Decision ID: 80d9d7d1-221c-5ba0-953c-c0f224a40a0c
Year: 2008
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 

EN FAIT
A. Dans le cadre d'une poursuite n° 08 xxxx15 K dirigée par Dr S_contre Mme M_ en recouvrement de 21'383 fr. et 100 fr., au titre de, respectivement, arriérés de loyer et de frais, l'Office des poursuites (ci-après : l'Office) a notifié à la précitée un commandement de payer en date du 20 mai 2008, lequel a été frappé d'opposition. Au verso de cet acte, le notificateur a inscrit, sous la rubrique "opposition" : "
refuse d'ouvrir la porte
".
Le 29 mai 2008, Mme M_ a adressé à l'Office un courrier à teneur duquel elle affirme que les montants qui lui sont réclamés ne sont pas dus et que le poursuivant doit rembourser à l'OCPA les loyers qu'il a encaissés indûment ; elle conteste avoir refusé d'ouvrir sa porte et fait valoir que le commandement de payer contient des erreurs, Dr S_n'étant ni "Docteur" ni domicilié à l'adresse indiquée. Enfin, elle émet des critiques à l'encontre de l'avocate qui l'a assistée dans le cadre d'une procédure devant le Tribunal des baux et loyers. Mme M_ conclut à ce que le commandement de payer soit considéré comme étant
caduc
, qu'il soit
exigé
de Dr S_de rembourser l'OCPA, de lui rembourser les frais et de la reloger, et à ce que les montants qu'elle reconnaît devoir soient directement virés à l'OCPA.
Par courrier du 5 juin 2008, l'Office a transmis ce courrier à la Commission de céans qui l'a considéré comme une plainte, qu'elle a enregistrée sous cause A/1988/2008.

EN DROIT
1.a. Sauf dans les cas où la loi prescrit la voie judiciaire, il peut être porté plainte à l'autorité de surveillance lorsqu'une mesure de l'office est contraire à la loi ou ne paraît pas justifiée en fait. La plainte doit être déposée dans les dix jours de celui où le plaignant a eu connaissance de la mesure, le délai étant observé lorsqu'une autorité incompétente est saisie en temps utile (art. 17 al. 1 et 2 LP et art. 32 al. 2 LP).
En l'espèce, la présente plainte, dirigée contre le commandement de payer notifié à la plaignante le 20 mai 2008, a été formée le 29 mai 2008, soit dans le délai prescrit.
Cela étant, sous réserve d'un abus de droit manifeste, non réalisé en l'espèce, il n'appartient ni aux offices des poursuites ni aux autorités de surveillance de décider si une prétention est exigée à bon droit ou non (ATF
115 III 21
, SJ 1989 p. 400 consid. 3b ; ATF
113 III 2
, JdT
1989 II 120
/121 consid. 2b ; ATF
112 III 48
, JdT
1988 II 145
s). Le débiteur qui entend contester la créance en poursuite doit agir par le biais de l'opposition et faire valoir ses griefs dans le cadre de la procédure de mainlevée, et le cas échéant dans le cadre d'une action en libération de dette, de l'annulation ou de la suspension de la poursuite (art. 85 et 85a LP), voire, en dernier ressort, de l'action en répétition de l'indu (art. 86 LP), domaines qui relèvent tous de la compétence exclusive du juge ou des tribunaux ordinaires.
Or, en l'espèce, il appert que la plaignante conteste l'existence même de la créance à son encontre, alléguant que la somme qui lui est réclamée n'est pas due, et prend des conclusions à l'encontre du poursuivant qui ne sont pas de la compétence de la Commission de céans.
2.a. Quant aux vices allégués dans la notification du commandement de payer, la Commission de céans rappellera qu'en principe, la notification irrégulière d’un commandement de payer n’est pas sanctionnée de nullité absolue. La notification qui n’aurait pas été effectuée selon les règles imposées par les art. 64 à 66 LP n’est en effet frappée de nullité que dans la mesure où l’acte de poursuite n’est pas parvenu à la connaissance du débiteur, nullité qui doit être constatée d’office et en tout temps par l’autorité de surveillance. Si le débiteur a eu connaissance du commandement de payer ou de son contenu essentiel (art. 67 et 69 al. 2 ch. 1 LP), en dépit de la notification viciée, cette dernière n’est qu’annulable et le débiteur doit porter plainte devant l’autorité de surveillance dans les dix jours suivant la prise de connaissance de l’acte, sous peine de forclusion (ATF
7B.161/2005
du 31 octobre 2005 consid. 2.1 et les arrêts cités ; Yvan
Jeanneret
/ Saverio
Lembo
, in CR-LP, ad art. 64 n° 33 s. et les références citées ; Paul
Angst
, in SchKG I, ad art. 64 n° 23 et les références citées ; Pauline
Erard
, in CR-LP, ad art. 22 n° 22).
L’annulation, sur plainte, de la notification irrégulière suppose en outre que le poursuivi ait subi un préjudice, par exemple de ne pas avoir pu utiliser le délai d’opposition. Ainsi, en cas de vice dans la notification, le commandement de payer déploie néanmoins ses effets dès que le poursuivi en a eu connaissance. Une nouvelle notification ne donnerait, en effet, au poursuivi aucun renseignement complémentaire sur la poursuite engagée et aboutirait à un formalisme excessif. (ATF
120 III 114
consid. 3b ;
112 III 81
consid. 2, JdT
1989 II 2
consid. 2 ;
104 III 12
, JdT
1979 II 123
).
2.b. En l'occurence, il n'y pas lieu d'investiguer sur les circonstances de la notification de l'acte querellé, la plaignante en ayant eu connaissance et formé opposition dans les dix jours à compter de sa notification (art. 74 LP).
Le commandement de payer ne doit en conséquence être déclaré ni nul ni annulé.
3. Enfin, la plaignante invoque des inexactitudes dans les indications du commandement de payer, relatives à l'adresse du poursuivant et à sa dénomination en qualité de "Docteur".
Or, de telles inexactitudes ne pourraient, le cas échéant, entraîner l'annulation de l'acte de poursuite que si la partie intéressée avait été effectivement induite en erreur. Si ces conditions ne sont pas réalisées, si la partie qui fait état de la désignation viciée ne pouvait douter de l'identité de la personne mise en cause et qu'elle n'a pas été lésée dans ses intérêts, la poursuite ne sera pas annulée. Les actes de poursuites déjà établis seront, en cas de besoin, rectifiés ou complétés (arrêt du Tribunal fédéral 7B. 91/2004 du 24 juin 2004 ; ATF
114 III 62
, JdT
1990 II 182
; ATF
102 III 63
, JdT
1977 II 124
).
En l'espèce, la plaignante, qui au demeurant ne l'allègue même pas, n'a à l'évidence par été induite en erreur.
4. La plainte sera en conséquence rejetée dans l'étroite mesure de sa recevabilité.
5. La présente décision est rendue en application des art. 72 LPA et 13 al. 5 LaLP, soit sans instruction préalable, c’est-à-dire sans que l’Office des poursuites et le poursuivant n’aient été invités à se déterminer sur la plainte, compte tenu de l’issue manifeste qu’il faut donner à cette dernière.
Elle sera cependant communiquée à l'Office des poursuites.
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