Decision ID: 7f7563ef-e5ed-4425-8129-66508f435c30
Year: 2003
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. A. A._ a bénéficié des prestations de l'aide sociale dès le mois de juillet 2001. Convoqué le 12 mars 2003 par le Centre social régional d'Orbe (ci-après: le CSR) pour un entretien de bilan, il fut invité à produire certaines pièces destinées à réactualiser son dossier. Le 2 avril suivant, il adressa au CSR une copie de l'état de son compte postal au 31 mars 2003, dont il ressort qu'un montant de fr. 47'000.- avait été prélevé au guichet le 19 mars précédent.
B. En réponse au courrier que lui adressa le CSR le 29 avril 2003 l'invitant à justifier la provenance et la destination de ce montant, A. A._ expliqua, par lettre du 1er mai 2003, qu'il gérait les finances de son père et de sa soeur B. A._ et que la somme se trouvait précisément en mains de cette dernière. En réponse au courrier du CSR du 12 mai suivant formulant une demande de pièce justificative, l'intéressé précisa par écrit du 13 mai 2003 que la somme avait été directement remise à sa soeur, celle-ci ne disposant d'aucun compte bancaire ou postal. Par lettre du 26 mai 2003, le CSR avisa l'intéressé qu'il suspendait le versement de toute aide jusqu'à ce qu'il soit en possession des extraits de tous ses comptes bancaires et postaux portant sur les six derniers mois, d'un document justifiant la provenance des fr. 47'000.- et d'une pièce établissant le destinataire de ce montant. Par courrier du 28 mai suivant, A. A._ répondit notamment ce qui suit: "
ma soeur me confirme que la gérance de son argent reste dans la confidentialité
". Le CSR confirma la teneur de ses précédents courriers par lettre du 6 juin 2003; l'intéressé y répondit par lettre du 11 juin suivant, contresignée par sa soeur, dont on extrait ce qui suit: "
(...) ma soeur confirme par sa signature, bas de cette page que je m'occupe de ses affaires financières et que l'argent début 2003 a transité sur mon CCP. (...). Information: ma soeur est IMC
". A la lettre du CSR du 16 juin 2003, il répondit le 19 juin suivant: "
(...) Des extraits bancaires, aucun à fournir. CCP je fais le nécessaire. Document justifiant, etc., ma soeur se refuse à vous informer de ses affaires. (...)
".
Par lettre du 30 juin 2003, le CSR a imparti un ultime délai de dix jours à A. A._ pour qu'il produise les documents déjà requis ainsi qu'une autorisation de transmission de ses éléments fiscaux par sa commission d'impôts; l'autorité a conclu de la manière suivante: "
(...) Et cela afin de lever la présomption qui nous fait penser que vous êtes en possession d'une fortune supérieure à celle admise par les normes de l'aide sociale vaudoise. Si les pièces demandées ne nous sont pas envoyées dans le délai imparti, nous nous verrons dans l'obligation de supprimer les prestations d'aide sociale vaudoise vous étant octroyées, étant donné que nous n'avons pas les indications nécessaires pour déterminer votre indigence. (...)
".
C. A. A._ n'ayant pas satisfait à la demande du CSR, celui-ci l'informa, par lettre du 10 juillet 2003, de la fermeture de son dossier avec effet au 31 mai 2003 au motif suivant: "Conditions de fortune non remplies". L'intéressé a recouru contre cette décision devant le Tribunal administratif par acte du 22 juillet 2003 et conclu au fond à l'annulation du prononcé du CSR, tout en requérant l'octroi de l'effet suspensif à son pourvoi. Par écriture du 31 juillet 2003, l'autorité intimée s'est opposée à cet octroi et a conclu au rejet du recours au fond.
D. Par décision du 7 août 2003, le juge instructeur a rejeté la demande d'effet suspensif formée par le recourant, renvoyant celui-ci à satisfaire aux exigences déjà posées par le CSR.
E. Par écriture du 12 août 2003, le recourant a déclaré vouloir compléter son recours et a renouvelé sa demande d'effet suspensif. A l'appui de cette requête, il a fait valoir, en substance, que l'autorité disposait de tous les renseignements utiles et a produit le relevé de son compte postal pour la période du 1er janvier au 31 juillet 2003, au crédit duquel figurait un montant de fr. 74'002.90 au 31 décembre 2002.
Par lettre du 13 août 2003, la demande de réexamen du refus d'effet suspensif a été écartée et le recourant renvoyé à recourir le cas échéant auprès de la Chambre des recours du Tribunal administratif contre ce refus.
F. Les arguments des parties seront repris ci-après dans la mesure utile.

Considérant en droit:
1. Déposé dans le délai de trente jours fixé par l'art. 24 de la loi du 25 mai 1977 sur la prévoyance et l'aide sociales (LPAS), le recours est intervenu en temps utile. Il est au surplus conforme aux réquisits de forme prévus à l'art. 31 LJPA (art. 15 RPAS).
2. A teneur de l'art. 23 LPAS, la personne aidée est tenue, sous peine de refus des prestations, notamment de donner aux organes qui appliquent l'aide sociale les informations utiles sur sa situation personnelle et financière, ainsi que de leur communiquer immédiatement tout changement de nature à modifier les prestations dont elle bénéficie. Cette base légale pose clairement l'obligation pour le requérant de collaborer à l'établissement des faits propres à rendre au moins vraisemblable le besoin d'aide qu'il fait valoir.
Il n'appartient en effet pas à l'autorité d'application de l'aide sociale d'établir un tel besoin d'aide. Si la procédure administrative fait prévaloir la maxime inquisitoriale impliquant que l'autorité est tenue de se fonder sur des faits réels qu'elle est tenue de rechercher, ce principe n'est pas absolu. Ainsi, lorsqu'il adresse une demande à l'autorité dans son propre intérêt, l'administré, libre de la présenter ou d'y renoncer - respectivement, le cas échéant, de la confirmer -, doit la motiver et apporter les éléments établissant l'intensité de son besoin ainsi que son concours à l'établissement de faits ayant trait à sa situation personnelle, qu'il est mieux à même de connaître. La sanction pour un tel défaut de collaboration consiste en ce que l'autorité statue en l'état du dossier constitué, considérant que le fait en cause n'a pas été prouvé (Moor, Droit administratif, vol. II, éd. 2002, ch. 2.2.6.3 p. 260 et les références; Tribunal administratif, arrêt PS 2001/017 du 25 juin 2001, confirmé par arrêt du Tribunal fédéral des assurances du 19 février 2002 dans la cause C219/01; arrêt PS 2003/0033 du 15 mai 2003).
3. a) En l'espèce, informée du fait que A. A._ avait disposé d'une somme dont il ne disconvenait à juste titre pas qu'elle excluait le droit à l'aide sociale au regard des conditions de fortune fixées par la réglementation en vigueur, l'autorité pouvait légitimement présumer que l'intéressé, nonobstant ses allégations, pouvait encore en disposer. C'est dès lors à juste titre qu'elle a remis en cause le droit de l'intéressé de bénéficier de l'aide sociale et requis la production de pièces propres non seulement à justifier la provenance et la destination du montant litigieux, mais à rendre compte de la situation financière générale du bénéficiaire; elle l'a fait en l'occurrence à six reprises, par lettres dont la teneur et la portée, notamment s'agissant des conséquences d'un refus de collaborer, ne pouvaient échapper à son destinataire.
Le recourant s'est quant à lui borné à produire certaines pièces relatives à sa situation fiscale, sans produire les extraits de son compte postal pour les six derniers mois réclamés par le CSR, ni délivrer à celui-ci l'autorisation de consulter son dossier fiscal. Enfin, il a expressément refusé d'expliquer la provenance et l'affectation du montant en cause, invoquant le devoir de confidentialité que sa soeur lui aurait imposé s'agissant de la gestion de ses affaires. Il considère à cet égard que sa lettre du 11 juin 2003, seule contresignée par B. A._, suffit à attester de sa bonne foi dès lors qu'il y est fait mention du fait qu'il s'occupe des affaires financières de sa soeur et que l'argent a seulement transité par son compte postal.
En instance de recours, il produit certes l'extrait de son compte postal pour les mois de janvier à juillet 2003. Celui-ci fait cependant état d'un solde créancier de fr 74'002.90 au 31 décembre 2002, montant dont il a prélevé, au guichet, non seulement les fr. 47'000.- litigieux, mais également fr. 4'000.- le 9 janvier 2003 et fr. 20'000.- le 17 janvier 2003, ce qui ne saurait que conforter l'autorité dans les soupçons qui l'ont animée, voire à expliquer la réticence qu'a eu l'intéressé à produire la pièce en question. Ceci étant, l'intéressé ne fournit pas davantage de renseignements au tribunal quant à la provenance ou la destination des sommes ainsi prélevées, mais persiste à soutenir que les autorités disposent de tous les documents leur permettant d'accéder à sa demande.
b) Le recourant n'a cependant pas rendu vraisemblable l'intérêt qu'aurait eu sa soeur à ne rien vouloir révéler sur sa situation financière, ni n'a démontré d'une autre manière, alors qu'il aurait pu le faire se conformant aux demandes réitérées de l'autorité, que les doutes émis par celle-ci au sujet de sa situation financière étaient infondés.
Partant, le refus délibéré de A. A._ d'éclairer le CSR en collaborant à l'établissement de faits qu'il savait propres à justifier un refus de l'aide sociale pouvait conduire l'autorité intimée à statuer en l'état de son dossier, dont il ne ressort pas que l'indigence ou le besoin d'aide puisse être tenu pour établi compte tenu de l'argent dont l'intéressé pourrait encore disposer.
c) Au regard de la jurisprudence du tribunal de céans exposée au considérant 2 ci-dessus, le recours est ainsi mal fondé, ce qui justifie son rejet et, en conséquence, la confirmation de la décision entreprise.
4. Cette solution compromet certes la situation du recourant si, comme il l'allègue, il ne dispose effectivement pas de ressources suffisantes; elle ne lui dénie toutefois pas le droit, garanti par les Constitutions fédérale (art. 12) et cantonale (art. 33), de pouvoir disposer du minimum vital garanti par l'aide sociale dès lors qu'il peut en tout temps satisfaire à l'exigence légitime de l'autorité d'être clairement renseignée au sujet de la provenance et de l'affectation des montants dont il a disposé.