Decision ID: 13490b25-e8ba-5850-9645-1e13b2087d46
Year: 2012
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
a.
Par requête déposée le 24 janvier 2012 au greffe du Tribunal de première instance, l'ETAT DE GENEVE, SERVICE CANTONAL D'AVANCE ET DE RECOUVREMENT DES PENSIONS ALIMENTAIRES (ci-après : SCARPA) a conclu, avec suite de frais, au prononcé de la mainlevée définitive de l'opposition formée par A_ à un commandement de payer le montant de 12'000 fr. avec intérêts à 5% dès le 15 septembre 2011, poursuite no 11 _ N, qui lui avait été notifié le 14 novembre 2011 à son domicile privé.
Par lettre déposée le 14 mars 2012 au greffe du Tribunal, Me C_, avocate à Genève, a informé celui-ci qu'elle se constituait pour la défense des intérêts de A_, avec élection de domicile en son étude, ce que le SCARPA savait selon elle lors du dépôt de sa requête de mainlevée; son mandant lui avait remis récemment la citation à comparaître à l'audience du 16 mars 2012; au regard de la complexité du dossier, elle requérait de pouvoir répondre par écrit «en lieu et place de l'audience» et, sauf avis contraire de la part du Tribunal, partait du principe que l'audience agendée était annulée et qu'un délai pour répondre lui serait fixé.
Aucun élément de la procédure ne permet d'établir si une réponse a été adressée à l'avocat précité.
b.
Lors de l'audience du 16 mars 2012, à laquelle le SCARPA ne s'est pas fait représenter, un avocat-stagiaire s'est présenté, indiquant excuser Me C_. Il a produit un chargé de pièces, mais pas de procuration, et a demandé à plaider, puis à fournir la procuration idoine dans la journée, ce que le juge lui a refusé.
c.
Par jugement du 22 mars 2012, communiqué aux parties le 29 mars 2012 et notifié à A_ à son domicile privé, le Tribunal, constatant que la pièce produite par la partie requérante valait titre de mainlevée définitive et que les pièces produites par le conseil du cité non muni d'une procuration n'apportaient aucun élément nouveau, a prononcé la mainlevée définitive de l'opposition au commandement de payer et arrêté les frais judiciaires à 400 fr. à la charge de A_.
B. a.
Par acte expédié au greffe de la Cour de justice le 10 avril 2012, A_ a formé recours contre ce jugement, concluant, avec suite de frais et dépens, à son annulation; il n'a pas pris de conclusions au fond. Il a produit, outre une procuration en faveur de son avocate, des pièces déjà déposées en procédure de première instance ou relevant de cette dernière.
Le SCARPA a conclu, avec suite de frais et dépens, au rejet du recours et à la confirmation du jugement entrepris.
b.
A l'invitation de la Cour et en application de l'art. 324 CPC, le premier juge a donné son avis sur le recours, par écrit du 2 août 2012. Il a relevé que s'était présenté à l'audience un avocat, sans procuration, excusant Me C_, auquel il avait été refusé de déposer une procuration dans la journée et de s'exprimer oralement.
Ces observations ont, le 16 août 2012, été transmises aux parties, avec la faculté de se déterminer d'ici au 27 août 2012, faculté qu'elles n'ont pas utilisée.
C.
L'argumentation des parties sera examinée ci-après dans la mesure utile.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions rendues en matière de mainlevée d'opposition sont soumises à la procédure sommaire (art. 251 let. a CPC).
L'appel étant irrecevable dans les affaires de mainlevée relevant de la LP (art. 309 let. b ch. 3 CPC), c'est la voie du recours qui est dès lors ouverte contre une telle décision (art. 319 let. a CPC).
C'est donc bien un recours qui devait être formé contre le jugement du Tribunal.
1.2
A teneur de l'art. 321 al. 1 et 2 CPC, le recours, écrit et motivé, est introduit auprès de l'instance de recours, pour les décisions prises en procédure sommaire, dans le délai de 10 jours à compter de la notification de la décision motivée.
Il découle de l'application par analogie de l'art. 221 al. 1 let. b CPC et du contenu de l'art. 326 al. 1 CPC, ainsi que du devoir de motiver le recours (art. 321 al. 1 CPC) que l'acte de recours doit contenir des conclusions concrètes dont il ressort dans quelle mesure la décision de première instance est attaquée (FREIBURGHAUS/AFHELDT, in SUTTER-SOMM/HASENBÖHLER/-LEUENBERGER, Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung [ZPO], 2010, n. 14 ad art. 321 CPC; HOHL, Procédure civile, tome II, 2010, n. 2504). En cas de recours, la partie recourante devrait également conclure au renvoi de la cause en première instance ou à la réformation de la décision entreprise, même si le renvoi est la règle si la cause n'est pas en l'état d'être jugée (art. 327 al. 3 CPC; HUNGERBÜHLER, in DIKE-Kommentar-ZPO, 2011, n. 19 ad art. 321 CPC; FREIBURGHAUS/AFHELDT, op. cit., n. 14 ad art. 321 CPC).
En l'occurrence, on peut s'interroger sur la question de savoir si la seule conclusion en annulation du jugement attaqué suffit, voire si l'acte du recourant contient des conclusions implicites (cf. HOHL, op. cit., n. 2258, 2377 et 2504; POUDRET, Commentaire de la loi fédérale d'organisation judiciaire, 1990, n. 2.2.2 ad art. 63 aOJ; ATF
109 II 120
= JdT
1984 I 41
). Au regard des griefs de violations graves de règles de procédure et du droit d'être entendu, il apparaît clair que le recourant sollicite le renvoi de la cause au premier juge, pour qu'il statue à nouveau dans le sens du rejet de la requête formée par l'intimé. L'existence de conclusions au fond étant admise, le recours est recevable sur ce point.
Déposé pour le reste dans le délai et selon la forme prescrits par la loi, le recours est formellement recevable.
1.3
La voie du recours n'habilite en principe pas l'instance supérieure à trancher le litige proprement dit. Le procès ne se continue pas devant elle et son rôle se confine à examiner le jugement lui-même : ainsi, l'instance de recours revoit la cause avec un pouvoir de cognition limité au droit et à la constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC), et le recours ne suspend pas la force de chose jugée, ni, en principe, le caractère exécutoire du jugement querellé (art. 325 CPC; JEANDIN, in Code de procédure civile commenté, 2011, n. 6 ad Intro. art. 308-334 CPC). Les conclusions, les allégations de faits et les preuves nouvelles sont irrecevables (art. 326 al. 1 CPC). Partant, pour examiner si la loi a été violée, la Cour doit se placer dans la situation où se trouvait le premier juge lorsque celui-ci a rendu la décision attaquée.
2. 2.1
Aux termes de l'art. 68 CPC, toute personne capable d'ester en justice peut se faire représenter au procès (al. 1); sont autorisés à représenter les parties à titre professionnel, dans toutes les procédures, les avocats autorisés à pratiquer la représentation en justice devant les tribunaux suisses en vertu de la loi fédérale du 23 juin 2000 sur la libre circulation des avocats (al. 2 let. a); le représentant doit justifier de ses pouvoirs par une procuration (al. 3).
En vertu de l'art. 132 al. 1 CPC, le tribunal fixe un délai pour la rectification des vices de forme telle l'absence de signature ou de procuration; à défaut, l'acte n'est pas pris en considération.
Cette dernière règle, qui correspond pour l'essentiel à celle de l'art. 42 al. 5 LTF, a pour toile de fond les principes de l'interdiction du formalisme excessif (art. 29 al. 1 Cst.) et du droit d'être entendu (art. 29 al. 2 Cst.; BOHNET, in Code de procédure civile commenté, 2011, n. 6 ad art. 13 CPC), de même que le principe de la bonne foi (art. 5 al. 3 et 9 Cst.). Ce dernier principe, de même que celui de l'interdiction du formalisme excessif commandent à l'autorité d'éviter de sanctionner par l'irrecevabilité les vices de procédure aisément reconnaissables qui auraient pu être redressés à temps, lorsqu'elle pouvait s'en rendre compte assez tôt et les signaler utilement au plaideur (ATF
125 I 166
consid. 3a; BOHNET, op. cit., n. 7 ad art. 132 CPC).
2.2
En l'espèce, en l'absence notamment d'un abus de droit de la part du recourant, il n'y avait aucun motif de ne pas appliquer l'art. 132 al. 1 CPC, qui faisait obligation au Tribunal d'impartir un délai au recourant pour produire la procuration manquante (arrêt du Tribunal fédéral
1B_194/2012
du 3 août 2012 consid. 2.1). Le premier juge devait requérir la production de la procuration à réception de la lettre du recourant du 14 mars 2012. Il ne pouvait pas, comme il l'a fait, tenir une audience et a fortiori rendre une décision avant d'avoir donné au recourant l'occasion de réparer ce vice de forme. Il a dès lors violé le droit de celui-ci de s'exprimer sur les éléments pertinents avant qu'une décision touchant sa situation juridique ne soit prise (cf. ATF
138 III 252
consid. 2.2).
Une réparation du vice n'entre pas en considération, l'autorité de céans ne disposant pas ici du même pouvoir d'examen que l'autorité précédente (ATF
133 I 201
consid. 2.2 a contrario). Partant, le jugement querellé ne pourra qu'être annulé dans son entier et la cause renvoyée au Tribunal afin qu'il statue conformément aux règles de procédure sus-rappelées, puis rende une nouvelle décision.
3.
Les frais judiciaires seront arrêtés à 600 fr. (art. 48 et 61 al. 1 OELP), et les dépens en faveur du recourant à 600 fr., TTC et débours compris (tiers de 2'700 fr., puis deux tiers du résultat; art. 95 al. 1 let. b, 104 al. 1, 105 al. 2 et 106 al. 1 CPC; art. 20 et 21 LaCC; art. 84, 85, 89 et 90 du règlement du 22 décembre 2010 fixant le tarif des frais en matière civile - RTFMC -
E 1 05.10
).
La répartition de ces frais sera déléguée au premier juge (art. 104 al. 4 CPC).
* * * * *