CELEX: 62007FJ0019
Language: fr
Date: 2007-11-29
Title: Arrêt du Tribunal de la fonction publique (deuxième chambre) du 29 novembre 2007. # Georgi Kerelov contre Commission des Communautés européennes. # Fonction publique - Concours général - Jury - Contact avec les membres du jury - Exclusion du concours - Non-inscription sur la liste de réserve. # Affaire F-19/07.

ARRÊT DU TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE (deuxième chambre)
      
      29 novembre 2007 
      
      Affaire F-19/07
      
      Georgi Kerelov
      contre
      Commission des Communautés européennes 
      « Fonction publique – Concours général – Jury – Contact avec les membres du jury – Exclusion du concours – Non‑inscription sur la liste de réserve »
      Objet : Recours, introduit au titre des articles 236 CE et 152 EA, par lequel M. Kerelov demande l’annulation des décisions du jury
         du concours général EPSO/AD/43/06, des 6 décembre 2006 et 2 février 2007, respectivement, de ne pas l’inscrire sur la liste
         de réserve dudit concours et de l’exclure de celui‑ci, ainsi que la condamnation de la Commission à lui verser une indemnité
         forfaitaire évaluée ex aequo et bono à 120 491,28 euros.
      
      Décision : Le recours est rejeté. Chaque partie supporte ses propres dépens.
      
      
      Sommaire
      
      1.      Fonctionnaires – Recours – Moyens
      2.      Fonctionnaires – Concours – Jury – Décision d’exclusion d’un candidat
      (Statut des fonctionnaires, art. 30)
      
      1.      Dans le cadre d’un recours mettant en cause la légalité de la décision d’exclure un candidat d’un concours au motif qu’il
         a méconnu les termes de l’avis de concours en prenant contact avec les membres du jury, il appartient à l’intéressé, en présence
         d’éléments de preuve suffisamment précis et concordants à l’appui de ce fait, d’apporter la preuve contraire ou, à tout le
         moins, de fournir une explication ou une justification de nature à mettre en cause la vraisemblance du fait allégué, afin
         de permettre au Tribunal de former sa décision.
      
      (voir point 34)
      Référence à :
      Cour : 7 janvier 2004, Aalborg Portland e.a./Commission, C‑204/00 P, C‑205/00 P, C‑211/00 P, C‑213/00 P, C‑217/00 P et C‑219/00 P,
         Rec. p. I‑123, point 79
      
      
      2.      Le jury de concours, habilité à établir la liste d’aptitude conformément à l’article 30 du statut, est compétent pour constater
         le comportement irrégulier d’un candidat et l’exclure du concours conformément aux termes de l’avis de concours. À cet égard,
         la circonstance que la décision formelle d’exclusion du candidat n’ait été communiquée à ce dernier qu’après la publication
         de la liste de réserve contenant par erreur le nom de l’intéressé n’est pas de nature à rendre ladite décision irrégulière,
         en l’absence de tout délai péremptoire à cet égard, prévu par les dispositions statutaires applicables, et de tout manquement
         au principe de bonne administration qui pourrait, pour ce motif, être reproché à l’institution.
      
      (voir point 37)
      
ARRÊT DU TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE DE L’UNION EUROPÉENNE (deuxième chambre)
      29 novembre 2007 (*)
      
      « Fonction publique – Concours général – Jury – Contact avec les membres du jury – Exclusion du concours – Non-inscription sur la liste de réserve »
      Dans l’affaire F‑19/07,
      ayant pour objet un recours introduit au titre des articles 236 CE et 152 EA,
      Georgi Kerelov, demeurant à Pazardzhik (Bulgarie), représenté par Me A. Kerelov, avocat,
      
      partie requérante,
      contre
      Commission des Communautés européennes, représentée par Mmes K. Herrmann et M. Velardo, en qualité d’agents,
      
      partie défenderesse,
      LE TRIBUNAL (deuxième chambre),
      composé de M. S. Van Raepenbusch (rapporteur), président, Mme I. Boruta et M. H. Kanninen, juges,
      
      greffier : M. S. Boni, administrateur,
      vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 6 septembre 2007,
      rend le présent
      Arrêt
      1        Par requête parvenue au greffe du Tribunal le 5 mars 2007 par télécopie (le dépôt de l’original étant intervenu le 9 mars
         suivant), M. Kerelov demande l’annulation des décisions du jury du concours général EPSO/AD/43/06, des 6 décembre 2006 et
         2 février 2007, respectivement, de ne pas l’inscrire sur la liste de réserve dudit concours et de l’exclure de celui-ci, ainsi
         que la condamnation de la Commission des Communautés européennes à lui verser une indemnité forfaitaire évaluée ex aequo et
         bono à 120 491,28 euros.
      
       Antécédents du litige
      2        Le requérant s’est porté candidat au concours général EPSO/AD/43/06 (ci-après le « concours »), organisé par l’Office de sélection
         du personnel des Communautés européennes (EPSO) en vue de la constitution d’une réserve de recrutement de juristes linguistes
         (AD 7) de langue bulgare, pour la filière Cour de justice des Communautés européennes.
      
      3        L’avis de concours, publié le 11 avril 2006 (JO C 87 A, p. 3, ci-après l’« avis de concours »), comportait, en son titre A,
         point I, la mention suivante sous la rubrique « Filière ‘Cour de justice’ » :
      
      « Traduction et révision dans la langue du concours, à partir d’au moins deux autres langues officielles de l’Union européenne,
         de textes juridiques (arrêts de la Cour de justice, du Tribunal de première instance et du Tribunal de la fonction publique,
         conclusions des avocats généraux, mémoires des parties, etc.) et travaux d’analyse juridique en collaboration avec les greffes
         et les autres services de la Cour de justice. »
      
      4        Il était également précisé au même titre A, point I, ce qui suit :
      
      « Les institutions insistent, en particulier, sur l’aptitude des candidats à saisir des problèmes de nature différente et
         souvent complexes, à réagir rapidement aux changements de circonstances et à communiquer efficacement. Les candidats doivent
         pouvoir faire preuve d’initiative, d’imagination et d’une grande motivation. Ils doivent être capables de travailler régulièrement
         de façon intensive, tant de manière indépendante qu’en équipe, et de s’adapter à un milieu de travail multiculturel. Enfin,
         ils auront le souci de leur perfectionnement professionnel tout au long de leur carrière. »
      
      5        Selon le titre A, point II 2, « Connaissances linguistiques » de l’avis de concours, les candidats ayant choisi la filière
         « Cour de justice » devaient remplir les trois conditions suivantes :
      
      « a)      parfaite maîtrise de la langue du concours (langue 1) ;
      b)      connaissance approfondie d’une des langues suivantes (langue 2) : allemand, anglais, espagnol, français ou italien ;
      c)      connaissance approfondie d’une des langues suivantes (langue 3) : allemand, anglais, bulgare, danois, espagnol, estonien,
         finnois, français, grec, hongrois, irlandais, italien, letton, lituanien, maltais, néerlandais, polonais, portugais, roumain,
         slovaque, slovène, suédois ou tchèque, obligatoirement différente des langues 1 et 2.
      
      La langue 2 ou la langue 3 doit être obligatoirement le français. »
      6        De plus, le même titre A, point II 2, de l’avis de concours précisait que l’épreuve orale se déroulerait « en allemand, en
         anglais ou en français », selon le choix des candidats (dénommée « langue 5 »).
      
      7        Quant au déroulement du concours, le titre B, point 1, de l’avis de concours, intitulé « Admission au concours » prévoyait :
      
      « a)      L’autorité investie du pouvoir de nomination arrête la liste des candidats qui remplissent les conditions prévues au titre
         A, point II 3, et la transmet au président du jury, accompagnée des dossiers de candidature.
      
      b)      Après avoir pris connaissance des dossiers des candidats, le jury détermine la liste de ceux qui répondent aux conditions
         figurant au titre A, points II 1 et 2, et qui sont, en conséquence, admis au concours. »
      
      8        Alors que, selon le titre B, point 3, de l’avis de concours, les épreuves écrites obligatoires consistaient en des traductions
         vers la langue 1 de textes juridiques rédigés dans les langues 2 et 3, selon le titre B, point 5, « Épreuve orale obligatoire
         – Notation », les entretiens avec le jury, en allemand, en anglais ou en français, devaient permettre d’apprécier :
      
      « –      les connaissances générales et juridiques du candidat, étant entendu que le jury pourra à cette occasion tenir compte de la
         connaissance d’autres langues que celles utilisées dans les épreuves écrites,
      
      –      la motivation des candidats et leur capacité d’adaptation au travail au sein de la fonction publique européenne, dans un environnement
         multiculturel. »
      
      9        Enfin, aux termes du titre D, point 2, de l’avis de concours, intitulé « Jury » :
      
      « […]
      Les interventions directes ou indirectes des candidats auprès du jury sont formellement proscrites. Toute violation de cette
         règle entraînera l’exclusion du concours des candidats concernés.
      
      EPSO est la seule instance habilitée à communiquer avec les candidats jusqu’à la clôture du concours. »
      10      Le requérant a obtenu les notes de 29/40 (le minimum requis étant de 20/40) à l’épreuve de traduction, sans dictionnaire,
         d’un texte juridique rédigé dans la langue 2, de 25/40 (le minimum requis étant de 20/40) à l’épreuve de traduction, sans
         dictionnaire, d’un texte juridique rédigé dans la langue 3, et de 33/100 (le minimum requis étant de 50/100) à l’épreuve orale.
      
      11      Afin d’accélérer le déroulement de la procédure de recrutement éventuel, le requérant a été informé, par lettre du 24 octobre
         2006 du chef de la division du personnel de la Cour, qu’il avait la possibilité de passer la visite médicale d’embauche à
         l’occasion de sa présence, le 27 novembre suivant, à Luxembourg pour se soumettre à l’épreuve orale.
      
      12      Par lettre du 6 décembre 2006, le jury a informé le requérant que son nom n’avait pas été inscrit sur la liste de réserve
         au motif qu’il avait obtenu une note éliminatoire à l’épreuve orale.
      
      13      Par lettre du 7 décembre 2006, adressée au directeur de l’EPSO, le requérant a demandé le réexamen par le jury de la notation
         de son épreuve orale. La Commission soutient que, le même jour, le requérant a envoyé une copie de cette lettre ainsi que
         les résultats médicaux obtenus lors de sa visite médicale d’embauche au président et à un autre membre du jury.
      
      14      Par lettre du 21 décembre 2006, adressée au directeur de l’EPSO, le requérant a demandé le réexamen de la notation de ses
         épreuves écrites.
      
      15      Par lettre du 21 décembre 2006, l’EPSO a fait savoir au requérant que sa demande de réexamen de la notation de son épreuve
         orale avait été rejetée par le jury pour les motifs suivants :
      
      « En préambule, le jury souhaite vous préciser que la durée de l’épreuve orale a été la même pour tous les candidats et qu’il
         y a donc eu égalité de traitement en la matière. Cette durée a été estimée suffisante par le jury pour évaluer les performances
         des candidats.
      
      Le jury vous confirme ensuite que la note de 33/100 correspond bien aux points qui vous ont été attribués pour l’épreuve orale.
      Le jury a vérifié vos connaissances générales et juridiques, notamment en droit communautaire, et estimé que celles-ci étaient
         insuffisantes. En effet, en dehors du droit international privé, domaine dans lequel vous vous êtes spécialisé, vous avez
         démontré un seuil de connaissances insuffisant par rapport au niveau attendu d’un juriste linguiste à la Cour de justice.
      
      En outre, vous n’avez pas démontré une motivation suffisante, compte tenu de la spécificité et des exigences du métier de
         juriste linguiste. En effet, le jury a relevé une méconnaissance de certains aspects du fonctionnement de la Cour de justice,
         pourtant essentiels à l’accomplissement des tâches de juriste linguiste, notamment en ce qui concerne le régime linguistique
         de la Cour. De plus, le jury attend une motivation positive par rapport aux tâches à assumer davantage qu’une motivation négative
         consistant essentiellement à quitter votre situation actuelle.
      
      En conclusion, votre épreuve orale a démontré un niveau d’aptitude insuffisant pour exercer les fonctions décrites dans l’avis
         de concours. Néanmoins, votre aisance d’élocution et vos connaissances en matière de droit international privé ont amené le
         jury à vous accorder 33 points sur les 100 points fixés par l’avis de concours. »
      
      16      Par lettre du 5 janvier 2007, le requérant a demandé au directeur de l’EPSO une série de pièces concernant le déroulement
         du concours. 
      
      17      En réponse aux lettres des 21 décembre 2006 et 5 janvier 2007, l’EPSO a, le 2 février 2007, écrit au requérant notamment ce
         qui suit :
      
      « [Le jury] vous rappelle également que le [titre] D[, point 2,] de l’avis de concours proscrit formellement les interventions
         directes ou indirectes des candidats auprès du jury et que toute violation de cette règle entraînera l’exclusion du concours
         des candidats concernés. Or, vous avez contacté deux membres de ce jury, en leur adressant une lettre ainsi qu’une copie de
         vos résultats médicaux, et qui plus est, à leur adresse privée. En vertu du point repris ci-dessus, le jury décide donc de
         vous exclure du concours. Les documents contenant vos résultats médicaux vous seront renvoyés par courrier séparé. »
      
      18      Dans cette même lettre du 2 février 2007, l’EPSO a également informé le requérant que, en raison du secret qui entoure les
         travaux du jury, les seuls documents qu’il pouvait obtenir étaient les copies de ses épreuves écrites et des fiches d’évaluation
         correspondantes.
      
      19      Une liste de réserve concernant le concours et contenant par erreur le nom du requérant avait été publiée le 31 janvier 2007
         (JO C 22 A, p. 16). Par courriel du 5 février 2007 et par lettre du 7 février suivant, le requérant a été informé par l’EPSO
         de cette erreur. Une nouvelle liste ne reprenant pas le nom du requérant a été publiée le 15 février 2007 (JO C 33 A, p. 3).
      
       Conclusions des parties et procédure
      20      Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        annuler la décision du jury du concours, du 6 décembre 2006, de ne pas l’inscrire sur la liste de réserve de ce concours ;
      –        déclarer nulle et non avenue, le cas échéant, annuler comme illégale la décision du jury du concours, du 2 février 2007, de
         l’exclure de ce concours ;
      
      –        condamner la Commission à lui payer une indemnité forfaitaire évaluée ex aequo et bono à 120 491,28 euros (correspondant à
         deux ans de salaire) avec les intérêts légaux à partir de l’introduction de l’instance pour les dommages matériels et moraux
         subis du fait des décisions illégales du jury de concours ;
      
      –        condamner la Commission aux dépens.
      21      La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        rejeter le recours ;
      –        statuer sur les dépens comme de droit.
      22      Par lettre du 28 août 2007, déposée au greffe du Tribunal le 4 septembre 2007, le conseil du requérant a informé le Tribunal
         qu’il n’assisterait pas à l’audience du 6 septembre suivant. Dans cette même lettre, en réponse à l’invitation, faite par
         le juge rapporteur dans son rapport préparatoire d’audience, à se prononcer sur les documents produits par la Commission,
         il a notamment contesté que le requérant ait adressé, le 7 décembre 2006, au président et à un autre membre du jury, le courrier
         dont il est question au point 13 du présent arrêt. La lettre du 28 août 2007 comporte d’autres développements qui ne sont
         pas en rapport avec l’invitation faite par le juge rapporteur. Le Tribunal décide, en l’absence d’objection de la Commission
         quant à l’admissibilité du courrier du 28 août 2007, de ne verser au dossier que la partie dudit courrier constituant une
         réponse à l’invitation faite au requérant dans le rapport préparatoire d’audience.
      
      23      Au cours de l’audience, la Commission a été invitée, conformément à l’article 64, paragraphe 3, sous d), du règlement de procédure
         du Tribunal de première instance des Communautés européennes, applicable mutatis mutandis au Tribunal à la date de ladite
         audience, en vertu de l’article 3, paragraphe 4, de la décision 2004/752/CE, Euratom du Conseil, du 2 novembre 2004, instituant
         le Tribunal de la fonction publique de l’Union européenne (JO L 333, p. 7), jusqu’à l’entrée en vigueur du règlement de procédure
         de ce dernier, à produire le contenu du courrier adressé le 7 décembre 2006 au président et à un autre membre du jury, ainsi
         que la copie de la lettre, dont il est question à la dernière phrase de la citation contenue au point 17 du présent arrêt,
         par laquelle les résultats médicaux du requérant auraient été renvoyés à celui-ci.
      
      24      Par lettre du 25 septembre 2007, déposée au greffe du Tribunal le même jour, la Commission a déféré à cette demande en transmettant,
         en original, notamment :
      
      –        le contenu des deux enveloppes envoyées au président et à un autre membre du jury, à savoir la copie de la lettre du requérant
         du 7 décembre 2006, adressée au directeur de l’EPSO, ainsi que des résultats d’examens médicaux auxquels il avait été soumis,
         le 27 novembre 2006, dans le cadre du concours, et
      
      –        la lettre du président du jury du 19 décembre 2006 transmettant lesdits courriers à Mme C. de l’EPSO avec la précision suivante : « Les enveloppes jointes à la présente note […] contiennent chacune une demande
         de réexamen et des résultats d’analyses médicales ».
      
      25      Par lettre du greffe du Tribunal du 27 septembre 2007, le requérant a été invité à déposer des observations éventuelles sur
         les documents produits par la Commission et annexés au courrier du 25 septembre 2007. Le requérant a fait parvenir au greffe
         du Tribunal le 8 octobre 2007 par télécopie (le dépôt de l’original étant intervenu le 15 octobre suivant) ses observations
         en maintenant sa position et en contestant à la fois l’admissibilité comme preuve des documents produits, à ce stade de la
         procédure, par la Commission à la demande du Tribunal, et leur valeur probante. Il a également demandé, dans cette lettre,
         l’audition des membres du jury sur la véracité des procès-verbaux de toutes les réunions du jury.
      
       Sur les conclusions en annulation
      26      Il convient d’examiner tout d’abord les conclusions dirigées contre la décision du jury, du 2 février 2007, d’exclure le requérant
         du concours.
      
       Arguments des parties
      27      Le requérant nie avoir contacté deux des membres du jury, en leur faisant parvenir, à leur adresse privée, une lettre ainsi
         que des copies de ses résultats médicaux. 
      
      28      De plus, son exclusion du concours pour ce motif ne relèverait pas de la compétence du jury, mais de celle de l’EPSO en tant
         qu’organisateur du concours, le jury étant seulement compétent pour l’évaluation des titres et diplômes des candidats et l’évaluation
         des épreuves. En tout état de cause, même si le jury avait compétence pour exclure un candidat pour le motif invoqué, cette
         compétence se serait éteinte avec l’établissement de la liste de réserve du concours le 6 décembre 2006. En effet, la règle
         qui interdit aux candidats, sous peine d’exclusion, d’établir des contacts avec les membres du jury viserait uniquement à
         assurer la sérénité des travaux du jury concernant l’évaluation des prestations des candidats (arrêt de la Cour du 14 juin
         1977, Costacurta/Commission, 73/76, Rec. p. 1163).
      
      29      La Commission observe que les deux lettres, adressées au président et à un autre membre du jury, dont elle produit copie des
         enveloppes, ainsi que les pièces originales que celles-ci contenaient, ont été envoyées le 7 décembre 2006, bien avant la
         publication des listes de réserve, survenue le 31 janvier 2007 (liste erronée) et le 15 février 2007 (liste corrigée).
      
       Appréciation du Tribunal
      30      Il convient de rappeler que, aux termes du titre D, point 2, intitulé « Jury », deuxième alinéa, de l’avis de concours, « [l]es
         interventions directes ou indirectes des candidats auprès du jury sont formellement proscrites [; t]oute violation de cette
         règle entraînera l’exclusion du concours des candidats concernés ».
      
      31      Il y a donc lieu de vérifier si, au regard du dossier et en particulier des éléments de preuve fournis par la Commission,
         il est établi, nonobstant les dénégations du requérant, que ce dernier a effectivement pris contact avec le président et un
         autre membre du jury en leur transmettant une copie de la lettre du 7 décembre 2006 adressée au directeur de l’EPSO, ainsi
         que les résultats des examens médicaux auxquels il avait été soumis dans le cadre du concours.
      
      32      À cet égard, la production par la Commission de documents originaux constitués des deux enveloppes adressées au président
         et à un autre membre du jury, contenant chacune copie de la lettre du requérant, du 7 décembre 2006, adressée au directeur
         de l’EPSO, ainsi que des résultats médicaux le concernant suffit à prouver la vraisemblance du fait allégué par la Commission,
         à savoir l’intervention du requérant auprès du jury avant la publication de la liste de réserve du concours.
      
      33      En effet, même si lesdites enveloppes ne font pas mention de l’expéditeur et si les copies de la lettre du 7 décembre 2006
         ne sont pas signées par le requérant, il n’en demeure pas moins que ces enveloppes ont été cachetées le 8 décembre 2006 par
         l’administration de la poste française, à Fontenay‑aux‑Roses, ville qui se trouve à quatre kilomètres de Châtenay‑Malabry,
         où il arrivait au requérant de séjourner à l’époque des faits, ainsi que ce dernier l’a indiqué dans sa lettre du 5 janvier
         2007 adressée au directeur de l’EPSO. De plus, il ressort du dossier que ces enveloppes contenaient les résultats d’examens
         médicaux pratiqués sur la personne du requérant le 27 novembre 2006, lors de la visite médicale d’embauche, dont il est peu
         vraisemblable, en raison du secret qui les entoure, qu’ils aient pu émaner d’une personne autre que l’intéressé lui-même,
         ces résultats lui ayant précisément été transmis par le service médical. 
      
      34      En présence de tels indices suffisamment précis et concordants, il appartient au requérant, afin de permettre au Tribunal
         de former sa conviction, d’apporter la preuve contraire ou, à tout le moins, de fournir une explication ou une justification
         de nature à mettre en cause la vraisemblance du fait allégué (voir, en ce sens, arrêt de la Cour du 7 janvier 2004, Aalborg
         Portland e.a./Commission, C‑204/00 P, C‑205/00 P, C‑211/00 P, C‑213/00 P, C‑217/00 P et C‑219/00 P, Rec. p. I‑123, point 79).
         Or, le requérant s’est borné, à cet égard, à nier avoir pris contact avec le jury et, dans ses observations du 5 octobre 2007,
         à mettre en doute la véracité des éléments de preuve, en évoquant notamment la possibilité d’un montage « de toutes pièces »
         d’un dossier par l’EPSO et le président du jury en vue de son exclusion du concours.
      
      35      Dans ces conditions, en l’absence d’une réfutation adéquate du requérant, il convient de conclure que la Commission a apporté,
         à suffisance de droit, la preuve que le requérant avait méconnu le titre D, point 2, deuxième alinéa, de l’avis de concours
         de telle sorte que celui-ci a pu valablement être exclu du concours.
      
      36      Quant à l’argument du requérant tiré de ce que les éléments de preuve présentés par la Commission l’ont été à un stade tardif
         de la procédure et sur demande du Tribunal, il suffit d’observer que ces éléments ont été produits précisément en réponse
         à la contestation du requérant, contenue dans la requête, d’avoir contacté deux des membres du jury du concours. 
      
      37      Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, le jury, habilité à établir la liste d’aptitude conformément à
         l’article 30 du statut des fonctionnaires des Communautés européennes, était compétent pour constater le comportement irrégulier
         de l’intéressé et l’exclure du concours conformément au titre D, point 2, de l’avis de concours, intitulé « Jury ». La circonstance
         que la décision formelle d’exclusion du requérant n’ait été communiquée à ce dernier que le 2 février 2007 n’est pas de nature
         à rendre ladite décision irrégulière, en l’absence de tout délai péremptoire à cet égard, prévu par les dispositions statutaires
         applicables, et de tout manquement au principe de bonne administration qui pourrait pour ce motif, au regard du déroulement
         des faits, retracé aux points 2 à 19 du présent arrêt, être reproché à la Commission. 
      
      38      Il y a lieu en conséquence de rejeter le recours en annulation, sans qu’il soit besoin d’accéder à la demande du requérant
         tendant à ce que les membres du jury soient auditionnés ni de se prononcer sur les conclusions dirigées contre la décision
         du jury, du 6 décembre 2006, de ne pas inscrire l’intéressé sur la liste de réserve, le non-respect de l’interdiction énoncée
         au titre D, point 2, deuxième alinéa, de l’avis de concours étant un motif suffisant pour exclure le requérant du concours
         lui-même.
      
       Sur la demande indemnitaire
      39      La Commission observe que l’illégalité de la décision attaquée n’a pas été établie, que le dommage allégué n’est pas réel
         et que le lien de causalité entre les décisions du jury du concours, des 6 décembre 2006 et 2 février 2007, et le préjudice
         invoqué fait défaut. En conséquence, aucune des conditions pouvant mettre en œuvre la responsabilité extracontractuelle de
         la Commission ne serait remplie en l’espèce.
      
      40      En tout état de cause, l’annulation éventuelle des décisions du jury du concours, des 6 décembre 2006 et 2 février 2007, serait
         une réparation suffisante du préjudice subi.
      
      41      À cet égard, il résulte de la jurisprudence que les conclusions tendant à la réparation d’un préjudice en matière de fonction
         publique doivent être rejetées dans la mesure où elles présentent un lien étroit avec les conclusions en annulation qui ont
         elles-mêmes été rejetées comme non fondées (arrêts du Tribunal de première instance du 10 juin 2004, Liakoura/Conseil, T‑330/03,
         RecFP p. I‑A‑191 et II‑859, point 69, et du 13 juillet 2005, Scano/Commission, T‑5/04, RecFP p. I‑A‑205 et II‑931, point 77).
      
      42      En l’espèce, il existe un lien étroit entre les conclusions en indemnité et les conclusions en annulation, puisque le requérant
         demande à obtenir réparation des préjudices qui résulteraient de sa non-inscription sur la liste de réserve du concours. Les
         conclusions en annulation ayant été rejetées comme non fondées, celles en indemnité doivent l’être également.
      
      43      Il résulte de tout ce qui précède que le recours doit être rejeté dans son intégralité.
      
       Sur les dépens
      44      En vertu de l’article 122 du règlement de procédure du Tribunal, les dispositions du chapitre huitième du titre deuxième dudit
         règlement, relatives aux dépens et aux frais de justice, ne s’appliquent qu’aux affaires introduites devant le Tribunal à
         compter de l’entrée en vigueur de ce règlement de procédure, à savoir le 1er novembre 2007. Les dispositions du règlement de procédure du Tribunal de première instance pertinentes en la matière continuent
         à s’appliquer mutatis mutandis aux affaires pendantes devant le Tribunal avant cette date.
      
      45      Aux termes de l’article 87, paragraphe 2, du règlement de procédure du Tribunal de première instance, toute partie qui succombe
         est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. Toutefois, en vertu de l’article 88 du même règlement, dans les litiges
         entre les Communautés et leurs agents, les frais exposés par les institutions restent à la charge de celles-ci. Le requérant
         ayant succombé en son recours, il y a lieu de décider que chaque partie supporte ses propres dépens.
      
      Par ces motifs,
      LE TRIBUNAL (deuxième chambre)
      déclare et arrête :
      1)      Le recours est rejeté.
      2)      Chaque partie supporte ses propres dépens.
      
               Van Raepenbusch 
            
            
                Boruta 
            
            
                Kanninen
            
         Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 29 novembre 2007.
      
               Le greffier 
            
             
            
                      Le président
            
         
               W. Hakenberg 
            
             
            
                      S. Van Raepenbusch
            
         * Langue de procédure : le français.