Decision ID: 12e831e4-a530-47b1-9ab5-a921806b48d7
Year: 2003
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. X._, née le 26 décembre 1960, est en Suisse sous le statut de requérante d'asile et bénéficie de l'encadrement de la Fondation vaudoise pour l'accueil des requérants d'asile (FAREAS). Elle a travaillé du 6 décembre 2001 au 7 avril 2002 en qualité de femme de chambre à l'Hôtel A._ de Villars-sur-Ollon. S'agissant d'un emploi saisonnier, elle a déposé le 27 mars 2002 une demande d'indemnité de chômage auprès de la Caisse de chômage O.C.S. (ci-après : la caisse de chômage) et elle a demandé le paiement de l'indemnité journalière depuis le 8 avril 2002. Elle a ensuite été engagée dès le 26 avril 2002 en qualité d'auxiliaire sur appel par la société Y._ SA à Z._; son contrat de travail a été résilié pendant la période d'essai pour le 21 juin 2002 à la suite d'une incapacité de travail. L'assurée a produit auprès de la caisse de chômage un certificat de travail attestant d'une incapacité de travail pour la période du 10 au 18 juin 2002. Dans le formulaire désigné "Indications de la personne assurée" (IPA) du mois de juin 2002, l'assurée a mentionné l'incapacité de travail du 10 au 18 juin . Sur le formulaire IPA du mois de juillet 2002, l'assurée a répondu négativement à la question de savoir si elle était en incapacité de travailler. Sur le formulaire du mois d'août, remis le 12 septembre 2002 à la caisse de chômage, l'assurée a précisé qu'elle était en incapacité de travail.
La caisse de chômage a effectué le paiement des indemnités pour les périodes de contrôle des mois de juin, juillet et août 2002 le 13 septembre 2002. Pour le mois de juin 2002, la caisse a versé un montant de 422 fr.10 directement à la FAREAS en vertu d'une "cession-délégation à l'encaissement des indemnités de chômage" signée par l'assurée le 23 août 2002. La caisse de chômage a également versé le 13 septembre 2002 les indemnités du mois de juillet 2002 pour un montant net de 1'840 fr.35 versé directement à la FAREAS et les indemnités du mois d'août 2002 pour un montant net de 1'750 fr.95 versé également à la FAREAS.
B. Entre-temps, l'assurée avait remis à la caisse de chômage un certificat médical du 30 juillet 2002 mentionnant une incapacité de travail à 100 % en raison de maladie dès le 19 juin 2002. Par la suite, un nouveau certificat médical a été remis le 17 septembre 2002 confirmant l'incapacité de travail à 100 % dès le 19 juin 2002. Le médecin traitant de l'assurée a ensuite établi deux certificats médicaux des 25 septembre et 8 octobre 2002 précisant que l'assurée pouvait reprendre une activité en position assise sans toutefois mentionner une date. Interrogé sur cet aspect, le médecin a indiqué qu'il avait établi à la demande d'une assistante sociale les certificats admettant la possibilité d'une reprise du travail, mais en définitive, il estimait que la patiente souffrait d'une incapacité de travail totale dès le 10 juin 2002 qui se poursuivait encore à la fin du mois d'octobre 2002.
C. Par une première décision du 16 décembre 2002, la caisse de chômage a estimé que l'assurée ne pouvait être indemnisée que pendant la période de 30 jours suivant la date de sa réinscription au chômage le 24 juin 2002. Par une seconde décision du 16 décembre 2002 également, elle a demandé la restitution des indemnités versées à tort pour un montant de 2'178 fr.05 correspondant aux indemnités versées depuis le 24 juillet 2002 jusqu'à la fin du mois d'août.
En date du 6 janvier 2003, X._ s'est adressée à la caisse de chômage pour être dispensée de l'obligation de restituer. Elle conteste avoir tenté d'obtenir indûment les indemnités qui lui ont été versées. Elle estime avoir fait valoir son droit au chômage en toute bonne foi à la suite de la perte de son emploi auprès de Y._ SA. Elle précise également que sa situation financière serait actuellement des plus précaires en raison de son incapacité totale de travailler. Elle ne bénéficierait ainsi que des prestations de l'aide sociale allouées par l'intermédiaire de la FAREAS.
D. Par décision du 20 mai 2003, le Service de l'emploi a rejeté la demande de remise en estimant que l'assurée ne pouvait se prévaloir de sa bonne foi. X._ a recouru contre cette décision auprès du Tribunal administratif le 10 juin 2003. Le Service de l'emploi s'est déterminé sur le recours le 25 juin 2003 en concluant implicitement à son rejet.
L'Office régional de placement des districts d'Aigle et Pays d'Enhaut s'est également déterminé sur le recours le 3 juillet 2003 en relevant que l'assurée avait effectué des recherches d'emploi durant les périodes de contrôle des mois de juin et juillet 2002. Elle ne s'était toutefois pas présentée à l'entretien du 20 août en raison de maladie et de l'incapacité de travail qu'elle annonçait.
La FAREAS s'est également déterminée sur le recours en confirmant que le montant des indemnités en cause lui avait été versé directement en vertu de la cession signée en sa faveur par l'assurée. La FAREAS relève que la caisse de chômage, qui a effectué les paiements, était en possession des certificats médicaux attestant l'incapacité de travail, et elle précise que tous les montants reçus de la caisse de chômage ont été attribués à l'entretien de X._.

Considérant en droit:
1. Le recours est déposé dans le délai de 30 jours fixé par l'ancien art. 103 al. 3 de la loi fédérale du 25 juin 1982 sur l'assurance-chômage obligatoire et l'indemnité en cas d'insolvabilité (ci-après: la loi ou LACI) ; il respecte en outre les exigences de forme prévues par l’art. 31 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA). Il y a donc lieu d'entrer en matière sur le fond.
2. Les indemnités dont la caisse de chômage réclame la restitution ont été versées à la FAREAS en vertu d'une cession signée par la recourante elle-même. La FAREAS est une autorité d'assistance chargée d'allouer les prestations de l'aide sociale aux requérants d'asile dont le montant est fixé en fonction des revenus des bénéficiaires, qui en sont déduits. La FAREAS est donc légitimée à obtenir le paiement des indemnités de l'assurance-chômage jusqu'à concurrence des montants alloués à l'assurée pour les périodes en cause. Toutefois, en pareil cas, la décision de restitution des indemnités versées à tort doit être adressée à l'autorité d'assistance qui les a encaissées (voir ATF 118 V 214, consid. 4, p. 221 et ATF 110 V 10, consid. 2, p. 14-15). Il se pose donc la question de savoir si la recourante s'est limitée, dans sa demande du 10 janvier 2003, à solliciter uniquement la remise de l'obligation de restituer les indemnités de chômage, ou si elle a contesté le principe même de l'obligation de restituer les indemnités. Dans la première hypothèse, la décision de restitution est entrée en force et ne peut être remise en cause alors que dans le second cas, l'autorité cantonale devait examiner si le destinataire de la décision de restitution des indemnités avait été désigné conformément à la jurisprudence précitée. Il n'est toutefois pas nécessaire de trancher cette question dès lors que les conditions d'une remise de l'obligation de restituer, dont l'autorité d'assistance pouvait également se prévaloir, semblent réunies.
3. a) Selon l'art. 95 al. 2 LACI, dans sa teneur en vigueur jusqu'au 31 décembre 2002, si le bénéficiaire était de bonne foi en acceptant des prestations indues et si leur restitution devait entraîner des rigueurs particulières, on y renoncera, sur demande, en tout ou partie. Depuis le 1er janvier 2003, le nouvel art. 95 al. 1 LACI précise que la demande de restitution est régie par l'art. 25 de la loi fédérale du 6 octobre 2000 sur la partie générale du droit des assurances sociales (LPGA, RS 630.1). Cette dernière disposition prévoit que les prestations indûment touchées doivent être restituées mais que la restitution ne peut être exigée lorsque l'intéressé était de bonne foi et qu'elle le mettrait dans une situation difficile.
b) La jurisprudence du Tribunal fédéral des assurances rendue en application de l'ancien art. 95 al. 2 LACI précise qu'il faut se référer à la notion de bonne foi définie dans le cadre de l'application de l'art. 47 al. 1 LAVS (DTA 2001 No 18 p. 162 consid. a). Selon cette jurisprudence, la seule ignorance par le bénéficiaire du fait qu'il n'avait pas droit aux prestations ne suffit pas pour admettre qu'il était de bonne foi. Il faut bien plutôt que le bénéficiaire des prestations se soit rendu coupable, non seulement d'aucune intention malicieuse, mais aussi d'aucune négligence grave. Il en résulte que la bonne foi en tant que condition de la remise, est exclue d'emblée lorsque les faits qui conduisent à l'obligation de restituer, en particulier la violation du devoir d'annoncer ou de renseigner, sont imputables à un comportement de l'assuré ou à une négligence grave. En revanche, l'intéressé peut invoquer sa bonne foi lorsque l'acte ou l'omission fautif ne constitue qu'une violation légère de l'obligation d'annoncer ou de renseigner (ATF 112 ch. V 103 consid. 2c, 110 ch. V 180 consid. 3c; DTA 2001 No 18 consid. 3).
c) En l'espèce, le tribunal ne peut reprocher à la recourante une violation de son devoir d'annoncer ou de renseigner la caisse de chômage. Il est vrai que l'assurée n'a effectivement pas mentionné l'incapacité de travail sur la feuille de contrôle du mois de juillet 2002 (formulaire IPA). Cependant, elle a produit un certificat médical du 30 juillet 2002 confirmant que l'incapacité de travail subie depuis le 19 juin 2002 se poursuivait. En outre, la recourante a mentionné sur le formulaire IPA du mois d'août 2002 une incapacité de travail qui a donc bien été annoncée à la caisse de chômage. Ainsi, les incertitudes qui existaient au mois de juillet 2002 sur la capacité de travail de la recourante étaient levées au mois d'août 2002. Les hésitations intervenues par la suite dans les certificats médicaux des 25 septembre et 8 octobre 2002 sont postérieures à la décision de la caisse de chômage du 13 septembre 2002 de payer les indemnités des périodes de contrôle des mois de juin, juillet et d'août 2002; elles ne sont donc pas déterminantes pour apprécier la question de la bonne foi de l'assurée. Dans ces conditions, il est douteux de pouvoir retenir à l'encontre de l'assurée une violation de son obligation d'annoncer ou une négligence grave dès lors qu'elle a communiqué en temps utile le certificat médical attestant de l'incapacité de travail jusqu'à la date du versement des indemnités et qu'elle a bien mentionné sur la feuille de contrôle du mois d'août 2002 l'incapacité de travail en question. La décision attaquée, qui ne tient pas compte de ces éléments, doit donc être annulée et le dossier doit être retourné à l'autorité intimée afin qu'elle statue à nouveau en prenant en considération cette situation.
4. Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être admis et la décision du Service de l'emploi annulée, le dossier étant retourné à cette autorité afin qu'elle statue à nouveau conformément aux considérants du présent arrêt. Il n'y a en outre pas lieu de percevoir de frais de justice ni d'allouer de dépens.