CELEX: 62007TJ0240
Language: fr
Date: 2011-06-16
Title: Arrêt du Tribunal (sixième chambre élargie) du 16 juin 2011.#Heineken Nederland BV et Heineken NV contre Commission européenne.#Concurrence - Ententes - Marché néerlandais de la bière - Décision constatant une infraction à l’article 81 CE - Preuve de l’infraction - Accès au dossier - Amende - Principe d’égalité de traitement - Délai raisonnable.#Affaire T-240/07.

Affaire T-240/07
      Heineken Nederland BV etHeineken NV
      contre
      Commission européenne
      « Concurrence — Ententes — Marché néerlandais de la bière — Décision constatant une infraction à l’article 81 CE — Preuve de l’infraction — Accès au dossier — Amende — Principe d’égalité de traitement — Délai raisonnable »
      Sommaire de l'arrêt
      1.      Concurrence — Ententes — Accords entre entreprises — Notion — Concours de volontés quant au comportement à adopter sur le
            marché
      (Art. 81, § 1, CE)
      2.      Concurrence — Ententes — Pratique concertée — Notion — Prise de contact incompatible avec l'obligation pour chaque entreprise
            de déterminer de manière autonome son comportement sur le marché — Échange d'informations — Présomption — Conditions
      (Art. 81, § 1, CE)
      3.      Concurrence — Procédure administrative — Décision de la Commission constatant une infraction — Mode de preuve — Recours à
            un faisceau d'indices
      (Art. 81, § 1, CE)
      4.      Concurrence — Procédure administrative — Décision de la Commission constatant une infraction — Mode de preuve — Preuves documentaires
      (Art. 81, § 1, CE)
      5.      Droit communautaire — Principes — Droits fondamentaux — Présomption d'innocence — Procédure en matière de concurrence — Applicabilité
      (Art. 81, § 1, CE)
      6.      Concurrence — Procédure administrative — Décision de la Commission constatant une infraction — Utilisation de déclarations
            soumises dans le cadre de la communication sur la coopération par d'autres entreprises ayant participé à l'infraction comme
            moyens de preuve — Admissibilité — Conditions
      (Art. 81 CE et 82 CE)
      7.      Concurrence — Ententes — Accords entre entreprises — Preuve de l'infraction à la charge de la Commission — Limites
      (Art. 81, § 1, CE)
      8.      Concurrence — Ententes — Pratique concertée — Atteinte à la concurrence — Critères d'appréciation — Objet anticoncurrentiel
            — Constatation suffisante
      (Art. 81, § 1, CE)
      9.      Concurrence — Procédure administrative — Décision de la Commission constatant une infraction — Preuve de l'infraction et de
            sa durée à la charge de la Commission — Force probante de dépositions volontaires effectuées à charge contre une entreprise
            par les principaux participants à une entente en vue de bénéficier de l'application de la communication sur la coopération
      (Art. 81, § 1, CE; communication de la Commission 96/C 207/04)
      10.    Concurrence — Ententes — Infraction complexe présentant des éléments d'accord et des éléments de pratique concertée — Qualification
            unique en tant qu'« accord et/ou pratique concertée » — Admissibilité
      (Art. 81, § 1, CE)
      11.    Concurrence — Ententes — Participation à des réunions ayant un objet anticoncurrentiel
      (Art. 81, § 1, CE)
      12.    Concurrence — Procédure administrative — Respect des droits de la défense — Accès au dossier — Portée — Refus de communication
            d'un document — Conséquences — Nécessité d'opérer au niveau de la charge de la preuve incombant à l'entreprise concernée une
            distinction entre les documents à charge et ceux à décharge
      (Règlement du Conseil nº 1/2003, art. 27, § 2)
      13.    Concurrence — Procédure administrative — Accès au dossier — Documents ne figurant pas au dossier d'instruction et non retenus
            par la Commission pour être utilisés à charge — Documents pouvant servir à la défense des parties
      (Art. 81, § 1, CE, et 82 CE; accord EEE, art. 53, 54 et 57; règlement du Conseil nº 139/2004; communication de la Commission
            2005/C 325/07, point 27)
      14.    Concurrence — Procédure administrative — Respect des droits de la défense — Document à charge — Notion
      (Règlement du Conseil nº 1/2003, art. 27, § 2)
      15.    Concurrence — Procédure administrative — Décision de la Commission constatant une infraction — Obligation pour la Commission
            d'examiner, avec soin et impartialité, tous les éléments pertinents du cas d'espèce
      16.    Concurrence — Procédure administrative — Manifestation prématurée par la Commission de sa croyance en l'existence de l'infraction
      17.    Concurrence — Procédure administrative — Obligations de la Commission — Respect d'un délai raisonnable — Critères d'appréciation
            — Violation — Conséquences
      (Règlement du Conseil nº 1/2003)
      18.    Concurrence — Procédure administrative — Demande de renseignements — Devoir général de prudence incombant aux entreprises
            ou associations d'entreprises
      (Règlement du Conseil nº 17, art. 11)
      19.    Concurrence — Amendes — Montant — Détermination — Marge d'appréciation réservée à la Commission — Limites — Respect des lignes
            directrices arrêtées par la Commission — Contrôle juridictionnel
      (Art. 81 CE; règlement du Conseil nº 1/2003, art. 23, § 2; communication de la Commission 98/C 9/03)
      20.    Concurrence — Amendes — Montant — Détermination — Critères — Gravité de l'infraction — Prise en considération de l'impact
            concret sur le marché — Portée
      (Art. 81 CE; règlement du Conseil nº 1/2003, art. 23, § 2; communication de la Commission 98/C 9/03, point 1 A)
      21.    Concurrence — Amendes — Montant — Détermination — Critères — Gravité de l'infraction — Prise en considération de la production
            d'effets sur une zone géographique particulière — Portée
      (Art. 81 CE; règlement du Conseil nº 1/2003, art. 23, § 2; communication de la Commission 98/C 9/03)
      22.    Concurrence — Amendes — Montant — Détermination — Critères — Gravité de l'infraction — Pouvoir d'appréciation de la Commission
      (Règlements du Conseil nº 17 et nº 1/2003; communication de la Commission 98/C 9/03)
      23.    Concurrence — Amendes — Montant — Détermination — Répartition des entreprises concernées dans différentes catégories — Conditions
      (Communication de la Commission 98/C 9/03, point 1 A, al. 6)
      24.    Concurrence — Amendes — Décision infligeant des amendes — Obligation de motivation — Portée — Indication des éléments d'appréciation
            ayant permis à la Commission de mesurer la gravité de l'infraction — Indication suffisante
      (Art. 253 CE; règlement du Conseil nº 1/2003, art. 23, § 2 et 3)
      25.    Concurrence — Amendes — Montant — Détermination — Caractère dissuasif — Critères d'évaluation du facteur de dissuasion
      (Communication de la Commission 98/C 9/03, point 1 A, al. 4)
      26.    Concurrence — Amendes — Montant — Détermination — Caractère dissuasif — Pouvoir d'appréciation de la Commission
      (Règlement du Conseil nº 1/2003, art. 23, § 2 et 3; communication de la Commission 98/C 9/03, point 1 A, al. 4)
      27.    Concurrence — Amendes — Montant — Détermination — Critères — Gravité de l'infraction — Circonstances atténuantes — Cessation
            de l'infraction dès les premières interventions de la Commission — Portée
      (Art. 81, § 1, CE; règlement du Conseil nº 17, art. 15, § 2; communication de la Commission 98/C 9/03, point 3)
      28.    Concurrence — Amendes — Montant — Détermination — Critères — Gravité de l'infraction — Circonstances atténuantes — Non-application
            effective des accords illicites
      (Art. 81, § 1, CE; communication de la Commission 98/C 9/03, point 3)
      29.    Concurrence — Règles communautaires — Infractions — Amendes — Détermination — Critères — Élévation du niveau général des amendes
            — Admissibilité — Conditions
      (Article 81 CE; règlement du Conseil nº 1/2003)
      30.    Concurrence — Procédure administrative — Obligations de la Commission — Respect d'un délai raisonnable — Violation — Conséquences
            — Réduction en équité du montant de l'amende
      (Art. 81 CE et 288, al. 2, CE)
      1.      Pour qu'il y ait accord au sens de l'article 81, paragraphe 1, CE, il suffit que les entreprises en cause aient exprimé leur
         volonté commune de se comporter sur le marché d'une manière déterminée. Il peut être considéré qu’un accord au sens dudit
         article est conclu dès lors qu’il y a une concordance des volontés sur le principe même d’une restriction de la concurrence,
         même si les éléments spécifiques de la restriction envisagée font encore l’objet de négociations.
      
      L’existence d’un accord au sens de l’article 81, paragraphe 1, CE n’est remise en cause ni par la circonstance que le concours
         de volontés entre les entreprises concernées ne s’étend pas aux modalités concrètes de la mise en œuvre d'une hausse de prix,
         ni par le fait que celle-ci ne s’est, concrètement, jamais produite sur le marché.
      
      (cf. points 44-45, 183)
      2.      La notion de pratique concertée vise une forme de coordination entre entreprises qui, sans avoir été poussée jusqu’à la réalisation
         d’une convention proprement dite, substitue sciemment une coopération pratique entre elles aux risques de la concurrence.
      
      À cet égard, l’article 81, paragraphe 1, CE s’oppose à toute prise de contact directe ou indirecte entre des opérateurs économiques
         de nature soit à influer sur le comportement sur le marché d’un concurrent actuel ou potentiel, soit à dévoiler à un tel concurrent
         le comportement que l’on est décidé à tenir soi-même sur le marché ou que l’on envisage d’adopter sur celui-ci, lorsque ces
         contacts ont pour objet ou pour effet la restriction de concurrence.
      
      Il y a lieu de présumer, sous réserve de la preuve contraire qu’il incombe aux opérateurs intéressés de rapporter, que les
         entreprises participant à la concertation et qui demeurent actives sur le marché tiennent compte des informations échangées
         avec leurs concurrents pour déterminer leur comportement sur ce marché. Il en sera d’autant plus ainsi lorsque la concertation
         a lieu sur une base régulière au cours d’une longue période.
      
      (cf. points 46-47, 186)
      3.      En ce qui concerne l’administration de la preuve d’une infraction à l’article 81, paragraphe 1, CE, la Commission doit rapporter
         la preuve des infractions qu’elle constate et établir les éléments de preuve propres à démontrer, à suffisance de droit, l’existence
         des faits constitutifs d’une infraction. Ainsi, il est nécessaire que la Commission fasse état de preuves précises et concordantes
         pour établir l’existence de l’infraction.
      
      Toutefois, chacune des preuves apportées par la Commission ne doit pas nécessairement répondre à ces critères par rapport
         à chaque élément de l’infraction. Il suffit que le faisceau d’indices invoqué par l’institution, apprécié globalement, réponde
         à cette exigence.
      
      Compte tenu du caractère notoire de l’interdiction des accords anticoncurrentiels, il ne saurait être exigé de la Commission
         qu’elle produise des pièces attestant de manière explicite une prise de contact entre les opérateurs concernés. Les éléments
         fragmentaires et épars dont pourrait disposer la Commission devraient, en toute hypothèse, pouvoir être complétés par des
         déductions permettant la reconstitution des circonstances pertinentes. L’existence d’une pratique ou d’un accord anticoncurrentiel
         peut donc être inférée d’un certain nombre de coïncidences et d’indices qui, considérés ensemble, peuvent constituer, en l’absence
         d’une autre explication cohérente, la preuve d’une violation des règles de concurrence.
      
      (cf. points 48-51)
      4.      Lorsque la Commission a invoqué des éléments de preuve documentaires à l’appui de sa constatation de l’existence d’un accord
         ou d’une pratique anticoncurrentielle, il incombe aux parties qui contestent cette constatation devant le Tribunal, non pas
         simplement de présenter une alternative plausible à la thèse de la Commission, mais bien de soulever l’insuffisance des preuves
         retenues dans la décision attaquée pour établir l’existence de l’infraction.
      
      (cf. point 52)
      5.      S’agissant de la portée du contrôle juridictionnel, lorsqu’il est saisi d’un recours en annulation d’une décision d’application
         de l’article 81, paragraphe 1, CE, le Tribunal doit exercer de manière générale un entier contrôle sur le point de savoir
         si les conditions d’application de l’article 81, paragraphe 1, CE se trouvent ou non réunies.
      
      L’existence d’un doute dans l’esprit du juge doit profiter à l’entreprise destinataire de la décision constatant une infraction,
         conformément au principe de présomption d’innocence, lequel, en tant que principe général du droit de l’Union, s’applique
         notamment aux procédures relatives à des violations des règles de concurrence applicables aux entreprises susceptibles d’aboutir
         à l'imposition d'amendes ou d'astreintes.
      
      (cf. points 53-54)
      6.      Aucune disposition ni aucun principe général du droit de l’Union n’interdit à la Commission de se prévaloir, à l’encontre
         d’une entreprise, des déclarations d’autres entreprises incriminées. Si tel n’était pas le cas, la charge de la preuve de
         comportements contraires aux articles 81 CE et 82 CE, qui incombe à la Commission, serait insoutenable et incompatible avec
         la mission de surveillance de la bonne application de ces dispositions qui lui est attribuée par le traité CE.
      
      Certes, la déclaration d’une entreprise inculpée pour avoir participé à une entente, dont l’exactitude est contestée par plusieurs
         autres entreprises inculpées, ne peut être considérée comme constituant une preuve suffisante de l’existence d’une infraction
         commise par ces dernières sans être étayée par d’autres éléments de preuve. Une telle déclaration ne saurait donc suffire,
         à elle seule, pour établir l’existence d'une infraction, mais doit être corroborée par d’autres éléments de preuve. Néanmoins,
         il y a lieu de considérer que le degré de corroboration requis est moindre, aussi bien en termes de précision qu’en termes
         d’intensité, dans le cas d'une déclaration revêtue d'une fiabilité élevée, par rapport à une déclaration n’étant pas particulièrement
         crédible.
      
      Ainsi, s’il devait être jugé qu’un faisceau d’indices concordants permettait de corroborer l’existence et certains aspects
         spécifiques des pratiques évoquées par une telle déclaration particulièrement fiable, celle-ci pourrait suffire à elle seule,
         dans cette hypothèse, pour attester d’autres aspects de la décision de la Commission.
      
      En outre, pour autant qu’une pièce ne soit pas en contradiction manifeste avec la déclaration sur l’existence ou le contenu
         essentiel des pratiques incriminées, il suffit qu’elle atteste des éléments significatifs des pratiques qu’elle a décrites
         pour avoir une certaine valeur à titre d’élément de corroboration dans le cadre du faisceau de preuves retenues à charge.
      
      (cf. points 70, 92-94)
      7.      La Commission est souvent obligée de prouver l’existence d’une infraction dans des conditions peu propices à cette tâche,
         dans la mesure où plusieurs années ont pu s’écouler depuis l’époque des faits constitutifs de l’infraction poursuivie et que
         plusieurs des entreprises faisant l’objet de l’enquête n’ont pas coopéré de manière active avec celle-ci.
      
      S’il incombe nécessairement à la Commission d’établir qu’un accord illicite de partage des marchés a été conclu, il serait
         excessif d’exiger, en outre, qu’elle apporte la preuve du mécanisme spécifique par lequel ce but devait être atteint. En effet,
         il serait trop aisé pour une entreprise coupable d’une infraction d’échapper à toute sanction si elle pouvait tirer argument
         du caractère vague des informations présentées par rapport au fonctionnement d’un accord illicite dans une situation dans
         laquelle l’existence de l’accord et son but anticoncurrentiel sont pourtant établis de manière suffisante. Les entreprises
         peuvent se défendre utilement dans une telle situation pour autant qu’elles aient la possibilité de commenter tous les éléments
         de preuve invoqués à leur charge par la Commission.
      
      (cf. point 78)
      8.      Il découle du texte de la disposition de l’article 81 CE que les accords et les pratiques concertées entre entreprises sont
         interdits, indépendamment de tout effet sur le marché, lorsqu’ils ont un objet anticoncurrentiel. Ainsi, dès lors que la Commission
         a constaté l’existence des accords et des pratiques concertées ayant un objet anticoncurrentiel, cette constatation ne saurait
         être contredite par les indications tirées de l’absence d’application des arrangements collusoires ou l’absence d’effet sur
         le marché.
      
      (cf. points 79-80)
      9.      Bien qu’une certaine méfiance à l’égard de dépositions volontaires des principaux participants à une entente illicite soit
         généralement de mise, vu la possibilité que ces participants aient tendance à minimiser l’importance de leur contribution
         à l’infraction et de maximiser celle des autres, le fait de demander à bénéficier de l’application de la communication sur
         la coopération en vue d’obtenir une réduction de l’amende ne crée pas nécessairement une incitation à présenter des éléments
         de preuve déformés quant aux autres participants de l’entente incriminée. En effet, toute tentative d’induire la Commission
         en erreur pourrait remettre en cause la sincérité ainsi que la complétude de la coopération du demandeur et, partant, mettre
         en danger la possibilité pour celui-ci de tirer pleinement bénéfice de la communication sur la coopération.
      
      (cf. point 91)
      10.    Face à une situation factuelle complexe, la double qualification des comportements anticoncurrentiels d’« ensemble d’accords
         et/ou de pratiques concertées », dans la mesure où ces comportements comportent à la fois des éléments devant être qualifiés
         d’« accords » et des éléments devant être qualifiés de « pratiques concertées », doit être comprise non comme une qualification
         exigeant simultanément et cumulativement la preuve que chacun de ces éléments de fait présente les éléments constitutifs d’un
         accord et d’une pratique concertée, mais bien comme désignant un tout complexe comportant des éléments de fait, dont certains
         ont été qualifiés d’accords et d’autres de pratiques concertées au sens de l’article 81 CE, lequel ne prévoit pas de qualification
         spécifique pour ce type d’infraction complexe.
      
      (cf. point 191)
      11.    Dès lors qu’une entreprise a assisté, même sans jouer un rôle actif, à une réunion au cours de laquelle une concertation illicite
         a été évoquée, elle est censée avoir participé à ladite concertation, à moins qu’elle ne prouve qu’elle s’est ouvertement
         distanciée de celle-ci ou qu’elle a informé les autres participants qu’elle entendait prendre part à la réunion en question
         dans une optique différente de la leur.
      
      (cf. point 195)
      12.    Le droit d’accès au dossier constitue le corollaire du principe du respect des droits de la défense et implique que la Commission
         doit donner à l’entreprise concernée la possibilité de procéder à un examen de la totalité des documents figurant au dossier
         d’instruction qui sont susceptibles d’être pertinents pour sa défense. Ceux-ci comprennent tant les pièces à conviction que
         celles à décharge, sous réserve des secrets d’affaires d’autres entreprises, des documents internes de la Commission et d’autres
         informations confidentielles.
      
      Concernant les pièces à conviction, l’absence de communication d’un document ne constitue une violation des droits de la défense
         que si l’entreprise concernée démontre, d’une part, que la Commission s’est fondée sur ce document pour étayer son grief relatif
         à l’existence d’une infraction et, d’autre part, que ce grief ne pourrait être prouvé que par référence audit document. Il
         incombe ainsi à l’entreprise concernée de démontrer que le résultat auquel la Commission est parvenue dans sa décision aurait
         été différent si ce document non communiqué devait être écarté comme moyen de preuve.
      
      En revanche, s’agissant de l’absence de communication d’un document à décharge, l’entreprise concernée doit seulement établir
         que sa non-divulgation a pu influer, au détriment de cette dernière, sur le déroulement de la procédure et le contenu de la
         décision de la Commission. Il suffit que l’entreprise démontre qu’elle aurait pu utiliser lesdits documents à décharge pour
         sa défense, en démontrant notamment qu’elle aurait pu invoquer des éléments qui ne concordaient pas avec les appréciations
         opérées par la Commission au stade de la communication des griefs, et aurait donc pu influer, de quelque manière que ce soit,
         sur les appréciations portées dans la décision.
      
      (cf. points 235-238)
      13.    La communication des griefs est un acte destiné à circonscrire l’objet de la procédure engagée contre une entreprise et à
         assurer l’exercice efficace des droits de la défense. C’est dans cette perspective que la communication des griefs est entourée
         des garanties procédurales appliquant le principe du respect des droits de la défense, parmi lesquelles figure le droit d’accès
         aux documents relevant du dossier de la Commission.
      
      Les réponses à la communication des griefs ne font pas partie du dossier d’instruction proprement dit. S’agissant des documents
         ne faisant pas partie du dossier constitué au moment de la notification de la communication des griefs, la Commission n’est
         tenue de divulguer lesdites réponses à d’autres parties concernées que s’il s’avère qu’elles contiennent de nouveaux éléments
         à charge ou à décharge. De même, selon le point 27 de la communication de la Commission relative aux règles d’accès au dossier
         de la Commission dans les affaires relevant des articles 81 CE et 82 CE, des articles 53, 54 et 57 de l'accord EEE et du règlement
         nº 139/2004, en règle générale, les parties n’ont pas accès aux réponses à la communication des griefs des autres parties
         concernées par l’enquête. Une partie n’a accès à ces documents que lorsqu’ils peuvent constituer de nouveaux éléments de preuve,
         qu’ils soient à charge ou à décharge, relatifs aux allégations formulées à l’égard de cette partie dans la communication des
         griefs de la Commission.
      
      À cet égard, concernant, d’une part, les nouveaux éléments à charge, si la Commission entend se fonder sur un élément tiré
         d’une réponse à une communication des griefs pour établir l’existence d’une infraction, les autres entreprises impliquées
         dans cette procédure doivent être mises en mesure de se prononcer sur un tel nouvel élément de preuve.
      
      Concernant, d'autre part, les nouveaux éléments à décharge, la Commission n'est pas obligée de les rendre accessibles de sa
         propre initiative. Dans l'hypothèse où la Commission a rejeté au cours de la procédure administrative une demande d'une partie
         requérante visant à l'accès à des documents ne figurant pas dans le dossier d'instruction, une violation des droits de la
         défense ne peut être constatée que s'il est établi que la procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent
         dans l'hypothèse où la partie requérante aurait eu accès aux documents en question au cours de cette procédure.
      
      (cf. points 239-244, 253)
      14.    Un document ne peut être considéré comme un document à charge que lorsqu’il est utilisé par la Commission à l’appui de la
         constatation d’une infraction commise par une entreprise.
      
      Aux fins d’établir une violation de ses droits de la défense, il ne suffit pas, pour l’entreprise en cause, de démontrer qu’elle
         n’a pas pu se prononcer au cours de la procédure administrative sur un document utilisé à un quelconque endroit de la décision
         attaquée. Il faut qu’elle démontre que la Commission a utilisé ce document, dans la décision attaquée, comme un élément de
         preuve additionnel pour retenir une infraction à laquelle l’entreprise aurait participé.
      
      (cf. point 245)
      15.    Parmi les garanties conférées par l’ordre juridique de l’Union dans les procédures administratives, figure notamment l’obligation
         pour l’institution compétente d’examiner, avec soin et impartialité, tous les éléments pertinents du cas d’espèce.
      
      (cf. point 268)
      16.    L’existence d’une infraction doit être appréciée en fonction des seuls éléments de preuve réunis par la Commission. Lorsque
         la matérialité d’une infraction est effectivement établie au terme de la procédure administrative, la preuve d’une manifestation
         prématurée par la Commission, au cours de cette procédure, de sa conviction selon laquelle ladite infraction existe n’est
         pas de nature à priver de sa réalité la preuve de l’infraction elle-même.
      
      (cf. point 278)
      17.    L'observation d'un délai raisonnable dans la conduite des procédures administratives en matière de politique de la concurrence
         constitue un principe général du droit de l'Union, dont les juridictions de l'Union assurent le respect.
      
      Aux fins de l'application de ce principe, il convient d’opérer une distinction entre les deux phases de la procédure administrative,
         à savoir la phase d’instruction antérieure à la communication des griefs et celle correspondant au reste de la procédure.
         La première période, qui s’étend jusqu’à la communication des griefs, a pour point de départ la date à laquelle la Commission,
         faisant usage des pouvoirs que lui a conférés le législateur, prend des mesures impliquant le reproche d’avoir commis une
         infraction et doit permettre à celle-ci de prendre position sur l’orientation de la procédure. La seconde période, quant à
         elle, s’étend de la communication des griefs à l’adoption de la décision finale. Elle doit permettre à la Commission de se
         prononcer définitivement sur l’infraction reprochée.
      
      Une durée de 65 mois de la première phase de la procédure doit être considérée, en l’absence d’information ou de justification
         complémentaire de la part de la Commission quant aux actes d’enquêtes diligentés au cours de cette période, comme excessive.
         Cependant, la constatation d’une violation du principe du délai raisonnable ne peut conduire à l’annulation d’une décision
         constatant une infraction que si la durée de la procédure a eu une incidence sur l’issue de la procédure.
      
      (cf. points 286-288, 290, 292, 295)
      18.    En vertu du devoir général de prudence qui incombe aux entreprises ou aux associations d’entreprises, celles-ci sont tenues
         de veiller à la bonne conservation, en leurs livres ou archives, des éléments permettant de retracer leur activité, afin,
         notamment, de disposer des preuves nécessaires dans l’hypothèse d’actions judiciaires ou administratives.
      
      Lorsqu'une entreprise fait l’objet de demandes de renseignements de la part de la Commission au titre de l’article 11 du règlement
         nº 17, il lui appartient, a fortiori, d’agir avec une diligence accrue et de prendre toutes les mesures utiles afin de préserver
         les preuves dont elle peut raisonnablement disposer.
      
      (cf. point 301)
      19.    La Commission bénéficie d’un large pouvoir d’appréciation pour ce qui est de la méthode de calcul des amendes. Cette méthode,
         circonscrite par les lignes directrices pour le calcul des amendes infligées en application de l'article 15, paragraphe 2,
         du règlement nº 17 et de l'article 65, paragraphe 5, du traité CECA, comporte différents éléments de flexibilité permettant
         à la Commission d’exercer son pouvoir d’appréciation en conformité avec les dispositions du règlement nº 1/2003, relatif à
         la mise en œuvre des règles de concurrence prévues aux articles 81 et 82 du traité.
      
      En outre, dans des domaines tels que la détermination du montant d’une amende au titre du règlement nº 1/2003, où la Commission
         dispose de cette marge d’appréciation, le contrôle de légalité opéré sur ces appréciations se limite à celui de l’absence
         d’erreur manifeste d’appréciation. La marge d’appréciation de la Commission et les limites qu’elle y a apportées ne préjugent
         pas, en revanche, de l’exercice, par le juge de l’Union, de sa compétence de pleine juridiction, qui l’habilite à supprimer,
         à réduire ou à majorer le montant de l’amende infligée par la Commission.
      
      (cf. points 308-310)
      20.    La gravité d’une infraction est déterminée en tenant compte de nombreux éléments, tels que les circonstances particulières
         de l’affaire, son contexte et la portée dissuasive des amendes, à l’égard desquels la Commission dispose d’une marge d’appréciation.
      
      En particulier, conformément au point 1 A, premier alinéa, des lignes directrices pour le calcul des amendes infligées en
         application de l'article 15, paragraphe 2, du règlement nº 17 et de l'article 65, paragraphe 5, du traité CECA, l’évaluation
         de la gravité de l’infraction doit prendre en considération la nature propre de l’infraction, son impact concret sur le marché
         lorsqu’il est mesurable et l’étendue du marché géographique concerné. Dans le cadre de son contrôle de pleine juridiction,
         il incombe au Tribunal d’apprécier si le montant de l’amende infligée est proportionné par rapport à la gravité de l’infraction
         et de mettre en balance la gravité de l’infraction et les circonstances invoquées par l'entreprise.
      
      Aux termes du point 1 A, deuxième alinéa, troisième tiret, desdites lignes directrices, les infractions très graves correspondent
         pour l’essentiel, notamment, aux « restrictions horizontales de type ' cartels de prix ' et de quotas de répartition des marchés
         ». Les ententes de ce type relèvent des formes les plus graves d’atteinte à la concurrence, en ce qu’elles tendent, par leur
         propre objet, à l’élimination pure et simple de cette dernière entre les entreprises qui les mettent en œuvre, et contrarient,
         de ce fait, les objectifs fondamentaux de l’Union. Les ententes horizontales de prix ou de répartitions de marchés peuvent
         être qualifiées d’infractions très graves sur le seul fondement de leur nature propre, sans que la Commission soit tenue de
         démontrer un impact concret de l’infraction sur le marché.
      
      Si l’existence d’un impact concret de l’infraction sur le marché est un élément à prendre en considération pour évaluer la
         gravité de l’infraction, il s’agit d’un critère parmi d’autres, tels que la nature propre de l’infraction et l’étendue du
         marché géographique. De même, il ressort du point 1 A, premier alinéa, desdites lignes directrices que cet impact est à prendre
         en considération uniquement lorsqu’il est mesurable.
      
      (cf. points 314-316, 319-320, 324-325)
      21.    Le territoire entier d’un État membre constitue une partie substantielle du marché commun. Des infractions telles que les
         accords ou pratiques concertées visant notamment à la fixation des prix et à la répartition des clients peuvent emporter,
         sur le seul fondement de leur nature propre, la qualification d’infraction très grave, sans qu’il soit nécessaire que de tels
         comportements se caractérisent par une étendue géographique particulière.
      
      Cette conclusion est, en outre, renforcée par le fait que, si la description indicative des infractions graves dans les lignes
         directrices pour le calcul des amendes infligées en application de l'article 15, paragraphe 2, du règlement nº 17 et de l'article
         65, paragraphe 5, du traité CECA mentionne qu’il s’agira le plus souvent de restrictions horizontales ou verticales dont l’application
         est plus rigoureuse, dont l’impact sur le marché est plus large et qui peuvent produire leurs effets sur des zones étendues
         du marché commun, celle des infractions très graves, en revanche, ne mentionne aucune exigence d’impact concret sur le marché
         ni de production d’effets sur une zone géographique particulière.
      
      Il en résulte que le fait que la taille du marché géographique qui est en cause revêt une dimension nationale ne s'oppose
         pas, en tout état de cause, à la qualification de très grave de l'infraction commise. La taille du marché de produit concerné
         n’est en principe pas un élément devant obligatoirement être pris en compte, mais seulement un élément pertinent parmi d’autres
         pour apprécier la gravité de l’infraction et fixer le montant de l’amende.
      
      (cf. points 337, 339-342)
      22.    La Commission dispose, dans le cadre du règlement nº 17 et du règlement nº 1/2003, relatif à la mise en œuvre des règles de
         concurrence prévues aux articles 81 CE et 82 CE, d’une marge d’appréciation dans la fixation du montant des amendes afin d’orienter
         le comportement des entreprises dans le sens du respect des règles de concurrence et de pouvoir à tout moment adapter le niveau
         des amendes aux besoins de cette politique.
      
      La pratique décisionnelle antérieure de la Commission ne sert pas de cadre juridique aux amendes en matière de concurrence.
         Les décisions concernant d’autres affaires ne revêtent qu’un caractère indicatif en ce qui concerne l’existence éventuelle
         d’une discrimination, étant donné qu’il est peu vraisemblable que les circonstances propres à celles-ci, telles que les marchés,
         les produits, les entreprises et les périodes concernés, soient identiques.
      
      La Commission apprécie la gravité des infractions en fonction de nombreux éléments qui ne procèdent pas d’une liste contraignante
         ou exhaustive de critères à prendre en compte. En outre, elle n’est pas tenue d’appliquer une formule mathématique précise,
         qu’il s’agisse du montant total de l’amende infligée ou de sa décomposition en différents éléments. Dans ces conditions, la
         comparaison directe des amendes imposées aux destinataires des deux décisions relatives à des infractions distinctes risque
         de dénaturer les fonctions spécifiques que remplissent les différentes étapes du calcul d’une amende. En effet, les montants
         finaux des amendes reflètent des circonstances spécifiques particulières à chaque entente.
      
      (cf. points 345, 347, 350-351)
      23.    Selon le point 1 A, sixième alinéa, des lignes directrices pour le calcul des amendes infligées en application de l'article
         15, paragraphe 2, du règlement nº 17 et de l'article 65, paragraphe 5, du traité CECA, il peut convenir, pour une infraction
         d’une gravité donnée, dans les cas impliquant plusieurs entreprises comme les cartels, de pondérer le montant de départ général
         pour établir un montant de départ spécifique tenant compte du poids spécifique, et donc de l’impact réel, du comportement
         infractionnel de chaque entreprise sur la concurrence, notamment lorsqu’il existe une disparité considérable dans la dimension
         des entreprises auteurs d’une infraction de même nature.
      
      La prise en compte du poids spécifique, et donc de l’impact réel, du comportement infractionnel de chaque entreprise sur la
         concurrence concerne la répartition des membres d’une entente en catégories, au regard de leur dimension sur le marché au
         cours d’une période de référence, et n’implique pas la prise en compte de l’impact sur le marché de l’infraction prise dans
         son ensemble.
      
      L’application du traitement différencié sur la base de cette disposition ne nécessite pas la prise en considération d’un impact
         réel de l’infraction sur le marché.
      
      (cf. points 356-358)
      24.    Les exigences de la formalité substantielle que constitue l’obligation de motivation du mode de calcul de l’amende sont, selon
         une jurisprudence constante, satisfaites lorsque la Commission indique, dans sa décision, les éléments d’appréciation qui
         lui ont permis de mesurer la gravité et la durée de l’infraction.
      
      Dans le cadre de l’exposé des motifs justifiant le niveau de l’amende, la Commission n’est pas tenue d’indiquer les éléments
         chiffrés qui ont guidé, notamment quant à l’effet dissuasif recherché, l’exercice de son pouvoir d’appréciation.
      
      (cf. points 360, 375)
      25.    En vue de déterminer le montant de l’amende, la Commission doit veiller à son caractère dissuasif.
      
      À cet égard, la Commission peut notamment prendre en considération la taille et la puissance économique de l’entreprise en
         cause.
      
      De même, le point 1 A, quatrième alinéa, des lignes directrices pour le calcul des amendes infligées en application de l'article
         15, paragraphe 2, du règlement nº 17 et de l'article 65, paragraphe 5, du traité CECA prévoit qu’il est nécessaire de prendre
         en considération la capacité économique effective des auteurs de l’infraction à créer un dommage important aux autres opérateurs,
         notamment aux consommateurs, et de déterminer le montant de l’amende à un niveau qui lui assure un caractère suffisamment
         dissuasif.
      
      Au vu de la marge d’appréciation dans la fixation du montant des amendes dont la Commission dispose afin d’orienter le comportement
         des entreprises dans le sens du respect des règles de la concurrence, le fait que la Commission ait appliqué, dans le passé,
         des amendes d’un certain niveau à certains types d’infractions ne saurait donc la priver de la possibilité d’élever, à tout
         moment, ce niveau pour assurer la mise en œuvre de la politique de concurrence et pour renforcer l’effet dissuasif des amendes.
      
      (cf. points 367-369, 372)
      26.    La sécurité juridique constitue un principe général du droit de l’Union qui exige notamment qu’une réglementation entraînant
         des conséquences défavorables à l’égard de particuliers soit claire et précise et son application prévisible pour les justiciables.
      
      Ce principe a pour corollaire le principe de légalité des délits et des peines, qui exige que la loi définisse clairement
         les infractions et les peines qui les répriment.
      
      Si l’article 23, paragraphes 2 et 3, du règlement nº 1/2003, relatif à la mise en œuvre des règles de concurrence prévues
         aux articles 81 CE et 82 CE, laisse à la Commission une large marge d’appréciation, il en limite néanmoins l’exercice en instaurant
         des critères objectifs auxquels celle-ci doit se tenir.
      
      Ainsi, d’une part, le montant de l’amende susceptible d’être imposée connaît un plafond chiffrable et absolu, de sorte que
         le montant maximal de l’amende pouvant être infligée à une entreprise donnée est déterminable à l’avance.
      
      D’autre part, l’exercice de ce pouvoir d’appréciation est également limité par les règles que la Commission s’est elle-même
         imposées dans les lignes directrices pour le calcul des amendes infligées en application de l'article 15, paragraphe 2, du
         règlement nº 17 et de l'article 65, paragraphe 5, du traité CECA, la pratique administrative de la Commission étant d’ailleurs
         soumise à l’entier contrôle du juge de l’Union.
      
      Un opérateur avisé peut ainsi, en s’entourant au besoin des services d’un conseil juridique, prévoir de manière suffisamment
         précise la méthode de calcul et l’ordre de grandeur des amendes qu’il encourt pour un comportement donné, et le fait que cet
         opérateur ne puisse, à l’avance, connaître avec précision le niveau des amendes que la Commission infligera dans chaque espèce
         ne saurait constituer une violation du principe de légalité des peines. En outre, les entreprises impliquées dans une procédure
         administrative pouvant donner lieu à une amende doivent tenir compte de la possibilité que, à tout moment, la Commission décide
         d’élever le niveau du montant des amendes par rapport à celui appliqué dans le passé. Le fait que la Commission puisse à tout
         moment revoir le niveau général des amendes dans le contexte de la mise en œuvre d’une autre politique de concurrence est
         donc raisonnablement prévisible pour les entreprises concernées.
      
      (cf. points 383-386)
      27.    Conformément au point 3 des lignes directrices pour le calcul des amendes infligées en application de l'article 15, paragraphe
         2, du règlement nº 17 et de l'article 65, paragraphe 5, du traité CECA, le montant de base de l’amende fixé par la Commission
         est diminué, notamment, lorsque l’entreprise incriminée cesse l’infraction dès les premières interventions de la Commission.
      
      L’octroi d’une telle diminution du montant de base de l’amende est lié aux circonstances de l’espèce, qui peuvent amener la
         Commission à ne pas l’accorder à une entreprise partie à un accord illicite. Notamment, reconnaître le bénéfice d’une circonstance
         atténuante dans des situations dans lesquelles une entreprise est partie à un accord manifestement illégal, dont elle savait
         ou ne pouvait ignorer qu’il constituait une infraction, pourrait inciter les entreprises à poursuivre un accord secret aussi
         longtemps que possible, dans l’espoir que leur comportement ne soit jamais découvert, tout en sachant que, s’il venait à être
         découvert, elles pourraient voir l’amende réduite en interrompant alors l’infraction.
      
      Une telle reconnaissance ôterait tout effet dissuasif à l’amende infligée et porterait atteinte à l’effet utile de l’article
         81, paragraphe 1, CE. Il s’agit, en effet, d’une circonstance atténuante qui, compte tenu de l’effet utile dudit article,
         doit être interprétée restrictivement, seules les circonstances particulières du cas d’espèce pouvant justifier sa prise en
         compte.
      
      En particulier, la cessation d’une infraction commise de propos délibéré ne saurait être considérée comme une circonstance
         atténuante lorsqu’elle a été déterminée par l’intervention de la Commission.
      
      Le seul fait que la Commission a considéré, dans sa pratique décisionnelle antérieure, que certains éléments constituaient
         des circonstances atténuantes aux fins de la détermination du montant de l’amende ne signifie pas qu’elle soit obligée de
         porter la même appréciation dans une décision ultérieure.
      
      (cf. points 394-397, 401)
      28.    Bien que la seule circonstance qu’une entreprise ne donne pas suite à des arrangements illicites ne soit pas de nature à écarter
         sa responsabilité, il s’agit néanmoins d’une circonstance devant être prise en compte, en tant que circonstance atténuante,
         dans le cadre de la détermination du montant de l’amende.
      
      (cf. point 409)
      29.    Le fait que la Commission a appliqué, dans le passé, des amendes d’un certain niveau à certains types d’infractions ne saurait
         la priver de la possibilité d’élever ce niveau dans les limites indiquées dans le règlement nº 1/2003, relatif à la mise en
         œuvre des règles de concurrence prévues aux articles 81 CE et 82 CE, si cela est nécessaire pour assurer la mise en œuvre
         de la politique de concurrence. Au contraire, l’application efficace des règles de la concurrence exige que la Commission
         puisse, à tout moment, adapter le niveau des amendes aux besoins de cette politique.
      
      Une entreprise ne saurait valablement soutenir que sa sanction aurait pu être moins élevée si la Commission avait mis fin
         à la procédure administrative plus tôt, étant donné qu’elle a augmenté le niveau général des sanctions au cours de la procédure
         administrative.
      
      Eu égard à ces considérations, la durée de la procédure administrative, bien qu’elle ait été excessive, ne saurait être considérée
         comme ayant une incidence sur le contenu de la décision attaquée, du seul fait que la Commission a augmenté entre-temps le
         niveau des amendes.
      
      (cf. points 418-420)
      30.    Une irrégularité de procédure, même si elle n’est pas susceptible d’aboutir à l’annulation d'une décision adoptée par la Commission
         à l'égard d'une société pour une infraction aux règles de la concurrence, peut justifier une réduction de l’amende. Le dépassement
         du délai raisonnable est susceptible de fonder la décision de la Commission de réduire en équité le montant d’une amende,
         la possibilité d’accorder une telle réduction s’inscrivant dans le cadre de l’exercice de ses prérogatives. L’exercice de
         cette prérogative par la Commission n’empêche pas le Tribunal, dans l’exercice de sa compétence de pleine juridiction, d’accorder
         une réduction supplémentaire du montant de l’amende.
      
      En effet, la réduction de la sanction ayant pour objet de redresser la violation du principe du délai raisonnable doit être
         déterminée à un niveau adéquat au regard de la sanction infligée à l'entreprise. Il n’en reste pas moins que cette réduction
         s’opère en équité et ne doit pas être précédée d’un examen des conditions relatives à l’engagement de la responsabilité non
         contractuelle de l’Union, au sens de l’article 288, deuxième alinéa, CE.
      
      (cf. points 425-426, 428, 432)
ARRÊT DU TRIBUNAL (sixième chambre élargie)
      16 juin 2011 (*)
      
      « Concurrence – Ententes – Marché néerlandais de la bière – Décision constatant une infraction à l’article 81 CE – Preuve de l’infraction – Accès au dossier – Amende – Principe d’égalité de traitement – Délai raisonnable »
      Dans l’affaire T‑240/07,
      Heineken Nederland BV, établie à Zoeterwoude (Pays-Bas),
      
      Heineken NV, établie à Amsterdam (Pays-Bas),
      
      représentées par Mes T. Ottervanger et M. de Jong, avocats,
      
      parties requérantes,
      contre
      Commission européenne, représentée initialement par MM. A. Bouquet, S. Noë et A. Nijenhuis, puis par MM. Bouquet et Noë, en qualité d’agents, assistés
         de Me M. Slotboom, avocat,
      
      partie défenderesse,
      ayant pour objet une demande d’annulation partielle de la décision C (2007) 1697 de la Commission, du 18 avril 2007, relative
         à une procédure d’application de l’article 81 [CE] (affaire COMP/B/37.766 – Marché néerlandais de la bière), et, à titre subsidiaire,
         une demande de réduction de l’amende infligée aux requérantes,
      
      LE TRIBUNAL (sixième chambre élargie),
      composé de MM. V. Vadapalas (rapporteur), faisant fonction de président, A. Dittrich et L. Truchot, juges,
      greffier : M. J. Plingers, administrateur,
      vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 25 mars 2010,
      rend le présent
      Arrêt
       Faits à l’origine du litige
      1        Les requérantes, Heineken Nederland BV et Heineken NV, appartiennent au groupe Heineken (ci-après « Heineken »), dont l’activité
         est consacrée à la production et à la commercialisation de la bière. Heineken NV est en charge de la direction du groupe,
         tandis qu’Heineken Nederland est une société de production de bière. Heineken NV possède, par l’entremise de sa filiale à
         100 % Heineken Nederlands Beheer BV, l’intégralité des actions d’Heineken Nederland.
      
      2        Heineken est un des quatre principaux acteurs du marché néerlandais de la bière. Les autres brasseurs prépondérants sur ce
         marché sont, premièrement, le groupe InBev (ci-après « InBev »), qui, avant 2004, était connu sous le nom d’Interbrew et dont
         la direction incombe à la société InBev NV et la production à la société filiale InBev Nederland NV, deuxièmement, le groupe
         Grolsch (ci-après « Grolsch »), dont la direction est à la charge de la société Koninklijke Grolsch NV, et, troisièmement,
         la société Bavaria NV.
      
      3        Les requérantes et les trois autres principaux brasseurs sur ce marché vendent leur bière au client final, notamment par deux
         canaux de distribution. Ainsi, il convient de distinguer, d’une part, le circuit des établissements « horeca », c’est-à-dire
         les hôtels, les restaurants et les cafés, où la consommation s’effectue sur place, et, d’autre part, le circuit « food » des
         supermarchés et des magasins de vins et de spiritueux, où l’achat de bière est destiné à la consommation à domicile. Ce dernier
         secteur comporte également le segment de la bière vendue sous marque de distributeur. Parmi les quatre brasseurs concernés,
         uniquement InBev et Bavaria sont actifs dans ce segment.
      
      4        Ces quatre brasseurs sont membres de la Centraal Brouwerij Kantoor (ci-après la « CBK »). Celle-ci est une organisation fédératrice
         qui, selon ses statuts, représente les intérêts de ses membres et est composée d’une assemblée générale et de diverses commissions,
         telles que la commission chargée des questions « horeca » et la commission financière, devenue le comité directeur. Pour les
         réunions qui ont lieu au sein de la CBK, son secrétariat établit des convocations et des procès-verbaux officiels numérotés
         de manière continue et envoyés aux membres participants. 
      
       Procédure administrative
      5        Par lettres du 28 janvier 2000 ainsi que des 3, 25 et 29 février 2000, InBev a fourni une série de déclarations relatives
         à des informations sur des pratiques commerciales restrictives sur le marché néerlandais de la bière. Ces déclarations ont
         été effectuées lors d’une enquête menée par la Commission des Communautés européennes, notamment en 1999, sur des pratiques
         d’entente et sur un éventuel abus de position dominante sur le marché belge de la bière. Conjointement à ces déclarations,
         InBev a introduit une demande de clémence conformément à la communication de la Commission concernant la non-imposition d’amendes
         ou la réduction de leur montant dans les affaires portant sur des ententes (JO 1996, C 207, p. 4, ci-après la « communication
         sur la coopération »).
      
      6        Les 22 et 23 mars 2000, à la suite des déclarations d’InBev, des inspections ont été effectuées par la Commission dans les
         locaux des requérantes et des autres entreprises concernées. D’autres demandes de renseignements supplémentaires ont été envoyées
         aux requérantes et aux autres entreprises concernées de 2001 à 2005.
      
      7        Le 30 août 2005, la Commission a envoyé une communication des griefs aux requérantes et aux autres entreprises concernées.
         Par lettre du 24 novembre 2005, les requérantes ont fourni leurs observations écrites sur cette communication. Aucune des
         parties concernées n’a sollicité d’audition.
      
      8        Par lettres des 26 janvier et 7 mars 2006, des documents supplémentaires ont été portés à la connaissance des requérantes
         par la Commission. Il s’agissait, notamment, des demandes de renseignements adressées à InBev ainsi que des réponses qui leur
         étaient données.
      
      9        Le 18 avril 2007, la Commission a adopté la décision C (2007) 1697, relative à une procédure d’application de l’article 81 [CE]
         (affaire COMP/B/37.766 – Marché néerlandais de la bière, ci‑après la « décision attaquée »), dont un résumé est publié au
         Journal officiel de l’Union européenne du 20 mai 2008 (JO 2008 C 122, p. 1), laquelle a été notifiée aux requérantes par lettre du 24 avril 2007.
      
       Décision attaquée
       Infraction en cause
      10      L’article 1er de la décision attaquée dispose que les requérantes et les sociétés InBev NV, InBev Nederland, Koninklijke Grolsch et Bavaria
         ont participé, durant la période comprise entre le 27 février 1996 et le 3 novembre 1999, à une infraction unique et continue
         à l’article 81, paragraphe 1, CE, consistant en un ensemble d’accords et/ou de pratiques concertées ayant pour objet de restreindre
         la concurrence dans le marché commun.
      
      11      L’infraction a consisté, premièrement, en la coordination des prix et des hausses de prix de la bière aux Pays-Bas, à la fois
         dans le secteur « horeca » et dans le secteur de la consommation à domicile, y compris en ce qui concerne la bière vendue
         sous marque de distributeur, deuxièmement, en la coordination occasionnelle d’autres conditions commerciales offertes aux
         clients individuels dans le secteur « horeca » aux Pays-Bas, telles que les prêts aux établissements, et, troisièmement, en
         la coordination occasionnelle sur la répartition de la clientèle, à la fois dans le secteur « horeca » et dans le secteur
         de la consommation à domicile aux Pays-Bas (article 1er et considérants 257 et 258 de la décision attaquée).
      
      12      Les comportements anticoncurrentiels des brasseurs ont eu lieu, selon la décision attaquée, lors d’un cycle de réunions multilatérales
         officieuses qui rassemblaient régulièrement les quatre principaux acteurs du marché néerlandais de la bière ainsi que lors
         de rencontres bilatérales complémentaires impliquant les mêmes brasseurs selon diverses combinaisons. Selon la décision attaquée,
         ces rencontres ont eu lieu secrètement, de propos délibéré, les participants sachant qu’elles n’étaient pas autorisées (considérants
         257 à 260 de la décision attaquée).
      
      13      Ainsi, en premier lieu, une série de réunions multilatérales dénommées « Catherijne overleg » (concertation Catherijne) ou
         « agendacommissie » (commission de l’ordre du jour) s’est tenue entre le 27 février 1996 et le 3 novembre 1999. La décision
         attaquée établit que ces réunions, axées sur le secteur « horeca », mais pouvant porter également sur le secteur de la consommation
         à domicile, ont eu essentiellement pour objet de coordonner les prix et les hausses des prix de la bière, de discuter de la
         limitation du montant de ristournes et de la répartition de la clientèle ainsi que de se concerter sur certaines autres conditions
         commerciales. Les prix de la bière vendue sous marque de distributeur auraient été également discutés au cours de ces réunions
         (considérants 85, 90, 98, 115 à 127 et 247 à 252 de la décision attaquée).
      
      14      En second lieu, s’agissant des contacts bilatéraux entre les brasseurs, la décision attaquée indique que, le 12 mai 1997,
         InBev et Bavaria se sont réunies et ont discuté de l’augmentation des prix de la bière vendue sous marque de distributeur
         (considérant 104 de la décision attaquée). Par ailleurs, selon la Commission, les requérantes et Bavaria se sont rencontrées
         en 1998 afin de discuter des restrictions concernant des points de vente dans le secteur « horeca » (considérant 189 de la
         décision attaquée). La Commission indique que des contacts bilatéraux ont également eu lieu le 5 juillet 1999 entre les requérantes
         et Grolsch à propos des compensations accordées à des clients dans le secteur de la consommation à domicile qui effectuaient
         des réductions temporaires de prix (considérants 212 et 213 de la décision attaquée).
      
      15      Enfin, selon la décision attaquée, des contacts bilatéraux et des échanges d’informations consacrés à des discussions générales
         relatives au prix de la bière ainsi qu’à des discussions ayant davantage trait aux marques de distributeur ont eu lieu en
         1997 entre InBev et Bavaria. Les contacts bilatéraux, sous forme d’échanges d’informations, consacrés aux marques de distributeur
         auraient également impliqué des brasseurs belges aux mois de juin et de juillet 1998. La Commission précise que ces discussions
         ont eu lieu en présence des requérantes et de Grolsch (considérants 105, 222 à 229 et 232 à 236 de la décision attaquée).
      
      16      La responsabilité d’Heineken NV a été retenue au motif que, durant la période de l’infraction, Heineken Nederland était, directement
         ou indirectement, sa filiale à 100 %, cette circonstance, confirmée par d’autres éléments du dossier, démontrant qu’elle a
         exercé une influence déterminante sur les politiques commerciales de sa filiale (considérants 400 à 414 de la décision attaquée).
      
       Amende infligée aux requérantes
      17      L’article 3, sous a), de la décision attaquée inflige aux requérantes, solidairement, une amende de 219 275 000 euros.
      
      18      Aux fins du calcul du montant de cette amende, la Commission a fait application de l’article 23, paragraphe 2, du règlement
         (CE) n° 1/2003 du Conseil, du 16 décembre 2002, relatif à la mise en œuvre des règles de concurrence prévues aux articles
         81 [CE] et 82 [CE] (JO 2003 L 1, p. 1), et de la méthodologie exposée dans les lignes directrices pour le calcul des amendes
         infligées en application de l’article 15, paragraphe 2, du règlement nº 17 et de l’article 65, paragraphe 5, [CECA] (JO 1998,
         C 9, p. 3, ci-après les « lignes directrices ») (considérants 436 et 442 de la décision attaquée). Conformément à cette méthodologie,
         la détermination de l’amende imposée aux requérantes a été effectuée sur la base de la gravité et de la durée de l’infraction
         (considérant 437 de la décision attaquée).
      
      19      En particulier, l’infraction a été qualifiée de « très grave » dans la mesure où elle a essentiellement consisté en la coordination
         régulière des prix, des hausses de prix et d’autres conditions commerciales et en la répartition de la clientèle (considérant
         440 de la décision attaquée). La Commission a également pris en compte le caractère secret et délibéré des comportements anticoncurrentiels
         ainsi que le fait que l’ensemble du territoire des Pays-Bas et l’ensemble du marché de la bière, à savoir tant le secteur
         « horeca » que le secteur de la consommation à domicile, ont été affectés par l’infraction (considérants 453 et 455 de la
         décision attaquée). En outre, la Commission a précisé que l’effet réel sur le marché néerlandais des comportements anticoncurrentiels
         n’avait pas été pris en compte en l’espèce dès lors qu’il était impossible à mesurer (considérant 452 de la décision attaquée).
      
      20      Par ailleurs, la Commission a appliqué un traitement différencié aux requérantes afin de tenir compte de leur capacité économique
         réelle et de leur poids individuel dans les comportements infractionnels constatés. À cette fin, la Commission a utilisé les
         chiffres de vente de bière réalisés par les requérantes aux Pays-Bas en 1998, c’est-à-dire la dernière année civile complète
         de l’infraction. Sur cette base, les requérantes ont été classées dans la première catégorie, correspondant au montant de
         départ de 65 000 000 euros (considérant 462 de la décision attaquée).
      
      21      Afin d’assurer un effet dissuasif suffisant, un coefficient multiplicateur de 2,5 a été appliqué à ce montant de départ, compte
         tenu du chiffre d’affaires important d’Heineken (considérant 464 de la décision attaquée).
      
      22      Les requérantes ayant pris part à l’infraction du 27 février 1996 au 3 novembre 1999, à savoir pendant une période de 3 ans
         et 8 mois, ce montant de départ a été majoré de 35 % (considérants 465 et 466 de la décision attaquée). Le montant de base
         a donc été porté à 219 375 000 euros.
      
      23      Enfin, la Commission a accordé une réduction de 100 000 euros du montant de l’amende, dans la mesure où elle a admis que,
         en l’espèce, la longueur de la procédure administrative avait été déraisonnable (considérants 495 à 499 de la décision attaquée).
         
      
       Procédure et conclusions des parties
      24      Par requête déposée au greffe du Tribunal le 4 juillet 2007, les requérantes ont introduit le présent recours.
      
      25      Par décision du 10 février 2010, le Tribunal a renvoyé l’affaire devant la sixième chambre élargie en application de l’article
         14, paragraphe 1, et de l’article 51, paragraphe 1, de son règlement de procédure.
      
      26      Dans le cadre des mesures d’organisation de la procédure du 12 février 2010, le Tribunal a posé des questions écrites à la
         Commission, auxquelles celle-ci a répondu dans le délai imparti. 
      
      27      Les parties ont été entendues en leurs plaidoiries et en leurs réponses aux questions posées par le Tribunal lors de l’audience
         du 25 mars 2010.
      
      28      Le juge rapporteur ayant été empêché de siéger après la clôture de la procédure orale, l’affaire a été réattribuée à un nouveau
         juge rapporteur et le présent arrêt a été délibéré par les trois juges dont il porte la signature, conformément à l’article
         32 du règlement de procédure.
      
      29      Les requérantes concluent à ce qu’il plaise au Tribunal : 
      
      –        annuler en tout ou en partie la décision attaquée, en ce qu’elle les concerne ;
      –        annuler ou réduire l’amende qui leur a été infligée ;
      –        condamner la Commission aux dépens.
      30      La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        rejeter le recours ;
      –        condamner les requérantes aux dépens.
       En droit
      31      À l’appui de leur recours, les requérantes invoquent onze moyens, tirés, premièrement, d’une violation du principe de bonne
         administration et de l’article 27 du règlement nº 1/2003, en ce qui concerne le refus d’accès aux réponses à la communication
         des griefs données par d’autres entreprises concernées, deuxièmement, de la violation du principe de bonne administration,
         du « principe de soin » et du principe du contradictoire, résultant d’un prétendu défaut d’enquête soigneuse et impartiale,
         troisièmement, d’une violation de la présomption d’innocence, quatrièmement, d’une violation du délai raisonnable dans le
         cadre de la procédure administrative, cinquièmement, de l’insuffisance des éléments de preuve de l’infraction, sixièmement,
         de l’absence d’accords et/ou de pratiques concertées au sens de l’article 81, paragraphe 1, CE, septièmement, d’une détermination
         erronée de la durée de l’infraction, huitièmement, d’une violation de l’article 23, paragraphe 3, du règlement nº 1/2003,
         des lignes directrices, des principes d’égalité de traitement, de sécurité juridique et de proportionnalité ainsi que de l’obligation
         de motivation, concernant la détermination du montant de l’amende, neuvièmement, d’une appréciation erronée de circonstances
         atténuantes, dixièmement, de l’incidence de la durée de la procédure administrative sur le montant de l’amende et, onzièmement,
         du niveau trop limité de réduction de l’amende accordée par la Commission au titre de la durée excessive de la procédure administrative.
      
      32      Le Tribunal considère qu’il y a lieu d’examiner, tout d’abord, les cinquième, sixième et septième moyens, qui visent, en substance,
         à contester l’infraction, ensuite, les premier, deuxième, troisième et quatrième moyens, tirés des prétendus vices de procédure
         et de la violation des droits de la défense et, enfin, les huitième, neuvième, dixième et onzième moyens, qui concernent la
         détermination du montant de l’amende.
      
       Sur les cinquième et sixième moyens, tirés, respectivement, de l’insuffisance des éléments de preuve de l’infraction et de
            l’absence d’accords et/ou de pratiques concertées au sens de l’article 81, paragraphe 1, CE
       Arguments des parties
      33      Dans le cadre du cinquième moyen, les requérantes soutiennent, en substance, que les éléments de preuve invoqués par la Commission
         dans la décision attaquée ne sont pas suffisants pour établir l’existence d’une infraction à l’article 81 CE au-delà de tout
         doute raisonnable. La conclusion de la Commission en ce sens serait ainsi contraire à la présomption d’innocence et à l’obligation
         de motivation. 
      
      34      À cette fin, les requérantes contestent la valeur probante de la déclaration d’InBev, qui constituerait le pilier principal
         de la décision attaquée, aux motifs que celle-ci serait très vague et contradictoire et qu’elle serait fondée en partie sur
         des informations obtenues de tiers. De surcroît, elles reprochent à la Commission de ne pas avoir analysé si cette déclaration
         a été faite de manière avisée et après mûre réflexion et de n’avoir donné aucune suite aux déclarations à décharge qu’elle
         contiendrait.
      
      35      Les requérantes estiment, en outre, que les notes manuscrites rédigées par les représentants des brasseurs néerlandais lors
         des réunions incriminées, étant de caractère fragmentaire, ne suffisent pas non plus à démontrer l’existence d’un comportement
         anticoncurrentiel.
      
      36      Dans le cadre du sixième moyen, les requérantes contestent la pertinence et l’interprétation par la Commission de certains
         éléments de preuve documentaires ayant fondé la conclusion de l’existence d’un ensemble d’accords et/ou de pratiques concertées
         restrictifs de la concurrence. 
      
      37      Les requérantes contestent que les contacts entre les brasseurs aient débouché sur un accord puisqu’il n’y aurait jamais eu
         entre eux un concours de volontés pour fixer une ligne déterminée de conduite sur le marché.
      
      38      Elles contestent également l’existence d’une pratique concertée. À cet égard, elles font valoir que les éléments de preuves
         disponibles n’indiquent pas que les contacts entre les brasseurs aient éliminé ou, du moins, considérablement réduit les incertitudes
         quant à leur futur comportement sur le marché. Elles estiment, en revanche, avoir suffisamment démontré que le comportement
         des brasseurs sur le marché était déterminé de manière autonome. 
      
      39      Les requérantes soutiennent en outre que les réunions incriminées n’ont jamais eu un objet anticoncurrentiel. Les discussions
         lors de ces réunions auraient concerné un grand nombre de sujets légitimes de sorte que les entretiens portant sur la situation
         sur le marché, y compris sur les prix à la consommation sur le marché de la consommation à domicile et y compris sur les offres
         à quelques clients « horeca », n’auraient qu’un caractère occasionnel et informel. 
      
      40      Les requérantes s’opposent enfin à ce que leur soient imputées les discussions entre Interbrew et Bavaria concernant le segment
         de la bière vendue sous marque de distributeur, segment dans lequel elles ne sont pas actives.
      
      41      La Commission conteste les arguments des requérantes.
      
       Appréciation du Tribunal
      42      Par leur cinquième moyen, les requérantes reprochent, en substance, à la Commission de ne pas avoir prouvé à suffisance de
         droit les constatations factuelles sur la base desquelles elle a conclu à l’existence de l’infraction. Par leur sixième moyen,
         elles contestent la qualification du comportement en cause d’accords et/ou de pratiques concertées au sens de l’article 81 CE.
         Ces deux moyens visant à remettre en cause la constatation de l’infraction, il convient de les examiner ensemble.
      
      43      Aux termes de l’article 81, paragraphe 1, CE, sont incompatibles avec le marché commun et interdits tous accords entre entreprises,
         toutes décisions d’associations d’entreprises et toutes pratiques concertées qui sont susceptibles d’affecter le commerce
         entre États membres et qui ont pour objet ou pour effet d’empêcher, de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence
         à l’intérieur du marché commun. 
      
      44      Pour qu’il y ait accord au sens de l’article 81, paragraphe 1, CE, il suffit que les entreprises en cause aient exprimé leur
         volonté commune de se comporter sur le marché d’une manière déterminée (arrêts du Tribunal du 17 décembre 1991, Hercules Chemicals/Commission,
         T‑7/89, Rec. p. II‑1711, point 256, et du 20 mars 2002, HFB e.a./Commission, T‑9/99, Rec. p. II‑1487, point 199).
      
      45      Il peut être considéré qu’un accord au sens de l’article 81, paragraphe 1, CE est conclu dès lors qu’il y a une concordance
         des volontés sur le principe même de la restriction de la concurrence, même si les éléments spécifiques de la restriction
         envisagée font encore l’objet de négociations (voir, en ce sens, arrêt HFB e.a./Commission, point 44 supra, points 151 à 157
         et 206).
      
      46      La notion de pratique concertée vise une forme de coordination entre entreprises qui, sans avoir été poussée jusqu’à la réalisation
         d’une convention proprement dite, substitue sciemment une coopération pratique entre elles aux risques de la concurrence (arrêts
         de la Cour du 8 juillet 1999, Commission/Anic Partecipazioni, C‑49/92 P, Rec. p. I‑4125, point 115, et Hüls/Commission, C‑199/92 P,
         Rec. p. I‑4287, point 158).
      
      47      À cet égard, l’article 81, paragraphe 1, CE s’oppose à toute prise de contact directe ou indirecte entre des opérateurs économiques
         de nature soit à influer sur le comportement sur le marché d’un concurrent actuel ou potentiel, soit à dévoiler à un tel concurrent
         le comportement que l’opérateur économique concerné est décidé à tenir lui-même sur le marché ou qu’il envisage d’adopter
         sur celui-ci, lorsque ces contacts ont pour objet ou pour effet de restreindre la concurrence (voir, en ce sens, arrêt Commission/Anic
         Partecipazioni, point 46 supra, points 116 et 117).
      
      48      Il y a lieu de rappeler, en ce qui concerne l’administration de la preuve d’une infraction à l’article 81, paragraphe 1, CE,
         que la Commission doit rapporter la preuve des infractions qu’elle constate et établir les éléments de preuve propres à démontrer,
         à suffisance de droit, l’existence des faits constitutifs d’une infraction (arrêts de la Cour du 17 décembre 1998, Baustahlgewebe/Commission,
         C‑185/95 P, Rec. p. I‑8417, point 58, et Commission/Anic Partecipazioni, point 46 supra, point 86). 
      
      49      Ainsi, il est nécessaire que la Commission fasse état de preuves précises et concordantes pour établir l’existence de l’infraction
         (voir, en ce sens, arrêt du Tribunal du 6 juillet 2000, Volkswagen/Commission, T‑62/98, Rec. p. II‑2707, point 43, et la jurisprudence
         citée).
      
      50      Toutefois, il importe de souligner que chacune des preuves apportées par la Commission ne doit pas nécessairement répondre
         à ces critères par rapport à chaque élément de l’infraction. Il suffit que le faisceau d’indices invoqué par l’institution,
         apprécié globalement, réponde à cette exigence (voir arrêt du Tribunal du 8 juillet 2004, JFE Engineering e.a./Commission,
         T‑67/00, T‑68/00, T‑71/00 et T‑78/00, Rec. p. II‑2501, points 179 et 180, et la jurisprudence citée).
      
      51      Compte tenu du caractère notoire de l’interdiction des accords anticoncurrentiels, il ne saurait être exigé de la Commission
         qu’elle produise des pièces attestant de manière explicite une prise de contact entre les opérateurs concernés. Les éléments
         fragmentaires et épars dont pourrait disposer la Commission devraient, en toute hypothèse, pouvoir être complétés par des
         déductions permettant la reconstitution des circonstances pertinentes. L’existence d’une pratique ou d’un accord anticoncurrentiel
         peut donc être inférée d’un certain nombre de coïncidences et d’indices qui, considérés ensemble, peuvent constituer, en l’absence
         d’une autre explication cohérente, la preuve d’une violation des règles de concurrence (arrêt de la Cour du 7 janvier 2004,
         Aalborg Portland e.a./Commission, C‑204/00 P, C‑205/00 P, C‑211/00 P, C‑213/00 P, C‑217/00 P et C‑219/00 P, Rec. p. I‑123,
         points 55 à 57).
      
      52      Lorsque la Commission a invoqué des éléments de preuve documentaires à l’appui de sa constatation de l’existence d’un accord
         ou d’une pratique anticoncurrentielle, il incombe aux parties qui contestent cette constatation devant le Tribunal, non pas
         simplement de présenter une alternative plausible à la thèse de la Commission, mais bien de soulever l’insuffisance des preuves
         retenues dans la décision attaquée pour établir l’existence de l’infraction (arrêt JFE Engineering e.a./Commission, point
         50 supra, point 187). 
      
      53      S’agissant de la portée du contrôle juridictionnel, selon une jurisprudence constante, lorsqu’il est saisi d’un recours en
         annulation d’une décision d’application de l’article 81, paragraphe 1, CE, le Tribunal doit exercer de manière générale un
         entier contrôle sur le point de savoir si les conditions d’application de l’article 81, paragraphe 1, CE se trouvent ou non
         réunies (voir arrêt du Tribunal du 26 octobre 2000, Bayer/Commission, T‑41/96, Rec. p. II‑3383, point 62, et la jurisprudence
         citée).
      
      54      L’existence d’un doute dans l’esprit du juge doit profiter à l’entreprise destinataire de la décision constatant une infraction,
         conformément au principe de la présomption d’innocence, lequel, en tant que principe général du droit de l’Union européenne,
         s’applique notamment aux procédures relatives à des violations des règles de concurrence applicables aux entreprises susceptibles
         d’aboutir à l’imposition d’amendes ou d’astreintes (arrêt Hüls/Commission, point 46 supra, points 149 et 150, et arrêt du
         Tribunal du 27 septembre 2006, Dresdner Bank e.a./Commission, T‑44/02 OP, T‑54/02 OP, T‑56/02 OP, T‑60/02 OP et T‑61/02 OP,
         Rec. p. II‑3567, points 60 et 61).
      
      55      C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’examiner si, en l’espèce, la Commission a établi à suffisance de
         droit que le comportement des requérantes était constitutif d’une infraction à l’article 81, paragraphe 1, CE.
      
      –       Sur la déclaration d’InBev
      56      Il y a lieu de relever, tout d’abord, que la Commission s’appuie dans une large mesure (voir, en particulier, considérants
         40 à 62 de la décision attaquée) sur la déclaration fournie par InBev, dans le cadre de sa demande de clémence, par lettres
         des 28 janvier, 3, 25 et 29 février 2000, complétées par les déclarations annexées de cinq directeurs d’InBev (considérants
         34 et 40 de la décision attaquée, ci-après, prises ensemble, la « déclaration d’InBev »).
      
      57      Il ressort de la décision attaquée que la déclaration d’InBev indiquait l’existence de « différentes formes de concertation
         […] entre les brasseurs sur le marché néerlandais de la bière », faisant une distinction entre les réunions officielles de
         l’assemblée générale de la CBK, les réunions informelles de la commission financière de la CBK et les « autres réunions »
         parallèles connues sous l’appellation « concertation Catherijne » dont la composition variait et dont InBev déclare ne pas
         avoir trouvé de traces écrites. Les « autres réunions » pouvaient notamment être subdivisées en : « i) des réunions des directeurs
         horeca des quatre principaux brasseurs (Heineken, Interbrew, Grolsch et Bavaria) […] ; ii) des réunions communes des directeurs
         horeca et des directeurs en charge de la consommation à domicile (deux en 1998) et iii) des réunions des directeurs en charge
         de la consommation à domicile (une en 1999 […]) » (considérants 41 à 46 de la décision attaquée).
      
      58      Selon la déclaration d’InBev, la commission financière « comportait un ordre du jour officiel, mais constituait également
         un forum de discussion sur la fixation des prix pour le secteur de la consommation à domicile et le secteur de l’horeca [;
         c]es discussions n’ont fait l’objet d’aucun compte rendu » (considérant 43 de la décision attaquée).
      
      59      Selon la même déclaration, les sujets discutés lors des « autres réunions » ont également couvert tant le secteur de l’« horeca »
         que le secteur de la consommation à domicile et la bière vendue sous marque de distributeur (considérant 47 de la décision
         attaquée).
      
      60      S’agissant, en premier lieu, du secteur « horeca », deux sujets principaux ont été discutés : « [I]l existait un accord fondamental
         concernant la fixation de ristournes maximales par volume pour le secteur de l’horeca […] un autre sujet de consultation concernait
         les investissements réalisés dans l’horeca [; l]’idée consistait à maintenir le statu quo dans le secteur et à éviter des
         reprises de clients d’autres brasseurs » (considérant 48 de la décision attaquée). 
      
      61      Un directeur d’InBev indique qu’il ne connaît pas le contenu exact dudit accord et un autre directeur le décrit comme « un
         accord très complexe et vague sur les échelles (ristournes accordées à l’horeca), auquel nous n’avons jamais collaboré »,
         indiquant que « [l]a concertation consistait en une réunion bimensuelle des directeurs horeca lors de laquelle ils discutaient
         des infractions connues à la ‘règle’ (bien que celle-ci fût vague ; on parlait d’excès de marché) » (considérant 48 de la
         décision attaquée).
      
      62      S’agissant, en second lieu, du secteur de la consommation à domicile, selon la déclaration d’InBev, les discussions ont porté
         tant sur le niveau des prix en général que sur le sujet spécifique de la bière vendue sous marque de distributeur.
      
      63      En ce qui concerne le niveau des prix en général, un des directeurs d’InBev déclare qu’« il était d’usage qu’une brasserie
         augmente ses prix après l’avoir annoncé préalablement à ses collègues brasseurs [… ;] l’initiative venait toujours d’une des
         grandes brasseries et, en général, d’Heineken [; e]n pareil cas, les autres brasseries avaient le temps nécessaire pour adopter
         une position [; s]i les brasseries alignaient leurs prix les unes sur les autres dans les grandes lignes, chacune avait et
         maintenait cependant sa propre politique des prix » (considérant 51 de la décision attaquée).
      
      64      En ce qui concerne la bière vendue sous marque de distributeur, InBev indique que des discussions sur les prix étaient menées
         entre les acteurs néerlandais du segment (Bavaria et Oranjeboom, ultérieurement acquis par Interbrew) depuis 1987. Elle ajoute
         que « [l]es deux parties ont compris, après en avoir également parlé ensemble, qu’elles n’accepteraient aucune intrusion dans
         leurs cercles respectifs de clients de marques de distributeur qui se solderait par une perte de volume » (considérant 52
         de la décision attaquée).
      
      65      S’agissant de l’implication d’Heineken et de Grolsch dans ce secteur, selon la déclaration d’InBev, « [l]e marché néerlandais
         est caractérisé par un fossé significatif entre les prix des bières vendues sous marque de distributeur (‘marques B’) et [d’autres
         marques (‘marques A’) ;] Heineken, qui n’est pas présent dans le segment des marques de distributeur, a toujours refusé des
         hausses de prix pour les marques A tant que le prix des bières vendues sous marque de distributeur n’augmentait pas [; d]e
         cette manière, elle exerçait une pression indirecte, en particulier sur les producteurs de marques de distributeur, comme
         Bavaria et Interbrew » (considérant 53 de la décision attaquée).
      
      66      InBev déclare que les prix des marques de distributeur étaient également débattus entre les quatre brasseurs, en d’autres
         termes en présence de Grolsch également, dans le cadre du thème plus général des écarts à maintenir entre les prix des marques
         de bière. Selon la déclaration d’InBev, « Heineken et Grolsch n’ont pas augmenté leurs prix pendant des années et les prix
         de bières de marque et de marque de distributeur des autres brasseurs n’ont pas augmenté non plus [; c]es dernières années,
         Bavaria et Interbrew ont augmenté leurs prix, suivies par Grolsch » (considérant 54 de la décision attaquée). Il est également
         relevé que, « [i]l y a 3 à 4 ans, ces consultations informelles avaient été intégrées à la concertation Catherijne sur l’horeca,
         à laquelle des représentants de la CBK participaient également [; a]près quelques réunions, il a été décidé de scinder à nouveau
         ces réunions en réunions consommation à domicile et réunions horeca » (considérant 54 de la décision attaquée). 
      
      67      En outre, InBev déclare que l’obtention d’une certaine part de marché par le brasseur belge Martens depuis 1996-1997 a entraîné
         « un accord entre brasseurs belges et néerlandais actifs sur le marché des marques de distributeur [; d]eux réunions se sont
         déroulées [à] Breda en 1998 [… ; i]l y a été convenu de respecter les volumes respectifs de marques de distributeur vendues
         aux clients établis aux Pays-Bas et en Belgique » (considérant 55 de la décision attaquée).
      
      68      Selon les déclarations des directeurs d’InBev, les « autres réunions » étaient organisées pour se rassurer mutuellement concernant
         une « agressivité à caractère limité » sur le marché (considérant 46 de la décision attaquée).
      
      69      Dans sa réponse à la demande de renseignements, du 19 décembre 2001, InBev indique que « des agendas des années précédentes
         et des notes prises à l’occasion des réunions informelles ont été détruits à la fin novembre 1998 [; c]’est vers cette période
         que l’existence d’une concertation entre brasseurs néerlandais a commencé à être révélée sur le marché et qu’est née la crainte
         d’un contrôle de la part de l’autorité néerlandaise de la concurrence [; d]es agendas ont encore été détruits dans les années
         qui ont suivi » (considérant 61 de la décision attaquée).
      
      70      Il convient d’observer d’emblée qu’aucune disposition ni aucun principe général du droit de l’Union n’interdit à la Commission
         de se prévaloir, à l’encontre d’une entreprise, des déclarations d’autres entreprises incriminées. Si tel n’était pas le cas,
         la charge de la preuve de comportements contraires aux articles 81 CE et 82 CE, qui incombe à la Commission, serait insoutenable
         et incompatible avec la mission de surveillance de la bonne application de ces dispositions qui lui est attribuée par le traité
         CE (arrêt JFE Engineering e.a./Commission, point 50 supra, point 192).
      
      71      En l’espèce, les requérantes ne contestent pas les indications de la déclaration d’InBev selon lesquelles des réunions ont
         eu lieu entre des représentants des producteurs néerlandais de bière. Elles ne contestent pas non plus qu’elles aient été
         représentées dans la plupart de ces réunions et que, lors de ces dernières, la situation générale sur le marché de la bière
         a été discutée de manière informelle. Elles admettent d’ailleurs, dans la requête, que des préoccupations ont aussi occasionnellement
         été exprimées lors de ces réunions quant au niveau des prix à la consommation et quant aux problèmes liés à certains clients.
         
      
      72      Cependant, les requérantes nient que les discussions qui ont été menées lors de ces réunions aient abouti à la conclusion
         d’un accord illicite ou à l’engagement d’une pratique concertée. Elles font valoir que les réunions portaient essentiellement
         sur des sujets légitimes et que, dans la mesure où la situation sur le marché a été discutée, cela n’a pas été fait à des
         fins anticoncurrentielles. À cet égard, elles contestent la fiabilité de la déclaration d’InBev en faisant valoir que celle-ci
         est très vague et contradictoire et contient, en partie, des constatations qui n’étaient pas connues directement des auteurs
         des déclarations, comportant ainsi la « preuve par ouï-dire ».
      
      73      S’agissant du caractère contradictoire de la déclaration d’InBev, les requérantes font remarquer que celle-ci contient une
         série de déclarations à décharge. 
      
      74      D’une part, il s’agirait de déclarations qui ne seraient pas mentionnées dans la décision attaquée, selon lesquelles « [l]a
         discussion consistait à discuter sur les cas connus d’infraction aux échelles (qui étaient d’ailleurs très vagues) [; s]ur
         le terrain, chacun faisait comme il l’entendait » ; « [n]otre comportement sur le marché était orienté de manière très agressive
         vers l’obtention de nouveaux clients – également par les ristournes »; « [n]ous avons donc agi de manière parfaitement légale » ;
         « [InBev] n’a conclu aucun accord et n’a rien respecté » ; « [la] concertation [Catherijne] n’a pas eu de résultats concrets
         en ce qui concerne l’effet sur le marché [… ; a]ucune de ces deux fois, nous n’avons parlé concrètement de comportements sur
         le marché [; l]a réunion avait plus un caractère informel » ; « [i]l n’existait pas d’accord pour le secteur de l’alimentation » ; « [j]e
         n’ai jamais constaté que la réunion [du CBK] ait été prolongée par des discussions sur des points sensibles pour le marché
         [; i]l est toujours possible que de telles réunions donnent l’occasion d’entretiens bilatéraux informels, mais, selon moi,
         rien n’était en jeu ».
      
      75      D’autre part, les requérantes se réfèrent à certains passages de déclarations citées dans la décision attaquée, selon lesquelles :
         « Interbrew pense que cette concertation n’a jamais eu d’effets significatifs sur le marché en tant que tel et serait moins
         intense ces derniers temps [… ; l]es discussions étaient d’un caractère très général » (citée au considérant 45 de la décision
         attaquée) ; « [o]n a surtout parlé pour se donner mutuellement l’impression que nous resterions calmes sur le marché [; i]l
         n’a peu ou pas été question d’échelles et de points de vente [; e]n fait, chacun prenait l’autre pour un idiot [; c]es dernières
         années, ces réunions ont perdu de plus en plus de leur substance et la concertation a acquis un caractère plus vague » (citée
         au considérant 46 de la décision attaquée) ; « [i]l existait également un accord très complexe et vague sur les échelles (ristournes
         accordées à l’horeca), auquel nous n’avons jamais collaboré [; d]’ailleurs, je n’ai jamais vu aucun document à ce sujet »
         (citée au considérant 48 de la décision attaquée). 
      
      76      Selon les requérantes, ces déclarations, outre qu’elles ne sont pas concrètes, sont incompatibles avec les conclusions de
         la Commission quant à l’existence de l’infraction en cause. Il en ressortirait, selon les requérantes, que les entretiens
         entre les brasseurs ont eu un caractère très général, qu’aucun accord n’a été conclu, qu’InBev n’a respecté aucun arrangement
         collusoire et que la concertation n’a eu aucun effet sur le marché. 
      
      77      Tout d’abord, il y a lieu de constater que les déductions faites par les requérantes sur la base de certains éléments de la
         déclaration d’InBev, indiquant la nature générale des discussions, l’absence d’accord pour certains secteurs et l’absence
         d’effet des discussions sur le comportement des brasseurs sur le marché, ne sauraient, en elles-mêmes, remettre en cause la
         constatation de la Commission quant à l’existence de l’infraction.
      
      78      En effet, s’agissant du prétendu caractère général de ladite déclaration, il y a lieu de rappeler que la Commission est souvent
         obligée de prouver l’existence d’une infraction dans des conditions peu propices à cette tâche, dans la mesure où plusieurs
         années ont pu s’écouler depuis l’époque des faits constitutifs de l’infraction et que plusieurs des entreprises faisant l’objet
         de l’enquête n’ont pas coopéré de manière active avec celle-ci. S’il incombe nécessairement à la Commission d’établir qu’un
         accord illicite de partage des marchés a été conclu, il serait excessif d’exiger, en outre, qu’elle apporte la preuve du mécanisme
         spécifique par lequel ce but devait être atteint. En effet, il serait trop aisé pour une entreprise coupable d’une infraction
         d’échapper à toute sanction si elle pouvait tirer argument du caractère vague des informations présentées par rapport au fonctionnement
         d’un accord illicite dans une situation dans laquelle l’existence de l’accord et son but anticoncurrentiel sont pourtant établis
         de manière suffisante. Les entreprises peuvent se défendre utilement dans une telle situation pour autant qu’elles aient la
         possibilité de commenter tous les éléments de preuve invoqués à leur charge par la Commission (arrêt JFE Engineering e.a./Commission,
         point 50 supra, point 203 ; voir également, en ce sens, arrêt de la Cour du 25 janvier 2007, Sumitomo Metal Industries et
         Nippon Steel/Commission, C‑403/04 P et C‑405/04 P, Rec. p. I‑729, point 50). 
      
      79      Ensuite, s’agissant des prétendues indications de l’absence d’effet sur le marché du comportement litigieux, il découle du
         texte même de la disposition de l’article 81 CE que les accords et les pratiques concertées entre entreprises sont interdits,
         indépendamment de tout effet sur le marché, lorsqu’ils ont un objet anticoncurrentiel (arrêts de la Cour Hüls/Commission,
         point 46 supra, points 163 à 166, et du 4 juin 2009, T-Mobile Netherlands e.a., C‑8/08, Rec. p. I‑4529, point 29). 
      
      80      Ainsi, dès lors que la Commission a constaté l’existence des accords et des pratiques concertées ayant un objet anticoncurrentiel,
         cette constatation ne saurait être contredite par les indications tirées de l’absence d’application des arrangements collusoires
         ou l’absence d’effet sur le marché.
      
      81      En ce qui concerne les prétendues indications, contenues dans la déclaration d’InBev, quant à l’absence d’accord dans le secteur
         de la consommation à domicile et dans le secteur « horeca », il convient d’observer que les passages invoqués par les requérantes,
         lus dans leur contexte, n’ont aucunement pour effet d’exclure l’existence d’un accord ou d’une pratique concertée dans les
         secteurs concernés.
      
      82      En effet, s’agissant du secteur de la consommation à domicile (vente au détail), l’affirmation faite par un des directeurs
         d’InBev, selon laquelle « [i]l n’existait pas d’accord pour [ce] secteur », est suivie d’une description concrète du mécanisme
         de coordination des prix appliqué par les brasseurs. Le passage pertinent est libellé comme suit (considérant 51 de la décision
         attaquée) :
      
      « Il n’existait pas d’accord pour le secteur de la vente au détail (‘Food’). S’agissant des augmentations du prix de la bière,
         il était d’usage qu’une brasserie n’augmente ses prix qu’après l’avoir annoncé préalablement à ses collègues brasseurs. Lorsque
         l’une des parties faisait une telle annonce, il s’ensuivait un débat sur l’impact d’une telle hausse sur le marché ; l’augmentation
         de prix de la bière avait cependant lieu malgré tout. L’initiative venait toujours d’une des grandes brasseries et, en général,
         d’Heineken. En pareil cas, les autres brasseries avaient le temps nécessaire pour adopter une position. Si les brasseries
         alignaient leurs prix les unes sur les autres dans les grandes lignes, chacune avait et maintenait cependant sa propre politique
         des prix. »
      
      83      Dans ce contexte, le seul fait que le directeur d’InBev a fait référence à l’absence d’« accord » ne saurait constituer un
         argument valable, dans la mesure où il appartient à la Commission et, le cas échéant, au Tribunal de procéder à la qualification
         juridique des comportements décrits dans les déclarations faites par les responsables des entreprises concernées. 
      
      84      En ce qui concerne la prétendue absence d’accord et de respect d’un accord dans le secteur « horeca », force est de constater
         que la déclaration d’un dirigeant d’InBev selon laquelle « [InBev] n’a conclu aucun accord et n’a rien respecté » ne contredit
         pas la conclusion quant à l’existence d’un accord au sens de l’article 81, paragraphe 1, CE. En effet, dans sa déclaration,
         le même dirigeant d’InBev évoque explicitement l’existence, d’une part, d’« un accord très complexe et vague sur les échelles
         (ristournes accordées à l’horeca) » et, d’autre part, d’un accord dont le but aurait été « d’éviter un trop grand nombre de
         mutations dans l’horeca ».
      
      85      Il résulte de ce qui précède que les affirmations des requérantes concernant le caractère contradictoire de la déclaration
         d’InBev ne sauraient être retenues. À cet égard, il convient de rejeter également leur argument tiré de la manière prétendument
         sélective de l’utilisation de cette déclaration par la Commission, en ce que celle-ci n’aurait pas tenu compte des prétendues
         contradictions.
      
      86      Dès lors, les requérantes n’ont pas démontré l’existence de prétendues contradictions susceptibles d’affaiblir la fiabilité
         de la déclaration d’InBev.
      
      87      Par ailleurs, en affirmant que la déclaration d’InBev comporte une « preuve par ouï‑dire », les requérantes se réfèrent à
         ses passages selon lesquels « Interbrew n’a jamais vu de document contenant l’accord sur les ristournes auquel les discussions
         faisaient référence, mais la règle générale semblait être connue » (citée au considérant 45 de la décision attaquée), « [j]e
         ne connais pas moi‑même cet accord (échelles) et je n’ai pas non plus vu un document à ce propos », et « [j]e ne connais pas
         le contenu exact de l’accord [… ; d]’ailleurs, je n’ai jamais vu aucun document à ce sujet ». 
      
      88      Il convient d’observer que les passages invoqués par les requérantes portent exclusivement sur la question de l’existence
         d’un accord (« échelle ») sur les ristournes accordées aux clients du secteur « horeca ». Sur ce point particulier, la valeur
         probante de la déclaration d’InBev est, certes, réduite du fait de l’absence d’une preuve directe. La fiabilité des indications
         fournies quant à l’existence de l’« échelle » est néanmoins renforcée par les circonstances que, d’une part, elles proviennent
         de deux sources différentes et, d’autre part, elles contiennent des indications précises relatives à une « échelle », à savoir
         le montant exact de la ristourne maximale (voir considérant 48 de la décision attaquée). L’existence d’une « échelle » est,
         en outre, confirmée par deux éléments de preuve indépendants d’InBev, à savoir les notes manuscrites d’un membre du conseil
         d’administration de Bavaria relatives à la réunion du 1er mai 1997 (considérant 92 de la décision attaquée) et celles d’un directeur « horeca » de Bavaria concernant la réunion du
         12 mars 1998 (reproduites au considérant 143 de la décision attaquée).
      
      89      L’argumentation des requérantes invoquant la présence de « preuves par ouï-dire » n’est donc pas susceptible de remettre en
         cause les conclusions tirées de la déclaration d’InBev.
      
      90      Enfin, s’agissant de l’appréciation générale de la fiabilité de la déclaration d’InBev, il convient de considérer que, contrairement
         à ce que soutient la requérante, la Commission a pu, à bon droit, accorder à la déclaration d’InBev une valeur probante particulièrement
         élevée, étant donné qu’il s’agit d’une réponse donnée au nom de l’entreprise en tant que telle, revêtue d’une crédibilité
         dépassant celle que pourrait avoir la réponse donnée par un membre de son personnel quelle que soit l’expérience ou l’opinion
         personnelles de ce dernier. Il importe d’observer également que la déclaration d’InBev représente le résultat d’une investigation
         interne menée par l’entreprise et qu’elle a été soumise à la Commission par un avocat, qui avait l’obligation professionnelle
         d’agir dans l’intérêt de cette entreprise. Il ne pouvait, dès lors, avouer l’existence d’une infraction à la légère sans évaluer
         les conséquences de cette démarche (arrêts du Tribunal du 20 mars 2002, LR AF 1998/Commission, T‑23/99, Rec. p. II‑1705, point
         45, et JFE Engineering e.a./Commission, point 50 supra, point 206). 
      
      91      Par ailleurs, il ressort de la jurisprudence que, bien qu’une certaine méfiance à l’égard de dépositions volontaires des principaux
         participants à une entente illicite soit généralement de mise, vu la possibilité que ces participants aient tendance à minimiser
         l’importance de leur contribution à l’infraction et de maximiser celle des autres, le fait de demander à bénéficier de l’application
         de la communication sur la coopération en vue d’obtenir une réduction de l’amende ne crée pas nécessairement une incitation
         à présenter des éléments de preuve déformés quant aux autres participants de l’entente incriminée. En effet, toute tentative
         d’induire la Commission en erreur pourrait remettre en cause la sincérité ainsi que la complétude de la coopération du demandeur
         et, partant, mettre en danger la possibilité pour celui-ci de tirer pleinement bénéfice de la communication sur la coopération
         (arrêt du Tribunal du 16 novembre 2006, Peróxidos Orgánicos/Commission, T‑120/04, Rec. p. II‑4441, point 70).
      
      92      Certes, il y a lieu de rappeler que la déclaration d’une entreprise inculpée pour avoir participé à une entente, dont l’exactitude
         est contestée par plusieurs autres entreprises inculpées, ne peut être considérée comme constituant une preuve suffisante
         de l’existence d’une infraction commise par ces dernières sans être étayée par d’autres éléments de preuve (voir, en ce sens,
         arrêts du Tribunal du 14 mai 1998, Enso-Gutzeit/Commission, T‑337/94, Rec. p. II‑1571, point 91, et JFE Engineering e.a./Commission,
         point 50 supra, point 219). 
      
      93      La déclaration d’InBev ne saurait donc suffire, à elle seule, pour établir l’existence de l’infraction, mais doit être corroborée
         par d’autres éléments de preuve. 
      
      94      Néanmoins, il y a lieu de considérer que le degré de corroboration requis en l’espèce est moindre, aussi bien en termes de
         précision qu’en termes d’intensité, du fait de la fiabilité de la déclaration d’InBev, qu’il ne le serait si cette dernière
         n’était pas particulièrement crédible. Ainsi, il y a lieu de considérer que, s’il devait être jugé qu’un faisceau d’indices
         concordants permettait de corroborer l’existence et certains aspects spécifiques des pratiques évoquées par la déclaration
         d’InBev et visées à l’article 1er de la décision attaquée, ladite déclaration pourrait suffire à elle seule, dans cette hypothèse, pour attester d’autres aspects
         de la décision attaquée. En outre, pour autant qu’une pièce n’est pas en contradiction manifeste avec la déclaration d’InBev
         sur l’existence ou le contenu essentiel des pratiques incriminées, il suffit qu’elle atteste des éléments significatifs des
         pratiques qu’elle a décrites pour avoir une certaine valeur à titre d’élément de corroboration dans le cadre du faisceau de
         preuves retenues à charge (voir, en ce sens, arrêt JFE Engineering e.a./Commission, point 50 supra, point 220, et la jurisprudence
         citée).
      
      95      À la lumière de ce qui précède, il convient d’examiner les arguments des requérantes concernant d’autres éléments de preuve,
         invoqués par la Commission dans la décision attaquée aux fins de corroborer les constatations tirées de la déclaration d’InBev.
      
      –       Sur d’autres éléments de preuve 
      96      Dans la décision attaquée, la Commission indique que la déclaration d’InBev est corroborée par une série de documents internes
         émanant des requérantes et des trois autres brasseurs néerlandais, des notes manuscrites des réunions, des notes de frais
         et des copies d’agendas obtenus à la suite d’investigations et de demandes de renseignements.
      
      97      Au considérant 67 de la décision attaquée, la Commission invoque les notes manuscrites d’un directeur commercial de Grolsch,
         relatives à la réunion du 27 février 1996, l’objet de cette réunion étant désigné par la mention « CBK cie HOR cath ». Ces
         notes incluent le passage suivant : « Cautionnements/financements : fin[ancements] pour [...] supérieurs aux besoins de points
         précis. Alors […] mil[lions] ».
      
      98      Selon la Commission, il ressort de ce passage que les quatre brasseurs en cause ont discuté, dans le cadre d’une « réunion
         Catherijne », des conditions financières appliquées ou à appliquer à certains clients « horeca » (considérant 72 de la décision
         attaquée) et plus particulièrement aux établissements gérés par un propriétaire de nombreux établissements « horeca » aux
         Pays-Bas.
      
      99      Au considérant 76 de la décision attaquée, la Commission invoque les notes manuscrites d’un directeur « horeca » de Bavaria
         concernant la réunion du 19 juin 1996. Les notes sont reproduites comme suit :
      
      «- adapter prix
            consommation à domicile élevé – faible
                  concertation Bavaria – Interbrew
                        […] et […] -> problème […]
                              Martens
                                    Schultenbrau !! 89 ct
            - augmentation seulement du prix au fût
                        arguments
                        seulement intégralement Hein + Grolsch
                                          Frise US Heit
      Interbrew \
                         |               augmentent ensemble
      Bavaria /
                              -> […] aussi 
      
            le bas augmente plus que le haut
      -insuffler de l’air
      -accords
            assainir ristourne débit de boissons 7,5 par fût Heineken
            préparer représentants à l’égard d’accords éventuels
      Interbrew \
                        |       on peut utiliser de l’air
      Grolsch / ».
      100    Selon la Commission, ces notes montrent que les brasseurs présents ont discuté de manière détaillée des prix, tant de la bière
         vendue sous marque de distributeur que de la bière vendue en fûts, et que le prix des bières moins chères, produites par Interbrew
         et Bavaria, devait augmenter plus que celui des bières plus chères, produites par Heineken et Grolsch (considérant 85 de la
         décision attaquée).
      
      101    Au considérant 89 de la décision attaquée, la Commission invoque une lettre que le directeur général d’Interbrew Nederland
         a adressée le 25 mars 1997 au siège d’InBev en Belgique :
      
      « Il existe maintenant un consensus entre les principaux brasseurs pour procéder à une augmentation de prix avant 1998. Ce[la]
         permettra aux brasseurs d’accroître leur tampon pour les budgets promotionnels supplémentaires nécessaires. Les acteurs de
         la marque A tentent de différencier la hausse de prix entre les marques A (plus 2 NLG / hl) et les marques B (plus 4 NLG /
         hl). Cela me semble très irréaliste – nous devons tous soutenir une hausse intégrale de 4 NLG. J’exclurais de la hausse de
         prix nos bières spéciales ‘qui se laissent boire’ (DAS, Hoegaarden, Leffe). Les négociations ont commencé. »
      
      102    La Commission a conclu sur la base de cette lettre qu’une hausse de prix était prévue avant 1998 à la suite de négociations
         de prix entre les principaux producteurs. En outre, la même lettre confirmait l’existence d’une distinction entre producteurs
         et marques de bière plus et moins chères (considérant 90 de la décision attaquée).
      
      103    Au considérant 92 de la décision attaquée, la Commission invoque les notes manuscrites d’un membre du conseil d’administration
         de Bavaria concernant la réunion du 1er mai 1997. Elle cite les passages suivants :
      
      « Catherijne Club 1/5 - 97
      transferts ‘internes’ au groupe
      doivent aussi respecter l’‘échelle’
      […] ‘La Haye’
      Monster ZH [Hollande méridionale] offre concurrente plus élevée ».
      104    Selon la Commission, ces notes confirment que les brasseurs discutaient d’une « échelle » aux conditions commerciales accordées
         aux points de vente individuels, en cas de transfert d’un groupe à un autre, mais également en cas de transfert au sein d’un
         même groupe (considérant 99 de la décision attaquée).
      
      105    Au considérant 100 de la décision attaquée, la Commission constate que les notes susmentionnées contiennent également les
         noms « Heineken/Amstel/Brand/Grolsch » à la première ligne et les noms « Interbrew/Bavaria » à la seconde ligne, ces deux
         lignes étant reliées par une accolade à la suite de laquelle figure la mention « pas d’augmentations de prix ». La Commission
         en déduit que la distinction entre les marques A, détenues par Heineken et Grolsch, et les marques B, détenues par Interbrew
         et Bavaria, était au cœur des discussions entre les brasseurs concernant les hausses de prix de la bière (considérant 103
         de la décision attaquée).
      
      106    Au considérant 117 de la décision attaquée, la Commission invoque les notes manuscrites d’un membre du conseil d’administration
         de Bavaria concernant la réunion du 17 décembre 1997. Elle cite le passage suivant :
      
      « 2) Situation des prix :      mars/avril
            fusée à un étage /fusée à deux étages
            a) Heineken escompte peu de tapage ! !      Heineken 18.59
            b) en cas de hausse : très négociable ; de tout cœur ; il y aura un soutien ».
      107    La Commission en déduit que les brasseurs présents à la réunion du 17 décembre 1997, notamment Bavaria, Grolsch et Heineken,
         discutaient des hausses de prix ainsi que des réactions possibles aux augmentations de prix (considérant 127 de la décision
         attaquée).
      
      108    Au considérant 129 de la décision attaquée, la Commission invoque un passage des notes manuscrites d’un directeur « horeca »
         de Bavaria concernant la réunion du 12 mars 1998 :
      
      « - Passé peu de choses depuis le 1er janvier
      
      - Marques A pas de panique par rapport au prix Hein
      9.95 descendre de 11,49 a peu de sens Int
      9.75      9.36 Bavaria
      2x      4.95 4.75 }→
            marques de distributeurs
      prix au bas du marché
      […] mi-mars Bavaria quelque chose
            sous Amstel (17) Bavaria (15) 
            de 9.75 à 10.75 si rien
            ne se passe, alors Grolsch et Hein
            hausses pocket brasserie
      → fixer accord […] et Dick
      Cela doit être ‘démontrable’ via Nielsen sinon
      il ne se passera rien ».
      109    Selon la Commission, il en ressort que les brasseurs présents à la réunion du 12 mars 1998 ont discuté des réductions accordées
         aux supermarchés néerlandais (considérant 137 de la décision attaquée) et que les hausses de prix pratiquées par Bavaria devaient
         être démontrables dans les données des caisses de supermarchés compilées par AC Nielsen (considérant 133 de la décision attaquée).
      
      110    Au considérant 138 de la décision attaquée, la Commission invoque un deuxième passage des notes manuscrites susmentionnées :
      
      « Bav intérêt 4% ?          6 1/2
            sauf
            s’il y a indemnité de publicité ».
      111    Selon la Commission, ce passage prouve qu’une discussion a été menée concernant le niveau des taux d’intérêt pratiqués sur
         les prêts consentis aux points de vente « horeca » (considérant 142 de la décision attaquée). 
      
      112    Au considérant 143 de la décision attaquée, la Commission invoque un troisième passage des notes manuscrites susmentionnées :
      
      « Clubs de football Salles de spectacles Théâtres                   
      Associations d’étudiants
            […]
                                          Grolsch
      Au-dessus/hors de l’échelle                            
                                    130
      […]                                 (125) 124,5 ».
      
      113    Selon la Commission, il en ressort que les brasseurs ont tenu une discussion spécifique sur des clients « horeca » précis
         en rapport avec une « échelle », corroborant la déclaration d’InBev quant à l’existence d’un accord désigné sous le terme
         d’« échelle » (considérant 147 de la décision attaquée).
      
      114    Au considérant 156 de la décision attaquée, la Commission invoque un passage des notes manuscrites d’un membre du conseil
         d’administration de Bavaria relatives à la réunion du 3 juillet 1998 :
      
      « […] Heineken augmenté
      […] >> Heineken bière en fût ».
      115    La Commission déduit de ce passage que les brasseurs ont discuté les prix pratiqués tant auprès des clients du secteur de
         la consommation à domicile qu’auprès d’un client « horeca » (considérants 162 à 164 de la décision attaquée).
      
      116    Au considérant 165 de la décision attaquée, la Commission invoque un autre passage des notes manuscrites susmentionnées :
      
      « Café      […]      1800      […]
      
             […]      400      […]
                        60 par hl 
                              650.000,- V.B.K. ». 
      117    Selon la Commission, il découle de ce passage que les brasseurs ont discuté une ristourne donnée et/ou une provision pour
         réduction appliquée ou à appliquer à des points de vente « horeca » spécifiques (considérant 171 de la décision attaquée).
      
      118    Au considérant 174 de la décision attaquée, la Commission invoque un document daté du 30 juin 1998 et une liste de prix d’Heineken
         annonçant les nouveaux prix applicables pour la bière en bouteille et la bière à la pression (bière en citerne et bière en
         fût) à compter du 1er juin 1998, découverts dans le bureau d’un directeur des ventes « consommation à domicile » de Grolsch, comportant la mention
         « agenda c[ommiss]ie CBK » (commission de l’ordre du jour CBK). Selon la Commission, ces documents corroborent la déclaration
         d’InBev selon laquelle tant les prix « consommation à domicile » que la concurrence sur le marché de l’« horeca » ont été
         abordés lors des réunions concernées (considérant 175 de la décision attaquée).
      
      119    Au considérant 179 de la décision attaquée, la Commission invoque une note interne d’Heineken du 14 octobre 1998, adressée
         à l’équipe de direction d’Heineken, rédigée comme suit : « la hausse de prix promise par Bavaria au sein de la CBK n’apparaît
         pas clairement dans les [chiffres] de Nielsen ». Selon la Commission, cette note renforce la conclusion selon laquelle Bavaria
         avait annoncé lors de la réunion du 12 mars 1998 son intention d’augmenter en premier ses prix dans le secteur de la consommation
         à domicile, les autres brasseurs devaient suivre ultérieurement et les augmentations pratiquées par Bavaria devaient être
         « démontrables » dans les chiffres de Nielsen (considérant 180 de la décision attaquée).
      
      120    Au considérant 184 de la décision attaquée, la Commission invoque un courrier adressé à un directeur de l’unité « horeca »
         Pays-Bas d’Heineken par un directeur du marketing et de la consommation à domicile de la brasserie Brand BV d’Heineken, à
         propos de son entretien avec un membre du conseil d’administration de Bavaria :
      
      « Lors du salon de l’alimentation de Noordwijk, le 9 septembre [1998], [un membre du conseil d’administration de Bavaria]
         m’a parlé de l’affaire […] et de la réaction d’Heineken. En bref, il est apparu selon lui qu’Heineken aurait pu s’asseoir
         beaucoup plus tôt à la table des négociations avec les premiers responsables d’Heineken et de Bavaria sur le marché néerlandais
         de l’horeca. Les hectolitres perdus auraient alors pu être compensés d’une autre manière. Par ailleurs, il a ajouté qu’à terme
         Bavaria avait peut-être en vue d’autres clients potentiels du secteur de l’horeca qui souhaitaient passer volontairement (l’accent
         étant mis sur le terme volontairement, comme dans le cas de […], selon lui) chez Bavaria [prénom d’un responsable de l’horeca
         Pays-Bas d’Heineken], il va de soi que ces propos s’inscrivent totalement dans la rhétorique bien connue des […]. Je ne voulais
         pas te priver de cette information. Bonne chance pour ton entretien. »
      
      121    La Commission estime que ce courrier confirme la déclaration d’InBev selon laquelle les brasseurs discutaient non seulement
         des restrictions sur les réductions, mais également des restrictions concernant les points de vente optant pour un autre brasseur,
         et ce non seulement lors des réunions multilatérales, mais également à l’occasion de rencontres bilatérales (considérant 189
         de la décision attaquée).
      
      122    Au considérant 193 de la décision attaquée, la Commission invoque les notes manuscrites d’un directeur général de Grolsche
         Bierbrouwerij Nederland sur l’invitation à la réunion du 8 janvier 1999 :
      
      « -ventes ‘98
      -prix de la bière →
      - casier du type « pinool »          |       actions / cat II
      -casiers                            |       bas
                                          |      fût
                                          |      NMA ».
      123    Il en résulte, selon la Commission, que les discussions sur le prix de la bière se sont concentrées sur quatre éléments :
         premièrement, les actions promotionnelles sur le marché de la consommation à domicile, deuxièmement, le prix des bières moins
         chères et vendues sous marque de distributeur, troisièmement, le prix de la bière en fût, les grands conteneurs utilisés dans
         le secteur « horeca » du marché néerlandais de la bière et, quatrièmement, l’autorité néerlandaise de la concurrence NMA (considérant
         194 de la décision attaquée).
      
      124    Aux considérants 197 et 199 de la décision attaquée, la Commission invoque la liste des sujets à évoquer à la réunion du 8
         janvier 1999, sur laquelle un représentant de Grolsch avait noté l’abréviation « BP », laquelle est interprétée par la Commission
         comme « prix de la bière » (bierprijs) ou « prix plancher » (bodemprijs), ainsi que « P[rivate] L[abel] 50 ct. de plus ».
         La Commission déduit de ces mentions que, en ce qui concerne la bière en fût, les brasseurs ont discuté les prix de manière
         détaillée (considérant 203 de la décision attaquée).
      
      125    Aux considérants 212 et 213 de la décision attaquée, la Commission invoque un document comportant une référence à trois contacts
         au niveau de la direction entre Heineken et Grolsch vers le 5 juillet 1999, mentionnant une « guerre des prix » entre les
         deux brasseurs. La Commission en déduit qu’Heineken avait pris contact directement avec Grolsch au sujet des réductions, et
         ce un mois et demi avant que les réductions temporaires, appliquées par une chaîne de magasins à laquelle Grolsch a refusé
         d’octroyer une compensation, n’aient effectivement été mises en place (considérant 213 de la décision attaquée).
      
      126    Au considérant 224 de la décision attaquée, la Commission invoque une série de documents inclus dans son dossier administratif
         faisant ressortir les sujets qui ont été abordés lors des réunions bilatérales entre Bavaria et InBev du 8 mars 1995, de la
         seconde moitié de mars 1997, du 12 mai 1997, du 19 juin 1997 et du 8 septembre 1997. Elle en cite les passages suivants :
      
      –        réunion du 8 mars 1995 : « [Bavaria] et [Interbrew Nederland] ont tous deux affirmé avoir de gros problèmes avec M. […] aux
         Pays-Bas » (note en bas de page n° 491 de la décision attaquée) ;
      
      –        réunion du 12 mai 1997 : ont été évoqués la « hausse de prix » et « les marques de distributeur comme une épée de Damoclès
         […] pression psychologique de Grolsch et surtout d’Heineken pour augmenter les prix de la bière vendue sous marque de distributeur »
         (note en bas de page n° 493 de la décision attaquée) ;
      
      –        réunion du 19 juin 1997 : ont été abordés « le comportement à adopter dans le segment des marques de distributeur et, s’y
         rapportant, la position d’Interbrew à l’égard de Martens (considéré comme un hôte non désiré dans le monde de la bière néerlandais) »
         (note en bas de page n° 494 de la décision attaquée) ;
      
      –        réunion du 8 septembre 1997 : ont été évoqués « la situation du marché des marques de distributeur aux Pays-Bas et le fait
         que Bavaria avait pris un client à Interbrew […] offre plancher faite au [client] […] Bavaria altérant le statu quo […] »
         (note en bas de page n° 495 de la décision attaquée).
      
      127    La Commission interprète ces documents comme la preuve de ce que les consultations bilatérales entre Bavaria et InBev ont
         permis de maintenir une « paix armée » ou un « pacte de non-agression » concernant la bière vendue sous marque de distributeur
         (considérant 223 de la décision attaquée). 
      
      128    Au considérant 227 de la décision attaquée, la Commission invoque la lettre datée du 26 septembre 1997, adressée par un directeur
         des exportations d’Interbrew Nederland à un directeur des exportations au siège central d’Interbrew au sujet des « ventes
         de bière en Allemagne et des marques de distributeur » :
      
      « Je me suis entretenu récemment à ce propos avec notre principal concurrent aux Pays-Bas et j’ai appris à cette occasion
         qu’ils devaient rencontrer […] pour avancer ou non sur le volume de la bière TIP pour 1998. Je me suis enquis du niveau de
         prix auquel ils comptaient travailler et il m’a confirmé exactement le même prix, moins une contribution destinée au siège
         central de […], et le fait qu’il accepterait un volume d’environ 200 000 hl à ce prix. »
      
      129    Selon la Commission, il en ressort qu’Interbrew a sollicité et obtenu auprès de Bavaria des informations détaillées sur le
         prix et les volumes relatifs à une éventuelle livraison, par Bavaria, de bière sous marque de distributeur à une chaîne allemande
         de grande distribution. La Commission estime que cet élément confirme la déclaration d’InBev selon laquelle Interbrew et Bavaria
         ont échangé des informations sur les niveaux des prix proposés aux clients de bière sous marque de distributeur. La Commission
         fait valoir, en outre, que ce fait a été reconnu par InBev dans une lettre datée du 21 février 2006 (considérant 228 de la
         décision attaquée).
      
      130    Au considérant 234 de la décision attaquée, la Commission invoque la déclaration suivante de la brasserie Haacht au sujet
         de la réunion du 14 ou 15 juin 1998 entre Bavaria, Interbrew Nederland et les brasseurs belges Interbrew Belgique, Alken-Maes,
         Haacht et Martens :
      
      « Au cours de cette réunion, les brasseries néerlandaises ont été informées du contenu de l’échange d’informations tenu entre
         les participants belges. Les brasseries néerlandaises ont donné leur accord en vue d’échanger des données concernant les volumes,
         les types de conditionnement, la durée des contrats et d’éventuels jours d’échéance et clients. S’agissant des prix, les participants
         ont convenu par principe de ne pas échanger d’informations à ce propos […]
      
      Les participants à la réunion ont estimé qu’il convenait de charger une partie neutre de centraliser l’échange d’informations.
         Cette demande a été soumise parce que les parties qui étaient présentes sur le marché néerlandais n’avaient pas confiance
         dans les autres parties. Haacht a été invitée à centraliser les informations dans la mesure où elle n’était pas active sur
         le marché néerlandais. »
      
      131    La Commission estime que cette déclaration confirme, sur le point abordé, la déclaration d’InBev (considérant 235 de la décision
         attaquée).
      
      132    Au considérant 236 de la décision attaquée, la Commission invoque les notes manuscrites de la réunion susmentionnée du 14
         ou 15 juin 1998, qui ont été découvertes dans le bureau de la secrétaire d’un président du comité de direction de Bavaria :
      
      « Martens → rien n’a jamais été concrétisé aux Pays-Bas
             → bas – marché – casseur de prix
                  |→ des offres de prix sont soumises
      Interbrew Nederland – Martens -> offre soumise à un grand client des marques
      de distributeur
                                          […]
                                                7,68 [entouré]
      Martens – ‘baisse des prix Belgique’
            à présent NL → […]
      Interbrew Belgique a fait le premier pas concernant le P[rivate] L[abel]
      seulement pour                   […]
      Pilsener                            […]
       / \                         /        \
                              multiple unique
      […] – “décidé” |→ chez Interbrew
                              CAT I+II ».
      133    Selon la Commission, ces notes confirment qu’Interbrew Belgique a pris l’initiative d’une réunion sur la bière sous marque
         de distributeur lors de laquelle il a été décidé que le contrat avec une organisation d’achat de détaillants « irait à Interbrew
         aux Pays-Bas » (considérant 237 de la décision attaquée).
      
      134    Concernant cette dernière réunion, la Commission invoque également la déclaration suivante d’un directeur « consommation à
         domicile » d’InBev, soumise par InBev, le 21 février 2006, en réponse à une demande de renseignements (considérant 238 de
         la décision attaquée) :
      
      « À un moment donné […], M. [...] de […] m’a confronté à un faible prix que lui avait proposé Martens. Il m’a affirmé qu’il
         avait obtenu un prix de 0,32 NLG par bouteille. Cela correspond au montant de 7,68 NLG par casier de 24 bouteilles mentionné
         dans les notes de M. [responsable de Bavaria]. Dans le cadre de ces discussions, qui se sont poursuivies d’avril à début juin
         1998, je lui ai suggéré de passer à la catégorie II et de bénéficier ainsi d’une réduction d’accises. Finalement, début juin
         1998, nous avons conclu un accord avec […] relatif à la livraison d’une nouvelle […] bière de catégorie II […]. Grâce à la
         réduction d’accises découlant du passage à une bière de catégorie II, nous avons été en mesure de proposer un montant de 6,36
         NLG (comprenant la réduction d’accises de 0,84 NLG) et de parer ainsi à l’offre de Martens.
      
      […]
      À l’époque de la réunion du 14 ou 15 juin 1998, […] Interbrew s’était mise d’accord avec […] sur des livraisons de bière de
         catégorie I […] et de catégorie II. Au cours de cette réunion, j’ai fait état des discussions et de l’accord intervenu avec
         […] pour deux raisons. Premièrement, je voulais confronter Martens à l’offre qu’elle avait soumise à […], étant donné qu’elle
         avait toujours nié avoir présenté des offres de prix aux Pays-Bas. En second lieu, je tenais à informer les autres participants
         qu’ils ne devaient plus soumettre d’offres à […], compte tenu de l’accord conclu entre Interbrew et […]. La ligne n du [document
         figurant au considérant 236 de la décision attaquée] témoigne de ma communication relative à la conclusion du contrat de livraison
         de bières de catégorie I et de catégorie II entre […] et Interbrew. L’existence de cet accord […] ressort du fax du 24 juin
         1998. »
      
      135    Au considérant 240 de la décision attaquée, la Commission invoque une déclaration du brasseur belge Haacht au sujet de la
         deuxième réunion belgo-néerlandaise du 7 juillet 1998, selon laquelle : 
      
      « C’est la dernière réunion qui a été organisée entre les parties. Lors de cette dernière, Haacht a procédé à la distribution
         des informations collectées sur le marché néerlandais.
      
      Les parties ont ensuite changé de sujet pour aborder quelques points moins importants, mais le représentant d’Haacht n’a pas
         pris part à cette discussion. Quoi qu’il en soit, aucune information importante n’a été échangée sur ces sujets. Cette réunion
         a donné l’impression de ne rien apporter de concret. »
      
      136    Selon la Commission, la déclaration d’un directeur « consommation à domicile » d’Interbrew confirmait la déclaration d’Haacht
         selon laquelle il s’agissait de la dernière réunion belgo-néerlandaise. La Commission considère que la décision de mettre
         fin à ces réunions repose sur un motif précis, à savoir la crainte de voir l’autorité néerlandaise de la concurrence faire
         une incursion dans une ou plusieurs brasseries, ce qui est confirmé par la déclaration d’InBev (considérant 241 de la décision
         attaquée).
      
      137    Au considérant 248 de la décision attaquée, la Commission invoque une déclaration interne d’Heineken selon laquelle « les
         prix extrêmement bas pratiqués actuellement par la brasserie belge Martens […] contrarient la politique consistant à relever
         le bas du marché à un niveau de prix supérieur ».
      
      138    Enfin, au considérant 249 de la décision attaquée, la Commission invoque la déclaration faite lors de son inspection le 23
         mars 2000 et signée par un directeur général de Grolsche Bierbrouwerij Nederland, devenu président du conseil d’administration
         chez Koninklijke Grolsch :
      
      « Il a emporté le document […] intitulé ‘Scénarios de prix basés sur une augmentation nette des prix de gros de 2,00 NLG par
         hl’, qui comporte l’annotation ‘CBK – Fie – toujours emporter’, aux réunions de la commission financière de la CBK. Il a utilisé
         ce document pour attirer l’attention d’Interbrew et de Bavaria (les producteurs de bières vendues sous marque de distributeur
         aux Pays-Bas) sur la fixation des prix, injustifiable selon lui, de la bière vendue sous marque de distributeur (moins de
         10 florins par casier). »
      
      139    Au même considérant de la décision attaquée, la Commission invoque également la déclaration suivante d’un directeur général
         d’Heineken Nederland :
      
      « J’ai déjà été présent lors d’une réunion de la CBK où d’autres parlaient de la fixation des prix des marques de distributeur.
         De telles remarques auront été formulées pour exprimer une inquiétude. Je n’ai pas réagi parce qu’en principe Heineken n’est
         pas associée à la production de marques de distributeur. »
      
      140    La Commission déduit des passages cités aux considérants 248 et 249 de la décision attaquée que les producteurs de bière vendue
         sous marque de distributeur (Interbrew et Bavaria) avaient dévoilé leur stratégie de prix à Heineken et à Grolsch, qui ne
         sont pas actives dans ce secteur (considérant 248 de la décision attaquée). Elle en conclut que les discussions bilatérales
         entre Interbrew et Bavaria tendant à augmenter les prix de la bière vendue sous marque de distributeur faisaient partie des
         discussions générales menées entre les quatre brasseurs (considérant 252 de la décision attaquée).
      
      141    Il y a lieu de constater que les indices énumérés ci-dessus corroborent la déclaration d’InBev et justifient la constatation
         selon laquelle des représentants d’Heineken, de Grolsch, d’Interbrew et de Bavaria se rassemblaient régulièrement dans le
         cadre d’un cycle de réunions informelles connues sous la dénomination « concertation Catherijne » ou « commission de l’ordre
         du jour » dont la composition variait (déclaration d’InBev citée au considérant 45 de la décision attaquée ; autres éléments
         de preuve examinés aux considérants 65 à 222 de la décision attaquée). Les 18 réunions mentionnées dans la décision attaquée,
         qui s’inscrivent dans ce cycle, ont eu lieu le 27 février 1996, le 19 juin 1996, le 8 octobre 1996, le 8 janvier 1997, le
         1er mai 1997, le 2 septembre 1997, le 16 décembre 1997, le 17 décembre 1997, le 12 mars 1998, le 9 avril 1998, le 3 juillet 1998,
         le 15 décembre 1998, le 8 janvier 1999, le 4 mars 1999, le 10 mai 1999, le 11 août 1999, le 19 août 1999 et le 3 novembre
         1999. 
      
      142    En ce qui concerne le contenu des discussions menées dans le cadre desdites réunions, les indices susmentionnés corroborent
         la déclaration d’InBev et établissent les éléments suivants :
      
      – s’agissant du secteur consommation à domicile :
      –        les quatre brasseurs discutaient les prix (déclaration d’InBev citée au considérant 51 et autres éléments de preuve cités
         aux considérants 76, 129, 156, 174, 193, 212 et 213 de la décision attaquée) et les hausses de prix de la bière aux Pays-Bas
         (déclaration d’InBev citée au considérant 51 et autres éléments de preuve cités aux considérants 76, 89, 117 et 179 de la
         décision attaquée) ;
      
      –        des discussions sur les prix étaient également poursuivies par voie de contacts bilatéraux, notamment entre Grolsch et Heineken
         en juillet 1999 (document cité aux considérants 212 et 213 de la décision attaquée) ;
      
      –        des propositions concrètes en matière de prix étaient débattues (lettre interne d’Interbrew invoquée au considérant 89 de
         la décision attaquée) et les informations échangées étaient parfois assez détaillées (documents invoqués aux considérants
         129 et 174 de la décision attaquée) ; 
      
      –        il existait en 1997 et 1998 un consensus entre les brasseurs pour procéder à une augmentation des prix avant ou au cours de
         l’année 1998 (documents invoqués aux considérants 89, 174 et 179 de la décision attaquée) ; 
      
      –        les producteurs de bière des « marques A » (Heineken et Grolsch) ont insisté, contrairement aux producteurs des « marques
         B » (bières vendues sous marque de distributeur) (Interbrew et Bavaria) qui s’y sont opposés, pour que la hausse de prix soit
         opérée « en deux phases », d’abord, pour les marques B et, ensuite, pour les marques A, et que le taux d’augmentation soit
         différencié entre les marques A et les marques B (déclaration d’InBev citée au considérant 53 ; autres éléments de preuve
         invoqués aux considérants 76, 89, 100, 117 et 193 de la décision attaquée) ;
      
      –        Bavaria a annoncé (probablement lors de la réunion du 12 mars 1998) son intention d’augmenter ses prix (éléments de preuve
         invoqués aux considérants 129 et 179 et déclaration d’InBev citée au considérant 51 de la décision attaquée). Les autres brasseurs
         devaient probablement suivre Bavaria en augmentant leurs prix par la suite (déclaration d’InBev citée au considérant 51 de
         la décision attaquée) ;
      
      –        en ce qui concerne le mécanisme de suivi, il a été convenu que les hausses pratiquées par Bavaria devaient être démontrables
         dans les chiffres de la base de données des supermarchés compilées par AC Nielsen (documents invoqués aux considérants 129
         et 179 de la décision attaquée) ;
      
      –        il n’y a aucune preuve que la hausse de prix prévue pour 1998 ait eu lieu ;
      –        dans le cadre des consultations sur les prix, les brasseurs ont discuté la situation de certains supermarchés spécifiques
         (notes manuscrites invoquées aux considérants 76 et 156 de la décision attaquée) ;
      
      –        lors des discussions, les participants indiquaient des chiffres concrets de prix (documents invoqués aux considérants 76,
         89, 117, 129 et 174 de la décision attaquée) ;
      
      – s’agissant de la bière vendue sous marque de distributeur :
      –        à partir de 1995, les deux producteurs néerlandais de bière vendue sous marque de distributeur (Interbrew et Bavaria) ont
         à plusieurs reprises exprimé leurs préoccupations liées aux projets du brasseur belge Martens de pénétrer le marché néerlandais
         dans ce secteur (déclaration d’InBev citée au considérant 55 ; autres éléments de preuve cités aux considérants 224, 236,
         238 et 248 de la décision attaquée) ; 
      
      –        ces préoccupations ont été discutées dans le cadre des consultations bilatérales entre Bavaria et InBev (déclaration d’InBev
         citée au considérant 52 ; lettre interne d’Interbrew citée au considérant 227 de la décision attaquée) et de cinq réunions
         bilatérales (du 8 mars 1995, de la seconde moitié de mars 1997, du 12 mai 1997, du 19 juin 1997 et du 8 septembre 1997) consacrées
         à ce problème (documents invoqués au considérant 224 de la décision attaquée) ;
      
      –        deux réunions « belgo-néerlandaises » se sont également déroulées le 14 ou le 15 juin 1998 (documents invoqués aux considérants
         234, 236 et 238 de la décision attaquée) et le 7 juillet 1998 (déclaration d’Haacht citée au considérant 240 de la décision
         attaquée) à Breda entre Interbrew Nederland, Bavaria et les brasseurs belges Interbrew Belgique, Alken-Maes, Haacht et Martens
         (déclaration d’InBev citée au considérant 55 de la décision attaquée) ;
      
      –        les sujets liés à la bière vendue sous marque de distributeur ont également été débattus en présence d’Heineken et de Grolsch
         (qui ne sont pas actives dans ce segment) dans le cadre de la discussion générale (déclaration d’InBev citée au considérant
         54 ; autres éléments de preuve invoqués aux considérants 156, 193, 248 et 249 de la décision attaquée) ;
      
      –        les brasseurs discutaient les prix de la bière vendue sous marque de distributeur (déclaration d’InBev citée au considérant
         54 ; autres éléments de preuve invoqués aux considérants 193, 199, 227, 236, 238 et 249 de la décision attaquée) ;
      
      –        Heineken et Grolsch exerçaient une « pression psychologique » sur Bavaria et Interbrew pour augmenter les prix de la bière
         vendue sous marque de distributeur (documents invoqués au considérant 224, à la note en bas de page n° 493 et au considérant
         248 de la décision attaquée) en refusant d’augmenter les prix des marques A (déclaration d’InBev citée au considérant 53 de
         la décision attaquée) ;
      
      –        il était convenu tant au niveau bilatéral entre Interbrew Nederland et Bavaria qu’au niveau multilatéral entre les brasseurs
         néerlandais et belges actifs dans le secteur de ne pas tenter de débaucher des clients et de respecter les volumes respectifs
         de marques de distributeur aux Pays-Bas et en Belgique ; il a été décidé, notamment, que le contrat avec une organisation
         d’achat de détaillants irait à Interbrew Nederland (déclaration d’InBev citée au considérant 55 ; documents invoqués aux considérants
         224, 236 et 238 de la décision attaquée) ;
      
      –        les brasseurs échangeaient des informations sur les conditions commerciales proposées à certains clients spécifiques (lettre
         invoquée au considérant 227 de la décision attaquée et documents invoqués aux considérants 236 et 238 de la décision attaquée) ;
      
      –        lors des discussions, les participants indiquaient des chiffres concrets de prix (documents invoqués aux considérants 236,
         238 et 249 de la décision attaquée) ;
      
      – s’agissant du secteur « horeca » :
      –        les quatre brasseurs discutaient les prix (documents invoqués aux considérants 174, 193 et 197 de la décision attaquée) et
         les hausses de prix (notes manuscrites invoquées au considérant 76 de la décision attaquée) dans le secteur « horeca » ;
      
      –        il existait entre les brasseurs un accord, désigné sous la dénomination « échelle », qui concernait le montant des ristournes
         à accorder aux clients « horeca » (déclaration d’InBev citée au considérant 48 ; notes manuscrites invoquées aux considérants
         92, 143 et 165 de la décision attaquée) et que les brasseurs devaient « respecter » (notes manuscrites invoquées au considérant
         92 de la décision attaquée) ; le respect de cet accord était suivi et les infractions connues faisaient l’objet des discussions
         poursuivies dans le cadre des réunions « Catherijne » (déclaration d’InBev citée au considérant 48 de la décision attaquée) ;
      
      –        les consultations portaient également sur la mise en place de restrictions visant à maintenir le statu quo dans le secteur
         en évitant les reprises de clients d’autres brasseurs (déclaration d’InBev citée au considérant 48 ; courrier interne d’Heineken
         concernant le débauchage par Bavaria d’une association d’étudiants, cité au considérant 184 de la décision attaquée) ;
      
      –        les discussions de telles restrictions étaient également poursuivies par voie de contacts bilatéraux ; ainsi, le 9 septembre
         1998, des dirigeants d’Heineken et de Bavaria ont discuté entre eux la reprise par Bavaria d’un client « horeca » d’Heineken
         (courrier interne d’Heineken cité au considérant 184 de la décision attaquée) ;
      
      –        les brasseurs échangeaient des informations sur certains clients et points de vente précis (documents invoqués aux considérants
         92, 143, 156, 165 et 184 de la décision attaquée) ;
      
      –        dans le cadre des discussions, les brasseurs mentionnaient des chiffres concrets concernant le niveau des ristournes et des
         provisions pour réduction (notes manuscrites invoquées aux considérants 143 et 165 de la décision attaquée).
      
      143    C’est à la lumière de ces éléments qu’il convient d’examiner l’argumentation des requérantes relative aux trois composantes
         du comportement incriminé, concernant, premièrement, la coordination des prix et des hausses de prix de la bière aux Pays-Bas,
         à la fois dans le secteur « horeca » et dans le secteur de la consommation à domicile, y compris en ce qui concerne la bière
         vendue sous marque de distributeur, deuxièmement, la coordination occasionnelle d’autres conditions commerciales offertes
         aux clients individuels dans le secteur « horeca » aux Pays-Bas et, troisièmement, la coordination occasionnelle sur la répartition
         de la clientèle, à la fois dans le secteur « horeca » et dans le secteur de la consommation à domicile aux Pays-Bas (article
         1er et considérants 257 et 258 de la décision attaquée).
      
      –       Sur les éléments factuels relatifs aux constatations, d’une part, d’une coordination des prix et des hausses de prix de la
         bière et, d’autre part, d’une coordination occasionnelle sur la répartition de la clientèle
      
      144    Les requérantes soutiennent, en substance, que les notes manuscrites rédigées par les représentants des brasseurs dans le
         cadre des réunions incriminées sont interprétées par la Commission de manière partiale et tendancieuse.
      
      145    Elles font observer que les notes manuscrites émanant de Bavaria et de Grolsch sont difficiles à comprendre pour des tiers
         autres que leurs auteurs. Dans leurs observations, elles se limitent à traiter la pertinence et l’interprétation de certains
         documents émanant d’elles-mêmes et d’autres documents au sujet desquels leur réaction devant la Commission a été reproduite
         dans le texte de la décision attaquée. Au demeurant, les requérantes se bornent à relever que les notes invoquées par la Commission
         sont susceptibles de multiples interprétations et que, dès lors, elles ne suffisent pas à démontrer l’existence d’une infraction
         au-delà de tout doute raisonnable.
      
      146    Les requérantes contestent notamment l’interprétation des éléments invoqués aux considérants 76, 89, 117, 156, 165, 174, 175,
         179, 184, 199, 212, 213, 248, 249 de la décision attaquée (voir points 99, 101, 106, 114, 116, 118 à 120, 124, 125, 137 et
         138 ci-dessus). 
      
      147    Avant d’examiner les arguments des requérantes concernant les éléments susmentionnés, il y a lieu de relever que la majorité
         des constatations factuelles énumérées aux points 141 et 142 ci-dessus sont fondées sur plusieurs éléments de preuve.
      
      148    S’agissant des notes du 19 juin 1996 et du 17 décembre 1997 (invoquées aux considérants 76 et 117 de la décision attaquée),
         il y a lieu de constater que les requérantes ne contestent pas l’interprétation par la Commission de leur contenu, mais la
         manière dont leurs propres réactions initiales au sujet de ces documents ont été reproduites dans la décision attaquée. Sont,
         par ailleurs, dépourvues de toute incidence sur les constatations factuelles que les documents en cause tendent à appuyer
         les remarques des requérantes selon lesquelles, dans leurs réponses, d’une part, elles n’ont pas prétendu qu’il y avait une
         « négociation », mais seulement que les discussions lors de la réunion du 19 juin 1996 ont probablement porté sur la bière
         vendue sous marque de distributeur, et, d’autre part, elles n’ont pas critiqué l’interprétation de la Commission des notes
         du 17 décembre 1997 au motif que le segment du marché dont il s’agit ne peut être déterminé, mais ont soutenu que ces notes
         ne fournissaient pas une preuve convaincante d’une concertation illicite. 
      
      149    Force est de constater, en outre, que les notes invoquées aux considérants 76 et 117 de la décision attaquée sont corroborées,
         par rapport à chacune des constatations, par plusieurs autres éléments de preuve non contestés (voir point 142 ci-dessus).
         Il en est de même pour les documents invoqués aux considérants 165, 199, 212 et 213 de la décision attaquée. Il n’est donc
         pas nécessaire de procéder à un examen individuel de ces documents et des observations des requérantes à leur égard, aux fins
         de l’analyse des faits de l’espèce. 
      
      150    Les notes manuscrites du 3 juillet 1998 d’un membre du conseil d’administration de Bavaria, la note interne d’Heineken et
         les déclarations d’un directeur général de Grolsche Bierbrouwerij Nederland, devenu président du conseil d’administration
         chez Koninklijke Grolsch, et d’un directeur général d’Heineken Nederland (invoquées aux considérants 156, 248 et 249 de la
         décision attaquée), quant à elles, constituent des éléments de preuve importants de la constatation selon laquelle les sujets
         liés à la bière vendue sous marque de distributeur ont été débattus en présence d’Heineken et de Grolsch (voir point 142 ci-dessus).
         Or, les requérantes ne nient pas cette constatation. Elles s’opposent, en revanche, à la conclusion selon laquelle Heineken
         était impliquée dans ces consultations entre Bavaria et Interbrew. Cet argument portant sur la qualification juridique du
         comportement des requérantes, il sera examiné dans le cadre de l’analyse de l’existence d’accords ou de pratiques concertées
         (voir points 194 à 198 ci-après).
      
      151    Le courrier interne d’Heineken concernant le débauchage par Bavaria d’une association d’étudiants (invoqué au considérant
         184 de la décision attaquée) est le seul élément de preuve à fournir un témoignage concret de discussions entre les brasseurs
         (en l’occurrence Heineken et Bavaria) au sujet de la reprise de clients « horeca » (voir point 142 ci-dessus). Les requérantes
         ne nient pas que, à cette occasion, Bavaria a proposé à Heineken de discuter le problème, voire de le régler par une compensation.
         Elles affirment, cependant, que cela n’a pas été fait et qu’Heineken ne l’aurait pas non plus permis. Les requérantes nient,
         par ailleurs, l’existence d’un système de compensations entre les brasseurs en cas de débauchage de clients.
      
      152    Ces affirmations des requérantes ne sont pas plausibles. Dans la décision attaquée, la Commission relève, à juste titre, que
         la phrase « les hectolitres perdus auraient alors pu être compensés d’une autre manière », dans le texte du courrier en cause,
         indique qu’il n’y a pas eu de discussion entre Heineken et Bavaria sur la nécessité d’une compensation, mais seulement sur
         le moyen d’obtenir une compensation (considérant 185 de la décision attaquée), et que l’utilisation des mots « rhétorique
         bien connue », « accent » et « volontairement » signifie que, selon l’auteur, qui appartient au groupe Heineken, Bavaria est
         soupçonnée de ne pas respecter une norme aux termes de laquelle les brasseurs ne sollicitent pas activement des clients « horeca »
         des autres brasseurs (considérant 188 de la décision attaquée).
      
      153    Dès lors, l’élément invoqué aux considérants 184 à 188 de la décision attaquée corrobore les affirmations contenues dans la
         déclaration d’InBev, citées au considérant 48 de la décision attaquée, quant à l’existence d’un arrangement de non-reprise
         de clients « horeca ».
      
      154    Les documents découverts dans le bureau d’un directeur des ventes consommation à domicile de Grolsche Bierbrouwerij Nederland
         (invoqués aux considérants 174 et 175 de la décision attaquée) et la note interne d’Heineken du 14 octobre 1998 (invoquée
         au considérant 179 de la décision attaquée) tendent à établir l’existence en 1997 et en 1998 d’un consensus entre les brasseurs
         pour procéder à une augmentation des prix avant ou au cours de l’année 1998 (voir point 142 ci-dessus).
      
      155    S’agissant de la mention « agenda c[ommiss]ie CBK » figurant sur les documents invoqués aux considérants 174 et 175 de la
         décision attaquée, les requérantes font valoir qu’elles ne connaissent pas les motifs ayant conduit le dirigeant de Grolsch
         à faire cette annotation et qu’une seule annotation personnelle ne peut constituer une preuve convaincante de l’existence
         d’une entente.
      
      156    Elles ne nient pas, toutefois, la conclusion de la Commission selon laquelle il ressort de ces documents que les prix et la
         concurrence dans le secteur de la consommation à domicile ont été abordés lors des réunions de la commission de l’ordre du
         jour CBK, et ne fournissent aucune explication relative au fait que le dirigeant de Grolsch était en possession d’une liste
         de prix d’Heineken et à une information concernant la hausse des prix de Bavaria lors d’une telle réunion.
      
      157    S’agissant de l’indication dans la note interne d’Heineken (invoquée au considérant 179 de la décision attaquée), aux termes
         de laquelle « la hausse de prix promise par Bavaria au sein de la CBK n’apparaît pas clairement dans les [chiffres] de Nielsen »,
         les requérantes font remarquer que le fait d’utiliser le qualificatif « promise » pour désigner une annonce d’augmentation
         de prix de Bavaria, connue par le marché déjà depuis des mois, ne constitue pas une preuve convaincante d’une entente. Cette
         conclusion serait, en outre, contredite par le fait qu’Heineken aurait choisi de ne pas augmenter ses prix jusqu’en février
         2000.
      
      158    À cet égard, il y a lieu de relever, comme la Commission l’indique, à juste titre, au considérant 182 de la décision attaquée,
         qu’interpréter le mot « promettre » comme le fait de « mentionner » simplement une augmentation de prix s’écarte de son sens
         ordinaire. La conclusion de l’existence d’un engagement de Bavaria d’augmenter ses prix est rendue encore plus vraisemblable
         par la mention du fait que l’augmentation « n’apparaît pas clairement dans les [chiffres] de Nielsen ». Il a déjà été constaté
         que les données des caisses de supermarchés compilées par AC Nielsen ont été utilisées comme un outil de suivi par le biais
         duquel la hausse de prix de Bavaria devait être rendue « démontrable » (voir considérant 133 de la décision attaquée et point
         142 ci-dessus). La référence à ces données s’inscrit d’une manière plus logique dans le contexte du suivi de la mise en œuvre
         d’un engagement que dans celui de la vérification d’une simple mention.
      
      159    En ce qui concerne l’argument des requérantes tiré du fait qu’Heineken n’a pas augmenté ses prix jusqu’en février 2000 (alors
         que la hausse convenue aurait été prévue pour 1998), il suffit de remarquer que la simple non-exécution d’un accord sur les
         prix n’implique pas en soi que l’accord lui-même n’a jamais existé.
      
      160    Enfin, l’existence d’un consensus pour augmenter les prix en 1998 ressort d’une manière très claire de la lettre interne d’Interbrew
         du 25 mars 1997 (citée au considérant 89 de la décision attaquée). L’interprétation des requérantes, selon laquelle cette
         lettre concerne les négociations d’Interbrew avec ses acheteurs (c’est-à-dire avec des supermarchés) et non pas avec les autres
         brasseurs, n’est pas convaincante, eu égard à la mention explicite des « principaux brasseurs » en tant que parties au « consensus »
         dans le texte de la lettre. 
      
      161    Le fait que la hausse de prix visée par la lettre devait intervenir « avant 1998 », alors que les éléments de preuve susmentionnés
         en cause ont été rédigés en 1998, ne saurait non plus confirmer la thèse des requérantes selon laquelle il n’existe aucun
         lien entre ces documents. Il est concevable que, en raison des difficultés liées à la négociation des modalités de sa mise
         en œuvre (en particulier, de l’augmentation différenciée des prix des marques A et B visée par la lettre interne d’Interbrew),
         la hausse de prix initialement prévue pour une date en 1997 ait été d’abord reportée à l’année suivante et, ensuite, abandonnée
         par les brasseurs. 
      
      162    Il convient de rappeler, en outre, que, contrairement à ce que prétendent les requérantes, l’exactitude de la lettre interne
         d’Interbrew du 25 mars 1997 et plus particulièrement de la mention concernant l’existence d’un « consensus » n’est démentie
         ni par les déclarations des dirigeants d’InBev (voir points 82 et 83 ci-dessus) ni par le fait qu’Heineken n’a prétendument
         pas augmenté ses prix jusqu’en février 2000 (voir point 159 ci-dessus). 
      
      163    Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que le faisceau d’indices invoqué par la Commission suffit à corroborer la déclaration
         d’InBev par rapport aux constatations factuelles concernant la coordination des prix et des hausses de prix et la répartition
         de la clientèle. La validité de ces constatations n’est d’ailleurs pas remise en cause par les arguments des requérantes concernant
         les éléments énumérés au point 146 ci-dessus.
      
      164    Dès lors, il y a lieu de rejeter l’argumentation des requérantes tirée d’une erreur d’appréciation des éléments factuels relatifs
         à ces deux composantes de l’infraction en cause.
      
      –       Sur les éléments factuels relatifs à la constatation d’une coordination occasionnelle d’autres conditions commerciales offertes
         aux clients individuels dans le secteur « horeca »
      
      165    Les requérantes soutiennent que la Commission n’a pas établi que les entreprises concernées ont coordonné les conditions commerciales
         autres que les prix accordées aux clients du secteur « horeca ».
      
      166    La Commission estime que les notes manuscrites invoquées aux considérants 67 et 138 de la décision attaquée contiennent la
         preuve d’une coordination occasionnelle, entre les quatre brasseurs, de certaines conditions commerciales, telles que les
         conditions des prêts, proposées aux clients individuels de l’« horeca » (considérant 258 de la décision attaquée).
      
      167    Les notes manuscrites citées au considérant 67 de la décision attaquée comportent la mention suivante : « Cautionnements/financements :
         fin[ancements] pour [...] supérieurs aux besoins de points précis. Alors […] mil[lions] ». 
      
      168    Selon la Commission, cette citation signifie donc que, lors de la réunion du 27 février 1996, les brasseurs ont discuté des
         cautionnements et des financements accordés ou à accorder par un ou plusieurs brasseurs en faveur de points d’exploitation
         particuliers (considérant 68 de la décision attaquée).
      
      169    Or, il y a lieu d’observer que les requérantes proposent une autre interprétation du passage invoqué par la Commission, indiquant
         qu’il s’inscrit dans le contexte d’une discussion sur les « débiteurs douteux ».
      
      170    Au considérant 138 de la décision attaquée, la Commission invoque les notes manuscrites d’un directeur « horeca » de Bavaria
         relatives à la réunion du 12 mars 1998, contenant le passage suivant : « Bav intérêt […] % ? sauf s’il y a indemnité de publicité ».
         Selon la Commission, ce passage prouve qu’une discussion a été menée concernant le niveau des taux d’intérêt pratiqués sur
         les prêts consentis aux points de vente « horeca » (considérant 142 de la décision attaquée).
      
      171    Or, même à supposer que la Commission ait correctement interprété les notes manuscrites, le caractère isolé et laconique d’une
         telle référence et l’absence de toute indication concrète concernant la participation des autres brasseurs à une discussion
         sur les sujets en cause ne permettent pas de considérer ces notes comme une preuve suffisante de l’existence d’une collusion
         ayant porté sur une coordination occasionnelle de certaines conditions commerciales.
      
      172    Dans ses réponses aux questions posées par le Tribunal, la Commission soutient que les notes manuscrites, invoquées aux considérants
         67 et 138 de la décision attaquée, sont corroborées par la déclaration d’InBev dont il ressortirait, d’une part, que la réunion
         « Catherijne » du 12 mars 1998 a été consacrée tant aux questions liées à l’« horeca » qu’à la consommation à domicile et,
         d’autre part, que les participants aux réunions « Catherijne » se sont concertés sur les investissements dans l’« horeca »
         dans le but d’éviter les reprises de clients.
      
      173    Force est de constater, néanmoins, que les deux passages cités par la Commission ainsi que la référence faite par celle-ci
         à « l’esprit de la déclaration d’InBev » n’apportent pas d’indice concret quant à l’existence de discussions entre les brasseurs
         portant sur la coordination des conditions de prêts et ne sont, dès lors, pas de nature à étayer la conclusion tirée en ce
         sens par la Commission.
      
      174    Dès lors, il y a lieu de relever que la constatation de la Commission relative à la coordination occasionnelle, entre les
         brasseurs, des conditions des prêts proposées aux clients individuels de l’« horeca » est fondée sur des éléments de preuve
         fragmentaires et imprécis.
      
      175    En effet, compte tenu, d’une part, du caractère isolé et laconique des références faites dans les notes manuscrites invoquées
         aux considérants 67 et 138 de la décision attaquée ainsi que de l’interprétation plausible avancée par les requérantes et,
         d’autre part, de l’absence d’indices concrets sur ce point dans la déclaration d’InBev, il y a lieu de constater que la Commission
         n’a pas démontré, à suffisance de droit, que l’infraction en cause a inclus une « coordination occasionnelle d’autres conditions
         commerciales offertes aux consommateurs individuels dans le segment horeca aux Pays‑Bas ».
      
      176    La constatation faite en ce sens, au considérant 258 et à l’article 1er de la décision attaquée, ne saurait donc être considérée comme établie.
      
      177    Dès lors, l’argumentation des requérantes tirée d’une erreur d’appréciation des faits relative à la coordination occasionnelle
         d’autres conditions commerciales offertes aux clients individuels dans le secteur « horeca » doit être accueillie.
      
      –       Sur la prétendue erreur de droit et de qualification des faits
      178    Les requérantes soutiennent que la constatation par la Commission de l’existence d’un ensemble d’accords et/ou de pratiques
         concertées entre entreprises au sens de l’article 81 CE procède d’une erreur relative à l’interprétation et à l’application
         de cette disposition (considérants 337 et 341 de la décision attaquée). 
      
      179    Il y a lieu de rappeler, tout d’abord, que, dans le cadre des réunions multilatérales et de leurs contacts bilatéraux, les
         quatre brasseurs ont, à plusieurs reprises, échangé des informations sensibles sur le marché (les prix, le montant des ristournes
         et les offres concrètes à certains clients), qui étaient parfois assez détaillées (documents invoqués aux considérants 129
         et 174 de la décision attaquée) et comportaient des chiffres concrets de prix (documents invoqués aux considérants 76, 89,
         117, 129 et 174 de la décision attaquée), de ristournes et de provisions pour réduction (documents invoqués aux considérants
         143 et 165 de la décision attaquée), ainsi que des indications concernant des clients et des points de vente tant dans le
         secteur « horeca » (documents invoqués aux considérants 92, 143, 156, 165 et 184 de la décision attaquée) que dans celui de
         la consommation à domicile (documents invoqués aux considérants 76 et 156 de la décision attaquée).
      
      180    Certaines propositions concrètes concernant le comportement sur le marché ont également été débattues, notamment la proposition
         de procéder à une hausse des prix à deux tranches dans le secteur de la consommation à domicile (document invoqué au considérant
         89 de la décision attaquée).
      
      181    Les circonstances qu’aucun procès-verbal officiel n’a jamais été établi pour les réunions « Catherijne », que la substance
         des discussions n’a presque jamais été reflétée dans une note interne et que des agendas et des notes à l’occasion de ces
         réunions ont été détruits en novembre 1998 (déclaration d’InBev citée au considérant 61 de la décision attaquée) indiquent,
         en outre, que, contrairement à ce que prétendent les requérantes, les discussions avaient un caractère secret et que les participants
         étaient conscients de l’illégalité de leur comportement et essayaient de le dissimuler.
      
      182    Contrairement à ce qu’indiquent les requérantes, il ressort des preuves documentaires examinées par la Commission qu’un concours
         de volontés a été atteint par rapport à certaines propositions, comme celles de l’attribution d’un contrat avec l’organisation
         d’achat de détaillants à Interbrew (document invoqué au considérant 236 et note en bas de page n° 531 de la décision attaquée)
         et de l’augmentation concertée des prix avant ou au cours de l’année 1998 (document invoqué au considérant 89 de la décision
         attaquée).
      
      183    L’existence, dans ce dernier cas, d’un accord au sens de l’article 81 CE n’est remise en cause ni par la circonstance probable
         que le concours de volontés entre les brasseurs ne s’étendait pas aux modalités concrètes de la mise en œuvre de la hausse
         de prix, ni par le fait que celle-ci ne s’est, en effet, jamais produite sur le marché.
      
      184    En effet, même à supposer qu’un accord n’ait jamais été atteint quant aux éléments spécifiques de la restriction envisagée,
         c’est à juste titre que la Commission a constaté que, par la poursuite régulière de leurs discussions, les brasseurs avaient
         clairement manifesté leur intention commune de parvenir à un accord anticoncurrentiel (considérant 341 de la décision attaquée).
         
      
      185    Au demeurant, l’échange continu d’informations sensibles qui ne sont pas accessibles au public et que les représentants des
         quatre brasseurs ont trouvé utiles de noter dans leurs agendas et de mentionner dans le cadre de leur correspondance interne
         a certainement eu pour conséquence de réduire pour chacun d’entre eux l’incertitude quant au comportement envisageable de
         ses concurrents. 
      
      186    À cet égard, il y a lieu de présumer, sous réserve de la preuve contraire qu’il incombe aux opérateurs intéressés de rapporter,
         que les entreprises participant à la concertation et qui demeurent actives sur le marché tiennent compte des informations
         échangées avec leurs concurrents pour déterminer leur comportement sur ce marché. Il en sera d’autant plus ainsi lorsque la
         concertation a lieu sur une base régulière au cours d’une longue période, comme c’était le cas en l’espèce (voir, en ce sens,
         arrêt Hüls/Commission, point 46 supra, point 162).
      
      187    Les requérantes estiment avoir renversé cette présomption en faisant preuve de ce que, malgré les discussions, les quatre
         brasseurs ont déterminé leur comportement sur le marché d’une manière autonome.
      
      188    Cet argument ne saurait être retenu. Il est certes vrai que tant les déclarations des dirigeants d’InBev que la circonstance
         qu’Heineken n’a augmenté ses prix qu’en février 2000 attestent que, pendant la période incriminée, chaque brasseur suivait
         sa propre politique sur le marché. Pourtant, même si cette dernière constatation est susceptible de démontrer l’absence d’engagements
         formels ou d’une coordination effective entre les brasseurs, elle n’est pas suffisante pour prouver que ceux-ci n’ont jamais
         tenu compte des informations échangées lors des réunions incriminées pour déterminer leur comportement sur le marché, chacun
         comme il l’entend. 
      
      189    Les requérantes n’ont, par conséquent, pas réussi à réfuter la présomption établie par la jurisprudence citée au point 186
         ci-dessus.
      
      190    Par conséquent, il y a lieu de constater que les éléments constitutifs d’une pratique concertée, résultant de la jurisprudence
         citée aux points 46 et 47 ci-dessus, sont, en l’espèce, réunis.
      
      191    Dans ces conditions, il convient de relever que la Commission était en droit de qualifier les comportements en cause d’« ensemble
         d’accords et/ou de pratiques concertées », dans la mesure où ces comportements comportaient à la fois des éléments devant
         être qualifiés d’« accords » et des éléments devant être qualifiés de « pratiques concertées ». En effet, face à une situation
         factuelle complexe, la double qualification opérée par la Commission à l’article 1er de la décision attaquée doit être comprise non comme une qualification exigeant simultanément et cumulativement la preuve
         que chacun de ces éléments de fait présente les éléments constitutifs d’un accord et d’une pratique concertée, mais bien comme
         désignant un tout complexe comportant des éléments de fait, dont certains ont été qualifiés d’accords et d’autres de pratiques
         concertées au sens de l’article 81 CE, lequel ne prévoit pas de qualification spécifique pour ce type d’infraction complexe
         (voir, en ce sens, arrêt Hercules Chemicals/Commission, point 44 supra, point 264).
      
      192    Les requérantes contestent, néanmoins, que les comportements qui leur sont reprochés ont eu un objet anticoncurrentiel. Elles
         soutiennent, en particulier, que les réunions n’ont jamais eu pour objet de se concerter secrètement sur un comportement sensible
         pour la concurrence. Il aurait pu arriver occasionnellement que la situation du marché soit discutée, y compris les prix à
         la consommation sur le marché de la consommation à domicile et y compris les offres à quelques clients « horeca ». Toutefois,
         les discussions auraient concerné une telle quantité de sujets importants pour le secteur et auraient eu un tel caractère
         informel et libre qu’elles n’auraient pas pu être qualifiées de « concertations ». 
      
      193    Il y a lieu de relever, à cet égard, que les discussions sur des informations sensibles pour le marché, même à supposer qu’elles
         aient été occasionnelles et poursuivies simultanément avec des discussions sur des sujets non sensibles, étaient clairement
         de nature à établir une coordination sur le marché et à réduire l’insécurité quant au comportement envisageable des concurrents.
         Il a déjà été démontré que, même si la coordination entre les brasseurs n’a pas toujours été très effective, les discussions
         concernant les prix et les conditions proposés à des clients précis leur ont permis de suivre de près certains éléments du
         comportement de leurs concurrents et de déterminer leur propre comportement en fonction des informations obtenues (voir points
         185 à 189 ci-dessus). Le fait que les représentants des brasseurs ont jugé utile de noter ces informations dans leurs agendas
         et de les mentionner dans le cadre de leur correspondance interne constitue, en outre, un indice de l’importance particulière
         que ces informations revêtaient pour eux et une confirmation du fait que, même si l’effet anticoncurrentiel des consultations
         n’était pas toujours atteint, il était objectivement poursuivi par les participants. 
      
      194    Les requérantes contestent, enfin, la conclusion de la Commission selon laquelle Heineken était impliquée dans les discussions,
         poursuivies entre Interbrew et Bavaria, concernant le segment de la bière vendue sous marque de distributeur. Elles ne contestent
         pas leur participation aux réunions multilatérales en cause, mais soutiennent qu’Heineken n’était pas active dans le segment
         concerné et que son implication dans les arrangements en cause ne peut pas être déduite du fait qu’une préoccupation quant
         aux prix dans le segment en cause ait été exprimée par Grolsch, un autre brasseur qui n’était pas présent dans ce segment,
         ni du fait que Bavaria et InBev se soient fixé comme objectif de relever le niveau des prix dans ce segment (considérants
         249 à 252 de la décision attaquée). 
      
      195    À cet égard, il y a lieu de rappeler que, selon une jurisprudence constante, dès lors qu’une entreprise a assisté, même sans
         jouer un rôle actif, à une réunion au cours de laquelle une concertation illicite a été évoquée, elle est censée avoir participé
         à ladite concertation, à moins qu’elle ne prouve qu’elle s’est ouvertement distanciée de celle-ci ou qu’elle a informé les
         autres participants qu’elle entendait prendre part à la réunion en question dans une optique différente de la leur (voir arrêt
         du Tribunal du 15 mars 2000, Cimenteries CBR e.a./Commission, T‑25/95, T‑26/95, T‑30/95 à T‑32/95, T‑34/95 à T‑39/95, T‑42/95
         à T‑46/95, T‑48/95, T‑50/95 à T‑65/95, T‑68/95 à T‑71/95, T‑87/95, T‑88/95, T‑103/95 et T‑104/95, Rec. p. II‑491, point 3199,
         et la jurisprudence citée).
      
      196    En l’espèce, il y a lieu d’observer, tout d’abord, que, bien qu’Heineken n’ait pas été active dans le segment de la bière
         vendue sous marque de distributeur, il ressort de la déclaration d’InBev (considérants 54 et 247 de la décision attaquée)
         que les prix appliqués dans ce segment ont été une préoccupation commune des quatre grands brasseurs, y compris Heineken.
         
      
      197    Il convient d’observer, ensuite, que les requérantes ne contestent pas la présence d’Heineken lors des discussions illicites
         en cause relatives aux prix dans le segment de la bière vendue sous marque de distributeur, ce fait étant d’ailleurs attesté
         par différents éléments de preuve, évoqués aux considérants 247 à 251 de la décision attaquée. Les requérantes ne soutiennent
         pas non plus qu’Heineken s’est ouvertement distanciée desdites discussions ou qu’elle a informé les autres brasseurs qu’elle
         entendait prendre part aux réunions concernées dans une optique différente de la leur. Dès lors, le seul fait qu’Heineken
         n’a pas joué un rôle actif dans ces discussions, même à le supposer établi, ne saurait écarter sa responsabilité.
      
      198    Enfin, il convient de relever qu’il ressort du dossier que l’implication d’Heineken dans les discussions concernant les prix
         de la bière vendue sous marque de distributeur ne se résumait pas uniquement à une participation passive à certaines réunions
         et à l’intérêt qu’elle portait au résultat de ces discussions, mais comprenait également la pression qu’elle exerçait consciemment
         sur Interbrew et Bavaria en refusant d’augmenter les prix de ses propres marques avant que ne soient augmentés les prix des
         marques de distributeur. L’exercice d’une telle pression est d’ailleurs attesté tant par la déclaration d’InBev (citée au
         considérant 54 de la décision attaquée) que par un document concernant le contenu de la réunion du 12 mai 1997 (invoqué au
         considérant 224 de la décision attaquée) dont l’interprétation n’est pas contestée par les requérantes. 
      
      199    Au vu de tout ce qui précède, l’argumentation des requérantes tirée d’une erreur de droit ne saurait être accueillie.
      
      200    Enfin, les requérantes n’ayant pas démontré que la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit dans l’application
         de l’article 81, paragraphe 1, CE, il y a lieu de rejeter également leur argumentation, fondée en substance sur la même prémisse,
         selon laquelle la Commission a interprété cette disposition de manière erronée, en violation du principe de la présomption
         d’innocence, en omettant ainsi de fournir les motifs suffisants à l’appui de la constatation de l’infraction.
      
      –       Conclusion
      201    Au terme de l’examen des cinquième et sixième moyens ci-dessus, il y a lieu de relever que la constatation de la Commission
         quant à l’existence d’une coordination occasionnelle des conditions commerciales, autres que des prix, offertes aux consommateurs
         individuels dans le secteur « horeca » aux Pays‑Bas n’est pas prouvée à suffisance de droit et ne peut pas être retenue (voir
         points 167 à 177 ci-dessus).
      
      202    Par conséquent, il y a lieu d’annuler l’article 1er de la décision attaquée dans la mesure où il retient ladite composante de l’infraction en cause ainsi que de réformer le
         montant de l’amende infligée aux requérantes en conséquence. Les conséquences concrètes de cette réformation sont précisées
         aux points 435 et 436 ci-après.
      
      203    Il convient de rejeter les cinquième et sixième moyens pour le surplus.
      
       Sur le septième moyen, concernant la durée de l’infraction
       Arguments des parties
      204    Les requérantes contestent la détermination du 27 février 1996 et du 3 novembre 1999 comme dates de début et de cessation
         de l’infraction qui leur est imputée. Elles estiment, notamment, que le début et la fin de l’infraction doivent être directement
         établis par des éléments de preuve et sont soumis à une charge de la preuve plus importante, laquelle ne serait pas satisfaite
         en l’espèce, puisque la Commission ne disposerait pas de preuves directes du contenu anticoncurrentiel des discussions poursuivies
         lors des réunions du 27 février 1996 et du 3 novembre 1999.
      
      205    S’agissant de la réunion du 27 février 1996, les requérantes soutiennent que les notes manuscrites invoquées par la Commission
         au considérant 67 de la décision attaquée concernent une discussion générale relative aux « débiteurs douteux » dans le secteur
         « horeca », qui ne saurait être considérée comme restrictive de la concurrence.
      
      206    S’agissant de la réunion du 3 novembre 1999, les requérantes constatent que la preuve de son contenu anticoncurrentiel est
         fondée sur une réponse d’InBev à une demande de renseignements de la Commission (citée au considérant 221 de la décision attaquée).
         Elles estiment, néanmoins, que cette réponse est contredite par les déclarations plus spécifiques des directeurs d’InBev qui
         ont personnellement assisté à ladite réunion.
      
      207    La Commission conteste les arguments des requérantes.
      
       Appréciation du Tribunal
      208    La durée de l’infraction est un élément constitutif de la notion d’infraction au titre de l’article 81, paragraphe 1, CE,
         élément dont la charge de la preuve incombe, à titre principal, à la Commission. À cet égard, la jurisprudence exige que,
         en l’absence d’éléments de preuve susceptibles d’établir directement la durée d’une infraction, la Commission se fonde, au
         moins, sur des éléments de preuve se rapportant à des faits suffisamment rapprochés dans le temps, de façon à ce qu’il puisse
         être raisonnablement admis que cette infraction s’est poursuivie de façon ininterrompue entre deux dates précises (arrêts
         du Tribunal du 7 juillet 1994, Dunlop Slazenger/Commission, T‑43/92, Rec. p. II‑441, point 79, et Peróxidos Orgánicos/Commission,
         point 91 supra, point 51).
      
      209    En l’espèce, les requérantes contestent la détermination tant de la date de début que de la date de fin de l’infraction.
      
      –       Sur la détermination de la date de début de l’infraction
      210    La Commission a retenu le 27 février 1996 comme date de début de l’infraction en cause, s’agissant de la date de la première
         réunion « Catherijne » pour laquelle elle disposait de preuves directes de la présence des quatre brasseurs. 
      
      211    Ainsi qu’il a été constaté aux points 167 à 177 ci-dessus, les notes manuscrites relatives à cette réunion, citées au considérant
         67 de la décision attaquée, ne constituent pas, en elles-mêmes, un faisceau de preuves susceptible d’établir à suffisance
         de droit la constatation de l’infraction relative à la coordination occasionnelle d’autres conditions commerciales offertes
         aux consommateurs individuels dans le secteur « horeca ». 
      
      212    Toutefois, cette considération n’empêche pas en soi que ces mêmes éléments soient utilisés pour déterminer la date de début
         de l’infraction prise dans son ensemble. 
      
      213    En effet, force est de constater que la réunion du 27 février 1996 fait partie d’une série de réunions périodiques qui impliquaient
         les mêmes participants et se déroulaient dans des circonstances similaires. Elles étaient désignées par les appellations « concertation
         Catherijne » et « commission de l’ordre du jour », réunissaient des représentants des quatre brasseurs néerlandais Heineken,
         InBev, Grolsch et Bavaria, étaient organisées parallèlement aux réunions officielles de la CBK et les discussions qui étaient
         menées dans leur contexte n’étaient jamais reflétées dans des procès-verbaux et presque jamais dans des notes internes. Dans
         la déclaration d’InBev, ces réunions sont également présentées comme faisant partie d’une série et un tableau comportant des
         noms, des adresses, des dates et des lieux d’une grande partie d’entre elles, y compris celle du 27 février 1996, est fourni
         en annexe (considérant 44 de la décision attaquée). 
      
      214    Il a déjà été constaté, sur la base tant de la déclaration d’InBev que de nombreux autres éléments de preuve, que les réunions
         faisant partie de cette série avaient un objet anticoncurrentiel (points 179 à 184 ci-dessus). Ainsi, d’une part, un faisceau
         d’indices démontrant le caractère systématique des réunions ainsi que leur contenu anticoncurrentiel et, d’autre part, la
         déclaration d’InBev, disposant d’une valeur probante importante, permettent d’établir, sous réserve de preuve contraire, que
         l’objet restrictif de la concurrence entache la totalité des réunions s’inscrivant dans le système, même en l’absence de preuve
         concrète en ce sens pour une partie d’entre elles.
      
      215    Les requérantes soutiennent, en substance, que cette logique ne saurait être appliquée dans le cadre de la détermination des
         dates de début et de fin de l’infraction, faisant valoir que, bien qu’il soit, en principe, permis de supposer que l’infraction
         s’est poursuivie de façon ininterrompue entre deux dates précises, le début et la fin de l’infraction sont soumis à une charge
         de la preuve plus importante et doivent être directement établis par des éléments de preuve.
      
      216    Il convient de relever, à cet égard, que, pour déterminer la date de début de l’infraction, la Commission ne s’est pas limitée
         à se fonder sur les éléments relatifs à la réunion du 27 février 1996. 
      
      217    En effet, aux considérants 466 à 469 de la décision attaquée, elle indique, par rapport à chacun des brasseurs concernés,
         y compris les requérantes, qu’il a participé à l’infraction « au moins entre le 27 février 1996 et le 3 novembre 1999 ». Au
         considérant 56 de la décision attaquée, elle précise, en outre, que, selon la déclaration d’InBev, l’infraction a commencé
         bien avant 1996, à savoir :
      
      –        « en 1990 ou plus tôt encore » s’agissant des discussions concernant les augmentations des prix « horeca » ;
      –        en « 1993-1994 » s’agissant des discussions concernant les ristournes et les transferts entre brasseurs de points de vente
         « horeca » ;
      
      –        en « 1987 » s’agissant des discussions entre Oranjeboom-Interbrew et Bavaria concernant la bière vendue sous marque de distributeur.
         
      
      218    Compte tenu de la valeur probante significative de la déclaration d’InBev, la Commission a pu constater que l’infraction en
         cause a commencé au moins à la date des premières réunions en 1996, figurant dans le tableau annexé à la déclaration d’InBev,
         auxquelles InBev a été représentée à la suite de son acquisition d’Oranjeboom en 1995.
      
      219    Il convient de rappeler qu’il ressort de la déclaration d’InBev qu’Heineken a joué un rôle dans l’organisation des réunions
         « Catherijne » dès le début, en 1993 ou en 1994. En outre, il a été démontré, d’une part, qu’Heineken était représentée à
         la réunion du 27 février 1996 et, d’autre part, que, lors de la réunion suivante du 19 juin 1996, les brasseurs ont poursuivi
         des discussions à caractère anticoncurrentiel (voir les notes manuscrites invoquées au considérant 67 de la décision attaquée
         et aux points 99 et 100 ci-dessus). Bien que la participation d’Heineken à cette réunion n’ait pas été établie, les éléments
         relatifs à cette réunion démontrent que la participation d’Heineken à une éventuelle hausse de prix à deux étages a été discutée.
      
      220    Eu égard à ces considérations, la Commission a pu constater, à bon droit, que les requérantes avaient pris part à l’infraction
         en cause au moins à partir du 27 février 1996.
      
      221    Le fait que la décision attaquée n’a pas retenu l’existence d’une infraction avant cette date constitue, en effet, une concession
         envers les destinataires de la décision attaquée. À cet égard, il convient de relever que le Tribunal n’est pas appelé à statuer
         sur la légalité ou l’opportunité de cette concession (voir, en ce sens, JFE Engineering/Commission, point 50 supra, points
         340 et 341). 
      
      222    Dans ces conditions, s’agissant d’une réunion s’inscrivant dans un système de réunions régulières dont le caractère anticoncurrentiel
         a été démontré à suffisance de droit, la constatation de la date initiale de l’infraction ne saurait être remise en cause
         par l’argumentation des requérantes tirée de l’insuffisance de la preuve concrète quant au contenu de la réunion du 27 février
         1996.
      
      223    Par conséquent, il y a lieu de rejeter le grief relatif à la détermination de la date de début de l’infraction.
      
      –       Sur la détermination de la date de cessation de l’infraction
      224    La Commission a retenu le 3 novembre 1999 comme date de cessation de l’infraction pour tous les brasseurs concernés (considérants
         466 à 469 de la décision attaquée), s’agissant de la date de la dernière réunion « Catherijne » pour laquelle la Commission
         dispose de preuves directes de la présence des quatre brasseurs. Cette réunion figure en dernière position sur le tableau
         chronologique annexé à la déclaration d’InBev. Selon une réponse d’InBev à une demande de renseignements de la Commission,
         la réunion du 3 novembre 1999 était une « réunion Catherijne (questions horeca/commission de l’ordre du jour) [; c]omme toujours
         dans les consultations Catherijne, on y parlait principalement d’accords excessifs et de coexistence pacifique » (considérant
         221 de la décision attaquée).
      
      225    Les requérantes estiment que cette déclaration est contredite par les déclarations plus spécifiques des directeurs d’InBev
         qui ont assisté à la réunion du 3 novembre 1999, dont elles invoquent les passages suivants :
      
      –        « Le 19 août 1999, il y a eu une concertation à laquelle j’ai assisté. Le 3 novembre 1999, il y a eu une réunion à laquelle
         M. […] et moi-même avons assisté. Dans un cas comme dans l’autre, on n’a pas parlé concrètement de comportements sur le marché.
         La réunion avait plus un caractère informel » ;
      
      –        « Il existe des réunions des quatre directeurs horeca (Heineken, Grolsch, Bavaria et Interbrew). Je n’ai assisté qu’à une
         seule de ces réunions, le 3 novembre 1999 à Enschede. M. […] m’y a amené pour me présenter. Cette réunion n’avait pas beaucoup
         de consistance. Il s’agissait plus d’une réunion agréable, sans ordre du jour particulier. Des commentaires généraux ont été
         faits sur les ristournes. J’avais l’impression qu’il existait déjà depuis des années une sorte de système d’échelle ou une
         règle pour les ristournes, mais cela n’a jamais été dit de manière spécifique. On ne parlait que de montants globaux de ristournes
         dans des termes très généraux, ce qui a été l’occasion de pointer certains incidents. Mon sentiment est que l’échelle ne fonctionnait
         pas. Chaque opérateur déterminait sa propre stratégie. Il y a peut-être eu une certaine tentative d’intimidation, mais chacun
         faisait quand même comme il l’entendait ».
      
      226    Il y a lieu de constater que, contrairement à ce que prétendent les requérantes, ces passages ne contredisent pas les éléments
         retenus par la Commission. Les références aux « accords excessifs » et à la « coexistence pacifique » ainsi qu’à l’« échelle »
         et à la « règle pour les ristournes » se rapportent clairement à la coordination des taux des ristournes appliqués aux clients
         « horeca ». La seule précision introduite par les déclarations des directeurs d’InBev concerne le niveau de détail des discussions,
         prétendument limitées à des « commentaires généraux », ainsi que l’absence de leur effet sur le marché, à savoir le fait que
         « l’échelle ne fonctionnait pas ». Or, il a été déjà relevé que ni le caractère général des discussions ni l’absence d’effet
         sur le marché ne sont de nature à contredire le caractère infractionnel de la réunion concernée (voir points 78 et 79 ci-dessus).
         
      
      227    La circonstance que la réunion du 3 novembre 1999 s’inscrit dans un système de réunions anticoncurrentielles (voir points
         213 et 214 ci-dessus) et que les sujets évoqués étaient liés aux discussions antérieures restrictives de la concurrence indique,
         en outre, que l’objet de la convocation même de la réunion était d’assurer les conditions nécessaires pour la poursuite de
         ces discussions.
      
      228    En tout état de cause, même à supposer qu’il existe une certaine contradiction entre les déclarations des employés d’InBev
         invoquées par les requérantes, d’une part, et la réponse d’InBev à la demande de renseignements, d’autre part, il y a lieu
         de considérer que la force probante de cette dernière est supérieure, au regard de la jurisprudence selon laquelle une déclaration
         donnée au nom d’une entreprise en tant que telle est revêtue d’une crédibilité supérieure à celle que pourrait avoir la réponse
         donnée par un membre de son personnel quelle que soit l’expérience ou l’opinion personnelle de ce dernier (arrêt LR AF 1998/Commission,
         point 90 supra, point 45). 
      
      229    Par conséquent, il y a lieu de rejeter le grief relatif à la détermination de la date de fin de l’infraction et, partant,
         le septième moyen dans son ensemble.
      
       Sur le premier moyen, tiré de la violation du principe de bonne administration et de l’article 27 du règlement nº 1/2003,
            en ce qui concerne le refus d’accès aux réponses à la communication des griefs données par d’autres entreprises concernées
       Arguments des parties
      230    Les requérantes reprochent à la Commission d’avoir rejeté leur demande d’accès aux réponses à la communication des griefs
         des autres parties concernées par la procédure, affectant, de ce fait, leurs droits de la défense. Les requérantes considèrent
         qu’il ressort de la décision attaquée que la Commission a tiré de ces réponses des éléments de preuve pour déterminer l’existence
         de l’infraction et pour justifier le montant final de l’amende, et que ces réponses contenaient des éléments à décharge dont
         elles auraient pu bénéficier. Elles font valoir, dès lors, que, à la lumière du principe d’égalité des armes, elles auraient
         dû avoir l’occasion d’examiner ces éléments afin d’établir, de manière autonome, leur défense.
      
      231    Les requérantes estiment, notamment, qu’elles auraient dû avoir accès aux réponses de Bavaria et de Grolsch puisque, ainsi
         qu’il ressortirait de la décision attaquée, ces brasseurs auraient donné une interprétation authentique des pièces qui ont
         été utilisées ultérieurement comme éléments de preuve à charge et à décharge à leur égard. En particulier, les requérantes
         signalent que, au considérant 75 de la décision attaquée, la Commission invoque les réponses de Bavaria à la communication
         des griefs pour démontrer qu’elles ont assisté à la réunion du 19 juin 1996. Aux considérants 124 à 126 de la décision attaquée,
         la Commission aurait, en outre, utilisé une interprétation tirée des réponses de Bavaria pour prouver que les prix de la bière
         ont été discutés lors de la réunion du 17 décembre 1997. Enfin, les requérantes indiquent que, au considérant 135 de la décision
         attaquée, la Commission renvoie aux allégations figurant dans la réponse de Bavaria comme élément de preuve de certaines déclarations
         à charge qu’elles auraient faites lors de la réunion du 12 mars 1998. 
      
      232    Les requérantes soulignent l’importance d’avoir accès à la réponse à la communication des griefs d’InBev, étant donné que,
         selon elles, la Commission s’est essentiellement fondée sur ses déclarations pour adopter la décision attaquée. À titre illustratif,
         les requérantes signalent qu’il peut être déduit du considérant 476 de la décision attaquée, ainsi que de l’échange de lettres
         entre la Commission et InBev en février 2006, que les réponses à la communication des griefs de cette dernière contenaient
         des éléments à décharge.
      
      233    La Commission conteste les arguments des requérantes.
      
       Appréciation du Tribunal
      234    Aux termes de l’article 27, paragraphe 2, du règlement n° 1/2003, « [l]es droits de la défense des parties concernées sont
         pleinement assurés dans le déroulement de la procédure [; e]lles ont le droit d’avoir accès au dossier de la Commission sous
         réserve de l’intérêt légitime des entreprises à ce que leurs secrets d’affaires ne soient pas divulgués [...] ».
      
      235    Selon une jurisprudence constante, le droit d’accès au dossier constitue le corollaire du principe des droits de la défense
         et implique que la Commission doit donner à l’entreprise concernée la possibilité de procéder à un examen de la totalité des
         documents figurant au dossier d’instruction qui sont susceptibles d’être pertinents pour sa défense (voir, en ce sens, arrêts
         de la Cour du 2 octobre 2003, Corus UK/Commission, C‑199/99 P, Rec. p. I‑11177, points 125 à 128, et du Tribunal du 29 juin
         1995, Solvay/Commission, T‑30/91, Rec. p. II‑1775, point 81). 
      
      236    Ceux-ci comprennent tant les pièces à conviction que celles à décharge, sous réserve des secrets d’affaires d’autres entreprises,
         des documents internes de la Commission et d’autres informations confidentielles (arrêt Aalborg Portland e.a./Commission,
         point 51 supra, point 68).
      
      237    Concernant les pièces à conviction, l’absence de communication d’un document ne constitue une violation des droits de la défense
         que si l’entreprise concernée démontre, d’une part, que la Commission s’est fondée sur ce document pour étayer son grief relatif
         à l’existence d’une infraction et, d’autre part, que ce grief ne pourrait être prouvé que par référence audit document. Il
         incombe ainsi à l’entreprise concernée de démontrer que le résultat auquel la Commission est parvenue dans sa décision aurait
         été différent si ce document non communiqué devait être écarté comme moyen de preuve (arrêt Aalborg Portland e.a./Commission,
         point 51 supra, points 71 à 73).
      
      238    En revanche, s’agissant de l’absence de communication d’un document à décharge, l’entreprise concernée doit seulement établir
         que sa non-divulgation a pu influer, au détriment de cette dernière, sur le déroulement de la procédure et le contenu de la
         décision de la Commission. Il suffit que l’entreprise démontre qu’elle aurait pu utiliser lesdits documents à décharge pour
         sa défense (arrêt Hercules Chemicals/Commission, point 44 supra, point 81), en démontrant notamment qu’elle aurait pu invoquer
         des éléments qui ne concordaient pas avec les appréciations opérées par la Commission au stade de la communication des griefs,
         et aurait donc pu influer, de quelque manière que ce soit, sur les appréciations portées dans la décision (voir, en ce sens,
         arrêt Aalborg Portland e.a./Commission, point 51 supra, point 75).
      
      239    Par ailleurs, il y a lieu de rappeler que la communication des griefs est un acte destiné à circonscrire l’objet de la procédure
         engagée contre une entreprise et à assurer l’exercice efficace des droits de la défense (voir arrêt du Tribunal du 8 octobre
         2008, Schunk et Schunk Kohlenstoff-Technik/Commission, T‑69/04, Rec. p. II‑2567, point 80, et la jurisprudence citée).
      
      240    C’est dans cette perspective que la communication des griefs est entourée des garanties procédurales appliquant le principe
         du respect des droits de la défense, parmi lesquelles figure le droit d’accès aux documents relevant du dossier de la Commission.
      
      241    Les réponses à la communication des griefs ne font pas partie du dossier d’instruction proprement dit (voir, en ce sens, arrêt
         Cimenteries CBR e.a./Commission, point 195 supra, point 380). 
      
      242    S’agissant des documents ne faisant pas partie du dossier constitué au moment de la notification de la communication des griefs,
         la Commission n’est tenue de divulguer lesdites réponses à d’autres parties concernées que s’il s’avère qu’elles contiennent
         de nouveaux éléments à charge ou à décharge. 
      
      243    De même, selon le point 27 de la communication de la Commission relative aux règles d’accès au dossier de la Commission dans
         les affaires relevant des articles 81 [CE] et 82 [CE], des articles 53, 54 et 57 de l’accord EEE et du règlement (CE) nº 139/2004
         du Conseil (JO 2005, C 325, p. 7), en règle générale, les parties n’ont pas accès aux réponses à la communication des griefs
         des autres parties concernées par l’enquête. Une partie n’a accès à ces documents que lorsqu’ils peuvent constituer de nouveaux
         éléments de preuve, qu’ils soient à charge ou à décharge, relatifs aux allégations formulées à l’égard de cette partie dans
         la communication des griefs de la Commission. 
      
      244    À cet égard, concernant, d’une part, les nouveaux éléments à charge, il est de jurisprudence constante que, si la Commission
         entend se fonder sur un élément tiré d’une réponse à une communication des griefs pour établir l’existence d’une infraction,
         les autres entreprises impliquées dans cette procédure doivent être mises en mesure de se prononcer sur un tel nouvel élément
         de preuve (arrêts du Tribunal Cimenteries CBR e.a./Commission, point 195 supra, point 386, et du 27 septembre 2006, Avebe/Commission,
         T‑314/01, Rec. p. II‑3085, point 50).
      
      245    Un document ne peut être considéré comme un document à charge que lorsqu’il est utilisé par la Commission à l’appui de la
         constatation d’une infraction commise par une entreprise. Aux fins d’établir une violation de ses droits de la défense, il
         ne suffit pas, pour l’entreprise en cause, de démontrer qu’elle n’a pas pu se prononcer au cours de la procédure administrative
         sur un document utilisé à un quelconque endroit de la décision attaquée. Il faut qu’elle démontre que la Commission a utilisé
         ce document, dans la décision attaquée, comme un élément de preuve additionnel pour retenir une infraction à laquelle l’entreprise
         aurait participé (arrêt du Tribunal du 16 décembre 2003, Nederlandse Federatieve Vereniging voor de Groothandel op Elektrotechnisch
         Gebied et Technische Unie/Commission, T‑5/00 et T‑6/00, Rec. p. II‑5761, point 35).
      
      246    En l’espèce, les requérantes soutiennent que les éléments tirés des réponses à la communication des griefs données par Bavaria
         et par Grolsch ont été utilisés par la Commission en tant que nouveaux éléments à charge. Elles font référence, à cet égard,
         aux considérants 75, 124 à 126 et 135 de la décision attaquée. 
      
      247    Tout d’abord, s’agissant du considérant 75 de la décision attaquée, il se réfère à un passage tiré de la réponse à la communication
         des griefs donnée par Bavaria indiquant qu’il était « très possible » qu’Heineken ait été représentée à la réunion du 19 juin
         1996. Or, bien que la Commission ait retenu cette citation, il n’en reste pas moins qu’elle a également indiqué que le dossier
         ne comportait aucune preuve de ce fait. Il ne ressort pas du considérant en cause qu’Heineken ait été effectivement représentée
         lors de la réunion en cause, mais uniquement que, en tout état de cause, elle a pris part à la réunion précédente et aux réunions
         qui ont suivi.
      
      248    Dans ces conditions, la citation du passage en cause, tiré de la réponse à la communication des griefs donnée par Bavaria,
         ne saurait être considérée comme l’utilisation d’un nouvel élément à charge.
      
      249    Ensuite, s’agissant des considérants 124 et 126 de la décision attaquée, concernant la réunion du 17 décembre 1997, il y a
         lieu de constater qu’il ressort clairement des considérants 117 à 121 de la décision attaquée que l’objet de cette réunion
         a été établi sur la base des éléments contenus dans le dossier d’instruction.
      
      250    À cet égard, ce n’est que dans un souci de répondre aux arguments de l’entreprise concernée que la Commission a fait référence,
         aux considérants 124 et 126 de la décision attaquée, à une interprétation alternative de ces éléments donnée par Bavaria dans
         sa réponse à la communication des griefs. Il résulte, en outre, de ces considérants que l’interprétation avancée par Bavaria
         n’a pas été considérée comme plausible et n’a pas été retenue par la Commission. 
      
      251    Enfin, s’agissant du considérant 135 de la décision attaquée, lequel résume une autre interprétation donnée par Bavaria à
         l’égard des éléments du dossier relatifs à la réunion du 12 mars 1998, il convient d’observer que ladite interprétation a
         été explicitement rejetée au considérant 136 de la décision attaquée et qu’elle n’a donc pas pu être retenue en tant qu’élément
         à charge additionnel. 
      
      252    À la lumière de ces considérations, il y a lieu de constater que les requérantes n’ont pas démontré que la Commission a utilisé
         des éléments à charge additionnels provenant des réponses données par les autres parties concernées à la communication des
         griefs. 
      
      253    Concernant, d’autre part, les nouveaux éléments à décharge, il ressort de la jurisprudence que la Commission n’est pas obligée
         de les rendre accessibles de sa propre initiative. Dans l’hypothèse où la Commission a rejeté au cours de la procédure administrative
         une demande d’une partie requérante visant à l’accès à des documents ne figurant pas dans le dossier d’instruction, une violation
         des droits de la défense ne peut être constatée que s’il est établi que la procédure administrative aurait pu aboutir à un
         résultat différent dans l’hypothèse où la partie requérante aurait eu accès aux documents en question au cours de cette procédure
         (arrêt Cimenteries CBR e.a./Commission, point 195 supra, point 383).
      
      254    En outre, les requérantes ne sauraient se prévaloir de la considération résultant de l’arrêt Aalborg Portland e.a./Commission,
         point 51 supra (point 126), selon laquelle il ne saurait appartenir à la seule Commission de déterminer les documents utiles
         à la défense de l’entreprise concernée. Ladite considération, relative aux documents relevant du dossier de la Commission,
         ne saurait s’appliquer à des réponses données par d’autres parties concernées aux griefs communiqués par la Commission.
      
      255    Dès lors, contrairement à ce que soutiennent les requérantes, le respect des droits de la défense ne saurait, en principe,
         conduire à obliger la Commission à divulguer les réponses en cause à d’autres parties, afin qu’elles puissent vérifier l’absence
         d’éventuels éléments à décharge.
      
      256    Dans la mesure où les requérantes invoquent l’existence des prétendus éléments à décharge dans des réponses non divulguées,
         il leur appartient de fournir un premier indice de l’utilité, pour leur défense, de ces documents.
      
      257    Elles doivent notamment indiquer les éléments à décharge potentiels ou fournir un indice accréditant leur existence et, partant,
         leur utilité pour les besoins de l’instance (voir, en ce sens, arrêt du Tribunal du 27 septembre 2006, Jungbunzlauer/Commission,
         T‑43/02, Rec. p. II‑3435, points 351 à 359).
      
      258    En l’espèce, les requérantes font valoir qu’il peut être déduit du considérant 476 de la décision attaquée, ainsi que de l’échange
         de lettres ayant eu lieu entre la Commission et InBev à la suite de la réponse à la communication des griefs, qu’InBev a donné
         des indications pouvant être comprises comme contestant, d’une part, la mise à exécution des accords collusoires et, d’autre
         part, l’existence ou la durée de l’infraction en cause.
      
      259    À cet égard, d’une part, s’agissant de la prétendue indication quant au défaut de mise en œuvre effective des accords collusoires
         en cause, il convient de rappeler que le fait que les autres parties concernées aient avancé, dans leurs réponse à la communication
         des griefs, en substance, les mêmes arguments que les requérantes pour faire valoir que l’entente n’a pas été mise en œuvre
         ne saurait constituer un élément à décharge (voir, en ce sens, arrêt Jungbunzlauer/Commission, point 257 supra, point 353).
      
      260    D’autre part, s’agissant du prétendu indice de la contestation de l’existence ou de la durée de l’infraction, il convient
         d’observer que, à l’appui de cet argument, les requérantes se réfèrent à la lettre du conseil d’InBev, du 21 février 2006,
         envoyée en réponse à des questions de la Commission, indiquant que « [ses] clientes n’avaient […] nullement l’intention de
         minimiser de quelque manière que ce soit leur rôle dans les faits allégués ni de contester l’existence ou la durée d’une infraction
         sur le fond ». Or, contrairement à ce que prétendent les requérantes, il ne ressort pas de cette seule précision que la réponse
         d’InBev à la communication des griefs ait pu contenir des indications susceptibles de constituer des éléments à décharge.
      
      261    Il résulte de ce qui précède que les requérantes n’ont pas révélé d’éléments à décharge susceptibles de résulter des réponses
         à la communication des griefs données par d’autres entreprises concernées et, partant, n’ont apporté aucun indice de leur
         utilité pour leur défense.
      
      262    Par conséquent, il y a lieu de rejeter le grief tiré de la prétendue présence d’éléments à décharge dans les réponses en cause.
         
      
      263    Au vu de tout ce qui précède, le premier moyen doit être rejeté comme non fondé. 
      
       Sur le deuxième moyen, tiré de la violation du principe de bonne administration, du « principe de soin » et du principe du
            contradictoire, résultant d’un prétendu défaut d’enquête soigneuse et impartiale
       Arguments des parties
      264    Les requérantes reprochent à la Commission de ne pas avoir examiné avec soin et impartialité tous les éléments pertinents
         en l’espèce et d’avoir utilisé sélectivement les éléments du dossier afin d’étayer sa thèse selon laquelle une infraction
         à l’article 81 CE a été commise. 
      
      265    En particulier, elles font valoir que la Commission a fondé la preuve à charge sur les déclarations qu’InBev a faites dans
         le cadre de sa demande de clémence, alors que celles-ci étaient vagues, contradictoires et n’étaient pas fondées exclusivement
         sur les constatations des auteurs des déclarations et comportaient ainsi, en partie, la « preuve par ouï-dire ». 
      
      266    Par ailleurs, les requérantes soutiennent que, pendant la procédure d’enquête, la Commission a violé le principe de bonne
         administration en méconnaissant leurs arguments et en rejetant, notamment, les éléments de preuve fournis par elles afin de
         démontrer que le marché de la bière néerlandais n’avait pas évolué, durant la période en cause, d’une manière indiquant l’existence
         d’accords sur les prix.
      
      267    La Commission conteste les arguments des requérantes.
      
       Appréciation du Tribunal
      268    Il ressort d’une jurisprudence constante que, parmi les garanties conférées par l’ordre juridique de l’Union dans les procédures
         administratives, figure notamment l’obligation pour l’institution compétente d’examiner, avec soin et impartialité, tous les
         éléments pertinents du cas d’espèce (arrêt de la Cour du 21 novembre 1991, Technische Universität München, C‑269/90, Rec.
         p. I‑5469, point 14).
      
      269    En l’espèce, s’agissant de l’allégation selon laquelle la Commission n’aurait pas examiné avec soin et impartialité les éléments
         de preuve, il y a lieu de rappeler que, ainsi qu’il a été déjà constaté au terme de l’examen des cinquième et sixième moyens
         ci‑dessus, la Commission a fait état de preuves suffisantes quant à l’existence d’une infraction à l’article 81 CE, en ce
         qui concerne deux composantes de l’infraction en cause (voir point 163 ci-dessus). Dans le cadre de l’examen de ces moyens,
         le Tribunal a déjà apprécié les critiques des requérantes à l’égard de l’appréciation de la déclaration d’InBev ainsi que
         des éléments visant à établir la preuve contraire apportés lors de la procédure administrative.
      
      270    En particulier, dans la mesure où les arguments des requérantes visent à remettre en cause la valeur probante de la déclaration
         d’InBev, en ce qu’elle serait vague, contradictoire et comporterait la « preuve par ouï-dire », il convient de les rejeter
         pour les motifs exposés dans le cadre de l’examen des cinquième et sixième moyens aux points 70 à 90 ci‑dessus.
      
      271    Dans ces conditions, il y lieu de considérer que l’argumentation des requérantes tirée de la prétendue absence d’une enquête
         complète, minutieuse et impartiale se confond avec les arguments examinés dans le cadre des cinquième et sixième moyens ci‑dessus
         et n’appelle pas un examen autonome.
      
      272    Par conséquent, le présent moyen ne saurait prospérer.
      
       Sur le troisième moyen, tiré de la violation de la présomption d’innocence
       Arguments des parties
      273    Les requérantes invoquent, en substance, la violation du principe de la présomption d’innocence du fait que le membre de la
         Commission chargé de la concurrence aurait déclaré, lors d’un programme télévisé néerlandais, que le « consommateur payait
         sa bière trop cher » et, ainsi, aurait préjugé de l’existence d’une entente sur le marché néerlandais de la bière.
      
      274    Les requérantes estiment donc que l’infraction a été présentée comme un fait établi bien avant la fin de la procédure administrative,
         et même avant qu’elles n’aient pu réagir à la communication des griefs. 
      
      275    En outre, la déclaration publique faite par le membre de la Commission concerné ne permettrait pas que les arguments soumis
         par les requérantes en réponse à la communication des griefs soient examinés par la Commission de manière objective et avec
         le recul nécessaire.
      
      276    La Commission conteste les arguments des requérantes. 
      
       Appréciation du Tribunal
      277    Il y a lieu de relever que l’argumentation des requérantes tirée d’une violation du principe de la présomption d’innocence
         n’est pas pertinente pour la solution du présent litige. 
      
      278    En effet, l’existence d’une infraction doit être appréciée en fonction des seuls éléments de preuve réunis par la Commission.
         Lorsque la matérialité d’une infraction est effectivement établie au terme de la procédure administrative, la preuve d’une
         manifestation prématurée par la Commission, au cours de cette procédure, de sa conviction selon laquelle ladite infraction
         existe n’est pas de nature à priver de sa réalité la preuve de l’infraction elle-même (arrêt Cimenteries CBR e.a./Commission,
         point 195 supra, point 726).
      
      279    En tout état de cause, les propos exprimés par un membre de la Commission lors d’une émission télévisée néerlandaise, mentionnant,
         dans le cadre d’exemples d’intervention de la Commission, que les consommateurs néerlandais « ont payé trop cher pour leur
         bière » à la suite du comportement des brasseries, quand bien même le choix de ces propos serait malheureux, ne sont pas de
         nature à démontrer que la Commission a préjugé sa décision.
      
      280    Il convient de relever que la Commission, en tant que collège, délibère sur la base d’un projet de décision. À cet égard,
         contrairement à ce que soutiennent les requérantes, les propos du membre de la Commission concerné mentionnant les actions
         menées par la Commission n’impliquaient aucunement que la Commission considérait la culpabilité des brasseurs comme étant
         déjà établie. 
      
      281    Étant donné que les mots choisis par le membre de la Commission concerné n’impliquaient aucune constatation quant à la culpabilité
         des requérantes, ces considérations ne sauraient être infirmées par la circonstance, invoquée par les requérantes, que les
         propos en cause aient été exprimés avant qu’elles n’aient pu réagir à la communication des griefs. Cette circonstance ne permet
         donc pas non plus de conclure que la Commission n’a pas examiné de manière objective et avec le recul nécessaire les réponses
         formulées par les requérantes à la communication des griefs.
      
      282    À la lumière de ces considérations, il y a lieu de rejeter le troisième moyen comme non fondé. 
      
       Sur le quatrième moyen, tiré de la violation du délai raisonnable
       Arguments des parties
      283    Les requérantes soutiennent que la décision attaquée doit être annulée au motif que la durée totale de la procédure, ainsi
         que celle de chacune des étapes qui la composent, a excédé largement ce qui peut être considéré comme raisonnable. Elles font
         valoir, notamment, qu’elles n’ont pas été en mesure de préparer leur défense, car, pendant la période antérieure à la réception
         de la communication des griefs, l’objet exact de l’enquête n’était pas clair. Elles soulignent également que, compte tenu
         de l’écoulement des années, le souvenir des faits reprochés par la Commission a été atténué.
      
      284    La Commission indique qu’elle a expressément reconnu, aux considérants 497 à 500 de la décision attaquée, que la longueur
         de la procédure était excessive et qu’elle a donc accordé une réduction exceptionnelle de l’amende infligée aux requérantes.
         En outre, elle fait remarquer que, bien que l’observation du délai raisonnable dans la conduite des procédures administratives
         soit reconnue par une jurisprudence constante, le dépassement de ce délai ne peut fonder l’annulation d’une décision constatant
         une infraction que lorsqu’il est établi que la violation de ce principe porte atteinte aux droits de la défense des entreprises
         concernées.
      
      285    À cet égard, la Commission soutient que la décision d’inspection du 17 mars 2000 adressée aux requérantes leur a permis, contrairement
         à ce qu’elles prétendent, de connaître la majeure partie de l’infraction ainsi que les marchés et la période sur lesquels
         celle-ci portait. Selon la Commission, cette décision faisait déjà référence à des pratiques anticoncurrentielles se rapportant
         à la fixation des prix, à la répartition des marchés et/ou à l’échange d’informations dans le secteur néerlandais de la bière,
         tant pour le marché du commerce de détail que pour le marché de l’« horeca ». L’argument des requérantes ne pourrait, non
         plus, être admissible en raison de la nature détaillée des questions qu’elle leur a adressées à partir de l’année 2001.
      
       Appréciation du Tribunal
      286    Selon une jurisprudence constante, l’observation d’un délai raisonnable dans la conduite des procédures administratives en
         matière de politique de la concurrence constitue un principe général du droit de l’Union, dont les juridictions de l’Union
         assurent le respect (arrêts de la Cour du 15 octobre 2002, Limburgse Vinyl Maatschappij e.a./Commission, C‑238/99 P, C‑244/99 P,
         C‑245/99 P, C‑247/99 P, C‑250/99 P à C‑252/99 P et C‑254/99 P, Rec. p. I‑8375, points 167 à 171, et du 21 septembre 2006,
         Technische Unie/Commission, C‑113/04 P, Rec. p. I‑8831, point 40). 
      
      287    Aux fins de l’application de ce principe, il convient d’opérer une distinction entre les deux phases de la procédure administrative,
         à savoir la phase d’instruction antérieure à la communication des griefs et celle correspondant au reste de la procédure administrative,
         chacune de celles-ci répondant à une logique interne propre (arrêt Technische Unie/Commission, point 286 supra, point 42).
         
      
      288    La première période, qui s’étend jusqu’à la communication des griefs, a pour point de départ la date à laquelle la Commission,
         faisant usage des pouvoirs que lui a conférés le législateur, prend des mesures impliquant le reproche d’avoir commis une
         infraction et doit permettre à celle-ci de prendre position sur l’orientation de la procédure. La seconde période, quant à
         elle, s’étend de la communication des griefs à l’adoption de la décision finale. Elle doit permettre à la Commission de se
         prononcer définitivement sur l’infraction reprochée (arrêt Technische Unie/Commission, point 286 supra, point 43).
      
      –       Sur la durée de la procédure administrative
      289    En l’espèce, il convient de relever, à titre liminaire, que la Commission a reconnu, au considérant 498 de la décision attaquée,
         que la durée de la procédure administrative avait été excessive et que ce fait lui était imputable.
      
      290    En effet, il y a lieu d’observer que, en ce qui concerne la première phase de la procédure administrative, c’est-à-dire celle
         qui s’étend de la signification aux requérantes de la décision d’inspection en mars 2000 jusqu’à la réception de la communication
         des griefs en août 2005, un laps de temps de 65 mois s’est écoulé.
      
      291    Les inspections au cours de l’enquête ayant été effectuées aux mois de mars et d’avril 2000, la durée d’ensemble de cette
         phase de la procédure administrative ne saurait être justifiée par le seul fait que la Commission a adressé aux parties une
         série de demandes de renseignements entre 2001 et 2005.
      
      292    Ainsi, en l’absence d’information ou de justification complémentaire de la part de la Commission quant aux actes d’enquêtes
         diligentés au cours de cette période, la durée de la première phase de la procédure doit être considérée comme excessive (voir,
         en ce sens, arrêt Nederlandse Federatieve Vereniging voor de Groothandel op Elektrotechnisch Gebied et Technische Unie/Commission,
         point 245 supra, point 77).
      
      293    La seconde phase de la procédure administrative, s’étendant de la réception de la communication des griefs à l’adoption de
         la décision attaquée en avril 2007, a duré 20 mois, excédant ainsi, en l’absence de justification complémentaire, le délai
         normalement nécessaire à l’adoption de la décision.
      
      294    Par conséquent, il y a lieu de constater que la durée de la procédure administrative en cause a été excessive et résultait
         d’une inaction imputable à la Commission, conduisant à une violation du principe du délai raisonnable.
      
      –       Sur l’incidence de la durée excessive de la procédure administrative sur la légalité de la décision attaquée
      295    Il ressort d’une jurisprudence constante que la constatation d’une violation du principe du délai raisonnable ne peut conduire
         à l’annulation d’une décision constatant une infraction que si la durée de la procédure a eu une incidence sur l’issue de
         la procédure (voir, en ce sens, arrêt Technische Unie/Commission, point 286 supra, point 48, et la jurisprudence citée). 
      
      296    En l’espèce, les requérantes soutiennent, en premier lieu, que la durée excessive de la première phase de la procédure administrative
         a porté atteinte à leurs droits de la défense, en ce qu’elles n’ont pas pu identifier avec exactitude l’objet de l’enquête
         menée par la Commission jusqu’à la réception de la communication des griefs, ce qui aurait compromis leurs possibilités de
         collecter des preuves à décharge. 
      
      297    Il y a lieu de constater, à cet égard, que les requérantes prétendent, à tort, ne pas avoir pu identifier l’objet de l’enquête
         jusqu’à la communication des griefs.
      
      298    En effet, d’une part, la décision d’inspection, adressée à Heineken NV et Heineken Holding NV le 17 mars 2000, énonçait que
         l’enquête de la Commission se rapportait à des pratiques anticoncurrentielles particulières telles que « la fixation des prix,
         la répartition des marchés et/ou l’échange d’informations dans le secteur néerlandais de la bière, tant pour le marché du
         commerce de détail que pour le marché de l’horeca ». D’autre part, les demandes de renseignements adressées à Heineken NV
         au mois d’octobre 2001 précisaient les types de réunions, les dates ainsi que les lieux faisant l’objet de l’enquête menée
         par la Commission.
      
      299    Contrairement à ce que prétendent les requérantes, ces communications leur ont permis de connaître, de façon suffisamment
         précise, l’objet de l’enquête, les infractions susceptibles d’être mises à leur charge ainsi que les segments du marché concernés
         et, partant, les ont mises en mesure d’identifier et de recueillir d’éventuelles preuves à décharge. 
      
      300    Par ailleurs, les requérantes, bien que faisant valoir un argument tiré des difficultés à collecter certaines preuves à décharge,
         indiquant que des souvenirs personnels des personnes concernées sont devenus plus vagues, ont omis d’étayer cette allégation
         par des éléments concrets et, en particulier, de préciser les employés concernés et les raisons pour lesquelles il aurait
         été crucial de faire appel à leurs souvenirs ainsi que les circonstances pour lesquelles il n’était plus possible d’obtenir
         des renseignements par d’autres moyens (voir, en ce sens, arrêt Technische Unie/Commission, point 286 supra, point 64).
      
      301    De surcroît, en vertu du devoir général de prudence qui incombe à toute entreprise ou association d’entreprises, les requérantes
         sont tenues de veiller à la bonne conservation, en leurs livres ou archives, des éléments permettant de retracer leur activité,
         afin, notamment, de disposer des preuves nécessaires dans l’hypothèse d’actions judiciaires ou administratives. Lorsque les
         requérantes ont fait l’objet de demandes de renseignements de la part de la Commission au titre de l’article 11 du règlement
         n° 17 du Conseil, du 6 février 1962, premier règlement d’application des articles [81 CE] et [82 CE] (JO 1962, 13, p. 204),
         il leur appartenait, a fortiori, d’agir avec une diligence accrue et de prendre toutes les mesures utiles afin de préserver
         les preuves dont elles pouvaient raisonnablement disposer (voir, en ce sens, arrêt Nederlandse Federatieve Vereniging voor
         de Groothandel op Elektrotechnisch Gebied et Technische Unie/Commission, point 245 supra, point 87).
      
      302    Dans ces conditions, l’allégation des requérantes selon laquelle elles n’étaient pas informées, dès le début de l’enquête,
         de l’objet de celle-ci ainsi que des éventuels griefs de la Commission, de sorte qu’elles n’étaient pas en mesure de préparer
         leur défense et de rassembler les pièces à décharge dont elles disposaient, ne peut être retenue.
      
      303    Au vu de ce qui précède, il y a lieu de constater que les requérantes n’ont pas démontré l’existence d’une atteinte à leurs
         droits de la défense résultant de la durée excessive de la procédure administrative.
      
      304    Par conséquent, le quatrième moyen doit être rejeté comme non fondé.
      
       Sur le huitième moyen, tiré de la violation de l’article 23, paragraphe 3, du règlement nº 1/2003, des lignes directrices,
            des principes d’égalité de traitement, de sécurité juridique, de proportionnalité et « du caractère raisonnable » ainsi que
            de l’obligation de motivation, concernant la détermination du montant de l’amende
       Arguments des parties
      305    Les requérantes contestent la manière dont la Commission a calculé le montant de base de l’amende en l’espèce, et notamment
         son analyse relative à la gravité de l’infraction, au traitement différencié, au coefficient multiplicateur appliqué à des
         fins de dissuasion et à la majoration au titre de la durée de l’infraction. En substance, elles considèrent que l’infraction
         n’aurait pas dû être qualifiée de très grave et que la Commission a violé son obligation de motivation en ce qu’elle n’a pas
         fourni de raisons suffisantes justifiant certaines étapes dans la fixation du montant final, dont notamment l’effet sur le
         marché. En outre, les requérantes font valoir que la Commission s’est écartée considérablement de sa pratique décisionnelle
         antérieure, notamment en ce qui concerne sa décision 2003/569/CE, du 5 décembre 2001, relative à une procédure d’application
         de l’article 81 [CE] (affaire IV/37.614/F3 PO – Interbrew et Alken-Maes, JO 2003, L 200, p. 1). Enfin, selon les requérantes,
         dans la mesure où la durée de l’infraction n’aurait pas été correctement déterminée par la Commission, une réduction du montant
         de base devrait être appliquée. 
      
      306    La Commission conteste les arguments des requérantes.
      
       Appréciation du Tribunal
      307    À titre liminaire, il convient de rappeler que, aux termes de l’article 23, paragraphe 2, du règlement nº 1/2003, la Commission
         peut, par voie de décision, infliger aux entreprises et associations d’entreprises des amendes lorsque, de propos délibéré
         ou par négligence, elles enfreignent l’article 81 CE. Selon cette même disposition, pour chaque entreprise et association
         d’entreprises participant à l’infraction, l’amende ne peut pas excéder 10 % de son chiffre d’affaires total réalisé au cours
         de l’exercice social précédent.
      
      308    Par ailleurs, il est de jurisprudence constante que la Commission bénéficie d’un large pouvoir d’appréciation pour ce qui
         est de la méthode de calcul des amendes. Cette méthode, circonscrite par les lignes directrices, comporte différents éléments
         de flexibilité permettant à la Commission d’exercer son pouvoir d’appréciation en conformité avec les dispositions du règlement
         nº 1/2003 (voir, en ce sens, arrêt de la Cour du 3 septembre 2009, Papierfabrik August Koehler/Commission, C‑322/07 P, C‑327/07 P
         et C‑338/07 P, Rec. p. I‑7191, point 112). 
      
      309    En outre, dans des domaines tels que la détermination du montant d’une amende au titre du règlement nº 1/2003, où la Commission
         dispose de cette marge d’appréciation, le contrôle de légalité opéré sur ces appréciations se limite à celui de l’absence
         d’erreur manifeste d’appréciation (voir, en ce sens, arrêt du Tribunal du 18 juillet 2005, Scandinavian Airlines System/Commission,
         T‑241/01, Rec. p. II‑2917, point 79).
      
      310    La marge d’appréciation de la Commission et les limites qu’elle y a apportées ne préjugent pas, en revanche, de l’exercice,
         par le juge de l’Union, de sa compétence de pleine juridiction (arrêt JFE Engineering e.a./Commission, point 50 supra, point
         538), qui l’habilite à supprimer, à réduire ou à majorer le montant de l’amende infligée par la Commission (voir, en ce sens,
         arrêt de la Cour du 8 février 2007, Groupe Danone/Commission, C‑3/06 P, Rec. p. I‑1331, points 60 à 62).
      
      311    Le présent moyen comporte, en substance, quatre branches, concernant, premièrement, l’appréciation de la gravité de l’infraction
         en cause, deuxièmement, l’application du traitement différencié et la détermination du montant de départ, troisièmement, la
         majoration du montant de départ au titre de l’effet dissuasif et, quatrièmement, la majoration au titre de la durée de l’infraction.
      
      312    De manière plus générale, les requérantes invoquent également un grief tiré d’une violation du principe de sécurité juridique,
         eu égard au caractère imprévisible de l’amende qui leur a été infligée par la décision attaquée. 
      
      –       Sur la première branche, concernant l’appréciation de la gravité de l’infraction
      313    En vertu de l’article 23, paragraphe 3, du règlement nº 1/2003, pour déterminer le montant de l’amende, il y a lieu de prendre
         en considération la gravité et la durée de l’infraction. 
      
      314    Selon une jurisprudence constante, la gravité d’une infraction est déterminée en tenant compte de nombreux éléments, tels
         que les circonstances particulières de l’affaire, son contexte et la portée dissuasive des amendes, à l’égard desquels la
         Commission dispose d’une marge d’appréciation (arrêts de la Cour du 28 juin 2005, Dansk Rørindustri e.a./Commission, C‑189/02 P,
         C‑202/02 P, C‑205/02 P à C‑208/02 P et C‑213/02 P, Rec. p. I‑5425, point 241, et du 24 septembre 2009, Erste Group Bank e.a./Commission,
         C‑125/07 P, C‑133/07 P, C‑135/07 P et C‑137/07 P, Rec. p. I‑8681, point 91). 
      
      315    En particulier, conformément au point 1 A, premier alinéa, des lignes directrices, l’évaluation de la gravité de l’infraction
         doit prendre en considération la nature propre de l’infraction, son impact concret sur le marché lorsqu’il est mesurable et
         l’étendue du marché géographique concerné.
      
      316    Dans le cadre de son contrôle de pleine juridiction, il incombe au Tribunal d’apprécier si le montant de l’amende infligée
         est proportionné par rapport à la gravité de l’infraction et de mettre en balance la gravité de l’infraction et les circonstances
         invoquées par les requérantes (voir, en ce sens, arrêt du Tribunal du 25 octobre 2005, Groupe Danone/Commission, T‑38/02,
         Rec. p. II‑4407, point 136).
      
      317    Les requérantes avancent trois griefs visant à remettre en cause la détermination, par la Commission, de la gravité de l’infraction.
         Premièrement, elles s’opposent à la qualification de l’infraction de très grave au regard de la nature et de l’objectif de
         la collusion. Deuxièmement, elles reprochent à la Commission de ne pas avoir examiné l’impact de l’entente sur le marché et
         d’avoir violé son obligation de motivation à cet égard. Troisièmement, elles estiment que, contrairement aux conclusions de
         la Commission, la taille géographique du marché en cause aurait dû être prise en considération comme facteur de modération
         pour la détermination de la gravité de l’infraction.
      
      318    Dans le cadre de leur premier grief, les requérantes font valoir que, dans la mesure où le comportement incriminé s’est limité
         à un échange de vues générales sur les circonstances du marché et n’a pas pris la forme d’une concertation sur un comportement
         concret, l’infraction ne peut être qualifiée que de peu grave ou de grave. Par ailleurs, elles soulignent que la Commission,
         dans la décision attaquée, a supprimé plusieurs éléments de l’infraction par rapport à la communication des griefs.
      
      319    Il convient de rappeler, à cet égard, que, aux termes du point 1 A, deuxième alinéa, troisième tiret, des lignes directrices,
         les infractions très graves correspondent pour l’essentiel, notamment, aux « restrictions horizontales de type ‘cartels de
         prix’ et de quotas de répartition des marchés ».
      
      320    Il est, en outre, de jurisprudence constante que les ententes de ce type relèvent des formes les plus graves d’atteinte à
         la concurrence, en ce qu’elles tendent, par leur propre objet, à l’élimination pure et simple de cette dernière entre les
         entreprises qui les mettent en œuvre, et contrarient, de ce fait, les objectifs fondamentaux de l’Union (voir, en ce sens,
         arrêt du 25 octobre 2005, Groupe Danone/Commission, point 316 supra, point 147, et la jurisprudence citée).
      
      321    Or, dès lors que c’est à bon droit que la Commission a constaté que les requérantes avaient participé à une infraction consistant
         en un ensemble d’accords et/ou de pratiques concertées ayant pour objet de restreindre la concurrence dans le marché commun,
         en particulier par la coordination des prix et des hausses de prix et par la répartition de la clientèle, l’argument des requérantes
         selon lequel l’infraction ne pourrait pas être considérée comme très grave ne saurait être retenu.
      
      322    La constatation effectuée au considérant 442 de la décision attaquée, selon laquelle l’infraction en l’espèce, par sa nature
         même, devrait, conformément aux lignes directrices, être qualifiée de très grave, n’est donc pas entachée d’erreur. Cette
         conclusion ne saurait être infirmée par le fait que certains éléments de l’infraction indiqués dans la communication des griefs
         n’ont pas été retenus dans la décision attaquée, dans la mesure où cette dernière expose les éléments justifiant la qualification
         de l’infraction de très grave. 
      
      323    Dans le cadre de leur deuxième grief, concernant l’impact de l’entente sur le marché, les requérantes considèrent que c’est
         à tort que la Commission a qualifié l’infraction de très grave, étant donné l’absence d’un impact sensible sur le marché.
         Elles reprochent à la Commission de ne pas avoir pris en considération les constatations en ce sens figurant dans un rapport
         économique d’experts qu’elles lui ont présenté lors de l’enquête administrative, dont les résultats auraient d’ailleurs été
         confirmés par un autre rapport d’experts, qu’elles auraient commandé à la suite de l’adoption de la décision attaquée. Elles
         soutiennent en outre que la Commission a violé son obligation de motivation, en se limitant à affirmer que l’effet de l’infraction
         n’était pas mesurable. En outre, les considérants 453 et 457 de la décision attaquée aboutiraient à la conclusion contraire.
         
      
      324    Il convient de rappeler que, si l’existence d’un impact concret de l’infraction sur le marché est un élément à prendre en
         considération pour évaluer la gravité de l’infraction, il s’agit d’un critère parmi d’autres, tels que la nature propre de
         l’infraction et l’étendue du marché géographique. De même, il ressort du point 1 A, premier alinéa, des lignes directrices
         que cet impact est à prendre en considération uniquement lorsqu’il est mesurable.
      
      325    Il convient de relever également que les ententes horizontales de prix ou de répartitions de marchés, telles que l’infraction
         en cause en l’espèce, peuvent être qualifiées d’infractions très graves sur le seul fondement de leur nature propre, sans
         que la Commission soit tenue de démontrer un impact concret de l’infraction sur le marché. L’impact concret de l’infraction
         ne constitue qu’un élément parmi d’autres qui, s’il est mesurable, peut permettre à la Commission d’augmenter le montant de
         départ de l’amende au-delà du montant minimal envisageable de 20 millions d’euros (arrêt de la Cour du 3 septembre 2009, Prym
         et Prym Consumer/Commission, C‑534/07 P, Rec. p. I‑7415, points 74 et 75).
      
      326    En l’espèce, au considérant 452 de la décision attaquée, la Commission constate :
      
      « Dans le cadre de cette procédure, il est impossible de mesurer l’effet réel, sur le marché néerlandais, de l’ensemble d’accords
         dont l’infraction se compose et la Commission ne s’appuie donc pas sur un impact particulier, conformément aux lignes directrices
         selon lesquelles l’impact concret doit être pris en compte lorsqu’il peut être mesuré […] Dès lors, la Commission ne tiendra
         pas compte de l’impact sur le marché pour déterminer les amendes applicables en l’espèce. »
      
      327    Ensuite, au considérant 455 de la décision attaquée, comportant la conclusion sur la gravité de l’infraction, la Commission
         conclut :
      
      « Compte tenu de la nature de l’infraction et du fait qu’elle a été étendue à l’ensemble du territoire des Pays-Bas, les entreprises
         destinataires de la présente décision ont commis une infraction très grave à l’article 81 [CE]. »
      
      328    Il ressort de ces passages que, afin de déterminer la gravité de l’infraction, la Commission ne s’est pas fondée sur l’impact
         de l’infraction sur le marché, mais sur la nature de l’infraction et sur l’étendue du marché géographique en cause. 
      
      329    À cet égard, il y a lieu de constater que, compte tenu de la nature de l’infraction constatée, ayant eu pour objet, notamment,
         une coordination des prix et des hausses de prix ainsi qu’une coordination occasionnelle sur la répartition de la clientèle,
         la Commission a pu légitimement ne pas prendre en considération l’impact de l’infraction sur le marché. 
      
      330    Dans ces circonstances, les requérantes ne sauraient davantage reprocher à la Commission de ne pas avoir pris en considération
         le rapport d’experts qu’elles lui ont fourni lors de la procédure administrative, à l’appui de leur argument selon lequel
         l’infraction n’a pas eu d’impact sur le marché.
      
      331    Par ailleurs, s’agissant d’un élément facultatif dans le cadre de la détermination du montant de l’amende, qui n’a d’ailleurs
         pas été pris en considération en l’espèce, les requérantes ne sauraient valablement reprocher à la Commission de ne pas avoir
         explicité les motifs de sa constatation quant au caractère non mesurable de l’impact concret de l’infraction.
      
      332    En outre, les requérantes soutiennent à tort qu’il ressort des considérants 453 et 457 de la décision attaquée que la Commission
         a, en réalité, pris en compte un effet sur le marché, dans le cadre de la détermination du montant de l’amende. 
      
      333    En effet, il résulte clairement du considérant 452 de la décision attaquée que la Commission n’a pas tenu compte de l’impact
         en cause. Cette constatation n’est nullement contredite par les motifs figurant aux considérants 453 et 457 de la décision
         attaquée invoqués par les requérantes. Ainsi, au considérant 453 de la décision attaquée, la Commission s’est bornée à évaluer
         la taille du marché en cause, sans apprécier l’impact de l’infraction sur ce marché. Au considérant 457 de la décision attaquée,
         elle s’est limitée à rappeler la nécessité d’individualiser les montants de départ, dans le cadre du traitement différencié,
         au regard du poids individuel du comportement de chaque entreprise concernée. 
      
      334    Par conséquent, le deuxième grief des requérantes n’est pas fondé.
      
      335    Par leur troisième grief, concernant la taille du marché géographique en cause, les requérantes font état de la faible superficie
         des Pays-Bas et de l’importance limitée du marché de la bière pour son économie globale. Elles soutiennent, en outre, que
         le seul fait que la part de marché totale des brasseurs concernés représentait plus de 90 % du marché néerlandais n’empêche
         pas que l’infraction soit qualifiée de peu grave ou de grave, notamment à la lumière des décisions antérieures de la Commission.
         
      
      336    Au considérant 453 de la décision attaquée, la Commission a pris en compte, aux fins de la détermination de la gravité de
         l’infraction, le fait que « [l]a part de marché totale des entreprises considérées sur le marché néerlandais dépassait les
         90 % ». La Commission a également établi que la violation concernait à la fois le secteur « horeca » et celui de la consommation
         à domicile. Ainsi, elle a conclu que « 90 % de l’ensemble du marché néerlandais de la bière faisait l’objet d’une entente ».
      
      337    À cet égard, il ressort de la jurisprudence que le territoire entier d’un État membre constitue une partie substantielle du
         marché commun (arrêt de la Cour du 9 novembre 1983, Nederlandsche Banden-Industrie-Michelin/Commission, 322/81, Rec. p. 3461,
         point 28).
      
      338    Ainsi, ayant constaté que l’infraction portait sur 90 % du marché néerlandais de la bière et qu’elle concernait chacun des
         secteurs principaux de commercialisation dans le cadre de ce marché, la Commission a pu, à juste titre, prendre en considération
         la taille du marché géographique en cause afin de qualifier l’infraction de très grave.
      
      339    De surcroît, il y a lieu de rappeler que des infractions telles que les accords ou pratiques concertées visant notamment à
         la fixation des prix et à la répartition des clients peuvent, selon la jurisprudence, emporter, sur le seul fondement de leur
         nature propre, la qualification d’infraction très grave, sans qu’il soit nécessaire que de tels comportements se caractérisent
         par une étendue géographique particulière. 
      
      340    Cette conclusion est, en outre, renforcée par le fait que, si la description indicative des infractions graves dans les lignes
         directrices mentionne qu’« il s’agi[ra] le plus souvent de restrictions horizontales ou verticales […] dont l’application
         est plus rigoureuse, dont l’impact sur le marché est plus large et qui peuvent produire leurs effets sur des zones étendues
         du marché commun », celle des infractions très graves, en revanche, ne mentionne aucune exigence d’impact concret sur le marché
         ni de production d’effets sur une zone géographique particulière (arrêt du 25 octobre 2005, Groupe Danone/Commission, point
         316 supra, point 150).
      
      341    Il en résulte que le fait que la taille du marché géographique en cause revêt une dimension nationale ne s’oppose pas, en
         tout état de cause, à la qualification de très grave de l’infraction commise en l’espèce.
      
      342    Cette solution s’impose a fortiori pour ce qui est de l’importance prétendument limitée du marché de la bière pour l’économie
         des Pays-Bas, la taille du marché de produit concerné n’étant en principe pas un élément devant obligatoirement être pris
         en compte, mais seulement un élément pertinent parmi d’autres pour apprécier la gravité de l’infraction et fixer le montant
         de l’amende (voir, en ce sens, arrêt de la Cour du 25 janvier 2007, Dalmine/Commission, C‑407/04 P, Rec. p. I‑829, point 132).
      
      343    À la lumière de l’ensemble de ces considérations, le troisième grief ainsi que la première branche du présent moyen dans son
         ensemble ne sauraient être accueillis.
      
      –       Sur la deuxième branche, concernant la détermination du montant de départ et l’application du traitement différencié
      344    Les requérantes contestent le montant de départ de l’amende qui leur a été infligée, en premier lieu, en invoquant une violation
         du principe d’égalité de traitement au regard de la pratique décisionnelle de la Commission et, en particulier, au regard
         des amendes imposées aux brasseurs belges dans la décision 2003/569/CE. Invoquant la violation du même principe, elles se
         réfèrent également à certaines décisions de la Commission relatives aux infractions concernant le marché d’un seul État membre,
         lesquelles auraient abouti à la qualification de l’infraction de « grave » ou à la fixation de montants de départ moins élevés
         que ceux fixés en l’espèce.
      
      345    À titre liminaire, il convient de souligner, d’une part, que la pratique décisionnelle antérieure de la Commission ne sert
         pas de cadre juridique aux amendes en matière de concurrence (arrêt du Tribunal du 30 septembre 2003, Michelin/Commission,
         T‑203/01, Rec. p. II‑4071, point 292) et, d’autre part, que la Commission dispose, dans le cadre du règlement nº 17 et du
         règlement n° 1/2003, d’une marge d’appréciation dans la fixation du montant des amendes afin d’orienter le comportement des
         entreprises dans le sens du respect des règles de concurrence (arrêt du Tribunal du 29 avril 2004, Tokai Carbon e.a./Commission,
         T‑236/01, T‑239/01, T‑244/01 à T‑246/01, T‑251/01 et T‑252/01, Rec. p. II‑1181, point 216) et de pouvoir à tout moment adapter
         le niveau des amendes aux besoins de cette politique (arrêt Dansk Rørindustri e.a./Commission, point 314 supra, point 169).
      
      346    En l’espèce, la détermination du montant de l’amende infligée aux requérantes a été effectuée, conformément à l’article 23,
         paragraphe 3, du règlement n° 1/2003, au regard de la gravité et de la durée de l’infraction en cause. À cet égard, les requérantes
         ne sauraient tirer un argument valable du seul fait que, dans sa pratique décisionnelle antérieure, la Commission a sanctionné
         des comportements similaires en imposant des amendes inférieures à celles qui leur ont été infligées en l’espèce.
      
      347    Dans ces conditions, les requérantes ne sauraient pas non plus se prévaloir d’une violation du principe d’égalité de traitement.
         En effet, la Cour a itérativement jugé que la pratique décisionnelle antérieure de la Commission ne sert pas de cadre juridique
         aux amendes en matière de concurrence et que des décisions concernant d’autres affaires ne revêtent qu’un caractère indicatif
         en ce qui concerne l’existence éventuelle d’une discrimination, étant donné qu’il est peu vraisemblable que les circonstances
         propres à celles-ci, telles que les marchés, les produits, les entreprises et les périodes concernés, soient identiques (voir
         arrêt Erste Group Bank e.a./Commission, point 314 supra, point 233, et la jurisprudence citée).
      
      348    À cet égard, s’agissant de l’argumentation des requérantes invoquant la qualification de l’infraction et le niveau des amendes
         imposées par les décisions relatives à certaines infractions se limitant au marché d’un État membre, il convient de relever
         que, hormis cette dernière circonstance, les requérantes n’arguent pas de l’identité des infractions invoquées, en ce qui
         concerne notamment les produits, les entreprises et les périodes concernés. Cette argumentation ne saurait donc suffire à
         établir le prétendu traitement discriminatoire. 
      
      349    S’agissant de la décision 2003/569/CE, les requérantes invoquent la violation du principe d’égalité de traitement, en s’appuyant
         sur le fait que les amendes infligées aux brasseurs belges impliqués ont été significativement moins élevées que celles infligées
         par la décision attaquée, alors que ni la nature des infractions ni les conditions des marchés concernés ne présentent de
         différences justifiant cet écart.
      
      350    Il y a lieu de rappeler, à cet égard, que la Commission apprécie la gravité des infractions en fonction de nombreux éléments
         qui ne procèdent pas d’une liste contraignante ou exhaustive de critères à prendre en compte et que, en outre, elle n’est
         pas tenue d’appliquer une formule mathématique précise, qu’il s’agisse du montant total de l’amende infligée ou de sa décomposition
         en différents éléments (voir arrêt du Tribunal du 13 janvier 2004, JCB Service/Commission, T‑67/01, Rec. p. II‑49, points
         187 et 188, et la jurisprudence citée).
      
      351    Dans ces conditions, la comparaison directe des amendes imposées aux destinataires des deux décisions relatives à des infractions
         distinctes risque de dénaturer les fonctions spécifiques que remplissent les différentes étapes du calcul d’une amende. En
         effet, les montants finaux des amendes reflètent des circonstances spécifiques particulières à chaque entente ainsi que les
         évaluations propres au cas d’espèce.
      
      352    Il résulte de tout ce qui précède que, en ce qui concerne le niveau des amendes imposées, la situation des requérantes ne
         saurait être comparée à celle des entreprises concernées par les décisions antérieures invoquées.
      
      353    Au vu de ces considérations, il y a lieu de rejeter le grief tiré de la violation du principe d’égalité de traitement au regard
         de la pratique décisionnelle antérieure de la Commission. 
      
      354    En second lieu, les requérantes soutiennent que la Commission a appliqué un traitement différencié en partant de prémisses
         erronées, en violation des principes du « caractère raisonnable », d’égalité de traitement et de proportionnalité, et n’a
         pas suffisamment motivé sa décision à cet égard.
      
      355    À cet égard, d’une part, les requérantes prétendent, à tort, que la Commission aurait appliqué le traitement différencié sur
         la base de l’impact réel de l’infraction sur le marché, en contradiction avec la conclusion, figurant au considérant 452 de
         la décision attaquée, selon laquelle ledit impact n’a pas été pris en compte.
      
      356    En effet, l’argument des requérantes procède d’une lecture erronée du considérant 457 de la décision attaquée, lequel se borne
         à rappeler la considération exprimée au point 1 A, sixième alinéa, des lignes directrices, selon laquelle, pour une infraction
         d’une gravité donnée, il peut convenir, dans les cas impliquant plusieurs entreprises comme les cartels, de pondérer le montant
         de départ général pour établir un montant de départ spécifique tenant compte du poids spécifique, et donc de l’impact réel,
         du comportement infractionnel de chaque entreprise sur la concurrence, notamment lorsqu’il existe une disparité considérable
         dans la dimension des entreprises auteurs d’une infraction de même nature.
      
      357    Contrairement à ce que prétendent les requérantes, la prise en compte du « poids spécifique, et donc de l’impact réel, du
         comportement infractionnel de chaque entreprise sur la concurrence » concerne la répartition des membres d’une entente en
         catégories, au regard de leur dimension sur le marché au cours d’une période de référence, et n’implique pas la prise en compte
         de l’impact sur le marché de l’infraction prise dans son ensemble.
      
      358    Contrairement à ce qu’indiquent les requérantes, l’application du traitement différencié sur la base de cette disposition
         ne nécessite pas la prise en considération d’un impact réel de l’infraction sur le marché et, dès lors, n’implique pas que
         la Commission ait constaté que l’infraction en cause a eu un tel impact.
      
      359    D’autre part, en invoquant la violation des principes du « caractère raisonnable » et d’égalité de traitement, au regard du
         fait qu’InBev a obtenu une immunité de l’amende, les requérantes se bornent à avancer l’argumentation, déjà rejetée aux points
         70 à 90 ci-dessus, tirée du prétendu caractère vague et contradictoire de la déclaration d’InBev.
      
      360    S’agissant de la prétendue insuffisance de motivation relative à l’application du traitement différencié, il y a lieu de relever
         que les exigences de la formalité substantielle que constitue l’obligation de motivation du mode de calcul de l’amende sont,
         selon une jurisprudence constante, satisfaites lorsque la Commission indique, dans sa décision, les éléments d’appréciation
         qui lui ont permis de mesurer la gravité et la durée de l’infraction (voir arrêt Limburgse Vinyl Maatschappij e.a./Commission,
         point 286 supra, point 463, et la jurisprudence citée).
      
      361    En l’espèce, il ressort du considérant 458 de la décision attaquée que, aux fins d’établir le montant de départ spécifique
         correspondant aux requérantes, la Commission s’est référée aux ventes de bière qu’elles ont réalisées aux Pays-Bas durant
         la dernière année civile complète de l’infraction, à savoir l’année 1998. Les requérantes ont été classées dans la première
         catégorie en termes d’importance relative sur le marché, au motif que les ventes de bière qu’elles ont réalisées étaient largement
         supérieures à celles des autres brasseurs. 
      
      362    Dans la mesure où la Commission a indiqué le chiffre des ventes réalisées par les requérantes en 1998 comme motif de leur
         inclusion dans la première catégorie, l’allégation des requérantes tirée de la violation de l’obligation de motivation ne
         saurait être accueillie. À cet égard, les considérations exposées en particulier au considérant 458 de la décision attaquée
         sont suffisantes pour permettre aux requérantes de prendre connaissance des motifs de la décision attaquée à cet égard et
         au Tribunal de disposer des éléments suffisants pour exercer son contrôle (voir, en ce sens, arrêt de la Cour du 22 mai 2008,
         Evonik Degussa/Commission et Conseil, C‑266/06 P, non publié au Recueil, point 103).
      
      363    Enfin, il convient de relever que l’approche suivie par la Commission à cet égard est tout à fait compatible avec les critères
         établis par les lignes directrices et par la jurisprudence précitée, en ce que les chiffres des ventes des entreprises ayant
         participé à l’infraction, durant une période de référence, constituent une indication utile de leur poids individuel sur le
         marché. Partant, la détermination du montant de départ résultant de cette approche ne saurait en tant que telle conduire à
         la violation du principe de proportionnalité.
      
      364    Au vu de ce qui précède, il y a lieu de conclure que la Commission n’a pas violé les principes invoqués par les requérantes
         en déterminant le montant de départ et en appliquant le traitement différencié, et n’a pas méconnu son obligation de motivation
         à cet égard.
      
      365    La deuxième branche du présent moyen doit, par conséquent, être rejetée.
      
      –       Sur la troisième branche, concernant la majoration au titre de l’effet dissuasif
      366    Les requérantes soutiennent que, en appliquant le coefficient multiplicateur en cause, la Commission a violé les principes
         d’égalité de traitement, de proportionnalité et de sécurité juridique.
      
      367    Il convient de rappeler que, en vue de déterminer le montant de l’amende, la Commission doit veiller à son caractère dissuasif
         (arrêts de la Cour du 7 juin 1983, Musique Diffusion française e.a./Commission, 100/80 à 103/80, Rec. p. 1825, point 106,
         et arrêt du Tribunal du 27 septembre 2006, Archer Daniels Midland/Commission, T‑329/01, Rec. p. II‑3255, point 63).
      
      368    À cet égard, la Commission peut notamment prendre en considération la taille et la puissance économique de l’entreprise en
         cause (voir, en ce sens, arrêts Musique Diffusion française e.a./Commission, point 367 supra, point 120, et Dansk Rørindustri
         e.a./Commission, point 314 supra, point 243).
      
      369    De même, le point 1 A, quatrième alinéa, des lignes directrices prévoit qu’il est nécessaire de prendre en considération la
         capacité économique effective des auteurs de l’infraction à créer un dommage important aux autres opérateurs, notamment aux
         consommateurs, et de déterminer le montant de l’amende à un niveau qui lui assure un caractère suffisamment dissuasif. 
      
      370    En l’espèce, en conformité avec ces considérations, la Commission a indiqué qu’il convenait de fixer le montant des amendes
         à un niveau garantissant un effet dissuasif suffisant, compte tenu de la taille de chaque entreprise (considérant 463 de la
         décision attaquée). 
      
      371    Au même considérant, la Commission a retenu l’application d’un coefficient multiplicateur de 2,5 au montant de départ s’agissant
         des requérantes, eu égard à la taille importante d’Heineken, résultant de son chiffre d’affaires mondial considérable au cours
         de l’exercice financier le plus récent précédant la date d’adoption de la décision attaquée, pour lequel les données étaient
         disponibles.
      
      372    À cet égard, concernant l’allégation des requérantes relative aux multiplicateurs appliqués dans des décisions antérieures
         de la Commission, il convient de rappeler que la Commission dispose d’une marge d’appréciation dans la fixation du montant
         des amendes afin d’orienter le comportement des entreprises dans le sens du respect des règles de concurrence. Le fait que
         la Commission ait appliqué, dans le passé, des amendes d’un certain niveau à certains types d’infractions ne saurait donc
         la priver de la possibilité d’élever, à tout moment, ce niveau pour assurer la mise en œuvre de la politique de concurrence
         et pour renforcer l’effet dissuasif des amendes (voir arrêt du Tribunal du 8 octobre 2008, SGL Carbon/Commission, T‑68/04,
         Rec. p. II‑2511, point 49, et la jurisprudence citée). 
      
      373    Dès lors, le fait que, dans sa pratique décisionnelle antérieure, la Commission ait appliqué des multiplicateurs moins élevés
         à l’égard d’entreprises d’une taille comparable à celle d’Heineken ne saurait conduire ni au caractère disproportionné et
         discriminatoire de la majoration en cause, ni à la violation du principe de sécurité juridique.
      
      374    S’agissant de la prétendue violation de l’obligation de motivation, il convient de constater que, en faisant référence, d’une
         part, à la nécessité de fixer le montant des amendes à un niveau garantissant un effet dissuasif suffisant et, d’autre part,
         à la taille importante d’Heineken, résultant de son chiffre d’affaires mondial considérable (considérant 463 de la décision
         attaquée), la Commission a exposé, à suffisance de droit, les éléments pris en considération pour augmenter, à des fins de
         dissuasion, le montant de départ à l’égard des requérantes, leur permettant ainsi de connaître la justification de cette augmentation,
         effectuée au regard de leur situation particulière, et de faire valoir leurs droits ainsi qu’au juge d’exercer son contrôle.
      
      375    En effet, dans le cadre de l’exposé des motifs justifiant le niveau de l’amende, la Commission n’est pas tenue d’indiquer
         les éléments chiffrés qui ont guidé, notamment quant à l’effet dissuasif recherché, l’exercice de son pouvoir d’appréciation
         (voir, en ce sens, arrêt de la Cour du 16 novembre 2000, Cascades/Commission, C‑279/98 P, Rec. p. I‑9693, points 39 à 48,
         et arrêt du Tribunal du 27 septembre 2006, Akzo Nobel/Commission, T‑330/01, Rec. p. II‑3389, point 125). 
      
      376    Par ailleurs, s’agissant de l’appréciation opérée, à juste titre, au regard de la taille et de la puissance économique de
         l’entreprise en cause, les requérantes soutiennent, à tort, que, en déterminant le multiplicateur en cause, la Commission
         aurait été tenue de prendre en compte d’autres circonstances, telles que la nature de l’infraction, la prétendue absence de
         son impact sur le marché, le fait qu’il avait déjà été mis fin à l’infraction avant le début de l’enquête ou que la procédure
         administrative ait été d’une durée excessive.
      
      377    Au vu de ce qui précède, il y a lieu de rejeter la troisième branche du présent moyen.
      
      –       Sur la quatrième branche, concernant la majoration au titre de la durée de l’infraction
      378    Au considérant 466 de la décision attaquée, la Commission constate qu’Heineken a participé à l’infraction au moins entre le
         27 février 1996 et le 3 novembre 1999, à savoir pendant une période de trois ans et huit mois. Par conséquent, le montant
         de départ de l’amende a été majoré, à l’égard des requérantes, de 35 %, à savoir 10 % pour chaque année complète d’infraction
         et 5 % pour la période restante de six mois ou plus.
      
      379    Les requérantes remettent en cause cette appréciation en contestant les constatations de la Commission relatives aux dates
         de début et de fin de l’infraction en cause. 
      
      380    Il y a lieu de relever que, ainsi qu’il a déjà été constaté dans le cadre de l’examen du septième moyen aux points 210 à 229
         ci-dessus, c’est à bon droit que la Commission a déterminé que la durée de l’infraction, concernant les requérantes, correspondait
         à la période entre le 27 février 1996 et le 3 novembre 1999. À cet égard, la majoration de 35 % opérée par la Commission sur
         le montant de départ de l’amende ne saurait être remise en cause. 
      
      381    Dès lors, la quatrième branche concernant la durée de l’infraction ne saurait prospérer.
      
      –       Sur la prétendue violation du principe de sécurité juridique
      382    Les requérantes font valoir que le montant de l’amende tel que déterminé par la Commission n’était pas prévisible, même approximativement.
      
      383    Il y a lieu de rappeler que la sécurité juridique constitue un principe général du droit de l’Union qui exige notamment qu’une
         réglementation entraînant des conséquences défavorables à l’égard de particuliers soit claire et précise et son application
         prévisible pour les justiciables (voir arrêt du Tribunal du 5 avril 2006, Degussa/Commission, T‑279/02, Rec. p. II‑897, point
         66, et la jurisprudence citée).
      
      384    Ce principe a pour corollaire le principe de légalité des délits et des peines, qui exige que la loi définisse clairement
         les infractions et les peines qui les répriment (arrêt Evonik Degussa/Commission et Conseil, point 362 supra, point 39). 
      
      385    Il importe de rappeler à cet égard que, si l’article 23, paragraphes 2 et 3, du règlement nº 1/2003 laisse à la Commission
         une large marge d’appréciation, il en limite néanmoins l’exercice en instaurant des critères objectifs auxquels celle-ci doit
         se tenir. Ainsi, d’une part, le montant de l’amende susceptible d’être imposée connaît un plafond chiffrable et absolu, de
         sorte que le montant maximal de l’amende pouvant être infligée à une entreprise donnée est déterminable à l’avance. D’autre
         part, l’exercice de ce pouvoir d’appréciation est également limité par les règles que la Commission s’est elle-même imposées
         dans les lignes directrices, la pratique administrative de la Commission étant d’ailleurs soumise à l’entier contrôle du juge
         de l’Union. Un opérateur avisé peut ainsi, en s’entourant au besoin des services d’un conseil juridique, prévoir de manière
         suffisamment précise la méthode de calcul et l’ordre de grandeur des amendes qu’il encourt pour un comportement donné, et
         le fait que cet opérateur ne puisse, à l’avance, connaître avec précision le niveau des amendes que la Commission infligera
         dans chaque espèce ne saurait constituer une violation du principe de légalité des peines (voir, en ce sens, arrêt Evonik
         Degussa/Commission et Conseil, point 362 supra, points 50 à 55).
      
      386    En outre, les entreprises impliquées dans une procédure administrative pouvant donner lieu à une amende doivent tenir compte
         de la possibilité que, à tout moment, la Commission décide d’élever le niveau du montant des amendes par rapport à celui appliqué
         dans le passé (arrêt Dansk Rørindustri e.a./Commission, point 314 supra, points 229 et 230). Le fait que la Commission puisse
         à tout moment revoir le niveau général des amendes dans le contexte de la mise en œuvre d’une autre politique de concurrence
         est donc raisonnablement prévisible pour les entreprises concernées (voir, en ce sens, arrêt Archer Daniels Midland/Commission,
         point 367 supra, point 48).
      
      387    Ces considérations s’appliquent, à plus forte raison, en l’espèce, s’agissant d’une infraction très grave par sa nature, constituée
         de comportements dont l’illégalité a été affirmée par la Commission à maintes reprises.
      
      388    Ainsi, même si les requérantes n’étaient pas en mesure, à l’avance, de connaître avec précision le niveau des amendes que
         la Commission retiendrait dans le cas d’espèce, compte tenu notamment de l’augmentation du niveau général des amendes intervenue
         postérieurement aux faits infractionnels, cette circonstance n’est pas indicative d’une violation des principes de sécurité
         juridique et de légalité des peines, dans la mesure où, ainsi qu’il a été constaté dans le cadre de l’examen du présent moyen,
         la Commission a exercé son pouvoir d’appréciation en respectant tant le cadre réglementaire tracé par l’article 23, paragraphes
         2 et 3, du règlement nº 1/2003, tel que précisé par la jurisprudence de la Cour et du Tribunal, que les règles de conduite
         qu’elle s’est elle-même imposées dans les lignes directrices.
      
      389    Le présent grief ainsi que le huitième moyen dans son ensemble doivent, par conséquent, être rejetés comme non fondés. 
      
       Sur le neuvième moyen, concernant l’absence de prise en considération de circonstances atténuantes 
       Arguments des parties
      390    En premier lieu, les requérantes soutiennent que le fait que la date de cessation de l’infraction a été fixée au 3 novembre
         1999, alors que les vérifications effectuées par la Commission n’ont eu lieu que les 22 et 23 mars 2000, aurait dû être pris
         en considération par la Commission afin de modérer le montant de base de l’amende.
      
      391    En second lieu, elles font valoir qu’elles n’ont jamais augmenté leur prix dans le secteur de la consommation à domicile pendant
         la période d’infraction. Ainsi, la coordination incriminée n’aurait jamais été mise en œuvre. Étant donné qu’environ 62 %
         de la bière est vendue par le canal de la consommation à domicile, l’absence de mise à exécution serait établie pour la plus
         grande partie de leurs ventes. En outre, la complexité et l’opacité de la structure du secteur « horeca » rendraient impossible
         la réalisation d’un véritable accord ou d’une véritable concertation restrictive de la concurrence. 
      
      392    La Commission conteste les arguments des requérantes.
      
       Appréciation du Tribunal
      393    Dans le cadre du présent moyen, les requérantes soutiennent, en substance, que la Commission a violé les lignes directrices
         en ce qu’elle n’a pas suffisamment tenu compte des circonstances atténuantes tirées, premièrement, de la cessation de l’infraction
         avant ses premières interventions et, deuxièmement, de la non‑application effective des accords illicites en cause.
      
      394    En premier lieu, s’agissant de la première circonstance invoquée, il convient de rappeler que, conformément au point 3 des
         lignes directrices, le montant de base de l’amende fixé par la Commission est diminué, notamment, lorsque l’entreprise incriminée
         cesse l’infraction dès les premières interventions de la Commission.
      
      395    L’octroi d’une telle diminution du montant de base de l’amende est lié aux circonstances de l’espèce, qui peuvent amener la
         Commission à ne pas l’accorder à une entreprise partie à un accord illicite. Notamment, reconnaître le bénéfice d’une circonstance
         atténuante dans des situations dans lesquelles une entreprise est partie à un accord manifestement illégal, dont elle savait
         ou ne pouvait ignorer qu’il constituait une infraction, pourrait inciter les entreprises à poursuivre un accord secret aussi
         longtemps que possible, dans l’espoir que leur comportement ne soit jamais découvert, tout en sachant que, s’il venait à être
         découvert, elles pourraient voir l’amende réduite en interrompant alors l’infraction. Une telle reconnaissance ôterait tout
         effet dissuasif à l’amende infligée et porterait atteinte à l’effet utile de l’article 81, paragraphe 1, CE (arrêt de la Cour
         du 9 juillet 2009, Archer Daniels Midland/Commission, C‑511/06 P, Rec. p. I‑5843, points 104 et 105).
      
      396    Il s’agit, en effet, d’une circonstance atténuante qui, compte tenu de l’effet utile de l’article 81, paragraphe 1, CE, doit
         être interprétée restrictivement, seules les circonstances particulières du cas d’espèce pouvant justifier sa prise en compte
         (arrêt du Tribunal du 27 septembre 2006, Archer Daniels Midland/Commission, T‑59/02, Rec. p. II‑3627, points 337 et 338).
      
      397    En particulier, la cessation d’une infraction commise de propos délibéré ne saurait être considérée comme une circonstance
         atténuante lorsqu’elle a été déterminée par l’intervention de la Commission (voir arrêt du 27 septembre 2006, Archer Daniels
         Midland/Commission, T‑59/02, point 396 supra, point 341, et la jurisprudence citée).
      
      398    C’est donc sur la base d’une prémisse erronée que les requérantes avancent un argument a fortiori, indiquant que la circonstance
         atténuante en cause doit être, à plus forte raison, accordée dans le cas de la cessation de l’infraction avant les premières
         interventions de la Commission.
      
      399    En outre, même à supposer que ces considérations ne s’appliquent pas avec la même force dans le cas d’une cessation de l’infraction
         intervenue à l’initiative du contrevenant avant les premières interventions de la Commission, il n’en reste pas moins que
         l’octroi du bénéfice de la circonstance atténuante en cause ne saurait, en principe, être approprié au regard des comportements
         commis de propos délibéré dont l’illégalité a été affirmée par la Commission à maintes reprises.
      
      400    Dès lors, la Commission a pu relever, à bon droit, au considérant 475 de la décision attaquée, que, s’agissant en l’espèce
         d’une infraction très grave par sa nature et manifestement illégale, le fait qu’une entreprise mette fin au comportement incriminé
         avant toute intervention de la Commission ne mérite pas d’être pris en compte au titre des circonstances atténuantes.
      
      401    Par ailleurs, si les requérantes font valoir que la Commission a fait preuve, dans le passé, d’une position différente concernant
         la circonstance atténuante en cause, il y a lieu de rappeler que, conformément à une jurisprudence constante, le seul fait
         que la Commission a considéré, dans sa pratique décisionnelle antérieure, que certains éléments constituaient des circonstances
         atténuantes aux fins de la détermination du montant de l’amende ne signifie pas qu’elle soit obligée de porter la même appréciation
         dans une décision ultérieure (arrêt du 25 octobre 2005, Groupe Danone/Commission, point 316 supra, point 395).
      
      402    Au vu de ces considérations, l’argumentation des requérantes tendant à la reconnaissance comme circonstance atténuante de
         la cessation de leur comportement infractionnel avant les premières interventions de la Commission ne saurait être accueillie.
      
      403    En second lieu, s’agissant de la prétendue circonstance atténuante tirée de la non-application effective des accords, il importe
         de vérifier si les circonstances avancées par les requérantes sont de nature à établir que, pendant la période au cours de
         laquelle elles ont adhéré aux accords infractionnels, elles se sont effectivement soustraites à leur application en adoptant
         un comportement concurrentiel sur le marché ou, à tout le moins, qu’elles ont clairement et de manière considérable enfreint
         les obligations visant à mettre en oeuvre cette entente, au point d’en avoir perturbé le fonctionnement même (voir, en ce
         sens, arrêt du Tribunal du 15 mars 2006, Daiichi Pharmaceutical/Commission, T‑26/02, Rec. p. II‑713, point 113).
      
      404    À cet égard, la Commission a relevé, au considérant 477 de la décision attaquée, qu’aucun participant n’avait démontré s’être
         soustrait à l’application des accords en cause, l’absence occasionnelle de mise à exécution ne s’étant pas traduite par un
         « rejet complet et total des accords conclus ».
      
      405    Les requérantes critiquent ces considérations, en indiquant que, dans le segment de la consommation à domicile, Heineken n’a
         jamais augmenté ses prix pendant la période d’infraction et que, s’agissant du secteur « horeca », la structure du marché
         est tellement complexe qu’il était impossible d’aboutir à un véritable accord et, a fortiori, de le mettre à exécution. 
      
      406    Elles s’appuient, à cet égard, sur les rapports économiques joints à la requête, dont il résulterait notamment que leurs prix
         dans le segment de la consommation à domicile n’ont pas augmenté durant la période infractionnelle, que ledit secteur se caractérisait
         par une concurrence entre les brasseurs, des déplacements considérables dans les parts de marché, un fort pouvoir d’achat
         chez les acheteurs et une augmentation du volume des ristournes, et que, s’agissant du secteur « horeca », leurs prix n’ont
         pas augmenté en 1996 et en 1997, le total des augmentations de prix dans ce secteur durant l’infraction étant d’ailleurs inférieur
         à la moyenne des augmentations de prix à long terme et la structure du marché ayant conduit à une concurrence pour les emplacements
         « horeca » nouveaux et « libérés », avec des déplacements considérables dans les parts de marché entre les brasseurs.
      
      407    En outre, elles reprochent à la Commission de ne pas avoir examiné les données correctes, en ce qui concerne les prix, et,
         notamment, de ne pas avoir apprécié la non‑application des accords pour chaque entreprise considérée individuellement.
      
      408    La Commission nie avoir constaté dans la décision attaquée que la collusion en cause a conduit à des hausses de prix effectives.
         Elle considère que le fait que la participation des requérantes à la coordination des prix a été établie suffit pour rejeter
         leur argument tiré de la non-application des arrangements en cause.
      
      409    Il convient d’observer que cet argument de la Commission ne saurait être retenu. En effet, bien que la seule circonstance
         qu’une entreprise ne donne pas suite aux arrangements illicites ne soit pas de nature à écarter sa responsabilité, il s’agit
         néanmoins d’une circonstance devant être prise en compte, en tant que circonstance atténuante, dans le cadre de la détermination
         du montant de l’amende.
      
      410    Néanmoins, en l’espèce, il y a lieu de retenir que, ainsi qu’il ressort des considérants 349 à 354 de la décision attaquée
         et ainsi qu’il a été confirmé dans le cadre de l’examen des cinquième et sixième moyens ci-dessus, l’infraction en cause a
         consisté en une entente complexe mise en œuvre par des accords et par des pratiques concertées s’inscrivant dans un plan commun
         du cartel appliqué pendant une longue période et ayant pour objectif le maintien du statu quo et la minimisation de la concurrence.
         Ses participants ont coordonné les prix et les hausses de prix de la bière aux Pays-Bas, notamment dans le segment de l’« horeca »,
         en limitant les réductions, dans le segment de la consommation à domicile, ainsi que les prix de la bière vendue sous marque
         de distributeur. La collusion a également comporté des concertations sur la répartition de la clientèle, tant du segment « horeca »
         que, en ce qui concerne la bière vendue sous marque de distributeur, du segment de la consommation à domicile. Les participants
         ont renforcé leur position vis-à-vis de leurs clients, à savoir les supermarchés dans le segment de la consommation à domicile
         et les points de vente dans le segment « horeca », en se consultant régulièrement et étroitement et en menant des négociations
         sur tous les aspects sensibles des paramètres de concurrence, en vue d’obtenir des hausses de prix ou du moins la stabilité
         des prix ainsi que de limiter le nombre et les effets des changements de brasseur effectués par les clients dans le segment
         de la consommation à domicile.
      
      411    Compte tenu de l’existence de ce plan global, s’étant manifesté dans le cadre des réunions tenues secrètement, de propos délibéré,
         au cours d’une période considérable, les éléments présentés par les requérantes, tendant principalement à établir l’absence
         de hausses effectives des prix, ne suffisent pas à démontrer qu’elles se sont soustraites à l’application de l’ensemble de
         ces arrangements en cause ou, à tout le moins, qu’elles ont enfreint clairement et de manière considérable les obligations
         visant à les mettre en œuvre, au point d’avoir perturbé le fonctionnement même de l’entente.
      
      412    S’agissant des prétendus indices du comportement concurrentiel dans les secteurs concernés, résultant des analyses économiques
         jointes à la requête, à savoir des déplacements dans les parts de marché, l’augmentation du volume des ristournes ainsi que
         les circonstances particulières caractérisant la structure du marché dans le secteur « horeca », à savoir l’existence de contrats
         de longue durée, il convient de relever que, même à supposer qu’ils soient établis, ces faits ne constituent pas des indices
         concrets des agissements concurrentiels susceptibles de perturber le fonctionnement même des arrangements collusoires décrits
         au point 410 ci-dessus et, partant, ne contredisent pas, en tant que tels, la mise en œuvre de l’entente en cause.
      
      413    Enfin, dans la mesure où les requérantes se réfèrent à certaines indications quant à l’absence de mise en œuvre des accords
         en cause exprimées dans les déclarations de certains directeurs d’InBev, il suffit d’observer que ces indications se limitent
         à de simples allégations ne suffisant pas, en elles-mêmes, à démontrer que l’entente n’a pas été mise en œuvre ou que son
         fonctionnement a été perturbé.
      
      414    Eu égard à ces considérations, il y a lieu de relever que les requérantes n’ont pas établi l’existence de circonstances susceptibles
         de justifier l’octroi du bénéfice de la circonstance atténuante tirée de la non-application des arrangements collusoires en
         cause.
      
      415    Par conséquent, il convient de rejeter le neuvième moyen.
      
       Sur le dixième moyen, tiré de l’incidence de la durée excessive de la procédure administrative sur le montant de l’amende
            
       Arguments des parties
      416    Les requérantes font valoir que la durée excessive de la procédure administrative a conduit à la fixation d’une amende plus
         élevée, procédant directement de l’augmentation du niveau des amendes infligées par la Commission par rapport à des périodes
         antérieures. Elles font notamment remarquer que, si une décision avait été prise dans un délai raisonnable, le montant de
         l’amende aurait été moins élevé. 
      
      417    La Commission conteste les arguments des requérantes.
      
       Appréciation du Tribunal
      418    Il ressort d’une jurisprudence constante que le fait que la Commission a appliqué, dans le passé, des amendes d’un certain
         niveau à certains types d’infractions ne saurait la priver de la possibilité d’élever ce niveau dans les limites indiquées
         dans le règlement n° 1/2003, si cela est nécessaire pour assurer la mise en œuvre de la politique de concurrence, mais que,
         au contraire, l’application efficace des règles de concurrence exige que la Commission puisse, à tout moment, adapter le niveau
         des amendes aux besoins de cette politique (arrêts Musique Diffusion française e.a./Commission, point 367 supra, point 109,
         et Dansk Rørindustri e.a./Commission, point 314 supra, point 169).
      
      419    Compte tenu de cette jurisprudence, un requérant ne saurait valablement soutenir que sa sanction aurait pu être moins élevée
         si la Commission avait mis fin à la procédure administrative plus tôt, étant donné qu’elle a augmenté le niveau général des
         sanctions au cours de la procédure administrative (voir, en ce sens, arrêt du Tribunal du 8 juillet 2008, Knauf Gips/Commission,
         T‑52/03, non publié au Recueil, point 486).
      
      420    Eu égard à ces considérations, la durée de la procédure administrative, bien qu’elle ait été excessive, ne saurait être considérée
         comme ayant une incidence sur le contenu de la décision attaquée, du seul fait que la Commission a augmenté entre‑temps le
         niveau des amendes.
      
      421    Dès lors, en l’espèce, bien que la Commission ait admis, lors de l’audience, qu’elle a augmenté le niveau général des amendes
         vers l’année 2005, à savoir pendant la procédure administrative en cause, ce fait ne saurait être pris en compte dans le cadre
         de l’appréciation de l’incidence du non-respect du principe du délai raisonnable sur le contenu de la décision attaquée.
      
      422    Par conséquent, le dixième moyen ne saurait être accueilli.
      
       Sur le onzième moyen, concernant le niveau de réduction de l’amende accordée au titre de la durée excessive de la procédure
            administrative 
       Arguments des parties
      423    Les requérantes font valoir que la réduction de l’amende, de 100 000 euros, accordée par la Commission au titre de la durée
         excessive de la procédure administrative est trop limitée par rapport au montant de l’amende infligée.
      
      424    La Commission indique avoir fait usage de la possibilité d’accorder, de sa propre initiative, une réduction de l’amende, s’agissant
         d’une de ses prérogatives, pour laquelle elle dispose d’un large pouvoir d’appréciation. Les requérantes n’auraient avancé
         aucun argument qui justifierait une réduction supplémentaire.
      
       Appréciation du Tribunal
      425    Il y a lieu de relever qu’une irrégularité de procédure, même si elle n’est pas susceptible d’aboutir à l’annulation de la
         décision, peut justifier une réduction de l’amende (voir, en ce sens, arrêts Baustahlgewebe/Commission, point 48 supra, points
         26 à 48, et Nederlandse Federatieve Vereniging voor de Groothandel op Elektrotechnisch Gebied et Technische Unie/Commission,
         point 245 supra, points 436 à 438).
      
      426    Le dépassement du délai raisonnable est susceptible de fonder la décision de la Commission de réduire en équité le montant
         d’une amende, la possibilité d’accorder une telle réduction s’inscrivant dans le cadre de l’exercice de ses prérogatives (voir,
         en ce sens, arrêt Technische Unie/Commission, point 286 supra, points 202 à 204).
      
      427    En l’espèce, la Commission a décidé d’accorder aux requérantes une réduction de l’amende au titre de la durée « déraisonnable »
         de la procédure administrative (considérants 498 et 499 de la décision attaquée). 
      
      428    L’exercice de cette prérogative par la Commission n’empêche pas le Tribunal, dans l’exercice de sa compétence de pleine juridiction,
         d’accorder une réduction supplémentaire du montant de l’amende.
      
      429    Or, il y a lieu de considérer que la réduction forfaitaire de 100 000 euros, accordée par la Commission, ne tient aucunement
         compte du montant de l’amende infligée en l’espèce, s’élevant avant cette réduction à 219 375 000 euros, et, partant, ne constitue
         pas une réduction de la sanction susceptible de redresser de manière adéquate la violation résultant du dépassement du délai
         raisonnable de la procédure administrative.
      
      430    À cet égard, les requérantes font valoir, à juste titre, que les conséquences de la violation du principe du délai raisonnable
         n’ont pas été suffisamment prises en compte par la Commission, en ce qui concerne la réduction du montant de l’amende.
      
      431    S’agissant du niveau adéquat de la réduction de la sanction, il convient néanmoins de rejeter l’argument des requérantes,
         invoqué pour la première fois dans le mémoire en réplique, selon lequel, dès lors que la violation du principe du délai raisonnable
         constitue un fait dommageable au regard de l’article 288, deuxième alinéa, CE, le montant du dommage doit être pris en compte
         dans le cadre de la réduction de l’amende.
      
      432    En effet, la réduction de la sanction en l’espèce a pour objet de redresser la violation du principe du délai raisonnable
         et doit, dès lors, être déterminée à un niveau adéquat au regard de la sanction infligée aux requérantes. Il n’en reste pas
         moins que, contrairement à ce que prétendent les requérantes, cette réduction s’opère en équité et ne doit pas être précédée
         d’un examen des conditions relatives à l’engagement de la responsabilité non contractuelle de l’Union, au sens de l’article
         288, deuxième alinéa, CE. 
      
      433    Dès lors, les requérantes n’ayant pas, dans la requête ni d’ailleurs dans le mémoire en réplique, formulé des conclusions
         en indemnité, il n’y a pas lieu de se prononcer sur leur argument tiré du montant du prétendu dommage, invoquant une évaluation
         hypothétique du montant de l’amende qui leur aurait été infligée si la Commission avait mis fin à la procédure dans un délai
         raisonnable, ni sur leur argument tiré de l’existence d’un lien de causalité entre la violation du principe du délai raisonnable
         et ledit dommage. 
      
      434    Compte tenu des circonstances de l’espèce, le Tribunal estime, dans l’exercice de son pouvoir de pleine juridiction, que,
         afin d’accorder aux requérantes une satisfaction équitable en raison de la durée excessive de la procédure, la réduction en
         cause doit être portée à 5 % du montant de l’amende.
      
       Conclusion sur l’amende
      435    À la suite de l’examen des moyens soulevés par les requérantes et de l’exercice par le Tribunal de sa compétence de pleine
         juridiction, il y a lieu de réformer le montant de l’amende infligée, conjointement et solidairement, aux requérantes, d’une
         part, en fixant le montant de départ à 61 750 000 euros, au lieu de 65 000 000 euros, en conséquence de l’annulation de l’article
         1er de la décision attaquée dans la mesure où il retient la composante de l’infraction consistant en la coordination occasionnelle
         des conditions commerciales, autres que des prix, offertes aux consommateurs individuels dans le secteur « horeca » aux Pays-Bas
         (voir points 201 et 202 ci-dessus), et, d’autre part, en portant la réduction opérée au titre du dépassement du délai raisonnable
         de la procédure à 5 % du montant final de l’amende, au lieu de 100 000 euros (voir point 434 ci-dessus). 
      
      436    En conséquence de cette réformation, le montant de l’amende est calculé en multipliant par 2,5, au titre de l’effet dissuasif,
         le montant de départ réformé, en l’augmentant ensuite de 35 % au titre de la durée de l’infraction, et en réduisant de 5 %,
         au titre du dépassement du délai raisonnable de la procédure, ce montant. Par conséquent, le montant de l’amende infligée
         solidairement aux requérantes est fixé à 197 985 937,5 euros.
      
       Sur les dépens
      437    Aux termes de l’article 87, paragraphe 3, du règlement de procédure, le Tribunal peut répartir les dépens ou décider que chaque
         partie supporte ses propres dépens si les parties succombent respectivement sur un ou plusieurs chefs.
      
      438    En l’espèce, les conclusions des requérantes ayant été déclarées partiellement fondées, le Tribunal estime qu’il sera fait
         une juste appréciation des circonstances de l’espèce en décidant que les requérantes supporteront deux tiers de leurs propres
         dépens ainsi que de ceux exposés par la Commission et que cette dernière supportera un tiers de ses propres dépens ainsi que
         de ceux exposés par les requérantes.
      
      Par ces motifs,
      LE TRIBUNAL (sixième chambre élargie)
      déclare et arrête :
      1)      L’article 1er de la décision C (2007) 1697 de la Commission, du 18 avril 2007, relative à une procédure d’application de l’article 81 [CE]
            (affaire COMP/B/37.766 – Marché néerlandais de la bière), est annulé pour autant que la Commission européenne y a constaté
            qu’Heineken NV et Heineken Nederland BV ont participé à une infraction consistant en la coordination occasionnelle de conditions
            commerciales, autres que des prix, offertes aux consommateurs individuels dans le secteur « horeca » aux Pays‑Bas.
      2)      Le montant de l’amende infligée solidairement à Heineken et à Heineken Nederland à l’article 3, sous a), de la décision C (2007) 1697
            est fixé à 197 985 937,5 euros.
      3)      Le recours est rejeté pour le surplus.
      4)      Heineken et Heineken Nederland supporteront deux tiers de leurs propres dépens ainsi que de ceux de la Commission européenne.
      5)      La Commission supportera un tiers de ses propres dépens ainsi que de ceux d’Heineken et d’Heineken Nederland.
      
               Vadapalas
            
            
                Dittrich       
            
            
               Truchot
            
         Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 16 juin 2011.
      Table des matières
      
      Faits à l’origine du litige
      Procédure administrative
      Décision attaquée
      Infraction en cause
      Amende infligée aux requérantes
      Procédure et conclusions des parties
      En droit
      Sur les cinquième et sixième moyens, tirés, respectivement, de l’insuffisance des éléments de preuve de l’infraction et de
         l’absence d’accords et/ou de pratiques concertées au sens de l’article 81, paragraphe 1, CE
      
      Arguments des parties
      Appréciation du Tribunal
      – Sur la déclaration d’InBev
      – Sur d’autres éléments de preuve
      – Sur les éléments factuels relatifs aux constatations, d’une part, d’une coordination des prix et des hausses de prix de
         la bière et, d’autre part, d’une coordination occasionnelle sur la répartition de la clientèle
      
      – Sur les éléments factuels relatifs à la constatation d’une coordination occasionnelle d’autres conditions commerciales offertes
         aux clients individuels dans le secteur « horeca »
      
      – Sur la prétendue erreur de droit et de qualification des faits
      – Conclusion
      Sur le septième moyen, concernant la durée de l’infraction
      Arguments des parties
      Appréciation du Tribunal
      – Sur la détermination de la date de début de l’infraction
      – Sur la détermination de la date de cessation de l’infraction
      Sur le premier moyen, tiré de la violation du principe de bonne administration et de l’article 27 du règlement nº 1/2003,
         en ce qui concerne le refus d’accès aux réponses à la communication des griefs données par d’autres entreprises concernées
      
      Arguments des parties
      Appréciation du Tribunal
      Sur le deuxième moyen, tiré de la violation du principe de bonne administration, du « principe de soin » et du principe du
         contradictoire, résultant d’un prétendu défaut d’enquête soigneuse et impartiale
      
      Arguments des parties
      Appréciation du Tribunal
      Sur le troisième moyen, tiré de la violation de la présomption d’innocence
      Arguments des parties
      Appréciation du Tribunal
      Sur le quatrième moyen, tiré de la violation du délai raisonnable
      Arguments des parties
      Appréciation du Tribunal
      – Sur la durée de la procédure administrative
      – Sur l’incidence de la durée excessive de la procédure administrative sur la légalité de la décision attaquée
      Sur le huitième moyen, tiré de la violation de l’article 23, paragraphe 3, du règlement nº 1/2003, des lignes directrices,
         des principes d’égalité de traitement, de sécurité juridique, de proportionnalité et « du caractère raisonnable » ainsi que
         de l’obligation de motivation, concernant la détermination du montant de l’amende
      
      Arguments des parties
      Appréciation du Tribunal
      – Sur la première branche, concernant l’appréciation de la gravité de l’infraction
      – Sur la deuxième branche, concernant la détermination du montant de départ et l’application du traitement différencié
      – Sur la troisième branche, concernant la majoration au titre de l’effet dissuasif
      – Sur la quatrième branche, concernant la majoration au titre de la durée de l’infraction
      – Sur la prétendue violation du principe de sécurité juridique
      Sur le neuvième moyen, concernant l’absence de prise en considération de circonstances atténuantes
      Arguments des parties
      Appréciation du Tribunal
      Sur le dixième moyen, tiré de l’incidence de la durée excessive de la procédure administrative sur le montant de l’amende
      Arguments des parties
      Appréciation du Tribunal
      Sur le onzième moyen, concernant le niveau de réduction de l’amende accordée au titre de la durée excessive de la procédure
         administrative
      
      Arguments des parties
      Appréciation du Tribunal
      Conclusion sur l’amende
      Sur les dépens
      * Langue de procédure : le néerlandais.