CELEX: 62008FJ0080
Language: fr
Date: 2009-11-30
Title: Arrêt du Tribunal de la fonction publique (première chambre) du 30 novembre 2009. # Fritz Harald Wenig contre Commission des Communautés européennes. # Fonction publique - Fonctionnaires - Procédure disciplinaire - Suspension d’un fonctionnaire - Retenue sur la rémunération - Allégation de faute grave - Droits de la défense - Compétence - Absence de publication d’une délégation de pouvoir - Incompétence de l’auteur de l’acte attaqué. # Affaire F-80/08.

ARRÊT DU TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE (première chambre)
      
      30 novembre 2009 
      
      Affaire F‑80/08
      
      Fritz Harald Wenig
      contre
      Commission des Communautés européennes 
      « Fonction publique – Fonctionnaires – Procédure disciplinaire – Suspension d’un fonctionnaire – Retenue sur la rémunération – Allégation de faute grave – Droits de la défense – Compétence – Absence de publication d’une délégation de pouvoir – Incompétence de l’auteur de l’acte attaqué »
      Objet : Recours, introduit au titre des articles 236 CE et 152 EA, par lequel M. Wenig demande l’annulation de la décision de la Commission,
         du 18 septembre 2008, prise en application des articles 23 et 24 de l’annexe IX du statut des fonctionnaires des Communautés
         européennes, le suspendant pour une période indéterminée et ordonnant une retenue de 1 000 euros par mois sur sa rémunération
         pour une période maximale de six mois. Le requérant a, en outre, par requête séparée, demandé l’octroi du sursis à l’exécution
         de la décision litigieuse.
      
      Décision : La décision du 18 septembre 2008 par laquelle la Commission, en application des articles 23 et 24 de l’annexe IX du statut,
         a suspendu le requérant pour une période indéterminée et a ordonné une retenue de 1 000 euros par mois sur sa rémunération
         pour une période maximale de six mois est annulée. La Commission est condamnée aux dépens de l’instance au principal. Chaque
         partie supporte ses propres dépens de l’instance de référé.
      
      
      Sommaire
      
      1.      Fonctionnaires – Recours – Intérêt à agir – Fonctionnaire mis à la retraite
      (Statut des fonctionnaires, annexe IX, art. 24, § 2)
      2.      Fonctionnaires – Régime disciplinaire – Procédure disciplinaire
      (Statut des fonctionnaires, annexe IX)
      3.      Fonctionnaires – Régime disciplinaire – Sanction – Suspension
      4.      Recours en annulation – Moyens – Moyen tiré de l’incompétence de l’auteur d’un acte faisant grief – Moyen d’ordre public
      5.      Fonctionnaires – Autorité investie du pouvoir de nomination – Décision relative à l’exercice des pouvoirs dévolus à ladite
            autorité
      (Statut des fonctionnaires, art. 2)
      
      1.      Dès lors qu’une décision ayant suspendu le requérant pour une période indéterminée et ayant ordonné une retenue sur sa rémunération
         pour une période maximale de six mois a produit des effets non seulement sur la situation matérielle de celui-ci, mais aussi
         sur son honorabilité, ne prive d’objet le recours ni ne fait disparaître l’intérêt pour le requérant de solliciter l’annulation
         de la décision dans son ensemble le fait qu’elle a été implicitement mais nécessairement abrogée par la mise à la retraite
         du requérant et que, avant même l’introduction du recours, ladite décision, en tant qu’elle a ordonné une retenue sur la rémunération,
         était devenue caduque, puisque cette retenue, conformément à l’article 24, paragraphe 2, de l’annexe IX du statut, avait été
         limitée à une période de six mois.
      
      (voir points 33 à 35)
      Référence à :
      Cour : 22 décembre 2008, Gordon/Commission, C‑198/07 P, Rec. p. I‑10701, points 44 et 45
      
      2.      Selon l’article 6, paragraphe 1, de la convention européenne des droits de l’homme, toute personne a droit à ce que sa cause
         soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi par
         la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute
         accusation en matière pénale dirigée contre elle. Toutefois, une procédure de suspension et de retenue sur rémunération n’est
         pas judiciaire mais administrative, de sorte que la Commission ne saurait être qualifiée de « tribunal » au sens de l’article
         6 de ladite convention. Dès lors, le respect des obligations que cet article impose à un « tribunal » ne saurait être exigé
         de la Commission lorsqu’elle procède à la suspension d’un fonctionnaire et à des retenues sur sa rémunération.
      
      (voir points 57 à 59)
      Référence à :
      Cour : 16 juillet 1998, N/Commission, C‑252/97 P, Rec. p. I‑4871, point 52
      Tribunal de première instance : 17 octobre 1991, de Compte/Parlement, T‑26/89, Rec. p. II‑781, point 94 ; 21 novembre 2000,
         A/Commission, T‑23/00, RecFP p. I‑A‑263 et II‑1211, point 24
      
      
      3.      Le contrôle du juge communautaire en matière de bien-fondé d’une mesure de suspension d’un fonctionnaire ne saurait être que
         très restreint, eu égard au caractère provisoire d’une telle mesure. Le juge doit ainsi se limiter à contrôler si les allégations
         de faute grave présentent un caractère de vraisemblance suffisant et si celles-ci ne sont pas manifestement dénuées de tout
         fondement.
      
      (voir point 67)
      Référence à :
      Tribunal de première instance : 10 février 1999, Willeme/Commission, T‑211/98 R, RecFP p. I‑A‑15 et II 57, point 30
      
      4.      Le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur d’un acte faisant grief est un moyen d’ordre public qu’il appartient, en tout
         état de cause, au juge communautaire d’examiner d’office.
      
      (voir point 83)
      Référence à :
      Cour : 13 juillet 2000, Salzgitter/Commission, C‑210/98 P, Rec. p. I‑5843, point 56
      Tribunal de première instance : 13 juillet 2006, Vounakis/Commission, T‑165/04, RecFP p. I‑A‑2‑155 et II‑A‑2‑735, point 30
      Tribunal de la fonction publique : 13 décembre 2006, de Brito Sequeira Carvalho/Commission, F‑17/05, RecFP p. I‑A‑1‑149 et
         II‑A‑1‑577, point 51 ; 18 septembre 2007, Botos/Commission, F‑10/07, RecFP p. I‑A‑1‑0000 et II‑A‑1‑0000, point 78
      
      
      5.      Les décisions portant détermination de la répartition des pouvoirs dévolus à l’autorité investie du pouvoir de nomination
         constituent des règles d’organisation interne de l’institution. Ni les dispositions du traité ni celles du statut, et en particulier
         son article 2, ne prévoient que la publication de telles décisions serait une condition de leur entrée en vigueur et, dès
         lors, de leur opposabilité.
      
      Toutefois, le respect du principe de sécurité juridique, qui exige qu’un acte émanant des pouvoirs publics ne soit pas opposable
         aux justiciables avant que n’existe pour ceux-ci la possibilité d’en prendre connaissance, commande, alors même qu’aucune
         disposition écrite ne le prévoit expressément, que les décisions relatives à l’exercice des pouvoirs dévolus par le statut
         à l’autorité investie du pouvoir de nomination et par le régime applicable aux autres agents à l’autorité habilitée à conclure
         les contrats d’engagement fassent l’objet d’une mesure de publicité adéquate selon les modalités et les formes qu’il appartient
         à l’administration de déterminer.
      
      La Commission elle-même s’attache, en principe, à assurer la publicité des décisions relatives à l’exercice des pouvoirs dévolus
         par le statut à l’autorité investie du pouvoir de nomination et par le régime applicable aux autres agents à l’autorité habilitée
         à conclure les contrats d’engagement, puisque celles-ci sont habituellement publiées aux Informations administratives. Par
         ailleurs, l’impératif de sécurité juridique exige qu’une réglementation communautaire permette aux intéressés de connaître
         avec exactitude l’étendue des obligations qu’elle leur impose, dans la mesure où les justiciables doivent pouvoir connaître
         sans ambiguïté leurs droits et leurs obligations. Enfin, la nécessité d’assurer une publicité adéquate des décisions portant
         détermination de la répartition des pouvoirs dévolus par le statut à l’autorité investie du pouvoir de nomination et par le
         régime applicable aux autres agents à l’autorité habilitée à conclure les contrats d’engagement ressortit également aux règles
         de bonne administration en matière de gestion du personnel.
      
      L’obligation pesant sur la Commission d’assurer une publicité adéquate à une décision suspendant un fonctionnaire s’impose
         avec une rigueur particulière lorsqu’une telle compétence a été transférée à une personne unique, à savoir le membre de la
         Commission chargé du personnel, alors qu’elle relevait précédemment de l’autorité la plus élevée de la Commission, en l’occurrence
         le collège des commissaires. Or, une mesure prise par une seule personne offre au fonctionnaire qui en est destinataire un
         degré de protection moindre que celui garanti par une mesure émanant d’une autorité collégiale, puisqu’une autorité collégiale
         est à même, grâce à la délibération de ses membres, de prendre en considération un plus grand nombre d’informations pertinentes.
      
      (voir points 87, 89 à 91, 93, 94 et 96)
      Référence à :
      Cour : 30 mai 1973, De Greef/Commission, 46/72, Rec. p. 543, point 18 ; 25 janvier 1979, Racke, 98/78, Rec. p. 69, point 15 ;
         25 janvier 1979, Weingut Decker, 99/78, Rec. p. 101, point 3 ; 21 juin 2007, ROM-projecten, C‑158/06, Rec. p. I‑5103, point 25 ;
         11 décembre 2007, Skoma-Lux, C‑161/06, Rec. p. I‑10841, points 37 et 38
      
      Tribunal de première instance : 25 mars 1999, Hamptaux/Commission, T‑76/98, RecFP p. I‑A‑59 et II‑303, point 23
      Tribunal de la fonction publique : 9 juillet 2008, Kuchta/BCE, F‑89/07, RecFP p. I‑A‑1‑0000 et II‑A‑1‑0000, point 62
ARRÊT DU TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE (première chambre)
      
      30 novembre 2009 (*)
      
      « Fonction publique – Fonctionnaires – Procédure disciplinaire – Suspension d’un fonctionnaire – Retenue sur la rémunération – Allégation de faute grave – Droits de la défense – Compétence – Absence de publication d’une délégation de pouvoir – Incompétence de l’auteur de l’acte attaqué »
      Dans l’affaire F‑80/08,
      ayant pour objet un recours introduit au titre des articles 236 CE et 152 EA,
      Fritz Harald Wenig, fonctionnaire de la Commission des Communautés européennes, demeurant à Woluwé-Saint-Pierre (Belgique), représenté par Mes G.-A. Dal, D. Voillemot, D. Bosquet et S. Woog, avocats,
      
      partie requérante,
      contre
      Commission des Communautés européennes, représentée par MM. J. Currall et D. Martin, en qualité d’agents,
      
      partie défenderesse,
      LE TRIBUNAL (première chambre),
      composé de MM. S. Gervasoni, président, H. Kreppel (rapporteur) et H. Tagaras, juges,
      greffier : M. R. Schiano, administrateur,
      vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 16 juin 2009,
      rend le présent
      Arrêt
      1        Par requête déposée au greffe du Tribunal le 13 octobre 2008 par courriel (le dépôt de l’original étant intervenu le même
         jour), M. Wenig demande l’annulation de la décision du 18 septembre 2008 par laquelle la Commission des Communautés européennes,
         en application des articles 23 et 24 de l’annexe IX du statut des fonctionnaires des Communautés européennes (ci-après le
         « statut »), l’a suspendu pour une période indéterminée et a ordonné une retenue de 1 000 euros par mois sur sa rémunération
         pour une période maximale de six mois.
      
       Cadre juridique
      2        Aux termes de l’article 86 du statut :
      
      « 1. Tout manquement aux obligations auxquelles le fonctionnaire ou l’ancien fonctionnaire est tenu, au titre du présent statut,
         commis volontairement ou par négligence, l’expose à une sanction disciplinaire.
      
      […]
      3. Les règles, procédures et sanctions disciplinaires, ainsi que les règles et procédures régissant les enquêtes administratives,
         sont établies à l’annexe IX. »
      
      3        L’article 23 de l’annexe IX du statut est rédigé comme suit :
      
      « 1. En cas de faute grave alléguée à l’encontre d’un fonctionnaire par l’autorité investie du pouvoir de nomination, qu’il
         s’agisse d’un manquement à ses obligations professionnelles ou d’une infraction de droit commun, celle-ci peut à tout moment
         suspendre l’auteur de cette faute pour une période déterminée ou indéterminée.
      
      2. L’autorité investie du pouvoir de nomination prend cette décision après avoir entendu le fonctionnaire concerné, sauf circonstances
         exceptionnelles. »
      
      4        L’article 24, paragraphes 1 et 2, de l’annexe IX du statut est rédigé comme suit :
      
      « 1. La décision prononçant la suspension du fonctionnaire doit préciser si, pendant la période de suspension, l’intéressé
         conserve l’intégralité de sa rémunération ou si sa rémunération est frappée d’une retenue dont le montant doit être fixé par
         la même décision. Le montant versé au fonctionnaire ne peut en aucun cas être inférieur au minimum vital prévu par l’article
         6 de l’annexe VIII du présent statut, augmenté, le cas échéant, des allocations familiales.
      
      2. La situation du fonctionnaire suspendu doit être définitivement réglée dans un délai de six mois à compter du jour où la
         décision de suspension a pris effet. Lorsqu’aucune décision n’est intervenue à l’expiration du délai de six mois, l’intéressé
         reçoit à nouveau l’intégralité de sa rémunération, sous réserve du paragraphe 3. »
      
      5        Le 30 novembre 2007, la Commission a adopté la décision C(2007) 5730 relative à l’exercice des pouvoirs dévolus par le statut
         à l’autorité investie du pouvoir de nomination (ci-après l’« AIPN ») et par le régime applicable aux autres agents (ci-après
         le « RAA ») à l’autorité habilitée à conclure les contrats d’engagement (ci-après l’« AHCC »). L’article 1er, premier alinéa, de cette décision, qui a été publiée aux Informations administratives n° 57‑2007 du 6 décembre 2007, était ainsi rédigé :
      
      « Les pouvoirs dévolus par le statut […] à l’AIPN et par le RAA à l’AHCC pour ce qui concerne le personnel de la Commission
         rémunéré sur les crédits de fonctionnement et le personnel rémunéré sur les crédits de recherche et de développement technologique
         hors celui affecté au Centre commun de recherche sont exercés selon le cas et sous réserve de ce qui suit par la Commission,
         le membre de la Commission chargé du personnel, le membre de la Commission chargé du service extérieur unifié, le directeur
         général du personnel et les autres directeurs généraux, en ce compris les chefs de service et les directeurs [de l’Office
         ‘Gestion et liquidation des droits individuels’], de [l’Office ‘Infrastructures et logistique’ à Bruxelles] et de [l’Office
         ‘Infrastructures et logistique’ à Luxembourg], dans les conditions fixées à l’annexe I. »
      
      6        Selon le point 14 de la partie VI « Discipline […] » de la « [t]able des AIPN pour le personnel de la Commission rémunéré
         sur le budget fonctionnement et le budget recherche (sauf [Centre commun de recherche]) », à laquelle renvoie l’annexe I de
         la décision C(2007) 5730, il était prévu que les pouvoirs dévolus à l’AIPN pour suspendre un fonctionnaire en application
         des articles 23 et 24 de l’annexe IX du statut soient exercés, s’agissant des fonctionnaires de grade AD 16 et AD 15 et des
         fonctionnaires de grade AD 14 de l’encadrement supérieur (directeurs ou équivalents), par la Commission et, s’agissant des
         autres fonctionnaires, par le directeur général du personnel.
      
      7        Par communication du 9 septembre 2008, un projet de décision C(2008) 5085 modifiant la décision C(2007) 5730 a été inscrit
         à l’ordre du jour de la 1842e réunion du collège des commissaires du 10 septembre 2008. Ce projet de décision prévoyait de transférer au membre de la Commission
         chargé du personnel la compétence pour suspendre les fonctionnaires de grade AD 16 et AD 15 ainsi que les fonctionnaires de
         grade AD 14 de l’encadrement supérieur (directeurs ou équivalents). Lors de la réunion du 10 septembre 2008, le collège des
         commissaires a décidé de « modifier la décision C(2007) 5730 […] tel[le] que repris[e] dans le document C(2008) 5085 » et
         a précisé que cette décision « prend[rait] effet immédiatement » (ci-après « la décision du 10 septembre 2008 »). Cette décision
         n’a pas été publiée aux Informations administratives.
      8        Le 29 avril 2009, la Commission a adopté la décision C(2009) 3074 « modifiant la décision C(2007) 5730 », dans laquelle il
         était prévu que les pouvoirs dévolus à l’AIPN pour suspendre un fonctionnaire seraient désormais exercés, s’agissant des fonctionnaires
         de grade AD 16 et AD 15 et des fonctionnaires de grade AD 14 de l’encadrement supérieur (directeurs ou équivalents), par le
         membre de la Commission chargé du personnel. Cette décision a été publiée aux Informations administratives no 33‑2009 du 8 mai 2009. 
      
       Faits à l’origine du litige
      9        Le requérant était, à la date des faits en litige, fonctionnaire de la Commission de grade AD 15 et exerçait les fonctions
         de directeur de la direction G « Accès aux marchés et industrie », direction dépendant de la direction générale (DG) « Commerce »
         de la Commission et chargée, en particulier, de la mise en œuvre de la politique antidumping. 
      
      10      Le 7 septembre 2008, l’hebdomadaire britannique Sunday Times a publié dans son journal écrit et sur son site internet un article intitulé « Révélations : comment un eurocrate divulgue
         des secrets commerciaux lors de somptueux dîners » (« Revealed : how Eurocrat leaked trade secrets over lavish dinners »).
         Dans cet article, il était fait état de trois dîners que le requérant aurait eu, entre les mois de mars et de septembre 2008,
         dans des restaurants de Bruxelles (Belgique), avec des journalistes du Sunday Times s’étant présentés à lui comme les correspondants d’un exportateur chinois ayant un intérêt dans certaines procédures antidumping
         diligentées par la Commission. Toujours selon cet article, le requérant aurait transmis à ses interlocuteurs, au cours de
         ces dîners et lors d’entretiens téléphoniques, des informations relatives à des procédures en cours devant la Commission,
         informations qu’il n’était pas autorisé à diffuser. Il aurait également été proposé à l’intéressé, en échange de ces informations,
         de collaborer aux activités du prétendu exportateur chinois pour une rémunération annuelle de 600 000 euros, mais, selon l’article,
         le requérant n’aurait envisagé une telle collaboration qu’après sa mise à la retraite. Enfin, à la proposition qui lui avait
         été faite, lors du deuxième dîner, de lui verser une somme de 100 000 euros, l’intéressé aurait répondu qu’une telle somme
         pourrait lui être virée sur un compte bloqué auquel il aurait accès une fois mis à la retraite, précisant néanmoins que le
         versement ne pourrait intervenir qu’au vu des résultats obtenus par le prétendu exportateur chinois grâce à la transmission
         des informations.
      
      11      Dans le cadre d’une enquête administrative ouverte par la Commission, le requérant a été entendu le 10 septembre 2008 par
         deux fonctionnaires de l’Office d’investigation et de discipline de la Commission (IDOC). Au cours de cette audition, le requérant,
         qui était assisté de son avocat, a admis avoir été invité et s’être rendu aux trois dîners décrits dans l’article du Sunday Times sans en avoir informé sa hiérarchie. Il a également reconnu avoir communiqué à ses interlocuteurs plusieurs informations
         concernant, en particulier, le nom de deux sociétés chinoises productrices de bougies susceptibles d’obtenir, à l’issue d’une
         procédure antidumping alors en cours, le statut de société opérant dans les conditions d’une économie de marché. Toutefois,
         le requérant a souligné que ces informations auraient été semi-publiques et, en tout cas, dépourvues de toute valeur commerciale.
         Enfin, si l’intéressé a indiqué aux fonctionnaires de l’IDOC que, lors du deuxième dîner, ses interlocuteurs avaient proposé,
         en échange de la communication de ces informations, de lui verser une somme d’argent sur un compte bancaire dans un pays à
         régime fiscal privilégié, il a nié avoir accepté cette proposition et a souligné avoir seulement envisagé, lors de ces contacts,
         la possibilité de collaborer à l’activité de l’exportateur chinois après sa mise à la retraite.
      
      12      Par courrier du 11 septembre 2008, le membre de la Commission chargé du personnel, se prévalant de sa qualité d’AIPN, a informé
         le requérant qu’il envisageait de prononcer à son encontre, en application des articles 23 et 24 de l’annexe IX du statut,
         une mesure de suspension ainsi qu’une retenue sur sa rémunération, et l’a convoqué à une audition devant se tenir le 12 septembre
         2008.
      
      13      Par courrier du 12 septembre 2008, le conseil du requérant a sollicité de la Commission le report de l’audition et a ajouté
         que l’intéressé entendait « faire usage de la langue française dans le cadre de l’ensemble de la procédure diligentée contre
         lui ».
      
      14      Ce même 12 septembre 2008, le membre de la Commission chargé du personnel a informé le requérant que l’audition se tiendrait
         le 16 septembre 2008 et a précisé qu’il serait possible à l’intéressé de faire usage, lors de cette audition, de la langue
         française.
      
      15      Le 16 septembre 2008, le requérant a été entendu par le membre de la Commission chargé du personnel. Au cours de cette audition,
         dont un procès-verbal a été dressé en langue anglaise, l’intéressé a réitéré en substance les déclarations faites devant les
         fonctionnaires de l’IDOC.
      
      16      Ce même 16 septembre 2008, le requérant a porté plainte avec constitution de partie civile à l’encontre, notamment, des auteurs
         de l’article du Sunday Times.
      
      17      Par décision du 18 septembre 2008, dont les visas se référaient à la décision de la Commission C(2007) 5730, du 30 novembre
         2007, relative à l’exercice des pouvoirs dévolus par le statut à l’AIPN et par le RAA à l’AHCC et « modifiée en dernier lieu
         par la décision […] du 10 septembre 2008 », le membre de la Commission chargé du personnel a, en application des articles
         23 et 24 de l’annexe IX du statut, suspendu le requérant pour une période indéterminée et ordonné une retenue de 1 000 euros
         par mois sur sa rémunération pour une période maximale de six mois (ci-après la « décision litigieuse »). 
      
      18      Pour justifier la décision litigieuse, le membre de la Commission chargé du personnel s’est fondé sur la circonstance, révélée
         par les informations publiées « dans différents articles de presse, en particulier dans le Sunday Times », et lors des auditions du requérant devant les fonctionnaires de l’IDOC et devant lui-même, que l’intéressé aurait méconnu
         les dispositions des articles 11, 12 et 17, paragraphe 1, du statut. En effet, selon la décision litigieuse, le requérant
         aurait transmis des informations confidentielles à des personnes auxquelles elles ne pouvaient être communiquées, se serait
         montré disposé à être ultérieurement recruté par ces personnes pour un salaire substantiel en échange d’une collaboration
         qui aurait débuté avant même sa mise à la retraite et n’aurait ni informé sa hiérarchie du fait qu’il aurait été approché
         par de tels interlocuteurs ni demandé l’autorisation à celle-ci de maintenir ces contacts répétés. Enfin, la décision litigieuse
         soulignait que de tels agissements, s’ils devaient être établis, seraient constitutifs d’une « faute professionnelle grave
         de la part du requérant », compte tenu notamment de l’« atteinte majeure à la réputation de la Commission » qu’ils auraient
         entraînée et de la position élevée de l’intéressé au sein de la Commission.
      
      19      Le 24 septembre 2008, le requérant a introduit une demande d’assistance au titre de l’article 24 du statut, datée du 23 septembre
         2008 et tendant à ce que la Commission prenne toute mesure utile en vue de restaurer son honorabilité professionnelle et,
         en particulier, engage une action judiciaire afin que soit reconnue l’illégalité des agissements des auteurs de l’article
         du Sunday Times.
      
      20      Le 3 octobre 2008, le requérant a introduit une réclamation au sens de l’article 90, paragraphe 2, du statut, en vue d’obtenir
         l’annulation de la décision litigieuse.
      
      21      Par note du 22 janvier 2009, la Commission a répondu à la demande d’assistance introduite le 24 septembre 2008 par le requérant
         en indiquant que l’enquête ouverte par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) tenait lieu des investigations que l’AIPN
         aurait pu mener au titre de l’article 24 du statut. La Commission ajoutait que cette note ne constituait pas un rejet de la
         demande d’assistance.
      
      22      Le 29 janvier 2009, l’OLAF a clôturé l’enquête et a transmis ses conclusions aux autorités judiciaires belges le 12 février
         suivant.
      
      23      Par décision du 3 février 2009, l’AIPN a rejeté la réclamation dirigée contre la décision litigieuse.
      
      24      Par décision du 18 février 2009, le requérant a été admis, à sa demande, à faire valoir ses droits à la retraite avec effet
         au 1er mai 2009.
      
       Conclusions des parties et procédure 
      25      Par requête parvenue au greffe du Tribunal le 13 octobre 2008 par courriel, le requérant a introduit le présent recours. Le
         même jour, une requête tendant à l’octroi du sursis à l’exécution de la décision litigieuse est également parvenue au Tribunal.
      
      26      Par lettres du greffe du 14 octobre 2008, les parties ont été informées de la suspension de la procédure au principal, jusqu’au
         moment où interviendrait une décision explicite ou implicite de rejet de la réclamation introduite par le requérant le 3 octobre
         2008.
      
      27      Par ordonnance du 17 décembre 2008, le président du Tribunal a rejeté la requête tendant à obtenir le sursis à l’exécution
         de la décision litigieuse.
      
      28      Suite à la décision de rejet de la réclamation, les parties ont été informées par lettres du greffe du 25 février 2009 de
         la reprise de la procédure devant le Tribunal.
      
      29      Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        annuler la décision litigieuse ;
      –        condamner la Commission aux dépens.
      30      La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        rejeter le recours ;
      –        condamner le requérant à supporter ses propres dépens ainsi que ceux de la Commission.
      31      Dans le cadre d’une mesure d’organisation de la procédure, le Tribunal a invité la Commission à confirmer que la décision
         du 10 septembre 2008 mentionnée dans les visas de la décision litigieuse avait été adoptée et, dans l’affirmative, à produire
         une copie de cette décision et à préciser si celle-ci avait été publiée. En réponse à cette mesure, la Commission a produit,
         par courrier du 3 juin 2009, d’une part, la copie de la communication du 9 septembre 2008 du vice-président de la Commission,
         dans laquelle figurait le projet à l’origine de la décision du 10 septembre 2008, d’autre part, le procès-verbal de la réunion
         du collège des commissaires du 10 septembre 2008 au cours de laquelle le projet avait été adopté. Par ailleurs, tout en admettant
         que la décision du 10 septembre 2008 n’avait pas été publiée aux Informations administratives, la Commission a souligné que la communication du 9 septembre 2008 n’en avait pas moins été diffusée sur l’intranet de la
         Commission et a précisé le lien électronique qui permettait d’y avoir accès.
      
      32      Dans le rapport préparatoire d’audience, le Tribunal a invité les parties à concentrer leurs plaidoiries sur la question de
         savoir si le membre de la Commission chargé du personnel était compétent pour adopter la décision litigieuse.
      
       En droit
       Sur la recevabilité
      33      Après avoir rappelé que la décision litigieuse avait, d’une part, suspendu le requérant pour une période indéterminée, d’autre
         part, ordonné une retenue de 1 000 euros par mois sur sa rémunération pour une période maximale de six mois, la Commission
         fait valoir que le requérant, mis à la retraite le 1er mai 2009, ne justifierait plus d’un intérêt à demander l’annulation de la décision litigieuse, à tout le moins en tant que
         cette décision l’a suspendu de ses fonctions.
      
      34      À cet égard, il est vrai que la décision litigieuse, en tant qu’elle a ordonné la suspension du requérant pour une période
         indéterminée, a été implicitement mais nécessairement abrogée lorsque, le 1er mai 2009, l’intéressé a été mis à la retraite, une mesure de suspension ne pouvant concerner que des fonctionnaires en activité.
         Par ailleurs, avant même l’introduction du présent recours, la décision litigieuse, en tant qu’elle a ordonné une retenue
         sur la rémunération du requérant, était devenue caduque, puisque cette retenue, conformément à l’article 24, paragraphe 2,
         de l’annexe IX du statut, avait été limitée à une période de six mois. 
      
      35      Toutefois, les circonstances rappelées ci-dessus n’ont ni privé d’objet le présent recours ni fait disparaître l’intérêt pour
         le requérant de solliciter l’annulation de la décision litigieuse dans son ensemble, dès lors que celle-ci a produit des effets
         non seulement sur sa situation matérielle, mais aussi sur son honorabilité (voir, par analogie, en ce qui concerne l’intérêt
         d’un fonctionnaire mis à la retraite pour invalidité totale à solliciter l’annulation de son rapport de notation, arrêt de
         la Cour du 22 décembre 2008, Gordon/Commission, C‑198/07 P, Rec. p. I‑10701, points 44 et 45).
      
      36      Il s’ensuit que la fin de non-recevoir doit être écartée.
      
       Sur le fond
      37      Dans sa requête, le requérant soulève sept moyens, tirés :
      
      –        de la violation de l’article 25, deuxième alinéa, du statut pour défaut de motivation ;
      –        de la violation des droits de la défense ;
      –        de la violation de l’article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
         signée à Rome le 4 novembre 1950 (ci-après la « CEDH ») ;
      
      –        de l’existence d’erreurs manifestes d’appréciation en ce qui concerne les faits allégués ;
      –        de la violation de l’article 23 de l’annexe IX du statut en ce qui concerne la prétendue faute grave ;
      –        de la violation du principe de proportionnalité ;
      –        du non-respect du devoir de sollicitude.
      38      Par ailleurs, le requérant a soulevé, à l’audience, un huitième moyen tiré de ce que la décision litigieuse aurait été incompétemment
         adoptée.
      
       Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 25, deuxième alinéa, du statut pour défaut de motivation
      –       Arguments des parties
      39      Le requérant soutient que la décision litigieuse ne serait ni suffisamment ni valablement motivée dans la mesure où elle n’exposerait
         pas, de façon circonstanciée, les raisons pour lesquelles les faits allégués à son encontre seraient constitutifs d’une faute
         et, de surcroît, d’une faute grave.
      
      40      En défense, la Commission conclut au rejet du moyen, faisant valoir que la décision litigieuse serait suffisamment motivée.
      
      –       Appréciation du Tribunal
      41      Selon une jurisprudence constante, l’obligation de motiver une décision faisant grief a pour but de permettre au juge communautaire
         d’exercer son contrôle sur la légalité de la décision et de fournir à l’intéressé une indication suffisante pour savoir si
         la décision est bien fondée ou si elle est entachée d’un vice permettant d’en contester la légalité. Il est satisfait à cette
         obligation lorsque l’acte sujet à recours est intervenu dans un contexte connu du fonctionnaire concerné et lui permettant
         de comprendre la portée de la mesure prise à son égard (arrêts du Tribunal de première instance du 16 décembre 1993, Turner/Commission,
         T‑80/92, Rec. p. II‑1465, point 62, et du 27 novembre 1997, Pascall/Commission, T‑20/96, RecFP p. I‑A‑361 et II‑977, point
         44).
      
      42      En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que la Commission, dans la décision litigieuse dont la teneur est rappelée au
         point 18 du présent arrêt, a décrit de manière circonstanciée la nature des allégations de faute grave formulées à l’encontre
         du requérant. Elle a également indiqué que ces allégations avaient pour origine des informations révélées par « différents
         articles de presse, en particulier [l’article du] Sunday Times », et a souligné que de tels agissements, s’ils devaient être établis, seraient constitutifs d’une « faute professionnelle
         grave de la part du requérant », compte tenu notamment de l’« atteinte majeure à la réputation de la Commission » qu’ils auraient
         entraînée et de la position élevée de l’intéressé au sein de la Commission.
      
      43      Il en résulte que le requérant n’est pas fondé à prétendre que la décision litigieuse serait insuffisamment motivée. 
      
      44      Le premier moyen doit, dans ces conditions, être écarté.
      
       Sur le deuxième moyen, tiré de la violation des droits de la défense
      –       Arguments des parties
      45      Le requérant fait valoir que la Commission se serait fondée, pour prendre la décision litigieuse, sur des informations publiées
         « dans divers articles de presse, en particulier dans le Sunday Times du 7 septembre 2008 ». Or, selon l’intéressé, seul l’article du Sunday Times lui aurait été communiqué, et non les autres articles de presse. Aussi le principe du respect des droits de la défense aurait-il
         été violé.
      
      46      En défense, la Commission rétorque qu’elle aurait respecté le principe des droits de la défense en ayant entendu le requérant
         préalablement à l’adoption de la décision litigieuse.
      
      47      La Commission ajoute que, en tout état de cause, si d’éventuelles procédures pénale et disciplinaire devaient être ultérieurement
         ouvertes, il serait à nouveau offert au requérant l’occasion de s’exprimer.
      
      –       Appréciation du Tribunal
      48      Selon une jurisprudence constante, le respect des droits de la défense dans toute procédure ouverte à l’encontre d’une personne
         et susceptible d’aboutir à un acte lui faisant grief constitue un principe fondamental de droit communautaire qui doit être
         observé même en l’absence d’une disposition expresse prévue à cette fin par la réglementation concernant la procédure en cause
         (voir arrêts du Tribunal de première instance du 6 mai 1997, Quijano/Commission, T‑169/95, RecFP p. I‑A‑91 et II‑273, point
         44, et du 10 juillet 1997, Gaspari/Parlement, T‑36/96, RecFP p. I‑A‑201 et II‑595, point 32). 
      
      49      Ce principe, qui répond aux exigences d’une bonne administration, veut que toute personne à l’encontre de laquelle une décision
         faisant grief peut être prise soit mise en mesure de faire connaître utilement son point de vue au sujet des éléments retenus
         à sa charge pour fonder ladite décision (arrêt du Tribunal de première instance du 6 décembre 1994, Lisrestal e.a./Commission,
         T‑450/93, Rec. p. II‑1177, point 42, confirmé par l’arrêt de la Cour du 24 octobre 1996, Commission/Lisrestal e.a., C‑32/95 P,
         Rec. p. I‑5373, point 21). 
      
      50      Il importe également de rappeler que les dispositions de l’article 23, paragraphe 2, de l’annexe IX du statut, qui ont pour
         objet de garantir le respect des droits de la défense dans les procédures de suspension des fonctionnaires, prévoient que
         l’AIPN ne peut prendre une décision de suspension qu’après avoir entendu le fonctionnaire concerné, sauf circonstances exceptionnelles.
      
      51      En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que, en application des dispositions susmentionnées de l’article 23, paragraphe
         2, de l’annexe IX du statut, le requérant a été entendu le 16 septembre 2008, soit préalablement à l’adoption de la décision
         litigieuse, par le vice-président de la Commission chargé du personnel, lequel l’a informé des allégations de faute grave
         formulées à son encontre et l’a mis en mesure de faire connaître son point de vue sur ces allégations.
      
      52      Par ailleurs, si le requérant fait valoir que la Commission lui aurait seulement communiqué, préalablement à l’audition du
         16 septembre 2008, l’article du Sunday Times, alors qu’elle-même avait indiqué, dans la décision litigieuse, s’être fondée sur « différents articles de presse, en particulier
         [l’article du] Sunday Times », il ressort des pièces du dossier que les articles de presse diffusés à la suite de la publication de l’article du Sunday Times se sont en fait bornés, comme l’a d’ailleurs reconnu l’intéressé à l’audience, à reprendre la teneur des informations révélées
         par les journalistes du Sunday Times.
      
      53      Le requérant n’est donc pas fondé à soutenir que la Commission aurait porté atteinte au principe du respect des droits de
         la défense.
      
      54      Il s’ensuit que le deuxième moyen doit être écarté.
      
       Sur le troisième moyen, tiré de la violation de l’article 6 de la CEDH
      –       Arguments des parties
      55      Le requérant fait valoir que la décision litigieuse aurait été adoptée en méconnaissance du principe d’équité procédurale
         garanti par l’article 6 de la CEDH, puisque les informations sur lesquelles l’AIPN s’est fondée pour prononcer la suspension
         auraient été obtenues à son insu, à l’occasion d’un piège organisé par les journalistes du Sunday Times.
      
      56      En défense, la Commission souligne que la jurisprudence communautaire, selon laquelle l’article 6 de la CEDH ne s’applique
         pas aux procédures disciplinaires, s’imposerait à plus forte raison s’agissant d’une suspension. 
      
      –       Appréciation du Tribunal
      57      Selon une jurisprudence constante, les droits fondamentaux font partie intégrante des principes généraux du droit dont le
         juge communautaire assure le respect. À cet effet, ce dernier s’inspire des traditions constitutionnelles communes aux États
         membres ainsi que des indications fournies par les instruments internationaux concernant la protection des droits de l’homme
         auxquels les États membres ont coopéré ou adhéré. La CEDH revêt dans ce contexte une signification particulière (arrêts de
         la Cour du 12 juin 2003, Schmidberger, C‑112/00, Rec. p. I‑5659, point 71 ; du 27 juin 2006, Parlement/Conseil, C‑540/03,
         Rec. p. I‑5769, point 35, et du 18 janvier 2007, PKK et KNK/Conseil, C‑229/05 P, Rec. p. I‑439, point 76).
      
      58      Selon l’article 6, paragraphe 1, de la CEDH, toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement
         et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera soit des contestations
         sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre
         elle.
      
      59      Toutefois, il convient de rappeler qu’une procédure de suspension et de retenue sur rémunération n’est pas judiciaire mais
         administrative, de sorte que la Commission ne saurait être qualifiée de « tribunal » au sens de l’article 6 de la CEDH (voir,
         par analogie, ordonnance de la Cour du 16 juillet 1998, N/Commission, C‑252/97 P, Rec. p. I‑4871, point 52 ; arrêts du Tribunal
         de première instance du 17 octobre 1991, de Compte/Parlement, T‑26/89, Rec. p. II‑781, point 94, et du 21 novembre 2000, A/Commission,
         T‑23/00, RecFP p. I‑A‑263 et II‑1211, point 24). Dès lors, le respect des obligations que cet article impose à un « tribunal »
         ne saurait être exigé de la Commission lorsqu’elle procède à la suspension d’un fonctionnaire et à des retenues sur sa rémunération.
      
      60      Il s’ensuit que le requérant ne saurait utilement invoquer une violation par la Commission de l’article 6, paragraphe 1, de
         la CEDH.
      
      61      Le troisième moyen ne peut donc être accueilli.
      
       Sur les quatrième et cinquième moyens, tirés, respectivement, de l’existence d’erreurs manifestes d’appréciation en ce qui
         concerne les faits allégués et de la violation de l’article 23 de l’annexe IX du statut en ce qui concerne la prétendue faute
         grave
      
      –       Arguments des parties
      62      Le requérant fait valoir que les allégations de faute grave soulevées à son encontre par la Commission, tenant en particulier
         au fait qu’il aurait violé les dispositions de l’article 11, paragraphe 2, et de l’article 17, paragraphe 1, du statut, seraient
         manifestement dépourvues de tout fondement, puisqu’elles trouveraient leur source dans de fausses informations rapportées
         par l’article du Sunday Times.
      
      63      À cet égard, le requérant prétend n’avoir transmis que des informations « semi-publiques » et dépourvues de toute incidence
         commerciale, portant sur les procédures antidumping et concernant, notamment, la durée prévisible desdites procédures, les
         critères pour obtenir le statut de société opérant dans les conditions d’une économie de marché ou la nécessité de recourir
         à un avocat ou à un consultant dans cette matière.
      
      64      Par ailleurs, si le requérant admet avoir accepté trois invitations à dîner avec des journalistes du Sunday Times se prétendant correspondants d’un exportateur chinois, il souligne que la participation à des dîners, pratique courante à
         la Commission, ne saurait être regardée comme contraire aux obligations professionnelles des fonctionnaires et ne nécessiterait
         pas l’obtention de l’autorisation préalable prévue à l’article 11, paragraphe 2, du statut.
      
      65      Enfin, le requérant fait valoir qu’il n’aurait jamais reçu une quelconque somme d’argent et n’aurait jamais subordonné la
         transmission d’informations supplémentaires à l’obtention, après sa mise à la retraite, d’un emploi au service de l’exportateur
         chinois en question. 
      
      66      En défense, la Commission rappelle d’abord que la question de savoir si le requérant a effectivement commis les fautes graves
         qui lui sont reprochées ne saurait être examinée que dans le cadre d’une éventuelle procédure disciplinaire. En tout état
         de cause, les allégations articulées contre le requérant ne seraient pas manifestement dénuées de tout fondement, puisque
         l’article du Sunday Times, qui a servi de fondement auxdites allégations, serait très circonstancié et que le requérant en aurait partiellement admis
         le caractère exact.
      
      –       Appréciation du Tribunal
      67      Il importe de souligner à titre liminaire que le contrôle du juge en matière de bien-fondé d’une mesure de suspension ne saurait
         être que très restreint, eu égard au caractère provisoire d’une telle mesure. Le juge doit ainsi se limiter à contrôler si
         les allégations de faute grave présentent un caractère de vraisemblance suffisant et si celles-ci ne sont pas manifestement
         dénuées de tout fondement (voir, par analogie, pour le cas d’une ordonnance rejetant une demande de référé contre une mesure
         de suspension, ordonnance du président du Tribunal de première instance du 10 février 1999, Willeme/Commission, T‑211/98 R,
         RecFP p. I‑A‑15 et II‑57, point 30).
      
      68      En l’espèce, il convient en premier lieu de relever que l’article du Sunday Times, dont les informations sont, avec les déclarations du requérant lors de ses auditions, à l’origine de la décision litigieuse,
         est rédigé de manière très circonstanciée et rapporte à de nombreuses reprises, et entre guillemets, les réponses de l’intéressé
         aux questions qui lui auraient été posées par les journalistes.
      
      69      En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, lors de ses auditions devant les fonctionnaires de l’IDOC
         et le membre de la Commission chargé du personnel, a reconnu, alors qu’il était assisté de son avocat, une partie des faits
         rapportés dans l’article du Sunday Times. Il a ainsi concédé avoir communiqué à ses interlocuteurs, au cours des dîners auxquels il avait été convié ou lors d’entretiens
         téléphoniques, certains renseignements, en particulier le nom de deux sociétés chinoises productrices de bougies qui étaient
         susceptibles d’obtenir, à l’issue d’une procédure antidumping alors en cours, le statut de société opérant dans les conditions
         d’une économie de marché. À cet égard, le requérant ne saurait sérieusement contester le caractère confidentiel de ces informations
         ou soutenir que celles-ci auraient été « semi-publiques », dès lors qu’elles étaient de nature à conférer un avantage certain
         à un opérateur désireux, avant le terme de la procédure antidumping, de conclure des contrats avec ces sociétés. Du reste,
         il importe de relever que les deux sociétés en question ont effectivement obtenu le statut de société opérant dans les conditions
         d’une économie de marché et n’ont été soumises à aucun droit antidumping par le règlement (CE) no 1130/2008 de la Commission, du 14 novembre 2008, instituant un droit antidumping provisoire sur les importations de certains
         types de bougies, chandelles, cierges et articles similaires originaires de la République populaire de Chine (JO L 306, p. 22).
      
      70      En troisième lieu, alors que le requérant a indiqué aux fonctionnaires de l’IDOC que, lors du deuxième dîner, le versement
         d’une somme d’argent sur un compte ouvert à son nom dans un pays à régime fiscal privilégié lui avait été proposé en échange
         de la transmission d’informations, il est constant que l’intéressé n’a ni informé sa hiérarchie de tels faits ni interrompu
         les contacts avec ses interlocuteurs, mais a même accepté de ceux-ci une nouvelle invitation à dîner.
      
      71      En quatrième lieu, s’il est vrai que les informations figurant dans l’article du Sunday Times ont été obtenues à l’occasion d’un « piège » destiné à inciter le requérant à commettre une faute, il importe toutefois de
         souligner que ce piège a été le fait non de la Commission, mais de tiers, en l’occurrence les journalistes du Sunday Times, dont il n’est nullement établi ni même allégué que les manœuvres auraient été commanditées par l’administration. Ainsi,
         le requérant ne saurait faire grief à la Commission de s’être fondée sur les informations rapportées par l’article du Sunday Times.
      
      72      Au demeurant, il convient d’ajouter que la décision litigieuse ne s’est pas bornée à reprendre les informations figurant dans
         le Sunday Times, mais qu’elle a également fait référence expressément aux déclarations faites par le requérant lors des auditions devant
         les fonctionnaires de l’IDOC et le vice-président de la Commission chargé du personnel.
      
      73      Ainsi, et à s’en tenir aux seuls éléments exposés ci-dessus, le requérant n’est pas fondé à soutenir que les allégations de
         faute grave formulées par la Commission seraient manifestement dépourvues de tout fondement.
      
      74      Les quatrième et cinquième moyens doivent, dans ces conditions, être écartés.
      
       Sur les sixième et septième moyens, tirés de la violation du principe de proportionnalité et du devoir de sollicitude
      –       Arguments des parties
      75      Le requérant fait valoir que, étant en congé lors de son audition par le vice-président de la Commission chargé du personnel,
         il avait proposé à celui-ci de prolonger ce congé pour une durée de huit semaines. Or, au lieu d’adopter cette solution, qui
         aurait permis d’éviter sa mise en cause publique tout en offrant à l’administration un délai suffisant pour instruire l’affaire,
         la Commission a préféré prendre la décision litigieuse. Aussi la Commission aurait-elle méconnu tant le principe de proportionnalité
         que le devoir de sollicitude.
      
      76      Le requérant ajoute que la Commission aurait également violé le devoir de sollicitude en communiquant avec lui en anglais
         et en rédigeant dans cette même langue la décision litigieuse, en dépit de ses demandes répétées tendant à ce que la langue
         française soit utilisée dans la procédure, ce afin de permettre, notamment, une « parfaite compréhension » de celle-ci par
         ses avocats.
      
      77      En défense, la Commission conteste avoir méconnu le principe de proportionnalité ou le devoir de sollicitude, faisant observer
         que les droits à congé seraient entièrement distincts du pouvoir de l’AIPN de suspendre un fonctionnaire en application de
         l’article 23 de l’annexe IX du statut. Par ailleurs, il aurait été tenu compte des intérêts du requérant puisque la retenue
         sur sa rémunération aurait été limitée à 1 000 euros par mois.
      
      –       Appréciation du Tribunal
      78      Compte tenu, premièrement, de la gravité des allégations soulevées contre le requérant, haut fonctionnaire de la DG « Commerce »
         et responsable de la direction G « Accès aux marchés et industrie », deuxièmement, de l’atteinte portée à l’image de la Commission
         du fait de la publicité donnée à cette affaire, troisièmement, de la nécessité dans laquelle se trouvait la Commission de
         faire procéder par l’OLAF à une enquête administrative en toute sérénité, il y a lieu de considérer que l’AIPN n’a méconnu
         ni le principe de proportionnalité ni le devoir de sollicitude en adoptant, sur la base d’une évaluation globale et provisoire
         propre au cas d’espèce, la décision litigieuse. À cet égard, le fait que le requérant ait déposé une plainte, avec constitution
         de partie civile, à l’encontre des auteurs de l’article du Sunday Times ne saurait infirmer cette conclusion, cette circonstance étant sans rapport avec la réalité ou la gravité des fautes alléguées
         contre l’intéressé.
      
      79      Quant à l’argument selon lequel le devoir de sollicitude aurait été violé par le fait que la Commission aurait communiqué
         avec le requérant en anglais et aurait rédigé dans cette langue la décision litigieuse, il ne saurait être accueilli. En effet,
         alors que le requérant avait demandé, par l’intermédiaire d’un courrier de son avocat du 12 septembre 2008, de pouvoir « faire
         usage de la langue française dans le cadre de l’ensemble de la procédure diligentée contre lui », il est constant que l’intéressé
         a pu s’exprimer en français lors de l’audition du 16 septembre 2008. Par ailleurs, s’il est vrai que le procès-verbal de cette
         audition et la décision litigieuse ont été rédigés en langue anglaise, le requérant n’établit ni même n’allègue que lui ou
         ses avocats n’auraient pu comprendre ces documents. Au demeurant, les pièces du dossier mettent au contraire en évidence une
         maîtrise approfondie de la langue anglaise par l’intéressé (voir, en ce sens, arrêts du Tribunal de première instance du 23
         mars 2000, Rudolph/Commission, T‑197/98, RecFP p. I‑A‑55 et II‑241, point 46, et du 17 mai 2006, Lavagnoli/Commission, T‑95/04,
         RecFP p. I‑A‑2‑121 et II‑A‑2‑569, point 48).
      
      80      Il s’ensuit que les sixième et septième moyens doivent être écartés.
      
       Sur le huitième moyen, tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte
      –       Arguments des parties
      81      Le requérant fait valoir que la décision litigieuse émanerait d’une autorité incompétente. Il soutient que, en vertu de la
         décision de la Commission C(2007) 5730, du 30 novembre 2007, cette décision aurait dû être prise par le collège des commissaires
         et non, comme cela a été le cas en l’espèce, par le membre de la Commission chargé du personnel. Le requérant ajoute que,
         s’il est vrai que, le 10 septembre 2008, la Commission a adopté une décision transférant au membre de la Commission chargé
         du personnel la compétence pour prononcer la suspension des fonctionnaires de grade AD 15, cette décision ne lui serait pas
         opposable, faute d’avoir été publiée ou diffusée avant la décision litigieuse.
      
      82      En défense, la Commission conclut au rejet du moyen. Elle fait observer que la publication de la décision du 10 septembre
         2008 n’aurait pas été obligatoire et que l’absence de publication de ladite décision n’aurait fait nullement obstacle à son
         entrée en vigueur et, par suite, à son opposabilité. En tout état de cause, cette décision aurait été accessible dans la base
         qui, sur l’intranet de la Commission, contient les communications faites au collège des commissaires ainsi que les procès-verbaux
         de réunions de celui-ci.
      
      –       Appréciation du Tribunal
      83      Il importe à titre liminaire de rappeler que le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur d’un acte faisant grief est un moyen
         d’ordre public qu’il appartient, en tout état de cause, au Tribunal d’examiner d’office (arrêt de la Cour du 13 juillet 2000,
         Salzgitter/Commission, C‑210/98 P, Rec. p. I‑5843, point 56 ; arrêt du Tribunal de première instance du 13 juillet 2006, Vounakis/Commission,
         T‑165/04, RecFP p. I‑A‑2‑155 et II‑A‑2‑735, point 30 ; arrêts du Tribunal du 13 décembre 2006, de Brito Sequeira Carvalho/Commission,
         F‑17/05, RecFP p. I‑A‑1‑149 et II‑A‑1‑577, point 51, et du 18 septembre 2007, Botos/Commission, F‑10/07, RecFP p. I‑A‑1‑0000
         et II‑A‑1‑0000, point 78).
      
      84      En l’espèce, dès lors que la décision litigieuse faisait référence à une décision du 10 septembre 2008 ayant modifié « la
         décision relative à l’exercice des pouvoirs dévolus par le statut […] à l’[AIPN] et par le [RAA] à l’[AHCC] du 30 novembre
         2007 » et que cette décision du 10 septembre 2008 ne figurait pas au dossier, il entrait dans l’office du Tribunal, en vertu
         de la jurisprudence ci-dessus rappelée, de solliciter, par voie de mesure d’organisation de la procédure, la production d’une
         copie de cette décision ainsi que la communication de toute information relative à la publicité dont cette décision aurait
         fait l’objet.
      
      85      Ainsi qu’il a été dit au point 31 du présent arrêt, la Commission a produit, en réponse à cette mesure d’organisation de la
         procédure, d’une part, la copie de la communication du 9 septembre 2008 du vice-président de la Commission, dans laquelle
         figurait le projet à l’origine de la décision du 10 septembre 2008, d’autre part, le procès-verbal de la réunion du collège
         des commissaires du 10 septembre 2008 au cours de laquelle le projet a été adopté.
      
      86      Le requérant fait toutefois valoir que la décision du 10 septembre 2008, faute d’avoir été publiée avant l’adoption de la
         décision litigieuse, ne lui serait pas opposable. Il en déduit que, en vertu de la décision de la Commission C(2007) 5730,
         du 30 novembre 2007, la décision litigieuse aurait dû être prise par le collège des commissaires et non, comme cela a été
         le cas en l’espèce, par le membre de la Commission chargé du personnel.
      
      87      Le Tribunal estime que cette argumentation du requérant, bien qu’elle n’ait été exposée qu’à l’audience, est recevable, ce
         que la Commission n’a d’ailleurs pas contesté. En effet, d’une part, la question de savoir si le membre de la Commission chargé
         du personnel était dûment habilité à adopter la décision litigieuse suppose que soit tranchée la question de l’opposabilité
         de la décision du 10 septembre 2008. Cette dernière question n’est pas dissociable de la précédente et constitue donc, comme
         celle-ci, une question d’ordre public qu’il appartient au Tribunal d’examiner d’office, à tout moment de la procédure (voir,
         en ce sens, arrêt de la Cour du 18 février 1964, Rotterdam et Putterskoek, 73/63 et 74/63, Rec. p. 1, 28). D’autre part, même
         à supposer que la question de l’opposabilité de la décision du 10 septembre 2008 soit distincte de la question de la compétence,
         laquelle serait la seule dont le Tribunal pourrait se saisir d’office, l’argumentation du requérant devrait être analysée
         comme un moyen fondé sur des éléments de droit et de fait qui se sont révélés pendant la procédure, au sens de l’article 43,
         paragraphe 1, du règlement de procédure, à l’occasion de l’examen d’office par le Tribunal de la question de la compétence
         de l’auteur de la décision litigieuse. Par ailleurs, le Tribunal souligne que la Commission a été informée avant l’audience,
         par la mesure d’organisation de la procédure décidée par le Tribunal, que la publication de la décision du 10 septembre 2008
         serait en débat. La Commission a ainsi été mise à même de préparer sa défense sur ce point, comme l’ont d’ailleurs révélé
         tant sa réponse écrite à ladite mesure que les observations de son représentant lors de l’audience.
      
      88      L’argumentation du requérant tirée de ce que la décision du 10 septembre 2008 ne lui serait pas opposable faute d’avoir été
         publiée est également fondée.
      
      89      À cet égard, il importe de rappeler que les décisions portant détermination de la répartition des pouvoirs dévolus à l’AIPN
         constituent des règles d’organisation interne de l’institution (arrêt de la Cour du 30 mai 1973, De Greef/Commission, 46/72,
         Rec. p. 543, point 18) et que, ainsi que l’a rappelé le Tribunal de première instance dans l’arrêt du 25 mars 1999, Hamptaux/Commission
         (T‑76/98, RecFP p. I‑A‑59 et II‑303, point 23), ni les dispositions du traité CE ni celles du statut, et en particulier son
         article 2, ne prévoient que la publication de telles décisions serait une condition de leur entrée en vigueur et, dès lors,
         de leur opposabilité.
      
      90      Toutefois, en premier lieu, le respect du principe de sécurité juridique, qui exige qu’un acte émanant des pouvoirs publics
         ne soit pas opposable aux justiciables avant que n’existe pour ceux-ci la possibilité d’en prendre connaissance (arrêts de
         la Cour du 25 janvier 1979, Racke, 98/78, Rec. p. 69, point 15 ; Weingut Decker, 99/78, Rec. p. 101, point 3, et du 11 décembre
         2007, Skoma-Lux, C‑161/06, Rec. p. I‑10841, point 37), commande, alors même qu’aucune disposition écrite ne le prévoit expressément,
         que les décisions relatives à l’exercice des pouvoirs dévolus par le statut à l’AIPN et par le RAA à l’AHCC fassent l’objet
         d’une mesure de publicité adéquate selon les modalités et les formes qu’il appartient à l’administration de déterminer.
      
      91      En deuxième lieu, il importe de constater que la Commission elle-même s’attache, en principe, à assurer la publicité des décisions
         relatives à l’exercice des pouvoirs dévolus par le statut à l’AIPN et par le RAA à l’AHCC, puisque celles-ci sont habituellement
         publiées aux Informations administratives. En particulier, la décision C(2007) 5730, qui a été modifiée par la décision du 10 septembre 2008, a fait l’objet d’une
         publication aux Informations administratives n° 57‑2007 du 6 décembre 2007. Au surplus, il convient de relever que l’article 5 de cette même décision C(2007) 5730, qui
         reconnaît aux directeurs généraux la possibilité d’accorder des délégations de pouvoir à des autorités qui leur sont subordonnées,
         tels les directeurs généraux adjoints, les directeurs, les chefs d’unité ou les chefs de secteur, prévoit même que ces délégations
         « [seront] publiées de manière adéquate et portées à la connaissance du personnel ».
      
      92      En troisième lieu, la Cour a antérieurement rappelé la nécessité d’assurer une certaine publicité aux décisions relatives
         à la détermination des autorités compétentes en matière de gestion du personnel. Ainsi, dans une espèce où un requérant contestait
         la décision du Parlement européen portant nomination, suite à un concours interne, d’un fonctionnaire à un poste de chef de
         division et faisait valoir, pour soutenir que le secrétaire général du Parlement avait illégalement désigné les membres du
         jury, que la délégation de pouvoir donnée à cet effet au secrétaire général par le bureau de l’institution n’avait pas été
         portée à la connaissance du personnel, la Cour a constaté que cette délégation de pouvoir était « juridiquement efficace »,
         puisque celle-ci, outre qu’elle comportait une répartition de compétences internes à l’institution généralement admise, avait
         été communiquée aux directeurs généraux de l’institution, aux présidents de groupes, au secrétariat et au bureau de contrôle,
         ainsi qu’au comité du personnel institué par l’article 9 du statut et qui, aux termes de cette disposition, a, entre autres,
         pour tâche de représenter les intérêts du personnel auprès de l’institution et d’assurer un contact permanent entre celle-ci
         et le personnel (arrêt de la Cour du 25 novembre 1976, Küster/Parlement, 123/75, Rec. p. 1701, points 6 à 8).
      
      93      De manière plus générale, et même si cette jurisprudence n’a pas été rendue dans des affaires mettant en cause des décisions
         relatives à l’exercice des pouvoirs dévolus par le statut à l’AIPN et par le RAA à l’AHCC, la Cour a également jugé que l’impératif
         de sécurité juridique exigeait qu’une réglementation communautaire permette aux intéressés de connaître avec exactitude l’étendue
         des obligations qu’elle leur impose, dans la mesure où les justiciables doivent pouvoir connaître sans ambiguïté leurs droits
         et leurs obligations (arrêt du 21 juin 2007, ROM-projecten, C‑158/06, Rec. p. I‑5103, point 25 ; arrêt Skoma-Lux, précité,
         point 38). Dans l’arrêt Skoma-Lux, précité (points 33, 34, 36 et 38), la Cour a ainsi estimé que l’exigence d’une publication
         régulière d’un règlement communautaire dans la langue officielle du destinataire avait non seulement pour fondement des dispositions
         écrites, tels que l’article 254, paragraphe 2, CE ou les articles 4, 5 et 8 du règlement n° 1 du Conseil, du 15 avril 1958,
         portant fixation du régime linguistique de la Communauté économique européenne (JO 1958, 17, p. 385), mais qu’elle découlait
         en outre de l’impératif de sécurité juridique (voir, également, arrêt de la Cour du 10 mars 2009, Heinrich, C‑345/06, Rec.
         p. I‑1659, point 44).
      
      94      En quatrième lieu, la nécessité d’assurer une publicité adéquate des décisions portant détermination de la répartition des
         pouvoirs dévolus par le statut à l’AIPN et par le RAA à l’AHCC ressortit également des règles de bonne administration en matière
         de gestion du personnel, ainsi que le Tribunal l’a expressément rappelé dans son arrêt du 9 juillet 2008, Kuchta/BCE (F‑89/07,
         RecFP p. I‑A‑1‑0000 et II‑A‑1‑0000, point 62).
      
      95      En l’espèce, il est constant, d’une part, que la décision du 10 septembre 2008 n’a pas été publiée aux Informations administratives, d’autre part, qu’elle n’avait fait l’objet, à la date où la décision litigieuse a été adoptée, d’aucune mesure de publicité.
         Si la Commission a soutenu, dans sa réponse à la mesure d’organisation de la procédure ordonnée par le Tribunal, que la communication
         du 9 septembre 2008, dans laquelle figurait le projet de décision modifiant la décision C(2007) 5730, aurait été diffusée
         sur l’intranet de l’institution, elle n’apporte aucune précision concernant la date de cette diffusion. En tout état de cause,
         la Commission n’établit pas davantage que le procès-verbal de la réunion du 10 septembre 2008, au cours de laquelle ce projet
         a été adopté, aurait fait l’objet, avant l’adoption de la décision litigieuse, d’une diffusion sur l’intranet. Ainsi, à la
         date à laquelle la décision litigieuse a été prise et notifiée à l’intéressé, celui-ci n’était pas en mesure de prendre utilement
         connaissance du contenu de la décision du 10 septembre 2008.
      
      96      Il convient d’ajouter, à titre surabondant, que l’obligation pesant sur la Commission d’assurer une publicité adéquate à la
         décision du 10 septembre 2008 s’imposait avec une rigueur particulière dans le cas d’espèce. En effet, alors que la compétence
         pour suspendre un fonctionnaire relevait, sous l’empire de la décision C(2007) 5730, de l’autorité la plus élevée de la Commission,
         en l’occurrence le collège des commissaires, il est constant que la décision du 10 septembre 2008 a transféré cette compétence
         à une personne unique, à savoir le membre de la Commission chargé du personnel. Or, une mesure prise par une seule personne
         offre au fonctionnaire qui en est destinataire un degré de protection moindre que celui garanti par une mesure émanant d’une
         autorité collégiale, puisqu’une autorité collégiale est à même, grâce à la délibération de ses membres, de prendre en considération
         un plus grand nombre d’informations pertinentes. Ainsi, dès lors que la décision du 10 septembre 2008 avait pour effet de
         réduire le niveau de protection garanti aux fonctionnaires et d’affecter ainsi leurs droits, elle aurait dû a fortiori faire
         l’objet d’une publicité adéquate.
      
      97      Enfin, l’absence de publication de la décision du 10 septembre 2008 paraît avoir également fait obstacle à ce que l’administration
         elle-même puisse acquérir une connaissance adéquate de sa propre décision. En effet, ainsi qu’il ressort des débats à l’audience,
         la Commission a adopté, le 29 avril 2009, une nouvelle décision relative à l’exercice des pouvoirs dévolus à l’AIPN par le
         statut et par le RAA à l’AHCC, en l’espèce la décision C(2009) 3074 « modifiant la décision C(2007) 5730 ». Or, dans cette
         décision, qui a été publiée aux Informations administratives du 8 mai suivant, la Commission, agissant comme si la décision du 10 septembre 2008 n’était jamais intervenue, a décidé que
         les pouvoirs dévolus à l’AIPN pour suspendre un fonctionnaire seraient désormais exercés, s’agissant des fonctionnaires de
         grade AD 16 et AD 15 et des fonctionnaires de grade AD 14 de l’encadrement supérieur (directeurs ou équivalents), par le membre
         de la Commission chargé du personnel et non plus par le collège des commissaires.
      
      98      La décision du 10 septembre 2008 n’étant pas opposable au requérant, celui-ci est donc fondé à soutenir que le commissaire
         chargé du personnel n’était pas compétent pour adopter la décision litigieuse et que celle-ci aurait dû être prise par l’autorité
         désignée par la décision C(2007) 5730, en l’espèce le collège des commissaires.
      
      99      Le moyen tiré de l’incompétence du membre de la Commission chargé du personnel pour adopter la décision litigieuse étant fondé,
         la décision litigieuse doit être annulée.
      
       Sur les dépens
      100    Aux termes de l’article 87, paragraphe 1, du règlement de procédure, sous réserve des autres dispositions du chapitre huitième
         du titre deuxième dudit règlement, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. En vertu
         du paragraphe 2 du même article, le Tribunal peut décider, lorsque l’équité l’exige, qu’une partie qui succombe n’est condamnée
         que partiellement aux dépens, voire qu’elle ne doit pas être condamnée à ce titre.
      
      101    Il résulte des motifs ci-dessus énoncés que la Commission est la partie qui succombe. En outre, le requérant a expressément
         conclu, dans ses conclusions, à ce qu’elle soit condamnée aux dépens. Les circonstances de l’espèce ne justifiant pas l’application
         des dispositions de l’article 87, paragraphe 2, du règlement de procédure, il y a donc lieu de condamner la Commission aux
         dépens de l’instance au principal.
      
      102    S’agissant des dépens de l’instance de référé, il est constant que le requérant a succombé dans le cadre de celle-ci. Toutefois,
         en l’absence de toute conclusion de la Commission tendant à la condamnation de l’intéressé aux dépens de cette instance, chaque
         partie supportera ses propres dépens de l’instance de référé.
      
      Par ces motifs,
      LE TRIBUNAL (première chambre)
      déclare et arrête :
      1)      La décision du 18 septembre 2008 par laquelle la Commission des Communautés européennes, en application des articles 23 et
            24 de l’annexe IX du statut des fonctionnaires des Communautés européennes, a suspendu M. Wenig pour une période indéterminée
            et a ordonné une retenue de 1 000 euros par mois sur sa rémunération pour une période maximale de six mois est annulée.
      2)      La Commission des Communautés européennes est condamnée aux dépens de l’instance au principal.
      3)      Chaque partie supporte ses propres dépens de l’instance de référé.
      
               Gervasoni 
            
            
                Kreppel 
            
            
                Tagaras
            
         Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 30 novembre 2009.
      
               Le greffier 
            
             
            
                      Le président
            
         
               W. Hakenberg 
            
             
            
                      S. Gervasoni
            
         * Langue de procédure : le français.