Decision ID: 794560d7-5198-427e-a21e-3c55a674052f
Year: 2011
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
X._, ressortissant suisse né le ********, est titulaire d'un permis de conduire suisse, catégorie A, A1, B, B1, BE, D1, D1E, F, G, et M depuis le 19 novembre 1951.
Le 30 juin 2010, il a percuté une cycliste circulant dans le giratoire de Subriez sur le territoire de la commune de Vevey. Selon ses dires, il circulait à une vitesse entre 40 et 50 km/h. Parvenu audit carrefour, il aurait ralenti. Etant ébloui par le soleil levant, il a alors accéléré. Ce faisant, il n'a pas accordé la priorité de passage dont bénéficiait la cycliste, laquelle a été projetée au sol et a souffert d'une fracture au niveau du plateau vertébral nécessitant une hospitalisation. Selon un témoin circulant derrière la cycliste, au lieu de s'arrêter afin de laisser la priorité à cette dernière, X._ s'est engagé dans le giratoire en lui coupant la priorité.
B.
Par lettre du 11 août 2010, le service des automobiles et de la navigation (ci-après: le SAN) a prié X._ d'adresser au médecin conseil du service un rapport de son médecin traitant concernant son aptitude à la conduite.
Par lettre du 5 novembre 2010, le Dr Y._ a fait savoir au SAN que X._ était tout à fait apte à la conduite automobile et que de ce point de vue, il n'y avait pas à envisager de course de contrôle ni d'investigations plus approfondies à ce propos. A l'appui de son rapport, il a fourni l'avis d'un spécialiste en neurologie, lequel arrivait à la conclusion que le patient ne présentait aucune pathologie neurologique l'empêchant de conduire sa voiture. Il relevait néanmoins que le test dit "de l'horloge" était déficitaire à deux points et que X._ avait obtenu des résultats à la limite inférieure de la norme au test dénommé "mini mental status" (ci-après: MMS) sans qu'il n'ait toutefois constaté de désorientation temporo-spatiale.
Se basant sur les deux rapports médicaux favorables précités, le médecin conseil du SAN a conclu en date du 21 janvier 2011 à l'aptitude de X._ à la conduite sous certaines conditions.
C.
Par lettre du 7 février 2011, le SAN a informé X._ de l'ouverture d'une procédure administrative à son encontre et l'a invité à faire part de ses observations. En sus d'un retrait de permis en raison de l'infraction commise le 30 juin 2010, l'autorité intimée lui a communiqué son intention de subordonner le maintien de son autorisation de conduire aux trois conditions cumulatives suivantes:
- présentation, en novembre 2011, d'un rapport médical favorable de son médecin traitant attestant du maintien de son aptitude à la conduite automobile pour le 3
ème
groupe et comportant les résultats des tests ci-dessous;
- tests de dépistage des troubles cognitifs (MMS, test de la montre). Le médecin jugera de l'utilité d'effectuer un examen neuropsychologique;
- préavis favorable de notre médecin conseil.
Par lettre du 15 mars 2011, X._ a reconnu sous la plume de son conseil avoir commis une infraction moyennement grave à la loi fédérale du 19 décembre 1958 sur la circulation routière (LCR; RS 741.01). Au vu des circonstances de l'accident, de son absence d'antécédents et de son casier judiciaire vierge, il a requis que soit prononcé à son égard un retrait de permis d'une durée d'un mois conformément à l'art. 16b al. 1 let. a et al. 2 let. a LCR. Quant aux conditions imposées par le SAN au maintien de son droit de conduire, il estime que celles-ci doivent être écartées dès lors qu'elles ne reposent sur aucune base légale et s'inscrivent en contradiction des rapports médicaux produits au dossier.
Par décision du 21 mars 2011, le SAN a procédé au retrait du permis de conduire de X._ pour une durée de trois mois en raison d'une infraction grave à la loi fédérale sur la circulation routière (art. 16c al. 1 let. a LCR). Le SAN a également rendu une seconde décision le même jour confirmant l'aptitude de ce dernier à conduire tout en soumettant le maintien de son autorisation aux trois conditions susmentionnées. L'effet suspensif d'une éventuelle réclamation a en outre été retiré.
D.
Par acte du 15 avril 2011, X._ a formé, sous la plume de son conseil, une réclamation à l'encontre de "
la décision du 21 mars 2011
". Il ressort de cette réclamation qu'il entendait contester à la fois la durée du retrait d'admonestation lui ayant été infligé et les conditions auxquelles l'autorité entend subordonner son droit de conduire. Ce faisant, il a principalement fait valoir que l'accident de la circulation intervenu le 30 juin 2010 ne résultait ni d'une négligence grossière, ni d'une faute intentionnelle de sa part si bien que l'infraction commise devait être qualifiée de moyennement grave. Quant aux conditions auxquelles le maintien de son droit de conduire est subordonné, il estime qu'elles contredisent à la fois les exigences légales et les circonstances de fait du dossier.
Par décision sur réclamation du 20 juin 2011, le SAN a rejeté les griefs du réclamant et confirmé la décision rendue le 21 mars 2011 uniquement sous l'angle de l'aptitude à conduire. Il a en outre retiré l'effet suspensif d'un éventuel recours. Il a notamment retenu que l'autorité administrative était en droit d'imposer des conditions au maintien du droit de conduire en présence de circonstances particulières. L'autorité intimée relève à ce titre que le réclamant présente un MMS à la limite inférieure de la norme et qu'il convient dans ces conditions de suivre l'évolution de son état de santé.
E.
Par acte du 20 juillet 2011, X._ a, sous la plume de son conseil, saisi la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal d'un recours contre la décision sur réclamation précitée et conclu à ce que l'effet suspensif soit restitué, le recours admis, et à ce que la décision querellée soit réformée, respectivement annulée "
en ce sens aucune condition quelconque a maintien (sic) du droit de conduire n'est infligée à X._
". Pour l'essentiel, le recourant reprend les arguments développés dans le cadre de sa réclamation aussi bien en ce qui concerne la mesure de la peine que la pertinence des conditions imposées au maintien de son autorisation de conduire. Ce concernant, il souligne en particulier que les résultats qu'il a obtenu au test MMS n'étaient pas insuffisants et qu'aucune restriction de son aptitude à conduire n'a été médicalement constatée à l'heure actuelle.
Invitée à se prononcer sur la requête de levée de l'effet suspensif, l'autorité intimée a fait valoir que le recourant conservait pour l'heure son droit de conduire mais que, s'agissant d'une mesure "
sécuritaire
", le retrait de l'effet suspensif tel que prévu par la décision entreprise devait être maintenu.
Par décision du 4 août 2011, la juge instructrice a admis la requête de restitution de l'effet suspensif considérant que l'exigence de la sécurité routière n'était pas déterminante en l'espèce dès lors que le recourant conservait pour l'heure le droit de conduire et que celui-ci semblait apte au vu des différents avis médicaux produits au dossier.
F.
Le Tribunal a statué par voie de circulation.
Les arguments des parties seront repris dans la mesure utile à l'arrêt.

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de 30 jours fixé par l'art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l'art. 79 LPA-VD.
2.
Si l'on s'en tient aux moyens développés par le recourant, ce dernier semble contester à la fois la durée du retrait d'admonestation lui ayant été infligé par l'autorité intimée et les conditions auxquelles son droit de conduire est désormais subordonné. Or, la décision sur réclamation ne se prononce que sur l'aptitude à conduire. De même, le recourant, assisté par un mandataire professionnel, conclut uniquement à l'annulation de la décision sur réclamation en ce sens "
qu'aucune condition quelconque a maintien (sic) du droit de conduire n'est infligée à X._
". La question relative au degré de gravité de l'infraction commise ainsi qu'à la durée du retrait de permis qui s'en suit ne saurait dès lors être examinée dans le cadre de la présente procédure. L'objet du litige ("
Streitgegenstand
") est en effet défini par trois éléments: l'objet du recours ("
Anfechtungsobjekt
"), les conclusions du recours et les motifs de celui-ci. En vertu du principe de l'unité de la procédure, l'autorité de recours supérieure ne peut d’ailleurs statuer que sur des points que l'autorité inférieure a déjà examinés (voir notamment l'arrêt PS.2010.0019 du 18 novembre 2010 et les références citées). En l'occurrence, l'autorité intimée n'ayant pris position que sur l'aptitude à conduire, il y a lieu de limiter l'examen du présent litige à cette seule question.
3.
Le recourant conteste la légalité et la pertinence des trois conditions imposées par le SAN quant au maintien de son autorisation de conduire. Ce faisant, il s'appuie en particulier sur le rapport du Dr. Y._, lequel stipule qu'il est apte à la conduite et que, dans cette situation, il n'y a lieu d'envisager en l'état ni courses de contrôle ni investigations plus approfondies.
a)
L’autorité a le devoir de lier la délivrance ou la conservation du permis de conduire à une condition "spéciale", lorsqu’une circonstance objective requiert une telle mesure (Message du Conseil fédéral concernant la modification de la LCR, in FF 1999 II/2, p. 4126 ; Perrin, Délivrance et retrait du permis de conduire, 1982, p. 139).
Il en va ainsi non seulement lors de la délivrance du
permis d’élève conducteur et du permis de conduire (cf. art. 14 al. 2 let. b LCR ; cf. également : art. 7 al. 1 de l'ordonnance du 27 octobre 1976 réglant l’admission des personnes et des véhicules à la circulation routière (OAC; RS 741.51)) mais également ultérieurement pour compenser certaines faiblesses concernant l’aptitude à conduire des véhicules automobiles. Nonobstant l'abrogation de l'art. 10 al. 3 aLCR au 1
er
décembre 2005 qui disposait que la validité d’un permis de conduire pouvait être restreinte pour des raisons particulières ou sa délivrance subordonnée à des conditions, le Tribunal fédéral a retenu que, conformément aux principes généraux du droit administratif, une autorisation peut toujours être assortie de clauses accessoires lorsqu’à défaut elle pourrait être légalement refusée. Pour des motifs particuliers, la durée du permis de conduire peut ainsi être limitée, sa validité restreinte ou sa délivrance assortie de charges. Compte tenu du principe de proportionnalité, subordonner l’autorisation de conduire à de telles charges est possible lorsque celles-ci servent la sécurité routière et sont conformes à la nature du permis de conduire. L’aptitude à conduire ne doit pouvoir être maintenue qu’à l’aide de cette mesure. Les charges doivent en outre être réalistes et contrôlables (ATF du 28 mai 2006 [6A.27/2006], consid. 1.1 ; ATF 131 II 248 consid. 6.1 in fine et 6.2 p. 251 et les références citées; Mizel, Les principes régissant l'admission à la circulation routière, en particulier pour les conducteurs âgés, in: Circulation routière 2/2011, p. 13 ss, p. 16).
b) En l'occurrence, au vu des tests cliniques réalisés et de l'âge du recourant qui est dans sa 87
ème
année, les charges arrêtées par l'autorité intimée quant au maintien du droit de conduire ne sauraient prêter le flanc à la critique. En effet, si les deux rapports médicaux produits à l'appui du dossier concluent à l'aptitude du recourant, les tests effectués en ce qui a trait aux fonctions cognitives impliquées dans la conduite automobile font apparaître certaines faiblesses, qui, même si elles ne sauraient fonder un retrait de sécurité à l'heure actuelle, justifient un suivi médical en vue de mesurer leur évolution. Dans ce contexte, il faut relever que les charges querellées se limitent strictement aux tests de dépistage des troubles cognitifs pour lesquels le recourant a rencontré quelques difficultés ou obtenu des résultats limites (MMS et test de la montre).
A cet égard, on peut encore préciser que le fait que l’art. 27 al. 1 let. b OAC prévoie déjà l’obligation de présenter un certificat médical tous les deux ans, s’agissant d’une personne âgée de plus de septante ans, n’empêche pas que l’autorité administrative impose des conditions plus restrictives si des motifs sérieux le justifient. En l’espèce, l'autorité intimée a jugé que tel était le cas, appréciation qui peut être confirmée du point de vue de la sécurité routière, au vu en particulier de l'âge du recourant, des tests effectués et de l'accident de la circulation impliquant des blessures chez un autre usager de la route. Dans ces conditions, on ne saurait estimer que les exigences fixées par le service intimé dans sa décision du 21 mars 2011 contreviennent au principe de la proportionnalité.
4.
Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté et la décision attaquée confirmée. Conformément à l'art. 49 al. 1 LPA-VD, un émolument de justice sera mis à la charge du recourant, qui, succombant, n'a pas droit à des dépens (art. 55 al. 1 LPA-VD).