Decision ID: df1645ea-0581-475a-922b-183254bddc1f
Year: 2010
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_009
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: 

En fait :
1. a)
Le 12 février 2009, U._ et W._ Sàrl ont signé un document intitulé « Mandat de gestion » par lequel le mandataire se chargeait de la comptabilité, de la gestion et de la fiscalité de la société W._ Sàrl pour la période allant du 1
er
janvier au 31 décembre 2009.
Le 24 février 2009, le mandataire a adressé à W._ Sàrl une facture n
o
2009-20 portant sur le montant de 1'455 fr. pour divers travaux relatifs à l’exercice comptable 2009. Le 17 mars 2009, une seconde facture n
o
2009-39 a été libellée pour le montant de 820 francs.
Par courrier du 11 mai 2009, W._ Sàrl s’est adressée au mandataire pour lui demander de rectifier ses notes d’honoraires pour l’année 2009, qui seraient entachées d’erreurs. Ce courrier comporte la mention « acceptation par l’entreprise : FR. 1'200,00 ».
b)
Par commandement de payer notifié le 13 mai 2009 dans le cadre de la poursuite n
o
5'049’597 de l'Office des poursuites de l’arrondissement de Lausanne-Est, U._ a requis de W._ Sàrl le paiement des sommes de 1) 1'465 fr. plus intérêts à 5 % l’an dès le 12 mars 2009, et 2) 830 fr. plus intérêts à 5 % l’an dès le 28 mars 2009, plus 70 fr. de frais de commandement de payer et 11 fr. 90 de frais d'encaissement, indiquant comme cause de l'obligation : « 1) Note d’honoraires n
o
2009-20. 2) Note d’honoraires n
o
2009-39. » La poursuivie a formé opposition totale.
2.
Par prononcé du 28 octobre 2009, le Juge de paix du district de Lavaux-Oron a rejeté la requête de mainlevée et mis les frais, par 150 fr., à la charge du poursuivant. Il n’a pas alloué de dépens.
Par acte du 29 octobre 2009, le poursuivant a requis la motivation du prononcé. Les motifs ont été expédiés le 30 novembre 2009. En bref, le premier juge a considéré que le dossier ne contenait aucun titre de mainlevée.
Par acte du 1
er
décembre 2009, le poursuivant a recouru contre ce prononcé, concluant
à la mainlevée à tout le moins partielle pour le motif que la débitrice avait reconnu une partie de la dette dans sa lettre du 11 mai 2009.
Le recourant a déposé dans le délai imparti un mémoire ampliatif.
L’intimée n’a pas procédé.

En droit :
I.
La demande de motivation a été formée en temps utile (art. 54 al. 1 LVLP [
loi du 18 mai 1955 d'application dans le Canton de Vaud de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite]; RSV 280.05).
Le recours, déposé dans les dix jours dès réception du prononcé, en temps utile également, comporte des conclusions valablement formulées. Le recours est ainsi recevable à la forme (art. 57 al. 1 et 58 al. 1 LVLP, art. 461 ss CPC [Code de procédure civile du 14 décembre 1966]; RSV 270.11).
II. a)
Selon l'art. 82 al. 1 LP (loi fédérale du 11 avril 1889 sur la poursuite pour dettes et la faillite, RS 281.1), le créancier dont la poursuite se fonde sur une reconnaissance de dette constatée par acte authentique ou sous seing privé peut requérir la mainlevée provisoire de l'opposition au commandement de payer.
Constitue une telle reconnaissance l'acte d'où résulte la volonté du poursuivi de payer au poursuivant une somme d'argent déterminée et échue, sans réserve ni condition (ATF 130 III 87, JT 2004 II 118; ATF 122 III 125, JT 1998 II 82; Panchaud/Caprez, La mainlevée d'opposition, § 1; Gilliéron, Commentaire de la loi sur la poursuite pour dettes et la faillite, n. 29 ad art. 82 LP). Pour qu'un écrit public, authentique ou privé ou qu'un ensemble d'écrits vaille reconnaissance de dette, il doit en ressortir, sur la base d'un examen sommaire, que le poursuivi a assumé une obligation de payer ou de fournir des sûretés, donc une créance exigible, chiffrée et inconditionnelle, car si la reconnaissance de dette n'est pas pure et simple, le poursuivant, pour obtenir la mainlevée provisoire, doit rapporter la preuve littérale que les conditions ou réserves sont devenues sans objet (Gilliéron, op. cit., n. 40 ad art. 82 LP). Enfin, le titre produit pour valoir reconnaissance de dette et titre à la mainlevée provisoire ne justifie la mainlevée provisoire de l'opposition que si le montant de la prétention déduite en poursuite est chiffré de façon précise dans le titre lui-même ou dans un écrit annexé auquel la reconnaissance se rapporte; cette indication chiffrée doit permettre au juge de la mainlevée de statuer sans se livrer à des calculs compliqués et peu sûrs (Gilliéron, op. cit., n. 42 ad art. 82 LP).
En l’espèce, la seule pièce comportant la signature du représentant de l'intimée et faisant état d'un montant, donc susceptible de constituer une reconnaissance de dette, est la lettre du 11 mai 2009. L'intimée y demande au recourant de rectifier ses notes d'honoraires 2009, tout en désignant certains travaux jugés corrects par elle et se traduisant par l'acceptation par l'entreprise d'un montant de 1'200 francs. L'acceptation signifie ici dans son sens littéral l’admission de la dette pour le montant indiqué (voir casuistique in Panchaud/Caprez, op. cit., § 1).
III.
Il se justifie dès lors d'admettre le recours et de réformer le prononcé en ce sens que la mainlevée est accordée pour le montant de 1'200 fr. avec intérêt à 5 % l’an dès le lendemain de la notification de la poursuite. Le recourant a droit à des dépens réduits de première instance, mais à de pleins dépens de deuxième instance dès lors qu'il y a réduit ses conclusions au montant de la reconnaissance de dette.