Decision ID: f6596c3e-72bd-5a5d-a718-e8226a7a7665
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

EN FAIT
:
A.
Par acte expédié le 21 octobre 2019, A_ recourt
contre l'ordonnance
du 10 octobre 2019, par laquelle le Tribunal des mesures de contrainte (ci-après : TMC) a prolongé sa détention provisoire jusqu'au 10 janvier 2020.
Le recourant conclut, sous suite de frais, à l'annulation de l'ordonnance précitée; principalement à sa libération moyennant diverses règles de comportement; subsidiairement, à son placement sous le régime de l'exécution d'une peine antérieure à titre de mesure de substitution; et, plus subsidiairement encore, à la fixation au 10 décembre 2019 de l'échéance de sa détention.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :
a.
A_, ressortissant tunisien né en 2000, au bénéfice d'un permis d'établissement, a été appréhendé le 24 juillet 2019 pour avoir, ce jour-là vers 5h.40, agressé avec 4 comparses un jeune homme, au D_, à Genève, et lui avoir brisé ses lunettes. Son alcoolémie était de 0,95 %. Il affirme ne se souvenir de rien. Il est détenu depuis lors. Une expertise psychiatrique est en cours.
b.
Son casier judiciaire comporte une condamnation prononcée en 2018 par le Tribunal des mineurs, notamment pour agression (peine suspendue au profit d'une mesure, elle-même abrogée le 8 mars 2019), ainsi qu'une condamnation prononcée le 23 mai 2019 par le Ministère public, principalement pour avoir volé et revendu une bicyclette et tenté d'en revendre une autre. Cette peine, exécutoire, est de 180 jours de privation de liberté. À cette occasion, le Ministère public a expressément renoncé à l'expulsion, appliquant la clause dite de rigueur (art. 66
a
al. 2 CP).
c.
Le 25 juillet 2019, le Ministère public a annoncé sa volonté de requérir, désormais, l'expulsion du prévenu et s'est dit "
dans l'attente
" de l'exécution de la peine infligée le 23 mai 2019. Il n'a plus invoqué cette circonstance par la suite. Dans ses décisions des 26 juillet 2019 et 6 septembre 2019, le TMC a opposé au prévenu, entre autres risques retenus, celui de réitération, ainsi que la perspective d'une expulsion. Pour sa part, A_ s'est à chaque fois opposé à sa détention, suggérant des mesures de substitution telles que le port d'un bracelet électronique etc.
C.
Dans la décision querellée, le TMC a retenu que les charges étaient graves et suffisantes. L'instruction se poursuivait par l'exécution de l'expertise psychiatrique, qui permettrait de clore l'instruction et d'engager l'accusation. Le risque de collusion était diminué, sans être inexistant, que ce soit envers la victime ou les témoins. Le risque de fuite, sous la forme d'une soustraction aux actes de la procédure, devait être retenu. Le risque de réitération reposait sur la constatation que le placement ordonné par le Tribunal des mineurs n'avait pas empêché le recourant d'agir à nouveau le 24 juillet 2019. Aucune mesure de substitution n'entrait en considération.
D.
a.
À l'appui de son recours, A_ conteste point par point les éléments retenus par le premier juge et demande que soient ordonnées des mesures de substitution à sa détention. Sous ce chapitre, il évoque, pour la première fois, l'exécution de la condamnation du 23 mai 2019, précisant qu'il n'y a pas formé opposition.
b.
Le Ministère public propose de rejeter le recours, mettant en exergue les fugues du prévenu pendant qu'il était placé sur ordre du Juge des mineurs, ainsi que ses deux antécédents spécifiques.
c.
Le TMC persiste dans sa décision.
d
Le recourant a répliqué.

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 222 et 393 al. 1 let. c CPP) et émaner du prévenu qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. a CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).
2.
Le recourant déclare s'en remettre à justice sur les charges qui lui sont opposées. Or, elles sont suffisantes et reposent sur les dépositions concordantes de la victime et des témoins, qui font de lui l'un des principaux acteurs de l'agression. Au demeurant, le recourant n'a jamais contesté les charges, se retranchant derrière son absence de souvenirs.
3.
Le recourant invoque une violation de l'art. 237 CPP.
3.1.
Conformément au principe de la proportionnalité (art. 36 al. 3 Cst.), il convient d'examiner les possibilités de mettre en oeuvre d'autres solutions moins dommageables que la détention (règle de la nécessité). Cette exigence est concrétisée par l'art. 237 al. 1 CPP, qui prévoit que le tribunal compétent ordonne une ou plusieurs mesures moins sévères en lieu et place de la détention si ces mesures permettent d'atteindre le même but que la détention.
La liste des mesures de substitution énoncée à l'art. 237 CPP n'est pas exhaustive; l'exécution de peines privatives de liberté découlant de précédentes condamnations est en principe compatible avec le but de la détention provisoire, tout particulièrement lorsqu'il s'agissait de prévenir les risques de fuite et de réitération (ATF
142 IV 367
consid. 2.2 et les références citées).
Dans le cadre de l'exécution d'une peine, des mesures d'aménagement sont envisageables à la mi-peine et à certaines conditions (par exemple art. 77a al. 1, 84 al. 6 ou 86 al. 4 CP). Il n'en résulte pas pour autant que le prévenu se retrouverait en liberté; en effet, le juge de la détention peut prévoir, à titre de condition à la mesure de substitution, le placement en détention provisoire si l'exécution des précédentes condamnations - respectivement leur aménagement - devait entraîner la libération du prévenu préalablement à l'issue de la procédure ayant entraîné le placement en détention provisoire (ATF
142 IV 367
consid. 2.2).
3.2.
En l'espèce, le premier juge a retenu, sans être contredit, que l'instruction tenait uniquement à la nécessité de mener à bien l'expertise psychiatrique du recourant. Toutes confrontations utiles ont eu lieu. On ne voit dès lors pas qu'existerait un risque de collusion si élevé qu'il justifierait de refuser le régime de l'exécution de la peine, exécutoire, prononcée le 23 mai 2019. Aucune des autorités précédentes ne s'est exprimée à ce sujet. Or, l'exécution de cette sanction pallie de manière adéquate les risques de fuite et de réitération et n'empêche pas les experts d'accomplir leur mission.
Partant, il y a lieu d'admettre que l'exécution des 180 jours de peine privative de liberté doit être ordonnée à titre de mesure de substitution à la détention provisoire du recourant.
4.
Le recours s'avère ainsi fondé.
5.
Son admission ne donne pas lieu à la perception de frais (art. 428 al. 1 CPP).
6.
Il n'y a pas lieu d'indemniser à ce stade le défenseur d'office (art. 135 al. 2 CPP).
* * * * *