Decision ID: adb31cbf-54ee-441d-8c63-0a93c1407fc0
Year: 2022
Language: fr
Court: VS_BZG
Chamber: VS_BZG_999
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 

Faits
A. Le 28 février 2020, le Tribunal fédéral rejeta, en tant qu’il était recevable, le recours
en matière de droit pénal de X _, B _ né le xx.xx.xxxx, contre le
jugement du 7 octobre 2019 du Tribunal cantonal qui le reconnaissait coupable de
contrainte sexuelle (art. 189 al. 1 CP) et de viol (art. 190 al. 1 CP) en le condamnant en
appel à une peine privative de liberté de six ans, sous déduction d’une détention
provisoire subie dès le 20 mars 2019.
X _ n’a pas attaqué la décision du 2 octobre 2020 du Service de la population
et des migrations retirant son autorisation de séjour (permis C) et ordonnant son renvoi
de Suisse dès sa libération.
B. Validé le 26 juillet 2021 par l’Office des sanctions et des mesures d’accompagnement
(OSAMA), le plan d’exécution de la sanction pénale (PES) relevait que X _ avait
été transféré le 18 décembre 2019 de la Prison de Sion au site de Bellechasse des
Etablissements de détention fribourgeois (p. 2). Le ch. 6 (positionnement face aux
infractions) se référait à une évaluation criminologique du 15 avril 2021. On y lisait que
X _ ne reconnaissait pas les faits pour lesquels il avait été condamné et qu’il niait
présenter un risque de récidive. Les auteurs de l’évaluation avaient examiné ce risque selon
les critères du LS/CMI, du SORAG et du SVR-20.
A l’aune du LS/CMI (Andrews/Bonta/Wormith, Level of Service/Case Management
Inventory - LS/CMI) ; Inventaire de niveau de service et de gestion des cas : Outil
d’évaluation des délinquants), X _ appartenait « à la catégorie statistique
d’individus (dont) le risque de récidive générale (tous délits confondus pouvait) être
considéré comme moyen ».
Elaboré par Quinsey/Rice/Harris, le SORAG (Sex Offender Risk Appraisal Guide) servait
à déterminer le risque de récidive violente, y c. sexuelle selon une échelle définissant
9 groupes de risque. Le score de X _ justifiait de le ranger dans l’un de ces
groupes, avec une probabilité de récidive de 15 % dans les 7 ans à venir (groupe 2) ou
de 12 % à l’horizon de 10 ans.
Cette évaluation était « quelque peu contrebalancée » par une appréciation selon les items
du SVR-20 (Boer/Hart/Kropp/Webster, Sexual Violence Risk-20), soit la déviance sexuelle,
les problèmes interpersonnels, les infractions antérieures sans violence, l’augmentation de
la fréquence et de la gravité des infractions sexuelles ou la minimisation exagérée de leur
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gravité, l’attitude favorable à ces infractions ou l’indifférence à leur égard, l’attitude négative
à l’égard des interventions. Ces items conduisaient à taxer de faible à modéré le risque de
récidive de violence sexuelle, résultat qui devait toutefois être relativisé, car l’incarcération
de X _ et « le manque de transparence » qu’il manifestait pouvaient entraîner une
sous-évaluation du danger. De plus, aucune expertise psychiatrique n’avait été effectuée ;
aucun traitement médical obligatoire n’avait été ordonné. X _ ne bénéficiait
d’aucun suivi thérapeutique volontaire ; il estimait ne pas en avoir besoin ; d’où une
impossibilité d’identifier concrètement « les facteurs relatifs à une éventuelle problématique
sexuelle ». Son attitude était désinvolte parce qu’il ne reconnaissait pas une première
condamnation pour vol qui lui avait valu six mois de détention. Il ne démontrait « d’autre part
aucune remise en question vis-à-vis des infractions (qu’il pouvait) commettre et, de ce fait,
aucune stratégie lui permettant de se tenir éloigné de la commission de nouvelles infractions
(n’était) verbalisée. (Son) manque d’introspection (était) notable ».
Le risque de fuite était modéré. Il pourrait encore diminuer une fois purgée la moitié de
la peine, époque avant laquelle un passage en milieu ouvert était prématuré. Si ce risque
se réalisait et si X _ commettait d’autres infractions après s’être enfui, l’intégrité
physique de tiers « ne serait pas menacée de manière imminente ».
Ce rapport du 15 avril 2021 soulignait l’existence de « facteurs protecteurs » (bonnes
relations familiales, régularité dans le travail, gestion correcte du pécule etc.). Leur
importance ne devait pas être majorée, puisqu’ils avaient aussi existé avant la détention.
Le défaut de sincérité de X _ pouvait fausser à la baisse l’analyse du risque.
Le PES prévoyait que, si le détenu respectait les conditions générales de progression et
si ces mesures étaient préavisées favorablement par la Direction de Bellechasse, il
pourrait être en secteur ouvert (SO) dès le 18 mars 2022 ; des conduites seraient
organisées au plus tôt deux mois après son passage dans ce secteur. Le passage en
SO nécessitait, en outre, que le risque de fuite ait donné lieu à une évaluation récente,
positive pour le détenu.
C. Le 15 octobre 2021, le Directeur de Bellechasse fit suivre au Service de l’application
des peines et des mesures, avec un préavis défavorable, une lettre de X _
sollicitant son passage en SO.
Deux préavis favorables à ce passage, avec effet le 18 mars 2022, furent adressés par
le Directeur à l’OSAMA les 10 décembre 2021 et 18 février 2022.
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Le 3 mars 2022, l’OSAMA rejeta une requête du 26 janvier 2022 de X _ aux
fins d’un tel passage.
D. Le 8 mars 2022, X _ forma contre cette décision une réclamation que
l’OSAMA rejeta le 22 mars 2022. Il retint que le détenu, qui venait de purger la moitié de
sa peine, se trompait en arguant de son PES qui parlait d’un accès au SO le 18 mars
2022. Ce document n’était qu’un « simple outil de planification (...) adaptable à tout
moment ». X _ n’avait, d’ailleurs, pas établi la réalité d’éléments nouveaux
modifiant les facteurs d’appréciation pris en compte lors de l’évaluation initiale de son
risque de fuite (absence d’attaches en Suisse ; obligation de s‘en aller une fois purgée
sa peine dont le solde était d’une année jusqu’à une éventuelle libération conditionnelle).
Les motifs s’y rapportant subsistaient. Ils commandaient le rejet de la requête de
X _ en dépit du préavis favorable du Directeur.
E. Le 29 mars 2022, X _ posta une lettre du 25 mars 2022 où il déclarait recourir
contre ce prononcé sur réclamation et requérir une assistance judiciaire. Invité, le 31 mars
2022, à déposer un mémoire aux art. 11, 48 et 79a lit. a LPJA, il le fit le 5 avril 2022.
Ses conclusions tendaient à un arrêt ordonnant son passage en milieu ouvert et lui
octroyant un régime de conduites.
Le 11 mai 2022, l’OSAMA proposa de débouter le recourant, qui répliqua le 13 mai 2022
en restant sur sa position.

Considérant en droit
1. Le recours est recevable (art. 72, 80 al. 1 lit. a et c, 44 al. 1 lit. a, 46 et 48 LPJA ; art. 26
al. 1 et 3 LACP).
2. Sauf droit fédéral contraire, l’exécution des peines ressortit à la législation cantonale
(art. 123 al. 2 Cst féd.) et aux règles concordataires applicables (cf. art. 377 et 378 CP).
Aux termes de l’art. 76 CP, les peines privatives de liberté sont exécutées dans un
établissement fermé ou ouvert (al. 1). Le détenu est placé dans un établissement fermé
ou dans la section fermée d’un établissement ouvert s’il y a lieu de craindre qu’il ne
s’enfuie ou ne commette de nouvelles infractions (al. 2). Le transfert en établissement
ouvert est un allègement dans l’exécution : il en va de même pour l’octroi de congés
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(art. 75a al. 2 CP), notion définie aux al. 6 et 6bis de l’art. 84 CP qui visent aussi les
sorties (cf. p. ex. ATF 6B_557/2020 du 7 juillet 2020 cons. 1.4.3).
3. Si le condamné a commis l’un des crimes énumérés à l’art. 64 al. 1 CP, liste qui inclut
le viol, la commission prévue à l’art. 62d al. 2 CP doit, en vertu de l’art. 75a al. 1 lit. a et
b CP, apprécier, lorsqu’il est question d’un placement dans un établissement d’exécution
des peines ouvert ou de l’octroi d’allègements dans l’exécution, le caractère dangereux
du détenu pour la collectivité, si l’autorité d’exécution ne peut se prononcer d’une
manière catégorique sur ce point. L’al. 3 de l’art. 75a CP énonce que ce caractère
dangereux est admis s’il y a lieu de craindre que le détenu ne s’enfuie et ne commette
une autre infraction par laquelle il porterait gravement atteinte à l’intégrité physique,
psychique ou sexuelle d’autrui.
La commission qu’institue l’art. 62d CP est, à teneur de son al. 2, celle qui doit
obligatoirement être consultée en particulier lors de l’examen de la libération d’une
mesure thérapeutique institutionnelle dont bénéficient les auteurs des faits réprimés au
titre des dispositions listées à l’art. 64 al. 1 de ce code.
4. La décision sur un allègement dans l’exécution se prend à l’issue « d’une analyse des
risques concrets de fuite ou de commission d’une nouvelle infraction, en tenant compte
du but et des modalités concrètes de l’allègement envisagé, tout comme de la situation
actuelle de la personne détenue » (ch. 5.2 de la Notice du 29 mars 2012 de la
Conférence des directrices et directeurs des départements cantonaux de justice et police
sur les allègements dans l’exécution des peines et des mesures). Le comportement du
détenu dans le cadre de l’exécution de sa peine, le risque de fuite et le risque de
commission d’autres infractions doivent être examinés ou pronostiqués via des
standards analogues à ceux utilisés dans le contexte de l’art. 86 al. 1 CP pour la
libération conditionnelle (cf. p. ex. ATF 6B_577/2020 précité cons. 1.3.2).
5. A la p. 2 de sa décision du 3 mars 2022, l’OSAMA avait refusé d’alléger le régime de
détention de X _ motif pris d’un risque de récidive attesté par le rapport
d’évaluation criminologique du 14 avril 2021 évoqué plus haut sous let. B. Les motifs du
prononcé sur réclamation du 18 mars 2022 (p. 2) mentionnent que l’existence de ce
risque de nouvelles infractions avait été l’une des raisons de la décision du 3 mars 2022,
au même titre que le peu d’authenticité du discours du prénommé et de sa négation des
faits. Or, ces deux éléments n’étaient pas dissociables du risque qu’ils avaient servi à
justifier dans ce rapport (cf. sa p. 5).
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Le préavis du 18 février 2022 du Directeur de Bellechasse notait certes que X _
persistait à nier avoir commis les infractions qui avaient entraîné sa condamnation de
2019 (p. 3). Mais loin d’en déduire un risque de fuite, il proposait à l’OSAMA un passage
de X _ en SO. Il s’ensuit que le risque de nouvelles infractions n’a pas été
examiné selon la situation actuelle du recourant comme l’auraient voulu les normes
synthétisées aux cons. 3 et 4.
Cette irrégularité n’a pas été réparée dans les observations du 11 mai 2022 de l’OSAMA
qui, sur ce volet de l’affaire, tablent essentiellement sur le rapport susvisé du
14 avril 2021 (cf. leurs p. 3 et 4).
6. Le 3 mars 2022, l’OSAMA a admis la réalité d’un risque de fuite exclusivement parce
que X _ devra quitter la Suisse quand il aura achevé de purger sa peine (p. 2).
Le 16 mars 2022, cette autorité a relevé, en sus, à ce propos que X _ n’avait
pas d’attache en Suisse et que son solde de peine était d’une année (p. 2), arguments
repris, avec quelques détails supplémentaires, à la p. 3 du mémoire du 11 mai 2022 de
l’OSAMA.
Ce raisonnement se concentre quasi uniquement sur le statut d’étranger de
X _. Il perd de vue que les art. 76 al. 2 et 84 al. 6 CP valent tant pour les
condamnés suisses que ceux d’autres nationalités, ce qui a pour corollaire que, chez
ces derniers, le danger de fuite ne peut être affirmé seulement parce qu’ils sont
destinataires de décisions de renvoi auxquelles ils devront se plier à leur sortie de prison
(cf. BSK – StGB, 4e éd., M. Imperatori, N 38 ad art. 84 citant ATF 6B_577/2011,
cons. 4.2 ss).
7. La décision dont recours est annulée et l’affaire renvoyée à l’OSAMA afin qu’il rende,
sur la réclamation du 8 mars 2022 de X _ une nouvelle décision redressant les
violations du droit signalées aux cons. 5 et 6 (art. 80 al. 1 lit. e et 60 al. 1 LPJA).
8. Il n’y a pas de frais de justice ; X _, qui a agi sans l’aide d’un mandataire
professionnel, a droit à des dépens, sous la forme d’une indemnité de partie de 200 fr.
que lui versera l’Etat (art. 89 al. 3, 91 al. 1 et 2 LPJA ; art. 4 al. 3 de la loi du 11 février
2009 fixant le tarif des frais et dépens devant les autorités judiciaires ou administratives
- LTar ; RS/VS 173.8).
L’allocation de ce montant rend sans objet la requête d’assistance judiciaire (cf. par
analogie art. 8 al. 2 de la loi du 11 février 2009 sur l’assistance judiciaire - LAJ ; RS/VS
177.7).
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