Decision ID: 64ae6491-0df5-42ce-9b61-b646da126fa1
Year: 2005
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law

Vu les faits suivants
A.
Le recourant est propriétaire d'une maison située dans l'une des zones villas qui entourent le village d'Arzier. Le terrain est en forte pente en direction du sud-ouest. Dans l'angle supérieur est de la parcelle se trouve un socle en béton sur lequel le recourant a construit en 2001 un petit poulailler.
En réponse à une lettre du recourant annonçant qu'il allait acquérir trois poules et éventuellement un coq, la municipalité lui a adressé une lettre du 21 mars 2001 contenant le passage suivant :
"C'est à bien plaire que nous vous accordons l'autorisation sollicitée et ceci pour un maximum de 6 unités.
A toutes fins utiles, nous vous remettons en annexe le texte de l'art. 26 du Règlement communal de police, chapitre "de la police des animaux et de leur protection".
Nous espérons sincèrement que votre projet pourra se dérouler à satisfaction de tous et qu'aucun désagrément ne viendra troubler la quiétude du quartier, ce qui ne manquerait certainement pas de vous créer des ennuis ..."
Diverses difficultés sont survenues entre les propriétaires de la parcelle située à l'amont ouest de celle du recourant, les époux Y._, et le recourant, au sujet du poulailler, d'arbres trop proches de la limite et du feu fait sur la parcelle. Par lettre du 29 octobre 2002, la municipalité a écrit notamment ce qui suit au recourant :
"Nous nous sommes rendus compte que vous n'avez pas demandé, à la municipalité, l'autorisation pour la construction du poulailler. En conséquence, nous vous demandons de bien vouloir nous faire parvenir, dans les plus brefs délais, un plan de situation de votre parcelle avec indications des dimensions du poulailler, couverture du poulailler ainsi que sa position par rapport aux limites de votre propriété."
La municipalité rappelait également la teneur du règlement communal sur les plantations.
Après divers échanges de correspondances, au cours desquels le recourant a fourni une copie annotée du plan cadastral ainsi qu'un croquis de sa main indiquant les dimensions et l'emplacement du poulailler, la municipalité lui a demandé de peindre les tôles du toit du poulailler en brun foncé. Le recourant s'est engagé à le faire dès le retour des beaux jours et en décembre 2002, tout en demandant que l'autorisation pour le poulailler lui soit d'ores et déjà délivrée, il est intervenu au sujet d'un tuyau de drainage et d'une cabane située sur la propriété de ses voisins.
Par lettre du 7 janvier 2003, la municipalité, prenant acte de ce que le toit serait peint dès le retour des beaux jours, a déclaré donner son autorisation pour la mise en place de ce poulailler.
B.
Par demande en cessation de troubles du 6 mai 2003, le recourant a ouvert action contre ses voisins en demandant l'enlèvement ou la suppression de divers aménagements ou plantations (tôles amovibles, clôture grillagée, pieds de vignes, tuyau de drainage). Cette procédure s'est terminée par une transaction au sens de l'art. 158 CPC, ratifiée par le Juge de Paix le 2 décembre 2003 "pour valoir jugement définitif et exécutoire". Cette transaction contient notamment le passage suivant :
"VII. La partie demanderesse s'engage à peindre le toit de tôle du poulailler en couleur brun foncé et s'engage à posséder que six unités uniquement composées de poules (autorisation donnée par la municipalité).
VIII. La partie défenderesse s'engage à ne pas ouvrir action en droit administratif ou privé contre l'implantation du poulailler et la détention de poules autorisés par la Commune d'Arzier telle qu'elle est actuellement concernant la surface du poulailler et ses dimensions."
C.
Par lettre du 19 juillet 2004, l'une des locataires de la maison des époux Y._ est intervenue auprès de la municipalité pour se plaindre de ce que le recourant augmentait le nombre de ses poules et en possédait désormais cinq "qui font un bruit insupportable de 6 h 15 au coucher du soleil". Elle précisait que ses horaires professionnels l'obligeaient à dormir la journée. Par lettre du 29 juillet 2004, la municipalité l'a invitée à trouver un arrangement avec le recourant.
Par lettre du 12 août 2004, l'autre locataire de l'immeuble des voisins du recourant est intervenu auprès de la municipalité pour se plaindre du bruit des poules notamment.
D.
Par lettre du 13 août 2004, la municipalité a écrit au recourant pour le prier
"d'évacuer l'entier de votre poulailler (poules, et structure), d'ici au 15 septembre 2004 au plus tard". Par lettre du 15 août 2004 (qui ne figure pas dans le dossier municipal, qui n'est pas complet à divers égards), le recourant a demandé copie des plaintes invoquées par la municipalité mais celle-ci a refusé de les lui donner par lettre du 25 août 2004 dont la teneur est la suivante:
"Votre courrier concernant l'objet susmentionné nous est bien parvenu et a retenu la meilleure attention de la Municipalité réunie en séance le 24 août 2004.
Les noms des personnes nous ayant fait part de leur doléance afin que les nuisances cessent ne peuvent malheureusement pas vous être communiqués. Néanmoins, nous vous certifions que nous avons bien reçu deux demandes dans ce sens, qui nous ont conduits à prendre cette décision.
Nous vous rappelons que votre maison est située en zone villa et à ce titre, vous conviendrez que les poules ne sont pas des animaux « de compagnie » forcément adaptés à ce genre de quartier, dans lesquelles les gens recherchent et aspirent au calme et à la tranquillité.
La Municipalité étant chargée de veiller au bien-être de ses citoyens, (en cela appuyée par le règlement communal de police, entériné par le Conseil d'Etat et dont nous vous joignons un extrait) nous vous confirmons le contenu de notre courrier du 13 août 2004 et vous prions de faire le nécessaire dans le délai imparti.
En vous remerciant de votre collaboration, nous vous prions d'agréer ..."
Par lettre du 2 septembre 2004, l'avocat du recourant, objectant que le courrier de la municipalité ne revêtait pas la forme d'une décision formelle, qu'il reposait sur une constatation erronée des faits et une appréciation arbitraire et violait le droit d'être entendu de son client, a fait valoir que l'absence de faits nouveaux ne permettait pas de revenir sans arbitraire sur la décision du 21 mars 2001 autorisant les poules. Il demandait à la municipalité de reconsidérer sa décision ou de rendre une décision formelle motivée en fait et en droit avec l'indication des voies de recours selon l'art. 11 du règlement communal de police ou conformément aux principes élémentaires de la procédure administrative.
Suite à une nouvelle intervention de la seconde locataire de la maison voisine, la municipalité, par lettre du 29 septembre 2004, a écrit ce qui suit au recourant :
"Par la présente, nous vous confirmons que nous maintenons le contenu de notre courrier du 13 août 2004 vous priant de vous séparer de vos poules. Cette décision est motivée par le contenu de notre courrier du 25 août 2004 dont nous joignons une copie à la présente.
Nous constatons qu'à ce jour, rien n'a été ou semble être entrepris dans ce sens et vous donnons un nouveau délai au
15 octobre 2004 au plus tard.
La structure de votre poulailler peut, quant à elle être conservée pour usage divers (tel qu'entreposage de vélos, ou matériel) si vous le jugez utile".
Le même jour, soit le 29 septembre 2004, la municipalité a écrit ce qui suit à l'avocat du recourant :
"Nous accusons réception de votre courrier du 2 septembre 2004 relatif à l'affaire susmentionnée.
Monsieur X._ habite - au sein de notre commune - dans une zone nommée «villa ». Cela implique que des animaux tels que poules et coqs - entre autre - sont interdits, mais peuvent être tolérés à bien plaire, et pour autant que cela n'incommode pas le voisinage.
Il semble que les conditions remplies à l'époque de sa demande, ne le soient plus aujourd'hui, les voisins s'en viennent et s'en vont, et font que la situation change.
C'est pourquoi la Municipalité a pris la décision de prier M. X._ de se séparer de ses poules, au vu des plaintes reçues, et selon ce qui est prévu dans notre règlement communal de police. Un extrait de ce règlement contenant l'article traitant de ce sujet lui a été transmis, joint à notre courrier du 25 août 2004.
Un délai lui a été imparti au 15 septembre 2004, et comme nous constatons que rien ne s'est produit, nous prolongeons ce délai au 15 octobre 2004. Par ailleurs, nous lui confirmons que la séparation ne porte bien que sur les poules et non pas sur la structure, qui peut, bien entendu, être utilisée à d'autres fins.
En ce qui concerne les litiges de voisinage la justice de paix est compétente pour trancher les problèmes liés aux soucis entre voisins. Voici les coordonnées de celle de notre district:
Justice des districts de Nyon et de Rolle
A l'attention de Monsieur !e Juge de Paix
Rue Jules-Gachet 5
1260 Nyon
Nous vous remercions de prendre bonne note de la présente et vous prions d'agréer ..."
E.
Par acte du 20 octobre 2004, le recourant a recouru au Tribunal administratif contre cette décision en concluant à la nullité de la décision municipale, subsidiairement à son annulation dans le sens des considérants. Invoquant l'art. 35 de la loi fédérale sur la procédure administrative, il se plaint de l'absence de motivation de la décision et de l'absence de mention des voies de recours. Il invoque l'absence de faits nouveaux pouvant justifier la révocation de l'autorisation, ajoutant que l'on peut se demander si la détention de quatre poules peut être soumise à une autorisation, celle-ci ne visant aucun motif d'intérêt public et s'opposant à la garantie constitutionnelle de la propriété. Le recourant a versé au dossier des déclarations de cinq de ses voisins attestant que les poules ne les dérangent aucunement.
F.
Conformément à sa pratique, le tribunal a enregistré le recours en invitant la municipalité, puisque la décision attaquée paraissait avoir été suscitée par l'intervention de tiers, à informer ceux-ci qu'ils pouvaient déposer des observations s'ils entendaient prendre part à la procédure et que des frais pourraient être mis à leur charge si leurs conclusions étaient rejetées, l'absence de réponse de leur part impliquant qu'ils renonçaient à participer à la procédure. Les époux Y._ ont écrit le 8 décembre 2004 à la municipalité pour lui demander de les soutenir, en précisant que le caquetage continu des poules les dérange, mais ils ont écrit le 7 janvier 2005 au Tribunal administratif en demandant de ne pas être considérés comme parties à la procédure (ils invoquent les frais des précédentes procédures) tout en se déclarant disposés à être entendus comme témoins. L'une de leurs locataires a écrit le 9 décembre 2004 à la municipalité qu'elle ne désirait pas engendrer de frais.
La municipalité a déposé le 8 décembre 2004 une réponse dans laquelle elle rappelle les faits sans prendre de conclusion.
Le recourant a fait parvenir au tribunal la veille de l'audience une lettre relative au nettoyage du poulailler.
G.
Le Tribunal administratif a tenu audience l'après-midi du 5 avril 2005 à Arzier en présence du recourant assisté de son conseil, du syndic Claude Guilloud et du conseiller municipal Jacques Hofer, accompagnés du secrétaire municipal Charles Lambelet. Deux représentants de la presse ont assisté à l'audience. Le recourant a demandé que son nom ne soit pas mentionné. Le tribunal a procédé à une inspection locale qui lui a permis de constater la présence du poulailler et des poules dans l'enclos qui l'entoure, ainsi que de voir l'emplacement des fenêtres des locataires qui sont intervenues auprès de la municipalité. Aucun bruit n'était produit par les poules. Le recourant a précisé qu'il les enferme la nuit (il n'y a pas de lumière dans le poulailler si bien que les poules y dorment) et que le poulailler est ouvert de 7 ou 8 h. le matin à 18 heures le soir.
Les représentants de la municipalité ont notamment précisé que celle-ci se fonde sur l'art. 26 du règlement communal de police ainsi que sur l'art. 114 du code rural et foncier. Interpellée sur sa pratique relative à l'art. 26 du règlement communal de police, la municipalité a expliqué qu'elle statue au coup par coup sur les problèmes soulevés par les animaux en zone villas (ils sont autorisés en zone village). En bref, les poules sont autorisées si les voisins sont d'accord. La municipalité a eu l'occasion d'intervenir dans un autre cas de poules en zone villas (mais il y avait un coq dans ce cas-là). Il existe une association dénommée "Le Chant du Coq" qui se préoccupe de rechercher d'anciennes races de poules à Ballenberg. La municipalité est sensible à la sympathie que peut susciter cette préoccupation. C'est ainsi qu'il y a des poules dans d'autres quartiers de villas mais souvent leurs propriétaires ne demandent pas d'autorisation.
H.
Le Tribunal administratif a délibéré à huis clos après l'audience. La rédaction du présent arrêt a été approuvée par voie de circulation.

Considérant en droit
1.
Le recourant fait valoir dans la recours déposé par son conseil du 20 octobre 2004 que l'on peut se demander si la détention de quatre poules peut être soumise à une autorisation, celle-ci ne visant aucun motif d'intérêt public et s'opposant à la garantie constitutionnelle de la propriété. Certes, son conseil a ensuite exposé en audience qu'il demandait l'annulation de la décision municipale en ajoutant qu'il ne contestait pas la compétence de la municipalité. La question de la compétence est toutefois de celles que le Tribunal administratif examine d'office.
2.
La décision municipale du 29 septembre 2004 contient, du moins dans la teneur adressée à l'avocat du recourant, un renvoi à la compétence du juge civil pour traiter des problèmes de voisinage.
La question de savoir si l'autorité administrative est compétente pour intervenir dans un litige relatif à la présence d'animaux a été résolue dans la jurisprudence avec une diversité qui mérite qu'on s'y arrête.
a) Ainsi, il est arrivé au Tribunal administratif de juger que la protection du voisin incommodé par la présence d'un coq dans un poulailler relève du droit de voisinage (art. 684 et 928 du Code civil, dont l'application est dans la compétence du juge civil) si bien que la présence d'un coq ne saurait être interdite par le Tribunal administratif, qui peut seulement examiner la décision relative à un poulailler au regard du droit des constructions (AC.1999.0110 du 12 août 2002; cet arrêt juge en outre qu'un poulailler constitué d'un abri en bois de 2 m2 dépourvu de fondations n'est pas un ouvrage soumis à autorisation au sens de l'art. 103 LATC).
b) D'autres arrêts en revanche examinent la question sous l'angle de la compatibilité avec l'affectation de la zone: la présence des animaux est alors considérée comme un changement d'affectation nécessitant un permis de construire (v. par exemple AC.1994.0204 du 29 décembre 1994 pour une collection de serpents, AC.1996.0214 du 26 août 1997 pour un élevage de chiens ou encore AC.1997.0113 du 30 octobre 1997 pour deux chevaux, expressément admis en zone villas de Lonay); cependant, la jurisprudence considère désormais qu'il faut veiller, eu égard à la garantie constitutionnelle de la liberté individuelle, à ne pas étendre le champ d'application d'une l'autorisation (permis) de construire au point d'en faire l'instrument d'un contrôle systématique de l'autorité sur la présence et l'activité des personnes ou sur l'utilisation de biens dans les constructions existantes. En d'autres termes, le permis de "construire" ne doit pas devenir une autorisation générique à laquelle l'autorité pourrait sans autre subordonner tous les faits de la vie qu'il pourrait lui paraître souhaitable de soumettre à son contrôle (AC.1997.0044 du 23 novembre 1999, RDAF 2000 I 244; AC.2003.0178 du 27 avril 2004; AC.2001.0029 du 8 octobre 2001; AC.2000.0214 du 15 juin 2002; AC.2002.0127 du 23 avril 2003, AC.2003.0095 du 6 janvier 2004).
c) D'autres arrêts encore abordent la question sous l'angle du droit de la protection de l'environnement (v. p. ex. AC.2002.0126 du 16 décembre 2004 qui, au sujet d'une volière pour deux perroquets, invite la municipalité à consulter le Service cantonal de l'environnement et de l'énergie pour déterminer les mesures préventives de limitation des émissions qu'il conviendrait d'appliquer; v. dans le même sens, au sujet d'un élevage de chiens, AC.1999.0211 du 28 février 2003 qui se réfère à AC.1998.0182 du 20 juillet 2000 confirmé par le Tribunal fédéral; v. encore une exemple thurgovien dans l'ATF 1A.276/2000 du 13 août 2001).
3.
En l'espèce, la construction du poulailler en tant que telle n'est pas en cause. Elle a fait l'objet d'une autorisation que la commune a délivrée le 7 janvier 2003. La commune avait ordonné la démolition du poulailler dans sa lettre du 13 août 2004 mais elle a finalement renoncé à le faire supprimer dans la décision litigieuse du 29 septembre 2004.
Certes, l'autorisation du 7 janvier 2003 n'a pas été délivrée selon la procédure prévue par les art. 103 ss LATC. On est en quelque sorte en présence d'un "petit permis" que la jurisprudence fédérale autorise les cantons à introduire (ATF 1A.202/2003 du 17 février 2004) mais que le droit vaudois ne connaît pas. Cela ne rend pas cette autorisation nulle pour autant: elle n'a pas fait l'objet d'un recours, en particulier de la part des voisins qui en ont été informés (tardivement il est vrai) mais ne l'ont pas contestée. Cette autorisation relative à la construction du poulailler est entrée en force.
4.
Seul est donc litigieux l'ordre donné au recourant de ses séparer de ses poules.
a) L'action en cessation de trouble de l'art. 928 du Code civil (CC), qui peut être fondée sur des immissions excessives en provenance du fonds voisin (art. 684 CC), relève du droit privé et elle est, dans le canton de Vaud, de la compétence du Président du Tribunal civil (art. 2 ch. 44 LVCC). La compétence du juge civil en la matière s'exerce concurremment à celle du Tribunal administratif, qui est compétent pour examiner la légalité des décisions par lesquelles les autorités administratives (telle la municipalité) fixent les droits et obligations des particuliers (art. 29 LJPA) en appliquant le droit public, notamment le droit des constructions. Cependant, comme l'a constaté le Tribunal fédéral (ATF 129 III 161), c'est de plus en plus le droit public cantonal qui détermine quelles sont les émissions permises sur le fonds voisin eu égard à la situation et à l'usage local. Il en va ainsi tant pour le bruit (ATF 126 III 223) que pour les immissions "négatives" tels que l'ombre et la perte d'ensoleillement (ATF 129 III 161), où les règles du droit public des constructions créent un cadre normatif qui dispose d'une "force expansive" (ATF 129 III 161, consid. 2.6). Il n'en reste pas moins que les deux voies de droit subsistent parallèlement, même si les autorités doivent s'efforcer de les interpréter sans contradiction et de manière coordonnée, de manière à harmoniser la protection contre les immissions (ATF précités).
b) L'ordre donné au recourant de se séparer de ses poules ne peut pas être fondé sur l'application des règles qui définissent l'affectation de la zone. En effet, il faudrait, pour justifier une intervention de la municipalité, que l'achat des poules et leur installation dans le poulailler (existant et autorisé) soit considéré comme un changement d'affectation entraînant pour le recourant l'obligation de requérir un permis de construire. Cela n'entre évidemment pas en considération car comme on l'a vu, le permis de "construire" ne doit pas devenir une autorisation générique à laquelle l'autorité pourrait sans autre subordonner tous les faits de la vie qu'il pourrait lui paraître souhaitable de soumettre à son contrôle.
c) Il n'y a pas lieu non plus d'appliquer en l'espèce au bruit des poules du recourant les règles de la loi fédérale sur la protection de l'environnement du 7 octobre 1983 (LPE). On pourrait certes considérer qu'on se trouve en présence d'un cas d'assainissement au sens de l'art. 16 LPE mais pour qu'un bruit soit considéré comme une atteinte au sens du droit fédéral, il faut qu'il soit produit par la construction ou l'exploitation d'une installation (v. art. 7 al. 1 LPE). La notion d'installation est définie à l'art. 7 al. 7 LPE: on entend par là les bâtiments, les voies de communication ou autres ouvrages fixes, ainsi que les modifications de terrain; les outils, les machines, véhicules, bateaux et aéronefs sont assimilés aux installations. Il est vrai que le Tribunal fédéral considère que la législation fédérale ne s'applique pas uniquement aux bruits d'origine technique et que les bruits de comportement des hommes ou des animaux, liés directement à l'exploitation d'une installation, sont aussi visés (ATF 123 II 74, consid. 3b). La jurisprudence fédérale a même qualifié d'atteinte au sens de l'art. 7 al. 1 LPE le bruit provoqué par des enfants sur la place de jeux d'un bâtiment d'habitation (ATF 123 II 74 déjà cité). Elle conçoit très largement le champ d'application du droit fédéral de la protection contre le bruit (non sans susciter d'ailleurs quelques critiques, v. Irene Graf, "Kein Kinderspiel" in DEP 1997 p. 331) mais au terme de développements complexes, elle s'en remet finalement à l'appréciation et à l'expérience (voir par exemple l'arrêt concernant la place de jeu pour enfants, où le Tribunal fédéral se réfère en définitive à l'avis du DFI selon lequel le bruit en cause est "mineur" d'après son expérience, l'usage usuel de la place de jeu ne risquant pas de causer du "bruit inutile"). De toute manière, l'assainissement d'une installation ne relève pas de la compétence de la municipalité. C'est le service cantonal spécialisé (le Service de l'environnement et de l'énergie) qui est l'autorité compétente en matière d'assainissement des installations existantes au sens des art. 16 et 17 LPE (art. 16 lit. b du règlement cantonal d'application de la loi fédérale sur la protection de l'environnement). La décision municipale ne peut donc pas se fonder sur la LPE.
5.
E
n audience, la municipalité a aussi invoqué l'art. 114 du code rural et foncier à l'appui de sa décision.
a) Dans son titre III consacré à la "procédure rurale", le Code rural et foncier du 7 décembre 1987 prévoit notamment ce qui suit:
Chapitre I - Des dispositions générales
Art. 110 - Compétence générale
La police rurale est de la compétence des communes, tant que la loi n'en dispose pas autrement.
Les communes peuvent, par des règlements de police, compléter les dispositions du présent code et poser encore d'autres règles propres à assurer l'ordre public en matière rurale.
Art. 111 - Exécution
Les municipalités sont chargées de l'application du droit relatif à la police rurale.
Les compétences attribuées par la loi aux municipalités peuvent être déléguées à l'administration communale, conformément à la loi sur les communes.
Les dispositions des lois spéciales sont réservées.
(...)
Chapitre III - De la police des animaux d'élevage
Art. 113 - Police en général
a) Pâturage du bétail
Il est interdit de mettre en pâturage, en plaine ou en montagne, des taureaux en âge de se reproduire n'ayant pas été approuvés conformément à la législation fédérale sur l'élevage du bétail bovin.
Les municipalités peuvent édicter d'autres prescriptions de police sur le pâturage du bétail.
Art. 114
b) Basses-cours et élevages bruyants
Les municipalités peuvent édicter des prescriptions de police sur le maintien des animaux de basse-cour en enclos, ainsi que sur l'interdiction d'établir des basses-cours ou autres élevages bruyants sur tout ou partie de leur territoire.
L'exposé des motifs du Conseil d'Etat présenté à l'appui du projet de code rural et foncier indiquait que dans le nouveau code, les compétences des communes en matière de police des animaux domestiques était sensiblement plus étendues que celles résultant de l'art. 93 du code rural de 1911 (BGC automne 1987 p. 431). En effet, le code rural de 1911 se bornait, outre à renvoyer à diverses règles du code civil, à prévoir que la municipalité pouvait ordonner que les animaux de basses cours soient tenus enfermés pendant l'époque de l'année où leur circulation gênent les récoltes et les travaux agricoles. La municipalité avait en outre la compétence d'édicter des prescriptions de police concernant le pâturage des bestiaux (art. 93 du code rural du 22 novembre 1911). Les nouvelles dispositions du code rural et foncier du 7 décembre 1987 ont été peu amendées par la commission parlementaire et adoptées sans discussion par le Grand Conseil (BGC automne 1987 p. 591; voir les art. 92 à 99 du projet, BGC précité p. 459 ss).
Pour ce qui concerne les animaux de basses cours, le code rural et foncier de 1987 reprend le système réglementaire de l'art. 93 du code rural de 1911 : il consacre une compétence réglementaire de la municipalité pour "édicter des prescriptions de police" (art. 114 du code rural et foncier), c'est-à-dire que la municipalité peut adopter des règles générales et abstraites destinées à s'appliquer dans un nombre indéterminé de cas.
6.
Le règlement communal de police de la Commune d'Arzier-le-Muids, adopté par le conseil communal et approuvé par le Conseil d'Etat (comme l'exige l'art. 94 de la loi sur les communes) le 30 septembre 1998, est un texte de 134 articles qui contient un chapitre (art. 26 à 35) concernant la police des animaux et leur protection. Ce chapitre régit les obligations des détenteurs d'animaux en matière d'ordre et de tranquillité publique, les animaux errants, les animaux dangereux, l'abattage sur la voie publique, l'obligation de tenir les chiens en laisse et les autres devoirs de leurs accompagnants, les animaux méchants ou dangereux, les chiens sans collier ainsi que l'interdiction d'exterminer les oiseaux et leurs nids. L'art. 26 du règlement communal de police invoqué par la municipalité a la teneur suivante :
"Ordre et tranquillité publics
Art. 26.- Les détenteurs d'animaux sont tenus de prendre toutes mesures utiles pour les empêcher de :
a) troubler l'ordre et la tranquillité publics, notamment par leurs cris;
b) importuner autrui;
c) porter atteinte à la sécurité publique ou d'autrui;
d) créer un danger pour la circulation;
e) porter atteinte à l'hygiène publique;
f) dégager des odeurs gênantes pour le voisinage, suite à une négligence (manques de soins ou d'intérêts).
La municipalité est compétente pour déterminer quels animaux doivent obligatoirement lui être annoncés par écrit et jugera de la situation en égard et au respect de l'environnement et avec le maximum de bon sens.
La municipalité est compétente pour trancher tout litige éventuel."
La compétence de la municipalité
"pour déterminer quels animaux doivent obligatoirement lui être annoncés"
pourrait d'ailleurs se fonder directement sur l'art. 114 du code rural et foncier. Toutefois, l'instruction a permis d'établir que la Municipalité d'Arzier-le-Muids n'a pas fait usage de cette compétence qui est une compétence réglementaire, c'est-à-dire que la municipalité peut adopter des règles générales et abstraites destinées à s'appliquer dans un nombre indéterminé de cas. On ignore ainsi quels sont les animaux qui doivent être annoncés à la municipalité. En fait, la municipalité statue au coup par coup. On peut donc se demander dans ces conditions si la décision attaquée, qui ordonne au recourant de se séparer de ses poules, n'est pas dénuée de base légale, ce qui signifie qu'elle ne pourrait être qu'annulée aussi longtemps que feront défaut les règles communales (soumises à l'approbation du Conseil d'Etat selon l'art. 94 LC) dont tant l'art. 114 du code rural et foncier que l'art. 26 du règlement communal de police requièrent la promulgation. Certes, il semble que dans la pratique, les municipalités ne fassent généralement plus usage de leur pouvoir réglementaire. Tel est à tout le moins le cas dans un domaine voisin, à savoir pour la compétence de la municipalité d'édicter des prescriptions de police sur le pâturage du bétail selon l'art. 113 al. 2 CRF: selon un auteur vaudois récent, les communes ne feraient plus usage de cette compétence depuis les premières décennies du XXe siècle (Piotet, Le droit privé vaudois de la propriété foncière, 1991, no 617 p. 353). Cependant, compte tenu de la teneur que le législateur cantonal a donnée au Code rural et foncier en 1987, on ne saurait tenir pour non écrit l'art. 114 de ce code, qui prévoit expressément l'édiction de prescriptions de police sur la question de la détention d'animaux de basse-cour. Il y a donc lieu de s'en tenir au texte légal et de considérer qu'en l'absence de r¿le communale régissant (et le cas échéant restreignant) la détention de telles animaux, la municipalité ne peut pas interdire à un propriétaire, par une décision isolée, de posséder quatre poules dans son poulailler.
7.
Il est vrai qu'en l'absence de toute base légale, le pouvoir exécutif peut se fonder sur la clause générale de police pour protéger l'ordre public, les biens de l'Etat ou ceux des administrés contre des atteintes graves, directes et imminentes qu'il n'est pas en mesure de détourner par un moyen légal. Cette clause est un principe constitutionnel, de droit cantonal aussi bien que fédéral, qui limite valablement, dans un état de nécessité, les droits individuels (AC.1992.0048 du 24 décembre 1993; v. ég. AC.1997.0147 du 30 juin 1999). Le champ d'application de la clause générale de police est toutefois limité aux cas de nécessité véritables et imprévisibles. Le recours à la clause générale de police est en règle générale exclu lorsque les situations de mise en danger, bien que clairement reconnaissables, n'ont pas été réglementées (ATF 121 I 22 c. 4 b/aa p. 28; GE.2001.0104 du 28 mai 2002).
C'est précisément pour ce motif qu'en l'espèce, la municipalité ne peut pas se fonder directement sur la clause générale de police pour intervenir au sujet des poules du recourant. En effet, la présence de poules dans une zone villas n'est pas imprévisible au point d'empêcher l'adoption des règles nécessaires. Au contraire, l'instruction a montré que sous l'influence d'une association qui se voue à la sauvegarde d'anciennes races de gallinacés, la détention de poules tend à se répandre parmi les habitants, y compris en zone villa. Nombre d'eux eux ne sollicitent d'ailleurs même pas une autorisation semblable à celle dont bénéficie le recourant. La municipalité n'a cependant eu à traiter qu'un seul cas semblable à la présente cause. Il n'en reste pas moins que si la municipalité entend intervenir à cet égard, elle ne peut le faire qu'en observant les règles du droit cantonal et communal qui l'astreignent à édicter préalablement les règles qu'elle entend appliquer. Elle ne peut procéder au coup par coup, par voie de décision d'espèce.
8.
A supposer même que la municipalité soit au bénéfice d'une base légale l'habilitant à intervenir dans la situation qui caractérise le présent litige, le recours ne pourrait être qu'admis en l'état du dossier. En effet, l'art. 26 du règlement communal de police ne permet de toute manière l'intervention de la municipalité que dans un nombre limité de cas. Or il n'est pas question ici d'atteinte à la sécurité publique, de danger pour la circulation ou l'hygiène publique, si bien qu'on peut exclure l'application des lettres c, d et e de l'art. 26 al. 1 du règlement communal de police. Au vu des déclarations des différents voisins du recourant selon lesquelles ceux-ci ne sont aucunement dérangés par les bruits et nuisances des poules du recourant, on peut exclure également qu'on soit en présence d'un trouble pour l'ordre et la tranquillité publique (art. 26 al. 1 litt. a) ou d'un dégagement d'odeurs gênantes pour le voisinage (art. 26 al. 1 litt. f). Certes, les locataires des époux Y._ (ces derniers ont renoncé à intervenir personnellement) se plaignent d'odeurs et de bruit, ce qui pourrait réaliser l'hypothèse de l'art. 26 al. 1 lit. b du règlement communal de police ("importuner autrui"). Toutefois, la municipalité n'a fait aucune constatation de fait à cet égard. Quant à l'allégation de l'une des locataires selon laquelle les poules "font un bruit insupportable de 6 h 15 au coucher du soleil", elle paraît en contradiction flagrante avec ce que le tribunal a pu constater lors de l'inspection locale où aucun bruit n'était perceptible, en tout cas l'après-midi où s'est déroulée cette inspection locale. En vérité, la municipalité considère que la détention de poules est subordonnée à l'accord des voisins et qu'elle doit être proscrite en cas de plaintes de ceux-ci. Toutefois, elle n'examine pas le bien-fondé de ces plaintes. Il est cependant douteux que la délivrance d'une autorisation relevant du droit public puisse être subordonnée sans autre à l'accord d'un tiers, qui pourrait refuser arbitrairement son consentement. En matière de dépendances par exemple, le Tribunal administratif a jugé que la construction d'une dépendance ne peut pas être soumise arbitrairement à l'accord du voisin mais au contraire qu'elle doit être autorisée dès que la condition prévue par l'art. 39 al. 4 RATC, soit l'absence d'un préjudice excessif, est remplie (AC.2001.0236 du 6 août 2003; AC:2003.0075 du 21 novembre 2003).
En l'occurrence, la municipalité s'est contentée de constater l'existence d'une plainte de la part des voisins (ou du moins de certains d'entre eux) mais elle n'a pas entrepris de mesures d'instruction pour vérifier le bien-fondé de ces plaintes. Le recourant se plaint à juste titre d'une violation de son droit d'être entendu, qui était d'ailleurs d'autant plus flagrant en cours de procédure que la municipalité avait dans un premier temps refusé d'indiquer au recourant de qui ces plaintes émanaient.
Non fondée sur un état de fait dûment constaté (et dépourvue de base légale comme on l'a vu plus haut), la décision municipale doit être annulée.
9.
Vu ce qui précède, le recours est admis. Conformément à l'art. 55 al. 2 LJPA qui le prévoit expressément, un émolument sera mis à la charge de la commune. Il sera toutefois réduit, par rapport au montant de 2'500 francs prévu pour la Chambre de l'aménagement et des constructions (AC) par le règlement du 24 juin 1998 sur les émoluments et les frais perçus par le Tribunal administratif, pour tenir compte de l'ampleur modeste du litige.
Assisté d'un mandataire rémunéré, le recourant a droit à des dépens.