Decision ID: a47975ef-620a-5032-bc7d-51cbba171100
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law

Attendu, en fait, que :
- dans sa plainte du 29 mai 2017, A_ SA a exposé que les appartements sis 1_ [GE] et 2_ [GE], dont elle assurait la gestion pour le compte de B_ SA, étaient occupés illégalement et qu'elle souhaitait les récupérer dans les meilleurs délais,
- ladite plainte, visant les occupants des appartements, était uniquement signée par A_ SA,
- par courrier du 31 mai 2017, A_ SA a informé le Ministère public qu'aucun contrat de bail n'était en cours concernant lesdits appartements,
- par courrier du 22 juin 2017, A_ SA a retiré sa plainte concernant l'appartement sis 2_, la maintenant concernant l'appartement sis 1_,
- la police a exposé, dans son rapport de renseignement du 19 avril 2018, que les occupants de ce dernier appartement lui avaient présenté un contrat de sous-location, ainsi qu'un contrat de location, validé par A_ SA, ce dont elle avait informé la régie,
- dans son ordonnance du 16 mai 2018, le Ministère public a retenu qu'aucune infraction pénale ne saurait être imputée aux occupants de l'appartement sis 1_, dans la mesure où il ressortait du dossier qu'ils étaient au bénéfice d'un contrat de sous-location validé par A_ SA,
- dans leur recours, A_ SA et B_ SA soutiennent que les conditions du prononcé d'une non-entrée en matière n'étaient pas réunies en l'espèce et concluent, sous suite de frais et dépens, à l'annulation de l'ordonnance querellée et au renvoi de la procédure au Ministère public pour ouverture d'une instruction.

Considérant en droit que :
- le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP) - les formalités de notification (art. 85 al. 2 CPP) n'ayant pas été observées - concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner de A_ SA, désignée comme partie plaignante dans la décision attaquée (art. 104 al. 1 let. b CPP), ayant a priori un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP),
- aux termes de l'art. 30 al. 1 CP, si une infraction n'est punie que sur plainte, toute personne lésée peut porter plainte contre l'auteur,
- le lésé est celui dont les droits ont été touchés directement par une infraction (art. 115 al. 1 CPP). Lorsque la norme protège un bien juridique individuel, la qualité de lésé appartient au titulaire de ce bien (ATF
138 IV 258
consid. 2.3 p. 263;
129 IV 95
consid. 3.1 p. 98 s.;
126 IV 42
consid. 2a p. 43 s.). Pour déterminer si une personne est lésée par une infraction, il convient d'interpréter le texte de la disposition pour savoir qui est le titulaire du bien juridique que celle-ci protège (ATF
118 IV 209
, consid. 2 p. 211; arrêt
6B_439/2016
du 21 avril 2017 consid. 2.1),
- selon une jurisprudence constante, le Tribunal fédéral considère que le contrat de gérance d'immeubles doit être qualifié de mandat ou de contrat
sui generis
soumis aux règles du mandat (cf. ATF
106 II 157
consid. 2a p. 159; arrêt
4A_145/2016
du
19 juillet 2016 consid. 3.1). Aucun droit réel ou personnel ne confère au gérant d'immeuble le pouvoir de disposer des lieux, de telle sorte qu'il pourrait se prévaloir de la liberté du domicile, bien juridique protégé par l'art. 186 CP (arrêt du Tribunal fédéral
6B_960/2017
du 2 mai 2018 consid. 1.3),
- ainsi, concernant la violation de domicile, la qualité de porter plainte appartient à celui qui a le pouvoir de disposer des lieux que ce soit en vertu d'un droit réel ou personnel ou encore d'un rapport de droit public, tel que le locataire du logement, à l'exclusion des personnes qui sont seulement autorisées à exercer les droits du propriétaire des lieux (R. ROTH / L. MOREILLON [éds],
Commentaire romand, Code pénal I
, art. 1-110 CP, Bâle 2009, n. 21, 23 et 26 ad art. 30 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_960/2017
précité consid. 1.1. - 1.3.),
- la volonté de déposer plainte doit être manifestée dans la forme prévue, avant l'échéance du délai de trois mois (art. 31 CP). Si le lésé entend agir par l'intermédiaire d'un représentant ou si un tiers agit pour lui sans pouvoir, la plainte ne sera recevable que si la procuration y relative - respectivement la ratification - intervient avant l'échéance de ce délai (ATF
122 IV 207
consid. 3a; ATF
103 IV 71
consid. 4b; arrêt du Tribunal fédéral
6B_960/2017
précité consid. 1.4.),
- le dépôt d'une plainte pénale préalable, là où il est exigé, est une condition à l'ouverture de l'action pénale (
cf
. G. PIQUEREZ / A. MACALUSO,
Procédure pénale suisse
, 3
e
édition, Genève 2011, n. 1551), au sens de l'art. 310 al. 1 let. a CPP,
- en l'espèce, il n'apparaît pas que la propriétaire de l'immeuble ait déposé une plainte en son nom. Si la signature du recours par cette dernière devait être considérée comme une ratification de la plainte - question qui peut être laissée ouverte
in casu
-, elle serait, en tous les cas, tardive, car postérieure à l'échéance du délai de l'art. 31 CP. Ainsi, une infraction à l'art. 186 CP se punissant sur plainte et faute du dépôt d'une telle plainte valable - A_ SA, en tant que gérante de l'immeuble, n'ayant pas la qualité pour agir -, les conditions à l'ouverture de l'action pénale ne sont pas réunies, au sens de l'art. 310 al. 1 let. a CPP,
- partant l'ordonnance querellée sera confirmée par substitution de motifs,
- les recourantes, qui n'ont pas gain de cause, supporteront les frais envers l'État, qui seront fixés en totalité à CHF 900.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP;
E 4 10.03
).
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