Decision ID: 2362cce6-1904-461f-a888-2302294040b9
Year: 2021
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

et, en vue de l’exécution de ce pouvoir, de mandater tout avocat pour conseiller
ou représenter la société. Il a conclu en substance à ce que le MPC retire son
ordonnance pénale et la mesure de confiscation qui en découlait et que ce der-
nier s’en tienne au principe de l’unité de la procédure (SK.2018.36, TPF
7.100.057).
A.5 Par pli du 11 octobre 2018, Maître Jacques Barillon (ci-après: Maître Barillon),
défenseur d’office d’A., n’a pas présenté de déterminations particulières, sauf à
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SK.2020.49
préciser que sa cliente faisait siens les faits et l’argumentaire juridique exposés
par le MPC le 27 juin 2018 (SK.2018.36, TPF 7.521.005).
A.6 Le 27 juin 2018, le MPC a conclu à l’irrecevabilité de l’opposition déposée par
Maître Mangeat et a transmis le dossier à la Cour des affaires pénales du Tribu-
nal pénal fédéral (ci-après: la Cour) pour qu’elle statue sur la question de la re-
cevabilité de l’opposition. La Cour a ouvert la procédure sous les références
SK.2018.35 et SK.2018.36. Lors de l’échange d’écritures intervenu avec la Cour,
Maître Mangeat a, au nom de B. Ltd, maintenu qu'E. était bien légitimée à agir
pour le compte de B. Ltd. Par ailleurs, il a fait une demande le 29 novembre 2018
auprès du Registre des sociétés de Gibraltar pour que la société, qui avait été
radiée du registre, soit réinscrite – avec effet rétroactif. Il a dès lors requis que la
cause soit suspendue en raison de l’existence d’un empêchement provisoire de
procéder, jusqu’à droit connu sur l’issue de la procédure de réinscription pen-
dante (SK.2018.36, TPF 7.621.002). Le MPC a quant à lui estimé que le seul but
visé par la réinscription de la société était de lui conférer le droit d’opposition à
l’ordonnance pénale rendue le 22 mai 2018, ce qui constituerait un procédé abu-
sif et contreviendrait à la sécurité du droit. De plus, la procuration dont se préva-
lait E. contiendrait une clause d’irrévocabilité qui, selon le droit suisse, serait illi-
cite (SK.2018.36, TPF 7.510.107).
A.7 Par ordonnance du 17 janvier 2019, la Cour a conclu au rejet de la requête de
suspension de la procédure et à l’absence de validité de l’opposition formée par
E., au nom de B. Ltd, à l’ordonnance du 22 mai 2018 prononcée contre A.
(SK.2018.36, TPF 930.001).
A.8 Le 11 février 2019, B. Ltd a recouru contre l’ordonnance de la Cour des affaires
pénales du 17 janvier 2019. Le MPC a conclu au rejet du recours le 25 février
2019. B. Ltd a répliqué par écriture du 18 mars 2019. Le 15 avril 2019, B. Ltd a
demandé la suspension de la procédure jusqu’à droit jugé jusqu’à ce que le MPC
statue sur la requête de la précitée visant à l’annulation de certains actes de
procédure instruits par le Procureur Patrick Lamon (SK.2018.36, TPF 7.940.022-
023).
A.9 Par ordonnance du 1er juillet 2019, la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral
(ci-après: la Cour des plaintes) a ordonné la suspension de la procédure
BB.2019.28 jusqu’à ce que la Cour des plaintes soit informée de la réinscription
de la société B. Ltd au registre des sociétés de Gibraltar, au plus tard le 1er sep-
tembre 2019 (décision du Tribunal pénal fédéral BB.2019.28-A du 1er juillet 2019,
SK.2018.36, TPF 7.940.045-054). Par ordonnance du 4 septembre 2019, la Cour
des plaintes a ordonné une ultime suspension de la procédure BB.2019.28 au
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1er novembre 2019 (décision du Tribunal pénal fédéral BB.2019.28-A du 4 sep-
tembre 2019, SK.2018.36, TPF 7.940.055-059). Par décision du 19 septembre
2019, la «Supreme Court of Gibraltar» a ordonné la réinscription de la société B.
Ltd au Registre des sociétés de Gibraltar, en précisant que cette dernière devrait
être radiée lorsque la procédure pénale suisse aura pris fin. Elle ordonnait la no-
mination d’un administrateur judiciaire («Receiver»). La société a été réinscrite le
30 octobre 2019 (TPF 7.940.137 s.).
A.10 La Cour des plaintes a, par décision du 13 novembre 2019, admis le recours
déposé le 11 février 2019 à l’encontre de l’ordonnance de la Cour des affaires
pénales du 17 janvier 2019, et renvoyé la cause à la Cour de céans. Elle a retenu
que la réinscription de la société B. Ltd au Registre des sociétés de Gibraltar,
inscription intervenue suite aux démarches effectuées par Maître Mangeat durant
la procédure de recours pendante devant la Cour des plaintes (soit le 30 octobre
2019), modifiait d’une part la configuration retenue par la Cour, et d’autre part la
pertinence des griefs soulevés par B. Ltd dans son recours, lesquels devenaient
pour certains sans objet. La Cour des plaintes a considéré que, pour examiner si
ladite société pouvait s’opposer à la mesure de confiscation ordonnée, la Cour
de céans devait vérifier si elle dispose de la capacité d’ester en justice et déter-
miner qui avait le pouvoir de la représenter, en particulier, si tel était le cas, pour
E. (décision du Tribunal pénal fédéral BB.2019.28 du 13 novembre 2019,
SK.2018.36, TPF 7.940.139-148).
A.11 La Cour de céans a ouvert une nouvelle procédure, suite au renvoi par la Cour
des plaintes, sous le numéro SK.2019.70. Par ordonnance du 4 juin 2020, la Cour
a conclu que l’opposition formée par E., au nom de B. Ltd, à l’ordonnance pénale
du MPC du 22 mai 2018 prononcée contre A. n’était pas valable, que la requête
relative à l’état de fortune à jour des comptes de B. Ltd était sans objet, tout
comme la requête relative à la levée partielle du séquestre et la demande d’as-
sistance judiciaire (décision du Tribunal pénal fédéral SK.2019.70, TPF 930.001-
016).
A.12 B. Ltd a interjeté recours contre cette décision, par mémoire du 15 juin 2020
(SK.2019.70, TPF 8.940.003-021). Aussi bien le MPC que Maître Barillon ont
conclu au rejet de ce recours (SK.2019.70, TPF 8.940.025-038).
A.13 Par décision du 29 octobre 2020, la Cour des plaintes a admis le recours de B.
Ltd et a renvoyé la cause à la Cour de céans pour qu’elle statue sur l’opposition
de B. Ltd à l’ordonnance pénale du 22 mai 2018 (décision du Tribunal pénal fé-
déral BB.2020.204 du 29 octobre 2020, SK.2019.70, TPF 8.940.088-099). La
Cour des affaires pénales a ouvert une nouvelle procédure sous le numéro de
cause SK.2020.49 afin de statuer sur l’opposition de B. Ltd précitée.
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SK.2020.49
A.14 Par courrier du 11 novembre 2020, la Cour a informé les parties qu’elle allait
entrer en matière sur l’opposition de Maître Grégoire Mangeat et se saisir de
l’affaire au fond. Elle a indiqué aux parties qu’elle entendait uniquement entrer en
matière sur la question de la confiscation des fonds dont B. Ltd est la titulaire. La
Cour entendait instruire ce dossier selon la procédure écrite. Un délai au 23 no-
vembre 2020 était imparti aux parties pour qu’elles se déterminent à ce sujet
(SK.2020.491, TPF 9.400.001-002).
A.15 Le même jour, soit le 11 novembre 2020, B. Ltd, par la plume de son représen-
tant, demandait au Vice-Président de la Cour des affaires pénales du Tribunal
pénal fédéral à ce que l’affaire soit attribuée à un autre Président, à défaut, de
transmettre trois questions au juge Président. B. Ltd se réservait le droit de de-
mander la récusation du Président, suivant les réponses apportées par ce dernier
(TPF 9.621.001-003). Le représentant de B. Ltd a produit des documents établis
par «J.org» et «J.eu» relatifs à la problématique des fonds séquestrés dans le
cadre de la présente procédure. Il a souligné que le Juge était membre du Conseil
consultatif de «J. International», cette dernière étant une organisation non gou-
vernementale qui se consacre en particulier à la lutte contre la corruption.
A.16 Par courrier du 16 novembre 2020, le Vice-Président de la Cour des affaires pé-
nales du Tribunal pénal fédéral a adressé aux parties les réponses du Juge
unique (TPF 9.621.017-018). Celui-ci a expliqué la nature et le contenu de sa
fonction de membre du Conseil consultatif de «J. International» Suisse. Il s’agis-
sait d’une activité de conseil. Il a confirmé qu’il n’avait jamais été amené à discu-
ter de l’affaire en cours dans le cadre de cette fonction. Suite aux réponses don-
nées, B. Ltd n’a pas demandé la récusation du Juge unique.
A.17 Le 23 novembre 2020, A., sous la plume de son conseil, a indiqué qu’elle adhérait
entièrement à l’avis de la Cour consistant à entrer en matière uniquement sur la
question de la confiscation des fonds dont B. Ltd est titulaire. Il était relevé que
Maître Mangeat ne disposait d’aucun pouvoir pour contester notamment la con-
fiscation des valeurs patrimoniales dont K.a. Corp. est titulaire et que l’opposition
de ce dernier était une opposition partielle. Il était précisé que l’ordonnance pé-
nale devait entrer en force de chose jugée pour ce qui concerne les autres élé-
ments de son dispositif, soit en ce qui concerne la condamnation d'A. ainsi que
les confiscations prononcées sur les autres valeurs patrimoniales que celles de
B. Ltd (TPF 9.521.001-002).
A.18 B. Ltd s’est également déterminée par courrier du 23 novembre 2020 en ces
termes. B. Ltd a expressément demandé à ce que des débats aient lieu et que la
1 Les futures références au dossier seront systématiquement celles de la procédure SK.2020.49, sauf mention contraire.
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SK.2020.49
représentante de la société, E., soit entendue. En outre, il était fait mention du
fait que Maître Mangeat ne pouvait pas entendre sa cliente, dès lors que les
autorités de Z. ne répondaient pas aux demandes de visites lui étant adressées.
Maître Mangeat indiquait qu’il accepterait l’audition de sa mandante par vidéo-
conférence s’il était autorisé à l’assister en étant présent à ses côtés durant l’au-
dition. Il invitait la Cour à interpeller Z. afin qu’elle l’autorise à rencontrer E. avant
l’ouverture des débats (TPF 9.621.019-020).
A.19 Le MPC s’est déterminé par courrier du 23 novembre 2020. Il considérait que
l’opposition du 22 mai 2018 devait être considérée comme partielle et que, dès
lors, la condamnation d'A. et les confiscations prononcées sur les autres valeurs
patrimoniales que celles de B. Ltd ne devaient plus faire l’objet d’un examen dans
le cadre de la présente cause. Le MPC ne s’opposait pas à l’instruction du dossier
selon la procédure écrite (TPF 9.510.001-002).
A.20 Par ordonnance du 3 décembre 2020, la Cour de céans est entrée en matière
sur l’opposition de B. Ltd à l’ordonnance pénale du 22 mai 2018 en ce qui con-
cerne la confiscation des comptes dont B. Ltd est titulaire auprès de la banque
C. SA à Genève et de la banque D. à Zurich. Au surplus, elle a constaté que
l’ordonnance pénale suscitée entrait en force de chose jugée à l’exclusion du
prélèvement sur le compte de B. Ltd auprès de la banque C. SA à Genève du
solde de la peine pécuniaire et des frais de procédure (Ordonnance du Tribunal
pénal fédéral du 3 décembre 2020 SN.2020.34, TPF 9.913.001-004).
A.21 Par missive du 14 décembre 2020, B. Ltd demandait à la Cour de céans des
précisions quant à la formulation du libellé du chapeau de l’ordonnance rendu.
Elle demandait en outre à la Cour qu’elle confirme qu'A. ne serait plus partie à la
procédure tranchant le sort des comptes de B. Ltd et que la Cour ne lui adresse-
rait plus aucun acte de procédure (TPF 9.621.023-024).
A.22 Le 16 décembre 2020, la Cour a fourni les explications quant à la formulation du
chapeau de son ordonnance et a précisé que celle-ci n’avait aucune incidence
sur le statut de B. Ltd dans la présente procédure (TPF 9.621.025). Le même
jour, la Cour a imparti un délai au 5 janvier 2021 au MPC et à Maître Barillon pour
qu’ils se déterminent sur le statut d'A. dans la présente procédure, suite au cour-
rier de B. Ltd du 14 décembre 2020 (TPF 9.400.004).
A.23 Le MPC a demandé, par requête du 21 décembre 2020, à ce que le délai lui étant
imparti soit prolongé au 19 janvier 2021, dès lors qu’il ne pouvait se déterminer
utilement que lorsqu’il serait informé du sort de l’ordonnance de la Cour de céans
du 3 décembre 2020, requête acceptée par la Cour (TPF 9.510.004-005).
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A.24 Par courrier du 23 décembre 2020, Maître Barillon a conclu à ce qu'A. soit recon-
nue comme partie de par sa qualité de participante à la présente procédure dont
les droits sont directement touchés (art. 105 al. 2 CPP), que celle-ci est la titulaire
juridique légitime des fonds appartenant à la société B. Ltd et que le pouvoir de
représenter ladite société reconnu en faveur d'E. ne changeait en rien le pouvoir
de disposition individuel d'A. sur les comptes n° 1 et n° 1 (sic) (recte: n° 2) et,
partant, son statut dans le cadre de la présente procédure. Maître Barillon a de-
mandé à la Cour qu’elle confirme qu'A. maintenait sa qualité de partie à la pro-
cédure et qu’elle continuerait à bénéficier d’un large droit à la consultation des
pièces et des actes de procédure (TPF 9.521.003 s.).
A.25 En date du 5 janvier 2021, B. Ltd persistait dans ses conclusions du 14 décembre
2020 et demandait à la Cour de bien vouloir lui confirmer qu'A. ne serait plus
partie à la procédure et qu’aucun acte de procédure ne lui serait transmis
(TPF 9.621.028-029).
A.26 La Cour a informé les parties le 11 janvier 2021 de l’entrée en force de l’ordon-
nance du 3 décembre 2020 de la Cour (SN.2020.34, TPF 9.400.008).
A.27 Le 11 janvier 2021, la Cour a fixé un délai au MPC au 21 janvier 2021 pour qu’il
se détermine sur le versement à la procédure des documents demandés par B.
Ltd le 23 décembre 2020 (TPF 9.400.011). Elle a également fixé un délai aux
parties au 1er février 2021 concernant les offres de preuves (TPF 9.400.009-010).
A.28 En date du 19 janvier 2021, le MPC a indiqué à la Cour qu’il était d’avis qu'A.
était légitimée à continuer à intervenir dans le cadre de la présente procédure en
qualité de tiers touché par des actes de procédure et a rappelé qu'A. est l’unique
signataire sur le compte n° 1 auprès de la banque C. et qu’elle dispose d’un pou-
voir de signature individuelle sur le compte n° 2 auprès de la banque D. aux côtés
de F., qu'E. n’apparaît sur aucun document relatif à ces comptes bancaires et ne
bénéficie d’aucun droit de signature à ce titre, le fait qu’elle dispose d’une procu-
ration du 22 avril 2005 et qu’elle en soit la bénéficiaire finale n’y changeant rien
(TPF 9.510.027-028).
A.29 Par courrier du 21 janvier 2021, B. Ltd a réitéré le fait qu'A. n’était pas partie à la
procédure et que plus aucun acte de procédure ne devait lui être adressé. Elle
priait la Cour de céans de rendre sa décision relative au statut procédural d'A.
avant toute démarche en vue de la préparation des débats. Elle rappelait qu'A.
agissait manifestement de concert avec Z. et qu’elle avait elle-même déclaré être
sous la pression de cette dernière pour obtenir à tout prix «le retour en Z. des
fonds financiers bloqués par la Suisse [...]» (18-01-03-0067), ce qui pourrait créer
un risque d’influence de la part des autorités de Z. Elle réitérait sa demande pour
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que la Cour contacte Z. afin qu’elle autorise Maître Mangeat à rencontrer E. dans
les plus brefs délais (TPF 9.621.031-032).
A.30 Le 22 janvier 2021, B. Ltd a rebondi suite aux déterminations du MPC du 19 jan-
vier 2021 et a précisé qu’en matière de confiscation, seul le détenteur des avoirs
à confisquer, à savoir le titulaire du compte bancaire en question, à l’exclusion
de l’ayant droit économique ou du simple titulaire d’un pouvoir de signature ou
d’une procuration pouvait bénéficier du statut de partie. Elle précisait qu'E. n’était
pas non plus titulaire des comptes bancaires concernés et qu’elle n’était juste-
ment pas partie à la présente procédure (TPF 9.621.033-037).
A.31 Le 25 janvier 2021, la Cour a répondu à B. Ltd et a rejeté la demande de prolon-
gation de délai invoquée. En effet, il n’était pas question de statuer sur l’inno-
cence ou la culpabilité d'E. et il s’agissait bien de B. Ltd qui était partie à la pré-
sente procédure, laquelle pourrait nommer une personne habilitée à la représen-
ter durant les débats (TPF 9.621.038-039).
A.32 Par ordonnance du 25 janvier 2021, la Cour a statué sur le statut d'A. et lui a
accordé le statut d’autre participant à la procédure en tant que tiers touché par
des actes de procédure (art. 105 al. 1 let. f et 2 CPP), elle lui a reconnu la qualité
de partie à ce titre (art. 105 al. 2 CPP) (décision du Tribunal pénal fédéral
SN.2021.4 du 25 janvier 2021, TPF 9.913.008-010).
A.33 Par pli du 29 janvier 2021, la banque C. demandait à la Cour de céans de lui faire
parvenir la demande de Maître Mangeat afin de mieux comprendre le contexte
de la demande de la Cour du 25 janvier 2021 (TPF 9.661.011).
A.34 Le 1er février 2021, Maître Barillon a présenté ses offres de preuves, à savoir
l’audition de sa cliente A. En substance, il indiquait que les aveux de sa cliente
étaient volontaires et qu’elle n’a jamais subi de torture de la part des autorités de
Z. En outre, A. était la seule titulaire légitime d’un droit de signature individuelle
sur les relations bancaires en question (TPF 9.521.002-006).
A.35 Le 5 février 2021, B. Ltd a interjeté recours contre l’ordonnance de la Cour du
25 janvier 2021 (SN.2021.4) par-devant la Cour des plaintes, autorité compé-
tente en la matière (TPF 9.923.1.001-002).
A.36 Par correspondance du 17 février 2021, la Cour de céans a informé les parties
que les débats devraient durer deux journées. Elle leur a demandé de réserver
les dates des 14, 15 et 16 juillet pour ce faire, cette dernière date étant une date
de réserve (TPF 9.310.001-002).
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A.37 Par courrier du 17 février 2021, la Cour a informé la Cour des plaintes qu’elle
n’avait pas d’observations à formuler suite à son invitation du 10 courant dans le
cadre du recours interjeté par B. Ltd (cause BB.2021.40).
A.38 Le 26 février 2021, le MPC a présenté et motivé ses offres de preuves. Il a requis
le versement de nouvelles pièces au dossier de la cause et produisait des an-
nexes (1 à 6). Il joignait à son envoi un inventaire des pièces de la procédure
SV.12.0808 ainsi qu’une version électronique à jour dudit dossier
(TPF 9.510.102-118 et annexes TPF 9.510.119-766). Par courrier du 8 mars
2021, B. Ltd a répliqué dans le cadre du recours qu’elle a déposé (BB.2021.40).
A.39 Par décision du 16 mars 2021, la Cour des plaintes a déclaré le recours de B.
Ltd irrecevable, la requête de mesures provisionnelles comme étant sans objet,
a mis à la charge de la recourante un émolument de CHF 2'000.- et une indemnité
de dépens de CHF 300.- a été allouée à A., à la charge de B. Ltd (décision du
Tribunal pénal fédéral BB.2021.40 du 16 mars 2021, TPF 9.923.1.028-038).
A.40 Par pli du 1er avril 2021, B. Ltd a remis ses offres de preuves à la Cour. A titre
liminaire, Maître Mangeat indiquait en substance qu’il n’était pas en mesure de
préparer la défense de sa cliente, dès lors qu’il n’avait pas été autorisé à rencon-
trer E., laquelle était la mieux à même d’expliquer les faits faisant l’objet de la
présente procédure et la seule à même de représenter les intérêts de B. Ltd.
Maître Mangeat réitérait sa demande selon laquelle la Cour de céans devait in-
terpeller Z. aux fins qu’il puisse rencontrer sa mandante. S’agissant des offres de
preuves de B. Ltd, celle-ci s’opposait à la mise à jour du dossier par le MPC de
la procédure pénale SV.12.0808-LAM et a requis la production de 17 pièces à la
procédure. En outre, elle a requis une demande d’entraide judiciaire internatio-
nale en Z., la production de documents concernant les procédures de Z., la no-
mination d’un expert en vue d’établir une expertise judiciaire sur l’Etat de droit en
Z., l’interrogatoire de B. Ltd par le biais de sa représentante exclusive – E. – ainsi
que, subsidiairement, l’audition d'E. en qualité de personne appelée à donner des
renseignements (TPF 9.621.044-053, et annexes 9.621.054-512).
A.41 La Cour a rendu son ordonnance sur les preuves le 1er juin 2021. En substance,
elle a rejeté les preuves proposées par les parties, hormis l’ordonnance pénale
du 3 mars 2020 rendue à l’encontre de F., divers documents transmis par les
autorités françaises relatifs à la procédure de reconnaissance préalable de cul-
pabilité contre L., L.a. et L.b., des documents complémentaires transmis par les
autorités françaises (procès-verbaux des auditions des personnes entendues en
Z., en particulier I., F. et H.), ainsi que le jugement du Tribunal de première ins-
tance de Stockholm du 15 février 2019 et le jugement de la Cour d’appel suédoise
du 4 février 2021. La Cour a rejeté les demandes d’auditions d'A. et d'E., dès lors
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la présente procédure avait pour seul objet de décider sur la confiscation des
biens dont B. Ltd est la bénéficiaire. En revanche, la Cour a laissé la possibilité
aux représentants de B. Ltd de faire venir aux débats un représentant de la so-
ciété. La Cour a imparti un délai au 15 juin 2021 pour faire savoir si elle se déter-
minaient par écrit.
A.42 Le 14 mai 2021, B. Ltd réitérait sa demande d’interpellation de Z. afin que Maître
Mangeat puisse rendre visite à E. Différentes pièces étaient jointes à ladite écri-
ture (TPF 9.621.516-531).
A.43 Par courrier du 7 juin 2021, la Cour de céans impartissait un délai au 1er juillet
2021 aux parties pour qu’elles fassent parvenir leurs questions préjudicielles
(TPF 9.400.020-021).
A.44 En date du 9 juin 2021, Maître Mangeat confirmait sa présence aux débats. Il
réitérait sa requête selon laquelle B. Ltd devait être représentée par E. aux débats
(TPF 9.621.553-555). Il se déterminait, dans une autre lettre du 9 juin 2021, sur
la force jugée partielle de l’ordonnance pénale concernant A. ainsi que sur le
retrait des pièces 1 à 15 produites par B. Ltd et demandait à la Cour des clarifi-
cations (TPF 9.621.556-560).
A.45 Le 14 juin 2021, Maître Barillon s’opposait au contenu du courrier de Maître Man-
geat du 9 juin 2021 dès lors que l’ordonnance pénale du MPC était entrée en
force de chose jugée. Un réexamen de l’ensemble des faits ayant fondé le verdict
de culpabilité d'A. aurait pour effet de vider de tout sens l’institution de l’autorité
de la chose jugée. En outre, Maître Mangeat se serait fondé à tort sur les dispo-
sitions des art. 356 al. 7 et 392 CPP (TPF 9.521.012-014). Par pli de la même
date, la défense d'A. informait qu’elle ferait des propositions écrites et ne se pré-
senterait pas aux débats agendés les 14, 15 et 16 juillet 2021 (TPF 9.521.011).
A.46 Le 15 juin 2021, le MPC confirmait qu’il se présenterait aux débats
(TPF 9.510.771).
A.47 Par invitation à comparaître du 15 juin 2021, les parties ont été invitées à com-
paraître aux débats prévus les 14, 15 et 16 juillet 2021, cette dernière date étant
une date de réserve. Il était précisé que la présence des parties n’était pas né-
cessaire et qu’ils pouvaient présenter des propositions écrites, cas échéant
(TPF 9.331.001-002, 9.352.001-002, 9.320.001-002).
A.48 Par pli du 16 juin 2021, B. Ltd se déterminait sur le contenu du courrier de Maître
Barillon du 14 juin 2021 (TPF 9.621.561-562).
A.49 Par courrier du 17 juin 2021, la Cour répondait aux requêtes de B. Ltd du 9 juin
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2021. Elle l’informait que la Cour avait décidé, dans son ordonnance concernant
les moyens de preuves, qu’il n’était pas opportun d’entendre E. En outre, elle
confirmait au précité qu’elle examinerait librement si les conditions de la confis-
cation étaient réalisées en ce qui concerne les fonds dont B. Ltd est la bénéfi-
ciaire. Elle se déterminait sur les pièces 1 à 15 produites par B. Ltd et sur leur
présence au dossier de la procédure (TPF 9.621.563-564).
A.50 Le 21 juin 2021, la Cour fixait un délai au 1er juillet 2021 à Maître Barillon pour
qu’il lui fasse parvenir ses propositions écrites (TPF 9.400.022), délai prolongé
au 6 juillet 2021 (TPF 9.401.007). Par pli du même jour, la Cour informait les
parties qu’un nombre maximal de trois représentants par partie présente aux dé-
bats était accepté, étant donné les problématiques de capacité des salles d’au-
dience en lien avec l’épidémie de Covid-19.
A.51 Par missive du 22 juin 2021, B. Ltd demandait à la Cour de revenir sur son or-
donnance de preuve, dès lors qu’une analyse de la confiscation au sens des
art. 70 ss CP devait porter sur le crime préalable, sur les actes de blanchiment
ainsi que sur le lien entre les valeurs patrimoniales et le blanchiment supposé
reprochés à A. Elle y répétait également ses réquisitions de preuves
(TPF 9.621.565-567). Le 24 juin 2021, elle indiquait à la Cour que les questions
préjudicielles lui parviendraient environ une semaine avant les débats
(TPF 9.621.571).
A.52 En date du 28 juin 2021, B. Ltd écrivait à la Cour afin de lui demander de se
déterminer à très brève échéance sur le contenu de son courrier du 22 juin 2021
(TPF 9.621.572).
A.53 La Cour s’est déterminée le 30 juin 2021 et a informé B. Ltd qu’elle examinerait
librement les conditions de la confiscation au sens de l’art. 70 CP. Enfin, concer-
nant les offres de preuves de la précitée, la Cour a maintenu son ordonnance du
1er juin 2021 (TPF 9.621.573).
A.54 Le 1er juillet 2021, Maître Mangeat informait la Cour que Maîtres Fanny Margairaz
et Romain Wavre l’accompagneraient lors des débats (TPF 9.621.574). Quant
au MPC, les Procureurs fédéraux Diane Kohler et Luc Leimgruber ainsi que le
Procureur fédéral assistant Thibaud Matthey seraient présents auxdits débats
(TPF 9.521.016-017).
A.55 Le MPC a fait parvenir sa liste de questions préjudicielles à la Cour le 1er juillet
2021, au nombre de quatre. En somme, le MPC a réitéré la demande d’admission
de moyens de preuves qui ont été rejetés par la Cour le 1er juin 2021
(TPF 9.521.018-021).
- 13 -
SK.2020.49
A.56 Par requête du 2 juillet 2021, B. Ltd a requis la récusation du Juge unique. Il était
invoqué que la position du précité exprimait un préjugement sur l’une des condi-
tions essentielles de la confiscation (TPF 9.621.576-679).
A.57 Le 6 juillet 2021, le Juge unique a pris position et a transmis le dossier à la Cour
des plaintes. Il a décidé de maintenir les débats fixés dès le 14 juillet 2021 (TPF
9.621.680-681, 9.921.1.001-002).
A.58 Par pli du 6 juillet 2021, A. a fait parvenir à la Cour ses déterminations à propos
de la présente cause (TPF 9.521.022-034).
A.59 Le 8 juillet 2021, B. Ltd a fait parvenir à la Cour sa liste de questions préjudicielles
(TPF 9.621.689-1289).
A.60 Par courrier du 13 juillet 2021, le MPC a informé la Cour que le Procureur fédéral
Patrick M’Baya serait présent aux débats le 14 juillet 2021 afin de remplacer le
Procureur fédéral Luc Leimgruber durant la première journée des débats
(TPF 9.510.775).
A.61 Les débats ont été ouverts le mercredi 14 juillet 2021. Ont comparu le MPC, re-
présenté par les Procureurs fédéraux Diane Kohler, Patrick M’Baya (en rempla-
cement du Procureur fédéral Luc Leimgruber) et le Procureur fédéral assistant
Thibaud Matthey ainsi que les représentants de B. Ltd., représentée par Maîtres
Mangeat, Margairaz et Wavre.
A.62 La Cour a donné l’occasion aux parties de soulever des questions préjudicielles,
en particulier en ce qui concerne la validité de l’accusation, les conditions à l’ou-
verture de l’action publique, les empêchements de procéder, le dossier et les
offres de preuves recueillies.
B. Ltd a soulevé les questions préjudicielles suivantes:
 Réitération des réquisitions de preuves présentées par la défense de B.
Ltd le 1er avril 2021.
 Retrait des écritures d'A. au motif que sa participation à la procédure vio-
lait l’art. 105 al. 1 let. f CPP.
 Retrait physique du dossier SV.12.0808 dans sa version du 25 février
2021 produit par le MPC en annexe à ses réquisitions de preuves, en
application de l’art. 141 al. 5 CPP.
 Retrait des pièces produites par le MPC acceptées par la Cour.
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 Retrait de plusieurs pièces en application des art. 140 et 141 al. 1 et 2
CPP (jugement du 20 juillet 2015 rendu contre A., I., M. en version fran-
çaise, jugement du 21 août 2015 rendu contre E. en versions russe et
française, procès-verbal d’audition d'E. des 9 et 10 décembre 2016 dans
ses versions russe et française, procès-verbal d’audition d'A. du 7 dé-
cembre 2016 dans ses versions russe et française, procès-verbal d’audi-
tion d'I. du 9 décembre 2016 dans ses versions russe et française, pro-
cès-verbal d’audition de F. du 5 décembre 2016 dans ses versions russe
et française, procès-verbal d’audition de H. du 6 décembre 2016 dans ses
versions russe et française, jugement du 18 décembre 2017 rendu à l’en-
contre d'E. dans ses versions russe et française.
 Nouvelles offres de preuves de B. Ltd (décision de l’ «US District Court»
du «Southern District» de New York du 19 septembre 2017 dans l’affaire
N., requête d'E. du 2 juin 2021 déposée auprès du Groupe de travail de
l’ONU sur la détention arbitraire, rapports «Democracy Index» de 2015 à
2020 de l’«Intelligence Unit» de «The Economist», «Human Rights Re-
port» de 2017 concernant Z. publié par le Département d’Etat américain,
rapport périodique d’Amnesty International de mai 2018 publié à l’occa-
sion de l’examen périodique universel de Z., avis de droit d'O. QC du
5 juillet 2021 relatif à la procuration irrévocable en faveur d'E.).
Quant au MPC, il a réitéré ses offres de preuves rejetées par la Cour le 1er juin
2021.
A.63 L’audience a été suspendue le 14 juillet 2021 à 12h20, afin de permettre à la
Cour de délibérer sur les questions préjudicielles. L’audience a été reprise le len-
demain à 9h05. Les motifs de la décision de la Cour quant aux questions préju-
dicielles sont développés au considérant 2 ci-après.
A.64 La Cour a ensuite engagé la procédure probatoire et rappelé les offres de
preuves recueillies avant les débats. Il a ensuite été passé au réquisitoire ainsi
qu’à la plaidoirie de B. Ltd. Le MPC a plaidé en premier et pris les conclusions
suivantes:
Le Ministère public de la Confédération (MPC) a l’honneur de prendre les conclusions
suivantes, sous suite de frais:
I. Rejeter l’opposition partielle formée le 4 juin 2018 par B. Ltd contre l’ordonnance pénale
rendue le 22 mai 2018 par le Ministère public de la Confédération (MPC) à l’encontre d'A.
dans la procédure SV.12.0808.
- 15 -
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II. Confirmer les chiffres 4 et 5 du dispositif de l’ordonnance pénale rendue le 22 mai 2018
par le Ministère public de la Confédération (MPC) à l’encontre d'A. dans la procédure
SV.12.0808, en ce qui concerne B. Ltd.
Les représentants de B. Ltd ont plaidé à la suite du MPC et pris les conclusions
suivantes:
B. Limited conclut à ce qu’il
Plaise à la Chambre pénale du Tribunal pénal fédéral
1. Prononcer la libération intégrale et immédiate des avoirs détenus sur les comptes des
banques C. et D. de B. Limited;
2. Accorder à B. Limited une indemnité en application de l’art. 434 CPP selon requête
séparée.
Les représentants de B. Ltd ont également remis des conclusions civiles sépa-
rées.
A.65 Au terme des débats, la Cour a demandé aux parties si elles acceptaient de re-
noncer au prononcé public du jugement (art. 84 al. 3 CPP), ce qu’elles ont fait.
A.66 Par décision du 28 juillet 2021, la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral a
rejeté la demande de récusation formulée par B. Ltd (TPF 9.921.1.015-021, dé-
cision du Tribunal pénal fédéral BB.2021.175 du 28 juillet 2021). Le MPC a de-
mandé une copie de cette décision à la Cour de céans par requête du 19 août
2021 (TPF 9.510.776), laquelle lui a été transmise le 24 août 2021
(TPF 9.400.030).
A.67 Par courrier du 19 août 2021, le MPC s’est adressé à la Cour en relation avec la
demande d’indemnisation de Maître Mangeat du 15 juillet 2021. Il précisait que
ce dernier n’avait jamais représenté B. Ltd dans le cadre de la procédure
SV.12.0808-KOD menée à l’encontre d'E. et n’avait pas demandé l’assistance
judiciaire pour B. Ltd dans ce contexte. Partant, seules les prestations de Maître
Mangeat liées à son activité de défenseur d’office d'E. étaient prises en charge
par le MPC dans le cadre de cette procédure (TPF 9.510.777 s.).
B. Comptes bancaires auprès des banques C. SA et D., procédure OFAC des
autorités américaines
B.1 Pour rappel, les comptes bancaires concernés par les confiscations opérées par
le MPC et objets de la présente procédure sont les comptes bancaires de B. Ltd
auprès de la banque C. SA (n° 1) et de la banque D. (n° 2). Le compte de B. Ltd
- 16 -
SK.2020.49
auprès de la banque C. SA est également frappé par un séquestre de droit amé-
ricain de l’«Office of Foreign Assets Control» (ci-après: l’OFAC). Les éléments
de la procédure relatifs à la présente problématique sont mentionnés ci-après.
B.2 Par courrier du 20 décembre 2019, le MPC a informé la Cour de céans que, le
18 octobre 2019, Maître P., conseil de la banque C. SA, a contacté le MPC afin
de l’informer du fait que les comptes n° 1 au nom de B. Ltd et n° 3 au nom de
K.a. Corp. faisaient l’objet d’un blocage par l’OFAC (SK.2019.70, TPF 8.510.096-
099). Dans un courrier adressé au MPC le 28 novembre 2019, la banque a ex-
pliqué qu’elle gérait les actifs déposés sur ces deux comptes depuis le mois de
décembre 2017 (rectification/précision: les fonds déposés auprès de Q. et de R.
sont investis exclusivement en USD, conformément aux instructions du MPC du
8 décembre 2015, selon la lettre de la banque C. SA à la Cour du 21 janvier 2021
[TPF 9.661.003-005]), après avoir reçu du MPC, et d’un expert financier de ce
dernier, des indications précises relatives aux opérations à entreprendre. La
banque a ajouté que conformément aux instructions fournies par le MPC, les
avoirs déposés sur les deux comptes étaient investis en obligations libellées en
dollars américains. Ces obligations ont été sous-déposées auprès de Q. et R.
Dans ce même courrier du 28 novembre 2019, la banque a précisé que, le 17 dé-
cembre 2017, l’OFAC avait classifié E. en tant que «Specially Designated Natio-
nal» dans un programme de sanctions économiques (basé sur l’«Executive Or-
der» «Blocking the Property of Persons Involved in Serious Human Rights Abuse
or Corruption»). En raison de cette classification, Q. a bloqué en ses livres les
avoirs qu’il considérait comme liés à E. («blocage OFAC»). La banque a ajouté
que ses avocats américains lui avaient déconseillé de continuer à gérer les avoirs
sous-déposés auprès de R., en raison du risque de sanctions qui pourraient être
infligées par l’OFAC.
B.3 Le 9 janvier 2020, la banque C. a indiqué à la Cour de céans qu’elle devait obtenir
confirmation écrite quant aux points mentionnés dans sa lettre du 28 novembre
2019 adressée au MPC, pour appuyer une demande de licence à déposer auprès
de l’OFAC (ladite licence devant permettre à la banque d’être autorisée à gérer
les comptes, en conformité avec les instructions reçues du MPC). Elle informait
également la Cour qu’elle disposait de positions en cash excédant USD 150 mil-
lions et qu’il était dans l’intérêt des parties de pouvoir réinvestir ces montants
dans les meilleurs délais (SK.2019.70, TPF 8.661.002).
B.4 En date du 14 janvier 2020, la Cour confirmait à la banque que les deux comptes
mentionnés dans son courrier du 28 novembre 2019 aux noms de B. Ltd et de
K.a. Corp. faisaient l’objet d’un séquestre pénal prononcé par le MPC et qu’une
opposition avait été formée par l’une des parties à la procédure contre ladite or-
- 17 -
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donnance, laquelle n’avait pas encore acquis force de chose jugée. La Cour con-
firmait également à la banque qu’il serait utile que ces comptes puissent conti-
nuer à être gérés selon les instructions données par le MPC jusqu’à l’issue de la
procédure (SK.2019.70, TPF 8.661.003-004).
B.5 Par pli du 28 janvier 2020, le MPC a transmis à la Cour la décision de séquestre
des biens qu’il a rendue le 5 juillet 2012 (SK.2019.70, TPF 8.510.119).
B.6 Le 3 février 2020, la Cour a confirmé à la banque C. SA que les deux comptes
au nom de B. Ltd et de K.a. Corp. faisaient l’objet d’un séquestre pénal prononcé
par le MPC et que leur confiscation avait été ordonnée par le MPC par ordon-
nance du 22 mai 2018. Dès lors qu’une opposition avait été formée contre cette
ordonnance, celle-ci n’avait pas encore acquis force de chose jugée et la cause
était pendante par-devant l’autorité de céans. Elle confirmait enfin à la banque
qu’il serait utile que ces comptes soient gérés selon les instructions données par
l’expert économique et financier du MPC jusqu’à l’issue de la procédure en cours
(SK.2019.70, TPF 8.661.006 s.).
B.7 Le 23 avril 2020, le MPC s’est adressé à la Cour et lui a transmis un courrier de
la banque C. du 21 avril 2020, selon lequel ladite banque avait cessé dès octobre
2019 de gérer les actifs des comptes de B. Ltd et de K.a. Corp. Leurs actifs
étaient dès lors déposés auprès de Q. et de R. Q. avait décidé de procéder à un
blocage OFAC et R. un «contrôle de type AML» sur les actifs. Partant, les actifs
auprès de Q. ne pouvaient plus être gérés sans l’obtention d’une licence spéci-
fique. Quant aux avoirs déposés auprès de R., les avocats américains de la
banque lui avaient déconseillé de continuer à gérer les avoirs en dépôt sous
peine de s’exposer à des sanctions de la part de l’OFAC. Cette situation avait
pour conséquence que le produit des obligations venant à échéance se retrouvait
en espèces auprès de ces dépositaires et que, pour ce qui était des avoirs dépo-
sés auprès de R., il y avait un dépassement du seuil de 25% des fonds propres
applicables aux gros risques (art. 97 de l’Ordonnance sur les fonds propres et la
répartition des risques des banques et des maisons de titres [RS 952.03, OFR])
et qu’une annonce à la FINMA avait été faite. Si aucune mesure ne devait être
prise, un montant en espèces d’environ USD 360'000'000.- serait déposé auprès
de R. La banque avait déposé une demande de licence le 25 février 2020 auprès
de l’OFAC en ce qui concerne le réinvestissement du produit des titres déposés
auprès de Q. et du transfert des titres US déposés auprès de R. à Q. Cette de-
mande de licence ne portait pas sur le réinvestissement des espèces déposées
auprès de R. et ne pouvait résoudre la question du dépassement de seuil des
fonds applicables aux gros risques. Partant, la banque entendait modifier sa de-
mande de licence auprès de l’OFAC afin qu’elle soit autorisée à gérer l’intégralité
des avoirs déposés auprès de R. Elle sollicitait de la Cour l’autorisation d’investir
- 18 -
SK.2020.49
et de conserver tout ou partie des avoirs déposés auprès de R. en EUR et/ou
CHF, si elle devait déterminer que cela était possible et approprié (SK.2019.70,
TPF 8.510.130 s.).
B.8 Par pli du 29 avril 2020, la Cour de céans a imparti un délai au MPC afin que ce
dernier puisse se déterminer quant à la proposition formulée par la banque C. SA
du 21 avril 2020 (SK.2019.70, TPF 8.400.005).
B.9 En date du 14 mai 2020, le MPC a transmis la prise de position de sa division
financière forensique (FFA) selon laquelle il y aurait lieu de solliciter que des dé-
tails soient requis auprès de la banque concernant les investissements envisa-
gés, afin de s’assurer de leur conformité à la directive interne sur la procédure
applicable au séquestre de valeurs patrimoniales (SK.2019.70, TPF 8.510.132-
133).
B.10 Le 18 mai 2020, la Cour de céans s’est adressée à la banque C. SA et a demandé
davantage de détails concernant les investissements envisagés, afin que les ex-
perts puissent s’assurer de leur conformité à la directive interne du MPC susmen-
tionnée (SK.2019.70, TPF 8.661.008).
B.11 Par pli du 26 mai 2020, la banque s’adressait à la Cour et l’informait qu’elle pré-
voyait d’assurer une gestion des avoirs telle que conduite auparavant, à savoir
en investissant en obligations de qualité et court terme en ligne avec les direc-
tives d’investissement et l’accord reçus du MPC. Elle sollicitait de la Cour son
autorisation pour pouvoir investir et conserver tout ou partie des avoirs déposés
auprès de R. en EUR et/ou CHF si cela était possible et approprié, dès lors qu’elle
ignorait le temps qu’il fallait à l’OFAC pour lui accorder une licence (SK.2019.70,
TPF 8.661.009).
B.12 Le 4 juin 2020, la Cour a accordé à la banque C. la permission d’investir et de
conserver tout ou partie des avoirs déposés auprès de R. en EUR et/ou en CHF
si elle l’estimait approprié, dans le respect des directives du MPC et a pris note
du fait que la banque prévoyait d’assurer une gestion telle qu’elle l’avait conduite
ces dernières années, en investissant en obligations de qualité, en ligne avec les
directives d’investissement et l’accord reçu du MPC (SK.2019.70, TPF
8.661.010).
B.13 Le 27 juillet 2020, la banque susmentionnée demandait à la Cour de céans l’auto-
risation de placer la totalité des avoirs auprès d’une institution américaine,
comme l’OFAC semblait le privilégier. Dès lors, les titres seraient exclusivement
des titres US. Elle demandait à la Cour si elle voyait un inconvénient à ce chan-
gement, au cas où cela serait imposé par l’OFAC (SK.2019.70, TPF 8.661.011).
- 19 -
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B.14 Le 10 août 2020, la Cour transmettait la requête de la banque et demandait au
MPC qu’il prenne position sur celle-ci afin d’assurer la meilleure gestion possible
des avoirs séquestrés. Un délai au 17 août 2020 était imparti à ce titre au MPC
(SK.2019.70, TPF 8.400.010-011).
B.15 Le 17 août 2020, le MPC s’est déterminé sur le contenu du courrier de la banque
C. SA du 27 juillet 2020 et a affirmé, en substance, que la proposition de ladite
banque impliquerait un changement de la politique d’investissement suivie. Par-
tant, le MPC suggérait à la Cour de ne pas accepter cette proposition et de main-
tenir, jusqu’à l’issue de la procédure, la politique d’investissement qui était suivie
jusque-là. Quant à la problématique du blocage OFAC, le MPC ne pouvait se
déterminer; il suggérait que l’autorité la plus à même de s’exprimer à ce sujet
pouvait être le Secrétariat d’Etat à l’Economie. Par courrier du 5 août 2020, B.
Ltd a considéré qu’il convenait de rejeter la requête de la banque
(TPF 8.621.086).
B.16 Par pli du 18 août 2020 à la banque C. SA, la Cour a refusé la proposition de la
banque du 27 juillet 2020, laquelle impliquerait un changement de la politique
d’investissement suivie jusqu’à ce jour. Elle priait la banque de maintenir la poli-
tique d’investissement actuelle, ceci jusqu’à la fin de la procédure. La banque
était également priée d’envoyer à la Cour un relevé actualisé des comptes et de
lui faire un bilan de la situation quant au blocage OFAC (SK.2019.70,
TPF 8.661.013).
B.17 En date du 25 août 2020, la banque C. SA s’est adressée au MPC, courrier trans-
mis à la Cour, pour faire un point de la situation des comptes séquestrés. La
banque indiquait que les avoirs déposés sur les comptes de B. Ltd et K.a. Corp.
avaient été investis en obligations libellées en USD et déposés auprès de Q. et
R. Elle indiquait également que le 17 décembre 2017, l’OFAC avait classifié E.
comme «Specially Designated National» dans un programme de sanctions éco-
nomiques. Partant, Q. avait bloqué les avoirs qu’il considérait liés à E. Les con-
séquences étaient que les titres bloqués ne pouvaient plus être vendus ou trans-
férés, que les montants reçus au titre de remboursement des obligations étaient
automatiquement bloqués et que les éventuels revenus étaient également blo-
qués automatiquement. La banque informait également le MPC de la probléma-
tique du blocage AML formé par R. La banque confirmait avoir déposé une de-
mande de licence OFAC le 25 février 2020. Elle résumait également la problé-
matique liée au remboursement d’obligations arrivant à échéance et du dépas-
sement du seuil de 25% des fonds propres (art. 97 OFR) ayant nécessité une
annonce à la FINMA. S’agissant de la possibilité d’investir en EUR et/ou CHF, la
banque informait que cela ne serait probablement pas possible, dès lors que,
selon les règles de l’OFAC, il ne devait pas y avoir de contact avec une institution
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SK.2020.49
financière américaine, ce qui semblait très difficile, voire impossible, en l’espèce.
R. avait dès lors mis en place un blocage OFAC, de sorte que la banque avait
demandé une licence additionnelle concernant les avoirs s’y trouvant. La banque
indiquait également qu’elle avait eu un contact avec l’OFAC et que ceux-ci privi-
légiaient un dépôt de la totalité des avoirs auprès d’une institution US avec des
investissements en titres US. La banque tentait d’obtenir l’accord de l’OFAC afin
que les avoirs et le remboursement des avoirs soient transférés auprès de Q. afin
d’arriver à un montant inférieur à 25%, ce qui permettrait de maintenir la politique
d’investissement approuvée par le MPC. Elle demandait à être autorisée à trans-
férer à Q. les avoirs déposés auprès de R. qui se trouvaient auprès des sous-
dépositaires US ou qui étaient le remboursement d’avoirs déposés auprès de
sous-dépositaires US, ainsi que d’ajouter une somme nécessaire pour ramener
l’exposition de la banque à R. à un niveau respectant les exigences réglemen-
taires, ce qui permettrait de respecter les exigences du MPC. Si l’OFAC ne devait
pas accepter la solution proposée, d’autoriser la banque à transférer à Q. tous
les avoirs déposés auprès de R. Dans ce cas, la banque s’efforcerait de maintenir
la politique d’investissement approuvée par le MPC (SK.2019.70, TPF 8.661.014
ss).
B.18 Le 1er septembre 2020, la Cour s’est adressée au MPC afin d’obtenir l’avis de
cette autorité quant aux requêtes exposées par la banque dans son courrier du
25 août 2020 (SK.2019.70, TPF 8.400.012 s.).
B.19 Le 4 septembre 2020, le MPC s’est déterminé à ce sujet. Il a suggéré de privilé-
gier une solution qui permette de respecter la politique d’investissement en place
(SK.2019.70, TPF 8.510.139 s.).
B.20 Par pli du 7 septembre 2020, la Cour s’est adressée à la banque C. SA en l’in-
formant notamment qu’elle avait sollicité l’avis du MPC et qu’elle avait imparti un
délai aux autres parties pour qu’elles se déterminent. La Cour confirmait à la
banque qu’elle avait pris bonne note que la solution consistant à investir et con-
server tout ou partie des avoirs déposés auprès de R. en EUR et/ou CHF ne
pourrait probablement pas être utilisée. Elle priait la banque, si cette possibilité
pouvait malgré tout se concrétiser, de l’en informer sans délai pour qu’elle puisse
statuer de nouveau sur son opportunité, compte tenu de l’évolution de la situa-
tion. Enfin, elle demandait à la banque qu’elle lui fasse parvenir un relevé actua-
lisé des comptes concernés (SK.2019.70, TPF 8.661.017 s.)
B.21 Les représentants de B. Ltd se sont déterminés le 14 septembre 2020. En subs-
tance, il a été indiqué que la situation actuelle était incompatible avec l’obligation
incombant aux autorités pénales de conserver les valeurs patrimoniales de ma-
nière appropriée et de veiller à ce que leur placement soit sûr. Il a été conclu au
- 21 -
SK.2020.49
rejet des deux propositions formulées par la banque C. SA, dont le résultat aurait
été de péjorer la situation des avoirs de B. Ltd en créant encore davantage de
rattachement US. Il était invoqué que la Cour de céans devait prendre des me-
sures proactives, ce qui pouvait impliquer de revoir la politique d’investissement
définie par le MPC en 2015 afin de faciliter la restitution des avoirs à son proprié-
taire, par exemple en investissant en des titres libellés en CHF et/ou EUR et
déposés dans les livres de banques sans lien avec les USA. B. Ltd demandait,
afin de pouvoir évaluer l’ordre du MPC du 8 décembre 2015, d’investir l’intégralité
des avoirs séquestrés en des obligations libellées en USD, à ce que divers do-
cuments et notes soient produits, telle que la copie du Manuel de procédure du
MPC dans sa version en vigueur en décembre 2015, ainsi que toute version sub-
séquente de ce document (SK.2019.70, TPF 8.621.090 ss).
B.22 Par courrier du 15 septembre 2020, A. s’est déterminée. En substance, elle s’est
opposée catégoriquement à la proposition d’investissement de la banque, la-
quelle n’aurait pour conséquence que d’aggraver et rendre impossible l’accès
futur aux fonds séquestrés. Elle s’étonnait du fait que la banque n’avait pas in-
formé le MPC du fait que les fonds avaient été investis auprès des sous-déposi-
taires Q. et R. Elle précisait en outre qu’il était notoire qu'E. faisait l’objet d’inves-
tigations, notamment aux Etats-Unis, et qu’elle s’était déjà vue imposer des sanc-
tions économiques. Partant, ces opérations seraient contraires à l’Ordonnance
sur le placement des valeurs patrimoniales séquestrées. Elle sollicitait plusieurs
renseignements, dont une copie de la décision officielle de blocage des fonds par
l’OFAC (SK.2019.70, TPF 8.521.006 ss).
B.23 La Cour s’est adressée à la banque C. SA le 1er octobre 2020. En substance, elle
a refusé les deux autorisations sollicitées par la banque le 25 août 2020, dès lors
que le transfert des avoirs dans les livres de Q. pourrait les exposer davantage à
de nouvelles mesures que les autorités américaines pourraient prononcer. Elle
priait le MPC de lui proposer d’autres possibilités. Elle demandait également la
banque de l’informer sur l’évolution de ses discussions avec l’OFAC. Il était de-
mandé à la banque si d’éventuels conseils de la part du Secrétariat d’Etat à
l’Economie ou d’autres autorités pouvaient s’avérer utile, et, cas échéant, quelles
précisions la Cour pourrait adresser, pour contribuer à trouver une solution à
cette problématique (SK.2019.70, TPF 8.661.050 s.).
B.24 Par courrier du 23 décembre 2020, B. Ltd demandait à ce que la Cour lui fasse
parvenir les réponses et documents fournis par la banque C. ou de relancer cette
dernière. Elle sollicitait aussi de la Cour qu’elle l’informe quant à la solution con-
crète qu’elle entendait prendre s’agissant du blocage des avoirs de B. Ltd par les
autorités américaines et requérait le versement à la procédure de divers docu-
ments. Enfin, elle demandait à ce que la banque D. fasse parvenir un rapport sur
- 22 -
SK.2020.49
la gestion des avoirs de B. Ltd, dès lors que les avoirs sur cette relation avaient
drastiquement diminués (TPF 9.621.026-027).
B.25 Le 12 janvier 2021, la Cour a écrit à la banque C. et lui a notamment fixé un délai
au 21 janvier 2021 pour répondre aux interrogations de la Cour du 1er octobre
2020. Elle lui a demandé de l’informer quant au statut de la demande de licence
américaine permettant la gestion des comptes concernés. Elle a également in-
formé la banque de l’entrée en force partielle de l’ordonnance pénale du MPC et
lui a prié de s’adresser à ladite autorité concernant les comptes objets de la pro-
cédure, sauf en ce qui concerne les avoirs déposés au nom de B. Ltd, pour les-
quels la procédure suivait son cours (TPF 9.661.001-002). Elle a adressé un
courrier similaire à la banque D. concernant l’entrée en force de l’ordonnance
pénale du MPC et lui a fixé un délai au 21 janvier 2021 pour faire parvenir à la
Cour un rapport de gestion (TPF 9.662.001-002).
B.26 Par courrier du 12 janvier 2021, la Cour s’est adressée à la banque C. SA afin de
lui demander de bien vouloir répondre aux interrogations de la Cour du 1er oc-
tobre 2020, restées sans réponse, ainsi que de l’informer quant au statut de sa
demande de licence OFAC. Elle informait la banque de l’entrée en force partielle
de l’ordonnance pénale du MPC du 22 mai 2018 (TPF 9.661.001 s.).
B.27 A la même date, le MPC a fait parvenir à la Cour de céans les estimations au
31 décembre 2020 des relations bancaires logées à la banque C. et à la banque
D., dont B. Ltd est la titulaire (TPF 9.510.006-026).
B.28 En date du 15 janvier 2021, S., de la banque D., a appelé le greffe de la Cour
afin de l’informer que les pertes sur le compte étaient dues aux effets de change,
suite à la décision de la BNS de 2015 ainsi qu’aux frais de la banque. Dès lors
qu’aucune instruction particulière n’avait été donnée par la cliente, il a été décidé,
avec l’accord du MPC, de placer l’argent en USD (TPF 9.662.003).
B.29 Le 20 janvier 2021, la banque D. a fait parvenir les relevés des comptes et a
expliqué les différences de soldes des comptes. Il était indiqué que les avoirs
sont détenus en cash et, qu’en l’absence d’instruction de la cliente, et afin d’éviter
des intérêts négatifs, les fonds ont été placés en USD le 4 octobre 2016. En outre,
la cliente n’avait pas confié de mandat de gestion de fortune à la banque. La
décision de la BNS du 15 janvier 2015 était à nouveau évoquée, laquelle a en-
traîné une perte de change considérable sur la part des actifs en euros
(TPF 9.662.004-010).
B.30 Le 21 janvier 2021, le MPC a indiqué qu’il se remettait à la décision de la Cour
concernant la remise de certains documents, tout en soulignant que ceux-ci
n’étaient pas pertinents pour trancher la question objet de la présente cause.
- 23 -
SK.2020.49
S’agissant de la correspondance entre la banque C. SA, Q. et R. ainsi que de la
correspondance entre la banque C. et l’OFAC, il précisait que ces documents
devaient être directement demandés auprès de la banque (TPF 9.510.036-037).
B.31 Par courrier du 21 janvier 2021, la banque C. informait notamment la Cour qu’elle
se retrouvait prise entre les attentes de différentes autorités suisses et améri-
caines dont les objectifs n’étaient pas toujours conciliables, sans qu’aucun dia-
logue n’intervienne entre celles-ci, dont le respect simultané n’était pas possible.
Elle a indiqué que les fonds déposés auprès de Q. et R. sont investis en USD
conformément aux instructions du MPC du 8 décembre 2015, lesquels sont de
facto soumis à la juridiction des autorités américaines. Elle annexait une note du
cabinet d’avocats T. LLP. Elle informait la Cour du fait que le jour où les avoirs
devraient être transférés, la banque devrait informer l’OFAC et ne pourrait pas
respecter cette instruction étant donné le risque de procéder sans l’autorisation
de l’OFAC. Elle suggérait que le MPC ou l’Office fédéral de la justice (ci-après:
l’OFJ) contacte l’OFAC aux fins de trouver une solution à ce problème (TPF
9.661.003-005).
B.32 Le 25 janvier 2021, la Cour a demandé à la banque C. de bien vouloir lui trans-
mettre, d’ici au 12 février 2021, la correspondance entre la banque, Q. et R. au
sujet des avoirs de B. Ltd, les investissements et dépôts, et notamment la faculté
des banques dépositaires de faire appel à des sous-dépositaires US ainsi que la
correspondance entre la banque et l’OFAC, notes au dossier de demandes de
licences OFAC comprises (TPF 9.661.010).
B.33 A la même date, la Cour a demandé au MPC de lui remettre, d’ici au 4 février
2021, la directive sur la procédure applicable au séquestre de valeurs patrimo-
niales dans sa version en vigueur en décembre 2015 ainsi que toute version sub-
séquente de ce document (TPF 9.400.012).
B.34 Par pli du 29 janvier 2021, la banque C. demandait à la Cour de céans de lui faire
parvenir la demande de B. Ltd afin de mieux comprendre le contexte de la de-
mande de la Cour du 25 janvier 2021 (TPF 9.661.011).
B.35 Le 4 février 2021, le MPC envoyait aux parties un extrait du «Manuel de procé-
dure du MPC» tout en réitérant sa position selon laquelle ce document n’était pas
pertinent pour trancher la question objet de la présente cause (TPF 9.510.040-
041).
B.36 Le 12 février 2021, la banque C. a fait parvenir à la Cour de céans des versions
caviardées des documents demandés par B. Ltd le 23 décembre 2020, lesquels
ont été transmis aux parties (TPF 9.661.013-014).
- 24 -
SK.2020.49
B.37 Le même jour, la Cour s’adressait au MPC concernant la problématique liée aux
fonds séquestrés, lesquels sont également soumis à la juridiction des autorités
américaines, par le biais de l’OFAC. Elle priait le MPC de bien vouloir lui indiquer
quel serait à son avis l’autorité ou le département le mieux à même de résoudre
cette problématique, qui échappait à la compétence même de la Cour
(TPF 9.400.014-015).
B.38 En date du 18 mars 2021, le MPC a répondu à la Cour concernant les autorités
à même de résoudre la problématique liée aux fonds séquestrés soumis égale-
ment à la juridiction de l’OFAC aux USA. Il indiquait en substance avoir pris con-
tact avec le Department of Justice (ci-après: DoJ) américain, laquelle autorité a
indiqué qu’elle prendrait contact avec l’OFAC. Selon le MPC, ces autorités
n’avaient pour l’heure pas encore pris contact avec le MPC. Partant, le MPC tien-
drait informée la Cour dès qu’elle recevrait des nouvelles des autorités améri-
caines et ne pouvait se prononcer pour l’heure sur cette problématique. Il indi-
quait enfin que l’OFJ ou le Département fédéral des affaires étrangères pour-
raient éventuellement intervenir pour appuyer les démarches du MPC (TPF
9.510.767-769).
B.39 Par missive du 19 mars 2021, B. Ltd s’est étonnée de la nonchalance de la réac-
tion du MPC et rappelait que ce dernier était seul responsable de la situation
dans laquelle les parties se trouvaient ce jour. Elle invitait le MPC à agir sans
plus attendre, à reprendre le contrôle des fonds concernés et d’en empêcher une
captation extra-judiciaire inadmissible (TPF 9.621.042-043).
B.40 La Cour a imparti aux parties, par courrier du 24 mars 2021, un délai au 12 avril
2021 pour qu’elles se déterminent sur la problématique des fonds séquestrés,
suite à la réponse du MPC à ce sujet (TPF 9.400.017).
B.41 Par courrier du 12 avril 2021, A. a indiqué qu’elle n’avait pas d’observations par-
ticulières à formuler à ce stade s’agissant des déterminations du MPC sur la pro-
blématique liée aux fonds séquestrés (TPF 9.521.009).
B.42 A la même date, B. Ltd marquait sa désapprobation face à l’immobilisme et à
l’attentisme du MPC et priait la Cour de bien vouloir inviter le MPC à la renseigner
sur plusieurs points (TPF 9.621.514-515).
B.43 La Cour priait le MPC, par pli du 1er juin 2021, à entreprendre toutes les dé-
marches utiles afin de permettre un déblocage des fonds par les autorités amé-
ricaines (TPF 9.661.114).
- 25 -
SK.2020.49
B.44 A la même date, la Cour demandait à la banque C. SA et à la banque D. de bien
vouloir lui faire parvenir les attestations de solde des comptes, en vue des débats
(TPF 9.661.115, 9.662.011).
B.45 Le 2 juillet 2021, la Cour recevait l’extrait de compte de B. Ltd de la part de la
banque D. (TPF 9.662.012-016).
B.46 Par pli du 13 juillet 2021, la banque C. SA a fait parvenir à la Cours de céans un
état du compte au 12 juillet 2021 (TPF 9.661.116 ss).
B.47 Le 14 juillet 2021, la banque D. a également fait parvenir l’état du compte ouvert
en ses livres au nom de B. Ltd (TPF 9.662.017-021).
B.48 Le 13 août 2021, la banque C. SA a fait parvenir à la Cour un tableau qui présen-
tait auprès de quels dépositaires et sous-dépositaires les avoirs du compte de B.
Ltd se trouvaient. Elle informait la Cour que la FINMA avait autorisé jusqu’au
31 décembre 2021 que la banque dépasse la limite des gros risques prescrite
par l’art. 97 OFR et qu’elle ne pourrait pas prolonger cette exception au-delà de
cette date. En somme, la banque était contrainte de revenir à la solution qu’elle
préconisait dans son courrier du 25 août 2021, soit de solliciter l’autorisation de
la Cour de transférer à Q. l’intégralité des avoirs du compte de B. Ltd déposés
auprès de R. (TPF 9.661.138 s.).
B.49 Par courrier du 31 août 2021, la Cour a notamment demandé aux parties qu’elles
se déterminent sur le contenu du courrier de la banque C. SA du 13 août 2021
(TPF 9.400.033 s.).
B.50 Le 8 septembre 2021, la Cour demandait à la banque D. de bien vouloir lui expli-
quer pourquoi le solde du compte de B. Ltd avait encore diminué entre le 26 oc-
tobre 2020 et le 2 juillet 2021 (TPF 9.662.022 s.).
B.51 Par pli du 22 septembre 2021, la banque D. expliquait qu’elle prélevait les frais
bancaires sur cette relation et faisait parvenir les avis de débit et de crédit y affé-
rant (TPF 9.662.050 ss).
B.52 Le 1er octobre 2021, le MPC s’est déterminé quant à la requête de la banque C.
SA du 31 août 2021. Il a en substance estimé qu’il était prématuré en l’état de
donner suite à la proposition de la banque et qu’aucune décision ne serait prise
tant que la question du blocage OFAC n’était pas clarifiée. Dans ce contexte, le
MPC était en contact avec l’OFAC et le DoJ américain (TPF 9.510.780 s.).
B.53 Le 1er octobre 2021, B. Ltd s’est déterminée. Elle a indiqué que le courrier du
13 août 2021 de la banque C. SA était incomplet. Elle sollicitait des informations
complémentaires et à ce que le MPC répondit à des questions qui lui avaient été
- 26 -
SK.2020.49
posées (TPF 9.621.1292 ss). Le 4 octobre 2021, B. Ltd a sollicité de la Cour que
le MPC lui remette des documents, dont les dernières questions additionnelles
formulées par l’OFAC (TPF 9.621.1295).
B.54 Le 11 octobre, la Cour s’adressait à B. Ltd et l’informait que les trois premières
questions posées dans son courrier du 1er octobre 2021 étaient pertinentes et
étaient, partant, transmises à la banque. S’agissant des autres questions, la Cour
a considéré qu’elles n’étaient pas directement concernées par la problématique
actuelle de la gestion des fonds et n’y a pas donné suite, à ce stade
(TPF 9.621.1296). Par pli du même jour, la Cour a indiqué à la banque C. SA
qu’elle ne pouvait pas se prononcer définitivement sur la requête de la banque,
en l’état, dans la mesure où le MPC était en contact avec les autorités améri-
caines pour trouver une solution à la problématique du blocage OFAC. Elle lui a
transmis trois questions posées par B. Ltd (TPF 9.661.140 s.).
B.55 En date du 14 octobre 2021, la défense d'A. s’est étonnée des frais prélevés par
la banque D. d’un montant de USD 900.- par trimestre, frais très élevés. Elle
demandait à ce que la banque fournisse des renseignements détaillés sur l’en-
semble des activités menées, afin d’élucider le paiement de frais de gestion aussi
importants (TPF 9.521.035 s.).
B.56 Le 27 octobre 2021, la banque C. SA a répondu aux questions de B. Ltd trans-
mises par la Cour (TPF 9.661.142-143).
B.57 Le 3 novembre 2021, la Cour a demandé à la banque D. de lui indiquer comment
étaient calculés les frais de la banque (TPF 9.662.054).
B.58 Le 15 novembre 2021, la banque a envoyé à la Cour les taux d’intérêts pratiqués
ainsi que les tarifs de la banque en vigueur (TPF 9.662.055).
B.59 Par plis du 9 décembre 2021, la Cour de céans a demandé à la banque C. SA et
à la banque D. à ce qu’elles lui fassent parvenir les attestations de soldes des
comptes précités au 14 décembre 2021 (TPF 9.661.144, 9.662.127).
C. Faits
De la société B. Ltd
C.1 La société B. Ltd est une société qui a été enregistrée au Registre des sociétés
de Gilbraltar le 2 janvier 2004, ayant comme administratrice («Director») et ac-
tionnaire unique depuis le 11 février 2005 A. (07-01-01-0072 s.). Son directeur
financier était depuis 2007 F. (18-04-0111). L’art. 3 du «Memorandum of Asso-
ciation» de la société mentionne les diverses activités de la sociétés (07-05-01-
0133-0139).
- 27 -
SK.2020.49
C.2 B. Ltd a ouvert un compte auprès de la banque C. SA à Genève en février 2009.
L’ayant droit économique du compte précité était G., en vertu du formulaire A
signé le 13 mars 2009 par A. et F. (07-01-01-0018), puis A. dès le 27 juin 2012
(07-01-01-0017). A. était initialement indiquée dans le formulaire A. B. Ltd a éga-
lement ouvert une relation bancaire auprès de la banque D. à Zurich (07-05-01-
0087 ss), ce compte devant servir de «wealth management», l’argent devant être
transféré du compte de B. Ltd à la banque C. SA (07-05-01-0171). L’ayant droit
économique de ce compte était A. (07-05-01-0115), disposant d’un droit de si-
gnature individuelle avec F. (07-05-01-0101). Enfin, une relation bancaire au nom
de K.a. Corp. a été ouverte également auprès de la banque D., avec pour ayant
droit économique A., laquelle dispose d’un droit de signature individuelle aux cô-
tés de F. (07-05-01-0015, 0030). B. Ltd a également ouvert d’autres comptes
bancaires auprès de différentes banques, telles que la banque AA., la banque
BB. ou encore la banque CC. (A-18-10-01-0016 ss, A-18-10-04-0056 ss, 18-04-
0097 ss).
Communication de la banque C. SA au Bureau de communication en ma-
tière de blanchiment d’argent
C.3 Le 3 juillet 2012, le bureau de communication en matière de blanchiment d’argent
a transmis au MPC deux communications de soupçons de blanchiment d’argent
provenant de la banque C. SA concernant les relations bancaires ouvertes par
B. Ltd et K.a. Corp. auprès de cette dernière banque (05-00-0001 ss). La banque
avait en effet «[...] constaté des articles récents faisant état de malversations
commises par l’ADE des deux relations bancaires dénoncées, M. G., au détri-
ment de la société DD., dont il était directeur général, active dans le domaine des
télécommunications, et de sa fuite avec sa famille. M. G. est proche de la famille
du président de Z., via sa fille E., et les relations d’affaires signalées avaient été
qualifiées de PEP par l’intermédiaire financier. Parallèlement à ces nouvelles, la
banque a eu la visite (26.2.2012) de l’administratrice des deux sociétés, Mme A.,
laquelle aurait exposé que M. G. n’aurait jamais été l’ADE des deux relations
bancaires et qu’elle serait l’ADE. Les formulaires A, signés par ses soins lors de
l’ouverture des relations d’affaires dénoncées, seraient erronés et pour ce motif
elle a remis à l’intermédiaire financier un nouveau formulaire A le 27 juin 2012»
(05-00-0001).
C.4 Dans la mesure où d’autres précisions de faits sont nécessaires au jugement de
la cause, elles seront apportées dans les considérants qui suivent.
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Le juge unique considère en droit:
1. Compétence de la Cour des affaires pénales
1.1 La Cour examine d'office si sa compétence à raison de la matière est donnée au
regard de l'art. 35 al. 1 de la loi fédérale sur l'organisation des autorités pénales
de la Confédération (LOAP; RS 173.71) et des art. 23 et 24 CPP.
A teneur de l’art. 3 al. 1 CP, le Code pénal suisse s’applique à quiconque commet
un crime ou un délit en Suisse. Un crime ou un délit est réputé commis tant au
lieu où l’auteur a agi ou aurait dû agir qu’au lieu où le résultat s’est produit (art. 8
al. 1 CP).
1.2 En l’espèce, l’infraction de blanchiment d’argent (art. 305bis CP) reprochée à A.
constitue un délit formel, qui ne suppose ni la réalisation d’un résultat au sens
technique ni un dessein spécial qui pourrait se réaliser à distance. C’est donc le
lieu où l’auteur a agi qui détermine l’application du droit suisse en vertu de la
territorialité. Le droit suisse s’applique ainsi notamment à l’auteur qui met en
œuvre, depuis le sol suisse, des opérations de blanchiment, même si les avoirs
blanchis se trouvent à l’étranger. A l’inverse, si l’auteur est à l’étranger mais que
la valeur blanchie se trouve sur un compte en banque en Suisse, le droit suisse
s’applique en vertu de la territorialité si au moins un coauteur agi en Suisse, de
même qu’en cas d’activité médiate, si l’instrument se trouve en Suisse (CASSANI,
Commentaire romand du Code pénal II, 2017, n. 61 ad art. 305bis CP et les réfé-
rences citées). A teneur de l’ordonnance pénale du 27 juin 2018, qui tient lieu
d’acte d’accusation (cf. l’art. 356 al. 1, 2ème phrase, CPP), A. aurait participé à
des opérations, notamment en faveur d'E., par la mise en place d’une structure
complexe de sociétés, de personnes et de flux financiers dans plusieurs pays
afin de percevoir, de manière illégale, des montants importants de la part de so-
ciétés, en particulier étrangères, pour en particulier poursuivre leurs activités sur
le marché de Z., et blanchir ensuite ces fonds à l’étranger, notamment en Suisse.
A. aurait commis les actes de blanchiment en Suisse en prêtant son concours et
son nom pour dissimuler le rôle et les interventions d'E. et lui permettre de récu-
pérer les valeurs patrimoniales d’origine criminelle qui lui étaient destinées (or-
donnance pénale, p. 3). Dès lors qu’A. s’est déplacée en Suisse, notamment aux
fins d’ouvrir les relations bancaires qui lui sont reprochées, la compétence ratione
loci des autorités suisses est donnée (art. 3 al. 1 et 8 al. 1 CP).
Quant à la compétence ratione materiae de la Cour des affaires pénales, elle
résulte du fait que l’infraction de blanchiment d’argent a été commise pour une
part prépondérante à l’étranger, au sens de l’art. 24 al. 1 let. a CPP, ce qui fonde
- 29 -
SK.2020.49
la compétence des autorités fédérales. Partant, la compétence de la Cour de
céans, en qualité de juridiction fédérale de première instance (cf. art. 35 al. 1
LOAP), est donnée.
2. Questions préjudicielles
2.1 Selon l’art. 339 CPP, les parties peuvent soulever au début des débats des ques-
tions préjudicielles concernant notamment la validité de l’acte d’accusation, les
conditions à l’ouverture de l’action publique, les empêchements de procéder, le
dossier et les preuves recueillies, la publicité des débats et la scission des débats
en deux parties (al. 2 let. a à f). Après avoir entendu les parties présentes, le
tribunal statue immédiatement sur les questions préjudicielles (al. 3). Si les par-
ties ont soulevé des questions incidentes durant les débats, le tribunal les traite
comme des questions préjudicielles (al. 4).
2.2 En l’espèce, les parties ont soulevé des questions préjudicielles aux débats
(v. supra consid. A.62). Il est relevé que les motifs développés oralement par les
parties à l’appui de ces questions préjudicielles ont été retranscrites au procès-
verbal des débats, qui fait partie intégrante des actes de la procédure. Il peut
donc y être renvoyé. S’agissant du MPC, il a réitéré ses offres de preuves reje-
tées le 1er juin 2021.
2.3 Dans un premier moyen, les représentants de B. Ltd ont sollicité le retrait de
plusieurs documents de la procédure. Il s’agissait de l’ordonnance pénale du
3 août 2021 à l’encontre de F., des documents transmis par les autorités pénales
françaises relatifs à la reconnaissance préalable de culpabilité contre L., L.a. et
L.b. ainsi que des procès-verbaux d'I., F. et H. transmis par les autorités fran-
çaises. B. Ltd a relevé à ce titre une violation de l’obligation de se comporter de
manière conforme à la bonne foi (art. 3 al. 2 let. a CPP), l’interdiction de l’abus
de droit (art. 3 al. 2 let. b CPP) et la violation du principe de l’égalité des armes
(art. 3 al. 2 let. c CPP). Elle a conclu à ce que ces preuves ne soient pas exploi-
tables (art. 141 CPP) et qu’elles soient physiquement retirées du dossier puis
détruites (art. 141 al. 5 CPP).
2.4 En l’espèce, l’ordonnance pénale du 3 mars 2020 à l’encontre de F. (ch. 1.4 de
l’ordonnance de la Cour du 1er juin 2021) avait été acceptée par la Cour de céans
dans le cadre de son ordonnance concernant les moyens de preuves du 1er juin
2021. Elle a considéré que le contexte des actes de blanchiment d’argent repro-
chés à F. correspondait à celui des actes ayant fondé la condamnation d'A., et
que ce dernier avait occupé le poste de directeur financier de B. Ltd. S’agissant
des arguments soulevés par les parties, ils ne peuvent emporter la conviction de
- 30 -
SK.2020.49
la Cour de céans. En effet, il a été démontré que l’ordonnance pénale précitée
était pertinente pour juger du présent cas. Le MPC, qui était alors direction de la
procédure, a estimé utile de juger séparément les prévenus de l’affaire par la voie
notamment de l’ordonnance pénale. Le MPC a poursuivi l’instruction à l’encontre
de F. et a rendu une ordonnance pénale à l’encontre d'A. La Cour a refusé que
l’intégralité de cette procédure soit admise. Partant, la Cour a maintenu sa déci-
sion d’admettre l’ordonnance pénale précitée (TPF 9.720.012).
2.4.1 S’agissant des documents transmis par les autorités françaises (ch. 1.5 et 1.6 de
l’ordonnance de la Cour du 1er juin 2021), la Cour a indiqué aux parties qu’elle
traiterait au fond des violations alléguées ainsi que de leurs conséquences. Il est
renvoyé à ce sujet au consid. 4.2.3.2.
2.5 Dans un deuxième moyen, les représentants de B. Ltd ont demandé à ce que le
dossier SV.12.0808 soit physiquement retiré du dossier de la procédure, en ap-
plication de l’art. 141 al. 5 CPP.
2.5.1 A teneur de l’art. 141 al. 5 CPP, les pièces relatives aux moyens de preuves non
exploitables doivent être retirées du dossier pénal, conservées à part jusqu’à la
clôture définitive de la procédure, puis détruites. Cette disposition aborde la ques-
tion des pièces dites illégales (BÉNÉDICT, Commentaire romand du Code de pro-
cédure pénale, 2e ed. 2019, n. 42). Aux termes de l’art. 100 al. 1 CPP, un dossier
est constitué pour chaque affaire pénale. Il contient les pièces versées par les
parties (let. c). Dès l’ouverture de l’enquête et à chaque stade de la procédure,
toutes les pièces éditées et réunies par les autorités pénales et celles produites
à titre de moyens de preuves doivent être versées au dossier. Il est interdit de
constituer des dossiers «secrets» (FONTANA, Commentaire romand du Code de
procédure pénale, 2e éd. 2019, n. 1).
2.5.2 En l’espèce, la Cour a rejeté la production du dossier de la procédure SV.12.0808
dans le cadre de son ordonnance sur les preuves du 1er juin 2021. Le dossier
susmentionné ne constitue pas une preuve dite illégale au sens voulu par
l’art. 141 al. 5 CPP. Il s’agit tout au plus d’un moyen de preuve rejeté par la Cour
de céans, lequel doit rester au dossier de la procédure. En effet, l’art. 100 al. 1
CPP parle des pièces versées au dossier, et non pas des pièces admises par la
Cour, ce qui inclut également les pièces produites à titre de moyens de preuve.
Comme expliqué aux parties dans son courrier du 17 juin 2021, la Cour ne se
fondera en revanche pas sur ces moyens de preuves pour statuer sur le fond.
Partant, cette question préjudicielle a été rejetée par la Cour (TPF 9.720.012 s.).
2.6 Dans un troisième moyen, les représentants de B. Ltd ont requis de la Cour
qu’elle retire la qualité de partie à A. ainsi que ses écritures au motif que sa par-
ticipation à la procédure violerait l’art. 105 al. 1 let. f CPP.
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SK.2020.49
2.6.1 A teneur de l’art. 105 al. 1 let. f CPP, participent également à la procédure les
tiers touchés par des actes de procédure. La Cour de céans a rendu, le 25 janvier
2021, une ordonnance concernant le statut d’A. par laquelle elle lui a accordé le
statut d’autre participant à la procédure en tant que tiers touché par des actes de
procédure (art. 105 al. 1 let. f et al. 2 CPP, ordonnance du Tribunal pénal fédéral
SN.2021.4 du 25 janvier 2021). La Cour des plaintes a statué sur le recours in-
terjeté par B. Ltd et l’a déclaré irrecevable, à défaut de préjudice irréparable (dé-
cision du Tribunal pénal fédéral BB.2021.40 du 16 mars 2021).
2.6.2 En l’espèce, il est rappelé qu'A. est directement touchée par l’ordonnance pénale
du 22 mai 2018 du MPC. Elle disposait d’un intérêt juridiquement protégé de par-
ticiper à la présente procédure, laquelle doit statuer sur la confiscation des biens
de la société dont elle dispose d’un droit de signature, d’autant plus que cette
confiscation a été prononcée par le MPC en lien à l’infraction de blanchiment
d’argent qui a été retenue et confirmée à son encontre. Il est renvoyé au surplus
à l’ordonnance de la Cour précitée (v. supra consid. 2.5.2). Partant, la Cour a
rejeté l’incident préjudiciel soulevé par B. Ltd (TPF 9.720.013).
2.7 S’agissant des réitérations des réquisitions de preuves présentées le 1er avril
2021, la Cour avait accepté partiellement les réquisitions de preuves présentées
par B. Ltd et a renvoyé aux motifs exposés dans sa décision du 1er juin 2021.
Interpellé par Maître Wavre concernant le retrait de certaines pièces du dossier,
le Juge unique a informé ce dernier que cette requête avait été rejetée par la
Cour, et que celle-ci examinerait les problématiques soulevées par rapport à ces
pièces au fond.
3. Confiscation
3.1 A. a été condamnée par ordonnance pénale, entrée en force, pour blanchiment
d’argent aggravé (art. 305bis ch. 1 et 2 let. b et c CP), réalisé pendant la période
de 2009 à 2012. Selon l’ordonnance pénale, elle a «créé des sociétés écrans,
ouvert des comptes bancaires en Suisse et à l’étranger, et prêté son nom pour
dissimuler l’identité d'E. à qui les fonds ayant pour origine des actes de corruption
d’agents publics étrangers étaient destinés» (ordonnance pénale, p. 36,). La con-
damnation d'A. ne peut être remise en cause en l’espèce. En revanche, la Cour
doit se prononcer sur la question de la confiscation des valeurs patrimoniales
appartenant à B. Ltd.
3.2 Aux termes de l'art. 70 al. 1 CP, le juge prononce la confiscation des valeurs
patrimoniales qui sont le résultat d'une infraction, si elles ne doivent pas être res-
tituées au lésé en rétablissement de ses droits. Inspirée de l'adage selon lequel
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SK.2020.49
«le crime ne paie pas», cette mesure a pour but d'éviter qu'une personne puisse
tirer avantage d'une infraction (ATF 132 II 178 consid. 4.1; 129 IV 107 consid.
3.2; 117 IV 107 consid. 2a). Le Tribunal fédéral a précisé qu’il doit exister entre
l’infraction et les valeurs patrimoniales un lien de causalité tel que ces dernières
apparaissent comme la conséquence directe et immédiate de la première (ATF
141 IV 155 consid. 4.1). Il a aussi considéré que, pour être considérées comme
le produit d’un crime, les valeurs patrimoniales doivent se trouver dans un rapport
de causalité naturelle et adéquate avec celui-ci (ATF 137 IV 79 consid. 3.2).
Selon la jurisprudence et la doctrine, la confiscation peut porter tant sur le produit
direct de l’infraction que sur les objets acquis au moyen de ce produit dans la
mesure où les différentes transactions peuvent identifiées et documentées («Pa-
pierspur», «paper trail»). Ce principe est valable non seulement en cas de rem-
ploi improprement dit («unechtes Surrogat»), à savoir lorsque le produit de l’in-
fraction est une valeur destinée à circuler et qu’elle est réinvestie dans un support
du même genre (billets de banque, devises, chèques, avoirs en compte ou autres
créances), mais également en cas de remploi proprement dit («echtes Surro-
gat»), à savoir lorsque le produit du délit sert à acquérir un objet de remplacement
(par exemple de l’argent sale finançant l’achat d’une villa). Ce qui compte dans
ce cas comme dans l’autre, c’est que le mouvement des valeurs puisse être re-
constitué de manière à établir leur lien avec l’infraction (arrêt du Tribunal fédéral
6S.298/2005 du 24 février 2006 consid. 3.1 et les références citées).
La confiscation est une mesure réelle et non pas une sanction personnelle (HIR-
SIG-VOUILLOZ, Commentaire romand – Code pénal I, 2e édition 2021, n. 4 ad
art. 70 CP). Elle est indépendante de la punissabilité de l’auteur ou de la culpa-
bilité du détenteur de valeurs (HIRSIG-VOUILLOZ, op. cit., n. 11 ad art. 70 CP).
Le droit d’ordonner la confiscation de valeurs se prescrit par sept ans, à moins
que la poursuite de l’infraction ne soit soumise à une prescription d’une durée
plus longue; celle-ci est alors applicable (art. 70 al. 3 CP). Le délai de prescription
pour la confiscation du produit du blanchiment d’argent aggravé (art. 305bis ch. 2
CP) est donc de 15 ans (art. 97 al. 1 let. b CP).
Une exception à l’exigence de connexité entre l’infraction et les valeurs soumises
à confiscation est à souligner; indépendamment de l’infraction l’ayant généré,
l’argent blanchi ou en voie de blanchiment est en effet confiscable en lui-même
(HIRSIG-VOUILLOZ, op. cit., n. 9 ad art. 70 CP). En d’autres termes, les valeurs
patrimoniales qui ont fait l’objet d’un blanchiment d’argent (art. 305bis CP) sont
confiscables en elles-mêmes, indépendamment de l’infraction qui les a générées
(arrêt du Tribunal fédéral 6S.667/2000 du 19 février 2001 consid. 3c). Les valeurs
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patrimoniales faisant l’objet d’actes de blanchiment d’argent peuvent être confis-
quées en vertu de l’art. 70 al. 1 CP, car elles constituent le produit du blanchiment
(TPF 2014 31 consid. 4 et 4.1).
La Cour doit donc examiner si l’argent placé sur les comptes bancaires séques-
trés, dont B. Ltd est titulaire, est bien le produit d’un blanchiment d’argent.
4. Blanchiment d’argent
4.1 Se rend coupable d'infraction à l'art. 305bis ch. 1 CP celui qui aura commis un
acte propre à entraver l'identification de l'origine, la découverte ou la confiscation
de valeurs patrimoniales dont il savait ou devait présumer qu'elles provenaient
d'un crime ou d’un délit fiscal qualifié.
4.1.1 L’infraction préalable (sous-jacente) ayant généré les valeurs patrimoniales doit
être crime (ou d’un délit fiscal qualifié, cette variante ne jouant toutefois pas de
rôle en l’espèce), notion qui doit être comprise au sens de l'art. 10 al. 2 CP
(ATF 122 IV 215 consid. 2). Il s'agit donc de toute infraction passible d'une peine
privative de liberté de plus de trois ans. Tel est le cas de la corruption, active et
passive, d’agents publics nationaux (art. 322ter et 322quater CP) ou étrangers
(art. 322septies CP).
4.1.2 L’art. 305bis CP prévoit trois variantes du comportement punissable: l’entrave à
l’identification de l’origine, la découverte ou la confiscation des valeurs patrimo-
niales. Le Tribunal fédéral met l’accent sur ce troisième cas de figure qui, selon
son interprétation, inclut les deux autres (ATF 138 IV consid. 4.2.3.2). En l’état
de la jurisprudence, il sied donc de déterminer si le comportement de l’auteur est
de nature à entraver la confiscation de valeurs patrimoniales provenant d’un
crime. Une entrave effective n’est pas nécessaire. En effet, le blanchiment d'ar-
gent est une infraction de mise en danger abstraite (ATF 136 IV 188 consid. 6.1),
le bien juridique étant l’administration de la justice pénale suisse, mais aussi
étrangère (Message du 12 juin 1989 relatif à la législation sur le blanchissage
d’argent, FF 1989 II 961, 986 ; CASSANI, Droit pénal économique – Éléments de
droit suisse et transnational, 2020, n. 6.18-6.19, p. 187). La présence de cette
dernière parmi les valeurs que le législateur a décidé de protéger se déduit du
ch. 3 de l’art. 305bis CP, relatif au blanchiment de valeurs issues de crimes per-
pétrés à l’étranger (CASSANI, op. cit., n. 6.19, p. 187).
4.1.3 Tombe sous le coup de l’art. 305bis CP le placement d'argent provenant d'un
crime chaque fois que le mode ou la manière d'opérer ne peut être assimilé au
simple versement d'argent liquide sur un compte (ATF 119 IV 242 consid. 1d).
Sont des actes d'entrave le transfert de fonds de provenance criminelle d'un pays
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SK.2020.49
à un autre (ATF 136 IV 188 consid. 6.1), étant précisé que le virement à l’étranger
de valeurs patrimoniales constitue un acte de blanchiment uniquement si la tran-
saction entrave également la confiscation à l’étranger (ATF 144 IV 172 consid.
7.2.2), ou d'un compte à un autre dont les bénéficiaires économiques ne sont pas
identiques (CORBOZ, Les infractions en droit suisse., Vol. II, Berne 2002, n. 25 ad
art. 305bis CP) de même que le recours au change, qu'il s'agisse de convertir les
billets dans une monnaie étrangère ou d'obtenir des coupures de montants diffé-
rents (ATF 136 IV 188 consid. 6.1) ou encore le paiement d’espèce ou le virement
sur un compte en banque ouvert au nom d’un tiers (personne physique ou mo-
rale, par exemple une société offshore), sans que le véritable ayant droit écono-
mique ne soit identifié (CASSANI, Droit pénal économique – Éléments de droit
suisse et transnational, 2020, n. 6.76, p. 203).
4.1.4 Lorsque l'infraction principale a été commise à l'étranger, il faut qu'elle soit aussi
punissable dans l'État où elle l'a été (art. 305bis ch. 3 CP), ce qui suppose l'exis-
tence dans cet État d'une réglementation abstraitement comparable à la règle
pénale suisse (ATF 136 IV 179 consid. 2). Le juge évalue à l'aune du droit suisse
si l'acte préalable commis à l'étranger constitue un crime. Il importe peu que le
droit pénal étranger connaisse ou non la distinction entre crimes, délits et contra-
ventions, et qu’il qualifie également l’infraction principale de crime. Il suffit que
l’infraction soit pénalement répréhensible (CASSANI, op. cit., n. 6.67, p. 201). Si
l’infraction entrant en considération énonce des conditions lui conférant une co-
loration locale, il faut «transposer» les faits en Suisse. À titre d’exemple, la cor-
ruption d’un agent public de l’État du lieu de commission est traitée comme celle
d’un agent public suisse (CP 322ter et 322quater) (CASSANI, Commentaire romand
– Code pénal II, 2017, n. 23 ad art. 305bis CP). Il n’est pas nécessaire que l’auto-
rité pénale, au lieu de commission de l’infraction, ait condamné l’auteur ou même
entamé des poursuites (ATF 120 IV 323 consid. 3.d).
4.1.5 L'exigence de la provenance criminelle des valeurs patrimoniales blanchies im-
plique qu'il puisse être établi de quelle infraction principale préalable elles pro-
viennent. Le Tribunal fédéral a précisé qu’il doit exister entre l’infraction et les
valeurs patrimoniales un lieu de causalité qui fasse apparaître ces dernières
comme la conséquence directe et immédiate de la première (ATF 141 IV 155
consid. 4.1). Il a aussi admis que, pour être considérées comme le produit d’un
crime, les valeurs patrimoniales doivent se trouver dans un rapport de causalité
naturelle et adéquate avec celui-ci, sans qu’elles en soient nécessairement la
conséquence directe et immédiate (ATF 137 IV 79 consid. 3.2; ATF 138 IV 1
consid. 4.2.3.2). Il sied donc de constater un élargissement de la définition du lien
de provenance (dans ce sens: CASSANI, Droit pénal économique – Éléments de
droit suisse et transnational, 2020, n. 6.43, p. 194).
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SK.2020.49
La preuve du crime sous-jacent est souvent difficile à apporter, tout particulière-
ment lorsqu'il s'agit d’une infraction commise à l'étranger. Il n’est pas nécessaire
que le juge connaisse en détail les circonstances de celle-ci. Le lien exigé par la
jurisprudence entre l’infraction préalable et le blanchiment d’argent est volontai-
rement ténu, afin de ne pas ralentir ou compliquer l’action des autorités pénales
suisses (ATF 138 IV 1 consid. 4.2.2 et 4.2.3.2; ATF 120 IV 323 consid. 3d). Le
législateur n’a pas voulu faire dépendre l’application de l’art. 305bis CP des pour-
suites et du jugement du crime perpétré à l’étranger. Exiger que l’on connaisse
en détail les circonstances du crime, avant de pouvoir réprimer le blanchissage
de l’argent ainsi obtenu, aurait considérablement compliqué et ralenti l’action de
la justice suisse. C’eût été contraire au but recherché. Le lien exigé entre le crime
à l’origine des fonds et le blanchissage d’argent est donc volontairement ténu. Il
n’est pas nécessaire de savoir qui a commis le crime (ATF 120 IV 323 consid.
3d). Le Tribunal fédéral a donc renoncé à une preuve stricte de l’acte préalable
(CASSANI, Commentaire romand – Code pénal II, 2017, n. 31 ad art. 305bis CP).
À la rigueur, l’origine criminelle peut même être déduite du mode opératoire utilisé
par le blanchisseur (utilisation de structures complexes, avec plusieurs sociétés
de domicile sans justification économique, transactions inutiles) (PIETH, Basler
Kommentar – Strafrecht, 4e éd., 2019, n. 36 ad art. 305bis CP).
4.1.6 L'art. 305bis CP réprime une infraction intentionnelle. Le dol éventuel suffit
(ATF 122 IV 211 consid. 2e). Il n'est pas nécessaire que l'auteur se soit fait une
représentation concrète de l'infraction préalable, ni qu'il connaisse la qualification
exacte de celle-ci. Il suffit qu'il ait envisagé et accepté les circonstances qui rem-
plissent les éléments constitutifs d'une infraction, ainsi que le fait que cette infrac-
tion était susceptible d'entraîner une sanction pénale importante (ATF 119 IV 242
consid. 2b). La distinction entre la négligence et le dol éventuel est parfois difficile
en la matière (ATF 119 IV 242 consid. 2c), il en résulte des difficultés de preuve
en vertu desquelles doctrine et jurisprudence ont tendance à admettre le dol
éventuel de manière plutôt large (CORBOZ, Les infractions en droit suisse., Vol.
II, Berne 2002, n. 42 ad art. 305bis CP). Le degré de l'intention relève du for inté-
rieur; le juge ne peut se forger une conviction qu'en se référant à des éléments
objectivables: il dispose à cet égard d'un pouvoir d'appréciation assez étendu en
vertu duquel les circonstances du cas concret, mieux que des considérations
d'ordre général, seront déterminantes s'agissant d'admettre ou non le dol éven-
tuel (ATF 119 IV 242 consid. 2e).
4.1.7 L'art. 305bis ch. 2 lit. c CP prévoit que le cas est grave lorsque le délinquant réalise
un chiffre d'affaires ou un gain importants en faisant métier de blanchir de l'ar-
gent. Dans un tel cas, la peine sera une peine privative de liberté de cinq ans au
plus ou une peine pécuniaire, et en cas de peine privative de liberté, une peine
pécuniaire de 500 jours-amende au plus est également prononcée. Pour que la
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SK.2020.49
circonstance aggravante du métier soit retenue, il faut, d'une part, que le chiffre
d'affaires ou le gain soient importants. La jurisprudence a ainsi fixé le montant
minimum à CHF 100'000.- pour le chiffre d'affaires (ATF 129 IV 188 consid. 3.1)
et à CHF 10'000.- pour le gain (ATF 129 IV 253 consid. 2.2), précisant que la
durée de l'activité délictuelle ayant permis de réaliser le chiffre d'affaires ou le
gain n'était pas décisive (ATF 129 IV 188 consid. 3.2 p; ATF 129 IV 253 consid.
2.2; arrêt du Tribunal fédéral 6S.37/2007 du 19 avril 2007 consid. 7.2.1). D'autre
part, les conditions jurisprudentielles du métier doivent être réalisées. Ainsi,
l'auteur agit par métier lorsqu'il résulte du temps et des moyens qu'il consacre à
ses agissements délictueux, de la fréquence des actes pendant une période dé-
terminée ainsi que des revenus envisagés ou obtenus, qu'il exerce son activité
coupable à la manière d'une profession, même accessoire. Il faut que l'auteur
aspire à obtenir des revenus relativement réguliers représentant un apport no-
table au financement de son genre de vie et qu'il se soit ainsi, d'une certaine
façon, installé dans la délinquance (ATF 129 IV 253 consid. 2.1, parmi une nom-
breuse jurisprudence constante). L'auteur doit avoir agi à plusieurs reprises, avoir
eu l'intention d'obtenir un revenu et être prêt à réitérer ses agissements (ATF 119
IV 129 consid. 3; arrêt du Tribunal fédéral 6S.37/2007 du 19 avril 2007 consid.
7.2.1).
Le cas est également aggravé lorsque l’auteur agit comme membre d’une bande
formée pour se livrer systématiquement au blanchiment d’argent (art. 305bis ch. 2
let. b CP). Selon la jurisprudence, on parle de bande lorsque deux ou plusieurs
auteurs manifestent, expressément ou par actes concluants, la volonté de s’as-
socier en vue de commettre un nombre déterminé d’infractions. Cette qualifica-
tion repose sur la dangerosité particulière qu’engendre l’association des auteurs,
que les renforce physiquement et psychiquement et laisse prévoir la commission
d’une pluralité d’infractions (ATF 135 IV 158 consid. 2; 132 IV 132 consid. 5.2).
La notion de bande suppose un degré minimum d’organisation (par exemple un
partage des rôles et du travail) et une collaboration d’une intensité suffisante pour
être à même de parler d’une équipe relativement stable et soudée, même si elle
peut être éphémère (ATF 135 IV 158 consid. 2; 132 IV 132 consid. 5.2).
4.1.8 En l’espèce, l’ordonnance pénale du 27 juin 2018, qui tient lieu d’acte d’accusa-
tion, reproche à E. d’avoir, alors qu’elle disposait d’un statut de haut fonction-
naire, par le biais de son «Office» qu’elle dirigeait de manière secrète, contraint
des sociétés à payer des pots-de-vin pour obtenir des contrats ou marchés en Z.
(ordonnance pénale, p. 17). Ainsi, selon le MPC «dans le domaine des télécom-
munications, les trois sociétés EE. (Russie) [...], FF. LTD (Pays-Bas) et GG.
(Suède/Pays-Bas) ont payé, entre 2004 et 2012, l’équivalent de plus de USD 800
millions à des sociétés écrans, dont le véritable propriétaire était E.» (ordonnance
pénale, p. 17). Dans un premier temps, il convient donc de vérifier l’existence
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d’une corruption publique, notamment en déterminant si E. pouvait être qualifiée
d’agent public.
4.2 Crime préalable: corruption publique
4.2.1 L’art. 322ter CP sanctionne la corruption active d’agents publics suisses,
l’art. 322quater CP la corruption passive de ces mêmes agents et l’art. 322septies CP
la corruption, tant active que passive, d’agents publics étrangers. Corrompre si-
gnifie offrir, promettre ou octroyer un avantage indu à agent public, pour qu’il
exécute ou omette un acte, en relation avec son activité officielle, contraire à ses
devoirs ou dépendant de son pouvoir d’appréciation. Le corrompu (intraneus),
quant à lui, sollicite, se fait promettre ou accepte l’avantage indu. L’agent public
(Amtsträger) peut être un membre d’une autorité, au sens de l’art. 285 CP, ou un
fonctionnaire tel que défini à l’art. 110 al. 3 CP. D’une manière plus générale, il
s’agit de toute personne qui accomplit une tâche dévolue à l’Etat. Du point de
vue du droit suisse, un agent public suisse est au service d’une collectivité pu-
blique helvétique, c’est-à-dire nationale, un agent public étranger, quant à lui,
œuvre pour un Etat étranger (c’est-à-dire une collectivité publique autre qu’hel-
vétique) ou une organisation internationale, que cette dernière soit située en
Suisse ou ailleurs.
L’art. 322decies al. 2 CP assimile aux agents publics nommés ou employés par une
collectivité publique ceux qui, matériellement, accomplissent des tâches pu-
bliques (CASSANI, Droit pénal économique – Éléments de droit suisse et transna-
tional, 2020, n. 9,27, p. 323). Les premiers sont des agents publics formels (ou
institutionnels), les seconds des agents publics matériels (ou fonctionnels). Dans
le premier cas, ils sont agents publics par leur statut et, dans le second, par leur
mission. Dans tous les cas, ils ont un lien juridique avec l’Etat. Ce sont des agents
publics de droit (de iure).
Le droit suisse connaît la notion d’agents publics de fait (agents publics matériels
de facto), comme il sera exposé ci-dessous. Dans certains pays, des personnes
accomplissent des tâches publiques, sans toutefois qu’elles leur aient été délé-
guées officiellement. Non seulement les autorités locales les tolèrent, mais cer-
tains représentants de l’Etat recourent volontairement à leurs services. Il existe
une délégation «de fait» de tâches étatiques (PERRIN, La répression de la cor-
ruption d’agents publics étrangers en droit pénal suisse, 2008, p. 138).
Dans son jugement SK.2014.24 du 1er octobre 2014 (en particulier consid. 4.1.1
de l’acte d’accusation en procédure simplifiée), relatif à une problématique de
corruption active d’agents publics étrangers (art. 322septies al. 1 CP), la Cour des
affaires pénales du Tribunal pénal fédéral a considéré qu’un agent public de fait
était susceptible d’être corrompu au sens pénal du terme. Comme l’a rappelé le
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MPC lors des débats, la procédure concernait des pots-de-vin versés à HH., l’un
des fils d'II., qui régnait sur Y., afin d’obtenir des marchés sur le territoire de ce
pays. Le pouvoir et l’influence dépendait directement des relations personnelles
ou familiales avec II. Ainsi, HH. disposait d’un pouvoir décisionnel de fait au sein
de l’Etat Y., jusqu’à la destitution de son père. En plus de son pouvoir de fait, il
disposait d’attributions formelles et occupait diverses fonctions au sein de l’Etat
Y. La Cour des affaires pénales a considéré que HH. revêtait la qualité d’agent
public de fait en tant que fils d'II., étant précisé que les attributions formelles de
HH. au sein du gouvernement Y. avaient également été évoquées, mais la Cour
ne les avait pas considérées comme des conditions pour reconnaître sa qualité
d’agent public de fait. En résumé, dans cette affaire, le pouvoir et l’influence de
l’agent public de fait reposait directement sur des relations personnelles ou fami-
liales avec II., qui se trouvait à la tête d’un régime politique à tout le moins auto-
ritaire (autocratique). Une partie de la doctrine a souligné, sans la contester, que
la jurisprudence du Tribunal pénal fédéral a consacré la notion de d’agents pu-
blics de fait (HILTI, StGB Annotierter Kommentar, 2020, n. 7 ad art. 322septies CP;
PIETH, Basler Kommentar – Strafrecht, 4e éd., 2019, n. 16a ad art. 322septies CP,
qui utilise l’expression de «bloss faktischer Amtsträger»).
Dans une jurisprudence ultérieure, la notion d’agent public de fait a de nouveau
été utilisée (décision du Tribunal pénal fédéral SK.2018.38 du 28 août 2018). La
procédure simplifiée était dirigée contre UU., pour corruption active d’agents pu-
blics étrangers. VV., neveu du Président de la République du Congo, disposait
d’un pouvoir d’agent de fait et/ou de droit sur la société étatique WW. pour l’attri-
bution des cargaisons de fuel de pétrole jusqu’en 2010. «De par ses liens fami-
liaux, soit en tant que membre de la famille présidentielle ainsi que par ses fonc-
tions, il était en mesure d’emporter la décision quant à l’attribution du fuel mais
non de pétrole brut qui provenait de la société XX., domaine de YY. La société
XX. est une société dont le capital est entièrement détenu par l’Etat congolais et
qui agit pour le compte de l’Etat dans toutes les opérations liées au secteur des
hydrocarbures, à ses recettes et à son financement» (consid. 1.1.1.1 de l’acte
d’accusation en procédure simplifiée).
Il convient d’examiner si, pour être considérée comme un agent public de fait, la
personne concernée doit pouvoir se prévaloir d’une délégation opérée de ma-
nière juridiquement correcte (approche formelle de l’agent public de fait) ou s’il
est suffisant qu’elle accomplisse une tâche étatique sur la base d’une acceptation
tacite des autorités compétente (approche matérielle). La première approche a
été défendue en doctrine (PERRIN, La répression de la corruption d’agents publics
étrangers en droit pénal suisse, 2008, p. 138). Force est toutefois de constater
que la jurisprudence a privilégié l’autre conception, plus large, et que les écrits
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doctrinaux subséquents l’approuvent, en tout cas tacitement. Il est vrai que l’ap-
proche formelle rendrait plutôt ténue la distinction entre agent public de fait et
agent public fonctionnel. Il convient donc de retenir la conception matérielle de
l’agent public de fait.
L’agent public de fait est une personne qui accomplit une tâche dévolue à l’Etat,
sans qu’un lien juridique n’existe entre les deux. Il tire le pouvoir qu’il exerce sur
le processus décisionnel étatique du lien personnel, notamment de parenté, qui
l’unit à l’autorité politique, qui favorise ou à tout le moins tolère cette situation.
Son pouvoir d’appréciation puise sa source dans la relation privilégiée qu’il en-
tretient avec celui ou celle qui dirige la collectivité publique concernée. Ce cas de
figure peut se présenter tout particulièrement dans des régimes autoritaires (ou,
a fortiori, totalitaires) où l’Etat de droit est défaillant et le pouvoir monopolisé par
une personne (l’autocrate) ou un groupe d’individus (les oligarques).
4.2.2 En droit de Z., la corruption publique passive est sanctionnée par l’art. 210 du
Code pénal (et la corruption active par l’art. 211 du même code). En droit suisse,
la corruption passive d’agents publics nationaux est punie par l’art. 322quater CP
(et la corruption active d’agents publics nationaux par l’art. 322ter CP). Les deux
ordres juridiques sanctionnent donc la corruption d’agents publics nationaux et le
comportement punissable correspond à un crime en droit suisse.
Selon l’ordonnance pénale du MPC, le crime sous-jacent est une corruption
d’agents publics étrangers (ordonnance pénale, pp. 33 s.). Un agent public de Z.
peut en effet être qualifié d’agent public étranger du point de vue du droit suisse
(au sens de l’art. 322septies CP), ainsi que de celui d’autres ordres juridiques. En
particulier, selon la «Foreign Corrupt Practices Act» (FCPA; loi américaine sur
les pratiques corruptives à l’étranger), appliquée par les autorités américaines
dans le cadre des trois «Deffered Prosecution Agreements» qui seront examinés
plus loin (v. infra consid. 4.2.3.3), un agent public de Z. peut être qualifié de
«foreign official». Si une personne commet une corruption d’agents publics étran-
gers au sens du droit américain en lien avec un agent public de Z. et que les
valeurs patrimoniales issues de ce processus sont blanchies en Suisse, l’infrac-
tion sous-jacente est à la fois une corruption passive d’agents publics nationaux
au sens du droit de Z. et une corruption active d’agents publics étrangers au sens
du droit américain (étant précisé que la corruption passive d’agents publics étran-
gers n’est pas incriminée par la FCPA).
Lors des débats, le MPC a précisé que «le compte de B., en Suisse, auprès de
la banque C., a été alimenté d’un montant total d’au moins 484'200'023 dollars
provenant des sociétés EE., GG. et FF. Sur cette somme, 105 millions ont été
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versés directement sur le compte de B. chez la banque C. Ces versements cons-
tituent le résultat d’actes de corruption réalisés en Suisse. Le solde a transité par
les comptes de B. à Hong-Kong et Riga avant d’être versé en Suisse. Ces ver-
sements constituent des actes de blanchiment d’argent». Sans se prononcer à
ce stade sur l’aspect factuel, d’un point de vue strictement juridique, le raisonne-
ment est correct. En particulier, le versement sur un compte bancaire en Suisse
d’un avantage indu destiné à un agent public étranger correspond à un octroi au
sens de l’art. 322septies al. 1 CP. Dans ce cas, les valeurs patrimoniales concer-
nées sont directement le produit d’une infraction au sens de l’art. 70 CP, la ques-
tion de savoir si cet octroi constitue en lui-même aussi un acte de blanchiment
pouvant être laissée ouverte (pour la controverse doctrinale, voir en particulier:
PERRIN, La répression de la corruption d’agents publics étrangers en droit pénal
suisse, 2008, pp. 336-339 et les références citées).
4.2.3 Il incombe à l’accusation de démontrer l’existence des faits à la base du crime
préalable au blanchiment d’argent (principe de la présomption d’innocence, en
tant que règle sur le fardeau de la preuve; art. 10 al. 1 CPP), étant rappelé qu’une
preuve stricte n’est pas exigée en la matière. La jurisprudence a admis que les
potentats et leur entourage peuvent, à certaines conditions, être considérés
comme des organisations criminelles, ce qui implique un renversement du far-
deau de la preuve au sens de l’art. 72 CP (CASSANI, op. cit., n. 9.171, p. 357 ;
ATF 131 II 169 consid. 9). Ce n’est toutefois pas l’approche privilégiée in casu
par le MPC. Par conséquent, la règle de base de l’art. 10 al. 1 CPP s’applique.
Le tribunal apprécie librement les preuves recueillies selon l’intime conviction qu’il
retire de l’ensemble de la procédure (art. 10 al. 2 CPP). Il peut fonder sa convic-
tion sur un ensemble d’éléments ou d’indices convergents (arrêt du Tribunal fé-
déral 6B_201/2018 du 22 juin 2018 consid. 1.2.3).
Pour déterminer si des actes de corruption sont à l’origine des fonds séquestrés
dont B. Ltd est titulaire auprès de la banque C. SA et de la banque D., la Cour de
céans a pris notamment en compte les moyens de preuve suivants, qui seront
examinés en détail ci-dessous: jugement du Tribunal d’Amsterdam du 20 juillet
2016 (18-11-0040 ss), documents remis par les autorités françaises
(TPF 9.510.350 ss), Deferred Prosecution Agreements (FF., GG. et EE.), Action
in rem (22-00-0037 ss), jugements de la Cour de première instance de Stockholm
du 15 février 2019 et de la Cour d’appel de Stockholm du 4 février 2021
(TPF 9.621.209 ss), jugement In re N. Ltd. (ex-FF.) du United States District
Court Southern District of New York (TPF 9.621.961 ss), décision de l’Internatio-
nal Center for Settlement of Investment Disputes du 8 mars 2017 (TPF 9.721.225
ss), rapport d’enquête interne indépendante de GG. du 31 janvier 2013 (A-18-11-
03-0001 ss), divers jugements rendus en Z., audition d'E. du 9 décembre 2016
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en Z. (18-01-02-0001 ss) audition d’A. du 7 décembre 2016 en Z. (18-01-03-0001
ss) et audition de F. du 5 décembre 2016 en Z. (18-01-05-0001 ss).
4.2.3.1 Jugement du Tribunal d’Amsterdam du 20 juillet 2016
4.2.3.1.1 Par jugement du 20 juillet 2016, le Tribunal d’Amsterdam a condamné par défaut
B. Ltd pour complicité de corruption passive de fonctionnaire et complicité de
faux dans les titres. B. Ltd a été condamnée au paiement d’une somme de
EUR 123'820'000.-, montant correspondant à l’avantage perçu de manière frau-
duleuse par le biais de la corruption passive et aux frais de la procédure (18-11-
0091 s.).
Le Tribunal d’Amsterdam a retenu que B. Ltd a effectué diverses opérations fi-
nancières avec le groupe GG. afin de lui permettre d’entrer sur le marché des
télécommunications en Z. grâce à l’influence d'E. et de la rémunérer. Le Tribunal
a également retenu que l’accord conclu le 19 octobre 2011 entre B. Ltd et JJ. Ltd,
société contrôlée par FF., selon lequel B. Ltd fournissait des services à FF., était
un faux document destiné à dissimuler la réception de montants versés par FF.
en faveur d'E. (18-11-0073 ss, voir ordonnance pénale, p. 18).
Aux débats, B. Ltd a en substance indiqué que ce jugement avait une valeur
probante nulle ou quasi nulle vu que B. Ltd était absente durant les débats, qu’elle
n’avait pas pu prendre position, oralement ou par écrit, pendant l’enquête et qu'E.
était enfermée depuis son arrestation en 2014. En outre, B. Ltd était radiée dès
le 20 avril 2016, et la procédure s’est tenue alors même que B. Ltd était inactive
et que le MPC n’avait pas produit de preuve que ce jugement aurait été notifié à
B. Ltd, qu’il serait définitif et exécutoire. Enfin, ce jugement serait, selon B. Ltd,
«misérablement» argumenté.
A titre liminaire, il est relevé que le jugement susmentionné a été transmis aux
autorités pénales suisses sur demande d’entraide judiciaire desdites autorités
aux autorités néerlandaises (18-11-0031 ss). Rien ne laisse penser en l’espèce
que ce jugement, rendu par défaut (procédure prévue aussi en droit suisse aux
art. 366-371 CPP), ne soit pas définitif, ni même exécutoire, d’autant plus que,
selon les explications de B. Ltd, elle ne s’est pas opposée à ce jugement par la
voie de l’appel. Ensuite, rien ne laisse à penser que cette décision, rendue dans
un pays membre de l’Union européenne, ne soit pas respectueuse tant des droits
procéduraux que des droits fondamentaux des parties, dont B. Ltd. Cette pré-
somption n’a en l’espèce pas été renversée par les parties, de sorte que la Cour
de céans peut tout à fait prendre ce jugement en considération dans l’établisse-
ment des faits objets de la présente procédure (v. à ce sujet, arrêt CourEDH
Bosphorus c. Irlande du 30.6.2005 (req. n 45036/98), § 153; arrêt CourEDH Mi-
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chaud c. France du 6.12.2012 (req. n 12323/11), § 103 ss, in Robert Roth, Lau-
rent Moreillon, Portée et exploitabilité dans une procédure pénale suisse d’élé-
ments de preuve recueillis dans le cadre d’une procédure pénale étrangère dans
des conditions illégales. Lex loci ou lex fori?, ZStrR 2/2021 p. 167). Enfin, s’agis-
sant de l’argument de B. Ltd relatif à l’inactivité de la société durant la procédure
néerlandaise, il ne peut être suivi. Si la Cour néerlandaise a considéré qu’elle
pouvait rendre ce jugement par défaut selon sa procédure interne, la Cour de
céans n’a pas à se substituer à la Cour néerlandaise et à vérifier les conditions
de la procédure par défaut en droit néerlandais. Enfin, cet argument est pour le
moins surprenant dans la mesure où il semble que B. Ltd se plaise à invoquer la
non-existence de la société quand cela lui sied, mais que lorsque cela pourrait
lui porter préjudice, elle se fonde sur la renaissance avec effet rétroactif de la
société.
4.2.3.1.2 Selon le tribunal hollandais, «il ressort qu'E. est la propriétaire unique du suspect
[B. Ltd] et qu’elle exerce, en tant que première fille du président de Z., de l’in-
fluence sur le marché de Z. des télécoms» (18-11-0073). La Cour hollandaise
admet donc que, de par son lien de parenté avec le Président, E. exerçait une
influence sur le marché des télécommunications. Elle détenait un pouvoir repo-
sant sur son lien privilégié avec son père.
Le tribunal a conclu que «le suspect s’est rendu coupable de corruption passive
de fonctionnaire, ensemble et en réunion avec E. À cette fin, le suspect et E. ont
accepté des actions et des pots-de-vin de GG. AB et/ou de GG. Holding, en
échange de l’attribution de licences 3G, de fréquences télécom et des blocs de
numéros en Z.» (18-11-0079 s.).
Dans son jugement, le tribunal a considéré comme prouvé que B. Ltd, au cours
de la période entre le 24 décembre 2007 et y compris le 28 février 2020, «a ac-
cepté directement ou indirectement des dons, à savoir [...] le paiement d’un mon-
tant total de USD 220.000.000» (18-11-0078). Dans son ordonnance pénale, le
MPC traite du contrat conclu entre B. Ltd et GG. Holding B.V. portant sur le rachat
d’actions pour un montant de USD 220'000'000.-, somme versée sur le compte
de B. Ltd auprès de la Banque CC. à Hong-Kong le 3 février 2010, dont un mon-
tant équivalent a été versé sur le compte de la précitée auprès de la banque C.
SA à Genève (ordonnance pénale, pp. 30 s.). Ce montant de USD 220'000'000.-
a été repris par le MPC dans son réquisitoire aux débats (réquisitoire du MPC,
p. 24). Les montants articulés tant par le tribunal hollandais que par le MPC cor-
respondent, de même que les montants. Enfin, ces éléments sont prouvés par
les pièces remises par le MPC et mentionnées dans son ordonnance pénale pré-
citée (voir notamment 07-01-03-0184 à 0202, 07-01-06-0059, 07-01-07-0006).
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4.2.3.1.3 Au vu de ce qui précède, la Cour considère que, tant sur le fond que sur la forme,
le jugement ainsi que les considérants du Tribunal d’Amsterdam sont recevables
et permettent d’étayer la thèse du MPC relative aux actes de corruption impu-
tables à E. Il ne fait pas de doute qu’il ressort de ce qui précède que ce moyen
de preuve bénéficie d’une valeur probante élevée, si ce n’est très élevée, dans
l’appréciation des preuves que doit effectuer la Cour en l’espèce, d’autant plus
que les éléments mentionnés dans ce jugement rejoignent ceux reprochés dans
l’ordonnance pénale à l’endroit d'E., respectivement de B. Ltd.
4.2.3.2 Documents remis par les autorités françaises
4.2.3.2.1 A la suite de différentes demandes d’entraide du MPC aux autorités françaises,
dont la première date du 10 septembre 2012 (18-03-0001 ss), plusieurs docu-
ments, dont une ordonnance de la Cour d’appel du Tribunal de Grande Instance
de Paris, ont été remis aux autorités suisses.
La Cour d’appel susmentionnée a rendu une ordonnance aux fins de mise en
œuvre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (ci-après:
CRPC) pour blanchiment en bande organisée de corruption d’agent public étran-
ger.
Aux débats, B. Ltd a indiqué que cette CRPC n’avait qu’une valeur probante très
résiduelle, dès lors que B. Ltd et E. n’ont pu y participer, du fait de leur isolement
tant physique que procédural.
Il n’est pas inutile d’indiquer brièvement en quoi consiste l’instrument de la CRPC.
A teneur du site Internet du Service public français, «[l]a comparution sur recon-
naissance préalable de culpabilité (CRPC) est une procédure qui permet de juger
rapidement l’auteur d’une infraction qui reconnaît les faits reprochés. On parle
aussi de plaider-coupable. Elle est appliquée pour certains délits à la demande
du Procureur de la République ou de l’auteur des faits. Le Procureur propose une
peine. Si la peine est acceptée par l’auteur des faits, l’affaire est transmise au
Juge pour homologation. La victime est informée de cette procédure»2.
S’agissant de la validité d’une telle procédure de CRPC, il est important de men-
tionner tout d’abord que l’ordonnance a les effets d’un jugement de condamna-
tion et qu’elle est immédiatement exécutoire, selon le droit français en la matière
(v. à ce sujet l’art. 495-11 du Code de procédure pénale français3). Les parties
n’ont d’ailleurs pas soulevé, aux débats, d’arguments s’agissant de la non-validité
2 https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F10409 (site consulté le 01.12.2021). 3 Disponible sur le site https://www.legifrance.gouv.fr (site consulté le 01.12.2021).
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de cette procédure. Reste à déterminer si cette dernière, similaire à la procédure
dite de plea bargain américaine, doit être prise en compte par la Cour de céans.
Dans son arrêt 6B_1269/2016 du 21 août 2017, consid. 3.4, le Tribunal fédéral a
indiqué que «certes le législateur a-t-il renoncé à introduire dans le CPP l'institu-
tion du ‘témoin de la couronne’, soit l'admission, comme moyen de preuve, du
témoignage d'un co-auteur qui, en échange d'une promesse d'exemption de
peine ou de tout autre avantage procédural, accepte de témoigner contre ses co-
prévenus» (cf. Message du 21 décembre 2005 relatif à l'unification du droit de la
procédure pénale, FF 2006 1086). Cependant, rien ne s'oppose, dans un procès
pénal se déroulant en Suisse, à ce que l'autorité de jugement prenne en consi-
dération, pour former son opinion, des dépositions émanant d'auteurs d'infrac-
tions qui, ayant reconnu leurs crimes et s'étant engagés à collaborer avec l'auto-
rité pour établir les faits pouvant mettre en cause d'autres auteurs, ont bénéficié,
de la part de l'autorité étrangère, d'un traitement favorable en raison de cette
collaboration (ATF 117 Ia 401 consid. 1c; arrêt 6B_360/2008 du 12 novembre
2008 consid. 3.1).
Le Code de procédure pénale suisse a institué une procédure simplifiée (art. 358-
362 CPP) qui consacre une forme de transaction judiciaire, c’est-à-dire de plea
bargaining pour utiliser la terminologie américaine. La Cour européenne des
droits de l'homme considère pour sa part que la procédure de transaction pénale
(plea bargain), conduisant à ce qu'il soit statué sur une accusation pénale à l'is-
sue d'un examen judiciaire simplifié, ne contrevient pas en soi à l'art. 6 CEDH
(Natsvlishvili et Togonidze c. Géorgie du 29 avril 2014, § 91). Par ailleurs, l'utili-
sation comme moyen de preuve de déclarations émanant d'un «témoin de la
couronne», auquel l'impunité a été garantie, n'est pas davantage jugée en tant
que telle contraire à cette disposition (arrêt de la CommEDH Baragiola Alvaro c.
Suisse du 21 octobre 1993, JAAC 106/1994 p. 731)».
Partant, la Cour, qui s’appuie sur le principe de la libre appréciation des preuves,
se basera également sur le contenu de la procédure de CRPC pour arrêter les
faits pertinents relatifs à l’existence d’une infraction préalable au blanchiment
d’argent.
4.2.3.2.2 A teneur de la CRPC (18-03-0102):
«L’information judiciaire conduite en France et les procédures me-
nées en parallèle dans plusieurs pays (Suisse, Etats-Unis d’Amé-
rique, Pays-Bas, Z., notamment) ont démontré d’une part qu'E., qui
avait dans son pays le statut d’agent public de fait, avait mis en
place, avec ses comparses, un système de corruption généralisé,
qui lui permettait de percevoir des commissions sur la plupart des
https://www.bger.ch/ext/eurospider/live/fr/php/aza/http/index.php?lang=fr&type=highlight_simple_query&page=1&from_date=&to_date=&sort=relevance&insertion_date=&top_subcollection_aza=str&query_words=deffered+prosecution+agreement&rank=0&azaclir=aza&highlight_docid=atf%3A%2F%2F117-IA-401%3Afr&number_of_ranks=0#page401
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marchés d’Etat importants conclus entre des sociétés étrangères et
Z., en particulier dans le domaine des télécoms, et d’autre part que
les biens mobiliers avaient été acquis en France avec le produit de
cette corruption.
Au mois de mars 2016, la société néerlandaise FF. a passé un ac-
cord avec les autorités judiciaires américaines et néerlandaises au
terme duquel elle s’engageait à payer la somme de 795 millions de
dollars (répartie à valeur égale entre les deux pays) au titre des
amendes et frais divers. L’accord mentionnait que la société recon-
naissait avoir versé des pots-de-vin à «un membre du Gouverne-
ment XI» en Z. à travers une société, «une coquille vide, en con-
nexion avec ses opérations dans le marché de la télécommunication
en Z. entre 2006 et 2012, en en (sic) connexion aussi avec l’obten-
tion de licences 3G et des fréquences LTE». Dans la suite de l’ac-
cord, il était précisé qu’il s’agissait de la société B., et que les ma-
nagers de FF. savaient très bien que le «Membre du Gouvernement
XI» était le bénéficiaire effectif de B. Enfin, il était précisé qu’en
échange de ces paiements, le «Membre du Gouvernement XI» fa-
cilitait pour FF. l’accès au marché de Z. des télécommunications,
facilitait les acquisitions d’importantes licences de Z. et fréquences,
y compris les fréquences 3G et LTE, et a fait en sorte que FF. con-
tinue d’opérer dans le marché de Z. des télécommunications. En
plus, des pots-de-vin ont été payés à des œuvres caritatives de Z.
ayant un lien direct avec des membres du gouvernement, à la de-
mande de représentants du gouvernement officiels (D107 et D108).
Un jugement du Tribunal d’Amsterdam du 20 juillet 2016 dévoilait
que le «membre du gouvernement» bénéficiaire économique de B.
et des pots-de-vin était E. En effet, la société B. était condamnée
pour avoir « conjointement et en conjonction avec E. été rendue
coupable de corruption passive impliquant un fonctionnaire. Dans
cet objectif, l’accusé et E. ont accepté des actions et des pots-de-
vin de GG. AB et/ou de GG. Holding en échange d’une attribution
de licences 3G, de fréquences télécoms ainsi que d’un certain
nombre de blocs de numéros en Z. L’accusé a aussi conjointement
et en lien avec FF. commis des faux en rédigeant un faux accord
pour dissimuler que cette dernière partie versait des pots-de-vin»
(D171/6).
Concernant l’aspect GG., cette société suédoise a conclu au mois
de septembre 2017 un accord de plaider-coupable avec les autori-
tés judiciaires des Pays-Bas et des Etats-Unis (DOJ et SEC). Dans
la décision, il est indiqué «Le ministère public néerlandais considère
que tous les revenus de GG. en Z. constituent des bénéfices acquis
illégalement. Au bout du compte, l’accès vers Z. a été obtenu en
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versant des paiements illicites à la société appartenant à un fonc-
tionnaire. Sans ces paiements, la société n’aurait pas réussi à pé-
nétrer le marché de Z. Ainsi les revenus bruts (bénéfices avant im-
pôts) de GG. en Z. à partir de son entrée dans le marché jusqu’en
début de 2014 constituent le point de départ pour le calcul des bé-
néfices réalisés illégalement. Les enquêtes aux Pays-Bas et aux
Etats-Unis ont estimé les revenus provenant des activités répréhen-
sibles à 457 000 000$. Cette somme sera donc versée en restitution
des produits de la criminalité. Sur ce montant, KK. payera
40 000 000$ dollars en confiscation au ministère américain de la
Justice et 208 000 000$ à la SEC. Le montant restant de la restitu-
tion, soit 208 500 000$, sera versé à la Suède ou aux Pays-Bas
ultérieurement, en fonction d’une procédure juridique de restitution
à l’encontre de KK. AB en Suède».
Sur l’aspect EE., il apparaît que cette société russe a conclu en fé-
vrier 2019 un accord de reconnaissance de culpabilité et de suspen-
sion des poursuites avec les autorités judiciaires américaines. Dans
l’accord, il est indiqué «La Société reconnaît et accepte que la Sec-
tion des Fraudes et le Bureau déposeront l’information conjointe sur
deux chefs d’accusation devant le tribunal de District des Etats-Unis
pour le District Sud de New York accusant la Société de conspira-
tion, association de malfaiteurs pour commettre un délit contre les
Etats-Unis, en violation du Titre 18 du Code des Etats-Unis, article
371, à savoir, pour avoir enfreint les dispositions du Foreign Corrupt
Practices Act («FCPA») de 1977 des Etats Unis en matière d’anti-
corruption et de tenue des livres comptables» (D316/2).
Entendus en notre présence en Z., les complices d'E., qui ont tous
été condamnés en Z., ont confirmé la mise en place d’un système
généralisé de corruption et de blanchiment au bénéfice d'E.».
4.2.3.2.3 Force est de constater, en premier lieu, qu’à teneur du texte de la CRPC, il est
établi qu'E. avait la qualité d’agent public de fait en Z. et qu’elle avait mis en place
un système de corruption généralisé, notamment dans le domaine des télécoms.
La CRPC fait état des aspects EE., FF. et GG., tels que mentionnés également
dans l’ordonnance pénale. Les faits se recoupent avec ceux reprochés en
Suisse, de sorte que la Cour considère que la CRPC bénéficie d’une valeur pro-
bante élevée. Le fait qu'E. et B. Ltd n’aient pas pu participer à ladite procédure,
du fait de leur isolement procédural, n’y change rien. Cette procédure a été faite
en respectant les dispositions légales françaises, de sorte qu’il n’appartient pas
à la Cour de céans de statuer sur l’absence éventuelle des susnommées dans
cette procédure.
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4.2.3.3 Deferred Prosecution Agreements (DPA’s): FF., GG. et EE.
4.2.3.3.1 En février 2016, la société FF. et sa filiale de Z. LL. ont reconnu devant les auto-
rités américaines (DoJ) avoir payé plus de USD 114'000'000.- de pots-de vin,
entre 2006 et 2012, à E., afin d’entrer et d’opérer sur le marché de Z. des télé-
communications. FF. a été condamnée au paiement d’un montant total de plus
de USD 835'000'000.-, montant comprenant les amendes et confiscations.
En septembre 2017, GG. et sa filiale de Z. MM. LLC ont reconnu devant lesdites
autorités avoir payé plus de USD 330'000'000.- de pots-de-vin, entre 2007 et
2010, à E. afin d’entrer et d’opérer sur le marché de Z. des télécommunications.
GG. a été condamnée au paiement d’un montant total de plus de
USD 1'000'000'000.-, montant comprenant les amendes et confiscations.
En février 2019, EE. a accepté de payer des «monetary penalties» pour un mon-
tant de USD 850'000'000.-. Il a été retenu que des pots-de-vin pour un montant
de USD 420'825'848.- ont été payés à E. afin de pouvoir s’introduire sur le mar-
ché de Z. des télécommunications et continuer à y opérer.
4.2.3.3.2 Le «Deferred Prosecution Agreement» (DPA, DPA’s au pluriel), ou accord de
poursuite différée, est une transaction pénale (accord judiciaire), qui s’accom-
pagne d’une reconnaissance des faits, sans reconnaissance et déclaration de
culpabilité (BREEN, FCPA – La France face au droit américain de la lutte anti-
corruption, 2017, p. 145).
Aux débats, B. Ltd a indiqué que les DPA’s invoqués par le MPC ne figuraient
pas au dossier, et que tout au plus les communiqués de presse des autorités
américaines y figuraient, sous forme de liens hypertextes, subsidiairement, que
ces DPA’s avaient une valeur probante nulle ou quasi nulle. Une référence à
l’art. 801(c) des «Federal Rules of Evidence» américaines y était faite, selon le-
quel l’usage d’un DPA n’est pas possible dans un procès pénal. Un argumentaire
quant au fait que ces DPA’s ne sont pas des faits notoires et ne pouvaient être
présentés a été exposé par les représentants de B. Ltd. Enfin, il était indiqué,
subsidiairement, que ces DPA’s avaient une valeur probante nulle ou quasi nulle.
Conformément à l'art. 139 al. 2 CPP, il n'y a pas lieu d'administrer des preuves
sur des faits non pertinents, notoires, connus de l'autorité ou déjà suffisamment
prouvés (arrêts 6B_1369/2016 du 20 juillet 2017 consid. 2.1; 6B_259/2016 du
21 mars 2017 consid. 5.1.2 et la référence citée). Les faits notoires, qu'il n'est
pas nécessaire d'alléguer ni de prouver, sont ceux dont l'existence est certaine
au point d'emporter la conviction du juge, qu'il s'agisse de faits connus de ma-
nière générale du public («faits de notoriété publique») ou seulement du juge
(«faits de notoriété judiciaire»).
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Une jurisprudence relativement récente du Tribunal fédéral résume bien ce qu’il
faut entendre par «faits notoires» (ATF 143 IV 380 consid. 1). Pour être notoire,
un renseignement ne doit pas être constamment présent à l'esprit; il suffit qu'il
puisse être contrôlé par des publications accessibles à chacun (ATF 135 III 88
consid. 4.1; ATF 134 III 224 consid. 5.2), à l'instar par exemple des indications
figurant au Registre du commerce, accessibles sur Internet (ATF 138 II 557 con-
sid. 6.2; arrêt 4A_645/2011 du 27 janvier 2012 consid. 3.4.2). Il ressort cependant
également de la jurisprudence que les innombrables renseignements figurant sur
Internet ne peuvent pas être considérés comme notoires (ATF 138 I 1 consid. 2.4
p. 5, in SJ 2012 I p. 351; dans ce sens également: ATF 134 III 534 consid.
3.2.3.3). Ainsi, le Tribunal fédéral a jugé que certaines informations accessibles
sur Internet constituaient des faits notoires, tandis que d'autres n'en remplissaient
pas les critères, comme l'illustrent les exemples qui suivent.
Il a été considéré que le taux de conversion des monnaies est un fait notoire, qui
ne doit être ni allégué ni prouvé. Le Tribunal fédéral a retenu qu'il pouvait en effet
être contrôlé sur Internet, par des publications officielles et dans la presse écrite;
il était donc accessible à chacun. Internet permettait en outre d'accéder rapide-
ment au taux de conversion en vigueur à une date donnée; il n'était dès lors pas
nécessaire d'obtenir une confirmation bancaire ou une copie de la presse parue
à la date recherchée (ATF 135 III 88 consid. 4.1 et les références citées).
Ne sont pas notoires les éléments tirés de calculateurs trouvés sur Internet fixant
le «salaire médian» et les charges sociales dues par l'avocat (arrêt 6B_102/2016
du 9 février 2017 consid. 3). Par ailleurs, sans s'exprimer sur la problématique
des faits notoires, notre Haute Cour a retenu, sous l'angle de la responsabilité de
l'avocat, qu'on ne pouvait pas exiger de celui-ci qu'il connaisse tous les arrêts
publiés sur le site Internet du Tribunal fédéral (ATF 134 III 534 consid. 3.2.3.3).
Compte tenu de la facilité d'accès aux informations qu'offre Internet, si l'on devait
s'en tenir à ce seul critère, toute information disponible en ligne devrait être con-
sidérée comme notoire. Or, les exemples qui précèdent démontrent que le Tribu-
nal fédéral a refusé de voir en chaque information trouvée sur Internet un fait
devant être considéré comme généralement connu du public. En effet, le choix
des sites consultés peut être discutable et influencer le résultat. En outre, les
informations trouvées en ligne ne sont pas nécessairement fiables, loin s'en faut.
Enfin, compte tenu de la prodigieuse quantité de renseignements disponibles sur
Internet, on ne saurait opposer chacun d'eux à quiconque comme étant notoire.
Considérant ce qui précède, «il y a lieu de retenir, en ce qui concerne Internet,
que seules les informations bénéficiant d'une empreinte officielle (par ex: Office
fédéral de la statistique, inscriptions au registre du commerce, cours de change,
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SK.2020.49
horaire de train des CFF etc.) peuvent être considérées comme notoires au sens
de l'art. 139 al. 2 CPP, car facilement accessibles et provenant de sources non
controversées. Dans tous les cas, une certaine prudence s'impose dans la qua-
lification d'un fait comme étant généralement connu du public, dans la mesure où
il en découle une exception aux principes régissant l'administration des preuves
en procédure pénale (art. 139 ss CPP)» (ATF 143 IV 380 consid. 1.2).
4.2.3.3.3 En l’espèce, les communiqués de presse et les DPA’s mentionnés par le MPC
sont aisément accessibles à tout un chacun. Il suffit en effet de taper dans la
barre de recherche «Google» les termes «DPA FF.», par exemple, afin de trou-
ver, comme première occurrence, le DPA en question, non caviardé. Ces DPA’s
sont accessibles sur le site Internet du DoJ, qui bénéficie sans nul doute d’une
empreinte officielle, comme semble dorénavant l’exiger la jurisprudence de notre
Haute Cour.
Enfin, et surtout, B. Ltd a présenté des arguments quant au fond desdits DPA’s.
Elle en avait donc connaissance et a pu se déterminer sur leur contenu aux dé-
bats. Elle les a abondamment critiqués, notamment en se fondant sur article de
Joshua L. Ray, «The Continuing Façade of FCPA Enforcement: A Critical Look
at the KK. DPA» (in: NYU Journal of Law & Business), qui examine les procé-
dures américaines à l’aune de celles menées en Suède. B. Ltd a donc pu exercer
son droit d’être entendu, que l’art 139 al. 2 CPP vise à protéger. Ce droit ne
représente pas une fin en lui-même; il constitue un moyen d’éviter qu’une procé-
dure judiciaire ne débouche sur un jugement vicié en raison de la violation du
droit des parties de participer à la procédure, notamment à l’administration de
preuves (ATF 143 IV 380 consid. 1.4.1). L’objectif est d’éviter en particulier que
l’autorité pénale se fonde sur un fait qui n’est pas notoire et au sujet duquel une
partie n’aurait pas eu l’occasion de s’exprimer parce qu’elle était dans l’ignorance
de son existence. In casu, le droit d’être entendu a été respecté, puisque le fait
était notoire et que, en outre, B. Ltd en avait connaissance et qu’elle a pu s’ex-
primer à son sujet. Une conclusion identique s’imposerait donc même si le fait
n’avait pas été notoire.
En ce qui concerne la force probante des DPA’s, le principe de libre appréciation
s’applique. Le Tribunal fédéral a en particulier précisé qu’empêcher le juge de
prendre en compte les déclarations d'un «témoin de la couronne» serait une vio-
lation du principe de la libre appréciation de la preuve par le juge (ATF 117 Ia
401 consid. 1c/aa).
S’agissant de l’argument de B. Ltd concernant l’exploitabilité d’un DPA en procé-
dure pénale américaine, l’art. 801 des «Federal Rules of Evidence» (ci-après:
FRE) américaine définit ce qu’est une preuve par ouï-dire (en anglais, «hear-
say»). Selon l’art. 801 let. c FRE:
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«“Hearsay” means a statement that: (1) the declarant does not make while testi-
fying at the current trial or hearing; and (2) a party offers in evidence to prove the
truth of the matter asserted in the statement».
B. Ltd a présenté aux débats un avis de droit d’un avocat américain, Maître NN.,
qui a été accepté par la Cour et figure aux actes (TPF 9.721.381 ss), selon lequel
un tel moyen de preuve ne serait pas admissible devant une Cour américaine
dès lors que cela violerait le Sixième Amendement de la Constitution américaine
et violerait également l’art. 801 FRE.
En l’espèce, comme cela a été démontré précédemment (v. supra consid.
4.2.3.2.1), rien ne s’oppose à ce que la Cour de céans prenne en considération
des dépositions d’auteurs d’infractions qui, ayant reconnu leurs crimes et s'étant
engagés à collaborer avec l'autorité pour établir les faits pouvant mettre en cause
d'autres auteurs, ont bénéficié, de la part de l'autorité étrangère, d'un traitement
favorable en raison de cette collaboration (v. arrêt 6B_1269/2016 du 21 août
2017 précité). Quant à l’argument selon lequel ces déclarations ne sauraient être
utilisées dans le cadre d’un procès pénal américain, car constitutives de ouï-dire,
force est de constater que le droit suisse ne prohibe pas ce mode de faire, selon
le principe de la liberté de la preuve. En outre, ces moyens de preuves ne peu-
vent être assimilés à ceux concernés par les art. 140 et 141 CPP.
Il n’appartient pas à la Cour de céans de se prononcer sur les avantages et in-
convénients théoriques des accords de poursuite différée et des autres formes
de transactions pénales. L’exercice serait d’autant plus périlleux que le système
suisse est gouverné par la maxime de l’instruction (art. 6 CPP), à la différence du
droit américain. Elle constate que les DPA’s sont des procédés admis et recon-
nus aux Etats-Unis, que ces derniers forment un Etat de droit, et que rien ne
permet de douter que les trois DPA’s ont été conclus dans le respect de la légi-
slation américaine. Il convient aussi de souligner que les trois sociétés concer-
nées ont admis, dans trois procédures distinctes, à trois ans d’intervalle, des
modes opératoires similaires, dans le même contexte du marché des télécom-
munications, avoir commis des actes de nature corruptive en lien avec E. Les
montants en jeu ont été précisément chiffrés. Rien ne permet de soupçonner que
ces sociétés se seraient toutes accommodées d’une fausse version des faits, par
ailleurs très détaillée dans la description des schémas corruptifs, pour éviter un
procès ou pour d’autres raisons. De plus, les déclarations mentionnées dans ces
DPA’s sont en grande partie corroborées par celles figurant tant dans le jugement
hollandais et la CRPC française susmentionnés (v. supra consid. 4.2.3.1 et
4.2.3.2), ainsi que dans les jugements suédois, comme cela sera démontré ulté-
rieurement (v. infra consid. 4.2.3.5), ce qui renforce leur force probante.
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4.2.3.3.4 In casu, les trois DPA’s décrivent précisément les schémas corruptifs («corrup-
tion schemes») employés (DPA FF., Statement of Facts, §§ 11-60; DPA EE.,
Statement of Facts, §§ 13-73; DPA KK., Statement of Facts, §§ 11-56). Ils illus-
trent comment ceux-ci ont été mis en place pour qu'E. use de son influence sur
le marché de Z. des télécommunications.
En se basant sur les «Overviews of the Corruption Shemes», il ressort du DPA
relatif à FF. que le schéma corruptif reproché était établi en quatre étapes dis-
tinctes (DPA FF., Overview of the Corruption Scheme, § 12) que (en traduction
libre):
 Premièrement, afin d’entrer dans le marché de Z., FF. a payé une somme
de USD 60'000'000.- pour acquérir la société OO., société pour laquelle
le fonctionnaire étranger de Z. avait des intérêts indirects via une société
écran4 («PP.»).
 Deuxièmement, en 2006, FF. et LL. sont entrés dans un partenariat avec
la société écran du fonctionnaire étranger afin que cette dernière obtienne
indirectement des parts de LL. que FF. rachèterait par la suite pour un
profit garanti. Le but réel de cet accord était de payer une somme de
USD 37'500'000.- pour corrompre le fonctionnaire étranger en échange
de la permission pour FF. et LL. d’être présents en Z.
 Troisièmement, FF., par l’intermédiaire d’une filiale, a passé un contrat
avec la société écran afin d’obtenir prétendument des fréquences 3G en
2007. Une somme de USD 25'000'000.- sous forme de pots-de-vin a été
payée au fonctionnaire étranger via la société écran afin que ce dernier
puisse aider LL. à obtenir des «actifs de télécommunications précieux»
ainsi que les permis pour conduire ses activités en Z.
 Quatrièmement, FF., directement ou par l’intermédiaire d’une filiale, a
sciemment passé de faux contrats de consulting via la société écran pour
USD 2'000'000.- en 2008 et USD 30'000'000.- en 2011. Dans les deux
cas, la société écran n’a pas réellement travaillé aux fins de justifier les
frais élevés de consulting. Le but corruptif de ces contrats était que le
fonctionnaire étranger obtienne environ USD 32'000'000.- en échange
d’«actifs de télécommunications précieux» et d’autoriser LL. à continuer
ses activités en Z.
 Enfin, FF. et LL. ont effectué des paiements corruptifs de
USD 20'000'000.- au fonctionnaire étranger en 2011 et 2012 au travers
4 L’on peut également parler de «coquille vide».
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de transactions sciemment non-transparentes avec de prétendues socié-
tés des sociétés de «revente». Au travers de ces transactions avec les
sociétés de revente, FF. et LL. ont effectué et caché des paiements cor-
ruptifs au fonctionnaire étranger par le biais de la société écran, ce qui
autorisât LL. à continuer ses activités en Z.
Il ressort notamment du «Overview of the Corruption Sheme» du DPA EE. (DPA
EE., Overview of the Corruption Scheme, § 13) que (en traduction libre):
 De 2004 à 2012, EE., DD., le Directeur 1 et le Directeur 2, ont conspiré
avec d’autres pour payer des pots-de-vin en violation du droit américain
pour un montant d’au moins USD 420'825'848.- au bénéfice du fonction-
naire étranger afin d’entrer et de continuer à opérer sur le marché des
télécommunications de Z. Il était compris qu’il y avait lieu de régulière-
ment procéder à des paiements au bénéfice du fonctionnaire étranger
afin de pouvoir continuer à faire des affaires en Z.
 Durant l’été 2004, EE. a acquis 74% de DD. en achetant 41% de la so-
ciété américaine et 33% de la société écran A. EE. savait que le fonction-
naire étranger était l’ayant droit économique de la société écran A. EE. a
payé à la société écran A pour le compte du fonctionnaire étranger envi-
ron USD 100'000'000.- pour 33% de DD., ce qui représentait un prix de
dix fois le prix par action de ce qu'EE. a payé pour les 41% de la société
américaine. Au moins une partie de ce paiement à la société écran A était
fait en échange de la possibilité pour DD. de poursuivre ses activités en
Z. La société écran A a conservé 26% de DD. EE. et la société écran A
se sont mises d’accord pour exercer l’option d’acheter ou de vendre la
part restante pour environ USD 37'700'000.- plus intérêts, sur trois ans.
 En 2006, à la demande du fonctionnaire étranger, EE. et la société écran
A se sont mises d’accord pour modifier cet accord. Au lieu d’avoir un prix
fixe pour la part restante de DD., EE. et la société écran se sont mises
d’accord que l’option serait fixée selon le prix du marché. Cette modifica-
tion s’est faite au bénéfice du fonctionnaire étranger, en échange de quoi
ce dernier acceptait que DD. continue ses activités en Z. En 2007, la so-
ciété écran A a exercé son droit de vendre le reste de ses parts de DD.,
et EE. a payé à la société écran A environ USD 250'000'000.-, avec pour
résultat que le fonctionnaire étranger a reçu un prix d’achat bien plus
élevé qu’en vertu de l’option d’origine.
 En 2008, EE. et la société écran B ont conclu un contrat selon lequel EE.
a accepté de payé USD 30'000'000.- à la société écran B au bénéfice du
fonctionnaire étranger en échange de la «répudiation» par la filiale de la
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société écran B de diverses fréquences de télécommunications et de la
réaffectation de ces fréquences par QQ. à DD. EE. a payé ce montant à
la société écran B pour le compte du fonctionnaire étranger pour obtenir
des fréquences et continuer ses activités en Z.
 En 2009, EE. et DD. ont acquis RR., une compagnie de publicité de Z.
Certains cadres d'EE. savaient que le prix payé par EE. pour RR. était
artificiellement élevé à USD 39'600'000.- afin de rétribuer le fonctionnaire
étranger en échange pour DD. de continuer ses activités en Z.
 En 2012, DD. a payé environ USD 1'100'000.- de pots-de-vin en violation
du droit américain à des entités liées au fonctionnaire étranger pour de
supposés charités ou sponsors.
 Le dernier paiement corruptif en violation du droit américain au bénéfice
du fonctionnaire étranger a été effectué au plus tard en mai 2012. Ensuite
de cela, EE. et DD. n’ont pas déféré aux demandes de paiements addi-
tionnels du fonctionnaire étranger. En guise de représailles, le fonction-
naire étranger a usé de son influence au sein du gouvernement de Z. pour
«exproprier» DD.
Enfin, il ressort du «Overview of the Corrupt Bribery Scheme» du DPA KK. (DPA
KK., Overview of the Corruption Scheme, §§ 11 et 12) que (en traduction libre):
 KK., le Directeur 1 et MM. ont conspiré avec d’autres pour faire environ
USD 331'000'000.- de paiements corruptifs au fonctionnaire étranger en
échange de l’accord de ce dernier pour étendre les parts de KK. et MM.
dans le marché de Z. des télécommunications. Le Directeur A et d’autres
managers et employés de KK. et ses entités affilées ainsi que certains
managers et employés de MM. ont compris qu’ils devaient effectuer des
paiements réguliers au fonctionnaire étranger de millions de dollars pour
entrer dans le marché de Z. des télécommunications et continuer d’y
exercer une activité. Ainsi, comme résultat de ces pratiques corruptives,
le gain pour KK. se chiffrait à environ USD 457'000'000.- de ses opéra-
tions de télécommunications. Les actions corruptives de KK. se chiffraient
à environ USD 331'200'000.- au bénéfice du fonctionnaire étranger afin
d’entrer et d’opérer sur le marché de Z. des télécommunications.
 Premièrement, avant d’entrer sur le marché de Z., le Directeur A. et cer-
tains managers de KK. ont compris qu’ils devaient entrer dans un parte-
nariat de corruption avec le fonctionnaire étranger afin d’opérer des acti-
vités en Z. Certains managers de KK. ont négocié les termes du contrat
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de partenariat de corruption avec le collaborateur B., qui représentait le
fonctionnaire étranger.
 Le 4 juillet 2007, KK. est entrée dans un contrat de collaboration avec le
collaborateur B., lequel a signé un contrat au nom de son partenaire de
Z. Le partenaire de Z. recevrait un montant de USD 300'000'000.- et des
actions de KK., les 99.7% de MM. ainsi que l’option de vendre ces actions
à KK. pour un profit important pour le fonctionnaire étranger.
 Après avoir signé ce contrat, en août 2007, le Directeur A. et certains
managers de KK. ont autorisé un système de paiements de pots-de-vin
d’environ USD 2'000'000.- effectués par certains managers de MM. au
collaborateur B. au bénéfice du fonctionnaire étranger.
 En décembre 2007, KK. a acquis les fréquences de 3G pour MM. au tra-
vers d’un paiement à la société écran pour USD 80'000'000.-. A la même
période, une filiale de KK. a contracté un contrat de convention d’action-
naires corrompus avec la société écran selon laquelle dite société avait
acquis indirectement 26% de MM. pour USD 50'000'000.-, avec le droit
pour la société écran d’exercer une option de vente des actions pour un
profit très important. Le résultat de cette transaction était que KK., au tra-
vers de la société écran, a effectué un paiement corruptif de
USD 30'000'000.- au fonctionnaire étranger et transféré indirectement
26% des intérêts de MM. audit fonctionnaire étranger notamment, ce qui
était nécessaire selon le Directeur A. et certains managers de KK. pour
que KK. puisse entrer dans le marché de Z. des télécommunications.
 En septembre 2008, KK. a effectué un paiement corruptif de
USD 9'200'000.- à la société écran au bénéfice du fonctionnaire étranger
et afin de faciliter l’acquisition par MM. d’une «série de numéros et codes
de réseau» ainsi que pour continuer ses activités économiques en Z.
 En février 2010, le Directeur A. et certains managers de KK. ont autorisé
un paiement corruptif de USD 220'000'000.- à la société écran au béné-
fice du fonctionnaire étranger afin de continuer ses activités de télécom-
munications en Z., après que la société écran a exercé son option selon
la convention d’actionnaire pour vendre 20% de ses 26% de MM.
 En avril ou mai 2010, KK. a signé un contrat selon lequel elle acceptait
de payer USD 15'000'000.- à un vendeur tiers afin de reprendre la dette
due par une société suisse dont le Directeur A. et certains managers de
KK. savaient que le fonctionnaire étranger était l’ayant droit économique.
Peu de temps après, KK. a annulé la dette due par la société suisse du
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SK.2020.49
fonctionnaire étranger afin de bénéficier à ce dernier. En échange de cet
acte de corruption, le fonctionnaire étranger a permis à MM. d’obtenir cer-
taines fréquences 4G et de continuer ses activités en Z.
Comme mentionné, les trois sociétés ont admis le versement de pots-de-vin à E.,
ce qui représente un point central. En outre, dans les trois DPA’s, E. est qualifiée
de «foreign official», au sens de la FCPA (DPA FF., Statement of Facts, § 7; DPA
EE., Statement of Facts, § 7; DPA KK., Statement of Facts, § 7). Il est précisé
qu’elle était une «Z. government official» et une «close relative of a high-ranking
Z. governement official».
Les DPA se réfèrent au Title 15, United States Code, Section 78dd-1(f)(1)(A) pour
la définition de l’agent public étranger. Cette disposition concerne les «issuers»
(émetteurs), c’est-à-dire «à la fois les entreprises cotées sur un marché boursier
américain (NYSE et NASDAQ) et les entreprises qui, sans être cotées, sont te-
nues à certaines obligations déclaratives en vertu de la législation boursière amé-
ricaine » (BREEN, FCPA – La France face au droit américain de la lutte anti-cor-
ruption, 2017, p. 49). Les deux autres catégories d’auteurs possibles sont les
«domestic concerns» (entités nationales) et les «persons within US territory»
(autres personnes agissant sur le territoire américain). La définition de l’agent
public est très large, comme en droit suisse, ce qui rend la comparaison d’autant
plus pertinente. Elle s’applique aux trois catégories d’auteurs: «[a]ny officer or
employee of a foreign government or any department, agency, or instrumentality
thereof, or of a public international organization, or any person acting in an official
capacity for or on behalf of any such government or department, agency, or in-
strumentality, or for on behalf of any such public international organization» (les
articles pertinents pour les «domestic concerns» et les «persons within US terri-
tory» sont respectivement les sections 78dd-2(h)(2)(A) et 78dd-3(f)(2)(A)).
La FCPA vise «non seulement les agents publics au sens strict du terme, mais
aussi les personnes privées qui, bien que n’étant pas employées par l’adminis-
tration, agissent en leur nom ou dans leur intérêt» (BREEN, op. cit., 2017, p. 66).
Toutefois, à la différence du droit suisse, elle n’incrimine que la corruption active,
à l’exclusion donc du comportement de l’agent public étranger (HASEN et al,
Foreign Corrupt Practices Act, American Criminal Law Review, vol. 58, 2021, p.
1011 ss, 1026).
4.2.3.3.5 A teneur du contenu des différents DPA’s susmentionnés, il est aisé d’arriver à
la conclusion qu'E., en tant que fonctionnaire étranger, a contraint des sociétés
à payer des pots-de-vin afin d’obtenir des contrats ou marchés en Z., thèse dé-
fendue par le MPC dans son ordonnance pénale (ordonnance pénale, p. 25). La
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Cour considère que ces DPA’s jouissent d’une valeur probante élevée dans l’exa-
men des différents moyens de preuves remis. En outre, les trois DPA’s présen-
tent des complexes de faits très similaires, qui ont été reconnus par trois sociétés
différentes, lesquelles ont accepté de payer des amendes très élevées. Partant,
à teneur de ces documents déjà, il sied de constater qu’il peut être reproché à
E., en tant qu’agent public, des actes de corruption, lesquels s’inscrivent dans le
contexte du crime préalable que la Cour examine.
4.2.3.4 Action in rem du 11 février 2016
4.2.3.4.1 Les autorités américaines ont intenté une action dite in rem du 11 février 2016,
contre les fonds détenus par B. Ltd et K.a. Corp. sur les comptes de la banque
C. SA et de la banque D. en vue de la confiscation de tous les droits, titres et
intérêts des fonds détenus sur ces comptes, sur la base du Titre 18 du U.S.C. §
981 (a)(1)(C) car, en substance, ils constituent ou proviennent notamment d’une
activité illégale («specified unlawful activity») ou d’une conspiration en vue de
commettre un tel acte («conspiracy to commit such an offense») (22-00-0041).
Le but de cette action était de confisquer plus de USD 550'000'000.- d’actifs,
identifié comme des paiements de corruption destinés à obtenir l’influence d'E.
pour s’implanter et se maintenir sur le marché de Z. des télécommunications.
4.2.3.4.2 Selon la décision, il était allégué que, entre 2004 et 2012, trois sociétés de télé-
communications, EE., FF. et GG., avaient effectué des paiements corruptifs pour
plus de USD 800'000'000.- à des sociétés écrans/coquilles vides («shell compa-
nies») dont l’ayant droit économique était le/la fonctionnaire étranger-ère (ci-
après: le fonctionnaire). Ces sociétés avaient effectué ces paiements afin, entre
autres choses, d’induire le fonctionnaire étranger à utiliser son influence au sein
du gouvernement de Z. afin que ce dernier assiste les compagnies de télécom-
munications à entrer et opérer dans le marché de Z. des télécommunications, y
compris en influençant les membres de l’agence des communications de Z. et de
l’information (QQ.) (22-00-0038 s.).
L’action in rem mentionne également B. Ltd, parmi d’autres, comme faisant partie
d’un groupe de sociétés écrans appartenant au fonctionnaire, utilisées afin de
dissimuler son implication dans une série d’actes de corruption et de paiements
et la provenance de sa richesse. Le produit de la corruption avait été blanchi
grâce à une série complexe de transactions financières, incluant le transfert de
fonds dans des comptes bancaires correspondants aux Etats-Unis (22-00-0040).
Selon B. Ltd, l’action in rem, de même que la CRPC française et que les DPA’s
américaines, n’aurait qu’une valeur probante très résiduelle dans la mesure où
E. et B. Ltd n’y ont pas participé, au vu de leur isolement physique ou procédural.
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SK.2020.49
Cependant, il a déjà été relevé que la Cour estime que si ces diverses décisions
ont pu être rendues dans ces différents Etats, en vertu du droit de ces Etats, il
n’y a pas lieu de remettre en cause ces décisions rendues au surplus dans des
Etats de droit. En outre, B. Ltd a pu se prononcer aux débats sur ces documents,
ce qu’elle a fait notamment lors de sa plaidoirie, de sorte qu’il y a lieu de retenir
une valeur probante élevée de ces documents, dont l’action in rem, lesquels ten-
dent tous vers un seul et même résultat au sujet des actes reprochés à E. ainsi
que de son statut d’agent public de fait. Ces informations ne font que corroborer
le contenu des DPA’s, lesquels seraient largement suffisants en eux-mêmes.
4.2.3.5 Jugements de la Cour de première instance de Stockholm du 15 février
2019 et de la Cour d’appel de Stockholm du 4 février 2021
4.2.3.5.1 B. Ltd a produit le jugement de la Cour de première instance de Stockholm du
15 février 2019. Ce jugement porte «sur des plaintes pour corruption passive de
2007 à 2010 en raison des contrats et transactions avec un partenaire local de
Z. qui ont suivi l’établissement de GG. (KK.) en Z.».
La Cour de première instance suédoise a examiné la responsabilité pénale pour
corruption grave de diverses personnes, dont le PDG de KK., elle a également
statué sur l’action en confiscation dirigée contre KK., d’un montant de
USD 208'500'000.-. Les prévenus ont été acquittés de l’accusation de corruption
flagrante (pp. 7 et 9, TPF 9.621.310 ss.).
Elle a acquitté les prévenus au motif que «[p]our que la responsabilité pénale
pour corruption soit applicable, il faut que le bénéficiaire des pots-de-vin présu-
més fasse partie du cercle restreint des personnes qui, selon la loi applicable,
peuvent être tenues pour responsables de l’acceptation de pots-de-vin. Dans
cette affaire, il n’a pas été prouvé qu'E. ait occupé un tel poste en relation avec
le secteur des télécommunications, ce qui était la principale thèse du procureur»
(traduction libre, v. à ce sujet le communiqué de presse du District Court of
Stockholm du 15 février 2019, TPF 9.721.218 s.).
Le 4 février 2021, la Cour d’appel de Stockholm a confirmé le jugement de pre-
mière instance. Dans son communiqué de presse, la Cour d’appel a indiqué:
«[m]ais le procureur n’a pas prouvé qu'E. occupait un poste ou une mission en
rapport avec le secteur des télécommunications. Il n’est pas non plus clair qu’il y
ait eu un lien nécessaire entre elle et certaines autres personnes ou qu’une autre
personne se soit vue offrir des paiements» (TPF 9.721.214 ss).
Selon B. Ltd, ces instances judiciaires – d’un des pays, selon elle, les plus exem-
plaires en matière de justice, d’indépendance et de lutte contre la corruption –
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SK.2020.49
sont arrivées à la conclusion qu'E. ne pouvait être considérée comme agent pu-
blic, ni de droit ni de fait.
Il est relevé à titre liminaire que la Cour suédoise de première instance mentionne
que la loi suédoise sur la corruption n’est pas aussi étendue que le droit suisse.
Elle indique au début de son jugement que «[p]our que la loi soit applicable, il est
supposé que les destinataires présumés soient corruptibles, à savoir qu’ils doi-
vent appartenir au cercle restreint des personnes corruptibles conformément à la
législation suédoise de l’époque» (TPF 9.621.310). La Cour a considéré que la
description des infractions par le procureur était «peu claire» ou «imprécise»
(TPF 9.621.310). Concernant la législation suédoise, elle a indiqué que «[l]a lé-
gislation a été critiquée entre autres parce que la liste de personnes détaillée et
partiellement emboîtée rendait son application difficile. S’y sont ajoutées des re-
marques critiques d’organes internationaux de surveillance, dont la Suède avait
adhéré aux instruments internationaux dans le domaine de la corruption. Cela
signifiait, notamment, une réserve soumise par la Suède à l’art. 12 de la Conven-
tion pénale du Conseil de l’Europe sur la corruption (la Convention du Conseil de
l’Europe), qui dispose que les Etats doivent criminaliser le soi-disant commerce
d’influence [...]. Au fil des années, de nombreux changements législatifs ont été
apportés au cercle de personnes en question. En 2012, le changement de loi a
finalement déterminé le cercle de personnes pouvant être exposé à une respon-
sabilité de corruption envers tout travailleur ou employée (sic) qui exerce des
responsabilités, tant dans le cadre d’activités publiques que privées [...]. Dans le
cas susmentionné, le tribunal de première instance doit toutefois appliquer la lé-
gislation antérieure, telle qu’elle était avant le 1er juillet 2012, avec le cercle de
personnes limité valable à cette époque-là» (TPF 9.621.338 s.).
La Cour de première instance a considéré qu’«aucune preuve n’a été présentée
qui établisse que les devoirs de sa [ndlr: E.] charge aient eu le moindre rapport
avec le domaine des télécommunications en Z.» et que la thèse des procureurs
reposerait «principalement sur des informations générales selon lesquelles Z.
serait une kleptocratie, où le Président SS. se serait enrichi personnellement et
aurait enrichi sa famille autant que possible, et selon lesquelles il y avait une
rumeur à X. disant qu'E. se serait vue attribuer le marché des télécommunica-
tions par son père» (pp. 52 et 55, TPF 9.621.304 ss). La Cour part de l’idée qu’il
est possible qu'E. ait agi comme femme d’affaires et qu’en cette qualité, elle ait
agi de façon impropre ou inappropriée [...]» (pp. 62 et 63, TPF 9.621.304 ss.). La
Cour d’ajouter que «[l]es preuves appréciées dans leur ensemble établissent l’hy-
pothèse alternative selon laquelle E. a conduit ses opérations dans l’industrie des
télécommunications en femme d’affaires, au travers de société privées, et non
pas dans une position d’agent public» (p. 65, TPF 9.621.304 ss). Enfin, la Cour
a relevé qu'E. n’aurait pas «eu de position officielle la faisant entrer dans le
- 59 -
SK.2020.49
groupe des personnes susceptibles de corrompre, selon le droit suédois» (p. 8,
TPF 9.621.304 ss).
4.2.3.5.2 Il y a lieu de relever plusieurs éléments intéressants qui ressortent du jugement.
Dans le considérant présentant un résumé des informations sur les prévenus, il
est mentionné qu’«[i]l était naturel qu’ils aient approché le président pour se
rendre compte qu’ils étaient les bienvenus en Z. Sinon, il n’aurait pas été possible
d’investir dans le pays» (p. 31, TPF 9.621.304 ss). S’agissant d'E., il y est indiqué
qu’elle «[...] était une femme d’affaires influente dans le pays» (p. 32,
TPF 9.621.304 ss). La Cour note qu’«[i]l ressort d’un extrait d’un jugement suisse
rendu le 5 novembre 2012 [...] que: compte tenu en particulier des diverses mis-
sions diplomatiques exercées jusqu’à présent par E. pour le compte de Z. et
puisqu’il s’agit d’un pays gouverné par son père, il n’est pas inacceptable de pré-
sumer qu'E. exerce un pouvoir réel du fait de sa propre situation et qu’elle peut
être assimilée à un membre d’une autorité» (p. 73, TPF 9.621.446 ss). La Cour
suédoise ajoute toutefois: «Le tribunal de première instance peut affirmer que le
principe de la légalité entrave une interprétation et une application aussi éten-
dues de la loi suédoise sur la corruption, énoncées dans la décision suisse. En
l’absence d’une disposition correspondante dans la législation suédoise sur la
corruption, la décision manque d’éléments de preuve pour l’examen par le tribu-
nal de première instance» (ibid.). Quant au droit américain, la Cour indique que
la notion d’agent public en droit américain est large (p. 75, TPF 9.621.446 ss),
En effet, comme rappelé précédemment (v. supra consid. 4.2.3.3.4), la FCPA
vise non seulement les agents publics au sens strict du terme, mais aussi les
personnes privées qui, bien que n’étant pas employées par l’administration, agis-
sent en leur nom ou dans leur intérêt.
Partant, la Cour de céans constate que l’issue des procédures suédoises entraî-
nant un acquittement des prévenus réside en particulier dans le fait que la légi-
slation du pays, à l’époque des faits, ne permettait pas une définition large de
l’agent public, comme c’est le cas aux Etats-Unis ou encore en Suisse. Il s’agit
donc davantage d’une problématique de politique criminelle et, surtout, de droits
divergents en l’espèce. Le tribunal suédois souligne lui-même que la définition
suisse est plus large et qu’il ne peut par conséquent pas tirer des mêmes conclu-
sions en appliquant son propre droit. Ce dernier consacre une acception plus
étroite de la notion d’agent public, en tout cas dans la législation applicable à
l’époque des faits pertinents. Un raisonnement par analogie en droit suisse serait
donc forcément biaisé. En revanche, il peut être déduit du jugement suédois,
d’une part, qu'E. était une femme d’affaires influente et, d’autre part, qu’il n’était
pas possible d’investir dans le pays sans l’aval de son père. Dans un régime
autoritaire, il est difficile de ne pas établir un lien causal entre la seconde et la
première affirmation. C’est en tous les cas un indice supplémentaire qui plaide
- 60 -
SK.2020.49
en faveur de l’existence d’une position d’agent public de fait au sens du droit
helvétique.
4.2.3.6 Jugement In re N. Ltd. du United States District Court Southern District of
New York du 19 septembre 2017
4.2.3.6.1 B. Ltd a produit ce jugement. Le 19 septembre 2017, le «United States District
Court Southern District of New York» a rendu un jugement dans une affaire civile
d’un groupe d’investisseurs s’estimant lésés. Ils indiquaient en substance que
FF. avait procédé dans une procédure de DPA datant de 2016 à des «material
misstatements and omissions» dans les documents qu’elle avait soumis à la «Se-
curities and Exchange Commission» et que N. avait causé un dommage à ses
actionnaire en procédant à des soumissions erronées ou incomplètes.
B. Ltd a argué aux débats que la Cour a considéré que la thèse selon laquelle N.
avait besoin de l’aide d'E. pour s’assurer de décisions favorables de la part de
QQ. était dénuée de fondement. Cette cour a également affirmé qu'E. «was not
a ‘government authority’ herself and had no oversight authority in the telecom-
munications industry». Selon B. Ltd, la mention du «no oversight authority»
(p. 14, consid. 22, TPF 9.621.961 ss) rejoindrait le constat des juges suédois et
contreviendrait à toute tentative de construction sérieusement prouvée d’une
qualité d’agent public fonctionnel.
4.2.3.6.2 Il y a lieu de relever que cette décision relève d’une «motion to dismiss», c’est-
à-dire, selon le droit américain, d’une action (motion) déposée par une partie
lorsque celle-ci pense que la plainte déposée n’est légalement pas valable, pour
diverses raisons5. En l’espèce, N. avait déposé une telle requête, laquelle a été
rejetée par la Cour (p. 3, TPF 9.621.961 ss).
La décision relève, au sujet des pots-de-vin payés par N., qu’il est incontestable
que N. a payé des pots-de-vin avant décembre 2010 lorsque la «putative class»
a commencé à acheter des actions de N. (p. 15, consid. 24, TPF 9.621.961 ss).
La Cour a relevé également que les plaignants avaient allégué des faits qui, pris
dans leur ensemble, donnaient lieu à de forts soupçons («strong interference»)
d’agissements en connaissance de cause («corporate scienter») au moins aussi
convaincants qu’une version opposée («opposing inference») (p. 14, consid. 22,
TPF 9.621.961 ss).
4.2.3.6.3 En l’espèce, force est de constater que ce jugement, qui a été rendu dans une
cause civile, ne permet pas de tirer de conclusion précise sur le statut – en droit
5 https://www.findlaw.com/litigation/going-to-court/what-is-a-motion-to-dismiss.html (consulté le 6 décembre 2021).
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pénal – d'E. Le statut d'E. n’était au demeurant pas la problématique principale
de ce jugement, qui était une «motion to dismiss». Partant, la valeur probante de
ce document est en l’espèce faible.
4.2.3.7 Décision de l’International Center for Settlement of Investment Disputes (ci-
après: ICSID) du 8 mars 2017
4.2.3.7.1 B. Ltd a produit une décision de l’ICSID du 8 mars 2017. Cette procédure con-
cerne des investisseurs de W. qui ont agi contre Z. B. Ltd a précisé que, dans
cette décision, il était indiqué que l’existence de doutes ou de rumeurs relatifs au
caractère légitime d’une transaction ne suffisaient pas et qu'E. n’était pas un
agent public (pp. 122 ss, TPF 9.721.225-380 ss).
4.2.3.7.2 En l’espèce, il s’agit d’une décision arbitrale qui interprète notamment l’art. 211
du Code pénal de Z. Il n’y a aucune prise en compte de la notion d’agent public
de fait en droit suisse et cette décision ne permet pas à la Cour de tirer des
conclusions sur le statut d'E. Comme pour le jugement In re N., la force probante
de ce document est faible, dès lors qu’il s’agit d’une procédure civile. Elle est
encore amoindrie par le fait qu’il s’agit d’un arbitrage. Quant au fait qu’il soit indi-
qué à plusieurs reprises qu'E. n’était pas un «government official», la Cour con-
sidère que ces propos n’ont que peu de force probante, comme déjà indiqué
précédemment.
4.2.3.8 Le rapport issu de l’enquête interne indépendante de GG.
4.2.3.8.1 TT. a établi, le 31 janvier 2012, un «Report to the Board of Directors of GG. AB»
(A-18-11-03-0001 ss), dont l’objectif consistait à répondre à la question suivante:
«Does GG.’s investment in a 3G licence, together with frequencies and number
series, in Z. in 2007 and afterwards entail that representatives of GG. are guilty
of corruption-related crimes or money laundering?»
Il est indiqué à titre liminaire qu’il s’agit d’un rapport d’enquête et que ce docu-
ment ne peut pas avoir la même valeur probante qu’un jugement ou une décision
rendu par une autorité. La Cour considère dès lors que ce rapport d’enquête dis-
pose d’une valeur probante relativement faible.
4.2.3.8.2 B. Ltd a indiqué, aux débats, concernant ce rapport d’enquête, qui n’a pas été
mentionné dans l’ordonnance pénale, ce qui suit (plaidoirie de B. Ltd, pp. 13 ss):
 La décision d’opérer dans un pays touché par la corruption ne signifiait
pas, en soi, que des paiements corruptifs avaient été effectués par KK.
ou que les opérations réalisées seraient punissables ou même illicites, en
Suède ou en Z.
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SK.2020.49
 Un examen plus poussé aurait dû être mené afin de clarifier les relations
entre E., G. et B. Ltd.
 Le fait de ne pas avoir examiné plus sérieusement ces liens ne trahit pas
une intention corruptrice de la part de KK.
 Même à supposer que KK. ait eu l’intention de conclure des accords avec
un groupe d’investissements derrière lequel il y eût E., il n’a pas été pos-
sible d’établir que cette dernière détint une telle position ou eût de tels
devoirs que les conditions légales de la corruption fussent remplies.
 Il n’a pas été possible, dans le cadre de l’enquête, d’établir que des re-
présentants de KK. ont payé des pots-de-vin à quiconque. QQ. a confirmé
que l’allocation des fréquences, etc., s’était faite en conformité aux exi-
gences réglementaires de Z. et qu’aucune corruption n’avait eu lieu.
 Les prix convenus étaient raisonnables, souvent inférieurs aux évalua-
tions faites par des spécialistes externes des deux parties.
Mais il y a lieu d’indiquer également que le rapport indique (en traduction libre):
«Il doit être considéré comme clair qu'E. est une source de pouvoir en Z. dans le
sens où elle a probablement la possibilité d'exercer une influence officieuse dans
un certain nombre de questions concevables concernant la politique et les af-
faires. Cependant, il n'a pas été possible de conclure, et aucune autre information
n'a été apportée, qu'E. a, a eu ou aura une position formelle ou des fonctions
formelles dans le cadre desquelles elle a la possibilité, directement ou indirecte-
ment, d'exercer une influence à quelque égard que ce soit concernant le marché
de Z. des télécommunications, ou plus précisément l'attribution de fréquences et
séries de numéros en Z., et donc GG. Seuls son emploi et ses fonctions for-
melles, ainsi que sa possibilité, dans le cadre de l'exercice de ses fonctions,
d'exercer une influence à certains égards, qui peut être considéré comme un
avantage pour GG., sont pertinents à une évaluation en droit pénal» (A-18-11-
03-0149).
«Même si Z. est une République fondée sur le principe de la séparation des pou-
voirs et du gouvernement représentatif, le régime avec le président SS. et les
personnes étroitement associées à lui est réputé exercer une influence sur di-
verses fonctions sociétales, même s'il n'existe pas de poste officiel ayant un lien
avec ces fonctions. Cependant, une telle situation n'est pas couverte par les dis-
positions régissant le paiement et l'acceptation de pots-de-vin. Ces dispositions
sont conçues en fonction de la position ou des fonctions officielles des récipien-
daires et de l'exercice formel des fonctions qui risquent d'être influencé par des
pots-de-vin ou des récompenses indues» (A-18-11-03-0150).
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SK.2020.49
4.2.3.8.3 En l’espèce, force est de constater que ce rapport fait explicitement mention de
l’influence de fait d'E. En outre, il est basé sur le droit suédois et conclut qu’il n’y
a pas de position formelle de cette dernière. Cependant, comme souligné précé-
demment, le droit suédois à l’époque des faits différait du droit suisse. Partant,
et au vu de ce qui précède, ce rapport ne permet pas, sur le plan du droit suisse,
d’en tirer une quelconque conclusion. Ce qui est intéressant, cependant, c’est
qu’il apporte la confirmation de l’influence de la précitée en lien avec sa situation
familiale en Z.
4.2.3.9 Jugements de Z. de 2015
Un jugement a été rendu en Z. contre A. le 20 juillet 2015 (15-02-02-0001 ss) et
un autre contre E. le 21 août 2015 (15-02-10-0001 ss, 15-02-10-0146 ss).
En ce qui concerne le jugement rendu contre E. le 21 août 2015 (15-02-10-0001
ss, 15-02-10-0146 ss), selon un courrier de Maître Mangeat du 3 février 2017
(16-10-0192), celle-ci n’a, durant sa détention et jusqu’à son procès, pas pu s’en-
tretenir avec un avocat. Elle n’a pas eu accès au dossier. Elle a rencontré ses
avocats seulement le jour du procès, lequel n’a duré que quelques minutes, en
présence d’hommes semble-t-il armés et cagoulés, dans la cuisine d'E.
Il semble que les présents jugements aient été rendus sans contrôle possible de
la présence d’une défense effective et de la composition des tribunaux. Dans le
doute, la Cour choisit de ne pas les prendre en compte.
4.2.3.10 Jugements de Z. de 2016 et 2017
Plusieurs jugements ont été rendus en Z. en 2016 et 2017, soit un Verdict du
Tribunal de la région de X. pour les affaires criminelles du 4 octobre 2016 (18-
01-09-0001 ss, version française: 18-01-14-0001 ss) et une Décision du Tribunal
régional pénal de X. du 18 décembre 2017 (18-01-19-0001 ss, version française:
18-01-19-0161 ss). Ces jugements ont été mentionnés par Maître Barillon dans
ses déterminations du 6 juillet 2021 (p. 5, TPF 9.521.022 ss). Selon ce dernier, il
ressort du Verdict du 4 octobre 2016 «que les fonds transférés sur les comptes
de la société B. Ltd résultaient des activités criminelles commises sur le territoire
de Z.». Il ressort de la décision du 18 décembre 2017 que «les fonds crédités sur
les comptes de la société B. Ltd provenaient d’une vente illicite, avec usurpation
des pouvoirs de l’Etat, des ressources de radiofréquences et de blocs numé-
riques aux entreprises étrangères [...]».
Pour des raisons similaires à celle exposée ci-dessus en lien avec les jugements
rendus en 2015, la Cour considère que ces prononcés n’ont en l’espèce qu’une
très faible valeur probante.
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SK.2020.49
4.2.3.11 Procès-verbaux d’auditions en Z.
4.2.3.11.1 Les auditions réalisées en Z. en décembre 2016 l’ont été en présence des
conseils des parties et du MPC. Pour la Cour, c’est une garantie de la fiabilité de
ces moyens de preuve. Aucun soupçon concret de l’emploi de méthodes d’ad-
ministration de preuves interdites au sens de l’art. 140 CPP ne peut être déduit
du dossier, à l’exception de faits troublants, relatés par le défenseur d'E. en lien
avec l’audition de cette dernière, dont il sera tenu compte.
4.2.3.11.2 Interrogatoire d'E.
E. a été interrogée le 9 décembre 2016 en Z. (18-01-02-0001 ss), sur requête du
MPC. Ce dernier était présent lors dudit interrogatoire. Une traduction française
fournie par les autorités de Z. est présente au dossier (18-01-02-0035 ss). Le
MPC a également fourni une traduction française des propos d'E. (18-01-02-0067
ss).
Le défenseur d'E. a écrit, évoquant sa cliente: «[e]lle fait l’objet de violences phy-
siques dont j’ai moi-même pu constater les traces le 9 décembre 2016: la veille
au soir, immédiatement après mon départ, le Procureur AAA. l’a rejointe dans la
pièce où elle était gardée et lui a expliqué sur un ton menaçant qu’elle savait ce
qu’elle aurait à dire le lendemain, tout en lui serrant le bras avec violence. J’ai pu
constater, sur la partie supérieure de son bras gauche, face extérieure, un large
hématome de couleur violette d’environ 8 centimètres sur 3. J’ai également pu
constater, sur la face intérieure de ce même bras, à la même hauteur, des
marques d’ongles ou de pression [...]» (courrier de Maître Mangeat au MPC du
9 novembre 2018, p. 2, SK.2018.36, TPF 7.621.022).
La Cour n’a pas de raison de douter de ces assertions provenant d’un avocat
inscrit au barreau et, par conséquent, elle ne prendra pas en compte l’audition
d'E. pour fonder son intime conviction. Il sied toutefois de noter, qu’après avoir
été informée qu’une procédure pour blanchiment d’argent avait été ouverte
contre elle, elle a confirmé avoir pris connaissance de l’acte d’accusation, mais
l’a réfuté (18-01-02-0071 s.).
4.2.3.11.3 Interrogatoire d'A.
A. a été interrogée le 7 décembre 2016 en Z. (18-01-03-0001 ss), sur requête du
MPC, lequel était présent lors dudit interrogatoire.
Le conseil d'A. a précisé à réitérées reprises que sa cliente avait fait des décla-
rations librement lors de son audition et qu’aucune pression n’avait été exercée
sur elle (courrier du 1er février 2021, TPF 9.521.005-006; observations du 22 fé-
vrier 2021, p. 2, TPF 9.923.1.023; propositions du 6 juillet 2021, p. 8,
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SK.2020.49
TPF 9.521.029). Il a notamment écrit: «[i]l est souligné ici que la crédibilité des
déclarations de Madame A. n’a jamais été remise en cause, étant relevé que
l’audition de la précitée s’est déroulée en présence de son conseil, dans le res-
pect de son droit d’être entendu et de ses droits de défense» (propositions du
6 juillet, 2021, p. 8, TPF 9.521.029). La Cour n’a aucune raison de douter de ces
allégations. L’audition d'A. est donc un moyen de preuve exploitable.
Comme le note la Cour des plaintes dans sa décision BB.2021.40 du 16 mars
2021, «A. était directrice et administratrice unique de la recourante [B. Ltd] au
moment où les faits reprochés ont eu lieu, de sorte qu’elle possède une connais-
sance de l’entier des circonstances relatives à la confiscation des avoirs se trou-
vant sur les comptes de la recourante» (décision du Tribunal pénal fédéral
BB.2021.40 du 16 mars 2021, consid. 1.4).
Au sujet de la propriété de la société B. Ltd ainsi que des activités de télécom-
munications, A. a affirmé ce qui suit:
 «[e]n 2009, G. m’a informé (sic) qu’un compte au nom de la société «B.
Ltd» a été ouvert auprès de la banque suisse «C.». Or, il ne m’a pas
mentionné le but de cette ouverture. Tous les comptes de la société «B.
Ltd» ont été alimentés grâce aux rentrées de fonds acquises des projets
de télécommunications des sociétés «GG.» et «FF.» (sic)» (18-01-03-
0052).
 «[b]ien que j’aie figurée (sic) dans la documentation officielle en tant que
propriétaire et bénéficiaire des sociétés «B. Ltd» et «K. Ltd», c’est E. qui
était le propriétaire réel des comptes appartenant à ces sociétés» (18-01-
03-0053).
 «[l’]initiateur de ces projets était G., qui les gérait en coordination avec E.
Il menait personnellement les négociations avec les responsables de ces
sociétés; je n’ai pas y participé (sic) personnellement/directement. Je sa-
vais que les opérateurs des communications cellulaires en Z. «BBB.» et
«CCC.» – en tant qu’actionnaires – étaient partenaires de «l’Office/direc-
tion» d'E. Pour autant que je sache, la source principale des entrées fi-
nancières sur les comptes de la société «B. Ltd», étaient les projets de
télécommunications de G. Quant à moi, je recevais les contrats de la part
de ce dernier pour apposer ma signature. Ces documents étaient d’un
volume énorme, d’environ de 800-1000 pages, rédigés en anglais, con-
tenant la terminologie spécifique inconnue pour moi. G. me disait que je
devais seulement les signer à chaque page. Parfois, ces contrats ont été
déjà signés par la deuxième partie, parfois – même pas. Je n’ai pas exa-
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SK.2020.49
miné l’essentiel des contrats. Une fois ma signature apposée, G. les em-
portait. Grâce à ces projets de télécommunications, la somme globale
approximative des entrées financières sur les comptes des sociétés «B.
Ltd» et «K. Lzd» (sic) représentait d’environ (sic) USD 550 millions. J’ai
appris ce fait en 2010, quand les comptes concernés ont été bloqués en
Suisse» (18-01-03-0053).
A. a confirmé l’existence de «faits corruptifs» dans les relations avec les respon-
sables du Ministère des télécommunications de Z., ainsi que le versement de
pots-de-vin aux fonctionnaires. A ce sujet, elle a indiqué ce qui suit:
 «[j]e confirme les faits de corruption dans le cadre des relations avec les
responsables de la direction de QQ., et bien évidemment avec d’autres
responsables d’autorités d’Etat. J’ai appris au cours de l’enquête pénale,
que lors de la réalisation des projets de télécommunications, ont eu lieu
les faits de la réception illégale des radiofréquences et des blocs numé-
riques, ainsi que les faits d’utilisation illégale/arbitraire de diverses avan-
tages (sic) [...]» (18-01-03-0065).
 «[b]ien évidemment, ces actes ont été commis non pas innocemment,
mais pour des pots-de-vin en faveur des fonctionnaires. Comme je n’y ai
pas participé directement, je ne suis pas en mesure de fournir plus de
détails à ce sujet, notamment, en faveur de qui, quand et qui en personne
transmettait ces pots-de-vin. Seulement G. et E. sauront répondre en dé-
tail à ce sujet» (18-01-03-0066).
Au sujet de la société B. Ltd, A. a déclaré que «[l]a société B. Ltd a été acquise
pour les projets de télécommunications, plus précisément pour utiliser cette der-
nière dans ce secteur» (18-01-03-0052).
Enfin, l’ordonnance pénale querellée signale qu’A. a indiqué lors de la même
audition que tous les fonds crédités sur les comptes des sociétés B. Ltd (et K.a.
Corp.) était issus des activités criminelles commises en Z. sous la direction d'E.
(ordonnance pénale, consid. 8, p. 47).
En conclusion, ces déclarations d'A. confirment l’existence d’activités criminelles
en Z. en lien avec E., même si les descriptions sont générales. Il s’agit d’un indice
corroborant ce qui a été exposé précédemment dans le jugement hollandais, les
DPA’s américains et les procédures françaises qui étaient, quant à eux, très pré-
cis dans la description des comportements punissables. Il est intéressant de no-
ter que F., dans son audition (v. infra consid. 4.2.3.11.4) a dit que l’«Office» d'E.
était organisé hiérarchiquement de manière stricte (18-01-05-0076). Il s’agit
d’une caractéristique typique des organisations ou des réseaux criminels. Seul
- 67 -
SK.2020.49
un petit nombre de personnes, voire une seule, jouit de la vue d’ensemble des
opérations criminelles. Les participants subordonnés n’ont souvent, au mieux,
qu’une connaissance générale des infractions perpétrées. L’objectif est bien sûr
de rendre plus difficile la découverte de la vérité matérielle par les autorités pé-
nales. C’est notamment dans ce genre de situations que la preuve par indices
peut s’avérer décisive.
4.2.3.11.4 Interrogatoire de F.
F. a été interrogé le 5 décembre 2016 en Z. (18-01-05-0001 ss), sur requête du
MPC, lequel était présent lors dudit interrogatoire.
F. a expliqué, au sujet des comptes en Suisse, que leur «ouverture [...] a été
effectuée selon le désir et sur ordre d'E.» (18-01-05-0060).
Au sujet de «l’Office», il a indiqué que «G., H. et DDD. étaient collaborateurs de
«l’Office» d'E., les financiers responsables pour la gestion des comptes exté-
rieurs, cela veut dire, des comptes des sociétés étrangères. «L’Office/bureau»
est une unité principale de la structure qui représente un organisme central de la
gestion de toutes les business-structures d'E. tant en Z. qu’à l’étranger» (18-01-
05-0060).
Au sujet de l’appartenance des sociétés au nom d'A., il a affirmé : «[b]ien que
toutes les personnes citées ci-dessous figurent dans les documents officiels
comme propriétaires et directeurs, toutes les sociétés ainsi que leurs actifs, en-
registrées à leur nom, en réalité appartiennent à E., notamment:
 au nom d'A. («B. Ltd»),
 au nom d'I. («EEE. Ltd» et «FFF. Ltd6»),
 au nom d’GGG. («HHH. Ltd»),
 au nom d’III. («JJJ. Ltd»),
 au nom de KKK. («LLL. Ltd»)» (18-01-05-0069).
Il a ajouté, au sujet de documents, notamment d’un testament, que «[t]ous ces
documents (accords, testaments et contrats de divorce) ont été établis par moi-
même auprès du notaire à HongKong (sic), cela sur l’ordre personnel d'E. Ces
documents ont été établis dans le but d’assurer ces actifs étrangers et pour éviter
leur perte» (18-01-05-0070).
Au sujet des comptes bancaires, il a affirmé que «[t]ous les fonds financiers et
autres actifs déposés sur les comptes des sociétés mentionnées ou sur les
6 La traduction effectuée par les autorités de Z. mentionne également B. Ltd (18-01-05-0042).
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comptes des personnes au nom desquelles ces sociétés ont été enregistrées,
proviennent d’une activité illégale, criminelle sur le territoire de Z. Les personnes
susmentionnées sont des citoyens de Z. Toutes ces personnes ont participé per-
sonnellement à l’activité criminelle en Z. Les actes criminels ont été commis par
nous sur ordre d'E. et dans ses intérêts. Le propriétaire réel de ces actifs était
E.» (18-01-05-0070).
Il a également indiqué que les membres de «l’Office» utilisaient «[...] diverses
abréviations codées pour les banques, les pays et les sociétés lors de nos
comptes rendus à présenter à E., ainsi que dans le contexte de nos communica-
tions directes, et entre les collaborateurs de son Office qui géraient les comptes
étrangers. Ces abréviations codées ont été inventées et appliquées à l’initiative
d'E.» (18-01-05-0071).
Au sujet du caractère d'E., il a affirmé qu’elle «[...] était LA personne, à qui on ne
peut pas dire «NON»», avant d’ajouter «[j’]ai craint pour ma propre sécurité ainsi
que pour celle de ma famille. C’est pourquoi, les dépositions, que j’ai faites en
2012 en Suisse ne correspondaient pas à la réalité, elles étaient fausses car
j’avais peur d’elle. Outre cela, en 2013 après mon retour de la Suisse, sur ordre
d'E., une pression énorme a été exercée à mon égard, à l’égard de H., ainsi que
vis-à-vis d’autres collaborateurs de «l’Office». Ses gardes du corps ont séquestré
nos passeports, nous ont retenu illégalement dans divers appartements incon-
nus, en nous privant de la possibilité de communiquer avec nos proches» (18-
01-05-0073).
Enfin, au sujet de l’enquête suisse et du blanchiment d’argent, il a affirmé «[l]a
Suisse enquête sur les faits de la légalisation des revenus illégaux (blanchiment
d’argent). Je peux déclarer en toute certitude, que tous les fonds révélés au cours
de l’enquête suisse, ont été accumulés/acquis de manière criminelle en Z., cela
à la suite de nombreux crimes durables commis par les collaborateurs de «l’Of-
fice» sur ordre d'E. et dans les intérêts de cette dernière» (18-01-05-0075).
En l’espèce, force est de constater que F. n’évoque pas des faits permettant de
prouver directement l’existence d’une corruption publique passive. Toutefois, il
confirme que des actes criminels ont bien été commis, ce qui est un indice con-
vergent supplémentaire.
Il sied de préciser que F. a été condamné pour blanchiment d’argent aggravé (et
faux dans les titres), par ordonnance pénale du MPC du 3 mars 2020, entrée en
force.
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SK.2020.49
4.2.4 Conclusion générale sur les faits corruptifs et le statut d'E.
Le statut d’agent de fait d'E. ressort en particulier du jugement du 20 juillet 2016
du Tribunal d’Amsterdam, de l’action in rem ainsi que des investigations con-
duites en France analysés ci-haut (18-11-0073, 22-00-0037 ss, 18-03-0098 ss).
Quant aux trois sociétés internationales de communication impliquées dans ce
complexe de fait, à savoir FF. et sa filiale de Z. LL., GG. et sa filiale de Z. MM.
ainsi qu'EE. et sa filiale de Z. RR., elles ont reconnu avoir payé respectivement
plus de USD 114'000'000.-, USD 330'000'000.- et USD 420'000'000.- afin d’en-
trer et d’opérer sur le marché de Z. des télécommunications, dans le cadre de
DPA’s parfaitement recevables dans la présente procédure. Ces faits sont cor-
roborés tant par le jugement du Tribunal d’Amsterdam, par les autorités fran-
çaises ainsi que par l’action in rem américaine. A. a quant à elle confirmé l’exis-
tence de corruption avec les responsables du Ministère des télécommunications
et que des pots-de-vin avaient été versés à certains fonctionnaires (18-01-03-
0065). Des actes de corruption se sont donc bel et bien déroulés.
Les déclarations d'I. et de H., qui n’ont pas été exposées plus en détails, concor-
dent également. I. a déclaré que la vente de fréquences était de la compétence
exclusive des organismes étatiques et que seul G. pouvait s’occuper de ces tran-
sactions sous une forme légale (18-01-04-0066). H. a quant à lui déclaré qu’il
était au courant que tous les paiements au bénéfice de «l’Office» d'E. de la part
des sociétés GG., FF. et EE. ont été effectués pour pouvoir faire du business en
Z., pour acquérir des fréquences radio et des blocs numériques (18-01-06-0076).
Il est vrai que plusieurs moyens de preuve présentés par B. Ltd tendent à nier la
qualité d’agent public d'E. Toutefois, il y a lieu de rappeler que, s’agissant des
jugements suédois, ceux-ci ont été rendus en vertu de l’ancien droit suédois en
la matière, selon lequel le cercle des personnes qui pouvaient être «corruptibles»
était très restreint. Par la suite, le droit suédois a été amendé aux fins d’ajouter
au cercle des personnes «corruptibles» «a person who, without holding an ap-
pointment or assignment as aforesaid (i.e. government employees), exercises
public authority» (v. à ce sujet le chapitre 20(2) du Code pénal suédois ainsi que
le rapport de l’OCDE de 2005, p. 38, https://www.oecd.org/daf/anti-bribery/anti-
briberyconvention/35394676.pdf, consulté le 5 octobre 2021). Ces jugements ont
par ailleurs été critiqués dans la presse7.
7https://yle.fi/uutiset/osasto/news/former_KK./10649386, https://globalanticorruptionblog.com/2019/02/20/swedish-courts-stunning-acquittal-of-ex-KK.- executives-for-bribery/, https://eurasianet.org/Z.-acquittal-in-KK.-trial-dismays-J.-advocates (consultés le 5 octobre 2021).
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Ensuite, s’agissant des procédures N. et de l’arbitrage invoqués par B. Ltd, ce
sont des procédures civiles qui ne se sont pas penchées, au fond, sur le statut
d’agent public d'E. Ces moyens de preuves bénéficient dès lors d’une valeur pro-
bante très faible, en comparaison de tous les autres moyens de preuves présen-
tés, lesquels corroborent tous la thèse selon laquelle E. était un agent public de
fait.
Il ressort des différents moyens de preuve analysés qu'E. était un agent public
de fait qui exerçait son influence sur le marché de Z. des télécommunications
pendant la période pertinente pour la présente procédure, soit entre 2005 et
2012. Elle a également occupé diverses fonctions officielles au sein de l’Etat de
Z. et auprès de l’ONU en qualité de représentante permanente de Z., ce qui en
faisait également un agent public de iure. Elle a en tous les cas toujours été un
agent public à l’époque des faits.
E. est la fille d’un ex-autocrate, qui a gouverné son pays de 1989 à 2016. Les
représentants de B. Ltd, lors des débats, ont admis la qualité de «PEP» (per-
sonne exposée politiquement) d'E., sans toutefois, il est vrai, préciser le sens
exact qu’ils conféraient à cette expression. Selon l’art. 2a al. 1 let. a de la loi
fédérale concernant la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du
terrorisme (RS 955.0, LBA), «sont réputées personnes politiquement exposées
au sens de la présente loi : les personnes qui sont ou ont été chargées de fonc-
tions publiques dirigeantes à l’étranger, en particulier les chefs d’État ou de gou-
vernement, les politiciens de haut rang au niveau national, les hauts fonction-
naires de l’administration, de la justice, de l’armée ou des partis au niveau natio-
nal, les organes suprêmes d’entreprises étatiques d’importance nationale (per-
sonnes politiquement exposées à l’étranger)». Selon cette définition, E. doit alors
être très certainement considérée comme une «PEP». La Cour s’est en tous les
cas forgé l’intime conviction qu’elle était un agent public au sens du droit pénal.
Peu importe qu'E. ait elle-même recouru à la corruption pour influencer d’autres
agents publics de Z. Elle s’est rendue coupable de corruption passive (en écho
à des actes de corruption d’agents publics étrangers). La question de savoir si
elle s’est livrée elle-même, en sus, à des actes de corruption active d’agents de
Z. peut demeurer ouverte.
Le représentant de B. Ltd a versé au dossier divers rapports très instructifs sur
le non-respect des droits humains en Z. («Freedom in the World Country Re-
ports») (TPF 9.621.070-189). Sans entrer dans le détail de la méthodologie utili-
sée pour établir ces documents, il sied de souligner que, dans le rapport 2020
(TPF 9.621.175-189), les notes attribuées pour évaluer les droits politiques («po-
litical rights») et les libertés civiles («civil liberties») sont respectivement de 2/40
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et 8/60. Le score peut être qualifié de médiocre. Mais, tel était aussi le cas à
l’époque où le père d'E. était au pouvoir et cette dernière une femme d’affaires
influente. Selon le rapport 2014 (TPF 9.621.087-102), les notes étaient de 0/40
et de 4/60, avec, selon un tableau récapitulatif, une stabilité dans les scores ob-
tenus depuis 2004, notamment entre 2005 et 2012. Selon le rapport, il s’agissait
d’un régime présidentiel non démocratique qui supprimait toute opposition poli-
tique. Tous ces rapports ne font finalement que confirmer la nature autoritaire du
régime, propice, de manière générale, à favoriser l’émergence de positions
d’agents publics de fait.
En conclusion, la démonstration du MPC repose sur de nombreux moyens de
preuves valablement recueillis par les autorités pénales ainsi que sur des témoi-
gnages concordants. Elle repose sur un faisceau de nombreux indices clairs et
convergents qui attestent de l’existence de crimes de corruption préalables au
blanchiment d’argent et en particulier du statut d’agent public de fait d'E.
Partant, la preuve de l’existence d’un crime préalable est établie. Il convient donc
d’examiner l’existence d’actes propres à entraver la confiscation des valeurs pa-
trimoniales.
4.3 Actes propres à entraver la confiscation des valeurs patrimoniales
En l’espèce, A. a ouvert le compte bancaire auprès de la banque C. SA dont B.
Ltd est la titulaire (n° 1) le 12 février 2009. Quant au compte bancaire auprès de
la banque D. dont B. Ltd est la titulaire (n° 2), il a été ouvert le 29 août 2011. Il
est renvoyé aux pages 12 et 13 de l’ordonnance pénale au surplus.
4.3.1 Contexte EE.
Dans le cadre du contexte EE., des fonds de USD 5'000'000.- (A-18-10-07-0330)
et de USD 25'000'000.- (10-01-05-0341) ont été transférés sur le compte de B.
Ltd à la banque C. SA, totalisant USD 30'000'000.-. Il ressort de l’ordonnance
pénale (pages 20 à 22) ainsi que des références qui y sont mentionnées que ces
sommes correspondent aux sommes versées depuis les comptes des banques
CC. (Hong Kong) et BB. (Lettonie). Ces sommes sont similaires à celles men-
tionnées dans le contrat d’août 2008 conclu entre EE. et B. Ltd (07-01-06-0131
à 0158).
4.3.2 Contexte FF.
Dans le cadre du contexte FF., des fonds totalisant USD 160'000'023.- ont été
transférés sur les comptes de B. Ltd auprès de différentes banques, dont la
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SK.2020.49
banque C. SA à Genève. Il est renvoyé aux pages 22 à 27 de l’ordonnance pé-
nale au surplus. Ces transactions, dont la bénéficiaire était systématiquement B.
Ltd, sont résumées ci-après:
 Le 6 octobre 2005, USD 2'500'000.- (HD 03.01.04.0031 DOK 021.00758)
en vertu d’un «Consultancy Agreement» du 16 septembre 2005 avec
MMM. Inc, filiale de FF., portant sur des conseils que B. Ltd devait appor-
ter à MMM. Ltd en relation avec l’acquisition de NNN. (07-01-02-0068 ss)
 Le 13 décembre 2005, USD 4'000'000.- (HD 03.01.04.0031 DOK.
021.0075) en vertu d’un «Consultancy Agreement» du 16 septembre
2005 signé par E. pour le compte de B. Ltd avec MMM. Inc portant sur
des canaux attribués à la société OO. (07-01-02-0101à 0112).
 Le 20 janvier 2006, USD 19'000'000.- (A-18-14-10-0304) en vertu d’un
«Set-off Agreement» du 19 janvier 2006 avec MMM. Inc, par lequel l’op-
tion que B. Ltd détenait pour l’acquisition d’actions d'OOO. Inc a été an-
nulée et le versement de USD 20'000'000.- a été ordonné, après déduc-
tion de USD 1'000'000.- de commission (07-01-02-0250 à 0257).
 Les 8 novembre et 12 novembre 2007, respectivement USD 10'000'000.-
et USD 15'000'000.- (A-18-10-07-0318) en vertu d’un contrat du 29 oc-
tobre 2007 signé par A. pour le compte de B. Ltd, avec JJ. LLC, filiale de
FF., en vertu duquel PPP. LLC, filiale de B. Ltd, renonçait à ses droits
d’utilisation de certaines fréquences en faveur de LL. en échange d’un
montant de USD 25'000'000.- (07-01-06-0017 à 0043).
 Le 18 août 2008, USD 2'000'000.- (A-18-10-07-0328) en vertu d’un «Ser-
vice Agreement» du 30 juin 2008 avec FF. par lequel cette dernière s’en-
gageait à verser USD 2'000'000.- à B. Ltd pour des services de consulting
dans le contexte de l’obtention des droits d’utiliser des fréquences radio
par LL. (07-01-03-0004 à 0016).
 Le 23 septembre 2009, 57'500'000.- (07-01-02-0339 s.) en vertu d’un
«Share purchase agreement» du 20 avril 2007 entre A. et FF., par lequel
cette dernière avait vendu à B. Ltd une participation de 33.3% dans OOO.
Inc pour une somme de USD 20'000'000.- ainsi qu’en vertu d’un contrat
qui prévoyait une option très avantageuse pour B. Ltd de revendre à FF.
sa participation dans OOO. Inc (07-01-02-0295 à 0325).
8 Les pièces commençant par la mention «HD» se trouvent dans la rubrique 8 du dossier du MPC.
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 En mars 2011, 14 versements pour un total de USD 10'000'023.- (07-01-
06-0343 ss, 07-01-24-0147, 11-01-0525).
 Les 21 septembre et 19 octobre, respectivement USD 20'000'000.- et
USD 10'000'000.- (07-01-06-0403 s.) en vertu d’un contrat signé par A.
pour le compte de B. Ltd avec JJ. Ltd par lequel cette dernière s’engageait
à payer USD 30'000'000.- à B. Ltd pour des services de consulting dans
le contexte de l’obtention de droits de fréquences par LL. (07-01-06-0405
à 0420).
 En mai 2012, 12 versements pour un total de USD 10'000'000.- (07-01-
01-0160, 07-01-11-0313 et 07-01-24-0147 s.).
4.3.3 Contexte GG.
Dans le cadre du contexte GG., des fonds totalisant USD 314'200’000.- ont été
transférés sur le compte de B. Ltd auprès de la banque C. SA à Genève. Il est
renvoyé aux pages 28 à 33 de l’ordonnance pénale au surplus, notamment en
ce qui concerne les contrats mis en place ainsi que les références au dossier à
ce sujet. Ces transactions, dont la bénéficiaire était systématiquement B. Ltd,
sont résumées ci-après:
 USD 30'000'000.- résultant du versement le 28 décembre 2007 d’un mon-
tant de USD 80'000'000.- sur le compte de B. Ltd auprès de la banque
BB. (Lettonie) et, à la même date d’un montant de
USD 50'000'000.- versé par B. Ltd, au débit du même compte en faveur
de GG., ce qui résulte d’un différentiel de USD 30'000'000.- versés très
vraisemblablement en divers versements auprès de la banque C. SA (A-
18-10-07-0321).
 USD 9'200'000.- résultant du versement de la même somme par GG. en
faveur du compte de B. Ltd auprès de la banque BB. en Lettonie (HD
03.01.04.0031 DOK 006.0031).
 Le 12 novembre 2010, USD 220'000'000.- résultant du versement de la
même somme le 3 février 2010 sur le compte de B. Ltd auprès de la
Banque CC. (Hong-Kong) (07-01-06-0059).
 Le 16 décembre 2010, USD 55'000'000.- résultant du versement de la
même somme le 15 décembre 2010 par GG. AB sur le compte de B. Ltd
auprès de la banque C. SA (07-01-06-0114).
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SK.2020.49
4.3.4 Synthèse
En l’espèce, il a été démontré que la création de sociétés écrans ainsi que l’ou-
verture de comptes bancaires en Suisse et à l’étranger par A., de même que
l’utilisation de son nom pour l’ouverture de comptes bancaires en Suisse, ont
permis de dissimuler E., à qui les fonds ayant pour origine les actes de corruption
d’agents publics nationaux/étrangers étaient finalement destinés.
Les transferts ordonnés et crédités sur les relations de B. Ltd auprès de la banque
C. SA et de la banque D. constituent des actes de nature à entraver la confisca-
tion des valeurs patrimoniales provenant d’un crime et représentent un blanchi-
ment d’argent.
Il est établi qu’A. était «l’homme de paille» d'E., laquelle ne figurait ni comme
membre des organes de B. Ltd, ni même comme ayant droit économique de la-
dite société. Elle ne disposait d’ailleurs pas d’un droit de signature sur les rela-
tions bancaires de B. Ltd, ce qui dénote une volonté de dissimuler les liens entre
E. et B. Ltd, respectivement des avoirs déposés sur les comptes bancaires de la
société. Enfin, les différents contrats utilisés peuvent être qualifiés de contrats
fictifs, ce qu’a du reste reconnu H. lors de son audition du 6 décembre 2012 (18-
01-06-0068 s.).
4.4 Intention
Il y a lieu de retenir en l’espèce qu'A. savait que les valeurs patrimoniales prove-
naient d’un crime, ce qu’elle a elle-même confirmé lors de son audition (18-01-
03-0066). Elle savait qu'E. était fonctionnaire, au vu de sa relation avec cette
dernière. Elle a confirmé «les faits de corruption dans le cadre des relations avec
les responsables de la direction de QQ., et bien évidemment avec d’autres res-
ponsables d’autorités d’Etat» (18-01-03-0065). Quand bien même elle a appris
durant l’enquête qu’il y a eu réception illégale des radiofréquences et des blocs
numériques, ainsi que l’utilisation illégale ou arbitraire de divers avantages (18-
01-03-0065), elle devait à tout le moins présumer que les valeurs patrimoniales
provenaient d’un crime, du moins par dol éventuel. L’existence des montages
financiers complexes mis en place ainsi que l’utilisation de son nom comme ayant
droit économique du compte de B. Ltd permettent de conclure qu’elle connaissait
à ce moment-là l’origine d’un crime. Elle a en outre intentionnellement dissimulé
E., alors même que cette dernière était la destinataire finale des fonds. Elle a
dans ce but signé des formulaires A ne correspondant pas à la réalité.
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4.5 Circonstances aggravantes
4.5.1 La circonstance aggravante du métier peut être retenue en l’espèce, ceci à plu-
sieurs titres.
Premièrement, les montants en jeu vont bien au-delà des montants de
CHF 10'000.-, respectivement CHF 100'000.- prévus par la jurisprudence. Les
sommes visées s’élèvent à plusieurs centaines de millions de dollars américains,
sommes versées en particulier sur le compte de B. Ltd auprès de la banque C.
SA. En outre, le système d’«Office» qui a été mis en place dénote une activité
délictueuse en terme de temps et de moyens. Les actes de corruption étaient
fréquents, de même que les revenus encaissés. Tout converge vers une activité
s’apparentant à une profession. Enfin, il résulte de l’analyse qui a été effectuée
par la Cour qu'E., et par là A., s’étaient installées dans la délinquance. Partant,
pour ce premier motif, il y a blanchiment aggravé.
4.5.2 Le cas est également aggravé dans la mesure où il résulte des faits qu’au moins
E., A. et F. ont agi comme auteurs d’une bande formée pour se livrer systémati-
quement au blanchiment d’argent. Les auteurs précités se sont associés, par le
biais de «l’Office», agissant sous les ordres d'E., afin de commettre des infrac-
tions répétées de corruption permettant l’enrichissement de cette dernière. L’or-
ganisation était particulièrement structurée, organisée et hiérarchisée, utilisant
même des «codes» particuliers. Elle disposait de juristes et de spécialistes finan-
ciers. En outre, A. a agi conjointement avec ses comparses pour certaines opé-
rations et s’est déplacée avec ces personnes, notamment en Suisse. Enfin, cette
bande se livrait de manière systématique au blanchiment d’argent, notamment
par l’ouverture et la gestion de nombreux comptes bancaires au nom de sociétés
écrans. Il résulte de cela que l’aggravante de la bande peut également être rete-
nue en l’espèce.
4.5.3 Au vu de ce qui précède, l’infraction de blanchiment d’argent doit être qualifiée
de grave au sens de l’art. 305bis ch. 2 CP.
5. Etendue de la confiscation
5.1 La Cour a démontré que le blanchiment d’argent aggravé était établi en l’espèce.
Les valeurs placées sur les comptes bancaires de B. Ltd auprès de la banque C.
SA et de la banque D. sont manifestement issues dudit blanchiment. Il y a lieu de
déterminer maintenant si l’ensemble de ces montants peut être confisqué, autre-
ment dit quelle est l’étendue de la confiscation que doit opérer la Cour de céans.
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SK.2020.49
5.2 L’ordonnance pénale du MPC conclut qu’«[...] un montant total de
USD 484'200'023 a pu être mis en relation avec les actes de corruption commis
dans les trois contextes décrits ci-dessus sur les comptes bancaires dont A. est
titulaire d’un droit de signature individuelle soit:
 EE.: USD 30'000'000 sur le compte de B. Ltd auprès de la banque C. SA,
à Genève;
 FF. LTD: USD 140'000'023 sur le compte de B. Ltd auprès de la banque
C. SA, à Genève;
 GG.: USD 314'200'000 sur le compte de B. Ltd auprès de la banque C.
SA, à Genève. De ce montant, USD 200'284'000 (USD 200'000'000 et
EUR 200'000) ont été transférés sur le compte de K.a. Corp auprès de la
banque C. SA, à Genève.
Il sied encore de relever qu’en sus de ce montant, un montant total de
USD 40 millions environ, versé sur le compte de B. Ltd auprès de la banque C.
SA, entre 2009 et 2012, peut être mis également en relation avec le domaine des
télécommunications en dehors des trois sociétés EE.; FF. Ltd et GG. Ces verse-
ments ont en particulier été effectués par les sociétés QQQ. Ltd, RRR. et SSS.,
qui sont considérées comme sociétés «poubelles» de «l’Office» (cf. chapitre
5.1.1.1. let. a)» (ordonnance pénale, pp. 33 s.).
5.2.1 Dès lors, en effectuant la soustraction du montant de USD 200'284'000.-, lequel
a été transféré sur le compte de K.a. Corp., on arrive à un montant de
USD 283'916'023.- (30'000'000 + 140'000'023 + 314'200'000 – 200'284'000).
5.2.1.1 Pour le surplus, aux débats, B. Ltd a indiqué que, «[m]ême à supposer que des
actes de corruption soient reconnus dans le cadre de ces complexes de faits,
seuls USD 283'916'023.- des montants déposés sur le compte de la banque C.
de B. Ltd peuvent donc être mis en relation avec ces actes» (plaidoirie de B. Ltd,
p. 26). Et d’ajouter que «[l]e MPC doit donc également démontrer que les avoirs
déposés sur le compte de B. Ltd proviennent d’un crime au sens du droit suisse,
puisqu’il s’agit là de l’un des éléments constitutifs de l’infraction de blanchiment
d’argent» (ibid., p. 27).
5.2.1.2 En l’espèce, il a été démontré à satisfaction de droit que le montant de
USD 283'916'023.- pouvait être mis en relation avec les actes de corruption re-
prochés à E., à savoir 30'000'000 + 140'000'023 + 314'200'000 – 200'284'000,
soit USD 283'916'023.-, en lien avec les complexes de faits EE., FF. et GG.
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SK.2020.49
Par rapport au montant confisqué par ordonnance pénale, il reste un différentiel
de USD 66'986'812.- (350'902'835 – 283'916'023). En plus des montants corrup-
tifs provenant des trois sociétés de télécommunication EE., FF. et GG., versés
sur les comptes de B. Ltd auprès de la banque C. SA et de la banque D., le MPC
évoque d’autres versements ayant alimenté les comptes en question. L’analyse
des flux montre que le compte B. Ltd auprès de la banque C. SA a été alimenté
de fonds provenant de neuf autres sociétés (RRR. Inc., TTT. Ltd, QQQ. Limited,
K.a. Corp., AAAA. Ltd, BBBB. Ltd, CCCC. Ltd, DDDD., SSS.), pour le montant
d’environ 66'000'000.- de dollars précité.
Entre mai 2009 et mars 2012, le compte de B. Ltd à la banque C. SA a été crédité
de 43 versements à hauteur de USD 56'022'705.- provenant de ces neuf sociétés
(plaidoirie de B. Ltd, pp. 31 s.). Se pose la question de savoir si ce montant peut
être confisqué. A ce sujet, B. Ltd a exposé aux débats que «[l]e MPC n’a toutefois
même pas fait l’effort d’indiquer ne serait-ce que la nature de cette activité crimi-
nelle» (plaidoirie de B. Ltd, p. 33). Etait également exposée la thèse selon la-
quelle le groupe de société d'E. exerçait de manière légale dans de nombreux
secteurs de l’économie dans différentes directions, comme l’a indiqué E. (18-01-
02-0073). B. Ltd exposait également le fait que le jugement rendu contre A. et I.
était inexploitable et sans valeur probante. Les aveux des prévenus ne pouvaient
être pris en considération, dès lors qu’ils étaient vagues et se contentaient d’in-
diquer que les activités de «l’Office» étaient criminelles, sans plus de précision
(plaidoirie de B. Ltd., p. 36). Enfin, l’argument des «sociétés poubelles» du MPC
ne pouvait être suivi.
Au stade de son réquisitoire, le MPC a apporté des compléments pour apprécier
les faits concernant les neuf sociétés. Il a indiqué en substance les éléments
suivants, lesquels sont résumés ci-après par la Cour (réquisitoire du MPC,
pp. 26 ss):
 A teneur de la documentation bancaire produite par la banque C. SA,
RRR., QQQ., AAAA. et SSS. avaient versé plus de USD 40'000'000.- à
B. Ltd et exerçaient des activités dans le domaine des télécommunica-
tions (07-01-05-0298 et 0544). S’agissant de DDDD., elle aurait eu des
activités dans le domaine de l’immobilier (07-01-05-0406). Enfin, BBBB.
et TTT. seraient des sociétés destinées à détenir des actions d’autres
sociétés (07-01-05-0521 et 0338).
 La plupart des sociétés ayant opéré des versements sur le compte de B.
Ltd étaient des sociétés offshores domiciliées dans un paradis fiscal.
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 Plusieurs de ces sociétés étaient domiciliées exactement à la même
adresse à V., soit RRR., BBBB., AAAA., SSS. et CCCC. (10-01-0942, 07-
05-02-0032, 07-01-05-0544).
 Les mêmes personnes intervenaient pour plusieurs de ces sociétés, no-
tamment A., qui était directrice de BBBB., TTT. et K. (07-01-02-0005, 10-
01-0944). Ces personnes faisaient également toutes partie de «l’Office».
 RRR., QQQ. et TTT. étaient officiellement détenues par B. Ltd elle-même
(07-01-05-0214).
 Dans le matériel informatique qui a été séquestré, il est mentionné que
TTT., AAAA., CCCC. et SSS. étaient des «sociétés poubelles» de «l’Of-
fice» (10-01-1008, 10-01-0834, HD 01.01.01.0012 DOK 001-0018).
 Une procuration au nom de TTT. établie par A. en faveur d'E. a été re-
trouvée dans le matériel informatique séquestré (18-01-03-0210 à 0213).
 Le MPC développe également des propos concordants tenus par plu-
sieurs protagonistes de l’affaire. Il est renvoyé au réquisitoire du MPC au
surplus.
 Le MPC évoque également des jugements rendus en Z.
Sur la base des moyens de preuve administrés par la Cour, qui s’inscrivent uni-
quement dans les contextes de faits de corruption EE., FF. et GG., il n’est pas
possible de déterminer si les montants versés par les neuf sociétés précitées sur
le compte de B. Ltd proviendraient aussi d’actes de corruption publique, d’autres
infractions ou éventuellement d’activités non pénalement répréhensibles. Si le
blanchiment d’argent a été très clairement établi pour les états de faits liés aux
trois sociétés EE., FF. et GG., il n’en va pas de même avec les neuf autres so-
ciétés.
Pour ces neuf sociétés, le MPC a noté lors de son réquisitoire que la plupart sont
des entités offshore, domiciliées dans un «paradis fiscal». Plusieurs sont domi-
ciliées à la même adresse, à V. Les mêmes personnes interviennent pour plu-
sieurs de ces sociétés. Ainsi, A. est directrice de trois d’entre elles. Selon le MPC,
le point commun entre ces personnes est que toutes faisaient partie de «l’Office»
d'E. Si ce sont certes des indices troublants, ils ne permettent pas de déterminer
si les valeurs patrimoniales liées à ces neuf sociétés proviendraient d’un crime
et, si tel était le cas, lequel. En ce qui concerne les plus de USD 40'000'000.-, sur
le total de USD 56'022'705.-, versés par des sociétés exerçant dans le domaine
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des télécommunications, le MPC n’apporte pas la preuve d’un lien avec les com-
plexes de faits EE., FF. et GG.
Partant, en ce qui concerne les montants versés par ces neuf sociétés, la Cour
ne parvient pas, en l’état, à se convaincre de leur origine criminelle.
Resterait encore un montant «résiduel» de USD 10'964'107.- (66'986'812-
56'022'705) à examiner. En effet, aux débats, B. Ltd a exposé justement qu’en
additionnant les USD 56’022'705.- aux USD 283'916'023.-, il resterait encore
USD 10'285'163.- (recte: USD 10'964'107.-9), dont le MPC n’a pas discuté. Force
est de constater qu’aucune preuve et nuls indices ne permettent de déterminer
l’origine de ces fonds. La Cour rejoint l’argumentaire de B. Ltd et considère que
ce montant ne peut être justement confisqué en l’espèce. Partant, il doit être res-
titué, en sus des USD 56’022'705.- évoqués ci-dessus. Le total du montant à
restituer se monte donc à USD 66'986'812.- (56'022'705 + 10'964'107).
En conclusion, les motifs exposés par le MPC ne permettent pas de conclure que
les conditions de la confiscation pour le montant de USD 66'986'812.- sont rem-
plies et, partant, en vertu du principe in dubio pro reo applicable par analogie en
matière de confiscation, cette somme ne peut être confisquée par la Cour de
céans. Au vu de la conclusion de la Cour à ce sujet, il n’y a pas lieu d’examiner
les autres arguments de B. Ltd présentés aux débats en lien avec la confiscation
de la somme en question.
Dès lors, le montant confisqué sur le compte de B. Ltd auprès de la banque C.
SA est de USD 283'916'023.-, le reste étant restitué à B. Ltd. En ce qui concerne
le compte auprès de la banque D., au vu du solde dudit compte, il est restitué
dans son intégralité.
5.2.2 Confiscation, restitution et répartition de la plus-value
S’agissant de la plus-value du compte bancaire auprès de la banque C. SA, dont
le solde au moment de l’ordonnance pénale (plus précisément, le 30.04.2018)
était de USD 350'902'835.- et s’élève à USD 362'874'647.- (valeur le 14 dé-
cembre 2021), celle-ci doit également être confisquée dans une certaine mesure,
en vertu du principe selon lequel le crime ne paie pas.
La Cour a décidé de confisquer la plus-value du compte dans une proportion de
80.91%, dès lors que le montant de la restitution à B. Ltd est de 19.09%, de la
9 Détail du calcul: 350'902'835 – (283'916'023 + 56'022'705) = USD 10'964'107.-.
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somme totale disponible sur le compte partiellement confisqué (66'986'812 /
350’902'835 x 100 = env. 19.09%).
Partant, et au vu de ce qui précède, les montants suivants sont confisqués, res-
pectivement restitués:
Banque N° de
compte
Titu-
laire
Solde Montant
confisqué
Montant
restitué
Banque
C.
1 B. Ltd USD
350'902'835.-
(valeur le
30.04.2018)
USD
362'874'647.-
(valeur le
14.12.2021)
Plus-value
depuis l’or-
donnance
pénale:
+ USD
11'971'812.-
USD
283'916'023.-
+ part à la plus-
value de USD
9'686'393.10
(80.91/100 x
11'971’812) =
USD
293'602'416.10
USD
66'986'812.-
+ part à la plus-
value de USD
2'285'418.90
(19.09/100 x
11'971'812) =
USD
69'272'230.90
Banque
D.
2 B. Ltd USD 14’488.-
(valeur le
31.12.2017)
USD 343.-
(valeur le
14.12.2021)
USD 0.- USD 343.-
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6. Frais de procédure
6.1 Les frais de procédure, qui se composent des émoluments visant à couvrir les
frais et des débours effectivement supportés (art. 422 al. 1 CPP), doivent être
fixés conformément au règlement du Tribunal pénal fédéral sur les frais, émolu-
ments, dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale (RFPPF; RS
173.713.162), applicable par renvoi de l’art. 424 al. 1 CPP. La question des in-
demnités (art. 429 ss CPP) doit être tranchée après la question des frais de pro-
cédure (ATF 137 IV 352 consid. 2.4.2).
Les émoluments sont dus pour les opérations accomplies ou ordonnées par la
Police judiciaire fédérale et le Ministère public de la Confédération dans la pro-
cédure préliminaire, ainsi que par la Cour des affaires pénales du Tribunal pénal
fédéral. Les débours sont les montants versés à titre d’avance par la Confédéra-
tion; ils comprennent notamment les frais imputables à la défense d’office et à
l’assistance judiciaire gratuite, les frais de traduction, les frais d’expertise, les
frais de participation d’autres autorités, les frais de port et de téléphone et
d’autres frais analogues. Les débours sont fixés au prix facturé à la Confédéra-
tion ou payé par elle (art. 9 RFPPF). Le montant de l’émolument est calculé en
fonction de l’ampleur et de la difficulté de la cause, de la façon de procéder des
parties, de leur situation financière et de la charge de travail de chancellerie (art.
5 RFPPF). Les émoluments pour les investigations policières en cas d'ouverture
d'une instruction varient entre CHF 200.- et CHF 50'000.- (art. 6 al. 3 let. b
RFPPF); ceux pour l'instruction terminée par un acte d'accusation peuvent
s'étendre entre CHF 1000.- et CHF 100'000.- (art. 6 al. 4 let. c RFPPF). Toute-
fois, le total des émoluments pour toute la procédure préliminaire ne doit pas
dépasser CHF 100'000.- (art. 6 al. 5 RFPPF). En ce qui concerne la procédure
devant la Cour des affaires pénales du Tribunal pénal fédéral, les émoluments
devant la Cour composée d’un juge unique varient entre CHF 200.- et
CHF 50'000.- (art. 7 let. b RFPPF).
6.2 Emoluments et débours
6.2.1 L’ordonnance pénale, pour la procédure préliminaire, avait imputé à A. une par-
ticipation à l’émolument de CHF 7'793.- et aux débours de CHF 76'160.-. Elle
avait également condamné la précitée à une peine pécuniaire de
CHF 390'000.-. Ces montants n’ont pas été remis en cause et l’ordonnance pé-
nale du MPC du 22 mai 2018 est entrée en force à ce sujet. Partant, la Cour n’a
pas à statuer sur ce qui précède. Toutefois, l’ordonnance avait prévu que le solde
de ces frais de procédure et de la peine pécuniaire serait prélevé sur le compte
no 1 de B. Ltd auprès de la banque C. SA. Cette partie de l’ordonnance n’est pas
entrée en force, dans l’attente de l’issue de la présente procédure. Il convient
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donc de préciser que le solde des frais de procédure de la phase préliminaire
(participation à l’émolument et aux débours) et de la peine pécuniaire peut être
prélevé sur la partie des fonds qui est confisquée.
6.2.2 Quant à l’émolument de la Cour, il est arrêté à CHF 40'000.- étant donné le
nombre important de correspondances entre les parties et la difficulté élevée de
la présente cause (art. 7 let. a RFPPF).
6.2.3 Le MPC n’a en l’espèce présenté aucune liste de frais, de sorte qu’il n’y a pas à
statuer à ce sujet. La Cour de céans n’a pas non plus eu de débours dans le cas
d’espèce.
6.3 Total et montant mis à la charge de B. Ltd
Le total des frais de la cause se monte à CHF 40'000.-. Etant donné l’issue de la
présente cause, ils sont mis à la charge de B. Ltd à 80.91%, soit pour un montant
de CHF 32’364.-, le solde étant laissé à la charge de la Confédération.
7. Indemnité due à B. Ltd
A teneur de l’art. 434 CPP, les tiers qui, par le fait d’actes de procédure ou du fait
de l’aide apportée aux autorités pénales, subissent un dommage ont droit à une
juste compensation si le dommage n’est pas couvert d’une autre manière, ainsi
qu’à une réparation du tort moral. L’art. 433, al. 2, est applicable par analogie.
Dans le cas d’espèce, les représentants de B. Ltd ont chiffré cette indemnité à
CHF 197'812.61. Au vu de l’issue de la procédure, seuls 19.09% de ce montant
sera couvert, pour CHF 37'762.45, arrondi à CHF 40'000.-, TVA incluse.
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