CELEX: 62008CO0415
Language: fr
Date: 2009-09-23 00:00:00
Title: Ordonnance de la Cour (sixième chambre) du 23 septembre 2009. # Complejo Agrícola, SA contre Commission des Communautés européennes. # Pourvoi - Protection des habitats naturels - Liste des sites d’importance communautaire pour la région biogéographique méditerranéenne - Décision de la Commission - Recours en annulation introduit par des personnes physiques ou morales - Recevabilité - Pourvoi manifestement non fondé. # Affaire C-415/08 P.

ORDONNANCE DU 23. 9. 2009 – AFFAIRE C-415/08 P 
      
      COMPLEJO AGRÍCOLA / COMMISSION
      ORDONNANCE DE LA COUR (sixième chambre)
      23 septembre 2009 (*)
      
      «Pourvoi – Protection des habitats naturels – Liste des sites d’importance communautaire pour la région biogéographique méditerranéenne – Décision de la Commission – Recours en annulation introduit par des personnes physiques ou morales – Recevabilité –  Pourvoi manifestement non fondé»
      Dans l’affaire C‑415/08 P,
      ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice, introduit le 18 septembre 2008,
      Complejo Agrícola SA, établie à Madrid (Espagne), représentée par Mes A. Menéndez Menéndez et G. Yanguas Montero, abogados,
      
      partie requérante,
      les autres parties à la procédure étant:
      Commission des Communautés européennes, représentée par Mmes D. Recchia et A. Alcover San Pedro, en qualité d’agents, ayant élu domicile à Luxembourg,
      
      partie défenderesse en première instance,
      soutenue par:
      Royaume d’Espagne, représenté par Me F. Díez Moreno, en qualité d’agent, ayant élu domicile à Luxembourg,
      
      partie intervenante en première instance,
      LA COUR (sixième chambre),
      composée de M. J.-C. Bonichot, président de chambre, M. L. Bay Larsen (rapporteur) et Mme C. Toader, juges,
      
      avocat général: Mme J. Kokott,
      
      greffier: M. R. Grass,
      l’avocat général entendu,
      rend la présente
      Ordonnance
      1        Par son pourvoi, Complejo Agrícola SA (ci-après «Complejo Agrícola») demande l’annulation de l’ordonnance du Tribunal de première
         instance des Communautés européennes du 14 juillet 2008, Complejo Agrícola/Commission (T-345/06, ci-après l’«ordonnance attaquée»),
         par laquelle celui-ci a rejeté comme irrecevable son recours visant à l’annulation partielle de l’article 1er de la décision 2006/613/CE de la Commission, du 19 juillet 2006, arrêtant, en application de la directive 92/43/CEE du Conseil,
         la liste des sites d’importance communautaire pour la région biogéographique méditerranéenne (JO L 259, p. 1), ainsi que de
         l’annexe 1 de celle-ci (ci‑après les «dispositions litigieuses»), dans la mesure où ces deux dispositions désignent le site
         dénommé «Acebuchales de la Campiña Sur de Cádiz», sur lequel se situe une exploitation agricole dont Complejo Agrícola est
         propriétaire, comme étant un site d’importance communautaire pour la région biogéographique méditerranéenne.
      
       Le cadre juridique
      2        Selon le sixième considérant de la directive 92/43/CEE du Conseil, du 21 mai 1992, concernant la conservation des habitats
         naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages (JO L 206, p. 7), telle que modifiée par le règlement (CE) n° 1882/2003
         du Parlement européen et du Conseil, du 29 septembre 2003 (JO L 284, p. 1, ci-après la «directive ‘habitats’»), il y a lieu,
         en vue d’assurer le rétablissement ou le maintien des habitats naturels et des espèces d’intérêt communautaire dans un état
         de conservation favorable, de désigner des zones spéciales de conservation afin de réaliser un réseau écologique européen
         cohérent suivant un calendrier défini.
      
      3        L’article 4 de la directive «habitats» dispose: 
      
      «1.      Sur la base des critères établis à l’annexe III (étape 1) et des informations scientifiques pertinentes, chaque État membre
         propose une liste de sites indiquant les types d’habitats naturels de l’annexe I et les espèces indigènes de l’annexe II qu’ils
         abritent. Pour les espèces animales qui occupent de vastes territoires, ces sites correspondent aux lieux, au sein de l’aire
         de répartition naturelle de ces espèces, qui présentent les éléments physiques ou biologiques essentiels à leur vie et reproduction.
         […]
      
      La liste est transmise à la Commission, dans les trois ans suivant la notification de la présente directive, en même temps
         que les informations relatives à chaque site. Ces informations comprennent une carte du site, son appellation, sa localisation,
         son étendue ainsi que les données résultant de l’application des critères spécifiés à l’annexe III (étape 1) et sont fournies
         sur la base d’un formulaire établi par la Commission selon la procédure visée à l’article 21.
      
      2.      Sur la base des critères établis à l’annexe III (étape 2) et dans le cadre de chacune des sept régions biogéographiques mentionnées
         à l’article 1er point c) iii) et de l’ensemble du territoire visé à l’article 2 paragraphe 1, la Commission établit, en accord avec chacun
         des États membres, un projet de liste des sites d’importance communautaire, à partir des listes des États membres, faisant
         apparaître les sites qui abritent un ou plusieurs types d’habitats naturels prioritaires ou une ou plusieurs espèces prioritaires.
      
      […]
      La liste des sites sélectionnés comme sites d’importance communautaire, faisant apparaître les sites abritant un ou plusieurs
         types d’habitats naturels prioritaires ou une ou plusieurs espèces prioritaires, est arrêtée par la Commission selon la procédure
         visée à l’article 21.
      
      3.      La liste mentionnée au paragraphe 2 est établie dans un délai de six ans après la notification de la présente directive.
      4.      Une fois qu’un site d’importance communautaire a été retenu en vertu de la procédure prévue au paragraphe 2, l’État membre
         concerné désigne ce site comme zone spéciale de conservation le plus rapidement possible et dans un délai maximal de six ans
         en établissant les priorités en fonction de l’importance des sites pour le maintien ou le rétablissement, dans un état de
         conservation favorable, d’un type d’habitat naturel de l’annexe I ou d’une espèce de l’annexe II et pour la cohérence de Natura
         2000, ainsi qu’en fonction des menaces de dégradation ou de destruction qui pèsent sur eux.
      
      5.      Dès qu’un site est inscrit sur la liste visée au paragraphe 2 troisième alinéa, il est soumis aux dispositions de l’article
         6 paragraphes 2, 3 et 4.»
      
      4        L’article 6 de cette directive est libellé comme suit:
      
      «[…]
      2.      Les États membres prennent les mesures appropriées pour éviter, dans les zones spéciales de conservation, la détérioration
         des habitats naturels et des habitats d’espèces ainsi que les perturbations touchant les espèces pour lesquelles les zones
         ont été désignées, pour autant que ces perturbations soient susceptibles d’avoir un effet significatif eu égard aux objectifs
         de la présente directive.
      
      3.      Tout plan ou projet non directement lié ou nécessaire à la gestion du site mais susceptible d’affecter ce site de manière
         significative, individuellement ou en conjugaison avec d’autres plans et projets, fait l’objet d’une évaluation appropriée
         de ses incidences sur le site eu égard aux objectifs de conservation de ce site. Compte tenu des conclusions de l’évaluation
         des incidences sur le site et sous réserve des dispositions du paragraphe 4, les autorités nationales compétentes ne marquent
         leur accord sur ce plan ou projet qu’après s’être assurées qu’il ne portera pas atteinte à l’intégrité du site concerné et
         après avoir pris, le cas échéant, l’avis du public.
      
      4.      Si, en dépit de conclusions négatives de l’évaluation des incidences sur le site et en l’absence de solutions alternatives,
         un plan ou projet doit néanmoins être réalisé pour des raisons impératives d’intérêt public majeur, y compris de nature sociale
         ou économique, l’État membre prend toute mesure compensatoire nécessaire pour assurer que la cohérence globale de Natura 2000
         est protégée. L’État membre informe la Commission des mesures compensatoires adoptées. 
      
      Lorsque le site concerné est un site abritant un type d’habitat naturel et/ou une espèce prioritaires, seules peuvent être
         évoquées des considérations liées à la santé de l’homme et à la sécurité publique ou à des conséquences bénéfiques primordiales
         pour l’environnement ou, après avis de la Commission, à d’autres raisons impératives d’intérêt public majeur.»
      
       Les antécédents du litige
      5        Le 19 juillet 2006, la Commission a adopté la décision 2006/613 qui arrête, en application de la directive «habitats», la
         liste des sites d’importance communautaire pour la région biogéographique méditerranéenne.
      
      6        Parmi les sites d’importance communautaire, inclus dans la liste en vertu de l’article 1er de cette décision et de l’annexe 1 de celle-ci, figure le site Acebuchales de la Campiña Sur de Cádiz sur lequel se situe
         une partie de l’exploitation agricole dont Complejo Agrícola est propriétaire.
      
      7        Selon l’article 2 de la décision 2006/613, les États membres sont les destinataires de cette décision.
      
       La procédure devant le Tribunal et l’ordonnance attaquée
      8        Par requête déposée au greffe du Tribunal le 4 décembre 2006, Complejo Agrícola a introduit le recours ayant donné lieu à
         l’ordonnance attaquée.
      
      9        La Commission a, par acte séparé déposé au greffe du Tribunal le 14 février 2007, soulevé une exception d’irrecevabilité au
         titre de l’article 114, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal.
      
      10      Par acte déposé au greffe du Tribunal le 8 mars 2007, le Royaume d’Espagne a demandé à intervenir au soutien de la Commission,
         demande à laquelle le président de la quatrième chambre du Tribunal a fait droit par ordonnance du 8 mai 2007.
      
      11      Par l’ordonnance attaquée, le Tribunal a rejeté ledit recours comme irrecevable, au motif que Complejo Agrícola n’est pas
         directement concernée par les dispositions litigieuses.
      
      12      Au point 41 de l’ordonnance attaquée, le Tribunal a considéré que la décision 2006/613 ne contient aucune disposition relative
         au régime de protection des sites d’importance communautaire, telle que des mesures de conservation ou des procédures d’autorisation
         à suivre. Selon le Tribunal, la décision 2006/613 se limitant à arrêter la liste des sites d’importance communautaire dans
         la région biogéographique méditerranéenne, la seule inclusion d’un site dans ladite liste n’impose pas d’obligations aux opérateurs
         économiques ou aux personnes privées. Ainsi, en n’imposant pas d’obligations aux propriétaires ou aux exploitants des biens
         fonciers en question, la décision 2006/613 ne peut pas être considérée comme affectant directement leurs droits ou l’exercice
         de ceux-ci.
      
      13      Au point 43 de l’ordonnance attaquée, il est indiqué qu’il incombe aux États membres concernés, et non à la Commission, de
         mettre en œuvre les obligations prévues à l’article 6 de la directive «habitats», qui sont, en vertu de l’article 4, paragraphe
         5, de celle-ci, applicables aux sites d’importance communautaire figurant dans la liste arrêtée par la Commission. Selon le
         Tribunal, il appartient à l’État membre concerné d’apprécier quelles sont les mesures de conservation nécessaires qui répondent
         aux exigences écologiques des types d’habitats et des espèces présentes sur les sites concernés, d’adopter les mesures qu’il
         considère appropriées pour éviter la détérioration des sites, d’évaluer et d’autoriser, le cas échéant, les projets susceptibles
         d’affecter les sites de manière significative ainsi que de prendre les mesures compensatoires nécessaires si, en dépit des
         conclusions négatives de l’évaluation, ces projets doivent être réalisés pour des raisons impératives d’intérêt public majeur.
         
      
      14      Le Tribunal a ainsi estimé, au point 44 de l’ordonnance attaquée, que ce sont les dispositions nationales transposant la directive
         «habitats», et non les dispositions litigieuses, qui sont susceptibles de créer des obligations pour Complejo Agrícola. Il
         a relevé que le fait qu’un État membre ait déjà adopté les dispositions mettant en œuvre la directive «habitats» n’implique
         pas que la marge d’appréciation dont dispose le Royaume d’Espagne pour la mise en œuvre de cette directive et des dispositions
         litigieuses est purement théorique, dès lors qu’il n’est pas exclu que les autorités espagnoles adoptent d’autres types de
         mesures à la suite des dispositions litigieuses.
      
      15      Le Tribunal en a conclu, au point 45 de l’ordonnance attaquée, que Complejo Agrícola n’étant pas directement concernée par
         les dispositions litigieuses, le recours en annulation formé contre ces dispositions devait être déclaré irrecevable sans
         qu’il y ait lieu d’examiner si elle était individuellement concernée par lesdites dispositions.
      
       Les conclusions des parties
      16      Dans son pourvoi, Complejo Agrícola conclut à ce qu’il plaise à la Cour:
      
      –        déclarer recevable le pourvoi;
      –        annuler l’ordonnance attaquée;
      –        renvoyer l’affaire devant le Tribunal, et
      –        condamner la Commission aux dépens dans le cadre du pourvoi.
      17      Dans son mémoire en réponse, la Commission conclut à ce qu’il plaise à la Cour:
      
      –        rejeter le pourvoi, et
      –        condamner Complejo Agrícola aux dépens. 
      18      Dans son mémoire en intervention, le Royaume d’Espagne conclut à ce qu’il plaise à la Cour:
      
      –        rejeter le pourvoi, et
      –        condamner Complejo Agrícola aux dépens.
       Sur le pourvoi
      19      En vertu de l’article 119 du règlement de procédure de la Cour, lorsque le pourvoi est, en tout ou en partie, manifestement
         irrecevable ou manifestement non fondé, la Cour peut, à tout moment, sur rapport du juge rapporteur, l’avocat général entendu,
         rejeter le pourvoi totalement ou partiellement, par voie d’ordonnance motivée, et ce sans ouvrir la procédure orale.
      
      20      À l’appui de son pourvoi, Complejo Agrícola soulève un moyen unique tiré de l’erreur de droit entachant l’appréciation du
         Tribunal selon laquelle elle n’est pas directement concernée par les dispositions litigieuses.
      
      21      À cet égard, il convient de rappeler que la recevabilité d’un recours introduit devant le Tribunal par une personne physique
         ou morale et tendant à l’annulation d’une décision dont elle n’est pas le destinataire est, en vertu de l’article 230 CE,
         quatrième alinéa, CE, subordonnée à la condition qu’elle soit directement et individuellement concernée par cette décision
         et que cette condition constitue une fin de non-recevoir d’ordre public que les juridictions communautaires peuvent à tout
         moment examiner, même d’office (voir, en ce sens, notamment, ordonnance du 5 juillet 2001, Conseil national des professions
         de l’automobile e.a./Commission, C-341/00 P, Rec. p. I-5263, point 32, ainsi que arrêt du 29 novembre 2007, Stadtwerke Schwäbisch
         Hall e.a./Commission, C-176/06 P, point 18).
      
      22      Il s’ensuit que, s’agissant de la recevabilité d’un recours en annulation formé devant le Tribunal, la Cour, saisie d’un pourvoi
         au titre de l’article 56 de son statut, est tenue de se prononcer, au besoin d’office, sur le moyen d’ordre public tiré de
         la méconnaissance de cette condition posée par l’article 230, quatrième alinéa, CE (arrêt Stadtwerke Schwäbisch Hall e.a./Commission,
         précité, point 18).
      
      23      En l’espèce, il est constant que Complejo Agrícola n’est pas le destinataire des dispositions litigieuses.
      
      24      Bien que la Commission ait soutenu que Complejo Agrícola n’était ni directement ni individuellement concernée par les dispositions
         litigieuses, le Tribunal ne s’est prononcé que sur la question de savoir si cette société était directement concernée par
         celles-ci.
      
      25      Or, à cet égard, à supposer même, ainsi que le fait valoir Complejo Agrícola, qu’elle puisse être considérée comme directement
         concernée par les dispositions litigieuses, encore faudrait-il qu’elle soit également individuellement concernée par celles-ci
         pour que son recours devant le Tribunal soit recevable. Or, tel n’est précisément pas le cas en l’espèce.
      
      26      En effet, selon une jurisprudence constante, les sujets autres que les destinataires d’une décision ne sauraient prétendre
         être individuellement concernés que si cette décision les atteint en raison de certaines qualités qui leur sont particulières
         ou d’une situation de fait qui les caractérise par rapport à toute autre personne et, de ce fait, les individualise d’une
         manière analogue à celle d’un destinataire (arrêts du 15 juillet 1963, Plaumann/Commission, 25/62, Rec. p. 197, 223, et du
         25 juillet 2002, Unión de Pequeños Agricultores/Conseil, C‑50/00 P, Rec. p. I‑6677, point 36).
      
      27      Dans la présente affaire, les dispositions litigieuses font partie de la décision 2006/613, adoptée en vertu de l’article
         4 de la directive «habitats», qui organise une procédure de classement des sites naturels en zones spéciales de conservation
         (ci-après les «ZSC») en vue de la réalisation d’un réseau écologique cohérent, dénommé «Natura 2000». 
      
      28      Or, il y a lieu de relever, à propos d’une décision analogue à la décision 2006/613, qui vise une série de territoires classés
         en tant que sites d’importance communautaire en vue de permettre la réalisation dudit réseau Natura 2000, que la Cour a déjà
         constaté la portée générale d’une telle décision à l’égard de tout intéressé dès lors qu’elle s’applique à tous les opérateurs
         qui, à quelque titre que ce soit, exercent ou sont susceptibles d’exercer, sur les territoires visés, des activités pouvant
         mettre en cause les objectifs de conservation poursuivis par la directive «habitats» (arrêt du 23 avril 2009, Sahlstedt e.a./Commission,
         C‑362/06 P, non encore publié au Recueil, point 28).
      
      29      S’il n’est pas exclu que certaines personnes puissent être individuellement concernées par une disposition malgré le fait
         que celle-ci a, par sa nature et sa portée, un caractère général (voir, en ce sens, arrêts du 18 mai 1994, Codorniu/Conseil,
         C-309/89, Rec. p. I‑1853, point 19, ainsi que du 22 juin 2006, Belgique et Forum 187/Commission, C-182/03 et C-217/03, Rec.
         p. I-5479, point 58), il convient toutefois de relever que la décision 2006/613 concerne Complejo Agrícola uniquement en tant
         qu’elle est titulaire de droits sur une exploitation agricole incluse dans un site d’intérêt communautaire retenu par la Commission
         aux fins de la mise en place d’un réseau écologique européen cohérent de ZCS, c’est-à-dire en vertu d’une situation objective
         de fait et de droit définie par la décision en cause, et non pas en fonction de critères propres à la catégorie des exploitants
         agricoles présents sur ce site (voir, en ce sens, arrêt Sahlstedt e.a./Commission, précité, point 32).
      
      30      Au demeurant, la décision 2006/613 n’ayant pas été arrêtée au vu de la situation particulière des exploitants agricoles présents
         sur le site d’importance communautaire, elle ne saurait dès lors être considérée comme un faisceau de décisions individuelles
         adressées à chaque exploitant agricole (voir arrêt Sahlstedt e.a./Commission, précité, point 33).
      
      31      Il s’ensuit que Complejo Agrícola n’est pas individuellement concernée par les dispositions litigieuses, au sens de l’article
         230, quatrième alinéa, CE.
      
      32      Les conditions de recevabilité posées par l’article 230, quatrième alinéa, CE étant cumulatives, le moyen unique tiré de l’erreur
         de droit entachant l’appréciation du Tribunal selon laquelle Complejo Agrícola n’est pas directement concernée par les dispositions
         litigieuses doit être rejeté comme inopérant dès lors que Complejo Agrícola n’est, en tout état de cause, pas individuellement
         concernée par lesdites dispositions.
      
      33      Par conséquent, le pourvoi doit être rejeté comme manifestement non fondé.
      
       Sur les dépens
      34      Aux termes de l’article 69, paragraphe 2, du règlement de procédure, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article
         118 du même règlement, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. La Commission ayant
         conclu à la condamnation de Complejo Agrícola et celle-ci ayant succombé en ses conclusions, il y a lieu de condamner cette
         dernière aux dépens.
      
      35      En application de l’article 69, paragraphe 4, premier alinéa, du règlement de procédure, également applicable à la procédure
         de pourvoi en vertu de l’article 118 du même règlement, les États membres qui sont intervenus au litige supportent leurs propres
         dépens. Dès lors, il y a lieu de décider que le Royaume d’Espagne supportera ses propres dépens.
      
      Par ces motifs, la Cour (sixième chambre) ordonne:
      1)      Le pourvoi est rejeté.
      2)      Complejo Agrícola SA est condamnée aux dépens.
      3)      Le Royaume d’Espagne supporte ses propres dépens.
      Signatures
      * Langue de procédure: l’espagnol.