Decision ID: 7471d756-5ace-5cd5-80bd-46c7ed700599
Year: 2018
Language: fr
Court: FR_TC
Chamber: FR_TC_004
Canton: FR
Region: Espace_Mittelland
Law Area: civil_law

considérant en fait
A. B._ et A._ sont les parents de C._, née en 2007, et de D._, née en 2009, domiciliées chez leur mère et leur beau-père à E._. Le père bénéficiait d’un droit de visite organisé d’entente avec la mère.
Une curatelle de surveillance des relations personnelles, qui avait été instituée le 24 octobre 2011, a été levée par décision du 2 février 2015 du Tribunal régional des Montagnes et du Val-de-Ruz. Les modalités précises du droit de visite du père n’ont toutefois pas été réglées.
B. Par courrier du 6 avril 2017, B._ a demandé à la Justice de paix de l’arrondissement de la Broye (ci-après: la Justice de paix) de suspendre le droit de visite de A._ sur ses filles, en raison d’actes de violence et d’un comportement inadéquat. La Justice de paix a transmis ce courrier au Ministère public fribourgeois le 12 avril 2017 et une instruction pénale a été ouverte.
C. Par courrier du 28 avril 2017, A._ a contacté à son tour la Justice de paix pour demander la reprise des relations personnelles avec ses filles, en indiquant n’avoir plus aucun contact avec elles depuis le 12 février 2017, suite à leur déménagement à E._.
Le 11 octobre 2017, représenté par Me Elias Moussa, il a déposé une requête en réinstauration des relations personnelles au sens de l’art. 275 al. 1 CC, par laquelle il a conclu au rétablissement de son droit aux relations personnelles sur ses filles ainsi qu’à la fixation des modalités d’exercice de ce droit par la Justice de paix. Il a sollicité le bénéfice de l’assistance judiciaire totale.
Par décision du 30 octobre 2017, la Juge de paix lui a accordé l’assistance judicaire partielle. Elle a en revanche refusé de lui désigner un avocat d’office. Par arrêt du 15 décembre 2017, la Cour de céans a admis le recours interjeté à l’encontre de cette décision et a désigné Me Elias Moussa en qualité de défenseur d’office.
D. Par ordonnance pénale du 9 janvier 2018 du Ministère public neuchâtelois, A._ avait été reconnu coupable de violation du devoir d’éducation au sens de l’art. 219 CP à l’encontre de ses filles (« A l’encontre de C._, née en 2007 et de D._, née en 2009, avant l’année 2017, frappé ses enfants de manière excessive par rapport au droit de correction parental généralement admis, administré à C._ plusieurs coups de poing sur la tête, tapé C._ avec le pied en tout cas à une reprise contre les fesses et tapé avec la main le visage et les fesses de C._, frappé D._ alors qu’elle se lavait les cheveux et appuyé le coup contre la baignoire, tapé D._ avec un livre et la main contre son oreille, provoquant une rougeur sur cette dernière, tapé à réitérées reprises. »). Par jugement du 13 juin 2018, le Tribunal régional des Montagnes et du Val-de-Ruz a confirmé la condamnation pour les faits concernant D._, tout en acquittant le recourant de tout chef de prévention à l’égard de C._. Un appel a été formé par A._ à l’encontre de ce jugement et la procédure y relative est toujours pendante.
E. Le 16 mai 2018, les parties ont été entendues par la Justice de paix. A cette occasion, elles ont accepté l’institution d’une nouvelle curatelle de surveillance des relations personnelles. Pour sa part, B._ a confirmé sa requête de suspendre toute relation personnelle du père avec ses filles, en acceptant uniquement la possibilité pour le père de leur adresser des courriers, pour autant que le contenu desdits courriers ait été contrôlé au préalable. Quant à A._, il a requis la réinstauration immédiate et progressive de relations personnelles avec ses filles.
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F. Par décision du 11 juin 2018, la Justice de paix a rendu la décision suivante:
« I. La requête de A._ du 11 octobre 2017, complétée en séance du 16 mai 2018 est partiellement admise. Les relations personnelles entre C._ et D._ et A._ sont fixées en ce sens que A._ est autorisé à envoyer des lettres à ses filles pour donner de ses nouvelles. Ces modalités sont subordonnées à l’intervention d’un intermédiaire, lequel aura un regard sur le contenu des lettres concernées et les fera parvenir ensuite à B._, s’il le juge opportun. Pour garantir la bonne exécution de ces modalités, B._ s’engage à transmettre ensuite les courriers de A._ à ses filles.
II. Une curatelle à forme de l’art. 308 al. 2 CC est instituée en faveur de C._ et D._, nées en 2007 respectivement en 2009, filles de B._ et A._, originaires de F._, domiciliées à E._, G._.
III. H._, intervenante en protection de l'enfant auprès du Service de l’enfance et de la jeunesse, à Fribourg, est désignée curatrice de C._ et D._.
Sa mission consiste à s’assurer du bon déroulement de l’exercice des relations personnelles père-enfants, notamment en intervenant en qualité d’intermédiaire lors de l’envoi par A._ de ses lettres à destination de C._ et D._, afin d’en vérifier le contenu. H._ entendra en outre rapidement les enfants afin d’examiner l’opportunité de prévoir un premier contact père-filles et, cas échéant, d’organiser ce dernier, lequel aura lieu en sa présence. Elle fera également toutes propositions à l’autorité de céans, si nécessaire, en ce qui concerne un élargissement éventuel des relations personnelles et/ou un changement de leurs modalités pour l’avenir, en tenant compte de l’évolution de la situation, notamment de l’issue de la procédure pénale actuellement pendante dans le canton de Neuchâtel. Elle informera par ailleurs l’autorité de la nécessité d’instaurer d’autres mesures de protection.
IV. Il n’est pas perçu de frais de justice. »
G. Le 20 août 2018, A._ a recouru contre la décision du 11 juin 2018. Il a conclu, frais à la charge de l’Etat, à:
« PRINCIPALEMENT
Le chiffre I de la décision de la Justice de paix de l'arrondissement de la Broyé du 11 juin 2018 est réformé pour prendre la teneur suivante:
«La requête de A._ du 11 octobre 2017, complétée en séance du 16 mai 2018 est admise. Les relations personnelles entre C._ et D._ et A._ sont fixées d'entente entre les parties, à défaut un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires. La reprise progressive des relations personnelles se fera toutefois initialement selon les modalités et par le biais de la curatrice prévues sous le ch. Ill ».
SUBSIDIAIREMENT
Le chiffre I de la décision de la Justice de paix de l'arrondissement de la Broye du 11 juin 2018 est annulé.
PLUS SUBSIDIAIREMENT
Le chiffre I de la décision de la Justice de paix de l'arrondissement de la Broye du 11 juin 2018 est annulé et la cause est renvoyée à celle-ci pour nouvelle décision dans le sens des considérants. »
Invitée à se déterminer, B._ a proposé le 8 octobre 2018, soit en dehors du délai de réponse qui arrivait à échéance le 5 octobre 2018, l’irrecevabilité du recours, le recourant n’ayant selon elle pas d’intérêt juridique à l’annulation de la décision attaquée. Subsidiairement, elle a proposé le rejet du recours, en considérant que la décision attaquée sert l’intérêt des enfants.
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Le 22 octobre 2018, le recourant a confirmé son intérêt à recourir. Sur le fond, il a insisté sur l’importance pour ses filles de garder un contact avec leur père. Enfin, il a déploré la sévérité de la limitation des relations personnelles avec ses filles.
Quant à la Justice de paix, elle a renoncé à formuler des observations sur le recours.
H. Par arrêt du 11 octobre 2018, l’assistance judiciaire a été accordée à A._ pour la procédure de recours et Me Elias Moussa a été désigné en qualité de défenseur d’office.

en droit
1.
1.1. Selon l'art. 8 de la loi du 15 juin 2010 concernant la protection de l'enfant et de l'adulte (LPEA), le Tribunal cantonal connaît des recours contre les décisions rendues par l'autorité de protection, soit la Justice de paix (art. 2 al. 1 LPEA). La Cour de protection de l'enfant et de l'adulte (art. 14 al. 1 let. c du Règlement du Tribunal cantonal du 22 novembre 2012 précisant son organisation et son fonctionnement [RTC]) est compétente pour statuer.
1.2. Les dispositions de la procédure devant l’autorité de protection de l’adulte sont applicables par analogie (art. 314 al. 1 CC) de sorte que la procédure de recours est ainsi régie par les art. 450 à 450e CC (MEIER/STETTLER, Droit de la filiation, 5e éd., 2014, n. 589 p. 399).