Decision ID: 503f96aa-f313-4391-828b-506773457618
Year: 2017
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Mandat d'arrêt en vue d'extradition
(art. 48 al. 2 EIMP);
assistance judiciaire (art. 65 PA)
B u n d e s s t r a f g e r i c h t
T r i b u n a l p é n a l f é d é r a l
T r i b u n a l e p e n a l e f e d e r a l e
T r i b u n a l p e n a l f e d e r a l
Numéro de dossier: RH.2017.6
Procédure secondaire: RP.2017.47
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Faits:
A. Le 12 mai 2017, A, citoyen yéménite né en 1970, a fait l'objet d'un
signalement international dans le Système d'information Schengen (SIS), sur
la base d'un mandat d'arrêt émis à son encontre par les autorités
allemandes. Celles-ci le soupçonnent d'avoir fait entrer illégalement des
étrangers d'Italie en Allemagne, à de très nombreuses reprises (act. 3.1 et
3.4).
B. Le 27 juin 2017, les autorités allemandes ont formellement requis
l'extradition de A. (act. 3.2).
C. L'intéressé a été arrêté à Genève le 18 juillet 2017. Le même jour, l'Office
fédéral de la justice (ci-après: OFJ), Unité extraditions, a transmis au
Ministère public de la République et canton de Genève (ci-après: MP-GE)
un mandat d'arrêt en vue d'extradition (act. 3.3).
D. Le 19 juillet 2017, A. a été entendu par le MP-GE, qui lui a notifié ce
document. Il s'est opposé à son extradition simplifiée au sens de l'art. 54 de
la loi fédérale du 20 mars 1981 sur l'entraide internationale en matière pénale
(EIMP; RS 351.1; act. 3.5).
E. Par mémoire du 28 juillet 2017, le prénommé interjette un recours auprès de
la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral contre ledit mandat d'arrêt,
dont il demande l'annulation. Il conclut en substance à sa libération
immédiate (act. 1). Au cours de l'échange d'écritures ordonné par la Cour
de céans, l'OFJ conclut au rejet du recours dans la mesure de sa recevabilité
(act. 3), tandis que le recourant maintient ses conclusions, en joignant à sa
réplique un certificat médical rédigé le 7 août 2017 par le docteur B. (act. 4
et 4.1).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.
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La Cour considère en droit:
1.
1.1 L’extradition entre la Suisse et la République d’Allemagne est régie par la
Convention européenne d’extradition (CEExtr; RS 0.353.1) et son deuxième
Protocole additionnel (RS 0.353.12). Entre également en compte l’Accord
entre la Confédération suisse et la République d’Allemagne en vue de
compléter la CEExtr et de faciliter son application (RS 0.353.913.61).
À compter du 12 décembre 2008, les art. 59 à 66 de la Convention
d’application de l’Accord Schengen du 14 juin 1985 (CAAS; n° CELEX
42000A0922[02]; Journal officiel de l’Union européenne L 239 du
22 septembre 2000, p. 19 à 62) s’appliquent également à l’extradition entre
la Suisse et l’Allemagne (cf. arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2008.296
du 17 décembre 2008, consid. 1.3). Les dispositions pertinentes du CAAS
n’affectent pas l’application des dispositions plus larges des accords en
vigueur entre l’Allemagne et la Suisse (art. 59 ch. 2 CAAS). Pour le surplus,
la loi fédérale sur l’entraide internationale en matière pénale (EIMP;
RS 351.1) et son ordonnance d’exécution (OEIMP; RS 351.11) règlent les
questions qui ne sont pas régies, explicitement ou implicitement, par les
traités internationaux et s’appliquent, en outre, lorsque leurs dispositions
sont plus favorables à l’octroi de l’extradition que le droit international
(ATF 142 IV 250 consid. 3; 137 IV 33 consid. 2.2.2; arrêt du Tribunal fédéral
1B_217/2009 du 17 septembre 2009, consid. 2 non publié in ATF 135 IV
212; TPF 2008 24 consid 1.1). L’application de la norme la plus favorable
(principe dit «de faveur») doit avoir lieu dans le respect des droits
fondamentaux (ATF 135 IV 212 consid. 2.3).
1.2 En vertu de l'art. 37 al. 2 let. a ch. 1 de la loi fédérale sur l'organisation des
autorités pénales de la Confédération (LOAP; RS 173.71), mis en relation
avec l'art. 48 al. 2 EIMP, la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral est
compétente pour connaître des recours dirigés contre les mandats d'arrêt à
titre extraditionnel. Adressé par la personne visée dans les dix jours à
compter de la notification du mandat d'arrêt (art. 48 al. 2 EIMP), le recours
est ainsi formellement recevable.
2.
2.1 Le recourant, qui conteste avoir commis toute infraction, dénonce en
substance une violation de l'art. 47a EIMP, ainsi que du principe de la
proportionnalité. Etant donné qu'il vit en Suisse depuis 1995 avec toute sa
famille, il ne présenterait pas de risque de fuite en cas de remise en liberté;
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par ailleurs, il aurait un alibi et rien ne justifierait la procédure d'extradition
menée contre lui, dès lors qu'une simple commission rogatoire répondrait
aux besoins des enquêteurs allemands.
2.2 Saisie d’un recours fondé sur l’art. 48 al. 2 EIMP, la Cour des plaintes n’a
pas, à ce stade de la procédure, à se prononcer sur le bien-fondé de la
demande d’extradition (ATF 130 II 306 consid. 2.3). Elle se borne à examiner
la légalité de l’arrestation et si la détention aux fins d’extradition se justifie
(ATF 111 IV 108 consid. 3). Les griefs relatifs au bien-fondé de la demande
d’extradition doivent en principe être soulevés dans le cadre de la procédure
d’extradition proprement dite pour laquelle sont compétents, en première
instance, l'OFJ puis, sur recours, le Tribunal pénal fédéral et le Tribunal
fédéral en dernière instance, aux conditions prévues à l’art. 84 de la loi
fédérale du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF; RS 173.110). Selon la
jurisprudence constante, la détention est la règle, tandis que la mise en
liberté demeure l’exception (ATF 130 II 306 consid. 2.2), cette dernière étant
au demeurant soumise à des exigences plus strictes en matière de détention
extraditionnelle que de détention provisoire prononcée dans le cadre d'une
procédure pénale nationale (ATF 130 II 306 consid. 2.2; 111 IV 108
consid. 2; 109 Ib 223 consid. 2c; arrêt du Tribunal fédéral 1A.148/2004 du
21 juin 2004, consid. 2.2).
2.3 Aux termes des art. 47 ss EIMP, il peut notamment être renoncé à la
détention s’il apparaît que la personne poursuivie ne se soustraira pas à
l’extradition et n’entravera pas l’instruction (art. 47 al. 1 let. a), si elle a un
alibi (art. 47 al. 1 let. b), si elle ne peut pas subir l’incarcération, si la demande
d’extradition et ses annexes ne sont pas fournies à temps (art. 50 al. 1 EIMP)
ou encore si l’extradition est manifestement inadmissible (ATF 117 IV 359
consid. 2).
S'agissant de l'absence de risque de fuite (ATF 130 II 306 consid. 2),
l'annulation du mandat d'arrêt en vue d'extradition, respectivement
l'élargissement de la personne détenue, n'ont été admis pour ce motif que
dans de rares cas (cf. la casuistique présentée dans l'ATF 130 II 306 consid.
2.4), soit lorsque les détenus avaient développé des attaches familiales et
professionnelles étroites et de longue durée avec la Suisse (arrêt du Tribunal
pénal fédéral RH.2015.5 du 9 avril 2015, consid. 3.1). Un alibi est la preuve
évidente et univoque que le prévenu ne se trouvait pas sur les lieux du délit
au moment de sa commission ou qu'il y erreur sur la personne
(ATF 123 II 279 consid. 2b; (ZIMMERMANN, La coopération judiciaire
internationale en matière pénale, 4e éd. 2014, n° 674 et les références
citées).
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La question de savoir si les conditions qui justifient l’annulation du mandat
d’arrêt aux fins d’extradition sont remplies dans le cas concret doit être
examinée selon des critères rigoureux, de manière à ne pas rendre illusoire
l’engagement pris par la Suisse de remettre toute personne poursuivie, en
cas d’admission d’une demande d’extradition, à l’Etat qui en a fait la
demande (arrêt du Tribunal fédéral G.31/1995 du 21 juin 1995, consid. 1;
ATF 111 IV 108 consid. 2).
2.4 L’art. 50 al. 3 EIMP dispose que – exceptionnellement – la détention peut
prendre fin à n’importe quel stade de la procédure d’entraide, si les
circonstances le justifient. L’art. 51 al. 1 EIMP soumet pour sa part le
maintien d’une mesure de détention extraditionnelle à la condition que
"l’extradition ne soit pas manifestement inadmissible".
2.5 Il ressort de la demande d'extradition que l'infraction reprochée au recourant
est passible en Allemagne de dix ans de prison, soit une lourde peine. Dans
ces conditions, la durée du séjour en Suisse de l'intéressé, respectivement
la présence de sa famille dans ce pays, ne sont pas en soi des éléments
suffisants pour exclure un risque de fuite. En effet, le Tribunal fédéral a rejeté
la demande de remise en liberté jusqu'à l'éventuelle extradition d'une
personne qui séjournait en Suisse depuis dix-huit ans, était mariée à une
citoyenne suisse et était père d'enfants âgés respectivement de trois et huit
ans, tous deux titulaires de la nationalité suisse, au motif qu'existait un risque
de fuite nonobstant ces circonstances, dès lors que l'intéressé était menacé
d'une lourde peine dans l'Etat requérant (arrêt 8G.45/2001 du 15 août 2001,
consid. 3a [cité in: ATF 130 II 306, consid. 2.5]). De plus, force est de
constater que le recourant n'a pas développé de liens professionnels en
Suisse, ce qui n'est pas contesté; à noter que le certificat médical du docteur
B., qui tient sur moins de dix lignes, n'explique aucunement en quoi les
atteintes à la santé dont fait état ce praticien – sans préciser sur quelle base
elles ont été retenues – engendreraient une incapacité de travail expliquant
le défaut d'intégration professionnelle du recourant. Quant aux mesures de
substitution à l'incarcération proposées par l'intéressé, soit le dépôt de son
passeport assorti de l'obligation de se rendre régulièrement dans un poste
de police, elles ne sont pas propres à réduire le risque que celui-ci se
soustraie à l'extradition, étant donné que les contrôles aux frontières suisses
ne sont pas systématiques. A cela s'ajoute que le recourant est encore
relativement jeune et qu'il était domicilié à Clarens (VD) avant son
arrestation, soit dans une localité proche de la frontière française.
Par ailleurs, l'alibi ne saurait être admis en l'espèce au motif que le recourant
aurait, comme il l'affirme, séjourné au Maroc lorsqu'ont été commis les faits
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qui lui sont reprochés. En effet, la demande d'entraide indique que l'infraction
que l'intéressé est suspectée d'avoir commise l'a été principalement par le
biais de communications téléphoniques (act. 3.2, p. 3 in initio), de sorte que
le lieu où il se trouvait au moment déterminant n'est en l'occurrence pas
pertinent. Du reste, le recourant ne produit pas de pièces établissant avec
certitude qu'il aurait séjourné sans interruption dans le pays précité pendant
toute la période considérée. Plus généralement, il n'avance aucun élément
tendant à démontrer que la demande d'extradition serait en l'espèce
manifestement inadmissible.
De plus, les arguments du recourant tirés du caractère peu vraisemblable
d'une condamnation à une peine ferme et de l'absence de dangerosité,
respectivement de liens avec l'Allemagne, sont dénués de pertinence au vu
des principes applicables dans le présent contexte, tels que rappelés plus
haut. C'est le lieu de préciser qu'est seule déterminante pour l'extradition la
possibilité que la personne poursuivie soit condamnée à une peine d'au
moins un an (art. 2 ch. 1 CEEXtr), condition réalisée en l'espèce comme
nous l'avons vu au début du présent sous-considérant.
Enfin, la Cour de céans ne saurait se pencher sur l'argumentation selon
laquelle les autorités allemandes auraient dû procéder en l'occurrence par la
voie de la commission rogatoire plutôt que par celle de l'extradition. Une telle
manière de procéder violerait en effet l'art. 1 CEExtr, lequel prévoit que les
Parties contractantes sont tenues à livrer les individus dont l'extradition est
demandée lorsque, comme en l'espèce, les conditions posées par ladite
Convention sont réalisées.
3. Au vu de ce qui précède, le recours est mal fondé.
4. Le recourant sollicite l'octroi de l'assistance judiciaire.
4.1 Après le dépôt du recours, la partie qui ne dispose pas de ressources
suffisantes et dont les conclusions ne paraissent pas d'emblée vouées à
l'échec est, à sa demande, dispensée par l'autorité de recours, son président
ou le juge instructeur de payer les frais de procédure (art. 65 al. 1 PA). Les
conclusions sont considérées comme vouées à l'échec lorsque les risques
de perdre l'emportent nettement sur les chances de gagner, alors même
qu'elles ne seraient pas manifestement mal fondées ou abusives (arrêts du
Tribunal pénal fédéral RR.2007.176 du 11 décembre 2007, consid. 3;
RR.2007.31 du 21 mars 2007, consid. 3).
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4.2 En l'espèce, les motifs à l'appui du recours se sont avérés infondés au regard
de principes juridiques clairs, respectivement d'une jurisprudence constante.
Aussi, les conclusions prises par le recourant étaient-elles d'emblées vouées
à l'échec. La demande d'assistance judiciaire doit partant être rejetée.
5. Les frais de procédure sont mis à la charge du recourant qui succombe
(art. 63 al. 1 PA). L'émolument judiciaire, calculé conformément aux art. 5
et 8 al. 3 du règlement du 31 août 2010 sur les frais, émoluments, dépens et
indemnités de la procédure pénale fédérale (RFPPF; RS 173.713.162;
cf. art. 63 al. 5 PA) est fixé à CHF 2’000.--.
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