Decision ID: 267e3a86-8ee1-4565-8847-d08fe0400162
Year: 2001
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants:
A. a) La Fondation de la ville de Montreux pour l'équipement touristique est propriétaire de la parcelle 5317 du cadastre de la Commune de Montreux (ci-après : la commune). D'une surface de 3'606 m2, cette parcelle est située à la sortie du port de Territet, en direction de Veytaux. Elle est bordée au sud-ouest par le quai Ami Chessex et au nord-est par la voie de chemin de fer, qui la surplombe. Sont implantés sur ce bien-fonds trois courts de tennis, un club-house et une remise. Deux des courts de tennis occupent le nord-ouest de la parcelle alors que le troisième est implanté au sud.
Le Montreux Tennis Club exploite ces infrastructures depuis 1890. La location d'un court de tennis est ouverte au public; elle n'est donc pas réservée aux membres du Montreux Tennis Club.
Sur sa limite au nord, la parcelle 5317 jouxte la parcelle 5316, propriété de la commune. Ce bien-fonds, d'une surface de 1'972 m2, accueille dans sa partie nord-ouest la terrasse du Restaurant du Pavillon, lequel est sis sur la parcelle voisine 5315.
b) Les parcelles 5316 et 5317 sont classées partiellement en zone de verdure, régie par les art. 58 à 59 bis du règlement communal sur le plan d'affectation et la police des construction du 15 décembre 1972 (ci-après : RPE), et partiellement en zone d'utilité publique, régie par l'art. 57 RPE. Sont colloqués en zone de verdure les trois courts de tennis, ainsi que la partie sud-ouest de la parcelle 5316, comprise entre le quai Ami Chessex et la parcelle 5317.
c) Selon le plan d'extension cantonal 40d, adopté par le Conseil d'Etat le 3 mai 1948, les parcelles 5316 et 5317 sont traversées, à une trentaine de mètres environ de la voie de chemin de fer, par une limite des constructions qui s'étend parallèlement à cette voie.
A l'ouest de cette limite (côté lac), le plan d'extension cantonal instaure une zone de non bâtir. Les deux tiers des terrains de tennis, dont le pourtour est reporté sur le plan d'extension cantonal avec la mention "Tennis", sont compris dans cette zone.
A l'est du tracé de cette limite, le plan d'extension cantonal précise que la limite de hauteur des constructions est le niveau des rails de la voie de chemin de fer.
d) Le plan des degrés de sensibilité de la commune, adopté par le Conseil communal de Montreux le 28 janvier 1995 et approuvé par le Conseil d'Etat le 19 avril 1995, attribue aux parcelles 5316 et 5317 un degré de sensibilité II.
B. Le Montreux Tennis Club a projeté de recouvrir les deux courts de tennis, qui sont implantés dans la partie nord-ouest de la parcelle 5317, d'une halle gonflable démontable durant la saison hivernale et de construire au nord de cette halle un local technique, à cheval sur les parcelles 5316 et 5317.
Occupant une surface au sol de 1'270 m2 (38,5 m x 33 m), la halle gonflable atteint une hauteur au sommet de 9,50 m. Sa coque est constituée de trois couches d'un matériau pelliculaire en PVC. Le local technique, d'une surface au sol de 5,70 m sur 3,30 m, a une hauteur de 2,20 m sans compter une cheminée de chauffage de 1 m de haut. Il contient le groupe complet des souffleries pour la halle, soit, d'une part, une soufflerie à ventilateurs radiaux à double flux entraînée par un moteur électrique, et, d'autre part, une soufflerie de réserve entraînée par un moteur diesel avec réservoir de 80 litres. La construction de ce local technique nécessite le déplacement d'un eucalyptus.
Il est prévu que la période d'exploitation de la halle se fera en hiver durant 25 semaines, selon un horaire journalier de 8h30 à 22h30. A la fin de la période d'exploitation, il sera procédé au démontage de la halle en trois jours. Le stockage de l'enveloppe durant l'été se fera sur palettes, la place occupée par celles-ci correspondant à une surface d'environ 5 m sur 6 m.
C. Ce projet a été mis à l'enquête publique du 5 au 25 février 1999.
Le plan de situation établi à cet effet par l'ingénieur géomètre H. Schöneich fait figurer à tort l'implantation de la halle gonflable à cheval sur la zone de verdure et la zone d'utilité publique. Ce que le géomètre a pris pour la frontière entre ces deux zones est en réalité le tracé de la limite des constructions qui résulte du plan d'extension cantonal no 40d du 3 mai 1948 et qui délimite la zone de non bâtir. Le projet prend donc place entièrement en zone de verdure.
Se sont opposés à ce projet, d'une part, William Dietschi, propriétaire de la parcelle 5315, sur laquelle est érigé le bâtiment du Restaurant du Pavillon, et, d'autre part, André Maillard et Milbert Trading SA, propriétaires en PPE de la parcelle 5297, sise au numéro 3 de la rue Bon-Port. La société Furer SA, en sa qualité d'administrateur de la copropriété du Grand Hôtel, sis au numéro 74 de l'avenue de Chillon, a également formé une opposition contre ce projet.
Le 26 mai 1999, la Centrale des autorisations du Département des infrastructures (ci-après : la CAMAC) a transmis à la Municipalité de Montreux (ci-après : la municipalité) les préavis et autorisations nécessaires. Le document de la CAMAC comprenait notamment un préavis favorable du Service de l'environnement et de l'énergie qui précisait ce qui suit :
"PROTECTION DE L'AIR
Les prescriptions fixées par l'ordonnance fédérale du 16 décembre 1985 sur la protection de l'air (OPair) sont à respecter.
Il y aura lieu de veiller en particulier à l'exécution et au respect des points relevés ci-dessous :
Emissions d'odeurs
Le voisinage doit être préservé d'immissions d'odeurs incommodantes. Le projet qui fait l'objet de la présente demande d'autorisation comporte certains risques. A cet effet, il y aura lieu de prendre toute mesure utile à titre préventif. En cas de plaintes fondées, des mesures complémentaires pourront être prescrites.
LUTTE CONTRE LE BRUIT
Les exigences en matière de lutte contre le bruit de la loi fédérale sur la protection de l'environnement (LPE) décrites dans l'ordonnance fédérale sur la protection contre le bruit du 15 décembre 1986 (OPB) sont applicables.
L'annexe No 6 de l'OPB fixe les valeurs limites d'exposition au bruit de l'industrie et des arts et métiers (bruits d'exploitation). Cette annexe vise à protéger les voisins des bruits produits par la construction en question.
Ces valeurs limites sont aussi valables pour le bruit causé par les installations techniques des immeubles (en particulier ventilation), par les parcs à voitures situés hors des routes et par le trafic sur l'aire d'exploitation.
Dans le cas de cette construction, les niveaux d'évaluation mesurés dans le voisinage ne devront pas dépasser les valeurs de planification.
De plus, en application du principe de prévention (art. 11 LPE), le Service précité demande que les mesures de réduction des nuisances sonores suivantes soient prises :
- déplacement de la grille servant à l'aspiration d'air de la façade sud (côté court de tennis) vers la façade ouest (côté lac) avec un saut-de-loup;
- pose d'une isolation phonique sur les murs du saut-de-loup permettant l'aspiration d'air frais;
- pose d'une isolation phonique et d'une sourdine sur la cheminée du chauffage;
- pose d'une isolation phonique sur les deux canaux d'alimentation et de retour d'air.
Ces mesures de réduction du bruit représentent une condition impérative pour l'octroi du permis de construire."
Par décision du 7 juin 1999, la municipalité a levé les oppositions.
D. C'est contre cette décision que William Dietschi a recouru au Tribunal administratif par acte du 22 juin 1999. Il a conclu, avec suite de frais et dépens, à l'annulation de la décision attaquée, le permis de construire étant refusé, respectivement annulé dans l'hypothèse où il aurait déjà été formellement délivré.
Par acte du 28 juin 1999, André Maillard et Milbert Trading SA ont également recouru contre la décision municipale en concluant, avec suite de frais et dépens, à son annulation.
Le 26 juillet 1999, le Montreux Tennis Club a déposé des déterminations dans lesquelles il a implicitement conclu au rejet du recours.
Par acte du 10 août 1999, la municipalité a conclu au rejet du recours.
Respectivement les 2 et 21 septembre 1999, les recourants Dietschi, d'une part, André Maillard et Milbert Trading SA, d'autre part, ont déposé de nouvelles écritures pour compléter leurs moyens.
E. L'effet suspensif provisoirement accordé au recours a été maintenu.
F. Le 24 novembre 1999, le tribunal a tenu audience à Montreux. Etaient présents : le recourant William Dietschi, assisté de l'avocat Jean Anex, le recourant André Maillard, qui agissait en son propre nom et en sa qualité de directeur de la recourante Milbert Trading SA et qui était assisté de l'avocat Amédée Kasser, pour la municipalité, Jean-Lou Barraud, Chef du Service de l'urbanisme, et, pour le Montreux Tennis Club, Olivier Rapin et Heinz Schöneich. Le tribunal ainsi que toutes les parties présentes se sont rendus sur les lieux pour procéder à une inspection locale. A cette occasion, le tribunal a constaté que les courts de tennis étaient entourés de hauts grillages, lesquels étaient enserrés et, en grande partie, masqués par une végétation à feuillage persistant.

Considérant en droit:
1. Les recourants étant tous propriétaires de parcelles voisines de celles destinées à recevoir le projet litigieux, il n'y guère lieu de s'étendre sur leur qualité pour agir, cette dernière ne faisant aucun doute. Elle n'est d'ailleurs pas contestée.
2. a) Selon les recourants, le projet litigieux n'est pas admissible, dès lors que son implantation est prévue dans une zone qui est inconstructible tant en vertu du droit communal que du droit cantonal.
Il n'est plus contesté aujourd'hui que - contrairement aux indications qui résultent du plan de situation établi par l'ingénieur H. Schöneich pour l'enquête - le projet litigieux devrait prendre place entièrement en zone de verdure. Or, à teneur du règlement communal, cette zone a pour buts la sauvegarde des sites et la création d'îlots de verdure; elle est caractérisée par l'interdiction de bâtir (art. 58 RPE). La municipalité peut toutefois autoriser des constructions de faible importance à condition que leur destination soit compatible avec les buts de la zone (art. 59 RPE). Les bâtiments non frappés par une limite des constructions peuvent être transformés, agrandis ou reconstruits dans les limites du droit cantonal (art. 59 bis RPE relatif aux bâtiments existants).
Au vu des dispositions précitées, la zone de verdure qui devrait supporter la halle projetée a pour finalité essentielle la sauvegarde du site et d'une manière générale la défense des espaces verts, selon les buts fixés par l'art. 3 al. 2 lit. c et 17 al. 1 lit. a LAT. Dès lors que le RPE n'autorise pas expressément dans cette zone les constructions et équipements liés à la pratique du sport (contrairement à d'autres règlements communaux), le tribunal est enclin à considérer que le projet litigieux n'est pas conforme à l'affectation de la zone telle qu'elle résulte de la réglementation communale. Contrairement à l'avis de l'autorité intimée et du constructeur, le fait que les courts de tennis existaient déjà au moment de l'adoption du RPE ne saurait fonder une appréciation différente. En effet, si le législateur avait réellement voulu permettre le développement de ces infrastructures liées à la pratique du tennis (du sport ou des loisirs en général), il l'aurait sans conteste prévu dans sa réglementation. La question peut néanmoins demeurer ouverte.
b) En effet, à cette argumentation, qui s'appuie sur l'interprétation de la réglementation communale, s'ajoutent des motifs décisifs fondés sur le plan d'extension cantonal 40d adopté par le Conseil d'Etat le 3 mai 1948. Or, les règles cantonales qui sont ici posées l'emportent de toute manière sur les plans communaux (art. 74 LATC) et sur les dispositions réglementaires communales qui s'y rapportent (art. 43 al. 2 LATC).
Le plan 40d instaure une "zone de non bâtir", dans laquelle est partiellement comprise la halle projetée (le local technique serait implanté en dehors de cette zone). Il est vrai que ce plan présente de prime abord une certaine ambiguïté puisqu'il porte sur la zone en question la mention "Tennis" par deux fois. Force est cependant d'admettre que ce plan ne fait en réalité que relever la présence des trois courts préexistants. On ne saurait déduire de la mention "Tennis" que le législateur, ait voulu constituer une zone destinée à accueillir des infrastructures supplémentaires liées à la pratique du tennis. Il apparaît en effet que ce plan entend instaurer précisément une zone qui vise à préserver l'endroit de toute construction supplémentaire. On observe que le plan d'extension cantonal se montre tout à fait explicite lorsqu'il entend simplement restreindre la possibilité de construire en d'autres lieux le long du rivage. Ainsi, il se borne ailleurs à instaurer une limite des constructions en précisant le type de constructions admissibles au-delà de la limite, par exemple, par la mention "Un garage de 40 m2 et de 4.00 m de hauteur max. au-dessus du quai admis". A ces emplacements-là, il n'est pas question de zone de non bâtir. Dans ces conditions, il faut considérer que la réglementation cantonale est claire et interdit toute construction dans la zone litigieuse, quand bien même l'ouvrage envisagé serait lié à la pratique du tennis.
3. Les considérations qui précèdent conduisent à l'admission du recours et à l'annulation de la décision attaquée.
Les recourants, qui ont procédé par l'intermédiaire de mandataires professionnels, ont droit à des dépens.
Le Montreux Tennis Club, qui supportera la totalité des frais arrêtés à 2'500 fr., versera en outre à William Dietschi la somme de 1'800 fr. à titre de dépens. Il versera également un montant de 1'800 fr. à titre de dépens à André Maillard et Milbert Trading SA, solidairement entre eux. En effet, selon la jurisprudence, lorsque la procédure met en présence, outre le recourant et l'autorité intimée, une ou plusieurs autres parties dont les intérêts sont opposés à ceux du recourant, c'est en principe à la partie adverse déboutée, à l'exclusion de la collectivité publique dont la décision est annulée ou modifiée, de supporter les frais et dépens (RDAF 1994 p. 324).