Decision ID: 1d9910bb-7805-4a96-bd60-b37072e34c89
Year: 2010
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. Y._ a débuté son activité lucrative auprès de l'entreprise X._ SA le 1er août 2007. Il y a été engagé par le biais des services de l'entreprise 2.************* SA.
Afin de s'assurer de la légalité de l'engagement du prénommé, X._ SA a requis d'2.************* SA une preuve de son autorisation de travailler, preuve qui a été fournie sous la forme d'une décision du Service de l'emploi (ci-après: SDE) du 21 mars 2007 de laquelle il ressort que le SDE transmettra au Service de la population (ci-après: SPOP) un préavis favorable pour l'octroi d'un titre de séjour autorisant Y._ à exercer une activité lucrative.
B. Par demande du 3 août 2007, adressée au SDE le 17 août 2007, X._ SA a requis un permis de séjour avec activité lucrative pour le compte de Y._.
Le 15 janvier 2008, le SDE a adressé un courrier à X._ SA afin que l'entreprise lui fournisse une copie du certificat de mariage ou du livret de famille de l'employé en cause, afin de compléter la demande d'autorisation précitée et de lui permettre ainsi de statuer.
Par décision du 19 mars 2008, le SDE a refusé la demande d'autorisation présentée par X._ SA au motif que Y._ n'était pas au bénéfice d'un titre de séjour valable.
Sur cette base, X._ SA a licencié pour le 31 mars 2008 Y._ le 26 mars 2008. Le même jour, X._ SA a été contactée par le conseil de Y._ qui l'a informée que la situation de son client ne faisait pas encore l'objet d'une décision définitive et qu'il était dès lors autorisé à travailler. Afin de prouver ses dires, le conseil précité a transmis le 28 mars 2008 à X._ SA une copie des demandes de réexamen qu'il avait adressées au SDE et au SPOP.
Par courrier du 8 avril 2008, le conseil de Y._ a transmis à X._ SA une copie d'un courrier du SDE du 3 avril 2008 indiquant que l'intéressé était autorisé à exercer une activité lucrative jusqu'à droit connu sur le séjour.
A la suite de ce courrier, X._ SA a réengagé Y._ au 1er avril 2008 et a déposé le 17 avril 2008, une nouvelle demande de permis de séjour avec activité lucrative.
Le 19 mai 2008, le conseil de Y._ a transmis à X._ SA une copie d'une décision incidente rendue le 14 mai 2008 par le juge instructeur de la cour de céans autorisant Y._ à poursuivre son séjour et son activité dans le canton de Vaud jusqu'à ce que la procédure de recours cantonale soit terminée.
Le 24 avril 2009, le SDE a écrit ce qui suit à X._ SA:
"(...) Le Service de la population nous a fait part des renseignements suivants: il semble que la personne mentionnée sous rubrique (réd: Y._) poursuit son activité pour le compte de votre société, malgré le délai de départ fixé au 6 mars 2009 qui lui a été imparti pour quitter la Suisse.
Nous vous prions dès lors de bien vouloir vous déterminer par écrit dans les dix jours sur les faits mentionnés ci-dessus. (...)".
Le 29 avril 2009, X._ SA a licencié pour le 1er mai 2009 Y._ et a adressé ces lignes au SDE le 30 avril 2009:
" (...) Suite à votre courrier du 24 avril 2009, nous vous informons qu'après en avoir pris connaissance, nous avons licencié M. Y._ pour le 1er mai 2009 (cf. copie ci-jointe).
Nous tenons à vous préciser que nous n'étions pas au courant de la décision prise, à savoir que M. Y._ n'était plus autorisé à avoir un emploi au-delà du 06 mars 2009, raison pour laquelle nous n'avons pas pu réagir en temps voulu. (...)"
C. Par décision du 13 mai 2009 adressée à X._ SA, le SDE a rendu le dispositif suivant:
"1. X._ SA, à 1.***********, doit, sous menace de rejet des futures demandes d'admission de travailleurs étrangers pour une durée variant de un à 12 mois, respecter les procédures applicables en cas d'engagement de main d'œuvre étrangère;
2. Un émolument administratif de CHF 250.- lié à la présente sommation est mis à la charge de la société X._ SA, à 1.***********."
Par acte du 2 juin 2009, X._ SA a recouru contre cette décision concluant à son annulation.
L'autorité intimée a conclu au rejet du recours.
Dans le cadre de l'instruction du recours, le SPOP a informé le tribunal que Y._ avait volontairement quitté notre territoire en date du 20 juin 2009.
Les arguments des parties seront repris ci-dessous dans la mesure utile.
La cour de céans a statué à huis clos, après que sa composition a été communiquée aux parties.

Considérant en droit
1. a) Aux termes de l'art. 92 al. 1 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (ci-après: LPA-VD; RSV 173.36), le Tribunal cantonal, soit la Cour de droit administratif et public (CDAP) (art. 27 du Règlement organique du Tribunal cantonal [ROTC; RSV 173.31.1]) connaît des recours contre les décisions et décisions sur recours rendues par les autorités administratives, lorsque la loi ne prévoit aucune autre autorité pour en connaître. Cette autorité est ainsi notamment compétente pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du SDE.
b) D'après l'art. 95 LPA-VD, le recours s'exerce par écrit dans les 30 jours dès la communication de la décision attaquée. Le présent recours a donc été déposé en temps utile. Il satisfait également aux conditions formelles énoncées à l'art. 79 al. 1 LPA-VD, applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD, et 16 al. 3 LPA-VD; il est donc recevable. Par ailleurs, la recourante, en tant que destinataire de la décision attaquée, a manifestement la qualité pour recourir au sens de l'art. 75 al. 1 litt. a LPA-VD, de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2. La Cour de droit administratif et public n'exerce qu'un contrôle en légalité des décisions attaquées, c'est-à-dire examine si la décision entreprise est contraire à une disposition légale ou réglementaire expresse, ou relève d'un excès ou d'un abus du pouvoir d'appréciation (art. 98 al. 1 litt. a LPA-VD). Conformément à la jurisprudence, il y a abus du pouvoir d'appréciation lorsqu'une autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues par la loi, se laisse guider par des considérations non pertinentes ou étrangères au but des dispositions applicables, ou encore lorsqu'elle statue en violation des principes généraux du droit administratif que sont l'interdiction de l'arbitraire, l'égalité de traitement, la bonne foi et la proportionnalité (ATF 116 V 307 consid. 2).
3. La recourante soutient avoir agi en toute bonne foi et avoir pris les décisions adéquates dès qu'elle a été en mesure de le faire, de sorte que la décision attaquée n'a pas lieu d'être.
La SDE soutient quant à lui que la décision d'infraction à la loi sur les étrangers est justifiée dès lors que la recourante a employé Y._ alors qu'il faisait l'objet d'une décision de renvoi définitive et exécutoire et qu'un délai de renvoi lui avait été imparti au 6 mars 2009 pour quitter la Suisse.
a) Aux termes de l'art. 91 al. 1 de loi sur les étrangers du 16 décembre 2005 (ci-après LEtr, RS 142.20), avant d'engager un étranger, l'employer doit s'assurer qu'il est autorisé à exercer une activité lucrative en Suisse en examinant son titre de séjour ou en se renseignant auprès des autorités compétentes.
b) En l'espèce, il est avéré que la recourante a employé un étranger qui ne bénéficiait d'aucun titre de séjour valable depuis le moment où ce dernier a fait l'objet d'une décision de renvoi définitive et exécutoire. Elle ne le nie d'ailleurs pas, mais fait valoir sa bonne foi en ce sens qu'elle ne savait pas que l'intéressé n'était plus autorisé à travailler. Au vu de la configuration du cas d'espèce, on doit bien admettre qu'on ne peut reprocher à la recourante d'avoir employé un étranger sans titre de séjour valable. Elle avait été en effet assurée par le SDE, puis par une décision de justice, que son employé était en droit de travailler. Bien qu'informée que ce droit découlait de procédures administratives relatives au renouvellement d'un permis de séjour en cours, on ne peut en déduire qu'elle avait un devoir de s'informer de l'avancement de ces procédures, cela d'autant plus qu'au jour de l'envoi de l'interpellation du SDE, soit le 24 avril 2009, un peu moins d'un an s'était écoulé depuis qu'elle avait eu connaissance de la décision incidente de la cour de céans. Une procédure de recours pouvant tout à fait s'étendre sur une telle durée, même en police des étrangers, l'inaction de la recourante à se renseigner sur l'avancement de la procédure de recours n'apparaît ainsi pas fautive. A ce propos, on peut encore relever que la recourante a toujours été mise en possession des documents utiles pour gérer le cas de cet employé par le biais du conseil de ce dernier. On peut donc bien imaginer qu'elle s'attendait à ce qu'il la renseigne sur l'issue de la procédure en cours, surtout après l'avoir informée du dépôt de son recours.
Au vu de ce qui précède, la recourante n'a pas violé l'art. 91 al. 1 LEtr puisqu'elle avait engagé Y._ alors qu'il était autorisé à travailler et qu'elle a mis fin à son contrat de travail dès qu'elle a été avertie qu'il n'était plus autorisé à exercer une activité lucrative. La sommation de l'autorité intimée était donc injustifiée et doit être annulée.
4. En conclusion, le recours doit être admis et la décision attaquée annulée.
La recourante ayant obtenu gain de cause, les frais de justice seront laissés à la charge de l'Etat. Il n'y a pas lieu à l'allocation de dépens, la recourante n'étant ni assistée, ni représentée.