CELEX: 62005CC0019
Language: fr
Date: 2007-07-10
Title: Conclusions de l'avocat général Trstenjak présentées le 10 juillet 2007. # Commission des Communautés européennes contre Royaume de Danemark. # Manquement d’État - Ressources propres des Communautés - Droits de douane légalement dus n’ayant pas été recouvrés par suite d’une erreur des autorités douanières - Responsabilité financière des États membres. # Affaire C-19/05.

CONCLUSIONS DE L’AVOCAT GÉNÉRAL 
      MME VERICA TRSTENJAK
      
      présentées le 10 juillet 2007 1(1)
      
      Affaire C-19/05
      Commission des Communautés européennes
      contre 
      Royaume de Danemark 
      «Article 226 CE – Recours en manquement – Ressources propres de la Communauté – Droits de douane non recouvrés à la suite d’une erreur des autorités douanières nationales – Responsabilité financière des États membres – Moyen de l’absence de préjudice pour le système des ressources propres de la Communauté»I –    Introduction 
      1.        La Cour statue dans le cadre de la présente procédure sur un recours en manquement introduit par la Commission des Communautés
         européennes contre le Royaume de Danemark. La Commission y conclut à ce qu’il plaise à la Cour, constater que le Royaume de
         Danemark, en ne versant pas à la Commission le montant de 18 678 475 DKK (environ 2 507 210 euros) de ressources propres,
         majoré d’intérêts de retard courant à partir du 27 juillet 2000, a manqué à ses obligations au titre de l’article 10 CE ainsi
         que des articles 2 et 8 de la décision 94/728/CE, Euratom du Conseil, du 31 octobre 1994, relative au système des ressources
         propres des Communautés européennes (2) et condamner le Royaume de Danemark aux dépens. 
      
      2.        La présente affaire fait suite à l’affaire Commission/Danemark (3), dans laquelle la Cour a posé le principe que les États membres sont financièrement responsables des erreurs de leurs autorités
         douanières qui ont entraîné pour la Communauté une diminution de ses ressources propres. 
      
      II – Cadre juridique 
      3.        L’article 10 CE stipule: «Les États membres prennent toutes mesures générales ou particulières propres à assurer l’exécution
         des obligations découlant du présent traité ou résultant des actes des institutions de la Communauté. Ils facilitent à celle-ci
         l’accomplissement de sa mission». 
      
      A –    Dispositions sur les ressources propres 
      4.        L’article 269, second alinéa, CE stipule: «Le Conseil, statuant à l’unanimité sur proposition de la Commission et après consultation
         du Parlement européen, arrête les dispositions relatives au système des ressources propres de la Communauté dont il recommande
         l’adoption par les États membres, conformément à leurs règles constitutionnelles respectives». 
      
      5.        Bien que le recours de la Commission repose avant tout sur la décision 94/728, il est nécessaire d’analyser également la décision
         88/376/CEE, Euratom du Conseil, du 24 juin 1988, relative au système des ressources propres des Communautés (4), les faits de l’affaire concernant en partie la période précédant le 1er décembre 1995.
      
      6.        Le système des ressources propres était régi à l’origine par la décision 88/376. Cette décision a été abrogée et remplacée
         par la décision 94/728 qui s’applique en vertu de son article 11, paragraphe 1, à partir du 1er décembre 1995. 
      
      1.      Décision 88/376
      7.        L’article 2, paragraphe 1, de la décision 88/376 dispose que «[c]onstituent des ressources propres inscrites au budget des
         Communautés, les recettes provenant:
      
      a)       des prélèvements, primes, montants supplémentaires ou compensatoires, montants ou éléments additionnels et des autres droits
         établis ou à établir par les institutions des Communautés sur les échanges avec les pays non membres dans le cadre de la politique
         agricole commune, ainsi que des cotisations et autres droits prévus dans le cadre de l’organisation commune des marchés dans
         le secteur du sucre;
      
      b)       des droits du tarif douanier commun et des autres droits établis ou à établir par les institutions des Communautés sur les
         échanges avec les pays non membres et des droits de douane sur les produits relevant du traité instituant la Communauté européenne
         du charbon et de l’acier;
      
       c)       de l’application d’un taux uniforme valable pour tous les États membres à l’assiette de la TVA, déterminée d’une manière uniforme
         pour les États membres selon des règles communautaires; toutefois, l’assiette d’un État membre à prendre en compte, aux fins
         de la présente décision, ne peut pas dépasser 55  % de son PNB [produit national brut];
      
      d)       de l’application d’un taux à fixer dans le cadre de la procédure budgétaire, compte tenu de toutes les autres recettes, à
         la somme des PNB de tous les États membres, établis selon des règles communautaires qui feront l’objet d’une directive à adopter
         sur la base de l’article 8 paragraphe 2 de la présente décision.»
      
      8.        L’article 8, paragraphes 1 et 2, de la décision 88/376 prévoit que: 
      
      «1. Les ressources propres communautaires visées à l’article 2 paragraphe 1 points a) et b) sont perçues par les États membres
         conformément aux dispositions législatives, réglementaires et administratives nationales, qui sont, le cas échéant, adaptées
         aux exigences de la réglementation communautaire. La Commission procède, à intervalles réguliers, à un examen des dispositions
         nationales qui lui sont communiquées par les États membres, communique aux États membres les adaptations qu’elle estime nécessaires
         pour assurer leur conformité avec les réglementations communautaires, et fait rapport à l’autorité budgétaire. Les États membres
         mettent les ressources prévues à l’article 2 paragraphe 1 points a) à d) à la disposition de la Commission.
      
      2. Sans préjudice de la vérification des comptes et des contrôles de conformité et de régularité prévus à l’article 206 bis
         du traité instituant la Communauté économique européenne, cette vérification et ces contrôles portant essentiellement sur
         la fiabilité et l’efficacité des systèmes et procédures nationales de détermination de la base pour les ressources propres
         provenant de la TVA et du PNB, et sans préjudice des contrôles organisés en vertu de l’article 209 point c) dudit traité,
         le Conseil, statuant à l’unanimité sur proposition de la Commission et après consultation du Parlement européen, arrête les
         dispositions nécessaires à la mise en œuvre de la présente décision ainsi que celles relatives au contrôle du recouvrement,
         à la mise à la disposition de la Commission et au versement des recettes visées à l’article 2 et à l’article 5.» 
      
      2.      Décision 94/728
      9.        L’article 2, paragraphe 1, de la décision 94/728 dispose que «[c]onstituent des ressources propres inscrites au budget des
         Communautés les recettes provenant:
      
      a)       des prélèvements, primes, montants supplémentaires ou compensatoires, montants ou éléments additionnels et des autres droits
         établis ou à établir par les institutions des Communautés sur les échanges avec les pays non membres dans le cadre de la politique
         agricole commune […];
      
      b)       des droits du tarif douanier commun et des autres droits établis ou à établir par les institutions des Communautés sur les
         échanges avec les pays non membres […];
      
      c)       de l’application d’un taux uniforme valable pour tous les États membres à l’assiette de la TVA […];
      d)       de l’application d’un taux à fixer dans le cadre de la procédure budgétaire, compte tenu de toutes les autres recettes, à
         la somme des PNB de tous les États membres […]» 
      
      10.      Aux termes de l’article 2, paragraphe 3, de la décision 94/728, les États membres retiennent, au titre des frais de perception,
         10  % des montants à verser en vertu du paragraphe 1, sous a) et b). En vertu de l’article 2, paragraphe 3, de la décision
         2000/597/CE, Euratom du Conseil, du 29 septembre 2000, relative au système des ressources propres des Communautés européennes
         (5), ce pourcentage a été relevé à 25 % des montants constatés après le 31 décembre 2000. 
      
      11.      L’article 8 de la décision 94/728 dispose:
      
      «1. Les ressources propres communautaires visées à l’article 2 paragraphe 1 points a) et b) sont perçues par les États membres
         conformément aux dispositions législatives, réglementaires et administratives nationales qui sont, le cas échéant, adaptées
         aux exigences de la réglementation communautaire. La Commission procède, à intervalles réguliers, à un examen des dispositions
         nationales qui lui sont communiquées par les États membres, communique aux États membres les adaptations qu’elle estime nécessaires
         pour assurer leur conformité avec la réglementation communautaire, et fait rapport à l’autorité budgétaire. Les États membres
         mettent les ressources prévues à l’article 2 paragraphe 1 points a) à d) à la disposition de la Commission.
      
      2. […] le Conseil, statuant à l’unanimité sur proposition de la Commission et après consultation du Parlement européen, arrête
         les dispositions nécessaires à la mise en œuvre de la présente décision ainsi que celles relatives au contrôle du recouvrement,
         à la mise à la disposition de la Commission et au versement des recettes visées aux articles 2 et 5.»
      
      3.      Dispositions destinées à assurer le contrôle du recouvrement 
      12.      Lorsque sont survenus les faits à la base de la présente affaire, les dispositions destinées à assurer le contrôle du recouvrement
         étaient inscrites dans le règlement (CEE, Euratom) n° 1552/89 du Conseil, du 29 mai 1989, portant application de la décision
         88/376 (6). Ce règlement a été modifié par le règlement (Euratom, CE) n° 1355/96 du Conseil, du 8 juillet 1996 (7), qui a pris effet le 14 juillet 1996. Le règlement n° 1552/89 avec ses modifications a été consolidé et remplacé par le règlement
         (CE, Euratom) n° 1150/2000 du Conseil, du 22 mai 2000, portant application de la décision 94/728 (8).
      
      13.      Le deuxième considérant du règlement n° 1552/89 énonce que «la Communauté doit disposer des ressources propres visées à l’article
         2 de la décision 88/376/CEE, Euratom dans les meilleures conditions possibles et que, à cet effet, il y a lieu de fixer les
         modalités selon lesquelles les États mettent à la disposition de la Commission les ressources propres attribuées aux Communautés».
         
      
      14.      L’article 2, paragraphes 1 et 1 bis, du règlement n° 1552/89 pose les conditions pour la naissance du droit de la Communauté
         sur les ressources propres au titre des droits de douane: 
      
      «1. Aux fins de l’application du présent règlement, un droit des Communautés sur les ressources propres visées à l’article
         2 paragraphe 1 points a) et b) de la décision 88/376/CEE, Euratom est constaté dès que sont remplies les conditions prévues
         par la réglementation douanière en ce qui concerne la prise en compte du montant du droit et sa communication au redevable.
      
      1 bis. La date à retenir pour la constatation visée au paragraphe 1 est la date de la prise en compte prévue par la réglementation
         douanière.»
      
      15.      L’article 9, paragraphe 1, premier alinéa, du règlement n° 1552/89 dispose que, «[s]elon les modalités définies à l’article
         10, chaque État membre inscrit les ressources propres au crédit du compte ouvert à cet effet au nom de la Commission auprès
         de son trésor ou de l’organisme qu’il a désigné». 
      
      16.      Aux termes de l’article 11 du règlement n° 1552/89: 
      
      «Tout retard dans les inscriptions au compte visé à l’article 9 paragraphe 1 donne lieu au paiement, par l’État membre concerné,
         d’un intérêt dont le taux est égal au taux d’intérêt appliqué au jour de l’échéance sur le marché monétaire de l’État membre
         concerné pour les financements à court terme, majoré de deux points. Ce taux est augmenté de 0,25 point par mois de retard.
         Le taux ainsi augmenté est applicable à toute la période du retard.» 
      
      17.      Selon l’article 17, paragraphes 1 et 2, dudit règlement: 
      
      «1. Les États membres sont tenus de prendre toutes les mesures nécessaires pour que les montants correspondant aux droits
         constatés conformément à l’article 2 soient mis à la disposition de la Commission dans les conditions prévues par le présent
         règlement.
      
      2. Les États membres ne sont dispensés de mettre à la disposition de la Commission les montants correspondant aux droits constatés
         que si le recouvrement n’a pu être effectué pour des raisons de force majeure. En outre, dans des cas d’espèce, les États
         membres peuvent ne pas mettre ces montants à la disposition de la Commission lorsqu’il s’avère, après examen approfondi de
         toutes les données pertinentes du cas en question, qu’il est définitivement impossible de procéder au recouvrement pour des
         raisons qui ne sauraient leur être imputables […]»
      
      B –    Dispositions douanières 
      1.      Code des douanes 
      18.      Le règlement (CEE) n° 2913/92 du Conseil, du 12 octobre 1992, établissant le code des douanes communautaire (9) (ci-après le «code des douanes»), dispose à l’article 9, paragraphe 1: 
      
      «Une décision favorable à l’intéressé est révoquée ou modifiée lorsque, dans des cas autres que ceux visés à l’article 8,
         une ou plusieurs des conditions prévues pour son octroi n’étaient pas ou ne sont plus remplies.»
      
      19.      L’article 20 du code des douanes dispose: 
      
      «1. Les droits légalement dus en cas de naissance d’une dette douanière sont fondés sur le tarif douanier des Communautés
         européennes. 
      
      […]
      3. Le tarif douanier des Communautés européennes comprend: 
      a) la nomenclature combinée des marchandises; 
      […]
      f)       les mesures autonomes de suspension prévoyant la réduction ou l’exonération des droits à l’importation applicables à certaines
         marchandises; 
      
      […]
      4. Sans préjudice des règles relatives à la taxation forfaitaire, les mesures visées au paragraphe 3 points d), e) et f) s’appliquent
         sur demande du déclarant au lieu de celles prévues au point c) lorsque les marchandises en cause remplissent les conditions
         prévues par ces premières mesures. La demande peut être introduite a posteriori aussi longtemps que les conditions y relatives
         sont remplies. 
      
      […]»
      20.      L’article 82, paragraphe 1, du code des douanes dispose:
      
      «Lorsque des marchandises sont mises en libre pratique au bénéfice d’un droit à l’importation réduit ou nul en raison de leur
         utilisation à des fins particulières, elles restent sous surveillance douanière. La surveillance douanière prend fin lorsque
         les conditions fixées pour l’octroi du droit réduit ou nul ne sont plus applicables, lorsque les marchandises sont exportées
         ou détruites ou lorsque l’utilisation des marchandises à des fins autres que celles prescrites pour l’application du droit
         à l’importation réduit ou nul est admise contre paiement des droits dus.» 
      
      21.      Selon l’article 204, paragraphes 1 et 2, du code des douanes: 
      
      «1. Fait naître une dette douanière à l’importation: 
      a)       l’inexécution d’une des obligations qu’entraîne pour une marchandise passible de droits à l’importation son séjour en dépôt
         temporaire ou l’utilisation du régime douanier sous lequel elle a été placée
      
      ou
      b)       l’inobservation d’une des conditions fixées pour le placement d’une marchandise sous ce régime ou pour l’octroi d’un droit
         à l’importation réduit ou nul en raison de l’utilisation de la marchandise à des fins particulières, 
      
      dans des cas autres que ceux visés à l’article 203, à moins qu’il ne soit établi que ces manquements sont restés sans conséquence
         réelle sur le fonctionnement correct du dépôt temporaire ou du régime douanier considéré. 
      
      2. La dette douanière naît soit au moment où cesse d’être remplie l’obligation dont l’inexécution fait naître la dette douanière,
         soit au moment où la marchandise a été placée sous le régime douanier considéré lorsqu’il apparaît a posteriori que l’une
         des conditions fixées pour le placement de ladite marchandise sous ce régime ou pour l’octroi du droit à l’importation réduit
         ou nul en raison de l’utilisation de la marchandise à des fins particulières n’était pas réellement satisfaite.» 
      
      22.      L’article 220 du code des douanes dispose: 
      
      «1. Lorsque le montant des droits résultant d’une dette douanière n’a pas été pris en compte conformément aux articles 218
         et 219 ou a été pris en compte à un niveau inférieur au montant légalement dû, la prise en compte du montant des droits à
         recouvrer ou restant à recouvrer doit avoir lieu dans un délai de deux jours à compter de la date à laquelle les autorités
         douanières se sont aperçues de cette situation et sont en mesure de calculer le montant légalement dû et de déterminer le
         débiteur (prise en compte a posteriori). Ce délai peut être augmenté conformément à l’article 219. 
      
      2. Hormis les cas visés à l’article 217 paragraphe 1 deuxième et troisième alinéas, il n’est pas procédé à une prise en compte
         a posteriori, lorsque: 
      
      […]
      b)       le montant des droits légalement dus n’avait pas été pris en compte par suite d’une erreur des autorités douanières elles-mêmes,
         qui ne pouvait raisonnablement être décelée par le redevable, ce dernier ayant pour sa part agi de bonne foi et observé toutes
         les dispositions prévues par la réglementation en vigueur en ce qui concerne la déclaration en douane; 
      
      […]» 
      23.      L’article 239 du code des douanes énonce: 
      
      «1. Il peut être procédé au remboursement ou à la remise des droits à l’importation ou des droits à l’exportation dans des
         situations autres que celles visées aux articles 236, 237 et 238: 
      
      –        à déterminer selon la procédure du comité, 
      –        qui résultent de circonstances n’impliquant ni manœuvre ni négligence manifeste de la part de l’intéressé. Les situations
         dans lesquelles il peut être fait application de cette disposition ainsi que les modalités de procédure à suivre à cette fin
         sont définies selon la procédure du comité. Le remboursement ou la remise peuvent être subordonnés à des conditions particulières.
         
      
      2. Le remboursement ou la remise des droits pour les motifs indiqués au paragraphe 1 est accordé sur demande déposée auprès
         du bureau de douane concerné avant l’expiration d’un délai de douze mois à compter de la date de la communication desdits
         droits au débiteur. 
      
      Toutefois, les autorités douanières peuvent autoriser un dépassement de ce délai dans des cas exceptionnels dûment justifiés.»
         
      
      2.      Dispositions d’application pour la mise en œuvre du code des douanes 
      24.      L’article 291 du règlement (CEE) n° 2454/93 de la Commission, du 2 juillet 1993, fixant certaines dispositions d’application
         du règlement n° 2913/92 (10), qui a été abrogé par le règlement (CE) nº 1602/2000 de la Commission, du 24 juillet 2000 (11), disposait: 
      
      «1. L’admission, lors de la mise en libre pratique d’une marchandise au bénéfice d’un traitement tarifaire favorable en raison
         de sa destination particulière, est subordonnée à l’octroi à la personne qui importe la marchandise ou qui la fait importer
         pour la mise en libre pratique d’une autorisation écrite.
      
      2. Cette autorisation est délivrée sur demande écrite de l’intéressé par les autorités douanières de l’État membre dans lequel
         la marchandise est déclarée pour la mise en libre pratique.
      
      […]»
      25.      L’article 869 du règlement n° 2454/93 dispose: 
      
      «Les autorités douanières décident elles-mêmes de ne pas prendre en compte a posteriori des droits non perçus:
      […]
      b)       dans les cas où elles estiment que toutes les conditions visées à l’article 220 paragraphe 2 point b) du code sont remplies
         et pour autant que le montant non perçu auprès d’un opérateur par suite d’une même erreur et se référant, le cas échéant,
         à plusieurs opérations d’importation ou d’exportation, soit inférieur à 2 000 [euros];
      
      […]» 
      26.      L’article 871 du même règlement dispose: 
      
      «À l’exclusion des cas prévus à l’article 869, lorsque les autorités douanières soit estiment que les conditions de l’article
         220 paragraphe 2 point b) du code sont réunies, soit ont un doute quant à la portée des critères de cette disposition au regard
         du cas concerné, ces autorités transmettent le cas à la Commission pour qu’il soit réglé conformément à la procédure prévue
         aux articles 872 à 876. Le dossier adressé à la Commission doit comporter tous les éléments nécessaires à un examen complet
         du cas présenté.
      
      La Commission accuse immédiatement réception de ce dossier à l’État membre concerné.
      Lorsqu’il s’avère que les éléments d’information communiqués par l’État membre sont insuffisants pour lui permettre de statuer
         en toute connaissance de cause sur le cas qui lui est soumis, la Commission peut demander la communication d’éléments d’information
         complémentaires.» 
      
      3.      Dispositions relatives à la nomenclature combinée 
      27.      La nomenclature combinée (NC) a été publiée dans l’annexe I du règlement (CEE) n° 2658/87 du Conseil, du 23 juillet 1987,
         relatif à la nomenclature tarifaire et statistique et au tarif douanier commun (12). Ce règlement est fondé sur le système harmonisé mondial de désignation et de codification des marchandises élaboré par le
         Conseil de coopération douanière, devenu l’Organisation mondiale des douanes, et institué par la convention internationale
         conclue à Bruxelles le 14 juin 1983 et approuvée au nom de la Communauté par la décision 87/369/CEE du Conseil, du 7 avril
         1987, concernant la conclusion de la convention internationale sur le système harmonisé de désignation et de codification
         des marchandises, ainsi que de son protocole d’amendement (13). Ce règlement a été modifié en dernier lieu par le règlement (CE) n° 1789/2003 de la Commission, du 11 septembre 2003, modifiant
         l’annexe I du règlement n° 2658/87 (14).
      
      28.      L’annexe I, titre II, du règlement n° 2658/87 dispose, entre autres, que «[l]a perception des droits de douane est suspendue
         en ce qui concerne les produits destinés à être incorporés dans les bateaux désignés dans le tableau […], aux fins de leur
         construction, réparation, entretien ou transformation, ainsi que les produits destinés à l’armement ou à l’équipement de ces
         bateaux». 
      
      29.      La liste à laquelle renvoie cette annexe contenait également la sous-position tarifaire 8901 90 10 de la NC, qui s’appliquait
         aux autres bateaux pour le transport de marchandises et aux autres navires pour le transport de voyageurs et de marchandises.
         
      
      30.      Les cadres et les conteneurs, y compris les conteneurs-citernes et les conteneurs-réservoirs, spécialement conçus et équipés
         pour un ou plusieurs modes de transport étaient définis sous la sous-position tarifaire 8609 00 90 de la NC à l’annexe I du
         règlement n° 2658/87. 
      
      III – Les faits 
      31.      Une entreprise danoise qui fait partie d’un groupe d’entreprises (ci-après l’«importateur») a introduit en 1990 une demande
         d’exonération des droits d’importation au titre du perfectionnement actif. L’importateur a fondé cette demande sur l’argument
         que la marchandise importée (bois et matériaux synthétiques) est une marchandise destinée à la construction de conteneurs
         pour le transport maritime qui seront donc incorporés aux navires porte-conteneurs du groupe. 
      
      32.      Les autorités douanières danoises ont autorisé l’importation et n’ont pas prélevé les droits d’importation pour la marchandise
         (bois et matériaux synthétiques) qu’elles ont définie sous la sous-position tarifaire 8901 90 10 de la NC à l’annexe I du
         règlement n° 2658/87. Elles ont traité cette marchandise d’après le régime de la destination particulière («end-use») (15), qui s’applique à la marchandise qui est incorporée aux navires ou à la marchandise destinée à l’armement et à l’équipement
         des navires. Les autorités danoises ont également signalé à l’importateur que le régime du perfectionnement actif ne pouvait
         pas s’appliquer dans cette affaire. 
      
      33.      Les représentants de la Commission ont effectué, entre le 25 et le 29 mars 1996, un contrôle du recouvrement des ressources
         propres de la Communauté au cours duquel ils ont établi le rapport n° 96-1-1. Ils y ont constaté que les autorités danoises
         avaient, en violation du droit communautaire, autorisé l’importateur à importer en franchise des droits d’importation des
         marchandises utilisées pour la construction de conteneurs ordinaires destinés au transport et qui ne font pas partie de l’équipement
         des navires. Pour une application correcte du régime douanier de la destination particulière, ces conteneurs auraient dû être
         directement incorporés aux navires ou faire partie de l’équipement desdits navires. Les représentants de la Commission ont
         dans le même temps constaté, du fait de cette irrégularité, une réduction illégale des ressources propres de la Communauté.
         La Commission a également estimé que les autorités danoises étaient financièrement responsables des erreurs commises dans
         l’application du régime de la destination particulière à partir du 1er janvier 1994. C’est dans le cadre de cet examen qu’a été établi le rapport qui a été transmis aux autorités danoises le 12
         juin 1996.
      
      34.      Le Royaume de Danemark a contesté le rapport de la Commission par lettre du 12 février 1997 et a réitéré son point de vue
         le 6 juin 1997 lors d’une réunion du comité consultatif des ressources propres. Lors de cette réunion, le Royaume de Danemark
         a contesté la compétence de ce comité et a demandé à ce que l’affaire soit tranchée par la direction générale de la Commission
         compétente pour les questions fiscales et douanières. La Commission a expliqué lors de cette réunion qu’elle ne partageait
         pas l’interprétation des dispositions douanières avancée par le Royaume de Danemark. 
      
      35.      Le 25 novembre 1997, le Royaume de Danemark a demandé à ce que l’affaire soit traitée par la section compétente pour les traitements
         tarifaires favorables du comité du code des douanes, car il n’y aurait pas eu naissance d’une dette douanière et il n’y aurait
         eu aucune perte pour les ressources propres de la Communauté. 
      
      36.      Le 30 décembre 1997, les autorités douanières danoises (centre douanier du Jutland méridional) ont communiqué à l’importateur,
         sans pour autant l’approuver, l’opinion en droit de la Commission en ce qui concerne l’autorisation d’importation en franchise
         des droits d’importation et elles l’ont informé qu’elles collecteraient les droits d’importation à partir du 1er janvier 1998. L’autorisation d’importation au titre de la destination particulière a cessé d’avoir effet pour l’importateur
         le 31 décembre 1997. L’importateur a introduit le 3 février 1998 une demande au titre du perfectionnement actif. L’autorisation
         d’importation à ce titre a été accordée le 21 avril 1998, mais elle a un effet rétroactif au 3 février 1998. La Commission
         n’a pas demandé à ce que le gouvernement danois transfère le montant des droits d’importation pour la période du 1er janvier au 3 février 1998.
      
      37.      Le 9 novembre 1998, la Commission a demandé au Royaume de Danemark de lui verser sans intérêts, pour la période du 1er janvier 1994 au 31 décembre 1997, les droits d’importation qu’elle devait collecter à hauteur de 18 678 475 DKK. Le Royaume
         de Danemark serait financièrement responsable pour toutes les importations de l’importateur à partir du 1er janvier 1994, car il aurait appliqué de manière erronée le régime de la destination particulière. Les autorités douanières
         ont répondu à cette lettre le 10 mars 1999 en transmettant à la Commission une liste des droits d’importation non recouvrés
         entre le 1er janvier 1994 et le 31 décembre 1997 et en contestant que la Communauté eût subi un préjudice financier en raison de leur
         pratique. 
      
      38.      Le 31 janvier 2002, la Commission a adressé au Royaume de Danemark une lettre de mise en demeure dans laquelle elle a, une
         fois de plus, signalé les infractions relatives au classement tarifaire des marchandises de l’importateur et elle l’a sommé
         de verser la somme de 18 678 475 DKK. 
      
      39.      Le 2 avril 2002, le gouvernement danois a répondu à la lettre de mise en demeure et a reconnu que l’annexe I, titre II, du
         règlement n° 2658/87, qui contient la nomenclature combinée, ne saurait être interprétée si largement que seraient exonérées
         de droits d’importation les marchandises utilisées pour la fabrication de produits qui sont destinés à l’équipement des navires.
         
      
      40.      Le 6 mai 2002, le gouvernement danois a adressé à la Commission, en marge de cette procédure en manquement, une lettre dans
         laquelle il demandait à ce que, sur la base de l’article 220, paragraphe 2, sous b), du code des douanes, il soit autorisé
         à ne pas procéder à une prise en compte a posteriori, dans la mesure où l’autorisation accordée au titre de la destination
         particulière était une erreur des autorités douanières que le redevable ne pouvait déceler. 
      
      41.      La réponse du Royaume de Danemark à la lettre de mise en demeure n’a pas convaincu la Commission, raison pour laquelle, le
         31 octobre 2002, cette dernière a adressé au Royaume de Danemark un avis motivé dans lequel l’État membre a été invité à adopter
         toutes les mesures nécessaires dans un délai de deux mois suivant la réception de l’avis. Le Royaume de Danemark y a répondu
         le 28 février 2003. 
      
      42.      Le 19 avril 2004, le groupe de travail du comité du code des douanes a constaté, lors de la réunion qui se tenait dans le
         cadre de la procédure d’adoption de la décision REC 12/03, que les conditions d’octroi d’une autorisation d’exemption de paiement
         des droits d’importation au titre du perfectionnement actif étaient déjà remplies pour l’importateur en 1990. Si l’importateur
         avait demandé une telle autorisation en 1990, celle-ci aurait dû lui être accordée. Il a en outre été constaté lors de cette
         réunion que les erreurs des autorités douanières danoises n’avaient pas eu de conséquences pour le budget communautaire. Sur
         la base de cette réunion du groupe de travail, la Commission a adopté le 19 mai 2004 la décision REC 12/03 (16). Elle a constaté dans cette décision qu’il devait être procédé à une prise en compte a posteriori du montant des droits d’importation
         dus par l’importateur et que la demande d’exemption de paiement des droits d’importation pour l’importateur était bien fondée.
         La Commission a informé le Royaume de Danemark par lettre du 21 février 2005 qu’elle n’était plus considérée comme financièrement
         responsable du non‑versement des ressources propres des Communautés pour la période du 1er janvier au 3 février 1998.
      
      43.      Le Royaume de Danemark n’a pas tenu compte de l’avis motivé, raison pour laquelle la Commission a introduit le 20 janvier
         2005 un recours sur le fondement de l’article 226 CE. 
      
      44.      La Commission conclut à ce qu’il plaise à la Cour:
      
      –        constater que le Royaume de Danemark a manqué à ses obligations au titre du droit communautaire, en particulier de l’article
         10 CE et des articles 2 et 8 de la décision 94/728, en ne versant pas à la Commission le montant de 18 678 475 DKK de ressources
         propres majoré d’intérêts de retard courant à partir du 27 juillet 2000;
      
      –        condamner le Royaume de Danemark aux dépens. 
      45.      Le Royaume de Danemark conclut à ce qu’il plaise à la Cour: 
      
      –        rejeter le recours;
      –        condamner la Commission aux dépens. 
      IV – Arguments des parties 
      46.      La Commission est d’avis que le Royaume de Danemark a autorisé à tort l’importation en franchise des droits d’importation
         de marchandises destinées à la fabrication de conteneurs, bien que les autorités danoises aient été alertées qu’un tel procédé
         était erroné. L’utilisation de la sous-position tarifaire 8609 00 90 de la NC est erronée, car la marchandise a été utilisée
         pour la fabrication de conteneurs et de cadres ordinaires qui n’avaient aucune particularité. Ces conteneurs pour lesquels
         le Royaume de Danemark a autorisé l’importation des marchandises ne peuvent pas être incorporés dans un navire, car ils n’ont
         pas de caractéristiques adéquates à cet effet et ne font pas non plus partie de l’équipement du navire. Ils ne remplacent
         pas une partie du navire sur lequel les marchandises sont chargées et ne font pas partie de l’armement ou de l’équipement
         du navire, car ils ne sont pas utilisés pour opérer le navire. Ils n’ont donc pas de destination particulière.
      
      47.      Selon la Commission, les autorités danoises ne pouvaient pas accorder l’autorisation d’importation de la marchandise au titre
         de la destination particulière. Les autorités danoises auraient dû immédiatement révoquer l’autorisation accordée après la
         réception de la communication de la Commission, c’est-à-dire dans un délai de deux jours en vertu de l’article 220, paragraphe
         1, du code des douanes. Le Royaume de Danemark a manqué à ses obligations au titre des articles 9 et 20 du code des douanes
         ainsi que du règlement n° 2658/87. C’est la raison pour laquelle les ressources propres de la Communauté ont diminué. La Commission
         souligne, en outre, que les ressources propres de la Communauté au titre des droits de douane sont constituées à la naissance
         de la dette douanière. 
      
      48.      On ne pouvait pas appliquer le régime du perfectionnement actif à la marchandise importée. Il n’est toutefois pas possible
         d’établir ex post si les conditions posées par l’article 117, sous b), du code des douanes pour le régime du perfectionnement
         actif sont remplies.
      
      49.      La Commission affirme que les autorités danoises ont reçu son interprétation des dispositions en cause, mais qu’elles n’ont
         néanmoins pas pris en compte a posteriori la dette douanière, car elles ont estimé que les conditions de l’article 220, paragraphe
         2, sous b), du code des douanes étaient remplies. Elles n’ont donc pas rempli leurs obligations au titre de l’article 871
         du règlement n° 2454/93. La Commission estime que les autorités danoises ont agi de leur propre responsabilité en ce qu’elles
         sont restées attachées à leur interprétation, même après que la Commission ne signale au Royaume de Danemark en 1996 les irrégularités
         dans l’application du régime de la destination particulière qui permet l’importation à droit nul. Puisque les autorités danoises
         n’ont pas informé la Commission de difficultés et d’irrégularités – relevées par la Commission – dans l’application de ce
         régime, elles l’ont empêchée de se prononcer sur une éventuelle application de l’article 220, paragraphe 2, sous b), du code
         des douanes.
      
      50.      La Commission estime que les autorités danoises n’ont pas agi avec toute la diligence nécessaire lors de l’octroi de l’autorisation
         d’importation en franchise des droits d’importation. Elles ont également manqué de diligence, car elles n’ont pas pris en
         compte a posteriori la dette douanière en application de l’article 220, paragraphe 2, sous b), du code des douanes et de l’article
         871 du règlement n° 2454/93. Le Royaume de Danemark n’a donc pas constaté les ressources propres de la Communauté et il est
         financièrement responsable de la perte des ressources propres, ce qui constitue un manquement à l’article 8 de la décision
         94/728. Il doit donc transférer au budget communautaire la somme de 18 678 475 DKK, qui est due en raison des erreurs commises
         et du manque de diligence. La Communauté a subi un préjudice, car ce montant n’a pas été transféré. Dans la mesure où le Royaume
         de Danemark refuse de payer cette somme, il manque à ses obligations au titre des articles 2 et 8 de la décision 94/728 ainsi
         que de l’article 10 CE.
      
      51.      La Commission estime, en ce qui concerne la période s’écoulant du 1er janvier 1994 au 31 décembre 1997, que les faits de la présente espèce ne se distinguent pas fortement des faits en cause
         dans l’affaire Commission/Danemark (17).
      
      52.      La Commission est enfin d’avis que le Royaume de Danemark devrait également verser des intérêts en vertu de l’article 11 du
         règlement n° 1552/89. 
      
      53.      Le gouvernement danois conteste que la Communauté ait subi un préjudice financier en raison du non‑versement des ressources
         propres. Les erreurs commises par les autorités danoises n’ont pas eu d’influence négative sur le budget communautaire, car
         l’importateur remplissait déjà, lors de l’introduction de la demande en 1990, les conditions pour le traitement au titre du
         régime douanier du perfectionnement actif, un fait qui ressortirait de la décision REC 12/03. Aucune dette douanière ne serait
         par conséquent née. Le comité a en outre constaté, lors de la réunion du 19 avril 2004, que pour la période du 1er janvier au 3 février 1998, la Communauté n’a pas subi de préjudice financier en raison de l’exonération des droits de douane.
      
      54.      Le gouvernement danois affirme qu’il n’est pas clair si la marchandise importée ne pouvait pas l’être sous le régime de la
         destination particulière. La question de savoir si les conteneurs sont définis comme une marchandise destinée à l’armement
         et à l’équipement des navires est donc fondamentale pour la présente affaire. La Cour de justice a en effet statué dans l’affaire
         Pedersen/Commission (18) sur la question des filets de pêche qui sont incorporés de manière permanente aux navires. Le statut de la marchandise qui
         est incorporée au navire n’est pas clair. Le gouvernement danois a donc suggéré que le comité compétent de la Commission détermine
         le statut de la marchandise; cette opération n’a pas encore été réalisée. 
      
      55.      Le gouvernement danois affirme, en renvoyant à la décision REC 12/03 et au compte rendu de la réunion de section du 19 avril
         2004, que selon ces textes les conditions pour l’octroi de l’autorisation d’application du régime du perfectionnement actif
         auraient été remplies dès 1990 et que le budget communautaire n’aurait pas subi de préjudice. La Commission ayant déjà expliqué
         dans son mémoire en réplique que cette constatation vaut pour la période du 1er janvier au 3 février 1998, la décision peut être lue en ce sens qu’il n’y a pas eu non plus naissance d’un préjudice avant
         le 1er janvier 1998. Il ressort en outre de la décision qu’aucun préjudice n’est survenu, car il convenait d’appliquer la base juridique
         prévue pour le perfectionnement actif qui prévoit également un droit de douane nul. Il convient donc d’appliquer l’article
         239 du code des douanes. Puisque le régime du perfectionnement actif s’applique pour des faits identiques après le 1er janvier 1998, il n’y a pas de raison pour que ce régime ne puisse pas s’appliquer aussi pour la période précédant le 1er janvier 1998. 
      
      56.      Le gouvernement danois affirme que les autorités danoises ont modifié leur position sur l’application du régime de la destination
         particulière si tardivement à cause du comportement de la Commission dont la section compétente pour les facilités douanières
         du comité du code des douanes n’a pas soumis la question à la discussion. Elles ont modifié leur position dans le cadre de
         la préparation de la réponse à la lettre de mise en demeure en raison de la prise de contact téléphonique avec un fonctionnaire
         non nommément désigné de la direction générale de la fiscalité et de l’union douanière qui a déclaré que le Royaume de Danemark
         devrait appliquer le régime du perfectionnement actif au lieu du régime de la destination particulière. 
      
      57.      Le gouvernement danois conteste aussi explicitement les allégations de la Commission selon lesquelles il ne l’aurait pas informée
         qu’il n’avait pas l’intention de prendre en compte a posteriori la dette douanière, car il l’a bien fait par lettre adressée
         à la Commission le 6 mai 2002. 
      
      V –    Appréciation de Mme l’avocat général
      A –    Responsabilité des États membres envers la Communauté dans le domaine des ressources propres 
      58.      L’article 2, paragraphe 1, sous b), de la décision 94/728 dispose que les droits de douane issus du tarif douanier commun
         et autres droits de douane que la Communauté collecte dans le cadre du commerce de marchandises avec les États tiers sont
         des ressources propres de la Communauté (19). L’utilisation des droits de douane comme ressources propres de la Communauté dans le budget communautaire est la conséquence
         du fait que, dans le cadre de l’union douanière (20), l’État qui ordonne le versement des droits de douane n’est pas nécessairement l’État dans lequel la marchandise sera utilisée
         (21). 
      
      59.      L’article 2 du règlement n° 1552/89 dispose que le droit des Communautés aux ressources propres est constaté dès que sont
         remplies les conditions prévues par la réglementation douanière en ce qui concerne la prise en compte du montant du droit
         et sa communication au redevable. Il ressort des termes de cette disposition que l’obligation de l’État membre de reconnaître
         que la Communauté a un droit sur les ressources propres naît dès que sont remplies les conditions prévues dans la réglementation
         douanière et il n’est donc pas nécessaire que la prise en compte ait été matériellement effectuée (22). Les États membres «sont tenus de constater un droit des Communautés sur les ressources propres dès que leurs autorités douanières
         sont en mesure de calculer le montant des droits qui résulte d’une dette douanière et de déterminer le redevable» (23).
      
      60.      La jurisprudence de la Cour a, en ce qui concerne les droits de douane en tant que ressources propres de la Communauté, adopté
         le point de vue de principe que «les États membres sont tenus de constater le droit des Communautés sur les ressources propres
         dès que leurs autorités douanières disposent des éléments nécessaires et, partant, sont en mesure de calculer le montant des
         droits résultant d’une dette douanière et de déterminer le débiteur, indépendamment de la question de savoir si les critères
         pour l’application de l’article 220, paragraphe 2, sous b), du code des douanes sont remplis et donc s’il peut ou non être
         procédé à une prise en compte et à un recouvrement a posteriori des droits de douane concernés. Dans ces conditions, un État
         membre qui s’abstient de constater le droit des Communautés sur les ressources propres et de mettre le montant correspondant
         à la disposition de la Commission, sans qu’une des conditions prévues à l’article 17, paragraphe 2, du règlement n° 1552/89
         soit remplie, manque à ses obligations en vertu du droit communautaire, et notamment des articles 2 et 8 de la décision 94/728» (24).
      
      B –    L’absence de clarté de dispositions communautaires libère‑t-elle les États membres de l’obligation de constater les ressources
            propres de la Communauté? 
      61.      Le gouvernement danois ne saurait invoquer de prétendues imprécisions des termes de l’annexe I du règlement n° 2658/87. Ces
         imprécisions ne dispensent pas les États membres de payer les ressources propres de la Communauté au titre de la décision
         94/728. Il ressort en effet de l’arrêt précité Commission/Danemark que, même «si une erreur commise par les autorités douanières
         d’un État membre a pour effet que le redevable ne doit pas acquitter le montant des droits concernés, elle ne saurait remettre
         en cause l’obligation de l’État membre en question de payer des intérêts de retard ainsi que les droits qui auraient dû être
         constatés, dans le cadre de la mise à disposition des ressources propres» (25). En vertu du principe de l’administration indirecte (26), les États membres sont compétents pour la mise en œuvre des dispositions douanières communautaires. 
      
      62.      Si certaines des dispositions douanières ne sont pas claires, ce manque de clarté ne libère pas les États membres de leur
         obligation de verser les ressources propres de la Communauté. Il est certes un principe du droit communautaire que d’une manière
         générale les États membres ne sauraient interpréter seuls d’éventuelles imprécisions des dispositions communautaires. S’ils
         pouvaient les interpréter eux-mêmes, ils violeraient par là même l’article 220 CE (27). Les arguments du gouvernement danois selon lesquels, en raison des imprécisions de l’annexe I du règlement n° 2658/87, il
         ne serait pas clair si une dette douanière est née sont par conséquent sans fondement. Même si un État membre conteste l’existence
         d’une dette douanière, il doit déterminer les ressources propres de la Communauté (28). Il convient d’interpréter l’article 2, paragraphe 1, du règlement n° 1552/89 en ce sens que les États membres ne peuvent
         pas s’abstenir de constater les créances, même s’ils les contestent, car l’équilibre financier de la Communauté est affecté
         par l’action des États membres (29).
      
      C –    Obligation du Royaume de Damemark de mettre à disposition les ressources propres de la Communauté
      63.      Il faut signaler, tout d’abord, que le gouvernement danois a reconnu dans sa lettre du 2 avril 2002 qu’il avait mal appliqué
         les dispositions douanières communautaires. Le gouvernement danois a également reconnu dans le mémoire en défense qu’il avait
         mal appliqué le régime de la destination particulière et qu’il avait informé l’importateur que le régime du perfectionnement
         actif ne pouvait pas être appliqué en l’espèce. Il conteste néanmoins que le système des ressources propres de la Communauté
         ait subi un préjudice, car un autre régime douanier, le régime du perfectionnement actif, caractérisé par le droit de douane
         zéro, pourrait s’appliquer. 
      
      64.      La Communauté a un droit sur les ressources propres lorsque sont remplies les conditions matérielles pour la naissance de
         la dette douanière (30). L’obligation des États membres de constater que la Communauté a un droit sur les ressources propres naît en vertu de l’arrêt
         Commission/Danemark, précité, dès l’instant où sont remplies les conditions posées dans la réglementation douanière, c’est-à-dire
         dans les dispositions douanières.
      
      65.      La question de savoir s’il existe des conditions pour constater les ressources propres de la Communauté ne dépend pas de la
         réponse à la question de savoir comment il convient de traiter, du point de vue du droit douanier, l’assujetti à la dette
         douanière, car il s’agit de rapports juridiquement distincts. «Les [dispositions sur les ressources propres] régissent les
         rapports entre la Communauté et les États membres pour ce qui regarde la constatation et la mise à disposition des ressources
         propres. Les [dispositions douanières] s’appliquent aux rapports entre les États membres et les entreprises pour ce qui concerne
         les déclarations en douane, ainsi que l’imposition et la perception des droits à l’importation et à l’exportation» (31). Ainsi, du point de vue des rapports entre la Communauté et le Royaume de Danemark en ce qui concerne les ressources propres
         de la Communauté, il n’est pas important de savoir si les autorités danoises devraient non seulement révoquer l’autorisation
         d’importation en application d’un droit de douane nul, mais également constater si l’application d’un autre régime douanier,
         à savoir le régime du perfectionnement actif, serait correcte. 
      
      66.      Le droit douanier communautaire prévoit, pour une série de marchandises, une réduction des droits de douane, voire même un
         droit de douane nul si les marchandises sont utilisées pour un objet particulier (régime de la destination particulière).
         L’application d’un droit de douane réduit repose en règle générale sur la nomenclature combinée que contenait l’annexe I,
         titre II, du règlement n° 2658/87 qui s’applique comme droit pertinent ratione temporis. Le règlement a posé que les droits
         de douane ne sont temporairement pas collectés pour les marchandises qui sont incorporées dans les bateaux mentionnés dans
         une liste incluse dans ce même règlement en cas de construction, de réparation, d’entretien ou de transformation ainsi que
         pour les marchandises destinées à l’armement et à l’équipement de tels bateaux.
      
      67.      Les autorités douanières danoises ont traité la marchandise importée comme si elle relevait de la sous-position tarifaire
         8901 90 10 de la NC. Celle-ci s’appliquait aux autres bateaux destinés au transport de marchandises et aux autres navires
         destinés au transport de voyageurs et de marchandises. Elles ont motivé l’utilisation de cette sous-position tarifaire en
         indiquant que la Cour, dans l’affaire Pedersen/Commission, précitée, dans laquelle elle avait statué sur les filets de pêche,
         avait affirmé qu’il ne serait pas obligatoire que la marchandise incorporée dans un bateau soit incorporée de manière permanente.
         Le Royaume de Danemark ne saurait invoquer l’arrêt Pedersen/Commission, car dans cette affaire la Cour n’avait pas statué
         sur le cas d’une marchandise incorporée dans un bateau. Ledit arrêt ne contient aucun élément de rattachement qui permettrait
         de traiter les conteneurs sous la sous-position tarifaire 8901 90 10 de la NC. 
      
      68.      Il est manifeste que les conteneurs ordinaires ne sont pas une marchandise qui est incorporée aux bateaux. Ne peuvent constituer
         une telle marchandise que des objets qui sont incorporés ou attachés de manière permanente au bateau ou qui sont du moins
         destinés à une utilisation à long terme. Il faudrait utiliser pour les conteneurs ordinaires la sous-position tarifaire 8609
         00 90 de la NC, ainsi que l’a correctement affirmé la Commission. 
      
      69.      En ce qui concerne les assertions du gouvernement danois selon lesquelles l’erreur des autorités douanières n’a pas porté
         préjudice aux ressources propres de la Communauté, il faut souligner que l’importateur a demandé en 1990 une exonération au
         titre du perfectionnement actif. L’erreur des autorités douanières danoises était qu’elles ont appliqué le régime de la destination
         particulière au lieu du régime du perfectionnement actif. Bien qu’une demande d’exonération au titre du perfectionnement actif
         ait été introduite, cette circonstance en elle-même ne signifie pas qu’une autorisation d’importation en franchise des droits
         d’importation au titre du perfectionnement actif aurait été accordée sur la base de cette demande. 
      
      70.      L’objet du perfectionnement actif est que l’importation s’effectue aux fins de l’exportation. L’article 114, paragraphe 1,
         sous a), du code des douanes connaît ainsi, par exemple, une forme de perfectionnement actif dans le cadre duquel une marchandise
         non communautaire importée est destinée à être réexportée en dehors du territoire douanier communautaire sous forme de produits
         compensateurs. Le gouvernement danois a affirmé dans ses différents mémoires que les conteneurs litigieux sont ajoutés aux
         navires porte-conteneurs de sorte qu’ils sont exportés avec les navires. Le Royaume de Danemark a voulu indiquer par là que
         les conteneurs litigieux font partie de l’équipement des navires et sont donc exportés avec ceux-ci. Ainsi qu’il a été noté
         ci-dessus, les conteneurs en cause sont des conteneurs ordinaires. En supposant que les arguments du gouvernement danois soient
         corrects se pose alors la question de savoir ce que pourrait être l’objet de l’exportation. 
      
      71.      Si les conteneurs demeurent la propriété de l’entreprise de transport maritime, on peut difficilement parler d’exportation.
         Les parties n’ont toutefois pas apporté dans leurs mémoires d’arguments plus précis sur cette question. L’argument du Royaume
         de Danemark relatif à l’entretien téléphonique avec un fonctionnaire non nommément désigné de la Commission, non contesté
         par cette dernière, et au cours duquel le gouvernement danois a reçu l’assurance qu’il pouvait appliquer les dispositions
         relatives au perfectionnement actif ne signifie pas en soi que ces dispositions peuvent effectivement s’appliquer à l’importateur.
         Sont également sans fondement les arguments du gouvernement danois selon lesquels il aurait été expliqué, lors de cet entretien,
         que les dispositions sur le perfectionnement actif devraient s’appliquer en combinaison avec l’admission temporaire au titre
         de l’article 4, paragraphe 16, sous f), du code des douanes. L’article 137 du code des douanes dispose que le régime de l’admission
         temporaire permet l’utilisation dans le territoire douanier de la Communauté, en exonération totale ou partielle des droits
         à l’importation, des marchandises non communautaires destinées à être réexportées, sans avoir subi des modifications, exception
         faite de leur dépréciation normale par suite de l’usage qui en est fait (32). Dans la présente affaire, la marchandise importée a toutefois été transformée en conteneurs ordinaires. On ne peut donc
         pas en l’espèce parler d’admission temporaire. 
      
      72.      Sont de même sans fondement les arguments du gouvernement danois selon lesquels le point de vue avancé par la Commission dans
         la décision REC 12/03 s’appliquerait à la présente affaire. Il est clairement affirmé dans la décision REC 12/03 que le régime
         douanier du perfectionnement actif ne peut s’appliquer que pour la période du 1er janvier au 3 février 1998. Les arguments sur l’application de cette décision pour la période antérieure au 1er janvier 1998 sont donc sans fondement. 
      
      73.      Eu égard à ce qui précède, la Commission a constaté à juste titre que l’application du régime de la destination particulière
         pour les cadres et conteneurs était incorrecte dans le cas concret. Le Royaume de Danemark a appliqué le mauvais régime douanier.
         
      
      74.      Les États membres doivent, «en vertu de l’article 17, paragraphes 1 et 2, du règlement n° 1552/89, […] prendre toutes les
         mesures nécessaires pour que les montants correspondant aux droits constatés conformément à l’article 2 du même règlement
         soient mis à la disposition de la Commission. Les États membres n’en sont dispensés que si le recouvrement n’a pu être effectué
         pour des raisons de force majeure ou lorsqu’il s’avère qu’il est définitivement impossible de procéder au recouvrement pour
         des raisons qui ne peuvent leur être imputées» (33).
      
      75.      La Cour a déjà exprimé l’opinion «qu’il n’y a pas lieu de distinguer entre l’hypothèse où l’État membre aurait constaté les
         ressources propres sans les verser et celle où il aurait indûment omis de les constater, même en l’absence d’un délai de rigueur» (34). Dans la présente affaire, l’application incorrecte du régime douanier de la destination particulière signifie que le Royaume
         de Danemark n’a pas constaté les ressources propres de la Communauté. 
      
      76.      Le moyen de défense du Royaume de Danemark selon lequel il n’y aurait pas eu de préjudice n’est pas de nature à priver le
         recours de la Commission de tout fondement. La doctrine classe de tels moyens de défense soulevés par les États membres qu’il
         n’y aurait pas eu de préjudice dans la catégorie des exceptions de minimis (35) et elle souligne qu’un État membre manque à ses obligations indépendamment de l’étendue du manquement (36). C’est la raison pour laquelle, dans le domaine des dispositions régissant le fonctionnement du marché intérieur, un moyen
         de défense d’un État membre selon lequel un manquement n’a pas eu de conséquence pour le fonctionnement du marché intérieur
         est dépourvu de fondement (37). Un manquement ne dépend pas de la survenance d’un dommage (38). Il convient d’appliquer le même raisonnement dans le domaine des ressources propres de la Communauté. L’objet de la procédure
         fondée sur l’article 226 CE n’est en effet pas de constater si la Communauté a subi un préjudice, mais uniquement de constater
         si un État membre a manqué aux obligations que lui impose le droit communautaire (39). Le moyen de défense soulevé par le Royaume de Danemark selon lequel la Communauté n’aurait pas subi de préjudice du fait
         des erreurs commises par les autorités douanières danoises ne saurait être retenu. La question de savoir si le comportement
         des autorités danoises était ou non fautif est de même sans importance pour la présente affaire (40).
      
      77.      Le droit communautaire exige, en effet, que les États membres appliquent correctement les dispositions douanières. «[L]es
         États membres sont tenus de constater le droit des Communautés sur les ressources propres dès que leurs autorités douanières
         disposent des éléments nécessaires et, partant, sont en mesure de calculer le montant des droits résultant d’une dette douanière
         et de déterminer le débiteur, indépendamment de la question de savoir si les critères pour l’application de l’article 220,
         paragraphe 2, sous b), du code des douanes sont remplis et donc s’il peut ou non être procédé à une prise en compte et à un
         recouvrement a posteriori des droits de douane concernés» (41).
      
      78.      Un État membre qui ne constate pas le droit de la Communauté sur les ressources propres et qui ne met pas le montant correspondant
         à la disposition de la Commission sans que soit remplie l’une des conditions posées à l’article 17, paragraphe 2, du règlement
         n° 1552/89 manque à ses obligations au titre du droit communautaire et en particulier des articles 2 et 8 de la décision 94/728
         (42). Le Royaume de Danemark est donc tenu de mettre à disposition les ressources propres. 
      
      D –    Manquement au titre de l’article 871 du règlement n° 2454/93
      79.      La Commission affirme que les autorités danoises ont reçu son interprétation des dispositions douanières, mais qu’elles n’ont
         malgré tout pas pris en compte a posteriori la dette douanière, car elles estimaient que les conditions de l’article 220,
         paragraphe 2, sous b), du code des douanes étaient remplies. Elles ont donc manqué à leurs obligations au titre de l’article
         871 du règlement n° 2454/93 et elles ont empêché la Commission de se prononcer sur une éventuelle application de l’article
         220, paragraphe 2, sous b), du code des douanes.
      
      80.      L’article 871 du règlement n° 2454/93 dispose que, si les autorités douanières estiment que les conditions de l’article 220,
         paragraphe 2, sous b), du code des douanes sont réunies, ou ont un doute quant à la portée des critères de cette disposition
         au regard du cas concerné, elles doivent transmettre le cas à la Commission pour qu’il soit réglé conformément à la procédure
         prévue aux articles 872 à 876. Le dossier adressé à la Commission doit comporter tous les éléments nécessaires à un examen
         complet du cas présenté. 
      
      81.      La Cour a déjà jugé que la procédure inscrite aux articles 871 et 873 du règlement n° 2454/93 «ne porte pas sur l’obligation
         des États membres de constater le droit des Communautés sur les ressources propres. En effet, la finalité des articles 871
         et 873 du règlement n° 2454/93 consiste à garantir l’application uniforme du droit communautaire» (43).
      
      82.      Il n’est pas contesté que le gouvernement danois, dans sa lettre du 6 mai 2002, a demandé à la Commission qu’elle l’autorise,
         en vertu de l’article 220, paragraphe 2, sous b), du code des douanes, à ne pas procéder à la prise en compte a posteriori,
         car l’autorisation accordée au titre de la destination particulière était une erreur des autorités douanières que le redevable
         ne pouvait pas déceler.
      
      83.      Les parties n’ont pas même affirmé que la Commission aurait déjà statué sur la demande du Royaume de Danemark. 
      
      84.      Le grief de la violation de l’article 871 du règlement n° 2454/93 est donc sans fondement. 
      
      E –    Manquement au titre de l’article 10 CE 
      85.      La Cour, dans sa jurisprudence relative à une violation simultanée de l’article 10 CE et de la décision 94/728, a déjà jugé
         que, compte tenu des violations constatées de cette décision, «il n’y a pas lieu de constater un manquement [du Royaume de
         Danemark] aux obligations générales [de l’article 10 CE]» (44).
      
      86.      La ratio de cette opinion de la Cour est que l’article 10 CE est une disposition générale par rapport à la décision 94/728.
         Si l’on constate une violation d’une disposition spéciale, il n’est pas nécessaire de constater en outre la violation d’une
         disposition générale. En vertu du principe specialia generalibus derogant, une violation d’une norme spéciale emporte en effet
         également une violation d’une disposition générale. 
      
      F –    Intérêts de retard 
      87.      Il résulte de la jurisprudence de la Cour «qu’il existe un lien indissociable entre l’obligation de constater les ressources
         propres communautaires, celle de les inscrire au compte de la Commission dans les délais impartis et celle de verser des intérêts
         de retard» (45).
      
      88.      Eu égard à ce qui précède, le recours de la Commission dans la partie qui porte sur les intérêts de retard correspondants
         à partir du 27 juillet 2000 est bien fondé. 
      
      89.      Il faut enfin signaler que, si la Communauté perçoit des recettes au titre des ressources propres auxquelles elle n’a pourtant
         pas droit, l’équilibre financier de la Communauté s’en trouve modifié au détriment des États membres. Dans un tel cas, il
         pourrait y avoir un transfert de patrimoine sans base juridique au profit de la Communauté. La question d’un éventuel enrichissement
         sans cause de la Communauté ne relève cependant pas d’une procédure en manquement au titre de l’article 226 CE. 
      
      90.      Il faut donc constater que le Royaume de Danemark, du fait que ses autorités n’ont pas mis à la disposition de la Commission
         le montant de 18 678 475 DKK de ressources propres majoré d’intérêts de retard correspondants courant depuis le 27 juillet
         2000, a manqué à ses obligations au titre du droit communautaire et n’a en particulier pas tenu compte des articles 2 et 8
         de la décision 94/728.
      
      VI – Dépens 
      91.      En vertu de l’article 69, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour, toute partie qui succombe est condamnée aux
         dépens s’il est conclu en ce sens. La Commission ayant conclu à la condamnation du Royaume de Danemark aux dépens et celui-ci
         ayant succombé en ses moyens, il y a lieu de le condamner aux dépens. 
      
      VII – Conclusions
      92.      Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, nous suggérons à la Cour de se prononcer comme suit: 
      
      «1)      Le Royaume de Danemark, du fait que ses autorités n’ont pas mis à la disposition de la Commission des Communautés européennes
         le montant de 18 678 475 DKK de ressources propres majoré d’intérêts de retard courant à partir du 27 juillet 2000, a manqué
         à ses obligations au titre du droit communautaire et n’a en particulier pas tenu compte des articles 2 et 8 de la décision
         94/728/CE, Euratom du Conseil, du 31 octobre 1994, relative au système des ressources propres des Communautés européennes,
         
      
      2)      Le Royaume de Danemark est condamné aux dépens.» 
      1 –	Langue originale: le slovène. 
      
      2 –	JO L 293, p. 9.
      
      3 –	Arrêt du 15 novembre 2005 (C-392/02, Rec. p. I-9811). 
      
      4 –	JO L 185, p. 24.   
      
      5 –	JO L 253, p. 42.
      
      6 –	JO L 155,  p. 1. 
      
      7 –	JO L 175,  p. 3. 
      
      8 –	JO L 130,  p. 1.  
      
      9 –	JO L 302, p. 1.  
      
      10 –	JO L 253, p. 1. 
      
      11 –	JO L 188, p. 1.  
      
      12 –	JO L 256, p. 1.  
      
      13 –	JO L 198, p. 1. 
      
      14 –	JO L 281, p. 1. 
      
      15 –	Note sans objet pour la version française. 
      
      16 –	Cette décision n’est pas publiée au JO.   
      
      17 –	Voir arrêt précité à la note 3. 
      
      18 –	Arrêt du 22 septembre 1988 (148/87, Rec. p. 4993). 
      
      19 –	Le système des ressources propres est une caractéristique fondamentale des Communautés européennes par rapport aux autres
         organisations internationales et interétatiques. Il est indiqué en doctrine que les ressources propres de la Communauté sont
         une expression de l’intégration européenne dans le domaine budgétaire et sont définies comme des recettes fiscales qui appartiennent
         ipso iure à la Communauté pour le financement de son budget sans que, pour leur naissance et leur transfert, il faille une
         décision ultérieure des autorités nationales des États membres (Van Raepenbusch, S., Droit institutionnel de l’Union européenne, 4e édition, Bruxelles, 2005, p. 293).
      
      20 –	Premier considérant du code des douanes. 
      
      21 –	Bieber, R., dans von den Groeben/Schwarze, Article 269, point 29. L’auteur estime donc que les droits de douane et les prélèvements ne peuvent pas être déterminés avec précision sur le plan
         national. 
      
      22 –	Voir arrêt Commission/Danemark précité à la note 3, point 58.
      
      23 –	Ibidem, point 61.
      
      24 –	Ibidem, point 68. 
      
      25 –	Ibidem, point 63. Dans cette affaire, le gouvernement danois a contesté que l’article 220, paragraphe 2, sous b), du code
         des douanes ne permette pas la collecte des droits de douane et que, en raison des erreurs commises par son administration
         dans l’application du code des douanes, il ne peut donc pas être responsable de la réduction des ressources propres. Dans
         ses conclusions dans cette affaire (points 62 et 63), l’avocat général Geelhoed a répondu à ce moyen de défense que les dispositions
         relatives aux ressources propres règlent les rapports entre la Communauté et les États membres en ce qui concerne la constatation
         et la mise à disposition des ressources propres. Les dispositions douanières, elles, règlent les rapports entre les États
         membres et les entreprises en ce qui concerne la déclaration en douane, l’imposition et la collecte des droits d’importation
         et d’exportation. Les événements qui peuvent se produire dans les rapports entre les autorités douanières et les redevables
         n’ont en principe pas d’influence sur le flux des ressources propres entre la Communauté et les États membres entre lesquels
         il y a également des droits de douane qui devraient être constatés. Si les rapports étaient différents, le flux des ressources
         propres des États membres vers la Communauté serait exposé aux risques qui sont caractéristiques pour la procédure administrative
         douanière.     
      
      26 –	En ce qui concerne la mise en œuvre du droit communautaire, on connaît en doctrine la distinction fondamentale entre l’administration
         directe, qui est de la compétence des institutions et autres organes communautaires, et l’administration indirecte, qui est
         de la compétence des États membres. Dans le cas de l’administration indirecte, l’administration publique des États membres
         met en œuvre le droit communautaire. Dans le cas de l’administration indirecte, nous connaissons cependant la mise en œuvre
         directe du droit communautaire lorsque l’administration publique applique des décisions et règlements et des dispositions
         directement applicables du droit primaire et la mise en œuvre indirecte du droit communautaire lorsque les autorités nationales
         appliquent des dispositions qu’elles doivent transposer en droit national (par exemple les directives) (Jacqué, J.‑P., Droit institutionnel de l’Union européenne, 3e édition, Paris, 2004, p. 446; Ziller, J., «L’autorité administrative dans l’Union européenne», EUI Working Paper Law n° 2004/14, Florence: European University Institute, 2004, p. 11; Fischer, H. G., Europarecht, p. 131 et 132, Münich, 2001; Öhlinger, T. P. M., Gemeinschaftsrecht und staatliches Recht, 3e édition complémentaire, Vienne, 2006, p. 108, 137 et 138).   
      
      27 –	La Cour est l’institution qui détient la compétence exclusive pour décider de la validité des actes de droit communautaire
         dérivé (arrêt du 22 octobre 1987, Foto-Frost, 314/85, Rec. p. 4199, points 13 à 17). La même constatation vaut, en vertu de
         l’article 220 CE, pour l’interprétation du droit communautaire primaire et dérivé. La ratio legis de la compétence exclusive
         est l’uniformité de l’interprétation du droit qui est une forme spéciale du principe d’égalité de traitement. 
      
      28 –	Arrêt du 16 mai 1991, Commission/Pays-Bas (C-96/89, Rec. p. I-2461, point 38).  
      
      29 –	Voir, en ce sens, arrêts Commission/Pays-Bas précité à la note 28, point 37, ainsi que du 15 juin 2000, Commission/Allemagne
         (C-348/97, Rec. p. I-4429, point 64).
      
      30 –	Voir, en ce sens, arrêt Commission/Danemark précité à la note 3, point 61.
      
      31 –	Conclusions de l’avocat général Geelhoed dans l’affaire Commission/Danemark (précitée à la note 3), point 62.
      
      32 –	Witte, P., Wolfgang, H.‑M., et Bleihauer, H.-J., Lehrbuch des Europäischen Zollrechts, 5e édition, Herne, 2006, p. 272. Les auteurs affirment que l’exemple typique du régime douanier de l’admission temporaire est
         l’importation de marchandises exposées lors de foires.  
      
      33 –	Voir arrêt Commission/Danemark précité à la note 3, point 66.
      
      34 –	Ibidem, point 67.
      
      35 –	Van Raepenbusch, S., Droit institutionnel de l’Union européenne, p. 603 et 606. L’auteur signale que l’exception de minimis relève du groupe des exceptions que la Cour rejette systématiquement.
         Les termes latins de minimis sont un abrégé du principe général de droit de minimis non curat praetor. 
      
      36 –	Rideau, J., et Picod, F., Code des procédures juridictionnelles de l’Union européenne, 2e édition, Paris, 2002, p. 167.  
      
      37 –	Arrêt du 11 avril 1978, Commission/Pays-Bas (95/77, Rec. p. 863, point 13). La Cour, dans cet arrêt, a rejeté l’exception
         soulevée par le Royaume des Pays-Bas que la non‑application de la directive 71/347/CEE du Conseil, du 12 octobre 1971, concernant
         le rapprochement des législations des États membres relatives au mesurage de la masse à l’hectolitre des céréales (JO L 239,
         p. 1), n’aurait eu aucune conséquence négative sur le fonctionnement du marché intérieur. Selon la Cour, une telle objection
         n’était pas conforme à l’objectif poursuivi par la directive 71/347. 
      
      38 –	Van Raepenbusch, S,  Droit institutionnel de l’Union européenne, p. 606.    
      
      39 –	Lenaerts, K., Arts, D., et Maselis, I., Procedural Law of the European Union, 2e édition, Londres, 2006, p. 128. Ces auteurs renvoient à l’arrêt du 29 mars 2001, Commission/France (C‑404/99, Rec. p. I-2667,
         point 51). La Cour a constaté dans cet arrêt que «le recours en manquement a un caractère objectif […]. En conséquence, le
         manquement aux obligations qui incombent aux États membres en vertu du traité ou du droit dérivé existe, quelles que soient
         l’ampleur ou la fréquence des situations incriminées».
      
      40 –	La doctrine, en renvoyant aux arrêts du 18 novembre 1970, Commission/Italie (8/70, Rec. p. 961, et du 26 février 1976,
         Commission/Italie (52/75, Rec. p. 277), souligne que, dans une procédure en manquement, l’exception du comportement non fautif
         n’est pas recevable comme motif d’exonération. Il s’agit, dans une procédure en manquement, de constater une situation juridique
         qui n’est pas conforme au droit communautaire. La question de la faute de l’État membre n’est donc en règle générale pas importante
         (Burgi, M., «Vertragsverletzungsverfahren», dans Rengeling, H.-W., Middeke, A., et Gellermann, M. (rédacteurs), Handbuch des Rechtsschutzes in der Europäischen Union, 2e édition complémentaire, Münich, 2003, p. 80).   
      
      41 –	Voir arrêt Commission/Danemark précité à la note 3, point 68.
      
      42 –	Ibidem.
      
      43 –	Ibidem, point 64.
      
      44 –	Ibidem, point 69.
      
      45 –	Ibidem, point 67.