CELEX: 62009FJ0026
Language: fr
Date: 2010-03-09 00:00:00
Title: Arrêt du Tribunal de la fonction publique (première chambre) du 9 mars 2010. # N contre Parlement européen. # Fonction publique - Fonctionnaires - Recours en indemnité - Recevabilité - Harcèlement moral - Devoir de sollicitude - Préjudice moral. # Affaire F-26/09.

ARRÊT DU TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE DE L’UNION EUROPÉENNE (première chambre)
      
      9 mars 2010 (*)
      
      « Fonction publique — Fonctionnaires — Recours en indemnité — Recevabilité — Harcèlement moral — Devoir de sollicitude — Préjudice moral »
      Dans l’affaire F-26/09,
      ayant pour objet un recours introduit au titre des articles 236 CE et 152 EA,
      N, fonctionnaire de la Commission européenne, auparavant fonctionnaire du Parlement européen, demeurant à Bruxelles (Belgique),
         représenté par Me É. Boigelot, avocat,
      
      partie requérante,
      contre
      Parlement européen, représenté par Mmes K. Zejdová et R. Ignătescu, en qualité d’agents,
      
      partie défenderesse,
      LE TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE(première chambre),
      
      composé de MM. S. Gervasoni (rapporteur), président, H. Kreppel et H. Tagaras, juges,
      greffier : Mme S. Cidéron, assistante,
      
      vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 1er décembre 2009,
      
      rend le présent
      Arrêt
      1        Par requête déposée au greffe du Tribunal le 27 mars 2009, N demande la condamnation du Parlement européen à lui verser la
         somme de 12 000 euros en réparation des préjudices causés, d’une part, par le harcèlement moral et professionnel dont il aurait
         été victime pendant la période allant du 16 août 2006 au 1er mai 2007, et, d’autre part, par l’absence d’ouverture d’une enquête administrative interne par un organe indépendant.
      
       Cadre juridique
      2        L’article 12 bis du statut des fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le « statut ») dispose : 
      
      « 1. Tout fonctionnaire s’abstient de toute forme de harcèlement moral et sexuel.
      2. Le fonctionnaire victime de harcèlement moral ou sexuel ne subit aucun préjudice de la part de l’institution. Le fonctionnaire
         ayant fourni des preuves de harcèlement moral ou sexuel ne subit aucun préjudice de la part de l’institution, pour autant
         qu’il ait agi de bonne foi.
      
      3. Par harcèlement moral, on entend toute conduite abusive se manifestant de façon durable, répétitive ou systématique par
         des comportements, des paroles, des actes, des gestes et des écrits qui sont intentionnels et qui portent atteinte à la personnalité,
         la dignité ou l’intégrité physique ou psychique d’une personne.
      
      […] »
      3        Aux termes de l’article 24 du statut :
      
      « Les Communautés assistent le fonctionnaire, notamment dans toute poursuite contre les auteurs de menaces, outrages, injures,
         diffamations ou attentats contre la personne et les biens, dont il est, ou dont les membres de sa famille sont l’objet, en
         raison de sa qualité et de ses fonctions.
      
      […] »
       Faits à l’origine du litige
      1.     Sur la période d’activité du requérant au Parlement du 16 août 2006 au 1er mai 2007
      4        Le requérant, fonctionnaire de grade AST 6 de la Commission des Communautés européennes, a été transféré au Parlement le 16 août
         2006. Il a été affecté, à un poste d’assistant vacant depuis plusieurs mois, à la commission parlementaire « Emploi et affaires
         sociales » (ci-après la « commission parlementaire ») au sein de la direction A « Politiques économiques et scientifiques »
         de la direction générale (DG) « Politiques internes ».
      
      5        Peu de temps après son arrivée, le requérant aurait été soumis à une charge de travail très importante liée au fait que son
         supérieur hiérarchique n’aurait pas pris en considération qu’il était en phase d’apprentissage. En outre, le requérant estime
         avoir fait très rapidement l’objet d’un comportement hostile de la part, d’abord, de la secrétaire de son supérieur hiérarchique,
         puis de son supérieur hiérarchique lui-même, et enfin, des autres collègues du service. Il aurait été en particulier victime
         d’agressions verbales répétées et d’une campagne de dénigrement concernant tant son travail que ses activités politiques en
         Belgique.
      
      6        Au cours des six premiers mois de fonctions, le requérant a suivi différents modules de formation, notamment sur ITER, l’outil
         informatique de gestion des activités des commissions parlementaires.
      
      7        Lors d’une audition de la commission parlementaire, le 23 novembre 2006, le requérant estime avoir été humilié par la secrétaire
         de son supérieur hiérarchique devant les membres de ladite commission au sujet de l’aménagement de la salle où se tenait l’audition.
         
      
      8        Le 8 décembre 2006, le chef d’unité du requérant, son supérieur hiérarchique, a eu un entretien avec lui pour faire le point
         sur son travail et, à cette occasion, en raison notamment des difficultés relationnelles rencontrées de part et d’autre, lui
         a conseillé de se mettre en relation avec le service de gestion du personnel de la DG « Politiques internes » afin d’étudier
         les éventuelles possibilités de mutation.
      
      9        Fin décembre 2006, le requérant a rencontré la responsable de la gestion du personnel de la DG « Politiques internes », qui
         lui a présenté les postes vacants sur lesquels il était susceptible d’être muté. 
      
      10      Par courriels des 15 et 16 janvier 2007, le requérant a fait part à la directrice de la direction A « Politiques économiques
         et scientifiques » relevant de la DG « Politiques internes », et supérieure hiérarchique de son chef d’unité, de la situation
         de harcèlement moral dont il s’estimait victime, et lui a demandé à pouvoir bénéficier rapidement d’une mutation dans un autre
         service du Parlement. 
      
      11      Du 16 janvier au 26 janvier 2007, le requérant a été en congé de maladie.
      
      12      Le 7 février 2007, il a présenté une demande de congé annuel pour Pâques, du 26 mars au 4 avril 2007, qui a été refusée par
         son supérieur hiérarchique pour raison de service.
      
      13      Le requérant a été de nouveau en congé de maladie du 12 au 16 février 2007.
      
      14      Le 19 février 2007, il a informé son supérieur hiérarchique, par courriel, de la nécessité pour lui de suivre quotidiennement
         un traitement médical d’une durée d’une heure et demie, ce qui l’obligeait à cesser son travail à 17 h 30. 
      
      15      Par courriel du même jour, le supérieur hiérarchique du requérant a répondu qu’il devait recevoir une notification officielle
         « de cette disposition » par le service médical.
      
      16      Le 20 février 2007, le requérant a eu un entretien avec la nouvelle responsable de la gestion du personnel de la DG « Politiques
         internes » au cours duquel a notamment été envisagée la possibilité d’une mutation sur un poste d’initiateur financier.
      
      17      Le 21 février 2007, le requérant a reçu un ordre de mission pour se rendre à Strasbourg du 12 au 15 mars 2007.
      
      18      Du 22 février au 1er mai 2007, il a de nouveau été placé en congé de maladie.
      
      19      Le 26 février 2007, le requérant a saisi le comité consultatif sur le harcèlement et sa prévention sur le lieu de travail
         (ci-après le « comité consultatif sur le harcèlement moral »).
      
      20      Le 22 mars 2007, le requérant a été entendu par le comité consultatif sur le harcèlement moral.
      
      21      Le 1er mai 2007, le requérant a été transféré à la Commission, et affecté à un poste de la DG « Entreprises et industrie ».
      
      2.     Sur la procédure de notation au titre de l’année 2006
      22      Le 20 février 2007, le chef d’unité du requérant, premier notateur, a établi le projet de rapport de notation le concernant
         pour la période allant du 16 août au 31 décembre 2006.
      
      23      Le 21 février 2007, le requérant a présenté ses observations sur le projet de rapport de notation 2006.
      
      24      Le 27 mars 2007 a eu lieu l’entretien de notation entre le requérant et son chef d’unité. À la suite de cet entretien et d’une
         intervention du président du comité consultatif sur le harcèlement moral, le premier notateur a atténué certaines appréciations
         défavorables et diminué leur nombre dans le projet de rapport de notation 2006.
      
      25      Le rapport de notation ainsi modifié (ci-après le « rapport de notation 2006 »), après avoir été contresigné par le notateur
         final le 25 avril 2007, a été notifié au requérant le 23 mai 2007.
      
      26      Le 10 juillet 2007, le requérant a saisi le comité des rapports du Parlement.
      
      27      Le 5 septembre 2007, le comité des rapports a estimé que la procédure de notation suivie au titre de l’exercice 2006 avait
         été régulière.
      
      28      Par décision du 12 septembre 2007, le secrétaire général du Parlement a adopté le rapport de notation 2006 sans y apporter
         de modification.
      
      29      Par décision du 22 mai 2008, le président du Parlement a rejeté la réclamation que le requérant avait formée, le 10 décembre
         2007, contre ce rapport.
      
      30      Le 22 août 2008, le requérant a présenté un recours, enregistré au greffe du Tribunal sous la référence F-71/08, dirigé notamment
         contre le rapport de notation 2006. 
      
      31      Par arrêt du 10 novembre 2009, N/Parlement (F-71/08, RecFP p. I-A-1-429 et II-A-1-2319), le Tribunal a annulé le rapport de
         notation 2006, au motif que le Parlement avait commis une erreur manifeste d’appréciation en évaluant le requérant sans avoir
         pris en considération la circonstance qu’il ne s’était pas vu assigner d’objectifs en début d’exercice.
      
      3.     Sur la procédure de notation au titre de l’année 2007
      32      Le 25 avril 2007, le chef d’unité du requérant, premier notateur, a établi le projet de rapport de notation de l’intéressé
         pour la période allant du 1er janvier au 30 avril 2007.
      
      33      Le rapport de notation a été notifié au requérant par lettre du 13 décembre 2007 (ci-après le « rapport de notation 2007 »).
      
      34      Le 12 novembre 2008, le requérant a présenté un recours, enregistré au greffe du Tribunal sous la référence F-93/08, dirigé
         notamment contre le rapport de notation 2007.
      
      35      Par arrêt du 10 novembre 2009, N/Parlement (F-93/08, RecFP p. I-A-1-433 et II-A-1-2339), le Tribunal a rejeté ce recours.
      
      4.     Sur la demande indemnitaire faisant l’objet du présent recours
      36      Le 10 janvier 2008, le requérant a présenté une demande, sur le fondement des dispositions de l’article 90, paragraphe 1,
         du statut, tendant à l’octroi d’une indemnité de 10 000 euros en réparation du préjudice causé par le harcèlement moral et
         professionnel dont il aurait été victime pendant sa période d’affectation au Parlement.
      
      37      Par décision du 3 juin 2008, le secrétaire général du Parlement a rejeté cette demande.
      
      38      Par lettre du 3 septembre 2008, le requérant a, d’une part, introduit une réclamation contre la décision du 3 juin 2008, et,
         d’autre part, présenté une demande tendant à la réparation du préjudice résultant de la méconnaissance par le Parlement de
         son obligation d’assistance.
      
      39      Par décision du 18 décembre 2008, le président du Parlement a rejeté la réclamation et la demande susmentionnées.
      
       Procédure et conclusions des parties
      40      Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal : 
      
      –        condamner le Parlement à lui verser la somme de 12 000 euros en réparation, d’une part, des préjudices qu’il a subis du fait
         du harcèlement moral et professionnel dont il a été victime pendant la période allant du 16 août 2006 au 1er mai 2007, d’autre part, de l’absence d’ouverture d’une enquête administrative interne par un organe indépendant ;
      
      –        condamner le Parlement aux dépens. 
      41      Le Parlement conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        rejeter le recours ;
      –        condamner le requérant aux dépens.
       En droit
      42      Le requérant présente formellement dans sa requête, d’une part, des conclusions tendant à la réparation des préjudices qu’il
         aurait subis du fait du harcèlement moral dont il aurait été victime au cours de la période allant du 16 avril 2006 au 30 avril
         2007 et, d’autre part, des conclusions tendant à la réparation du préjudice résultant de l’absence d’ouverture d’une enquête
         administrative, caractérisant selon lui une méconnaissance de l’obligation d’assistance du Parlement à son égard.
      
      43      Toutefois, dans le corps de la requête, dans la partie relative au harcèlement moral, le requérant demande également la réparation
         des préjudices résultant des agissements non décisionnels et des décisions qu’il a invoquées au soutien du harcèlement moral,
         en tant simplement qu’ils méconnaissent le devoir de sollicitude et le principe de bonne administration. Il y a lieu de regarder
         ces conclusions comme étant distinctes des conclusions liées au harcèlement moral invoqué et de les examiner séparément.
      
      1.     Sur les conclusions tendant à la réparation du préjudice résultant de la méconnaissance de l’obligation d’assistance 
      44      Il résulte des termes de la lettre du 3 septembre 2008 qu’elle comporte deux volets : d’une part, une réclamation, au sens
         de l’article 90, paragraphe 2, du statut, contre la décision du 3 juin 2008, et, d’autre part, une demande tendant à la réparation
         du préjudice résultant de la méconnaissance par le Parlement de son obligation d’assistance.
      
      45      Le requérant soutient que le Parlement a méconnu son obligation d’assistance, dès lors qu’il n’a pas procédé à une enquête
         administrative alors qu’il était saisi d’une dénonciation de faits constitutifs de harcèlement moral.
      
      46      Selon une jurisprudence constante, dans le système des voies de recours instauré par les articles 90 et 91 du statut, un recours
         en indemnité, qui constitue une voie de droit autonome par rapport au recours en annulation, n’est recevable que s’il a été
         précédé d’une procédure précontentieuse conforme aux dispositions statutaires. Cette procédure diffère selon que le dommage
         dont la réparation est demandée résulte d’un acte faisant grief au sens de l’article 90, paragraphe 2, du statut, ou d’un
         comportement de l’administration dépourvu de caractère décisionnel. Dans le premier cas, il appartient à l’intéressé de saisir
         l’autorité investie du pouvoir de nomination dans les délais impartis d’une réclamation dirigée contre l’acte en cause. Dans
         le second cas, en revanche, la procédure administrative doit débuter par l’introduction d’une demande, au sens de l’article 90,
         paragraphe 1, du statut, visant à obtenir un dédommagement. Ce n’est que le rejet explicite ou implicite de cette demande
         qui constitue une décision faisant grief contre laquelle une réclamation peut, alors, être dirigée, et ce n’est qu’après le
         rejet, explicite ou implicite, de cette réclamation, qu’un recours en indemnité peut être formé devant le Tribunal (arrêts
         du Tribunal de première instance du 25 septembre 1991, Marcato/Commission, T-5/90, Rec. p. II-731, points 49 et 50, et du
         28 juin 1996, Y/Cour de justice, T-500/93, RecFP p. I-A-335 et II-977, points 64 et 66).
      
      47      Il a par ailleurs été jugé, d’une part, que les décisions par lesquelles l’administration ne satisfait pas à son obligation
         d’assistance constituent des actes faisant grief (voir notamment, en ce qui concerne les décisions expresses de refus d’assistance,
         arrêt du Tribunal de première instance du 12 septembre 2007, Combescot/Commission, T-249/04, RecFP p. I-A-2-181 et II-A-2-1219,
         point 32 ; en ce qui concerne les décisions implicites de refus d’assistance, arrêt du Tribunal de première instance du 6 novembre
         1997, Ronchi/Commission, T-223/95, RecFP p. I-A-321 et II-879, points 25 à 31 ; en ce qui concerne les décisions d’assistance
         jugées insuffisantes, arrêt du Tribunal de première instance du 26 octobre 1993, Caronna/Commission, T-59/92, Rec. p. II-1129,
         point 100), et, d’autre part, qu’il appartient, en principe, au fonctionnaire qui estime pouvoir se prévaloir de l’article 24
         du statut de présenter une demande d’assistance à l’institution dont il relève. Seules certaines circonstances exceptionnelles
         peuvent obliger l’institution à procéder, sans demande préalable de l’intéressé, mais de sa propre initiative, à une action
         d’assistance déterminée. En l’absence de telles circonstances, l’abstention de l’institution de porter spontanément assistance
         à ses fonctionnaires et agents ne constitue pas un acte faisant grief (arrêt de la Cour du 12 juin 1986, Sommerlatte/Commission,
         229/84, Rec. p. 1805, point 20 ; arrêt du Tribunal de première instance du 18 décembre 2008, Belgique et Commission/Genette,
         T-90/07 P et T-99/07 P, Rec. p. II-3859, points 101 à 103, et arrêt du Tribunal du 31 mai 2006, Frankin e.a./Commission, F-91/05,
         RecFP p. I-A-1-25 et II-A-1-83, point 24).
      
      48      En l’espèce, eu égard à la jurisprudence précitée, le dommage dont la réparation est demandée par le requérant ne peut résulter
         que d’un acte faisant grief. En conséquence, la recevabilité des conclusions indemnitaires susmentionnées dépend de l’existence
         ou non d’une décision de refus d’assistance au moment où elles ont été présentées.
      
      49      Or, il est constant que le requérant n’a à aucun moment formellement présenté au Parlement de demande d’assistance sur le
         fondement des dispositions de l’article 24 du statut. Même interprétée dans un esprit d’ouverture, la lettre du 10 janvier
         2008, par laquelle le requérant a saisi l’autorité investie du pouvoir de nomination d’une demande indemnitaire fondée sur
         le harcèlement moral et la méconnaissance du devoir de sollicitude, ne peut pas s’analyser ainsi (voir arrêt Belgique et Commission/Genette,
         précité, points 101 à 103). Ne peut davantage être regardée comme une demande d’assistance sur le fondement de l’article 24
         du statut la réclamation du 3 septembre 2008. Par ailleurs, aucune circonstance exceptionnelle n’est invoquée par le requérant
         qui aurait justifié que le Parlement intervînt de façon spontanée. 
      
      50      À supposer que la décision du 18 décembre 2008, par laquelle le Parlement a rejeté la réclamation et la demande contenues
         dans la lettre du 3 septembre 2008, puisse s’analyser comme une décision de refus d’assistance, les conclusions indemnitaires
         susmentionnées n’en demeureraient pas moins irrecevables pour défaut de présentation d’une réclamation, au sens de l’article 90,
         paragraphe 2, du statut.
      
      51      Ainsi, dès lors que le requérant n’a pas respecté la procédure précontentieuse prévue par les dispositions des articles 90
         et 91 du statut, les conclusions indemnitaires tendant à la réparation du préjudice résultant de la méconnaissance par le
         Parlement de son obligation d’assistance doivent être rejetées comme irrecevables.
      
      2.     Sur les conclusions tendant à la réparation des préjudices résultant du harcèlement moral et professionnel et de la méconnaissance
            du devoir de sollicitude et du principe de bonne administration
       Arguments des parties
      52      Le requérant soutient que pendant la période allant du 16 août 2006 au 1er mai 2007, d’une part, il a été victime de harcèlement moral, d’autre part, l’administration a manqué à son devoir de sollicitude
         et méconnu le principe de bonne administration. Il soutient aussi en termes généraux et abstraits que le Parlement aurait
         méconnu les articles 25, paragraphe 2, et 43 du statut, aurait commis des erreurs manifestes d’appréciation et un détournement
         de pouvoir.
      
      53      Le requérant rappelle en premier lieu l’interprétation qu’a donnée la jurisprudence récente du Tribunal de la notion de harcèlement
         moral. Aux termes de cette jurisprudence, seraient constitutifs d’un tel harcèlement, au sens de l’article 12 bis, paragraphe 3,
         du statut, des agissements ayant pour effet de porter objectivement atteinte à la personnalité, la dignité ou l’intégrité
         physique ou psychique de l’intéressé.
      
      54      En deuxième lieu, le requérant énumère les différentes manifestations de harcèlement moral dont il estime avoir été victime
         au cours de la période susmentionnée. Ainsi, dès son arrivée au Parlement, il aurait fait l’objet d’un comportement agressif
         de la part de la secrétaire de son supérieur hiérarchique. Par ailleurs, son chef de service l’aurait immédiatement mis sous
         pression quant à la réalisation de son travail sans même lui laisser une période transitoire d’apprentissage et d’adaptation.
         Trois mois après son arrivée au Parlement, son chef de service l’aurait incité à quitter le plus rapidement possible la commission
         parlementaire en l’invitant à se mettre en relation avec le service du personnel. Le requérant aurait également été victime
         d’agressions verbales répétées de la part de son chef de service et de sa secrétaire et aurait fait l’objet d’une mise à l’écart
         dans le service. 
      
      55      En outre, le Parlement, bien qu’informé des problèmes que le requérant rencontrait dans son service, n’aurait pris aucune
         mesure telle qu’une mutation.
      
      56      Le harcèlement moral dont le requérant aurait été victime serait également caractérisé par le refus de congé annuel pour Pâques
         qui lui aurait été opposé, par le refus de lui permettre de suivre un traitement médical journalier, et par son envoi en mission
         à Strasbourg.
      
      57      Enfin, les rapports de notation 2006 et 2007, eu égard à leur contenu très négatif, seraient également des manifestations
         du harcèlement moral dont le requérant aurait été victime pendant la période susmentionnée.
      
      58      En troisième lieu, le requérant fait valoir que les agissements et les décisions invoqués au titre du harcèlement moral constitueraient
         aussi des manquements au devoir de sollicitude et au principe de bonne administration.
      
      59      En défense, le Parlement rappelle, à titre liminaire, que l’engagement de la responsabilité extracontractuelle d’une institution
         envers ses fonctionnaires est subordonné à la réunion d’un ensemble de conditions, à savoir l’illégalité du comportement reproché,
         la réalité du dommage et l’existence d’un lien de causalité entre le comportement allégué et le préjudice invoqué.
      
      60      Le Parlement fait ensuite valoir que la première de ces conditions n’est pas remplie, dès lors qu’il n’est pas établi que
         le comportement de certains de ses agents à l’encontre du requérant serait constitutif d’un harcèlement moral.
      
      61      Le Parlement soutient, en premier lieu, que le requérant n’établit nullement que les tâches et le volume de son travail ne
         correspondraient pas à ceux d’un assistant d’une commission parlementaire.
      
      62      Le Parlement estime, en deuxième lieu, que le requérant n’apporterait pas d’éléments probants au soutien de ses allégations
         relatives aux remarques désobligeantes dont il aurait régulièrement fait l’objet pendant sa période d’activité au Parlement.
         Si le Parlement reconnaît que les relations de travail entre le requérant et certains de ses collègues se sont progressivement
         détériorées, il rappelle que des rapports conflictuels entre un agent et son supérieur hiérarchique ou des collègues ne caractérisent
         pas à eux seuls un harcèlement moral.
      
      63      En troisième lieu, le Parlement fait valoir qu’après avoir été informé des difficultés que le requérant rencontrait à son
         poste de travail, notamment par des courriels de ce dernier, il a pris rapidement des mesures pour tenter de remédier à cette
         situation. Le requérant aurait ainsi eu très vite des entretiens avec des agents du service du personnel au cours desquels
         sa mutation dans un autre service aurait été envisagée. Cette solution n’aurait pu finalement aboutir en raison du retour
         précipité du requérant à la Commission.
      
      64      En quatrième lieu, le Parlement, après avoir rappelé que le refus d’accorder un congé annuel afin d’assurer le bon fonctionnement
         du service ne peut être considéré comme la manifestation d’un harcèlement moral, relève qu’en l’espèce, il n’est pas établi
         que le refus de congé invoqué par le requérant aurait eu un autre motif que l’intérêt du service.
      
      65      En cinquième lieu, le Parlement soutient que le requérant ne s’est pas vu refuser de suivre le traitement médical journalier
         qui lui était nécessaire. En l’absence de présentation par le requérant d’un certificat médical, son supérieur hiérarchique
         se serait borné à lui indiquer qu’il devait être informé de ses empêchements médicaux par le service médical de l’institution.
         En toute hypothèse, eu égard aux congés de maladie dont il a bénéficié jusqu’à son transfert à la Commission, le requérant
         aurait été mis à même de suivre le traitement médical en cause. Par ailleurs, la circonstance que des courriels lui auraient
         été envoyés pendant son congé de maladie, l’informant des tâches à accomplir lors de son retour, ne saurait caractériser un
         harcèlement moral car ces courriels n’avaient pour but que d’assurer la continuité du service.
      
      66      En dernier lieu, le Parlement estime que les rapports de notation 2006 et 2007 ne révèlent pas de harcèlement moral.
      
      67      S’agissant des deux autres conditions d’engagement de la responsabilité extracontractuelle, le Parlement fait valoir qu’elles
         ne sont, elles non plus, pas satisfaites. D’une part, le requérant ne produirait aucun élément de nature à justifier la réalité
         et le caractère certain du préjudice moral dont il demande réparation, d’autre part, il n’établirait pas le lien de causalité
         existant entre les préjudices invoqués, notamment l’état de santé, et les conditions de travail au Parlement.
      
       Appréciation du Tribunal
      68      Selon une jurisprudence constante, l’engagement de la responsabilité non contractuelle d’une institution, en sa qualité d’employeur,
         est subordonné à la réunion d’un ensemble de conditions, à savoir l’illégalité du comportement reproché à l’institution, la
         réalité du dommage et l’existence d’un lien de causalité entre le comportement allégué et le préjudice invoqué (arrêts de
         la Cour du 1er juin 1994, Commission/Brazzelli Lualdi e.a., C-136/92 P, Rec. p. I-1981, point 42, et du 21 février 2008, Commission/Girardot,
         C-348/06 P, Rec. p. I-833, point 52 ; arrêt du Tribunal de première instance du 6 mai 2009, M/EMEA, T-12/08 P, RecFP p. I-B-1-31
         et II-B-1-159, point 98). Ces trois conditions sont cumulatives. L’absence de l’une d’entre elles suffit pour rejeter un recours
         indemnitaire.
      
       En ce qui concerne l’existence d’un comportement illégal 
      –       Sur les moyens formulés en termes généraux et abstraits
      69      Le requérant soutient, en termes généraux et abstraits, que le Parlement aurait eu un comportement illégal consistant en une
         violation des articles 25, paragraphe 2, et 43 du statut, en un détournement de pouvoir et en des erreurs manifestes d’appréciation.
      
      70      Il convient de rappeler qu’en vertu de l’article 35, paragraphe 1, sous e), du règlement de procédure, la requête doit contenir
         l’exposé des moyens et arguments de fait et de droit invoqués. Ces éléments doivent être suffisamment clairs et précis pour
         permettre à la partie défenderesse de préparer sa défense et au Tribunal de statuer sur le recours, le cas échéant, sans autres
         informations. Afin de garantir la sécurité juridique et une bonne administration de la justice, il est nécessaire, pour qu’un
         recours soit recevable, que les éléments essentiels de fait et de droit sur lesquels celui-ci se fonde ressortent d’une façon
         cohérente et compréhensible du texte de la requête elle-même (ordonnance du Tribunal de première instance du 28 avril 1993,
         De Hoe/Commission, T-85/92, Rec. p. II-523, point 20 ; ordonnance du Tribunal du 26 juin 2008, Nijs/Cour des comptes, F-1/08,
         RecFP p. I-A-1-229 et II-A-1-1231, point 24). Il en est d’autant plus ainsi que, selon l’article 7, paragraphe 3, de l’annexe
         du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, la phase écrite de la procédure devant le Tribunal ne comporte, en
         principe, qu’un seul échange de mémoires, sauf décision contraire du Tribunal. Cette dernière particularité de la procédure
         devant le Tribunal explique que, à la différence de ce qui est prévu devant la Cour ou le Tribunal de l’Union européenne par
         l’article 21, premier alinéa, du statut de la Cour, l’exposé des moyens et arguments dans la requête ne saurait être sommaire
         (arrêt du Tribunal du 4 juin 2009, Adjemian e.a./Commission, F-134/07 et F-8/08, RecFP p. I-A-1-149 et II-A-1-841, point 76,
         faisant l’objet d’un pourvoi pendant devant le Tribunal de l’Union européenne, affaire T-325/09 P).
      
      71      Ainsi, les moyens susmentionnés, tels qu’ils sont présentés, ne respectent pas les dispositions de l’article 35, paragraphe 1,
         sous e), du règlement de procédure du Tribunal et de l’article 21 du statut de la Cour et sont, par suite, irrecevables.
      
      –       Sur le harcèlement moral
      72      L’article 12 bis, paragraphe 3, du statut définit le harcèlement moral comme une « conduite abusive » qui requiert, pour être
         établie, que deux conditions cumulatives soient satisfaites. La première condition est relative à l’existence de comportements,
         paroles, actes, gestes ou écrits qui se manifestent « de façon durable, répétitive ou systématique », ce qui implique que
         le harcèlement moral doit être compris comme un processus s’inscrivant nécessairement dans le temps et suppose l’existence
         d’agissements répétés ou continus, et qui sont « intentionnels ». La seconde condition, séparée de la première par la conjonction
         « et », exige que ces comportements, paroles, actes, gestes ou écrits aient pour effet de porter atteinte à la personnalité,
         la dignité ou l’intégrité physique ou psychique d’une personne. Du fait que l’adjectif « intentionnel » concerne la première
         condition, et non la seconde, il est possible de tirer une double conclusion. D’une part, les comportements, paroles, actes,
         gestes ou écrits, visés par l’article 12 bis, paragraphe 3, du statut, doivent présenter un caractère volontaire, ce qui exclut
         du champ d’application de cette disposition les agissements qui se produiraient de manière accidentelle. D’autre part, il
         n’est en revanche pas requis que ces comportements, paroles, actes, gestes ou écrits aient été commis avec l’intention de
         porter atteinte à la personnalité, la dignité ou l’intégrité physique ou psychique d’une personne. En d’autres termes, il
         peut y avoir harcèlement moral au sens de l’article 12 bis, paragraphe 3, du statut sans que le harceleur ait entendu, par
         ses agissements, discréditer la victime ou dégrader délibérément ses conditions de travail. Il suffit que ses agissements,
         dès lors qu’ils ont été commis volontairement, aient entraîné objectivement de telles conséquences (voir en ce sens, arrêt
         du Tribunal du 9 décembre 2008, Q/Commission, F-52/05, RecFP p. I-A-1-409 et II-A-1-2235, point 135, faisant l’objet d’un
         pourvoi pendant devant le Tribunal de l’Union européenne, affaire T-80/09 P).
      
      73      C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient de statuer sur les griefs tirés de l’existence d’un harcèlement moral,
         ce qui suppose d’examiner la réalité des différents agissements et de l’abstention reprochés par le requérant à sa hiérarchie
         et de déterminer si ces agissements et cette abstention ont eu pour effet de porter objectivement atteinte à la personnalité,
         la dignité ou l’intégrité physique ou psychique de l’intéressé.
      
      74      À l’appui de sa demande indemnitaire, le requérant invoque neuf griefs attestant du harcèlement moral dont il aurait été victime.
      
      75      Le requérant soutient, en premier lieu, que la secrétaire de son supérieur hiérarchique aurait eu, dès son arrivée au Parlement,
         un comportement agressif à son égard, qu’elle aurait dénigré tant son travail que son engagement politique, et l’aurait humilié
         publiquement lors d’une audition de la commission parlementaire. En deuxième lieu, le requérant fait valoir qu’il aurait fait
         l’objet d’agressions verbales répétées de la part de son supérieur hiérarchique et de la secrétaire de ce dernier, désireux
         semble-t-il de se débarrasser de lui. En troisième lieu il soutient avoir fait l’objet d’un isolement au sein du service de
         la part de ses collègues. En quatrième lieu, le harcèlement moral dont il se plaint serait également caractérisé par la pression
         intense que son chef hiérarchique aurait exercée sur lui lors de la réalisation de son travail et par l’absence de prise en
         compte du fait qu’il était en phase d’apprentissage.
      
      76      Les quatre premiers agissements incriminés par le requérant se rapportent à l’environnement de travail hostile qui aurait
         été créé par son supérieur hiérarchique et par ses collègues, et doivent donc être examinés conjointement.
      
      77      Il y a lieu tout d’abord de rappeler qu’il a été jugé que le fait qu’un fonctionnaire ait des relations difficiles, voire
         conflictuelles, avec ses collègues ou ses supérieurs hiérarchiques, ne constitue pas à lui seul la preuve d’un harcèlement
         moral (voir notamment, arrêt du Tribunal de première instance du 16 avril 2008, Michail/Commission, T-486/04, RecFP p. I-A-2-25
         et II-A-2-139, point 61). En l’espèce, s’il ressort des pièces du dossier que le supérieur hiérarchique du requérant lui a
         fait part à plusieurs reprises de son mécontentement, notamment par différents courriels dont le ton était vif ; ces courriels,
         qui concernaient l’insuffisance de ses prestations, sont néanmoins demeurés dans les limites de relations hiérarchiques acceptables,
         et ne peuvent, par suite, être regardés comme ayant porté atteinte à la personnalité, la dignité ou l’intégrité physique ou
         psychique du requérant. En outre, s’il n’a pas été contesté par le Parlement que la charge de travail du requérant était importante,
         il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu’il soutient, celui-ci a bénéficié, lors de son arrivée au Parlement,
         d’une période d’apprentissage, au cours de laquelle il n’a pas assumé la totalité de ses tâches et a pu suivre des formations.
         S’agissant de sa mise à l’écart dans le service, le requérant n’apporte pas d’éléments suffisamment précis et probants de
         nature à établir qu’il aurait été victime d’isolement et d’humiliations de la part de certains de ses collègues. Enfin, l’incident
         qui se serait produit avec la secrétaire de son supérieur hiérarchique le 23 novembre 2006, lors d’une audition de la commission
         parlementaire, incident que n’a pas sérieusement contesté le Parlement, constitue, quant à lui, un fait trop isolé pour pouvoir
         être regardé comme une manifestation de harcèlement moral au sens des dispositions de l’article 12 bis, paragraphe 3, du statut.
      
      78      En cinquième lieu, le requérant soutient que le refus de faire droit à sa demande de congé annuel caractériserait un harcèlement
         moral. Il importe de rappeler que si, en vertu de l’article 57, premier alinéa, du statut, le fonctionnaire a droit, par année
         civile, à un congé annuel de 24 jours ouvrables au minimum et de 30 jours ouvrables au maximum, il a été jugé qu’un refus
         de congé annuel en vue d’assurer le bon fonctionnement du service ne saurait être considéré, en tant que tel, comme une manifestation
         de harcèlement moral (arrêt du Tribunal de première instance du 4 mai 2005, Schmit/Commission, T-144/03, RecFP p. I-A-101
         et II-465, point 78 ; arrêt Q/Commission, précité, points 175, et 177 à 179). En l’espèce, il est constant que le supérieur
         hiérarchique du requérant lui a refusé le congé annuel qu’il avait demandé pour Pâques, pour la période du 26 mars au 4 avril
         2007. Toutefois, le Parlement fait valoir, sans être contredit, d’une part, que les 5, 6 et 9 avril 2007 étaient des jours
         fériés, et, d’autre part, que des réunions de la commission parlementaire étaient prévues les 11 et 12 avril 2007. Dès lors,
         eu égard à ces circonstances, c’est à bon droit que l’administration a estimé que la préparation des réunions de la commission
         parlementaire nécessitait la présence du requérant à son poste début avril et refusé pour ce motif, se rattachant au bon fonctionnement
         du service, le congé sollicité. En conséquence, le refus de congé annuel invoqué ne saurait, dans les circonstances de l’espèce,
         être regardé comme une manifestation de harcèlement moral au sens des dispositions de l’article 12 bis, paragraphe 3, du statut.
      
      79      En sixième lieu, le requérant fait valoir que son supérieur hiérarchique aurait refusé qu’il cesse le travail à 17 h 30 pour
         suivre le traitement médical quotidien dont il avait besoin, ainsi que d’annuler une mission à Strasbourg, du 12 au 15 mars
         2007, incompatible avec ce traitement médical quotidien. 
      
      80      Il ressort des pièces du dossier que le requérant a, par courriel du 19 février 2007, informé son supérieur hiérarchique de
         son obligation de quitter chaque jour le service à 17 h 30, afin de pouvoir suivre un traitement médical quotidien d’une heure
         et demie. S’il est fait référence, dans ce courriel, à un certificat médical, il est constant que le requérant n’a pas joint
         ce document audit courriel, ni ne l’a communiqué par une autre voie, que ce soit directement à son supérieur hiérarchique,
         au service médical ou à un autre service du Parlement. Ainsi, dans les circonstances de l’espèce, en l’absence de certificat
         médical, le supérieur hiérarchique du requérant était fondé, dans sa réponse au courriel du 19 février 2007, à lui rappeler
         qu’il devait être destinataire d’une « notification officielle du service médical de cette disposition ». Par cette réponse,
         le supérieur hiérarchique du requérant n’a d’ailleurs pas entendu opposer un refus définitif à la demande du requérant de
         cesser le travail quotidiennement à 17 h 30. Si le requérant soutient s’être alors adressé par téléphone au service médical
         pour obtenir la notification officielle requise, lequel se serait borné à le renvoyer vers son supérieur hiérarchique, cette
         circonstance n’est pas établie. Au demeurant, après la réponse susmentionnée de son supérieur hiérarchique, le requérant a
         finalement produit un certificat médical sur le fondement duquel il a été placé en congé de maladie du 22 février 2007 au
         25 mars 2007, congé de maladie d’ailleurs renouvelé par la suite pendant une longue période sans que le bien-fondé de cette
         absence soit nullement contesté par sa hiérarchie. Ainsi, la question du maintien de la mission à Strasbourg du 12 au 15 mars
         2007 ne s’est-elle plus posée. Il résulte de ce qui précède qu’aucun des deux griefs visés au point 79 n’est établi.
      
      81      En septième lieu, le requérant soutient que son supérieur hiérarchique lui aurait donné, par courriels, des consignes de travail
         alors qu’il était en congé de maladie.
      
      82      Si le supérieur hiérarchique du requérant a envoyé à ce dernier des courriels pendant un congé de maladie, il ressort de la
         lecture de ces courriels envoyés vers la messagerie professionnelle du fonctionnaire qu’ils avaient simplement pour objet
         de préparer le retour au travail de l’intéressé à l’issue d’une absence justifiée pour maladie. Dans ces conditions, l’agissement
         reproché ne constitue pas la manifestation d’un harcèlement moral.
      
      83      En huitième lieu, le requérant soutient que l’absence de réaction du Parlement à la suite des démarches qu’il avait engagées
         pour dénoncer la situation dans laquelle il se trouvait révèlerait un comportement constitutif de harcèlement moral.
      
      84      Il est toutefois constant qu’en décembre 2006, le requérant a rencontré la responsable de la gestion du personnel au sein
         de la DG « Politiques internes », laquelle lui a présenté les postes vacants auxquels il pouvait postuler. À la suite de courriels
         envoyés les 15 et 16 janvier 2007, il a ensuite été reçu le 1er février 2007 par la directrice de la Direction A « Politiques économiques et scientifiques » pour faire le point sur sa situation
         professionnelle. Enfin, il a été reçu le 20 février 2007 par la nouvelle responsable du service de la gestion du personnel
         afin d’envisager à nouveau les éventuelles possibilités de mutation au sein du Parlement. Il est à noter que du 1er janvier au 30 avril 2007, le requérant a été en congé de maladie pendant la quasi-totalité de cette période, et que son transfert
         à la Commission, le 1er mai 2007, est intervenu de manière rapide. Ces circonstances expliquent que les différentes solutions envisagées avec les
         services du Parlement n’aient pu aboutir. Il ressort en outre du dossier que le requérant a été entendu par le comité consultatif
         sur le harcèlement moral, qu’il avait saisi le 26 février 2007, et qu’à la suite de cette audition, le président de ce comité
         s’est enquis de la situation du requérant auprès de son supérieur hiérarchique, amenant ce dernier à une reformulation du
         rapport de notation 2006 caractérisée par une diminution sensible du nombre des commentaires négatifs, ainsi que par l’atténuation
         de leurs termes. Ainsi, dans les circonstances de l’espèce, il apparaît que le Parlement, informé des difficultés relationnelles
         rencontrées par le requérant dans son service, a agi avec la diligence requise pour tenter de trouver une solution, et qu’en
         conséquence, l’abstention incriminée n’est pas établie.
      
      85      En dernier lieu, le requérant soutient que ses rapports de notation 2006 et 2007, eu égard aux commentaires très négatifs
         qu’ils contiennent sur son travail, constituent une manifestation de harcèlement moral.
      
      86      Ainsi que rappelé au point 35 du présent arrêt, le Tribunal a rejeté, par son arrêt du 10 novembre 2009 (F-93/08), le recours
         en annulation du requérant dirigé contre le rapport de notation 2007, au motif notamment que l’administration n’avait pas
         commis d’erreur manifeste dans l’appréciation des prestations du requérant. S’il est vrai que, par arrêt du même jour (F-71/08),
         le Tribunal a annulé le rapport de notation 2006 au motif que l’administration avait procédé à l’évaluation du requérant sans
         lui avoir au préalable défini d’objectifs (voir point 31 du présent arrêt), cette illégalité, pour regrettable qu’elle soit,
         ne peut être regardée, à elle seule, comme révélatrice d’un comportement de harcèlement moral. De plus, les commentaires dont
         le requérant a fait l’objet dans ces deux rapports de notation, pour négatifs qu’ils soient, restent dans les limites du large
         pouvoir d’appréciation du notateur, et en particulier ne franchissent pas la frontière de la critique désobligeante ou blessante
         envers la personne même de l’intéressé.
      
      87      Ainsi, il résulte de ce qui précède que les faits invoqués par le requérant, pris isolément, soit ne sont pas matériellement
         établis soit ne peuvent être regardés comme constitutifs d’une « conduite abusive » au sens de l’article 12 bis, paragraphe 3,
         du statut.
      
      88      De surcroît, les faits qui sont évoqués, même pris dans leur ensemble, ne sont pas d’une gravité suffisante pour avoir eu
         objectivement pour effet de porter atteinte à la personnalité, la dignité ou l’intégrité physique ou psychique du requérant.
      
      89      Le requérant n’est donc pas fondé à soutenir qu’il aurait été victime de harcèlement moral. La situation dans laquelle le
         requérant s’est retrouvé est en réalité le résultat, non pas d’un harcèlement moral, mais d’un conflit malheureux né du mécontentement
         des deux parties à la relation de travail : le requérant a été déçu par la nature des tâches confiées, qui ne lui permettaient
         pas, comme il l’espérait, d’être associé aux travaux du Parlement, tandis que, de son côté, le Parlement avait à l’égard du
         requérant des attentes professionnelles élevées et de fortes exigences, que l’intéressé n’a pas été à même de satisfaire.
      
      90      Il s’ensuit que la condition de l’existence d’un comportement illégal de l’institution n’étant pas remplie, la responsabilité
         de l’administration ne peut être engagée, et que les conclusions indemnitaires fondées sur le harcèlement moral ne peuvent
         qu’être rejetées.
      
      –       Sur la méconnaissance du devoir de sollicitude et du principe de bonne administration
      91      Il est de jurisprudence constante que le devoir de sollicitude de l’administration à l’égard de ses agents reflète l’équilibre
         des droits et des obligations réciproques que le statut a créé dans les relations entre l’autorité publique et les agents
         du service public. Ce devoir implique notamment que, lorsqu’elle statue à propos de la situation d’un fonctionnaire, l’autorité
         prenne en considération l’ensemble des éléments qui sont susceptibles de déterminer sa décision et que, ce faisant, elle tienne
         compte de l’intérêt du service, mais aussi de l’intérêt du fonctionnaire concerné (arrêt de la Cour du 23 octobre 1986, Schwiering/Cour
         des comptes, 321/85, Rec. p. 3199, point 18 ; arrêts du Tribunal de première instance du 5 février 1997, Ibarra Gil/Commission,
         T-207/95, RecFP p. I-A-13 et II-31, point 75, et du 6 février 2003, Pyres/Commission, T-7/01, RecFP p. I-A-37 et II-239, point 87).
         
      
      92      Ce principe rejoint celui de bonne administration, qui impose à l’institution, lorsqu’elle statue à propos de la situation
         d’un fonctionnaire, de prendre en considération l’ensemble des éléments qui sont susceptibles de déterminer sa décision et,
         ce faisant, de tenir compte non seulement de l’intérêt du service, mais aussi de celui du fonctionnaire concerné (arrêt du
         Tribunal de première instance du 16 mars 2004, Afari/BCE, T-11/03, RecFP p. I-A-65 et II-267, point 42).
      
      93      Le Tribunal estime, eu égard à ce qui a été dit précédemment, que les agissements non décisionnels invoqués par le requérant
         au titre du harcèlement moral (voir points 74 à 81 du présent arrêt) ne méconnaissent ni le devoir de sollicitude ni le principe
         de bonne administration.
      
      94      S’agissant des actes décisionnels que sont les rapports de notation, et, en premier lieu, du rapport de notation 2007, le
         Tribunal a jugé dans son arrêt précité du 10 novembre 2009 (F-93/08), qu’en adoptant le rapport de notation 2007, le Parlement
         n’avait méconnu ni son devoir de sollicitude ni le principe de bonne administration (point 100 de l’arrêt).
      
      95      En revanche, l’administration, en évaluant les prestations du requérant dans le rapport de notation 2006, sans avoir pris
         en considération la circonstance qu’aucun objectif préalable ne lui avait été fixé, a non seulement commis une erreur manifeste
         d’appréciation, comme le Tribunal l’a jugé dans son arrêt du 10 novembre 2009 (F-71/08), mais a également méconnu le devoir
         de sollicitude et de bonne administration.
      
      96      Dans la mesure où le requérant a contesté la légalité du rapport de notation 2006 dans le délai du recours contentieux, et
         dès lors que sa demande indemnitaire, du 10 janvier 2008, a été présentée dans un délai raisonnable à compter du moment où
         il a eu connaissance de ce rapport (arrêt du Tribunal du 1er février 2007, Tsarnavas/Commission, F-125/05, RecFP p. I-A-1-43 et II-A-1-231, points 69 à 71), il est recevable à présenter,
         par acte séparé, des conclusions tendant à la réparation du préjudice causé par cet acte illégal (voir en ce sens, arrêts
         du Tribunal de première instance du 28 mai 1998, W/Commission, T-78/96 et T-170/96, RecFP p. I-A-239 et II-745, point 159 ;
         du 17 décembre 2003, McAuley/Conseil, T-324/02, RecFP p. I-A-337 et II-1657, points 92 et 96, et du 19 octobre 2006, Pessoa
         e Costa/Commission, T-503/04, RecFP p I-A-2-237 et II-A-2-1239, points 58 et 59).
      
      97      Il s’ensuit que la méconnaissance du devoir de sollicitude et du principe de bonne administration susévoqué est de nature
         à engager la responsabilité du Parlement.
      
       En ce qui concerne le préjudice et le lien de causalité avec le comportement illégal
      98      Le requérant demande la réparation du préjudice moral et de l’atteinte à sa réputation, à sa carrière et à sa santé.
      
      99      S’agissant de l’atteinte à sa santé, le requérant n’établit pas que la faute commise par le Parlement serait directement en
         lien avec la détérioration de l’état de santé dont il se prévaut. Par suite, ce chef de préjudice ne peut être retenu.
      
      100    S’agissant de l’atteinte à la réputation et à la carrière, il n’est pas établi que l’illégalité du rapport de notation 2006,
         lequel n’a fait l’objet d’aucune publicité particulière à l’extérieur de l’institution, ait eu une influence quelconque sur
         la réputation du requérant ou sur le déroulement de sa carrière. Il ressort au contraire des écritures du requérant lui-même
         que depuis le 1er mai 2007, date à laquelle il a été réaffecté à la Commission, sa carrière s’y déroule normalement. Ce chef de préjudice ne
         peut davantage être retenu.
      
      101    S’agissant du préjudice moral, il y a lieu de constater que la seule faute commise par le Parlement est celle qui tient à
         l’illégalité du rapport de notation 2006, lequel a été annulé par arrêt du 10 novembre 2009 (F-71/08). Or, il est de jurisprudence
         constante que l’annulation d’un acte de l’administration attaqué par un fonctionnaire constitue, en elle-même, une réparation
         adéquate et, en principe, suffisante de tout préjudice moral que ce dernier peut avoir subi (arrêts du Tribunal de première
         instance du 26 janvier 1995, Pierrat/Cour de justice, T-60/94, RecFP p. I-A-23 et II-77, point 62, et du 21 janvier 2004,
         Robinson/Parlement, T-328/01, RecFP p. I-A-5 et II-23, point 79 ; arrêt du Tribunal du 13 décembre 2007, Sundholm/Commission,
         F-42/06, RecFP p. I-A-1-437 et II-A-1-2499, point 44).
      
      102    Toutefois, le juge de l’Union a admis certaines exceptions à cette règle.
      
      103    En premier lieu, l’annulation de l’acte illégal de l’administration ne peut constituer une pleine réparation du préjudice
         moral subi si cet acte comporte une appréciation explicitement négative des capacités du requérant susceptible de le blesser
         (arrêt de la Cour du 7 février 1990, Culin/Commission, C-343/87, Rec. p. I-225, points 25 à 29 ; arrêts du Tribunal de première
         instance du 23 mars 2000, Rudolf/Commission, T-197/98, RecFP p. I-A-55 et II-241, point 98 et du 13 décembre 2005, Cwik/Commission,
         T-155/03, T-157/03 et T-331/03, RecFP p. I-A-411 et II-1865, points 205 et 206).
      
      104    En l’espèce, le rapport de notation 2006 indique à la rubrique « Compétence » : [le requérant] « [n’]’a pas encore maîtrisé
         les instruments nécessaires (ITER,FDD) ; [a] éprouvé des difficultés à suivre les dossiers et à faire le lien entre les saisines,
         les décisions des coordinateurs, les calendriers des documents et suivi des plénières ; [e]n phase d’apprentissage », à la
         rubrique « Rendement » : « [à] améliorer. ITER n’a pas été mis à jour après les réunions ; [é]prouve des difficultés à respecter
         les délais pour la préparation des [ordres du jour]. et des [f]euilles de [d]ossier », à la rubrique « Conduite » : « [l]e
         contact avec les membres de l’équipe n’a pas été facile ». Il est constant que ces appréciations sont peu favorables. Néanmoins,
         elles n’excèdent pas le cadre d’une évaluation objective d’un fonctionnaire par son supérieur hiérarchique (voir par analogie,
         arrêt du Tribunal de première instance du 6 octobre 2009, Sundholm/Commission, T-102/08 P, RecFP p. I-B-1-109 et II-B-1-675,
         point 48). En outre, elles n’ont fait l’objet d’aucune publicité. En conséquence, ces appréciations ne peuvent être regardées
         comme explicitement négatives au sens de la jurisprudence citée au point 103 et permettre d’obtenir une indemnité au titre
         du préjudice moral.
      
      105    En deuxième lieu, l’annulation de l’acte illégal de l’administration ne peut constituer une pleine réparation du préjudice
         moral subi, lorsque l’illégalité commise est d’une gravité particulière (arrêt du Tribunal de première instance du 30 septembre
         2004, Ferrer de Moncada/Commission, T-16/03, RecFP p. I-A-261 et II-1163, point 68 ; arrêt du Tribunal du 7 juillet 2009,
         Bernard/Europol, F-99/07 et F-45/08, RecFP p. I-A-1-233 et II-A-1-1267, point 106).
      
      106    Toutefois, en l’occurrence, l’illégalité commise par le Parlement n’est pas d’une gravité suffisante pour justifier l’octroi
         d’une indemnité au titre du préjudice moral.
      
      107    En troisième lieu, il a été jugé que l’annulation d’un acte, lorsqu’elle est privée de tout effet utile, ne pouvait constituer
         en elle-même la réparation adéquate et suffisante de tout préjudice moral causé par l’acte annulé (arrêts du Tribunal du 22 octobre
         2008, Tzirani/Commission, F-46/07, RecFP p. I-A-1-323 et II-A-1-1773, point 223 et du 5 mai 2009, Simões Dos Santos/OHMI,
         F-27/08, RecFP p. I-A-1-113 et II-A-1-613, points 142 et 143, faisant l’objet d’un pourvoi pendant devant le Tribunal de l’Union
         européenne, affaire T-260/09 P).
      
      108    Or, dans le présent litige, l’illégalité du rapport de notation 2006, tirée de l’absence de fixation d’objectifs et de la
         méconnaissance du devoir de sollicitude et du principe de bonne administration, ne pourra pas être aisément corrigée. En effet,
         dans le cadre de l’exécution de la chose jugée, il est impossible d’assigner rétroactivement des objectifs à un fonctionnaire
         et difficile de garantir que les prestations du requérant pourront être évaluées comme elles l’auraient été en présence d’objectifs
         fixés ab initio. En outre, le requérant a été réaffecté à la Commission où les rapports de notation litigieux n’ont pas été
         pris en compte pour la gestion de sa carrière, notamment de ses perspectives de promotion. L’élaboration d’un nouveau rapport
         de notation par le Parlement, à la place du rapport de notation 2006, n’aurait donc pas de portée utile.
      
      109    Ainsi, dans les circonstances de l’espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi en attribuant au requérant
         ex aequo et bono la somme de 2 000 euros.
      
       Sur les dépens
      110    Aux termes de l’article 89, paragraphe 2, du règlement de procédure, si les parties succombent respectivement sur un ou plusieurs
         chefs, le Tribunal peut répartir les dépens ou décider que chaque partie supporte ses propres dépens.
      
      111    Il résulte des motifs énoncés ci-dessus que le requérant et le Parlement succombent respectivement sur un ou plusieurs chefs.
         Dans les circonstances de l’espèce, il y a donc lieu de condamner le Parlement à supporter, outre ses propres dépens, les
         trois quarts des dépens du requérant, le dernier quart restant à la charge de ce dernier.
      
      LE TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE(première chambre)
      
      déclare et arrête :
      1)      Le Parlement européen est condamné à verser à N une indemnité de 2 000 euros.
      2)      Le surplus du recours est rejeté.
      3)      Le Parlement européen supporte ses propres dépens ainsi que les trois quarts des dépens de N.
      4)      N supporte le quart de ses propres dépens.
      
               Gervasoni 
            
            
               Kreppel 
            
            
               Tagaras
            
         Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 9 mars 2010.
      
               Le greffier 
            
             
            
                     Le président
            
         
               W. Hakenberg 
            
             
            
                     S. Gervasoni
            
         * Langue de procédure : le français.