Decision ID: 3549b50b-ebb7-4aa3-9238-feda1c194ac7
Year: 2014
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law

Faits:
A. En date du 5 juillet 2012, le Ministère public de la Confédération (ci-après:
MPC) a, sur la base d'une communication MROS, ouvert une enquête à
l'encontre de deux ressortissants ouzbeks, B. et C., notamment pour soup-
çon de blanchiment d'argent (art. 305 bis
CP).
La procédure en question a par la suite été étendue à plusieurs autres ci-
toyens ouzbeks, notamment pour complicité de blanchiment d'argent (art.
305 bis
et 25 CP). La dénommée Gulnara Karimova (ci-après: Karimova) fi-
gure au nombre de ces derniers. Elle est représentée dans la procédure
suisse par Me Grégoire Mangeat (ci-après: Me Mangeat), conseil nommé
d'office en date du 19 mai 2014.
B. Par courrier du 6 juin 2014, Me Mangeat a informé le MPC de ce qu'il
n'avait pas encore été en mesure d'entrer en contact avec Karimova. Son
lieu de résidence était inconnu et aucune des personnes contactées n'avait
pu le renseigner utilement. Partant, il a requis une suspension de la procé-
dure dirigée contre Karimova pour une durée de trois mois, le temps d'en-
treprendre d'autres démarches afin d'identifier le lieu de séjour de cette
dernière.
C. Par décision du 17 juin 2014, le MPC a refusé de faire droit à la requête
susmentionnée (act. 2.1).
D. Par mémoire du 27 juin 2014, Karimova a formé recours contre la décision
susmentionnée et pris les conclusions suivantes:
"1. Annuler la décision du Ministère public de la Confédération du 17 juin 2014,
rendue dans la cause SV.12.0808;
Cela fait:
2. Prononcer la suspension de l'instruction de la procédure SV.12.0808 pour
une durée de trois mois;
3. Condamner le Ministère public de la Confédération aux frais de la procédu-
re." (act. 1, p. 2).
Appelé à répondre, le MPC a, par envoi du 14 juillet 2014, conclu au rejet
du recours dans la mesure de sa recevabilité, le tout sous suite de frais
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(act. 9). Le conseil de Karimova a répliqué par écriture du 28 juillet 2014,
persistant intégralement dans les griefs et conclusions formulés à l'appui
de son recours (act. 12).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

La Cour considère en droit:
1.
1.1 En tant qu’autorité de recours, la Cour des plaintes examine avec plein
pouvoir de cognition en fait et en droit les recours qui lui sont soumis
(v. MOREILLON/DUPUIS/MAZOU, La pratique judiciaire du Tribunal pénal fé-
déral en 2011, in Journal des Tribunaux 2012, p. 2 ss, p. 52 n o 199 et les
références citées).
1.2 Les décisions du MPC peuvent faire l'objet d'un recours devant la Cour de
céans (art. 393 al. 1 let. a CPP et 37 al. 1 LOAP en lien avec l'art. 19 al. 1
du règlement sur l'organisation du Tribunal pénal fédéral [ROTPF;
RS 173.713.161]). Le recours contre les décisions notifiées par écrit ou
oralement est motivé et adressé par écrit, dans le délai de dix jours, à l'au-
torité de recours (art. 396 al. 1 CPP). Aux termes de l'art. 393 al. 2 CPP, le
recours peut être formé pour violation du droit, y compris l'excès et l'abus
du pouvoir d'appréciation, le déni de justice et le retard injustifié (let. a), la
constatation incomplète ou erronée des faits (let. b) ou l'inopportunité
(let. c).
1.3
1.3.1 Le recours est recevable à condition que le recourant dispose d’un intérêt
juridiquement protégé à l’annulation ou à la modification de la décision en-
treprise (art. 382 al. 1 CPP). Le recourant doit avoir subi une lésion, c'est-à-
dire un préjudice causé par l’acte qu’il attaque et doit avoir un intérêt juridi-
que à l’élimination de ce préjudice (PIQUEREZ/MACALUSO, Procédure pénale
suisse, 3 e éd. 2011, n° 1911). A cet égard, il est de jurisprudence que le
préjudice en question doit revêtir un caractère personnel, actuel et concret.
En d'autres termes, seule est recevable à recourir une personne qui est at-
teinte directement par la décision entreprise et dispose d'un intérêt digne
de protection ("Beschwer") à ce qu'elle soit annulée ou modifiée (v. arrêt du
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Tribunal fédéral 1B_669/2012 du 12 mars 2013, consid. 2.3.3; décision du
Tribunal pénal fédéral BG.2012.25 du 14 novembre 2012, consid. 1.3).
La présente espèce soulève la question de l'existence, ou non, d'un intérêt
juridiquement protégé – au sens défini ci-avant – à recourir contre une dé-
cision refusant la suspension de l'instruction.
1.3.2 Il n'a pas échappé à la recourante que le Tribunal fédéral a, dans un arrêt
1B_657/2012 du 8 mars 2013 – confirmé par la suite (v. arrêt 1B_669/2012
du 12 mars 2013) – répondu par la négative à ladite question. La Haute
Cour a en effet considéré qu'en pareille hypothèse, les parties ne subissent
aucun préjudice actuel et concret causé par l'acte litigieux (arrêt
1B_657/2012 précité, consid. 2.3.3 in fine). A l'appui du principe ainsi posé,
le Tribunal fédéral a rappelé que les parties bénéficient de la protection ju-
ridique assurée aux étapes ultérieures de la procédure, d'une part, et que
le refus de suspendre la procédure ne lie pas définitivement le ministère
public, lequel peut revenir en tout temps – au gré de l'évolution de la pro-
cédure – sur sa décision, d'autre part.
A suivre la recourante, il se justifierait en l'espèce de déroger à cette juris-
prudence, "la présente cause [étant] très différente" (act. 1, p. 4 ch. 2). A
cet égard, elle indique qu'elle n'a "en effet pas pour intention de mettre en
suspens une procédure à des fins dilatoires". Elle aurait au contraire un "in-
térêt à la suspension provisionnelle de la procédure", et ce en raison du fait
qu'elle ne peut faire usage de son droit d'être entendue, de par l'impossibili-
té de s'entretenir avec son défenseur (act. 1, p. 4 ch. 2).
Ces arguments ne sont pas convaincants. En premier lieu, le caractère di-
latoire de la démarche n'a pas joué de rôle dans la solution adoptée par le
Tribunal fédéral. Il appert ensuite que, au stade actuel de la procédure –
dont il faut considérer qu'elle se trouve encore dans une phase initiale dès
lors que l'ordonnance d'extension visant la recourante date du 16 septem-
bre 2013 –, le fait que le contact avec son défenseur d'office n'ait pas enco-
re été établi ne saurait fonder l'existence d'un préjudice actuel et concret
sous l'angle du droit d'être entendu. La solution adoptée par le Tribunal fé-
déral a précisément pour prémisse le fait que les parties bénéficient en tout
état de cause de la protection juridique assurée aux étapes ultérieures de
la procédure. Il reviendra ainsi au MPC de faire en sorte, le moment venu,
et lorsque la recourante pourra être entendue, qu'elle dispose de tous les
droits procéduraux qui lui reviennent. Dût-il se révéler finalement impossi-
ble d'entrer en contact avec la recourante, le MPC en tirera alors les
conséquences qu'il estime devoir s'imposer, étant rappelé que cette autori-
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té peut, au fur et à mesure de l'avancement de ses investigations et de leur
évolution, en tout temps revenir sur la décision ici entreprise.
1.3.3 En définitive, et contrairement à ce qu'allègue – sans convaincre – la re-
courante, il n'y a pas lieu de s'écarter en l'espèce de la jurisprudence claire
du Tribunal fédéral selon laquelle les parties ne subissent pas de préjudice
actuel et concret lorsque le ministère public refuse de donner suite à une
requête de suspension de la procédure. Ce constat suffit à sceller le sort du
recours, lequel ne peut qu'être déclaré irrecevable.
2. Selon l'art. 428 al. 1 CPP, les frais de la procédure de recours sont mis à la
charge des parties dans la mesure où elles ont obtenu gain de cause ou
succombé. La recourante succombe en l'espèce et s'acquittera d'un émo-
lument qui, en application de l'art. 8 du règlement du Tribunal pénal fédéral
du 31 août 2010 sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la pro-
cédure pénale fédérale (RFPPF; RS 173.713.162), sera fixé à CHF 2'000.--
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