Decision ID: 56826946-d79f-4b77-8f2d-a49aa8ba0562
Year: 2020
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A.
A._ est né le 15 août 1986 à Kinshasa, en République Démocratique du Congo, d'où il est ressortissant.
Son père, activiste des droits de l'homme, a déposé une demande d'asile en Suisse le 30 juin 1997; il a été reconnu comme réfugié au sens de l'art. 3 al. 1 de la loi fédérale du 26 juin 1998 sur l'asile (LAsi; RS 142.31) et s'est vu octroyer l'asile par décision du 16 avril 1999 de l'Office fédéral des réfugiés (ODR, devenu depuis le 1
er
janvier 2015 le Secrétariat d'Etat aux migrations [SEM]). Par décision du 12 avril 2000, A._, alors mineur, a été autorisé, dans le cadre d'une demande de regroupement familial introduite par son père, à entrer en Suisse, avec son frère. Ils sont arrivés en Suisse le 7 novembre 2000. Par décision du 26 avril 2001, l'ODR a constaté qu’ A._ ne remplissait pas la qualité de réfugié au sens de l'art. 3 LAsi mais lui a reconnu le statut de réfugié et lui a accordé l'asile en application de l'art. 51 al. 1 LAsi. L'intéressé a été mis au bénéfice d'une autorisation de séjour depuis le 20 mai 2001, puis d'une autorisation d'établissement depuis le 24 mai 2002.
B.
Par courrier du 3 mars 2014, le SEM a constaté que l'asile d'A._ avait pris fin en vertu de l'art. 64 al. 1 LAsi.
C.
Par décision du 9 mars 2017, le Chef du Département de l'économie et du sport a, au vu des condamnations pénales dont avait fait l'objet l'intéressé (voir ci-dessous), révoqué son autorisation d'établissement, prononcé son renvoi de Suisse et transmis le dossier au SEM pour approbation en vue de l'octroi d'une admission provisoire (dès lors que l'intéressé continuait à bénéficier de la qualité de réfugié malgré la révocation de l'asile).
D.
Par jugement du 12 avril 2018, le Tribunal de Police de l'arrondissement de Lausanne a condamné A._ à une peine privative de liberté de six mois ainsi qu'à une amende de 200 fr. et une peine pécuniaire de 120 jours-amende pour vol, injure, violation de domicile, faux dans les certificats, empêchement d'accomplir un acte officiel, contravention à la loi fédérale sur les stupéfiants et infraction à la loi vaudoise sur les contraventions, et a prononcé son expulsion du territoire suisse pour une durée de cinq ans en application de l'art. 66a al. 1 du Code pénal (CP; RS 311.0). Ce jugement a été confirmé par la Cour d'appel pénale du Tribunal cantonal par arrêt du 17 août 2018.
E.
Auparavant, l'intéressé avait fait l'objet des condamnations suivantes:
- le 29 mars 2007, par la Cour de cassation pénale du Tribunal cantonal: une peine privative de liberté de trois ans pour lésions corporelles simples, voies de fait, brigandage, extorsion et chantage, injure, menace et contravention à la loi fédérale sur les stupéfiants;
- le 17 novembre 2011, par le Tribunal correctionnel de la Broye et du Nord vaudois: 320 heures de travail d'intérêt général et 300 fr. d'amende pour voies de fait, lésions corporelles simples, violation de domicile et opposition aux actes de l'autorité;
- le 3 avril 2012, par le Ministère public de la Confédération: une peine pécuniaire de 15 jours-amende à 30 fr. pour mise en circulation de fausse monnaie;
- le 8 février 2013, par le Tribunal correctionnel de la Broye et du Nord vaudois: une peine privative de liberté de 21 mois, 75 jours-amende à 10 fr. et 500 fr. d'amende pour voies de fait, lésions corporelles simples, menaces, dommages à la propriété, infractions d'importance mineure, appropriation illégitime, injure, menaces, violation de domicile, violence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires, ainsi que contravention à la loi fédérale sur les stupéfiants;
- le 19 juin 2017, par le Tribunal correctionnel de la Broye et du Nord vaudois:
une peine privative de liberté de 18 mois
et 600 fr. d'amende pour voies de fait, vol, dommage à la propriété, recel, injure, menaces qualifiées, violation de domicile, insoumission à une décision de l'autorité et contravention à la loi fédérale sur les stupéfiants.
F.
L'intéressé est incarcéré depuis le 22 décembre 2017; sa peine arrive à échéance le 3 mars 2020.
G.
Sur les plans familial et social, il ressort du dossier ce qui suit:
La mère biologique d'A._ vit en République Démocratique du Congo. D'une seconde union en Suisse, le père d'A._ a eu trois autres enfants.
A._ n'a pas achevé de formation. Entre les périodes pendant lesquelles il a été détenu, il a fait l'objet d'une prise en charge par la Fondation vaudoise de probation qui lui a notamment mis à disposition une chambre dans un hôtel, et il a perçu l'aide sociale.
Il est père de trois enfants qu'il a eus avec B._ (le couple, non marié, s'est définitivement séparé en 2013): C._, né le 22 novembre 2009, D._, né le 26 avril 2012, et E._, née le 3 mars 2015. Les éléments au dossier les concernant et décrits ci-dessous sont ceux qui ressortent du jugement du 17 août 2018 de la Cour d'appel pénale. À cette époque, A._ n'avait pas reconnu l'enfant E._ (mais il avait reconnu les deux aînés); il avait refusé d'effectuer un test ADN, estimant qu'on devait le croire sur parole qu'il était le père de sa fille. Il était astreint au versement d'une contribution d'entretien pour les deux aînés, à concurrence d'un montant de 250 fr. selon les déclarations de leur mère. Entre 2015 et 2016, une somme de 50 fr. pour ces contributions d'entretien a été perçue directement sur le revenu qu’A._ recevait alors de l'aide sociale, d'entente entre l'intéressé, les services sociaux et le BRAPA. Toutefois, à tout le moins depuis l'incarcération dont il faisait alors l'objet depuis octobre 2017, A._ ne versait plus rien pour l'entretien de ses enfants. Il ressort de ses déclarations au Tribunal de police de l'arrondissement de Lausanne lors de son jugement en avril 2018 qu'il s'occupait de C._ et D._ certains week-ends, et de E._ seule à d'autres moments, lorsqu'il en avait la possibilité, les enfants dormant chez son père et sa belle-mère car il lui était impossible de les accueillir dans une chambre d'hôtel. Lors de l'audience tenue devant la cour d'appel pénale, B._ a indiqué qu'aucun droit de visite n'était fixé, mais qu'elle laissait la liberté à A._ de voir les enfants, en particulier les deux aînés, soit chez ses parents, soit chez l'un de ses frères. B._ a encore expliqué que ses deux fils avaient une relation "très forte" avec leur père et qu'ils ressentaient un manque, raison pour laquelle ils étaient suivis par un pédopsychiatre. Toutefois, A._ refusait toute visite de ses enfants lors de sa détention. Incarcéré depuis octobre 2017, il n'avait pas revu ses enfants depuis le mois de juillet 2017 selon les dires de la mère de ceux-ci.
H.
Par courriel du 22 novembre 2018, le SPOP a demandé au SEM qu'il lui fasse part de sa position sur les éventuels empêchements à l'exécution du renvoi d’A._ sous l'angle du caractère licite de celle-ci, dès lors qu'il était réfugié et qu'il était frappé d'une expulsion pénale obligatoire du territoire suisse.
Au terme d'une prise de position adressée le 1
er
juillet 2019 au SPOP, le SEM a établi la conclusion suivante:
"Au vu des pièces du dossier, du profil personnel d'A._. et de la situation générale dans son pays d'origine, rien n'indique concrètement qu'en cas de renvoi en RD Congo, la vie, l'intégrité corporelle ou la liberté de l'intéressé serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques, au sens de l'art. 5 al. 1 LAsi. Bien qu'A._ ait formellement le statut de réfugié au sens de l'art. 51 al. 1 LAsi, le principe du non-refoulement prévu à l'art. 33 al. 1 Conv. torture, respectivement à l'art. 5 al. 1 LAsi, ne fait pas obstacle à l'exécution de l'expulsion pénale, étant donné qu'il ne remplit pas personnellement la qualité de réfugié au sens de l'art. 3 al. 1 LAsi. Par conséquent, la question de savoir si les conditions de l'art. 5 al. 2 LAsi sont réalisées, peut rester ouverte (cf. arrêt du TF 2C_87/2007 du 18 juin 2007). En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existe un risque concret qu'un retour de l'intéressé dans son pays d'origine n'entraîne pour lui une menace de subir une peine ou des traitements inhumains ou dégradants au sens de l'art. 3 CEDH.
Ainsi, on peut donc dire que ni le principe de non-refoulement énoncé à l'art. 5 al. 1 LAsi, ni le principe de non-refoulement prévu à l'art. 3 CEDH ne s'opposent à l'exécution de l'expulsion pénale d'A._.
Au vu des considérations susmentionnées, l'exécution de l'expulsion pénale de l'intéressé semble donc être licite."
I.
Par lettre du 20 juin 2019 (adressée au SEM, qui l'a transmise au SPOP comme objet de sa compétence), A._ a demandé de ne pas être expulsé de Suisse. Il a fait valoir que ses trois enfants avaient besoin de lui. Il a contesté représenter un danger pour la sécurité intérieure de la Suisse. Enfin, il s'est prévalu de la présence en Suisse de ses frères et soeurs, ses enfants, son père et ses amis.
J.
Par courrier du 8 août 2019, le SPOP a informé A._ qu'il avait l'intention de refuser de reporter l'exécution de son expulsion pénale.
L'intéressé ne s'est pas déterminé dans le délai imparti à cet effet.
K.
Par décision du 8 novembre 2019, le SPOP a refusé de reporter l'exécution de l'expulsion judiciaire du territoire suisse d’A._ aux motifs suivants:
"Selon l'article 66d CP, «l'exécution de l'expulsion obligatoire selon l'art. 66a ne peut être reportée que:
a. lorsque la vie ou la liberté de la personne concernée dont le statut de réfugié a été reconnu par la Suisse serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques; cette disposition ne s'applique pas au réfugié qui ne peut invoquer l'interdiction de refoulement prévue à l'art. 5, al. 2 LAsi;
b. lorsque d'autres règles impératives du droit international s'opposent à l'expulsion.»
A._ fait l'objet d'une décision d'expulsion judiciaire obligatoire, d'une durée de 5 ans, laquelle est entrée en force. S'il n'est plus au bénéficie de l'asile, ni d'un titre de séjour, l'intéressé dispose néanmoins toujours du statut de réfugié.
Aussi, il sied de déterminer, en premier lieu, si A._ peut s'en prévaloir pour obtenir le report de l'exécution de son expulsion judiciaire (art. 66d al.1 let. a CP).
A teneur des articles 5 alinéa 1 LAsi et 33 alinéa 1 CR, nul ne peut être contraint de quelque manière que ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté seraient menacées en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un groupe social déterminé ou de ses opinions politiques.
En l'espèce, il ressort de la prise de position du SEM du 1
er
juillet 2019, que l'intéressé n'a exercé personnellement aucune activité en tant que défenseur des droits de l'homme, mais a obtenu son statut de réfugié à titre dérivé, par regroupement familial, en raison des activités de son père. Il n'a d'ailleurs jamais fait valoir des motifs d'asile propres.
Interrogée par le SEM sur les risques encourus par le fils d'un activiste des droits humains en cas de retour au pays, l'Ambassade de Suisse à Kinshasa a indiqué, dans son courriel du 4 juin 2019, «qu'un lien de parenté ou d'amitié avec des opposants ou militants des droits de l'homme ne constitue pas, en tant que tel, un risque particulier» De manière générale, la représentation suisse en République démocratique du Congo a observé, depuis janvier 2019 et l'élection du nouveau président Félix TSHISEKEDI, «une certaine décrispation politique [...] surtout à Kinshasa, s'agissant des opposants des militants et des défenseurs des droits de l'homme, [...] nombre d'entre eux [ayant] été libérés et [...] les activités des forces de sécurité et des services de renseignement [ayant] été réduites» (courriel du 29 mai 2019 et prise de position du SEM du 1
er
juillet 2019 p.6).
Compte tenu de ce qui précède, l'intéressé ne paraît pas exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à un risque concret et sérieux de persécution, au sens des articles 5 alinéa 1 LAsi et 33 alinéa 1 CR, malgré son statut de réfugié reconnu.
Ainsi, il convient de considérer que l'article 66d alinéa 1 lettre a CP ne s'applique pas à A._, dans la mesure où son renvoi ne l'expose pas à une menace pour sa vie ou sa liberté (art. 66d al. 1 let. a ab initio CP).
En tout état de cause, la protection contre le refoulement dans le domaine du droit des réfugiés n'est pas absolue (art. 5 al.2 LAsi et 33 al. 2 CR).
Selon l'article 5 alinéa 2 LAsi, «l'interdiction du refoulement ne peut être invoquée lorsqu'il y a de sérieuses raisons d'admettre que la personne qui l'invoque compromet la sûreté de la Suisse ou que, ayant été condamnée par un jugement passé en force à la suite d'un crime ou d'un délit particulièrement grave, elle doit être considérée comme dangereuse pour la communauté». (L'article 33 alinéa 2 CR prévoit cette exception dans des termes analogues.)
A cet égard, la jurisprudence du Tribunal fédéral retient que «seul un crime particulièrement grave autorise à passer outre le principe de non-refoulement. Une exception à ce principe ne se justifie que lorsque l'auteur constitue un danger pour le public et l'Etat de refuge. Ce danger ne peut pas être admis sur la seule base de la condamnation pour des crimes particulièrement graves; l'étranger doit encore présenter un risque de récidive concret, un risque uniquement abstrait ne suffisant pas» (ATF 139 II 65, consid. 5.4 et ATF 135 II 110, consid.4.3);
S'agissant de l'expulsion judiciaire d'un réfugié reconnu, le Message du Conseil fédéral précise également que «l'autorité d'exécution doit toujours procéder à une pesée des intérêts, pour déterminer si le délit ou le crime à l'origine de l'expulsion est suffisamment grave pour justifier son exécution. [...] Le fait qu'une infraction figure dans la liste de l'article 66a alinéa 1 CP n'en fait pas automatiquement une infraction grave au sens de l'article 33 alinéa 2 CR et 5 alinéa 2 LAsi» (FF 2013 5429).
In casu, A._, âgé de 33 ans seulement, a déjà occupé les autorités judiciaires à 6 reprises (sans compter les condamnations dont il a fait l'objet en tant que mineur), cumulant 81 mois de peine privative de liberté, soit 6 ans et 9 mois, pour des infractions particulièrement graves, notamment contre l'intégrité corporelle.
A la lecture du jugement rendu le 12 avril 2018, il apparaît en outre que «le prévenu persiste à ne pas assumer la responsabilité de ses actes», et que «son activité délictueuse n'a pris fin qu'en raison de son arrestation». Dès lors, il faut considérer, eu égard au nombre et à la nature des infractions commises, que le risque de récidive n'apparaît pas seulement abstrait. Le comportement de A._ constitue une menace significative pour la communauté, au sens des articles 5 alinéa 2 LAsi et 33 alinéa 2 CR.
Compte tenu de ce qui précède, notre autorité estime que A._ ne peut pas se prévaloir de la protection contre le refoulement issue du droit des réfugiés pour obtenir le report de son expulsion (art. 66d al. 1 let. a in fine CP).
En dernier lieu, il convient d'examiner si des règles impératives du droit international s'opposent à l'exécution de l'expulsion de A._ (art. 66d al.1 let. b CP). La lettre b de l'article 66d CP se réfère en particulier à l'article 3 CEDH, lequel dispose que «nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants».
Selon la jurisprudence en la matière, l'application de cette disposition suppose un risque réel concret et sérieux de préjudice. En effet, si l'interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains ou dégradants s'applique indépendamment de la reconnaissance de la qualité de réfugié, cela ne signifie pas encore qu'un renvoi ou une extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des violations de l'article 3 CEDH devraient être constatées; une simple possibilité de subir des mauvais traitements ne suffit pas.
Il faut au contraire que la personne qui invoque cette disposition démontre à satisfaction qu'il existe pour elle un risque réel, fondé sur des motifs sérieux et avérés, d'être victime de tortures ou encore de traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi dans son pays. Une situation de guerre, de guerre civile, de troubles intérieurs graves ou de tension grave accompagnée de violations des droits de l'homme ne suffit en principe pas (hormis des cas exceptionnels de violence d'une extrême intensité) à justifier la mise en oeuvre de la protection issue de l'article 3 CEDH, tant que la personne concernée ne peut rendre hautement probable qu'elle serait visée personnellement - et non pas simplement du fait d'un hasard malheureux - par des mesures incompatibles avec la disposition en question (ATAF E-7687/2008 du 7 février 2011 consid. 3.3; JICRA 1996 n° 18 consid. 14b let. ee p. 186s; cf. également arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme en l'affaire en l'affaire Saadi c/Italie du 28 février 2008, requête n° 37201/06 et en l'affaire F.H. c/Suède du 20 janvier 2009, requête n° 32621/06).
Dans le cas d'espèce, il n'est pas établi, pour les raisons développées supra, qu'il existe un risque réel fondé sur des motifs sérieux et avérés de traitements inhumains ou dégradants, en cas de retour de l'intéressé dans son pays d'origine. Du reste, l'intéressé ne l'allègue pas.
Par conséquent, l'exécution de l'expulsion de A._ apparaît licite à l'aune de l'article 3 CEDH, de sorte qu'un report sur la base de l'article 66d alinéa 1 lettre b CP ne se justifie pas non plus."
L.
Par acte du 22 novembre 2019, A._ a recouru contre cette décision auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal, en concluant à ce qu'il ne soit pas expulsé de Suisse. Il s'est prévalu de son statut de réfugié et, se référant à l'art. 32 de la Convention relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951 (RS 0.142.30; ci-après: CR ou la Convention), il a contesté représenter une menace pour l'ordre public suisse. Il a fait valoir que, du fait de son statut de réfugié (et bien qu'il l'ait obtenu par regroupement familial), il était susceptible de subir des mauvais traitements de la part des autorités lors de son retour en République démocratique du Congo. Il s'est prévalu de sa relation avec ses enfants, expliquant que s'il refusait qu'ils lui rendent visite, c'était parce qu'il ne voulait pas qu'ils le voient en prison, souhaitant rester un modèle pour eux.
M.
Dans sa réponse du 28 novembre 2019, le SPOP a conclu au rejet du recours.
N.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:
1.
Le recourant a été condamné par jugement du 12 avril 2018 du Tribunal de Police de l'arrondissement de Lausanne (confirmé par arrêt de la Cour d'appel pénale du Tribunal cantonal du 17 août 2018) à être expulsé du territoire suisse pour une durée de cinq ans en application de l'art. 66a al. 1 CP. Le recourant, dont la peine arrive à échéance le 3 mars 2020, a demandé au SPOP de ne pas faire l'objet de l'expulsion ordonnée. Le SPOP a rendu la décision dont est recours, par laquelle il refuse de reporter l'exécution de l'expulsion judiciaire. Le recourant conteste dite décision, faisant valoir les moyens décrits ci-après.
2.
Selon l'art. 3 al. 1 ch. 3ter de la loi du 18 décembre 2007 d'application dans le canton de Vaud de la législation fédérale sur les étrangers (LVLEtr; BLV 142.11), le SPOP est compétent pour mettre en oeuvre les décisions d'expulsion judiciaire, ainsi que pour se prononcer sur le report de l'exécution de ces mesures.
Selon l’art. 92 al. 1 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le Tribunal cantonal connaît des recours contre les décisions et décisions sur recours rendues par les autorités administratives lorsque la loi ne prévoit aucune autre autorité pour en connaître. Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du SPOP.
Déposé en temps utile, selon les formes prescrites par la loi, le recours est formellement recevable, de sorte qu’il y a lieu d’entrer en matière sur le fond.
3.
L'art. 66d CP, intitulé "Report de l'exécution de l'expulsion obligatoire", a la teneur suivante:
"1. L'exécution de l'expulsion obligatoire selon l'art. 66a ne peut être reportée que:
a. lorsque la vie ou la liberté de la personne concernée dont le statut de réfugié a été reconnu par la Suisse serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques; cette disposition ne s'applique pas au réfugié qui ne peut invoquer l'interdiction de refoulement prévue à l'art. 5, al. 2, de la loi du 26 juin 1998 sur l'asile;
b. lorsque d'autres règles impératives du droit international s'opposent à l'expulsion.
2. Lorsqu’elle prend sa décision, l’autorité cantonale compétente présume qu’une expulsion vers un État que le Conseil fédéral a désigné comme un État sûr au sens de l’art. 6
a
, al. 2, de la loi du 26 juin 1998 sur l’asile ne contrevient pas à l’art. 25, al. 2 et 3, de la Constitution."
4.
a) Le recourant se prévaut de son statut de réfugié et, se référant à l'art. 32 al. 1 CR (qui dispose que les Etats Contractants n’expulseront un réfugié se trouvant régulièrement sur leur territoire que pour des raisons de sécurité nationale ou d’ordre public), conteste représenter une menace pour l'ordre public suisse.
b) En l'espèce, l'argument du recourant selon lequel il ne représenterait pas une menace pour l'ordre public suisse ne peut plus être pris en compte à ce stade, qui est celui de l'exécution de l'expulsion judiciaire, qui ne peut être reportée que pour les motifs énumérés à l'art. 66d CP. L'argument du recourant a au surplus déjà été examiné par la Cour d'appel pénale, qui, dans son arrêt du 17 août 2018, a notamment relevé ce qui suit (consid. 3.3, p. 24 de l'arrêt):
"Pour le reste, on doit admettre que les faits à l'origine de la condamnation de l'appelant pour vol et violation de domicile — soit le vol d'une Parka d'une valeur de 890 fr. à la suite d'une introduction clandestine dans les locaux du magasin Bongenie (cf. lettre C.2.6 ci-dessus) — ne sont en soi pas particulièrement graves. L'appelant a toutefois également été condamné pour injure, faux dans les certificats, empêchement d'accomplir un acte officiel, contravention à la loi fédérale sur les stupéfiants et infraction à la loi vaudoise sur les contraventions. Il faut par ailleurs mettre cette dernière condamnation en lien avec les antécédents de l'appelant (TF 6B_506/2017 du 14 février 2018 consid. 2.5.1). On constate ainsi que, sans compter les condamnations prononcées par le Tribunal des mineurs et la condamnation du 12 avril 2018, l'appelant a été condamné à non moins de cinq reprises entre 2007 et 2017. Ces condamnations portaient sur des infractions contre le patrimoine, contre l'honneur, le domaine secret ou privé, contre la liberté, contre l'autorité publique et, surtout, contre l'intégrité corporelle. Ce sont ainsi quelques 75 mois de peine privative de liberté, soit six ans et trois mois, sans compter la dernière condamnation, qui ont au total été prononcés à l'encontre de l'appelant durant cette période. S'y sont également ajoutés 720 heures de travail d'intérêt général, 90 jours-amende ainsi que diverses amendes. Ces multiples condamnations ne l'ont pas empêché de récidiver, notamment lorsqu'il bénéficiait de libérations conditionnelles qui ont dès lors toutes été révoquées. En d'autres termes, l'appelant est un multirécidiviste endurci capable de commettre des infractions graves, en portant atteinte à l'intégrité physique et corporelle notamment. Les agissements d'A._, par leur gravité et leur répétition, constituent manifestement une très grave atteinte à la sécurité et l'ordre publics."
c) Ce grief, mal fondé, doit dès lors être rejeté.
5.
a) Le recourant, se référant à l'art. 66d al. 1 let. a CP (cité au consid. 3 ci-dessus), fait valoir que, du fait de son statut de réfugié, il est susceptible de subir des mauvais traitements de la part des autorités lors de son retour en République démocratique du Congo.
b) Une personne dont seul l'asile a été révoqué et qui continue de bénéficier de la qualité de réfugié – comme le recourant - demeure soumise à la loi sur l'asile et à la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés (CR ou la Convention).
L'art. 5 LAsi dispose ce qui suit:
"
1
Nul ne peut être contraint, de quelque manière que ce soit, à se rendre dans un pays où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté seraient menacées pour l’un des motifs mentionnés à l’art. 3, al. 1, ou encore d’où il risquerait d’être astreint à se rendre dans un tel pays.
2
L’interdiction du refoulement ne peut être invoquée lorsqu’il y a de sérieuses raisons d’admettre que la personne qui l’invoque compromet la sûreté de la Suisse ou que, ayant été condamnée par un jugement passé en force à la suite d’un crime ou d’un délit particulièrement grave, elle doit être considérée comme dangereuse pour la communauté."
L'art. 33 CR dispose ce qui suit:
"1. Aucun des Etats Contractants n’expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques.
2. Le bénéfice de la présente disposition ne pourra toutefois être invoqué par un réfugié qu’il y aura des raisons sérieuses de considérer comme un danger pour la sécurité du pays où il se trouve ou qui, ayant été l’objet d’une condamnation définitive pour un crime ou délit particulièrement grave, constitue une menace pour la communauté dudit pays."
L'art. 43 al. 2 de l'ordonnance 1 sur l'asile relative à la procédure (Ordonnance 1 sur l'asile, OA 1; RS 142.311) dispose que l’autorité cantonale peut, avant l’exécution de l’expulsion ou de l’expulsion pénale, demander au SEM si, à son avis, d’éventuels empêchements n’y feraient pas obstacle.
c) En l'espèce, le SPOP a demandé au SEM si, à son avis, d'éventuels empêchements ne feraient pas obstacle à l'expulsion du recourant. Il ressort de la prise de position circonstanciée que le SEM lui a adressée le 1
er
juillet 2019 que le recourant n'ayant exercé personnellement aucune activité en tant que défenseur des droits de l'homme (il a en effet obtenu son statut de réfugié à titre dérivé, par regroupement familial, en raison des activités de son père), et dès lors qu'une certaine "décrispation politique" à l'égard des opposants au régime avait été constatée en République démocratique du Congo, il ne paraissait pas exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à un risque concret et sérieux de persécution, au sens des art. 5 al. 1 LAsi et 33 al. 1 CR, malgré son statut de réfugié.
C'est dès lors à juste titre que le SPOP a considéré que l'art. 66d al. 1 let. a CP ne s'appliquait pas au recourant, dans la mesure où son renvoi ne l'exposait pas à une menace pour sa vie ou sa liberté (art. 66d al. 1 let. a ab initio CP).
d) Le recours doit par conséquent être rejeté sur ce point.
6.
a) Le recourant se prévaut de sa relation avec ses trois enfants qui vivent en Suisse.
b) À nouveau, il s'agit d'un argument qui ne peut plus être pris en compte à ce stade, qui est celui de l'exécution de l'expulsion judiciaire, qui ne peut être reportée que pour les motifs énumérés à l'art. 66d CP. Cet argument a au surplus déjà été examiné par la Cour d'appel pénale, qui, dans son arrêt du 17 août 2018, a notamment relevé ce qui suit (consid. 3.3, p. 25 de l'arrêt):
"Il résulte de ce qui précède que le seul intérêt privé de l'appelant à demeurer en Suisse consisterait à maintenir les liens personnels ténus qu'il entretient avec ses enfants. Or, force est de constater que ni la présence en Suisse de son père et de ses
frères, ni
la naissance de ses enfants, ni d'ailleurs la révocation de son permis de séjour ne l'ont dissuadé de poursuivre ses activités délictueuses. L'intérêt public à l'expulsion l'emporte donc clairement sur l'intérêt privé de l'appelant à demeurer en Suisse. On rappellera au demeurant que la mère biologique de l'appelant vit toujours au Congo. La durée de l'expulsion, arrêtée au minimum légal, est en outre proportionnée."
c) Ce grief, mal fondé, doit dès lors être rejeté.
7.
Les considérants qui précèdent conduisent ainsi le tribunal à rejeter le recours et à confirmer la décision attaquée. Bien que le recourant succombe, les frais de justice seront laissés à la charge de l’Etat, au vu de sa situation (art. 49, 50, 91 et 99 LPA-VD).