Decision ID: 7a10ee65-2665-55d3-a070-03f292b74768
Year: 2014
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_001
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law

EN FAIT
, que la présente procédure de divorce opposant les époux Philippe et A_ porte notamment sur les relations personnelles entre les deux filles du couple, C_, née le _ 1997, et D_, née le _ 2003, et leur père;
Que les enfants se sont opposées à être entendues par le Service de protection des mineurs (ci-après : le SPMI) dans le cadre de l'établissement du rapport requis par le Tribunal;
Que ce service a préconisé leur audition par le Tribunal, suivie d'une expertise psychiatrique familiale;
Que, par courrier du 3 décembre 2013 adressé au Tribunal, les enfants ont indiqué leur souhait de ne pas être entendues;
Qu'une tentative d'audition des enfants par le Tribunal, en date du 12 février 2014, s'est mal déroulée, les enfants pleurant sans discontinuer;
Que, lors d'une audience subséquente, A_ a expliqué cet état de détresse par
"le stress de l'audience"
, ajoutant que les enfants étaient soulagées à la fin de leur audition et allaient
"extrêmement bien"
depuis lors,
"comme avant"
;
Que, par ordonnance du 5 mai 2014, le Tribunal, estimant qu'une expertise familiale et psychiatrique était nécessaire, a fixé un délai aux parties pour se déterminer sur la mission de l'expert;
Que A_ a alors indiqué être favorable à une expertise familiale, pour autant que les enfants ne soient pas impliquées dans le processus et que les frais d'expertise soient mis à la charge de B_;
Que, pour rendre l'ordonnance attaquée, le Tribunal a retenu qu'il lui incombait d'instruire d'office les questions relatives aux enfants, qu'en l'espèce une expertise, préconisée par le SPMI, s'avérait indispensable compte tenu de l'état psychologique des enfants tel qu'il l'avait constaté lors de leur audition, et qu'une telle expertise n'était pas concevable sans que les enfants y soient englobées;
Qu'il a ajouté que l'expert serait expressément requis de procéder à l'audition des enfants,
"de multiples indices plaidant en faveur d'un syndrome d'aliénation parentale"
;
Qu'invité à se déterminer sur la suspension de l'effet exécutoire, B_ s'en est rapporté à justice;
Considérant,

EN DROIT
, que la décision attaquée n'est susceptible - sous réserve, en tant qu'elle ordonne une mesure probatoire, de l'existence d'un risque de préjudice difficilement réparable - que d'un recours au sens des art. 319 ss CPC (art. 103 et 319 lit. b ch. 2 CPC);
Qu'un tel recours ne suspend pas le caractère exécutoire de la décision attaquée (art. 325 al. 1 CPC), sous réserve d'une décision contraire de l'instance de recours (art. 325 al. 2 CPC);
Qu'à cet égard, l'instance de recours jouit d'un large pouvoir d'appréciation (Jeandin, in CPC, Code de procédure civile commenté, Bohnet/Haldy/Jeandin/Schweizer/Tappy [éd.], 2011, no 6 ad art. 325 CPC);
Que selon les principes généraux applicables en matière d'effet suspensif, le juge procèdera à une pesée des intérêts en présence et se demandera en particulier si sa décision est de nature à provoquer une situation irréversible;
Qu'il prendra également en considération les chances de succès du recours (ATF
115 Ib 157
consid. 2; arrêt du Tribunal fédéral
4D_30/2010
du 25 mars 2010 consid. 2.3);
Qu'il faut en l'espèce retenir l'existence d'un intérêt de l'ensemble des parties, et en particulier des enfants, à ce que la situation de fait soit élucidée le plus rapidement possible de manière à ce que la procédure arrive à son terme sans retard inutile, et donc à ce que l'expertise, dont le principe n'est pas contesté par la recourante, aille de l'avant;
Que cet intérêt mérite d'autant plus d'être pris en considération qu'il est notoire que, compte tenu de la charge de travail des experts en la matière, une expertise du groupe familial ne peut fréquemment être mise en œuvre que plusieurs semaines, voire plusieurs mois après avoir été ordonnée, et nécessite plusieurs mois de travail;
Que la recourante invoque l'existence d'un risque de préjudice irréparable pour ses enfants, en ce sens que leur audition - à laquelle elles s'opposent - entraînerait pour elles des
"dommages psychologiques"
;
Que l'existence d'un tel risque ne ressort cependant d'aucun élément du dossier;
Que la recourante elle-même a indiqué, postérieurement à l'audition des enfants par le Tribunal, qu'elle qualifie de
"catastrophique"
, qu'une fois l'audience passée elles étaient redevenues elles-mêmes et allaient très bien;
Qu'il faut par ailleurs retenir comme conforme à l'expérience générale de la vie que l'audition d'un enfant, effectuée avec toutes les précautions requises par un psychiatre expérimenté, n'est pas en elle-même propre à provoquer chez cet enfant un dommage psychologique;
Que le risque de préjudice irréparable pour ses enfants invoqué par la recourante ne justifie donc pas la suspension de l'effet exécutoire de l'ordonnance attaquée;
Qu'il en va de même du risque, en l'état très abstrait, qu'un acte de défaut de biens soit délivré à son encontre au terme d'une poursuite de l'Etat de Genève en recouvrement de l'avance de frais mise à sa charge;
Qu'il faut en effet retenir que, à supposer même qu'une telle poursuite soit introduite et aille à son terme avant qu'il soit statué sur le recours, la situation ne sera pas irréversible en ce sens que la recourante pourra obtenir la restitution des montants versés à tort et la radiation de la poursuite et de l'éventuel acte de défaut de biens;
Que la requête de suspension de l'effet exécutoire de l'ordonnance attaquée sera ainsi rejetée;
Qu'il sera statué sur les frais liés à la présente décision dans l'arrêt rendu sur le fond
(art. 104 al. 3 CPC).
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