Decision ID: ac8bf26e-aadf-5ff9-bbb2-f090f33c3dba
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
Le service du contrôle des habitants de C_ [VD] a établi une attestation le
3 janvier 2018, de laquelle il ressort que B_ est inconnue de son registre.![endif]>![if>
D'après les informations fournies par l'office cantonal de la population et des migrations de Genève (ci-après : OCPM) le 24 janvier 2018, B_ est domiciliée rue D_ à _ (Genève).
B_ est employée de E_ [organisation internationale sise à Genève] et titulaire d'une carte D (immunité), valable jusqu'au _ 2020. L'adresse indiquée sur ce document est rue F_, C_.
b.
Selon constat d'inexécution de la notification du 14 février 2018, établi par l'Office des poursuites de C_ dans le cadre d'une poursuite intentée par
A_ à l'encontre de B_, la débitrice était partie sans laisser d'adresse après expulsion forcée exécutée le 6 février 2018 selon déclaration de la police de C_ du 7 février 2018.
c.
Le 24 avril 2018, A_ a requis la poursuite de B_, rue D_, _ (Genève), pour la somme en capital de 11'700 fr., alléguée due au titre des loyers impayés de juin 2017 à février 2018.
S'agissant d'une créance privée, B_ n'est pas au bénéfice d'une immunité, selon renseignements fournis par le Département fédéral des affaires étrangères.
d.
Le 30 avril 2018, l'Office des poursuites (ci-après: l'Office) a rendu une décision de rejet de la réquisition, la débitrice ayant quitté l'adresse indiquée le
16 juin 2016 pour C_. Une facture en 13 fr. 30 a été adressée à la créancière le 1
er
mai 2018 par l'Office, soit 8 fr. pour l'édition d'une décision de rejet total de la réquisition de poursuite et 5 fr. 30 pour l'envoi de ladite décision.
B.
a.
Par acte du 14 mai 2018, A_ forme plainte contre cette décision de rejet de la réquisition, qu'elle a reçue le 8 mai 2018, concluant à son annulation et à ce que l'Office soit invité à notifier un commandement de payer à B_ à son adresse rue D_ à _ [GE] et à ce que la facture de 13 fr. 30 soit annulée.![endif]>![if>
b.
Dans son rapport du 7 juin 2018, l'Office s'en est rapporté à justice quant au sort de la plainte, précisant qu'il avait rendu des décisions constatant l'absence de domicile de la débitrice à _ [GE] dans d'autres procédures. Les autres éléments de faits contenus dans ce rapport ont été repris ci-dessus dans la mesure utile.
c.
Par courrier du 15 juin 2018, A_ a persisté dans ses conclusions, et, subsidiairement, conclu à ce qu'il soit ordonné au Service du personnel de E_ d'indiquer l'adresse privée de la débitrice.
d.
Le 26 juin 2018, l'Office a persisté dans les termes de son rapport du 7 juin 2018.
e.
Par courrier du 12 juillet 2018, la plaignante et l'Office ont été informés de ce que la cause était gardée à juger.

EN DROIT
1.
1.1
La Chambre de surveillance est compétente pour statuer sur les plaintes formées en application de la LP (art. 13 LP; 126 al. 2 lit. c LOJ; 6 al. 1 et 3 et 7
al. 1 LaLP) contre des mesures de l'Office non attaquables par la voie judiciaire (art. 17 al. 1 LP), telle la décision de rejet de réquisition.![endif]>![if>
1.2
Déposée dans le délai de dix jours dès la réception de la décision de rejet
(art. 17 al. 2 LP) et respectant les exigences de forme prescrites par la loi (art. 9
al. 1 LaLP et art. 65 al. 1 et 2 LPA, applicable par renvoi de l'art. 9 al. 4 LaLP), la présente plainte est recevable.
2.
La plaignante soutient que la débitrice est domiciliée à Genève et reproche implicitement à l'Office de n'avoir pas procédé à des investigations suffisantes avant de rendre la décision querellée.![endif]>![if>
2.1
Le for ordinaire de la poursuite est au domicile du débiteur (art. 46 al. 1 LP).
Le domicile est déterminé selon les critères prévus par l'art. 23 al. 1 CC et, le cas échéant, par l'art. 20 LDIP, qui contient la même notion de domicile. Une personne physique a ainsi son domicile au lieu ou dans l'Etat où elle réside avec l'intention de s'y établir, ce qui suppose qu'elle fasse du lieu en question le centre de ses intérêts personnels et professionnels. Il faut tenir compte de l'ensemble de ses conditions de vie, le centre de son existence se trouvant à l'endroit, lieu ou pays, où se focalisent un maximum d'éléments concernant sa vie personnelle, sociale et professionnelle, de sorte que l'intensité des liens avec ce centre l'emporte sur les liens existant avec d'autres endroits; l'intention de la personne concernée doit cependant n'être pas intime seulement, mais se manifester de façon objective et reconnaissable pour les tiers (arrêt du Tribunal fédéral
7B.241/2003
du 8 janvier 2004 consid. 4; ATF
125 III 100
consid. 3;
120 III 7
consid. 2a).
Le dépôt de papiers d'identité, des attestations de la police des étrangers, des autorités fiscales ou des assurances sociales, ou des indications ressortant de permis de circulation, de permis de conduire ou de publications officielles constituent certes des indices sérieux de l'existence du domicile au lieu que ces documents indiquent, mais la présomption de fait en résultant peut être renversée par des preuves contraires (ATF
125 III 100
consid. 3 et les références citées;
120 III 7
consid. 2b et les références; arrêt du Tribunal fédéral
5A_542/2014
du 18 septembre 2014 consid. 4.1.3 avec référence).
Il incombe en premier lieu au créancier de fournir à l'office des poursuites toutes les indications nécessaires à la rédaction du commandement de payer. En particulier, il lui appartient de désigner le nom et le domicile du débiteur (art. 67 al. 1 ch. 2 LP). Si l'indication donnée par le créancier se révèle inexacte, l'office peut rechercher lui-même, aux frais du créancier, le véritable domicile du débiteur ou le demander au créancier (ATF
29 I 565
consid. 4; arrêt du Tribunal fédéral du 12 septembre 1988, publié in RJN 1988 p. 258 consid. 2a et les réf. citées). Il ne peut pas, sans violer l'art. 67 LP, refuser de donner suite à la réquisition de poursuite sans au moins avoir fourni au créancier la possibilité de compléter sa réquisition (cf. RJN 1988 p. 258 consid. 2a).
2.2
En l'espèce, la plaignante a mentionné dans sa réquisition de poursuite l'adresse à laquelle la poursuivie était inscrite auprès de l'Office cantonal de la population. A ce stade, cette indication correspondait aux exigences résultant de l'art. 67 al. 1 ch. 2 LP.
Bien qu'elle n'ait qu'une valeur d'indice, cette inscription atteste du fait qu'à un moment donné la poursuivie a manifesté à l'égard des autorités sa volonté de se domicilier à Genève. En l'absence de tout autre élément objectif résultant du dossier, elle conduit à admettre la création d'un domicile dans le canton et donc, sous réserve d'un départ ultérieur, l'existence d'un for de poursuite au sens de
l'art. 46 LP.
L'Office n'a pourtant procédé à aucune tentative de notification par voie postale à cette adresse, ni n'y a dépêché d'agent notificateur, ce qu'il aurait dû faire avant de rendre la décision querellée. En toute hypothèse, il était tenu d'interpeller la plaignante pour l'informer de ses constatations et lui offrir l'opportunité de compléter ses recherches afin de rectifier sa réquisition.
La plainte est donc bien fondée dans la mesure où il est reproché à l'Office d'avoir prématurément dénié l'existence d'un for de poursuite. La décision de non-lieu du 30 avril 2018 sera donc annulée de même que la facture de 13 fr. 30 liée à cette décision.
L'Office sera invité à procéder à la notification à l'adresse indiquée et à procéder cas échéant à des investigations complémentaires, notamment en interpellant l'employeur de la débitrice. Il informera cas échéant la plaignante du résultat de ces mesures et lui impartira un délai pour déterminer le nouveau domicile du débiteur et rectifier sa réquisition de poursuite en conséquence.
3.
La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP et art. 61 al. 2 let. a OELP) et il ne peut être alloué aucun dépens dans cette procédure (62 al. 2 OELP).
* * * * *