Decision ID: 7ccca825-d57e-41ec-9cd7-f21aac0cca81
Year: 2012
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
A. X._ (ci-après: le contribuable ou le recourant) est né le 31 mai 1961. Il est séparé de son épouse, B. X._. Il travaille depuis le mois de janvier 1999 pour le compte de La Poste en qualité de facteur, à un taux de 100%. Actuellement, son lieu de travail se situe au 1********. Il habite dans cette commune depuis le 1
er
mars 2007. Son logement est un appartement de deux pièces sis Rue ********, selon bail établi à son nom, et dont le loyer mensuel s'élève à 930 francs. Il n'y détient aucune ligne téléphonique à son nom. A. X._ est propriétaire depuis le 31 juillet 1985, pour une demie, d'un appartement en PPE situé à la Rue ******** à 2********. L'autre demie est propriété de son épouse. Ce bien immobilier a une surface habitable de 170 m2 environ et une estimation fiscale de 364'000 francs. Depuis le 13 janvier 1995, le contribuable est aussi propriétaire avec son épouse, pour une demie chacun, d'un local situé dans le même immeuble, dont l'estimation fiscale s'élève à 20'000 francs.
B.
Le contribuable a été imposé de manière illimitée dans le canton de Vaud de 1980 jusqu'au 31 août 2003, date de l'annonce de son départ de 2******** pour Savièse. Depuis lors, il est imposé de manière limitée dans le canton de Vaud en qualité de propriétaire immobilier à 2********. En mai 2010, il s'est inscrit en résidence secondaire au 1********.
C.
Le 21 septembre 2010, à la requête de l'Administration cantonale des impôts du canton de Vaud (ci-après: ACI), saisie par l'Office d'impôts des districts de Lausanne et Ouest lausannois, le contribuable a rempli un questionnaire relatif à la détermination du domicile fiscal. Il a indiqué que son adresse officielle était située à la Rue ********, à Savièse, son logement du 1******** constituant son adresse secondaire. Il a précisé qu'à Savièse, il vivait avec sa mère dans une villa de 6 pièces, dont il était propriétaire. Selon ses indications, s'il résidait au 1******** durant la semaine, il se rendait néanmoins deux fois par semaine en Valais, en voiture. Il passait la majorité de ses week-ends à Savièse et dans un mayen au Val des Dix et ses vacances en Valais. Le contribuable a ajouté qu'il entretenait uniquement des relations avec sa famille à son lieu de résidence durant la semaine.
Par courrier du 15 octobre 2010, l'ACI a invité son homologue valaisan à renoncer à l'assujettissement illimité en Valais du contribuable au 1
er
janvier 2011, sous réserve d'un assujettissement limité dans ce canton en qualité de propriétaire immobilier. L'autorité fiscale a retenu que le contribuable était âgé de plus de 49 ans, qu'il résidait au 1******** depuis le 1
er
mars 2007 et que son lieu de travail était dans cette commune. Le fait pour le contribuable de retourner régulièrement à Savièse, où il logeait dans une villa dont il était le propriétaire et qu'il partageait avec sa mère, ne pouvait pas faire passer au second plan les éléments qui le rattachaient à la Commune du 1********. Ce courrier de l'ACI a été transmis en copie au contribuable. Les parties concernées se sont vu impartir un délai de 60 jours pour faire d'éventuelles remarques.
Le contribuable a fait part de ses déterminations le 25 novembre 2010 sous la plume de son conseil, l'avocat Bastien Geiger. Il a exposé être en procédure de divorce. Le contribuable a produit une décision du 6 janvier 2010 du Juge II du district de Sion qui, statuant sur une exception d'incompétence
ratione loci
soulevée par l'épouse du contribuable, a retenu que le domicile du recourant était à Savièse au sens de l'art. 23 CCS. Il a également expliqué que son père venait de décéder, ce qui le conduisait à devoir être encore plus présent aux côtés de sa mère, à Savièse et que suite à un accident de travail dont il venait d'être victime, il bénéficiait de soins de physiothérapie à Sion.
Le 4 mars 2011, les autorités fiscales vaudoise et valaisanne ont eu une séance pour examiner le cas du contribuable. Le 8 mars 2011, l'administration fiscale valaisanne a écrit à l'ACI pour l'informer qu'à ses yeux, la commune de Savièse constituait l'endroit auquel le contribuable était rattaché par les liens les plus forts, de sorte que les conditions pour fixer son domicile fiscal au 1******** n'étaient pas réunies.
D.
Par décision du 3 janvier 2012, l'ACI a arrêté le domicile fiscal du contribuable au 1******** au 1
er
janvier 2011, le contribuable demeurant assujetti de manière limitée en Valais en qualité de propriétaire immobilier.
Le 3 février 2012, le contribuable a recouru contre cette décision devant la Cour de droit administratif et fiscal du Tribunal cantonal (CDAP), en concluant sous suite de frais et dépens à son annulation et à ce qu'il soit constaté que son domicile fiscal se trouve sur la Commune de Savièse dans le Canton du Valais. Il a notamment fait valoir ce qui suit:
"(...)
4. En outre, Monsieur A. X._ a remis à l'autorité une décision rendue le 6 janvier 2010 par le Tribunal de Sion dans le cadre de la procédure de divorce qui l'oppose à Madame B. X._ (dossier).
5. Dite décision avait précisément pour objet de déterminer la compétence ratione loci du Tribunal de Sion dans le cadre de la procédure de divorce (dossier).
6. Le Tribunal de Sion avait procédé à l'audition de Monsieur A. X._ dans ce contexte (dossier).
7. Dans le cadre de sa décision, le Tribunal de Sion a constaté que:
·
Monsieur A. X._ travaillait en qualité de facteur pour La Poste au 1********;
·
Monsieur A. X._ louait un appartement de 45 m2, pour un loyer de CHF 930.— par mois;
·
le logement loué était exigu, comprenant une chambre à coucher et un séjour ouvert sur une cuisine agencée;
·
la consommation d'électricité de cet appartement a été réduite du 7 mai 2008 au 25 mai 2009, les Services Industriels lausannois n'ayant facturé à Monsieur A. X._ qu'un montant de CHF 270.20 (TVA et diverses redevances comprises) pour cette période, soit pour plus d'une année;
·
la consommation d'électricité paraît incompatible avec une utilisation prolongée du logement;
·
le bailleur de l'intimé a confirmé, le 23 juin 2009, que le recourant était très souvent absent;
·
le logement en question ne dispose d'aucune ligne téléphonique fixe au nom de Monsieur A. X._;
·
la résidence principale de Monsieur A. X._ se situe à Savièse depuis le 1
er
juillet 2003;
·
à l'époque des faits, les parents de Monsieur A. X._ étaient âgés et en mauvaise santé;
·
Monsieur A. X._ occupe, dans la maison dont il est le propriétaire, tout un étage comprenant trois chambres et une salle-de-bains;
·
Le véhicule automobile de Monsieur A. X._ est immatriculé dans le Canton du Valais;
·
Monsieur A. X._ est domicilié, vis-à-vis des assurances sociales, à Savièse également;
·
Le courrier de Monsieur A. X._ lui est adressé, pour l'essentiel, à Savièse;
·
Les enfants de Monsieur A. X._ sont majeurs et n'entretiennent que des relations sporadiques avec leur père;
·
Monsieur A. X._ ne rencontre pas régulièrement ses enfants au 1********;
·
Monsieur A. X._ dort au 1******** la nuit du mardi au mercredi ainsi que la nuit du jeudi au vendredi;
·
Le recourant passe le reste de son temps à Savièse;
·
Le recourant s'occupe de l'entretien de la maison de ses parents;
·
Il n'est aucunement établi que Monsieur A. X._ dispose d'un cercle d'amis étendu au 1********, ne faisant de surcroît partie d'aucune association et ne consultant pas des médecins à cet endroit;
·
Ses relations familiales s'exercent essentiellement à Savièse où vivent ses parents (aujourd'hui sa mère uniquement) et où séjourne parfois sa soeur.
8. Il a ainsi été retenu par le Tribunal de Sion que Monsieur A. X._ était domicilié dans le Canton du Valais (dossier).
(...)
12. Il ressort des documents remis (...) à l'autorité intimée, en particulier de l'attestation établie par la Poste suisse le 25 février 2011 que Monsieur A. X._ débute son travail à 6h.30 du lundi au vendredi, effectuant 42 heures par semaine (pièce 3).
13. En qualité de facteur, Monsieur A. X._ effectue un horaire continu.
14. De la sorte, Monsieur A. X._ termine son service aux environs de 14 h.30.
15. A l'exception d'un ou deux soirs par semaine, Monsieur A. X._ regagne chaque jour son domicile valaisan à 15 h.30.
(...)"
Le recourant considère ainsi que l'autorité intimée n'a tenu compte que de manière très partielle des faits pertinents et que c'est sans le moindre indice versé au dossier que sa présence avait été constatée sur la Commune du 1********, en semaine. Or, tel serait le cas uniquement en journée, puisqu'il y exerce son activité de facteur. Le recourant considère ainsi qu'il n'a aucune attache dans la région lausannoise, si bien qu'il faut admettre que son domicile fiscal se situe dans le canton du Valais.
Le 16 mars 2012, le Service cantonal des contributions du canton du Valais a fait part de ses déterminations. Il a conclu à l'annulation de la décision, considérant qu'il avait été démontré que la Commune de Savièse constituait le centre dès intérêts personnels du recourant, si bien qu'il fallait admettre que son domicile fiscal se trouvait dans cette commune.
Dans sa réponse du 20 avril 2012, l'ACI a conclu au rejet du recours. L'autorité intimée a exposé que selon une enquête, le recourant était régulièrement présent au 1********, et ceci aussi hors des jours où il indiquait dormir dans son logement du 1********. Il semblait aussi peu probable, au vu de ses horaires professionnels, qu'il puisse assumer la prise en charge de sa mère pour ses déplacements entre Savièse et Sion pour y suivre son traitement médical. Dès lors que le recourant n'était pas parvenu à établir que ses relations personnelles à Savièse l'emportaient sur l'intensité de ses relations professionnelles au 1********, il fallait admettre que la présomption selon laquelle le domicile fiscal d'un contribuable célibataire se situe au lieu à partir duquel il exerce quotidiennement son activité lucrative n'avait pas été renversée.
Le recourant a déposé des déterminations le 15 mai 2012, par lesquelles il remettait en cause l'existence même d'une enquête qui aurait été diligentée par l'autorité intimée aux fins de constater la présence ou non du recourant au 1********. Il conteste que la présence de son véhicule à son logement ait pu être constatée de manière aussi constante que l'autorité intimée voulait bien le retenir.
Le Service cantonal des contributions du canton du Valais a encore pris position le 11 juin 2012, en relativisant les relevés de l'enquête de présence effectuée par l'autorité intimée.
L'autorité intimée a renoncé à déposer des déterminations complémentaires.
E.
Toute une série de pièces ont été produites au dossier. Parmi celles-ci, des déclarations des parents du recourant, selon lesquelles le recourant serait présent tous les week-ends en Valais pour s'occuper d'eux, ainsi que de l'entretien de la villa de Savièse et d'un mayen se trouvant au Val des Dix. Le bailleur du recourant a aussi attesté que ce dernier s'absentait très souvent les fins de semaine. Le procès-verbal d'interrogatoire du recourant du 24 septembre 2009, dans le cadre de la procédure incidente en déclinatoire devant le juge valaisan de la procédure de divorce, a aussi été versé au dossier. Le recourant a à cette occasion déclaré notamment ce qui suit:
"(...)
Je séjourne à ******** environ tous les week-ends du mois de mai au mois d'octobre. Je dors à Lausanne la nuit du mardi au mercredi ainsi que la nuit du jeudi au vendredi. Comme je travaille un samedi sur deux, une semaine sur deux je reste à Lausanne du jeudi au samedi. Je passe le reste du temps à Savièse. Je m'occupe de l'entretien de la maison de mes parents. J'ai aussi une soeur à qui il arrive de séjourner dans la maison familiale.
(...) depuis une année environ, j'ai noué une relation avec une personne qui réside à 3********. Je précise qu'il y a eu de nombreuses coupures dans nos contacts.
(...) je confirme avoir entretenu une relation avec Mme Y._ domiciliée au 1********. C'est moi qui lui ai trouvé son appartement. J'ai mis fin à cette relation à Pâques de l'année passée.
(...) Lorsque je parle de la maison de mes parents je précise qu'en fait celle-ci a fait l'objet d'un avancement d'hoirie en faveur de ma soeur et de moi-même.
(...)".
Selon un rapport d'enquête du 19 octobre 2011 portant sur 15 pointages effectués entre le 21 avril et le 28 septembre 2011, 14 ont révélé la présence du véhicule du recourant à son domicile du 1********, ce qui démontrait que le recourant passait quasiment toutes les nuits de la semaine dans son appartement vaudois. Dans le détail, les contrôles ont révélé que le recourant avait passé la nuit au 1********:
-
à une reprise (pour un contrôle) du dimanche au lundi;
-
à six reprises (pour autant de contrôles) du lundi au mardi, des contrôles ayant notamment été effectués les mardis 3, 17, 24 et 31 mai 2011;
-
à deux reprises (pour autant de contrôles) du mardi au mercredi;
-
à quatre reprises (pour autant de contrôles) du mercredi au jeudi, des contrôles ayant notamment été effectués les 24 et 31 août 2011;
-
à une reprise (pour deux contrôles) du jeudi au vendredi.
F.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD.
2.
Le litige porte sur la fixation du domicile fiscal du recourant à compter du 1
er
janvier 2011.
a) A teneur de l’art. 3 de la loi vaudoise du 4 juillet 2000 sur les impôts directs cantonaux (LI; RSV 642.11), les personnes physiques sont assujetties à l’impôt à raison de leur rattachement personnel lorsque, au regard du droit fiscal, elles sont domiciliées ou séjournent dans le canton (al. 1). Une personne a son domicile dans le canton, au regard du droit fiscal, lorsqu’elle y réside avec l’intention de s’y établir durablement ou lorsqu’elle y a un domicile légal spécial en vertu du droit fédéral (al. 2). Les personnes physiques domiciliées dans le canton, au regard du droit fiscal, doivent l’impôt au lieu de leur domicile (art. 18 al. 1 LI). Cette règle est conforme à celle de l’art. 3 al. 2 de la loi fédérale du 14 décembre 1990 sur l’harmonisation des impôts directs des cantons et des communes (LHID; RS 642.14; cf. ATF 131 I 145 consid. 4.1 p. 150).
b) Le principe de la prohibition de la double imposition, déduit de l’art. 127 al. 3 première phrase de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst.; RS 101), s’oppose à ce qu’un contribuable soit concrètement soumis, par deux ou plusieurs cantons, sur le même objet, pendant la même période, à des impôts analogues (double imposition effective) ou à ce qu’un canton excède les limites de sa souveraineté fiscale et, violant les règles de conflit jurisprudentielles, prétende prélever un impôt dont la perception est de la seule compétence d’un autre canton (double imposition virtuelle; ATF 134 I 303 consid.
2.1 pp. 306 s.; 133 I 19 consid. 2.1 p. 20; 132 I 29 consid. 2.1 pp. 31 s.; 220 consid.
2.1 pp. 222 s. et les arrêts cités).
c
) L’imposition du revenu et de la fortune mobilière d’une personne revient au canton où cette personne a son domicile fiscal (ATF 132 I 29 consid. 4.1 pp. 35 s.; 131 I 145 consid. 4.1 p. 149). On entend par là en principe le domicile civil, c’est-à-dire le lieu où la personne réside avec l’intention de s’y établir durablement (art. 23 al. 1 du Code civil suisse du 10 décembre 1907 - CC; RS 210) et où se situe le centre de ses intérêts. Le domicile politique ne joue, dans ce contexte, aucun rôle décisif: le dépôt des papiers et l’exercice des droits politiques ne constituent, au même titre que les autres relations de la personne assujettie à l’impôt, que des indices propres à déterminer le domicile fiscal. Le lieu où la personne assujettie a le centre de ses intérêts personnels se détermine en fonction de l’ensemble des circonstances objectives, et non des déclarations de la personne; dans cette mesure, il n’est pas possible de choisir librement un domicile fiscal (ATF 132 I 29 consid. 4.1 p. 36; 131 I 145 consid. 4.1 pp. 149 s.; 125 I 458 consid. 2b p. 467 et les arrêts cités). Le principe de l’unité du domicile (cf. ATF 121 I 14 consid. 4b p. 17) n’empêche pas cependant qu’une personne puisse séjourner alternativement à deux endroits et qu’elle entretienne des relations avec chacun d’entre eux, notamment lorsqu’elle réside au lieu de son travail une partie de la semaine et en un lieu différent l’autre partie de celle-ci. En ce cas particulier, la détermination du domicile fiscal n’est pas non plus laissée au libre choix du contribuable; le critère déterminant est celui du centre des relations personnelles, familiales et vitales (ATF 132 I 29 consid. 4.2 p. 36; 131 I 145 consid. 4.2 p. 150; 125 I 54 consid. 2a p. 56). Cet élément s’apprécie également au regard de l’ensemble des circonstances spéciales du cas (ATF 123 I 289 consid. 2b p. 294). Enfin, l'autorité fiscale et la cour de céans ne sont pas liées par une décision du juge civil fixant le domicile des parties, notamment dans le cadre de difficultés conjugales (dans le même sens, en matière de déduction de pensions alimentaires, cf. arrêt FI.2008.0100).
L’appartenance à des sociétés locales traditionnelles ne suffit pas pour créer un domicile fiscal principal (arrêts FI.2006.0055 du 30 mars 2007 consid. 5 p. 5; FI.2005.0176 précité consid. 1c/cc
in fine
p. 9 et les arrêts cités), pas davantage que le séjour en fin de semaine ou durant les vacances. Il existe au contraire une présomption que le contribuable est domicilié au lieu d'où il se rend quotidiennement à son travail (arrêts FI.2009.0074 du 20 décembre 2010 consid. consid.2c; FI.2009.0072 du 22 septembre 2009, consid. 3c; FI.2007.0160 du 29 octobre 2008 consid. 3; FI.2005.0176 précité consid. 1c/cc p. 9 et les références citées). Cette présomption est toutefois réfragable. Encore faut-il démontrer que les liens affectifs et familiaux justifiant de déroger à la règle du domicile au lieu de travail soient suffisamment forts. S’agissant de contribuables célibataires, ces liens doivent être spéciaux, car il fait partie de l’ordre des choses que la relation entre enfants et parents, ou entre frères et sœurs, soit moins étroite que celle qui prévaut dans le couple (arrêts FI.2009.0127 du 13 avril 2010, consid. 3 a/dd; FI.2009.0072 du 22 septembre 2009, consid. 3c). Au surplus, la relation de concubinage est à considérer comme ayant un poids particulier dans l'appréciation du domicile (ATF 125 I 54, consid. 2b/bb, p. 57; ATF 115 Ia 216, consid. 3).
En règle générale, malgré un retour hebdomadaire régulier au lieu où réside la famille, l'activité lucrative exercée au lieu du travail, le cas échéant compte tenu des relations personnelles et sociales à cet endroit, l'emporte par rapport aux relations à l'autre lieu, notamment en raison de l'investissement demandé par la profession, si le contribuable dispose de son propre logement au lieu de travail, qu'il y vit en concubinage ou sous une autre forme de partenariat ou qu'il y entretient un cercle d'amis et de connaissances appréciable, lorsqu'il est personnellement et économiquement autonome. Dans ce contexte, la durée des rapports de travail ainsi que l'âge du contribuable ont une importance particulière (cf.
ATF 125 I 54 consid. 2b/bb p. 57
et les arrêts cités; ATF du 2 novembre 2011 in StE 2012 A 24.21 Nr 23). La jurisprudence admet également que l'activité lucrative dépendante déployée au lieu du travail où réside le célibataire pendant la semaine crée la présomption qu'il y a son domicile (FI 2005.0176 du 30 mars 2007). Cette présomption n'est renversée que si le célibataire rentre régulièrement, soit au moins une fois par semaine, au lieu de résidence de sa famille en raison de rapports particulièrement étroits avec celle-ci ainsi que d'autres relations personnelles et sociales. Ce n'est que si le célibataire peut se prévaloir de tels rapports avec sa famille et le lieu où elle réside et qu'il les établit, qu'il incombe alors au canton où il séjourne durant la semaine d'apporter la preuve de l'importance des relations économiques et, le cas échéant, personnelles au lieu de travail (sur le fardeau de la preuve cf.
Archives 63 p. 836 consid. 3c p. 842
;
ATF 125 I 54 consid. 3a p. 58
; l'arrêt du 2 septembre 1997 dans la cause A. contre Commission cantonale du recours en matière d'impôt du canton de Zurich, reproduit à la
RDAF 1998 II p. 67 consid. 2c in fine p. 70
). Cette appréciation restrictive prend justement en compte la situation réelle: les impôts directs ont pour justification et pour objectif de couvrir les dépenses générales engagées par la collectivité pour ceux qui en font partie. Or, des personnes célibataires sollicitent en général les infrastructures publiques et les prestations de la collectivité de manière plus intense au lieu où elles exercent leur activité lucrative et séjournent la majeure partie de la semaine qu'à l'endroit où elles passent leur temps libre (
ATF 125 I 54 consid. 2b/cc p. 57
). Les contribuables mariés qui regagnent régulièrement en fin de semaine leur canton de domicile - où ils ont, le cas échéant, des attaches émotionnelles très fortes – y paient leurs impôts. Par opposition, l'imposition de la personne célibataire à son lieu de travail se justifie également (ATF du 25 janvier 2006 2P 171/2005 ; cf. ATF 123 I 289 consid. 2c p. 294 s.; arrêt du 9 février 2001, 2P.302/1999 consid. 2d/cc).
Par ailleurs, selon l'expérience, les rapports familiaux créent, plus que tout autre contact, des relations particulières avec le lieu où ils s'exercent. Des rapports familiaux particulièrement étroits et d'autres relations - tels notamment un cercle assez important d'amis ou de connaissances, des relations sociales spécialement développées, le fait que le contribuable y possède sa propre maison ou son propre appartement peuvent donner un poids prépondérant au lieu de séjour en fin de semaine (ATF 2C.397/10 du 6 décembre 2010 in StE 2011 A 24.21 Nr 22; arrêt FI.2007.0160 du 29 octobre 2008, consid. 3, p. 6).
d) En l'espèce, en considérant que le domicile fiscal du recourant se trouvait au 1********, soit au lieu à partir duquel il se rend à son travail principal, l'autorité intimée a appliqué le principe posé par le Tribunal fédéral, en faveur du domicile au lieu de travail.
Pour renverser cette présomption, le recourant expose que le centre de ses intérêts se situe en Valais, particulièrement à Savièse. Il y est propriétaire – avec sa soeur – d'une maison, qu'il partage avec sa mère et dans laquelle il occupe un étage. Il se rend très fréquemment à Savièse, en fin de semaine et durant la semaine. Sur place, il s'occupe de sa mère, mais aussi de l'entretien de la maison. Une grande partie de son courrier lui est adressée à Savièse. Il ne dispose pas d'un cercle d'amis étendu à Lausanne.
Les éléments sur lesquels se fonde le recourant ne suffisent pas encore à créer en sa faveur un domicile fiscal à Savièse, au regard des principes jurisprudentiels stricts rappelés ci-dessus. Au contraire, la situation du recourant présente plusieurs indices concrets qui plaident en faveur de son assujettissement à son lieu de travail. Ainsi, le recourant, qui travaille à 100%, est clairement indépendant de sa mère (son père est décédé récemment), d'un point de vue personnel et économique. Âgé de 51 ans, il travaille pour le compte de La Poste depuis le mois de janvier 1999. Son âge, supérieur à trente ans, et la durée des relations de travail, supérieure à cinq ans, vont également dans le sens d'un assujettissement au lieu de travail, conformément à la jurisprudence rappelée plus haut. Le recourant vit séparé de son épouse et se trouve actuellement en instance de divorce. Il a déclaré devant le juge valaisan en charge de son dossier de divorce qu'il avait noué une année avant son audition du 24 septembre 2009, soit en automne 2008 environ, une relation avec une personne qui résidait dans le canton de Vaud, à 3********. Certes, le recourant a précisé que cette relation avait connu beaucoup de coupures dans les contacts avec son amie. Il n'en demeure pas moins que cette relation était bel et bien existante. On rappellera par ailleurs qu'auparavant, le recourant avait déjà entretenu une liaison, cette fois-ci avec une femme domiciliée au 1********. Il y avait selon ses déclarations mis fin à Paques 2008, ce qui signifie concrètement que le recourant n'avait attendu que quelques mois avant de débuter sa nouvelle relation, ce qui évidemment était son droit le plus strict, mais qui témoignait de l'existence de relations intimes successives développées par le recourant sur le canton de Vaud, et non pas en Valais.
En ce qui concerne les moyens invoqués pour justifier un assujettissement en Valais, force est d'admettre que le recourant échoue dans la preuve qu'il se rend très fréquemment et régulièrement durant la semaine à Savièse. Les témoignages écrits produits par le recourant ne permettent en tous cas pas de l'établir. L'attestation de son bailleur du 1******** fait état d'absences régulières en fin de semaine, sans parler des autres jours de la semaine. Sa mère parle d'une aide apportée dans son quotidien. Cette déclaration est trop peu précise et ne permet pas de se faire une idée exacte de la fréquence et régularité des déplacements du recourant à Savièse en semaine. On rappelle que le recourant a lui-même admis dormir à Lausanne les nuits du mardi au mercredi et celles du jeudi au vendredi. Pour les autres nuits de la semaine, force est d'admettre que le recourant n'établit pas qu'il les passe très régulièrement à Savièse. Il résulte de l'enquête menée par l'autorité intimée que c'est plutôt le contraire qui paraît vrai. Contrairement à ce qu'allègue le recourant dans son écriture du 15 mai 2012, cette enquête a bien eu lieu, entre le 21 avril et le 28 septembre 2011. Le rapport d'enquête a comme il se doit été versé au dossier du recourant. Le Service cantonal des contributions du canton du Valais a d'ailleurs pris position à son sujet le 11 juin 2012. Selon cette enquête, sur les 15 pointages effectués sur une période de cinq mois s'étendant du 21 avril au 28 septembre 2011, 14 ont permis de conclure que le recourant avait passé la nuit à son domicile du 1********. Les contrôles portant sur les nuits du lundi au mardi (6 contrôles) et celles du mercredi au jeudi (4 contrôles), que le recourant soutient passer à Savièse, ont tous révélé qu'en réalité, le recourant se trouvait bien à son domicile du 1********. Les contrôles des 3, 17, 24 et 31 mai 2011 (aucun contrôle n'a été effectué le 10 mai 2011) prouvent qu'en tous cas, le recourant a passé quatre des cinq lundis soirs du mois de mai 2011 à Lausanne, et non pas à Savièse. Une telle régularité ne peut que laisser planer un doute certain, faute de preuve contraire, quant au bien-fondé du moyen du recourant tiré de son retour très régulier à Savièse durant la semaine aussi. Ce doute est accentué par le fait que l'enquête de l'autorité intimée a été diligentée à une époque où la procédure destinée à déterminer le domicile fiscal du recourant était déjà en cours depuis plusieurs mois. Cette procédure avait été portée à la connaissance du recourant, celui-ci ayant été invité à remplir le questionnaire qui lui avait été soumis puis à communiquer ses premières déterminations, ce qu'il a fait par l'intermédiaire de son conseil. Le recourant n'a enfin pas apporté la preuve de l'existence en Valais de relations – autres qu'avec sa mère – spécialement développées. Notamment, le recourant n'établit pas fréquenter un cercle assez important d'amis ou de connaissances, ni avoir développé des relations sociales particulières.
En définitive, il résulte de ce qui précède que le recourant peut compter, en l'état du dossier, pour justifier l'existence d'un domicile fiscal à Savièse, sur un titre de copropriété sur un immeuble situé dans cette commune valaisanne, qu'il occupe généralement le week-end et durant ses vacances, sur une présence accrue aux côtés de sa mère durant les mêmes périodes, sur la fréquentation d'un mayen durant les week-ends des mois de mai à octobre et sur une correspondance privée qui lui est distribuée à Savièse. Ces faits sont insuffisants au regard de ceux qui justifient une imposition au 1******** et qui ont été rappelés ci-dessus. On ne distingue en réalité pas dans la situation du recourant les circonstances particulières qui permettraient de déroger aux principes stricts énumérés ci-dessus et de retenir en l'espèce que les liens du recourant, qui vit seul, avec le lieu de résidence de sa mère seraient plus forts que ceux qui existent avec le lieu de son travail, soit le lieu à partir duquel il exerce quotidiennement son activité lucrative. A cet égard, la situation du recourant diffère sensiblement de celle ayant fait l'objet de l'arrêt du Tribunal fédéral 2C.397/2010 du 6 décembre 2010, qui concernait un célibataire âgé de 61 ans, travaillant dans le canton de Zurich et qui rentrait chaque fin de semaine à Altdorf, où il partageait un appartement avec sa soeur. Cette cause avait ceci de particulier que frère et soeur partageaient cet appartement depuis plus de trente ans, ce qui a amené le Tribunal fédéral à considérer cette relation comme particulièrement étroite. Par ailleurs, une disparité conséquente existait entre les deux logements du contribuable, savoir un appartement d'une seule pièce à son lieu de travail et un appartement de quatre pièces avec un terrain de 940 m2 à son lieu de résidence durant le week-end. Dans le cas d'espèce, comme déjà rappelé ci-dessus, le recourant occupe un appartement de 2 pièces au 1******** et trois chambres dans la villa de Savièse. On ne saurait parler ici de disparité conséquente entre ces deux logements. Par ailleurs, l'annonce du départ du recourant pour Savièse remonte à 2003, soit à neuf ans. On est ici aussi bien loin de la durée de plus de trente ans retenue dans l'arrêt précité. Cette jurisprudence du Tribuanl fédéral ne doit par conséquent pas s'appliquer au cas du recourant.
La décision de l'autorité intimée d'imposer le recourant au 1******** est dans ces conditions parfaitement fondée, et cela indépendamment de la décision du juge du divorce, qui a fixé en Valais le domicile du recourant, dans le cadre de la détermination du for de la procédure.
3.
En définitive, le recours doit être rejeté et la décision attaquée, confirmée. Le recourant, qui succombe, supportera les frais de justice. Le recourant n'a pas droit à l'allocation de dépens (art. 49, 55, 91 et 99 LPA-VD).