Decision ID: 1448f35c-8582-4153-841f-44d46a599bae
Year: 2021
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

II. Statuant en faits
4. La Cour de céans ne pouvant pas, comme exposé plus haut (cf. supra, consid. 1.1),
résoudre les questions litigieuses visées par l’arrêt de renvoi, en se fondant sur un état
de fait modifié, il est renvoyé aux faits retenus dans les jugements antérieurs,
singulièrement en ce qui concerne les agissements reprochés. Il convient uniquement
- 11 -
d’actualiser la situation personnelle de Z _ (cf. ATF 113 IV 47 consid. 4a ; arrêt
6B_1033/2018 et 6B_1040/2018 du 27 décembre 2018 consid. 2.4).
5.
5.1 Né le xxx, cadet d’une famille de sept enfants, Z _ a suivi sa scolarité
obligatoire à A _. Par la suite, il a fréquenté l’école industrielle, puis l’école
d’agriculture avant d’obtenir une maturité classique au collège de AA _. Il a
suivi plus tard des cours à l’Université de BB _ en section histoire de l’art et a
parallèlement obtenu un diplôme d’œnologue. En 1969, il a repris l’exploitation du
domaine vinicole familial et le commerce de vin sis à CC _ jusqu’au 23 mai
1995, date du prononcé de sa faillite. Le 1er janvier 1993, il a été engagé en qualité de
directeur par B _ SA. En février 2004, la société a mis fin aux rapports de
travail.
5.2 Le 29 octobre 2004, Z _ a épousé DD _, ressortissante
EE _. De cette union est issu FF _, le xxx. Les enfants de son
premier et deuxième lit sont aujourd’hui tous majeurs et indépendants financièrement.
5.3 Z _ est retraité et n’exerce pas d’activité lucrative. Ses revenus annuels
sont constitués d’une rente AVS de 28'440 fr. et d’une rente LPP de 35'255 francs. Ce
jour, il a déclaré faire toujours l'objet d'une saisie de salaire mensuelle par l'Office des
poursuites du district de A _ dont le montant, de 669 fr. 65 en 2016, a été
légèrement adapté pour tenir compte du changement de prime d'assurance-maladie.
Selon l’attestation dressée par ce même office, le total des poursuites à son encontre
ascendait, en 2016, à 4'346'859 fr. 15. D'après le procès-verbal de taxation 2019, sa
fortune se compose d'immeubles (prés et forêts sur la commune de GG _)
pour une valeur de quelque 4000 fr. ainsi que de la valeur de rachat d'une police
d'assurance (pilier 3b) pour un montant de 286'744 francs. Ses charges comprennent
un loyer de 1600 fr., acomptes sur les frais accessoires non compris.
Z _ avait déclaré, lors des débats du 17 novembre 2016, souffrir d'un handicap
assez grave depuis un an, soit d'hernies discales. Il a choisi de ne pas subir d'opération
et a expliqué pouvoir "marcher à plat" même s'il est limité dans certains mouvements.
Ce jour, il a confirmé n'avoir pas subi d'intervention chirurgicale et se soigner seulement
avec des médicaments. Il a ajouté avoir souffert du Covid-19 à fin janvier 2021 en même
temps que son épouse et son fils FF _ avec des symptômes très marqués.
Actuellement, il se sent toujours fatigué, ce qui le conduit à notamment emprunter
l'ascenseur plutôt que les escaliers pour rejoindre son appartement.
- 12 -
5.4 Le 30 juin 1995, le Tribunal cantonal a condamné Z _ pour faux dans les
titres à 6 mois d’emprisonnement avec sursis. Par jugement du 10 décembre 2003, il a
ensuite été sanctionné d’une peine de 7 mois d’emprisonnement avec sursis pour
diminution effective de l’actif au préjudice des créanciers et faux dans les titres.

III. Considérant en droit
6. Le Tribunal fédéral a définitivement admis que Z _ s’est rendu coupable de
gestion déloyale aggravée (art. 158 ch. 1 al. 1 et 3 CP) au préjudice de B _ SA
et de banqueroute frauduleuse (art. 163 ch. 1 CP) en lien avec les différents
comportements incriminés dans les jugements des 24 février 2014 et 17 novembre 2016.
Il a par ailleurs considéré que les infractions n’étaient pas prescrites (cf. arrêts
6B_310/2014 du 23.11.2015 consid. 3 et 4 ainsi que 6B_122/2017, 6B_134/2017 du
8.01.2019 consid. 17.2). Enfin, Z _ n’a pas remis en cause sa condamnation,
par le tribunal d’arrondissement (cf. jugement du 31 juillet 2012, consid. 44, p. 87 ss),
pour faux dans les titres (art. 251 ch. 1 CP).
6.1 Le 1er janvier 2018 est entrée en vigueur la novelle du 19 juin 2015 portant réforme
du droit des sanctions (RO 2016 p. 1249 ss). Les actes reprochés à Z _ étant
antérieurs à cette date, se pose dès lors la question du droit applicable, étant précisé
que, dans le jugement du 17 novembre 2016 (cf. consid. 13.1), la Cour de céans avait
considéré que les nouvelles dispositions de la partie générale du code pénal, entrées en
vigueur le 1er janvier 2007, constituaient une lex mitior par rapport au régime antérieur à
cette date, ce que le prévenu n’a pas contesté devant le Tribunal fédéral (arrêt
6B_122/2017, 6B_134/2017 consid. 11.1).
6.1.1 Aux termes de l'article 2 CP, est jugé d'après le présent code quiconque commet
un crime ou un délit après l'entrée en vigueur de ce code (al. 1). Le présent code est
aussi applicable aux crimes et aux délits commis avant la date de son entrée en vigueur
si l'auteur n'est mis en jugement qu'après cette date et si le présent code lui est plus
favorable que la loi en vigueur au moment de l'infraction (al. 2). Pour déterminer quel est
le droit le plus favorable, le juge ne doit pas simplement comparer les peines prévues
par la loi ancienne et la nouvelle pour l'acte dont il s'agit (méthode abstraite).
Conformément à la méthode concrète, il doit examiner l'ancien et le nouveau droit dans
leur ensemble et comparer les résultats auxquels ils conduisent dans le cas particulier.
- 13 -
Le nouveau droit doit être appliqué s'il amène effectivement à un résultat plus favorable
au condamné. L'ancien et le nouveau droit ne peuvent être combinés. Ainsi, on ne
saurait, en raison d'un seul et même état de fait, appliquer l'ancien droit pour déterminer
quelle infraction a été commise et le nouveau droit pour décider si et comment l'auteur
doit être puni. Si l'un et l'autre droit conduisent au même résultat, c'est l'ancien droit qui
est applicable (ATF 134 IV 82 consid. 6.2; 126 IV 5 consid. 2c et la réf.).
Le nouveau droit des sanctions introduit notamment, s’agissant de la peine pécuniaire,
un seuil plancher de trois jours-amende (art. 34 al. 1 CP) et un plafond de 180 jours-
amende (contre 360 jours-amende sous l’empire de l’ancien droit ; art. 34 al. 1 aCP), et,
pour la peine privative de liberté, une durée minimale (sauf en cas de conversion) de
trois jours (art. 40 al. 1 CP). Cela étant, le nouveau système des sanctions apparaît
analogue à celui en vigueur au 31 décembre 2017, en ce que la peine pécuniaire reste
la peine principale entre trois et 180 unités pénales (CUENDET/GENTON, La fixation de la
peine et le sursis à l’aune du nouveau droit des sanctions, in RPS 5/2017, p. 326). En
matière de sursis, la novelle du 19 juin 2015 supprime le sursis partiel pour la peine
pécuniaire (art. 43 al. 1 CP) ; s’agissant de la peine privative de liberté, elle ne modifie
pas l’ancien régime, sauf à dire que le sursis s’applique désormais à partir du nouveau
plancher de trois jours (art. 42 al. 1 CP ; CUENDET/GENTON, op. cit., p. 327). Dans le
nouveau droit, la limite inférieure fondant l’exigence d’un pronostic particulièrement
favorable en cas d’antécédents durant les cinq ans qui précèdent l’infraction est, en
revanche, élevée aux peines privatives de liberté (fermes ou avec sursis) de plus de six
mois (art. 42 al. 2 CP), alors que, sous l’ancien droit, cette limite était arrêtée aux peines
privatives de liberté (fermes ou avec sursis) de six mois au moins ou aux peines
pécuniaires de 180 jours-amende au moins (art. 42 al. 2 aCP). Enfin, le juge a désormais
l’obligation de prononcer une peine d’ensemble lorsqu’il révoque un sursis antérieur et
que la peine révoquée et la nouvelle peine sont du même genre (art. 46 al. 1 CP ;
NIGGLI/MAEDER, Der Widerspenstigen Zähmung, oder viel Lärm um nichts ?, in
Jositsch/Schwarzenegger/Wohlers [édit.], Festschrift für Andreas Donatsch, 2017,
p. 158-159).
6.1.2 En l’espèce, compte tenu de la peine qui doit être infligée à Z _ (cf. infra
consid. 6.2.6.3), la novelle du 19 juin 2015, qui prévoit un durcissement général du
dispositif légal, n’apparaît pas plus favorable. Il y a lieu, partant, d’appliquer le droit des
sanctions en vigueur au 31 décembre 2017.
6.2 Selon l’arrêt de renvoi (cf. 6B_122/2017, 6B_134/2017 consid. 11.7.3), il convient
de fixer la peine en tenant compte du temps écoulé depuis les infractions (art. 48 let. e
- 14 -
CP) et de la durée globale de la peine. La Cour de céans n’entend en revanche pas
modifier l’appréciation des autres facteurs - déterminants sous l’angle de l’article 47 CP
- que Z _ n’est pas parvenu à critiquer valablement devant le Tribunal fédéral
(cf. arrêt 6B_122/2017, 6B_134/2017 consid. 11.3 à 11.6). Elle discutera uniquement les
circonstances qui non pas été examinées par ce dernier (situation personnelle, âge et
état de santé, cf. arrêt 6B_122/2017, 6B_134/2017 consid. 11.7.3 in fine).
6.3 Les règles générales régissant la fixation de la peine ont été rappelées notamment
dans les arrêts publiés aux ATF 142 IV 137 consid. 9.1, 141 IV 61 et 136 IV 55 auxquels
on peut se référer. Pour le reste, les principes utiles seront rappelés ci-après.
6.3.1 La situation personnelle de Z _ a été exposée au considérant 4 du
présent jugement. Il convient simplement de s’y référer.
6.3.2 S’agissant des facteurs de fixation de la peine, il s’agit de tenir compte (cf. arrêt
6B_134/2014 consid. 11.3, 11.4 et 11.6 et, pour le détail, jugement du 17.11.2016
consid. 13.3.2), en résumé, des différents concours d’infractions, de la lourde culpabilité
de l’appelant, de ses antécédents, du fait que les infractions se sont échelonnées sur
plusieurs années, sans que deux condamnations antérieures pour des actes analogues
ne le dissuadent de récidiver, du fait que ses actes étaient susceptibles de causer un
dommage considérable - étant précisé qu'il n'est plus admis à démontrer, comme il s'est
tout de même employé à le faire ce jour, que ses créanciers n'ont pas subi de préjudice
-, de son manque total de considération pour autrui, de son absence de scrupules, de la
forte intensité de sa volonté délictueuse, de ses mobiles vils (appât du gain), de sa
collaboration peu méritoire ainsi que d’une absence de remords, ce que la Cour a encore
pu constater aujourd’hui. Il n'a, en effet, pas émis le moindre regret quant à ses
agissements coupables. Lors de l'audience de 2016, il s'était du reste limité à se
retrancher derrière une mauvaise gestion de sa société (cf. R ad 6, doss. P1 15 68, p.
912).
6.3.3 Il a été jugé que l’attitude des médias et de HH _, telle qu’invoquée par
Z _ lors des débats du 17 novembre 2016, ne constitue pas un facteur
atténuant pour la peine (cf. arrêt 1B_122/2017, 6B_134/2017 consid. 15.1).
6.3.4 Z _ estime que sa situation personnelle, son âge et son état de santé
n'ont pas été suffisamment pris en compte.
6.3.4.1 Lors de la fixation de la peine, le juge - respectivement la Cour - doit tenir compte
du fait que certains délinquants sont plus durement touchés par l'exécution d'une peine
- 15 -
privative de liberté. L'âge et le mauvais état de santé du délinquant font partie des
éléments qui peuvent le rendre plus vulnérable face à la peine. La vulnérabilité face à la
peine ne doit toutefois être retenue comme circonstance atténuante que si elle rend la
sanction considérablement plus dure que pour la moyenne des autres condamnés (arrêt
6B_623/2014 du 5 janvier 2015 consid. 3.6.1), par exemple en présence de maladies
graves, de psychoses claustrophobiques ou de surdimutité. Dans certains cas, le grand
âge de l'auteur pourra aussi influer sur la sensibilité à la peine. Il a cependant été jugé
que l'âge de 70 ans n'était pas suffisamment avancé pour être pris en considération
(arrêts 6B_241/2020 du 6 mai 2020 consid. 4.1 et les réf. citées ; 6B_1463/2019 du
20 février 2020 consid. 2.1.1 et les réf. citées ; cf. arrêts 6B_1276/2015 du 29 juin 2016
consid. 2.2.2 concernant la prise en compte de la vulnérabilité d'un condamné âgé de
72 ans et 6B_533/2011 du 10 novembre 2011 consid. 7.1 et 7.4 concernant celle d'un
condamné âgé de 87 ans). L'effet de la peine sur l'avenir du condamné, en tant
qu'élément de prévention spéciale, ne permet que des corrections marginales, la peine
devant toujours rester proportionnée à la faute (arrêts 6B_233/2020 du 5 juin 2020
consid. 3.1 et les réf.).
Quant à la situation familiale de l'auteur, elle ne peut être prise en compte que dans des
conditions exceptionnelles, étant entendu que toute peine privative de liberté entraîne
des répercussions sur la famille (arrêt 6B_751/2009 du 4 décembre 2019 consid. 3.2; cf.
pour des exemples: WIPRÄCHTIGER/KELLER, in Basler Kommentar, Strafrecht I, 4ème éd.,
2019, n. 154 ad art. 47 CP).
6.3.4.2 En l'espèce, la situation personnelle de Z _, singulièrement le fait qu'il
est le père de nombreux enfants dont un relativement jeune, ne commande pas une
atténuation de la peine. A une exception près, ceux-ci sont en effet tous majeurs et
indépendants financièrement, comme il l'a du reste souligné lors de l'audience de ce
jour, de sorte qu'une incarcération n'aura aucune répercussion – sinon évidemment
affective – sur leur condition de vie. Tel est également le cas s'agissant de
FF _, le benjamin. En effet, âgé de presque onze ans, celui-ci ne nécessite
plus l'assistance constante de l'un de ses parents et, en cas d'emprisonnement, il
bénéficiera, de surcroît, de la présence permanente de sa mère, auprès de laquelle il vit.
Quant aux ressources financières nécessaires à son entretien, elles ne s'en trouveront
pas diminuées puisque les rentes AVS et LPP, qui s'ajoutent au revenu de l'activité
salariée perçu par sa mère (cf. procès-verbal de taxation 2019), continueront d'être
servies. Dans ces circonstances, la situation de l'appelant ne diffère pas particulièrement
- 16 -
de celle de nombreux détenus qui ont des enfants mineurs, ce qui exclut une atténuation
de la peine pour ce motif.
Z _ souffre de plusieurs hernies discales selon la pièce déposée lors des
débats du 17 novembre 2016 (cf. PJ n° 6, doss. P1 15 68, vol. IX, p. 891). Cette affection
n’est toutefois pas grave au point de rendre la sanction considérablement plus dure que
pour la moyenne des autres condamnés. Ses conséquences, qui ne se sont
apparemment pas amplifiées depuis 2016, se réduisent en effet à le limiter dans certains
mouvements. Z _ a, par ailleurs, choisi de ne pas se faire opérer (cf. p.-v. du
17.11.2016, rép. 6 et du 15.03.2021, rép. 4) et se soigne par la prise de médicaments,
ce qui démontre que les douleurs ressenties, certes désagréables, sont néanmoins
parfaitement supportables. Dans ces circonstances, son état de santé ne justifie pas une
atténuation de la peine, pas plus qu'il n'est incompatible avec une incarcération, étant
précisé qu'il n'a pas fait valoir d'autres pathologies.
Z _ invoque enfin son âge, actuellement de 78 ans. Il est toutefois retraité et
au bénéfice de différentes rentes. Dans ces circonstances, son avenir ne peut être mis
en péril par une peine ferme. En outre, comme on l’a vu, il n’a pas établi souffrir d’une
maladie grave qui rendrait l’exécution d’une peine ferme plus pénible que pour les autres
condamnés. Lors des débats de ce jour, il a, au contraire, donné l'impression d'un
homme toujours très vif intellectuellement et alerte dans ses mouvements. Dans ces
circonstances, il n'apparaît pas plus vulnérable face à la peine en raison de son âge.
6.3.5 Selon l’arrêt de renvoi du 8 janvier 2019 (cf. consid. 11.7.2), il y a lieu de tenir
compte, à titre de facteur de réduction de peine, de l’écoulement du temps (art. 48 let. e
CP) et de la violation du principe de célérité.
6.3.5.1 Aux termes de l'art. 48 let. e CP, le juge atténue la peine si l'intérêt à punir a
sensiblement diminué en raison du temps écoulé depuis l'infraction et que l'auteur s'est
bien comporté dans l'intervalle.
La disposition en cause ne fixe pas de délai. Selon la jurisprudence, l'atténuation de la
peine en raison du temps écoulé depuis l'infraction procède de la même idée que la
prescription. L'effet guérisseur du temps écoulé, qui rend moindre la nécessité de punir,
doit aussi pouvoir être pris en considération lorsque la prescription n'est pas encore
acquise, si l'infraction est ancienne et si le délinquant s'est bien comporté dans
l'intervalle. Cela suppose qu'un temps relativement long se soit écoulé depuis l'infraction.
Cette condition est en tout cas réalisée lorsque les deux tiers du délai de prescription de
l'action pénale sont écoulés. Le juge peut toutefois réduire ce délai pour tenir compte de
- 17 -
la nature et de la gravité de l'infraction (ATF 140 IV 145 consid. 3.1 ; 132 IV 1 consid.
6.1 et 6.2). Pour déterminer si l'action pénale est proche de la prescription, le juge doit
se référer à la date à laquelle les faits ont été souverainement établis, et non au jugement
de première instance (moment où cesse de courir la prescription selon l'art. 97 al. 3 CP).
Ainsi, lorsque le condamné a fait appel, il faut prendre en considération le moment où le
jugement de seconde instance a été rendu dès lors que ce recours a un effet dévolutif
(cf. art. 398 al. 2 CPP ; ATF 140 IV 145 consid. 3.1 ; cf. arrêts 5B_590/2020 du
1er octobre 2020 consid. 1.1 et 6B_260/2020 du 2 juillet 2020 consid. 2.3.3).
Les articles 5 CPP et 29 al. 1 Cst. féd. garantissent notamment à toute personne le droit
à ce que sa cause soit traitée dans un délai raisonnable. Ces dispositions consacrent le
principe de la célérité et prohibent le retard injustifié à statuer. L’autorité viole cette
garantie lorsqu’elle ne rend pas une décision qui lui incombe de prendre dans le délai
prescrit par la loi ou dans le délai que la nature de l’affaire et les circonstances font
apparaître comme raisonnable (ATF 143 IV 373 consid. 1.3.1 ; 130 I 312 consid. 5.1).
Comme on en peut pas exiger de l’autorité pénale qu’elle s’occupe constamment d’une
seule et unique affaire, il est inévitable qu’une procédure comporte quelques temps
morts. Lorsqu’aucun d’eux n’est d’une durée vraiment choquante, c’est l’appréciation
d’ensemble qui prévaut ; des périodes d’activités intenses peuvent donc compenser le
fait que le dossier a été momentanément de côté en raison d’autres affaires. Le principe
de la célérité peut être violé, même si les autorités pénales n’ont commis aucune faute ;
elles ne sauraient exciper des insuffisances de l’organisation judiciaire (ATF 130 IV 54
consid. 3.3.3). La violation du principe de célérité peut avoir pour conséquence la
diminution de la peine, parfois l’exemption de toute peine ou encore une ordonnance de
classement en tant qu’ultima ratio dans les cas les plus extrêmes (ATF 143 IV 373
consid. 1.4.1 ; 135 IV 12 consid. 3.6 ; arrêt 6B_1031/2016 du 23 mars 2017 consid. 8).
Pour déterminer les conséquences adéquates de la violation du principe de la célérité, il
convient de prendre en considération la gravité de l'atteinte que le retard dans la
procédure a causé au prévenu, la gravité des infractions qui sont reprochées, les intérêts
des lésés, la complexité du cas et à qui le retard de procédure doit être imputé (ATF 117
IV 124 consid. 4e ; arrêts 6B_1463/2019 du 20 février 2020 consid. 2.2 ; 6B_790/2017
du 18 décembre 2017 consid. 2.3.2). L'autorité judiciaire doit mentionner expressément
la violation du principe de célérité dans le dispositif du jugement et, le cas échéant,
indiquer dans quelle mesure elle a tenu compte de cette violation (arrêt 6B_1385/2019
du 27 février 2020 consid. 5.1 et les réf. citées).
- 18 -
Lorsque les conditions de l’article 48 let. e CP et d’une violation du principe de célérité
sont réalisées, il convient de prendre en considération les deux facteurs de réduction de
peine (arrêt 6B_189/2017 du 7 décembre 2017 consid. 5.3.1 ; 6B_14/2007 du 17 avril
2007 consid. 6.1.8).
6.3.5.2 En l’occurrence, sous l’angle de l’article 48 let. e CP, il convient d’emblée de
relever que la gravité des infractions commises (faux dans les titres, gestion déloyale
aggravée et banqueroute frauduleuse), la durée des agissements coupables, qui se sont
échelonnés sur près de dix ans, et l’importance du dommage causé (près de 800'000 fr.
envers la seule partie plaignante B _ SA ; soustraction d’un bien immobilier de
plusieurs millions envers ses créanciers), ne justifient aucunement de prendre en
considération un délai plus court que les deux tiers du délai de prescription.
S’agissant ensuite des faits fondant l’infraction de faux dans les titres, à savoir
l'établissement d'un nouveau carnet de quittances qui n’indiquait pas certaines ventes
de vin, ils ont été souverainement établis au moment du jugement de première instance
du 31 juillet 2012 (cf. jugement du 31 juillet 2012 consid. 12 et 44). A ce moment-là, les
deux tiers du délai de prescription de 15 ans (cf. art. 70 al. 1 let. b aCP) n’étaient pas
atteints s’agissant d’actes perpétrés entre fin 2003 et début 2004 pour ceux qui ont pu
être établis.
Les faits fondant la gestion déloyale aggravée ont, pour leur part, été souverainement
arrêtés au moment du premier jugement cantonal du 24 février 2014. A ce moment-là,
les deux tiers du délai de prescription de l’action pénale de 15 ans (cf. au sujet du point
de départ et de la durée du délai de prescription des agissements fondant cette
infraction, arrêt 6B_310/2014 consid. 4.4 à 4.6) étaient clairement expirés pour les actes
reprochés en lien avec II _ puisqu'à leur égard la prescription a commencé à
courir en mars 2002. Quant aux agissements concernant l'occupation de l'appartement
et l'utilisation des services d'employées de la société, ils étaient tout juste vieux de dix
ans au moment dudit jugement ; le point de départ du délai de prescription ayant en effet
été arrêté au mois de février 2004 en ce qui les concerne.
Enfin, les faits fondant la banqueroute frauduleuse ont été définitivement établis au
moment du deuxième jugement cantonal, soit le 17 novembre 2016, date à laquelle les
deux tiers du délai de prescription de l’action pénale de 15 ans (cf. jugement du
17 novembre 2016 consid. 11.1.3 et arrêt 6B_122/2017, 6B_134/2017 consid. 17.2)
étaient expirés puisque les agissements coupables ont été perpétrés le 28 mars 2003.
- 19 -
Il apparait, en définitive, que la majeure partie des actes reprochés à Z _
étaient vieux d’au moins dix ans au moment de l’établissement des faits les concernant,
de sorte que la condition de l’écoulement du temps est remplie. Celle du bon
comportement l’est également puisque, depuis les derniers agissements en 2004,
l’appelant n'a pas commis de nouvelles infractions. La circonstance atténuante de
l’article 48 let. e CP est ainsi réalisée et commande une atténuation obligatoire de la
peine (cf. infra consid. 6.3.6.3).
6.3.5.3 Comme autre circonstance atténuante, il y a lieu de retenir une violation du
principe de célérité, ceci à deux égards. Premièrement, le dossier a connu une inactivité
de 19 mois entre la décision du Tribunal fédéral du 29 juillet 2010 statuant sur les
demandes de récusation des juges du district de A _ et l’ordonnance de preuve
aux débats du 8 mars 2012. Deuxièmement, la procédure a duré près de dix-huit ans au
total. Ainsi, même si l’ampleur du dossier est plutôt exceptionnelle, les agissements
reprochés multiples et certaines des questions à résoudre complexes, faisant
notamment appel au droit étranger, ces éléments ne justifient pas entièrement une telle
inactivité, respectivement, une telle durée d’ensemble de la procédure. Le retard
injustifié et l’attente qui en ont découlé ne constituent toutefois pas une sanction telle
qu’il faille renoncer à toute peine. En effet, si la procédure a, certes, été très longue et
l’incertitude liée à son issue vraisemblablement déplaisante pour l’appelant, celui-ci n’a
à aucun moment prétendu qu’elles l’affectaient particulièrement. A cela s’ajoute qu’il n’a,
au vu de ses déclarations lors des débats de ce jour, toujours pas pris la mesure de ses
actes, ni de leur caractère délictuel et encore moins de leur importance alors que les
agissements reprochés et les infractions commises sont particulièrement graves.
L’intérêt des parties plaignantes – qui ont subi un préjudice conséquent dont l'appelant
a encore persisté à nier l'existence lors des débats de ce jour – à obtenir réparation
plaide en faveur d’une condamnation. Enfin, on relèvera encore que la longue durée de
l’instruction et, plus généralement, celle de la procédure ont pour cause la complexité du
dossier, tant sous l’angle des multiples états de faits que des questions de droit à
résoudre, et, pour partie, le comportement de l’appelant, qui a en effet tenté de
compliquer l’instruction en se cachant derrière les prétendues malversations de la famille
HH _, accusations qui se sont finalement révélées infondées. Sur le vu de
l’ensemble de ces éléments, la Cour estime que la violation du principe de célérité, qu’il
convient de constater dans le dispositif, doit conduire à une réduction sensible de la
peine (cf. infra consid. 6.3.6.3)
- 20 -
6.3.6 Il reste à fixer la quotité de cette peine. A cet égard, le Ministère public requiert le
prononcé d'une peine privative de liberté de 32 mois, tandis que l'appelant conclut à
l'exemption de toute peine, voire au prononcé d'une peine d'ensemble de 12 mois au
maximum.
6.3.6.1 D'après l'article 49 al. 1 CP, si, en raison d'un ou de plusieurs actes, l'auteur
remplit les conditions de plusieurs peines du même genre, le juge le condamne à la
peine de l'infraction la plus grave et l'augmente dans une juste proportion. En vertu de
cette disposition, le principe de l'aggravation est applicable si l'auteur remplit les
conditions de plusieurs peines de même genre (ATF 137 IV 57 consid. 4.3).
6.3.6.2 Lorsque, parmi plusieurs infractions à juger, l'une au moins a été commise avant
d'autres jugées précédemment (concours rétrospectif partiel), les nouvelles infractions –
soit celles commises après l'entrée en force d'un précédent jugement – doivent faire
l'objet d'une peine indépendante. Ainsi, il convient d'opérer une séparation entre les
infractions commises avant le premier jugement et celles perpétrées postérieurement à
celui-ci. Le juge doit tout d'abord s'attacher aux infractions commises avant ledit
jugement, en examinant si, eu égard au gendre de peine envisagé, une application de
l'article 49 al. 2 CP entre en ligne de compte. Ensuite, il doit considérer les infractions
commises postérieurement au jugement précédent, en fixant pour celles-ci une peine
indépendante, le cas échéant, en faisant application de l'article 49 al. 1 CP. Enfin, le juge
additionne la peine complémentaire ou la peine cumulative retenue pour sanctionner la
ou les infractions commises antérieurement au jugement précédent à celle retenue pour
sanctionner les infractions commises postérieurement à cette décision (ATF 145 IV 1
consid. 1).
6.3.6.3 En l'espèce, pour fixer la peine, il y a lieu de tenir compte des éléments à charge
exposés ci-dessus (cf. en particulier le consid. 6.3.2). Comme déjà mentionné, la
circonstance atténuante de l’écoulement du temps (art. 48 let. e CP) commande une
réduction de peine, tout comme la violation du principe de célérité constatée supra. En
revanche, le concours d'infractions implique une aggravation de la peine (art. 49 CP),
étant précisé que le maximum du cadre légal de la peine est une peine privative de
liberté de 7 ans et demi.
Ensuite, la problématique d'un concours rétrospectif partiel se pose, dès lors que les
infractions retenues ont été commises, certes majoritairement avant le jugement du
10 décembre 2003 – qui a condamné Z _ à une peine de 7 mois
- 21 -
d’emprisonnement pour diminution effective de l’actif au préjudice des créanciers et faux
dans les titres –, mais également après celui-ci.
La plupart des comportements reprochés à Z _ sont antérieurs au
10 décembre 2003. Compte tenu de la lourde culpabilité de l'intéressé et de la gravité
des actes commis, qui, constitutifs de gestion déloyale aggravée et de banqueroute
frauduleuse, se sont échelonnés sur plusieurs années, seule une peine privative liberté
entre en considération pour sanctionner ses agissements. L'article 49 al. 2 CP peut donc
être appliqué puisque le genre de peine envisagé pour réprimer les infractions
antérieures est du même genre que celle prononcée par jugement du 10 décembre
2003. Vu l'ensemble des éléments à charge, il y a lieu de prononcer une peine
complémentaire de 30 mois de privation de liberté, dont à déduire 12 mois en raison de
la circonstance atténuante de l’art. 48 let. e CP et 10 mois supplémentaires en raison de
la violation du principe de célérité. Il en résulte une peine complémentaire de 8 mois. En
définitive, Z _ se voit infliger une peine privative de liberté de 15 mois.
S'agissant des actes commis postérieurement au 10 décembre 2003 par l'appelant, à
savoir de continuer à faire supporter à B _ SA le loyer de l'un de ses
appartements, à faire verser à cette société un salaire à JJ _ et à lui faire
rémunérer deux employés qui s'occupaient en partie de son ménage privé, à s'approprier
le produit de ventes de vin en ne faisant pas apparaître ces transactions dans la
comptabilité de la société et à percevoir jusqu'en février 2004 un salaire excessif, ils sont
constitutifs de gestion déloyale aggravée et de faux dans les titres. Pour ceux-ci, il y a
lieu de fixer une peine indépendante (ATF 145 IV 1 consid. 1.3). A ce titre, entrent en
considération, une peine pécuniaire, au minimum, jusqu’à une peine privative de liberté
de 7 ans et demi au plus. Cela étant, sur le vu de l'ensemble des éléments retenus à
charge, en particulier de la lourde culpabilité de l'appelant, de la gravité et de la durée
des agissements coupables, la Cour considère qu'une peine privative de liberté de
10 mois est nécessaire pour sanctionner les comportements illicites de Z _. La
circonstance atténuante de l’art. 48 let. a CP justifie toutefois de la réduire à 8 mois, étant
précisé que les deux tiers du délai de prescription de 15 ans n'étaient pas atteints lors
de l'établissement des faits fondant l'infraction de faux dans les titres, ce qui justifie une
réduction moindre que pour les actes antérieurs au jugement du 10 décembre 2003.
Quant à la violation du principe de célérité, elle commande une réduction de 5 mois
supplémentaires. Il en résulte une peine privative de liberté distincte de 3 mois.
- 22 -
Au terme de cet examen, Z _ est condamné à une peine privative de liberté
de 18 mois, partiellement complémentaire à celle prononcée par jugement du
10 décembre 2003 et qui tient compte d'une réduction globale de 15 mois pour violation
du principe de célérité. La détention subie avant jugement, du 21 juin 2004 au
20 septembre 2004, est déduite de la peine.
7. Vu la peine privative de liberté de 18 mois prononcée, tant le sursis complet que
partiel entrent en considération.
7.1 Selon l'article 42 CP, dans sa teneur antérieure au 1er janvier 2018, le juge suspend
en règle générale l'exécution d'une peine privative de liberté de six mois au moins et de
deux ans au plus lorsqu'une peine ferme ne paraît pas nécessaire pour détourner
l'auteur d'autres crimes ou délits (al. 2). Si, dans les cinq ans qui précèdent l’infraction,
l’auteur a été condamné à peine privative de liberté ferme ou avec sursis de six mois au
moins ou à une peine pécuniaire de cent quatre-vingts jours-amende au moins, il ne peut
y avoir de sursis à l’exécution de la peine qu’en cas de circonstances particulièrement
favorables. Quant à l'article 43 al. 1 aCP, il prévoit que le juge peut suspendre
partiellement l'exécution d'une peine privative de liberté d'un an au moins et de trois ans
au plus afin de tenir compte de façon appropriée de la faute de l'auteur.
Lorsque la durée de la peine privative de liberté se situe, comme en l'espèce, entre un
et deux ans, permettant donc le choix entre le sursis complet (art. 42 aCP) et le sursis
partiel (art. 43 aCP), l'octroi du sursis au sens de l'article 42 aCP est la règle et le sursis
partiel l'exception. Celui-ci ne doit être prononcé que si, sous l'angle de la prévention
spéciale, l'octroi du sursis pour une partie de la peine ne peut se concevoir que
moyennant exécution de l'autre partie. La situation est comparable à celle où il s'agit
d'évaluer les perspectives d'amendement en cas de révocation du sursis. Lorsqu'il
existe, notamment en raison de condamnations antérieures, de sérieux doutes sur les
perspectives d'amendement de l'auteur, qui ne permettent cependant pas encore, à
l'issue de l'appréciation de l'ensemble des circonstances, de motiver un pronostic
concrètement défavorable, le tribunal peut accorder un sursis partiel au lieu du sursis
total. On évite de la sorte, dans les cas de pronostics très incertains, le dilemme du "tout
ou rien". Un pronostic défavorable, en revanche, exclut tant le sursis partiel que le sursis
total (ATF 134 IV 1 consid. 5.3.1).
- 23 -
Selon la jurisprudence, les conditions subjectives auxquelles l'article 42 aCP soumet
l'octroi du sursis intégral s'appliquent également à l'octroi du sursis partiel (ATF 139 IV
270 consid. 3.3 ; 134 IV 1 consid. 5.3.1). Pour formuler un pronostic sur l'amendement
de l'auteur, le juge doit se livrer à une appréciation d'ensemble, tenant compte des
circonstances de l'infraction, des antécédents de l'auteur, de sa réputation et de sa
situation personnelle au moment du jugement, notamment de l'état d'esprit qu'il
manifeste. Il doit tenir compte de tous les éléments propres à éclairer l'ensemble du
caractère de l'accusé et ses chances d'amendement. Il ne peut accorder un poids
particulier à certains critères et en négliger d'autres qui sont pertinents (ATF 135 IV 180
consid. 2.1 ; 134 IV 1 consid. 4.2.1). Le défaut de prise de conscience de la faute peut
justifier un pronostic défavorable, car seul celui qui se repent de son acte mérite la
confiance que l'on doit pouvoir accorder au condamné bénéficiant du sursis (ATF 82 IV
81 ; arrêt 6B_186/2017 du 5 septembre 2017 consid. 3.1).
Aux termes de l'art. 44 al. 1 aCP, si le juge suspend totalement ou partiellement
l'exécution d'une peine, il impartit au condamné un délai d'épreuve de deux à cinq ans.
Dans le cadre ainsi fixé par la loi, le juge en détermine la durée en fonction des
circonstances du cas, en particulier selon la personnalité et le caractère du condamné,
ainsi que du risque de récidive. Plus celui-ci est important, plus long doit être le délai
d'épreuve et la pression qu'il exerce sur le condamné pour qu'il renonce à commettre de
nouvelles infractions (ATF 95 IV 121 consid. 1 p. 122 ; arrêt 6B_529/2019 du 5 juin 2019
consid. 3.1 et la référence citée).
7.2 En l’espèce, le 30 juin 1995, le Tribunal cantonal a condamné l’appelant pour faux
dans les titres à 6 mois d’emprisonnement avec sursis. Par jugement du 10 décembre
2003, il a ensuite été condamné à une peine d’emprisonnement de 7 mois avec sursis.
Ces deux condamnations antérieures ont été prononcées dans les cinq ans précédant
une partie des infractions considérées. Ce n’est dès lors qu’en cas de circonstances
particulièrement favorables que Z _ peut être mis au bénéfice du sursis (art.
42 al. 2 aCP).
Sur le plan subjectif, il faut retenir que Z _, nonobstant ses condamnations
antérieures portant sur des actes de même nature, a poursuivi dans la voie de la
délinquance. Sa collaboration durant l'enquête n'a, loin s’en faut, pas été méritoire
puisqu’il a nié les faits qui lui étaient reprochés, même lorsque ceux-ci étaient évidents.
Il a également tenté de se cacher derrière les prétendues malversations des membres
de la famille HH _, alors que finalement les accusations qu’il portait à leur
encontre se sont révélées infondées. Alors que la procédure était encore pendante, il a
- 24 -
perçu des produits de la location de la villa sans en informer Y _. L’ensemble
de ces éléments font douter du fait que Z _ ait pris conscience de l’illicéité de
ses actes et soit désormais déterminé à entrer dans le bon chemin. Son attitude lors des
débats d'appel confirment cette appréciation. En effet, à aucun moment il n'a présenté
la moindre excuse, ni manifesté le moindre remord. Il a, au contraire, justifié ses
agissements par une mauvaise gestion de sa société et s'est employé à démontrer,
quand bien même il ne soit plus admis à le faire, que ses créanciers n'ont pas subi de
préjudice. En sa faveur, depuis sa sortie de détention, le 20 septembre 2004, il n’a plus
occupé les autorités répressives. Par ailleurs, âgé de 78 ans et retraité, il s’est
apparemment retiré du monde des affaires, ce qui laisse apparaître un risque de récidive
moins élevé pour le même genre d’infractions. Dans ces circonstances, le pronostic
apparaît très mitigé.
A cela s’ajoute que la faute commise par l’intéressé est grave, que l’activité coupable
qu’il a déployée a perduré sur plusieurs années, qu’elle concerne de nombreux délits de
différentes natures et que le dommage pécuniaire subi par les victimes - dont il continue
à nier l'existence et l'ampleur - est très important. La Cour de céans considère que
l’exécution partielle de la peine prononcée est nécessaire à une prise de conscience par
l’appelant de l’illicéité de ses actes. Pour déterminer les limites minimales et maximales
de la peine à exécuter, c’est la totalité de la peine d’ensemble prononcée qu’il convient
de prendre en compte (cf. arrêt 6B_645/2009 du 14 décembre 2009) ; ces limites
oscillent donc entre 6 mois et 9 mois.
Au vu de l’ensemble de ces considérations et du sursis assortissant la peine de 7 mois
résultant du jugement du 10 décembre 2003 - qui n’est pas révoqué (cf. infra consid. 6.3)
- la peine ferme est arrêtée à 8 mois. La peine suspendue, comprenant notamment la
peine de 7 mois du 10 décembre 2003, est ainsi de 10 mois.
S’agissant du délai d’épreuve, l’âge du condamné et le fait qu’il se soit apparemment
retiré du monde des affaires permettent de conclure à un risque moins élevé de récidive
pour le même genre d’infractions. En revanche, son absence de prise de conscience du
caractère répréhensible de ses actes malgré les années écoulées plaide en sa défaveur.
Dans ces circonstances, la Cour estime qu’un délai d’épreuve de 3 ans apparaît
adéquat. Z _ est rendu attentif que si, durant le délai d’épreuve en question, il
commet un crime ou un délit et qu’il y a dès lors lieu de prévoir qu’il commettra de
nouvelles infractions, le juge pourra révoquer le sursis (art. 44 al. 3 et 46 al. 1 CP).
- 25 -
7.3 Pour les motifs convaincants exposés dans le jugement entrepris au considérant 50
- soit l’écoulement de plus de trois ans depuis l’expiration des délais d’épreuve -, que la
Cour de céans fait siens, les sursis assortissant les peines des 30 juin 1995 et
10 décembre 2003 ne peuvent être révoqués.
8. Il reste à statuer sur le sort des frais et dépens.
8.1 La quotité des frais d’instruction (7691 fr. 75) et de jugement de première instance
(10’000 fr.) n’est pas contestée. Z _ a eu gain de cause en appel sur la
question - définitivement tranchée par jugement du 24 février 2014 - de la créance
compensatoire et, partiellement, de la mesure de la peine et du sursis. En revanche, il a
succombé sur les nombreux autres points contestés. La réparation de la violation du
principe de célérité commande en outre qu’une partie des frais d’instruction et de
première instance soit supportée par l’Etat du Valais (cf. ATF 137 IV 118 consid. 2.2 in
fine ; arrêt 6B_556/2017 du 15 mars 2018 consid. 3.1). Dans ces circonstances, il y a
lieu de modifier la répartition des frais de première instance. Partant, ceux-ci sont
supportés par l’appelant à raison de 40% (soit 7'076 fr. 70) et à raison de 60 % par l’Etat
du Valais (soit 10'615 fr. 05).
Pour le surplus, il n’y a pas lieu de revenir sur la répartition et la quotité des dépens
d’instruction et de première instance fixés par le Tribunal d’arrondissement, qui ont été
définitivement confirmés par jugement 24 février 2014 sans être remis en cause devant
le Tribunal fédéral.
8.2
8.2.1 Aux termes de l'article 428 al. 1 CPP, les frais de la procédure de recours sont mis
à la charge des parties dans la mesure où elles ont obtenu gain de cause ou succombé.
L'article 428 al. 2 CPP régit les cas dans lesquels les frais de la procédure peuvent être
mis à la charge de la partie recourante qui obtient une décision qui lui est plus favorable.
Pour déterminer si une partie succombe ou obtient gain de cause, il faut examiner dans
quelle mesure ses conclusions sont admises en deuxième instance (arrêts 6B_680/2019
du 27 septembre 2019 consid. 2.1; 6B_1240/2018 du 14 mars 2019 consid. 1.2.1 et la
référence citée).
L’émolument d'appel est fixé en fonction de l'ampleur et de la difficulté de la cause, de
la façon de procéder des parties, ainsi que leur situation financière. Il varie entre un
minimum et un maximum, eu égard aux principes de la couverture des frais et de
l'équivalence des prestations (art. 13 al. 1 et 2 LTar). Pour la procédure d'appel devant
le tribunal cantonal, il est compris entre 380 fr. et 6000 francs (art. 22 let. f LTar). Lorsque
- 26 -
des circonstances particulières le justifient, l’autorité peut majorer ces limites jusqu’au
quintuple en matière pénale (art. 13 al. 3 LTar).
En l’espèce, Z _ a succombé dans ses conclusions en acquittement des
infractions de gestion déloyale qualifiée et banqueroute frauduleuse. Il a, en revanche,
obtenu partiellement gain de cause sur la mesure de la peine, mais pas sur la question
du sursis, et reproché à juste titre aux premiers juges de l’avoir condamné au paiement
d’une créance compensatrice. La réparation de la violation du principe de célérité
commande, en outre, qu’une partie des frais d’appel soit supportée par l’Etat du Valais.
Quant à l’appel de B _ SA, il n’a été que très partiellement admis et celui de
X _, qui contestait la dévolution de la villa avec ses meubles à
Y _ et les prétentions civiles de cette dernière, a été entièrement rejeté, dans
la mesure sa recevabilité. Dans ces circonstances, les frais de la procédure d’appel sont
répartis à raison de 60% à la charge de Z _, de 20 % à la charge de l’Etat du
Valais, de 10% à la charge de B _ SA et de 10% à celle de X _.
La très grande complexité du dossier - résultant principalement des questions de droit à
résoudre, dont certaines font appel au droit étranger - et son ampleur plutôt
exceptionnelle (il comporte 9 volumes et 78 annexes et met en cause trois appelants)
doivent être pris en considération. Sur le vu de ces éléments ainsi que des principes de
la couverture des frais et de l’équivalence des prestations, mais également de la situation
financière aujourd’hui apparemment relativement délicate de Z _, les frais de
la procédure d’appel, qui comprennent les débours, l’émolument pour la décision
présidentielle du 2 décembre 2013 ainsi que les ordonnances des 23 février 2016,
5 septembre 2016 et 30 septembre 2020, sont fixés à 7500 francs. Compte tenu de la
clé de répartition retenue ci-dessus, ils sont mis à la charge de Z _ à hauteur
de 4500 fr., de l’Etat du Valais à hauteur de 1500 fr., de la B _ SA à hauteur
de 750 fr. et de X _ à hauteur de 750 francs.
8.2.2 Le sort des dépens, en appel, est réglé par l'article 436 al. 1 CPP. En vertu de cette
disposition, les prétentions en indemnités dans la procédure de recours sont régies par
les articles 429 à 434 CPP. Cela implique, d'une manière générale, que les indemnités
sont allouées ou mises à la charge des parties dans la mesure où celles-ci ont eu gain
de cause ou ont succombé (MIZEL/RÉTORNAZ, Commentaire Romand, 2011, n. 1 ad art.
436 CPP ; WEHRENBERG/BERNHARD, Commentaire bâlois, n. 4 ad art. 436 CPP). La
partie plaignante peut, partant, demander au prévenu une juste indemnité pour les
dépenses obligatoires occasionnées par la procédure dans la mesure où celui-ci est
astreint au paiement des frais conformément à l'article 428 al. 1 CPP (cf. art. 433 al. 1
- 27 -
let. a CPP). Selon l’article 434 al. 2, 2ème phrase, CPP, la procédure concernant
l’indemnisation des dépenses obligatoires de la partie plaignante (art. 433 CPP) est
applicable par analogie à l’indemnisation de tiers dont le tiers séquestré (art. 105 al. 1
let. f en lien avec les art. 263 ss CPP).
L'article 135 al. 1 CPP règle l'indemnisation du défenseur d'office en renvoyant au tarif
des avocats de la Confédération ou du canton du for du procès. Si cette réglementation
prévoit un tarif réduit, celui-ci s'applique sans égard à l'issue du procès (ATF 139 IV 261
consid. 2). Selon l’article 30 al. 1 LTar, le conseil juridique habilité à se faire indemniser
en vertu des dispositions en matière d’assistance judiciaire perçoit, en sus du
remboursement de ses débours justifiés, des honoraires correspondant au septante pour
cent des honoraires prévus aux articles 31 à 40 LTar, mais au moins à une rémunération
équitable telle que définie par la jurisprudence du Tribunal fédéral (cf. ATF 139 IV 261
précité et ATF 137 III 185 consid. 5.1 : minimum de 180 fr./h).
Enfin, dans l’hypothèse où une partie n’est pas représentée par un avocat, elle a droit à
un dédommagement uniquement lorsque la cause est compliquée, que sa valeur
litigieuse est élevée et qu’elle a provoqué un travail plus conséquent que celui qu’un
particulier doit normalement consentir pour s’occuper de ses propres affaires. Ce
principe s’applique également lorsque la partie exerce le métier d’avocat (art. 3 al. 2
LTar ; ATF 125 II 518 ; RVJ 2001 p. 309 consid. 3).
8.2.3 Pour la procédure d’appel devant le Tribunal cantonal, les dépens sont fixés entre
un minimum de 1100 fr. et un maximum de 8800 fr. (art. 36 let. j LTar), d'après la nature
et l'importance de la cause, ses difficultés, l'ampleur du travail, le temps utilement
consacré et la situation financière de la partie (art. 27 al. 1 LTar). Dans les causes qui
ont nécessité un travail particulier, l'autorité peut accorder des honoraires d'un montant
supérieur à celui prévu par le tarif (art. 29 LTar).
8.2.4 Il n’y a pas lieu de revenir sur les dépens dus par Z _ aux parties civiles
B _ SA et KK _.
8.2.5 Pour les motifs – non contestés – exposés dans le jugement du 17 novembre 2016
(cf. consid. 17.2.6), à savoir qu'elle voit son appel, en tant qu'il est recevable,
intégralement rejeté, X _, tiers séquestré, supporte ses frais d’intervention. Elle
ne peut pas non plus prétendre à une indemnité en lien avec les conclusions articulées
ce jour puisque, dans la mesure où elles sont recevables, elles sont intégralement
rejetées.
- 28 -
8.2.6 Pour les motifs – non contestés – exposés dans le jugement du 17 novembre
2016, Z _ versera à Y _ le montant de 7500 fr. à titre d’indemnité
pour les dépenses obligatoires occasionnées par l’ensemble de la procédure.
S'y ajoute une indemnité pour la demande de rectification puisque les conclusions écrites
articulées ce jour ont été accueillies favorablement. L'activité utilement déployée à ce
titre par Me N _ comprend la rédaction d'une brève requête et la participation
à une partie de l'audience de ce jour (soit durant un peu plus d'1h30). Dans ces
circonstances, l'indemnité en faveur de Y _ est arrêtée à 900 fr. et supportée
par le canton du Valais puisque le motif à l'origine de la demande (erreur lors de la
traduction de l'ordonnance italienne de séquestre) est imputable aux autorités de
poursuite pénale (cf. en ce sens ARQUINT, in Basler Kommentar, Strafrecht I, 4ème éd.,
2019, n. 21 ad art. 83 CPP).
8.2.7 La rémunération de Me LL _ pour l’activité déployée jusqu’au prononcé
du jugement du 24 février 2012 a été fixée dans ce dernier, si bien qu’il n’y a pas lieu d’y
revenir.
Par ordonnance du 23 février 2016, Z _ été mis au bénéfice de l’assistance
judiciaire pour la procédure d’appel après renvoi, avec effet dès le 11 décembre 2015,
et Me O _ lui a été désigné en qualité de défenseur d’office (art. 132 al. 1 let.
b CPP) dès cette date. Il n’a pas remis en cause devant le Tribunal fédéral l’honoraire
global pour l’activité déployée depuis le 11 décembre 2015 et jusqu’au prononcé du
17 novembre 2016, arrêté à 9000 fr., TVA et débours compris (cf. consid. 17.2.8), de
sorte que celui-ci doit être purement et simplement confirmé. S’y ajoute l’honoraire pour
l’activité déployée postérieurement à l’arrêt de renvoi 8 janvier 2019, qui a consisté, pour
l’essentiel, à déposer quelques courriers, une requête en complément de preuves ainsi
qu’à préparer et à participer aux débats de ce jour d’une durée de 3 heures 30. Selon le
décompte LTar déposé ce jour, le défenseur d'office de l'appelant a consacré un total de
38 heures 30 à ces activités. Il a ainsi passé un peu plus de 9 heures 30 à préparer et à
rédiger la réquisition en complément de preuves et près de 22 heures à préparer les
débats d'appel. Compte tenu de sa connaissance du dossier, étant rappelé qu'il assiste
Z _ depuis 2014 (date dépôt du recours devant le Tribunal fédéral), et du
caractère limité des questions en suspens (peine et sursis), de telles durées
apparaissent manifestement excessives et sont réduites à, respectivement, 3 heures et
6 heures. Dans ces circonstances, l’honoraire global au plein tarif pour l’activité déployée
depuis le 8 janvier 2019 est en définitive arrêté au montant de 4300 fr. (cf. art. 30 al. 1
et 36 LTar), TVA (art. 27 al. 5 LTar), débours effectifs, par 10 fr. 10, et frais de
- 29 -
déplacement, par 69 fr. 20 (prix du billet de train aller-retour pour le trajet BB _-
A _ en 2ème classe) compris. Ainsi, le canton du Valais versera à
Me O _ le montant de 13'300 fr. (9000 fr. + 4300 fr.) à titre d’indemnisation pour
son activité de défenseur d’office.
Conformément à l’article 135 al. 4 CPP, Z _ est avisé qu’il est tenu de
rembourser au canton du Valais le montant de la juste indemnité versée à
Me O _ et de verser à cet avocat la différence entre cette indemnité et les
honoraires que celui-ci aurait touché comme défenseur privé, dès que sa situation
financière le permettra.