Decision ID: 23b9ef77-3708-53d8-8e81-18becd1f83ca
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par jugement du 23 avril 2020, expédié pour notification aux parties le 27 avril 2020 (et reçu par A_ le 4 mai 2020), le Tribunal de première instance, considérant que la pièce produite par B_ AG représentait un titre de mainlevée définitive au sens de l'art. 80 LP, a prononcé la mainlevée définitive de l'opposition formée par A_ au commandement de payer, poursuite n° 1_ (ch. 1), a arrêté les frais judiciaires à 500 fr., compensés avec l'avance opérée et mis à la charge du précité, condamné à en rembourser B_ AG (ch. 2 et 3), et à verser à celle-ci 2'368 fr. à titre de dépens (ch. 4).
B.
Par acte du 13 mai 2020, A_ a formé recours contre la décision précitée. Il n'a pas pris de conclusions expresses, terminant son écriture ainsi : "Il faudrait qu'un juge reconnaisse la somme réelle et fasse débloquer C_". Il s'est prévalu d'une part de ce qu'il n'aurait pas été "au courant" de l'audience du Tribunal du 6 mars 2020, sans pouvoir déterminer si le courrier avait été mal acheminé ou si sa secrétaire était à l'origine du problème, d'autre part de ce qu'il avait divers griefs de fond à l'endroit de B_ AG, respectivement de C_ SA (dont il a notamment allégué qu'elle avait été rachetée par la précitée).
B_ AG a conclu au rejet du recours, avec suite de frais et dépens.
Par avis du 29 juillet 2020, les parties ont été informées de ce que la cause était gardée à juger, A_ n'ayant pas fait usage de son droit de réplique.
C.
Il résulte de la procédure les faits pertinents suivants :
a.
Le 3 décembre 2018, le Bezirksgericht de D_ (SZ) a rendu un jugement, définitif et exécutoire, expédié le 4 décembre 2018, par lequel il a condamné A_ à verser à B_ AG 87'097 fr. 11 avec intérêts moratoires à 7,5% l'an dès le 1
er
décembre 2017, ainsi que 4'000 fr. à titre de remboursement de frais judiciaires et 5'000 fr. de dépens.
b.
A la requête de B_ AG, l'Office des poursuites a fait notifier à A_ un commandement de payer, poursuite
n° 1_, portant sur 87'097 fr. 11, avec intérêts moratoires à 7,5% l'an dès le 1
er
décembre 2017 (poste 1), 4'000 fr. avec intérêts moratoires à 5% l'an dès le 3 janvier 2019 (poste 2) et 5'000 fr. avec intérêts moratoires à 5% l'an dès le 3 janvier 2019 (poste 3). Le titre de la créance était le jugement susmentionné.
Le poursuivi a formé opposition.
c.
Le 15 août 2019, B_ AG a saisi le Tribunal d'une requête de mainlevée définitive de l'opposition formée au commandement de payer précité, dirigée contre A_, domicilié à E_ (France). Elle a notamment précisé que la poursuite avait été diligentée en application de
l'art. 50 LP, au vu du cabinet médical exploité par A_ à F_ [GE].
Le 16 décembre 2019, le Tribunal a convoqué les parties à comparaître à l'audience du 9 janvier 2020. Le pli adressé à A_, à son domicile français, est revenu au Tribunal avec la mention, apposée par la poste française : "Pli avisé et non réclamé".
A la requête du conseil de B_ AG, une nouvelle convocation a été adressée aux parties, pour l'audience du 6 mars 2020. Le pli adressé à A_ a été reçu en retour par le Tribunal (en date du 9 mars 2020), muni d'une mention identique à celle apposée sur l'envoi précédent.
A l'audience du Tribunal du 6 mars 2020, B_ AG a persisté dans ses conclusions. A_ n'était ni présent ni représenté. Sur quoi, la cause a été gardée à juger.

EN DROIT
1.
1.1
S'agissant d'une procédure de mainlevée, seule la voie du recours est ouverte (art. 319 let. b et 309 let. b ch. 3 CPC). La procédure sommaire s'applique (art. 251 let. a CPC).
Aux termes de l'art. 321 al. 1 et 2 CPC, le recours, écrit et motivé, doit être introduit auprès de l'instance de recours dans les dix jours à compter de la notification de la décision motivée, pour les décisions prises en procédure sommaire.
1.2
Les conclusions, les allégations de faits et des preuves nouvelles sont irrecevables (art. 326 al. 1 CPC).
1.3
En l'espèce, le recourant, qui comparaît en personne sans prendre de conclusions expresses, fait valoir d'une part qu'il n'aurait pas été atteint par la citation à comparaître à l'audience du Tribunal, d'autre part qu'il ne serait pas débiteur de la créance en poursuite.
La première de ces motivations, qui tient à la notification d'un acte introductif d'instance ainsi qu'au droit d'être entendu du recourant, est recevable au regard des dispositions légales précitées, contrairement à la seconde, qui ne trouve pas sa place dans une procédure de mainlevée.
Le recours, formé dans le délai légal, est ainsi recevable.
2. 2.1
Selon l'art. 138 al. 1 CPC, les citations, les ordonnances et les décisions sont notifiées par envoi recommandé ou d'une autre manière contre accusé de réception. L'acte est réputé notifié lorsqu'il a été remis au destinataire, à un de ses employés ou à la personne de seize ans au moins vivant dans le même ménage. Aux termes de l'art. 138 al. 3 let. a CPC concernant les envois recommandés, la notification est réputée avoir eu lieu si l'envoi n'a pas été retiré à l'expiration du délai de sept jours à compter de l'échec de la remise.
2.2
Les règles de la citation, permettant aux parties d'assister à l'audience, visent à garantir au débiteur son droit d'être entendu, institué par les art. 29 al. 2 Cst.
et 53 CPC (ATF
131 I 185
consid. 2.1 et la jurisprudence citée; arrêt du Tribunal fédéral
5A_37/2010
du 21 avril 2010 consid. 3.1; BOHNET, in Code de procédure civile commenté, 2019, n. 34 ad art. 133 CPC).
Le droit d'être entendu accorde aux parties le droit de s'expliquer avant qu'une décision ne soit prise à leur détriment, de fournir des preuves quant aux faits de nature à influer sur la décision, d'avoir accès au dossier, de participer à l'administration des preuves et de se déterminer à leur propos (ATF
136 I 265
consid. 3.2;
135 II 286
consid. 5.1;
129 II 497
consid. 2.2).
Le droit d'être entendu est une garantie constitutionnelle de caractère formel, dont la violation entraîne en principe l'annulation de la décision attaquée, indépendamment des chances de succès du recours au fond.
2.3
La notification fictive d'un pli recommandé ne s'applique à l'échéance du délai de garde de sept jours que dans l'hypothèse où le destinataire devait, vraisemblablement, s'attendre à recevoir une communication d'une autorité (arrêt du Tribunal fédéral
5A_454/2012
du 22 août 2012 consid. 4.2.1 et les références citées). Ce devoir existe dès que le destinataire est partie à une procédure ayant cours (ATF
130 III 396
consid. 1.2.3 = JdT
2005 II 87
). Ainsi, c'est seulement à partir de la litispendance que naît une relation procédurale contraignant les parties à se comporter selon les règles de la bonne foi, c'est-à-dire, notamment, à veiller à ce que les actes officiels concernant la procédure puissent leur être notifiés (ATF
138 III 225
consid. 3.1 = JdT
2012 II 457
).
En matière de droit des poursuites, le Tribunal fédéral a jugé que l'instance de mainlevée consécutive à l'interruption de la procédure de poursuite par l'effet d'une opposition constitue une nouvelle procédure. Le débiteur ne doit pas s'attendre, en raison de la seule notification d'un commandement de payer et de l'opposition qu'il a formée à cet égard, à une procédure de mainlevée ni à la notification de décisions dans ce contexte. C'est pourquoi la fiction de notification ne joue pas de rôle pour le premier envoi notifié au débiteur en relation avec la mainlevée (ATF
138 III 225
consid. 3.1 = JdT
2012 II 457
;
130 III 396
consid. 1.2.3 = JdT
2005 II 87
; arrêts du Tribunal fédéral
5A_710/2010
du 28 janvier 2011 consid. 3.1;
5A_552/2011
du 10 octobre 2011 consid. 2.1).
2.4
En l'espèce, la thèse que soutient le recourant relative à des manquements de sa secrétaire est ruinée par le fait que les convocations successives aux audiences du Tribunal, de même que le jugement attaqué, ont été envoyées au domicile français du recourant et non à son adresse professionnelle suisse; sa thèse non étayée relative à un problème d'acheminement postal ne convainc guère plus.
En revanche, il apparaît qu'au jour de l'audience du premier juge, aucun élément du dossier ne permettait d'établir que le recourant, qui ne comparaissait pas, avait été régulièrement atteint. Il est ultérieurement apparu, vu la mention apposée par la poste sur le pli retourné au Tribunal, que le recourant n'avait pas réclamé son envoi. A supposer que le retour de l'envoi ait eu lieu antérieurement à l'audience, que la fiction de notification n'aurait pas trouvé application, s'agissant de l'expédition de la convocation assortie de la requête de mainlevée formée par l'intimée, ainsi que le rappelle la jurisprudence précitée.
C'est ainsi en violation du droit d'être entendu du recourant, lequel n'avait pas été cité régulièrement, que le Tribunal a rendu le jugement attaqué.
Il s'ensuit que cette décision sera annulée. La cause sera renvoyée au premier juge, qui veillera à citer valablement le recourant à comparaître, avant de statuer à nouveau.
3.
Vu l'issue du recours, les frais du recours, arrêtés à 750 fr., seront laissés à la charge du canton (art. 107 al. 2 CPC), et l'avance de frais versée par le recourant lui sera ainsi restituée.
Il ne sera pas alloué de dépens au recourant, qui n'en a pas sollicité.
* * * * *