Decision ID: 90504600-7305-4532-9771-6d4a86c887c2
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte déposé le 26 août 2022 au greffe universel du Pouvoir judiciaire, A_ S.A. recourt contre la décision du 15 précédent, notifiée le 17 août 2022, par laquelle le Ministère public a refusé de lui donner accès au dossier.
La recourante conclut, sous suite de frais et dépens, à l'annulation de cette décision, à la constatation de sa qualité de partie à la procédure et à la mise à sa disposition, par le Ministère public, de l'intégralité de la procédure pour consultation.
b.
La recourante a versé les sûretés en CHF 1'000.- qui lui étaient réclamées par la Direction de la procédure.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Par décisions du 16 février 2022 – l'une, urgente et manuscrite; l'autre formelle et dactylographiée –, le Ministère public a délégué à la police la perquisition des locaux du bureau de change B_, à C_, exploité par A_ S.A. D_, prévenu né en 1991, y a assisté, mais a refusé de signer la notification.
À cette occasion ont été saisies, principalement, de nombreuses espèces, en EUR, USD et CHF, ainsi qu'une documentation comptable, des listes de clients et des ordinateurs.
b.
Les 13 mai et 15 juin 2022, E_, administrateur unique de A_ S.A et frère du prévenu, a demandé la restitution de toute la documentation sociale saisie.
c.
Le 16 juin 2022, A_ S.A. a réitéré cette demande ou, à tout le moins, la délivrance d'une copie des pièces concernées.
d.
Par retour du courrier, le Ministère public lui a répondu que les copies demandées lui seraient transmises par les soins de la police.
e.
Le 9 août 2022, A_ S.A. s'est plainte auprès du Ministère public de n'avoir reçu aucune information au sujet de la procédure, nonobstant le séquestre d'importantes valeurs patrimoniales. Elle a requis la consultation du dossier en qualité de tiers touché, au sens de l'art. 105 al. 2 CPP.
C.
Dans la décision attaquée, le Ministère public refuse de conférer à A_ S.A. la qualité de partie à la procédure. L'instruction en cours était menée du chef de blanchiment d'argent contre un employé du bureau de change susmentionné, qui se trouvait être le frère de l'administrateur. Rien ne montrait que A_ S.A. aurait été lésée de manière directe, immédiate et personnelle; elle ne s'était d'ailleurs pas constituée partie plaignante.
D.
a.
À l'appui de son recours, A_ S.A. se plaint que l'ordre de perquisition ne lui ait pas été notifié. En tant que tiers touché, privé des liquidités nécessaires à l'exercice de son activité commerciale, elle devait se voir reconnaître la qualité de partie, au sens de l'art. 105 al. 1 let. f CPP et, partant, le droit de consulter le dossier.
b.
Le 31 août 2022, elle a avisé la Chambre de céans que le Ministère public lui avait communiqué copie du mandat de perquisition. Elle observe que cette autorité s'était trompée en y désignant le frère de l'administrateur comme le gérant du bureau de change.
c.
Le Ministère public propose de rejeter le recours. L'administrateur de la recourante avait été arrêté le 28 septembre 2022 pour soupçon de blanchiment d'argent. Toutes les activités délictueuses soupçonnées présentaient un lien avec le bureau de change perquisitionné. Il convenait donc de refuser à A_ S.A. la consultation du dossier.
d.
La recourante réplique que le Ministère public invoque maintenant un risque de collusion, alors que la décision attaquée ne porte pas sur ce point, mais uniquement sur sa qualité de partie. Comme son administrateur avait été placé en détention provisoire jusqu'au 28 décembre 2022, le risque de collusion devait de toute façon être exclu.

EN DROIT
:
1.
Le recours a été déposé selon les forme et délai prescrits (art. 385 al. 1 CPP) et concerne une décision de refus d'accès à la procédure, sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP).![endif]>![if>
Dans la mesure où elle prétend avoir un droit à consulter le dossier par suite de la perquisition pratiquée dans ses locaux, la recourante jouit
a priori
d'un intérêt juridiquement protégé à demander l'annulation ou la modification de la décision attaquée (art. 382 al. 1 CPP).
2.
La recourante se plaint d'une violation de l'art. 105 al. 1 let. f CPP.![endif]>![if>
2.1.
Selon cette disposition, les tiers touchés par des actes de procédure participent également à la procédure. Lorsqu'ils sont directement touchés dans leurs droits, la qualité de partie leur est reconnue dans la mesure utile à la sauvegarde de leurs intérêts (art. 105 al. 2 CPP). À ce titre, ils ne sauraient toutefois prétendre à un droit à la consultation de l'intégralité du dossier de la procédure pénale, mais uniquement aux éléments pertinents pour l'exercice de leurs droits de défense (arrêt du Tribunal fédéral
1B_612/2019
du 13 mai 2020 consid. 4.3). De la même manière que le tiers frappé par une mesure de confiscation (art. 70 al. 2 CP), respectivement par le prononcé d'une créance compensatrice (art. 71 al. 1
in fine
CP), le tiers touché par une perquisition suivie d'une saisie dispose du droit d'être entendu sur ce point seulement; il peut en conséquence consulter les pièces du dossier qui touchent à cette question.![endif]>![if>
2.2.
En l'occurrence, la recourante veut voir reconnue ou constatée sa qualité de partie à la procédure, sans expliciter en quoi ce statut serait nécessaire à la défense de ses intérêts. Elle a reçu copie de l'ordonnance de perquisition et de séquestre rendue le 16 février 2022. Elle n'ignore donc pas les raisons, de fait et de droit, qui ont motivé l'intervention des autorités pénales dans son bureau de change. Sous l'angle de ses droits procéduraux, peu importe que l'ordre urgent émis dans un premier temps ait été exhibé au prévenu soupçonné, présent sur les lieux, plutôt qu'à elle-même ou à son administrateur : le détenteur des locaux n'est tenu d'assister à une perquisition que s'il est présent, à défaut un membre majeur de sa famille ou une autre personne idoine peut en être requise (art. 245 al. 2 CPP). Or, le prévenu qui a assisté à la perquisition s'avère être, précisément, le frère, majeur, de l'administrateur de la recourante.![endif]>![if>
Par ailleurs, la consultation du dossier par un tiers touché par une mesure de contrainte n'est pas une fin en soi. La recourante ne pourrait l'obtenir que dans la mesure nécessaire à la sauvegarde de ses intérêts. Or, elle n'explique pas quelles informations – non déjà contenues dans l'ordonnance formelle de perquisition et de séquestre – lui seraient encore nécessaires ni à quelles fins. En particulier, elle ne prétend pas avoir voulu recourir contre les mesures prises le 16 février 2022 et avoir été empêchée de le faire, faute d'avoir obtenu une décision motivée. Elle ne paraît au demeurant pas avoir exercé de recours dans les dix jours qui ont suivi la communication de celle-ci à son avocat, à la fin du mois d'août 2022. Sa première intervention auprès du Ministère public visait à obtenir la restitution de pièces comptables, au moins sous la forme de copies, et elle a obtenu satisfaction.
Dans ces circonstances, il ne saurait être question de conférer à la recourante le droit de consulter la procédure. La question de savoir si un risque de collusion eût pu faire obstacle à un accès, même restreint, au dossier ne se pose pas.
Le grief est infondé.
3.
Le recours est par conséquent rejeté.
4.
La recourante, qui succombe, supportera les frais envers l'État fixés en totalité à CHF 1'000.-, émolument compris (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP;
E 4 10.03
).
* * * * *