Decision ID: 8d6268d6-1c0c-5597-950a-3f421daf4e73
Year: 2012
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_014
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: social_law

EN FAIT
1. Monsieur M_, né en 1960, est assuré auprès de EASYSANA pour le risque maladie. Il a également contracté une assurance privée prévoyant le versement d'un capital en cas de décès ou d'invalidité par suite de maladie ainsi qu'une extension de l'assurance-maladie pour l'étranger. Ses primes mensuelles LaMal se sont élevées en 2010 à 274 fr. 65 et en 2011 à 321 fr. Celles soumises à la LCA se sont montées en 2010 à 29 fr. 20 et en 2011 à 42 fr. par mois.![endif]>![if>
2. A la suite de deux rappels pour non paiement des primes du mois d'août 2010, indiquant qu'en cas de non paiement dans le délai comminatoire d'un mois, une procédure de recouvrement serait engagée et la suspension, voire la résiliation du contrat LCA étaient envisagées. Les frais de rappel ont été de 10 fr., ceux de sommation de 30 fr.![endif]>![if>
3. Des rappels et sommation ont également été adressés pour les primes impayées de septembre 2010 à mars 2011. Par ailleurs, l'assuré ne s'est également pas acquitté d'une participation de frais médicaux de 57 fr. 05 à sa charge.![endif]>![if>
4. Selon une quittance postale du 31 janvier 2012, l'assuré a versé la somme de 2'569 fr. 10 à l'assurance. La recherche postale effectuée par la Poste n'a cependant pas permis de retrouver ce paiement, qui n'a pas été crédité sur le compte de l'assurance. Par courriel du 17 mai 2011, les services de la Poste ont ainsi demandé à l'assurance d'accorder un délai supplémentaire de 10 jours à l'assuré.![endif]>![if>
5. Le 20 mai 2011, l'assurance a fixé au débiteur un ultime délai au 3 juin 2011 pour s'acquitter des sommes dues.![endif]>![if>
6. Le 14 juin 2011, l'assureur a requis une poursuite pour la somme de 1'576 fr. 30 avec intérêts à 5%, composée de 1'339 fr. 25 à titre de primes LaMal impayées, de 180 fr. de primes LCA, de 57 fr. 05 de participation aux frais médicaux, ainsi que pour les montants de 180 fr. à titre de frais de sommation et 120 fr. à titre de frais d'ouverture de dossiers. Une seconde poursuite a été requise pour les primes 2011, soit de 950 fr. 85 pour les primes LaMal et de 126 fr. pour les primes LCA.![endif]>![if>
7. Par décisions du 28 novembre 2011, l'assurance a levé les oppositions formées aux poursuites (n° 11 756815 C et 11 756816 B) notifiées le 2 août 2011, indiquant pour le surplus renoncer à la perception des primes LCA.![endif]>![if>
8. Le 10 février 2012, ESAYSANA a rejeté l'opposition de l'assuré contre ses décisions du 28 novembre 2011. Elle a tenu compte du paiement de 316 fr. 95 intervenu le 12 janvier 2012. Les montants dus s'élevaient pour 2010 à 1'769 fr. 30 et pour 2011 à 916 fr., frais de poursuites de 73 fr. inclus.![endif]>![if>
9. Par acte déposé au greffe de la Cour de justice le 12 mars 2012, l'assuré recourt contre ces décisions. Il expose s'être acquitté de la somme de 2'569 fr. 10 le 31 janvier 2011 par un virement postal. Malgré ses recherches effectuées auprès de la Poste, celle-ci ne retrouvait pas le paiement dans ses archives. Il produit copie de son carnet postal d'où il ressort qu'il s'est acquitté, en mains de la Poste, de la somme de 2'569 fr. 10 le 31 janvier 2011.![endif]>![if>
10. L'assurance conclut au rejet du recours.![endif]>![if>
11. A la demande de la Cour, l'assurance a indiqué, le 8 août 2012, que le compte no _ était un compte ouvert au nom de la caisse-maladie Hermes; il était désormais au nom de Easy Sana Assurance Maladie. Le montant de 2'569 fr. 10 n'avait pas été comptabilisé. ![endif]>![if>
12. Les parties ont été informées, par courrier du 9 août 2012, que la cause était gardée à juger.![endif]>![if>

EN DROIT
1. Conformément à l'art. 134 al. 1 let. a ch. 4 de la loi sur l'organisation judiciaire, du 26 septembre 2010 (LOJ; RS
E 2 05
), la Chambre des assurances sociales de la Cour de justice connaît en instance unique des contestations prévues à l’art. 56 de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales, du 6 octobre 2000 (LPGA;
RS 830.1
) relatives à la loi fédérale sur l'assurance-maladie, du 18 mars 1994 (LAMal;
RS 832.10
). Elle est donc compétente pour juger du cas d’espèce. Déposé dans le délai et la forme prescrits, le recours est recevable (art. 60 et 61 let. b LPGA).![endif]>![if>
2. L'obligation du recourant de s'acquitter des primes LaMal et de la participation aux frais médicaux n'est pas litigieuse. Il n'est pas non plus contesté que l'assureur a suivi la procédure de recouvrement. ![endif]>![if>
Seule est litigieuse la question de savoir si le paiement de 2'569 fr. 10 effectué le 31 janvier 2011 par le recourant au guichet postal l'a valablement libéré de son obligation.
3.a Si l'assureur est au bénéfice d'un jugement exécutoire au sens de l'art. 80 LP, auquel est assimilée une décision ou une décision sur opposition exécutoire portant condamnation à payer une somme d'argent (art. 54 al. 2 LPGA), il peut requérir du juge la mainlevée définitive de l'opposition (ATF
131 V 147
). L'art. 88 al. 2 LAMal prévoit que les décisions et décisions sur opposition au sens de l'art. 88 al. 1 LAMal qui portent condamnation à payer une somme d'argent sont assimilées aux jugements exécutoires selon l'art. 80 LP (cf. aussi ATF
125 V 273
consid. 6c).
Le débiteur qui veut éviter que la mainlevée ne soit prononcée doit prouver par titre que la dette a été éteinte (art. 81 al. 1 LP).
A teneur de l'art. 74 al. 1 CO, le lieu d'exécution de l'obligation est déterminé par la volonté expresse ou présumée des parties. Il est généralement fixé par la volonté expresse des parties. Il peut l'être par leur volonté tacite. L'envoi d'un bulletin de versement postal désigne la poste comme bureau de paiement. De même, par l'indication d'un compte postal ou bancaire dans sa correspondance, sur ses factures, ses sommations, ses bulletins de livraison, le créancier autorise tacitement le débiteur à s'acquitter auprès de la poste ou de la banque (ATF n.p.
4C.172/2005
du 15 septembre 2005, consid. 2.2).
Dans une très ancienne jurisprudence, le Tribunal fédéral a retenu que le paiement n'est parfait qu'à l'instant où l'office postal inscrit le montant qu'il a reçu de l'expéditeur sur le compte du destinataire et remet à ce dernier le coupon du bulletin de versement. C'est donc seulement à ce moment que le destinataire entre en possession de la somme versée à son compte (ATF
55 II 200
consid. 2; ATF du 2 mai 1967 publié in RVJ 1967 p. 424 consid. 1).
Dans des jurisprudences plus récentes, le Tribunal fédéral a maintenu ce point de vue: le débiteur qui paie par monnaie scripturale supporte les risques de retard et de perte dans l'espace de temps allant de l'ordre de paiement à l'exécution (art. 74 al. 2 ch. 1 CO; ATF n.p. I 83/2007 du 2 mai 2007, consid. 3.3; H 29/2003 du 4 mars 2004, consid. 3.2; ATF
124 III 112
consid. 2a;
119 II 232
consid. 2;).
b. En l'espèce, le recourant pouvait valablement se libérer en versant le montant en suspens sur le compte postal de l'intimée. Celle-ci a confirmé que le numéro de compte ressortant du récépissé de paiement produit par le recourant correspondait bien à l'un de ses comptes. ![endif]>![if>
Cependant, le récépissé ne comporte pas la preuve stricte du fait que le paiement du recourant est parvenu en mains de l'intimée. Il ressort, au contraire, des pièces au dossier que les services de la poste ont tenté, sans succès, de retrouver la trace du versement litigieux. Au regard de la jurisprudence sus-évoquée, le risque de paiement est demeuré auprès du débiteur. Dans la mesure où ce dernier supporte le fardeau de la preuve du paiement (art. 8 CC et art. 81 al. 1 LP), c'est à juste titre que l'assurance a considéré que la preuve libératoire n'était pas apportée.
L'assurance a levé l'opposition, dans les deux poursuites, à concurrence des montants correspondant aux primes de l'assurance obligatoire pour les mois d'août à décembre 2010 d'au total 1'519 fr. 25 (5 x 303 fr. 85) et de janvier à mars 2011 d'au total 1'076 fr. 85 (3 x 358 fr. 95), à la participation de 57 fr. 05, aux frais de sommation de 6 x 30 fr., respectivement 3 x 30 fr. et d'ouverture de dossier de 2 x 120 fr. - admissibles au regard de l'art. 105b OAMal et de l'art. 3 ch. 1 des conditions générales de l'assurance obligatoire de l'intimé (ATF 125 V 276; ATFA non publié du 29 janvier 2003, K 28/02, consid. 5) - et aux frais de poursuite de 73 fr. par poursuite. Il n'y a toutefois pas lieu de lever l'opposition pour ces deux derniers montants. En effet, les frais de poursuite (art. 16 LP) suivent le sort de la poursuite en cours (GILLIERON, Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, n. 15 ad art. 68). La mainlevée de l'opposition n'a ainsi pas à être prononcée séparément pour les frais de poursuite de 73 fr. que réclame l'intimée.
La décision querellé sera donc modifiée en ce sens que le prononcé de la mainlevée sera limité au montant de 843 fr. 90 (1'076 fr. 85 + 90 fr. + 120 fr. - 126 fr. (abandon primes LCA) - 316 fr. 95 (acompte)) dans la poursuite 11 756816 B et à 1'696 fr. 30 (1'519 fr. 25 + 57 fr. 05 + 120 fr. + 180 fr. - 180 fr. (abandon de primes LCA)) dans la poursuite 11 756815 C.
Enfin, il n'appartient pas à la Cour de se prononcer sur la question de savoir si le recourant peut, avec succès, se retourner contre les services de la poste; ce point ne fait pas l'objet du présent litige.
3. La procédure est gratuite.![endif]>![if>
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