Decision ID: d0711e17-4073-52f8-bbef-810832543677
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
M. A_, chauffeur de taxi, fait l'objet de plusieurs poursuites dirigées à son encontre par la CAISSE X_ (ci-après: la CAISSE).![endif]>![if>
b.
Le 10 décembre 2013, dans le cadre de la série n° 12 xxxx32 B comprenant les poursuites n
os
12 xxxx32 B, 12 xxxx82 H, 13 xxxx62 M, 13 xxxx58 S,
13 xxxx61 N, 13 xxxx60 P, 13 xxxx59 R et 13 xxxx63 L, l'Office des poursuites (ci-après: l'Office) a procédé à la saisie de l'automobile G_ immatriculée GE xxx9 en mains du poursuivi.
c.
Neuf mois auparavant, le 11 mars 2013, cette voiture avait déjà fait l'objet d'une saisie dans le cadre d'une autre série. L'Office avait estimé la valeur du véhicule, mis en circulation le 2 juillet 2009 et comptant 180'000 kilomètres, à 6'000 fr.
d.
Selon le procès-verbal de saisie du 10 décembre 2013, le poursuivi a indiqué que le nombre de kilomètres effectués avec sa voiture se montait alors à 215'000. Nonobstant ces déclarations, l'Office a retenu les mêmes éléments d'estimation que lors de la saisie antérieure, soit notamment un kilométrage de
180'000 kilomètres. Pour le surplus, il a établi l'absence de revenu saisissable, le produit de l'activité du poursuivi ne couvrant pas de 1'604 fr. ses charges familiales.
e.
Le 12 octobre 2015, l'Office a adressé au poursuivi quatre avis d'enlèvement de sa voiture, pour les poursuites n
os
13 xxxx62 M, 13 xxxx61 N, 13 xxxx63 L et
13 xxxx58 S.
B.
Par acte du 19 octobre 2015 expédié au greffe de la Cour de justice, complété par écriture du 27 octobre 2015 dans le délai imparti, M. A_ forme plainte contre cette décision, dont il demande l'annulation. Il conclut à l'annulation du procès-verbal de saisie du 10 décembre 2013 et à la condamnation de l'Etat de Genève aux dépens. Il fait valoir que le véhicule est son outil de travail et est donc insaisissable. Le kilométrage s'élève à présent à 260'000. En conséquence, en cas de vente, les frais de l'Office ne seraient pas couverts, la valeur de réalisation étant nulle. ![endif]>![if>
La CAISSE a renoncé à se déterminer.
L'Office conclut au rejet de la plainte. Dès lors que l'occupation en tant que chauffeur de taxi du plaignant ne lui est pas rentable, le véhicule est saisissable.

EN DROIT
1.
1.1
La Chambre de surveillance est compétente pour statuer sur les plaintes formées en application de la LP (art. 13 LP; art. 125 et 126 al. 2 let. c LOJ; art. 6 al. 1 et 3 et 7 al. 1 LaLP) contre des mesures prises par l'office qui ne peuvent être attaquées par la voie judiciaire (art. 17 al. 1 LP), telles l'exécution de la saisie ou l'ordre d'enlèvement.
La plainte doit être déposée, sous forme écrite et motivée (art. 9 al. 1 et 2 LaLP; art. 65 al. 1 et 2 LPA, applicable par renvoi de l'art. 9 al. 4 LaLP), dans les dix jours de celui où le plaignant a eu connaissance de la mesure (art. 17 al. 2 LP).
1.2
Si le débiteur considère qu'un bien insaisissable au sens de l'art. 92 LP a été saisi à tort, il doit le faire valoir par la voie de la plainte dans les dix jours suivant l'exécution de la saisie, respectivement la réception du procès-verbal de saisie. Il ne peut à cet égard attendre le dépôt d'une réquisition de vente (arrêt du Tribunal fédéral
5A_40/2008
du 31 mars 2008 consid. 3). S'il omet de former une plainte, il faut admettre une renonciation de sa part à invoquer l'insaisissabilité (ATF
97 III 7
consid. 2; Kren Kostkiewicz, Kurzkommentar SchKG, 2
ème
édition, 2014, Hunkeler [éd.], n° 13 ad art. 92 LP). La nullité d'une mesure de l'Office des poursuites peut toutefois être constatée en tout temps (ATF
117 III 39
). Tel est le cas, en particulier, d'une saisie portant atteinte de manière manifeste au minimum vital du débiteur (ATF
114 III 78
consid. 3).
Dès lors qu'en l'espèce, le plaignant n'a pas contesté le procès-verbal de saisie du 10 décembre 2013 dans le délai de dix jours dès réception de celui-ci, sa plainte est tardive. La Chambre de céans ne peut ainsi entrer en matière sur la présente plainte que si ledit procès-verbal est entaché de nullité, ce qu'il convient donc d'examiner.
2. 2.1
Conformément à l'art. 92 al. 2 LP, les objets pour lesquels il y a lieu d'admettre d'emblée que le produit de leur réalisation excéderait de si peu le montant des frais que leur saisie ne se justifie pas sont insaisissables.
2.2
Selon l'art. 97 al. 2 LP, l'office ne saisit que les biens nécessaires pour satisfaire les créanciers saisissants en capital, intérêts et frais. A cette fin, l'office doit procéder à une estimation des objets saisis, en faisant appel si nécessaire à des experts (art. 97 al. 1 LP). Cette estimation est principalement destinée à fixer la mesure de la couverture et à orienter le créancier sur le produit prévisible de la réalisation (ATF
112 III 75
consid. 1a).
L'estimation des biens saisis doit être faite au moment de la saisie. Elle devra correspondre à la valeur présumée de ces biens lors de la réalisation, soit à leur valeur vénale, et non à leur valeur de rendement ou d'exploitation ou encore à la valeur que pourrait en obtenir le débiteur en cas de vente volontaire (ATF
99 III 52
consid. 4b). S'il existe une valeur de marché, c'est elle qui sera retenue (De Gottrau, in CR LP, 2005, Dallèves/Foëx/Jeandin [éd.], n° 6 ad art. 97 LP).
S'agissant de biens usuels, l'office peut les estimer lui-même et jouit d'un large pouvoir d'appréciation (ATF
120 III 79
consid. 2).
2.3
En l'espèce, l'Office a constaté le 11 mars 2013 que le véhicule du plaignant avait effectué 180'000 kilomètres. Le 10 décembre 2013, le plaignant a déclaré à l'Office avoir parcouru avec son véhicule 35'000 kilomètres de plus. Dans sa plainte, il indique que le véhicule affiche 260'000 kilomètres et qu'il n'a dès lors plus de valeur de réalisation.
Il n'est pas contesté que le plaignant a pu continuer à utiliser son véhicule à titre professionnel après le 11 mars 2013. Au vu de sa profession de chauffeur de taxi, il paraît vraisemblable qu'entre le 11 mars et le 10 décembre 2013, il ait parcouru 35'000 km, puis depuis lors, en environ deux ans, encore 45'000 km. Les indications données à ce sujet par le plaignant paraissent vraisemblables. En considérant, lors de l'établissement du procès-verbal de saisie du 10 décembre 2013, que le véhicule affichait le même nombre de kilomètres que neuf mois auparavant, l'Office a retenu un élément manifestement erroné à la base de son estimation. Or, il est notoire que la valeur d'un véhicule automobile – hormis les voitures de collection ou présentant d'autres particularités, ce qui n'est pas le cas en l'espèce - diminue avec son utilisation et, en particulier, avec le nombre de kilomètres qu'il affiche. L'estimation opérée par l'Office le 10 décembre 2013 étant affectée d'un vice important, il y a lieu d'accueillir la plainte.
L'Office sera ainsi invité à procéder à une nouvelle estimation de la valeur de réalisation du véhicule au regard des informations complémentaires obtenues du débiteur, ce dernier étant soumis à un devoir de collaboration (art. 91 LP). Si cette valeur ne permet pas de couvrir la créance en poursuite, et qu'il n'y a pas d'autres biens saisissables, l'Office procèdera conformément à l'art. 112 al. 3 LP.
3.
La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP et art. 61 al. 2 let. a OELP) et il ne peut être alloué aucuns dépens dans cette procédure (art. 62 al. 2 OELP).
* * * * *