Decision ID: 9485ce27-88e0-5517-ab37-4e10626c3e46
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
A_ est née le _ 1959; elle est divorcée et vit seule.![endif]>![if>
b)
Par courrier du 9 juillet 2015, le Dr D_, de E_ [médecins à domicile], a exposé à la Dre F_, avoir vu en urgence, le même jour, sa patiente A_ à son domicile, à la demande du concierge de l'immeuble. Il avait constaté que l'appartement était dans un état de délabrement avancé; le sol était jonché de détritus et d'excréments, la cuisine et la salle de bain quasiment inutilisables, l'accès aux fenêtres et au balcon impossible en raison de l'entassement de cartons et de sacs divers et l'odeur indescriptible. A_ se plaignait de difficultés respiratoires en raison, selon elle, des mauvaises odeurs que lui envoyait un voisin
via
le système d'aération de l'immeuble; elle était anosognosique de sa situation et refusait toute aide.
Le Dr D_ a, le 10 juillet 2015, également porté la situation de A_ à la connaissance du Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après: le Tribunal de protection).
c)
Par ordonnance du 24 juillet 2015, statuant sur mesures superprovisionnelles, le Tribunal de protection a instauré une mesure de curatelle de portée générale en faveur de la personne susmentionnée et a désigné deux intervenantes en protection de l'adulte aux fonctions de co-curatrices.
A_ s'est opposée à cette mesure de protection, considérant être apte à gérer ses finances et ses affaires administratives. Elle a fait valoir le fait qu'elle ne faisait pas l'objet de poursuites, ni d'actes de défaut de biens; elle disposait de plus de 7'000 fr. sur son compte bancaire. Elle était par ailleurs suivie depuis 2005 par la Dre F_ et ne souffrait d'aucun trouble justifiant le prononcé d'une mesure de curatelle. Elle se présentait à l'heure à ses rendez-vous et avait été en mesure de mandater un avocat pour la représenter dans le cadre de la procédure pendante devant le Tribunal de protection. Elle pouvait enfin engager une femme de ménage pour s'occuper du nettoyage et de l'entretien régulier de son appartement.
d)
A_ a été hospitalisée volontairement à [l'établissement] G_ le
4 septembre 2015. Durant son hospitalisation, un nettoyage de son appartement a été effectué.
e)
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 25 septembre 2015. Au cours de celle-ci, la Dre F_ a expliqué que sa patiente bénéficiait d'une rente invalidité en raison de problèmes somatiques et d'une épilepsie pour laquelle elle était suivie par un neurologue. Il était arrivé à sa patiente d'avoir un discours persécutoire, car elle se sentait harcelée par ses voisins. Selon la Dre F_, un suivi psychiatrique de l'intéressée paraissait nécessaire, de même que l'intervention d'une aide-ménagère.
La curatrice désignée sur mesures superprovisionnelles a précisé que la situation administrative de A_ était à jour; il n'y avait aucun arriéré.
f)
Par ordonnance du 25 septembre 2015, le Tribunal de protection, statuant sur mesures provisionnelles, a transformé la curatelle de portée générale prononcée sur mesures superprovisionnelles en une mesure de curatelle de représentation en faveur de A_, lui a restitué l'exercice des droits civils et l'accès à ses comptes bancaires et a confirmé les deux intervenantes en protection de l'adulte aux fonctions de co-curatrices.
g)
Le 18 décembre 2017, A_ a été hospitalisée en entrée non volontaire au sein de G_; elle a pu réintégrer son appartement dans le courant du mois de février 2018.
h)
Par courrier du 24 avril 2018, le Service de protection de l'adulte a informé le Tribunal de protection de ce que la situation de A_ s'était à nouveau péjorée et était inquiétante. Elle se montrait très angoissée, se sentant persécutée par l'un de ses voisins; elle avait par ailleurs recommencé à entasser des objets et du matériel dans son appartement et avait bouché toutes les aérations du logement, dans lequel non seulement elle fumait beaucoup, mais où elle faisait parfois brûler du papier. Il lui arrivait de porter en permanence des gants en latex afin de se protéger des radiations et de ne pas s'hydrater pendant plusieurs jours, au motif que l'eau était radioactive. Elle refusait tout suivi psychiatrique et toute aide ménagère. L'Unité mobile d'urgences sociales, qui était intervenue à deux reprises au domicile de A_, avait constaté que les sanitaires n'étaient plus utilisables. L'intéressée avait expliqué ne plus prendre de repas à son domicile, car tous les aliments étaient contaminés.
Dans un nouveau courrier du 3 juillet 2018 adressé au Tribunal de protection, le Service de protection de l'adulte a exposé que A_ contactait, de trois à sept fois par semaine, police secours, la police municipale ou les correspondants de nuit de la [Commune] et tenait des propos délirants. Elle avait confirmé que son appartement était sale et encombré et qu'elle ne pouvait plus utiliser ni les toilettes, ni la cuisine. Elle considérait être en présence de substances radioactives contre lesquelles elle devait combattre. Elle avait refusé toute aide, tant médicale que ménagère. Selon le Service de protection de l'adulte, l'ouverture d'une procédure relative à une mesure de privation de liberté à des fins d'assistance apparaissait nécessaire.
i)
Par ordonnance
DTAE/4300/2018
du 10 juillet 2018, le Tribunal de protection, statuant préparatoirement, a ordonné l'expertise psychiatrique de A_ (chiffre 1 du dispositif) et commis le Dr C_, [médecin] auprès du Centre universitaire romand de médecine légale, aux fonctions d'expert, l'autorisant à désigner un médecin de son choix pour réaliser l'expertise (ch. 2); le Tribunal a par ailleurs posé plusieurs questions auxquelles l'expertise devait répondre concernant notamment l'existence d'un éventuel trouble psychique chez la personne concernée (ch. 3), un délai au 15 août 2018 étant imparti à l'expert pour rendre son rapport (ch. 4).
B.
a)
Le 6 août 2018, A_ a formé recours contre l'ordonnance du 10 juillet 2018, reçue le 26 juillet 2018, concluant à son annulation. Préalablement, elle a requis la restitution de l'effet suspensif au recours, lequel a été rejeté par décision de la Chambre de surveillance de la Cour de justice du 21 septembre 2018.![endif]>![if>
La recourante a allégué, en substance, avoir rapidement accepté son hospitalisation à G_ en décembre 2017, laquelle avait été transformée en hospitalisation volontaire. Contrairement à ce qu'avait retenu le Tribunal de protection, elle collaborait avec le Service de protection de l'adulte. Une visite de son appartement avait ainsi pu être effectuée le 9 janvier 2018, avec son accord et une entreprise de nettoyage avait été mandatée à la suite de cette visite. Une réunion dite "de réseau" avait eu lieu le 13 juin 2018, mais aucune proposition concrète ne lui avait été faite. Il avait simplement été fait mention de ce qu'un suivi psychiatrique pourrait s'avérer utile, de même que l'intervention d'une femme de ménage. Or, ces mesures, pourtant préconisées depuis plus de deux ans et demi, n'avaient jamais été mises en œuvre par le Service de protection de l'adulte. La recourante a affirmé être disposée à engager une femme de ménage et à se faire suivre par le psychiatre que devait choisir la Dre F_. Elle a contesté ne pas s'hydrater correctement et a affirmé prendre régulièrement les médicaments prescrits.
Elle a soutenu, pour le surplus, qu'une expertise psychiatrique constituait une restriction grave de sa liberté personnelle et engendrerait des coûts importants. Or, il était possible de mettre en place une mesure moins "invasive" qu'un placement ou une expertise psychiatrique afin de lui venir en aide. En l'état, ordonner une expertise psychiatrique paraissait prématuré. Son droit d'être entendue avait été violé, dans la mesure où elle n'avait pas pu se prononcer sur les courriers adressés au Tribunal de protection par le Service de protection de l'adulte, ni avant que l'ordonnance attaquée soit rendue.
b)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité revoir la décision attaquée.
c)
Par avis du 12 octobre 2018 du greffe de la Chambre de surveillance, la recourante et les participants à la procédure ont été informés de ce que la cause serait mise en délibération à l'issue d'un délai de dix jours.

EN DROIT
1.
1.1
Les ordonnances d'instruction se rapportent à la préparation et à la conduite des débats; elles statuent en particulier sur l'opportunité et les modalités de l'administration des preuves, ne déploient ni autorité, ni force de chose jugée et peuvent en conséquence être modifiées ou complétées en tous temps (Jeandin, Code de procédure civile commenté, 2011, Bohnet/Haldy/Jeandin/Schweizer/ Tappy ad art. 319 n. 14).
L'ordonnance querellée, qui ordonne l'expertise psychiatrique de la personne concernée, est une ordonnance d'instruction selon la définition rappelée ci-dessus.
1.2
Le Code civil ne prévoit aucune disposition particulière concernant les recours dirigés contre les ordonnances d'instruction rendues par le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant, de sorte qu'il convient de se référer au Code de procédure civile (CPC), à moins que les cantons aient fait usage de leur compétence de légiférer en la matière (Reusser, Basler Kommentar, Erwachsenenschutz, Geiser/Reusser ad art. 450b CC n. 8).
Les ordonnances d'instruction sont susceptibles d'un recours dans les dix jours (
DAS/43/2015
; art. 31 al. 1 let. c LaCC; 321 al. 2 CPC).