CELEX: 62004CJ0412
Language: fr
Date: 2008-02-21
Title: Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 21 février 2008.#Commission des Communautés européennes contre République italienne.#Manquement d’État - Marchés publics de travaux, de fournitures et de services - Directives 92/50/CEE, 93/36/CEE, 93/37/CEE et 93/38/CEE - Transparence - Égalité de traitement - Marchés exclus, en raison de leur montant, du champ d’application de ces directives.#Affaire C-412/04.

Affaire C-412/04
      Commission des Communautés européennes
      contre
      République italienne
      «Manquement d’État — Marchés publics de travaux, de fournitures et de services — Directives 92/50/CEE, 93/36/CEE, 93/37/CEE et 93/38/CEE — Transparence — Égalité de traitement — Marchés exclus, en raison de leur montant, du champ d’application de ces directives»
      Conclusions de l'avocat général M. D. Ruiz-Jarabo Colomer, présentées le 8 novembre 2006 
      Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 21 février 2008 
      Sommaire de l'arrêt
      1.     Recours en manquement — Examen du bien-fondé par la Cour — Situation à prendre en considération — Situation à l'expiration
            du délai fixé par l'avis motivé
      (Art. 226 CE)
      2.     Rapprochement des législations — Procédures de passation des marchés publics de services, de fournitures et de travaux — Directives
            92/50, 93/36 et 93/37 — Détermination en fonction de l'objet principal du contrat — Marchés mixtes de travaux, de fournitures
            et de services — Marchés de fournitures ou de services comprenant des travaux accessoires
      (Directives du Conseil 92/50, 93/36 et 93/37)
      3.     Rapprochement des législations — Procédures de passation des marchés publics de travaux — Directive 93/37 — Attribution des
            marchés
      (Art. 43 CE et 49 CE; directive du Conseil 93/37)
      4.     Rapprochement des législations — Procédures de passation des marchés publics de travaux — Directive 93/37 — Champ d'application
      (Directive du Conseil 93/37, art. 6, § 1 et 3)
      5.     Rapprochement des législations — Procédures de passation des marchés publics de services et dans les secteurs de l'eau, de
            l'énergie, des transports et des télécommunications — Directives 92/50 et 93/38 — Attribution des marchés
      (Directives du Conseil 92/50 et 93/38)
      6.     Procédure — Requête introductive d'instance — Exigences de forme
      (Règlement de procédure de la Cour, art. 38, § 1, c))
      1.     L'existence d'un manquement doit être appréciée en fonction de la situation de l'État membre telle qu'elle se présentait au
         terme du délai fixé dans l'avis motivé. À cet égard, il ne saurait être tenu compte de l'adoption de mesures législatives,
         réglementaires ou administratives postérieurement à la date d'expiration dudit délai.
      
      (cf. points 42-43)
      2.     Manque aux obligations qui lui incombent en vertu de la directive 92/50, portant coordination des procédures de passation
         des marchés publics de services, de la directive 93/36, portant coordination des procédures de passation des marchés publics
         de fournitures, et de la directive 93/37, portant coordination des procédures de passation des marchés publics de travaux,
         telle que modifiée par la directive 97/52, un État membre qui soumet à la réglementation nationale sur les marchés publics
         de travaux les marchés mixtes de travaux, de fournitures et de services ainsi que les marchés de fournitures ou de services
         qui comprennent des travaux accessoires si ces travaux représentent plus de 50 % du prix total du marché concerné.
      
      En effet, lorsqu'un contrat contient à la fois des éléments ayant trait à un marché public de travaux ainsi que des éléments
         ayant trait à un autre type de marché, c'est l'objet principal du contrat qui détermine quelle directive communautaire relative
         à des marchés publics trouve en principe à s'appliquer. Ainsi, et en particulier, le champ d'application de la directive 93/37
         est lié à l'objet principal du contrat, lequel doit être déterminé dans le cadre d'un examen objectif de l'ensemble du marché
         sur lequel porte ce contrat. Cette détermination doit avoir lieu au regard des obligations essentielles qui prévalent et qui,
         comme telles, caractérisent ce marché, par opposition à celles qui ne revêtent qu’un caractère accessoire ou complémentaire
         et sont imposées par l’objet même du contrat, le montant respectif des différentes prestations en présence n'étant, à cet
         égard, qu'un critère parmi d'autres à prendre en compte aux fins de ladite détermination. Dès lors, le montant des travaux
         ne saurait constituer le critère exclusif apte à entraîner l’application de la réglementation sur les marchés publics de travaux
         à un marché mixte, alors que ces travaux ne sont qu’accessoires, sauf à méconnaître les exigences de la directive 93/37.
      
      En outre, une telle réglementation nationale a également pour effet de méconnaître les exigences des directives 92/50 et 93/36,
         dans la mesure où son application peut conduire à soustraire aux procédures prévues par ces directives certains marchés mixtes,
         à savoir ceux dans lesquels le montant des travaux, bien qu’accessoires, représente plus de 50 % du prix total, ce dernier
         restant inférieur au seuil fixé par la directive 93/37, alors même qu’il atteint les seuils retenus par les directives 92/50
         et 93/36.
      
      (cf. points 47-49, 50-51, disp. 1)
      3.     Le législateur communautaire a fait le choix explicite et de principe de laisser les marchés inférieurs à un certain seuil
         en dehors du régime de publicité qu’il a instauré, n’imposant en conséquence aucune obligation spécifique à leur égard. Lorsqu'il
         est établi qu'un tel marché présente un intérêt transfrontalier certain, l'attribution, en l'absence de toute transparence,
         de ce marché à une entreprise située dans l'État membre du pouvoir adjudicateur est constitutive d'une différence de traitement
         au détriment des entreprises susceptibles d'être intéressées par ledit marché qui sont situées dans un autre État membre.
         À moins qu'elle ne soit justifiée par des circonstances objectives, une telle différence de traitement, qui, en excluant toutes
         les entreprises situées dans un autre État membre, joue principalement au détriment de celles-ci, est constitutive d'une discrimination
         indirecte selon la nationalité, interdite en application des articles 43 CE et 49 CE.
      
      Dans la mesure où, d'une part, en application de l'article 249 CE, les directives lient tout État membre destinataire quant
         au résultat à atteindre et où, d'autre part, le législateur communautaire a exclu, notamment par la fixation de seuils, certains
         marchés du champ d'application de la directive 93/37, les États membres ne sont pas tenus d'adopter, dans leur législation
         portant transposition de cette directive, des dispositions rappelant l'obligation de respecter les articles 43 CE et 49 CE,
         qui ne trouve à s'appliquer que dans les conditions précitées. L’abstention, à cet égard, du législateur national, s’agissant
         des marchés publics intéressant les ouvrages d’équipement d’une valeur inférieure au seuil d’application de la directive 93/37
         exécutés par le titulaire d’un permis de construire ou d’un plan de lotissement approuvé, dans l’hypothèse où est établie
         l’existence d’un intérêt transfrontalier certain, ne met pas pour autant en cause l’applicabilité auxdits marchés des articles
         43 CE et 49 CE.
      
      (cf. points 65-68)
      4.     Manque aux obligations qui lui incombent en vertu de la directive 93/37, portant coordination des procédures de passation
         des marchés publics de travaux, telle que modifiée par la directive 97/52, un État membre qui autorise l’attribution directe
         de travaux ou d’ouvrages au titulaire d’un permis de construire ou d’un plan de lotissement autorisé en ne prévoyant une procédure
         d’attribution conforme aux prescriptions de ladite directive que, lorsqu'un ouvrage est réparti en plusieurs lots, dans la
         seule hypothèse où le montant estimé de chacun de ces lots, pris individuellement, dépasse le seuil d’application de celle-ci.
      
      La circonstance qu’une disposition de droit national prévoyant la réalisation directe d’un ouvrage d’équipement par le titulaire
         d’un permis de construire ou d’un plan de lotissement approuvé, en déduction de tout ou partie de la contribution due au titre
         de l’octroi du permis, fait partie d’un ensemble de règles en matière d’urbanisme ayant des caractéristiques propres et poursuivant
         une finalité spécifique, distincte de la directive 93/37, ne suffit pas pour exclure la réalisation directe du champ d’application
         de cette dernière lorsque les éléments requis pour qu’elle en relève se trouvent réunis. Cette réalisation doit ainsi être
         soumise aux procédures prévues par la directive 93/37 lorsqu’elle répond aux conditions énoncées par cette dernière pour que
         soit caractérisé un marché public de travaux et, en particulier, lorsque l’élément contractuel requis à l’article 1er, sous
         a), de cette directive est présent et que la valeur de l’ouvrage égale ou dépasse le seuil fixé à l’article 6, paragraphe
         1, de celle-ci.
      
      En outre, il résulte de l’article 6, paragraphe 3, de la directive 93/37 que, lorsqu’un ouvrage est réparti en plusieurs lots
         faisant chacun l’objet d’un marché, la valeur de chaque lot doit être prise en compte pour l’évaluation du montant indiqué
         au paragraphe 1 du même article, qui va déterminer si cette directive a ou non vocation à s’appliquer à tous les lots. Par
         ailleurs, en application de l’article 6, paragraphe 4, de celle-ci, aucun ouvrage ni aucun marché ne peut être scindé en vue
         d’être soustrait à l’application de ladite directive. En conséquence, dès lors que la convention passée entre un particulier,
         propriétaire de terrains à lotir, et l’administration communale répond aux critères de définition de la notion de «marché
         public de travaux» au sens de l’article 1er, sous a), de la directive 93/37, la valeur estimée qui doit en principe être prise
         en considération afin de vérifier si le seuil fixé par cette directive est atteint et si, par conséquent, l’attribution du
         marché doit respecter les règles de publicité que celle-ci pose ne peut être appréhendée qu’au regard de la valeur globale
         des différents travaux et ouvrages, par addition des valeurs des différents lots.
      
      (cf. points 70-74, disp. 1)
      5.     Manque aux obligations qui lui incombent en vertu des directives 92/50, portant coordination des procédures de passation des
         marchés publics de services, et 93/38, portant coordination des procédures de passation des marchés dans les secteurs de l'eau,
         de l'énergie, des transports et des télécommunications, un État membre qui permet d'attribuer, d'une part, les activités de
         direction des travaux qui incombent en principe au bureaux techniques des pouvoirs adjudicateurs au concepteur en charge du
         projet et, d'autre part, les opérations d'essai et les tâches de vérification de travaux publics à des tiers figurant sur
         des listes établies à cette fin par le ministère des travaux publics, sans recourir aux procédures de mise en concurrence.
      
      En effet, les seules exceptions permises à l’application des directives 92/50 et 93/38 sont celles qui y sont limitativement
         et expressément mentionnées. Or, les activités de direction et les tâches de vérification de travaux rentrent dans la catégorie
         12 tant de l’annexe I A de la directive 92/50 que de l’annexe XVI A de la directive 93/38. À cet égard, il résulte, d’une
         part, de l’article 8 de la directive 92/50 que les marchés qui ont pour objet des services figurant à ladite annexe I A sont
         passés conformément, en particulier, aux dispositions du titre III de cette directive, qui est consacré au choix des procédures
         de passation, et, d’autre part, de l’article 15 de la directive 93/38 que les marchés de fournitures et de travaux ainsi que
         les marchés qui ont pour objet des services figurant à ladite annexe XVI A sont passés conformément, notamment, aux dispositions
         du titre IV de cette dernière directive, relatif aux procédures de passation. En conséquence, dans la mesure où l’attribution
         des activités de direction de travaux doit être effectuée conformément aux règles énoncées par les directives 92/50 et 93/38,
         l’attribution directe au concepteur méconnaît ces directives en ce qui concerne les marchés qui rentrent, eu égard à leur
         montant, dans le champ d’application de celles-ci. De même, dans la mesure où l’attribution des activités de vérification
         de travaux doit être effectuée conformément aux règles énoncées par les directives 92/50 et 93/38, l’attribution à des tiers
         méconnaît lesdites directives en ce qui concerne les marchés compris dans leur champ d’application.
      
      (cf. points 84-85, 89-93, disp. 1)
      6.     Il résulte de l'article 38, paragraphe 1, sous c), du règlement de procédure de la Cour et de la jurisprudence y relative
         que toute requête introductive d'instance doit indiquer l'objet du litige et contenir un exposé sommaire des moyens, et que
         cette indication doit être suffisamment claire et précise pour permettre à la partie défenderesse de préparer sa défense et
         à la Cour d'exercer son contrôle. Il en découle que les éléments essentiels de fait et de droit sur lesquels un recours est
         fondé doivent ressortir d'une façon cohérente et compréhensible du texte de la requête elle-même et que les conclusions de
         cette dernière doivent être formulées de manière non équivoque afin d'éviter que la Cour ne statue ultra petita ou bien n'omette
         de statuer sur un grief.
      
      (cf. point 103)

      
      ARRÊT DE LA COUR (deuxième chambre)
      21 février 2008 (*)
      
      «Manquement d’État – Marchés publics de travaux, de fournitures et de services – Directives 92/50/CEE, 93/36/CEE, 93/37/CEE et 93/38/CEE – Transparence – Égalité de traitement – Marchés exclus, en raison de leur montant, du champ d’application de ces directives»
      Dans l’affaire C‑412/04,
      ayant pour objet un recours en manquement au titre de l’article 226 CE, introduit le 24 septembre 2004,
      Commission des Communautés européennes, représentée par MM. X. Lewis et K. Wiedner, en qualité d’agents, assistés de Me G. Bambara, avvocato, ayant élu domicile à Luxembourg,
      
      partie requérante,
      contre
      République italienne, représentée par M. I. M. Braguglia, en qualité d’agent, assisté de M. M. Fiorilli, avvocato dello Stato, ayant élu domicile
         à Luxembourg,
      
      partie défenderesse,
      soutenue par:
      République française, représentée par M. G. de Bergues, en qualité d’agent,
      
      Royaume des Pays-Bas, représenté par Mme H. G. Sevenster et M. M. de Grave, en qualité d’agents,
      
      République de Finlande, représentée par Mme A. Guimaraes-Purokoski, en qualité d’agent, ayant élu domicile à Luxembourg,
      
      parties intervenantes,
      LA COUR (deuxième chambre),
      composée de M. C. W. A. Timmermans, président de chambre, MM. L. Bay Larsen, K. Schiemann, J. Makarczyk (rapporteur) et J.‑C.
         Bonichot, juges,
      
      avocat général: M. D. Ruiz-Jarabo Colomer,
      greffier: M. R. Grass,
      vu la procédure écrite,
      ayant entendu l’avocat général en ses conclusions à l’audience du 8 novembre 2006,
      rend le présent
      Arrêt
      1       Par sa requête, la Commission des Communautés européennes demande à la Cour de constater que, en ayant adopté les dispositions
         visées:
      
      –       aux articles 2, paragraphes 1 et 5, 17, paragraphe 12, 27, paragraphe 2, 30, paragraphe 6 bis, 37 ter et 37 quater, paragraphe
         1, de la loi n° 109, loi-cadre sur les travaux publics (legge quadro in materia di lavori pubblici), du 11 février 1994 (supplément
         ordinaire à la GURI n° 41, du 19 février 1994), telle que modifiée par la loi n° 166, du 1er août 2002 (supplément ordinaire à la GURI n° 181, du 3 août 2002, ci-après la «loi n° 109/1994»),
      
      –       à l’article 28, paragraphe 4, de la loi n° 109/1994, lu en combinaison avec l’article 188 du décret du président de la République
         n° 554, portant règlement d’application de la loi-cadre sur les travaux publics du 11 février 1994, n° 109, et de ses modifications
         successives (regolamento di attuazione della legge quadro in materia di lavori pubblici 11 febbraio 1994, n. 109, e successive
         modificazioni), du 21 décembre 1999 (supplément ordinaire à la GURI n° 98, du 28 avril 2000, ci-après le «DPR n° 554/1999»),
         et l’article 3, paragraphe 3, du décret législatif n° 157, portant application de la directive 92/50/CEE en matière de marchés
         publics de services (attuazione della direttiva 92/50/CEE in materia di appalti pubblici di servizi), du 17 mars 1995 (supplément
         ordinaire à la GURI n° 104, du 6 mai 1995, ci-après le «décret législatif n° 157/1995»),
      
      la République italienne a manqué aux obligations qui lui incombent en vertu de la directive 92/50/CEE du Conseil, du 18 juin
         1992, portant coordination des procédures de passation des marchés publics de services (JO L 209, p. 1), de la directive 93/36/CEE
         du Conseil, du 14 juin 1993, portant coordination des procédures de passation des marchés publics de fournitures (JO L 199,
         p. 1), de la directive 93/37/CEE du Conseil, du 14 juin 1993, portant coordination des procédures de passation des marchés
         publics de travaux (JO L 199, p. 54), telle que modifiée par la directive 97/52/CE du Parlement européen et du Conseil, du
         13 octobre 1997 (JO L 328, p. 1, ci-après la « directive 93/37 »), de la directive 93/38/CEE du Conseil, du 14 juin 1993,
         portant coordination des procédures de passation des marchés dans les secteurs de l’eau, de l’énergie, des transports et des
         télécommunications (JO L 199, p. 84), ainsi qu’en vertu des articles 43 CE et 49 CE, de même que des principes de transparence
         et d’égalité de traitement qui en sont le corollaire.
      
       Le cadre juridique
       La réglementation communautaire
      2       Les directives 92/50, 93/36, 93/37 et 93/38 ont été adoptées dans le cadre de la réalisation du marché intérieur, défini comme
         un espace sans frontières intérieures dans lequel la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des
         capitaux est assurée. Elles visent à éliminer les pratiques qui restreignent la concurrence en général et la participation
         aux marchés publics des ressortissants d’autres États membres afin de mettre en œuvre, notamment, la liberté d’établissement
         et la libre prestation des services consacrées, respectivement, aux articles 43 CE et 49 CE.
      
      3       Selon le seizième considérant de la directive 92/50, les marchés publics de services peuvent, dans certains cas, inclure des
         travaux et il résulte de la directive 71/305/CEE du Conseil, du 26 juillet 1971, portant coordination des procédures de passation
         des marchés publics de travaux (JO L 185, p. 5), qu’un contrat ne peut être considéré comme un marché public de travaux que
         si son objet consiste à réaliser un ouvrage. Pour autant que ces travaux sont accessoires et ne forment pas l’objet du contrat,
         ils ne peuvent justifier la classification du contrat comme marché public de travaux.
      
      4       Il résulte de l’article 8 de la directive 92/50 que les marchés publics qui ont pour objet des services figurant à l’annexe
         I A de cette directive doivent être passés conformément aux dispositions des titres III à VI de celle-ci. Le titre III est
         consacré au choix des procédures de passation desdits marchés et aux règles applicables aux concours.
      
      5       Sont notamment mentionnés dans la catégorie 12 de l’annexe I A de la directive 92/50 les services d’architecture, les services
         d’ingénierie, les services d’aménagement urbain et d’architecture paysagère, les services connexes de consultations scientifiques
         et techniques ainsi que les services d’essais et d’analyses techniques.
      
      6       Selon l’article 15 de la directive 93/38, les marchés qui ont pour objet des services figurant à l’annexe XVI A de cette directive
         sont passés conformément aux dispositions des titres III à V de celle-ci. Le titre IV de ladite directive est consacré aux
         procédures de passation de marché.
      
      7       La catégorie 12 de ladite annexe XVI A est identique à la catégorie 12 de l’annexe I A de la directive 92/50.
      8       Aux termes de l’article 1er, sous a), de la directive 93/37, «les ‘marchés publics de travaux’ sont des contrats à titre onéreux, conclus par écrit entre,
         d’une part, un entrepreneur et, d’autre part, un pouvoir adjudicateur défini au point b) et ayant pour objet soit l’exécution,
         soit conjointement l’exécution et la conception des travaux relatifs à une des activités visées à l’annexe II ou d’un ouvrage
         défini au point c), soit la réalisation, par quelque moyen que ce soit, d’un ouvrage répondant aux besoins précisés par le
         pouvoir adjudicateur».
      
      9       L’article 6, paragraphe 1, de ladite directive précise le champ d’application de celle-ci au regard de la valeur estimée des
         différents marchés publics de travaux visés. Il résulte du paragraphe 3 du même article que, lorsqu’un ouvrage est réparti
         en plusieurs lots faisant chacun l’objet d’un marché, la valeur de chaque lot doit être prise en compte pour l’évaluation
         du montant indiqué au paragraphe 1 dudit article et que, lorsque la valeur cumulée des lots égale ou dépasse ledit montant,
         les dispositions de ce dernier paragraphe s’appliquent, en principe, à tous les lots.
      
       La réglementation nationale
      10     Les marchés publics de travaux sont régis par la loi n° 109/1994, mise en œuvre par le DPR n° 554/1999.
      11     Selon l’article 2, paragraphe 1, de la loi n° 109/1994, il faut entendre par travaux publics, s’ils sont attribués par des
         sujets visés au paragraphe 2 dudit article, les activités de construction, de démolition, de récupération, de restructuration,
         de restauration et d’entretien d’ouvrages et d’installations. Cette disposition étend le champ d’application de la loi n° 109/1994
         aux marchés mixtes de travaux, de fournitures et de services ainsi qu’aux marchés de fournitures ou de services comprenant
         des travaux accessoires dont la valeur est estimée à plus de 50 % du prix total du marché concerné.
      
      12     L’article 3, paragraphe 3, du décret législatif n° 157/1995 prévoit que, s’agissant des marchés mixtes de travaux et de services
         ainsi que des marchés de services comprenant des travaux accessoires, les dispositions de la loi n° 109/1994 sont applicables
         si les travaux représentent plus de 50 % du prix total du marché concerné.
      
      13     L’article 2, paragraphe 5, de la loi n° 109/1994 exclut du champ d’application de celle-ci les interventions directement exécutées
         par des particuliers en déduction de contributions liées à des actes d’habilitation à l’exercice d’activités de construction
         ainsi que les interventions faisant suite aux obligations visées à l’article 28, paragraphe 5, de la loi n° 1150, relative
         à l’urbanisme (legge urbanistica), du 17 août 1942 (GURI n° 244, du 16 octobre 1942), telle que modifiée (ci-après la «loi
         n° 1150/1942»). Ledit article 2, paragraphe 5, exclut également de ce champ d’application les interventions analogues à celles
         mentionnées ci-dessus. Cette dernière disposition précise que, si le montant des ouvrages, pris individuellement, est supérieur
         au seuil communautaire, les particuliers sont tenus de les attribuer conformément aux procédures prévues par la directive
         93/37.
      
      14     À cet égard, il ressort des articles 1er et 31 de la loi n° 1150/1942 ainsi que des articles 3 et 11 de la loi n° 10, portant des normes en matière de constructibilité
         des terrains (norme in materia di edificabilità dei suoli), du 28 janvier 1977 (GURI n° 27, du 29 janvier 1977), telle que
         modifiée (ci-après la «loi n° 10/1977»), que le titulaire du permis peut réaliser lui-même les travaux d’équipement en en
         déduisant le coût, totalement ou partiellement, des taxes dues.
      
      15     Outre les marchés publics de travaux, la loi n° 109/1994 réglemente certains marchés publics de services.
      16     Ainsi, l’article 17, paragraphe 12, de cette loi autorise les organismes adjudicateurs à attribuer les marchés publics de
         services ayant pour objet des tâches de conception et de direction de travaux dont le montant estimé est inférieur à 100 000
         euros, par l’intermédiaire du responsable de la procédure, aux sujets visés au paragraphe 1, sous d) à g), dudit article 17
         bénéficiant de leur confiance, après s’être assurés de l’expérience et de la capacité professionnelles de ces sujets, et en
         motivant ce choix.
      
      17     Selon l’article 27, paragraphe 2, de la loi n° 109/1994, si les pouvoirs adjudicateurs ne peuvent assumer les activités de
         direction des travaux, ils les confient, dans l’ordre, soit à d’autres administrations publiques, soit au concepteur en charge
         du projet au sens de l’article 17, paragraphe 4, de ladite loi, soit à d’autres sujets retenus conformément aux procédures
         prévues par la règlementation nationale transposant les dispositions communautaires en la matière.
      
      18     En vertu de l’article 28, paragraphe 4, de la loi n° 109/1994, les opérations d’essai sont confiées à un, deux ou trois techniciens
         hautement et spécifiquement qualifiés en fonction du type, de la complexité et du montant des travaux. Lesdits techniciens
         sont nommés par les pouvoirs adjudicateurs au sein de leurs propres structures, sauf en cas de manque de personnel constaté
         et certifié par le responsable de la procédure.
      
      19     L’article 30, paragraphe 6 bis, de ladite loi offre la même possibilité s’agissant des tâches de vérification qui sont en
         principe confiées aux bureaux techniques des organismes adjudicateurs ou aux organismes de contrôle visés au point a) de ce
         même paragraphe.
      
      20     Il ressort par ailleurs des paragraphes 1, 3, 8, 9, 11, 12 et 13 de l’article 188 du DPR n° 554/1999 que, dans les 30 jours
         à compter de la fin des travaux, ou à compter de la date de livraison de ceux-ci en cas d’essai en cours de réalisation, l’organisme
         adjudicateur attribue les tâches de vérification à ses collaborateurs en fonction du type, de la catégorie, de la complexité
         et du montant des interventions et sur la base de critères fixés au préalable.
      
      21     Dans l’hypothèse où ce personnel ne remplit pas les conditions requises, il est fait appel à des spécialistes extérieurs inscrits
         sur des listes établies auprès du ministère des Travaux publics, des régions et des provinces autonomes.
      
      22     En l’absence de telles listes, les organismes adjudicateurs peuvent attribuer discrétionnairement les tâches de vérification
         à des personnes possédant, en toute hypothèse, les qualités requises et répondant aux conditions exigées.
      
      23     Les articles 37 bis à 37 quater de la loi n° 109/1994 traitent de l’attribution des marchés publics de travaux financés, en
         tout ou en partie, par des personnes privées.
      
      24     L’article 37 bis de cette loi permet à des personnes privées de présenter aux organismes adjudicateurs des propositions de
         réalisation de travaux publics ou de travaux d’utilité publique et de signer les contrats correspondants prévoyant le financement
         et la gestion des travaux.
      
      25     L’article 37 ter de la même loi décrit la procédure de sélection du promoteur. Ainsi, il prévoit que les pouvoirs adjudicateurs
         évaluent la faisabilité des propositions présentées sous différents aspects: construction, urbanisme, environnement, qualité
         du projet, fonctionnalité, jouissance de l’ouvrage, accessibilité au public, rendement, coût de gestion et d’entretien, durée
         de la concession, délais de réalisation des travaux de la concession, tarifs applicables et méthode de révision, valeur économique
         et financière du plan et contenu du projet de convention. Ces pouvoirs doivent s’assurer qu’aucun élément n’empêche la réalisation
         de ces propositions et, après avoir examiné et comparé ces dernières et entendu les promoteurs qui le demandent, ils indiquent
         quelle proposition est d’intérêt public.
      
      26     Dans ce cas, en application de l’article 37 quater de la loi n° 109/1994, est mise en œuvre une procédure restreinte destinée
         à susciter la présentation de deux autres offres. La concession est ensuite attribuée dans le cadre d’une procédure négociée
         au cours de laquelle la proposition du promoteur initialement sélectionné et ces autres offres sont examinées. Au cours de
         cette procédure, ledit promoteur peut adapter sa proposition à celle que le pouvoir adjudicateur estime convenir le mieux.
         Si tel est le cas, il deviendra adjudicataire de la concession.
      
       La procédure précontentieuse
      27     La Commission, après avoir reçu des plaintes relatives aux effets de la loi n° 109/1994 dans sa version initiale, a suivi
         le processus d’adoption du projet de loi visant à modifier cette loi.
      
      28     À la suite de l’adoption de la loi n° 166, du 1er août 2002, modifiant la loi n° 109/1994, la Commission a adressé, le 19 décembre 2002, une lettre de mise en demeure à la
         République italienne, indiquant à celle-ci que certaines dispositions de la loi n° 109/1994 lui paraissaient encore incompatibles
         avec le droit communautaire.
      
      29     Par lettre du 26 juin 2003, la République italienne acquiesçait à la plupart des griefs avancés par la Commission et faisait
         connaître à celle-ci son intention de modifier en conséquence la législation applicable.
      
      30     La République italienne n’ayant toutefois pas procédé aux modifications annoncées, la Commission lui a adressé un avis motivé
         le 15 octobre 2003, l’invitant à prendre les mesures nécessaires pour se conformer audit avis dans un délai de deux mois à
         compter de la notification de celui-ci.
      
      31     La Commission, ayant estimé insatisfaisante la position arrêtée par la République italienne dans une lettre du 22 avril 2004,
         a introduit, en vertu de l’article 226, second alinéa, CE, le présent recours.
      
      32     Par ordonnance du président de la Cour du 6 avril 2005, la République française, le Royaume des Pays-Bas et la République
         de Finlande ont été admis à intervenir dans la présente affaire à l’appui des conclusions de la République italienne. Seuls
         le Royaume des Pays-Bas et la République de Finlande ont déposé des mémoires en intervention.
      
       Sur le recours
      33     Le présent recours est fondé sur six griefs.
       Sur le premier grief
      34     Le premier grief porte sur la réglementation des marchés mixtes telle qu’elle résulte de la loi n° 109/1994.
      35     Il ressort des dispositions de l’article 2, paragraphe 1, de cette loi, qui a pour objet de délimiter les contours de la notion
         de travaux publics, que celle-ci vise les activités de construction, de démolition, de récupération, de restructuration, de
         restauration, d’entretien d’ouvrages et d’installations lorsqu’elles sont attribuées par les sujets visés au paragraphe 2
         du même article. Ledit paragraphe 1 précise que les marchés mixtes de travaux, de fournitures et de services ainsi que les
         marchés de fournitures ou de services qui comprennent des travaux accessoires sont soumis aux dispositions de la loi n° 109/1994
         si ces travaux représentent plus de 50 % du prix total du marché concerné.
      
      36     De même, l’article 3, paragraphe 3, du décret législatif n° 157/1995 prévoit que, s’agissant des marchés mixtes de travaux
         et de services ainsi que des marchés de services comprenant des travaux accessoires, les dispositions de la loi n° 109/1994
         sont applicables si les travaux représentent plus de 50 % du prix total du marché en cause.
      
       Argumentation des parties
      37     La Commission soutient que le régime juridique applicable aux marchés mixtes doit dépendre de l’objet principal du marché,
         déterminé, entre autres facteurs, mais non exclusivement, par la valeur des différentes prestations.
      
      38     À cet égard, la Commission fait valoir que, en soumettant à la réglementation sur les marchés publics de travaux les marchés
         où l’élément que constituent les travaux l’emporte d’un point de vue économique tout en revêtant, néanmoins, un caractère
         accessoire par rapport aux autres prestations, la législation italienne a pour conséquence de soustraire nombre de marchés
         de services et de fournitures dont le montant estimé est supérieur aux seuils d’application des directives 92/50 et 93/36,
         mais inférieur à celui de la directive 93/37, à l’application de la réglementation communautaire pertinente.
      
      39     La République italienne rétorque que, dans l’attente de la modification des textes nationaux en cause, à laquelle il a été
         procédé afin de répondre aux objections de la Commission, avait été adoptée la circulaire n° 2316 du ministère des Infrastructures
         et des Transports, portant réglementation des contrats mixtes dans les marchés publics de travaux, de fournitures et de services
         (disciplina dei contratti misti negli appalti pubblici di lavori, forniture e servizi), du 18 décembre 2003 (GURI n° 79, du
         3 avril 2004, p. 26), par laquelle les pouvoirs adjudicateurs étaient invités à respecter le principe suivant lequel, en présence
         d’un marché mixte, il est nécessaire de tenir compte, pour la détermination de la législation applicable, de l’objet principal
         du contrat, ce afin que l’aspect économique ne soit plus le critère prédominant à cet égard.
      
      40     La loi n° 62, portant dispositions en vue de l’exécution des obligations résultant de l’appartenance de l’Italie aux Communautés
         européennes – Loi communautaire 2004 (disposizioni per l’adempimento di obblighi derivanti dall’appartenenza dell’Italia alle
         Communità europee. Legge comunitaria 2004), du 18 avril 2005 (supplément ordinaire à la GURI n° 96, du 27 avril 2005, ci-après
         la «loi communautaire 2004»), aurait entériné cette solution.
      
      41     La République de Finlande estime que la valeur économique est un critère déterminant dans l’appréciation de l’objet principal
         du marché, une telle approche ne devant être exclue que dans des situations exceptionnelles, à savoir lorsque le recours au
         critère de la valeur économique a pour finalité de faire obstacle à l’application du droit communautaire.
      
       Appréciation de la Cour
      42     À titre liminaire, il convient de rappeler que, conformément à une jurisprudence constante, l’existence d’un manquement doit
         être appréciée en fonction de la situation de l’État membre telle qu’elle se présentait au terme du délai fixé dans l’avis
         motivé (voir, notamment, arrêts du 10 avril 2003, Commission/France, C‑114/02, Rec. p. I‑3783, point 9, et du 14 juillet 2005,
         Commission/Allemagne, C‑433/03, Rec. p. I‑6985, point 32).
      
      43     À cet égard, il ne saurait être tenu compte de l’adoption de mesures législatives, réglementaires ou administratives postérieurement
         à la date d’expiration dudit délai.
      
      44     En conséquence, c’est au regard de la législation qui était en vigueur au 15 décembre 2003, date d’expiration du délai de
         deux mois imparti dans l’avis motivé du 15 octobre 2003, qu’il convient de se prononcer sur l’existence éventuelle du manquement
         allégué dans le cadre du présent grief, étant relevé que, à cette date, aussi bien la circulaire visée au point 39 du présent
         arrêt que la législation nationale citée à son point 40 n’avaient été adoptées.
      
      45     S’agissant de la notion de «marchés publics de travaux», au sens de l’article 1er, sous a), de la directive 93/37, il y a lieu de relever que celle-ci vise les contrats à titre onéreux, conclus par écrit
         entre, d’une part, un entrepreneur et, d’autre part, un pouvoir adjudicateur défini au point b) de cet article et ayant pour
         objet soit l’exécution, soit conjointement l’exécution et la conception des travaux relatifs à une des activités visées à
         l’annexe II de cette directive ou d’un ouvrage défini au point c) dudit article 1er, soit la réalisation, par quelque moyen que ce soit, d’un ouvrage répondant aux besoins précisés par le pouvoir adjudicateur.
      
      46     Par ailleurs, il résulte du seizième considérant de la directive 92/50, lu en combinaison avec l’article 1er, sous a), de la directive 93/37, qu’un contrat ne peut être considéré comme un marché public de travaux que si son objet
         répond à la définition donnée au point qui précède et que des travaux qui sont accessoires et ne forment pas l’objet du contrat
         ne peuvent justifier la classification de celui-ci comme marché public de travaux.
      
      47     Il ressort, en outre, de la jurisprudence de la Cour que, lorsqu’un contrat contient à la fois des éléments ayant trait à
         un marché public de travaux ainsi que des éléments ayant trait à un autre type de marché, c’est l’objet principal du contrat
         qui détermine quelle directive communautaire relative à des marchés publics trouve en principe à s’appliquer (voir arrêt du
         18 janvier 2007, Auroux e.a., C‑220/05, Rec. p. I‑385, point 37).
      
      48     Ainsi, et en particulier, le champ d’application de la directive 93/37 est lié à l’objet principal du contrat, lequel doit
         être déterminé dans le cadre d’un examen objectif de l’ensemble du marché sur lequel porte ce contrat.
      
      49     Cette détermination doit avoir lieu au regard des obligations essentielles qui prévalent et qui, comme telles, caractérisent
         ce marché, par opposition à celles qui ne revêtent qu’un caractère accessoire ou complémentaire et sont imposées par l’objet
         même du contrat, le montant respectif des différentes prestations en présence n’étant, à cet égard, qu’un critère parmi d’autres
         à prendre en compte aux fins de ladite détermination.
      
      50     On peut déduire de ce qui précède, ainsi que M. l’avocat général l’a indiqué aux points 38 et 74 de ses conclusions, que le
         montant des travaux ne saurait constituer, en toutes circonstances, le critère exclusif apte à entraîner l’application de
         la loi n° 109/1994 à un marché mixte, alors que ces travaux ne sont qu’accessoires, sauf à méconnaître les exigences de la
         directive 93/37.
      
      51     La règle inscrite à l’article 2, paragraphe 1, de la loi n° 109/1994 a également pour effet de méconnaître les exigences des
         directives 92/50 et 93/36, dans la mesure où son application peut conduire à soustraire aux procédures prévues par ces directives
         certains marchés mixtes, à savoir ceux dans lesquels le montant des travaux, bien qu’accessoires, représente plus de 50 %
         du prix total, ce dernier restant inférieur au seuil fixé par la directive 93/37, alors même qu’il atteint les seuils retenus
         par les directives 92/50 et 93/36.
      
      52     En conséquence, il y a lieu de constater que, en ayant adopté l’article 2, paragraphe 1, de la loi n° 109/1994, la République
         italienne a manqué aux obligations qui lui incombent en vertu des directives 92/50, 93/36 et 93/37.
      
       Sur le deuxième grief
      53     Le deuxième grief est relatif à l’attribution directe de travaux ou d’ouvrages au titulaire d’un permis de construire ou d’un
         plan de lotissement approuvé si ces travaux ou ouvrages ont une valeur inférieure au seuil d’application de la directive 93/37.
      
      54     En application de l’article 2, paragraphe 5, de la loi n° 109/1994, les interventions directement exécutées par des particuliers
         en déduction de contributions liées à des actes d’habilitation relatifs à l’exercice d’activités de construction, les interventions
         résultant des obligations visées à l’article 28, paragraphe 5, de la loi n° 1150/1942 et les travaux analogues à ces deux
         catégories d’interventions ne relèvent pas de la loi n° 109/1994. Ledit article 2, paragraphe 5, précise toutefois que, si
         le montant des ouvrages, pris individuellement, dépasse les seuils fixés par les règles communautaires applicables, l’attribution
         du marché doit intervenir conformément aux procédures prévues par la directive 93/37.
      
      55     Il ressort également des articles 1er et 31 de la loi n° 1150/1942 ainsi que 3 et 11 de la loi n° 10/1977 que le titulaire du permis peut réaliser lui-même les
         travaux d’équipement en en déduisant le coût, totalement ou partiellement, des taxes d’urbanisation dues.
      
       Argumentation des parties
      56     La Commission fait valoir, d’une part, que les dispositions de la loi n° 109/1994, lues en combinaison avec les dispositions
         pertinentes des lois nos 1150/1942 et 10/1977, autorisent l’attribution directe de travaux ou d’ouvrages qui constituent des marchés publics de travaux
         au sens de l’article 1er, sous a), de la directive 93/37 au titulaire d’un permis de construire ou d’un plan de lotissement autorisé sans que soit
         garantie, par des dispositions expresses, l’application des principes de transparence et d’égalité de traitement énoncés par
         le traité CE, lesquels doivent être respectés même si le montant estimé est inférieur au seuil d’application de cette directive.
      
      57     Elle soutient, d’autre part, que, pour déterminer si ledit seuil est atteint, il convient de calculer la valeur totale des
         travaux et/ou des ouvrages couverts par la convention conclue entre le particulier et l’administration, ces travaux et/ou
         ces ouvrages devant être considérés comme des lots distincts d’un seul et même marché. Le fait que, selon la législation nationale,
         les procédures d’appel d’offres ne sont applicables que si cette convention porte sur des ouvrages dont les montants estimés,
         pris individuellement, dépassent le seuil d’application des règles communautaires en la matière méconnaîtrait donc les exigences
         de la directive 93/37, en excluant du champ d’application des dispositions nationales ayant transposé celles-ci des marchés
         dont la valeur globale est supérieure audit seuil, en raison de l’insuffisance des montants correspondant à chacune des prestations
         que ces marchés impliquent.
      
      58     Selon la République italienne, en ce qui concerne, en premier lieu, les ouvrages d’équipement d’une valeur inférieure au seuil
         d’application de la réglementation communautaire et exécutés par le titulaire d’un permis de construire ou d’un plan de lotissement
         approuvé, il n’est pas nécessaire, au stade de la transposition, de rappeler spécifiquement les règles du traité en matière
         de publicité et de concurrence ainsi que les interprétations jurisprudentielles de la Cour s’y rapportant.
      
      59     En second lieu, la République italienne souligne les particularités du secteur de l’urbanisation, dans lequel les lotisseurs
         se substituent aux collectivités locales, et les caractéristiques des conventions de lotissement conclues entre ces collectivités
         et ces lotisseurs.
      
      60     De telles conventions impliqueraient seulement l’obligation, pour la collectivité locale concernée, de délivrer des permis
         de construire, à charge pour le lotisseur de réaliser les travaux d’aménagement de la zone en cause, sur la base de projets
         que ladite collectivité se réserve d’approuver.
      
      61     Le fait d’avoir confié au même lotisseur la réalisation de multiples ouvrages, par nature hétérogènes, ne saurait impliquer,
         pour la seule raison que ledit lotisseur est propriétaire des terrains concernés, l’obligation d’agréger ces ouvrages aux
         fins de l’application de la directive 93/37. La République italienne souligne, à cet égard, que, dans l’arrêt du 12 juillet
         2001, Ordine degli Architetti e.a., (C‑399/98, Rec. p. I‑5409), la Cour s’est prononcée sur une situation différente de celle
         de l’espèce, dans la mesure où était concernée la réalisation d’un ouvrage de nature manifestement unitaire.
      
      62     Selon le Royaume des Pays-Bas, les marchés publics dont la valeur se situe en dessous des seuils d’application prévus par
         les directives en la matière échappent au principe de transparence. Il ajoute que ces directives prévoient elles-mêmes expressément
         certaines dérogations, le législateur communautaire ayant ainsi choisi, dans ces hypothèses, de donner la priorité à d’autres
         intérêts que la transparence.
      
      63     La République de Finlande soutient que les marchés dont la valeur est inférieure aux seuils fixés par lesdites directives,
         bien qu’ils soient, de ce fait, exclus du champ d’application de celles-ci, sont soumis de droit aux dispositions du traité
         relatives à la libre circulation des biens et des services et à la liberté d’établissement.
      
      64     En conséquence, la législation nationale ne devrait pas, en ce qui concerne lesdits marchés, instaurer d’obligation spécifique
         de publicité ou de mise en concurrence.
      
       Appréciation de la Cour
      65     Il convient, en premier lieu, de relever que le législateur communautaire a fait le choix explicite et de principe de laisser
         les marchés inférieurs à un certain seuil en dehors du régime de publicité qu’il a instauré, n’imposant en conséquence aucune
         obligation spécifique à leur égard.
      
      66     Par ailleurs, lorsqu’il est établi qu’un tel marché présente un intérêt transfrontalier certain, l’attribution, en l’absence
         de toute transparence, de ce marché à une entreprise située dans l’État membre du pouvoir adjudicateur est constitutive d’une
         différence de traitement au détriment des entreprises susceptibles d’être intéressées par ledit marché qui sont situées dans
         un autre État membre. À moins qu’elle ne soit justifiée par des circonstances objectives, une telle différence de traitement,
         qui, en excluant toutes les entreprises situées dans un autre État membre, joue principalement au détriment de celles-ci,
         est constitutive d’une discrimination indirecte selon la nationalité, interdite en application des articles 43 CE et 49 CE
         (voir en ce sens, s’agissant de la directive 92/50, arrêt du 13 novembre 2007, Commission/Irlande, C‑507/03, non encore publié
         au Recueil, points 30 et 31 ainsi que jurisprudence citée).
      
      67     Dans la mesure où, d’une part, ainsi que l’a relevé M. l’avocat général au point 56 de ses conclusions, en application de
         l’article 249 CE, les directives lient tout État membre destinataire quant au résultat à atteindre et où, d’autre part, le
         législateur communautaire a exclu, notamment par la fixation de seuils, certains marchés du champ d’application de la directive
         93/37, les États membres ne sont pas tenus d’adopter, dans leur législation portant transposition de cette directive, des
         dispositions rappelant l’obligation de respecter les articles 43 CE et 49 CE, qui ne trouve à s’appliquer que dans les conditions
         rappelées au point précédent du présent arrêt.
      
      68     L’abstention, à cet égard, du législateur italien, s’agissant des marchés publics intéressant les ouvrages d’équipement d’une
         valeur inférieure au seuil d’application de la directive 93/37 exécutés par le titulaire d’un permis de construire ou d’un
         plan de lotissement approuvé, dans l’hypothèse où est établie l’existence d’un intérêt transfrontalier certain, ne met pas
         pour autant en cause l’applicabilité auxdits marchés des articles 43 CE et 49 CE.
      
      69     En conséquence, le deuxième grief, en tant qu’il repose sur la méconnaissance des règles fondamentales du traité, doit être
         rejeté.
      
      70     S’agissant, en second lieu, du champ d’application de l’article 2, paragraphe 5, de la loi n° 109/1994, au regard des prescriptions
         de la directive 93/37, il convient d’abord de rappeler que, selon la jurisprudence de la Cour, la circonstance qu’une disposition
         de droit national prévoyant la réalisation directe d’un ouvrage d’équipement par le titulaire d’un permis de construire ou
         d’un plan de lotissement approuvé, en déduction de tout ou partie de la contribution due au titre de l’octroi du permis, fait
         partie d’un ensemble de règles en matière d’urbanisme ayant des caractéristiques propres et poursuivant une finalité spécifique,
         distincte de la directive 93/37, ne suffit pas pour exclure la réalisation directe du champ d’application de cette dernière
         lorsque les éléments requis pour qu’elle en relève se trouvent réunis (voir arrêt Ordine degli Architetti e.a., précité, point
         66).
      
      71     Cette réalisation doit ainsi être soumise aux procédures prévues par la directive 93/37 lorsqu’elle répond aux conditions
         énoncées par cette dernière pour que soit caractérisé un marché public de travaux et, en particulier, lorsque l’élément contractuel
         requis à l’article 1er, sous a), de cette directive est présent et que la valeur de l’ouvrage égale ou dépasse le seuil fixé à l’article 6, paragraphe
         1, de celle-ci.
      
      72     En outre, il résulte de l’article 6, paragraphe 3, de la directive 93/37 que, lorsqu’un ouvrage est réparti en plusieurs lots
         faisant chacun l’objet d’un marché, la valeur de chaque lot doit être prise en compte pour l’évaluation du montant indiqué
         au paragraphe 1 du même article, qui va déterminer si cette directive a ou non vocation à s’appliquer à tous les lots. Par
         ailleurs, en application de l’article 6, paragraphe 4, de celle-ci, aucun ouvrage ni aucun marché ne peut être scindé en vue
         d’être soustrait à l’application de ladite directive.
      
      73     En conséquence, ainsi que l’a relevé M. l’avocat général au point 88 de ses conclusions, dès lors que la convention passée
         entre un particulier, propriétaire de terrains à lotir, et l’administration communale répond aux critères de définition de
         la notion de «marché public de travaux» au sens de l’article 1er, sous a), de la directive 93/37, rappelés au point 45 du présent arrêt, la valeur estimée qui doit en principe être prise
         en considération afin de vérifier si le seuil fixé par cette directive est atteint et si, par conséquent, l’attribution du
         marché doit respecter les règles de publicité que celle-ci pose, ne peut être appréhendée qu’au regard de la valeur globale
         des différents travaux et ouvrages, par addition des valeurs des différents lots.
      
      74     En ne prévoyant une procédure d’attribution conforme aux prescriptions de la directive 93/37 que dans la seule hypothèse où
         le montant estimé de chacun de ces lots, pris individuellement, dépasse le seuil d’application de celle-ci, la législation
         italienne est contraire à cette directive.
      
      75     Il résulte de ce qui précède que l’article 2, paragraphe 5, de la loi n° 109/1994 méconnaît les exigences de la directive
         93/37 en limitant indûment le recours aux procédures que celle-ci instaure.
      
       Sur le troisième grief
      76     Le troisième grief porte sur l’attribution des tâches de conception, de direction et de vérification des travaux dans le cadre
         de marchés publics de services d’un montant inférieur aux seuils d’application des dispositions communautaires en la matière.
      
      77     Selon les articles 17, paragraphe 12, et 30, paragraphe 6 bis, de la loi n° 109/1994, les marchés publics de services ayant
         pour objet des tâches de conception et de direction de travaux ainsi que des tâches de vérification de l’exécution de ceux-ci,
         dont le montant estimé est inférieur au seuil d’application de la directive 92/50, peuvent être attribués à des personnes
         bénéficiant de la confiance de l’organisme adjudicateur.
      
       Argumentation des parties
      78     La Commission critique ces dispositions, qui autorisent le recours à un mode d’attribution des marchés publics de services
         concernés excluant toute forme de publicité, au motif que, si ces marchés ne relèvent pas du champ d’application de la directive
         92/50, ils restent soumis aux règles du traité relatives à la libre prestation des services et à la liberté d’établissement
         ainsi qu’aux principes de non-discrimination, d’égalité de traitement, de proportionnalité et de transparence.
      79     La République italienne fait valoir que toute règle de droit dérivé doit être interprétée sur la base des principes généraux
         du traité et que toute interprétation qui s’éloignerait de ceux-ci serait illégale. L’illégalité éventuelle ne pourrait, en
         toute hypothèse, résulter que d’une mauvaise application de la règle à un cas d’espèce. Il ne saurait donc y avoir, au stade
         de la transposition de la législation communautaire, une obligation de se référer spécifiquement aux dispositions du traité.
      
      80     Elle ajoute qu’une circulaire ministérielle avait attiré l’attention des pouvoirs adjudicateurs sur l’exigence de respecter
         les principes généraux de non-discrimination, d’égalité de traitement et de transparence, et que, en tout état de cause, l’attribution
         directe des marchés concernés à des personnes de confiance ne peut avoir lieu qu’après vérification de leur expérience et
         de leur capacité professionnelles.
      
       Appréciation de la Cour
      81     Il est constant, comme il a été indiqué au point 66 du présent arrêt, que les marchés publics de services se trouvant hors
         du champ d’application de la directive 92/50 et dont il est établi qu’ils présentent un intérêt transfrontalier certain restent
         soumis aux libertés fondamentales prévues par le traité dans les conditions précisées par la jurisprudence rappelée audit
         point.
      
      82     Dès lors que les obligations découlant du droit primaire relatives à l’égalité de traitement et à la transparence trouvent
         ainsi à s’appliquer de plein droit à ces marchés pourtant exclus du champ d’application de ladite directive eu égard à leur
         montant, pour autant que soient remplies les conditions fixées par cette jurisprudence, il ne saurait être exigé que la législation
         nationale de transposition de ladite directive les rappelle expressément.
      
      83     Partant, il y a lieu de rejeter le troisième grief.
       Sur les quatrième et cinquième griefs
      84     Le quatrième grief porte sur les dispositions de l’article 27, paragraphe 2, de la loi n° 109/1994, selon lesquelles, lorsque
         les pouvoirs adjudicateurs ne peuvent exercer les activités de direction des travaux qui incombent en principe à leurs bureaux
         techniques, ces activités sont confiées au concepteur en charge du projet au sens de l’article 17, paragraphe 4, de ladite
         loi.
      
      85     Le cinquième grief est relatif à l’attribution des opérations d’essai et des tâches de vérification de travaux publics telle
         qu’elle est régie par les articles 28, paragraphe 4, de la loi n° 109/1994 et 188 du DPR n° 554/1999. Il résulte de la lecture
         combinée de ces dispositions que, si ces tâches incombent en principe aux bureaux techniques des pouvoirs adjudicateurs, en
         cas de manque de personnel constaté et certifié par le responsable de la procédure, l’administration peut attribuer lesdites
         tâches à des tiers figurant sur des listes établies à cette fin par le ministère des travaux publics, sans recourir aux procédures
         de mise en concurrence.
      
       Argumentation des parties
      86     La Commission estime que les dispositions des articles 27, paragraphe 2, et 28, paragraphe 4, de la loi n° 109/1994, dans
         la mesure où elles permettent d’attribuer directement, sans mise en concurrence, les marchés publics de services en question,
         violent, suivant le montant desdits marchés, soit les directives 92/50 et 93/38, soit les articles 43 CE et 49 CE.
      
      87     La République italienne rétorque qu’elle a pris acte des critiques formulées par la Commission et qu’elle a, en conséquence,
         modifié sa législation en adoptant la loi communautaire 2004.
      
       Appréciation de la Cour
      88     Il convient de souligner, à titre liminaire, que, conformément à la jurisprudence rappelée au point 42 du présent arrêt, seule
         la réglementation nationale en vigueur au 15 décembre 2003 doit être prise en considération dans le cadre de l’appréciation
         des griefs formulés par la Commission.
      
      89     Il y a lieu de relever, en premier lieu, que les seules exceptions permises à l’application des directives 92/50 et 93/38
         sont celles qui y sont limitativement et expressément mentionnées (voir, par analogie, arrêts du 18 novembre 1999, Teckal,
         C‑107/98, Rec. p. I‑8121, point 43, ainsi que du 11 mai 2006, Carbotermo et Consorzio Alisei, C‑340/04, Rec. p. I‑4137, point
         45).
      
      90     Or, ainsi que l’a relevé M. l’avocat général au point 101 de ses conclusions, les activités de direction et les tâches de
         vérification de travaux rentrent dans la catégorie 12 tant de l’annexe I A de la directive 92/50 que de l’annexe XVI A de
         la directive 93/38.
      
      91     À cet égard, il résulte, d’une part, de l’article 8 de la directive 92/50 que les marchés qui ont pour objet des services
         figurant à ladite annexe I A sont passés conformément, en particulier, aux dispositions du titre III de cette directive, qui
         est consacré au choix des procédures de passation, et, d’autre part, de l’article 15 de la directive 93/38 que les marchés
         de fournitures et de travaux ainsi que les marchés qui ont pour objet des services figurant à ladite annexe XVI A sont passés
         conformément, notamment, aux dispositions du titre IV de cette dernière directive, relatif aux procédures de passation.
      
      92     En conséquence, dans la mesure où l’attribution des activités de direction de travaux doit être effectuée conformément aux
         règles énoncées par les directives 92/50 et 93/38, l’attribution directe au concepteur telle qu’elle résulte de l’article
         27, paragraphe 2, de la loi n° 109/1994 méconnaît ces directives en ce qui concerne les marchés qui rentrent, eu égard à leur
         montant, dans le champ d’application de celles-ci.
      
      93     De même, dans la mesure où l’attribution des activités de vérification de travaux doit être effectuée conformément aux règles
         énoncées par les directives 92/50 et 93/38, l’attribution à des tiers dans les conditions énoncées aux articles 28, paragraphe
         4, de la loi n° 109/1994 et 188 du DPR n° 554/1999 méconnaît lesdites directives en ce qui concerne les marchés compris dans
         leur champ d’application.
      
      94     En second lieu, s’agissant des marchés pour lesquels la valeur des services concernés est inférieure au seuil d’application
         des directives 92/50 et 93/38, l’absence, dans les dispositions nationales applicables, de mention expresse relative à l’application
         des obligations découlant du traité ne saurait signifier, ainsi qu’il a été dit aux points 68 et 82 du présent arrêt, que
         n’est pas imposé le respect du principe d’égalité de traitement et de l’obligation de transparence lors de l’attribution de
         ces marchés pour autant que soient remplies les conditions fixées par la jurisprudence rappelée au point 66 du présent arrêt.
      
      95     En conséquence, les quatrième et cinquième griefs doivent être rejetés en tant qu’ils visent la méconnaissance des articles
         43 CE et 49 CE, mais sont fondés pour le surplus.
      
       Sur le sixième grief
      96     Le sixième grief porte sur les articles 37 bis à 37 quater de la loi n° 109/1994, en application desquels les administrations
         peuvent autoriser l’exécution, par des sujets qui leur sont extérieurs, de travaux publics susceptibles d’être exploités commercialement
         selon un processus d’attribution spécifique. Lors d’une première phase, les tiers sont invités à faire, en tant que promoteurs,
         des propositions en vue de l’adjudication de concessions, les coûts étant assumés, partiellement ou intégralement, par ces
         promoteurs. Une fois les propositions évaluées, celles jugées d’intérêt public sont sélectionnées lors d’une seconde phase
         au cours de laquelle est ouverte, pour chacune des propositions retenues, une procédure d’appel d’offres restreinte destinée
         à sélectionner deux offres.
      
      97     Une procédure négociée est ensuite ouverte par le pouvoir adjudicateur avec le promoteur et les autres tiers ayant présenté
         les deux meilleures offres dans le cadre de ladite procédure d’appel d’offres, le promoteur ayant la possibilité d’adapter
         sa proposition à celle que le pouvoir adjudicateur estime convenir le mieux.
      
       Argumentation des parties
      98     La Commission fait valoir que cette réglementation est susceptible de constituer une violation du principe d’égalité de traitement.
      99     Elle estime en effet que les modalités de mise en concurrence de la concession avantagent doublement le promoteur par rapport
         à tous les autres concurrents potentiels.
      
      100   Ainsi, d’une part, le promoteur serait automatiquement appelé à participer à la procédure négociée en vue de l’attribution
         de la concession, indépendamment de toute comparaison entre sa proposition et les offres présentées par les participants à
         l’appel d’offres.
      
      101   D’autre part, le promoteur aurait la possibilité de modifier sa proposition au cours de la procédure négociée afin de l’adapter
         à l’offre que le pouvoir adjudicateur juge le mieux convenir. Concrètement, cet avantage équivaudrait à la reconnaissance,
         en faveur dudit promoteur, d’un droit de priorité dans l’attribution de la concession.
      
      102   La République italienne précise que la loi communautaire 2004, visée au point 40 du présent arrêt, a pris en compte les objections
         de la Commission.
      
       Appréciation de la Cour
      103   Il résulte de l’article 38, paragraphe 1, sous c), du règlement de procédure de la Cour et de la jurisprudence y relative
         que toute requête introductive d’instance doit indiquer l’objet du litige et l’exposé sommaire des moyens, et que cette indication
         doit être suffisamment claire et précise pour permettre à la partie défenderesse de préparer sa défense et à la Cour d’exercer
         son contrôle. Il en découle que les éléments essentiels de fait et de droit sur lesquels un recours est fondé doivent ressortir
         d’une façon cohérente et compréhensible du texte de la requête elle-même et que les conclusions de cette dernière doivent
         être formulées de manière non équivoque afin d’éviter que la Cour ne statue ultra petita ou bien n’omette de statuer sur un
         grief (arrêt du 26 avril 2007, Commission/Finlande, C‑195/04, Rec. p. I‑3351, point 22 et jurisprudence citée).
      
      104   En l’espèce, la requête de la Commission, s’agissant du présent grief, ne satisfait pas à ces exigences.
      105   En effet, par son recours, la Commission vise à faire constater que la République italienne a manqué à certaines obligations
         que lui imposent les directives 92/50, 93/36, 93/37 et 93/38 ainsi que les articles 43 CE et 49 CE. Or, dans le cadre de ce
         grief, elle n’indique pas lesquelles de ces directives et/ou dispositions du traité la République italienne aurait précisément
         violées en commettant prétendument une violation du principe d’égalité de traitement.
      
      106   Au demeurant, pour ce qui concerne les articles 43 CE et 49 CE, ceux-ci ne prescrivent pas une obligation générale d’égalité
         de traitement, mais contiennent, ainsi qu’il résulte de la jurisprudence citée au point 66 du présent arrêt, une interdiction
         de discrimination selon la nationalité. Or, la Commission ne donne aucune indication relative à l’existence éventuelle d’une
         telle discrimination dans le cadre du présent grief.
      
      107   Partant, le sixième grief doit être déclaré irrecevable.
      108   Compte tenu de l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de constater que, en ayant adopté:
      –       l’article 2, paragraphe 1, de la loi n° 109/1994, la République italienne a manqué aux obligations qui lui incombent en vertu
         des directives 92/50, 93/36 et 93/37;
      
      –       l’article 2, paragraphe 5, de ladite loi, la République italienne a manqué aux obligations qui lui incombent en vertu de la
         directive 93/37, et
      
      –       les articles 27, paragraphe 2, et 28, paragraphe 4, de la même loi, la République italienne a manqué aux obligations qui lui
         incombent en vertu des directives 92/50 et 93/38.
      
       Sur les dépens
      109   Aux termes de l’article 69, paragraphe 3, du règlement de procédure, la Cour peut répartir les dépens ou décider que chaque
         partie supporte ses propres dépens si les parties succombent respectivement sur un ou plusieurs chefs. La Commission ayant
         succombé sur partie des deuxième, quatrième et cinquième griefs ainsi que sur le troisième grief, le sixième grief ayant par
         ailleurs été déclaré irrecevable, et la République italienne ayant succombé sur le premier grief ainsi que sur partie des
         deuxième, quatrième et cinquième griefs, il y a lieu de décider que chacune des deux parties supportera ses propres dépens.
      
      110   Conformément à l’article 69, paragraphe 4, du règlement de procédure, les États membres qui sont intervenus au litige supportent
         leurs propres dépens.
      
      Par ces motifs, la Cour (deuxième chambre) déclare et arrête:
      1)      En ayant adopté:
      –       l’article 2, paragraphe 1, de la loi n° 109, loi-cadre sur les travaux publics (legge quadro in materia di lavori pubblici),
            du 11 février 1994, telle que modifiée par la loi n° 166, du 1er août 2002, la République italienne a manqué aux obligations qui lui incombent en vertu de la directive 92/50/CEE du Conseil,
            du 18 juin 1992, portant coordination des procédure de passation des marchés publics de services, de la directive 93/36/CEE
            du Conseil, du 14 juin 1993, portant coordination des procédures de passation des marchés publics de fournitures, et de la
            directive 93/37/CEE du Conseil, du 14 juin 1993, portant coordination des procédures de passation des marchés publics de travaux,
            telle que modifiée par la directive 97/52/CE du Parlement européen et du Conseil, du 13 octobre 1997;
      –       l’article 2, paragraphe 5, de ladite loi, telle que modifiée, la République italienne a manqué aux obligations qui lui incombent
            en vertu de la directive 93/37 telle que modifiée, et
      –       les articles 27, paragraphe 2, et 28, paragraphe 4, de la même loi, telle que modifiée, la République italienne a manqué aux
            obligations qui lui incombent en vertu des directives 92/50 et 93/38/CEE du Conseil, du 14 juin 1993, portant coordination
            des procédures de passation des marchés dans les secteurs de l’eau, de l’énergie, des transports et des télécommunications.
      2)      Le recours est rejeté pour le surplus.
      3)      La Commission des Communautés européennes et la République italienne supportent leurs propres dépens.
      4)      La République française, le Royaume des Pays-Bas et la République de Finlande supportent leurs propres dépens.
      Signatures
      * Langue de procédure: l’italien.