CELEX: 62010CC0348
Language: fr
Date: 2011-07-07
Title: Conclusions de l'avocat général Cruz Villalón présentées le 7 juillet 2011. # Norma-A SIA et Dekom SIA contre Latgales plānošanas reģions. # Demande de décision préjudicielle: Augstākās tiesas Senāts - Lettonie. # Marchés publics - Directive 2004/17/CE - Article 1er, paragraphe 3, sous b) - Directive 92/13/CEE - Article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b) - Notion de ‘concession de services’ - Prestation de services de transport public d’autobus - Droit d’exploiter le service et versement au prestataire d’un montant à titre de compensation des pertes - Risque lié à l’exploitation limité selon la législation nationale et le contrat - Procédures de recours en matière de passation de marché - Applicabilité directe de l’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/13/CEE aux contrats conclus avant le délai de transposition de la directive 2007/66/CE. # Affaire C-348/10.

CONCLUSIONS DE L’AVOCAT GÉNÉRAL
      M. P. Cruz Villalón
      présentées le 7 juillet 2011 (1)
      
      Affaire C‑348/10
      „Norma-A” SIA,
      „Dekom” SIA
      contre
      Ludzas novada dome,
      Latgales plānošanas reģions, successeur en droit de Ludzas novada dome
      [demande de décision préjudicielle formée par le Latvijas Republikas Augstākās tiesas Sanāta Administratīvo lietu departaments
         (salle du contentieux administratif du Tribunal suprême de la République de Lettonie)]
      
      «Distinction entre ‘marché public de services’ et ‘concession de services’ – Transports publics de bus – Procédures de recours en matière de passation de marché – Application directe et effets rétroactifs d’une directive»Table des matières
      I –   Cadre juridique
      A –   Le droit de l’Union
      B –   Le droit national
      II – Les faits
      III – La question préjudicielle
      IV – La procédure de la Cour de Justice
      V –   Les arguments présentés
      VI – Observations
      A –   Sur la première question préjudicielle: le dilemme marché de services/concession de services publics
      B –   Sur la deuxième question: l’applicabilité directe de la directive 1992/13, dans sa version modifiée par la directive 2007/66
      C –   Sur la troisième question préjudicielle: l’éventuelle rétroactivité de la directive 1992/13
      VII – Conclusion
      La présente question préjudicielle peut permettre à la Cour de compléter sa jurisprudence relative aux critères qui permettent
         de distinguer entre contrat de marchés publics et concession de services, au sens du droit de l’Union, et de préciser également
         les hypothèses dans lesquelles il y a lieu d’estimer une directive non transposée dans les délais prévus à cet effet comme
         étant directement applicable. Cette affaire permet également d’illustrer, une fois de plus, la nécessité d’une coopération
         judiciaire entre l’Union européenne et les États membres pour appliquer le droit de l’Union.
      
      I –    Cadre juridique
      A –    Le droit de l’Union
      1.        La directive 2004/18/CE du Parlement européen et du Conseil, du 31 mars 2004, relative à la coordination des procédures de
         passation des marchés publics de travaux, de fournitures et de services (2), et la directive 2004/17/CE du Parlement européen et du Conseil, du 31 mars 2004, portant coordination des procédures de
         passation des marchés dans les secteurs de l’eau, de l’énergie, des transports et des services postaux (3), ont réformé à leur époque la réglementation en vigueur dans le domaine des marchés publics (4) en fournissant, dans un objectif de clarté, un classement systématique des instruments de coordination arbitrés par le législateur
         communautaire. Dans cette optique, l’article 1er, paragraphe 2, sous a) et d), de la directive 2004/17 (5) dispose, en ce qui concerne les définitions des catégories et des notions utilisées:
      
      «2. a)      Les ‘marchés de fournitures, de travaux et de services’ sont des contrats à titre onéreux conclus par écrit entre une ou plusieurs
         entités adjudicatrices visées à l’article 2, paragraphe 2, et un ou plusieurs entrepreneurs, fournisseurs ou prestataires
         de services;
      
      […]
      d)      les ‘marchés de services’ sont des marchés autres que les marchés de travaux ou de fournitures ayant pour objet la prestation
         de services mentionnés à l’annexe XVII […]»
      
      2.        De son côté, l’article 1er, paragraphe 3, sous b), de la directive 2004/17 indique que la «concession de services» est un contrat présentant les mêmes
         caractéristiques qu’un marché de travaux, à l’exception du fait que la contrepartie de la prestation des services consiste
         soit uniquement dans le droit d’exploiter l’ouvrage, soit dans ce droit assorti d’un prix.
      
      3.        Conformément à l’article 2, paragraphe 2, sous a), de la directive 2004/17, celle-ci «s’applique aux entités adjudicatrices
         […] qui sont des pouvoirs adjudicateurs ou des entreprises publiques et qui exercent une des activités visées aux articles
         3 à 7».
      
      4.        L’article 5, paragraphe 1, de la directive 2004/17 prévoit ainsi son application «aux activités visant la mise à disposition
         ou l’exploitation de réseaux destinés à fournir un service au public dans le domaine du transport par chemin de fer, systèmes
         automatiques, tramway, trolleybus, autobus ou câble».
      
      5.        De son côté, la directive 1992/13/CEE du Conseil, du 25 février 1992, portant coordination des dispositions législatives,
         réglementaires et administratives relatives à l’application des règles communautaires sur les procédures de passation des
         marchés des entités opérant dans les secteurs de l’eau, de l’énergie, des transports et des télécommunications (6), dans sa version modifiée par la directive 2007/66/CE du Parlement européen et du Conseil, du 11 décembre 2007 (7), a pour objet de garantir l’application effective tant de la directive 2004/17 que de la directive 2004/18, et elle indique
         à cette fin, en son article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b):
      
      «1.      Les États membres veillent à ce qu’un marché soit déclaré dépourvu d’effets par une instance de recours indépendante du pouvoir
         adjudicateur ou à ce que l’absence d’effets dudit marché résulte d’une décision d’une telle instance dans chacun des cas suivants:
      
      […]
      b)       en cas de violation de l’article 1er, paragraphe 5; de l’article 2, paragraphe 3, ou de l’article 2 bis, paragraphe 2, de la présente directive, si cette violation
         a privé le soumissionnaire intentant un recours de la possibilité d’engager un recours précontractuel lorsqu’une telle violation
         est accompagnée d’une violation de la directive 2004/18/CE, si cette violation a compromis les chances du soumissionnaire
         intentant un recours d’obtenir le marché». 
      
      6.        Conformément à l’article 2 septies, paragraphe 1, sous b), de la directive 1992/13, dans sa version modifiée par la directive
         2007/66/CE: 
      
      «1.       Les États membres peuvent prévoir que l’introduction d’un recours en application de l’article 2 quinquies, paragraphe 1, doit intervenir:
      
      […]
      b)       et en tout état de cause avant l’expiration d’un délai minimal de six mois à compter du lendemain du jour de la conclusion
         du contrat».
      
      B –    Le droit national
      7.        Les dispositions nationales pertinentes pour le cas d’espèce seraient celles indiquées ci-après. En premier lieu, la Par pašvaldībām
         likums (loi relative aux collectivités locales) (8), dont l’article 15 prévoit que l’organisation des services de transport public relève des pouvoirs autonomes des collectivités
         locales.
      
      8.        En second lieu, la Publiskās un privātās partnerības likums (loi de collaboration entre le secteur public et le secteur privé) (9), dont l’article 7 dispose que le contrat de concession de services est un contrat d’accord avec lequel, sur instances d’un
         partenaire public, l’associé privé fournit les services énumérés à l’annexe 2 de la Publisko iepirkumu likums (loi des marchés
         publics,) et en contrepartie de ces services, ou comme composant essentiel de la contrepartie, il obtient le droit d’exploiter
         ces services, tout en supportant en même temps le risque de leur exploitation ou une partie substantielle de ceux-ci.
      
      9.        D’après l’article 1er, paragraphe 9, de la loi de collaboration entre le secteur public et le secteur privé, le droit d’exploiter un service comprend
         celui de percevoir une redevance des usagers du service, ou le droit d’obtenir du partenaire public une contrepartie, dont
         le montant dépend de la demande de services de la part des usagers, ou encore le droit de percevoir simultanément une redevance
         des usagers et une contrepartie du partenaire public.
      
      10.      D’après l’article 1er, paragraphe 9, on entend par «risque d’exploitation des services», les risques économiques qui existent lorsque les recettes
         du partenaire privé dépendent de la demande de services de la part des usagers (risque lié à la demande) et/ou de la fourniture
         aux usagers d’un service conforme aux conditions fixées dans le contrat de concession (risque de disponibilité), ou encore,
         enfin, lorsque les risques dépendent autant du risque lié à la demande que du risque de disponibilité.
      
      11.      La sabiedriskā transporta pakalpojumu likums (loi sur les services de transport en commun, ci-après la «LSTP») (10) est également pertinente dans le contexte de cette affaire. Son article 8, paragraphe 2, prévoit que, sauf dispositions contraires
         de la loi, le donneur d’ordres organise les services de transport en commun conformément à la loi sur les marchés publics
         ou à la loi réglementant l’octroi des concessions.
      
      12.      L’article 10, paragraphe 1, de la LSTP dispose que les pertes subies par le prestataire et ses dépenses liées à la fourniture
         de ces services sont indemnisées selon les modalités prévues aux articles 11 et 12 de la même loi, alors que la troisième
         partie du même article dispose que, au sens de la loi, on entend également par «pertes» le coût du service si le donneur d’ordres
         a organisé la commande de services de transport en vertu de la Publisko iepirkumu likums (loi sur les marchés publics). 
      
      13.      Conformément à l’article 11, paragraphe 1, de la LSTP, le prestataire est indemnisé des pertes liées à la fourniture de services
         de transport en commun:
      
      «[…]
      2)     à partir des fonds prévus à cette fin dans le budget de l’État pour les lignes d’intérêt local d’un réseau de transport régional;
      3)     à partir des fonds des budgets des collectivités locales, pour la partie des commandes de services d’intérêt local d’un réseau
         de transport régional qui excède les moyens affectés dans le budget de l’État pour garantir ces services […]»
      
      14.      En vertu de l’article 12, paragraphe 1, de la LSTP, si l’État fixe au prestataire de transport des normes qualitatives minimales
         que celui-ci, agissant dans un but lucratif, n’appliquerait pas [de lui-même], et dont la mise en œuvre engendre des dépenses
         supplémentaires, le prestataire est en droit de recevoir de l’État une indemnisation pour la totalité de ces dépenses supplémentaires.
         D’autre part, l’article 12, paragraphe 2, prévoit l’indemnisation, au moyen du prix cité au paragraphe 1, pour le prestataire
         qui fournit des services de transport en commun dans le cadre d’une commande publique si les normes qualitatives minimales
         sont imposées alors que la fourniture de services de transport en commun a déjà commencé. 
      
      15.      Enfin, le Ministru Kabineta noteikums nº 1226, Sabiedriskā transporta pakalpojumu sniegšanā radušos zaudējumu un izdevumu
         kompensēšanas un sabiedriskā transporta pakalpojuma tarifa noteikšanas kārtība (décret n° 1226 du Conseil des ministres, du
         26 octobre 2009, relatif au régime de compensation des pertes et des dépenses engendrées par la fourniture de services de
         transport en commun et au régime de fixation des tarifs, ci-après le «décret n° 1226») (11), pris sur la base de la LSTP, dispose en son article 2 que le prestataire est indemnisé des pertes suivantes liées à l’exécution
         d’un marché public de transport: 
      
      «1)   les coûts inévitables liés à l’exécution du marché public de transport en commun qui excèdent les recettes;
      2)     le coût de l’application des tarifs fixés par le donneur d’ordres;
      3)     la perte de recettes due au fait que le donneur d’ordres a imposé des réductions tarifaires à l’égard de différentes catégories
         de passagers.» 
      
      16.      L’article 3 du décret n° 1226 prévoit que le prestataire peut demander à être indemnisé des pertes engendrées par le respect
         des normes qualitatives minimales fixées par le donneur d’ordres ou par des actes normatifs alors que la fourniture de services
         de transport en commun a déjà commencé, dès lors que le respect de ces normes entraîne des dépenses excédant le montant des
         frais liés aux exigences de qualité préalablement établies.
      
      17.      D’après l’article 39 du décret n° 1226, le donneur d’ordres déterminera les pertes effectives à partir du total des recettes
         découlant de l’exécution du marché public de transport en commun, en excluant les frais justifiés qui résultent de la fourniture
         du service de transport en commun. Au sens de cet article, sont considérées comme des recettes les recettes de la vente des
         billets, y compris des abonnements, et les autres recettes provenant de l’exécution du marché public de services de transport
         en commun. 
      
      18.      Le donneur d’ordres déterminera le montant qu’il devra payer en compensation des pertes, en ajoutant à celles-ci, telles que
         définies à l’article 39 du décret n° 1226, le montant des bénéfices. Ce montant sera déterminé en multipliant les recettes
         par un pourcentage de bénéfice calculé en ajoutant 2,5 % au taux moyen du marché interbancaire européen (Euribor) pendant
         les douze mois de l’année de référence (article 40). 
      
      19.      Le montant de l’indemnisation des pertes ne saurait excéder le montant des pertes réelles calculées si le prestataire a respecté
         les tarifs fixés par le donneur d’ordres (redevance de transport) (article 49).
      
      20.      Si le droit de fournir des services de transport public a été attribué en vertu de la loi sur les marchés publics, le montant
         de l’indemnisation sera déterminé par la différence entre le prix contractuel du marché de transport en commun et les recettes
         réelles (article 50).
      
      21.      D’après l’article 57 du décret n° 1226, lorsqu’un marché public de services de transport en commun prend fin:
      
      «1)   le prestataire remboursera au donneur d’ordres les fonds trop perçus si le montant de l’indemnisation des pertes pendant la
         période de fourniture de services de transport excède le montant de l’indemnisation réellement due, et le donneur d’ordre
         affectera lesdits fonds à l’indemnisation des pertes subies par d’autres prestataires;
      
      2)     le donneur d’ordres versera une indemnisation si le montant de l’indemnisation des pertes pendant la période de fourniture
         de services de transport est inférieur au montant de l’indemnisation réellement due.»
      
      II – Les faits
      22.      Ainsi que l’indique la décision de renvoi préjudiciel, le 17 juin 2009, le Ludzas rajona padome (conseil du district de Ludza)
         a publié un avis de concours ouvert pour la fourniture de services de transport en commun par autobus desservant la ville
         et les routes régionales dans le district de Ludza. Les demanderesses dans l’affaire au principal ont soumis leur offre le
         6 août 2009.
      
      23.      Le marché a été attribué, par décision du 31 août 2009, à Ludzas autotransporta uzņēmums SIA. Le Ludzas novada dome (conseil
         régional de Ludza) (12) a décidé le 2 septembre 2009 de conclure un contrat de concession de services de transport en commun avec cette entreprise.
      
      24.      Les requérantes ont attaqué cette décision devant les tribunaux le 16 septembre 2009, en demandant en outre le sursis à exécution
         de celle-ci. Le 16 octobre 2009, l’Administratīvā rajona tiesa (tribunal administratif de première instance) a accueilli cette
         demande de suspension à titre conservatoire et sa décision a été confirmée en appel par l’Administratīvā apgabaltiesa (cour
         d’appel administrative) le 14 décembre 2009. 
      
      25.       Néanmoins, le 9 octobre 2009, le conseil du district de Ludza et Ludzas autotransporta uzņēmums SIA ont conclu un contrat
         de concession, partant, les requérantes ont introduit un recours le 26 novembre 2009 auprès du tribunal administratif de première
         instance visant à faire déclarer la nullité du contrat.
      
      26.      Par décision du 3 décembre 2009, le juge de première instance a rejeté le recours en nullité, considérant que le contrat en
         question était un contrat de droit privé et, partant, qu’il ne relevait pas de la compétence des juridictions administratives.
      
      27.      Cette décision a été annulée par l’Administratīvā apgabaltiesa le 11 mai 2010. Néanmoins, celle-ci a également rejeté le recours
         des requérantes sur le fond, considérant, ainsi que cela est indiqué dans la décision de renvoi de la présente question préjudicielle,
         que les «demanderesses n’avaient pas de droit subjectif à soumettre une requête en vue de faire prononcer la nullité du contrat
         en cause».
      
      28.      Les requérantes ont introduit un pourvoi contre cette décision auprès de l’Augstākā Tiesa en faisant valoir que la directive
         2007/66 leur conférait un droit subjectif de solliciter l’annulation du marché en cause. Tout en reconnaissant que, au moment
         de la conclusion du contrat, le délai de transposition de cette directive n’était pas échu, les parties requérantes soutenaient
         que la juridiction n’aurait pas dû leur refuser un droit qui ressort de l’objectif même de la directive. 
      
      III – Les questions préjudicielles
      29.      Dans le cadre précédemment exposé, l’Augstākā Tiesa a adressé à la Cour les trois questions préjudicielles suivantes:
      
      «1)   Convient-il d’interpréter l’article 1er, paragraphe 3, sous b), de la directive 2004/17/CE en ce sens que doit être considéré comme une concession de services public
         un contrat par lequel un contractant se voit conférer le droit de fournir des services de transport en commun par autobus
         alors que la contrepartie consiste, pour partie, dans le droit d’exploiter les services en question, que l’entité adjudicatrice
         indemnise le prestataire pour les pertes d’exploitation et que, de surcroît, les règles de droit public et les clauses contractuelles
         qui régissent la fourniture de ces services limitent le risque d’exploitation? 
      
      2)     En cas de réponse négative à la première question, l’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/13/CEE,
         modifiée par la directive 2007/66/CE, est-il directement applicable en République de Lettonie depuis le 21 décembre 2009?
         
      
      3)     En cas de réponse affirmative à la deuxième question, l’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/13/CEE
         doit-il être interprété en ce sens qu’il est applicable à des marchés passés avant l’expiration du délai fixé pour la transposition
         de la directive 2007/66/CE?
      
      30.      Il y a lieu d’ajouter d’emblée que, ainsi que l’indique le libellé des questions, le premier doute de la juridiction de renvoi
         porte sur la qualification du contrat relatif à la fourniture de services de transport public en tant que contrat de «concession
         de services», au sens de l’article 1er, paragraphe 3, sous b) de la directive 2004/17, alors que les circonstances suivantes sont réunies:
      
      1)      une fraction de la contrepartie est constituée par le droit d’exploiter le service de transport public (le prestataire du
         service perçoit la contrepartie par le biais du paiement de tiers, les usagers du transport);
      
      2)      le pouvoir adjudicateur, conformément aux dispositions de la loi de l’État membre, indemnise le prestataire de service dans
         l’hypothèse de pertes résultant de la prestation des services;
      
      3)      le risque d’exploitation du service de transport public est limité à la fois par la loi régulant la passation du marché de
         ces services et par les dispositions contractuelles.
      
      31.      En ce qui concerne la deuxième question, en se fondant sur le fait que, au cours de la période comprise entre le 21 décembre
         2009 et le 14 juin 2010, la République de Lettonie n’avait pas rempli les obligations figurant à la directive 2007/66, l’Augstākā
         Tiesa se demande si l’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b), de la directive 1992/13 doit être interprété en ce sens
         qu’il doit également s’appliquer pour les contrats visés dans la directive 2004/17 et conclus avant la fin du délai d’adaptation
         du droit interne à la directive 2007/66. À cet égard, nous observons que, conformément à l’article 2 septies, paragraphe 1,
         sous b), de la directive 1992/13, une personne a le droit de contester un contrat dans un délai de six mois suivant le jour
         de sa signature. Par conséquent, dans l’affaire débattue en l’espèce, si l’on tient compte du jour de la conclusion du contrat
         (le 9 octobre 2009), les requérantes avaient également ce droit le 21 décembre 2009 (une fois échu le délai pour l’adaptation
         du droit interne à la directive).
      
      32.      En définitive, l’Augstākā Tiesa soutient qu’il existe des doutes concernant l’interprétation de l’article 1er, paragraphe 3, sous b), de la directive 2004/17 et de l’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b), de la directive 1992/13,
         et qu’il s’agit d’un élément décisif pour qu’elle se prononce sur le droit des requérantes à introduire un recours en annulation
         du contrat auprès des tribunaux.
      
      IV – La procédure devant la Cour 
      33.      La question préjudicielle a été enregistrée auprès du greffe de la Cour le 9 juillet 2010.
      
      34.      „Norma-A”, „Dekom”, la Commission européenne ainsi que les gouvernements letton et autrichien ont présenté leurs observations
         dans cette affaire.
      
      35.      Lors de l’audience du 18 mai 2011, les représentants de „Norma‑A” et de „Dekom”, du Latgales plānošanas reģions (région de
         planification de Latgale (13)) ainsi que ceux du gouvernement letton et de la Commission ont présenté leurs observations orales.
      
      V –    Les arguments présentés 
      36.      En ce qui concerne la question de la qualification du contrat visé par la présente affaire, „Norm-A” et „Dekom” ainsi que
         le gouvernement autrichien et la Commission soutiennent en substance qu’il s’agit d’un marché de services au sens de la directive
         2004/17, alors que le gouvernement letton soutient qu’il s’agit d’une concession de services. Alors que les premiers estiment
         que le niveau du risque assumé par l’entreprise adjudicataire n’atteint pas le niveau requis pour conclure qu’il s’agit d’une
         concession, le gouvernement letton et le Latgales plānošanas reģions concluent que le risque économique en jeu est considérable
         et, en tout état de cause, qu’il est suffisant pour que l’on puisse parler d’une concession de services publics.
      
      37.      En ce qui concerne les deuxième et troisième questions, la Commission ainsi que les gouvernements letton et autrichien, tout
         comme le Latgales plānošanas reģions, soutiennent que la directive 2007/66 ne s’applique pas aux contrats conclus avant l’expiration
         du délai prévu pour la transposition, le gouvernement autrichien soutenant que la précision et le caractère inconditionnel
         de ladite directive qui sont requis pour que celle-ci soit immédiatement applicable ne sont pas réunis, bien qu’il s’agisse,
         d’après lui, d’une observation purement hypothétique, étant donné que les phases procédurales de l’affaire au principal s’étaient
         déjà succédé avant l’expiration du délai de transposition, sans que rien ne permette de penser que la directive 2007/66 avait
         prévu un effet rétroactif exigeant l’annulation des contrats conclus avant cette date d’expiration. Toute autre solution irait
         à l’encontre du principe de sécurité juridique, ainsi que l’indique le gouvernement letton. De son côté, la Commission, en
         répondant conjointement aux deux dernières questions, estime que les circonstances traditionnellement exigées pour l’applicabilité
         directe de la directive 2007/66 sont réunies, même si cette directive ne pouvait s’appliquer aux contrats conclus avant la
         date d’expiration du délai de transposition.
      
      38.      Enfin, „Norm-A” et „Dekom” soutiennent que, conformément à l’article 2 septies, paragraphe 1, sous b), de la directive 2007/66,
         le justiciable a le droit de saisir la juridiction pour demander la nullité d’un contrat durant la période des six mois suivant
         la date de la conclusion de celui-ci. Étant donné que, dans le cas d’espèce, ce délai n’était pas clos à la date à laquelle
         ladite directive aurait dû être transposée, l’article 2 quinquies serait applicable, même si le contrat a été conclu antérieurement.
         Selon elles, de la même manière que les États membres doivent s’abstenir d’adopter des dispositions susceptibles de compromettre
         l’objectif visé par la directive 2007/66, ils sont également tenus d’interpréter le droit national conformément à celle-ci.
         Et, dans une hypothèse comme celle du cas d’espèce, le droit subjectif à un recours de cette nature auprès d’un organe indépendant
         relève tout à fait de l’objectif poursuivi par ladite directive.
      
      VI – Observations
      A –    Sur la première question préjudicielle: le dilemme entre marché de services et concession de services publics
      39.      La qualification du contrat controversé dans l’affaire au principal relève de la seule compétence de la juridiction de renvoi.
         Celle-ci ne peut attendre de la Cour qu’une interprétation du droit de l’Union utile pour la décision qu’il lui revient de
         prendre dans le litige dont elle est saisie (voir arrêt du 13 octobre 2005, Parking Brixen, C-458/03, Rec. p. I-8585, point 32).
      
      40.      À cette fin, la question de savoir si un contrat doit ou non être qualifié de «concession de services» ou de «marché public
         de services» doit s’apprécier exclusivement au regard du droit de l’Union (voir arrêts du 18 juillet 2007, Commission/Italie,
         C-382/05, Rec. p. I-6657, point 31, et du 15 octobre 2009, Acoset, C-196/08, Rec. p. I-9913, point 38).
      
      41.      Il ressort de la combinaison des points a) et d) de l’article 1er, paragraphe 2, de la directive 2004/17 que les marchés de services publics sont des contrats à titre onéreux conclus par
         écrit entre une ou plusieurs entités adjudicatrices visées à l’article 2, paragraphe 2, et un ou plusieurs entrepreneurs,
         fournisseurs ou prestataires de services; pour la prestation de services mentionnés à l’annexe XVII de ladite directive, et
         parmi lesquels figure, en ce qui nous concerne ici, le service de transport par voie terrestre.
      
      42.      De son côté, l’article 1er, paragraphe 3, sous b), de la même directive dispose que la «concession de services» est un contrat présentant les mêmes
         caractéristiques qu’un marché de services à l’exception du fait que la contrepartie de la prestation des services consiste
         «soit uniquement dans le droit d’exploiter le service, soit dans ce droit assorti d’un prix».
      
      43.      La différence entre les deux contrats résulte essentiellement de la contrepartie, dans les deux cas, de la prestation de services
         (arrêt du 10 mars 2011, Privater Rettungsdienst und Krankentransport Stadler, C-274/09, non encore publié au Recueil, point
         24).
      
      44.      La directive 2004/17 n’indique pas en quoi consiste la contrepartie d’un service fourni en application d’un contrat. Dans
         la mesure où elle indique que, dans l’hypothèse où cette contrepartie serait un droit d’exploitation, on se trouverait devant
         une concession de services, la Cour a conclu que la différence fondamentale entre ces deux contrats réside à première vue
         dans le fait que la rétribution pour le service fourni est directement versée par l’entité adjudicatrice, ou qu’elle pèse
         sur des tiers (affaire Eurawasser, précitée, point 51). En dernier lieu, cette différence conduit néanmoins au critère de
         la prise en charge du risque associé à l’incertitude du résultat d’un contrat signé pour satisfaire les intérêts respectifs
         des parties.
      
      45.      La rétribution de la prestation par des tiers a été un critère déterminant pour qualifier le contrat de «concession de services»,
         dans la mesure où elle implique que le risque d’exploitation du service est assumé par l’adjudicataire. Parfois, ainsi que
         l’a indiqué l’avocat général Mazák dans ses conclusions relatives à l’affaire Privater Rettungsdienst und Krankentransport
         Stadler, précitée (14), même une rétribution de caractère indirect a suffi en elle-même pour que la Cour considère que le contrat examiné était
         une concession de services (15).
      
      46.      Selon moi, l’élément réellement déterminant est la prise en charge du risque, ainsi qu’il ressort du fait que la rétribution
         directe de la prestation par l’entité adjudicatrice n’implique pas que nous nous trouvions nécessairement et en tout état
         de cause face à un marché de services. Et ce, parce que comme l’a indiqué l’avocat général Mazák dans les conclusions précitées
         (points 28 et 29), la Cour a désigné les «critères subsidiaires» permettant, en présence d’une rémunération directe, de conclure
         que le prestataire de services a pris en charge le risque d’exploitation lié au service en cause, cette prise en charge du
         risque étant, en dernière instance, ce qui conduit à qualifier le contrat, en dépit de la rétribution directe, de «concession» (16).
      
      47.      En définitive, le risque étant un élément inhérent à l’exploitation économique d’un service (voir affaire Eurawasser, précitée,
         point 66), la Cour a estimé que cette prise en charge du risque par le prestataire de service implique que le contrat conclu
         avec l’entité adjudicatrice répond à la notion de concession de services.
      
      48.      Conformément à la jurisprudence, le risque d’exploitation économique du service doit être compris comme étant le risque d’exposition
         aux aléas du marché (voir arrêts précités Eurawasser, points 66 et 67, ainsi que Privater Rettungsdienst und Krankentransport
         Stadler, point 37), lequel «peut se traduire par le risque de concurrence de la part d’autres opérateurs, le risque d’une
         inadéquation entre l’offre et la demande de services, le risque d’insolvabilité des débiteurs du prix des services fournis,
         le risque d’absence de couverture intégrale des dépenses d’exploitation par les recettes ou encore le risque de responsabilité
         d’un préjudice lié à un manquement dans le service» (arrêt Privater Rettungsdienst und Krankentransport Stadler, précité,
         point 37, citant les arrêts précités Contse e.a., point 22, ainsi que Hans & Christophorus Oymanns, point 74).
      
      49.      D’autre part, les risques liés à la mauvaise gestion ou à des erreurs d’appréciation de l’opérateur économique ne sont pas
         déterminants pour qualifier un contrat de «marché public» ou de «concession de services publics», car il s’agit des risques
         inhérents à tout contrat en général (arrêt Privater Rettungsdienst und Krankentransport Stadler, précité, point 38). Partant,
         les risques relatifs à des variables dont la réalité dépend exclusivement de l’opérateur économique en cause ne sont pas pertinents
         aux fins de cette distinction.
      
      50.      Enfin, le risque assumé par le prestataire de service pour que le contrat soit une concession de services doit non pas être
         un risque «considérable en terme d’absolu», mais constituer au moins une «partie significative» du risque que l’entité adjudicatrice
         assumerait en tout état de cause si elle fournissait elle-même le service en cause (17).
      
      51.      En effet, la Cour a déclaré que, dans les hypothèses où la forme juridique publique de l’exploitation économique et financière
         du service réduit les risques économiques au minimum, il faut que les entités adjudicatrices conservent la possibilité de
         garantir la prestation de service au moyen d’une concession si elles estiment que ce mode contractuel est plus adapté pour
         garantir le service public. C’est pourquoi il serait absurde d’exiger que la réglementation applicable au secteur crée des
         conditions de risque économique supérieures à celles qui y existent déjà, dans le seul but de disposer d’un volume suffisant
         de risque transférable pour justifier la qualification juridique du contrat en tant que concession de services publics (arrêt
         Eurawasser, points 72 à 76). Au contraire, il est déterminant qu’il y ait un transfert significatif du risque inhérent à l’exploitation
         du service, quel que soit ce risque dans l’absolu, c’est-à-dire en lui-même.
      
      52.      Cela dit, l’Augstākā Tiesa pose sa première question préjudicielle par rapport à un marché dans lequel «la contrepartie consiste,
         pour partie, dans le droit d’exploiter les services en question» alors qu’en même temps, d’une part, l’entité adjudicatrice
         «indemnise le prestataire pour les pertes d’exploitation» et que, d’autre part, «les règles de droit public et les clauses
         contractuelles qui régissent la fourniture de ces services limitent le risque d’exploitation».
      
      53.      Comme le précise la juridiction de renvoi, le prestataire de service reçoit la contrepartie de sa prestation par le biais
         de paiements effectués par des tiers, les usagers du transport. Il s’agirait donc, de ce point de vue, d’un cas typique de
         concession de services au regard de l’article 1er, paragraphe 2, sous a) et d), de la directive 2004/17.
      
      54.      Néanmoins, le risque inhérent à l’exploitation économique du service est limité par la réglementation nationale en matière
         de prestation de service, en l’espèce la LSTP; autrement dit, il ne s’agit pas du risque caractéristique de la prestation
         d’un service dans un régime de liberté absolue du marché. D’autre part, même dans les limites du risque qui découle de la
         forme juridique publique de l’exploitation économique et financière du service, le pouvoir adjudicateur indemnise le prestataire
         de service de certaines pertes.
      
      55.      Ainsi que je viens de l’indiquer, le risque pertinent est celui qui résulte de la configuration de la prestation de service
         (points 51 et 52). Il importe que ce risque concret soit pris en charge de manière significative par l’adjudicataire car,
         ainsi que je l’ai également indiqué à la note 17, le critère du niveau de risque pris en charge est déterminant en dernière
         instance, au-delà du genre de contrepartie de la prestation, pour qualifier le contrat de «marché» ou de «concession de services».
      
      56.      La juridiction de renvoi signale en l’espèce que le risque d’exploitation du service n’incombe pas à l’adjudicataire. De fait,
         elle affirme que ce dernier n’assume même pas une partie significative de celui-ci (voir point 13 de la décision de renvoi).
      
      57.      En effet, il ressort de la combinaison de la réglementation et du contenu du contrat que l’indemnisation des pertes liées
         à la fourniture du service a été garantie à l’adjudicataire en ce qui concerne: a) la partie des coûts inévitables liés à
         l’exécution du marché public de transport qui excède les recettes; b) les coûts générés par l’application des tarifs fixés
         par le donneur d’ordres; c) la perte de recettes due au fait que le donneur d’ordres a imposé des réductions tarifaires à
         l’égard de différentes catégories de passagers, et d) les pertes engendrées par le respect des normes qualitatives imposées
         alors que la fourniture du service a déjà commencé, dès lors que ces normes entraînent des dépenses supplémentaires par rapport
         aux conditions de qualité préalablement exigées.
      
      58.      Par ailleurs, il convient d’ajouter au montant de l’indemnisation des pertes susmentionnées le montant des bénéfices, qui
         sera fixé en multipliant les recettes par un pourcentage de bénéfice calculé en ajoutant 2,5 % au taux moyen du marché interbancaire
         européen (Euribor) pendant les douze mois de l’année de référence.
      
      59.      Autrement dit, l’indemnisation des pertes liées à la prestation de service en termes de coûts d’exploitation et les pertes
         de bénéfice sont prévues.
      
      60.      Ces données fournies par l’Augstākā Tiesa sont en principe suffisamment éloquentes pour permettre à la juridiction de renvoi
         de conclure que le contrat débattu en l’espèce constitue un marché de services. En effet, selon moi, il se dégage clairement
         des dispositions réglementaires et contractuelles qui définissent le contexte et le contenu du contrat ici examiné des éléments
         permettant de conclure qu’il s’agit exactement d’un véritable marché de services publics.
      
      61.      Néanmoins, tant le gouvernement letton que le Latgales plānošanas reģions opposent une série d’arguments pour exclure l’idée
         que les risques soient assumés par l’adjudicateur et, partant, pour considérer qu’il s’agit d’un marché, à savoir essentiellement
         le degré élevé de risque de la demande, la réduction des postes budgétaires étatiques qui sont dédiés à la couverture de pertes
         éventuelles, les frais pour investissements non récupérables et l’élargissement ou la réduction d’itinéraires et de trajets
         etc.
      
      62.      Cependant, il convient de rappeler ici qu’il ne saurait incomber à la Cour d’évaluer les circonstances exposées lors de l’audience
         par le gouvernement letton et par le Latgales plānošanas reģions, et encore moins d’intervenir dans le débat portant sur la
         nature et la portée des divergences appréciables entre les prévisions d’activité avancées lors de l’adjudication et celles
         qui se sont effectivement réalisées en conséquence d’une conjoncture économique moins propice et favorable.
      
      63.      Cependant, étant donné qu’en dernière instance, ainsi que nous l’avons déjà indiqué au point 40, la qualification du contrat
         relève de la compétence de la juridiction de renvoi, il convient de préciser qu’il appartient à l’Augstākā Tiesa de déterminer
         jusqu’à quel point les circonstances invoquées par le gouvernement letton et par le Latgales plānošanas reģions peuvent invalider
         la conclusion à laquelle conduit naturellement la lecture de la réglementation applicable et des clauses contractuelles. Cela
         est particulièrement vrai dans la mesure où l’Augstākā Tiesa pose la première des questions en affirmant, d’une part, que
         le pouvoir adjudicateur indemnise le prestataire de service pour les pertes résultant de la prestation et, d’autre part, que
         la réglementation nationale applicable à l’espèce et les dispositions contractuelles «limitent» le risque d’exploitation.
         Déterminer dans quelle mesure le risque pertinent aux fins de la qualification du contrat visé est assumé par l’une ou l’autre
         des parties est une tâche qui relève de la seule juridiction de renvoi, celle-ci étant la seule en position d’apprécier les
         circonstances et les données du cas d’espèce dans leur intégralité.
      
      64.      En conclusion, même si la qualification du contrat visé relève de la juridiction nationale et que la Cour a pour seule mission
         de fournir à cette juridiction une interprétation du droit de l’Union qui lui soit utile pour trancher le litige, les dispositions
         réglementaires et contractuelles en jeu permettent d’ores et déjà de conclure que ce contrat répond aux caractéristiques du
         marché de services. Ce nonobstant, et eu égard à cette compétence de la juridiction de renvoi, c’est à cette dernière qu’il
         incombe de déterminer dans quelle mesure, une fois examinées les circonstances concrètes invoquées par les parties dans l’affaire
         au principal, cette conclusion n’est pas, au regard du droit de l’Union, la plus pertinente ou la plus adéquate.
      
      B –    Sur la deuxième question: l’applicabilité directe de la directive 1992/13, dans sa version modifiée par la directive 2007/66
      65.      Dans l’hypothèse de départ selon laquelle nous serions face à un marché de services, la directive 1992/13 serait applicable
         rationae materiae. Partant, la question qui se pose ensuite est de savoir si l’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b),
         de la directive 1992/13, dans sa version modifiée par la directive 2007/66, est directement applicable en Lettonie depuis
         le 20 décembre 2009, date d’expiration du délai pour transposer ladite directive. Si tel était le cas, l’autre question est
         de savoir si, en vertu de l’article 2 septies, paragraphe 1, sous b), de cette directive, cet article est également applicable
         aux contrats conclus avant la fin du délai de transposition.
      
      66.      Ces deux questions correspondent aux deuxième et troisième questions posées par l’Augstākā Tiesa. J’estime, à l’inverse de
         ce que prétend le gouvernement autrichien, qu’il ne peut être répondu à la troisième question qu’après avoir répondu à la
         deuxième question. En effet, pour préciser si l’article 2 septies, paragraphe 1, sous b), de la directive 1992/13 permet une application rétroactive de l’article 2 quinquies, paragraphe 1,
         sous b), de la même directive il est nécessaire de déterminer par avance si cet article était applicable à compter du 21 décembre 2009.
         Ce n’est qu’une fois résolue la question de savoir si la directive 1992/13 était directement applicable à compter de cette
         date que l’on pourra examiner si l’article, qui prévoit supposément une certaine rétroactivité à l’application de l’article
         2 quinquies, paragraphe 1, sous b), était également applicable.
      
      67.      Les parties s’accordent sur le fait que la République de Lettonie n’a pas mis «en vigueur les dispositions législatives, réglementaires
         et administratives nécessaires pour se conformer à la […] directive [2007/66/CE] au plus tard le 20 décembre 2009», ainsi
         que le prescrivait l’article 3, paragraphe 1, de la directive 2007/66. La transposition de cette directive en droit interne
         n’a été effective qu’à partir du 15 juin 2010, de sorte que la première question à résoudre est de savoir si, durant la période
         comprise entre le 21 décembre 2009 et le 14 juin 2010, l’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b), de la directive 1992/13
         était directement applicable en République de Lettonie, même s’il n’avait pas été transposé. En effet, cette directive impose
         aux États membres l’obligation de veiller à ce que, dans les hypothèses où l’effet suspensif des recours introduits contre
         des décisions d’adjudication de marché de services ne serait pas respecté, «un marché soit déclaré dépourvu d’effets par une
         instance de recours indépendante de l’entité adjudicatrice ou à ce que l’absence d’effets dudit marché résulte d’une décision
         d’une telle instance».
      
      68.      L’expiration du délai prévu pour transposer une directive ou sa transposition défectueuse n’est que l’une des conditions requises
         par la jurisprudence pour examiner la possibilité d’appliquer directement une directive non transposée (voir arrêt du 6 mai 1980,
         Commission/Belgique, 102/79, Rec. p. 1473, point 12). Il convient d’ajouter à cette condition d’une part, l’attribution aux
         particuliers des droits subjectifs invocables devant les tribunaux (arrêt du 19 janvier 1982, Becker, 8/81, Rec. p. 53, point
         25) et, d’autre part, la condition que ses dispositions soient inconditionnelles et suffisamment précises (voir ainsi arrêt
         du 12 mai 2011, Bund für Umwelt und Naturschutz Deutschland, Landesverband Nordrhein-Westfalen (C‑115/09, Rec. p. I‑3673,
         point 54) (18).
      
      69.      Il est clair que, dans le cas d’espèce, la première des conditions indiquées est remplie, et il en va de même pour la deuxième
         condition, car l’obligation imposée aux États membres par l’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b), de la directive 1992/13 se traduit nécessairement par le droit des particuliers à se voir garantir
         l’efficacité des recours qu’ils peuvent introduire contre les décisions d’adjudication d’un marché de services publics. En
         tant qu’obligation imposée aux États membres afin d’améliorer l’«efficacité des procédures de recours en matière de passation
         des marchés» comme indiqué au trente-quatrième considérant de la directive 2007/66, il est manifeste que cette garantie sert
         le droit des citoyens à une protection juridictionnelle effective dans le domaine des marchés publics.
      
      70.      Ce lien étroit entre l’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b), de la directive 1992/13 et le droit à la protection juridictionnelle
         conduit à se demander si, en réalité, ainsi que la question a été posée à l’audience, s’agissant de l’effectivité d’un droit
         opposable aux États membres qui s’appuie sur le droit primaire de l’Union, le droit, pour les parties dans l’affaire au principal,
         d’introduire le recours en cause aurait dû leur être reconnu en tout état de cause, et ce, de surcroît, en marge de ladite
         directive et, bien entendu, de toute loi interne de transposition. J’estime en principe qu’il doit en être ainsi, en dépit
         du fait que, le droit au recours étant un droit requérant typiquement une action positive de l’État, son exercice effectif
         rend inévitable l’intervention de la loi. Cela m’amène à examiner le degré de l’intervention législative dans le présent cas
         d’espèce (19).
      
      71.      En effet, en ce qui concerne la troisième condition nécessaire pour appliquer directement une directive non transposée dans
         les délais, c’est-à-dire le caractère inconditionnel et suffisant du contenu normatif de l’article 2 quinquies, paragraphe
         1, sous b), de la directive 2007/66, il y a lieu de partager l’avis de la Commission selon lequel la disposition examinée
         est, en substance, identique aux dispositions qui figurent à l’article 2, paragraphe 1, sous b), de la directive 89/665/CEE (20), que la Cour, dans son arrêt du 2 juin 2005, Koppensteiner (C‑15/04, Rec. p. I-4855, point 38), a qualifiées d’«inconditionnelles
         et suffisamment précises pour fonder un droit en faveur d’un particulier».
      
      72.      En effet, l’article 2, paragraphe 1, sous b), de la directive 89/665 impose aux États membres l’obligation de veiller à ce
         que les mesures prises aux fins des recours en matière de passation de marchés publics de fournitures et de travaux prévoient
         les pouvoirs permettant d’annuler ou de faire annuler les décisions illégales. Celles-ci, conformément à l’article 1er, paragraphe 1, de cette directive doivent pouvoir faire l’objet de recours efficaces et rapides dans les conditions fixées
         dans ladite directive.
      
      73.      Si les dispositions de la directive 89/665 ont été estimées «inconditionnelles et suffisamment précises», on peut dire la
         même chose des dispositions qui figurent à l’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b), de la directive 1992/13, à l’exception
         du point que nous aborderons plus loin. En effet, elles prévoient avec une précision parfaite les conditions dans lesquelles
         un organe de recours indépendant est tenu de déclarer le contrat sans effet, à savoir, en ce qui concerne le cas d’espèce:
         a) en premier lieu, lorsque l’infraction de l’article 1, paragraphe 5, de l’article 2, paragraphe 3 ou de l’article 2 bis,
         paragraphe 2 est établie, ces articles imposant le respect de certains délais de suspension dans le cadre des procédures de
         passation de marché; b) en deuxième lieu, lorsque l’infraction a privé le soumissionnaire plaignant de la possibilité d’exercer
         des recours précontractuels; c) en troisième lieu, lorsque la violation de ces articles est combinée avec une violation de
         la directive 2004/18, et d) en dernier lieu, lorsque cette infraction a affecté les possibilités du soumissionnaire plaignant
         d’obtenir le contrat.
      
      74.      Il y a un point sur lequel la directive 1992/13 souffre néanmoins du manque de précision dénoncé par le gouvernement autrichien,
         en ce qu’elle n’indique pas l’«organe de recours indépendant de l’entité contractante» qui doit se prononcer sur la validité
         du contrat. Partant, sur ce point, l’intervention minimale nécessaire du législateur (à laquelle je faisais référence au point
         71 lorsque je signalais que le caractère exigeant une action positive de la part de l’État du droit au recours rend indispensable
         l’apport du droit national) ferait défaut.
      
      75.      Selon moi, il ne faudrait pas exclure que l’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b), de la directive 1992/13 soit directement
         applicable en République de Lettonie à compter du 21 décembre 2009. En effet, ainsi que le gouvernement autrichien le relève,
         l’obligation d’interpréter le droit national conformément au droit de l’Union, combinée à l’obligation de protéger efficacement
         les droits des citoyens, doit conduire la juridiction de renvoi à vérifier, conformément à la position retenue dans l’arrêt
         du 17 septembre 1997, Dorsch Consult (C‑54/96, Rec. p. I-4961), si, conformément aux règles internes applicables en matière
         de compétence juridictionnelle, il est possible d’identifier une juridiction compétente pour traiter les recours visés par
         la directive 1992/13. Et ce, qu’il s’agisse d’une juridiction à laquelle incombe déjà, en vertu du droit national, le contrôle
         des procédures de passation de marchés publics, ou que certains mécanismes résiduels d’assignation de compétence puissent
         éventuellement être opérationnels (21).
      
      C –    Sur la troisième question préjudicielle: l’éventuelle rétroactivité de la directive 1992/13
      76.      Une fois parvenu à la conclusion selon laquelle l’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b), de la directive 1992/13, dans
         sa version modifiée par la directive 2007/66, peut être applicable en République de Lettonie à compter de la date d’expiration
         du délai fixé pour sa transposition, il reste à déterminer si le délai de six mois à compter du jour suivant la date de conclusion
         du contrat qui est prévue à l’article 2 septies, paragraphe 1, sous b), de la directive 1992/13 en tant que limite pour introduire
         le recours visé à cet article est applicable dans une hypothèse telle que celle débattue dans l’affaire au principal. En d’autres
         termes, il s’agit de déterminer si la possibilité d’un recours en vertu de la directive 1992/13 est étendue aux marchés conclus
         dans les six mois précédant la date à laquelle ladite directive est devenue directement applicable. Dans cette hypothèse,
         celle-ci s’appliquerait au présent cas d’espèce, car le marché litigieux a été conclu le 9 octobre 2009.
      
      77.      En principe, j’estime qu’il y a lieu d’admettre que, dans l’objectif d’une meilleure efficacité de la directive 1992/13, il
         est possible de plaider pour son application à tous les marchés conclus six mois avant la date limite fixée pour sa transposition.
         Ceci, entre autres, parce qu’on éviterait ainsi le risque d’éventuels marchés conclus précipitamment afin d’éviter son application
         et parce que cela empêcherait également la consolidation dans le temps d’une situation juridique néfaste à l’efficacité de
         l’exercice du droit à la protection juridictionnelle des citoyens. L’esprit de la jurisprudence de la Cour, tiré de l’arrêt
         du 18 décembre 1997, Inter-Environnement Wallonie (C-129/96, Rec. p. I‑7411), invoqué par „Norma-A” et „Dekom”, pointe également
         en ce sens, en ce que les États membres sont tenus, dans la période qui précède la date fixée pour la transposition de la
         directive en droit national, de ne pas compromettre la réalisation des objectifs recherchés par une directive.
      
      78.      Néanmoins, indépendamment du fait qu’on ne saurait faire abstraction du dommage qu’implique pour la sécurité juridique toute
         opération d’application rétroactive du droit, la structure et le contenu de la directive 1992/13 rendent impossible cette
         rétroactivité, au-delà de l’absence dans cette dernière de toute mention explicite relative à sa rétroactivité.
      
      79.      Les seuls marchés qui peuvent être contestés en vertu de la directive 1992/13 sont ceux qui ont été conclus dans le cadre
         juridique défini par celle-ci. En effet, les motifs de contestation doivent figurer parmi les conditions imposées dans cette
         directive pour la passation des marchés. Partant, aucun des marchés conclus avant la date d’entrée en vigueur de ladite directive
         n’a pu remplir les conditions procédurales qui y étaient prévues, notamment les délais de suspension dont la violation est
         sanctionnée par l’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b).
      
      80.      Partant, permettre rétroactivement un recours qui ne pourrait se fonder que sur le seul motif du manquement à des conditions
         qui n’étaient pas exigibles au moment de la conclusion du marché visé n’aurait aucun sens.
      
      VII – Conclusion
      81.      Eu égard aux considérations qui précèdent, je propose à la Cour de répondre aux questions posées par l’Augstākā Tiesa de la
         manière suivante:
      
      «1)   L’article 1er, paragraphe 3, sous b), de la directive 2004/17/CE du Parlement européen et du Conseil, du 31 mars 2004, portant coordination
         des procédures de passation des marchés dans les secteurs de l’eau, de l’énergie, des transports et des services postaux,
         doit être interprété en ce sens que, aux fins de celui-ci, il y a lieu de considérer en principe comme un marché de services
         publics le contrat en vertu duquel l’adjudicataire obtient en contrepartie le droit d’exploiter des services de transport
         public, le pouvoir adjudicateur l’indemnisant des pertes résultant de la prestation de services et le risque d’exploitation
         du service étant limité par les dispositions de droit public réglementant la prestation du service et par les dispositions
         contractuelles. En tout état de cause, il appartient à la juridiction de renvoi de déterminer dans quelle mesure les circonstances
         du cas d’espèce imposent une qualification différente au regard du droit de l’Union.
      
      2)      L’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b), de la directive 1992/13/CEE du Conseil, du 25 février 1992, portant coordination
         des dispositions législatives, réglementaires et administratives relatives à l’application des règles communautaires sur les
         procédures de passation des marchés des entités opérant dans les secteurs de l’eau, de l’énergie, des transports et des télécommunications,
         dans sa version modifiée par la directive 2007/66/CE du Parlement européen et du Conseil, du 11 décembre 2007, peut être directement
         applicable en République de Lettonie à compter du 21 décembre 2009, sous réserve de l’existence d’une instance compétente
         pour connaître des recours visés par cette directive, la détermination de ce point incombant à la juridiction de renvoi.
      
      3)      L’article 2 quinquies, paragraphe 1, sous b), de la directive 1992/13 doit être interprété en ce sens qu’il n’est pas applicable
         à des marchés publics passés avant l’expiration du délai fixé pour la transposition en droit interne de la directive 2007/66.»
      
      1 –	Langue originale: l’espagnol.
      
      2 –	JO L 134, p. 114.
      
      3 –	JO L 134, p. 1.
      
      4 –	La directive 2004/18 unifie dans une sorte de code unique les disciplines sectorielles contenues dans les directives 93/36/CEE
         du Conseil, du 14 juin 1993, portant coordination des procédures de passation des marchés publics de fournitures (JO L 199,
         p. 1); 93/37/CEE du Conseil, du 14 juin 1993, portant coordination des procédures de passation des marchés publics de travaux
         (JO L 199, p. 54), et 92/50/CEE du Conseil, du 18 juin 1992, portant coordination des procédures de passation des marchés
         publics de services (JO L 209, p. 1), alors que la directive 2004/17 l’a fait pour les dispositions réglementaires inscrites
         dans la directive 93/38/CEE du Conseil, du 14 juin 1993, portant coordination des procédures de passation des marchés dans
         les secteurs de l’eau, de l’énergie, des transports et des télécommunications (JO L 199, p. 84).
      
      5 –	Il est notoire que les notions relatives aux catégories définies par la directive 2004/17 sont extensibles, en raison de
         leur similitude par rapport aux articles 1er, paragraphe 2, et 4 de la directive 2004/18. Voir en ce sens, arrêt du 10 septembre
         2009, Eurawasser (C‑206/08, Rec. p. I-8377, point 43). En ce qui concerne la genèse de ces deux directives, voir les éditions
         respectives de Jan M. Hebly European Public Procurement: Legislative History of the «Utilities» directive 2004/17/EC, Wolters Kluwer, Alphen aan den Rijn, 2008, et European Public Procurement: Legislative History of the «Classic Directive 2004/18/EC, Wolters Kluwer, Alphen aan den Rijn, 2007.
      
      6 –	JO L 76, p. 14.
      
      7 –	JO L 335, p. 31.
      
      8 –	Latvijas Vēstnesis, 1994, n° 61, p. 192.
      
      9 –	Latvijas Vēstnesis, 2009, n° 107, p. 4093, en vigueur depuis le 1er octobre 2009. Jusqu’au 30 septembre 2009, c’était la Koncesiju likums (loi sur les concessions) qui s’appliquait, et son
         article 1er, paragraphe 2, définissait la concession comme étant «la cession du droit de fournir des services ou du droit exclusif d’utiliser
         les moyens de la concession, et ce pendant une période déterminée, concédant et concessionnaire étant liés par un contrat
         écrit».
      
      10 –	Latvijas Vestnesis, 2007, n° 106, p. 3682.
      
      11 –	Latvijas Vestnesis, 2009, n° 183, p. 4169. En vigueur depuis le 21 novembre 2009, remplace le décret n° 672 du Conseil des Ministres, du 2 octobre
         2007 (Latvijas Vestnesis, 2007, n° 175, p. 3751).
      
      12 –	Organisme qui, dans l’intervalle, a repris les attributions du conseil de district, même si les deux institutions ont apparemment
         coexisté pendant un certain temps.
      
      13 –	Entité qui s’est substituée en qualité de défenderesse dans l’affaire au principal à la Ludzas novada pasvaldiba (administration
         autonome du district de Ludzas).
      
      14 –	Conclusions du 9 septembre 2010, point 25, note 14.
      
      15 –	Voir, notamment, arrêts du 6 avril 2006, ANAV (C-410/04, Rec. p. I-3303, point 16), et du 13 novembre 2008, Coditel Brabant
         (C-324/07, Rec. p. I-8457, point 24).
      
      16 –	Arrêts du 27 octobre 2005, Contse e.a. (C-234/03, Rec. p. I-9315); du 18 juillet 2007, Commission/Italie (C-382/05, Rec.
         p. I-6657), et du 11 juin 2009, Hans & Christophorus Oymanns (C-300/07, Rec. p. I-4779). Parmi ces critères, on retient celui
         de la délégation de responsabilité pour les dommages causés par un éventuel manquement dans la prestation de service ou celui
         de l’existence d’une certaine liberté économique pour définir les conditions d’exploitation du service.
      
      17 –	Remarque incidente: selon moi, c’est ici que prend toute son importance le fait que, conformément à l’article 1er, paragraphe 3, sous b), de la directive 2004/17, la contrepartie d’une concession de services peut consister soit uniquement
         dans le droit d’exploiter le service, soit dans ce droit «assorti d’un prix». La combinaison de ces deux composants dans la
         contrepartie pour un service qui, juridiquement, ne peut être qu’un marché ou une concession doit conduire à pondérer le poids
         spécifique de chacun de ceux-ci. Il s’agit d’une opération pour laquelle, selon moi, il ne saurait y avoir d’autre critère
         que celui du niveau de risque assumé en fin de compte par le prestataire de service, et pour la détermination duquel il convient
         d’observer dans quelle mesure le prix lié au droit d’exploitation implique une réduction significative du risque inhérent
         à l’activité économique.
      
      18 –	En ce qui concerne la doctrine, voir Lenaerts , K., et van Nuffel, P., European Union Law, Sweet & Maxwell, 3e éd. Londres, 2011 (22-080 et suiv.).
      
      19 –	Sans qu’il soit nécessaire d’aborder ici la question de l’existence d’un droit à la protection juridictionnelle, qui, en
         tant qu’élément constitutif du patrimoine de l’Union en tant que communauté de droit, constituerait la clef de voûte de l’édifice
         complet de l’ordre juridique de l’Union, on ne saurait ignorer néanmoins le fait que la directive 1992/13 garantissait déjà
         dans sa première version le droit de contester les décisions adoptées par les autorités adjudicatrices, la directive 2007/66
         venant améliorer l’efficacité des procédures de recours déjà existantes en matière de passation des marchés publics. Le fait
         que cette amélioration résulte de l’instauration de sanctions privant d’effets le contrat dans certaines circonstances, allant
         ainsi au-delà de la simple reconnaissance du droit à être indemnisé, constitue une autre question. En effet, il y a lieu de
         tenir compte de ce que l’indemnisation destinée à réparer la violation d’un droit constitue une forme légitime, bien que «secondaire»,
         de protection juridictionnelle. À cet égard, voir Erbguth, W., «Primär- und Sekundärrechtsschutz im öffentlichen Recht», Veröffentlichungen der Vereinigung der Deutschen Staatsrechtslehrer, vol. 61, Berlin, 2002, p. 21 et suiv.
      
      20 –	Directive du Conseil du 21 décembre 1989 portant coordination des dispositions législatives, réglementaires et administratives
         relatives à l’application des procédures de recours en matière de passation des marchés publics de fournitures et de travaux
         (JO L 395, p. 33).
      
      21 –	À cet égard, il y a lieu de signaler que, conformément aux allégations de „Norma-A” et „Dekom”, (p. 6 et 7 de la version
         française), il existe depuis le 1er février 2004 en République de Lettonie une juridiction administrative à laquelle l’article 184 du code de procédure administrative
         attribue compétence pour traiter des recours relatifs à la validité des contrats de droit public.