Decision ID: 43760599-389c-5384-acce-246b3cde23e8
Year: 2015
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_005
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: penal_law

considérant en fait
A. a) A._ a été condamné à plusieurs reprises depuis le 21 novembre 2002 pour diverses infractions. En particulier, il a été condamné par jugement du Tribunal pénal de l’arrondissement de la Sarine (ci-après le Tribunal pénal) du 18 novembre 2010 pour vol d’importance mineure, tentative de brigandage, injures et contravention à la LStup à une peine privative de liberté de huit mois ferme ainsi qu’à une amende. Le Tribunal pénal a également ordonné un traitement institutionnel, au sens de l’art. 59 CP, et a suspendu l’exécution de la peine. Le même jour, le Président du Tribunal pénal (ci-après autorité intimée) l’a maintenu en détention et l’a placé en exécution anticipée de la mesure.
b) Par décision du 29 janvier 2015 (DO/8 ss), le Service de l'application des sanctions pénales et des prisons (ci-après le SASPP) a levé la mesure thérapeutique institutionnelle avec effet immédiat en application de l’art. 62c al. 1 let. a et c CP, a ordonné sa détention pour des motifs de sûreté à la Prison centrale et a demandé au Tribunal pénal de se déterminer sur la suite à donner à sa situation.
Par courrier de sa mandataire du 2 février 2015 (DO/17), A._ a requis sa libération immédiate car il a purgé la peine à laquelle il avait été condamné. Il a soutenu qu’une mesure d’internement n’entrait pas en ligne de compte car il n’existait aucun risque de récidive pour l’une des infractions de l’art. 64 CP. Il a précisé qu’il avait certes été condamné pour tentative de brigandage, seule infraction citée dans le précité article. Toutefois, il ne s’agirait que d’une tentative qui ne serait pas suffisamment grave pour justifier une telle mesure.
Par courrier du 3 février 2015 (DO/15), le Président du Tribunal pénal a relevé que la levée de la mesure institutionnelle aurait dû être examinée aux conditions de l’art. 62d al. 2 CP et non à celles de l’alinéa 1. Il a conclu qu’une nouvelle décision s’imposait. Il a ajouté que, dans le cadre de l’expertise qui sera ordonnée par le SASPP, l’expert pourrait déjà examiner la question d’un éventuel internement, si la mesure institutionnelle devait être levée. Enfin, il a requis du SASPP que celui-ci confirme le dessaisissement du Tribunal pénal et sa reprise de la procédure.
Par décision du 4 février 2015 (DO/18 ss), le SASPP a notamment révoqué sa décision du 29 janvier 2015, a dessaisi le Tribunal pénal de la procédure relative à la levée de la mesure, a indiqué que A._ devait poursuivre l’exécution de la mesure thérapeutique institutionnelle en attendant son placement dans un établissement plus adéquat et l’issue de la procédure de levée de la mesure thérapeutique institutionnelle et a suspendu l’exécution des peines privatives de liberté (8 mois et 55 jours).
Par courrier du 9 février 2015 (DO/28), le Président du Tribunal pénal a répondu à celui du 2 février 2015 de la mandataire du recourant. Il y a mentionné que suite à la révocation du 4 février 2015 par le SASPP de sa décision du 29 janvier 2015, le Tribunal pénal n’était pour l’instant plus saisi de la procédure relative à la levée de la mesure. Il lui a demandé de s’adresser directement au SASPP, auquel il transmettait une copie de l’échange de courriers.
Par courrier de sa mandataire du 18 février 2015 (DO/29 s), le recourant a requis du Tribunal pénal qu’en application de l’art. 62c al. 1 CP il reste saisi du dossier et que la décision du SASPP du 4 février 2015 soit, cas échéant, considérée comme une requête complémentaire tendant à examiner s’il y a lieu de prononcer un internement. Il estime que la mesure doit être levée par une autorité judiciaire neutre, de sorte que le SASPP ne serait pas compétent pour ce faire. Il a également requis à être mis au bénéfice d’un défenseur d’office.
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c) Par ordonnance du 20 février 2015 (DO/31 ss), le Président du Tribunal pénal a relevé que ce dernier ne s’est pas dessaisi lui-même mais l’a été par le SASPP dans sa décision de révocation du 4 février 2015. Il a ajouté que la compétence pour lever la mesure thérapeutique institutionnelle était dévolue non pas au juge mais à l’autorité compétente, à savoir le SASPP en mentionnant les dispositions topiques applicables. Il a souligné que si ce dernier décidait de lever la mesure, il saisira ou non le juge d’une requête en vue d’un internement, en application de l’art. 62c al. 4 CP. Il a considéré que le Tribunal pénal n’était pas saisi d’une procédure en cas de décision judiciaire ultérieure indépendante au sens des art. 363 ss CPP et que lui-même n’était pas investi de la direction de la procédure (art. 61 CP). Par conséquent, il a estimé ne pas être compétent pour statuer ni sur le maintien ou non en détention de A._ (qui est en exécution de mesure jusqu’au 5 novembre 2015), ni sur la requête de désignation d’office.
d) Par courrier de sa mandataire daté du 18 février 2015 mais adressé le 6 août 2015 (DO/ 34 s.), le recourant a requis une nouvelle fois du Tribunal pénal la levée de la mesure. Il y a allégué que l’expert a confirmé que la mesure était vouée à l’échec et qu’il n’y avait pas d’établissement approprié pour l’accueillir. Il a relevé que le SASPP refusait de rendre une décision et tardait à la rendre pour des raisons absolument incompréhensibles qui n’étaient pas prévues par la loi. Il a ajouté qu’une non décision de la part du SASPP était contraire au principe de célérité de la procédure qui s’imposait à partir du moment où il était établi que la mesure devait être levée et qu’un internement ne se justifiait pas. Le recourant a une nouvelle fois demandé à être mis au bénéfice d’un défenseur d’office. En annexe à ce courrier, le recourant a joint les conclusions de l’expert du 24 mars 2015.
B. Par ordonnance du 11 août 2015, le Président du Tribunal pénal a prononcé ce qui suit:
« 1. Le Tribunal pénal de l’arrondissement de la Sarine n’est compétent ni pour lever la mesure thérapeutique institutionnelle ordonnée sur A._, ni pour statuer sur son maintien ou non en détention, ni pour statuer sur sa requête tendant à la désignation d’une défenseure d’office;
2. Les frais de procédure globaux d’un montant de CHF 250.00 sont mis à la charge de Me B._ (art. 417 CPP);
3. La requête de Me B._ est transmise au Service de l’application des sanctions pénales et des prisons, comme objet de leur compétence. »
C. Le 13 août 2015, Me B._ a recouru pour son propre compte ainsi qu’au nom de A._ en requérant l'assistance judiciaire pour son client et en prenant les conclusions suivantes:
« I. Le recours est admis.
II. La décision attaquée est réformée comme suit:
1. Le Tribunal pénal de l’arrondissement de la Sarine est compétent pour lever la mesure thérapeutique institutionnelle ordonnée sur A._ en vertu de l’art. 62c CP et pour lui désigner un défenseur d’office dans le cadre de cette procédure, de même que pour statuer sur son maintien ou non en détention durant la procédure de levée de la mesure.
2. Les frais sont laissés à la charge de l’Etat, subsidiairement mis à la charge de A._ si le recours et la requête d’assistance judiciaire devaient être rejetés concernant le chiffre 1 de la décision attaquée.
3. Ce chiffre est annulé.
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III. La cause est renvoyée au Tribunal pénal de la Sarine pour qu’il statue sur la requête de levée de la mesure institutionnelle déposée par A._ en date du 7 août dernier.
IV. Les frais et dépens de deuxième instance sont laissés à la charge de l’Etat de Fribourg. »
Le 19 août 2015, le Ministère public a renoncé à se déterminer sur le recours.
Le 19 août 2015, le Président du Tribunal pénal, sans formuler d’observations, a conclu au rejet du recours et à ce que les frais de la procédure soient mis à la charge du recourant.
Dans ses observations du 20 août 2015, le SASPP a soutenu que sa compétence en matière d’examen annuel de la libération conditionnelle et de la levée de la mesure (cf. art. 62d al. 1 CP renvoyant, pour la levée, à l’art. 62c CP) ne saurait être remise en question, en particulier en vertu de la jurisprudence fédérale (ATF 139 I 51). Le SASPP a également transmis une copie du recours pour déni de justice du 6 août 2015 introduit auprès de la Direction de la sécurité et de la justice (ci-après la DSJ) par A._ par l’intermédiaire de sa mandataire.
Le 27 août 2015, la DSJ a suspendu la procédure de recours jusqu’à droit connu sur celui introduit auprès de la Chambre.
Par courrier de sa mandataire du 3 septembre 2015, le recourant a demandé la suspension de la présente procédure jusqu’à droit connu sur le recours pour déni de justice introduit auprès de la DSJ.

en droit
1. a) Aux termes de l’art. 393 al. 1 let. b CPP, le recours est recevable contre les ordonnances, les décisions et les actes de procédure des tribunaux de première instance, sauf contre ceux de la direction de la procédure. Cette disposition doit être lue en corrélation avec l’art. 65 al. 1 CPP, aux termes duquel les ordonnances rendues par les tribunaux ne peuvent être attaquées qu’avec la décision finale. La doctrine mentionne notamment comme décision susceptible de recours selon l’art. 393 al. 1 let. b CPP la suspension provisoire de la procédure (art. 329 al. 2 CPP), le renvoi de l’acte d’accusation au ministère public (art. 329 al. 2 CPP), le classement de la procédure (art. 329 al. 4 CPP). En revanche, les ordonnances contre lesquelles un recours immédiat est exclu selon les art. 65 al. 1 et 393 al. 1 let. b in fine CPP concernent en particulier toutes les décisions qu’exigent l’avancement et le déroulement de la procédure avant ou pendant les débats (ATF 138 IV 193 consid. 4.3.1; ATF 140 IV 202 consid. 2.1).