Decision ID: c1f2f0db-b228-44b2-a0a7-18141ddb0591
Year: 2007
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. A._, née le 2.******** au Brésil, pays dont elle est ressortissante, a effectué un premier séjour touristique en Suisse, du 12 avril au 15 juillet 2001, période durant laquelle elle a indiqué avoir séjourné à 1.********. A cette époque, plus précisément le 20 juin 2001, elle a été interpellée par la police de moeurs dans un institut de beauté à 1.********.
Le 22 janvier 2001, l'intéressée est entrée en Suisse, en provenance d'Espagne. Le 1er mars 2002, elle a épousé B._, citoyen suisse de 17 ans son aîné et annoncé officiellement son arrivée sur le territoire vaudois quelques jours plus tard, soit le 13 mars. Une autorisation de séjour annuelle lui a été délivrée le 24 avril 2002. Par prononcé préfectoral du 1er juillet 2002, une amende de 500 fr. a été mise à sa charge pour être entrée en Suisse sans être au bénéfice d'un visa.
Au début de l'année 2003, sur demande du SPOP, l'intéressée et son époux ont été auditionnés par la police. A cette occasion, ils ont tout deux indiqué qu'ils faisaient ménage commun et qu'ils s'étaient mariés par amour. La police a également relevé qu'elle avait eu l'occasion de rencontrer l'intéressée à plusieurs reprises dans son quartier, ce qui laissait à penser qu'elle y résidait effectivement.
Le 13 janvier 2004, A._ a déposé une demande d'autorisation de travailler afin d'exercer le métier d'esthéticienne à 1.********, au service de C._, annonçant un salaire mensuel brut de 1'750 fr. pour une activité hebdomadaire de 20 heures. Le 19 janvier 2004, elle a déposé une nouvelle demande de prise d'emploi pour travailler à mi-temps en qualité d'esthéticienne, dans le "3.********" à Berne. Par décision du 22 janvier 2004, le Service de l'emploi (ci-après: SDE) l'a autorisée a travailler au service de C._.
Le 28 février 2006, A._ a sollicité une autorisation de travail afin d'exercer, en qualité d'indépendante, la profession d'esthéticienne à domicile. Le 13 mars 2006, l'intéressée a obtenu l'autorisation qu'elle avait sollicitée.
A l'occasion de l'arrestation d'un citoyen lituanien, intervenue le 2 novembre 2006, l'intéressée a été entendue par la police genevoise le 7 du même moi. Il ressort du rapport établi à cette occasion qu'elle a indiqué exercer l'activité de prostituée et qu'elle louait un appartement à Genève tout en demeurant domiciliée chez son époux.
Le 9 janvier 2007, l'intéressée a sollicité la transformation de son autorisation de séjour en autorisation d'établissement. Ayant, dans l'intervalle reçu le rapport établi par la police genevoise, le SPOP a alors sollicité une nouvelle enquête. Lors de son audition par la police, le 2 mars 2007, l'intéressée a déclaré qu'elle avait rencontré son époux au Brésil et qu'elle l'avait ensuite revu par hasard à l'occasion des fêtes de Genève et qu'après plusieurs rencontres, celui-ci lui avait proposé le mariage afin de lui procurer une autorisation de séjour et de lui épargner des trajets entre l'Espagne et la Suisse. Elle a également indiqué qu'elle n'avait jamais travaillé en qualité d'esthéticienne et qu'elle se prostituait à Genève, où elle s'était annoncée en tant que telle auprès de la brigade des mœurs durant l'année 2005. Elle a déclaré qu'elle se prostituait aussi à Sion et à Sierre, ajoutant que son mari était au courant de son activité et qu'elle dormais au minimum deux jours par semaine chez lui. Interrogée sur l'époque depuis laquelle elle se prostituait, l'intéressée a répondu :"depuis une année ou deux après mon mariage, en mars 2001. Vous me dites que je me suis mariée en 2002, c'est vrai, je ne suis pas douée en date." De son côté, B._, interrogé le 21 février 2007, a expliqué qu'il s'était marié une première fois durant sept ans avec un ressortissante marocaine, se montrant, dans un premier temps incapable de se souvenir du nom de sa précédente épouse. Ce n'est qu'après réflexion qu'il a pu citer le nom de celle-ci. Il a exposé qu'il avait rencontré l'intéressée au Brésil où elle se prostituait, qu'il l'avait revue par hasard à 1.******** et qu'il lui avait proposé ensuite le mariage. B._ a ajouté qu'il n'avait jamais habité avec son épouse, qu'il l'aimait et qu'ils se voyaient une fois toutes les deux semaines en moyenne, sans pouvoir préciser l'endroit où elle travaillait. Revenant sur ses déclarations, il a affirmé qu'il avait fait ménage commun avec son épouse durant les deux premières années de mariage.
B. Le SPOP, par décision du 7 juin 2007, notifiée à l'intéressée le 21 juin 2007, faisant, en substance, valoir qu'elle exerçait une activité peu compatible avec les liens du mariage et que la vie commune du couple était inexistante, a rejeté sa demande d'autorisation d'établissement et refusé prolonger son permis de séjour, lui impartissant un délai d'un mois pour quitter la Suisse.
C. Le 11 juillet 2007, B._ et A._, sous la plume d'un avocat bernois, se sont pourvu contre la décision précitée en concluant notamment à son annulation. Le recourant a notamment fait valoir que son couple avait pâti de sa dépendance à l'alcool et aux stupéfiants et qu'ils avaient décidé que son épouse prendrait un domicile séparé durant la difficile période de désintoxication qui s'en était suivie, tout en entretenant des contacts quotidiens. Tout en ne niant pas que la recourante s'adonnait à l'exercice de la prostitution les intéressés ont indiqué que cela ne faisait pas pour autant de leur union un mariage fictif. Les recourants ont expliqué qu'ils vivaient à nouveau ensemble et fait valoir que la mesure d'expulsion dirigée contre l'intéressée était disproportionnée.
Par décision incidente du 24 juillet 2007, le Juge instructeur du Tribunal administratif a suspendu l'exécution de la décision attaquée et autorisé provisoirement la recourante à poursuivre son séjour et son activité dans le canton de Vaud, jusqu'à l'achèvement de la procédure de recours cantonale.
D. Le SPOP a produit ses déterminations au dossier le 23 août 2007. En relevant les divergences des déclarations faites par les recourants lors de leur audition par la police en 2007 et dans leur pourvoi, l'autorité intimée a fait valoir qu'on se trouvait en présence d'un mariage fictif, ce qu'avaient d'ailleurs confirmé les recourants dans leurs prédites déclarations. Le SPOP a également soutenu que la recourante commettait un abus de droit à se prévaloir du regroupement familial en invoquant un mariage qui n'existait plus que formellement.
Ayant omis de produire un mémoire complémentaire dans le délai que leur avait imparti le Juge instructeur au 24 septembre 2007, les recourants, intervenant cette fois par le truchement d'un avocat vaudois consulté dans l'intervalle, ont sollicité la restitution d'un court délai pour y réparer cette omission, en invoquant des problèmes de compréhension de leur précédent conseil. Dite demande a été rejetée.
Le Tribunal administratif a statué par voie de circulation.

Considérant en droit
1. Aux termes de l'art. 4 al. 1 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA), le Tribunal administratif connaît en dernière instance cantonale de tous les recours contre les décisions administratives cantonales ou communales lorsque aucune autre autorité n'est expressément désignée par la loi pour en connaître. Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du SPOP et de l'Office cantonal de la main-d'œuvre et du placement rendues en matière de police des étrangers. D'après l'art. 31 al. 1 LJPA, le recours s'exerce par écrit dans les 20 jours dès la communication de la décision attaquée.
En l'espèce, le recours a été déposé en temps utile et satisfait aux conditions formelles énoncées à l'art. 31 al. 2 et 3 LJPA, de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2. Faute pour la loi du 26 mars 1931 sur le séjour et l'établissement des étrangers (LSEE) d'étendre le pouvoir d'examen de l'autorité de recours à l'opportunité, le Tribunal administratif n'exerce qu'un contrôle en légalité, c'est-à-dire examine si la décision entreprise est contraire à une disposition légale ou réglementaire expresse ou relève d'un excès ou d'un abus du pouvoir d'appréciation (art. 36 lit. a et c LJPA; cf. parmi d'autres, arrêt TA PE.1998.0135 du 30 septembre 1998, in RDAF 1999 I 242, consid. 4). Conformément à la jurisprudence, il y a abus du pouvoir d'appréciation lorsqu'une autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues par la loi, se laisse guider par des considérations non pertinentes ou étrangères au but des dispositions applicables, ou statue en violation des principes généraux du droit administratif que sont l'interdiction de l'arbitraire, l'égalité de traitement, la bonne foi et la proportionnalité (cf. ATF 116 V 307, consid. 2).
3. a) L'art. 1a LSEE prévoit que tout étranger a le droit de résider sur le territoire suisse s'il est au bénéfice d'une autorisation de séjour ou d'établissement. Selon l'art. 4 LSEE, l'autorité statue librement, dans le cadre des prescriptions légales et des traités avec l'étranger, sur l'octroi de l'autorisation de séjour. Elle tiendra compte des intérêts moraux et économiques du pays, du degré de surpopulation étrangère et de la situation du marché du travail (art. 16 al. 1 LSEE et 8 du Règlement d'exécution de la LSEE du 1er mars 1949 [RSEE]). Ainsi, les ressortissants étrangers ne bénéficient en principe d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail, sauf s'ils peuvent le déduire d'une norme particulière du droit fédéral ou d'un traité international (cf. parmi d'autres ATF 127 II 161, consid. 1a et 60, consid. 1a; 126 II 377, consid. 2 et 335 consid. 1a; 124 II 361, consid. 1a).
b) Selon l'art. 7 al. 1 de la loi fédérale sur le séjour et l'établissement des étrangers du 26 mars 1931 (LSEE), le conjoint étranger d'un ressortissant suisse a droit à l'octroi et à la prolongation de l'autorisation de séjour. Après un séjour régulier et ininterrompu de cinq ans, il a droit à l'autorisation d'établissement. Le droit à l'autorisation d'établissement après un séjour de cinq ans est également prévu, à l'art. 17 al. 2 LSEE, en faveur des étrangers époux de ressortissants étrangers titulaires d'un permis C. Toutefois en vertu de l’art. 7 al. 2 LSEE, le conjoint étranger d’un ressortissant suisse n’a pas droit à l’octroi d’une autorisation de séjour, lorsque le mariage a été contracté dans le but d’éluder les dispositions sur le séjour et l’établissement des étrangers et notamment celles sur la limitation du nombre des étrangers. La preuve directe que les époux se sont mariés non pas pour fonder une véritable communauté conjugale, mais seulement dans le but d'éluder les dispositions de la législation sur le séjour et l'établissement des étrangers, ne peut être aisément apportée, comme en matière de mariages dits de nationalité (cf. ATF 98 II 1) ; les autorités doivent donc se fonder sur des indices. La grande différence d'âge entre les époux, l'existence d'une interdiction d'entrée en Suisse prononcée contre le conjoint étranger, le risque de renvoi de Suisse du conjoint étranger - parce que son autorisation de séjour n'a pas été prolongée ou que sa demande d'asile a été rejetée -, l'absence de vie commune des époux ou le fait que la vie commune a été de courte durée, constituent des indices que les époux n'ont pas la volonté de créer une véritable union conjugale durable. Il en va de même lorsqu'une somme d'argent a été convenue en échange du mariage. A l'inverse, la constitution d'une véritable communauté conjugale ne saurait être déduite du seul fait que les époux ont vécu ensemble pendant un certain temps et ont entretenu des relations intimes, car un tel comportement peut aussi avoir été adopté dans l'unique but de tromper les autorités (ATF 122 II 289 consid. 2b p. 295 et les références citées). En outre, pour que l'art. 7 al. 2 LSEE soit applicable, il ne suffit pas que le mariage ait été contracté dans le but de permettre au conjoint étranger de séjourner régulièrement en Suisse; encore faut-il que la communauté conjugale n'ait pas été réellement voulue. En d'autres termes, les motifs du mariage ne sont pas décisifs dès l'instant où le mariage et la communauté de vie sont réellement voulus par les époux (ATF 121 II 97 consid. 3b p. 102 ).
Le but du regroupement familial est de permettre aux conjoints de vivre ensemble. Ainsi, en cas de divorce ou de rupture de l'union conjugale à la suite de décès, de la nullité du mariage ou de la cessation de la vie commune, il convient de réexaminer les conditions de séjour de l'étranger admis en application de l'art. 17 LSEE. Selon la jurisprudence, il y a abus de droit lorsque le conjoint étranger invoque un mariage n'existant plus que formellement dans le seul but d'obtenir une autorisation de police des étrangers, car ce but n'est pas protégé par l'article 7 al. 1 LSEE. Tel le cas lorsque l'union conjugale est rompue définitivement, c'est-à-dire lorsqu'il n'y a plus d'espoir de réconciliation; les causes et les motifs de la rupture ne jouent pas de rôle (ATF 130 II 113, consid. 4.2 p 117 et la jurisprudence citée).
c) Dans le cas particulier, on peut effectivement se demander, en premier lieu, si le mariage n'est pas de pure forme. A cet égard, l'audition de la recourante du 2 mars 2007 est particulièrement significative dans où elle indique, à cette occasion, que B._ lui a proposé le mariage afin qu'elle obtienne une autorisation de séjour, à défaut de laquelle elle ne pouvait pas demeurer en Suisse. Elle a aussi ajouté qu'elle s'était mariée pour simplifier ses séjours en Suisse, afin de ne pas faire dit-elle "constamment les trajets entre la Suisse et l'Espagne". Vu les discordances entre les déclarations de chacun des époux, on peut légitimement se demander s'il y a effectivement eu une brève communauté de vie. Le fait que la recourante a difficilement pu situer l'année durant laquelle avait eu lieu le mariage démontre le peu d'importance qu'elle attache au lien conjugal. Quoi qu'il en soit, on retiendra que les époux ont effectivement entretenu, vraisemblablement jusqu'à la fin de l'année 2004, une communauté de vie dès lors que la police a elle-même indiqué qu'elle avait eu l'occasion de rencontrer la recourante dans son quartier à plusieurs reprises.
En revanche, il paraît établi que la recourante invoque abusivement les liens du mariage pour rester en Suisse car les époux ne vivent plus en communauté. En effet, la recourante indique qu'elle travaille en tant que prostituée à Genève, Sion et Sierre. Elle dispose d'un appartement à Genève pour les besoins de son activité. Interrogé, son mari s'est déclaré incapable d'indiquer précisément le lieu où elle travaillait et ni ce qu'elle gagnait. L'intéressée déclare qu'elle dort au minimum deux jours par semaine chez son mari alors que celui-ci dit qu'ils se voient une fois tous les quinze jours, en moyenne. Il apparaît donc qu'au mois de février 2007 déjà les intéressés ne faisaient plus ménage commun. En outre, lorsqu'il s'agit d'expliquer les raisons de leur vie séparée, leurs déclarations divergent, la recourante soutenant qu'elle a peur de conduire sous la neige et le recourant indiquant que sa désintoxication est la cause de leur séparation. Force est dès lors de constater que les intéressés se sont séparés avant le 1er mars 2007, date à partir de laquelle la recourante aurait pu prétendre à la délivrance d'un permis d'établissement au sens de l'art. 7 LSEE. Le refus de l'autorité intimée de lui délivrer une autorisation d'établissement est, par voie de conséquence, parfaitement justifié.
Dans la mesure où la recourante a annoncé à plusieurs reprises qu'elle exerçait la profession d'esthéticienne, tant dans ses déclarations à la police que pour obtenir un permis de travail, où son mari est revenu à plusieurs reprises sur ses déclarations, tantôt indiquant qu'ils faisaient ménage commun, tantôt indiquant qu'ils n'avaient jamais vécu ensemble, il n'y a pas lieu d'accorder un quelconque crédit à l'affirmation qu'ils cohabitaient à nouveau qu'ils ont faite dans leur pourvoi. Ainsi, puisque le mariage n'est plus que formel et que la volonté d'entretenir une communauté conjugale est désormais inexistante, il n'y a pas lieu de prolonger le permis de séjour de la recourante.
4. a) Dans certains cas, notamment pour éviter des situations d'extrême rigueur, de renouveler ou de maintenir l'autorisation de séjour malgré la rupture de l'union conjugale. L'examen d'un éventuel cas de rigueur doit être examiné à la lumière de la directive 654 ODM selon laquelle les circonstances suivantes seront déterminantes : la durée du séjour, les liens personnels avec la Suisse (notamment les conséquences d'un refus pour les enfants), la situation professionnelle, la situation économique et du marché de l'emploi, le comportement et le degré d'intégration.
b) En l'espèce, la recourante séjourne depuis un peu plus de cinq ans en Suisse. Sans être importante, cette durée n'est pas suffisante pour qu'on puisse admettre un profond enracinement dans notre pays. Comme la constaté l'autorité intimée, elle ne fait pas preuve d'une intégration professionnelle particulièrement réussie dans notre pays. En outre, ayant passé la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, elle ne peut se prévaloir d'attaches profondes en Suisse. Il ne fait dès lors aucun doute qu'elle ne se trouverait pas dans une situation de détresse personnelle si elle devait quitter la Suisse. La recourante ne l'a d'ailleurs pas allégué.
Il résulte de l'examen des critères rappelés ci-dessus qu’il sont en majorité défavorables à la recourante. C’est donc à bon droit que le SPOP a considéré que le cas de la recourante ne constituait pas une situation d’extrême rigueur et a refusé de lui délivrer l’autorisation de séjour sollicitée dans le canton de Vaud.
5. Vu ce qui précède, le recours doit être rejeté. Succombant, les recourants doivent supporter les frais judiciaire et n’ont pas droit à des dépens.
Il appartiendra au SPOP d’impartir à la recourante un délai pour quitter le territoire vaudois.