Decision ID: 200ce61e-5882-50a6-abe1-db9f525c8abb
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
a.
Par requête du 5 février 2019 A_ - association à but non lucratif, ayant pour but de veiller au respect des droits syndicaux de ses membres, soit notamment les agents de _ - a requis du Tribunal de première instance, à l'encontre de C_, domicilié route 1_, D_, France, le séquestre de la créance salariale (y compris les primes, gratifications et 13
ème
salaire) détenue par celui-ci envers l'Etat de Genève, à concurrence de 210 fr. plus intérêts moratoires à 5% l'an dès le 19 juin 2014, 210 fr. plus intérêts moratoires à 5% l'an dès le 11 juin 2015, 210 fr. plus intérêts moratoires à 5% l'an dès le 1
er
février 2016, 210 fr. plus intérêts moratoires à 5% l'an dès le 1
er
juillet 2016, 210 fr. plus intérêts moratoires à 5% l'an dès le 19 janvier 2017, 210 fr. plus intérêts moratoires à 5% l'an dès le 14 juin 2017 et 210 fr. plus intérêts moratoires à 5% l'an dès le 2 janvier 2018.
Dans l'ordonnance de séquestre pré-remplie déposée avec la requête, A_ a indiqué comme suit les coordonnées de l'employeur : "Etat de Genève, E_ [employeur/lieu de travail], chemin 2_, F_ [GE]".
A_ a fait valoir une créance totale de 1'470 fr. relative à des arriérés de cotisations syndicales dues pour la période de juillet 2014 à juin 2018, sur la base de sept factures établies les 19 juin 2014, 11 juin 2015, 1
er
février 2016, 1
er
juillet 2016, 19 janvier 2017, 14 juin 2017 et 2 janvier 2018.
b.
Elle a allégué que C_ était depuis le 15 mai 2013 _ [fonction] au sein de E_ à F_, lequel dépend de la Direction générale de l'Office cantonal G_ (ci-après : G_). Le précité avait formé le 8 juin 2014 une "demande d'admission section _" à A_.
Selon l'art. 10 des statuts de A_, le montant des cotisations était fixé chaque année par l'assemblée générale ordinaire. Lors de l'assemblée générale ordinaire du printemps 2014, la cotisation annuelle des membres avait été fixée à l'unanimité à 420 fr., dont la facturation était effectuée "en deux appels" intervenant en janvier et en juin, portant chacun sur la somme de 210 fr.
A partir de son affiliation, diverses factures relatives aux cotisations, payables dans les 30 jours, avaient été adressées à C_. Celui-ci ne s'était acquitté que d'une seule facture, à savoir celle établie le 7 décembre 2014 (et portant sur le semestre de janvier à juin 2015). Par courrier du 2 janvier 2018, il avait été mis en demeure de verser, avant le 28 février 2018, la somme de 1'260 fr. (factures des 19 juin 2014, 11 juin 2015, 1
er
février 2016, 1
er
juillet 2016, 19 janvier 2017 et
14 juin 2017), faute de quoi son cas serait soumis à l'assemblée générale ordinaire de printemps, où sa mise aux poursuites et son exclusion de A_ seraient proposées. Par message électronique du 1
er
mai 2018, C_ avait été informé de ce que son cas serait soumis à l'assemblée générale de printemps, durant laquelle les membres auraient statué sur sa mise aux poursuites et son exclusion du syndicat au 30 juin 2018. Lors de l'assemblée générale du 31 mai 2018, l'exclusion de C_ au 30 juin 2018 avait été décidée à la majorité, ce dont l'intéressé avait été informé par courrier du 14 juin 2018.
A_ a enfin allégué qu'elle avait connaissance de ce que C_ était toujours actif au sein de E_ en qualité de _ (allégué 27).
c.
A_ a produit notamment les procès-verbaux d'assemblées générales, les factures, les courriers et les messages électroniques dont il a été question ci-dessus.
Elle a déposé également la "demande d'admission section _" (à A_, respectivement à la Fédération suisse des fonctionnaires de B_,
dont A_ est une section) remplie à la main et signée par C_.
Celle-ci mentionne notamment l'adresse française du précité, un numéro de téléphone professionnel (022 _), une adresse électronique professionnelle (C_@etat.ge.ch), ainsi que la date d'"entrée au B_" (15 mai 2013).
Il résulte également de cette pièce que la demande a été envoyée le 8 juin 2014 à 10h18 depuis E_, vraisemblablement par fax.
Par ailleurs, il ressort de l'extrait de la page Internet du site de G_, produit par A_, que le numéro de téléphone professionnel mentionné dans la demande d'admission est celui de E_, situé chemin 2_, F_.
A_ a produit également un formulaire de "démission" concernant C_, établi le 26 juin 2018 par la Fédération suisse des fonctionnaires de B_, lequel mentionne, comme "date de démission", le 30 juin 2018 et précise que l'intéressé, qui a été exclu, "reste au service".
B.
Par ordonnance SQ/101/2019 du 7 février 2019, reçue le 11 février 2019 par A_, le Tribunal a déclaré irrecevable la requête de séquestre (chiffre 1 du dispositif), et arrêté les frais judiciaires à 200 fr., mis à la charge de A_ et compensés avec l'avance fournie (ch. 2 et 3).
Le Tribunal, examinant si "le bien à séquestrer" se situait dans le canton de Genève, a considéré que A_ n'avait produit aucune pièce rendant vraisem-blable que C_ travaillait au service de E_. Par conséquent, l'existence d'un for de séquestre à Genève n'était pas rendue vraisemblable.
C.
Par acte expédié le 21 février 2019 à la Cour de justice, A_ recourt contre l'ordonnance précitée, dont elle requiert l'annulation. Elle conclut, avec suite de frais judiciaires et dépens, à ce que la Cour, principalement, ordonne le séquestre requis, et, subsidiairement, renvoie la cause au Tribunal pour nouvelle décision dans le sens des considérants.
Par avis du 7 mars 2019, A_ a été informée de ce que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1.
1.1.
En matière de séquestre, la procédure sommaire est applicable (art. 251
let. a CPC).
Contre une décision refusant un séquestre, qui est une décision finale en tant qu'elle met fin à l'instance d'un point de vue procédural, seul le recours est ouvert (art. 309 let. b ch. 6 et 319 let. a CPC; arrêt du Tribunal fédéral
5A_508/2012
du 28 août 2012 consid. 3.2; Hohl, Procédure civile, tome II, 2
ème
éd., 2010, n. 1646), dont les griefs recevables sont la violation du droit et la constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC).
1.2.
Le recours, écrit et motivé, doit être formé dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision (art. 321 al. 1 et 2 CPC).
Déposé selon la forme et le délai prescrits, le recours est recevable.
2. 2.1.
Le recours est recevable pour violation du droit et pour constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC). L'instance de recours examine les questions de droit avec le même pouvoir d'examen que l'instance précédente, y compris en ce qui concerne l'appréciation des preuves administrées (art. 157 CPC) et l'application du degré de preuve (cf. Jeandin, in Commentaire romand, Code de procédure civile, 2
ème
éd. 2019, n. 2 ad art. 320 CPC; Message du Conseil fédéral du 28 juin 2006 relatif au code de procédure civile suisse (CPC), FF 2006 6841, p. 6984).
2.2.
La procédure de séquestre est soumise dans toutes ses phases à la maxime
de disposition et à la maxime des débats (art. 58 al. 2 CPC; art. 255 CPC
a contrario
).
2.3.
Au stade de la requête et de l'ordonnance de séquestre, la procédure est unilatérale et le débiteur n'est pas entendu (art. 272 LP; ATF
133 III 589
consid. 1; Hohl, op. cit., n. 1637 p. 299).
Dans le cadre du recours contre l'ordonnance de refus de séquestre, la procédure conserve ce caractère unilatéral, car, pour assurer son efficacité, le séquestre doit être exécuté à l'improviste; partant, il n'y a pas lieu d'inviter C_ à présenter ses observations, ce qui ne constitue pas une violation de son droit d'être entendu (ATF
107 III 29
consid. 2 et 3; arrêt du Tribunal fédéral
5A_344/2010
du 8 juin 2010 consid. 5, in RSPC 2010 p. 400, et
5A_279/2010
du 24 juin 2010 consid. 4).
L'art. 322 CPC est par conséquent inapplicable dans un tel cas.
3.
La recourante fait grief au Tribunal d'avoir décliné à tort sa compétence à raison du lieu, en se fondant sur un examen incomplet des pièces produites. Elle reproche au premier juge d'avoir considéré qu'elle n'avait pas rendu vraisemblable l'existence de biens appartenant au débiteur.
3.1.
Le créancier d'une dette échue et non garantie par gage peut requérir le séquestre des biens du débiteur qui se trouvent en Suisse, lorsque celui-ci n'habite pas en Suisse et qu'il n'y a pas d'autre cas de séquestre, pour autant que la créance ait un lien suffisant avec la Suisse ou qu'elle se fonde sur une reconnaissance de dette au sens de l'art. 82 al. 1 LP (art. 271 al. 1 ch. 4 LP).
En vertu de l'art. 272 al. 1 LP, le séquestre est autorisé par le juge du for de la poursuite ou par le juge du lieu où se trouvent les biens, à condition que le créancier rende vraisemblable : 1. que sa créance existe; 2. qu'on est en présence d'un cas de séquestre; 3. qu'il existe des biens appartenant au débiteur.
3.2.
Le séquestre est une mesure conservatoire urgente, qui a pour but d'éviter que le débiteur ne dispose de ses biens pour les soustraire à la poursuite pendante ou future de son créancier (ATF
133 III 589
consid. 1;
116 III 111
consid. 3a;
107 III 33
consid. 2). Le juge du séquestre statue en procédure sommaire (art. 251 let. a CPC), sans entendre préalablement le débiteur (ATF
133 III 589
consid. 1;
107 III 29
consid. 2), en se basant sur la simple vraisemblance des faits
(ATF
138 III 232
consid. 4.1.1; arrêt du Tribunal fédéral
5A_870/2010
du
15 mars 2011 consid. 3.2; sur la simple vraisemblance en général, cf.
ATF
130 III 321
consid. 3.3) et après un examen sommaire du droit
(ATF
138 III 232
consid. 4.1.1; arrêt du Tribunal fédéral
5A_508/2012
28 août 2012 consid. 3.1).
Le séquestre est ordonné, entre autres exigences, si le créancier a rendu vraisemblable l'existence de biens appartenant au débiteur (art. 272 al. 1 ch. 3 LP). Afin d'éviter tout séquestre investigatoire, le requérant doit rendre vraisemblable le lieu où sont localisés les droits patrimoniaux à séquestrer ou du tiers débiteur ou détenteur (arrêt du Tribunal fédéral
5A_402/2008
du 15 décembre 2008 consid. 3.1). Cette exigence s'applique également au séquestre de biens désignés par le genre seulement (ATF
107 III 33
consid. 5;
100 III 25
consid. 1a; arrêt du Tribunal fédéral
7B_130/2001
du 4 juillet 2001 consid. 1).
Les créances sont désignées par l'indication du nom et de l'adresse du créancier (qui est le débiteur séquestré) ou du tiers débiteur (souvent une banque) et
par des renseignements plausibles sur leurs relations (STOFFEL/CHABLOZ, in Commentaire romand de la LP, 2005, n. 24 ad art. 272 LP).
Lorsqu'il s'agit de séquestrer une créance, le lieu de situation de celle-ci se trouve au domicile du créancier. Si le débiteur séquestré, titulaire de la créance, est domicilié à l'étranger, la créance est réputée être située au domicile ou à l'établissement du tiers débiteur domicilié en Suisse (Stoffel/Chabloz, Voies d'exécution, Poursuite pour dettes, exécution de jugements et faillite en droit suisse, 3
ème
éd. n. 78, p. 261).
Pour admettre la simple vraisemblance des faits, il suffit que, se fondant sur des éléments objectifs, le juge ait l'impression que les faits pertinents se sont produits, mais sans qu'il doive exclure pour autant la possibilité qu'ils se soient déroulés autrement (ATF
132 III 715
consid. 3.1;
130 III 321
consid. 3.3; arrêts du Tribunal fédéral
5A_877/2011
du 5 mars 2012 consid. 2.1;
5A_870/2010
du 15 mars 2011 consid. 3.2).
En relation avec la vraisemblance de l'existence d'une créance, le Tribunal fédéral a eu l'occasion de relever que si les conditions posées au degré de vraisemblance ne doivent pas être trop élevées, un début de preuve doit cependant exister. Le créancier séquestrant doit alléguer les faits et, pratiquement, produire une pièce ou un ensemble de pièces qui permettent au juge du séquestre d'acquérir, sur le plan de la simple vraisemblance, la conviction que la prétention existe pour le montant énoncé et qu'elle est exigible (arrêt du Tribunal fédéral
5A_877/2011
du 5 mars 2012 consid. 2.1).
3.3.
En l'espèce, il résulte des pièces produites que, dans la formule de demande d'admission au sein de la recourante, remplie le 8 juin 2014, C_ a mentionné le numéro de téléphone de E_, une adresse électronique professionnelle auprès de l'Etat de Genève et son "entrée au B_" au 15 mai 2013. En outre, la demande d'admission a vraisemblablement été envoyée par fax le 8 juin 2014 depuis le E_. L'intéressé a été admis au sein du syndicat, qui ne regroupe que des membres du personnel de B_ du canton de Genève, et a payé, pour le moins à une reprise, la cotisation semestrielle. Lors de l'assemblée générale de la recourante qui s'est tenue le 31 mai 2018, l'exclusion de C_ pour non-paiement des cotisations a été acceptée à la majorité. Celui-ci a donc été exclu de l'association avec effet au 30 juin 2018. Cette exclusion a été enregistrée le 26 juin 2018 par la Fédération suisse des fonctionnaires de B_, laquelle a indiqué qu'à cette date le membre exclu était toujours en service.
Les éléments qui précèdent suffisent à rendre vraisemblable que C_ a travaillé pour l'Etat de Genève, au sein de E_, en tant que _, pour le moins du 15 mai 2013 au 30 juin 2018. Au vu des éléments objectifs résultant des pièces, l'allégation de la recourante, selon laquelle l'intéressé était encore employé de l'Etat de Genève huit mois plus tard, à savoir lors du dépôt de la requête de séquestre, apparaît crédible.
Il y a donc lieu d'admettre, contrairement à ce qui a été retenu par le Tribunal, que la recourante a rendu vraisemblable l'existence à Genève de biens appartenant au débiteur.
L'existence de la créance est également vraisemblable. Il s'agit en effet de cotisations syndicales réclamées au débiteur par diverses factures, après que celui-ci a demandé le 8 juin 2014 et obtenu son admission au sein de la recourante. Les cotisations - fixées conformément aux statuts lors d'une assemblée générale à 420 fr. par an, payables à raison de 210 fr. en janvier et de 210 fr. en juin - couvrent la période de juillet 2014 à juin 2018, étant rappelé que l'exclusion de C_ a été votée lors d'une assemblée générale et acceptée à la majorité avec effet au 30 juin 2018.
Les griefs de la recourante étant fondés, sous la réserve que les intérêts ne commencent à courir, pour chaque facture, que 30 jours après leur établissement, le recours sera admis et l'ordonnance attaquée sera annulée.
Dans la mesure où la cause est en état d'être jugée (art. 327 al. 3 let. b CPC), le séquestre requis sera ordonné.
Toutes les indications prévues par l'art. 274 al. 2 LP et le formulaire 45 "ordonnance de séquestre" figurent dans la présente décision, étant souligné que l'utilisation du formulaire précité n'est pas obligatoire pour les autorités cantonales (art. 2 al. 3 Oform).
3.4.
En l'état, il ne se justifie pas de condamner la recourante à verser des sûretés selon l'art. 273 al. 1 in fine LP.
4. 4.1.
Lorsque l'instance de recours rend une nouvelle décision, elle se prononce sur les frais de première instance (art. 318 al. 3 CPC par analogie; Jeandin, op.cit, n. 9 ad art. 327 CPC).
Le montant des frais judiciaires de première instance sera arrêté à 200 fr., en conformité avec l'art. 48 de l'Ordonnance sur les émoluments perçus en application de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite (OELP).
Compte tenu du caractère unilatéral de la procédure d'autorisation de séquestre, le débiteur ne peut être assimilé à une partie qui succombe au sens de l'art. 106
al. 1 CPC (arrêts du Tribunal fédéral
5A_508/2012
du 28 août 2012 consid. 3.1 et
5A_344/2010
du 8 juin 2010 consid. 5,
in
RSPC 2010 p. 400). Cela étant, dans la mesure où la recourante obtient gain de cause sur les conclusions de sa requête de séquestre, il serait inéquitable de lui faire supporter les frais judiciaires de première instance. Ces frais seront par conséquent mis à la charge du débiteur séquestré en application de l'art. 107 al. 1 let. f CPC. Ils seront compensés avec l'avance de frais opérée en première instance par la recourante, qui reste acquise à l'Etat (art. 111 al. 1 CPC et 68 al. 1 LP).
C_ sera par conséquent condamné à verser à la recourante la somme de
200 fr. à titre de restitution d'avance de frais judiciaires (art. 111 al. 2 CPC).
Il sera également condamné à lui verser 200 fr. à titre de dépens de première instance (art. 85 et 89 RTFMC).
4.2.
Les frais judiciaires du recours seront arrêtés à 300 fr. (art. 48 et 61 OELP). La présente procédure de recours ayant été rendue nécessaire par la décision erronée en droit de l'instance inférieure, ces frais seront laissés à la charge de l'Etat en application de l'art. 107 al. 2 CPC (Tappy, in Commentaire romand, Code de procédure civile, 2
ème
éd. 2019, n. 37 ad art. 107 CPC). L'avance de frais, d'un montant de 300 fr., fournie par la recourante lui sera restituée.
L'art. 107 al. 2 CPC ne permet pas de mettre des dépens de la procédure à la charge de l'Etat (Tappy, op. cit., n. 35 ad art. 107 CPC). Il ne sera donc pas alloué de dépens de recours.
* * * * * *