Decision ID: d9237ff8-c69d-5f1b-ba1a-d8a20b7f57e2
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a.
B_, né le _ 1960, a été admis au service des soins intensifs [de l'hôpital] G_ le 24 février 2018 après être tombé d'un arbre qu'il était en train d'élaguer. L'accident avait entraîné d'importantes lésions cérébrales et les chances de récupération étaient faibles. B_, après avoir séjourné plusieurs semaines [à] G_, a été transféré à [l'hôpital] H_.
Il résulte d'un certificat médical établi le 12 décembre 2018 par G_ qu'en raison des lésions subies, B_ se trouvait dans un état de veille minimale. Selon les médecins, son état était probablement définitif. En raison de cette situation, il était impossible pour le patient d'assurer la gestion de ses affaires administratives et financières, d'assumer sa propre assistance personnelle, de comprendre une situation d'ordre médical et de prendre des décisions conformes à ses intérêts s'agissant d'un traitement et d'un suivi médical.
B_ n'a laissé aucune directive anticipée.
b.
Le cas de B_ a été signalé au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après: le Tribunal de protection) par G_ le 17 décembre 2018. Sa situation était complexe, notamment en raison d'un conflit entre assurances concernant la prise en charge de l'accident dont il avait été victime. Son fils D_, né le _ 1992, qui s'occupait de ses affaires admini-stratives, devait prendre conseil auprès d'une permanence juridique. En dépit des relances de [l'hôpital] H_, l'épouse et le fils de B_ n'ont remis que le 24 août 2018 à l'assistante sociale de H_ une demande de rente invalidité complétée, mais sans la totalité des justificatifs; celle-ci n'a pu être déposée que le 14 septembre 2018. La famille de la personne concernée était par ailleurs opposée à toute mesure de protection, préférant continuer de gérer elle-même la situation. Le service social de H_ a pu déposer, le
4 octobre 2018, une demande auprès de la commission compétente, afin de trouver un lieu de vie pour B_, en adéquation avec son état. Le
7 novembre 2018, cette commission s'est positionnée en faveur d'un placement au sein d'un EMS. En attendant, B_ a été transféré à [l'hôpital] I_ le 20 novembre 2018. La famille semblait moins opposée au prononcé d'une mesure de protection, à condition que D_ soit nommé curateur de son père. Diverses démarches devaient encore être entreprises, notamment une demande de prestations complémentaires après le prononcé de la décision sur la rente invalidité.
Par décision du 4 janvier 2019, le Tribunal de protection a désigné C_ en qualité de curatrice d'office de B_, son mandat étant limité à le représenter dans la procédure civile pendante devant le Tribunal de protection.
c.
Le Tribunal de protection a tenu une audience le 8 février 2019.
Le Dr J_, de l'Hôpital I_, a expliqué que la prise en charge de B_ était lourde, puisqu'il était dépendant pour tous les actes de la vie quotidienne; la présence de deux infirmières était nécessaire pour la plupart des actes de soins ou d'hygiène. Il était dans l'incapacité de communiquer. La collaboration avec la famille se passait bien et une réunion était organisée une fois par mois.
Selon l'assistante sociale [de] G_, une fois la décision concernant
la rente invalidité rendue, une demande de prestations complémentaires devrait être déposée; cette démarche risquait d'être difficile, la famille étant propriétaire d'un bien immobilier au Portugal. Le conflit entre les assurances pour la prise en charge du sinistre perdurait toujours; la direction financière [de l'hôpital] G_ s'en occupait. Il fallait en outre finaliser les inscriptions de la personne concernée dans un EMS, pour autant qu'un établissement adapté aux besoins particuliers de la personne concernée puisse être trouvé.
D_, employé au service _ [de l'hôpital] G_, a expliqué s'occuper comme il le pouvait des affaires de son père. En ce qui concernait le litige entre les assurances, il avait consulté une association de défense des assurés, K_, qui lui apportait son aide. Il se sentait capable de continuer de gérer les affaires administratives de son père, qui percevait, en l'état, une rente de 1'000 fr. par mois de la SUVA, de sorte que son budget était déficitaire. D_ l'aidait sur le plan financier.
A_, épouse de la personne concernée, a expliqué travailler comme _, pour un salaire d'environ 2'500 fr. par mois. Elle vivait avec son fils D_ et leurs deux salaires cumulés leur permettaient de vivre. Le bien immobilier propriété du couple au Portugal était une petite maison toute simple dans les montagnes.
A l'issue de l'audience, la curatrice de B_ s'en est rapportée à l'appréciation du Tribunal quant au prononcé d'une mesure.
B.
Par ordonnance
DTAE/1627/2019
du 8 février 2019, le Tribunal de protection a institué une curatelle de portée générale en faveur de B_ (chiffre 1 du dispositif), rappelé qu'il est privé de plein droit de l'exercice de ses droits civils (ch. 2), désigné deux intervenants en protection de l'adulte aux fonctions de curateurs, l'un pouvant se substituer à l'autre et leur a confié les tâches suivantes: représenter la personne concernée dans ses rapports avec les tiers, en particulier en matière d'affaires administratives et juridiques et de logement; gérer les revenus et biens de la personne concernée et administrer ses affaires courantes (ch. 3 et 4), désigné D_ aux fonctions de curateur de son père et lui a confié les tâches suivantes: veiller au bien-être social de la personne concernée et la représenter pour tous les actes nécessaires dans ce cadre; veiller à l'état de santé de la personne concernée, mettre en place les soins nécessaires et, en cas d'incapacité de discernement, la représenter dans le domaine médical (ch. 5 et 6), autorisé les curateurs à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée, dans les limites de leur mandat respectif (ch. 7) et laissé les frais judiciaires à la charge de l'Etat (ch. 8).
En ce qui concerne le choix des curateurs, le Tribunal de protection a relevé que B_ se trouvait dans une situation financière et administrative complexe, deux assurances étant par ailleurs en conflit pour la prise en charge de la situation. Il était de surcroît nécessaire de faire expertiser le bien immo-bilier situé au Portugal, voire de le vendre, pour solliciter le versement de prestations complémentaires et trouver un lieu de vie adapté à l'état de santé de la personne concernée. La famille, qui souhaitait que D_ soit désigné curateur, avait rencontré des difficultés pour entreprendre certaines démarches et la vie de tous ses membres avait été affectée par l'accident dont B_ avait été victime. Or, les démarches à entreprendre étaient lourdes et il était nécessaires que les proches en soient déchargés, afin de leur permettre de faire le deuil de leur ancienne vie et d'accompagner B_, sur le plan affectif. Pour ces raisons, il se justifiait de répartir le mandat de curatelle entre le Service de protection de l'adulte d'une part et le fils de l'intéressé d'autre part.
C.
a.
Le 25 avril 2019, A_ a formé recours contre l'ordonnance du 8 février 2019, reçue le 30 mars 2019, dont elle a conclu à l'annulation, à ce qu'il soit dit qu'elle a le pouvoir de représentation de son époux, à ce qu'elle soit nommée curatrice des affaires administratives et financières de son époux et, subsidiairement, à ce que son fils, D_, soit nommé curateur des affaires administratives et financières de son père, toute mesure probatoire utile devant être ordonnée.
La recourante a soutenu que conformément à l'art. 166 CC, elle représentait l'union conjugale pour les besoins courants de la famille. Jusqu'à présent, elle s'était, avec son fils, occupée de tous les domaines administratifs concernant son époux. Le Dr J_, ainsi que l'assistance sociale [de] G_, avaient par ailleurs relevé que la collaboration avec la famille était bonne. Ainsi, la gestion administrative avait été menée avec toute la diligence requise et dans l'intérêt de B_.
b.
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de son ordonnance.
c.
Le Service de protection de l'adulte pour sa part a indiqué que le mandat n'était pas opportun, son intervention n'étant pas de nature à apporter une plus-value. En effet, ce service avait rencontré A_, D_ et un avocat de K_ et avait constaté que la famille avait tout mis en oeuvre pour la défense des intérêts de B_.
d.
D_ a également formulé des observations, déclarant soutenir sa mère dans son recours. Il a allégué s'être, avec sa mère, occupé de toute la gestion administrative et avoir pris toutes les décisions médicales dans l'intérêt de son père. Lorsqu'ils avaient rencontré des difficultés, ils avaient consulté et mandaté K_, laquelle avait, avec leur accord, formé recours auprès de la Chambre des assurances sociales de la Cour de justice contre une décision de la SUVA. D_ ne comprenait pas pourquoi la gestion de la situation financière et administrative de son père n'avait pas été confiée à sa mère, puis-que jusque-là tous deux s'étaient occupés de tout et qu'ils avaient mandaté une fiduciaire, qui tenait la comptabilité "ménagère" et établissait les déclarations d'impôts.
e.
B_, représenté par sa curatrice, a conclu au rejet du recours et à la confirmation de l'ordonnance attaquée; subsidiairement, il a conclu à ce que D_ soit désigné aux fonctions de curateur, expliquant qu'il n'avait jamais été question que ce mandat soit confié à A_.
f.
Par avis du 21 juin 2019, la recourante et les divers intervenants ont été informés de ce que la cause serait mise en délibération à l'issue d'un délai de dix jours.

EN DROIT
1.
1.1.1
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours (art. 450 al. 1 CC) dans les trente jours à compter de la notification de la décision (art. 450b al. 1 CC), auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 53 al. 1 LaCC).
Ont qualité pour recourir: les personnes parties à la procédure, les proches de la personne concernée et les personnes qui ont un intérêt juridique à l'annulation ou à la modification de la décision attaquée (art. 450 al. 2 CC).