CELEX: 62013FJ0029
Language: fr
Date: 2014-02-05
Title: Arrêt du Tribunal de la fonction publique (troisième chambre) du 5 février 2014. # David Drakeford contre Agence européenne des médicaments (EMA). # Fonction publique - Agent temporaire - Article 8, premier alinéa, du RAA - Non-renouvellement d’un contrat - Requalification d’un contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée. # Affaire F-29/13.

ARRÊT DU TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUEDE L’UNION EUROPÉENNE (troisième chambre)
      
      5 février 2014 (*)
      
      « Fonction publique – Agent temporaire – Article 8, premier alinéa, du RAA – Non-renouvellement d’un contrat – Requalification d’un contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée »
      Dans l’affaire F‑29/13,
      ayant pour objet un recours introduit au titre de l’article 270 TFUE, 
      David Drakeford, ancien agent temporaire de l’Agence européenne des médicaments, demeurant à Londres (Royaume-Uni), représenté par Mes S. Orlandi, J.‑N. Louis et D. Abreu Caldas, avocats,
      
      partie requérante,
      contre
      Agence européenne des médicaments (EMA), représentée par M. T. Jablonski et Mme N. Rampal Olmedo, en qualité d’agents, assistés de Mes D. Waelbroeck et A. Duron, avocats, 
      
      partie défenderesse,
      LE TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE(troisième chambre),
      
      composé de MM. S. Van Raepenbusch (rapporteur), président, E. Perillo et J. Svenningsen, juges,
      greffier : Mme X. Lopez Bancalari, administrateur,
      
      vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 13 novembre 2013,
      rend le présent
      Arrêt
      1        Par requête parvenue au greffe du Tribunal le 28 mars 2013, M. Drakeford demande l’annulation, d’une part, de la décision
         du 30 août 2012 du directeur exécutif de l’Agence européenne des médicaments (EMA ou ci-après l’« Agence »), en qualité d’autorité
         habilitée à conclure les contrats d’engagement de l’EMA (ci-après l’« AHCC ») de ne pas renouveler son contrat d’agent temporaire
         et de le placer en congé d’office et, d’autre part, de la décision de la même autorité, du 26 février 2013, portant notamment
         rejet de sa demande de requalification de son contrat d’agent auxiliaire en contrat d’agent temporaire et, subsidiairement,
         de renouvellement de son dernier contrat d’agent temporaire.
      
       Cadre juridique
      2        Aux termes de l’article 8, premier alinéa, du régime applicable aux autres agents de l’Union européenne (ci-après le « RAA ») :
         « [l]’engagement d’un agent temporaire visé à l’article 2, [sous] a), peut être conclu pour une durée déterminée ou indéterminée.
         Le contrat de cet agent engagé pour une durée déterminée ne peut être renouvelé qu’une fois pour une durée déterminée. Tout
         renouvellement ultérieur de cet engagement devient à durée indéterminée ». 
      
      3        Il convient également de se référer à la décision du 1er décembre 2006 du directeur exécutif de l’EMA, lequel, en vertu de l’article 64, paragraphe 2, sous f) du règlement (CE) no 726/2004 du Parlement européen et du Conseil du 31 mars 2004 établissant des procédures communautaires pour l’autorisation
         et la surveillance en ce qui concerne les médicaments à usage humain et à usage vétérinaire, et instituant une Agence européenne
         des médicaments, est chargé de toutes les questions de personnel. L’article 1er de cette décision prévoit la faculté pour l’AHCC de mettre l’agent en fin de contrat en position de congé d’office (« on non-active
         status ») durant la période de préavis, étant entendu que l’intéressé continuera à percevoir, durant ce congé, son plein traitement
         et ses autres avantages pécuniaires. L’article 2 de la même décision précise que l’agent concerné est informé par écrit de
         sa mise en congé d’office, lequel prend cours au plus tôt à la date de la notification écrite, et que copie de celle-ci est
         insérée dans son dossier personnel. 
      
       Faits à l’origine du litige
      4        Le 30 octobre 1996, le requérant a été recruté, avec effet au 16 novembre 1996, par l’EMA, en qualité d’agent auxiliaire,
         pour une période d’un an, pour exercer des fonctions de coordinateur dans le domaine des technologies de l’information au
         sein du secteur du même nom (ci-après le « secteur IT ») et relevant de l’unité « coordination technique ».
      
      5        Lauréat d’une procédure de sélection d’agents temporaires, il a, ensuite, conclu avec l’EMA un contrat lui conférant, avec
         effet au 1er février 1997 et en qualité d’agent temporaire de grade A 5 au titre de l’article 2, sous a), du RAA, l’exercice de fonctions
         d’administrateur principal, et ce pour une période de cinq années, renouvelable. Il a continué à exercer ses fonctions au
         sein du secteur IT.
      
      6        Au 15 novembre 1998, le requérant a été nommé chef adjoint du secteur IT. Il a également été amené à exercer les fonctions
         de chef du secteur IT ad interim au cours de la période 2001/2003.
      
      7        Le contrat d’agent temporaire du requérant a été renouvelé à son échéance, le 1er février 2002, pour une nouvelle période de cinq ans.
      
      8        Par avenant du 6 août 2002 à son contrat, le requérant a été promu au grade A 4.
      
      9        Lauréat d’une procédure de sélection externe pour le poste de chef du secteur IT, le requérant a conclu avec l’EMA, le 15 avril
         2003, un contrat d’agent temporaire, de grade A 4, au titre de l’article 2, sous a), du RAA. Ce contrat, d’une durée de cinq
         années et renouvelable, a pris effet le 1er mai 2003.
      
      10      Le 1er mai 2004, à la suite de la réforme statutaire, le grade du requérant a été renommé A*12. 
      
      11      Par avenant respectivement signé par l’AHCC et le requérant les 14 et 15 août 2007, le contrat du requérant a été renouvelé
         pour cinq ans avec effet au 1er mai 2008.
      
      12      Par mémorandum du 5 juin 2009, le requérant a été informé de sa nomination en tant que chef du secteur des technologies de
         l’information et de la communication de l’unité du même nom (ci-après l’« unité ‘ICT’ ») dans le cadre d’une restructuration
         interne de l’Agence. 
      
      13      Le 15 septembre 2011, le chef du secteur « Ressources humaines » de l’unité « Administration » a informé le requérant qu’il
         était placé sur la liste des lauréats de la procédure de sélection concernant le poste de chef de l’unité « ICT », valable
         jusqu’au 31 décembre 2012.
      
      14      Le 30 juillet 2012, soit neuf mois avant l’expiration du contrat du requérant, les services du secteur « Ressources humaines »
         de l’EMA ont envoyé au chef d’unité du requérant, un formulaire concernant le renouvellement éventuel du contrat de ce dernier.
         Le 17 août 2012, le chef d’unité du requérant a émis l’avis selon lequel « aucune action n’était nécessaire pour le renouvellement
         du contrat » du requérant.
      
      15      Le directeur exécutif en sa qualité d’AHCC, suivant cet avis, a, par lettre du 30 août 2012, confirmé au requérant que son
         contrat prendrait fin le 30 avril 2013 (ci-après la « décision du 30 août 2012 ») et que « dans l’intérêt de l’Agence [il
         serait] mis en position de non-actif à compter du 1er septembre 2012 jusqu’à l’expiration de son contrat ».
      
      16      Par lettre du 31 août 2012, le requérant a contesté son congé d’office avec effet immédiat, en faisant valoir, au regard de
         la réglementation applicable, que, après presque seize années de relations de travail au sein de l’EMA, il devait être considéré
         comme un « employé permanent ». Le même jour, l’AHCC a répondu au requérant que son contrat, conclu pour cinq ans le 15 avril
         2003 avec effet au 1er mai 2003, avait été renouvelé le 1er mai 2008 pour une période de cinq ans. Par lettre du 3 septembre suivant, le requérant a été informé des modalités administratives
         concernant son départ de l’EMA.
      
      17      Le 12 septembre 2012, le requérant a adressé à l’EMA une réclamation, au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut des
         fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le « statut »), à l’encontre de la décision du 30 août 2012 en se prévalant
         des cinq contrats ou renouvellements de contrat d’agent temporaire intervenus sans discontinuité depuis 1997, lesquels l’auraient
         désormais placé dans une relation de travail à durée indéterminée. Au soutien d’une telle requalification, le requérant a
         mis en avant le travail irréprochable et considérable qu’il aurait accompli au service de l’Agence. Le 15 octobre 2012, il
         a déposé une réclamation ampliative comportant, premièrement, une demande de requalification de plein droit de son dernier
         contrat, en application de l’article 8 du RAA, en contrat à durée indéterminée à compter de la date à laquelle son deuxième
         contrat quinquennal d’agent temporaire a été remplacé par son nouveau contrat conclu le 15 avril 2003, deuxièmement, une demande
         de requalification du premier contrat d’agent auxiliaire, ayant pris effet le 16 novembre 1996, en contrat d’agent temporaire,
         de telle sorte que le deuxième renouvellement serait en réalité intervenu « le 9 mai 2001 », et, troisièmement, une demande
         de versement de 10 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de sa mise en congé d’office, laquelle serait illégale.
         
      
      18      Le 19 décembre 2012, l’AHCC a rejeté la réclamation du 12 septembre 2012, telle que complétée par le courrier du 15 octobre
         suivant, au motif que le contrat à durée déterminée qui avait pris effet le 1er mai 2003 n’avait été renouvelé qu’une fois et que, en l’absence de second renouvellement, conformément à l’article 8 du RAA,
         il ne pouvait être considéré comme un contrat à durée indéterminée. 
      
      19      Le 24 décembre 2012, le requérant a introduit une nouvelle réclamation au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut,
         à l’encontre cette fois, de la décision du 19 décembre 2012, en ce que celle-ci rejetait ses demandes de requalification de
         son contrat initial d’agent auxiliaire en contrat d’agent temporaire et de son contrat d’agent temporaire en cours à durée
         déterminée en contrat d’agent temporaire à durée indéterminée, et a invité l’Agence à examiner concrètement les possibilités
         de renouvellement de ce dernier contrat. Cette nouvelle réclamation, assortie de la demande de renouvellement de contrat,
         a été rejetée par l’AHCC par lettre du 26 février 2013 (ci-après la « décision du 26 février 2013 »).
      
       Conclusions des parties
      20      Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        annuler la décision du 30 août 2012 ;
      –        annuler la décision du 26 février 2013 ;
      –        condamner l’EMA à lui verser 25 000 euros en réparation du préjudice moral qu’il aurait subi.
      21      En défense, l’EMA conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        rejeter le recours comme étant pour partie irrecevable et, en toute hypothèse, infondé ;
      –        à titre subsidiaire, rejeter plus particulièrement la demande de condamnation de la partie défenderesse aux dépens et au versement
         au requérant de 25 000 euros, ainsi que toute demande indemnitaire quant au préjudice matériel allégué non encore établi ;
      
      –        condamner le requérant aux dépens.
       Sur la recevabilité 
       En ce qui concerne les conclusions tendant à l’annulation de la décision du 26 février 2013 en tant qu’elle porte rejet de
            la demande de renouvellement du contrat du requérant
      22      L’EMA conteste la recevabilité du recours en tant qu’il est dirigé contre le rejet de la demande, « subsidiaire » selon l’EMA,
         de renouvellement du contrat du requérant, contenu dans la décision de l’AHCC du 26 février 2013. En effet, cette demande
         aurait été introduite pour la première fois dans la lettre du 24 décembre 2012 et aurait été rejetée par la décision du 26 février
         2013. Son rejet aurait dû, selon l’Agence, faire l’objet d’une réclamation au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut,
         laquelle ferait défaut. Le recours serait donc prématuré en ce qui concerne la demande de renouvellement du contrat du requérant.
      
      23      À cet égard, il convient de rappeler qu’une lettre se bornant à rappeler à un agent les stipulations de son contrat relatives
         à la date d’expiration de celui-ci et ne contenant aucun élément nouveau par rapport auxdites stipulations ne constitue pas
         un acte faisant grief (arrêts du Tribunal du 15 septembre 2011, Bennett e.a./OHMI, F‑102/09, point 57, et la jurisprudence
         citée, et du 23 octobre 2013, Solberg/OEDT, F‑124/12, point 17). Néanmoins, dans le cas où le contrat peut faire l’objet d’un
         renouvellement, la décision prise par l’administration, à la suite d’un réexamen, de ne pas renouveler le contrat constitue
         un acte faisant grief, distinct du contrat en question et susceptible de faire l’objet d’une réclamation, voire d’un recours,
         dans les délais statutaires (arrêt du Tribunal de première instance du 15 octobre 2008, Potamianos/Commission, T‑160/04, point 21 ;
         arrêts du Tribunal Bennett e.a./OHMI, précité, point 59 ; du 26 juin 2013, BU/EMA, F‑135/11, F‑51/12 et F‑110/12, point 36,
         faisant l’objet d’un pourvoi pendant devant le Tribunal de l’Union européenne, affaire T‑444/13 P, et Solberg/OEDT, précité,
         point 18). 
      
      24      En l’espèce, s’agissant précisément de l’expiration du contrat du requérant, la lettre du 30 août 2012 se limitait formellement
         à « rappeler » à ce dernier que son contrat d’agent temporaire « prendra[it] fin le 30 avril 2013 ». Toutefois, il n’est pas
         contesté entre les parties que ledit contrat était à nouveau renouvelable selon son article 5. De plus, la lettre du 30 août
         2012 faisait suite à une procédure interne ayant pour fondement l’article 8 du RAA, ainsi qu’en témoigne le rappel des dispositions
         de celui-ci dans le formulaire servant de support à cette procédure. Enfin, au cours de cette procédure, ainsi qu’exposé au
         point 14 du présent arrêt, le chef d’unité du requérant avait été consulté afin de donner son avis au sujet d’un éventuel
         renouvellement dudit contrat et avait émis l’avis selon lequel « aucune action n’était nécessaire pour le renouvellement »
         de celui-ci. Le directeur exécutif de l’EMA en sa qualité d’AHCC a suivi cet avis.
      
      25      Il découle de ce qui précède que la décision du 30 août 2012 en ce qu’elle communiquait au requérant la volonté de l’autorité
         compétente de ne pas renouveler son contrat constituait un acte faisant grief, au sens de l’article 90, paragraphe 2, du statut,
         à l’encontre duquel le requérant a précisément introduit, le 12 septembre suivant, une réclamation, suivie d’une réclamation
         ampliative le 15 octobre 2012. La réclamation du 12 septembre 2012, ainsi complétée, a été rejetée par décision du 19 décembre
         2012 de l’AHCC. 
      
      26      Dans ces conditions, il n’y avait pas lieu pour le requérant d’introduire formellement, au titre de l’article 90, paragraphe 1,
         du statut, une demande de renouvellement de son contrat pour ensuite, en cas de rejet de cette demande, introduire une réclamation,
         cette question ayant déjà fait l’objet d’une prise de position de l’AHCC par sa décision du 30 août 2012. La demande du requérant
         contenue à cet égard dans la seconde réclamation, en date du 24 décembre 2012, doit donc être considérée comme superfétatoire.
      
      27      Il s’ensuit que, en l’absence de tout élément de fait ou de droit nouveau ayant pu justifier un réexamen de la situation du
         requérant sur la question du renouvellement de son contrat, la décision du 26 février 2013, en ce qu’elle rejette la demande
         de renouvellement du contrat de ce dernier, ne fait que confirmer la décision du 30 août 2012, de telle sorte que le recours,
         en tant qu’il est dirigé, dans cette mesure, contre la décision du 26 février 2013, doit être rejeté comme irrecevable.
      
       En ce qui concerne les conclusions tendant à l’annulation de la décision du 26 février 2013 en tant qu’elle porte rejet de
            la demande de requalification du contrat d’agent auxiliaire du requérant en contrat d’agent temporaire 
      28      S’agissant de la requalification du premier contrat d’agent auxiliaire du requérant en contrat d’agent temporaire, il suffit
         de constater avec l’EMA, et sans qu’il y ait lieu de vérifier si la décision du 26 février 2013 constitue également sur ce
         point un acte confirmatif, que la requête ne comporte pas le moindre argument de droit ou de fait au soutien de la demande
         de requalification du contrat d’agent auxiliaire, ayant pris effet le 16 novembre 1996. Il convient, en conséquence, en application
         de l’article 35, paragraphe 1, sous e), du règlement de procédure, de rejeter comme irrecevables les conclusions en annulation
         dirigées contre la décision du 26 février 2013 en ce qu’elle rejette la demande de requalification du contrat d’agent auxiliaire
         du requérant en contrat d’agent temporaire.
      
       En ce qui concerne les conclusions tendant à l’annulation de la décision du 26 février 2013 en tant qu’elle porte rejet de
            la demande de requalification du contrat d’agent temporaire à durée déterminée du requérant en contrat à durée indéterminée
      29      Il y a lieu d’observer que la demande du requérant tendant à ce que son dernier contrat d’agent temporaire soit requalifié,
         conformément à l’article 8, premier alinéa, du RAA, en contrat à durée indéterminée, laquelle demande figurait déjà dans la
         réclamation ampliative du 15 octobre 2012, doit s’analyser en réalité non pas comme une demande mais comme un argument de
         droit venant au soutien du grief tiré de la violation de ladite disposition, de telle sorte que, contrairement à ce que soutient
         l’EMA, il n’incombait pas au requérant d’introduire, le 24 décembre 2012, une nouvelle réclamation à l’encontre du rejet de
         cette prétendue demande et que la décision du 26 février 2013 doit être considérée comme un acte purement confirmatif de la
         décision du 19 décembre 2012 rejetant la réclamation du 12 septembre 2012, telle que complétée par la réclamation ampliative
         du 15 octobre suivant. Dans ces conditions, les conclusions du recours, en tant qu’elles sont dirigées contre la décision
         du 26 février 2013, en ce qu’elle rejette ladite demande de requalification, doivent également être rejetées comme irrecevables.
      
      30      Il découle de tout ce qui précède que le deuxième chef des conclusions en annulation dans son ensemble doit être rejeté comme
         irrecevable.
      
       Sur le fond
       Sur les conclusions en annulation de la décision du 30 août 2012
      31      Le requérant fonde ses conclusions en annulation de la décision du 30 août 2012 sur la violation de l’article 8 du RAA, une
         erreur de droit, la violation du devoir de sollicitude, la méconnaissance du principe de bonne administration, l’erreur manifeste
         d’appréciation et la violation du principe de proportionnalité. 
      
      32      Il convient d’emblée d’écarter l’erreur de droit comme fondement des conclusions en annulation, car il s’agit d’une notion
         générique, trop imprécise pour pouvoir être invoquée comme telle à l’appui de celles-ci.
      
      33      Ensuite, l’examen des arguments avancés par le requérant permet de considérer que ce dernier fait, en substance, grief à l’EMA,
         à titre principal, de ne pas avoir requalifié son dernier contrat en contrat à durée indéterminée, en violation de l’article 8,
         premier alinéa, du RAA et du principe de bonne administration, et, à titre subsidiaire, de ne pas avoir correctement procédé
         à un examen individualisé et concret des possibilités de renouvellement de son contrat, en commettant ainsi une erreur manifeste
         d’appréciation et en méconnaissant le devoir de sollicitude qui s’impose à elle, ainsi que le principe de proportionnalité.
      
       Sur la violation de l’article 8 du RAA et du principe de bonne administration
      –       Arguments des parties
      34      Pour établir la violation de l’article 8 du RAA, lequel permettrait, de plein droit, de requalifier le dernier contrat du
         requérant en contrat à durée indéterminée, le requérant se prévaut de la carrière brillante et ininterrompue qu’il aurait
         accomplie au sein de l’EMA depuis son recrutement en qualité d’agent temporaire, le 1er février 1997, soit pendant une durée de seize années. Les différents changements intervenus dans la nature de ses fonctions
         au cours de ces seize années seraient dus à ses seuls mérites et aux besoins de l’EMA et ne sauraient être de nature à justifier
         une quelconque dérogation à l’article 8, premier alinéa, du RAA, lequel, ainsi qu’il ressort du point 55 de l’arrêt du 13 avril
         2011, Scheefer/Parlement (F‑105/09), devrait recevoir une interprétation lui assurant une large portée.
      
      35      Il serait, en effet, contraire à l’objectif poursuivi par le législateur, qui est d’assurer une certaine stabilité des relations
         de travail, de considérer que les agents méritants, évoluant dans leur carrière au sein de l’Agence, ne peuvent bénéficier
         de l’application de l’article 8, premier alinéa, du RAA, contrairement aux agents ne changeant pas d’affectation ou refusant
         d’assumer des fonctions supérieures. La position défendue par l’Agence serait également contraire au principe de bonne administration
         en ce qu’elle découragerait les membres du personnel à progresser au sein de la hiérarchie dès lors qu’une telle progression
         aurait pour effet pervers, si l’on s’en tient à la position de l’Agence en l’espèce, de prolonger la précarité de leur lien
         d’emploi. 
      
      36      Afin de lutter efficacement contre une utilisation abusive de contrats ou de relations de travail à durée déterminée successifs,
         seule la qualité d’agent temporaire, exerçant des fonctions sans discontinuité, devrait être prise en considération aux fins
         de l’application de l’article 8, premier alinéa, du RAA, indépendamment des modifications d’affectation ou de responsabilités,
         dès lors que ces modifications s’inscrivent dans le déroulement normal et souhaitable de la relation de travail dans l’intérêt
         du service.
      
      37      Dans ces conditions, selon le requérant, chaque nouveau contrat qu’il a conclu avec l’EMA devrait s’analyser comme un renouvellement
         de sa relation de travail, de sorte que le premier contrat d’agent temporaire ayant pris effet le 1er février 1997 et renouvelé une première fois en 2002 pour cinq ans, devrait être considéré comme ayant été renouvelé une deuxième
         fois pour cinq ans le 1er mai 2003, à l’occasion de sa nomination comme chef du secteur IT, et une troisième fois pour cinq ans le 1er mai 2008.
      
      38      L’EMA rétorque que le seul élément qui gouverne l’application de l’article 8, premier alinéa, du RAA, ainsi qu’il ressortirait
         de son libellé, est la présence ou non d’un deuxième renouvellement du contrat de l’agent concerné. La poursuite de la relation
         de travail, au sens de cette disposition, présupposerait une continuité avec le contrat initial, laquelle serait rompue en
         cas de changement de régime ou de fonctions matérialisé par un nouveau contrat. Or, une telle continuité ferait manifestement
         défaut en l’espèce, particulièrement du fait de la nomination du requérant en qualité de chef du secteur IT, à la suite de
         sa participation avec succès à une procédure de sélection externe, et de la conclusion qui s’en est suivie, le 15 avril 2003,
         d’un nouveau contrat à effet du 1er mai suivant. L’EMA ajoute que le remplacement du contrat initial d’agent temporaire, en qualité d’administrateur principal,
         par un contrat d’agent temporaire en qualité de chef de secteur, correspondant à des tâches et des responsabilités significativement
         différentes, et ce pour une nouvelle période de cinq ans renouvelable, n’a pas été contesté par le requérant. Pour ces raisons,
         ce dernier contrat ne saurait être considéré comme le renouvellement du précédent.
      
      39      Enfin, l’affirmation du requérant selon laquelle l’interprétation de l’article 8, premier alinéa, du RAA, par l’Agence n’inciterait
         pas les membres du personnel à progresser dans leur carrière, car cela aurait pour effet de prolonger la précarité de leur
         situation professionnelle, serait sans pertinence pour l’application du principe de bonne administration, celui-ci, selon
         la jurisprudence, concernant uniquement l’obligation pour l’autorité compétente de tenir compte non seulement de l’intérêt
         du service mais également de celui du fonctionnaire ou de l’agent concerné. En tout état de cause, l’argument serait inopérant,
         car rien n’empêcherait l’agent titulaire d’un contrat à durée déterminée et lauréat d’une procédure de sélection pour l’exercice
         d’autres fonctions d’obtenir un nouveau contrat correspondant à ces nouvelles fonctions et de bénéficier, ensuite, de l’application
         de l’article 8, premier alinéa, du RAA, à l’occasion du deuxième renouvellement de ce dernier contrat.
      
      –       Appréciation du Tribunal
      40      Aux termes de l’article 8, premier alinéa, du RAA, l’engagement d’un agent temporaire au sens de l’article 2, sous a), du
         RAA, « peut être conclu pour une durée déterminée ou indéterminée », « [l]e contrat de cet agent engagé pour une durée déterminée
         ne peut être renouvelé qu’une fois pour une durée déterminée » et « [t]out renouvellement ultérieur de cet engagement devient
         à durée indéterminée ».
      
      41      L’EMA fait valoir, en substance, que « tout renouvellement ultérieur de cet engagement », au sens de l’article 8, premier
         alinéa, du RAA, doit concerner le même contrat. Tout changement de fonctions, matérialisé par un nouveau contrat, serait de
         nature à interrompre la continuité de la relation de travail. En l’espèce, le requérant, initialement recruté, en 1997, en
         qualité d’agent temporaire pour occuper des fonctions d’administrateur principal de grade A 5, puis à la suite de sa promotion,
         en 2002, de grade A 4, devenu AD 12, aurait bénéficié le 15 avril 2003, avec effet au 1er mai 2003, d’un nouveau contrat d’agent temporaire pour exercer cette fois des fonctions de chef de secteur. Selon l’Agence,
         l’attribution de ce nouveau contrat ne saurait être considérée comme le renouvellement du précédent. Ce nouveau contrat de
         cinq ans n’aurait, ainsi, été renouvelé qu’une fois, au 1er mai 2008, pour une période de cinq années.
      
      42      À cet égard, il convient, à titre liminaire, de souligner que la thèse défendue par l’Agence ne saurait prendre appui sur
         une interprétation littérale de l’article 8, premier alinéa, du RAA, qui soit univoque dans ses différentes versions linguistiques.
         En effet, si certaines versions, telles que la version néerlandaise ou italienne, visent bien le renouvellement du contrat
         en cause, d’autres versions, comme la version française ou allemande, visent, plus généralement, le renouvellement de l’« engagement »
         ou de la « relation de travail », ou encore, comme la version anglaise ou espagnole, se réfèrent à « tout renouvellement ultérieur ».
         En tout état de cause, il ne ressort pas du seul libellé de cette disposition que le législateur de l’Union ait entendu retenir
         la thèse défendue par l’EMA. 
      
      43      Il ressort ainsi de la comparaison des différentes versions linguistiques de l’article 8, premier alinéa, du RAA que le texte
         de cette disposition ne fournit pas d’indication non équivoque quant à l’objet du renouvellement entraînant la transformation
         du contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée. Les différentes versions linguistiques en cause devant néanmoins
         recevoir une interprétation uniforme, il y a lieu, à cette fin, de prendre en compte la finalité de l’article 8, premier alinéa,
         du RAA. À cet égard, ainsi que le Tribunal l’a jugé au point 68 de son arrêt du 26 octobre 2006, Landgren/ETF (F‑1/05), même
         s’il est vrai que la stabilité d’emploi inhérente aux contrats à durée indéterminée n’est pas comparable à celle garantie
         par le statut aux fonctionnaires, les agents temporaires n’ayant nullement vocation à bénéficier d’un contrat d’emploi permanent,
         la catégorie des contrats à durée indéterminée présente une spécificité, sous l’angle de la sécurité d’emploi, qui la distingue
         de façon essentielle de celle des contrats d’engagement à durée déterminée. De la sorte, en réputant, de plein droit, conclu
         pour une durée indéterminée, le troisième contrat à durée déterminée qui viendrait à être signé, ainsi que le Tribunal l’a
         souligné aux points 55 et 60 de son arrêt Scheefer/Parlement, précité, et en limitant ainsi le recours à des contrats successifs
         d’agent temporaire à durée déterminée, l’article 8, premier alinéa, du RAA vise assurément à garantir la stabilité et, partant,
         une certaine pérennité de la relation de travail de l’agent concerné avec l’institution, l’organisme ou l’agence qui l’a recruté.
      
      44      Dans son arrêt Scheefer/Parlement, précité, le Tribunal a également retenu qu’il convenait, en l’absence de disposition spécifique
         faisant obstacle à une telle approche, de s’inspirer, pour l’interprétation de l’article 8 du RAA, de l’accord-cadre sur le
         travail à durée déterminée, conclu le 18 mars 1999 (ci-après l’« accord-cadre »), qui figure en annexe à la directive 1999/70/CE
         du Conseil, du 28 juin 1999, concernant l’accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée (JO L 175, p. 43).
         La circonstance qu’une directive ne lie pas, comme telle, les institutions ou les agences ne saurait exclure que ces dernières
         doivent en tenir compte de manière indirecte dans leurs relations avec leurs fonctionnaires ou agents. Or, l’accord-cadre
         fait de la stabilité de l’emploi un élément majeur en matière de protection des travailleurs au sein de l’Union européenne
         (arrêt de la Cour du 8 mars 2012, Huet, C‑251/11, points 35 et 44 ; voir également, en ce sens, arrêt du Tribunal du 30 avril
         2009, Aayhan e.a./Parlement, F‑65/07, points 119 et 120). Plus précisément, la clause 5, point 1, de celui-ci tend spécifiquement
         à encadrer le recours successif aux contrats ou aux relations de travail à durée déterminée, considéré comme une source potentielle
         d’abus au détriment des travailleurs, en prévoyant un certain nombre de dispositions protectrices minimales destinées à éviter
         la précarisation de la situation des salariés (arrêt Huet, précité, point 34, et la jurisprudence citée). En particulier,
         la clause 5, point 1, sous c), de l’accord-cadre prescrit de fixer un nombre maximal de renouvellements de contrats ou de
         relations de travail à durée déterminée. La même clause prévoit, en son point 2, sous b), que les contrats à durée déterminée
         puissent, lorsque c’est approprié, être « réputés conclus pour une durée indéterminée ».
      
      45      Conformément au principe général d’interprétation selon lequel une disposition de droit de l’Union doit être interprétée à
         la lumière de l’ensemble des dispositions de ce droit, de ses finalités et de l’état de son évolution à la date à laquelle
         l’application de la disposition en cause doit être faite (voir, en ce sens, arrêt de la Cour du 6 octobre 1982, Cilfit/Ministère
         de la santé, 283/81, point 20), il convient, compte tenu de ce qui précède, d’interpréter l’article 8, premier alinéa, du
         RAA notamment au regard de ses finalités et de celles sous-tendant plus généralement le RAA.
      
      46      Or, l’interprétation défendue par l’Agence de l’article 8, premier alinéa, du RAA aurait pour effet de réduire radicalement
         la portée de cette dernière disposition, en deçà de l’objectif qui la sous-tend, dès lors que cette interprétation conduirait
         à ce que la nomination, par la voie d’un contrat formellement distinct, de tout agent temporaire déjà en fonction à un poste
         hiérarchiquement supérieur, éventuellement d’encadrement, aurait pour conséquence, en toutes circonstances et sans réelle
         justification, de replacer cet agent, s’agissant de la durée de son « engagement », dans une situation identique à celle d’un
         agent nouvellement recruté. Or, une telle conséquence irait à l’encontre de la finalité de l’article 8, premier alinéa, du
         RAA, qui, ainsi qu’il a été rappelé au point 43 ci-dessus, est de garantir une certaine stabilité de l’emploi en matière de
         relations de travail au sein de l’Union, en prévenant les abus résultant de l’utilisation de contrats ou de relations de travail
         à durée déterminée successifs.
      
      47      Par ailleurs, pour l’interprétation d’une disposition de droit de l’Union, il y a lieu de tenir compte non seulement des termes
         de celle-ci, mais également de son contexte. Or, l’interprétation défendue par l’Agence aurait pour effet, ainsi que l’a déploré
         le requérant, de pénaliser les agents particulièrement méritants, qui, précisément en raison de leurs performances professionnelles,
         ont progressé dans leur carrière pour occuper, à l’instar du requérant, un poste d’encadrement. Étant, de la sorte, privés
         de la protection offerte par l’article 8, premier alinéa, du RAA, ces agents seraient, sans raison objective, placés dans
         une situation moins favorable que celle des agents, qui, tout en voyant leur contrat renouvelé plus d’une fois, n’auraient
         pas fait preuve de mérites particuliers justifiant une progression dans leur carrière. Une telle conséquence serait de nature
         à susciter de sérieuses réserves au regard du principe de l’égalité de traitement, tel qu’énoncé à l’article 20 de la Charte
         des droits fondamentaux de l’Union européenne. Elle irait également à l’encontre de la volonté du législateur exprimée explicitement
         à l’article 12, paragraphe 1, du RAA, de veiller à ce que les agents temporaires assurent aux institutions le concours de
         personnes possédant les plus hautes qualité de compétence, de rendement et d’intégrité.
      
      48      Au regard de tout ce qui précède, il convient d’interpréter les termes « tout renouvellement ultérieur de cet engagement »,
         contenus à l’article 8, premier alinéa, troisième phrase, du RAA comme visant tout procédé par lequel un agent temporaire,
         au sens de l’article 2, sous a), du RAA, est amené, à l’échéance de son engagement à durée déterminée, à poursuivre, en cette
         qualité, sa relation de travail avec son employeur, même si ce renouvellement s’accompagne d’une progression en grade ou d’une
         évolution dans les fonctions exercées. Il ne saurait en être autrement que si le nouveau contrat s’inscrivait dans le cadre
         d’un autre régime juridique ou matérialisait une rupture dans la carrière, se manifestant, par exemple, par une modification
         substantielle de la nature des fonctions exercées par l’agent concerné. 
      
      49      Cependant, tel n’est pas le cas en l’espèce. En effet, le requérant, depuis son recrutement, en 1997, par l’EMA, en qualité
         d’agent temporaire au sens de l’article 2, sous a), du RAA, a toujours exercé ses fonctions dans le domaine des technologies
         de l’information ; il a été promu au grade A 4, devenu AD 12, en 2002, grade qu’il a conservé jusqu’à l’échéance de son dernier
         contrat ; son expérience professionnelle, ses mérites et sa participation à des procédures de sélection externe organisées
         par l’Agence lui ont permis de progresser tant dans son perfectionnement professionnel que dans le déroulement de sa carrière,
         en exerçant des fonctions de chef de secteur adjoint, de 1998 à 2001, de chef de secteur ad intérim au cours de la période
         2001 à 2003, puis, de chef de secteur à compter du 1er mai 2003 ; le requérant n’a toutefois pas été nommé sur l’emploi de chef de l’unité « ICT » pour lequel il figurait sur la
         liste des lauréats établie à l’issue d’une procédure de sélection. Dans ces conditions, la position de l’EMA selon laquelle
         la nomination du requérant en qualité de chef du secteur IT aurait constitué, eu égard aux responsabilités et aux fonctions
         ainsi nouvellement confiées à l’intéressé, une rupture dans la continuité de sa relation de travail avec l’EMA, manque en
         fait.
      
      50      Il convient d’ajouter qu’il est possible de mettre fin à tout moment pour un motif légitime à un contrat d’agent temporaire
         à durée indéterminée, moyennant le respect du délai prévu à l’article 47, sous c), i), du RAA. L’interprétation de l’article 8,
         premier alinéa, du RAA, telle que retenue par le Tribunal, n’est donc pas de nature à restreindre le large pouvoir d’appréciation
         dont jouissent les institutions et organes de l’Union dans l’organisation de leurs services en fonction des missions qui leur
         sont conférées et dans l’affectation, en vue de celles-ci, du personnel qui se trouve à leur disposition.
      
      51      Compte tenu de tout ce qui précède, en confirmant au requérant que son contrat venait à son terme, la décision du 30 août
         2012 a été prise dans la perspective d’une relation de travail à durée déterminée et méconnaît ainsi l’article 8, premier
         alinéa, du RAA. 
      
      52      Il s’ensuit que le moyen, soulevé à titre principal, tiré de la violation de l’article 8 du RAA et du principe de bonne administration
         est fondé et que, par voie de conséquence, la décision du 30 août 2012 doit être annulée. 
      
       Sur l’erreur manifeste d’appréciation et la méconnaissance du devoir de sollicitude, ainsi que du principe de proportionnalité
      53      Compte tenu de ce qui précède, il n’y a pas lieu d’examiner le grief formulé à titre subsidiaire par le requérant selon lequel
         il n’aurait pas bénéficié, en violation notamment du devoir de sollicitude, d’un examen individualisé et concret des possibilités
         de renouvellement de son dernier contrat.
      
       Sur les conclusions indemnitaires
      54      Le requérant sollicite la condamnation de l’EMA à lui verser 25 000 euros en réparation du préjudice moral que lui aurait
         causé sa brusque mise à l’écart de l’Agence, sans raison précise et malgré seize années de bons et loyaux services. Quant
         à son préjudice matériel, il ne pourrait être évalué qu’à compter de la fin de son contrat d’agent temporaire, soit le 30 avril
         2013.
      
      55      L’EMA rétorque que, compte tenu du fait qu’aucun des moyens avancés à l’encontre de la décision du 30 août 2012, en ce qui
         concerne tant le renouvellement du contrat du requérant que sa mise en congé d’office, ne serait fondé, il y aurait lieu de
         rejeter, par voie de conséquence, les demandes indemnitaires du requérant. 
      
      56      À cet égard, s’agissant du préjudice matériel, il convient de rappeler que l’annulation d’un acte par le juge a pour effet
         d’éliminer rétroactivement cet acte de l’ordre juridique et que, lorsque l’acte annulé a été exécuté, l’anéantissement de
         ses effets impose de rétablir la situation juridique dans laquelle la partie requérante se trouvait antérieurement à l’adoption
         de celui-ci (arrêts Landgren/ETF, précité, point 92, et Scheefer/Parlement, précité, point 69).
      
      57      En l’espèce, force est de constater que, au 30 avril 2013, le requérant se trouvait placé dans les liens d’un engagement à
         durée indéterminée par le seul effet de l’article 8, premier alinéa, du RAA et que, à défaut d’un préavis conforme à l’article 47,
         sous c), i), du même régime, son engagement n’a pas pris fin le 30 avril 2013.
      
      58      Dans ces conditions, il convient, en premier lieu, de condamner l’EMA à verser au requérant, en se plaçant à la date du prononcé
         du présent arrêt, la différence entre, d’une part, le montant de la rémunération auquel il aurait pu prétendre s’il était
         resté en fonction en son sein au-delà du 30 avril 2013 et, d’autre part, le montant des rémunérations, honoraires, indemnités
         de chômage ou de toute autre indemnité de substitution ou rémunération de même nature qu’il a effectivement perçus par ailleurs
         depuis le 1er mai 2013.
      
      59      En second lieu, pour la période qui fera suite au prononcé du présent arrêt, il y a lieu pour le Tribunal de faire usage de
         la compétence de pleine juridiction qui lui est dévolue dans les litiges à caractère pécuniaire, en invitant l’Agence à rechercher
         une solution de nature à protéger adéquatement les droits du requérant, soit en réintégrant ce dernier et en maintenant le
         versement du différentiel visé au point 58 ci-dessus jusqu’à la date effective de la réintégration, soit, en recherchant avec
         le requérant un accord fixant une compensation pécuniaire équitable de la résiliation illégale du contrat litigieux. Les parties
         sont invitées à informer le Tribunal de la solution ainsi obtenue d’un commun accord ou, à défaut d’accord, à lui présenter
         leurs conclusions chiffrées à cet égard, dans un délai de trois mois à compter du prononcé du présent arrêt.
      
      60       S’agissant du préjudice moral, force est de constater que la requête ne comporte pas la moindre démonstration que ce prétendu
         préjudice serait insusceptible d’être intégralement réparé par l’annulation de la décision du 30 août 2012 dans laquelle il
         trouverait sa cause (arrêt BU/EMA, précité, point 67, et la jurisprudence citée).
      
      61      Il s’ensuit qu’il ne peut être fait droit aux conclusions indemnitaires pour préjudice moral du requérant.
      
      62      Les dépens sont réservés jusqu’en fin d’instance.
      
      Par ces motifs,
      LE TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE(troisième chambre)
      
      déclare et arrête :
      1)      La décision de l’Agence européenne des médicaments, du 30 août 2012, de ne pas renouveler le contrat de M. Drakeford est annulée.
      2)      L’Agence européenne des médicaments est condamnée à verser à M. Drakeford, en réparation du préjudice matériel subi jusqu’à
            la date du présent arrêt la différence entre, d’une part, le montant de la rémunération auquel il aurait pu prétendre s’il
            était resté en fonction en son sein jusqu’à la date du présent arrêt et, d’autre part, le montant de la rémunération, des
            honoraires, des indemnités de chômage ou de toute autre indemnité de substitution qu’il a effectivement perçus en remplacement
            de la rémunération qu’il percevait en tant qu’agent temporaire depuis le 1er mai 2013 jusqu’à la date du présent arrêt.
      3)      Les parties transmettront au Tribunal, dans un délai de trois mois à compter de la date du présent arrêt, soit la solution
            convenue d’un commun accord afin de protéger adéquatement les droits de M. Drakeford, soit, à défaut d’accord, leurs conclusions
            chiffrées quant à l’octroi d’une compensation pécuniaire équitable en réparation du préjudice matériel subi par ce dernier
            postérieurement à la date du présent arrêt.
      4)      Le recours est rejeté pour le surplus.
      5)      Les dépens sont réservés.
      
               Van Raepenbusch 
            
            
                Perillo
            
            
               Svenningsen
            
         Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 5 février 2014.
      
               Le greffier 
            
             
            
                      Le président
            
         
               W. Hakenberg 
            
             
            
                     S. Van Raepenbusch
            
         * Langue de procédure : le français.