Decision ID: 3d04e484-0327-53ed-87c9-b6e9da288770
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par jugement
JTPI/2178/2019
du 11 février 2019, reçu par A_ le 4 février 2019, le Tribunal de première instance a déclaré irrecevable la requête en déclaration d'insolvabilité formée le 27 novembre 2018 par cette dernière et l'a condamnée à payer à l'Etat de Genève 50 fr. à titre de frais judiciaires.
Le Tribunal a considéré que A_ n'avait pas versé l'avance de frais requise par ordonnance du 27 novembre 2018, de sorte que sa demande devait être déclarée irrecevable.
B. a.
Le 18 février 2019, A_ a formé recours contre ce jugement, concluant à son annulation et à l'octroi d'un délai supplémentaire pour s'acquitter de l'avance de frais réclamée.
Elle a déposé une écriture complémentaire le 11 mars 2019.
b.
A_ a été informée le 13 mars 2019 de ce que la cause était gardée à juger.
C.
Les faits pertinents suivants résultent du dossier.
a.
Le 26 novembre 2018, A_ a requis du Tribunal le prononcé de sa faillite personnelle en application de l'art. 191 LP.
b.
Par ordonnance du 27 novembre 2018, le Tribunal a imparti à A_ un délai au 27 décembre 2018 pour s'acquitter du paiement d'une avance de frais en 3'550 fr. à savoir 50 fr. d'avance de frais judiciaires et 3'500 fr. d'avance de frais de liquidation sommaire de la faillite.
c.
Le 14 décembre 2018, A_ a sollicité l'octroi d'un délai supplémentaire au 28 février 2019 pour le versement de l'avance précitée, faisant valoir qu'elle avait des difficultés à réunir cette somme et qu'elle entendait demander une aide financière pour ce faire.
d.
Le 7 janvier 2019, A_ a versé l'avance des frais judiciaires en 50 fr.
e.
Le 8 février 2019, A_ a fait savoir au Tribunal qu'elle n'avait pas obtenu d'aide financière et a requis l'octroi d'un échéancier pour le paiement du solde de l'avance de frais.
f.
Le Tribunal n'a pas statué sur les requêtes de A_ des 14 décembre 2018 et 8 février 2019.

EN DROIT
1.
S'agissant d'une décision pour laquelle le tribunal de la faillite est compétent, seule la voie du recours est ouverte (art. 309 let. b ch. 7 et 319 let. a CPC).
Le recours a été formé dans le délai et selon la forme prévus par la loi de sorte qu'il est recevable (art. 321 CPC).
2. 2.1.1
Selon l'art. 59 CPC, le tribunal n'entre en matière que sur les requêtes qui satisfont aux conditions de recevabilité, parmi lesquelles figure le paiement des avances de frais.
A teneur de l'art. 101 al. 1 CPC, le tribunal impartit un délai pour le versement des avances de frais. Si l'avance n'est pas fournie à l'échéance d'un délai supplémentaire, le tribunal n'entre pas en matière (al. 3).
2.1.2
Il y a déni de justice formel (art. 29 al. 1 Cst.) notamment lorsque le juge refuse indûment de se prononcer sur une requête ou sur un moyen de droit qui lui est soumis et dont l'examen relève de sa compétence. En revanche,
lorsque le juge entre en matière et statue formellement sur le moyen
de droit qui lui est soumis
,
il ne peut y avoir de déni de justice formel, mais seulement une violation du droit d'être entendu
si la motivation
de sa décision
ne satisfait pas aux exigences minimales
déduites de l'art. 29 al. 2 Cst. (arrêt du Tribunal fédéral
4A_30/2017
du 4 juillet 2017 consid. 2.1).
2.
2
En l'espèce, en déclarant la requête irrecevable pour défaut de paiement de l'avance de frais sans impartir à la recourante un délai supplémentaire pour s'acquitter du paiement en question, le Tribunal a contrevenu à l'art. 101
al. 3 CPC.
Il a également commis un déni de justice en ne statuant pas sur la requête de prolongation du délai présentée par la recourante le 14 décembre 2018, ni sur sa demande subséquente formée le 8 février 2019.
La décision querellée, qui ne fournit aucune explication sur les raisons pour lesquelles il n'a pas été tenu compte des requêtes de la recourante tendant à l'octroi de délais supplémentaires, viole de plus son droit d'être entendue.
Le Tribunal a en outre omis de statuer sur le sort du montant de 50 fr. versé par la recourante le 9 janvier 2019 au titre d'avance de frais judiciaires.
Le jugement querellé doit par conséquent être annulé et la cause renvoyée au Tribunal pour qu'il procède conformément à la loi et, en particulier, impartisse à la recourante un délai supplémentaire pour s'acquitter du solde de l'avance de frais, en application de l'art. 101 al. 3 CPC.
3.
Selon l'art. 107 al. 2 CPC, les frais judiciaires qui ne sont pas imputables aux parties ni aux tiers peuvent être mis à la charge du canton si l'équité l'exige.
En l'espèce, les frais judiciaires de recours, fixés à 75 fr. (art. 52 et 61 OELP), seront laissés à la charge de l'Etat de Genève et le montant de 75 fr. payé par la recourante lui sera restitué.
Il ne sera pas alloué de dépens, l'article 107 CPC ne permettant pas de mettre des dépens à charge de l'Etat. La recourante, qui plaide en personne, n'en a en tout état de cause pas demandés et l'activité qu'elle a effectuée ne justifie pas l'allocation de dépens (art. 95 al. 3 let. c CPC).
* * * * *