Decision ID: bb6f529a-7b73-5875-bcc0-cdbb6306070c
Year: 2014
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_004
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
A.
Par jugement du 22 mai 2013, expédié pour notification aux parties le 29 mai 2013, le Tribunal des baux et loyers a constaté le défaut de légitimation passive de la MASSE EN FAILLITE DE D_ en liquidation (ch. 1), a débouté A_ des fins de sa demande (ch. 2), a condamné A_ à évacuer l'appartement de 6,5 pièces au 8
ème
étage ainsi que l'attique et la terrasse au 9
ème
étage de l'immeuble sis 1_ à Genève (ch. 3), a débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 4), a dit que la procédure était gratuite (ch. 5) et a indiqué les voies de droit (ch. 6).
En substance, les premiers juges ont retenu que, le bail ayant été valablement résilié en date du 7 septembre 2009 et la prolongation de bail au 31 décembre 2011 ayant pris fin, A_ ne disposait plus d'aucun titre juridique l'autorisant à rester dans les locaux des bailleurs; dès lors, le Tribunal ne pouvait que faire droit à la demande de ceux-ci et prononcer l'évacuation de la locataire.
B. a.
Par acte envoyé par pli postal le 28 juin 2013, au greffe de la Cour de justice, A_ (ci-après : l'appelante) forme appel contre ce jugement dont elle sollicite l'annulation.
Elle conclut principalement à ce que soit ordonnée la jonction avec la requête en réduction de loyer (C/26376/2011) pendante devant le Tribunal des baux et loyers et subsidiairement que soit constatée "l'inefficacité, soit la nullité du congé du 28 octobre 2011", fixé le loyer à dire de justice dès le 1
er
octobre 2008, dit que l'exécution du jugement
JTBL/459/2011
interviendra au printemps 2014 et annulé le congé donné le 28 octobre 2011. Dans le corps de son acte, elle requiert la suspension de la procédure.
b.
Dans leur réponse du 18 juillet 2013, B_ et C_ (ci-après : les intimés) concluent à l'irrecevabilité de l'appel et subsidiairement au déboutement de l'appelante de toutes ses conclusions.
c.
Les parties ont été avisées le 8 août 2013 de la mise en délibération de la cause.
C.
Les éléments suivants résultent de la procédure :
a.
Le 10 octobre 1996, A_ et E_, actionnaire-locataire de D_, ont conclu un contrat de bail à loyer portant sur la location du lot _, comprenant un appartement de 5,5 pièces au 7
ème
étage, un appartement de 6,5 pièces au 8
ème
étage, une pièce en attique au 9
ème
étage, avec comme dépendances, deux locaux au rez-de-chaussée de l'immeuble 1_ à Genève.
Le bail a été conclu pour une durée d'une année, du 1
er
novembre 1996 au 31 octobre 1997, renouvelable d'année en année, sauf congé reçu trois mois avant l'échéance.
Le loyer initial a été fixé à 24'840 fr. par année, frais accessoires non compris.
b.
Selon le procès-verbal de conciliation du 3 novembre 2004, à partir du 1
er
juillet 1997, D_ s'est substitué à E_ dans les rapports entre celui-ci et la locataire.
c.
Par avis du 7 septembre 2009, le bail de la locataire a été résilié pour le 30 juin 2010.
d.
Par jugement du 7 novembre 2011, le Tribunal des baux et loyers a accordé à la locataire une prolongation de bail échéant au 31 décembre 2011.
Par arrêt du 3 décembre 2012, la Chambre des baux et loyers a confirmé le jugement du Tribunal des baux et loyers du 7 novembre 2011.
Par arrêt du 2 avril 2013, le Tribunal fédéral a rejeté le recours déposé par la locataire contre l’arrêt de la Chambre des baux et loyers du 3 décembre 2012.
e.
Le 18 avril 2011, B_ et C_ ont fait l'acquisition de l'appartement de 6,5 pièces au 8
ème
étage ainsi que de la pièce en attique au 9
ème
étage.
La présente procédure ne porte plus que sur ces locaux.
f.
Le loyer a été porté en dernier lieu à 1646 fr. 45, charges comprises.
g.
Par avis comminatoire du 21 septembre 2011, les bailleurs ont mis en demeure la locataire de leur régler dans les trente jours le montant de 7'216 fr. 20 (sous déduction d'un acompte de 1'016 fr. 05) en l'informant de leur intention de résilier le bail à défaut de paiement intégral de la somme réclamée et dans le délai imparti, conformément à l'art. 257d CO.
h.
Les bailleurs ont résilié le bail par avis officiel du 28 octobre 2011 pour le 31 décembre 2011, considérant que la somme n'avait pas été réglée dans le délai imparti.
i.
La locataire a contesté le congé du 28 octobre 2011 par requête du 9 décembre 2011 adressée à la Commission de conciliation en matière de baux et loyers, et dirigée tant contre la MASSE EN FAILLITE DE D_, en liquidation, que contre B_ et C_.
j.
Déclarée non conciliée en date du 4 avril 2012, la cause a été portée devant le Tribunal des baux et loyers le 3 mai 2012.
k.
Dans leur réponse du 2 juillet 2012, les bailleurs ont conclu à l'irrecevabilité de la demande, au déboutement de la locataire et, reconventionnellement, à son évacuation des locaux litigieux en raison de l’échéance du bail au 31 décembre 2011.
D.
L'argumentation juridique des parties sera examinée dans la mesure utile à la solution du litige.

EN DROIT
1.
1.1
L'appel est recevable contre les décisions finales et les décisions incidentes de première instance (art. 308 al. 1 let. a CPC).
Dans les affaires patrimoniales, l'appel est recevable si la valeur litigieuse au dernier état des conclusions et de 10'000 fr. au moins (art. 308 al. 2 CPC).
1.2
Dans une contestation portant sur la validité d'une résiliation de bail, la valeur litigieuse est égale au loyer de la période minimum pendant laquelle le contrat subsiste si la résiliation n'est pas valable, période qui s'étend jusqu'à la date pour laquelle un nouveau congé peut être donné; il faut prendre ici en considération la période de protection de trois ans dès la fin de la procédure judiciaire qui est prévue à l'art. 271a al. 1 lit. e CO (ATF
136 III 196
consid. 1.1.; ATF
137 III 389
consid. 1.1;
4A_367/2010
du 4.10.2010 consid. 1.1;
4A_127/2008
du 2.6.2008 consid. 1.1;
4A_516/2007
du 6.3.2008 consid. 1.1).
1.3
Le loyer annuel s'élève à 19'757 fr. 40, charges comprises, de sorte que la valeur litigieuse de 10'000 fr. est manifestement atteinte.
1.4
Selon l'art. 243 al. 2 let. c CPC, la procédure simplifiée s'applique aux litiges portant sur des baux à loyer d'habitation et des locaux commerciaux en ce qui concerne la protection contre les congés ou la prolongation du bail à loyer.
2. 2.1
L'appel a été interjeté dans le délai et suivant la forme prescrite par la loi (art. 130, 131, 311 al. 1 CPC); il est ainsi recevable à la forme.
En revanche, la conclusion nouvelle formulée par l'appelante, à savoir celle tendant à ce que l'exécution du jugement
JTBL/459/2011
intervienne au printemps 2014, est irrecevable, car même à considérer qu'elle présente un lien de connexité avec l'objet de l'appel, elle ne repose pas sur un fait ou moyen de preuve nouveau (art. 317 al. 2 let. b CPC).
2.2
Constatant que le bail avait définitivement pris fin le 31 décembre 2011, le Tribunal des baux et loyers a condamné la locataire à évacuer les locaux qu'elle occupe dans l'immeuble 1_ à Genève.
L'appelante ne critique en rien cette décision, de sorte que son appel ne peut qu'être rejeté.
En effet, elle passe sous silence le fait que son évacuation a été prononcée sur la base de l'expiration de la prolongation de bail octroyée au 31 décembre 2011 et non pas sur la base du congé pour défaut de paiement notifié le 28 octobre 2011.
Le seul fait que la durée de la prolongation a été dépassée suffit à justifier l'évacuation de la locataire.
Dès lors, les arguments soulevés par cette dernière contre la résiliation de bail pour défaut de paiement ne sont d'aucune pertinence.
Ainsi, contrairement à la thèse de l'appelante, la Cour considère que le Tribunal n'a ni violé le principe de l'interdiction du déni de justice, ni l'art. 257 d CO.
Ce faisant, le Tribunal n'a pas plus agi de façon arbitraire.
S'agissant enfin de la demande de suspension de la procédure jusqu'à droit jugé sur celle relative à la réduction de loyer (référencée C/26376/2011), ou de la demande de jonction avec cette procédure (la partie "En droit" et les conclusions de l'appelante n'étant pas concordantes sur ce point), il y a lieu de les rejeter, l'issue de la présente procédure ne dépendant pas de la procédure C/26376/2011, relative à la réduction de loyer.
3.
A teneur de l'art. 22 al. 1 LaCC, il n'est pas prélevé de frais dans les causes soumises à la juridiction des baux et loyers, étant rappelé que l'art. 116 al. 1 CPC autorise les cantons à prévoir des dispenses de frais dans d'autres litiges que ceux visés à l'art. 114 CPC (arrêt du Tribunal fédéral
4A_607/2012
du 21 février 2013 consid. 2.6).
* * * * *