Decision ID: fc894a2c-51f8-5e76-a75c-dfded5d90fab
Year: 2014
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_011
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: social_law

considérant en fait
A. A._, né en 1948, marié, père de quatre enfants, domicilié dans le canton de Fribourg, a été victime d'un accident de la circulation le 12 mai 1996 au cours duquel il a perdu une oreille et qui a notamment déclenché chez lui un stress post-traumatique, ainsi que des maux de tête et des vertiges.
Il n'a pas repris son emploi de sommelier mais a été pris en charge par les services sociaux.
Il s'est annoncé auprès de l'assurance-invalidité et été mis au bénéfice, le 29 juin 1998, d'une demi-rente fondée sur un degré d'invalidité de 50%, puis d'une rente entière fondée sur un degré d'invalidité de 75%.
La rente entière a par la suite été confirmée au terme de procédures en révision d'office entreprises au début des années 2000 et dans le cadre desquelles des investigations, tant professionnelles que médicales, ont été menées.
A côté de cela, son assurance-accidents lui a octroyé une indemnité pour atteinte à l'intégrité par décision du 6 septembre 2001, mais a considéré dans le même temps qu'il ne pouvait prétendre à aucune rente car il n'était pas invalide.
B. A l'issue d’une nouvelle procédure en révision introduite en 2004, au cours de laquelle l'assuré a suivi un stage de réentraînement au travail puis a été soumis à une expertise psychiatrique, l'OAI a décidé le 10 octobre 2007 de supprimer la rente entière, considérant que son assuré n'était plus atteint dans sa santé mais que, aux dires de l'expert psychiatre, il continuait à entretenir un état psychique par le biais d'une simulation.
A._ a alors saisi la Cour de céans d’un recours le 9 novembre 2007.
Celui-ci fut rejeté le 9 avril 2010.
C. L’assuré a déposé deux « nouvelles » demandes de rente, le 3 janvier 2011, puis le 9 novembre 2012.
A chaque fois, l’OAI a refusé d’entrer en matière, par décision du 28 février 2011 et du 18 mars 2013.
D. A._ interjette recours contre la dernière décision de refus d’entrer en matière le 8 avril 2013. Il indique que son état de santé s’est fortement péjoré sur un plan psychique et qu’il doit régulièrement séjourner en hôpital psychiatrique.
Il a déposé une avance de frais de 800 francs le 6 mai 2013.
Dans ses observations du 10 juin 2013, l’OAI propose le rejet du recours, relevant que son assuré, pourtant invité à le faire, n’a pas su prouver l’aggravation de son état de santé.
A l’issue d’un second échange des écritures, les parties ont campé sur leurs positions, le recourant se prévalant de deux rapports médicaux de l’Hôpital psychiatrique et d’un troisième rapport émanant d’un psychiatre, l’OAI faisant pour sa part remarquer que la preuve de l’aggravation de l’état de santé était tardive, indiquant par ailleurs que son assuré venait de déposer à nouveau une « nouvelle » demande de rente le 23 juillet 2013.
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Il sera fait état des arguments, invoqués par les parties à l'appui de leurs conclusions, dans les considérants de droit du présent arrêt, pour autant que cela soit utile à la solution du litige.

en droit
1. Le recours, interjeté en temps utile et dans les formes légales auprès de l'ancienne autorité judiciaire compétente à raison du lieu ainsi que de la matière, est recevable, le recourant étant en outre directement atteint par la décision querellée et ayant dès lors un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit, cas échéant, annulée ou modifiée.
2. A teneur de l’art. 8 al. 1 de la loi fédérale du 6 octobre 2000 sur la partie générale du droit des assurances sociales (LPGA; RS 830.1), applicable par le biais de l'art. 1 al. 1 de la loi fédérale du 19 juin 1959 sur l'assurance-invalidité (LAI; RS 831.20), est réputée invalidité l'incapacité de gain totale ou partielle qui est présumée permanente ou de longue durée.
Cette incapacité de gain résulte, selon l'art. 7 LPGA, d'une atteinte à la santé physique, mentale ou psychique. Il n’y a toutefois incapacité de gain que si celle-ci n’est pas objectivement surmontable.
Ce n'est donc pas l'atteinte à la santé en soi qui est assurée, ce sont bien plutôt les conséquences économiques de celle-ci (ATF 127 V 294).
3. Selon l'art. 28 al. 1 LAI, l’assuré a droit à une rente lorsque sa capacité de gain ou sa capacité d'accomplir ses travaux habituels ne peut pas être rétablie, maintenue ou améliorée par des mesures de réadaptation raisonnablement exigibles (lit. a); qu'il a présenté une incapacité de travail (art. 6 LPGA) d'au moins 40% en moyenne durant une année sans interruption notable (lit. b); enfin, lorsque, au terme de cette année, il est invalide (art. 8 LPGA) à 40% au moins (lit. c). L'al. 2 prévoit que la rente est échelonnée selon le taux d’invalidité: à savoir qu'un taux d’invalidité de 40% au moins donne droit à un quart de rente; un taux de 50% au moins donne droit à une demi-rente; un taux de 60% au moins donne droit à trois quarts de rente; enfin, un taux de 70% au moins donne droit à une rente entière.
4. Selon l'art. 87 al. 4 du règlement du 17 janvier 1961 sur l'assurance-invalidité (RAI; RS 831.201), lorsque la rente ou l'allocation pour impotent a été refusée parce que le degré d'invalidité était insuffisant ou parce qu'il n'y avait pas d'impotence, la nouvelle demande ne peut être examinée que si les conditions prévues à l'al. 3 sont remplies.
D'après ce dernier alinéa, lorsqu'une demande de révision est déposée, celle-ci doit établir de façon plausible que l'invalidité ou l'impotence s'est modifiée de manière à influencer ses droits.
Dans le cadre de l'examen d'une nouvelle demande, il s'agira, par conséquent, d'appliquer par analogie les principes relatifs à l'examen de la révision de la rente au sens de l'art. 17 LPGA. Ainsi, pour déterminer si la modification des faits (relatifs à l'état de santé ou à la situation économique) suffit à admettre le droit à la prestation litigieuse, il y a lieu de comparer la situation telle qu'elle se présentait au moment de la décision de refus avec les circonstances existant au moment du prononcé de la nouvelle décision (ATF 130 V 343 consid. 3.5).
Tout changement important de ces dernières, propres à influencer le degré d'invalidité, peut donner lieu à révision. Il y a révision non seulement en cas de modification sensible de l'état de santé, mais aussi lorsque celui-ci est resté en soi le même, mais que ses conséquences sur la
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capacité de gain (ou d'exercer ses travaux habituels) ont subi un changement important (ATF 126 V 75 consid. 1b / VSI 2000 p. 314; VSI 1996 p. 192 consid. 2d; ATF 113 V 22 et les références).
5. Est en l’espèce litigieux le droit à la rente du recourant.
Il s’agit en substance de déterminer ici si l’état de santé du recourant s’est aggravé au point de lui permettre de prétendre à l’octroi d’une rente.
L’OAI lui oppose pour sa part un refus d’entrer en matière.
Le recourant ayant à l’époque bénéficié d’une rente entière, il s’agit de revenir brièvement sur les conditions tout à la fois de l’octroi de celle-ci en juin 1998, puis de sa suppression en octobre 2007, suppression confirmée par la Cour de céans dans son précédent arrêt du 9 avril 2010.
a) octroi d’une rente en juin 1998
Dans ce dernier arrêt (cf. 5S 07 459), la Cour de céans a retenu que le recourant avait été victime d'un accident de la circulation le 12 mai 1996, au cours duquel il avait perdu une oreille, plus précisément le pavillon de l’oreille droite, remplacé plus tard par deux implants rétro-auriculaires ainsi que par une prothèse.
Il avait par la suite développé un état de stress post-traumatique.
Un an plus tard, il subissait encore des vertiges et des céphalées. Des troubles de l'adaptation étaient également constatés et une incapacité de travail de 50% était alors attestée.
Dans ce contexte, encore marqué par une évolution dépressive, un suivi psychothérapeutique s’avérait nécessaire.
A la fin de l’année 1997, le recourant était encore très affecté au quotidien. Le Dr B._, psychiatre et psychothérapeute FMH, indiquait que l'état de santé s'était aggravé, son patient souffrant de « troubles neuropsychologiques en particulier de troubles mnésiques handicapants objectivés par un contrôle au service de neuropsychologie du CHUV ».
En février 1998, le Dr C._, spécialiste FMH en psychiatrie et psychothérapie, mandaté par l’assureur-accidents, décrétait que l'accident, aux circonstances dramatiques, avait occasionné chez le recourant un état de stress post-traumatique, sur lequel était venu s'installer un état dépressif majeur chronique.
L’incapacité de travail était même désormais estimée à 75%.
C'est dans ces conditions et sur la base de ces différents rapports qu'avait donc été octroyée la rente entière d'invalidité du recourant.
b) suppression de la rente en octobre 2007
Dans son arrêt du 9 avril 2010, la Cour de céans a confirmé la suppression de rente prononcée en octobre 2007, pour les raisons suivantes.
Une expertise psychiatrique réalisée à la Clinique D._, par le Dr E._, psychiatre FMH, concluait que le recourant n'était plus atteint ni de dépression, ni d'un état de stress , et qu’il n'existait chez lui plus aucune atteinte psychique invalidante: « ...Monsieur ne souffre d'aucune problématique psychique sévère ou invalidante, si ce n'est un trouble du comportement non pathologique à proprement parler (...). Ceci n'est néanmoins pas une maladie ».
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L’expert avait même évoqué une simulation.
A côté de cela, le psychiatre traitant laissait entendre que, plus de cinq ans après l'accident, l'origine des troubles présentés par le recourant n'était pas claire et qu'elle pouvait être influencée par des facteurs socio-professionnels dont il n'y aurait pas eu lieu de tenir compte. La Dresse F._, de la division autonome de neuropsychologie du CHUV, indiquait à son tour que l'origine des troubles n'était pas claire.
Il figurait au dossier d'autres rapports médicaux allant dans le sens de l’expert E._.
Le Dr G._, médecin auprès du Centre multidisciplinaire de la douleur, considérait que le recourant n'était pas invalide et qu’il ne pouvait dès lors prétendre à aucune rente.
C'était aussi l'avis du Dr H._, psychiatre FMH, qui évoquait pour sa part une névrose de rente, développée dans le cadre du contentieux avec les assurances.
L'amélioration de l'état de santé du recourant semblait en outre corroborée par ses propres déclarations émises au cours d’un entretien avec le service de placement professionnel de l'OAI au cours duquel il indiquait vouloir renouer des contacts sociaux et retrouver une activité.
La Cour de céans a par ailleurs estimé que son activité professionnelle, reprise dans un premier temps après l’accident, avait en fin de compte probablement été interrompue pour des raisons économiques et sociales plutôt que médicales.
Elle retenait au final que l’état de santé s’était amélioré à tel point qu’une suppression de la rente entière était justifiée.
Elle faisait même remarquer que le recourant tentait très vraisemblablement de se maintenir dans un contexte lui permettant de continuer à percevoir une rente. Il avait ainsi montré, que cela soit devant le corps médical ou lors des stages mis sur pied sur l’OAI, un caractère vindicatif ne sachant manifestement constituer une atteinte psychique invalidante, comme l'avaient du reste souligné les trois experts psychiatres amenés à se prononcer.
Il adoptait enfin un comportement contradictoire, affirmant par exemple souffrir de vertiges incessants ainsi que de troubles de la vue mais continuant néanmoins à conduire, et se plaignant d'être atteint de troubles psychiques mais n'envisageant toutefois pas sérieusement de se soigner, sinon par le biais d'une consommation médicamenteuse jugée inefficace par les médecins.
c) « nouvelles » demandes de rente
Le recourant a déposé une nouvelle demande de rente le 3 janvier 2011.
L’OAI a refusé d’entrer en matière le 28 février 2011 (dossier OAI, pièce 623).
Il a par la suite déposé une seconde « nouvelle » demande de rente le 9 novembre 2012 (dossier OAI, pièce 637).
Il indiquait être toujours atteint dans sa santé psychique depuis l’accident subi à l’époque : il avait d’ailleurs dû séjourner à deux reprises pendant plusieurs mois à l’Hôpital psychiatrique de Marsens.