CELEX: 62015CJ0252
Language: fr
Date: 2016-03-17 00:00:00
Title: Arrêt de la Cour (sixième chambre) du 17 mars 2016.#Naazneen Investments Ltd contre Office de l'harmonisation dans le marché intérieur (marques, dessins et modèles) (OHMI).#Pourvoi – Marque communautaire – Règlement (CE) no 207/2009 – Procédure en déchéance – Article 51, paragraphe 1, sous a) – Marque communautaire verbale SMART WATER – Usage sérieux – Obligation de motivation – Article 75.#Affaire C-252/15 P.

ARRÊT DE LA COUR (sixième chambre)
      17 mars 2016 (*)
      
      «Pourvoi – Marque communautaire – Règlement (CE) n° 207/2009 – Procédure en déchéance – Article 51, paragraphe 1, sous a) – Marque communautaire verbale SMART WATER – Usage sérieux – Obligation de motivation – Article 75»
      Dans l’affaire C‑252/15 P,
      ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 27
         mai 2015,
      
      Naazneen Investments Ltd, établie à Limassol (Chypre), représentée par Mes P. Goldenbaum et I. Rohr, Rechtsanwältinnen,
      
      partie requérante,
      les autres parties à la procédure étant:
      Office de l’harmonisation dans le marché intérieur (marques, dessins et modèles) (OHMI), représenté par MM. D. Gája et A. Folliard-Monguiral, en qualité d’agents,
      
      partie défenderesse en première instance,
      Energy Brands Inc., établie à New York (États-Unis), représentée par M. S. Malynicz, barrister, ainsi que par MM. D. Stone et A. Dykes, solicitors,
      
      partie intervenante en première instance,
      LA COUR (sixième chambre),
      composée de M. A. Arabadjiev, président de chambre, MM. S. Rodin et E. Regan (rapporteur), juges,
      avocat général: Mme J. Kokott,
      
      greffier: M. A. Calot Escobar,
      vu la procédure écrite,
      vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,
      rend le présent
      Arrêt
      1        Par son pourvoi, Naazneen Investments Ltd demande l’annulation de l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 18 mars 2015,
         Naazneen Investments/OHMI – Energy Brands (SMART WATER) (T‑250/13, EU:T:2015:160, ci-après l’«arrêt attaqué»), par lequel
         celui-ci a rejeté son recours tendant à l’annulation de la décision de la deuxième chambre de recours de l’Office de l’harmonisation
         dans le marché intérieur (marques, dessins et modèles) (OHMI), du 18 février 2013 (affaire R 1101/2011 2), relative à une
         procédure en déchéance entre Energy Brands Inc. (ci-après «Energy Brands») et la requérante (ci-après la «décision litigieuse»).
         
      
       Le cadre juridique
      2        L’article 15 du règlement (CE) n° 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque communautaire (JO L 78, p. 1), prévoit:
      
      «1.      Si, dans un délai de cinq ans à compter de l’enregistrement, la marque communautaire n’a pas fait l’objet par le titulaire
         d’un usage sérieux dans la Communauté pour les produits ou les services pour lesquels elle est enregistrée, ou si un tel usage
         a été suspendu pendant un délai ininterrompu de cinq ans, la marque communautaire est soumise aux sanctions prévues au présent
         règlement, sauf juste motif pour le non-usage.
      
      [...] 
      2.      L’usage de la marque communautaire avec le consentement du titulaire est considéré comme fait par le titulaire.»
      3        L’article 51, paragraphe 1, de ce règlement dispose:
      
      «Le titulaire de la marque communautaire est déclaré déchu de ses droits, sur demande présentée auprès de l’Office ou sur
         demande reconventionnelle dans une action en contrefaçon:
      
      a)      si, pendant une période ininterrompue de cinq ans, la marque n’a pas fait l’objet d’un usage sérieux dans la Communauté pour
         les produits ou les services pour lesquels elle est enregistrée, et qu’il n’existe pas de justes motifs pour le non-usage;
         toutefois, nul ne peut faire valoir que le titulaire est déchu de ses droits, si, entre l’expiration de cette période et la
         présentation de la demande ou de la demande reconventionnelle, la marque a fait l’objet d’un commencement ou d’une reprise
         d’usage sérieux; cependant, le commencement ou la reprise d’usage fait dans un délai de trois mois avant la présentation de
         la demande ou de la demande reconventionnelle, ce délai commençant à courir au plus tôt à l’expiration de la période ininterrompue
         de cinq ans de non-usage, n’est pas pris en considération lorsque des préparatifs pour le commencement ou la reprise de l’usage
         interviennent seulement après que le titulaire a appris que la demande ou la demande reconventionnelle pourrait être présentée;
      
      [...]»
      4        Aux termes de l’article 75 dudit règlement:
      
      «Les décisions de l’Office sont motivées. Elles ne peuvent être fondées que sur des motifs sur lesquels les parties ont pu
         prendre position.»
      
       Les antécédents du litige
      5        Le 29 juin 1999, Water Concepts, Inc. a obtenu, auprès de l’OHMI, l’enregistrement, sous le numéro 781153, de la marque communautaire
         verbale SMART WATER (ci-après la «marque en cause»), en vertu du règlement (CE) n° 40/94 du Conseil, du 20 décembre 1993,
         sur la marque communautaire (JO 1994, L 11, p. 1), qui a été abrogé et remplacé par le règlement n° 207/2009, entré en vigueur
         le 13 avril 2009. 
      
      6        Les produits pour lesquels la marque en cause a été enregistrée relèvent de la classe 32 au sens de l’arrangement de Nice
         concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin
         1957, tel que révisé et modifié, et correspondent à la description suivante: «Boissons, à savoir de l’eau avec des compléments
         diététiques» (ci-après les «produits concernés»). 
      
      7        Le 25 février 2002, l’OHMI a été informé du transfert de la marque en cause à Gondwana Trade Getränke GmbH & Co. KG, qui est
         devenue par la suite Gondwana Trade International Brands GmbH & Co. KG (ci-après «Gondwana»). 
      
      8        Le 21 juin 2007, l’OHMI a été informé du transfert de la marque en cause à la requérante, Naazneen Investments Ltd. 
      
      9        Le 31 mars 2008, l’enregistrement de la marque en cause a été renouvelé jusqu’au 24 mars 2018. 
      
      10      Par décision du 18 mai 2011, la division d’annulation de l’OHMI (ci-après la «division d’annulation») a fait droit à la demande
         en déchéance de la marque en cause qui avait été introduite par Energy Brands pour l’ensemble des produits concernés.
      
      11      Le 25 mai 2011, la requérante a formé un recours auprès de l’OHMI contre la décision de la division d’annulation. 
      
      12      Par la décision litigieuse, la deuxième chambre de recours de l’OHMI (ci-après la «chambre de recours») a confirmé la décision
         de la division d’annulation. Elle a relevé que la demande en déchéance ayant été déposée le 3 juillet 2009, la période de
         cinq ans à prendre en considération pour apprécier l’usage sérieux de la marque en cause était comprise entre le 3 juillet
         2004 et le 2 juillet 2009. Elle a considéré, d’une part, que les éléments de preuve produits par la requérante ne permettaient
         pas d’établir que la marque en cause avait fait l’objet d’un usage sérieux. D’autre part, elle a estimé qu’il n’y avait pas
         de justes motifs pour le non-usage de cette marque. 
      
       La procédure devant le Tribunal et l’arrêt attaqué
      13      Par requête déposée au greffe du Tribunal le 2 mai 2013, la requérante a introduit un recours tendant à l’annulation de la
         décision litigieuse.
      
      14      À l’appui de son recours, la requérante a soulevé deux moyens, tirés de la violation, respectivement, de l’article 51, paragraphe
         1, sous a), du règlement n° 207/2009 et de l’article 75 de ce règlement.
      
      15      Par l’arrêt attaqué, le Tribunal a rejeté ces deux moyens et, partant, le recours dans son ensemble.
      
       Les conclusions des parties
      16      Par son pourvoi, la requérante demande à la Cour:
      
      –        à titre principal, d’annuler l’arrêt attaqué et la décision litigieuse;
      –        à titre subsidiaire, de renvoyer l’affaire devant le Tribunal; 
      –        de condamner l’OHMI à supporter ses propres dépens ainsi que ceux de la requérante, et 
      –        de condamner Energy Brands à supporter ses propres dépens.
      17      L’OHMI et Energy Brands demandent à la Cour:
      
      –        de rejeter le pourvoi et
      –        de condamner la requérante aux dépens.
       Sur le pourvoi
      18      À l’appui de son pourvoi, la requérante invoque deux moyens, tirés de la violation, respectivement, de l’article 75 du règlement
         n° 207/2009 et de l’article 51, paragraphe 1, sous a), de ce règlement.
      
       Sur le premier moyen
       Argumentation des parties
      19      La requérante soutient que le Tribunal ne pouvait pas considérer que la motivation de la décision litigieuse était suffisante
         en raison du fait que la chambre de recours s’est bornée, pour l’essentiel, à répéter les motifs de la division d’annulation,
         sans répondre aux arguments présentés par la requérante. Cette manière de procéder ne saurait être considérée comme un rejet
         implicite des arguments de la requérante. 
      
      20      Par ailleurs, la requérante estime que le Tribunal a considéré à tort que la chambre de recours a tenu compte de tous les
         éléments de preuve produits, en particulier de l’annexe 45 et des preuves additionnelles jointes à sa lettre du 16 septembre
         2011. Contrairement à ce qu’a jugé le Tribunal, ladite annexe 45 n’ayant été présentée qu’au cours de la procédure de recours,
         elle n’aurait pas pu faire partie de l’analyse de la division d’annulation. En outre, la décision litigieuse ne mentionnerait
         aucune des preuves additionnelles présentées par la requérante.
      
      21      L’OHMI et Energy Brands soutiennent que ce moyen est irrecevable, dès lors qu’il répète les arguments avancés en première
         instance et vise à obtenir un simple réexamen de la requête présentée devant le Tribunal, ce qui échappe à la compétence de
         la Cour. Ils estiment que ce moyen est, en tout état de cause, dépourvu de fondement.
      
       Appréciation de la Cour
      22      En ce qui concerne la recevabilité du premier moyen, il convient de rappeler, à titre liminaire, qu’il résulte de l’article
         256, paragraphe 1, second alinéa, TFUE, de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne
         et de l’article 168, paragraphe 1, sous d), du règlement de procédure de la Cour qu’un pourvoi doit indiquer de façon précise
         les éléments critiqués de l’arrêt dont l’annulation est demandée ainsi que les arguments juridiques qui soutiennent de manière
         spécifique cette demande. 
      
      23      Ainsi, ne répond pas aux exigences de motivation résultant de ces dispositions un pourvoi qui, sans même comporter une argumentation
         visant spécifiquement à identifier l’erreur de droit dont serait entaché l’arrêt attaqué, se limite à répéter ou à reproduire
         textuellement les moyens et les arguments qui ont été présentés devant le Tribunal, y compris ceux qui étaient fondés sur
         des faits expressément rejetés par cette juridiction. En effet, un tel pourvoi constitue en réalité une demande visant à obtenir
         un simple réexamen de la requête présentée devant le Tribunal, ce qui échappe à la compétence de la Cour (voir, en ce sens,
         notamment, ordonnance Rajani/OHMI, C‑559/08 P, EU:C:2010:529, point 41, ainsi que arrêt Reber Holding/OHMI, C‑141/13 P, EU:C:2014:2089,
         point 54).
      
      24      Cependant, dès lors qu’un requérant conteste l’interprétation ou l’application du droit de l’Union faite par le Tribunal,
         les points de droit examinés en première instance peuvent être à nouveau discutés au cours d’un pourvoi. En effet, si un requérant
         ne pouvait fonder de la sorte son pourvoi sur des moyens et des arguments déjà utilisés devant le Tribunal, la procédure de
         pourvoi serait privée d’une partie de son sens (voir, en ce sens, notamment, arrêt Helena Rubinstein et L’Oréal/OHMI, C‑100/11 P,
         EU:C:2012:285, point 110).
      
      25      En l’espèce, il convient toutefois de constater que, si, certes, comme le relève l’OHMI, le premier moyen répète en partie
         celui avancé en première instance, il demeure que, par ledit moyen, la requérante conteste précisément, en indiquant les passages
         de l’arrêt attaqué dont elle considère qu’ils sont entachés d’erreur de droit, l’interprétation et l’application de l’article
         75 du règlement n° 207/2009 par le Tribunal, tout en exposant les raisons pour lesquelles elle considère que ce dernier a
         violé cette même disposition en rejetant son moyen tiré d’un défaut de motivation de la décision litigieuse. 
      
      26      Il s’ensuit que l’exception d’irrecevabilité soulevée par l’OHMI et Energy Brands concernant l’ensemble du premier moyen doit
         être rejetée.
      
      27      Par ailleurs, l’OHMI ne saurait reprocher à la requérante de ne pas avoir étayé le grief tiré d’un défaut de motivation de
         l’arrêt attaqué, dès lors qu’il ressort clairement de ce premier moyen que celui-ci ne comporte pas un tel grief.
      
      28      En ce qui concerne le bien-fondé du premier moyen, il convient de rappeler que, selon l’article 75, première phrase, du règlement
         n° 207/2009, les décisions de l’OHMI sont motivées. 
      
      29      Il ressort de la jurisprudence constante de la Cour que cette obligation de motivation répond au double objectif de permettre,
         d’une part, aux intéressés de connaître les justifications de la mesure prise afin de défendre leurs droits et, d’autre part,
         au juge de l’Union d’exercer son contrôle sur la légalité de la décision (arrêts Helena Rubinstein et L’Oréal/OHMI, C‑100/11 P,
         EU:C:2012:285, point 111, ainsi que Storck/OHMI, C‑96/11 P, EU:C:2012:537, point 86).
      
      30      En l’occurrence, il convient de constater que, ainsi que le Tribunal l’a relevé au point 22 de l’arrêt attaqué, la chambre
         de recours a, d’une part, fait droit à la demande en déchéance déposée par Energy Brands en confirmant l’analyse faite par
         la division d’annulation, selon laquelle la preuve de l’usage sérieux de la marque en cause n’avait pas été rapportée et,
         d’autre part, ainsi implicitement rejeté les arguments de la requérante sur ce point. 
      
      31      À cet égard, le Tribunal a précisé à juste titre, aux points 16 et 19 de l’arrêt attaqué, que la motivation de la division
         d’annulation fait partie du contexte dans lequel la décision litigieuse a été adoptée, contexte qui était connu de la requérante
         et permettait au juge d’exercer pleinement son contrôle de légalité (voir, par analogie, ordonnance Wohlfahrt/OHMI, C‑357/12 P,
         EU:C:2013:356, point 43).
      
      32      Or, ni devant le Tribunal ni au stade du présent pourvoi, la requérante n’a contesté que la motivation retenue par les instances
         de l’OHMI était suffisante pour lui permettre de connaître les justifications de la décision litigieuse et pour permettre
         au Tribunal d’exercer son contrôle sur la légalité de cette décision. 
      
      33      Certes, la requérante fait grief au Tribunal d’avoir considéré que la décision litigieuse est motivée à suffisance de droit,
         alors même que celle-ci ne se réfère pas aux arguments qu’elle a avancés devant la chambre de recours.
      
      34      Cependant, il ressort de la jurisprudence de la Cour que l’obligation de motivation qui incombe à l’OHMI en vertu de l’article
         75 du règlement n° 207/2009 peut être satisfaite sans qu’il soit nécessaire de répondre expressément et de manière exhaustive
         à l’ensemble des arguments avancés par un requérant (voir, en ce sens, arrêts Helena Rubinstein et L’Oréal/OHMI, C‑100/11 P,
         EU:C:2012:285, point 112, ainsi que Storck/OHMI, C‑96/11 P, EU:C:2012:537, point 88).
      
      35      En outre, la requérante n’a nullement identifié les arguments spécifiques auxquels la chambre de recours n’aurait pas répondu
         ni démontré en quoi cette prétendue absence de motivation aurait affecté l’exercice de son droit de recours. 
      
      36      Dans ces conditions, il convient de conclure que le Tribunal n’a commis aucune erreur de droit en considérant que la motivation
         de la décision litigieuse n’était entachée d’aucune violation de l’article 75 du règlement n° 207/2009.
      
      37      Par ailleurs, s’agissant du grief selon lequel le Tribunal aurait considéré à tort que la chambre de recours a pris en compte
         des éléments de preuve additionnels concernant l’usage de la marque en cause, faisant l’objet de l’annexe 45 et d’autres annexes
         de la lettre de la requérante du 16 septembre 2011 produites devant cette instance, il convient de relever qu’il ressort des
         propres explications fournies par celle-ci à l’appui de son pourvoi que ces éléments de preuve visaient uniquement, ainsi
         que le Tribunal l’a constaté au point 19 de l’arrêt attaqué, sans que cela soit contesté, à compléter les preuves déjà fournies
         à l’OHMI dans d’autres documents, à savoir les annexes 22 et 26 de ladite lettre. 
      
      38      Or, la requérante ne conteste pas, au stade du présent pourvoi, que ces dernières annexes ont été prises en compte par la
         chambre de recours dans la décision litigieuse.
      
      39      En conséquence, il convient de rejeter le premier moyen comme étant, pour partie, irrecevable et, pour partie, non fondé.
      
       Sur le second moyen
       Sur la première branche du second moyen
      –       Argumentation des parties
      40      Par cette première branche, la requérante fait grief au Tribunal d’avoir commis des erreurs de droit lors de l’appréciation
         des éléments de preuve visant à établir l’usage sérieux de la marque en cause. 
      
      41      En premier lieu, en ce qui concerne la valeur probante des déclarations sous serment, le Tribunal aurait commis une erreur
         de droit, au point 30 de l’arrêt attaqué, en considérant que la chambre de recours a confirmé l’appréciation de la division
         d’annulation, alors que la décision litigieuse ne traiterait pas de cette question. En l’absence d’indication contraire dans
         la décision litigieuse, il conviendrait de présumer que la chambre de recours partageait l’analyse erronée de la division
         d’annulation  quant au caractère discutable de la valeur probante de ces déclarations.
      
      42      En deuxième lieu, en ce qui concerne les ventes réelles, le Tribunal aurait, tout d’abord, commis une erreur de droit au point
         33 de l’arrêt attaqué, en ce que rien n’exclut que des «ventes tests» puissent constituer un usage sérieux. En outre, au même
         point de cet arrêt, le Tribunal aurait dénaturé les faits qui étaient soumis à son appréciation, en ce que le montant de 800 euros
         mentionné dans les deux factures relatives à la livraison de douze palettes de bouteilles pour réaliser des «ventes tests»
         représentait non pas le prix des bouteilles, mais le montant qui devait être versé à la société de transport pour le transport
         des produits. 
      
      43      Ensuite, aux points 35 et 51 de l’arrêt attaqué, le Tribunal aurait commis une erreur de droit, en ce qu’il a considéré que,
         lorsque le marché de produits est d’une taille considérable, la vente d’une faible quantité de tels produits ne peut pas être
         suffisante pour établir l’usage sérieux de la marque sous laquelle ils sont enregistrés. La seule question pertinente serait,
         en effet, celle de savoir si les activités du titulaire de cette marque constituent des tentatives plausibles de gagner une
         part de marché. Le Tribunal commettrait également une erreur de droit en concluant que, s’agissant de produits de consommation
         de masse, la taille considérable du marché des produits en cause doit automatiquement entraîner des exigences plus élevées
         quant à la portée de l’usage. Il serait, en effet, erroné d’appliquer à une entreprise qui tente de pénétrer le marché les
         mêmes critères que ceux applicables à une entreprise qui détient déjà une part de marché importante. 
      
      44      Enfin, le Tribunal aurait commis la même erreur de droit que la chambre de recours, au point 36 de l’arrêt attaqué, en ne
         procédant pas à une appréciation globale des preuves contenues dans les annexes 19 et 24 de la lettre de la requérante du
         16 septembre 2011. En effet, ces annexes auraient dû être appréciées dans le contexte de la déclaration sous serment à laquelle
         elles étaient jointes, selon laquelle des ventes réelles avaient effectivement été réalisées.
      
      45      En troisième lieu, en ce qui concerne la publicité et les autres activités de promotion, le Tribunal, en jugeant, au point
         40 de l’arrêt attaqué, que les preuves en la matière ne concernaient que les années 2006 et 2007, ne respecterait pas, tout
         d’abord, le principe selon lequel il n’existe pas de période minimale devant être couverte pour établir l’usage sérieux d’une
         marque. 
      
      46      Ensuite, le Tribunal méconnaîtrait sa propre jurisprudence en refusant de considérer que les circonstances expliquant le défaut
         d’usage entre le mois d’août 2007 et le mois de juillet 2009 fournissaient une explication suffisante de l’usage restreint
         de la marque. En effet, de très nombreux facteurs autres que l’usage intensif et régulier d’une marque pourraient compenser
         un faible volume de ventes. Or, en l’occurrence, l’usage sérieux de la marque au cours des années 2006 et 2007 devrait être
         apprécié sur la base de la situation à l’époque. À cet égard, la requérante aurait expliqué qu’elle avait eu besoin de temps
         pour élaborer une nouvelle stratégie en vue d’un nouveau lancement des produits concernés après le revers subi au cours de
         l’année 2007 en raison de la contamination de ceux-ci et de l’engagement d’une procédure en déchéance contre sa marque. 
      
      47      Enfin, au point 41 de l’arrêt attaqué, le Tribunal, en considérant que seules les publicités d’envergure peuvent être pertinentes,
         méconnaîtrait l’obligation lui incombant de prendre en compte, dans le cadre d’une appréciation globale, tous les facteurs
         pertinents, tels que le volume de l’activité commerciale et les capacités de production ou de commercialisation. 
      
      48      En quatrième lieu, en ce qui concerne les accords de confidentialité, le Tribunal aurait commis une erreur de droit, au point
         44 de l’arrêt attaqué, en les considérant comme dénués de pertinence et en n’en tenant pas compte dans le cadre de l’appréciation
         globale nécessaire.
      
      49      En cinquième lieu, en ce qui concerne les extraits imprimés du site Internet de la requérante, figurant à l’annexe 35 de sa
         lettre du 16 septembre 2011, le Tribunal, au point 44 de l’arrêt attaqué, aurait dénaturé ces éléments de preuve soumis à
         son appréciation lorsqu’il a constaté que ce site affichait le message «site en construction, veuillez essayer plus tard!».
         Ce message aurait, en effet, été affiché uniquement à partir du mois de janvier 2010, à savoir à une date ne relevant pas
         de la période pertinente de cinq ans, ce que la requérante aurait expliqué à plusieurs reprises.
      
      50      En sixième lieu, le Tribunal aurait commis une erreur de droit, aux points 46 et 47 de l’arrêt attaqué, en n’ayant pas relevé
         que la chambre de recours s’est contredite lorsqu’elle a constaté, d’une part, que le montant total des transactions au cours
         de la période pertinente semblait symbolique et, d’autre part, qu’elle ne doutait pas de l’intention du titulaire de la marque
         en cause de faire réellement usage de cette marque. En jugeant que la chambre de recours a utilisé le terme «symbolique» pour
         qualifier non pas l’usage de la marque en cause, mais le montant total des transactions, le Tribunal retiendrait une interprétation
         incorrecte de ce terme. En effet, la Cour, au point 70 de l’arrêt Sunrider/OHMI (C‑416/04 P, EU:C:2006:310), aurait défini
         un usage «symbolique» comme un usage ayant pour seul objet le maintien des droits conférés par la marque. 
      
      51      En septième lieu, aux points 54 et 55 de l’arrêt attaqué, le Tribunal, en jugeant que la période de près de trois ans séparant
         la tentative de lancement et la fin de la période pertinente ne pouvait pas être considérée comme étant une phase de lancement,
         aurait commis une dénaturation des faits et retenu une interprétation incorrecte. 
      
      52      Tout d’abord, le Tribunal aurait commis une erreur de calcul, dès lors que moins de deux ans auraient séparé les livraisons
         des produits, au mois d’août 2007, et la fin de la période pertinente de cinq ans, le 2 juillet 2009. 
      
      53      Ensuite, en ne tenant pas compte du fait que la phase de nouveau lancement a été perturbée par le caractère défectueux de
         la première livraison de bouteilles et par la procédure de déchéance, le Tribunal n’aurait pas procédé à une appréciation
         globale de tous les facteurs pertinents. Le Tribunal aurait, à cet égard, commis une erreur de droit en jugeant que ces circonstances
         ne pouvaient pas être prises en compte pour déterminer si l’usage restreint de la marque en cause était néanmoins suffisant
         pour revêtir un caractère sérieux, de telles circonstances ne pouvant être prises en considération que dans le cadre de l’appréciation
         des justes motifs pour le non-usage d’une marque. En effet, la présente affaire serait non pas un cas de «non-usage» mais
         un cas d’«usage restreint». 
      
      54      Enfin, les motifs pour lesquels une marque n’a pas été utilisée de manière plus importante ne devraient pas remplir les exigences
         des justes motifs pour le non-usage. Ils devraient, en revanche, être suffisants pour rendre plausibles les raisons pour lesquelles
         l’usage n’a pas été plus considérable. Or, ni la chambre de recours ni le Tribunal n’auraient contesté le fait que le titulaire
         de la marque en cause et le preneur de la licence ont entamé à plusieurs reprises le lancement des produits concernés et ont
         tenté avec persévérance d’obtenir une part de marché significative. 
      
      55      L’OHMI et Energy Brands font valoir que le second moyen de la requérante est, en sa première branche, pour partie, irrecevable
         et, pour partie, non fondé. 
      
      –       Appréciation de la Cour
      56      Il convient de rappeler que, ainsi que le Tribunal l’a indiqué à bon droit aux points 25 et 26 de l’arrêt attaqué, une marque
         fait l’objet d’un usage sérieux lorsqu’elle est utilisée, conformément à sa fonction essentielle qui est de garantir l’identité
         d’origine des produits ou des services pour lesquels elle a été enregistrée, aux fins de créer ou de conserver un débouché
         pour ces produits et services, à l’exclusion d’usages à caractère symbolique ayant pour seul objet le maintien des droits
         conférés par la marque. L’appréciation du caractère sérieux de l’usage de la marque doit reposer sur l’ensemble des faits
         et des circonstances propres à établir la réalité de l’exploitation commerciale de celle-ci dans la vie des affaires, en particulier
         les usages considérés comme justifiés dans le secteur économique concerné pour maintenir ou créer des parts de marché au profit
         des produits ou des services protégés par la marque, la nature de ces produits ou de ces services, les caractéristiques du
         marché, l’étendue et la fréquence de l’usage de la marque (arrêt Reber Holding/OHMI, C‑141/13 P, EU:C:2014:2089, point 29
         et jurisprudence citée).
      
      57      En l’occurrence, il ressort des points 29 à 61 de l’arrêt attaqué que le Tribunal a considéré que la chambre de recours avait
         conclu à juste titre à l’absence d’usage sérieux de la marque en cause au cours de la période comprise entre le 3 juillet
         2004 et le 2 juillet 2009, après avoir examiné, respectivement, les déclarations sous serment, les preuves de l’existence
         de ventes réelles, les preuves d’activités promotionnelles et publicitaires, l’existence d’accords de confidentialité et les
         extraits du site Internet de Gondwana, puis en ayant réfuté un certain nombre d’arguments avancés par la requérante, tirés,
         notamment, du caractère non symbolique de l’usage de la marque en cause, de l’absence de seuil quantitatif pour déterminer
         l’usage sérieux, de l’absence de prise en compte des raisons du non‑usage de la marque en cause et de l’absence d’appréciation
         globale des éléments de preuve.
      
      58      En substance, par la première branche du second moyen, la requérante vise à remettre en cause l’appréciation à laquelle le
         Tribunal s’est livré de la plupart de ces éléments de preuve et de ces arguments relatifs à l’usage sérieux de la marque en
         cause.
      
      59      En ce qui concerne, en premier lieu, la prise en compte des déclarations sous serment, il y a lieu de rappeler qu’il résulte
         de l’article 256 TFUE ainsi que de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne que
         le pourvoi est limité aux questions de droit. Le Tribunal est, dès lors, seul compétent pour constater et apprécier les faits
         pertinents ainsi que pour apprécier les éléments de preuve. L’appréciation de ces faits et de ces éléments de preuve ne constitue
         donc pas, sous réserve du cas de leur dénaturation, une question de droit soumise, comme telle, au contrôle de la Cour dans
         le cadre d’un pourvoi (voir, notamment, arrêt Il Ponte Finanziaria/OHMI, C‑234/06 P, EU:C:2007:514, point 38, et ordonnance
         Arnoldo Mondadori Editore/OHMI, C‑548/14 P, EU:C:2015:624, point 38). 
      
      60      Or, il y a lieu de constater que, par ses arguments, la requérante se borne à mettre en cause l’appréciation par le Tribunal,
         au point 30 de l’arrêt attaqué, de la valeur probante de ces déclarations sous serment et qu’elle tend ainsi à demander à
         la Cour de substituer sa propre appréciation des faits et des éléments de preuve à celle à laquelle le Tribunal s’est livré
         (voir, par analogie, arrêt Centrotherm Systemtechnik/OHMI, C‑610/11 P, EU:C:2013:593, point 44). Une telle argumentation est,
         dès lors, irrecevable. 
      
      61      Par ailleurs, la requérante ne saurait utilement reprocher au Tribunal d’avoir considéré que la chambre de recours avait confirmé
         l’appréciation opérée par la division d’annulation sur ce point, une telle critique étant inopérante. En effet, fût-elle fondée,
         il n’en découlerait pas pour autant que le Tribunal aurait, au point 30 de l’arrêt attaqué, commis une erreur de droit en
         décidant que les déclarations sous serment émanant d’une personne qui a des liens étroits avec la partie concernée sont d’une
         valeur probante de moindre importance que celles des tiers, ne pouvant, dès lors, à elles seules, constituer une preuve suffisante
         de l’usage de la marque.
      
      62      En ce qui concerne, en deuxième lieu, l’appréciation des preuves de l’existence de ventes réelles, il convient, tout d’abord,
         de constater que, s’agissant de la prise en compte des ventes tests, la requérante se fonde sur une lecture erronée de l’arrêt
         attaqué. En effet, le Tribunal a relevé, au point 33 de cet arrêt, que la chambre de recours avait pris en compte ces ventes
         tests comme preuves de ventes réelles susceptibles de prouver l’usage sérieux de cette marque. Pour le même motif, la requérante
         ne saurait non plus reprocher au Tribunal une quelconque dénaturation en ce qui concerne le prix des bouteilles, le Tribunal
         n’ayant effectué aucune constatation sur ce point.
      
      63      Ensuite, la requérante procède également à une lecture erronée de l’arrêt attaqué lorsqu’elle fait grief au Tribunal d’avoir
         énoncé le principe selon lequel, sur un marché d’une taille considérable, une faible quantité de produits ne peut pas être
         suffisante pour établir l’usage sérieux de la marque sous laquelle ceux-ci sont enregistrés. En effet, le Tribunal n’a nullement
         énoncé un tel principe, mais s’est borné à constater, aux points 35 et 51 de l’arrêt attaqué, une série de faits qui suggéraient,
         selon lui, que l’usage de la marque en cause ne pouvait être considéré comme suffisant, dans le secteur économique concerné,
         pour être qualifié de sérieux. Or, de telles constatations de fait, sauf le cas de leur dénaturation, laquelle n’a pas été
         alléguée en l’espèce, relèvent de l’appréciation souveraine du Tribunal et, partant, ne sauraient être contestées au stade
         du présent pourvoi.
      
      64      Enfin, s’agissant de la prise en compte des éléments de preuve faisant l’objet des annexes 19 et 24 de la lettre de la requérante
         du 16 septembre 2011, c’est à tort que celle-ci fait grief au Tribunal de ne pas avoir procédé à une appréciation globale
         de chacun de ces éléments, dans la mesure où il aurait omis de prendre en compte ceux figurant dans les déclarations sous
         serment. En effet, il ressort clairement des points 29 à 37 de l’arrêt attaqué que le Tribunal a examiné l’ensemble des éléments
         de preuve fournis par la requérante concernant l’existence de ventes réelles. En réalité, il apparaît que, sous couvert de
         reprocher une erreur de droit au Tribunal, la requérante vise plutôt à obtenir de la Cour qu’elle substitue sa propre appréciation
         de ces faits et de ces éléments de preuve à celle du Tribunal, ce qui ne relève pas de sa compétence au stade du pourvoi.
      
      65      En ce qui concerne, en troisième lieu, les activités publicitaires, il y a lieu, tout d’abord, de constater que la requérante
         se fonde sur une lecture erronée de l’arrêt attaqué lorsqu’elle reproche au Tribunal d’avoir exigé que l’usage sérieux d’une
         marque se rapporte à une période minimale. En effet, il ressort clairement du point 40 de cet arrêt que le Tribunal n’a pas
         énoncé une telle exigence, mais qu’il s’est borné à relever que, en l’occurrence, les activités publicitaires de la requérante
         ne concernaient que les seules années 2006 et 2007, la requérante n’ayant apporté aucune preuve d’une commercialisation des
         produits concernés entre l’année 2007 et la fin de la période pertinente, à savoir le 2 juillet 2009.
      
      66      Ensuite, pour autant que la requérante reproche au Tribunal de ne pas avoir considéré que les éléments de preuves qu’elle
         avait fournis concernant le non‑usage de la marque en cause entre les mois d’août 2007 et de juillet 2009 étaient suffisants
         pour écarter les doutes éventuels quant au caractère sérieux de l’usage de cette marque, il suffit de constater qu’une telle
         argumentation vise à obtenir une nouvelle appréciation des preuves à laquelle le Tribunal a procédé aux points 40 et 41 de
         l’arrêt attaqué, ce qui, sous réserve du cas de la dénaturation de ces éléments, laquelle n’est pas alléguée, ne relève pas
         de la compétence de la Cour au stade du pourvoi.
      
      67      Enfin, en ce que la requérante reproche au Tribunal d’avoir considéré que seules les publicités d’envergure peuvent être pertinentes
         pour démontrer l’usage sérieux d’une marque, il y a lieu d’observer qu’elle se fonde, une fois encore, sur une lecture erronée
         de l’arrêt attaqué, le Tribunal ayant uniquement constaté, au point 41 dudit arrêt, dans le cadre de son appréciation souveraine
         des faits, que des publicités dans deux magazines allemands spécialisés ne sauraient constituer, à elles seules, une «campagne
         publicitaire».
      
      68      En quatrième lieu, c’est à tort que la requérante fait grief au Tribunal de ne pas avoir pris en compte l’existence d’accords
         de confidentialité conclus entre Gondwana et des fabricants de boisson. En effet, ainsi qu’il ressort du point 44 de l’arrêt
         attaqué, le Tribunal a pris en compte cet élément, mais il a considéré, au terme d’une appréciation factuelle qui, à moins
         qu’elle ne repose sur une dénaturation des faits, laquelle n’a pas été alléguée par la requérante au stade du présent pourvoi,
         relève du pouvoir souverain du Tribunal, que de tels accords n’ont pas été suivis de contrats portant sur la fabrication et
         la livraison des produits concernés.
      
      69      En cinquième lieu, s’agissant de la dénaturation alléguée des extraits du site Internet de Gondwana, lesquels faisaient l’objet
         de l’annexe 35 de la lettre de la requérante du 16 septembre 2011, il convient de rappeler que, compte tenu de la nature exceptionnelle
         d’un grief tiré de la dénaturation des faits et des éléments de preuve, l’article 256 TFUE, l’article 58, premier alinéa,
         du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et l’article 168, paragraphe 1, sous d), du règlement de procédure de
         la Cour imposent, en particulier, à un requérant d’indiquer de façon précise les éléments qui auraient été dénaturés par le
         Tribunal et de démontrer les erreurs d’analyse qui, dans son appréciation, auraient conduit celui-ci à cette dénaturation.
         Une telle dénaturation doit apparaître de façon manifeste des pièces du dossier, sans qu’il soit nécessaire de procéder à
         une nouvelle appréciation des faits et des preuves (ordonnance Adler Modemärkte/OHMI, C‑343/14 P, EU:C:2015:310, point 43
         et jurisprudence citée).
      
      70      En l’occurrence, il est constant entre les parties que, en constatant, au point 44 de l’arrêt attaqué, que la requérante n’avait
         pas avancé d’argument, devant la chambre de recours, permettant de remettre en cause la constatation faite par la division
         d’annulation selon laquelle ces extraits affichaient uniquement le message «site en construction, veuillez essayer plus tard
         !», le Tribunal a dénaturé les éléments de fait qui lui étaient soumis. En effet, il ressort clairement du dossier soumis
         à la Cour que la requérante a expliqué à la chambre de recours, notamment dans une lettre du 9 août 2010, que ce message n’a
         été affiché qu’à partir du mois de janvier 2010, à savoir à une époque qui ne relève pas de la période pertinente pour l’examen
         de l’usage sérieux de la marque en cause, et que la date du 4 mars 2010 figurant sur les extraits du site Internet de Gondwana
         se rapportait à celle de leur impression et non à la période à laquelle ce site pouvait être consulté.
      
      71      Toutefois, il y a lieu de constater que la requérante se borne à invoquer une telle dénaturation, sans exposer en quoi celle-ci
         serait de nature à affecter l’examen auquel le Tribunal s’est livré aux points 29 à 61 de l’arrêt attaqué en vue de conclure
         à l’absence d’usage sérieux de la marque en cause, dès lors que cette conclusion, ainsi que le Tribunal l’a relevé aux points
         58 à 59 de cet arrêt, sans que cela soit contesté au stade du présent pourvoi, résulte d’une appréciation globale de l’ensemble
         des éléments de preuve produits devant lui.
      
      72      En ce qui concerne, en sixième lieu, l’argument selon lequel le Tribunal a retenu une interprétation incorrecte du terme «symbolique»,
         il suffit de constater qu’il ressort clairement du point 46 de l’arrêt attaqué que la chambre de recours a utilisé ce terme,
         dans la décision litigieuse, pour qualifier non pas l’usage de la marque en cause, comme le soutient la requérante, mais le
         montant total des transactions au cours de la période pertinente. Le Tribunal a dès lors pu en déduire, sans commettre d’erreur,
         que la chambre de recours ne s’est pas contredite lorsqu’elle a affirmé par ailleurs qu’elle ne doutait pas de l’intention
         du titulaire de la marque en cause de faire réellement usage de cette marque.
      
      73      En ce qui concerne, en septième lieu, l’argumentation relative à la pertinence d’un volume commercial modeste lors de la phase
         de nouveau lancement d’un produit, la requérante ne saurait reprocher au Tribunal d’avoir commis une dénaturation des faits
         lorsqu’il a constaté, au point 55 de l’arrêt attaqué, qu’une période de près de trois ans s’est écoulée entre cette tentative
         de lancement et la fin de la période pertinente. En effet, ainsi que l’OHMI le relève à juste titre, la requérante elle-même
         fait valoir dans son pourvoi que «les travaux en vue d’un nouveau lancement ont débuté en 2006».
      
      74      Quant au grief selon lequel le Tribunal aurait dû prendre en compte, dans le cadre de son appréciation globale de l’usage
         sérieux de la marque en cause, les raisons pour lesquelles cette dernière n’a pas été utilisée de manière plus importante,
         il convient de rappeler que, au point 56 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a jugé à cet égard que l’appréciation de l’usage
         sérieux d’une marque doit prendre en compte les preuves de l’existence d’un tel usage et non les preuves justifiant le non-usage
         de cette marque, ces preuves étant prises en compte, en revanche, dans le cadre de l’appréciation des motifs pour le non-usage
         de ladite marque.
      
      75      Ce raisonnement n’est entaché d’aucune erreur de droit. 
      
      76      En effet, ainsi qu’il découle de la jurisprudence de la Cour rappelée au point 56 du présent arrêt, l’usage sérieux d’une
         marque requiert la preuve de son utilisation et de la réalité de son exploitation commerciale aux fins de créer ou de conserver
         un débouché pour ces produits et services. Dans ce contexte, les raisons du non-usage sont dépourvues de pertinence. En revanche,
         de telles raisons doivent être prises en compte, conformément aux articles 15, paragraphe 1, premier alinéa, et 51, paragraphe
         1, sous a), du règlement n° 207/2009, dans le cadre de l’examen des justes motifs justifiant le non-usage. 
      
      77      À cet égard, c’est à tort que la requérante soutient qu’il convient de distinguer les cas d’absence totale d’usage de ceux,
         comme en l’espèce, d’usage restreint, dans lesquels les justes motifs pourraient être pertinents pour vérifier le caractère
         sérieux de l’usage. Une telle distinction ne ressort nullement du texte des articles 15, paragraphe 1, premier alinéa, et
         51, paragraphe 1, sous a), du règlement n° 207/2009. Bien au contraire, il résulte du libellé même desdites dispositions que,
         lorsque l’usage sérieux d’une marque fait défaut, le titulaire de cette marque doit être déchu de ses droits, à moins qu’il
         ne justifie cette absence d’usage sérieux par l’existence de justes motifs. 
      
      78      Il en ressort clairement que, l’objectif des justes motifs étant ainsi de permettre de justifier des situations dans lesquelles
         l’usage sérieux de la marque fait défaut afin d’éviter la déchéance de la marque et leur fonction étant donc étroitement liée
         à celle de l’usage sérieux (arrêt Häupl, C‑246/05, EU:C:2007:340, point 44), le «non-usage» visé par les articles 15, paragraphe
         1, premier alinéa, et 51, paragraphe 1, sous a), du règlement n° 207/2009 doit nécessairement se comprendre comme se référant
         à l’absence d’usage sérieux au sens de la première partie de ces dispositions, incluant, dès lors, tant l’absence totale d’usage
         d’une marque que l’usage limité de celle-ci.
      
      79      Il résulte de l’ensemble des considérations qui précèdent que la première branche du second moyen doit être rejetée comme
         étant, pour partie, irrecevable et, pour partie, non fondée.
      
       Sur la seconde branche du second moyen
      –       Argumentation des parties
      80      Par cette seconde branche, la requérante reproche au Tribunal d’avoir conclu qu’il n’existait pas de justes motifs légitimant
         le non-usage de la marque en cause.
      
      81      En premier lieu, aux points 66 et 67 de l’arrêt attaqué, le Tribunal aurait jugé erronément que les problèmes relatifs à la
         fabrication des produits concernés par un tiers, survenus au cours de l’année 2007, n’étaient pas constitutifs de justes motifs.
         
      
      82      Tout d’abord, en retenant qu’il incombait à Gondwana de contrôler et de superviser la fabrication des produits concernés,
         le Tribunal n’aurait pas respecté le droit d’être entendu de la requérante, dès lors qu’il s’agit d’un élément nouveau qui
         n’a pas été soulevé devant la division d’annulation ou la chambre de recours. 
      
      83      Ensuite, il serait erroné de considérer que Gondwana était impliquée dans le processus de fabrication, celui-ci ayant été
         confié à un fournisseur expérimenté. Le Tribunal aurait, dès lors, retenu une interprétation incorrecte du critère du juste
         motif lorsqu’il a écarté l’argument selon lequel le caractère défectueux des produits était indépendant de la volonté de Gondwana.
         
      
      84      Enfin, le Tribunal aurait jugé, au point 68 de l’arrêt attaqué, qu’il est inexact que la requérante n’avait d’autre choix
         que d’arrêter d’utiliser la marque en cause ou de mettre en danger la santé des consommateurs, sans avoir égard aux explications
         détaillées fournies par la requérante à ce sujet. En réalité, le Tribunal aurait seulement examiné si, au cours de la période
         comprise entre les mois de septembre 2007 et de juillet 2009, il a été impossible de fabriquer et de commercialiser de nouveaux
         produits, alors qu’il aurait dû rechercher si cela aurait été déraisonnable.
      
      85      En second lieu, aux points 71 à 73 de l’arrêt attaqué, le Tribunal aurait jugé à tort que la procédure en déchéance ne constituait
         pas un juste motif pour le non-usage de la marque en cause. 
      
      86      Tout d’abord, l’engagement de la procédure en déchéance serait indépendante de la volonté de la requérante et de Gondwana.
         
      
      87      Ensuite, il ne serait pas raisonnable d’exiger de la requérante et du licencié qu’ils utilisent la marque en cause en dépit
         de la procédure en déchéance pendante. À cet égard, le Tribunal aurait, à nouveau, limité son appréciation à la question de
         savoir si la procédure en déchéance rendait impossible l’usage de cette marque, alors qu’il aurait dû constater que l’usage
         de celle-ci en dépit de la procédure en déchéance pendante aurait été déraisonnable. 
      
      88      Par ailleurs, le Tribunal aurait considéré que le versement d’une indemnité ne serait pas une conséquence directe de la procédure
         en déchéance, sans expliquer ni la raison pour laquelle seules les conséquences directes pourraient être pertinentes, ni comment
         de telles conséquences devraient être définies, ni pourquoi il ne serait pas suffisant qu’un recours en indemnité soit prévisible
         avec un certain degré de probabilité. Ce faisant, le Tribunal aurait interprété erronément le terme «déraisonnable», une telle
         interprétation ayant pour effet, d’une part, de faire supporter une charge inéquitable au titulaire de la marque et, d’autre
         part, d’induire un risque d’abus de la part de tiers intéressés par une marque enregistrée. 
      
      89      Enfin, une procédure en déchéance pendante serait une attaque concrète contre la validité de la marque concernée, et non seulement
         un risque général et abstrait encouru par tout titulaire d’une marque. Si, dans une telle situation, tous les risques sont
         supportés par le titulaire, les petites et moyennes entreprises feraient l’objet d’une discrimination, dès lors qu’elles ne
         prendront pas le risque de s’exposer au paiement de dommages et intérêts. 
      
      90      L’OHMI et Energy Brands font valoir que le second moyen de la requérante est, en cette branche, pour partie irrecevable et,
         pour partie, non fondé. 
      
      –       Appréciation de la Cour
      91      Par cette seconde branche du second moyen, la requérante vise à remettre en cause l’examen par le Tribunal, aux points 62
         à 74 de l’arrêt attaqué, des motifs invoqués par celle-ci pour justifier le non-usage de la marque en cause. 
      
      92      En ce qui concerne, en premier lieu, les problèmes relatifs à la fabrication des produits concernés survenus au cours de l’année
         2007 en raison de leur caractère défectueux, il convient, tout d’abord, de relever que c’est à tort que la requérante reproche
         au Tribunal de ne pas avoir respecté son droit d’être entendue, lorsqu’il a constaté, aux points 66 et 67 de l’arrêt attaqué,
         qu’il incombait à Gondwana de contrôler et de superviser la fabrication des produits concernés. En effet, cette constatation
         du Tribunal vise précisément à répondre à l’argument, avancé par la requérante dans sa requête en première instance, selon
         lequel la chambre de recours avait considéré erronément que l’interruption des ventes en raison de tels problèmes ne pouvait
         constituer un juste motif.
      
      93      Ensuite, il y a lieu de relever que la requérante, lorsqu’elle reproche au Tribunal d’avoir constaté que Gondwana était impliquée
         dans le processus de fabrication des produits concernés, vise, en réalité, sous couvert de faire valoir une erreur de droit
         quant au critère à prendre en compte pour l’examen des justes motifs pour le non‑usage d’une marque, à obtenir une nouvelle
         appréciation des faits et des éléments de preuve opérée par le Tribunal, ce qui, sauf le cas de la dénaturation de ceux-ci
         par cette juridiction, laquelle n’est pas invoquée, ne relève pas de la compétence de la Cour dans le cadre d’un pourvoi.
         
      
      94      Au demeurant, l’argument de la requérante se fonde sur une lecture erronée du point 67 de l’arrêt attaqué, dès lors que le
         Tribunal n’a pas constaté que Gondwana était impliquée dans le processus de fabrication des produits concernés, relevant uniquement
         qu’il incombait à cette dernière de superviser et de contrôler cette fabrication.
      
      95      Enfin, en ce qui concerne l’argument selon lequel il serait excessif d’exiger la preuve de l’impossibilité de fabrication
         et de commercialisation des produits concernés, il suffit également de constater que, au point 68 de l’arrêt attaqué, le Tribunal
         n’a nullement retenu une telle exigence. En effet, audit point, le Tribunal a indiqué que, dès lors que la requérante aurait
         pu fabriquer et mettre sur le marché de nouveaux produits dans un délai raisonnable, elle n’était pas fondée à soutenir que
         le changement de stratégie du titulaire de la marque en cause rendait déraisonnable l’usage de cette marque, les investissements
         économiques supplémentaires nécessaires pour la fabrication de nouveaux produits faisant partie des risques auxquels doit
         faire face une entreprise. Il en ressort que, ce faisant, le Tribunal a examiné si l’obstacle allégué rendait l’usage de la
         marque non pas impossible, mais, selon ses propres termes, déraisonnable.
      
      96      En ce qui concerne, en second lieu, l’incidence de la procédure en déchéance, il convient de rappeler que, selon la jurisprudence
         de la Cour, seuls des obstacles qui présentent une relation suffisamment directe avec une marque rendant impossible ou déraisonnable
         l’usage de celle-ci et qui sont indépendants de la volonté du titulaire de cette marque peuvent être qualifiés de «justes
         motifs» pour le non-usage de celle-ci. Il convient d’apprécier au cas par cas si un changement de la stratégie d’entreprise
         pour contourner l’obstacle considéré rendrait déraisonnable l’usage de ladite marque (arrêt Häupl, C‑246/05, EU:C:2007:340,
         point 54).
      
      97      Il en résulte que, contrairement à ce que soutient la requérante, le seul fait que l’obstacle allégué soit indépendant de
         la volonté du titulaire de la marque, s’il constitue certes un élément pertinent pour vérifier l’existence de justes motifs
         légitimant le non-usage d’une marque, ne constitue pas, en revanche, un élément suffisant à cette fin, un tel obstacle devant
         également présenter une relation suffisamment directe avec cette marque rendant impossible ou déraisonnable l’usage de celle-ci.
      
      98      Or, aux points 71 et 72 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a constaté que tel n’était pas le cas en l’occurrence, dès lors que
         le fait qu’une procédure en déchéance soit engagée contre une marque n’empêche pas le titulaire de cette marque de l’utiliser
         et que, s’il est toujours possible que, dans l’hypothèse où une telle procédure aboutisse à la déchéance de ladite marque,
         un recours en indemnité soit intenté, la condamnation à verser une telle indemnité n’est pas une conséquence directe de la
         procédure en déchéance. 
      
      99      Force est de constater que, sous couvert de reprocher au Tribunal une erreur de droit concernant l’interprétation du terme
         «déraisonnable», la requérante vise, en réalité, par son argumentation, à remettre en cause ces appréciations de nature factuelle.
         Or, de telles appréciations, sous réserve du cas de la dénaturation de celles-ci par le Tribunal, laquelle n’a pas été invoquée,
         échappent à la compétence de la Cour dans le cadre d’un pourvoi.
      
      100    Il résulte de l’ensemble des considérations qui précèdent que la seconde branche du second moyen à l’appui du pourvoi de la
         requérante doit être rejetée comme étant, pour partie, irrecevable et, pour partie, non fondée.
      
      101    En conséquence, il convient de rejeter le second moyen du pourvoi.
      
      102    Il s’ensuit que le pourvoi doit être rejeté dans son intégralité.
      
       Sur les dépens
      103    En vertu de l’article 184, paragraphe 2, de son règlement de procédure, lorsque le pourvoi n’est pas fondé, la Cour statue
         sur les dépens. Aux termes de l’article 138, paragraphe 1, de ce règlement, rendu applicable à la procédure de pourvoi en
         vertu de l’article 184, paragraphe 1, du même règlement, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu
         en ce sens. 
      
      104    L’OHMI et Energy Brands ayant conclu à la condamnation de la requérante et cette dernière ayant succombé en ses moyens, il
         y a lieu de la condamner aux dépens. 
      
      Par ces motifs, la Cour (sixième chambre) déclare et arrête:
      1)      Le pourvoi est rejeté.
      2)      Naazneen Investments Ltd est condamnée aux dépens.
      Signatures
      * Langue de procédure: l’anglais.