CELEX: 62006FO0087
Language: fr
Date: 2007-03-27 00:00:00
Title: Ordonnance du Tribunal de la fonction publique (première chambre) du 27 mars 2007. # Thierry Manté contre Conseil de l'Union européenne. # Fonctionnaires - Rémunération - Indemnité d'installation - Expert national détaché nommé fonctionnaire - Répétition de l'indu - Irrecevabilité manifeste. # Affaire F-87/06.

ORDONNANCE DU TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE (première chambre)
      
      27 mars 2007
      
      Affaire F-87/06
      
      Thierry Manté
      contre
      Conseil de l’Union européenne
      « Fonctionnaires – Rémunération – Indemnité d’installation – Expert national détaché nommé fonctionnaire – Répétition de l’indu – Irrecevabilité manifeste »
      Objet : Recours, introduit au titre des articles 236 CE et 152 EA, par lequel M. Manté, ancien expert national détaché devenu fonctionnaire
         des Communautés européennes, demande, d’une part, l’annulation de la décision de l’autorité investie du pouvoir de nomination
         du 22 août 2005 lui refusant l’octroi de l’indemnité d’installation et ordonnant la récupération des montants versés à ce
         titre, prise ensemble avec les décisions de la même autorité, adoptées respectivement le 17 octobre 2005 rejetant sa demande
         de reconsidération de la décision susmentionnée du 22 août 2005, et le 10 mai 2006 rejetant sa réclamation, et, d’autre part,
         la réparation du préjudice qu’il estime avoir subi.
      
      Décision : Le recours est rejeté comme manifestement irrecevable. Le Conseil supporte, outre ses propres dépens, la moitié des dépens
         de M. Manté.
      
      
      Sommaire
      
      Procédure – Décision prise par voie d’ordonnance motivée – Conditions – Recours manifestement irrecevable ou manifestement
            dépourvu de tout fondement en droit
      (Règlement de procédure du Tribunal de première instance, art. 111 ; statut des fonctionnaires, art. 90 et 91 ; décision du
            Conseil 2004/752, art. 3, § 4)
      
      Dans l’hypothèse d’un recours manifestement irrecevable, la possibilité de statuer, sans poursuivre la procédure, par voie
         d’ordonnance motivée, prévue par l’article 111 du règlement de procédure du Tribunal de première instance, ne s’applique pas
         aux seuls cas où la méconnaissance des règles en matière de recevabilité est à ce point évidente et flagrante qu’aucun argument
         sérieux ne peut être invoqué en faveur de la recevabilité, mais également aux cas dans lesquels, à la lecture du dossier,
         la formation de jugement, s’estimant suffisamment éclairée par les pièces du dossier, est entièrement convaincue de l’irrecevabilité
         de la requête, du fait notamment que cette dernière méconnaît les exigences posées par une jurisprudence constante, et considère,
         de surcroît, que la tenue d’une audience ne serait pas de nature à offrir le moindre élément nouveau à cet égard. Dans une
         telle hypothèse, le rejet de la requête, par voie d’ordonnance motivée, non seulement contribue à l’économie du procès, mais
         épargne également aux parties les frais que la tenue d’une audience comporterait.
      
      Tel est le cas lorsque le requérant, en méconnaissance de la jurisprudence constante selon laquelle le fonctionnaire, en présence
         d’un acte lui faisant grief, doit utiliser la procédure de réclamation prévue à l’article 90, paragraphe 2, du statut, introduit
         une simple demande sollicitant le réexamen d’un acte constituant manifestement un acte faisant grief et, ensuite, une réclamation
         contre la réponse de l’administration à cette demande, en ne respectant pas les délais de réclamation et de recours prévus
         par les articles 90 et 91 du statut.
      
      Au surplus, l’indication contenue dans la décision portant rejet de la demande que le requérant avait introduite contre l’acte
         faisant grief, indication selon laquelle cette décision pouvait faire l’objet d’une réclamation, ne peut cependant avoir pour
         effet de permettre l’application de la jurisprudence sur l’erreur excusable au profit du requérant, la condition d’application
         de cette jurisprudence tenant à l’exigence d’une confusion admissible dans l’esprit d’un fonctionnaire faisant preuve de toute
         la diligence requise d’une personne normalement avertie n’étant pas remplie dans le cas d’espèce ; c’est, en effet, de son
         plein gré, et non pas en raison d’un comportement de l’institution de nature à l’induire en erreur, que le requérant a choisi
         de réagir contre l’acte faisant grief par l’introduction d’une demande ; dans de telles circonstances, la jurisprudence sur
         l’erreur excusable ne pourrait être invoquée par le requérant que si celui‑ci, éprouvant des doutes quant à la régularité
         de la procédure engagée par l’introduction de la demande et s’apprêtant à former une réclamation dans le délai réglementaire
         de trois mois à compter de l’acte faisant grief, y avait renoncé, du fait que l’indication susmentionnée l’avait convaincu
         de la régularité de sa démarche initiale.
      
      (voir points 15, 16, 19, 20 et 23 à 26)
      Référence à :
      Tribunal de première instance : 7 juin 1991, Weyrich/Commission, T‑14/91, Rec. p. II‑235, points 32 et 34 ; 1er avril 2003, Mascetti/Commission, T‑11/01, RecFP p. I‑A‑117 et II‑579, point 33
      
      Tribunal de la fonction publique : 28 juin 2006, Le Maire/Commission, F‑27/05, RecFP p. I‑A‑1‑47 et II‑A‑1‑159, point 36
ORDONNANCE DU TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE DE L’UNION EUROPÉENNE (première chambre)
      27 mars 2007 (*)
      
      « Fonctionnaires – Rémunération – Indemnité d’installation – Expert national détaché nommé fonctionnaire – Répétition de l’indu – Irrecevabilité manifeste »
      Dans l’affaire F‑87/06,
      ayant pour objet un recours introduit au titre des articles 236 CE et 152 EA,
      Thierry Manté, fonctionnaire du Conseil de l’Union européenne, demeurant à Woluwe-Saint-Pierre (Belgique), représenté par Mes S. Rodrigues et C. Bernard-Glanz, avocats,
      
      partie requérante,
      contre
      Conseil de l’Union européenne, représenté par Mmes M. Simm et I. Šulce, en qualité d’agents,
      
      partie défenderesse,
      LE TRIBUNAL (première chambre),
      composé de MM. H. Kreppel, président, H. Tagaras (rapporteur) et S. Gervasoni, juges,
      greffier : Mme W. Hakenberg,
      
      rend la présente
      Ordonnance
      1        Par requête parvenue au greffe du Tribunal le 3 août 2006 par télécopie (le dépôt de l’original étant intervenu le 7 août
         suivant), le requérant, ancien expert national détaché (ci-après l’« END »), devenu fonctionnaire des Communautés européennes,
         demande, d’une part, l’annulation de la décision de l’autorité investie du pouvoir de nomination (ci-après l’« AIPN »), du
         22 août 2005, par laquelle lui a été refusé l’octroi de l’indemnité d’installation et a été ordonnée la récupération des montants
         versés à ce titre, prise ensemble avec les décisions de l’AIPN adoptées respectivement le 17 octobre 2005, rejetant sa demande
         de reconsidération de la décision susmentionnée du 22 août 2005, et le 10 mai 2006, rejetant sa réclamation, d’autre part,
         la réparation du préjudice qu’il estime avoir subi.
      
       Faits à l’origine du litige
      2        Le requérant, alors militaire de carrière au sein de l’armée de l’air française, a été détaché, à compter du 1er juillet 2002, auprès du secrétariat général du Conseil de l’Union européenne en tant que END. Son détachement était prévu
         pour une période de trois ans, avec possibilité de prorogation pour une quatrième année. De ce fait, il a, en juin 2002, effectué
         son déménagement pour s’installer à Bruxelles, ledit déménagement ayant été remboursé conformément à l’article 15 de la décision
         2001/41/EC du Conseil, du 22 décembre 2000, relative au régime applicable aux END du secrétariat général du Conseil dans le
         cadre d’un régime d’échange entre des fonctionnaires du secrétariat général du Conseil et des fonctionnaires des administrations
         nationales ou des organisations internationales (JO 2001, L 11, p. 35), lequel réserve le remboursement des frais de déménagement
         à l’END qui se trouve obligé de déplacer sa résidence au lieu de son affectation.
      
      3        Suite à sa réussite au concours général Conseil/416/A, le requérant a été nommé, au 1er mars 2004, fonctionnaire stagiaire de grade A 5 – grade dénommé A*11 à compter du 1er mai 2004 – et a été titularisé avec effet au 1er décembre 2004.
      
      4        En date du 14 décembre 2004, le requérant a introduit une demande d’octroi de l’indemnité d’installation, accompagnée des
         justificatifs de l’achat d’une maison à Bruxelles.
      
      5        Par décision du 31 janvier 2005, l’AIPN a autorisé le paiement au requérant d’une indemnité d’installation d’un montant de
         14 582,42 euros, calculé en tenant compte du fait que l’intéressé avait droit à l’allocation de foyer.
      
      6        Le 22 août 2005, l’AIPN a pris une décision de répétition de ladite indemnité, au motif qu’elle avait été indûment versée
         au requérant. Selon le texte de cette décision, le requérant résidait déjà à Bruxelles lors de sa nomination comme fonctionnaire
         stagiaire, puisqu’il avait effectué son déménagement vers cette ville en juin 2002, les frais engagés ayant été alors remboursés
         par le Conseil. Aurait ainsi fait défaut en l’espèce la condition, prévue par l’article 5, paragraphe 1, de l’annexe VII du
         statut des fonctionnaires des Communautés européennes (ci-après le « statut »), suivant laquelle, pour bénéficier de l’indemnité
         d’installation, le fonctionnaire doit avoir été tenu de changer de résidence. Ladite décision prévoyait que, ainsi qu’il en
         avait été convenu avec le requérant, la récupération du montant indûment versé se ferait sur une durée de 36 mois, à compter
         du mois d’octobre 2005, par mensualités de 405 euros, la dernière mensualité devant s’élever à 405,42 euros.
      
      7        Par lettre du 28 août 2005, le requérant a sollicité la reconsidération de la décision du 22 août 2005.
      
      8        Par note du 17 octobre 2005, il a été répondu au requérant que, en dépit des éléments complémentaires qu’il avait communiqués,
         la décision du 22 août 2005 était maintenue. La réponse du 17 octobre 2005 contenait aussi un passage, selon lequel « [l]a
         présente réponse à [sa] demande p[ouvai]t faire l’objet d’une réclamation dans le délai et les conditions de l’article 90
         du statut ».
      
      9        Par note du 9 janvier 2006, enregistrée par l’institution le 11 janvier suivant, le requérant a introduit une réclamation
         contre la réponse du 17 octobre 2005, qu’il a considérée comme une décision rejetant sa demande de reconsidérer la répétition
         de l’indemnité d’installation qu’il avait perçue, prise ensemble avec son bulletin de rémunération du mois d’octobre 2005,
         qui faisait apparaître le premier prélèvement de 405 euros.
      
      10      Il a été répondu à cette réclamation par décision datée du 10 mai 2006. Après avoir déclaré faire abstraction du délai prévu
         à l’article 90, paragraphe 2, du statut, au motif que le passage de la décision du 17 octobre 2005, reproduit au point 8 ci-dessus,
         pouvait faire naître un doute quant au caractère confirmatif ou non de cette décision, l’AIPN a procédé à l’examen au fond
         des moyens avancés par le requérant et a conclu au rejet de la réclamation.
      
       Conclusions des parties
      11      Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        annuler la décision de l’AIPN du 22 août 2005 lui refusant l’octroi de l’indemnité d’installation et en ordonnant la récupération,
         ainsi que, d’une part, la décision de l’AIPN du 17 octobre 2005, rejetant sa demande, présentée du titre de l’article 90,
         paragraphe 1, du statut, et, d’autre part, la décision de l’AIPN du 10 mai 2006, rejetant sa réclamation, présentée au titre
         de l’article 90, paragraphe 2, du statut ; 
      
      –        condamner le Conseil à lui verser, à titre de réparation de son préjudice matériel, un montant correspondant aux sommes récupérées
         au titre de l’indemnité d’installation à la date de l’arrêt du Tribunal, montant majoré du taux d’intérêt en vigueur à cette
         date ;
      
      –        condamner le Conseil à lui verser un montant d’un euro symbolique, à titre de réparation de son préjudice moral ;
      –        condamner le Conseil aux dépens.
      12      Le Conseil conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        rejeter la requête ;
      –        statuer sur les dépens comme de droit.
       En droit
      13      Le Conseil excipe de l’irrecevabilité de la requête, au motif que la procédure précontentieuse s’est déroulée de manière irrégulière,
         dès lors que, pour contester la décision du 22 août 2005, qui constitue un acte faisant grief, le requérant a introduit une
         demande à la place d’une réclamation.
      
      14      Le requérant défend la recevabilité de sa requête. Il estime que la décision de l’AIPN du 17 octobre 2005, qui ne serait pas
         confirmative de la décision du 22 août 2005, constitue essentiellement une réponse explicite à sa demande du 28 août 2005,
         introduite au titre de l’article 90, paragraphe 1, du statut. Il observe à cet effet que la réponse du 17 octobre 2005 fait
         expressément mention des voies de recours de l’article 90 du statut. Il relève par ailleurs, d’une part, la reconnaissance
         par le Conseil, dans sa réponse à la réclamation du 9 janvier 2006, du fait que la mention des voies de recours pouvait se
         prêter à un malentendu, et, d’autre part, l’engagement dudit Conseil, dans cette même réponse, à faire abstraction du délai
         statutaire.
      
      15      Aux termes de l’article 111 du règlement de procédure du Tribunal de première instance des Communautés européennes, applicable
         mutatis mutandis au Tribunal, en vertu de l’article 3, paragraphe 4, de la décision 2004/752/CE, Euratom du Conseil, du 2
         novembre 2004, instituant le Tribunal de la fonction publique de l’Union européenne (JO L 333, p. 7), jusqu’à l’entrée en
         vigueur du règlement de procédure de ce dernier, lorsque le Tribunal est manifestement incompétent pour connaître d’un recours
         ou lorsque celui-ci est manifestement irrecevable ou manifestement dépourvu de tout fondement en droit, le Tribunal peut,
         sans poursuivre la procédure, statuer par voie d’ordonnance motivée. 
      
      16      En ce qui concerne en particulier l’hypothèse d’irrecevabilité manifeste, la disposition susmentionnée ne s’applique pas aux
         seuls cas où la méconnaissance des règles en matière de recevabilité est à ce point évidente et flagrante qu’aucun argument
         sérieux ne peut être invoqué en faveur de la recevabilité, mais également aux cas dans lesquels, à la lecture du dossier,
         la formation de jugement, s’estimant suffisamment éclairée par les pièces du dossier, est entièrement convaincue de l’irrecevabilité
         de la requête, du fait notamment que cette dernière méconnaît les exigences posées par une jurisprudence constante, et considère
         de surcroît que la tenue d’une audience ne serait pas de nature à offrir le moindre élément nouveau à cet égard. Dans une
         telle hypothèse, le rejet de la requête par voie d’ordonnance non seulement contribue à l’économie du procès, mais épargne
         également aux parties les frais que la tenue d’une audience comporterait.
      
      17      Tel est le cas en l’espèce.
      
      18      Il est en effet de jurisprudence constante que les articles 90 et 91 du statut subordonnent la recevabilité d’un recours à
         la condition d’un déroulement régulier, en ce qui concerne notamment les délais, de la procédure administrative préalable
         prévue par ces articles (ordonnances du Tribunal de première instance du 11 mai 1992, Whitehead/Commission, T‑34/91, Rec.
         p. II‑1723, point 18 ; du 15 février 1995, Moat/Commission, T‑112/94, RecFP p. I‑A‑37 et II‑135, point 20, et du 30 mars 2001,
         Tavares/Commission, T‑312/00, RecFP p. I‑A‑75 et II‑367, point 23) et que cette règle est d’ordre public, les délais n’étant
         à la disposition ni des parties ni du juge (arrêts de la Cour du 12 juillet 1984, Moussis/Commission, 227/83, Rec. p. 3133,
         point 12, et du 29 juin 2000, Politi/ETF, C‑154/99 P, Rec. p. I‑5019, point 15 ; arrêt du Tribunal de première instance du
         17 mai 2006, Lavagnoli/Commission, T‑95/04, RecFP p. I-A-2-121 et II-A-2-569, point 41).
      
      19      Il est en particulier de jurisprudence constante que, en présence d’un acte faisant grief, le fonctionnaire doit utiliser
         la procédure de réclamation, prévue à l’article 90, paragraphe 2, du statut, l’introduction d’une simple demande n’ayant aucun
         sens (voir, ordonnances du Tribunal de première instance du 7 juin 1991, Weyrich/Commission, T‑14/91, Rec. p. II‑235, points
         32 et 34, et du 1er avril 2003, Mascetti/Commission, T‑11/01, RecFP p. I‑A‑117 et II‑579, point 33 ; arrêt du Tribunal du 28 juin 2006, Le Maire/Commission,
         F‑27/05, RecFP p. I-A-1-47 et II-A-1-159, point 36).
      
      20      En l’espèce il ne fait aucun doute que la décision du 22 août 2005 constitue l’acte faisant grief. En effet, par cette décision,
         l’AIPN a, d’une part, considéré que l’indemnité d’installation avait été indûment versée au requérant et qu’elle allait être
         récupérée, d’autre part, fixé les modalités de cette récupération ; la décision en question a ainsi produit des effets juridiques
         obligatoires de nature à affecter directement et immédiatement les intérêts du requérant, en modifiant, de façon caractérisée,
         sa situation juridique, et présente donc des éléments et qualités qui sont précisément ceux des actes faisant grief (voir,
         en ce sens, arrêt du Tribunal de première instance du 10 juin 2004, Garroni/Parlement, T‑276/01, RecFP p. I‑A‑177 et II‑795,
         point 53 ; arrêt du Tribunal du 28 juin 2006, Grünheid/Commission, F‑101/05, RecFP p. I-A-1-55 et II-A-1-199, point 33). En
         revanche, la note du 17 octobre 2005, qui se limite à informer le requérant du refus du Conseil de retirer la décision susmentionnée
         du 22 août 2005, ne modifie en rien ses intérêts et sa situation juridique et n’a qu’un caractère purement confirmatif ; ainsi,
         et en dépit de son passage reproduit au point 8 ci‑dessus, elle ne peut pas être attaquée de manière recevable au moyen d’une
         réclamation. 
      
      21      Certes, la jurisprudence admet que la méconnaissance des règles en matière de délais de réclamation et de recours peut ne
         pas conduire au rejet de la requête pour irrecevabilité, dans les cas où cette méconnaissance est due à une erreur excusable
         de la part du fonctionnaire. Conformément à cette jurisprudence, la notion d’erreur excusable ne peut cependant viser que
         des circonstances exceptionnelles (arrêt de la Cour du 15 mai 2003, Pitsiorlas/Conseil et BCE, C‑193/01 P, Rec. p. I‑4837,
         point 22 ; arrêt du Tribunal de première instance du 10 avril 2003, Robert/Parlement, T‑186/01, RecFP p. I‑A‑131 et II‑631,
         point 54), notamment celles dans lesquelles l’institution aurait adopté un comportement de nature, à lui seul ou dans une
         mesure déterminante, à provoquer une confusion admissible dans l’esprit d’un justiciable de bonne foi et faisant preuve de
         toute la diligence requise d’une personne normalement avertie (voir, en ce sens, arrêt du Tribunal de première instance du
         2 mars 2004, Di Marzio/Commission, T‑14/03, RecFP p. I‑A‑43 et II‑167, point 40). 
      
      22      Force est de constater que la jurisprudence sur l’erreur excusable ne trouve pas à s’appliquer en l’espèce.
      
      23      En effet, c’est le requérant qui, de son plein gré et non sur les suggestions des services du Conseil ou en raison d’agissements
         de leur part de nature à l’induire en erreur, a choisi de réagir à la décision du 22 août 2005 par sa demande du 28 août 2005
         plutôt qu’au moyen d’une réclamation sur pied de l’article 90, paragraphe 2, du statut. Or, constituent des erreurs excusables,
         au sens de la jurisprudence précitée, uniquement celles dont l’origine se trouve dans un certain comportement de l’administration.
      
      24      Par ailleurs, la jurisprudence relative à l’erreur excusable exige une confusion admissible dans l’esprit d’un fonctionnaire
         faisant preuve de toute la diligence requise d’une personne normalement avertie. Or, ainsi qu’il a été indiqué au point 19
         ci-dessus, il est de jurisprudence constante que, en présence d’un acte faisant grief, tel que l’est incontestablement une
         décision annonçant à un fonctionnaire la récupération d’une indemnité versée, seule une réclamation peut être introduite de
         manière recevable. Le Tribunal relève de surcroît que le requérant est de grade relativement élevé et que, dès lors, il pourrait
         raisonnablement être attendu de lui qu’il n’ignore pas une règle consacrée par une telle jurisprudence (voir arrêts du Tribunal
         de première instance du 5 novembre 2002, Ronsse/Commission, T‑205/01, RecFP p. I‑A‑211 et II‑1065, point 47, et du 1er avril 2004, Gussetti/Commission, T‑312/02, RecFP p. I‑A‑125 et II‑547, points 82 et 83).
      
      25      Il est vrai que la note du 17 octobre 2005, informant le requérant du rejet de la demande par laquelle il sollicitait la reconsidération
         de la décision du 22 août 2005, qui lui faisait grief, indiquait qu’elle pouvait faire l’objet d’une réclamation. Cette indication,
         qui manque de fondement, ne peut cependant nullement être considérée comme ayant provoqué l’erreur de procédure commise par
         le requérant, à savoir l’introduction d’une simple demande de reconsidération à l’encontre de l’acte faisant grief. En effet,
         cette demande a été introduite plus d’un mois avant la note du 17 octobre 2005, qui évoque, de façon malheureuse, la possibilité
         d’introduire une réclamation à son encontre. Il ne peut ainsi être reproché au Conseil aucun comportement qui serait à l’origine
         de l’erreur de procédure commise par le requérant.
      
      26      Ce ne serait que si le requérant, éprouvant des doutes quant à la régularité de la procédure qu’il avait engagée le 28 août
         2005, s’était apprêté à introduire une réclamation dans le délai réglementaire expirant le 22 novembre 2005, que la mention
         portée dans la note du 17 octobre 2005 concernant la possibilité d’une réclamation aurait pu avoir pour effet de le convaincre
         de la régularité de sa démarche et donc l’induire en une erreur excusable au sens de la jurisprudence. Il n’est cependant
         nullement soutenu que tel a été le cas, les circonstances de l’espèce ne comportant, par ailleurs, pas la moindre indication
         en ce sens.
      
      27      Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée comme manifestement irrecevable.
      
      28      Dans ces conditions, le Tribunal n’a pas à se prononcer sur le fond de l’affaire. Il observe cependant, à titre surabondant,
         que le présent dossier comporte plusieurs éléments qui lui permettraient de conclure que le requérant avait déplacé sa résidence
         durant son affectation en tant qu’END à Bruxelles, ce qui le priverait du droit à l’indemnité d’installation lors de sa nomination
         comme fonctionnaire. Par ailleurs, selon la jurisprudence citée au point 24 ci-dessus, le grade relativement élevé du requérant
         constituerait un élément en sa défaveur quant à la question de savoir si, aux fins de l’application de l’article 85 du statut,
         prévoyant la répétition des sommes indûment versées aux personnes visées par le statut, il pouvait ou non avoir connaissance
         de l’irrégularité du versement de l’indemnité d’installation. 
      
       Sur les dépens
      29      Ainsi que le Tribunal l’a jugé dans son arrêt du 26 avril 2006, Falcione/Commission (F‑16/05, RecFP p. I-A-1-3 et II-A-1-7,
         points 77 à 86), aussi longtemps que le règlement de procédure du Tribunal, et, notamment, les dispositions particulières
         relatives aux dépens ne sont pas entrés en vigueur, il y a lieu de faire seulement application du règlement de procédure du
         Tribunal de première instance.
      
      30      Aux termes de l’article 87, paragraphe 3, deuxième alinéa, du règlement de procédure du Tribunal de première instance, le
         Tribunal peut condamner une partie, même gagnante, à rembourser à l’autre partie les frais qu’elle lui a fait exposer et qui
         sont jugés frustratoires ou vexatoires. Ainsi que le Tribunal l’a jugé dans son ordonnance du 16 mai 2006, Voigt/Commission
         (F‑55/05, RecFP p. I-A-1-15 et II-A-1-51, points 44 à 48), cette règle n’a pas été remise en cause par la décision 2004/752 et s’applique
         donc au Tribunal dans les mêmes conditions que devant le Tribunal de première instance.
      
      31      En l’espèce, le Tribunal observe, d’une part, que la note du 17 octobre 2005 comportait l’indication selon laquelle cette
         même note pouvait faire l’objet d’une réclamation, et, d’autre part, que dans sa réponse à la réclamation, l’AIPN, tout en
         concluant au rejet de cette dernière et en reconnaissant le caractère erroné de l’indication susmentionnée, déclarait faire
         abstraction du délai prévu à l’article 90, paragraphe 2, du statut.
      
      32      Tout en ayant conclu à l’irrecevabilité manifeste de la requête, le Tribunal admet que de telles affirmations sont de nature
         à avoir influé sur la décision du requérant de porter l’affaire en justice et qu’il est dès lors justifié de faire application
         de la règle précitée de l’article 87, paragraphe 3, deuxième alinéa, du règlement de procédure du Tribunal de première instance,
         d’autant que les deux affirmations du Conseil reprises au point 31 ci-dessus manquent de fondement et sont en contradiction
         avec la jurisprudence communautaire.
      
      33      En conséquence, il sera fait une juste appréciation des circonstances de la cause en décidant de mettre à la charge du Conseil,
         outre ses propres dépens, la moitié de ceux du requérant.
      
      Par ces motifs,
      LE TRIBUNAL (première chambre)
      ordonne :
      1)      Le recours est rejeté comme manifestement irrecevable.
      2)      Le Conseil de l’Union européenne supporte, outre ses propres dépens, la moitié des dépens de M. Manté.
      Fait à Luxembourg, le 27 mars 2007.
      
               Le greffier 
            
             
            
                      Le président
            
         
               W. Hakenberg 
            
             
            
                      H. Kreppel
            
         * Langue de procédure : le français.