Decision ID: cc3087c0-be46-457e-bf2c-adbbec560a92
Year: 2013
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. A. X._, né le ********, originaire de Guinée, est entré en Suisse le 1er septembre 2011, accompagné de son épouse, B. X._, ainsi que de ses enfants, C., né en 2002, et D., né en 2011. Avant son arrivée en Suisse et durant treize ans, A. X._ a travaillé en qualité d'employé de maison à 2********, en France, où il a vécu avec sa famille. Ses employeurs, E. et F. Y._, se sont installés à 3******** en 2005 et, en 2011, ont mis leur maison de 2******** en location. Souhaitant lui permettre de venir travailler en Suisse, ils ont sollicité en faveur de A. X._, le 1er septembre 2011, un permis de travail au sein de la société Z._ Sàrl, sise à 4******** et détenue par F. Y._. A. X._ ayant pris domicile à 1********, la demande correspondante a été adressée au Service de la population vaudois, qui l'a transmise le 20 octobre 2011 aux autorités bernoises compétentes, pour décision concernant la demande de prise d'emploi.
Le 11 octobre 2011, A. X._ a annoncé l'arrivée de sa famille au Bureau des étrangers de la Commune de 1******** et sollicité une autorisation de séjour en vue d'exercer une activité lucrative. Pour son épouse et ses enfants, une autorisation de séjour au titre du regroupement familial a été sollicitée.
Le 16 novembre 2011, le Service de la main-d'œuvre étrangère du canton de Berne a rejeté la demande de prise d'emploi déposée par la société Z._ Sàrl en faveur de A. X._. Cette décision n’a pas fait l’objet d’un recours. Le 24 janvier 2013, après plusieurs rappels, l'Office de la population et des migrations du canton de Berne a transmis au Service de la population vaudois la décision précitée du 16 novembre 2011.
B. Par décision du 14 février 2013, le SPOP a refusé d'octroyer des autorisations de séjour à A. X._ et à sa famille et prononcé leur renvoi de Suisse.
Le 10 avril 2013, A. X._ a recouru contre cette décision auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal. Il a conclu à ce que cette décision soit annulée et le dossier renvoyé au SPOP pour reconsidération de la décision de renvoi en octroyant un délai pour son renvoi de Suisse et celui de sa famille à la fin de la scolarité en cours de son fils C..
L’autorité intimée s'est déterminée le 30 avril 2013, concluant à son rejet. A. X._ a déposé une détermination le 22 mai 2013. Le SPOP a fait de même le 27 mai 2013.
Il ressort également du dossier que le recourant est titulaire d'une carte de résident française, valable jusqu'au 20 juillet 2018. La copie du titre de séjour en question mentionne également qu'il est entré en France le 12 avril 1997.
C. Les arguments des parties seront repris ci-dessous dans la mesure utile.

Considérant en droit
1. Déposé dans le délai de 30 jours fixé par l'art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il satisfait également aux conditions formelles énoncées par l'art. 79 LPA-VD. Il y a donc lieu d'entrer en matière sur le fond.
2. a) Le recourant conteste la décision entreprise et considère qu'elle serait inopportune eu égard à la situation de son fils C., dans la mesure où un départ en cours d'année aurait des conséquences très négatives sur sa scolarisation. Le recourant expose également qu'il remplit les conditions d'entrée en Suisse fixées par l'art. 5 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20) et qu'il peut se prévaloir, de même que sa famille, d'une bonne intégration en Suisse. L'autorité intimée retient pour sa part qu'elle est liée par la décision rendue le 16 novembre 2011 par l'autorité bernoise compétente en matière de main-d'œuvre étrangère et que la situation du recourant et de sa famille ne constitue pas un cas individuel d'extrême gravité.
b) Selon l'art. 40 al. 2 LEtr, "lorsqu'un étranger ne possède pas de droit à l'exercice d'une activité lucrative, une décision cantonale préalable concernant le marché du travail est nécessaire pour l'admettre en vue de l'exercice d'une activité lucrative, ainsi que pour l'autoriser à changer d'emploi ou à passer d'une activité lucrative salariée à une activité lucrative indépendante". Cette disposition est concrétisée par l'art. 83 de l'ordonnance fédérale du 24 octobre 2007 relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative (OASA; RS 142.201), qui prévoit notamment ce qui suit: "Avant d'octroyer une première autorisation de séjour ou de courte durée en vue de l'exercice d'une activité lucrative, l'autorité cantonale compétente (art. 88, al. 1) décide si les conditions sont remplies pour exercer une activité lucrative salariée ou indépendante au sens des art. 18 à 25 LEtr" (art. 83 al. 1 let. a OASA). Dans le cas présent, la demande de prise d'emploi formée par le recourant a été définitivement rejetée par les autorités bernoises, celles-ci ayant en particulier considéré que la condition d'admission posée à l'art. 21 al. 1 LEtr n'était pas remplie. Selon cette disposition, un étranger ne peut être admis en vue de l'exercice d'une activité lucrative que s'il est démontré qu'aucun travailleur en Suisse ni aucun ressortissant d'un Etat avec lequel a été conclu un accord sur la libre circulation des personnes correspondant au profil requis n'a pu être trouvé.
Comme l'a retenu l'autorité intimée, cette condition d'admission n'étant pas remplie, elle n'était pas en mesure de délivrer au recourant un titre de séjour, sauf à se trouver dans un cas de dérogation au sens de l'art. 30 LEtr.
c) Cela étant, il convient d'examiner si c'est à juste titre que l'autorité intimée a retenu que la situation du recourant et de sa famille ne constituait pas un cas individuel d'extrême gravité au sens de l'art. 30 al. 1 let. b LEtr.
aa) Cette disposition est concrétisée par l’art. 31 OASA, qui comprend notamment une liste exemplative des critères à prendre en considération pour la reconnaissance de cas individuels d’extrême gravité; l'alinéa 1er de cette disposition prévoit ainsi qu’il convient de tenir compte en pareil cas notamment:
« a. de l’intégration du requérant;
b. du respect de l’ordre juridique suisse par le requérant;
c. de la situation familiale, particulièrement de la période de scolarisation et de la durée de la scolarité des enfants;
d. de la situation financière ainsi que de la volonté de prendre part à la vie économique et d’acquérir une formation;
e. de la durée de la présence en Suisse;
f. de l’état de santé;
g. des possibilités de réintégration dans l’Etat de provenance. »
L’art. 30 al. 1 let. b LEtr reprend les principes de l’art. 13 let. f de l’ancienne ordonnance fédérale du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (aOLE) abrogée le 1er janvier 2008. On peut dès lors se référer à la jurisprudence y relative (Message du Conseil fédéral, FF 2002 III 3469, not. p. 3542; PE.2010.0318 du 30 août 2010).
bb) Selon la jurisprudence, les conditions mises à la reconnaissance d'un cas de rigueur doivent être appréciées restrictivement. Il est nécessaire que l'étranger concerné se trouve dans une situation de détresse personnelle. Cela signifie que ses conditions de vie et d'existence, comparées à celles applicables à la moyenne des étrangers, doivent être mises en cause de manière accrue, c'est-à-dire que le refus de soustraire l'intéressé aux restrictions des nombres maximums comporte, pour lui, de graves conséquences. Lors de l'appréciation d'un cas personnel d'extrême gravité, il y a lieu de tenir compte de l'ensemble des circonstances du cas particulier. La reconnaissance d'un cas personnel d'extrême gravité n'implique pas forcément que la présence de l'étranger en Suisse constitue l'unique moyen pour échapper à une situation de détresse. Par ailleurs, le fait que l'étranger ait séjourné en Suisse pendant une assez longue période, qu'il s'y soit bien intégré socialement et professionnellement et que son comportement n'ait pas fait l'objet de plaintes ne suffit pas, à lui seul, à constituer un cas d'extrême gravité; il faut encore que la relation du requérant avec la Suisse soit si étroite qu'on ne saurait exiger qu'il aille vivre dans un autre pays, notamment dans son pays d'origine (ATF 124 II 110 consid. 2). A cet égard, les relations de travail, d'amitié ou de voisinage que le requérant a pu nouer pendant son séjour ne constituent normalement pas des liens si étroits avec la Suisse qu'ils justifieraient une exemption des mesures de limitation du nombre des étrangers (ATF 130 II 39 consid. 3 et la jurisprudence citée).
Parmi les éléments jouant un rôle pour admettre le cas de rigueur, on tiendra compte d'une très longue durée de séjour en Suisse, d'une intégration sociale particulièrement poussée, d'une réussite professionnelle remarquable, d'une maladie grave ne pouvant être soignée qu'en Suisse, de la situation des enfants, notamment d'une bonne intégration scolaire aboutissant après plusieurs années à une fin d'études couronnée de succès. Seront des facteurs allant en sens opposé le fait que l'intéressé n'arrive pas à subsister de manière indépendante et doive recourir à l'aide sociale, ou des liens conservés avec le pays d'origine, par exemple sur le plan familial, de manière à permettre une réintégration plus facile (PE.2007.0436 du 31 mars 2008 consid. 3 et les références citées).
Sous l’angle de l’art. 13 f aOLE, le Tribunal fédéral avait constaté que la situation des enfants pouvait, selon les circonstances, poser des problèmes particuliers. S’agissant d’un enfant qui est déjà scolarisé et qui a dès lors commencé à s’intégrer de manière autonome dans la réalité quotidienne suisse, le retour forcé peut constituer un véritable déracinement, mais tel n’est pas forcément le cas. Il y a lieu de tenir compte, en particulier, de son âge, des efforts consentis, du degré de la réussite de sa scolarisation, ainsi que des différences socio-économiques existant entre la Suisse et le pays où il doit être renvoyé. Ainsi, le Tribunal fédéral a refusé de voir une situation d’extrême gravité dans le cas d’un enfant de neuf ans arrivé en Suisse à quatre ans et achevant la deuxième année d’école primaire ; il est arrivé à la même conclusion dans le cas d’un enfant de neuf ans arrivé en Suisse à quatre ans et fréquentant la troisième année de l’école primaire (ATF 123 II 125 consid. 4). Selon le Tribunal fédéral, la scolarité correspondant à la période de l’adolescence contribue de manière décisive à l’intégration de l’enfant dans une communauté socioculturelle bien déterminée, car, avec l’acquisition proprement dite des connaissances, c’est le but poursuivi par la scolarisation obligatoire. Selon les circonstances, il se justifie de considérer que l’obligation de rompre brutalement avec ce milieu pour se réadapter à un environnement complètement différent peut constituer un cas personnel d’extrême gravité ; encore faut-il cependant que la scolarité ait revêtu, dans le cas de l’intéressé, une certaine durée, ait atteint un certain niveau et se soit soldée par un résultat positif (ATF 123 II 125 consid. 4). Le cas de rigueur n’a pas été admis, compte tenu de toutes les circonstances, pour une famille qui comptait notamment deux adolescents de seize et quatorze ans arrivés en Suisse à, respectivement, treize et dix ans et qui fréquentaient des classes d’accueil et de développement. En revanche, le Tribunal fédéral a admis l’exemption des mesures de limitation d’une famille dont les parents étaient remarquablement bien intégrés ; venu en Suisse à douze ans, le fils aîné de seize ans avait, après des difficultés initiales, surmonté les obstacles linguistiques, s’était bien adapté au système scolaire suisse et avait achevé la neuvième année d’école primaire ; arrivée en Suisse à huit ans, la fille cadette de douze ans s’était ajustée pour le mieux au système scolaire suisse et n’aurait pu se réadapter que difficilement à la vie quotidienne scolaire dans son pays d’origine. De même, le Tribunal fédéral a admis que se trouvait dans un cas d’extrême gravité, compte tenu notamment des efforts d’intégration réalisés, une famille comprenant des adolescents de dix-sept, seize et quatorze ans, arrivés en Suisse cinq ans auparavant, scolarisés depuis quatre ans et socialement bien adaptés (ATF 123 II 125 consid. 4 et références citées).
cc) Dans le cas présent, le fils du recourant, C., est âgé de 11 ans et fréquente l'Etablissement scolaire du G._, où il a désormais accompli deux années de scolarité. Les différentes pièces au dossier, en particulier les témoignages écrits de ses enseignants ainsi que l'attestation établie par la direction de l'école, font état d'une bonne intégration de l’enfant dans cet établissement et d'importants progrès accomplis. Cela étant, si sa famille devait ne pas être mise au bénéfice d'un permis de séjour en Suisse, il est prévisible qu'elle retournerait s'installer en France, où le recourant bénéficie d'un titre de séjour valable jusqu'en 2018. Dans une telle hypothèse, le changement de lieu de scolarisation n'apparaît pas comme un obstacle insurmontable pour le développement de cet enfant. D'une part, celui-ci a déjà été scolarisé en France avant son arrivée en Suisse. D'autre part, les systèmes scolaires suisse et français ne présentent pas de différences marquées et la scolarisation pourrait se poursuivre en français. Dans ces circonstances, il y a lieu de retenir que la situation actuelle de la famille du recourant ne constitue pas un cas individuel d'extrême gravité, sous l'angle de la scolarisation de l'enfant C..
Il convient par ailleurs de relever que dans ses conclusions, le recourant n'invoquait pas la nécessité de demeurer en Suisse pour une période durable, mais sollicitait uniquement une prolongation de son séjour jusqu'à la fin de l'année scolaire en cours. Dans l'intervalle, l'enfant C. a pu achever l'année scolaire entamée.
Pour le surplus, il n'y a pas au dossier d'élément qui imposerait de retenir un cas individuel d'extrême gravité; en particulier, le simple fait que le recourant et sa famille soient bien intégrés en Suisse depuis leur arrivée il y a deux ans est à cet égard insuffisant, comme le retient la jurisprudence précitée (ci-dessus consid. 2c/bb).
3. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. Les frais seront mis à la charge du recourant débouté, qui n’a pas droit à des dépens (art. 49 al. 1, 55 al. 1 a contrario, 91 et 99 LPA-VD).