CELEX: 62011CJ0181
Language: fr
Date: 2012-07-12
Title: Arrêt de la Cour (sixième chambre) du 12 juillet 2012.#Compañía Española de Tabaco en Rama, SA (Cetarsa) contre Commission européenne.#Pourvoi – Concurrence – Ententes – Marché espagnol de l’achat et de la première transformation de tabac brut – Décision constatant une infraction à l’article 81 CE – Fixation des prix et répartition du marché – Amendes – Égalité de traitement – Limite maximale de 10 % du chiffre d’affaires – Coopération – Dénaturation d’éléments de preuve – Erreur manifeste d’appréciation – Défaut de motivation.#Affaire C‑181/11 P.

ARRÊT DE LA COUR (sixième chambre)
      12 juillet 2012 (*)
      
      «Pourvoi – Concurrence – Ententes – Marché espagnol de l’achat et de la première transformation de tabac brut – Décision constatant une infraction à l’article 81 CE – Fixation des prix et répartition du marché – Amendes – Égalité de traitement – Limite maximale de 10 % du chiffre d’affaires – Coopération – Dénaturation d’éléments de preuve – Erreur manifeste d’appréciation – Défaut de motivation»
      Dans l’affaire C‑181/11 P,
      ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 13
         avril 2011,
      
      Compañía española de tabaco en rama SA (Cetarsa), établie à Navalmoral de la Mata (Espagne), représentée par Mes M. Araujo Boyd, J. Buendía Sierra et A. Givaja Sanz, abogados,
      
      partie requérante,
      l’autre partie à la procédure étant:
      Commission européenne, représentée par MM. F. Castillo de la Torre, É. Gippini Fournier et L. Malferrari, en qualité d’agents, ayant élu domicile
         à Luxembourg,
      
      partie défenderesse en première instance,
      LA COUR (sixième chambre),
      composée de M. U. Lõhmus, président de chambre, MM. Ó Caoimh et A. Arabadjiev (rapporteur), juges,
      avocat général: Mme J. Kokott,
      
      greffier: Mme M. Ferreira, administrateur principal,
      
      vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 26 avril 2012,
      vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,
      rend le présent
      Arrêt
      1        Par son pourvoi, la Compañía española de tabaco en rama SA (ci-après «Cetarsa») demande, à titre principal, tout d’abord,
         l’annulation de l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 3 février 2011, Cetarsa/Commission (T‑33/05, ci-après l’«arrêt
         attaqué»), par lequel celui-ci a rejeté son recours tendant à l’annulation de la décision C(2004) 4030 final de la Commission,
         du 20 octobre 2004, relative à une procédure d’application de l’article 81, paragraphe 1, [CE] (affaire COMP/C.38.238/B.2
         − Tabac brut – Espagne) (ci-après la «décision litigieuse»), ensuite, l’annulation de cette décision en tant qu’elle la concerne
         et, enfin, la réduction à 1 000 euros de l’amende qui lui a été infligée par ladite décision. À titre subsidiaire, elle demande
         que cette même amende soit ramenée à la somme de 2 905 200 euros.
      
      2        La Commission européenne a formé un pourvoi incident dans lequel elle demande, d’une part, l’annulation du point 1 du dispositif
         de l’arrêt attaqué en tant qu’il réduit le montant de l’amende infligée à Cetarsa et, d’autre part, la modification de la
         répartition des dépens fixée par le Tribunal au point 4 de ce dispositif.
      
       Les antécédents du litige
      3        Pour les besoins du présent pourvoi, les antécédents du litige, tels qu’exposés aux points 1 à 57 de l’arrêt attaqué, peuvent
         être résumés comme suit.
      
      4        Cetarsa, World Wide Tobacco España SA (ci-après «WWTE»), Tabacos Españoles SL (ci-après «Taes») et Agroexpansión SA (ci-après
         «Agroexpansión») sont les quatre entreprises de première transformation de tabac brut en Espagne. Par ailleurs, Deltafina
         SpA, qui transforme également du tabac brut et qui est une société italienne sœur de Taes, était le principal acheteur de
         ce produit sur le marché espagnol (ci-après, ensemble, les «transformateurs»).
      
      5        Les 3 et 4 octobre 2001, la Commission a effectué des vérifications au titre de l’article 14 du règlement n° 17 du Conseil,
         du 6 février 1962, premier règlement d’application des articles [81 CE] et [82 CE] (JO 1962, 13, p. 204), notamment dans les
         locaux de Cetarsa, d’Agroexpansión, et de WWTE.
      
      6        Par lettre du 16 janvier 2002, invoquant la communication de la Commission concernant la non-imposition d’amendes ou la réduction
         de leur montant dans les affaires portant sur des ententes (JO 1996, C 207, p. 4, ci-après la «communication sur la coopération»),
         les transformateurs ont fait connaître à cette institution leur volonté de coopérer avec celle-ci.
      
      7        Par lettre du 21 janvier 2002, ces derniers ont fourni certaines informations à la Commission. Cetarsa, Agroexpansión et WWTE,
         par lettres du 15 février 2002, et Taes, par lettre du 18 février 2002, ont fourni certaines informations supplémentaires
         à cette institution.
      
      8        Par la suite, la Commission a adressé plusieurs demandes de renseignements notamment aux transformateurs. Elle a également
         demandé des renseignements au ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation espagnol (ci-après le «ministère
         de l’Agriculture») à propos de la réglementation espagnole en matière de produits agricoles.
      
      9        Le 11 décembre 2003, la Commission a adopté une communication des griefs qu’elle a adressée à 20 entreprises ou associations,
         au nombre desquelles figuraient les transformateurs.
      
      10      Le 20 octobre 2004, la Commission a adopté la décision litigieuse qui concerne deux ententes horizontales conclues et mises
         en œuvre sur le marché espagnol du tabac brut. Un résumé de cette décision a été publié au Journal officiel de l’Union européenne du 19 avril 2007 (JO L 102, p. 14).
      
      11      La première entente (ci-après l’«entente des transformateurs») avait pour objet de fixer, chaque année, pendant la période
         1996-2001, le prix moyen de livraison (maximal) de chaque variété de tabac brut, toutes qualités confondues, ainsi que de
         répartir les quantités de chaque variété de tabac brut que chacun des transformateurs pouvait acheter auprès des producteurs.
      
      12      De 1999 à 2001, les transformateurs étaient également convenus des fourchettes de prix par grade qualitatif de chaque variété
         de tabac brut figurant dans les tableaux annexés aux «contrats de culture» ainsi que des «conditions complémentaires», à savoir
         le prix minimal moyen par producteur et le prix minimal moyen par groupement de producteurs.
      
      13      La seconde entente (ci-après l’«entente des représentants des producteurs») impliquait les trois syndicats agricoles espagnols
         (ci-après, ensemble, les «représentants des producteurs»). Cette entente avait pour objet de fixer chaque année, pendant la
         période 1996-2001, les fourchettes de prix par grade qualitatif de chaque variété de tabac brut figurant dans les tableaux
         annexés aux «contrats de culture» ainsi que les «conditions complémentaires».
      
      14      Dans la décision litigieuse, la Commission a considéré que chacune de ces ententes constituait une infraction unique et continue
         à l’article 81, paragraphe 1, CE. À l’article 1er de cette décision, elle a imputé la responsabilité de l’entente des transformateurs à neuf entreprises, au nombre desquelles
         figuraient ceux-ci, et celle de l’entente des représentants des producteurs à ces derniers. À l’article 2 de la même décision,
         la Commission a ordonné à ces entreprises et aux représentants des producteurs de mettre immédiatement fin, s’ils ne l’avaient
         pas déjà fait, aux infractions visées à l’article 1er et de s’abstenir désormais de toute pratique restrictive ayant un objet ou un effet identique ou équivalent. À l’article
         3 de ladite décision, la Commission a infligé des amendes aux entreprises visées au point 4 du présent arrêt ainsi qu’aux
         représentants des producteurs.
      
      15      Les montants des amendes ont été déterminés en application de la méthode définie dans les lignes directrices pour le calcul
         des amendes infligées en application de l’article 15, paragraphe 2, du règlement n° 17 et de l’article 65, paragraphe 5, [CA]
         (JO 1998, C 9, p. 3) et de la communication sur la coopération.
      
      16      S’agissant de l’évaluation de la gravité des infractions en cause, la Commission a tenu compte de la nature propre de celles-ci,
         de leur impact concret sur le marché, de l’étendue du marché géographique en cause et de la taille du marché.
      
      17      Quant à l’entente des représentants des producteurs, la Commission a relevé que ceux-ci avaient participé à des accords et/ou
         à des pratiques concertées ayant pour objet la fixation de fourchettes de prix par grade qualitatif de chaque variété de tabac
         brut, à l’intérieur desquelles ils négociaient ensuite le prix final du tabac brut à la livraison, et du prix minimal moyen
         par producteur et par groupement de producteurs.
      
      18      Elle a ajouté que, si les marges à l’intérieur de ces fourchettes de prix étaient très larges et pouvaient varier de 100 %
         à 380 % entre le minimum et le maximum de chaque grade qualitatif pour une même variété de tabac brut, toutefois, en convenant
         du niveau minimal du prix moyen, par producteur et par groupement de producteurs, les représentants des producteurs visaient
         à relever le prix de vente final de leur tabac brut au-dessus du niveau qui aurait résulté du libre jeu de la concurrence.
      
      19      En ce qui concerne l’entente des transformateurs, la Commission a souligné que ceux-ci, outre le fait qu’ils s’étaient également
         entendus sur les fourchettes de prix par grade qualitatif et les conditions complémentaires, s’étaient mis d’accord en secret
         sur plusieurs autres aspects des prix et des quantités à vendre, et notamment le prix de livraison moyen (maximal) de chaque
         variété de tabac brut (toutes qualités confondues) et les volumes de tabac brut à acheter par chaque transformateur. Elle
         a ajouté que, à partir de 1998, ils avaient également adopté des mécanismes complexes de compensation et de transfert afin
         d’assurer le respect de leur entente secrète sur les prix et les quantités.
      
      20      La Commission en a conclu que les deux infractions devaient être qualifiées de «très graves», tout en précisant qu’elle tiendrait
         compte de la dimension relativement réduite du marché de produit.
      
      21      Par la suite, la Commission a indiqué qu’il convenait de tenir compte du poids spécifique de chaque entreprise et donc de
         l’incidence réelle de son comportement illicite sur la concurrence afin que l’effet dissuasif de l’amende infligée à chaque
         entreprise soit proportionné à sa contribution au comportement illégal à sanctionner.
      
      22      S’agissant de l’entente des transformateurs, la Commission a estimé que les amendes devaient être échelonnées eu égard à la
         contribution au comportement illégal et à la position sur le marché occupée par chaque partie en cause. Ainsi, la Commission
         a placé Cetarsa dans une première catégorie, qualifiée de «particulière», au motif qu’elle était «de loin le premier transformateur
         espagnol» et devait, de ce fait, se voir imposer le montant de départ le plus élevé, fixé à 8 000 000 euros.
      
      23      S’agissant de l’entente des représentants des producteurs, la Commission a considéré qu’il n’y avait lieu d’infliger à chacun
         de ceux-ci qu’une amende symbolique de 1 000 euros. Elle a justifié sa position par le fait que le cadre réglementaire entourant
         la négociation collective des contrats types pouvait entraîner un degré considérable d’incertitude quant à la légalité du
         comportement des représentants des producteurs et des transformateurs dans le contexte bien précis de la négociation collective
         des accords types.
      
      24      La Commission a également relevé que l’existence et les résultats des négociations sur les contrats types étaient généralement
         dans le domaine public et qu’aucune autorité n’avait jamais mis en cause leur compatibilité avec le droit de l’Union ni avec
         le droit espagnol avant l’ouverture de la présente procédure.
      
      25      Ensuite, la Commission a fixé la durée de l’infraction à cinq ans et quatre mois, ce qui correspond à une infraction de longue
         durée. Par conséquent, elle a majoré de 50 % le montant de départ de l’amende infligée à chacun des transformateurs. Partant,
         cette méthode a porté le montant de l’amende à infliger à Cetarsa à 12 000 000 euros.
      
      26      Au titre des circonstances atténuantes, la Commission a relevé que les mêmes facteurs que ceux synthétisés aux points 23 et
         24 du présent arrêt pouvaient s’appliquer au comportement des transformateurs en ce qui concerne uniquement leurs négociations
         publiques sur les fourchettes de prix et les conditions complémentaires ainsi que sur la conclusion de contrats types avec
         les représentants des producteurs.
      
      27      La Commission a ajouté que, s’agissant des accords «secrets» relatifs au prix moyen de livraison (maximal) et à la répartition
         des quantités de chaque variété de tabac brut conclus par les transformateurs, les pratiques de ces derniers étaient allées
         nettement au-delà de ce que prévoyaient le cadre juridique applicable, les négociations publiques et les accords avec les
         représentants des producteurs.
      
      28      Elle a toutefois reconnu que les négociations publiques entre les représentants des producteurs et les transformateurs avaient
         déterminé, tout au moins dans une certaine mesure, le cadre matériel dans lequel les transformateurs avaient pu développer,
         outre la position commune qu’ils adopteraient dans le contexte des négociations publiques, leur stratégie secrète sur les
         prix de livraison moyens (maximaux) et les quantités.
      
      29      Eu égard à ces éléments, la Commission a décidé de réduire à hauteur de 40 % les montants de base des amendes infligées aux
         transformateurs. Le montant de base de l’amende à infliger à Cetarsa a, ainsi, été ramené à 7 200 000 euros.
      
      30      Par la suite, la Commission a pris en compte la limite de 10 % du chiffre d’affaires prévue à l’article 23, paragraphe 2,
         deuxième alinéa, du règlement (CE) n° 1/2003 du Conseil, du 16 décembre 2002, relatif à la mise en œuvre des règles de concurrence
         prévues aux articles 81 [CE] et 82 [CE] (JO 2003, L 1, p. 1). Elle a estimé qu’une telle adaptation ne s’imposait que dans
         le cas de Cetarsa. Ainsi, le montant de l’amende à infliger à cette dernière a été ramené à 4 842 000 euros.
      
      31      Lors de l’application de la communication sur la coopération, la Commission a estimé que les renseignements fournis par Cetarsa,
         bien qu’étant significatifs, ne s’étaient pas avérés aussi utiles pour ses investigations que ceux fournis par Taes.
      
      32      Elle a ajouté que, dans sa réponse à la communication des griefs, Cetarsa avait affirmé que l’entente des transformateurs
         sur les prix de livraison moyens (maximaux), d’une part, et les différents accords passés par les producteurs et les transformateurs
         sur un prix moyen par groupement de producteurs, d’autre part, étaient identiques et que, par conséquent, les effets anticoncurrentiels
         potentiels du comportement des transformateurs et des producteurs se neutralisaient, tout en relevant que cette affirmation
         ne correspondait pas à la réalité des faits.
      
      33      Eu égard à ces éléments, la Commission a décidé d’accorder à Cetarsa une réduction de l’amende de 25 % conformément au titre
         D, point 2, premier tiret, de la communication sur la coopération. Le montant final de l’amende infligée à Cetarsa s’est donc
         élevé à 3 631 500 euros.
      
       La procédure devant le Tribunal et l’arrêt attaqué
      34      Par une requête déposée au greffe du Tribunal le 21 janvier 2005, Cetarsa a introduit un recours tendant à obtenir, à titre
         principal, l’annulation de la décision litigieuse en tant qu’elle la concerne et, à titre subsidiaire, une réduction du montant
         de l’amende qui lui a été infligée.
      
      35      À l’appui de son recours, Cetarsa invoquait six moyens. Pour les besoins de la présente procédure, il suffit de préciser que
         le premier moyen était tiré d’une violation du principe d’égalité de traitement en ce qui concerne l’infliction d’une amende
         symbolique. Par son deuxième moyen, la requérante soutenait que la Commission avait commis une violation du principe de proportionnalité
         en ce qui concerne l’appréciation de la gravité de l’infraction. Le cinquième moyen était tiré d’une violation des principes
         de proportionnalité et d’égalité de traitement en ce qui concerne la fixation du montant de départ de l’amende. Par son sixième
         moyen, Cetarsa prétendait qu’une application erronée de la communication sur la coopération avait été commise par ladite institution.
      
      36      Par l’arrêt attaqué, le Tribunal a rejeté l’ensemble des moyens soulevés par Cetarsa, à l’exception du sixième moyen, qu’il
         a partiellement accueilli. Dans l’exercice de son pouvoir de pleine juridiction, il a, dès lors, accordé à Cetarsa une réduction
         supplémentaire de 10 % de l’amende qui lui avait été infligée par la Commission, fixant ainsi le montant final de l’amende
         à 3 147 300 euros.
      
       Les conclusions des parties
      37      Cetarsa demande à la Cour:
      
      –        à titre principal, d’annuler l’arrêt attaqué ainsi que la décision litigieuse, et
      –        de réduire le montant de l’amende qui lui a été infligée à 1 000 euros;
      –        à titre subsidiaire, de réduire ce montant à 2 905 200 euros;
      –        de rejeter le pourvoi incident de la Commission, et
      –        de condamner cette dernière aux dépens.
      38      La Commission demande à la Cour:
      
      –        de rejeter le pourvoi introduit par Cetarsa;
      –        d’annuler le point 1 du dispositif de l’arrêt attaqué en tant qu’il réduit le montant de l’amende infligée à Cetarsa ainsi
         que de modifier, en conséquence, la répartition des dépens telle que fixée au point 4 dudit dispositif, et
      
      –        de condamner Cetarsa aux dépens.
       Sur les pourvois principal et incident
       Sur le pourvoi principal
      39      Cetarsa invoque, en substance, deux moyens au soutien de son pourvoi tirés, le premier, d’une violation du principe d’égalité
         de traitement commise par le Tribunal lors de l’examen des premier et deuxième moyens du recours et, le second, d’une violation
         des principes d’égalité de traitement et de proportionnalité commise lors de l’examen du cinquième moyen dudit recours.
      
       Sur le premier moyen
      –       Argumentation des parties
      40      Cetarsa reproche au Tribunal d’avoir jugé que les transformateurs et les représentants des producteurs ne se trouvaient pas
         dans une situation comparable et que cette différence justifiait que la Commission n’inflige une amende symbolique qu’à ces
         derniers. Selon Cetarsa, les éléments sur lesquels le Tribunal a fondé son appréciation ne justifient ni la différenciation
         de la gravité des comportements visés ni des sanctions calculées selon une méthode différente.
      
      41      Cetarsa souligne que, selon les constatations du Tribunal lui-même, les comportements suivants étaient communs aux deux ententes:
      
      –        des réunions annuelles collectives entre les représentants des producteurs et les transformateurs pour fixer les tableaux
         de prix et les conditions complémentaires;
      
      –        la connaissance de l’existence de ces réunions par le ministère de l’Agriculture et l’encouragement de celles-ci par ce dernier;
      –        des réunions préalables entre, d’une part, les représentants des producteurs et, d’autre part, les transformateurs, aux fins
         de fixer les positions communes respectives pour les négociations annuelles collectives;
      
      –        l’incertitude créée par le cadre réglementaire national et l’attitude des autorités publiques quant à l’illégalité du comportement
         des participants aux deux ententes.
      
      42      Malgré ces éléments communs, le Tribunal aurait justifié la différence de traitement entre les représentants des producteurs
         et les transformateurs par les éléments suivants:
      
      –        ces derniers étaient convenus de «prix moyens (maximaux)», c’est-à-dire la moyenne des prix finaux de la transaction payés
         par le transformateur au producteur, et non, ainsi qu’en étaient convenus les représentants des producteurs, de «prix moyens
         minimaux», à savoir le seuil minimal au-delà duquel devait se situer le prix moyen obtenu par chaque producteur;
      
      –        les transformateurs s’étaient mis d’accord sur les quantités que chaque transformateur achèterait aux producteurs;
      –        les accords conclus par les transformateurs pour fixer les prix moyens maximaux allaient au-delà de ce que prévoyait la législation
         nationale;
      
      –        le caractère «secret» des accords entre les transformateurs.
      43      Or, selon Cetarsa, cette position du Tribunal est erronée, dès lors qu’elle se heurte au cadre réglementaire national applicable
         et à la logique économique des comportements analysés.
      
      44      Premièrement, Cetarsa estime que le prix moyen minimal convenu par les représentants des producteurs est le reflet du prix
         fixé par les transformateurs. En effet, le prix moyen maximal fixé par ces derniers aurait réduit le bénéfice des producteurs
         et le prix moyen minimal fixé par les représentants des producteurs aurait réduit celui des transformateurs.
      
      45      En outre, la décision litigieuse confirmerait que le prix moyen maximal ne préjugeait pas du prix final payé pour chaque variété
         de tabac, mais qu’il existait une négociation réelle au moment de l’achat. Cetarsa précise que les fourchettes de prix par
         grade qualitatif ne constituaient que le cadre général pour la détermination du prix à percevoir par le producteur et que,
         dans certains cas, le prix final de livraison était supérieur à celui que les transformateurs avaient fixé comme prix maximal.
      
      46      Cetarsa estime que les effets sur la concurrence de ces comportements sont identiques, que leur logique économique vise le
         même objectif, qui était de modifier les prix de manière artificielle, et que les deux parties ont appliqué, à cette fin,
         des méthodes comparables. Elle précise qu’il ressort de la doctrine que les ententes sur les prix de vente sont plus nuisibles
         à la concurrence, dès lors qu’elles visent à faire augmenter les prix, alors que les ententes sur les prix d’achat font baisser
         les prix pour les opérateurs en aval et pour les consommateurs.
      
      47      Deuxièmement, Cetarsa soutient que les producteurs n’avaient pas besoin de fixer les quantités destinées à la vente, car ces
         dernières résultaient des récoltes et de l’intérêt qu’ont les producteurs de vendre toute leur production. En outre, la législation
         nationale aurait exigé que les transformateurs informent, individuellement ou collectivement, le ministère de l’Agriculture
         du volume prévisible de leurs achats lors de chaque récolte.
      
      48      Troisièmement, Cetarsa fait valoir que, aux termes de la réglementation nationale applicable, qui figurerait dans la décision
         litigieuse et que Cetarsa aurait invoquée lors de l’audience devant le Tribunal, les contrats de vente entre les producteurs
         et les transformateurs pouvaient être négociés collectivement, mais ils devaient être notifiés au ministère de l’Agriculture
         et contenir le volume d’achat prévisible estimé par ces derniers. Or, le Tribunal ne se serait pas prononcé à cet égard.
      
      49      Selon Cetarsa, il résulte de ces éléments que, d’une part, des réunions préalables étaient nécessaires afin de déterminer
         des positions communes pour la négociation et que, d’autre part, les représentants des producteurs et les transformateurs
         se trouvaient dans une situation équivalente. En effet, tant la réglementation nationale que l’attitude du ministère de l’Agriculture
         auraient laissé entendre à ces derniers qu’ils étaient libres de se réunir et de fixer leur prix moyen maximal.
      
      50      Dans ces conditions, Cetarsa estime que l’absence, dans les contrats types, des termes «prix moyens maximaux», alors qu’y
         figurent les termes «prix moyens minimaux», ne peut justifier l’écart entre les amendes infligées aux deux catégories d’opérateurs
         concernés.
      
      51      Cetarsa souligne que, dans la mesure où la réglementation nationale applicable permettait aux parties de négocier collectivement
         le contrat d’achat et de vente, elle permettait la détermination non seulement des prix qui seraient proposés par chaque partie
         lors des négociations, mais aussi du prix final de la transaction.
      
      52      Dès lors, Cetarsa en conclut que la fixation des prix moyens maximaux n’avait pas de répercussions sur la concurrence plus
         graves que celle des prix moyens minimaux arrêtés par les représentants des producteurs, que l’entente de ces derniers n’est
         pas allée moins loin que celle des transformateurs et que la réglementation nationale n’engendrait pas moins d’incertitude
         pour ces derniers que pour les représentants des producteurs quant à l’illégalité de leurs comportements respectifs.
      
      53      Quatrièmement, selon Cetarsa, le fait que le contenu des réunions préalables n’a pas été rendu public ne signifie pas que
         les participants à celles-ci étaient conscients de leur caractère illégal. En effet, il serait inhérent à toute négociation
         collective que les parties souhaitent que leurs positions respectives ne soient pas connues avant le début des négociations
         et ce fait n’aurait causé aucun préjudice supplémentaire.
      
      54      Lors de l’audience devant la Cour, Cetarsa a précisé que, selon elle, le Tribunal a dénaturé, par son analyse, les normes
         pertinentes du cadre réglementaire national.
      
      55      La Commission considère que ce moyen est irrecevable, dès lors que Cetarsa se limiterait à mettre en question, par des arguments
         dont aucun n’aurait été invoqué en première instance et qui ne viseraient aucune dénaturation, des appréciations factuelles
         effectuées par le Tribunal, en particulier quant au droit national applicable. Or, ce dernier devrait également être considéré
         comme constituant un fait au stade du pourvoi.
      
      –       Appréciation de la Cour
      56      À cet égard, il convient de rappeler qu’il résulte des articles 256, paragraphe 1, second alinéa, TFUE et 58, premier alinéa,
         du statut de la Cour de justice de l’Union européenne que le Tribunal est seul compétent, d’une part, pour constater les faits,
         sauf dans le cas où l’inexactitude matérielle de ses constatations résulterait des pièces du dossier qui lui ont été soumises,
         et, d’autre part, pour apprécier ces faits. Lorsque le Tribunal a constaté ou apprécié les faits, la Cour est compétente pour
         exercer, en vertu dudit article 256 TFUE, un contrôle sur la qualification juridique de ces faits et les conséquences de droit
         qui en ont été tirées par le Tribunal (arrêts du 6 avril 2006, General Motors/Commission, C‑551/03 P, Rec. p. I‑3173, point
         51, et du 29 mars 2011, ThyssenKrupp Nirosta/Commission, C‑352/09 P, non encore publié au Recueil, point 179).
      
      57      La Cour a précisé, également, que l’appréciation des faits ne constitue pas, sous réserve du cas de la dénaturation des éléments
         de preuve produits devant le Tribunal, une question de droit soumise, comme telle, au contrôle de la Cour (arrêts du 18 mai
         2006, Archer Daniels Midland et Archer Daniels Midland Ingredients/Commission, C‑397/03 P, Rec. p. I‑4429, point 85, ainsi
         que ThyssenKrupp Nirosta/Commission, précité, point 180).
      
      58      En l’espèce, force est de constater que, par l’argumentation résumée aux points 44, 45 et 47 à 51 du présent arrêt, Cetarsa
         tend à remettre en cause des constatations et des appréciations de nature factuelle effectuées par le Tribunal. Il en va de
         même s’agissant des arguments, résumés au point 52 du présent arrêt, concernant l’étendue de l’entente des transformateurs
         et l’incertitude dans laquelle ces derniers se trouvaient au regard de la réglementation nationale ainsi que de ceux, résumés
         au point 53 du présent arrêt, relatifs à la conscience de l’illégalité de l’entente en ce qui concerne le caractère secret
         des participants à celle-ci.
      
      59      Dans la mesure où cette argumentation vise l’interprétation par le Tribunal de la réglementation nationale en cause, il convient
         de préciser qu’un grief tiré de l’appréciation erronée du droit national est recevable lorsqu’il est reproché au Tribunal
         d’avoir dénaturé ce droit (voir, en ce sens, arrêt du 24 octobre 2002, Aéroports de Paris/Commission, C‑82/01 P, Rec. p. I‑9297,
         point 63; ordonnance du 6 octobre 2011, ThyssenKrupp Acciai Speciali Terni e.a./Commission, C‑448/10 P à C‑450/10 P, point
         33; arrêt du 21 décembre 2011, A2A/Commission, C‑320/09 P, point 125).
      
      60      Or, dans son mémoire introductif du pourvoi, Cetarsa n’a invoqué aucune dénaturation des éléments de preuve qui aurait été
         commise par le Tribunal. Pour autant qu’elle a soulevé une telle dénaturation pour la première fois lors de l’audience devant
         la Cour, il doit être rappelé que, en vertu de l’article 42, paragraphe 2, premier alinéa, du règlement de procédure de cette
         dernière, la production de moyens nouveaux en cours d’instance est interdite à moins que ces moyens ne se fondent sur des
         éléments de droit et de fait qui se sont révélés pendant la procédure.
      
      61      La prétendue dénaturation ne se fondant pas sur des éléments de droit et de fait qui se seraient révélés pendant la procédure,
         ledit moyen, qui a été soulevé pour la première fois lors de l’audience devant la Cour, doit être considéré comme tardif et,
         partant, irrecevable.
      
      62      Par ailleurs, s’agissant de l’argumentation résumée au point 46 du présent arrêt, pour autant qu’elle concerne la gravité
         de l’effet sur la concurrence des prix maximaux fixés par les transformateurs, il y a lieu de rappeler que, ainsi qu’il ressort
         de l’article 58 du statut de la Cour, les moyens du pourvoi doivent être fondés sur des arguments tirés de la procédure devant
         le Tribunal. En outre, selon l’article 113, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour, le pourvoi ne peut modifier
         l’objet du litige devant le Tribunal. Ainsi, la compétence de la Cour, dans le cadre du pourvoi, est limitée à l’appréciation
         de la solution juridique qui a été donnée aux moyens débattus devant les premiers juges. Une partie ne saurait donc modifier
         l’objet du litige en soulevant pour la première fois devant la Cour un moyen qu’elle aurait pu soulever devant le Tribunal
         mais qu’elle n’a pas soulevé, dès lors que cela reviendrait à lui permettre de saisir la Cour d’un litige plus étendu que
         celui dont a eu à connaître le Tribunal. Un tel moyen doit donc être considéré comme irrecevable au stade du pourvoi (arrêts
         du 29 septembre 2011, Arkema/Commission, C‑520/09 P, non encore publié au Recueil, point 64, et du 3 mai 2012, Comap/Commission,
         C‑290/11 P, point 42).
      
      63      S’agissant de l’argumentation résumée au point 46 du présent arrêt, qui est tirée de l’effet prétendument identique sur la
         concurrence du comportement des représentants des producteurs et de celui des transformateurs, voire d’un effet plus bénéfique
         du comportement de ces derniers, force est de constater que la lecture de la requête de première instance ne révèle aucun
         élément de nature à établir qu’une telle argumentation a été invoquée dans celle-ci.
      
      64      Or, il ressort des dispositions combinées des articles 44, paragraphe 1, sous c), et 48, paragraphe 2, du règlement de procédure
         du Tribunal que la requête introductive d’instance doit contenir, notamment, un exposé sommaire des moyens invoqués et que
         la production de moyens nouveaux en cours d’instance est interdite à moins que ces moyens ne se fondent sur des éléments de
         droit et de fait qui se sont révélés pendant la procédure (arrêt du 28 juillet 2011, Mediaset/Commission, C‑403/10 P, point
         42).
      
      65      Par conséquent, à supposer même que Cetarsa ait soulevé ladite argumentation lors de l’audience devant le Tribunal, elle aurait
         été, en tout état de cause, tardive et, partant, irrecevable, eu égard à l’article 48, paragraphe 2, du règlement de procédure
         du Tribunal.
      
      66      Il s’ensuit que, compte tenu de la jurisprudence rappelée au point 62 du présent arrêt, cette argumentation doit être considérée
         comme étant irrecevable au stade du pourvoi.
      
      67      Il en va de même de l’argumentation résumée au début du point 52 du présent arrêt, relative à la gravité des répercussions
         sur la concurrence de la fixation des prix moyens maximaux par les transformateurs, dès lors qu’aucune trace d’un tel moyen
         ne ressort des termes de la requête de première instance.
      
      68      En ce qui concerne l’argumentation résumée au point 53 du présent arrêt, par laquelle Cetarsa reproche au Tribunal, en substance,
         d’avoir commis une erreur de droit en ce qui concerne l’appréciation du caractère secret du contenu des réunions des transformateurs,
         dès lors que celui-ci n’aurait pas causé de préjudice supplémentaire, il suffit de relever que cette argumentation procède
         d’une lecture erronée de l’arrêt attaqué.
      
      69      En effet, contrairement à ce que suggère Cetarsa, le Tribunal n’a pas considéré, aux points 76 à 80 de l’arrêt attaqué, que
         le caractère secret du «second volet» de l’entente des transformateurs ajoutait à la gravité de l’infraction commise, mais
         il n’a utilisé le caractère secret d’une partie de cette entente qu’aux fins de distinguer ce volet du volet «public» de celle-ci.
      
      70      Il s’ensuit que ladite argumentation doit être écartée comme étant, en tout état de cause, inopérante.
      
      71      Enfin, en ce qui concerne la prétendue violation de l’obligation de motivation que Cetarsa reproche au Tribunal par l’argumentation
         résumée au point 48 du présent arrêt, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante de la Cour, l’obligation
         de motiver les arrêts, qui incombe au Tribunal en vertu des articles 36 et 53, premier alinéa, du statut de la Cour, n’impose
         pas à celui-ci de fournir un exposé qui suivrait exhaustivement et un par un tous les raisonnements articulés par les parties
         au litige. La motivation peut donc être implicite, à condition qu’elle permette aux intéressés de connaître les motifs sur
         lesquels le Tribunal se fonde et à la Cour de disposer des éléments suffisants pour exercer son contrôle dans le cadre d’un
         pourvoi (voir, notamment, arrêt A2A/Commission, précité, point 97).
      
      72      En l’espèce, il ressort des points 77 à 79 et 145 à 147 de l’arrêt attaqué que le Tribunal a considéré que les incertitudes
         occasionnées par le cadre réglementaire national n’affectaient pas de la même manière le volet secret de l’entente des transformateurs
         et le volet public de celle-ci ainsi que l’entente des représentants des producteurs. Par conséquent, il convient de considérer
         que, en tout état de cause, le Tribunal a rejeté de manière implicite l’argumentation résumée au point 48 du présent arrêt.
      
      73      En outre, ledit raisonnement du Tribunal est de nature à permettre tant à Cetarsa de connaître les raisons pour lesquelles
         le Tribunal a rejeté cette argumentation qu’à la Cour de disposer des éléments suffisants pour exercer son contrôle juridictionnel.
      
      74      Eu égard à tout ce qui précède, le premier moyen invoqué par Cetarsa au soutien de son pourvoi, qui est en partie irrecevable
         et en partie non fondé, doit être écarté.
      
       Sur le second moyen
      –       Argumentation des parties
      75      Par le second moyen invoqué par Cetarsa au soutien de son pourvoi, cette dernière fait valoir que, contrairement à ce qu’a
         considéré le Tribunal, l’incertitude quant à l’illégalité du comportement des transformateurs engendrée par le cadre réglementaire
         national et par l’attitude du ministère de l’Agriculture n’a pas été dûment prise en compte par la réduction, au titre des
         circonstances atténuantes, de 40 % du montant de base de l’amende. Elle en déduit une violation des principes de proportionnalité
         et d’égalité de traitement à son détriment.
      
      76      Cetarsa souligne qu’elle a été la seule entreprise à ne pas avoir pu bénéficier de ladite circonstance atténuante. En effet,
         elle serait la seule pour laquelle le montant de base de l’amende aurait dépassé à tel point la limite des 10 % de son chiffre
         d’affaires qu’aucun des éléments ultérieurs du calcul dudit montant n’aurait pu avoir de répercussion sur l’amende qui lui
         a finalement été infligée.
      
      77      Cetarsa fait valoir que, dès lors, la méthode de calcul de la Commission, qui se fonde sur des montants forfaitaires de départ
         indépendants de la taille et de la capacité économique des entreprises visées, sanctionne les petites et moyennes entreprises
         plus sévèrement que les grandes entreprises. En l’espèce, l’amende qui lui a été infligée serait égale à celles réservées
         aux rares ententes très graves et géographiquement très étendues.
      
      78      Cette pénalisation des petites entreprises aurait été relevée par plusieurs autorités en la matière et la Commission aurait,
         depuis lors, adapté ses lignes directrices pour le calcul des amendes adoptées en 1998 en conséquence. En outre, la jurisprudence
         à laquelle le Tribunal s’est référé pour appuyer son rejet des prétentions de Cetarsa en première instance concernerait des
         circonstances différentes de celles de l’espèce. En particulier, s’agissant de la limite de 10 % du chiffre d’affaires des
         entreprises visées, qui a pour objet d’empêcher l’infliction de sanctions excessives, il résulterait de la jurisprudence que
         cette limite ne fait pas obstacle à l’application de circonstances atténuantes, lesquelles poursuivent des objectifs distincts.
      
      79      La Commission conclut au rejet de ce moyen.
      
      –       Appréciation de la Cour
      80      Il est de jurisprudence constante que seul le montant final de l’amende infligée doit respecter la limite maximale de 10 %
         du chiffre d’affaires visée à l’article 23, paragraphe 2, deuxième alinéa, du règlement n° 1/2003 et que cette disposition
         n’interdit pas à la Commission de parvenir, au cours des différentes étapes du calcul de l’amende, à un montant intermédiaire
         supérieur à cette limite, pour autant que le montant final de l’amende n’excède pas ladite limite (voir, en ce sens, arrêts
         du 28 juin 2005, Dansk Rørindustri e.a./Commission, C‑189/02 P, C‑202/02 P, C‑205/02 P à C‑208/02 P et C‑213/02 P, Rec. p. I‑5425,
         points 277 et 278, ainsi que du 29 juin 2006, SGL Carbon/Commission, C‑308/04 P, Rec. p. I‑5977, point 82).
      
      81      Ainsi, s’il s’avère que, au terme du calcul, le montant final de l’amende doit être réduit à concurrence du montant dépassant
         ladite limite supérieure, le fait que certains facteurs tels que la gravité et la durée de l’infraction ne se répercutent
         pas de façon effective sur le montant de l’amende infligée n’est qu’une simple conséquence de l’application de cette limite
         supérieure audit montant final (arrêt Dansk Rørindustri e.a./Commission, précité, point 279).
      
      82      En effet, ladite limite supérieure vise à éviter que soient infligées des amendes dont il est prévisible que les entreprises,
         au vu de leur taille, telle que déterminée par leur chiffre d’affaires global, fût-ce de façon approximative et imparfaite,
         ne seront pas en mesure de s’acquitter (arrêt Dansk Rørindustri e.a./Commission, précité, point 280).
      
      83      Il s’agit donc d’une limite, uniformément applicable à toutes les entreprises et articulée en fonction de la taille de chacune
         d’elles, visant à éviter des amendes d’un niveau excessif et disproportionné. Cette limite supérieure a ainsi un objectif
         distinct et autonome par rapport à celui des critères de gravité et de durée de l’infraction (arrêt Dansk Rørindustri e.a./Commission,
         précité, points 281 et 282).
      
      84      Ladite limite a comme seule conséquence possible que le montant de l’amende calculé sur la base de ces critères est réduit
         jusqu’au niveau maximal autorisé. Son application implique que l’entreprise concernée ne paie pas l’amende qui, en principe,
         serait due au titre d’une appréciation fondée sur lesdits critères (arrêt Dansk Rørindustri e.a./Commission, précité, point
         283).
      
      85      En l’occurrence, il convient de préciser que la prise en compte de circonstances atténuantes fait partie intégrante des étapes
         du calcul du montant final d’une amende et que, partant, il n’y a pas lieu de réserver à ces circonstances, contrairement
         à ce que prétend Cetarsa, un sort différent de celui accordé aux autres étapes du calcul.
      
      86      En outre, la Commission a relevé à juste titre que Cetarsa est la seule entreprise de l’entente des transformateurs ayant
         bénéficié d’une réduction de l’amende en raison de la limite maximale prévue à l’article 23, paragraphe 2, deuxième alinéa,
         du règlement n° 1/2003 et que cette réduction est beaucoup plus importante que celle dont elle aurait bénéficié, en l’absence
         de cette limite, au titre desdites circonstances atténuantes.
      
      87      Au demeurant, il ressort des points 272 à 283 de l’arrêt Dansk Rørindustri e.a./Commission, précité, que la Cour a déjà rejeté
         une argumentation en substance similaire à celle exposée aux points 76 et 77 du présent arrêt.
      
      88      Dans ces conditions, le second moyen invoqué par Cetarsa au soutien de son pourvoi ne saurait prospérer et, partant, celui-ci
         doit être rejeté comme étant non fondé.
      
       Sur le pourvoi incident
      89      La Commission soulève, en substance, deux moyens tirés, le premier, d’une dénaturation des éléments de preuve, d’une erreur
         de droit ainsi que d’un défaut de motivation et, le second, d’une erreur de droit et d’un défaut de motivation. Les deux moyens
         visent l’appréciation par le Tribunal du sixième moyen invoqué au soutien du recours de première instance.
      
       Sur le premier moyen
      –       Argumentation des parties
      90      En premier lieu, la Commission fait valoir que, en concluant, aux points 269 à 271 de l’arrêt attaqué, qu’elle a commis une
         erreur manifeste d’appréciation, le Tribunal a dénaturé la réponse de Cetarsa à la communication des griefs. En effet, selon
         la Commission, il résulte manifestement de la conclusion des pages 7 à 10 de cette réponse que, contrairement à la constatation
         du Tribunal, Cetarsa prétendait que les deux ententes étaient identiques.
      
      91      La Commission considère que son analyse est corroborée par le fait que Cetarsa invoque la même thèse dans le cadre de la procédure
         de pourvoi, ce qu’elle aurait omis de faire en première instance. Par conséquent, contrairement à ce qu’a jugé le Tribunal
         au point 270 de l’arrêt attaqué, dans lesdites pages, Cetarsa ne se serait pas limitée à apporter quelques précisions sur
         le prix minimal moyen par groupement de producteurs, mais aurait mis en cause les faits constatés par la Commission.
      
      92      En deuxième lieu, eu égard à ce qui précède, la Commission soutient que le raisonnement du Tribunal est incompréhensible.
         En effet, la constatation effectuée par ce dernier audit point 270 ne serait soutenue ni par une analyse ni par un raisonnement
         et ne serait donc pas de nature à justifier la conclusion selon laquelle la Commission a commis une erreur manifeste.
      
      93      En troisième lieu, la Commission considère que le Tribunal a appliqué de manière erronée le critère de l’erreur manifeste.
         Selon elle, pour qu’il y ait erreur manifeste, l’interprétation que la Commission a faite de la communication des griefs aurait
         dû être manifestement incorrecte, ce qui n’est pas le cas.
      
      94      Cetarsa conclut au rejet de ce moyen.
      
      –       Appréciation de la Cour
      95      À titre liminaire, il convient de relever que, en réponse au moyen soulevé par Cetarsa en première instance, tiré de ce que
         la Commission aurait violé la communication sur la coopération en lui accordant une réduction de l’amende inférieure à celle
         qui a été octroyée à Taes, le Tribunal s’est notamment prononcé comme suit aux points 269 et 270 de l’arrêt attaqué:
      
      «269      Au considérant 453 de la décision [litigieuse], la Commission a relevé que, dans sa réponse à la communication des griefs,
         la requérante avait déclaré qu’elle ne contestait pas la matérialité des faits sur lesquels la Commission fondait ses accusations.
         La Commission a néanmoins refusé de faire bénéficier la requérante de l’application du point D 2, second tiret, de la communication
         sur la coopération en faisant valoir que cette dernière avait affirmé que l’entente des transformateurs sur les prix de livraison
         moyens (maximaux), d’une part, et les différents accords passés par les producteurs et les transformateurs sur un prix moyen
         par groupement de producteurs, d’autre part, étaient identiques et que, par conséquent, les effets anticoncurrentiels potentiels
         du comportement des transformateurs et des producteurs se neutralisaient. Elle a renvoyé, à cet égard, aux pages 7 à 10 de
         la réponse de la requérante à la communication des griefs. 
      
      270      Force est de constater que les pages en question ne contiennent aucune affirmation du type de celle attribuée par la Commission
         à la requérante. Une telle affirmation ne saurait davantage être considérée comme inhérente aux développements figurant dans
         ces pages, contrairement à ce que la Commission a soutenu lors de l’audience. En réalité, auxdites pages, la requérante s’est
         bornée à donner quelques précisions sur le prix minimal moyen par groupement de producteurs qui faisait l’objet des négociations
         entre les transformateurs, d’une part, et les représentants des producteurs, d’autre part.»
      
      96      Tout d’abord, s’agissant de la prétendue dénaturation de la réponse de Cetarsa à la communication des griefs prétendument
         commise par le Tribunal, il y a lieu de rappeler que, lorsqu’il allègue une dénaturation d’éléments de preuve par le Tribunal,
         un requérant doit, en application des articles 256 TFUE, 58, premier alinéa, du statut de la Cour et 112, paragraphe 1, premier
         alinéa, sous c), du règlement de procédure de cette dernière, indiquer de façon précise les éléments qui auraient été dénaturés
         par celui-ci et démontrer les erreurs d’analyse qui, dans son appréciation, auraient conduit le Tribunal à cette dénaturation
         (arrêt du 17 juin 2010, Lafarge/Commission, C‑413/08 P, Rec. p. I‑5361, point 16 et jurisprudence citée).
      
      97      À cet égard, il est de jurisprudence constante qu’une dénaturation doit apparaître de façon manifeste des pièces du dossier,
         sans qu’il soit nécessaire de procéder à une nouvelle appréciation des faits et des preuves (arrêt du 27 octobre 2011, Autriche/Scheucher-Fleisch
         e.a., C‑47/10 P, non encore publié au Recueil, point 59 et jurisprudence citée).
      
      98      En l’espèce, contrairement à ce que prétend la Commission, il ne ressort pas de façon manifeste de la conclusion des pages
         7 à 10 de la réponse de Cetarsa à la communication des griefs que cette société aurait prétendu que l’entente des transformateurs
         et celle des représentants des producteurs étaient identiques. Ainsi que l’a relevé à juste titre le Tribunal, il apparaît
         que Cetarsa s’est bornée, dans cette conclusion, à donner des précisions sur les prix moyens faisant l’objet des négociations
         entre les transformateurs, d’une part, et les représentants des producteurs, d’autre part.
      
      99      Il s’ensuit que l’analyse effectuée par le Tribunal du passage litigieux de la réponse de Cetarsa à la communication des griefs
         ne révèle aucune dénaturation.
      
      100    Ensuite, contrairement à ce que prétend la Commission, le raisonnement du Tribunal aux points 269 et 270 de l’arrêt attaqué
         satisfait entièrement aux exigences de motivation établies par la jurisprudence.
      
      101    En effet, il a déjà été rappelé au point 71 du présent arrêt que l’obligation de motiver les arrêts incombant au Tribunal
         ne lui impose pas de fournir un exposé qui suivrait exhaustivement les raisonnements articulés par les parties au litige.
         La motivation peut donc être implicite, à condition qu’elle permette aux intéressés de connaître les motifs sur lesquels le
         Tribunal se fonde et à la Cour de disposer des éléments suffisants pour exercer son contrôle dans le cadre d’un pourvoi.
      
      102    Or, en l’espèce, le raisonnement exposé par le Tribunal auxdits points 269 et 270 permet aux intéressés de connaître les motifs
         sur lesquels le Tribunal s’est fondé et à la Cour de disposer des éléments suffisants pour exercer son contrôle dans le cadre
         d’un pourvoi.
      
      103    Enfin, il résulte de ce qui précède que le Tribunal pouvait, eu égard aux constatations qu’il avait effectuées aux mêmes points
         269 et 270, conclure à une erreur manifeste d’appréciation de la Commission sans commettre, de ce fait, une erreur de droit.
      
      104    Il s’ensuit que le premier moyen invoqué par la Commission au soutien de son pourvoi incident doit être écarté comme étant
         non fondé.
      
       Sur le second moyen
      –       Argumentation des parties
      105    La Commission considère que le Tribunal a fondé son raisonnement sur la prémisse implicite selon laquelle la prétendue non-contestation
         des faits donne lieu automatiquement à une réduction de 10 % du montant de l’amende.
      
      106    Toutefois, selon la Commission, il ressort de la jurisprudence que l’application de la communication sur la coopération ne
         donne pas lieu à une réduction automatique de l’amende en cas d’absence de contestation des faits par l’entreprise concernée,
         cette institution disposant d’un large pouvoir d’appréciation pour examiner si ce défaut de contestation l’a aidée ou non
         à établir l’infraction. En effet, une réduction de l’amende au titre de la coopération serait justifiée uniquement lorsqu’elle
         permet effectivement à la Commission de constater l’existence d’une infraction et d’y mettre fin. Partant, lorsque l’absence
         de contestation des faits ne facilite en rien le travail de cette institution, aucune réduction ne serait appliquée.
      
      107    Or, le Tribunal n’aurait pas examiné si l’absence de contestation des faits par Cetarsa a permis effectivement à la Commission
         de constater l’existence d’une infraction et d’y mettre fin.
      
      108    À tout le moins, la Commission estime que, faute d’avoir examiné cet élément, le point 272 de l’arrêt attaqué est entaché
         d’un défaut de motivation. En effet, la Cour ayant jugé, après l’adoption de la communication sur la coopération, que la non-contestation
         des faits lors de la procédure administrative n’empêche pas les parties de mettre en cause devant le Tribunal les faits constitutifs
         de l’infraction, l’obligation d’examiner et de motiver une réduction de l’amende en raison de l’absence d’une telle contestation
         s’imposerait à plus forte raison à ce dernier.
      
      109    Enfin, la Commission considère que, eu égard au fait que Cetarsa a invoqué, dans son pourvoi, l’absence de différences significatives
         entre l’entente des transformateurs et celle des représentants des producteurs, cette société ne mérite pas de bénéficier
         d’une réduction du montant de l’amende au titre de ladite communication.
      
      110    Cetarsa conclut au rejet de ce moyen.
      
      –       Appréciation de la Cour
      111    Il convient de relever que, en réponse au moyen soulevé par Cetarsa en première instance, tiré de ce que la Commission aurait
         violé la communication sur la coopération en lui accordant une réduction de l’amende inférieure à celle qui a été octroyée
         à Taes, le Tribunal s’est notamment prononcé comme suit aux points 271 et 272 de l’arrêt attaqué:
      
      «271      Il s’ensuit que la Commission a commis une erreur manifeste d’appréciation en estimant que la requérante avait contesté la
         matérialité des faits au sens du point D 2, second tiret, de la communication sur la coopération. Partant, le sixième moyen
         doit être partiellement accueilli.
      
      272      Dans ces conditions, il appartient au Tribunal de fixer un taux de réduction approprié. Dans l’exercice de son pouvoir de
         pleine juridiction, le Tribunal considère qu’il convient d’accorder à la requérante, au titre de sa coopération, une réduction
         supplémentaire de 10 % à celle de 25 % déjà octroyée. Ainsi, il y a lieu d’appliquer une réduction de 35 % au montant de l’amende
         après l’application de la règle du plafond des 10 % du chiffre d’affaires, soit 4 842 000 euros, ce qui conduit à fixer le
         montant final de l’amende infligée à 3 147 300 euros.»
      
      112    À cet égard, d’une part, il importe de constater que, contrairement à ce que prétend la Commission, le Tribunal n’a nullement
         considéré que l’absence de contestation des faits donne lieu automatiquement à une réduction de 10 % du montant de l’amende.
      
      113    En effet, le Tribunal a relevé que, eu égard à l’erreur manifeste d’appréciation constatée, il lui appartenait d’exercer son
         pouvoir de pleine juridiction aux fins de fixer un taux de réduction approprié. Dans l’exercice de ce pouvoir, le Tribunal
         a apprécié la valeur de la coopération de Cetarsa et a accordé à celle-ci une réduction supplémentaire de l’amende qui lui
         avait été infligée.
      
      114    D’autre part, s’il est vrai que la motivation de l’arrêt attaqué sur ce point est particulièrement succincte, il n’en demeure
         pas moins qu’elle s’inscrit dans le contexte, notamment, des points 265 à 268 dudit arrêt, qui concernent la coopération de
         Cetarsa avec la Commission et sa valeur pour celle-ci. Il en ressort notamment que cette coopération a certes été utile à
         la Commission, mais que cette utilité n’a pas été aussi importante que celle de Taes, raison pour laquelle cette dernière
         a obtenu une réduction de 40 % de l’amende qui lui a été infligée.
      
      115    Or, dans ce contexte, le raisonnement du Tribunal, tel que résumé notamment au point 111 du présent arrêt, est de nature à
         permettre tant à la Commission de connaître les raisons pour lesquelles une réduction supplémentaire de l’amende a été octroyée
         par le Tribunal à Cetarsa qu’à la Cour de disposer des éléments suffisants pour exercer son contrôle juridictionnel.
      
      116    Par conséquent, eu égard à la jurisprudence rappelée au point 71 du présent arrêt, il ressort de ce qui précède que l’arrêt
         attaqué est suffisamment motivé en ce qui concerne ladite réduction.
      
      117    Dans ces conditions, le second moyen invoqué par la Commission au soutien de son pourvoi incident ne saurait être accueilli
         et, partant, celui-ci doit être rejeté.
      
       Sur les dépens
      118    Aux termes de l’article 69, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour, applicable à la procédure de pourvoi en vertu
         de l’article 118 du même règlement, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
      
      119    S’agissant du pourvoi principal, la Commission ayant conclu à la condamnation de Cetarsa et cette dernière ayant succombé
         en ses moyens, il y a lieu de la condamner aux dépens.
      
      120    Pour ce qui est du pourvoi incident, Cetarsa ayant conclu à la condamnation de la Commission et cette dernière ayant succombé
         en ses moyens, il y a lieu de la condamner aux dépens.
      
      Par ces motifs, la Cour (sixième chambre) déclare et arrête:
      1)      Les pourvois principal et incident sont rejetés.
      2)      La Compañía española de tabaco en rama SA (Cetarsa) est condamnée aux dépens afférents au pourvoi principal.
      3)      La Commission européenne est condamnée aux dépens afférents au pourvoi incident.
      Signatures
      * Langue de procédure: l’espagnol.