CELEX: 62011TJ0108
Language: fr
Date: 2013-12-04 00:00:00
Title: ARRÊT DU TRIBUNAL (chambre des pourvois) 4 décembre 2013.#Fondation européenne pour la formation (ETF) contre Gustave Michel.#Pourvoi – Fonction publique – Agents temporaires – Contrat à durée indéterminée – Décision de résiliation – Compétence du Tribunal de la fonction publique – Articles 2 et 47 du RAA – Devoir de sollicitude – Notion d’intérêt du service – Interdiction de statuer ultra petita – Droits de la défense.#Affaire T‑108/11 P.

ARRÊT DU TRIBUNAL (chambre des pourvois)
      4 décembre 2013 (*)
      
      « Pourvoi – Fonction publique – Agents temporaires – Contrat à durée indéterminée – Décision de résiliation – Compétence du Tribunal de la fonction publique – Articles 2 et 47 du RAA – Devoir de sollicitude – Notion d’intérêt du service – Interdiction de statuer ultra petita – Droits de la défense »
      Dans l’affaire T‑108/11 P,
      ayant pour objet un pourvoi formé contre l’arrêt du Tribunal de la fonction publique de l’Union européenne (deuxième chambre)
         du 9 décembre 2010, Vandeuren/ETF (F‑88/08), et tendant à l’annulation de cet arrêt,
      
      Fondation européenne pour la formation (ETF), représentée par Me L. Levi, avocat,
      
      partie requérante,
      soutenue par
      Commission européenne, représentée par MM. J. Currall et D. Martin, en qualité d’agents,
      
      par
      Centre de traduction des organes de l’Union européenne (CdT), représenté par Mme J. Rikkert et M. M. Garnier, en qualité d’agents,
      
      par
      Agence européenne des produits chimiques (ECHA), représentée par Mme M. Heikkilä, en qualité d’agent,
      
      par
      Agence européenne des médicaments (EMA), représentée initialement par M. V. Salvatore, puis par M. T. Jabłoński, en qualité d’agents,
      
      par
      Agence européenne pour l’environnement (AEE), représentée par M. O. Cornu, en qualité d’agent,
      
      par
      Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA), représentée par M. P. Goudou, en qualité d’agent,
      
      et par
      Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), représentée par M. D. Detken, en qualité d’agent,
      
      parties intervenantes,
      l’autre partie à la procédure étant
      Gustave Michel, venant aux droits de Monique Vandeuren, représenté par Me N. Lhoëst, avocat,
      
      partie demanderesse en première instance,
      LE TRIBUNAL (chambre des pourvois),
      composé de MM. M. Jaeger, président, O. Czúcz (rapporteur) et S. Papasavvas, juges,
      greffier : Mme C. Heeren, administrateur,
      
      vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 14 mars 2013,
      rend le présent
      Arrêt
      1        Par son pourvoi introduit au titre de l’article 9 de l’annexe I du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, la
         Fondation européenne pour la formation (ETF) demande l’annulation de l’arrêt du Tribunal de la fonction publique de l’Union
         européenne (deuxième chambre) du 9 décembre 2010, Vandeuren/ETF (F‑88/08, ci-après l’« arrêt attaqué »), en tant que celui-ci,
         d’une part, a accueilli le recours de Mme Monique Vandeuren tendant notamment à l’annulation de la décision de l’ETF portant résiliation de son contrat d’agent temporaire
         à durée indéterminée et, d’autre part, a rejeté sa demande de réparation du préjudice matériel subi comme étant prématurée.
      
       Faits à l’origine du litige et procédure en première instance
      2        Les faits à l’origine du litige et la procédure en première instance sont énoncés aux points 9 à 34 de l’arrêt attaqué.
      
      3        Le 7 mai 1990, le Conseil des communautés européennes a adopté la décision 90/233/CEE établissant un programme de mobilité
         transeuropéenne pour l’enseignement supérieur (Tempus) (JO L 131, p. 21), dont la mise en œuvre a été confiée à la Commission
         des communautés européennes. En 1995, la Commission a décidé de déléguer l’activité d’appui technique à la mise en œuvre du
         programme Tempus à l’ETF par convention annuelle renouvelable.
      
      4        Par contrat signé le 14 décembre 1994, l’ETF a recruté Mme Vandeuren comme agent temporaire au titre de l’article 2, sous a), du régime applicable aux autres agents de l’Union européenne
         (ci-après le « RAA »). Ce contrat stipulait que Mme Vandeuren était recrutée pour exercer les fonctions de secrétaire sténodactylographe/commis de grade C 3, échelon 1, pour
         une durée de trois ans à compter du 16 décembre 1994, sans toutefois mentionner à quel poste ou dans quel département elle
         serait affectée. Dans les faits, Mme Vandeuren a été affectée au département « Tempus ».
      
      5        Par un avenant du 18 janvier 1995, Mme Vandeuren a bénéficié d’un avancement de deux échelons, avec effet au 16 décembre 1994. Par un avenant du 23 octobre 1997,
         le contrat de travail de Mme Vandeuren a été reconduit pour une période de trois ans, soit jusqu’au 15 décembre 2000. Par un nouvel avenant, en date du
         18 juillet 2000, le contrat de travail de Mme Vandeuren est devenu un contrat à durée indéterminée. Par un avenant en date du 28 juin 2004, Mme Vandeuren a été promue au grade C 5, échelon 1, avec effet au 1er juin 2004.
      
      6        Le 14 janvier 2005, la Commission a adopté la décision 2005/56/CE, instituant l’Agence exécutive « Éducation, audiovisuel
         et culture » pour la gestion de l’action communautaire dans les domaines de l’éducation, de l’audiovisuel et de la culture,
         en application du règlement (CE) nº 58/2003 du Conseil (JO L 24, p. 35). L’Agence exécutive « Éducation, audiovisuel et culture »
         (EACEA) a reçu pour mandat la gestion de l’action de l’Union dans les domaines de l’éducation, de l’audiovisuel et de la culture.
      
      7        Le 21 novembre 2006, l’ETF a pris connaissance de l’intention de la Commission de déléguer désormais l’appui technique à la
         mise en œuvre du programme Tempus à l’EACEA. Durant le mois de mars 2007, la date d’application de la décision 2005/56, initialement
         fixée au 31 décembre 2007, a été reportée au 30 juin 2008.
      
      8        Le 17 octobre 2007, Mme Vandeuren a assisté à une réunion du personnel du département « Tempus » organisée à la demande du directeur de l’ETF, en
         présence du chef de l’unité « Ressources humaines » et d’un membre du comité du personnel, au cours de laquelle le directeur
         de l’ETF a indiqué aux agents présents que, en raison de ce que l’appui technique à la mise en œuvre du programme Tempus serait
         dorénavant délégué à l’EACEA, ils seraient licenciés.
      
      9        Le 23 octobre 2007, le directeur de l’ETF a pris la décision de résilier le contrat d’engagement à durée indéterminée de Mme Vandeuren (ci-après la « décision de résiliation ») ainsi que les contrats d’engagement de sept autres agents du département
         « Tempus », avec effet au 31 août 2008. La décision de résiliation a été notifiée à Mme Vandeuren le 24 octobre 2007.
      
      10      Le 16 janvier 2008, Mme Vandeuren a introduit une réclamation au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne
         (ci-après le « statut ») contre la décision de résiliation et afin d’obtenir réparation des préjudices matériel et moral qu’elle
         affirme avoir subis en raison de l’illégalité de cette décision.
      
      11      Par décision en date du 10 juillet 2008, l’ETF a rejeté la réclamation de Mme Vandeuren.
      
      12      C’est dans ces circonstances que Mme Vandeuren a introduit, le 20 octobre 2008, un recours auprès du Tribunal de la fonction publique visant, en substance, d’une
         part, l’annulation de la décision de résiliation et, d’autre part, la réparation des préjudices matériel et moral causés par
         ladite décision. Ce recours a été enregistré sous la référence F‑88/08.
      
      13      Par ordonnance du président de la deuxième chambre du Tribunal de la fonction publique du 15 septembre 2009, l’affaire F‑88/08
         a été jointe à l’affaire Schuerings/ETF, enregistrée sous la référence F‑87/08, aux fins de la procédure orale et de la décision
         mettant fin à l’instance.
      
      14      L’audience a eu lieu le 9 février 2010.
      
      15      Par lettre du greffe du 23 février 2010, le Tribunal de la fonction publique, sur le fondement de l’article 68 de son règlement
         de procédure, a informé les parties de sa décision d’explorer avec elles les possibilités d’un règlement amiable du litige,
         proposition que Mme Vandeuren a acceptée, mais qui a été déclinée par l’ETF, cette dernière soulignant notamment qu’il était important que les
         obligations qui pèsent sur une agence, lorsque celle-ci envisage de mettre fin à un contrat à durée indéterminée, soient précisées
         dans une décision de justice.
      
      16      À la suite de l’échec du règlement amiable et après que les parties ont répondu à plusieurs mesures d’organisation de la procédure
         du Tribunal de la fonction publique, l’affaire a été disjointe de l’affaire F‑87/08, aux fins de l’arrêt, par ordonnance du
         président de la deuxième chambre du Tribunal de la fonction publique du 29 juin 2010.
      
       Sur l’arrêt attaqué
      17      S’agissant du bien-fondé des conclusions en annulation de la décision de résiliation, le Tribunal de la fonction publique
         a examiné, en les regroupant, les trois moyens soulevés par la requérante en première instance, tirés, le premier, de la violation
         du principe d’égalité de traitement, le deuxième, de la violation du principe de bonne administration et du devoir de sollicitude
         ainsi que d’un détournement de pouvoir et, le troisième, d’un défaut de motivation de la décision de résiliation. Il a notamment
         retenu au point 56 de l’arrêt attaqué que, au travers de ses différents moyens et arguments, et notamment dans le cadre de
         la branche du deuxième moyen tirée de la violation du devoir de sollicitude, Mme Vandeuren entendait, en substance, contester le motif avancé par l’ETF pour fonder la décision de résiliation, à savoir la
         suppression du département auquel elle avait été affectée à la suite du transfert de l’appui technique à la mise en œuvre
         du programme Tempus à l’EACEA.
      
      18      Le Tribunal de la fonction publique a considéré, au point 60 de l’arrêt attaqué, que la réduction du périmètre des activités
         d’une agence pouvait être considérée comme étant susceptible de constituer un motif valable de licenciement, à la condition
         cependant que ladite agence n’ait pas disposé d’un poste auquel l’agent concerné aurait pu être réaffecté. À cet égard, après
         avoir écarté, aux points 61 et 62 de l’arrêt attaqué, les arguments de l’ETF tirés, d’une part, de l’existence de règles internes
         prévoyant des procédures particulières de sélection et, d’autre part, des mesures d’accompagnement prises à l’égard de Mme Vandeuren, le Tribunal de la fonction publique a précisé, au point 63 dudit arrêt, que l’agence concernée était dans l’obligation
         d’examiner si l’intéressée ne pouvait pas être réaffectée à un autre poste existant ou devant être prochainement créé à la
         suite, notamment, de l’attribution de nouvelles compétences à l’agence concernée.
      
      19      Le Tribunal de la fonction publique a précisé, au point 64 de l’arrêt attaqué, les critères dont l’autorité compétente devait
         tenir compte en effectuant l’examen mentionné au point 18 ci-dessus et, notamment, la façon dont elle devait mettre en balance
         l’intérêt du service et celui de l’agent concerné. Ensuite, il a examiné les circonstances concrètes du cas d’espèce en soulignant,
         au point 65 de l’arrêt attaqué, que des mutations et des recrutements d’agents temporaires avaient eu lieu à l’ETF entre le
         21 novembre 2006 et le 31 août 2008 sans que l’examen mentionné au point 18 ci-dessus ait été effectué en faveur de Mme Vandeuren, ce qui l’avait amené à considérer que l’ETF avait manqué à ses obligations. Après avoir rejeté comme non pertinente
         la circonstance que Mme Vandeuren n’aurait pas réellement cherché des alternatives pour éviter son licenciement (point 66 de l’arrêt attaqué), le
         Tribunal de la fonction publique a conclu que la décision de résiliation était illégale et devait être annulée (point 67 de
         l’arrêt attaqué).
      
      20      Au point 68 de l’arrêt attaqué, le Tribunal de la fonction publique a relevé, à titre surabondant, certains éléments pertinents
         dans le cadre de l’examen mentionné au point 64 de l’arrêt attaqué.
      
      21      Enfin, le Tribunal de la fonction publique a rejeté la demande de réparation du préjudice prétendument subi par Mme Vandeuren en considérant, s’agissant du préjudice matériel, que la somme correspondant à la rémunération dont elle avait
         été privée ne saurait faire l’objet de conclusions indemnitaires visant à « réparer un dommage » et que, par ailleurs, s’agissant
         du montant demandé afin de couvrir la perte de revenu que Mme Vandeuren supporterait postérieurement au prononcé de l’arrêt, il ne saurait anticiper les suites que chacune des parties
         réserverait à l’arrêt, de sorte que les conclusions tendant à réparer ce préjudice matériel devaient être rejetées comme prématurées
         (points 71 et 72 de l’arrêt attaqué). Il a également rejeté les conclusions visant la réparation du préjudice moral, Mme Vandeuren n’ayant pas allégué, et encore moins prouvé, que son préjudice résultait d’un comportement de l’ETF l’ayant affecté
         moralement au-delà de ce qu’une personne licenciée ressentait habituellement (points 73 et 74 de l’arrêt attaqué).
      
       Sur le pourvoi
       Procédure et conclusions des parties
      22      Par mémoire déposé au greffe du Tribunal le 18 février 2011, l’ETF a introduit le présent pourvoi. Le 29 juillet 2011, Mme Vandeuren a déposé le mémoire en réponse. À la suite d’une demande motivée de l’ETF, un deuxième échange de mémoires a été
         autorisé. Ces mémoires ont été déposés dans les délais impartis.
      
      23      Par actes déposés au greffe du Tribunal respectivement les 10 mai, et 6, 7 et 8 juin 2011, la Commission, le Centre de traduction
         des organes de l’Union européenne (CdT), l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), et l’Agence européenne des médicaments
         (EMA) ont demandé à intervenir au soutien des conclusions de l’ETF. Le 14 juin 2011, l’Agence européenne pour l’environnement
         (AEE) et l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA), ainsi que, le 17 juin 2011, l’Autorité européenne de sécurité
         des aliments (EFSA) ont présenté des demandes aux mêmes fins. Par ordonnance du président de la chambre des pourvois du 21 septembre
         2011, ces sept demandes d’intervention au soutien des conclusions de l’ETF ont été admises.
      
      24      Tous les intervenants ont déposé un mémoire en intervention dans le délai qui leur avait été imparti. Le mémoire en intervention
         de l’EFSA ayant été déposé dans une autre langue que la langue de procédure, il n’a pas été versé au dossier.
      
      25      Les parties principales ont été invitées à formuler des observations sur les mémoires en intervention, ce à quoi elles ont
         déféré dans le délai imparti.
      
      26      Par lettre du 18 septembre 2012, le représentant de Mme Vandeuren a informé le greffe du Tribunal du décès de cette dernière et du souhait de M. Gustave Michel, son époux, de reprendre
         l’instance.
      
      27      Sur rapport du juge rapporteur, le Tribunal (chambre des pourvois) a décidé d’ouvrir la procédure orale.
      
      28      Par ordonnance du président de la chambre des pourvois du 1er mars 2013, les parties entendues, les affaires T‑107/11 P et T‑108/11 P ont été jointes aux fins de la procédure orale, conformément
         à l’article 50 du règlement de procédure du Tribunal.
      
      29      Lors de l’audience du 14 mars 2013, les parties principales, ainsi que la Commission, le CdT et l’EFSA, ont été entendues
         en leurs plaidoiries et en leurs réponses aux questions orales posées par le Tribunal.
      
      30      L’ETF, soutenue par la Commission, le CdT, l’ECHA, l’EMA, l’AEE, l’AESA et l’EFSA, conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        annuler l’arrêt attaqué ;
      –        en conséquence, rejeter le recours en première instance ;
      –        condamner M. Michel aux dépens des deux instances.
      31      M. Michel conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        rejeter le pourvoi ;
      –        condamner l’ETF aux dépens.
       En droit
      32      À titre liminaire, il y a lieu de préciser que, compte tenu de l’argumentation développée par l’ETF dans le cadre du pourvoi,
         ce dernier doit être regardé comme visant l’annulation de l’arrêt attaqué en tant que celui-ci, d’une part, a accueilli le
         recours de Mme Vandeuren tendant notamment à l’annulation de la décision de résiliation et, d’autre part, a rejeté sa demande de réparation
         du préjudice matériel subi comme étant prématurée. À l’appui de son pourvoi, l’ETF invoque quatre moyens.
      
      33      Le premier moyen est tiré d’une mauvaise application des notions d’intérêt du service et de poste ainsi que d’une violation
         des articles 2 et 47 du RAA et de l’obligation de motivation. Il comporte, en substance, cinq branches. Par la première branche,
         l’ETF reproche, principalement, au Tribunal de la fonction publique d’avoir commis une erreur de droit dans l’interprétation
         des articles 2 et 47 du RAA. Dans le cadre de la deuxième branche, elle soutient que le Tribunal de la fonction publique a
         méconnu l’intérêt du service. La troisième branche est tirée d’une violation de l’obligation de motivation. Par la quatrième
         branche, l’ETF reproche au Tribunal de la fonction publique une mauvaise interprétation de la notion de poste. Dans le cadre
         de la cinquième branche, l’ETF soutient que le Tribunal de la fonction publique a dépassé les limites de ses compétences.
      
      34      Le deuxième moyen est tiré d’une violation des principes de proportionnalité et de sécurité juridique. Il concerne, en substance,
         les critères retenus par le Tribunal de la fonction publique pour réaliser une mise en balance entre l’intérêt du service
         et l’intérêt de l’agent.
      
      35      Le troisième moyen est tiré, en substance, d’une violation de l’interdiction de statuer ultra vires et ultra petita ainsi
         que d’une violation du principe du contradictoire. Il est composé, en substance, de quatre branches. Dans le cadre de la première
         branche, l’ETF soutient que le Tribunal de la fonction publique a statué ultra petita et a violé ses droits de la défense
         en examinant la légalité du motif de licenciement. La deuxième branche est tirée d’une violation de l’interdiction de statuer
         ultra petita et d’une violation de ses droits de la défense s’agissant des critères à prendre en compte dans l’examen obligatoire
         de la possibilité de réaffectation que le Tribunal de la fonction publique a définis. La troisième branche est tirée de la
         violation de l’interdiction de statuer ultra petita en ce que le Tribunal de la fonction publique a obligé l’ETF à réintégrer
         Mme Vandeuren. La quatrième branche est tirée d’une violation de l’interdiction de statuer ultra vires en ce que le Tribunal
         de la fonction publique a substitué sa propre appréciation à celle de l’ETF.
      
      36      Le quatrième moyen est tiré d’une violation de l’article 266 TFUE ainsi que d’une violation de l’obligation de motivation.
         Il concerne, en substance, l’examen des conclusions indemnitaires de Mme Vandeuren, pour autant que le Tribunal de la fonction publique, en tirant les conclusions de la décision d’annulation, a
         seulement rejeté la demande en réparation du préjudice matériel subi comme étant prématurée.
      
      37      Il convient d’examiner ensemble le premier moyen et la quatrième branche du troisième moyen, cette dernière se rapprochant,
         notamment, de la cinquième branche du premier moyen.
      
      38      Le Tribunal estime toutefois opportun d’examiner préalablement la première branche du troisième moyen, tirée d’une violation
         de l’interdiction de statuer ultra petita et des droits de la défense de l’ETF, en ce que le Tribunal de la fonction publique
         a examiné la légalité du motif de licenciement opposé à Mme Vandeuren. En effet, s’il s’avérait que le Tribunal de la fonction publique a statué ultra petita en examinant si le motif
         de la décision de résiliation était illégal, cette conclusion mènerait à l’annulation de l’arrêt attaqué pour autant qu’il
         a annulé la décision de résiliation et rejeté, par conséquent, comme prématurée la demande en réparation du préjudice matériel,
         sans qu’il y ait lieu d’examiner les autres moyens du recours.
      
       Sur la première branche du troisième moyen
      39      L’ETF, soutenue par les intervenants, fait valoir que le Tribunal de la fonction publique n’a pas respecté le cadre du litige
         défini par les parties en première instance, dès lors que le motif d’annulation de la décision de résiliation ne se rapporte
         pas à l’un des moyens invoqués dans la requête en première instance, mais à des moyens distincts. Ainsi, Mme Vandeuren n’aurait pas soutenu, au titre des moyens soulevés, que la décision de résiliation était dépourvue de motif valable,
         parce que l’ETF aurait eu la possibilité de la réaffecter à un autre poste, mais elle aurait avancé qu’un contrat à durée
         indéterminée ne saurait être résilié que pour raison d’incompétence ou de mauvaise conduite de l’intéressé, ou pour raison
         d’intérêt du service, en s’attachant par la suite à démontrer qu’aucun de ces motifs n’était satisfait en l’espèce. Quant
         au moyen tiré de la violation du devoir de sollicitude, la requérante ne l’aurait pas invoqué pour fonder le reproche à l’ETF
         de ne pas avoir recherché à la réaffecter, mais seulement, dans une approche traditionnelle de ce principe général, pour ne
         pas avoir tenu compte de sa situation personnelle. Ce serait d’ailleurs en ce sens que l’ETF aurait répondu dans son mémoire
         en réponse. Par ailleurs, selon l’ETF, les débats n’ont jamais porté sur le caractère non valable du motif de licenciement
         en l’absence d’examen des possibilités de réaffecter Mme Vandeuren.
      
      40      M. Michel conteste le fait que l’absence de motif valable à la décision de résiliation ou la violation du devoir de sollicitude
         n’aurait pas été soulevé en première instance. Il rappelle, par ailleurs, que le juge de l’Union, tout en ne devant statuer
         que sur la demande des parties, ne saurait être tenu par les seuls arguments invoqués par celles-ci au soutien de leurs prétentions,
         sauf à se voir contraint, le cas échéant, de fonder sa décision sur des considérations juridiques erronées.
      
      41      Lorsque l’ETF soutient que le Tribunal de la fonction publique a statué ultra petita, elle lui reproche, d’une part, de ne
         pas avoir respecté le cadre du litige défini par les parties. Elle fait valoir, d’autre part, que, en se fondant sur une argumentation
         non débattue entre les parties, il a violé ses droits de la défense.
      
      42      À cet égard, il y a lieu de rappeler la jurisprudence selon laquelle, dans la mesure où le juge de l’Union saisi d’un recours
         en annulation ne peut pas statuer ultra petita, il n’est pas habilité à redéfinir l’objet principal du recours, ni à relever
         un moyen d’office en dehors des cas particuliers dans lesquels l’intérêt public exige son intervention (voir arrêt du Tribunal
         du 5 octobre 2009, Commission/Roodhuijzen, T‑58/08 P, Rec. p. II‑3797, point 34, et la jurisprudence citée).
      
      43      Il ressort également de la jurisprudence que l’examen du grief tiré de la violation de l’interdiction de statuer ultra petita
         mène à vérifier si les motifs litigieux de l’arrêt attaqué, qui ont conduit à l’annulation de la décision de résiliation tout
         en écartant l’argumentation invoquée par l’ETF en première instance, constituent un développement du raisonnement du Tribunal
         de la fonction publique se rapportant à des moyens invoqués en première instance ou s’ils se rapportent à des moyens distincts
         (voir, en ce sens, arrêt de la Cour du 19 novembre 1998, Parlement/Gutiérrez de Quijano y Lloréns, C‑252/96 P, Rec. p. I‑7421,
         points 32 à 34, et arrêt Commission/Roodhuijzen, point 42 supra, point 37).
      
      44      En l’espèce, le Tribunal de la fonction publique a annulé la décision de résiliation, parce qu’il a considéré que le motif
         de licenciement invoqué était illégal pour les raisons énoncées, notamment, au point 60 de l’arrêt attaqué. Il en ressort
         que, selon le Tribunal de la fonction publique, la réduction du périmètre des activités d’une agence n’est un motif valable
         de licenciement que si celle-ci ne dispose pas d’un poste auquel l’agent dont le licenciement est envisagé peut être réaffecté.
         Selon le Tribunal de la fonction publique, l’agence doit donc préalablement examiner si l’agent concerné peut être réaffecté
         en mettant en balance l’intérêt du service et l’intérêt dudit agent. L’ETF n’ayant pas procédé à un tel examen dans le cas
         de la requérante, le Tribunal de la fonction publique a conclu qu’il n’y avait pas de motif valable de licenciement et a annulé
         la décision de résiliation.
      
      45      Force est de constater que, en statuant en ce sens, le Tribunal de la fonction publique n’a pas modifié l’objet principal
         du recours, qui visait notamment à l’annulation de la décision de résiliation.
      
      46      Cependant, pour arriver à sa conclusion d’annulation, le Tribunal de la fonction publique a reformulé les moyens soulevés
         dans la requête en première instance. Ainsi, au point 56 de l’arrêt attaqué, il a considéré ce qui suit :
      
      « Au travers des différents moyens et arguments que [Mme Vandeuren] soulève au soutien de ses conclusions en annulation, notamment la branche du deuxième moyen, tirée de la violation
         du devoir de sollicitude, celle-ci entend en substance contester le motif avancé par l’ETF pour fonder la [décision de résiliation],
         à savoir la suppression, à la suite du transfert de l’appui technique à la mise en œuvre du programme ‘Tempus' à l’EACEA,
         du département auquel elle était affectée. En effet, selon [Mme Vandeuren], ce motif n’était pas valable, car l’ETF avait la possibilité de la réaffecter à un autre poste soit en son sein,
         soit au sein de l’EACEA. »
      
      47      Dans la requête en première instance, par son deuxième moyen, pris en particulier dans sa branche tirée de la violation du
         devoir de sollicitude, Mme Vandeuren a fait valoir qu’une décision de résiliation du contrat d’engagement à durée indéterminée d’un agent temporaire
         ne pouvait être justifiée que pour raison d’incompétence ou de mauvaise conduite de l’intéressé ou pour raison d’intérêt du
         service. À cet égard, elle a critiqué, en particulier, l’affirmation de l’ETF, dans la réponse à la réclamation, selon laquelle
         l’autorité habilitée à conclure des contrats (AHCC), après avoir réfléchi à la possibilité de sa réaffectation interne, n’avait
         pas pu prendre une décision autre que celle de son licenciement, compte tenu de la perspective budgétaire, des futurs défis
         de l’ETF et des compétences requises pour y répondre. Mme Vandeuren a fait valoir à l’encontre de cette motivation que les effectifs de l’ETF étaient restés inchangés après le transfert
         du programme Tempus à l’EACEA, que ses compétences et aptitudes professionnelles n’avaient jamais été contestées et que son
         expérience aurait aisément pu être utilisée dans le cadre d’autres services de l’ETF. Selon elle, la décision de résiliation
         avait été prise en violation du devoir de sollicitude, car l’ETF n’avait pas tenu compte de l’intérêt du service, ni de son
         intérêt personnel, aucun plan de redéploiement ou de développement personnel n’ayant notamment été établi.
      
      48      Certes, comme le fait valoir l’ETF, Mme Vandeuren a ainsi soutenu, en substance, que l’ETF aurait dû tenir compte de sa situation personnelle. Néanmoins, compte
         tenu du contenu de la requête en première instance tel que décrit au point 47 ci-dessus et de la jurisprudence citée au point 43
         ci-dessus, le moyen reformulé par le Tribunal de la fonction publique, relatif à la légalité du motif de licenciement invoqué,
         tiré de ce que l’ETF n’avait pas examiné si Mme Vandeuren pouvait être réaffectée préalablement au licenciement, ne se rapporte pas à un moyen distinct de ceux soulevés
         dans la requête.
      
      49      En outre, ainsi qu’il ressort du mémoire en défense en première instance, l’ETF, contrairement à ce qu’elle allègue dans le
         cadre du présent pourvoi, a bien analysé le deuxième moyen avancé dans la requête en première instance comme étant relatif
         à la légalité du motif de licenciement invoqué. Ainsi, il a été dit dans le mémoire en défense, en réponse à la branche du
         deuxième moyen tirée de la violation du devoir de sollicitude et d’un détournement de pouvoir, que « en réalité, sous cette
         branche, [Mme Vandeuren] critiqu[ait] les motifs du licenciement » et que « en outre, [Mme Vandeuren] sout[enait], à nouveau, qu’il y a[vait] eu licenciement, parce qu’il n’y a[avait] pas eu de réaffectation et développ[ait]
         une série de griefs dirigés non pas contre la [décision de résiliation] elle-même, mais contre une non-réaffectation ». L’ETF
         ajoutait que la résiliation unilatérale du contrat en cause, expressément prévue à l’article 47, paragraphe 2, du RAA, relevait
         du large pouvoir d’appréciation de l’autorité compétente et trouvait sa justification dans le contrat d’emploi.
      
      50      Dans ces circonstances, l’ETF ne saurait raisonnablement prétendre que le motif d’annulation selon lequel il n’y avait pas
         de motif valable au licenciement s’il existait une possibilité de réaffecter Mme Vandeuren ne se rapportait pas à des moyens invoqués en première instance, mais à des moyens distincts. Même si le Tribunal
         de la fonction publique a rendu les moyens de Mme Vandeuren plus concrets en les reformulant tel que mentionné au point 46 ci-dessus, le moyen ainsi reformulé se rapporte
         à ceux avancés dans la requête en première instance, de sorte que le Tribunal de la fonction publique n’a pas relevé un moyen
         d’office et n’a donc pas statué ultra petita à cet égard.
      
      51      Il doit d’ailleurs également être rappelé que, comme le fait valoir M. Michel, il est de jurisprudence constante que, dans
         le cadre du litige circonscrit par les parties, le juge de l’Union, tout en ne devant statuer que sur la demande des parties,
         ne saurait être tenu par les seuls arguments invoqués par celles-ci au soutien de leurs prétentions, sauf à se voir contraint,
         le cas échéant, de fonder sa décision sur des considérations juridiques erronées (voir arrêt Commission/Roodhuijzen, point 42
         supra, point 35, et la jurisprudence citée) et que, donc, le Tribunal de la fonction publique a pu considérer ne pas pouvoir
         répondre aux griefs soulevés dans la requête en première instance sans se prononcer sur le moyen tel que reformulé au point 56
         de l’arrêt attaqué.
      
      52      S’agissant du grief de l’ETF selon lequel elle n’a pas pu s’exprimer sur le moyen reformulé, alléguant une violation de ses
         droits de la défense, il ressort de la jurisprudence que les droits de la défense occupent une place éminente dans l’organisation
         et le déroulement d’un procès équitable et incluent le principe du contradictoire. Ce principe s’applique à toute procédure
         susceptible d’aboutir à une décision d’une institution affectant de manière sensible les intérêts d’une personne. Il implique,
         en règle générale, le droit pour les parties à un procès d’être en mesure de prendre position sur les faits et les documents
         sur lesquels sera fondée une décision judiciaire ainsi que de discuter les preuves et les observations présentées devant le
         juge et les moyens de droit relevés d’office par le juge, sur lesquels celui-ci entend fonder sa décision. En effet, pour
         satisfaire aux exigences liées au droit à un procès équitable, il importe que les parties puissent débattre contradictoirement
         tant des éléments de fait que des éléments de droit qui sont décisifs pour l’issue de la procédure (voir arrêt de la Cour
         du 17 décembre 2009, Réexamen M/EMEA, C‑197/09 RX‑II, Rec. p. I‑12033, points 39 à 41, et la jurisprudence citée).
      
      53      Ce grief ne saurait pas non plus prospérer, les éléments contenus dans le mémoire en défense en première instance mentionnés
         au point 49 ci-dessus faisant ressortir que l’ETF a pu prendre position sur la question juridique examinée dans le cadre du
         moyen reformulé par le Tribunal de la fonction publique et que, donc, les éléments de droit décisifs pour l’issue de la procédure
         ont été débattues entre les parties.
      
      54      Enfin, pour les mêmes motifs, l’argument de l’ETF selon lequel les débats n’ont jamais porté sur le caractère non valable
         du motif de licenciement en l’absence d’examen par elle des possibilités de réaffectation de Mme Vandeuren doit être rejeté, ainsi que, sans devoir les examiner davantage, ses arguments relatifs au fait que ni le rapport
         d’audience du Tribunal de la fonction publique, ni les mesures d’organisation de la procédure décidées le 19 mars 2010, ni
         l’audience, ni la réouverture des débats ne visaient cette question.
      
      55      Il en résulte que la première branche du troisième moyen doit être rejetée.
      
       Sur le premier moyen et sur la quatrième branche du troisième moyen
      –       Sur la recevabilité
      56      Selon M. Michel, le premier moyen est irrecevable, parce qu’il vise à faire réexaminer la validité du motif du licenciement,
         remettant en question l’appréciation des faits effectuée par le Tribunal de la fonction publique. Quant à la quatrième branche
         du troisième moyen, elle serait également irrecevable, parce qu’elle ne serait pas étayée à suffisance de droit.
      
      57      L’ETF fait valoir qu’elle ne demande pas un réexamen du motif de licenciement et que, par ailleurs, un tel réexamen n’emporterait
         pas l’irrecevabilité du premier moyen. Elle conteste, par ailleurs, que la quatrième branche du troisième moyen ne soit pas
         étayée à suffisance de droit.
      
      58      En premier lieu, s’agissant de la recevabilité du premier moyen, il résulte d’une jurisprudence constante que le juge de première
         instance est seul compétent, d’une part, pour constater les faits, sauf dans le cas où une inexactitude matérielle de ses
         constatations résulterait des pièces du dossier qui lui ont été soumises, et, d’autre part, pour apprécier ces faits (arrêt
         du Tribunal du 8 septembre 2008, Kerstens/Commission, T‑222/07 P, RecFP p. I‑B‑1‑37 et II‑B‑1‑267, point 60). L’appréciation
         des faits par le juge de première instance ne constitue donc pas, sous réserve du cas de la dénaturation des éléments de preuve
         produits devant ce juge, une question de droit soumise, comme telle, au contrôle du Tribunal (arrêt Kerstens/Commission, précité,
         point 61). Lorsque le juge de première instance a constaté ou apprécié les faits, le juge du pourvoi est compétent pour exercer
         un contrôle sur la qualification juridique de ces faits et les conséquences de droit qui en ont été tirées par le premier
         juge (arrêt du Tribunal du 7 juillet 2011, Longinidis/Cedefop, T‑283/08 P, point 43).
      
      59      En l’espèce, dans la mesure où, dans le cadre du premier moyen, l’ETF conteste l’appréciation du Tribunal de la fonction publique
         précisant les conditions limitées dans lesquelles le motif de licenciement, tiré de la réduction de son périmètre d’activité,
         aurait pu être légal, elle vise un réexamen de la validité dudit motif.
      
      60      Toutefois, il ne saurait être allégué que cette demande de l’ETF concerne une nouvelle appréciation des faits plutôt que des
         questions de droit. En effet, l’ETF doit pouvoir contester, dans le cadre d’un pourvoi, la validité de l’analyse du Tribunal
         de la fonction publique à cet égard au regard des règles et des principes du statut et du RAA et de la jurisprudence qui y
         est afférente, conformément à l’article 11 de l’annexe I du statut de la Cour, selon lequel le pourvoi devant le Tribunal
         peut porter sur des violations du droit de l’Union par le Tribunal de la fonction publique.
      
      61      Dès lors, dans la mesure où le premier moyen concerne une violation alléguée du droit de l’Union par le Tribunal de la fonction
         publique, il est recevable.
      
      62      En second lieu, s’agissant de la recevabilité de la quatrième branche du troisième moyen, l’ETF indique dans le pourvoi, au
         soutien de ladite branche, qu’il résulte de l’examen des trois premiers moyens du pourvoi que le Tribunal de la fonction publique
         a substitué sa propre appréciation à celle de l’ETF. Ledit Tribunal empiéterait ainsi sur la politique du personnel qui relève
         de sa seule compétence, ce qui mènerait à une violation de l’interdiction de statuer ultra vires.
      
      63      Contrairement à ce que fait valoir M. Michel, de cette façon, l’ETF précise quels éléments de l’arrêt attaqué sont critiqués
         ainsi que les arguments juridiques au soutien de sa thèse, conformément à l’article 11, paragraphe 1, de l’annexe I du statut
         de la Cour et à l’article 138, paragraphe 1, sous c), du règlement de procédure, de sorte que la branche en cause du troisième
         moyen est également recevable.
      
      –       Sur le fond
      64      Dans le cadre de la première branche du premier moyen, l’ETF, soutenue par les intervenants, avance, en substance, que, en
         considérant que le motif de licenciement tiré de la réduction du périmètre de ses activités ne pouvait être considéré comme
         étant un motif valable qu’à la condition qu’elle n’ait pas disposé de poste auquel Mme Vandeuren pouvait être réaffectée, le Tribunal de la fonction publique a accordé une protection trop large à l’intéressée,
         commettant une erreur de droit dans l’interprétation des articles 2 et 47 du RAA et méconnaissant ainsi la différence de nature
         entre la relation contractuelle issue d’un contrat à durée indéterminée et la relation statutaire entre un fonctionnaire et
         une autorité administrative.
      
      65      L’ETF, tout en admettant que le licenciement d’un agent engagé sur la base d’un contrat à durée indéterminée doive se fonder
         sur un motif valable, soutient que la disparition des activités auxquelles l’agent temporaire est affecté est nécessairement
         un motif valable pour résilier le contrat. Elle rappelle que, dans le droit du travail, le licenciement économique est considéré
         comme justifié si l’entreprise a été obligée de réduire ou de supprimer les activités dans lesquelles le travailleur a été
         occupé.
      
      66      Dans le cadre de la deuxième branche du premier moyen, l’ETF, soutenue par les intervenants, fait valoir que l’intérêt du
         service consiste à affecter les fonctionnaires et autres agents de la manière la plus efficace par rapport au travail à accomplir
         et doit seul guider les décisions prises en application de l’article 47 du RAA. Elle rappelle également qu’une institution
         ou une agence dispose d’un large pouvoir d’appréciation dans l’organisation de ses services.
      
      67      La troisième branche du premier moyen vise, en particulier, une violation de l’obligation du Tribunal de la fonction publique
         de motiver son arrêt à suffisance de droit, dans la mesure où la jurisprudence invoquée au point 61 de l’arrêt attaqué n’étayerait
         pas son appréciation selon laquelle l’administration a toujours la possibilité de procéder d’office à une réaffectation et
         où ledit Tribunal ignorerait certains autres arrêts pertinents, tandis que la quatrième branche de ce moyen concerne une confusion
         alléguée entre le concept budgétaire de poste et la notion de tâche ou de fonction.
      
      68      Enfin, la cinquième branche du premier moyen concerne, comme la quatrième branche du troisième moyen, le dépassement par le
         Tribunal de la fonction publique de ses compétences en ce que, en substance, ledit Tribunal ne se serait pas limité à contrôler
         l’existence d’une erreur manifeste d’appréciation. Le Tribunal de la fonction publique aurait « ajouté au droit plutôt que
         de [l’avoir interprété] », empiétant sur les compétences du législateur ainsi que sur celles de l’ETF, seule compétente pour
         décider de sa politique du personnel.
      
      69      S’agissant de la première branche du premier moyen, M. Michel conteste que le Tribunal de la fonction publique ait méconnu
         la différence entre le statut d’un fonctionnaire et celui d’un agent temporaire et rappelle que l’institution doit justifier
         d’un motif valable pour mettre fin à une relation de travail à durée indéterminée et respecter son devoir de sollicitude.
      
      70      Selon lui, la comparaison avec le licenciement économique ne saurait prospérer, le Tribunal de la fonction publique ayant
         considéré à juste titre qu’il n’était pas établi que l’ETF avait été contrainte de réduire le nombre de son personnel, compte
         tenu des mutations internes et des recrutements ayant eu lieu pendant la période concernée. Par ailleurs, il considère que
         les standards liés à la protection sociale ont considérablement évolué, de sorte qu’il ne suffirait pas de notifier un préavis
         de licenciement en respectant le délai prévu par les dispositions pertinentes pour que ce licenciement soit valable. Il se
         réfère, à cet égard, à l’article 30 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ainsi qu’à certains instruments
         juridiques relevant du droit du travail.
      
      71      S’agissant de la deuxième branche du premier moyen relative à l’intérêt du service, M. Michel fait valoir que cet intérêt
         peut tout aussi bien justifier qu’une personne dont la fonction a été supprimée se voit attribuer d’autres tâches afin que
         son employeur puisse continuer à bénéficier de ses compétences. Par ailleurs, le Tribunal de la fonction publique n’aurait
         pas fait primer l’intérêt de Mme Vandeuren sur celui de l’ETF, ledit Tribunal n’ayant notamment pas considéré que l’ETF avait l’obligation de la maintenir
         en service.
      
      72      S’agissant de la troisième branche du premier moyen, M. Michel conteste que le Tribunal de la fonction publique ait mal interprété
         la jurisprudence.
      
      73      S’agissant de la notion de poste, en cause dans la quatrième branche du premier moyen, M. Michel considère, en substance,
         que la suppression des tâches d’un agent ne donne pas lieu à la suppression de l’emploi auquel il était affecté.
      
      74      S’agissant de la cinquième branche du premier moyen et de la quatrième branche du troisième moyen relatives à un prétendu
         dépassement par le Tribunal de la fonction publique de ses compétences, M. Michel fait valoir que l’analyse dudit Tribunal
         selon laquelle l’ETF ne pouvait mettre fin au contrat de Mme Vandeuren, à durée indéterminée, au seul motif que les tâches auxquelles elle était affectée avaient été supprimées ou transférées
         à une autre entité, sans examiner au préalable la possibilité de la réaffecter, est conforme aux dispositions réglementaires
         et à la jurisprudence. Selon lui, le Tribunal de la fonction publique n’a notamment pas dépassé ses compétences en se prononçant
         sur la légalité de la décision de résiliation.
      
      75      Le Tribunal relève que, par son argumentation au soutien de ces différentes branches des premier et troisième moyens, l’ETF
         remet en cause l’interprétation par le Tribunal de la fonction publique de l’article 47, sous c), i), du RAA, disposition
         relative à la fin de l’engagement à durée indéterminée d’un agent temporaire en application de laquelle elle a résilié le
         contrat de Mme Vandeuren.
      
      76      L’article 47, sous c), i), du RAA prévoit que, indépendamment du cas de décès de l’agent temporaire, pour les contrats à durée
         indéterminée, l’engagement prend fin à l’issue du préavis prévu dans le contrat, le préavis ne pouvant être inférieur à un
         mois par année de service accompli avec un minimum de trois mois et un maximum de dix mois.
      
      77      À cet égard, il est de jurisprudence constante que, s’agissant de la résiliation d’un contrat d’agent temporaire à durée indéterminée,
         l’autorité compétente dispose, conformément à l’article 47, sous c), i), du RAA et dans le respect du préavis prévu au contrat,
         d’un large pouvoir d’appréciation, le contrôle du juge de l’Union devant, dès lors, se limiter à la vérification de l’absence
         d’erreur manifeste ou de détournement de pouvoir (voir arrêt du Tribunal du 8 septembre 2009, ETF/Landgren, T‑404/06 P, Rec.
         p. II‑2841, point 162, et la jurisprudence citée).
      
      78      Il résulte également de la jurisprudence que la décision de licenciement d’un agent temporaire engagé pour une durée indéterminée,
         fondée sur l’article 47, sous c), i), du RAA, est soumise aux exigences de motivation prévues à l’article 25 du statut (arrêt
         ETF/Landgren, point 77 supra, point 170).
      
      79      En l’espèce, il ressort de la décision de résiliation qu’il a été mis fin au contrat d’engagement à durée indéterminée de
         Mme Vandeuren le 27 octobre 2007 avec un préavis de dix mois, conformément à l’article 47, sous c), i), du RAA. Par ailleurs,
         M. Michel ne conteste pas l’appréciation du Tribunal de la fonction publique, aux points 60 et suivants de l’arrêt attaqué,
         selon laquelle le licenciement de Mme Vandeuren était motivé par la réduction du périmètre des activités de l’ETF et par le transfert des tâches auxquelles elle
         était affectée à l’EACEA, même si elle avait soulevé un moyen tiré du défaut de motivation de la décision de résiliation dans
         la requête en première instance.
      
      80      Le Tribunal de la fonction publique a toutefois considéré que ledit motif de résiliation n’était pas valable s’il existait
         un poste auquel Mme Vandeuren aurait pu être réaffectée. Ainsi qu’il ressort du point 60 de l’arrêt attaqué, selon le Tribunal de la fonction
         publique, dans cette hypothèse, la résiliation au motif d’une réduction de l’activité de l’agence n’était pas justifiée.
      
      81      Par ailleurs, après avoir, aux points 61 et 62 de l’arrêt attaqué, d’une part, écarté les arguments de l’ETF tirés de l’existence
         de règles internes prévoyant des procédures particulières de sélection en cas de vacance d’emploi pour les mutations internes
         des agents en indiquant, que, en substance, l’administration avait toujours la possibilité de procéder d’office à une réaffectation
         dans l’intérêt du service et, d’autre part, indiqué qu’il était également indifférent que des mesures d’accompagnement de
         l’agent concerné aient été prises, même si l’existence de telles mesures participait au respect du devoir de sollicitude,
         le Tribunal de la fonction publique a indiqué ce qui suit :
      
      « 63      [A]vant qu’une agence ne procède au licenciement d’un agent bénéficiant d’un contrat à durée indéterminée pour le motif que
         les tâches auxquelles cet agent était affecté ont été supprimées ou transférées à une autre entité, l’agence concernée est
         dans l’obligation d’examiner si l’intéressé ne peut pas être réaffecté à un autre poste existant ou devant être prochainement
         créé à la suite, notamment, de l’attribution de nouvelles compétences à l’agence concernée.
      
      64      Lors de cet examen, l’administration doit mettre en balance l’intérêt du service, lequel commande de recruter la personne
         la plus apte pour occuper le poste existant ou devant être créé prochainement, avec l’intérêt de l’agent dont le licenciement
         est envisagé. Pour ce faire, elle doit tenir compte, dans le cadre de son pouvoir d’appréciation, de différents critères parmi
         lesquels figurent les exigences du poste au regard des qualifications et du potentiel de l’agent, la circonstance que le contrat
         de travail de l’agent concerné précise ou non que ce dernier a été embauché pour occuper un poste déterminé, ses rapports
         d’évaluation, ainsi que son âge, l’ancienneté de service et le nombre d’années qui lui reste à cotiser avant de pouvoir faire
         valoir ses droits à la retraite.
      
      65      En l’espèce, bien que le Parlement ait émis des réserves sur le financement d’un certain nombre de postes et que l’ETF soit
         une agence de taille modeste, il doit être relevé qu’entre le 21 novembre 2006, date à laquelle elle a été informée de la
         décision de la Commission de transférer l’appui technique à la mise en œuvre du programme ‘Tempus’ à l’EACEA, et le 31 août
         2008, date de prise d’effet du licenciement de [Mme Vandeuren], l’ETF a, d’une part, procédé à de nombreuses mutations internes, [et] d’autre part, recruté plusieurs agents
         temporaires. Or, le Tribunal constate que, avant d’ouvrir les procédures de recrutement pour ces postes, l’ETF n’a pas procédé,
         dans le cas de [Mme Vandeuren], à l’examen décrit au point précédent, mais a exigé de celle-ci qu’elle participe, comme n’importe quel autre
         candidat, aux procédures internes de sélection mises en place afin de pourvoir aux postes vacants, et que, dès lors, en agissant
         de la sorte, l’ETF a manqué à ses obligations.
      
      66      Certes, l’ETF indique, pour tenter de justifier la [décision de résiliation], que [Mme Vandeuren] n’aurait pas réellement cherché de solutions alternatives pour éviter son licenciement en ce que, notamment, elle
         n’aurait pas, ou peu, postulé pour occuper l’un des postes vacants au sein de l’ETF. Cependant il doit être relevé que, dès
         lors que c’est l’ETF qui a pris l’initiative de licencier [Mme Vandeuren], il ne saurait être pallié à l’absence de motif valable au licenciement par le reproche, formulé à l’égard de
         [Mme Vandeuren], de ne pas avoir postulé ou de n’avoir postulé qu’à peu d’offres d’emploi au sein de l’ETF. »
      
      82      À cet égard, il y a lieu de relever que, en indiquant que l’autorité compétente devait examiner préalablement au licenciement,
         conformément à l’article 47, sous c), i), du RAA, d’un agent engagé sur la base d’un contrat à durée indéterminée, si ledit
         agent ne pouvait pas être réaffecté à un autre poste existant ou devant être prochainement créé, le Tribunal de la fonction
         publique a formulé à l’égard de ladite autorité une obligation qui n’était pas prévue par le RAA.
      
      83      Certes, ainsi que le Tribunal de la fonction publique le rappelle au point 57 de l’arrêt attaqué, la stabilité d’emploi des
         contrats à durée indéterminée constitue un élément majeur de la protection des travailleurs concernés (arrêt de la Cour du
         22 novembre 2005, Mangold, C‑144/04, Rec. p. I‑9981, point 64), même si elle ne forme pas, en elle-même, un principe général
         de droit.
      
      84      Toutefois, l’article 2, sous a), du RAA, qui régit le contrat de travail de Mme Vandeuren, prévoit qu’est considéré comme agent temporaire l’agent engagé en vue d’occuper un emploi auquel un caractère
         temporaire a été conféré tandis que le statut confère aux fonctionnaires une plus grande stabilité d’emploi, dès lors que
         les hypothèses de cessation définitive des fonctions contre le gré de l’intéressé sont strictement encadrées.
      
      85      Même si, ainsi que le considère le Tribunal de la fonction publique au point 58 de l’arrêt attaqué et que M. Michel le fait
         valoir, les contrats de travail à durée indéterminée se distinguent, sous l’angle de la sécurité de l’emploi, des contrats
         de travail à durée déterminée, il ne saurait être nié que les agents du service public de l’Union engagés sur la base d’un
         contrat à durée indéterminée ne peuvent ignorer le caractère temporaire de leur engagement et le fait que celui-ci ne confère
         pas de garantie d’emploi.
      
      86      À cet égard, la notion d’« emploi permanent d’une des institutions », au sens de l’article 1er bis, paragraphe 1, du statut, n’englobe que les emplois expressément prévus comme « permanents » ou dénommés de manière semblable
         dans le budget et toute interprétation contraire conduirait à augmenter considérablement le nombre des emplois permanents
         consentis par l’autorité budgétaire, mettant ainsi en échec tant les attributions que les intentions de cette dernière (arrêt
         du Tribunal du 21 septembre 2011, Adjemian e.a./Commission, T‑325/09 P, Rec. p. II‑6515, point 77).
      
      87      Les emplois, compris dans le tableau des effectifs annexé à la section du budget afférente à chaque institution, et auxquels
         les autorités budgétaires ont conféré un caractère temporaire, doivent, conformément à l’article 2, sous a), et à l’article 9
         du RAA, être pourvus par des agents temporaires. Dans la mesure où ces emplois sont compris dans le tableau des effectifs,
         ils correspondent à des tâches permanentes définies de service public, lesquelles ne correspondent toutefois pas, en vertu
         du choix de l’autorité budgétaire, à un « emploi permanent », au sens défini au point 86 ci-dessus, qui aurait vocation à
         être pourvu par un fonctionnaire.
      
      88      Par ailleurs, si le statut prévoit en faveur des fonctionnaires, en son article 41, un régime de disponibilité pour le fonctionnaire
         touché par une mesure de réduction du nombre des emplois dans son institution, prévoyant, notamment, le droit de priorité,
         pendant une durée de deux ans, à compter de la mise en disponibilité, pour être réintégré dans tout emploi du groupe de fonctions
         dudit fonctionnaire correspondant à son grade, qui deviendrait vacant ou viendrait à être créé, sous réserve qu’il possède
         les aptitudes requises, le RAA ne prévoit aucun mécanisme analogue pour les agents temporaires. Pourtant, en l’espèce, c’est
         un droit de priorité similaire que le Tribunal de la fonction publique a défini en faveur des agents temporaires.
      
      89      Force est donc de constater que le Tribunal de la fonction publique, par l’obligation qu’il a définie aux points 60 et 63
         de l’arrêt attaqué, a modifié la nature de l’emploi d’agent temporaire telle qu’elle est définie par le RAA.
      
      90      Reste d’ailleurs sans incidence à cet égard le fait que, ainsi que M. Michel l’avance, le contrat de travail de Mme Vandeuren ne spécifiait pas qu’elle était engagée pour une fonction relevant spécifiquement de la gestion du programme Tempus,
         car il n’en demeure pas moins qu’elle avait été engagée en tant qu’agent temporaire et non en tant que fonctionnaire.
      
      91      Il y a toutefois encore lieu de vérifier si l’interprétation extensive des articles 2 et 47 du RAA à laquelle a procédé le
         Tribunal de la fonction publique pourrait se justifier compte tenu de l’obligation de l’AHCC de respecter le devoir de sollicitude.
      
      92      En effet, même si l’AHCC dispose d’une large marge d’appréciation dans l’application de l’article 47, sous c), i), du RAA,
         comme le Tribunal de la fonction publique l’a rappelé à juste titre au point 58 de l’arrêt attaqué, afin de déterminer si
         une circonstance ou un fait particulier justifie le licenciement d’un agent sous contrat à durée indéterminée, l’autorité
         compétente doit tenir compte de l’intérêt du service, mais également, pour satisfaire à son devoir de sollicitude, de l’intérêt
         de l’agent concerné. À cet égard, même s’il est vrai que l’autorité compétente dispose d’un large pouvoir d’appréciation dans
         l’évaluation de l’intérêt du service et que, partant, le contrôle du juge de l’Union doit se limiter à la question de savoir
         si l’autorité concernée s’est tenue dans des limites raisonnables et n’a pas usé de son pouvoir d’appréciation de manière
         manifestement erronée, lorsqu’elle statue à propos de la situation d’un agent, le devoir de sollicitude, qui reflète l’équilibre
         des droits et des obligations réciproques entre l’autorité publique et ses agents, impose de prendre en considération l’ensemble
         des éléments qui sont susceptibles de déterminer sa décision, et notamment, l’intérêt de l’agent concerné (arrêt ETF/Landgren,
         point 77 supra, points 215 et 216).
      
      93      En l’espèce, force est de constater que le Tribunal de la fonction publique a d’abord correctement rappelé cette jurisprudence
         au point 59 de l’arrêt attaqué en indiquant que le respect du devoir de sollicitude obligeait l’autorité compétente à tenir
         compte à la fois de l’intérêt du service et de celui de l’agent.
      
      94      Toutefois, par la suite, ainsi qu’il résulte du passage de l’arrêt attaqué cité au point 81 ci-dessus, le Tribunal de la fonction
         publique a procédé à la mise en balance de l’intérêt du service et de celui de l’agent seulement après avoir défini préalablement
         l’obligation d’examen préalable de la possibilité de réaffectation de ce dernier. Il a indiqué, notamment, que c’était lors
         de la mise en œuvre de cet examen qu’il fallait mettre en balance l’intérêt du service, lequel commandait de recruter la personne
         la plus apte pour le poste existant ou devant être créé prochainement, et celui de l’agent. Ledit Tribunal n’a donc pas pris
         en compte l’intérêt du service quand il a formulé, au point 60 de l’arrêt attaqué, le principe selon lequel la réduction du
         périmètre des activités d’une agence ne constituait un motif valable de licenciement que si ladite agence ne disposait pas
         de poste auquel l’agent concerné aurait pu être réaffecté.
      
      95      Cependant, contrairement à ce qu’a considéré le Tribunal de la fonction publique aux points 61 et 62 de l’arrêt attaqué et
         à ce que fait valoir M. Michel, l’existence de procédures internes de sélection particulières à l’agence concernée, s’appliquant
         en cas de vacances d’emploi ou en cas de mutations internes, peut être un élément de politique de gestion de personnel particulièrement
         adapté à la nature spécialisée des tâches attribuées à l’agence, amenant celle-ci, dans l’intérêt du service, à renvoyer l’agent
         touché par une réduction d’activité à la participation à de telles procédures pour trouver un nouvel emploi en son sein. Par
         ailleurs, l’encadrement dudit agent pour l’aider à trouver un nouvel emploi au sein de l’agence en suivant lesdites procédures
         de sélection standard peut participer à la prise en compte de l’intérêt de l’agent concerné et, donc, au respect du devoir
         de sollicitude.
      
      96      À cet égard, la question de savoir dans quelles circonstances l’AHCC a la possibilité de procéder à une réaffectation, relevée
         au point 61 de l’arrêt attaqué, doit être distinguée de celle de savoir s’il existe, dans un cas comme celui de l’espèce,
         une obligation de procéder à l’examen de la possibilité de réaffectation.
      
      97      De même, peut également être un élément pertinent dans la mise en balance de l’intérêt de l’agent et de celui du service,
         le fait que l’autorité compétente a examiné les possibilités d’un transfert de l’agent menacé de licenciement au sein d’une
         autre agence ou institution. À cet égard, le Tribunal de la fonction publique a insuffisamment tenu compte d’éventuels efforts
         entrepris par l’ETF pour obtenir le transfert à l’EACEA du personnel menacé de licenciement, tels que relevés, notamment,
         au point 48 de l’arrêt attaqué.
      
      98      Par ailleurs, s’agissant des spécificités des agences de l’Union, le Tribunal de la fonction publique s’est limité, au point 65
         de l’arrêt attaqué, à émettre des réserves s’agissant de l’argument de l’ETF tiré de ses contraintes budgétaires en constatant
         qu’elle avait néanmoins procédé à de nombreuses mutations et au recrutement de plusieurs agents temporaires entre la date
         à laquelle elle avait été informée de la décision de la Commission de transférer l’activité en cause relative au programme
         Tempus à l’EACEA et celle de la prise d’effet de la décision de résiliation. Ainsi, ledit Tribunal a fait abstraction du contexte
         particulier dans le cadre duquel les agences de l’Union opèrent généralement. Comme avancé par l’ETF et plusieurs intervenants,
         ces agences ne peuvent pas recruter des fonctionnaires, disposent d’un nombre limité de personnel et ont une mission spécifique,
         impliquant souvent le recrutement de spécialistes, circonstance qui peut rendre particulièrement pertinent le recours à des
         procédures mettant en concurrence plusieurs candidats pour des emplois non pourvus ou nouvellement créés. Ainsi, l’ETF a notamment
         fait valoir que la gestion du programme Tempus ne faisait pas partie de ses tâches habituelles.
      
      99      Il en résulte que, dans la mise en balance de l’intérêt du service et de celui de l’agent temporaire menacé de licenciement,
         le Tribunal de la fonction publique a privilégié l’intérêt dudit agent au détriment de celui de l’ETF et a, ainsi, interprété
         de manière erronée le devoir de sollicitude qui s’imposait à ladite agence ainsi que la notion d’intérêt du service. Le respect
         dudit devoir ne pouvait donc pas justifier l’interprétation extensive des articles 2 et 47 du RAA relevée ci-dessus.
      
      100    Par ailleurs, à titre surabondant, une telle interprétation ne saurait pas non plus, contrairement à ce que soutient M. Michel,
         être fondée sur l’article 30 de la charte des droits fondamentaux, à laquelle l’article 6, paragraphe 1, TUE reconnaît la
         même valeur juridique que les traités (voir, en ce sens, arrêts de la Cour du 22 novembre 2011, KHS, C‑214/10, Rec. p. I‑11757,
         point 37 ; du 3 mai 2012, Neidel, C‑337/10, point 40, et du 21 juin 2012, ANGED, C‑78/11, point 17). Cette disposition précise
         que tout travailleur a droit à une protection contre tout licenciement injustifié, conformément au droit de l’Union et aux
         législations et pratiques nationales.
      
      101    En effet, il y a lieu de relever que l’article 30 de la charte des droits fondamentaux ne définit pas d’obligations précises.
         Il ne saurait en être déduit qu’il existe nécessairement pour l’ETF, dans un cas comme celui de l’espèce, une obligation préalable
         d’examiner la possibilité de réaffectation de l’agent telle que celle définie par le Tribunal de la fonction publique. Cette
         disposition n’implique pas non plus que, compte tenu de toutes les circonstances factuelles de l’espèce, la décision de résiliation
         ne puisse pas être considérée comme étant justifiée. À cet égard, les contraintes opérationnelles particulières caractérisant
         les agences, l’existence de mesures d’accompagnement en faveur de l’agent menacé de licenciement ou l’examen des possibilités
         de son transfert au sein d’une autre agence ou institution peuvent, notamment, être considérés comme étant des circonstances
         pertinentes. 
      
      102    S’agissant, également à titre surabondant, des instruments juridiques relevant du droit du travail invoqués par M. Michel,
         il convient de relever que l’article 4 de la convention nº 158 de l’Organisation internationale du travail concernant la cessation
         de la relation de travail à l’initiative de l’employeur, adoptée le 22 juin 1982, indique qu’« [u]n travailleur ne devra pas
         être licencié sans qu’il existe un motif valable de licenciement lié à l’aptitude ou à la conduite du travailleur ou fondé
         sur les nécessités du fonctionnement de l’entreprise, de l’établissement ou du service », et que l’article 24, sous a), de
         la charte sociale européenne, signée à Turin le 18 octobre 1961, telle que révisée, garantit « le droit des travailleurs à
         ne pas être licenciés sans motif valable lié à leur aptitude ou conduite, ou fondé sur les nécessités de fonctionnement de
         l’entreprise, de l’établissement ou du service ». Sans qu’il y ait lieu de trancher la question de savoir si ces instruments
         juridiques s’appliquent à la relation de travail, régie par le RAA, entre un agent temporaire et une agence de l’Union, il
         y a lieu de considérer que l’existence d’une obligation telle que celle mise à la charge de l’entité confrontée au transfert
         d’une de ses activités à une autre entité, comme c’est le cas pour l’ETF en l’espèce, ne peut pas non plus nécessairement
         être déduite du libellé des textes précités.
      
      103    Enfin, en retenant une interprétation trop large du devoir de sollicitude qui s’impose à l’agence en cause en l’espèce et
         en formulant à son égard une obligation non prévue dans le RAA qui, de surcroît a, notamment d’un point de vue temporel, des
         contours flous, le Tribunal de la fonction publique n’a pas respecté les limites de ses compétences telles que rappelées au
         point 77 ci-dessus, qui consistent à examiner si l’autorité concernée s’est tenue dans des limites raisonnables et n’a pas
         usé de son pouvoir d’appréciation de manière manifestement erronée, et il a commis une erreur de droit justifiant l’annulation
         de l’arrêt attaqué. En effet, ainsi que la Commission le fait valoir à juste titre, en écartant d’emblée comme non pertinents,
         aux points 61 et 62 de l’arrêt attaqué, d’une part, certains arguments avancés par l’ETF en première instance dont, notamment,
         des considérations relatives à l’existence en son sein de règles internes prévoyant des procédures particulières de sélection
         en cas de vacance d’emploi pour les mutations internes des agents et, d’autre part, des arguments de l’ETF concernant les
         mesures d’accompagnement qu’elle avait prévues pour les agents temporaires concernés par le transfert des activités du programme
         Tempus ainsi que de ceux, mentionnés au point 66 de l’arrêt attaqué, relatifs à l’absence d’initiative concrète de Mme Vandeuren pour trouver un autre emploi par le biais des procédures standard de sélection pour les postes vacants au sein
         de l’ETF, le Tribunal de la fonction publique a vérifié non pas si l’autorité compétente s’était tenue, dans l’exercice de
         son pouvoir d’appréciation, dans des limites raisonnables, mais bien si elle n’avait absolument aucune autre possibilité que
         le licenciement.
      
      104    Or, pour rester dans le cadre fixé par la jurisprudence, le Tribunal de la fonction publique aurait dû examiner si, compte
         tenu des termes du contrat d’engagement de Mme Vandeuren, des dispositions du RAA applicables et de toutes les autres circonstances factuelles de l’espèce, dont, notamment,
         le transfert du programme Tempus, l’ancienneté de Mme Vandeuren, ses compétences et les mesures d’accompagnement prévues par l’ETF, cette dernière n’avait pas commis d’erreur
         manifeste d’appréciation en résiliant ledit contrat d’engagement dans le respect de son devoir de sollicitude.
      
      105    Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu d’accueillir, d’une part, le premier moyen en ses première, deuxième, troisième
         et cinquième branches et, d’autre part, la quatrième branche du troisième moyen.
      
      106    Dès lors, sans qu’il y ait lieu d’examiner ni la quatrième branche du premier moyen, ni les deuxième et quatrième moyens ni,
         par ailleurs, les deuxième et troisième branches du troisième moyen, l’arrêt attaqué doit être annulé pour autant qu’il a
         annulé la décision de résiliation et rejeté, par conséquent, la demande en réparation du préjudice matériel subi comme étant
         prématurée.
      
       Sur les conséquences de l’annulation de l’arrêt attaqué
      107    Conformément à l’article 13, paragraphe 1, de l’annexe I du statut de la Cour, lorsque le pourvoi est fondé, le Tribunal annule
         la décision du Tribunal de la fonction publique et statue lui-même sur le litige. Il renvoie l’affaire devant le Tribunal
         de la fonction publique pour qu’il statue lorsque le litige n’est pas en état d’être jugé.
      
      108    Il y a lieu de rappeler que le Tribunal a accueilli le premier moyen du pourvoi de l’ETF en ses première, deuxième, troisième
         et cinquième branches ainsi que la quatrième branche du troisième moyen au motif que l’appréciation du Tribunal de la fonction
         publique exposée, notamment, aux points 59 à 67 de l’arrêt attaqué, était entachée d’erreurs de droit. Or, étant donné que
         le Tribunal de la fonction publique a seulement examiné le grief tiré de la validité du motif de licenciement, sous-jacent,
         notamment, au deuxième moyen invoqué par Mme Vandeuren devant lui, sans examiner les autres moyens de la requête en première instance, le Tribunal considère qu’il n’est
         pas en mesure de juger l’affaire. Dès lors, il y a lieu de renvoyer cette dernière devant le Tribunal de la fonction publique
         pour qu’il statue sur les conclusions de l’intéressée tendant à l’annulation de la décision litigieuse (voir, en ce sens,
         arrêt de la Cour du 18 juillet 2007, AER/Karatzoglou, C‑213/06 P, Rec. p. I‑6733, point 47) ainsi que sur la demande de réparation
         du préjudice matériel subi, en ce qu’elle repose sur celle-ci, et de réserver les dépens.
      
       Sur les dépens
      109    L’affaire étant renvoyée devant le Tribunal de la fonction publique, il convient de réserver les dépens afférents à la présente
         procédure de pourvoi.
      
      Par ces motifs,
      LE TRIBUNAL (chambre des pourvois)
      déclare et arrête :
      1)      L’arrêt du Tribunal de la fonction publique de l’Union européenne (deuxième chambre) du 9 décembre 2010, Vandeuren/ETF (F‑88/08),
            est annulé en ce qu’il a annulé la décision de la Fondation européenne pour la formation (ETF) du 23 octobre 2007 portant
            résiliation du contrat d’agent temporaire à durée indéterminée de Mme Monique Vandeuren et a rejeté, par conséquent, sa demande de réparation du préjudice matériel subi comme étant prématurée.
      2)      Le pourvoi est rejeté pour le surplus.
      3)      L’affaire est renvoyée devant le Tribunal de la fonction publique.
      4)      Les dépens sont réservés.
      
               Jaeger
            
            
               Czúcz
            
            
               Papasavvas
            
         Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 4 décembre 2013.
      Signatures
      * Langue de procédure : le français.