Decision ID: cbac70cd-01d1-5594-a31a-f227fecc1a2c
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1) Monsieur A_
,
né le _1975, est de nationalité F_aise. Il est domicilié à B_/Allemagne.
2) Selon le rapport d'arrestation du 17 juillet 2021, la police avait dû intervenir la veille en début d'après-midi, en lien avec une éventuelle manifestation, aux abords de l'Hôtel C_ (ci-après : l'hôtel), sis à hauteur du chemin D_ à Genève, où séjournait alors Monsieur E_, chef d'État du F_.
Vers 15h00, la police avait dû faire appel à des renforts dans la mesure où M. A_, de concert avec dix autres personnes, tentait de pénétrer dans cet établissement. Trois d'entre elles avaient réussi à le faire et la police avait dû user de la force pour mettre fin à l'action de ces onze personnes.
Une plainte pénale avait été déposée le jour même par le directeur de l'hôtel agissant pour le compte de Hôtel C_.
M. A_, prévenu de violation de domicile (art. 186 du Code pénal suisse du 21 décembre 1937 [CP -
RS 311.0
]), avait partiellement reconnu les faits devant la police. Il était venu dans le but de discuter avec les autorités camerounaises. Il connaissait six des dix autres personnes interpellées, pour avoir manifesté avec elles à Paris.
Selon le rapport de renseignements du 17 juillet 2021 également, la manifestation avait pour but de dénoncer les prétendues différentes fraudes du gouvernement camerounais et de destituer M. E_. La tenue de cette manifestation avait fait l'objet d'un préavis négatif des autorités genevoises.
3) Le 16 juillet 2021 à 23h40, le commissaire de police a notifié à M. A_, sur la base de l'art. 53 de la loi sur la police du 9 septembre 2014 (LPol -
F 1 05
), une décision, déclarée exécutoire nonobstant recours, d'interdiction de pénétrer dans les secteurs de l'hôtel et de la Mission permanente de la République du F_ auprès de l'ONU à Genève, pour une durée de trois mois, consécutivement aux faits précités.
Une violation de cette interdiction était passible de la peine prévue par l'art. 292 CP.
4) Par acte mis à la poste le 27 juillet 2021, M. A_ a fait opposition auprès du Ministère public de la République et canton de Genève (ci-après : MP) contre l'ordonnance pénale lui ayant été notifiée le 17 juillet précédent en raison de ces faits, qu'il contestait, de même que leur qualification et la peine prononcée « y compris l'interdiction de pénétrer dans une zone déterminée ».
5) Le 23 septembre 2021, le MP a transmis copie de cette opposition à la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative) comme objet de sa compétence, dans la mesure où M. A_ y contestait la décision du commissaire de police.
6) M. A_ ne s'est pas manifesté auprès de la chambre administrative, si ce n'est par le versement de l'avance de frais requise, de CHF 500.-.
7) Le 9 décembre 2021, le commissaire de police a conclu au rejet du recours.
Il se référait à l'état de faits des rapports de police précités, faits qui justifiaient la décision contestée.
Il relevait que la mesure contestée était échue depuis le 16 octobre 2021.
8) Par courrier du 13 décembre 2021, M. A_ s'est vu impartir un délai au 13 janvier 2022 pour formuler toute requête complémentaire et/ou exercer son droit à la réplique.
Il ne s'est pas manifesté dans ce délai.
9) Les parties ont été informées, le 18 janvier 2022, que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1) Le recours a été interjeté en temps utile et transmis par le MP à la chambre administrative pour compétence (art. 132 de la loi sur l'organisation judiciaire du 26 septembre 2010 - LOJ -
E 2 05
; art. 62 al. 1 let. a de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 - LPA -
E 5 10
; art. 60 LPol).
2) a. Selon l’art. 65 LPA, l’acte de recours contient sous peine d’irrecevabilité, la désignation de la décision attaquée et les conclusions du recourant (al. 1). En outre, il doit contenir l’exposé des motifs ainsi que l’indication des moyens de preuve. Les pièces dont dispose le recourant doivent être jointes. À défaut, un bref délai pour satisfaire à ces exigences est fixé au recourant, sous peine d’irrecevabilité (al. 2).
b. Compte tenu du caractère peu formaliste de cette disposition, il convient de ne pas se montrer trop strict sur la manière dont sont formulées les conclusions du recourant. Le fait que ces dernières ne ressortent pas expressément de l’acte de recours n’est pas en soi un motif d’irrecevabilité, pourvu que le tribunal et la partie adverse puissent comprendre avec certitude les fins du recourant (
ATA/595/2020
du 16 juin 2020 consid. 2b). Une requête en annulation d’une décision doit par exemple être déclarée recevable dans la mesure où le recourant a de manière suffisante manifesté son désaccord avec la décision ainsi que sa volonté qu’elle ne développe pas d’effets juridiques (
ATA/398/2020
du 23 avril 2020 consid. 2b).
c. En l'espèce, on comprend de la lettre adressée par le recourant au MP le 19 juillet 2021 qu'il s'oppose à la mesure d'interdiction de pénétrer dans une zone déterminée à la suite de son interpellation par la police le 16 juillet 2021.
3) a. Aux termes de l'art. 60 al. 1 let. b LPA, ont qualité pour recourir les personnes touchées directement par une décision et qui ont un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée ou modifiée. Le recourant doit avoir un intérêt actuel à l'admission du recours (ATF
138 II 162
consid. 2.1.2).
Il est renoncé à l’exigence d’un intérêt actuel lorsque cette condition de recours fait obstacle au contrôle de la légalité d’un acte qui pourrait se reproduire en tout temps, dans des circonstances semblables, et qui, en raison de sa brève durée ou de ses effets limités dans le temps, échapperait ainsi toujours à la censure de l’autorité de recours (ATF
135 I 79
consid. 1 ;
131 II 361
consid. 1.2 ;
128 II 34
consid. 1b ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_34/2009
du 20 avril 2009 consid. 3 ;
ATA/418/2012
du 3 juillet 2012 consid. 2d). L’obligation d’entrer en matière sur un recours, dans certaines circonstances, nonobstant l’absence d’un intérêt actuel, ne saurait avoir pour effet de créer une voie de recours non prévue par le droit cantonal (ATF
135 I 79
consid. 1 ;
128 II 34
consid. 1b ;
ATA/759/2012
du 6 novembre 2012). Il faut en particulier un intérêt public – voire privé – justifiant que la question litigieuse soit tranchée, en raison de l’importance de celle-ci (ATF
135 I 79
consid. 1.1 ;
131 II 361
consid. 1.2 ;
128 II 34
consid. 1b ;
127 I 164
consid. 1a).
b. En l'espèce, la décision d'interdiction de pénétrer dans un périmètre donné prononcée pour une durée de trois mois a été entièrement exécutée, de sorte que sur ce point, le recours a perdu tout objet.
Par ailleurs, il ne ressort pas du dossier d'éléments concrets permettant de retenir que le recourant pourrait à l'avenir se retrouver dans une situation identique. Il ne le soutient au demeurant pas ni ne l'étaye.
Il n'a de plus pas fait usage de son droit à la réplique après avoir eu connaissance de la position de l'autorité intimée, qui a pourtant expressément relevé la problématique de l'absence de son intérêt agir.
En conséquence, faute d'un intérêt actuel au recours, celui-ci est irrecevable.
4) Vu l'issue du litige, un émolument de CHF 500.- sera mis à la charge du recourant et aucune indemnité de procédure ne sera accordée à l'autorité intimée qui procède par son propre service juridique (art. 87 al. 1 et al. 2 LPA).
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