Decision ID: 431d179d-f8a2-425c-9832-15e9335209e4
Year: 2003
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. A._, née en 1946, est titulaire d'un permis de conduire pour voitures depuis 1968. Il ressort du fichier des mesures administratives que l'intéressée a fait l'objet d'un retrait du permis de conduire d'une durée de trois mois, du 1er août au 31 octobre 1996 en raison d'une ivresse au volant (1,45 gr.
), commise le 1er août 1996 à Morges.
B. L'intéressée a fait l'objet d'un rapport de la police municipale de Lausanne du 5 février 2003 concernant une dispute entre connaissances et une ivresse au volant survenue le 30 janvier 2003, à 23h50, au chemin du Risoux, à Lausanne. Ce rapport a la teneur suivante :
"Au jour et à l'heure précités, nos services étaient requis par Monsieur B._ (né le 15.08.57, domicilié à ********), lequel venait d'être menacé par une connaissance armée d'un couteau.
Sur place, nous avons rencontré notre requérant, ainsi que Madame A._, laquelle a été identifiée comme telle. Notre informateur était en possession d'un couteau ainsi que d'un spray lacrymogène qu'il avait réussi à saisir à Madame A._. Quant à cette dernière, laquelle paraissait visiblement sous l'influence de l'alcool, elle s'est montrée particulièrement virulente et injurieuse. De ce fait, elle a dû être entravée au moyen des menottes. Précisons que la voiture de Madame A._ se trouvait sur le chemin du Risoux, au milieu de la route, portière conducteur ouverte et clé au volant.
Des déclarations de Monsieur B._, il ressort ce qui suit :
Alors que Monsieur B._ cheminait sur le chemin du Risoux pour regagner son logis, il a été hélé par son ex-amie, Madame A._, laquelle était au volant de sa ********, VD1********. L'intéressée lui a alors demandé de monter dans son véhicule. Ce dernier n'a pas accepté. Devant son refus, Madame A._ s'est énervée et a tenté de coincer à l'aide de son automobile Monsieur B._ contre un muret, mais en vain. Ensuite, elle a sorti un spray lacrymogène de son sac à main et elle l'a menacé. Monsieur B._ a réussi à la désarmer. A cet instant, il a ressenti une piqûre au niveau de sa poitrine. Là, il a remarqué que Madame A._ lui avait placé un "opinel" sur la poitrine. Toutefois, il a à nouveau réussi à la désarmer. A ce moment-là, il a décidé de faire appel à nos services. Entre-temps, Madame A._ était sortie de sa machine et a tenté de reprendre possession de son spray ainsi que de son couteau Là, Monsieur B._ l'a repoussée et c'est à cet instant que les patrouilles de police sont arrivées.
Au vu de ce qui précède, les intéressés ont été acheminés à l'Hôtel de police pour la suite des opérations. Ajoutons que tout au long du trajet, Madame A._ n'a pas manqué de nous invectiver en nous traitant notamment de "petits merdeux". Dans nos locaux, les déclarations de Monsieur B._ ont été consignées dans un procès-verbal d'audition, lequel est joint au présent écrit. Au terme de celui-ci, il a quitté nos locaux à 0145.
Quant à Madame A._, elle n'a pas reconnu avoir conduit son automobile. Elle a accepté de se soumettre à un test de l'haleine. Résultat : 1,41 %o à 0107. Cette dernière a refusé catégoriquement la procédure. Toutefois, elle a accepté la prise de sang effectuée par le Dr C._, à 0145. Sur ordre du Plt NAGY, Madame A._ a été soumise à une fouille complète, laquelle n'a rien révélé de particulier.
Par la suite, elle a été placée en box de maintien. Ajoutons que pendant ses opérations, Madame A._ n'a pas manqué de nous injurier en nous traitant de "gros bobets et de sales connards".
Le permis de conduire de l'intéressée a été saisi sur le champ. La prise de sang effectuée à 01h45 a révélé un taux d'alcoolémie de 1,19 gr.
au minimum.
Par lettre du 5 février 2003, A._ a expliqué au Service des automobiles que sa voiture était parquée derrière l'avenue de Morges, à la hauteur du centre Coop depuis 20h15 environ et qu'elle n'était pas au volant de sa voiture au moment de l'altercation avec son ami. Elle ajoute encore qu'elle se trouve en dépression et qu'elle prend des médicaments.
C. Par décision du 4 mars 2003, le Service des automobiles, considérant que les faits mentionnés dans le rapport de police faisaient apparaître des doutes quant à son aptitude à conduire en toute sécurité, a ordonné le retrait du permis de conduire de A._, ainsi que l'interdiction de piloter les cyclomoteurs, à titre préventif. Cette décision précise qu'une expertise auprès de l'Unité de médecine du trafic sera mise en oeuvre passé le délai pour consulter le dossier.
D. A._ a déposé un recours en date du 5 février 2003. Elle soutient qu'elle n'était pas au volant de sa voiture depuis 20h15 et ne comprend pas les motifs du retrait de son permis de conduire.
Par lettre du 10 mars 2003, la recourante a contesté les déclarations de son ex ami telles que reprises dans le rapport de police.
Par lettre du 14 mars 2003, la recourante a précisé qu'elle contestait les dires de son ex ami et fait valoir qu'étant au bénéfice de l'aide sociale, elle se trouve dans l'impossibilité de verser l'avance de frais requise par le tribunal. En annexe à son recours, elle produit notamment une attestation médicale du Département Universitaire de psychiatrie adulte certifiant que le traitement médicamenteux de l'intéressée ne contre-indique pas la conduite automobile, sous réserve du respect des doses prescrites.
Le tribunal a délibéré à huis clos et décidé de rendre le présent arrêt.

Considérant en droit:
1. A teneur de l'art. 17 al. 1 bis première phrase LCR, le permis de conduire doit être retiré pour une durée indéterminée si le conducteur n'est pas apte à conduire un véhicule automobile, soit pour cause d'alcoolisme ou d'autres formes de toxicomanie, soit pour des raisons d'ordre caractériel, soit pour d'autres motifs. L'art. 23 al. 1 in fine LCR prévoit qu'en règle générale, l'autorité entendra l'intéressé avant de lui retirer son permis de conduire ou de le soumettre à une interdiction de circuler. Toutefois, aux termes de l'art. 35 al. 3 OAC, le permis de conduire peut être retiré immédiatement, à titre préventif, jusqu'à ce que les motifs d'exclusion aient été élucidés. Malgré le silence de l'art. 35 al. 3 OAC sur ce point, le retrait préventif ne peut être ordonné que si l'urgence du retrait justifie que l'on prive le conducteur de la possibilité d'être entendu et de faire juger son cas sur la base d'un dossier complet. L'instruction doit se poursuivre ensuite sans désemparer. Le retrait préventif est une mesure de sécurité qui doit être justifiée à la fois par l'importance des craintes que suscite le conducteur et l'urgence qu'il y a de l'écarter immédiatement de la circulation. Compte tenu de la gravité de l'atteinte que peut causer un retrait immédiat du permis à titre préventif, l'autorité doit mettre en balance l'intérêt général à préserver la sécurité routière et l'intérêt particulier du conducteur (arrêt CR 1996/0072 du 1er avril 1996 et les références citées; arrêt CR 1997/113 du 26 juin 1997; arrêt CR 1997/263 du 14 novembre 1997).
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, un retrait du permis à titre préventif peut être ordonné jusqu'à ce que les motifs d'exclusion aient été élucidés, dès qu'il existe des éléments objectifs qui font apparaître le conducteur comme une source particulière de danger pour les autres usagers de la route et suscitent de sérieux doutes quant à son aptitude à conduire (ATF 125 II 492; ATF 122 II 359).
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, un examen de l'aptitude à conduire doit être ordonné lorsqu'un conducteur a circulé avec un taux d'alcoolémie de 2,5 gr.‰ ou plus, même s'il n'a pas commis d'infraction de cette nature dans les cinq ans qui précèdent. En effet, les personnes pouvant atteindre un taux d'alcoolémie aussi élevé présentent une tolérance à l'alcool très élevée qui fait, en règle générale, naître le soupçon d'une dépendance à l'alcool (ATF 126 II 185). Dans un arrêt subséquent, le Tribunal fédéral a jugé qu'il existe un soupçon concret et important d'alcoolodépendance lorsqu'un conducteur conduit deux fois en état d'ivresse en l'espace de cinq ans avec un taux d'alcoolémie de 1,6 gr.‰ au minimum (ATF 126 II 361).
2. La recourante conteste les faits retenus dans le rapport de police sur la base des déclarations de son ancien compagnon, ces déclarations ne correspondant pas, selon elle, à ce qui s'est passé. Elle soutient qu'elle n'était pas au volant de sa voiture au moment de l'intervention de la police.
S'agissant de l'établissement des faits dans le cadre d'une procédure de retrait du permis à titre préventif, le tribunal de céans a jugé dans un arrêt CR 2003/0060, rendu ce jour, qu'en raison du caractère de mesure provisionnelle que revêt le retrait préventif du permis de conduire, l'existence d'un motif de retrait de sécurité n'a pas à être établie avec certitude et qu'il suffit, comme le dit la jurisprudence du Tribunal fédéral précitée, qu'il existe des éléments objectifs suscitant de sérieux doutes quant à l'aptitude à conduire de l'intéressé. L'autorité peut ainsi se contenter de faits dont la constatation ne franchit encore que le seuil d'une vraisemblance suffisante.
3. En l'espèce, si l'on s'en tient à la vraisemblance, il faut bien admettre à première vue qu'on ne peut guère expliquer la présence de la voiture de la recourante au milieu de la route, portière du conducteur ouverte et clé au contact, que par le fait que cette voiture aurait été conduite à cet endroit par son détenteur. Peu importe cependant. En effet, même si l'on retient comme vraisemblable que la recourante a effectivement conduit sa voiture sous l'influence de l'alcool (1,19 gr.
) et qu'elle l'a laissée au milieu de la route suite à la dispute avec son ancien compagnon, force est de constater que la recourante ne remplit clairement pas les conditions dans lesquelles la jurisprudence admet l'existence d'un soupçon d'alcoolodépendance, justifiant un réexamen de l'aptitude à conduire, puisque son taux d'alcoolémie est inférieur à 1,6 gr.
et que la précédente ivresse au volant a été commise il y a près de six ans et demi. Pris isolément, le taux d'alcoolémie constaté ne permet donc pas à lui seul de fonder un retrait préventif du permis de conduire. Par ailleurs, les circonstances mouvementées de l'interpellation, ainsi que le comportement oppositionnel adopté par la recourante ne constituent pas non plus des indices d'une inaptitude caractérielle à la conduite automobile. Par conséquent, en l'absence de sérieux doute quant l'aptitude à conduire de la recourante, un retrait de son permis de conduire à titre préventif, assorti de l'obligation de se soumettre à une expertise auprès de l'UMTR, ne se justifie pas.
La décision attaquée doit dès lors annulée, le recours admis sans frais et le permis de conduire restitué à la recourante.