CELEX: 62003CJ0210
Language: fr
Date: 2004-12-14
Title: Arrêt de la Cour (grande chambre) du 14 décembre 2004.#The Queen, à la demande de Swedish Match AB et Swedish Match UK Ltd contre Secretary of State for Health.#Demande de décision préjudicielle: High Court of Justice (England & Wales), Queen's Bench Division (Administrative Court) - Royaume-Uni.#Directive 2001/37/CE - Fabrication, présentation et vente des produits du tabac - Article 8 - Interdiction de mise sur le marché des produits du tabac à usage oral - Validité - Interprétation des articles 28 CE à 30 CE - Compatibilité de la réglementation nationale comportant la même interdiction.#Affaire C-210/03.

Affaire C-210/03Swedish Match AB et Swedish Match UK LtdcontreSecretary of State for Health(demande de décision préjudicielle, formée par la High Court of Justice(England & Wales), Queen's Bench Division (Administrative
            Court))
         
            «Directive 2001/37/CE  –  Fabrication, présentation et vente des produits du tabac  –  Article 8  –  Interdiction de mise sur le marché des produits du tabac à usage oral  –  Validité  –  Interprétation des articles 28 CE à 30 CE  –  Compatibilité de la réglementation nationale comportant la même interdiction»
            
               
                  Conclusions de l'avocat général M. L. A. Geelhoed, présentées le 7 septembre 2004
                     
               
               
            
                   
               
               
            
               
                  Arrêt de la Cour (grande chambre) du 14 décembre 2004
                     
               
               
            
                   
               
               
            
            Sommaire de l'arrêt
         
         
                  1.
                  Rapprochement des législations  –  Fabrication, présentation et vente des produits du tabac  –  Directive 2001/37  –  Base juridique  –  Article 95 CE  –  Amélioration des conditions de fonctionnement du marché intérieur  –  Interdiction de commercialiser des produits du tabac à usage oral  –  Inclusion(Art. 95 CE; directive du Parlement européen et du Conseil 2001/37, art. 8)
         
                  2.
                  Actes des institutions  –  Directive 2001/37 visant la fabrication, la présentation et la vente des produits du tabac  –  Base juridique  –  Référence erronée à l'article 133 CE comme seconde base juridique  –  Absence d'incidence sur la validité de la directive(Art. 95 CE et 133 CE;directive du Parlement européen et du Conseil 2001/37)
         
                  3.
                  Rapprochement des législations  –  Fabrication, présentation et vente des produits du tabac  –  Directive 2001/37  –  Mesures d'harmonisation  –  Interdiction de commercialiser des produits du tabac à usage oral  –  Violation du principe de proportionnalité  –  Absence(Directive du Parlement européen et du Conseil 2001/37, art. 8)
         
                  4.
                  Libre circulation des marchandises  –  Restrictions quantitatives  –  Mesures d'effet équivalent  –  Directive 2001/37 visant la fabrication, la présentation et la vente des produits du tabac  –  Interdiction de commercialiser des produits du tabac à usage oral  –  Justification  –  Protection de la santé publique(Art. 28 CE, 29 CE et 30 CE; directive du Parlement européen et du Conseil 2001/37, art. 8)
         
                  5.
                  Actes des institutions  –  Motivation  –  Obligation  –  Portée  –  Directive 2001/37 visant la fabrication, la présentation et la vente des produits du tabac  –  Disposition interdisant la commercialisation des produits du tabac à usage oral(Art. 253 CE)
         
                  6.
                  Rapprochement des législations  –  Fabrication, présentation et vente des produits du tabac  –  Directive 2001/37  –  Mesures d'harmonisation  –  Interdiction de commercialiser des produits du tabac à usage oral  –  Violation du principe de non-discrimination  –  Absence(Directive du Parlement européen et du Conseil 2001/37, art. 8)
         
                  7.
                  Droit communautaire  –  Principes  –  Droits fondamentaux  –  Libre exercice des activités professionnelles  –  Restriction apportée dans le cadre de la protection de la santé publique  –  Directive 2001/37 visant la fabrication, la présentation et la vente des produits du tabac  –  Interdiction de commercialiser des produits du tabac à usage oral  –  Admissibilité(Directive du Parlement européen et du Conseil 2001/37, art. 8)
         
                  8.
                  Rapprochement des législations  –  Fabrication, présentation et vente des produits du tabac  –  Directive 2001/37  –  Base juridique  –  Article 95 CE  –  Détournement de pouvoir  –  Absence(Art. 95 CE; directive du Parlement européen et du Conseil 2001/37)
         
                  9.
                  Rapprochement des législations  –  Fabrication, présentation et vente des produits du tabac  –  Directive 2001/37  –  Réglementation nationale interdisant la commercialisation des produits du tabac à usage oral  –  Harmonisation exhaustive  –  Obligation de vérifier la conformité de cette réglementation aux articles 28 CE et 29 CE  –  Absence(Art. 28 CE et 29 CE; directive du Parlement européen et du Conseil 2001/37, art. 8)
         
         
          
         1.
         L’interdiction de commercialisation des produits du tabac à usage oral contenue à l’article 8 de la directive 2001/37, relative
            au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des États membres en matière de fabrication,
            de présentation et de vente des produits du tabac, pouvait être adoptée sur le fondement de l’article 95 CE. En effet, cette
            disposition habilite le législateur communautaire à intervenir en arrêtant les mesures appropriées dans le respect, d’une
            part, du paragraphe 3 dudit article et, d’autre part, des principes juridiques mentionnés dans le traité ou dégagés par la
            jurisprudence, notamment du principe de proportionnalité. À cet égard, compte tenu de la prise de conscience croissante par
            le public du caractère nocif pour la santé de la consommation des produits du tabac, il est vraisemblable que des obstacles
            à la libre circulation de ces produits allaient surgir en raison de l’adoption par les États membres de nouvelles règles,
            reflétant cette évolution, destinées à décourager plus efficacement la consommation de ces produits.
         
         
               (cf. points 33, 39, 42)
         
         
          
         2.
         L’article 95 CE constitue la seule base juridique appropriée de la directive 2001/37, relative au rapprochement des dispositions
            législatives, réglementaires et administratives des États membres en matière de fabrication, de présentation et de vente des
            produits du tabac, et c’est à tort que celle-ci mentionne également l’article 133 CE comme base juridique.
         
         
         Toutefois, cette référence erronée à l’article 133 CE comme seconde base juridique de ladite directive n’entraîne pas par
            elle-même l’invalidité de celle-ci. Une telle erreur dans les visas d’un acte communautaire ne constitue en effet qu’un vice
            purement formel, sauf si elle a entaché d’irrégularité la procédure applicable pour l’adoption de cet acte.
         
         
               (cf. points 43-44)
         
         
          
         3.
         Pour satisfaire à l’obligation qui lui incombait de prendre pour base un niveau de protection élevé en matière de santé, conformément
            à l’article 95, paragraphe 3, CE, le législateur communautaire a pu considérer, sans excéder les limites du pouvoir d’appréciation
            qui lui appartient en la matière, qu’une mesure d’interdiction de commercialisation des produits du tabac à usage oral, telle
            que celle prévue à l’article 8 de la directive 2001/37, relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires
            et administratives des États membres en matière de fabrication, de présentation et de vente des produits du tabac, était nécessaire.
            En effet, toutes les autres mesures visant à soumettre les fabricants à des normes techniques pour réduire la nocivité du
            produit, ou à réglementer l’étiquetage des emballages de ce produit et les conditions de sa vente, notamment aux mineurs,
            n’auraient pas le même effet préventif en termes de protection de la santé en ce sens qu’elles laisseraient s’installer sur
            le marché un produit demeurant en tout état de cause nocif.
         
         
               (cf. points 56-57)
         
         
          
         4.
         Même si l’interdiction de commercialisation des produits du tabac à usage oral prévue à l’article 8 de la directive 2001/37,
            relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des États membres en matière de
            fabrication, de présentation et de vente des produits du tabac, constitue une restriction au sens des articles 28 CE et 29
            CE, elle est justifiée par des raisons de protection de la santé des personnes et ne saurait, dès lors, être regardée comme
            étant intervenue en violation des dispositions desdits articles.
         
         
               (cf. point 61)
         
         
          
         5.
         Dès lors que la directive 2001/37, relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives
            des États membres en matière de fabrication, de présentation et de vente des produits du tabac, précise, à son vingt-huitième
            considérant, que la directive 89/622, concernant le rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives
            des États membres en matière d’étiquetage des produits du tabac, a interdit la vente dans les États membres de certains types
            de tabac à usage oral et que l’article 151 de l’acte relatif aux conditions d’adhésion de la république d’Autriche, de la
            république de Finlande et du royaume de Suède et aux adaptations des traités sur lesquels est fondée l’Union européenne a
            accordé au royaume de Suède une dérogation aux dispositions de cette dernière directive, il n’apparaît pas que la confirmation
            de ladite interdiction à l’article 8 de la directive 2001/37 aurait exigé que celle-ci spécifie d’autres éléments de droit
            et de fait pertinents pour satisfaire à l’obligation de motivation résultant de l’article 253 CE.
         
         
               (cf. point 68)
         
         
          
         6.
         Les produits du tabac à usage oral tels que définis à l’article 2 de la directive 2001/37, relative au rapprochement des dispositions
            législatives, réglementaires et administratives des États membres en matière de fabrication, de présentation et de vente des
            produits du tabac, alors même qu’ils ne seraient pas fondamentalement différents, dans leur composition ou même leur destination,
            des produits du tabac destinés à être mâchés, ne se trouvaient pas dans la même situation que ces derniers produits au moment
            de l’adoption de cette directive. En effet, les produits du tabac à usage oral étaient nouveaux sur le marché des États membres
            visés par l’interdiction de commercialisation prévue à l’article 8 de ladite directive. Cette situation particulière autorisait
            dès lors un traitement différent de ces produits sans que puisse être utilement invoquée une violation du principe de non-discrimination.
         
         
               (cf. point 71)
         
         
          
         7.
         Le libre exercice d’une activité professionnelle fait partie, tout comme le droit de propriété, des principes généraux du
            droit communautaire. Ces principes n’apparaissent toutefois pas comme des prérogatives absolues, mais doivent être pris en
            considération par rapport à leur fonction dans la société. Par conséquent, des restrictions peuvent être apportées au droit
            d’exercer librement une activité professionnelle, tout comme à l’usage du droit de la propriété, à condition que ces restrictions
            répondent effectivement à des objectifs d’intérêt général poursuivis par la Communauté et ne constituent pas, au regard du
            but poursuivi, une intervention démesurée et intolérable qui porterait atteinte à la substance même des droits ainsi garantis.
         
         
         À cet égard, dès lors que la directive 2001/37, relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et
            administratives des États membres en matière de fabrication, de présentation et de vente des produits du tabac, poursuit un
            objectif d’intérêt général en garantissant un niveau élevé de protection de la santé dans le cadre de l’harmonisation des
            dispositions applicables à la mise sur le marché des produits du tabac et que l’interdiction de commercialisation des produits
            du tabac à usage oral prévue à l’article 8 de ladite directive ne présente pas un caractère inapproprié à cet objectif, l’obstacle
            au libre exercice d’une activité économique que constitue une mesure de cette nature ne peut être analysé au regard du but
            poursuivi comme portant une atteinte démesurée au droit à l’exercice de cette liberté ou au droit de propriété.
         
         
               (cf. points 72, 74)
         
         
          
         8.
         Un acte n’est entaché de détournement de pouvoir que s’il apparaît, sur la base d’indices objectifs, pertinents et concordants,
            avoir été pris dans le but exclusif, ou à tout le moins déterminant, d’atteindre des fins autres que celles excipées ou d’éluder
            une procédure spécialement prévue par le traité pour parer aux circonstances de l’espèce.
         
         
         Tel n’est pas le cas de la directive 2001/37, relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives
            des États membres en matière de fabrication, de présentation et de vente des produits du tabac, et notamment de son article
            8 portant l’interdiction de commercialisation des produits du tabac à usage oral. En effet, d’une part, les conditions du
            recours à l’article 95 CE, comme base juridique de la directive, se trouvent remplies car celle-ci vise à éliminer les entraves
            aux échanges liées à l’évolution hétérogène des législations nationales en ce qui concerne les produits du tabac à usage oral
            et, d’autre part, il n’a nullement été établi que cette disposition aurait été adoptée dans le but exclusif, ou à tout le
            moins déterminant, d’atteindre un autre objectif.
         
         
               (cf. points 75, 77-78)
         
         
          
         9.
         La commercialisation des produits du tabac à usage oral étant une question réglementée de manière harmonisée au niveau communautaire,
            lorsqu’une mesure nationale interdit la commercialisation desdits produits conformément aux dispositions de l’article 8 de
            la directive 2001/37, relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des États
            membres en matière de fabrication, de présentation et de vente des produits du tabac, il n’est pas nécessaire de vérifier,
            de manière distincte, si cette mesure nationale est conforme aux articles 28 CE et 29 CE.
         
         
               (cf. points 82-83, disp. 2)
      

      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
            
            ARRÊT DE LA COUR (grande chambre)14 décembre 2004(1)
         
         
            
         
               «Directive 2001/37/CE  –  Fabrication, présentation et vente des produits du tabac  –  Article 8  –  Interdiction de mise sur le marché des produits du tabac à usage oral  –  Validité  –  Interprétation des articles 28 CE à 30 CE  –  Compatibilité de la réglementation nationale comportant la même interdiction»
               
             Dans l'affaire C-210/03,
             ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l'article 234 CE, introduite par la High Court of Justice
            (England & Wales), Queen's Bench Division (Administrative Court) (Royaume-Uni), par décision du 17 avril 2003, parvenue à
            la Cour le 15 mai 2003, dans la procédure
            
            
            
            The Queen, à la demande de:Swedish Match AB,Swedish Match UK Ltd
            
            contre
            
            Secretary of State for Health,
            
            
            
            LA COUR (grande chambre),,
            
             composée de M. V. Skouris, président, MM. P. Jann, C. W. A. Timmermans et K. Lenaerts, présidents de chambre, MM. C. Gulmann
            et J.-P. Puissochet, Mme N. Colneric, MM. S. von Bahr et J. N. Cunha Rodrigues (rapporteur), juges,
            
             avocat général: M. L. A. Geelhoed,greffier:M. H. von Holstein, greffier adjoint, puis Mme M.-F. Contet, administrateur principal,
             vu la procédure écrite et à la suite de l'audience du 8 juin 2004,considérant les observations présentées:
            
            –
             pour Swedish Match AB et Swedish Match UK Ltd, par M. G. Barling, QC, et Mme M. Lester, barrister, mandatés par MM. S. Kon et D. Roy, et Mme S. Turnbull, solicitors,
            
            –
             pour le gouvernement du Royaume-Uni, par Mme C. Jackson, en qualité d'agent, assistée de MM. N. Paines, QC, et  T. Ward, barrister,
            
            –
             pour le gouvernement français, par M. G. de Bergues et Mme R. Loosli-Surrans, en qualité d'agents,
            
            –
             pour le gouvernement irlandais, par M. D. J. O'Hagan, en qualité d'agent,
            
            –
             pour le gouvernement finlandais, par Mme T. Pynnä, en qualité d'agent,
            
            –
             pour le gouvernement suédois, par M. A. Kruse, en qualité d'agent,
            
            –
             pour le Parlement européen, par MM. J. L. Rufas Quintana et M. Moore, en qualité d'agents,
            
            –
             pour le Conseil de l'Union européenne, par Mme E. Karlsson et M. J.-P. Hix, en qualité d'agents,
            
            –
             pour la Commission des Communautés européennes, par Mmes I. Martínez del Peral et N. Yerrell, en qualité d'agents,
            
            
            
            ayant entendu l'avocat général en ses conclusions à l'audience du 7 septembre 2004,
         rend le présent
         
         
         Arrêt
         1
            
          La demande de décision préjudicielle porte sur la validité de l’article 8 de la directive 2001/37/CE du Parlement européen
         et du Conseil, du 5 juin 2001, relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives
         des États membres en matière de fabrication, de présentation et de vente des produits du tabac (JO L 194, p. 26), ainsi que
         sur l’interprétation des articles 28 CE à 30 CE et la compatibilité, avec ces dispositions et avec les principes généraux
         du droit communautaire, de la législation nationale portant interdiction de mise sur le marché des produits du tabac à usage
         oral.
         
         
         
         2
            
          Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant les sociétés Swedish Match AB et Swedish Match UK Ltd (ci-après,
         pour les deux sociétés, «Swedish Match») au Secretary of State for Health au sujet de l’interdiction de commercialisation,
         au Royaume-Uni, des produits du tabac à usage oral.
         
         
            
               Le cadre juridique
            La réglementation communautaire
         
         3
            
          L’article 8 bis de la directive 89/622/CEE du Conseil, du 13 novembre 1989, concernant le rapprochement des dispositions législatives,
         réglementaires et administratives des États membres en matière d’étiquetage des produits de tabac (JO L 359, p. 1), telle
         que modifiée par la directive 92/41/CEE du Conseil, du 15 mai 1992 (JO L 158, p. 30, ci-après la «directive 89/622»), prévoit
         que les États membres interdisent la mise sur le marché des tabacs à usage oral définis, selon l’article 2, paragraphe 4,
         de cette directive, comme étant «tous les produits destinés à un usage oral, à l’exception de ceux destinés à être fumés ou
         mâchés, constitués totalement ou partiellement de tabac, sous forme de poudre, de particules fines ou toute combinaison de
         ces formes – notamment ceux présentés en sachets-portions ou sachets poreux – ou sous une forme évoquant une denrée comestible».
         
         
         
         4
            
          Le onzième considérant de la directive 92/41 indique «qu’il est prouvé que les produits du tabac sans combustion constituent
         un facteur de risque majeur de cancer et qu’ils doivent donc porter un avertissement spécifique concernant ce risque». Selon
         le douzième considérant de la même directive, «les experts scientifiques estiment que la dépendance entraînée par la consommation
         de tabac constitue un danger justifiant qu’il fasse l’objet d’un avertissement spécifique sur tout produit du tabac».
         
         
         
         5
            
          Aux termes du treizième considérant de la directive 92/41:
         «[…] de nouveaux produits du tabac à usage oral apparaissant sur le marché de certains États membres exercent un attrait particulier
         sur les jeunes et […] les États membres les plus exposés à ce problème ont déjà interdit totalement ces nouveaux produits
         ou ont l’intention de les interdire».
         
         
         
         6
            
          Le quatorzième considérant de la même directive expose:
         «[…] pour ce qui concerne ces produits, il existe des divergences entre les dispositions législatives, réglementaires et administratives
         des États membres et […], de ce fait, il y a lieu de les soumettre à des règles communes».
         
         
         
         7
            
          Aux termes du quinzième considérant de la directive 92/41:
         «[…] il existe un risque réel que ces nouveaux produits à usage oral soient utilisés surtout par les jeunes, entraînant ainsi
         une dépendance à l’égard de la nicotine, si des mesures restrictives ne sont pas prises en temps utile».
         
         
         
         8
            
          Selon le seizième considérant de ladite directive:
         «[…] conformément aux conclusions des études du Centre international de recherche sur le cancer, les tabacs à usage oral sont
         caractérisés par la présence de quantités particulièrement élevées de substances cancérigènes; […] ces nouveaux produits provoquent
         notamment des cancers de la bouche». 
         
         
         
         9
            
          Aux termes du dix-septième considérant de la même directive:
         «[…] les interdictions de mise sur le marché déjà introduites par trois États membres en ce qui concerne ces tabacs ont une
         incidence directe sur l’établissement et le fonctionnement du marché intérieur; […] il est donc nécessaire de procéder au
         rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des États membres dans ce domaine, en prenant
         pour base un niveau élevé de protection de la santé; […] la seule mesure appropriée est l’interdiction totale; […] toutefois,
         cette interdiction ne concerne pas les produits du tabac à usage oral de longue tradition qui restent soumis aux dispositions
         de la directive 89/622/CEE, telle que modifiée par la présente directive, applicables aux produits du tabac sans combustion».
         
         
         
         10
            
          L’article 151, paragraphe 1, de l’acte relatif aux conditions d’adhésion de la république d’Autriche, de la république de
         Finlande et du royaume de Suède et aux adaptations des traités sur lesquels est fondée l’Union européenne (JO 1994, C 241,
         p. 21, et JO 1995, L 1, p. 1, ci-après l’«acte d’adhésion»), prévoit:
         «Les actes figurant dans la liste de l’annexe XV du présent acte s’appliquent à l’égard des nouveaux États membres dans les
         conditions prévues dans cette annexe».
         
         
         
         11
            
          Le chapitre X, intitulé «Divers», de ladite annexe, fixant la liste prévue à l’article 151 de l’acte d’adhésion, dispose:
         
         «a)
            L’interdiction prévue à l’article 8 bis de la directive 89/622/CEE, modifiée […], concernant la mise sur le marché du produit
               défini à l’article 2 paragraphe 4 de la directive […] ne s’applique pas [au Royaume] de Suède […], à l’exception de l’interdiction
               de mettre ce produit sur le marché sous une forme ressemblant à un produit alimentaire,
            
         
         
         b)
            [Le Royaume] de Suède [prend] toutes les mesures nécessaires pour s’assurer que le produit visé au point a) n’est pas placé
               sur le marché dans les autres États membres auxquels les directives 89/622/CEE et 92/41/CEE sont entièrement applicables.
            
         
         
         […]»
         
         
         
         
         12
            
          La directive 2001/37 a été adoptée sur le fondement des articles 95 CE et 133 CE et a pour objet la refonte de la directive
         89/622 et de la directive 90/239/CEE du Conseil, du 17 mai 1990, relative au rapprochement des dispositions législatives,
         réglementaires et administratives des États membres concernant la teneur maximale en goudron des cigarettes (JO L 137, p. 36).
         
         
         
         13
            
          Selon le vingt-huitième considérant de la directive 2001/37:
         «La directive 89/622/CEE a interdit la vente dans les États membres de certains types de tabac à usage oral. L’article 151
         de l’acte d’adhésion […] accorde à la Suède une dérogation aux dispositions de cette directive à cet égard.»
         
         
         
         14
            
          L’article 2 de la directive 2001/37, intitulé «Définitions», dispose:
         «Aux fins de la présente directive, on entend par:
         
         1)
            ‘produits du tabac’: les produits destinés à être fumés, prisés, sucés ou mâchés, dès lors qu’ils sont, même partiellement,
               constitués de tabac génétiquement modifié ou non;
            
         
         […]
         
         4)
            ‘tabacs à usage oral’: tous les produits destinés à un usage oral, à l’exception de ceux destinés à être fumés ou mâchés,
               constitués totalement ou partiellement de tabac, sous forme de poudre, de particules fines ou de toute combinaison de ces
               formes – notamment ceux présentés en sachets-portions ou sachets poreux – ou sous une forme évoquant une denrée comestible;
            
         
         
         […]»
         
         
         
         
         15
            
          Selon l’article 5, paragraphe 4, de la même directive:
         «Les produits du tabac à usage oral dont la commercialisation est autorisée en vertu de l’article 8 et les produits du tabac
         sans combustion portent l’avertissement suivant:
         
         
               ‘Ce produit du tabac peut nuire à votre santé et créer une dépendance’.
                  
               
         
         […]»
         
         
         
         16
            
          L’article 8 de la directive 2001/37, intitulé «Tabac à usage oral», prévoit:
         «Les États membres interdisent la mise sur le marché des tabacs à usage oral sans préjudice des dispositions de l’article
         151 de l’acte d’adhésion […]»
         
         
         
         17
            
          Aux termes de l’article 13, paragraphe 1, de ladite directive:
         «Les États membres ne peuvent, pour des considérations relatives à la limitation de la teneur des cigarettes en goudron, nicotine
         ou monoxyde de carbone, aux avertissements relatifs à la santé et autres indications ou à d’autres exigences de la présente
         directive, interdire ou restreindre l’importation, la vente et la consommation des produits du tabac qui sont conformes à
         la présente directive, à l’exception des mesures prises aux fins de vérification des éléments fournis dans le cadre de l’article
         4.»
         
         
         
         18
            
          L’article 15 de la même directive dispose, notamment, que la directive 89/622 est abrogée et que les références qui y sont
         faites doivent s’entendre comme faites à la directive 2001/37.
         
         La réglementation nationale
         
         19
            
          Au Royaume-Uni, l’interdiction prévue à l’article 8 bis de la directive 89/622 a été transposée en droit interne par les Tobacco
         for Oral Use (Safety) Regulations 1992 [règlements de 1992 relatifs au tabac à usage oral (sécurité), ci-après les «règlements
         de 1992»].
         
         Le litige au principal et les questions préjudicielles
         
         20
            
          Swedish Match a souhaité commercialiser au Royaume-Uni le «snus», tabac finement broyé ou coupé, vendu en vrac ou sous forme
         de petits sachets-portions et destiné à être consommé en le plaçant entre la gencive et la lèvre.
         
         
         
         21
            
          Swedish Match a, le 18 mars 2002, écrit à l’UK Department of Health (ministère de la Santé du Royaume-Uni), pour lui exposer
         les motifs pour lesquels elle considérait que l’interdiction de mise sur le marché des produits du tabac à usage oral prévue
         par les règlements de 1992 était illégale. Dans sa réponse du 24 avril 2002, ce ministère a indiqué qu’il considérait l’interdiction
         comme étant légale. Swedish Match a présenté un recours en révision le 8 mai 2002 en soutenant que l’interdiction violait
         diverses dispositions du droit communautaire. La High Court of Justice (England and Wales), Queen’s Bench Division (Administrative
         Court), a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes:
         
         «1)
            Les articles 28 CE à 30 CE, appliqués de manière compatible avec les principes généraux de proportionnalité et de non-discrimination
               et avec les droits fondamentaux (notamment le droit de propriété), doivent-ils être interprétés en ce sens qu’ils excluent
               qu’une législation nationale puisse interdire à quiconque de vendre, proposer ou accepter de vendre, présenter ou détenir
               en vue de la vente des produits constitués totalement ou partiellement de tabac, sous la forme de poudre, de particules fines
               ou de toute combinaison de ces formes, ou sous une forme évoquant une denrée comestible, et destinés à un usage oral autre
               que d’être fumés ou mâchés?
            
         
         
         2)
            L’article 8 de la directive 2001/37/CE est-il non valide en totalité ou en partie:
         
         
            
               a)
                  pour violation du principe de non-discrimination,
               
         
         
         
            
               b)
                  pour violation de l’article 28 CE et/ou de l’article 29 CE,
               
         
         
         
            
               c)
                  pour violation du principe de proportionnalité,
               
         
         
         
            
               d)
                  pour inadéquation de l’article 95 CE et/ou de l’article 133 CE comme base juridique,
               
         
         
         
            
               e)
                  pour violation de l’article 95, paragraphe 3, CE,
               
         
         
         
            
               f)
                  pour détournement de pouvoir,
               
         
         
         
            
               g)
                  pour violation de l’article 253 CE et/ou de l’obligation de motivation,
               
         
         
         
            
               h)
                  pour violation du droit fondamental de la propriété?
               
         
         
         
         3)
            Dans les circonstances où:
         
         
         
          
         
            
               –
                  une mesure nationale mettant à exécution l’article 8 bis de la directive 89/622/CEE a été adoptée en 1992,
               
         
         
         
         
          
         
            
               –
                  ladite mesure nationale a été adoptée en application de pouvoirs en droit interne qui ne dépendent pas de l’existence d’une
                     obligation de transposer la directive,
                  
               
         
         
         
         
          
         
            
               –
                  la directive 89/622/CEE (telle que modifiée par l’acte d’adhésion […]) est annulée et remplacée par la directive 2001/37/CE,
                     dont l’article 8 réitère l’article 8 bis de la directive 89/622/CEE,
                  
               
         
         
         
         
          
         
            
               –
                  l’article 8 de la directive 2001/37/CE est non valide en raison de l’un des principes visés à la deuxième question, sous a),
                     sous c) ou sous h),
                  
               
         
         
         
               ces principes doivent-ils être interprétés comme interdisant aussi la mesure nationale en question?»
                  
               
         
         
         
         
         Sur les demandes tendant, à titre principal, au dépôt d’observations en réponse aux conclusions de l’avocat général et, à
               titre subsidiaire, à la réouverture de la procédure orale
         
         22
            
          Par acte déposé au greffe de la Cour le 4 octobre 2004, Swedish Match a demandé à la Cour:
         
         
         
          
         –
            à titre principal, qu’elle l’autorise à déposer des observations écrites à la suite des conclusions de M. l’avocat général;
         
         
         
         
          
         –
            à titre subsidiaire, qu’elle ordonne la réouverture de la procédure orale, en application de l’article 61 du règlement de
               procédure.
            
         
         
         
         
         
         23
            
          Swedish Match souhaite se prononcer sur les propositions de M. l’avocat général relatives à l’éventuel maintien des effets
         de la directive 2001/37 après que la Cour en aura reconnu l’invalidité.
         
         
         
         24
            
         À cet égard, il y a lieu de rappeler que le statut de la Cour de justice et le règlement de procédure de celle-ci ne prévoient
         pas la possibilité pour les parties de déposer des observations en réponse aux conclusions présentées par l’avocat général
         (voir ordonnance du 4 février 2000, Emesa Sugar, C-17/98, Rec. p. I-665, point 2). Dès lors, la demande tendant à déposer
         des observations écrites en réponse aux conclusions de M. l’avocat général est rejetée.
         
         
         
         25
            
          En outre, la Cour peut d’office ou sur proposition de l’avocat général, ou encore à la demande des parties, ordonner la réouverture
         de la procédure orale, conformément à l’article 61 de son règlement de procédure, si elle considère qu’elle est insuffisamment
         éclairée ou que l’affaire doit être tranchée sur la base d’un argument qui n’a pas été débattu entre les parties (voir arrêts
         du 19 février 2002, Wouters e.a., C‑309/99, Rec. p. I-1577, point 42, et du 29 avril 2004, Parlement/Ripa di Meana e.a., C-470/00 P,
         non encore publié au Recueil, point 33). Cependant, en l’espèce, la Cour, l’avocat général entendu, considère qu’elle dispose
         de tous les éléments nécessaires pour répondre aux questions posées. Par conséquent, il convient de rejeter la demande de
         réouverture de la procédure orale.
         
         Sur les questions préjudiciellesSur la deuxième question
         
         26
            
          Par sa deuxième question, qu’il convient d’examiner d’abord, la juridiction de renvoi demande si l’article 8 de la directive
         2001/37 est en tout ou en partie invalide à raison de la violation de dispositions du traité CE ou de principes généraux du
         droit communautaire, ou à raison d’un détournement de pouvoir.
         
          En ce qui concerne le choix des articles 95 CE et 133 CE comme bases juridiques
         
         
         27
            
          La question a pour objet de déterminer si l’article 95 CE constitue une base juridique appropriée pour l’article 8 de la directive
         2001/37 et, dans l’affirmative, si le recours à l’article 133 CE comme seconde base juridique de celle-ci est nécessaire ou
         possible en l’espèce.
         
         
         
         28
            
          L’article 95, paragraphe 1, CE établit que le Conseil arrête les mesures relatives au rapprochement des dispositions législatives,
         réglementaires et administratives des États membres qui ont pour objet l’établissement et le fonctionnement du marché intérieur.
         
         
         
         29
            
         À cet égard, il convient de rappeler que, si la simple constatation de disparités entre les réglementations nationales ne
         suffit pas pour justifier le recours à l’article 95 CE (voir, en ce sens, arrêt du 5 octobre 2000, Allemagne/Parlement et
         Conseil, C‑376/98, Rec. p. I‑8419, point 84), il en va différemment en cas de divergences entre les dispositions législatives,
         réglementaires ou administratives des États membres qui sont de nature à entraver les libertés fondamentales et à avoir ainsi
         une incidence directe sur le fonctionnement du marché intérieur [voir, en ce sens, arrêts Allemagne/Parlement et Conseil,
         précité, point 95, et du 10 décembre 2002, British American Tobacco (Investments) et Imperial Tobacco, C‑491/01, Rec. p. I‑11453,
         point 60].
         
         
         
         30
            
          Il résulte également de la jurisprudence de la Cour que, si le recours à l’article 95 CE comme base juridique est possible
         en vue de prévenir des obstacles futurs aux échanges résultant de l’évolution hétérogène des législations nationales, l’apparition
         de tels obstacles doit être vraisemblable et la mesure en cause doit avoir pour objet leur prévention [voir, en ce sens, arrêts
         du 13 juillet 1995, Espagne/Conseil, C‑350/92, Rec. p. I‑1985, point 35; Allemagne/Parlement et Conseil, précité, point 86;
         du 9 octobre 2001, Pays-Bas/Parlement et Conseil, C‑377/98, Rec. p. I‑7079, point 15, ainsi que British American Tobacco (Investments)
         et Imperial Tobacco, précité, point 61].
         
         
         
         31
            
          La Cour a par ailleurs jugé que, dès lors que les conditions du recours à l’article 95 CE comme base juridique se trouvent
         remplies, le législateur communautaire ne saurait être empêché de se fonder sur cette base juridique du fait que la protection
         de la santé publique est déterminante dans les choix à faire [arrêt British American Tobacco (Investments) et Imperial Tobacco,
         précité, point 62].
         
         
         
         32
            
          Il y a lieu de relever, en outre, que l’article 152, paragraphe 1, premier alinéa, CE prévoit qu’un niveau élevé de protection
         de la santé humaine est assuré dans la définition et la mise en œuvre de toutes les politiques et actions de la Communauté
         et l’article 95, paragraphe 3, CE exige de façon expresse que, dans l’harmonisation réalisée, un niveau élevé de protection
         de la santé des personnes soit garanti [arrêt British American Tobacco (Investments) et Imperial Tobacco, précité, point 62].
         
         
         
         33
            
          Il découle de ce qui précède que, lorsqu’il existe des obstacles aux échanges, ou qu’il est vraisemblable que de tels obstacles
         vont surgir dans le futur, en raison du fait que les États membres ont pris ou sont en train de prendre à l’égard d’un produit
         ou d’une catégorie de produits des mesures divergentes, de nature à assurer un niveau de protection différent et à empêcher
         de ce fait le ou les produits concernés de circuler librement dans la Communauté, l’article 95 CE habilite le législateur
         communautaire à intervenir en arrêtant les mesures appropriées dans le respect, d’une part, du paragraphe 3 dudit article
         et, d’autre part, des principes juridiques mentionnés dans le traité ou dégagés par la jurisprudence, notamment du principe
         de proportionnalité.
         
         
         
         34
            
          En fonction des circonstances, ces mesures appropriées peuvent consister à obliger l’ensemble des États membres à autoriser
         la commercialisation du ou des produits concernés, à assortir une telle obligation d’autorisation de certaines conditions,
         voire interdire, provisoirement ou définitivement, la commercialisation d’un ou de certains produits [voir, dans le contexte
         de la directive 92/59/CEE du Conseil, du 29 juin 1992, relative à la sécurité générale des produits (JO L 228, p. 24), arrêt
         du 9 août 1994, Allemagne/Conseil, C-359/92, Rec. p. I‑3681, points 4 et 33].
         
         
         
         35
            
          C’est à la lumière de ces principes qu’il convient de vérifier si les conditions de recours à l’article 95 CE comme base juridique
         se trouvent remplies dans le cas de l’article 8 de la directive 2001/37.
         
         
         
         36
            
         À titre liminaire, il importe de souligner que ledit article 8 ne fait que reprendre les dispositions de l’article 8 bis de
         la directive 89/622, selon lequel les États membres interdisent la mise sur le marché des tabacs à usage oral. Ceux-ci sont
         définis dans la directive 2001/37, ainsi que dans la directive 89/622, comme étant «tous les produits destinés à un usage
         oral à l’exception de ceux destinés à être fumés ou mâchés, constitués totalement ou partiellement de tabac, sous forme de
         poudre, de particules fines ou toute combinaison de ces formes – notamment ceux présentés en sachets-portions ou sachets poreux
         – ou sous une forme évoquant une denrée comestible».
         
         
         
         37
            
          Il est constant que, pour ces produits, comme il est indiqué au quatorzième considérant de la directive 92/41, il existait,
         au moment de l’adoption de cette dernière, des divergences entre les dispositions législatives, réglementaires et administratives
         des États membres. En effet, deux d’entre eux avaient déjà interdit la commercialisation de tels produits et un troisième
         avait adopté des dispositions qui, si elles n’étaient pas encore entrées en vigueur, avaient le même objet. Celles‑ci étaient
         destinées, selon leurs auteurs, à arrêter l’expansion de la consommation de produits nocifs pour la santé, qui étaient nouveaux
         sur le marché des États membres et qui étaient réputés être particulièrement attractifs pour les jeunes.
         
         
         
         38
            
          Dès lors que le marché des produits du tabac est un marché sur lequel les échanges entre États membres sont relativement importants
         [voir arrêt British American Tobacco (Investments) et Imperial Tobacco, précité, point 64], ces mesures d’interdiction de
         commercialisation contribuaient à une évolution hétérogène de ce marché et étaient ainsi de nature à constituer des obstacles
         à la libre circulation des marchandises.
         
         
         
         39
            
          Compte tenu, en outre, de la prise de conscience croissante par le public du caractère nocif pour la santé de la consommation
         des produits du tabac, il était vraisemblable que des obstacles à la libre circulation de ces produits allaient surgir en
         raison de l’adoption par les États membres de nouvelles règles, reflétant cette évolution, destinées à décourager plus efficacement
         la consommation de ces produits [arrêt British American Tobacco (Investments) et Imperial Tobacco, précité, point 67].
         
         
         
         40
            
          L’article 8 de la directive 2001/37 a été adopté dans un contexte qui, au regard des obstacles à la libre circulation des
         marchandises existant sur le marché des produits du tabac à raison de l’évolution hétérogène des conditions de la commercialisation
         des produits du tabac à usage oral dans les divers États membres, n’était pas différent de celui qui existait lors de l’adoption
         de l’article 8 bis de la directive 89/622. Il importe d’ajouter que l’acte d’adhésion ne saurait avoir aucune incidence sur
         l’appréciation de ce contexte. En effet, cet acte a non seulement placé le royaume de Suède hors du champ d’application dudit
         article 8 bis, mais il a encore exigé que cet État membre prenne toutes les mesures nécessaires pour s’assurer que les produits
         du tabac à usage oral ne soient pas mis sur le marché des autres États membres.
         
         
         
         41
            
          Une intervention du législateur communautaire fondée sur l’article 95 CE se justifiait donc en ce qui concerne les produits
         du tabac à usage oral.
         
         
         
         42
            
          Il résulte de ce qui précède que la mesure d’interdiction contenue à l’article 8 de la directive 2001/37 pouvait être adoptée
         sur le fondement de l’article 95 CE. Il conviendra d’examiner plus loin si l’adoption de cette mesure s’est faite dans le
         respect de l’article 95, paragraphe 3, CE et des principes juridiques visés par les questions posées par la juridiction de
         renvoi.
         
         
         
         43
            
          Quant à la question de savoir si le recours à l’article 133 CE comme seconde base juridique dudit article 8 était nécessaire
         ou possible en l’espèce au principal, il suffit de rappeler que, au point 97 de son arrêt British American Tobacco (Investments)
         et Imperial Tobacco, précité, la Cour a considéré que l’article 95 CE constituait la seule base juridique appropriée de la
         directive 2001/37 et que c’était à tort que celle-ci mentionnait également l’article 133 CE.
         
         
         
         44
            
          Toutefois, cette référence erronée à l’article 133 CE comme seconde base juridique de ladite directive n’entraîne pas par
         elle-même l’invalidité de celle-ci [arrêt British American Tobacco (Investments) et Imperial Tobacco, précité, point 98].
         Une telle erreur dans les visas d’un acte communautaire ne constitue en effet qu’un vice purement formel, sauf si elle a entaché
         d’irrégularité la procédure applicable pour l’adoption de cet acte (voir, en ce sens, arrêts du 27 septembre 1988, Commission/Conseil,
         165/87, Rec. p. 5545, point 19, du 9 septembre 2004, Espagne et Finlande/Parlement et Conseil, C‑184/02 et C‑223/02, non encore
         publié au Recueil, point 44). Or, la Cour a également jugé, au point 111 de l’arrêt British American Tobacco (Investments)
         et Imperial Tobacco, précité, que le recours à la double base juridique des articles 95 CE et 133 CE n’a pas entaché d’irrégularité
         la procédure d’adoption de la directive et que celle-ci n’est pas invalide de ce fait.
         
         
         
         45
            
          Il en découle que l’article 8 de la directive 2001/37 n’est pas invalide en raison d’un défaut de base juridique appropriée.
          En ce qui concerne l’article 95, paragraphe 3, CE et le principe de proportionnalité
         
         
         
         46
            
          L’article 95, paragraphe 3, CE dispose que tant la Commission que le Parlement et le Conseil prennent pour base un niveau
         élevé de protection de la santé des personnes en tenant compte notamment de toute nouvelle évolution basée sur des faits scientifiques.
         
         
         
         47
            
          Il convient, en outre, de rappeler que le principe de proportionnalité, qui fait partie des principes généraux du droit communautaire,
         exige que les moyens mis en œuvre par une disposition communautaire soient aptes à réaliser l’objectif visé et n’aillent pas
         au-delà de ce qui est nécessaire pour l’atteindre (voir, notamment, arrêts du 18 novembre 1987, Maizena, 137/85, Rec. p. 4587,
         point 15; du 7 décembre 1993, ADM Ölmühlen, C-339/92, Rec. p. I‑6473, point 15, et du 11 juillet 2002, Käserei Champignon
         Hofmeister, C-210/00, Rec. p. I‑6453, point 59).
         
         
         
         48
            
          En ce qui concerne le contrôle juridictionnel des conditions mentionnées au point précédent, il y a lieu de reconnaître au
         législateur communautaire un large pouvoir d’appréciation dans un domaine tel que celui de l’espèce, qui implique de sa part
         des choix de nature politique, économique et sociale, et dans lequel il est appelé à effectuer des appréciations complexes.
         Seul le caractère manifestement inapproprié d’une mesure arrêtée en ce domaine, par rapport à l’objectif que les institutions
         compétentes entendent poursuivre, peut affecter la légalité d’une telle mesure [voir, en ce sens, arrêts du 12 novembre 1996,
         Royaume-Uni/Conseil, C-84/94, Rec. p. I‑5755, point 58; du 13 mai 1997, Allemagne/Parlement et Conseil, C‑233/94, Rec. p. I‑2405,
         points 55 et 56 ; du 5 mai 1998, National Farmers’ Union e.a., C‑157/96, Rec. p. I-2211, point 61, ainsi que British American
         Tobacco (Investments) et Imperial Tobacco, précité, point 123].
         
         
         
         49
            
          S’agissant de l’article 8 bis inséré dans la directive 89/622 par la directive 92/41, il résulte des considérants de cette
         dernière que la mesure d’interdiction de commercialisation des produits du tabac à usage oral était la seule à présenter un
         caractère approprié pour répondre au risque réel de voir ces nouveaux produits utilisés par les jeunes, entraînant ainsi une
         dépendance à la nicotine, et alors que lesdits produits provoquent notamment des cancers de la bouche.
         
         
         
         50
            
          Swedish Match soutient en substance que, eu égard à l’état des données scientifiques dont disposait le législateur communautaire
         en 2001, lors de l’adoption de l’article 8 de la directive 2001/37, et sur lesquelles il s’est d’ailleurs fondé pour modifier
         les règles relatives à l’avertissement visé à l’article 5, paragraphe 4, de ladite directive, le maintien de l’interdiction
         de commercialisation des produits du tabac à usage oral était disproportionné par rapport à l’objectif recherché et il ne
         tenait pas compte de l’évolution desdites données scientifiques.
         
         
         
         51
            
         À cet égard, il convient de répondre que si certains experts ont pu, dès 1999, remettre en cause l’affirmation selon laquelle,
         comme il est dit au seizième considérant de la directive 92/41, «ces nouveaux produits provoquent notamment des cancers de
         la bouche», toute controverse n’était cependant pas éliminée sur ce point lors de l’adoption de la directive 2001/37. Par
         ailleurs, si une partie de la communauté scientifique admettait que des produits du tabac à usage oral pouvaient être utilisés
         comme produits de substitution à la cigarette, une autre partie contestait le bien-fondé d’une telle prise de position. De
         cette situation il doit être inféré que les données scientifiques dont le législateur communautaire a pu disposer en 2001
         ne permettaient pas de conclure que la consommation des produits en cause était sans danger pour la santé des personnes.
         
         
         
         52
            
          En outre, comme tous les autres produits du tabac, ceux à usage oral contiennent de la nicotine qui provoque une dépendance
         et dont la toxicité n’est pas contestée.
         
         
         
         53
            
          Or, d’une part, il n’avait pas été démontré lors de l’adoption de la directive 2001/37 que les effets nocifs desdits produits
         seraient à cet égard moindres que ceux d’autres produits du tabac. D’autre part, il était établi qu’ils présentaient des risques
         graves pour la santé, dont le législateur communautaire devait tenir compte.
         
         
         
         54
            
          Dans ces conditions, il ne saurait être soutenu que, contrairement aux dispositions de l’article 95, paragraphe 3, CE, l’interdiction
         qui résulte de l’article 8 de la directive 2001/37 aurait été édictée sans tenir compte de l’évolution des données scientifiques.
         
         
         
         55
            
          Par ailleurs, aucun des éléments d’appréciation soumis à la Cour ne permet de considérer que les produits du tabac à usage
         oral n’étaient pas des produits nouveaux sur le marché des États membres tel qu’il existait lors de l’adoption de la directive
         92/41.
         
         
         
         56
            
          Pour satisfaire à l’obligation qui lui incombait de prendre pour base un niveau de protection élevé en matière de santé, conformément
         à l’article 95, paragraphe 3, CE, le législateur communautaire a pu ainsi considérer, sans excéder les limites du pouvoir
         d’appréciation qui lui appartient en la matière, qu’une mesure d’interdiction de la commercialisation des produits du tabac
         à usage oral était nécessaire et que, en particulier, il n’existait pas de mesure alternative permettant d’atteindre cet objectif
         de manière aussi efficace.
         
         
         
         57
            
          En effet, comme le relève M. l’avocat général aux points 116 à 119 de ses conclusions, toutes les autres mesures visant à
         soumettre les fabricants à des normes techniques pour réduire la nocivité du produit, ou à réglementer l’étiquetage des emballages
         de ce produit et les conditions de sa vente, notamment aux mineurs, n’auraient pas le même effet préventif en termes de protection
         de la santé en ce sens qu’elles laisseraient s’installer sur le marché un produit demeurant en tout état de cause nocif.
         
         
         
         58
            
          Il découle des considérations qui précèdent que, au regard tant de l’objectif imparti au législateur communautaire par les
         dispositions de l’article 95, paragraphe 3, CE, d’assurer un niveau élevé de protection de la santé des personnes, que de
         son obligation de respecter le principe de proportionnalité, la mesure d’interdiction contestée ne peut être regardée comme
         manifestement inappropriée.
         
          En ce qui concerne l’article 28 CE et/ou l’article 29 CE
         
         
         59
            
          Selon une jurisprudence constante, l’interdiction des restrictions quantitatives ainsi que des mesures d’effet équivalent,
         prévue par les articles 28 CE et 29 CE, vaut non seulement pour les mesures nationales, mais également pour les mesures émanant
         des institutions communautaires (voir notamment, en ce sens, arrêts du 17 mai 1984, Denkavit Nederland, 15/83, Rec. p. 2171,
         point 15; du 9 août 1994, Meyhui, C-51/93, Rec. p. I-3879, point 11, et du 25 juin 1997, Kieffer et Thill, C‑114/96, Rec.
         p. I-3629, point 27).
         
         
         
         60
            
          Néanmoins, comme il est prévu à l’article 30 CE, les dispositions des articles 28 CE et 29 CE ne font pas obstacle aux interdictions
         ou restrictions d’importation, d’exportation ou de transit, justifiées notamment par des raisons de protection de la santé
         et de la vie des personnes.
         
         
         
         61
            
          L’interdiction de commercialisation des produits du tabac à usage oral prévue à l’article 8 de la directive 2001/37 constituant
         l’une des restrictions visées aux articles 28 CE et 29 CE, elle est toutefois justifiée, comme il est indiqué au point 58
         du présent arrêt, par des raisons de protection de la santé des personnes. Elle ne saurait, dès lors, en tout état de cause,
         être regardée comme étant intervenue en violation des dispositions des articles 28 CE et 29 CE.
         
         
         
         62
            
          Par ailleurs, l’interdiction impartie au royaume de Suède de mise sur le marché des autres États membres des produits du tabac
         à usage oral résulte des dispositions de l’annexe XV, chapitre X, sous b), de l’acte d’adhésion, et non de celles de la directive
         2001/37.
          En ce qui concerne l’article 253 CE
         
         
         
         63
            
          Il convient de rappeler que, si la motivation exigée par l’article 253 CE doit faire apparaître d’une façon claire et non
         équivoque le raisonnement de l’autorité communautaire, auteur de l’acte en cause, de manière à permettre aux intéressés de
         connaître les justifications de la mesure prise et à la Cour d’exercer son contrôle, il n’est toutefois pas exigé qu’elle
         spécifie tous les éléments de droit ou de fait pertinents (voir, notamment, arrêt du 29 février 1996, Commission/Conseil,
         C‑122/94, Rec. p. I-881, point 29).
         
         
         
         64
            
          Le respect de l’obligation de motivation doit par ailleurs être apprécié au regard non seulement du libellé de l’acte, mais
         aussi de son contexte, ainsi que de l’ensemble des règles juridiques régissant la matière concernée. Si l’acte contesté fait
         ressortir l’essentiel de l’objectif poursuivi par l’institution, il serait inutile d’exiger une motivation spécifique pour
         chacun des choix techniques qu’elle a opérés (voir, notamment, arrêts du 5 juillet 2001, Italie/Conseil et Commission, C‑100/99,
         Rec. p. I‑5217, point 64, ainsi que, en ce sens, Espagne et Finlande/Parlement et Conseil, précité, point 79).
         
         
         
         65
            
          Les considérants de la directive 92/41 exposent clairement les motifs pour lesquels une mesure d’interdiction de commercialisation
         des produits du tabac à usage oral devait être introduite dans la directive 89/622. En particulier, après avoir rappelé que
         les experts scientifiques étaient d’avis que tous les produits du tabac entraînent des risques pour la santé et qu’il était
         prouvé que les produits du tabac sans combustion constituent un facteur de risque majeur de cancer, ces auteurs ont constaté,
         en outre, que de nouveaux produits du tabac à usage oral apparaissant sur le marché de certains États membres exerçaient un
         attrait particulier sur les jeunes, avec le risque d’entraîner, pour ceux-ci, une dépendance à l’égard de la nicotine si des
         mesures restrictives n’étaient pas prises en temps utile. Il a été encore relevé que les États membres les plus exposés à
         ce problème avaient déjà interdit totalement ces nouveaux produits ou avaient l’intention de les interdire.
         
         
         
         66
            
          Il importe en outre de constater que l’interdiction prévue à l’article 8 de la directive 2001/37 de commercialiser les produits
         du tabac à usage oral se borne, dans le cadre de la refonte de textes antérieurs, qui constitue l’un des objets de ladite
         directive, à confirmer la mesure identique adoptée en 1992. Le traitement différent réservé en 1992 à ces produits par rapport
         aux autres produits du tabac sans combustion résultait des circonstances tenant à la fois au caractère nouveau, sur le marché
         intérieur de l’époque, des produits visés par l’interdiction, à leur caractère attractif pour les jeunes et à l’existence
         de mesures nationales d’interdiction dans certains États membres.
         
         
         
         67
            
          Or, ces circonstances demeuraient les mêmes en 2001. Certes, il est constant que la commercialisation des produits du tabac
         à usage oral est de longue tradition en Suède et que ces produits ne pouvaient pas être considérés comme étant nouveaux sur
         le marché correspondant au territoire de cet État membre lors de son adhésion en 1995. Toutefois, l’article 151 de l’acte
         d’adhésion ayant précisément exclu le royaume de Suède du champ d’application de l’interdiction adoptée en 1992, le territoire
         de cet État ne peut pas être pris en compte pour la détermination du marché visé à l’article 8 de la directive 2001/37 et,
         par suite, pour l’appréciation, concernant ce marché, du caractère nouveau des produits dont la commercialisation y est interdite
         en application dudit article.
         
         
         
         68
            
          Dès lors que la directive 2001/37 précise, à son vingt-huitième considérant, que la directive 89/622 a interdit la vente dans
         les États membres de certains types de tabac à usage oral et que l’article 151 de l’acte d’adhésion a accordé au royaume de
         Suède une dérogation aux dispositions de cette dernière directive, il n’apparaît pas que la confirmation de ladite interdiction
         à l’article 8 de la directive 2001/37 aurait exigé que celle-ci spécifie d’autres éléments de droit et de fait pertinents
         pour satisfaire à l’obligation de motivation résultant de l’article 253 CE.
         
         
         
         69
            
          Il résulte de ces considérations que l’article 8 de la directive 2001/37 satisfait à l’obligation de motivation prévue à l’article
         253 CE.
         
          En ce qui concerne le principe de non-discrimination
         
         
         70
            
          Selon une jurisprudence constante, le principe d’égalité de traitement exige que des situations comparables ne soient pas
         traitées de manière différente et que des situations différentes ne soient pas traitées de manière égale, à moins qu’un tel
         traitement ne soit objectivement justifié (voir, en ce sens, arrêt du 9 septembre 2004, Espagne/Commission, C-304/01, non
         encore publié au Recueil, point 31).
         
         
         
         71
            
          Or, les produits du tabac à usage oral tels que définis à l’article 2 de la directive 2001/37, alors même qu’ils ne seraient
         pas fondamentalement différents, dans leur composition ou même leur destination, des produits du tabac destinés à être mâchés,
         ne se trouvaient pas dans la même situation que ces derniers produits. En effet, les produits du tabac à usage oral faisant
         l’objet de l’interdiction prévue à l’article 8 bis de la directive 89/622 et reprise à l’article 8 de la directive 2001/37
         étaient nouveaux sur le marché des États membres visés par cette mesure. Cette situation particulière autorisait dès lors
         un traitement différent sans que puisse être utilement invoquée une violation du principe de non-discrimination.
         
          En ce qui concerne le principe de libre exercice d’une activité professionnelle et le droit de la propriété
         
         
         72
            
          Il y a lieu de rappeler que, selon la jurisprudence de la Cour, le libre exercice d’une activité professionnelle fait partie,
         tout comme le droit de propriété, des principes généraux du droit communautaire. Ces principes n’apparaissent toutefois pas
         comme des prérogatives absolues, mais doivent être pris en considération par rapport à leur fonction dans la société. Par
         conséquent, des restrictions peuvent être apportées au droit d’exercer librement une activité professionnelle, tout comme
         à l’usage du droit de propriété, à condition que ces restrictions répondent effectivement à des objectifs d’intérêt général
         poursuivis et ne constituent pas, au regard du but poursuivi, une intervention démesurée et intolérable qui porterait atteinte
         à la substance même des droits ainsi garantis (voir, notamment, arrêts du 11 juillet 1989, Schräder, 265/87, Rec. p. 2237,
         point 15; du 5 octobre 1994, Allemagne/Conseil, C‑280/93, Rec. p. I‑4973, point 78; du 29 avril 1999, Standley e.a., C‑293/97,
         Rec. p. I‑2603, point 54; du 15 juillet 2004, Di Lenardo et Dilexport, C‑37/02 et C‑38/02, non encore publié au Recueil, point
         82, ainsi que Espagne et Finlande/Parlement et Conseil, précité, point 52).
         
         
         
         73
            
          Il est vrai que l’interdiction de commercialiser les produits du tabac à usage oral prévue à l’article 8 de la directive 2001/37
         est susceptible de restreindre le libre exercice de l’activité professionnelle des fabricants de ces produits, à supposer
         qu’ils aient envisagé de procéder à une telle commercialisation dans l’aire géographique concernée par ladite interdiction.
         Pour autant, le droit de propriété des opérateurs n’est pas mis en cause par l’instauration d’une telle mesure. En effet,
         aucun opérateur économique ne peut revendiquer un droit de propriété sur une part de marché, même d’ailleurs s’il la détenait
         à un moment antérieur à l’instauration d’une mesure affectant ledit marché, une telle part de marché ne constituant qu’une
         position économique momentanée exposée aux aléas d’un changement de circonstances (arrêt du 5 octobre 1994, Allemagne/Conseil,
         précité, point 79). Un opérateur économique ne saurait davantage faire valoir un droit acquis ou même une confiance légitime
         dans le maintien d’une situation existante qui peut être modifiée par des décisions prises par les institutions communautaires
         dans le cadre de leur pouvoir d’appréciation (voir arrêt du 28 octobre 1982, Faust/Commission, 52/81, Rec. p. 3745, point
         27).
         
         
         
         74
            
          Ainsi qu’il a été dit plus haut, la directive 2001/37 poursuit un objectif d’intérêt général en garantissant un niveau élevé
         de protection de la santé dans le cadre de l’harmonisation des dispositions applicables à la mise sur le marché des produits
         du tabac. Or, il n’apparaît pas, comme il a été indiqué au point 58 du présent arrêt, que la mesure d’interdiction prévue
         à l’article 8 de ladite directive présenterait un caractère inapproprié à cet objectif. Dans ces conditions, l’obstacle au
         libre exercice d’une activité économique que constitue une mesure de cette nature ne peut être analysé au regard du but poursuivi
         comme portant une atteinte démesurée au droit à l’exercice de cette liberté ou au droit de propriété.
         
          En ce qui concerne le prétendu détournement de pouvoir
         
         
         75
            
          Ainsi que la Cour l’a itérativement jugé, un acte n’est entaché de détournement de pouvoir que s’il apparaît, sur la base
         d’indices objectifs, pertinents et concordants, avoir été pris dans le but exclusif, ou à tout le moins déterminant, d’atteindre
         des fins autres que celles excipées ou d’éluder une procédure spécialement prévue par le traité pour parer aux circonstances
         de l’espèce (voir arrêts du 13 novembre 1990, Fedesa e.a., C‑331/88, Rec. p. I‑4023, point 24, et du 22 novembre 2001, Pays-Bas/Conseil,
         C‑110/97, Rec. p. I‑8763, point 137).
         
         
         
         76
            
          Eu égard en particulier à l’exclusion expresse de toute harmonisation des dispositions législatives et réglementaires des
         États membres visant à protéger et à améliorer la santé humaine, énoncée à l’article 129, paragraphe 4, premier tiret, du
         traité CE (devenu, après modification, article 152, paragraphe 4, premier alinéa, CE), la Cour a jugé que le recours à d’autres
         articles de celui-ci comme base juridique ne saurait être utilisé pour contourner cette exclusion (arrêt du 5 octobre 2000,
         Allemagne/Parlement et Conseil, précité, point 79). La Cour a toutefois précisé que, dès lors que les conditions du recours
         à l’article 95, paragraphe 1, CE comme base juridique se trouvent remplies, le législateur communautaire ne saurait être empêché
         de se fonder sur cette base juridique du fait que la protection de la santé publique est déterminante dans les choix à faire
         [arrêts du 5 octobre 2000, Allemagne/Parlement et Conseil, précité, point 88, ainsi que British American Tobacco (Investments)
         et Imperial Tobacco, précité, point 190].
         
         
         
         77
            
          Or, d’une part, les conditions du recours à l’article 95 CE se trouvaient remplies dans le cas de l’article 8 de la directive
         2001/37 et, d’autre part, il n’a nullement été établi que cette disposition aurait été adoptée dans le but exclusif, ou à
         tout le moins déterminant, d’atteindre un objectif différent de celui visant à éliminer les entraves aux échanges liées à
         l’évolution hétérogène des législations nationales en ce qui concerne les produits du tabac à usage oral.
         
         
         
         78
            
          Il résulte des considérations qui précèdent que l’article 8 de la directive 2001/37 n’est pas invalide en raison d’un détournement
         de pouvoir.
          Sur la réponse à la deuxième question prise dans son ensemble
         
         
         
         79
            
          Il y a lieu de répondre à la deuxième question prise dans son ensemble que l’examen de celle-ci n’a révélé aucun élément de
         nature à affecter la validité de l’article 8 de la directive 2001/37.
         
         Sur la première question
         
         80
            
          Par sa première question, la juridiction de renvoi demande en substance si les articles 28 CE et 29 CE doivent être interprétés
         en ce sens qu’ils s’opposent à une réglementation nationale telle que celle en cause dans l’affaire au principal.
         
         
         
         81
            
          Il importe de rappeler qu’une mesure nationale dans un domaine qui a fait l’objet d’une harmonisation exhaustive au niveau
         communautaire doit être appréciée au regard des dispositions de cette mesure d’harmonisation et non pas de celles du droit
         primaire (voir arrêts du 12 octobre 1993, Vanacker et Lesage, C-37/92, Rec. p. I‑4947, point 9, et du 13 décembre 2001, DaimlerChrysler,
         C‑324/99, Rec. p. I‑9897, point 32).
         
         
         
         82
            
          La commercialisation des produits du tabac à usage oral étant une question réglementée de manière harmonisée au niveau communautaire,
         la réglementation nationale en cause au principal qui, transposant valablement la réglementation communautaire, interdit la
         commercialisation de ces produits ne peut dès lors être appréciée qu’au regard des dispositions de ladite réglementation communautaire
         et non au regard de celles des articles 28 CE et 29CE.
         
         
         
         83
            
          Au vu des considérations qui précèdent, il convient de répondre à la première question que, lorsqu’une mesure nationale interdit
         la commercialisation des produits du tabac à usage oral conformément aux dispositions de l’article 8 de la directive 2001/37,
         il n’est pas nécessaire de vérifier, de manière distincte, si cette mesure nationale est conforme aux articles 28 CE et 29
         CE.
         
         Sur la troisième question
         
         84
            
          Par sa troisième question, la juridiction de renvoi demande en substance, dans l’hypothèse où l’article 8 de la directive
         2001/37 serait invalide, si les principes de non-discrimination, de proportionnalité et de protection du droit de la propriété
         devraient être interprétés comme s’opposant à une mesure nationale portant interdiction des produits du tabac à usage oral.
         
         
         
         85
            
          Il n’y a pas lieu de répondre à cette question dès lors que, comme il a été indiqué au point 79 du présent arrêt, l’examen
         de la deuxième question n’a révélé aucun élément de nature à affecter la validité de l’article 8 de la directive 2001/37.
         
         
         Sur les dépens
         86
            
          La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi,
         il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que
         ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.
         
         
         
         
         
         
            
            
         
         
          Par ces motifs, la Cour (grande chambre) dit pour droit:
         
            
            
            
               1)
                  L’examen de la deuxième question n’a révélé aucun élément de nature à affecter la validité de l’article 8 de la directive
                     2001/37/CE du Parlement européen et du Conseil, du 5 juin 2001, relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires
                     et administratives des États membres en matière de fabrication, de présentation et de vente des produits du tabac.
                  
               
            
            
            
            
               2)
                  Lorsqu’une mesure nationale interdit la commercialisation des produits du tabac à usage oral conformément aux dispositions
                     de l’article 8 de la directive 2001/37, il n’est pas nécessaire de vérifier, de manière distincte, si cette mesure nationale
                     est conforme aux articles 28 CE et 29 CE.
                  
               
            
             Signatures
      
      
          1 –
            
            Langue de procédure: l'anglais.