CELEX: 62010CJ0104
Language: fr
Date: 2011-07-21 00:00:00
Title: Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 21 juillet 2011.#Patrick Kelly contre National University of Ireland (University College, Dublin).#Demande de décision préjudicielle: High Court - Irlande.#Directives 76/207/CEE, 97/80/CE et 2002/73/CE - Accès à la formation professionnelle - Égalité de traitement entre hommes et femmes - Rejet d’une candidature - Accès d’un candidat à une formation professionnelle aux informations concernant les qualifications des autres candidats.#Affaire C-104/10.

Affaire C-104/10
      Patrick Kelly
      contre
      National University of Ireland (University College, Dublin)
      (demande de décision préjudicielle, introduite par la High Court (Irlande))
      «Directives 76/207/CEE, 97/80/CE et 2002/73/CE — Accès à la formation professionnelle — Égalité de traitement entre hommes et femmes — Rejet d’une candidature — Accès d’un candidat à une formation professionnelle aux informations concernant les qualifications des autres candidats»
      Sommaire de l'arrêt
      1.        Politique sociale — Travailleurs masculins et travailleurs féminins — Accès à l'emploi et conditions de travail — Égalité
            de traitement — Charge de la preuve dans les cas de discrimination
      (Directive du Conseil 97/80, art. 4, § 1)
      2.        Politique sociale — Travailleurs masculins et travailleurs féminins — Accès à l'emploi et conditions de travail — Égalité
            de traitement
      (Directive du Parlement européen et du Conseil 2002/73, art. 1er, point 3; directive du Conseil 76/207, art. 4)
      3.        Politique sociale — Travailleurs masculins et travailleurs féminins — Accès à l'emploi et conditions de travail — Égalité
            de traitement — Charge de la preuve dans les cas de discrimination
      (Directives du Parlement européen et du Conseil 95/46 et 2002/58; directive du Conseil 97/80)
      4.        Questions préjudicielles — Saisine de la Cour — Obligation de renvoi
      (Art. 267, § 3, TFUE)
      1.        L’article 4, paragraphe 1, de la directive 97/80, relative à la charge de la preuve dans les cas de discrimination fondée
         sur le sexe, doit être interprété en ce sens qu’il ne prévoit pas le droit pour un candidat à une formation professionnelle,
         qui estime que l’accès à celle-ci lui a été refusé en raison du non-respect du principe d’égalité de traitement, d’accéder
         à des informations détenues par l’organisateur de cette formation concernant les qualifications des autres candidats à cette
         même formation, afin qu’il soit en mesure d’établir des «faits qui permettent de présumer l’existence d’une discrimination
         directe ou indirecte», conformément à ladite disposition.
      
      Toutefois, il ne saurait être exclu qu’un refus  d’information de la part d’une partie défenderesse, dans le cadre de l’établissement
         de tels faits, puisse risquer de compromettre la réalisation de l’objectif poursuivi par ladite directive, et ainsi priver
         notamment l’article 4, paragraphe 1, de celle-ci de son effet utile, ce qu'il incombe à la juridiction nationale de vérifier.
      
      (cf. points 38-39, disp. 1)
      2.        L’article 4 de la directive 76/207, relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité de traitement entre hommes et femmes
         en ce qui concerne l’accès à l’emploi, à la formation et à la promotion professionnelles, et les conditions de travail, ou
         l’article 1er, point 3, de la directive 2002/73, modifiant la directive 76/207, doivent être interprétés en ce sens qu’ils
         ne prévoient pas le droit pour un candidat à une formation professionnelle d’accéder à des informations détenues par l’organisateur
         de celle-ci concernant les qualifications des autres candidats à cette même formation, soit lorsque ce candidat estime qu’il
         n’a pas eu accès à ladite formation selon les mêmes critères que les autres candidats et qu’il a été victime d’une discrimination
         fondée sur le sexe, visée à cet article 4, soit lorsque ledit candidat se plaint d’avoir été victime d’une discrimination
         fondée sur le sexe, visée audit article 1er, point 3, en ce qui concerne l’accès à cette formation professionnelle.
      
      (cf. point 48, disp. 2)
      3.        Dans le cas où un candidat à une formation professionnelle pourrait invoquer la directive 97/80, relative à la charge de la
         preuve dans les cas de discrimination fondée sur le sexe, afin d’accéder à des informations détenues par l’organisateur de
         cette formation concernant les qualifications des autres candidats à celle-ci, ce droit d’accès peut être affecté par des
         règles du droit de l’Union en matière de confidentialité.
      
      Ainsi, lorsqu'elles apprécient si un refus d’information de la part d’une partie défenderesse, dans le cadre de l’établissement
         de faits qui permettent de présumer l'existence d'une discrimination, risque de compromettre la réalisation de l’objectif
         poursuivi par la directive 97/80, et ainsi priver notamment l'article 4, paragraphe 1, de cette directive de son effet utile,
         les instances judiciaires nationales ou les autres instances compétentes doivent prendre en compte les règles de confidentialité
         découlant des actes du droit de l’Union, tels que la directive 95/46, relative à la protection des personnes physiques à l’égard
         du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, et la directive 2002/58, concernant
         le traitement des données à caractère personnel et la protection de la vie privée dans le secteur des communications électroniques
         (directive vie privée et communications électroniques). La protection des données à caractère personnel est également prévue
         à l’article 8 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.
      
      (cf. points 54-56, disp. 3)
      4.        L’obligation prévue à l’article 267, paragraphe 3, TFUE ne diffère pas selon qu’il existe, dans l’État membre considéré, un
         système juridique accusatoire ou un système juridique inquisitoire.
      
      L’article 267 TFUE confère aux juridictions nationales la faculté et, le cas échéant, leur impose l’obligation de renvoi préjudiciel
         dès que le juge constate soit d’office, soit à la demande des parties, que le fond du litige comporte une question à résoudre
         relevant du premier alinéa de cet article. Il en résulte que les juridictions nationales ont la faculté la plus étendue de
         saisir la Cour si elles considèrent qu’une affaire pendante devant elles soulève des questions comportant une interprétation
         ou une appréciation en validité des dispositions du droit de l’Union nécessitant une décision de leur part.
      
      En outre, le renvoi préjudiciel repose sur un dialogue de juge à juge, dont le déclenchement dépend entièrement de l’appréciation
         que fait la juridiction nationale de la pertinence et de la nécessité dudit renvoi. Ainsi, s’il appartient à la juridiction
         nationale d’apprécier si l’interprétation d’une règle de droit de l’Union est nécessaire pour lui permettre de résoudre le
         litige qui lui est soumis, eu égard au mécanisme de la procédure prévue à l’article 267 TFUE, il incombe à cette même juridiction
         de décider de quelle manière ces questions doivent être formulées. Si ladite juridiction est libre d’inviter les parties au
         litige dont elle est saisie à suggérer des formulations susceptibles d’être retenues pour l’énoncé des questions préjudicielles,
         il n’en demeure pas moins que c’est à elle seule qu’il incombe de décider en dernier lieu tant la forme que le contenu de
         celles-ci.
      
      (cf. points 61, 63-66, disp. 4)
ARRÊT DE LA COUR (deuxième chambre)
      21 juillet 2011 (*)
      
      «Directives 76/207/CEE, 97/80/CE et 2002/73/CE – Accès à la formation professionnelle – Égalité de traitement entre hommes et femmes – Rejet d’une candidature – Accès d’un candidat à une formation professionnelle aux informations concernant les qualifications des autres candidats»
      Dans l’affaire C‑104/10,
      ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par la High Court (Irlande),
         par décision du 29 janvier 2010, parvenue à la Cour le 24 février 2010,
      
      Patrick Kelly
      contre
      National University of Ireland (University College, Dublin),
      LA COUR (deuxième chambre),
      composée de M. J. N. Cunha Rodrigues, président de chambre, MM. A. Arabadjiev, A. Rosas (rapporteur), U. Lõhmus et Mme P. Lindh, juges,
      
      avocat général: M. P. Mengozzi,
      greffier: Mme L. Hewlett, administrateur principal,
      
      vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 13 janvier 2011,
      considérant les observations présentées:
      –        pour M. Kelly, par lui-même,
      –        pour la National University of Ireland (University College, Dublin), par Mme M. Bolger, SC, mandatée par M. E. O’Sullivan, solicitor,
      
      –        pour le gouvernement allemand, par M. J. Möller, en qualité d’agent,
      –        pour la Commission européenne, par M. M. van Beek et Mme N. Yerrell, en qualité d’agents,
      
      vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,
      rend le présent
      Arrêt
      1        La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation du droit de l’Union et, en particulier, de l’article 4 de
         la directive 76/207/CEE du Conseil, du 9 février 1976, relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité de traitement
         entre hommes et femmes en ce qui concerne l’accès à l’emploi, à la formation et à la promotion professionnelles, et les conditions
         de travail (JO L 39, p. 40), de l’article 4, paragraphe 1, de la directive 97/80/CE du Conseil, du 15 décembre 1997, relative
         à la charge de la preuve dans les cas de discrimination fondée sur le sexe (JO 1998, L 14, p. 6), et de l’article 1er, point 3, de la directive 2002/73/CE du Parlement européen et du Conseil, du 23 septembre 2002, modifiant la directive 76/207
         (JO L 269, p. 15). 
      
      2        Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant M. Kelly à la National University of Ireland (University
         College, Dublin) (ci-après l’«UCD»), à la suite du refus de cette dernière de divulguer des documents, dans une version non
         modifiée, relatifs au processus de sélection de candidats à une formation professionnelle.
      
       Le cadre juridique
       La réglementation de l’Union
       La directive 76/207
      3        La directive 76/207, applicable à la date des faits ayant donné lieu à la plainte pour discrimination fondée sur le sexe,
         à savoir au cours des mois de mars et d’avril 2002, prévoyait à son article 4:
      
      «L’application du principe de l’égalité de traitement en ce qui concerne l’accès à tous les types et à tous les niveaux d’orientation
         professionnelle, de formation, de perfectionnement et de recyclage professionnels, implique que les États membres prennent
         les mesures nécessaires afin que:
      
      a)      soient supprimées les dispositions législatives, réglementaires et administratives contraires au principe de l’égalité de
         traitement;
      
      b)      soient nulles, puissent être déclarées nulles ou puissent être amendées les dispositions contraires au principe de l’égalité
         de traitement qui figurent dans les conventions collectives ou dans les contrats individuels de travail, dans les règlements
         intérieurs des entreprises, ainsi que dans les statuts des professions indépendantes;
      
      c)      l’orientation, la formation, le perfectionnement et le recyclage professionnels, sous réserve de l’autonomie reconnue dans
         certains États membres à certains établissements privés de formation, soient accessibles selon les mêmes critères et aux mêmes
         niveaux sans discrimination fondée sur le sexe.»
      
      4        L’article 6 de la même directive disposait:
      
      «Les États membres introduisent dans leur ordre juridique interne les mesures nécessaires pour permettre à toute personne
         qui s’estime lésée par la non-application à son égard du principe de l’égalité de traitement au sens des articles 3, 4 et
         5 de faire valoir ses droits par voie juridictionnelle après, éventuellement, le recours à d’autres instances compétentes.»
      
       La directive 2002/73
      5        La directive 76/207 a été modifiée par la directive 2002/73, dont l’article 2, paragraphe 1, premier alinéa, énonce que les
         États membres devaient mettre en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour
         se conformer à celle-ci au plus tard le 5 octobre 2005. 
      
      6        La directive 2002/73 supprime, notamment, l’article 4 de la directive 76/207 et donne, conformément à son article 1er, point 3, le libellé suivant à l’article 3 de la directive 76/207:
      
      «1.      L’application du principe de l’égalité de traitement implique l’absence de toute discrimination directe ou indirecte fondée
         sur le sexe dans les secteurs public ou privé, y compris les organismes publics, en ce qui concerne: 
      
      [...]
      b)      l’accès à tous les types et à tous les niveaux d’orientation professionnelle, de formation professionnelle, de perfectionnement
         et de formation de reconversion, y compris l’acquisition d’une expérience pratique du travail; 
      
      [...]
      2.      À cette fin, les États membres prennent les mesures nécessaires pour que:
      a)      soient supprimées toutes dispositions législatives, réglementaires et administratives contraires au principe de l’égalité
         de traitement;
      
      b)      soient ou puissent être déclarées nulles et non avenues ou soient modifiées toutes dispositions contraires au principe de
         l’égalité de traitement qui figurent dans les contrats ou les conventions collectives, dans les règlements intérieurs des
         entreprises ainsi que dans les règles régissant les professions indépendantes et les organisations de travailleurs et d’employeurs.»
      
      La directive 97/80
      7        La directive 97/80, dont la date de transposition était fixée au 1er janvier 2001, instaure des règles relatives à la charge de la preuve dans les cas de discrimination fondée sur le sexe.
      
      8        Selon le treizième considérant de cette directive, l’appréciation des faits qui permettent de présumer l’existence d’une discrimination
         directe ou indirecte appartient à l’instance judiciaire nationale ou à une autre instance compétente, conformément au droit
         national et/ou aux pratiques nationales.
      
      9        Conformément au dix-huitième considérant de la même directive, la Cour de justice des Communautés européennes a affirmé que
         l’aménagement des règles concernant la charge de la preuve s’impose dès qu’il existe une apparence de discrimination et que,
         dans les cas où cette situation se vérifie, la mise en œuvre effective du principe de l’égalité de traitement requiert que
         la charge de la preuve revienne à la partie défenderesse.
      
      10      Selon l’article 1er de ladite directive, cette dernière vise à garantir que soient rendues plus efficaces les mesures prises par les États membres,
         en application du principe de l’égalité de traitement, qui permettent à toute personne qui s’estime lésée par la non-application
         à son égard du principe de l’égalité de traitement de faire valoir ses droits par voie juridictionnelle après, éventuellement,
         le recours à d’autres instances compétentes.
      
      11      En vertu de l’article 3, paragraphe 1, sous a), de la directive 97/80, celle-ci s’applique notamment aux situations couvertes
         par la directive 76/207.
      
      12      L’article 4, paragraphe 1, de la directive 97/80 est libellé comme suit:
      
      «Les États membres, conformément à leur système judiciaire, prennent les mesures nécessaires afin que, dès lors qu’une personne
         s’estime lésée par le non-respect à son égard du principe de l’égalité de traitement et établit, devant une juridiction ou
         une autre instance compétente, des faits qui permettent de présumer l’existence d’une discrimination directe ou indirecte,
         il incombe à la partie défenderesse de prouver qu’il n’y a pas eu violation du principe de l’égalité de traitement.»
      
       La réglementation nationale
      13      Il ressort de la décision de renvoi que les principes relatifs à la divulgation de documents en vertu de l’Order 57A rule
         6(6) des Circuit Court Rules correspondent aux principes relatifs à la communication des pièces («discovery») et à l’examen
         des documents («inspection») de l’Order 32 des Rules of the Circuit 2001-2006 et de l’Order 31 des Rules of the Superior Courts
         1986, telles que modifiées.
      
      14      En vertu de ces règles, la communication d’un document est accordée lorsqu’il peut être démontré que celui-ci est pertinent
         pour les questions soulevées par le litige et que, notamment, ce document est nécessaire pour statuer équitablement sur l’affaire.
      
      15      Nonobstant le fait qu’un document soit considéré à la fois comme pertinent et nécessaire, sa production peut être refusée,
         notamment si ce document est «privilégié» ou soumis à la confidentialité.
      
      16      En cas de conflit entre le droit d’obtenir la production d’un document, d’un côté, et le devoir de protéger la confidentialité
         ou de maintenir toute obligation ou droit en sens contraire, de l’autre côté, la juridiction nationale saisie du litige doit
         mettre en balance la nature de la demande formulée ainsi que le degré de confidentialité invoqué, d’une part, et l’intérêt
         du public à une divulgation intégrale dans le cadre de l’administration de la justice, d’autre part. 
      
       Le litige au principal et les questions préjudicielles
      17      M. Kelly est un professeur qualifié résidant à Dublin.
      
      18      L’UCD est un établissement d’enseignement supérieur. Pour la période académique couvrant les années 2002 à 2004, elle proposait
         une formation dénommée «Masters degree in Social Science (Social Worker) mode A» [maîtrise en sciences sociales (travailleur
         social) mode A].
      
      19      Le 23 décembre 2001, M. Kelly a introduit une demande auprès de ladite université pour être admis à suivre une telle formation.
         À la fin du processus de sélection des candidats, il a été informé, par une lettre du 15 mars 2002, que sa demande n’avait
         pas été retenue.
      
      20      N’étant pas satisfait de cette décision, M. Kelly a déposé, au mois d’avril 2002, une plainte formelle pour discrimination
         fondée sur le sexe auprès du Director of the Equality Tribunal, en soutenant qu’il était plus qualifié que la candidate de
         sexe féminin la moins qualifiée retenue pour suivre la formation susmentionnée.
      
      21      Le 2 novembre 2006, l’Equality Officer, auquel l’instruction de la plainte déposée par M. Kelly avait été confiée par le Director
         of the Equality Tribunal, a rendu une décision en vertu de laquelle le plaignant n’avait pas pu établir de prime abord une
         discrimination fondée sur le sexe. M. Kelly a formé un recours contre cette décision devant le Circuit Court (tribunal d’arrondissement).
      
      22      M. Kelly a également introduit, le 4 janvier 2007, une demande, en vertu de l’Order 57A rule 6(6) des Circuit Court Rules,
         qui a été transmise au Circuit Court, par laquelle il souhaitait que l’UCD dépose des copies des documents qui étaient précisés
         dans cette demande («disclosure», ci-après la «demande de divulgation»). Cette demande visait à obtenir la communication des
         copies des formulaires d’inscription conservés, des documents joints en annexes ou inclus dans lesdits formulaires ainsi que
         des «feuilles de scores» des candidats dont les formulaires d’inscription avaient été conservés.
      
      23      Le président du Circuit Court a rejeté la demande de divulgation par ordonnance du 12 mars 2007. Le 14 mars suivant, M. Kelly
         a introduit un recours contre ladite ordonnance devant la High Court.
      
      24      Le 23 avril 2007, M. Kelly a également introduit une demande devant la High Court, sollicitant que cette dernière procède
         à un renvoi préjudiciel à la Cour de justice des Communautés européennes. Le 14 mars 2008, ladite juridiction nationale a
         considéré qu’un tel renvoi était prématuré puisqu’elle n’avait pas encore statué sur la question de savoir si l’accès aux
         documents en question pouvait être accordé au titre du droit national. Après examen, la High Court est parvenue à la conclusion
         que, en vertu de ce droit, l’UCD ne devait pas divulguer, sous une forme non modifiée, les documents dont la communication
         était demandée par M. Kelly.
      
      25      Ayant des doutes sur la question de savoir si le rejet de la demande de divulgation est conforme ou non au droit de l’Union,
         la High Court a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes:
      
      «1)      L’article 4, paragraphe 1, de la directive 97/80 [...] donne-t-il le droit à un candidat à une formation professionnelle,
         qui estime qu’il ou elle s’est vu refuser l’accès à la formation professionnelle parce que le principe d’égalité de traitement
         ne lui a pas été appliqué, à accéder à des informations concernant les qualifications respectives des autres candidats à la
         formation en question, et en particulier des candidats qui ne se sont pas vu refuser l’accès à la formation professionnelle,
         de façon à ce que le candidat puisse établir ‘devant une juridiction ou une autre instance compétente, des faits qui permettent
         de présumer l’existence d’une discrimination directe ou indirecte’?
      
      2)      L’article 4 de la directive 76/207 [...] donne-t-il le droit à un candidat à une formation professionnelle, qui estime qu’il
         ou elle s’est vu refuser l’accès ‘selon les mêmes critères’ à la formation professionnelle et qu’il ou elle a été victime
         d’une discrimination ‘fondée sur le sexe’ en termes d’accès à la formation professionnelle, à accéder à des informations détenues
         par l’organisateur de la formation sur les qualifications respectives des autres candidats à la formation en question, et
         en particulier des candidats qui ne se sont pas vu refuser l’accès à la formation professionnelle?
      
      3)      L’article [1er, point 3,] de la directive 2002/73 [...], interdisant ‘toute discrimination directe ou indirecte fondée sur le sexe’ en ce
         qui concerne l’‘accès’ à une formation professionnelle, donne-t-il le droit à un candidat à une formation professionnelle,
         qui se plaint d’avoir été victime d’une discrimination ‘fondée sur le sexe’ en matière d’accès à la formation professionnelle,
         à accéder à des informations détenues par l’organisateur de la formation concernant les qualifications respectives des autres
         candidats à la formation en question, et en particulier des candidats qui ne se sont pas vu refuser l’accès à la formation
         professionnelle?
      
      4)      La nature de l’obligation prévue à l’article 267, paragraphe 3, TFUE diffère-t-elle lorsque l’État membre a un système juridique
         accusatoire (par opposition à inquisitoire) et, si oui, dans quelle mesure?
      
      5)      Le droit à obtenir des informations au titre des directives précitées peut-il être affecté par le fonctionnement des règles
         [de l’Union] ou nationales en matière de confidentialité?»
      
       Sur les questions préjudicielles
       Sur la première question
      26      Par sa première question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 4, paragraphe 1, de la directive 97/80
         doit être interprété en ce sens qu’il prévoit le droit pour un candidat à une formation professionnelle, qui estime que l’accès
         à celle-ci lui a été refusé en raison du non-respect du principe d’égalité de traitement, d’accéder à des informations détenues
         par l’organisateur de ladite formation concernant les qualifications des autres candidats à cette même formation, afin qu’il
         soit en mesure d’établir des «faits qui permettent de présumer l’existence d’une discrimination directe ou indirecte» conformément
         à ladite disposition.
      
       Argumentation des parties 
      27      M. Kelly fait valoir que l’article 4, paragraphe 1, de la directive 97/80 confère le droit à une personne, qui s’estime lésée
         par le non-respect à son égard du principe d’égalité de traitement, d’accéder aux informations qui, à supposer que ce principe
         ne lui a pas été appliqué à tort, établissent ou l’aident à établir, devant une juridiction ou une autre instance nationale
         compétente, des faits qui permettent de présumer l’existence d’une discrimination directe ou indirecte. Pour un candidat à
         une formation professionnelle qui s’estime lésé par le non-respect à son égard dudit principe, cela comprendrait des informations
         concernant les qualifications des autres candidats.
      
      28      Le gouvernement allemand soutient que le libellé de l’article 4, paragraphe 1, de la directive 97/80 ne contient aucune indication
         concernant l’octroi d’un droit à l’information. Cette disposition réglerait, ainsi que le font également valoir l’UCD et la
         Commission européenne, les conditions dans lesquelles un transfert de la charge de la preuve de la partie demanderesse à la
         partie défenderesse a eu lieu. Selon eux, un tel transfert n’est réalisé que dans les cas où un candidat a préalablement établi
         des faits qui permettent de présumer l’existence d’une discrimination directe ou indirecte. 
      
       Appréciation de la Cour
      29      La directive 97/80 énonce, à son article 4, paragraphe 1, que les États membres prennent les mesures nécessaires afin que,
         dès lors qu’une personne s’estime lésée par le non-respect à son égard du principe de l’égalité de traitement et établit,
         devant une juridiction ou une autre instance compétente, des faits qui permettent de présumer l’existence d’une discrimination
         directe ou indirecte, il incombe à la partie défenderesse de prouver qu’il n’y a pas eu violation dudit principe (voir arrêt
         du 10 mars 2005, Nikoloudi, C-196/02, Rec. p. I-1789, point 68). 
      
      30      Ainsi, c’est à la personne qui s’estime lésée par le non-respect du principe d’égalité de traitement qu’il incombe, dans un
         premier temps, d’établir des faits qui permettent de présumer l’existence d’une discrimination directe ou indirecte. C’est
         uniquement dans le cas où cette personne a établi de tels faits qu’il revient à la partie défenderesse, dans un deuxième temps,
         de prouver qu’il n’y a pas eu violation du principe de non-discrimination. 
      
      31      À cet égard, il ressort du treizième considérant de la directive 97/80 qu’il appartient à l’instance judiciaire nationale
         ou à une autre instance compétente d’apprécier, conformément au droit national et/ou aux pratiques nationales, les faits qui
         permettent de présumer l’existence d’une discrimination directe ou indirecte.
      
      32      Il incombe par conséquent à la juridiction de renvoi, ou à une autre instance irlandaise compétente, d’apprécier, conformément
         au droit irlandais et/ou aux pratiques nationales, si M. Kelly a établi des faits qui permettent de présumer l’existence d’une
         discrimination directe ou indirecte. 
      
      33      Toutefois, il convient de préciser que la directive 97/80, conformément à son article 1er, vise à garantir que soient rendues plus efficaces les mesures prises par les États membres, en application du principe d’égalité
         de traitement, qui permettent à toute personne qui s’estime lésée par la non-application à son égard de ce principe, de faire
         valoir ses droits par voie juridictionnelle après, éventuellement, le recours à d’autres instances compétentes. 
      
      34      Ainsi, si l’article 4, paragraphe 1, de ladite directive ne prévoit pas un droit spécifique en faveur d’une personne qui s’estime
         lésée par le non-respect à son égard du principe d’égalité de traitement d’accéder à des informations afin qu’elle soit en
         mesure d’établir des «faits qui permettent de présumer l’existence d’une discrimination directe ou indirecte» conformément
         à cette disposition, il n’en demeure pas moins qu’il ne saurait être exclu qu’un refus d’information de la part de la partie
         défenderesse, dans le cadre de l’établissement de tels faits, puisse risquer de compromettre la réalisation de l’objectif
         poursuivi par cette directive, et ainsi priver notamment ladite disposition de son effet utile.
      
      35      À cet égard, il convient de rappeler que les États membres ne sauraient appliquer une réglementation susceptible de mettre
         en péril la réalisation des objectifs poursuivis par une directive et, partant, de priver celle-ci de son effet utile (voir
         arrêt du 28 avril 2011, El Dridi, C‑61/11 PPU, non encore publié au Recueil, point 55).
      
      36      En effet, aux termes respectivement des deuxième et troisième alinéas de l’article 4, paragraphe 3, TUE, les États membres,
         notamment, «prennent toute mesure générale ou particulière propre à assurer l’exécution des obligations découlant des traités
         ou résultant des actes des institutions de l’Union» et «s’abstiennent de toute mesure susceptible de mettre en péril la réalisation
         des objectifs de l’Union», y compris ceux poursuivis par les directives (voir arrêt El Dridi, précité, point 56).
      
      37      En l’espèce, il ressort toutefois de la décision de renvoi que, si le président du Circuit Court a rejeté la demande de divulgation,
         force est de constater que l’UCD a proposé de fournir à M. Kelly une partie des informations qu’il demandait, point qui n’est
         pas contesté par ce dernier. 
      
      38      Dès lors, il convient de répondre à la première question que l’article 4, paragraphe 1, de la directive 97/80 doit être interprété
         en ce sens qu’il ne prévoit pas le droit pour un candidat à une formation professionnelle, qui estime que l’accès à celle-ci
         lui a été refusé en raison du non-respect du principe d’égalité de traitement, d’accéder à des informations détenues par l’organisateur
         de cette formation concernant les qualifications des autres candidats à cette même formation, afin qu’il soit en mesure d’établir
         des «faits qui permettent de présumer l’existence d’une discrimination directe ou indirecte», conformément à ladite disposition.
         
      
      39      Toutefois, il ne saurait être exclu qu’un refus  d’information de la part d’une partie défenderesse, dans le cadre de l’établissement
         de tels faits, puisse risquer de compromettre la réalisation de l’objectif poursuivi par ladite directive, et ainsi priver
         notamment l’article 4, paragraphe 1, de celle-ci de son effet utile. Il incombe à la juridiction de renvoi de vérifier si
         tel est le cas dans l’affaire au principal. 
      
       Sur les deuxième et troisième questions 
      40      Par ses deuxième et troisième questions, qu’il convient d’examiner ensemble, la juridiction de renvoi demande, en substance,
         si l’article 4 de la directive 76/207 ou l’article 1er, point 3, de la directive 2002/73 doivent être interprétés en ce sens qu’ils prévoient le droit pour un candidat à une formation
         professionnelle d’accéder à des informations détenues par l’organisateur de celle-ci concernant les qualifications des autres
         candidats à cette même formation, soit lorsque ce candidat estime qu’il n’a pas eu accès à ladite formation selon les mêmes
         critères que les autres candidats et qu’il a été victime d’une discrimination fondée sur le sexe, visée à ce même article
         4, soit lorsque ce candidat se plaint d’avoir été victime d’une discrimination fondée sur le sexe, visée audit article 1er, point 3, en ce qui concerne l’accès à cette formation professionnelle.
      
       Argumentation des parties
      41      M. Kelly considère que l’article 4 de la directive 76/207 ainsi que l’article 1er, point 3, de la directive 2002/73 confèrent le droit à celui qui estime qu’il s’est vu refuser l’accès à une formation professionnelle
         en raison d’une discrimination fondée sur le sexe à obtenir des informations concernant les qualifications des autres candidats
         à la formation professionnelle en question. 
      
      42      Le gouvernement allemand et la Commission font valoir que lesdites dispositions constituent des règles de fond concernant
         l’interdiction des discriminations fondées sur le sexe et qu’elles n’abordent pas la question des règles procédurales. Ils
         estiment que ces dispositions ne sont pas libellées de manière suffisamment concrète pour permettre de considérer qu’un droit
         à la mise en œuvre d’une mesure déterminée, tel qu’un droit à l’information, en découle. 
      
       Appréciation de la Cour
      43      Il ne ressort pas du libellé des articles 4 de la directive 76/207 ou 1er, point 3, de la directive 2002/73 qu’un candidat à une formation professionnelle dispose d’un droit d’accéder à des informations
         détenues par l’organisateur de celle-ci concernant les qualifications des autres candidats à cette même formation.
      
      44      En effet, l’article 4, sous c), de la directive 76/207 prévoit que l’application du principe d’égalité de traitement en ce
         qui concerne l’accès à tous les types et à tous les niveaux de formation professionnelle implique que les États membres prennent
         les mesures nécessaires afin que la formation professionnelle, sous réserve de l’autonomie reconnue dans certains États membres
         à certains établissements privés de formation, soit accessible selon les mêmes critères et aux mêmes niveaux sans discrimination
         fondée sur le sexe. 
      
      45      Quant à l’article 1er, point 3, de la directive 2002/73, il dispose que l’application du principe d’égalité de traitement implique l’absence de
         toute discrimination directe ou indirecte fondée sur le sexe dans les secteurs public ou privé, y compris les organismes publics,
         en ce qui concerne l’accès à tous les types et à tous les niveaux d’orientation professionnelle, de formation professionnelle,
         de perfectionnement et de formation de reconversion, y compris l’acquisition d’une expérience pratique du travail. À cette
         fin, les États membres prennent les mesures nécessaires pour que toutes dispositions législatives, réglementaires et administratives
         contraires au principe de l’égalité de traitement soient supprimées. 
      
      46      Lesdites dispositions visent en effet à mettre en œuvre l’application du principe d’égalité de traitement en ce qui concerne
         l’accès à la formation, mais elles laissent, conformément à l’article 288, troisième alinéa, TFUE, la compétence aux instances
         nationales, quant à la forme et aux moyens, de prendre les mesures nécessaires pour que «toutes dispositions législatives,
         réglementaires et administratives» contraires audit principe soient supprimées. 
      
      47      Ainsi, il ne peut être déduit desdites dispositions une obligation particulière visant à permettre l’accès à un candidat à
         une formation professionnelle aux informations concernant les qualifications des autres candidats à celle-ci.
      
      48      Dès lors, il convient de répondre aux deuxième et troisième questions que l’article 4 de la directive 76/207 ou l’article
         1er, point 3, de la directive 2002/73 doivent être interprétés en ce sens qu’ils ne prévoient pas le droit pour un candidat à
         une formation professionnelle d’accéder à des informations détenues par l’organisateur de celle-ci concernant les qualifications
         des autres candidats à cette même formation, soit lorsque ce candidat estime qu’il n’a pas eu accès à ladite formation selon
         les mêmes critères que les autres candidats et qu’il a été victime d’une discrimination fondée sur le sexe, visée à cet article
         4, soit lorsque ledit candidat se plaint d’avoir été victime d’une discrimination fondée sur le sexe, visée audit article
         1er, point 3, en ce qui concerne l’accès à cette formation professionnelle.
      
       Sur la cinquième question
      49      Par sa cinquième question, qu’il convient d’examiner avant la quatrième question, la juridiction de renvoi demande si le droit
         d’obtenir des informations au titre des directives 76/207, 97/80 et 2002/73 peut être affecté par des règles de l’Union ou
         nationales en matière de confidentialité.
      
      50      Eu égard à la réponse apportée aux trois premières questions et étant donné que, dans le cadre de la procédure prévue à l’article
         267 TFUE, la Cour n’est pas compétente pour interpréter le droit national, cette mission incombant exclusivement à la juridiction
         de renvoi (voir arrêts du 7 septembre 2006, Marrosu et Sardino, C‑53/04, Rec. p. I‑7213, point 54, ainsi que du 18 novembre
         2010, Georgiev, C-250/09 et C‑268/09, non encore publié au Recueil, point 75), il y a lieu de comprendre la cinquième question
         en ce sens que la juridiction de renvoi demande, en substance, si le droit éventuel d’invoquer l’une des directives citées
         dans les trois premières questions, afin d’accéder à des informations détenues par l’organisateur d’une formation professionnelle
         concernant les qualifications des candidats à celle-ci, peut être affecté par des règles du droit de l’Union en matière de
         confidentialité. 
      
       Argumentation des parties
      51      M. Kelly estime qu’un droit octroyé en vertu d’un acte juridiquement contraignant de l’Union, y compris une directive telle
         qu’elle est définie à l’article 288, troisième alinéa, TFUE, peut être affecté non pas par la législation nationale ou la
         mise en œuvre de celle-ci, mais uniquement par un autre acte juridiquement contraignant de l’Union. 
      
      52      L’UCD ainsi que le gouvernement allemand considèrent qu’il convient de répondre à cette question uniquement à titre subsidiaire,
         puisqu’un droit à l’information tel que décrit par le requérant au principal n’existe pas en vertu des articles 4 de la directive
         76/207 et 1er, point 3, de la directive 2002/73. Toutefois, si la Cour devait parvenir à la conclusion que ces dispositions conféraient
         un tel droit à M. Kelly, la confidentialité, qui est une notion reconnue par le droit de l’Union et consacrée dans plusieurs
         actes de cette dernière, primerait sur ce droit à l’information.
      
       Appréciation de la Cour
      53      Il convient de rappeler d’emblée que la Cour a jugé, au point 38 du présent arrêt, que l’article 4, paragraphe 1, de la directive
         97/80 ne prévoit pas le droit pour un candidat à une formation professionnelle, qui estime que l’accès à celle-ci lui a été
         refusé en raison du non-respect du principe d’égalité de traitement, d’accéder à des informations détenues par l’organisateur
         de cette formation concernant les qualifications des autres candidats à cette même formation, afin qu’il soit en mesure d’établir
         des «faits qui permettent de présumer l’existence d’une discrimination directe ou indirecte», conformément à ladite disposition.
      
      54      Toutefois, il a été également jugé, au point 39 du présent arrêt, qu’il ne saurait être exclu qu’un refus d’information de
         la part d’une partie défenderesse, dans le cadre de l’établissement de tels faits, puisse risquer de compromettre la réalisation
         de l’objectif poursuivi par la directive 97/80, et ainsi priver notamment ledit article 4, paragraphe 1, de son effet utile.
      
      55      En appréciant de telles circonstances, les instances judiciaires nationales ou les autres instances compétentes doivent prendre
         en compte les règles de confidentialité découlant des actes du droit de l’Union, tels que la directive 95/46/CE du Parlement
         européen et du Conseil, du 24 octobre 1995, relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données
         à caractère personnel et à la libre circulation de ces données (JO L 281, p. 31), et la directive 2002/58/CE du Parlement
         européen et du Conseil, du 12 juillet 2002, concernant le traitement des données à caractère personnel et la protection de
         la vie privée dans le secteur des communications électroniques (directive vie privée et communications électroniques) (JO
         L 201, p. 37), telle que modifiée par la directive 2009/136/CE du Parlement européen et du Conseil, du 25 novembre 2009 (JO
         L 337, p. 11). La protection des données à caractère personnel est également prévue à l’article 8 de la charte des droits
         fondamentaux de l’Union européenne.
      
      56      Dès lors, il convient de répondre à la cinquième question que, dans le cas où un candidat à une formation professionnelle
         pourrait invoquer la directive 97/80 afin d’accéder à des informations détenues par l’organisateur de cette formation concernant
         les qualifications des autres candidats à celle-ci, ce droit d’accès peut être affecté par des règles du droit de l’Union
         en matière de confidentialité. 
      
       Sur la quatrième question
      57      Par sa quatrième question, la juridiction de renvoi demande si la nature de l’obligation prévue à l’article 267, troisième
         alinéa, TFUE diffère selon qu’il existe, dans l’État membre considéré, un système juridique accusatoire ou un système juridique
         inquisitoire et, si tel est le cas, dans quelle mesure. 
      
       Argumentation des parties
      58      M. Kelly fait valoir que l’obligation pour une juridiction nationale statuant dans le cadre d’un système juridique accusatoire
         de poser des questions préjudicielles à la Cour est plus étendue que celle d’une juridiction d’un État membre dans lequel
         existe un système juridique inquisitoire, puisque ce sont les parties, et non la juridiction elle-même, qui dictent la forme,
         le contenu et le rythme de la procédure dans un système juridique accusatoire. Ainsi, dans celui-ci, une juridiction nationale
         ne saurait modifier matériellement une question soulevée par une partie ou soumettre à la Cour sa propre opinion concernant
         la manière dont la question devrait être tranchée. 
      
      59      L’UCD, le gouvernement allemand et la Commission s’accordent pour considérer que la nature de l’obligation prévue à l’article
         267, paragraphe 3, TFUE ne dépend pas des caractéristiques spécifiques des systèmes juridiques des États membres. En outre,
         il découlerait de l’arrêt du 6 octobre 1982, Cilfit e.a. (283/81, Rec. p. 3415), qu’il incombe à la juridiction nationale
         de décider si et, le cas échéant, de quelle manière il convient de poser les questions préjudicielles.
      
       Appréciation de la Cour
      60      Il ressort de la jurisprudence constante de la Cour que l’article 267 TFUE instaure un mécanisme de renvoi préjudiciel qui
         vise à prévenir des divergences dans l’interprétation du droit de l’Union que les juridictions nationales ont à appliquer
         et tend à assurer cette application en ouvrant au juge national un moyen d’éliminer les difficultés que pourrait soulever
         l’exigence de donner au droit de l’Union son plein effet dans le cadre des systèmes juridictionnels des États membres (voir,
         en ce sens, avis 1/09, du 8 mars 2011, non encore publié au Recueil, point 83 et jurisprudence citée).
      
      61      En effet, l’article 267 TFUE confère aux juridictions nationales la faculté et, le cas échéant, leur impose l’obligation de
         renvoi préjudiciel dès que le juge constate soit d’office, soit à la demande des parties, que le fond du litige comporte une
         question à résoudre relevant du premier alinéa de cet article. Il en résulte que les juridictions nationales ont la faculté
         la plus étendue de saisir la Cour si elles considèrent qu’une affaire pendante devant elles soulève des questions comportant
         une interprétation ou une appréciation en validité des dispositions du droit de l’Union nécessitant une décision de leur part
         (voir, notamment, arrêts du 16 décembre 2008, Cartesio, C-210/06, Rec. p. I‑9641, point 88, ainsi que du 22 juin 2010, Melki
         et Abdeli, C-188/10 et C-189/10, non encore publié au Recueil, point 41).
      
      62      En outre, la Cour a déjà jugé que le système instauré par l’article 267 TFUE en vue d’assurer l’unité de l’interprétation
         du droit de l’Union dans les États membres institue une coopération directe entre la Cour et les juridictions nationales par
         une procédure étrangère à toute initiative des parties (voir, notamment, arrêt Cartesio, précité, point 90).
      
      63      À cet égard, le renvoi préjudiciel repose sur un dialogue de juge à juge, dont le déclenchement dépend entièrement de l’appréciation
         que fait la juridiction nationale de la pertinence et de la nécessité dudit renvoi (arrêt Cartesio, précité, point 91).
      
      64      Ainsi, s’il appartient à la juridiction nationale d’apprécier si l’interprétation d’une règle de droit de l’Union est nécessaire
         pour lui permettre de résoudre le litige qui lui est soumis, eu égard au mécanisme de la procédure prévue à l’article 267
         TFUE, il incombe à cette même juridiction de décider de quelle manière ces questions doivent être formulées. 
      
      65      Si ladite juridiction est libre d’inviter les parties au litige dont elle est saisie à suggérer des formulations susceptibles
         d’être retenues pour l’énoncé des questions préjudicielles, il n’en demeure pas moins que c’est à elle seule qu’il incombe
         de décider en dernier lieu tant la forme que le contenu de celles-ci.
      
      66      En conséquence, il convient de répondre à la quatrième question que l’obligation prévue à l’article 267, paragraphe 3, TFUE
         ne diffère pas selon qu’il existe, dans l’État membre considéré, un système juridique accusatoire ou un système juridique
         inquisitoire.
      
       Sur les dépens
      67      La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi,
         il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que
         ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.
      
      Par ces motifs, la Cour (deuxième chambre) dit pour droit:
      1)      L’article 4, paragraphe 1, de la directive 97/80/CE du Conseil, du 15 décembre 1997, relative à la charge de la preuve dans
            les cas de discrimination fondée sur le sexe, doit être interprété en ce sens qu’il ne prévoit pas le droit pour un candidat
            à une formation professionnelle, qui estime que l’accès à celle-ci lui a été refusé en raison du non-respect du principe d’égalité
            de traitement, d’accéder à des informations détenues par l’organisateur de cette formation concernant les qualifications des
            autres candidats à cette même formation, afin qu’il soit en mesure d’établir des «faits qui permettent de présumer l’existence
            d’une discrimination directe ou indirecte», conformément à ladite disposition.
      Toutefois, il ne saurait être exclu qu’un refus d’information de la part d’une partie défenderesse, dans le cadre de l’établissement
            de tels faits, puisse risquer de compromettre la réalisation de l’objectif poursuivi par ladite directive, et ainsi priver
            notamment l’article 4, paragraphe 1, de celle-ci de son effet utile. Il incombe à la juridiction de renvoi de vérifier si
            tel est le cas dans l’affaire au principal. 
      2)      L’article 4 de la directive 76/207/CEE du Conseil, du 9 février 1976, relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité
            de traitement entre hommes et femmes en ce qui concerne l’accès à l’emploi, à la formation et à la promotion professionnelles,
            et les conditions de travail, ou l’article 1er, point 3, de la directive 2002/73/CE du Parlement européen et du Conseil, du 23 septembre 2002, modifiant la directive 76/207,
            doivent être interprétés en ce sens qu’ils ne prévoient pas le droit pour un candidat à une formation professionnelle d’accéder
            à des informations détenues par l’organisateur de celle-ci concernant les qualifications des autres candidats à cette même
            formation, soit lorsque ce candidat estime qu’il n’a pas eu accès à ladite formation selon les mêmes critères que les autres
            candidats et qu’il a été victime d’une discrimination fondée sur le sexe, visée à cet article 4, soit lorsque ledit candidat
            se plaint d’avoir été victime d’une discrimination fondée sur le sexe, visée audit article 1er, point 3, en ce qui concerne l’accès à cette formation professionnelle.
      3)      Dans le cas où un candidat à une formation professionnelle pourrait invoquer la directive 97/80 afin d’accéder à des informations
            détenues par l’organisateur de cette formation concernant les qualifications des autres candidats à celle-ci, ce droit d’accès
            peut être affecté par des règles du droit de l’Union en matière de confidentialité. 
      4)      L’obligation prévue à l’article 267, paragraphe 3, TFUE ne diffère pas selon qu’il existe, dans l’État membre considéré, un
            système juridique accusatoire ou un système juridique inquisitoire.
      Signature
      * Langue de procédure: l’anglais.