Decision ID: 080f9de6-06e8-4f56-8a41-50079d82982d
Year: 2022
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. En date des 5 janvier, 21 avril et 7 août 2022, A. a adressé au Ministère
public de la Confédération (ci-après: MPC), trois plaintes pénales.
La première vise les procureurs généraux B. et C., de même que, « par ana-
logie », les ministères publics genevois et vaudois pour calomnie (art. 174
CP), violation du devoir d’assistance ou d’éducation (art. 219 CP), induire la
justice en erreur (art. 304 CP), entrave à l’action pénale (art. 305 CP) et abus
d’autorité (art. 312 CP; BG.2022.38, act. 1.1).
La seconde plainte concerne l’arrestation provisoire de A. ainsi que la déten-
tion provisoire qui s’en est suivi et vise ainsi les autorités genevoises pour
des actes qui, s’ils étaient avérés, pourraient relever de l’abus d’autorité
(art. 312 CP; BG.2022.33, act. 1.1; dossier MPC SV.22.0549, pièce 1).
Quant à la troisième plainte, celle-ci est dirigée contre le Pouvoir judiciaire et
l’Etat de Genève pour des actes susceptibles de relever d’abus d’autorité
(art. 312 CP; BG.2022.36, act. 1.1).
B. Par courriers des 24 mars, 5 mai et 15 août, le MPC a transmis les plaintes
pénales précitées au Ministère public de la République et canton de Genève
(ci-après: MP-GE) lui demandant de prendre position concernant une éven-
tuelle reprise de la procédure, dès lors qu’au vu des faits dénoncés la com-
pétence des autorités genevoises paraissait acquise (BG.2022.33,
BG.2022.36 et BG.2022.38, act. 1.1; v. ég. dossier MPC SV.22.0549,
pièce 2).
C. Le MP-GE a accepté sa compétence par courriers des 3 et 24 mai 2022 ainsi
que du 15 août 2022 (BG.2022.33, BG.2022.36 et BG.2022.38, act. 1.1;
v. ég. dossier MP-GE P/11369/2022, acceptation immédiate du for du
24.05.2022; dossier MPC SV.22.0549, pièce 3).
D. Faisant suite aux contestations formulées par A. le 4 juillet 2022 ainsi que
les 6 et 26 septembre 2022 s’agissant de la fixation du for à Genève, le MP-
GE a, en dates des 30 août, 30 septembre et 19 octobre 2022, rendu trois
ordonnances de fixation du for, par lesquelles il confirmait la reprise des pro-
cédures ainsi que sa compétence pour instruire les faits exposés dans les
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trois plaintes pénales susmentionnées (BG.2022.33, BG.2022.36 et
BG.2022.38, act. 1.1).
E. Le 10 septembre 2022 ainsi que les 10 et 26 octobre 2022, A. a interjeté trois
recours contre les ordonnances précitées par devant la Cour des plaintes du
Tribunal pénal fédéral (ci-après: la Cour). En substance, elle conclut, à titre
principal, à leur annulation et à ce que les autorités fédérales soient décla-
rées compétentes pour instruire les faits dénoncés dans le cadre de ses
plaintes pénales des 5 janvier, 21 avril et 7 août 2022. Elle requiert en outre
que l’audition d’un certain nombre de personne soit ordonnée (BG.2022.33,
BG.2022.36 et BG.2022.38, act. 1). Dans le cadre de ses mémoires de re-
cours des 10 septembre et 10 octobre 2022, elle conclut, subsidiairement, à
ce que les causes soient transmises aux autorités vaudoises (BG.2022.33,
act. 1, p. 2 s. et BG.2022.36, act. 1, p. 2).
F. Invité à se déterminer dans le cadre de la procédure BG.2022.33, le MPC a,
par courrier du 16 septembre 2022, informé la présente Cour ne pas avoir
d’observations à formuler (BG.2022.33, act. 3).
Quant au MP-GE, il a répondu en date du 26 septembre 2022, concluant au
rejet du recours (BG.2022.33, act. 4).

La Cour considère en droit:
1.
1.1 L'autorité pénale saisie vérifie d'office sa compétence et, le cas échéant,
transmet l'affaire à l'autorité compétente (art. 39 al. 1 du Code de procédure
pénale suisse, du 5 octobre 2007 [CPP; RS 312.0]). Lorsque plusieurs auto-
rités paraissent compétentes à raison du lieu, les ministères publics concer-
nés se communiquent sans délai les éléments essentiels de l'affaire et s'en-
tendent aussi vite que possible sur le for (art. 39 al. 2 CPP).
1.2 En vertu de l’art. 41 al. 1 CPP, lorsqu'une partie entend contester la compé-
tence de l'autorité en charge de la procédure pénale, elle doit immédiatement
demander à cette dernière de transmettre l'affaire à l'autorité pénale compé-
tente. L'autorité en charge doit alors mettre en œuvre un échange de vues
avec le canton concerné, ou rendre directement une décision confirmant sa
propre compétence (TPF 2013 179 consid. 1.1). En d’autres termes, la
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partie, qui entend contester la compétence de l’autorité en charge de la pro-
cédure pénale, doit s’en prévaloir en premier lieu auprès de cette autorité.
1.3 En présence d'une décision formelle, les parties peuvent attaquer dans les
dix jours, devant la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral, l'attribution
du for décidée par les ministères publics concernés (art. 41 al. 2 CPP en lien
avec les art. 40 al. 2 CPP et 37 al. 1 LOAP; v. ég. SCHMID/JOSITSCH, Praxis-
kommentar, 3e éd. 2018, n. 3 ad art. 41 CPP; BOUVERAT, Commentaire ro-
mand, 2e éd. 2019, n. 4 ad art. 41 CPP).
L’art. 41 al. 2 CPP aménage une voie de recours permettant aux parties de
soumettre à l'autorité compétente – soit la Cour de céans lorsque se pose la
question de la compétence intercantonale (art. 40 al. 2 CPP en lien avec
l'art. 37 al. 1 de la loi fédérale sur l'organisation des autorités pénales de la
Confédération du 19 mars 2010 [LOAP; RS 173.71]) – l'attribution du for dé-
cidée par les ministères publics concernés. Cette règle découle de l'art. 30
al. 1 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse, du 18 avril 1999
(Cst.; RS 101), qui garantit le droit d'être jugé par un tribunal compétent.
L'exercice de ce droit suppose en effet que les parties disposent, à une re-
prise au moins, de la faculté de soumettre à une autorité de recours toute
décision d'un ministère public en matière de compétence ou de for (BOUVE-
RAT, op. cit., ibidem).
Lorsqu'il s'agit de déterminer qui du MPC ou des autorités pénales des can-
tons est compétent (art. 22 ss CPP), l'autorité de céans statue selon les
règles que la loi et la jurisprudence ont fixées pour la résolution des conflits
de for intercantonaux (SCHWERI/BÄNZIGER, Interkantonale Ge-
richtsstandsbestimmung in Strafsachen, 2e éd. 2004, n. 419 et le renvoi à
l'ATF 128 IV 225 consid. 2.3; v. également TPF 2011 170 consid. 1.1 et arrêt
du Tribunal pénal fédéral BG.2009.20 du 28 septembre 2009 consid. 1.1).
1.4 Interjetés dans le délai légal de 10 jours par la partie plaignante, les recours
du 10 septembre 2022 ainsi que des 10 et 26 octobre 2022 contre les ordon-
nances de fixation du for rendues par le MP-GE les 30 août, 30 septembre
et 19 octobre 2022 sont recevables et il y a lieu d’entrer en matière.
S’agissant en revanche de la conclusion subsidiaire de l’intéressée tendant
à ce que le Ministère public du canton de Vaud soit déclaré compétant pour
instruire la cause (BG.2022.33, act. 1, p. 2 s. et BG.2022.36, act. 1, p. 2), les
recours doivent sur ce point être déclarés irrecevables (v. décisions du Tri-
bunal pénal fédéral BG.2020.2 du 22 janvier 2020 consid. 2.2 et les réf. ci-
tées). En effet et conformément aux considérations développées supra
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(v. consid. 1.2), il s’agit là de nouvelles contestations de for qui doivent pré-
alablement être traitées par le Ministère public.
Il convient également de déclarer l’irrecevabilité des conclusions relatives à
l’exécution d’actes d’instruction (BG.2022.33, BG.2022.36 et BG.2022.38,
act. 1, p. 2), lesquelles ne relèvent pas de la compétence de la Cour de céans
et ne peuvent, au demeurant, être examinées dans le cadre d’une procédure
en fixation du for.
2.
2.1 Si des raisons objectives le justifient, le ministère public et les tribunaux peu-
vent ordonner la jonction ou la disjonction de procédures pénales (art. 30
CPP).
2.2 En l'espèce, les trois recours reposent sur le même complexe de faits. En
outre, la recourante invoque des arguments, respectivement, formule des
conclusions quasi identiques, sans faire valoir d'intérêts contradictoires qui
commanderaient un prononcé séparé.
2.3 L'économie de procédure justifie par conséquent de joindre les causes
BG.2022.33, BG.2022.36 et BG.2022.38, de même que celles relatives aux
procédures secondaires BP.2022.60, BP.2022.64 et BP.2022.69, et de les
traiter dans une seule et même décision.
3. La recourante requiert que la compétence pour instruire la cause soit donnée
au MPC (v. BG.2022.33, BG.2022.36 et BG.2022.38, act. 1).
3.1 En vertu de l'art. 22 CPP, les autorités pénales cantonales disposent d'une
compétence de principe puisqu'elles sont compétentes pour la poursuite et
le jugement des infractions prévues par le droit fédéral, sous réserve des
exceptions figurant aux art. 23 et 24 CPP.
3.2 A la lecture des mémoires de recours, la Cour de céans constate que l’argu-
mentation est confuse et sans pertinence pour la procédure de fixation du
for. La recourante n’indique par ailleurs pas quelle disposition des art. 23 ou
24 CPP, justifiant la poursuite par le MPC des infractions dénoncées, serait
applicable au cas d'espèce. Dans ses courriers du 4 juillet 2022 ainsi que
des 6 et 26 septembre 2022, par lesquels elle contestait le for genevois au-
près de l’autorité concernée, la recourante se contente en substance d’éle-
ver des reproches quant au fonctionnement de la justice genevoise
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(v. BG.2022.33, BG.2022.36 et BG.2022.38, act. 1.1; ég. dossier MP-GE
P/11369/2022, courriers du 4 juillet 2022).
3.3 Dans la mesure où la recourante prétend à l’application de dispositions pé-
nales qui ne relèvent pas de la compétence fédérale au sens des art. 23 s.
CPP (v. supra, lit. A.) et que les abus d’autorité (art. 312 CP) dénoncés au-
raient été commis par un procureur général ainsi que, plus généralement,
par les autorités judiciaires et étatiques genevoises et non par un membre
des autorités fédérales ou un employé de la Confédération, force est de
constater que les procédures pénales en cause ne sont pas du ressort de la
juridiction fédérale mais bien des autorités de poursuite et de jugement ge-
nevoises.
4. Au vu de ce qui précède, les recours doivent être rejetés dans la mesure de
leur recevabilité.
Les recours étant manifestement mal fondés, la Cour de céans a renoncé à
poursuivre, respectivement, à procéder à un échange d’écritures (art. 390
al. 2 CPP a contrario).
5. La recourante demande à être mise au bénéfice de l’assistance judiciaire
gratuite et à ce qu’un défenseur gratuit lui soit désigné (BP.2022.60,
BP.2022.64 et BP.2022.69).
5.1 Conformément à l’art. 29 al. 3 Cst., toute personne qui ne dispose pas de
ressources suffisantes a droit, à moins que sa cause paraisse dépourvue de
toute chance de succès, à l’assistance judiciaire gratuite (1re phr.). Elle a en
outre droit à l’assistance gratuite d’un défenseur, dans la mesure où la sau-
vegarde de ses droits le requiert (art. 29 al. 3, 2e phr. Cst.).
5.2 En l’espèce et au vu des développements qui précèdent, les recours étaient
dépourvus de chance de succès de sorte que les demandes d’assistance
judiciaire doivent être rejetées dans leur ensemble. Il sera néanmoins tenu
compte de la situation financière de la recourante dans la fixation des frais.
6.
6.1 Selon les termes de l’art. 428 al. 1, 1re phr. CPP, les frais de la procédure de
recours sont mis à la charge des parties dans la mesure où elles ont obtenu
gain de cause ou succombé. La partie dont le recours est irrecevable est
également considérée avoir succombé (2e phr.).
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6.2 En tant que partie qui succombe, la recourante doit supporter les frais de la
présente procédure de recours, qui se limitent en l'espèce à un émolument
fixé au minimum légal de CHF 200.-- (v. art. 73 al. 2 et 3 LOAP; art. 5 et 8
al. 1 du règlement du 31 août 2010 du Tribunal pénal fédéral sur les frais,
émoluments, dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale [RFPPF;
RS 173.713.162]).
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