Decision ID: 5e1ac62d-8949-5ebb-bc08-58b71564128d
Year: 2012
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. a.
Dans le cadre des poursuites dirigées contre M. D_ et formant la série
n° 11 xxxx77 N, l'Office des poursuites (ci-après : l'Office) a communiqué aux parties, le 19 avril 2012, un procès-verbal de saisie fixant la saisie de salaire à toutes sommes supérieures à 2'770 fr. par mois, ainsi que toutes sommes revenant au débiteur à titre de primes, gratifications et/ou 13
ème
salaire.
b.
Il ressort de cet acte que l'Office a, dans le calcul des charges mensuelles de M. D_, pris en compte, notamment, les postes suivants :
-
"
minimum vital enfant L_, née le xx 1998 : 136 fr.;
-
minimum vital enfant G_, née le xx 1992 : 146 fr.;
-
pension alimentaire (moyenne) : 428 fr. 32
".
c.
Par acte du 30 avril 2012, M. J_, poursuivant participant à la série
n° 11 xxxx77 N, a porté plainte contre le procès-verbal de saisie. Il a contesté que M. D_ soit débiteur d'une quelconque charge de 136 fr. par mois pour l'entretien de G_ et allégué qu'il ne ressortait nullement du jugement de divorce rendu le 6 juin 1996 - qui attribue les droits parentaux sur M. J_, né le xx 1988, et sur G_ à la mère et réserve à M. D_ un droit de visite - qu'une pension alimentaire serait due par ce dernier en faveur de son ex-épouse. M. J_ a conclu à la modification de l'acte querellé, les charges de 136 fr. et de 428 fr. 32 devant être supprimées.
d.
Dans le délai qui lui avait été imparti pour déposer son rapport, l'Office a informé la Chambre de céans qu'au vu des renseignements pris auprès de M. D_, il s'avérait que ce dernier n'exerçait plus son droit de visite sur L_ et G_ et ne payait plus de pension alimentaire; il avait en conséquence modifié la quotité saisissable et l'avait fixée à toutes sommes supérieures à
2'070 fr. par mois, ainsi que le 13
ème
salaire, commissions et gratifications; cette nouvelle décision a été communiquée aux parties le 15 mai 2012.
e.
M. J_ ayant retiré sa plainte, Chambre de céans a, par ordonnance du 23 mai 2012, rayé la cause (A/1243/2012) du rôle.
B.
a.
Par acte posté le 11 juin 2012, M. D_ a formé plainte, assortie d'une demande d'effet suspensif, contre la décision de l'Office du 15 mai 2012, qu'il allègue avoir reçue le 31 suivant, dont il demande l'annulation. Il expose qu'il voit régulièrement G_, conformément au jugement de divorce du 6 juin 1996, qu'il exerce "
de la même manière
" son droit de visite sur L_ et que l'Office, contrairement à ce qui est mentionné dans la décision querellée, ne s'est pas renseigné auprès de lui à ce sujet. Il conclut en conséquence à la modification du procès-verbal de saisie en ce sens qu'il doit être tenu compte des frais liés à l'entretien de G_ et de L_ lors de l'exercice de son droit de visite, soit 272 fr. (136 fr. x 2).
b.
Par ordonnance du 13 juin 2012, la Chambre de céans a refusé l'effet suspensif requis.
c.
Dans son rapport du 28 juin 2012, l'Office a déclaré confirmer la décision querellée. Il a produit les courriels échangés le 11 mai 2012 avec M. D_ à teneur desquels ce dernier, en réponse à sa demande de lui confirmer qu'il exerce son droit de visite sur ses deux filles, a répondu : "
J'ai le droit de visite pour ma fille G_ actuellement majeure et en appartement protégé (pris en charge par l'Assurance invalidité); j'ai le droit de visite pour ma fille L_
".
d.
Dans le délai qui lui avait été imparti, M. J_ a conclu à rejet de la plainte. Il a produit une attestation de Mme C_, ex-épouse de M. D_, à teneur de laquelle elle certifie "
n'avoir plus reçu de pension alimentaire et donc d'aide financière pour l'entretien de
(sa)
fille G_, née le xx 1992, et ce, depuis, mai 2000
".
e.
Invitée à se déterminer, Mme W_, participante à la série considérée pour un montant de 67'626 fr. 25 en capital dû au titre de contribution à l'entretien pour L_, n'a pas donné suite.
C.
Selon les données de l'Office cantonal de la population, L_, fille de M. D_, vit en France auprès de sa mère, Mme W_.

EN DROIT
1.
1.1
La Chambre de céans est compétente pour statuer sur les plaintes formées en application de la LP (art. 13 LP; art. 125 et 126 LOJ; art. 6 al. 1 et 3 et 7 al. 1 LaLP) contre des mesures non attaquables par la voie judiciaire (art. 17 al. 1 LP). La plainte doit être déposée dans les dix jours de celui où le plaignant a eu connaissance de la mesure (art. 17 al. 2 LP).
En l'espèce, la décision querellée a été communiquée le 15 mai 2012 au plaignant, lequel, alléguant l'avoir reçue le 31 suivant, a formé plainte le 11 juin 2012. La question de savoir si la présente plainte respecte le délai de dix jours peut toutefois rester ouverte, une plainte étant recevable en tout temps lorsque la mesure attaquée porte atteinte au minimum vital du débiteur et de sa famille et les place dans une situation intolérable (art. 22 LP; ATF
114 III 78
consid. 3, JdT
1990 II 162
).
La plainte respectant pour le surplus les exigences de forme posées par la loi (art. 9 al. 1 LaLP), il y a lieu d'entrer en matière.
2. 2.1
A teneur de l'art. 93 al. 1 LP, les pensions et prestations de toutes sortes qui sont destinées à couvrir une perte de gain peuvent être saisies, déduction faite de ce que le préposé estime indispensable pour l'entretien du débiteur et de sa famille.
Le minimum vital d'un débiteur, qui doit être fixé en fonction des circonstances de fait existant lors de l'exécution de la saisie (ATF
7B.200/2003
du 11 novembre 2003 consid. 4 (non publié aux ATF
130 III 45
); ATF
115 III 103
consid. 1c, JdT
1991 II 108
), est déterminé sur la base des Normes d'insaisissabilité édictées par l'autorité de surveillance pour le canton de Genève, en vigueur lors de l'exécution de la saisie, soit en l'occurrence les Normes d'insaisissabilité pour l'année 2012 (RS/GE
E 3 60.04
).
Dans le cadre de l'exercice du droit de visite dont bénéficie le parent qui n'a pas la garde de l'enfant, il est justifié de tenir compte dans son minimum vital d'un montant au titre de l'entretien de l'enfant pendant les jours où le débiteur exerce son droit de visite. Ce montant est en principe calculé en fonction de la base mensuelle d'entretien prévue pour l'enfant et du nombre de jours pendant lesquels le droit de visite est exercé, la Chambre de céans disposant, par ailleurs, d'un large pouvoir d'appréciation en la matière (SJ
2000 II 214
).
3. 3.1
Le plaignant reproche à l'Office de ne pas avoir tenu compte des frais liés à l'exercice de son droit de visite sur ses filles G_ et L_.
En l'espèce, il ressort de l'instruction de la cause que G_ est majeure. Il ne se justifie donc pas de tenir compte de frais d'entretien lié à l'exercice de ce droit, au sujet duquel le plaignant ne donne au demeurant aucune précision. S'agissant de L_, âgée de quatorze ans, le plaignant s'est limité à affirmer qu'il avait un droit de visite; il n'a toutefois produit aucune décision judiciaire relative aux modalités de ce droit et n'a pas même allégué - et,
a fortiori
, établi - qu'il l'exerçait effectivement.
Il sied ici de rappeler que l'obligation pour l'autorité de surveillance d'élucider d'office les faits pertinents (art. 20a al. 2 ch. 2 LP) n'exclut pas l'application par analogie, dans la procédure de plainte, du devoir tiré de l'art. 8 CC de prouver les faits allégués, en particulier lorsque, comme en l'espèce, il s'agit de faits que la partie est la mieux à même de connaître ou qui ont trait à sa situation personnelle.
4.
Mal fondée, la plainte sera rejetée.