CELEX: 62004CJ0295
Language: fr
Date: 2006-07-13
Title: Arrêt de la Cour (troisième chambre) du 13 juillet 2006.#Vincenzo Manfredi contre Lloyd Adriatico Assicurazioni SpA (C-295/04), Antonio Cannito contre Fondiaria Sai SpA (C-296/04) et Nicolò Tricarico (C-297/04) et Pasqualina Murgolo (C-298/04) contre Assitalia SpA.#Demande de décision préjudicielle: Giudice di pace di Bitonto - Italie.#Article 81 CE - Concurrence - Entente - Sinistres causés par des véhicules automobiles, navires et cyclomoteurs - Assurance responsabilité civile obligatoire - Augmentation des primes - Effet sur le commerce entre États membres - Droit des tiers de demander réparation du préjudice subi - Juridiction nationale compétente - Délai de prescription - Indemnités ayant un caractère de sanction.#Affaires jointes C-295/04 à C-298/04.

Affaires jointes C-295/04 à C-298/04
      Vincenzo Manfredi e.a.
      contre
      Lloyd Adriatico Assicurazioni SpA e.a.
      (demandes de décision préjudicielle, introduites par le Giudice di pace di Bitonto)
      «Article 81 CE — Concurrence — Entente — Sinistres causés par des véhicules automobiles, navires et cyclomoteurs — Assurance responsabilité civile obligatoire — Augmentation des primes — Effet sur le commerce entre États membres — Droit des tiers de demander réparation du préjudice subi — Juridiction nationale compétente — Délai de prescription — Indemnités ayant un caractère de sanction»
      Conclusions de l'avocat général M. L. A. Geelhoed, présentées le 26 janvier 2006 
      Arrêt de la Cour (troisième chambre) du 13 juillet 2006 
      Sommaire de l'arrêt
      1.     Questions préjudicielles — Compétence de la Cour — Limites
      (Art. 234 CE)
      2.     Concurrence — Règles communautaires — Caractère d'ordre public
      (Art. 81 CE et 82 CE)
      3.     Concurrence — Ententes — Accords entre entreprises
      (Art. 81, § 1, CE)
      4.     Concurrence — Ententes — Interdiction — Effet direct
      (Art. 81, § 1 et 2, CE)
      5.     Concurrence — Ententes — Atteinte à la concurrence — Recours en indemnité
      (Art. 81, § 1 et 2, CE)
      6.     Concurrence — Ententes — Atteinte à la concurrence — Recours en indemnité
      (Art. 81, § 1 et 2, CE)
      7.     Concurrence — Ententes — Atteinte à la concurrence — Recours en indemnité
      (Art. 81, § 1 et 2, CE)
      1.     Dans le cadre de la coopération entre la Cour et les juridictions nationales, instituée par l'article 234 CE, il appartient
         au seul juge national qui est saisi du litige et qui doit assumer la responsabilité de la décision juridictionnelle à intervenir
         d'apprécier, au regard des particularités de l'affaire, tant la nécessité d'une décision préjudicielle pour être en mesure
         de rendre son jugement que la pertinence des questions qu'il pose à la Cour. En conséquence, dès lors que les questions préjudicielles
         posées portent sur l'interprétation du droit communautaire, la Cour est, en principe, tenue de statuer.
      
      Toutefois, dans des hypothèses exceptionnelles, il appartient à la Cour d'examiner les conditions dans lesquelles elle est
         saisie par le juge national en vue de vérifier sa propre compétence. Le refus de statuer sur une question préjudicielle, posée
         par une juridiction nationale, n'est possible que lorsqu'il apparaît de manière manifeste que l'interprétation du droit communautaire
         sollicitée n'a aucun rapport avec la réalité ou l'objet du litige au principal, lorsque le problème est de nature hypothétique
         ou lorsque la Cour ne dispose pas des éléments de fait et de droit nécessaires pour répondre de façon utile aux questions
         qui lui sont posées.
      
      (cf. points 26-27)
      2.     Les articles 81 CE et 82 CE constituent des dispositions d'ordre public qui doivent être appliquées d'office par les juridictions
         nationales.
      
      (cf. point 31)
      3.     Une entente ou une pratique concertée entre compagnies d'assurances, consistant en un échange réciproque d'informations susceptible
         de permettre une augmentation des primes de l'assurance responsabilité civile obligatoire relative aux sinistres causés par
         des véhicules automobiles, navires et cyclomoteurs, non justifiée par les conditions du marché, qui constitue une infraction
         aux règles nationales sur la protection de la concurrence, peut également constituer une violation de l'article 81 CE si,
         eu égard aux caractéristiques du marché national en cause, il existe un degré suffisant de probabilité que l'entente ou la
         pratique concertée en cause puisse exercer une influence directe ou indirecte, actuelle ou potentielle, sur la vente des polices
         de cette assurance dans l'État membre concerné par des opérateurs établis dans d'autres États membres et que cette influence
         ne soit pas insignifiante.
      
      (cf. point 52, disp. 1)
      4.     L'article 81, paragraphe 1, CE produit des effets directs dans les relations entre les particuliers et engendre des droits
         dans le chef des justiciables que les juridictions nationales doivent sauvegarder. Il s'ensuit que toute personne est en droit
         de faire valoir la nullité d'une entente ou d'une pratique interdite par l'article 81 CE et, lorsqu'il existe un lien de causalité
         entre celle-ci et le préjudice subi, de demander réparation dudit préjudice.
      
      En l'absence de réglementation communautaire en la matière, il appartient à l'ordre juridique interne de chaque État membre
         de fixer les modalités d'exercice de ce droit, y compris celles de l'application de la notion de «lien de causalité», pour
         autant que ces modalités ne soient pas moins favorables que celles concernant des recours similaires de nature interne (principe
         de l'équivalence) et qu'elles ne rendent pas pratiquement impossible ou excessivement difficile l'exercice des droits conférés
         par l'ordre juridique communautaire (principe d'effectivité).
      
      (cf. points 58-59, 61-64, disp. 2)
      5.     En l'absence de réglementation communautaire en la matière, il appartient à l'ordre juridique interne de chaque État membre
         de désigner les juridictions compétentes pour connaître des recours en indemnité fondés sur une violation des règles communautaires
         de concurrence et de fixer les modalités procédurales de ces recours, pour autant que les dispositions concernées ne soient
         pas moins favorables que celles relatives aux recours en indemnité fondés sur une violation des règles nationales de concurrence
         (principe de l'équivalence) et que lesdites dispositions nationales ne rendent pas pratiquement impossible ou excessivement
         difficile l'exercice du droit de demander réparation du dommage causé par une entente ou une pratique interdite par l'article
         81 CE (principe d'effectivité).
      
      (cf. point 72, disp. 3)
      6.     En l'absence de réglementation communautaire en la matière, il appartient à l'ordre juridique interne de chaque État membre
         de fixer le délai de prescription pour demander réparation d'un dommage causé par une entente ou une pratique interdite par
         l'article 81 CE, pour autant que les principes de l'équivalence et d'effectivité soient respectés.
      
      À cet égard, il incombe à la juridiction nationale de vérifier si une règle nationale en vertu de laquelle le délai de prescription
         pour demander réparation d'un dommage causé par une entente ou une pratique interdite par l'article 81 CE court à compter
         du jour où cette entente ou cette pratique interdite a été mise en oeuvre, en particulier si cette règle nationale prévoit
         également un délai de prescription court et que ce délai ne puisse être suspendu, rend pratiquement impossible ou excessivement
         difficile l'exercice du droit de demander réparation du préjudice subi.
      
      (cf. points 81-82, disp. 4)
      7.     En l'absence de dispositions communautaires en ce domaine, il appartient à l'ordre juridique interne de chaque État membre
         de fixer les critères permettant de déterminer l'étendue de la réparation du préjudice causé par une entente ou une pratique
         interdite par l'article 81 CE, pour autant que les principes de l'équivalence et d'effectivité soient respectés.
      
      Dès lors, d'une part, conformément au principe de l'équivalence, si des dommages-intérêts particuliers, tels que des dommages-intérêts
         exemplaires ou punitifs, peuvent être alloués dans le cadre d'actions nationales semblables aux actions fondées sur les règles
         communautaires de concurrence, ils doivent également pouvoir l'être dans le cadre de ces dernières actions. Toutefois, le
         droit communautaire ne fait pas obstacle à ce que les juridictions nationales veillent à ce que la protection des droits garantis
         par l'ordre juridique communautaire n'entraîne pas un enrichissement sans cause des ayants droit.
      
      D'autre part, il résulte du principe d'effectivité et du droit du particulier de demander réparation du dommage causé par
         un contrat ou un comportement susceptible de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence que les personnes ayant subi
         un préjudice doivent pouvoir demander réparation non seulement du dommage réel (damnum emergens), mais également du manque
         à gagner (lucrum cessans) ainsi que le paiement d'intérêts.
      
      (cf. points 98-100, disp. 5)
ARRÊT DE LA COUR (troisième chambre)
      13 juillet 2006 (*)
      
      «Article 81 CE – Concurrence – Entente – Sinistres causés par des véhicules automobiles, navires et cyclomoteurs – Assurance responsabilité civile obligatoire – Augmentation des primes – Effet sur le commerce entre États membres – Droit des tiers de demander réparation du préjudice subi – Juridiction nationale compétente – Délai de prescription – Indemnités ayant un caractère de sanction»
      Dans les affaires jointes C-295/04 à C-298/04,
      ayant pour objet des demandes de décision préjudicielle au titre de l’article 234 CE, introduites par le Giudice di pace di
         Bitonto (Italie), par décision du 30 juin 2004, parvenues à la Cour le 13 juillet 2004, dans les procédures
      
      Vincenzo Manfredi (C-295/04)
      
      contre
      Lloyd Adriatico Assicurazioni SpA,
      Antonio Cannito (C-296/04)
      
      contre
      Fondiaria Sai SpA,
      et
      Nicolò Tricarico (C-297/04),
      
      Pasqualina Murgolo (C-298/04)
      
      contre
      Assitalia SpA, 
      LA COUR (troisième chambre),
      composée de M. A. Rosas, président de chambre, MM. J. Malenovský, S. von Bahr (rapporteur), A. Borg Barthet et A. Ó Caoimh,
         juges,
      
      avocat général: M. L. A. Geelhoed,
      greffier: Mme L. Hewlett, administrateur principal,
      
      vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 10 novembre 2005,
      considérant les observations présentées:
      –       pour Assitalia SpA (C‑297/04 et C‑298/04), par Mes A. Pappalardo, M. Merola et D. P. Domenicucci, avvocati,
      
      –       pour le gouvernement italien, par M. I. M. Braguglia, en qualité d’agent, assisté de M. M. Fiorilli, avvocato dello Stato,
      –       pour le gouvernement allemand, par Mme C. Schulze-Bahr, en qualité d’agent,
      
      –       pour le gouvernement autrichien, par Mme C. Pesendorfer, en qualité d’agent,
      
      –       pour la Commission des Communautés européennes, par MM. T. Christoforou et F. Amato, en qualité d’agents,
      ayant entendu l’avocat général en ses conclusions à l’audience du 26 janvier 2006,
      rend le présent
      Arrêt
      1       Les demandes de décision préjudicielle portent sur l’interprétation de l’article 81 CE.
      2       Ces questions ont été soulevées dans le cadre de recours en indemnité formés par M. Manfredi contre Lloyd Adriatico Assicurazioni
         SpA, par M. Cannito contre Fondiaria Sai SpA et, respectivement, par M. Tricarico et Mme Murgolo contre Assitalia SpA (ci‑après «Assitalia») en vue de faire condamner ces compagnies d’assurances à restituer les
         majorations de primes de l’assurance responsabilité civile obligatoire relative aux sinistres causés par des véhicules automobiles,
         navires et cyclomoteurs (ci-après l’«assurance RC auto») versées en raison des augmentations mises en œuvre par lesdites sociétés
         en vertu d’une entente déclarée illicite par l’autorité nationale chargée de la concurrence et du marché (Autorità garante
         della concorrenza e del mercato, ci‑après l’«AGCM»).
      
       Le cadre juridique national
      3       L’article 2, paragraphe 2, de la loi n° 287, du 10 octobre 1990, relative aux règles pour la protection de la concurrence
         et du marché (Legge 10 ottobre 1990, n. 287, Norme per la tutela della concorrenza e del mercato, GURI n° 240, du 13 octobre
         1990, p. 3, ci-après la «loi n° 287/90»), interdit les ententes entre entreprises qui ont pour objet ou pour effet d’empêcher,
         de limiter ou de fausser de manière substantielle le jeu de la concurrence sur le marché national ou sur une partie importante
         de celui‑ci.
      
      4       Aux termes du paragraphe 1, de ce même article 2, sont considérés comme des «ententes» les accords et/ou pratiques concertées
         entre entreprises, ainsi que les décisions, même adoptées au titre de dispositions statutaires ou réglementaires, de consortiums,
         d’associations d’entreprises et d’autres organismes similaires.
      
      5       En vertu de l’article 2, paragraphe 3, de la loi n° 287/90, les ententes interdites sont nulles et privées d’effets.
      6       L’article 33, paragraphe 2, de cette loi précise que les actions en annulation et en indemnisation, ainsi que les recours
         visant à obtenir l’adoption de mesures d’urgence en ce qui concerne les violations des dispositions visées aux titres I à
         IV de ladite loi, dont l’article 2, sont intentées devant la Corte d’appello territorialement compétente.
      
       Le litige au principal et les questions préjudicielles
      7       Par décisions des 8 septembre et 10 novembre 1999 ainsi que du 3 février 2000, l’AGCM a ouvert, à l’égard de différentes compagnies
         d’assurances, dont les trois compagnies défenderesses au principal, la procédure d’infraction prévue à l’article 2 de la loi
         n° 287/90. Il était reproché à ces dernières compagnies d’avoir participé à une entente ayant pour objet «la vente liée de
         différents produits et l’échange d’informations entre entreprises concurrentes». En ce qui concerne les présentes affaires,
         seule est pertinente l’entente pour l’échange d’informations entre entreprises concurrentes.
      
      8       L’AGCM a observé que, contrairement à ce qui s’est passé dans le reste de l’Europe, on a assisté en Italie, au cours de la
         période couvrant les années 1994 à 1999, à une augmentation anormale et croissante des primes de l’assurance RC auto, laquelle
         est obligatoire.
      
      9       L’AGCM a également observé que le marché des polices d’assurance RC auto présente d’importantes barrières à l’entrée, qui
         ont surtout été érigées en raison de la nécessité de mettre sur pied un réseau efficace de distribution et un réseau de centres
         affectés à la liquidation des indemnisations pour les sinistres dans l’ensemble du pays.
      
      10     Au cours de la procédure devant elle, l’AGCM a obtenu une documentation faisant ressortir un échange d’informations étendu
         et répandu entre de nombreuses compagnies d’assurances proposant une assurance RC auto relative à tous les aspects de l’activité
         d’assurance, à savoir, notamment, les prix, les ristournes, les encaissements, les coûts des sinistres et de la distribution.
      
      11     Dans sa décision finale n° 8546 (I377), du 28 juillet 2000 (Bolletino 30/2000, du 14 août 2000), l’AGCM a constaté que les
         compagnies d’assurances en cause avaient mis en œuvre un accord illicite ayant pour objet l’échange d’informations relatives
         au secteur des assurances. Cet accord a permis à ces entreprises de coordonner et de fixer les primes de l’assurance RC auto
         de manière à imposer aux usagers des augmentations importantes des primes, augmentations qui n’étaient pas justifiées par
         les conditions du marché et ne pouvaient pas être évitées par les consommateurs.
      
      12     La décision de l’AGCM, attaquée par les compagnies d’assurances, a été en substance confirmée par le Tribunale amministrativo
         regionale per il Lazio et par le Consiglio di Stato.
      
      13     Les requérants au principal ont introduit leur recours respectif devant le Giudice di pace di Bitonto afin d’obtenir la condamnation
         de chaque compagnie d’assurances concernée à restituer la majoration des primes versée en vertu de l’entente déclarée illicite
         par l’AGCM.
      
      14     Il ressort des observations d’Assitalia que, selon les requérants au principal, l’enquête effectuée par l’AGCM aurait révélé
         un prix moyen des polices d’assurance RC auto supérieur de 20 % par rapport au prix que ces polices auraient atteint si les
         comportements concurrentiels des compagnies d’assurances n’avaient pas été altérés par la pratique concertée. L’infraction
         commise par les compagnies participant à cette pratique aurait donc entraîné un préjudice pour les consommateurs finals, préjudice
         qui réside précisément dans le versement d’une prime de l’assurance RC auto en moyenne supérieure de 20 % à celle qu’ils auraient
         dû payer en l’absence d’infraction aux règles de concurrence.
      
      15     Les compagnies d’assurances au principal ont notamment excipé de l’incompétence du Giudice di pace di Bitonto en vertu de
         l’article 33 de la loi n° 287/90 ainsi que de la prescription du droit à la restitution et/ou à l’indemnisation du préjudice.
      
      16     La juridiction de renvoi estime que, dans la mesure où des compagnies d’assurances appartenant à d’autres États membres et
         exerçant également leurs activités en Italie ont aussi participé à l’accord sanctionné par l’AGCM, l’entente invoquée viole
         non seulement l’article 2 de la loi n° 287/90, mais également l’article 81 CE, dont le paragraphe 2 déclare nuls tous les
         accords et ententes prohibés.
      
      17     Or, tout tiers, dont le consommateur et l’utilisateur final d’un service, pourrait estimer avoir le droit de faire valoir
         la nullité d’une entente interdite par l’article 81 CE et de demander une indemnisation du préjudice subi s’il existe un lien
         de causalité entre celui-ci et l’entente prohibée.
      
      18     Si tel est le cas, une disposition telle que celle de l’article 33 de la loi n° 287/90 pourrait être considérée comme contraire
         au droit communautaire. En effet, les délais et les coûts relatifs à un procès devant la Corte d’appello seraient respectivement
         beaucoup plus longs et plus élevés que ceux d’une procédure devant le Giudice di pace, ce qui pourrait compromettre l’efficacité
         de l’article 81 CE. 
      
      19     La juridiction de renvoi a également des doutes en ce qui concerne la compatibilité avec l’article 81 CE des délais de prescription
         des recours en indemnité et du montant de l’indemnisation à liquider, qui sont fixés par le droit national.
      
      20     C’est dans ces conditions que, dans les affaires C-295/04 à C-297/04, le Giudice di pace di Bitonto a décidé de surseoir à
         statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes:
      
      «1)      L’article 81 CE doit-il être interprété en ce sens qu’il déclare nulle une entente ou une pratique concertée entre compagnies
         d’assurances consistant en un échange réciproque d’informations susceptible de permettre une augmentation des primes [de l]’assurance
         RC auto, qui n’est pas justifiée par les conditions du marché, compte tenu notamment de la participation à l’accord ou à la
         pratique concertée d’entreprises appartenant à différents États membres?
      
      2)      L’article 81 CE doit-il être interprété en ce sens qu’il permet aux tiers titulaires d’un intérêt juridiquement pertinent
         de faire valoir la nullité d’une entente ou d’une pratique prohibée par cette disposition communautaire et de demander l’indemnisation
         du préjudice subi lorsqu’il existe un lien de causalité entre l’entente ou la pratique concertée et le préjudice?
      
      3)      L’article 81 CE doit-il être interprété en ce sens qu’il faut considérer que le délai de prescription de la demande d’indemnisation
         fondée sur cet article court à compter du jour où l’entente ou la pratique concertée a été mise en œuvre ou à compter du jour
         où l’entente ou la pratique concertée a pris fin?
      
      4)      L’article 81 CE doit-il être interprété en ce sens que le juge national, lorsqu’il s’aperçoit que l’indemnisation pouvant
         être liquidée en vertu du droit national est en toute hypothèse inférieure à l’avantage économique tiré par l’entreprise auteur
         du préjudice qui participe à l’entente ou à la pratique concertée prohibée, doit aussi liquider d’office au tiers préjudicié
         les dommages‑intérêts ayant un caractère de sanction, qui sont nécessaires pour rendre le préjudice indemnisable supérieur
         à l’avantage obtenu par l’entreprise, en vue de décourager la mise en œuvre d’ententes ou de pratiques concertées interdites
         par l’article 81 CE?»
      
      21     Dans l’affaire C-298/04, le Giudice di pace di Bitonto a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions
         préjudicielles suivantes: 
      
      «1)      L’article 81 CE doit-il être interprété en ce sens qu’il déclare nulle une entente ou une pratique concertée entre compagnies
         d’assurances consistant en un échange réciproque d’informations susceptible de permettre une augmentation des primes [de l]’assurance
         RC auto, qui n’est pas justifiée par les conditions du marché, compte tenu notamment de la participation à l’accord ou à la
         pratique concertée d’entreprises appartenant à différents États membres?
      
      2)      L’article 81 CE doit-il être interprété en ce sens qu’il s’oppose à l’application d’une règle nationale ayant une teneur analogue
         à celle de l’article 33 de la loi [n° 287/90], d’après lequel la demande d’indemnisation pour violation des dispositions communautaires
         et nationales relatives aux ententes anticoncurrentielles doit aussi être formée par les tiers devant un juge autre que celui
         ordinairement compétent pour les demandes de même valeur, entraînant ainsi une augmentation sensible des coûts et des délais
         de jugement?
      
      3)      L’article 81 CE doit-il être interprété en ce sens qu’il permet aux tiers titulaires d’un intérêt juridiquement pertinent
         de faire valoir la nullité d’une entente ou d’une pratique prohibée par cette disposition communautaire et de demander l’indemnisation
         du préjudice subi lorsqu’il existe un lien de causalité entre l’entente ou la pratique concertée et le préjudice?
      
      4)      L’article 81 CE doit-il être interprété en ce sens qu’il faut considérer que le délai de prescription de la demande d’indemnisation
         fondée sur cet article court à compter du jour où l’entente ou la pratique concertée a été mise en œuvre ou à compter du jour
         où l’entente ou la pratique concertée a pris fin?
      
      5)      L’article 81 CE doit-il être interprété en ce sens que le juge national, lorsqu’il s’aperçoit que l’indemnisation pouvant
         être liquidée en vertu du droit national est en toute hypothèse inférieure à l’avantage économique tiré par l’entreprise auteur
         du préjudice qui participe à l’entente ou à la pratique concertée prohibée, doit aussi liquider d’office au tiers préjudicié
         les dommages‑intérêts ayant un caractère de sanction, qui sont nécessaires pour rendre le préjudice indemnisable supérieur
         à l’avantage obtenu par l’entreprise, en vue de décourager la mise en œuvre d’ententes ou de pratiques concertées interdites
         par l’article 81 CE?»
      
      22     Par ordonnance du président de la Cour du 28 septembre 2004, les affaires C‑295/04 à C‑298/04 ont été jointes aux fins de
         la procédure écrite et orale ainsi que de l’arrêt.
      
       Sur la recevabilité des questions préjudicielles
       Observations soumises à la Cour
      23     Assitalia fait valoir, en premier lieu, que l’exposé du contexte de fait et de droit qui sous-tend les questions préjudicielles
         est insuffisant et ambigu au point de ne pas permettre à toutes les parties potentiellement concernées de formuler adéquatement
         leurs observations à ce propos, ni à la Cour de fournir une réponse utile auxdites questions.
      
      24     En second lieu, Assitalia soutient que les questions préjudicielles soulevées par le Giudice di pace di Bitonto sont irrecevables
         dans la mesure où elles visent l’interprétation d’une disposition du traité CE qui est manifestement inapplicable aux affaires
         au principal.
      
      25     En effet, l’entente en cause au principal aurait produit des effets limités au territoire italien et, partant, n’aurait pas
         porté un préjudice sensible au commerce entre États membres au sens de l’article 81 CE (voir, notamment, arrêt du 21 janvier
         1999, Bagnasco e.a., C‑215/96 et C‑216/96, Rec. p. I‑135). La non-application de l’article 81 CE n’aurait d’ailleurs pas été
         contestée devant les juridictions nationales et la décision de l’AGCM, fondée sur l’article 2 de la loi n° 287/90, est devenue
         définitive. En outre, l’article 1er, paragraphe 1, de la loi n° 287/90 préciserait que les dispositions de celle‑ci «s’appliquent aux ententes, aux abus de position
         dominante et aux concentrations d’entreprises qui ne relèvent pas du champ d’application […] des articles [81 CE] et/ou [82
         CE], des règlements […] ou des actes communautaires ayant un effet normatif assimilé».
      
       Appréciation de la Cour
      26     Il convient de rappeler que, conformément à une jurisprudence constante, dans le cadre de la coopération entre la Cour et
         les juridictions nationales, instituée par l’article 234 CE, il appartient au seul juge national qui est saisi du litige et
         qui doit assumer la responsabilité de la décision juridictionnelle à intervenir d’apprécier, au regard des particularités
         de l’affaire, tant la nécessité d’une décision préjudicielle pour être en mesure de rendre son jugement que la pertinence
         des questions qu’il pose à la Cour. En conséquence, dès lors que les questions préjudicielles posées portent sur l’interprétation
         du droit communautaire, la Cour est, en principe, tenue de statuer (voir, notamment, arrêts du 15 décembre 1995, Bosman, C-415/93,
         Rec. p. I‑4921, point 59, et du 10 novembre 2005, Stichting Zuid-Hollandse Milieufederatie, C‑316/04, Rec. p. I‑9759, point
         29).
      
      27     Toutefois, la Cour a également indiqué que, dans des hypothèses exceptionnelles, il lui appartient d’examiner les conditions
         dans lesquelles elle est saisie par le juge national en vue de vérifier sa propre compétence (voir, en ce sens, arrêt du 16
         décembre 1981, Foglia, 244/80, Rec. p. 3045, point 21). Le refus de statuer sur une question préjudicielle, posée par une
         juridiction nationale, n’est possible que lorsqu’il apparaît de manière manifeste que l’interprétation du droit communautaire
         sollicitée n’a aucun rapport avec la réalité ou l’objet du litige au principal, lorsque le problème est de nature hypothétique
         ou lorsque la Cour ne dispose pas des éléments de fait et de droit nécessaires pour répondre de façon utile aux questions
         qui lui sont posées (voir, notamment, arrêts précités Bosman, point 61, et Stichting Zuid-Hollandse Milieufederatie, point
         30).
      
      28     Dans la présente affaire, aucun de ces cas de figure n’est présent.
      29     À cet égard, il convient de constater, d’une part, que la décision de renvoi ainsi que les observations écrites et orales
         ont fourni à la Cour des informations suffisantes lui permettant d’interpréter les règles de droit communautaire au regard
         de la situation faisant l’objet du litige au principal (voir, notamment, arrêts du 3 mars 1994, Vaneetveld, C‑316/93, Rec.
         p. I‑763, point 14, et du 21 septembre 1999, Wijsenbeek, C‑378/97, Rec. p. I‑6207, point 21).
      
      30     D’autre part, contrairement à ce que prétend Assitalia, il n’apparaît pas de manière manifeste que l’interprétation de l’article
         81 CE n’a aucun rapport avec la réalité ou l’objet du litige au principal. Partant, l’objection soulevée par Assitalia tirée
         de l’inapplicabilité de cet article aux affaires au principal n’a pas trait à la recevabilité des présentes affaires, mais
         relève du fond de la première question.
      
      31     Par ailleurs, il y a lieu de rappeler que les articles 81 CE et 82 CE constituent des dispositions d’ordre public qui doivent
         être appliquées d’office par les juridictions nationales (voir, en ce sens, arrêt du 1er juin 1999, Eco Swiss, C‑126/97, Rec. p. I‑3055, points 39 et 40).
      
      32     Il s’ensuit que les questions préjudicielles sont recevables.
       Sur la première question dans les affaires C-295/04 à C-298/04
      33     Par sa première question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si une entente ou une pratique concertée, telle
         que celle en cause au principal, entre compagnies d’assurances, consistant en un échange réciproque d’informations susceptible
         de permettre une augmentation des primes de l’assurance RC auto, non justifiée par les conditions du marché, qui constitue
         une infraction aux règles nationales sur la protection de la concurrence, peut également constituer une violation de l’article
         81 CE, compte tenu notamment de la participation à l’entente ou à la pratique concertée d’entreprises appartenant à différents
         États membres.
      
       Observations soumises à la Cour
      34     Assitalia propose à la Cour de répondre que, compte tenu de la nature purement générale et instrumentale de la question, il
         s’avère impossible de fournir une réponse utile à propos de l’application de l’article 81 CE.
      
      35     Le gouvernement italien estime que l’article 81 CE ne s’applique pas à une entente telle que celle en cause au principal.
         En effet, pour qu’un comportement anticoncurrentiel relève de la réglementation communautaire, une série de critères, qui
         iraient au-delà d’une simple participation d’entreprises d’autres États membres, devraient être remplis.
      
      36     La Commission des Communautés européennes soutient que l’article 81 CE doit être interprété en ce sens qu’il interdit une
         entente ou une pratique concertée entre entreprises qui restreint la concurrence lorsque, sur la base d’un ensemble d’éléments
         de droit ou de fait, il est possible d’envisager avec un degré de probabilité suffisant que l’entente ou la pratique concertée
         en question exerce une influence directe ou indirecte, actuelle ou potentielle, sur les courants d’échanges entre États membres.
         La circonstance que certaines entreprises d’autres États membres ont participé à cette entente ou à cette pratique concertée
         ne constituerait pas en soi un élément suffisant pour conclure que ladite entente ou pratique concertée exerce une telle influence
         sur les courants d’échanges entre États membres.
      
       Appréciation de la Cour
      37     Il convient d’emblée de constater que, contrairement à ce que fait valoir Assitalia, cette question est suffisamment précise
         pour permettre à la Cour de fournir une réponse utile à la juridiction de renvoi.
      
      38     Ensuite, il y a lieu de rappeler que, conformément à une jurisprudence constante, le droit communautaire et le droit national
         en matière de concurrence s’appliquent parallèlement, étant donné qu’ils considèrent les pratiques restrictives sous des aspects
         différents. Alors que les articles 81 CE et 82 CE les envisagent en raison des entraves qui peuvent en résulter pour le commerce
         entre les États membres, les législations internes, inspirées par des considérations propres à chacune d’elles, considèrent
         les pratiques restrictives dans ce seul cadre (voir, notamment, arrêts du 13 février 1969, Wilhelm e.a., 14/68, Rec. p. 1,
         point 3; du 10 juillet 1980, Giry et Guerlain e.a., 253/78 et 1/79 à 3/79, Rec. p. 2327, point 15, et du 9 septembre 2003,
         Milk Marque et National Farmers’ Union, C‑137/00, Rec. p. I‑7975, point 61). 
      
      39     Il convient également de rappeler que les articles 81, paragraphe 1, CE et 82 CE produisent des effets directs dans les relations
         entre les particuliers et engendrent des droits dans le chef des justiciables que les juridictions nationales doivent sauvegarder
         (voir arrêts du 30 janvier 1974, BRT et SABAM, dit «BRT I», 127/73, Rec. p. 51, point 16; du 18 mars 1997, Guérin automobiles/Commission,
         C‑282/95 P, Rec. p. I‑1503, point 39, et du 20 septembre 2001, Courage et Crehan, C‑453/99, Rec. p. I‑6297, point 23), et
         que la primauté du droit communautaire exige que soit laissée inappliquée toute disposition d’une loi nationale contraire
         à une règle communautaire, qu’elle soit antérieure ou postérieure à cette dernière (voir, notamment, arrêt du 9 septembre
         2003, CIF, C‑198/01, Rec. p. I‑8055, point 48).
      
      40     Toutefois, ainsi qu’il résulte déjà du libellé des articles 81 CE et 82 CE, pour que les règles communautaires de concurrence
         s’appliquent à une entente ou à une pratique abusive, il faut que celle-ci soit susceptible d’affecter le commerce entre États
         membres.
      
      41     L’interprétation et l’application de cette condition relative aux effets sur le commerce entre États membres doivent prendre
         comme point de départ le fait que son but est de déterminer, en matière de réglementation de la concurrence, le domaine du
         droit communautaire par rapport à celui des États membres. C’est ainsi que relèvent du domaine du droit communautaire toute
         entente et toute pratique susceptibles d’affecter le commerce entre États membres dans un sens qui pourrait nuire à la réalisation
         des objectifs d’un marché unique entre les États membres, notamment en cloisonnant les marchés nationaux ou en modifiant la
         structure de la concurrence dans le marché commun (voir, en ce sens, arrêts du 31 mai 1979, Hugin/Commission, 22/78, Rec.
         p. 1869, point 17, et du 25 octobre 2001, Ambulanz Glöckner, C‑475/99, Rec. p. I‑8089, point 47).
      
      42     Pour être susceptibles d’affecter le commerce entre États membres, une décision, un accord ou une pratique doivent, sur la
         base d’un ensemble d’éléments objectifs de droit ou de fait, permettre d’envisager avec un degré de probabilité suffisant
         qu’ils puissent exercer une influence directe ou indirecte, actuelle ou potentielle, sur les courants d’échanges entre États
         membres, et cela de manière à faire craindre qu’ils puissent entraver la réalisation d’un marché unique entre États membres
         (voir arrêts du 11 juillet 1985, Remia e.a./Commission, 42/84, Rec. p. 2545, point 22, et Ambulanz Glöckner, précité, point
         48). Il faut, en outre, que cette influence ne soit pas insignifiante (arrêt du 28 avril 1998, Javico, C‑306/96, Rec. p. I‑1983,
         point 16).
      
      43     Ainsi, l’affectation des échanges intracommunautaires résulte en général de la réunion de plusieurs facteurs qui, pris isolément,
         ne seraient pas nécessairement déterminants (voir arrêts Bagnasco e.a., précité, point 47, et du 29 avril 2004, British Sugar/Commission,
         C‑359/01 P, Rec. p. I‑4933, point 27).
      
      44     À cet égard, il convient, d’une part, de constater, ainsi que l’a fait à juste titre M. l’avocat général au point 37 de ses
         conclusions, que le simple fait que l’on retrouve aussi des opérateurs des autres États membres parmi les participants à une
         entente nationale est un élément important dans l’appréciation à porter, mais il n’est pas déterminant en soi pour pouvoir
         en conclure que la condition relative aux effets sur le commerce entre États membres est remplie.
      
      45     D’autre part, le fait qu’une entente n’ait pour objet que la commercialisation des produits dans un seul État membre ne suffit
         pas pour exclure que le commerce entre États membres puisse être affecté (voir arrêt du 11 juillet 1989, Belasco e.a./Commission,
         246/86, Rec. p. I‑2117, point 33). En effet, une entente s’étendant à l’ensemble du territoire d’un État membre a, par sa
         nature même, pour effet de consolider des cloisonnements de caractère national, entravant ainsi l’interpénétration économique
         voulue par le traité (arrêts du 17 octobre 1972, Vereeniging van Cementhandelaren/Commission, 8/72, Rec. p. 977, point 29;
         Remia e.a./Commission, précité, point 22, et du 18 juin 1998, Commission/Italie, C‑35/96, Rec. p. I‑3851, point 48).
      
      46     En outre, en matière de services, la Cour a déjà jugé que l’influence sur les courants d’échanges entre États membres peut
         consister dans le fait que les activités en cause sont organisées de telle façon que le marché commun est compartimenté et
         la liberté des prestations de services, qui est l’un des objectifs du traité, entravée (voir arrêts du 4 mai 1988, Bodson,
         30/87, Rec. p. 2479, point 24, et Ambulanz Glöckner, précité, point 49).
      
      47     Il appartient à la juridiction nationale de vérifier si, eu égard aux caractéristiques du marché national en cause, il existe
         un degré suffisant de probabilité que l’entente ou la pratique concertée en cause au principal puisse exercer une influence
         directe ou indirecte, actuelle ou potentielle, sur la vente des polices d’assurance RC auto dans l’État membre concerné par
         des opérateurs d’autres États membres et que cette influence ne soit pas insignifiante.
      
      48     Toutefois, la Cour, statuant sur renvoi préjudiciel, peut, le cas échéant, apporter des précisions visant à guider la juridiction
         nationale dans son interprétation (voir, notamment, arrêt du 17 octobre 2002, Payroll e.a., C‑79/01, Rec. p. I‑8923, point
         29).
      
      49     À cet égard, il convient de rappeler que, selon la jurisprudence de la Cour, dès lors qu’il s’agit d’un marché perméable aux
         prestations de services par des opérateurs d’autres États membres, les membres d’une entente de prix nationale ne peuvent
         conserver leur part de marché que s’ils se protègent contre la concurrence étrangère (voir, en ce qui concerne les importations,
         arrêts précités Belasco e.a./Commission, point 34, et British Sugar/Commission, point 28).
      
      50     Or, la décision de renvoi indique que l’AGCM a observé que le marché des polices d’assurance RC auto présente d’importantes
         barrières à l’entrée, qui ont surtout été érigées en raison de la nécessité de mettre sur pied un réseau efficace de distribution
         et un réseau de centres affectés à la liquidation des indemnisations pour les sinistres dans toute l’Italie. Toutefois, la
         juridiction de renvoi relève également que des compagnies d’assurances appartenant à d’autres États membres et exerçant également
         leurs activités en Italie ont aussi participé à l’accord sanctionné par l’AGCM. Il apparaît donc qu’il s’agit d’un marché
         perméable aux prestations de services par des compagnies d’assurances d’autres États membres, bien que lesdites barrières
         rendent la prestation de ces services plus difficile.
      
      51     Dans de telles conditions, il appartient en particulier à la juridiction de renvoi d’examiner si déjà l’existence de l’entente
         ou la pratique concertée était susceptible d’avoir un effet dissuasif sur les compagnies d’assurances d’autres États membres
         n’exerçant pas d’activités en Italie, notamment en permettant la coordination et la fixation des primes de l’assurance RC
         auto à un niveau où la vente d’une telle assurance par ces compagnies ne serait pas rentable (voir, en ce sens, arrêt British
         Sugar, précité, points 29 et 30).
      
      52     Dès lors, il convient de répondre à la première question, dans les affaires C‑295/04 à C‑298/04, qu’une entente ou une pratique
         concertée, telle que celle en cause au principal, entre compagnies d’assurances, consistant en un échange réciproque d’informations
         susceptible de permettre une augmentation des primes de l’assurance RC auto, non justifiée par les conditions du marché, qui
         constitue une infraction aux règles nationales sur la protection de la concurrence, peut également constituer une violation
         de l’article 81 CE si, eu égard aux caractéristiques du marché national en cause, il existe un degré suffisant de probabilité
         que l’entente ou la pratique concertée en cause puisse exercer une influence directe ou indirecte, actuelle ou potentielle,
         sur la vente des polices de cette assurance dans l’État membre concerné par des opérateurs établis dans d’autres États membres
         et que cette influence ne soit pas insignifiante.
      
       Sur la deuxième question dans les affaires C‑295/04 à C‑297/04 et sur la troisième question dans l’affaire C‑298/04
      53     Par cette question, qu’il convient d’examiner avant la deuxième question dans l’affaire C-298/04, la juridiction de renvoi
         demande, en substance, si l’article 81 CE doit être interprété en ce sens que toute personne est en droit de faire valoir
         la nullité d’une entente ou d’une pratique interdite par cet article et, lorsqu’il existe un lien de causalité entre celle-ci
         et le préjudice subi, de demander réparation dudit préjudice.
      
       Observations soumises à la Cour
      54     Assitalia propose à la Cour de répondre par l’affirmative en rappelant cependant que, en l’absence de réglementation communautaire
         en la matière, il appartient à l’ordre juridique interne de chaque État membre de désigner les juridictions compétentes et
         de régler les modalités procédurales des recours destinés à assurer la sauvegarde des droits que les justiciables tirent de
         l’effet direct du droit communautaire, pour autant que ces modalités respectent les principes de l’équivalence et d’effectivité
         (voir arrêt Courage et Crehan, précité, point 29).
      
      55     Selon le gouvernement allemand et la Commission, l’article 81 CE devrait être interprété en ce sens qu’il permet aux tiers
         titulaires d’un intérêt juridiquement pertinent de faire valoir la nullité d’une entente ou d’une pratique prohibée par cette
         disposition communautaire et de demander l’indemnisation du préjudice subi lorsqu’il existe un lien de causalité entre l’entente
         ou la pratique concertée et le préjudice.
      
       Appréciation de la Cour
      56     Il convient tout d’abord de rappeler que l’article 81, paragraphe 2, CE prévoit la nullité de tout accord et décision interdits
         en vertu de l’article 81 CE. 
      
      57     Il résulte d’une jurisprudence constante que cette nullité, qui peut être invoquée par tous, s’impose au juge dès que les
         conditions d’application de l’article 81, paragraphe 1, CE sont réunies et que l’accord concerné ne peut justifier l’octroi
         d’une exemption au titre de l’article 81, paragraphe 3, CE (voir, sur ce dernier point, notamment, arrêt du 9 juillet 1969,
         Portelange, 10/69, Rec. p. 309, point 10). La nullité visée à l’article 81, paragraphe 2, CE ayant un caractère absolu, un
         accord nul en vertu de cette disposition n’a pas d’effet dans les rapports entre les contractants et n’est pas opposable aux
         tiers (voir arrêt du 25 novembre 1971, Béguelin, 22/71, Rec. p. 949, point 29). En outre, elle est susceptible d’affecter
         tous les effets, passés ou futurs, de l’accord ou de la décision concernés (voir arrêts du 6 février 1973, Brasserie de Haecht,
         48/72, Rec. p. 77, point 26, et Courage et Crehan, précité, point 22).
      
      58     En outre, ainsi qu’il a été rappelé au point 39 du présent arrêt, l’article 81, paragraphe 1, CE produit des effets directs
         dans les relations entre les particuliers et engendre des droits dans le chef des justiciables que les juridictions nationales
         doivent sauvegarder.
      
      59     Il s’ensuit que toute personne est en droit de se prévaloir en justice de la violation de l’article 81 CE (voir arrêt Courage
         et Crehan, précité, point 24) et, partant, de faire valoir la nullité d’une entente ou d’une pratique interdite par cet article.
      
      60     Ensuite, en ce qui concerne la possibilité de demander réparation du dommage causé par un contrat ou un comportement susceptible
         de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence, il y a lieu de rappeler que la pleine efficacité de l’article 81 CE
         et, en particulier, l’effet utile de l’interdiction énoncée à son paragraphe 1 seraient mis en cause si toute personne ne
         pouvait demander réparation du dommage que lui aurait causé un contrat ou un comportement susceptible de restreindre ou de
         fausser le jeu de la concurrence (voir arrêt Courage et Crehan, précité, point 26). 
      
      61     Il s’ensuit que toute personne est en droit de demander réparation du préjudice subi lorsqu’il existe un lien de causalité
         entre ledit préjudice et une entente ou une pratique interdite par l’article 81 CE.
      
      62     En l’absence de réglementation communautaire en la matière, il appartient à l’ordre juridique interne de chaque État membre
         de désigner les juridictions compétentes et de régler les modalités procédurales des recours destinés à assurer la sauvegarde
         des droits que les justiciables tirent de l’effet direct du droit communautaire, pour autant que ces modalités ne soient pas
         moins favorables que celles concernant des recours similaires de nature interne (principe de l’équivalence) et qu’elles ne
         rendent pas pratiquement impossible ou excessivement difficile l’exercice des droits conférés par l’ordre juridique communautaire
         (principe d’effectivité) (voir arrêts du 10 juillet 1997, Palmisani, C‑261/95, Rec. p. I‑4025, point 27, et Courage et Crehan,
         précité, point 29).
      
      63     Dès lors, il convient de répondre à la deuxième question dans les affaires C‑295/04 à C‑297/04 et à la troisième question
         dans l’affaire C‑298/04 que l’article 81 CE doit être interprété en ce sens que toute personne est en droit de faire valoir
         la nullité d’une entente ou d’une pratique interdite par cet article et, lorsqu’il existe un lien de causalité entre celle-ci
         et le préjudice subi, de demander réparation dudit préjudice.
      
      64     En l’absence de réglementation communautaire en la matière, il appartient à l’ordre juridique interne de chaque État membre
         de fixer les modalités d’exercice de ce droit, y compris celles de l’application de la notion de «lien de causalité», pour
         autant que les principes de l’équivalence et d’effectivité soient respectés.
      
       Sur la deuxième question dans l’affaire C-298/04
      65     Par cette question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 81 CE doit être interprété en ce sens qu’il
         s’oppose à une disposition nationale, telle que l’article 33, paragraphe 2, de la loi n° 287/90, en vertu de laquelle les
         tiers doivent introduire leurs recours en indemnité pour violation des règles de concurrence communautaires et nationales
         devant une juridiction autre que celle ordinairement compétente pour les recours en indemnité de même valeur, entraînant de
         cette manière une augmentation sensible des coûts et des délais de jugement.
      
       Observations soumises à la Cour
      66     Assitalia relève que l’article 33, paragraphe 2, de la loi n° 287/90 s’applique aux seuls recours en indemnité fondés sur
         la violation des dispositions nationales protégeant la concurrence et que, à l’inverse, les recours en indemnité fondés sur
         la violation des articles 81 CE et 82 CE relèvent, en l’absence de dispositions légales expresses, de la compétence du juge
         ordinaire.
      
      67     Dès lors, à la lumière du principe de l’autonomie procédurale, si la juridiction nationale était appelée à vérifier le respect
         des principes de l’équivalence et d’effectivité en ce qui concerne l’article 33 de la loi n° 287/90, elle devrait observer
         que la situation juridique fondée sur le droit communautaire est mieux protégée, compte tenu de la garantie du double degré
         de juridiction, par rapport à celle basée sur le droit national.
      
      68     Le gouvernement italien soutient que le choix portant sur l’attribution de la compétence pour connaître des litiges en cause
         résulte exclusivement de l’organisation judiciaire de chacun des États membres, sous réserve des principes de l’équivalence
         et d’effectivité.
      
      69     La Commission fait valoir qu’une réglementation nationale qui prévoit des règles de compétence différentes pour les actions
         civiles fondées sur la violation des règles communautaires de concurrence par rapport à celles applicables à des actions similaires
         de nature interne est compatible avec le droit communautaire lorsque les premières ne sont pas moins favorables que les secondes
         et ne rendent pas pratiquement impossible ou excessivement difficile l’exercice des droits conférés aux particuliers par l’ordre
         juridique communautaire.
      
       Appréciation de la Cour
      70     Tout d’abord, en ce qui concerne la question de savoir si l’article 33, paragraphe 2, de la loi n° 287/90 s’applique aux seuls
         recours en indemnité fondés sur la violation des règles nationales de concurrence ou également aux recours en indemnité fondés
         sur la violation des articles 81 CE et 82 CE, il n’appartient pas à la Cour d’interpréter le droit national ni d’examiner
         son application au cas d’espèce (voir, notamment, arrêts du 24 octobre 1996, Dietz, C‑435/93, Rec. p. I‑5223, point 39, et
         du 19 janvier 2006, Bouanich, C‑265/04, non encore publié au Recueil, point 51).
      
      71     Ensuite, ainsi qu’il résulte du point 62 du présent arrêt, en l’absence de réglementation communautaire en la matière, il
         appartient à l’ordre juridique interne de chaque État membre de désigner les juridictions compétentes et de fixer les modalités
         procédurales des recours destinés à assurer la sauvegarde des droits que les justiciables tirent de l’effet direct du droit
         communautaire, pour autant que ces modalités ne soient pas moins favorables que celles concernant des recours similaires de
         nature interne (principe de l’équivalence) et qu’elles ne rendent pas pratiquement impossible ou excessivement difficile l’exercice
         des droits conférés par l’ordre juridique communautaire (principe d’effectivité).
      
      72     Dès lors, il convient de répondre à la deuxième question dans l’affaire C‑298/04 que, en l’absence de réglementation communautaire
         en la matière, il appartient à l’ordre juridique interne de chaque État membre de désigner les juridictions compétentes pour
         connaître des recours en indemnité fondés sur une violation des règles communautaires de concurrence et de fixer les modalités
         procédurales de ces recours, pour autant que les dispositions concernées ne soient pas moins favorables que celles relatives
         aux recours en indemnité fondés sur une violation des règles nationales de concurrence et que lesdites dispositions nationales
         ne rendent pas pratiquement impossible ou excessivement difficile l’exercice du droit de demander réparation du dommage causé
         par une entente ou une pratique interdite par l’article 81 CE.
      
       Sur la troisième question dans les affaires C‑295/04 à C‑297/04 et sur la quatrième question dans l’affaire C‑298/04
      73     Par cette question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 81 CE doit être interprété en ce sens qu’il
         s’oppose à une règle nationale selon laquelle le délai de prescription pour demander réparation d’un dommage causé par une
         entente ou une pratique interdite par l’article 81 CE court à compter du jour où cette entente ou pratique interdite a été
         mise en œuvre.
      
       Observations soumises à la Cour
      74     Assitalia relève que, en vertu du principe de l’autonomie procédurale, il appartient au juge national, dans le respect des
         principes de l’équivalence et d’effectivité, de déterminer, à la lumière de son propre ordre juridique, quels sont les délais
         de prescription et leurs modalités d’application (voir arrêt du 14 décembre 1995, Peterbroeck, C‑312/93, Rec. p. I‑4599).
      
      75     Le gouvernement italien soutient que c’est à partir du jour où l’entente a été mise en œuvre que la protection contre les
         effets négatifs découlant de celle-ci est efficace. Ce serait donc à partir de ce moment que court le délai de prescription
         de la demande d’indemnisation fondée sur l’article 81 CE.
      
      76     La Commission affirme que, en l’absence de dispositions communautaires en la matière, c’est l’ordre juridique de chaque État
         membre qui régit les questions telles que celle de l’écoulement du délai de prescription pour l’exercice des actions fondées
         sur la violation des règles communautaires en matière de concurrence, pour autant que ce délai ne soit pas moins favorable
         que celui applicable aux recours similaires de nature interne et ne rende pas pratiquement impossible ou excessivement difficile
         l’exercice des droits conférés par l’ordre juridique communautaire.
      
       Appréciation de la Cour
      77     Ainsi qu’il a été rappelé au point 62 du présent arrêt, en l’absence de réglementation communautaire en la matière, il appartient
         à l’ordre juridique interne de chaque État membre de régler les modalités procédurales des recours destinés à assurer la sauvegarde
         des droits que les justiciables tirent de l’effet direct du droit communautaire, pour autant que ces modalités respectent
         les principes de l’équivalence et d’effectivité.
      
      78     Une règle nationale en vertu de laquelle le délai de prescription pour l’introduction d’un recours en indemnité court à compter
         du jour où l’entente ou la pratique concertée a été mise en œuvre pourrait rendre pratiquement impossible l’exercice du droit
         de demander réparation du dommage causé par cette entente ou pratique interdite, en particulier si cette règle nationale prévoit
         également un délai de prescription court et que ce délai ne puisse être suspendu.
      
      79     En effet, dans une telle situation, en cas d’infractions continues ou répétées, il n’est pas exclu que le délai de prescription
         s’écoule avant même qu’il soit mis fin à l’infraction, auquel cas toute personne ayant subi des dommages après l’écoulement
         du délai de prescription se trouve dans l’impossibilité d’introduire un recours.
      
      80     Il incombe à la juridiction nationale de vérifier si tel est le cas de la règle nationale en cause au principal.
      81     Dès lors, il convient de répondre à la troisième question dans les affaires C‑295/04 à C‑297/04 et à la quatrième question
         dans l’affaire C‑298/04 que, en l’absence de réglementation communautaire en la matière, il appartient à l’ordre juridique
         interne de chaque État membre de fixer le délai de prescription pour demander réparation d’un dommage causé par une entente
         ou une pratique interdite par l’article 81 CE, pour autant que les principes de l’équivalence et d’effectivité soient respectés.
      
      82     À cet égard, il incombe à la juridiction nationale de vérifier si une règle nationale en vertu de laquelle le délai de prescription
         pour demander réparation d’un dommage causé par une entente ou une pratique interdite par l’article 81 CE court à compter
         du jour où cette entente ou cette pratique interdite a été mise en œuvre, en particulier si cette règle nationale prévoit
         également un délai de prescription court et que ce délai ne puisse être suspendu, rend pratiquement impossible ou excessivement
         difficile l’exercice du droit de demander réparation du préjudice subi.
      
       Sur la quatrième question dans les affaires C‑295/04 à C‑297/04 et sur la cinquième question dans l’affaire C‑298/04
      83     Par cette question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 81 CE doit être interprété en ce sens qu’il
         impose aux juridictions nationales l’obligation d’octroyer des dommages-intérêts ayant un caractère de sanction, afin que
         l’indemnité soit supérieure à l’avantage obtenu par l’opérateur économique ayant violé cette disposition et décourage ainsi
         la mise en œuvre d’ententes ou de pratiques interdites par celle-ci.
      
       Observations soumises à la Cour
      84     Assitalia fait valoir que la question relative à la reconnaissance d’une indemnité punitive au tiers préjudicié par un comportement
         anticoncurrentiel relève une nouvelle fois du principe de l’autonomie procédurale. Dans la mesure où il n’existe en effet
         aucune réglementation communautaire en matière d’indemnité punitive, il appartient à l’ordre juridique de chaque État membre
         de fixer les critères permettant de déterminer l’ampleur de l’indemnisation, toujours dans le respect des principes de l’équivalence
         et d’effectivité (voir notamment, en ce sens, arrêt du 5 mars 1996, Brasserie du pêcheur et Factortame, C‑46/93 et C‑48/93,
         Rec. p. I‑1029, points 89 et 90).
      
      85     Le gouvernement italien soutient que l’institution de l’indemnité punitive est étrangère à l’ordre juridique italien et à
         la raison d’être de l’institution de l’indemnisation. Cette dernière serait, en effet, conçue comme une mesure de réparation
         du préjudice subi et prouvé par la victime. Elle ne pourrait, en aucun cas, avoir une fonction de sanction ou de répression,
         une telle fonction relevant du domaine de la loi.
      
      86     Le gouvernement allemand considère qu’il faut répondre par la négative à cette question.
      87     Selon le gouvernement autrichien, il n’est pas nécessaire, pour garantir l’application de l’article 81 CE, d’accorder d’office
         au tiers ayant subi un préjudice des dommages‑intérêts ayant un caractère de sanction, l’enrichissement de la personne ayant
         subi un préjudice n’étant ni envisagé ni nécessaire. La majorité des ordres juridiques des États membres n’attacheraient pas
         de conséquences juridiques de ce type à une violation de l’article 81, paragraphe 1, CE. Ils prévoiraient plutôt des droits
         en matière d’indemnisation et d’interdiction, ce qui suffirait à la mise en œuvre effective de l’article 81 CE.
      
      88     La Commission estime que, en l’absence de dispositions communautaires en la matière, c’est l’ordre juridique de chaque État
         membre qui régit les questions telles que celle de la liquidation du préjudice découlant de la violation des règles communautaires
         en matière de concurrence, pour autant que l’indemnisation du préjudice dans un tel cas ne soit pas moins favorable pour la
         personne lésée que l’indemnisation qu’elle aurait pu obtenir par des actions analogues de nature interne.
      
       Appréciation de la Cour
      89     Ainsi qu’il découle d’une jurisprudence constante, il incombe aux juridictions nationales chargées d’appliquer, dans le cadre
         de leurs compétences, les dispositions du droit communautaire d’assurer le plein effet de ces normes et de protéger les droits
         qu’elles confèrent aux particuliers (voir, notamment, arrêts du 9 mars 1978, Simmenthal, 106/77, Rec. p. 629, point 16; du
         19 juin 1990, Factortame e.a., C‑213/89, Rec. p. I‑2433, point 19, et Courage et Crehan, précité, point 25).
      
      90     Ainsi qu’il a été rappelé au point 60 du présent arrêt, la pleine efficacité de l’article 81 CE et, en particulier, l’effet
         utile de l’interdiction énoncée à son paragraphe 1 seraient mis en cause si toute personne ne pouvait demander réparation
         du dommage que lui aurait causé un contrat ou un comportement susceptible de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence.
      
      91     Un tel droit renforce, en effet, le caractère opérationnel des règles communautaires de concurrence et est de nature à décourager
         les accords ou pratiques, souvent dissimulés, susceptibles de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence. Dans cette
         perspective, les actions en dommages-intérêts devant les juridictions nationales sont susceptibles de contribuer substantiellement
         au maintien d’une concurrence effective dans la Communauté (arrêt Courage et Crehan, précité, point 27).
      
      92     En ce qui concerne l’allocation de dommages‑intérêts et une éventuelle possibilité d’accorder des indemnités ayant un caractère
         de sanction, en l’absence de dispositions communautaires en ce domaine, il appartient à l’ordre juridique interne de chaque
         État membre de fixer les critères permettant de déterminer l’étendue de la réparation, pour autant que les principes de l’équivalence
         et d’effectivité soient respectés.
      
      93     À cet égard, d’une part, conformément au principe de l’équivalence, des dommages-intérêts particuliers, tels que des dommages-intérêts
         exemplaires ou punitifs, doivent pouvoir être alloués dans le cadre des actions fondées sur les règles communautaires de concurrence,
         s’ils peuvent l’être dans le cadre d’actions semblables fondées sur le droit interne (voir, en ce sens, arrêt Brasserie du
         pêcheur et Factortame, précité, point 90).
      
      94     Toutefois, il est de jurisprudence constante que le droit communautaire ne fait pas obstacle à ce que les juridictions nationales
         veillent à ce que la protection des droits garantis par l’ordre juridique communautaire n’entraîne pas un enrichissement sans
         cause des ayants droit (voir, notamment, arrêts du 4 octobre 1979, Ireks-Arkady/Conseil et Commission, 238/78, Rec. p. 2955,
         point 14; du 21 septembre 2000, Michaïlidis, C‑441/98 et C‑442/98, Rec. p. I-7145, point 31, et Courage et Crehan, précité,
         point 30). 
      
      95     D’autre part, il résulte du principe d’effectivité et du droit de toute personne de demander réparation du dommage causé par
         un contrat ou un comportement susceptible de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence que les personnes ayant subi
         un préjudice doivent pouvoir demander réparation non seulement du dommage réel (damnum emergens), mais également du manque
         à gagner (lucrum cessans) ainsi que le paiement d’intérêts.
      
      96     En effet, l’exclusion totale, au titre du dommage réparable, du manque à gagner ne peut être admise en cas de violation du
         droit communautaire, car, spécialement à propos de litiges d’ordre économique ou commercial, une telle exclusion totale du
         manque à gagner serait de nature à rendre en fait impossible la réparation du dommage (voir arrêts Brasserie du pêcheur et
         Factortame, précité, point 87, et du 8 mars 2001, Metallgesellschaft e.a., C‑397/98 et C‑410/98, Rec. p. I‑1727, point 91).
      
      97     Quant au paiement d’intérêts, la Cour a rappelé au point 31 de l’arrêt du 2 août 1993, Marshall (C‑271/91, Rec. p. I‑4367)
         que leur octroi, selon les règles nationales applicables, constitue une composante indispensable d’un dédommagement.
      
      98     Il s’ensuit qu’il convient de répondre à la quatrième question dans les affaires C‑295/04 à C‑297/04 et à la cinquième question
         dans l’affaire C‑298/04 que, en l’absence de dispositions communautaires en ce domaine, il appartient à l’ordre juridique
         interne de chaque État membre de fixer les critères permettant de déterminer l’étendue de la réparation du préjudice causé
         par une entente ou une pratique interdite par l’article 81 CE, pour autant que les principes de l’équivalence et d’effectivité
         soient respectés.
      
      99     Dès lors, d’une part, conformément au principe de l’équivalence, si des dommages-intérêts particuliers, tels que des dommages-intérêts
         exemplaires ou punitifs, peuvent être alloués dans le cadre d’actions nationales semblables aux actions fondées sur les règles
         communautaires de concurrence, ils doivent également pouvoir l’être dans le cadre de ces dernières actions. Toutefois, le
         droit communautaire ne fait pas obstacle à ce que les juridictions nationales veillent à ce que la protection des droits garantis
         par l’ordre juridique communautaire n’entraîne pas un enrichissement sans cause des ayants droit.
      
      100   D’autre part, il résulte du principe d’effectivité et du droit du particulier de demander réparation du dommage causé par
         un contrat ou un comportement susceptible de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence que les personnes ayant subi
         un préjudice doivent pouvoir demander réparation non seulement du dommage réel (damnum emergens), mais également du manque
         à gagner (lucrum cessans) ainsi que le paiement d’intérêts.
      
       Sur les dépens
      101   La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi,
         il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que
         ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.
      
      Par ces motifs, la Cour (troisième chambre) dit pour droit:
      1)      Une entente ou une pratique concertée, telle que celle en cause au principal, entre compagnies d’assurances consistant en
            un échange réciproque d’informations susceptible de permettre une augmentation des primes de l’assurance responsabilité civile
            obligatoire relative aux sinistres causés par des véhicules automobiles, navires et cyclomoteurs, non justifiée par les conditions
            du marché, qui constitue une infraction aux règles nationales sur la protection de la concurrence, peut également constituer
            une violation de l’article 81 CE si, eu égard aux caractéristiques du marché national en cause, il existe un degré suffisant
            de probabilité que l’entente ou la pratique concertée en cause puisse exercer une influence directe ou indirecte, actuelle
            ou potentielle, sur la vente des polices de cette assurance dans l’État membre concerné par des opérateurs établis dans d’autres
            États membres et que cette influence ne soit pas insignifiante.
      2)      L’article 81 CE doit être interprété en ce sens que toute personne est en droit de faire valoir la nullité d’une entente ou
            d’une pratique interdite par cet article et, lorsqu’il existe un lien de causalité entre celle-ci et le préjudice subi, de
            demander réparation dudit préjudice.
      En l’absence de réglementation communautaire en la matière, il appartient à l’ordre juridique interne de chaque État membre
            de fixer les modalités d’exercice de ce droit, y compris celles de l’application de la notion de «lien de causalité», pour
            autant que les principes de l’équivalence et d’effectivité soient respectés.
      3)      En l’absence de réglementation communautaire en la matière, il appartient à l’ordre juridique interne de chaque État membre
            de désigner les juridictions compétentes pour connaître des recours en indemnité fondés sur une violation des règles communautaires
            de concurrence et de fixer les modalités procédurales de ces recours, pour autant que les dispositions concernées ne soient
            pas moins favorables que celles relatives aux recours en indemnité fondés sur une violation des règles nationales de concurrence
            et que lesdites dispositions nationales ne rendent pas pratiquement impossible ou excessivement difficile l’exercice du droit
            de demander réparation du dommage causé par une entente ou une pratique interdite par l’article 81 CE.
      4)      En l’absence de réglementation communautaire en la matière, il appartient à l’ordre juridique interne de chaque État membre
            de fixer le délai de prescription pour demander réparation d’un dommage causé par une entente ou une pratique interdite par
            l’article 81 CE, pour autant que les principes de l’équivalence et d’effectivité soient respectés.
      À cet égard, il incombe à la juridiction nationale de vérifier si une règle nationale en vertu de laquelle le délai de prescription
            pour demander réparation d’un dommage causé par une entente ou une pratique interdite par l’article 81 CE court à compter
            du jour où cette entente ou cette pratique interdite a été mise en œuvre, en particulier si cette règle nationale prévoit
            également un délai de prescription court et que ce délai ne puisse être suspendu, rend pratiquement impossible ou excessivement
            difficile l’exercice du droit de demander réparation du préjudice subi.
      5)      En l’absence de dispositions communautaires en ce domaine, il appartient à l’ordre juridique interne de chaque État membre
            de fixer les critères permettant de déterminer l’étendue de la réparation du préjudice causé par une entente ou une pratique
            interdite par l’article 81 CE, pour autant que les principes de l’équivalence et d’effectivité soient respectés.
      Dès lors, d’une part, conformément au principe de l’équivalence, si des dommages-intérêts particuliers, tels que des dommages-intérêts
            exemplaires ou punitifs, peuvent être alloués dans le cadre d’actions nationales semblables aux actions fondées sur les règles
            communautaires de concurrence, ils doivent également pouvoir l’être dans le cadre de ces dernières actions. Toutefois, le
            droit communautaire ne fait pas obstacle à ce que les juridictions nationales veillent à ce que la protection des droits garantis
            par l’ordre juridique communautaire n’entraîne pas un enrichissement sans cause des ayants droit.
      D’autre part, il résulte du principe d’effectivité et du droit du particulier de demander réparation du dommage causé par
            un contrat ou un comportement susceptible de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence que les personnes ayant subi
            un préjudice doivent pouvoir demander réparation non seulement du dommage réel (damnum emergens), mais également du manque
            à gagner (lucrum cessans) ainsi que le paiement d’intérêts.
      Signatures
      * Langue de procédure: l’italien.