Decision ID: 834779b8-4d27-5089-84a7-79e659ac90b0
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
B_, né le _ 1955, originaire de D_ (Genève), célibataire sans enfant, a fait l'objet d'une procédure devant le Tribunal tutélaire (désormais le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant), ayant abouti au prononcé de son interdiction, par ordonnance du 5 mars 1999, mesure transformée de plein droit en une mesure de curatelle de portée générale au 1
er
janvier 2013. B_ réside au sein d'un Etablissement Médico-Social.
Il est devenu héritier de son père E_, décédé le _ 1987 et de sa mère, F_, décédée le _ 2014. Les autres membres de l'hoirie des époux E_/F_ sont leurs autres enfants: C_, né le _ 1950, faisant également l'objet d'une mesure de curatelle et A_, née [A_] le _ 1953.
Les biens de l'hoirie E_/F_ sont notamment composés de plusieurs biens immobiliers.
B. a)
Le 29 octobre 2020, B_, représenté par son curateur, a formé une action en partage dirigée contre son frère C_ et sa sœur, A_.
b)
Par courrier du 20 novembre 2020, B_, représenté par son curateur, a sollicité du Tribunal de protection une avance de 60'000 fr. afin de payer la maison de retraite dans laquelle il résidait, ainsi que son assurance maladie, laquelle risquait d'être résiliée. Le curateur de B_ a par conséquent requis du Tribunal de protection l'autorisation de payer, par le débit du compte successoral, l'intégralité des arriérés de frais de pension, tous frais relatifs à l'assurance maladie, ainsi que l'avance de frais demandée par le Tribunal de première instance (240 fr.) à la suite du dépôt de l'action en partage. Il a notamment exposé que la masse successorale de feu F_ s'élevait à 1'867'778 fr. 55 et à USD 7'123.42, de sorte que la part revenant à B_ était de 622'592 fr. 85, sous déduction de 60'000 fr. déjà reçus précédemment à titre d'avance d'hoirie.
c)
Le Tribunal de protection a accédé à cette requête le 14 janvier 2021 par l'apposition d'un timbre humide sur le courrier du curateur de B_ du 20 novembre 2020, avec la mention de l'art. 417 CC.
B.
a)
Le 24 février 2021, A_ a recouru contre la décision du Tribunal de protection du 14 janvier 2021, reçue le 25 janvier 2021, concluant à son annulation, avec suite de frais et dépens à la charge de l'Etat de Genève.
Selon A_, la décision attaquée constituait "une mesure de contrainte inadmissible", le Tribunal de protection n'ayant aucune compétence pour "s'immiscer dans la liquidation des successions E_ et F_".
b)
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de la décision litigieuse.
c)
Dans ses observations du 1
er
avril 2021, C_ a indiqué que A_, après avoir formé recours le 24 février 2021, avait finalement autorisé le curateur de B_ à prélever sur le compte de l'hoirie la somme de 80'040 fr. 85 aux fins de solder les dettes de ce dernier. Pour sa part, C_ avait donné son accord à ce prélèvement et considérait que le recours de A_ était devenu sans objet. Il a conclu à son rejet.
d)
Dans ses observations du 15 avril 2021, le curateur de B_ a confirmé que par courrier du 15 mars 2021, A_ avait consenti à ce qu'il prélève du compte successoral la somme de 80'040 fr. 85 pour solder les dettes de B_, de sorte qu'il n'allait pas faire usage de l'autorisation délivrée par le Tribunal de protection en date du 14 janvier 2021.
e)
Dans un courrier du 26 avril 2021, A_ a déclaré conserver un intérêt juridique à faire constater par la Chambre de surveillance le fait que le Tribunal de protection n'avait pas à "s'immiscer directement dans la liquidation des successions de E_ et F_". Elle a ajouté que le même problème se poserait à nouveau à bref délai pour les arriérés que B_ avait accumulé dès le mois de janvier 2021.
f)
Interpellé à la suite de ces faits nouveaux, le Tribunal de protection a indiqué à la Chambre de surveillance qu'il n'entendait pas reconsidérer sa décision, tout en précisant que le recours formé par A_ n'avait, selon lui, plus d'objet.

EN DROIT
1.
1.2
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet, dans les trente jours, d'un recours écrit et motivé devant la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et al. 3 et 450b CC; art. 126 al. 3 LOJ; art. 53 al. 1 et 2 LaCC).
En l'espèce, le recours a été formé par A_, héritière, au même titre que ses frères C_ et B_, de feu leurs parents. Elle est par conséquent concernée par la décision attaquée, celle-ci ayant autorisé B_ à prélever une avance d'hoirie sur les biens successoraux. La forme et le délai de recours ayant été respectés, le recours est recevable de ce point de vue.
2. 2.1
Toute action doit être fondée sur un intérêt à agir, soit un intérêt digne de protection, dont l'absence doit être relevée d'office (art. 59 al.1 et al. 2 lit. a CPC; arrêt du Tribunal fédéral
4P.239/2005
c.4.1). L'intérêt doit être personnel et actuel. Il n'est donné que si l'admission des conclusions du demandeur peut lui être d'utilité concrète et lui éviter un dommage économique ou idéal (arrêt du Tribunal fédéral
5A_190/2019
c.2.1).
2.2
En l'espèce,postérieurement au prononcé de la décision litigieuse, A_ a donné son accord au versement d'une avance d'hoirie à son frère B_, étant relevé que l'accord de C_ était déjà acquis. Il résulte de ce qui précède que l'autorisation donnée par le Tribunal de protection, objet de la présente procédure de recours, ne déploie plus d'effet, les dettes mentionnées par le curateur de B_, dont le règlement justifiait la demande d'avance, étant désormais réglées. Le curateur de l'intéressé a d'ailleurs confirmé qu'il ne ferait pas usage de l'autorisation délivrée par le Tribunal de protection.
La décision dont est recours n'ayant plus d'objet, il en va de même du recours formé contre celle-ci.
La recourante a certes allégué qu'elle conservait un intérêt à recourir, dans la mesure où une telle situation risquait de se reproduire. Elle perd toutefois de vue que si le curateur de B_ devait, à nouveau, solliciter l'autorisation du Tribunal de protection de prélever une avance d'hoirie pour régler d'autres dettes, la situation ferait l'objet d'un nouvel examen par le Tribunal de protection et donnerait lieu à une nouvelle décision, attaquable devant la Chambre de surveillance. La recourante ne peut par conséquent faire valoir aucun intérêt concret digne de protection à obtenir une décision portant sur le bien-fondé d'une décision devenue sans objet.
Au vu de ce qui précède, le recours sera déclaré irrecevable.
3.
Les frais de la procédure, arrêtés à 800 fr. (art. 67A et B RTFMC), seront mis à la charge de la recourante, laquelle a persisté dans un recours devenu sans objet. Ils seront partiellement compensés avec l'avance de frais versée, qui reste acquise à l'Etat de Genève (art. 111 al. 1 CPC) et la recourante sera condamnée à verser le solde, en 400 fr., à l'Etat de Genève, soit pour lui les Services financiers du Pouvoir judiciaire.
* * * * *