Decision ID: fe351ad3-edf2-40ed-8b03-9ce29dcb253d
Year: 2014
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

II. Statuant en faits
2.
2.1 T_ est propriétaire de la parcelle n o xxx4 (ancienne numérotation; cf. le
tableau, infra), plan n o xxx, sise au lieu-dit L_, sur territoire de la commune
de J_ (pièce 5). W_ et V_ sont copropriétaires par moitié
chacun de la parcelle n o xxx5, et S_ et R_ de la n
o xxx1.
U_ est propriétaire exclusif, quant à lui, de la parcelle n o xxx6; Z_,
de la n o xxx3. Enfin, les unités d’étages de la propriété par étages constituée sur
l’immeuble de base n o xxx2 appartiennent pour partie à X_ (PPE 12A
- 9 -
[40/1000 es
], 12C [63/1000 es
] et 12F [397/1000 es
]) et pour partie à Y_ (PPE
12B [26/1000 es
], 12D [101/1000 es
] et 12E [373/1000 es
]; cf. pièces 2 ss [extraits de
cadastre]).
D’après l’attestation de zone délivrée le 20 décembre 2005 par l’administration
communale de J_, les parcelles n os
xxx1, xxx2, xxx3 et xxx5 sont
entièrement situées en zone à bâtir (zone n o xxx, "Villas familiales"), tandis que les
parcelles n os
xxx4 et xxx6 ne le sont que partiellement : la première à raison de 836 m 2
(le solde de 54 m 2 étant en zone 14, "Aire forestière") et la seconde à concurrence de
1165 m 2 (le reliquat de 15 m
2 est situé en zone 14; pièce 8).
La situation des différents biens-fonds est par ailleurs la suivante (voir le plan sous
pièce 9, p. 26, et celui des variantes joint à l’expertise O_, p. 162). La
parcelle n o xxx4 est partiellement contiguë à la parcelle n
o xxx6 par l’est. La parcelle
n o xxx5 est contiguë à la parcelle n
o xxx4 par le nord ainsi qu’à la parcelle n
o xxx6 par
le nord et l’est. Dans la direction est (soit en amont des biens-fonds des demandeurs),
la parcelle n o xxx6 est contiguë aux parcelles n
os xxx2 et xxx3. La parcelle n
o xxx2 est
contiguë, quant à elle, à la parcelle n o xxx1 par le sud-est, tandis que la parcelle
n o xxx3 est contiguë à celle-ci par l'est. Enfin, les parcelles n
os xxx1 et xxx2 bordent la
route Q_ par le nord-est (pièce 9).
A la suite des différents transferts de propriété et changements intervenus concernant
la numérotation des biens-fonds en cours de procédure (p. 298 ss), la situation
déterminante au moment du jugement peut, pour plus de clarté, être présentée au
moyen du tableau récapitulatif suivant :
No de parcelle (ancien état) No de parcelle (nouvel état [2012]) Propriétaire(s)
xxx7 xxx7 S_ (1/2)
R_ (1/2)
xxx2 xxx2 X_ (PPE 12A, C et F)
M_ (PPE 12B, D et E)
xxx3 xxx3 Z_
xxx4 xxx4 T_ (anciennement
F_)
xxx5 xxx5 W_ (1/2)
V_ (1/2)
(précédemment G_ [1/2] et
H_ [1/2])
- 10 -
xxx6 xxx6 U_ (anciennement Hoirs
I_)
Les demandeurs ont affirmé ne disposer d’aucun accès à la voie publique (all. 4
[contesté par tous les défendeurs, à l’exception de Z_]). Il ressort des
déclarations des charges, dans leur état au 7 mars 2012 (p. 295 ss), qu’à l’exception
de la parcelle n o xxx5 – qui profite d’une servitude de passage à pied sur la parcelle
n o xxx8 –, tous les autres biens-fonds ne bénéficient d’aucun droit de passage en vertu
du droit privé.
Dans leur première écriture déposée le 29 décembre 2006, les demandeurs ont
soutenu avoir "l’intention de construire sur [leurs] parcelles" (all. 5); Z_ a pris
acte de cette assertion dans sa réponse, tandis que les époux R_ et
S_ l’ont ignorée. Quant à X_ et M_, ils l’ont contestée.
En cours de procédure, Z_ a édifié une villa sur la parcelle n o xxx3. Dans sa
réplique du 18 février 2008, il a évoqué le fait qu’il s’opposait à ce que le droit de
passage traverse le milieu de son bien-fonds et rende "inutilisable le solde de [s]a
parcelle (920 m 2 ) sur laquelle il [lui étai]t encore possible de construire une habitation
familiale" (p. 104). Dans son rapport versé en cause le 24 septembre 2010, l’expert
O_ a également écarté la variante au travers du bien-fonds de Z_,
"ce qui lui causerait un grave préjudice en hypothéquant définitivement ses possibilités
d’évolution et une éventuelle mise en valeur future du terrain" (p. 156). Enfin, lors de
l’inspection des lieux menée le 12 juin 2012, Z_ a avancé que la demande
d’autorisation de construire était antérieure à l’ouverture du procès civil et que les
travaux de construction, initiés en juin 2007, avaient pris fin en août 2008 (p. 323). Le
juge de première instance a retenu que la construction de Z_ était desservie
par un chemin provisoire en gravier, partant de la route Q_ (procès-verbal de
l’inspection des lieux, p. 324).
2.2 Contrairement à Z_ – qui a dans sa réponse du 23 août 2007 d’emblée
déclaré, moyennant paiement d’une pleine indemnité, ne pas s’opposer à l’octroi d’une
servitude de passage nécessaire passant en bordure des parcelles n os
xxx2
(X_ et M_), xxx7 (époux R_ et S_) et xxx3
selon l’assiette dessinée sur la pièce 9 jointe à la demande (p. 26) –, tant S_
et R_ que X_ et M_ ont, dans leurs écritures des
15 janvier 2008 (p. 88 ss) et 16 janvier 2008 (p. 94 ss), contesté l’accès revendiqué par
les demandeurs – correspondant à celui envisagé ultérieurement par l’expert
O_ dans sa variante n o 1 –, au motif qu’il n’était pas le plus court ni le moins
dommageable. Ils ont en revanche évoqué les trois variantes suivantes :
1. la variante "Est" (variante n o 4 de l’expertise O_), qui consiste à
longer partiellement la limite conjointe des parcelles n os
xxx5 et xxx6, avant de
traverser les parcelles n os
xxx3 et xxx6, puis de longer la limite des parcelles
n os
xxx9 et xxx10 pour rejoindre la route communale (pièce 17, p. 92);
- 11 -
2. la variante "Ouest" (variante n o 3 de l’expertise O_), qui consiste à
longer les parcelles n os
xxx11 et xxx4 par l’aval – voire la parcelle n o xxx12 par
l’amont –puis de traverser la parcelle n o xxx13 pour rejoindre la route
P_ (pièce 17 bis
, p. 98);
3. la variante "Sud" (variante n o 2 de l’expertise O_), qui consiste à
longer la limite commune des parcelles n os
xxx5 et xxx14, puis des parcelles
n os
xxx12 et xxx14 pour rejoindre la route P_ (pièce 17 bis
, p. 98).
2.3 Les différentes variantes proposées par les défendeurs, de même que celle
réclamée par les demandeurs, ont été soumises à l’expert O_ qui en a
dressé un tableau comparatif présentant les avantages et inconvénients au regard des
trois critères principaux "nature" (praticabilité du passage, topographie et
environnement), "dommage" (impact sur les parcelles concernées, sécurité routière,
charge supplémentaire de trafic et nuisances) et "coût" (longueur de la servitude, mise
en œuvre de l’accès et infrastructure existante). Il en résulte une préférence très claire
pour la variante n o 1 (note : +4), suivie de la variante n
o 2 (note : –2). Dans ses
conclusions, le premier expert a considéré ce qui suit (p. 153) :
Les résultats obtenus à partir des critères retenus dans le tableau ci-dessus aboutissent à l’élimination des
variantes 2 et 3. En effet ces deux variantes sont confrontées à une forte déclivité du terrain qui rendrait
l’accès non seulement délicat et coûteux à réaliser mais provoquerait un impact non négligeable sur
l’environnement même si la variante 3 peut être considérée comme peu dommageable du point de vue du
trafic véhicules mais c’est là son maigre avantage. Quant à la variante 2, sise à proximité immédiate de
l’entrée de la villa située sur la parcelle xxx12 et de la terrasse aménagée sur la parcelle xxx14, elle est
encore largement péjorée par toutes les nuisances et les conflits de circulation qui en découlent.
A noter que le soussigné a encore examiné la possibilité d’une variante supplémentaire longeant la forêt et
débouchant au Nord de la parcelle xxx4. Celle-ci s’avère impossible puisque les terrains sis en zone à
bâtir doivent être desservis par des accès également en zone et de toute façon impraticable puisque le
chemin existant depuis la route P_ est en cul de sac et interrompu par une construction.
Cela étant, parmi les deux variantes restantes, la variante 4, bien que relativement aisée en terme de
déclivité, présente l’inconvénient majeur de traverser la parcelle n o xxx3 ce qui lui serait extrêmement
dommageable. En effet, la position de cet accès empêcherait définitivement toute mise en valeur
éventuelle de la partie avale du terrain et ceci nonobstant les aménagements réalisés par M. Z_.
A noter qu’après exécution de ceux-ci, cette proposition est encore moins favorable puisque nécessitant la
traversée d’un remblai avec toutes les complications techniques et le coût supplémentaire en résultant.
Dès lors, en pondérant tous les critères d’appréciation et suite à la vision locale, la variante 1, sollicitée par
les demandeurs, apparaît comme la seule positive et représente le meilleur accès aux parcelles nos xxx4,
xxx5 et xxx15 pour les raisons principales suivantes :
- déclivité modérée
- intégration naturelle au site
- peu d’impact sur les parcelles traversées
- pas de conflit direct avec les constructions existantes
- mise en œuvre aisée.
- 12 -
Ces avantages compensent largement les "faiblesses" relevées de cette proposition, à savoir la liaison à
la route Q_ et la nécessité de couper des arbres. En effet, en ce qui concerne l’accès, force est
de constater qu’il existe déjà, à ce[t] endroit, pour les parcelles xxx1 et xxx2, et que ce serait l’occasion de
les regrouper pour n’en faire qu’un pour l’ensemble des parcelles concernées et ainsi non seulement de
l’améliorer mais encore le sécuriser par la pose d’un miroir par exemple. Quant aux arbres sacrifiés, rien
n’empêche, lors de l’élaboration du projet, de prévoir d’en replanter compte tenu de la surface à
disposition et de la distance aux constructions en particulier de la maison R_. A noter enfin que,
pour la variante 4, la faiblesse de la liaison entre la route de desserte existante et la route Q_ est
également valable, voire même plus délicate, puisque celle-ci débouche dans un virage.
2.4 Les différentes variantes ont également été soumises à l’expert K_,
intervenu dans le cadre de la surexpertise (cf. art. 180 CPC/VS) mise en œuvre sur
requête des époux R_ et S_.
L’expert K_ a d’abord estimé qu’il n’était pas possible d’accéder directement
aux biens-fonds des demandeurs depuis la route P_, dès lors que le terrain
accuse une forte pente et qu’il est densément construit (R1 let. a, p. 255).
Il a également été d’avis qu’un accès depuis la route Q_, via le chemin de
desserte au sud traversant la parcelle n o xxx16 et débouchant au milieu du côté sud-
est de la parcelle n o xxx3 où un chemin provisoire avait été aménagé par Z_
pour la construction de sa maison (cf., supra, consid. 2.1 in fine), n’était pas
envisageable. En effet, pour accéder à la parcelle n o xxx6 du demandeur U_,
il faudrait poursuivre la traversée du bien-fonds n o xxx3 au sud-ouest de celui-ci. Ce
tracé isolerait une surface d’environ 400 m 2 au sud-ouest, qui serait trop petite pour
être ensuite constructible; une surface importante s’avèrerait ainsi déclassée. De
même, le passage dans l’angle sud de la parcelle rendrait moins attractive la situation
d’une éventuelle construction implantée dans la partie sud (R1 let. b, p. 256).
L’expert a finalement estimé que le meilleur accès était celui depuis la route
Q_, passant par les limites entre les parcelles n os
xxx2, xxx7 et xxx3, en
raison des arguments suivants (R1 let. c, p. 256 s.) :
En effet, aucun accès ne peut être aménagé plus au Nord puisque la zone au Nord du no xxx2 est classée
en forêt.
Sur cette limite, le terrain accuse une pente douce ce qui permet un accès direct, sans détour, en suivant
la pente naturelle du terrain.
Le côté Sud de la parcelle no xxx2 est constitué d’un talus qui a été construit pour dégager une surface
plane à l’entrée du no xxx2. La pente du talus ne saurait être augmentée sans devoir construire un mur de
soutènement.
On trouve encore sur le no xxx7, à l’entrée sur la Route Q_, à proximité directe de la limite avec
le no xxx2, une cabine électrique. De même, sur le terrain communal dans l’angle du no xxx7, se trouvent
encore une borne hydrante et un candélabre. Compte tenu de leur proximité de la limite, il serait exagéré
de les déplacer pour si peu. Un élargissement local du passage de moins d’un mètre sera nécessaire sur
une profondeur de parcelle d’environ 3 mètres. Nous retiendrons donc une surface complémentaire de
4 m2 pour contourner ces obstacles.
- 13 -
L’entrée du no xxx7 depuis la route Q_ se fait le long d’une haie de sapins plantés en bordure
du no xxx2, par une place goudronnée qui permet de manœuvrer et d’y parquer un véhicule. Le chemin
oblique monte au Sud pour rejoindre l’habitation.
La limite Sud du no xxx2 est située en contrebas d’un talus qui masque partiellement le passage.
Les limites Nord des parcelles nos xxx7 et xxx3 suivent la pente générale du terrain qui décline vers le
Sud-Ouest. Un passage sur ces limites ne gêne ni la vue ni l’ensoleillement; de plus, un passage de 3 m
en limite ne restreint en rien les possibilités d’implantation de construction puisque son assiette s’exerce
au-delà de la surface constructible du terrain (distances aux limites à respecter).
La haie de sapins en bordure du no xxx7 est en mauvais état (voir annexe 6, rapport paysagiste) alors que
sur le no xxx2, plusieurs arbres sont plantés sur le haut du talus; leur état sanitaire est bon.
L’expert K_ a souligné par ailleurs que son analyse était valable "avec ou
sans la construction de la villa et des aménagements" sur la parcelle n o xxx3, propriété
de Z_ (R2, p. 258).
Il a émis l’avis que l’accès le plus naturel et le moins dommageable pour desservir les
parcelles n os
xxx4, xxx5 et xxx6 des demandeurs devait se faire sur la limite des
n os
xxx2, xxx7 et xxx3, sur une largeur de 3 m sur le n o xxx7, afin d’éviter d’avoir à
construire un ouvrage de soutènement pour le talus et afin de ne pas risquer
d’endommager les arbres implantés sur le n o xxx2. Le spécialiste a également
préconisé, dans l’optique de ne pas avoir à déplacer le coffret électrique, le candélabre
et la borne hydrante, de réaliser un élargissement du passage sur une surface de 4 m 2 ,
"mais sur une largeur maximale de 1 m sur la limite du no xxx7 avec la Route
Q_", puis de poursuivre sur une largeur de 3 m sur la limite au nord du
n o xxx3.
2.5 Dans son jugement du 23 mai 2013, l’autorité inférieure, après avoir relevé qu’en
définitive, l’opinion du second expert (K_) ne divergeait que partiellement de
celle du premier (O_), a considéré que la préférence devait lui être donnée,
car prenant davantage en considération l’état naturel des lieux "ainsi que les
conséquences pour les différents propriétaires" (jugement entrepris, consid. 1c, p. 9).
La variante proposée par l’expert K_ (sous lettre c) permettait d’éviter d’avoir
à ériger un mur de soutènement pour compenser la différence de niveau entre les
terrains (n os
xxx2 et xxx7), et la suppression partielle de la haie, en mauvais état
sanitaire, sur la parcelle n o xxx7, ne constituait qu’un faible préjudice pour les
propriétaires de celle-ci (i.e. les époux R_ et S_), n’entraînant
aucune incidence sur la vue ou l’ensoleillement.
S’agissant des indemnités à verser aux propriétaires concernés par le droit de passage
à constituer, l’autorité inférieure a fait siennes les conclusions de l’expert K_
(jugement entrepris, consid. 1d, p. 10 s., et 4b, p. 14 s.). Le coût total de l’indemnité
due aux copropriétaires de la parcelle n o xxx7 – à savoir les époux R_ et
S_ –, par 35'000 fr. (23'000 fr. [indemnité pour l’empiètement, de 115 m 2 x
200 fr./m 2 , correspondant aux deux tiers de la valeur vénale] + 5500 fr. [coût pour la
suppression de la haie] + 2500 fr. [frais de réfection de la place de parc située dans
l’assiette du droit de passage] + 4000 fr. [coût pour le remplacement de la barrière]) a
- 14 -
été réparti au prorata des surfaces entre les propriétaires des biens-fonds bénéficiaires
(cf. R5, p. 260 s.), à savoir 11'900 fr. à charge du propriétaire de la parcelle n o xxx4
(T_ [836 m 2 / 2455 m
2 ] = 34 % du total), 6650 fr. à charge des copropriétaires
de la parcelle n o xxx5 (W_ et V_ [454 m
2 / 2455 m
2 ] = 19 % du
total]) et 16'450 fr. à charge du propriétaire de la parcelle n o xxx6 (U_
[1165 m 2 / 2455 m
2 ] = 47 % du total).
Quant au coût global de l’indemnité due au propriétaire du bien-fonds n o xxx3
(Z_), par 28'000 fr. (montant proposé par les demandeurs dans leurs
dernières conclusions pour un empiètement de 72 m 2 , bien que le prix ne dépasse pas
300 fr. / m 2 selon l’expert [cf. application du principe ne infra oblata consacré par
l’article 66 al. 5 CPC/VS]), il a été également réparti au prorata des surfaces entre les
propriétaires des biens-fonds bénéficiaires, soit 9520 fr. à charge du n o xxx4 (34 %),
5320 fr. à charge du n o xxx5 (19 %) et enfin 13'160 fr. à charge du n
o xxx6 (47 %).
2.6 En tant que de besoin, d’autres faits nécessaires à la résolution de la cause seront
repris dans la suite du présent jugement.

III. Considérant en droit
3. Dans un premier moyen, les appelants soutiennent que les demandeurs n’ont fait
état d’aucune nécessité à avoir un accès à la route publique, aucune construction
n’étant actuellement érigée sur leurs fonds et aucune n’étant prévue dans l’immédiat.
Les éléments factuels capitaux pour l’examen, d’une part, du bien-fondé de la
constitution d’un droit de passage nécessaire au sens de l’article 694 CC et, d’autre
part, du passage le moins dommageable au sens de l’al. 2 de cette même disposition,
n’ont ainsi pas été exposés par les demandeurs, et, partant, n’ont pu être établis par la
juridiction inférieure. En tant qu’ils reprochent au premier juge de n’avoir "pas pu
statuer en toute connaissance de cause" (appel, ch. III.1, p. 9), les appelants se
plaignent en réalité d’une violation, par les demandeurs, de leur devoir d’allégation et
de motivation.
3.1
3.1.1 Hormis les cas où le droit fédéral impose la maxime d'office, c'est le droit
cantonal de procédure qui déterminait – jusqu’à l’entrée en vigueur du CPC suisse, le
1 er janvier 2011 –, si et dans quelle mesure la maxime des débats était admissible, à
quel moment et sous quelle forme les allégués devaient être présentés (ATF 108 II 337
consid. 2d). En Valais, le procès civil était régi par la maxime des débats (art. 63 al. 1
CPC/VS). Selon l'article 66 al. 1 CPC/VS, les parties doivent exposer au juge l'état de
fait concernant le litige et, dans les causes où la loi n'impose pas la maxime d'office,
seuls les faits allégués sont pris en compte. Les parties doivent présenter leurs
allégations en principe, dans les écritures, mais au plus tard, jusqu'au débat
- 15 -
préliminaire (art. 145 al. 1 CPC/VS; RVJ 2003 148 consid. 3a). Les seuls
tempéraments apportés à la règle du fardeau de l'allégation des faits sont ceux prévus
à l'article 66 al. 4 CPC/VS qui prévoit que le juge peut tenir compte des faits notoires,
non particuliers à la cause, des faits patents, implicitement admis par les parties et non
allégués par inadvertance, ainsi que des faits révélés par une expertise écrite. C’est ici
le lieu de relever que cette disposition du CPC/VS est calquée sur l’article 4 al. 2
CPC/VD, dont les commentateurs relèvent que, lorsque les trois conditions posées
sont cumulativement remplies (cf. caractère patent [1°] ; fait implicitement admis [2°] ;
absence d’allégation formelle par inadvertance manifeste [3°]), le juge a non seulement
la faculté, mais l’obligation de retenir les faits notoires ou patents qui sont pertinents
(Poudret/Haldy/Tappy, Procédure civile vaudoise, 3 e éd., 2002, n. 8 ad art. 4 CPC/VD;
cf. ég. JdT 1988 III 153 consid. 2a). Les faits notoires, qu'il n'est pas nécessaire
d'alléguer ni de prouver, sont ceux dont l'existence est certaine au point d'emporter la
conviction du juge, qu'il s'agisse de faits connus de manière générale du public ou
seulement du juge. Pour être notoire, un renseignement ne doit pas être constamment
présent à l'esprit, il suffit qu'il puisse être contrôlé par des publications accessibles à
chacun (ATF 135 III 88 consid. 4.1 [taux de conversion en valeur légale suisse d'une
créance stipulée en euros]; 134 III 224 consid. 5.2; arrêts 4A_560/2012 du 1 er mars
2013 consid. 2.2 [inscriptions au registre du commerce]; 5A_62/2009 du 2 juillet 2009
consid. 2.1, publié in Pra 2010, p. 117). Le juge peut rechercher et déterminer lui-
même le fait notoire, sans amener les parties à se prononcer sur ce point (ATF 135 III
88 consid. 5; arrêts 1B_368/2012 du 13 mai 2013 consid. 2.2; 5A_423/2013 du
17 septembre 2013 consid. 3.2.2), étant encore ici précisé que le fait notoire ne peut
être considéré comme étant un fait nouveau en instance de recours (arrêt
4A_269/2010 du 23 août 2010 consid. 1.3; Corboz, in Commentaire de la LTF, 2009,
n. 13 ad art. 99 LTF; cf. déjà Poudret/Sandoz-Monod, Commentaire de la Loi fédérale
d'organisation judiciaire, 1990, n. 1.5.3.2 ad art. 55 aOJ).
Par ailleurs, l’article 66 al. 3 CPC/VS dispose que s’il manque aux exposés, mémoires
et écritures la clarté et la précision exigée ou s'ils sont incomplets, le juge doit donner
aux parties l'occasion de corriger ces vices et peut y suppléer lui-même au moyen de
questions appropriées. Une présentation insuffisante de la demande ou de la réponse
n’a, dans l’intérêt de la réalisation du droit matériel, pas sans autre pour conséquence
le rejet, respectivement l’admission de l’action. Il appartient au juge, par des mesures
appropriées (fixation d’un délai pour fournir des explications ou des documents
complémentaires), de permettre aux parties de compléter un exposé insuffisant, à
peine d’encourir des désavantages procéduraux (Frank/Sträuli/Messmer, Kommentar
zur zürcherischen Zivilprozessordung, 3 e éd., 1997, n. 14 ad § 113 ZPO/ZH, dont la
formulation est largement similaire à celle de l’art. 66 alinéa 3 CPC/VS ; cf. ég. arrêt
5D_42/2007 du 18 février 2008 consid. 2.2).
3.1.2 Lorsque l'application du droit matériel fédéral est en jeu, c'est celui-ci qui
détermine si les faits fondant une prétention déduite du droit fédéral ont été allégués de
manière suffisamment précise (ATF 127 III 365 consid. 2b; 123 III 183 consid. 3e
p. 188; 108 II 337 consid. 2 et 3; cf. ég. Schweizer, Substanzieren – wozu ?, in RSJ
2012 p. 557 ss, spéc. p. 559 s.). Les exigences quant à la motivation en fait
("Substanzierungspflicht") de la prétention dépendent des éléments de fait constitutifs
- 16 -
de la norme invoquée, ainsi que du comportement procédural de la partie adverse; les
faits doivent être énoncés de manière suffisamment précise pour pouvoir être prouvés
et pour que la partie adverse puisse motiver sa contestation ou administrer la contre-
preuve (ATF 127 III 365 consid. 2b; arrêt 5D_42/2007 précité consid. 2.1 in fine). Le
droit fédéral est violé lorsque l'autorité cantonale admet, à tort, une demande dont la
motivation en fait est insuffisante au regard de la norme de droit matériel fédéral
invoquée (arrêt 4P.263/2003 du 1 er avril 2004 consid. 3.2.1) ou si elle rejette une
demande bien qu'elle soit suffisamment motivée en fait (arrêts 4C.28/2002 du 6 mai
2002 consid. 3.1; 4C.380/2006 du 6 mars 2007 consid. 9.2; 4C.39/2005 du 8 juin 2005
consid. 2.1, in RSPC 2005, p. 378 s.).
3.2 En l’espèce, dès lors que la prétention des demandeurs en constitution d’un droit
de passage nécessaire est fondée sur l’article 694 CC, c’est le droit fédéral qui
détermine les conditions auxquelles ce type d’action peut être admise (cf., infra,
consid. 4). Comme le droit fédéral n’imposait pas la maxime d’office, la cause était
soumise – comme cela est du reste toujours le cas sous l’empire de l’actuel code de
procédure civile suisse (cf. Bohnet, op. cit., n. 28 ad § 45, p. 530) – à la maxime des
débats, si bien qu’il incombait aux demandeurs d’exposer au juge, comme l’exigeait
l’article 66 al. 1 CPC/VS, l’état de fait concernant le litige. Comme on le verra plus loin
(cf., infra, consid. 4), les demandeurs à l’action basée sur l’article 694 CC doivent
alléguer et établir la nécessité du passage réclamé, en vue d’une utilisation du fonds
conforme à sa destination, et l’impossibilité d’obtenir un accès suffisant sur la base des
normes de droit public applicables.
Dans leur mémoire-demande du 29 décembre 2006, les demandeurs ont affirmé avoir
"l’intention de construire sur [leurs] parcelles" (all. 5), et proposé comme unique moyen
de preuve à l’appui de cette assertion l’interrogatoire des parties. Si le défendeur
Z_ a simplement "pris acte" de cette affirmation – alors que le droit
procédural valaisan exigeait que la détermination de la partie adverse s’opère par
l’usage des termes "admis", "contesté" ou "ignoré" sans adjonction d’autres faits (cf.
art. 130 al. 1 let. c CPC/VS) –, les défendeurs S_ et R_ ont déclaré
l’ignorer, dans leur réponse du 15 janvier 2008, et les défendeurs X_ et
Y_ l’ont clairement contestée, dans leur écriture du 16 janvier 2008. De
surcroît, les derniers nommés ont indiqué, dans la motivation juridique de leur réponse
(cf. art. 130 al. 1 let. f CPC/VS), que les "demandeurs n’[avaient] pour le surplus aucun
intérêt actuel au passage revendiqué". Dans le contexte qui vient d’être évoqué, la
prétendue volonté des demandeurs d’ériger une construction sur leurs parcelles
constituait donc un fait régulièrement allégué, pertinent pour la connaissance de la
cause et contesté, de sorte que la preuve devait être administrée à son propos (cf. art.
148 al. 1 let. a CPC/VS). Le juge de première instance a d’ailleurs donné suite à l’offre
de preuve en citant toutes les parties, le 17 octobre 2012, en vue de leur interrogatoire
en qualité de demandeurs ou de défendeurs (cf. art. 197 ss CPC/VS) lors de l’audience
du 21 février 2013 (p. 333). A l’occasion de cette séance, au cours de laquelle une
tentative de solution transactionnelle a été esquissée, les demandeurs ont toutefois
renoncé à leur propre interrogatoire (p. 339). Contrairement à ce qui prévaut lors de
l’échange des écritures, où le juge a, en vertu de l’article 66 al. 3 CPC/VS, le devoir
d’interpeller les parties en cas d’exposé incomplet et peu clair, il n’appartenait plus au
- 17 -
magistrat, au stade de la procédure probatoire d’un procès soumis à la maxime des
débats, d’attirer l’attention des demandeurs, assistés d’un homme de loi, sur les
éventuelles conséquences de leur renonciation à l’administration d’un moyen de
preuve.
Indépendamment de ce qui précède, le rapport de l’expert K_ évoque certes,
en réponse à la question 4 (p. 259), que les "parcelles desservies par le passage
représentent une surface totale de 2455 m2 sans les forêts, ce qui permet d’y
construire une surface brute de plancher de 736.50 m 2 , soit environ 5 logements d’une
surface moyenne de 140.00 m2". Cette affirmation ne constitue toutefois qu’une
hypothèse de travail de l’expert, et n’est pas le reflet de discussions qu’aurait
concrètement eues l’intéressé avec les demandeurs lors de la séance de mise en
œuvre de l’expertise, menée le 20 juin 2011, et qui a fait l’objet d’un procès-verbal
annexé au rapport d’expertise (cf. p. 269 ss).
Le projet de construire des demandeurs (cf. all. 5) n’a donc pas été prouvé, et ne
constitue ni un fait patent, implicitement admis par les parties et non allégué par
inadvertance, ni un fait notoire, ni un fait résultant d’une expertise écrite, dont il y aurait
lieu de tenir compte même en l’absence d’allégation sur ce point. Le même
raisonnement vaut, mutatis mutandis, pour ce qui est de la prétendue impossibilité
pour les demandeurs de bénéficier d’un accès suffisant à leurs parcelles en recourant
aux moyens de droit public (cf., infra, consid. 4).
Les conséquences juridiques à tirer de l’absence de preuve concernant ces éléments
seront examinés au considérant suivant.
4. Dans un second moyen, mais qui constitue en réalité le prolongement du premier,
les appelants, se plaignent d’une mauvaise application de l’article 694 CC par la
juridiction inférieure. Se fondant d’abord sur la jurisprudence publiée aux ATF 120 II
185, ils estiment que "rien ne laisse supposer que les demandeurs aient fait les
démarches tendant à obtenir un accès par les moyens de droit public [...] qui n’ont dès
lors pas été épuisés" (appel, ch. III.2, p. 9 s.). Puis, prenant cette fois-ci comme base
de leur raisonnement l’arrêt paru aux ATF 117 II 35, ils arguent qu’en ne faisant état
d’aucun projet concret de construction sur leurs biens-fonds, les demandeurs n’ont pas
démontré que le droit de passage réclamé est bien nécessaire au sens de l’article 694
CC (cf. appel, ch. III.2, p. 11).
4.1
4.1.1 Aux termes de l’article 694 al. 1 CC, le propriétaire qui n'a qu'une issue
insuffisante sur la voie publique peut exiger de ses voisins qu'ils lui cèdent le passage
nécessaire, moyennant pleine indemnité. Le droit de passage nécessaire implique,
comme d'autres restrictions légales directes à la propriété (par ex., la conduite et la
fontaine nécessaires), une "expropriation privée" (ATF 114 II 230 consid. 4a), de sorte
que, de jurisprudence constante, le Tribunal fédéral fait dépendre l'octroi d'un passage
nécessaire de conditions très strictes. De la genèse de l'article 694 CC, il a d'abord
déduit que le droit de passage – fondé sur le droit de voisinage – ne peut être invoqué
qu'en cas de véritable nécessité (ATF 120 II 185 consid. 2a). Il n'y a nécessité que si
- 18 -
une utilisation ou une exploitation conforme à la destination du fonds exige un accès à
la voie publique et que celui-ci fait totalement défaut ou est très entravé (ATF 136 III
130 consid. 3.1; 105 II 178 consid. 3b; arrêt 5A_142/2011 du 22 septembre 2011
consid. 3.2.1); en revanche, une simple amélioration d'une voie d'accès existante ou la
convenance personnelle du propriétaire ne fondent pas le droit au passage nécessaire
(ATF 120 II 185 consid. 2a; 110 II 125 consid. 4; arrêt 5C.312/2001 du 4 février 2002
consid. 3a; Steinauer, Les droits réels, T. II, 4 e éd., 2012, no 1863a, p. 238 s.; Rey,
Grundlagen des Sachenrechts und das Eigentum, 2 e éd., 2000, no 1170, p. 284). Un
accès ne fait pas totalement défaut lorsque le propriétaire du fonds dispose d'un droit
de servitude sur un fonds voisin ou d'un droit personnel d'utilisation sur celui-ci (Meier-
Hayoz, Commentaire bernois, n. 45 ad art. 694 CC; Caroni-Rudolf, Der Notweg, thèse
Berne 1969, p. 69) et qu'il peut l'utiliser, le cas échéant, en l'aménageant sans frais
disproportionnés (arrêts 5C.40/2006 du 18 avril 2006 consid. 3.1, in RNRF 88/2007,
p. 469 ss; 5A_410/2008 du 9 septembre 2008 consid. 4.1, in RNRF 92/2011, p. 157 ss;
Meier-Hayoz, n. 47 ad art. 694 CC; Caroni-Rudolf, loc. cit.; cf. ég. Schmid/Hürlimann-
Kaup, Sachenrecht, 4 e éd., 2012, no 982, p. 242 s.).
4.1.2 Le Tribunal fédéral a admis que l'octroi d'un droit de passage nécessaire peut
être également réclamé pour un terrain situé en zone à bâtir : même dans une
commune dont les zones ont pourtant été planifiées, l'accès suffisant à des biens-fonds
situés en zone à bâtir peut en effet faire défaut, alors même qu'un tel accès est
nécessaire pour l'obtention d'une autorisation de construire. L'entrée en vigueur de la
loi fédérale sur l'aménagement du territoire du 22 juin 1979 (LAT; RS 700), qui
détermine quelles sont les conditions d'accès du point de vue du droit public, n'a pas
non plus rendu l'institution du passage nécessaire dénuée de tout intérêt (cf., par ex.,
ATF 117 II 35 [commune de Naters]). Ainsi, lorsqu'il définit la notion de l'utilisation ou
de l'exploitation conforme à la destination de l'immeuble – notion dont dépend le
passage nécessaire –, le Tribunal fédéral se réfère généralement à des prescriptions
de droit public. Si le bien-fonds est situé en zone à bâtir, la construction d'une maison
d'habitation est une utilisation dudit fonds conforme à sa destination (cf. ATF 136 III
130 consid. 3.2; 85 II 392 consid. 1a; 120 II 185 consid. 2b; sur l’ensemble de la
question, cf. arrêt 5A_136/2009 du 19 novembre 2009 consid. 4.2, in SJ 2010 I p. 321
ss). Le propriétaire d'un bien-fonds situé dans une zone d'habitation peut prétendre
pouvoir accéder à sa parcelle avec un véhicule à moteur pour autant que la
topographie des lieux le permette (cf. ATF 93 II 167 consid. 2; 110 II 125 consid. 5;
arrêts 5C.142/2003 du 28 août 2003 consid. 2.4, in RNRF 85/2004 p. 313 ss;
5A_136/2009 précité consid. 4.3.3); il n’est toutefois pas nécessaire de pouvoir arriver
en véhicule directement devant la maison (Steinauer, op. cit., no 1863a, p. 238 et note
de pied 168; cf. ég. ATF 136 III 130 consid. 3.3.2).
4.1.3 Le zonage devrait avoir pour conséquence que, dans une zone à bâtir, les biens-
fonds soient équipés conformément au plan et que les passages nécessaires soient
ainsi superflus. En réalité, il arrive toujours que des parcelles destinées à la
construction ne disposent pas d'un accès suffisant à la voie publique. La jurisprudence
renvoie alors le propriétaire foncier à recourir en premier lieu aux institutions du droit
public. Si des moyens de droit public permettent d'obtenir un équipement convenable,
un passage nécessaire est en général superflu (ATF 120 II 185 consid. 2c; 121 I 65
- 19 -
consid. 4b). Le propriétaire qui prétend à l'octroi d'un tel droit de passage doit dès lors
démontrer qu'il a tout entrepris – sans succès – pour obtenir un accès à son bien-fonds
sur la base des normes de droit public applicables (arrêts 5C.64/2000 du 4 avril 2000
consid. 3a, in RDAT 2001 II p. 151 ss; 5A_136/2009 précité consid. 4.3.1; cf. ég. ATF
136 III 130 consid. 3.3.1; Rey/Strebel, n. 7 ad art. 694 CC).
4.1.4 Enfin, se pose la question de savoir si le caractère nécessaire du passage
("Notlage") doit déjà exister au moment du prononcé du jugement, ou s’il suffit qu’il le
soit à l’avenir (Caroni-Rudolf, op. cit., p. 72). Selon la jurisprudence de la Haute Cour,
lorsque, en vertu de prescriptions de droit public, un bien-fonds ne peut pas, "dans un
avenir peu éloigné", être bâti, il n’y a pas de nécessité d’un chemin carrossable (ATF
110 II 125 consid. 4; cf. ég. arrêt 5C.327/2001 du 21 mars 2002 consid. 4b); en effet,
en pareille hypothèse, l’intérêt du propriétaire n’est pas actuel (Steinauer, op. cit., no
1863a, p. 239). Dans un arrêt ultérieur à l’ATF 110 II 125, le Tribunal fédéral a tout
d’abord rappelé qu’un cas de nécessité pouvait se présenter, s’agissant d’un terrain à
bâtir, lorsque les autorités refusent de délivrer un permis de construire jusqu’au
règlement des droits de passage et que les voisins refusent de prêter la main à un
règlement conventionnel. Le passage nécessaire n’est pas forcément exclu quand la
nécessité a trait à une utilisation ultérieure du bien-fonds. Encore doit-on tenir pour
certain que les propriétaires réaliseront leur intention de modifier ou d’accroître
("Nutzungsänderung oder -intensivierung") l’utilisation des biens-fonds. La simple
manifestation d’une intention ne suffit pas (ATF 117 II 35 consid. 2 et la réf. à Caroni-
Rudolf, op. cit., p. 72 s.). Dans le cas qui lui était soumis, le Tribunal fédéral a ainsi
relevé que les demandeurs n’avaient curieusement fait état ni d’une réelle intention de
bâtir ni des démarches effectuées en vue d’obtenir le permis de construire. Même s’il
est clair que les demandeurs prétendaient obtenir un passage nécessaire dans l’idée
de construire sur leur bien-fonds, "on ne saurait en rester là". Ils devaient alors faire
état de projets actuels, de vagues intentions ou des idées de spéculation ne suffisant
en revanche pas (cf. ATF 117 II 35 consid. 4a).
L’exigence de l’existence d’un intérêt actuel à la constitution d’un droit de passage
résulte également du fait que le droit de passage fondé sur l’article 694 CC peut être
supprimé lorsqu’il perd son caractère nécessaire. En effet, contrairement aux autres
servitudes, le droit de passage nécessaire tombe lorsque la situation de nécessité
cesse, par exemple en raison du raccordement du bien-fonds bénéficiaire du droit de
passage à la voie publique, ou lorsque l’ayant droit, du fait de l’achat d’une autre
parcelle, peut accéder à la voie publique par son propre terrain (pour ces exemples, cf.
Meyer-Hayoz, n. 95 ad art. 694 CC; Caroni-Rudolf, op. cit., p. 159 ss). Dans un tel cas
de figure, le propriétaire du fonds grevé dispose d’une prétention à la radiation du droit
de passage nécessaire (Rey, op. cit., no 1175), sans que les conditions prévues à
l’article 736 CC ("libération judiciaire") ne soient réunies (Rey-Strebel, n. 29 ad art. 649
CC).
4.2 En l’occurrence, les terrains des demandeurs sont, pour l’essentiel, situés en zone
à bâtir (cf., supra, consid. 2.1). Les intéressés peuvent donc pouvoir prétendre accéder
à leurs parcelles avec un véhicule à moteur, pour autant que la topographie des lieux
le permette, ce qui est le cas à tout le moins en empruntant l’accès préconisé par
- 20 -
l’expert K_ (cf., supra, consid. 2.4), auquel s’est ralliée la juridiction inférieure
(cf., supra, consid. 2.5). A l’exception de la parcelle n o xxx5, qui profite d’une servitude
de passage, mais à pied uniquement, sur le bien-fonds n o xxx8 – qui jouxte quant à lui
la route P_ (cf. plan annexé à l’expertise O_, p. 162) –, il n’apparaît
pas que les autres terrains des demandeurs bénéficient de servitudes ou autres
autorisations d’accès en vertu du droit privé.
D’après l’attestation de zone du 20 décembre 2005 versée en cause, les différents
biens-fonds concernés par l’action sont, pour l’essentiel, sis en zone 18.3, destinée aux
"Villas familiales" (pièce 8, p. 25). Les demandeurs n’ont pas produit le règlement
intercommunal sur les constructions (RIC) auquel se réfère ce document. Il ressort de
l’actuel RIC applicable à la commune de J_ notamment, librement disponible
sur le site Internet de son administration municipale (www.J_.ch), que la
zone 18 correspond à la "zone des villages et de leur extension". L’article 21.1 let. a du
RIC prévoit que toute construction nouvelle ne peut être érigée que sur un terrain
équipé, celui-ci étant considéré comme tel notamment lorsqu’il est desservi d’une
manière adaptée à l’utilisation prévue par des voies d’accès et des conduites
auxquelles il est possible de se raccorder sans frais disproportionnés (ch. 1), et si une
liaison suffisante avec le réseau routier principal existe ou peut être garantie à
satisfaction de droit (ch. 2). La lettre c de cette même disposition précise que les zones
à bâtir sont équipées "en temps utile" par la collectivité intéressée, et que les zones à
bâtir sont classées, en trois sous-catégories selon leur état d’équipement, en terrains
propres à la construction (terrains équipés [1°]), terrains propres à la construction dans
les cinq ans (terrains à équiper dans les cinq ans [2°]) et en "autres terrains" (terrains à
équiper ultérieurement [3°]). Le RIC poursuit en soulignant que, pour les secteurs qu’il
est prévu d’équiper dans les cinq ans, la municipalité prend à sa charge les frais
d’équipement, sous réserve de la perception de contributions des propriétaires
fonciers, tandis que dans les autres secteurs, l’équipement des terrains destinés à la
construction est entièrement à la charge des particuliers.
En l’espèce, on ignore cependant totalement en quoi consiste l’équipement actuel des
terrains des demandeurs au regard des exigences posées par le droit public. On ne
sait pas non plus dans quelle sous-catégorie de la zone à bâtir les parcelles en
question sont situées, et si, faute d’équipement actuel suffisant, leur équipement à
moyen terme est envisageable (cf. sous-catégorie 2° : aménagement dans les cinq
ans). Le seul document émanant de la commune, exception faite des extraits de
cadastre, consiste comme on l’a vu en l’attestation de zone établie en 2005, mais qui
ne fournit aucune précision concernant les éléments qui précèdent. Le dossier pêche
donc par l’absence de toute information à ce propos. Les demandeurs n’ont ainsi pas
établi – comme l’exige pourtant la jurisprudence fédérale bien établie depuis l’ATF 120
II 185 à tout le moins (cf., supra, consid. 4.1.3) – s’être préalablement enquis auprès
des services publics de l’état actuel d’équipement des parcelles, supposé insuffisant et
justifiant, dans cette dernière hypothèse, que les intéressés recourent à la voie du droit
de passage nécessaire (cf., supra, consid. 4.1.3).
Surtout, bien que les biens-fonds des demandeurs soient situés en zone à bâtir, les
intéressés n’ont pas allégué et démontré leur intérêt actuel à la constitution du droit de
- 21 -
passage qu’ils réclament : on cherche en vain la preuve des démarches entreprises en
vue d’ériger une construction sur leurs parcelles (cf. plans dessinés par un architecte,
susceptibles d’être joints à une demande d’autorisation de construire, etc.). On ignore
tout autant de quel type de construction il peut s’agir (construction avec plusieurs
habitations ou au contraire individuelle) – la seule référence faite aux "Villas familiales"
dans l’attestation de zone ne renseignant pas encore suffisamment à ce sujet –,
sachant que cette donnée est susceptible d’exercer une influence non négligeable lors
de l’examen du passage par la voie la moins dommageable pour le(s) propriétaire(s)
grevé(s) (cf. arrêt 5C.246/2004 du 2 mars 2005 consid. 2.2.2, in SJ 2005 I p. 481 ss).
L’expert K_, dans ses hypothèses de travail, avait d’ailleurs estimé qu’en cas
de construction de cinq logements d’une surface moyenne de 140 m 2 sur les parcelles
des demandeurs, le passage serait emprunté par une dizaine de véhicules, avec pour
conséquence une nuisance limitée (R4, p. 259).
Enfin, la possibilité même de construire sur ces parcelles, bien que formellement
situées en zone à bâtir, est sujette à caution en fonction de la destination des
bâtiments envisagés. Comme le relèvent de manière pertinente les appelants dans leur
argumentation en s’appuyant sur la réglementation édictée consécutivement à
l’adoption de l’initiative Weber (appel, ch. III.2, p. 11), le taux de résidences
secondaires sur territoire de la commune de J_ est supposé dépasser la
limite fatidique des 20 % (cf. art. 1 er al. 1 de l’ordonnance sur les résidences
secondaires, du 22 août 2012 [RS 702]), au-delà de laquelle de nouvelles résidences
ne peuvent être érigées que si elles seront utilisées comme résidence principale (art. 4
let. a) ou qu’elles ne seront pas personnalisées et mises à la disposition d'hôtes toute
l'année, aux conditions usuelles du marché et uniquement pour des séjours de courte
durée, à condition qu'elles soient mises sur le marché dans le cadre d'une structure
d'hébergement organisée, ou que le propriétaire habite dans le même bâtiment (art. 4
let. b). La commune de J_ figure effectivement sur la liste annexée à
l’ordonnance précitée depuis son entrée en vigueur, le 1 er janvier 2013, et qui regroupe
les communes supposées présenter une proportion de résidences secondaires
supérieure à 20 % (art. 1 er al. 2). Ces données, dont se prévalent les appelants,
résultent directement d’une norme fédérale, publiée au Recueil officiel (RO 2012 4583
ss) et librement consultable sur Internet (www.admin.ch, rubrique "droit fédéral, recueil
systématique"). Il s’agit ainsi d’un fait notoire, qui existait déjà lors du prononcé de
première instance et qui n’est donc pas nouveau (au sens de l’art. 317 CPC), dont la
cour de céans peut – et doit – tenir compte d’office. Dans la mesure où, d’après les
indications fournies dans leurs écritures en appel, tous les demandeurs, à l’exception
de W_, sont domiciliés à J_ même ou dans ses environs, la
perspective que les intéressés construisent une habitation leur servant de résidence
principale, et ne se voient pas limités par la réglementation de droit public qui prévaut
depuis le 1 er janvier 2013, peut être qualifiée, à première vue, de faible.
Parce que les conditions posées par l’article 694 CC que constituent la réelle nécessité
du droit de passage revendiqué et l’intérêt actuel des demandeurs à solliciter sa
création ne sont pas remplies, les intéressés ne peuvent que se voir déboutés de leurs
conclusions.
- 22 -
Il s’ensuit l’admission de l’appel et le rejet de l’action. Toute autre ou plus ample
conclusion est rejetée.
5. Il reste à statuer sur le sort des frais et dépens, soumis, s'agissant de leur montant,
à la loi fixant le tarif des frais et dépens devant les instances judiciaires ou
administratives du 11 février 2009 (cf. art. 46 LTar). Lorsque elle statue à nouveau au
sens de l’article 318 al. 1 let. b CPC, l’autorité d’appel doit se prononcer sur les frais de
première instance (art. 318 al. 3 CPC); en effet, dans la mesure où le litige est tranché
de façon différente que ne l’avait fait le premier juge, la répartition des frais à laquelle il
s’était livré doit être revue (Jeandin, n. 7 ad art. 318 CPC).
Selon l’article 106 al. 1 CPC – qui vaut tant en première qu’en seconde instance
cantonale (cf. arrêt 4A_608/2011 du 23 janvier 2012 consid. 5.3.3. in fine) –, les frais
sont mis à la charge de la partie succombante (1 re phrase), soit le demandeur lorsque
ses prétentions ont été rejetées (Tappy, Code de procédure civile commenté, in
Bohnet et al. [éd.], 2011, n. 12 et 20 ad art. 106 CPC). Selon la jurisprudence, vu
l’analogie entre la cession du passage nécessaire et l’expropriation, les règles
instituées pour la répartition des frais de procédure (cf. art. 114 ss de la loi fédérale sur
l'expropriation, du 20 juin 1930 [RS 711]) valent aussi pour le procès fondé sur l’article
694 CC (ATF 85 II 392 consid. 3, auquel se réfère encore l’arrêt 5C.79/2006 du
19 juillet 2006 consid. 3.2), de sorte que les frais échoient en principe au demandeur
qui se prévaut du droit de passage nécessaire, sauf hypothèse où le défendeur
s’oppose contre toute raison à son octroi ou cause des frais inutiles (RVJ 1988 p. 301
consid. 3b).
Par ailleurs, l’article 106 al. 3 CPC prescrit que, lorsque plusieurs personnes participent
au procès en tant que parties principales ou accessoires, le tribunal détermine la part
de chacune au frais du procès (1 re phrase); il peut les tenir pour solidairement
responsables (2 nde
phrase). Cette dernière hypothèse devrait se rencontrer non
seulement en cas de consorité nécessaire, mais pour tous les consorts plaidant en
commun (Tappy, n. 36 ad art. 106 CPC). Quant aux dépens envisagés par l’article 105
al. 2 CPC, ils ne doivent être alloués que si l’ayant droit en a expressément réclamés
(Tappy, n. 7 ad art. 105 CPC), la maxime de disposition prévalant en ce domaine
(Mohs, in ZPO Kommentar, 2010, n. 2 ad art. 105 CPC).
5.1
5.1.1 Vu le sort de l’appel, les frais de première instance, dont le montant, par
14'900 fr. (cf. jugement entrepris, consid. 5a; émolument de justice : 3439 fr.45;
débours pour les expertises judiciaires : 11'435 fr. 55; débours huissier : 25 fr.) n’est
pas contesté, sont mis à la charge des demandeurs, solidairement entre eux. Cette
solution ne diverge du reste pas de celle prise en première instance, compte tenu des
spécificités liées au procès tendant à l’octroi d’un droit de passage, telles que mises en
évidence au paragraphe précédent. A l’interne, les frais, de même que les dépens (cf.,
infra, consid. 5.2), seront supportés à raison d’un tiers à la charge de chacun des
propriétaires des parcelles qui auraient été bénéficiaires du droit de passage, à savoir
T_ (n o xxx4), U_ (n
o xxx6) ainsi que V_ et W_
(copropriétaires du n o xxx5). Les demandeurs, solidairement entre eux, rembourseront
- 23 -
ainsi les avances de frais effectuées à concurrence de 7625 fr. par S_ et
R_, créanciers communs, à raison de 1650 fr. par X_ et
Y_, créanciers communs, et enfin à concurrence de 1325 fr. par
Z_.
5.1.2 L'émolument d'appel est calculé par référence au barème applicable en première
instance (cf. art. 16 LTar), compte tenu d'un coefficient de réduction de 60 % (art. 19
LTar). Les critères de fixation des frais en première et en seconde instance sont
identiques (cf. art. 13 al. 1 LTar). Le degré de difficulté de la cause et son ampleur
doivent être qualifiés d’ordinaires. Aussi, eu égard à la valeur litigieuse, à la situation
pécuniaire des parties, aux principes de la couverture des frais et de l'équivalence des
prestations, notamment, l'émolument de justice est fixé à 2000 francs. Vu le sort de
l’appel, ces frais sont mis solidairement à la charge des quatre demandeurs et appelés,
à savoir T_, U_, V_ et W_, qui rembourseront
aux appelants S_ et R_, créanciers communs, l’avance de frais
effectuée à due concurrence (art. 110 al. 2 CPC).
5.2
5.2.1 Pour les contestations civiles de nature pécuniaire, soumises à la procédure
ordinaire ou simplifiée et tranchées en première instance, les honoraires varient entre
8400 fr. à 11'300 fr. pour une valeur litigieuse de 70'001 fr. à 80'000 fr. (cf. art. 32 al. 1
LTar et, supra, consid. 1.1 [73'000 fr. in casu]). L’article 29 al. 2 LTar prévoit cependant
que, lorsqu'il y a une disproportion manifeste entre la valeur litigieuse et l'intérêt des
parties au procès ou entre la rémunération due d'après le présent tarif et le travail
effectif du conseil juridique, l'autorité peut ramener les honoraires au-dessous du
minimum prévu. Parce que, nonobstant l’admission de l’appel, le sort des frais
demeure inchangé, et en l’absence de toute contestation quant à l’ampleur des
indemnités à titre de dépens allouées en première instance aux défendeurs assistés
d’un mandataire professionnel, il convient de confirmer les montants retenus. Si ceux-
ci sont certes quelque peu inférieurs à la fourchette énoncée ci-dessus, la solution de
la juridiction de première instance se justifie toutefois au regard de la règle tirée de
l’article 29 al. 2 LTar, dans la mesure où la procédure probatoire a été relativement
limitée, en l’absence d’aménagement de séances afin d’auditionner les témoins,
respectivement interroger les parties. Partant, pour les motifs énoncés au considérant
5b in fine du jugement de première instance, auquel il est renvoyé, les demandeurs
T_, U_, V_ et W_ verseront, solidairement
entre eux, une indemnité de 7000 fr. à S_ et R_, créanciers
communs, et de 7100 fr. à X_ et Y_, créanciers communs, à titre
de dépens. Il n’y a en revanche pas lieu d'allouer une indemnité à titre de dépens, en
première instance, à Z_, puisque celui-ci n'a pas recouru aux services d'un
avocat et n'a pas justifié de dépenses particulières (cf. ATF 125 II 518 consid. 5b; arrêt
4A_295/2013 du 27 septembre 2013 consid. 3; RVJ 2001 p. 309 consid. 3).
5.2.2 En instance d’appel, vu les dispositions des articles 27, 32 al. 1 et 35 al. 1 LTar
(coefficient de réduction de 60 % par rapport au barème en première instance) et vu
l’activité utilement déployée par le conseil des appelants (S_ et
R_), qui a pour l’essentiel consisté en la rédaction et le dépôt d’un mémoire
- 24 -
de recours, les honoraires sont fixés à 3000 fr., débours et TVA compris. Quant à
Z_, il s’est pourvu en instance d’appel d’un mandataire professionnel, qui a
rédigé une détermination écrite, au terme de laquelle il a déclaré s’en remettre à dire
de justice pour ce qui est des conclusions principales de l’appel et a conclu au rejet
des conclusions subsidiaires, sous suite de frais et dépens à la charge des appelants.
Puisque ceux-ci ont eu gain de cause, ils ne sauraient supporter les dépens de
Z_, qui assume dès lors ses propres frais d'intervention. Quant aux
défendeurs X_ et Y_, ils ont, par la plume de leur avocat, fait savoir
par courrier du 6 décembre 2013 qu’ils s’en remettaient à justice, et n’ont pas pris de
conclusion tendant à l’octroi d’une indemnité à titre de dépens en appel, si bien qu’il n’y
a pas lieu de leur en allouer une.
Ainsi, T_, U_, V_ et W_ verseront
solidairement une indemnité de 3000 fr. à S_ et R_, créanciers
communs, à titre de dépens.