Decision ID: d82c8ee6-2265-57e7-81f8-43a5725cedbd
Year: 2013
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_009
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par courrier expédié le 21 mai 2013, A_ entreprend le jugement du Tribunal de police du 13 mai 2013, dont les motifs ont été notifiés à une date qui ne résulte pas du dossier, par lequel il a été reconnu coupable d’infraction aux art. 19 al. 1 et 19 a ch. 1 de la loi fédérale sur les stupéfiants et les substances psychotropes du 3 octobre 1951 (LStup ;
RS 812.121
), de recel (art 160 ch. 1 du Code pénal du 21 décembre 1937 [CP ;
RS 311.0
]) et de séjour illégal (art. 115 al. 1 let. b de la loi fédérale sur les étrangers du 16 décembre 2005 [LEtr ;
RS 142.20
]), condamné à une peine privative de liberté de 10 mois, sous déduction de la détention subie avant jugement, ainsi qu’à une amende de CHF 200.– (peine privative de liberté de substitution : deux jours), maintenu en détention pour motifs de sûreté et condamné aux frais de la procédure par CHF 606.– ainsi qu’à un émolument complémentaire de CHF 600.–.
b.
Par acte du 17 juin 2013, A_ conclut à son acquittement du chef d’accusation de recel et à la réduction de la peine, soit à sa condamnation à une peine privative de liberté de 10 mois (
sic
).
c.
Selon l'acte d'accusation du 19 mars 2013, il est reproché à A_ d'avoir :
-
le 2 mars 2013, détenu dans l'appartement sis _, 46,2 g de cocaïne, conditionnée sous forme de 50 boulettes et sept gouttes, dont 43,2 g étaient destinés à la vente ;
-
aux alentours du 22 février 2013, acquis, à la rue _, à une personne d'origine arabe qu'il ne connaissait pas, pour le prix de CHF 200.–, un ordinateur portable de marque DELL volé dans la nuit du 15 au 16 février 2013 dans la voiture de B_, alors qu'il savait ou à tout le moins devait penser que cet objet était de provenance douteuse, soit notamment qu'il provenait d'un vol ;
- séjourné sur le territoire suisse, à Genève, sans être au bénéfice des autorisations nécessaires et alors qu'il est dépourvu d'un passeport valable indiquant sa nationalité, entre le 11 octobre 2012, soit le lendemain de sa dernière sortie de prison, et le 2 mars 2013 ;
- consommé 1,5 g de cocaïne le 1er mars 2013 et détenu, le lendemain, 3 g destinés à sa consommation personnelle.
B.
Les faits pertinents pour l'issue du litige sont les suivants :
a.
Le 17 février 2013, B_ a déposé plainte pénale pour le vol par effraction commis dans sa voiture, lors duquel son ordinateur portable de marque DELL avait été subtilisé.
b.
Ayant constaté que cet ordinateur s'était connecté à l'adresse IP correspondant aux raccordements téléphoniques d'un appartement sis _, la police est intervenue sur les lieux le 2 mars 2013, procédant à l'arrestation de plusieurs individus, dont A_, et à la saisie, en ce qui le concerne, de l'ordinateur volé ainsi que de 50 boulettes et sept gouttes de cocaïne d'un poids de 46,2 g.
c.
Lors de son audition par la police, A_ a admis que la drogue lui appartenait. Il l'avait acquise et conditionnée. Il devait l’écouler puis remettre CHF 1950.– à son vendeur. Il avait acquis l'ordinateur une semaine plus tôt, dans le quartier des Pâquis. Alors qu'il se trouvait dans un bar où un ami lui avait indiqué qu'un Arabe cherchait à vendre un tel appareil, il était sorti et avait rencontré l'individu, qui l'avait conduit jusqu'à sa voiture. L'homme avait articulé le prix de CHF 400.– puis avait accepté de le réduire à CHF 200.–. A_ pensait sincèrement que cet objet appartenait à son vendeur. Il n'avait cependant aucun moyen de le retrouver. Lorsqu'il avait branché l'ordinateur à son domicile, il avait réalisé qu'il y avait un code et n'y avait plus touché. Sans passeport se trouvait en Guinée.
d.
Devant le Ministère public, A_ a précisé qu'il n'avait pas pensé que l'ordinateur pouvait provenir d'un vol. Son vendeur était bien habillé. Il avait voulu vérifier s'il y avait un code mais l'ordinateur était déchargé et l'homme lui avait indiqué que ce n'était pas le cas. Il était consommateur de cocaïne. Il en avait notamment consommé 1,5 g le vendredi précédent, et s'apprêtait à en prendre 3 g pour faire la fête avec des amis, lors de l'intervention de la police.
e.
À l'audience de jugement, A_ a encore ajouté qu'il ne savait pas si l'ami qui lui avait présenté le vendeur de l'ordinateur le connaissait. Il avait posé des questions à ce dernier concernant la provenance de l'appareil et celui-ci lui avait indiqué que c'était le sien. Il lui avait aussi dit qu'il avait un problème de liquidités et qu'il était prêt à le rembourser et à récupérer l'ordinateur quelques jours plus tard. En fait, l'homme était un client de son ami, lequel était vendeur de cocaïne.
C. a.
Par ordonnance motivée du 27 juin 2013 et avec l'accord des parties, il a été décidé d'une instruction de l'appel par la voie de la procédure écrite.
b.
Selon son mémoire motivé du 8 juillet 2013, A_ conclut à son acquittement du chef de recel et à une réduction de la peine
« en conséquence »
, les frais devant être laissés à la charge de l'État.
Alors même qu'il avait d'emblée avoué les infractions à la LStup et à la LEtr, A_ avait toujours indiqué avoir de bonne foi pensé que l'ordinateur acquis dans la rue appartenait à son vendeur ; il n'avait d'ailleurs pas hésité à le brancher sur le réseau Internet lors du premier démarrage. Il avait fait preuve de coopération durant toute la procédure de sorte que la peine devait en tout état être réduite.
c.a
Selon écriture du 22 juillet, le Ministère public conclut au rejet de l’appel.
c.b
Le Tribunal de police fait de même selon communication du même jour.
d.
Ces déterminations ont été communiquées à A_ le 18 juillet 2013. Celui-ci n’a pas requis de second échange d’écritures.
D.
De nationalité guinéenne, A_ est né le _ 1991 dans son pays, où il a suivi sa scolarité obligatoire ainsi que des études secondaires sans obtenir de diplôme. Il n'y a jamais exercé d'activité professionnelle. Il a déposé une demande d’asile en Suisse qui a été rejetée.
Selon l'extrait de casier judiciaire suisse, il a des antécédents, pour avoir été condamné à 9 reprises depuis le _ 2010 à des peines allant de sept jours de peine pécuniaire à 180 jours de peine privative de liberté pour des infractions à la LEtr, des délits contre la LStup ainsi qu’une opposition aux actes de l'autorité.

EN DROIT
1.
1.1
L'appel est recevable pour avoir été interjeté et motivé selon la forme et dans les délais prescrits (art. 398 et 399 du Code de procédure pénale, du 5 octobre 2007 (CPP ;
RS 312.0
).
La partie qui attaque seulement certaines parties du jugement est tenue d'indiquer dans la déclaration d'appel, de manière définitive, sur quelles parties porte l'appel, à savoir (art. 399 al. 4 CPP) : la question de la culpabilité, le cas échéant en rapport avec chacun des actes (let. a) ; la quotité de la peine (let. b) ; les mesures qui ont été ordonnées (let. c) ; les prétentions civiles ou certaines d'elles (let. d) ; les conséquences accessoires du jugement (let. e) ; les frais, les indemnités et la réparation du tort moral (let. f) ; les décisions judiciaires ultérieures (let. g).
La Chambre limite son examen aux violations décrites dans l'acte d'appel (art. 404 al. 1 CPP), sauf en cas de décisions illégales ou inéquitables (art. 404 al. 2 CPP).
1.2
En l'occurrence, nonobstant la contradiction entre les conclusions prises dans le mémoire d'appel et le développement consacré au chapitre sur la peine, on comprend que l'appelant conteste en tout état la quotité de celle-ci de sorte qu'il conviendra d'examiner cette question, indépendamment de celle de la culpabilité du chef de recel.
2.
2.1
Le principe
in dubio pro reo
, qui découle de la présomption d'innocence, garantie par l'art. 6 ch. 2 CEDH et, sur le plan interne, par les art. 32 al. 1 Cst. et 10 al. 3 CPP, concerne tant le fardeau de la preuve que l'appréciation des preuves.
En tant que règle sur le fardeau de la preuve, ce principe signifie qu'il incombe à l'accusation d'établir la culpabilité de l'accusé, et non à ce dernier de démontrer son innocence. Il est violé lorsque le juge rend un verdict de culpabilité au seul motif que l'accusé n'a pas prouvé son innocence, mais aussi lorsqu'il résulte du jugement que, pour être parti de la fausse prémisse qu'il incombait à l'accusé de prouver son innocence, le juge l'a condamné parce qu'il n'avait pas apporté cette preuve (ATF
127 I 38
consid. 2a p. 40 et les arrêts cités).
Comme règle de l'appréciation des preuves, le principe
in dubio pro reo
interdit au juge de se déclarer convaincu d'un état de fait défavorable à l'accusé, lorsqu'une appréciation objective des éléments de preuve recueillis laisse subsister un doute sérieux et insurmontable quant à l'existence de cet état de fait. Des doutes abstraits ou théoriques, qui sont toujours possibles, ne suffisent certes pas à exclure une condamnation. La présomption d'innocence n'est invoquée avec succès que si le recourant démontre qu'à l'issue d'une appréciation exempte d'arbitraire de l'ensemble des preuves, le juge aurait dû éprouver des doutes sérieux et irréductibles sur sa culpabilité (ATF
120 Ia 31
consid. 2 p. 33 ss, ATF
124 IV 86
consid. 2a p. 87 ss).
2.2.1
L’art. 160 CP sanctionne celui qui, notamment, aura acquis une chose dont il savait où devait présumer qu'un tiers l'avait obtenue au moyen d'une infraction contre le patrimoine.
2.2.2
Il y a dol éventuel lorsque l'auteur, qui ne veut pas le résultat dommageable pour lui-même, envisage le résultat de son acte comme possible et l'accepte au cas où il se produirait (ATF
133 IV 9
= JdT
2007 I 573
consid. 4.1 p. 579 ;
131 IV 1
consid. 2.2 p. 4 s. ;
130 IV 58
consid. 8.2 p. 61). Le dol éventuel peut aussi être retenu lorsque l’auteur accepte par indifférence que le danger créé se matérialise ; le dol éventuel implique ainsi l’indifférence de l’auteur quant à la réalisation de l’état de fait incriminé (Ph. GRAVEN/B. STRÄULI, L’infraction pénale punissable, 2e éd., Berne 1995, n° 156 p. 208).
Pour déterminer si l'auteur s'est accommodé du résultat au cas il se produirait, il faut se fonder sur les éléments extérieurs, faute d'aveux. Parmi ces éléments figurent l'importance du risque – connu de l'intéressé – que les éléments constitutifs objectifs de l'infraction se réalisent, la gravité de la violation du devoir de prudence, les mobiles, et la manière dont l'acte a été commis (ATF
125 IV 242
consid. 3c p. 252). Plus la survenance de la réalisation des éléments constitutifs objectifs de l'infraction est vraisemblable et plus la gravité de la violation du devoir de prudence est importante, plus sera fondée la conclusion que l'auteur s'est accommodé de la réalisation de ces éléments constitutifs. Ainsi, le juge est fondé à déduire la volonté à partir de la conscience lorsque la survenance du résultat s'est imposée à l'auteur avec une telle vraisemblance qu'agir dans ces circonstances ne peut être interprété raisonnablement que comme une acceptation de ce résultat (ATF
133 IV 222
consid. 5.3 p. 225-226 et la jurisprudence citée ; JdT
2008 I 523
consid. 3.1).
Cette interprétation raisonnable doit prendre en compte le degré de probabilité de la survenance du résultat de l'infraction reprochée, tel qu'il apparaît à la lumière des circonstances et de l'expérience de la vie (ATF
133 IV 1
consid. 4.6 p. 8). La probabilité doit être d'un degré élevé car le dol éventuel ne peut pas être admis à la légère (ATF
133 IV 9
consid. 4.2.5 p. 19 ; arrêt du Tribunal fédéral
6S.127/2007
du 6 juillet 2007 consid. 2.3 – relatif à l'art. 129 CP – avec la jurisprudence et la doctrine citées).
2.3
En l'occurrence, l'appelant n'est pas crédible lorsqu'il affirme ne pas avoir envisagé que l'ordinateur litigieux pouvait provenir d'un vol. Il a en effet acquis cet objet dans la rue, pour un prix dérisoire et à un parfait inconnu, dont il reconnaît que la seule chose qu’il savait à son sujet est qu'il était consommateur de cocaïne et avait besoin de liquidités. Ces circonstances devaient à tout le moins créer un fort soupçon, si ce n'est une certitude, qu’il s’agissait d’un appareil de provenance délictueuse. Selon l’appelant, l'homme aurait envisagé de lui racheter l'appareil après quelques jours, ce qui est totalement invraisemblable dès lors qu’ils n'avaient pas le moyen de se retrouver. Ce n'est qu'à l'audience de jugement que l'appelant a affirmé s'être renseigné sur la provenance de l'appareil. Précédemment, il avait uniquement dit s'être préoccupé de la question de savoir s'il y avait un code de verrouillage, ce qui, au demeurant, est une indication qu’il avait des doutes sur la provenance de l’objet dès lors qu’un particulier procédant à la vente de son bien le déverrouillerait nécessairement. Le fait que l'appelant se soit branché sur le réseau Internet lors du démarrage n'est pas déterminant, celui-ci ayant fort bien pu ignorer qu'il courait ce faisant le risque de se faire repérer.
Au regard de ces circonstances, c'est à juste titre que le premier juge a retenu que l'appelant devait au moins envisager la provenance illicite de l'appareil.
L'appel sera rejeté sur ce point.
3. 3.1
Selon l'art. 47 CP, le juge fixe la peine d'après la culpabilité de l'auteur. Il prend en considération les antécédents et la situation personnelle de ce dernier ainsi que l'effet de la peine sur son avenir (al. 1). La culpabilité est déterminée par la gravité de la lésion ou de la mise en danger du bien juridique concerné, par le caractère répréhensible de l'acte, par les motivations et les buts de l'auteur et par la mesure dans laquelle celui-ci aurait pu éviter la mise en danger ou la lésion, compte tenu de sa situation personnelle et des circonstances extérieures (al. 2). Comme sous l'ancien droit, le facteur essentiel est celui de la faute.
Les critères énumérés, de manière non exhaustive, par cette disposition légale correspondent à ceux fixés par l'art. 63 aCP et la jurisprudence élaborée en application de cette ancienne disposition conserve toute sa valeur, de sorte que l'on peut continuer à s'y référer (arrêt du Tribunal fédéral
6B_992/2008
du 5 mars 2009 consid. 5.1).
3.2
Certes, l'appelant a reconnu une partie des faits reprochés dès son arrestation. Il ne pouvait toutefois guère faire autrement, ayant été trouvé en possession de la drogue et sa présence en Suisse, démuni de papiers d'identité, depuis sa dernière sortie de prison étant difficilement contestable. Par ailleurs, il persiste à nier l'infraction de recel. Dans ces circonstances, sa collaboration ne saurait être qualifiée de particulièrement bonne. Pour le surplus, la peine infligée est adéquate au regard de la faute, étant rappelé que l'appelant, multirécidiviste, persiste à séjourner dans notre pays et à contrevenir à la LStup, faisant ainsi preuve de son mépris pour la santé des consommateurs et les règles en vigueur. En commettant un recel, il a franchi un pas supplémentaire, s'en prenant désormais également à la propriété d'autrui. La peine infligée pourrait même être qualifiée de clémente au vu de ces circonstances.
L'appel doit donc être rejeté sur ce point également.
4.
L'appelant, qui succombe, supportera les frais de la procédure envers l'État, comprenant un émolument de CHF 1’200.– (art. 428 CPP et art. 14 al. 1 let. e du règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, du 22 décembre 2010 [RTFMP ; RS-GE
E 4 10.03
])
* * * * *