CELEX: 62017CJ0173
Language: fr
Date: 2018-09-13 00:00:00
Title: Arrêt de la Cour (dixième chambre) du 13 septembre 2018.#ANKO AE Antiprosopeion, Emporiou kai Viomichanias contre Commission européenne.#Pourvoi – Clauses compromissoires – Convention Doc@Hand conclue dans le cadre du sixième programme-cadre pour des actions de recherche, de développement technologique et de démonstration (2002-2006) – Coûts éligibles – Décision de la Commission européenne – Obligation de remboursement des sommes versées – Demande reconventionnelle.#Affaire C-173/17 P.

ARRÊT DE LA COUR (dixième chambre)
13 septembre 2018 (*)
« Pourvoi – Clauses compromissoires – Convention Doc@Hand conclue dans le cadre du sixième programme-cadre pour des actions de recherche, de développement technologique et de démonstration (2002-2006) – Coûts éligibles – Décision de la Commission européenne – Obligation de remboursement des sommes versées – Demande reconventionnelle »
Dans l’affaire C‑173/17 P,
ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 5 avril 2017,

ANKO AE Antiprosopeion,Emporiou kai Viomichanias, établie à Athènes (Grèce), représentée par Me S. Paliou, dikigoros,
partie requérante,
l’autre partie à la procédure étant:

Commission européenne, représentée par M. R. Lyal et Mme A. Kyratsou, en qualité d’agents,
partie défenderesse en première instance,
LA COUR (dixième chambre),
composée de M. E. Levits, président de chambre, Mme M. Berger (rapporteur) et M. F. Biltgen, juges,
avocat général : Mme E. Sharpston,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la procédure écrite,
vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,
rend le présent

Arrêt

1        Par son pourvoi, ANKO AE Antiprosopeion, Emporiou kai Viomichanias demande l’annulation de l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 25 janvier 2017, ANKO/Commission, (T‑771/14, non publié, ci-après l’« arrêt attaqué », EU:T:2017:27), par lequel celui-ci a, d’une part, rejeté son recours tendant à faire constater que les dépenses déclarées au titre de l’exécution du projet intitulé « Partage des connaissances et aide à la décision pour les professionnels de la santé » (ci-après le « projet Doc@Hand »), financé par la convention n° 508015 (ci-après la « convention Doc@Hand »), constituaient des coûts éligibles et, d’autre part, a accueilli la demande reconventionnelle présentée par la Commission européenne tendant au remboursement des subventions indûment versées dans le cadre de cette convention.
 Le cadre juridique

 Le droit de l’Union

2        L’article 78 du règlement (UE, Euratom) n° 966/2012 du Parlement européen et du Conseil, du 25 octobre 2012, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union et abrogeant le règlement (CE, Euratom) n° 1605/2002 du Conseil (JO 2012, L 298, p. 1), tel que modifié par le règlement (UΕ, Euratom) 2015/1929 du Parlement européen et du Conseil, du 28 octobre 2015 (JO 2015, L 286, p. 1) (ci-après le « règlement financier »), intitulé « Constatation des créances », prévoit : 
« 1.      La constatation d’une créance est l’acte par lequel l’ordonnateur compétent :
a)      vérifie l’existence de la dette du débiteur ;
b)      détermine ou vérifie la réalité et le montant de la dette ;
c)      vérifie les conditions d’exigibilité de la dette.
2.      Les ressources propres mises à la disposition de la Commission ainsi que toute créance identifiée comme certaine, liquide et exigible sont constatées par un ordre de recouvrement donné au comptable, suivi d’une note de débit adressée au débiteur, tous deux établis par l’ordonnateur compétent.
3.      Les montants indûment payés sont recouvrés. 
4.      La Commission est habilitée à adopter des actes délégués conformément à l’article 210 en ce qui concerne l’établissement de règles détaillées en matière de prévision de créance, y compris la procédure et les pièces justificatives, et d’intérêts de retard. »

3        L’article 81 du règlement délégué (UE) n° 1268/2012 de la Commission, du 29 octobre 2012, relatif aux règles d’application du règlement n° 966/2012 (JO 2012, L 362, p. 1), intitulé « Constatation de créances », dispose : 
« Pour constater une créance, l’ordonnateur compétent s’assure :
a)      du caractère certain de la créance, en ce sens que celle-ci ne doit pas être affectée d’une condition ;
b)      du caractère liquide de la créance, dont le montant doit être déterminé en argent et avec exactitude ;
c)      du caractère exigible de la créance, qui ne doit pas être soumise à un terme ;
d)      de l’exactitude de la désignation du débiteur ;
e)      de l’exactitude de l’imputation budgétaire des montants à recouvrer ;
f)      de la régularité des pièces justificatives, et
g)      de la conformité avec le principe de bonne gestion financière, notamment selon les critères visés à l’article 91, paragraphe 1, sous a). »

4        Conformément au règlement (CE) n° 2321/2002 du Parlement européen et du Conseil, du 16 décembre 2002, relatif aux règles de participation des entreprises, des centres de recherche et des universités et aux règles de diffusion des résultats de la recherche pour la mise en œuvre du sixième programme-cadre de la Communauté européenne (2002-2006) (JO 2002, L 355, p. 23), et dans le cadre défini par la décision n° 1513/2002/CE du Parlement européen et du Conseil, du 27 juin 2002, relative au sixième programme-cadre de la Communauté européenne pour des actions de recherche, de développement technologique et de démonstration contribuant à la réalisation de l’espace européen de la recherche et à l’innovation (2002-2006) (JO 2002, L 232, p. 1), la Commission, agissant pour le compte de la Communauté européenne, a conclu le 18 décembre 2003, avec TXT e-Solutions SpA, en sa qualité de coordinateur du consortium dont la requérante faisait partie, la convention Doc@Hand.

5        Cette convention comprend, outre le contrat de financement principal (ci-après le « contrat principal »), six annexes qui font partie intégrante de ce dernier, dont l’annexe I, qui contient la description des travaux à effectuer, et l’annexe II, qui se rapporte aux conditions générales applicables (ci-après les « conditions générales »).

6        Aux termes du point ΙΙ.19 des conditions générales relatif aux coûts éligibles :
« 1.      Les coûts éligibles encourus pour la réalisation du projet doivent remplir toutes les conditions suivantes :
a)      ils doivent être réels, économiques et nécessaires à la réalisation du projet, et
b)      ils doivent être déterminés conformément aux principes comptables usuels du contractant, et
c)      ils doivent être encourus pendant la durée du projet comme indiqué au point 4, paragraphe 2, sauf en ce qui concerne les coûts consentis pour l’établissement des rapports finals visés au point II.7, paragraphe 4, qui peuvent être encourus jusqu’à 45 jours après la date d’achèvement du projet ou la date de résiliation, si celle-ci est antérieure, et
d)      ils doivent être inscrits dans les comptes du contractant qui les a encourus, au plus tard à la date de l’établissement du certificat d’audit visé au point II.26. Les méthodes comptables utilisées pour enregistrer les coûts et les recettes doivent être conformes aux règles comptables utilisées dans l’État où le contractant est établi et doivent permettre le rapprochement des coûts encourus et des recettes perçues dans la réalisation du projet ainsi que de l’état général des comptes relatifs à l’activité commerciale globale du contractant, [...]
[...] »

7        Le point II.29, intitulé « Contrôles et audits », des conditions générales prévoit, à son paragraphe 1 :
« [...] Les montants qui seraient dus à la Commission en raison des résultats de ces audits peuvent faire l’objet d’un recouvrement comme indiqué au point II.31. »

8        Le point II.31, paragraphe 1, des conditions générales dispose :
« Lorsqu’un montant a été payé indûment au contractant ou lorsqu’un recouvrement est justifié dans les conditions du contrat, le contractant s’engage à rembourser à la Commission la somme en question dans les conditions et à la date précisées par elle. »

9        L’article 12 du contrat principal prévoit que les conventions de subvention sont régies, subsidiairement, par le droit belge.

10      L’article 13 du contrat principal contient une clause compromissoire, au sens de l’article 272 TFUE, attribuant au Tribunal et, en cas de pourvoi, à la Cour une compétence exclusive pour connaître des litiges entre la Communauté, d’une part, et les contractants, d’autre part, concernant la validité, l’application et l’interprétation desdites conventions.
 Le droit belge

11      En vertu de l’article 1134, troisième alinéa, du code civil, les conventions légalement formées doivent être exécutées de bonne foi.

12      L’article 1156 de ce code prévoit :
« On doit dans les conventions rechercher quelle a été la commune intention des parties contractantes, plutôt que de s’arrêter au sens littéral des termes. »

13      Aux termes de l’article 1315 dudit code :
« Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation. »
 Les antécédents du litige

14      La requérante est une société de droit grec, qui a participé à l’exécution de plusieurs projets subventionnés par la Communauté ou par l’Union européenne.

15      À l’issue d’un audit financier, la Commission a demandé à la requérante le remboursement d’une partie importante des sommes qu’elle avait perçues, conformément au point II.29, paragraphe 1, et au point II.31 des conditions générales.
 Le recours devant le Tribunal et l’arrêt attaqué

16      Par requête introduite sur le fondement de l’article 272 TFUE et en vertu de la clause compromissoire contenue dans la convention Doc@Hand, la requérante a demandé au Tribunal, d’une part, de constater que les dépenses déclarées au titre de l’exécution du projet Doc@Hand constituent des coûts éligibles et, d’autre part, de rejeter comme étant non fondée la demande reconventionnelle présentée par la Commission.

17      Par l’arrêt attaqué, le Tribunal a rejeté le recours de la requérante et a fait droit à la demande reconventionnelle présentée par la Commission.
 Les conclusions des parties devant la Cour

18      La requérante demande à la Cour :
–        d’annuler l’arrêt attaqué et de renvoyer l’affaire devant le Tribunal afin que celui-ci statue à nouveau sur le fond et
–        de condamner la Commission aux dépens.

19      La Commission demande à la Cour :
–        de rejeter comme étant non fondé le pourvoi dans son ensemble et
–        de condamner la requérante aux dépens.
 Sur le pourvoi

 Sur le premier moyen, tiré d’une dénaturation des éléments de preuve

 Argumentation des parties

20      La requérante reproche au Tribunal d’avoir dénaturé des éléments de preuve produits par elle-même en ce que ce dernier a estimé, au point 92 de l’arrêt attaqué, qu’elle n’avait pas satisfait à son obligation de démontrer que les relevés de temps de travail reflétaient les heures effectivement consacrées au projet Doc@Hand, puisque aucun des éléments de preuve invoqués n’était de nature à remettre en cause les conclusions de l’audit financier.

21      À cet égard, la requérante soutient, notamment, que le Tribunal a totalement ignoré et omis de statuer sur le « fichier général des absences » de son personnel qu’elle avait joint à son mémoire en réponse et lequel avait également été remis à la Commission au cours dudit audit financier.

22      La Commission considère que ce moyen est non fondé et, en outre, inopérant.
 Appréciation de la Cour

23      Il y a lieu de rappeler la jurisprudence constante de la Cour en vertu de laquelle il résulte de l’article 256 TFUE et de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne que le Tribunal est seul compétent, d’une part, pour constater les faits, sauf dans le cas où l’inexactitude matérielle de ses constatations résulterait des pièces du dossier qui lui ont été soumises, et, d’autre part, pour apprécier ces faits. Lorsque le Tribunal a constaté ou apprécié les faits, la Cour est compétente pour exercer, en vertu de l’article 256 TFUE, un contrôle sur la qualification juridique de ces faits et les conséquences de droit qui en ont été tirées par le Tribunal. La Cour n’est donc pas compétente pour constater les faits ni, en principe, pour examiner les preuves que le Tribunal a retenues à l’appui de ces faits. Cette appréciation ne constitue dès lors pas, sous réserve du cas de la dénaturation de ces éléments, une question de droit soumise, comme telle, au contrôle de la Cour (voir, notamment, arrêt du 23 novembre 2017, SACE et Sace BT/Commission, C‑472/15 P, non publié, EU:C:2017:885, point 56 ainsi que jurisprudence citée).

24      Dans ce contexte, il y a lieu de rappeler qu’un requérant doit, en application de l’article 256 TFUE, de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et de l’article 168, paragraphe 1, sous d), du règlement de procédure de la Cour, indiquer de façon précise les éléments qui auraient été dénaturés par celui-ci et démontrer les erreurs d’analyse qui, dans son appréciation, auraient conduit le Tribunal à cette dénaturation. Par ailleurs, une dénaturation doit apparaître de façon manifeste des pièces du dossier, sans qu’il soit nécessaire de procéder à une nouvelle appréciation des faits et des preuves (voir, notamment, arrêts du 30 novembre 2016, Commission/France et Orange, C‑486/15 P, EU:C:2016:912, point 99, ainsi que du 23 novembre 2017, SACE et Sace BT/Commission, C‑472/15 P, non publié, EU:C:2017:885, point 58 ainsi que jurisprudence citée).

25      À cet égard, il convient de constater que la motivation du Tribunal portant sur le système d’enregistrement du temps de travail utilisé par la requérante figure, en ce qui concerne la fiabilité de ce système, notamment aux points 82 à 97 de l’arrêt attaqué, qui doivent être lus dans leur ensemble. 

26      Dès lors, le point 94 de l’arrêt attaqué, dans lequel le Tribunal a constaté que la requérante avait violé une obligation financière stipulée dans la convention Doc@Hand, dans la mesure où elle n’avait pas pu produire, lors de l’audit financier, des relevés de temps de travail fiables pour justifier les coûts de personnel déclarés et que le non-respect de cette obligation était un motif suffisant pour rejeter l’ensemble de ces coûts, ne pouvait être examiné de manière isolée sans tenir compte de l’entière appréciation du Tribunal s’agissant de la fiabilité des relevés de temps de travail.

27      Dans ce contexte, il convient de relever que le Tribunal, au point 90 de l’arrêt attaqué, a jugé que « […] le système d’enregistrement du temps de travail du personnel mis en place par la requérante ne fournissait pas la certitude que seuls les frais liés à des heures effectivement ouvrées dans le cadre de l’exécution du projet Doc@Hand et effectuées par les personnes réalisant directement les travaux en cause étaient imputés audit projet, conformément au point II.20, paragraphes 1 et 2, des conditions générales, et que les coûts déclarés remplissaient les critères d’éligibilité énoncés au point II.19, paragraphe 1, sous a) à c), desdites conditions ».

28      En outre, au point 92 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a constaté qu’« [i]l convient de rappeler, à cet égard, qu’il revenait à la requérante de démontrer que les relevés de temps de travail fournis aux auditeurs reflétaient les heures effectivement consacrées aux projets par les personnes ayant effectué les travaux concernés, ce qu’elle s’est abstenue de faire en l’espèce, en ne fournissant aucun élément de preuve devant le Tribunal de nature à remettre en cause les conclusions de l’audit ». 

29      Partant, selon le Tribunal, la requérante n’a pas présenté de relevés de temps de travail fiables apportant la certitude du caractère réel et de l’éligibilité des coûts dont elle demandait le remboursement. Le Tribunal a ainsi considéré, à bon droit, que le système d’enregistrement du temps de travail mis en place par la requérante n’était pas conforme aux conditions énoncées au point II.19, paragraphe 1, sous d), de la convention Doc@Hand, qu’il était insuffisant et ne permettait pas de vérifier que les heures de travail déclarées correspondaient aux coûts que la requérante prétendait avoir supportés. Pour ces raisons, le Tribunal a conclu , à juste titre, que, dans le cadre du projet Doc@Hand, tous les coûts de personnel déclarés avaient été rejetés comme étant non éligibles et non remboursables.

30      En évaluant, notamment aux points 82 à 97 de l’arrêt attaqué, l’ensemble des éléments de preuve sur lesquels les constatations de l’audit financier avaient été fondées, le Tribunal, qui, par ailleurs, n’est pas obligé de se référer à chaque élément de preuve séparément, a considéré que le registre général des absences ne constitue qu’un seul élément de preuve parmi plusieurs produits afin de prouver la fiabilité du système d’enregistrement du temps de travail, et n’a pas attribué à cet élément de preuve une importance de nature à modifier les conclusions tirées du rapport de l’audit financier. 

31      Il y a également lieu de constater que la requérante n’a pas précisé de quelle manière l’élément de preuve « fichier général des absences » aurait pu remettre en cause les conclusions générales à l’égard du manque de fiabilité des relevés présentés et n’a apporté aucun élément faisant apparaître, de manière manifeste, que le Tribunal aurait ainsi dénaturé les preuves produites par elle.

32      En effet, il appartient au seul Tribunal d’apprécier les éléments de preuve produits devant lui. Or, le Tribunal ne saurait, sous réserve de l’obligation de respecter les principes généraux et les règles de procédure en matière de charge et d’administration de la preuve et de ne pas dénaturer les éléments de preuve, être tenu de motiver de manière expresse ses appréciations en ce qui concerne la valeur de chaque élément de preuve qui lui a été soumis, notamment lorsqu’il considère que ceux-ci sont sans intérêt ou dépourvus de pertinence pour la solution du litige (voir, en ce sens, arrêt du 15 juin 2000, Dorsch Consult/Conseil et Commission, C‑237/98 P, EU:C:2000:321, points 50 et 51).

33      En outre, selon une jurisprudence constante, l’obligation de motivation qui incombe au Tribunal n’impose pas à ce dernier de fournir un exposé qui suivrait, de manière exhaustive et un par un, tous les raisonnements articulés par les parties au litige, et que la motivation du Tribunal peut donc être implicite à condition qu’elle permette aux intéressés de connaître les raisons pour lesquelles le Tribunal n’a pas fait droit à leurs arguments et à la Cour de disposer des éléments suffisants pour exercer son contrôle (arrêt du 7 juin 2018, ANKO/Commission, C‑7/17 P, non publié, EU:C:2018:407, point 20 et jurisprudence citée). 

34      En l’occurrence, le raisonnement suivi par le Tribunal, aux points 82 à 97 de l’arrêt attaqué, est, en lui-même, clair, compréhensible et de nature à motiver à suffisance la conclusion qu’il vise à étayer. 

35      En conséquence, il convient de rejeter le premier moyen comme étant non fondé.
 Sur le deuxième moyen, tiré d’une erreur de droit et de vices de procédure concernant l’objet et la charge de la preuve dans le cadre du recours

 Argumentation des parties

36      La requérante fait valoir que les points 73 à 119 de l’arrêt attaqué, dans lesquels le Tribunal a rejeté le premier moyen de recours, sont entachés d’une part, d’un vice de procédure en ce que le Tribunal a omis de statuer sur ses arguments relatifs à la production de preuves et à la preuve contraire et, d’autre part, d’une erreur de droit en ce qui concerne la répartition de la charge de la preuve.

37      S’agissant de ce dernier grief, la requérante fait valoir que le Tribunal a, à tort, exonéré la Commission de la charge de démontrer que les éléments de preuve apportés par la requérante étaient inadéquats ou insuffisants, en jugeant que le rapport d’audit financier élaboré par la Commission suffisait à lui seul à démontrer que les dépenses de la requérante n’étaient pas éligibles. L’arrêt attaqué aurait donc écarté l’éligibilité des dépenses de la requérante au motif que celle-ci n’avait pas « remis en cause » ce rapport d’audit financier.

38      La Commission, en revanche, est d’avis que ce moyen est non fondé.
 Appréciation de la Cour

39      S’agissant de la prétendue omission du Tribunal de prendre en compte les arguments de la requérante relatifs à l’objet de la preuve et à la preuve contraire en ce qui concerne l’éligibilité de ses coûts, il suffit de constater que, conformément à la jurisprudence constante rappelée au point 33 du présent arrêt, le Tribunal a, aux points 73 à 119 de l’arrêt attaqué, indiqué les raisons pour lesquelles il a estimé que les éléments apportés par la requérante afin d’établir l’éligibilité de ses coûts ne constituaient pas des preuves de la réalité des coûts déclarés. Par conséquent, le Tribunal n’a pas omis de statuer sur les arguments de la requérante, mais les a jugés non fondés, pour les motifs de droit et de fait exposés auxdits points de l’arrêt attaqué.

40      En ce qui concerne l’erreur prétendue de droit, relative à la répartition de la charge de la preuve, il ressort clairement des dispositions des conditions générales citées au point 63 de l’arrêt attaqué que les coûts déclarés par la requérante ne peuvent lui être remboursés qu’à la condition que celle-ci démontre leur réalité, leur lien avec la convention de subvention en cause et qu’elle justifie du respect des autres critères d’éligibilité posés par cette dernière.

41      À cet égard, le Tribunal a jugé, pour les motifs exposés aux points 73 à 119 de l’arrêt attaqué, que la requérante, notamment en n’établissant pas un système d’enregistrement des coûts de personnel suffisamment fiable et en n’accordant pas d’accès aux informations demandées par les auditeurs, avait violé ses obligations découlant des conditions générales.

42      Il s’ensuit que, le Tribunal n’ayant pas commis d’erreur de droit en ce qui concerne la répartition de la charge de la preuve, le deuxième moyen doit être rejeté comme étant non fondé.
 Sur le troisième moyen, tiré d’une erreur de droit concernant la répartition de la charge de la preuve dans le cadre de la demande reconventionnelle

 Argumentation des parties

43      La requérante soutient que, aux points 140 à 145 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a violé le droit et la jurisprudence de l’Union applicables en matière de répartition de la charge de la preuve dans le cadre d’une demande reconventionnelle.

44      Elle prétend que, dans la mesure où la Commission a, dans le cadre de sa demande reconventionnelle, introduit une demande autonome, le Tribunal était tenu de vérifier si la Commission avait prouvé les affirmations avancées dans cette demande selon lesquelles les dépenses n’étaient pas éligibles, ce qu’il n’a pas fait. 

45      La Commission considère que ce moyen est non fondé et inopérant.
 Appréciation de la Cour

46      Il y a lieu de constater que les arguments avancés par la requérante dans le cadre du présent moyen méconnaissent le lien étroit qui existe entre le recours de première instance formé par la requérante et la demande reconventionnelle introduite par la Commission. 

47      En l’occurrence, le Tribunal a constaté, au point 142 de l’arrêt attaqué, que les conclusions du rapport d’audit financier ainsi que l’ensemble des données qui les étayent doivent être analysés comme des éléments de preuve, présentés et invoqués à l’appui de la demande reconventionnelle.

48      La Commission ayant étayé ses affirmations sur la base du rapport d’audit financier, il incombait à la requérante de les réfuter. Constatant qu’elle ne l’avait pas fait, le Tribunal a pu, à bon droit, accueillir la demande reconventionnelle de la Commission.

49      Il y a donc lieu de rejeter le troisième moyen comme étant non fondé.
 Sur le quatrième moyen, tiré d’un vice de procédure substantiel concernant le caractère certain, liquide et exigible de la créance de la Commission

 Argumentation des parties

50      Par son quatrième moyen, la requérante invoque un vice de procédure substantiel en ce qui concerne le caractère certain, liquide et exigible de la créance de la Commission, dans la mesure où le Tribunal n’a pas indiqué, aux points 154 à 157 de l’arrêt attaqué, les raisons pour lesquelles elle estime que la créance de la Commission remplit ces conditions.

51      Plus particulièrement, la requérante fait valoir qu’une créance dont l’existence et le montant précis sont contestés par le débiteur devant le Tribunal ne peut être considérée comme étant certaine qu’après une appréciation irrévocable en ce sens de celui-ci. Par conséquent, cette appréciation devrait être motivée à suffisance. Cependant, l’arrêt attaqué ne contiendrait aucune motivation cohérente et juridiquement étayée relative au caractère certain, liquide et exigible de la créance de la Commission.

52      La Commission soutient que ce moyen est irrecevable et, en tout état de cause, non fondé et inopérant.
 Appréciation de la Cour

53      Il convient de rappeler que l’article 78, paragraphe 2, du règlement financier prévoit que toute créance identifiée comme étant certaine, liquide et exigible est constatée par un ordre de recouvrement donné au comptable, suivi d’une note de débit adressée au débiteur. Le paragraphe 1 de cet article dispose que la constatation d’une créance est l’acte par lequel l’ordonnateur compétent vérifie l’existence de la dette du débiteur, détermine ou vérifie la réalité ainsi que le montant de la dette et vérifie les conditions d’exigibilité de cette dette. 

54      À cette fin, l’article 81, sous a) à c), du règlement délégué n° 1268/2012 précise que le terme « certain » signifie que la créance ne doit pas être affectée d’une condition, le terme « liquide » doit être compris en ce sens que le montant doit être déterminé en argent et avec exactitude et la notion d’« exigibilité » de la créance ne doit pas être soumise à un terme. 

55      La requérante méconnaît donc la portée des termes « certain », « liquide » et « exigible » si elle les interprète en ce sens que la créance ou son montant ne doivent pas être contestés en justice par l’autre partie contractante. En effet, une telle interprétation est manifestement erronée dans la mesure où elle impliquerait l’impossibilité pour la Commission d’engager la procédure de recouvrement d’une dette si celle-ci était contestée en justice. 

56      Cette argumentation est corroborée notamment par le fait qu’une compensation, en vertu de l’article 80, paragraphe 1, du règlement financier, n’est pas exclue lorsque l’une des dettes est contestée ou lorsque des négociations concernant lesdites dettes ont eu lieu entre la Commission et le débiteur. Dans le cas contraire, le débiteur pourrait retarder indéfiniment la récupération d’une dette. Dès lors, a fortiori, l’émission d’une note de débit, qui constitue une étape précédant la compensation, ne saurait être exclue dans le cas où la dette est contestée par le débiteur.

57      Il y a donc lieu de rejeter le quatrième moyen comme étant non fondé.

58      Il résulte de l’ensemble des considérations qui précèdent que le pourvoi doit être rejeté dans son intégralité.
 Sur les dépens

59      En vertu de l’article 184, paragraphe 2, du règlement de procédure, lorsque le pourvoi n’est pas fondé, la Cour statue sur les dépens. Aux termes de l’article 138, paragraphe 1, du même règlement, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, de celui-ci, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

60      La Commission ayant conclu à la condamnation de la requérante aux dépens et celle-ci ayant succombé en ses moyens, il y a lieu de condamner cette dernière aux dépens.
Par ces motifs, la Cour (dixième chambre) déclare et arrête :
1)      Le pourvoi est rejeté.

2)      ANKO AE Antiprosopeion, Emporiou kai Viomichanias est condamnée aux dépens.

Signatures

*      Langue de procédure : le grec.