CELEX: 62002TJ0140
Language: fr
Date: 2005-09-13 00:00:00
Title: Arrêt du Tribunal de première instance (deuxième chambre) du 13 septembre 2005. # Sportwetten GmbH Gera contre Office de l'harmonisation dans le marché intérieur (marques, dessins et modèles) (OHMI). # Marque communautaire - Demande en nullité - Marque communautaire figurative comprenant l'élément verbal INTERTOPS - Marque contraire à l'ordre public ou aux bonnes mœurs - Article 7, paragraphe 1, sous f), et paragraphe 2, et article 51 du règlement (CE) nº 40/94. # Affaire T-140/02.

Affaire T-140/02
      Sportwetten GmbH Gera
      contre
      Office de l’harmonisation dans le marché intérieur       (marques, dessins et modèles) (OHMI)
      « Marque communautaire — Demande en nullité — Marque communautaire figurative comprenant l’élément verbal INTERTOPS — Marque contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs — Article 7, paragraphe 1, sous f), et paragraphe 2, et article 51 du règlement (CE) nº 40/94 »
      Arrêt du Tribunal  (deuxième chambre) du 13 septembre 2005 
      Sommaire de l’arrêt
      Marque communautaire — Renonciation, déchéance et nullité — Causes de nullité absolue — Marques contraires à l’ordre public
            ou aux bonnes moeurs — Appréciation sur le seul fondement d’un examen de la marque elle-même en relation avec les produits
            et services visés — Circonstances relatives au comportement du titulaire de la marque — Absence de pertinence
      [Règlement du Conseil nº 40/94, art. 7, § 1, f)]
      Aux fins d’apprécier si une marque communautaire est contraire à l’ordre public ou aux bonnes moeurs au sens de l’article
         7, paragraphe 1, sous f), du règlement nº 40/94, susceptible d’entraîner, conformément à l’article 51, paragraphe 1, sous
         a), dudit règlement, une déclaration de nullité, c’est la marque elle-même, à savoir le signe en relation avec les produits
         ou services tels qu’ils figurent à l’enregistrement de la marque, qu’il convient d’examiner. En effet, il résulte d’une lecture
         d’ensemble des différents alinéas de l’article 7, paragraphe 1, que ceux-ci se réfèrent aux qualités intrinsèques de la marque
         et non à des circonstances relatives au comportement de la personne du titulaire de la marque.
      
      Il s’ensuit que la circonstance selon laquelle il serait interdit au titulaire d’une marque communautaire, dans un État membre,
         d’offrir les services visés par la marque et d’en faire la publicité ne saurait aucunement être considérée comme se rapportant
         aux qualités intrinsèques de cette marque, au sens de l’interprétation précitée. Par conséquent, cette circonstance ne saurait
         avoir pour conséquence de rendre la marque elle-même contraire à l’ordre public ou aux bonnes moeurs.
      
      (cf. points 27-29)
ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre)
      13 septembre 2005 (*)
      
      « Marque communautaire – Demande en nullité – Marque communautaire figurative comprenant l’élément verbal INTERTOPS – Marque contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs – Article 7, paragraphe 1, sous f), et paragraphe 2, et article 51 du règlement (CE) nº 40/94 »
      Dans l’affaire T-140/02,
      Sportwetten GmbH Gera, établie à Gera (Allemagne), représentée par Me A. Zumschlinge, avocat, 
      
      partie requérante,
      contre
      Office de l’harmonisation dans le marché intérieur (marques, dessins et modèles) (OHMI), représenté par MM. D. Schennen et G. Schneider, en qualité d’agents,
      
      partie défenderesse,
      l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’Office de l’harmonisation dans le marché intérieur (marques,
         dessins et modèles), intervenant devant le Tribunal, étant
      
      Intertops Sportwetten GmbH, établie à Salzbourg (Autriche), représentée initialement par Me  H. Pfeifer, puis par Me R. Heimler, avocats,
      
      ayant pour objet un recours formé contre la décision de la quatrième chambre de recours de l’Office de l’harmonisation dans
         le marché intérieur (marques, dessins et modèles) du 21 février 2002 (affaire R 338/2000-4), relative à une demande en nullité
         de la marque communautaire figurative INTERTOPS,
      
      LE TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE DES COMMUNAUTÉS EUROPÉENNES (deuxième chambre),
      
      composé de MM. J. Pirrung, président, A. W. H. Meij et Mme  I. Pelikánová, juges,
      
      greffier : M. J. Plingers, administrateur,
      vu la requête déposée au greffe du Tribunal le 2 mai 2002,
      vu le mémoire en réponse de l’Office de l’harmonisation dans le marché intérieur (marques, dessins et modèles) déposé au greffe
         du Tribunal le 5 août 2002,
      
      vu le mémoire en réponse de l’intervenant déposé au greffe du Tribunal le 22 août 2002,
      vu le mémoire en réplique déposé au greffe du Tribunal le 7 janvier 2003,
      vu le mémoire en duplique de l’intervenant déposé au greffe du Tribunal le 29 juillet 2003,
      à la suite de l’audience du 16 février 2005,
      rend le présent
      Arrêt
       Antécédents du litige
      1       Le 11 janvier 1999, l’Office de l’harmonisation dans le marché intérieur (marques, dessins et modèles) (ci-après l’ « Office
         ») a publié l’enregistrement, sollicité par l’intervenante en vertu du règlement (CE) n° 40/94 du Conseil, du 20 décembre
         1993, sur la marque communautaire (JO 1994, L 11, p. 1), comme marque communautaire du signe figuratif reproduit ci-après
         et pour lequel les couleurs rouge, blanche et noire avaient été revendiquées :
      
      
         
      2       Les services pour lesquels l’enregistrement de la marque a été demandé relèvent de la classe 42 au sens de l’arrangement de
         Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du
         15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondent à la description suivante : « Services d’un bookmaker, services
         en rapport avec les paris en tout genre » (ci-après les « services en cause » et la « marque communautaire en cause »).
      
      3       Le 17 mai 1999, la requérante a présenté à l’Office une demande en nullité visant la marque communautaire en cause, au titre
         de l’article 51, paragraphe 1, sous a), du règlement (CE) n° 40/94. À l’appui de sa demande, elle a invoqué le motif absolu
         de refus visé à l’article 7, paragraphe 1, sous f), et paragraphe 2, du règlement n° 40/94.
      
      4       À cette date, elle était elle-même titulaire de la marque allemande visant le signe verbal INTERTOPS SPORTWETTEN (ci-après
         la « marque allemande ») pour les mêmes services que ceux susvisés.
      
      5       Par décision du 2 février 2000, la division d’annulation de l’Office a rejeté la demande en nullité, au motif que la marque
         communautaire en cause n’était contraire ni à l’ordre public ni aux bonnes mœurs.
      
      6       Par décision du 21 février 2002 (ci-après la « décision attaquée »), la chambre de recours a rejeté le recours formé par la
         requérante et a condamné celle-ci aux dépens afférents à la procédure de recours.
      
      7       En effet, selon la chambre de recours, c’est la marque même qu’il convient d’examiner aux fins d’apprécier si elle est contraire
         à l’article 7, paragraphe 1, sous f), du règlement n° 40/94. Or, la requérante n’aurait pas prétendu que la marque communautaire
         en cause serait en soi contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs, ne fût-ce qu’en Allemagne. Les questions de savoir
         si le droit public s’oppose à ce que l’intervenante propose les services en cause, en tant que tels, dans une partie de la
         Communauté ou si la publicité qu’elle en fait est, en tant que telle, contraire aux bonnes mœurs, n’auraient aucun rapport
         avec la marque sous laquelle elle déciderait d’offrir ses services. L’impossibilité pour l’intervenante de se servir de la
         marque communautaire en cause en Allemagne serait, à la rigueur, une conséquence du caractère illicite de l’offre des services
         en cause, mais ne permettrait pas de conclure à l’illicéité de l’usage de cette marque en tant que tel. Par conséquent, selon
         la chambre de recours, il n’est pas nécessaire d’examiner, en particulier, la question de savoir s’il convient d’interpréter
         l’article 7 du règlement n° 40/94 de manière autonome ou en rapport avec les particularités nationales en la matière, ni d’examiner
         les conclusions auxquelles pourrait amener l’article 106, paragraphe 2, du règlement n° 40/94.
      
       Conclusions des parties
      8       La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      –       annuler la décision attaquée ;
      –       déclarer nulle la marque communautaire en cause ;
      –       à titre subsidiaire, constater que la marque communautaire en cause ne peut pas être opposée à la marque allemande.
      9       L’Office conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      –       rejeter le recours ;
      –       condamner la requérante aux dépens.
      10     L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal rejeter les conclusions présentées par la requérante.
      11     Dans son mémoire en duplique, l’intervenante demande que le Tribunal ajoute au dossier la décision du Deutsches Patent- und
         Markenamt (Office allemand des brevets et des marques) du 23 août 2000, par laquelle celui-ci a ordonné la radiation de la
         marque allemande.
      
      12     Lors de l’audience, l’intervenante a également conclu à ce que la requérante soit condamnée aux dépens.
       En droit
       Sur le premier chef de conclusions de la requérante, visant à l’annulation de la décision attaquée
       Moyens et arguments des parties
      13     À l’appui de sa demande en annulation, la requérante invoque un moyen unique, tiré de ce que la décision attaquée enfreint
         l’article 51 du règlement n° 40/94, lu en relation avec l’article 7, paragraphe 1, sous f), et paragraphe 2, dudit règlement.
      
      14     Elle relève que les législations de nombreux États membres, notamment celle de l’Allemagne, prévoient que seules les entreprises
         agréées par les autorités nationales sur leur territoire respectif sont autorisées à offrir les services en cause. Dans la
         mesure où l’intervenante ne dispose pas d’une licence pour offrir les services en cause en Allemagne, eu égard à l’article
         284 du Strafgesetzbuch (Code pénal allemand), elle ne serait pas autorisée, dans ce pays, à offrir ces services et à en faire
         la publicité. Par arrêt du 14 mars 2002, le Bundesgerichtshof (Cour suprême fédérale allemande) lui aurait interdit de faire
         de la publicité pour ses services en Allemagne, et plusieurs décisions judiciaires allemandes auraient interdit à des tiers
         d’utiliser la marque communautaire en cause en Allemagne. Par ailleurs, l’intervenante aurait admis elle-même, dans plusieurs
         litiges en Allemagne, qu’elle n’y obtiendrait pas une telle licence. La requérante ajoute que les législations nationales
         susvisées, y compris l’article 284 du Strafgesetzbuch, sont conformes au droit communautaire (arrêts de la Cour du 24 mars
         1994, Schindler, C‑275/92, Rec. p. I‑1039 ; du 21 septembre 1999, Läärä e.a., C‑124/97, Rec. p. I‑6067, et du 21 octobre 1999,
         Zenatti, C‑67/98, Rec. p. I‑7289).
      
      15     Il s’ensuit, selon la requérante, que la marque communautaire en cause est contraire à l’ordre public et aux bonnes mœurs
         en Allemagne ainsi que dans d’autres États membres, au sens de l’article 7, paragraphe 1, sous f), du règlement n° 40/94.
      
      16     Elle renvoie, à cet égard, aux décisions rendues par le Bundespatentgericht (Tribunal fédéral des brevets allemand) dans les
         affaires dites « McRecht », « McLaw » et « Cannabis », dans la mesure où, s’il n’y est pas retenu de motif de nullité, il
         y est considéré que lorsqu’un prestataire donné n’est pas autorisé à offrir ses services en vertu d’une interdiction légale,
         il ne détient aucun droit sur une marque relative à la prestation de ces services. 
      
      17     Ensuite, la requérante conteste que des normes européennes uniformes soient requises pour interpréter l’article 7, paragraphe
         1, sous f), du règlement no 40/94. En effet, il découlerait de la jurisprudence susvisée, et notamment de l’arrêt Zenatti, précité, que les appréciations
         nationales en matière de réglementation de la collecte de paris sur les évènements sportifs doivent être prises en compte
         au niveau européen. L’article 106, paragraphe 2, du règlement no 40/94 ne signifierait pas que ces appréciations doivent être prises en compte seulement au niveau national, mais qu’elles
         peuvent l’être à ce niveau également. Sinon, selon la requérante, l’article 7, paragraphe 2, du règlement no 40/94 serait vidé de sa substance, en ce que, dans le cas où la marque communautaire en question ne peut être utilisée dans
         une partie seulement de la Communauté, une déclaration de nullité de cette marque serait exclue.
      
      18     La requérante fait également valoir que, eu égard au principe selon lequel une marque doit être utilisée pour continuer à
         être protégée, si son usage est exclu de prime abord s’agissant des services pour lesquels elle est enregistrée, et si tout
         autre usage est interdit dans le domaine de ces services, elle ne peut absolument pas être exploitée économiquement et il
         n’existe aucun droit à l’enregistrement. [ S’agissant d’une marque communautaire, si son usage dans un seul État membre suffit pour satisfaire à l’obligation d’usage
         prévue à l’article 15 du règlement no 40/94, l’article 7, paragraphe 2, de ce règlement exprimerait le principe selon lequel le titulaire d’une marque est en mesure
         de l’utiliser partout dans la Communauté, abstraction faite d’une partie négligeable de celle-ci.
      
      19     Par ailleurs, la requérante fait valoir que, dans la mesure où l’enregistrement de la marque communautaire en cause a été
         demandé le 27 novembre 1996, de sorte que celle-ci est prioritaire par rapport à la marque allemande, si la marque communautaire
         n’était pas déclarée nulle, elle serait empêchée d’utiliser la marque allemande, et ce alors que l’intervenante n’est pas
         autorisée à offrir ses services en Allemagne.
      
      20     Enfin, la requérante conteste l’interprétation de l’article 7, paragraphe 1, sous f), du règlement n° 40/94 préconisée par
         l’Office, selon laquelle cette disposition permet seulement de refuser l’enregistrement des marques manifestement contraires
         aux normes fondamentales de la vie en société, telles que des offenses ou blasphèmes. En tout état de cause, même en l’admettant,
         cette disposition serait violée en l’espèce. En effet, il découlerait de la jurisprudence susvisée que la Cour accorde une
         grande importance à la protection des citoyens contre le risque d’exploitation de leur passion du jeu. Les services susceptibles
         d’amener une personne à la ruine matérielle, en exploitant cette passion, devraient être appréciés de la même façon que les
         offenses ou blasphèmes.
      
      21     L’Office et l’intervenante contestent le bien-fondé du présent moyen. 
       Appréciation du Tribunal
      22     Il y a lieu de rappeler, tout d’abord, que l’article 51, paragraphe 1, sous a), du règlement n° 40/94 prévoit, dans sa version
         applicable jusqu’au 9 mars 2004, date à laquelle est entré en vigueur le règlement (CE) n° 422/2004 du Conseil, du 19 février
         2004, modifiant le règlement n° 40/94 (JO L 70, p. 1), que la nullité d’une marque communautaire est déclarée, sur demande
         présentée auprès de l’Office, « lorsque la marque communautaire a été enregistrée contrairement aux dispositions de […] l’article
         7 [du même règlement] ».
      
      23     Cette dernière disposition prévoit, à son paragraphe 1, sous f), que sont refusés à l’enregistrement « les marques qui sont
         contraires à l’ordre public ou aux bonnes mœurs » et, à son paragraphe 2, que « [l]e paragraphe 1 est applicable même si les
         motifs de refus n’existent que dans une partie de la Communauté ».
      
      24     Il convient de constater, d’emblée, que, pour autant que les arguments de la requérante se rapportent prétendument à d’autres
         États membres que l’Allemagne, ils ne sont étayés par aucun élément concret et précis. Par conséquent, dans cette mesure,
         ces arguments sont dépourvus de pertinence.
      
      25     Ensuite, il y a lieu de constater que la requérante ne soutient pas que le signe visé par la marque communautaire en cause
         soit, en tant que tel, contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs, ni que les services visés par cette marque le soient.
         Ses arguments se réfèrent, notamment, à la prétention selon laquelle, en vertu d’une législation nationale prévoyant que seules
         les entreprises agréées par les autorités compétentes sont autorisées à offrir des services en rapport avec les paris, il
         est interdit à l’intervenante, en Allemagne, d’offrir les services en cause et d’en faire de la publicité. À cet égard, il
         est constant que l’intervenante ne dispose pas d’une autorisation pour offrir, en Allemagne, les services en cause.
      
      26     Cependant, le Tribunal considère que cette circonstance n’implique pas que la marque communautaire en cause soit contraire
         à l’ordre public ou aux bonnes mœurs au sens de l’article 7, paragraphe 1, sous f), du règlement n° 40/94.
      
      27     À cet égard, il y a lieu de relever, tout d’abord, que, ainsi que cela est retenu dans la décision attaquée et que l’Office
         et l’intervenante le soutiennent, c’est la marque elle-même, à savoir le signe en relation avec les produits ou services tels
         qu’ils figurent à l’enregistrement de la marque, qu’il convient d’examiner aux fins d’apprécier si elle est contraire à l’ordre
         public ou aux bonnes mœurs.
      
      28     Sous ce rapport, il convient de rappeler que, dans son arrêt du 9 avril 2003, Durferrit/OHMI – Kolene (NU-TRIDE) (T‑224/01,
         Rec. p. II‑1589), le Tribunal a souligné qu’il résulte d’une lecture d’ensemble des différents alinéas de l’article 7, paragraphe
         1, du règlement no 40/94 que ceux-ci se réfèrent aux qualités intrinsèques de la marque demandée et non à des circonstances relatives au comportement
         de la personne du demandeur de la marque (point 76).
      
      29     Or, la circonstance selon laquelle il serait interdit à l’intervenante, en Allemagne, d’offrir les services en cause et d’en
         faire la publicité ne saurait aucunement être considérée comme se rapportant aux qualités intrinsèques de cette marque, au
         sens de l’interprétation précitée. Par conséquent, cette circonstance ne saurait avoir pour conséquence de rendre la marque
         elle-même contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs.
      
      30     Ensuite, il convient de relever qu’aucun des arguments avancés, par ailleurs, par la requérante, n’est susceptible de modifier
         cette appréciation.
      
      31     En effet, en ce qui concerne les décisions rendues par le Bundespatentgericht dans les affaires McRecht, McLaw et Cannabis,
         précitées, il résulte de la jurisprudence que le régime communautaire des marques constitue un système autonome dont l’application
         est indépendante de tout système national [arrêt du Tribunal du 5 décembre 2000, Messe München/OHMI (electronica), T‑32/00,
         Rec. p. II‑3829, point 47]. Par conséquent, l’enregistrement d’un signe en tant que marque communautaire ne doit être apprécié
         que sur le fondement de la réglementation communautaire pertinente [arrêt du Tribunal du 9 octobre 2002, Glaverbel/OHMI (Surface
         d’une plaque de verre), T‑36/01, Rec. p. II‑3887, point 34]. Il s’ensuit que lesdites décisions du Bundespatentgericht sont
         sans pertinence en l’espèce. En tout état de cause, force est de constater que, comme la requérante l’admet, aucune d’entre
         elles ne retient de motif de nullité. Au demeurant, elles visent des signes et des produits qui sont différents de ceux de
         l’espèce.
      
      32     En ce qui concerne l’argument tiré du principe selon lequel une marque doit être utilisée pour continuer à être protégée,
         il suffit de rappeler que, ainsi qu’il a été relevé ci-dessus, c’est la marque elle-même, à savoir le signe en relation avec
         les produits ou services tels qu’ils figurent à l’enregistrement de la marque, qu’il convient d’examiner aux fins de l’application
         de l’article 7, paragraphe 1, sous f), du règlement n° 40/94. Il s’ensuit que toute question liée à l’usage de la marque communautaire
         en cause est sans incidence en ce qui concerne l’application de cette disposition.
      
      33     En ce qui concerne l’argument selon lequel, si la marque communautaire en cause n’était pas déclarée nulle, la requérante
         serait empêchée d’utiliser sa marque allemande, il suffit de relever que, même en l’admettant, cette circonstance est dénuée
         de pertinence en ce qui concerne la question de savoir si la marque communautaire est contraire à l’ordre public ou aux bonnes
         mœurs. En effet, cette dernière question, seule en débat dans la présente espèce, relève des motifs absolus de refus figurant
         à l’article 7 du règlement n° 40/94 et qui font l’objet d’une appréciation autonome, sans aucun lien avec d’autres marques.
         La question de l’utilisation, par la requérante, de sa marque allemande est donc sans incidence en l’espèce.
      
      34     Enfin, quant à l’argument tiré de l’article 106, paragraphe 2, du règlement no 40/94, il convient de rappeler que cette disposition prévoit que, « [s]auf disposition contraire, [ledit] règlement n’affecte
         pas le droit d’intenter sur la base du droit civil, administratif ou pénal d’un État membre ou sur la base de dispositions
         de droit communautaire, des actions ayant pour objet d’interdire l’usage d’une marque communautaire dans la mesure où le droit
         de cet État membre ou le droit communautaire peut être invoqué pour interdire l’usage d’une marque nationale ». 
      
      35     Or, s’il résulte de cette disposition que l’usage d’une marque peut être interdit sur la base, notamment, de règles concernant
         l’ordre public et les bonnes mœurs, nonobstant le fait que cette marque soit protégée par un enregistrement communautaire,
         il n’en découle pas que cette faculté soit pertinente au regard de la question posée par l’article 51, paragraphe 1, sous
         a), du règlement n° 40/94 et soulevée par la requérante, qui est de savoir si cette marque a été enregistrée en conformité
         avec les dispositions de l’article 7 du même règlement. Dès lors, le présent argument doit être rejeté.
      
      36     Par ailleurs, dans la mesure où il a été jugé ci-dessus que la circonstance selon laquelle l’intervenante ne serait pas autorisée,
         en Allemagne, à offrir les services en cause et à en faire la publicité n’implique nullement que la marque communautaire en
         cause soit contraire à l’article 7, paragraphe 1, sous f), du règlement n° 40/94, il n’est pas nécessaire d’examiner la question,
         débattue entre les parties, de savoir si cette disposition doit être interprétée de manière autonome. De même, il n’est nécessaire
         ni d’examiner l’exactitude de l’interprétation de cette disposition préconisée par l’Office ni d’examiner les arguments avancés
         par la requérante en réplique à cette interprétation.
      
      37     Enfin, dans la mesure où la circonstance selon laquelle l’intervenante ne serait pas autorisée, en Allemagne, à offrir les
         services en cause et à en faire la publicité n’est pas pertinente en ce qui concerne l’application de l’article 7, paragraphe
         1, sous f), du règlement n° 40/94, il n’y a pas lieu d’examiner si, comme le prétend l’intervenante, cette circonstance revient
         à méconnaître la libre prestation de services.
      
      38     Il découle de tout ce qui précède que le moyen unique invoqué à l’appui du premier chef de conclusions doit être rejeté, de
         sorte que celui-ci doit l’être également.
      
       Sur le deuxième chef de conclusions, visant à voir déclarer nulle la marque communautaire en cause
      39     En ce qui concerne le deuxième chef de conclusions, il y a lieu de relever qu’il découle du contexte dans lequel se présentent
         les premier et deuxième chefs de conclusions que le deuxième présuppose que le premier, visant à l’annulation de la décision
         attaquée, soit, au moins partiellement, accueilli et que, ainsi que la requérante l’a confirmé lors de l’audience, le deuxième
         n’est donc présenté que dans l’hypothèse où il serait fait droit au premier.
      
      40     Or, dans la mesure où il n’a pas été conclu qu’il y a lieu d’annuler la décision attaquée, il n’y a pas lieu de statuer sur
         la recevabilité ou sur le fond du deuxième chef de conclusions (voir, en ce sens, arrêt du Tribunal du 22 juin 2004, « Drie
         Mollen sinds 1818 »/OHMI – Nabeiro Silveria (Galáxia), T‑66/03, Rec. p. II‑1765, points 50 et 51).
      
       Sur le troisième chef de conclusions, présenté à titre subsidiaire et visant à constater que la marque communautaire en cause
            ne peut pas être opposée à la marque allemande
       Arguments des parties
      41     À l’appui de cette demande, la requérante explique qu’il doit être établi clairement que la marque communautaire en cause
         n’accorde pas à son titulaire un effet de « barrage » global pour toute la Communauté lorsqu’il lui est impossible de l’utiliser
         dans une partie de celle-ci, alors que cette possibilité est ouverte à d’autres entreprises.
      
      42     Lors de l’audience, l’Office et l’intervenante ont soutenu que ce troisième chef de conclusions devait être rejeté comme irrecevable,
         faute d’argumentation suffisante et en raison du fait qu’une telle décision  relèverait du droit national, et non pas de la
         compétence du Tribunal.
      
       Appréciation du Tribunal
      43     Il y a lieu de statuer sur ce chef de conclusions subsidiaire, dans la mesure où, ainsi qu’il a été jugé ci-dessus, les premier
         et deuxième chefs de conclusions, présentés à titre principal, doivent être rejetés.
      
      44     Cependant, dès lors que la requérante n’avance aucun élément au soutien de ce troisième chef de conclusions, il y a lieu de
         le rejeter comme irrecevable, motif pris de ce qu’il ne satisfait pas à l’exigence posée à l’article 44, paragraphe 1, sous
         c), du règlement de procédure du Tribunal selon laquelle la requête contient notamment l’exposé sommaire des moyens.
      
       Sur la demande présentée par l’intervenante, visant à l’ajout au dossier de la décision par laquelle le Deutsches Patent-
            und Markenamt a ordonné la radiation de la marque allemande
      45     À cet égard, il suffit de relever que, dans la mesure où il n’y a pas lieu de statuer sur la demande de la requérante visant
         à voir déclarer nulle la marque communautaire en cause, et où le présent recours doit être rejeté pour le surplus, il n’y
         a pas lieu de statuer sur la présente demande de l’intervenante.
      
       Sur les dépens
      46     Aux termes de l’article 87, paragraphe 2, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il
         est conclu en ce sens. En l’espèce, la requérante a succombé et l’Office a conclu à ce que celle-ci soit condamnée aux dépens.
         À l’audience, l’intervenante a également conclu à ce que la requérante soit condamnée aux dépens. Le fait qu’elle n’a conclu
         en ce sens que lors de l’audience ne s’oppose pas à ce que sa demande soit accueillie (arrêt de la Cour du 29 mars 1979, NTN
         Toyo Bearing e.a./Conseil, 113/77, Rec. p. 1185, et conclusions de l’avocat général M. Warner sous cet arrêt, Rec. p. 1212,
         1274). Il y a donc lieu de condamner la requérante à l’ensemble des dépens.
      
      Par ces motifs,
      LE TRIBUNAL (deuxième chambre)
      déclare et arrête:
      1)      Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande de la requérante visant à voir déclarer nulle la marque communautaire figurative
            comprenant l’élément verbal INTERTOPS, non plus que sur la demande de l’intervenante visant à l’ajout d’une pièce au dossier.
      2)      Le recours est rejeté pour le surplus.
      3)      La requérante est condamnée à l’ensemble des dépens. 
      
               Pirrung 
            
            
                Meij 
            
            
                Pelikánová 
            
         Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 13 septembre 2005.
      
               Le greffier 
            
             
            
                      Le président
            
         
               H. Jung 
            
             
            
                      J. Pirrung
            
         * Langue de procédure : l'allemand.