Decision ID: ab4e61e5-b937-5f5d-a24b-e646deca1244
Year: 2017
Language: fr
Court: GE_TP
Chamber: GE_TP_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT:
A.
Par acte d'accusation du 4 octobre 2016, il est reproché à X_,
- alors qu'il était directeur régional de la succursale à Dubaï de
A_ LTD UK
, ![endif]>![if>
- qu'il avait obtenu, entre décembre 2007 et juillet 2010, de trois distributeurs qu'ils versent les
marketing fees
liés aux contrats de distribution, en violation de son devoir de fidélité vis-à-vis de son employeur, sur le compte bancaire d'une société qu'il avait lui-même créée sous la raison sociale
A_ LLC Dubaï
et dont il était le bénéficiaire économique,![endif]>![if>
- que cette société
A_ LLC Dubaï
avait ainsi encaissé sur un compte bancaire n°2_ auprès de la banque B_ SA à Dubaï un montant total de USD 7'106'579.-, ![endif]>![if>
- que, de ce compte, il avait ensuite ordonné quatre transferts en faveur du compte-joint n°3_ (
recte
: n°3_), qu'il détenait avec son épouse K_, auprès du même établissement bancaire à Dubaï, par le biais d'un premier transfert de USD 266'000.- le 8 décembre 2009, d'un deuxième de USD 257'000.- le 20 décembre 2009, d'un troisième de USD 313'000.- le 25 janvier 2010 et d'un dernier de USD 245'000.- le 3 février 2010, ![endif]>![if>
- qu'il a ensuite, par ordre du 9 février 2010, demandé le transfert de la somme de USD 1'000'000.- au débit du compte-joint n°3_ (
recte
: n°3_), en faveur d'un compte n°1_ dont il est co-titulaire avec son épouse K_ auprès de la C_ SA à Genève, somme qui a été créditée à hauteur de USD 999'973.- le 12 février 2010 sur ledit compte, ![endif]>![if>
- qu'il a été condamné par le Tribunal de première instance de Dubaï le 20 avril 2014 pour détournements de fonds, en vertu de l'art. 404 de la loi fédérale n°35/1992 portant sur le Code de procédure pénale de Dubaï, à une peine de trois mois d'emprisonnement, décision confirmée par arrêt du 26 juin 2014 par la Cour d'appel de Dubaï et par arrêt de la Cour de cassation de Dubaï le 22 septembre 2014, ![endif]>![if>
d'avoir agi de la sorte pour entraver l'identification de l'origine criminelle des fonds crédités sur le compte bancaire auprès de la C_ SA à Genève, se rendant ainsi coupable de blanchiment d'argent au sens de l'art. 305bis ch. 1 et ch. 3 CP.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :
a.a.a.
Le 16 septembre 2010,
A_ LTD
a déposé une plainte pénale à l'encontre de X_ par devant les autorités compétentes à Dubaï.
Dans le cadre de l'instruction de cette procédure pénale, une expertise a été mise œuvre, dont il ressort:
- que X_ occupait la fonction de directeur général d'
A_ LTD Dubaï
: il avait le pouvoir de négocier, signer et exécuter l'ensemble des contrats, opérations, arrangements et transactions relatifs au bureau de Dubaï avec des tiers, il avait également le pouvoir d'ouvrir et de gérer des comptes bancaires auprès de toute banque à Dubaï; ![endif]>![if>
- qu'
A_ LTD
avait conclu un accord de distribution avec les sociétés
D_ LLC
,
E_ Ltd
et
F_ Est.,
avec laquelle elle avait également conclu un accord relatif aux taxes et services de distribution ce qui n'était pas le cas avec les deux premières sociétés distributrices; ![endif]>![if>
- que X_, en sa qualité de directeur général d'
A_ LTD Dubaï
avait conclu un tel accord concernant les taxes de services et distribution avec la société
D_ LLC,
selon lequel cette dernière s'engageait à payer à la société
A_ LLC
, un montant de USD 6.5 pour 1000 cigarettes vendues à titre de participation à la commercialisation sur le marché irakien;![endif]>![if>
- que X_ était directeur et actionnaire à raison de 49% d'
A_ LLC
laquelle détenait un compte bancaire auprès de l'établissement B_ SA à Dubaï; ![endif]>![if>
- que ledit compte bancaire avait reçu des fonds en provenance de
D_ LLC
pour un montant de USD 4'798'341.-, de
E_ Ltd
pour une somme de USD 224'826.- et de
F_ Est.
pour une somme USD 2'083'512.-, soit un total de USD 7'106'579.- ; ![endif]>![if>
- que ces fonds avaient été directement transférés sur des comptes privés de X_ et des comptes joints que ce dernier détenait avec son épouse K_ pour un total de USD 6'545'733.-. ![endif]>![if>
a.a.b.
Sur la base des faits établis par le rapport d'expertise, le Tribunal pénal de première instance de Dubaï a rendu un jugement du 20 avril 2014 dans lequel X_ a été reconnu coupable de détournements de fonds au préjudice d'
A_ LTD Dubaï
.
Le Tribunal dubaïote a retenu que X_ avait, entre 2004 et 2010, détourné une somme totale de USD 7'106'579.-, appartenant à la plaignante dont le prévenu était alors le représentant se rendant ainsi coupable d'infraction à l'article 404 alinéa 1 de la loi fédérale n°35/1992 portant sur le Code de procédure pénale et l'a condamné à une peine d'emprisonnement de trois mois.
a.a.c.
Par arrêt de la Cour d'Appel de Dubaï du 26 juin 2014, l'appel formé par X_ a été rejeté et le jugement confirmé.
Suite à un recours en cassation déposé par X_, la Cour de cassation de Dubaï a, elle aussi, par arrêt du 22 septembre 2014, rejeté les griefs de X_ et confirmé le jugement de première instance. La condamnation de X_ est donc définitive et a déjà été exécutée.
a.b.a.
Le 1
er
octobre 2010,
A_ LTD
a déposé, à Genève, une plainte pénale à l'encontre de X_ pour abus de confiance, escroquerie, gestion déloyale et blanchiment d'argent.
Dans sa plainte,
A_ LTD
fait état des faits suivants:
A_ LTD
était une société anglaise faisant partie du groupe multinational A_Group actif dans l'industrie du tabac.
A_ LTD
disposait d'une succursale à Dubaï, appelée
A_ LTD, Representative office
, gérant le marché du Proche et Moyen-Orient. La société ne procédait pas à la distribution et à la vente de ses produits mais le faisait au travers de distributeurs agréés dans chacun des pays.
En 2000, X_ avait été engagé par la succursale dubaïote d'A_ LTD en qualité de "
General Manager"
responsable pour le marché du Moyen-Orient.
a.b.b.
En 2004, A_ Group avait lancé les cigarettes de la marque Davidoff sur le marché des
duty-paid market
en Irak et dès mars 2006, la société distributrice des cigarettes Davidoff en Irak était une société jordanienne nommé
D_ LLC
.
D_ LLC
distribuait les cigarettes sur le marché irakien à travers un sous-distributeur, L_, ressortissant irakien.
L'acheminement et la distribution des cigarettes débutait par une commande de L_ auprès de la société
D_ LLC
, laquelle transférait la requête à
A_ LTD Dubaï
. X_ transmettait l'ordre de production à une usine du groupe située en Allemagne. Une facture "
pro forma"
était alors émise par
A_ LTD Dubaï
, qui mentionnait pour le paiement de la commande, un compte bancaire auprès de la banque W_ au Royaume-Uni, ce compte devant être utilisé par
D_ LLC
pour s'acquitter du prix de la marchandise achetée. Une fois la marchandise expédiée une facture commerciale, une liste des envois et un connaissement maritime étaient établis, lesquels mentionnaient tous également le compte bancaire susvisé en tant que destination du paiement de la marchandise.
a.b.c.
Suite à une dénonciation émanant de personnes actives dans le marché du tabac,
A_ LTD
avait décidé de mandater un cabinet d'avocats et une société d'audit afin d'enquêter sur de possibles activités irrégulières de la part de X_ qui avait été licencié avec effet immédiat le 22 septembre 2010.
Dans le cadre de ces investigations,
A_ LTD
avait découvert l'existence d'une société
A_ LLC
, enregistrée à Dubaï, à la même adresse et même case postale qu'
A_ LTD Dubaï
.
A_ LLC
(ou ci-après : la
LLC
)
était détenue à 51% par M_, connu à Dubaï pour agir en tant que "
sponsor
" de sociétés, permettant ainsi à des ressortissants étrangers de détenir, par son biais, une société ayant son siège aux Emirats Arabes Unis, ce qui leur était en principe interdit. Les 49% restants du capital de la société étaient détenus par X_.
Dans le cadre de son activité pour
A_ LTD Dubaï
, X_ avait adressé au distributeur
D_ LLC
des factures pour des
marketing service fees
à hauteur de USD 6.- pour mille cigarettes vendues. Sur une année, soit entre mai 2009 et mai 2010, ces factures portaient sur un montant de USD 4'000'000.-. Ces factures indiquaient comme coordonnées de paiement, un compte bancaire n°2_ auprès de l'établissement B_ SA à Dubaï, au nom d'
A_ LLC,
ainsi qu'une case postale 4_, qui correspond à la case postale figurant comme adresse personnelle de X_ sur son contrat de travail.
Sur la base d'un tableau retrouvé dans l'ordinateur de X_ par
A_ LTD
, les
marketing services fees
versés par
D_ LLC
correspondraient à environ USD 9'900'000.- sur la période de novembre 2006 à août 2010. Ces montants n'avaient jamais été révélés, ni reversés, à
A_ LTD
. Ce tableau n'incluait pas les
marketing fees
qui avaient également été facturés à d'autres distributeurs, comme le démontraient certaines factures retrouvées avec pour destinataire la société
E_ Ltd
, le distributeur d'
A_
pour l'Egypte, de USD 5.- pour 1'000 cigarettes.
A_ LTD
avait parfois conclu des contrats de services de marketing avec certains distributeurs au Moyen-Orient, mais des contrats formels avaient été signés à cet effet par
A_ LTD
et les frais étaient toujours versés sur les mêmes comptes que ceux qui étaient utilisés par les distributeurs pour le paiement des marchandises, soit les comptes auprès de la banque W_ au Royaume-Uni.
Mandatée par
A_ LTD
, la société
Control Risks
avait établi un rapport d'audit du 30 septembre 2010 qui avait révélé que X_ avait effectué plusieurs transferts depuis le compte d'
A_ LLC
en faveur de comptes dont il était titulaire à titre personnel pour un montant total de AED 906'325.91 et USD 1'517'544.-. Ces transferts avaient eu lieu en partie en Suisse, sur un compte n°1_ auprès de la C_ SA, ouvert à Genève au nom de X_ et de son épouse K_, par des versements du 21 juin 2007 pour USD 50'000.- et du 6 janvier 2007 pour USD 200'000.-.
X_ avait fait en sorte de cacher aux tiers l'existence des comptes bancaires de la
LLC
. Il avait notamment demandé à N_, représentant de la société
D_ LLC,
de ne plus envoyer de copies des transferts SWIFT par courriel, puisque certaines personnes, en particulier O_, directeur financier de
A_ LTD Dubaï
, s'inquiétaient de l'exactitude des coordonnées bancaires. Le 20 juillet 2008, X_ avait demandé à B_ SA de retenir toute la correspondance et de ne plus envoyer, jusqu'à nouvel avis, de courriers concernant le compte d'
A_ LLC
.
a.b.d.
A l'appui de sa plainte,
A_ LTD
a produit
notamment:
- un compte-rendu de l'interrogatoire de X_ qu'elle avait mené le 28 juillet 2010. Il ressort de ce compte-rendu que l'interrogatoire avait duré sept heures et dix minutes et qu'il avait été conduit par P_ et deux avocats du cabinet G_. Au point n°12.6 de ce document, X_ explique qu'
A_ LLC
avait été créée pour empêcher que la raison sociale soit utilisée par une autre société et pour que les activités puissent démarrer au Moyen-Orient avant qu'
A_ LTD Dubaï
ne soit établie, ce qui pouvait prendre un certain temps aux Emirats Arabes Unis. A l'heure actuelle, la
LLC
ne faisait pas d'opérations, elle servait uniquement à "sponsoriser" les enfants de X_ pour des questions de titre de séjour. La
LLC
employait également sa gouvernante et un ami pour lui rendre service, sans toutefois leur verser de salaire.
- un rapport d'audit du 30 septembre 2010 établi par la société
Control Risks
dont il ressort qu'en sus des transferts en faveur des comptes personnels de X_ tels que décrits
supra
, ce compte avait servi à faire des versements en faveur de comptes au nom de X_ au Liban et sur le compte à la C_ SA à Genève de USD 50'000.- le 21 juin 2007 et USD 200'000.- le 6 janvier 2008.
a.c.a.
Dans le cadre de la présente procédure, le responsable de la sécurité d'
A_ LTD,
Q_, a été entendu par le Ministère public le 9 novembre 2015. Il a confirmé la plainte pénale déposée le 1
er
octobre 2010. Il estimait le dommage total subi par
A_ LTD
entre USD 13'000'000.- et 14'000'000.-, dont USD 1'000'000.- se trouvaient sur le compte de X_ à Genève.
Il avait rencontré X_ aux alentours de 2005 à Dubaï. Il avait appris l'existence de la société
A_ LLC
en 2010 lors de l'enquête effectuée au sujet de X_ et n'en avait jamais entendu parler avant cela.
A_ LTD
avait conclu un contrat de distribution avec tous ses distributeurs, dont
D_ LLC
depuis des années, et si celui concernant cette dernière n'avait pas été signé par
A_ LTD
, il s'agissait certainement d'un oubli.
b.
Le 7 octobre 2010, le Ministère public a ordonné la saisie conservatoire des avoirs de X_ auprès de la C_ SA ainsi que de la documentation bancaire y relative.
Il ressort des pièces bancaires fournies par la banque C_ SA que le compte n°1_, ouvert le 28 octobre 2002, a pour ayants-droits économiques X_ et K_. Il contient des devises canadiennes, des euros, des livres sterling, des dollars américains et des francs suisses. Au moment de la saisie, le compte présentait un solde total de USD 951'832.58.
Ledit compte a été alimenté, dès 2007, par quatre versements en provenance du compte de X_ auprès de la B_ SA à Dubaï, à savoir:
- USD 99'972.50 le 18 janvier 2007, ![endif]>![if>
- USD 49'972.50 le 28 juin 2007, ![endif]>![if>
- USD 199'972.50 le 10 janvier 2008, ![endif]>![if>
- USD 179'972.50 le 8 avril 2008, ![endif]>![if>
Par ailleurs, selon avis de crédit du 12 février 2010, un transfert d'une somme de USD 1'000'000.- a été ordonné au débit du compte-joint n°3_ auprès de la B_ SA à Dubaï en faveur du compte n°1_ auprès de la C_ SA à Genève qui a ainsi été crédité à hauteur de USD 999'972.50 le même jour.
c.a.
X_ a été entendu par le Ministère public le 10 novembre 2015. Il a expliqué n'avoir commis aucune infraction. Il avait été poursuivi à Dubaï par erreur et n'avait pas bénéficié d'un procès équitable.
Il a confirmé les différents versements provenant de
D_ LLC
sur le compte bancaire ouvert au nom d'
A_ LLC
et a admis avoir ensuite effectué des versements depuis ce compte sur le compte joint n°3_ auprès de la banque B_ SA à Dubaï entre décembre 2009 et février 2010. Il avait ensuite effectué, depuis ce compte, un versement pour un montant de USD 999'972.50 sur son compte joint n°1_ auprès de la C_ SA à Genève.
A_ LLC
était sa société, créée en 2000 dans le but de recevoir des sommes qui ne pouvaient apparaitre dans les livres d'
A_ LTD
, concernant des dépenses effectuées au Moyen-Orient.
A_ LTD
était parfaitement au courant de l'existence de cette société depuis le premier jour.
A_ LLC
avait le même bureau, le même numéro de téléphone et de fax qu'
A_ LTD Dubaï
. Ses supérieurs étaient tous au courant, R_, directeur régional, O_, directeur financier et S_,
IT Manager
, notamment. Ces personnes n'avaient pas été au courant des virements faits à la C_ SA à Genève mais étaient selon lui, en mesure de connaitre les transactions bancaires qui arrivaient sur le compte d'
A_ LLC
auprès de B_ SA. Le fait qu'
A_ LTD
ait effectué des virements pendant une année en faveur de la
LLC
montrait bien qu'elle connaissait l'existence de cette société.
Les montants reçus sur le compte d'
A_ LLC
n'appartenaient pas à
A_ LTD
.
D_ LLC
n'avait pas de contrat avec
A_ LTD
, qui avait dès lors produit un faux au Tribunal de Dubaï.
En 2010, il avait été amené dans un hôtel par le service de sécurité d'
A_ LTD
qui l'avait interrogé pendant neuf heures et avait confisqué, sans mandat, ses ordinateurs privés et professionnels ainsi que tous les dossiers concernant
A_ LLC
et
A_ LTD Dubaï
, raison pour laquelle il ne disposait plus d'aucun élément de preuve pour se disculper.
L'argent transféré sur son compte auprès de la C_ SA à Genève était le fruit de son travail comme directeur de société pendant 35 ans. Il avait travaillé pendant 12 ans à Genève auprès de H_ devenue aujourd'hui I_. Son salaire était initialement versé sur son compte auprès de l'établissement J_ SA puis, lors de son déménagement à Dubaï, il avait ouvert un compte privé à la C_ SA.
c.b.
Par pli de son conseil du 19 février 2016, X_ a produit un chargé de pièces, dont il ressort que :
- La société
A_ LLC
avait été créée le 25 mars 2000 par X_ avec l'appui de son sponsor local M_. Elle disposait d'une licence commerciale, datée du 30 mars 2010, selon laquelle elle était immatriculée à l'adresse suivante: « 4
_, P.O. Box 5_, Dubaï, Emirats Arabes Unis
».![endif]>![if>
- Par procuration signée le 12 juillet 2000,
A_ LTD
avait confié à X_ le mandat d'établir et de gérer à Dubaï son bureau de représentation. ![endif]>![if>
- Sur la base de ce mandat, X_ avait fait appel au même sponsor local, M_, pour la constitution d'
A_ LTD Dubaï
, selon un contrat d'agence daté du 25 février 2001. ![endif]>![if>
-
A_ LTD Dubaï
avait reçu sa licence professionnelle, lui permettant d'exercer à Dubaï, le 7 avril 2001 et avait été enregistrée à la même adresse et même ligne téléphonique qu'
A_ LLC
. ![endif]>![if>
-
A_ LTD Dubaï
, de par son statut de bureau de représentation d'une société étrangère, n'avait pas le droit d'exercer aux Emirats Arabes Unis la moindre activité commerciale. Elle devait ainsi se limiter à fournir son soutien aux distributeurs, à l'exclusion de toute vente, distribution, transaction financière et/ou livraison de produits. ![endif]>![if>
- Un compte bancaire avait été ouvert pour
A_ LLC
auprès de la T_ à Dubaï qui était alimenté par des virements mensuels de la part d'
A_ LTD
au Royaume-Uni, afin de couvrir les frais généraux de fonctionnement d'
A_ LLC
, dans l'attente de l'immatriculation de son bureau de représentation.![endif]>![if>
- Certaines dépenses d'
A_ LTD
avaient été prises en charge par le biais du compte de la
LLC
, comme par exemple les frais d'un voyage à Cuba en mars 2010, selon un courrier daté du 18 mars 2010 adressé à R_. ![endif]>![if>
- Selon le procès-verbal de l'audience tenue devant la Cour d'Appel de Dubaï le 29 juillet 2012, Q_, responsable de la sécurité d'
A_ LTD
, avait indiqué à la Cour dubaïote : «
Au début, nous avions connaissance et n'étions pas opposé à l'existence de la société A_ LLC appartenant à
[X_]
mais plus tard, et elle constituait pour nous une porte d'entrée dans l'attente de l'immatriculation de la société originale A_ LTD
». ![endif]>![if>
X_ a expliqué que les fonds versés sur le compte ouvert au nom d'
A_ LLC
auprès de la B_ SA à Dubaï provenaient d'un système de facturation parallèle, mis en place par
A_ LTD
, notamment dans le but de contourner des frais de douane. «
Afin de rompre tout lien avec le groupe A_
», les fonds portés au crédit du compte étaient ensuite virés par X_ sur son compte-joint détenu avec son épouse dans la même banque. Puis, «
pour des motifs de discrétion, les avoirs étaient ensuite retirés en espèces au guichet de B_ SA
».
c.c.
Par courrier de son Conseil du 2 septembre 2016,
X_ a produit une nouvelle série de pièces dont il ressort que quatre montants avaient été crédités sur le compte n°2_ ouvert par
A_ LLC
auprès de la B_ SA à Dubaï entre novembre 2009 et février 2010, en provenance de
D_ LLC,
à savoir
:
- USD 266'437.- le 30 novembre 2009 ; ![endif]>![if>
- USD 256'950.- le 21 décembre 2010 ; ![endif]>![if>
- USD 312'533.- le 18 janvier 2010 ; ![endif]>![if>
- USD 245'015.- le 2 février 2010. ![endif]>![if>
Ces montants avaient aussitôt été transférés sur le compte-joint n°3_ ouvert auprès de la même banque au nom de X_ et de son épouse K_, soit :
- USD 266'000.- le 8 décembre 2009 ;![endif]>![if>
- USD 257'000.- le 20 décembre 2009 ;![endif]>![if>
- USD 313'000.- le 25 janvier 2010 ;![endif]>![if>
- USD 245'000.- le 3 février 2010.![endif]>![if>
C'est ainsi un total de USD 849'700.- qui a été crédité sur le compte personnel de X_ en provenance du compte de la société
A_ LLC
.
Un extrait du compte n°3_ à la B_ SA à Dubaï confirmait l'arrivée de ces versements et démontrait qu'un ordre de transfert en faveur du compte ouvert à la C_ SA à Genève avait été donné le 9 février 2010 pour un montant de USD 1'000'000.-, et qu'une somme de USD 999'972.50 avait été créditée sur ce compte le 12 février 2010.
c.d.
Lors de ses auditions devant le Ministère public des 14 et 15 juillet 2016, X_ a déclaré qu'
A_ LTD Dubaï
étant uniquement un bureau de représentation, il avait créé
A_ LLC
dans le but d'obtenir sa licence d'importation et exportation et de réaliser des transactions commerciales.
A_ LTD Dubaï
était ainsi obligée d'utiliser la
LLC
pour pouvoir fonctionner et avait continué à le faire, même après l'avoir licencié en 2010.
C'était R_ qui lui avait demandé d'utiliser la
LLC
qui était en réalité au service d'
A_ LTD
, qui l'utilisait comme une "caisse noire".
c.e.
Les 5 et 6 septembre 2016, par-devant le Ministère public, X_ a affirmé qu'il contestait l'intégralité des faits reprochés et a indiqué qu'il n'avait pas eu l'occasion de s'exprimer librement dans le cadre de la procédure pénale qui avait eu lieu à Dubaï car, en trois ans de procédure pénale, il avait été interrogé pendant une heure, puis avait été condamné en première, deuxième et dernière instance, sans même avoir eu l'occasion de s'exprimer à nouveau.
Il était totalement faux de dire qu'
A_ LTD
n'avait pas connaissance de l'existence de la
LLC
. Elle avait été constituée sur demande de R_, son supérieur hiérarchique et à aucun moment, suite à la création du bureau de
A_ LTD Dubaï
, il ne lui avait été demandé de radier la
LLC
, ni de clôturer le compte bancaire ouvert à la T_. Dès 2002, il y avait eu un contrôleur financier auprès d'
A_ LTD Dubaï
et un nouveau supérieur hiérarchique qui représentaient une interface entre R_ et lui-même.
Le compte de la
LLC
auprès de B_ SA à Dubaï avait été ouvert en 2004, en accord avec
A_ LTD
, alors que cette dernière expédiait des marchandises en Irak de façon illégale eu égard aux sanctions imposées par les Nations Unies. En 2004, il avait aidé
A_ LTD
à faire du commerce avec l'Irak de manière légale et s'était aperçu que de nombreux produits, des marques
Superking
et
Davidoff,
fournis entre 1999 et 2002 avaient atteint la date d'expiration et présentaient des défauts. Avec l'accord de son supérieur, la
LLC
devait aider à venir à bout de ce problème et il avait été convenu avec le nouvel importateur pour l'Irak de facturer aux clients des honoraires de marketing qui serviraient à couvrir tous les frais sur le marché qu'
A_ LTD
ne voulait pas assumer. En d'autres termes, ils payaient, hors comptes officiels, des choses qu'
A_ LTD
ne voulait pas voir.
Il n'avait jamais été impliqué dans la fixation du prix ou la signature des contrats avec les distributeurs, car
A_ LTD
en était responsable. Dans certains pays où les droits de douane étaient élevés,
A_ LTD
avait l'habitude de sous-facturer la valeur de la marchandise afin d'abaisser les droits de douane, puis, de récupérer la part non-perçue en facturant des frais de marketing aux distributeurs. En Irak, les droits de douane n'étant pas très élevés, il n'y avait pas besoin de les contourner, mais des frais de marketing étaient tout de même perçus afin de couvrir les "frais de soutien" sur le marché irakien.
D_ LLC
avait accepté de payer des honoraires de marketing car elle recevait effectivement un service fourni par
A_ LLC
. Les factures pour la marchandise étaient payées directement à
A_ LTD
au Royaume-Uni et les honoraires de marketing étaient payés à
A_ LLC
, sur son compte chez B_ SA à Dubaï. R_ lui avait donné toute latitude pour agir en ce sens, dans la mesure où les objectifs étaient atteints et les factures payées et l'activité du bureau de Dubaï, que ce soit pour la
LTD
ou pour la
LLC
, était contrôlée tous les mois par des auditeurs internes, lesquels ne pouvaient donc ignorer l'existence de la
LLC
. Les honoraires marketing payés par
D_ LLC
, avaient été utilisés par
A_ LLC
notamment pour acheter des camionnettes en Jordanie pour les distributeurs irakiens, offrir de la marchandise gratuitement aux grossistes irakiens à titre promotionnel ou payer des déplacements aux distributeurs pour l'Irak qui étaient basés au Liban. Toutes les factures liées à ces dépenses étaient en possession d'
A_ LTD
. Pour le surplus, il pouvait lui-même conserver une partie des honoraires de marketing reçus.
Il considérait qu'
A_ LLC
était sa société et qu'il avait ainsi le droit de transférer ce qu'il voulait depuis le compte de cette dernière. Les fonds de la LLC n'appartenaient pas à
A_ LTD Dubaï
puisqu'ils provenaient d'opérations qui n'étaient pas les siennes. Aucun distributeur d'
A_ LTD Dubaï
, n'avait réclamé le remboursement des frais marketing payés à la
LLC
. Si les distributeurs avaient estimé que leur argent avait été détourné, ils auraient déposé plainte. Les frais de marketing ainsi perçus par la LLC se montaient à environ USD 9'000'000.- à 10'000'000.- entre 2004 et 2010. La
LLC
payait des prestations diverses au moyen des fonds reçus, par exemple pour la sécurité des convois, des rançons pour de la marchandise volée, des véhicules, des enseignes publicitaires, des programmes de récompense aux distributeurs, certains salaires locaux, etc.
La
LLC
avait également offert des cadeaux aux propriétaires de
D_ LLC
, payé des frais d'hôtels et de séjour à des employés de
A_ LTD Dubaï
et invité des clients à des évènements ou des voyages. Ces frais étaient payés par la
LLC
pour
A_ LTD Dubaï
, selon des demandes orales de R_ et à la connaissance des autres membres de la direction puisqu'ils étaient eux-mêmes invités. Ces frais ressortaient des comptes bancaires et des avis de cartes de crédit de la
LLC
. Lorsqu'un fournisseur envoyait une facture à
A_ LTD Dubaï
, il décidait si elle concernait un aspect officiellement acceptable par celle-ci, elle était payée par elle, sinon, elle était payée par
A_ LLC
. C'était lui-même, en tant que dirigeant du bureau de Dubaï, qui décidait de ce qui était acceptable et ce qui ne l'était pas.
La
LLC
était sa propre société, de sorte que sur les comptes bancaires de cette dernière se trouvait également son argent personnel et il lui arrivait ainsi de transférer certains fonds du compte de la
LLC
sur son compte privé et de régler certains frais avec sa carte de crédit personnelle. Au sujet du versement de USD 999'973.- sur son compte joint n°1_ à la C_ SA le 12 février 2010, il s'agissait de fonds générés par des affaires officielles de sa société
A_ LLC
, de ses salaires et bonus perçus pour son travail auprès de
A_ LTD Dubaï
et de gains réalisés dans le cadre d'affaires immobilières à Dubaï, ce qu'il pouvait démontrer par des relevés de comptes saisis par
A_ LTD
lors des enquêtes qu'elle avait mené en 2010 et qui ne lui avais jamais été rendus.
d.a.
Entendu le 14 juillet 2016 par le Ministère public, P_ a déclaré qu'il avait commencé à travailler auprès d'
A_ LTD
au Royaume-Uni en 2002, en qualité de responsable du contentieux.
Il avait participé à la réunion du 28 juillet 2010 à Dubaï, lors de laquelle X_ avait été interrogé. Ce dernier avait parlé de la société
A_ LLC
mais avait caché le fait que cette dernière détenait un compte bancaire auprès de B_ SA. Il savait que, avant 2002,
A_ LLC
était une structure nécessaire pour qu'
A_ LTD
, ayant son siège au Royaume-Uni, puisse faire du commerce à Dubaï et sur certains marchés dans la région comme l'Irak, l'Egypte, l'Arabie Saoudite, le Koweït et le Liban.
A_ LTD
était au courant de la constitution et l'utilisation de la
LLC
jusqu'à ce que le
Representative Office
de Dubaï soit mis en place. Selon lui, X_ avait été chargé de constituer
A_ LLC
en 2001. A partir de la constitution du
Representative Office
sous le nom d'
A_ LTD
Dubaï
, la
LLC
n'avait plus de raison d'être et devait être une société dormante. Selon les investigations qui avaient été effectuées auprès des salariés et dirigeants du groupe
A_
, personne n'avait été au courant de l'existence de la
LLC
, sauf les personnes qui travaillaient dans le bureau de X_. Lors d'un audit mené en 2009, X_ avait fourni toutes les informations concernant les contrats avec
A_ LTD Dubaï
, mais n'avait rien déclaré concernant
A_ LLC
.
d.b.
Q_ a été entendu en qualité de témoin par le Ministère public le 15 juillet 2016. Il a confirmé les déclarations faites le 9 novembre 2015.
Il avait effectivement appris en juillet 2010 l'existence de la
LLC
. L'équipe d'investigation du cabinet G_ et lui-même avaient alors mené une enquête et il avait appris que la
LLC
avait été créée en toute connaissance d'
A_ LTD
pour faciliter l'obtention des licences à Dubaï, de façon temporaire.
A_ LTD
était une société qui fonctionnait depuis le Royaume-Uni, la
LLC
était en quelque sorte la voie rapide pour elle pour commencer les affaires à Dubaï. Dès qu'
A_ LTD
avait obtenu sa licence, il n'y avait plus de raison que la
LLC
continue d'exister.
Dans le cadre des investigations, ils avaient retrouvé des documents dans l'ordinateur de X_ qui montraient le caractère illégal des opérations effectuées par ce dernier au moyen de la
LLC
et attestaient du fait que X_ recevait une énorme quantité d'argent par le biais de cette société. Les distributeurs n'avaient reçu aucun avantage en espèces ou en nature de la part de X_ ni une quelconque contre-prestation pour les frais de marketing facturés. Tous les fonds allaient sur le compte personnel de X_.
C.
X_, bien que dûment convoqué, ne s'est pas présenté aux débats, initialement fixés le 13 janvier 2017, sans excuse valable, de sorte que ceux-ci ont été renvoyés et les parties à nouveau citées à comparaître les 7 et 8 février 2017, conformément à l'art. 366 al. 1 CPP. A cette date, X_ n'a à nouveau pas comparu, sans excuse valable. Conformément à l'art. 366 al. 2 CPP, le Tribunal a décidé de juger l'intéressé par défaut.
Lors de l'audience de jugement, U_, directeur d'
A_ LTD
, a expliqué qu'il n'avait jamais rencontré X_ et ignorait qui était le supérieur hiérarchique de ce dernier. Il avait découvert l'existence d'
A_ LLC
au moment de la signature de la plainte pénale déposée contre le prévenu et ignorait quand les responsables d'
A_ LTD
avaient découvert cela. X_ avait créé de sa propre initiative une société sans l'autorisation de la société qui l'employait et avait fait payer à des distributeurs des frais de commercialisation supplémentaires. Lui-même et les responsables d'
A_ LTD
ignoraient l'existence d'un compte au nom d'
A_ LLC.
Il ignorait si les supérieurs hiérarchiques de X_ lui avaient demandé de radier d'
A_ LLC
ou de clôturer le compte de cette société. Le service de commercialisation d'
A_ LTD
s'occupait de la conclusion des contrats avec les distributeurs au sujet des honoraires de marketing. Il ignorait si les montants relatifs à ces honoraires étaient versés sur d'autres compte que celui d'
A_ LTD
et n'avait jamais entendu parler d'un système mis en place par cette société dans le but de percevoir de l'argent de manière non officielle. Personne, au sein d'
A_ LTD,
ne lui avait affirmé, lors de discussion, connaître l'existence d'
A_ LLC.
Interrogé au sujet de la succursale d'
A_ LTD
à Dubaï et de son fonctionnement, il a déclaré ne pas être au courant. Il ignorait qu'
A_ LTD
avait effectué des versements sur le compte d'
A_ LLC.
Plusieurs pièces de la procédure lui ont été soumises par le Conseil de la partie plaignante, mais il a été incapable de répondre aux questions relatives à ces pièces. Il n'était pas au courant des divers contrats signés par
A_ LTD
avec ses distributeurs et ignorait si les montants relatifs à ces contrats étaient versés en faveur d'
A_ LTD
ou d'
A_ LLC.
Il ignorait comment avaient été affectées les sommes perçues par
A_ LLC.
Il a ensuite été interrogé sur divers points de la plainte pénale. Il ignorait les motifs des transferts d'argent de
D_ LLC
à
A_ LLC
et n'était pas au courant de litiges opposant
A_ LTD
à ses distributeurs.
D.
X_ est né le _ 1959 à Damas (Syrie); il est de nationalité syrienne et canadienne. Il est domicilié à Dubaï, marié et père de quatre enfants majeurs. Il a obtenu un Bachelor en administration à l'université américaine de Beyrouth en 1991. Il a travaillé pour plusieurs sociétés multinationales et a déménagé à Dubaï en 1992. Il a commencé à travailler dans l'industrie du tabac pour H_ Switzerland en 1997. Il a ensuite travaillé auprès d'
A_ LTD
à partir de l'année 2000 en qualité de
General Manager
jusqu'à son licenciement en septembre 2010. Il est sans emploi depuis 2010. Il a utilisé la plupart de ses économies et se fait aider par sa belle-famille et par ses enfants. Il est actionnaire à 30% de la société V_ et perçoit à ce titre des dividendes à hauteur d'environ USD 5'000.- par mois, sept mois par année. Il est propriétaire, avec son épouse, d'un appartement à Dubaï et vit dans une villa qu'il loue pour un loyer de AED 170'000.- par an.
Il n'a aucun antécédent en Suisse.

EN DROIT:
1.1
Si le prévenu, dûment cité, ne comparaît pas aux débats de première instance, le tribunal fixe de nouveaux débats et cite à nouveau le prévenu ou le fait amener. Il recueille les preuves dont l'administration ne souffre aucun délai (art. 366 al. 1 CPP).
Si le prévenu ne se présente pas aux nouveaux débats ou ne peut y être amené, ils peuvent être conduits en son absence. Le tribunal peut aussi suspendre la procédure (art. 366 al. 2 CPP).
La procédure par défaut ne peut être engagée que si le prévenu a eu suffisamment l'occasion de s'exprimer auparavant sur les faits qui lui sont reprochés (a) et si les preuves réunies permettent de rendre un jugement en son absence (b).
1.2.
En l'occurrence, la procédure en matière de défaut a été respectée, le prévenu ayant été convoqué à deux reprises pour les débats.
2.1. Le principe de l'accusation est une composante du droit d'être entendu consacré par l'art. 29 al. 2 de la Constitution (ci-après Cst.). Il peut aussi être déduit des art. 32 al. 2 Cst. et 6 ch. 3 Convention Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) qui n'ont à cet égard pas de portée distincte. Il implique que le prévenu connaisse exactement les faits qui lui sont imputés. Si l'accusé est condamné pour une autre infraction que celle visée dans la décision de renvoi ou l'acte d'accusation, il faut examiner s'il pouvait, eu égard à l'ensemble des circonstances d'espèce, s'attendre à cette nouvelle qualification juridique des faits, auquel cas il n'y a pas violation de ses droits de défense (arrêt du Tribunal fédéral
6B_525/2011
du 7 février 2012, consid. 1.1).
2.2. Le contenu de l’acte d’accusation est défini à l’article 325 du Code de procédure pénale (ci-après CPP). Il doit notamment désigner, le plus brièvement possible, mais avec précision, les actes reprochés au prévenu, le lieu, la date et l’heure de leur commission ainsi que leurs conséquences et le mode de procéder de l’auteur (art. 325 al. 1 let. f CPP). Le ministère public doit également préciser les infractions réalisées et les dispositions légales applicables à son avis (art. 325 al. 1 let. g CPP). Selon le Tribunal fédéral (arrêt
6B_402/2012
), l'acte d'accusation doit décrire les infractions qui sont imputées au prévenu de façon suffisamment précise pour lui permettre d’apprécier, sur les plans subjectif et objectif, les reproches qui lui sont faits. Le tribunal est ainsi lié par l’état de fait décrit dans l’acte d’accusation.
3.1.1.
Le principe in dubio pro reo, qui découle de la présomption d'innocence, garantie par l'art. 6 ch. 2 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 195 et, sur le plan interne, par l'art. 32 al. 1 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (CEDH ;
RS 0.101
;Cst. ;
RS 101
), concerne tant le fardeau de la preuve que l'appréciation des preuves.
En tant que règle sur le fardeau de la preuve, ce principe signifie qu'il incombe à l'accusation d'établir la culpabilité de l'accusé, et non à ce dernier de démontrer son innocence. Il est violé lorsque le juge rend un verdict de culpabilité au seul motif que l'accusé n'a pas prouvé son innocence, mais aussi lorsqu'il résulte du jugement que, pour être parti de la fausse prémisse qu'il incombait à l'accusé de prouver son innocence, le juge l'a condamné parce qu'il n'avait pas apporté cette preuve (ATF
127 I 38
consid. 2a p. 40 et les arrêts cités ; ATF
124 IV 86
consid. 2a p. 87 ss).
Comme règle de l'appréciation des preuves, le principe
in dubio pro reo
interdit au juge de se déclarer convaincu d'un état de fait défavorable à l'accusé, lorsqu'une appréciation objective des éléments de preuve recueillis laisse subsister un doute sérieux et insurmontable quant à l'existence de cet état de fait. Des doutes abstraits ou théoriques, qui sont toujours possibles, ne suffisent certes pas à exclure une condamnation. La présomption d'innocence n'est invoquée avec succès que si le recourant démontre qu'à l'issue d'une appréciation exempte d'arbitraire de l'ensemble des preuves, le juge aurait dû éprouver des doutes sérieux et irréductibles sur sa culpabilité (ATF
124 IV 86
consid. 2a p. 87 ss ; ATF
120 Ia 31
consid. 2 p. 33 ss ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_642/2012
du 22 janvier 2013 consid. 1.1).
3.1.2.
Le juge du fait dispose d'un large pouvoir dans l'appréciation des preuves (ATF
120 Ia 31
consid. 4b p. 40). Confronté à des versions contradictoires, il forge sa conviction sur la base d'un ensemble d'éléments ou d'indices convergents. L'appréciation des preuves doit être examinée dans son ensemble et l'état de fait déduit du rapprochement de divers éléments ou indices. Un ou plusieurs arguments corroboratifs peuvent demeurer fragiles si la solution retenue peut être justifiée de façon soutenable par un ou plusieurs arguments de nature à emporter la conviction (arrêts du Tribunal fédéral
6B_623/2012
du 6 février 2013 consid. 2.1 et
6B_642/2012
du 22 janvier 2013 consid. 1.1).
3.2. En rapport aux faits décrits dans l'acte d'accusation, le Tribunal tient pour acquis les faits suivants:
Alors qu'il était directeur régional de la succursale d'
A_ LTD
à Dubaï, X_ était parvenu, sans en informer la société plaignante, à ce que trois distributeurs de cette dernière, dont
D_ LLC,
versent des
marketing fees
liées aux contrats de distribution qu'ils avaient conclus avec
A_ LTD
sur un compte n°2_ auprès de la B_ SA Dubaï au nom d'
A_ LLC,
société qu'il avait lui-même créée et qu'il contrôlait, et dont la raison sociale, l'adresse et le numéro de téléphone et de fax étaient identiques à ceux d'
A_ LTD.
Les 20 novembre 2009, 21 décembre 2009, 18 janvier 2010 et 2 février 2010 des sommes de, respectivement, USD 266'000.-, 257'000.-, 313'000.- et 245'000.- ont été versées sur le compte auprès de la B_ SA au nom de la société
A_ LLC
depuis le compte de la société
D_ LLC
, à ce titre.
X_ a ensuite ordonné le transfert de ces sommes du compte d'
A_ LLC
en faveur de son compte personnel n°3_ auprès de la B_ SA à Dubaï, dont il est co-titulaire avec son épouse K_, à savoir USD 266'000.- le 8 décembre 2009, USD 257'000.- le 20 décembre 2009, USD 313'000.- le 25 janvier 2010 et USD 245'000.- le 3 février 2010.
Le 9 février 2010, le prévenu a ordonné le transfert de USD 1'000'000.- de ce compte joint à son nom et celui de son épouse sur le compte n°1_ auprès de la C_ SA à Genève, dont il est co-titulaire avec son épouse, somme créditée sur ce compte le 12 février 2010 à hauteur de USD 999'97.50.
X_ a été condamné pour ces faits le 20 avril 2014 par le Tribunal de première instance de Dubaï pour détournement de fonds à une peine privative de liberté de trois mois, décision confirmée le 26 juin 2014 par la Cour d'Appel de Dubaï et le 22 septembre 2014 par la Cour de Cassation de Dubaï. Les autorités pénales dubaïotes ont retenu que "le prévenu a profité de la similitude du nom et de l'activité exercée par les deux sociétés pour contacter les clients de la société principale, auprès de laquelle il travaille, et leur réclamer des frais de commercialisation qui ont été versés en faveur de sa société privée sans aucune base."
4.1.1. L'art. 305bis ch. 1 CP prévoit qu'est auteur de blanchiment d'argent celui qui aura commis un acte propre à entraver l'identification de l'origine, la découverte ou la confiscation de valeurs patrimoniales dont il savait ou devait présumer qu'elles provenaient d'un crime. Au sens du chiffre 3 de la disposition, le délinquant est aussi punissable lorsque l'infraction préalable a été commise à l'étranger et qu'elle est aussi punissable dans l'Etat où elle a été commise.
L'art 305bis ch. 2 lit. c prévoit que le cas est grave lorsque le délinquant réalise un chiffre d'affaires ou un gain important en faisant métier de blanchir de l'argent.
Selon l'art. 10 al. 2 CP, sont des crimes les infractions passibles d'une peine privative de liberté de plus de trois ans.
4.1.2. Selon la jurisprudence, il y a acte d'entrave notamment lorsque l'auteur fait passer de l'argent provenant d'une escroquerie d'un compte à un autre (ATF
120 IV 323
) ou transfère des fonds de provenance criminelle, notamment d'un pays à un autre (ATF
129 IV 273
consid. 2.1.;
127 IV 24
consid. 2b/cc).
4.1.3. Au sens de l'art. 305bis CP, la valeur patrimoniale devant provenir d'un crime, un lien suffisamment étroit entre la valeur concernée et le crime est nécessaire pour que l'on puisse parler de provenance, toutefois un lien ténu suffit (ATF
138 IV 1
consid. 4.2.1; arrêt du Tribunal fédéral
6B_729/2010
du 8 décembre 2011, consid. 4.1.3). S'il n'est pas nécessaire de connaître les circonstances du crime en détail, il faut cependant être certain que les fonds proviennent d'un crime (CORBOZ, Le blanchiment d'argent, SJ 1998 77ss, p. 79). La valeur patrimoniale provient d'un crime non seulement lorsqu'elle en constitue le produit, mais également lorsqu'elle a servi à le récompenser (CORBOZ, Les infractions en droit suisse, § 13 ad art. 305bis CP).
4.1.4. Si l'acte préalable a été commis à l'étranger, il doit être considéré comme une infraction dans l'Etat dans lequel il a été commis et constituer un crime selon le droit suisse (ATF
126 IV 261
consid. 3a et 3b/aa). La punissabilité de l'acte préalable commis à l'étranger doit l'être sous l'angle du principe de la double incrimination abstraite, soit le fait que le comportement adopté par l'auteur soit prévu aussi bien par la législation suisse que par la législation étrangère et non sous l'angle du principe de la double incrimination concrète (l'acte commis aurait pu être puni en Suisse comme à l'étranger) (arrêts du Tribunal fédéral
6B_900/2009
consid. 2 et
6B_729/2010
, consid. 4.1.3; NIGGLI/WIPRAECHTIGER, Strafrecht II, p. 2207 § 9). Le crime préalable ne doit pas être défini précisément de la même façon en Suisse ou à l'étranger. Il faut cependant que la réglementation étrangère soit abstraitement comparable à la réglementation suisse (LOMBARDINI, Banques et blanchiment d'argent, 2013, pp. 71-72, §§ 277-285).
Ainsi, le juge évalue à l'aune du droit suisse si l'acte préalable commis à l'étranger constitue un crime. La punissabilité de l'acte préalable commis à l'étranger se détermine en revanche selon le droit du lieu de commission (TRECHSEL/PIETH, op. cit., n° 10 ad art. 305bis CP et arrêt du Tribunal fédéral
6B_52/2012
du 11 mars 2013 consid. 4.1.). L'existence d'une poursuite pénale et d'un jugement de condamnation prononcé par la juridiction étrangère est souhaitable, mais n'est pas indispensable. Les autorités suisses peuvent apprécier une situation de façon plus rigoureuse que les autorités étrangères (LOMBARDINI, Banques et blanchiment d'argent, 2013, pp. 71-72, §§ 277-285).
4.1.5. Le crime préalable ne doit pas être prescrit (ATF
129 IV 338
consid. 3.3;
126 IV 255
consid. 3b.bb). Le délai de prescription est celui du droit étranger si le crime préalable a été commis à l'étranger. Tant que le droit étranger permet la poursuite de l'infraction préalable, un acte de blanchiment peut être commis en Suisse (LOMBARDINI, Banques et blanchiment d'argent, 2013, pp. 71-72, §§ 277-285). L'infraction principale ne doit pas être prescrite au moment de la commission de l'acte constitutif de blanchiment (ATF
126 IV 225
, consid. 3bb). Lorsque, sur la base des constatations de l'autorité cantonale suisse, il est établi avec suffisamment de pertinence que l'infraction principale n'est pas prescrite selon l'ordre juridique étranger, on peut sans autre se référer à cette réglementation étrangère (ATF
126 IV 225
, consid. 3bb).
4.1.6. En droit suisse, l'art. 158 ch. 1 CP prévoit que celui qui, en vertu de la loi, d'un mandat officiel ou d'un acte juridique, est tenu de gérer les intérêts pécuniaires d'autrui ou de veiller sur leur gestion et qui, en violation de ses devoirs, aura porté atteinte à ces intérêts ou aura permis qu'ils soient lésés sera puni d'une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d'une peine pécuniaire. Si l'auteur a agi dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime, le juge pourra prononcer une peine privative de liberté de un à cinq ans.
Cette notion implique un pouvoir sur les biens d'autrui comportant une indépendance suffisante, un droit de disposition autonome, une certaine latitude qui caractérise le devoir de fidélité dont la violation est punissable (ATF
123 IV 21
consid. 3b).
Seul peut avoir une position de gérant celui qui dispose d'une indépendance et d'un pouvoir de disposition suffisamment autonome sur tout ou partie de la fortune d'autrui, sur les moyens de production ou le personnel d'une entreprise, par exemple. Ce pouvoir peut se manifester tant extérieurement par la passation d'actes juridiques que par la défense, sur le plan interne, d'intérêts patrimoniaux ou par des actes matériels (arrêt du Tribunal fédéral
6B_472/2011
. consid. 10.2). Est ainsi un gérant celui qui doit veiller sur un complexe patrimonial non négligeable dans l'intérêt d'autrui en occupant une position indépendante et responsable qui lui a été conférée formellement ou dans les faits (ATF
129 IV 126
consid. 3.1).
La position de gérant n'impose des obligations que dans les domaines où la personne revêt véritablement cette qualité, c'est-à-dire où elle jouit effectivement d'un pouvoir de disposition autonome. Ainsi, pour qu'il y ait gestion déloyale, il ne suffit pas que l'auteur ait été gérant ni qu'il ait violé une quelconque obligation de nature pécuniaire à l'endroit de la personne dont il gère tout ou partie du patrimoine. Encore faut-il que l'obligation violée soit liée à la gestion confiée (arrêt
6B_472/2011
précité, consid. 11.1).
Le devoir de sauvegarde vise le devoir de veiller à la gestion des intérêts pécuniaires d'autrui, tel qu'il incombe notamment aux membres du conseil d'administration d'une société anonyme ou d'une autorité de tutelle (CORBOZ, Les infractions en droit suisse, p.428, n° 5). Lorsqu'un organe est composé de plusieurs personnes, celles-ci jouissent collectivement du pouvoir de gestion autonome propre à l'organe dont elles font partie. Si l'un des membres de cet organe, seul ou avec d'autres, accomplit dans l'exercice de ce pouvoir l'un des actes constitutifs de l'infraction de gestion déloyale, il tombe sous le coup de cette disposition (ATF
105 IV 106
consid. 2/arrêt du Tribunal fédéral
6B_472/2011
du 14 mai 2012, consid. 10.2). Le comportement délictueux consiste à violer ce devoir de gestion ou de sauvegarde (ATF
120 IV 193
consid. 2b). La violation du devoir doit causer un dommage (ATF
120 IV 193
consid. 2b; ATF
109 IV 112
consid. 2a).
4.2.1. Par jugement du 20 avril 2014, le Tribunal de première instance de Dubaï a condamné le prévenu pour détournement de fonds à une peine privative de liberté de trois mois. Ce jugement est définitif et exécutoire dans la mesure où il a été confirmé le 26 juin 2014 par la Cour d'Appel de Dubaï et le 22 septembre 2014 par la Cour de Cassation de Dubaï.
Il sera ainsi retenu que le comportement du prévenu, préalable aux transferts d'argent intervenus sur son compte personnel à Genève, est punissable pénalement en droit des Emirats Arabes Unis.
4.2.2. Tels que décrits dans le jugement du Tribunal pénal de Dubaï, les agissements du prévenu sont susceptibles d'être constitutifs, sous l'angle du droit suisse, de gestion déloyale aggravée. Comme relevé ci-dessus et établi par la procédure, X_ occupait le poste de directeur général de la succursale de Dubaï d'
A_ LTD
. Il avait, au vu de son contrat de travail, la qualité de gérant de la succursale de Dubaï de cette société au sens du droit suisse et de l'art 158 CP.
En percevant des
marketings fees
versées par les distributeurs d'
A_ LTD,
dont
D_ LLC,
sur le compte d'
A_ LLC,
de façon occulte et sans contre-prestation, X_ a causé un dommage à
A_ LTD
tout en agissant dans le but de s'enrichir personnellement. Il a ainsi violé son devoir de gestion qui était de sauvegarder les intérêts de la société pour laquelle il agissait en tant que responsable de la succursale de Dubaï.
En droit suisse, les agissements du prévenu devraient être considérés comme constitutifs de gestion déloyale au sens de l'art. 158 CP. Le principe de la double incrimination est ainsi satisfait sous l'angle de l'infraction préalable.
4.2.3.
Aux yeux du Tribunal, il est établi par le jugement dubaïote que les sommes versées par
D_ LLC
sur le compte B_ SA d'
A_ LLC
à Dubaï ont été détournées par X_ et proviennent d'une infraction.
En ordonnant quatre transferts de, respectivement USD 266'000.- le 8 décembre 2009, USD 257'000.- le 20 décembre 2009, USD 313'000.- le 25 janvier 2010 et USD 245'000.- le 3 février 2010 depuis ce compte d'
A_ LLC
en faveur de son compte personnel n°3_ auprès de la B_ SA à Dubaï, dont il est co-titulaire avec son épouse K_, puis en faisant transférer, le 9 février 2010, sur le compte n°1_, compte joint à son nom et celui de son épouse K_ auprès de la C_ SA à Genève, une somme de USD 1'000'000.- X_ s'est rendu coupable de violation de l'art. 305bis ch. 1 CP dès lors qu'il a commis ainsi des actes propres à entraver l'identification, l'origine et la confiscation de valeurs provenant d'un crime.
Il sera donc reconnu coupable de blanchiment d'argent. L'aggravante du métier ne sera pas retenue dans la mesure où, même s'il s'agit d'un montant important, le prévenu n'a effectué qu'un seul versement d'argent sur son compte bancaire en Suisse.
Le Tribunal relèvera que les allégations de X_ selon lesquelles les sommes versées sur le compte d'
A_ LLC
auprès de la banque B_ SA à Dubaï provenaient de son salaire n'ont pas été établies de même que les allégations du prévenu selon lesquelles
A_ LLC
était utilisée pour fonctionner comme "caisse noire" d'
A_ LTD.
Quant à la question de savoir si
A_ LTD
était au courant de la création d'
A_ LLC,
elle est irrelevante dans le cas d'espèce dans la mesure où cette société et son compte bancaire auprès de B_ SA à Dubaï ont été utilisés par le prévenu à l'insu de la société plaignante pour commettre les agissements objets du jugement dubaïote.
Le Tribunal relèvera encore que le prévenu n'a pas non plus établi que les sommes versées sur le compte d'
A_ LLC
par
D_ LLC
ont fait l'objet d'une contre-prestation de sa part, ni qu'il avait le droit d'en disposer en accord avec la partie plaignante.
5.1.1.
Selon l'art. 47 CP, le juge fixe la peine d'après la culpabilité de l'auteur. Il prend en considération les antécédents et la situation personnelle de ce dernier ainsi que l'effet de la peine sur son avenir (al. 1). La culpabilité est déterminée par la gravité de la lésion ou de la mise en danger du bien juridique concerné, par le caractère répréhensible de l'acte, par les motivations et les buts de l'auteur et par la mesure dans laquelle celui-ci aurait pu éviter la mise en danger ou la lésion, compte tenu de sa situation personnelle et des circonstances extérieures (al. 2).
La culpabilité de l'auteur doit être évaluée en fonction de tous les éléments objectifs pertinents, qui ont trait à l'acte lui-même, à savoir notamment la gravité de la lésion, le caractère répréhensible de l'acte et son mode d'exécution (
objektive Tatkomponente
). Du point de vue subjectif, sont pris en compte l'intensité de la volonté délictuelle ainsi que les motivations et les buts de l'auteur (
subjektive Tatkomponente
). A ces composantes de la culpabilité, il faut ajouter les facteurs liés à l'auteur lui-même (
Täterkomponente
), à savoir les antécédents (judiciaires et non judiciaires), la réputation, la situation personnelle (état de santé, âge, obligations familiales, situation professionnelle, risque de récidive, etc.), la vulnérabilité face à la peine, de même que le comportement après l'acte et au cours de la procédure pénale (ATF
134 IV 17
consid. 2.1 p. 19 ss ;
129 IV 6
consid. 6.1 p. 20 ss ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_660/2013
du 19 novembre 2013 consid. 2.2).
5.1.2.
Selon l'art. 42 CP, le juge suspend en règle générale l'exécution d'une peine pécuniaire, d'un travail d'intérêt général ou d'une peine privative de liberté de six mois au moins et de deux ans au plus lorsqu'une peine ferme ne paraît pas nécessaire pour détourner l'auteur d'autres crimes ou délits (al. 1). Si, durant les cinq ans qui précèdent l'infraction, l'auteur a été condamné à une peine privative de liberté ferme ou avec sursis de six mois au moins ou à une peine pécuniaire de 180 jours-amende au moins, il ne peut y avoir de sursis à l'exécution de la peine qu'en cas de circonstances particulièrement favorables (al. 2). L'octroi du sursis peut également être refusé lorsque l'auteur a omis de réparer le dommage comme on pouvait raisonnablement l'attendre de lui (al. 3). Le juge peut prononcer, en plus du sursis, une peine pécuniaire sans sursis ou une amende selon l'art. 106 (al. 4).
Sur le plan subjectif, le juge doit poser, pour l'octroi du sursis, un pronostic quant au comportement futur de l'auteur. La question de savoir si le sursis serait de nature à détourner l'accusé de commettre de nouvelles infractions doit être tranchée sur la base d'une appréciation d'ensemble, tenant compte des circonstances de l'infraction, des antécédents de l'auteur, de sa réputation et de sa situation personnelle au moment du jugement, notamment de l'état d'esprit qu'il manifeste. Le pronostic doit être posé sur la base de tous les éléments propres à éclairer l'ensemble du caractère de l'accusé et ses chances d'amendement. Il n'est pas admissible d'accorder un poids particulier à certains critères et d'en négliger d'autres qui sont pertinents. Le juge doit par ailleurs motiver sa décision de manière suffisante (cf. art. 50 CP); sa motivation doit permettre de vérifier s'il a été tenu compte de tous les éléments pertinents et comment ils ont été appréciés (cf. ATF
134 IV 53
, consid. 3.3.1 non publié; ATF
128 IV 193
consid. 3a;
118 IV 97
consid. 2b).
Pour l'octroi du sursis, il suffit qu'il n'y ait pas de pronostic défavorable. Le sursis est la règle dont on ne peut s'écarter qu'en présence d'un pronostic défavorable. Il prime en cas d'incertitude (cf. ATF
134 IV 53
, consid. 3.3.2 non publié).
5.1.3.
Aux termes de l'art. 49 al. 1 CP, si en raison d'un ou plusieurs actes, l'auteur réunit les conditions de plusieurs peines de même genre, le juge le condamne à la peine de l'infraction la plus grave et l'augmente dans une juste proportion. Il ne peut toutefois excéder de plus de la moitié le maximum de la peine prévue par cette infraction. Il est en outre lié par le maximum légal de chaque genre de peine.
5.2.
En l'espèce, la faute du prévenu est importante au vu du montant que recouvre l'infraction et l'organisation mise en place à cet effet, puisqu'il a utilisé une société qu'il avait lui-même constituée, dont la raison sociale était semblable et dont l'adresse et le numéro de téléphone et de fax étaient identiques à ceux de la partie plaignante, dans le but de créer l'illusion qu'il s'agissait de la même entité et amener les distributeurs d'A_ LTD à verser à cette entité les
marketing fees
qui auraient normalement dû revenir à la partie plaignante, puis s'enrichir personnellement par des montants d'origine criminelle en transférant sur ses comptes personnels les montants ainsi encaissés.
La période pénale a été courte, un seul mouvement étant intervenu s'agissant de l'infraction de blanchiment d'argent. Au vu des mesures prises, sa volonté délictuelle a été prononcée. Le prévenu a agi dans le but exclusif de favoriser son enrichissement personnel. Sa situation personnelle, extrêmement favorable tant par sa formation que son statut et son expérience professionnels aggrave sa faute et ne peut aucunement expliquer ses actes, sinon par l'appât du gain. La collaboration du prévenu a été mauvaise, dans la mesure où il a, tout au long de la procédure, persisté à nier les faits.
Il ne s'est pas présenté devant ses juges. Sa prise de conscience est ainsi largement inachevée, ce dont le Tribunal tiendra compte. Le prévenu sera condamné à une peine pécuniaire assortie du sursis complet dont il réunit les conditions et dont la durée sera fixée à cinq ans.
6.1.1.
À teneur de l'article 126 CPP, le tribunal statue également sur les conclusions civiles présentées lorsqu'il rend un verdict de culpabilité à l'encontre du prévenu (al. 1 let. a) ; lorsqu'il acquitte le prévenu et que l'état de fait est suffisamment établi (al. 1 let. b). Il renvoie la partie plaignante à agir par la voie civile lorsque la procédure pénale est classée (al. 2 let. a) ; lorsque la partie plaignante n'a pas chiffré ses conclusions de manière suffisamment précise ou ne les a pas suffisamment motivées (al. 2 let. b).
Ces conclusions ayant pour objet des prétentions de droit privé, les principes fondamentaux qui gouvernent toute procédure civile sont applicables. Ainsi, le lésé supporte le fardeau de l'allégation des faits et de l'administration des preuves et il doit chiffrer ses prétentions, exigences qui se retrouvent aux art. 123 al. 1 CPP.
6.1.2.
On entend par partie plaignante le lésé qui déclare expressément vouloir participer à la procédure pénale comme demandeur au pénal ou au civil (art. 118 al. 1 CPP). On entend par lésé toute personne dont les droits ont été touchés directement par une infraction (art. 115 al. 1er CPP).
En ce qui concerne le blanchiment d'argent réprimé par l'art. 305bis CP, la jurisprudence a confirmé que cette disposition protégeait l'administration de la justice, mais également les intérêts patrimoniaux de ceux qui sont lésés par le crime préalable, lorsque les valeurs patrimoniales proviennent d'actes délictueux contre des intérêts individuels (ATF
133 II 323
consid. 51;
129 IV 322
consid. 2.2.4).
6.1.3.
Chacun est tenu de réparer le dommage qu'il cause à autrui d'une manière illicite, soit intentionnellement, soit par négligence ou imprudence (art. 41 al. 1 CO).
La responsabilité délictuelle instituée par l'art. 41 CO requiert que soient réalisées cumulativement quatre conditions, soit un acte illicite, une faute de l'auteur, un dommage et un rapport de causalité naturelle et adéquate entre l'acte fautif et le dommage (ATF
132 III 122
consid. 4.1).
Quoique régi par les art. 122 et suivants CPP, le procès civil dans le procès pénal demeure soumis à la maxime des débats et à la maxime de disposition (JEANNERET/KUHN,
Précis de procédure pénale
, 2013, p. 406 n° 16077; DOLGE, in
Basler Kommentar, Schweizerische Strafprozessordnung
, 2014, n° 23 ad art. 122 CPP). Ainsi, l'art. 8 CC est applicable au lésé qui fait valoir des conclusions civiles déduites de l'infraction par adhésion à la procédure pénale (DOLGE,
op. cit.
, n° 25 ad art. 122 CPP; JEANDIN/MATZ in
Commentaire romand
, Code de procédure pénale, 2011, n° 2 ad art. 123 CPP). Cette disposition prévoit que chaque plaideur doit, si la loi ne prescrit le contraire, prouver les faits qu'il allègue pour en déduire son droit (sur le tout: arrêt du Tribunal fédéral
6B_819/2013
du 27 mars 2014 consid. 5.1.)
6.1.4.
En vertu de l'art. 433 al. 1 let. a CPP, si elle obtient gain de cause, la partie plaignante peut demander au prévenu une juste indemnité pour les dépenses obligatoires occasionnées par la procédure, mais il lui appartient de les chiffrer et de les justifier (al. 2).
6.2.
En l'espèce, les conclusions civiles déposées par la partie plaignante sont chiffrées et justifiées tant dans leur principe que dans leur quotité. Elles lui seront dès lors accordées.
En effet, en amenant
D_ LLC
à verser des marketing fees, sans aucune contre-prestation, sur le compte d'
A_ LLC
en lieu et place du compte
d'
A_ LTD,
le prévenu a causé un dommage à la partie plaignante, sous la forme d'un gain manqué, d'un montant équivalent à celui des versements reçus par la LLC à ce titre. S'agissant des conclusions d'
A_ LTD
en indemnisation pour ses frais d'avocats, elles seront également allouées dès lors qu'elles paraissent raisonnables et justifiées.
7.1.1.
L'art. 70 al. 1 CP autorise le juge à confisquer des valeurs patrimoniales qui sont le résultat d'une infraction, si elles ne doivent pas être restituées au lésé en rétablissement de ses droits. Inspirée de l'adage selon lequel « le crime ne paie pas », cette mesure a pour but d'éviter qu'une personne puisse tirer avantage d'une infraction (ATF
132 II 178
c. 4.1 p. 178 ; ATF
129 IV 322
c. 2.2.4 p. 327 ; ATF
117 IV 107
c. 2a p. 110). La confiscation ne constitue pas une sanction
in personam
, mais une mesure réelle (
in rem
), dont le but premier consiste à éviter le maintien d'un avantage consécutif à un acte pénalement punissable (M. HIRSIG-VOUILLOZ, Le nouveau droit suisse de la confiscation pénale et de la créance compensatrice, art. 69 à 73 CP, PJA 2007 1376, p. 1388 et 1391).
Dès lors qu'il s'agit d'une mesure qui porte gravement atteinte à la propriété, elle doit respecter le principe de la proportionnalité (ATF
125 IV 185
c. 2a p. 187 ; ATF
116 IV 117
c. 2a p. 121). Pour qu'elle puisse être ordonnée, il faut qu'une infraction ait été commise, que tous les éléments constitutifs objectifs et subjectifs de cette infraction soient établis et que les fonds visés par la confiscation soient le résultat de la commission de cette infraction (ATF
129 IV 81
c. 4.1 p. 93 ; arrêts du Tribunal fédéral
6S.79/2006
du 24 mai 2006 c. 3 et
6S.357/2002
du 18 décembre 2002 c. 4.2). L'infraction doit ainsi être la cause essentielle et adéquate de l'obtention des valeurs patrimoniales et celles-ci doivent typiquement provenir de l'infraction en question (ATF
129 II 453
c. 4.1 p. 461). Il en est ainsi lorsque l'obtention des valeurs patrimoniales est un élément objectif ou subjectif de l'infraction ou lorsqu'elle constitue un avantage direct découlant de la commission de l'infraction (ATF
129 II 453
c. 4.1 p. 461 ; ATF
126 I 97
c. 3c/bb p. 105 ; SJ 1999 p. 417 c. 2a p. 419).
Le droit d'ordonner la confiscation de valeurs se prescrit par sept ans, à moins que la poursuite de l'infraction en cause ne soit soumise à une prescription d'une durée plus longue ; celle-ci est alors applicable (art. 70 al. 3 CP).
7.1.2.
Selon l'art. 71 CP, lorsque les valeurs à confisquer ne sont plus disponibles, le juge ordonne leur remplacement par une créance compensatrice de l'Etat d'un montant équivalent.
Le but de la créance compensatrice est d'éviter que celui qui a disposé des objets ou valeurs à confisquer soit privilégié par rapport à celui qui les a conservés (ATF
124 I 6
c. 4b/bb p. 8s ; ATF
123 IV 70
c. 3 p. 74 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_326/2011
du 14 février 2012 c. 2.1).
L'autorité d'exécution peut placer sous séquestre, en vue de l'exécution d'une créance compensatrice, des éléments du patrimoine de la personne concernée. Le séquestre ne crée pas de droit de préférence en faveur de l'Etat lors de l'exécution forcée de la créance compensatrice (art. 71 al. 3 CP).
De par son caractère subsidiaire, la créance compensatrice ne peut être ordonnée que si une confiscation avait été prononcée, dans l'hypothèse où les valeurs patrimoniales étaient encore disponibles.
La créance compensatrice est ainsi soumise aux mêmes conditions que la confiscation. Cela implique notamment que l'action en confiscation ne soit pas prescrite (ATF
129 IV 305
c. 6.2.1 p. 313).
La notion de créance compensatrice est plus large que celle d'enrichissement illégitime (ATF
119 IV 17
c. 2c p. 22 ; ATF
100 IV 104
c. 1 p. 105). La créance compensatrice est une dette d'argent. L'avantage doit avoir une valeur économique et revêtir la forme d'une augmentation de l'actif, d'une diminution du passif, d'une non-augmentation du passif ou d'une non-diminution de l'actif (ATF
119 IV 17
c. 2c p. 22). Pour fixer le montant de la créance compensatrice, il faut prendre en considération la totalité de l'avantage économique obtenu au moment de l'infraction (ATF
104 IV 2
c. 2 p. 5, 6). En règle générale, le montant de la créance compensatrice doit être arrêté selon le principe des recettes brutes. Il n'y a pas lieu de rechercher le bénéfice net, mais le chiffre d'affaires brut ou le prix de vente, sans déduction du prix d'achat ou des frais de production (ATF
124 I 6
c. 4b/bb p. 8s ; ATF
119 IV 17
c. 2a p. 20 ; arrêt du Tribunal fédéral
6P.138/2006
du 22 septembre 2006 c. 5). La règle des recettes brutes n'est cependant pas absolue (arrêt du Tribunal fédéral
6P.138/2006
du 22 septembre 2006 c. 5).
7.1.3.
Enfin, l'art. 73 CP prévoit que si un crime ou un délit a causé à une personne un dommage qui n'est couvert par aucune assurance et s'il y a lieu de craindre que l'auteur ne réparera pas le dommage ou le tort moral, le juge alloue au lésé, à sa demande, jusqu'à concurrence des dommages-intérêts ou de la réparation morale fixés par jugement ou par une transaction, les objets ou les valeurs patrimoniales confisqués ou le produit de leur réalisation, sous déduction des frais et les créances compensatrices (al. 1 let. b et c), pour autant que le lésé cède à l'Etat une part correspondante de sa créance (al. 2). Lorsque les conditions d'une allocation au lésé sont réunies, le juge est tenu de l'ordonner (ATF
123 IV 145
, c. 4d).
L'allocation au lésé est une règle de droit matériel fédéral conférant au lésé une prétention de droit public contre l'Etat dans le cadre de la procédure pénale (ATF
118 Ib 263
, c. 3.) La confiscation de valeurs patrimoniales provenant d'une infraction et leur allocation au lésé l'emportent sur les prétentions civiles de tiers, quand bien même ces dernières auraient été obtenues, avant l'intervention du juge pénal et que les valeurs concernées fassent l'objet d'un séquestre sur la base de l'art. 271 LP (SJ 1999 I p. 417ss).
7.2.
En l'espèce, vu le mélange des valeurs patrimoniales, pour éviter que le prévenu ne retire un avantage illicite de l'infraction qu'il a commise, une créance compensatrice en faveur de l'Etat sera prononcée (art. 71 al. 1 CP). Cette créance compensatrice équivaudra au montant de l'enrichissement illégitime, effectif, du prévenu (HIRSIG-VOUILLOZ,
CR, Code pénal I,
2009, ad art. 71 n°18), soit USD 999'972.50.
Cette créance compensatrice sera allouée à la partie plaignante, laquelle en a fait la demande et a cédé à l'Etat la part correspondant à sa créance.
Le séquestre du compte n°1_ au nom de X_ et K_ auprès de la C_ SA sera maintenu en garantie du paiement de ladite créance compensatrice (art. 71 al. 3 CP).
8.1.
Selon l'art. 267 al. 1 et 3 CPP, si le motif du séquestre disparaît, le ministère public ou le tribunal lève la mesure et restitue les objets et valeurs patrimoniales à l'ayant droit. La restitution à l'ayant droit des objets et des valeurs patrimoniales séquestrés qui n'ont pas été libérés auparavant, leur utilisation pour couvrir les frais ou leur confiscation sont statuées dans la décision finale.
Selon l'art. 268 al. 1 let. a CPP, le patrimoine d'un prévenu peut être séquestré dans la mesure qui paraît nécessaire pour couvrir les frais de procédure et les indemnités à verser.
8.2.
Vu ce qui précède, le séquestre du compte n°1_ au nom de X_ et K_ auprès de la C_ SA sera maintenu en garantie du paiement des frais de la procédure.
9.
Vu la condamnation prononcée, le prévenu sera débouté de ses conclusions en indemnisation.
10. Conformément à l'art 426 al. 1 CPP, le prévenu sera condamné au paiement des frais de la procédure, y compris un émolument de jugement de CHF 1'000.-.
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