté la résiliation de son contrat de bail, ce qui mettrait un terme à la procédure initiée devant le Tribunal des baux et loyers et éviterait des frais supplémentaires.
h)
Par ordonnance du 9 décembre 2015, le Tribunal de protection a autorisé Me C_ à signer l'acte de vente du bien immobilier sis _ (GE) pour le prix de 930'000 fr.
Par courrier du 28 janvier 2016, les frères A_ et B_ ont interpellé le curateur de leur mère afin d'obtenir toutes informations utiles sur le prix auquel la maison sise _ (GE) allait être vendue et afin de solliciter un report de la vente. Il ressort dudit courrier que le curateur avait sollicité leur accord pour une vente à un prix inférieur à 1'000'000 fr.
i)
D_ est décédée le _ 2016. La vente de son bien immobilier étant intervenue peu avant cette date, le curateur a été autorisé à payer, au moyen du produit de la vente, les factures en souffrance au jour du décès, soit notamment celles de la Résidence E_, qui n'étaient plus payées depuis le mois de septembre 2015.
j)
Le 15 avril 2016, Me C_ a fait parvenir au Tribunal de protection son rapport de gestion, ainsi que son rapport final et son décompte portant sur la période du 21 novembre 2013 au 15 avril 2016, faisant état d'un montant, TVA comprise, de 45'510 fr. 10, sous déduction de 20'000 fr. de provision. Le montant réclamé se décomposait en 20'535 fr. d'honoraires pour l'activité de gestion courante, de 21'480 fr. d'honoraires pour l'activité juridique et de 124 fr. de frais. L'activité était décrite de manière détaillée dans un document de douze pages.
B.
Par décision
CTAE/2261/2016
du 27 juillet 2016, le Tribunal de protection a approuvé les rapport et comptes finaux couvrant la période du 21 novembre 2013 au 31 janvier 2016, relevé Me C_ de ses fonctions de curateur suite au décès de la personne concernée, arrêté ses honoraires à 42'139 fr. en vertu du tarif applicable (gestion courante : 136 heures et 55 minutes à 150 fr./heure; activité juridique : 71 heures et 36 minutes à 300 fr./heure; frais divers : 124 fr.), sous déduction de la provision de 20'000 fr. et a fixé l'émolument de contrôle concernant les rapport et comptes finaux couvrant la période du 21 novembre 2013 au 31 janvier 2016 à 988 fr. en vertu de l'article 53 al. 1 RTFMC.
Il ressort du dossier que cette décision a été adressée à B_ à son domicile à _ (Vaud); elle a été reçue le 4 août 2016. A_ l'a pour sa part reçue à son domicile élu le 22 août 2016.
C.
Le recours interjeté le 30 août 2016 contre cette décision par B_ en personne a été déclaré irrecevable par décision de la Chambre de surveillance du 20 septembre 2016, pour défaut de motivation.![endif]>![if>
D.
a)
Le 21 septembre 2016, A_ et B_, tous deux représentés par leur conseil, ont formé recours contre la décision du 27 juillet 2016. Ils ont conclu à ce qu'un délai complémentaire leur soit accordé pour compléter leur recours et principalement à l'annulation de la décision attaquée et au renvoi de la cause au Tribunal de protection pour compléments d'informations.![endif]>![if>
En substance, les recourants reprochent au curateur de feu leur mère de ne pas avoir obtenu de F_ le versement d'une somme plus importante provenant de la vente de la maison sise à _ (Espagne). Ils ont par ailleurs persisté à prétendre qu'une partie du prix de vente avait été encaissée de manière non officielle par F_, qui l'avait initialement placée dans deux coffres dont il était titulaire en Espagne, puis, en 2014, sur un compte bancaire. Les recourants reprochent en outre au curateur d'avoir vendu la maison de _ (GE) pour la somme de 930'000 fr., sans effectuer aucune démarche particulière, telles que des publications dans la presse, alors que la CGI, qu'ils avaient mandatée, avait estimé la valeur de ce bien immobilier à un montant compris entre 1'200'000 fr. et 1'300'000 fr. Par ailleurs, eux-mêmes avait manifesté le souhait d'acquérir la maison de leur mère; or, le curateur ne les avait plus contactés à ce propos, alors même qu'A_ lui avait indiqué qu'il s'apprêtait à vendre une maison dont il était propriétaire en France, ce qui lui aurait permis de disposer des fonds nécessaires. Pour le surplus, les recourants se plaignent du fait qu'ils ont dû vider la maison de leur mère de manière précipitée, alors qu'elle était en fin de vie.
b)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité revoir sa décision.
c)
Me C_ a conclu au rejet du recours, dans la mesure de sa recevabilité et à la confirmation de la décision attaquée. Il a relevé que les recourants n'avaient jamais proposé de solution concrète qui aurait permis d'assurer l'entretien de leur mère tout en évitant la vente de la maison de _ (GE). S'agissant de la vente de la maison sise à _ (Espagne), les allégations des recourants portant sur l'encaissement d'une partie du prix de vente "au noir" n'avaient été corroborées par aucun élément probant.
d)
Les participants à la procédure ont été informés par avis du 4 novembre 2016 de ce que la cause était mise en délibération.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours (art. 450 al. 1 CC) auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC). Ont notamment qualité pour recourir les proches de la personne concernée (art. 450 al. 2 ch. 2 CC).![endif]>![if>
Dans le cas d'espèce, le recours a été formé par les fils de la personne concernée par la mesure de protection; en leur qualité de proches, ils ont qualité pour recourir.
1.2
Le délai pour recourir est de trente jours à compter de la notification de la décision (art. 450b al. 1 CC).
Lorsque la partie est représentée, les actes sont notifiés à son représentant (art. 137 CPC).
La notification n'est accomplie que lorsqu'elle est faite au représentant et non pas déjà au représenté (ATF
113 Ib 296
c. 2).
Dans le cas d'espèce, le Tribunal de protection a notifié la décision litigieuse à A_ à son domicile élu et à B_ à son domicile privé. Sur la base de l'art. 137 CPC et de la jurisprudence mentionnée ci-dessus, il y a toutefois lieu de considérer, s'agissant de B_, que la notification de la décision en cause n'a été effective que lorsqu'elle a été faite au domicile de son conseil. Il sera donc admis que les deux recourants ont respecté le délai prévu par l'art. 450b al. 1 CC, de sorte que leur recours est recevable.
2.
Les recourants ont sollicité un délai pour compléter leur recours.![endif]>![if>
2.1
L'art. 450b al. 1 CC prévoit un délai de recours de trente jours à compter de la notification de la décision. Il s'agit d'un délai légal qui ne peut être prolongé (CommFam Protection de l'adulte/steck, ad art. 450b CC n. 6 et les références citées).