Decision ID: 9bf31d95-e9a1-4262-bb12-cdbebc5aed88
Year: 2019
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. Par arrêt rendu le 16 février 2016 dans la cause GE.2015.0162, la Cour de droit administratif et public (CDAP) du Tribunal cantonal a partiellement admis le recours formé par A._ à l'encontre d'une décision rendue par la Préposée à la protection des données et à l'information rejetant sa demande tendant à la destruction de différentes pièces le concernant, réformé cette décision en ce sens que certaines des pièces en cause étaient détruites et rejeté le recours pour le surplus. Il résulte de cet arrêt en particulier ce qui suit:
"2. [...]
b) En l'occurrence, les données litigieuses concernent divers extraits du JEP [Journal Evénements Police] et de la base de donnée SINAP [Système d'Information et d'Archivage Police], dans lesquels le recourant est mentionné, comme personne impliquée ou comme informateur. Sont visées les pièces suivantes:
[...]
- pièce 3.6: extrait du JEP n°******** du 17 décembre 2010 relatif au séquestre de l'arme détenue par le recourant;
[...]
- pièce 4.2: rapport du 20 décembre 2010 relatif à l'exécution d'une décision de mise sous séquestre d'armes détenues par le recourant;
[...]
Le Tribunal cantonal a déjà eu l'occasion de relever que l’implication - à tort ou à raison - dans une procédure impliquant l’intervention de la police, pour des faits potentiellement pénalement répréhensibles, entre dans la définition de données sensibles au sens de l'art. 4 al. 1 ch. 2 LPrD [loi vaudoise du 11 septembre 2007 sur la protection des données personnelles, BLV 172.65] (arrêts GE.2010.0047 du 21 juin 2010 consid. 4b et GE.2010.0030 précité consid. 5b).
3. Il convient d'examiner ensuite si les conditions auxquelles l'art. 5 al. 2 LPrD soumet le traitement des données sensibles sont en l'espèce réunies. En vertu de l’art. 5 al. 2 LPrD, de telles données ne peuvent être traitées que si une loi au sens formel le prévoit expressément (let. a), si l’accomplissement d’une tâche clairement définie dans une loi au sens formel l’exige absolument (let. b), ou si la personne concernée y a consenti ou a rendu ses données accessibles à tout un chacun (let. c).
[...]
Le règlement du corps de police de la Ville de Lausanne du 4 septembre 2007, approuvé par le Chef du Département de l'intérieur dans sa séance du 2 octobre 2007 - qui correspond à une loi au sens formel conformément à l'art. 4 al. 1 ch. 13 LPrD, puisqu'adopté par le Conseil communal - définit à son art. 3 la mission générale du corps de police, soit de veiller à la sécurité publique, en particulier à la protection des personnes et des biens, de maintenir l'ordre et la tranquillité publics, de veiller au respect des bonnes mœurs et d'assurer l'exécution des lois. Or, l'accomplissement de ces tâches exige absolument qu'il soit en tout temps possible de vérifier l'ensemble des activités du corps de police, but pouvant être atteint par le report dans le JEP (art. 5 al. 2 let. b LPrD; voir en ce sens les arrêts GE. 2011.0034 du 2 mai 2011 consid. 3; GE.2010.0030 précité consid. 7b). Un raisonnement similaire vaut, s'agissant de la base de données SINAP de la Police cantonale, dans laquelle sont répertoriées les affaires, de nature judiciaire ou administrative, traitées par la police cantonale, dont le but est également de maintenir, en collaboration avec les polices municipales, la sécurité et l'ordre public, ainsi que la prévention criminelle (cf. art. 1 et 1a LPol [loi vaudoise du 17 novembre 1975 sur la police cantonale, BLV 133.11]).
4. a) Selon l’art. 11 al. 1 LPrD, les données personnelles doivent être détruites ou rendues anonymes dès qu’elles ne sont plus nécessaires à la réalisation de la tâche pour laquelle elles ont été collectées. Aux termes de l’art. 29 al. 1 LPrD, les personnes qui ont un intérêt digne de protection peuvent exiger du responsable du traitement qu’il s’abstienne de procéder à un traitement illicite de données (let. a), qu’il supprime les effets d’un traitement illicite de données (let. b), qu’il constate le caractère illicite d’un traitement de données (let. c), qu’il répare les conséquences d'un traitement illicite de données (let. d). L’alinéa 2 prévoit que, le cas échéant, elles peuvent demander au responsable du traitement de rectifier, détruire les données ou les rendre anonymes (let. a), publier ou communiquer à des tiers la décision ou la rectification (let. b). Si ni l'exactitude, ni l'inexactitude d'une donnée ne peut être établie, le responsable du traitement ajoute à la donnée la mention de son caractère litigieux (art. 29 al. 3 LPrD).
[...]
b) En l'occurrence, le recourant [...] a certes un intérêt privé important à ce que ses données personnelles ne soient pas rendues accessibles aux policiers qui effectueraient à son sujet des recherches dans le JEP, ce d'autant plus que les faits qui y sont relatés datent d'environ cinq ans. Cette situation est aggravée par le fait qu'aucune disposition légale n'indique précisément la durée admissible de conservation de telles données par la police, le sort réservé aux événements demeurés sans suite ressortant d'une procédure interne. A cet intérêt privé, s'oppose l'intérêt public lié à l'accomplissement des tâches de police, à savoir le maintien de la sécurité et de l'ordre public. Dans ce cadre, il doit être possible de vérifier l'ensemble des activités du corps de police, but pouvant être atteint par le report dans le JEP. [...]
[...] on peut admettre que les interventions de la police liées au séquestre de l'arme du recourant conservent une certaine importance (pièce 3.6). La police doit en effet pouvoir conserver une trace de cette mesure administrative, de manière à justifier ultérieurement son action, ce d'autant plus que le recourant en a contesté le bien-fondé. On ne saurait, dans ces circonstances, admettre que l'écoulement d'un laps de temps de cinq ans devrait nécessairement conduire à la suppression de cet événement dans le JEP. La police a un intérêt évident à connaître l'historique des événements ayant trait au droit de posséder une arme. Cette solution est confortée par le fait que la CDAP a rejeté le recours formé par A._ contre la décision du 17 décembre 2010 prononçant le séquestre d'armes (arrêt GE.2010.0226 du 28 mars 2011). Une demande de révision de cet arrêt a été rejetée le 29 juillet 2011 (arrêt RE.2011.0007). Cela étant, dans la mesure où l'arme visée par le séquestre préventif a ensuite été restituée au recourant, il se justifie d'apporter cette précision dans l'extrait du JEP se rapportant à cet événement. A la lecture de l'extrait du JEP actualisé du 12 juin 2015, il apparaît que la police a déjà fait droit à cette requête du recourant.
Les pièces 4.2 à 4.4 sont quant à elles des extraits du fichier SINAP. [...] les rapports ayant trait à l'exécution de la décision de mise sous séquestre d'arme, qui figure sous pièce 4.2, conservent un intérêt, comme on l'a vu en ce qui concerne la pièce 3.6. [...]
5. Le recours doit ainsi être admis partiellement et la décision attaquée réformée en ce sens que les pièces 3.5, 3.7, 3.8, 3.9 et 3.10, correspondant à des extraits du JEP, sont supprimés, de même que les pièces 4.3 et 4.4 du dossier SINAP. En revanche, la demande tendant à la destruction des pièces 3.6 et 4.2 est rejetée. [...]"
B. Par arrêt rendu le 11 avril 2017 dans la cause GE.2016.0085, la CDAP a rejeté le recours formé par A._ pour déni de justice dans la mesure où il n'était pas devenu sans objet, retenant notamment ce qui suit:
"3. Le recourant a [...] sollicité de l'autorité intimée la destruction des pièces nos 3.6 et 4.2 décrites dans l'arrêt GE.2015.0162 précité [...].
a) [...]
Il est [...] manifeste que la destruction des pièces 3.6 et 4.2 a expressément été exclue par le tribunal de céans dans son arrêt du 12 février 2016, qui est entré en force de chose jugée, n'ayant pas fait l'objet d'un recours au Tribunal fédéral.
b) L’autorité de la chose jugée (ou force de chose jugée au sens matériel [materielle Rechtskraft] interdit de remettre en cause, dans une nouvelle procédure, entre les mêmes parties, une prétention identique qui a été définitivement jugée (ATF 142 III 210 consid. 2.1 p. 212 et les références).
c) En l'occurrence, le recourant fait valoir que si la destruction des pièces 3.6 et 4.2 a été exclue par le tribunal de céans dans son arrêt du 12 février 2016, c'est parce que celui-ci ignorait "les multiples lieux de conservation et d'archivage de ces données que sont le Bureau des armes de la police cantonale, le Secrétariat de la [Police cantonale], la police de sûreté et les fichiers en mains de [l'office de renseignement de la Police cantonale]". Il invoque également le principe de proportionnalité, précisant qu'il "demeure pourtant aisé de comprendre qu'il n'est pas très proportionné de permettre à tous les fonctionnaires de police du canton d'accéder à ces données sensibles et stigmatisantes via les applications JEP et SINAP alors que la police cantonale détient déjà lesdites données au minimum en quadruple exemplaire dans les lieux de conservation et d'archivage précités".
d) Le recourant perd de vue qu'il lui appartenait de recourir contre l'arrêt GE.2015.0162 devant le Tribunal fédéral en soulevant le motif de la constatation inexacte des faits par l'instance cantonale (art. 97 al. 1 de la loi fédérale du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral [LTF; RS 173.110]). Qu'il y ait renoncé dans l'espoir, selon ses dires, de "mettre à l'amiable un terme définitif à une affaire qui n'a[vait] que trop duré" ne change rien au fait qu'il a renoncé de son propre chef à contester l'arrêt GE.2015.0162, qui est dès lors entré en force faute de recours.
C'est ainsi à juste titre que l'autorité intimée n'a pas donné suite à la requête n° 2 du recourant et elle n'a ainsi pas commis de déni de justice, cette question ayant été définitivement tranchée."
Le recours formé par l'intéressé à l'encontre de cet arrêt a été rejeté dans la mesure de sa recevabilité par un arrêt 1C_239/2017 rendu le 4 décembre 2017 par le Tribunal fédéral (TF) dont il résulte en particulier ce qui suit (consid. 2):
"La loi vaudoise sur la protection des données personnelles ne fixe pas de délai d'attente pour solliciter à nouveau la destruction de pièces conservées dans un dossier de police après le rejet d'une précédente demande. Le justiciable peut donc en principe déposer une nouvelle requête en ce sens en tout temps. Il n'en demeure pas moins que, à l'instar d'une demande de réexamen, de nouvelles requêtes ne doivent pas non plus permettre de remettre en cause sans cesse une décision en particulier lorsque celle-ci n'est pas encore entrée en force et est susceptible d'être contestée par la voie ordinaire du recours (cf. arrêt 2C_634/2016 du 4 mai 2017 consid. 1.1.3 et les arrêts cités; voir aussi ATF 136 II 177 consid. 2.1 p. 181 s'agissant du réexamen). Tel est le cas en l'occurrence où le recourant a déposé auprès de la Police cantonale vaudoise une nouvelle requête de destruction des pièces nos 3.6 et 4.2 trois jours seulement après que l'arrêt cantonal du 12 février 2016 confirmant l'utilité de les conserver dans le JEP et dans le fichier SINAP ait été rendu. Cela étant, le Commandant de la Police cantonale ne saurait se voir reprocher de ne pas avoir donné suite à cette requête au vu des considérants de cet arrêt. Le recourant ne démontre pas que les circonstances de fait et de droit qui prévalaient lorsque la cour cantonale a statué se sont modifiées au point qu'un nouvel examen de la demande de destruction de pièces s'imposait. Il n'indique pas davantage les raisons qui l'ont dissuadé ou empêché de recourir contre l'arrêt cantonal du 12 février 2016 auprès du Tribunal fédéral s'il considérait que la conservation des pièces litigieuses dans le JEP et le fichier SINAP était disproportionnée et contrevenait à la décision que le Juge cantonal chargé des dossiers de police judiciaire avait rendue le 31 octobre 2012. [...]
Dans ces conditions, l'arrêt attaqué, qui se fonde sur la force de chose jugée attachée à l'arrêt du 12 février 2016 pour confirmer la décision de la Police cantonale vaudoise de ne pas entrer en matière sur la demande de destruction des pièces nos 3.6 et 4.2, résiste au grief d'arbitraire."
C. Par acte adressé le 12 janvier 2018 à la CDAP, A._ a déposé une demande de révision de l'arrêt GE.2015.0162 (cf. let. A supra), concluant que cet arrêt "[était] modifié, en ce sens que les pièces no 3.6 (JEP) et 4.2 (SINAP) [étaient] détruites". Il a en substance fait valoir que le Commandant de la Police cantonale l'avait informé que la durée de conservation de l'extrait 3.6 du JEP était de dix ans, relevant que cette déclaration ne constituait pas un fait nouveau mais uniquement la confirmation d'une pratique en vigueur au sein de la police cantonale qui était antérieure à la notification de l'arrêt dont il demandait la révision; à son sens, "cela prouv[ait] de manière irréfutable, d'une part, que la teneur des considérants en droit no 4b) et 5 de l'arrêt en question [était] douteuse et, d'autre part, que l'intérêt public lié à l'accomplissement des tâches de police [...] ne sera[it] absolument pas compromis, cette dernière possédant déjà les données litigieuses en divers endroits et sur de multiples supports de conservation et d'archivage [...]". Le requérant soutenait encore qu'il était disproportionné de conserver les données en cause dans le JEP et le système SINAP, accessibles à tous les fonctionnaires de police, respectivement que, dans la mesure où l'arme "illicitement séquestrée" lui avait été restituée, la CDAP aurait dû ordonner la destruction pure et simple de ces données. Il produisait à l'appui de sa requête un courrier que lui avait adressé le Commandant de la Police cantonale le 9 janvier 2018 (en réponse à une demande de sa part par courrier électronique du 18 décembre 2017) dont il résulte en particulier ce qui suit:
"S'agissant de la durée de conservation, que ce soit dans le JEP ou le système SINAP, la règle est que celle-ci dépend de la nature de la donnée concernée. Concernant l'extrait JEP ******** sa durée de conservation est de dix ans."
Invité à participer à la procédure en tant qu'autorité concernée, le Commandant de la Police cantonale a renoncé à se déterminer.
Egalement invitée à participer à la procédure en tant qu'autorité concernée, la Préposée à la protection des données et à l'information (par son Bureau) a conclu au rejet de la demande par écriture du 23 février 2018, estimant en substance que les griefs du requérant n'étaient pas de nature à justifier la révision de l'arrêt cantonal en cause. Elle relevait par ailleurs, en particulier, qu'il n'était pas établi que les données concernées seraient conservées sur une multitude de supports.
Par écriture du 5 mars 2018, le requérant a soutenu qu'en renonçant à se déterminer, le Commandant de la Police cantonale reconnaissait implicitement que cette dernière détenait les données concernées sur de multiples supports de conservation et d'archivage, respectivement ne contestait pas le bien-fondé de son argumentation - en référence à un "principe du consentement tacite". S'agissant des déterminations de la Préposée à la protection des données et à l'information (par son Bureau), l'intéressé a par ailleurs fait valoir en particulier ce qui suit:
"[...] ce Bureau tente - avec la plus grande mauvaise foi - de faire croire que le courrier du Commandant de la Police cantonale du 9 janvier 2018 mentionnant un délai de conservation de 10 (dix) ans s'agissant de l'extrait no ******** du ********2010 ne représente pas un fait et/ou un moyen de preuve important au sens de l'art. 100 al. 1 let. b) LPA-VD [loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative] (RSV 173.36).
Malheureusement pour cette autorité, le délai de conservation allégué le 09.01.2018 par le Commandant de la Police cantonale [...] contredit pleinement les déclarations de la Police cantonale retranscrites dans l'arrêt GE.2000.0143, consid. en fait D, 6ème par. et consid. en droit no 2b, dernière phrase dont la teneur est la suivante « le 6 octobre 2000, la Police cantonale a renseigné A._ sur la manière dont les différents dossiers étaient classés. Il lui a notamment exposé que les données étaient centralisées dans deux emplacements, l'un étant destiné aux dossiers de police judiciaire, l'autre aux dossiers du secrétariat de la Police cantonale:
- Avec les premiers sont classés divers documents (permis d'achat (d'armes), rapports de naturalisation, dénonciations pour des infractions mineures, rapports d'intervention demeurés sans suite, etc.) qui sont également qualifiés de documents administratifs. Une réglementation interne prévoit leur destruction passé un délai de 5 années, à compter de l'échéance de leur validité ou de leur date d'émission ».
Au vu de ce qui précède, on s'aperçoit d'emblée que la Police cantonale n'est pas cohérente dans la gestion de son calendrier de conservation et que l'assertion de la CDAP selon laquelle, je cite « la police a un intérêt évident à connaître l'historique des événements ayant trait au droit de posséder une arme » (cf. arrêt GE.2015.0162, consid. 4b) demeure spécieuse dans la mesure où ce point n'a jamais été contesté, seules la nature et l'accessibilité des supports de conservation et d'archivage de telles données étant litigieuse. [...]
Dès lors, le principe de la proportionnalité se doit d'être respecté et les données litigieuses supprimées des bases de données JEP et SINAP. Il n'est en effet absolument pas conforme au principe de la proportionnalité de permettre l'accès à ces informations à tous les fonctionnaires de police du Canton de Vaud (ndr: env. 2'000 personnes)."
Le requérant maintenait pour le reste que les données en cause étaient détenues sur de multiples supports de conservation et d'archivage. Il relevait enfin que le Juge cantonal chargé des dossiers de police judiciaire avait ordonné la destruction de toutes les données relatives à ce séquestre d'armes, et se référait à l'arrêt rendu le 2 mars 2001 par le Tribunal fédéral dans la cause 1P.46/2001 - estimant que cette jurisprudence n'était "de très loin pas respectée".
La Préposée à la protection des données et à l'information (par son Bureau) a renoncé à se déterminer.
Par courrier du 20 mars 2018, le Commandant de la Police cantonale a également renoncé à se déterminer sur le recours.
Le requérant a notamment relevé par écriture du 28 mars 2018 que les arguments développés dans son écriture du 5 mars 2018 n'avaient pas été contestés par les autorités concernées et qu'ils étaient dès lors "réputés exacts" "en vertu du principe du consentement tacite", se référant aux règles de la bonne foi.
D. Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:
1. a) La jurisprudence a déduit de l'art. 29 al. 1 et 2 Cst. l'obligation pour l'autorité administrative de revenir sur une décision entrée en force et de procéder à un nouvel examen s'il existe un motif classique de révision. Tel est le cas si le requérant invoque des faits ou des moyens de preuve pertinents, qui ne lui étaient pas connus dans la procédure précédente ou qu'il ne pouvait ou n'avait aucune raison de faire valoir à l'époque pour des motifs juridiques ou de fait. Un jugement, revêtu de l'autorité de chose jugée formelle et matérielle et qui ne peut donc plus être modifié autrement, doit pouvoir être corrigé, dans l'intérêt de la recherche de la vérité, par le moyen extraordinaire de la révision s'il apparaît par la suite qu'il repose sur un état de fait qui est erroné (ATF 138 I 61 consid. 4.3, 130 IV 72 consid. 2.2, 127 I 133 consid. 6 et les références; arrêt PS.2018.0047 du 23 novembre 2018 consid. 2a). Les faits "nouveaux" à la base de la révision doivent partant avoir déjà existé au moment de la décision remise en cause ("faux nova"); en tant qu'elle relève du droit, la fausse appréciation des preuves administrées ou de la portée juridique des faits établis n'entre en revanche pas en ligne de compte pour fonder une demande de révision (TF 2C_349/2012 du 18 mars 2013 consid. 4.2.1 et les références).
b) Les conditions de la révision sont définies aux art. 100 et suivants de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV 173.36), dont il résulte en particulier ce qui suit:
"Art. 100 Motifs
1 Une décision sur recours ou un jugement rendus en application de la présente loi et entrés en force peuvent être annulés ou modifiés, sur requête :
a. s'ils ont été influencés par un crime ou un délit, ou
b. si le requérant invoque des faits ou des moyens de preuve importants qu'il ne pouvait pas connaître lors de la première décision ou dont il ne pouvait pas ou n'avait pas de raison de se prévaloir à cette époque.
2 Les faits nouveaux survenus après le prononcé de la décision ou du jugement ne peuvent donner lieu à une demande de révision.
Art. 101 Délais
1 La demande de révision doit être déposée dans les nonante jours dès la découverte du moyen de révision.
2 Dans le cas mentionné à l'article 100, alinéa 1, lettre b), le droit de demander la révision se périme en outre par dix ans dès la notification de la décision ou du jugement visé.
Art. 102 Autorité compétente
1 L'autorité ayant rendu la décision ou le jugement visé statue sur la demande de révision."
Les motifs de l'art. 100 LPA-VD correspondent à ceux énoncés aux art. 123 al. 1 et al. 2 let. a de la loi fédérale du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF; RS 173.110) et 137 de l'ancienne loi fédérale d'organisation judiciaire (aOJ, en vigueur jusqu'au 31 décembre 2006). Ils peuvent en conséquence être interprétés à la lumière de la jurisprudence du Tribunal fédéral concernant ces dispositions (cf. arrêts PS.2018.0047 précité, consid. 3a et les références, et GE.2018.0036 du 5 juin 2018 consid. 2a).
c) Ne peuvent justifier une révision que les moyens de preuve ou les faits qui existaient et auraient pu être invoqués lorsque l'arrêt a été rendu, mais qui, sans faute de la part du requérant, ne l'ont pas été; l'intéressé doit avoir été empêché sans sa faute de s'en prévaloir dans la procédure précédente, en particulier parce qu'il ne les connaissait pas, nonobstant la diligence exercée (cf. TF 5F_12/2018 du 18 septembre 2018 consid. 4 et les références). Il y a lieu de conclure à un manque de diligence lorsque la découverte de faits ou de moyens de preuve nouveaux résulte de recherches qui auraient pu et dû être effectuées dans la procédure précédente. On n'admettra qu'avec retenue qu'il était impossible à une partie d'alléguer un fait déterminé dans la procédure antérieure, car le motif de révision des "faux nova" ne doit pas servir à remédier aux omissions de la partie requérante dans la conduite du procès. Les faits doivent en outre être pertinents, c'est-à-dire de nature à modifier l'état de fait qui est à la base de la décision entreprise et à conduire à une solution différente en fonction d'une appréciation juridique correcte (cf. TF 2F_27/2016 du 15 juin 2017 consid. 5.1 et les références; cf. ég. arrêt PS.2018.0047 précité, consid. 3a).
La révision ne permet pas pour le reste de supprimer une erreur de droit, de bénéficier d'une nouvelle interprétation ou d'une nouvelle pratique, d'obtenir une nouvelle appréciation des preuves administrées ou de la portée juridique de faits connus lors de la décision dont la révision est demandée ou encore de faire valoir des faits ou des moyens de preuve qui auraient pu ou dû être invoqués dans la procédure ordinaire (cf. arrêts PS.2018.0047 précité, consid. 3a et les références, et GE.2018.0036 précité, consid. 2a).
d) Il appartient en l'espèce à la cour de céans (compétente en application de l'art. 102 LPA-VD) de statuer sur la demande de révision de l'arrêt GE.2015.0162 du 12 février 2016 déposée par la requérant.
Il convient de relever d'emblée que, dans cet arrêt, le tribunal a en substance retenu que les données relatives aux interventions de la police liées au séquestre de l'arme de l'intéressé conservaient alors (soit "environ cinq ans" après les faits) une certaine importance et que, dans cette mesure, le recours devait être rejeté en tant qu'il tendait à la destruction des pièces 3.6 du JEP et 4.2 du système SINAP (cf. consid. 4b, en partie reproduit sous let. A supra). Pour le reste et comme le relève à juste titre la Préposée à la protection des données et à l'information dans ses déterminations du 23 février 2018, l'objet du litige ne portait aucunement, dans le cadre de cette procédure, sur la question du délai à l'échéance duquel les données en cause devraient être détruites. La révision de l'arrêt GE.2015.0162 précité demandée par le requérant supposerait ainsi qu'un fait ou moyen de preuve important (au sens de l'art. 100 al. 1 let. b LPA-VD) oblige à considérer qu'au moment où il a été rendu, la destruction des pièces concernées se justifiait - et non, par hypothèse, qu'une telle destruction se justifierait désormais, en raison de l'écoulement du temps ou de faits survenus postérieurement.
Il convient également de relever d'emblée, à toutes fins utiles, que le seul fait qu'une partie renonce à se déterminer dans le cadre de la procédure devant la cour de céans ne signifie à l'évidence aucunement qu'elle admettrait implicitement le bien-fondé des allégations, de l'argumentation ou des conclusions de la partie adverse, quoi que semble en penser le requérant. Le "principe du consentement tacite" auquel ce dernier se réfère dans ce cadre, à supposer qu'un tel principe existe (sous une autre appellation), n'a dans tous les cas pas la portée que l'intéressé lui prête.
aa) Cela étant, le requérant semble considérer que la révision de l'arrêt GE.2015.0162 précité se justifierait compte tenu de la teneur du courrier que le Commandant de la Police cantonale lui a adressé le 9 janvier 2018. Il résulte en substance de ce courrier que la durée de conservation d'une donnée dépend de sa nature et que, s'agissant de l'extrait JEP ******** (correspondant à l'extrait auquel il est fait référence en tant que pièce 3.6 du JEP dans cet arrêt; cf. consid. 2b, en partie reproduit sous let. A supra), sa durée de conservation est de dix ans (cf. let. C supra). Selon le requérant, cela prouverait de manière irréfutable d'une part que la teneur des considérants 4b et 5 de l'arrêt dont il demande la révision serait "douteuse", et d'autre part que l'intérêt public lié à l'accomplissement des tâches de police ne serait absolument pas compromis par la destruction des pièces 3.6 du JEP et 4.2 du système SINAP - la police possédant déjà les données concernées sur de multiples supports de conservation et d'archivage (concernant ce dernier point, cf. consid. 1d/bb infra).
De tels griefs ne résistent manifestement pas à l'examen. Comme rappelé ci-dessus, les faits (ou moyens de preuve) invoqués à l'appui d'une demande de révision doivent être pertinents, c'est-à-dire de nature à conduire à une solution différente en fonction d'une appréciation juridique correcte (consid. 1c). Or, le fait que la durée de conservation de la pièce 3.6 du JEP ait été arrêtée à dix ans n'a pas d'incidence, en tant que tel, sur la résolution du litige dans l'arrêt GE.2015.0162 précité - dont l'objet ne portait aucunement, comme déjà relevé, sur la question du délai à l'échéance duquel les données en cause pourraient être détruites. Le tribunal s'est alors contenté de relever à ce propos qu'aucune disposition légale n'indiquait précisément la durée admissible de conservation de telles données, le sort réservé aux événements demeurés sans suite ressortant d'une procédure interne (cf. consid. 4b, en partie reproduit sous let. A supra). Le bien-fondé de cette remarque (de même que celui, en général, des consid. 4b et 5 de l'arrêt) n'est absolument pas remis en cause par la teneur du courrier du 9 janvier 2018, quoi qu'en dise le requérant; c'est en effet dans le cadre d'une telle procédure interne que la durée de conservation de dix ans de la pièce 3.6 du JEP a été décidée (et non, par hypothèse, sur la base d'une disposition légale ad hoc dont le tribunal aurait omis de tenir compte). Dans ces conditions, il s'impose de constater que la teneur du courrier concerné ne constitue dans tous les cas pas un motif de révision de l'arrêt GE.2015.0162 précité - sans qu'il soit nécessaire d'apprécier pour le reste si et dans quelle mesure la durée de conservation de dix ans évoquée existait et aurait pu être invoquée lorsque cet arrêt a été rendu (comme le soutient le requérant).
Dans son écriture du 5 mars 2018, le requérant semble considérer que la révision requise se justifierait en raison d'une contradiction entre le délai de conservation de dix ans indiqué par le Commandant de la Police cantonale dans son courrier du 9 janvier 2018 et les déclarations de la Police cantonale telles que retranscrites dans l'arrêt GE.2000.0143 du 23 mai 2002. Le tribunal peine à comprendre en quoi l'intéressé voit dans une telle contradiction, à supposer même qu'elle soit établie, un motif de révision. Il apparaît à l'évidence, quoi qu'il en soit, que le requérant aurait le cas échéant pu et dû invoquer ce dernier arrêt dans le cadre de la procédure ayant conduit à l'arrêt GE.2015.0162 précité, respectivement qu'il ne s'agit pas, dans tous les cas, d'un fait qu'il ne pouvait alors pas connaître ou dont il ne pouvait pas ou n'avait pas de raison de se prévaloir (au sens de l'art. 100 al. 1 let. b LPA-VD). Il est relevé pour le reste, à toutes fins utiles, que les passages mis en évidence par le requérant dans son écriture du 5 mars 2018 (cf. let. C supra), évoquant une durée de conservation de cinq ans selon une réglementation interne, ne concernent a priori que les dossiers de police judiciaire (au sens de l'art. 1 al. 1 de la loi vaudoise du 1er décembre 1980 sur les dossiers de police judiciaire - LDPJu; BLV 133.17), dont il a déjà été jugé que les données litigieuses ne faisaient pas partie (cf. arrêt GE.2015.0162 précité, consid. 1).
bb) Le requérant soutient par ailleurs que les données résultant des pièces 3.6 du JEP et 4.2 du système SINAP seraient d'ores et déjà détenues par la police sur de multiples supports de conservation et d'archivage et semble considérer que ce point justifierait la révision de l'arrêt GE.2015.0162 précité.
Il s'impose de constater d'emblée que l'existence des multiples supports de conservation et d'archivage alléguée n'est aucunement établie et qu'il n'apparaît manifestement pas, en particulier, que la teneur du courrier du Commandant de la Police cantonale du 9 janvier 2018 serait de nature à en apporter la preuve. Encore faudrait-il au demeurant, pour qu'une révision se justifie de ce chef, que ce fait soit de nature à avoir une incidence sur la solution de l'arrêt concerné (cf. consid. 1c supra), ce qui semble pour le moins douteux; c'est en pleine connaissance de leur accessibilité aux fonctionnaires de police en effet que le tribunal a confirmé que les données relatives au séquestre de l'arme du requérant pouvaient alors être conservées dans le JEP et le système SINAP, et l'on voit mal que l'existence de ces données sur quelque autre support de conservation ou d'archivage - par hypothèse accessible à un nombre restreint de personnes - puisse avoir quelque incidence que ce soit sur ce point. Au surplus, même à admettre, par hypothèse et nonobstant ce qui précède, que l'existence des supports en cause soit établie et que cet élément soit susceptible d'avoir une incidence sur la solution de l'arrêt GE.2015.0162 précité, ce fait n'a été invoqué que tardivement par le requérant; il apparaît en effet qu'il en avait d'ores et déjà connaissance, à tout le moins, lorsque l'arrêt GE.2016.0085 du 11 avril 2017 a été rendu - puisqu'il s'en est prévalu dans le cadre de cette procédure (cf. consid. 3c, reproduit sous let. B supra) -, de sorte que le délai de nonante jours prévu par l'art. 101 al. 1 LPA-VD n'a pas été respecté.
cc) Pour le reste, les autres griefs du requérant ne sauraient à l'évidence justifier la révision de l'arrêt GE.2015.0162 précité. Ainsi en particulier lorsque l'intéressé remet en cause le bien-fondé de cet arrêt sous l'angle de la proportionnalité respectivement lorsqu'il fait valoir que le tribunal aurait dû ordonner la destruction des pièces en cause dans la mesure où le séquestre était "illicite", l'arme lui ayant par la suite été restituée (étant précisé concernant ce dernier point, à toutes fins utiles, que le seul fait que l'arme lui a par la suite été restituée ne rend pas le séquestre a posteriori illicite, s'agissant d'un séquestre préventif, et que la CDAP a bien plutôt confirmé le bien-fondé de ce séquestre par arrêt GE.2010.0026 du 28 mars 2011 et rejeté la demande de révision de cet arrêt déposée par le requérant par arrêt RE.2011.0007 et RE.2011.0008 du 29 juillet 2011); ces éléments ne constituent ni des faits ni des moyens de preuve importants au sens de l'art. 100 al. 1 let. b LPA-VD - ils relèvent bien plutôt de l'appréciation du cas (en fait et en droit) par le tribunal. Quant au fait que le Juge cantonal chargé des dossiers de police judiciaire a ordonné la destruction de toutes les données relatives à ce séquestre, il était connu et a été pris en compte (implicitement à tout le moins) dans l'arrêt GE.2015.0162 précité (cf. let. A et B, consid. 1 de cet arrêt); dans ce cadre, à supposer même que la jurisprudence à laquelle le requérant se réfère dans son écriture du 5 mars 2018 (TF 1P.46/2001 du 2 mars 2001) soit de nature à avoir une incidence sur la question de la conservation des données concernées dans le cas d'espèce, il aurait appartenu à l'intéressé de s'en prévaloir dans le cadre de la procédure antérieure.
e) En définitive, il s'impose de constater que les différents éléments invoqués par le requérant ne constituent pas des motifs de révision de l'arrêt GE.2015.0162 précité.
2. Il résulte des considérants qui précèdent que la demande de révision doit être rejetée dans la mesure où elle est recevable.
Aux termes de l'art. 33 de la loi vaudoise du 11 septembre 2007 sur la protection des données personnelles (LPrD; BLV 172.65), la procédure (de recours) est gratuite (al. 1); un émolument peut être perçu en cas de demande abusive (al. 2). Cette disposition s'applique également à la présente demande de révision (cf. art. 105 LPA-VD).
Il n'est pas perçu d'émolument. L'attention du requérant est toutefois attirée sur le fait qu'en l'absence manifeste de tout fait ou élément de preuve important au sens de l'art. 100 al. 1 let. b LPA-VD, sa demande confine en l'occurrence à la demande abusive.
Il n'y a pas lieu pour le reste d'allouer d'indemnité à titre de dépens (cf. art. 55 al. 1 LPA-VD).