CELEX: 62007TJ0341(01)
Language: fr
Date: 2011-11-23
Title: Arrêt du Tribunal (deuxième chambre élargie) du 23 novembre 2011. # Jose Maria Sison contre Conseil de l'Union européenne. # Politique étrangère et de sécurité commune - Mesures restrictives prises à l’encontre de certaines personnes et entités dans le cadre de la lutte contre le terrorisme - Position commune 2001/931/PESC et règlement (CE) nº 2580/2001 - Annulation d’une mesure de gel des fonds par un arrêt du Tribunal - Responsabilité non contractuelle - Violation suffisamment caractérisée d’une règle de droit conférant des droits aux particuliers. # Affaire T-341/07.

ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre élargie)
      23 novembre 2011 (*)
      
      « Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises à l’encontre de certaines personnes et entités dans le cadre de la lutte contre le terrorisme
         – Position commune 2001/931/PESC et règlement (CE) n° 2580/2001 – Annulation d’une mesure de gel des fonds par un arrêt du Tribunal – Responsabilité non contractuelle – Violation suffisamment caractérisée d’une règle de droit conférant des droits aux particuliers »
      
      Dans l’affaire T‑341/07,
      Jose Maria Sison, demeurant à Utrecht (Pays-Bas), représenté par Mes J. Fermon, A. Comte, H. Schultz, D. Gürses et W. Kaleck, avocats,
      
      partie requérante,
      contre
      Conseil de l’Union européenne, représenté par M. M. Bishop, Mme E. Finnegan et M. R. Szostak, en qualité d’agents,
      
      partie défenderesse,
      soutenu par 
      Royaume des Pays-Bas, représenté par Mmes C. Wissels, M. de Mol, M. Y. de Vries, Mme M. Noort, M. J. Langer et Mme M. Bulterman, en qualité d’agents,
      
      par
      Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, représenté par Mmes S. Behzadi Spencer et I. Rao, en qualité d’agents,
      
      et par
      Commission européenne, représentée initialement par M. P. Aalto et Mme S. Boelaert, puis par Mme Boelaert et M. P. Van Nuffel, en qualité d’agents,
      
      parties intervenantes,
      ayant actuellement pour objet, à la suite de l’arrêt du Tribunal du 30 septembre 2009, Sison/Conseil (T‑341/07, Rec. p. II‑3625),
         une demande en indemnité, visant, en substance, à la réparation du préjudice prétendument subi par le requérant du fait de
         mesures restrictives adoptées à son égard dans le cadre de la lutte contre le terrorisme,
      
      LE TRIBUNAL (deuxième chambre élargie),
      composé de MM. N. J. Forwood (rapporteur), président, F. Dehousse, M. Prek, J. Schwarcz et A. Popescu, juges,
      greffier : M. N. Rosner, administrateur,
      vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 30 mars 2011,
      rend le présent
      Arrêt
       Antécédents du litige
      1        Pour un exposé des antécédents du présent litige, il est renvoyé, d’une part, à l’arrêt du Tribunal du 11 juillet 2007, Sison/Conseil
         (T‑47/03, non publié au Recueil, ci-après l’« arrêt Sison I »), et, d’autre part, à l’arrêt interlocutoire du Tribunal du
         30 septembre 2009, Sison/Conseil (T‑341/07, Rec. p. II‑3625, ci‑après l’« arrêt Sison II »).
      
       Procédure 
      2        Par requête déposée au greffe du Tribunal le 10 septembre 2007, le requérant, M. Jose Maria Sison, a introduit le présent
         recours. Celui-ci avait pour objet initial, d’une part, une demande en annulation partielle de la décision 2007/445/CE du
         Conseil, du 28 juin 2007, mettant en œuvre l’article 2, paragraphe 3, du règlement (CE) n° 2580/2001 concernant l’adoption
         de mesures restrictives spécifiques à l’encontre de certaines personnes et entités dans le cadre de la lutte contre le terrorisme
         et abrogeant les décisions 2006/379/CE et 2006/1008/CE (JO L 169, p. 58), au titre de l’article 230 CE, et, d’autre part,
         une demande en indemnité au titre des articles 235 CE et 288 CE. 
      
      3        Le 13 novembre 2007, le Tribunal (septième chambre) a décidé de statuer selon une procédure accélérée sur le recours en annulation
         au titre de l’article 230 CE. À la demande des parties, le président de la septième chambre du Tribunal a, par ordonnance
         du même jour, suspendu la procédure, pour ce qui concernait le recours en indemnité au titre des articles 235 CE et 288 CE,
         jusqu’au prononcé de l’arrêt à intervenir sur le recours en annulation au titre de l’article 230 CE. 
      
      4        Par l’arrêt Sison II, point 1 supra, le Tribunal a annulé l’ensemble des mesures restrictives spécifiques (gel des fonds)
         adoptées à l’encontre du requérant depuis l’introduction du recours, à savoir la décision 2007/445, la décision 2007/868/CE
         du Conseil, du 20 décembre 2007, mettant en œuvre l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001 et abrogeant la décision
         2007/445 (JO L 340, p. 100), la décision 2008/343/CE du Conseil, du 29 avril 2008, modifiant la décision 2007/868 (JO L 116,
         p. 25), la décision 2008/583/CE du Conseil, du 15 juillet 2008, mettant en œuvre l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001
         et abrogeant la décision 2007/868 (JO L 188, p. 21), la décision 2009/62/CE du Conseil, du 26 janvier 2009, mettant en œuvre
         l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001 et abrogeant la décision 2008/583 (JO L 23, p. 25), et le règlement (CE)
         n° 501/2009 du Conseil, du 15 juin 2009, mettant en œuvre l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001 et abrogeant
         la décision 2009/62 (JO L 151, p. 14), pour autant que ces actes concernaient le requérant. Cet arrêt ne mettant pas fin à
         l’instance, les dépens ont été réservés. 
      
      5        À la suite du prononcé de l’arrêt Sison II, point 1 supra, la procédure a repris son cours, pour ce qui concerne le recours
         en indemnité au titre des articles 235 CE et 288 CE. 
      
      6        Le Conseil de l’Union européenne n’ayant pas déposé son mémoire en défense dans le délai prescrit, le Tribunal (septième chambre)
         a invité le requérant à se prononcer sur la suite de la procédure au regard de l’article 122, paragraphe 1, du règlement de
         procédure du Tribunal. 
      
      7        Par lettre parvenue au greffe le 8 février 2010, le requérant a prié le Tribunal d’accepter le mémoire en défense du Conseil,
         malgré son dépôt tardif, de façon à ce que la procédure retrouve un cours contradictoire normal. Il a été fait droit à cette
         demande par décision du Tribunal (septième chambre) du même jour et la procédure s’est dès lors régulièrement poursuivie.
         
      
      8        La composition des chambres du Tribunal ayant été modifiée, le juge rapporteur a été affecté à la deuxième chambre, à laquelle
         la présente affaire a, par conséquent, été attribuée. 
      
      9        En application de l’article 14, paragraphe 1, et de l’article 51, paragraphe 1, du règlement de procédure et sur proposition
         de la deuxième chambre, la formation plénière du Tribunal a décidé de renvoyer l’affaire devant la deuxième chambre élargie.
         
      
      10      Sur rapport du juge rapporteur, le Tribunal (deuxième chambre élargie) a décidé d’ouvrir la procédure orale et, dans le cadre
         des mesures d’organisation de la procédure prévues à l’article 64 du règlement de procédure, a posé une question aux parties,
         en les invitant à y répondre par écrit. À l’exception du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, les parties
         ont déféré à cette invitation dans les délais impartis. 
      
      11      À l’exception du Royaume-Uni, non représenté, les parties ont été entendues en leurs plaidoiries et en leurs réponses aux
         questions du Tribunal à l’audience du 30 mars 2011.
      
       Conclusions des parties 
      12      Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        condamner la Communauté européenne, au titre des articles 235 CE et 288 CE, à lui verser des dommages et intérêts d’un montant
         de 291 427,97 EUR, augmentés de 200,87 EUR par mois jusqu’au prononcé de l’arrêt à intervenir, et des intérêts depuis le mois
         d’octobre 2002 jusqu’au paiement complet ;
      
      –        condamner le Conseil aux dépens. 
      13      Le Conseil, soutenu par les intervenants, conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        rejeter le recours en indemnité comme étant non fondé ;
      –        condamner le requérant aux dépens. 
       En droit
       Sur la recevabilité 
      14      Le requérant a soutenu, dans ses écritures, qu’il était en droit de demander réparation du préjudice prétendument causé par
         l’ensemble des mesures de gel de ses avoirs adoptées par le Conseil depuis octobre 2002, sans faire de distinction selon que
         ce préjudice se rattachait aux actes en cause dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt Sison I, point 1 supra, ou aux actes
         en cause dans la présente affaire. 
      
      15      S’agissant plus particulièrement des actes attaqués dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt Sison I, point 1 supra, le requérant
         a ainsi fait valoir, dans ses écritures, que, cet arrêt ayant eu un effet rétroactif, il aurait dû être replacé dans la situation
         juridique dans laquelle il se trouvait antérieurement à leur adoption. Par ailleurs, il serait clairement établi que l’illégalité
         de fond ayant entaché les actes annulés par l’arrêt Sison II, point 1 supra, entachait déjà et de la même manière les actes
         attaqués dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt Sison I, point 1 supra, même si, dans ladite affaire, le Tribunal n’a pu
         faire porter son contrôle juridictionnel que sur le respect des garanties procédurales et n’a dès lors pas été mis en mesure
         de pouvoir sanctionner cette illégalité de fond (voir arrêt Sison I, point 1 supra, point 225). 
      
      16      Le Conseil, dans ses écritures, n’a pas contesté cette interprétation de la portée du présent recours en indemnité. 
      
      17      Toutefois, s’agissant de la demande en réparation du préjudice prétendument causé par les actes attaqués dans l’affaire ayant
         donné lieu à l’arrêt Sison I, point 1 supra, le Tribunal a relevé d’office la question de sa recevabilité. Par mesure d’organisation
         de la procédure du 21 février 2011, le Tribunal a ainsi invité les parties à se prononcer par écrit sur le point de savoir
         si l’autorité de la chose jugée qui s’attache à l’arrêt Sison I, point 1 supra, ne s’opposait pas à ce que le requérant puisse
         demander à nouveau, au titre des articles 235 CE et 288 CE, la réparation d’un préjudice correspondant à celui dont la demande
         de réparation au même titre avait déjà été rejetée par ledit arrêt (point 243). 
      
      18      Dans ses observations écrites, déposées au greffe du Tribunal le 8 mars 2011, le requérant a soutenu que l’autorité de la
         chose jugée qui s’attache à l’arrêt Sison I, point 1 supra, ne l’empêchait pas d’introduire un recours en indemnité tel que
         libellé dans ses actes de procédure. Il a fait valoir, en substance, que les points de fait et de droit sur lesquels portait
         ce recours n’avaient pas été « effectivement ou nécessairement tranchés » par l’arrêt Sison I, point 1 supra. Plus particulièrement,
         le Tribunal n’aurait pas examiné, dans cet arrêt, les préjudices résultant du comportement du Conseil postérieur au 29 mai
         2006, ni les préjudices résultant de l’« illégalité substantielle » de l’action du Conseil. Par ailleurs, un rejet du présent
         recours en indemnité, fondé sur l’exception de la chose jugée, porterait, selon lui, atteinte à son droit à un recours effectif
         devant un tribunal impartial, conformément à l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, proclamée
         le 7 décembre 2000 à Nice (JO C 364, p. 1). 
      
      19      Dans leurs observations écrites, respectivement déposées au greffe du Tribunal le 8 et le 7 mars 2011, le Conseil et le Royaume
         des Pays-Bas, d’une part, et la Commission européenne, d’autre part, ont répondu par l’affirmative à la question posée par
         le Tribunal. 
      
      20      À cet égard, il convient de rappeler que la fin de non-recevoir tirée de l’autorité de la chose jugée, selon laquelle est
         irrecevable un recours qui oppose les mêmes parties, porte sur le même objet et est fondé sur la même cause qu’un recours
         déjà tranché, est d’ordre public (voir arrêt du Tribunal du 26 février 2003, Lucaccioni/Commission, T‑164/01, RecFP p. I‑A‑67
         et II‑367, point 28, et la jurisprudence citée) et peut donc, voire doit, être examinée d’office par le juge. Selon une jurisprudence
         bien établie, l’autorité de la chose jugée ne s’attache qu’aux points de fait et de droit qui ont été effectivement ou nécessairement
         tranchés par la décision juridictionnelle en cause (voir arrêts de la Cour du 15 octobre 2002, Limburgse Vinyl Maatschappij
         e.a./Commission, C‑238/99 P, C‑244/99 P, C‑245/99 P, C‑247/99 P, C‑250/99 P à C‑252/99 P et C‑254/99 P, Rec. p. I‑8375, point
         44, et du 12 juin 2008, Commission/Portugal, C‑462/05, Rec. p. I‑4183, point 23, et la jurisprudence citée).
      
      21      En l’espèce, il ressort d’une comparaison entre les divers préjudices dont la réparation était demandée, au titre de la responsabilité
         non contractuelle de la Communauté, dans le cadre de l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt Sison I, point 1 supra (voir point
         228 de cet arrêt), et certains des préjudices dont la réparation est demandée, au titre de cette même responsabilité, dans
         le cadre de la présente affaire (voir rapport d’audience, points 38, 41 et 49), que ceux-ci se recoupent partiellement, ratione
         temporis, dans la mesure où ils se rattachent à la période comprise entre octobre 2002 et la date du prononcé de l’arrêt Sison I,
         point 1 supra. Par ailleurs, le requérant a lui-même soutenu, dans ses écritures, que tous ces préjudices avaient été causés
         par la même illégalité de fond ayant entaché le comportement du Conseil (voir point 15 ci-dessus). 
      
      22      Or, il convient de rappeler que, dans l’arrêt Sison I, point 1 supra, le Tribunal, tout en ne s’estimant pas en mesure d’apprécier
         si la condition relative à l’illégalité du comportement reproché au Conseil était satisfaite, et notamment si le Conseil avait
         commis une erreur manifeste d’appréciation en décidant de geler les fonds du requérant sur la base des éléments dont il disposait
         ou s’il avait méconnu de manière manifeste et grave les limites qui s’imposaient à son pouvoir d’appréciation (arrêt Sison I,
         point 1 supra, point 242), a considéré que la demande en indemnité devait être rejetée, en tout état de cause, dès lors que
         ni la réalité et l’étendue des préjudices allégués, tels qu’énumérés au point 228 dudit arrêt, ni l’existence d’un lien de
         causalité entre ces préjudices et les illégalités de fond invoquées au soutien de cette demande, n’étaient établies à suffisance
         de droit (arrêt Sison I, point 1 supra, points 243 et 251).
      
      23      Contrairement à ce que soutient le requérant, ces considérations relatives à l’absence de preuve de la réalité et de l’étendue
         des préjudices allégués ainsi que de l’existence d’un lien de causalité entre ces préjudices et les illégalités de fond invoquées
         ne sauraient être qualifiées d’« incidentes » ou de « non nécessaires » dans l’appréciation du Tribunal. Par ailleurs, le
         requérant est mal fondé à soutenir qu’il n’aurait pas été en droit de former un pourvoi contre le rejet de son recours en
         indemnité motivé par ces mêmes considérations. Enfin, le principe de l’autorité de la chose jugée constitue un principe général
         commun aux droits des États membres, dont l’application en l’espèce ne saurait en aucun cas être qualifiée de contraire aux
         dispositions de l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. 
      
      24      Il s’ensuit que, pour la période courant d’octobre 2002 jusqu’au jour du prononcé de l’arrêt Sison I, point 1 supra, le 11
         juillet 2007, l’autorité de la chose jugée qui s’attache à cet arrêt s’oppose à ce que le requérant puisse demander à nouveau,
         au titre des articles 235 CE et 288 CE, la réparation d’un préjudice correspondant à celui dont la demande de réparation au
         même titre a déjà été rejetée par ledit arrêt (voir, en ce sens, ordonnances de la Cour du 28 novembre 1996, Lenz/Commission,
         C‑277/95 P, Rec. p. I‑6109, points 52 à 54, et du 9 juin 2010, Commission/Schneider Electric, C‑440/07 P, non publiée au Recueil,
         points 52 et 53 ; arrêts du Tribunal du 8 décembre 2005, Reynolds/Parlement, T‑237/00, RecFP p. I‑A‑385 et II‑1731, point
         193, et du 15 octobre 2008, Camar/Commission, T‑457/04 et T‑223/05, non publié au Recueil, point 79).
      
      25      Le présent recours en indemnité doit dès lors être rejeté comme irrecevable pour autant qu’il vise à la réparation du préjudice
         prétendument causé par les actes attaqués dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt Sison I, point 1 supra.
      
       Sur le fond
       Observations liminaires sur les conditions d’engagement de la responsabilité non contractuelle de la Communauté et sur la
         portée de l’arrêt Sison II
      
      26      Le requérant estime que les trois conditions d’engagement de la responsabilité non contractuelle de la Communauté énoncées
         aux articles 235 CE et 288, deuxième alinéa, CE sont réunies en l’espèce. Selon lui, en effet, l’illégalité ayant entaché
         les actes attaqués en l’espèce consiste en une violation suffisamment caractérisée d’une règle de droit ayant pour objet de
         conférer des droits aux particuliers et elle lui a causé de manière suffisamment directe un préjudice grave, qu’il détaille
         en quatre catégories de dommages, outre les intérêts. 
      
      27      Le Conseil fait valoir qu’aucune des trois conditions d’engagement de la responsabilité de la Communauté n’est remplie en
         l’espèce.
      
      28      À cet égard, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, l’engagement de la responsabilité non contractuelle
         de la Communauté, au sens de l’article 288, deuxième alinéa, CE, pour comportement illicite de ses organes, est subordonné
         à la réunion d’un ensemble de conditions, à savoir l’illégalité du comportement reproché aux institutions, la réalité du dommage
         et l’existence d’un lien de causalité entre le comportement allégué et le préjudice invoqué (voir arrêt de la Cour du 9 septembre
         2008, FIAMM et FIAMM Technologies/Conseil et Commission, C‑120/06 P et C‑121/06 P, Rec. p. I‑6513, point 106, et la jurisprudence
         citée ; arrêts du Tribunal du 11 juillet 2007, Schneider Electric/Commission, T‑351/03, Rec. p. II‑2237, point 113, et Sison I,
         point 1 supra, point 232).
      
      29      Le caractère cumulatif de ces trois conditions d’engagement de la responsabilité implique que, lorsque l’une d’entre elles
         n’est pas remplie, le recours en indemnité doit être rejeté dans son ensemble, sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres
         conditions (arrêt de la Cour du 8 mai 2003, T. Port/Commission, C‑122/01 P, Rec. p. I‑4261, point 30 ; arrêts Schneider Electric/Commission,
         point 28 supra, point 120, et Sison I, point 1 supra, point 233).
      
      30      En l’espèce, le Tribunal estime opportun d’examiner d’abord si la condition relative à l’illégalité du comportement du Conseil
         est remplie.
      
      31      À cet égard, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence bien établie, la constatation de l’illégalité d’un acte
         juridique – telle que l’illégalité des actes attaqués en l’espèce au regard de l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001
         du Conseil, du 27 décembre 2001 [JO L 344, p. 70, rectificatif JO 2007, L 164, p. 36], et de l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931/PESC du Conseil, du 27 décembre 2001, relative à l’application de mesures
         spécifiques en vue de lutter contre le terrorisme (JO L 344, p. 93) – ne suffit pas, pour regrettable que soit cette illégalité,
         pour considérer que la condition d’engagement de la responsabilité de la Communauté tenant à l’illégalité du comportement
         reproché aux institutions est remplie [voir, en ce sens, arrêt de la Cour du 19 avril 2007, Holcim (Deutschland)/Commission,
         C‑282/05 P, Rec. p. I‑2941, point 47, et arrêts du Tribunal du 6 mars 2003, Dole Fresh Fruit International/Conseil et Commission,
         T‑56/00, Rec. p. II‑577, points 72 à 75, et du 9 septembre 2008, MyTravel/Commission, T‑212/03, Rec. p. II‑1967, points 43
         et 85].
      
      32      En effet, selon la jurisprudence, le recours en indemnité a été institué comme une voie autonome, ayant sa fonction particulière
         dans le système des voies de recours et subordonnée à des conditions d’exercice conçues en vue de son objet spécifique (arrêt
         de la Cour du 17 décembre 1981, Ludwigshafener Walzmühle Erling e.a./Conseil et Commission, 197/80 à 200/80, 243/80, 245/80
         et 247/80, Rec. p. 3211, point 4 ; voir également, en ce sens, arrêt de la Cour du 26 février 1986, Krohn Import-Export/Commission,
         175/84, Rec. p. 753, point 32 ). Alors que les recours en annulation et en carence visent à sanctionner l’illégalité d’un
         acte juridiquement contraignant ou l’absence d’un tel acte, le recours en indemnité a pour objet la demande en réparation
         d’un préjudice découlant d’un acte ou d’un comportement illicite imputable à une institution (arrêt du Tribunal du 27 novembre
         2007, Pitsiorlas/Conseil et BCE, T‑3/00 et T‑337/04, Rec. p. II‑4779, point 283). Ainsi, le recours en indemnité ne vise pas
         à assurer la réparation du préjudice causé par toute illégalité (arrêt du Tribunal du 3 mars 2010, Artegodan/Commission, T‑429/05,
         non encore publié au Recueil, point 51).
      
      33      Pour admettre qu’il est satisfait à la condition d’engagement de la responsabilité non contractuelle de la Communauté relative
         à l’illégalité du comportement reproché aux institutions, la jurisprudence exige que soit établie une violation suffisamment
         caractérisée d’une règle de droit « ayant pour objet de conférer des droits aux particuliers » [arrêts de la Cour du 4 juillet
         2000, Bergaderm et Goupil/Commission, C‑352/98 P, Rec. p. I‑5291, point 42, et Holcim (Deutschland)/Commission, point 31 supra,
         point 47 ; arrêt Sison I, point 1 supra, point 234] ou, selon une formulation plus ancienne, d’une règle de droit « protégeant
         les particuliers » (arrêts de la Cour du 13 mars 1992, Vreugdenhil/Commission, C‑282/90, Rec. p. I‑1937, point 19, et du 11
         février 1999, Antillean Rice Mills e.a./Commission, C‑390/95 P, Rec. p. I‑769, points 58 et 59), voire d’une règle de droit
         « ayant pour objet de protéger les particuliers » (arrêts du Tribunal du 14 novembre 2002, Rica Foods/Commission, T‑332/00
         et T‑350/00, Rec. p. II‑4755, point 222, et du 25 février 2003, Renco/Conseil, T‑4/01, Rec. p. II‑171, point 60). Le Tribunal
         considère ces trois expressions comme étant de simples variantes d’un même concept juridique, qui sera exprimé dans la suite
         du présent arrêt par la formule « ayant pour objet de conférer des droits aux particuliers ».
      
      34      Cette exigence d’une violation suffisamment caractérisée du droit communautaire, au sens de l’arrêt Bergaderm et Goupil/Commission,
         point 33 supra, vise, quelle que soit la nature de l’acte illicite en cause, à éviter que le risque d’avoir à supporter les
         dommages allégués par les personnes concernées n’entrave la capacité de l’institution concernée à exercer pleinement ses compétences
         dans l’intérêt général, tant dans le cadre de son activité à portée normative ou impliquant des choix de politique économique
         que dans la sphère de sa compétence administrative, sans pour autant laisser peser sur des particuliers la charge des conséquences
         de manquements flagrants et inexcusables (voir, en ce sens, arrêts Schneider Electric/Commission, point 28 supra, point 125 ;
         MyTravel/Commission, point 31 supra, point 42, et Artegodan/Commission, point 32 supra, point 55).
      
      35      Le critère décisif permettant de considérer que cette exigence est respectée est celui de la méconnaissance manifeste et grave,
         par l’institution concernée, des limites qui s’imposent à son pouvoir d’appréciation [arrêts Bergaderm et Goupil/Commission,
         point 33 supra, point 43, et Holcim (Deutschland)/Commission, point 31 supra, point 47 ; arrêt Sison I, point 1 supra, point
         235]. Ce qui est donc déterminant pour établir si l’on se trouve en présence d’une telle violation, c’est la marge d’appréciation
         dont disposait l’institution en cause (voir arrêt de la Cour du 12 juillet 2005, Commission/CEVA et Pfizer, C‑198/03 P, Rec.
         p. I‑6357, point 66, et la jurisprudence citée). Il découle ainsi des critères jurisprudentiels que, lorsque l’institution
         concernée ne dispose que d’une marge d’appréciation considérablement réduite, voire inexistante, la simple infraction au droit
         communautaire peut suffire à établir l’existence d’une violation suffisamment caractérisée (arrêts de la Cour Bergaderm et
         Goupil/Commission, point 33 supra, point 44 ; du 10 décembre 2002, Commission/Camar et Tico, C‑312/00 P, Rec. p. I‑11355,
         point 54, et du 16 juillet 2009, Commission/Schneider Electric, C‑440/07 P, Rec. p. I‑6413, point 160 ; arrêt du Tribunal
         du 12 juillet 2001, Comafrica et Dole Fresh Fruit Europe/Commission, T‑198/95, T‑171/96, T‑230/97, T‑174/98 et T‑225/99, Rec.
         p. II‑1975, point 134).
      
      36      Toutefois, cette jurisprudence n’établit aucun lien automatique entre, d’une part, l’absence de pouvoir d’appréciation de
         l’institution concernée et, d’autre part, la qualification de l’infraction de violation suffisamment caractérisée du droit
         communautaire (arrêt Artegodan/Commission, point 32 supra, point 59).
      
      37      En effet, bien qu’elle présente un caractère déterminant, l’étendue du pouvoir d’appréciation de l’institution concernée ne
         constitue pas un critère exclusif. À cet égard, la Cour a rappelé de manière constante que le régime qu’elle a dégagé au titre
         de l’article 288, deuxième alinéa, CE prend, en outre, notamment en compte la complexité des situations à régler et les difficultés
         d’application ou d’interprétation des textes [arrêts de la Cour Bergaderm et Goupil/Commission, point 33 supra, point 40 ;
         Commission/Camar et Tico, point 35 supra, point 52 ; Commission/CEVA et Pfizer, point 35 supra, point 62 ; Holcim (Deutschland)/Commission,
         point 31 supra, point 50, et Commission/Schneider Electric, point 35 supra, point 161 ; arrêt du Tribunal MyTravel/Commission,
         point 31 supra, point 38].
      
      38      En particulier, en présence d’une marge d’appréciation de la Commission réduite [arrêt du Tribunal du 21 avril 2005, Holcim
         (Deutschland)/Commission, T‑28/03, Rec. p. II‑1357, point 100] ou considérablement réduite, voire inexistante (arrêt Commission/Schneider
         Electric, point 35 supra, point 166), la Cour a confirmé le bien-fondé de l’examen par le Tribunal de la complexité des situations
         à régler aux fins d’apprécier si la violation du droit communautaire alléguée était suffisamment caractérisée [arrêt du 19
         avril 2007, Holcim (Deutschland)/Commission, point 31 supra, point 51, et arrêt Commission/Schneider Electric, point 35 supra,
         point 160]. 
      
      39      Il s’ensuit que seule la constatation d’une irrégularité que n’aurait pas commise, dans des circonstances analogues, une administration
         normalement prudente et diligente permet d’engager la responsabilité de la Communauté (arrêt Artegodan/Commission, point 32
         supra, point 62). 
      
      40      Il appartient dès lors au juge de l’Union, après avoir déterminé, d’abord, si l’institution concernée disposait d’une marge
         d’appréciation, de prendre en considération, ensuite, la complexité de la situation à régler, les difficultés d’application
         ou d’interprétation des textes, le degré de clarté et de précision de la règle violée et le caractère intentionnel ou inexcusable
         de l’erreur commise (voir, en ce sens, arrêts du Tribunal Comafrica et Dole Fresh Fruit Europe/Commission, point 35 supra,
         points 138 et 149, et du 26 janvier 2006, Medici Grimm/Conseil, T‑364/03, Rec. p. II‑79, points 79 et 87 ; voir également,
         par analogie, en ce qui concerne la responsabilité non contractuelle d’un État membre pour violation du droit communautaire,
         arrêt de la Cour du 4 juillet 2000, Haim, C‑424/97, Rec. p. I‑5123, points 41 à 43). En tout état de cause, une violation
         du droit communautaire est manifestement caractérisée lorsqu’elle a perduré malgré le prononcé d’un arrêt constatant le manquement
         reproché, d’un arrêt préjudiciel ou d’une jurisprudence bien établie en la matière, desquels résulte le caractère infractionnel
         du comportement en cause (voir, par analogie, arrêt de la Cour du 13 mars 2007, Test Claimants in the Thin Cap Group Litigation,
         C‑524/04, Rec. p. I‑2107, point 120, et la jurisprudence citée). 
      
      41      En l’espèce, le requérant invoque, d’une part, une violation de l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001, lu en
         combinaison avec l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931, et, d’autre part, une violation de ses droits fondamentaux, notamment le
         droit au respect de sa vie privée et le droit au respect de ses biens.
      
      42      Le Conseil soutient, d’une part, que l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001 et l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931 ne sont pas des règles de droit conférant des droits aux particuliers et que,
         en tout état de cause, leur violation n’est pas suffisamment caractérisée dans les circonstances de l’espèce. Il soutient,
         d’autre part, que la violation des droits fondamentaux du requérant n’est pas établie à suffisance de droit.
      
      43      Il importe de relever, à cet égard, que le moyen tiré d’une violation de l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001
         et de l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931 a été accueilli par le Tribunal dans l’arrêt Sison II, point 1 supra (points
         122 et 138). Cette violation doit dès lors être considérée comme acquise, ainsi que l’admettent les parties. En revanche,
         le Tribunal a rejeté les moyens tirés d’une violation de l’obligation de motivation (arrêt Sison II, point 1 supra, point
         71) et d’une erreur manifeste d’appréciation des faits (arrêt Sison II, point 1 supra, points 89 et 122). Par ailleurs, le
         Tribunal ne s’est pas prononcé, dans l’arrêt Sison II, point 1 supra, sur les moyens tirés d’une violation du principe de
         proportionnalité et d’une violation des principes généraux du droit communautaire et des droits fondamentaux (arrêt Sison II,
         point 1 supra, points 123 et 138).
      
      44      Il y a dès lors lieu de vérifier d’abord, à la lumière des critères jurisprudentiels exposés ci-dessus, si le Conseil, en
         méconnaissant l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001 et l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931, a violé de manière suffisamment caractérisée des règles de droit ayant pour
         objet de conférer des droits aux particuliers. Il y a ensuite lieu de vérifier si la violation alléguée des droits fondamentaux
         du requérant est établie et, dans l’affirmative, si cette violation est suffisamment caractérisée.
      
       Sur l’engagement de la responsabilité de la Communauté en raison d’une violation de l’article 2, paragraphe 3, du règlement
         n° 2580/2001 et de l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931
      
      45      Vu l’argumentation du Conseil, il convient d’examiner, en premier lieu, si ces dispositions ont bien pour objet de conférer
         des droits aux particuliers, au sens de la jurisprudence constante citée au point 33 ci-dessus, comme le soutient le requérant.
      
      46      À cet égard, contrairement à ce que soutient le requérant, l’arrêt de la Cour du 18 janvier 2007, PKK et KNK/Conseil (C‑229/05 P,
         Rec. p. I‑439, points 110 et 111), ne fournit aucune indication pertinente pour le cas d’espèce. Cet arrêt concernait un recours
         en annulation et la Cour ne s’y est nullement exprimée sur la question de savoir si les dispositions en cause en l’espèce
         avaient pour objet de conférer des droits aux particuliers.
      
      47      Cela étant, il découle de la jurisprudence que cette condition est remplie lorsque la règle de droit violée, tout en visant
         par essence des intérêts de caractère général, assure également la protection des intérêts individuels des personnes concernées
         (voir, en ce sens, arrêt de la Cour du 14 juillet 1967, Kampffmeyer e.a./Commission, 5/66, 7/66 et 13/66 à 24/66, Rec. p. 317,
         340 ; arrêts du Tribunal du 10 avril 2002, Lamberts/Médiateur, T‑209/00, Rec. p. II-2203, point 87, et Artegodan/Commission,
         point 32 supra, point 72).
      
      48      Contrairement à ce que soutient le Conseil, qui se réfère notamment à l’arrêt du Tribunal du 23 octobre 2008, People’s Mojahedin
         Organization of Iran/Conseil, dit « PMOI I » (T‑256/07, Rec. p. II‑3019), les dispositions en cause en l’espèce ne visent
         pas à délimiter les domaines de compétence respectifs de la Communauté et des États membres, dans le cadre du mécanisme de
         coopération à deux niveaux que prévoit la procédure de gel des fonds instaurée par la position commune 2001/931, en déterminant
         quelles décisions nationales peuvent donner lieu à l’adoption d’une mesure communautaire (voir, à cet égard, arrêt PMOI I,
         précité, point 133).
      
      49      En effet, dans le système instauré par le règlement n° 2580/2001, qui vise à mettre en œuvre, au niveau communautaire, les
         mesures restrictives spécifiques à l’encontre de certaines personnes et entités dans le cadre de la lutte contre le terrorisme
         décrites dans la position commune 2001/931, l’article 2, paragraphe 3, dudit règlement, lu en combinaison avec l’article 1er, paragraphe 4, de ladite position commune, énonce plutôt les conditions légales dans lesquelles de telles mesures peuvent
         être prises par la Communauté, dont la compétence à cet égard est tenue pour acquise (arrêt Sison II, point 1 supra, points
         91 et suivants). Il ne s’agit donc pas de simples règles attributives de compétence ou relatives à la base juridique, comme
         celles en cause dans les affaires invoquées par le Conseil ou dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt Artegodan/Commission,
         point 32 supra. La jurisprudence issue de ces affaires n’est, dès lors, pas pertinente en l’espèce.
      
      50      Il convient de relever, par ailleurs, à l’instar du requérant, que ces mesures restrictives, consistant dans le gel de l’ensemble
         des avoirs des intéressés, constituent de toute évidence une ingérence des autorités publiques dans l’exercice des droits
         fondamentaux des personnes qui en font l’objet. Bien que la question de savoir si cette ingérence était légitime en l’espèce
         soit une question distincte, qui devra, le cas échéant, être examinée dans le cadre de l’examen de la violation alléguée de
         ces droits, le fait même qu’une telle ingérence n’est admissible qu’à certaines conditions, déterminées par les instruments
         relatifs à la protection des droits fondamentaux [voir, par exemple, l’article 8, paragraphe 2, de la convention de sauvegarde
         des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950 (ci-après la « CEDH »), pour ce qui
         concerne le droit au respect de la vie privée], entraîne certaines conséquences pour le statut des règles qui mettent en œuvre
         ces conditions.
      
      51      Ainsi, bien que le règlement n° 2580/2001, considéré ensemble avec la position commune 2001/931, ait essentiellement pour
         objet de permettre l’imposition par le Conseil de certaines restrictions aux droits des particuliers, dans le cadre et au
         nom de la lutte contre le terrorisme international, les dispositions de ce règlement et de cette position commune qui énoncent,
         de façon limitative, les conditions dans lesquelles de telles restrictions sont permises, telles que celles de l’article 2,
         paragraphe 3, dudit règlement, lu en combinaison avec l’article 1er, paragraphe 4, de ladite position commune, ont essentiellement pour objet, a contrario, de protéger les intérêts individuels
         des particuliers concernés, en limitant les cas d’application, l’étendue ou l’intensité des mesures restrictives auxquelles
         ceux-ci peuvent légalement être astreints.
      
      52      De telles dispositions assurent ainsi la protection des intérêts individuels des personnes susceptibles d’être concernées
         et elles sont, dès lors, à considérer comme des règles de droit ayant pour objet de conférer des droits aux particuliers,
         au sens de la jurisprudence constante citée au point 33 ci-dessus. Si les conditions de fond énoncées à l’article 2, paragraphe
         3, de ce règlement, lu en combinaison avec l’article 1er, paragraphe 4, de cette position commune, ne sont pas réunies, le particulier concerné a en effet le droit de ne pas se voir
         imposer les mesures en question. Un tel droit implique nécessairement que le particulier auquel des mesures restrictives sont
         imposées dans des conditions non prévues par les dispositions en question puisse demander à être indemnisé des conséquences
         dommageables de ces mesures, s’il s’avère que leur imposition repose sur une violation suffisamment caractérisée des règles
         de fond appliquées par le Conseil (voir, par analogie, arrêt MyTravel/Commission, point 31 supra, point 48).
      
      53      En second lieu, s’agissant de la condition relative à une violation suffisamment caractérisée de ces règles, il convient tout
         d’abord de déterminer l’étendue du pouvoir d’appréciation dont disposait le Conseil en l’espèce.
      
      54      À cet égard, il convient de relever que, si le Conseil dispose d’un large pouvoir d’appréciation quant aux éléments à prendre
         en considération en vue de l’adoption de sanctions économiques et financières sur la base des articles 60 CE, 301 CE et 308 CE
         conformément à une position commune adoptée au titre de la politique étrangère et de sécurité commune, notamment pour ce qui
         concerne les considérations d’opportunité sur lesquelles de telles décisions sont fondées (voir arrêt Sison II, point 1 supra,
         point 97, et la jurisprudence citée), il est, en revanche, lié par les conditions légales d’application d’une mesure de gel
         des fonds à une personne, à un groupe ou à une entité, telles qu’elles sont déterminées par l’article 2, paragraphe 3, du
         règlement n° 2580/2001, lu en combinaison avec l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931 (voir arrêt Sison II, point 1 supra, point 92, et la jurisprudence citée).
         
      
      55      Aux termes de l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001, le Conseil, statuant à l’unanimité, établit, révise et
         modifie la liste de personnes, de groupes et d’entités auxquels ledit règlement s’applique, conformément aux dispositions
         de l’article 1er, paragraphes 4 à 6, de la position commune 2001/931. La liste en question doit donc être établie, conformément aux dispositions
         de l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931, sur la base d’informations précises ou d’éléments de dossier qui montrent
         qu’une décision a été prise par une autorité compétente à l’égard des personnes, des groupes et des entités visés, qu’il s’agisse
         de l’ouverture d’enquêtes ou de poursuites pour un acte terroriste, ou la tentative de commettre, ou la participation à, ou
         la facilitation d’un tel acte, fondée sur des preuves ou des indices sérieux et crédibles, ou qu’il s’agisse de la condamnation
         pour de tels faits. On entend par « autorité compétente » une autorité judiciaire ou, si les autorités judiciaires n’ont aucune
         compétence en la matière, une autorité compétente équivalente dans ce domaine. Par ailleurs, les noms des personnes et des
         entités reprises sur la liste doivent faire l’objet d’un réexamen à intervalles réguliers, au moins une fois par semestre,
         afin de s’assurer que leur maintien sur la liste demeure justifié, conformément aux dispositions de l’article 1er, paragraphe 6, de la position commune 2001/931.
      
      56      Au point 93 de l’arrêt Sison II, point 1 supra, le Tribunal a rappelé qu’il avait, dans de précédents arrêts, déduit de ces
         dispositions que la vérification de l’existence d’une décision d’une autorité nationale répondant à la définition de l’article
         1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931 apparaît comme une condition préalable essentielle à l’adoption, par le Conseil,
         d’une décision initiale de gel des fonds, tandis que la vérification des suites réservées à cette décision au niveau national
         apparaît indispensable dans le contexte de l’adoption d’une décision subséquente de gel des fonds. 
      
      57      Il découle de cette jurisprudence bien établie du Tribunal que le Conseil ne dispose d’aucune marge discrétionnaire lorsqu’il
         apprécie si les éléments de fait et de droit susceptibles de conditionner l’application d’une mesure de gel des fonds à une
         personne, à un groupe ou à une entité, tels qu’ils sont définis par l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001,
         lu en combinaison avec l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931, sont réunis dans un cas d’espèce. Il en va ainsi, tout particulièrement,
         de la vérification de l’existence d’informations précises ou d’éléments de dossier qui montrent qu’une décision d’une autorité
         nationale répondant à la définition de l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931 a été prise à l’égard de l’intéressé et, ultérieurement, de la vérification
         des suites réservées à cette décision au niveau national (voir, à cet égard, arrêt Sison II, point 1 supra, point 96, et la
         jurisprudence citée relative aux affaires ayant concerné le gel des fonds de l’Organisation des Modjahedines du peuple d’Iran/People’s
         Mojahedin Organization of Iran). 
      
      58      Toutefois, contrairement aux allégations du requérant, cette seule circonstance ne suffit pas pour considérer que la violation
         de ces dispositions est suffisamment caractérisée en l’espèce pour engager la responsabilité de la Communauté. En effet, ainsi
         qu’il a déjà été rappelé (voir points 37 à 39 ci-dessus), il incombe au juge de prendre également en considération notamment
         la complexité en droit et en fait de la situation à régler ainsi que les difficultés d’application ou d’interprétation des
         textes. 
      
      59      En l’occurrence, il convient en outre de relever que les mesures restrictives prévues par le règlement n° 2580/2001 et par
         la position commune 2001/931 visent à la mise en œuvre, au niveau de la Communauté, de la résolution 1373 (2001) du Conseil
         de sécurité des Nations unies, du 28 septembre 2001, arrêtant des stratégies pour lutter par tous les moyens contre le terrorisme
         et, en particulier, contre son financement (arrêt Sison I, point 1 supra, points 4 à 12). 
      
      60      Ainsi que la Cour l’a déjà jugé dans le cadre d’un autre régime communautaire de mesures restrictives de nature économique
         mettant également en œuvre des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité au titre du chapitre VII de la charte des Nations
         unies, la lutte par tous les moyens, conformément à ladite charte, contre les menaces à l’égard de la paix et de la sécurité
         internationales que font peser les actes de terrorisme constitue un objectif d’intérêt général fondamental pour la communauté
         internationale, qui justifie en principe l’adoption de mesures restrictives, telles que celles en cause en l’espèce, à l’égard
         de certaines personnes (arrêt de la Cour du 3 septembre 2008, Kadi et Al Barakaat International Foundation/Conseil et Commission,
         C‑402/05 P et C‑415/05 P, Rec. p. I‑6351, ci-après l’« arrêt Kadi de la Cour », points 361 à 363). L’importance fondamentale
         de cet objectif d’intérêt général et les contraintes particulières que sa poursuite « par tous les moyens » impose aux institutions
         de l’Union concernées, à la demande pressante du Conseil de sécurité des Nations unies, sont également des facteurs qu’il
         importe de prendre en considération, conformément à la jurisprudence citée au point 34 ci-dessus.
      
      61      En l’espèce, il incombe dès lors au Tribunal d’examiner la complexité en droit et en fait de la situation à régler, dans le
         cas particulier du requérant, ainsi que les difficultés d’application ou d’interprétation des dispositions pertinentes du
         règlement n° 2580/2001 et de la position commune 2001/931, en tenant compte, en particulier, de l’importance des objectifs
         d’intérêt général poursuivis, afin d’établir si l’erreur de droit qu’a commise le Conseil constitue une irrégularité que n’aurait
         pas commise une administration normalement prudente et diligente placée dans des circonstances analogues (voir point 39 ci-dessus).
      
      62      Dans ce contexte, bien que la violation de l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001, lu en combinaison avec l’article
         1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931, soit clairement établie (arrêt Sison II, point 1 supra, point 113), il importe
         de prendre en considération les difficultés particulières liées à l’interprétation et à l’application, en l’espèce, de ces
         dispositions. À cet égard, le Tribunal estime que les difficultés liées à l’interprétation littérale et systématique des conditions
         d’adoption d’une mesure de gel des fonds, énoncées par lesdites dispositions, à la lumière de l’ensemble du système communautaire
         de gel des fonds et au regard des objectifs d’intérêt général poursuivis, pouvaient raisonnablement expliquer, en l’absence
         de précédent jurisprudentiel bien établi en la matière, l’erreur de droit qu’a commise le Conseil dans l’application de ces
         dispositions, en ce qu’il s’est fondé à tort sur l’arrêt du Raad van State (Conseil d’État, Pays-Bas) du 21 février 1995 (ci-après
         l’« arrêt du Raad van State ») et sur la décision de l’arrondissementsrechtbank te ‘s-Gravenhage (tribunal de district de
         La Haye, ci-après la « rechtbank »), Sector Bestuurrecht, Rechtseenheidskamer Vreemdelingenzaken (section du droit administratif,
         chambre pour l’application uniforme du droit, affaires relatives aux étrangers) du 11 septembre 1997 (ci-après la « décision
         de la rechtbank »).
      
      63      Force est en effet de constater d’emblée que le libellé même de ces dispositions est particulièrement confus. Ainsi, selon
         les termes de l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931, on entend par « autorité compétente » une « autorité judiciaire ou, si les
         autorités judiciaires n’ont aucune compétence dans le domaine couvert par le présent paragraphe, une autorité compétente équivalente
         en ce domaine ». Aucune définition n’est donnée de ce que peut être une « autorité compétente équivalente » à une autorité
         judiciaire compétente dans le « domaine couvert par [ce] paragraphe », à savoir celui des décisions notamment d’ouverture
         d’enquêtes ou de poursuites, en relation avec une activité terroriste. Il est malaisé, par ailleurs, de concevoir que les
         autorités judiciaires d’un quelconque État membre de l’Union, constitué en État de droit et membre d’une Union de droit, n’aient
         « aucune compétence » dans ce domaine. De même, par corollaire, ni la notion de décision d’« ouverture d’enquêtes ou de poursuites »
         pour faits de terrorisme ni même celle de décision de « condamnation pour de tels faits » ne se laissent aisément appréhender.
         Par ailleurs, il n’est pas spécifié si l’interprétation de ces dispositions doit se faire par référence et renvoi au droit
         national ou si elles ont un contenu autonome en droit de l’Union, qu’il revient alors au seul juge de l’Union de dégager.
         Dans l’un et l’autre cas, il n’est pas évident que les différentes versions linguistiques de ces dispositions recouvrent la
         même réalité nationale sous-jacente. Ainsi, dans certaines versions linguistiques, les termes utilisés peuvent être ceux du
         droit pénal au sens strict, tandis que, dans d’autres versions linguistiques, leur interprétation peut déborder de ce cadre
         strictement pénal. 
      
      64      Il convient de relever, par ailleurs, que, en l’espèce, la responsabilité du Conseil n’est pas mise en cause en tant qu’autorité
         législative, auteure des dispositions en question, mais en tant qu’autorité administrative, responsable de leur mise en œuvre.
      
      65      Or, les difficultés susmentionnées d’interprétation des dispositions en question ont nécessairement entraîné des difficultés
         considérables dans leur mise en œuvre, ce qu’atteste l’abondante jurisprudence du Tribunal relative à ce contentieux particulier
         [voir, outre les arrêts Sison I et Sison II, point 1 supra, arrêts du Tribunal du 12 décembre 2006, Organisation des Modjahedines
         du peuple d’Iran/Conseil, dit « OMPI » (T‑228/02, Rec. p. II‑4665) ; du 11 juillet 2007, Al‑Aqsa/Conseil, dit « Al-Aqsa I »
         (T‑327/03, non publié au Recueil) ; PMOI I, point 48 supra ; du 4 décembre 2008, People’s Mojahedin Organization of Iran/Conseil,
         dit « PMOI II » (T‑284/08, Rec. p. II‑3487, actuellement sous pourvoi dans l’affaire C‑27/09 P) ; du 2 septembre 2009, El
         Morabit/Conseil (T‑37/07 et T‑323/07, non publié au Recueil) ; du 9 septembre 2010, Al-Aqsa/Conseil, dit « Al-Aqsa II » (T‑348/07,
         non encore publié au Recueil), et du 7 décembre 2010, Fahas/Conseil (T‑49/07, non encore publié au Recueil)]. Ce n’est, ainsi,
         qu’au travers de l’examen d’une dizaine d’affaires, échelonné sur plusieurs années, que le Tribunal a progressivement élaboré
         un cadre rationnel et cohérent d’interprétation des dispositions en cause. Ce processus d’élaboration graduelle de la jurisprudence
         est particulièrement perceptible aux points 91 et suivants de l’arrêt Sison II, point 1 supra, qui opèrent la synthèse des
         arrêts précédents en la matière.
      
      66      Plus spécifiquement, il convient de relever, tout d’abord, que le Tribunal n’a donné aucune indication, dans l’arrêt Sison I,
         point 1 supra, quant au point de savoir si l’arrêt du Raad van State et la décision de la rechtbank pouvaient être considérés
         comme des décisions prises par une autorité nationale compétente, au sens de l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001
         et de l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931 (voir, à cet égard, arrêt Sison I, point 1 supra, point 242). Cet arrêt n’a
         donc pas pu servir de précédent au Conseil, au sens de la jurisprudence citée au point 40 ci-dessus, dans le processus d’adoption
         des actes attaqués en l’espèce. 
      
      67      Dans la présente espèce, en revanche, le Tribunal a longuement procédé à l’examen du contenu, de la portée et du contexte
         des décisions des autorités nationales sur lesquelles se fondaient les actes attaqués, à savoir l’arrêt du Raad van State
         et la décision de la rechtbank, aux points 46 à 70 de l’arrêt Sison I, point 1 supra, et aux points 88, 90 et 100 à 106 de
         l’arrêt Sison II, point 1 supra, auxquels il est ici renvoyé. 
      
      68      S’agissant de la qualification de ces décisions nationales au regard de l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001
         et de l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931, à laquelle il a été procédé aux points 107 et suivants de l’arrêt Sison II,
         point 1 supra, il convient de relever que, au point 111 dudit arrêt Sison II, le Tribunal a énoncé, pour la première fois,
         certains critères généraux d’interprétation et d’application de ces dispositions. Le Tribunal a ainsi « estim[é] » que, eu
         égard tant aux termes, au contexte et aux finalités des dispositions en cause en l’espèce qu’au rôle majeur joué par les autorités
         nationales dans le processus de gel des fonds prévu à l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001, une décision d’« ouverture
         d’enquêtes ou de poursuites » doit, pour pouvoir être valablement invoquée par le Conseil, s’inscrire dans le cadre d’une
         procédure nationale visant directement et à titre principal à l’imposition d’une mesure de type préventif ou répressif à l’encontre
         de l’intéressé, au titre de la lutte contre le terrorisme et du fait de son implication dans celui-ci. Le Tribunal a précisé
         que ne satisfait pas à cette exigence la décision d’une autorité judiciaire nationale qui ne se prononce qu’à titre accessoire
         et incident sur l’implication possible de l’intéressé dans une telle activité, dans le cadre d’une contestation portant, par
         exemple, sur des droits et des obligations de caractère civil. 
      
      69      En l’espèce, au point 113 de l’arrêt Sison II, point 1 supra, le Tribunal a déduit du critère d’interprétation restrictive
         qu’il venait ainsi de dégager que les procédures en cause du requérant devant le Raad van State et la rechtbank n’avaient
         nullement eu pour objet la répression de sa participation éventuelle à des actes de terrorisme, mais concernaient uniquement
         le contrôle de la légalité de la décision du secrétaire d’État à la Justice néerlandais refusant de lui reconnaître le statut
         de réfugié et de lui octroyer un permis de séjour aux Pays-Bas.
      
      70      Le Tribunal a néanmoins également reconnu, au point 114 de l’arrêt Sison II, point 1 supra, que le Raad van State et la rechtbank
         avaient pris connaissance, à l’occasion de ces procédures, du dossier du service de la sûreté intérieure des Pays-Bas (BVD)
         relatif à la prétendue implication du requérant dans certaines activités terroristes aux Philippines, bien qu’ils n’aient
         pas pour autant décidé d’ouvrir une enquête sur ces faits et encore moins d’entamer des poursuites à l’égard du requérant.
      
      71      Il convient, par ailleurs, de souligner que, contrairement à ce que soutient le requérant, le refus du secrétaire d’État à
         la Justice néerlandais de lui reconnaître le statut de réfugié et de lui octroyer un permis de séjour aux Pays-Bas, essentiellement
         motivé par le fait qu’il avait dirigé ou tenté de diriger depuis les Pays-Bas la New People’s Army (NPA), branche militaire
         du Parti communiste des Philippines (CPP) responsable d’un grand nombre d’actes de terrorisme aux Philippines, a été approuvé,
         en substance, par la rechtbank, à la suite de l’arrêt du Raad van State et après que cette juridiction a pris connaissance
         du dossier du BVD (voir arrêt Sison I, point 1 supra, points 63, 66 et 68 à 70). Le Conseil n’a donc commis aucune erreur
         d’appréciation en se référant à ces circonstances factuelles, ni méconnu les limites imposées à son pouvoir discrétionnaire.
         
      
      72      Enfin, il y a lieu de rappeler que, dans l’arrêt Sison II, point 1 supra (points 88, 89 et 122), le Tribunal a rejeté le moyen
         du requérant tiré d’une erreur manifeste d’appréciation des faits. Il a, en particulier, constaté que les allégations factuelles
         contenues dans les exposés des motifs joints en annexe aux actes attaqués étaient dûment étayées par les éléments du dossier
         qui lui avait été soumis et, plus particulièrement, par les constatations de fait souverainement opérées par le Raad van State
         et par la rechtbank. Or, ces allégations factuelles concernent l’implication du requérant dans des actes de terrorisme commis
         aux Philippines, du fait de son rôle dirigeant dans le CPP et la NPA, ainsi que les contacts qu’il a eus avec des dirigeants
         d’autres associations terroristes (voir, à cet égard, points 46 à 70 de l’arrêt Sison I, point 1 supra, reproduits également
         au point 106 de l’arrêt Sison II, point 1 supra).
      
      73      Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que, eu égard, premièrement, à la complexité des appréciations juridiques et
         factuelles requises en vue de régler le cas d’espèce, deuxièmement, aux difficultés d’interprétation et d’application de l’article
         2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001, lu en combinaison avec l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931, dans les circonstances de l’espèce et en l’absence de précédent jurisprudentiel
         bien établi avant le prononcé de l’arrêt Sison II, point 1 supra, et, troisièmement, à l’importance fondamentale des objectifs
         d’intérêt général liés à la lutte contre le terrorisme international poursuivis par ledit règlement, la violation par le Conseil
         desdites dispositions, bien que clairement établie, s’explique par les contraintes et responsabilités particulières qui pesaient
         sur cette institution et constitue une irrégularité qu’aurait pu commettre une administration normalement prudente et diligente
         placée dans des circonstances analogues. 
      
      74      Le Tribunal estime, en conséquence, que la violation, en l’espèce, de l’article 2, paragraphe 3, du règlement n° 2580/2001
         et de l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931, quoique clairement établie, ne peut pas être considérée comme une violation
         suffisamment caractérisée du droit communautaire, de nature à engager la responsabilité non contractuelle de la Communauté
         envers le requérant.
      
       Sur l’engagement de la responsabilité de la Communauté en raison de la violation alléguée des droits fondamentaux du requérant
      75      En l’occurrence, il est constant que les droits fondamentaux dont la violation est alléguée par le requérant constituent des
         règles de droit ayant pour objet de conférer des droits aux particuliers. Leur violation, à la supposer établie, serait, dès
         lors, de nature à engager la responsabilité non contractuelle de la Communauté si elle était suffisamment caractérisée.
      
      76      À cet égard, le requérant n’excipe pas de l’illégalité en tant que telle, au regard des droits fondamentaux, du régime général
         de gel des fonds mis en œuvre par le règlement n° 2580/2001, mais uniquement de la mauvaise application de ce règlement dans
         les circonstances particulières de l’espèce, laquelle aurait entraîné ladite violation. 
      
      77      Au demeurant, la conformité de principe d’un tel régime, ou de régimes analogues résultant de la mise en œuvre d’autres résolutions
         du Conseil de sécurité des Nations unies, avec les droits fondamentaux des intéressés, est clairement établie par la jurisprudence
         de la Cour et du Tribunal (voir, pour ce qui concerne le droit de propriété, arrêt Kadi de la Cour, point 60 supra, points
         361 à 366, et arrêt du Tribunal du 9 juillet 2009, Melli Bank/Conseil, T‑246/08 et T‑332/08, Rec. p. II‑2629, points 111 et
         112 ; pour ce qui concerne le droit au respect de la vie privée et familiale, arrêt du Tribunal du 12 juillet 2006, Ayadi/Conseil,
         T‑253/02, Rec. p. II‑2139, point 126, non infirmé par la Cour sur pourvoi ; pour ce qui concerne le respect de la présomption
         d’innocence, arrêts El Morabit/Conseil, point 65 supra, point 40, et Fahas/Conseil, point 65 supra, points 64 à 68).
      
      78      Ce n’est donc pas l’imposition des mesures restrictives prévues par le règlement n° 2580/2001, en tant que telle, qui constituerait
         une violation des droits fondamentaux du requérant, mais la seule circonstance que ces mesures lui ont été imposées, par les
         actes attaqués, dans des conditions non conformes à celles prévues, précisément en vue de limiter les possibilités d’ingérence
         des autorités publiques dans l’exercice de ces droits (voir points 50 et 51 ci-dessus), par l’article 2, paragraphe 3, du
         règlement n° 2580/2001, lu en combinaison avec l’article 1er, paragraphe 4, de la position commune 2001/931. 
      
      79      Or, il a déjà été jugé ci-dessus que cette non-conformité des actes attaqués aux conditions prévues par l’article 2, paragraphe
         3, du règlement n° 2580/2001, certes constitutive d’une illégalité, ne peut toutefois pas être considérée comme une violation
         suffisamment caractérisée du droit communautaire, de nature à engager la responsabilité non contractuelle de la Communauté
         envers le requérant.
      
      80      La violation alléguée des droits fondamentaux du requérant étant indissociable de cette illégalité et ne tenant qu’à elle,
         il convient donc de conclure qu’elle n’est pas davantage suffisamment caractérisée pour être de nature, dans les circonstances
         particulières de l’espèce, à engager la responsabilité non contractuelle de la Communauté (voir, par analogie, arrêt Artegodan/Commission,
         point 32 supra, points 131, 132 et 136).
      
      81      À cet égard, il convient d’ajouter que ni la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ni la CEDH, qui garantissent
         le droit à un recours juridictionnel effectif, ne s’opposent à ce que l’engagement de la responsabilité non contractuelle
         de la Communauté soit subordonné, dans des circonstances telles que celles de l’espèce, à la reconnaissance d’une violation
         suffisamment caractérisée des droits fondamentaux invoqués par le requérant. S’agissant plus particulièrement des droits garantis
         par le protocole n° 1 à la CEDH, la Cour européenne des droits de l’homme a d’ailleurs tenu compte des « diverses restrictions
         découlant des éléments à établir dans le cadre de l’action » en responsabilité non contractuelle de la Communauté, lesquelles
         comprennent, selon une jurisprudence constante, la condition relative à l’existence d’une telle violation, pour parvenir à
         la conclusion que le droit communautaire offre une protection équivalente des droits fondamentaux à celle assurée par le mécanisme
         de la CEDH (voir Cour eur. D.H., arrêt Bosphorus Hava Yollari Turizm ve Ticaret Anonim Şirketi c. Irlande du 30 juin 2005,
         Recueil des arrêts et décisions, 2005-VI, §§ 88, 163 et 165). 
      
      82      Il résulte de l’ensemble des considérations qui précèdent que la condition d’engagement de la responsabilité non contractuelle
         de la Communauté liée au caractère illicite du comportement reproché au Conseil n’est pas remplie en l’espèce.
      
      83      Le recours doit dès lors être rejeté, sans qu’il y ait lieu d’examiner les autres conditions d’engagement de la responsabilité
         non contractuelle de la Communauté.
      
       Sur les dépens
      84      Aux termes de l’article 87, paragraphe 1, du règlement de procédure, il est statué sur les dépens dans l’arrêt ou l’ordonnance
         qui met fin à l’instance. Conformément à cette disposition, les dépens ont été réservés par l’arrêt Sison II, point 1 supra.
      
      85      L’article 87, paragraphe 3, du règlement de procédure dispose que le Tribunal peut répartir les dépens ou décider que chaque
         partie supporte ses propres dépens si les parties succombent respectivement sur un ou plusieurs chefs, ou pour des motifs
         exceptionnels. L’article 87, paragraphe 4, dudit règlement dispose, par ailleurs, que les États membres et les institutions
         qui sont intervenus au litige supportent leurs dépens.
      
      86      En l’occurrence, le Conseil a succombé sur les chefs de conclusions en annulation, mais le requérant a succombé sur les chefs
         de conclusions en indemnité. Les demandes en annulation et en indemnité ayant été traitées de façon séparée tout au long de
         la procédure, il sera fait une juste application des dispositions précitées en décidant que le Conseil supportera l’ensemble
         des dépens des parties principales afférents au recours en annulation, tandis que le requérant supportera l’ensemble des dépens
         des parties principales afférents au recours en indemnité. Il convient, par ailleurs, de décider que le Royaume des Pays-Bas,
         le Royaume-Uni et la Commission supporteront leurs propres dépens. 
      
      Par ces motifs,
      LE TRIBUNAL (deuxième chambre élargie)
      déclare et arrête :
      1)      Le recours en indemnité est rejeté.
      2)      Le Conseil de l’Union européenne supportera, pour ce qui concerne les dépens afférents au recours en annulation, ses propres
            dépens ainsi que ceux de M. Jose Maria Sison.
      3)      M. Sison supportera, pour ce qui concerne les dépens afférents au recours en indemnité, ses propres dépens ainsi que ceux
            du Conseil. 
      4)      Le Royaume des Pays-Bas, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et la Commission européenne supporteront leurs
            propres dépens.
      
               Forwood
            
            
               Dehousse
            
            
               Prek
            
         
               Schwarcz
            
             
            
                     Popescu
            
         Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 23 novembre 2011.
      Signatures
      * Langue de procédure : l’anglais.