Decision ID: 1938add9-2d49-5eb4-957d-b108dec0a931
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. a) B_ SA (ci-après : B_), avec siège à Genève, au capital-actions de 2'500'000 fr. entièrement libéré, constitué de 2'500 actions de 1'000 fr. chacune, nominatives, a pour but, pour son compte ou pour le compte de tiers, toutes opérations mobilières et immobilières, financières, commerciales ou autres, portant notamment sur l'administration, l'acquisition et la vente de participations à toutes entreprises, sur la représentation et la gestion, dans le sens le plus large, de droits ou intérêts de tiers, en qualité notamment de
trustee
, de fiduciaire ou d'administrateur, et ce, tant en Suisse qu'à l'étranger; la société ne fera pas appel au public pour obtenir des dépôts de fonds et ne traitera aucune opération dans le canton de Genève. ![endif]>![if>
Son administrateur, avec signature individuelle, est A_ et son organe de révision C_ SA (ci-après : C_).
b) Le 29 mai 2018, le Département de la sécurité et de l'économie, soit pour lui le Registre du commerce, a informé le Tribunal civil du fait que B_ présentait des carences dans l'organisation impérativement prescrite par la loi, à savoir l'absence d'un réviseur agréé au sens des art. 727 ss CO. Il convenait dès lors de fixer un délai à la société pour rétablir la situation légale ou de nommer les organes faisant défaut.
Il ressort du dossier que le Tribunal civil a ouvert une procédure C/1_/2018, actuellement suspendue jusqu'à droit jugé par la Chambre de céans dans la procédure pendante devant elle.
c) Par réquisition du 3 septembre 2018, B_, représentée par son administrateur, a requis l'inscription d'un
opting-out
, en fournissant, comme pièce justificative, le procès-verbal de la séance du conseil d'administration du 3 septembre 2018, selon lequel il était pris acte de la démission de C_, il était constaté que B_ n'était pas soumise au contrôle ordinaire selon l'art. 727 CO, il était constaté qu'elle n'avait aucun employé et que les conditions de l'art. 727a al. 3 CO étaient remplies; il était décidé de renoncer au contrôle restreint conformément aux statuts et de faire radier l'organe de révision démissionnaire du Registre du commerce. Ledit procès-verbal était signé par l'administrateur unique de B_ et la secrétaire.
d) Il ressort des pièces versées à la procédure que le Registre du commerce a sollicité de B_ la production du procès-verbal de l'assemblée générale ayant décidé à l'unanimité de renoncer au contrôle restreint et lui a rappelé les pièces justificatives qui devaient être produites à l'appui de sa requête, conformément à l'art. 62 ORC.
e) Le 17 septembre 2018, B_ a adressé au Registre du commerce un document intitulé "Renonciation au contrôle restreint annuel (
opting-out
)", ainsi que son bilan au 31 décembre 2016 et ses comptes de résultats du 1
er
janvier au 31 décembre 2016.
f) Par courrier électronique du 21 septembre 2018, l'administrateur de B_ informait le Registre du commerce de ce que l'assemblée générale n'avait pas pu se tenir, raison pour laquelle il avait procédé à une consultation des actionnaires, prévue à l'art. 727a al. 3 CO.
g) Le 28 septembre 2018, B_ a requis une nouvelle fois l'inscription d'un
opting-out
, produisant les pièces figurant déjà à la procédure.
B. Par décision du 5 octobre 2018, le Registre du commerce a refusé de donner suite à la réquisition d'inscription du 28 septembre 2018 (chiffre I du dispositif) et a invité B_ à lui remettre les pièces justificatives adéquates (ch. II).
En substance, le Registre du commerce a retenu que n'étant pas en possession de la décision unanime des actionnaires de renoncer au contrôle restreint et des comptes 2017 de B_, il ne pouvait donner une suite favorable à la requête d'inscription.
C. a) Le 8 novembre 2018, B_, soit pour elle son administrateur unique, a formé recours contre la décision du 5 octobre 2018, concluant à son annulation et à ce qu'il soit ordonné au Registre du commerce de donner suite à sa réquisition du 28 septembre 2018, le Registre du commerce devant être débouté de toutes autres conclusions et les frais judiciaires mis à la charge de l'Etat.![endif]>![if>
B_ a exposé que la décision d'
opting-out
avait été prise par voie de circulation, conformément à l'art. 727a al. 3 CO, ce que confirmait le procès-verbal de la séance du conseil d'administration du 3 seprembre 2018. Par ailleurs, l'art. 62 ORC requérait une déclaration d'
opting-out
indiquant notamment que l'ensemble des actionnaires avait consenti à renoncer au contrôle restreint. Or, cette déclaration avait été jointe à la réquisition litigieuse et l'art. 62 ORC ne faisait qu'énumérer une liste exemplative des documents déterminants, parmi lesquels figuraient le procès-verbal d'assemblée générale et les déclarations de renonciation des actionnaires. Lesdits documents n'étaient pas déterminants en l'espèce, l'art. 727a al. 3 CO prévoyant que la renonciation pouvait résulter de l'absence d'opposition des actionnaires consultés par voie de circulation. Pour le surplus, il résultait des comptes 2016 produits que B_ n'avait aucun employé, de sorte que les comptes 2017 n'étaient pas susceptibles d'apporter d'autres éléments pertinents.
b) Le Registre du commerce a transmis ses observations à la Cour de justice le 11 janvier 2019. Il a allégué que le bilan au 31 décembre 2016 produit par B_ ne correspondait pas à son dernier bilan annuel, puisqu'elle avait dû établir un bilan au 31 décembre 2017. En ce qui concernait la décision des actionnaires, aucun procès-verbal d'assemblée générale ni autre moyen de preuve n'avait été produit. Le Registre du commerce a conclu à la confirmation de la décision attaquée.
c) Les parties ont été informées par avis du 14 janvier 2019 de ce que la cause était mise en délibération.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions du Registre du commerce peuvent faire l'objet d'un recours auprès de l'autorité de surveillance dudit registre, qui, dans le canton de Genève, est la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 4 al. 3 et 165 al. 1 et 4 ORC; 126 al. 1 let. d LOJ). Ont qualité pour recourir les personnes et les entités juridiques dont la réquisition a été rejetée ou qui sont directement visées par une inscription d'office (art. 165 al. 3 ORC).![endif]>![if>