CELEX: 62000TJ0237(01)
Language: fr
Date: 2005-12-08
Title: Arrêt du Tribunal de première instance (troisième chambre) du 8 décembre 2005. # Patrick Reynolds contre Parlement européen. # Fonctionnaires - Détachement dans l'intérêt du service - Article 38 du statut - Groupe politique - Fin anticipée du détachement - Droits de la défense - Obligation de motivation - Confiance légitime - Devoir de sollicitude - Détournement de pouvoir - Recours en annulation - Recours en indemnité - Annulation partielle d'un arrêt du Tribunal - Autorité de la chose jugée. # Affaire T-237/00.

ARRÊT DU TRIBUNAL (troisième chambre) 8 décembre 2005
      
      
      Affaire T-237/00
      
      Patrick Reynolds
      contre
      Parlement européen
      « Fonctionnaires – Détachement dans l’intérêt du service – Article 38 du statut – Groupe politique – Fin anticipée du détachement – Droits de la défense – Obligation de motivation – Confiance légitime – Devoir de sollicitude – Détournement de pouvoir – Recours en annulation – Recours en indemnité – Annulation partielle d’un arrêt du Tribunal – Autorité de la chose jugée »
      Objet : Recours ayant pour objet, d’une part, une demande d’annulation de la décision en date du 18 juillet 2000 du secrétaire général
         du Parlement mettant fin au détachement dans l’intérêt du service du requérant auprès du groupe politique « Europe des démocraties
         et des différences » et le réintégrant à la direction générale de l’information et des relations publiques et, d’autre part,
         une demande en réparation du dommage subi par le requérant du fait de cette décision ainsi que des agissements de ce groupe
         politique et de certains de ses membres.
      
      Décision : La décision du 18 juillet 2000 du secrétaire général du Parlement de mettre fin au détachement dans l’intérêt du service du
         requérant auprès du groupe politique EDD et de le réintégrer à la direction générale de l’information et des relations publiques
         du Parlement est annulée en ce qu’elle est applicable à compter du 15 juillet 2000 et jusqu’au 24 juillet 2000. Le Parlement
         est condamné à verser au requérant une somme correspondant à la différence entre la rémunération que le requérant aurait dû
         percevoir en tant que fonctionnaire de grade A 2, échelon 1, et celle qu’il a perçue à la suite de sa réintégration au grade
         LA 5, échelon 3, pour la période allant du 15 au 24 juillet 2000, majorée d’intérêts moratoires à compter de la date à partir
         de laquelle les montants constitutifs de cette somme étaient dus jusqu’à la date de paiement effectif. Le taux d’intérêt à
         appliquer est calculé sur la base du taux fixé par la Banque centrale européenne pour les opérations principales de refinancement,
         applicable pendant la période concernée, majoré de deux points. Le recours en indemnité est irrecevable en ce qu’il vise à
         la réparation du dommage causé par les comportements non décisionnels du groupe EDD et de certains de ses membres. Les recours
         sont rejetés pour le surplus. Chacune des parties supportera ses propres dépens afférents à l’ensemble des instances visées
         au point 213 du présent arrêt.
      
      
      Sommaire
      
      1.      Fonctionnaires – Détachement dans l’intérêt du service – Faculté, pour l’autorité investie du pouvoir de nomination, d’y mettre
            fin de manière anticipée – Conditions d’exercice
      (Statut des fonctionnaires, art. 37 et 38)
      2.      Fonctionnaires – Décision faisant grief – Décision mettant fin à un détachement auprès d’un groupe politique du Parlement
            – Obligation de motivation – Portée
      (Statut des fonctionnaires, art. 25, alinéa 2)
      3.      Fonctionnaires – Décision faisant grief – Obligation de motivation – Possibilité, dans certaines hypothèses, de ne fournir
            une motivation qu’au stade de la réponse à une réclamation – Possibilité exclue s’agissant d’une décision mettant fin à un
            détachement auprès d’un groupe politique du Parlement
      (Statut des fonctionnaires, art. 25, alinéa 2)
      4.      Fonctionnaires – Décision faisant grief – Obligation de motivation – Décision mettant fin à un détachement auprès d’un groupe
            politique du Parlement – Connaissance du contexte par l’intéressé pouvant suppléer à l’absence de motivation formelle – Limites
            – Effet rétroactif conféré à la décision
      (Statut des fonctionnaires, art. 25, alinéa 2)
      5.      Fonctionnaires – Principes – Protection de la confiance légitime – Conditions
      6.      Fonctionnaires – Devoir de sollicitude incombant à l’administration – Portée
      7.      Fonctionnaires – Recours – Moyens – Détournement de pouvoir – Notion – Charge et administration de la preuve
      8.      Fonctionnaires – Recours – Recours en indemnité – Annulation de l’acte illégal attaqué – Réparation adéquate du préjudice
            moral
      (Statut des fonctionnaires, art. 91)
      
      1.      Les articles 37 et 38 du statut ne prévoient pas, de manière explicite, la possibilité, pour l’autorité investie du pouvoir
         de nomination, de mettre fin au détachement dans l’intérêt du service avant l’expiration de la durée initialement prévue.
         Toutefois, l’article 38, sous b), du statut dispose que la durée du détachement dans l’intérêt du service est fixée par l’autorité
         investie du pouvoir de nomination. Cette disposition doit être interprétée en tenant compte du fait que l’« intérêt du service »
         participe de l’essence même du détachement prévu à l’article 37, premier alinéa, sous a), du statut et constitue, dès lors,
         une condition essentielle de son maintien. En conséquence, elle doit être interprétée en ce sens que, en cas de disparition
         de l’intérêt du service, l’autorité investie du pouvoir de nomination a, à tout moment, la faculté de modifier la durée initialement
         prévue pour le détachement et, partant, de mettre fin au détachement avant l’expiration de cette durée.
      
      Cette interprétation est nécessaire afin de préserver l’effet utile de cette disposition. En effet, dans l’hypothèse où un
         détachement devient incompatible avec l’intérêt du service, notamment en raison de la disparition des rapports de confiance
         mutuelle entre le fonctionnaire détaché et le service ou la personne auprès desquels celui‑ci a été détaché, l’impossibilité,
         pour l’autorité investie du pouvoir de nomination, de mettre fin au détachement avant l’expiration de la durée initialement
         prévue serait de nature à nuire à l’efficience de ce service ou de cette personne et, plus généralement, à l’intérêt de l’administration
         communautaire.
      
      (voir points 63 à 66)
      
      2.      Le caractère discrétionnaire et politique du choix d’un groupe politique quant à l’engagement et au désengagement d’un fonctionnaire
         détaché, tout comme la nécessité, pour le groupe et l’autorité investie du pouvoir de nomination, d’agir rapidement afin de
         mettre en œuvre ce choix, ne sont pas de nature à justifier de priver l’intéressé de toute garantie procédurale fondamentale,
         telle que l’obligation de motivation. Cela est d’autant plus vrai que, en l’absence d’une telle obligation, même un contrôle
         minimal de la part du juge communautaire s’avérerait impossible. La circonstance que l’autorité investie du pouvoir de nomination
         ne possède aucune marge d’appréciation quant à la mise en œuvre de la demande du groupe politique ne limite aucunement la
         portée de l’obligation de motivation. Dans un tel cas, la motivation de la décision de l’autorité investie du pouvoir de nomination
         doit, à tout le moins, refléter les motifs de la demande du groupe politique en vertu desquels ladite autorité se voit dans
         l’obligation de procéder à la décision mettant un terme au détachement d’un fonctionnaire auprès du groupe politique. En effet,
         la demande du groupe peut comporter, en elle‑même, des irrégularités l’entachant d’illégalité et doit, partant, pouvoir être
         soumise à un contrôle juridictionnel effectif. Enfin, ce n’est effectivement qu’au vu de la motivation que, d’une part, l’intéressé
         est en mesure de juger de la pertinence d’un recours juridictionnel contre la décision lui faisant grief, et, d’autre part,
         le juge communautaire peut exercer son contrôle.
      
      (voir point 96)
      
      3.      La possibilité, pour l’autorité investie du pouvoir de nomination, de motiver une décision faisant grief à un fonctionnaire
         uniquement au stade de la réponse à une réclamation de ce dernier constitue une exception, qui est d’interprétation stricte,
         au principe fondamental de droit communautaire que présente l’obligation de motivation, exception dont l’autorité investie
         du pouvoir de nomination ne peut faire usage que dans des conditions limitées et objectivement justifiées.
      
      À cet égard, une telle justification objective peut être avancée quant aux procédures affectant un grand nombre d’individus,
         telles que les procédures de concours, de nomination ou de promotion, lesquelles nécessitent une prise de décision rapide
         de la part de l’administration, dans l’intérêt du service et de chacun des candidats. Dans ces cas, il serait, en effet, malvenu
         d’exiger, de la part de l’administration, qu’elle motive de prime abord, de manière claire et précise, les décisions de rejet
         de candidature ou de promotion à l’égard de la multitude des candidats évincés ou non promus. Dès lors, dans de telles procédures
         conduisant à une multitude de décisions portant sur un nombre élevé de candidatures ou de promotion, l’autorité investie du
         pouvoir de nomination n’est pas tenue de motiver d’emblée ses décisions à l’égard des candidats évincés ou non promus, une
         telle motivation ne devant intervenir qu’en réponse à une réclamation de l’intéressé, palliant ainsi l’absence de motivation
         dans la décision initiale.
      
      Cependant, le principe général selon lequel la décision initiale doit comporter une motivation suffisante s’applique à une
         décision prise à l’issue d’une procédure individualisée visant le retrait du statut de secrétaire général d’un groupe politique
         du Parlement, dont un fonctionnaire bénéficiait, avec, pour conséquence, la perte des droits individuels et des avantages
         correspondant à ce statut. La motivation de cette mesure revêt une signification d’autant plus importante du fait que l’intéressé
         ne dispose pas de garanties procédurales, telles que le droit d’être entendu, durant la procédure administrative. Dans ces
         conditions, l’obligation de motivation et son respect par l’administration constituent l’unique garantie permettant à l’intéressé
         de se prévaloir utilement des voies de recours à sa disposition pour contester la légalité de ladite décision.
      
      En ne motivant pas sa décision, l’administration contribue elle‑même à la genèse du litige parce qu’elle contraint le requérant
         à saisir le Tribunal afin de sauvegarder ses droits, dont celui à une motivation en bonne et due forme. Une telle approche,
         contraire aux exigences d’une bonne administration, conduit à déséquilibrer la répartition des fonctions et des compétences
         respectives entre, d’une part, l’administration et, d’autre part, le juge communautaire. Partant, elle remet en question le
         système de séparation des fonctions et de l’équilibre institutionnel, tel que prévu par le traité, et, plus spécialement,
         l’effet utile des voies de recours ainsi que les exigences de célérité de la justice et de l’économie de procédure.
      
      (voir points 101 à 104 et 106)
      Référence à : Cour 30 octobre 1974, Grassi/Conseil, 188/73, Rec. p. 1099, point 12 ; Cour 13 avril 1978, Ganzini/Commission,
         101/77, Rec. p. 915, point 10 ; Tribunal 23 février 1994, Coussios/Commission, T‑18/92 et T‑68/92, RecFP p. I‑A‑47 et II‑171,
         points 69 à 74 ; Tribunal 29 mai 1997, Contargyris/Conseil, T‑6/96, RecFP p. I‑A‑119 et II‑357, point 147 ; Tribunal 27 avril
         1999, Thinus/Commission, T‑283/97, RecFP p. I‑A‑69 et II‑353, point 74 ; Tribunal 3 février 2005, Heurtaux/Commission, T‑172/93,
         non encore publié au Recueil, point 42
      
      
      4.      Une décision est suffisamment motivée dès lors que l’acte qui fait l’objet du recours est intervenu dans un contexte connu
         du fonctionnaire concerné, lui permettant ainsi de comprendre la portée de la mesure prise à son égard. La détérioration irrémédiable
         de la relation de confiance mutuelle entre un groupe politique du Parlement et un fonctionnaire détaché exerçant les fonctions
         de secrétaire général dudit groupe et le fait que ce fonctionnaire a contribué à cette détérioration par ses propres actes,
         ainsi que le pouvoir discrétionnaire dudit groupe de mettre fin à son engagement à tout moment, sont des circonstances qui
         permettent au fonctionnaire détaché d’avoir une connaissance suffisante du contexte dans lequel a été adoptée la décision
         de l’autorité investie du pouvoir de nomination de mettre fin, avant le terme prévu, à son détachement dans l’intérêt du service
         pour exercer lesdites fonctions. Cependant, cela n’implique pas la connaisssance du fonctionnaire détaché de ce que ladite
         décision, non motivée à cet égard, pouvait se voir conférer un effet rétroactif.
      
      (voir points 97 et 108 à 119)
      Référence à : Cour 29 octobre 1981, Arning/Commission, 125/80, Rec. p. 2539, point 13 ; Cour 7 mars 1990, Hecq/Commission,
         C‑116/88 et C‑149/88, Rec. p. I‑599, point 26 ; Tribunal 14 juillet 1997, B/Parlement, T‑123/95, RecFP p. I‑A‑245 et II‑697,
         point 51 ; Tribunal 20 novembre 2002, Lagardère et Canal+/Commission, T‑251/00, Rec. p. II‑4825, points 139 et 40, et la jurisprudence
         citée
      
      
      5.      Le droit de réclamer la protection de la confiance légitime, qui est un des principes fondamentaux du droit communautaire,
         s’étend à tout particulier qui se trouve dans une situation de laquelle il ressort que l’administration communautaire, en
         lui fournissant des assurances précises inconditionnelles et concordantes, émanant de sources autorisées et fiables, a fait
         naître dans son chef des espérances fondées. Ces assurances doivent être conformes aux dispositions du statut et aux normes
         applicables en général. La communication d’une interprétation erronée d’une règle communautaire ne saurait engager la responsabilité
         de l’administration.
      
      Seule l’autorité investie du pouvoir de nomination peut être considérée comme pouvant donner des assurances précises susceptibles
         de fonder une confiance légitime dans le chef du fonctionnaire concerné quant à la durée d’un détachement dans l’intérêt du
         service car, en vertu de l’article 38, sous b), du statut, elle est seule compétente pour fixer la durée d’un tel détachement.
      
      (voir points 139, 140 et 146)
      Référence à : Cour 28 mai 1970, Richez-Parise e.a./Commission, 19/69, 20/69, 25/69 et 30/69, Rec. p. 325, points 36 et 37 ;
         Cour 11 juillet 1980, Kohll/Commission, 137/79, Rec. p. 2601, point 14 ; Cour 16 novembre 1983, Thyssen/Commission, 188/82,
         Rec. p. 3721, point 11 ; Cour 6 février 1986, Vlachou/Cour des comptes, 162/84, Rec. p. 481, point 6 ; Tribunal 27 mars 1990,
         Chomel/Commission, T‑123/89, Rec. p. II‑131, points 28 à 30 ; Tribunal 5 novembre 2002, Ronsse/Commission, T‑205/01, RecFP
         p. I‑A‑211 et II‑1065, point 54 ; Tribunal 16 mars 2005, Ricci/Commission, T‑329/03, non encore publié au Recueil, point 79,
         et la jurisprudence citée
      
      
      6.      Le devoir de sollicitude reflète l’équilibre des droits et obligations réciproques que le statut a créé dans les relations
         entre l’autorité publique et les agents du service public. Ce devoir implique notamment que l’autorité investie du pouvoir
         de nomination prenne en considération, lorsqu’elle se prononce sur la situation d’un fonctionnaire, l’ensemble des éléments
         qui sont susceptibles de déterminer sa décision et que, ce faisant, elle tienne compte non seulement de l’intérêt du service,
         mais aussi de celui du fonctionnaire concerné.
      
      Dans un cas où une décision de mettre fin au détachement auprès d’un groupe politique du Parlement a été adoptée par l’autorité
         investie du pouvoir de nomination, du fait que le détachement s’avérait ne plus correspondre à l’intérêt du service, l’intérêt
         du service doit nécessairement primer sur l’intérêt du fonctionnaire afin d’assurer que le détachement du fonctionnaire reste
         conforme à son objet, à savoir de garantir le bon fonctionnement de l’administration communautaire. Cela est d’autant plus
         vrai lorsque la décision est prise uniquement dans l’intérêt du groupe politique auprès duquel il a été détaché et dont l’autorité
         investie du pouvoir de nomination est tenue de prendre en compte la volonté exprimée.
      
      En outre, dans un cas où toute collaboration est devenue impossible en raison de la disparition de la confiance mutuelle,
         une telle décision est également prise dans l’intérêt du fonctionnaire détaché, auquel elle permet de retrouver un cadre de
         travail normal et propice au développement de ses compétences.
      
      (voir points 152 et 158)
      Référence à : Tribunal 5 juillet 2000, Samper/Parlement, T‑111/99, RecFP p. I‑A‑135 et II‑611, point 43
      
      7.      Une décision n’est entachée de détournement de pouvoir que si elle apparaît, sur la base d’indices objectifs, pertinents et
         concordants, avoir été prise pour atteindre des fins autres que celles excipées. À cet égard, le requérant ne saurait se limiter
         à invoquer certains faits à l’appui de ses prétentions ; encore faut‑il qu’il fournisse des indices suffisamment précis, objectifs
         et concordants de nature à soutenir leur véracité ou, à tout le moins, leur vraisemblance.
      
      (voir point 165)
      Référence à : Cour 6 mars 2001, Connolly/Commission, C‑274/99 P, Rec. p. I‑1611, point 113 ; Samper/Parlement, précité, point 64 ;
         Tribunal 19 septembre 2001, E/Commission, T‑152/00, RecFP p. I‑A‑179 et II‑813, point 68 ; Tribunal 26 novembre 2002, Cwik/Commission,
         T‑103/01, RecFP p. I‑A‑229 et II‑1137, points 28 et 29
      
      
      8.      L’annulation d’un acte attaqué par un fonctionnaire peut constituer, en elle‑même, une réparation adéquate de tout préjudice
         moral subi, notamment si l’acte ne comporte aucune appréciation explicitement négative des capacités de l’intéressé, susceptible
         de porter atteinte à sa dignité, à son estime de soi ou à sa réputation.
      
      (voir point 210)
      Référence à : Cour 23 septembre 2004, Hectors/Parlement, C‑150/03 P, non encore publié au Recueil, point 61 ; Tribunal 26 janvier
         1995, Pierrat/Cour de justice, T‑60/94, RecFP p. I‑A‑23 et II‑77, point 62, et la jurisprudence citée ; Tribunal 25 février
         1999, Giannini/Commission, T‑282/97 et T‑57/98, RecFP p. I‑A‑33 et II‑151, point 40 ; Tribunal 17 mai 2000, Tzikis/Commission,
         T‑203/98, RecFP p. I‑A‑91 et II‑393, point 66 ; Tribunal 21 janvier 2004, Robinson/Parlement, T‑328/01, non encore publié
         au Recueil, point 79
      
ARRÊT DU TRIBUNAL (troisième chambre)
      8 décembre 2005(*)
      
      « Fonctionnaires – Détachement dans l’intérêt du service – Article 38 du statut – Groupe politique – Fin anticipée du détachement – Droits de la défense – Obligation de motivation – Confiance légitime – Devoir de sollicitude – Détournement de pouvoir – Recours en annulation – Recours en indemnité – Annulation partielle d’un arrêt du Tribunal – Autorité de la chose jugée »
      Dans l’affaire T‑237/00,
      Patrick Reynolds, fonctionnaire du Parlement européen, demeurant à Bruxelles (Belgique), représenté par Mes P. Legros et S. Rodrigues, avocats, ayant élu domicile à Luxembourg,
      
      partie requérante,
      contre
      Parlement européen, représenté par MM. H. von Hertzen et D. Moore, en qualité d’agents, ayant élu domicile à Luxembourg,
      
      partie défenderesse,
      ayant pour objet, d’une part, une demande d’annulation de la décision en date du 18 juillet 2000 du secrétaire général du
         Parlement mettant fin au détachement dans l’intérêt du service du requérant auprès du groupe politique « Europe des démocraties
         et des différences » et le réintégrant à la direction générale de l’information et des relations publiques et, d’autre part,
         une demande en réparation du dommage subi par le requérant du fait de cette décision ainsi que des agissements de ce groupe
         politique et de certains de ses membres,
      
      LE TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCEDES COMMUNAUTÉS EUROPÉENNES (troisième chambre),
      
      composé de MM. M. Jaeger, président, J. Azizi et Mme E. Cremona, juges,
      
      greffier : M. I. Natsinas, administrateur,
      vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 6 avril 2005,
      rend le présent
      Arrêt
       Cadre juridique
      1        L’article 25 du statut des fonctionnaires des Communautés européennes, dans sa version en vigueur avant le 1er mai 2004, applicable au présent litige (ci-après le « statut »), prévoit :
      
      « Le fonctionnaire peut saisir l’autorité investie du pouvoir de nomination de son institution d’une demande.
      Toute décision individuelle prise en application du présent statut doit être communiquée par écrit, sans délai, au fonctionnaire
         intéressé. Toute décision faisant grief doit être motivée. 
      
      [...] »
      2        L’article 37 du statut dispose :
      
      « Le détachement est la position du fonctionnaire titulaire qui, par décision de l’autorité investie du pouvoir de nomination :
      a)      dans l’intérêt du service :
      –        est désigné pour occuper temporairement un emploi en dehors de son institution
      ou
      –        est chargé d’exercer temporairement des fonctions auprès d’une personne remplissant un mandat prévu par les traités instituant
         les Communautés ou le traité instituant un Conseil unique et une Commission unique des Communautés, ou auprès d’un président
         élu d’une institution ou d’un organe des Communautés ou d’un groupe politique du Parlement européen ; 
      
      [...] »
      3        L’article 38 du statut énonce :
      
      « Le détachement dans l’intérêt du service obéit aux règles suivantes :
      a)      il est décidé par l’autorité investie du pouvoir de nomination, l’intéressé ayant été entendu ;
      b)      sa durée est fixée par l’autorité investie du pouvoir de nomination ;
      c)      à l’expiration de chaque période de six mois, l’intéressé peut demander qu’il soit mis fin à son détachement ;
      [...]
      f)      le fonctionnaire détaché conserve son emploi, ses droits à l’avancement et sa vocation à la promotion ;
      g)      à l’expiration du détachement, le fonctionnaire réintègre immédiatement l’emploi qu’il occupait antérieurement. »
      4        L’article 29 du règlement du Parlement européen (JO 1999, L 202, p. 1 ; ci-après le « règlement du Parlement ») dispose, sous
         le titre « Constitution des groupes politiques » :
      
      « 1. Les députés peuvent s’organiser en groupes par affinités politiques.
      [...]
      4. La constitution d’un groupe politique doit être déclarée au président. Cette déclaration doit indiquer la dénomination
         du groupe, le nom de ses membres et la composition de son bureau. 
      
      [...] »
      5        Enfin, le bureau du Parlement a adopté, le 25 juin 1997, une décision concernant l’exercice des pouvoirs confiés par le statut
         à l’autorité investie du pouvoir de nomination (ci-après l’« AIPN ») et par le régime applicable aux autres agents des Communautés
         européennes à l’autorité habilitée à conclure les contrats d’engagement. 
      
      6        Les articles 3 à 7 de cette décision prévoient que les pouvoirs dévolus par le statut à l’AIPN en ce qui concerne le détachement
         de fonctionnaires dans l’intérêt du service sont exercés respectivement par le bureau du Parlement pour les fonctionnaires
         de grade A 1 et A 2, par le président du Parlement pour les fonctionnaires de grade A 3 et LA 3, par le secrétaire général
         du Parlement pour les fonctionnaires de grade A 4 à A 8 et LA 4 à LA 8, par le directeur général chargé des questions de personnel
         pour les fonctionnaires de catégorie B et, enfin, par le directeur du personnel et des affaires sociales pour les fonctionnaires
         de catégories C et D.
      
      7        En revanche, il est prévu à l’article 14 de cette décision que ce sont les autorités désignées par les groupes politiques
         qui exercent les pouvoirs normalement dévolus à l’autorité habilitée à conclure les contrats d’engagement en ce qui concerne
         les agents temporaires engagés par le groupe sur le fondement de l’article 2, sous c), du règlement applicable aux autres
         agents des Communautés européennes. 
      
      8        L’article 2, troisième à sixième alinéas, des statuts du groupe « Europe des démocraties et des différences » (ci-après le
         « groupe EDD »), sous l’intitulé « Procédures de vote », stipule :
      
      « Les activités politiques menées au nom du groupe doivent avoir le soutien unanime des sous-groupes […]
      Le groupe s’efforce de prendre des décisions par consensus parmi les sous-groupes […]
      Seules les questions administratives font l’objet d’une décision à la majorité.
      Le bureau peut décider à l’unanimité parmi les sous-groupes des décisions administratives qui doivent être arrêtées par le
         groupe à la majorité ».
      
      9        L’article 7, premier, quatrième, cinquième et sixième alinéas, des statuts du groupe EDD, sous l’intitulé « Organes du groupe »,
         disposent :
      
      « Le groupe est dirigé par un bureau et une présidence […]
      […]
      Les réunions du bureau sont ouvertes aux autres membres du groupe. Les membres du bureau sont élus pour une période de deux
         ans et demi. Leur mandat est renouvelable.
      
      Lorsqu’un sous-groupe ne peut pas envoyer l’un de ses membres à une réunion du bureau, un membre du personnel de ce sous-groupe
         doit pouvoir participer à la réunion sans droit de vote.
      
      Le bureau est responsable du bon fonctionnement du groupe. Il soumet à l’approbation du groupe le choix du secrétaire général
         et du personnel ainsi que la répartition de leurs tâches. »
      
       Faits et procédure
      A –  Antécédents du litige
      10      À la fin du mois de septembre 1999, un avis de vacance concernant le poste de secrétaire général du groupe EDD a été publié
         dans le n° 25/99 du Bulletin du Parlement européen. Cet avis était libellé comme suit : 
      
      « 1 secrétaire général (M/F) (carrière A 2) (agent temporaire)
      Parfaite connaissance écrite et orale du français et de l’anglais impérative
      Lieu d’affectation : Bruxelles
      Date limite de dépôt des candidatures : le 18 octobre 1999
      Date d’entrée en fonctions : à partir du lundi, 1er novembre 1999 ».
      
      11      À la suite de cette publication, le requérant, qui était fonctionnaire à la direction générale de l’information et des relations
         publiques du Parlement, de grade LA 5, échelon 3, a présenté sa candidature pour ce poste et a été convoqué à un entretien
         avec le groupe EDD, lequel a eu lieu le 3 novembre 1999.
      
      12      Par lettre du 12 novembre 1999, le président du groupe EDD a fait part au secrétaire général du Parlement de la décision du
         bureau du groupe de nommer le requérant au poste de secrétaire général de ce groupe et lui a demandé de bien vouloir autoriser
         le détachement du requérant auprès du groupe EDD.
      
      13      Le 22 novembre 1999, le requérant a commencé son travail pour le groupe EDD.
      
      14      Par décision du 11 janvier 2000, le secrétaire général du Parlement a confirmé que, en application de l’article 37, sous a),
         du statut, le requérant était détaché dans l’intérêt du service auprès du groupe EDD, au grade A 2, échelon 1, pour une période
         d’un an allant du 22 novembre 1999 au 30 novembre 2000. Une copie certifiée conforme à l’original de cette décision a été
         adressée au requérant par courrier du 17 janvier 2000.
      
      15      Le 18 mai 2000, le président du groupe EDD a, pour la première fois, informé le requérant que, à l’occasion d’une réunion
         du bureau du groupe qui s’était tenue quelques heures plus tôt, certains sous-groupes avaient manifesté leur perte de confiance
         à l’égard du requérant et que, en conséquence, il avait été décidé que son détachement auprès du groupe EDD ne serait pas
         prolongé après le 30 novembre 2000.
      
      16      Le 24 mai 2000, lors d’un second entretien avec le requérant, le président du groupe EDD a confirmé que ce groupe souhaitait
         se séparer de lui. Le même jour, le requérant a informé le président qu’il comptait s’absenter pour quatre semaines afin de
         réfléchir à certaines questions, ce qui a été accepté par le président du groupe. Il a par ailleurs, le même jour, consulté
         son médecin traitant, lequel a conclu à son incapacité de travail.
      
      17      À partir du 24 mai 2000, le requérant ne s’est plus présenté à son travail. 
      
      18      Le 23 juin 2000, le requérant a adressé, sur le fondement de l’article 90 du statut, une réclamation au secrétaire général
         du Parlement à l’encontre des actes lui faisant grief dans l’exercice de ses fonctions auprès du groupe EDD (ci-après la « première
         réclamation »). Selon le requérant, ces actes incluaient, d’une part, le fait que son accès aux comptes du groupe EDD avait
         été entravé alors qu’un tel accès participe de la nature même de la fonction de secrétaire général d’un groupe politique,
         et, d’autre part, le fait que des instructions contradictoires lui avaient été adressées dans un climat de harcèlement moral.
         Le requérant a demandé qu’une décision soit prise afin de mettre fin à ces actes et qu’il soit remédié à leurs effets négatifs.
         Il a toutefois précisé qu’il n’entendait pas pour autant démissionner de son poste de secrétaire général du groupe EDD.
      
      19      Le même jour, le requérant a adressé au président de la Cour des comptes une demande formelle d’examen des comptes du groupe
         EDD, en précisant, d’une part, qu’un tel examen était dans l’intérêt du groupe et dans l’intérêt public et, d’autre part,
         que son accès à ces comptes avait été entravé.
      
      20      Ayant été informé qu’une telle demande avait été adressée à la Cour des comptes par le requérant, le président du groupe EDD
         a confirmé au président de la Cour des comptes, par lettre du 30 juin 2000, que la Cour pouvait librement accéder aux comptes
         de son groupe et que l’initiative prise à cet égard par le requérant s’expliquait vraisemblablement par le fait que ce dernier
         avait été informé le 18 mai 2000 que son détachement auprès du groupe EDD ne serait pas prolongé.
      
      21      Le 1er juillet 2000, le requérant a établi un mémorandum dans lequel il explique en détail son expérience de détachement auprès du
         groupe EDD (ci-après le « mémorandum du 1er juillet 2000 »). Le requérant a complété ce mémorandum par un addendum du 2 février 2001.
      
      22      Le 4 juillet 2000, à la suite d’une décision du bureau du groupe EDD, le président du groupe a demandé au secrétaire général
         du Parlement de mettre fin, dès que possible, au détachement du requérant. 
      
      23      Par lettre du 7 juillet 2000, le président de la Cour des comptes a répondu à la lettre du requérant du 23 juin 2000. Il a
         rappelé que, en ce qui concerne le contrôle des comptes du groupe EDD, son institution avait déjà procédé à un examen général
         des comptes de tous les groupes politiques, lequel avait donné lieu à la publication du rapport spécial n° 13/2000. Par ailleurs,
         en ce qui concerne les difficultés rencontrées par le requérant afin d’accéder aux comptes du groupe EDD, le président de
         la Cour des comptes a invité ce dernier à en référer aux instances dirigeantes du groupe EDD ou du Parlement et, éventuellement,
         à saisir l’Office européen de lutte antifraude.
      
      24      En outre, par lettre du même jour, le président de la Cour des comptes a informé le président du groupe EDD qu’il avait pris
         bonne note de la volonté du groupe EDD de coopérer avec la Cour en ce qui concerne l’examen de ses comptes et qu’il considérait
         que d’éventuelles mesures relevaient de la compétence du Parlement, ce dont il avait fait part au président de cette institution.
      
      25      Le 18 juillet 2000, le secrétaire général du Parlement a, en sa qualité d’AIPN, décidé de mettre fin au détachement dans l’intérêt
         du service du requérant auprès du groupe EDD à compter du 14 juillet au soir (article 1er) et de le réintégrer à un poste de traducteur principal à la direction générale de l’information et des relations publiques
         du Parlement, au grade LA 5, échelon 3, à compter du 15 juillet 2000, avec une ancienneté d’échelon fixée au 1er janvier 2000, le lieu d’affectation du requérant étant fixé à Bruxelles (article 2) (ci-après la « décision attaquée »).
      
      26      La décision attaquée a été notifiée au requérant par lettre du 25 juillet 2000.
      
      27      Le 8 août 2000, les conseils du requérant ont demandé au secrétaire général du Parlement de leur communiquer les documents
         sur lesquels était fondée la décision attaquée, en particulier la lettre du président du groupe EDD du 4 juillet 2000 et la
         proposition du directeur général du personnel du Parlement, dont il est fait état dans la décision attaquée.
      
      28      En vertu de l’article 90, paragraphe 2, du statut, le requérant a saisi le secrétaire général du Parlement d’une seconde réclamation,
         en date du 28 août 2000, par laquelle il demande le retrait de la décision attaquée et une réparation des dommages qu’elle
         lui cause (ci-après la « seconde réclamation »).
      
      B –  Procédure devant le Tribunal et la Cour
      29      Par requête déposée au greffe du Tribunal le 8 septembre 2000, le requérant a introduit le présent recours.
      
      30      Par acte séparé déposé le même jour au greffe du Tribunal, le requérant a introduit une demande visant au sursis à l’exécution
         de la décision attaquée. L’audience de référé a eu lieu le 14 septembre 2000. À cette occasion, le président du Tribunal a
         proposé aux parties un règlement amiable, lequel est consigné dans le procès-verbal de l’audience. Par lettre du 28 septembre
         2000, le défendeur a informé le Tribunal qu’il ne donnait pas son accord à ce règlement amiable. Par lettre datée du même
         jour, le requérant a informé le Tribunal de sa décision de se désister de sa demande en référé. Par ordonnance du président
         du Tribunal du 9 octobre 2000, le recours en référé a été radié du registre du Tribunal et les dépens de la procédure en référé
         ont été réservés.
      
      31      Par lettre du 27 octobre 2000, le secrétaire général du Parlement a informé le requérant que, dans la mesure où, d’une part,
         il y avait un lien évident entre la première réclamation et la seconde réclamation et où, d’autre part, le requérant avait
         soumis des informations utiles à l’appréciation de ces réclamations dans le cadre de la procédure devant le Tribunal, il répondrait
         aux deux réclamations dans les délais applicables à la seconde réclamation, c’est-à-dire avant le 29 décembre 2000.
      
      32      Dans une lettre du 15 novembre 2000 adressée au secrétaire général du Parlement, le requérant a protesté contre cette façon
         de procéder et a fait part de ses critiques à l’égard de l’attitude du défendeur.
      
      33      Le secrétaire général du Parlement a répondu à cette lettre par courrier du 15 décembre 2000 en confirmant que les réclamations
         du requérant étaient en cours d’examen.
      
      34      Enfin, la présidente du Parlement a rejeté les deux réclamations du requérant par décision du 19 décembre 2000. Cette décision
         a été communiquée au requérant par lettre du 20 décembre 2000.
      
      35      Par arrêt du 23 janvier 2002, Reynolds/Parlement (T‑237/00, Rec. p. II‑163, ci-après l’« arrêt du Tribunal »), le Tribunal
         (troisième chambre) a annulé la décision attaquée et a condamné le défendeur à verser au requérant des dommages et intérêts.
         Le dispositif de l’arrêt est libellé comme suit :
      
      « 1)      La [décision attaquée] est annulée.
      2)      Le Parlement est condamné à verser au requérant une somme correspondant à la différence entre la rémunération que le requérant
         aurait dû percevoir en tant que fonctionnaire détaché au grade A 2, échelon 1, et celle qu’il a perçue à la suite de sa réintégration
         au grade LA 5, échelon 3, pour la période allant du 15 juillet 2000 au 30 novembre 2000, majorée d’intérêts moratoires au
         taux de 5,25 % à compter de la date à partir de laquelle les montants constitutifs de la somme visée au point 149 étaient
         dus jusqu’à la date de paiement effectif.
      
      3)      Le recours en indemnité est irrecevable en ce qu’il vise à la réparation du dommage causé par les comportements non décisionnels
         du groupe EDD et de certains de ses membres.
      
      4)      Le Parlement est condamné à verser au requérant la somme de 1 euro à titre symbolique en réparation du dommage moral qu’il
         a subi du fait de l’adoption de la décision attaquée.
      
      5)      Le Parlement supportera l’ensemble des dépens quant à la procédure au principal.
      6)      Chacune des parties supportera ses propres dépens quant à la procédure en référé. »
      36      Par requête déposée au greffe du Tribunal le 8 mai 2003 sous le numéro T‑237/00 DEP, le requérant a introduit un recours en
         taxation des dépens, en vertu de l’article 92 du règlement de procédure du Tribunal.
      
      37      Par requête déposée au greffe de la Cour le 25 mars 2002, le Parlement a, en vertu de l’article 49 du statut CE de la Cour
         de justice, formé un pourvoi contre l’arrêt du Tribunal. Ce pourvoi a été enregistré sous le numéro C‑111/02 P.
      
      38      Par ordonnance du 16 juillet 2003, le président de la troisième chambre du Tribunal a ordonné la suspension de la procédure
         de taxation des dépens dans l’affaire T‑237/00 DEP jusqu’à la décision de la Cour mettant fin à l’instance dans l’affaire
         C‑111/02 P.
      
      39      Par arrêt du 29 avril 2004, Parlement/Reynolds (C‑111/02 P, Rec. p. I‑5475 ; ci-après l’« arrêt de la Cour »), la Cour a annulé
         l’arrêt du Tribunal et a renvoyé l’affaire devant le Tribunal. Le dispositif de l’arrêt de la Cour énonce :
      
      « 1)      Les points 1, 2, 4 et 5 du dispositif de l’[arrêt du Tribunal] sont annulés.
      2)      L’affaire est renvoyée devant le Tribunal de première instance.
      3)      Les dépens sont réservés. »
      40      Par mémoires déposés les 25 juin et 13 septembre 2004 au greffe du Tribunal, le requérant et le défendeur ont respectivement
         soumis leurs observations écrites, conformément à l’article 119, paragraphe 1, du règlement de procédure, concernant les suites
         à donner à l’arrêt de la Cour dans la présente procédure.
      
      41      Par ordonnance du 7 décembre 2004, le Tribunal a constaté que, à la suite de l’arrêt de la Cour, il n’y avait plus lieu de
         statuer sur le recours en taxation des dépens dans l’affaire T‑237/00 DEP et a réservé les dépens relatifs à cette affaire.
      
      42      Sur rapport du juge rapporteur, le Tribunal (troisième chambre) a décidé d’ouvrir la procédure orale et, dans le cadre des
         mesures d’organisation de la procédure prévues à l’article 64 du règlement de procédure, a posé par écrit des questions au
         Parlement.
      
      43      Les parties ont été entendues en leurs plaidoiries et en leurs réponses aux questions orales posées par le Tribunal à l’audience
         du 6 avril 2005.
      
       Conclusions des parties
      44      Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        annuler la décision attaquée ;
      –        dire que la responsabilité extracontractuelle de la Communauté est engagée ;
      –        ordonner au défendeur le paiement des arriérés de traitement et de pension qui lui sont dus depuis le 15 juillet 2000, le
         tout majoré d’un taux d’intérêt annuel de 10 %, et octroyer des dommages et intérêts, du fait du préjudice moral subi résultant
         de la décision attaquée, d’un montant de 250 000 euros ;
      
      –        condamner le défendeur aux dépens.
      45      Le défendeur conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        rejeter le recours en annulation comme non fondé ;
      –        rejeter le recours en indemnité comme irrecevable ou comme non fondé ;
      –        statuer sur les dépens comme de droit.
       Sur le recours en annulation
      A –  Observations liminaires 
      46      À titre liminaire, il y a lieu de constater que, à la suite de l’annulation par la Cour des points 1, 2, 4 et 5 du dispositif
         de l’arrêt du Tribunal et du renvoi de l’affaire devant le Tribunal, celui-ci est saisi, en application de l’article 117 du
         règlement de procédure, par l’arrêt de la Cour et doit se prononcer une nouvelle fois sur l’ensemble des moyens d’annulation
         soulevés par le requérant, à l’exclusion des éléments du dispositif non annulés par la Cour ainsi que des considérations qui
         constituent le fondement nécessaire desdits éléments, ceux-ci étant passés en force de chose jugée. 
      
      B –  Sur la recevabilité
      1.     Arguments des parties
      47      Le défendeur relève que, selon la jurisprudence, un fonctionnaire n’a aucun intérêt légitime à demander l’annulation d’une
         décision pour violation des formes substantielles lorsque, dans un cas comme celui de l’espèce, l’AIPN ne dispose d’aucune
         marge d’appréciation et était donc tenue d’agir comme elle l’a fait. Dans un tel cas, l’annulation de la décision ne pourrait,
         en effet, que donner lieu à l’adoption d’une nouvelle décision identique, quant au fond, à la décision annulée (arrêts de
         la Cour du 29 septembre 1976, Morello/Commission, 9/76, Rec. p. 1415, point 11, et du 6 juillet 1983, Geist/Commission, 117/81,
         Rec. p. 2191, point 7 ; arrêt du Tribunal du 18 décembre 1992, Díaz García/Parlement, T‑43/90, Rec. p. II‑2619, point 54,
         et ordonnance du Tribunal du 20 mars 2001, Mercade Llordachs/Parlement, T‑343/00, non publiée au Recueil, points 33 et 34).
      
      48      Le défendeur souligne également qu’il est de jurisprudence constante que, pour qu’un fonctionnaire ou un ancien fonctionnaire
         puisse, en vertu des articles 90 et 91 du statut, introduire un recours tendant à l’annulation d’une décision de l’AIPN, il
         faut qu’il ait un intérêt personnel à l’annulation de l’acte attaqué (arrêt du Tribunal du 13 décembre 1990, Moritz/Commission,
         T‑20/89, Rec. p. II‑769, point 15).
      
      49      Selon le défendeur, il ressort de ces arguments que le requérant n’a pas d’intérêt à l’annulation de la décision attaquée
         dans la mesure où une telle sanction ne pourrait donner lieu qu’à l’adoption d’une décision identique, quant au fond, à la
         décision annulée. Le défendeur relève, en effet, que la rupture de la confiance mutuelle entre le requérant et le groupe EDD
         était incontestable et que, selon ses propres dires, le requérant était dans l’impossibilité d’accomplir son travail au sein
         du groupe EDD. En conséquence, l’AIPN n’aurait pas eu d’autre choix que de prendre une décision mettant fin au détachement
         du requérant.
      
      50      Selon le défendeur, cette conclusion s’impose d’autant plus que, ainsi qu’il a été reconnu par une jurisprudence constante,
         la confiance mutuelle est un élément essentiel de l’engagement des agents par des groupes politiques (arrêt du Tribunal du
         28 janvier 1992, Speybrouck/Parlement, T‑45/90, Rec. p. II‑33, points 94 et 95), et que, en cas de disparition de cette confiance
         mutuelle, le groupe politique peut décider de résilier unilatéralement le contrat d’emploi (arrêt de la Cour du 18 octobre
         1977, Schertzer/Parlement, 25/68, Rec. p. 1729, et arrêt du Tribunal du 14 juillet 1997, B/Parlement, T‑123/95, RecFP p. I‑A-245
         et II‑697, point 73). Cette circonstance ainsi que le devoir d’impartialité qui s’impose au secrétaire général du Parlement
         en vertu de l’article 182 du règlement du Parlement auraient pour conséquence que l’institution ne saurait en aucun cas substituer
         sa propre appréciation de l’existence ou non d’un rapport de confiance mutuelle entre le fonctionnaire détaché et le groupe
         politique à celle de ce dernier.
      
      51      Le requérant conteste la pertinence de la jurisprudence invoquée par le défendeur afin d’établir l’irrecevabilité du recours
         en annulation.
      
      2.     Appréciation du Tribunal
      52      Tout d’abord, force est de constater que les considérations contenues aux points 39 à 43 de l’arrêt du Tribunal portant sur
         la recevabilité du présent recours n’ont pas été remises en cause par l’arrêt de la Cour. Partant, en conformité avec ces
         considérations qu’il convient de reprendre, il y a lieu de relever que, dans le cadre de l’argumentation susvisée, le défendeur
         s’est référé, d’une part, à la jurisprudence selon laquelle l’introduction d’un recours en vertu des articles 90 et 91 du
         statut requiert que l’intéressé ait un intérêt personnel à l’annulation de la décision litigieuse et, d’autre part, à la jurisprudence
         selon laquelle un fonctionnaire n’a aucun intérêt légitime à l’annulation d’une décision pour vice de forme dans un cas où
         l’administration n’a pas de marge d’appréciation et est tenue d’agir comme elle l’a fait (arrêts Morello/Commission, point
         47 supra, point 11 ; Geist/Commission, point 47 supra, point 7 ; Díaz García/Parlement, point 47 supra, point 54, et ordonnance
         Mercade Llordachs/Parlement, point 47 supra, points 33 et 34). 
      
      53      Or, il convient de souligner que la jurisprudence selon laquelle un fonctionnaire n’a pas intérêt à demander l’annulation
         d’une décision pour vice de forme lorsque l’AIPN n’a pas de marge d’appréciation n’est pas pertinente pour l’appréciation
         de la recevabilité d’un recours en annulation. En effet, cette jurisprudence se rapporte à l’examen au fond des moyens de
         forme invoqués par la partie requérante à l’appui d’un tel recours. 
      
      54      En revanche, quant à la question de savoir si le recours est irrecevable à cause du manque d’un intérêt personnel du requérant
         à l’annulation de la décision attaquée (voir, en ce sens, arrêt de la Cour du 30 mai 1984, Picciolo/Parlement, 111/83, Rec.
         p. 2323, point 29, et arrêt du Tribunal du 28 février 1992, Moretti/Commission, T‑51/90, Rec. p. II‑487, point 22), le Tribunal
         considère que cet intérêt doit s’apprécier au moment de l’introduction du recours (arrêts du Tribunal du 18 juin 1992, Turner/Commission,
         T‑49/91, Rec. p. II‑1855, point 24 ; du 24 avril 2001, Torre e.a./Commission, T‑159/98, RecFP p. I‑A‑83 et II‑395, point 28,
         et ordonnance du Tribunal du 30 avril 2003, Schmitz-Gotha Fahrzeugwerke/Commission, T‑167/01, Rec. p. II‑1873, point 47).
         
      
      55      En l’espèce, il est manifeste que, au moment de l’introduction du présent recours, le 8 septembre 2000, le requérant avait
         un intérêt personnel à demander l’annulation de la décision attaquée, laquelle constitue un acte lui faisant grief. En effet,
         une éventuelle annulation de la décision attaquée aurait, à tout le moins, pour conséquence que la date de la fin du détachement
         dans l’intérêt du service du requérant auprès du groupe EDD et des divers avantages qui découlaient de cette position pour
         l’intéressé ne serait pas le 14 juillet 2000.
      
      56      En conséquence, la fin de non-recevoir tirée du défaut d’intérêt personnel à l’annulation de la décision attaquée doit être
         rejetée.
      
      C –  Sur le fond
      57      À l’appui de son recours, le requérant soulève sept moyens, à savoir une violation de l’article 38 du statut, une violation
         des droits de la défense, une violation de l’obligation de motivation, une violation de l’accord sur les transferts des agents
         des groupes politiques de novembre 1974, une violation du principe de confiance légitime, une violation du devoir de sollicitude
         et un détournement de pouvoir.
      
      1.     Sur le moyen tiré de la violation de l’article 38 du statut
      a)     Arguments des parties
      58      Le requérant relève que l’article 38 du statut ne prévoit pas la possibilité pour l’AIPN de mettre fin au détachement dans
         l’intérêt du service avant l’expiration de la période initialement prévue. Il estime, dès lors, que la défenderesse a violé
         cette disposition en adoptant la décision attaquée.
      
      59      Le défendeur considère que l’article 38, sous b), du statut, selon lequel l’AIPN fixe la durée du détachement dans l’intérêt
         du service, doit être interprété en ce sens que l’AIPN peut ultérieurement modifier la durée initialement prévue pour un détachement.
      
      60      Selon le défendeur, une telle interprétation de l’article 38 du statut serait nécessaire afin de donner un effet utile à cette
         disposition. Il souligne, en effet, que, dans la mesure où un détachement a été décidé dans l’intérêt du service, il serait
         absurde que l’AIPN n’ait pas la faculté, lorsqu’elle est en présence d’une situation devenue intenable, de mettre fin, de
         manière anticipée, au détachement. Elle rappelle, à cet égard, que, selon la jurisprudence, une mesure portant réaffectation
         d’un fonctionnaire en vue de mettre fin à une situation administrative devenue intenable doit être considérée comme prise
         dans l’intérêt du service (arrêt de la Cour du 7 mars 1990, Hecq/Commission, C‑116/88 et C‑149/88, Rec. p. I‑599, point 22,
         et arrêt du Tribunal du 8 juin 1993, Fiorani/Parlement, T‑50/92, Rec. p. II‑555, point 35).
      
      61      Le défendeur fait observer, enfin, que les conclusions du Tribunal dans son arrêt à cet égard devraient rester définitives
         du fait que cette partie de l’arrêt n’a pas été contestée dans le cadre de la procédure de pourvoi devant la Cour.
      
      b)     Appréciation du Tribunal
      62      S’agissant du moyen tiré de la violation de l’article 38 du statut, il y a lieu de constater, à titre liminaire, que le défendeur
         fait observer à juste titre que les considérations figurant aux points 48 à 53 de l’arrêt du Tribunal n’ont pas fait l’objet
         d’une contestation durant la procédure de pourvoi et n’ont pas non plus été remises en cause par l’arrêt de la Cour. Par conséquent,
         il convient de reprendre ces considérations.
      
      63      En effet, il est constant que les articles 37 et 38 du statut ne prévoient pas de manière explicite la possibilité pour l’AIPN
         de mettre fin au détachement dans l’intérêt du service avant l’expiration de la durée initialement prévue.
      
      64      Il convient toutefois de relever que l’article 38, sous b), du statut dispose que la durée du détachement dans l’intérêt du
         service est fixée par l’AIPN.
      
      65      Cette disposition doit être interprétée en tenant compte du fait que l’« intérêt du service » participe de l’essence même
         du détachement prévu à l’article 37, premier alinéa, sous a), du statut et constitue, dès lors, une condition essentielle
         de son maintien. En conséquence, elle doit être interprétée en ce sens que, en cas de disparition de l’intérêt du service,
         l’AIPN a, à tout moment, la faculté de modifier la durée initialement prévue pour le détachement et, partant, de mettre fin
         au détachement avant l’expiration de cette durée.
      
      66      Comme le souligne à juste titre le défendeur, cette interprétation est nécessaire afin de préserver l’effet utile de cette
         disposition. En effet, dans l’hypothèse où un détachement devient incompatible avec l’intérêt du service, notamment en raison
         de la disparition des rapports de confiance mutuelle entre le fonctionnaire détaché et le service ou la personne auprès desquels
         celui-ci a été détaché, l’impossibilité, pour l’AIPN, de mettre fin au détachement avant l’expiration de la durée initialement
         prévue serait de nature à nuire à l’efficience de ce service ou de cette personne et, plus généralement, à l’intérêt de l’administration
         communautaire.
      
      67      À la lumière des considérations exposées notamment aux points 58 à 59 de l’arrêt de la Cour, en outre, dans le cas d’espèce,
         l’AIPN a estimé à juste titre qu’elle était tenue de faire usage de cette compétence afin de mettre fin au détachement du
         requérant auprès du groupe EDD, dès lors qu’elle était saisie d’une demande formelle du président du groupe sollicitant qu’il
         soit mis fin au détachement du requérant dans les meilleurs délais. En effet, en présence d’une telle demande, l’AIPN, à laquelle
         il n’incombe pas de se substituer au groupe politique quant à l’exercice de son pouvoir discrétionnaire à cet égard, devait
         conclure que le détachement du requérant ne correspondait plus à l’intérêt du service (voir, en ce sens, arrêt de la Cour,
         points 58 et 59). Cette conclusion s’imposait d’autant plus que, ainsi que le défendeur l’a relevé dans ses réponses aux questions
         du Tribunal, avant même de recevoir la demande formelle du président du groupe, l’AIPN était déjà bien informée et consciente
         des tensions qui s’étaient manifestées à l’occasion du détachement du requérant.
      
      68      Au vu de ce qui précède, le Tribunal estime que le défendeur n’a pas violé l’article 38 du statut en adoptant la décision
         attaquée afin d’assurer le respect de l’intérêt du service. En conséquence, le présent moyen doit être rejeté comme non fondé.
      
      2.     Sur le moyen tiré de la violation du principe du respect des droits de la défense 
      a)     Arguments des parties
      69      Le requérant relève que la décision attaquée a été adoptée et lui a été notifiée sans qu’il ait eu l’occasion de prendre,
         au préalable, utilement position à l’égard de celle-ci et des documents sur lesquels elle repose. Il considère qu’il s’agit
         là d’une violation du principe du respect des droits de la défense.
      
      70      L’argumentation des parties porte, d’abord, sur la question de savoir si l’AIPN avait l’obligation d’entendre le requérant
         avant l’adoption de la décision attaquée, ensuite, sur le point de savoir si cette obligation a été satisfaite dans le cas
         d’espèce, et, enfin, sur l’incidence particulière qu’une telle obligation aurait pu avoir sur la décision attaquée.
      
       Sur la question de savoir si l’AIPN avait l’obligation d’entendre le requérant avant l’adoption de la décision attaquée
      71      Le requérant fait observer à cet égard que, contrairement à ce qu’affirme le défendeur, il est sans importance que le statut
         ne prévoie pas, de manière explicite, le droit du fonctionnaire détaché à être entendu avant que l’AIPN décide de mettre fin,
         de manière anticipée, à son détachement. Selon le requérant, le principe du respect des droits de la défense constitue en
         effet un principe fondamental de droit communautaire, lequel doit recevoir application dans toute procédure ouverte à l’encontre
         d’une personne et susceptible d’aboutir à un acte faisant grief à celle-ci, même en l’absence de toute réglementation concernant
         la procédure en cause (arrêt du Tribunal du 10 juillet 1997, Gaspari/Parlement, T‑36/96, RecFP p. I‑A‑201 et II‑595, point
         32). Le requérant relève également que, selon la jurisprudence, le principe du respect des droits de la défense s’applique
         quelle que soit la marge d’appréciation qui pouvait être reconnue par ailleurs à l’institution dans l’adoption de la décision
         attaquée (arrêt de la Cour du 11 mai 1978, Oslizlok/Commission, 34/77, Rec. p. 1099, point 30).
      
      72      Le requérant estime par ailleurs qu’il n’y a pas lieu de retenir l’argument du défendeur fondé sur l’absence de parallélisme
         entre, d’une part, l’article 38, sous a), du statut, lequel prévoit explicitement l’obligation pour l’AIPN d’entendre le fonctionnaire,
         et, d’autre part, l’article 38, sous b), du statut, lequel ne prévoit pas une telle obligation. Il considère en effet que,
         à supposer même qu’il y ait lieu de retenir l’interprétation de l’article 38, sous b), du statut selon laquelle l’AIPN a la
         faculté de mettre fin à un détachement dans l’intérêt du service avant l’expiration de la durée initialement fixée, le parallélisme
         des formes exige justement que l’obligation d’entendre au préalable le fonctionnaire détaché, prévue à l’article 38, sous
         a), du statut, soit également applicable dans ce cas.
      
      73      Le défendeur conteste que l’AIPN ait eu l’obligation d’entendre le requérant avant d’adopter la décision attaquée. En outre,
         le défendeur fait observer que la Cour, aux points 60 et 61 de son arrêt, a définitivement déclaré comme non fondé le présent
         moyen d’annulation.
      
       Sur le point de savoir si le requérant a été consulté avant l’adoption de la décision attaquée
      74      Le requérant fait valoir que l’AIPN a violé l’obligation de l’entendre avant l’adoption de la décision attaquée, puisque celle-ci
         a été adoptée et lui a été notifiée sans qu’il ait eu l’occasion de prendre, au préalable, utilement position à l’égard de
         celle-ci et des documents sur lesquels elle repose.
      
      75      Le défendeur estime que l'argument du requérant n'est pas fondé.
      
       Sur l’incidence particulière d’une consultation préalable du requérant
      76      Le requérant considère que, contrairement à ce qu’affirme le défendeur, le principe du respect des droits de la défense est
         violé dès lors que l’intéressé n’a pas été entendu utilement avant l’adoption d’une décision lui faisant grief. Il n’y aurait
         donc pas lieu de rechercher l’incidence éventuelle qu’une telle consultation préalable a pu avoir sur la décision.
      
      77      Le requérant s’interroge sur les fondements d’une telle interprétation du principe du respect des droits de la défense et
         relève que ni l’arrêt B/Parlement, point 50 supra, ni l’arrêt Gaspari/Parlement, point 71 supra, ne sauraient être interprétés
         en ce sens.
      
      78      Le requérant fait observer au demeurant que, si l’occasion lui avait été donnée de présenter son point de vue, notamment sur
         la lettre du 4 juillet 2000 adressée par le président du groupe EDD au secrétaire général du Parlement et sur le procès-verbal
         qui y était annexé, il aurait alors été en mesure d’attirer l’attention de l’AIPN sur l’authenticité douteuse dudit procès-verbal
         dans la mesure où, d’une part, deux membres du groupes EDD se sont désolidarisés du contenu de ce procès-verbal et où, d’autre
         part, le procès-verbal mentionne la présence durant la réunion de deux personnes qui ne sont pas des membres du groupe EDD,
         mais seulement des agents de ce groupe. Il aurait également pu démontrer à l’AIPN que la décision du 4 juillet 2000 était
         illégale dans la mesure où, en l’absence d’une disposition particulière dans les statuts du groupe EDD prévoyant la procédure
         à suivre pour la démission du secrétaire général du groupe, cette décision aurait dû être adoptée selon la même procédure
         que celle ayant présidé à son engagement, à savoir qu’elle nécessitait l’approbation du groupe et non du bureau du groupe.
         Enfin, il aurait pu attirer l’attention de l’AIPN sur le fait que ce n’est pas le groupe entier, mais seulement quelques-uns
         de ses membres qui ont fait état d’une prétendue disparition du rapport de confiance mutuelle entre le groupe et son secrétaire
         général.
      
      79      Le défendeur conteste les allégations du requérant à cet égard.
      
      b)     Appréciation du Tribunal
      80      À cet égard, il suffit de constater que, dans son arrêt, la Cour a statué aux points 50 à 52 et 57 à 60 comme suit :
      
      « 50      En effet, le groupe politique concerné dispose d’un pouvoir discrétionnaire pour choisir les collaborateurs qu’il souhaite
         engager pour exercer des fonctions temporaires auprès de ce groupe ainsi que pour mettre fin à l’engagement de ces derniers.
      
      51      Ce pouvoir discrétionnaire est justifié notamment par la nature spécifique des fonctions exercées auprès d’un groupe politique
         et par la nécessité de maintenir, dans un tel environnement politique, des rapports de confiance mutuelle entre ce groupe
         et les fonctionnaires détachés auprès de celui-ci.
      
      52      En acceptant d’exercer de telles fonctions temporaires auprès d’un groupe politique, les fonctionnaires concernés doivent
         avoir conscience du fait que celui-ci pourrait souhaiter mettre fin à leur engagement avant le terme initialement prévu pour
         ce détachement.
      
      [...]
      57      Certes, ainsi que le Tribunal l’a à juste titre constaté au point 42 de l’arrêt attaqué, lorsqu’il a statué sur le moyen d’irrecevabilité,
         une telle décision constitue, du point de vue procédural, un acte faisant grief au fonctionnaire qui, dès lors, a un intérêt
         personnel à en demander l’annulation. On ne saurait toutefois en déduire automatiquement, sans avoir égard à la nature de
         la procédure ouverte à l’encontre de l’intéressé, ainsi que l’a fait de manière erronée le Tribunal au point 87 dudit arrêt,
         que, par conséquent, l’AIPN avait l’obligation d’entendre utilement M. Reynolds avant l’adoption de la décision litigieuse.
      
      58      Ainsi qu’il a déjà été précisé aux points 50 à 52 du présent arrêt, le fonctionnaire qui accepte une fonction dont les caractéristiques
         sont très particulières, comme celle de secrétaire général auprès d’un groupe politique du Parlement, doit avoir conscience
         du pouvoir discrétionnaire de ce groupe de mettre fin à son engagement à tout moment, notamment en cas de disparition des
         rapports de confiance mutuelle entre ce dernier et ledit fonctionnaire.
      
      59      Il s’ensuit que, lorsque l’AIPN est saisie d’une demande émanant d’un groupe politique du Parlement visant à mettre fin au
         détachement d’un fonctionnaire auprès de ce groupe, elle est en principe tenue d’y donner suite dans les meilleurs délais
         après avoir vérifié que cette demande provient effectivement de la personne ou du service compétent pour la présenter.
      
      60      Compte tenu de ce qui précède, il y a lieu de constater que l’adoption par l’AIPN de la décision litigieuse sans avoir entendu
         au préalable M. Reynolds apparaît justifiée. »
      
      81      Il en résulte que le moyen tiré de la violation des droits de la défense doit être rejeté comme non fondé sans qu’il soit
         besoin d’examiner l’ensemble des arguments soulevés par le requérant à l’appui de ce moyen.
      
      3.     Sur le moyen tiré de la violation de l’obligation de motivation
      a)     Arguments des parties
      82      Le requérant fait valoir que, en adoptant la décision attaquée, le défendeur n’a pas respecté l’obligation de motivation,
         dans la mesure où cette décision n’indique aucun motif justifiant la fin du détachement. Il fait observer en outre que la
         décision attaquée se réfère à une lettre du 4 juillet 2000 du président du groupe EDD ainsi qu’à une proposition du directeur
         général du personnel du Parlement qui ne lui ont pas été communiquées avant l’introduction du présent recours.
      
      83      Le requérant relève que, en raison de cette absence totale de motivation, il n’a pas été mis en mesure de comprendre les raisons
         qui constituent le fondement de la décision attaquée et qu’il ne peut assurer, de manière efficace, la défense de ses intérêts.
         Selon une jurisprudence constante, cela serait constitutif d’une violation de l’obligation de motivation prévue à l’article
         253 CE et à l’article 25, deuxième alinéa, du statut (arrêt du Tribunal du 16 juillet 1998, Y/Parlement, T‑144/96, RecFP p. I‑A‑405
         et II‑1153, point 21).
      
      84      Le requérant conteste, par ailleurs, l’allégation du défendeur selon laquelle l’adoption de la décision attaquée serait intervenue
         dans un contexte connu de lui et lui permettant de comprendre la portée de cette décision. 
      
      85      Il relève en effet que les entretiens des 18 et 24 mai 2000, entre le président du groupe EDD et lui-même, ne portaient que
         sur le non-renouvellement de son détachement auprès du groupe et non sur la fin anticipée de ce détachement. Il souligne également
         que, selon l’arrêt Hecq/Commission, point 60 supra (point 26), deux conditions sont requises pour qu’une décision puisse être
         considérée comme étant suffisamment motivée par référence au contexte. Il faut, d’une part, que l’intéressé ait connaissance
         du contexte, et, d’autre part, que ce contexte lui permette de comprendre la portée de la mesure. Or, le requérant estime
         que, contrairement au cas d’espèce dans l’arrêt Hecq/Commission, précité, ces conditions n’étaient pas satisfaites dans la
         présente affaire.
      
      86      À l’audience du 14 novembre 2001, en réponse à une question orale du Tribunal, le requérant a confirmé, sans être contredit
         par le défendeur, qu’il n’avait ni participé à la réunion du bureau du groupe EDD du 15 juin 2000 ni reçu, en raison de son
         absence pour cause de congé de maladie à l’époque et durant la phase précontentieuse, copie du procès-verbal de ladite réunion.
      
      87      Le requérant conteste enfin que les motifs évoqués dans la décision explicite de rejet de sa réclamation intervenue le 19
         décembre 2000 permettent de pallier l’absence de motivation de la décision attaquée. 
      
      88      Le défendeur relève que, selon une jurisprudence constante, une décision est suffisamment motivée dès lors que l’acte qui
         fait l’objet du recours est intervenu dans un contexte connu du fonctionnaire qui lui permet de comprendre la portée de la
         mesure prise à son égard (arrêts Hecq/Commission, point 60 supra, point 21, et B/Parlement, point 50 supra, point 51).
      
      89      Le défendeur considère que tel est le cas en l’espèce. Il se réfère à cet égard aux discussions qui ont eu lieu entre le président
         du groupe EDD et le requérant les 18 et 24 mai 2000 ainsi qu’au mémorandum établi par le requérant le 1er juillet 2000. Selon le défendeur, il ressort de ces éléments que le requérant était au courant du fait que son détachement
         était en jeu en raison de la détérioration des rapports de confiance mutuelle entre lui et le groupe EDD. La décision attaquée
         serait dès lors intervenue dans un contexte connu du requérant, ce qui lui aurait permis d’en comprendre toute la portée et
         la gravité. Enfin, la Cour aurait confirmé aux points 52 et 58 de son arrêt qu’un fonctionnaire occupant un poste de secrétaire
         général d’un groupe politique du Parlement doit avoir conscience du pouvoir discrétionnaire de ce groupe de mettre fin à son
         engagement à tout moment, notamment en cas de disparition des rapports de confiance mutuelle.
      
      90      Le défendeur relève également que la décision de la présidente du Parlement du 19 décembre 2000 rejetant les réclamations
         introduites par le requérant contient une motivation adéquate dans la mesure où elle permettait au requérant de comprendre
         la portée de la décision attaquée et au juge communautaire d’exercer son contrôle sur la légalité de cette décision. Selon
         le défendeur, il ressort en effet de cette décision que la décision attaquée est fondée sur la lettre du 4 juillet 2000 du
         président du groupe EDD par laquelle celui-ci a demandé la réintégration du requérant auprès du secrétariat général dans les
         meilleurs délais. Il ressortirait également de cette décision que la décision attaquée a été adoptée en raison de l’opinion
         exprimée par le groupe EDD, selon lequel il n’y avait plus de rapport de confiance mutuelle entre le groupe et le requérant.
      
      b)     Appréciation du Tribunal
       Observations liminaires
      91      Il est constant que la décision attaquée ne contient aucune motivation quant aux raisons justifiant la fin anticipée du détachement
         du requérant auprès du groupe EDD. Le défendeur considère, toutefois, que cette décision est suffisamment motivée, dès lors
         qu’elle est intervenue dans un contexte connu du requérant qui lui permettait d’en comprendre la portée. Le défendeur estime,
         en outre, que l’AIPN a fourni une motivation adéquate dans le cadre de la décision rejetant les réclamations du requérant.
      
      92      Selon une jurisprudence constante, l’obligation de motivation prescrite par l’article 25, deuxième alinéa, du statut ne constitue
         que la reprise de l’obligation générale édictée à l’article 253 CE. Elle a pour objet, d’une part, de fournir à l’intéressé
         une indication suffisante pour apprécier le bien-fondé de l’acte lui faisant grief et l’opportunité d’introduire un recours
         devant le Tribunal et, d’autre part, de permettre à ce dernier d’exercer son contrôle sur la légalité de l’acte. Il s’ensuit
         que l’obligation de motivation ainsi édictée constitue un principe essentiel du droit communautaire, auquel il ne saurait
         être dérogé qu’en raison de considérations impérieuses (arrêts du Tribunal du 20 mars 1991, Pérez-Minguez Casariego/Commission,
         T‑1/90, Rec. p. II‑143, point 73 ; et du 6 juillet 2004, Huygens/Commission, T‑281/01, non encore publié au Recueil, point
         105, et la jurisprudence qui y est citée). 
      
      93      Le caractère suffisant de la motivation doit être apprécié en fonction des circonstances concrètes de l’espèce, notamment
         du contenu de l’acte, de la nature des motifs invoqués et de l’intérêt que le destinataire peut avoir à recevoir des explications
         (arrêt de la Cour du 23 septembre 2004, Hectors/Parlement, C‑150/03 P, non encore publié au Recueil, point 40, et arrêt du
         Tribunal du 12 décembre 2002, Morello/Commission, T‑135/00, RecFP p. I‑A‑265 et II‑1313, point 28).
      
      94      En outre, selon une jurisprudence établie, notamment quant à la promotion des fonctionnaires, la motivation doit intervenir,
         au plus tard, lors du rejet de la réclamation (arrêts du Tribunal du 3 mars 1993, Vela Palacios/CES, T‑25/92, Rec. p. II‑201,
         point 25, et du 20 février 2002, Roman Parra/Commission, T‑117/01, RecFP p. I‑A‑27 et II‑121, point 26). En cas d’absence
         totale de motivation avant l’introduction d’un recours, il est de jurisprudence constante que ladite absence ne peut être
         couverte par des explications fournies par l’AIPN après l’introduction du recours. À ce stade, de telles explications ne rempliraient
         plus leur fonction. L’introduction d’un recours met donc un terme à la possibilité pour l’AIPN de régulariser sa décision
         par une réponse portant rejet de la réclamation (arrêts de la Cour du 26 novembre 1981, Michel/Parlement, 195/80, Rec. p. 2861,
         point 22 ; du 9 décembre 1993, Parlement/Volger, C‑115/92 P, Rec. p. I‑6549, point 23, et Hectors/Parlement, point 93 supra,
         point 50 ; arrêts du Tribunal du 20 juillet 2001, Brumter/Commission, T‑351/99, RecFP p. I‑A‑165 et II‑757, point 33, et Huygens/Commission,
         point 92 supra, point 108). En effet, la possibilité de régulariser l’absence totale de motivation après la formation d’un
         recours porterait atteinte aux droits de la défense, puisque le requérant disposerait uniquement de la réplique pour présenter
         ses moyens à l’encontre de la motivation dont il ne prendrait connaissance qu’après l’introduction de la requête. Le principe
         d’égalité des parties devant le juge communautaire s’en trouverait ainsi affecté (arrêts du Tribunal du 12 février 1992, Volger/Parlement,
         T‑52/90, Rec. p. II‑121, point 41, et Huygens/Commission, point 92 supra, point 109).
      
      95      Ce dernier aspect est d’autant plus important au cas où, ainsi qu’il résulte de l’arrêt de la Cour, l’intéressé ne dispose
         pas de garanties procédurales, telles que le droit d’être entendu, durant la procédure administrative. Dans ces circonstances,
         l’obligation de motivation et son respect par l’administration constituent l’unique garantie permettant à l’intéressé, à tout
         le moins après l’adoption de la décision lui faisant grief, de se prévaloir utilement des voies de recours à sa disposition
         pour contester la légalité de ladite décision (voir, en ce sens, arrêt du Tribunal du 25 juin 1998, British Airways e.a./Commission,
         T‑371/94 et T‑394/94, Rec. p. II‑2405, point 64).
      
      96      À cet égard, il y a lieu de constater que le caractère discrétionnaire et politique du choix d’un groupe politique quant à
         l’engagement et au désengagement d’un fonctionnaire détaché, tout comme la nécessité pour le groupe et l’AIPN d’agir rapidement
         afin de mettre en œuvre ce choix, ne sont pas de nature à justifier de priver l’intéressé de toute garantie procédurale fondamentale,
         telle que l’obligation de motivation. Cela est d’autant plus vrai que, en l’absence d’une telle obligation, même un contrôle
         minimal de la part du juge communautaire s’avérerait impossible. La circonstance que l’AIPN ne possède aucune marge d’appréciation
         quant à la mise en œuvre de la demande du groupe politique ne limite aucunement la portée de l’obligation de motivation. Dans
         un tel cas, la motivation de la décision de l’AIPN doit, à tout le moins, refléter les motifs de la demande du groupe politique
         en vertu desquels l’AIPN se voit dans l’obligation de procéder à la décision mettant un terme au détachement. En effet, la
         demande du groupe peut comporter en elle-même des irrégularités l’entachant d’illégalité et doit, partant, pouvoir être soumise
         à un contrôle juridictionnel effectif. Enfin, ce n’est effectivement qu’au vu de la motivation que, d’une part, l’intéressé
         est en mesure de juger de la pertinence d’un recours juridictionnel contre la décision lui faisant grief, et, d’autre part,
         le juge communautaire peut exercer son contrôle.
      
      97      Il convient d’ajouter qu’il ressort d’une jurisprudence constante qu’une décision est suffisamment motivée dès lors que l’acte
         qui fait l’objet du recours est intervenu dans un contexte connu du fonctionnaire concerné qui lui permet de comprendre la
         portée de la mesure prise à son égard (arrêts de la Cour du 29 octobre 1981, Arning/Commission, 125/80, Rec. p. 2539, point
         13, et Hecq/Commission, point 60 supra, point 26 ; arrêt B/Parlement, point 50 supra, point 51). En outre, si une absence
         totale de motivation avant l’introduction d’un recours ne peut être couverte par des explications fournies par l’AIPN en cours
         d’instance, le Tribunal a néanmoins concédé que l’insuffisance initiale de la motivation peut être exceptionnellement palliée
         dans certaines circonstances, notamment dans un cas de refus de promotion, par des précisions complémentaires apportées, même
         en cours d’instance, lorsque, avant l’introduction de son recours, l’intéressé disposait déjà d’éléments constituant un début
         de motivation (voir, en ce sens, arrêts du Tribunal du 17 mai 1995, Benecos/Commission, T‑16/94, RecFP p. I‑A‑103 et II‑335,
         point 36 ; du 27 avril 1999, Thinus/Commission, T‑283/97, RecFP p. I‑A-69 et II‑353, points 78 à 83, et Roman Parra/Commission,
         point 94 supra, point 30). 
      
      98      C’est au regard des principes énoncés ci-dessus que le Tribunal entend examiner les arguments soulevés par le défendeur.
      
       Sur la motivation figurant dans la décision du 19 décembre 2000
      99      Afin de pallier l’absence de motivation de la décision attaquée, le défendeur se réfère à la motivation fournie par la présidente
         du Parlement, agissant en qualité d’AIPN, dans la décision du 19 décembre 2000 portant rejet des réclamations du requérant.
      
      100    Or, il convient de rappeler que ce rejet est intervenu plus de trois mois après l’introduction du présent recours par le requérant
         et que, selon la jurisprudence rappelée au point 94 ci-dessus, l’absence totale de motivation d’une décision ne peut être
         couverte par des explications fournies par l’AIPN après l’introduction du recours.
      
      101    Par ailleurs, le Tribunal estime que la possibilité pour l’AIPN de motiver une décision faisant grief à un fonctionnaire uniquement
         au stade de la réponse à une réclamation de ce dernier constitue une exception, qui est d’interprétation stricte, au principe
         fondamental de droit communautaire que présente l’obligation de motivation, exception dont l’AIPN ne peut faire usage que
         dans des conditions limitées et objectivement justifiées.
      
      102    À cet égard, il y a lieu de relever qu’une telle justification objective peut être avancée quant aux procédures affectant
         un grand nombre d’individus, telles que les procédures de concours, de nomination ou de promotion, lesquelles nécessitent
         une prise de décision rapide de la part de l’administration dans l’intérêt du service et de chacun des candidats. Dans ces
         cas, il serait en effet malvenu d’exiger de l’administration qu’elle motive de prime abord, de manière claire et précise,
         les décisions de rejet de candidature ou de promotion à l’égard de la multitude des candidats évincés ou non promus. Dès lors,
         la jurisprudence a reconnu que, dans de telles procédures conduisant à une multitude de décisions portant sur un nombre élevé
         de candidatures (voir, en ce sens, arrêts du Tribunal du 23 février 1994, Coussios/Commission, T‑18/92 et T‑68/92, RecFP p. I‑A‑47
         et II‑171, points 69 à 74, et du 29 mai 1997, Contargyris/Conseil, T‑6/96, RecFP p. I‑A‑119 et II‑357, point 147), ou de promotions
         (arrêts Thinus/Commission, point 97 supra, point 74, et arrêt du Tribunal du 3 février 2005, Heurtaux/Commission, T‑172/03,
         non encore publié au Recueil, point 42), l’AIPN n’est pas tenue de motiver d’emblée ses décisions à l’égard des candidats
         évincés (arrêt de la Cour du 30 octobre 1974, Grassi/Conseil, 188/73, Rec. p. 1099, point 12), ou non promus (arrêt de la
         Cour du 13 avril 1978, Ganzini/Commission, 101/77, Rec. p. 915, point 10), une telle motivation ne devant intervenir qu’en
         réponse à une réclamation de l’intéressé, palliant ainsi l’absence de motivation dans la décision initiale.
      
      103    Cependant, force est de constater que la décision attaquée a été prise à l’issue d’une procédure individualisée visant le
         retrait du statut de secrétaire général d’un groupe politique du Parlement, dont le requérant bénéficiait, avec, pour conséquence,
         la perte des droits individuels et des avantages correspondant à ce statut. Il en résulte que, en l’absence de tout autre
         argument du défendeur susceptible de fonder une quelconque justification objective pour l’absence de motivation dans la décision
         attaquée, s’applique, dans le cas d’espèce, le principe général selon lequel la décision initiale doit comporter une motivation
         suffisante. En outre, ainsi que déjà relevé au point 95 ci-dessus, s’agissant en l’espèce, contrairement aux décisions de
         rejet de candidature ou de refus de promotion, d’une mesure prise à l’encontre du seul requérant, la motivation de cette mesure
         revêt une signification d’autant plus importante du fait de l’absence, telle qu’affirmée par l’arrêt de la Cour, de toute
         garantie procédurale protégeant le requérant durant la procédure administrative ayant précédé à son adoption.
      
      104    Dans ces circonstances, le Tribunal estime que le fait que le rejet explicite des réclamations, par décision du 19 décembre
         2000, est intervenu dans le délai de quatre mois prévu à l’article 91, paragraphe 2, du statut à compter de la seconde réclamation,
         n’est pas susceptible de pallier l’absence de motivation de la décision attaquée.
      
      105    Cette appréciation ne saurait être infirmée par le fait que, en l’espèce, le requérant a fait usage de la possibilité prévue
         à l’article 91, paragraphe 4, du statut de saisir le Tribunal d’un recours immédiatement après l’introduction d’une réclamation
         auprès de l’AIPN. En effet, si le Tribunal a jugé (arrêt du 6 juillet 1999, Séché/Commission, T‑112/96 et T‑115/96, RecFP
         p. I‑A‑115 et II‑623, points 76 à 79) que, dans le cas où un requérant entend présenter une demande de suspension, la possibilité,
         ouverte à celui-ci par l’article 91, paragraphe 4, du statut, de présenter une requête au principal en même temps que la réclamation
         adressée à l’AIPN permet à l’administration de motiver une décision portant refus de promotion postérieurement à l’introduction
         du recours contentieux, cette jurisprudence concerne une hypothèse présentant un caractère exceptionnel tenant aux exigences
         administratives particulières afférentes aux procédures de promotion (voir point 101 ci-dessus). En l’espèce, s’applique,
         en revanche, le principe général, rappelé au point 95 ci-dessus, selon lequel la décision initiale doit, à plus forte raison
         du fait de l’absence d’un droit de l’intéressé à être entendu, contenir une motivation suffisante. Par conséquent, le fait
         que, dans le cas d’espèce, le requérant a fait usage de la possibilité prévue à l’article 91, paragraphe 4, du statut et que
         l’institution a répondu à la seconde réclamation dans le délai de quatre mois n’est pas de nature à régulariser a posteriori
         l’absence de motivation de la décision attaquée.
      
      106    À titre surabondant, il convient de relever que, dans le cas d’espèce, l’administration a elle-même contribué à la genèse
         du litige, dans la mesure où le requérant s’est vu contraint, en l’absence de motivation de la décision attaquée, de saisir
         le Tribunal dans les délais prévus à l’article 230, cinquième alinéa, CE afin de sauvegarder ses droits, dont celui à une
         motivation en bonne et due forme de la décision adoptée à son égard. Or, une telle approche de l’AIPN, contraire aux exigences
         d’une bonne administration, conduit à déséquilibrer la répartition des fonctions et des compétences respectives entre, d’une
         part, l’administration et, d’autre part, le juge communautaire, en ce que ce dernier devient la seule et première instance
         devant laquelle le requérant est à même d’obtenir une telle motivation. En effet, cette pratique met en question le système
         de séparation des fonctions et de l’équilibre institutionnel entre l’administration et le juge, tel qu’il est prévu par le
         traité, et, plus spécialement, l’effet utile des voies de recours ainsi que les exigences de célérité de la justice et de
         l’économie de procédure, eu égard au fait qu’une motivation en bonne et due forme de l’acte faisant grief et sa notification
         à l’intéressé durant la phase précontentieuse sont susceptibles de faire comprendre à celui-ci la portée de la décision prise
         à son égard et, le cas échéant, de le convaincre du bien-fondé de celle-ci, évitant ainsi que le contentieux soit porté devant
         le juge. Il s’ensuit que l’AIPN ne saurait, en principe, se dispenser d’une motivation suffisante des décisions mettant fin
         au détachement d’un fonctionnaire.
      
      107    Dès lors, le Tribunal constate que le rejet explicite des réclamations du 19 décembre 2000 ne constitue pas une motivation
         de la décision attaquée au sens de l’article 25, deuxième alinéa, du statut.
      
       Sur la motivation par référence au contexte dans lequel la décision attaquée a été adoptée
      108    Selon la jurisprudence constante rappelée au point 97 ci-dessus, une décision est suffisamment motivée dès lors que l’acte
         qui fait l’objet du recours est intervenu dans un contexte connu du fonctionnaire concerné, lui permettant ainsi de comprendre
         la portée de la mesure prise à son égard. 
      
      109    Il convient de relever, premièrement, qu’il ressort des pièces du dossier que, notamment en raison des discussions des 18
         et 24 mai 2000 entre le président du groupe EDD et le requérant, ce dernier avait connaissance du fait que certains membres
         du groupe EDD n’avaient plus confiance en lui et ne souhaitaient pas renouveler son détachement après l’expiration de la période
         initialement convenue, ainsi qu’il ressort notamment du mémorandum du 1er juillet 2000 établi par le requérant. Au regard des réponses du défendeur aux questions écrites et orales du Tribunal, il
         est également constant que le requérant n’a pas été préalablement informé par le président du groupe EDD que ce groupe pouvait
         décider de mettre fin à son détachement même avant le terme initialement prévu et que le groupe avait effectivement l’intention
         de procéder de cette façon. De même, il n’est pas contesté que le requérant n’a reçu copie ni du procès-verbal de la réunion
         du 15 juin 2000 du bureau du groupe EDD ni de la lettre du 4 juillet 2000 du président de ce groupe demandant au secrétaire
         général du Parlement de mettre fin, dès que possible, au détachement du requérant. 
      
      110    Dès lors, il est constant que le requérant était conscient de l’éventuelle intention du groupe EDD de faire usage de son pouvoir
         discrétionnaire afin de mettre un terme à son mandat et de demander au secrétaire général du Parlement d’intervenir à cet
         effet. En revanche, à ce stade, il ne résultait pas encore du contexte dans lequel a été prise la décision attaquée que le
         groupe EDD entendait mettre fin au mandat du requérant à une date antérieure à celle initialement prévue par le détachement.
      
      111    Deuxièmement, il y a lieu de constater que le requérant a dû réaliser, par la suite, la gravité de la situation et la rupture
         définitive des rapports de confiance mutuelle avec le groupe EDD, et ce avant même que celui-ci ne prenne la décision de demander
         qu’il soit mis fin aux fonctions du requérant avant le terme prévu de son détachement. Cela ressort notamment de la lettre
         adressée le 23 juin 2000 au président de la Cour des comptes, par laquelle le requérant demandait formellement l’examen des
         comptes financiers du groupe EDD. 
      
      112    Le Tribunal considère que, dans ces conditions, le requérant ne pouvait plus, à partir de cette date, légitimement s’attendre
         à ce que les rapports de confiance mutuelle entre lui et le groupe EDD subsistent ou puissent même être rétablis. Au contraire,
         le requérant devait savoir, au regard de ses propres actes, qu’une telle approche, indépendamment des motifs qui la sous-tendent
         et de leur bien-fondé, devait nécessairement conduire à la rupture irrémédiable de la relation de confiance entre lui-même
         et le groupe EDD, dans la mesure où ce dernier était susceptible d’interpréter le comportement du requérant comme une mise
         en cause de l’intégrité des membres du groupe. 
      
      113    Le Tribunal relève en outre que, dans ces circonstances et eu égard à la constatation de la Cour selon laquelle un fonctionnaire
         dans la situation du requérant doit avoir conscience du pouvoir discrétionnaire du groupe politique de mettre fin à son engagement
         à tout moment, notamment en cas de disparition des rapports de confiance mutuelle (arrêt de la Cour, point 58), le requérant
         ne pouvait pas s’attendre à pouvoir continuer d’exercer ses fonctions de secrétaire général du groupe EDD. En effet, le requérant
         devait être conscient du fait que, à la suite de la rupture de la confiance mutuelle, pour quelque raison que ce soit, et
         à laquelle il a contribué par son comportement, il n’était plus en mesure d’assurer ses fonctions (voir, en ce sens, arrêt
         de la Cour, point 56).
      
      114    Au vu de ce qui précède, il convient de conclure que, au moment de l’adoption de la décision attaquée, le requérant devait
         avoir une connaissance suffisante des motifs constituant le fondement de la décision attaquée, eu égard au contexte dans lequel
         celle-ci est intervenue, et qu’il ne pouvait plus ignorer la possibilité que soit mis fin à son détachement avant le terme
         initialement prévu.
      
      115    Troisièmement, le Tribunal constate que, à la suite de la lettre du président du groupe EDD en date du 4 juillet 2000 demandant
         qu’il soit mis fin au détachement du requérant « dès que possible », le secrétaire général du Parlement a prévu, dans la décision
         attaquée en date du 18 juillet 2000, qu’« [i]l [était] mis fin au détachement dans l’intérêt du service d[u requérant] auprès
         du [g]roupe [EDD] à compter du 14 juillet 2000 au soir ». 
      
      116    En outre, il est également constant que le requérant n’a reçu copie de la décision attaquée que le 25 juillet 2000, cette
         dernière date étant censée – sauf réglementation contraire – être la date de sa prise d’effet vis-à-vis du requérant. Le Tribunal
         en conclut que le secrétaire général du Parlement a donné un effet rétroactif de quatre jours à la fin du détachement du requérant
         par rapport à la date d’adoption de la décision attaquée et de dix jours par rapport à la date de sa notification au requérant,
         c’est-à-dire de sa prise d’effet prévue par le statut. 
      
      117    À cet égard, il convient de relever que, même s’il est vrai que le requérant avait une connaissance suffisante du contexte
         dans lequel est intervenue la décision attaquée quant à la cessation anticipée de son détachement, ce contexte n’était pas
         susceptible d’indiquer au requérant les raisons de l’éventuelle portée rétroactive de cette décision. Cela est d’autant plus
         vrai que, selon une jurisprudence constante, le retrait rétroactif d’un acte administratif conférant des droits subjectifs
         est soumis à des conditions très strictes (voir, en ce sens, arrêt du Tribunal du 20 novembre 2002, Lagardère et Canal+/Commission,
         T‑251/00, Rec. p. II‑4825, points 139 et 140, et la jurisprudence qui y est citée). Par ailleurs, même à supposer que l’approche
         susvisée de l’AIPN soit licite, le Tribunal constate que, à l’audience, le défendeur a confirmé que cette approche ne relève
         pas d’une pratique constante de l’AIPN en cas de disparition de la confiance mutuelle entre le fonctionnaire détaché et le
         groupe politique. Dès lors, une telle pratique, inexistante, n’était à l’évidence pas susceptible d’être connue par le requérant.
      
      118    En effet, le seul argument du défendeur, selon lequel il est de pratique courante, pour l’administration, de prendre des actes
         concernant la carrière des fonctionnaires avec effet au premier ou au quinzième jour du mois pour faciliter le calcul des
         traitements ne justifie pas une exception au principe général de non-rétroactivité des décisions affectant la situation juridique
         et financière du destinataire. Le Tribunal relève, enfin, qu’une telle approche de l’AIPN n’était, en tout état de cause,
         pas imposée au regard de la demande du groupe EDD, lequel s’est cantonné à solliciter que soit mis un terme au détachement
         « dès que possible ».
      
      119    Par conséquent, force est de constater que le requérant n’avait pas et ne pouvait pas avoir connaissance du fait que serait
         donné un effet rétroactif à la décision attaquée. Dès lors, compte tenu du fait que cet aspect constitue un élément essentiel
         de ladite décision, affectant d’autant plus les intérêts du requérant qu’il s’agissait d’un acte portant réduction de ses
         droits individuels, l’AIPN ne pouvait se dispenser d’une motivation sur ce point.
      
      120    Enfin, il convient de rejeter l’argument du défendeur selon lequel l’argument tiré de la rétroactivité de la décision attaquée
         aurait été soulevé tardivement par le requérant. En effet, dans le cadre d’un recours en annulation, le moyen tiré d’un défaut
         ou d’une insuffisance de motivation d’un acte communautaire constitue un moyen d’ordre public qui doit être soulevé d’office
         par le juge communautaire et qui, par conséquent, peut être invoqué par les parties à tout stade de la procédure (voir, en
         ce sens, arrêt de la Cour du 20 février 1997, Commission/Daffix, C‑166/95 P, Rec. p. I‑983, point 24 ; arrêt du Tribunal du
         2 juillet 1992, Dansk Pelsdyravlerforening/Commission, T‑61/89, Rec. p. II‑1931, point 129).
      
       Conclusion
      121    Au vu de ce qui précède, le Tribunal conclut que, pour autant que la décision attaquée met un terme au détachement du requérant
         avec effet rétroactif, cette décision ne satisfait pas à l’exigence d’une motivation suffisante, laquelle est prévue à l’article
         25, deuxième alinéa, du statut.
      
      122    Partant, il y a lieu d’accueillir partiellement le moyen tiré de la violation de l’obligation de motivation et d’annuler la
         décision attaquée dans la mesure où elle ordonne son application rétroactive couvrant la période allant du 15 au 24 juillet
         2000.
      
      4.     Sur le moyen tiré de la violation de l’accord sur les transferts des agents des groupes politiques datant de novembre 1974
      a)     Arguments des parties
      123    Le requérant fait valoir que la décision attaquée n’a pas respecté les dispositions de l’accord sur le transfert des agents
         des groupes politiques, tel qu’adopté par les présidents des groupes politiques du Parlement en novembre 1974 et renouvelé
         en ces termes depuis lors (ci-après l’« accord de 1974 »). Il relève en particulier que, selon l’article 3, troisième alinéa,
         de cet accord, l’AIPN aurait dû procéder à une reconstitution de sa carrière au moment de sa réintégration dans les services
         du Parlement. Il prétend que l’AIPN a méconnu cette obligation en le « rétrogradant » du grade A 2 qui était le sien lors
         de son détachement auprès du groupe EDD à son grade LA 5 d’origine.
      
      124    Le requérant conteste, à cet égard, l’argument du défendeur selon lequel il n’y a pas lieu de reconstituer sa carrière dans
         la mesure où son détachement n’a duré que quelques mois. Il relève, d’une part, que le détachement a duré huit mois et, d’autre
         part, que l’article 3, troisième alinéa, de l’accord de 1974 ne subordonne pas la reconstitution de carrière à une durée minimale.
      
      125    Le requérant conteste également la référence faite par le défendeur à l’arrêt B/Parlement, point 50 supra. Il considère en
         effet qu’il n’est pas impensable que la reconstitution de sa carrière aurait pu conduire l’AIPN à prendre une décision différente
         de la décision attaquée. Il se réfère à cet égard aux lettres que certains membres du groupe, à savoir MM. Okking et Titford,
         ont adressées en ce sens au défendeur.
      
      126    Le défendeur conteste les allégations du requérant.
      
      b)     Appréciation du Tribunal
      127    À l’article 3, troisième alinéa, de l’accord de 1974, il est prévu que « [...] [p]our les fonctionnaires permanents détachés
         au service des groupes, qui voudraient faire retour à l’institution ou au service d’origine, on procédera à une reconstitution
         de carrière, qui tiendra compte du niveau des fonctions exercées ».
      
      128    Dans son arrêt du 21 novembre 1989, Becker et Starquit/Parlement (C‑41/88 et C‑178/88, Rec. p. 3807), la Cour a considéré
         que l’accord de 1974, pas plus que les directives internes adoptées par l’administration, ne peut déroger aux dispositions
         impératives du statut (voir, en ce  sens, arrêt du 10 décembre 1987, Del Plato e.a./Commission, 181/86 à 184/86, Rec. p. 4991,
         points 14 et 18) ni créer des droits pouvant entraîner un classement contraire au statut.
      
      129    Le Tribunal estime, dès lors, qu’il est exclu, notamment en vertu du principe de la hiérarchie des normes, que l’accord de
         1974 puisse octroyer aux fonctionnaires ayant été détachés auprès d’un groupe politique des avantages auxquels ils ne peuvent
         aspirer en vertu du statut.
      
      130    Quant à la question de savoir si le requérant aurait pu, sans violer le statut, être réintégré à un grade supérieur au grade
         finalement retenu, il convient de relever que l’AIPN, en réintégrant le requérant à un emploi plus élevé que celui qu’il occupait
         avant son détachement, aurait violé l’article 38, sous f) et g), du statut. En effet, l’article 38, sous f), du statut prévoit
         que le fonctionnaire conserve son emploi, ses droits à l’avancement et sa vocation à la promotion. En outre, le point g) de
         cette disposition stipule que l’intéressé réintègre immédiatement l’emploi qu’il occupait antérieurement à l’expiration du
         détachement. Il incombait dès lors à l’AIPN de réintégrer le requérant au poste qu’il avait occupé précédemment en tenant
         compte de ses droits à l’avancement et de sa vocation à la promotion.
      
      131    Or, il ressort de la décision attaquée que le requérant a été effectivement réintégré à un poste de traducteur principal à
         la direction générale de l’information et des relations publiques du Parlement, au grade LA 5, échelon 3, et qu’il a été tenu
         compte de ses droits à l’avancement et de sa vocation à la promotion, avec une ancienneté d’échelon au 1er janvier 2000.
      
      132    Dès lors, le Tribunal considère que, en l’espèce, le statut a été respecté et que le présent moyen doit être rejeté comme
         non fondé.
      
      5.     Sur le moyen tiré de la violation du principe de confiance légitime
      a)     Arguments des parties
      133    Le requérant relève que le principe du respect de la confiance légitime constitue un principe fondamental de droit communautaire
         (arrêt de la Cour du 5 mai 1981, Dürbeck, 112/80, Rec. p. 1095) et que la protection de la confiance légitime suppose la réunion
         de trois conditions cumulatives, à savoir que l’intéressé doit avoir reçu des assurances précises, inconditionnelles et concordantes,
         émanant de sources autorisées et fiables (arrêt du Tribunal du 21 juillet 1998, Mellett/Cour de justice, T‑66/96 et T‑221/97,
         RecFP p. I‑A‑449 et II‑1305, points 106 et 107), que ces assurances ont été de nature à faire naître une attente légitime
         (arrêt du Tribunal du 27 février 1996, Galtieri/Parlement, T‑235/94, RecFP p. I‑A‑43 et II‑129, points 63 et 64), et, enfin,
         que ces assurances étaient conformes aux normes applicables (arrêt du Tribunal du 6 juillet 1999, Forvass/Commission, T‑203/97,
         RecFP p. I‑A‑129 et II‑705, point 70).
      
      134    Le requérant considère avoir reçu de telles assurances en ce qui concerne la durée de son détachement, lequel aurait dû se
         maintenir non pas jusqu’au 14 juillet, mais bien jusqu’au 30 novembre 2000, voire même jusqu’à la fin de la législature du
         Parlement, c’est-à-dire jusqu’en juin 2004.
      
      135    Il relève en effet, en premier lieu, qu’il a reçu des assurances précises, inconditionnelles et concordantes, émanant de sources
         autorisées et fiables que son détachement durerait jusqu’au 30 novembre 2000, dans la mesure où une telle durée est explicitement
         prévue par la décision du 11 juillet 2000. Il fait également valoir qu’il a reçu des assurances que son détachement serait
         maintenu jusqu’en juin 2004 dans la mesure où, d’une part, lors d’un entretien avec le président du groupe EDD le 27 octobre
         1999 et lors de son audition de recrutement devant le groupe EDD le 3 novembre 1999, il a été précisé que le détachement se
         ferait pour la durée du mandat parlementaire, c’est-à-dire jusqu’en juin 2004, et où, d’autre part, la secrétaire générale
         adjointe du groupe EDD, Mme Vangrunderbeek, avait indiqué au requérant que le renouvellement d’un détachement auprès d’un groupe politique était une
         pratique courante et usuelle au sein du Parlement.
      
      136    Il considère, en deuxième lieu, que ces assurances étaient de nature à faire naître une attente légitime dans son chef, dans
         la mesure où il a pu estimer être appelé à exercer ses fonctions de secrétaire général du groupe EDD jusqu’au 30 novembre
         2000, voire même jusqu’en juin 2004.
      
      137    En troisième lieu, il estime que ces assurances étaient conformes aux normes applicables, notamment au statut.
      
      138    Le défendeur conteste que le requérant puisse invoquer le principe de protection de la confiance légitime afin de demeurer
         secrétaire général du groupe EDD jusqu’au 30 novembre 2000 et a fortiori jusqu’en juin 2004.
      
      b)     Appréciation du Tribunal
       Observations liminaires
      139    Il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, le droit de réclamer la protection de la confiance légitime,
         qui est un des principes fondamentaux du droit communautaire, s’étend à tout particulier qui se trouve dans une situation
         de laquelle il ressort que l’administration communautaire, en lui fournissant des assurances précises inconditionnelles et
         concordantes, émanant de sources autorisées et fiables, a fait naître dans son chef des espérances fondées (voir, en dernier
         lieu, arrêt du Tribunal du 16 mars 2005, Ricci/Commission, T‑329/03, non encore publié au Recueil, point 79 et la jurisprudence
         qui y est citée).
      
      140    Enfin, il ressort de la jurisprudence que ces assurances doivent être conformes aux dispositions du statut et aux normes applicables
         en général (voir, en ce sens, arrêts de la Cour du 16 novembre 1983, Thyssen/Commission, 188/82, Rec. p. 3721, point 11, et
         du 6 février 1986, Vlachou/Cour des comptes, 162/84, Rec. p. 481, point 6 ; arrêt du Tribunal du 5 novembre 2002, Ronsse/Commission,
         T‑205/01, RecFP p. I‑A‑211 et II‑1065, point 54). Il est également de jurisprudence constante que la communication d’une interprétation
         erronée d’une règle communautaire ne saurait engager la responsabilité de l’administration (arrêts de la Cour du 28 mai 1970,
         Richez-Parise e.a./Commission, 19/69, 20/69, 25/69 et 30/69, Rec. p. 325, points 36 et 37, et du 11 juillet 1980, Kohll/Commission,
         137/79, Rec. p. 2601, point 14 ; arrêt du Tribunal du 27 mars 1990, Chomel/Commission, T‑123/89, Rec. p. II‑131, points 28
         à 30).
      
      141    Il convient de rechercher, à la lumière de ces principes, dans quelle mesure le requérant est en droit de se réclamer de la
         protection de la confiance légitime en ce qui concerne la durée de son détachement. 
      
       En ce qui concerne la confiance légitime du requérant en ce que son détachement durerait jusqu’au 30 novembre 2000
      142    En l’espèce, il est constant que la décision de l’AIPN du 11 janvier 2000 constitue une information précise et concordante,
         émanant d’une source autorisée et fiable, dont il ressort que, en principe, le détachement du requérant auprès du groupe EDD
         prendrait fin le 30 novembre 2000. 
      
      143    En revanche, une telle information ne saurait être considérée comme étant de nature à créer une attente légitime sous peine
         d’affecter l’effet utile de l’article 38, sous b), du statut, tel qu’interprété à la lumière de l’arrêt de la Cour. En effet,
         il ressort du point 52 de cet arrêt ainsi que des considérations figurant aux points 108 à 114 ci-dessus que le requérant
         devait avoir conscience que l’AIPN pouvait éventuellement mettre fin à son détachement avant cette date dans certaines circonstances
         et, notamment, si elle constatait une rupture de la confiance mutuelle entre le groupe EDD et lui. Toute interprétation contraire
         aurait pour effet de réduire à néant la possibilité dont dispose l’AIPN de mettre un terme à un détachement dans l’intérêt
         du service avant l’expiration de la durée initialement fixée lorsque les rapports de confiance mutuelle entre un groupe politique
         et le fonctionnaire détaché auprès de lui ont disparu.
      
      144    Dès lors, dans le cas d’espèce, le requérant ne saurait se prévaloir d’une confiance légitime en ce que son détachement durerait
         jusqu’au 30 novembre 2000 et il convient de rejeter cette branche du présent moyen comme non fondée. 
      
       En ce qui concerne la confiance légitime du requérant en ce que son détachement durerait jusqu’en juin 2004
      145    Il convient de rappeler, tout d’abord, que la décision du 11 janvier 2000 précisait que le détachement du requérant prendrait
         fin le 30 novembre 2000. Il s’ensuit que l’on ne saurait considérer que le requérant disposait d’informations précises, inconditionnelles
         et concordantes selon lesquelles son détachement durerait jusqu’en juin 2004. 
      
      146    À supposer même que la secrétaire générale adjointe du groupe EDD ou certains membres du groupe EDD aient réellement confirmé
         au requérant que le renouvellement de son détachement après un an serait une simple formalité et qu’il pourrait rester en
         fonctions jusqu’en juin 2004, ces propos ne sauraient être considérés comme des informations émanant de sources autorisées
         et fiables au sens de la jurisprudence citée au point 139 ci-dessus. En effet, en vertu de l’article 38, sous b), du statut,
         seule l’AIPN est compétente pour fixer la durée d’un détachement dans l’intérêt du service. En conséquence, seule l’AIPN peut
         être considérée comme pouvant donner des assurances précises quant à la durée d’un détachement susceptible de fonder une confiance
         légitime dans le chef du fonctionnaire concerné. 
      
       Conclusion
      147    Il découle de ce qui précède que le moyen tiré de la violation du principe de confiance légitime doit être rejeté comme non
         fondé.
      
      6.     Sur le moyen tiré du non-respect du devoir de sollicitude
      a)     Arguments des parties
      148    Le requérant fait valoir que l’AIPN a manqué à son devoir de sollicitude dans la mesure où elle a adopté la décision attaquée
         sans tenir compte, d’une part, de la première réclamation, en date du 23 juin 2000, et, d’autre part, du fait qu’il se trouvait
         en congé de maladie.
      
      149    En ce qui concerne la première réclamation, le requérant relève que la présidente du Parlement, exerçant les pouvoirs dévolus
         par le statut à l’AIPN, n’y a répondu que par lettre du 19 décembre 2000, c’est-à-dire bien après l’adoption de la décision
         attaquée. Il fait observer, de plus, que cette décision ne répond même pas à l’ensemble des arguments qu’il avait invoqués
         dans la première réclamation ainsi que dans le mémorandum du 1er juillet 2000 et qu’il n’a à aucun moment eu l’occasion de faire valoir ses intérêts dans le cadre de la procédure précontentieuse.
      
      150    Quant au fait que la décision attaquée a été adoptée alors qu’il se trouvait en congé de maladie, cette circonstance démontre,
         selon lui, que ses intérêts n’ont pas été pris en compte par l’AIPN. Le requérant conteste, à cet égard, l’allégation du défendeur
         selon laquelle la décision attaquée a été adoptée afin de tenir compte de son état de santé. Il relève en effet que le défendeur
         se fonde à cet égard sur des documents tels le mémorandum du 1er juillet 2000 et un certificat médical du 31 août 2000, qui n’ont été portés à la connaissance de l’administration qu’après
         l’adoption de la décision attaquée.
      
      151    Le défendeur conteste ne pas avoir respecté dans le cas d’espèce le devoir de sollicitude lui incombant.
      
      b)     Appréciation du Tribunal
       Observations liminaires
      152    Selon une jurisprudence établie, le devoir de sollicitude reflète l’équilibre des droits et obligations réciproques que le
         statut a créé dans les relations entre l’autorité publique et les agents du service public. Ce devoir implique, notamment,
         que l’AIPN prenne en considération, lorsqu’elle se prononce sur la situation d’un fonctionnaire, l’ensemble des éléments qui
         sont susceptibles de déterminer sa décision et que, ce faisant, elle tienne compte non seulement de l’intérêt du service,
         mais aussi de celui du fonctionnaire concerné (arrêts du Tribunal du 5 juillet 2000, Samper/Parlement, T‑111/99, RecFP p. I‑A‑135
         et II‑611, point 43).
      
      153    Le requérant fait valoir que, dans le cas d’espèce, l’AIPN n’a pas respecté son devoir de sollicitude dans la mesure où elle
         a adopté la décision attaquée sans tenir compte de la première réclamation et du fait qu’il se trouvait en congé de maladie.
         Il convient d’analyser séparément ces deux arguments.
      
       Sur l’absence de prise en compte de la première réclamation
      154    Le Tribunal considère, en premier lieu, que l’introduction d’une réclamation par le requérant le 23 juin 2000 n’empêchait
         pas l’AIPN d’adopter la décision attaquée. À cet égard, il convient de rappeler que l’AIPN dispose, en vertu de l’article
         90, paragraphe 2, du statut, d’un délai de quatre mois pour répondre à une réclamation. Ni le devoir de sollicitude ni le
         statut n’obligent l’AIPN à prendre une décision dans un délai plus court.
      
      155    Le Tribunal relève, en deuxième lieu, que, ainsi que la présidente du Parlement l’a constaté dans sa décision du 19 décembre
         2000 rejetant les réclamations du requérant, la première réclamation ne contient pas d’informations précises. Dans cette réclamation,
         le requérant s’est limité à faire état d’actes lui faisant grief dans l’exercice de ses fonctions auprès du groupe EDD, à
         savoir du fait que, d’une part, son accès aux comptes du groupe EDD a été entravé alors qu’un tel accès participe de la nature
         même de la fonction de secrétaire général d’un groupe politique, et, d’autre part, que des instructions contradictoires lui
         ont été adressées dans un climat de harcèlement moral. Dans ces circonstances, le Tribunal estime que le requérant n’a pas
         démontré que la première réclamation a été susceptible d’avoir une quelconque influence sur l’adoption de la décision attaquée
         par l’AIPN, celle-ci ayant été déterminée par la demande du groupe EDD en date du 4 juillet 2000.
      
      156    Par ailleurs, s’il est vrai que le requérant a précisé la portée de la première réclamation dans son mémorandum du 1er juillet 2000 et que la présidente du Parlement a tenu compte de ce mémorandum aux fins de sa réponse à cette réclamation,
         il est toutefois constant que l’AIPN n’a reçu copie de ce mémorandum que dans le courant du mois de septembre 2000, de sorte
         que le requérant ne saurait reprocher à l’AIPN de ne pas en avoir tenu compte au moment de l’adoption de la décision attaquée.
      
      157    Le Tribunal estime, en troisième lieu, que le fait que le requérant n’a pas été entendu dans le cadre de la procédure précontentieuse
         ne saurait constituer en soi, à plus forte raison à la lumière des constatations figurant dans l’arrêt de la Cour (voir point
         80 ci-dessus), une violation du devoir de sollicitude. S’il est vrai que le fait pour l’AIPN d’entendre l’intéressé peut être
         utile afin de mieux comprendre la portée de sa réclamation, il incombe en principe à ce dernier de formuler sa réclamation
         de manière précise et claire afin que l’AIPN puisse y répondre dans les meilleurs délais.
      
      158    Le Tribunal relève, en dernier lieu, que la décision attaquée a été adoptée par l’AIPN parce que le détachement du requérant
         auprès du groupe EDD s’avérait ne plus correspondre à l’intérêt du service. Dans un tel cas de figure, l’intérêt du service
         doit nécessairement primer sur l’intérêt du fonctionnaire afin d’assurer que le détachement du fonctionnaire reste conforme
         à son objet, à savoir garantir le bon fonctionnement de l’administration communautaire. Cela est d’autant plus vrai lorsque
         la décision est prise uniquement dans l’intérêt du groupe politique auprès duquel il a été détaché et dont l’AIPN est tenue
         de prendre en compte la volonté exprimée (voir points 64 à 67 ci-dessus). En outre, dans un cas, comme celui de l’espèce,
         où toute collaboration est devenue impossible en raison de la disparition de la confiance mutuelle, une telle décision est
         également prise dans l’intérêt du fonctionnaire détaché, auquel elle permet de retrouver un cadre de travail normal et propice
         au développement de ses compétences.
      
       Sur le fait que la décision attaquée a été adoptée durant le congé de maladie du requérant
      159    Il ressort des documents produits par les parties que le requérant était en congé de maladie depuis le 24 mai 2000 et qu’il
         se trouvait dans cette situation au moment de l’adoption de la décision attaquée. Or, le fait qu’un fonctionnaire se trouve
         en congé de maladie n’implique pas que, en vertu de son devoir de sollicitude, l’AIPN ne saurait adopter une décision lui
         faisant grief.
      
      160    En outre, dans le cas d’espèce, la décision attaquée a été adoptée parce que le détachement ne s’avérait plus correspondre
         à l’intérêt du service, les rapports de confiance mutuelle entre le requérant et le groupe EDD ayant disparu. Or, cet état
         de fait était déjà acquis avant que le requérant ne s’absente pour cause de maladie, c’est-à-dire avant le 24 mai 2000.
      
       Conclusion
      161    Au vu de ce qui précède, le Tribunal estime que le présent moyen doit être rejeté comme non fondé dans son intégralité.
      
      7.     Sur le moyen tiré du détournement de pouvoir
      a)     Arguments des parties
      162    Le requérant relève que, selon une jurisprudence constante, la notion de détournement de pouvoir se réfère à l’usage, par
         une autorité administrative, de ses pouvoirs dans un but autre que celui en vue duquel ils lui ont été conférés. Une décision
         n’est entachée d’un détournement de pouvoir que si elle apparaît, sur la base d’indices objectifs, précis et concordants,
         avoir été prise pour atteindre des fins autres que celles excipées (arrêt Samper/Parlement, point 152 supra, point 64).
      
      163    Le requérant estime que la décision attaquée a été adoptée dans le seul but de l’écarter des affaires du groupe EDD. Il fait
         observer en effet qu’il est pour le moins étrange que la décision attaquée soit intervenue à peine trois semaines après qu’il
         a fait part, tant au secrétaire général du Parlement qu’au président de la Cour des comptes, des difficultés qu’il avait rencontrées
         pour accéder aux comptes du groupe. Il remarque également que ses demandes répétées d’accès aux comptes du groupe ont suscité
         des réactions à la fois gênées et agacées de la part de certains membres et agents du groupe et qu’il a eu de grandes difficultés
         pour obtenir une analyse du budget du groupe EDD pour l’année 2000.
      
      164    Le défendeur conteste les allégations du requérant. 
      
      b)     Appréciation du Tribunal
      165    Selon une jurisprudence constante, la notion de détournement de pouvoir, ayant une portée bien précise, implique qu’une autorité
         administrative use de ses pouvoirs dans un but autre que celui en vue duquel ils lui ont été conférés. Une décision n’est
         entachée de détournement de pouvoir que si elle apparaît, sur la base d’indices objectifs, pertinents et concordants, avoir
         été prise pour atteindre des fins autres que celles excipées (arrêt Samper/Parlement, point 152 supra, point 64 ; arrêts du
         Tribunal du 19 septembre 2001, E/Commission, T‑152/00, RecFP p. I‑A‑179 et II‑813, point 68, et du 26 novembre 2002, Cwik/Commission,
         T‑103/01, RecFP p. I‑A‑229 et II‑1137, point 28). À cet égard, le requérant ne saurait se limiter à invoquer certains faits
         à l’appui de ses prétentions ; encore faut-il qu’il fournisse des indices suffisamment précis, objectifs et concordants de
         nature à soutenir leur véracité ou, à tout le moins, leur vraisemblance (arrêt de la Cour du 6 mars 2001, Connolly/Commission,
         C‑274/99 P, Rec. p. I‑1611, point 113, et arrêt Cwik/Commission, précité, point 29).
      
      166    À cet égard, il suffit de relever que dans le cas d’espèce ni les éléments du dossier ni les critiques du requérant à l’encontre
         de la décision attaquée ne comportent des indices suffisamment précis, objectifs, pertinents et concordants susceptibles de
         donner lieu à la conclusion selon laquelle la décision de l’AIPN n’aurait pas pour fondement la disparition des rapports de
         confiance mutuelle entre le groupe EDD et le requérant, mais poursuivrait l’objectif de dissimuler de prétendues irrégularités
         financières.
      
      167    Dès lors, le Tribunal considère que ce moyen doit être rejeté comme non fondé.
      
      8.     Sur l’argumentation tirée de l’absence de validité de la décision du bureau du groupe EDD du 4 juillet 2000 au regard des
            statuts du groupe
      a)     Arguments des parties
      168    Le requérant conteste la légalité de la décision du bureau du groupe EDD du 4 juillet 2000 pour violation des conditions de
         forme prévues par les statuts du groupe EDD.
      
      169    En premier lieu, il estime que la décision de renvoi du secrétaire général du groupe aurait requis, tout comme le choix du
         secrétaire général au sens de l’article 7, sixième alinéa, des statuts du groupe EDD, « l’approbation du groupe », ce qui
         n’aurait pas été le cas en l’espèce, étant donné que c’est le bureau du groupe EDD qui a pris la décision du 4 juillet 2000.
      
      170    En deuxième lieu, le requérant conteste la légalité de cette décision au regard de la lettre de M. Titford, membre du groupe
         EDD et président du sous-groupe anglais (United Kingdom Independence Party), adressée le 22 septembre 2000 au secrétaire général
         du Parlement. Cette lettre énonce notamment :
      
      « In a letter sent to you on the 4th of July 2000, Mr Jens-Peter Bonde asked you to take back Patrick Reynolds as soon as
         possible. With regards to the bureau meeting on the 4th July 2000 upon which the letter was based, my participation in it
         was based on misleading information, which I had been given. I am asking for my name to be removed from the minutes as one
         who supported the item on the removal of Mr Reynolds. The UK independence party, namely Nigel Farage MEP and myself were satisfied
         with his performance as Secretary-General to the EDD Group […] »
      
      171    Le défendeur soutient que, eu égard à la liste de présence figurant à la tête du procès-verbal de la réunion du bureau du
         groupe EDD du 4 juillet 2000, tous les membres du bureau ont été présents, à l’exception de Mme Mathieu et M. Farage, qui ont toutefois été représentés respectivement par deux autres membres de leurs sous-groupes respectifs,
         à savoir M. Butel et M. Titford. Le défendeur en conclut que tous les sous-groupes ont été représentés à la réunion du bureau
         du groupe EDD du 4 juillet 2000. En outre, durant cette réunion, le bureau aurait décidé à l’unanimité d’inviter le secrétaire
         général du Parlement à mettre fin au détachement du requérant aussitôt que possible. 
      
      172    En réponse à une question écrite du Tribunal, le défendeur conteste que la déclaration postérieure de M. Titford ait pu affecter
         la légalité de la décision adoptée par le bureau du groupe EDD le 4 juillet 2000. Le défendeur relève en effet que le secrétaire
         général a reçu la lettre de M. Titford le 22 septembre 2000, c’est-à-dire près de deux mois après l’adoption de la décision
         attaquée, laquelle est intervenue le 18 juillet 2000. Il serait dès lors exclu que la déclaration de M. Titford ait pu affecter
         la légalité de la décision du bureau du groupe EDD du 4 juillet 2000 et, partant, celle de la décision attaquée, quant à la
         période précédant le 22 septembre 2000.
      
      173    S’agissant de la période postérieure au 22 septembre 2000, le défendeur estime que l’AIPN était en droit de maintenir la décision
         attaquée en dépit du fait nouveau que constituait la lettre de M. Titford. Selon le défendeur, d’une part, il existe un principe
         élémentaire du processus démocratique selon lequel, dès lors qu’une décision collégiale a été prise, un membre individuel
         n’a pas la faculté de remettre en cause son vote en faveur d’une telle décision. Aucune possibilité en ce sens ne serait d’ailleurs
         prévue ni par le règlement du Parlement ni par les statuts du groupe EDD. D’autre part, à supposer même que M. Titford ait
         pu changer son vote antérieur, ce changement n’aurait pas affecté la légalité de la décision du bureau du groupe EDD du 4
         juillet 2000 et, partant, celle de la décision attaquée dans la mesure où, conformément à l’article 2 des statuts du groupe
         EDD, qui prévoit que les décisions administratives sont adoptées à la majorité, les cinq autres membres du groupe EDD, qui
         ont participé à la réunion du bureau du groupe du 4 juillet 2000, ont tous voté en faveur de la demande de renvoi du requérant.
      
      b)     Appréciation du Tribunal
      174    À titre liminaire, le Tribunal estime que le choix et le renvoi d’un secrétaire général au sens de l’article 7, sixième alinéa,
         des statuts du groupe EDD relèvent d’une décision administrative aux termes de l’article 2, cinquième alinéa, et non d’une
         décision concernant les activités politiques du groupe en vertu de l’article 2, troisième alinéa, desdits statuts. En effet,
         il s’agit d’une question relevant de l’organisation et de la gestion des travaux au sein du groupe EDD, à savoir de sa sphère
         interne, à la différence des activités politiques, qui relèvent des relations du groupe avec le Parlement en tant que tel,
         avec les autres groupes politiques ainsi qu’avec l’extérieur.
      
      175    En outre, contrairement à l’argument du requérant, l’article 7, sixième alinéa, deuxième phrase, des statuts du groupe EDD
         ne requiert « l’approbation du groupe » que pour le choix du secrétaire général, et non pour son renvoi. En effet, cette dernière
         disposition constitue une exception à la règle selon laquelle le bureau, en tant qu’organe directeur au sens de l’article
         7, premier alinéa, des statuts du groupe EDD, est responsable de toute mesure administrative visant au bon fonctionnement
         du groupe, en ce compris toute décision relative à la gestion des relations avec le personnel administratif du groupe EDD.
         C’est seulement dans le cas de proposition d’un candidat à un poste administratif au sein du groupe EDD, le poste de secrétaire
         général y compris, qu’une approbation du groupe en tant que tel est requise pour assurer que ce candidat dispose de la confiance
         tant du bureau que de l’ensemble des membres du groupe. En revanche, il suffit que le membre du personnel perde la confiance
         du bureau du groupe pour justifier son renvoi, les intérêts du groupe étant suffisamment protégés dans un tel cas par la possibilité
         d’approuver ou de rejeter ultérieurement la proposition quant au successeur du secrétaire général renvoyé.
      
      176    Il en résulte que la décision portant sur le renvoi du secrétaire général du groupe EDD pouvait être prise par un vote à la
         majorité en vertu de l’article 2, cinquième alinéa, des statuts du groupe EDD au sein du bureau du groupe.
      
      177    Dès lors, à supposer même que la déclaration de M. Titford, en tant que représentant du sous-groupe anglais, ait pu affecter,
         de manière rétroactive, l’unanimité de la prise de décision par le bureau du groupe EDD le 4 juillet 2000, et que son vote
         en faveur de cette décision ait effectivement reposé sur des informations trompeuses, elle ne saurait remettre en cause la
         légalité de cette décision administrative au regard de l’article 2 des statuts du groupe EDD. En effet, cette décision a été,
         en tout état de cause, adoptée à la majorité des votes du bureau du groupe EDD, dont tous les sous-groupes ont été représentés,
         conformément à l’article 7, quatrième et cinquième alinéas, des statuts du groupe EDD.
      
      178    Ce résultat n’est pas infirmé par l’article 2, sixième alinéa, des statuts du groupe EDD selon lequel « [l]e bureau peut décider
         à l’unanimité parmi les sous-groupes des décisions administratives qui doivent être arrêtées par le groupe à la majorité ».
         En effet, cette disposition ne remet pas en cause le principe du vote à la majorité même au sein du bureau du groupe EDD.
         À cet égard, il convient de relever en premier lieu que, selon l’article 7, premier et sixième alinéas, des statuts du groupe
         EDD, le bureau, conjointement avec la présidence, constitue l’organe directeur du groupe qui est responsable de son bon fonctionnement,
         notamment de sa gestion administrative. En deuxième lieu, l’article 2, sixième alinéa, des statuts du groupe EDD ne consacre
         aucunement une exception au principe de la décision à la majorité des questions administratives au sein du bureau du groupe,
         étant donné qu’il ne s’agit que d’une habilitation à la délégation au groupe entier de décisions quant à certaines questions
         administratives, délégation dont le groupe EDD, ainsi que le défendeur l’a confirmé à l’audience, n’a jamais fait usage. Cette
         interprétation se voit confortée par la version anglaise de l’article 2, sixième alinéa, des statuts du groupe EDD qui énonce :
         
      
      « The Bureau can decide by unanimous decision of the Subgroups which administrative decisions should be taken by the Group
         by majority vote. »
      
      179    Il en résulte que, s’agissant d’une décision administrative, le bureau du groupe EDD était en droit de décider à la majorité
         du renvoi du requérant de son poste de secrétaire général et que cette majorité était, en tout état de cause, acquise indépendamment
         de la validité du vote de M. Titford. 
      
      180    Dès lors, les arguments tirés de la violation des conditions de formes établies par les règles des statuts du groupe EDD doivent
         être rejetés comme non fondés.
      
      9.     Conclusion
      181    Au vu de tout ce qui précède, le Tribunal conclut que la décision attaquée doit être annulée pour la violation de l’obligation
         de motivation pour autant qu’elle met fin au détachement du requérant de manière rétroactive, à savoir pour la période allant
         du 15 au 24 juillet 2000.
      
       Sur le recours en indemnité
      A –  Sur la recevabilité
      1.     Arguments des parties
      a)     Généralités
      182    Le défendeur fait valoir que le recours en indemnité introduit par le requérant est irrecevable dans la mesure où il se rapporte
         aux agissements du groupe politique ou de certains de ses membres. En outre, selon le défendeur, ce recours est également
         irrecevable dans la mesure où le requérant n’a pas respecté la procédure précontentieuse prévue à cet effet par le statut.
      
      b)     Sur la responsabilité du Parlement pour les actes du groupe EDD et de certains de ses membres
      183    Le défendeur fait valoir que, en tant qu’institution, le Parlement ne répond que des actes de ses agents dans l’exercice de
         leurs fonctions ou des actes immédiatement imputables à l’institution elle-même. Or, en l’espèce, le prétendu comportement
         non décisionnel est imputé à certains députés et non pas à ses agents, de sorte qu’il ne saurait lier l’institution. Il se
         réfère à cet égard à la jurisprudence de la Cour, qui reconnaît qu’aucune disposition du règlement du Parlement n’habilite
         un groupe politique à agir au nom du Parlement à l’égard des tiers et, par ailleurs, qu’aucune règle de droit communautaire
         n’implique que les actes d’un groupe politique pourraient être imputés au Parlement en tant qu’institution des Communautés
         (arrêt de la Cour du 22 mars 1990, Le Pen, C‑201/89, Rec. p. I‑1183, point 14). Le défendeur considère que ce qui vaut pour
         un groupe politique devrait valoir a fortiori pour des députés pris individuellement.
      
      184    Enfin, le défendeur ajoute que le requérant n’aurait pas contesté, dans le cadre de la procédure de pourvoi devant la Cour,
         les points 132 à 134 de l’arrêt du Tribunal qui soutiennent la conclusion, figurant au point 136 de cet arrêt, selon laquelle
         le recours en indemnité est irrecevable en ce qu’il vise à la réparation du dommage causé par les comportements non décisionnels
         du groupe EDD et de certains de ses membres. Étant donné que la Cour a annulé seulement les points 1, 2, 4, et 5 du dispositif
         de l’arrêt du Tribunal, selon le défendeur, le point 3 du dispositif dudit arrêt reste toujours d’application.
      
      c)     Sur le non-respect de la procédure précontentieuse
      185    Le défendeur relève que, selon la jurisprudence, lorsque le dommage dont il est demandé réparation n’a pas été causé par la
         décision attaquée mais par un comportement dépourvu de caractère décisionnel, la recevabilité d’un recours en indemnité est
         subordonnée au déroulement d’une procédure administrative comportant deux étapes. En premier lieu, l’intéressé doit d’abord
         saisir l’AIPN d’une demande visant à obtenir dédommagement pour le préjudice causé par ce comportement dépourvu de caractère
         décisionnel. Ce n’est que le rejet explicite ou implicite causé par cette demande qui constitue un acte faisant grief, contre
         lequel une réclamation peut être dirigée, et c’est seulement après le rejet implicite ou explicite de la réclamation qu’un
         recours en indemnité peut être formé devant le Tribunal (arrêts du Tribunal du 12 janvier 1994, White/Commission, T‑65/91,
         RecFP p. I‑A‑9 et II‑23, point 137, et du 6 juillet 1995, Ojha/Commission, T‑36/93, RecFP p. I‑A-161 et II‑497, point 117).
      
      186    Or, selon le défendeur, il est manifeste que le prétendu préjudice moral subi par le requérant a été causé par des comportements
         dépourvus de caractère décisionnel. Ce prétendu préjudice n’aurait en aucune mesure été causé par la décision attaquée.
      
      187    Il relève, en effet, que, ainsi qu’il ressort clairement tant de la requête que du mémorandum du 1er juillet 2000 et du certificat médical du 31 août 2000 qui ont été produits en annexe de la requête, c’est l’exercice de ses
         fonctions auprès du groupe EDD qui lui a causé de graves problèmes de santé ainsi que des troubles psychologiques. 
      
      188    Dans ces circonstances, le requérant aurait dû introduire une demande afin d’obtenir le dédommagement du préjudice moral causé
         par les comportements dépourvus de caractère décisionnel qui sont intervenus au sein du groupe EDD avant la fin du mois de
         mai 2000. Après avoir reçu un rejet explicite ou implicite de cette première demande, le requérant aurait dû introduire une
         réclamation. Ce n’est qu’après le rejet implicite ou explicite de la réclamation qu’il aurait pu former un recours en indemnité
         devant le Tribunal. 
      
      189    Or, selon le défendeur, une telle procédure précontentieuse fait défaut en l’espèce.
      
      190    Le défendeur conteste en effet que la réclamation introduite le 23 juin 2000 par le requérant puisse être considérée comme
         étant une demande visant à obtenir un dédommagement pour les comportements non décisionnels du groupe EDD et de certains de
         ses membres dans la mesure où cette lettre ne fait aucune référence à une éventuelle compensation pécuniaire. 
      
      191    Le défendeur souligne que, à supposer même que cette lettre puisse être considérée comme une telle demande – ce qu’il conteste
         –, il n’en reste pas moins évident que le requérant n’a pas introduit de réclamation à l’encontre du rejet implicite ou explicite
         de cette prétendue demande, de sorte que le présent recours en indemnité ne peut en aucun cas être considéré comme faisant
         suite au rejet d’une réclamation.
      
      192    Le requérant conteste l’allégation du défendeur selon laquelle son recours en indemnité serait irrecevable en raison du non-respect
         de la procédure précontentieuse. Le requérant demande en outre le réexamen des points 132 à 136 de l’arrêt du Tribunal.
      
      2.     Appréciation du Tribunal
      193    S’agissant de la recevabilité du recours en indemnité dans la mesure où celui-ci concerne les agissements du groupe EDD et
         de ses membres, il convient de rappeler le point 3 du dispositif de l’arrêt du Tribunal, selon lequel « [l]e recours en indemnité
         est irrecevable en ce qu’il vise à la réparation du dommage causé par les comportements non décisionnels du groupe EDD et
         de certains de ses membres. » À cet égard, il suffit de constater que la Cour n’a pas annulé le point 3 du dispositif de l’arrêt
         du Tribunal, ce point étant, dès lors, passé en force de chose jugée. Par conséquent, la demande du requérant quant au réexamen
         de la motivation contenue aux points 132 à 136 de l’arrêt du Tribunal ne saurait être accueillie.
      
      194    Quant à l’exception d’irrecevabilité du défendeur concernant le recours en indemnité dans la mesure où ce recours vise à la
         réparation du dommage causé par la décision attaquée, il y a lieu de rappeler (arrêt du Tribunal, point 130) que les arguments
         du défendeur à l’appui de cette exception ne concernent que le fait que ce recours est dirigé contre des comportements non
         décisionnels du groupe EDD et de certains de ses membres. En revanche, ces arguments ne mettent pas en doute la recevabilité
         du recours en indemnité en ce qu’il vise la réparation du dommage éventuellement causé par la décision attaquée.
      
      B –  Sur le fond
      1.     Arguments des parties
      195    Le requérant entend obtenir réparation du préjudice matériel et moral qu’il a subi en raison de l’adoption de la décision
         attaquée par le défendeur.
      
      196    Le requérant estime que le préjudice matériel qu’il a subi est constitué, en premier lieu, d’une perte nette de rémunération
         résultant de la rétrogradation du grade A 2 au grade LA 5, et ce durant la période du 15 juillet jusqu’au 30 novembre 2000,
         voire même jusqu’en juin 2004. En deuxième lieu, le préjudice matériel serait constitué d’une perte de pension résultant également
         de la rétrogradation susvisée, le calcul des pensions reposant sur les traitements perçus, et ce également pour la période
         allant du 15 juillet au 30 novembre 2000, voire même jusqu’en juin 2004. En troisième lieu, le requérant fait valoir qu’il
         a été conduit à reverser plus tôt que prévu le montant des allocations de départ au titre du régime de pensions des Communautés
         européennes, à savoir 93 387,54 euros.
      
      197    Le requérant demande également la réparation du dommage moral résultant de l’adoption de la décision attaquée, qu’il évalue
         à 250 000 euros. Selon le requérant, ce préjudice comprend non seulement l’atteinte portée à sa dignité et à son sérieux professionnels,
         mais également la dégradation de son état de santé et de son état psychologique. Il estime, à titre accessoire, que ce préjudice
         moral comprend également le préjudice subi par ses proches, notamment son épouse et ses deux enfants, compte tenu du chagrin
         que leur cause la dégradation constante de l’état de santé et de l’état psychologique de leur époux et père.
      
      198    Selon le requérant, il est manifeste que, dans le cas d’espèce, tant le dommage matériel que le dommage moral éprouvés par
         lui sont la conséquence directe de l’adoption de la décision attaquée par le défendeur. L’existence d’un tel lien de causalité
         serait d’ailleurs établie par les certificats médicaux établis le 31 août 2000 et le 13 mars 2001 par le médecin personnel
         du requérant.
      
      199    Le défendeur fait valoir que, même si le Tribunal devait estimer que l’adoption de la décision attaquée constitue une faute
         de nature à engager la responsabilité extracontractuelle de la Communauté, il ne saurait être condamné à réparer le dommage
         prétendument subi par le requérant du fait de cette illégalité.
      
      200    Le défendeur relève en effet, en premier lieu, qu’il ressort d’une jurisprudence constante que l’annulation d’un acte de l’administration
         peut constituer en elle-même une réparation adéquate et, en principe, suffisante, de tout préjudice moral que le fonctionnaire
         requérant peut avoir subi, notamment si l’acte n’a comporté aucune appréciation blessante à son égard (voir, en ce sens, arrêts
         du Tribunal du 26 janvier 1995, Pierrat/Cour de justice, T‑60/94, RecFP p. I‑A‑23 et II‑77, point 62, et du 25 février 1999,
         Giannini/Commission, T‑282/97 et T‑57/98, RecFP p. I‑A‑33 et II‑151, point 40). Or, selon le défendeur, la décision attaquée
         n’a comporté aucune appréciation négative quant à la personne du requérant et ne pouvait d’ailleurs comporter une telle appréciation,
         dès lors que l’AIPN était tenue de prendre acte de l’appréciation subjective du groupe EDD à l’égard du requérant et de l’état
         de santé de ce dernier.
      
      201    Le défendeur souligne, en deuxième lieu, en ce qui concerne le préjudice prétendument subi par le requérant en raison du reversement
         des allocations de départ au titre du régime des pensions, que le requérant n’explique pas dans quelle mesure ce fait constitue
         un préjudice matériel qui aurait été causé par l’adoption de la décision attaquée. Il fait observer en effet que le reversement
         a été sollicité par le requérant lui-même et qu’il a eu lieu le 26 mai 2000, c’est-à-dire avant l’adoption de la décision
         attaquée.
      
      202    En troisième lieu, le défendeur relève que le requérant n’apporte aucune preuve de la réalité du dommage moral subi par sa
         famille.
      
      203    Le défendeur considère, en dernier lieu, que le requérant a omis de prouver par des indices objectifs qu’il existe un lien
         de causalité entre le préjudice moral et la décision attaquée.
      
      204    Il conteste à cet égard la pertinence du certificat médical du 13 mars 2001 établi par le médecin personnel du requérant,
         dans la mesure où celui-ci a été établi environ huit mois après l’adoption de la décision attaquée et au cours de la procédure
         contentieuse, c’est-à-dire in tempore suspecto. Il fait observer également que, alors que le médecin personnel du requérant
         avait fait état, dans le certificat médical du 31 août 2000, de l’éventuelle nécessité de recourir à un psychiatre, plus de
         six mois plus tard, il n’a pas estimé nécessaire de prescrire une telle consultation. Selon le défendeur, il y aurait par
         ailleurs des contradictions entre, d’une part, les déclarations faites par le requérant lui-même l’année précédente et, d’autre
         part, le contenu du nouveau certificat médical du 13 mars 2001. Enfin, le défendeur relève que le requérant a été convoqué
         à plusieurs reprises à un contrôle médical, mais qu’il ne s’y est présenté que le 16 janvier 2001 et que, à la suite du refus
         du requérant d’effectuer un bilan complémentaire, l’administration n’a pas été en mesure d’organiser une vérification complète
         de la situation médicale de celui-ci.
      
      2.     Appréciation du Tribunal
      205    Selon une jurisprudence constante, la responsabilité non contractuelle de la Communauté suppose, en matière de fonction publique,
         que le requérant prouve l’illégalité du comportement reproché à l’organe communautaire, la réalité du dommage et l’existence
         d’un lien de causalité entre ce comportement et le préjudice invoqué (voir arrêt du Tribunal du 12 décembre 2002, Morello/Commission,
         T‑338/00 et T‑376/00, RecFP p. I‑A-301 et II‑1457, point 150, et la jurisprudence qui y est citée).
      
      206    Or, il résulte des points 115 à 122 ci-dessus que le défendeur a commis une illégalité susceptible d’engager sa responsabilité
         en adoptant la décision attaquée sans avoir respecté l’obligation de motivation quant à son effet rétroactif.
      
      207    S’agissant du préjudice matériel, ainsi que le Tribunal l’a constaté au point 150 de son arrêt, il est incontestable que la
         décision attaquée a causé au requérant une perte de rémunération dans la mesure où il a été réintégré plus tôt que prévu initialement
         dans sa fonction antérieure au sein du Parlement. Or, étant donné que la décision attaquée n’est illégale que pour autant
         qu’elle ne contient pas de motivation, en conformité avec l’article 25 du statut, quant à son effet rétroactif, et que la
         défenderesse ne saurait donc opposer la légalité de la décision attaquée au requérant durant la phase couvrant cet effet rétroactif,
         le défendeur est, dès lors, tenu de verser au requérant une somme correspondant à la différence entre la rémunération que
         celui-ci aurait dû percevoir en tant que fonctionnaire détaché au grade A 2, échelon 1, et celle qu’il a perçue du fait de
         sa réintégration au grade LA 5, échelon 3, de manière rétroactive, pour la période allant de la date de la prise d’effet prévue
         de la décision attaquée, à savoir le 15 juillet 2000, jusqu’à la date à laquelle cette décision aurait pris effet en l’absence
         de cet effet rétroactif. À cet égard, le Tribunal relève qu’il est constant que le requérant n’a reçu copie de la décision
         attaquée que le 25 juillet 2000, date à laquelle cette décision aurait pris effet vis-à-vis du requérant en l’absence de son
         effet rétroactif, en vertu de l’article 25, deuxième alinéa, du statut. Il en résulte que le 25 juillet 2000 constitue la
         date pertinente à prendre en compte aux fins de déterminer jusqu’à quel moment le requérant avait droit à une rémunération
         correspondant au grade A 2, échelon 1.
      
      208    Dans la mesure où le requérant a également subi un préjudice matériel en raison du retard de paiement de cette somme et où
         ce préjudice équivaut au manque à gagner correspondant à la rémunération qui lui aurait été versée pour le placement des sommes
         dues s’il en avait disposé dès leur exigibilité, le Tribunal rappelle (arrêt du Tribunal, point 150) que, dans le cadre de
         son pouvoir de pleine juridiction, il convient de condamner le défendeur à verser au requérant les intérêts moratoires afférents
         à la somme visée au point précédent à compter de la date à partir de laquelle les montants constitutifs de la somme visée
         au point 207 ci-dessus étaient dus jusqu’à la date de paiement effectif. Le taux d’intérêt doit être calculé sur la base du
         taux fixé par la Banque centrale européenne pour les opérations principales de refinancement, applicable pendant la période
         concernée, majoré de deux points (arrêts du Tribunal du 26 octobre 2004, Brendel/Commission, T‑55/03, non encore publié au
         Recueil, point 154, et du 16 décembre 2004, De Nicola/BEI, T‑120/01 et T‑300/01, non encore publié au Recueil, points 286
         et 296).
      
      209    Ensuite, en ce qui concerne le reversement des allocations de départ par le requérant, il convient de constater que le requérant
         n’a établi ni la réalité de ce préjudice ni l’existence d’un lien de causalité avec l’adoption de la décision attaquée (arrêt
         du Tribunal, point 151).
      
      210    S’agissant du préjudice moral subi en raison d’un défaut de motivation, le Tribunal rappelle que l’annulation de l’acte en
         cause est susceptible de constituer en elle-même une réparation adéquate de tout préjudice moral subi (voir, en ce sens, arrêt
         Hectors/Parlement, point 93 supra, point 61, et arrêt du Tribunal du 17 mai 2000, Tzikis/Commission, T‑203/98, RecFP p. I‑A‑91
         et II‑393, point 66). Il convient de préciser ensuite que tel est notamment le cas lorsque l’acte ne comporte aucune appréciation
         explicitement négative des capacités de l’intéressé susceptible de porter atteinte à sa dignité, à son estime de soi ou à
         sa réputation (voir, en ce sens, arrêts du Tribunal Pierrat/Cour de justice, point 200 supra, point 62, et la jurisprudence
         citée ; Giannini/Commission, point 200 supra, point 40, et du 21 janvier 2004, Robinson/Parlement, T‑328/01, non encore publié
         au Recueil, point 79). Or, le Tribunal constate que, dans le cas d’espèce, la décision attaquée ne contient aucune appréciation
         négative de ce genre.
      
      211    Enfin, le requérant a précisé à l’audience du 14 novembre 2001 que son préjudice moral a principalement été causé par les
         comportements non décisionnels du groupe EDD et de certains de ses membres et que la décision attaquée n’avait fait qu’aggraver
         ce préjudice. Cet état de fait serait d’ailleurs confirmé par les constatations du médecin traitant du requérant qui ont été
         consignées dans le certificat médical du 31 août 2000. Or, ainsi qu’il a été souligné au point 136 de l’arrêt du Tribunal,
         à défaut d’avoir respecté la procédure précontentieuse prévue à cet effet, le requérant n’est pas recevable à demander la
         réparation du préjudice moral qu’il a subi en raison des prétendus comportements du groupe EDD ou de certains de ses membres
         (arrêt du Tribunal, point 153).
      
      212    Dans ces circonstances, le Tribunal considère que l’annulation de la décision attaquée constitue en elle-même une réparation
         adéquate du préjudice moral subi par le requérant du fait de l’absence de motivation quant à l’effet rétroactif de son éviction
         du poste de secrétaire général du groupe EDD.
      
       Sur les dépens
      213    Aux termes de l’article 87, paragraphe 3, du règlement de procédure, le Tribunal peut répartir les dépens ou décider que chaque
         partie supporte ses propres dépens si les parties succombent respectivement sur un ou plusieurs chefs. Dans les circonstances
         de l’espèce, il y a lieu de décider que chacune des parties supporte ses propres dépens, étant donné que, premièrement, le
         requérant a obtenu gain de cause en première instance tout en se désistant de sa demande en référé, que, deuxièmement, le
         défendeur a obtenu l’annulation de l’arrêt du Tribunal sur pourvoi et que le requérant a néanmoins insisté sur une décision
         du Tribunal quant à sa demande en taxation des dépens concernant la procédure devant le Tribunal, et que, troisièmement, le
         requérant a partiellement succombé en ses conclusions dans la procédure devant le Tribunal à la suite de l’arrêt de renvoi
         de la Cour.
      
      Par ces motifs,
      LE TRIBUNAL (troisième chambre)
      déclare et arrête :
      1)      La décision du 18 juillet 2000 du secrétaire général du Parlement de mettre fin au détachement dans l’intérêt du service du
            requérant auprès du groupe politique EDD et de le réintégrer à la direction générale de l’information et des relations publiques
            du Parlement est annulée en ce qu’elle est applicable à compter du 15 juillet 2000 et jusqu’au 24 juillet 2000.
      2)      Le Parlement est condamné à verser au requérant une somme correspondant à la différence entre la rémunération que le requérant
            aurait dû percevoir en tant que fonctionnaire de grade A 2, échelon 1, et celle qu’il a perçue à la suite de sa réintégration
            au grade LA 5, échelon 3, pour la période allant du 15 au 24 juillet 2000, majorée d’intérêts moratoires à compter de la date
            à partir de laquelle les montants constitutifs de cette somme étaient dus jusqu’à la date de paiement effectif. Le taux d’intérêt
            à appliquer est calculé sur la base du taux fixé par la Banque centrale européenne pour les opérations principales de refinancement,
            applicable pendant la période concernée, majoré de deux points.
      3)      Le recours en indemnité est irrecevable en ce qu’il vise à la réparation du dommage causé par les comportements non décisionnels
            du groupe EDD et de certains de ses membres.
      4)      Les recours sont rejetés pour le surplus.
      5)      Chacune des parties supportera ses propres dépens afférents à l’ensemble des instances visées au point 213 ci-dessus.
      
      
      
               Jaeger 
            
            
                Azizi 
            
            
                Cremona
            
         Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 8 décembre 2005.
      
               Le greffier 
            
             
            
                      Le président
            
         
      
               E. Coulon
            
             
            
                      M. Jaeger
            
         Table des matières
      
      Cadre juridique
      Faits et procédure
      A –  Antécédents du litige
      B –  Procédure devant le Tribunal et la Cour
      Conclusions des parties
      Sur le recours en annulation
      A –  Observations liminaires
      B –  Sur la recevabilité
      1.  Arguments des parties
      2.  Appréciation du Tribunal
      C –  Sur le fond
      1.  Sur le moyen tiré de la violation de l’article 38 du statut
      a)  Arguments des parties
      b)  Appréciation du Tribunal
      2.  Sur le moyen tiré de la violation du principe du respect des droits de la défense
      a)  Arguments des parties
      Sur la question de savoir si l’AIPN avait l’obligation d’entendre le requérant avant l’adoption de la décision attaquée
      Sur le point de savoir si le requérant a été consulté avant l’adoption de la décision attaquée
      Sur l’incidence particulière d’une consultation préalable du requérant
      b)  Appréciation du Tribunal
      3.  Sur le moyen tiré de la violation de l’obligation de motivation
      a)  Arguments des parties
      b)  Appréciation du Tribunal
      Observations liminaires
      Sur la motivation figurant dans la décision du 19 décembre 2000
      Sur la motivation par référence au contexte dans lequel la décision attaquée a été adoptée
      Conclusion
      4.  Sur le moyen tiré de la violation de l’accord sur les transferts des agents des groupes politiques datant de novembre
         1974
      
      a)  Arguments des parties
      b)  Appréciation du Tribunal
      5.  Sur le moyen tiré de la violation du principe de confiance légitime
      a)  Arguments des parties
      b)  Appréciation du Tribunal
      Observations liminaires
      En ce qui concerne la confiance légitime du requérant en ce que son détachement durerait jusqu’au 30 novembre 2000
      En ce qui concerne la confiance légitime du requérant en ce que son détachement durerait jusqu’en juin 2004
      Conclusion
      6.  Sur le moyen tiré du non-respect du devoir de sollicitude
      a)  Arguments des parties
      b)  Appréciation du Tribunal
      Observations liminaires
      Sur l’absence de prise en compte de la première réclamation
      Sur le fait que la décision attaquée a été adoptée durant le congé de maladie du requérant
      Conclusion
      7.  Sur le moyen tiré du détournement de pouvoir
      a)  Arguments des parties
      b)  Appréciation du Tribunal
      8.  Sur l’argumentation tirée de l’absence de validité de la décision du bureau du groupe EDD du 4 juillet 2000 au regard
         des statuts du groupe
      
      a)  Arguments des parties
      b)  Appréciation du Tribunal
      9.  Conclusion
      Sur le recours en indemnité
      A –  Sur la recevabilité
      1.  Arguments des parties
      a)  Généralités
      b)  Sur la responsabilité du Parlement pour les actes du groupe EDD et de certains de ses membres
      c)  Sur le non-respect de la procédure précontentieuse
      2.  Appréciation du Tribunal
      B –  Sur le fond
      1.  Arguments des parties
      2.  Appréciation du Tribunal
      Sur les dépens
      * Langue de procédure : le français.