Decision ID: 1bd5d5a8-577c-522c-a5e9-bfed855704d7
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

Attendu, en fait, que :
- la Chambre de céans a retenu, dans ses précédents arrêts, que A_ avait eu connaissance dès réception de l'acte d'accusation, mais à tout le moins le 26 juin 2021, de son renvoi en jugement devant le Tribunal de police. En n'invoquant que le 7 septembre 2021, puis le 16 novembre 2021, des motifs qui lui étaient pourtant déjà connus le 26 juin 2021, il avait agi tardivement, au sens de l'art. 58 CPP;
- dans sa nouvelle requête, A_ demande la récusation "
de l’ensemble des tribunaux genevois
" en raison des faits et motifs appris la veille, soit le 21 novembre 2021. Il expose que la juge B_ lui aurait avoué avoir participé avec le _ [fonction] C_ "
et sa nouvelle amante D_ au vol des 120 kilos de l’or 24 carats qui étaient déposés dans (s)on appartement à la rue 2_ à Genève, durant le mois de _ 2019, pendant (s)on absence
". Il estime que cette affaire ne peut être jugée correctement et équitablement dans le canton de Genève en raison des "
crimes graves commi(s) par des magistrats genevois
". Estimant être l’innocente victime d’un "
acharnement raciste
" et de "
terrorisme
" de la part de juges "
corrompus
" et "
voyous
", il demande que l’affaire soit jugée dans le canton de Berne;
- la présidente du Tribunal pénal, considérant que les motifs évoqués par A_ étaient dénués de toute fondement, a renoncé à formuler des observations;
- le Ministère public conclut au rejet de la requête, laquelle reposait sur des faits n’ayant jamais existé et sur aucune constatation objective;
-A_ persiste dans sa requête.

Considérant, en droit, que :
- la Chambre pénale de recours de la Cour de justice est l'autorité compétente pour connaître d'une requête en récusation formée contre un ou des membre(s) du Tribunal de police – qui est une section du Tribunal pénal selon l'intitulé du titre III de la 2ème partie de la LOJ (art. 97 LOJ) –, lequel est au rang des "
tribunaux de première instance
" au sens de l'art. 59 al. 1 let. b CPP;
- le requérant, prévenu à la procédure pendante (art. 104 al. 1 let. a et b CPP), dispose de la qualité pour agir (art. 58 al. 1CPP);
- en tant que le requérant fait référence à des événements du 21 novembre 2021, la requête paraît recevable au sens de l'art. 58 CPP;
- en vertu de l'art. 56 let. a CPP, toute personne exerçant une fonction au sein d'une autorité pénale est tenue de se récuser lorsqu'elle a un intérêt personnel dans l'affaire. Elle l'est également, selon l'art. 56 let. f CPP, lorsque d'autres motifs, notamment un rapport d'amitié étroit ou d'inimitié avec une partie ou son conseil, sont de nature à la rendre suspecte de prévention. Cette disposition a la portée d'une clause générale recouvrant tous les motifs de récusation non expressément prévus aux lettres b à e. Elle correspond à la garantie d'un tribunal indépendant et impartial instituée par les art. 30 al. 1 Cst. et 6 par. 1 CEDH. Elle n'impose pas la récusation seulement lorsqu'une prévention effective du magistrat est établie, car une disposition interne de sa part ne peut guère être prouvée. Il suffit que les circonstances donnent l'apparence de la prévention et fassent redouter une activité partiale du magistrat. Seules les circonstances constatées objectivement doivent être prises en considération. Les impressions purement individuelles d'une des parties au procès ne sont pas décisives (ATF
143 IV 69
consid. 3.2 p. 74;
141 IV 178
consid. 3.2.1 p. 179;
138 IV 142
consid. 2.1 p. 144 s.);
- les demandes de récusation font partie des incidents de procédure qui doivent, conformément au principe de célérité, être tranchés sans retard. L'art. 59 al. 1 CPP prévoit donc que le litige est tranché "
sans administration supplémentaire de preuves
" lorsque les motifs prévus à l'art. 56 let. a ou f CPP sont invoqués (par le magistrat) ou lorsque la demande de récusation d'une partie est fondée sur l'art. 56 let. b à e CPP. Lorsqu'en revanche une partie demande la récusation d'un magistrat en se fondant sur l'art. 56 let. a (intérêt personnel dans l'affaire) ou f CPP (rapport d'amitié ou d'inimitié avec une partie ou son représentant), la loi n'empêche pas de manière absolue une instruction plus complète, sous réserve néanmoins des exigences de célérité qui prévalent en procédure pénale (arrêt du Tribunal fédéral
1B_186/2019
du 24 juin 20219 consid. 4.1 et les références citées);
- en l’espèce, le requérant allègue une prétendue implication du Procureur général et de la présidente de la Chambre de céans dans un vol d’or commis dans son appartement en juillet 2019, sans apporter le moindre élément objectif à ses allégations pour le moins étonnantes;
- qui plus est, il allègue avoir été informé de ces faits par la juge B_ dans des circonstances qu’il n’explicite pas, étant relevé qu’il a, dans sa précédente requête (cf.
ACPR/844/2021
), allégué connaître "
intimement
" la précitée, ce que cette dernière a réfuté, exposant n’avoir jamais rencontré le prévenu ni n'avoir eu de contacts avec lui, autrement que par les courriers adressés à son avocat dans le cadre de la procédure renvoyée en jugement, de sorte que l'intimité dont il se prévalait n'était qu'une "
parfaite affabulation
";
- pour que l'autorité de de recours soit, selon la jurisprudence sus-rappelée, amenée à instruire une demande de récusation, encore faut-il que les faits allégués soient rendus vraisemblables, ce qui n’est de loin pas le cas ici;
- infondée, la requête sera dès lors rejetée;
- en tant qu'il succombe, le requérant supportera les frais de la procédure de récusation (art. 59 al. 4 CPP), qui seront fixés en totalité à CHF 900.-.
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