Decision ID: 39923425-5d00-4660-b20e-ffbda57a6dea
Year: 2017
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_013
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

En fait :
A.
a)
Le 27 mars 2012, X._ a déposé plainte contre V._ pour gestion déloyale, subsidiairement escroquerie, ainsi que pour abus de confiance et faux dans les titres.
Il reprochait à V._, avec lequel il était associé pour exploiter la société [...] Sàrl, dont le but était l’affinage et la commercialisation de [...], d’avoir développé à son insu une activité de vente au détail, alors qu’elle n’était pas prévue, et d’avoir conservé les produits des ventes pour ses besoins personnels, sans les reverser dans la comptabilité de la société. X._ reprochait également à V._ d’avoir imité sa signature sur un contrat de leasing d’une remorque et de s’être approprié la somme de 15'000 fr. qu’il lui avait remise pour procéder à l’acquisition de cette remorque.
b)
Le même jour, le Ministère public de l’arrondissement du Nord vaudois a ouvert une instruction pénale contre V._.
c)
Par avis du 5 mars 2014, le Procureur a informé les parties qu’il envisageait d’ordonner une expertise portant sur la gestion de la société [...] Sàrl et de désigner en qualité d’experts G._, président [...], et [...], du [...] SA à [...].
Le 11 mars 2014, X._ a requis la reformulation d’une question et que des questions complémentaires soient posées aux experts.
Par courrier du 7 avril 2014, V._ a indiqué qu’il était d’accord avec le choix des experts et a communiqué des questions complémentaires à poser aux experts.
Le 10 avril 2014, le Procureur a délivré un mandat d’expertise, dans le cadre duquel il a désigné G._ et [...] en qualité d’experts.
Le 4 septembre 2014, les experts ont déposé leur rapport d’expertise financière.
d)
Par ordonnance du 12 janvier 2016, le Ministère public a ordonné le classement de la procédure pénale dirigée contre V._ pour abus de confiance et faux dans les titres et a laissé les frais de cette ordonnance à la charge de l’Etat.
Le même jour, le Procureur a engagé l’accusation devant le Tribunal de police de l’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois contre V._ pour gestion déloyale, subsidiairement abus de confiance.
B.
Les débats devant le Tribunal de police se sont tenus le 11 janvier 2017. Les experts G._ et [...] ont notamment été entendus, de même que le prévenu et le plaignant X._. Lors de son audition, le prénommé a déclaré qu’il connaissait l’expert G._ depuis des années et qu’il l’avait mis en garde car, selon lui, la cave devait être rentable, alors que les caisses étaient vides.
Le même jour, lors de la reprise d’audience, V._ a requis la récusation de l’expert G._ et le retranchement de l’expertise du 4 septembre 2014 compte tenu des déclarations de X._.
Statuant sur le siège, le Tribunal de police a rejeté la requête tendant à la récusation de l’expert G._ et au retranchement du rapport d’expertise. En substance, il a considéré qu’il n’était pas étonnant que des échanges ou des contacts aient pu exister entre les parties actives dans le monde du [...] et le président [...] et qu’il n’existait pas de rapport d’amitié étroit entre la partie plaignante et l’expert, si bien qu’un motif de prévention n’était en l’espèce pas suffisamment fondé.
Par jugement du 16 janvier 2017, le Tribunal de police a condamné V._ pour gestion déloyale à une peine privative de liberté de dix mois, avec sursis pendant deux ans.
C.
Par acte du 16 janvier 2017, V._ a adressé à la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal une demande tendant à la récusation de l’expert G._ ainsi qu’au retranchement du dossier du rapport d’expertise du 4 septembre 2014 et des autres moyens de preuve recueillis grâce aux opérations effectuées par le prénommé.
Par courrier du 20 février 2017, l’expert G._ a déposé des déterminations.

En droit :
1.
1.1
Le CPP (Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007 ; RS 312.0) ne désigne pas l'autorité compétente pour statuer sur une demande de récusation visant un expert. Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral – qui relève que l'art. 183 al. 3 CPP prévoit uniquement que les motifs de récusation énoncés à l'art. 56 CPP sont applicables aux experts, sans renvoyer expressément à l'art. 59 CPP relatif à la décision sur récusation –, cette lacune peut être comblée en appliquant par analogie l'art. 59 al. 1 let. b CPP, qui prévoit que l'autorité de recours est compétente lorsque le Ministère public, les autorités pénales compétentes en matière de contraventions et les tribunaux de première instance sont concernés. Ainsi, dans le canton de Vaud, lorsqu’un motif de récusation au sens de l’art. 56 let. a ou f CPP est invoqué à l’encontre d’un expert désigné par le Ministère public, par l'autorité pénale compétente en matière de contraventions ou par la direction de la procédure du tribunal de première instance, la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal est, en tant qu'autorité de recours (art. 13 LVCPP [Loi d’introduction du Code de procédure pénale suisse du 19 mai 2009 ; RSV 312.01] ; art. 80 LOJV [Loi d’organisation judiciaire du 12 décembre 1979 ; RSV 173.01]), compétente pour statuer définitivement sur la demande de récusation de l'expert (TF 1B_488/2011 du 2 décembre 2011 consid. 1.1 ; TF 1B_243/2012 du 9 mai 2012 consid. 1.2 ; CREP 8 janvier 2016/19 ; JdT 2012 III 135).
1.2
En l’espèce, au cours des débats devant le Tribunal de police de l’arrondissement de La Broye et du Nord vaudois du 11 janvier 2017, V._ a demandé la récusation de l’expert G._ et le retranchement du dossier du rapport d’expertise du 4 septembre 2014, au motif que le plaignant avait, lors de sa déposition, laissé entendre qu’il avait eu des échanges avec cet expert avant la mise en œuvre de l’expertise au sujet de la rentabilité de la société [...] Sàrl. Les parties se sont exprimées et l’autorité de première instance a, sur le siège, statué sur la demande de récusation et rejeté celle-ci. Par la suite, le Tribunal de police a rendu son jugement, condamnant le prévenu à une peine privative de liberté de 10 mois, avec sursis.
Compte tenu de la jurisprudence susmentionnée, le Tribunal de police de l’arrondissement de La Broye et du Nord vaudois n’était pas compétent pour rendre une décision sur la demande de récusation. Il n’en demeure pas moins que le Tribunal de police a examiné cette demande de récusation de l’expert G._, qu’il a statué sur celle-ci et que V._ n’a pas recouru auprès de la Chambre des recours pénale contre son rejet.
La requête de récusation adressée à la Cour de céans le 16 janvier 2017 repose sur des motifs rigoureusement identiques à ceux invoqués lors de l’audience du 11 janvier 2017. Cette requête a donc déjà été tranchée. Elle est par conséquent irrecevable.
2.
En définitive, la demande déposée par V._ tendant à la récusation de l’expert G._ et au retranchement du dossier de l’expertise du 4 septembre 2014 doit être déclarée irrecevable.
Les frais de la procédure, constitués en l’espèce de l’émolument de la décision, par 660 fr. (art. 20 al. 1 TFIP [Tarif des frais de procédure et indemnités en matière pénale du 28 septembre 2010 ; RSV 312.03.1]), et des frais imputables à la défense d’office (art. 422 al. 1 et 2 let. a CPP), fixés à 540 fr., plus la TVA par 43 fr. 20, soit à un total de 583 fr. 20, seront mis à la charge de V._ (art. 59 al. 4 CPP).
Le remboursement à l’Etat de l’indemnité allouée au défenseur d’office de V._ ne sera toutefois exigible que pour autant que la situation économique de ce dernier se soit améliorée.