CELEX: 62002CJ0400
Language: fr
Date: 2004-09-16
Title: Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 16 septembre 2004.#Gerard Merida contre Bundesrepublik Deutschland.#Demande de décision préjudicielle: Bundesarbeitsgericht - Allemagne.#Article 39 CE - Convention collective - Allocation complémentaire temporaire en faveur des anciens employés civils des forces alliées en Allemagne - Travailleurs frontaliers - Détermination de la base de calcul de ladite allocation - Prise en compte fictive de l'impôt sur les salaires allemand.#Affaire C-400/02.

Affaire C-400/02Gerard MeridacontreBundesrepublik Deutschland(demande de décision préjudicielle, formée par le Bundesarbeitsgericht)
         
            «Article 39 CE  –  Convention collective  –  Allocation complémentaire temporaire en faveur des anciens employés civils des forces alliées en Allemagne  –  Travailleurs frontaliers  –  Détermination de la base de calcul de ladite allocation  –  Prise en compte fictive de l'impôt sur les salaires allemands»
            
               
                  Conclusions de l'avocat général Mme C. Stix-Hackl, présentées le 5 février 2004
                     
               
               
            
                   
               
               
            
               
                  Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 16 septembre 2004
                     
               
               
            
                   
               
               
            
            Sommaire de l'arrêt
         
         
                  
                  Libre circulation des personnes  –  Travailleurs  –  Égalité de traitement  –  Avantages sociaux  –  Allocation temporaire accordée aux salariés en cas de licenciement  –  Déduction fictive, pour le travailleur résidant et imposable dans un autre État membre, de l'impôt sur le salaire théoriquement
                     dû dans l'État d'emploi  –  Inadmissibilité  –  Justification  –  Absence
                  (Art. 39 CE; règlement du Conseil nº 1612/68, art. 7, § 4) Les articles 39 CE et 7, paragraphe 4, du règlement nº 1612/68, relatif à la libre circulation des travailleurs à l’intérieur
         de la Communauté, s’opposent à une réglementation nationale prévue par une convention collective, selon laquelle le montant
         d’une prestation sociale telle qu’une allocation temporaire complémentaire des prestations octroyées pour cause de chômage,
         accordée aux salariés en cas de licenciement, qui est versée par l’État membre d’emploi à un travailleur qui réside et est
         imposable dans un autre État membre, est calculé de telle manière que l’impôt sur les salaires dû dans l’État membre d’emploi
         est déduit de manière fictive lors de la détermination de la base de calcul de ladite allocation, alors que, conformément
         à une convention en vue d’éviter les doubles impositions, les traitements, salaires et rémunérations analogues versés aux
         travailleurs qui ne résident pas dans cet État ne sont imposables que dans l’État membre de résidence de ces derniers.
          Les difficultés administratives qu’engendrerait, pour l’État membre d’emploi, l’application de différents modes de calcul
         de ladite allocation en fonction de la résidence de l’intéressé et les conséquences budgétaires de l’absence de prise en compte
         de l’impôt sur les salaires national ne peuvent justifier le non-respect par cet État membre des obligations découlant du
         traité.
         
         
               (cf. points 29-30, 37 et disp.)
      

      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
            
            ARRÊT DE LA COUR (deuxième chambre)16 septembre 2004(1)
         
         
            
         
               «Article 39 CE  –  Convention collective  –  Allocation complémentaire temporaire en faveur des anciens employés civils des forces alliées en Allemagne  –  Travailleurs frontaliers  –  Détermination de la base de calcul de ladite allocation  –  Prise en compte fictive de l'impôt sur les salaires allemand»
               
             Dans l'affaire C-400/02, 
             ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l'article 234 CE,
             introduite par le Bundesarbeitsgericht (Allemagne), par décision du 27 juin 2002, enregistrée le 12 novembre 2002, dans la procédure:
            
            
            Gerard Merida
            
            contre
            
            Bundesrepublik Deutschland,
            
            
            
            LA COUR (deuxième chambre),,
            
             composée de M. C. W. A. Timmermans, président de chambre, MM. J.-P. Puissochet, J. N. Cunha Rodrigues (rapporteur) et R. Schintgen,
            et Mme N. Colneric, juges,
            
             avocat général: Mme C. Stix-Hackl,greffier: Mme M.-F. Contet, administrateur principal,
             vu la procédure écrite et à la suite de l'audience du 15 janvier 2004,considérant les observations présentées:
            
            –
             pour M. Merida, par Me F. Lorenz, Rechtsanwalt,
            
            –
             pour la Bundesrepublik Deutschland, par M. W.-D. Plessing, en qualité d'agent, assisté de Me E. H. Neuert, Rechtsanwalt,
            
            –
             pour la Commission des Communautés européennes, par MM. G. Braun, R. Lyal et D. Martin, en qualité d'agents,
            
            
            
            ayant entendu l'avocat général en ses conclusions à l'audience du 5 février 2004,
         rend le présent
         
         
         Arrêt
         1
            
          La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 39 CE.
         
         
         
         2
            
          Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant M. Merida, de nationalité française, à la Bundesrepublik
         Deutschland au sujet du calcul de l’allocation complémentaire temporaire («Überbrückungsbeihilfe», ci-après l'«allocation
         temporaire») que cette dernière a versée à l’intéressé en application du Tarifvertrag zur sozialen Sicherung der Arbeitnehmer
         bei den Stationierungsstreitkräften im Gebiet der Bundesrepublik Deutschland (convention collective relative à la sécurité
         sociale des salariés employés auprès des forces stationnées sur le territoire de la République fédérale d’Allemagne), du 31
         août 1971 (ci-après le «TV SozSich»).
         
         
            
               Le cadre juridique
            La réglementation communautaire
         
         3
            
          Aux termes de l’article 7 du règlement (CEE) n° 1612/68 du Conseil, du 15 octobre 1968, relatif à la libre circulation des
         travailleurs à l’intérieur de la Communauté (JO L 257, p. 2):
         «1.     Le travailleur ressortissant d’un État membre ne peut, sur le territoire des autres États membres, être, en raison de sa nationalité,
         traité différemment des travailleurs nationaux, pour toutes conditions d’emploi et de travail, notamment en matière de rémunération,
         de licenciement, et de réintégration professionnelle ou de réemploi s’il est tombé en chômage. 
         […]
          4.       Toute clause de convention collective ou individuelle ou d’autre réglementation collective portant sur l’accès à l’emploi,
         l’emploi, la rémunération et les autres conditions de travail et de licenciement est nulle de plein droit dans la mesure où
         elle prévoit ou autorise des conditions discriminatoires à l’égard des travailleurs ressortissant des autres États membres.»
         
         La réglementation nationale
         
         4
            
          Le TV SozSich stipule, à son article 4, relatif à l’allocation temporaire:
         
         «1.
            Une allocation temporaire est versée:
         
         [...]
         
         b)
            en complément des prestations de la Bundesanstalt für Arbeit (Office fédéral de l’emploi) octroyées pour cause de chômage
               ou d’actions de formation professionnelle (allocation de chômage, aide sociale aux chômeurs, allocation d’entretien),
            
         
         [...]
         
         3. a) (1)	La base de calcul de l’allocation temporaire versée en complément de la rémunération perçue pour reclassement (point
            1 a) est la rémunération de base prévue par la convention collective à l’article 16, 1 a, du [Tarifvertrag für die Arbeitnehmer
            bei den Stationierungsstreitkräften im Gebiet der Bundesrepublik Deutschland (convention collective des salariés employés
            auprès des forces stationnées sur le territoire de la République fédérale d’Allemagne), du 16 décembre 1966 (ci-après le «TV
            AL II»)], qui revenait au salarié à la date du licenciement pour un mois civil entier, sur la base de l’horaire normal de
            travail prévu dans son contrat [...].
         
         
         
         	[…]
         
         
         3. b)
            La base de calcul de l’allocation temporaire versée en complément des prestations de la Bundesanstalt für Arbeit (point 1 b)
               [...] est la base de calcul prévue au point a) ci-dessus, diminuée des retenues légales sur salaires. Lors du calcul fictif
               de l’impôt sur les salaires et des cotisations de sécurité sociale, il convient de partir des critères de fiscalité et de
               sécurité sociale pertinents pour le salarié à la date de paiement de l’allocation temporaire – sans toutefois tenir compte
               des abattements portés sur la carte fiscale (‘Lohnsteuerkarte’).
            
         
          4.       L’allocation temporaire s’élève:
         
         
         
          
         –
            pendant la première année faisant suite à la cessation du rapport de travail, à l00 %,
         
         
         
         
          
         –
            à partir de la deuxième année, à 90 %
         
         
         
         
          
         –
            de la différence entre la base de calcul (point 3 a ou b) et les prestations visées aux points 1 et 2 ci‑dessus.
         
         
          Si l’allocation temporaire est versée en complément des prestations de la Bundesanstalt für Arbeit ou de l’assurance maladie
         ou accident légale, il convient de lui ajouter le montant nécessaire à la couverture de l’impôt sur le salaire.
         [...]»
         
         
         
         5
            
          Conformément au point 2 der Erläuterungen und Verfahrensrichtlinien zum TV SozSich – Neufassung 1992 (notes explicatives et
         lignes directrices procédurales relatives à la convention collective – nouvelle version 1992, ci-après les «notes explicatives
         et lignes directrices»):
         «S’agissant de l’article 4, point 1:
         [...]
         
         2.6.5
            Les prestations octroyées pour cause de chômage, qu’un travailleur frontalier originaire d’un pays de l’Union européenne ne
               peut recevoir que dans le pays où il est domicilié, équivalent en principe aux prestations de la Bundesanstalt für Arbeit
               si le travailleur frontalier pouvait exercer à partir de son domicile de l’époque une activité sur le marché du travail allemand.
            
         
         [...]
          S’agissant de l’article 4, point 3:
         [...]
         
         2.8.5
            Si, à la date du licenciement, le salarié était exonéré de l’impôt sur les salaires en application d’une convention sur la
               double imposition, les retenues fiscales qui devraient être effectuées pour un salarié allemand par ailleurs comparable, domicilié
               en Allemagne, sont prises en considération lors de la détermination de la base de calcul prévue au point 3 b.
            
         
         [...]
          S’agissant de l’article 4, point 4:
         [...]
         
         2.9.4
            Si le salarié reçoit en vertu du point 2.6.5 une allocation temporaire en complément des prestations d’un organisme étranger
               de sécurité sociale, le montant de l’allocation temporaire se calcule en fonction de la prestation octroyée par la Bundesanstalt
               für Arbeit, à laquelle l’allocataire aurait droit s’il était domicilié sur le territoire de la République fédérale. Si la
               prestation qu’il reçoit effectivement est plus élevée, la différence est déduite en vertu de l’article 5.»
            
         
         
         
         
         6
            
          Suivant l'article 5 du TV SozSich, des prestations autres que celles prévues à l'article 4, point 1, auxquelles le salarié
         a droit sont prises en compte pour le versement de l'allocation temporaire.
         
         
         
         7
            
          La convention entre la République française et la République fédérale d’Allemagne en vue d’éviter les doubles impositions
         et d’établir des règles d’assistance administrative et juridique réciproque en matière d’impôts sur le revenu et sur la fortune,
         ainsi qu’en matière de contributions des patentes et de contributions foncières, conclue le 21 juillet 1959 et qui a été modifiée
         par la suite (ci-après la «CDI»), dispose à son article 14, paragraphe 1:
         «Les traitements, salaires et rémunérations analogues, ainsi que les pensions de retraite, versés par un des États contractants
         […] à des personnes physiques résidents de l’autre État en considération de services administratifs ou militaires actuels
         ou antérieurs, ne sont imposables que dans le premier État. Toutefois, cette disposition ne trouve pas à s’appliquer lorsque
         les rémunérations sont allouées à des personnes possédant la nationalité de l’autre État sans être en même temps ressortissants
         du premier État; en ce cas, les rémunérations ne sont imposables que dans l’État dont ces personnes sont les résidents.»
         
         Le litige au principal et la question préjudicielle
         
         8
            
          M. Merida occupait jusqu’au 30 novembre 1999 un emploi civil auprès des forces françaises stationnées à Baden-Baden (Allemagne),
         tout en résidant en France. Le TV AL II était applicable au contrat de travail de l'intéressé et sa rémunération lui était
         versée par les autorités allemandes au nom et pour le compte de son employeur.
         
         
         
         9
            
          Conformément à l’article 14, paragraphe 1, de la CDI, la rémunération brute que percevait M. Merida au titre de son activité
         professionnelle, après déduction des cotisations de sécurité sociale versées en Allemagne, était imposable en France. Le taux
         de l'impôt sur les salaires français étant moins élevé que celui applicable en Allemagne, M. Merida percevait un revenu net
         supérieur à celui d’un employé se trouvant dans une situation identique à la sienne, mais résidant dans ce dernier État membre.
         
         
         
         10
            
         À la suite de la résiliation de son contrat de travail, M. Merida a bénéficié de l’allocation temporaire conformément à l’article
         4 du TV SozSich. En déterminant la base de calcul de celle-ci, les autorités allemandes ont, par un calcul fictif, déduit
         de la rémunération de base prévue par le TV AL II «qui revenait à l’intéressé à la date du licenciement pour un mois civil
         entier» non seulement le montant des cotisations de sécurité sociale allemandes, mais également l’impôt sur les salaires allemand.
         Par ailleurs, en application des dispositions de l’article 5 du TV SozSich et du point 2.9.4 des notes explicatives et lignes
         directrices, les autorités allemandes ont déduit de l’allocation temporaire versée à M. Merida le montant de l’allocation
         de chômage dont ce dernier a bénéficié en France entre le 22 février et la fin du mois de mars de l’année 2000.
         
         
         
         11
            
          Selon M. Merida, la déduction fictive de l’impôt sur les salaires allemand de sa rémunération de base aux fins de la détermination
         de la base de calcul de l’allocation temporaire est illicite. En effet, conformément à la CDI, cette allocation ne serait
         imposable qu’en France et, en l’occurrence, elle ferait l’objet d’une double imposition illicite. Le calcul fictif du salaire
         net en application du droit fiscal allemand aux fins de la détermination du montant de ladite allocation, outre qu’il irait
         à l’encontre de l’objectif poursuivi par celle-ci, lequel consisterait à compenser la perte de revenus consécutive au licenciement,
         serait contraire au droit communautaire.
         
         
         
         12
            
          Tant la juridiction de première instance que la juridiction d'appel ont rejeté le recours de M. Merida qui a introduit un
         pourvoi en «Revision» devant la juridiction de renvoi.
         
         
         
         13
            
          Selon cette dernière, en appliquant le droit national, la juridiction d'appel a en définitive et à juste titre rejeté le recours
         dont elle était saisie comme n’étant pas fondé. Ce faisant, elle aurait suivi la jurisprudence du Bundesarbeitsgericht, selon
         laquelle, en tant que base de calcul de l’allocation temporaire, le salaire net fictif devrait être déterminé en vertu de
         l’article 4, point 3, sous b), du TV SozSich. À cet égard, la Bundesrepublik Deutschland devait prendre en compte, de manière
         fictive, l’impôt sur les salaires allemand, même dans le cas de M. Merida, bien que celui-ci fût domicilié et imposable en
         France.
         
         
         
         14
            
          Il ne saurait toutefois être exclu que les partenaires sociaux ont méconnu l’article 39 CE en tenant compte fictivement, même
         pour les salariés domiciliés dans un autre État membre, de l’impôt sur les salaires allemand aux fins de la détermination
         de la base de calcul de l’allocation temporaire.
         
         
         
         15
            
         À cet égard, la juridiction de renvoi relève que M. Merida estime être victime d’une discrimination, dans la mesure où, si,
         comme à l'époque où il était employé auprès des forces alliées en Allemagne, il est tenu de payer l’impôt sur ses revenus
         en vertu du droit fiscal français du fait qu’il perçoit des allocations de chômage en France et l’allocation temporaire en
         Allemagne, il doit accepter en même temps que soit pris comme base de calcul aux fins de la détermination du montant de ladite
         allocation un traitement net fictif déterminé en procédant aux déductions conformément au droit fiscal allemand. Il serait
         donc simultanément soumis au droit fiscal de deux États membres, ce qui serait contraire à l’article 39 CE.
         
         
         
         16
            
          La juridiction de renvoi observe pour sa part que l’imposition des revenus versés par la Bundesrepublik Deutschland à M. Merida
         depuis la résiliation de son contrat de travail est, comme précédemment, régie par les stipulations de la CDI. L’intéressé
         s’opposerait à tort au seul fait que la base de calcul applicable au montant brut de l’allocation temporaire n’est pas réglementée
         de façon plus favorable dans son cas qu’il ne l’est dans celui d’un salarié qui n’est pas un travailleur frontalier.
         
         
         
         17
            
          Néanmoins, le Bundesarbeitsgericht a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour la question préjudicielle suivante:
         «Méconnaît-on l’article 39 CE en se fondant fictivement sur l’impôt sur les salaires allemand lors de la détermination de
         la base de calcul de l’allocation temporaire dans le cas prévu à l’article 4, point 1, sous b), du TV SozSich [article 4,
         point 3, sous b), deuxième phrase, du TV SozSich] lorsque l’ancien salarié habite à l’étranger et qu’il y est imposable?»
         
         Sur la question préjudicielle
         
         18
            
          L’article 39 CE interdit toute discrimination fondée sur la nationalité entre les travailleurs des États membres, en ce qui
         concerne l’emploi, la rémunération et les autres conditions de travail.
         
         
         
         19
            
          Par ailleurs, l’article 7, paragraphe 4, du règlement nº 1612/68, qui explicite et met en œuvre certains droits que les travailleurs
         migrants tirent de l’article 39 CE (arrêt du 15 janvier 1998, Schöning-Kougebetopoulou, C-15/96, Rec. p. I-47, point 12),
         dispose qu’est nulle de plein droit toute clause de convention collective portant, notamment, sur la rémunération ainsi que
         sur les autres conditions de travail et de licenciement, dans la mesure où elle prévoit des conditions discriminatoires à
         l’égard des travailleurs ressortissants des autres États membres.
         
         
         
         20
            
          Il n’est pas contesté qu’une prestation telle que l’allocation temporaire, qui fait partie des avantages accordés aux salariés
         en cas de licenciement, relève du champ d’application matériel des dispositions citées au point précédent et qu’un travailleur
         frontalier se trouvant dans la situation de M. Merida peut invoquer le bénéfice de ces dispositions à l’égard d’une telle
         allocation (voir, en ce sens, notamment arrêt du 24 septembre 1998, Commission/France, C-35/97, Rec. p. I‑5325, points 36,
         40 et 41).
         
         
         
         21
            
          Selon une jurisprudence constante de la Cour, la règle de l’égalité de traitement inscrite tant à l’article 39 CE qu’à l’article
         7 du règlement n° 1612/68 prohibe non seulement les discriminations ostensibles, fondées sur la nationalité, mais encore toutes
         formes dissimulées de discrimination qui, par application d’autres critères de distinction, aboutissent en fait au même résultat
         (voir, notamment, arrêt du 23 mai 1996, O’Flynn, C-237/94, Rec. p. I-2617, point 17).
         
         
         
         22
            
          Le principe de non-discrimination exige non seulement que des situations comparables ne soient pas traitées de manière différente,
         mais également que des situations différentes ne soient pas traitées de manière égale (voir, notamment, arrêt du 17 juillet
         1997, National Farmers’ Union e.a., C-354/95, Rec. p. I-4559, point 61).
         
         
         
         23
            
         À moins qu’elle ne soit objectivement justifiée et proportionnée à l’objectif poursuivi, une disposition de droit national
         doit être considérée comme indirectement discriminatoire dès lors qu’elle est susceptible, par sa nature même, d’affecter
         davantage les travailleurs migrants que les travailleurs nationaux et qu’elle risque, par conséquent, de défavoriser plus
         particulièrement les premiers (voir, notamment, arrêt O’Flynn, précité, point 20).
         
         
         
         24
            
          Or, en l'occurrence, la prise en compte à titre fictif de l’impôt sur les salaires allemand a une incidence défavorable sur
         la situation des travailleurs frontaliers. En effet, la déduction fictive de cet impôt lors de la détermination de la base
         de calcul de l’allocation temporaire désavantage les personnes qui, comme M. Merida, résident et sont imposables dans un État
         membre autre que la République fédérale d’Allemagne par rapport aux travailleurs ayant leur résidence et qui sont imposables
         dans ce dernier État.
         
         
         
         25
            
          Dans le cas de ces derniers, la base de calcul servant à déterminer le montant de l’allocation temporaire est déterminée de
         telle manière que cette base correspond au salaire net qui, en l’absence de licenciement, serait dû à l’intéressé au moment
         du versement de cette allocation. Ce résultat est atteint en déduisant, par un calcul fictif, outre les cotisations de sécurité
         sociale, le montant des impôts dus en application du droit fiscal allemand, lequel régissait également la situation de l’intéressé
         au cours de sa relation de travail.
         
         
         
         26
            
          Pendant la première année faisant suite à la cessation du rapport de travail, l’allocation temporaire s’élève à l00 % de la
         différence entre la base de calcul et le montant de l’allocation de chômage [hypothèse de l’article 4, point 3, sous b), du
         TV SozSich]. L’article 4, point 4, deuxième phrase, du TV SozSich garantit par ailleurs la neutralité de toute éventuelle
         imposition dont l’allocation temporaire pourrait faire l’objet, en raison notamment de la circonstance que le montant maximal
         de l’exonération d’impôts en Allemagne est dépassé.
         
         
         
         27
            
          Par conséquent, au cours de la première année suivant la cessation du rapport de travail, le revenu des anciens travailleurs
         résidant en Allemagne équivaut à celui qui leur serait versé en tant que travailleurs actifs.
         
         
         
         28
            
          En revanche, s’agissant des travailleurs frontaliers se trouvant dans la situation de M. Merida, la déduction fictive de l’impôt
         sur les salaires allemand lors de la détermination de la base de calcul de l’allocation temporaire ne permet pas d’atteindre
         le même résultat par le versement de ladite allocation, laquelle est, comme l’était le salaire perçu par M. Merida, imposable
         en France conformément à l'article 14, paragraphe 1, de la CDI.
         
         
         
         29
            
          Afin de justifier l’application de ce mode de calcul aux travailleurs frontaliers, les autorités allemandes mettent en avant
         les difficultés administratives qu’engendrerait l’application de différents modes de calcul en fonction de la résidence de
         l’intéressé et les conséquences budgétaires de l’absence de prise en compte de l’impôt sur les salaires allemand.
         
         
         
         30
            
          Or, ces objections, tirées de l’augmentation des charges financières et d’éventuelles difficultés administratives, doivent
         être rejetées. En effet, de telles motivations ne sauraient, en tout état de cause, justifier le non-respect par la République
         fédérale d’Allemagne des obligations découlant du traité CE (voir, notamment, arrêt du 15 janvier 2002, Gottardo, C-55/00,
         Rec. p. I-413, point 38).
         
         
         
         31
            
          Lors de l’audience, le gouvernement allemand a déclaré que l’article 4, point 4, deuxième phrase, du TV SozSich doit être
         interprété en ce sens qu’une personne se trouvant dans la situation de M. Merida peut obtenir le remboursement en Allemagne
         du montant des impôts versés, le cas échéant, au titre de l’allocation temporaire dans l’État membre de résidence. En effet,
         ladite clause viserait à neutraliser tout impôt éventuellement dû en raison de la perception de cette allocation, quel que
         soit l’État dans lequel celui-ci est versé.
         
         
         
         32
            
          Toutefois, la circonstance, à la supposer établie, que le montant des impôts versés dans l’État membre de résidence est remboursé
         a posteriori dans l’État membre d’emploi n’est pas de nature à modifier la conclusion selon laquelle la prise en compte fictive
         de l’impôt sur les salaires allemand révèle une discrimination au détriment des travailleurs se trouvant dans la situation
         de M. Merida.
         
         
         
         33
            
          En effet, la déduction fictive de l’impôt sur les salaires allemand lors de la détermination de la base de calcul de l’allocation
         temporaire ne présente aucun lien avec l’impôt sur le revenu versé par le travailleur en France au cours de la relation de
         travail, en sorte que, même si un montant correspondant à l’impôt versé par le bénéficiaire de cette allocation en France
         est remboursé a posteriori en Allemagne, une telle allocation peut, en définitive, s’avérer d’un montant inférieur à celui
         correspondant à la différence entre la rémunération versée au cours de la vie active et la prestation de chômage dont bénéficie
         l’intéressé.
         
         
         
         34
            
          Il n’est d’ailleurs pas contesté que tel est le cas dans l'affaire au principal, dans laquelle l’application de la déduction
         fictive de l’impôt sur les salaires allemand aux travailleurs frontaliers se trouvant dans la situation de M. Merida aboutit
         en fait à priver ces derniers d’une partie du revenu net dont ils bénéficiaient pendant qu’ils travaillaient auprès des forces
         stationnées en Allemagne, cette partie correspondant à la différence entre le montant de l’impôt sur le revenu versé en France
         et celui, plus élevé, de l’impôt sur les salaires allemand déduit fictivement lors du calcul de l’allocation temporaire.
         
         
         
         35
            
          Ainsi, dans le cas des travailleurs frontaliers se trouvant dans la situation de M. Merida, l’application fictive du taux
         allemand de l'impôt sur les salaires empêche que le versement de l'allocation temporaire compense, au cours de la première
         année suivant la cessation de la relation de travail, la perte de salaire consécutive à celle-ci, contrairement à ce qui est
         le cas des travailleurs résidant en Allemagne.
         
         
         
         36
            
          Une telle compensation pourrait en revanche être réalisée si les autorités allemandes déterminaient la base de calcul de l’allocation
         temporaire, laquelle est imposable en France conformément à l’article 14, paragraphe 1, de la CDI, sans déduire fictivement
         l’impôt sur les salaires allemand, qui n’était pas dû sur le salaire versé au cours de la période d’activité de l’intéressé,
         tout en ne remboursant pas l'impôt sur le revenu versé en France.
         
         
         
         37
            
          Dans ces conditions, il convient de répondre à la question posée que les articles 39 CE et 7, paragraphe 4, du règlement n° 1612/68
         s’opposent à une réglementation nationale prévue par une convention collective, selon laquelle le montant d’une prestation
         sociale telle que l’allocation temporaire, qui est versée par l’État membre d’emploi, est calculé de telle manière que l’impôt
         sur les salaires dû dans cet État est déduit de manière fictive lors de la détermination de la base de calcul de ladite allocation,
         alors que, conformément à une convention en vue d’éviter les doubles impositions, les traitements, salaires et rémunérations
         analogues versés aux travailleurs qui ne résident pas dans l’État membre d’emploi ne sont imposables que dans l’État membre
         de résidence de ces derniers.
         
         
         Sur les dépens
         38
            
          La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi,
         il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que
         ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.
         
         
         
         
         
         
            
            
         
         
          Par ces motifs, la Cour (deuxième chambre) dit pour droit:
         Les articles 39 CE et 7, paragraphe 4, du règlement (CEE) n° 1612/68 du Conseil, du 15 octobre 1968, relatif à la libre circulation
               des travailleurs à l’intérieur de la Communauté, s’opposent à une réglementation nationale prévue par une convention collective,
               selon laquelle le montant d’une prestation sociale telle que l’allocation complémentaire temporaire («Überbrückungsbeihilfe»),
               qui est versée par l’État membre d’emploi, est calculé de telle manière que l’impôt sur les salaires dû dans cet État est
               déduit de manière fictive lors de la détermination de la base de calcul de ladite allocation, alors que, conformément à une
               convention en vue d’éviter les doubles impositions, les traitements, salaires et rémunérations analogues versés aux travailleurs
               qui ne résident pas dans l’État membre d’emploi ne sont imposables que dans l’État membre de résidence de ces derniers. Signatures.
      
      
          1 –
            
            Langue de procédure: l'allemand.