Decision ID: a712c3dd-a715-402e-be27-15ae45f894ad
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_009
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
a.
Le 4 février 2021, un véhicule immatriculé 2_ (France) a été contrôlé par les gendarmes pour avoir circulé à Versoix sans feu de jour.![endif]>![if>
L'identité et l'adresse de A_ figurent sur le formulaire d'amende d'ordre n° 3_ qu'ils ont établi le jour même.
b.
Par pli du 31 mars 2021, le Service des contraventions (ci-après, "SdC") a adressé un rappel à A_ l'invitant à s'acquitter du montant de CHF 40.- dans les 30 jours ou, dans le même délai, à lui indiquer l'identité complète de l'auteur de l'infraction par le biais du formulaire joint.
c.
Par ordonnance pénale n° 1_ du 10 juin 2021, notifiée à A_ le 12 suivant, le SdC l'a invité à s'acquitter du montant de l'amende de CHF 40.-, majoré d'un émolument de CHF 40.-, dans les 30 jours, sous réserve d'une opposition dans le délai légal de 10 jours, les voies de droit lui étant communiquées.
d.
Le 5 août 2021, le SdC a envoyé à A_ un rappel, majoré de CHF 20.-.
e.
Par courrier du 17 août 2021, A_ a déclaré faire opposition à l'ordonnance pénale au motif qu'il n'était pas le conducteur du véhicule au moment de l'infraction. Par courriers des 28 avril 2021 et 6 juin 2021, il avait déjà transmis les coordonnées de la personne à laquelle il avait prêté son véhicule mais le service n'en avait apparemment pas tenu compte
"mettant en avant l'invalidité du code postal du village de B_ en Suède, le 4_, dont
[A_]
confirm
[ait]
qu'il
[était]
bien exact"
.
f.
Par ordonnance du 26 août 2021, le SdC, considérant l'opposition tardive, a transmis la procédure au Tribunal pénal (ci-après, "TP") afin qu'il statue sur la validité de l'ordonnance pénale n° 1_ et de l'opposition.
g.
A_ ne s'est pas déterminé sur l'apparente irrecevabilité de son opposition dans le délai imparti par le TP.
h.
Par ordonnance du 12 octobre 2021, notifiée à A_ le 18 suivant, le TP en a constaté l'irrecevabilité.
A_ n'a pas recouru contre cette ordonnance auprès de la Chambre pénale de recours.
B. a.
Par demande du 14 décembre 2021, adressée à la Chambre pénale d'appel et de révision (CPAR), A_ sollicite la révision de l'ordonnance du TP du 12 octobre 2021 et de celle du SdC du 10 juin 2021.
Le jour des faits, il avait prêté son véhicule à une personne de nationalité suédoise et avait communiqué
"en temps et heure"
au SdC l'identité du conducteur.
Il n'avait pas pu contester l'ordonnance du SdC avant le 17 août 2021 en raison d'obligations professionnelles à l'étranger durant les mois de juin et juillet 2021 puis de ses vacances, dont il était revenu le 15 août 2021.
Il n'avait pas commis l'infraction reprochée et avait fait tout le nécessaire pour que le SdC puisse entrer en contact avec le conducteur concerné.
b.a.
Par courrier du 18 janvier 2022, la CPAR a imparti un délai de 10 jours à A_ pour produire une copie de ses des courriers des 28 avril 2021 et 6 juin 2021 au SdC, ainsi que la preuve de leur envoi.
Dans le même délai, le SdC a été invité à produire les courriers en question ou, à défaut, à faire savoir s'ils n'avaient jamais été reçus.
b.b.
Dans le délai imparti,
A_ a transmis une copie du contenu de son pli du 28 avril 2021, soit une carte de visite et le formulaire intitulé
"Identité du (de la) conducteur(trice)"
que lui avait remis le SdC le 31 mars 2021, rempli et signé.
Sur ce document est apposé un tampon du SdC
"Reçu le 3 mai 2021"
.
A_ a précisé que ce formulaire lui avait été retourné par le SdC avec la mention
"invalide"
sous le code postal.
A_ a produit un second formulaire, intitulé
"DONNEES ERRONEES/INCOMPLETES",
qu'il dit avoir envoyé au SdC – dûment complété – le 6 juin 2021.
b.c.
Le SdC a indiqué n'avoir jamais reçu les courriers des 28 avril et 6 juin 2021 et conclut au rejet de la demande de révision.
c.
Le Ministère public conclut au rejet de la demande en révision. A_ avait, lors du prononcé de l'ordonnance pénale le 10 juin 2021, connaissance des courriers qu'il indique avoir adressés au SdC les 28 avril et 6 juin 2021. Il avait également connaissance de la procédure ouverte à son encontre et n'avait néanmoins pas usé de la voie de l'opposition qui lui était ouverte. Son argumentation quant à ses obligations professionnelles à l'étranger en juin et juillet 2021 ne lui était d'aucun secours, dans la mesure où il lui incombait de prendre toutes les dispositions nécessaires. De surcroît, il n'avait pas usé de la voie du recours contre l'ordonnance du TP du 12 octobre 2021.

EN DROIT
:
1.
1.1.
La CPAR est l'autorité compétente en matière de révision (art. 21 al. 1 let. b du Code de procédure pénale suisse [CPP]
cum
art. 130 al. 1 let. a de la Loi sur l'organisation judiciaire [LOJ]). Lorsque des contraventions font seules l'objet du prononcé attaqué et que la demande de révision ne vise pas une déclaration de culpabilité pour un crime ou un délit, la présidente exerçant la direction de la procédure statue (art. 129 al. 4 LOJ).![endif]>![if>
1.2.
L'art. 410 al. 1 let. a CPP permet à toute personne lésée par un jugement entré en force d'en demander la révision s'il existe des faits ou des moyens de preuve qui étaient inconnus de l'autorité inférieure et qui sont de nature à motiver l'acquittement ou une condamnation sensiblement moins sévère du condamné.![endif]>![if>
La demande en révision en raison de faits ou de moyens de preuve nouveaux n'est soumise à aucun délai (art. 411 al. 2
in fine
CPP).
1.3.
La demande de révision a donc été déposée devant l'autorité compétente, en temps utile.![endif]>![if>
2.
2.1.
Les faits ou moyens de preuves sont nouveaux lorsque le juge n'en a pas eu connaissance au moment où il s'est prononcé, c'est-à-dire lorsqu'ils ne lui ont pas été soumis sous quelque forme que ce soit (ATF
137 IV 59
consid. 5.1.2 p. 66 s. ;
130 IV 72
consid. 1. p. 73). Les faits et moyens de preuve sont sérieux lorsqu'ils sont propres à ébranler les constatations de fait sur lesquelles se fonde la condamnation et que l'état de fait ainsi modifié rend possible un jugement sensiblement plus favorable au condamné (ATF
137 IV 59
consid. 5.1.4 p. 6 ;
130 IV 72
consid. 1 p. 73 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_731/2013
du 28 novembre 2013 consid. 3.1.2).![endif]>![if>
Les conditions d'une révision visant une ordonnance pénale sont restrictives. L'ordonnance pénale est rendue dans le cadre d'une procédure spéciale. Elle a pour spécificité de contraindre le condamné à prendre position. Une absence de réaction de sa part s'interprète comme un acquiescement. Il doit s'opposer dans le délai prévu à cet effet s'il n'adhère pas à sa condamnation, par exemple parce qu'il entend se prévaloir de faits omis qu'il considère comme importants. Le système serait compromis si, une fois le délai d'opposition échu sans avoir été utilisé, le condamné pouvait revenir sur l'acquiescement ainsi donné et demander selon son bon vouloir la révision de l'ordonnance pénale pour des faits qu'il aurait déjà pu faire valoir dans une procédure ordinaire en manifestant son opposition. Il s'ensuit qu'une demande de révision dirigée contre une ordonnance pénale doit être qualifiée d'abusive si elle repose sur des faits que le condamné connaissait initialement, qu'il n'avait aucune raison légitime de taire et qu'il aurait pu révéler dans une procédure ordinaire mise en œuvre par une simple opposition (ATF
130 IV 72
consid. 2.3 p. 75 s.). Il s'agit dans chaque cas d'examiner au regard des circonstances de l'espèce, si la demande de révision tend à contourner les voies de droit ordinaires (arrêts du Tribunal fédéral
6B_1214/2015
du 30 août 2016 consid. 2 ;
6B_980/2015
du 13 juin 2016 consid. 1.3.2).
2.2.
En l'espèce, le tampon apposé sur le document produit par le demandeur atteste que ce dernier a bien informé le SdC, dans le délai imparti, du fait qu'il n'était pas l'auteur de l'infraction reprochée. Le tampon
"Reçu le 3 mai 2021"
implique que le SdC avait déjà eu connaissance de cette information au moment de rendre son ordonnance querellée le 10 juin 2021.![endif]>![if>
Le SdC a toutefois décidé de ne pas en tenir compte, renvoyant le formulaire au demandeur avec la mention
"code postal invalide
". Il s'ensuit que si le demandeur entendait contester cette appréciation, il aurait dû la discuter en l'attaquant par les voies de droit ordinaires.
À cet égard, les motifs avancés pour tenter d'expliquer son opposition tardive du 17 août 2021 ne sont ni documentés ni sérieux. Quand bien même il aurait été effectivement absent de son domicile, sans interruption, pendant plus de deux mois, il lui revenait de prendre les mesures nécessaires pour avoir accès à son courrier durant son absence, ce d'autant plus qu'il devait s'attendre à recevoir des communications importantes du SdC tant qu'il n'était pas informé de l'abandon de la procédure ouverte contre lui.
Ainsi, le demandeur aurait été parfaitement à même de faire opposition à l'ordonnance pénale du SdC dans les délais selon la procédure ordinaire, en faisant valoir tous les arguments qu'il connaissait déjà pour s'y opposer, et n'a aucun motif légitime de ne pas l'avoir fait. Tout comme il n'existe aucun motif légitime justifiant l'absence de recours, en temps utile, contre l'ordonnance du TP.
Dès lors, il ne sera pas entré en matière sur la demande de révision, laquelle doit être qualifiée d'abusive et partant d'irrecevable.
3.
Vu l'issue de la procédure, le demandeur sera condamné aux frais, lesquels comprennent un émolument minimum de CHF 500.- (art. 428 al. 1 CPP
a contrario
et art. 14 al. 1 let. e du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale [RTFMP]).![endif]>![if>
* * * * *