Decision ID: 6b430300-6b9f-5ab5-b904-2be38256dbcc
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A.
a)
B_, née le _ 1986, souffre d'un retard mental grave et d'un autisme modéré à sévère. Par décision du 21 août 2012, le Tribunal tutélaire, devenu le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : le Tribunal de protection) a prononcé son interdiction et restitué l'autorité parentale à ses parents C_ et A_.
Cette mesure a été convertie en curatelle de portée générale le 1
er
janvier 2013. C_ et A_ sont depuis lors les curateurs de leur fille, dispensés de l'obligation d'établir des rapports et des comptes périodiques.
b)
A_ et C_ se sont séparés en 2013 et sont actuellement en procédure de divorce.
c)
Depuis la séparation de ses parents, B_ vit avec sa mère dans l'ancien domicile familial.
Elle voit régulièrement son père.
d)
La gestion de ses avoirs est assurée exclusivement par A_.
B_ perçoit des rentes de l'assurance invalidité et de la Caisse genevoise de compensation à hauteur de 3'340 fr. par mois. Son compte bancaire présentait un solde de 2'542 fr. au 10 mai 2019.
B. a)
Par requête du 13 juin 2019, C_ a sollicité du Tribunal de protection qu'il ordonne à A_ de produire les comptes de gestion des avoirs et des dépenses effectuées en faveur de leur fille en 2017 et 2018.
A l'appui de sa demande, il a allégué qu'une saisie avait été opérée sur la contribution qu'il verse à l'entretien de son épouse, qu'il avait été informé par l'institution qui s'occupe de sa fille durant la journée, [l'établissement] E_, que des factures étaient restées impayées, qu'il avait dû s'en acquitter directement alors qu'il versait des rentes suffisantes pour subvenir intégralement à ses besoins, que les relevés du compte bancaire de sa fille faisaient apparaître des retraits importants, qu'il avait demandé à son épouse de lui remettre une comptabilité des montants perçus et dépensés pour leur fille au cours des deux dernières années et que cette dernière s'y était refusée au motif que les relevés bancaires justifiaient suffisamment les dépenses effectuées.
b)
Par écriture du 15 août 2019, A_ s'est opposée à cette requête et a demandé à être désignée seule curatrice de sa fille.
Elle a contesté les faits allégués par son époux à l'appui de sa requête, alléguant que toutes les factures [de l'établissement] E_ avaient toujours été payées dans les délais et que les extraits bancaires de sa fille étaient régulièrement communiqués au père. S'agissant de la saisie opérée d'octobre 2018 à février 2019 sur la contribution d'entretien versée par son époux, elle a expliqué qu'il s'agissait d'arriérés de ses cotisations sociales dues à l'Office cantonal des assurances sociales et qu'elle avait trouvé un accord avec ce dernier.
c)
Lors de l'audience tenue le 20 août 2019, le Tribunal de protection a entendu le curateur chargé de la représentation de B_ dans la présente procédure, ainsi que les parents de cette dernière, assistés de leurs conseils.
Le conseil du père a sollicité que la mère établisse une comptabilité minimale de la gestion des avoirs de B_. Le père a souhaité que la gestion des avoirs financiers de celle-ci soit confiée à un tiers.
La mère s'est engagée à remettre au père mensuellement une comptabilité des dépenses de leur fille munie des justificatifs.
Le curateur chargé de la représentation de B_ a indiqué que le seul point d'inquiétude concernant d'éventuelles factures [de l'établissement] E_ impayées avait été levé.
d)
Dans ses dernières déterminations, C_ a conclu à ce que la gestion des revenus de sa fille soit confiée à un tiers et s'est engagé à prendre à sa charge les honoraires du curateur désigné à cet effet.
Il a notamment fait état d'un conflit opposant les intérêts de sa fille à ceux de son épouse et reproche à celle-ci d'avoir effectué d'importants retraits sans les avoir justifiés.
e)
A_ a relevé que les intérêts financiers de leur fille n'ont jamais été lésés, que les factures ont toujours été régulièrement réglées et que son compte bancaire a toujours présenté un solde positif.
f)
Le curateur chargé de la représentation de B_ a indiqué qu'aucun motif ne justifiait la modification requise.
C.
Par décision
DTAE/7086/2019
rendue le 5 novembre 2019, le Tribunal de protection a rappelé que B_ se trouvait sous curatelle de portée générale et était privée de l'exercice de ses droits civils (ch. 1 du dispositif), désigné D_, avocate, aux fonctions de curatrice de portée générale (ch. 2) en lui confiant les tâches de représenter la personne concernée dans ses rapports avec les tiers, en particulier en matière d'affaires administratives et juridiques et de gérer ses revenus et biens et d'administrer ses affaires courantes (ch. 3), confirmé pour le surplus A_ et C_ aux fonctions de curateurs de portée générale
(ch. 4) en leur confiant les tâches de veiller au bien-être social de la personne concernée et de la représenter pour tous les actes nécessaires dans ce cadre et de veiller à son état de santé, de mettre en place les soins nécessaires et, en cas d'incapacité de discernement, de la représenter dans le domaine médical (ch. 5), donné acte à C_ de son engagement de prendre à sa charge les frais et honoraires de D_ tels que taxés par le Tribunal de protection (ch. 6), autorisé les curateurs à prendre connaissance de la correspondance de la personne concernée dans les limites de leur mandat respectif (ch. 7) et arrêté les frais judiciaires à 1'000 fr., mis à la charge de B_.
Le Tribunal de protection a retenu que les parents étaient co-curateurs de leur fille et que la gestion administrative et financière avait d'un commun accord été assumée par la mère, et qu'ils avaient été dispensés de rendre des comptes à l'autorité de protection. Il a considéré qu'il était opportun de leur retirer la gestion des affaires administratives et financières de leur fille et de désigner un curateur hors du cercle familial à cet effet, au motif que les conflits opposant les parents étaient délétères pour le bon développement de la personne concernée et la désignation d'un seul des parents comme curateur porterait en soi les germes de critiques et récriminations réciproques sans mettre un terme au conflit actuel.
D.
a)
Par acte déposé le 20 décembre 2019 au greffe de la Cour, A_ recourt contre cette décision, qu'elle a reçue le 25 novembre 2019 et dont elle sollicite l'annulation. Elle conclut, cela fait, à ce que C_ soit relevé de ses fonctions de curateur de portée générale de leur fille et à ce qu'elle-même soit désignée en cette qualité, subsidiairement, à ce que la curatelle de portée générale instaurée
1
er
janvier 2013 soit confirmée.
b)
C_ conclut au rejet du recours et à la confirmation de l'ordonnance querellée.
c)
Le curateur chargé de la représentation de B_ demande à la Chambre de surveillance d'admettre le recours formé par A_, d'annuler l'ordonnance attaquée et de confirmer la curatelle de portée générale instaurée le 1
er
janvier 2013.
d)
Le Tribunal de protection n'a pas souhaité reconsidérer sa décision.
e)
A_ a répliqué, faisant état de difficultés apparues dans l'acheminement de la correspondance et le règlement des factures concernant sa fille depuis que la curatrice chargée de la gestion financière et de la représentation en matière administrative et financière a pris ses fonctions.
E.
Du dossier résultent notamment les éléments suivants :
a)
Par courrier daté du 3 septembre 2019, [l'établissement] E_ ont confirmé que les factures concernant la pension de B_ ont toujours toutes été réglées dans les délais, et qu'ils ne se sont jamais adressés à C_ pour se plaindre de factures impayées.
b)
Les factures [de] E_ des mois de mars et avril 2019 ont été réglées par virement effectué depuis le compte de B_.
c)
Les relevés bancaires relatifs au compte de B_ sont, depuis 2015, adressés mensuellement à chaque parent.

EN DROIT
1.
1.1
Les décisions de l'autorité de protection de l'adulte peuvent faire l'objet, dans les trente jours, d'un recours écrit et motivé, devant le juge compétent, à savoir la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 et al. 3 et 450b CC; art. 126 al. 3 LOJ; art. 53 al. 1 et 2 LaCC).