Decision ID: 91114014-e183-544e-9681-a3c5f7f84614
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
B_ et A_ sont les parents de C_, née le _ 1999, de D_, née le _ 2004 et de E_, né le _ 2009, lequel souffre de troubles du comportement.![endif]>![if>
B_ travaille à plein temps à l'aéroport; A_ n'exerce aucune activité lucrative.
b)
Le 20 juillet 2015, le Service de protection des mineurs, qui intervenait dans le cadre d'un appui éducatif depuis le 19 décembre 2013, a adressé un rapport concernant C_ au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection). Il en ressort que C_ n'était plus scolarisée depuis le mois de novembre 2014 et n'avait aucun projet professionnel ou scolaire, s'étant subitement retrouvée dans l'incapacité de se rendre au Cycle d'orientation et de continuer d'entretenir des relations sociales avec ses camarades. Les raisons de ce changement soudain demeuraient inexpliquées. Elle vivait recluse à son domicile, passait la majeure partie de son temps sur sa tablette informatique ou à prendre soin de ses animaux domestiques. Elle était en outre d'humeur triste, sans parvenir à verbaliser ses ressentis. Un soutien à domicile (soutien AEMO), à raison de six heures par semaine, avait été mis en place à partir du mois de décembre 2014, mais n'avait pas donné de résultats suffisants, en dépit du fait que C_ était à nouveau parvenue à affronter l'extérieur et à se rendre au centre-ville dans le cadre d'activités proposées par l'éducatrice; son apparence était également plus soignée. Les parents, préoccupés et démunis, ne parvenaient pas à faire évoluer la situation. Le rapport du Service de protection des mineurs énumérait la liste des propositions de soins mises en échec par C_ et ses parents : rendez-vous manqués auprès de l'Office médico-pédagogique et de l'association "couple et famille", interruption du traitement de C_ sans avis médical, refus d'une nouvelle hospitalisation de celle-ci, refus du suivi de l'enfant en hôpital de jour, refus de C_ de se rendre au Centre de jour Les Saules, notamment. La question d'un éventuel placement en foyer éducatif avait été abordée avec C_, laquelle s'était montrée ambivalente, ne souhaitant pas quitter sa sœur D_, dont elle était très proche. Les parents s'étaient déclarés opposés au placement de C_, semblant ne pas mesurer le danger pour le développement de leur fille si la situation décrite devait perdurer.
Le Service de protection des mineurs préconisait dès lors de retirer aux parents la garde de C_ et le droit de déterminer le lieu de sa résidence, son placement auprès d'un foyer thérapeutique, l'octroi d'un droit de visite aux parents d'au minimum tous les week-ends et durant les vacances scolaires, ainsi que l'instauration d'une curatelle pour financer le lieu de placement et faire valoir la créance alimentaire et l'instauration d'une curatelle éducative.
c)
Le Tribunal de protection a entendu C_ le 13 août 2015. L'adolescente a expliqué se sentir mieux à la maison, se faisant du souci pour ses proches et ses animaux. L'idée d'un placement loin de sa famille l'inquiétait, craignant qu'il puisse arriver quelque chose en son absence. Elle expliquait sa réticence à se rendre au Cycle d'orientation par les critiques formulées au sujet de son apparence physique, ainsi qu'à la composition de sa classe, presque exclusivement masculine. Elle exprimait néanmoins le souhait d'aller mieux et constatait le bénéfice de parler à un thérapeute. Les parents ont également été auditionnés. Ils ont expliqué que les rapports avec la thérapeute de C_ étaient difficiles, qu'ils avaient refusé l'intégration de leur fille à l'hôpital de jour pour des raisons d'organisation et d'horaires de transports, liées au fait qu'il fallait également accompagner E_ au Centre de jour, qu'ils craignaient un placement de leur fille hors de Genève et que la médication précédemment prescrite à C_ avait été interrompue pendant les vacances car elle ne lui convenait pas.
d)
Par ordonnance du 13 août 2015, le Tribunal de protection a retiré à B_ et à A_ la garde et le droit de déterminer le lieu de résidence de C_, a ordonné le placement de celle-ci auprès du Foyer _, un droit de visite devant s'exercer tous les week-ends ainsi que durant les vacances scolaires étant réservé aux parents, a instauré une curatelle d'assistance éducative en faveur des mineurs C_, D_ et E_, ainsi qu'une curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles entre C_ et ses parents, de même qu'une curatelle d'organisation, de surveillance et de financement du lieu de placement et pour faire valoir la créance alimentaire de C_, deux intervenants en protection de l'enfant étant désignés aux fonctions de curateurs, a ordonné la mise en place d'une thérapie individuelle pour C_ et a fait instruction aux parents d'entreprendre une thérapie familiale, la décision étant déclarée exécutoire nonobstant recours.
Le placement de C_ au sein du Foyer _ était dicté par le fait que la mineure s'exprimait davantage par le biais de l'expression créatrice que par le langage. Ce placement ne devait toutefois avoir qu'une durée limitée.
e)
C_ est entrée au Foyer _ le 8 septembre 2015. Dans un courrier adressé le 12 septembre 2015 au Tribunal de protection, ses parents faisaient part de leur inquiétude. Ils relevaient que la prise en charge de leur fille laissait à désirer, que celle-ci ne s'alimentait pas correctement et avait déjà perdu cinq kilos et qu'elle semblait dépressive.
Le 6 octobre 2015, le Service de protection des mineurs indiquait au Tribunal de protection que l'adaptation de C_ dans son nouveau lieu de vie avait été très problématique, l'adolescente ayant fait preuve de beaucoup de résistance, malgré les efforts déployés par les éducateurs et les autres jeunes du foyer pour lui permettre de s'intégrer. Pendant plusieurs semaines, C_ avait refusé de sortir de sa chambre et était restée couchée dans son lit à longueur de journée. L'équipe éducative ayant constaté que sa mère contactait C_ plusieurs fois par jour, des limites avaient été posées. Peu à peu C_ avait commencé à investir son placement et à mieux en profiter. Elle avait participé à des ateliers et avait manifesté un certain plaisir. Elle mangeait normalement et entretenait de bons rapports avec ses camarades.
Dans un nouveau rapport du 4 novembre 2015, le Service de protection des mineurs relevait que le placement de C_ auprès du Foyer _ prendrait fin le 30 novembre 2015 et qu'une prolongation n'était pas envisageable du point de vue de l'institution, dans la mesure où la prise en charge de l'adolescente nécessitait énormément d'attention de la part des éducateurs. Un retour à domicile paraissait peu opportun, compte tenu de l'ébauche d'une évolution positive. Il paraissait dès lors approprié de placer C_ à long terme dans un lieu contenant, qui lui offre la possibilité d'améliorer son aptitude à vivre en société et l'aide à y trouver sa place. Le Service de protection des mineurs suggérait un placement au Foyer _, l'adolescente pouvant être placée chez ses parents dans l'attente de son admission.
f)
Les parents de C_ se sont déclarés opposés à son placement au sein du Foyer _, considérant que leur fille avait plutôt besoin d'être hospitalisée. C_ a écrit au Tribunal de protection le 2 décembre 2015, alors que son séjour au sein du Foyer _ avait été prolongé jusqu'au 24 décembre 2015, en mentionnant son désir d'être prise en charge au sein d'un hôpital de jour, afin de soigner ses angoisses et de pouvoir vivre avec sa famille, ou à défaut de pouvoir rester au Foyer _.
g)
Le Tribunal de protection a entendu B_ et A_ le 17 décembre 2015. Ceux-ci ont déclaré que le Foyer _ ne correspondait pas au caractère de C_ et à ses besoins. Ils souhaitaient qu'elle revienne à la maison et avaient l'intention d'entreprendre de "nouvelles thérapies" afin qu'elle ne stagne pas. Ils continuaient à se rendre une fois par semaine aux séances auprès de l'Association "couple et famille" et ils s'étaient inscrits auprès du Centre de consultations enfants adolescents familles (CCEAF); le suivi AEMO à domicile avait pris fin. C_, qui aimait les animaux, pourrait faire un stage auprès du magasin _.
B.
a)
Par ordonnance
DTAE/5630/2015
du 17 décembre 2015, notifiée par plis du 5 janvier 2016, reçue le 7 janvier 2016 par A_ et le 14 janvier 2016 par B_, le Tribunal de protection a constaté la fin du placement de C_ au sein du Foyer _ et ce dès le 24 décembre 2015 (ch. 1 du dispositif), ordonné son placement au sein du Foyer _ dès le 20 janvier 2016 (ch. 2), maintenu les modalités du droit de visite instaurées dans l'ordonnance du 13 août 2015 (ch. 3), maintenu les curatelles instaurées en faveur de la mineure (ch. 4), ordonné la mise en place d'une thérapie individuelle pour C_, proche de son lieu de placement (ch. 5), la décision étant exécutoire nonobstant recours (ch. 6).![endif]>![if>
Le Tribunal de protection a considéré qu'un retour de C_ au domicile de ses parents paraissait prématuré. De surcroît et quand bien même les parents avaient envisagé des activités pour leur fille, aucun projet concret n'avait été formulé. En ce qui concernait l'hôpital de jour, cette proposition leur avait été faite par le passé et avait été refusée pour des motifs d'organisation. Le Foyer _ permettrait à C_ d'être intégrée dans un groupe d'adolescentes, de continuer des activités d'art thérapie, de se rapprocher de la nature et de rencontrer un thérapeute à proximité.
b)
Dans un courrier adressé le 14 janvier 2016 au Tribunal de protection, les parents de C_ ont déclaré s'opposer au placement de leur fille au Foyer _ et être prêts à quitter la Suisse pour le Portugal avec leurs trois enfants s'ils n'étaient pas écoutés.
c)
Le 20 janvier 2016, le curateur s'est rendu au domicile de B_ et A_, afin d'accompagner C_ au Foyer _. L'adolescente était en pyjama, devant la télévision. Elle a déclaré refuser de se rendre dans son nouveau foyer, a caché son visage dans ses mains et n'a plus répondu à aucune question ou sollicitation du curateur. La mère a "mollement" encouragé sa fille à se rendre à _.
d)
Le 21 janvier 2016, C_ et sa mère se sont présentées aux urgences psychiatriques des HUG, l'adolescente ayant eu une forte crise d'angoisse. Les critères permettant une hospitalisation n'étant pas réunis, C_ a été renvoyée à son domicile. Selon le psychiatre qui l'avait reçue, il n'y avait pas de contre-indication à ce qu'elle soit placée au Foyer _. Selon ce médecin, elle avait une attitude passive et très dépendante de ses parents, sans aucun projet de vie cohérent. Elle avait besoin de s'autonomiser tout en bénéficiant d'un suivi psychologique régulier. Ce même médecin a évoqué un certain déni des parents quant aux difficultés de leur fille.
e)
Dans un courrier du 4 février 2016, B_ et A_ ont informé le Tribunal de protection de ce que leur fille effectuait depuis deux semaines un stage dans un salon de coiffure, qui se passait bien. Elle était suivie par F_, psychologue au centre périnatal et commençait à se sentir mieux. Elle avait un rendez-vous au "Tremplin jeunes" afin d'effectuer d'autres stages, avant de choisir un apprentissage. B_ et A_ ont fait part de leur volonté "d'aller jusqu'au bout" et de "faire beaucoup de bruit".
C.
a)
Le 8 février 2016, B_ et A_ ont formé recours contre l'ordonnance du 17 décembre 2015. Ils ont conclu à ce qu'un délai leur soit accordé pour compléter leur recours, à l'octroi de l'effet suspensif, à l'annulation de la décision entreprise, à ce que la garde de C_ leur soit restituée et à ce que la levée du placement de C_ au Foyer _ soit prononcée. Subsidiairement, ils ont conclu à l'annulation de la décision entreprise, à la restitution de la garde de C_, à la levée du placement et à ce que le suivi thérapeutique de la mineure par F_ soit ordonné. Encore plus subsidiairement, ils ont conclu à l'annulation de la décision querellée, à la levée du placement, à ce que le suivi de C_ par F_ soit ordonné et à ce que la mineure soit placée à l'Hôpital de jour ou au Centre de jour.
Les recourants ont exposé, en substance, que le Foyer _ n'était pas adapté à leur fille, dès lors qu'il accueillait des mineurs ayant commis des délits. Le Tribunal de protection avait par conséquent violé l'art. 310 CC. Leur fille suivait désormais une thérapie régulière avec F_, qui se passait bien.
b)
Par décision du 12 février 2016, la Chambre de surveillance a rejeté la requête de restitution de l'effet suspensif au recours formé le 8 février 2016.
c)
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de sa décision. Il a par ailleurs relevé le fait que les conclusions subsidiaires prises par les recourants en placement de C_ à l'Hôpital de jour n'avaient pas de sens en l'état, une telle démarche s'inscrivant dans une certaine temporalité, avec la mise en place d'un projet établi par un médecin.
d)
Dans ses observations du 8 mars 2016, le Service de protection des mineurs a indiqué que la décision de placement avait été exécutée le 4 mars 2016, avec l'aide de la Brigade des mineurs au vu de l'opposition des parents. C_ résidait depuis lors au sein du Foyer _ et des informations encourageantes avaient été reçues de la part de l'équipe éducative. C_ se montrait ouverte à l'accompagnement éducatif proposé et avait déjà participé à plusieurs ateliers. L'adolescente avait déclaré se sentir bien dans son nouveau foyer, où elle avait été bien accueillie. Les éducateurs avaient constaté que son rapport à la nourriture était perturbé et demeuraient attentifs à ce point.
Pour le surplus, le Service de protection des mineurs a expliqué que le Foyer _ est un foyer éducatif ouvert, qui accompagne des jeunes filles n'ayant pas de projets professionnels ou scolaires et qui vivent en marge de la société, l'objectif principal étant de les réinsérer. Il n'existe pas d'institution semblable dans le canton de Genève. Le programme éducatif au sein du Foyer _ débute par une période dite de "protection", au cours de laquelle l'adolescente est accompagnée dans ses activités et bénéficie d'un temps de recul. Lorsque les objectifs fixés pour cette période sont atteints, les activités proposées favorisent davantage l'autonomie et stimulent la responsabilisation, visant à faire entrer l'adolescente dans un processus de réinsertion. Une réflexion au sujet de l'orientation professionnelle est favorisée, soutenue par des stages en entreprise, permettant l'élaboration d'un projet personnel. Le Service de protection des mineurs a par ailleurs ajouté que les placements de filles au sein du Foyer _ par la justice pénale sont largement minoritaires (4% pour toute l'année 2015). Selon les renseignements fournis par les parents de la mineure, celle-ci avait effectué un stage de vendeuse chez _ pendant une semaine; ils n'avaient par contre donné aucune information concernant le stage dans un salon de coiffure dont ils avaient précédemment fait état.
e)
La cause a été mise en délibération le 9 mars 2016.

EN DROIT
1.
1.1
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie aux mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).![endif]>![if>