Decision ID: a021e087-8e14-597b-81f0-907fb54c5f96
Year: 2021
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
, que les époux A/B_ sont les parents du mineur C_, né le _ 2011;
Que le 21 août 2019, B_ a formé une requête de mesures protectrices de l'union conjugale;
Que les relations entre les parties sont extrêmement conflictuelles et ont nécessité l'intervention de la police au domicile familial le 15 décembre 2019, suite aux éclats de voix de A_ et aux pleurs de l'enfant;
Qu'il est apparu, dans le cadre de la procédure, que le mineur souffrait du conflit parental, dans lequel il était très impliqué; qu'il avait pris le parti de son père et en voulait à sa mère, qu'il rendait responsable de la séparation; qu'il était pris dans un important conflit de loyauté et dans une grande souffrance;
Que s'agissant de la prise en charge du mineur, une garde partagée a été mise en place;
Qu'une expertise familiale a été ordonnée par le Tribunal, exécutée par le Prof. F_, la Dre G_ et une psychologue, H_;
Que le rapport a été rendu le 15 juin 2021, étant précisé que A_ a refusé de participer à l'expertise;
Que les experts ont relevé que la situation tant de l'enfant que des parents était préoccupante; qu'au fil des dix-huit mois écoulés depuis la séparation, le lien mère-enfant s'était péjoré de manière significative, la conflictualité entre le père et les intervenants thérapeutes et sociaux et les enseignants avait augmenté et l'enfant se trouvait dans l'impossibilité de "vivre son âge et de se développer harmonieusement";
Que les experts ont considéré que la poursuite du système de la garde alternée était inenvisageable; qu'une garde exclusive à la mère serait vécue par l'enfant comme une injustice supplémentaire faite à son père, ce qui renforcerait ses réactions de détresse et son agressivité vis-à-vis de sa mère et le priverait d'une image protectrice et idéalisée; que la garde exclusive au père ne pouvait être envisagée sans une analyse psychologique de celui-ci et eu égard à l'accumulation des témoignages sur la conflictualité qu'il entretenait avec le système éducatif et judiciaire;
Que les experts ont par conséquent recommandé le placement du mineur C_ au sein d'un foyer ou d'un internat éducatif avec visites médiatisées de ses deux parents pour une période de douze mois minimum;
Qu'entendu par le Tribunal, le Prof. F_ a confirmé que le placement de l'enfant était la seule solution trouvée dans la situation en cause, à savoir un père qui refusait l'expertise et communiquait à travers ses psychiatres et une mère qui ne parvenait pas à faire face à l'agressivité brutale de son fils; que ce système devenait aliénant pour l'enfant; que l'expert a reconnu que le placement serait probablement mal vécu par l'enfant au début, mais qu'il n'y avait pas de meilleure solution;
Que par ordonnance rendue sur mesures superprovisionnelles le 10 novembre 2021, le Tribunal a ordonné le retrait aux deux parents de leur droit de déterminer le lieu de résidence et la garde de leurs fils et a ordonné le placement de celui-ci au sein d'un foyer;
Que le placement du mineur au foyer E_ est devenu effectif une semaine plus tard;
Que selon son curateur de représentation dans la procédure, entendu lors de l'audience du 22 novembre 2021 devant le Tribunal, l'enfant était bien intégré et il continuait de se rendre à ses activités extrascolaires;
Considérant,

EN DROIT
, que la Cour est saisie d'un appel contre un jugement rendu sur mesures protectrices de l'union conjugale, qui doivent être considérées comme des décisions provisionnelles au sens de l'art. 308 al. 1 let. b CPC
(ATF
137 III 475
consid. 4.1);
Que la possibilité de prononcer des mesures provisionnelles dans le cadre de mesures protectrices est admise par la Cour (cf.
ACJC/474/2016
du 8 avril 2016 consid. 2.1;
ACJC/1237/2015
du 16 octobre 2015 consid. 3.1;
ACJC/395/2015
du 27 mars 2015 consid. 3.1);
Qu'elles ne peuvent toutefois être ordonnées que pour autant que les conditions posées par l'art. 261 CPC soient réunies (
ACJC/154/2014
du 7 février 2014 consid. 4), ce qui implique que le requérant rende vraisemblable qu'une prétention dont il est titulaire soit l'objet d'une atteinte ou risque de l'être et que cette atteinte risque de lui causer un préjudice difficilement réparable;
Que la condition du préjudice difficilement réparable suppose l'urgence, laquelle s'apprécie au regard des circonstances concrètes du cas (Bohnet, CR CPC
2
ème
éd. 2019, n. 12 ad art. 261 CPC);
Qu'en cas d'urgence particulière, notamment s'il y a risque d'entrave à leur exécution, le tribunal peut ordonner des mesures provisionnelles immédiatement, sans entendre la partie adverse (art. 265 al. 1 CPC);
Qu'en l'espèce, il ressort de la procédure que le mineur C_ a été placé au sein d'un foyer vers mi-novembre 2021, de sorte qu'il s'y trouve depuis plus d'un mois désormais;
Que ce placement faisait suite aux conclusions de l'expertise familiale, selon laquelle il s'agissait de la seule solution permettant de mettre l'enfant à l'écart du conflit parental, la situation devenant aliénante pour lui;
Que l'appelant a conclu, sur le fond de son appel, à l'octroi en sa faveur de la garde de son fils;
Que cette question, au centre du litige entre les parties, fera par conséquent l'objet d'un examen approfondi sur le fond;
Que la Cour ne saurait dès lors, sur mesures superprovisionnelles, attribuer la garde du mineur à l'appelant, sans préjuger du fond ou faire prendre le risque à l'enfant de devoir, après avoir quitté le foyer, y retourner si les conclusions de l'appelant devaient être, au final, rejetées;
Que certes l'appelant a allégué que le mineur souffrirait, au sein du foyer, de problèmes tant physiques que psychologiques;
Que ces allégations ne sont, à ce stade, pas rendues suffisamment vraisemblables;
Que par ailleurs, l'expert avait anticipé le fait que le placement risquait, dans un premier temps, d'être mal vécu par l'enfant;
Que dès lors, un éventuel mal-être du mineur ne saurait suffire pour en attribuer la garde, sur mesures superprovisionnelles, à son père, ni pour modifier les modalités du droit de visite des parents;
Que le fait que l'enfant doive, le cas échéant, changer de foyer, voire d'école, ne suffit pas à donner une suite favorable à la requête de mesures superprovisionnelles, pour les raisons exposées ci-dessus;
Que dès lors, la requête de mesures superprovisionnelles sera rejetée;
Qu'il sera statué sur les frais de la présente décision dans le cadre de l'arrêt au fond.
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