Decision ID: f5d74505-ab4a-5c0c-9371-80ca3e9c3ea5
Year: 2012
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
A.
Par acte reçu le 9 mars 2012 au greffe du Tribunal pénal, transmis le même jour au greffe de la Chambre de céans, T_ recourt contre la décision par laquelle, le 6 précédent, le Tribunal correctionnel a ordonné son placement en détention de sûreté.
Il conclut à l’annulation de cette décision et à sa mise en liberté immédiate, subsidiairement moyennant dépôt de ses passeports suisse et français, voire d'une caution dont il laisse fixer le montant par la Chambre de céans.
B.
Il résulte du dossier les faits pertinents suivants :
a.
Ressortissant suisse et français, né au Tibet en 1961, T_ est enseignant en philosophie bouddhique. Arrêté le 26 mars 2009 sous l’inculpation d’actes d’ordre sexuel avec la fille, née en 1992, que son épouse avait eue d’un premier lit, il a admis avoir entretenu des relations sexuelles avec elle entre 2004 et 2008, mais nié toute contrainte et sodomie. Il a été relaxé le jour même. La procédure a été communiquée le 25 novembre 2010, et l’acte d’accusation transmis au Tribunal correctionnel le 28 septembre 2011. T_ s’y voyait reprocher des actes répétés, entre 2001 et 2008, de contrainte sexuelle, de viols et d’actes d’ordre sexuel avec des enfants. À l’audience de jugement du 6 mars 2012, il a maintenu ses explications antérieures.
b.
Selon dispositif prononcé et notifié le même jour, le Tribunal correctionnel a suivi les réquisitions du Ministère public et condamné T_ à une peine privative de liberté de six ans.
c.
Sur demande du Ministère public, le Tribunal correctionnel, après avoir entendu les parties, a, en outre, ordonné le placement de T_ en détention à des fins de sûreté. Dans sa décision sur ce point, séparément motivée et présentement querellée, il rappelle avoir condamné celui-ci à une peine d’emprisonnement de six ans et considère que les risques de fuite et de réitération sont concrets.
C. a.
À l’appui de son recours, T_ fait valoir sa résidence en Suisse depuis 22 ans et ses attaches familiales, notamment avec ses enfants. Ses liens avec son frère et son oncle en France étaient relâchés, sinon inexistants, depuis plusieurs années. Il s’était présenté à la lecture du jugement, alors même qu’il savait que son placement en détention avait été requis. Il ne présentait pas de risque de récidive, puisqu’il n’avait pas effectué de détention préventive et qu’il avait organisé lui-même la mise en place du traitement préconisé par l’expert.
b.
Tant le Ministère public que le Tribunal correctionnel concluent au rejet du recours.
c.
Par fax du 16 mars 2012, T_ a déclaré renoncer à répliquer.
D.
Le délai d’appel contre le jugement, notifié sur-le-champ, est venu à échéance le 16 mars 2012, sans avoir été utilisé.

EN DROIT
Le recours a été interjeté, en temps utile, contre une décision du Tribunal correctionnel ordonnant un placement en détention de sûreté. Dans un arrêt récent (
ACPR/42/2012
), la Chambre de céans s’est demandée, dans une situation similaire, si elle resterait compétente lorsque le recourant interjetait appel de sa condamnation. Tel n’est pas le cas en l’occurrence. En outre, le texte de l’art. 222 CP, à teneur duquel toute décision de mise en détention pour des motifs de sûreté est sujette à recours, n’instaure d’exception que si une telle décision émane de la direction de la procédure de la juridiction d’appel, et la doctrine (M. NIGGLI / M. HEER / H. WIPRÄCHTIGER,
Schweizerische
Strafprozessordnung / Schweizerische Jugendstrafprozessordnung
, Basler Kommentar StPO/JStPO, Bâle 2011, n. 3 ad art. 231 ; A. DONATSCH / T. HANSJAKOB / V. LIEBER [éd.],
Kommentar
zur Schweizerischen Strafprozessordnung (StPO
), Zurich 2010, n. 7 ad art. 231) pose, sans grands développements, la recevabilité du recours contre les décisions rendues, comme en l’espèce, en application de l’art. 231 CPP.
Reste à savoir si le condamné conserve un intérêt juridiquement protégé à en obtenir l'annulation (art. 382 al. 1 CPP) lorsque, comme en l’espèce, le jugement dont la mise en détention de sûreté visait à assurer l’exécution (cf. art. 231 al. 1 let. a CPP) devient définitif pendant la saisine de l’autorité de recours. En effet, les peines doivent être exécutées sans retard, et l’exécution d’un jugement pénal en force s’entend d’une exécution à bref délai (A. KUHN / Y. JEANNERET [éd.],
Commentaire romand
:
Code de procédure pénale suisse
, Bâle 2011, n. 15 ad art. 439). Or, le recourant ne fait valoir aucun argument justifiant de différer l’exécution de la peine privative de liberté. On ne voit pas non plus qu’il puisse se prévaloir d’un droit à choisir le moment de celle-ci. Il n’invoque pas davantage – à la différence de l’
ACPR/42/2012
précité – la violation de garanties de procédure, par exemple de son droit d’être entendu avant la décision sur la question spécifique du placement en détention à des fins de sûreté. Il ne peut donc pas se prévaloir aujourd’hui encore d’un intérêt juridiquement protégé à obtenir l’annulation de la décision attaquée.
Il s’ensuit que le recours doit être déclaré irrecevable (
ACPR/342/2011
), frais à la charge de son auteur (art. 428 al. 1, 2
e
phrase, CPP).
* * * * *