Decision ID: 0ab77832-3948-56b8-8ee9-1dfcc701fb60
Year: 2008
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1. Monsieur M_, né en _, domicilié chemin C_, X_, est propriétaire du chien D_ de race Rottweiler croisé, femelle, né le Y_, n° RID V_, caudectomisé (queue coupée).
2. L’enregistrement de D_ a été refusé par la banque de données « Animal Identify Service S.A. » (ci-après : ANIS), au motif que le chien avait été caudectomisé et que par conséquent son importation en Suisse était illégale.
3. Le 20 juin 2008, le service de la consommation et des affaires vétérinaires (ci-après : SCAV) a prononcé le séquestre provisoire de D_ et convoqué M. M_ pour une entrevue fixée au 26 juin 2008.
4. Entendu au SCAV, M. M_ a déclaré avoir acquis D_ auprès d’un particulier à Ambilly courant 2003, pour le prix de € 800.-. Le chien était alors âgé de trois mois. Sur les papiers il était inscrit sous Rottweiler, mais en fait il s’agissait d’un croisé.
Il avait pris contact avec ANIS afin d’enregistrer son chien mais on lui avait indiqué que cela n’était pas possible car il avait la queue coupée. En revanche, il avait acquis la médaille 2007 auprès de la caisse de l’Etat.
Il s’engageait à exporter le chien immédiatement en France, tout en précisant qu’il ferait recours à la décision d’expulsion.
5. Par décision du 26 juin 2008, déclarée exécutoire nonobstant recours, le SCAV a ordonné à M. M_ de faire quitter immédiatement le territoire genevois au chien D_ et interdit à celui-là de réimporter le chien sur le territoire genevois.
6. M. M_ a saisi le Tribunal administratif d’un recours contre la décision précitée par acte du 7 juillet 2008.
Il conclut préalablement à la restitution de l’effet suspensif et sur le fond, à l’annulation de la décision querellée.
7. Dans sa réponse du 25 juillet 2008, le SCAV s’est opposé à la restitution de l’effet suspensif au recours, au motif que la mesure de renvoi du chien avait été dictée par des motifs de sécurité publique.

EN DROIT
1. Interjeté en temps utile devant la juridiction compétente, le recours paraît recevable (art. 56A de la loi sur l’organisation judiciaire du 22 novembre 1941 - LOJ -
E 2 05
; art. 63 al. 1 let. a de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 - LPA -
E 5 10
).
2. Sauf disposition légale contraire, le recours a effet suspensif, à moins que l’autorité ayant pris la décision n’en ait ordonné l’exécution nonobstant recours (art. 66 al. 1 LPA), ce qui est le cas en l’espèce.
3. Toutefois, lorsqu’aucun intérêt public ou privé prépondérant ne s’y oppose, la juridiction de recours peut, sur la demande de la partie dont les intérêts sont gravement menacés, retirer ou restituer l’effet suspensif (art. 66 al. 2 LPA).
4. L’article 66 alinéa 2 LPA exige donc en principe une pesée des intérêts du recourant à la restitution de l’effet suspensif et de l’administration à l’exécution immédiate de la décision attaquée.
5. Selon la législation fédérale, l’importation et la détention en Suisse de chiens ayant subi une caudectomie sont interdits (art. 78 al. 3 de l’ordonnance fédérale concernant l’importation, le transit et l’exportation d’animaux et de produits animaux du 20 avril 1988 en vigueur à l’époque de l’acquisition du chien - OIT -
RS 916.443.11
; art. 66 al. 1 lettre i et 66b al. 1 de l’ordonnance fédérale sur la protection des animaux du 27 mai 1981 (OPAn -
RS 455.1
).
En l’espèce, il est établi que D_ a la queue coupée.
6. Selon l’article 30 alinéa 1 de la loi sur épizooties du 1
er
juillet 1966 (LFE - RS - 916.40) et l’ordonnance d’exécution y relative, les chiens doivent être identifiés et enregistrés dans une banque de données et tout changement d’adresse ou de détenteur doit être annoncé dans les dix jours.
En l’espèce, il est établi que D_ n’a pas été identifiée, ni enregistrée dans une banque de données.
7. D_ est de race Rottweiler : il est donc un chien potentiellement dangereux au sens de la législation cantonale (art. 2A al. 1 de la loi genevoise sur les conditions d’élevage, d’éducation et de détention des chiens du 1
er
octobre 2003 (LChiens -
M 3 45
; art. 27 al. 2 lettre k du règlement d’application de la loi sur les conditions d’élevage, d’éducation et de détention des chiens du 17 décembre 2007 - Rchiens -
M 3 45.01
).
L’importation, la détention, la reproduction et l’élevage de chiens potentiellement dangereux sont régis par le règlement d’exécution sur l’interdiction des chiens dangereux du 23 avril 2008 (RIChD -
M 3 45.05
).
Il est établi qu’en l’espèce, l’importation et la détention du chien D_ par M. M_ ne respectent aucune des conditions fixées dans la législation en la matière. En particulier, l’acquisition de D_ n’a fait l’objet d’aucune autorisation du département, pas plus que sa détention. Le maintien de cet animal sur le territoire de la Confédération helvétique est illégal, aussi bien eu égard au droit fédéral qu’au doit cantonal.
8. Les dispositions légales précitées ont été édictées dans le but de garantir la sécurité publique. La seule mesure permettant le respect desdites prescriptions est que D_ soit renvoyée du territoire suisse. Cet intérêt public est prépondérant face à l’intérêt privé du recourant.
Il se justifie donc de refuser la restitution de l’effet suspensif au recours.
9. Le sort des frais de procédure sera réservé jusqu’à droit jugé au fond