Decision ID: 862a078e-2395-4b3d-8148-b2337c6f8a45
Year: 2010
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. Le 7 avril 2009, le Département de la sécurité et de l'environnement, par sa Cheffe, a adopté le plan d'extraction "Les Frouyes" et a accordé le permis d'exploiter une gravière relativement au secteur précité, sur la commune d'Yvonand. Cette décision a fait l'objet de plusieurs recours auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP), en particulier de l'Association des opposants à la gravière d'Yvonand et 106 consorts. La cause a été enregistrée sous référence AC.2009.0098 (RZ).
B. Dans le cadre de cette procédure, une des parties, soit l'exploitant, a produit le 16 août 2010, un rapport établi le 9 août 2010 par le bureau Aba-Géol, simultanément à ses déterminations sur un rapport d'expertise. Par demande du 20 août 2010, il a toutefois requis du juge instructeur qu'il ne soit pas tenu compte de cette pièce. Par décision incidente du 8 septembre 2010, le juge instructeur a retranché du dossier de la procédure le rapport précité et rejeté la demande de consultation de cette pièce formée par l'association recourante et consorts.
La décision incidente mentionne comme délai et voie de recours ce qui suit:
"La présente décision peut faire l'objet d'un recours incident auprès de la Cour de droit administratif et public au [sic] Tribunal cantonal, dans les dix jours dès sa notification (art. 94 al. 2 LPA-VD). Le recours s'exerce par écrit; il doit être signé et indiquer ses conclusions et motifs; la décision attaquée doit être jointe au recours (art. 79 al. 1 LPA-VD)."
Au vu de la voie de droit indiquée, le conseil des recourants a requis confirmation du juge instructeur par lettre du 22 septembre 2010, dès lors que le texte de l'art. 94 al. 2 LPA-VD semblait exclure la compétence de l'autorité mentionnée, soit la CDAP. Le magistrat instructeur a répondu le 23 septembre 2010 en maintenant l'indication de la voie de droit, étant précisé qu'à supposer que la CDAP, saisie d'un recours incident, devait décliner sa compétence à raison de la matière, elle transmettrait d'office le recours au Tribunal fédéral comme objet de sa compétence.
C. Par acte du 23 septembre 2010, l'association recourante et consorts ont recouru contre la décision incidente du 8 septembre 2010 devant la CDAP, en concluant, sous suite de frais et dépens, à la réforme de la décision attaquée en ce sens que le rapport Aba-Géol du 9 août 2010 soit maintenu au dossier et que cette pièce puisse être consultée par les recourants.
D. Selon avis du 27 septembre 2010, la juge instructrice du recours incident a indiqué que la cour envisageait de statuer uniquement sur la question de la recevabilité du recours et a imparti un délai au juge instructeur au fond pour se déterminer. Ce dernier s'est référé le 28 septembre 2010 à la décision attaquée et s'en est remis à justice en ce qui concernait la recevabilité du recours incident.
E. Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1. La décision incidente contestée indique comme autorité de recours la CDAP, conformément à l'art. 94 al. 2 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36).
a) Dans sa teneur au 1er janvier 2009, date de l'entrée en vigueur de cette loi, l'art. 94 al. 2 LPA-VD était libellée comme suit:
"2. Le magistrat instructeur est compétent pour rendre les décisions d'instruction, celles relatives à l'effet suspensif, aux mesures provisionnelles et à l'assistance judiciaire."
Dans une décision du 11 février 2009, la Cour des assurances sociales du Tribunal cantonal (ci-après "CASSO") a examiné si, en application des dispositions de la LPA-VD, les décisions incidentes prises par le magistrat instructeur pouvaient faire l'objet d'un recours auprès du Tribunal cantonal. Elle a estimé que la LPA-VD ne prévoyait plus de recours à l'une des sections du Tribunal cantonal contre les décisions incidentes du juge instructeur prises dans le cadre de l'instruction d'un recours, contrairement à ce qui était le cas sous l'empire de la loi sur la juridiction et la procédure administratives en vigueur jusqu'au 31 décembre 2008. Dans une séance plénière du 2 juillet, la CDAP s'est ralliée à cette position (cf. RE.2009.0005 du 20 août 2009; RE.2009.0007 du 11 août 2009). La CDAP a en particulier rappelé que les travaux préparatoires de la LPA-VD ne permettaient pas d'interpréter le renvoi de l'art. 99 LPA-VD à l'art. 74 LPA-VD comme une disposition permettant de suppléer à l'absence de la voie du recours incident contre les décisions du magistrat instructeur en matière d'effet suspsensif, de mesures provisionnelles et d'assistance judiciaire (RE.2009.0005 précité et réf.). Cet arrêt a été confirmé par le Tribunal fédéral (ATF 1C_434/2009 du 1er mars 2010) qui a retenu que la cour cantonale pouvait de manière soutenable admettre que la question des décisions sujettes à recours de droit administratif était réglée de manière exhaustive aux art. 92 ss LPA-VD et que l'absence d'une voie de recours expresse au Tribunal cantonal contre les décisions incidentes du juge instructeur de l'une des cours de cette juridiction ne constituait pas une lacune de la réglementation du recours de droit administratif qu'il convenait de combler par une application analogique de l'art. 74 al. 3 LPA-VD fondée sur l'art. 99 LPA-VD.
b) Suite à cette jurisprudence cantonale, la Commission thématique du Grand Conseil a déposé, le 10 septembre 2009, une initiative législative visant à réintroduire la voie du recours incident auprès du Tribunal cantonal pour les décisions sur effet suspensif et de mesures provisionnelles. Par loi du 29 juin 2010 modifiant celle du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative, le Grand Conseil a modifié l'art. 94 al. 2 LPA-VD comme suit:
"2. Le magistrat instructeur est compétent pour rendre les décisions d'instruction, celles relatives à l'effet suspensif, aux mesures provisionnelles et à l'assistance judiciaire. Les décisions sur mesures provisionnelles et celles relatives à l'effet suspensif peuvent faire l'objet d'un recours à la Cour dans un délai de 10 jours dès la notification de la décision."
Cette modification est entrée en vigueur le 1er septembre 2010.
c) En l'espèce, la décision incidente attaquée ne porte pas sur une question d'effet suspensif, ni de mesures provisionnelles. Or, à la lecture du texte clair de l'art. 94 al. 2 LPA-VD dans sa nouvelle teneur, un recours incident auprès de la CDAP n'est ouvert que contre ces types de décision incidente. Il ne ressort pas des travaux préparatoires relatifs à cette modification législative que le législateur ait voulu étendre davantage la voie du recours incident au Tribunal cantonal.
2. Vu ce qui précède, le Tribunal cantonal n'est pas compétent pour statuer sur le recours formé contre la décision incidente du juge instructeur du 8 septembre 2010 relative au retranchement d'une pièce au dossier de la cause. Le recours incident est par conséquent irrecevable, le dossier étant transmis au Tribunal fédéral comme objet de sa compétence. Vu les particularités du cas d'espèce, le présent arrêt est rendu sans frais.