CELEX: 62007FJ0069
Language: fr
Date: 2009-09-29
Title: Arrêt du Tribunal de la fonction publique (deuxième chambre) du 29 septembre 2009.#O contre Commission des Communautés européennes.#Fonction publique - Agents contractuels - Article 88 du RAA - Stabilité d’emploi - Article 100 du RAA - Réserve médicale - Article 39 CE - Libre circulation des travailleurs.#Affaires jointes F-69/07 et F-60/08.

ARRÊT DU TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE (deuxième chambre)
      
      29 septembre 2009 
      
      Affaires jointes F‑69/07 et F‑60/08
      
      O
      contre
      Commission des Communautés européennes 
      « Fonction publique – Agents contractuels – Article 88 du RAA – Stabilité d’emploi – Article 100 du RAA – Réserve médicale – Article 39 CE – Libre circulation des travailleurs »
      Objet : Recours, introduits au titre des articles 236 CE et 152 EA, par lesquels O demande l’annulation, dans l’affaire F‑69/07, des
         décisions de la Commission fixant ses conditions d’emploi en tant qu’agent contractuel auxiliaire, en ce qu’elles comportent
         une réserve médicale, telle que prévue à l’article 100, premier alinéa, du régime applicable aux autres agents des Communautés
         européennes et en ce qu’elles limitent la durée de son contrat au 15 septembre 2009 ; dans l’affaire F‑60/08, de la décision
         de la Commission, du 7 septembre 2007, lui appliquant la réserve médicale prévue à l’article 100 susmentionné.
      
      Décision : La décision de la Commission du 14 septembre 2006 est annulée en tant qu’elle impose une réserve médicale à la partie requérante.
         Le recours F‑69/07, O/Commission, est rejeté pour le surplus comme non fondé. Le recours F‑60/08, O/Commission, est rejeté
         comme irrecevable. Dans l’affaire F‑69/07, la Commission est condamnée à supporter ses propres dépens et la moitié des dépens
         de la partie requérante. La partie requérante est condamnée à supporter la moitié de ses dépens dans l’affaire F‑69/07, ainsi
         que ses dépens et ceux de la Commission dans l’affaire F‑60/08. Le Conseil de l’Union européenne, partie intervenante au soutien
         des conclusions de la Commission, supporte ses propres dépens dans les deux affaires.
      
      
      Sommaire
      
      1.      Fonctionnaires – Recours juridictionnel – Réclamation administrative préalable – Réclamation prématurée – Réclamation introduite
            avant l’épuisement de la procédure prévue par l’article 100 du régime applicable aux autres agents – Exclusion
      (Statut des fonctionnaires, art. 90, § 2 ; régime applicable aux autres agents, art. 100)
      2.      Fonctionnaires – Recours – Réclamation administrative préalable – Qualification relevant de l’appréciation du juge
      (Statut des fonctionnaires, art. 90, § 2)
      3.      Recours en annulation – Recours dirigé contre une décision purement confirmative d’une décision précédente – Demandes introduites
            à la fois à l’encontre d’une décision confirmée et d’une décision confirmative dans le même recours – Recevabilité dans certaines
            circonstances
      (Art. 230, alinéa 4, CE)
      4.      Politique sociale – Accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée – Directive 1999/70 – Stabilité de l’emploi
      (Directive du Conseil 1999/70, annexe)
      5.      Politique sociale – Accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée – Directive 1999/70 – Mesures visant
            à prévenir l’utilisation abusive de contrats de travail à durée déterminée successifs – Raisons objectives justifiant le renouvellement
            de tels contrats
      (Régime applicable aux autres agents, art. 3 ter et 88 ; directive du Conseil 1999/70, annexe, clause 5, point 1)
      6.      Fonctionnaires – Décision faisant grief – Obligation de motivation – Portée
      (Statut des fonctionnaires, art. 25, alinéa 2)
      7.      Fonctionnaires – Sécurité sociale – Pension d’invalidité – Période d’exclusion facultative prévue par l’article 100 du régime
            applicable aux autres agents
      (Art. 39 CE ; régime applicable aux autres agents, art. 100)
      8.      Recours en annulation – Moyens – Moyen soulevé d’office par le juge
      (Régime applicable aux autres agents, art. 100)
      
      1.      Une réclamation au sens de l’article 90, paragraphe 2, du statut et le recours subséquent au Tribunal de la fonction publique
         ne peuvent être jugés prématurés pour le motif que cette réclamation a été introduite avant l’épuisement de la procédure prévue
         par l’article 100 du régime applicable aux autres agents. En effet, comme toute commission médicale, la commission d’invalidité
         prévue à l’article 9, paragraphe 1, sous b), du statut est seulement compétente pour émettre un avis sur l’ensemble des éléments
         pertinents relevant d’une appréciation d’ordre médical, à l’exclusion de toute appréciation d’ordre juridique. L’appel devant
         la commission d’invalidité, prévu par l’article 100, second alinéa, du régime applicable aux autres agents peut donc n’avoir
         pour objet qu’une contestation de nature médicale et il ne saurait être question de contraindre un agent à épuiser cette procédure
         si sa critique n’est pas de cet ordre.
      
      (voir points 37, 38 et 43)
      Référence à :
      Cour : 21 janvier 1987, Rienzi/Commission, 76/84, Rec. p. 315, points 9 à 12
      Tribunal de première instance : 9 juillet 1997, S/Cour de justice, T‑4/96, Rec. p. II‑1125, points 41 et 59
      
      2.      Un acte faisant grief ne peut faire l’objet que d’une seule réclamation, introduite à son encontre par le fonctionnaire concerné.
         Lorsque deux réclamations ont le même objet, seule l’une d’entre elles, à savoir celle ayant été introduite en premier, constitue
         la réclamation au sens de l’article 90 du statut, tandis que l’autre, introduite ultérieurement, doit être considérée comme
         étant une simple note réitérative de la réclamation et ne peut avoir pour effet de prolonger la procédure. La décision de
         rejet de cette prétendue seconde réclamation est, dès lors, seulement confirmative et donc non susceptible de recours.
      
      (voir points 45 et 48)
      Référence à :
      Tribunal de première instance : 7 juin 1991, Weyrich/Commission, T‑14/91, Rec. p. II‑235, point 41 ; 25 février 1992, Torre/Commission,
         T‑67/91, Rec. p. II‑261, point 2 ; 11 décembre 2007, Sack/Commission, T‑66/05, RecFP p. I‑A‑2‑0000 et II‑A‑2‑0000, points 37
         et 41
      
      
      3.      La jurisprudence selon laquelle un recours en annulation dirigé contre une décision confirmative n’est irrecevable que si
         la décision confirmée est devenue définitive à l’égard de l’intéressé, faute d’avoir fait l’objet d’un recours contentieux
         dans les délais requis, tandis que, dans le cas contraire, le requérant est en droit d’attaquer soit la décision confirmée,
         soit la décision confirmative, soit l’une et l’autre de ces décisions, ne saurait être appliquée lorsque la décision confirmée
         et la décision confirmative sont attaquées par deux recours différents et que le requérant peut défendre son point de vue
         et faire valoir ses arguments dans le cadre du premier d’entre eux.
      
      (voir point 50)
      Référence à :
      Tribunal de première instance : 25 octobre 2001, Métropole télévision ‑ M6/Commission, T‑354/00, Rec. p. II‑3177, point 35
      
      4.      Si, aux termes du point 10 des considérations générales de l’accord-cadre sur le travail à durée déterminée, qui figure en
         annexe de la directive 1999/70, concernant l’accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée, celui‑ci comporte
         des « principes généraux, prescriptions minimales et dispositions », il résulte, toutefois, du considérant 14 de ladite directive
         1999/70, de même que du troisième alinéa du préambule dudit accord-cadre, du point 9 de ses considérations générales et de
         ses clauses 1 et 4, que les principes en question sont le principe de non-discrimination et le principe de l’interdiction
         de l’abus de droit. Quant à la clause 5, point 1, de l’accord-cadre, elle énonce des prescriptions minimales destinées à encadrer
         le recours successif aux contrats ou relations de travail à durée déterminée, et à éviter de cette manière l’utilisation abusive
         de tels contrats, ainsi que la précarisation de la situation de leurs bénéficiaires. De telles dispositions protectrices minimales
         constituent des règles du droit social communautaire revêtant une importance particulière mais sans cependant ériger la stabilité
         de l’emploi en principe général de droit à l’aune duquel pourrait être appréciée la légalité d’un acte d’une institution.
         En effet, même si la stabilité de l’emploi est conçue comme un élément majeur de la protection des travailleurs, il ne ressort
         nullement de l’accord-cadre qu’elle ait été érigée en règle de droit contraignante. En outre, l’accord-cadre n’édicte pas
         une obligation générale de prévoir, après un certain nombre de renouvellements de contrats à durée déterminée ou l’accomplissement
         d’une certaine période de travail, la transformation desdits contrats en un contrat à durée indéterminée. Si la stabilité
         de l’emploi ne peut donc être considérée comme un principe général, elle constitue, en revanche, une finalité poursuivie par
         les parties signataires de l’accord-cadre dont la clause 1, sous b), dispose que celui-ci a pour objet « d’établir un cadre
         pour prévenir les abus résultant de l’utilisation de contrats ou de relations de travail à durée déterminée successifs ».
      
      (voir points 74 à 76)
      Référence à :
      Cour : 22 novembre 2005, Mangold, C‑144/04, Rec. p. I‑9981, point 64 ; 4 juillet 2006, Adeneler e.a., C‑212/04, Rec. p. I‑6057,
         points 63 et 91 ; 7 septembre 2006, Marrosu et Sardino, C‑53/04, Rec. p. I‑7213, point 47 ; 13 septembre 2007, Del Cerro Alonso,
         C‑307/05, Rec. p. I‑7109, point 27 ; 15 avril 2008, Impact, C‑268/06, Rec. p. I‑2483, point 87 ; 23 avril 2009, Angelidaki e.a.,
         C‑378/07 à C‑380/07, Rec. p. I‑3071, points 73, 105 et 183 ; 24 avril 2009, Koukou, C‑519/08, non publiée au Recueil, points 53
         et 85
      
      Tribunal de la fonction publique : 30 avril 2009, Aayhan e.a./Parlement, F‑65/07, RecFP p. I‑A‑1‑0000 et II‑A‑1‑0000, points 114
         et 115
      
      
      5.      Au regard des caractéristiques inhérentes aux activités envisagées par l’article 3 ter du régime applicable aux autres agents,
         l’article 88 dudit régime ne porte pas atteinte aux finalités de l’accord-cadre sur le travail à durée déterminée, qui figure
         en annexe de la directive 1999/70, concernant l’accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée, et aux
         prescriptions minimales de sa clause 5. En effet, la clause 5, point 1, dudit accord-cadre impose seulement aux États membres
         l’obligation d’introduire dans leur ordre juridique une ou plusieurs des mesures énumérées sous a) à c), parmi lesquelles
         figurent, sous a), les « raisons objectives justifiant le renouvellement de tels contrats ou relations de travail ». Or, chaque
         emploi d’agent contractuel auxiliaire doit, conformément à l’article 3 ter susmentionné, répondre concrètement à des besoins
         passagers ou intermittents. De plus, dans une administration à l’effectif important comme celui de la Commission, il est inévitable
         que de tels besoins se répètent en raison, notamment, de l’indisponibilité de fonctionnaires, de surcroîts de travail dus
         aux circonstances ou de la nécessité, pour chaque direction générale, de s’entourer occasionnellement de personnes possédant
         des qualifications ou des connaissances spécifiques, l’ensemble de ces circonstances constituant des raisons objectives justifiant
         tant la durée déterminée des contrats d’agents auxiliaires que leur renouvellement en fonction de la survenance des besoins
         en cause.
      
      (voir point 77)
      Référence à :
      Tribunal de la fonction publique : 4 juin 2009, Adjemian e.a./Commission, F‑134/07 et F‑8/08, RecFP p. I‑A‑1‑0000 et II‑A‑1‑0000,
         points 119 à 136
      
      
      6.      La motivation, sans devoir être exhaustive, doit permettre au juge communautaire d’exercer son contrôle de la légalité de
         la décision attaquée et fournir à l’intéressé une indication suffisante pour savoir si cette décision est bien fondée ou si
         elle est entachée d’un vice permettant d’en contester la légalité. Aussi ne saurait‑il être exigé des institutions qu’elles
         discutent tous les points de fait ou de droit qui auraient été évoqués, spécialement de manière superficielle, au cours de
         la procédure administrative.
      
      (voir point 90)
      Référence à :
      Tribunal de première instance : 23 avril 2002, Campolargo/Commission, T‑372/00, RecFP p. I‑A‑49 et II‑223, point 49 ; 17 octobre
         2006, Bonnet/Cour de justice, T‑406/04, RecFP p. I‑A‑2‑213 et II‑A‑2‑1097, point 67
      
      
      7.      L’article 100 du régime applicable aux autres agents prévoit la faculté pour l’autorité habilitée à conclure les contrats
         d’engagement de faire usage de la réserve médicale, lors de l’affiliation de l’agent contractuel au régime communautaire de
         sécurité sociale, pour le cas où l’existence d’une maladie ou d’une infirmité frappant ce dernier serait révélée au cours
         de l’examen médical d’embauche. La période d’exclusion de la couverture en matière d’invalidité ou de décès, relativement
         à cette maladie ou cette infirmité, a une durée de cinq ans.
      
      Cette disposition est de nature à produire un effet dissuasif à l’égard de la personne qui, ayant quitté son État d’origine,
         où elle a accompli une partie de sa carrière professionnelle, pour exercer un emploi au sein d’une institution communautaire,
         se trouve, du fait de la transformation obligatoire, résultant d’une réforme statutaire, de son contrat d’agent auxiliaire
         en contrat d’agent contractuel et du changement subséquent de régime de sécurité sociale applicable, soit dans la situation
         de devoir subir la perte du bénéfice des prestations d’invalidité que lui garantissait la législation de l’État membre d’accueil
         précédemment applicable, sans pour autant acquérir un droit aux prestations communautaires auxquelles elle pourrait prétendre
         si les périodes d’assurance accomplies précédemment par elle, sous la législation de l’État membre d’accueil et auprès du
         même employeur, étaient prises en compte, soit de devoir renoncer, au terme de son contrat d’agent auxiliaire, à la poursuite
         de son activité professionnelle auprès de l’institution communautaire concernée, pour l’exercice de laquelle elle avait précisément
         quitté son pays d’origine.
      
      Dans un tel cas, l’application de l’article 100 du régime applicable aux autres agents entrave donc l’exercice des droits
         conférés par l’article 39 CE, sans qu’il ne soit démontré que cette entrave est nécessaire à la poursuite d’un objectif d’intérêt
         général, qu’elle est propre à garantir la réalisation de celui‑ci et qu’elle ne va pas au‑delà de ce qui est nécessaire pour
         atteindre l’objectif poursuivi.
      
      Il s’ensuit qu’il incombe à l’autorité habilitée à conclure les contrats d’engagement, confrontée à la situation d’une personne
         se trouvant dans un tel cas de figure, de ne pas faire usage de la faculté prévue à l’article 100 du régime applicable aux
         autres agents afin de ne pas priver ladite personne d’avantages de sécurité sociale auxquels elle aurait pu prétendre si elle
         était restée affiliée sous les législations de son État d’origine ou de l’État membre d’accueil.
      
      (voir points 112, 131, 136 et 138 à 140)
      Référence à :
      Cour : 1er avril 2008, Gouvernement de la Communauté française et Gouvernement wallon, C‑212/06, Rec. p. I‑1683, points 36 à 42, 48,
         52 et 55
      
      
      8.      La limitation du pouvoir du juge communautaire de soulever d’office un moyen découle de l’obligation, pour lui, de s’en tenir
         à l’objet du litige et de fonder sa décision sur les faits qui ont été présentés devant lui. Cette limitation se justifie
         par le principe selon lequel l’initiative du procès appartient aux parties, de telle sorte que le juge ne saurait agir d’office
         que dans des cas exceptionnels, dans l’intérêt public.
      
      En précisant le cadre juridique dans lequel une disposition du droit dérivé doit être interprétée, le juge communautaire ne
         se prononce pas sur la légalité de cette disposition au regard de règles de droit supérieures, y compris celles du traité,
         mais recherche l’interprétation de la disposition en litige qui rende son application la plus conforme possible au droit primaire
         et la plus cohérente possible avec le cadre juridique dans lequel elle s’inscrit.
      
      Il s’ensuit que le Tribunal de la fonction publique, en interprétant l’article 100 du régime applicable aux autres agents,
         notamment à la lumière des exigences découlant de la liberté de circulation des travailleurs, consacrée par l’article 39 CE,
         ne sort pas des limites du litige tel qu’il a été circonscrit par le requérant et ne se fonde pas sur d’autres faits et circonstances
         que ceux sur lesquels ce dernier a fondé son recours.
      
      (voir points 143 et 144)
      Référence à :
      Cour 7 juin 2007, van der Weerd e.a., C‑222/05 à C‑225/05, Rec. p. I‑4233, points 34 à 36
ARRÊT DU TRIBUNAL DE LA FONCTION PUBLIQUE (deuxième chambre)
      
      29 septembre 2009 (*)
      
      « Fonction publique – Agents contractuels – Article 88 du RAA – Stabilité d’emploi – Article 100 du RAA – Réserve médicale – Article 39 CE − Libre circulation des travailleurs »
      Dans les affaires jointes F‑69/07 et F‑60/08,
      ayant pour objet des recours introduits au titre des articles 236 CE et 152 EA,
      O, agent contractuel de la Commission des Communautés européennes, demeurant à Bruxelles (Belgique), représenté par Mes S. Orlandi, A. Coolen, J.-N. Louis et É. Marchal, avocats,
      
      partie requérante,
      contre
      Commission des Communautés européennes, représentée par M. D. Martin et Mme L. Lozano Palacios, en qualité d’agents,
      
      partie défenderesse,
      soutenue par
      Conseil de l’Union européenne, initialement représenté dans l’affaire F‑69/07 par Mmes I. Šulce et M. Simm, en qualité d’agents et dans l’affaire F‑60/08 par Mmes I. Šulce et K. Zieleśkiewicz, en qualité d’agents, puis, dans les deux affaires susmentionnées, par Mme K. Zieleśkiewicz et M. M. Bauer, en qualité d’agents,
      
      partie intervenante,
      LE TRIBUNAL (deuxième chambre),
      composé de M. H. Kanninen, président, Mme I. Boruta et M. S. Van Raepenbusch (rapporteur), juges,
      
      greffier : M. R. Schiano, administrateur,
      vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 10 février 2009,
      rend le présent
      Arrêt
      1        La partie requérante a introduit deux requêtes parvenues, respectivement, au greffe du Tribunal le 12 juillet 2007 et le 25
         juin 2008 par télécopies (le dépôt des originaux étant intervenu respectivement le 13 juillet 2007 et le 1er juillet 2008). Ces requêtes ont pour objet l’annulation :
      
      –        dans l’affaire F‑69/07, des décisions de la Commission des Communautés européennes fixant ses conditions d’emploi en tant
         qu’agent contractuel auxiliaire en ce qu’elles comportent une réserve médicale, telle que prévue à l’article 100, premier
         alinéa, du régime applicable aux autres agents des Communautés européennes (ci-après le « RAA ») et en ce qu’elles limitent
         la durée de son contrat au 15 septembre 2009 ;
      
      –        dans l’affaire F‑60/08, de la décision de la Commission, du 7 septembre 2007, de lui appliquer la réserve médicale prévue
         à l’article 100 susmentionné.
      
       Cadre juridique
      1.     En ce qui concerne la durée du contrat
      2        En vertu de l’article 3 bis, paragraphe 1, du RAA :
      
      « Est considéré comme ‘agent contractuel’ [...] l’agent non affecté à un emploi prévu dans le tableau des effectifs annexé
         à la section du budget afférente à l’institution concernée et engagé en vue d’exercer des fonctions, soit à temps partiel,
         soit à temps complet :
      
      a)      dans une institution en vue d’exécuter des tâches manuelles ou d’appui administratif,
      […] »
      3        Selon l’article 3 ter du RAA :
      
      « Est considéré comme ‘agent contractuel auxiliaire’ [...] l’agent engagé dans une institution [...] en vue :
      a)      d’exécuter, à temps partiel ou à plein temps, des tâches autres que celles visées à l’article 3 bis, paragraphe 1, [sous]
         a), dans un emploi non prévu au tableau des effectifs annexé à la section du budget afférente à l’institution concernée,
      
      b)      de remplacer, après avoir examiné les possibilités d’intérim des fonctionnaires de l’institution, certaines personnes se trouvant
         momentanément dans l’incapacité d’exercer leurs fonctions, c’est-à-dire :
      
      i)      les fonctionnaires ou agents temporaires du groupe de fonctions AST ;
      ii)      à titre exceptionnel, les fonctionnaires ou agents temporaires du groupe de fonctions AD occupant un emploi très spécialisé,
         à l’exception des chefs d’unité, des directeurs, des directeurs généraux et fonctions équivalentes.
      
      Le recours à des agents contractuels auxiliaires est exclu dans les cas où l’article 3 bis s’applique. »
      4        L’article 88 du RAA prévoit encore :
      
      « En ce qui concerne l’agent contractuel visé à l’article 3 ter :
      a)      le contrat est conclu pour une durée déterminée ; il est renouvelable ;
      b)      la durée effective de l’engagement dans une institution, y compris la durée du renouvellement éventuel du contrat, ne peut
         excéder trois ans.
      
      Les périodes couvertes par un contrat d’agent contractuel visé à l’article 3 bis ne sont pas comptabilisées aux fins de la
         conclusion ou du renouvellement des contrats visés au présent article. »
      
      5        La directive 1999/70/CE du Conseil, du 28 juin 1999, concernant l’accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée
         (JO L 175, p. 43) a mis en œuvre l’accord-cadre sur le travail à durée déterminée conclu le 18 mars 1999 entre les organisations
         interprofessionnelles à vocation générale (ci-après l’« accord-cadre »). Selon la clause 5 de l’accord-cadre : 
      
      « 1. Afin de prévenir les abus résultant de l’utilisation de contrats ou de relations de travail à durée déterminée successifs,
         les États membres, après consultation des partenaires sociaux, conformément à la législation, aux conventions collectives
         et pratiques nationales, et/ou les partenaires sociaux, quand il n’existe pas des mesures légales équivalentes visant à prévenir
         les abus, introduisent d’une manière qui tienne compte des besoins de secteurs spécifiques et/ou de catégories de travailleurs,
         l’une ou plusieurs des mesures suivantes :
      
      a)      des raisons objectives justifiant le renouvellement de tels contrats ou relations de travail ;
      b)      la durée maximale totale de contrats ou relations de travail à durée déterminée successifs ;
      c)      le nombre de renouvellements de tels contrats ou relations de travail.
      2. Les États membres, après consultation des partenaires sociaux et/ou les partenaires sociaux, lorsque c’est approprié, déterminent
         sous quelles conditions les contrats ou relations de travail à durée déterminée :
      
      a)      sont considérés comme ‘successifs’ ;
      b)      sont réputés conclus pour une durée indéterminée. »
      2.     En ce qui concerne la réserve médicale
      6        L’article 100 du RAA prévoit :
      
      « Si l’examen médical précédant l’engagement de l’agent contractuel révèle que ce dernier est atteint d’une maladie ou d’une
         infirmité, l’autorité [habilitée à conclure les contrats] peut décider de ne l’admettre au bénéfice des garanties prévues
         en matière d’invalidité ou de décès qu’à l’issue d’une période de cinq ans à compter de la date de son entrée au service de
         l’institution pour les suites et conséquences de cette maladie ou de cette infirmité.
      
      L’agent contractuel peut faire appel de cette décision devant la commission d’invalidité prévue à l’article 9, paragraphe
         1, [sous] b), du statut [des fonctionnaires des Communautés européennes]. »
      
       Antécédents du litige
      7        La partie requérante a été employée au service de la Commission du 1er mai 2001 au 15 septembre 2003 en qualité d’agent local. Le 16 septembre 2003, elle a été nommée agent auxiliaire au titre
         d’un contrat à durée déterminée renouvelé à dix reprises jusqu’au 15 septembre 2006.
      
      8        Dans la perspective d’un nouvel engagement, en qualité d’agent contractuel, la partie requérante s’est soumise à un examen
         médical. Au vu de cet examen, le service médical a émis une réserve le 12 septembre 2006.
      
      9        Le 14 septembre 2006, la partie requérante a signé un contrat d’agent contractuel auxiliaire au sens de l’article 3 ter du
         RAA pour une période venant à expiration le 15 septembre 2009. 
      
      10      Dans une lettre de ce même 14 septembre 2006, la Commission a attiré « l’attention [de la partie requérante] sur le fait que
         cette offre [était] conditionnée par l’application de la réserve médicale mentionnée à l’article 100 du [RAA] ».
      
      11      La partie requérante a introduit une réclamation auprès de l’autorité habilitée à conclure les contrats (ci-après l’« AHCC »)
         par un courrier du 11 décembre 2006. Elle y contestait, en premier lieu, que son contrat du 14 septembre 2006 puisse être
         à durée déterminée. Elle critiquait, en second lieu, l’application à son égard de l’article 100, premier alinéa, du RAA. En
         conséquence, elle demandait à l’AHCC de « constate[r] que son contrat [avait été] conclu pour une durée indéterminée et qu’il
         n’y [avait] pas lieu à application de la réserve prévue à l’article » susmentionné. Dans le même courrier, et « [p]our autant
         que de besoin, elle [a] fait également appel de [la] décision [de lui appliquer une réserve médicale] devant la commission
         d’invalidité prévue à l’article 9, [paragraphe] 1, [sous] b), du statut [des fonctionnaires des Communautés européennes] conformément
         à l’article 100, [second alinéa], du RAA ». Le 14 décembre 2006, la partie requérante a complété sa réclamation par une réclamation
         ampliative (ci-après la « réclamation des 11 et 14 décembre 2006 »).
      
      12      Le 30 mars 2007, l’AHCC a estimé ne pouvoir accueillir les arguments de la partie requérante avancés contre la durée de son
         contrat et contre la décision de lui appliquer une réserve médicale. En conséquence, l’AHCC a décidé de ne pas donner une
         suite favorable à la réclamation. Prenant acte du fait que, à l’occasion de sa réclamation, la partie requérante avait aussi
         fait appel de cette dernière décision devant la commission d’invalidité, l’AHCC a, par ailleurs, transmis cet appel au service
         médical.
      
      13      Le 12 juillet 2007, la partie requérante a déposé un recours portant la référence F‑69/07 devant le Tribunal contre les décisions
         de la recruter seulement par contrat à durée déterminée et de lui appliquer une réserve médicale.
      
      14      Au vu des conclusions de la commission d’invalidité, l’AHCC a décidé, le 7 septembre 2007, de n’admettre la partie requérante
         « au bénéfice des garanties prévues en matière d’invalidité ou de décès qu’à l’issue d’une période de cinq ans à compter de
         la date de son entrée au service de la Commission en tant qu’agent contractuel, pour ce qui concerne les suites ou conséquences
         de la maladie ou infirmité qui fait l’objet de la réserve médicale prononcée à l’issue de l’examen médical d’aptitude ».
      
      15      La partie requérante a introduit une réclamation contre cette décision le 23 novembre 2007. L’AHCC l’a rejetée le 14 mars
         2008.
      
      16      Le 25 juin 2008 (le dépôt de l’original étant intervenu le 1er juillet suivant), la partie requérante a introduit devant le Tribunal un recours portant la référence F‑60/08 contre la décision
         du 7 septembre 2007.
      
       Conclusions des parties et procédure
      17      La partie requérante conclut, dans l’affaire F‑69/07, à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        annuler les décisions de la Commission fixant les conditions de son emploi en tant qu’agent contractuel auxiliaire en ce qu’elles
         prévoient, d’une part, l’application de la réserve médicale prévue à l’article 100 du RAA et en ce qu’elles limitent, d’autre
         part, la durée de son contrat à la période comprise entre le 16 septembre 2006 et le 15 septembre 2009 ;
      
      –        condamner la Commission aux dépens de l’instance.
      18      La Commission conclut, dans la même affaire, à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        rejeter le recours comme en partie irrecevable et, en tout état de cause, comme non fondé ;
      –        statuer sur les dépens comme de droit.
      19      Par courrier parvenu au greffe du Tribunal le 21 septembre 2007 par télécopie (le dépôt de l’original étant intervenu le 24
         septembre suivant), le Conseil de l’Union européenne a demandé à intervenir dans l’affaire F‑69/07 au soutien des conclusions
         de la Commission. 
      
      20      Par ordonnance du président de la deuxième chambre du Tribunal, du 22 octobre 2007, le Conseil a été admis à intervenir dans
         l’affaire F‑69/07 au soutien des conclusions de la Commission.
      
      21      Par son mémoire en intervention, parvenu au greffe du Tribunal le 29 novembre 2007 par télécopie (le dépôt de l’original étant
         intervenu le 3 décembre suivant), le Conseil conclut à ce qu’il plaise au Tribunal de rejeter l’exception d’illégalité soulevée
         dans la requête contre les articles 88 et 100 du RAA, comme manifestement irrecevable et, en tout état de cause, comme non
         fondée. 
      
      22      Les observations de la partie requérante sur le mémoire en intervention sont parvenues au greffe du Tribunal le 15 janvier
         2008 (le dépôt de l’original étant intervenu le 22 janvier suivant). La partie requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal
         de lui allouer le bénéfice de ses conclusions, telles que développées dans sa requête et de condamner le Conseil à supporter
         ses propres dépens. La Commission n’a pas déposé d’observations sur le mémoire en intervention.
      
      23      La partie requérante conclut, dans l’affaire F‑60/08, à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        annuler la décision de la Commission du 7 septembre 2007 fixant ses conditions d’emploi en tant qu’agent contractuel auxiliaire
         en ce qu’elle prévoit l’application de la réserve médicale prévue à l’article 100 du RAA ;
      
      –        condamner la Commission aux dépens de l’instance.
      24      La Commission conclut, dans l’affaire F‑60/08, à ce qu’il plaise au Tribunal :
      
      –        rejeter le recours comme non fondé ;
      –        condamner la partie requérante aux dépens.
      25      Par courrier parvenu au greffe du Tribunal le 29 juillet 2008 par télécopie (le dépôt de l’original étant intervenu le 31
         juillet suivant), le Conseil a demandé à intervenir dans l’affaire F‑60/08 au soutien des conclusions de la Commission. 
      
      26      Par ordonnance du président de la deuxième chambre du Tribunal, en date du 4 septembre 2008, le Conseil a été admis à intervenir
         dans l’affaire F‑60/08 au soutien des conclusions de la Commission.
      
      27      Par lettre parvenue au greffe du Tribunal le 25 juin 2008 par télécopie (le dépôt de l’original étant intervenu le 1er juillet suivant), la partie requérante a demandé la jonction des affaires F‑69/07 et F‑60/08 aux fins de la procédure écrite,
         de la procédure orale et de la décision mettant fin à l’instance. Par lettre du 14 juillet 2008, le Tribunal a invité la Commission
         à prendre position sur cette jonction. Celle-ci n’a pas soulevé d’objection à cet égard. Par ordonnance du président de la
         deuxième chambre du Tribunal du 4 septembre 2008, les affaires F‑69/07 et F‑60/08 ont été jointes aux fins de la procédure
         orale et de la décision mettant fin à l’instance.
      
      28      Par son mémoire en intervention, parvenu au greffe du Tribunal le 14 novembre 2008 par télécopie (le dépôt de l’original étant
         intervenu le 19 novembre suivant), le Conseil conclut à ce qu’il plaise au Tribunal de rejeter l’exception d’illégalité soulevée
         dans la requête contre l’article 100 du RAA, comme manifestement irrecevable et, en tout état de cause, comme non fondée.
      
      29      La partie requérante et la Commission ont, notamment, été invitées à répondre à ce mémoire lors de l’audience et à faire part,
         à cette occasion, de leurs observations sur la conséquence de la recevabilité éventuelle du recours F‑69/07 sur celle du recours
         F‑60/08.
      
      30      À l’audience du 10 février 2009, le Tribunal a demandé aux parties d’examiner la possibilité d’un règlement amiable sur la
         partie du litige relative à l’application de la réserve médicale. En conséquence, il a sursis à clôturer la procédure orale
         et à mettre les affaires en délibéré. Par courrier déposé au greffe du Tribunal le 25 février suivant, la Commission a indiqué
         ne pouvoir réserver une suite favorable à cette demande. Le 11 mars 2009, le président de la deuxième chambre du Tribunal
         a clôturé la procédure orale et mis les affaires en délibéré.
      
       En droit
      1.     Sur la recevabilité du recours F‑69/07
       Arguments des parties
      31      La Commission fait valoir, en premier lieu, que la partie requérante est forclose dans la mesure où elle conteste la légalité
         de la durée des anciens contrats au titre desquels elle a travaillé comme agent local ou agent auxiliaire.
      
      32      La Commission observe, en deuxième lieu, que l’AHCC a annoncé, dans sa décision du 30 mars 2007, qu’elle transmettait au service
         médical l’appel de la partie requérante contre la réserve médicale formulée lors de la conclusion de son contrat d’agent contractuel
         auxiliaire, afin que ce service constitue une commission d’invalidité chargée de se prononcer en la matière. La Commission
         en déduit qu’elle a donné satisfaction à la partie requérante et que le recours est irrecevable en ce qui concerne cette réserve
         si le courrier de celle-ci, du 11 décembre 2006, devait être interprété comme une demande fondée sur l’article 90, paragraphe
         1, du statut des fonctionnaires des Communautés européennes (ci-après le « statut ») de déférer son cas à la commission d’invalidité.
      
      33      La Commission prétend, en troisième lieu, que le recours serait prématuré si le courrier du 11 décembre 2006 de la partie
         requérante devait être interprété comme une réclamation contre la décision de lui appliquer la réserve médicale. La Commission
         estime, en effet, que, dans cette hypothèse, cette réclamation aurait été introduite avant l’épuisement de la procédure d’appel
         devant la commission d’invalidité prévue par le RAA. Le Conseil partage ce point de vue.
      
      34      La partie requérante rétorque, dans ses observations sur le mémoire en intervention, que la décision de l’AHCC, du 14 septembre
         2006, de lui imposer une réserve médicale lors de la signature de son contrat d’agent contractuel auxiliaire est une décision
         définitive. De plus, la saisine de la commission d’invalidité par l’AHCC n’aurait pas eu pour objet d’examiner, d’un point
         de vue juridique, si l’article 100 du RAA pouvait valablement lui être appliqué. En effet, la commission d’invalidité pourrait
         seulement être saisie de questions médicales. De surcroît, la décision de l’AHCC du 7 septembre 2007 maintenant la réserve
         médicale au vu des conclusions de ladite commission serait purement confirmative. 
      
       Appréciation du Tribunal
      35      Il ressort de l’objet et des conclusions du recours F‑69/07 que la partie requérante ne critique pas la durée de ses anciens
         contrats au titre desquels elle a travaillé comme agent local ou comme agent auxiliaire. Elle ne demande pas davantage l’annulation
         d’un prétendu refus de saisir la commission d’invalidité. Il s’ensuit que les deux premières exceptions d’irrecevabilité de
         la Commission doivent être rejetées.
      
      36      Il reste à examiner la question de savoir si le chef de conclusion du recours F‑69/07 dirigé contre la réserve médicale est
         prématuré parce que la réclamation à ce sujet a été introduite avant l’épuisement de la procédure d’appel devant la commission
         d’invalidité.
      
      37      Il convient de rappeler que, comme toute commission médicale (voir arrêt de la Cour du 21 janvier 1987, Rienzi/Commission,
         76/84, Rec. p. 315, points 9 à 12 ; arrêt du Tribunal de première instance du 9 juillet 1997, S/Cour de justice, T‑4/96, Rec.
         p. II‑1125, points 41 et 59), la commission d’invalidité prévue à l’article 9, paragraphe 1, sous b), du statut est seulement
         compétente pour émettre un avis sur l’ensemble des éléments pertinents relevant d’une appréciation d’ordre médical, à l’exclusion
         de toute appréciation d’ordre juridique. En outre, l’AHCC est liée, du point de vue médical, par les conclusions de cette
         commission (ordonnance de la Cour du 11 décembre 1986, Suss/Commission, 25/86, Rec. p. 3929, point 6, et arrêt de la Cour
         du 19 juin 1992, V./Parlement, C‑18/91 P, Rec. p. I‑3997, point 26).
      
      38      L’appel devant la commission d’invalidité prévu par l’article 100, second alinéa, du RAA peut donc n’avoir pour objet qu’une
         contestation de nature médicale et il ne saurait être question de contraindre un agent à épuiser cette procédure si sa critique
         n’est pas de cet ordre.
      
      39      Il résulte, cependant, de son courrier du 11 décembre 2006, cité au point 11 ci-dessus, que la partie requérante a, d’une
         part, saisi l’AHCC d’une réclamation étayée de considérations juridiques contre la durée déterminée de son contrat et contre
         la réserve médicale dont celui-ci est assorti et qu’elle a, d’autre part, « fait également appel » devant la commission d’invalidité,
         même si c’était uniquement « [p]our autant que de besoin ».
      
      40      Dans sa décision du 30 mars 2007, l’AHCC a rejeté le chef de réclamation dirigé contre la durée du contrat de la partie requérante.
         Elle a aussi constaté l’existence de l’appel devant la commission d’invalidité et a indiqué avoir fait le nécessaire pour
         saisir ladite commission. L’AHCC a, toutefois, également statué sur le chef de réclamation dirigé contre la validité juridique
         de la réserve médicale dans cette décision. Au terme d’un raisonnement, en droit, présentant un caractère définitif, elle
         a conclu que « les arguments de [la partie requérante] ne [pouvaient] pas être accueillis ».
      
      41      Par ailleurs, la décision de l’AHCC du 7 septembre 2007, qui tire les conséquences des conclusions de la commission d’invalidité,
         est fondée sur l’article 100 du RAA et non sur l’article 90 du statut que la Commission aurait normalement dû viser si elle
         avait considéré que cette dernière décision intervenait dans le prolongement de la réclamation des 11 et 14 décembre 2006.
      
      42      Il découle de ce qui précède que la partie requérante a utilisé deux voies de droit distinctes aux objets différents et que
         la Commission les a traitées comme telles.
      
      43      Par conséquent, la réclamation des 11 et 14 décembre 2006 et le recours subséquent au Tribunal ne peuvent être jugés prématurés
         pour le motif que cette réclamation a été introduite avant l’épuisement de la procédure prévue par l’article 100 du RAA.
      
      44      Il convient, néanmoins, d’examiner d’office les conséquences de la recevabilité du recours F‑69/07 sur celle du recours F‑60/08.
         
      
      2.     Sur la recevabilité du recours F‑60/08
      45      Il convient de rappeler qu’un acte de l’AHCC faisant grief ne peut faire l’objet que d’une seule réclamation, introduite à
         son encontre par l’agent concerné. Lorsque deux réclamations ont le même objet, seule l’une d’entre elles, à savoir celle
         ayant été introduite en premier, constitue la réclamation au sens de l’article 90 du statut, tandis que l’autre, introduite
         ultérieurement, doit être considérée comme étant une simple note réitérative de la réclamation et ne peut avoir pour effet
         de prolonger la procédure (voir, en ce sens, ordonnances du Tribunal de première instance du 7 juin 1991, Weyrich/Commission,
         T‑14/91, Rec. p. II‑235, point 41, et du 25 février 1992, Torre/Commission, T‑67/91, Rec. p. II‑261, point 32 ; arrêt du Tribunal
         de première instance du 11 décembre 2007, Sack/Commission, T‑66/05, RecFP p. I‑A‑2‑0000 et II‑A‑2‑0000, points 37 et 41).
      
      46      Or, dans la prétendue réclamation du 22 novembre 2007 contre la décision de l’AHCC du 7 septembre précédent, qui a imposé
         à nouveau à la partie requérante la réserve médicale litigieuse au vu des conclusions de la commission d’invalidité, la partie
         requérante a réitéré les arguments juridiques qu’elle avait formulés dans sa réclamation des 11 et 14 décembre 2006.
      
      47      Il s’ensuit que la prétendue réclamation du 22 novembre 2007 avait le même objet que la réclamation des 11 et 14 décembre
         2006 et qu’elle était dirigée contre une décision qui tirait seulement les conséquences des conclusions médicales de la commission
         d’invalidité, sans revenir sur les questions juridiques tranchées dès le 30 mars 2007, et qui, à elles seules, étaient de
         nature, selon l’AHCC, à justifier l’imposition à la partie requérante de la réserve médicale.
      
      48      En conséquence, il y a lieu de considérer, d’une part, que la prétendue réclamation du 22 novembre 2007 était une simple note
         réitérative et non une réclamation au sens de l’article 90, paragraphe 2, du statut et, d’autre part, que la décision de rejet
         de cette prétendue réclamation est seulement confirmative et donc non susceptible de recours.
      
      49      Cette conclusion ne saurait être infirmée par la circonstance que l’AHCC a rejeté la prétendue seconde réclamation le 14 mars
         2008 sur la base d’arguments plus développés que ceux figurant, en ce qui concerne la réserve médicale, dans sa décision du
         30 mars 2007 rejetant la réclamation des 11 et 14 décembre 2006. Même si la décision de l’AHCC du 14 mars 2008 a été prise
         après les conclusions de la commission d’invalidité, qui a réexaminé l’état de santé de la requérante, les développements
         qu’elle contient en rapport avec l’application à l’intéressée d’une réserve médicale ne traduisent pas un véritable réexamen
         de sa validité. Ils constituent seulement l’ampliation des motifs figurant dans la décision du 30 mars 2007 rejetant la première
         réclamation. L’AHCC indique, en effet, dans sa décision du 14 mars 2008, qu’elle y reprend l’argumentaire figurant dans son
         mémoire en défense dans l’affaire F‑69/07, introduite à la suite du rejet de cette première réclamation. Or, une décision,
         qui ne comporte que des précisions complémentaires, se borne à révéler les motifs de la confirmation de la décision antérieure
         et ne constitue pas un acte faisant grief (voir, en ce sens, arrêt du Tribunal de première instance du 7 juin 2005, Cavallaro/Commission,
         T‑375/02, RecFP p. I‑A‑151 et II‑673, point 65).
      
      50      La conclusion ci-dessus ne saurait davantage être remise en cause par la jurisprudence selon laquelle un recours en annulation
         dirigé contre une décision confirmative n’est irrecevable que si la décision confirmée est devenue définitive à l’égard de
         l’intéressé, faute d’avoir fait l’objet d’un recours contentieux dans les délais requis, tandis que, dans le cas contraire,
         le requérant est en droit d’attaquer soit la décision confirmée, soit la décision confirmative, soit l’une et l’autre de ces
         décisions. En effet, cette solution ne saurait être appliquée lorsque, comme en l’espèce, la décision confirmée et la décision
         confirmative sont attaquées par deux recours différents et que le requérant peut défendre son point de vue et faire valoir
         ses arguments dans le cadre du premier d’entre eux (ordonnance du Tribunal de première instance du 25 octobre 2001, Métropole
         télévision-M6/Commission, T‑354/00, Rec. p. II‑3177, point 35).
      
      51      Il y a lieu, en conséquence, de rejeter le recours F‑60/08 comme irrecevable.
      
      3.     Sur le fond du recours F‑69/07
      52      La partie requérante conteste, d’une part, la limitation de la durée de son contrat à la période comprise entre le 16 septembre
         2006 et le 15 septembre 2009 et, d’autre part, l’application de la réserve médicale prévue à l’article 100 du RAA.
      
       Sur le recours en tant qu’il est dirigé contre la durée du contrat
       Arguments des parties
      53      À l’appui de son recours, en tant qu’il est dirigé contre la durée de son contrat, la partie requérante invoque, en substance,
         deux moyens. Elle soutient, dans le premier moyen soulevé à titre principal, que la décision limitant la durée de son contrat
         méconnaît son droit à la stabilité de l’emploi et que le rejet de sa réclamation est insuffisamment motivé. Pour autant que
         de besoin, elle soulève, dans le second moyen, une exception d’illégalité à l’encontre de l’article 88 du RAA.
      
      54      En premier lieu, la partie requérante soutient, au regard de l’arrêt du Tribunal du 26 octobre 2006, Landgren/ETF (F‑1/05,
         RecFP p. I‑A‑1‑123 et II‑A‑1‑459, faisant l’objet d’un pourvoi pendant devant le Tribunal de première instance, affaire T‑404/06 P),
         que, en raison de l’évolution de la protection des travailleurs, les contrats à durée indéterminée constituent la forme générale
         des relations d’emploi. En revanche, les contrats à durée déterminée seraient seulement susceptibles de répondre aux besoins
         des employeurs et des travailleurs dans certaines circonstances.
      
      55      La partie requérante déduit du fait qu’elle est au service de la Commission depuis le 1er mai 2001, en vertu de quinze contrats à durée déterminée successifs, que la Commission a abusé de cette forme de contrat
         et qu’elle a méconnu le droit à la stabilité de l’emploi. 
      
      56      La partie requérante ajoute qu’elle basait sa réclamation des 11 et 14 décembre 2006 sur le droit à la stabilité de l’emploi
         ainsi que sur les dispositions de la charte sociale européenne, signée à Turin le 18 octobre 1961, et de la charte des droits
         fondamentaux de l’Union européenne, proclamée à Nice le 7 décembre 2000 (JO C 364, p. 1, ci-après la « charte des droits fondamentaux »).
         Elle soutient que la Commission n’a pas répondu à son argumentation dans le rejet de sa réclamation. Celle-ci n’aurait fourni
         aucune explication sur les circonstances justifiant la succession de quinze contrats à durée déterminée et n’aurait pas indiqué
         en quoi cette succession correspondrait aux besoins des deux parties.
      
      57      En second lieu, la partie requérante fait valoir que la décision de fixer le terme de son emploi au 15 septembre 2009 est
         fondée sur l’article 88 du RAA et que ce dernier est lui-même illégal en ce qu’il « méconnaît[rait] les principes de droit
         concernant la protection des travailleurs ». 
      
      58      Dans ses observations sur le mémoire en intervention du Conseil, la partie requérante précise qu’un principe général de stabilité
         des relations d’emploi découle de la directive 1999/70. Cette directive et l’accord-cadre qui y est annexé auraient vocation
         à s’appliquer aux contrats de travail conclus avec une entité de droit international public. D’ailleurs, un ressortissant
         communautaire ne perdrait pas la qualité de travailleur du fait qu’il occupe un emploi auprès d’une telle organisation.
      
      59      La partie requérante prétend que le RAA et la directive 1999/70 sont des normes de droit équivalentes dont l’une ne saurait
         primer sur l’autre. Elle ajoute, toutefois, que lorsque de telles normes sont susceptibles de produire des effets contraires,
         il conviendrait d’appliquer celle qui satisfait aux exigences de motivation imposées par l’article 253 CE.
      
      60      Or, le RAA n’expliquerait pas pourquoi l’engagement des agents visés à son article 3 ter est limité à trois ans. De même,
         il ne justifierait pas la différence de traitement entre ces agents et ceux, recrutés sur la base de l’article 3 bis, qui
         peuvent obtenir un renouvellement de leur contrat pour une durée indéterminée. De même encore, le RAA ne comporterait aucune
         justification de la différence de traitement réservée aux agents contractuels qui, comme la partie requérante, sont recrutés
         en application de l’article 3 ter après avoir été liés à l’institution qui les emploie par une succession de contrats à durée
         déterminée pour exercer des tâches prétendument permanentes. En outre, ni le RAA ni la décision limitant la durée de son contrat
         ne justifierait la différence de traitement entre les agents susmentionnés et les travailleurs qui, dans un État membre, exécuteraient
         de telles tâches. Dans le prolongement de ce qui précède, la partie requérante observe que le RAA ne motive pas la possibilité
         de déroger à la clause 5 de l’accord-cadre et de recruter pour une durée déterminée des agents contractuels auxiliaires pour
         des tâches permanentes liées à l’activité normale de l’institution.
      
      61      Le Conseil conteste la recevabilité de l’exception d’illégalité dirigée contre l’article 88 du RAA, en ce que la requête ne
         lui consacrerait aucun développement. En particulier, l’exception d’illégalité se fondrait sur les principes généraux du droit
         concernant la protection des travailleurs sans apporter aucune précision supplémentaire à cet égard.
      
      62      En toute hypothèse, la Commission et le Conseil estiment qu’aucun principe général de stabilité de l’emploi ne s’applique
         aux agents soumis au RAA. Seuls les fonctionnaires en bénéficieraient. La jurisprudence reconnaîtrait, au contraire, que,
         dans certaines circonstances, les contrats à durée déterminée sont susceptibles de répondre tant aux besoins des employeurs
         que des travailleurs. Ainsi, le recours à des fonctionnaires sous statut ou à des agents sous diverses catégories de contrats
         correspondrait à des besoins légitimes de l’administration communautaire et à la nature des tâches, permanentes ou temporaires,
         qu’elle a pour mission d’accomplir.
      
      63      Le Conseil souligne, à cet égard, que l’article 3 ter du RAA précise que les agents contractuels auxiliaires peuvent seulement
         être engagés pour exécuter d’autres tâches que les tâches manuelles ou d’appui administratif visées à l’article 3 bis ou pour
         remplacer temporairement des personnes se trouvant momentanément dans l’incapacité d’exercer leurs fonctions.
      
      64      Enfin, le Conseil observe que, en limitant à trois ans la durée d’engagement des agents contractuels auxiliaires, l’article
         88 du RAA empêche une utilisation abusive des contrats à durée déterminée successifs.
      
      65      La Commission et le Conseil concluent qu’il y a lieu d’écarter l’exception d’illégalité dirigée contre l’article 88 du RAA
         puisqu’en l’espèce le principe de la stabilité de l’emploi, invoqué à son encontre, n’est pas applicable.
      
      66      La Commission poursuit en constatant que la limitation du contrat de la partie requérante à trois ans est conforme à l’article
         88 du RAA.
      
       Appréciation du Tribunal
      67      Bien que l’exception d’illégalité à l’encontre de l’article 88 du RAA soit seulement soulevée à titre subsidiaire, il convient
         de l’examiner en premier lieu.
      
      –       Sur l’exception d’illégalité dirigée contre l’article 88 du RAA
      68      La partie requérante prétend, dans sa requête, que l’article 88 du RAA méconnaît les principes de droit concernant la protection
         des travailleurs. Elle soutient aussi, dans ses observations sur le mémoire en intervention du Conseil, que ledit article
         n’est pas motivé conformément à l’article 253 CE.
      
      69      En premier lieu, il convient, d’une part, d’écarter l’argument du Conseil selon lequel l’exception d’illégalité dirigée contre
         l’article 88 du RAA, en ce que cet article méconnaîtrait « les principes de droit concernant la protection des travailleurs »,
         serait irrecevable en l’absence de développement dans la requête.
      
      70      En effet, en soutenant que l’article 88 du RAA est illégal pour ce motif, la partie requérante renvoie à un prétendu droit
         à la stabilité de l’emploi, de la violation duquel elle déduit directement l’illégalité de la décision limitant la durée de
         son contrat. Elle invoque ainsi la même argumentation à l’appui de son exception d’illégalité. La Commission et le Conseil
         l’ont, au demeurant, interprétée de cette manière et y ont répondu.
      
      71      D’autre part, il y a lieu de rappeler que l’exception d’illégalité à l’encontre de l’article 88 du RAA, en ce que cet article
         ne serait pas motivé, est recevable, bien que soulevée en cours de procédure par la partie requérante, dans la mesure où elle
         est fondée sur un grief d’ordre public qui peut être soulevé à tous les stades de la procédure et, en tout état de cause,
         être examinée d’office par le juge communautaire.
      
      72      Il convient, dès lors, d’examiner, en deuxième lieu, si l’article 88 du RAA contrevient à un principe de stabilité de l’emploi.
      
      73      En l’espèce, la partie requérante ne prétend pas que l’article 88 du RAA serait contraire à la directive 1999/70 et à l’accord-cadre
         comme tels. Elle soutient que, en adoptant cette directive, le Conseil a rendu obligatoire dans l’ensemble des États membres
         les dispositions dudit accord-cadre et que celles-ci constitueraient des principes généraux de droit qui s’imposeraient aux
         institutions et au premier rang desquels figurerait le droit à la stabilité de l’emploi.
      
      74      Or, si, aux termes du point 10 des considérations générales de l’accord-cadre, celui-ci comporte des « principes généraux,
         prescriptions minimales et dispositions », il résulte, toutefois, du considérant 14 de la directive 1999/70, de même que du
         troisième alinéa du préambule de l’accord-cadre, du point 9 de ses considérations générales et de ses clauses 1 et 4, que
         les principes en question sont le principe de non-discrimination, dont celui d’égalité entre les hommes et les femmes, et
         le principe de l’interdiction de l’abus de droit. Quant à la clause 5, point 1, de l’accord-cadre, sur lequel se fonde la
         partie requérante, elle énonce des prescriptions minimales destinées à encadrer le recours successif aux contrats ou relations
         de travail à durée déterminée, et à éviter de cette manière l’utilisation abusive de tels contrats, ainsi que la précarisation
         de la situation de leurs bénéficiaires (voir, en ce sens, arrêts de la Cour du 4 juillet 2006, Adeneler e.a., C‑212/04, Rec.
         p. I‑6057, point 63 ; du 23 avril 2009, Angelidaki e.a., C‑378/07 à C‑380/07, Rec. p. I‑3071, point 73, et ordonnance de la
         Cour du 24 avril 2009, Koukou, C‑519/08, Rec. p. I‑65*, point 53). De telles dispositions protectrices minimales constituent,
         certes, des règles du droit social communautaire revêtant une importance particulière (voir, en ce sens, arrêt de la Cour
         du 13 septembre 2007, Del Cerro Alonso, C‑307/05, Rec. p. I‑7109, point 27), mais sans cependant ériger la stabilité de l’emploi
         en principe général de droit à l’aune duquel pourrait être appréciée la légalité d’un acte d’une institution.
      
      75      En effet, même si la stabilité de l’emploi est conçue comme un élément majeur de la protection des travailleurs (voir arrêts
         de la Cour du 22 novembre 2005, Mangold, C‑144/04, Rec. p. I‑9981, point 64 ; du 15 avril 2008, Impact, C‑268/06, Rec. p. I‑2483,
         point 87, et Angelidaki e.a., précité, point 105), il ne ressort nullement de l’accord-cadre qu’elle ait été érigée en règle
         de droit contraignante. D’ailleurs, les considérants 6 et 7 de la directive 1999/70, de même que le premier alinéa du préambule
         et le point 5 des considérations générales de l’accord-cadre, mettent l’accent sur la nécessité d’atteindre un meilleur équilibre
         entre « la flexibilité du temps de travail et la sécurité des travailleurs ». Il y a lieu d’ajouter que, comme la Cour l’a
         déjà jugé, l’accord-cadre n’édicte pas une obligation générale de prévoir, après un certain nombre de renouvellements de contrats
         à durée déterminée ou l’accomplissement d’une certaine période de travail, la transformation desdits contrats en un contrat
         à durée indéterminée (voir, en ce sens, arrêts précités Adeneler e.a., point 91, et Angelidaki e.a., point 183, et arrêt de
         la Cour du 7 septembre 2006, Marrosu et Sardino, C‑53/04, Rec. p. I‑7213, point 47, ainsi que ordonnance Koukou, précitée,
         point 85).
      
      76      Si la stabilité de l’emploi ne peut donc être considérée comme un principe général, elle constitue, en revanche, une finalité
         poursuivie par les parties signataires de l’accord-cadre dont la clause 1, sous b), dispose que celui-ci a pour objet « d’établir
         un cadre pour prévenir les abus résultant de l’utilisation de contrats ou de relations de travail à durée déterminée successifs »
         (arrêt du Tribunal du 30 avril 2009, Aayhan e.a./Parlement, F‑65/07, RecFP p. I‑A‑1‑0000 et II‑A‑1‑0000, points 114 et 115).
      
      77      En tout état de cause, il ressort de l’arrêt du Tribunal du 4 juin 2009, Adjemian e.a./Commission (F‑134/07 et F‑8/08, RecFP
         p. I‑A‑1‑0000 et II‑A‑1‑0000, points 119 à 136), que, au regard des caractéristiques inhérentes aux activités envisagées par
         l’article 3 ter du RAA, l’article 88 dudit RAA ne porte pas atteinte aux finalités de l’accord-cadre et aux prescriptions
         minimales de sa clause 5. En effet, la clause 5, point 1, de l’accord-cadre impose seulement aux États membres l’obligation
         d’introduire dans leur ordre juridique une ou plusieurs des mesures énumérées sous a) à c), parmi lesquelles figurent, sous
         a), les « raisons objectives justifiant le renouvellement de tels contrats ou relations de travail ». Or, chaque emploi d’agent
         contractuel auxiliaire doit, conformément à l’article 3 ter susmentionné, répondre concrètement à des besoins passagers ou
         intermittents. De plus, dans une administration à l’effectif important comme celui de la Commission, il est inévitable que
         de tels besoins se répètent en raison, notamment, de l’indisponibilité de fonctionnaires, de surcroîts de travail dus aux
         circonstances ou de la nécessité, pour chaque direction générale, de s’entourer occasionnellement de personnes possédant des
         qualifications ou des connaissances spécifiques, l’ensemble de ces circonstances constituant des raisons objectives justifiant
         tant la durée déterminée des contrats d’agents auxiliaires que leur renouvellement en fonction de la survenance des besoins
         en cause.
      
      78      Il découle de ce qui précède qu’aucun principe général de stabilité de l’emploi ne saurait fonder une exception d’illégalité
         à l’encontre de l’article 88 du RAA, lequel, de surcroît, ne laisse pas apparaître qu’il porterait atteinte aux finalités
         et aux prescriptions minimales de l’accord-cadre annexé à la directive 1999/70.
      
      79      Il reste à examiner, en troisième lieu, l’argument selon lequel l’article 88 du RAA ne serait pas motivé conformément à l’article
         253 CE.
      
      80      Il convient de rappeler, à cet égard, que, selon une jurisprudence constante, la motivation exigée à l’article 253 CE doit
         être adaptée à la nature de l’acte en cause. Lorsqu’il s’agit, comme en l’espèce, d’un acte à portée générale, la motivation
         peut se borner à indiquer, d’une part, la situation d’ensemble qui a conduit à son adoption et, d’autre part, les objectifs
         généraux qu’il se propose d’atteindre. Par ailleurs, la Cour a itérativement jugé que, si un acte à portée générale fait ressortir
         l’essentiel de l’objectif poursuivi par l’institution, il serait excessif d’exiger une motivation spécifique pour les différents
         choix techniques opérés (arrêt du Tribunal du 23 janvier 2007, Chassagne/Commission, F‑43/05, RecFP p. I‑A‑1‑0000 et II‑A‑1‑139,
         points 105 et 106, ainsi que la jurisprudence citée).
      
      81      En l’occurrence, le Tribunal a déjà jugé que le considérant 36 du règlement (CE, Euratom) n° 723/2004 du Conseil, du 22 mars
         2004, modifiant le statut ainsi que le RAA (JO L 124, p. 1) justifie suffisamment l’objectif poursuivi par la création des
         nouvelles catégories d’agents contractuels visés aux articles 3 bis et 3 ter du RAA. Le Tribunal a également estimé qu’il
         ne saurait être reproché au Conseil de ne pas avoir justifié ses choix au regard de la clause 5 de l’accord-cadre, dès lors
         qu’il résulte de l’article 249, troisième alinéa, CE, que les directives n’ont que les États membres pour destinataires (arrêt
         Adjemian e.a./Commission, point 77 supra, points 139 à 142). Enfin, une motivation spécifique s’imposait d’autant moins qu’il
         ressort du point 77, ci-dessus, que l’article 88 du RAA ne porte pas atteinte aux finalités et aux prescriptions minimales
         de l’accord-cadre.
      
      82      Dans ces conditions, il n’y a pas lieu de faire grief au Conseil de ne pas avoir justifié son prétendu choix de déroger à
         la clause 5 de l’accord-cadre. Il serait aussi excessif de lui reprocher de ne pas avoir motivé de façon spécifique ses choix
         techniques au regard des diverses catégories d’agents et de travailleurs nationaux identifiées par la partie requérante et
         énumérées au point 60 ci-dessus. 
      
      83      Il découle de l’ensemble des considérations qui précèdent que l’exception d’illégalité soulevée à l’encontre de l’article
         88 du RAA par la partie requérante doit être rejetée.
      
      –       Sur les griefs dirigés directement contre la décision limitant la durée du contrat de la partie requérante
      84      La partie requérante fait valoir, en premier lieu, que la Commission l’emploie, depuis le 1er mai 2001, en vertu de quinze contrats successifs à durée déterminée, pour accomplir des tâches permanentes liées à l’activité
         normale de l’institution. Elle reproche, dès lors, à la Commission de ne pas l’avoir engagée à durée indéterminée par le contrat
         d’agent contractuel auxiliaire du 14 septembre 2006.
      
      85      Il convient, toutefois, de constater que la partie requérante n’a pas avancé, dans ses écritures, d’éléments concrets et pertinents
         à l’appui de son affirmation selon laquelle elle assumerait effectivement des tâches permanentes liées à l’activité normale
         de la Commission en dehors de l’hypothèse, visée à l’article 3 ter, sous b), du RAA. Le Tribunal rappelle, à cet égard, qu’il
         ne lui appartient pas de rechercher, dans les annexes à la requête, si des éléments susceptibles de combler une telle lacune
         y figurent, les annexes ayant seulement une fonction purement probatoire et instrumentale (voir arrêts du Tribunal de première
         instance du 18 octobre 2001, X/BCE, T‑333/99, Rec. p. II‑3021, point 190, et du 15 octobre 2008, Mote/Parlement, T‑345/05,
         Rec. p. II‑2849, point 75).
      
      86      Il y a lieu de rappeler également qu’il ressort des points 73 à 76 ci-dessus que la clause 5 de l’accord-cadre ne comporte
         pas de principe général de droit et que la stabilité de l’emploi n’en est pas davantage un. En outre, la partie requérante
         n’établit pas que l’enchaînement de ses contrats ne répondrait pas à des besoins spécifiques de la Commission au regard des
         considérations figurant au point 77 ci-dessus et aurait eu pour objet de couvrir des besoins permanents et durables de l’institution.
      
      87      Il s’ensuit que le premier grief invoqué par la partie requérante à l’encontre du contrat d’agent contractuel auxiliaire du
         14 septembre 2006, en tant qu’il porte sur la durée dudit contrat, doit être écarté.
      
      88      La partie requérante prétend, en second lieu, que l’AHCC n’a pas répondu, dans sa décision du 30 mars 2007, aux arguments
         qu’elle avait tirés, dans sa réclamation des 11 et 14 décembre 2006, de la charte des droits fondamentaux, de la charte sociale
         européenne et d’un droit à la stabilité de l’emploi. Selon la partie requérante, l’AHCC n’aurait pas non plus exposé en quoi
         une succession de quinze contrats à durée déterminée répondrait aux besoins des parties contractantes et ce qui justifierait
         la différence de traitement dont elle serait victime par rapport aux travailleurs liés à des employeurs relevant des secteurs
         public ou privé d’un État membre.
      
      89      Force est toutefois de constater d’abord que, dans sa réclamation du 11 décembre 2006, la partie requérante a seulement cité
         les articles 34 et 35 de la charte des droits fondamentaux et les articles 12 et 13 de la charte sociale européenne dans une
         description du cadre juridique sans en déduire aucun argument et sans les reprendre dans l’énumération des textes et principes
         invoqués « à l’appui de son action ». 
      
      90      Or, la motivation, sans devoir être exhaustive, doit permettre au juge communautaire d’exercer son contrôle de la légalité
         de la décision attaquée et fournir à l’intéressé une indication suffisante pour savoir si cette décision est bien fondée ou
         si elle est entachée d’un vice permettant d’en contester la légalité (arrêts du Tribunal de première instance du 23 avril
         2002, Campolargo/Commission, T‑372/00, RecFP p. I‑A‑49 et II‑223, point 49, et du 17 octobre 2006, Bonnet/Cour de justice,
         T‑406/04, RecFP p. I‑A‑2‑213 et II‑A‑2‑1097, point 67). Aussi ne saurait-il être exigé des institutions qu’elles discutent
         tous les points de fait ou de droit qui auraient été évoqués, spécialement de manière superficielle, au cours de la procédure
         administrative. En conséquence, l’AHCC n’a pas méconnu son devoir de motiver le rejet du chef de réclamation dirigé contre
         la durée déterminée du contrat d’agent contractuel offert à la partie requérante en ne justifiant pas sa décision au regard
         des articles susmentionnés de la charte des droits fondamentaux et de la charte sociale européenne. au demeurant, l’AHCC a pu légitimement considérer que ceux-ci étaient seulement cités dans la perspective du second chef de
         réclamation dirigé contre la réserve médicale appliquée à la partie requérante. 
      
      91      Par ailleurs, la partie requérante n’a pas expressément invoqué une éventuelle différence de traitement entre elle-même et
         les travailleurs des secteurs public ou privé d’un État membre dans sa réclamation des 11 et 14 décembre 2006.
      
      92      Il ressort également des développements de la réclamation ampliative du 14 décembre 2006 que celle-ci a complété l’argumentation
         initiale de la partie requérante en ce qui concerne la réserve médicale et non le chef de réclamation dirigé contre la durée
         du contrat. 
      
      93      Enfin, l’AHCC a répondu aux arguments que la partie requérante tiraient d’un droit à la stabilité de l’emploi en faisant notamment
         valoir que, s’il est constant que les contrats à durée indéterminée offrent une plus grande stabilité, il n’en ressort pas
         pour autant que les contrats à durée déterminée seraient illégaux. Elle a aussi rappelé le pouvoir d’appréciation dont elle
         dispose en la matière et souligné que les contrats à durée déterminée d’agents auxiliaires tendaient à satisfaire concrètement
         des besoins passagers, urgents ou nettement définis, répondant ainsi au grief que la partie requérante déduisait du caractère
         successif de ses engagements.
      
      94      Il s’ensuit que le second grief invoqué par la partie requérante à l’encontre du contrat d’agent contractuel auxiliaire du
         14 septembre 2006, en tant qu’il porte sur la durée dudit contrat, n’est pas fondé.
      
      95      Au vu de l’ensemble de ce qui précède, il y a lieu de rejeter le recours en tant qu’il est dirigé contre la durée du contrat.
      
       Sur le recours en tant qu’il est dirigé contre la réserve médicale
       Arguments des parties
      –       Arguments de la partie requérante
      96      À l’appui de son recours, en tant qu’il est dirigé contre la réserve médicale, la partie requérante invoque deux moyens. Le
         premier moyen, soulevé à titre principal, est tiré de la violation de l’article 100 du RAA ; le second moyen, soulevé à titre
         subsidiaire, est, lui, tiré d’une exception d’illégalité à l’encontre de ce même article.
      
      97      Quant au premier moyen, la partie requérante rappelle, tout d’abord, que, en vertu de l’article 100 du RAA, l’AHCC peut décider
         d’exclure un agent contractuel du bénéfice des garanties prévues en matière d’invalidité ou de décès, pour les suites d’une
         maladie révélée lors de l’examen médical précédant l’engagement, pendant une période de cinq ans à compter de la date de son
         entrée au service de l’institution.
      
      98      La partie requérante soutient que l’entrée en service visée par l’article 100 du RAA est indépendante de la nature des relations
         contractuelles ou statutaires entre l’institution et l’agent. D’ailleurs, une succession de contrats à durée déterminée constituerait,
         en réalité, une seule relation de travail. En conséquence, une réserve médicale n’aurait pu, en l’espèce, lui être appliquée
         que pour la période comprise entre le 1er mai 2001, date de sa première entrée en fonction, et le 30 avril 2006.
      
      99      La partie requérante prétend, ensuite, que la réserve médicale a eu pour effet de la priver d’un niveau de protection sociale
         adéquat, en violation des principes généraux à la base, d’une part, des articles 12 et 13 de la charte sociale européenne,
         concernant le droit à la sécurité sociale et le droit à l’assistance sociale et médicale, ainsi que, d’autre part, des articles
         34 et 35 de la charte des droits fondamentaux, concernant respectivement le droit d’accès aux prestations de sécurité sociale,
         notamment en cas de maladie, et la protection de la santé. 
      
      100    Enfin, réaffirmant que la notion d’entrée en service utilisée à l’article 100 du RAA est indépendante de l’affiliation à un
         régime de sécurité sociale, national ou communautaire, la partie requérante fait valoir que la décision de lui appliquer la
         réserve médicale a réduit le niveau de protection contre les risques de décès et d’invalidité dont elle bénéficiait au titre
         de la législation de sécurité sociale hongroise, puis de la législation belge, lorsqu’elle travaillait pour la Commission
         en tant qu’agent local, puis comme agent auxiliaire. Elle rappelle, à cet égard, qu’elle est au service de la Commission de
         manière ininterrompue depuis le 1er mai 2001 et estime que les institutions communautaires, comme tout autre employeur, ne sauraient soumettre leur personnel
         à un régime de sécurité sociale précaire en réexaminant constamment l’état médical des agents concernés.
      
      101    Quant au second moyen, la partie requérante expose que, si la décision de lui appliquer la réserve médicale devait être considérée
         comme conforme à l’article 100 du RAA, il y aurait lieu de déclarer que celui-ci méconnaît « les principes généraux du droit
         concernant la protection des travailleurs ».
      
      102    Dans ses observations sur le mémoire en intervention du Conseil, la partie requérante précise que l’application de l’article
         100 du RAA, dans les circonstances de l’espèce, se fonderait sur une fiction juridique, une succession de contrats à durée
         déterminée étant considérée comme autant de relations de travail indépendantes les unes des autres. Or, la protection des
         travailleurs nécessiterait de faire prévaloir la réalité d’une relation de travail ininterrompue afin d’empêcher que les institutions
         communautaires puissent soumettre leurs agents à un régime de sécurité sociale précaire, caractérisée par le réexamen constant
         de leur situation médicale.
      
      –       Arguments de la Commission et du Conseil
      103    Quant au premier moyen, la Commission rétorque que, l’article 100 du RAA figurant sous le titre IV « Agents contractuels »,
         chapitre 8 « Sécurité sociale », section B « Couverture des risques d’invalidité et de décès », il peut seulement s’appliquer
         aux agents contractuels à compter de leur engagement en cette qualité. De plus, l’article 100 du RAA se réfèrerait à un examen
         médical précédant le recrutement à ce titre, de sorte que la période d’exclusion de cinq ans des garanties prévues en matière
         d’invalidité et de décès qu’il envisage ne pourrait être que postérieure à ce recrutement. Il n’y aurait, au demeurant, aucun
         sens à faire rétroagir cette période à un moment où les droits en cause n’existaient pas. La Commission constate, à cet égard,
         que la partie requérante a, tout d’abord, travaillé en qualité d’agent local, affilié au régime de sécurité sociale de son
         pays, puis comme agent auxiliaire relevant du régime belge de sécurité sociale. Elle aurait seulement relevé du régime de
         sécurité sociale communautaire lorsqu’elle est devenue agent contractuel.
      
      104    La Commission observe, par ailleurs, que l’article 100 du RAA est analogue à l’article 1er de l’annexe VII du statut et à l’article 32 du RAA, respectivement applicables aux fonctionnaires et aux agents temporaires.
         Elle souligne, en revanche, que les dispositions relatives aux agents locaux et aux agents auxiliaires ne comportent aucun
         article comparable. Cette différence s’expliquerait par la circonstance que la Communauté ne peut imposer une réserve médicale
         qu’aux agents entrant dans le champ d’application de la sécurité sociale communautaire.
      
      105    Quant au second moyen, la Commission et le Conseil considèrent que l’exception d’illégalité à l’encontre de l’article 100
         du RAA est irrecevable dans la mesure où la requête ne contient aucun développement à cet égard. Même s’il fallait comprendre
         l’exception d’illégalité comme s’appuyant également sur une prétendue violation du droit d’accès aux prestations de sécurité
         sociale communautaire, des articles 12 et 13 de la charte sociale européenne, ainsi que des articles 34 et 35 de la charte
         des droits fondamentaux, l’exception devrait tout autant être rejetée comme irrecevable en raison du caractère purement abstrait
         de l’argumentation défendue, en l’absence d’indications suffisamment claires et précises permettant aux parties adverses d’y
         répondre et au Tribunal d’exercer son contrôle, et ce en violation de l’article 44 du règlement de procédure du Tribunal de
         première instance des Communautés européennes.
      
      106    La Commission ajoute que la charte des droits fondamentaux est dépourvue de valeur juridique contraignante et que la charte
         sociale européenne n’est pas applicable à la Communauté puisque cette dernière ne figure pas parmi ses signataires ou ses
         adhérents.
      
      107    En toute hypothèse, la Commission prétend que le droit à un niveau élevé de protection de la santé mentionné dans ces deux
         textes est respecté. La partie requérante serait couverte par une assurance maladie comme tout autre fonctionnaire ou agent
         et elle bénéficierait également d’une couverture en matière d’invalidité ou de décès pour toute suite ou conséquence d’une
         maladie autre que celle qui a donné lieu à la réserve médicale.
      
      108    Le Conseil fait valoir, en tout état de cause, que l’accès aux prestations de sécurité sociale dépend, selon l’article 34,
         paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux, des modalités établies par le droit communautaire et par les législations
         nationales ou, en vertu de l’article 12, paragraphe 4, de la charte sociale européenne, des mesures arrêtées par les parties
         contractantes. Le statut et le RAA pourraient ainsi définir le système de sécurité sociale applicable à la fonction publique
         européenne. De plus, l’article 34 de la charte des droits fondamentaux ne viserait pas la protection en matière d’invalidité
         ou de décès. La même observation vaudrait pour l’article 35 de ladite charte qui énonce seulement le droit de toute personne
         d’accéder à la prévention en matière de santé et de bénéficier de soins médicaux dans les conditions établies par les législations
         nationales. L’article 100 du RAA ne priverait pas la partie requérante de ces garanties. Par ailleurs, l’article 12 de la
         charte sociale européenne concernerait l’établissement d’un régime de sécurité sociale par les parties contractantes, le maintien
         de ce régime à un niveau satisfaisant et l’adoption de mesures garantissant des avantages lors du déplacement des personnes
         entre les parties contractantes. L’article 13 de la même charte garantirait le droit à l’assistance sociale et médicale. L’article
         100 du RAA échapperait ainsi au champ d’application de ces deux articles.
      
       Appréciation du Tribunal
      109    Il convient de rappeler que, en vertu des articles 70 et 121 du RAA, l’agent local et l’agent auxiliaire sont affiliés au
         régime obligatoire de sécurité sociale national, de préférence celui du pays de la dernière affiliation ou celui du pays d’origine,
         s’agissant de l’agent auxiliaire, ou du pays sur le territoire duquel l’agent est appelé à exercer ses fonctions, s’agissant
         de l’agent local. En l’espèce, la partie requérante a ainsi été affiliée, du 1er mai 2001 au 15 septembre 2006, successivement sous les législations de sécurité sociale hongroise et belge, en sa qualité
         d’agent local, puis d’agent auxiliaire.
      
      110    En revanche, l’agent contractuel est couvert contre les différents risques sociaux au titre des dispositions du chapitre 8
         « Sécurité sociale » du titre IV « Agents contractuels » du RAA, et notamment de ses articles 99 à 108, s’agissant des risques
         d’invalidité et de décès. Cela signifie que, à compter de son recrutement en qualité d’agent contractuel, au 16 septembre
         2006, la partie requérante a cessé d’être soumise à la législation belge de sécurité sociale pour relever du régime de sécurité
         sociale tel qu’il est organisé par le RAA.
      
      111    En matière d’invalidité et de décès, l’article 100 du RAA dispose que, « [s]i l’examen médical précédant l’engagement de l’agent
         contractuel révèle que ce dernier est atteint d’une maladie ou d’une infirmité, l’[AHCC] peut décider de ne l’admettre au
         bénéfice des garanties prévues en matière d’invalidité ou de décès qu’à l’issue d’une période de cinq ans à compter de la
         date de son entrée au service de l’institution pour les suites et conséquences de cette maladie ou de cette infirmité ». Une
         disposition similaire figure à l’article 1er, paragraphe 1, de l’annexe VIII du statut, applicable aux fonctionnaires, et à l’article 32 du RAA, applicable aux agents
         temporaires.
      
      112    Il ressort clairement du libellé de l’article 100 du RAA que celui-ci ne prévoit qu’une simple faculté pour l’AHCC de faire
         usage de la réserve médicale, lors de l’affiliation de l’agent au régime communautaire de sécurité sociale, pour le cas où
         l’existence d’une maladie ou d’une infirmité frappant ce dernier serait révélée au cours de l’examen médical d’embauche. De
         plus, la période d’exclusion de la couverture en matière d’invalidité ou de décès, relativement à cette maladie ou cette infirmité,
         a une durée de cinq ans « à compter de la date de [l’]entrée [de l’agent] au service de l’institution ».
      
      113    Il convient de préciser ce qu’il y a lieu d’entendre par « entrée au service de l’institution », les parties s’opposant sur
         le sens à donner à ces termes. Selon la partie requérante, il convient de prendre en considération le début de la période
         d’activité de l’intéressé au sein de l’institution, quel que soit le type de contrat l’ayant lié à cette dernière, ce qui,
         en l’espèce, correspondrait à la date de son recrutement en qualité d’agent local, à savoir le 1er mai 2001. La Commission estime, en revanche, qu’il convient de tenir compte de la date de prise de cours de l’affiliation
         de l’agent contractuel au régime communautaire de sécurité sociale, à savoir, en l’espèce, la date du 16 septembre 2006. 
      
      114    À cet égard, il est de jurisprudence constante que, pour l’interprétation d’une disposition de droit communautaire, il y a
         lieu de tenir compte non seulement des termes de celle-ci, mais également de son contexte et des objectifs poursuivis par
         la réglementation dont elle fait partie, ainsi que de l’ensemble des dispositions du droit communautaire (voir, en ce sens,
         arrêts de la Cour du 6 octobre 1982, Cilfit e.a., 283/81, Rec. p. 3415, point 20, et du 17 novembre 1983, Merck, 292/82, Rec.
         p. 3781, point 12 ; arrêt du Tribunal de première instance du 6 octobre 2005, Sumitomo Chemical et Sumika Fine Chemicals/Commission,
         T‑22/02 et T‑23/02, Rec. p. II‑4065, point 47).
      
      115    Tout d’abord, le sens usuel des termes utilisés à l’article 100 du RAA devrait conduire à faire coïncider l’entrée au service
         d’une institution avec la date à laquelle l’agent concerné a débuté ses fonctions au sein de l’institution, quelle que soit
         la nature du contrat le liant à celle-ci, ce qui, en l’espèce, ferait débuter la période d’exclusion des garanties prévues
         en matière d’invalidité et de décès au 1er mai 2001. Cependant, ainsi que l’a souligné la Commission, il n’y aurait aucun sens à faire commencer une telle période d’exclusion
         avant le début de l’affiliation de l’agent concerné au régime communautaire de sécurité sociale.
      
      116    Dès lors qu’une période d’exclusion de la couverture d’un risque social ne peut, par nature, débuter que sous l’empire du
         régime couvrant ce risque, il ne saurait être question de faire rétroagir la période d’exclusion des garanties prévues en
         matière d’invalidité et de décès à la date de la prise de fonctions de la partie requérante au sein de la Commission, à savoir
         au 1er mai 2001.
      
      117    Toutefois, aux fins de l’interprétation de l’article 100 du RAA, au vu des circonstances de l’espèce, il convient encore de
         tenir compte du contexte de cet article, de la finalité de la réglementation dont il fait partie, ainsi que d’autres dispositions
         du droit communautaire.
      
      118    S’agissant, en premier lieu, du contexte de l’article 100 du RAA et de la finalité de la réglementation dont il relève, il
         convient d’observer que l’article en cause fait partie d’un ensemble de dispositions du RAA destinées à garantir aux agents
         contractuels un niveau élevé de protection contre les risques traditionnels de sécurité sociale, dont le risque d’invalidité.
         La Commission a d’ailleurs mis en évidence, dans ses écritures, cette caractéristique de la réglementation communautaire en
         considérant que celle-ci répondait aux finalités de la charte des droits fondamentaux et de la charte sociale européenne,
         dans les domaines de la protection de la santé et de la sécurité sociale. Elle a également admis, au cours de l’audience,
         l’absence d’automaticité dans l’application de l’article 100 du RAA, dès lors que cet article ne prévoit qu’une simple faculté,
         pour l’AHCC, de recourir à la réserve médicale.
      
      119    Il importe de souligner également que, en ce qui concerne les agents contractuels, comme d’ailleurs en ce qui concerne les
         fonctionnaires et les agents temporaires, la protection sociale, et en particulier la couverture du risque d’invalidité, est
         mise en œuvre par l’institution elle-même en application du RAA. Or, le législateur communautaire, en adoptant le règlement
         n° 723/2004, a inséré dans l’article 52 du RAA une disposition programmant la disparition des contrats d’agent auxiliaire
         pour le 31 décembre 2007, avec l’intention, ainsi qu’il ressort du considérant 36 dudit règlement, de remplacer lesdits contrats
         par des contrats d’agent contractuel. Il est constant que cette réforme n’a pas été accompagnée de mesures de coordination
         entre les régimes nationaux d’assurance invalidité, sous lesquels étaient affiliés les agents auxiliaires, et le régime communautaire
         d’assurance invalidité dont relèvent les agents contractuels, à l’instar de ce qui existe dans le contexte général de la libre
         circulation des travailleurs à l’intérieur de la Communauté, au titre de l’article 42 CE, ou, plus spécifiquement, de ce qui
         est prévu à l’article 11 de l’annexe VIII du statut, en matière d’assurance vieillesse. 
      
      120    Dans ces conditions, l’administration, faisant application de l’article 100 du RAA à l’égard d’anciens agents auxiliaires,
         appelés, à la demande de la Commission, à conclure un nouveau contrat, d’agent contractuel, ne saurait, lors de la fixation
         de la durée de la période d’exclusion prévue à l’article 100 du RAA, faire abstraction de la circonstance que les agents concernés
         étaient auparavant au service de l’institution et ont été amenés à devoir s’affilier à un autre régime de sécurité sociale
         du fait du changement de régime contractuel imposé auxdits agents en conséquence de la réforme statutaire. 
      
      121    Pour toutes ces raisons, il est conforme tant au contexte particulier de l’article 100 du RAA qu’à celui plus général de la
         réforme statutaire, ainsi qu’à la finalité de la réglementation dont l’article 100 fait partie d’interpréter cet article de
         façon stricte, étant rappelé qu’une réserve médicale a pour conséquence de priver l’intéressé de toute pension d’invalidité,
         même, en principe, au titre de la législation nationale antérieurement applicable, ainsi que l’a reconnu la Commission, en
         l’espèce, lors de l’audience, pour le cas où son incapacité de travail trouverait son origine, pendant la période d’exclusion,
         dans une maladie révélée au cours de l’examen médical d’embauche. 
      
      122    En second lieu, il convient de tenir compte, pour l’interprétation de l’article 100 du RAA, des exigences découlant, dans
         le domaine de la sécurité sociale en particulier, du principe de la libre circulation des travailleurs, garanti par l’article
         39 CE, lequel fait partie des fondements de la Communauté (voir, par exemple, arrêts de la Cour du 29 avril 2004, Orfanopoulos
         et Oliveri, C‑482/01 et C‑493/01, Rec. p. I‑5257, point 64, et du 17 février 2005, Oulane, C‑215/03, Rec. p. I‑1215, point
         16), et dont la Commission doit tenir compte dans le cadre de l’interprétation des règles statutaires ou du RAA.
      
      123    À cet égard, il découle d’une jurisprudence constante qu’un ressortissant communautaire travaillant dans un État membre autre
         que son État d’origine ne perd pas la qualité de travailleur, au sens de l’article 39, paragraphe 1, CE, du fait qu’il occupe
         un emploi auprès des Communautés (arrêts de la Cour du 3 octobre 2000, Ferlini, C‑411/98, Rec. p. I‑8081, point 42, et du
         16 décembre 2004, My, C‑293/03, Rec. p. I‑12013, point 37). À ce titre, il ne saurait se voir refuser le bénéfice des droits
         et avantages sociaux que lui procure cet article (arrêts Ferlini, précité, point 43, et My, précité, point 38 ; voir aussi,
         en ce sens, arrêt du Tribunal du 19 juin 2007, Davis e.a./Conseil, F‑54/06, RecFP p. I‑A‑1‑0000 et II‑A‑1‑0000, point 96).
         
      
      124    À l’audience, la Commission a, toutefois, soutenu, en se fondant notamment sur l’arrêt My (précité, points 38 et 40), que
         l’article 39 CE n’est pas applicable aux circonstances de la cause, dès lors que celles-ci ont trait à l’accès à un emploi
         à un moment où la partie requérante avait déjà été admise sur le territoire belge et y avait déjà travaillé. Selon la Commission,
         la situation de la partie requérante devrait être assimilée à une situation interne à un État membre.
      
      125    Une telle position ne saurait être admise. En effet, il convient, d’abord, de rappeler que l’article 39 CE implique, par principe,
         que les ressortissants des États membres disposent en particulier du droit de quitter leur État d’origine pour se rendre sur
         le territoire d’un autre État membre et y séjourner afin d’y exercer une activité économique (arrêts de la Cour du 15 décembre
         1995, Bosman, C‑415/93, Rec. p. I‑4921, point 95 ; du 27 janvier 2000, Graf, C‑190/98, Rec. p. I‑493, point 22, et du 1er avril 2008, Gouvernement de la Communauté française et Gouvernement wallon, C‑212/06, Rec. p. I‑1683, point 44).
      
      126    En l’espèce, la partie requérante, de nationalité hongroise, a quitté son pays d’origine, en septembre 2003, avant l’adhésion
         de la République de Hongrie à l’Union européenne, pour occuper un emploi en qualité d’agent auxiliaire au sein de la Commission.
         Certes à cette époque, son déplacement en Belgique ne pouvait être assimilé à l’exercice du droit à la libre circulation des
         travailleurs au sens de l’article 39 CE.
      
      127    Toutefois, depuis l’adhésion, au 1er mai 2004, de la République de Hongrie à l’Union européenne, l’article 39 CE s’applique, en principe, pleinement aux ressortissants
         hongrois, conformément à l’article 24 de l’acte relatif aux conditions d’adhésion, joint au traité entre les quinze anciens
         États membres et les dix nouveaux États membres relatif à l’adhésion de ces derniers à l’Union européenne, signé le 16 avril
         2003 (JO L 236, p. 33), et au point 1.1 de son annexe X, uniquement sous réserve des dispositions transitoires prévues aux
         points 1.2 à 1.14 de ladite annexe. Il s’ensuit que, depuis l’adhésion de la République de Hongrie, ces dispositions peuvent
         être invoquées par un ressortissant hongrois qui, depuis une date antérieure à l’adhésion de son pays d’origine, exerce une
         activité salariée dans un État membre autre que l’État membre d’origine (voir, en ce sens, arrêt de la Cour du 27 septembre
         1989, Lopes da Veiga, 9/88, Rec. p. 2989, points 9 et 10, ainsi que du 26 mai 1993, Tsiotras, C‑171/91, Rec. p. I‑2925, point
         12).
      
      128    Or, les dispositions transitoires susmentionnées de l’annexe X de l’acte relatif aux conditions d’adhésion de la République
         de Hongrie ne s’opposent pas à ce qu’un travailleur, de nationalité hongroise, légalement occupé, à la date d’adhésion, dans
         un État membre autre que son État d’origine, en particulier au sein d’une institution communautaire, puisse, à l’occasion
         de l’accès à un autre emploi auprès du même employeur, revendiquer, sur le territoire de l’État d’accueil, les droits et avantages
         que lui procure l’article 39 CE, spécialement dans le domaine de la sécurité sociale.
      
      129    L’arrêt My (point 123 supra) ne saurait infirmer l’applicabilité de l’article 39 CE en l’espèce. Ainsi qu’il vient d’être
         souligné, la partie requérante, de nationalité hongroise, a accompli une partie de sa carrière professionnelle dans son pays
         d’origine avant de s’établir en Belgique pour y travailler comme agent auxiliaire de la Commission et accepter, ensuite, un
         emploi d’agent contractuel auprès de la même institution. Ces circonstances distinguent le cas d’espèce de celles à l’origine
         de l’affaire My, susvisée, dans laquelle le requérant au principal, de nationalité italienne, arrivé en Belgique à l’âge de
         neuf ans, avait accompli l’ensemble de sa carrière professionnelle en Belgique. Dans le cas d’espèce, en acceptant un nouvel
         emploi, en septembre 2006, au sein de la Commission, et ce en dehors des hypothèses visées par les dispositions transitoires
         de l’acte relatif aux conditions d’adhésion de la République de Hongrie limitant la pleine application de l’article 39 CE,
         la partie requérante a fait précisément usage de l’un des droits que lui procure cet article, celui d’accepter un emploi effectivement
         offert sur le territoire de l’État membre d’accueil, autre que son État d’origine.
      
      130    L’applicabilité de l’article 39 CE étant en l’espèce ainsi établie, il convient de rappeler que les modalités de l’exercice
         d’une activité sont susceptibles de conditionner l’accès à celle-ci et qu’une réglementation qui concerne les conditions d’exercice
         d’une activité économique peut constituer une entrave à la libre circulation des travailleurs (arrêt de la Cour du 15 septembre
         2005, Commission/Danemark, C‑464/02, Rec. p. I‑7929, point 37). En particulier, selon une jurisprudence constante, le but
         des articles 39 à 42 CE ne serait pas atteint si, suite à l’exercice de son droit de libre circulation, un travailleur devait
         perdre les avantages de sécurité sociale que lui assure la législation d’un État membre ; une telle conséquence pourrait,
         en effet, dissuader le travailleur communautaire d’exercer son droit à la libre circulation et constituerait, dès lors, une
         entrave à cette liberté (arrêts de la Cour du 20 septembre 1994, Drake, C‑12/93, Rec. p. I‑4337, point 22, et du 22 novembre
         1995, Vougioukas, C‑443/93, Rec. p. I‑4033, point 39).
      
      131    Or, l’application de l’article 100 du RAA, dans les circonstances de l’espèce, pénalise la partie requérante et est ainsi
         de nature à produire un tel effet dissuasif, dès lors que, en acceptant de rester au service de la partie défenderesse au
         titre d’un nouveau contrat, d’agent contractuel, elle perd, pendant cinq ans, du fait de l’application de la réserve médicale,
         le bénéfice des prestations d’invalidité que lui garantissait la législation belge précédemment applicable, sans pour autant
         acquérir un droit aux prestations communautaires, en matière d’invalidité et de décès, s’agissant des conséquences éventuelles
         de la maladie révélée lors de sa visite médicale d’embauche.
      
      132    C’est précisément pour garantir que l’exercice du droit à la libre circulation, que confère le traité, n’ait pas pour effet
         de priver un travailleur d’avantages de sécurité sociale auxquels il aurait pu prétendre s’il avait accompli sa carrière dans
         un seul État membre que le législateur communautaire a mis en œuvre l’article 42 CE, énonçant notamment la règle de totalisation
         des périodes d’assurance, de résidence ou d’emploi dans le domaine de la sécurité sociale, en adoptant le règlement (CEE)
         n° 1408/71 du Conseil, du 14 juin 1971, relatif à l’application des régimes de sécurité sociale aux travailleurs salariés,
         aux travailleurs non salariés et aux membres de leur famille qui se déplacent à l’intérieur de la Communauté (JO L 149, p. 2),
         plusieurs fois modifié. La Cour a ainsi jugé, à propos d’une législation nationale qui faisait dépendre l’octroi des prestations
         d’invalidité de ce que, au moment de la prise de cours de l’affiliation, l’état de santé de l’assuré n’ait pas laissé présager,
         à bref délai, une incapacité de travail, suivie d’une invalidité, que l’article 38, paragraphe 1, du règlement n° 1408/71,
         lequel article contient une règle de totalisation en matière d’invalidité, fait obstacle à ce que l’institution nationale
         considère le début de l’affiliation sous la législation qu’elle applique comme le point de départ des périodes d’assurance
         à prendre en compte aux fins de la liquidation des prestations d’invalidité (arrêt de la Cour du 26 octobre 1995, Moscato,
         C‑481/93, Rec. p. I‑3525, point 30 ; voir également, en ce sens, arrêt de la Cour du 26 octobre 1995, Klaus, C‑482/93, Rec.
         p. I‑3560, point 23).
      
      133    Certes, le règlement n° 1408/71, applicable aux agents auxiliaires, n’est, en revanche, pas applicable aux agents contractuels,
         ni aux fonctionnaires et agents temporaires des Communautés européennes (voir arrêts Ferlini, précité, point 41, et My, précité,
         point 35). Il n’en demeure pas moins que ces derniers ont la qualité de travailleur au sens de l’article 39 CE et que la Cour
         a mis en évidence, dans l’arrêt Moscato (précité, point 28), l’entrave à la liberté de circulation que constituerait le refus
         par un organisme national, dans le cadre de l’application d’une disposition nationale comparable à celle contenue à l’article
         100 du RAA, de prendre pour seul point de départ de l’affiliation la prise de cours de l’assujettissement sous la législation
         nationale qu’il applique, en faisant abstraction des périodes d’affiliation accomplies par l’intéressé sous la législation
         d’un autre État membre.
      
      134    Il convient d’ajouter que, « [e]n vue d’assurer l’exercice effectif du droit à la sécurité sociale », l’article 12, paragraphe
         4, sous b), de la charte sociale européenne garantit « le maintien [...] des droits à la sécurité sociale par des moyens tels
         que la totalisation des périodes d’assurance ou d’emploi accomplies conformément à la législation de chacune des [p]arties ».
         Or, même si la Communauté n’a pas adhéré à cette charte, celle-ci est mentionnée dans le quatrième considérant du préambule
         du traité sur l’Union européenne, ainsi qu’à l’article 136 CE et fait partie des instruments internationaux devant guider
         les institutions dans l’application et l’interprétation des dispositions du statut et du RAA, spécialement celles qui tendent
         à priver un travailleur d’une protection sociale fondamentale, par la voie d’une simple faculté laissée à l’appréciation de
         l’administration.
      
      135    Il est vrai, par ailleurs, que la jurisprudence, rappelée au point 132 ci-dessus, concerne des hypothèses dans lesquelles
         la perte d’avantages de sécurité sociale s’est présentée à l’occasion même de l’exercice du droit de libre circulation, par
         suite du changement de pays d’affiliation, alors que, en l’espèce, il a été fait application par l’administration de l’article
         100 du RAA à l’occasion du changement du type de contrat d’emploi et du régime de sécurité sociale applicable, lequel changement
         est intervenu trois années après que la partie requérante se soit rendue sur le territoire belge afin d’y exercer une activité
         économique.
      
      136    Cette dernière circonstance ne saurait cependant remettre en cause la constatation selon laquelle la requérante, ayant quitté,
         en 2003, son État d’origine pour exercer un emploi au sein de la Commission, s’est trouvée, par la suite, du fait de la transformation
         de son contrat d’agent auxiliaire en contrat d’agent contractuel, rendue obligatoire par la réforme statutaire, et du changement
         subséquent de régime de sécurité sociale applicable :
      
      –        soit dans la situation de devoir subir la perte du bénéfice des prestations d’invalidité que lui garantissait la législation
         belge précédemment applicable, sans pour autant acquérir un droit aux prestations communautaires, en matière d’invalidité
         et de décès, s’agissant des conséquences éventuelles de la maladie révélée lors de sa visite médicale d’embauche, prestations
         auxquelles elle pourrait prétendre si les périodes d’assurance accomplies précédemment par elle, sous la législation belge
         et auprès du même employeur, étaient prises en compte, 
      
      –        soit de devoir renoncer, au terme de son contrat d’agent auxiliaire, à la poursuite, en Belgique, de son activité professionnelle
         auprès de la Commission, pour l’exercice de laquelle elle avait précisément quitté son pays d’origine.
      
      137    Il convient encore, quant à ce dernier point, de rappeler que, en vertu de l’article 100 du RAA, une réserve médicale est
         susceptible d’être imposée à tout agent contractuel auxiliaire « à compter de la date de son entrée au service de l’institution »
         à la suite d’un « examen médical précédant [son] engagement ». Précisément, le contrat de la partie requérante comme agent
         auxiliaire venait, de plein droit, à expiration par l’échéance de son terme le 15 septembre 2006 et la Commission, l’ayant
         traitée comme un nouvel agent, lui a imposé la réserve médicale litigieuse dans les conditions susmentionnées de l’article
         100 du RAA. Aussi, l’article 100 du RAA a-t-il conditionné, en l’espèce, l’accès d’un travailleur au marché du travail.
      
      138    Il s’ensuit que l’application de l’article 100 du RAA pénalise la partie requérante dans les circonstances de l’espèce et
         est susceptible d’entraver l’exercice des droits conférés par l’article 39 CE, lequel constitue une disposition fondamentale
         pour la Communauté.
      
      139    Or, la Commission n’a pas démontré, ni même cherché à démontrer, qu’une telle entrave à l’exercice des droits conférés par
         l’article 39 CE était nécessaire à la poursuite d’un objectif d’intérêt général, qu’elle était propre à garantir la réalisation
         de celui-ci et qu’elle n’allait pas au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre l’objectif poursuivi (voir, en ce sens,
         arrêt Gouvernement de la Communauté française et Gouvernement wallon, point 125 supra, points 48, 52 et 55). Il y a lieu de
         rappeler, à cet égard, que des objectifs de nature purement économique ne peuvent justifier une restriction d’une liberté
         fondamentale garantie par le traité (arrêts de la Cour du 5 juin 1997, SETTG, C‑398/95, Rec. p. I‑3091, point 23, et du 28
         avril 1998, Kohll, C‑158/96, Rec. p. I‑1931, point 41).
      
      140    De plus, le fait que l’application de l’article 100 du RAA pourrait également entraîner l’absence de couverture des risques
         d’invalidité pour les ressortissants belges ayant également conclu un contrat d’agent contractuel avec la Commission, après
         avoir travaillé en Belgique en qualité d’agent auxiliaire, mais sans avoir jamais exercé leur liberté de circuler à l’intérieur
         de la Communauté, n’est pas de nature à empêcher un ressortissant d’un autre État membre ayant fait usage de son droit de
         libre circulation de bénéficier, dans une situation comparable, des droits et avantages sociaux que lui procure l’article
         39 CE (voir, en ce sens, arrêt Gouvernement de la Communauté française et Gouvernement wallon, point 125 supra, points 36
         à 42).
      
      141    Eu égard à toutes les considérations qui précèdent, il incombait à l’AHCC, dans les circonstances particulières de l’espèce,
         de ne pas faire usage de la faculté prévue à l’article 100 du RAA afin de ne pas priver la partie requérante d’avantages de
         sécurité sociale auxquels elle aurait pu prétendre si elle était restée affiliée sous les législations hongroise ou belge.
      
      142    Enfin, il convient de répondre à l’argument de la Commission selon lequel, en s’appuyant notamment sur l’article 39 CE, lequel
         n’a pas été invoqué par la partie requérante dans ses écrits, relativement à l’application de la réserve médicale, le Tribunal
         procéderait à un contrôle d’office de la légalité d’un acte administratif de l’AHCC au regard d’un moyen tiré de la violation
         d’une disposition du traité.
      
      143    Il importe de souligner, à titre liminaire et de façon générale, que la limitation du pouvoir du juge de soulever d’office
         un moyen découle de l’obligation, pour lui, de s’en tenir à l’objet du litige et de fonder sa décision sur les faits qui ont
         été présentés devant lui. Cette limitation se justifie par le principe selon lequel l’initiative du procès appartient aux
         parties de telle sorte que le juge ne saurait agir d’office que dans des cas exceptionnels, dans l’intérêt public (voir, en
         ce sens, arrêt de la Cour du 7 juin 2007, van der Weerd e.a., C‑222/05 à C‑225/05, Rec. p. I‑4233, points 34 à 36).
      
      144    Sans qu’il soit besoin de dégager ici les cas dans lesquels il serait possible pour le Tribunal de soulever d’office un moyen,
         il suffit d’observer que, en précisant le cadre juridique dans lequel une disposition du droit dérivé doit être interprétée,
         le juge communautaire ne se prononce pas sur la légalité de cette disposition au regard de règles de droit supérieures, y
         compris celles du traité, mais recherche l’interprétation de la disposition en litige qui rende son application la plus conforme
         possible au droit primaire et la plus cohérente possible avec le cadre juridique dans lequel elle s’inscrit. En l’espèce,
         le Tribunal, en interprétant l’article 100 du RAA, notamment à la lumière des exigences découlant de la liberté de circulation
         des travailleurs, consacrée par l’article 39 CE, n’est pas sorti des limites du litige tel qu’il a été circonscrit par la
         partie requérante et ne s’est pas fondé sur d’autres faits et circonstances que ceux sur lesquels cette dernière a fondé son
         recours. L’argumentation défendue par la partie requérante devant le Tribunal, sans mention explicite, il est vrai, de l’article
         39 CE, et celle contenue dans le présent arrêt à propos de l’interprétation de l’article 100 du RAA au regard de l’article
         39 CE sont d’ailleurs, en substance, largement convergentes.
      
      145    Au demeurant, les droits de la défense ont été respectés, dans la mesure où toutes les parties ont été invitées, dans le rapport
         préparatoire d’audience, à s’exprimer, lors de l’audience, sur les éventuelles conséquences à tirer, en l’espèce, des arrêts
         Moscato (point 132 supra), Vougioukas (point 130 supra) et My (point 123 supra), en ce qui concerne la protection contre l’invalidité
         et la règle de la totalisation des périodes d’assurances, telle qu’énoncée à l’article 42, sous a), CE.
      
      146    Il convient donc de rejeter l’argument de la Commission selon lequel le Tribunal, en examinant le présent litige sous l’angle
         notamment de l’article 39 CE, s’écarterait de la passivité qui lui incombe.
      
      147    Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les conséquences de la liberté de circulation des
         travailleurs à l’intérieur de la Communauté pour l’interprétation de l’article 100 du RAA dans d’autres circonstances que
         celles de l’espèce, qu’il incombait à l’AHCC de ne pas faire usage, à l’encontre de la partie requérante, de la faculté prévue
         audit article 100 du RAA.
      
      148    En conséquence, la Commission ne pouvait pas imposer une réserve médicale à la partie requérante en se basant sur l’article
         100 du RAA.
      
      149    Il y a dès lors lieu d’accueillir comme fondé le premier moyen dirigé contre la réserve médicale et, par conséquent, d’annuler
         la décision imposant la réserve médicale à la partie requérante, sans qu’il soit nécessaire d’examiner le deuxième moyen relatif
         à cet objet qui ne pourrait pas conduire à une annulation plus étendue.
      
       Sur les dépens
      150    En vertu de l’article 122 du règlement de procédure, les dispositions du chapitre huitième du titre deuxième dudit règlement,
         relatives aux dépens et frais de justice, ne s’appliquent qu’aux affaires introduites devant le Tribunal à compter de l’entrée
         en vigueur de ce règlement de procédure, à savoir le 1er novembre 2007. Les dispositions du règlement de procédure du Tribunal de première instance pertinentes en la matière continuent
         à s’appliquer mutatis mutandis aux affaires pendantes devant le Tribunal avant cette date.
      
      151    Par conséquent, les dispositions relatives aux dépens du règlement de procédure du Tribunal de première instance sont applicables
         au recours F‑69/07.
      
      152    En application de l’article 87, paragraphes 2 et 3, premier alinéa, du règlement de procédure du Tribunal de première instance,
         toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. Néanmoins, le Tribunal peut répartir les dépens
         ou décider que chaque partie supporte ses propres dépens si les parties succombent respectivement sur un ou plusieurs chefs.
         Par ailleurs, selon l’article 88 du même règlement, dans les litiges entre les Communautés et leurs agents, les frais exposés
         par les institutions restent à la charge de celles-ci.
      
      153    En outre, l’article 87, paragraphe 4, du règlement de procédure du Tribunal de première instance prévoit que les institutions
         qui sont intervenues au litige supportent leurs dépens.
      
      154    Par ailleurs, aux termes de l’article 87, paragraphe 1, du règlement de procédure, applicable au recours F‑60/08, sous réserve
         des autres dispositions du chapitre huitième du titre deuxième dudit règlement, toute partie qui succombe est condamnée aux
         dépens, s’il est conclu en ce sens.
      
      155    Enfin, l’article 89, paragraphe 4, du règlement de procédure prévoit que l’intervenant supporte ses propres dépens.
      
      156    Il résulte des motifs énoncés ci-dessus que la partie requérante a obtenu gain de cause sur l’un des deux objets de son recours
         F‑69/07. Aussi, le Tribunal estime que, en ce qui concerne les dépens relatifs à cette affaire, il y a lieu de condamner la
         Commission à supporter ses propres dépens et la moitié des dépens de la partie requérante, celle-ci supportant l’autre moitié
         de ses dépens. 
      
      157    La partie requérante ayant succombé dans son recours F‑60/08, elle supporte ses dépens et ceux de la Commission afférents
         à cette affaire.
      
      158    En outre, le Conseil, partie intervenante, supporte ses propres dépens dans les deux recours F‑69/07 et F‑60/08.
      
      Par ces motifs,
      LE TRIBUNAL (deuxième chambre)
      déclare et arrête :
      1)      La décision de la Commission des Communautés européennes du 14 septembre 2006 est annulée en tant qu’elle impose une réserve
            médicale à la partie requérante.
      2)      Le recours F‑69/07, O/Commission, est rejeté pour le surplus comme non fondé.
      3)      Le recours F‑60/08, O/Commission, est rejeté comme irrecevable.
      4)      Dans l’affaire F‑69/07, la Commission des Communautés européennes est condamnée à supporter ses propres dépens et la moitié
            des dépens de la partie requérante.
      5)      La partie requérante est condamnée à supporter la moitié de ses dépens dans l’affaire F‑69/07, ainsi que ses dépens et ceux
            de la Commission des Communautés européennes dans l’affaire F‑60/08.
      6)      Le Conseil de l’Union européenne supporte ses propres dépens dans les deux affaires.
      
               Kanninen 
            
            
               Boruta
            
            
               Van Raepenbusch 
            
         Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 29 septembre 2009.
      
               Le greffier 
            
             
            
                      Le président
            
         
               W. Hakenberg 
            
             
            
                      H. Kanninen
            
         * Langue de procédure : le français.