Decision ID: 9b02b104-9881-4bf6-a67c-3c0c328ca18b
Year: 2009
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. B.X._, ressortissante brésilienne née Y._ le 27 mars 1979, a donné naissance au Brésil le 16 octobre 1997 à A.Y._, ressortissant brésilien, de père inconnu. Le 1er novembre 2001, elle est entrée en Suisse comme touriste et a fait la connaissance de A.X._, né le 29 avril 1969, ressortissant italien au bénéfice d'une autorisation d'établissement (permis C). Un enfant, C.X._ est né de leur relation le 14 octobre 2002 et le couple s'est marié le 13 janvier 2003. A.X._ a bénéficié des indemnités de l'assurance-chômage du 7 juin 2001 au 6 juin 2003, puis dès cette date du revenu minimum de réinsertion (RMR).
B. Par décision du 15 octobre 2003, B.X._ a été mise au bénéfice d'une autorisation de séjour (permis B CE/AELE) valable jusqu'au 12 janvier 2008. Par lettre du même jour, le Service de la population (SPOP) a toutefois constaté qu'elle était sans activité lucrative et que le couple avait recours aux prestations de l'aide sociale (RMR). Il a rappelé notamment qu'un étranger pouvait être expulsé de Suisse pour des motifs d'assistance publique.
C. Le 11 novembre 2003, le Service de l'emploi a accepté la demande d'une société de nettoyages et d'entretien qui souhaitait engager B.X._ dès le 2 juillet 2003 comme nettoyeuse à raison de 10 heures par semaine.
D. Par lettre du 9 août 2004 rédigée en italien, A.X._ a en substance requis du SPOP l'autorisation de faire venir du Brésil, A.Y._, le fils de son épouse, âgé de cinq ans, ainsi qu'une jeune fille de dix-huit ans, membre de la famille de son épouse. Il lui a été répondu le 9 septembre 2004 que ces personnes devaient déposer au Brésil une demande de visa pour la Suisse, étant précisé qu'elles n'étaient pas autorisées à entrer en Suisse dans l'intervalle. Le 20 octobre 2004, la Justice de paix a instauré une curatelle d'assistance éducative en faveur de l'enfant C.X._ (art. 308 al. 1 CC), désignant le Service de protection de la jeunesse comme curateur.
E. Par décision du 25 juillet 2007, le SPOP a octroyé une autorisation de séjour par regroupement familial (permis B CE/AELE) à A.Y._ Y._, entré en Suisse le 4 octobre 2006 pour y rejoindre sa mère, son beau-père et son demi-frère.
F. Le 6 décembre 2007, B.X._ a présenté deux demandes de permis C sur les formulaires "Avis de fin de validité (permis B CE/AELE), Demande de prolongation", l'une pour elle-même, indiquant qu'elle était sans activité lucrative et à la recherche d'un emploi, l'autre pour son fils A.Y._, écolier. Ses demandes ont été transmises au SPOP par le bureau des étrangers communal le 2 avril 2008. Parmi les pièces annexées figuraient la liste des poursuites de l'intéressée au 4 décembre 2007 (deux poursuites en cours pour 94 et 1'161,50 fr.) et le nombre des actes de défaut de biens (cinq au cours des cinq dernières années pour un montant total de 1'913,15 fr.). Etait aussi annexée la décision RI du Centre social cantonal vaudois accordant dès le 1er janvier 2006 une aide à la famille X._ (père, mère et les enfants C.X._ et A.Y._). Le budget RI du mois d'avril 2007 faisait état de prestations financières versées à hauteur de 3'365 fr. et d'aucun revenu. Dans sa note du 5 janvier 2009, l'Office du Tuteur général a précisé au SPOP que le RI alloué à la famille X._, géré par son office depuis la mise sous tutelle [provisoire, de A.X._] en octobre 2007, était de 3'295 fr. par mois.
G. Par décision du 10 février 2009, le SPOP a refusé la transformation des autorisations de séjour (permis B CE/AELE) de B.X._ et de A.Y._ en autorisations d'établissement (permis C), aux motifs suivants:
"A l'analyse du dossier de l'intéressée, nous relevons que sa situation financière n'est pas favorable. En effet, nous constatons qu'elle est sans activité lucrative et qu'elle bénéficie de prestations de l'assistance publique sous la forme du Revenu d'insertion (RI) depuis octobre 2007 à raison de CHF 3'295.- par mois pour toute la famille.
Partant et pour ces motifs, notre Service n'est pas en mesure de délivrer l'autorisation d'établissement requise. Madame X._ et son fils gardent la faculté de présenter une nouvelle demande dès lors qu'ils estimeront que les motifs qui ont conduit à la décision négative ne leur sont plus opposables.
En conséquence, les autorisations de séjour de Madame X._ et de son fils A.Y._ renouvelées sont jointes à la présente décision. Il se justifie en outre de garder le dossier des intéressés sous contrôle.
Au vu de cette situation, il convient de rappeler à l'intéressée notre lettre du 15 octobre 2003 la rendant attentive à la teneur de l'article 10, alinéa 1, lettre d de la Loi fédérale sur le séjour et l'établissement des étrangers du 26 mars 1931 (LSEE) qui dispose:
"L'étranger ne peut être expulsé de Suisse ou d'un canton que pour les motifs suivants (...) si lui-même, ou une personne aux besoins de laquelle il est tenu de pourvoir, tombe d'une manière continue et dans une large mesure à la charge de l'assistance publique".
(...)"
Par télécopie du 27 février 2009 adressée au SPOP, transmise par ce service le 13 mars 2009 à la Cour de droit administratif et public au titre de recours, A.X._ a contesté la décision du 10 février 2009, relevant notamment ce qui suit:
" • Comme vous avez écrit, dans votre lettre le motif problème financier mais ne sachez pas le motif de cette décision qu'il y a derrière, elles ont contraint beaucoup de nous choses je ne peux dire parce qu'il y a une enquête à mon service, du mal fait ma famille et avoir violé les humain droits." (sic)
Par avis du 17 mars 2009, la juge instructrice a relevé que la validité du recours, du reste insuffisamment motivé, était incertaine en raison de la mise sous tutelle provisoire du recourant depuis le 16 octobre 2007 et a invité l'Office du Tuteur général à s'exprimer à cet égard.
Le 9 avril 2009, la Tutrice générale a répondu au Tribunal cantonal:
"Nous avons notifié à A.X._ notre refus de l'accompagner pour recourir (...), n'ayant pas d'autres éléments à apporter au dossier.
Notre pupille a tout de même entrepris cette démarche seul.
A ce jour, nous n'avons pas d'argument suffisant ni pour appuyer cette requête, ni pour l'invalider."
Le tribunal a statué sans autre mesure d'instruction selon la procédure sommaire prévue aux art. 82 et 99 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36).

Considérant en droit
1. La recevabilité du recours est fort douteuse. En premier lieu, on peut éventuellement admettre que le recourant dispose de la qualité pour recourir en son propre nom pour stabiliser le regroupement familial de son épouse auprès de lui, mais il n'est en tout cas pas habilité à recourir - sans procuration - au nom de son épouse et du fils de celle-ci. Puis, le recourant a formé son recours par télécopie uniquement, sans qu'un exemplaire original n'ait été transmis, et les motifs invoqués sont difficilement compréhensibles. Enfin, il n'est pas certain que l'intéressé, sous tutelle provisoire, ait conservé la capacité pour interjeter le présent recours, d'autant moins que la Tutrice générale a refusé de "l'accompagner pour recourir". La question de la recevabilité souffre néanmoins de rester indécise, puisque le recours doit de toute manière être rejeté aux motifs développés ci-après.
2. La loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20) est entrée en vigueur le 1er janvier 2008, abrogeant la loi fédérale du 26 mars 1931 sur le séjour et l'établissement des étrangers (LSEE). Selon l'art. 126 al. 1 LEtr, les demandes déposées avant l'entrée en vigueur de la LEtr sont régies par l'ancien droit. En l'espèce, les demandes portant sur la transformation des autorisations de séjour (permis B CE/AELE) en autorisations d'établissement ayant été formées le 4 décembre 2007, le litige doit être examiné à l'aune des dispositions de la LSEE.
3. a) L'art. 17 al. 2 LSEE prévoyait que le conjoint d'un étranger au bénéfice d'une autorisation d'établissement en Suisse avait droit à une autorisation de séjour aussi longtemps que les époux vivaient ensemble. Après un séjour régulier et ininterrompu de cinq ans, le conjoint avait lui aussi droit à une autorisation d'établissement. Les enfants célibataires âgés de moins de 18 ans avaient le droit d'être inclus dans l'autorisation d'établissement aussi longtemps qu'ils vivaient auprès de leurs parents. Ces droits s'éteignaient si l'ayant droit avait enfreint l'ordre public. Tel était a fortiori le cas s'il existait un motif d'expulsion au sens de l'art. 10 al. 1 LSEE, notamment lorsque l'étranger, ou une personne aux besoins de laquelle il était tenu de pourvoir, tombait d'une manière continue et dans une large mesure à la charge de l'assistance publique (art. 10 al. 1 let. d LSEE).
Conformément à l'art. 11 al. 1 du règlement d'exécution de la LSEE du 1er mars 1949, en vigueur jusqu'au 31 décembre 2007 (RSEE), avant de délivrer à un étranger une autorisation d'établissement, l'autorité examinait à nouveau de manière approfondie comment il s'était conduit jusqu'alors.
b) Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, dans l'application de l'art. 10 al. 1 let. d LSEE, il faut prendre en considération la situation actuelle de l'intéressé ainsi que son évolution probable. En outre, la notion d'assistance publique doit être interprétée dans un sens technique. C'est dire qu'elle comprend l'aide sociale traditionnelle et les revenus minima d'aide sociale, à l'exclusion des prestations d'assurances sociales, comme les indemnités de chômage. Pour déterminer si un étranger se trouve dans une large mesure à la charge de l'assistance publique, il faut tenir compte notamment du montant total des prestations versées à ce titre. Dans un arrêt du 5 février 1993, le Tribunal fédéral a considéré qu'un montant de quelque 80'000 fr. alloué sur un peu plus de cinq ans était important (ATF 2C_315/2008 du 27 juin 2008 consid. 3.2 et les arrêts cités 2A.161/1999 du 18 août 1999 consid. 6 et les références citées, ainsi que ATF 119 Ib 1 consid. 3a et b p. 6). Si la situation concerne un couple ou une famille, il faut en outre prendre en compte la disponibilité de chacun de ses membres à participer financièrement à cette communauté et à réaliser un revenu. Celui-ci doit être concret et vraisemblable et, autant que possible, ne pas apparaître purement temporaire (v. notamment ATF 125 II 633 consid. 3c; 122 II 1 consid. 3c; v. aussi ATF 2A.11/2001 du 5 juin 2001).
Dans le canton de Vaud, l'aide sociale vaudoise (ASV) et le revenu minimum de réinsertion (RMR) ont été regroupés par la nouvelle loi du 2 décembre 2003 sur l'action sociale vaudoise (LASV; RSV 850.051), entrée en vigueur le 1er janvier 2006, en une prestation unique appelée revenu d'insertion (RI; art. 1 ch. 2 et 27 LASV).
4. En l’espèce, B.X._, ressortissante brésilienne, a épousé un ressortissant italien au bénéfice d'une autorisation d'établissement (permis C) le 13 janvier 2003. Le couple a un enfant commun, C.X._, âgé de six ans et demi. L'enfant de l'épouse né au Brésil, A.Y._, âgé de 12 ans et demi, habite avec eux depuis maintenant deux ans et demi. L'intéressée est donc mariée depuis plus de cinq ans et la vie commune du couple n'a subi aucune interruption.
Toutefois, on constate que B.X._ n'a apparemment jamais exercé d'activité lucrative autorisée en Suisse, hormis semble-t-il au cours de l'année 2003, lorsqu'une demande de permis de travail avait été déposée par une société et acceptée par le Service de l'emploi. Il ne s'agissait cependant que d'un emploi à temps partiel, soit 10 heures par semaine, dont la rémunération n'aurait de toute manière pas permis de subvenir à l'entretien de la famille. Il n'est en outre pas établi que l'intéressée ait exercé durablement cette activité, voire même qu'elle l'ait commencé.
Il ressort en outre du dossier que la famille X._ a bénéficié des prestations de l'aide sociale, sous forme du RMR dès le mois de juin 2003 (2'430,15 fr. par mois), puis du RI dès le 1er janvier 2006. Le budget RI du mois d'avril 2007 fait état de prestations financières à hauteur de 3'365 fr. (forfait 2'375 fr. plus loyer 990 fr.), montant ramené à 3'295 fr. dès le mois d'octobre 2007. Cette aide est versée au couple et aux deux enfants et le budget RI précité ne fait état d'aucun salaire ou revenu. Il apparaît donc manifestement que toute la famille X._ bénéficie des prestations de l'aide sociale et que ni le père, ni la mère n'exercent une activité lucrative, voire sont en mesure d'assurer leur entretien, partant celui de leurs enfants. De surcroît, aucune pièce au dossier ne montre de perspectives concrètes d'amélioration de leur situation financière.
En l’état actuel, l'autorité intimée était justifiée à refuser la transformation de l'autorisation de séjour (permis B) en autorisation d'établissement (permis C).
B.X._ et son fils A.Y._ conservent la possibilité de présenter une nouvelle demande en cas d'évolution favorable de leur situation financière.
5. Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté dans la mesure où il est recevable et la décision attaquée confirmée. Les frais de justice sont laissés à la charge de l'Etat.