CELEX: 62002TJ0034
Language: fr
Date: 2006-02-22
Title: Arrêt du Tribunal de première instance (première chambre élargie) du 22 février 2006. # EURL Le Levant 001 et autres contre Commission des Communautés européennes. # Aides d'État - Notion de partie intéressée - Mise en demeure de présenter des observations - Décision d'ouverture de la procédure prévue à l'article 88, paragraphe 2, CE - Mesure de déduction fiscale pour certains investissements outre-mer - Aide au développement liée à la construction navale - Appréciation au regard de l'article 87, paragraphe 1, CE - Obligation de motivation. # Affaire T-34/02.

Affaire T-34/02
      EURL Le Levant 001 e.a.
      contre
      Commission des Communautés européennes
      «Aides d'État — Notion de partie intéressée — Mise en demeure de présenter des observations — Décision d'ouverture de la procédure prévue à l'article 88, paragraphe 2, CE — Mesure de déduction fiscale pour certains investissements outre-mer — Aide au développement liée à la construction navale — Appréciation au regard de l'article 87, paragraphe 1, CE — Obligation de motivation»
      Arrêt du Tribunal  (première chambre élargie) du 22 février 2006 
      Sommaire de l'arrêt
      1.     Procédure — Recours d'une personne morale de droit privé — Requête introductive d'instance
      (Règlement de procédure du Tribunal, art. 44, § 5)
      2.     Procédure — Recours d'une personne physique — Requête introductive d'instance
      (Règlement de procédure du Tribunal, art. 44, § 3)
      3.     Aides accordées par les États — Procédure administrative — Obligation de la Commission de mettre en demeure les intéressés
            de présenter leurs observations
      (Art. 88, § 2, CE; règlement du Conseil nº 659/1999, art. 1er, h), 6, § 1, et 14, § 1)
      4.     Aides accordées par les États — Procédure administrative — Obligation de la Commission de mettre en demeure les intéressés
            de présenter leurs observations
      (Art. 86, § 1, CE et 87, § 1, CE; règlement du Conseil nº 659/1999, art. 6, § 1)
      5.     Aides accordées par les États — Interdiction — Dérogations — Aides à la construction navale — Directive 90/684
      (Art. 87, § 1 et 3, e), CE et 253 CE; directive du Conseil 90/684, art. 4, § 7)
      6.     Aides accordées par les États — Procédure administrative — Décision de la Commission — Contrôle juridictionnel — Limites
      (Art. 88, § 2, CE et 230 CE)
      1.     L'absence de date sur le mandat donné à l'avocat par la requérante ne permet pas de conclure, en vertu de l'article 44, paragraphe
         5, du règlement de procédure du Tribunal, à l'irrecevabilité du recours, dès lors que, produit en annexe de ce dernier, ce
         mandat a nécessairement été conféré avant son introduction.
      
      (cf. points 54-55)
      2.     Il ressort de l'article 44, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal que l'avocat n'a pas à justifier d'une procuration
         en bonne et due forme pour l'introduction d'un recours, sauf à produire ce pouvoir en cas de contestation. Le règlement de
         procédure du Tribunal permet donc à des personnes physiques d'être représentées par un avocat sans que celui-ci ait à produire
         de mandat, alors que tel est le cas pour une personne morale. Il suffit, en principe, que l'avocat de personnes physiques
         présente un document de légitimation attestant son inscription au barreau d'un État membre.
      
      (cf. points 62-64)
      3.     Il ressort de l'article 88, paragraphe 2, premier alinéa, CE que, avant de constater l'incompatibilité d'une aide d'État avec
         le marché commun, la Commission doit avoir mis les intéressés en demeure de présenter leurs observations. La portée de cette
         obligation est précisée par l'article 1er, sous h), du règlement nº 659/1999, portant modalités d'application de l'article
         [88 CE], qui définit les «parties intéressées» comme étant «tout État membre et toute personne, entreprise ou association
         d'entreprises dont les intérêts pourraient être affectés par l'octroi d'une aide, en particulier le bénéficiaire de celle-ci,
         les entreprises concurrentes et les associations professionnelles». Dans l'hypothèse où la procédure formelle d'examen porte
         sur une aide illégale mise à exécution, la question de l'identification du bénéficiaire de l'aide prend toute son importance,
         étant donné que l'article 14, paragraphe 1, du règlement nº 659/1999 dispose que, en cas de «décision négative» constatant
         qu'une telle aide est incompatible avec le marché commun, «la Commission décide que l'État membre concerné prend toutes les
         mesures nécessaires pour récupérer l'aide auprès de son bénéficiaire».
      
      C'est pourquoi, dans le cadre de l'examen d'une aide mise à exécution sous la forme d'allègements fiscaux, les investisseurs
         qui en ont bénéficié devaient être mis en demeure de présenter leurs observations dans le cadre de la procédure administrative,
         dès lors que, dans la décision finale de la Commission constatant que ladite aide est incompatible avec le marché commun,
         ils sont désignés en tant que bénéficiaires directs de l'aide et qu'il s'agit de «parties intéressées» au sens de la définition
         précitée. L'identification du bénéficiaire de l'aide constitue nécessairement un «élément pertinent de fait et de droit» au
         sens de la première phrase de l'article 6, paragraphe 1, du règlement nº 659/1999 devant, en vertu de cette disposition, être
         exposé dans la décision d'ouverture si cela est possible à ce stade de la procédure, puisque c'est sur la base d'une telle
         identification que la Commission pourra adopter la décision de récupération. En effet, à défaut d'indication sur sa qualité
         de bénéficiaire de l'aide en cause, que ce soit dans la décision d'ouverture ou à un stade ultérieur de la procédure formelle
         d'examen préalable à l'adoption de la décision finale constatant l'incompatibilité de ladite aide avec le marché commun, ce
         type de partie intéressée ne peut pas être considéré comme ayant été mis en demeure de présenter ses observations de manière
         pertinente, puisqu'il peut légitimement penser que de telles observations ne sont pas nécessaires, étant donné qu'il n'est
         pas désigné comme bénéficiaire de l'aide à récupérer.
      
      (cf. points 77-83)
      4.     Dans la procédure d'examen des aides d'État, à défaut de prendre position sur la demande, présentée par un intéressé, de proroger,
         en application de l'article 6, paragraphe 1, dernière phrase, du règlement nº 659/1999, le délai d'un mois accordé aux parties
         intéressées pour présenter leurs observations sur la décision d'ouverture et, dès lors, faute d'avoir permis à cet intéressé
         de présenter ses observations sur ladite décision, sans même exposer les raisons pour lesquelles sa demande n'était pas «dûment
         justifiée», la Commission a violé ledit article 6, paragraphe 1, dernière phrase.
      
      En matière d'aides d'État, la Commission ne peut se retrancher derrière une lecture formaliste de ses obligations, dans la
         mesure où il importe qu'un particulier à l'encontre duquel la Commission s'apprête à prendre une décision faisant grief en
         le désignant comme bénéficiaire d'une aide incompatible auprès duquel cette aide doit être récupérée dispose de la possibilité
         de faire valoir ses observations préalablement à l'adoption d'une telle décision, conformément au principe général de droit
         qui exige que toute personne à l'encontre de laquelle une décision faisant grief peut être prise doit être mise en mesure
         de faire connaître utilement son point de vue au sujet des éléments retenus à sa charge par la Commission pour fonder ladite
         décision.
      
      (cf. points 92-97)
      5.     L'examen d'une aide liée à la construction navale ne saurait se limiter à la seule appréciation de celle-ci au regard de l'article
         4, paragraphe 7, de la septième directive 90/684, concernant les aides à la construction navale, mais requiert de rechercher
         d'abord en quoi les conditions fixées à l'article 87, paragraphe 1, CE pour établir l'incompatibilité d'une aide avec le marché
         commun sont satisfaites, l'existence des conditions prévues par cette disposition étant indispensable pour qu'une aide d'État
         soit incompatible avec le marché commun. En effet, si une aide est compatible avec le marché commun, parce que les conditions
         énoncées par l'article 87, paragraphe 1, CE ne sont pas réunies, la septième directive - adoptée sur la base de l'article
         87, paragraphe 3, sous e), CE - ne s'applique pas, puisque cette directive suppose nécessairement que l'aide en cause soit
         incompatible avec le marché commun en vertu de l'article 87, paragraphe 1, CE.
      
      Dès lors, en l'absence d'explications permettant de comprendre en quoi l'aide en cause réunit toutes les conditions prévues
         à l'article 87, paragraphe 1, CE, la décision de la Commission doit être annulée en ce que la Commission a violé l'obligation
         de motivation que lui impose l'article 253 CE.
      
      (cf. points 112-123, 132)
      6.     Si, dans le cadre d'un recours dirigé contre une décision de la Commission en matière d'aides d'État, sont produits devant
         lui des documents que les requérants n'ont pas été mis en mesure de produire durant la procédure formelle d'examen et qui
         contiennent des éléments de fait susceptibles de contredire les éléments de fait dont disposait la Commission dans le cadre
         de la procédure administrative et sur la base desquels elle a adopté la décision litigieuse, le juge communautaire ne peut
         se substituer à la Commission pour apprécier l'incidence économique ou juridique que lesdits faits pourraient avoir sur son
         analyse. En effet, si le juge communautaire se livrait à un tel exercice, il mènerait sa propre analyse et tirerait ses propres
         conclusions des faits nouveaux allégués plutôt que d'apprécier la légalité de la décision litigieuse. Or, telle n'est pas
         la fonction du juge communautaire. S'il ne peut substituer sa propre appréciation en fait, notamment sur le plan économique,
         à celle de l'auteur de la décision, le juge communautaire ne peut émettre à plus forte raison une appréciation de novo en
         se basant sur des faits qui ne faisaient pas partie de la procédure administrative devant la Commission.
      
      (cf. points 138-139)
ARRÊT DU TRIBUNAL (première chambre élargie)
      22 février 2006 (*)
      
      « Aides d’État – Notion de partie intéressée – Mise en demeure de présenter des observations – Décision d’ouverture de la procédure prévue à l’article 88, paragraphe 2, CE – Mesure de déduction fiscale pour certains investissements outre-mer – Aide au développement liée à la construction navale – Appréciation au regard de l’article 87, paragraphe 1, CE – Obligation de motivation »
      Dans l’affaire T-34/02, 
      EURL Le Levant 001, établie à Paris (France), et les autres requérants dont les noms figurent en annexe au présent arrêt, représentés par Mes P. Kirch et N. Chahid-Nouraï, avocats, ayant élu domicile à Luxembourg,
      
      parties requérantes,
      contre
      Commission des Communautés européennes, représentée par M. G. Rozet, en qualité d’agent, ayant élu domicile à Luxembourg,
      
      partie défenderesse,
      ayant pour objet une demande d’annulation de la décision 2001/882/CE de la Commission, du 25 juillet 2001, concernant l’aide
         d’État mise à exécution par la France sous forme d’aide au développement pour le paquebot Le Levant construit par Alstom Leroux Naval et destiné à être exploité à Saint-Pierre-et-Miquelon (JO L 327, p. 37),
      
      LE TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE DES COMMUNAUTÉS EUROPÉENNES (première chambre élargie),
      composé de MM. B. Vesterdorf, président, J. D. Cooke, R. García‑Valdecasas, Mmes I. Labucka et V. Trstenjak, juges,
      
      greffier : M. J. Plingers, administrateur,
      vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 27 septembre 2005,
      rend le présent
      Arrêt
       Cadre juridique
       Loi Pons et décision de la Commission de ne pas soulever d’objections au titre des articles 87 CE et 88 CE
      1       L’aide ici en cause s’inscrit dans le cadre des mesures de réduction d’impôt pour certains investissements en outre-mer instituées,
         à l’origine, par la loi française du 11 juillet 1986 (loi n° 86‑824 portant loi de finances rectificative pour 1986, JORF
         du 12 juillet 1986, p. 8688), dite « loi Pons ».
      
      2       Le 13 août 1992, les autorités françaises ont notifié ces mesures à la Commission, afin qu’elle puisse se prononcer sur leur
         compatibilité avec les règles applicables aux aides d’État.
      
      3       Par lettre du 27 janvier 1993, la Commission a informé le gouvernement français de sa décision de ne pas soulever d’objections
         au titre de l’article 92 du traité CE (devenu, après modification, article 87 CE) et de l’article 93 du traité CE (devenu
         article 88 CE) à l’encontre des mesures fiscales prévues par la loi Pons.
      
       Directive 90/684/CEE du Conseil sur les aides à la construction navale
      4       La directive 90/684/CEE du Conseil, du 21 décembre 1990, concernant les aides à la construction navale (JO L 380, p. 27, ci-après
         la « septième directive »), prévoit des règles spécifiques applicables aux aides à ce secteur, qui constituent une exception
         à l’interdiction générale énoncée à l’article 92, paragraphe 1, du traité CE (devenu, après modification, article 87, paragraphe
         1, CE). L’application des dispositions pertinentes de la septième directive a été prolongée par les règlements (CE) nº 3094/95
         du Conseil, du 22 décembre 1995 (JO L 332, p. 1), et nº 1904/96 du Conseil, du 27 septembre 1996 (JO L 251, p. 5), relatifs
         tous deux aux aides à la construction navale.
      
      5       Au chapitre II, intitulé « Aides au fonctionnement », l’article 4, paragraphe 1, de la septième directive prévoit que « [l]es
         aides à la production en faveur de la construction et de la transformation navales peuvent être considérées comme compatibles
         avec le marché commun, à condition que le montant total de l’aide octroyée pour un contrat ne dépasse pas en équivalent-subvention
         un plafond maximal commun exprimé en pourcentage de la valeur contractuelle avant aide ci-après dénommé ‘plafond’ ».
      
      6       Aux termes de l’article 4, paragraphe 7, de la septième directive:
      « Les aides liées à la construction et à la transformation navales, octroyées comme aides au développement à un pays en voie
         de développement, ne sont pas soumises au plafond. Elles peuvent être considérées comme compatibles avec le marché commun
         si elles sont conformes aux dispositions arrêtées à cette fin par le groupe de travail n° 6 de l’Organisation de coopération
         et de développement économiques (OCDE) dans son accord concernant l’interprétation des articles 6, 7 et 8 de l’arrangement
         [concernant les crédits à l’exportation de navires du 3 août 1981], ou à tout addendum ou corrigendum ultérieur audit accord.
      
      Tout projet d’aide individuel de ce type doit être préalablement notifié à la Commission. Elle vérifie la composante particulière
         ‘développement’ de l’aide envisagée et s’assure que cette aide entre dans le champ d’application de l’accord visé au premier
         alinéa. »
      
       Dispositions relatives à la procédure administrative
      7       Le règlement (CE) n° 659/1999 du Conseil, du 22 mars 1999, portant modalités d’application de l’article [88] du traité CE
         (JO L 83, p. 1), est entré en vigueur le 16 avril 1999. 
      
      8       L’article 1er, sous h), de ce règlement définit les « parties intéressées » comme étant « tout État membre et toute personne, entreprise
         ou association d’entreprises dont les intérêts pourraient être affectés par l’octroi d’une aide, en particulier le bénéficiaire
         de celle-ci, les entreprises concurrentes et les associations professionnelles ».
      
      9       L’article 4, paragraphe 4, du règlement n° 659/1999 dispose que la Commission est obligée d’ouvrir une procédure formelle
         d’examen à l’égard des mesures qui lui sont notifiées et dont la compatibilité avec le marché commun suscite des doutes après
         un examen préliminaire. Selon l’article 26, paragraphe 2, de ce même règlement, « [l]a Commission publie au Journal officiel
         [...] les décisions qu’elle prend en application de l’article 4, paragraphe 4, dans la version linguistique faisant foi ».
      
      10     Aux termes de l’article 6, paragraphe 1, du règlement n° 659/1999, relatif à la procédure formelle d’examen :
      « La décision d’ouvrir la procédure formelle d’examen récapitule les éléments pertinents de fait et de droit, inclut une évaluation
         préliminaire, par la Commission, de la mesure proposée visant à déterminer si elle présente le caractère d’une aide, et expose
         les raisons qui incitent à douter de sa compatibilité avec le marché commun. La décision invite l’État membre concerné et
         les autres parties intéressées à présenter leurs observations dans un délai déterminé, qui ne dépasse normalement pas un mois.
         Dans certains cas dûment justifiés, la Commission peut proroger ce délai. »
      
      11     L’article 14, paragraphe 1, du règlement n° 659/1999, qui a trait à la récupération de l’aide, précise : 
      « En cas de décision négative concernant une aide illégale, la Commission décide que l’État membre concerné prend toutes les
         mesures nécessaires pour récupérer l’aide auprès de son bénéficiaire [...] La Commission n’exige pas la récupération de l’aide
         si, ce faisant, elle allait à l’encontre d’un principe général de droit communautaire. »
      
       Faits à l’origine du litige et procédures
       Description de l’opération Le Levant
      12     Ainsi qu’il ressort de la description communiquée par les autorités françaises à la Commission dans le cadre de la procédure
         administrative, l’opération en cause (ci-après l’« opération Le Levant ») consistait à faire assurer dans le cadre de la loi Pons le financement et l’exploitation du navire de croisière Le Levant, pendant une période de sept ans environ, par des investisseurs, personnes physiques, à travers des entreprises unipersonnelles
         à responsabilité limitée (EURL), constituées exclusivement à cet effet et réunies au sein d’une copropriété maritime. 
      
      13     L’intérêt des investisseurs à entrer dans cette opération résidait dans la possibilité qui leur était accordée de déduire
         de leurs revenus imposables, en application du mécanisme institué par la loi Pons, le prix de revient de l’investissement
         réalisé et les charges liées à son acquisition (intérêts financiers) et à sa détention (amortissements) ainsi que les déficits
         éventuels résultant de son exploitation. 
      
      14     Le schéma juridique et financier de l’opération Le Levant est résumé de la manière suivante par les autorités françaises. Le 9 décembre 1996, une importante banque française (ci-après
         la « Banque ») a constitué la copropriété du navire Le Levant, divisée en 740 parts de copropriété, ou « quirats ». La gestion de cette copropriété était confiée à la Compagnie des îles
         du Levant (ci-après la « CIL »), dans le cadre d’un mandat ayant pour objet, notamment, la signature d’un contrat de construction
         avec le chantier Alstom Leroux Naval et la gestion de l’exploitation du navire. Dans le courant de 1997, des personnes physiques
         ont créé, chacune, une EURL à qui les quirats ont été vendus par la Banque au moyen d’un appel public à l’épargne. Pendant
         sept ans, la CIL devait assumer l’exploitation, l’entretien et la gestion technique et commerciale du navire pour le compte
         de la copropriété maritime. Par ailleurs, la CIL s’est engagée auprès des investisseurs à assurer un résultat brut d’exploitation
         minimal et à combler les pertes éventuellement réalisées qui s’avéreraient supérieures aux estimations. En rémunération de
         son mandat, la CIL devait percevoir annuellement, notamment, un pourcentage des recettes brutes de la copropriété, au titre
         de la gestion du navire, un pourcentage des résultats bruts d’exploitation positifs, au titre de la garantie d’exploitation,
         et une somme forfaitaire, au titre de la gestion de la copropriété.
      
      15     La Banque s’est engagée, auprès des investisseurs, à acquérir les parts des EURL avant le 15 décembre 2003. Par ailleurs,
         chaque EURL s’est engagée à céder à la Banque ses quirats avant le 29 février 2004. Parallèlement, la CIL s’est engagée à
         racheter l’ensemble des quirats à la Banque, avant le 31 janvier 2004, et cette dernière s’est engagée à les lui céder avant
         le 29 février 2004.
      
       Procédure administrative
      16     À la fin de l’année 1998, la Commission a appris, par voie de presse, que le paquebot Le Levant, construit en France par Alstom Leroux Naval au prix contractuel de 228,55 millions de francs français (FRF), avait été financé
         au moyen d’allégements fiscaux consentis pour des investissements dans les territoires français d’outre-mer.
      
      17     À la suite d’une enquête préliminaire, au cours de laquelle la Commission a recueilli les observations des autorités françaises,
         présentées, notamment, par lettre du 12 mai 1999, la Commission a informé ces autorités, par lettre du 2 décembre 1999, de
         sa décision d’ouvrir la procédure prévue à l’article 88, paragraphe 2, CE en ce qui concerne l’aide d’État non notifiée C
         74/99 (ex NN 65/99) relative à une aide au développement octroyée par la France en faveur de Saint-Pierre-et-Miquelon (construction
         navale). Cette décision a été publiée au Journal officiel des Communautés européennes du 5 février 2000 (JO C 33, p. 6, ci-après la « décision d’ouverture »). La Commission y indiquait éprouver des doutes, au
         regard de l’article 4, paragraphe 7, de la septième directive, quant à l’importance de la composante « développement » du
         projet en cause. La décision d’ouverture invitait, en outre, les parties intéressées à présenter leurs observations dans un
         délai d’un mois à compter de la date de sa publication. 
      
      18     Les autorités françaises ont communiqué leurs observations par lettres des 12 janvier et 14 juin 2000 et des 27 avril et 11
         juin 2001. La CIL a également présenté ses observations dans le cadre de la procédure administrative par lettres du 18 novembre
         1999 et du 3 mars 2000.
      
      19     Par lettre du 13 juillet 2001, l’EURL Le Levant 114, une des EURL impliquées dans l’opération Le Levant, a sollicité de la part de la Commission des précisions sur sa position concernant l’identification des bénéficiaires de
         l’aide sous examen. Elle demandait, notamment, à la Commission de confirmer qu’elle n’était pas une partie intéressée par
         la procédure administrative en cours. 
      
      20     À défaut de réponse écrite de la Commission, l’EURL Le Levant 114 a réitéré sa demande par lettre du 19 juillet 2001. Dans
         cette lettre, elle indiquait également qu’elle avait été informée de ce que la Commission s’apprêtait à examiner le dossier
         le 25 juillet 2001 et sollicitait de la Commission qu’il lui soit accordé un délai raisonnable afin de présenter ses observations
         sur la procédure. Elle avançait plusieurs raisons à l’appui de cette demande, qui se référait à la dernière phrase de l’article
         6, paragraphe 1, du règlement n° 659/1999, et faisait notamment valoir qu’elle avait pu légitimement considérer qu’elle n’était
         pas concernée par ladite procédure au vu des indications fournies par la décision d’ouverture.
      
      21     Par lettre du 24 juillet 2001, la Commission a répondu aux deux lettres de l’EURL Le Levant 114 en se limitant à indiquer
         que le délai prévu pour le dépôt d’observations par les parties intéressées était largement dépassé. 
      
       Décision attaquée
      22     Le 25 juillet 2001, la Commission a adopté la décision 2001/882/CE concernant l’aide d’État mise à exécution par la France
         sous forme d’aide au développement pour le paquebot Le Levant construit par Alstom Leroux Naval et destiné à être exploité à Saint-Pierre-et-Miquelon (ci-après la « décision attaquée »).
         Cette décision a été publiée au Journal officiel le 12 décembre 2001 (JO L 327, p. 37).
      
      23     Selon la décision attaquée, l’aide a été accordée en 1996 à l’occasion de l’acquisition du paquebot Le Levant par un groupe d’investisseurs privés ayant constitué une copropriété maritime à l’initiative de la Banque. Le navire a ensuite
         été loué à la CIL, filiale d’une compagnie française, immatriculée à Wallis-et-Futuna, un territoire français d’outre-mer.
         Les investisseurs ont été autorisés à déduire de leurs revenus imposables les fonds ainsi apportés en application de la loi
         Pons, laquelle a institué un régime fiscal autorisé par la Commission en 1992. Ces allégements fiscaux ont permis à la CIL
         d’exploiter le navire à des conditions favorables (considérants 5 et 6). L’aide dérivée des allégements fiscaux s’est élevée
         à 78 millions de FRF (11,9 millions d’euros) (considérant 7). Les investisseurs avaient le droit et l’obligation de revendre
         leurs parts après cinq ans, c’est-à-dire au début de 2004. La CIL avait également le droit et l’obligation d’acheter ces parts
         à un prix qui permettrait de répercuter la valeur de l’aide. L’aide avait été subordonnée à l’obligation pour la CIL d’exploiter
         le navire pendant une période minimale de cinq ans, essentiellement au départ et à destination de Saint-Pierre-et-Miquelon,
         pendant 160 jours par an (considérant 5).
      
      24     La décision attaquée examine l’aide en cause à la lumière des dispositions de l’article 4, paragraphe 7, de la septième directive,
         « étant donné qu’il s’agit d’une aide liée à la construction navale qui a été accordée comme aide au développement en 1996
         dans le cadre d’un régime d’aide (la loi Pons) autorisé en 1992 » (considérant 16). 
      
      25     Selon cette décision, il ressort de cet examen que l’opération Le Levant satisfaisait aux critères de l’aide au développement définis par l’OCDE, qui avaient été exposés par la Commission dans la
         lettre du 3 janvier 1989 adressée aux États membres (considérants 18, 19 et 21). 
      
      26     Cependant, en application du principe consacré par l’arrêt de la Cour du 5 octobre 1994, Allemagne/Commission (C‑400/92, Rec.
         p. I‑4701), selon lequel la Commission est tenue de vérifier séparément le respect de la composante « développement » et le
         respect des critères de l’OCDE, la décision attaquée considère que l’opération Le Levant ne comportait pas une véritable composante « développement » au sens de la jurisprudence précitée, compte tenu de l’insuffisance
         des retombées économiques et sociales constatées pour Saint-Pierre-et-Miquelon (considérants 20, 22 à 33). 
      
      27     En conséquence, l’article 1er de la décision attaquée énonce que « [l]’aide d’État mise à exécution par la France sous la forme d’allégements fiscaux et
         en tant qu’aide au développement pour le paquebot Le Levant […] ne peut pas être considérée comme une véritable aide au développement au sens de l’article 4, paragraphe 7, de la [septième
         directive] et est donc incompatible avec le marché commun ».
      
      28     Au stade de la détermination du bénéficiaire auprès duquel l’aide incompatible doit être récupérée, la décision attaquée envisage
         tour à tour la situation des investisseurs, de l’exploitant du navire (la CIL) et du chantier naval.
      
      29     Selon la décision attaquée, les bénéficiaires immédiats de l’aide sont les investisseurs, qui ont bénéficié des allégements
         fiscaux (considérant 35). La décision reprend en cela des arguments présentés par les autorités françaises, desquels il ressort
         que les investisseurs ont obtenu des avantages grâce aux allégements fiscaux et qu’ils étaient propriétaires du navire dans
         le cadre de la copropriété (considérant 36). Ainsi, « il ne fait pas de doute que ce sont les investisseurs, en tant que bénéficiaires
         directs et actuels propriétaires du navire, qui devraient rembourser l’aide » (considérant 39). 
      
      30     S’agissant de l’exploitant du navire (la CIL), la décision attaquée note que les investisseurs doivent continuer à bénéficier
         des allégements fiscaux jusqu’au moment de la vente du navire à la CIL, c’est-à-dire jusqu’au début de l’année 2004, et que,
         selon les informations disponibles, le prix de cette vente répercutera l’aide à l’exploitant CIL. Dès lors, la CIL serait
         le principal bénéficiaire de l’aide, une fois que le navire lui aurait été vendu à un prix avantageux (considérant 36). La
         décision attaquée relève également que « [s]i le navire avait été vendu à [la] CIL à un prix inférieur à celui du marché et
         si, de ce fait, l’aide avait été répercutée sur cette entreprise, c’est la [CIL] qui devrait la rembourser » et que « [c]ompte
         tenu du fait que le transfert [ne doit pas avoir] lieu avant la mi-2003, l’exploitant CIL ne peut être considérée comme responsable
         du remboursement de l’aide à ce stade » (considérant 40). 
      
      31     Pour ce qui est du chantier naval, la décision attaquée observe que celui-ci a bénéficié indirectement de l’aide, dans la
         mesure où elle lui a permis d’obtenir une commande qui ne lui aurait peut être pas été attribuée autrement (considérant 37).
         Pour autant, la décision considère que l’aide ne doit pas être récupérée auprès du chantier naval étant donné qu’il ne peut
         pas être tenu pour responsable de l’utilisation du navire après sa livraison et que les règles appliquées dans la présente
         affaire ne s’adressent pas au chantier naval (considérant 41).
      
      32     Dès lors, l’article 2 de la décision attaquée demande à la République française de prendre toutes les mesures pour « interrompre
         et récupérer auprès des investisseurs, qui sont les bénéficiaires directs de l’aide et les propriétaires actuels du paquebot,
         l’aide mentionnée à l’article 1er et accordée illégalement au bénéficiaire ».
      
       Procédures juridictionnelles
      33     Le 8 octobre 2001, la France a formé devant la Cour un recours en annulation de la décision attaquée, par lequel elle contestait
         l’appréciation de la Commission selon laquelle l’aide litigieuse n’était pas une aide au développement. 
      
      34     Le 20 février 2002, l’EURL Le Levant 001 et les autres requérants, personnes morales et personnes physiques, dont les noms
         figurent en annexe ont saisi le Tribunal du présent recours. 
      
      35     Par acte séparé déposé le 23 avril 2002, B et 255 autres requérants ont présenté une demande en référé visant à ce qu’il soit
         sursis à l’exécution de la décision attaquée jusqu’à ce qu’il soit statué sur le fond du recours en annulation et à ce qu’il
         soit sursis à l’exécution de la décision attaquée jusqu’à ce que le Tribunal ait statué sur la première demande.
      
      36     Par ordonnance du président du Tribunal du 25 juin 2002, B/Commission (T‑34/02 R, Rec. p. II‑2803), la demande en référé a
         été rejetée.
      
      37     Par ordonnance du président de la cinquième chambre élargie du Tribunal du 30 avril 2002, l’affaire T‑34/02 a été suspendue
         jusqu’à la décision de la Cour mettant fin à l’instance dans l’affaire C‑394/01.
      
      38     Par arrêt du 3 octobre 2002, France/Commission (C‑394/01, Rec. p. I‑8245), la Cour a rejeté le recours en relevant que les
         différents arguments présentés par la République française à l’encontre des appréciations de la Commission relatives à l’emploi
         induit et aux retombées économiques n’étaient pas fondés ou n’avaient pas été présentés par cet État membre dans le cadre
         de la procédure administrative. La suspension de la procédure dans la présente affaire a été levée en conséquence de l’intervention
         de cet arrêt.
      
      39     Dans le cadre des mesures d’organisation de la procédure, le Tribunal a invité, le 22 octobre 2004, les parties à se prononcer
         sur deux questions, auxquelles les requérants ont répondu par lettre du 19 novembre 2004 et la Commission par lettre du 18
         novembre 2004.
      
      40     Dans sa première question, le Tribunal a demandé aux parties d’indiquer si la vente du paquebot à la CIL était intervenue,
         à quel prix et si le prix avait permis de répercuter la valeur de l’aide.
      
      41     En réponse, les requérants ont indiqué que la vente du paquebot Le Levant à la CIL était intervenue le 2 janvier 2004. À cette date, la CIL aurait racheté les 738 quirats du navire qui n’étaient
         pas en sa possession pour la somme de 17 731 821 euros. Selon les requérants, cette somme a été déterminée conformément aux
         promesses d’achat et de ventes conclues à l’origine de l’opération et correspond à environ 50 % de la valeur initiale des
         parts de copropriété – lesquelles avaient été achetées pour un montant total de 35 789 508 euros. À compter du 2 janvier 2004,
         la CIL serait donc devenue le seul propriétaire des 740 quirats qui composaient la copropriété du paquebot Le Levant examinée par la décision attaquée et cette copropriété a été dissoute.
      
      42     Pour sa part, la Commission a indiqué qu’elle ne disposait d’aucune information sur le prix de vente et la question de savoir
         si celui-ci avait permis de répercuter la valeur de l’aide.
      
      43     Dans sa seconde question, le Tribunal a demandé aux parties, s’il s’avérait que les investisseurs n’étaient plus les propriétaires
         actuels du paquebot Le Levant et que le prix de vente du paquebot avait répercuté la valeur de l’aide à la CIL, d’indiquer si l’aide en cause pouvait être
         récupérée auprès des investisseurs.
      
      44     En réponse, les requérants ont précisé qu’ils estiment que l’aide en cause ne pouvait plus être récupérée auprès d’eux, étant
         donné que la CIL était le propriétaire du navire Le Levant depuis le 2 janvier 2004 et que la CIL était le véritable bénéficiaire de l’aide ici en cause, puisque cette société avait
         bénéficié, en tant que propriétaire du navire et entreprise active sur le marché, d’un avantage économique obtenu en dehors
         des conditions normales du marché du fait de l’intervention des autorités françaises. En conséquence, les requérants se demandaient
         si l’article 2 de la décision attaquée, aux termes duquel la France devait prendre toutes les mesures nécessaires pour récupérer
         l’aide auprès des investisseurs, conservait encore un objet. Ils relevaient, ainsi que la décision attaquée le suggère elle-même
         aux considérants 36 et 40, que l’article 2 du dispositif deviendrait sans objet le jour où la valeur de l’aide serait répercutée
         sur la CIL, exploitant du navire. Les requérants indiquaient alors que, s’ils maintenaient leur recours en annulation, le
         Tribunal pourrait en tout état de cause constater que, indépendamment des moyens d’annulation, l’aide en cause ne saurait
         être récupérée auprès des investisseurs privés d’après la décision attaquée elle-même. 
      
      45     La Commission a fait valoir que la seconde question du Tribunal est étrangère à la présente affaire, qui porte sur la légalité
         de la décision attaquée et qui doit donc être appréciée sur la base des seules informations dont elle disposait dans le cadre
         de la procédure administrative. La seconde question du Tribunal relèverait en fait de la problématique de l’exécution de la
         décision litigieuse dans le cadre de laquelle il incombe à l’État membre concerné de s’adresser à la Commission, au titre
         de la coopération administrative, pour lui faire part de toute éventuelle question ou difficulté que pourrait susciter ou
         rencontrer ladite exécution.
      
      46     Le 16 décembre 2004, les parties ont été conviées par le Tribunal à assister à une réunion informelle devant le président
         de la première chambre élargie et le juge rapporteur. Cette réunion s’est tenue au Tribunal le 24 janvier 2005. 
      
      47     Sur rapport du juge rapporteur, le Tribunal (première chambre élargie) a décidé d’ouvrir la procédure orale et, dans le cadre
         des mesures d’organisation de la procédure, les requérants et la Commission ont été invités à produire certains documents.
         
      
      48     Par lettre des requérants du 9 août 2005 et par lettre de la Commission du 28 juillet 2005, les parties ont produit les documents
         demandés par le Tribunal.
      
      49     Les parties ont été entendues en leurs plaidoiries et en leurs réponses aux questions posées par le Tribunal à l’audience
         du 27 septembre 2005.
      
       Conclusions des parties
      50     Les requérants concluent à ce qu’il plaise au Tribunal :
      –       annuler la décision attaquée ;
      –       à titre subsidiaire, constater que l’aide en cause ne peut pas être récupérée auprès des investisseurs privés sur la base
         de l’article 2 de la décision attaquée ;
      
      –       condamner la Commission aux dépens.
      51     La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      –       déclarer non fondé et rejeter le recours ;
      –       condamner les requérants aux dépens, y compris ceux afférents à la procédure de référé.
       En droit
       Sur la recevabilité du recours en ce qui concerne certains requérants
       1. Sur les pouvoirs établis pour le compte de certaines EURL
      –       Arguments des parties
      52     La Commission fait observer que l’avocat des requérants intervient dans la présente affaire au titre des mandats qui lui sont
         confiés, d’une part, par le gérant des différentes EURL requérantes, et, d’autre part, par l’associé unique de chacune de
         ces EURL. Dans ce contexte, elle fait valoir que les mandats donnés à l’avocat par le gérant des différentes EURL sont « signés »
         par l’apposition d’un tampon et qu’ils ne sont pas datés. En outre, la Commission note que les mandats donnés par les associés
         uniques de dix EURL – les EURL Le Levant 3, Le Levant 4, Le Levant 73, Le Levant 96, Le Levant 150, Le Levant 153, Le Levant 182,
         Le Levant 209, Le Levant 272 et Le Levant 273 – ne sont pas datés. Elle souligne également qu’aucun mandat n’a été donné à
         l’avocat par les associés uniques de huit EURL – les EURL Le Levant 15, Le Levant 20, Le Levant 46, Le Levant 144, Le Levant 203,
         Le Levant 250, Le Levant 251 et Le Levant 269. La Commission s’en remet à la sagesse du Tribunal pour se prononcer sur la
         validité desdits mandats.
      
      53     Les requérants font valoir que l’article 44 du règlement de procédure du Tribunal impose seulement que soit rapportée la preuve
         de ce que le mandat ad litem a été donné à l’avocat par un représentant qualifié à cet effet sans imposer des conditions de
         forme particulières. Or, dans le cas présent, la Commission ne contesterait pas que le gérant d’une EURL soit pleinement habilité
         à agir en justice au nom et pour le compte de la société qu’il gère. En outre, les requérants relèvent que, si le Tribunal
         l’estimait nécessaire, ils pourraient toujours être appelés à régulariser leur recours en application de l’article 44, paragraphe
         6, du règlement de procédure.
      
      –       Appréciation du Tribunal
      54     Selon l’article 44, paragraphe 5, du règlement de procédure :
      « Si le requérant est une personne morale de droit privé, il joint à sa requête :
      a) ses statuts ou un extrait récent du registre du commerce, ou un extrait récent du registre des associations ou toute autre
         preuve de son existence juridique ;
      
      b) la preuve que le mandat donné à l’avocat a été régulièrement établi par un représentant qualifié à cet effet. »
      55     Or, premièrement, s’agissant du fait que les mandats donnés à l’avocat par le gérant des différentes EURL ne sont pas datés,
         il y a lieu de relever que ces mandats ont nécessairement été préparés avant l’introduction du recours, puisqu’ils en constituent
         l’une des annexes. L’absence de date sur ces mandats ne permet donc pas de conclure à l’irrecevabilité du recours des EURL.
         La même réponse doit être apportée en ce qui concerne l’argument pris du fait que les mandats donnés à l’avocat par les associés
         uniques de dix EURL – les EURL Le Levant 3, Le Levant 4, Le Levant 73, Le Levant 96, Le Levant 150, Le Levant 153, Le Levant 182,
         Le Levant 209, Le Levant 272 et Le Levant 273 – ne sont pas datés. 
      
      56     Deuxièmement, s’agissant du fait que les mandats donnés à l’avocat par le gérant des différentes EURL ont été signés par l’apposition
         d’un tampon reprenant la signature, le nom et la qualité dudit gérant, il convient de noter que l’utilisation d’un tel tampon
         s’explique par le fait que les différentes EURL ont toutes le même gérant comme signataire, lequel, plutôt que d’avoir à signer
         à la main tous les pouvoirs, a manifesté son consentement par l’utilisation d’un tampon. La signature de ces mandats par l’apposition
         d’un tampon ne permet donc pas de conclure à l’irrecevabilité du recours des EURL, en l’absence d’autres éléments permettant
         de remettre en cause le consentement du gérant.
      
      57     Troisièmement, s’agissant du fait qu’aucun mandat n’a été donné à l’avocat par l’associé unique concerné en ce qui concerne
         huit EURL – les EURL Le Levant 15, Le Levant 20, Le Levant 46, Le Levant 144, Le Levant 203, Le Levant 250, Le Levant 251
         et Le Levant 269 –, il suffit de constater que le mandat donné à l’avocat par le gérant suffit pour permettre à cet avocat
         de représenter les intérêts de ces sociétés, et ce d’autant plus que les observations de la Commission ne remettent pas en
         cause les pouvoirs du gérant, mais se contentent de critiquer certains aspects formels desdits pouvoirs, à savoir l’absence
         de date et l’utilisation d’un tampon pour la signature. 
      
      58     Il ressort de ce qui précède qu’aucun argument invoqué par la Commission ne permet de remettre en cause la recevabilité du
         recours en ce qui concerne les différentes EURL.
      
       2. Sur les pouvoirs établis par certaines personnes physiques en leur nom propre
      –       Arguments des parties
      59     La Commission expose que les pouvoirs établis par quatre des 256 personnes physiques qui ont introduit le recours ne comportent
         pas le lieu et la date de leur signature. Elle s’en remet à la sagesse du Tribunal pour se prononcer sur la validité de tels
         pouvoirs. 
      
      60     Les requérants soutiennent qu’il ne ressort pas du règlement de procédure que le dépôt d’un pouvoir donné à l’avocat constitue
         une condition de recevabilité de la requête. Il suffirait, en effet, à l’avocat mandaté de justifier de sa qualité et il ne
         serait tenu de produire une procuration qu’en cas de contestation sur son existence (arrêt de la Cour du 16 février 1965,
         Barge/Haute autorité, 14/64, Rec. p. 69, et arrêt du Tribunal du 26 septembre 1990, Virgili-Schettini/Parlement, T‑139/89,
         Rec. p. II‑535). 
      
      –       Appréciation du Tribunal
      61     Les investisseurs, personnes privées, agissent dans la présente affaire sous une double qualité. La première est celle d’associé
         unique des EURL requérantes et c’est à ce titre que les investisseurs ont fourni les mandats examinés ci-dessus pour permettre
         à l’avocat désigné de représenter ces EURL devant le Tribunal. Les investisseurs interviennent également en tant que personnes
         physiques et c’est à ce titre qu’ils ont donné mandat à l’avocat de les représenter dans la présente affaire.
      
      62     Selon l’article 44, paragraphe 3, du règlement de procédure :
      « L’avocat assistant ou représentant une partie est tenu de déposer au greffe un document de légitimation certifiant qu’il
         est habilité à exercer devant une juridiction d’un État membre ou d’un autre État partie à l’accord EEE. »
      
      63     Il ressort de cette disposition, que l’avocat n’a pas à justifier d’une procuration en bonne et due forme pour l’introduction
         d’un recours, sauf à produire ce pouvoir en cas de contestation (arrêt Barge/Haute autorité, précité, p. 78). 
      
      64     Le règlement de procédure permet donc à des personnes physiques d’être représentées par un avocat sans que celui-ci ait à
         produire de mandat, alors que tel est le cas pour une personne morale. Il suffit, en principe, que l’avocat présente un document
         de légitimation attestant son inscription au barreau d’un État membre. Cette formalité est suffisante et il y a été procédé
         en l’espèce.
      
      65     En tout état de cause, les observations de la Commission portent sur le fait que les pouvoirs introduits par quatre des 256
         personnes physiques qui ont introduit le recours ne comportent pas le lieu et la date de leur signature. Lesdits pouvoirs
         ont toutefois bien été préparés avant l’introduction du recours, puisqu’ils en constituent l’une des annexes, et la question
         du lieu de leur signature est sans incidence sur la présente affaire. Dès lors, l’absence de date et de lieu sur ces pouvoirs
         ne soulève pas de contestation susceptible de nécessiter une régularisation.
      
      66     Il ressort de ce qui précède qu’aucun argument invoqué par la Commission ne permet de remettre en cause la recevabilité du
         recours en ce qui concerne les personnes physiques requérantes.
      
      67     En conséquence, les fins de non-recevoir opposées par la Commission doivent être écartées.
       Sur le fond
      68     Les requérants invoquent onze moyens à l’appui de leur recours. Le premier moyen est tiré de l’incompétence de la Commission
         et de la violation de l’article 3, paragraphe 1, sous g), CE, des articles 5 CE, 87 CE et 211 CE ainsi que de la violation
         de l’article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne des droits de l’homme et des liberté fondamentales (ci-après
         la « CEDH »). Le deuxième moyen est pris de la violation des garanties procédurales prévues à l’article 88, paragraphe 2,
         CE, à l’article 6 du règlement n° 659/1999 et à l’article 6 de la CEDH. Le troisième moyen est tiré de la violation de l’article
         87, paragraphe 1, CE. Le quatrième moyen est pris de la violation de l’article 4, paragraphe 7, de la septième directive.
         Le cinquième moyen est tiré de la violation du principe de protection de la confiance légitime. Le sixième moyen est pris
         de la violation du principe de sécurité juridique. Le septième moyen est tiré de la violation de l’article 14 du règlement
         n° 659/1999. Le huitième moyen est pris de l’existence d’inexactitudes matérielles et d’erreurs manifestes d’appréciation
         des faits. Le neuvième moyen est tiré de la violation de l’obligation de motivation. Le dixième moyen est pris de la violation
         de l’article 153, paragraphe 2, CE. Le onzième moyen est tiré de la violation du règlement (CE) n° 69/2001 de la Commission,
         du 12 janvier 2001, concernant l’application des articles 87 et 88 du traité CE aux aides de minimis (JO L 10, p. 30).
      
      69     Il convient d’examiner, tout d’abord, le deuxième moyen avant d’examiner les arguments développés dans le cadre des troisième
         et neuvième moyens.
      
       1. Sur le deuxième moyen 
      –       Arguments des parties
      70     Les requérants reprochent à la Commission d’avoir violé le droit d’être entendu, prévu à l’article 88, paragraphe 2, CE et
         à l’article 6 du règlement n° 659/1999, pris pour l’application de cette disposition, ainsi que les principes énoncés à l’article
         6 de la CEDH. Ils soutiennent que la décision attaquée leur fait grief, en les désignant comme bénéficiaires directs d’une
         aide d’État illégale dont ils sont tenus de restituer le montant, et font valoir qu’ils n’ont à aucun moment été utilement
         invités ou autorisés à faire valoir leurs observations à ce propos. 
      
      71     En premier lieu, les requérants soutiennent que la décision d’ouverture ne leur permettait pas de penser qu’ils pouvaient
         être désignés comme bénéficiaires de l’aide, puisqu’elle laissait entendre que ladite aide avait été accordée au chantier
         naval ou à la CIL, l’exploitant du navire. Dès lors, du fait de la modification de son analyse relative aux bénéficiaires
         de l’aide à la suite de la publication de la décision d’ouverture, la Commission aurait dû publier une nouvelle décision d’ouverture,
         accorder un délai aux requérants pour leur permettre de faire valoir leurs observations, ou prendre toutes les mesures utiles
         pour attirer leur attention sur le statut inédit qui allait leur être reconnu dans la décision finale, lequel différait significativement
         du statut envisagé dans la décision d’ouverture. De telles observations auraient été d’autant plus nécessaires que la décision
         attaquée modifierait la pratique antérieure de la Commission relative à la notion d’« entreprise bénéficiaire » en l’appliquant
         à des investisseurs privés intervenant au titre d’un placement financier, que cette décision ne tiendrait pas compte de l’approbation
         antérieure de la loi Pons par la Commission et qu’elle ne prendrait pas non plus en considération le comportement des autorités
         françaises, qui n’ont pas communiqué la décision d’ouverture aux requérants – pris en tant que bénéficiaires de l’aide – comme
         cela lui était demandé dans la décision d’ouverture. 
      
      72     La Commission souligne que, selon la jurisprudence, l’article 88, paragraphe 2, CE n’exige pas une mise en demeure individuelle,
         mais seulement que toutes les personnes potentiellement intéressées soient averties de l’ouverture d’une procédure et se voient
         offrir l’occasion de faire valoir leurs observations à cet égard. Dans ces conditions, la publication d’un avis au Journal
         officiel apparaît comme un moyen adéquat et suffisant pour faire connaître à tous les intéressés l’ouverture d’une procédure
         d’enquête formelle (arrêt de la Cour du 14 novembre 1984, Intermills/Commission, 323/82, Rec. p. 3809, point 17, et arrêt
         du Tribunal du 21 janvier 1999, Neue Maxhütte Stalhwerke et Lech-Stahlwerke/Commission, T‑129/95, T‑2/96 et T‑97/96, Rec.
         p. II‑17, point 232). En l’espèce, la décision d’ouverture, publiée au Journal officiel le 5 février 2000, satisferait à ces
         exigences, dans la mesure où cette publication a fourni aux intéressés des informations générales sur les éléments essentiels
         du projet d’aide et a exposé les points du dossier sur lesquels la Commission avait des doutes. 
      
      73     En outre, la Commission soutient que, quand bien même les requérants estimeraient qu’ils n’étaient pas les bénéficiaires de
         la mesure d’aide, ils ne seraient pas fondés à soutenir qu’ils n’étaient pas concernés par ladite procédure, puisqu’il ressort
         de la jurisprudence que les intéressés visés par l’article 88, paragraphe 2, CE sont non seulement l’entreprise ou les entreprises
         favorisées par une aide, mais tout autant les personnes, entreprises ou associations éventuellement affectées dans leurs intérêts
         par l’octroi de l’aide, notamment les entreprises concurrentes (arrêt Intermills/Commission, précité, point 16, et arrêt du
         Tribunal du 21 mars 2001, Hamburger Hafen- und Lagerhaus e.a./Commission, T‑69/96, Rec. p. II‑1037, point 40). 
      
      74     Par ailleurs, en réponse à l’argument des requérants selon lequel elle a modifié son analyse relative aux bénéficiaires de
         l’aide après la publication de la décision d’ouverture, ce qui aurait dû entraîner la publication d’une nouvelle décision
         d’ouverture pour respecter leurs garanties procédurales, la Commission soutient que ses griefs à l’encontre de la République
         française n’ont pas été modifiés dans le cadre de la procédure formelle d’examen. Ainsi, la décision d’ouverture exposerait
         les doutes de la Commission en ce qui concerne la compatibilité de l’aide au regard de la septième directive et la décision
         finale apprécierait cette aide par rapport aux conditions prévues à l’article 4, paragraphe 7, de cette directive, pour conclure
         à son incompatibilité avec le marché commun. 
      
      75     En second lieu, les requérants soutiennent que la Commission a violé l’article 6, paragraphe 1, troisième phrase, du règlement
         n° 659/1999 en refusant d’accorder la prorogation du délai d’un mois pour présenter ses observations demandée par l’EURL Le
         Levant 114 dans sa lettre du 19 juillet 2001. Cette demande de prorogation serait pourtant dûment justifiée compte tenu de
         ce que les investisseurs pouvaient légitimement considérer qu’ils n’étaient pas concernés par la décision d’ouverture et que
         la Commission n’est pas tenue de rendre une décision dans un délai particulier en matière d’aides d’État. 
      
      76     La Commission relève qu’il ressort de la lettre du 13 juillet 2001 de l’EURL Le Levant 114, que celle-ci avait pris connaissance
         tardivement de la décision d’ouverture, publiée le 5 février 2000. Cette découverte tardive atteindrait également les autres
         EURL Le Levant, étant donné qu’elles ont toutes pour gérant un membre du personnel de la Banque, et que c’est le gérant de
         l’EURL Le Levant 114 qui a donné pouvoir au conseil de cette société pour intervenir devant la Commission dans le cadre de
         la procédure administrative. Dès lors, le fait générateur de la non-intervention de l’EURL Le Levant 114 dans la procédure
         ayant conduit à l’adoption de la décision attaquée ne serait pas lié au contenu de la décision d’ouverture, mais seulement
         à la découverte tardive par cette société de la décision d’ouverture et de l’existence de la procédure formelle d’examen.
         Les requérants ne pourraient donc prétendre que le contenu de la décision d’ouverture les a conduits à considérer qu’ils n’étaient
         pas concernés par cette procédure et qu’ils auraient de ce fait subi une violation de leurs garanties procédurales. En outre,
         la Commission relève que le délai normal d’un mois prévu à la suite de la publication de la décision d’ouverture était largement
         dépassé, comme elle l’a indiqué dans sa lettre du 24 juillet 2001 en réponse aux deux lettres de l’EURL Le Levant 114. 
      
      –       Appréciation du Tribunal
      77     L’article 88, paragraphe 2, premier alinéa, CE dispose :
      « Si, après avoir mis les intéressés en demeure de présenter leurs observations, la Commission constate qu’une aide accordée
         par un État ou au moyen de ressources d’État, n’est pas compatible avec le marché commun aux termes de l’article 87, ou que
         cette aide est appliquée de façon abusive, elle décide que l’État intéressé doit la supprimer ou la modifier dans le délai
         qu’elle détermine. »
      
      78     Il ressort de cette disposition que, avant de constater l’incompatibilité d’une aide d’État avec le marché commun, la Commission
         doit avoir mis les intéressés en demeure de présenter leurs observations. 
      
      79     La portée de cette obligation est précisée par l’article 1er, sous h), du règlement nº 659/1999, qui définit les « parties intéressées » comme étant « tout État membre et toute personne,
         entreprise ou association d’entreprises dont les intérêts pourraient être affectés par l’octroi d’une aide, en particulier
         le bénéficiaire de celle-ci, les entreprises concurrentes et les associations professionnelles ».
      
      80     Dans l’hypothèse où, comme en l’espèce, la procédure formelle d’examen porte sur une aide illégale mise à exécution, la question
         de l’identification du bénéficiaire de l’aide prend toute son importance, étant donné que l’article 14, paragraphe 1, du règlement
         n° 659/1999 dispose que, en cas de « décision négative » constatant qu’une telle aide est incompatible avec le marché commun,
         « la Commission décide que l’État membre concerné prend toutes les mesures nécessaires pour récupérer l’aide auprès de son
         bénéficiaire ». 
      
      81     Dès lors, les requérants dans la présente affaire, c’est-à-dire les investisseurs qui ont été autorisés à déduire leurs investissements
         de leurs revenus imposables, devaient être mis en demeure de présenter leurs observations dans le cadre de la procédure administrative,
         puisqu’ils sont désignés par la décision attaquée en tant que bénéficiaires directs de l’aide (considérant 35) et qu’il s’agit
         de « parties intéressées » au sens de la définition précitée.
      
      82     L’identification du bénéficiaire de l’aide constitue nécessairement un « élément pertinent de fait et de droit » au sens de
         la première phrase de l’article 6, paragraphe 1, du règlement n° 659/1999 devant, en vertu de cette disposition, être exposé
         dans la décision d’ouverture si cela est possible à ce stade de la procédure, puisque c’est sur la base d’une telle identification
         que la Commission pourra adopter la décision de récupération.
      
      83     En effet, à défaut d’indication sur sa qualité de bénéficiaire de l’aide litigieuse, que ce soit dans la décision d’ouverture
         ou à un stade ultérieur de la procédure formelle d’examen préalable à l’adoption de la décision finale constatant l’incompatibilité
         de l’aide avec le marché commun, ce type de partie intéressée ne peut pas être considéré comme ayant été mis en demeure de
         présenter ses observations de manière pertinente, puisqu’il peut légitimement penser que de telles observations ne sont pas
         nécessaires, étant donné qu’il n’est pas désigné comme bénéficiaire de l’aide à récupérer. 
      
      84     C’est dans ce contexte, c’est-à-dire afin de savoir si les bénéficiaires de l’aide à récupérer pouvaient effectivement être
         considérés comme mis en demeure de présenter leurs observations dans le cadre de la procédure administrative, qu’il convient
         tout d’abord d’examiner la décision d’ouverture publiée au Journal officiel le 5 février 2000.
      
      85     Dans cette décision, la Commission indiquait éprouver des doutes quant au respect des conditions prévues à l’article 4, paragraphe
         7, de la septième directive. Elle invitait, également, les parties intéressées à présenter leurs observations dans un délai
         d’un mois à compter de la date de publication. Le Tribunal constate, toutefois, que la décision d’ouverture ne faisait nulle
         part allusion aux investisseurs en tant qu’éventuels bénéficiaires de l’aide alléguée, mais laissait penser, au contraire,
         que ledit bénéficiaire était la CIL, qui était désignée comme étant l’exploitant et le propriétaire final du navire.
      
      86     Ainsi, s’agissant des investisseurs privés, la décision d’ouverture indiquait au troisième alinéa de la partie intitulée « Texte
         du résumé » : 
      
      « Le navire […] a été financé par des investisseurs privés, qui l’ont ensuite loué à [la] CIL. Ces investisseurs ont été autorisés
         à déduire leurs investissements de leurs revenus imposables, conformément à un régime fiscal autorisé par la Commission [...] »
         
      
      87     S’agissant de la CIL, en revanche, cette décision précisait, au même endroit : 
      « La Commission a estimé que les allégements fiscaux représentaient un équivalent-subvention net de 34 %. Ces allégements
         ont permis à [la] CIL de louer le navire à un prix très bas. [La] CIL est l’exploitant (et propriétaire final) du paquebot
         […] [La] CIL est tenue d’exploiter le navire pendant une durée minimale de cinq ans, au départ et à destination de Saint-Pierre-et-Miquelon
         principalement, et de le racheter aux investisseurs au terme de cette période. »
      
      88     Dès lors, les investisseurs pouvaient légitimement penser qu’ils n’étaient pas visés par la décision d’ouverture, compte tenu
         du fait que celle-ci exposait que le régime fiscal en vertu duquel ils avaient été autorisés à déduire leurs investissements
         de leurs revenus imposables – la loi Pons – avait été autorisé par la Commission.
      
      89     De plus, il ressort du contenu des discussions intervenues entre les autorités françaises et la Commission dans le cadre de
         la procédure préliminaire d’examen, que le seul bénéficiaire de l’aide mentionné à ce stade de la procédure était la CIL,
         « l’armateur exploitant » du navire, et non les investisseurs privés (voir lettre du 12 mai 1999, adressée par les autorités
         françaises à la Commission). C’est d’ailleurs dans ce contexte que la CIL − et non les investisseurs privés − a pu participer
         à la procédure administrative (voir décision attaquée, considérants 10 et 11).
      
      90     La désignation initiale de la CIL comme bénéficiaire de l’aide alléguée est d’ailleurs corroborée par le fait que la décision
         d’ouverture se réfère à la notion de bénéficiaire de l’aide au singulier et non au pluriel, comme c’est le cas dans la décision
         attaquée. Ainsi, la Commission demandait aux autorités françaises, dans la décision d’ouverture (avant-dernier alinéa de la
         partie intitulée « Texte de la lettre »), de transmettre sans tarder une copie de cette décision au « bénéficiaire de l’aide
         ».
      
      91     Dès lors, force est de constater que, faute d’avoir été identifiés comme bénéficiaires de l’aide dans la décision d’ouverture,
         les investisseurs privés n’ont pas été, à ce stade, « mis en demeure de présenter leurs observations » en application de l’article
         88, paragraphe 2, CE ni « invités à présenter leurs observations dans un délai déterminé » au sens de l’article 6, paragraphe
         1, du règlement n° 659/1999.
      
      92     Dans ces conditions, il convient au surplus d’examiner la réponse apportée par la Commission à la demande présentée par l’EURL
         Le Levant 114, par lettre du 19 juillet 2001, de proroger le délai d’un mois accordé aux parties intéressées pour présenter
         leurs observations sur la décision d’ouverture. En effet, l’article 6, paragraphe 1, dernière phrase, du règlement n° 659/1999
         dispose que, « [d]ans certains cas dûment justifiés, la Commission peut proroger [le délai normal d’un mois donné aux parties
         intéressées pour présenter leurs observations sur la décision d’ouverture] ».
      
      93     Or, par lettre du 24 juillet 2001, la Commission a répondu à la lettre de l’EURL Le Levant 114 en constatant que le délai
         d’un mois à compter de la date de publication de la décision d’ouverture prévu pour le dépôt d’observations par les parties
         intéressées était « largement dépassé », sans prendre position sur la demande de prorogation de ce délai présentée par l’EURL
         Le Levant 114. Ce refus est d’autant plus critiquable que la décision d’ouverture n’identifiait pas les investisseurs privés
         en tant que bénéficiaires de l’aide à récupérer, mais laissait penser au contraire que le bénéficiaire était la CIL, qui était
         désignée comme étant l’exploitant et le propriétaire final du navire. 
      
      94     Dès lors, faute d’avoir permis à l’EURL Le Levant 114 de présenter ses observations sur la décision d’ouverture en refusant
         la demande de prorogation sollicitée, sans même exposer les raisons pour lesquelles la demande du 19 juillet 2001 n’était
         pas « dûment justifiée », la Commission a violé l’article 6, paragraphe 1, troisième phrase, du règlement n° 659/1999. 
      
      95     En l’absence d’une telle irrégularité, c’est-à-dire si les requérants ou l’EURL Le Levant 114 avaient eu effectivement la
         possibilité dans le cadre de la procédure formelle d’examen de présenter leurs observations sur leur désignation en tant que
         bénéficiaires de l’aide à récupérer, il ne saurait être exclu que la procédure ait pu aboutir à un résultat différent s’agissant
         notamment de l’appréciation de l’incompatibilité de l’aide au regard du marché commun, conformément aux critères définis par
         l’article 87, paragraphe 1, CE.
      
      96     En outre, il convient de relever que la Commission ne peut se retrancher derrière une lecture formaliste de ses obligations
         en matière d’aides d’État, dans la mesure où ce qui importe ici tient au fait qu’un particulier à l’encontre duquel la Commission
         s’apprête à prendre une décision faisant grief en le désignant comme bénéficiaire d’une aide incompatible auprès duquel cette
         aide doit être récupérée doit pouvoir disposer de la possibilité de faire valoir ses observations préalablement à l’adoption
         d’une telle décision. 
      
      97     Or, en l’espèce, force est de constater que la décision attaquée a été prise sans qu’une telle possibilité n’ait été offerte
         aux investisseurs privés. En refusant d’entendre l’EURL Le Levant 114 et en n’identifiant pas dans la décision d’ouverture
         les investisseurs en tant que bénéficiaires de l’aide éventuellement incompatible à récupérer, la Commission a violé un principe
         général de droit communautaire. Ce principe exige que toute personne à l’encontre de laquelle une décision faisant grief peut
         être prise doit être mise en mesure de faire connaître utilement son point de vue au sujet des éléments retenus à sa charge
         par la Commission pour fonder la décision litigieuse. Ainsi, dans le cadre d’une procédure basée sur l’article 86, paragraphe
         3, CE (ancien article 90, paragraphe 3, du traité CE), où, comme en matière d’aide d’État, c’est l’État concerné qui est le
         destinataire de la décision de la Commission, la Cour a reconnu aux entreprises bénéficiaires de la mesure étatique en cause
         le droit d’être entendu en relevant que ces entreprises étaient les bénéficiaires directs de la mesure étatique contestée,
         qu’elles étaient nommément désignées par cette mesure et explicitement visées par la décision litigieuse et qu’elles supportaient
         directement les conséquences économiques de cette décision (arrêt de la Cour du 12 février 1992, Pays-Bas e.a./Commission,
         C‑48/90 et C‑66/90, Rec. p. I‑565, points 50 et 51).
      
      98     Il ressort de ce qui précède que la Commission a violé l’article 88, paragraphe 2, CE et l’article 6, paragraphe 1, du règlement
         n° 659/1999.
      
      99     En conséquence, le deuxième moyen doit être déclaré fondé sans qu’il soit besoin d’examiner le grief tiré de la violation
         des principes dont s’inspire l’article 6 de la CEDH.
      
       2. Sur le troisième moyen, pris de la violation de l’article 87, paragraphe 1, CE et le neuvième moyen, tiré de la violation
         de l’obligation de motivation
      
      –       Arguments des parties
      100   En premier lieu, les requérants font valoir que la décision attaquée viole l’article 87, paragraphe 1, CE, en ce qu’elle qualifie
         les investisseurs privés de bénéficiaires de l’aide alors même que la mesure en cause ne leur confère aucun avantage concurrentiel
         et n’affecte pas les échanges entre les États membres. Seul l’opérateur économique avantagé, qui se retrouverait dans une
         position plus favorable que celle de ses concurrents du fait de l’aide, pourrait être qualifié d’entreprise bénéficiaire au
         sens de cette disposition. La recherche du bénéficiaire réel d’une aide, lequel peut ne pas être le destinataire formel de
         la mesure, impliquerait ainsi l’identification de l’entreprise qui a la jouissance effective d’un avantage économique lié
         à ses activités commerciales et susceptible de fausser la concurrence (arrêt de la Cour du 21 mars 1991, Italie/Commission,
         C‑303/88, Rec. p. I‑1433, point 57). 
      
      101   En l’espèce, les requérants soutiennent qu’il existe une différence fondamentale entre les investisseurs privés, qui sont
         les destinataires directs des avantages fiscaux concédés, et l’entreprise concernée, à savoir l’exploitant CIL, qui est le
         bénéficiaire indirect de l’avantage économique sur le marché en cause et, par conséquent, le bénéficiaire de l’aide d’État
         (voir, pour un cas de distinction entre bénéficiaire d’un avantage fiscal et bénéficiaire d’un avantage économique, arrêt
         de la Cour du 19 septembre 2000, Allemagne/Commission, C‑156/98, Rec. p. I‑6857, points 26 et 27). L’avantage fiscal ne serait
         qu’un moyen dans le mécanisme de l’aide, et non un avantage effectif faussant la concurrence au niveau des investisseurs privés.
         Ainsi, la décision attaquée confondrait l’avantage fiscal, dont les investisseurs privés bénéficient directement comme cela
         est indiqué au considérant 35, avec l’avantage concurrentiel susceptible d’en découler indirectement, dont seule la CIL bénéficie.
         Le fait que les investisseurs bénéficient d’un avantage fiscal ne permettrait pas de conclure qu’ils bénéficient d’un avantage
         concurrentiel sur un marché déterminé affectant les échanges entre États membres. 
      
      102   De même, les requérants soutiennent que la décision attaquée viole l’obligation de motivation en ce qu’elle ne précise pas
         en quoi consiste l’avantage reçu par les investisseurs privés (arrêt de la Cour du 24 octobre 1996, Allemagne e.a./Commission,
         C‑329/93, C‑62/95 et C‑63/95, Rec. p. I‑5151, point 56). Sur ce point, ils critiquent le fait que la décision attaquée, sans
         rechercher l’avantage économique dont, n’exerçant aucune responsabilité dans l’utilisation du navire, ils pouvaient bénéficier,
         les retient néanmoins en tant que bénéficiaires de l’aide du simple fait qu’ils bénéficient d’un allégement de leur impôt
         sur le revenu en relevant au considérant 39 que, bien qu’il soit douteux qu’aucun des investisseurs privés individuels puisse
         être jugé responsable de l’utilisation abusive de l’aide, ce sont néanmoins ces investisseurs qui ont bénéficié des allégements
         fiscaux et qui continuent à en bénéficier en tant que propriétaires d’un navire acheté à des conditions favorables. 
      
      103   La décision attaquée présenterait également une contradiction de motifs en ce qu’elle tenterait d’attribuer aux investisseurs
         privés les effets d’un avantage économique, alors que celui-ci serait accordé en réalité soit au chantier au titre de la construction
         navale, soit à la CIL, dans le cadre de la gestion et de l’exploitation du navire. Ainsi, en ce qui concerne le chantier naval,
         le considérant 41 de la décision attaquée relève que ce n’est pas auprès de lui que l’aide devra être récupérée étant donné
         qu’il ne peut être tenu responsable de l’utilisation du navire après sa livraison. Or, peu avant, le considérant 37 expose
         que l’on peut considérer que le chantier naval a bénéficié indirectement de l’aide dans la mesure où elle lui a permis d’obtenir
         une commande qui ne lui aurait peut-être pas été attribuée autrement. De même, s’agissant de la CIL, la Commission aurait
         dû lui imputer la responsabilité du prétendu non-respect des règles de fond de l’OCDE, dans la mesure où cette société est
         responsable de l’utilisation du navire. De ce point de vue, la décision attaquée n’expliquerait pas comment la récupération
         auprès des investisseurs privés aura pour effet de priver l’exploitant et le gérant de la copropriété du bénéfice final de
         l’avantage économique une fois que le navire lui aura été vendu à un prix avantageux. 
      
      104   En deuxième lieu, les requérants soutiennent que la décision attaquée viole l’article 87, paragraphe 1, CE et l’obligation
         de motivation, en ce qu’elle n’expose pas en quoi l’aide en cause est susceptible d’affecter la concurrence et les échanges
         dans la Communauté (arrêts de la Cour, Intermills/Commission, précité, point 38 ; du 13 mars 1985, Pays-Bas et Leeuwarder
         Papierwarenfabriek/Commission, 296/82 et 318/82, Rec. p. 809, points 22 à 24, et Allemagne e.a./Commission, précité, points
         52 et 53). En particulier, les requérants relèvent que la décision attaquée n’identifie pas le marché sur lequel la concurrence
         aurait été faussée et sur lequel les investisseurs privés seraient avantagés. Ainsi, la décision attaquée ne permettrait pas
         de savoir si le marché pertinent est le marché des services de croisières ou le marché de produits relatif aux navires de
         croisières, pas plus qu’elle ne permettrait de savoir quelle est la dimension géographique d’un tel marché, qui pourrait être
         mondial, régional ou localisé à Saint-Pierre-et-Miquelon. De même, la décision attaquée n’identifierait pas la distorsion
         de concurrence ici en cause, ce qui serait d’autant plus difficile que la loi Pons est applicable à tous les contribuables
         et qu’une mesure fiscale qui profite de la même manière à tous les contribuables ne fausse pas la concurrence [voir communication
         (CE) 96/C 266/14 de la Commission au titre de l’article [88], paragraphe 2, du traité CE, adressée aux autres États membres
         et autres intéressés concernant des aides que l’Espagne a accordées à l’achat de véhicules industriels, Plan Renove Industrial
         (JO 1996, C 266, p. 10]. La loi Pons ne serait sélective que du point de vue des bénéficiaires finals, en ce qu’elle ne profite
         pleinement qu’à certaines entreprises installées dans les territoires français d’outre-mer. Enfin, la situation fiscale des
         investisseurs privés n’affecterait nullement les échanges entre États membres.
      
      105   En troisième lieu, les requérants notent que la décision 1999/719/CE de la Commission, du 30 mars 1999, concernant l’aide
         d’État que la France envisage d’accorder à titre d’aide au développement pour la vente de deux paquebots construits aux Chantiers
         de l’Atlantique et exploités par Renaissance Financial en Polynésie française (JO L 292, p. 23, ci-après la « décision Renaissance »),
         qui déclare compatible avec le marché commun une aide qu’envisageait d’accorder la République française sous la forme d’avantages
         fiscaux octroyés à des investisseurs privés dans le cadre de la loi Pons, reprend cette distinction entre l’investisseur et
         l’entrepreneur, puisqu’elle indique que Renaissance Financial, et non les investisseurs personnes physiques, devait être considéré
         comme le bénéficiaire réel de l’aide. En outre, la décision Renaissance indiquerait également que le bénéficiaire réel de
         l’aide serait le chantier naval dans l’hypothèse où les conditions exposées par cette décision ne seraient pas respectées
         et où, notamment, l’aide ne s’avérerait pas conforme à l’article 4, paragraphe 7, de la septième directive. Par ailleurs,
         en ce qui concerne l’application des critères de l’OCDE, et notamment la condition de résidence du propriétaire réel et la
         condition selon laquelle l’entreprise bénéficiaire de l’aide ne doit pas être une filiale non opérationnelle d’une compagnie
         étrangère, ni la décision Renaissance, ni la décision 92/569/CEE de la Commission, du 31 juillet 1992, concernant un projet
         d’aide de l’Allemagne en faveur de Cosco (Chine) pour l’achat de quatre navires porte-conteneurs (JO L 367, p. 29, ci-après
         la « décision Cosco »), ni la décision d’ouverture dans la présente affaire n’identifierait les investisseurs concernés en
         tant que propriétaire réel du navire ou en qualité de bénéficiaire de l’aide.
      
      106   En premier lieu, la Commission fait valoir que l’opération Le Levant a été mise en œuvre pour permettre aux investisseurs privés de bénéficier d’un avantage fiscal. Le fait que ce montage serait
         légal en droit français n’assurerait pas en lui-même sa légalité au regard des règles applicables aux aides d’État. À cet
         égard, après avoir rappelé que les cas d’application de la loi Pons en matière de construction navale devaient lui être notifiés,
         la Commission soutient que chaque investisseur privé a bénéficié, dans le cadre de son impôt sur le revenu, du fait de la
         transparence fiscale des EURL, de la déduction prévue par la loi Pons en faveur de certaines entreprises investissant outre-mer.
         En conséquence, l’aide d’État résultant du bénéfice de la loi Pons sous forme d’allégement fiscal opérerait comme une aide
         au fonctionnement au profit de l’offre de croisières par les propriétaires et exploitants du navire.
      
      107   En deuxième lieu, la Commission fait valoir que la décision attaquée expose clairement dès son intitulé que l’aide en cause
         concerne l’exploitation d’un paquebot destiné à être exploité à Saint-Pierre-et-Miquelon. L’analyse développée par la Commission
         en ce qui concerne l’évaluation de la composante « développement » et des retombées économiques de l’opération Le Levant montre également que c’est bien à l’exploitation d’un navire de croisières et à l’offre de croisières que la décision attaquée
         se réfère. Cela ressort aussi de la nature même de la Loi Pons et des caractéristiques de l’opération Le Levant. La Commission souligne également que la décision attaquée expose clairement que les investisseurs, alors propriétaires du
         navire, ont obtenu des avantages fiscaux destinés à compenser les difficultés particulières d’un investissement productif
         destiné à être exploité outre-mer pour une période de cinq ans au terme de laquelle ils devaient vendre le navire à la CIL
         à un prix qui répercuterait l’aide à cette dernière, de sorte que celle-ci ne serait le bénéficiaire final de l’aide que lorsque
         le navire lui aurait été vendu à un prix avantageux (décision attaquée, considérants 36, 39 et 40). Enfin, la Commission relève
         que le considérant 16 de la décision attaquée précise le cadre dans lequel allait être menée l’appréciation de l’aide en cause,
         à savoir l’article 4, paragraphe 7, de la septième directive, et que le considérant 33 constitue la conclusion de cette appréciation,
         à savoir que cette aide ne respectait pas les critères envisagés par cette disposition. Aucun élément ne permettrait de déduire
         de cette analyse que le bénéficiaire de l’aide devait être le chantier naval.
      
      108   En troisième lieu, la Commission soutient que la décision attaquée ne contredit pas sa pratique décisionnelle antérieure.
         S’agissant de la décision Renaissance, elle note qu’il s’agissait effectivement d’un cas d’application de la loi Pons et que
         les autorités françaises avaient indiqué à la Commission que le schéma de financement en cause prévoyait l’intervention de
         structures concernant des particuliers et que, lorsque l’investissement serait loué en crédit-bail à l’entreprise exploitante,
         l’administration vérifierait que l’avantage fiscal avait été rétrocédé à cette dernière par une minoration des redevances
         mises à sa charge. Cependant, cette décision avait été adoptée sur la base des informations fournies par l’État membre selon
         lesquelles les investisseurs en cause étaient des sociétés métropolitaines et le montage retenu permettait la rétrocession
         effective de l’aide fiscale à l’armateur exploitant, soit une configuration matérielle différente de celle de la présente
         affaire. S’agissant de la décision Cosco, la Commission relève que la situation était fondamentalement différente de la situation
         présente, étant donné que l’armateur chinois Cosco avait commandé des porte-conteneurs auprès de chantiers navals allemands
         et que l’aide notifiée était destinée à couvrir une partie du prix contractuel des navires en cause.
      
      –       Appréciation du Tribunal
      109   L’article 87, paragraphe 1, CE, dispose que « [s]auf dérogations prévues par le présent traité, sont incompatibles avec le
         marché commun, dans la mesure où elles affectent les échanges entre États membres, les aides accordées par les États ou au
         moyen de ressources d’État sous quelque forme que ce soit qui faussent ou qui menacent de fausser la concurrence en favorisant
         certaines entreprises ou certaines productions ».
      
      110   La qualification d’aide, au sens d’aide d’État incompatible avec le marché commun, requiert que toutes les conditions visées
         à cette disposition soient remplies (arrêts de la Cour du 21 mars 1990, Belgique/Commission, dit « Tubemeuse », C‑142/87,
         Rec. p. I‑959, point 25 ; du 16 mai 2002, France/Commission, C‑482/99, Rec. p. I‑4397, point 68, et du 24 juillet 2003, Altmark
         Trans et Regierungspräsidium Magdeburg, C‑280/00, Rec. p. I‑7747, point 74). Il découle de l’article 87, paragraphe 1, CE
         que ces conditions sont les suivantes. Premièrement, il doit s’agir d’une intervention de l’État ou au moyen de ressources
         d’État. Deuxièmement, cette intervention doit être susceptible d’affecter les échanges entre États membres. Troisièmement,
         elle doit accorder un avantage à son bénéficiaire en favorisant certaines entreprises ou certaines productions. Quatrièmement,
         elle doit fausser ou menacer de fausser la concurrence.
      
      111   Il y a également lieu de rappeler qu’il ressort d’une jurisprudence constante que la motivation d’une décision individuelle
         faisant grief doit faire apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de l’institution, auteur de l’acte, de
         manière à permettre aux intéressés de connaître les justifications de la mesure prise et à la juridiction compétente d’exercer
         son contrôle (arrêt de la Cour du 2 avril 1998, Commission/Sytraval et Brink’s France, C‑367/95 P, Rec. p. I‑1719, point 63).
      
      112   Dans l’appréciation de l’incompatibilité de l’aide, la décision attaquée se limite à indiquer que l’aide accordée pour le
         navire Le Levant doit être appréciée au regard de l’article 4, paragraphe 7, de la septième directive, « étant donné qu’il s’agit d’une aide
         liée à la construction navale qui a été accordée comme aide au développement en 1996 dans le cadre d’un régime d’aide (la
         loi Pons) autorisé en 1992 » (considérant 16). Selon la décision, si l’aide satisfait aux critères de l’aide au développement
         définis par l’OCDE, qui ont été exposés dans la lettre du 3 janvier 1989 adressée par la Commission aux États membres (considérants
         18, 19 et 21), elle ne comporte toutefois pas une véritable composante « développement » (considérants 20, 22 à 33). En conséquence,
         la décision attaquée déclare que l’aide est incompatible avec le marché commun. 
      
      113   Pour autant, la décision attaquée n’examine pas en quoi les conditions fixées à l’article 87, paragraphe 1, CE pour établir
         l’incompatibilité de l’aide avec le marché commun sont satisfaites en l’espèce. 
      
      114   Le Tribunal rappelle que l’existence des conditions prévues par l’article 87, paragraphe 1, CE est indispensable pour qu’une
         aide d’État soit incompatible avec le marché commun. En effet, si l’aide en question est compatible avec le marché commun,
         parce que les conditions énoncées par l’article 87, paragraphe 1, CE ne sont pas réunies, la septième directive – adoptée
         sur la base de l’article 87, paragraphe 3, sous e), CE – ne s’applique pas, puisque cette directive suppose nécessairement
         que l’aide en cause soit incompatible avec le marché commun en vertu de l’article 87, paragraphe 1, CE.
      
      115   À cet égard, et en premier lieu, s’agissant de la condition liée à l’affectation des échanges entre les États membres énoncée
         par l’article 87, paragraphe 1, CE, il ressort de la décision attaquée que l’aide en cause concerne l’exploitation d’un navire
         destiné à être exploité à Saint-Pierre-et-Miquelon (intitulé et considérant 5). 
      
      116   Or, force est de rappeler que l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est une collectivité territoriale française située dans
         l’Atlantique nord au large des côtes de Terre-Neuve. Il s’agit d’un « pays et territoires d’outre-mer » (PTOM) qui ne fait
         pas partie du territoire communautaire. 
      
      117   En l’absence de toute explication sur ce point, la décision attaquée ne permet pas de comprendre en quoi l’aide accordée dans
         le cadre de l’opération Le Levant est susceptible d’affecter les échanges entre les États membres conformément aux termes énoncés par l’article 87, paragraphe
         1, CE.
      
      118   En deuxième lieu, s’agissant de la condition liée à l’identification de l’avantage accordé au bénéficiaire de l’aide et du
         fait qu’il favorise certaines entreprises ou certaines productions, il ressort de la décision attaquée que si les bénéficiaires
         directs de l’aide étaient les investisseurs privés, les effets de l’aide sur la concurrence étaient liés au fait pour la CIL
         de pouvoir exploiter le navire à des conditions favorables depuis Saint-Pierre-et-Miquelon (article 1er et considérant 5). 
      
      119   Cependant, étant donné que le chantier naval n’a pas bénéficié directement de l’aide (considérant 37), que les investisseurs
         privés ne sont identifiés par la décision attaquée qu’en tant que propriétaire d’un navire qui a ensuite été loué à la CIL
         (considérant 5) et que la CIL, qui exploite ledit navire à des conditions favorables, n’est pas le bénéficiaire de l’aide
         à ce stade et partant ne peut pas être considérée comme responsable de son remboursement (considérant 40), la question se
         pose de savoir en quoi, dans ces conditions, le fait, de la part desdits investisseurs, de financer la construction d’un bateau
         grâce à des allégements fiscaux leur octroie un avantage à même de favoriser certaines entreprises ou certaines productions.
      
      120   En n’examinant pas en quoi le fait pour les investisseurs privés d’être bénéficiaires d’un avantage fiscal constitue un avantage
         concurrentiel au sens de l’article 87, paragraphe 1, CE, alors même que ledit avantage concurrentiel est attribué à la CIL
         par la décision attaquée, la décision attaquée ne permet donc pas de comprendre pour quelles raisons les investisseurs privés
         sont avantagés par l’aide en cause. 
      
      121   De même, la décision attaquée ne fournit aucune explication permettant de comprendre en quoi le fait pour les investisseurs
         privés de louer le bateau à la CIL pourrait être à même de transférer un éventuel avantage concurrentiel des investisseurs
         privés à l’exploitant du navire.
      
      122   Sur ce point, il convient, d’ailleurs, de relever que la décision attaquée s’écarte de la solution adoptée par la Commission
         dans la décision Renaissance. Dans cette affaire, la Commission a déclaré compatible avec le marché commun une aide accordée
         par la France sous la forme d’avantages fiscaux octroyés en application de la loi Pons pour la construction de deux paquebots
         destinés à être exploités par Renaissance Financial en Polynésie française. Le montage financier en cause était semblable
         à celui utilisé pour la présente affaire, étant donné qu’il envisageait également l’acquisition de la propriété des navires
         par des investisseurs privés, lesquels ont loué par la suite les navires à Renaissance Financial afin que cette société puisse
         les exploiter pendant cinq ans en Polynésie française. Or, dans la décision Renaissance, la Commission a considéré que le
         bénéfice de l’aide était transféré des investisseurs privés à l’exploitant du navire, qui en était le bénéficiaire réel, du
         fait de la location des navires par cet exploitant et de son engagement de racheter ces navires à l’issue d’une période de
         cinq ans.
      
      123   En troisième lieu, s’agissant de la condition liée au fait de fausser ou de menacer de fausser la concurrence, force est de
         constater – comme la Commission l’a reconnu lors de l’audience – que la décision attaquée ne comporte pas d’indications permettant
         de déterminer en quoi et sur quel marché la concurrence est affectée ou susceptible d’être affectée par l’aide.
      
      124   Cette absence d’analyse est d’autant plus caractérisée que, en réponse aux observations présentées par les autorités françaises
         à la Commission le 14 juin 2000, où ces autorités faisaient valoir que Saint-Pierre-et-Miquelon profitait du rayonnement commercial
         induit par le navire Le Levant, parce que plusieurs compagnies maritimes avaient manifesté l’intention d’y faire escale, la décision attaquée relève au
         considérant 31 qu’il n’était pas nécessaire de tenir compte de ces observations pour apprécier la compatibilité de l’aide
         avec le marché commun, étant donné que cette affirmation n’était pas quantifiée et ne pouvait probablement pas l’être et qu’une
         telle affirmation ne concernait pas directement la composante « développement » de l’opération Le Levant. Ce faisant, la Commission a refusé d’examiner les données relatives à un éventuel marché des croisières dans l’archipel,
         ou ailleurs, sur lequel pourrait intervenir la distorsion de concurrence.
      
      125   En conséquence, la décision attaquée ne permet pas de comprendre en quoi l’aide ici en cause répond à trois des quatre conditions
         définies à l’article 87, paragraphe 1, CE pour établir l’incompatibilité de ladite aide au regard du marché commun.
      
      126   En outre, il y a lieu de relever que l’aide a été consentie en application d’un régime fiscal – la loi Pons – autorisant des
         allégements fiscaux pour les investissements réalisés dans les départements et territoires d’outre-mer, et que ce régime avait
         été autorisé par la Commission en 1992 (considérants 5 et 16). 
      
      127   Le communiqué de presse publié par la Commission le 23 décembre 1992 au sujet de la loi Pons indiquait que son appréciation
         s’était fondée « sur la situation socio-économique des départements français d’outre-mer qui justifie leur maintien dans les
         zones pouvant bénéficier de la dérogation prévue à l’article 92, paragraphe 3, sous a), du traité CE [devenu article 87, paragraphe
         3, sous a), CE] ». Cette dérogation vise l’hypothèse des aides destinées à favoriser le développement économique de régions
         dans lesquelles le niveau de vie est anormalement bas ou dans lesquelles sévit un grave sous-emploi. 
      
      128   La décision attaquée ne permet donc également pas de comprendre en quoi l’aide en cause n’est pas susceptible de bénéficier
         de la décision antérieure de la Commission de ne pas soulever d’objections à l’encontre des mesures fiscales prévues par la
         loi Pons, s’agissant notamment des investissements productifs dans le secteur du tourisme à Saint-Pierre-et-Miquelon. 
      
      129   Il convient, d’ailleurs, de souligner que la pratique antérieure de la Commission montre que, dans d’autres décisions concernant
         les aides à la construction navale, elle a examiné si les conditions de l’article 87, paragraphe 1, CE étaient remplies [décision
         Cosco ; décision 1999/657/CE de la Commission, du 3 mars 1999, concernant une aide attribuée par l’Allemagne comme aide au
         développement à l’Indonésie pour la construction de deux dragues par Volkswerft Stralsund et leur vente à Pengerukan (Rukindo)
         (JO L 259, p. 19), et décision 1999/675/CE de la Commission, du 8 juillet 1999, relative aux aides d’État accordées par la
         République fédérale d’Allemagne à la société Kvaener Warnow Werft GmbH (JO L 274, p. 23)].
      
      130   En particulier, dans la décision Cosco, la Commission a examiné l’aide non seulement sous l’angle de l’article 4, paragraphe
         7, de la septième directive, mais aussi sur la base de l’article 87, paragraphe 1, CE. Dans cette affaire, l’aide en cause
         était une aide au développement que le gouvernement allemand envisageait d’accorder à la République populaire de Chine sous
         la forme d’un crédit pour le financement de navires porte-conteneurs. Ces navires devaient être exploités par Cosco, une société
         d’État établie à Pékin. La construction de ces navires devait être effectuée en Allemagne par des chantiers navals allemands.
         En l’espèce, dans la décision Cosco, la Commission a conclu que l’aide en cause faussait ou risquait de fausser la concurrence
         dans le marché commun et affectait les échanges entre États membres, tant dans le secteur de la construction navale que dans
         celui du transport maritime, dans une mesure contraire à l’intérêt commun, au sens de l’article 87, paragraphe 1, CE.
      
      131   Il ressort de tout ce qui précède que la décision attaquée comporte un vice de motivation tel que le Tribunal n’est pas en
         mesure d’exercer son contrôle.
      
      132   En conséquence, le neuvième moyen doit également être déclaré fondé, et, dès lors, la décision attaquée doit être annulée
         en ce que la Commission a violé l’obligation de motivation que lui impose l’article 253 CE, sans qu’il soit besoin d’examiner
         les autres griefs et moyens invoqués par les requérants.
      
       Sur la possibilité pour les requérants et la Commission de se prévaloir de certains documents joints à la requête
      –       Arguments des parties
      133   La Commission fait valoir que les requérants ne peuvent pas se prévaloir devant le Tribunal des éléments de fait qui ne faisaient
         pas partie de la procédure administrative (arrêt du Tribunal du 6 octobre 1999, Kneissl Dachstein/Commission, T‑110/97, Rec.
         p. II‑2881, point 102), tout en relevant que la question de la participation des requérants à ladite procédure est discutée
         dans le cadre du fond du litige. Ces éléments seraient superflus lorsqu’ils réitèrent des faits exposés dans des documents
         qui faisaient partie de la procédure administrative et irrecevables lorsqu’ils soulèvent des éléments de faits qui ne faisaient
         pas partie de la procédure administrative. À ce dernier titre, les  requérants ne devraient pas se prévaloir des documents
         suivants dans le cadre de la procédure judiciaire : la demande d’agrément de l’opération Le Levant présentée par la Banque et la CIL le 19 août 1996, la décision d’agrément de l’opération délivrée par le ministère du budget
         français le 26 novembre 1996, le visa et la notice approuvée par la Commission des opérations de bourse française du 3 décembre
         1996, le protocole d’accord du 9 décembre 1996 entre la Banque et la CIL, le mandat de gestion de l’exploitation du navire
         par la CIL, les promesses de vente et d’achat croisées entre la Banque et la CIL et les promesses de vente et d’achat croisées
         entre les EURL et la Banque.
      
      134   Pour autant, la Commission soutient qu’elle est en droit, pour ce qui la concerne, de se fonder sur ces documents pour démontrer
         le caractère non fondé des prétentions de la requête et que le Tribunal est habilité à en tenir compte.
      
      135   Les requérants exposent que le raisonnement de la Commission suppose que la procédure administrative se déroule de façon transparente
         et équitable, ce qui n’a pas été le cas dans la présente affaire. De plus, les documents cités par la Commission devraient
         nécessairement être examinés dans le cadre du recours, étant donné qu’ils sont liés aux moyens d’annulation qui y sont invoqués.
         En outre, ces documents et les assertions qui en découlent ne porteraient pas sur la procédure administrative, mais sur l’opération
         Le Levant, et ils permettraient d’identifier les erreurs méthodologiques commises par la Commission.
      
      –       Appréciation du Tribunal
      136   Selon une jurisprudence constante, dans le cadre d’un recours en annulation introduit en vertu de l’article 230 CE, la légalité
         d’un acte communautaire doit être appréciée en fonction des éléments de fait existant à la date où l’acte a été adopté. En
         particulier, les appréciations portées par la Commission ne doivent être examinées qu’en fonction des seuls éléments dont
         celle-ci disposait au moment où elle les a effectuées (arrêt du 3 octobre 2002, France/Commission, précité, point 34 ; arrêts
         du Tribunal du 25 juin 1998, British Airways e.a./Commission, T‑371/94 et T‑394/94, Rec. p. II‑2405, point 81 ; Kneissl Dachstein/Commission,
         précité, point 47, et du 11 mai 2005, Saxonia Edelmetalle/Commission, T‑111/01 et T‑133/01, non encore publié au Recueil,
         point 67). 
      
      137   En l’espèce, la question de l’utilisation des documents litigieux ne se pose plus, puisque le Tribunal a décidé d’annuler
         la décision attaquée pour vices de procédure et défaut de motivation.
      
      138   En tout état de cause, dans le cadre du deuxième moyen, le Tribunal a jugé que la Commission a méconnu ses obligations et
         qu’elle n’a pas adopté les mesures nécessaires pour permettre aux requérants de présenter leurs observations dans le cadre
         de la procédure formelle d’examen prévue à l’article 88, paragraphe 2, CE.
      
      139   Partant, les requérants pouvaient se prévaloir des documents litigieux à l’appui de leur demande d’annulation de la décision
         attaquée et la Commission pouvait contester ces arguments dans le cadre de la procédure judiciaire. Cependant, en toute hypothèse,
         l’appréciation desdits documents par le Tribunal ne pourrait se faire que dans les limites des pouvoirs dont il dispose. En
         effet, si ces documents contiennent des éléments de fait susceptibles de contredire les éléments de fait dont disposait la
         Commission dans le cadre de la procédure administrative et sur la base desquels elle a adopté la décision attaquée, le Tribunal
         ne peut se substituer à la Commission pour apprécier l’incidence économique ou juridique que lesdits faits pourraient avoir
         sur son analyse. Comme la Commission le soutient à juste titre dans ses mémoires (défense, point 110), si le Tribunal se livrait
         à un tel exercice, il mènerait sa propre analyse et tirerait ses propres conclusions des faits nouveaux allégués plutôt que
         d’apprécier la légalité de la décision attaquée. Or, telle n’est pas la fonction du Tribunal. Si le juge communautaire ne
         peut substituer sa propre appréciation en fait, notamment sur le plan économique, à celle de l’auteur de la décision (arrêt
         de la Cour du 15 juin 1993, Matra/Commission, C‑225/91, Rec. p. I‑3203, point 23, et arrêt du Tribunal du 15 juin 2000, Alzetta
         e.a./Commission, T‑298/97, T‑312/97, T‑313/97, T‑315/97, T‑600/97 à T‑607/97, T‑1/98, T‑3/98 à T‑6/98 et T‑23/98, Rec. p. II‑2319,
         point 130), il ne peut émettre à plus forte raison une appréciation de novo en se basant sur des faits qui ne faisaient pas
         partie de la procédure administrative devant la Commission.
      
       Sur les dépens
      140   Aux termes de l’article 87, paragraphe 2, du règlement de procédure, la partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il
         est conclu en ce sens. La Commission ayant succombé en ses conclusions, il y a lieu de la condamner à supporter ses propres
         dépens et les dépens exposés par les requérants, y compris ceux afférents à la procédure de référé.
      
      Par ces motifs,
      LE TRIBUNAL (première chambre élargie)
      déclare et arrête :
      1)      La décision 2001/882/CE de la Commission, du 25 juillet 2001, concernant l’aide d’État mise à exécution par la France sous
            forme d’aide au développement pour le paquebot Le Levant construit par Alstom Leroux Naval et destiné à être exploité à Saint-Pierre-et-Miquelon est annulée.
      2)      La Commission supportera ses propres dépens et les dépens exposés par les requérants, y compris ceux afférents à la procédure
            de référé.
      
               Vesterdorf
            
            
                Cooke
            
            
                García-Valdecasas 
            
         
               Labucka 
            
             
            
                      Trstenjak
            
         Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 22 février 2006.
      
      
               Le greffier 
            
             
            
                      Le président
            
         
               E. Coulon 
            
             
            
                     B. Vesterdorf
            
         
      Table des matières
      
      Cadre juridique
      Loi Pons et décision de la Commission de ne pas soulever d’objections au titre des articles 87 CE et 88 CE
      Directive 90/684/CEE du Conseil sur les aides à la construction navale
      Dispositions relatives à la procédure administrative
      Faits à l’origine du litige et procédures
      Description de l’opération Le Levant
      Procédure administrative
      Décision attaquée
      Procédures juridictionnelles
      Conclusions des parties
      En droit
      Sur la recevabilité du recours en ce qui concerne certains requérants
      1. Sur les pouvoirs établis pour le compte de certaines EURL
      – Arguments des parties
      – Appréciation du Tribunal
      2. Sur les pouvoirs établis par certaines personnes physiques en leur nom propre
      – Arguments des parties
      – Appréciation du Tribunal
      Sur le fond
      1. Sur le deuxième moyen
      – Arguments des parties
      – Appréciation du Tribunal
      2. Sur le troisième moyen, pris de la violation de l’article 87, paragraphe 1, CE et le neuvième moyen, tiré de la violation
         de l’obligation de motivation
      
      – Arguments des parties
      – Appréciation du Tribunal
      Sur la possibilité pour les requérants et la Commission de se prévaloir de certains documents joints à la requête
      – Arguments des parties
      – Appréciation du Tribunal
      Sur les dépens
      
      * Langue de procédure : le français.