Decision ID: 30a3f0b2-515c-53e0-9623-c59fc50cacef
Year: 2003
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_003
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par jugement du 13 janvier 2003, notifié le 14 avril 2003, le Tribunal des prud'hommes a débouté T_ de toutes ses conclusions tendant à la condamnation de E_ SA au paiement de diverses sommes à titre de salaire et d'indemnités et a débouté les parties de toutes autres conclusions.
Le Tribunal a considéré, qu'il n'y avait pas eu de transfert d'entreprise au sens de l'article 333 CO, argumentation développée par la demanderesse.
B.
Par mémoire déposé au greffe de la juridiction des prud'hommes le 14 mai 2003, T_ a appelé de ce jugement, dont elle requiert l'annulation, reprenant sur le fond ses conclusions de première instance.
Dans sa réponse du 15 juillet 2003, E_ SA a conclu au rejet de l'appel, avec suite des dépens.
L'argumentation des parties sera examinée ci-après, dans la mesure utile.
C.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier soumis à la Cour d'appel.
a)
En date du 28 février 1995, T_ a été engagée par A_ SA, alors propriétaire du site industriel situé chemin _, (Genève), avec effet dès le 27 mars 1995, moyennant un salaire de 6'400 fr. bruts, une allocation pour l'assurance maladie de 227 fr. 20, une indemnité de déplacement de 104 fr. ainsi qu'une indemnité de repas de 8 fr. par jour ouvrable.
Selon accord du 20 mai 1998, ce contrat a été remplacé suite à l'engagement de T_ par B_ SA, société en formation, au salaire de 87'971 fr. par année, versé en treize mensualités de 6'767 fr., les allocations et indemnités diverses restant acquises à l'employée, de même que les années d'ancienneté. Il ressort du courrier signé par les deux parties que A_ SA avait été reprise par B_ SA et que l'engagement était devenu effectif au plus tard le 15 juin 1988 (recte : 1998).
A une date qui ne ressort pas des pièces produites, le site a été racheté par par C_ SA, société active dans le domaine pharmaceutique, filiale de D_. En février 2000, C_ a licencié tout le personnel avec effet au 31 mai 2000.
A cette date, T_ a été engagée par C_ SA en qualité de responsable de la finance, de l'administration et du secrétariat, ainsi que de la sécurité du site. Son salaire a été fixé à 11'000 fr. par mois pour 37,5 heures de travail par semaine. Il était précisé dans le contrat d'engagement que T_ avait droit à un 13e salaire
pro rata temporis
et que les avantages précédemment accordés lui restaient acquis.
Par courrier du 15 novembre 2001, C_ SA - en fait D_ - a mis fin au contrat de T_ avec effet au 31 janvier 2002. Il était précisé dans ce courrier - rédigé en anglais - que les services de T_ pouvaient être prolongés, à des conditions identiques ou différentes, selon que le site serait vendu ou non.
b)
Le 7 février 2002, T_ a été engagée par la société E1_ AG à E_, représentée par F_ et G_, en qualité de directrice financière et administrative, avec effet dès le 1er février 2002, moyennant un salaire de 7'800 fr. par mois, payables 13 fois par an. L'horaire hebdomadaire a été fixé à 40 heures, réparties sur cinq jours, les vacances à 4 semaines par année. Il a été prévu une période d'essai de trois mois, durant laquelle l'une ou l'autre des parties pouvait résilier le contrat avec un préavis d'une semaine.
Devant la Cour d'appel, le témoin G_ a expliqué que T_ avait demandé que le contrat de travail soit établi en anglais et qu'elle l'avait signé après y avoir apporté des modifications. Les autres contrats d'engagement, au nombre de 6 ou 7, avaient été rédigés en français.
Par courrier du 29 avril 2002, E1_ AG et E2_ SA, agissant conjointement sous la signature de F_, ont mis fin au contrat avec un préavis de sept jours, motif pris de la situation de liquidités critique des sociétés.
T_ a répondu, le 7 mai 2002, que le délai de préavis était de deux mois pour la fin d'un mois, car il y avait eu transfert d'entreprise, et a offert ses services à son employeur jusqu'à l'échéance contractuelle.
c)
Par acte déposé au greffe du Tribunal des prud'hommes le 9 juillet 2002, T_ a assigné E_ SA en paiement de 26'008 fr. 40 avec intérêts 5 % dès le 3 mai 2002, soit 15'600 fr. à titre de salaire pour les mois de mai et juin 2002, 6'817 fr. 50 à titre de vacances et de 13e salaire, 2'950 fr. à titre de déduction injustifiée et 640 fr. à titre de frais de traduction de documents rédigés en anglais.
Par courrier du 4 novembre 2002, T_ a porté sa demande à 67'982 fr. 60, avec intérêts à 5 % dès le 3 mai 2002, soit 15'600 fr. à titre de salaire brut pour les mois de mai et juin 2002, 35'509 fr. 20 à titre d'indemnité pour maladie du 1
er
juillet au 21 décembre 2002, 2'565 fr. à titre de salaire brut durant la prolongation du délai de congé du 22 au 31 décembre 2002, 5'517 fr. 50 à titre de salaire brut durant les vacances, 5'200 fr. à titre de 13e salaire pro rata du 1
er
mai au 31 décembre 2002, 2'950 fr. 90 à titre de déduction injustifiée et 640 fr. à titre de frais de traduction de documents rédigés en anglais.
E2_ SA s'est opposée à toutes ces prétentions. Elle a fait valoir que la résiliation était intervenue durant la période d’essai et que les conditions à l’application de l’article 333 CO n’étaient pas remplies.
d)
Selon les enquêtes diligentées par le Tribunal des Prud’hommes et complétées par la Cour d’appel, les activités industrielles sur le site de _ étaient pratiquement arrêtées entre mars 2000 et le début de l’année 2002.
En mars 2000, le témoin H_, ingénieur, a procédé à une expertise des bâtiments, conjointement avec un architecte. Par la suite, courant 2001, ce témoin a été mandaté pour examiner l’éventualité de transformer tout ou partie du site, ou encore de le reconstruire, mais le projet a été abandonné en raison des difficultés liées à l’obtention des autorisations de la part du DAEL.
Selon le témoin I_, anciennement employé de C_ SA, les activités de cette dernière et celles de E2_ SA étaient totalement différentes. E2_ SA n’avait fabriqué que deux produits destinés à C_ SA, du IOS et du DMTC. Le premier de ces produits n’avait jamais été livré. Le second avait été produit pendant environ 8 semaines en 2002, moyennant adaptation des installations du site.
Le témoin G_, ingénieur chimiste, a assumé la direction technique du site de _ pour le compte de E1_ AG depuis janvier 2002. Auparavant, il avait collaboré avec E3_ SA, établie dans le canton de Zurich, dans le cadre d'une recherche pour la commission pour la technologie et l'industrie au sujet de la destruction de composés non biodégradables. Il avait visité le site de _ au cours de l'été 2001 en qualité de consultant: le site était alors fermé et la production arrêtée. Il n'y avait pas d'ouvriers et la surveillance du site était placée sous la responsabilité d'un garde sécuritas. La visite n'avait duré que quelques heures, selon les explications données par le témoin à la Cour d'appel, et son intervention s'était limitée à examiner les éléments des installations qui s'y trouvaient et de voir ce qui pouvait éventuellement être réutilisé, les projets de E1_ AG portant sur le traitement des déchets. Lorsqu'il était revenu sur le site pour les besoins de son travail de responsable technique, il avait constaté que les tuyauteries se trouvaient dans un état incompatible avec toute production. Des travaux de remise en état des tuyauteries, des installations électriques et des chaudières à vapeur ont dû être entrepris et ont duré 6 à 8 semaines. Le projet de mise en place d'une usine de traitement des déchets ne s'étant finalement pas réalisée, il n'avait pas poursuivi la collaboration avec E1_ AG. Pendant que l'appelante était au service de l'intimée, deux types de produits avaient été fabriqués, soit 1'500 kg de IOS, représentant une petite commande – les installations du site auraient permis une production de 10'000 kg en une journée -, et 3'000 kg de DMTC commandés par C_ SA. Comme les installations du site n'étaient pas adaptées pour cette production, des travaux avaient été effectuées à cette fin. Un seul réacteur avait été utilisé et la production avait duré environ une semaine et demie. Ces activités mises à part, les employés avaient passé leur temps à faire du nettoyage, à préparer la production de polymère et à faire du lavage d'un produit à la demande d'une filiale de J_ SA. Ce lavage représentait une activité de récupération de déchets et avait durée un mois et demi environ.

EN DROIT
1.
L'appel est recevable pour avoir été déposé dans les forme et délais prévus par la loi (art. 59 de la loi sur la juridiction des prud'hommes).
2. a)
Ainsi que l'a rappelé le Tribunal des prud'hommes, il n'y a transfert d'entreprise au sens de l'article 333 CO que lorsque l'entreprise reste identique avant et après l'opération. L'exploitation est considérée comme se poursuivant par l'acquéreur lorsqu'elle conserve son organisation et son but. Autrement dit, en cas de modifications importantes sur le plan de l'organisation et de l'activité, on ne peut plus parler de transfert, mais de transformation.
La Cour d'appel se réfère pour le surplus a l'exposé pertinent du Tribunal des prud'hommes sur le plan du droit qu'elle fait sien.
b)
Le complément d'enquêtes auquel la Cour d'appel a procédé n'a pas apporté d'éléments qui militeraient contre la solution retenue par les premiers juges. Ainsi, en fonction des explications et précisions du témoin G_, lesquelles ne sauraient être mises en doute, force est d'admettre que les activités respectives de C_ SA et de E2_ SA étaient totalement différentes, l'une se consacrant à la production de produits pharmaceutiques, l'autre étant spécialisée dans les technologies de traitement des déchets. De plus, le site industriel de _ n'a été racheté par E2_ SA qu'après une interruption de toute activité de production de plus d'une année, ce qui a d'ailleurs provoqué une détérioration importante de l'état des installations.
En ce qui concerne les deux commandes exécutées par E2_ SA, au début de l'année 2002, il apparaît clairement qu'il s'agissait plus d'occuper les ouvriers que d'entreprendre des actes de production d'une quelconque importance et dans un esprit de rentabilité.
Enfin, aucun élément du dossier me permet de retenir que l'appelante n'aurait pas compris et pleinement accepté le contrat avec E2_ SA, lequel comportait une période d'essai avec une possibilité de résiliation facilitée pour les deux parties. Il apparaît au contraire que c'était l'appelante qui avait demandé que ce contrat soit établi en langue anglaise et qui y a apporté des modifications.
3.
Le jugement entrepris n'ayant pas été rendu en conformité avec l'extrait du Registre du commerce concernant l'intimée, la Cour d'appel ordonnera d'office la rectification des qualités de celle-ci.
4.
Les frais de la procédure seront laissés à la charge de l'appelante, qui succombe.