Decision ID: 83215f09-29a2-519d-b1ce-dcd6d477c40e
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
Par jugement du 16 décembre 2015, le Tribunal de première instance, statuant sur mesures protectrices de l'union conjugale, a autorisé les époux A_, née le _ 1976 et B_, né le _ 1974, à vivre séparés et a notamment attribué à la mère la garde des enfants E_, née le _ 2006 et B_, né le _ 2010, un droit de visite devant s'exercer, à défaut d'entente entre les parties, à raison d'un week-end sur deux, du vendredi à la sortie de l'école au mardi retour en classe ainsi que durant la moitié des vacances scolaires, étant réservé au père.
b)
Au mois de novembre 2018, A_ et les deux mineurs ont été reçus dans le cadre de la permanence du Service de protection des mineurs, en raison du fait que les enfants avaient relaté être victimes d'attouchements de la part de leur père.
c)
Par ordonnance du 23 novembre 2018, le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après: le Tribunal de protection), statuant sur mesures superprovisionnelles, a suspendu le droit de visite du père sur les deux enfants.
d)
Dans ses observations du 5 décembre 2018, B_ a contesté les accusations portées à son encontre, niant avoir jamais eu le moindre geste déplacé à l'égard de ses enfants. Il a allégué que A_ tentait de l'écarter du cercle familial, surtout depuis qu'elle avait appris qu'il fréquentait une autre femme domiciliée au Vietnam. Elle impliquait en outre les deux mineurs dans le conflit conjugal et leur donnait de lui une image négative.
Il ressort de la procédure que A_ a de son côté un nouveau compagnon.
e)
Par ordonnance du 15 janvier 2019, le Tribunal de protection a réservé à B_ un droit de visite sur ses enfants devant être instauré auprès du centre de consultation G_, selon les disponibilités de celui-ci. Une curatelle d'organisation et de surveillance des relations personnelles a par ailleurs été instaurée, deux intervenants en protection des mineurs ayant été désignés aux fonctions de curateurs. Les parties ont enfin été exhortées à entreprendre une médiation.
f)
Il ressort d'un rapport du Service de protection des mineurs du 18 juin 2019 que A_ n'avait pas honoré les rendez-vous qui lui avaient été fixés par H_, thérapeute au sein de G_. Elle repoussait en outre le commencement du processus de médiation avec B_.
g)
Lors de l'audience devant le Tribunal de protection du 27 novembre 2019, les représentantes du Service de protection des mineurs ont expliqué qu'aucun rendez-vous n'avait encore pu être fixé auprès de G_, car le service attendait "l'autorisation de pouvoir prendre des rendez-vous séparés pour chaque enfant". En effet, la thérapeute H_ avait suggéré cette manière de faire, au motif qu'il fallait offrir à chacun des enfants la possibilité de "penser librement" lors des visites à leur père. Selon la thérapeute, les enfants étaient pris dans un conflit de loyauté et elle suggérait une augmentation du rythme des séances.
A_ a expliqué que sa fille était suivie à quinzaine par l'Office médico-pédagogique. Quant à son fils, il voyait chaque semaine une psychologue, soit I_. Selon elle, ses enfants allaient mieux, mais n'étaient pas encore prêts à revoir leur père. Elle a déclaré ne pas être opposée à ce que les visites au sein de G_ se fassent séparément pour chaque enfant, si cela était nécessaire, à condition que les mineurs n'y soient pas contraints. Elle n'avait pas pu entreprendre une médiation, par manque de temps.
Selon B_, les deux enfants se trouvaient sous l'influence de leur mère. Il sollicitait que des visites soient rapidement organisées, à défaut de quoi, si l'attente devait se prolonger, les visites ne fonctionneraient pas. Il a sollicité une expertise familiale, à laquelle A_ ne s'est pas opposée.
A l'issue de l'audience, le Tribunal de protection a, d'entente entre les parties, autorisé des visites séparées pour chaque enfant avec leur père au sein de G_, si possible avant la fin de l'année et a gardé la cause à juger sur la mise en oeuvre d'une expertise familiale.
h)
Par courrier du 8 janvier 2020, le Service de protection des mineurs a informé le Tribunal de protection de ce que les deux enfants avaient rencontré séparément leur père dans les locaux de G_ durant le mois de décembre 2019 et qu'ils envisageaient "avec sérénité", selon les termes de leur mère, les prochaines rencontres mensuelles.
i)
Le 5 mars 2020, le Service de protection des mineurs a adressé un nouveau rapport au Tribunal de protection, lequel faisait suite à une réunion de réseau du 27 février 2020, sollicitée par le Dr J_, chef de clinique au sein de l'Office médico-pédagogique de K_ [GE], où était suivie la mineure E_ et à laquelle avaient également participé le Dr L_, pédopsychiatre responsable de la psychologue I_, qui suivait B_ et H_. Selon cette dernière, les enfants faisaient preuve d'arrogance et d'agressivité à l'égard de leur père, ce comportement allant en s'intensifiant. Selon le Dr L_, qui se faisait le porte-parole de I_, le lien thérapeutique entre cette dernière et B_ Hoang était quasiment inexistant, l'enfant se braquant lorsque la thérapeute lui parlait de son père. Les enfants étaient par ailleurs au courant de toute la procédure et y avaient accès. Le Dr J_ avait mentionné la complexité de la situation et fait état d'un faisceau de symptômes s'apparentant à un syndrome d'aliénation parentale de la mère sur les enfants et tous les participants à la séance avaient noté l'attitude qualifiée de "petit adulte/soldat" de chacun des mineurs.
Le Service de protection des mineurs a formulé un certain nombre de recommandations, notamment l'instauration d'une curatelle d'assistance éducative, l'augmentation du rythme des visites entre le père et les enfants et la mise en oeuvre d'une expertise familiale.
B.
Par ordonnance
DTAE/3624/2020
du 7 juillet 2020, le Tribunal de protection, statuant sur mesures provisoires (
recte
: provisionnelles), a réservé à B_ un droit de visite sur les mineurs E_ et B_ devant s'exercer au sein du centre G_ à raison d'une séance par mois entre le père et chacun des enfants, et d'une séance par mois entre le père et les deux enfants (chiffre 1 du dispositif), enjoint A_ de respecter l'exercice du droit de visite instauré sous chiffre 1, sous la menace de la peine prévue par l'art. 292 CP dont la teneur a été rappelée (ch. 2), instauré une curatelle d'assistance éducative (ch. 3), étendu en conséquence le mandat confié aux deux intervenants en protection de l'enfant (ch. 4), débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 5) et convoqué une audience par pli séparé (ch. 6).
Le Tribunal de protection a notamment motivé l'instauration de la curatelle d'assistance éducative par le fait que la mère ne collaborait pas, en dépit de ses engagements et de sa prétendue volonté d'oeuvrer dans l'intérêt des mineurs. Il convenait par conséquent d'accroître les moyens d'action des curateurs en leur permettant d'agir plus directement auprès des parents et des différents intervenants.
C.
a)
Le 20 juillet 2020, A_, agissant en personne, a formé recours contre l'ordonnance du 7 juillet 2020, reçue le 9 juillet 2020.
Elle a conclu à ce que ses enfants soient "reçus ensemble", afin de "bénéficier de la disposition qui leur permet de se soutenir mutuellement". Elle a également conclu à ce que les rencontres des enfants avec leur père aient lieu ailleurs qu'au sein de G_ et en présence d'une autre médiatrice que H_, "à une fréquence mensuelle unique". Elle s'est en outre opposée à l'instauration d'une mesure de curatelle d'assistance éducative, indiquant que celle-ci "serait irrémédiablement destructrice de la situation évolutive qui est actuellement parfaitement adaptée et satisfaisante".
Le recours ne contient aucune autre motivation.
b)
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de l'ordonnance attaquée.
c)
Dans sa réponse du 21 août 2020, B_ a conclu, à la forme, à l'irrecevabilité du recours formé par A_ pour tardiveté et défaut de motivation et au fond à son rejet.
d)
Dans ses observations du 21 août 2020, le Service de protection des mineurs, qui a conclu au rejet du recours, a relevé que depuis plus d'une année il tentait de faire évoluer le droit de visite entre les enfants et leur père. Les modalités des visites avaient été réfléchies et construites avec les différents professionnels entourant les mineurs, notamment leurs thérapeutes respectifs et tant la fréquence que le cadre offert par G_ et Madame H_ étaient adaptés à la situation et conformes à l'intérêt des enfants. La curatelle d'assistance éducative paraissait indispensable au vu des problématiques qui dépassaient la seule question du droit de visite entre les enfants et leur père; de surcroît, la mère ne collaborait pas avec le service.
e)
La recourante a répliqué le 7 septembre 2020, sous la plume de son nouveau conseil. Elle a notamment allégué que l'ordonnance attaquée se basait sur des faits en partie erronés (il était notamment inexact de prétendre qu'il n'existait aucun lien thérapeutique entre le mineur B_ et I_). Pour le surplus, elle avait entrepris des séances de médiation avec B_ les 10, 11 et 27 août 2020, ayant compris que la médiation servait l'intérêt des enfants.
f)
B_ a dupliqué le 25 septembre 2020.
g)
Il ressort d'un nouveau rapport du Service de protection des mineurs du 6 octobre 2020 que A_ a mis un terme à la thérapie de B_ Hoang avec I_, prenant prétexte de ce que, comme cela figurait dans le rapport de ce même service du 5 mars 2020, le lien thérapeutique entre l'enfant et sa thérapeute était quasiment inexistant.
h)
Le 16 octobre 2020, la recourante a indiqué à la Chambre de surveillance que le Dr J_ ne s'était pas reconnu dans les propos qui lui avaient ét imputés par le Service de protection des mineurs dans son rapport du 5 mars 2020.

EN DROIT
1.
1.1.
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie pour les mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 CC et 53 al. 1 LaCC). Le délai de recours est de dix jours en cas de prononcé de mesures provisionnelles (art. 445 al. 3 CC). En l'espèce, le recours a été formé en temps utile dans la mesure où le dernier jour du délai tombant sur un dimanche (19 juillet 2020), il a expiré le premier jour ouvrable suivant, soit le lundi 20 juillet 2020 (art. 142 al. 3 CPC).
La recourante, mère des enfants concernés par l'ordonnance attaquée, a qualité pour recourir au sens de l'art. 450 al. 2 CC.
1.2
Compte tenu de la matière, soumise aux maximes inquisitoire et d'office illimitées, la cognition de la Chambre de surveillance est complète. Elle n'est pas liée par les conclusions des parties (art. 446 CC).
2.
2.1