Decision ID: 50628f01-da74-5a4c-8032-09202f190453
Year: 2015
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
A_, née le _ 1978 à Genève, est célibataire et n'a pas d'enfant.![endif]>![if>
b)
Le 4 juillet 2014, l'Hospice général a signalé le cas de A_ au Service de protection de l'adulte, en expliquant qu'il n'était plus en mesure de lui apporter l'aide dont elle avait besoin. L'Hospice général exposait que A_ refusait de collaborer et de se soigner et s'opposait à toute mesure, étant dans le déni de sa situation.
A_ est suivie par l'Hospice général depuis le 28 janvier 2008. La Société protectrice des animaux était intervenue à son domicile quelques jours auparavant, suite aux multiples plaintes adressées à la régie par les autres locataires de l'immeuble, en raison des aboiements de son chien. Il avait été constaté que l'appartement se trouvait dans un état d'insalubrité extrême et que A_ vivait dans le noir, au milieu de monticules d'ordures et d'excréments d'animaux. L'intervention du Service d'aide et de soins à domicile avait permis de remettre l'appartement en état.
En 2010, A_ a repris contact avec l'Hospice général. Son contrat de bail avait été résilié, elle avait dormi pendant deux mois chez son père, puis dans des logements de fortune et enfin dans un camping. Elle avait par la suite loué une chambre, dans laquelle elle n'était restée que peu de temps et avait fini par dormir dans des parcs publics. Elle avait accepté d'être hébergée pendant un mois au Foyer D_, puis était retournée dormir dans les parcs. L'Hospice général était parvenu à lui trouver une place au Foyer E_, mais suite à des problèmes de cohabitation avec une autre résidente et à des insultes à l'encontre du voisinage, elle avait dû quitter ce foyer au mois de mai 2012. Depuis lors, toutes les tentatives de l'Hospice général pour loger A_ se sont soldées par des échecs, en raison notamment du comportement adopté par cette dernière et de son manque d'hygiène. A la fin de l'année 2014, A_ a été hébergée par le Cénacle, lequel lui a toutefois fixé une date de départ au 26 novembre 2014, en relevant les "odeurs épouvantables" provenant de sa chambre, le fait qu'elle ne lisait pas les messages qui lui étaient adressés et faisait systématiquement barrage aux femmes de chambre.
Sur le plan de sa santé, A_ avait dans un premier temps accepté de rencontrer la Dre F_, médecin généraliste au sein des HUG; depuis l'été 2012, elle ne s'est toutefois plus rendue à aucune consultation. Elle a par ailleurs été reçue à deux reprises par la Dre G_, psychiatre, laquelle a rédigé un compte-rendu le 6 mars 2013. Il ressort de celui-ci que A_ ne s'était pas présentée aux trois rendez-vous suivants qui avaient été planifiés. Elle avait montré une très grande méfiance à l'égard du médecin, cette méfiance paraissant être généralisée dans sa vie en société. Elle avait refusé de répondre à des questions simples concernant son alimentation, son sommeil, son humeur et ses pensées, ce qui avait empêché la Dre G_ d'établir un statut mental complet. A_ présentait une hygiène globale peu soignée. Selon la Dre G_, sa méfiance relevait d'un niveau pathologique et elle avait besoin de soins et probablement d'une médication, même légère.
L'Hospice général a enfin relevé que A_ n'apportait quasiment aucun document administratif et semblait ne plus recevoir de courrier.
c)
Par décision du 27 août 2014, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a nommé un curateur d'office à A_ afin qu'il la représente dans le cadre de la procédure ouverte devant lui.
d)
Il ressort des renseignements recueillis par le Tribunal de protection que des actes de défaut de biens, pour un montant total de l'ordre de 7'700 fr., ont été délivrés à l'assureur maladie de A_. Cette dernière est inconnue du Service des prestations complémentaires et ne bénéficie d'aucune assistance de la part du Service social de la Ville de Genève.
e)
Le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant a tenu une audience le 18 décembre 2014, à laquelle A_ ne s'est pas présentée, sa curatrice ayant indiqué avoir vainement tenté de la contacter. Son assistant social a expliqué qu'elle résidait désormais dans un hôtel, mais qu'il s'attendait à recevoir des plaintes de celui-ci. L'hygiène de A_ se dégradait considérablement et elle se plaignait en outre de problèmes physiques, mais refusait de rencontrer un médecin ou une infirmière. Elle se rendait une fois par mois à l'Hospice général pour y recevoir de l'argent et faire valoir des demandes, principalement de logement. L'Hospice général prenait en charge les frais de logement et d'assurance-maladie et lui versait 1'000 fr. par mois. A_ était sans profession et ne percevait aucune rente.
Selon sa représentante nommée d'office pour les besoins de la procédure, A_ s'opposait à toute mesure et considérait être capable de gérer sa vie comme elle l'entendait.
B.
Par ordonnance
DTAE/6222/2014
du 18 décembre 2014 notifiée à la représentante d'office de l'intéressée par pli du 21 janvier 2015, le Tribunal de protection a institué une curatelle de représentation et de gestion en faveur de A_ (ch. 1 du dispositif), maintenu l'exercice de ses droits politiques (ch. 2), désigné deux intervenantes du Service de protection de l'adulte aux fonctions de co-curatrices (ch. 3 et 4), leur a confié les tâches de représenter A_ dans les rapports avec les tiers, en particulier en matière d'affaires de logement, de santé, d'affaires sociales, administratives et juridiques, ainsi que pour sauvegarder au mieux ses intérêts et de gérer les revenus et la fortune de A_ et accomplir les actes juridiques liés à la gestion et dit que l'exercice des droits civils de A_ sera limité en conséquence (ch. 5), autorisé les co-curatrices à prendre connaissance de la correspondance de A_ et à pénétrer si nécessaire dans son lieu de vie (ch. 6), les frais de la procédure étant mis à la charge de l'Etat (ch. 7).![endif]>![if>
C.
a)
Par acte du 23 février 2015, A_ a formé recours contre cette décision et a conclu à la confirmation de l'effet suspensif, à l'annulation de l'ordonnance querellée et au renvoi de la cause au Tribunal de protection pour instruction complémentaire et nouvelle décision.![endif]>![if>
La recourante a invoqué la violation de son droit d'être entendue, le Tribunal de protection ayant rendu sa décision sans l'avoir rencontrée personnellement et sans avoir mené une instruction complète, étant précisé qu'elle ne s'était pas présentée à l'audience du 18 décembre 2014 "pour des raisons logistiques et organisationnelles". Selon elle, l'instruction était par ailleurs incomplète et avait été "bâclée". En effet, ne disposant d'aucun revenu ni fortune, une curatelle de gestion ne pouvait trouver application.
b)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité faire usage de la possibilité de reconsidération de sa décision prévue par l'art. 450d al. 2 CC.
c)
Le juge délégué de la Chambre de surveillance a procédé à l'audition de A_ le 30 mars 2015. Celle-ci a confirmé s'opposer à toute mesure de curatelle. Elle a expliqué occuper une chambre dans l'hôtel restaurant _ à Perly, laquelle ne dispose pas de sanitaires privés et est très bruyante. H_, assistant social en charge du dossier de A_ au sein de l'Hospice général, également entendu lors de la même audience, a confirmé que ce logement est vétuste et qu'il s'active pour chercher une solution de relogement. Selon lui, la recourante aurait besoin d'un suivi médical, afin d'éviter que son état ne se dégrade davantage. La recourante a toutefois déclaré ne pas souhaiter consulter un médecin et n'avoir aucune intention de déposer une demande de rente invalidité, considérant être en mesure de travailler. Elle a exposé avoir une formation littéraire, mais n'avoir aucune expérience professionnelle. Depuis plusieurs années elle vit grâce à l'aide financière de l'Hospice général, lequel assume par ailleurs ses frais de logement et ses primes d'assurance-maladie. H_ a précisé que depuis peu le courrier de A_ est directement adressé à l'Hospice général. La recourante a enfin déclaré que son seul souhait serait de pouvoir disposer d'un logement correct, ce qui, selon elle, résoudrait l'ensemble de ses difficultés.
d)
La cause a été gardée à juger à l'issue de l'audience, la recourante ayant renoncé à sa conclusion visant au renvoi de la cause devant le Tribunal de protection.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet, dans les trente jours, d'un recours écrit et motivé devant le juge compétent, à savoir la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et 3 et 450b CC; art. 53 al. 1 et 2 LaCC).![endif]>![if>