Decision ID: 56eada8a-f2e2-5c93-8889-eb196834808b
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

EN FAIT
1. Mesdames Benita Anna, Francine, Jacqueline KRESS et Monsieur Laurent KRESS, ainsi que Mesdames Dharma, Dima et Ishan SEIDENBERG (ci-après : les propriétaires) sont propriétaires de la parcelle n° 2'200, feuille 42 de la commune de Vandoeuvres (ci-après : la commune), sise 11, chemin du Pré-Moineau, sur laquelle est érigée une villa de 187 m
2
au sol. Ladite parcelle, d'une superficie totale de 1'337 m2, est située en cinquième zone à bâtir (ci-après : zone villa ou cinquième zone).![endif]>![if>
2. Le 10 mai 2016, l'entreprise AGG Architecture SA (ci-après : AGG) a déposé, pour le compte des propriétaires, auprès du département de l’aménagement, du logement et de l’énergie, devenu depuis le département du territoire (ci-après : le DT ou le département), une demande d'autorisation de démolir cette villa et une demande d'autorisation de construire définitive devant lui permettre d'édifier, en lieu et place, quatre villas mitoyennes répondant à un standard de haute performance énergétique (ci-après : HPE), avec deux piscines, garage, portail, places de stationnement extérieures et sondes géothermiques, impliquant l'abattage d'arbres.![endif]>![if>
Ce projet supposait une division du bien-fonds en quatre parcelles, dont deux atteindraient 271 m
2
(désignées 2'200B et C, selon le plan produit), l'une 399 m
2
(2'200A) et la dernière 397 m
2
(2'200A).
La première demande a été enregistrée sous la référence M 7'640-1, la seconde sous DD 109'039-1.
3. Le 14 juin 2016, la commission d’architecture (ci-après : la CA) a demandé que ledit projet soit modifié :![endif]>![if>
« La commission relève la belle qualité paysagère de cette parcelle qui est malheureusement mal exploitée, puisque le projet prévoit une surface végétale au sol très fortement réduite.
Par conséquent et en l’état, la commission émet un préavis défavorable et demande de prévoir les modifications suivantes :
- réduire la voie carrossable afin d’augmenter la surface végétale au sol ;
- augmenter la surface des jardins jugés sous-dimensionnés par une implantation plus judicieuse ;
- supprimer les places de parking (au minimum quatre) non exigées par les normes.
La demande de dérogation selon l’article 59 de la loi sur les constructions et les installations diverses du 14 avril 1988 (LCI -
L 5 05
; 44 % HPE) est en suspens ».
4. Le 22 juin 2016, le Conseil administratif de la commune de Vandoeuvres a préavisé défavorablement la demande. Le projet était trop dense alors qu’il se situait dans un secteur où la zone villa était encore formée de parcelles ne comportant qu’une seule habitation. L’architecture proposée ne s’intégrait pas avec les maisons voisines et n’était pas adéquate dans cet environnement.![endif]>![if>
5. Une deuxième version du projet a été déposée auprès du DT le 4 août 2016.![endif]>![if>
L’ensemble de la construction projetée était déplacé et les piscines supprimées « afin d'augmenter la surface des espaces verts ». La voie carrossable serait réalisée en « grille gazon avec une largeur de 5 m sur toute sa longueur ». Le nombre de places de parking extérieures était réduit à quatre, soit une par villa, ce qui permettrait « plus de nouvelles plantations au-devant des villas ».
6. Une troisième version du projet, prévoyant notamment la réduction des surfaces des garages, a été déposée le 28 octobre 2016.![endif]>![if>
7. Il ressort notamment du dossier les préavis suivants :![endif]>![if>
a. le 24 août 2016, la direction des autorisations de construire (DAC) a émis un préavis favorable, observant que les critères de dérogation prévus par l'art. 59 LCI, (avec un rapport de surface HPE de 43,9 % et de 21,6 % pour les sous-sols) étaient réunis ;
b. le 29 août 2016, la direction générale de l'agriculture et de la nature (DGAN) a préavisé favorablement celui-ci sous conditions ;
c. le 6 septembre 2016, la CA a préavisé favorablement le projet, sans observation, se disant « favorable à la dérogation selon article 59 LCI (43,9 % HPE) » ;
d. le 21 septembre 2016, la commune de Vandoeuvres (ci-après : la commune) a délivré un préavis défavorable :
« L’Exécutif confirme son préavis défavorable du 22 juin 2016, concernant la première version du projet : celui-ci n’a pas été pris en compte dans la nouvelle variante, tant en ce qui concerne le respect de l’environnement bâti que l’utilisation excessive du sous-sol.
L’Exécutif s’oppose à la forte densification de la parcelle, disproportionnée, dans un secteur où la zone villa est encore formée de parcelles ne comportant qu’une seule habitation.
Cet ensemble de 4 villas contiguës et garages constituerait une masse incongrue au milieu d’un ensemble harmonieux et bien arborisé.
Les patios n’ont pas leur raison d’être et ne se justifient pas dans le contexte architectural. Ils pourraient servir à transformer les salles de jeux et fitness en pièces à vivre.
La densification, telle que prévue, dépasse les limites acceptables à cet emplacement. Les conditions de l’article 59, alinéa 4 lettre a) de la LCI ne sont pas remplies, dans la mesure où, à la densification extrême de la parcelle, vient s’ajouter un traitement architectural fortement accusé notamment par une mise en valeur exagérée des murs de refend de la structure, qui n’est pas du tout en harmonie avec l’environnement bâti existant ».
e. Sept autres préavis favorables, presque tous sous conditions, ont été émis.
8. Par décision du 16 janvier 2017, le DT a délivré « l’autorisation globale sollicitée » sur la base du projet n° 3. Les conditions des préavis devaient être respectées. ![endif]>![if>
L’autorisation de démolir était accordée.
9. a. La commune a recouru auprès du Tribunal administratif de première instance (ci-après : TAPI) contre ces décisions, dont elle a requis l'annulation.![endif]>![if>
b. Plusieurs voisins ont aussi recouru :
- Monsieur Claude GUIGNARD, propriétaire de la parcelle n° 2'185, directement voisine de la parcelle litigieuse, a recouru contre l'autorisation de construire DD 109'039-1, dont il a requis l'annulation, ce qui, selon lui, aurait pour conséquence que l’autorisation de démolir M 7'640 deviendrait « sans objet dans la mesure où celle-ci n’a lieu que pour permettre la nouvelle construction » ;
- Madame Adriana KEEL, domiciliée à Collonge-Bellerive, se disant « propriétaire concernée de la villa sur la parcelle voisine, au 24, chemin de la Troupe » ;
- Madame Maria SICHEL et Monsieur Andrea NUCCI, propriétaires de la parcelle n° 2'341, à l'adresse 26, chemin de la Troupe, directement voisine de la parcelle litigieuse ;
- Monsieur Philippe MOREL, copropriétaire de la parcelle n° 2'190, à l'adresse 22, chemin de la Troupe.
10. Toutes les parties ont pu répondre aux différents recours, le DT concluant à leur rejet, à l’instar d’AGG. ![endif]>![if>
Certaines parties ont répliqué, persistant dans leurs conclusions.
11. Le TAPI a procédé à l'audition, en qualité de témoin, de Monsieur Marcel T'HART, membre de la CA et président de celle-ci en 2016.![endif]>![if>

Ses déclarations seront reprises en tant que de besoin dans la partie en droit du présent arrêt.
12. Le TAPI a effectué un transport sur place le 23 novembre 2017, en présence des parties.![endif]>![if>
Trente-sept photographies ont été prises du site et de son environnement.
13. Les parties ont produit des observations après le transport sur place.![endif]>![if>
14. Par jugement du 7 mars 2018, le TAPI a joint les cinq causes, déclaré irrecevable le recours formé par Madame Adriana KEEL et rejeté les recours pour le surplus.![endif]>![if>
15. Par acte du 23 avril 2018, la commune et quatre voisins (Mme SICHEL, MM. NUCCI, GUIGNARD et MOREL) ont recouru auprès de la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative).![endif]>![if>
Ils ont conclu à l’annulation du jugement, subsidiairement au renvoi de la cause devant le TAPI.
Ils émettaient quatre griefs, à savoir : leur droit d’être entendus avait été violé, s’agissant notamment des exigences de motivation du jugement contesté ; le TAPI avait, à tort, considéré que le DT n’avait pas mésusé de son pouvoir d’appréciation en octroyant la dérogation prévue par l’art. 59 al. 4 LCI ; le TAPI avait abouti à une appréciation erronée de l’intégration du projet à son environnement en se fondant sur un raisonnement lui-même vicié ; enfin, le TAPI avait procédé à un calcul erroné des surfaces dévolues aux constructions de peu d’importance (ci-après : CDPI).
16. AGG a conclu au rejet du recours à l’instar du département.![endif]>![if>
17. Dans leur réplique, les recourants ont persisté dans leurs conclusions.![endif]>![if>
18. Sur ce, la cause a été gardée à juger, ce dont les parties ont été informées.![endif]>![if>
EN DROIT
1. Interjeté en temps utile devant la juridiction compétente, le recours est recevable (art. 132 de la loi sur l'organisation judiciaire du 26 septembre 2010 - LOJ -
E 2 05
; art. 62 al. 1 let. a de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 - LPA -
E 5 10
).![endif]>![if>
2. Le litige porte sur l’autorisation de construire délivrée par le département avec la dérogation de l'art. 59 al. 4 LCI, dans le cadre d’une parcelle qui n’est pas identifiée par le schéma directeur cantonal du plan directeur cantonal 2030
(ci-après : PDCn 2030) pour une densification de la zone villa par modification de zone.![endif]>![if>
3. a. Dans un premier grief, la commune reproche au TAPI d’avoir violé son droit d’être entendue s’agissant de la motivation du jugement querellé. Deux des « points » qu’elle avait soulevés n’auraient pas été examinés dans le jugement, soit la distance géographique des exemples pris en compte pour valider le projet et l’approche biaisée de la CA qui aurait ouvertement fait sien l’objectif de densification de la zone villa.![endif]>![if>
b. Tel qu’il est garanti par l’art. 29 al. 2 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst. -
RS 101
), le droit d’être entendu comprend le droit d’obtenir une décision motivée (ATF
138 I 232
consid. 5.1 ;
129 I 232
consid. 3.2). L’autorité n’est toutefois pas tenue de prendre position sur tous les moyens des parties ; elle peut se limiter aux questions décisives (ATF
138 IV 81
consid. 2.2 ;
137 II 266
consid. 3.2). Il suffit, de ce point de vue, que les parties puissent se rendre compte de la portée de la décision prise à leur égard et, le cas échéant, recourir contre elle en connaissance de cause (ATF
138 I 232
consid. 5.1 ;
136 I 184
consid. 2.2.1).
c. En l’espèce, le jugement querellé, de quarante-deux pages, détaille tous les actes de procédure, y compris les nombreuses écritures des parties et leurs argumentations. Les deux points soulevés par les recourants ont été mentionnés dans la partie en fait.
La partie en droit du jugement mentionne qu’il n’y avait pas lieu d’examiner les diverses critiques formulées par les parties quant au fonctionnement de la CA et à la façon dont celle-ci traitait ses dossiers et élaborait ses préavis. Cette conclusion fait suite à deux longs considérants où le TAPI détaille les motifs pour lesquels le préavis de la CA peut être considéré comme pertinent. Pour le surplus, le TAPI a minutieusement instruit la cause en auditionnant le président de la CA et en organisant un transport sur place, chacun de ces actes étant suivi d’une possibilité pour les parties de se déterminer.
Le TAPI a respecté son obligation de motiver le jugement.
Par ailleurs, la conclusion du TAPI ne diverge pas de ce qui est mentionné au procès-verbal de la commission urbanisme et mobilité de l’association des communes genevoises, produit par les recourants, dans le cadre de laquelle le président rappelle en introduction de la discussion que « le préavis communal n’a aujourd’hui quasiment aucune valeur, particulièrement face au préavis de la CA ».
d. Les recourants se prévalent de la jurisprudence UCHE contre SUISSE de la Cour européenne des droits de l’homme du 17 avril 2018 (n° 12211/09, par. 37) pour exiger une motivation sur les deux points susmentionnés.
Ledit arrêt concernait un requérant d’asile condamné pour trafic de drogue qui se plaignait de violation de son droit à un jugement motivé. La CourEDH a retenu que, faute de réponse explicite, il était impossible de savoir si le Tribunal fédéral avait simplement négligé le moyen tiré du principe accusatoire ou bien s'il avait voulu le rejeter et, dans cette dernière hypothèse, pour quelles raisons. L’art. 6 § 1 CEDH avait en conséquence été violé.
Le cas précité diffère largement du présent litige, tant dans la matière abordée, la problématique traitée que dans l’ampleur du défaut de motivation et ses conséquences. Les recourants ne peuvent tirer argument, dans le cas d’espèce, de la jurisprudence précitée. De surcroît et comme précédemment mentionné, le TAPI n’était pas tenu de se déterminer sur tous les griefs invoqués dès lors qu’il était parvenu, dans un raisonnement détaillé, à la conclusion que le préavis de la CA était conforme aux exigences légales.
Le grief de violation du droit d’être entendu, s’agissant des exigences de motivation du jugement sur les deux points susmentionnés n’est pas fondé, les recourants, conformément à ce qu’exige la jurisprudence, ayant pu se rendre compte de la portée de la décision prise à leur égard et recourir contre elle en connaissance de cause.
e. Enfin, les deux arguments litigieux ne sont pas pertinents. En effet, la distance géographique des exemples pris en compte pour valider le projet n’a pas à être calquée sur celle de la qualité pour recourir des voisins, comme le soutiennent les recourants, au seul motif que toutes deux découlent de la LCI. La première notion fait référence au quartier (art. 59 al. 4 LCI). La seconde impose d’être lésé dans ses intérêts de façon directe et spéciale (art. 62 LPA). La distance entre le bien du voisin et une construction querellée n’est qu’un des éléments d’analyse de la qualité pour recourir. La proximité ne garantit en effet pas de se voir octroyer cette qualité (arrêts du Tribunal fédéral
1C_839/2013
du 20 mars 2014 consid. 5.1 où la qualité pour recourir est refusée bien que la construction litigieuse soit distante de 30 m, au motif qu’elle n’était pas visible depuis la parcelle du voisin recourant, paru in SJ 2014 I p. 381, ou
1C_565/2012
du 23 janvier 2013 où l’impact visuel pour le voisin a été nié) alors que la qualité pour recourir peut être octroyée à un voisin situé à 180 m du projet contesté (arrêt du Tribunal fédéral
1C_152/2012
du 21 mai 2012 consid. 2.2).
Le second point, à savoir que la CA aurait « fait sien l’objectif de densification » ne résiste pas à l’examen, conformément à ce qui suit.
4. Dans un second grief, les recourants reprochent au département d’avoir mésusé de son pouvoir d’appréciation en octroyant la dérogation de l’art. 59
al. 4 LCI. Selon eux, la construction ne serait pas compatible avec le caractère, l’harmonie et l’aménagement du quartier. L’autorité devait analyser l’intégration du projet dans son environnement à trois niveaux distincts : 1) de la parcelle (ratio bâti – espace vert ; habitabilité, occupation du sol) ; 2) au niveau du groupe de parcelles (parcelles adjacentes ou très proches) ; 3) au niveau du territoire communal dans son ensemble (spécificités propres à chaque commune). Cette manière de procéder découlait, à l’origine, selon eux, d’un protocole établi par la CA. Il ressortait de la modification du projet, requise en son temps par la CA, qu’elle n’avait pas analysé les niveaux 2 et 3. ![endif]>![if>
5. a. Selon l’art. 22 al. 2 let. a de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire du 22 juin l979 (LAT -
RS 700
), une autorisation de construire est délivrée si la construction ou l'installation est conforme à l'affectation de la zone.![endif]>![if>
La 5
ème
zone est une zone résidentielle destinée aux villas (art. 19
al. 3 de la loi d'application de la loi fédérale sur l'aménagement du territoire du 4 juin 1987 - LaLAT -
L 1 30
).
Selon l’art. 58 LCI, les constructions en 5
ème
zone sont édifiées en ordre contigu ou non contigu (al. 1). Est réputée en ordre contigu, l’édification de deux maisons au moins, réunies par un mur mitoyen ou par une construction de peu d’importance et disposant chacune de son propre accès de plain-pied (al. 2).
En cinquième zone, la surface de la construction, exprimée en m
2
de plancher, ne doit pas excéder 25 % de la surface de la parcelle. Cette surface peut être portée à 27,5 % lorsque la construction est conforme à un standard de HPE, reconnue comme telle par le service compétent (art. 59 al. 1 LCI).
Lorsque les circonstances le justifient et que cette mesure est compatible avec le caractère, l’harmonie et l’aménagement du quartier, le département peut autoriser, après consultation de la commune et de la CA, un projet de construction en ordre contigu ou sous forme d’habitat groupé dont la surface de plancher habitable n’excède pas 40 % de la surface du terrain, 44 % lorsque la construction est conforme à un standard de HPE, 48 % lorsque la construction est conforme à un standard de très haute performance énergétique (ci-après : THPE), reconnue comme telle par le service compétent (art. 59 al. 4 let. a LCI, dans sa teneur en vigueur depuis le 26 janvier 2013).
b. La compatibilité du projet avec le caractère, l’harmonie et l’aménagement du quartier exigée par l’art. 59 al. 4 LCI est une clause d’esthétique, analogue à celle contenue à l’art. 15 LCI. Une telle clause fait appel à des notions juridiques imprécises ou indéterminées, dont le contenu varie selon les conceptions subjectives de celui qui les interprète et selon les circonstances de chaque cas d'espèce ; ces notions laissent à l'autorité une certaine latitude de jugement. Lorsqu'elle estime que l'autorité inférieure est mieux en mesure d'attribuer à une notion juridique indéterminée un sens approprié au cas à juger, l'autorité de recours s'impose alors une certaine retenue. Il en va ainsi lorsque l'interprétation de la norme juridique indéterminée fait appel à des connaissances spécialisées ou particulières en matière de comportement, de technique, en matière économique, de subventions et d'utilisation du sol, notamment en ce qui concerne l'esthétique des constructions (
ATA/875/2018
du 28 août 2018 ;
ATA/123/2018
du 6 février 2018 et la jurisprudence citée).
6. a. Avant d’autoriser un projet de construction en cinquième zone, dont la densité correspond à celle prévue par l’art. 59 al. 4 let. a LCI, le département doit ainsi recueillir les appréciations de la CA, respectivement celles de la commune du lieu de situation exprimées sous forme de préavis rendu par l’exécutif municipal (art. 59 al. 4 let. a LCI ; art. 48 let. h et 30 al. 1 let. s a contrario de la loi sur l’administration des communes du 13 avril 1984 - LAC -
B 6 05
).![endif]>![if>
b. Dans le système de la LCI, les avis ou préavis des communes, des départements et organismes intéressés ne lient pas les autorités (art. 3 al. 3 LCI). Ils n'ont qu’un caractère consultatif, sauf dispositions contraires et expresses de la loi ; l’autorité reste ainsi libre de s’en écarter pour des motifs pertinents et en raison d’un intérêt public supérieur (
ATA/1157/2018
du 30 octobre 2018 ;
ATA/1382/2017
du 10 octobre 2017 et les références citées). Toutefois, lorsqu'un préavis est obligatoire, il convient de ne pas le minimiser (
ATA/875/2018
précité ;
ATA/636/2018
du 19 juin 2018). Dans le système prévu par l’art. 59 al. 4
let. a LCI, tant le préavis de la commune que celui de la CA ont cette caractéristique (
ATA/875/2018
précité).
Il résulte de cette double consultation que le législateur n’a pas attribué de pouvoir de décision aux communes concernant l’octroi d’autorisation de construire un projet présentant l’un des indices d’utilisation du sol (ci-après : IUS) dérogatoires prévus par l’art. 59 al. 4 let. a LCI.
Conformément à l’art. 3 al. 3 LCI, que la délivrance de telles autorisations de construire demeure de la compétence exclusive du département, à qui il appartient de statuer en tenant compte de tous les intérêts en présence (
ATA/1273/2017
du 12 septembre 2017 ;
ATA/318/2017
du 21 mars 2017 ;
ATA/828/2015
du 11 août 2015).
c. À rigueur de loi, la CA motive « en principe » son préavis (art. 4 al. 2 de la loi sur les commissions d’urbanisme et d’architecture du 24 février 1961 - LCUA -
L 1 55
).
d. Lorsque la loi autorise l'autorité administrative à déroger à l'une de ses dispositions, notamment en ce qui concerne les constructions admises dans une zone, elle confère à cette autorité un pouvoir d'appréciation qui n’est limité que par l’excès ou l’abus, la chambre de céans n’ayant pas compétence pour apprécier l’opportunité des décisions prises (art. 61 al. 2 LPA).
Selon une jurisprudence bien établie, la chambre de céans observe une certaine retenue pour éviter de substituer sa propre appréciation à celle des commissions de préavis pour autant que l’autorité inférieure suive l’avis de celles-ci (
ATA/875/2018
précité ;
ATA/636/2018
du 19 juin 2018). Les autorités de recours se limitent à examiner si le département ne s’écarte pas sans motif prépondérant et dûment établi du préavis de l’autorité technique consultative, composée de spécialistes capables d’émettre un jugement dépourvu de subjectivisme et de considérations étrangères aux buts de protection fixés par la loi (
ATA/1158/2018
du 30 octobre 2018 ;
ATA/1049/2018
du 9 octobre 2018). De même, s’agissant des jugements rendus par le TAPI, la chambre administrative exerce son pouvoir d’examen avec retenue car celui-ci se compose pour partie de personnes possédant des compétences techniques spécifiques (
ATA/875/2018
précité).
7. a. En l’espèce, le premier préavis de la CA était motivé. Le second ne l’était pas. La CA ne peut toutefois se voir reprocher ce défaut de motivation, quand bien même une telle motivation devrait « en principe » être indiquée, ce qui apparaîtrait plus conforme à la loi et souhaitable du point de vue des justiciables. ![endif]>![if>