CELEX: 62008FJ0057
Language: fr
Date: 2009-11-17 00:00:00
Title: Arrêt du Tribunal de la fonction publique (première chambre) du 17 novembre 2009. # Armida Palazzo contre Commission des Communautés européennes. # Fonction publique - Fonctionnaires - Pensions - Transfert des droits à pension - Droits acquis en tant qu’agent local - Calcul de la bonification. # Affaire F-57/08.

ARRÊT DU TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE (première chambre)
      
      17 novembre 2009 
      
      Affaire F‑57/08
      
      Armida Palazzo
      contre
      Commission des Communautés européennes 
      « Fonction publique – Fonctionnaires – Pensions – Transfert des droits à pension – Droits acquis en tant qu’agent local – Calcul de la bonification »
      Objet : Recours, introduit au titre des articles 236 CE et 152 EA, par lequel Mme Palazzo demande, en substance, l’annulation de la décision du chef de l’unité « Pensions » de l’Office « Gestion et liquidation
         des droits individuels », du 24 octobre 2007, quant au calcul de bonification d’annuités de ses droits à pension communautaire
         résultant de ses droits acquis en tant qu’agent local.
      
      Décision : Le recours est rejeté. La requérante supporte, outre ses propres dépens, l’ensemble des dépens de la Commission. Le Conseil
         de l’Union européenne, partie intervenante au soutien des conclusions de la Commission, supporte ses propres dépens.
      
      
      Sommaire
      
      1.      Fonctionnaires – Égalité de traitement – Traitement différencié des diverses catégories d’agents en matière de garanties statutaires
            et d’avantages de sécurité sociale – Absence de discrimination
      2.      Fonctionnaires – Pensions – Calcul des annuités – Prise en compte des périodes de service accomplies comme agent auxiliaire
            – Conditions
      (Statut des fonctionnaires, annexe VIII, art. 4)
      
      1.      On ne saurait mettre en cause les différences de statut existant entre les diverses catégories de personnes employées par
         les Communautés, soit en tant que fonctionnaires proprement dits, soit au titre des différentes catégories d’agents relevant
         du régime applicable aux autres agents. En effet, la définition de chacune de ces catégories correspond à des besoins légitimes
         de l’administration communautaire et à la nature des tâches, permanentes ou temporaires, qu’elle a pour mission d’accomplir.
         Le législateur communautaire était ainsi libre de prévoir, à l’article 4 de l’annexe VIII du statut, que seuls les fonctionnaires,
         agents temporaires et agents contractuels ont la possibilité de demander, pour le calcul des droits à pension, la prise en
         compte de la durée totale des services qu’ils ont effectués au sein des institutions en tant que fonctionnaire, agent temporaire
         ou agent contractuel.
      
      Par ailleurs, un agent local ne saurait prétendre être pénalisé par rapport à des agents d’autres catégories et subir de ce
         fait une inégalité de traitement ni même une discrimination non justifiée et disproportionnée, dans la mesure où, en tant
         qu’agent local, il n’est pas dans une situation comparable aux agents d’autres catégories. Les différences de statut existant
         entre les agents locaux, d’une part, et les fonctionnaires ou les autres agents, d’autre part, ne sauraient être remises en
         question en vertu du principe d’égalité de traitement, ces différences juridiques objectives au niveau des garanties statutaires,
         du classement, de la rémunération et des avantages sociaux ayant un caractère essentiel. Ne constitue pas, dès lors, une discrimination
         le fait que, du point de vue des garanties statutaires et des avantages de sécurité sociale, certaines catégories de personnes
         employées par les Communautés peuvent jouir de garanties ou d’avantages qui ne sont pas accordés à d’autres catégories.
      
      (voir points 38 et 39)
      Référence à :
      Cour : 6 octobre 1983, Celant e.a./Commission, 118/82 à 123/82, Rec. p. 2995, point 22
      Tribunal de première instance : 9 juillet 2007, De Smedt/Commission, T‑415/06 P, RecFP p. I‑B‑1‑0000 et II‑B‑1‑0000, points 54
         et 55, ainsi que la jurisprudence citée
      
      Tribunal de la fonction publique : 19 octobre 2006, De Smedt/Commission, F‑59/05, RecFP p. I‑A‑1‑109 et II‑1‑1‑409, point 76 ;
         12 mars 2009, Arpaillange e.a./Commission, F‑104/06, RecFP p. I‑A‑1‑0000 et II‑A‑1‑0000, point 61
      
      2.      Pour l’assimilation des périodes accomplies en qualité d’agent auxiliaire à des périodes accomplies en qualité d’agent temporaire
         aux fins de leur prise en compte pour le régime de pension communautaire, il est exigé que l’emploi correspondant aux fonctions
         exercées par l’intéressé figure au tableau des effectifs de l’institution et soit disponible, et que les fonctions exercées
         n’aient pas un caractère passager, en d’autres termes, qu’il s’agisse de tâches permanentes de service public communautaire.
      
      (voir points 44 et 48)
      Référence à :
      Cour : 1er février 1979, Deshormes/Commission, 17/78, Rec. p. 189, point 51 ; 23 février 1983, Toledano Laredo et Garilli/Commission,
         225/81 et 241/81, Rec. p. 347, points 7 et 12
      
ARRÊT DU TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE(première chambre)
      
      17 novembre 2009 (*)
      
      « Fonction publique – Fonctionnaires – Pensions – Transfert des droits à pension – Droits acquis en tant qu’agent local – Calcul de la bonification »
      Dans l’affaire F‑57/08,
      ayant pour objet un recours introduit au titre des articles 236 CE et 152 EA,
      Armida Palazzo, fonctionnaire de la Commission des Communautés européennes, demeurant à Bruxelles (Belgique), représentée par Mes S. Orlandi, A. Coolen, J.-N. Louis et É. Marchal, avocats,
      
      partie requérante,
      contre
      Commission des Communautés européennes, représentée par M. D. Martin et Mme K. Herrmann, en qualité d’agents,
      
      partie défenderesse,
      soutenue par
      Conseil de l’Union européenne, représenté par MM. M. Vitsentzatos et M. Bauer, en qualité d’agents,
      
      partie intervenante,
      LE TRIBUNAL (première chambre),
      composé de MM. S. Gervasoni (président), H. Kreppel et H. Tagaras (rapporteur), juges,
      greffier : Mme S. Cidéron, assistante,
      
      vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 10 mars 2009,
      rend le présent
      Arrêt
      1        Par requête parvenue au greffe du Tribunal le 9 juin 2008 par télécopie (le dépôt de l’original étant intervenu le 14 juin
         suivant), Mme Palazzo demande en substance l’annulation de la décision, du 24 octobre 2007, du chef de l’unité « Pensions » de l’Office
         « Gestion et liquidation des droits individuels » (PMO) quant au calcul de bonification d’annuités de ses droits à pension
         communautaire résultant de ses droits acquis en tant qu’agent local. 
      
       Cadre juridique
       Dispositions statutaires
      2        L’article 4, paragraphe 1, de l’annexe VIII du statut des fonctionnaires des Communautés européennes (ci-après le « statut »)
         dispose :
      
      « Le fonctionnaire qui, ayant accompli une précédente période d’activité au service d’une des institutions soit en qualité
         de fonctionnaire, soit en qualité d’agent temporaire, soit en qualité d’agent contractuel, a été remis en activité dans une
         institution des Communautés, acquiert de nouveaux droits à pension. Il peut demander la prise en compte, pour le calcul de
         ses droits à pension […] de la durée totale de ses services en qualité de fonctionnaire, d’agent temporaire ou d’agent contractuel
         pour laquelle des cotisations ont été payées, sous réserve :
      
      a)      de reverser l’allocation de départ qui lui a été versée au titre de l’article 12, majorée d’intérêts composés au taux de 3,5 %
         l’an […]
      
      b)      de faire réserver à cette fin, avant calcul de la bonification en annuités prévue par l’article 11, paragraphe 2, et pour
         autant qu’il ait demandé et obtenu le bénéfice de cet article après sa nouvelle prise de fonctions, la partie du montant transféré
         vers le régime de pension communautaire correspondant à l’équivalent actuariel calculé et transféré vers le régime d’origine
         […] majorée d’intérêts composés au taux de 3,5 % l’an.
      
      […] »
      3        L’article 11, paragraphe 2, de l’annexe VIII du statut prévoit que :
      
      « Le fonctionnaire qui entre au service des Communautés après avoir :
      –        cessé ses activités auprès d’une administration, d’une organisation nationale ou internationale 
      ou 
      –        exercé une activité salariée ou non salariée,
      a la faculté, entre le moment de sa titularisation et le moment où il obtient le droit à une pension d’ancienneté […], de
         faire verser aux Communautés le capital, actualisé jusqu’à la date du transfert effectif, représentant les droits à pension
         qu’il a acquis au titre des activités visées ci-dessus.
      
      En pareil cas, l’institution où le fonctionnaire est en service détermine, par voie de dispositions générales d’exécution,
         compte tenu du traitement de base, de l’âge et du taux de change à la date de la demande de transfert, le nombre d’annuités
         qu’elle prend en compte d’après le régime de pension communautaire au titre de la période de service antérieur sur la base
         du capital transféré, déduction faite du montant qui représente la revalorisation du capital entre la date de la demande de
         transfert et celle du transfert effectif.
      
      […] »
      4        L’article 48 de l’annexe VIII du statut est rédigé comme suit :
      
      « Le fonctionnaire admis au bénéfice du statut en application des dispositions transitoires bénéficie de son droit à pension
         à compter du jour de son affiliation au régime provisoire de prévoyance commun aux institutions des Communautés.
      
      Nonobstant toutes dispositions contraires du statut, le fonctionnaire bénéficie, sur sa demande, de ce droit à pension à compter
         du jour de son entrée, à un titre quelconque, au service d’une des institutions des trois Communautés européennes. Au cas
         où il n’aurait pas effectué de versements au régime de prévoyance pendant tout ou partie de ses services antérieurs, il sera
         admis à racheter par versements fractionnés les droits pour lesquels il n’a pu cotiser. Le montant des cotisations versées
         par le fonctionnaire et des cotisations correspondantes versées par l’institution est considéré comme figurant au compte du
         fonctionnaire au régime provisoire de prévoyance à la date d’entrée en vigueur du statut. »
      
      5        L’article 120 du régime applicable aux autres agents des Communautés européennes (ci-après le « RAA ») se lit comme suit :
      
      « Sous réserve des dispositions du [titre relatif aux agents locaux], les conditions d’emploi des agents locaux, notamment
         en ce qui concerne : 
      
      a)      les modalités de leur engagement et de la résiliation de leur engagement ; 
      b)      les congés ; 
      c)      leur rémunération, 
      sont fixées par chaque institution sur la base de la réglementation et des usages existant au lieu où l’agent est appelé à
         exercer ses fonctions. »
      
      6        L’article 121 du RAA, dont les dispositions se trouvaient à l’article 80 dans la version du RAA en vigueur avant le 1er mai 2004 (ci-après l’« ancien RAA »), dispose en ce qui concerne les agents locaux : 
      
      « L’institution assume, en matière de sécurité sociale, les charges incombant aux employeurs en vertu de la réglementation
         existant au lieu où l’agent est appelé à exercer ses fonctions. »
      
       Charte sociale européenne
      7        La charte sociale européenne, signée à Turin le 18 octobre 1961 et révisée à Strasbourg le 3 mai 1996 (ci-après la « charte
         sociale européenne »), énonce à son article 12 :
      
      « Article 12 ‑ Droit à la sécurité sociale 
      En vue d’assurer l’exercice effectif du droit à la sécurité sociale, les Parties [contractantes] s’engagent :
      1. à établir ou à maintenir un régime de sécurité sociale ;
      2. à maintenir le régime de sécurité sociale à un niveau satisfaisant […] ;
      3. à s’efforcer de porter progressivement le régime de sécurité sociale à un niveau plus haut ; 
      4. à prendre des mesures, par la conclusion d’accords bilatéraux ou multilatéraux appropriés ou par d’autres moyens, et sous
         réserve des conditions arrêtées dans ces accords, pour assurer :
      
      a)      l’égalité de traitement entre les nationaux de chacune des Parties [contractantes] et les ressortissants des autres Parties
         en ce qui concerne les droits à la sécurité sociale, y compris la conservation des avantages accordés par les législations
         de sécurité sociale, quels que puissent être les déplacements que les personnes protégées pourraient effectuer entre les territoires
         des Parties [contractantes] ;
      
      b)      l’octroi, le maintien et le rétablissement des droits à la sécurité sociale par des moyens tels que la totalisation des périodes
         d’assurance ou d’emploi accomplies conformément à la législation de chacune des Parties [contractantes]. »
      
       Faits à l’origine du litige
      8        La requérante, fonctionnaire de la Commission des Communautés européennes, a été, du 1er juin 1976 au 2 juillet 1989, agent local auprès de la délégation de la Commission en Somalie. Du 15 mai 1995 au 15 mai 1999,
         elle a également été au service de la Commission en tant qu’agent local, cette fois auprès de la délégation de celle-ci en
         Albanie.
      
      9        À l’issue de son contrat d’agent local auprès de la délégation de la Commission en Somalie, la requérante a perçu une « indemnité
         d’ancienneté » d’un montant de 1 063 936,66 shillings somaliens (SOS), allouée conformément aux dispositions de l’article
         52 du code du travail somalien, tandis que, à l’issue de son contrat auprès de la délégation de la Commission en Albanie,
         elle a perçu une « indemnité de départ », sur la base de l’article 8 bis, paragraphe 2, de son contrat d’agent local, d’un
         montant que la fiche de liquidation de ses droits indique tant en écus qu’en dollars des États-Unis (USD), à savoir de 11 125,56
         écus, correspondant, en application du taux de change du mois d’avril 1999, à 11 916,58 USD (ci-après les « indemnités de
         départ »).
      
      10      Du 1er juillet 1999 au 31 janvier 2000, la requérante a été mise à la disposition des services de la Commission en tant qu’agent
         intérimaire. Le 1er février 2000, elle a été nommée fonctionnaire stagiaire de grade C 4 et a été affectée à la direction générale (DG) « Relations
         extérieures ». Le 1er août suivant, elle a été titularisée.
      
      11      Par courriers des 31 mai et 20 juin 2006, concernant ses périodes de service auprès des délégations de la Commission, respectivement
         en Albanie et en Somalie, la requérante a demandé à la Commission, au titre de l’article 11, paragraphe 2, de l’annexe VIII
         du statut, la bonification de ses droits à pension pour les périodes susmentionnées. 
      
      12      Par note du 10 octobre 2006 du chef de l’unité « Pensions » du PMO, la requérante a été informée de la décision de clôturer
         son dossier « étant donné que [les] indemnité[s] de départ [reçues] à l’issue de [ses] contrat[s] d’agent local n’[étaient]
         pas constituée[s] de droits à pension et que de ce fait, l’article 11[, paragraphe 2,] de l’annexe VIII du statut ne [pouvait]
         être appliqué ».
      
      13      Par courriel du 15 novembre 2006, la requérante a demandé le réexamen de cette décision. Le 16 novembre 2006, le chef du secteur
         « Transfert » de l’unité « Pensions » du PMO lui a répondu : 
      
      « Votre demande du 15 novembre 2006 […] a attiré toute mon attention. Après [une nouvelle vérification] de votre dossier et
         [d]es références juridiques, je ne peux que conclure que la note du 10 octobre 2006 est tout à fait correcte et justifiée.
         
      
      La nature d[es] montant[s] que vous avez reçu[s] est clairement celle d’une indemnité d’ancienneté. Celle-ci vous a été attribuée
         en tenant compte d’une ancienneté de service et peut-être aussi pour compenser certains droits inexistants. […]
      
      Il est très évident ainsi qu’il ne s’agit aucunement de purs droits à pension constitués sur [la] base de contributions payées
         par l’employé et/ou l’employeur dans le cadre d’une activité professionnelle. L’article 11[, paragraphe 2,] de l’annexe VIII
         du statut vise clairement ces derniers.
      
      C’est pourquoi, je ne vois aucune possibilité de revenir sur la décision prise quant au refus de considérer cette indemnité
         comme entrant dans le champ de l’article 11[, paragraphe 2,] précité. » 
      
      14      Le 10 janvier 2007, la requérante a saisi l’autorité investie du pouvoir de nomination (ci-après l’« AIPN ») d’une réclamation
         dirigée contre la décision de refus de la Commission de bonifier, par le transfert au régime communautaire de pensions au
         titre de l’article 11, paragraphe 2, de l’annexe VIII du statut, les indemnités de départ perçues à l’issue de ses périodes
         de service en tant qu’agent local auprès des délégations de la Commission en Somalie et en Albanie.
      
      15      Par courrier du 10 mai 2007, l’AIPN a « décidé de donner une suite positive à [la] réclamation [de la requérante] ». L’AIPN
         a indiqué à la requérante avoir « donné instruction au service concerné d’accepter [ses] demandes des 31 mai et 20 juin 2006
         concernant le transfert des montants correspondant aux [indemnités] de départ vers le régime des pensions des [i]nstitutions
         des Communautés européennes, en appliquant l’article 11, paragraphe 2, de l’annexe VIII du statut par analogie ».
      
      16      Le 5 juin 2007, le chef du secteur « Transfert » de l’unité « Pensions » du PMO a envoyé à la requérante deux lettres de proposition
         concernant le calcul de bonification d’annuités pour ses périodes de service respectives auprès des délégations de la Commission
         en Somalie et en Albanie. Il ressort du tableau joint à la lettre concernant les services effectués en Somalie que, sur la
         base du montant transférable de 1 063 936,66 SOS, correspondant au montant de l’indemnité de départ mentionné au point 9 du
         présent arrêt, la bonification pour le régime communautaire de pensions serait de 16 jours ; quant à la lettre concernant
         les services effectués en Albanie, celle-ci fait apparaître que, sur la base du montant transférable de 11 916,58 USD, correspondant
         au montant de l’indemnité de départ mentionné au point 9 du présent arrêt, la bonification pour le régime communautaire de
         pensions serait de 8 mois et 9 jours.
      
      17      Par lettre du 17 septembre 2007, la requérante, demandant « formellement le transfert des sommes qui lui ont été versées par
         la Commission à l’issue de ses périodes de service en tant qu’agent local », a également requis un nouveau calcul de bonification
         de ses droits à pension afin que sa situation soit « assimilée à celle d’un ancien agent auxiliaire qui demande, après son
         entrée en service en tant que fonctionnaire, la bonification de ses droits à pension acquis dans un régime national ». 
      
      18      Par note du 24 octobre 2007, le chef de l’unité « Pensions » du PMO a indiqué à la requérante que « la validation d’une période
         d’auxiliariat n’[était] pas un droit statutaire explicite mais découl[ait] de l’examen de critères spécifiques » définis par
         le juge communautaire ; il a également rappelé à la requérante que, suite à sa réclamation du 10 janvier 2007, les indemnités
         de départ qu’elle avait reçues à la fin de ses contrats d’agent local auprès des délégations de la Commission avaient été
         considérées comme pouvant faire l’objet d’un transfert au sens de l’article 11 de l’annexe VIII du statut et que le nombre
         d’annuités pouvant être acquis à la suite de cette opération résultait d’un calcul semblable à celui exécuté pour toute demande
         de transfert de droits à pension acquis par un ex-agent local auprès d’un régime national, ce calcul étant effectué « dans
         la plus stricte conformité avec les dispositions statutaires susvisées ». 
      
      19      La requérante a introduit une réclamation le 23 novembre 2007, en précisant qu’elle demandait formellement la bonification
         des droits à pension acquis en tant qu’agent local, mais qu’elle contestait toutefois le calcul proposé. Dans sa réclamation,
         la requérante faisait valoir, d’une part, la méconnaissance de la charte sociale européenne, et notamment de son article 12,
         relatif à l’exercice effectif du droit à la sécurité sociale, d’autre part, la méconnaissance de l’article 48 de l’annexe
         VIII du statut, ainsi que des articles 121 du RAA et 80 de l’ancien RAA, ayant tous deux un contenu identique, enfin, l’existence
         d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation ; en effet, la requérante estimait que, s’agissant des indemnités
         de départ perçues, sa situation aurait dû être considérée par analogie à la situation des agents auxiliaires et à celle des
         agents temporaires concernant l’allocation de départ qui leur est versée en application des dispositions du RAA et du chapitre
         2 de l’annexe VIII du statut. En conséquence, la requérante demandait que soit prise en compte la totalité de sa période d’activité
         au sein des délégations de la Commission aux fins de calculer la bonification de ses droits à pension.
      
      20      Cette réclamation a fait l’objet d’une réponse explicite le 28 février 2008 ; par cette réponse, l’AIPN a rejeté, en premier
         lieu, l’application au cas de la requérante de la jurisprudence concernant la prise en compte par le régime communautaire
         de pensions de la période de service qu’un fonctionnaire a accomplie en qualité d’agent auxiliaire antérieurement à sa nomination,
         en deuxième lieu, l’application au cas de la requérante de l’article 48 de l’annexe VIII du statut, en troisième lieu, le
         grief tiré du prétendu non-respect de l’article 80 de l’ancien RAA, de contenu identique avec l’article 121 du RAA.
      
       Conclusions des parties et procédure 
      21      La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        déclarer illégal l’article 4 de l’annexe VIII du statut ;
      –        annuler la décision du 24 octobre 2007 du chef de l’unité « Pensions » du PMO quant au calcul de bonification d’annuités de
         ses droits à pension acquis en tant qu’agent local ;
      
      –        condamner la partie défenderesse aux dépens.
      22      La partie défenderesse conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        déclarer le recours non fondé ;
      –        condamner la requérante aux dépens.
      23      Par courrier parvenu au greffe du Tribunal le 9 juillet 2008 par télécopie (le dépôt de l’original étant intervenu le 11 juillet
         suivant), le Conseil de l’Union européenne a demandé à intervenir dans la présente affaire au soutien des conclusions de la
         partie défenderesse.
      
      24      Par courriers adressés aux parties le 14 juillet 2008, le Tribunal les a invitées à déposer leurs observations sur la demande
         en intervention déposée par le Conseil et à indiquer les pièces qu’elles considéraient comme confidentielles. La partie requérante
         a fait savoir, dans le délai imparti, qu’elle n’avait pas d’observations à formuler quant à cette demande en intervention
         et qu’elle ne demandait pas le traitement confidentiel de certains passages ou documents. 
      
      25      Par ordonnance du président de la première chambre du Tribunal du 4 septembre 2008, le Conseil a été admis à intervenir dans
         l’affaire au soutien des conclusions de la partie défenderesse. 
      
      26      La partie intervenante a communiqué son mémoire en intervention par courrier parvenu au greffe du Tribunal le 13 octobre 2008
         par télécopie (le dépôt de l’original étant intervenu le 16 octobre suivant). 
      
      27      La partie intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal de rejeter l’exception d’illégalité soulevée contre l’article
         4 de l’annexe VIII du statut comme non fondée.
      
      28      Par courriers adressés aux parties principales le 22 octobre 2008, le Tribunal les a invitées à déposer leurs observations
         sur le mémoire en intervention. La partie requérante a déposé ses observations sur ledit mémoire dans le délai imparti. 
      
      29      Conformément à l’article 56 du règlement de procédure, et par courriers du 27 novembre 2008, le juge rapporteur a procédé
         à des mesures d’organisation de la procédure, auxquelles il a été déféré dans le délai imparti.
      
      30      Lors de l’audience, la partie requérante s’est désistée d’un grief qu’elle invoquait dans le cadre de son premier moyen, grief
         relatif à la violation de l’article 48 de l’annexe VIII du statut.
      
       Objet du litige
      31      Le Tribunal constate que, outre l’annulation de la décision du 24 octobre 2007 du chef de l’unité « Pensions » du PMO quant
         au calcul de bonification d’annuités de ses droits à pension communautaire résultant de ses droits acquis en tant qu’agent
         local, la requérante demande également de déclarer illégal l’article 4 de l’annexe VIII du statut. À cet égard, le Tribunal
         rappelle, d’une part, qu’il n’est pas compétent pour statuer sur des conclusions visant directement à ce que soit constatée
         l’illégalité d’une disposition statutaire, d’autre part, que, en toute hypothèse, les arguments développés au sujet de l’illégalité
         dudit article doivent être perçus comme venant simplement au soutien des conclusions en annulation dirigées contre la décision
         du 24 octobre 2007, susmentionnée, et non comme un élément de l’objet du recours. 
      
      32      Il s’ensuit que le recours doit être compris comme visant, en réalité, la seule annulation de la décision du 24 octobre 2007
         du chef de l’unité « Pensions » du PMO quant au calcul de bonification d’annuités des droits à pension communautaire de la
         requérante résultant de ses droits acquis en tant qu’agent local (ci-après la « décision attaquée »).
      
       Sur les conclusions en annulation
      33      À l’appui de son recours, la requérante invoque des moyens tirés, en premier lieu, de la violation des principes énoncés dans
         la charte sociale européenne et des articles 121 du RAA et 80 de l’ancien RAA, ayant tous deux un contenu identique, en second
         lieu, d’une erreur de droit, d’une erreur manifeste d’appréciation et d’une exception d’illégalité.
      
      34      La requérante fait en particulier valoir que, en l’absence d’un régime national de sécurité sociale, tant en Somalie qu’en
         Albanie, la partie défenderesse était tenue de prendre les dispositions nécessaires afin d’affilier ses agents à un régime
         de pension et que, à défaut de l’avoir fait, elle avait méconnu ses obligations découlant de l’article 12 de la charte sociale
         européenne, ainsi que l’objectif de l’article 121 du RAA, lui imposant de couvrir ses agents locaux en matière de sécurité
         sociale. En outre, la requérante, faisant remarquer que l’AIPN a reconnu dans sa décision du 10 mai 2007 que les indemnités
         de départ versées étaient assimilables à des droits à pension, estime que ces indemnités auraient dû être considérées par
         analogie à la situation des agents auxiliaires « telle que précisée par le juge communautaire ». L’article 4 de l’annexe VIII
         du statut serait par ailleurs illégal, car, en excluant du champ d’application de cette disposition les fonctionnaires ayant
         accompli une période d’activité précédente au service d’une des institutions en tant qu’agent local, le législateur aurait
         méconnu le principe d’égalité de traitement et créé une discrimination non justifiée et disproportionnée entre les différentes
         catégories de personnel qui ont été au service de la Commission avant leur nomination en tant que fonctionnaire. 
      
      35      Il convient de commencer par constater que, pour le fonctionnaire remis en activité dans une institution des Communautés après
         avoir accompli une précédente période d’activité au sein des institutions, l’article 4 de l’annexe VIII du statut énonce une
         règle de « pleine reconnaissance » des droits à pension acquis durant les périodes d’activité accomplies en qualité soit de
         fonctionnaire soit d’agent temporaire ou (depuis le 1er mai 2004) d’agent contractuel. C’est cette règle que la requérante, insatisfaite du résultat de l’application à son égard
         de l’article 11, paragraphe 2, de l’annexe VIII du statut, cherche à se voir appliquer, en excipant à cet effet de l’illégalité
         de la disposition de l’article 4 de l’annexe VIII du statut, dans la mesure où, s’agissant des périodes accomplies sous le
         régime de l’ancien RAA, cet article limite le champ d’application de la règle en question aux seules périodes accomplies en
         qualité d’agent temporaire. 
      
      36      Le Tribunal examinera ainsi en premier lieu l’exception d’illégalité soulevée par la requérante. En cas de rejet de celle-ci,
         il examinera par la suite successivement les griefs tirés de ce que la Commission n’a pas considéré ses indemnités de départ
         par analogie à la situation des agents auxiliaires « telle que précisée par le juge communautaire » (griefs dont l’accueil
         conduirait au même résultat que l’accueil de l’exception d’illégalité) et les griefs tirés de la prétendue méconnaissance
         des principes énoncés dans la charte sociale européenne et des articles 121 du RAA et 80 de l’ancien RAA, ayant tous deux
         un contenu identique. 
      
       Sur l’exception d’illégalité
      37      La requérante fait en particulier valoir que, dans la mesure où l’article 4 de l’annexe VIII du statut exclut de son champ
         d’application les fonctionnaires ayant accompli une période de service au sein des institutions en qualité d’agent local,
         celui-ci serait illégal, car contraire au principe d’égalité de traitement et de non-discrimination. 
      
      38      À cet égard, il convient de rappeler la jurisprudence constante selon laquelle on ne saurait mettre en cause les différences
         de statut existant entre les diverses catégories de personnes employées par les Communautés, soit en tant que fonctionnaires
         proprement dits, soit au titre des différentes catégories d’agents relevant du RAA, la définition de chacune de ces catégories
         correspondant à des besoins légitimes de l’administration communautaire et à la nature des tâches, permanentes ou temporaires,
         qu’elle a pour mission d’accomplir (arrêt de la Cour du 6 octobre 1983, Celant e.a./Commission, 118/82 à 123/82, Rec. p. 2995,
         point 22 ; arrêts du Tribunal du 19 octobre 2006, De Smedt/Commission, F‑59/05, RecFP p. I‑A‑1‑109 et II‑A‑1‑409, point 76,
         confirmé par l’ordonnance du Tribunal de première instance du 9 juillet 2007, De Smedt/Commission, T‑415/06 P, RecFP p. I‑B‑1‑0000
         et II‑B‑1‑0000, point 55, et du 12 mars 2009, Arpaillange e.a./Commission, F‑104/06, RecFP p. I‑A‑1‑0000 et II‑A‑1‑0000, point
         61). Le législateur communautaire était ainsi libre de prévoir, à l’article 4 de l’annexe VIII du statut, que seuls les fonctionnaires,
         agents temporaires et agents contractuels ont la possibilité de demander, pour le calcul des droits à pension, la prise en
         compte de la durée totale des services qu’ils ont effectués au sein des institutions en tant que fonctionnaire, agent temporaire
         ou agent contractuel. 
      
      39      La requérante ne saurait non plus prétendre en l’espèce être pénalisée par rapport à des agents d’autres catégories et subir
         de ce fait une inégalité de traitement ni même une discrimination non justifiée et disproportionnée, dans la mesure où, en
         tant qu’agent local, elle n’était pas dans une situation comparable aux agents d’autres catégories. Les différences de statut
         existant entre les agents locaux, d’une part, et les fonctionnaires ou les autres agents, d’autre part, ne sauraient être
         remises en question en vertu du principe d’égalité de traitement, ces différences juridiques objectives au niveau des garanties
         statutaires, du classement, de la rémunération et des avantages sociaux ayant un caractère essentiel (voir, en ce sens, ordonnance
         De Smedt/Commission, précitée, points 54 et 55, ainsi que la jurisprudence citée ; arrêt De Smedt/Commission, précité, point
         76). Ne constitue pas, dès lors, une discrimination le fait que, du point de vue des garanties statutaires et des avantages
         de sécurité sociale, certaines catégories de personnes employées par les Communautés peuvent jouir de garanties ou d’avantages
         qui ne sont pas accordés à d’autres catégories (ordonnance De Smedt/Commission, précitée, point 54 ; arrêts De Smedt/Commission,
         précité, point 76, et Arpaillange e.a./Commission, précité, point 61). 
      
      40      Il s’ensuit que le grief tiré de l’illégalité de l’article 4 de l’annexe VIII du statut, dont les dispositions seraient contraires
         au principe d’égalité de traitement et de non-discrimination, n’est pas fondé.
      
       Sur les griefs tirés de ce que les indemnités de départ de la requérante auraient dû être considérées par analogie à la situation
            des agents auxiliaires « telle que précisée par le juge communautaire » 
      41      En ce qui concerne ces griefs, il convient de commencer par constater que, si dans ses écrits la requérante n’identifie pas
         les arrêts auxquels l’expression « telle que précisée par le juge communautaire » se réfère, elle a invoqué lors de l’audience,
         à l’appui de sa position, les arrêts de la Cour du 1er février 1979, Deshormes/Commission (17/78, Rec. p. 189) et du 23 février 1983, Toledano Laredo et Gerilli/Commission (225/81
         et 241/81, Rec. p. 347), dans lesquels le juge communautaire aurait reconnu l’assimilation des périodes effectuées en qualité
         d’agent auxiliaire aux périodes effectuées en qualité d’agent temporaire.
      
      42      Cependant, et à accepter même que cette jurisprudence, développée aux fins de l’application de l’article 3, sous c), de l’annexe
         VIII du statut [disposition qui, dans sa version en vigueur à compter du 1er mai 2004, figure sous d) du même article], puisse être transposée à l’application de l’article 4 de la même annexe, les griefs
         de la requérante ne sauraient être retenus.
      
      43      En effet, d’une part, l’assimilation reconnue dans les arrêts invoqués par la requérante concernait en toute hypothèse des
         périodes d’activité accomplies en qualité d’agent auxiliaire et non d’agent local, alors même que la requérante appartenait
         à la catégorie des agents locaux durant les périodes accomplies auprès des délégations de la Commission. Or, il n’existe pas
         de raisons permettant de considérer que la solution retenue par le juge communautaire en faveur des agents auxiliaires devrait
         s’appliquer par analogie aux agents locaux, puisqu’il s’agit là de catégories différentes, avec des statuts différents (voir
         points 38 et 39 du présent arrêt) ; notamment, et contrairement à ce qui est le cas pour les agents auxiliaires (voir les
         articles 61 à 69 du RAA ainsi que de l’ancien RAA), les agents locaux ne sont pas soumis aux dispositions statutaires en ce
         qui concerne en particulier leurs modalités de rémunération (voir l’article 120 du RAA, ainsi que l’article 79, de contenu
         identique, de l’ancien RAA), tandis que les règles en matière de sécurité sociale (voir l’article 121 du RAA, ainsi que l’article
         80, de contenu identique, de l’ancien RAA) diffèrent sensiblement de celles applicables aux agents auxiliaires (voir les articles
         70 et 71 du RAA ainsi que de l’ancien RAA). 
      
      44      D’autre part, et surtout, il résulte des arrêts invoqués par la requérante, que, pour l’assimilation des périodes accomplies
         en qualité d’agent auxiliaire à des périodes accomplies en qualité d’agent temporaire, il est exigé que l’emploi correspondant
         aux fonctions exercées par l’intéressé figure au tableau des effectifs de l’institution et soit disponible (voir arrêts Deshormes/Commission,
         précité, point 51, et Toledano Laredo et Gerilli /Commission, précité, point 7), tandis que le second des arrêts en question
         exige, de surcroît, que les fonctions exercées n’aient pas un caractère passager, en d’autres termes, qu’il s’agisse de tâches
         permanentes de service public communautaire (arrêt Toledano Laredo et Gerilli /Commission, précité, point 12). 
      
      45      Or, le Tribunal ne peut que constater que la requérante n’a pas été en mesure d’apporter la preuve qu’elle remplissait, s’agissant
         de la période de référence, ces deux conditions. 
      
      46      En ce qui concerne la première condition, s’il est vrai que la requérante a affirmé dans sa requête qu’elle avait exercé au
         sein des délégations de la Commission en Somalie et en Albanie les fonctions de secrétaire du chef de délégation, figurant
         au tableau des effectifs de l’institution, en faisant par la suite valoir, lors de l’audience, qu’elle avait remplacé, au
         moins en Somalie, la fonctionnaire qui était en poste, mais qui ne serait restée que quelques mois, la requérante n’a pas
         été en mesure d’apporter la moindre preuve au soutien de ses allégations, lesquelles, à elles seules, ne sauraient suffire
         pour que le Tribunal retienne qu’elle a effectivement exercé des fonctions correspondant à un poste qui figurait au tableau
         des effectifs de l’institution et qui était disponible. 
      
      47      Il en va de même en ce qui concerne la seconde condition, à savoir celle exigeant que l’intéressé ait exercé des tâches permanentes
         de service public communautaire. En effet, et bien que l’emploi de la requérante au sein des délégations de la Commission
         a été d’une durée relativement longue – elle a été engagée pour une période de treize ans en Somalie et de quatre ans en Albanie
         – et à supposer même que le poste nécessitait le recrutement d’une personne de confiance pouvant se voir attribuer certaines
         responsabilités, il n’en demeure pas moins que la requérante n’a même pas fourni un commencement de preuve au sujet des tâches
         qu’elle a réellement exercées en tant que secrétaire pendant la période en cause, notamment pour établir qu’il s’agissait
         – ainsi qu’elle le faisait valoir – de tâches permanentes de service public. En outre, si elle a indiqué lors de l’audience
         que, dans l’exercice de rotation 2009, sur l’ensemble des délégations existant à travers le monde, 20 postes pour lesquels
         les fonctionnaires pouvaient déposer leur candidature concernaient les fonctions de secrétaire de délégation, elle n’a pas
         apporté de preuve au soutien de ces affirmations qui, en toute hypothèse, concernent une période très éloignée de celles en
         question dans la présente espèce. 
      
      48      Par conséquent, et à supposer même que les périodes accomplies en qualité d’agent local puissent (à l’instar de ce qui a été
         jugé pour les agents auxiliaires) être assimilées à celles accomplies par un agent temporaire, la requérante ne saurait bénéficier
         d’une telle assimilation, faute d’avoir démontré remplir les conditions posées par la jurisprudence à cet effet.
      
      49      Certes, les circonstances particulières de l’espèce, notamment le temps écoulé depuis les faits contestés et les endroits
         où ils auraient eu lieu, infléchissent la règle selon laquelle il appartient à celui qui formule des prétentions, en l’espèce
         à la requérante, d’apporter la preuve au soutien de ses allégations ; elles ne peuvent cependant pas vider cette règle de
         sa substance. Or, tel serait le cas si, en raison des indéniables difficultés pour établir des faits survenus il y a plusieurs
         décennies en Somalie et en Albanie, difficultés invoquées par la requérante notamment lors de l’audience, le Tribunal acceptait
         la véracité de ses allégations en l’absence de toute preuve concrète et sur la base de simples affirmations, dont la plupart
         ont été faites pour la première fois lors de l’audience. Le Tribunal observe de surcroît à cet égard que rien n’empêchait
         la requérante d’introduire un recours devant la Cour de justice des Communautés européennes durant ou à l’issue de ses contrats
         d’agent local au sein des délégations de la Commission en Somalie et en Albanie, auquel cas il aurait été beaucoup moins difficile
         pour elle de se procurer les moyens de preuve nécessaires afin de contester le non-respect par l’institution de son obligation
         de cotiser à un régime de pension.
      
       Sur les griefs tirés de la prétendue méconnaissance des principes énoncés dans la charte sociale européenne et des articles
            121 du RAA et 80 de l’ancien RAA, ayant tous deux un contenu identique
      50      Il est constant que, « en vue d’assurer l’exercice effectif du droit à la sécurité sociale », l’article 12 de la charte sociale
         européenne prévoit que les parties contractantes de ladite charte s’engagent à garantir un certain nombre de droits que la
         requérante a soulignés dans sa requête. Il est également constant que, en vertu des articles 121 du RAA et 80 de l’ancien
         RAA, « [l]’institution assume, en matière de sécurité sociale, les charges incombant aux employeurs en vertu de la réglementation
         existant au lieu où l’agent est appelé à exercer ses fonctions », tout agent local étant, en général, affilié au régime obligatoire
         de sécurité sociale nationale. 
      
      51      En l’espèce, cependant, le Tribunal ne peut déceler de méconnaissance ni de l’article 12 de la charte sociale européenne,
         ni des dispositions, de contenu identique, énoncées dans l’article 121 du RAA ou dans l’article 80 de l’ancien RAA. 
      
      52      En premier lieu, la charte sociale européenne ne saurait être, comme telle, opposée à la Communauté dès lors que cette dernière
         ne l’a pas conclue et n’y a pas adhéré (voir arrêt du Tribunal du 4 juin 2009, Adjemian e.a./Commission, F‑134/07, RecFP p. I‑A‑1‑0000
         et II‑A‑1‑0000, point 102). Contrairement à ce que la requérante suggère lorsqu’elle allègue que l’article 12 de la charte
         sociale européenne est l’expression de principes généraux du droit communautaire que les institutions communautaires seraient
         tenues de respecter, il résulte de l’article 136 CE que cette charte est une source d’inspiration dont la Communauté doit
         tenir compte dans la poursuite des objectifs que cet article énonce ; elle fait ainsi partie des instruments internationaux
         devant guider les institutions dans l’application et l’interprétation du statut et du RAA, mais ne saurait avoir pour effet,
         par elle-même, d’imposer l’obligation, pour la Communauté, d’instituer, au bénéfice d’agents recrutés localement, un autre
         régime de sécurité sociale que celui existant, le cas échéant, dans les pays où ces agents sont recrutés. 
      
      53      En second lieu, et en ce qui concerne la situation particulière de la requérante, actuellement fonctionnaire, le Tribunal
         observe que le système communautaire de sécurité sociale, tel qu’il résulte du statut (et en particulier de l’article 77 relatif
         à la pension d’ancienneté), lui confère à l’âge de 63 ans le droit à une pension d’ancienneté sans condition de durée de service
         et ce avec la garantie supplémentaire que cette pension ne sera pas inférieure à un pourcentage du minimum vital par année
         de service, situation qui reflète l’exercice effectif du droit à la sécurité sociale et satisfait aux exigences de la charte
         sociale européenne. En outre, s’il est vrai que la requérante n’a pas été affiliée à des systèmes de pension lors de ses périodes
         de service en Somalie et en Albanie, les parties s’accordent à dire qu’il n’existait pas de régime national de sécurité sociale
         dans ces pays durant les périodes en question et que la requérante a reçu, en contrepartie de l’absence de cotisation à un
         régime de pension, des indemnités de départ.
      
      54      En troisième lieu, il résulte des faits de l’espèce que l’administration a accepté, par décision du 10 mai 2007, d’appliquer
         par analogie à la requérante les dispositions de l’article 11, paragraphe 2, de l’annexe VIII du statut, afin de lui permettre
         de bénéficier du principe du transfert des droits à pension, ce alors même que celle-ci n’avait pas acquis de droits à pension
         au sens de cette disposition ; en effet, ainsi que la Commission l’a déclaré lors de l’audience, une telle décision a été
         prise sur le fondement du devoir de sollicitude de l’administration et pour des raisons de caractère social.
      
      55      Dès lors, et s’il est vrai que la bonification proposée à la requérante en application du principe du transfert mentionné
         au point précédent ne correspond qu’à une fraction minime de la période de service effectivement accomplie en Somalie et en
         Albanie (voir point 16 du présent arrêt), il ne saurait être reproché à la Commission d’avoir méconnu les principes découlant
         de la charte sociale européenne, notamment de son article 12, ni des dispositions, de contenu identique, énoncées dans l’article
         121 du RAA ou dans l’article 80 de l’ancien RAA. 
      
       Observations finales – conclusions 
      56      Les considérations exposées aux points 37 à 55 du présent arrêt sont en outre conformes à la jurisprudence suivant laquelle
         les dispositions du droit communautaire qui ouvrent droit à des prestations financières, en l’espèce celles de l’article 4
         et de l’article 11, paragraphe 2, de l’annexe VIII du statut, relatifs aux droits à pension, doivent être interprétées strictement
         (arrêts du Tribunal de première instance du 30 novembre 1994, Dornonville de la Cour/Commission, T‑498/93, RecFP p. I‑A‑257
         et II‑813, points 38 et 39 ; du 17 avril 2002, Sada/Commission, T‑325/00, RecFP p. I‑A‑47 et II‑209, point 37, et du 18 septembre
         2003, Lebedef e.a./Commission, T‑221/02, RecFP p. I‑A‑211 et II‑1037, point 38 ; arrêts du Tribunal du 9 octobre 2007, Bellantone/Cour
         des comptes, F‑85/06, RecFP p. I‑A‑1‑0000 et II‑A‑1‑0000, point 65, et du 25 novembre 2008, Bosman/Conseil, F‑145/07, RecFP
         p. I‑A‑1‑0000 et II‑A‑1‑0000, point 32). 
      
      57      Ainsi, la circonstance que l’administration a accepté, conformément – selon ses dires – au devoir de sollicitude et pour des
         raisons de caractère social (voir point 54 du présent arrêt), d’appliquer à la requérante l’article 11, paragraphe 2, de l’annexe
         VIII du statut, en prenant en compte les indemnités de départ perçues par elle à l’issue de ses périodes de service dans les
         délégations de la Commission en Somalie et en Albanie, alors même que les dispositions de cet article se réfèrent expressément
         aux « droits à pension […] acquis », ne saurait être interprétée en ce sens qu’elle comporte obligation, à charge de la Commission,
         soit de calculer la bonification des annuités de manière différente par rapport au mode de calcul prévu par les dispositions
         de l’article 11, paragraphe 2, de l’annexe VIII du statut (mode de calcul qui a abouti au résultat indiqué au point 16 du
         présent arrêt), soit, à plus forte raison, d’appliquer à la requérante la règle de « pleine reconnaissance » prévue à l’article
         4 de cette annexe, à savoir le même régime que celui réservé aux périodes accomplies en qualité d’agent temporaire et étendu,
         sous certaines conditions, à celles accomplies en qualité d’agent auxiliaire. 
      
      58      Il résulte de l’ensemble des considérations qui précèdent que la Commission n’a pas méconnu en l’espèce les principes énoncés
         dans la charte sociale européenne et les articles 121 du RAA et 80 de l’ancien RAA, ayant tous deux un contenu identique,
         et qu’elle n’a pas commis d’erreur de droit ou d’erreur manifeste d’appréciation, l’article 4 de l’annexe VIII du statut n’étant
         d’ailleurs pas entaché de l’illégalité que la requérante lui attribue. 
      
      59      Par conséquent, le recours doit être rejeté dans son ensemble, y compris en ce qui concerne le grief tiré de la prétendue
         faute de service de la partie défenderesse, lequel est d’ailleurs en toute hypothèse irrecevable, car invoqué pour la première
         fois dans les observations écrites de la requérante sur le mémoire en intervention.
      
       Sur les dépens
      60      Aux termes de l’article 87, paragraphe 1, du règlement de procédure, sous réserve des autres dispositions du chapitre huitième
         du titre deuxième dudit règlement, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. En vertu
         du paragraphe 2 du même article, le Tribunal peut décider, lorsque l’équité l’exige, qu’une partie qui succombe n’est condamnée
         que partiellement aux dépens, voire qu’elle ne doit pas être condamnée à ce titre.
      
      61      Il résulte des motifs énoncés ci-dessus que la requérante est la partie qui succombe. En outre, la partie défenderesse a,
         dans ses conclusions, expressément conclu à ce que la requérante soit condamnée aux dépens. Les circonstances de l’espèce
         ne justifiant pas l’application des dispositions de l’article 87, paragraphe 2, du règlement de procédure, il y a donc lieu
         de condamner la requérante à supporter ses propres dépens, ainsi que ceux de la partie défenderesse.
      
      62      En application de l’article 89, paragraphe 4, du règlement de procédure, la partie intervenante supporte ses propres dépens.
      
      Par ces motifs,
      LE TRIBUNAL (première chambre)
      déclare et arrête :
      1)      Le recours est rejeté.
      2)      Mme Palazzo supporte, outre ses propres dépens, l’ensemble des dépens de la Commission des Communautés européennes.
      3)      Le Conseil de l’Union européenne, partie intervenante, supporte ses propres dépens.
      
               Gervasoni 
            
            
                Kreppel 
            
            
                Tagaras
            
         Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 17 novembre 2009.
      
               Le greffier 
            
             
            
                      Le président
            
         
               W. Hakenberg 
            
             
            
                      S. Gervasoni
            
         * Langue de procédure : le français.