Decision ID: 7f870424-1317-4e62-90dd-ad97bf996ddf
Year: 2004
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. Agissant pour le compte de l'entreprise X._ SA (ci-après l'entreprise), la société fiduciaire Y._ SA (ci-après: la fiduciaire) a adressé au Service de l'emploi, par pli du 19 novembre 2003, un avis d'interruption de travail pour cause d'intempéries concernant le mois d'octobre 2003 afin d'obtenir, pour onze jours de ce mois, des indemnités de chômage pour sept travailleurs de l'entreprise.
Par courrier du 24 novembre 2003, le Service de l'emploi a invité la fiduciaire à se justifier quant au caractère tardif de l'envoi de la formule d'avis d'interruption, la rendant attentive au fait que ledit formulaire lui avait été adressé avec quatorze jours de retard, respectivement que l'avis aurait dû lui être adressé au plus tard le cinquième jour du mois civil suivant celui pour lequel les indemnités étaient réclamées, soit en l'occurrence au plus au plus tard le 5 novembre 2003. La fiduciaire répondit par lettre du 28 novembre suivant, arguant en substance, d'une part que son seul collaborateur formé en ce domaine avait adressé la formule litigieuse dès son retour d'une absence professionnelle, d'autre part qu'il n'y avait pas à sanctionner sa mandante, entreprise de petite taille qui n'avait pas les moyens d'engager elle-même du personnel administratif.
B. Par décision du 1er décembre 2003, confirmée sur opposition de la fiduciaire par décision du 28 mars 2004, le Service de l'emploi a refusé d'entrer en matière sur la demande d'indemnité présentée pour le mois d'octobre 2003, retenant en substance que, ni un manque d'organisation de la fiduciaire, ni une erreur commise quant à l'interprétation de dispositions légales figurant au recto du formulaire litigieux ne pouvait constituer un motif de restitution du délai légal.
Agissant pour l'entreprise, la fiduciaire a déféré cette décision sur opposition devant le tribunal de céans par acte du 4 mai 2004 et conclu à son annulation, faisant en résumé valoir les mêmes arguments que ceux précédemment soulevés. Dans sa réponse au recours du 17 mai 2004, l'autorité intimée s'en est remise à justice.
Les arguments des parties seront repris ci-après dans la mesure utile.

Considérant en droit:
1. Déposé dans le délai de trente jours fixé par l'art. 60 LPGA, le recours, formé en temps utile, répond également aux conditions de forme prévues à l'art. 61 LPGA, dispositions applicables par renvoi de l'art. 101 de la loi fédérale du 25 juin 1982 dans sa nouvelle teneur au 1er juillet 2003 (ci-après: LACI).
2. a) Selon l'art. 42 al. 1 LACI, les travailleurs qui exercent leur activité dans des branches où les interruptions de travail sont fréquentes en raison des conditions météorologiques ont droit à l'indemnité en cas d'intempéries lorsqu'ils sont tenus de cotiser à l'assurance ou qu'ils n'ont pas encore atteint l'âge minimum de l'assujettissement aux cotisations AVS (let.a) et qu'ils subissent une perte de travail à prendre en considération (let.b). A teneur de l'art. 43 al. 1er lit c LACI, cette perte de travail n'est prise en considération que pour autant qu'elle soit annoncée par l'employeur conformément aux règles prescrites, l'art. 45 al. 1er LACI conférant au Conseil fédéral la compétence de régler la procédure d'avis de l'interruption.
A cet égard, l'art. 69 al. 1er de l'ordonnance sur l'assurance-chômage (OACI) dispose que l'employeur est tenu d'aviser l'autorité cantonale, "au moyen de la formule du seco, de la perte de travail due aux intempéries, au plus tard le cinquième jour du mois civil suivant", l'alinéa second prévoyant que lorsque l'employeur a communiqué avec retard, sans raison valable, la perte de travail due aux intempéries, le début du droit à l'indemnité est repoussé d'autant.
b) Ainsi, l'annonce de la perte de travail constitue-t-elle une condition formelle du droit à l'indemnité, ce qui confère au délai fixé pour aviser l'autorité la qualité de délai de péremption ou de déchéance (DTA 1988, no 14, p. 53, 1993/94, no 20, p. 150; Tribunal administratif, arrêts PS 1998/0028 du 31 mars 1998, PS 2002/0027 du 4 septembre 2002).
En principe, de tels délais ne sont pas susceptibles d'être suspendus, interrompus ou restitués (ATF 113 V 69 consid.1c et les références citées; André Grisel, Traité de droit administratif, II, p. 663). S'agissant de l'exercice du droit aux indemnités de chômage, de réduction de l'horaire de travail ou d'intempéries, un délai manqué peut toutefois être restitué lorsque l'intéressé peut se prévaloir d'un motif valable de retard (DTA 1988, no 17, p. 125). La jurisprudence admet ainsi qu'un délai peut être restitué, non seulement lorsque la partie se trouve objectivement dans l'impossibilité de faire valoir ses droits, mais également lorsque sa passivité paraît excusable, notamment en raison de renseignements erronés donnés par l'autorité (ATF 114 V 123 consid. 3b, 105 Ib 161). La jurisprudence a cependant précisé que, contrairement à une maladie ou un accident, une surcharge de travail ou une méconnaissance du droit ne saurait constituer un motif justifiant la restitution d'un délai (ATF 110 V 343 consid. 3, 216 consid. 4; DTA 1988 no 17, précité; Tribunal administratif, arrêt PS 1996/0136 du 19 mars 1997).
3. a) En l'espèce, portant sur le mois d'octobre 2003, l'avis litigieux a été produit le 19 novembre 2003, soit avec 14 jours de retard, de sorte que l'autorité intimée a à juste titre tenu le délai de l'art. 69 al. 2 OACI pour échu.
b) Force est ensuite de constater que le représentant de la recourante n'invoque aucune circonstance propre à excuser son retard. Se prévalant d'une part de problèmes d'organisation du travail au sein de son entreprise en soutenant qu'il n'avait pu disposer du personnel compétent suffisant avant l'échéance du délai, d'autre part d'une méconnaissance du droit en plaidant une confusion entre le délai de cinq jours litigieux et celui de trois mois pour revendiquer l'indemnité, il invoque deux motifs pour lesquels la jurisprudence rappelée ci-dessus exclut précisément qu'un délai puisse être restitué.
c) Enfin, le droit à l'indemnité pour intempéries devant être reporté du nombre de jours correspondant au retard (art. 69 al. 2 OACI) - sous réserve encore du délai d'attente prévu aux art. 43 al. 3 LACI et 67a OACI -, force est de constater que les onze jours d'interruption de travail invoqués par l'entreprise se trouvent compris dans les 14 jours civils de retard dont il est question, de sorte que l'autorité était fondée à dénier tout droit à l'indemnité pour la période de décompte litigieuse.
3. Des considérants qui précèdent, il résulte que la décision attaquée doit être confirmée et le recours rejeté en conséquence, sans frais ni allocation de dépens (art. 61 lit. a et g LPGA).