Decision ID: fb5b71c7-f955-592e-ad9b-d2b13603113a
Year: 2017
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

Vu, EN FAIT, la requête de mesures superprovisionnelles et provisionnelles formée le 12 juillet 2017 par A_ à l'encontre de B_;
Attendu que A_ conclut, sur mesures superprovisionnelles, à ce qu'il soit fait interdiction, sous menace de la peine prévue à l'art. 292 CP, à B_, d'utiliser, sous quelque forme que ce soit, le signe tel que déposé sous demande de marque combinée n° 1_"C_ D_" pour tous les produits selon les classes 31 et 34 de la classification de Nice; à ce qu'il lui soit fait interdiction, sous menace de la peine prévue à l'art. 292 CP, d'utiliser, sous quelque forme que ce soit, tout signe reprenant, à l'identique ou de façon similaire, les caractéristiques suivantes des marques suisses n° 2_, n° 3_, n° 4_, n° 5_, n° 6_, n° 7_, n° 8_ et des demandes n° 9_ et n° 10_ pour tous les produits selon les classes 31 et 34 de la classification de Nice :
- la combinaison des couleurs noir, blanc, vert (Pantone 348 C) et orange (Pantone 021C) et les polices d'écritures;
- un carré blanc central avec au centre une lettre seule de la couleur orange (Pantone 021C) avec le terme "D_" écrit en diagonale et en noir;
- une écriture blanche répétitive écrite en diagonale sur un fond vert (Pantone 348C);
Que A_ a en outre conclu à ce qu'il soit fait interdiction, sous menace de la peine prévue à l'art. 292 CP, à B_, d'utiliser sous quelque forme que ce soit, tout signe reprenant, à l'identique ou de façon similaire, pour tous les produits selon les classes 31 et 34 de la classification de Nice, les caractéristiques suivantes :
(a) la combinaison des couleurs noir, blanc, vert (Pantone 348C) et orange (Pantone 021C) et les polices d'écritures telles que ressortant des marques suisses n° 4_, n° 5_, n° 6_ et des demandes n° 9_ et n° 10_;
(b) un carré blanc central avec au centre une lettre seule de la couleur orange (Pantone 021C) avec le terme "D_" écrit en diagonale et en noir tel que ressortant des marques suisses n° 3_, n° 2_, n° 4_, n° 5_, n° 6_, n° 7_, n° 8_ et des demandes n° 9_ et n° 10_;
(c) une écriture blanche répétitive écrite en diagonale sur un fond vert (Pantone 348C) telle que ressortant des marques suisses n° 4_, n° 5_, n° 6_ et des demandes n° 9_ et n° 10_;
Que A_ a encore conclu à ce qu'il soit fait interdiction à B_, sous menace de la peine prévue à l'art. 292 CP, d'autoriser un tiers à utiliser, sous quelque forme que ce soit, tout signe tel que défini ci-dessus, à ce qu'il lui soit fait interdiction, sous la même menace, de déposer devant l'Institut fédéral de la propriété intellectuelle tout signe identique ou similaire à ceux définis ci-dessus;
Que A_ a enfin conclu à ce que B_ soit condamné à une amende de 500 fr. par jour de commercialisation de produits en violation de l'ordonnance à rendre;
Qu'à l'appui de sa requête, A_ expose être une société coopérative, inscrite au registre du commerce depuis le 1er novembre 1941 et avoir notamment pour but de fournir des produits à faible coût et des services de bonne qualité à la population, être engagée dans une économie de marché compétitive, éthique et environnementale et favoriser la santé de la population;
Qu'elle est titulaire de toutes les marques mises à disposition du groupe E_, y compris les marques liées à la gamme "F_ D_";
Que la marque "F_ D_" se caractérise par le mot "E_" écrit de façon répétitive en blanc, en majuscules et en diagonale sur un fond vert, un carré blanc central sur lequel apparaît la lettre majuscule "F_" de couleur orange, ainsi que le terme "D_" écrit en noir, en italique et en diagonale, au travers de la lettre "F_";
Que sous cette marque, A_ vend depuis 1996 une gamme d'articles à prix bas, couvrant tout l'éventail de son assortiment, soit actuellement 500 produits, ce qui génère annuellement un chiffre d'affaires de plusieurs millions;
Qu'en mai 2017, B_ a déposé la demande de marque n° 1_, revendiquant les couleurs vert, orange, blanc et noir, pour divers produits des classes 31 et 34 selon la classification de Nice;
Que ladite marque se caractérise par le mot "G_" écrit de façon répétitive en blanc, en majuscules et en diagonale sur un fond vert, un carré blanc central sur lequel apparaît la lettre majuscule "C_" de couleur orange, ainsi que le terme "D_" écrit en noir, en italique et en diagonale, au travers de la lettre "C_";
Que le 21 juin 2017, un article est paru dans le magazine "H_", en lien avec la publication de la demande de marque n° 1_;
Que B_ a indiqué que sa marque serait utilisée pour la commercialisation de divers produits à base de I_, qu'il entendait débuter à la fin du mois de juillet 2017;
Que B_ a manifesté l'intention d'offrir son I_ à un prix 50% plus bas que le prix habituel du marché;
Que A_ a mis en demeure B_, les 22 mai, 12 juin et 26 juin 2017, de radier sa marque et de ne pas l'utiliser dans le commerce, sans obtenir de réponse;
Que dans sa requête, A_ a soutenu qu'il existait un risque de confusion entre la marque du cité et la sienne, de haute renommée au sens de l'art. 15 LPM, le cité ayant pour objectif de tirer parti de la réputation positive des marques de A_;
Qu'il existait par conséquent un risque actuel et imminent, du fait de la prochaine commercialisation de ses produits par le cité, que certains consommateurs croient que A_ entendait désormais commercialiser du tabac, ainsi que du I_, ce qui était de nature à la discréditer;

Considérant, EN DROIT, que la requérante a rendu vraisemblable que la Cour de céans est compétente à raison du lieu pour connaître de la requête;
Qu'en effet, la compétence à l'encontre du cité, domicilié à Genève, se fonde sur les art. 10 al. 1 let. a et 13 CPC;
Qu'aux termes des art. 5 al. 1 let. a et d CPC et 120 al. 1 let. a LOJ, la Chambre civile de la Cour de justice connaît en instance unique des litiges sur des droits de propriété intellectuelle et relevant de la loi fédérale contre la concurrence déloyale lorsque la valeur litigieuse dépasse 30'000 fr.;
Que cette compétence vaut également pour statuer sur les mesures provisionnelles requises avant litispendance (art. 5 al. 2 CPC);
Qu'ainsi, la Cour de céans apparaît être compétente ratione materiae;
Que selon l'art. 261 al. 1 CPC, le juge ordonne les mesures provisionnelles nécessaires lorsque le requérant rend vraisemblable qu'une prétention dont il est titulaire est l'objet d'une atteinte ou risque de l'être (let. a) et que cette atteinte risque de lui causer un préjudice difficilement réparable (let. b);
Qu'en application de l'art. 262 CPC, le juge peut ordonner toute mesure provisionnelle propre à prévenir ou à faire cesser le préjudice;
Que le requérant doit rendre vraisemblable que le droit matériel invoqué existe et que le procès a des chances de succès, la mesure provisionnelle ne pouvant être accordée que dans la perspective de l'action au fond qui doit la valider (cf. art. 263 et 268 al. 2 CPC);
Qu'en cas d'urgence particulière, notamment s'il y a risque d'entrave à leur exécution, le tribunal peut ordonner des mesures provisionnelles immédiatement, sans entendre la partie adverse (art. 265 al. 1 CPC);
Qu'une urgence particulière suppose que le but recherché ne pourrait pas être atteint s'il fallait attendre jusqu'à ce qu'une décision soit rendue sur mesures provisionnelles;
Que le droit à la marque confère au titulaire le droit exclusif de faire usage de la marque pour distinguer les produits ou les services enregistrés et d'en disposer; le titulaire peut ainsi interdire à des tiers l'usage des signes dont la protection est exclue en vertu de l'art. 3 al. 1 LPM (art. 13 al. 1 et 2 LPM);
Que sont exclus de la protection les signes identiques à une marque antérieure et destinés à des produits ou services identiques, les signes identiques à une marque antérieure et destinés à des produits ou services similaires, lorsqu'il en résulte un risque de confusion, et les signes similaires à une marque antérieure et destinés à des produits ou services identiques ou similaires, lorsqu'il en résulte un risque de confusion (art. 3 al. 1 LPM);
Que l'art. 3 al. 1 let. d LCD qualifie de déloyal le comportement de celui qui prend des mesures de nature à faire naître une confusion entre ses propres biens ou services et ceux d'autrui;
Qu'en l'espèce, la requérante a rendu vraisemblable être titulaire de la marque "F_ D_";
Qu'elle a également rendu vraisemblable que le cité s'apprête à commercialiser des produits à base de I_ sous une marque similaire à la marque "F_ D_";
Qu'en effet, la marque "C_ D_" du cité est composée, du point de vue graphique, de manière identique à la marque "F_ D_" et utilise les mêmes couleurs, de sorte que le risque de confusion entre les deux est manifeste et que seul un examen attentif permet de déceler des différences;
Que la condition de l'urgence est remplie, dans la mesure où selon ce qui ressort du dossier, la commercialisation sous la marque "C_ D_" devrait débuter à la fin du mois de juillet;
Que A_ a par ailleurs rendu vraisemblable le fait qu'elle risque de subir un préjudice, dans l'hypothèse où, compte tenu du risque de confusion, elle pourrait être associée à la vente de produits à base de I_, un tel commerce ne correspondant ni à sa philosophie, ni à sa politique commerciale;
Qu'il se justifie par conséquent de prononcer les mesures superprovisionnelles requises, sous réserve de la condamnation du cité au paiement d'une amende dans l'hypothèse où il commercialiserait ses produits en dépit de l'interdiction qui lui est faite, une telle mesure apparaissant, quoiqu'il en soit, prématurée au stade des mesures superprovisionnelles;
Que la question des frais sera tranchée avec la décision qui sera rendue sur mesures provisionnelles.
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