Decision ID: bb99a376-25a5-4588-bef8-9f84d7b916ca
Year: 2005
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. André Giuppone et Claudine Kopp (ci-après : les constructeurs) sont propriétaires des parcelles nos 556 et 557 de la Commune de St-Sulpice à proximité du port. En juillet 2000, ils ont déposé une demande de permis de construire une villa impliquant d'utiliser ces deux parcelles. A l'occasion de l'enquête publique, le Département des infrastructures (DINF) a formé opposition à ce projet en faisant valoir que le site du port devait être classé, y compris d'anciens cabanons de pêcheurs construits sur la parcelle no 557. Il a déclaré dans son opposition que des travaux de construction ne devaient pas être entrepris jusqu'à l'issue de la procédure de classement et que certains délais étaient applicables à l'ouverture de celle-ci.
La Municipalité de St-Sulpice ayant refusé le permis de construire, les constructeurs ont saisi le Tribunal administratif, qui a suspendu la procédure (cf. dossier AC.2000.0212).
Une enquête publique a eu lieu au sujet du classement susmentionné du 25 janvier au 25 février 2002. Les constructeurs ont formé opposition. Par décision du 20 mars 2002, le DINF a écarté celle-ci et ordonné le classement. Les constructeurs ont alors recouru au Département des institutions et des relations extérieures (DIRE). Par prononcé du 8 juillet 2005, celui-ci a admis le recours.
La Commune de St-Sulpice a recouru au Tribunal administratif par acte des 12 juillet et 9 août 2005, en concluant à l'annulation du prononcé du DIRE. Angsar Theisen et divers consorts, propriétaires des cabanons susmentionnés, ont également recouru au Tribunal administratif par acte du 29 juillet 2005, en concluant principalement à la réforme du prononcé entrepris en ce sens que le classement du site est confirmé, subsidiairement à son annulation. Les recours ont été joints. Dans ses déterminations du 25 août 2005, le DINF a déclaré que les recours étaient bien fondés.
Dans sa réponse du 29 août 2005, l'autorité intimée a déclaré qu'elle renonçait à se déterminer au sujet des recours et renvoyait aux considérants de la décision attaquée.
Par écriture du 9 septembre 2005, les constructeurs ont conclu principalement à l'irrecevabilité, subsidiairement au rejet des recours.
Un second échange d'écritures a eu lieu au sujet de la recevabilité des pourvois. Les moyens des parties seront repris ci-dessous dans la mesure utile.

Considérant en droit
1. Une décision de classement au sens des art. 20 ss LPNMS a été prise par le DINF, sujette à recours au DIRE, conformément aux art. 5 RLPNMS (RSV.450.11.1) et 73 LATC (RSV 700.11). Selon l'art. 90 LPNMS (RSV 450.11), la qualité pour recourir est donnée tant à la commune qu'aux propriétaires touchés, tels les recourants propriétaires mobiliers des cabanons en cause. Les recours sont dès lors recevables.
2. Pour l'autorité intimée, le classement litigieux ne pouvait pas être décidé faute de respect d'un délai de péremption. Celui-ci aurait couru dès l'annonce des travaux projetés et serait venu à échéance trois ou six mois plus tard.
En réalité, une telle déchéance n'est pas prévue par la loi, qui ne soumet le droit de classer à aucun délai. Certes l'art. 18 LPNMS contraint-il le département à ouvrir une enquête en vue de classement dans un délai de trois mois dès l'annonce de travaux, à défaut de quoi il est réputé les autoriser; mais cela ne vaut que pour les objets inventoriés, au nombre desquels on ne compte pas le port et les cabanons litigieux. Pour le reste, des délais sont bien prévus aux art. 11 et 48 LPNMS pour ouvrir une enquête en vue de classement dès après des mesures conservatoires; mais le fait de ne pas les respecter n'a d'effet que sur celles-ci, qui deviennent caduques, et non pas sur le droit de classer lui-même. C'est ainsi à tort que l'autorité intimée a nié au DINF la faculté de rendre une décision de classement au seul motif tiré de l'écoulement du temps. Sa décision sera dès lors annulée, ce qui s'avère d'autant plus justifié que le dispositif de celle-ci se borne à accueillir un recours sans que l'on sache si le prononcé entrepris est annulé ou réformé. La cause lui sera renvoyée pour qu'elle statue à nouveau en faisant abstraction du délai dans lequel le DINF a statué.
3. Obtenant gain de cause et ayant procédé par l'intermédiaire d'un avocat, tant la Commune de St-Sulpice qu'Angsar Theisen et consorts ont droit à des dépens à la charge d'André Giuppone et Claudine Kopp, dont il convient de fixer le montant à 800 francs.