Decision ID: f346a541-3fd1-48c3-9c23-7ee8bf02ac68
Year: 2008
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. X._, née le 16 juin 1950, a sollicité des indemnités chômage dès le 1er octobre 2006 auprès de la Caisse cantonale de chômage (ci-après la Caisse), laquelle lui a ouvert un délai-cadre d’indemnisation de deux ans. L’intéressée percevait également des prestations de l’aide sociale, qui complétaient celles versées par la Caisse, compte tenu du fait que son gain assuré était d’uniquement Fr. 654.-.
X._ travaille depuis le mois de juin 2005, à raison d’environ 12 heures par mois en qualité d’intervenante au sein de l’association Y._ à Lausanne.
L’assurée n’a pas mentionné dans sa demande d’indemnités chômage qu’elle travaillait auprès de l’association précitée. Sur les formulaires Indications de la personne assurée (ci-après : IPA) des mois d’octobre, novembre et décembre 2006, X._ a répondu par la négative à la question « Avez-vous travaillé chez un ou plusieurs employeurs ? » et par l’affirmative à la question « Etes-vous encore au chômage ? ». Elle a cependant expliqué le 13 décembre 2006, lors d’un entretien avec son conseiller ORP, qu’elle travaillait environ 12 heures par semaine auprès de l’association Y._. Elle a précisé qu’elle n’avait pas encore déclaré ses gains intermédiaires compte tenu du fait que la personne qui devait remplir le formulaire de gain intermédiaire n’était pour l’instant pas atteignable.
Interpellée par la Caisse, l’assurée a fait parvenir le 16 février 2007 les attestations de gains intermédiaires des mois d’octobre, novembre et décembre 2006. Il ressort de celles-ci que l’assurée a travaillé au sein de l’association Y._ pendant les mois susmentionnés.
Le 16 février 2007, la Caisse a demandé à l’assurée de se prononcer sur le fait qu’elle n’avait pas déclaré ses gains intermédiaires en octobre, novembre et décembre 2006, percevant ainsi indûment des indemnités de chômage.
Par lettre du 22 février 2007, l’assurée a affirmé qu’elle n’avait jamais voulu cacher des informations à la Caisse. Elle a expliqué qu’elle avait informé l’assistante sociale du Centre Social Régional de Lausanne (ci-après : CSR) en charge de son dossier qu’elle travaillait au sein de l’association la Y._. Le CSR déduisait dès lors les revenus de cette activité du revenu d’insertion. Elle a précisé également que son assistante sociale ne l’avait pas informée qu’elle devait déclarer les revenus perçus auprès de ladite association. Elle a ainsi prétendu que son conseiller ORP lui avait indiqué uniquement au mois de décembre 2006, lorsqu’elle lui avait confié qu’elle travaillait au sein de la Y._, qu’elle devait faire remplir une attestation de gain intermédiaire et la faire parvenir à la Caisse.
Dans une première décision du 27 février 2007, la Caisse a suspendu l’assurée dans l’exercice de son droit à l’indemnité pour une durée de 31 jours dès le 16 février 2007, au motif qu’elle avait omis de déclarer les revenus qu’elle avait perçus auprès de la Y._ durant les mois d’octobre, novembre et décembre 2006.
Dans une seconde décision datée du même jour, la Caisse a réclamé à l’intéressée la somme de Fr. 1'175.60 correspondant au montant qu’elle avait touché indûment compte tenu du fait qu’elle n’avait pas déclaré les revenus perçus auprès de la Y._.
Le 26 mars 2006, l’assurée a fait opposition aux deux décisions de la caisse, concluant à leur annulation. Concernant la première décision, elle a repris pour l’essentiel les arguments invoqués dans sa lettre du 22 février 2007, précisant qu’elle considérait l’emploi qu’elle exerçait auprès de l’association Y._ comme une activité annexe et non comme un véritable travail. Elle pensait ainsi ne pas devoir annoncer cette activité auprès de la Caisse. Concernant la seconde, elle a demandé que la demande de restitution des indemnités versées à tort soit adressée au CSR.
Le 3 avril 2007, le CSR a versé à la Caisse, suite à la demande de l’assurée, la somme de Fr. 1'175.60, correspondant au montant perçu indûment par cette dernière.
Par décision sur opposition du 22 mai 2007, la Caisse a réformé la première décision du 27 février 2007 en ce sens que la suspension a été réduite à 16 jours dès le 16 février 2007. Elle a en effet précisé qu’il n’était pas établi au degré de la vraisemblance prépondérante que l’assurée avait tenté d’obtenir des prestations indues et que la prise en compte du gain intermédiaire dans le calcul du gain assuré lui donnait droit à des prestations supplémentaires. Elle a dès lors retenu une faute de gravité moyenne.
Le 22 mai 2007, la Caisse a expliqué à l’assurée, qu’après déduction des gains intermédiaires, les décomptes rectificatifs des mois d’octobre, novembre, décembre 2006, janvier, février et mars 2007 faisaient apparaître un solde en sa faveur de Fr. 1'775.55. Elle a ainsi précisé, qu’après remboursement de la somme de Fr. 1'175.60 au CSR, elle verserait le solde à l’assurée.
B. Le 4 juin 2007, l’assurée a recouru au tribunal de céans contre la décision précitée. Elle a repris pour l’essentiel les arguments qu’elle avait développés devant la Caisse, précisant qu’elle n’avait jamais eu l’intention de s’octroyer des indemnités auxquelles elle n‘avait pas droit.
Le 18 juin 2007, l’ORP a transmis la copie du dossier de l’assuré, mais n’a pas formulé d’observations. Dans sa réponse au recours, la Caisse a le 3 juillet 2007 conclu au rejet du recours et au maintien de la décision attaquée. Le 5 juillet 2007, le CSR a expliqué qu’il n’avait pas d’observations à formuler.

Considérant en droit
1. Déposé dans le délai de 30 jours fixé par l'art. 60 al. 1 de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales du 6 octobre 2000 (LPGA; RS 830.1), le recours est intervenu en temps utile. Il est au surplus recevable en la forme.
2. a) Selon l'art. 30 al. 1 let. e de la loi fédérale du 25 juin 1982 sur l’assurance chômage (LACI; RS 837.0), l'assuré sera suspendu dans l'exercice de son droit à l'indemnité lorsqu'il est établi qu'il a donné des indications fausses ou incomplètes ou a enfreint, de quelque autre manière, l'obligation de fournir des renseignements spontanément ou sur demande. L’obligation de fournir des renseignements découle notamment de l’art. 28 al. 2 LPGA, qui dispose que celui qui fait valoir son droit à des prestations doit fournir gratuitement tous les renseignements nécessaires pour établir ce droit et fixer les prestations dues. En outre, l’art. 31 al. 1er LPGA prévoit que l’ayant-droit auquel une prestation est versée est tenu de communiquer à l’assureur, ou selon les cas à l’organe compétent, toute modification importante des circonstances déterminantes pour l’octroi d’une prestation. Ces deux dispositions, entrées en vigueur le 1er janvier 2003, posent désormais de façon générale le principe de collaboration et d’information en matière d’assurances sociales, et remplacent de ce fait l’ancien art. 96 LACI, qui prévoyait expressément une obligation de renseigner et d’aviser incombant aux bénéficiaires des prestations de l’assurance-chômage (cf. le rapport de la Commission du conseil national in FF, 1999, p. 4401). Toutefois, il faut partir du principe que la jurisprudence rendue sous l’empire de l’ancien art. 96 LACI reste applicable.
Le Tribunal fédéral a jugé (v. notamment ATF du 10 octobre 2002 dans la cause C 236/01) que l'état de fait visé par l'art. 30 al. 1 let. e LACI est réalisé lorsque l'assuré remplit de manière fausse ou incomplète des formules destinées à la caisse, à l'Office du travail ou à l'autorité cantonale. Le devoir d'informer l'administration s'étend à tous les faits qui ont une importance pour le droit aux prestations. Sont importantes, en particulier, toutes les informations qui ont trait à l'aptitude au placement, qui sont nécessaires pour juger du caractère convenable d'un emploi ou qui concernent les recherches personnelles de travail. Peu importe au demeurant que les renseignements faux ou incomplets aient joué un rôle pour l'allocation des prestations (ATF dans la cause C 236/01 précitée; ATF 123 V 151, consid. 1b; DTA 1993, No 3, p. 21, consid. 3b). Le droit à l'indemnité doit ainsi être suspendu lorsque l'assuré fournit des indications fausses ou incomplètes sur le formulaire "indications de la personne assurée", notamment en omettant de mentionner un gain. Dans un arrêt récent, (ATF C 288/06 du 27 octobre 2006 publié in DTA 2007 p. 210) le Tribunal fédéral a considéré qu'une sanction devait être prononcée dans cette hypothèse même si l'assuré avait informé son conseiller ORP de son gain intermédiaire. Le Tribunal fédéral relevait à cet égard que, à la différence d'autres branches d'assurances sociales, l'assurance-chômage prévoit une réduction des prestations déjà en cas de négligence légère.
L’art. 30 al. 1 let. f LACI prévoit pour sa part que l’assuré sera suspendu lorsqu’il a obtenu ou tenté d’obtenir indûment l’indemnité de chômage. Cette disposition vise tout spécialement une violation intentionnelle de l'obligation de renseigner ou d'annoncer, cela dans le but d'obtenir des prestations indues (v. ATF C.236/01 du 10 octobre 2002; DTA 1993, No 3, p. 21, déjà cité). Une suspension ne peut par conséquent être prononcée en vertu de cette disposition que si l'assuré a agi intentionnellement, c'est-à-dire avec conscience et volonté (v. ATF 125 V 193 et réf.; Gerhard Gerhards, Kommentar zum Arbeitslosenversicherungsgesetz, Bern 1988, N. 35 ad 30 LACI).
b) La quotité de la sanction dépend de la qualification que l’on confère à la faute commise dans le cas d’espèce; elle est fixée par l’art. 45 al. 2 de l'ordonnance du 31 août 1983 sur l'assurance-chômage obligatoire et l'indemnité en cas disolvabilité (OACI; RS 837.02), soit un à quinze jours de suspension en cas de faute légère, seize à trente jours en cas de faute de gravité moyenne et trente-et-un à soixante jours en cas de faute grave. Comme dans le droit pénal, entrent en considération aussi bien la faute commise par négligence (manque de diligence requise) que la faute commise intentionnellement (conscience et volonté, voire acceptation du risque de commettre l'acte fautif). A cet effet, il importe de prendre en considération toutes les circonstances du cas d'espèce et notamment les conditions personnelles (p. ex. jeunesse, niveau de formation, etc. ; v. sur ce point, arrêt TA PS.2004.0253 p. 4 et référence). La jurisprudence qualifie en règle générale de faute grave les faits visés à l'art. 30 al. 1 lettre f LACI, soit le fait d'avoir obtenu ou tenté d'obtenir indûment l'indemnité de chômage, dans la mesure où le dol est exigé (v. arrêt PS 1997.0214 du 16 février 1998).
3. En l'espèce, la recourante soutient qu'elle n'a pas commis de faute dès lors qu'elle a annoncé à son assistante sociale du CSR les revenus obtenus grâce à son activité auprès de l'association Y._. Elle relève également que le fait de ne pas avoir annoncé ses revenus à la Caisse l'a désavantagée financièrement puisque leur prise en compte a modifié le gain assuré et lui a finalement permis d'obtenir des prestations supplémentaires de l'assurance-chômage.
On relèvera tout d'abord qu'il résulte implicitement de la décision attaquée que la Caisse n'a pas fait application de l'art. 30 alinéa 1 let. f LACI. Celle-ci a en effet admis qu'il n'était pas établi au degré de preuves requis que la recourante avait tenté d'obtenir des prestations indues. Il reste par conséquent à examiner si la recourante peut être sanctionnée sur la base de l'art. 30 al. 1 let. e LACI.
Comme le tribunal de céans a déjà eu l'occasion de le relever, le fait de ne pas mentionner l'existence d'un emploi dans le formulaire IPA constitue une négligence dès lors qu'il suffit à l'assuré de répondre par "oui" ou par "non" au moyen d'une simple croix à la question de savoir s'il a travaillé ou pas pendant le mois concerné, cette question ne présentant a priori aucune ambiguïté (arrêt TA PS 2004.0253 du 22 février 2005; PS 2003.0081 du 16 février 2006). La recourante a par conséquent enfreint son obligation de fournir des renseignements spontanément en ne remplissant pas correctement le formulaire IPA. Compte tenu de la jurisprudence du Tribunal fédéral, on ne saurait conclure à l'absence de toute faute au motif que la recourante avait informé l'assistante sociale qui la suivait au CSR des revenus obtenus auprès de l'association Y._ et qu'elle en a ensuite informé son conseiller ORP au mois de décembre 2006. Sur le principe, la suspension du droit à l'indemnité en application de l'art 30 al. 1 let. e LACI doit par conséquent être confirmée.
S'agissant de la gravité de la faute, il y a en revanche lieu de tenir compte du fait que la recourante a expliqué, sans être contredite, qu'elle avait dès le départ informé son assistante sociale. On note que cette dernière était apparemment l'interlocutrice principale de la recourante et que celle-ci n'a apparemment pas bien compris le rôle respectif du CSR et des organes de l'assurance-chômage. Comme les revenus obtenus auprès de l'association Y._ étaient déduits du revenu d'insertion, son revenu global n'était au surplus pas modifié par les prestations plus ou moins élevées de la Caisse. Dans ces circonstances, le tribunal considère qu'il y a lieu de retenir tout au plus une faute légère et qu'il convient de ramener la durée de la suspension à trois jours indemnisables.
4. Les considérants qui précèdent conduisent à l'admission partielle du recours. La décision entreprise sera réformée en ce sens que la mesure de suspension prononcée à l'encontre de la recourante sera ramenée à trois jours indemnisables. Au surplus, le présent arrêt sera rendu sans frais.