Decision ID: 2fa8bd12-4cec-4211-a998-942efc12bc80
Year: 2009
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Le 5 mars 2008, le Procureur de la République italienne près le Tribunal de Rome a adressé aux autorités suisses une commission rogatoire  dans le cadre d’une enquête menée notamment contre B., C., D. et E. du chef de corruption d’agent public. Les autorités italiennes ont fourni des compléments à cette demande en date des 3 et 30 avril 2008. Les faits à l’origine de la demande concernent la vente à B. de la société F., active dans la téléphonie mobile et entièrement contrôlée par la société à  étatique majoritaire G. En résumé, B. est soupçonné d’avoir, dans le courant de l’année 2005 et avec l’aide d’autres personnes, soudoyé C., à l’époque des faits directeur financier de la société G., ainsi que d’autres agents publics, afin que ceux-ci favorisent la vente de gré à gré de la  F. à des sociétés liées à B., en omettant de procéder à la mise au concours public imposée par la législation italienne. L’autorité requérante a des raisons de croire que d’importantes sommes d’argent ont été versées à cet effet par B. en faveur de C., par l’intermédiaire de D. et de diverses , qui auraient notamment fait transiter l’argent par la Suisse. Au  des transactions suspectes, l’autorité requérante fait état de plusieurs versements (pour un total de € 2'750'000.--) effectués les 29 et 31 août 2005 par la société H. – société se proposant d’acquérir la société F. – et E. en faveur de la société I. Le 5 septembre 2005, les fonds auraient été déplacés sur un compte ouvert dans les livres de la banque J. à Genève au nom de la société la société A. L’autorité requérante sollicite, entre autres mesures, la communication de la documentation bancaire relative à ce compte.
B. Le 27 mars 2008, l’Office fédéral de la Justice (ci-après: OFJ) a délégué l’exécution de la demande d’entraide au Ministère public de la  (ci-après: MPC). Le 17 novembre 2008, le MPC a ordonné la  à l’autorité requérante des documents d’ouverture, relevés de compte et avis de crédit et de débit relatifs au compte n° 1 détenu par la société A. auprès de la banque J. à Genève. Ladite société a recouru contre cette  par mémoire du 18 décembre 2008, complété le 19 décembre 2008 (act. 1 et 3). L’OFJ s’est rallié à la décision querellée et a renoncé à former des observations (act. 7). Le MPC a présenté ses observations en date du 26 janvier 2008 (act. 8). Le conseil de la recourante a procédé le 9 février 2009 à la consultation du dossier au siège du Tribunal pénal fédéral. Les arguments et moyens de preuves invoqués par les parties seront repris si nécessaire dans les considérants en droit.
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La Cour considère en droit:
1. 1.1 En vertu de l’art. 28 al. 1 let. e ch. 1 LTPF, mis en relation avec les art. 80e
al. 1 EIMP et 9 al. 3 du Règlement du Tribunal pénal fédéral du 20 juin 2006 (RS 173.710), la IIe Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral est compétente pour connaître des recours dirigés contre les décisions de  de la procédure d’entraide rendues par l’autorité fédérale d’exécution.
1.2 L'entraide judiciaire entre la Confédération suisse et la République italienne
est régie par la Convention européenne d’entraide judiciaire en matière  (CEEJ; 0.351.1), entrée en vigueur le 20 mars 1967 pour la Suisse et le 12 juin 1962 pour l'Italie, ainsi que par l'Accord complémentaire à cette convention, entré en vigueur le 1er juin 2003 (RS 0.351.945.41; ci-après: l’Accord bilatéral).
1.3 Le 27 novembre 2008, le Conseil de l’Union européenne a décidé la mise
en œuvre de la totalité des accords bilatéraux d’association de la Suisse à l’Espace Schengen et à l’Espace Dublin à compter du 12 décembre 2008 (Journal officiel de l’Union européenne L 327 du 5 décembre 2008, p. 15 à 17). Selon la jurisprudence constante, le droit applicable à l’entraide  est celui en vigueur au moment de la décision. Le caractère  de la procédure d’entraide ne requiert pas l’application du  de la non-rétroactivité (ATF 122 II 422 consid. 2a; 112 Ib 576 consid. 2; 109 Ib 62 consid. 2a, 157 consid. 3b; arrêt du Tribunal fédéral 1A.96/2003 du 25 juin 2003, consid. 2.2; TPF RR.2007.178 du 29  2007, consid. 4.3). Il en découle qu’en vertu des art. 2 ch. 1 et 15 ch. 1 de l’Accord du 26 octobre 2004 entre la Confédération suisse, l’Union  et la Communauté européenne sur l’association de la Suisse à la mise en œuvre, à l’application et au développement de l’acquis Schengen (RS 0.360.268.1; ci-après: l’Accord Schengen), en matière d’entraide à l’Italie, sont également pertinents les art. 48 ss de la Convention d’application de l’Accord Schengen du 14 juin 1985 (ci-après: CAAS) entre les gouvernements des Etats de l’Union économique Benelux, de la  fédérale d’Allemagne et de la République française relatif à la  graduelle des contrôles aux frontières communes (n° CELEX 42000A0922(02); Journal officiel de l’Union européenne L 239 du 22  2000, p. 19 à 62).
1.4 Dans la mesure où l’entrée en vigueur des dispositions pertinentes de la
CAAS ne comporte guère, en l’espèce, de changement substantiel des
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conditions d’octroi de l’entraide à l’Etat requérant par rapport au droit conventionnel (cf. consid. 2.1), un échange d’écriture supplémentaire  au droit applicable n’a pas été nécessaire.
1.5 Pour le surplus, l'EIMP et son ordonnance d'exécution (OEIMP; RS 351.11) règlent les questions qui ne sont pas régies, explicitement ou implicitement, par les traités (ATF 130 II 337 consid. 1 p. 339; 128 II 355 consid. 1 p. 357 et la jurisprudence citée). Le droit interne s'applique en outre lorsqu'il est plus favorable à l'octroi de l’entraide que la Convention (ATF 122 II 140 consid. 2 et les arrêts cités). Le respect des droits fondamentaux demeure réservé (ATF 123 II 595 consid. 7c p. 617).
1.6 En sa qualité de titulaire du compte n° 1, la société recourante a la qualité
pour recourir contre l’ordonnance querellée au sens des art. 80h EIMP et art. 9a let. a OEIMP. Adressé dans les trente jours à compter de celui de la notification de la décision attaquée, le recours est recevable en la forme (art. 80k EIMP).
2. A l’appui de son recours, la société A. produit une expertise financière pri-
vée réalisée à sa demande. Se fondant sur cette expertise, la recourante tente d’argumenter que les versements intéressant les autorités italiennes n’ont pas été opérés à des fins corruptives. Elle sollicite le versement de cette expertise au dossier ainsi que l’audition de l’expert dans le cadre de la procédure d’entraide.
2.1 La recourante perd de vue que la question de l’appréciation de la licéité
des transferts de fonds opérés en sa faveur par la société I. relève de la compétence du juge pénal italien. Il n’appartient pas à la Cour de céans, dans le cadre de la procédure d’entraide, de se substituer au juge du fond de l’Etat requérant (ATF 132 II 81 consid. 2.1; TPF RR.2007.77 du 29  2007, consid. 6; RR.2007.58 du 31 mai 2007, consid. 8). De  constante, les griefs consistant en de l’argumentation à décharge sont en effet irrecevables dans le cadre de la procédure d’entraide (arrêt du Tribunal fédéral http://links.weblaw.ch/1A.59/20001A.59/2000 du 10 mars 2000, consid. 2b; TPF RR.2007.118 du 30 octobre 2007, consid. 5.1; TPF RR.2007.183 du 21 février 2008, consid. 3).
2.2 S’agissant de l’offre de moyens de preuve dont la recourante sollicite
l’administration dans le cadre de la procédure d’entraide (versement au dossier de l’expertise réalisée par K. et audition de l’expert), elle a trait à l’appréciation des preuves qui relève de la compétence du juge pénal  au fond, et non de l’autorité chargée de l’exécution de la demande
http://links.weblaw.ch/1A.59/2000
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d’entraide. En application des principes évoqués plus haut, le MPC n’avait donc pas à administrer les moyens de preuve proposés par la recourante à l’appui de son argumentation à décharge. Le cas échéant, il appartiendra à la recourante de faire valoir ses offres de preuve dans la procédure pénale italienne au fond.
3. La recourante expose que des copies des pièces bancaires faisant l’objet
de la décision de clôture querellée ont également été saisies lors d’une perquisition menée en exécution de la demande d’entraide du 5 mars 2008 auprès de la société fiduciaire L. à Lugano. Elle demande la suspension de la présente procédure tant que le MPC ne s’est pas prononcé sur la  des documents saisis en mains de la fiduciaire L.
Lorsque l’enquête étrangère vise l’identification et l’analyse de mouve-
ments de fonds, il est possible que l’exécution de la demande d’entraide exige des investigations à la fois auprès de la banque qui gère le compte d’une personne (physique ou morale) impliquée dans l’enquête et auprès de la fiduciaire qui gère les affaires de la personne en question. En pareille hypothèse, il n’est pas exclu que certains documents bancaires se trouvent également en mains de la fiduciaire. L’on ne voit toutefois pas – et le  ne fournit aucune explication à ce sujet – en quoi il se justifierait que le MPC rende simultanément une ordonnance de clôture concernant l’ensemble des actes d’entraide requis. Au contraire, le principe de célérité ancré dans l’art. 17a EIMP commande que les documents susceptibles de faire progresser l’enquête étrangère soient remis sans retard à l’Etat . Le risque que certains documents puissent être remis à double à l’autorité requérante ne constitue en aucun cas un motif de déroger à cette exigence. La requête de suspension doit dès lors être rejetée.
4. Les frais de procédure sont mis à la charge de la société recourante qui
succombe (art. 63 al. 1 PA, applicable par renvoi de l’art. 30 let. b LTPF). Calculé conformément à l’art. 3 du Règlement du 11 février 2004 fixant les émoluments judiciaires perçus par le Tribunal pénal fédéral (RS 173.711.32; TPF RR.2007.26 du 9 juillet 2007, consid. 9.1), cet  est arrêté à Fr. 5'000.--, couvert par l’avance de frais déjà versée.
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