Decision ID: f66d38b1-7f34-5b76-9592-215b71ef55a9
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1) Par décision du 13 février 2018 signifiée à 9h15 et déclarée immédiatement exécutoire nonobstant recours, le directeur de La Clairière, centre éducatif, de détention et d'observation pour adolescents et adolescentes, ou son représentant, a infligé au mineur A_ né le _2001, et en détention provisoire dans ledit centre depuis le 3 janvier 2018 à la suite d'une décision du Tribunal des mineurs, une sanction consistant en trente-deux heures de confinement en cellule avec prise en charge individuelle, pour ne pas avoir respecté les ordres de l'équipe éducative et avoir tenu des propos menaçants et injurieux.
L'intéressé, qui avait été entendu au sujet des faits reprochés à 9h00 le même jour, a refusé de contresigner cette décision.
2) Par acte daté du 13 février 2018 et réceptionné le 20 février 2018 par la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : chambre administrative), A_ a, par ses propres soins et de manière manuscrite, déclaré faire un recours.
Il alléguait ne pas avoir prononcé des paroles qui lui avaient été reprochées à l'appui de la sanction querellée.
3) Par réponse du 21 mars 2018, La Clairière a conclu au rejet du recours.
4) Le recourant ne s'est pas manifesté dans le délai qui lui avait été imparti au 26 avril 2018 pour répliquer par une lettre de la chambre administrative du
26 mars 2018, adressée audit centre.
5) Le 15 mai 2019, le greffe de la chambre administrative a appris de La Clairière que A_ y avait séjourné jusqu'au 15 février 2018 et qu'à sa sortie, il était retourné chez ses parents.
Lors d'un entretien téléphonique du 17 mai 2019, retranscrit dans un mémo du greffe, ce dernier a été informé par La Clairière que son courrier avait, après la libération du recourant, été réacheminé à l'adresse de celui-ci en B_ chez ses parents Madame C_ et Monsieur D_.
6) Par plis simple et recommandé du 17 mai 2019, la chambre administrative a fait part à A_ à l'adresse de ses parents domiciliés en B_, de ce que, dans la mesure où il n'était plus détenu (vu sa sortie de La Clairière le 15 février 2018), il était possible qu'il n'ait plus d'intérêt pour recourir contre la sanction susmentionnée de sorte que son recours serait devenu sans objet ou devrait être déclaré irrecevable. Un délai au 4 juin 2019 lui était imparti pour se déterminer à ce sujet.
7) Le courrier recommandé a été retourné à la chambre administrative avec la mention « Destinataire inconnu à l'adresse ».

EN DROIT
1) La chambre de céans, compétente pour traiter le recours en application de l'art. 60 du règlement du centre éducatif de détention et d'observation de la Clairière du 3 novembre 2004 (RClairière -
F 1 50.24
), examine d'office et librement la recevabilité des recours qui lui sont soumis (
ATA/555/2018
du 5 juin 2018 consid. 1).
2. a. Aux termes de l'art. 60 al. 1 let. b de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 (LPA -
E 5 10
), ont qualité pour recourir toutes les personnes qui sont touchées directement par une décision et ont un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée ou modifiée.
b. Selon la jurisprudence, le recourant doit avoir un intérêt pratique à l'admission du recours, soit que cette admission soit propre à lui procurer un avantage, de nature économique, matérielle ou idéale (ATF
138 II 162
consid. 2.1.2 ;
ATA/1272/2017
du 12 septembre 2017 consid. 2b).
c. Un intérêt digne de protection suppose un intérêt actuel à obtenir l'annulation de la décision attaquée (ATF
138 II 42
consid. 1 ;
137 I 23
consid. 1.3 ; arrêts du Tribunal fédéral
2C_1157/2014
du 3 septembre 2015 consid. 5.2 ;
1C_495/2014
du 23 février 2015 ;
ATA/308/2016
du 12 avril 2016 ; Jacques DUBEY/Jean-Baptiste ZUFFEREY, Droit administratif général, 2014,
n. 2084 ; Pierre MOOR/Étienne POLTIER, Droit administratif, vol. 2, 2011,
p. 748 n. 5.7.2.3 ; Thierry TANQUEREL, Manuel de droit administratif, 2018,
n. 1367). L'existence d'un intérêt actuel s'apprécie non seulement au moment du dépôt du recours, mais aussi lors du prononcé de la décision sur recours
(ATF
137 I 296
consid. 4.2 ;
136 II 101
consid. 1.1) ; si l'intérêt s'éteint pendant la procédure, le recours, devenu sans objet, doit être simplement radié du rôle (ATF
125 V 373
consid. 1) ou déclaré irrecevable (ATF
123 II 285
consid. 4 ;
ATA/322/2016
du 19 avril 2016 ;
ATA/308/2016
du 12 avril 2016).
d. Il est toutefois exceptionnellement renoncé à l'exigence d'un intérêt actuel lorsque cette condition de recours fait obstacle au contrôle de légalité d'un acte qui pourrait se reproduire en tout temps, dans des circonstances semblables, et qui, en raison de sa brève durée ou de ses effets limités dans le temps, échapperait ainsi toujours à la censure de l'autorité de recours (ATF
140 IV 74
consid. 1.3 ;
139 I 206
consid. 1.1 ; arrêts du Tribunal fédéral
2C_1157/2014
du 3 septembre 2015 consid. 5.2 ;
1C_477/2012
du 27 mars 2013 consid. 2.3 ;
ATA/236/2014
du 8 avril 2014 ;
ATA/716/2013
du 29 octobre 2013 ; Jacques DUBEY/Jean-Baptiste ZUFFEREY, op. cit., p. 734 n. 2086 ; François BELLANGER, La qualité pour recourir, in François BELLANGER/ Thierry TANQUEREL, Le contentieux administratif, 2013, p. 121) ou lorsqu'une décision n'est pas susceptible de se renouveler mais que les intérêts des recourants sont particulièrement touchés avec des effets qui vont perdurer (ATF
136 II 101
;
135 I 79
). Cela étant, l'obligation d'entrer en matière sur un recours, dans certaines circonstances, nonobstant l'absence d'un intérêt actuel, ne saurait avoir pour effet de créer une voie de recours non prévue par le droit cantonal (ATF
135 I 79
consid. 1 ; arrêt du Tribunal fédéral
1C_133/2009
du 4 juin 2009 consid. 3).
e. Dans sa jurisprudence concernant le placement d'un prisonnier en cellule forte ou aux arrêts disciplinaires, compte tenu de la brièveté de la sanction, lorsque le recourant est encore en détention au moment du prononcé de l'arrêt, la chambre administrative fait en principe abstraction de l'exigence de l'intérêt actuel, faute de quoi un telle mesure échapperait systématiquement à son contrôle (
ATA/135/2019
du 12 février 2019 consid. 3e
;
ATA/1272/2017
précité
consid. 2c ;
ATA/29/2017
du 17 janvier 2017 consid. 2d ;
ATA/118/2015
du
27 janvier 2015 consid. 2c ;
ATA/510/2014
du 1
er
juillet 2014 consid. 3b).
3. En l'espèce, le recourant a été libéré et n'est plus détenu à La Clairière, ni dans un autre établissement pénitentiaire genevois ou concordataire.
Aucun élément du dossier ne laisse à penser qu'il serait susceptible d'être incarcéré à nouveau.
En application de la jurisprudence précitée et constante de la chambre de céans, il n'y a dès lors aucune raison de passer outre l'exigence de l'intérêt actuel (
ATA/555/2018
précité consid. 2f ;
ATA/1272/2017
précité consid. 3 ;
ATA/594/2017
du 23 mai 2017 ;
ATA/29/2017
du 17 janvier 2017 ;
ATA/308/2016
du 12 avril 2016 et les références citées).
4. Vu ce qui précède, le recours sera déclaré irrecevable.
Vu la nature du litige, aucun émolument ne sera perçu (art. 87 al. 1 LPA et art. 12 al. 1 du règlement sur les frais, émoluments et indemnités en procédure administrative du 30 juillet 1986 - RFPA -
E 5 10.03
). Vu son issue, aucune indemnité de procédure ne sera allouée (art. 87 al. 2 LPA).