Decision ID: 244561ad-7105-47b9-b158-33d73d1d290e
Year: 2005
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A. X._, ressortissante originaire de la Serbie et du Monténégro née le 23 octobre 1965, a épousé le 24 février 2001 Z._, l’un de ses compatriotes, titulaire d’une autorisation de séjour annuelle. Elle est arrivée en Suisse le 25 novembre 2001 accompagnée de sa fille Y._, née le 7 mai 1992 d'un précédent mariage. Elles ont toutes deux obtenu une autorisation de séjour fondée sur les dispositions du regroupement familial. Ces autorisations ont été régulièrement renouvelées jusqu’au 24 novembre 2004.
B. X._ a été engagée le 28 février 2002 par l’entreprise 1.**********, à ************, en qualité de lingère. Dès le 1er décembre 2002, elle a toutefois changé d’employeur et a été engagée par la clinique 2.**********, à *********, en qualité d’employée d’exploitation (femme de chambre) pour un salaire mensuel brut de fr. 3'288.-. Depuis lors, elle est toujours au service de la clinique susmentionnée.
C. Informé de la séparation des époux, le SPOP a sollicité, le 8 octobre 2003, de la police cantonale vaudoise qu’elle procède à une enquête sur la situation du couple.
Le 30 octobre 2003, le SPOP a reçu le rapport de police suivant :
"(...)
Mme X._ déclare :
J’ai connu mon mari, Z._, sur présentation d’un ami, en l’an 2000, en Yougoslavie. Nous nous sommes fréquentés durant un mois et nous nous sommes mariés. Comme j’avais une fille d’un premier mariage, Y._, et que Z._ avait également deux enfants de son premier mariage, est la raison de notre union, le 24.02.2001 en Yougoslavie. Z._ en accord avec moi, je devais rester en Yougoslavie, à la ferme des parents Z._ et je devais m’occuper des enfants. Après le mariage, mon mari, Z._ est retourné en Suisse et a entrepris les démarches pour obtenir un permis pour moi et les trois enfants. Après 9 mois, je suis arrivée en Suisse, avec les trois enfants et nous avons occupé l’appartement de 3 pièces de Z._, à 3.***********. Dans un premier temps, j’ai travaillé à 1.**********, puis en fin d’année 2002, j’ai été engagée comme femme de chambre, à la clinique 2.**********, à ************. A la maison, Z._ consomme passablement d’alcool et ça finissait toujours par des grandes disputes, pour des raisons d’argent, car il me donnait peu d’argent pour le ménage et pour habiller les enfants. Les deux salaires sont gérés par lui. Je sais qu’il fait un virement chaque mois en Yougoslavie, pour payer les transformations de sa maison et diverses dettes. De plus, avec ma fille il y a un désaccord avec les enfants de mon mari. Au mois de septembre de cette année, suite à une dispute, j’ai quitté l’appartement avec ma fille pour prendre une chambre qui était disponible chez mon employeur, à la 4.**********. Le 14 octobre 2003, j’ai contacté le CSP, Centre Social Protestant, à Bex, M. *************, pour me conseiller et intervenir auprès de mon mari, pour qu’il se soigne et que je puisse revenir à l’appartement et reprendre une vie normale en famille.
Pour le moment, je ne touche que mon salaire, soit fr. 3'200 brut, sans l’allocation de ma fille, cette dernière est versée sur le salaire de mon mari. Je précise que je ne veux pas divorcer, car j’aime mon mari, malgré qu’il a fait passer une annonce dans un journal yougoslave, pour retrouver une nouvelle femme (pièce jointe).
Renseignements pris auprès de son employeur, Mme A._, responsable du personnel de la clinique 2.**********, cette dernière déclare être très satisfaite des services de cette employée.
M. Z._ déclare :
Mon épouse a quitté la maison avec sa fille en début septembre 2003, pour prendre une chambre chez son employeur. En fin d’année, quand je rentrerai dans mon pays, j’entamerai une procédure de divorce. Pour le moment, je règle les factures d’assurances pour toute la famille. Mon épouse garde son salaire pour elle et sa fille, je ne lui verse aucune pension. Je suis ouvrier d’entretien à 5.**********, à ************, depuis 1991. Je touche un salaire de fr. 3'600.- brut plus les allocations pour trois enfants. Je déclare avoir un emprunt de fr 20'000.- auprès d’une banque de Montreux, que je rembourse fr. 470.- par mois.
Très apprécié de son employeur.
Enfants :
B._et C._, sont les enfants de Z._ de son premier mariage, ils sont solarisés à Aigle et vivent avec leur père à ************.
Quant à Y._, elle est la fille de A._ de son premier mariage. Elle est à l’école primaire du collège du **********.
Intégration :
Pas du tout intégré à la population suisse. Z._ après ces années en Suisse, parle très peu notre langue, quant à son épouse, A._, elle ne parle pas du tout le français. (...)".
D. Le 5 novembre 2004, le SPOP a encore sollicité du bureau des étrangers de la Commune de ************ que celle-ci lui fournisse des renseignements quant à une éventuelle reprise de vie commune ou une éventuelle procédure de divorce.
Les 23 et 24 novembre 2004, X._ a indiqué qu’elle n’entendait pas reprendre la vie commune, qu’elle l’avait quitté son époux à cause de son alcoolisme et de son comportement violent, qu’elle ne l’avait pas revu depuis leur séparation de peur d’être violentée, que son conjoint avait introduit une procédure de divorce en Serbie et qu’elle attendait le résultat de cette procédure. Elle a par ailleurs requis le renouvellement de son permis de séjour et produit, à l’appui de sa demande, une attestation du psychologue Marco Allenbach, de la fondation la Monneresse, à ************, concernant l’enfant Y._.
E. Par décision du 17 décembre 2004, notifiée le 22 décembre 2004, le SPOP a refusé de renouveler les autorisations de séjour des intéressées et leur a imparti un délai d’un mois dès notification pour quitter le territoire vaudois. A l’appui de sa décision, l’autorité fait valoir que la vie commune des époux Z._ n’a duré qu’un an et dix mois, qu’une procédure de divorce est en cours, que le but du séjour de X._ et de sa fille doit dès lors être considéré comme atteint. Par ailleurs, l’autorité intimée observe que X._ ne séjourne en Suisse que depuis trois ans, n’a pas d’attaches particulières avec notre pays, ne fait pas preuve d’une intégration particulière, étant précisé qu’elle s’est mise à l’apprentissage du français en 2004 seulement et que l’enfant Y._, arrivée en Suisse à l’âge de neuf ans et demi, ne devrait pas rencontrer de difficultés insurmontables à réintégrer son pays d’origine.
Par correspondance du 31 décembre 2004, la Municipalité de ************ a apporté son soutien à X._ et à sa fille et sollicité du SPOP qu’il reconsidère la décision susmentionnée.
F. Le 11 janvier 2005, X._ a recouru en son nom propre et au nom de sa fille auprès du Tribunal administratif contre la décision susmentionnée. A l’appui de son recours, elle fait valoir une violation du droit d’être entendu en observant que le SPOP n’a tenu aucun compte des motifs de l’interruption de la vie conjugale avec son époux, notamment des violences conjugales subies. Elle a en effet quitté le domicile conjugal uniquement pour se protéger et protéger sa fille des violences de son mari. S’agissant de l’alcoolisme et de la violence de son époux, ils peuvent être établis par les différentes interpellations de ce dernier pour bagarre et conduite en état d’ébriété sans permis de conduire valable. L’intimée n’a toutefois pas jugé utile d'enquêter sur ces circonstances. Elle a donc sollicité du tribunal qu’il ordonne la mise sur pied d’une enquête dans le but d'établir le comportement violent et l’alcoolisme de son époux. En second lieu, elle invoque une constatation inexacte des faits pertinents concernant son intégration et la situation de sa fille. Le SPOP n’a en effet pas pris en considération les différents certificats établis par ses employeurs ni le fait qu'elle se trouvait dans une détresse si importante qu'il lui était particulièrement difficile d’entrer dans un processus d’apprentissage du français. Enfin, s’agissant de sa fille, un retour en Serbie pourrait constituer un nouveau déracinement pour cette dernière alors même qu’elle est bien intégrée dans son nouveau milieu social et scolaire. Ses efforts d’intégration seraient ainsi rendus vains en cas de non-renouvellement de son autorisation de séjour. Les recourantes concluent à l’annulation de la décision attaquée et au renouvellement de leurs autorisations de séjour.
G. Par décision incidente du 25 janvier 2005, le juge instructeur du Tribunal administratif a accordé l’effet suspensif au recours et dispensé les recourantes de procéder à une avance de frais.
H. L’autorité intimée s’est déterminée le 17 février 2005 en concluant au rejet du recours.
I. Les recourantes ont produit le 31 janvier 2005 une attestation établie par l’établissement primaire et secondaire *********** constatant la bonne intégration de Y._, une lettre de soutien de l’une de ses professeurs ainsi que de ses camarades de classe et, enfin, une attestation établie par le psychologue Marco Allenbach datée du 11 janvier 2005, dont le contenu est le suivant :
"(...)
J’écris la présente afin de faire part de mes inquiétudes concernant un éventuel renvoi de Mme X._ et de sa fille Y._ en Serbie.
A) Le départ du domicile conjugal a été un acte indispensable et salutaire pour la santé mentale de Y._ et de sa mère. Mme X._, dans l’espoir de pouvoir faire évoluer sa relation conjugale, avait longtemps subi cette situation, en souffrant, mais sans s’en plaindre. Leur déménagement a finalement représenté la seule possibilité de se protéger d’une situation extrêmement dommageable psychologiquement pour toutes les deux.
Les faits relatés par Mme X._ et sa fille concernant M. Z._ étaient :
- une gestion très problématique et autocratique des finances du ménage
- des abus d’alcool
- des violences physiques (vaisselle lancée) et des menaces de violences physiques
- des menaces quant au droit de séjour de Mme X._ et de Y._ en Suisse
- des difficultés éducatives avec ses propres enfants.
Bien entendu, Mme X._ et Y._ étaient très inquiètes et souffraient beaucoup de cette situation. Leur état général s’est amélioré radicalement sitôt après la séparation du domicile conjugal. Auparavant, toute l’énergie de Mme X._ et de sa fille était consacrée à supporter cette situation.
Une fois que Mme X._ a pu réorganiser sa vie, elle a entrepris des cours de français. Auparavant, tout son temps et son énergie étaient consacrés à son travail, le ménage, les relations très difficiles avec M. Z._ et l’éducation des enfants.
D’autre part, il était indispensable, pour le développement psychoaffectif de Y._, qu’elle puisse constater que sa mère ose poser un acte pour se protéger d’une situation très néfaste psychologiquement. Auparavant, Y._ se faisait énormément de soucis pour sa mère.
Un éventuel renvoi prendrait une signification très grave: cela représenterait pour elles une sanction étatique quant au droit d’une femme de se protéger et de protéger son enfant. Un retour en Serbie dans ces conditions ne me semble pas envisageable pour la santé mentale de Mme X._ et, par conséquent, de sa fille.
De plus, à long terme, une telle décision représenterait un obstacle important au développement social et affectif de Y._.
B) Par ailleurs, Y._ a fait des efforts d’adaptation impressionnants, dans des circonstances très difficiles. Ses efforts portent actuellement leurs fruits. Mais une réadaptation en Serbie signifierait pour elle de devoir à nouveau fournir de tels efforts, lorsqu’elle commence à peine à voir les bénéfices de ses efforts passés. de 9 à 12 ans, son développement psychoaffectif et ses apprentissages scolaires se sont déroulés en Suisse. Il est primordial que Y._ puisse bénéficier d’une certaine stabilité au cours de sa vie d’adolescente.
J’ai revu Y._ aujourd’hui même, qui est très préoccupée par la situation actuelle. Suite à cet entretien, je crains fortement qu’une décision de renvoi n’entraîne une réactivation des troubles dépressifs et psychosomatiques dont elle a souffert auparavant. (...)".
J. Le 5 avril 2005, les recourantes ont déposé un mémoire complémentaire dans lequel elles ont requis un permis humanitaire.
K. Le 30 avril 2005, les recourantes ont encore produit une attestation du Dr Pierre Bourquin, médecin généraliste, à ************, datée du 11 avril 2005, dont le contenu est le suivant :
"(...)
A la demande de madame X._, née le 23 octobre 1965, qui me délie du secret médical à votre égard, je vous adresse ci-dessous quelques appréciations concernant sa situation de santé actuelle.
Elle m’a consulté le 5 mars 2005, souffrant d’un syndrôme anxio-dépressif sévère. Cette situation est survenue semble-t-il, à la suite d’un divorce dont une des conséquences serait une menace de renvoi dans son pays.
Lorsque j’examine Madame X._, elle présente effectivement une symptomatologie anxio-dépressive typique, elle se plaint également de céphalées, de troubles du sommeil et de remémoration d’événements traumatiques.
Je lui ai donc proposé un traitement psychothérapeutique, associé à une médication anti-dépressive.
Au début avril, la situation est toujours la même, Madame X._ présentant les mêmes phénomènes objectifs de syndrome anxio-dépressif. (...)".
L. Par courrier du 3 mai 2005, l’autorité intimée a déclaré renoncé à déposer des observations finales, tout en relevant que le mémoire complémentaire des recourantes ne pouvait s'appuyer sur aucun moyen de preuve nouveau.
M. Le Tribunal administratif a délibéré par voie de circulation.
N. Les arguments respectifs des parties seront repris ci-dessous dans la mesure utile.

Considérant en droit
1. Aux termes de l'art. 4 al. 1 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA), le Tribunal administratif connaît en dernière instance cantonale de tous les recours contre les décisions administratives cantonales ou communales lorsque aucune autre autorité n'est expressément désignée par la loi pour en connaître. Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du SPOP et de l'Office cantonal de la main-d'oeuvre et du placement rendues en matière de police des étrangers.
2. D'après l'art. 31 al. 1 LJPA, le recours s'exerce par écrit dans les 20 jours dès la communication de la décision attaquée. En l'espèce, le recours a été déposé en temps utile et satisfait aux conditions formelles énoncées à l'art. 31 al. 2 et 3 LJPA. En outre, les recourantes, destinataires de la décision attaquée, disposent d’un intérêt au recours de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
3. Faute pour la LSEE d'étendre le pouvoir d'examen de l'autorité de recours à l'opportunité, le Tribunal administratif n'exerce qu'un contrôle en légalité, c'est-à-dire examine si la décision entreprise est contraire à une disposition légale ou réglementaire expresse ou relève d'un excès ou d'un abus du pouvoir d'appréciation (art. 36 litt. a et c LJPA; cf. parmi d'autres arrêt TA PE 98/0135 du 30 septembre 1998, RDAF 1999 I 242, cons. 4). Conformément à la jurisprudence, il y a abus du pouvoir d'appréciation lorsqu'une autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues par la loi, se laisse guider par des considérations non pertinentes ou étrangères au but des dispositions applicables, ou statue en violation des principes généraux du droit administratif que sont l'interdiction de l'arbitraire, l'égalité de traitement, la bonne foi et la proportionnalité (cf. ATF 116 V 307, cons. 2).
4. Selon l'art. 1a LSEE, tout étranger a le droit de résider sur le territoire suisse s'il est au bénéfice d'une autorisation de séjour ou d'établissement. Selon l'art. 4 LSEE, l'autorité statue librement, dans le cadre des prescriptions légales et des traités avec l'étranger, sur l'octroi de l'autorisation de séjour. Elle tiendra compte des intérêts moraux et économiques du pays, du degré de surpopulation étrangère et de la situation du marché du travail (art. 16 al. 1 LSEE et 8 du Règlement d'exécution de la LSEE du 1er mars 1949 [RSEE]). Ainsi, les ressortissants étrangers ne bénéficient en principe d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail, sauf s'ils peuvent le déduire d'une norme particulière du droit fédéral ou d'un traité international (cf. parmi d'autres ATF 126 II 377, c. 2; 126 II 335, c. 1a; 124 II 361, c. 1a), ce qui n'est pas le cas en l'espèce.
5. Aux termes de l’article 38 alinéa 1 de l’Ordonnance du Conseil Fédéral limitant le nombre des étrangers du 6 octobre 1986 (OLE), la Police cantonale des étrangers peut autoriser l’étranger à faire venir en Suisse son conjoint et ses enfants célibataires âgés de moins de dix-huit ans dont il a la charge.
Dans le cas présent, la recourante étant séparée de son conjoint, lui-même titulaire d’un permis B, elle ne peut plus prétendre à la délivrance d’une autorisation de séjour par regroupement familial fondée sur la disposition précitée.
6. Dans certains cas cependant, notamment pour éviter des situations d’extrême rigueur, l’autorisation de séjour peut être accordée après la dissolution de la communauté conjugale (cf. Directives et commentaires de l’Office fédéral des migrations, anciennement IMES, sur l’entrée, le séjour et le marché du travail, état février 2005, ci-après : Directives, chiffre 654). L’autorité statue toutefois librement dans le cadre des prescriptions légales et des traités avec l’étranger (art. 4 LSEE; cf. Alain Wurzburger, La jurisprudence récente du Tribunal fédéral en matière de police des étrangers, RDAF 1997, p. 273), en prenant en considération la durée du séjour, les liens personnels avec la Suisse (notamment la conséquence d’un refus pour les enfants), la situation professionnelle, la situation économique et du marché du travail, le comportement et le degré d’intégration. Doivent également être prises en considération les circonstances qui ont conduit à la dissolution du lien matrimonial ou à la cessation de la vie commune. S’il est établi qu’on ne peut plus exiger du conjoint, admis dans le cadre du regroupement familial, de maintenir la relation conjugale, notamment parce qu’il a été maltraité, il importe d’en tenir compte dans la prise de décision et d’éviter ainsi des situations de rigueur.
7. a) En l'espèce, X._ réside dans notre pays au bénéfice d'une autorisation de séjour par regroupement familial depuis le 25 novembre 2001, soit à peine plus de trois ans au jour de la décision entreprise, respectivement pas encore quatre ans au jour du présent arrêt. Si la durée de ce séjour n'est certes pas insignifiante, elle n'est cependant pas suffisante pour pouvoir être prise en considération (cf. notamment arrêts TA PE 1997.0144 du 8 décembre 1997, PE 1999.0116 du 23 juin 1999 et PE 1999.0281 du 3 janvier 2000). La vie commune des époux a été relativement courte puisque ceux-ci ont vécu ensemble moins de deux ans. De plus, en dépit des allégations de la recourante, qui prétend avoir subi des violences conjugales, aucune plainte, aucun certificat médical, ni aucun rapport de police mentionnant que son mari aurait attiré défavorablement l'attention des autorités pour des motifs de ce genre ne figure au dossier. Sur ce point, la recourante a sollicité de tribunal qu'il fasse procéder à une enquête pour établir le caractère violent de son époux. Or, une telle enquête a déjà été effectuée par la police municipale de 1.************ le 30 octobre 2003, au cours de laquelle l'intéressée n'a mentionné que l'existence de disputes avec son mari, sans aucune mention de prétendues violences de ce dernier à son encontre. Cela étant, le tribunal s'estime suffisamment renseigné sur ce point sans avoir besoin de compléter davantage l'instruction. On relèvera en outre que le couple Z._ n'a pas eu d'enfant commun.
b) S'agissant du parcours professionnel de X._, il doit être considéré comme relativement stable. Depuis son arrivée en Suisse à la fin de l'année 2001, la recourante n'a changé qu'une seule fois d'emploi, soit le 1er décembre 2002. Depuis lors, elle est toujours au service du même employeur, qui est entièrement satisfait de ses services. On observera cependant que la recourante n'est manifestement pas qualifiée et qu'elle n'est donc pas à l'abri, compte tenu de la conjoncture actuelle, d'une éventuelle perte d'emploi. Ce risque doit néanmoins être pondéré compte tenu du domaine dans lequel l'intéressée travaille (femme de chambre), dont il est notoire qu'il souffre d'une pénurie sévère de personnel.
c) En ce qui concerne ensuite l'intégration de X._ en Suisse, rien ne permet d'estimer qu'elle soit concrète en ce sens que la recourante y aurait noué des liens, amicaux notamment, particulièrement intenses. De plus, l'intéressée, qui ne parle toujours pas notre langue après plus de trois ans passés en Suisse, n'allègue pas avoir des membres de sa famille résidant dans notre pays. On ne saurait dès lors admettre l'existence d'attaches particulièrement étroites entre la recourante et notre pays. Il en va de même de l'enfant Y._, arrivée en Suisse à 9 ans et demi. Elle a donc vécu dans son pays d'origine largement plus du double du temps passé en Suisse. Même si l'intégration d'un enfant dans un autre pays que le sien est particulièrement rapide, notamment par l'intermédiaire de la scolarité, il en va de même en cas de retour dans le pays d'origine. Y._ ne devrait pas non plus avoir de difficultés à reparler sa langue maternelle puisque c'est, selon toute vraisemblance, la langue qu'elle a continué de parler à la maison avec sa mère, cette dernière n'ayant débuté que très récemment des cours de français.
d) En conclusion, l'examen des circonstances énumérées par les Directives ne justifie nullement le maintien de l'autorisation de séjour des recourantes.
8. En dernier lieu, la recourant sollicite, dans son mémoire complémentaire du 5 avril 2005, la délivrance d'un permis humanitaire. A l'appui de sa requête, elle se prévaut de sa situation personnelle et médicale, plus particulièrement du fait qu'elle souffre d'un syndrome anxio-dépressif sévère (cf. certificat médial du Dr Pierre Bourquin du 11 avril 2005) et conclut à ce que son dossier soit transmis à l’autorité fédérale en vue d’une éventuelle exception aux mesures de limitation au sens de l’art. 13 litt. f de l’Ordonnance du Conseil fédéral limitant le nombre des étrangers du 6 octobre 1986 (OLE).
a) D'après l'art. 13 litt. f OLE, ne sont pas comptés dans les nombres maximums les étrangers qui obtiennent une autorisation de séjour dans un cas personnel d'extrême gravité ou en raison de considérations de politique générale. Dans la pratique, on parle, pour les permis de séjour délivrés dans les cas de rigueur, de permis "humanitaires". L'Office fédéral des migrations (ODM) est seul compétent pour autoriser une exception aux mesures de limitation du nombre des étrangers conformément à l'art. 52 litt. a OLE. Pratiquement, l'application de l'art. 13 litt. f OLE suppose donc deux décisions, soit celle de l'autorité fédérale sur l'exception aux mesures de limitation et celle de l'autorité cantonale qui est la délivrance de l'autorisation de séjour proprement dite. A cet égard, les autorités cantonales ne sont tenues de transmettre une demande dans ce sens à l'autorité fédérale compétente que si l'octroi de l'autorisation de séjour est subordonnée à une exception aux mesures de limitation. S'il existe en revanche d'autres motifs pour refuser l'autorisation, à savoir des motifs de police au sens large (existence d'infractions aux prescriptions de police des étrangers, motifs d'expulsion, d'assistance publique, etc.), elles n'ont aucune obligation de procéder à une telle transmission (ATF 119 Ib 91, cons. 1c, JT 1995 I 240; cf. également arrêts TA PE 2000.0087 du 13 novembre 2000, PE 1999.0182 du 10 janvier 2000, PE 1998.0550 du 7 octobre 1999 et PE 1998.0657 du 18 mai 1999). Ainsi, l'autorité cantonale ne peut refuser de soumettre la requête de l'étranger à l'autorité fédérale compétente en vue de l'octroi d'une éventuelle exception aux mesures de limitation que s'il existe des motifs valables tirés de la LSEE (arrêt TA PE 1999.0182 précité).
b) Dans le cas présent, l’autorité intimée ne s'est pas expressément déterminée sur la requête susmentionnée. Elle s'est limitée, dans son courrier du 3 mai 2005, à confirmer la décision attaquée en précisant au demeurant que la nouvelle écriture des recourantes ne pouvait s'appuyer sur aucun moyen de preuve nouveau. Or, une telle position doit manifestement être interprétée comme un refus implicite de transmettre le dossier des intéressées à l'ODM. Or, si c'est à juste titre que le SPOP ne peut se prévaloir d'aucun motif tiré de la LSEE, c'est en revanche à tort qu'il a refusé de transmettre le dossier des recourantes à l'ODM. Sa décision doit donc être annulée sur ce point.
9. En conclusion, le refus du SPOP de renouveler l'autorisation de séjour des recourantes suite à la séparation de X._ d'avec son époux est pleinement justifié. En revanche, son refus de transmettre leur dossier à l’autorité fédérale compétente est infondé, aucun motif ne justifiant en l'état un tel refus. Dans ces conditions, le recours doit être admis et la décision attaquée annulée, Le dossier des intéressées sera retourné au SPOP pour que ce dernier le transmette à l’ODM en vue d’une éventuelle exemption aux mesures de limitation au sens de l’art. 13 litt. f OLE.
Vu l’issue du pourvoi, les frais du présent arrêt seront laissés à la charge de l’Etat et des dépens seront alloués aux recourantes, qui ont procédé par l'intermédiaire d'un mandataire professionnel (art. 55 al. 1 LJPA).