Decision ID: 33edec47-7240-5861-b6a2-7afec81edd31
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Par actes expédiés au greffe de la Chambre de céans le 7 septembre 2021, A_ recourt
contre les ordonnances
du 24 août 2021, notifiées le 28 suivant, par lesquelles le Ministère public a classé sa plainte du 7 juillet 2019.
La recourante conclut, sous suite de frais, à l'annulation des ordonnances querellées et au renvoi de la cause au Ministère public pour suite de l'instruction.
b.
La recourante a versé les sûretés en CHF 900.- qui lui étaient réclamées par la Direction de la procédure.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Par pli du 7 juillet 2019, A_ a déposé plainte pénale contre inconnu pour diffamation (art. 173 CP) et violation du secret de fonction
(art. 320 CP).
À teneur de celle-ci et des documents versés à la procédure, il ressort ce qui suit:
i
.
B_ SA est une société anonyme de droit suisse, active dans le domaine de la science du sol, des méthodes de construction et de la protection de l'environnement.
ii
.
En 2017, A_, employée de la société, a suivi, à titre privé, une formation continue – composée de trois modules, dont le troisième était consacré à la rédaction d'un travail personnel – auprès de la HES_ [du canton de] C_ (ci-après, HES), en vue d'obtenir un "
Certificate of Advanced Studies
" en _ (ci-après, CAS).
Dans le cadre du module 3 de la formation sus-évoquée, la Direction du CAS a demandé au Service de géologie, sols et déchets de Genève (ci-après, GESDEC) de proposer des sites à cartographier aux candidats, dont A_.
iii
. Le 29 mai 2017, le GESDEC a mandaté B_ SA pour la description des sols à proximité immédiate des stations cantonales de mesure de l'humidité des sols de K_, L_ et M_.
iv
.
Par décision du 12 juillet 2018, la C_ a signifié à A_ que son travail pour le module 3 [portant sur une parcelle exploitée par le centre de N_], sur la commune de O_, – effectué sous la direction du Dr E_, professeur à la Haute école F_ (ci-après, Haute école F_) – était insuffisant, de sorte que le certificat du CAS ne pouvait pas lui être délivré.
v.
Par décision du 12 avril 2019, la Commission de recours des hautes écoles [du canton de] C_ a rejeté le recours formé par A_. Cette décision lui a été notifiée le 25 avril 2019.
vi
. Le 16 avril 2019, G_, _ [fonction], et H_, _ [fonction] du GESDEC, ont adressé un pli à A_ et I_, directeur de B_ SA, dont la teneur était la suivante :
"
Nous avons appris que Madame A_ n'a pas réussi le "Certificate in Advanced Studies" en _, effectué en 2017. Or, c'est en lien avec cette formation que le GESDEC a mandaté B_ SA pour la description des sols des 3 stations cantonales de mesure de l'humidité des sols. En effet, le GESDEC, à la demande de la [Haute école] F_, a proposé des sites d'intérêts pour le module 3 du CAS, sites dont faisaient partie les sols desdites stations.
Dans ce contexte, nous vous prions de nous confirmer que les descriptions pédologiques pour le mandat susmentionné sont correctes. Cette demande est d'importance car l'objectif de ce mandat est de fournir la description de chaque station pour le site internet "P_.ch". Le cas échéant, nous vous remercions de bien vouloir contrôler la qualité des données du mandat sur le terrain".
vii
.
Par courrier du 2 mai 2019 à l'attention du GESDEC, A_ a relevé que sa collaboration prévue dans le cadre du CAS avec l'État de Genève n'avait pas abouti, de sorte qu'il n'y avait aucune raison que le GESDEC ait eu connaissance du résultat de ses examens. Elle avait, en outre, suivi et financé sa formation continue à titre privé, de sorte qu'il n'était pas non plus autorisé à communiquer ces informations à son employeur. H_ avait confié, près d'un mois après le délai initialement prévu pour la reddition de son travail de diplôme, un mandat à B_ SA le 29 mai 2017 qui portait sur trois descriptions académiques de sol à proximité immédiate des stations de mesure de l'humidité des sols de K_, L_ et M_. En conséquence, ce mandat – privé – n'avait pas été réalisé dans le cadre de sa formation et n'était pas conditionné à l'obtention de son CAS.
viii
.
Par missive du 21 juin 2019, le GESDEC a présenté ses excuses à A_ pour avoir involontairement informé son employeur de son échec à sa formation continue. Il avait été consulté dans le cadre de la procédure de recours qu'elle avait introduite dans ce contexte, afin que certains éléments en lien avec le mandat qu'il lui avait confié – dans le cadre du module 3 de son CAS – soient clarifiés. Aussi, le lien entre le mandat qu'elle évoquait et sa formation avait "
toujours été évident
", puisque c'était en raison du fait qu'elle avait sélectionné une zone située à K_ à cartographier, jouxtant une des stations cantonales de mesure de l'humidité des sols, qu'il avait confié le mandat en question à B_ SA.
A_ relève que dans son pli du 16 avril 2019 à l'attention de B_ SA, le GESDEC ne mentionnait pas seulement son échec mais remettait également en cause ses compétences professionnelles, puisqu'il avait prié son employeur de vérifier les données qu'elle avait obtenues dans le cadre d'un mandat, qui n'avait pourtant aucun lien avec sa formation continue. Le GESDEC laissait également accroire qu'elle avait exécuté un mandat privé sans en informer son employeur, allégations qui mettaient en doute son intégrité professionnelle.
En tout état, l'information communiquée par le GESDEC était confidentielle et couverte par le secret de fonction, qu'il n'aurait ni dû obtenir ni divulguer à son employeur.
Pour le surplus, le délai pour former recours contre la décision de la [Haute école du canton de] C_ n'était pas encore échu, de sorte que celle-ci n'était pas définitive. Le contenu de la lettre, litigieuse – qui était dès lors inexact – revêtait, de la sorte, un caractère diffamatoire.
À l'appui de sa plainte, A_ a notamment produit une copie de son recours déposé le 23 mai 2019 auprès du Tribunal administratif de C_ contre la décision de la Commission de recours des hautes écoles [du canton de] C_ sus-évoquée. Il en ressort que l'intéressée reprochait, en substance, au Dr E_ d'avoir corrigé la mauvaise version de son travail de diplôme et de lui avoir proposé un projet – la description du sol de la parcelle exploitée par le centre de N_ – irréalisable, en l'absence d'une autorisation d'investiguer la parcelle concernée. Enfin, il l'aurait sévèrement sanctionnée en refusant de tenir compte de ces éléments dans le cadre de la correction de son travail.
La plaignante a également versé à la procédure une lettre adressée par la Commission de recours des hautes écoles [du canton de] C_ au Tribunal administratif de C_ le 5 juin 2019. Il en ressort que cette dernière conteste avoir divulgué des informations confidentielles relatives à la procédure de recours en question et transmis sa décision du 12 avril 2019 au GESDEC, puisque seules les parties à la procédure – soit la plaignante et la C_ – s'étaient vues notifier ladite décision.
b.
Entendu par la police le 28 octobre 2019 en qualité de personne appelée à donner des renseignements, H_ – qui a été relevé de son secret de fonction – a exposé que le GESDEC avait, au mois d'août 2016, – sur demande de la direction du CAS en _ en cartographie des sols – proposé des sites à cartographier aux candidats, dont A_. L'année suivante, un mandat avait été confié par le GESDEC à l'employeur de la précitée, B_ SA, qui portait sur la description de trois sols, dont l'une d'elle correspondait au travail de diplôme de A_. Le mandat en question avait été effectué entre les mois d'octobre et décembre 2017.
En 2018, il avait appris l'échec de la plaignante à ses examens lors d'un entretien téléphonique avec le Dr E_, qui souhaitait vérifier les explications données par la précitée dans le cadre de la procédure de recours qu'elle avait intentée. Après avoir obtenu cette information, le GESDEC avait douté de la justesse des résultats du mandat réalisé par B_ SA en 2017, raison pour laquelle il lui avait adressé la lettre litigieuse. S'il avait effectivement justifié sa demande en évoquant l'échec de A_, il n'avait aucunement eu l'intention de la discréditer. Il ignorait en outre que l'employeur de cette dernière n'était pas au courant du fait qu'elle avait suivi une formation en vue d'obtenir un CAS. En tout état de cause, le GESDEC n'avait pas connaissance de l'issue de la procédure de recours qui était encore pendante, de sorte que la concomitance de l'envoi de son courrier du 16 avril 2019 avec la décision de la Commission de recours des hautes écoles [du canton de] C_ était "
totalement fortuite
".
c.
Entendu par la police le 18 novembre 2019 en qualité de personne appelée à donner des renseignements, le Dr E_ – qui a été délié de son secret de fonction – a reconnu s'être effectivement, à une date inconnue, entretenu avec H_ – qui était impliqué dans le travail de diplôme de A_ – mais a nié avoir évoqué l'échec de cette dernière à sa formation, puisque celui-ci n'était pas encore définitif. Il avait corrigé le travail de diplôme réalisé par la précitée et avait souhaité s'assurer que le mandat confié à cette dernière dans ce cadre était effectivement celui du GESDEC – portant sur la parcelle du centre de N_ – et non un mandat privé, ce que H_ lui avait confirmé. Ce dernier avait certainement confondu "
note insuffisante
" avec échec.
d.
Le 26 février 2020, le Ministère public a rendu une ordonnance de non-entrée en matière sur les faits dénoncés par A_ dans sa plainte (art. 310 al. 1 let. a CPP).
e.
Par arrêt du 23 septembre 2020 (
ACPR/671/2020
), la Chambre de céans a admis le recours de A_ et renvoyé la cause au Ministère public pour instruction, des doutes subsistant quant à la réalisation des éléments constitutifs de l'infraction consacrée par l'art. 320 CP.
f.a.
Une audience de confrontation a été tenue le 5 janvier 2021 par-devant le Ministère public. À cette occasion, A_ a eu connaissance de ses droits et, en particulier, à celui d'être assistée, à ses frais, d'un avocat de son choix, ce à quoi elle a renoncé.
f.b.
A_ a expliqué que le troisième module de son CAS consistait en une cartographie autonome, sous supervision du Dr E_. Il s'agissait d'une investigation de terrain, sur une superficie de dix hectares. Le but était de rendre une carte des sols avec un rapport qui faisait office de notice. Cette cartographie avait lieu sur un site proposé par la direction du cours et par le
Dr E_. Son premier choix n'avait pas abouti de sorte qu'elle s'était reportée sur le site de N_. L'école de N_ était entourée de vergers servant aux cours, situés à cheval sur les communes de K_ et de O_. Ces parcelles étaient pour certaines propriété de l'État et pour d'autres, privées. Elle avait débuté son travail entre mai et juin 2017 et avait rendu une première version au Dr E_ en août 2017, lequel lui avait demandé, en septembre 2017, d'y apporter des modifications. Elle avait rendu une deuxième version en mars 2018. Le 29 mai 2017, B_ SA avait reçu une demande d'offre du GESDEC afin de réaliser la description des sols de sites se trouvant sur les communes de K_, L_ et M_. B_ SA et elle-même avaient répondu à cette offre le 11 juillet 2017 et elle avait exécuté le mandat entre septembre et octobre suivant. Seule la parcelle n° 1_, traitée dans son travail écrit, faisait aussi partie du mandat établi entre B_ SA et le GESDEC. En outre, le mandat de B_ SA portait sur la description des sols et ne consistait pas en la rédaction d'un rapport, ni en l'établissement d'une carte.
Elle admettait avoir mis en contact le GESDEC et B_ SA dans le cadre du CAS. Faute d'avoir reçu l'autorisation d'investiguer les parcelles sises à N_ à la pelle mécanique, la collaboration avec le GESDEC "
a
[vait]
été révoquée dans le cadre de
[son]
CAS
", de sorte qu'elle s'était acquittée elle-même des frais de pelle mécanique lui permettant de faire des prélèvements sur les parcelles privées. Elle avait d'ailleurs informé le Dr E_ n'avoir obtenu qu'une seule autorisation pour investiguer sur une parcelle privée. Le GESDEC, qui avait besoin de la description desdits sols, s'était adressé à elle. Elle lui avait répondu qu'elle pouvait prendre ce mandat par le biais de son employeur, de sorte que le GESDEC, qui avait obtenu les autorisations nécessaires pour étudier les sols, avait mandaté B_ SA.
f.c.
Le Dr E_ a déclaré avoir contacté les services de l'État de différents cantons afin de les informer que plusieurs candidats avaient besoin de réaliser un mandat dans le cadre professionnel, afin d'alléger leurs charges. Il avait contacté le GESDEC afin de coupler un mandat avec le travail de diplôme, le service ayant connaissance des informations de base qui devaient être collectées dans le cadre du travail écrit. Ayant eu un retour positif de Genève, il avait mis A_ en contact avec le GESDEC. Dans la mesure où la prénommée travaillait chez B_ SA, le mandat avait été confié à cette société. Il était prévu, dès le départ, qu'il y ait un mandat établi entre le GESDEC et B_ SA, afin que A_ puisse réaliser son travail de diplôme. Il était normal que les prestations du mandat ne soient pas identiques à celles prévues dans le travail de diplôme. Le mandat était le "
socle de base
" du travail de diplôme, raison pour laquelle les deux avaient été couplés. C'est dans le cadre de son CAS et du mandat entre le GESDEC et B_ SA que A_ avait eu accès aux parcelles. Elle n'avait jamais fait état de problème dans le cadre du CAS.
Il avait reçu un premier rapport en août 2017, dont la mention "
Mandat GESDEC
" apparaissait sur la couverture. À la lecture de ce document, il avait constaté certains problèmes, de sorte qu'il avait contacté la direction du CAS afin que A_ soit autorisée à améliorer son travail. Le second rapport, qui portait également la mention "
Mandat GESDEC
", comportait des incohérences entre les informations présentées et le mandat indiqué en couverture, comme la mention que des fosses avaient été faites mais qu'elles ne pouvaient pas être produites car elles ressortaient d'un mandat privé, alors même qu'elles apparaissaient dans l'annexe du rapport. Il avait donc contacté H_, à une date indéterminée, pour savoir s'il y avait une concordance entre le mandat et le travail rendu par A_ puisqu'il s'agissait d'un argument présenté par la candidate pour ne pas produire les informations exigées par le CAS et qu'il n'avait eu aucune nouvelle entre la mise en relation positive de ce mandat et la remise du rapport. H_ lui avait confirmé qu'il s'agissait du mandat dont ils avaient discuté en 2016 et que le GESDEC n'avait pas interdit à A_ d'utiliser les informations recueillies dans son travail de diplôme. H_, en sa qualité de mandant, lui avait alors demandé quelle était la fiabilité des données produites par A_. Il lui avait répondu qu'elles n'étaient pas acceptables. Il n'avait pas mentionné l'échec au CAS, puisqu'il n'en avait pas connaissance, mais avait dû mentionner un échec au module.
f.d.
H_ a déclaré qu'il n'existait pas de mandat pour une cartographie à réaliser par A_ dans le cadre de son CAS. Le mandat avec B_ SA avait été établi pour des descriptions pédologiques de fosses aux emplacements des trois stations de mesure de l'humidité des sols sur les communes de M_, L_ et K_. Il n'avait pas été spécifié que le mandat avec B_ SA serait réalisé par A_ car il était évident qu'elle le réaliserait dans le cadre de sa formation, la station de K_ étant inscrite dans la région que A_ avait choisi de cartographier pour son travail de diplôme. Le mandat n'aurait pas été confié à B_ SA si le Dr E_ n'avait pas mis le GESDEC en relation avec A_.
Il ne se souvenait pas en détails des échanges avec le Dr E_. Celui-ci lui avait demandé s'il y avait un mandat entre le GESDEC et A_ en lien avec son CAS. Il lui avait répondu qu'il y avait un mandat entre le GESDEC et B_ SA pour la description des sols dans les communes précitées.
Demander à un mandataire de confirmer les résultats de son étude était courant, bien que délicat. Il n'avait pas conscience d'avoir révélé une information confidentielle à l'employeur de A_ lorsqu'il l'avait informé de son échec au CAS, ni que cela pouvait avoir des conséquences pénales. Il n'avait pas eu l'intention de nuire à la jeune femme. Il n'avait été informé qu'en mai 2019 que son employeur n'était pas au courant de son CAS.
f.e.
A_ a admis que le mandat n'aurait pas été confié à B_ SA si le Dr E_ ne l'avait pas mise en contact avec le GESDEC. Selon elle, cela ne signifiait toutefois pas que le mandat s'inscrivait dans le cadre du CAS. Il en était la "
porte d'entrée
", mais comme elle n'avait pas eu les autorisations, il en restait un mandat privé. Il s'agissait de deux choses différentes dès lors que le mandat B_ SA n'équivalait pas à son travail de diplôme. Elle avait effectué les investigations pour son CAS les 29 et 30 mai et 8 juin 2017 alors que celles pour le GESDEC avaient été faites en automne 2017. Concernant la parcelle n° 1_, elle avait fait des investigations à deux reprises, soit une première fois pour le CAS, et une autre pour le GESDEC. C'est dans le cadre des investigations pour le GESDEC qu'une fouille avait été faite. Lorsqu'elle avait rendu son travail en août 2017, il devait être définitif. Cela n'expliquait donc pas qu'elle ait refait des fouilles en automne 2017. Elle avait eu la chance de pouvoir améliorer son travail mais n'était pas retournée sur le terrain pour cela. Elle avait mentionné des informations obtenues en automne 2017 dans son CAS mais ne les avait pas fournies dès lors qu'il s'agissait d'un mandat privé. Elle avait conservé la mention "
Mandat GESDEC
", ayant effectué un travail de préparation et le résultat du travail provenant de la mise en relation avec le GESDEC.
g.
Il ressort ce qui suit des pièces produites par les parties, en audience et subséquemment:
i.
Par courriel du 17 août 2016, le Dr E_ avait demandé à H_ s'il avait des propositions pour le travail pratique des candidats du CAS quant à des zones à cartographier. Par retour de courriel, H_ l'avait informé que trois sites des stations de mesure de l'humidité des sols (M_, L_, K_) pouvaient être intéressants.
ii.
Par échanges de courriels du 7 février 2017, le Dr E_ avait enjoint à A_ de s'adresser à H_ afin de choisir une proposition sur Genève. A_ avait donc contacté H_ pour l'informer que la commune de K_ pouvait lui convenir. H_ lui avait répondu que les alentours des trois sites de mesures de l'humidité des sols intéressaient le GESDEC car il devait ajouter une description de ceux-ci pour chaque station. Les limites de la zone d'étude étaient à définir. À la fin de son courriel, il ajoutait: "
Si tu es intéressée par une de ces trois propositions, nous pouvons nous rencontrer avec E_, afin de fixer le cadre de ton travail de CAS
".
iii.
L'offre établie le 11 juillet 2017 par B_ SA en faveur du GESDEC porte sur trois descriptions académiques de sol à proximité des stations de mesure de l'humidité des sols de K_, L_ et M_, des analyses physico-chimiques sur chaque horizon de chaque profil, de travaux à la pelle mécanique et de compilation des données existantes et produits et restitution selon FAL-24. Ce document est signé par I_ et A_. Il est également mentionné "
Traité par: A_
".
iv.
A_ a produit une chronologie ainsi que des pièces y afférant:
· La preuve du paiement de l'émolument de sa formation par elle-même;
· un courriel adressé le 16 juillet 2016 au Dr E_ l'informant qu'elle travaillait à 100% et effectuait sa formation, qu'elle finançait elle-même, sur son temps libre;
· divers échanges de courriels avec le Dr E_ et H_ entre le 13 octobre 2016 et le 13 février 2017, dont fait partie l'échange susmentionné (
cf. ii.).
En outre, le 14 octobre 2016, le Dr E_ disait à A_ "
Mais si tu es chez B_, ils n'ont rien en
vue ?
", ce à quoi A_ a répondu, "
B_ n'a malheureusement pas de projet pédologique avec une surface d'investigation suffisamment importante
";
· un échange de courriel avec le Dr E_ le 30 mai 2017, par lequel A_ l'informait que, parmi les propriétaires et les exploitants des parcelles incluses dans la carte, quatre parcelles étaient rattachées à l'école _ de N_, de sorte qu'elle devrait prendre contact avec le directeur. Le Dr E_ lui a répondu de contacter directement le directeur en lui précisant que c'était une demande de H_ et sous sa supervision à lui que le travail serait effectué;
· par courriel du 30 mai 2017, A_ informait le directeur de l'école _ de N_ qu'elle effectuait un travail de diplôme dans le cadre d'une formation continue (en emploi) en _, consistant à faire une carte des sols dans les régions de K_ et de O_ où se trouvait une station de mesure de l'humidité du sol appartenant à l'État de Genève. H_, le mandant, et le Dr E_, son superviseur et professeur dans la même école, étaient associés à ce projet. Elle lui demandait l'autorisation d'effectuer ses investigations pédologiques entre le 31 mai et le 9 juin 2017, notamment sur la parcelle n° 1_, car la station de mesure de l'humidité du sol s'y trouvait;
· par courriel du 2 juin 2017, le directeur précité avait répondu à A_ qu'une réponse lui serait donnée la semaine d'après.
· par courriel du 8 juin 2017, A_ informait le Dr E_ et H_ que c'était "
le jour du creusage du profil
", mais qu'elle ne disposait que d'une seule autorisation sur les trois nécessaires, soit sur une parcelle privée. Elle produit également un ordre e-banking de
CHF 486.- du 7 juillet 2017, relatif à des "
frais de pelle mécanique
";
· par courriel du 26 septembre 2017, le Dr E_ informait A_ qu'il ne pouvait pas valider son travail "
sous la forme actuelle
", précisant les modifications nécessaires à apporter au document;
· A_ a également produit son relevé d'heures – en partie caviardé – pour les mois d'avril mai et juillet 2016 ainsi que pour l'année 2017, dont il ressort qu'elle était en vacances notamment du 26 mai au 4 juin puis du 6 au 11 juin 2017 et qu'elle avait travaillé pour le projet "
Q_
" dès le 6 juillet 2017;
· A_ produit aussi deux exemplaires de son travail écrit.
Il ressort du premier sous la rubrique "
Contexte CAS
" qu'elle avait réalisé un travail utile au GESDEC via H_, le mandant.
Dans le second, datant de mars 2018, il est précisé: "
Au départ, il était prévu de réaliser un travail utile au GESDEC par la proposition de M. H_ d'intégrer dans ladite cartographie une zone située à proximité de la station automatique de mesure de l'humidité des sols basée au lieu-dit R_ (K_). Finalement, l'autorisation de creuser des profils de sol dans les terrains exploités par le centre de N_ ne m'ayant pas été délivrée par le directeur de la Haute école, le travail prévu n'a pas pu avoir lieu sous la forme planifiée et aucun profil n'y a été creusé. Cependant, des investigations, sous la forme de sondages ont tout de même eu lieu, entre fin mai et début juin 2017, dans les vergers et potager de N_ ainsi que dans des parcelles privées ( ). Un mandat séparé dont les données ont été vendues a eu lieu à côté de la station automatique de mesure de l'humidité des sols. Il sera parfois évoqué dans ce travail, à titre indicatif, notamment sur la carte pédologique
".
La première page des deux documents mentionne: "
Mandant: H_, GESDEC
".
h.
Faisant suite à l'avis de prochaine clôture du 31 mai 2021, A_ a requis, le 10 juin 2021, la production du contrat conclu entre le GESDEC et B_ SA ainsi que la facture y relative, le mandat professionnel qui "
aurait
"
existé dans le cadre du CAS ainsi que la preuve de sa rémunération et l'audition de G_, _ [fonction] du GESDEC et cosignataire de la lettre litigieuse.
C.
a.

Dans la première ordonnance querellée, le Ministère public retient que E_, en sa qualité d'expert supervisant A_, était en droit de s'adresser à H_, qu'il avait lui-même mis en contact avec la prénommée, afin d'obtenir des informations sur le mandat qui était en lien avec la formation de celle-ci. Il avait été conforté dans le fait qu'elle avait bien fait usage de ce mandat pour rédiger son travail écrit puisqu'il ressortait de la page de garde de ce document que le mandant était le GESDEC. Il s'était donc adressé, à bon droit, à H_ pour obtenir des informations sur ce mandat, dans le but de pouvoir se déterminer sur l'argumentation avancée par A_, et avait pu lui exprimer que le travail rendu par la candidate avait reçu une note insuffisante. Dès lors de que le GESDEC était partie prenante au CAS, aucune révélation ne pouvait être mise en évidence. De plus, il n'avait pas eu l'intention de violer un secret.
Le Ministère public a aussi rejeté les réquisitions de preuve de A_, les preuves utiles ayant été administrées. En effet, le mandat conclu entre le GESDEC et B_ SA et la facture relative avaient été versés à la procédure le 12 février 2021. Le mandat professionnel existant dans le cadre du CAS était établi à teneur du dossier et l'audition de G_ n'était pas susceptible d'apporter des éléments pertinents pour la procédure, ayant signé le courrier du 16 avril 2019 en sa qualité de directeur uniquement.
b.
Dans la seconde ordonnance querellée, le Ministère public retient que dès lors que le mandat confié par le GESDEC à B_ SA était intrinsèquement lié au travail pratique réalisé par A_ dans le cadre du CAS, H_ était fondé à s'inquiéter de la bonne exécution du mandat. De plus, il n'avait pas eu l'intention de violer un secret.
Les réquisitions de preuve de A_ étaient aussi rejetées, pour les raisons précitées.
D.
a.
A_ a interjeté recours contre les deux ordonnances querellées.
Dans ses écritures, à la motivation identique, elle reproche au Ministère public d'avoir retenu l'existence d'un lien entre son CAS et le contrat conclu entre B_ SA et le GESDEC. Les pièces produites prouvaient que tel n'était pas le CAS. En particulier, le travail de diplôme avait été réalisé durant ses vacances entre mai et juin 2017, soit avant la conclusion du mandat précité, qui avait été réalisé entre septembre et octobre 2017, sur son temps professionnel. D'ailleurs, une première version de son travail avait été rendue dans le courant de l'été, et la facture du contrat de mandat datait de l'hiver suivant. En outre, G_, qui avait cosigné la lettre 16 avril 2019 en sa qualité de _ [fonction] du GESDEC, était coresponsable, de sorte qu'il convenait de procéder à son audition.
Au moment de la collaboration initialement prévue avec le GESDEC, "[m]
ême si
[son]
employeur savait parfaitement
[qu'elle]
suivait cette formation continue
", elle n'avait aucune obligation envers lui, dès lors qu'elle effectuait sa formation sur son temps libre et s'acquittait elle-même de l'émolument d'inscription. Elle avait donc choisi de garder pour elle les résultats négatifs et la procédure de recours. Dans ce contexte, B_ SA n'était pas "
partie prenante
"; une discussion intervenant entre le Dr E_, son superviseur, et H_ ne constituait pas une violation du secret de fonction, contrairement à une divulgation d'informations par l'un d'entre eux à son employeur.
Dès lors que l'autorisation d'investiguer à la pelle mécanique n'avait pas été délivrée par le directeur de l'école _ sur les parcelles du centre de N_, elle avait perdu le financement du GESDEC et s'était acquittée elle-même des frais de la machine. B_ SA n'était toujours pas "
partie prenante
" au CAS; le Dr E_ était toujours son superviseur mais la collaboration avec H_ était révoquée, de sorte qu'elle n'était pas tenue d'informer le GESDEC de "
quoique ce soit
". Dans ce contexte, une discussion intervenue entre le Dr E_ et H_ était constitutive de violation du secret de fonction, tout comme une divulgation d'informations par l'un d'eux à son employeur.
En tant que propriétaire des parcelles, le GESDEC gardait un intérêt à ce que ces sols soient décrits la même année. En raison de la révocation de la collaboration initialement prévue dans le cadre du CAS, le GESDEC lui avait proposé de réaliser ladite description. Ne pouvant réaliser celle-ci sur son temps libre, elle avait proposé au GESDEC de demander une offre à son employeur, ce que H_ avait fait le 29 mai 2017. Elle avait pris connaissance de cette demande le 11 juillet 2017, à son retour de vacances, puis avait effectué ce mandat sur son temps professionnel, pour le compte de son employeur, durant l'automne, dès lors que le GESDEC avait obtenu les autorisations nécessaires. Même s'il était probable qu'elle effectuerait ce travail, le GESDEC ne pouvait en être certain, vu le fonctionnement "
en réseau
" de son employeur. Dans ce contexte, une discussion entre le Dr E_ et H_, visant à mettre en doute la qualité de son travail, relevait d'une ingérence de son superviseur dans un mandat privé. Le GESDEC, en mettant en doute la qualité de son travail sur la base d'informations confidentielles révélées par le Dr E_, et en les transmettant à son employeur, avait failli à son devoir de réserve et violé le secret de fonction, à tout le moins par dol éventuel.
Aucun mandat professionnel dans le cadre de son CAS n'avait été établi entre elle, B_ SA et le GESDEC. En tout état, même si la collaboration initiale entre le Dr E_, le GESDEC et elle-même avait été maintenue, la révélation d'informations par l'un d'eux à son employeur était constitutive d'une violation du secret de fonction. Enfin, elle n'avait pas utilisé les données recueillies dans le cadre de son activité professionnelle pour son travail écrit, même si celles-ci devaient alimenter un site internet public, mais avait, tout au plus, "
fait appel à sa mémoire
".
Elle réitérait ses réquisitions de preuve du 10 juin 2021 ainsi que la production du règlement de l'administration publique sur les signatures à deux.