Decision ID: 2a5115cf-2e84-5902-86ec-a589227e45d2
Year: 2007
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. Dans le cadre d'une poursuite n° 07 xxxx44 R dirigée par L_ SA contre Mme W_, rue du N_, 1207 Genève, l'Office des poursuites (ci-après : l'Office) a notifié à la précitée, en date du 23 mars 2007, un commandement de payer la somme de 18'273 fr. 30 avec intérêts à 5% dès le 29 juin 2004 au titre de "
convention à l'amiable et reconnaissance de dettes
".
Mme W_ a formé opposition totale à ce commandement de payer.
B. Par acte formé le 2 avril 2007, la prénommée a déposé plainte auprès de la Commission de céans. Elle sollicite l'effet suspensif et conclut à ce que l'absence d'un for de la poursuite à Genève soit constatée et la poursuite n° 07 xxxx44 R annulée. Mme W_ expose qu'elle n'est pas domiciliée à Genève et que l'adresse rue du N_ est celle de son établissement stable "Les C_, W_" inscrit au Registre du commerce le 9 avril 2002 et qu'elle exploite en raison individuelle. Elle ajoute que la reconnaissance de dette sur laquelle se fonde la poursuite considérée n'a aucun rapport avec les activités de son établissement et se rapporte d'ailleurs à des obligations antérieures à l'inscription de celui-ci au Registre du commerce
Par ordonnance du 3 avril 2007, la Commission de céans a accordé l'effet suspensif à la plainte.
Au terme de son rapport, l'Office a déclaré s'en rapporter à l'appréciation de la Commission de céans.
Invitée à se déterminer, L_ SA -anciennement A_ SA- a conclu, avec suite de dépens, au rejet de la plainte. Dite société allègue que les conditions de l'art. 50 LP sont pleinement réalisées en l'espèce.
Il ressort des pièces produites que Mme W_ est inscrite au Registre du commerce en qualité de titulaire d'une entreprise individuelle, sous la raison sociale "Les C_, W_", depuis le 9 avril 2002 et que le but de cette entreprise est le commerce de vins français ; qu'elle a signé, en date du 29 juin 2004, un document intitulé "engagement solidaire" à teneur duquel elle déclare s'obliger solidairement envers A_ SA "
au paiement des clients, en exécution des diverses commandes passées pour un montant de 15’510 fr. 75
" ; que deux chèques de 1'000 fr. chacun, qui n'ont pu être honorés, ont été émis par "Les C_, W_" en faveur de A_ SA les 24 août et 25 novembre 2004 ; que par courriers des 22 juin et 21 juillet 2005, dont l'entête est "Les C_, G_ de France, W_, rue du N_, 1207 Genève ", Mme W_, en réponse au conseil de A_ SA qui la sommait de régler la somme due par acompte mensuel de 1'500 fr., lui a transmis copie de deux récépissés de paiement.
Selon les données de l'Office cantonal de la population, Mme W_, a quitté le canton de Genève le 1
er
avril 1986 pour Saint-Genis en France.
A teneur de l'extrait du Registre du commerce du canton de Vaud, L_ SA a pour but le commerce et le conditionnement de vins et autres boissons et représentation de marques et d'entreprises exerçant ce genre de commerce.

EN DROIT
1. La présente plainte a été déposée en temps utile et dans les formes prescrites auprès de l’autorité compétente. Un commandement de payer constitue une mesure sujette à plainte et la plaignante, en tant que poursuivie, a qualité pour agir par cette voie (art. 56R al. 3 LOJ ; art. 17 LP ; art. 10 al. 1 et 13 LaLP).
Elle est donc recevable.
2.a. Le for ordinaire de la poursuite est au domicile du débiteur; les personnes morales et sociétés inscrites au registre du commerce sont poursuivies à leur siège social, les personnes morales non inscrites au siège principal de leur administration (art. 46 al. 1 et 2 LP).
En plus de ce for ordinaire, la LP instaure un nombre restreint de fors spéciaux, pour tenir compte de situations particulières, en particulier pour faciliter l’exécution forcée malgré l’absence physique du débiteur ou l’inexistence d’un siège à un endroit où il est néanmoins justifié qu’une poursuite puisse être intentée.
Ainsi, le débiteur domicilié à l’étranger qui possède un établissement en Suisse peut être poursuivi au lieu de situation de cet établissement, mais uniquement pour les dettes de celui-ci. Dans ce cas, c’est formellement le débiteur domicilié à l’étranger – soit le cas échéant la personne morale ayant son siège à l’étranger – qui est poursuivi en Suisse au lieu de situation de l’établissement qu’il y possède (Ernest F.
Schmid
, in SchKG I, ad art. 50 n° 17).
Si le poursuivi entend contester que la dette, qui fait l'objet de la poursuite au for de l'art. 50 al. 1 LP, soit une dette contractée pour le compte de l'établissement, il lui appartient, s'agissant d'une question de fond, de le faire par la voie de l'opposition (art. 50 al. 1 LP ; Pierre-Robert
Gilliéron
, ad art. 50 n° 27 et 38 ; ATF
114 III 8
consid. 1, JdT
1999 II 18
).
L’établissement en Suisse auquel l’art. 50 al. 1 LP fait référence peut être soit un établissement principal, notamment pour des débiteurs domiciliés à l’étranger dans une zone frontalière mais exploitant en Suisse une entreprise, soit un établissement secondaire compris dans un sens plus large que celui de succursale (Pierre-Robert
Gilliéron
, op.cit., ad art. 50 n° 12 et 29 ss ; Ernst F.
Schmid
, in SchKG I, ad art. 50 n° 9).
Les notions de for de la poursuite et de lieu de notification des actes de poursuite ne sont cependant pas identiques, et elles ne coïncident pas forcément.
2.b. En l’espèce, il appert que la plaignante n’a pas de domicile en Suisse. Il n’existe donc pas de for ordinaire en ce lieu.
Il est cependant établi que la précitée est titulaire d’une entreprise inscrite en raison individuelle au Registre du commerce de Genève conformément à l’art. 934 CO., dont le but est le commerce de vins français. Cette inscription doit sans aucun doute être considérée comme un établissement au sens de l’art. 50 al. 1 LP (la plaignante, qui affirme sous ch. 2 de sa plainte que l'adresse rue du N_ correspond à un établissement stable, l'admet expressément) et crée donc un for à Genève pour les poursuites dirigées pour les dettes de l'établissement de la plaignante, étant rappelé qu’il n’appartient pas à la Commission de céans, mais au juge de la mainlevée de l’opposition, de se prononcer sur ce point, et en particulier sur la question de savoir si la reconnaissance dette sur laquelle se fonde la poursuite a, ou non, un rapport avec les activités de cet établissement et si elle se rapporte à des obligations antérieures ou postérieures à l'inscription au registre du commerce.
3. Infondée, la plainte doit en conséquence être rejetée.
4. La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP ; art. 61 al. 2 let. a OELP). Il ne peut être alloué aucun dépens (art. 62 al. 2 OELP).
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