Decision ID: 35fe20b9-93d5-55f9-b183-2eb8610bf9aa
Year: 2004
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1. Monsieur J.-P. C. est fonctionnaire auprès de la Ville de Genève (ci-après : la Ville) depuis 1985, en qualité d’architecte-paysagiste auprès du service des espaces verts et de l’environnement (ci-après : SEVE).
à ce titre, il est responsable de la planification, de l’organisation et de la surveillance des chantiers et des travaux d’entretien des parcs et espaces verts de la Ville, pour la rive droite.
Les tâches liées à sa fonction sont détaillées dans un cahier des charges daté du 4 mai 1999.
2. Dans le courant du mois de décembre 2001, le conseil administratif de la Ville a ordonné l’ouverture d’une enquête administrative à l’encontre de la direction du SEVE. Cette enquête portait notamment sur trois éléments :
- irrégularité dans la procédure de recyclage et de vente du bois et utilisation du matériel et des véhicules du service à des fins privées ;
- procédure budgétaire du service, notamment quant au dépassement de crédits et les procédures internes de planification des travaux, d’achat d’arbres, etc. ;
- gestion des ressources humaines et rôles des cadres, notamment quant à la dégradation de l’ambiance dans l’ensemble du service.
3. Dans un premier temps, l’enquête fut ouverte contre trois personnes, soit Messieurs R. B., directeur du service, M. L., chef de secteur et subordonné de M. C. et C. C., aide horticulteur.
4. Au cours des auditions liées à cette enquête, il a été établi que M. C. avait donné instructions à une entreprise mandatée par la Ville, d’établir une facture ne reflétant pas la réalité. De même, il est apparu que l’entreprise L.-S., mandatée pour l’exécution de travaux, pour le compte du SEVE, dans le cadre du réaménagement des sentiers piétonniers du Bois-des-Frères, avait effectué, pendant cette même période, des travaux sur la propriété privée de M. C., sise au chemin de Cayla.
Interpellé sur ce fait le 11 avril 2002, M. C. a, dans un premier temps, nié tout lien de nature privée avec cette entreprise, puis a reconnu qu’il l’avait mandatée pour des travaux dans sa propriété privée. Lors de l’audition, M. C. a précisé que ces travaux avaient fait l’objet d’une facture de l’entreprise en février 2002. Il a tout d’abord refusé d’indiquer le montant de cette facture et demandé un délai de réflexion d’une semaine pour décider s’il acceptait de la présenter aux enquêteurs.
5. Le 17 avril 2002, sur proposition du service des ressources humaines, le conseil administratif de la Ville a décidé d’ouvrir une enquête administrative à l’encontre de M. C..
à cette occasion, de nombreuses pièces furent examinées par les enquêteurs qui auditionnèrent divers témoins mettant en cause M. C., soit Messieurs M., L., Co. et B.. Certains procès-verbaux de l’enquête générale furent, avec l’accord de M. C., versés à la procédure administrative le concernant. Ce dernier fut entendu à trois reprises, soit les 13, 21 et 29 mai 2002.
L’enquête ouverte à l’encontre de M. C. portait sur deux éléments distincts soit, d’une part, les procédures budgétaires du SEVE et, d’autre part, les travaux qu’il avait fait effectuer par l’entreprise L.-S. à son domicile privé.
6. Le 19 juin 2002, le conseil administratif de la Ville a déposé une plainte pénale auprès du Parquet du Procureur Général à l’encontre de M. C., avec constitution de partie civile pour faux dans les titres, corruption passive et subsidiairement acceptation d’un avantage.
Cette plainte a été classée par décision du 18 février 2003. Il ressortait de l’instruction que M. C. n’avait, dans le cadre du mandat avec l’entreprise L.-S., pas sollicité ni obtenu d’avantage lié spécifiquement à sa fonction et partant indu. De même, l’infraction de faux dans les titres ne saurait être retenue dans le cas d’espèce. Partant, le comportement reproché à M. C. ne réalisant pas les éléments constitutifs des infractions prévues aux articles 251 et 322ter et suivants du code pénal suisse du 21 décembre 1937 (
RS 311.0
- CP), l’absence d’inculpation était fondée.
MM. C., R. et L. ont été entendus dans le cadre de l’enquête pénale. Ce dernier a notamment déclaré : « Lorsque M. C. m’a demandé le devis pour ces travaux privés, je savais évidemment qu’il travaillait au SEVE. Je n’ai pas vu ou pressenti d’avantage particulier par rapport à cette situation si ce n’est que M. C. m’aurait connu encore un peu plus dans le cadre de l’activité de mon entreprise et j’espérais également pouvoir toujours être appelé pour soumissionner dans les appels d’offres du SEVE ».
7. Il ressort d’un procès-verbal de séance du SEVE du 23 septembre 2002 que suite à l’ouverture de la procédure pénale à son encontre, M. C. était temporairement déplacé au service des pompes funèbres et cimetières et, pour le moment, déchargé de ses dossiers au SEVE.
8. Le 23 novembre 2002, un article est paru dans la Tribune de Genève, relatant, de manière anonyme, le cas de M. C. et les faits qui lui étaient reprochés.
9. Par courrier du 4 mars 2003, M. C. a demandé sa réintégration au sein du SEVE. Une telle demande avait déjà été faite le 28 septembre 2002.
10. Le conseiller administratif chargé du département des affaires sociales, des écoles et de l'environnement l’a informé le 12 mars 2003 du fait que sa réaffectation au SEVE était refusée, ce jusqu’à ce que les enquêteurs administratifs aient rendu leurs conclusions et que le conseil administratif décide d’une éventuelle sanction administrative.
11. Le 14 avril 2003, le conseil de M. C. s’est adressé au chef du service des ressources humaines de la Ville ainsi qu’au secrétaire-juriste du conseil administratif.
Il relevait notamment que l’enquête ouverte à l’encontre de son mandant consacrait une violation patente du droit d’être entendu de ce dernier, elle n’avait été menée qu’à charge et non à décharge et, avait donné lieu au dépôt intempestif d’une plainte pénale dénuée de tout fondement. Enfin, tout grief portant sur d’autres faits que ceux visés dans le courrier du conseil administratif du 17 avril 2002, devait faire l’objet d’un élargissement de leur saisine, puis d’enquêtes complémentaires effectuées en respectant le droit d’être entendu de M. C..

12. Par décision du 21 mai 2003, le conseil administratif a infligé un blâme à M. C., estimant qu’il portait une certaine responsabilité dans la mauvaise gestion comptable du service, qu’il n’avait pas rempli sa mission avec la rigueur que le conseil administratif était en droit d’attendre de la part d’un fonctionnaire auquel étaient confiées les responsabilités qui étaient les siennes et, qu’enfin, des faits graves, en contradiction flagrantes avec les normes et procédures en vigueur au sein de l’administration municipale avaient été mis à jour. Les éléments suivants étaient cités à titre d’exemple :
a)
Chantier du Bois-des-Frères
Commencement des travaux, par l’entreprise L.-S. en 2000 - alors qu’il n’y avait pas de couverture budgétaire en 2000 pour un tel chantier - sans que la direction en ait été informée. Violation flagrante des instructions du magistrat et de la direction du service. Non respect des procédures budgétaires ayant entraîné un dépassement de l’ordre de CHF 170'000.-.
b)
Chantier des jardins du Rhône
Dépassement de CHF 30'000.- sans information ni autorisation de la direction.
c)
Cheminement du parc Trembley
Dépassement de CHF 15'000.-.
d)
Bois de la Bâtie
Dépassement de CHF 10'000.-.
e)
Pataugeoire de Mon Repos
Dépassement de CHF 30'000.- dont CHF 21'500.- concernent l’entreprise L.-S..
f)
Entreprise M. M.
Travaux effectués sans lettre de commande
g)
Factures de l’entreprise Cu.
Facture pour des travaux effectués en 2001 remplacée par une facture portant le même numéro et la même date mais pour une intervention fictive du 8 janvier 2002.
M. C. avait par ailleurs mandaté l’entreprise L.-S. pour des travaux effectués dans sa propriété privée. Interrogé à ce sujet, il avait d’abord nié les faits puis donné des explications contradictoires. Pour M. B., chef du SEVE entendu le 2 mai 2002, le fait qu’un employé mandate à des fins privées une entreprise qui travaille régulièrement pour le SEVE, devait être qualifié de faute grave.
13. Le 12 juin 2003, le conseil de M. C. s’est à nouveau adressé au conseil administratif de la Ville afin de demander la réintégration de son mandant.
Cela faisait maintenant plus d’une année qu’il avait été déplacé au service des pompes funèbres et cimetières. Les conclusions de l’enquête administrative étant connues, il convenait désormais de se prononcer sur sa requête. Enfin, il était impératif que les employés du SEVE soient informés des résultats de l’enquête pénale dont il avait fait l’objet.
14. M. C. a recouru contre la décision du conseil administratif de la Ville auprès du tribunal de céans le 26 juin 2003. Il conclut à son annulation, à ce qu’il soit constaté qu’il n’y avait pas lieu de prononcer une sanction disciplinaire à son encontre ainsi qu’au versement d’une équitable indemnité de procédure.
En procédant, en son absence, à l’audition de MM. M., Co. et B., les 30 avril et 13 mai 2002, la Ville avait grossièrement violé son droit d’être entendu. Par conséquent, les procès-verbaux relatifs à ces audiences devaient être annulés. Les faits avaient d’ailleurs été constatés de manière inexacte. Enfin, les griefs retenus ne sauraient justifier une sanction disciplinaire dès lors qu’il avait déjà dû faire face à une procédure pénale injustifiée et à un déplacement dans un autre service.
15. Le conseil administratif de la Ville a fait parvenir ses observations au recours le 5 septembre 2003.
La violation du droit d’être entendu alléguée par le recourant pouvait aisément être réparée par l’audition de MM. M., Co. et B. par devant le Tribunal de céans. Partant, à elle seule, cette atteinte ne saurait fonder une annulation des procès-verbaux litigieux, soit de la décision querellée. M. C. avait par ailleurs eu connaissance des procès-verbaux de tous les témoignages.
De même, contrairement aux affirmations du recourant, les faits avaient été constatés avec impartialité puisque seuls les faits établis et pertinents avaient été retenus dans le cadre de la décision querellée.
Or, de par ses agissements, le recourant avait violé, à plusieurs titres, ses devoirs de service tels que définis par le statut du personnel de l’administration municipale. Il avait ainsi violé ses obligations professionnelles, les directives internes du service, son cahier des charges, ainsi que les instructions de la hiérarchie en permettant, seul, des dépassements de crédits sur plusieurs chantiers. Il avait par ailleurs, dans le cadre de travaux effectués sur sa villa par l’entreprise L.-S., bénéficié d’un rabais de 15 %, demandé et obtenu que la majeure partie du prix soit facturée « au noir », bénéficié d’un important crédit et, en dernier lieu, obtenu de l’entreprise qu’elle falsifie la date d’une quittance. Or, ces avantages avaient manifestement été accordés au recourant en sa qualité de fonctionnaire du SEVE. Enfin, M. C. était l’instigateur d’une infraction à la législation sur la TVA.
Le conseil administratif de la Ville relevait en dernier lieu que la sanction infligée au recourant n’était pas arbitraire et parfaitement proportionnée au vu de l’intégralité des faits qui lui étaient reprochés.
16. a. M. C. a répliqué le 14 novembre 2003.
L’intimé ne démontrait aucunement en quoi il aurait violé le statut du personnel et les instructions de sa hiérarchie. Pour ce qui était de l’instigation à une infraction à la législation sur la TVA et la production d’une quittance antidatée, il ne s’agissait pas là d’infractions susceptibles de constituer le fondement d’une sanction sur le plan administratif dès lors que ces faits étaient intervenus dans un cadre totalement privé.
Le prononcé d’une sanction était injustifié. Quand bien même le blâme pouvait être considéré comme une sanction légère, il s’inscrivait dans une série de mesures extrêmement sévères prises à son encontre.
b. Dans sa duplique du 9 janvier 2004, le conseil administratif de la Ville a persisté dans ses précédentes explications précisant pour le surplus qu’une faute extra professionnelle pouvait également être prise en compte dans la violation des devoirs de service dans la mesure où elle confirmait la tendance de l’intéressé à ne pas respecter les lois et règlements. Enfin, il rappelait que le seul grief ici recevable était celui ayant trait au blâme. Les arguments du recourant relatifs à son déplacement étaient par contre irrecevables.
17. Le 22 janvier 2004, le juge délégué a informé les parties que la procédure pénale lui avait été communiquée par le Parquet et qu’elle pouvait être consultée au greffe du Tribunal administratif.
18. Les parties ont été informée le 23 avril 2004 que la cause était gardée à juger.
EN DROIT
1. Fonctionnaire de la Ville de Genève, le recourant est soumis au statut du personnel de l’administration municipale du 3 juin 1986 (LC 21 151 ; ci-après : le statut).