Decision ID: 36cc3d22-1428-4200-81ae-6812dee2b2b0
Year: 2015
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. Le 24 juin 2005, le Ministère public de la Confédération (ci-après: MPC) a
ouvert une enquête de police judiciaire sur des faits éventuellement consti-
tutifs de blanchiment d’argent (art. 305bis CP), gestion déloyale des intérêts
publics (art. 314 CP) et faux dans les titres (art. 251 CP) à l'encontre de
C., D., E., F., G., H.et I. En résumé, le MPC soupçonnait les précités
d’avoir, à tout le moins de 1997 à 2002, détourné à leur profit un montant
de USD 150'000'000.-- au préjudice de la société tchèque J. (devenue de-
puis K.). Les personnes mises en cause auraient également été soupçon-
nées d'avoir utilisé une partie des fonds détournés pour acquérir pour leur
usage exclusif la société et les actifs de L. AS.
L'acte d'accusation a été déposé le 20 octobre 2011 auprès de la Cour des
affaires pénales du Tribunal pénal fédéral (ci-après: Cour des affaires pé-
nales). Les débats ont eu lieu du 13 mai au 4 juillet 2013; la première partie
du dispositif du jugement, qui portait sur la culpabilité des accusés et leurs
peines, a été prononcée le 10 octobre 2013. La seconde partie du disposi-
tif, relative aux confiscations, a été prononcée le 29 novembre 2013. Les
considérants ont été notifiés aux parties le 30 mai 2014 (jugement de la
Cour des affaires pénales SK.2011.24). Divers recours ont été déposés
auprès du Tribunal fédéral contre ce jugement. Ils sont encore pendants.
B. Le 30 novembre 2012, le Ministère public supérieur de Prague a adressé
une demande d'entraide aux autorités helvétiques (act. 5).
En bref, il en ressort que les autorités tchèques soupçonnent notamment
des actes d'escroquerie, de gestion déloyale, de collusion, de corruption et
de blanchiment d'argent lors de la prise de contrôle des actifs du Groupe
M. constitué des sociétés N. AS, L. AS et de Ieurs filiales. Ces actifs étaient
partiellement de la propriété de l’Etat tchèque, lequel les gérait par
l’intermédiaire de l’Agence tchèque de consolidation (ci-après: CKA)
jusqu’à ce qu’ils soient vendus, le 20 décembre 2002, pour
CZK 350’000'000.-- à la société suisse O. AG. Les actifs restants du
Groupe M. ont été vendus sur la base d’un contrat de vente du 12 mars
2003 à la société commerciale tchèque P. dont l’unique actionnaire était O.
AG.
Dans le cadre de la vente des actifs du Groupe M., le Gouvernement
tchèque aurait été induit en erreur sur la véritable situation économique de
ce Groupe et aurait ainsi approuvé la vente des actifs concernés, ce qui au-
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rait entraîné pour l’Etat tchèque la perte de sommes financières considé-
rables se chiffrant en centaines de millions de CZK.
Au cours du processus de sélection du meilleur acquéreur, la société O.
AG a pu obtenir, ou plus précisément on lui aurait donné la possibilité
d’obtenir avant les autres concurrents des informations essentielles rela-
tives à la vente des actifs du Groupe M. Elle aurait en effet obtenu par
avance le projet d'un «mémorandum d’information» qui comprenait des in-
dications détaillées concernant les différentes filiales de la société L. AS et
devait servir de base pour la fixation de l’offre par les différents concur-
rents. Cette mise à disposition illicite de ce document se serait produite au
moment où seules la CKA et la direction de la société L. AS I’avaient à leur
disposition. Par ces agissements, on aurait fourni à un candidat à l’achat
des actifs un avantage indu au détriment des autres intéressés.
Après la prise de contrôle du Groupe M. par O. AG, les différentes filiales
du Groupe lui ont fait parvenir des sommes financières considérables se
chiffrant par centaines de millions CZK. Les autorités judiciaires tchèques
soupçonnent qu’il s’agissait au moins en partie, de paiement des créances
acquises par la société O. AG auprès de la CKA. Comme ces montants
dépassent très largement la somme payée par O. AG pour l’acquisition des
créances cédées, Ies autorités requérantes soupçonnent que ces créances
n’étaient pas difficiles à recouvrer et que la situation économique dans les
filiales pas aussi mauvaises que présentée dans la période précédant la
vente. La direction de la société L. AS aurait ainsi induit en erreur le gou-
vernement tchèque en ce qui concerne la véritable situation économique
de la société L. AS, ce qui l'aurait amené à approuver la vente des actifs
concernés.
En outre, les autorités judicaires tchèques soupçonnent que dans ce con-
texte et sur la base d’un contrat du 1er juillet 2002, O. AG aurait versé un
montant de CZK 150'000'000.-- à la société Q. LTD, dont tout ou partie au-
rait pu être utilisé comme pot-de-vin pour influencer la procédure de sélec-
tion de l’acheteur, et cela aussi bien pour influencer certains membres des
instances dirigeantes de la CKA que pour influer sur les activités de conseil
consistant de fait en la sélection de l’acheteur, activité réalisée par la socié-
té R., laquelle a recommandé O. AG comme meilleur acheteur.
L’autorité requérante a sollicité la production de la documentation bancaire
des comptes en relation avec les fonds ayant permis l’acquisition de la so-
ciété L. AS ainsi qu’avec des transferts des entités du Groupe M. et des
éventuels profits qui auraient pu en être tirés.
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C. Par décision du 3 décembre 2012, l’Office fédéral de la justice (ci-après:
OFJ) a délégué l’exécution de la présente demande d’entraide au MPC, le-
quel est entré en matière le 4 décembre 2012 (act. 8.2). Le 18 février 2014,
il a ordonné que soient versées au dossier des copies de la documentation
des comptes n° 1 de la société B. Ltd auprès de la banque S., ces pièces
ayant été éditées dans le cadre d’une procédure pénale helvétique con-
nexe (EAII.04.0336). Le 3 mars 2014, les sociétés concernées ont indiqué
au MPC refuser la transmission simplifiée de la documentation bancaire
(act. 8.4).
D. Le MPC a rendu des décisions de clôture le 4 juillet 2014 acceptant la de-
mande d'entraide du 30 novembre 2012. Il a ainsi ordonné, s'agissant de
B. Ltd et de A. Ltd (act. 1.2) la remise de la documentation relative aux re-
lations bancaires dont ces derniers disposaient.
E. Par mémoire commun, les sociétés précitées ont recouru le 5 août 2014
contre lesdites ordonnances de clôture (act. 1). Elles ont pris les conclu-
sions suivantes:
« Préalablement:
Ordonner l'apport de la procédure SK.2011.24 et SV.11.0016 dans la présente
procédure.
Principalement:
1. Admettre le présent recours.
2. Annuler les décisions de clôture et d'admission d'entraide rendues le 4 juillet
2014 par le Ministère public de la Confédération autorisant la transmission à
la République tchèque (sic!) les documentations bancaires en lien avec les re-
lations suivantes;
a) Compte banque S. No 1
b) Compte banque S. No 2
3. Condamner le Ministère public de la Confédération en tous les frais et dé-
pens, lesquels comprendront une indemnité pleine allouée aux Conseils des
sociétés A. LTD et B. LTD (B. PLC).»
Pour motifs, elles invoquent en substance une violation des exigences for-
melles de la demande d'entraide, des principes de la double incrimination,
de celui du «ne bis in idem» et de la proportionnalité. Elles font valoir enfin
l'inopportunité des décisions entreprises.
http://links.weblaw.ch/BSTGER-SK.2011.24
- 5 -
F. Dans sa réponse du 1er septembre 2014, l'OFJ se rallie au contenu des dé-
cisions querellées et renonce à déposer des observations (act. 7).
Le même jour, le MPC conclut au rejet du recours dans la mesure de sa
recevabilité, sous suite de frais (act. 8).
Dans leur réplique du 18 septembre 2014, les recourantes persistent dans
leurs conclusions (act. 10).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris
si nécessaire dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1. La Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral est compétente pour con-
naître des recours dirigés contre les décisions de clôture de la procédure
d'entraide rendues par les autorités cantonales ou fédérales d'exécution et,
conjointement, contre les décisions incidentes (art. 25 al. 1 et 80 e al. 1 de
la loi fédérale internationale en matière pénale [EIMP; RS 351.1], mis en
relation avec l'art. 37 al. 2 let. a ch. 1 de la loi fédérale sur l'organisation
des autorités pénales de la Confédération [LOAP; RS 173.71] et l'art. 19 du
règlement sur l'organisation du Tribunal pénal fédéral [ROTPF;
RS 173.713.161]).
2. L'entraide judiciaire entre la République tchèque et la Confédération suisse
est régie par la Convention européenne d'entraide judiciaire en matière pé-
nale et ses protocoles additionnels (CEEJ; RS 0.351.1 et suivants). Les
art. 48 ss de la Convention d'application de l'Accord Schengen du 14 juin
1985 (CAAS; n° CELEX 42000A0922(02); Journal officiel de l'Union euro-
péenne L 239 du 22 septembre 2000, p. 19 à 62; publication de la Chancel-
lerie fédérale, «Entraide et extradition») trouvent également application en
l'espèce. Les dispositions de ces traités l'emportent sur le droit autonome
qui régit la matière, soit l'EIMP et son ordonnance d'exécution (OEIMP;
RS 351.11). Le droit interne reste toutefois applicable aux questions non
réglées, explicitement ou implicitement, par le traité et lorsqu'il est plus fa-
vorable à l'entraide (ATF 137 IV 33 consid. 2.2.2; 136 IV 82 consid. 3.1;
124 II 180 consid. 1.3; 129 II 462 consid. 1.1; arrêt du Tribunal pénal fédé-
http://links.weblaw.ch/ATF-124-II-180 http://links.weblaw.ch/ATF-129-II-462
- 6 -
ral RR.2010.9 du 15 avril 2010, consid. 1.3). L'application de la norme la
plus favorable doit avoir lieu dans le respect des droits fondamentaux
(ATF 135 IV 212 consid. 2.3; 123 II 595 consid. 7c).
3.
3.1 Aux termes de l'art. 80h let. b EIMP, a qualité pour recourir en matière d'en-
traide quiconque est personnellement et directement touché par une me-
sure d'entraide et a un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée
ou modifiée. La qualité pour recourir est reconnue à la personne physique
ou morale directement touchée par l'acte d'entraide. Selon l'art. 9a let. a
OEIMP, est notamment réputé personnellement et directement touché au
sens de l'art. 21 al. 3, et 80h EIMP, en cas d'informations sur un compte, le
titulaire du compte. Sur la base de ces principes, la qualité pour recourir est
reconnue aux sociétés recourantes en tant que titulaires des relations ban-
caires visées par les décisions de clôture.
3.2 Les autres conditions de recevabilité étant remplies, il y a lieu d'entrer en
matière.
4.
4.1 Les recourantes font valoir en substance d'abord que la requête d'entraide
déposée par les autorités tchèques le 30 novembre 2012 ne satisfait pas
aux conditions formelles d'un tel acte. Selon elles, cette demande ne serait
pas fondée sur la procédure nationale tchèque, mais alimentée exclusive-
ment par des faits ressortant des demandes d'entraide judiciaires émanant
des autorités suisses. Elles soutiennent au surplus que la demande d'en-
traide reproduit l'acte d'accusation que le MPC a produit devant la Cour des
affaires pénales dans le cadre de l'affaire "MUS" impliquant les personnes
actuellement prévenues en République tchèque. La demande invoquerait
le fait que les personnes mises en cause se seraient rendues coupables
d'escroquerie, de blanchiment et de corruption (active et passive) sans dé-
tailler les accusations proférées. En outre, le seul élément concret qu'elle
contient aurait fait l'objet du jugement de la Cour des affaires pénales et au-
rait abouti à des acquittements définitifs et exécutoires.
4.2 Aux termes de l'art. 14 CEEJ en l'occurrence applicable, la demande d'en-
traide doit notamment indiquer l'autorité dont elle émane (ch. 1 let. a), son
objet et son but (ch. 1 let. b), dans la mesure du possible l'identité et la na-
tionalité de la personne en cause (ch. 1 let. c) ainsi que l'inculpation et un
exposé sommaire des faits (ch. 2). Ces indications doivent permettre à
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2010.9 http://links.weblaw.ch/ATF-123-II-595
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l'autorité requise de s'assurer que l'acte pour lequel l'entraide est deman-
dée est punissable selon le droit des parties requérante et requise (art. 5
ch. 1 let. a CEEJ), qu'il ne constitue pas un délit politique ou fiscal (art. 2
ch. 1 let. a CEEJ), et que le principe de la proportionnalité est respecté
(ATF 118 Ib 111 consid. 5b et les arrêts cités). L'art. 28 al. 2 EIMP pose
des exigences similaires. Selon la jurisprudence, l'on ne saurait exiger de
l'Etat requérant un exposé complet et exempt de toute lacune, puisque la
procédure d'entraide a précisément pour but d'apporter aux autorités de
l'Etat requérant des renseignements au sujet des points demeurés obscurs
(ATF 117 Ib 64 consid. 5c p. 88 et les arrêts cités). L'autorité suisse saisie
d'une requête d'entraide en matière pénale n'a pas à se prononcer sur la
réalité des faits évoqués dans la demande; elle ne peut que déterminer si,
tels qu'ils sont présentés, ils constituent une infraction. Cette autorité ne
peut s'écarter des faits décrits par l'Etat requérant qu'en cas d'erreurs, la-
cunes ou contradictions évidentes et immédiatement établies (ATF 126 II
495 consid. 5e/aa; 118 Ib 111 consid. 5b). L'exposé des faits ne doit pas
être considéré comme un acte d'accusation, mais comme un état des
soupçons que l'autorité requérante désire vérifier. Sauf contradictions ou
impossibilités manifestes, ces soupçons n'ont pas à être vérifiés dans le
cadre de la procédure d'entraide judiciaire (arrêt du Tribunal fédéral
1A.297/2004 du 17 mars 2005, consid. 2.1). Enfin, à teneur de l'art. 28 al. 6
EIMP, l'autorité compétente peut exiger qu'une demande irrégulière en la
forme soit modifiée ou complétée. Il appartient en effet à la logique même
de la coopération internationale que, face à une requête encore insuffisante
ou à des incompréhensions des autorités saisies de la demande de coopé-
ration, l'Etat requis invite l'autorité requérante à compléter sa demande (ar-
rêt du Tribunal pénal fédéral RR.2012.198 du 16 janvier 2013, consid. 2.3).
4.3 In concreto, la demande du 30 novembre 2012 indiquait qu'elle s'ap-
puyait certes sur des éléments ressortant des différentes demandes
d'entraide judiciaires helvétiques (act. 1.5 p. 2), mais également sur des
informations recueillies par le biais de la procédure nationale tchèque
ouverte en 2012 (act. 1.5 p. 2). Il apparaît ainsi que les autorités
tchèques disposaient d'éléments propres pour fonder leur demande d'en-
traide. Il convient de relever au surplus que l'art. 28 EIMP n'exige pas que
l'autorité requérante pour sa demande d'entraide se fonde sur ses propres
recherches. Pour l'octroi de l'entraide, savoir si les données factuelles figu-
rant dans la demande proviennent de l'autorité requérante ou d'informa-
tions ressortant aux demandes d'entraide helvétiques n'a aucune impor-
tance (cf. arrêt du Tribunal fédéral 1C_126/2014 du 16 mai 2014,
consid. 4.3 et références citées). Il est vrai que le 29 novembre 2012, le
MPC a précisé aux autorités requérantes que leurs demandes d'entraide
des 19 et 20 septembre 2012 étaient problématiques dans la mesure où
http://links.weblaw.ch/ATF-118-IB-111 http://links.weblaw.ch/ATF-117-IB-64 http://links.weblaw.ch/ATF-126-II-495 http://links.weblaw.ch/ATF-126-II-495 http://links.weblaw.ch/ATF-118-IB-111 http://links.weblaw.ch/1A.297/2004 http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2012.198 http://links.weblaw.ch/1C_126/2014
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elles faisaient référence à des pièces ressortant de l'acte d'accusation
suisse et qu'elles ne pouvaient dès lors être exécutées (act. 1.15). Lesdites
demandes d'entraide ne sont cependant pas l'objet des décisions de clô-
ture querellées. Par ailleurs, la demande du 30 novembre 2012 est suffi-
samment complète quant au descriptif des faits et des infractions pour les-
quels l'autorité requérante requiert des informations, tout en rappelant que
ces éléments ne doivent pas être particulièrement détaillés. A cet égard,
par exemple, les infractions évoquées ne se limitent pas à celle de corrup-
tion, mais également au blanchiment, à l'escroquerie ou encore, entre
autres, à la collusion en lien avec une procédure d'appel d'offre publique ou
de vente aux enchères publiques (act. 1.5.1 p. 1). Il convient de spécifier
au surplus que l'on ne voit pas comment il eût été possible à l'autorité re-
quérante de préciser dans sa demande d'entraide - comme le requièrent
les recourantes - «pour quelle raison les personnes acquittées en Suisse
doivent être rejugées une seconde fois sur les mêmes faits en République
tchèque» alors que la requête a été formulée près d'une année avant le ju-
gement de la Cour des affaires pénales ayant prononcé lesdits acquitte-
ments.
4.4 Ces différents éléments permettent de retenir que la demande du 30 no-
vembre 2012 est formellement recevable. Mal fondé, le grief est inopérant.
5.
5.1 Les recourantes invoquent par ailleurs une violation du principe de la
double incrimination. Elles allèguent en effet que l'infraction de corruption
pour laquelle l'entraide a été requise, n'est pas réalisée. L'entraide doit par
conséquent être refusée.
5.2 La remise de documents est une mesure de contrainte au sens de l'art. 63
al. 2 let. c EIMP, qui ne peut être ordonnée, selon l'art. 64 al. 1 EIMP mis
en relation avec la réserve faite par la Suisse à l'art. 5 ch. 1 let. a CEEJ,
que si l'état de fait exposé dans la demande correspond, prima facie, aux
éléments objectifs d'une infraction réprimée par le droit suisse. L'examen
de la punissabilité selon le droit suisse comprend les éléments constitutifs
objectifs de l'infraction, à l'exclusion des conditions particulières du droit
suisse en matière de culpabilité et de répression (ATF 124 II 184 consid.
4b; 122 II 422 consid. 2a; 118 Ib 448 consid. 3a et les arrêts cités). Il n'est
ainsi pas nécessaire que les faits incriminés revêtent, dans les deux légi-
slations concernées, la même qualification juridique, qu'ils soient soumis
aux mêmes conditions de punissabilité ou passibles de peines équiva-
lentes; il suffit qu'ils soient réprimés, dans les deux Etats, comme des délits
http://links.weblaw.ch/ATF-124-II-184 http://links.weblaw.ch/ATF-122-II-422 http://links.weblaw.ch/ATF-118-IB-448
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donnant lieu ordinairement à la coopération internationale (ATF 124 II 184
consid. 4b/cc; 117 Ib 337 consid. 4a; 112 Ib 225 consid. 3c et la jurispru-
dence citée). La réunion des éléments constitutifs d'une seule infraction
suffisent pour l'octroi de la «petite» entraide (v. ATF 125 II 569 consid. 6;
arrêt du Tribunal fédéral 1C_138/2007 du 17 juillet 2007, consid. 2.3.2).
Pour déterminer si la condition de la double incrimination est réalisée, le
juge de l'entraide se fonde sur l'exposé des faits contenu dans la requête. Il
est rappelé que l'autorité suisse saisie d'une requête n'a pas à se pronon-
cer sur la réalité des faits (ATF 107 Ib 264 consid. 3a; 1A.270/2006 du
13 mars 2007, consid. 2.1; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2008.69,
consid. 3).
5.3 L'escroquerie (art. 146 CP) se définit, au sens du droit suisse, comme le
fait de celui qui, dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un
enrichissement illégitime, induit astucieusement en erreur une personne
par des affirmations fallacieuses ou par la dissimulation de faits vrais, ou
exploite l'erreur dans laquelle se trouve une personne et détermine de la
sorte la victime à des actes préjudiciables à ses intérêts pécuniaires ou à
ceux d'un tiers (art. 146 ch. 1 CP). Une seule affirmation fallacieuse suffit,
lorsque l'auteur soutient l'existence d'un fait qui en réalité n'existe pas. L'af-
firmation doit en principe porter sur un fait, passé ou actuel (ATF 122 II 428
consid. 3a/bb); l'affirmation fausse peut également porter sur les intentions
actuelles de l'auteur quant à son comportement futur (ATF 135 IV 78 con-
sid. 5.1). La tromperie peut consister non pas à affirmer un fait faux, mais à
dissimuler un fait vrai. L'auteur peut également s'employer, en déployant
une sorte de brouillard stratégique, à cacher la vérité, de manière à ce
qu'elle ne soit pas découverte. Dans les deux cas, il s'agit d'une infraction
par omission (CORBOZ, Les infractions en droit suisse, Vol. I, 3e éd., Berne
2010, no 8 s. ad art. 146 CP et doctrine citée). La tromperie peut enfin con-
sister à conforter la dupe dans son erreur. En revanche, il n'est pas néces-
saire que le dommage soit définitif. Un dommage temporaire ou provisoire
suffit car il faut se placer au moment de l'acte délictueux (ATF 102 IV 84
consid. 4). De surcroît, le dommage peut aussi résulter de la différence ca-
chée entre la prestation fournie et celle qui était exigée selon le contrat
(ATF 113 Ib 170 consid. 3c/bb).
5.4 Dans les décisions querellées, le MPC ne se prononce pas spécifiquement
sur la question de la double incrimination. Il ressort toutefois de la décision
d'entrée en matière, qu'il a retenu que prima facie les faits décrits dans la
commission rogatoire correspondent aux éléments constitutifs de l'escro-
querie, de la gestion déloyale, de l'exploitation de la connaissance de faits
confidentiels, de la corruption d'agents publics suisses active et passive et
du blanchiment d'argent (act. 1.18 p. 2). Il a ainsi retenu que les conditions
http://links.weblaw.ch/ATF-124-II-184 http://links.weblaw.ch/ATF-117-IB-337 http://links.weblaw.ch/ATF-112-IB-225 http://links.weblaw.ch/ATF-125-II-569 http://links.weblaw.ch/1C_138/2007 http://links.weblaw.ch/ATF-107-IB-264 http://links.weblaw.ch/1A.270/2006 http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2008.69 http://links.weblaw.ch/ATF-122-II-422 http://links.weblaw.ch/ATF-102-IV-84 http://links.weblaw.ch/ATF-113-IB-170
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de la double incrimination étaient remplies. Or, en l'espèce, il ressort de la
commission rogatoire qu'il est notamment reproché aux prévenus d'avoir
mis en œuvre une escroquerie au détriment de la République tchèque.
Dans le cadre de la vente en décembre 2002 à O. AG des actifs propriétés
de l'Etat tchèque et gérés par l'intermédiaire de la CKA, le Gouvernement
tchèque aurait en effet été induit en erreur sur la véritable situation écono-
mique du Groupe M. et aurait ainsi approuvé la vente des actifs concernés
à un prix inférieur à celui effectivement dû. Les actifs en question avaient
d'un côté la forme de participations dans les sociétés de L. AS et de JJ. TS
et d'un autre côté de créances de la société L. AS sur ses filiales. Au
31 octobre 2002, la valeur nominale de ces actifs se chiffrait à
CZK 4'923'950'000.-- alors qu'ils ont été cédés à O. AG
pour CZK 350'000'000.-- Il est apparu qu'en analysant les flux de fonds
postérieurs au rachat des créances par O. AG qu'en l'espace de cinq mois,
les différentes filiales du groupe M. avaient déjà remboursé
CZK 505'208'991.-- et plus de EUR 1'950'154.-- de leurs dettes alors
qu'elles avaient été acquises au prix de CZK 150'000'000.--. Cela tendrait à
laisser penser que ces créances n'étaient pas difficiles à recouvrer et que
la situation économique des filiales du Groupe M. n'était pas aussi mau-
vaise que celle présentée par la direction du Groupe pendant la période
précédant la vente des actifs. Cette dernière aurait ainsi induit en erreur le
gouvernement tchèque à ce sujet. Par ailleurs, il appert que durant le pro-
cessus du meilleur acquéreur, O. AG se serait vue indûment privilégiée par
rapport aux autres concurrents en obtenant par avance un «Mémorandum
d'information» comprenant des éléments détaillés concernant les diffé-
rentes filiales de la société L. AS et devant servir de base pour la fixation
de l'offre par les divers concurrents.
5.5 Il y a lieu de constater que les différents éléments qui précèdent pourraient,
sous l'angle de la double punissabilité, correspondre à première vue aux
éléments constitutifs de l'escroquerie et ce, compte tenu notamment du fait
que la situation économique effective du Groupe M. a été dissimulée à
l'Etat tchèque ce qui aurait incité ce dernier à vendre ses actifs y relatifs à
un prix qui semble nettement sous-évalué. C'est le lieu de rappeler que
l'entraide peut être accordée si les éléments objectifs d'une seule infraction
sont réalisés. Le grief doit dès lors être écarté.
6.
6.1 Les recourantes se prévalent également d'une violation du principe «ne bis
in idem». Elles soutiennent en effet que les actes de corruption allégués
dans la demande d'entraide ont déjà fait l'objet d'un acte d'accusation en
- 11 -
Suisse mais qu'ils ont définitivement été écartés par la Cour des affaires
pénales dans son jugement du 10 octobre 2013 (SK.2011.24) pour le
même complexe de faits que celui investigué en République tchèque.
6.2 Le principe «ne bis in idem» signifie que nul ne peut être poursuivi ou puni
à raison de faits pour lesquels il a déjà été acquitté ou condamné par un
jugement définitif. En matière d'entraide, ledit principe est réglé à l'art. 66
EIMP lequel spécifie que l'entraide peut être refusée si la personne réside
en Suisse et si l'infraction qui motive la demande y fait déjà l'objet d'une
procédure pénale (al. 1). L'entraide peut toutefois être accordée si la pro-
cédure ouverte à l'étranger n'est pas dirigée uniquement contre la per-
sonne poursuivie résidant en Suisse ou si l'exécution de la demande est de
nature à la disculper (al. 2; arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2009.281/RP.2009.37 du 7 juillet 2010 consid. 3.2). Seule la personne
potentiellement touchée par une possible violation du principe «ne bis in
idem» a qualité pour soulever ce grief (cf. arrêt du Tribunal fédéral
1A.5/2007 du 25 janvier 2008, consid. 2.4 et 3.5; arrêt du Tribunal pénal
fédéral RR.2012.120 du 14 mars 2013, consid. 4.2).
6.3 Les recourantes ne sont pas prévenues dans la procédure menée en Ré-
publique tchèque, elles ne peuvent donc se prévaloir de ce principe. Le
grief est par conséquent inopérant.
7.
7.1 Les recourantes font valoir en outre la violation du principe de la proportion-
nalité.
7.2 Selon ce principe, la question de savoir si les renseignements demandés
sont nécessaires ou simplement utiles à la procédure pénale est en principe
laissée à l'appréciation des autorités de poursuite de l'Etat requérant. L'Etat
requis ne disposant généralement pas des moyens qui lui permettraient de
se prononcer sur l'opportunité de l'administration des preuves acquises au
cours de l'instruction étrangère, il ne saurait substituer sur ce point sa propre
appréciation à celle des magistrats chargés de l'instruction. La coopération
ne peut dès lors être refusée que si les actes requis sont manifestement
sans rapport avec l'infraction poursuivie et impropres à faire progresser l'en-
quête, de sorte que la demande apparaît comme le prétexte à une recherche
indéterminée de moyens de preuve (ATF 122 II 367 consid. 2c; arrêt du Tri-
bunal pénal fédéral RR.2009.33-36 du 25 juin 2009, consid. 3.1). Le principe
de la proportionnalité interdit en outre à l'autorité suisse d'aller au-delà des
requêtes qui lui sont adressées et d'accorder à l'Etat requérant plus qu'il n'a
demandé. Cela n'empêche pas d'interpréter la demande selon le sens que
http://links.weblaw.ch/BSTGER-SK.2011.24 http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2009.281 http://links.weblaw.ch/BSTGER-RP.2009.37 http://links.weblaw.ch/1A.5/2007 http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2012.120 http://links.weblaw.ch/ATF-122-II-367 http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2009.33
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l'on peut raisonnablement lui donner. Le cas échéant, une interprétation
large est admissible s'il est établi que toutes les conditions à l'octroi de l'en-
traide sont remplies; ce mode de procéder permet aussi d'éviter d'éven-
tuelles demandes complémentaires (ATF 121 II 241 consid. 3a; arrêt du Tri-
bunal pénal fédéral RR.2009.286-287 du 10 février 2010, consid. 4.1). Enfin,
l'entraide vise non seulement à recueillir des preuves à charge, mais égale-
ment à décharge (arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2008.287 du 9 avril
2009, consid. 2.2.4 et la jurisprudence citée).
7.3 S'agissant de demandes relatives à des informations bancaires, il convient
en principe de transmettre tous les documents qui peuvent faire référence au
soupçon exposé dans la demande d'entraide; il doit exister un lien de con-
nexité suffisant entre l'état de faits faisant l'objet de l'enquête pénale menée
par les autorités de l'Etat requérant et les documents visés par la remise
(ATF 129 II 462 consid. 5.3; arrêts du Tribunal fédéral 1A.189/2006 du 7 fé-
vrier 2007, consid. 3.1; 1A.72/2006 du 13 juillet 2006, consid. 3.1). Les auto-
rités suisses sont tenues, au sens de la procédure d'entraide, d'assister les
autorités étrangères dans la recherche de la vérité en exécutant toute me-
sure présentant un rapport suffisant avec l'enquête pénale à l'étranger. Lors-
que la demande vise, comme en l'espèce, à éclaircir le cheminement de
fonds d'origine délictueuse, il convient d'informer l'Etat requérant de toutes
les transactions opérées au nom des entités (personnes physiques ou mo-
rales) et par le biais des comptes impliqués dans l'affaire (ATF 121 II 241
consid. 3c). L'utilité de la documentation bancaire découle du fait que l'autori-
té requérante peut vouloir vérifier que les agissements qu'elle connaît déjà
n'ont pas été précédés ou suivis d'autres actes du même genre (cf. arrêts du
Tribunal fédéral 1A.259/2006 du 26 janvier 2007, consid. 2.2; 1A.75/2006 du
20 juin 2006, consid. 3.2; 1A.79/2005 du 27 avril 2005, consid. 4.2;
1A.59/2005 du 26 avril 2005, consid. 6.2).
7.4 Les autorités tchèques enquêtent pour escroquerie, blanchiment, corruption
passive et corruption active, violation de l'obligation de gestion des biens
d'autrui et collusions en lien avec une procédure d'appel d'offre publique ou
de vente aux enchères publiques contre inconnus (act. 1.5.1).
Les éléments qui figurent au dossier concernant les relations bancaires des
personnes morales recourantes mettent en exergue le fait que chacune
d'entre elles a été créditée à plusieurs reprises de sommes importantes pro-
venant du Groupe M.
7.4.1 Ainsi, en ce qui concerne A. Ltd, les entrées de fonds sur la relation objet de
la décision de clôture querellée proviennent pour l’essentiel de de la société
CC. au titre de remboursement de prêts. Le compte en question a au de-
http://links.weblaw.ch/ATF-121-II-241 http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2009.286 http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2008.287 http://links.weblaw.ch/ATF-129-II-462 http://links.weblaw.ch/1A.189/2006 http://links.weblaw.ch/1A.72/2006 http://links.weblaw.ch/ATF-121-II-241 http://links.weblaw.ch/1A.259/2006 http://links.weblaw.ch/1A.75/2006 http://links.weblaw.ch/1A.79/2005 http://links.weblaw.ch/1A.59/2005
- 13 -
meurant également été crédité de sommes importantes de la part d'entités
du Groupe M.: notamment de KK. JS A.S. le 30 septembre 2003 et le
1er octobre 2003 (pièces MPC act. 07-26-82-0028 et 07-26-82-0034), T. SRO
du 6 mars 2003 au 29 août 2005 (pièces MPC act. 07-26-82-0154; 07-26-82-
0078; 07-26-82-0079; 07-26-82-0306; 07-26-82-0346; 07-26-82-0153; 07-26-
82-0184; 07-26-82-0210; 07-26-82-0238; 07-26-82-0280; 07-26-82-0325),
AA. SRO les 5 avril 2004 et 22 décembre 2004 (pièces MPC act. 07-26-82-
0239; 07-26-82-0319), BB. SRO du 25 juin 2003 au 20 avril 2004 (pièces
MPC act. 07-26-82-0160; 07-26-82-0220; 07-26-82-0256; 07-26-82-0078;
07-26-82-0080; 07-26-82-0184), CC. SRO du 24 février 2006 au 1er juin 2006
(pièces MPC act. 07-26-82-0368; 07-26-82-0382; 07-26-82-0388; 07-26-82-
0394), L. AS le 22 décembre 2005 (pièce MPC act. 07-26-82-0361), KK. JS
A.S. du 4 juillet 2003 au 3 mai 2004 (pièces MPC act. 07-26-82-0124; 07-26-
82-0146; 07-26-82-0150; 07-26-82-0185; 07-26-82-0199; 07-26-82-0204; 07-
26-82-0262; 07-26-82-0079; 07-26-82-0080 ;07-26-82-0238) DD. SRO le
2 octobre 2003 (pièce MPC act. 07-26-82-0157), EE. Les 22 décembre 2004
et 14 janvier 2005 (pièces MPC act. 07-26-82-0313, 07-26-82-0333),
FF. SRO du 16 juin 2003 au 13 août 2004 (pièces MPC act. 07-26-82-0108;
07-26-82-0181;07-26-82-0291; 07-26-82-0078; 07-26-82-0079), de GG.
SRO du 2 février 2005 au 29 septembre 2005 (pièces MPC act. 07-26-82-
0325; 07-26-82-0339; 07-26-82-0346). Il est dès lors possible que les ver-
sements en question soient liés au remboursement des créances acquises
tel que précédemment mentionné (supra consid. 5.4).
7.4.2 Quant à la relation bancaire de B. Ltd, elle a notamment été créditée, le
1er avril 2003, de EUR 4'000'000.-- de la société HH. LTD, somme qui a été
transférée à la même date en faveur de la société O. AG (pièce MPC
act. 07-26-35-0023). Or, les deux sociétés sont mises en cause dans le pro-
cessus de l'acquisition du Groupe M. Par ailleurs, selon le formulaire des
transactions inhabituelles, ce crédit de EUR 4'000'000.-- est à mettre en rela-
tion avec l’achat d’actions "M" (pièce MPC act. 07-26-73-0144). En outre, le
même jour, O. AG achète CZK 40'000'000.-- pour un montant
d'EUR 1'256'774.-- et effectue le jour même un versement d'un montant
identique de son compte n° 3 auprès de la banque S. en faveur de O. AG sur
le compte n°4 auprès de la banque II. à Prague (pièce MPC act. 07-26-73-
0149). A cet égard, il ressort du formulaire des transactions inhabituelles que
ce transfert de couronnes tchèques sert à l'achat d’actions "M" (pièce MPC
act. 07-26-73-0144). Enfin, le compte en cause a lui aussi été crédité à plu-
sieurs reprises par la société L. AS les 13 août 2004 (pièce MPC act. 07-26-
35-0028), 5 novembre 2004 (pièce MPC act. 07-26-35-0030), 29 et 30 avril
2004, 7 juin 2004 (pièce MPC act. 07-26-35-0045), 12 juillet 2004 (pièce
MPC act. 07-26-35-0047), ainsi que les 4 et 5 novembre 2004 (pièce MPC
act. 07-26-35-0049). Il apparaît donc que des fonds ayant transité par le
- 14 -
compte de la recourante, soit un total de EUR 8’899’500.--, ont pu être utili-
sés dans le cadre de l’acquisition de la société L. AS en République tchèque
et que des fonds provenant de cette entité y ont transité.
7.4.3 Dans ces conditions, force est de reconnaître qu'il existe un rapport objectif,
respectivement un «lien de connexité» suffisant entre les informations que
l'autorité d'exécution entend transmettre en République tchèque et l'enquête
qui y est diligentée. L'autorité requérante a dès lors intérêt à pouvoir prendre
connaissance de la documentation d'ouverture et des extraits de compte,
afin d'être informée de toute transaction susceptible de s'inscrire dans les
montages mis en place par les prévenus sous enquête dans le pays requé-
rant. Ces informations sont sans conteste utiles à son enquête et lui permet-
tront d'instruire à charge comme à décharge, ce qui est conforme à la juris-
prudence (cf. arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2008.287 du 9 avril 2009,
consid. 2.2.4 et la jurisprudence citée). Le grief de la violation du principe de
la proportionnalité est ainsi privé d'assise.
8.
8.1 Dans un dernier grief, les recourantes invoquent l'inopportunité des déci-
sions de clôture. Elles estiment que le MPC aurait dû déclarer la demande
d'entraide irrecevable au vu du jugement rendu par la Cour des affaires pé-
nales qui se serait prononcée sur le même complexe de faits et aurait défini-
tivement acquitté les accusés en lien avec le volet relatif au Groupe M. Selon
elles, cela aurait au demeurant permis au MPC de choisir une solution radi-
calement différents et plus opportune, les recourantes étant au bénéfice d'un
jugement exécutoire empêchant l'Etat requérant de les poursuivre une nou-
velle fois.
8.2 Bien que ce motif de recours ne soit pas mentionné à l'art. 80i EIMP, con-
formément à sa jurisprudence, la Cour de céans examine également l'oppor-
tunité de la décision attaquée, en application de l'art. 49 let. c PA
(arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2013.163 du 17 juillet 2013, consid. 4 et
RR.2007.27 du 10 avril 2007, consid. 2.2).
8.3 Tel que formulé, le grief relatif à l'inopportunité des décisions de clôture se
recoupe implicitement avec celui du principe «ne bis in idem» traité précé-
demment (supra consid. 6). Il convient donc de l'écarter. On rappellera que
la République tchèque a adressé ses demandes d'entraide en étant parfai-
tement informée des procédures ouvertes en Suisse. Ne pas y donner suite,
sans qu'une raison formelle de refus d'entraide ne soit réalisée, équivaudrait
à ne pas respecter les engagements internationaux pris par la Suisse en ma-
tière d'entraide internationale vis-à-vis de l'Etat requérant.
http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2008.287 http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2013.163 http://links.weblaw.ch/BSTGER-RR.2007.27
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9. Les développements qui précèdent conduisent au rejet du recours.
10. En règle générale, les frais de procédure comprenant l'émolument d'arrêté,
les émoluments de chancellerie et les débours sont mis à la charge de la
partie qui succombe (art. 63 al. 1 de la loi fédérale sur la procédure adminis-
trative [PA; RS 172.021]). Le montant de l'émolument est calculé en fonction
de l'ampleur et de la difficulté de la cause, de la façon de procéder des par-
ties, de leur situation financière et des frais de chancellerie (art. 73 al. 2
LOAP). Les recourantes qui succombent supporteront solidairement les frais
du présent arrêt fixés à CHF 6'000.--, réputés couverts par les avances de
frais acquittées (art. 73 al. 2 LOAP et art. 8 al. 3 du règlement du Tribunal
pénal fédéral sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la procé-
dure pénale fédérale [RFPPF; RS 173.713.162] et art. 63 al. 5 PA).
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