Decision ID: 7abdcb8a-1841-4e53-a735-c49726b6b7f4
Year: 2016
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Le 21 novembre 2013, la Cheffe du Département fédéral des finances d’alors
a autorisé l'Administration fédérale des contributions (ci-après: AFC) à me-
ner une enquête fiscale spéciale au sens des art. 190 ss de la loi fédérale
sur l'impôt fédéral direct (LIFD; RS 642.11) en relation avec les art. 19 ss de
la loi fédérale sur le droit pénal administratif (DPA; RS 642.11) à l'encontre
du dénommé A., soupçonné de s'être rendu coupable de graves infractions
fiscales (cf. act. 1.1).
B. Diverses mesures d'instruction ont été diligentées dans le cadre des investi-
gations susmentionnées.
Le 19 décembre 2014, l’AFC a notamment saisi les autorités françaises et
luxembourgeoises de demandes d’entraide en matière administrative
(act. 6.1 ; 6.4). Par décision du 13 janvier 2016, le fonctionnaire enquêteur a
versé au dossier l’intégralité des pièces fournies par les Etats en question
(cf. act. 1.1).
C. Le 18 janvier 2016, A. a formé une plainte contre cette décision. Le directeur
de l’AFC l’a rejetée par décision sur plainte du 19 février suivant (act. 1.3
et 1.1).
D. Par mémoire du 25 février 2016, le prénommé a formé contre cette décision
une plainte assortie d’une demande d’octroi de l’effet suspensif, «à titre pré-
provisionnel et provisionnel». Il a conclu à ce que le dossier soit expurgé de
tous les documents transmis par les autorités françaises et luxembour-
geoises et à ce que ceux-ci soient détruits (act. 1). Par réponse du 31 mars
2016, l’AFC a conclu au rejet de la plainte, dans la mesure où elle est rece-
vable (act. 6).
E. Par ordonnance du 1er avril 2016, la Cour de céans a rejeté la requête de
mesures provisionnelles (dossier BP.2016.4, act. 5).
F. Par réplique du 29 avril 2016, A. a maintenu ses conclusions (act. 10). Dans
sa duplique, du 17 mai 2016, l’AFC a campé sur ses positions (act. 12).
- 3 -
G. Le 10 juin 2016, A. a déposé des observations spontanées et persiste dans
ses conclusions (act. 14). Dites observations ont été transmises à l’AFC le
13 juin 2016 (act. 15).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1.
1.1 Les actes ou les omissions du fonctionnaire enquêteur de l’AFC qui ne cons-
tituent pas des mesures de contrainte peuvent être l’objet d’une plainte
adressée au directeur ou chef de l’administration (art. 27 al. 1 DPA). La dé-
cision rendue sur plainte est notifiée par écrit au plaignant (art. 27 al. 2 DPA)
et elle peut être déférée à la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral,
pour violation du droit fédéral, y compris l’excès ou l’abus du pouvoir d’ap-
préciation (art. 27 al. 3 DPA).
1.2 A qualité pour déposer plainte quiconque est atteint par l’acte d’enquête qu’il
attaque, l’omission qu’il dénonce ou la décision sur plainte et a un intérêt
digne de protection à ce qu’il y ait une annulation ou modification (art. 28
al. 1 DPA). La plainte visant une décision rendue sur plainte doit être dépo-
sée par écrit auprès de l’autorité compétente, avec des conclusions et un
bref exposé des motifs, dans les trois jours à compter de celui où le plaignant
a eu connaissance de l’acte d’enquête ou reçu notification de la décision
(art. 28 al. 3 DPA).
1.3 En tant que destinataire de la décision querellée et personne visée par l’en-
quête que mène l’AFC, le plaignant a un intérêt digne de protection à la mo-
dification ou l’annulation de cet acte. Par ailleurs, la plainte, remise à un bu-
reau de poste suisse le 25 février 2016 contre un acte notifié au plus tôt le
22 février précédent, intervient en temps utile. Il y a donc lieu d'entrer en
matière.
2.
2.1 Compte tenu du dispositif de la décision attaquée et des conclusions prises
par le plaignant devant la Cour de céans, le litige porte sur la question de
savoir si l’AFC pouvait légitimement verser au dossier de la cause l’ensemble
- 4 -
des documents fournis par les autorités françaises et luxembourgeoises à la
suite des demandes d’entraide respectives formées auprès de ces Etats.
2.2 Le plaignant estime que tel n’est pas le cas. Il dénonce la violation de plu-
sieurs principes figurant dans les conventions internationales contre les
doubles impositions sur la base desquelles l’AFC a sollicité l’entraide admi-
nistrative internationale des autorités françaises et luxembourgeoises (à sa-
voir la Convention entre la Suisse et la France en vue d'éliminer les doubles
impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir
la fraude et l'évasion fiscales [RS 0.672.934.91] et la Convention entre la
Confédération suisse et le Grand-Duché de Luxembourg en vue d'éviter les
doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune
[RS 0.672.951.81]). Selon lui, lesdites demandes constituent en effet une
pêche aux renseignement prohibée par ces textes, en ce qu’elles ont été
formulées en des termes très généraux et concernent partiellement des in-
formations dénuées de toute pertinence pour l’enquête en cours, au vu des
personnes et de la période considérées. Par ailleurs, les demandes porte-
raient notamment sur des périodes fiscales pour lesquelles l’entraide ne peut
pas être accordée, compte tenu du champ d’application temporel des con-
ventions en cause, et elles auraient été formées alors même que les sources
habituelles de renseignements prévues par la législation suisse n’auraient
pas été épuisées. Enfin, en omettant de l’inviter à se déterminer sur les de-
mandes d’entraide l’AFC aurait violé son droit d’être entendu.
Force est ainsi de constater que l’ensemble de l’argumentation développée
par le plaignant à l’appui de ses conclusions concerne des vices dont se-
raient affectées les demandes d’entraide administratives formées par l’AFC,
respectivement la procédure relative à celles-ci.
2.3
2.3.1 L’exécution de l’assistance administrative fondée, comme en l’espèce, sur
les conventions contre les doubles impositions et les autres conventions in-
ternationales qui prévoient un échange de renseignements en matière fis-
cale, est régie par la loi fédérale sur l’assistance administrative internationale
en matière fiscale du 28 septembre 2012 (LAAF ; RS 651.1 ; cf. art. 1er, al. 1
LAAF) ; le plaignant le relève d’ailleurs expressément (cf. act. 1, p. 17).
2.3.2 Aux termes de l’art. 22 al. 4 LAAF, le recours contre des demandes suisses
d’assistance administrative internationale est exclu. Cette restriction s’ex-
plique par le fait que la protection de la personne concernée est garantie par
la procédure fiscale ordinaire suisse, dès lors que cette personne peut s’op-
poser à l’utilisation de renseignements provenant de l’étranger en attaquant
la décision de taxation concernée, et, le cas échéant, former un recours dans
- 5 -
l’Etat qui fournit les renseignements (Message du Conseil fédéral ad art. 22
al. 4 LAAF, FF 2011 5771, 5799).
2.4 La Cour de céans, si elle se penchait sur les griefs du plaignant tels que
décrits ci-dessus (consid. 2.2), se prononcerait, en tant qu’autorité de re-
cours en matière pénale, sur la conformité au droit des demandes d’entraide
administrative adressées par l’AFC aux autorités françaises et luxembour-
geoises. Or une telle manière de procéder serait manifestement contraire à
l’art. 22 al. 4 LAAF. Aussi, la Cour de céans ne peut-elle pas examiner l’ar-
gumentation développée – longuement – par l’intéressé, y compris celle tirée
d’une violation du droit d’être entendu, étant précisé que celui-ci aura tout
loisir, le cas échéant, de s’exprimer lorsque l’AFC sera arrivée au terme de
son enquête, respectivement de recourir contre la décision finale que rendra
ensuite cette autorité.
2.5 En outre, dans le cadre de la procédure de recours, la question relative à
l'exploitation des preuves récoltées doit être examinée avec retenue, et ladite
exploitation ne doit être niée que dans des cas parfaitement clairs (TPF 2014
106 consid. 6 ; décision du Tribunal pénal fédéral BV.2014.25 du 2 octobre
2014, consid. 6.3.1 et 6.3.2). En général, la décision finale quant à l'exploi-
tabilité de la preuve doit appartenir au juge du fond (décision du Tribunal
pénal fédéral BB.2012.148 du 10 avril 2013, consid. 2.1 ; v. ég. ATF 141 IV
284, consid. 2.2 et KELLER, Kommentar zur Schweizerischen Strafprozess-
ordnung [StPO], 2e éd., Zurich/Bâle/Genève 2014, n° 40 ad art. 393 CPP).
Ainsi, en règle générale, seuls les moyens de preuve obtenus par des mé-
thodes interdites au sens de l’art. 140 al. 1 CPP et donc absolument inex-
ploitables selon l’art. 141 al. 1 CPP doivent être retirés immédiatement du
dossier vu l’art 141 al. 5 CPP (cf. KELLER, op. cit., n° 41 ad 393 CPP). En
l’occurrence, il est manifeste que les documents concernés, fussent-ils en-
tachés des vices allégués par le plaignant, ne tombent pas dans cette caté-
gorie.
3. Les considérations qui précèdent conduisent au rejet de la plainte.
4. Le plaignant qui succombe supportera un émolument, fixé à CHF 2'000.--
(art. 73 LOAP applicable par renvoi de l'art. 25 al. 4 DPA; art. 5 et 8 du rè-
glement du Tribunal pénal fédéral du 31 août 2010 sur les frais, émoluments,
dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale; RS 173.713.162), ré-
puté couvert par l’avance de frais acquittée.
- 6 -
- 7 -