Decision ID: a8899bcf-094d-4764-a7c4-35ad76a23646
Year: 2021
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_003
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

En fait :
A.
Par jugement du 5 mai 2021, le Tribunal correctionnel de l’arrondissement de Lausanne a notamment constaté qu’D._ s’est rendu coupable de vol en bande et par métier, vol par métier, brigandage, utilisation frauduleuse d’un ordinateur par métier, séjour illégal et exercice d’une activité lucrative sans autorisation et contravention à la Loi fédérale sur les stupéfiants (IX), l’a condamné à une peine privative de liberté de 34 mois, sous déduction de 308 jours de détention préventive subie avant jugement (X), une partie de la peine portant sur 17 mois étant suspendue durant un délai d’épreuve de 5 ans (XI) et a ordonné la confiscation et la destruction de divers objets, dont notamment un portable Huawei n° d’appel [...] (XVI).
B.
Par annonce du 12 mai 2021, puis déclaration motivée du 5 juillet 2021, D._ a formé appel contre ce jugement, en concluant, avec suite de frais et dépens, en ce sens que le téléphone portable Huawei soit détruit «
après qu’une sauvegarde des fichiers de l’appareil soit enregistrée et produite à l’appelant
».
Par avis du 10 août 2021, le Président de la Cour de céans a informé les parties qu’en application de l’art. 406 al. 1 CPP, l’appel serait d’office traité en procédure écrite. Un délai au 20 août 2021 a été imparti à D._ pour déposer un éventuel mémoire complémentaire.
Par écrit du 20 août 2021, D._ a déclaré qu’il n’entendait pas déposer un mémoire complémentaire.
C.
D._ ne conteste ni les faits retenus à son encontre ni les infractions constatées dans le jugement du 5 mai 2021, de telle sorte qu’on peut s’y référer intégralement.
Pour ce qui concerne la procédure d’appel, on se limitera à mentionner qu’D._, lors de son interpellation policière en date du 3 juillet 2020, était en possession d’un téléphone portable de marque Huawei n° d’appel [...]. A cette occasion, il a déclaré que cet appareil lui appartenait et qu’il en avait fait l’acquisition dès son arrivée en Suisse (PV aud. 1, R. 7). Le téléphone a été saisi le jour-même.
Par ordonnance du 9 novembre 2020, le Ministère public de l’arrondissement de Lausanne a séquestré le téléphone portable de marque Huawei n° d’appel [...] en vue de sa destruction.

En droit :
1.
1.1
Interjeté dans les formes et délais légaux (art. 399 CPP [Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007 ; RS 312.0]) par une partie ayant qualité pour recourir contre le jugement d’un tribunal de première instance qui a clos la procédure (art. 398 al. 1 CPP), l’appel d’D._ est recevable.
1.2
Dès lors qu’il ne porte que sur la question de la mesure accessoire de l’art. 69 CP (Code pénal du 21 décembre 1937 ; RS 311.0), l’appel relève de la procédure écrite (art. 406 al. 1 let. e CPP).
2.
Aux termes de l’art. 398 CPP, la juridiction d’appel jouit d’un plein pouvoir d’examen sur tous les points attaqués du jugement (al. 2). L’appel peut être formé pour (a) violation du droit, y compris l’excès et l’abus du pouvoir d’appréciation, le déni de justice et le retard injustifié, (b) constatation incomplète ou erronée des faits et (c) inopportunité (al. 3).
L’appel doit permettre un nouvel examen au fond par la juridiction d’appel. Celle-ci ne doit pas se borner à rechercher les erreurs du juge précédent et à critiquer le jugement de ce dernier ; elle doit tenir ses propres débats et prendre sa décision sous sa responsabilité et selon sa libre conviction, qui doit reposer sur le dossier et sa propre administration des preuves. L’appel tend à la répétition de l’examen des faits et au prononcé d’un nouveau jugement (Eugster, Basler Kommentar, Schweizerische Strafprozessordnung, Jugendstrafprozessordnung, 2
e
éd., Bâle 2014, n. 1 ad art. 398 CPP).
3.
3.1
Sans contester la destruction du téléphone portable lui ayant servi à la commission des infractions, l’appelant sollicite une mesure préalable à cette destruction, soit la sauvegarde de fichiers contenus dans le téléphone confisqué.
3.2
Selon l’art. 69 al. 1 CP, le juge prononce la confiscation des objets qui ont servi ou devaient servir à commettre une infraction, si ces objets compromettent la sécurité des personnes, la morale ou l’ordre public. Cette disposition ne vise pas la protection des intérêts du lésé, mais remplit une fonction préventive, consistant à empêcher que certains objets dangereux soient utilisés à nouveau pour menacer la sécurité des personnes, la morale ou l’ordre public (ATF 137 IV 249 consid. 4.4). Selon l’art. 69 al. 2 CP, le juge peut ordonner que les objets confisqués soient mis hors d’usage ou détruits. Il s’agit d’éviter que la mise en circulation de ces biens ne permette la commission d’autres infractions (Dupuis et alii, PC CP n. 22 ad art. 69 CP).
La confiscation à des fins de sécurité porte atteinte à la garantie de la propriété et doit en conséquence respecter le principe de proportionnalité (ATF 123 IV 55 consid. 3a ; 121 IV 365 consid. 8b ; 117 IV 345 consid. 2a). Conformément à ce principe, non seulement la mesure restrictive doit être apte à produire le résultat escompté, mais encore faut-il qu’elle soit seule à même de le faire, c’est-à-dire qu’il n'y en ait pas d’autres, plus respectueuses des libertés, qui soient efficaces. En matière de confiscation, la réalisation de l’objet confisqué doit être considérée comme la mesure la moins grave (TF 6B_381/2008, arrêt du 30 septembre 2008).
3.3
L’appelant a indiqué aux débats de première instance vouloir récupérer son téléphone (jugement en p. 8). En appel, il ne conteste pas la destruction de son téléphone ordonnée par les premiers juges, mais demande une extraction préalable des fichiers qui contiendraient des images ou des messages personnels. Cette requête apparaît toutefois tardive et insuffisamment motivée. La conclusion tendant à l’extraction des données n’est ainsi formulée pour la première fois qu’en deuxième instance, alors qu’il appartenait au requérant d’indiquer dès l’enquête, et pour pouvoir le cas échéant procéder valablement à une sauvegarde, les fichiers concernés et offrir un moyen adéquat pour y procéder, comme une clef USB. Il lui appartenait également d’indiquer le code d’accès au téléphone et de participer au tri des données, de manière à ce que l’autorité puisse concrètement vérifier qu’aucune donnée illicite, comme des contacts avec des comparses, ne puissent lui être transmises. Faute d’avoir procédé de la sorte en temps opportun, il ne peut être donné suite à sa requête en deuxième instance, dans le cadre d’une procédure écrite. L’appelant pourra le cas échéant s’adresser à l’Office d’exécution des peines pour fournir les indications requises avant la destruction du téléphone.
4.
En définitive, l’appel d’D._ doit être rejeté et le jugement entrepris intégralement confirmé.
Me Jean-Pierre Bloch, défenseur d’office, a droit à une indemnité pour la procédure d'appel. Il n’a toutefois pas produit une liste des opérations. Au vu de la nature de l’affaire – laquelle ne présentait pas de complexité juridique particulière -, c’est une indemnité d'un montant de 593 fr. 30, correspondant à 3 heures d'activité au tarif horaire de 180 fr. pour la rédaction de la déclaration et du mémoire d’appel, 10 fr. 80 de débours (2% des honoraires) et de 42 fr. 50 de TVA, qui sera allouée au défenseur d'office de l’appelant.
Vu l’issue de la cause, les frais de la procédure d’appel, soit l’émolument de jugement par 770 fr. (art. 21 al. 1 et 2 TFIP [Tarif des frais de procédure et indemnités en matière pénale du 28 septembre 2010 ; BLV 312.03.1]) et l'indemnité du défenseur d'office de l'appelant, par 593 fr. 30, seront mis à la charge d’D._ qui succombe (art. 428 al. 1, 1
re
phrase, CPP).